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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 00:02

titreLa dédicace du roman "Chiens fous"  de Chart Korbjitti* est claire : « les personnages de ce roman existent réellement et y figurent sous leurs vrais noms ou sobriquets ».

Et il va raconter  l’histoire de Samlî, Chouanchoua, Met Kanoun, P’tit Hip, Nitt, Jâ, Toui Italie, Lân … et surtout celle du Vieux qui aura droit à un chapitre et celles de Otto et de Thaï qui auront droit à trois chapitres.** Ils ont ensemble des souvenirs, des anecdotes, des « histoires » qu’ils aiment partager quand ils se rencontrent, font la « fête » jusqu’à l’ivresse et/ou la « défonce ». 

       

Ils ont surtout à un moment de leur vie, vécu ensemble une expérience, un mode de vie qu’ils considéraient comme « paradisiaque » et que d’autres voyaient comme hippie, à Bangkok, Pattaya et Phuket.

 

Phuket 03

 

Nous verrons que ce mode de vie a un prix, avec des addictions à l’alcool, à la drogue, le sentiment de l’échec, les « conflits » ou des rapports difficiles avec la famille. Une expérience du bonheur à laquelle tous vont renoncer, pour rentrer dans le rang.


Mais le roman montrera aussi des parcours très différents, des histoires familiales diverses, dans un style particulier, avec les retours en arrière, les reprises d’histoire, les ellipses, les focalisations, les feeback,  boucles,  effets gigognes, bifurcations  … qui font commencer l’histoire à Phuket, au début de la saison des pluies avec Chouanchoua qui vient rendre visite à ses amis Otto et Samlî, qui s’y sont installés, et qui voit  au dernier chapitre Chouanchoua et Otto retourner à Bangkok avec Thaï et sa femme,  deux mois plus tard, après avoir appris l’histoire des uns et des autres, « apprécié » cette période singulière de leur vie.


Mais chaque roman appelle, suscite une lecture différente, même si chacun a ses habitudes, sa façon de voir le monde et de le « lire ». Ici, pour « ce » roman, il nous a paru nécessaire de le présenter chapitre après chapitre, pour bien montrer la complexité de sa construction, mimant peut-être la complexité de la vie, avec les destins qui se croisent et se recroisent, dans la multiplicité  des « histoires » familiales et personnelles, mais aussi des périodes de vie vécues en commun parfois, selon un mode de vie particulier, qu’il nous faudra découvrir.

 

Le roman commence donc avec  Souanchoua qui  arrive à Phuket pour écrire un livre.


Il rend visite à Otto, vont « boire un coup » et vont s’échanger des nouvelles sur leurs amis communs (Samlî, Lân, Toui d’Italie, John, P’tit Hip). Mais au fil de la conversation, Souanchoua apprend qu’autrefois Otto, à 17 ans, a dû fuir de chez lui, pour éviter la prison. Il avait voulu venger son copain qui avait été cogné par un jeune chef de bande du quartier, mais il avait tiré au pistolet sur celui-ci qui le menaçait avec une épée. Il s’était alors réfugié chez un autre copain, Tongtiou, qu’il avait rencontré l’année précédente et dont le frère avait une plantation à Chumporn (Lang Suan).  Il avait été bien accueilli pendant 6 mois, mais avait dû de nouveau s’enfuir, car son copain, qui gagnait sa vie en jouant au billard, s’était fait tuer, lors d’une partie. On apprendra aussi au passage la relation qu’Otto a avec sa nouvelle belle-mère et sa conviction  de ne plus être aimé par son père.


Mais ensuite, -selon un procédé que l’on retrouvera au fil du roman-, le roman va bifurquer sur l’histoire d’un autre copain, que tous appellent « le Vieux ». On y apprendra que le Vieux est parti au Japon avec sa « Japonaise » ; et qu’ils le considèrent comme une « légende vivante ». Ils se souviendront de leur belle vie à Pattaya,  

où ils étaient comme des « lords à faire les cons », où ils fumaient de l’herbe et « se pintait jusqu’à ce qu’on tombe de sommeil ». Ils vont décrire avec admiration le Vieux, au look hippie, roulant en chopper, charmant, faisant rire, indifférent au regard des autres, sachant vendre bagues et bracelets en racontant des histoires pour chaque article. Un personnage.


Chouanchoua et Otto vont poursuivre leur conversation, en multipliant les  anecdotes et leurs souvenirs. Sur Samlî, qui avait été arrêté à tort pour un verre pas payé ; sur Otto qui va évoquer en quelle occasion, il dut lui aussi faire de la tôle. On apprendra comment pendant un an, de videur dans une boite de Patpong, il était entré dans une bande de gangster. Qu’il était retourné voir son père, qui lui avait appris qu’il n’avait en fait tué personne et qu’il avait payé pour étouffer l’affaire.


Le roman s’attardera sur le style de vie d’Otto, devenu homme de main dans le quartier de Patpong, appréciant la crainte qu’il inspirait, le pouvoir de boire des verres à l’œil dans n’importe quel bar, jusqu’à ce qu’il fasse de l’ombre au chef Deang Dearet et devienne accroc à l’héroïne,

 

qcro herohine 06

 

pour finalement perdre la considération de ses « pairs ». Et puis, on était revenu sur le Vieux. On apprendra comment Otto fit sa connaissance, à l’époque où il vendait ses bracelets et autres objets en cuir à Patpong. Il était tombé sous le charme de celui que les autres vendeurs appelaient « le hippie » ; il appréciait sa gouaille, ses plaisanteries.


Et puis un soir, le Vieux avait emmené Otto à Pattaya, et lui avait présenté ses amis, une bande buvant, fumant, prenant du plaisir ensemble.

Il avait apprécié et revenait régulièrement avec le Vieux. Il avait appris à connaître la bande, leurs antécédents (Nit, Rang, Hanna la petite amie de Nit, Jâ, Lân et ceux qui « passaient »). Le Vieux lui avait raconté sa vie, comment le quartier maître qu’il était, avait mis son poing sur la gueule à un officier et choisit de vivre « libre », pouvant aller où il le désire sans demander de permission. Otto s’était confié et il avait été bien accueilli par la bande.


Otto avait découvert une autre façon de vivre. « C’était comme s’il avait découvert un autre monde, fort éloigné du sien. En fait, il ne parvenait à croire qu’un tel monde pût exister dans le monde réel ». Et pourtant, il l’avait sous les yeux ». (p.103)

Image drogues 02


Il voulait franchir le pas, mais il était accroc à l’héroïne. Et la bande lui avait dit qu’il devait d’abord régler cette addiction. Et puis il avait été arrêté dans son quartier et avait pris 6 mois pour possession de drogue.


