Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur blogthailande@yahoo.fr

19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 23:01


TITRE2ème partie.
Histoire, et les composantes de la catégorie sociale chao khao. 

 Histoire.

Yves Goudineau et Bernard Vienne distinguent donc dans leur article trois périodes, trois situations historiques (*) : 

 

  • La Thaïlande avant les Thaïs. Les peuples de langues austroasiatiques  occupent depuis plusieurs millénaires toute l’Asie du Sud-Est continentale. Il y eut à la fois des groupes dispersés, et aussi des Etats indianisés comme ceux des Môns


MON 2

 

  •  et des Khmers que les Tai durent affronter. Une hypothèse avance l’idée que les Lawa étaient déjà là au nord.  (Cf. nos 5 articles sur cette période.**)

 

  • La formation des premiers royaumes thaïs. Les premiers Karens arrivèrent dès le VIIème siècle 


KAREN 3

 

  • et ce fut ensuite les différentes vagues de Birmans, Siamois, Laos, en sachant nous dit Dovert, qu’« Entre le XIe et le XIIIe siècle, les empires de Pagan (Birmanie), du Champa, et d’Angkor dominent l’Asie du Sud-Est. On n’y trouve toujours guère de trace des Tai, sauf à travers la présence d’esclaves de cette communauté à Pagan ou au Champa». (In « La Thaïlande prête pour le monde «  in Thaïlande contemporaine, op. cit.). Toujours est-il que « différentes chroniques et sources épigraphiques relatent qu’en 1220 ( ?) les habitants de Sukhotai chassent le gouverneur khmer, et qu’en 1238 le roi Si Intharathit 


INTHARATHIT 4

 


  • fonde le premier royaume tai de Sukhotai, et qu’en 1262, le roi Mangrai fonde à Chiang Raï, le royaume de Lan Na. »***

 

 MANGRAI 5

 

L’espace montagnard du nord, « dans le cadre de relations mouvantes entre royautés », les conflits entre Tai, les guerres contre les Birmans  restera quasi-identique durant des siècles, avec sa population  disséminée, son espace sans frontières bien définies, son organisation tribale, son autonomie identitaire, ses traditions et son assujettissement au vainqueur du jour. « Ni mouvements migratoires d’amplitude, ni redistribution du peuplement n’ont suivi les expéditions birmanes contre le royaume de Lan Na. ». « Jusqu’à ce que interviennent les nouveaux rapports de force imposés  par l’expansion coloniale. »

 

  • L’ordre colonial.

 

Alors tout va changer. Yves Goudineau et Bernard Vienne traiteront cette période dans leur chapitre : « Frontières et migrations depuis le XIXème siècle. »

Jusqu’au milieu du XIX ème siècle, la population des régions montagneuses du nord de la Thaïlande, est à faible densité et vit dans un espace sans frontières fixées, « où l’appartenance à tel ou tel Etat était plus souvent des relations d’allégeance reconnues que d’une emprise sur l’espace ».

 

« La situation a changé lorsque les Français et les Britanniques, dans leurs colonies respectives, ont décidé d’instaurer un contrôle territorial, militaire, et administratif sur les « tribus » montagnardes. » Si certaines tribus furent affectées par la nouvelle économie coloniale avec des systèmes de corvée, le Siam, tout occupé à maintenir son indépendance et à légitimer son Etat national dans des frontières reconnues, ne prendra pas en charge les montagnards et les laisseront dans un vide politique et juridique, et donc « sans droits, sans citoyenneté, sans vocation à participer à la construction de la nouvelle identité nationale », jusqu’ à la fin de la deuxième guerre mondiale.

 

Autant dire que cela facilitera à la fin du XIXe et le début du XXe une vague de mouvements migratoires causés par la colonisation.  Des Hmongs,


HMONG 6

 

Yao,

 

YAO 7

 

Lahu

 

LAHU 8

 

viendront s’installer et poursuivront leur culture du pavot et la production de l’opium « encouragé » par le marché de l’opium « colonial ».

