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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 23:04

 titreIl s’agit ici de proposer une lecture de l’article de Stéphane Dover intitulé « « La Thaïlande prête pour le monde » ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale», paru dans « Thaïlande contemporaine ».* (57 pages)

 

1/ Des origines d’Ayutthaya à Rama VI (1910-1925).

 

Dovert aborde un sujet que nous avons déjà traité, à la fois par le biais de portraits (Cf**. Les Français, le Comte de Forbin,

 

Forbin

 

et  Paul Ganier, le Japonais Yamada Nagamasa,


yamada nagamasa b

 

le Grec Phaulkon, 

 

Constantin Phaulkon

le Danois, le commodore du Plessis de Richelieu),

 

andreas du plessis de richelieu

 

et par des articles spécifiques comme l’article « 90. Des étrangers au service des rois du Siam. » ou ceux sur les Chinois dans « A45. Les Chinois en Thaïlande ? » et « A67. L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande. ».***

 

 

Mais l’intérêt ici est que Dovert présente « l’usage des étrangers » en Thaïlande dans une perspective historique, en commençant par la fondation du Siam.

 

Dovert pose au départ une hypothèse :

 

la réussite du royaume sur le long terme repose largement sur sa remarquable capacité d’assimilation des étrangers sans renoncer à une forte identité nationale.

Toutefois, il tient à préciser que la notion même d’ « apport exogène » pose problème dans la mesure où le fait d’être autochtone ne garantit pas  l’appartenance nationale. (Cf. notre article A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ?) Mais avant de discuter cette hypothèse, relevons les éléments de sa démonstration.

 

Le 1er chapitre est intitulé « Le Siam ou la création d’un ensemble pluriethnique doté d’une unité politique récente et d’un ancrage territorial changeant. »

Parler de  « création » renvoie au passé, à la mémoire défaillante des migrations, aux origines incertaines de l’histoire des Taï, et de l’occupation de ce qui constitue le territoire de la Thaïlande actuelle.

Dovert proposera un petit historique où nous retiendrons qu’évidemment d’autres peuples étaient là avant les Taïs, comme les Karens, les Lawa, les Khmers, les Môns, voire les cités-Etats du Dvaravati,

Dvaravati

 

mais qu’entre le XIème et le milieu du XIIIème siècle, on ne trouve guère de traces des Taï, alors que les empires de Pagan (Birmanie), du Champa, et d’Angkor, dominent l’Asie du Sud-Est.


Il semblerait que l’invasion des troupes des Mongols Kubilaï Khan


Kublai Khan

 

au Yunnan en 1253 ait créé un grand courant migratoire des Taïs qui les a amené à s’installer dans les frontières de la Thaïlande actuelle, et y créer des principautés en profitant de l’affaiblissement d’Angkor. On pense aux royaumes du Lan Na en 1262, du Phayao, et de Sukhotai, qui auraient « remarquablement intégré les populations autochtones » par des alliances matrimoniales, des unions avec des notables locaux, et « en intégrant les modèles des sociétés d’accueil plus qu’en leur imposant leurs propres règles », non sans quelques épisodes violents.

Mais à ce stade, Dovert, bien que  n’apportant aucune preuve, affirme :

« Ce mode de construction identitaire, basé sur une capacité de transformation de l’exogène en endogène apparaît, on le verra, comme une composante aussi permanente qu’essentielle de l’histoire du pays. »


Le  2ème chapitre aborde l’histoire thaïe, mais en commençant avec celle d’Ayutthaya, avec ce titre « Ayutthaya, ou quand les nouveaux venus nourrissent la puissance de l’Etat ».


Ayuthaya carte

 

Nous ne pouvons pas ici reprendre tout le récit historique présenté par Dovert, tant son érudition est grande et truffée de nombreuses références.


Ayutthaya, dit-il, « va succéder pendant plus de quatre siècles à Sukhotai comme centre symbolique du monde siamois » et comme centre du pouvoir. 