Ensuite le roman revient au présent narratif. Samlî a retrouvé Chouanchoua et Otto, et ils vont évoquer d’autres souvenirs, tout en buvant, comme Dam qui était tombé du train en allant au mariage de Ratt. Ils étaient descendus à sept ( Chouan, Met Kanoum, P’tit Hip, Teub, Eit, Dam, et Samlî), déjà tous « bourrés » et ils avaient continué à picoler.

Et puis, Samli, Chouanchoua et Otto avaient décidé de rendre visite à Thaï dans son restaurant, une occasion encore de « raconter ».


 « C’est pas les histoires qui manquent, dit Otto. Tiens en voici une. Tu verras s’il est marteau ou pas.

-    C’est laquelle que tu vas lui raconter ? demande Samlî.

-  Celle de la farang qui est allée pisser dans son restau, et ? »

 

Et on apprendra l’histoire de la farang, qui s’enchaînera sur une question de Chouanchoua :


« Il faisait quoi avant Thaï ? Il vient d’où ? Tu le sais ?»


Et on saura par Otto, qu’il a vécu à Pattaya. Que le Vieux l’avait découvert jouant de la guitare dans un petit restau allemand de Sukhumvit à Bangkok, et qu’il l’avait amené à Pattaya; qu’il était resté des mois avec la bande, qu’il avait disparu, qu’il avait réapparu un an après avec une BM et des fringues « haut de gamme », pour disparaître de suite et qu’il l’a retrouvé ici à Phuket.

La lecture se poursuivait, enchainant petite histoire sur petite histoire, entre Chouanchoua, Otto, et Samlî, sur leurs amis respectifs, nous demandant où Chart Korbjitti voulait nous emmener.


Une halte, une mise au point s’imposait. Un début d’explication.


En ce début de chapitre 5 (p.127) intitulé « « Lorsqu’Otto sortit de prison »,

 

prison 08

 

nous avions le besoin de faire le point, pensant avoir « découvert »  le « mécanisme romanesque » : avec ces copains qui se rencontrent, qui se croisent, qui boivent et fument jusqu’à ce qu’ils s’écroulent, et partagent ensemble des anecdotes et des souvenirs sur eux et leurs copains, avec des retours en arrière, des bribes de vie, qui se retrouvent en  des temps et des lieux différents, un puzzle qu’il appartenait au lecteur de recomposer, pour savoir ce qui était en jeu, ce qui essayait de s’écrire.

On voyait tout d’abord trois amis, qui aimaient boire ensemble, jusqu’à l’ivresse, et se raconter des histoires et anecdotes sur les amis absents. On apprend qu’ils ont mené des vies différentes, avec des ruptures, des événements (une mort, un coup de poing sur un officier) qui ont changé leur existence, mais qu’ils se sont rencontrés à une période de leur vie et avaient en commun, un modèle et un style de vie qu’ils apparentaient au bonheur.


Le modèle est celui qu’ils appellent affectueusement le Vieux, « une légende », que d’autres voyaient comme un « hippie ». Le mode de vie est celui de la bande à Pattaya, un « monde » qu’Otto présente comme incroyable, merveilleux.(« il ne parvenait à croire qu’un tel monde pût exister. ») Mais, on les retrouve à Phuket, et le Vieux est parti au Japon.


A ce stade, on voudrait savoir ce que fut ce mode de vie à Pattaya, qu’Otto trouvait si merveilleux, connaître davantage le Vieux, que la bande considérait comme une légende, et dont nous venions d’avoir quelques confidences, apprendre comment leurs vies avaient évolué.

En voyant le titre du cinquième chapitre « Lorsqu’Otto sortit de prison », on prévoyait bien sûr que nous allions connaître la suite de l’histoire d’Otto, nous demandant s’il avait retrouvé son « bonheur » à Pattaya, s’il n’était plus accroc à l’héroïne,  et comment et pourquoi il avait atterri à Phuket. Et puis par curiosité, nous avions regardé le titre du chapitre suivant qui s’intitulait « L’histoire de Thaï ».


Nous avions alors l’hypothèse d’une construction romanesque où Chart Korbjitti allait revenir sur chacun des personnages.


En attendant, nous pouvions lire les histoires d’Otto et de Thaï.


Donc, on retrouve Otto à sa sortie de prison, heureux de la liberté retrouvée (« Il n’avait jamais pensé auparavant que la liberté pouvait être si précieuse. »), et qui a hâte de rejoindre la bande de Pattaya (Nit, Rang, le Vieux), malgré l’espoir du père de le voir revenir à Bangkok pour travailler et étudier le soir. Il tint malgré tout à le mettre en garde : « Tu es assez vieux pour distinguer le bien et le mal, alors ne fait rien qui pourrait t’attirer de nouveaux ennuis ».


A Pattaya, la bande lui imposa une période de sevrage de l’héroïne, qu’il vécut pendant dix jours dans la souffrance. Il put ensuite partager avec plaisir  « sa nouvelle vie parmi ses amis », « une promenade rafraîchissante au paradis ». (p.133). Otto avait appris à fabriquer des objets en cuir, qu’il mettait en vente dans  la boutique de Nit.  On mettait l’argent en commun, on partageait les tâches et surtout on aimait le soir discuter sur la plage, boire et fumer de l’herbe, festoyer, chanter jusqu’à l’ivresse et la lueur du jour.


Otto avait retrouvé le Vieux, qui continuait à vendre ses produits sur Patpong, mais qui venait souvent comme d’autres copains de Bangkok. Il avait ainsi  connu Jâ, Lân, Samlî, P’tit Hip, et Thaï avec sa guitare. Ils avaient même acheté en commun un vieux bateau qu’ils louaient parfois à des farangs. Et à la fin de chaque journée, tout le monde dormait dans la modeste boutique de Nit. On profitait de chaque occasion, de chaque nouvelle arrivée pour faire la « fête », boire, fumer, se raconter, passer un bon moment.


La lecture de ce  chapitre permettait de mieux cerner le mode de vie qu’Otto voyait comme « un paradis ».