 

opium 9


(Les  premiers Lahu arrivèrent en Thaïlande vers 1870, les Akha et les Lisu un peu plus tard à la fin du XIXe siècle.) (Note p. 451, op. cit.)

 

Trois « événements historiques » ensuite provoqueront des nouvelles vagues d’immigration et affecteront l’espace montagnard thaïlandais :

  • La prise du pouvoir des communistes en Chine verra les rescapés de la 3e armée du Guomindang  arriver à Mae Salong.


KUOMINGTANG 10


 

  •  Le gouvernement leur donnera un statut particulier (avec des cartes d’identification spécifiques) ; Ils vont considérablement transformer le paysage montagnard (leadership bien connu sur les trafics des stupéfiants, aide à l’armée thaïlandaise dans la lutte contre les communistes, mais aussi urbanisation, culture du thé et des arbres fruitiers, relation avec Taïwan ).
  • La défaite américaine au Viet Nam en 1975 et la prise du pouvoir des communistes au Laos entraineront des nouvelles vagues de migration. 


chute de saigon 11

 

  • (Laos et Vietnamiens, et des Hmong, Yao, Khmu, Htin …)
  • Enfin les dictatures birmanes, leurs conflits ethno-nationalistes, les armées de libération (Kachin, Karen …), les seigneurs de guerre, les trafics ont poussé beaucoup de montagnards  à fuir les exactions  pour rejoindre des « cousins » (relations lignagères et familiales ) déjà installés en Thaïlande. De nouveaux groupes sont même apparus comme les Dara-Ang, Tongsu, Kachin, etc.

 

Le schéma historique ici présenté permet de deviner la diversité des situations historiques rencontrées, les « micro-histoires » avec  la diversité des origines et des cultures que l’on veut préserver face à un Etat qui veut les intégrer à un seul modèle identitaire, à la citoyenneté thaïlandaise. Toutefois, devant les évidences, les autorités thaïlandaises ont –nous l’avons dit- identifié dix groupes ethniques relevant des chao klao. Nous verrons que leur situation est très différente, même si beaucoup ont un mode vie similaire.

 

Yves Goudineau et Bernard Vienne pour les présenter, vont  distinguer les populations autochtones austroasiatiques, les populations autochtones karen, et les populations migrantes.

 

 

1/ Les populations autochtones austroasiatiques. 

 

Elles sont composées des Lawa, des Khmu, des Htin, auxquels s’ajoutent  des Mlabri (moins de 300 personnes) et certains Wa et Palaung venus dans les années 2000 de Birmanie ( moins de 3000).   Ils « ont en commun outre leur rattachement linguistique et leur occupation ancienne de la région, un mode de culture de la terre et des pratiques rituelles proches. »

Les Thaïs les désignent souvent comme les Lua.

 

Les Lawa. (moins de 17 000)

 

 

LAWA 12


Ils furent « pour partie assimilés aux mueang de Chiang Mai et Sian Tung et pour partie laissés à eux –mêmes dans les montagnes environnantes. » Ils occupent un peu plus de 40 villages (env. de Chiang Mai, Umpai, Mae Hong Son et récemment dans les provinces de Chiang Rai, Nan, Suphanburi et Kanchanaburi). Les Lawa se déclarent majoritairement bouddhistes (60%) ou chrétiens (20%)

 

Les Khmu (env. 10 000)

 

KHMU 13

 

vivant dans 38 villages dont seulement quelques-uns vivent en altitude (800m) avec un mode de vie montagnard. La plupart viennent du Laos. Ils sont venus comme travailleurs pour l’exploitation des forêts de teck dans la deuxième moitié du XIX ème siècle ou comme prisonniers de guerres (surtout ceux de Kanchanaburi).

Les Khmu « constituent un groupe linguistique en voie d’intégration-assimilation » (salariat comme bûcherons, mariages mixtes, adoption du bouddhisme pour un tiers installés au sein de la paysannerie des plaines),   sauf ceux des montagnes attachés à leurs systèmes de croyances.

