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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 23:01

 DSC00642ห้วยเม็ก Huaymek est un petit amphoe situé à l’extrême ouest de la province de Kalasin, au mileu des rizières et des champs de canne à sucre, 9 tambon, 80 petits villages pour une population totale de moins de 50.000 habitants.

Le tambon de Huaymek proprement dit comprend 12 petits villages pour une population de 9.000 habitants environ. Il est, à vol d’oiseau, à 35 kilomètres de Kalasin et à 60 de Khonkaen. Vous ne le trouverez sur aucun guide touristique, mais il présente le charme de tous ces petits villages assoupis de notre Isan.


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Les " attractions touristiques " les plus proches, ce sont d’abord bien sûr le Musée des dinosaures (Sirindhorn museum - พิพิธภัณฑ์ไดโนเสาร์สิรินธร) de Sahatasakan (สหัสขันธ์)

 

 

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dont Tida, l’épouse de notre ami paléontologue Romain Liard est l’une des géologues. La construction du magnifique pont de Thépsuda (สะพานเทพสุดา)

 

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sur une branche du grand lac artificiel Lampaodam, (ลำเปาดำ) nous en facilite l’accès (une cinquantaine de kilomètres). Les dimanche et jours fériés, les habitants se retrouvent volontiers sur la plage aménagée au sud du lac à une quarantaine de kilomètres, Hatdokkét (หาดดอกเกด).

 

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Citons encore pour les pieux bouddhistes et les amateurs d’antiquité le djedi (phrathat) Ya khu (พระธาตุยาคู), vestige de l’ère Dvaravati, situé à une quarantaine de kilomètres sur le territoire de Kamalasaï (กมลาไสย).

 

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S’agissant d’un « phrathat », ce n’est pas un vestige ordinaire puisqu’il contient des reliques de Bouddha. Il existe enfin un lieu de pèlerinage vénéré et non encore dépravé par les « marchands du temple » la fontaine miraculeuse de Sakdisit, (บ่อน้ำศักดิ์สิทธ์) ce qui signifie tout simplement « le puit sacré » à une quinzaine de kilomètres de l’amphoe, à proximité du village de Ban krabak (บ้านกระบาก).

 

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Les dévots viennent « boire à la fontaine et s’y laver », comme à Lourdes, ils sont de plus en plus nombreux mais les lieux sont encore (pour combien de temps ?) dans la même état de simplicité que devait être Lourdes en 1859.

N’ayons enfin garde d’oublier ce que nous considérons comme l’un des plus beaux temples de la région, pratiquement inconnu de tous les guides anglo ou francophones, le Wat Phuthanimit


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(วัดพุทธนิมิต) appelé aussi Wat phoukhao (วัดภูค่าว) situé à une vingtaine de kilomètres de Sahatasakan et pour les coquets et les coquettes Banphon (บ้านโพน), village de la soie où de nombreux artisans proposent de la belle marchandise… même s’il faut un peu chercher.

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Notons, pour en terminer que le village (ห้วย huay, c’est un ruisseau) titre son nom du เม็ก (mek), « syzigium gratum », un grand arbre qui pousse volontiers au bord des champs, dont les feuilles ont des vertus médicinales et le fruits sont comestibles.

 

ดาวน์โหลด

 

La découverte !


Le samedi 28 juin toutefois, une nouvelle retentissante va sortit le village de sa torpeur tropicale. Nous y apprenons que le matin, le propriétaire d’un champ au milieu des rizières y avait déterré de « gros os » (กระดูกใหญ่) et que, s’agissant probablement de dinosaures, les autorités avaient fait arrêter le chantier.

 

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Nous nous précipitons sur les lieux, tout le village était là et ne parlait que de dinosaures, nous prenons quelques photos et les envoyons en fin d’après midi à Romain pour avis. Sur photographies, évidemment, son diagnostic est réservé. Le dimanche, les lieux sont déjà aménagés mais la découverte d’une molaire démontre clairement que c’est une dent d’éléphant


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et non pas de dinosaure !

 

 

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Romain, son épouse et leurs collaboratrices et collaborateurs du musée sont présents sur les lieux le lundi au petit matin. Le lendemain le site était recouvert et protégé par une pancarte comminatoire rappelant qu’il s’agit d’un « site ancien » sur lequel il est interdit de fouiller.

 

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Alors, Romain, éléphant ou tyrannosaure ? Laissons lui donc la parole :


« Quel est la différence entre un tibia d'éléphant et un tibia de tyrannosaure ?