Dovert précisera que cet Etat n’était pas le seul  (« au début du XIVème, profitant de l’absence de pouvoir centralisé au sud de la plaine centrale, les petites principautés thaïes de Phetchaburi, Lopburi et Suphanburi avaient prospéré grâce au rôle formateur de leurs monastères ».), mais  en fera fi,  pour faire d’Ayutthaya la seule histoire nationale du Siam et de la Thaïlande, tout en rajoutant que c’est une réinterprétation du passé pour légitimer la notion relativement récente d’Etat-Nation. (Il aurait pu ici être plus précis et évoquer la naissance du  nationalisme au XIXème)

Le premier monarque du  royaume d’Ayutthaya, Ramathibodi 1

 

Ramathibodi

était d’origine chinoise, et « inaugurait clairement la longue liste des personnalités étrangères à la culture thaïe. »


De plus, « le nouvel Etat ne reposait ni sur un ancrage territorial ancien, ni sur une base ethnique ». L’Etat se fondait sur un fonds culturel et religieux môn (et khmer, pourrait-on rajouter, selon les régions), et sur des bases pluriethniques (môn, khmer, chinoise) et se développera avec l’apport de populations étrangères lors des victoires acquises sur l’ennemi. Il est cité par exemple 90 000 Cambodgiens capturés et réinstallés au royaume d’Ayutthaya lors de la victoire sur Angkor en 1393. Ils venaient rejoindre d’autres populations Tai du Lan Na vaincues et « réinstallées » à Chantaburi, Korat et Songhla.

Dovert note la brutalité des relations politiques des Thaïs, mais en citant Coedès, leurs capacités remarquables d’assimilation !

(Brutalité ? assimilation ? Deux mots qui semblent contradictoires, non ? et aucun exemple n’est donné)


Ensuite, Dovert évoque l’ouverture d’Ayutthaya au commerce international et aux communautés étrangères (Nous avons fait un bond de plusieurs siècles !),  donnant en exemple les comptoirs étrangers installés à Ayutthaya au temps du roi Naraï,

 

King Narai Lopburi

 

en précisant que de nombreux de ses ressortissants se sont durablement installés et métissés. (Nombreux ?)


Il poursuit avec la participation des étrangers aux affaires de l’Etat, en citant Phaulkon, le phra klang du roi Naraï ainsi que des Persans pour les rois Songtham (1610-1628)


persan

 

et Prasat Thong (1629-1659), un  Chinois sous Phetracha et un Malais sous Sorasak et un Chinois sous Thaï Sa (1709-1733)  qui selon l’évèque Cicé avait « mis tous ses amis chinois dans les charges les plus considérables » de sorte que ces derniers faisaient « tout le commerce dans le royaume ».

CHinois 2

 

De même il indiquera que de nombreux souverains d’Ayutthaya utiliseront des conseillers et des mercenaires étrangers avec leurs armes nouvelles pour mener de nombreuses batailles. (Il cite Ramathibodi II,

 

Ramathibodi 2

Chairatcha). Et se protégeront avec une garde étrangère. (Il cite la garde japonaise d’ Ekathotsarot (1605-1610) et de son successeur Songtham).


Selon les périodes, les rois recruteront donc  des Occidentaux, ou des Persans, des Mores, des Indiens aux plus hautes fonctions de l’Etat ; et entre la fin du XVIIème et le début du XVIIIème, auront une politique spécifique pour la communauté chinoise, à qui ils accorderont des privilèges, qui « loin d’isoler la communauté du reste des Siamois, ont au contraire facilité leur intégration. En acceptant des titres nobiliaires et en concluant des alliances avec l’aristocratie, les grandes familles siamoises se sont aisément départies de leur sentiment purement communautaire pour épouser la cause du royaume. On a ainsi retrouvé les Chinois à tous les échelons de la société, commerçants bien sûr, mais également maraîchers, éleveurs de porcs, médecins ou comédiens ».


 Faisons le point.


