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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 18:03

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Republication de notre article du 5 octobre 2014 ... sur un sujet toujours d'actualité !

 

Les Thaïs n’ont pas encore abattu l’arbre des bienséances, ils ne l’ont pas même étêté. Il en est deux signes qui subsistent, nous le constatons tous les jours mais leur maniement n’est peut-être pas toujours facile pour nous occidentaux, ce sont le waï (ไหว้) et le krap (กราบ) (1). La politesse en Thaïlande comme ailleurs  est avant tout une question de mesure, c’est bien ce qui en rend la pratique si délicate.

 

Mais le savoir vivre thaï a ses coutumes, ses exigences et ses lois, essayons d’y voir clair.

 

Le « waï »

 

Le waï consiste à mettre les deux mains jointes paume contre paume en effleurant le corps « quelque part » entre le visage et la poitrine. « Quelque part » ? Voilà bien la difficulté.

Plus haut les mains sont levées, plus grande est la manifestation de respect et de courtoisie.

 

01

 

La société thaïe était et reste verticale, la hiérarchie sociale est profonde et l’on y respecte (encore ?) les personnes respectables ou représentant une institution respectable, les prêtres, la famille royale, les personnes âgées, les autorités administratives, les enseignants et même, ne riez pas, les policiers, les magistrats et les avocats.

 

Le waï est dû par toute personne inférieure en rang ou en âge à toute autre qui lui est supérieure. Que l’on soit assis, debout ou couché, que l’interlocuteur soit dans la même position, il n’y a pas d’exceptions sauf peut-être dans des rapports très intimes, à l’arrivée et au départ, ce doit être une salve de waï.

 

02

 

Mais l’élévation des mains jointes en « waï » obéit à des règles.

 

Elle ne doit jamais se faire avec des mouvements brusques ; bien au contraire, le mouvement doit être lent et gracieux, la partie supérieure des bras doivent rester collée au corps sans non plus écarter les coudes. Les mains jointes paume contre paume restent près du corps lequel doit être légèrement  incliné. Nous en avons sur scène un modèle élaboré évidemment, la forme idéale, en observant  les acteurs et les actrices du théâtre traditionnel, le « lakon » (ละคร),

 

Theatre

 

mouvements artistiques des mains : avant d'effectuer le « wai », l’acteur place ses mains jointes paume contre paume, les doigts dessinant peu à peu la forme classique d'un bouton de lotus (บัวตูม buatum),

 

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ce que les Thaïs appellent le « phanom mu » (พนมมือบัวตูม), littéralement « mettre les mains comme un lotus en bouton ».

 

La bienséance exige que l’inférieur en âge ou en rang dans l’échelle sociale formalise un « waï » en signe de respect à son aîné tout en l’accompagnant d’un salut de la tête dont la profondeur est fonction de la qualité de l’interlocuteur. En outre, dans le fil de la conversation, l’inférieur devra mettre ses mains en « bouton de lotus », qu’il soit assis ou debout, selon les circonstances, lorsque son supérieur lui donne des explications, c’est simplement manifester une reconnaissance respectueuse à l’égard de ce que lui dit son supérieur. On peut le comparer au geste d’un chrétien en adoration, nous dit notre manuel de savoir vivre !

 

Il y a encore des règles spécifiques lorsqu’une personne est en présence d’une autre d’un rang beaucoup plus élevé : elle doit encore adopter une position particulière, le « nang phab phiap »  (นั่งพับเพียบ « assis les jambes repliées sur le côté »),

 

nang

 

c’est-à-dire les membres inférieurs repliés vers l'arrière vers l’intérieur, les mains en forme de « bouton de lotus ». Lorsque cette personne reçoit quelque chose de celle de très haut niveau, il va évidemment élever ses mains en « waï » en guise de politesse et de reconnaissance.

 

Lors d'un sermon bouddhiste ou de la récitation par les moines des textes rituels il est indispensable d’ouïr les mains levées en « waï ». Si la cérémonie est longue, cette contrainte deviendra rapidement une épreuve que l’on peut surmonter en cherchant à trouver un appui pour les coudes.

 

Et que doit-on attendre de ce haut personnage qui reçoit le « waï » ?

 

Tout au plus y répondra-t-il par un « waï » en réponse mais jamais, au grand jamais, avec les mains élevées plus haut que sa poitrine. Il n’est jamais obligé de faire un « waï » en retour, pouvant parfaitement se contenter de répondre par un sourire, un signe de la tête ou un signe de la main. Il a « reçu le waï » (รับไหว้). Une personne âgée répond au « waï » d’un gamin d’un sourire ou d’un signe de tête (à moins que ce gamin ne soit de sang royal mais ce n’est pas une situation que vous aurez l’occasion de rencontrer).

 

Les moines bouddhistes porteurs de la robe jaune ne répondent jamais au « waï » d’un  profane quel que soit son âge ou son rang, fut-il le roi.

