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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 00:05

laissonsUn  coup d’Etat, une junte militaire, une loi martiale, une répression sévère de toute opposition, un contrôle drastique de tous les médias, des réseaux sociaux, des universités … bref de toute opinion qui voudrait s’exprimer.

La junte a été claire : toute réunion publique est interdite, tout débat politique est interdit, la liberté d’expression est interdite, la … interdit ; la …interdit.

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« Les centaines d’arrestations arbitraires, les récits de torture et d’autres mauvais traitements, les restrictions drastiques des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, et les procès iniques devant des tribunaux militaires contribuent à créer un climat de peur en Thaïlande, sans qu’aucun signe de répit ne soit perceptible, écrit Amnesty International

 

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dans un nouveau rapport rendu public le jeudi 11 septembre, intitulé Attitude adjustment –100 days under Martial Law»*

La télévision, la presse, les réseaux sociaux, Facebook, sont sous surveillance et s’autocensurent, et maintenant  « les universitaires sont dans le collimateur des autorités militaires et, selon le Bangkok Post, le vice Premier ministre, Prawit Wongsuwon, les a prévenus : « Ne franchissez pas la ligne rouge ! »

(Cf. ** Le Courrier international du 22 septembre 2014 )

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« Un avertissement qui fait suite à la pétition publiée le 21 septembre et signé par 60 universitaires de 16 universités qui s'élèvent contre le contrôle de plus en plus strict exercé par la junte sur les activités académiques. Car, désormais, les campus sont sous haute surveillance. 

Le général leur avait pourtant transmis les tables de la Loi, leur avait dit ce qu’il fallait enseigner ;

 

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proposer une nouvelle réforme du système éducatif.*** Certains avaient compris et avaient commencé la révision des manuels scolaires, en ayant soin d’expurger le nom de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra.

 

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Pendant que d’autres surveillaient et dénonçaient à la police ou à l’armée, ce qui leur paraissaient des crimes de lèse-majesté.

Ainsi en ce mois d’octobre 2014, un groupe de bons royalistes animé par le lieutenant-général Padung Niwetsuwan,  a-t-il cru bon de déposer une plainte de lèse-majesté au poste de police Chanasongkram de Bangkok, contre le vieil historien Sulak Sivaraksa,

 

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qui, il est vrai, avait osé émettre des  doutes sur les réalisations du roi Naresuan et sur le  déroulement  de sa bataille d’éléphants qui avait eu lieu en 1593 (1592 ?)  contre le frère du roi birman, l’Uparat d’Hongsawadi. (Cf. in site Khaosod du 17 octobre 2014, “Lese Majeste Filed Against Historian For Questioning Ancient 'Elephant Battle' ” ****)

 

 

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Le climat en Thaïlande est tel, qu’un  groupe de  « citoyens » se croit autorisé de déposer plainte pour lèse-majesté dans un commissariat, contre un vieil historien de 82 ans pour des propos tenus à propos d’un roi qui a régné de 1590 à 1605 sur le royaume d’Ayutthaya !


Cette démarche est assez symptomatique du climat délétère qui sévit en Thaïlande et de l’usage abusif du crime de lèse-majesté que certains voudraient bien voir appliquer contre les historiens qui oseraient apporter un autre point de vue à  ce que certains considèrent comme l’Histoire officielle de la Thaïlande.


Mais connaissent-ils l’histoire thaïe et le roi Naresuan ? Connaissent-ils Sulak Sivaraksa ?


Sulak Sivaraksa ? *****


Nous avions déjà rencontré Sulak Sivaraksa dans notre article sur la crise du bouddhisme en Thaïlande, qui s’appuyait sur l’autorité de l’article de Gabaude intitulé « la triple crise du bouddhisme en Thaïlande  (1990-1996)» (BEFEO 83, p. 241-257). On y signalait que Sulak Sivaraksa était la voix la plus connue en Thaïlande de ce qui s’est appelé « Le bouddhisme engagé ».******

De fait, Sulak Sivaraksa depuis presque un demi-siècle, a souvent critiqué la société thaïe au nom des principes bouddhistes ; ce qui lui a valu d’être souvent en conflit avec les autorités. Déjà après « les événements » de 1976, il est contraint à l’exil pendant deux ans. En 1984, son livre Unmasking Thai Society le conduit devant un tribunal où il est accusé de crime de lèse-majesté ; le procès dure 4 mois. L’accusation sera levée, après des protestations internationales et surtout l’intervention du roi. Il sera encore accusé de lèse-majesté par la junte du moment en 1991, après un discours à l'université de Sivaraksa et devra fuir le pays, pour être de nouveau acquitté en 1995 …


