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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 00:02

 vue-aerienne.jpg3. Vaincre les chutes de Khône (1890-1893).


Nous poursuivons notre lecture  « (D)es grands pionniers du Mékong. Une cinquantaine d’années d’aventures. (1884-1935) » de Luc Lacroze. (L’Harmattan, 1996.) Les deux articles précédents avaient raconté la première expédition française du Mékong (1866-1868) et les aventures des pionniers dans les rapides cambodgiens entre 1884 et 1889. (Cf. les articles A.168 et A.169)


Rappel.  

Alors que la France coloniale vient de créer la Cochinchine française en 1862, puis le protectorat français sur le Cambodge en 1863, la première expédition française de Doudart de Lagrée/Francis Garnier

 

Doudard$                                             Garnier

 

se voit confier en juin 1866, la mission d’étudier la navigabilité du Mékong pour les bateaux à vapeur et la possibilité d’y établir une nouvelle voie commerciale. S’il est facile de rejoindre Kratié (au sud-est du Cambode)

 

KRATIE.jpg

 

de Saïgon en bateau à vapeur, très vite, l’expédition va devoir affronter les rapides de Sambor,

 

rapiude-de-sambor.jpg

 

puis ceux des Prépatang,  pour constater un mois après le début de l’expédition, dès les chutes de Khône, qu’un bateau à vapeur  ne pouvait pas passer, et de reconnaître l’impossibilité d’établir une ligne commerciale sur le Mékong,

Et pourtant, l’expédition poursuivra son aventure pour tenter de découvrir si le Fleuve rouge

 

fleuve rouge


n’était pas finalement la voie recherchée pour commercer avec la Chine.

 

 Fleuve rouge 02

Carte du pays entre haut Mékong et fleuve rouge

 

L’expédition échouera sur le premier rapide après Yuen Kiang (en novembre 1867) mais apprendra que plus loin, le fleuve rouge était navigable de Man Hao à la mer, et devenait ainsi une alternative au Mékong.

 

MANAO.jpg

Carte de l'exploration du fleuve rouge par le Forézien Jean Dupuis en 1871


L’expédition prit alors le chemin du retour. Doudart de Lagrée décédera le 12 mars 1868. L’expédition reviendra en descendant le Yang Tsé Kiang  jusqu’à Shanghaï, pour rallier Saïgon en juin 1868.


Elle était partie depuis 2 ans et avait parcouru 8.800 km.


La conséquence sera que le Mékong restera oublié jusqu’en 1884-1885, soit pendant une quinzaine d’années, jusqu’à l’expédition du lieutenant de vaisseau Campion


campion.jpg

 

en août 1884, et celle de Réveillère / Fésigny en mai 1885.


Entretemps, Dupuis  était le premier marchand européen à remonter le fleuve rouge en jonques de Hanoï en janvier 1873, à Lao Kaï le 20 février, et à Man Hao, le 4 mars 1873. Il redescendra le fleuve avec du cuivre et de l’étain pour être de retour à Hanoï le 30 avril 1873. De même le lieutenant de vaisseau Kergaradec, consul à Hanoï,

 

Kerkaradec.jpg

 

confirmera par deux fois la navigabilité du fleuve rouge (en canot à moteur en 1876, en 25 jours de Hanoï à Lao Khaï, et en 1877, avec deux barques légères de Hanoï à Man Hao), en notant la nécessité de travaux pour franchir une trentaine de rapides entre Yen Baï et Lao Kaï.


Le contexte changera en 1883, avec l’expédition du capitaine de frégate Rivière qui occupera le delta, et le 25 août 1883 avec le traité qui plaçait le Tonkin sous protectorat français.


De 1884 à 1889  allaient reprendre l’exploration des rapides cambodgiens. (Sambor, de Préapatang, et ceux, terribles, de Khône. (Notre article A.169)

  • Le 3 août 1884, le  lieutenant de vaisseau Campion, navigue avec  l’aviso « L’Alouette »,  de Samboc à Sambor. (Sambor est le dernier poste occupé par les Français (voir la carte ci-dessus)
  • alors qu’en amont, un gouverneur siamois réside à Stung Treng

Steung.jpg

...actuellement au Cambodge

 

 

  • Le gouverneur donnera une dimension politique à cet événement, le présentant comme une mise-en-garde adressée aux rois du Cambodge et de Siam.