 

moine

 

Mieux vaut le savoir, si vous avez la courtoisie élémentaire de faire un « waï » respectueux à un moine, tout au plus vous répondra-t-il par un sourire ou un signe de tête, ne le traitez pas de goujat s’il ne vous répond pas par un « waï » ! En passant enfin devant un temple bouddhiste ou une statue du Seigneur Bouddha, une personne pieuse fera une « wai » en acte de respect (2). La meilleure chose à faire – la seule - pour une personne intéressée est d'observer au quotidien, nous ne prétendons pas vous donner un guide.

 

Le « Wai »  est d’origine multiséculaire – dans toutes l’Asie-du-sud-est d’ailleurs, il est la marque originaire de la soumission du plus faible au plus fort sous la protection duquel il se place, il est peut-être devenu de nos jours simple formule de salutation mais n’a très certainement pas abandonné le fondement de ses origines.

 

Et nous, comment répondre ?

 

Nous recevons un « waï » en entrant au restaurant, au bureau de poste, à l’immigration. Il y a une certitude, il ne faut jamais que notre « wai » en réponse soit de qualité supérieure à celui que nous avons reçu. Il suffit de voir la hauteur à laquelle le serveur au restaurant a posé ses mains jointes pour y répondre en posant les nôtres un peu plus bas en l’accompagnant d’un sourire et d’une légère inclination de tête. Pour l’officier d’immigration, le policier, le postier, répondez à la même hauteur, mais toujours, toujours, en inclinant la tête avec un sourire.

 

Nous avons souvent rencontré des farangs, probablement initiés par un mauvais guide touristique qui recevaient en sortant d’un restaurant le « waï » traditionnel du petit personnel domestique (guère en dessus de la poitrine mais largement en dessous du menton) et qui se croyaient obligés d’y répondre par un « waï » les mains bien au dessus du front, auquel le roi seul peut prétendre. Ricanements dans leur dos : « le farang en fait trop ». Dans ces cas là, un sourire et une inclinaison de la tête remplacera avantageusement une ignorance des subtilités de ce protocole. Saluez alors les Thaïs avec un sourire et une inclinaison de tête. Ils sont totalement allergiques à la poignée de mains, et lorsqu’ils la pratiquent, ils sont totalement godiches. Ils considèrent (non sans raisons) que cette pratique est totalement anti hygiénique, ne leur tendons donc pas la main qu’ils ne savent pas prendre et résolvons les problèmes avec un sourire.

 

Le « krap » est le fils spirituel du « waï ».

 

Il ne va pas sans le « waï ». C’est un signe de profond respect, la personne est à genoux et s'incline au sol en signe de révérence, les hanches reposant sur les talons, les en forme de « bouton de lotus » évidemment, juste en dessous de la poitrine, puis élevées ensuite à hauteur du front en « wai », la paume de la main droite est placée sur le sol en face du genou droit, suivie par la main gauche qui est placée sur un pied en avant du genou gauche. Ce mouvement doit être effectué lentement et avec grâce.

 

Disparu de Bangkok ? Peut-être, mais de chez nous (l’Isan), certes pas !

 

Ce « krap » est appelé dans le langage technique, « benchangapradit » (เบญจางคะประติษฐ์)

 

Benchqng

 

un mot Pali signifiant « une salutation vénérée par les cinq membres des organes du corps », c'est à dire le front, les deux paumes des mains et les deux genoux touchent le sol. Il est un signe d'adoration profonde aux « Trois pierres précieuses » du bouddhisme, c'est à dire le Bouddha, sa loi et la Confrérie des moines. Il doit donc être exprimé à trois reprises de suite. Il est le mop krap (หมอบกราบ) « le krap prosterné ».

 

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Dans le langage courant le « krap » est appelé « krap wai » c’est-à-dire un « krap » doublé d’un « wai ». C’est une manière de présenter une requête déférente à la famille royale, mais vous n’aurez probablement jamais l’occasion de le pratiquer. C’est alors un « krapthoun » (กราบทุล),

 

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s’il s’agit simplement d’un haut dignitaire, ce sera un « kraprian » (กราบเรียน).

 

Ne croyez pas que la pratique du « krap » soit innée chez les Thaïs, cette photographie a été prise en 2012 au lycée de Yangtalat, ces élèves étaient jugés sur leur manière de réaliser le triple prosternement.

 

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Et nous ? Nous sommes parfois confrontés à la nécessité de pratiquer ce cérémonial (obsèques, cérémonies religieuses …). Là encore, en cas de difficultés (ou de problèmes articulaires dus à l’âge), mieux vaut s’abstenir que d’être ridicule !

 

Tout cela ne s’improvise pas.

 

***

 

Notre pays qui fut autrefois le pays le plus policé du monde connaissait ces signes extérieurs de respect dont certains regrettent qu’ils se perdent.