Et pourtant il sera proposé deux fois pour le prix Nobel de la paix, et la prix Nobel de la paix  Aung San Suu Kyi,

 

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le considère comme “l’un des plus grands penseurs sociaux d’Asie”. (Cf. en note *****)


Alors quand on connait le combat pour une vie plus bouddhiste, plus spirituelle, plus harmonieuse, plus empathique, moins matérialiste, mené par Sulak Sivaraksa depuis si longtemps, quand on connait le nombre d’interventions critiques sur la société thaïe qu’il a pu publiées, il faut vraiment manquer d’imagination pour déposer une plainte pour lèse-majesté, pour des propos tenus sur le roi Naresuan et sur un  combat d’éléphants, lors d’un séminaire à l'Université Thammasat le 9 octobre,


A moins, qu’il y  ait ici, pour ce groupe d’ultras royalistes animé par le lieutenant-général Padung Niwetsuwan, la recherche d’une publicité auprès des maîtres du moment.


Mais disions-nous, connaissent-ils le roi Naresuan ? Connaissent-ils l’Histoire thaïe ?


Nous avons consacré 10 articles au roi Naresuan qui a régné de 1590 à 1610, et même proposé une analyse du film célèbre La Légende du Roi Naresuan  réalisé par SAS le Prince Chatrichalerm Yukol (A55.),


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qui avait surtout pour but de montrer aux Thaïs qu’ils pouvaient être fier de leur héros, qui avait permis au royaume d’Ayutthaya de retrouver son indépendance et assurer la liberté à son peuple; un vrai héros national (70), un exemple à suivre.

(Se rappeler que le royaume d’Ayutthaya a été sous la domination birmane de 1569 à 1584)

Mais au fil de « notre histoire » nous avions appris à distinguer l’histoire des historiens, de l’histoire dite « officielle » construite pour les besoins du nationalisme et de la thaïness.*******

Le « Naresuan des historiens » s’est surtout construit à partir de deux sources : 

  • « Chronicle of the Kingdom of Ayutthaya » (Phraratchaphongsawadan Krung Si Ayuthaya), The British Museum Version [Reproduction photographique du manuscrit de la Chronique ď Ayutthaya copié en 1805 et conservé à la British Library de Londres avec une introduction de David K. WYATT et une préface de Yoneo ISHII], Tokyo,The Centre for East Asian Cultural Studies for Unesco (Bibliotheca Codicum Asiaticorum 14), 1999, ix + xx + 607 p.
  • Richard D. CUSHMAN, (une traduction synoptique de), The Royal Chronicles of Ayutthaya, [manuscrit édité et introduit par David K. Wyatt], Bangkok, The Siam Society, 2000, 556 p., index

 

Nous avions, quant à nous, écrit notre modeste histoire à partir des chroniques royales d’Ayutthaya de Richard D. Cushman, qui avait mis 20 ans à  traduire toutes les chroniques thaïes connues du royaume d’Ayutthaya, présentées en ses 7 versions, de façon synoptique, permettant ainsi de comparer les divergences et les variations quand elles existaient. (Cf. article 41).


Nous avions bien vite constaté ce que ces  Chroniques   comportaient d’oublis, d’invraisemblances, d’incohérences, de merveilleux, avec des chiffres fantaisistes, des temporalités approximatives, voire différentes dans les versions proposées. Les Chroniques de fait n’avaient  rien de ce que nous appelons aujourd’hui « l’histoire ». Vous pouvez, si vous voulez vérifier, lire ou relire le récit de  « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya ». Il ne manque pas de saveur.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-97-l-ambassade-siamoise-de-kosapan-a-la-cour-de-louis-xiv-en-1686-120151119.html

 

Ou bien encore, si nous voulons rester sur cette fameuse bataille d’éléphants de  1593 gagnée par Naresuan, on peut lire avec profit un article de Barend Jan Terwiel « What happened at Nong Saraï ? Comparing indigenous and europeen sources for late 16th century Siam », paru dans le Journal de la Siam Society (vol.101, 2013.), qui, nous le rappelons, est placé sous le patronage du roi, de la reine, du prince héritier et de la princesse Sirindhorn,


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où  il expose dix versions parfois très différentes : quatre versions siamoises divergentes entre elles, une version birmane qui l’est aussi, une version de Jacques de Coutre

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et une autre de Jeremias Van Vliet,

 

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une version persane et deux versions portugaises.