Lorsqu'on choisit d’étudier la paléontologie, science qui étudie les restes d'animaux du passé, c'est une question que l'on se voit poser assez fréquemment. Je me souviens qu'en 2007, lors de l'inauguration du Musée de Kalasin par la princesse Sirindhorn, l'on m'avait demandé de mettre un place une table d'exposition présentant succintement les différences anatomiques entre un éléphant et un dinosaure. Je ne me doutais pas alors que quelques années plus tard ces compétence acquises au laboratoire me serviraient à expertiser un squelette découvert au fond d'un rizière : « Quel est la différence entre un tibia d'éléphant et un tibia de tyrannosaure? » Voila en gros la nature de la question posée par l'un des mes historiens locaux favoris et qui accompagnait des photos d'un spécimen visiblement fossile fraîchement découvert au sein de son village. Je me dois d’être honnête et confesser qu'une première observation de ces photos laissait planer un certain doute quant à la nature des os. Bernard eut tôt fait de m'expliquer le contexte de la découverte et par là-même de dissiper mes doutes : ce n’était pas des couches mésozoïques et certainement pas du dinosaure (j'y reviendrais par la suite). Un reste de méchoui géant a base de bovidés ? Les photos de dents publiées le dimanche après midi sur la page Facebook de Live Kalasin nous permit de découvrir la nature du spécimen :

l'on avait affaire à un éléphant.

Le lendemain donc, direction Huai Mek avec un chauffeur, les géologues du musée et une petite bande d’étudiants. Un court arrêt au poste de police pour signaler notre arrivée et rejoindre Bernard, notre guide local et nous voilà partis enquêter.

Le site étant inondé lors de notre passage nous ne verrons pas grand chose mais un détail va de suite attirer mon attention : des morceaux de céramique dans la boue autour du spécimen.

 

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La présence de poterie associées à un spécimen articulé n'est pas anodine puisque la plupart du temps cela dénote une sépulture. Une sépulture associée à un éléphant ? A ma connaissance rien dans la littérature ne laisse entrevoir que de telles sépultures aient un jour existé ? L'inhumation de Gaur, « Bos gaurus », (1) en compagnie de leur propriétaire est avérée en Asie du Sud- est et notamment en Thaïlande. Pour un éléphant cela paraît douteux compte tenu du symbole que représente un tel animal. Un éléphant de guerre tué durant une bataille et enterrée avec son chef de guerre ? Je divague bien sûr car nous ne pourrons pas en savoir plus sans une fouille détaillée du site.


La suite des événements appartient donc au Département des Beaux Arts qui en Thaïlande est le seul organisme habilité a menés des fouilles archéologiques, quelle soient programmées ou de sauvetage. La première étape consistera probablement en une fouille diagnostique qui permettra de connaître la nature du site et l'ampleur de la fouille à prévoir.  En attendant si jamais vous trouvez un os long dans votre jardin ou votre rizière, avant de crier au dinosaure, rappeler vous ceci :


- Premièrement on ne peut trouver du dinosaure que dans une zone contenant des roches dites "mésozoïque" c'est à dire correspondant à la période durant laquelle les dinosaures ont vécus sur Terre. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est finalement assez courant et étendue comme « zone », surtout en Isan.


- ensuite ces roches doivent être « continentales » c'est à dire quelles doivent s'être formées sur les continents de l'époque à partir des sédiments de l'érosion et ne pas être des dépôts de fonds marins d'époque (aucun dinosaure ne s'étant adapté à la vie marine). Ce type de roche est déjà plus rare.


- finalement, et c'est le point de cette affaire, on ne peut trouver du dinosaure que dans des zones à élévations moyenne voir fortes car il faut que l'érosion actuelle puisse mettre à jour de vaste zone rocheuse afin de simplement  « voir » le fossile.


Un peu partout en Isan les deux premiers points apparaissent clairement sur les cartes géologiques. Le troisième point lui est beaucoup plus localisé puisqu'en dehors des zones montagneuses et des collines témoins du relief passé, point d'affleurement propice à la découverte.


Revenons pour le coup sur l'histoire géologique qui explique un peu la spécificité de notre région.