A la fin du chapitre, le Vieux, préparant une pipe d’herbe, demandait à Thaï depuis combien de temps, il fumait de l’herbe. Transition, pour connaître :


« L’histoire de Thaï ». (Chapitre 6)


Son histoire racontée commence sur une tragédie, sur un événement qui va marquer sa vie. On le trouve en seconde, et il est surpris avec six de ces camarades à fumer de l’herbe.

fu;er des joints 10

 

Les conséquences sont terribles : il est fouetté et son père le  retire de l’école. Thaï vit cela comme une injustice profonde car en fait il n’avait amené la pipe, que pour faire l’intéressant auprès de ses camarades. Sa vie bascule. De joyeux il devient renfermé, taciturne … et décide désormais de ne dépendre que de lui.

Son père possède une boutique de vendeur d’or ( gold shop).


 

gold shop 11

 

C’est le modèle familial. Tous ses fils sont éduqués pour avoir un commerce. Il faut savoir vendre, compter dans la famille. Au besoin, le père sait frapper pour être entendu. Mais Thaï n’aime que la musique. On imagine le conflit père/fils.

Thaï va former un groupe de musique en cachette avec des copains, vendre des babioles pour s’acheter une guitare. Thaï est devenu un bon commerçant aux yeux de la famille. Mais au nouvel an chinois, le père le surprend avec sa guitare.

 

 

guitqre 12


Une scène terrible s’ensuivit pendant laquelle le père se saisit de la guitare, frappa son fils. Mais le fils pour la première fois osa prendre les poignets du père, l’immobilisant, devant la mère l’incitant à lâcher prise. La guitare tomba.


Sa vie bascula une deuxième fois.


Thaï, en hurlant, reprocha au père sa haine, et lui communiqua son désir de vivre sa vie, de ne plus être soumis à l’autorité paternelle. « C’est fini, papa, je ne serai plus soumis. Tu ne peux pas me forcer. C’est ma vie. Je veux la récupérer. » (p.151) Il jeta le fric sur le plancher que son père venait de lui offrir pour le nouvel an chinois. Et quitta la maison.

Sa mère et son frère, avec l’accord du père, tenteront bien, en le suppliant,  de le faire revenir, lui promettant même de pouvoir reprendre l’école. Sa mère utilisera même -découragée- la menace du reniement, mais Thaï ne cédera pas. « Son frère le comprenait parfaitement ». (p.160) Il discutera même de son avenir proche avec lui.


Thaï s’installera chez Yong et deviendra son associé. Yong vendait des objets en plastique. Il l’aidera à en vendre davantage. Il aura même l’idée de faire copier et de vendre des chemises de marque. Le récit décrira ses méthodes, son succès. Certes, Thaï voit bien que Yong joue, a des dettes, mais il a sa guitare ; il est heureux.


Et puis il y eut le service militaire.

Thaï crut à tort via Yong pouvoir éviter le service en « achetant » un intermédiaire. Quand il revint un an et demi après, Yong était soit disant en faillite. Il rompit avec Yong, mais déçu, commença à fumer de la marijuana.

Et ensuite, après 4 ans et demi de rupture familiale, il revit son père atteint d’un cancer à l’hôpital.

 

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Ce fut la réconciliation.


Son père l’aida même à comprendre que Yong l’avait roulé. Le testament fut une surprise. Son père lui confiait la boutique de vente d’or. Sa soeur ainée qui était mariée était en colère. Mais Thaï, généreux, voulût bien qu’on refasse le partage, mais la parole du père devait être respectée. Finalement, Thaï décida de donner sa part de magasin à sa soeur qui en prit la direction ; Thaï se contentant de l’aider et ne gardant que le minimum pour sa « musique ». Il était ainsi heureux ; il pouvait de nouveau jouer de la guitare, le soir. Même si sa mère l’incitait à se lancer dans une affaire.


Et puis, sa soeur quitta son mari et vint s’installer au magasin. Thaï vit là une bonne occasion de vivre enfin son rêve : jouer et vivre de sa guitare, au bonheur la chance, dans les restaurants, les bars, les hôtels.

 

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« Il jouait pour le plaisir de jouer. Rien d’autre ne lui importait. Avoir faim et manger, ce n’était pas important. Ce qui importait, c’était de faire ce qu’il avait envie de faire ». (p. 192)


Et on retrouvait l’histoire qu’Otto avait déjà raconté à savoir comment il avait rencontré le Vieux au restaurant allemand, qui l’avait amené à Pattaya, avait rencontré la bande. (Otto, Nit, Jâ, Lân, Samlî, P’tit Hip et les autres).  On était dans le bateau, s’offrant une défonce.


 « Tout était absolument beau.». « Libre de tout souci » (Cf. pp.195-196)

Et on apprenait qu’il était venu pour une nuit avec le vieux, et qu’il s’intéressa à leur mode de vie. « Il n’avait jamais connu ce genre d’existence, n’avait jamais imaginé qu’il pût y avoir des gens comme eux, de par le monde. Plus il les voyait évoluer ensemble sans s’exploiter les uns les autres, s’entraidant comme des frères ; il était impressionné. Il pensait que ce genre de vie serait idéal »


Et il resta « sans se fixer de date de départ. », partageant tout avec la bande. Et puis avec le temps, il rêva d’une échoppe, d’un petit resto au bord de l’eau, où il pourrait jouer de la musique pour les touristes farangs, et rejoindre ses copains dans la journée. Il en parla, tout le monde approuva. Mais le Vieux lui conseilla de s’installer à Phuket.


On connaissait mieux le Thaï du début, celui à qui Samli, Chouanchoua et Otto avaient décidé de rendre visite. Et au chapitre suivant (7), on était avec Samlî, Chouanchoua et Otto, montés sur deux motos, nous rendant justement au restaurant de Thaï, mais celui-ci n’était pas là. Il était à Bong Hill, un endroit connu pour fumer, se défoncer. Ils iront alors chez Jâ, un autre petit restau tout proche, continuant à boire, à raconter des « histoires »  … Thaï les avait rejoints et ils étaient allés à son restaurant.


Le chapitre suivant (c’est le 8ème) intitulé « La chanson de Thaï » devait certainement nous raconter la suite de sa décision de vivre désormais à Phuket. D’entrée, on apprenait par Otto que Thaï fumait trop, délaissait son restaurant, et on en apprenait la cause : sa femme et son fils étaient partis.

Ah bon, Thaï avait femme et enfant !Il nous manquait donc un épisode, même si on pouvait deviner pourquoi Thaï n’allait pas bien. Otto d’ailleurs lui conseillait d’aller résoudre ses problèmes avec sa femme. Il avait accepté d’y aller le lendemain et ils avaient continué à boire, avec Thaï à la guitare.