 

Les Htin (env. 40 000).  

 

HTIN 14

 

Surtout groupés dans le nord-est de la province de Nan dans environ 160 villages, en pente douce, à faible altitude (500 à 600 m), propices à la culture sur jachère de longue durée.

Ils sont venus du Laos (proche de Sayaburi) au début du XXème siècle, avec une nouvelle migration en 1975. Ils se distinguent eux-mêmes comme Mal (ou Kin saloot) et Lua (ou Kin dok deng). Un certain nombre se revendique comme des descendants des premiers occupants. Ils préservent une cohésion sociale liée à un système religieux ancien, mais près de la moitié se disent bouddhistes. Certains se louent comme ouvriers agricoles auprès des Thais et des Hmong, en plus de leur culture sur brûlis, et adoptent le mode de vie thaï.

 

Et les Mlabri ? Les auteurs n’en disent rien.

 

MLABRI 15

 

2/ Les populations autochtones karen. (Yang ou kariang pour les Thais)


 KAREN 16

 

C’est le groupe ethnique tibéto-birman majoritaire avec environ 400 000 personnes (4 à 5 millions vivent en Birmanie) réparties dans plus de 2000 villages de 16 provinces, auxquels il faut ajouter les milliers  de réfugiés installés le long de la frontière. (Combien sont-ils ? Les chiffres avancés vont de 140 000 à 2 millions !))

 

(Le changement de régime au Myanmar en 2011 et la signature d'accords de cessez-le-feu entre le gouvernement birman et les responsables de la KNU le 12 janvier 2012 à Hpa-An va-t-il changer la donne pour les réfugiés ?)*****

 

KAREN FIN PARA. 17

 

C’est une mosaïque ethnique constituée d’une quinzaine de groupes, mais nos auteurs nous donnent les noms des deux principaux (Ces deux groupes constituent à eux seuls 80 à 85 % de l'ensemble des Karens), à savoir le Karen Sgaw et les Pwo Karen, auxquels ils ajoutent quelques villages kayah (bwe ou « karen rouge ») et pa-o ( tungthu ou « karen noirs »). (Avec leurs « femmes éléphants »)

Les Sgaw constituent le groupe le plus important ; ils prédominent dans l’État Karen, mais habitent aussi des villages de part et d’autre de la frontière thaïlando-birmane depuis le sud du Shan jusqu’au Tenasserim ainsi que dans le delta de l’Irrawaddy et la région de Pegu.


L’histoire des Karen avec le Siam et la Thaïlande est une longue histoire puisque les Karen étaient déjà dans le nord-ouest autour des VI et VIIème siècles. A la période d’Ayutthaya des chefs karen ont occupé des  fonctions officielles, et le roi Chulalongkron avait donné un titre nobiliaire au chef karen Sau Rau.


Mais « il est difficile (aujourd’hui) de généraliser à propos de leur degré d’intégration », tant on peut observer de nombreuses situations. Certains Karen de  Mae Sariang, de Lamphun, ou de Mae Hong Son ont trouvé leur place dans la vie économique et associative, voire dans la politique thaïlandaise régionale et nationale alors que d’autres se voient dénier l’accès à la citoyenneté thaïlandaise. Les conflits à la frontière ont ajouté à la complexité. On peut deviner que leur degré d’intégration doit dépendre de leur date d’installation et de leur localisation en plaine ou dans les basses pentes montagneuses. Il faut noter que les Karen ne cultivent pas le pavot.


3/ Les populations migrantes.


Elles se composent des populations migrantes tibéto-birmanes, avec les Lisu  (env. 30 000) et les Lahu (100 000) de la branche dite « lolo centrale  » et les Akha (70 000) de la branche méridionale ; et des populations migrantes miao-yao (une branche linguistique commune) avec les Yao (45 000) et les Hmong (155 000).