Nous notons qu’au regard du titre de l’article « de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale » nous n’avons pas jusqu’ici la moindre tentative de construction nationale. Le concept n’existe même pas pour les royaumes thaïs de cette époque.


Pourtant son hypothèse de départ confirme sa référence  à « l’identité nationale » (« la réussite du royaume sur le long terme repose largement sur sa remarquable capacité d’assimilation des étrangers sans renoncer à une forte identité nationale. »)

Le 2ème chapitre annonce en titre « Ayutthaya, ou quand les nouveaux venus nourrissent la puissance de l’Etat », et est donc sensé en apporter la preuve.

Certes il  donnera quelques exemples sur le recrutement de quelques  étrangers au sommet de l’Etat, sur celui des mercenaires étrangers, sur les populations déportées  au royaume d’Ayutthaya lors de ses victoires sur ses ennemis, et à la fin du XVIIe sur la politique migratoire d’intégration des Chinois, mais nous n’avons vu là nulle argumentation sur leur assimilation.


« Notre Histoire » démontre même le contraire.


Si quelques « experts » étrangers aux compétences commerciales et guerrières, ont bien occupé des postes importants dans l’administration, jusqu’au conseil particulier de certains souverains, les étrangers étaient identifiés par leur religion et leur nation, et placés dans des camps et neutralisés au temps de Naraï (Cf. Le système des camps et nos articles 89 et 90). Quant aux militaires étrangers, si on pense à la révolte des Macassars

 

MLacassars

 

et des Japonais au XVIIe siècle par exemple, nous n’avons pas là les signes d’une intégration, sans parler des militaires français envoyés avec les ambassades de Louis XIV. (Cf. A89. Louis XIV a voulu coloniser le Siam ? In Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu »). D’ailleurs Petracha, le successeur de Naraï en 1688  n’expulsera-t-il pas tous les indésirables étrangers en commençant par les Français.


Nous avions noté que dans les  « Chroniques royales d’Ayutthaya », il est peu question des étrangers si ce n’est  leurs voisins immédiats avec lesquels Ayutthaya est en guerre en permanence, comme les Birmans, les Môns, les Cambodgiens, les Laos et autres muang thaïs concurrents, comme celui de Chiangmai par exemple. Les victoires s’accompagnent de la déportation des populations vaincues qui vont être utilisées pour les besoins du royaume en tant qu’esclaves de guerre. (Cf. 110. La place du  peuple et des esclaves au Siam.)


Peut-on alors parler d’intégration ? Certainement pas au sens occidental du mot.


Quant aux Chinois, nous y reviendrons, mais nous pensons à l’article de Jean Baffie  « La « resinisation » des Chinois de Thaïlande » et le mythe de la Thaïsation des Chinois de Thaïlande.


         -Baffie.jpg               ________________________

 

Dovert aborde ensuite avec le 3ème chapitre une autre période de l’histoire du Siam en 23 pages, après la fin du royaume d’Ayutthaya rasé par les Birmans en 1767, avec ce titre quelque peu « original » mais explicite : « Bangkok face à la colonisation étrangère ou quand l’humilité politique et adresse diplomatique contribuent à la construction nationale. »

Le titre déjà affiche le point de vue (le parti-pris ?) qui attribue à la politique étrangère siamoise « humilité » et « adresse diplomatique ».

Il reprend donc la chronologie avec Taksin (1767-1782) en signalant ses vastes expéditions contre le Cambodge (1771), la Birmanie (1776), le Laos (1778) qui s’accompagneront de milliers de prisonniers, « qu’il a utilisés pour repeupler le Siam ».

Nous avions montré dans un article que Rama III


RAMA 3

 

avait été encore plus radical en ordonnant la destruction de Vientiane en 1827 et en déportant tous ses habitants en Isan.

Il présente ensuite l’évolution de Bangkok qui de petit bourg commerçant  s’est transformé en à peine un siècle en une « puissante métropole régionale », qu’il attribue en grande partie à la minorité chinoise, qui montre dit-il, « la relation particulière que les Siamois ont su instaurer avec les étrangers ».