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Le lieutenant-général Padung Niwetsuwan y voit-il aussi un autre crime de lèse-majesté ?


On pourrait bien sûr multiplier les exemples, avec des travaux d’historiens thaïs, comme Sunait Chutintaranond, Nitthi Eoseewong, et Thongchai Winichak, qui critiquent certaines interprétations « conservatrices », ou avec Chris Baker se souvenir que les versions des « Chroniques royales d’Ayutthaya »  ont été parfois réécrites ou modifiées lors de la période de Bangkok. Il donne l’exemple de la version de Luang Prasoet de 1680 « redécouverte » en 1907 ! (version A du livre de Cushman), où Nitthi a pu observer des différences, comme l’épisode du duel à l’éléphant du roi Chakkraphat et les exploits du roi Naresuan. On apprend que la chronique royale de Luang Prasoet, n’évoque même pas la déclaration d’indépendance de Naresuan en 1584 vis-à-vis des Birmans. (in notre article 106. « Nos guerres contre les Birmans » (1539-1767), du Prince Damrong.)


Mais il est vrai que Sulak Sivaraksa ose inviter les Thaïs à réfléchir de manière critique sur les réalisations présumées du Roi Naresuan dépeint par les médias d'Etat. Il ose dire que Naresuan n’est pas le héros qu’ils prétendent ; que le duel d’éléphant immortalisé à travers les manuels scolaires, les séries télévisées et les films, n’est que propagande « guerrière », alors qu’il faudrait proposer des modèles de paix, ou tout simplement, comme il l’a fait tout au long de sa vie « militante » tenter d’appliquer le message de Bouddha, pourtant au programme de notre junte.


Restons-en à la conclusion - sereine - de Barend Jan Terwiel : Entre la possibilité d’un duel d’éléphants au milieu d’une mêlée dont Naresuan sort victorieux, « exploit hasardeux », ou tout simplement d’un coup de feu pouvant provenir d’un mercenaire portugais tireur d’élite et porteur d’une « espingarda », une arme à longue portée alors inconnue des Siamois,

 

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la conclusion est tout simplement que, en dehors de tout exploit physique éventuel, Naresuan a échappé à une situation dangereuse et sut très vite en tirer profit.


Mais nous savons que la junte ne s’est pas proposé de développer le débat historique, comme d’ailleurs tout débat.


Récemment même, la junte militaire a salué le film la Légende du Roi Naresuan 5,  comme un « plus » pour tous les patriotes thaïs, et a encouragé les cinémas à travers le pays à organiser des projections gratuites pour le public. Les autorités thaïes considèrent même que  le duel à l'éléphant est si important, qu’elles lui ont choisi une date consacrée à la Journée des Forces armées nationales.


Mais le roi Naresuan combattait alors l’ennemi birman. Il semble qu’il y ait désormais des « ennemis intérieurs », qu’il faut réduire au silence, ou emprisonner.


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_________________________________________________________________________ 

 

*11 septembre 2014

http://www.amnesty.fr/Presse/Communiques-de-presse/Thailande-Cent-jours-apres-le-coup-Etat-militaire-pas-de-repit-dans-la-spirale-de-la-repression-12534

 

« Le Conseil national pour la paix et l’ordre a imposé de sévères restrictions aux droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, gelant tout débat public et entraînant une autocensure généralisée. Des centaines de sites Internet ont été fermés ou bloqués,

 

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des comités de censure ont été créés pour surveiller les médias, et de nombreuses personnes ont été menacées d’emprisonnement pour avoir mis en ligne des informations ou commentaires perçus comme critiques à l’égard de l’armée. Une interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes est appliquée depuis l’instauration de la loi martiale, en violation flagrante du droit à la liberté de réunion pacifique. Enfin, un nombre sans précédent de personnes ont été inculpées en vertu de la loi abusive relative au crime de lèse-majesté, qui interdit toute insulte visant un membre de la famille royale. Quatre personnes ont déjà été poursuivies et condamnées à ce titre depuis le coup d’État, et 10 autres ont été inculpées. Le gouvernement militaire a intégré à son mode opératoire la répression systématique des plus petites formes d’opposition, comme le port de tee-shirts susceptibles de « favoriser la division », la lecture de certains livres et le fait de manger des sandwichs en public pour protester symboliquement contre le pouvoir militaire, a déclaré Richard Bennett. »