Ces populations migrantes sont arrivées au nord de la Thaïlande vers la deuxième moitié du XIXème siècle et le début du XXème siècle.  Leurs croyances et pratiques religieuses montrent des influences bouddhiques, taoïstes, confucianistes autour d’un noyau qui leur ait propre, avec « la même tradition mythique en ce qui concerne l’origine de l’univers, la place de homme », « propice à l’émergence de mouvements messianiques. » Ils  sont attachés à leur espace social transfrontalier  légitimé par leur attachement à leurs traditions.


Les Lisu.

LISU 18

 

Si on compte environ 30 000 Lisu qui vivent en Thaïlande dans 150 villages dispersés sur 9 provinces (Le plus grand nombre étant dans la province de Chiang Mai), 650 000 env. vivent en Chine, au Yunnan (c’est un des 56 groupes ethniques reconnus), et 250 000 dans l’Etat de Kachin en Birmanie. Ils commencèrent à émigrer à la fin du XIX ème, mais surtout après la 2ème guerre mondiale.        Ils ont des « liens privilégiés avec les Ho (Yunnanais), avec lesquels ils se marient volontiers, en raison aussi de l’implication de ces derniers dans la commercialisation de l’opium et de l’héroïne. » « Si en majorité, ils continuent de vivre de leur agriculture en montagne, (ils restent) encore dans certaines conjonctures, dépendants de la culture du pavot, (mais) de nombreux Lisu s’installent en ville ou à cheval entre les deux mondes. » Certains se sont intégrés économiquement en achetant des rizières en plaine, en s’engageant dans l’industrie touristique, ou en ayant des petits commerces.


Une large partie des villages demeure dans une situation précaire, à la limite de la légalité, si bien qu’ils n’ont toujours pas de carte d’identité.

Les Lisu de Thaïlande n’ayant pas de langue écrite, ils se passent leur histoire de génération en génération sous la forme d’un chant. Aujourd’hui, le chant est si long qu’il peut prendre plus d’une semaine à chanter.


Les Akka. (env. 70 000)


AKKHA 20

 

Les premiers Akkha sont arrivés  en Thaïlande à la fin du XIX ème siècle, mais la majeure partie après 1945 et 1960. « Ils se partagent en trois sous-groupes : les Ulo, les Loimi, les Phami que l’on distingue par leur région d’origine, par certaines variations dans les rituels du cycle cérémoniel annuel, par le costume et la coiffe des femmes. » Ils vivent dans 270 villages principalement concentrés dans le nord de la province de Chiang Rai ( Mae Chan, Mae Salong, Doi Tung, Mae Sai). Ils pratiquent surtout la défriche-brûlis sur de grands essarts et sont aussi engagés dans la production d’opium comme économie d’appoint.


Yves Goudineau et Bernard Vienne indiquent que les Akha ont une très forte identité culturelle, « assise sur l’akha zang  (la manière akha), une organisation lignagère très structurée et une tradition orale ritualisée qui relate les leçons tirées des événements passés ». Ils sont l’une des populations montagnardes les moins intégrées. De nombreux jeunes vivent mal cette double identité akha et thaie, se sentent « dépossédés d’eux-mêmes » et sont la cible privilégiée de la prostitution organisée.


Les Lahu. (env. 100 000)

 

LAHU-BIS.jpg

 

Environ  450 000 Lahu (l’un des 56 groupes ethniques reconnu par les Chinois) vivent au Yunnan. Ils ont commencé leur migration au cours du XVIIème siècle au Laos, en Birmanie, au Vietnam et en Thaïlande, dans les régions de Chiang Rai et Chiang Mai vers 1875. « Les Lahu ont de nombreux sous-groupes ; 6 vivent en Thaïlande, les She Leh venus de Birmanie ont été les premiers implantés et les Lahu Ni, les derniers.


« Les villages Lahu sont situés, de préférence à une altitude élevée, propice à la culture du pavot associée à celle du riz en pente », avec d’autres cultures de rapport (piment, gingembre …) en fonction des opportunités du marché. Toutefois, on voit aussi aujourd’hui de nombreux villages en basse altitude s’engageant dans la culture irriguée quand cela est possible.