Etrangers ou Chinois ?


Le Siam a une histoire particulière avec cette communauté chinoise, déjà en raison depuis des siècles de  sa vassalité assumée avec la Chine, et dans cette période, le fait que les souverains Taksin et son successeur Rama I ont un père d’origine chinoise ; d’ailleurs celui-ci enverra, nous dit Dovert, onze ambassades en Chine en 20 ans et encouragera l’immigration chinoise.

Mais Dovert nous dit que cette ouverture aux étrangers ne s’est pas limité aux Chinois car l’aristocratie siamoise a su se « métisser » par des alliances matrimoniales avec des grandes familles persanes et indiennes (il cite les Pin, les Bunma, et les Bunnag)

 

BUNNAG

Famille Bunnag vers 1893

 

et les charges (commerce, militaire, administration) n’ont pas été attribués sur des critères ethniques.


Ensuite Dovert abordera la politique siamoise face à l’expansionnisme européen.


Il va présenter les différents traités comme la preuve du pragmatisme siamois, présentant leur « soumission » comme une « humilité »  feinte, une haute diplomatie qui leur a permis d’obtenir des concessions et de jouer de la concurrence entre les nations  occidentales. Il donnera en exemple le traité Burney de 1826 signé par le roi Nangklao (Rama III, 1824-1851), le traité Bowring en 1855 ; le traité avec la France et les Etats-Unis en 1856, et d’autres pays européens, signés par le roi Mongkut (1851- 1868). Ensuite il abordera quelques exemples de la politique du roi Chulalongkorn (1868-1910), signalant ses réformes pour contribuer à renforcer la structure nationale et se débarrasser de ses attributs féodaux, en s’aidant de plus de 300 experts étrangers …


Mais nous avons du mal à suivre la démonstration de Dovert toujours enclin à souligner l’intelligence diplomatique des Siamois, même quand il s’agit par exemple pour le Prince Dewawongse et le roi Rama V  de céder face au blocus français sur le Chao Praya et d’accepter sans réserve les conditions de l’ultimatum le 29 juillet 1893. (Cf. 135. La politique étrangère du roi Chulalongkorn.).


Paknam

 

Il n’hésite pas à attribuer aux rois Mongkut et Chulalongkorn, « une adresse hors du commun »,  l’habilité des arts martiaux qui consiste à « utiliser la force de l’adversaire pour en triompher ». Le roi Mongkut a « le sourire et la bienveillance » face  « à l’arrogance suffisante» d’un Bowring, le prince Dewawongse réserve un « accueil aimable » « aux canonnières françaises ».


Territoires perdus

 

On ne voit pas là, comme Dovert le prétend, «l’exceptionnelle capacité du pays à assimiler les éléments particulièrement exogènes que sont les  représentants occidentaux » et que cela puisse apparaître « comme une constante structurelle. » !


Dovert va  vite en besogne dans ce qui devrait être une argumentation. Ainsi en est-il avec son exemple de l’impulsion donnée par le roi Chulalongkorn à l’éducation nationale entre, dit-il, de 1870 et 1910, qui a « contribué à cimenter le peuple siamois autour de principes communs et d’une langue nationale unique avec le sentiment d’appartenance au royaume ».


Nous avons montré dans notre article 147 que la réalité était loin de cette déclaration : un petit budget, peu de maîtres formés  (319 en 1911). En 1886 par exemple, il n’y avait qu’une dizaine d’écoles publiques en province ; en 1901, il n’y en avait encore que 338 dans les provinces  avec  11 630  élèves et 408 maîtres bonzes, ce qui faisait peu sur une population de 6 300 000 habitants. Loin de se réjouir, les masses rurales craignaient que ces écoles aillent servir à enrôler leurs rejetons dans l’armée et de plus beaucoup ne parlaient pas le thaï correctement … Certes, le roi Chulalongkorn avait effectivement créé l’éducation nationale, mis en œuvre une politique,  mais les effets au plan national étaient encore très limités en 1910. Et nous étions loin de notre sujet « de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale », même si là encore des experts étrangers ont contribué à sa mise en œuvre.