Que s’était-il donc passé ? La page 225 nous ramenait en arrière.

Thaï avait présenté le Vieux à sa famille, qui ne comprenait qu’il puisse avoir un ami accoutré ainsi. Et puis, il y avait eu cette décision inexplicable de Thaï.


Malgré son rêve de restaurant, il avait finalement répondu à la demande de sa mère et repris la boutique. Il avait renoncé à ses amis de Pattaya, et cessé de jouer de la guitare.


Curieux, non ?

La raison ne nous était pas donnée. Surtout qu’Otto, le Vieux, Rang et Nit continuaient leur vie à Pattaya, avec Lân et Samlî qui venaient de temps en temps. Jâ était parti aux USA et P’ttit Hip avait disparu.


Thaï était venu les visiter un an après, avec les signes de la réussite (BMW, costume classe, montre en or.)

 

rolex 15

 

Il était revenu 10 mois plus tard, mais ils étaient tous partis. (p. 233) Il les avait cherchés, mais personne ne savait où ils étaient partis. Il avait pris conscience ce jour, que pour les voisins, ses amis n’étaient pas fréquentables, forcément « avec cette apparence-là », leurs longs cheveux, « leurs bracelets et tous leurs trucs ». « Personne ne cherchait à savoir d’où ils venaient ou à quoi ressemblaient leurs familles ». Même Thaï d’ailleurs, rajoutait le narrateur, ne connaissait pas leur passé.


Au retour, sa mère constatait un changement. Et peu de temps après, il annonçait à sa mère son désir de partir, et de réaliser son projet d’ouvrir enfin son restaurant à Phuket. Il avait quitté sa famille en bons termes ; sa mère même, lui avait dit qu’elle irait le rejoindre une fois qu’il serait bien installé.


Et page 238, on retrouvait Thaï arrivant à Phuket en autocar.


Il avait décidé de prendre son temps pour trouver son restaurant et de ne pas dépenser le budget prévu. Il comptait gagner sa vie en attendant avec sa guitare mais de suite il avait retrouvé ses anciens amis, Samlî, P’ttit Hip, Lân dans un restaurant. (p.241)

Avec une parenthèse, on apprenait que Pttit Hip, Samlî, Chouanchoua, Met Kanoun avaient été dans la même école. Que Samlî et P’ttit Hip avaient ouvert une boutique, ainsi que Lân et Jâ  … il y avait eu le Saloon, le Cinzano à Bangkok,  … des  boutiques qui étaient des lieux de vie et de rencontre, où chacun apportait son éco. On aimait s’y retrouver tous les soirs, discuter, boire, passer des bons moments. On y couchait même. Et puis un jour, Samlî, P’ttit Hip, Lân avaient laissé la boutique à Otto et avaient tenté l’aventure à Phuket. (l’île natale de Samlî) Samlî et P’ttit Hip avaient gagné leur vie en imprimant des T-shirts, et puis s’étaient lancés dans la copie des cassettes vidéos.  Lân faisait de la décoration.


Samlî avait accueilli Thaï chez lui et la bande l’avait aidé à trouver un emplacement pour son restaurant, obtenir un bail de 10 ans. Thaï mais surtout Lân avaient construit le restaurant et huit bungalows sommaires en 5 mois. Lân généreux, n’avait même pas demandé à être payé. L’alcool suffisait. Et puis, le  jour où Lân vint rendre visite à sa famille à Bangkok avec Thaï, la vie de celui-ci changea.


Thaï fit la rencontre de Tâ, copine de la soeur de Lan. Le roman racontera leur rencontre, leur appréhension, leur espoir. (Cf. pp 274-280)  Elle vint en vacances à Phuket, et y resta. « A la fin de la saison, Tâ était parfaitement rodée au fonctionnement du restaurant, en cuisine comme en salle». (p.280) Ils étaient heureux. Ils firent une bonne saison touristique. Tâ tomba enceinte

 

enceinte 16

 

et pour l’aider, Thaï engagea une jeune serveuse ! Tâ alla accoucher à Bangkok et à son retour, un mois plus tard, elle apprit que Thaï l’avait trompé et mis enceinte la jeune serveuse. Tâ avait quitté Thaï et était reparti à Bangkok.


« La chanson de Thaï » pour reprendre le titre du chapitre se terminait sur la chute de Thaï, son addiction à la drogue, le restaurant vide, et les serveurs qui étaient partis.


 En fin de chapitre, on retournait au présent narratif, sur la bande, Samlî, Lân, P’ttit Hip et Otto, toujours en train de boire, se moquant, mais acceptant de s’occuper du restau pendant que Thaï irait à Bangkok pour revoir sa femme et son enfant. Mais la dernière phrase du chapitre annonçait le  9ème chapitre. « Otto, où t’es allé une fois que t’as quitté Pattaya ? »


Et c’était encore un retour en arrière, intitulé « L’itinéraire d’Otto ». (pp.289-340)


On apprenait que Nit avait reçu un billet d’avion de sa copine d’Australie, et qu’il avait décidé de sous-louer sa boutique. Ce fut la fin de l’époque de Pattaya. Otto avait confié au Vieux, qu’il en avait marre même s’il s’en défendait. Il estimait en tous cas qu’il s’était assez amusé, dans la crainte de l’avenir. Ses copains comprirent. (Otto avait rencontré le Vieux  3 ans auparavant)  Il ne resterait plus que des souvenirs.


Otto retourna à la maison paternelle. Il prit conscience que son père avait dû vendre sa maison pour étouffer son « crime » ; que sa belle-mère faisait à manger pour vendre des plats les après-midi pour soutenir la famille. Il se sentit coupable, se reprocha son vagabondage, pensa à sa dépendance à l’alcool et à la drogue ; déprima. Son père le réconforta, lui montra le côté positif de l’expérience acquise. Il décida alors de fabriquer des sacs. Son père l’aidait le soir ; ils se sentaient proches. Mais au bout seulement de 15 jours, ses amis lui manquèrent, et il n’arrivait pas à vendre ses sacs aux boutiques.


Il retourna voir le Vieux, qui était chez sa maman -les cheveux coupés- en train d’arroser les plantes et lui demandant poliment s’il pouvait sortir. Otto apprit que Jâ était revenu des States et avait ouvert une boutique de fringues de cow-boys au « saloon » installé au Scala Theater, et que Samlî et  P’ttit Hip étaient en train d’ouvrir une boutique au Lido. Otto  établit un contrat avec Jâ pour ses sacs et alla s’installer chez lui.