Les Lahu font preuve d’une grande adaptabilité et ont répondu aux programmes gouvernementaux de développement. Beaucoup de communautés et de familles « se sont engagées dans le processus de « thaïsation » et se sont intégrés aussi bien dans l’administration que dans le privé. D’ailleurs les mariages interethniques ne sont pas rares. L’identité culturelle, bien que présente a subi de nombreuses influences (chinoises, bouddhiques, chrétiennes). Près de la moitié des Lahu se déclarent chrétiens.

Leur langue est très proche des langues yi de la famille des langues tibéto-birmanes.


4/ Les populations migrantes miao-yao.


En dépit d’une histoire différente et des variations internes considérables  selon les sous-groupes « les Yao et les Hmong sont rattachés à une famille linguistique commune, justement nommée miao-yao ».

Les Yao,

YAO 20

 

qui s’appellent les Mien (personne),  constituent l’un des 56 groupes reconnus par la Chine. Ils sont env. 2 600 000 en Chine et ont migré dans le nord du Laos, du Vietnam, en Birmanie et en Thaïlande, depuis plus d’un siècle, où environ  45 000 d’entre eux vivent dans env. 180 villages surtout dans les provinces de Chiang Rai, Phayao,et Nan.


Ils forment un groupe linguistiquement et culturellement homogène et sont les seuls des chao khao  à posséder un patrimoine écrit avec l’usage des idéogrammes chinois.  Un tiers disent avoir adopté le bouddhisme mais tous restent attachés au culte des ancêtres et à un système religieux aux influences chinoises. (******D’où une littérature conséquente à leur sujet, grâce aussi à une diaspora établie aux Etats-Unis).


Les Mien sont installés à une moindre altitude que les Lisu et les Hmong, traditionnellement près d’un cours d’eau. « Ce qui ne les a pas empêché de produire de l’opium  avant leur reconversion, dans les systèmes d’échange interethniques, leur présence active dans les marchés, et pour certains dans le tourisme et l’artisanat d’exportation (grâce à la qualité de leur tissus brodés), relayé par la diaspora yao.


Et les Hmong (ou Miao). (env. 155 000)

 

HMONG 22


Si les Hmong ne sont que 155 000 personnes en Thaïlande, vivant dans env. 250 villages répartis sur 13 provinces, il faut savoir qu’ils sont 9 millions en Chine (5ème groupe en terme de population parmi les 56 ethnies recensées), qu’ils représentent 8 % de la population laotienne (parmi les 49 ethnies recensées) et plus ou moins 580 000 au nord Vietnam.  Il faut également signaler une importante diaspora avec 2000 personnes  en Guyane, 10 000 en France, 60 000 aux Etats-Unis, sans oublier  l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Allemagne, le Japon, l’Argentine …


Cette diaspora s’explique par le rôle joué par les Hmong dans les principaux conflits de la région depuis la 2ème guerre mondiale, avec les Français et ensuite avec les Américains,  contre les communistes du Vietnam et du Laos. (Et même en Thaïlande contre les forces militaires du CSOC (Communist Suppression Operation Command), selon Yves Goudineau et Bernard Vienne. (sic) ). Les représailles laotiennes et vietnamiennes furent terribles pour cette communauté et se poursuivent contre les irréductibles qui sont restés dans la jungle. En 1975, après la victoire communiste au Laos, beaucoup se réfugièrent en Thaïlande et se retrouvèrent dans des camps.

 

HMONG 23

 

Encore en 2009, on se souvient de l’appel lancé par MSF pour l’expulsion forcée vers le Laos des 4000 Hmong restant dans le camp de Huai Nam Khao dans la province de Petchabun. (Cf.  *******)

 

GOULAG LAOS

 

 

Autant dire que l’histoire des Hmong est complexe, et si certains groupes ont payé le prix fort de l’internement, de l’expulsion, d’autres ont choisi l’intégration économique, tout en conservant leur identité et leur culture, même si une partie se déclare bouddhiste.