**http://www.courrierinternational.com/article/2014/09/22/la-junte-militaire-interdit-tout-debat politique?keepThis=true&TB_iframe=true&height=650&width=850&caption=Courrier+international+-+Actualit%C3%A9s+France+et+Monde%2C+cartoons%2C+insolites


« Ainsi, le 18 septembre, le forum organisé par des étudiants de l'université Thammasat à Bangkok sur le thème : « La chute des dictatures dans les pays étrangers » a été interrompu par l'intervention des forces de l'ordre. Quatre professeurs, dont le célèbre historien Nidhi Eoweesong, et plusieurs étudiants qui avaient organisé la rencontre ont été envoyés au poste de police pour une "session d'ajustement du comportement ; […]  Le gouvernement serait également engagé dans une révision des manuels scolaires afin de faire disparaître des cours d’histoire le nom de Thaksin Shinawatra. Une perspective qui affole le chercheur Pavin Chacachalpongpun dans une tribune publiée sur le site Prachatai, car la période Thaksin est "aussi celle durant laquelle un gouvernement élu a été, dans la courte histoire de notre pays, le plus longtemps au pouvoir". Soulignant que "l'histoire est un outil politique puissant", l'universitaire estime que "le coup actuel entend éliminer l'influence de Thaksin dans l'arène politique" mais que les ennemis de l'homme politique ont choisi une "mauvaise approche. »


***Cf. Nos articles A152. Eloge du Général, et A157. Moïse s’est-il  réincarné en Thaïlande ?


****Site Khaosod du 17 octobre 2014

http://www.khaosodenglish.com/detail.php?newsid=1413549393

For comments, or corrections to this article please

contact: ks.english@khaosod.co.th


*****Sulak Sivaraksa ?

  • Ses livres :

Conflict, Culture, Change: Engaged Buddhism in a Globalizing World by Sivaraksa, Sulak [2005]

A Buddhist Vision for Renewing Society: Collected Articles (Anglais), 1994,  by Sulak Sivaraska. 

Modern Thai monarchy and cultural politics: The acquittal of Sulak Sivaraksa on the charge of lese majeste in Siam 1995 and its consequences (Anglais)

        - Une présentation dans un article du "Courrier international :


http://www.courrierinternational.com/article/2011/06/16/je-respire-donc-je-suis

« Renoncer au matérialisme. Réapprendre à vivre en harmonie avec la nature. Mettre de côté son ego. Redécouvrir les voies de la spiritualité. Epouser la non-violence. A 78 ans, Sulak Sivaraksa, infatigable militant bouddhiste, continue d’aller à contre-courant. “La mondialisation est une religion démoniaque qui impose des valeurs matérialistes” et “une nouvelle forme de colonialisme”, écrit-il dans son livre, The Wisdom of Sustainability : Buddhist Economics for the 21st Century [La sagesse du développement durable, ou les sciences économiques bouddhistes pour le XXIe siècle, non traduit]. Deux fois pressenti pour le prix Nobel de la paix, il a été récompensé en 1995 par le prix Right Livelihood, considéré comme le “Nobel alternatif”. La dissidente birmane Aung San Suu Kyi, elle-même Prix Nobel de la paix, le considère comme “l’un des plus grands penseurs sociaux d’Asie”. “Boire du Coca ou du Pepsi en Thaïlande, dit-il, ce n’est pas simplement ingérer des cochonneries, c’est aussi soutenir des valeurs fondées sur l’exploitation d’autrui.” Les crises économiques semblables à celles qui ont frappé l’Occident en 2008 et l’Asie au cours des années 1990 constituent des “messages divins” visant “à nous encourager à chercher d’autres [modèles]” ».