Otto va alors vivre une nouvelle aventure, avec une nouvelle « bande »; mais les nouveaux amis qui se retrouvaient le soir au Scala, portaient costume, cravates travaillaient dans la pub, les assurances, l’aéronautique, la fonction publique, etc. On n’était plus dans le genre « hippie » se dit Otto

 

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et  il coupa ses cheveux et se rasa. Il y rencontra Souanchoua pour la première fois.


Otto aima cette période. Jâ lui avait acheté une machine à coudre, ses sacs se vendaient bien, il voyait son père et tous se retrouvaient à la boutique le soir. C’était comme un club. Et ses nouveaux amis venaient décompresser après le boulot, et « une fois éméché, ils se charriaient, non moins joyeux drilles que ceux de Pattaya.»(p.313) Ce fut une belle période, mais elle ne dura qu’un an, car Jâ dépensait sans compter. Il brada sa boutique et repartit aux Etats-Unis avec sa petite amie.


Otto partit alors travailler au Cinzano, la boutique de Samlî et de P’ttit Hipp, et retrouva une nouvelle bande de copains. Mais l’ambiance était différente. « Y-avait des tas de types. J’ai aucune idée d’où ils sortaient. », et « ceux qui étaient trop pétés pour rentrer chez eux dormaient dans l’appart ». On imagine l’ambiance, surtout qu’Otto précise «Quand on avait un peu d’argent, on le buvait.» P’ttit Hip, lui, « carburait » à l’herbe. Et de raconter une bringue de quatre jours avec un dénommé Sloane, reporter au Cambodge pour une agence de presse japonaise, et qui avait dépensé sans compter,  et comment il s’était retrouvé dans un hôpital après une chute de trois étages.  

 

Bref des soûleries et des anecdotes. Il était retourné un petit moment chez son père à sa demande à sa sortie d’hôpital, puis était reparti à la boutique rejoindre Samlî, P’tit Hip et Lân. Mais ceux-ci  un jour s’étaient « barrés à Phuket » et lui avaient laissé la boutique. (quand ? combien de temps avait duré la période « Cinzano » ? )


Le charme devait être rompu. Peu de temps après Otto en eut « marre de toute cette merde ». Il ne savait plus d’où sortaient tous les types. « Tout ce qu’on gagnait, ils le buvaient. C’était trop, on se crevait le cul pour rien. Alors le mieux était de venir ici et de tout recommencer. (p.339)


Et le roman se poursuivait avec le chapitre dix (pp.341-371), qui reprenait l’histoire interrompue à la fin du chapitre huit, avec « Un malheur n’arrive jamais seul ». (Vous vous souvenez. Otto s’était engagé pour aider Thaï.)


Otto était allé vivre chez Thaï. Ils avaient eu une franche discussion à propos de Peutt qui jouait aux cartes avec des copains au restaurant dès le matin. Mais pour Thaï, c’était un des quatre actionnaires des  bungalows. Otto se mit à la cuisine, Thaï accueillait les clients. Ils ouvrirent le matin. Les affaires reprirent. Thaï jouait de la guitare certains soirs. Mais Thaï continuait de fumer beaucoup d’herbe, en songeant à sa femme et à son enfant.


Otto allait rejoindre ses amis certains  jours, mais ils étaient toujours ivres. Et puis, une perspective s’offrit. Le jeune aide de 15 ans qu’il avait embauché, s’était « stabilisé », et son père avait apprécié sa nouvelle attitude. Il avait alors proposé à Otto de construire une boutique sur un des terrains qui lui appartenait. Le terrain était bien situé, près de la plage. Otto put construire une boutique assez rapidement, avec même les encouragements de Thaï qui lui glissait de l’argent dans sa poche.  Otto  était fier de sa petite boutique, mais il allait quand même le soir aider Thaï au restaurant. Thaï eut la délicatesse d’attendre qu’Otto ait fini la construction, pour faire une fête et déclarer à Otto, qu’il avait gagné l’argent nécessaire pour son restaurant. « Cette nuit-là, tous deux s’endormirent ivres et heureux ».  Thaï « comptait les jours et les nuits qui restaient avant de revoir sa femme et son fils ». Il savait que c’était de sa faute. (p. 357). Ce jour arriva. Otto le rassura pour le restaurant et lui dit qu’il prenne son temps pour régler son problème.


Par contre, ses trois amis traversèrent une crise. P’ttit Hip était en froid avec Lan. Il avait même demandé à Otto s’il pouvait loger chez lui. Lors d’une soirée, alors que P’ttit Hip s’était saoulé, Samlî et Lan vinrent au restaurant. P’ttit Hipp donna un coup de poing à Samlî. Otto sut enfin  que celui-ci lui avait pris sa petite amie. Bref leurs relations s’étaient détériorées. Samlî était toujours ivre et provoquait P’ttit Hip avec les filles qu’il draguait. Et Lân mettait de l’huile sur le feu. (pp. 359-366)


Le chapitre se terminait sur les retrouvailles de Thaï avec sa famille (sa mère, sa soeur aîné, sa petite sœur) et sa femme et son enfant. (pp.367-371) Ils étaient heureux de le revoir, et lui demandèrent de suite de rester, avançant leurs arguments (la boutique, l’école pour l’enfant, la joie de le voir, la possibilité de l’aider). Sollicité par la mère Tâ répondit que c’était à Thaï de décider. Celui-ci apprécia. Elle avait donc encore de la considération pour lui, pensa-t-il. Ils se retrouvèrent dans la chambre, discutèrent, virent qu’ils s’aimaient encore, se penchèrent vers le petit qui criait. On n’apprendra pas ce qu’ils décidèrent.


Allions-nous l’apprendre dans le chapitre suivant (Ch.11) intitulé : « Retour à la case départ ? ». (pp.373-408)

 

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Nous sommes de nouveau à Phuket. « La mousson avait commencé ». Un paragraphe (p. 374) nous apprend que Thaï était revenu avec sa femme ; qu’Otto et P’ttit Hip s’étaient séparés, allant chacun dans leur boutique ; qu’Otto avait emmené Taine en vacances à Bangkok, et que P’ttit Hip était allé rendre visite à ses parents à Chainat.