Leur économie est duelle ; « Elle repose sur un système agraire qui intègre la culture de riz avec celle du maïs et du pavot sur défriche brûlis de la forêt. »

« Fort de l’expérience acquise comme producteurs d’opium, mieux préparés que d’autres à en assumer les risques, les Hmong s’adaptent bien à la pénétration de l’économie régionale dans l’univers montagnard et à la reconversion de l’agriculture de subsistance en une agriculture tournée vers le marché. Le dynamisme de beaucoup de villages leur vaut en Thaïlande la réputation d’un réel esprit d’entreprise ».  Mais comme les Akka, ils subissent une image stéréotypée négative.


Il faudrait évoquer leur diversité culturelle qui prend la forme visible des sous-groupes avec leur couleur, leurs jupes et coupes de cheveux différentes comme ceux des  Hmông Xanh (vert), Hmông Do (rouge), Hmông Hoa (bariolé), Hmông Den (noir), Hmông Trang (blanc) ; ou leurs dialectes. Bien que la langue hmong appartienne à la famille des langues hmong-mien (miao-yao), il existe de nombreux dialectes dont les deux plus répandues sont le « hmong vert » et le « hmong blanc ».


Autant dire que leur histoire, leur culture, leur économie, selon leur implantation est complexe et couvre des réalités bien diverses. Nous y reviendrons.

 

                      ---------------------------

 

 

Un premier commentaire.


Comme Yves Goudineau et Bernard Vienne, nous sommes conscients que cette première présentation est sommaire. Pouvait-il en être autrement ?

Comment présenter 10 ethnies, dix peuples, dix cultures, dix histoires, dix économies, en 10 pages !


Qui plus est, chacun ayant des micro-histoires, des groupes, qui ont choisi des  stratégies différentes dans leur rapport à la nation thaïlandaise, entre l’intégration, le rejet, leur vie entre deux cultures, deux modes économiques, (voire trois pour certains  avec l’économie illicite de la drogue) leur interaction différente par rapport aux autres communautés, l’administration thaïlandaise, l’économie monétaire, le tourisme, etc.


Qui plus est, avec les différentes situations à l’intérieur de chaque communauté, selon la date de leur immigration dans le pays,  les choix familiaux et individuels, entre la montagne et le plaine, le système montagnard et le développement national, le village montagnard et la ville, la langue de la communauté et le thaïlandais, la culture traditionnelle et l’école nationale,  la religion traditionnelle,  le bouddhisme et le christianisme, et les nouvelles « religions » de la consommation et de l’internet.


Yves Goudineau et Bernard Vienne terminent leur article en évoquant  «  le risque aujourd’hui pour les  montagnards (est) d’être marginalisés, culturellement et économiquement, par l’intégration accélérée du système montagnard dans le développement national », et aussi socialement par les dérives de la prostitution, de la consommation de la drogue, et de la délinquance dont les dégâts, en l’espace d’une décennie, sont considérables.

Nous reviendrons sur l’histoire et la situation de ces « ethnies » montagnardes.

 

Nota. Yves Goudineau et Bernard Vienne n’évoquent pas la situation des travailleurs sans papier. ****

 

 

------------------------------------------------------------------------

 

 L’Etat et les minorités ethniques, La place des « populations montagnardes » (chao khao) dans l’espace national », de Yves Goudineau et Bernard Vienne, p. 443-472,  in « Thaïlande contemporaine », Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011.

 

** Cf. « Notre  histoire », de 5 à 9.

« Nos  articles précédents précisaient :

  • que les « royaumes » môns, étaient en fait un ensemble de cités/états que l’on (re)découvre au fil des fouilles en Thaïlande comme Nakhon Pathom, Khu Bua, Lopburi, Si Thep et U Thongdans la plaine centrale de Thaïlande, ou  des cités/royaumes comme Lavo et Haripunchai (Cf. en Birmanie : Thaton (Suvannabhumi ou suvannaphum (nom également revendiqué par la Thaïlande) ), et Hanthawaddy).
  • Que ces cités/états représentaient une grande civilisation dite de Dvaravati (dont nous avons donné quelques éléments). 
  • Mais que malheureusement, ces « royaumes » étaient sans Histoire et donc très peu connus. 