Constat pour le moins sévère. Sulak Sivaraksa ne se contente toutefois pas de formuler de grandes pensées dans un isolement monastique. Quarante années durant, il s’est échiné à les mettre en pratique, en fondant des ONG en Thaïlande, en enseignant aux quatre coins du monde ou en conseillant le gouvernement du Bhoutan sur l’élaboration de son fameux concept de “bonheur national brut”. Par deux fois, en 1976 et en 1991, il a été contraint à l’exil, sa propension à ne pas mâcher ses mots à propos de l’armée thaïlandaise et des fréquents coups d’Etat qu’elle fomente ayant mis sa vie en danger. Un franc-parler né, à l’origine, d’un désir d’introduire les libertés à l’occidentale dans son pays. Après des études à la fin des années 1950 au pays de Galles, il a repris le chemin de la Thaïlande en 1961 et y a fondé Sangkhomsaat Paritat (Revue de sciences sociales), convaincu d’avoir fait le tour de “la réponse occidentale” : “Nous, l’élite, nous pouvons changer le monde. Les prolos nous suivront.” Son travail avec les plus démunis le poussera, après coup, à changer son fusil d’épaule. “J’ai appris auprès de ceux qui souffrent.” Le bonheur véritable ne résiderait pas dans les gains matériels ni dans la recherche incessante d’une croissance illimitée. La clé se situerait dans la quête de la sérénité. « En Occident, vous avez été endoctrinés avec la notion cartésienne du ‘Je pense donc je suis ».

 

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Mais l’ego, le « moi », n’est pas réel. Nous sommes inter-reliés”, m’explique-t-il dans son jardin ombragé, oasis miraculeusement cachée au milieu du chaos bétonné de Bangkok. Mu par sa profonde foi religieuse, le vieux sage n’emprunte pas la voie du « Cogito ergo sum » mais celle du « Je respire, donc je suis ». « Sommes-nous arrogants au point de faire fi du plus important élément de la vie ? Une fois qu’on aura appris à respirer correctement, à respecter l’air qu’on inspire, à cultiver sa paix intérieure, alors le Bonheur national brut en découlera. » Se débarrasser de l’ « obsession de la réussite » est tout aussi indispensable. A ses yeux, il est donc urgent de revoir certaines conceptions occidentales, au centre desquelles règne le Moi tout-puissant. « Même la nature souffre à cause de notre arrogance. Nous pensons pouvoir la contrôler. Mais regardez ce qui s’est passé au Japon, à Tchernobyl et à Bhopal. Si nous n’introduisons pas la spiritualité dans notre vie, alors… boum, ce sera notre fin. » D’après Sholto Byrnes, The Independent, Londres

  • Selon wikipédia :

« Sulak Sivaraksa (thaï : สุลักษณ์ ศิวรักษ์), né le 27 mars 1933, est un bouddhiste thaï, militant dans les domaines du social, de l’écologie et des droits de l’homme.

Il fait ses études en Angleterre, puis retourne en Thaïlande au début des années 1960, pour travailler à l'Université Thammasat et à l'Université Chulalongkorn.

Il fonde, en 1963 la Revue des Sciences Sociales, qui joue un rôle important dans la prise de conscience du mouvement étudiant qui conduit au renversement du régime militaire en 1973. Sa pensée politique est inspirée par le bouddhisme mais également par la pensée du Mahatma Gandhi et des Quakers. Il est aussi le fondateur du mouvement indigène « non governemental organization ». Son mouvement est connu sous le nom de Réseau international des bouddhistes engagés (International Network of Engaged Buddhists).

 

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Ses principes sont le rejet de la consommation excessive à l'occidentale et la mise en avant de la dimension spirituelle de la vie humaine.

En 1976, il fuit la Thaïlande à cause du coup d'État. En 1984, son livre Unmasking Thai Society le conduit devant un tribunal où il est accusé de crime de lèse-majesté ;

 

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le procès dure 4 mois, le roi intervient pour que l'accusation soit levée mais les militaires de la junte reprennent ces mêmes accusations après un discours à l'université de Sivaraksa. Il est acquitté en 1996 et reçoit cette même année, le Prix Nobel alternatif.

Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, fondé en mars 2009.


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Sulak Sivaraksa apparaît dans le film documentaire sur le 14e dalaï-lama Dalai Lama Renaissance (sorti en 2007). En avril 2014, souhaitant visiter la terre de ses ancêtres dans le Taechiew, l'extrémité orientale du Guangdong en Chine, il se voit refusé un visa par l’ambassade de Chine à Bangkok, au prétexte de ses liens avec le dalaï-lama. »

****** Cf. A41: La crise du bouddhisme en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html


*******Sur le nationalisme :

 

Cf. nos articles :


Le nationalisme thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-13-le-nationalisme-thai-73254948.html  


Et Le nationalisme et l’école ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-13-le-nationalisme-et-l-ecole-68396825.html

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Réactions à l'actualité
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Jacques 30/10/2014 08:17