On retrouve ensuite Otto fier de présenter sa boutique à son père. Un père inquiet qui le sermonne de conseils et lui recommande surtout de ne pas échouer cette fois-ci, de recommencer pour de bon. Mais  le chapitre touffu, aux histoires entrelacées, passera de la situation d’Otto à P’ttit Hip, et son départ;  aux retrouvailles de P’ttit Hip avec Lân et Samli ; à leur séparation ;  à la jalousie de Tâ qui reproche à Thaï de revoir son ancienne maîtresse, à leur retour à Bangkok et surtout à l’histoire de Lân. En effet, « personne ne connaissait l’histoire de Lân ». (p.401).


Bref, en fait de nouveau départ, on assistait à un échec généralisé, à la fin de la période Phuket. Revenons sommairement sur chacun.


Otto, malgré les conseils du père, et le succès de son commerce, avait reproduit sa vie de Pattaya. « Très rapidement, la boutique d’Otto devint le point de rencontre de tous ceux  -amis et connaissances- qui voulaient vivre au bord de la plage ; les visites s’enchaînaient. » (p.386) Otto les logeait, les nourrissait, leur fournissait alcool et herbe. L’argent filait entre ses mains.


Mais si Otto ne regrettait pas sa saison « touristique », il fut surpris quand P’tit Hip –qui certes n’avait pas réussi- lui annonça qu’il voulait se ranger, retourner à Bangkok, chercher une situation stable.


Il ne pouvait plus supporter « ces fumiers qui viennent ici pour se biturer, se défoncer et se goinfrer, et puis ils s’en vont ». Ils n’étaient pas comme « leurs amis » (Le Vieux, Shane). Il lui dit que Samlî et Lân avaient subi le même sort. « Au début, y’vait du boulot en pagaille, tu sais. Ces fumiers ont tout bu. » « Il n’y avait même plus assez de fric pour acheter le nécessaire pour travailler ». (p.387) Et on apprendra que Samlî et Lân durent aussi mettre la clé sous la porte.  « L’association des éternels débutants de Thaïlande » était morte.


Lân lui avait donné le coup de grâce en défroquant une nonne et en l’installant chez eux. Samlî ne put supporter son attitude. Lân était parti s’installer chez sa « belle-mère », une prison disait certains, avec sa « directrice et sa femme sa geôlière, déterminées à le mater afin qu’il se comportât en honnête homme. » (p.394). Sa nouvelle attitude s’expliquait peut-être par son passé. En tous cas, ses amis (Samlî, Otto, Thaï) furent surpris quand il refusa d’aller à l’enterrement de son père. Ils lui firent changer d’avis en l’accompagnant aux funérailles. Ce sera pour nous l’occasion de connaître l’histoire de Lan. (pp. 401-408. Fin du chapitre 11).


En effet, avions-nous dit, « personne ne connaissait l’histoire de Lân », « et celui-ci ne s’était jamais confié  à personne, n’avait jamais sollicité l’avis de quiconque ». Ses amis ne savaient pas pourquoi il était toujours « à cran dans la vie ».


En fait, très jeune il s’était retrouvé déraciné, avec sa sœur Oï, chez  sa grand-mère à Bangkok. Lân entrait en cinquième année de primaire. Lân n’aimait pas la maison ; où vivaient aussi sa tante et ses deux cousins du même âge –avec qui il se querellait souvent-  et une jeune cousine. Il devait s’occuper de sa sœur. Il avait le sentiment que sa grand-mère leur en voulait.

Un jour, il ne put supporter qu’elle giflât plus fort sa soeur pour un plat de riz -qu’elle disputait avec sa cousine- et  qui était tombé. Le lendemain, il était rentré avec sa soeur à Khon Kaen,

 

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chez ses parents. Il eût droit à des coups de baguette. L’année suivante il était envoyé en pension. Il s’y était senti seul, accablé. « Il n’avait personne pour le faire sortir. Il n’avait que son carnet de croquis et ses aquarelles pour l’emmener loin ». (p.403) A la fin de la huitième année, il voulut « poursuivre ses études dans une école de beaux-arts, mais sa mère s’y était opposée. « Qu’est-ce tu ferais pour gagner ta vie ? » Il avait poursuivi deux ans de plus dans une autre école secondaire, mais ses notes étaient lamentables. Il avait été injurié mais il avait maintenu son désir de faire une école de beaux-arts. De guerre lasse, son père avait cédé. Il était alors retourné chez sa grand-mère. Il avait dix-sept ans.


Le gain d’un billet de loterie lui permit d’acheter un pantalon comme ses autres camarades. Mais sa mère lui fit une scène, lui reprochant de ne pas avoir partagé. D’ailleurs sa mère « pestait » toujours et à la fin de l’année scolaire, Lân n’était pas rentré chez lui et avait travaillé comme aide-potier  d’un professeur. Il avait donné à sa mère tout l’argent qu’il avait gagné. « A dater de ce jour, Lân avait toujours trouvé suffisamment d’argent pour étudier », comme aide-potier ou en fabriquant « des bricoles, des bracelets, des bandeaux, des écussons, des colliers, même des mouchoirs qu’il mettait e dépôt dans des magasins de cadeaux ».

En troisième année, il avait investi avec quelques camarades dans un magasin de cadeaux et d’articles en cuir à Bang Lamphoo. C’était là qu’il avait connu Jâ, le Vieux et Chouanchoua,  qui venaient mettre en dépôt leurs sacs en cuir. Il n’avait plus vu l’utilité de continuer ses études. Il avait abandonné la boutique et « était allé travailler comme concepteur dans un cabinet d’architecture d’intérieur ». (p.407) Il avait aidé son père à construire sa maison à Bangkok, faisant le plan, prenant part à la construction, choisissant la décoration. Il avait été complimenté sauf par sa mère qui se plaignait toujours, lui reprochant de ne pas avoir terminé ses études. Il n’était pas resté avec sa famille, mais tenait à lui donner une part de son salaire.


Et puis sans transition, ni explication,  nous apprenons qu’ « il s’était installé à  Phuket pour créer l’Association des éternels débutants de Thaïlande avec Samlî et P’ttit Hip. Il n’avait envoyé de l’argent à sa mère qu’une seule fois, et n’avait plus osé rentrer. Il avait fallu l’injonction de ses amis pour qu’il vienne aux funérailles de son père. Le chapitre se terminait avec sa décision de rentrer pour prendre soin de sa mère. Il « était désolé de l’avoir déçue. Désormais, il s’efforcerait d’être un homme nouveau, promettant de « repartir de zéro. » (p.408)


Nous étions surpris de voir en titre au chapitre 12 « Le parcours de Thaï ». (pp. 409-476. Un long chapitre) Les chapitres 6 et 8 lui avaient déjà été consacrés. Et à la fin du chapitre 10 (pp. 367-371), le roman avait évoqué les retrouvailles chaleureuses et émouvantes de Thaï avec sa famille, sa femme et son enfant à Bangkok.