Il reviendra ensuite sur les Chinois (pp.226-227) pour signaler qu’au tournant du siècle, on a vu l’émergence de grandes entreprises chinoises « qui ont fondé leur prospérité sur la transformation et le commerce du riz » pour ensuite se diversifier (construction, banques, assurances, transport maritime, nouvelles manufactures) et une migration accrue représentant une main-d’œuvre bon marché et corvéable (le riz, et les grands travaux) . On évaluait la communauté chinoise à 10 % de la population en 1910. (En note, Dovert signale que Skinner, d’après un recensement en 1909, l’évalue à 5 %)


Dovert revient encore sur leur intégration, qu’il juge évidente, du fait « qu’ils ont profité des réseaux propres de leur communauté », « qu’ils ont volontiers épousé des femmes autochtones », qu’ils étaient bien représentés dans la bureaucratie ; et du fait aussi  que les nouveaux arrivants étaient reconnus « d’emblée » « comme une composante de l’identité siamoise » ; que sous Rama IV,  250 Chinois avaient été nommés comme fermiers généraux sur 300 postes à pourvoir. (Signe d’intégration ? ou méfiance de Rama IV pour ses congénères).


Là encore, Dovert estime donc que la prospérité de quelques familles chinoises, les mariages mixtes (il ne donne aucun chiffre), leur puissance économique (là encore aucun chiffre donné), la participation importante et l’accueil  de leur main-d’œuvre aux grands travaux de modernisation du pays, leur présence dans l’administration, sont les signes d’une évidente « composante à l’identité siamoise ».


Et pourtant son chapitre 4 intitulé « La Thaïlande aux Thaïs ou lorsque le patriotisme ethnique de l’Etat met la nation en danger », va selon nous démontrer le contraire, mais cela ne sera pour Dovert qu’une période historique particulière de l’Histoire de la Thaïlande.


Que constate-t-il ?


« Pour la première fois, son assimilation à l’édifice siamois a suscité des difficultés durables aussi bien liés à l’ampleur et à la nature du courant migratoire lui-même qu’à la réaction de l’Etat siamois.»


Donc pour Dovert, les Chinois étaient assimilés et entre 1918 et 1931, tout a basculé avec la forte immigration (cette population a augmenté d’un demi-million pour atteindre 1,5  million), un seuil critique atteint, la composition de cette migration (famille au lieu de célibataires), l’endogamie choisie, leur éducation dans les écoles chinoises, la perte de la maîtrise du thaï, leur attachement à leur région d’origine, avec leur intérêt manifesté pour les événements chinois (accueil et succès de la visite en 1907, du numéro 2 du parti nationaliste chinois et de Sun Yat-Sen), 

 

Sunyatsen

 

et ………….erreur du gouvernement siamois, qui au lieu de prendre des mesures en faveur de l’assimilation s’est replié sur le sentiment communautaire ; et enfin le roi lui-même, Rama VI (1910-1925), qui a fustigé les Chinois, et va lancer une campagne sur le modèle antisémite européen, en  traitant les Chinois « Les Juifs de l’Extrême-Orient », refuser désormais de les anoblir et va règlementer sévèrement leur accès à l’administration.


De même, les conseillers étrangers ( env. 124 en 1927) perdront leur influence et le roi exaltera le patriotisme auprès des institutions nouvelles d’inspiration militaire comme « le Corps des Tigres « et son avatar scout des « tigrons »,

 

tigrons

 

en leur montrant les dangers que représentent les Français et les Britanniques et la nécessité de lutter contre eux.

(Et pourtant en 1917, le Siam décidera de participer à la 1ère guerre mondiale aux côtés des Alliés, mais on en connait les raisons. Cf. notre article 28. Les relations franco-thaïes : La première guerre mondiale.)