Toutefois nous avions vu que les vestiges de la civilisation khmère englobait de vastes territoires aujourd’hui thaïlandais, du XIe siècle au début du XIIIe siècle. »

 

*** http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-notre-histoire-la-conquete-du-siam-par-les-muang-99006690.html 

 

**** Cf. le blog de Michèle Jullian pour la situation des Karens en Thaïlande

http://michjuly.typepad.com/.services/blog/6a012876c02e5d970c012876c02e65970c/search?filter.q=karen 

« Je parle donc souvent des Karens. Pour qu’il n’y ait pas de confusion, j’aimerais rappeler que les Karens vivent depuis des centaines d’années dans ces régions entre Thaïlande, Chine et Birmanie. A l’époque de frontières indécises, ce peuple, venu du sud de la Mongolie, vivait et continue de vivre dans la forêt. Quand les frontières furent définies entre les deux pays et lorsque le royaume de Lanna (le nord de la Thaïlande), fut rattaché au Siam, les Karens se trouvèrent, séparés, les uns sur le territoire thaïlandais, (« ceux qui ont eu de la chance »),  les autres sur le territoire birman  (« ceux qui n’eurent pas de chance »). […] Il y a également de nombreux Karens illégaux - ils sont environ 2 millions – travaillant sans papier sur le territoire thaïlandais »


***** http://observers.france24.com/fr/content/20130620-refugies-birmans-thailande-retour-karen-birmanie-rebelles-camp 

Cela fait plus de 25 ans qu’ils vivent en Thaïlande. Mais les 140 000 réfugiés birmans ayant fui la guerre civile ne s’y sentent plus les bienvenus. Malgré leur avenir plus qu’incertain en Birmanie, les organisations humanitaires les invitent fortement à se préparer au retour.

Depuis que le régime militaire a été remplacé par un gouvernement civil en 2011, plusieurs accords de cessez-le-feu ont été signés avec des groupes rebelles issus d’ethnies minoritaires. Des accords certes fragiles mais qui laissent penser aux organisations humanitaires que les quelque 140 000 Birmans réfugiés sur le sol thaïlandais pourraient rentrer chez eux. 

 

Si le Haut-commissariat aux réfugiés (UNHCR)  affirme qu’il n’y a pour l’heure pas de calendrier, l’organisation a toutefois commencé à organiser des ateliers pour préparer les déplacés au retour. En parallèle, la Mae Fah Luang Foundation, une organisation thaïlandaise financée par la monarchie, a distribué des questionnaires aux réfugiés, leur demandant entre autres ce qu’ils espéraient pour le futur : rester en Thaïlande, retourner en Birmanie ou s’installer dans un autre pays.

 

« Les préjugés raciaux des Birmans, les propos d'Aung San Suu Kyi sur les minorités, qu'ils considèrent comme trop vagues les incitent à la vigilance tant qu'ils ne pourront pas compter sur une autonomie pleine et entière. Dans les zones libérées le long de la frontière thaï, de jeunes combattants continuent à s'entraîner. »

 

Untitled-1.jpg

****** Les Yao. Dossier en anglais :

http://www.hilltribe.org/mien/

Biblio en français :

http://data.bnf.fr/11962613/yao__peuple_d_asie_/

 

Wikipédia. « En Thaïlande, les paysannes Yao gardent en permanence autour du cou un boa de fourrure rouge écarlate. Leurs enfants sont coiffés d'un bonnet brodé avec trois gros pompons symbolisant le bonheur, la richesse et la longévité.

Les vêtements sont tissés par les femmes et richement décorés de broderies parfois très fines. Des parures de bijoux sont ajoutées à l'occasion des fêtes.