 

Nous manifestions notre admiration aux Dames par un respectueux baise main

 

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qui ne consistait pas à leur lécher les doigts.

 

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Certains le pratiquent encore avec beaucoup d’élégance

 

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et d’autres auraient meilleur compte à s’en dispenser.

 

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Le choix de ces photographies ne révèle aucune arrière-pensée d’ordre politique, le ciel nous en préserve.

 

Nous avons également appris à baiser l’anneau épiscopal de nos princes de l’Eglise pour leur manifester notre respect en nous inclinant légèrement et en pliant le genou gauche. Mais ils ont abandonné leur anneau symbolique en même tant que leur vêtement épiscopal et se contentent de nous tendre démocratiquement la main.

 

Il n’en est pas encore ainsi en Thaïlande, nous avons assisté à une cérémonie religieuse en la cathédrale Saint Michel Archange de Tharé (à une faible distance de Sakonnakon) au cours de laquelle l’Archevêque Monseigneur Louis Chamnien Santisukniran (หลุยส์ จำเนียร สันติสุขนิรันดร์) qui n’a pas abandonné ses armoiries

 

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(abandonnées depuis longtemps par ses confrères français), recevait encore cet hommage traditionnel de la part de ses évêques suffrageants et des fidèles.

 

Devant SS le Pape, ces deux personnages dont les origines sociales sont aux antipodes l'une de l'autre, le roi d'Espagne .....

 

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et le président Hugo CHAVEZ...

 

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nous montrent que les règles de courtoisie, que l'on soit officier subalterne fils d'instituteurs indiens ou descendant de Lous XIV, ne sont pas un privilège réservé aux grands de ce monde.

 

Un dernier mot enfin sur ce signe de respect, la révérence qui servait à ravir aux vraies femmes (3).

 

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Elle ne subsiste plus qu’à l’état fossile dans le protocole royal britannique. Certains des signes extérieurs thaïs de respect la rappellent étrangement.

 

réverence

 

 

Terminons sur cet aphorisme que l’on prête à tort ou à raison à Voltaire : « La politesse est à l’esprit ce que la grâce est au visage ».

  

***

 

Nous avons utilisé d’abondance un petit ouvrage à l’attention des étudiants, publié en 1985 qui ne date probablement pas puisqu’on le trouve toujours réédité dans toutes les « bonnes librairies » marayatthaï  (มารยาทไทย) « Le savoir vivre-thaï »

 

 livre

__________________________________________________________

 

Notes

 

(1) Rien à voir avec le khrap (ครับ) qui doit traditionnellement, à peine d’apparaître comme un rustre, terminer chacune de nos phrases voire même chacun des membres de l’une de nos phrases.

 

(2) Il fut un temps, il n’est peut-être pas totalement révolu, ou une personne pieuse ne passait pas sans se signer devant les oratoires ou les crucifix devant lesquels elle passait. Je parle du Sud de la France, de l’Espagne et de l’Italie. Ailleurs, je ne sais pas.

 

(3) Les demoiselles élèves de la très élitiste « école de la Légion d’honneur de Saint-Germain-en-Laye » devaient il y a encore quelques années saluer de la sorte leurs enseignant(e)s. Il est possible que cet usage perdure ?

 

 

 maison_des_loges.jpg

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Republication
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commentaires

JLM 07/02/2016 11:57

Toujours un plaisir de relire cet article... Il aurait juste fallu rajouter à propos des usages occidentaux que le baise-main ne se pratique pas à l'extérieur, ce que certains "Grands" semblent oublier... du moins si je me fie à ce qu'en disent les"experts" ;)

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 08/02/2016 00:09

La question du baise-main est peut-être plus complexe ? Jamais à une demoiselle, bien sûr, aux femmes mariées ou l'ayant été, jamais dans la rue, bien sûr. Uniquement dans les lieux privés et clos mais à l'occasion d'une cérémonie, on peut considérer que le parvis de l'église, la cour ou se tient la réception à l'occasion d'un mariage sont en quelque sorte des lieux "privatisés" .... Mais la question est vite résolue, c'est à la personne à décider de la manière dont elle désire être saluée !

Pierre 05/10/2014 09:45


Bonjour et merci pour ce délicat rappel sur la bienséance.


 


Y a t il un lien entre le waï et le fait que les catholiques joignent les mains (comme le waï) pour s'adresser à leur Dieu dans la prière ?


Si oui, comme je le pense, qui "copie" l'autre ?

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 06/10/2014 11:11



Le salut les mains jointes nous semble vieux comme le monde, signe de respect ou de soumission ? Il est présent depuis la uit des temps, chez les Egyptiens, chez les hébreux bien avant de l'être
chez les Asiatiques ou chez les Chrétiens. Réponse ? à un éminent sociologue de nous la donner  .... Aucun de nous deux n'a la moindre prétention dans ce domaine !