Pour Dovert, c’était « la première fois de son histoire que le gouvernement siamois choisissait une politique d’exclusion, d’opposition à l’étranger, de repli sur une identité nationale figée ».

 


                         -------------------------------------

 

Avant de poursuivre l’histoire du Siam avec l’avènement de Rama VII (1925-1935), nous n’avons pas le sentiment  jusqu’ici, que Dovert a réussi à nous convaincre de la remarquable capacité du Siam à assimiler les étrangers, ni que leur « usage intensif » à contribuer à construire une identité nationale.


Identite-nationale

 

Les populations « étrangères » qui composent le Siam d’Ayutthaya au XIVème siècle jusqu’à Rama III (1824-1851) sont essentiellement venues de trois sources : des déportations de population (les esclaves de guerre)  lors des guerres nombreuses contre les Birmans, les Laos, les Cambodgiens et les Malais au Sud, et  de l’émigration chinoise.


Nous avons longuement vu au cours de « notre » histoire, que la politique des rois successifs n’étaient pas d’assimiler ces populations, mais qu’elles reconnaissent leur nouvelle vassalité, fournissent des soldats en tant de guerre, et des hommes pour les corvées et  payent leur tribut. Nous avions même appris que la clé de compréhension du peuple Tai passait par la compréhension du concept de muang****, un système pyramidal politico-religieux très hiérarchisé, de type féodal et/ou esclavagiste.


Etienne Aymonier, dans « NOTES SUR LE LAOS », avait même montré qu’en 1885, la province de l’Isan 

 

isan

était encore organisée comme un pays lao.*****

AYMONIER

Mais Dovert n’évoque ni le muang, ni l’esclavage, ni ne montre comment l’idéologie nationaliste s’est construite.


Reste le cas de la population chinoise émigrée au Siam, que nous aborderons dans le prochain article, en commençant avec l’avènement de Rama VII (1925-1935), le coup d’Etat du 24 juin 1932, la prise du pouvoir par Phibun,

 

Pibun-jeune

 

qui loin d’abandonner la politique d’exclusion vont l’intensifier et promouvoir un nationalisme pur et dur.



 

_______________________________________________________________

 

 

*Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011, pp. 201-258.

**

  • 7. Les relations franco-thaïes : Le Comte de Forbin
  • 73. Yamada Nagamasa, le Japonais qui devint vice-roi au Siam au XVII ème siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-73-yamada-nagamasa-le-japonais-qui-devint-roi-au-siam-au-xviieme-siecle-115599893.html

  • 98. Un portrait de Phaulkon original, dressé par les annales siamoises.
  • A99. Le Faucon du Siam d’Axel Aylwen.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-116169404.html 

  • Paul Ganier : Un voyou de Montmartre est commandant en chef des armées du Roi du Siam en 1869 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-paul-ganier-un-voyou-de-montmartre-commandant-en-chef-des-armees-du-roi-du-siam-87943667.html 

  • Le commandant en chef  de la marine siamoise en 1893 : le commodore   du Plessis de Richelieu, vous connaissez ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-monsieur-duplessis-de-richelieu-commandant-en-chef-de-la-marine-siamoise-en-1893-87943338.html 

 

***

90. « Des étrangers au service des rois du Siam. »

Et sur les Chinois :

  • « A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande », d’après « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.
    • « A45. Les Chinois de Thaïlande », d’après l’article «  La « resinisation » des Chinois de Thaïlande» de Jean Baffie, qui dénonce le mythe de la « thaïsation des Chinois de Thaïlande.

 2ème Congrès du Réseau Asie / 2nd Congress of Réseau Asie-Asia Network, 28-29-30 sept. 2005, Paris, France, http://www.reseau-asie.com/

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html

 

 

****15. Notre Histoire. Le  muang ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-le-muang-selon-michel-bruneau-99865623.html

 

 

*****11. L’Isan  était lao au XIX ème siècle.

 

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