 

  • En mai 1885, le lieutenant de vaisseau de Fésigny, avec la canonnière « La Sagaie» effectue des relevés des rapides de Sambor et des Préapatang.

la-saguai.jpg

 

  • Le 7 septembre 1885, le commandant Réveillère rejoint Fésigny à Kratié avec son torpilleur 44. Ils repartent de concert et franchissent Sambor avec facilité ; mais la Sagaie échoue le lendemain au début des Préapatang, alors que le torpilleur peut passer, non sans difficulté.  Il poursuit la remontée, franchit la « frontière » et atteint Stung Treng. (Poste frontière siamois) Réveillère veut alors prouver que les Préapatang peuvent être franchis par des navires moins puissants que son Torpilleur.

 

  • Le 16 juillet 1886,  le commandant Réveillère franchissait de nouveau les rapides des Préapatang, avec deux chaloupes pour atteindre Stung Treng.

de Samboc a Strung

      De Samboc à Stung Treng

 

  • Le 16 août 1887,  Fésigny avec deux chaloupes, la Mouette et le Doc Phuca, atteint de nouveau Stung Treng, et met 3 jours pour arriver le 28 août 1887 au pied des chutes de Khône. 


De-Strung-a-Khone.jpg

 

  • (Au sud de l’île de Sdam, sur la côte ouest de l’île de Khône, située au pied des chutes de Sompanit et de Salaphé)


chutes-de-sompamit.jpg


  •  Il constate qu’elles sont infranchissables.


Mekond-sud-des-chutes.jpg

Le Mékong en aval des chutes

 

 

  • LA SOLUTION.

Mais Fésigny voit la solution. Un chemin de 2,5 km longe l’île et arrive au village de Khône, situé au-dessus des chutes. Il suffirait de transborder les marchandises sur ces 2,5 km. Mais encore fallait-il apporter la preuve avec des bateaux pouvant embarquer 200 ou 300 tonnes de marchandises pour espérer mettre en place une ligne régulière. Il faudra attendre deux ans,

 

 

transbordement.jpg

 

  • Au mois d’août 1889, le lieutenant de vaisseau Heurtel accomplit « l’exploit ». et rejoint Stung Treng le 24 août, avec l’aviso l’Alouette (50 m de long) avec lequel en 1884 Campion avait remonté les rapides de Sambor. (Retour le 31 août à Phnom Penh).

 

  • Du 2 au 9 septembre 1889, le lieutenant Heurtel, à peine arrivé, repart pour une nouvelle expédition politique et « commerciale »,  avec son Aviso, accompagné du résident supérieur de Verneville et du directeur des Messageries, à bord du Cantonnais (Un bâtiment de 42 m qui appartenait aux Messageries).

 

La petite chaloupe des Messageries, la Mouette, que Fésigny avait amené jusqu’aux chutes de Khône en 1887,

rapides-de-khone.jpg

Localisation 13° 56'53'' N  - 105 ° 56' 26 '' E

      à l'extrème sud du Laos :

 

 Localisation-Khone.jpg

 

se joindra à l’expédition.  Heurtel laisse l’Aviso à Ca Toc (Koh Toc), et prend le commandement du Cantonnais, plus maniable et avec moins de tirant d’eau, pour arriver avec la Mouette à Stung Treng le 5 septembre ; obtenir deux guides et mouiller le 6 au matin devant Ban Sadam. Les illustres voyageurs s’embarqueront alors sur la chaloupe la Mouette pour contourner par le sud l’île de Sdam et de Khône et accoster sur une petite plage de la baie que Fésigny avait reconnue en 1887 et se rendre à pied jusqu’à la chute de Somphanit. « C’était féérique ». Le soir même ils passaient la nuit à Stung Treng

 

Stung.jpg

 

et le 9 septembre, ils étaient de retour à Phnom Penh.

Et le directeur d’exploitation des Messageries Blanchet pouvait déclarer le 11 novembre 1889, à Paris, devant la Société de géographie commerciale,  que l’expédition du Cantonnais et de la Mouette avaient ouvert le Laos au commerce français, et que sa Compagnie avait décidé de créer dès la fin de 1890, un service régulier à vapeur entre Phnom Penh et Stung Treng.