Mais le roman avec ses retours en arrière incessants n’est pas de lecture aisée, car le chapitre commence sur Chouanchoua qui a promis à Samlî de garder le restaurant de Thaï afin qu’il puisse partir à Bangkok convaincre sa femme de revenir, pour ensuite apprendre qu’elle était revenue et était repartie. Bref.


Le chapitre évoque la solitude d’Otto ressentie après les funérailles du père de Lân, et à ses deux amis qui l’ont quitté. Il songe au passé, aux différentes bandes et aux boutiques de Pattaya, de la Scala et du Lido, constatant que « des amis arrivaient, et se rassemblaient et, au fil du temps, devaient se séparer pour suivre chacun leur chemin ». Pourtant la seconde saison touristique d’Otto avait été une réussite. Il avait remboursé Thaï et conservé un capital pour la saison suivante.


Le chapitre se centrera ensuite sur Thaï, plus que jamais accroc et souvent défoncé. Sa femme d’ailleurs lui reproche dans une lettre de les avoir laissés pour la marijuana. Thaï n’avait plus que la peau et les os, avait désormais des pertes de mémoire. Il planait et dormait presque toute la journée. Il passait pour fou ; il était devenu « le cinglé ». Otto passait de temps en temps, mais ne restait plus. Thaï était déprimé, désespéré. Ses associés l’incitaient à vendre son restaurant.


Heureusement ses amis avaient réussi à le mettre dans le car de Bangkok. On retrouve Thaï avec sa famille. Sa mère se rend compte qu’il est en piteux état, que sa santé s’est détériorée; qu’en 5 ans depuis qu’il a son restaurant, il a parcouru une série d ‘épreuves, qu’il n’est pas heureux. Elle lui exprime toujours son espoir de le voir enfin « caser » avant de mourir. Sa femme pleure,  se reprochant de n’être pas revenue pour l’aider. Il est touché.

 

Il voit que sa mère a « adopté » sa femme ; qu’elle lui laisse la charge de la maison. Il apprend que Tâ a dit à sa mère qu’il était drogué, et qu’elle lui avait interdit de lui écrire à Phuket, espérant son retour. Elle a mis son enfant à l’école  maternelle, bien décidée à ce qu’il ne reparte plus à Phuket.


Thaï songe alors à son passé et à la force de l’oubli. «  Les épreuves passent. Elles deviennent des souvenirs. » Il se souvient de la revanche qu’il voulait prendre contre Yong qui l’avait volé. Il y voyait le côté positif, la leçon à en tirer. Il pensa à son père, à sa sœur à marier, à son enfant à l’école, à son avenir … Il comprenait enfin pourquoi son père « s’était comporté  comme il l’avait fait ». « Il avait laissé passer les années, sans penser à personne d’autre qu’à lui-même. Mais ce jour-là, en voyant entrer son fils de l’école, Thaï s’était rendu-compte que le moment était venu. Tu ne peux plus ne penser qu’à ton propre plaisir. Tu dois agir pour ta famille, ta femme, et ton gosse ». (p.474)


Il était enfin prêt à reprendre la boutique, le gold shop. Sa femme approuva sa décision avec élégance. « La vie est un drôle de truc, pensa-t-il. »  Il  constatait qu’il était devenu finalement ce que son père avait voulu qu’il soit. Thaï et Tâ parlèrent de l’avenir, de la famille, de Thor et de l’enfant à venir. « Il s’endormit, cette fois-ci heureux. » (p.476 La dernière phrase du chapitre)


Au dernier chapitre (le 13 ème), intitulé « La filière allemande » (pp. 477-519), on retrouvait Chouanchoua, Otto et Samlî qui avaient accompagnés Thaï au bus pour Bangkok. Leur première pensée sera d’aller chercher une bouteille de whisky au restaurant de Thaï pour aller fumer et se saouler, et se raconter « des histoires concernant leurs amis », en les injuriant ; pour les oublier avec d’autres bouteilles. Ils iront en discothèque et rencontreront Yon (le proprio de Bong Hill où tout le monde va fumer) qui étaient avec troisfarangs allemands. Les présentations furent faites ; il y avait Harry, et sa femme Kris et sa petite sœur Else. Ils continueront à boire, à s’amuser. Otto un moment, s’énervera d’apprendre que Thaï a décidé de vendre son restaurant à Peutt. Et puis il fera connaissance avec Else apprenant qu’elle restait à Phuket deux semaines et une semaine à Bangkok avant de repartir au pays ; elle passera une semaine dans son bungalow. Elle repartira en lui promettant de lui envoyer un billet d’avion. On assistera encore à d’autres beuveries, évoqueront d’autres histoires comme celle de Lân à poil sur la plage après avoir pris des champignons. Ils reverront les farangs allemands, auront ensemble des sacrées cuites.


On apprendra que Chouanchoua est à Phuket depuis un mois, qu’il est fauché et qu’il n’a rien écrit, et qu’il partira dans 17 jours. En attendant il décida avec Otto de faire attention, pour avoir quand même de quoi boire. Chouanchoua dissuada Otto de prendre dans son capital (il avait 30 000 baths à la banque). Mais certains soirs, ils n’avaient rien à boire et la vie devenait « insipide ». La gaité ne revenait que lorsque Samlî venait les voir avec une bouteille. Otto en eut assez de crever de faim et prit sur son capital. Chouanchoua promit de le rembourser. Un soir, ils se demandèrent comment cela serait quand ils seraient vieux, Otto se voyait encore  dans un « Club des citoyens âgés », où tout l’argent serait en commun, dans une communauté au bord de mer ; avec un travail léger dans  la journée, et la picole le soir. 


Et puis, ils virent arriver deux voitures, avec Thaï, sa femme, trois hommes dont un farang. Thaï était « remplumé, son teint est clair, il a l’air  plus robuste qu’avant. Ses cheveux bien coiffés, « coupés court et ses vêtements propres lui donnent un air distingué, respectable ». (p.514) Nul doute, il avait changé. Voilà un mois qu’il n’avait pas fumé.