Les paysannes Yao ont une caractéristique particulière : elles ne coupent leurs cheveux que deux fois dans leur vie, une fois à 18 ans et une fois à 38 ans ; c'est en effet, pour leur ethnie, un critère de beauté. Elles coiffent leurs cheveux en les remontant sur leur tête, et en ajoutant à leur coiffure des cheveux déjà coupés ou tombés, qu'elles ont reçus comme héritage de leur mère et de leur grand-mère. »


Les Hmong.


SOUS – GROUPES : Hmông Xanh (vert), Hmông Do (rouge), Hmông Hoa (bariolé), Hmông Den (noir), Hmông Trang (blanc).

Le tableau ci-dessous peut aider à identifier les différents groupes. 

 

Jupe

Coiffure

 

Hmông blanc

Tissu écru

Tête rasée sur le pourtour, touffe au sommet, turban

 

Hmông vert

Couleur indigo

Cheveux longs tombant sur les épaules, chignon après le mariage

 

Hmông noir

Couleur indigo

Cheveux longs, turban

 

Hmông rouge

Couleur indigo, broderies

Cheveux longs, pris dans une coiffe avec des pompons rouges

 

Hmông bariolé

Couleur indigo, broderies

Cheveux longs mêlés à des cheveux postiches, foulards de couleur rouge ou verte

 

 

Bibliographie wikipédia :

  • Philip Blenkinshop, La Longue Traque in Le Monde 2 no30, juin 2003, p. 125-135
  • M. David (Lieutenant-colonel), Guerre secrète en Indochine. Les maquis autochtones face au Viêt-Minh., Panazol : Lavauzelle, 2002.
  • Grégoire Deniau, Guerre secrète au Laos, Envoyé Spécial, France2, diffusé en 2005.
  • Pierre Dupont-Gonin, L’opération H’mong en Guyane Française, en 1977 : Les tribulations d’une ethnie ; un nouvel exode d’Extrême-Orient en Extrême-Occident, Préface de René Rémond, in “Péninsule - Collection Rapports et Documents - Etudes Orientales” Olizane, 1996
  • Marie-Odile Géraud, Regards sur les Hmong de Guyane française : Les détours d'une tradition, Paris : L'Harmattan, 2000.
  • Jane Hamilton-Merritt, Tragic mountains. The Hmong, the Americans and the secret war for Laos,, Bloomington and Indianapolis : Indiana University Press, 1993/1999.
  • Jean Lartéguy (avec la collaboration de Yang Dao), La fabuleuse aventure du peuple de l’opium, Paris : Presses de la Cité, 1979.
  • Chô Ly, Variation sociolinguistique : Étude comparative de l’influence du français et de l’anglais sur le hmong des Hmong de la diaspora à travers le phénomène de l’emprunt : Thèse de doctorat soutenue à l’université de Strasbourg II, non publiée,‎ 2004.
  • Jean Mottin, History of the Hmong, Bangkok, Odeon Store Ltd, 1980.
  • Nicolas Vidal, Les jungles perdues. Lectoure : le Capucin, 2003.
  • Michel Marceau, Les Hmong de Guyane, Paris : Ibis Rouge, 1996.


*******

http://www.msf.fr/actualite/articles/quand-msf-denoncait-rapatriement-force-hmongs-vers-laos

Cf. aussi le geste du colonel Robert Jambon, Commandeur de la Légion d’Honneur :

 

 

 

« A Dinan, un jour de décembre 2011, face au monument aux mort de l’Indochine, le colonel Robert Jambon, Commandeur de la Légion d’Honneur maintes fois médaillé mettait fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête. Il voulait alerter l’opinion publique sur la trahison de la France et surtout de ses dirigeants, envers le peuple Hmong. Ce geste qu’il avait qualifié comme son dernier « acte de guerre » avait fait le tour des médias. Mais qu’en est-il de la situation des Hmong au Laos après l’acte exemplaire de fidélité et de courage du vieux soldat ?

  http://www.soldatsdefrance.fr/Dernier-acte-de-combat-d-un-grand-Soldat-de-France-le-Colonel-Robert-JAMBON_a920.html .

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Thaïlande
commenter cet article

commentaires