Bref, à la fin de 1889, l’exploration du Mékong avait peu évolué depuis la 1ère expédition de Doudart de Lagrée / Garnier qui buttait fin juillet sur les rapides de Khône

Chutes-de-Khone.jpg

Photo d'époque

 

et en janvier 1867 apprenaient par Delaporte qu’en amont d’autres chutes, les chutes de Kemarat

 

Kemmarat--Ubon-.jpg

Actuellement amphoe à l'extrème nord de la province d'Ubonrachathani

 

n’étaient accessibles qu’en pirogue, et encore après 15 jours d’efforts.


Kemmarat-02.jpg

 

Mais les proclamations, les récits, les ambitions politiques, coloniales, les intérêts financiers et commerciaux, l’esprit d’aventure, l’arrivée de nouveaux pionniers  vont relancer l’histoire du Mékong, des espoirs, des nouvelles tentatives, des nouveaux projets, « l’épopée ».


Et pour commencer, le projet de vaincre enfin les chutes de Khône.


                                      _____________________________

 

3. Vaincre les chutes de Khône. ( 1890-1893) 

 

 

 

 

Il ne faut pas oublier que ces explorations du Mékong se font sur fond de rivalité entre la France et le Siam à propos des pays laotiens, surtout depuis que la France  avait obtenu le Protectorat sur l’Annam le 6 juin 1884. Notre article 135 intitulé La politique étrangère du roi Chulalongkorn retrace cette lutte, qui depuis les incursions des Hôs au Tonkin et au nord-Laos en 1885 devait aboutir au traité de 1893, dans lequel  le Gouvernement siamois renonçait à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve  et ordonnait l’’évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong. (Cf. Extrait en note*) 

  • Les ambitions de Camille Gauthier (ch.9) et les tribulations du docteur Mougeot. (Ch.10)

L’expédition du Cantonnais et de la Mouette de 1889 était loin d’avoir ouvert le Laos au commerce français,  malgré le récit de voyage de 1889 du négociant Camille Gauthier qui avait descendu le Mékong de Luang Prabang à Phnom Penh en radeau (du 9 décembre 1887 au 30 janvier 1888).

 

doudart-carte.jpg

 

Certes le récit de Gauthier était un plaidoyer pour l’établissement d’un service de navigation à vapeur sur le Mékong laotien, mais il ne cachait pas les difficultés des rapides surtout entre Luang Prabang et Vientiane (entre autres, le Keng Luang que Francis Garnier avait déjà signalé). Il passait très rapidement sur les rapides de Kemarat et constatait, lui aussi, qu’il fallait contourner les  chutes de Khône, soit par un canal, soit par une voie ferrée.

Le récit de Gauthier avait eu pour but d’obtenir un contrat et une subvention pour un service de navigation de sept mois par an de Khône à Kemarat et un service sans interruption de Kemarat à Vientiane. Le gouverneur général Richaud, par une lettre du 13 décembre 1888, lui signifiait son refus.

  • C’est alors que va entrer en scène les aventures du docteur Mougeot dans les chutes de Khône entre 1890 et 1893.

 

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Le docteur est une personnalité. Certes, il a son cabinet de consultations à Saïgon, mais il est aussi président d’une société savante, « La Société des Etudes Indochinoises de Saïgon » (la SEIS), et grand propriétaire terrien (il possède avec Pelletier, Koh Lonheu, la plus grande des Iles du Mékong cambodgien (40 000 ha)), et il est l’un de six élus français au Conseil colonial.

 

 

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  • Le 26 février 1890, le docteur Mougeot annonce à la SEIS, la découverte d’une passe qui permet de franchir les chutes de Khône. (Au long de l’île Sadam)

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Son rapport de 32 pages de mars 1890  relate les circonstances de l’exploit qu’il a accompli avec son associé Pelletier,  et propose les hypothèses qui peuvent expliquer pourquoi cela n’a pu se faire auparavant. La SEIS vote à l’unanimité de donner à la passe le nom de Pelletier-Mougeot.

La querelle Villemereuil-Mougeot.