Dés le Trias (2) l'Isan était un micro-continent perdu au milieu de la Téthys (3)

 

Thétis

 

mais lié à la Chine du sud. Bref une grosse île à très faible élévation globale mais avec possibilité d’une chaîne de montagne située quelque part et alimentant un vaste réseau fluvial. La pénétration de l'inde au milieu du continent eurasiatique a mis fin à cette isolation et a aggloméré tout un tas de micro-continents qui dérivaient vaguement. L'Isan s'est alors trouvé séparé de la Chine via une faille que suit aujourd'hui la rivière rouge, et s'est retrouvé par la même en position élevée (entre 100 et 200 m au-dessus du niveau de la mer). Cette position a donné au passage ce climat si particulier et ce biome (écorégion) de savane tropicale assez propices à la recherche de fossile (précipitation condensée sur une courte période de l'année, humidité réduite en milieu tropical). On remarquera aussi l'influence de l''homme qui s'est chargé au passage de la déforestation malheureusement nécessaire pour mettre à jour la roche contenant les fossiles.


J'aimerais rajouter un dernier point : cette histoire est due au fait qu'en Thaïlande la diffusion fut faite à grande échelle dés les premières découvertes et continue encore aujourd'hui, notamment grâce aux medias et aux musées. Tous le monde en Isan à déjà entendu parler de ce patrimoine et se montre intéressé par la question, à un moment ou à un autre, de prés ou de loin.


Cette découverte, triste ou pathétique pour ceux qui pensaient déjà à la découverte d’un « huaymekosaure » concurrençant le « phuwiangosaure », reste toutefois pour nous chercheurs une vraie richesse. En France, si l'on demande à un Audois ou un Montpelliérain où se trouvent les dinosaures, il y a de grande chance qu'il nous explique qu'après l’âge de 8 ans nous sommes censés nous intéresser à autre chose. Et pourtant tout comme en Isan, il marche dessus...


***

Merci à Romain de ces explications qui nous sont données en langage accessible aux néophytes que nous sommes. C’est un talent que ne partagent pas tous les spécialistes.


Bravo surtout d’avoir déniché au milieu de ce champ de boue dans lequel nous pataugions le 30 juin,

 

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ces morceaux de céramiques qui établissement que nous ne sommes probablement pas en présence d’un cimetière de dinosaures mais d’un site archéologique ou historique sur lequel les découvertes restent à faire.

 

Si lui, son épouse et leurs collaborateurs n’avaient pas été là, qui aurait accordé la moindre attention à cette vaisselle cassée ?

***

Dernières observation ? Cimetière d’éléphant ? Quelques vieux du village ont souvenir de l’ancien propriétaire de ce champs, mort depuis longtemps, qui aurait découvert il y a « soixante-dix ou quatre-vingt ans » au même endroit des ossements d’éléphants ? A l’époque, on ignorait évidemment à Huaymek ce qu’était un dinosaure.

***

 

Les paléontologues ont laissé la place aux archéologues qui étaient à pied d'oeuvre dès le lundi 7 juillet.


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Notons que les habitants du village organisent une surveillance officieuse en sus de la police pour éviter un éventuel pillage. 

Le lendemain, 8 juillet,  en fin de journée l'ossuaire est bien dégagé : 

 

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Le lendemain 9 juillet, les fouilles continuent sous la surveillance d'un jeune responsable :

 

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Le 10 juillet, dernier jour de fouilles, le soi un pick-up emporte les ossements, à Kalasin avons-nous cru comprendre ?


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Le 11 juillet au lever du jour, le site était propre comme un sous neuf, toujours protégé par son auvent et le panneau rappelant qu'il s'agit d'un "site ancien" quil est interdit de fouiller. L'affaire est évidemment à suivre.   


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Sans titre-1(1) กระทิง  (krathing) c’est le plus grand bovin d’Asie-du-sud-est, il n’en subsisterait plus en Thaïlande à l’état sauvage qu’une centaine d’individus probablement métissés d’espèces domestiques. Il en existe au moins un … en France (nous semble-t-il) mais naturalisé, au magnifique Muséum d’histoire naturelle de Bourges ! Voir notre article « A 93. Une chasse au buffle dans la région de Kalasin en Thaïlande ».


(2) 200 ou 250 millions d’années.


(3) La Thétis était un océan existant à l’époque du trias.

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Réactions à l'actualité
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commentaires

Liard Roland et Marie Christine 25/07/2014 19:50


Bravo     pour cet article   et félicitations à tous les deux  Alain et Bernard, pour tous vos articles ..


j'espère qu'on pourra se revoir en Octobre 


Amicalement


Roland et Marie Christine

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 26/07/2014 03:17



C'est la paléontologue contributeur qu'il faut féliciter ! Merci quand même et à bientôt