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Il était venu pour louer son restaurant. Il savait que son temps sur l’île était terminé. L’avant vieille il avait organisé la dernière fête avec ses amis Otto, Chouanchoua, Samlï, Peutt et ses anciens associés,  au restaurant de Yon. Otto et Choauanchoua repartiront sur Bangkok avec Thaï et sa femme.


Le roman se terminera sur une conversation, où Thaï suggérera à Chouanchoua d’écrire un roman sur « l’histoire d’Otto ». « Toutes les anecdotes qu’ils ont échangées sur Otto peut constituer une histoire intéressante, une histoire qui vaut la peine d’être écrite. Ça peut donner un roman d’un type nouveau. ».


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Et il songe à l’introduction avec Otto qui part en Allemagne rejoindre Else, avec tous ses amis venus lui dire au revoir ; « Thaï, Tâ, (lui), Samlî, le Vieux, Met kanoun, P’tit Hip, Toui Italie, Lân … » et puis un flash-back « sur le jour où Otto a tiré sur le mec, et ensuite, scène par scène, Chumphorn, Patpong, Pattaya, la Scala » … (pp.518-519)


Chart Korbjitti terminait son roman avec la date « Décembre 1987 » et un PS : « A l’heure actuelle, Otto a ouvert un restaurant thaï en Allemagne.» Attestant ainsi que le roman s’était bien écrit à partir de son vécu. On se souvenait alors de la dédicace :


 « Les personnages de ce roman existent réellement et y figurent sous leurs vrais noms ou sobriquets »

                                          _____________________

 

 

Chart Korbjitti a donc raconté une période de sa vie, l’histoire de ses copains, le Vieux, Thaï, Otto, Lân, P’ttit hip, Lân ... qu’il a rencontré à Pattaya, Bangkok, et à Phuket … pour vivre selon un mode de vie particulier : une forme de communauté ouverte, où on se retrouve enfin de journée pour faire la fête, discuter sur les uns et les autres, boire, fumer jusqu’à l’ivresse, la défonce pour certains.


Mais si on retrouvera pour chaque période, la joie de se retrouver le soir, le plaisir de discuter, de boire et de fumer, chacune sera différente. A Pattaya, on sera dans l’ambiance plage, la communauté, le look hippie, avec un noyau qui se retrouve dans la boutique de Nit. Son départ provoquera d’ailleurs la fin de cette « aventure ».


Certains se retrouveront à Bangkok au Saloon, pendant un an, dans  la boutique de fringue de Jâ, et/ou au Cinzano, la boutique de Samlï et de P’ttit Hip. L’ambiance sera déjà différente car on est désormais en costume/cravate et parmi la classe moyenne qui se retrouve après le travail.  La période « saloon » sera plus faste tant que Jâ aura de l’argent, ensuite l’alcool sera moins festif, et Samlï, P’ttit Hip et Otto qui les avait rejoint après la fin du saloon, n’auront plus les moyens de vivre ce mode de vie.


On voit alors des gens que l’on ne connait pas, qui « profitent », boivent le peu qu’ils gagnent. L’alcool, la drogue commencent leur ravage. Et P’ttit Hip et Samlï, Lân quitteront Bangkok pour tenter une nouvelle aventure à Phuket. Otto les rejoindra et créera sa boutique. Et Thaï son restaurant. On n’est plus dans UNE communauté. On gardera le plaisir de se rencontrer pour discuter, se saouler, se défoncer. Seul Otto  reproduira la vie de Pattaya avec sa boutique devenue un nouveau point de ralliement, un point de rencontre où on trouvait logis, nourriture, alcool et herbe.


Mais ils vont aussi connaître désormais d’autres réalités de la vie : les disputes, les relations qui se détériorent entre Samlï, P’tit Hip, et Lân ; et P’ttit Hip rejoignant Otto, la vie conjugale pour Thaï, l’adultère et le départ de sa femme, la déprime, l’addiction à la drogue, la vie en couple pour Lân et la mort de son père …


Et puis la fin de Phuket.


P’tit Hip voulant se ranger, et retournant à Bangkok, pour chercher une situation stable. Lân restant à Bangkok, à la mort de son père pour prendre soin de sa mère. Thaï, après 5 ans, décidant de vivre désormais avec sa famille, sa femme et son fils, en reprenant avec sérieux, le commerce familial. Le Vieux qui était parti au japon avec sa japonaise. Et Otto qui ira rejoindre son allemande Else et qui, nous dit Korbjitti, ouvrira un restaurant thaï.


Et Chart Korbjitti en fera un roman.


Une histoire « thaïlandaise » ( ?) où des jeunes à un moment de leur vie avaient eu le sentiment de vivre quelque chose de différent, en rupture avec la famille, un mode de vie, qui avait le goût du bonheur et de la liberté, avec le partage des histoires entre amis, de l’alcool, de la drogue, jusqu’à l’ivresse et la défonce.


Mais cela n’avait duré qu’un temps. Et chacun s’était rangé, avait retrouvé la famille, une vie plus traditionnelle, plus conformiste.

 

 

Curieusement, un roman « thaïlandais » où n’apparaissait nulle référence à la Thaïlande. Aucune description, aucune référence au royaume, au bouddhisme, à la société thaïe, à l’actualité ... On était loin du mouvement hippie qui avait critiqué l’ordre établi, contesté la société de consommation, cherché d’autres formes du vivre-ensemble, d’autres valeurs, d’autres accès au « réel » …

 

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*Asphalte éditions, 2010, pour l’édition française. Traduit du thaï par Marcel Barang. (Décembre 1987, Edition originale en 1988.)


** Le roman de 519 pages contient 13 chapitres :


1/ Balises. (pp.11-16) (5 p.) 2/ Glougou-blabla. (pp. 17-36) ( 19 p.) 3/ Ort en cavale. (pp. 37-61). (24 p.) 4/ L’histoire du vieux (pp. 63- 125) (52 p.) 5/ Lorsqu’Otto sortit de prison. (pp. 127-136) (9 p.) 6/ L’histoire de Thaï (pp.137-195)  (58 p.) 7/ Cette moto s’appelle Tobi. (pp.197-217) (20 p.) 8/ La chanson de Thaï. (pp. 219-288) (69 p.) 9/ l’itinéraire d’Otto (pp.289- 340) (51 p.) 10/ Un malheur n’arrive jamais seul. (pp. 341-371) (30 p.) 11/ Retour à la case départ. (pp.373-408) (35 p.) 12/ Le parcours de Thaï. (pp. 409-476) (67 p.) 13/ La filière allemande. (pp. 477-519) ( 42 p.)



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