C’est tout de même une histoire curieuse, il m’étonne que vous l’ayez prise en compte, l’histoire de ces bons citoyens qui se seraient présenté dans un commissariat de Bangkok
suivant un « lieutenant général » dont on ne trouve trace de l’existence nulle part, histoire racontée sur un site Internet anglophone (au sérieux aléatoire pour ne pas dire plus) qui
ne donne qu’une référence thaïe fantaisiste (qui est allé vérifier ?) pour porter plainte contre un historien parfaitement honorable ? Il est singulier que cette histoire ne se retrouve
à ce jour dans aucun organe de presse sérieux, il en est pourtant qui ne sont pas tous favorables à la Junte. Et, que je sache, vous allez un peu vite en besogne en affirmant sans barguigner que
cette junte (qui en a fait d’autre) va sanctionner cet historien ! Attendez tout de même la suite de ce qui apparaît en première analyse
comme une pantalonnade. Ce n’est évidemment pas parce qu’une équipe à l’existence douteuse (à tout le moins) aurait demandé au gouvernement de sanctionner les historiens que c’est chose
faite ! Parfait exemple du danger d’Internet, « je l’ai lu sur Internet, alors c’est vrai » ! Il y en a assez à dire sur le gouvernement actuel pour en rajouter sans le moindre fondement.


 


Quant aux misères faites aux historiens, ne revenons pas sur la France, l’Allemagne, la Suisse ou d’autres pays prétendument démocratiques ou ce n’est pas une junte mais
l’ensemble de l’établissement qui interdit toute discussion sur les sujets « tabous ». Allez donc discuter du « réchauffement climatique » en Californie (vous l’avez fort bien
fait sur ce site) et vous verrez ce que vous réserve son gouverneur dont chacun sait qu’il est un grand scientifique.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 31/10/2014 00:52



"L'un de nous a pensé l'essentiel de votre commentaire.  Donc acte.

Maintenant cela ne veut pas dire que  la junte n'interdit pas  tout débat historique; ni tout débat d'ailleurs."



Pierre 30/10/2014 06:18


Très intéressant votre article mais ne pensez vous pas que c'est un peu partout la même chose … même si la "censure" est plus insidieuse ?

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 30/10/2014 07:17



NON


Certes toute société à sa forme de censure, mais ICI, ce n'est pas LA "Société" , mais une junte, qui s'inscrit dans une Histoire, et qui a "réussi " (jusqu'à maintenant)
à étouffer son opposition politique, et cela pour la  1ère fois dans son histoire, qui ne manque pourtant pas de coups d'Etat ... et qui veut aussi bannir toute critique, toute expression
libre. Elle doit même peut-être être étonné de son succès, aussi à la marge, certains se sentent-ils  "autorisés" de revisiter la littérature, l'histoire, le cinéma, etc.


Interdisons, interdisons ... et cela au nom du roi.



Alain le b. 30/10/2014 03:31


C'est courageux les gars!


 


En tout cas, je suis pas venu ici pour rien , encore une découverte,


 


une autre facette de : "l'homme un loup pour l'homme".


 


Je connaissais les chansons "sociales" de Carabao censurées dans les années 80, avec un roi en bonne santé et brillant compositeur et musicien !?


 


Sont tout aussi prisonniers d'un système finalement .


 


En attendant que les choses évoluent inévitablement, dans qlq siècles peut-être, les thaïs de base restent souriants et plaisants ...


 


Chez nous ils râlent tous, français comme belges francophones avec des socialistes au pouvoir (France et Région wallonne). J'entends les classes moyennes: vont-elles devoir tirer en longueur leur
2ème voiture, reporter la peinture de la façade arrière de leur villa?


 


c'est pas une blague, je reçois, du pays, des mails angoissés.


 


Bon, ben, ici, j'ai envie de ressortir ma vieille guitare et chanter des vieux François Béranger, ... pour rire ... je tiens à mon visa!


 


Thaïlande! tout est caricature ici, les excès dans tous les sens, soit trop sucré ou trop épicé.


 


En attendant bon courage aux universitaires bouilonnant, un couvercle de plomb sur la tête... et merci les gars "d'oser" "commettre", noir sur blanc, malgrè le vert ambiant... . Cet article a
l'effet d'une soupape dans mon esprit encore bien naïf... .


 


Une pensée aux expatriés ... politiques thaïs dont les esprits et les corps sont sous pression.


 

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 30/10/2014 04:31



ET encore nous nous sommes autocensurés.