Mais le lieutenant de Villemereuil,

 

VILLEMEREUILClaude.jpg

 

un officier de marine à la retraite, va «  réclamer la priorité de la découverte de la passe pour Doudart de Lagrée ». Il en apportera la preuve en le citant. Mougeot en contestera le bien-fondé. La querelle était lancée, via revues et journaux, comme la « Revue française », « Géographie », « le Cochinchinois », quotidien de Saïgon, bulletin de la SEIS, etc., chacun échangeant argument contre argument, pendant presque un an. Mais Mougeot s’étonnera à juste titre, pourquoi depuis le voyage de  Doudart de Lagrée de 1866 aucun explorateur n’avait remonté cette passe ! Il fut peiné  d’être pris pour un imposteur.


Les 3 tentatives de l’enseigne Guissez avec l’Argus de 1890, 1891 et 1892 pour essayer de franchir les rapides de Khône.


Toutefois, le docteur Mougeot ne renoncera pas, comme nous le verrons. Il a reçu néanmoins des félicitations du lieutenant-gouverneur de Cochinchine et de Le Myre de Viliers un ancien gouverneur etancien résident général à Madagascar devenu député.

 

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Il aura même un soutien indirect de Pavie,


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qui après avoir été nommé ministre de France à Bangkok le 20 décembre 1889, est de nouveau au Laos et entreprend la descente du Mékong de Luang Prabang en mai 1890 pour arriver à Saïgon le 28 août 1890 et d’être reçu avec beaucoup d’égard par le gouverneur général Piquet. Il peut lui raconter son périple : ses émotions au passage du rapide du Keng Luong avec trois embarcations qui se retournent, comment il a évité les Kemarat en prenant la piste ; mais surtout pour notre histoire, comment il a passé les chutes de Khône par la passe de gauche (la passe Pelletier-Mougeot ?)  avec ses pirogues et trois barques de 25 m qui appartenaient à des Chinois, confirmant par la même qu’une chaloupe à vapeur pourrait passer, après des travaux d’élagage et de déblaiement des roches.

 

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La voix de Pavie alliée aux demandes incessantes du Dr Mougeot ont sûrement joué, de guerre lasse, leur rôle dans la décision du gouverneur général Piquet de décider enfin l’envoi en reconnaissance d’une petit canonnière l’Argus, avec pour mission d’étudier la possibilité de franchissement de la passe Pelletier-Mougeot  par un bateau à moteur. Il crée même une Commission chargée de proposer les mesures à prendre à partir des comptes rendus effectués. Mais nous allons constater trois tentatives et trois échecs sur trois ans.

  • La 1ère tentative en octobre 1890.

L’Argus, sous le commandement de l’enseigne de vaisseau Guissez, quitte Saïgon le 28 septembre 1890 ; Le Cantonnais suit le 2 octobre, avec  à son bord le gouverneur général, rejoint après Phnom Penh,  par le résident supérieur. Mais la saison des pluies touche à sa fin, et le Cantonnais, avec un tirant d’eau de 1m 80, passe difficilement Sambor et doit très vite rebrousser chemin. Il débarque au retour à Sambor, Pavie et le Dr Mougeot qui veulent remonter en pirogue jusqu’aux chutes de Khône, pendant que l’Argus poursuit sa mission. 

Au-dessus des Préapatang, Pavie croise des pirogues laotiennes, qui lui remettent une lettre de Guissez. A partit de Stung Treng, Pavie reçoit des marques de déférence du gouverneur siamois et du deuxième mandarin de Bassac qui va l’accompagner jusqu’à Khône.

 

roi-de-bassac.jpg

 

Par deux collaborateurs de Pavie (l’un Massie venant de l’Argus, l’autre, de Coulgeans,

 

coulgeans.jpg

 

basé à Stun Treng),  Pavie et le Dr Mougeot sont heureux d’apprendre que l’Argus est au milieu de la passe.

Le 14 octobre, ils débarquent sur la côte de la baie Marguerite, traversent l’île à pied pour aller saluer au village de Khône le premier mandarin siamois et le roi de Bassac et vont pouvoir les rassurer en précisant que la canonnière Argus appartient à la mission « Pavie ».

 

argus2.jpg

 

Le 15 au matin, après 2 heures de pirogue, ils rejoignent l’Argus, échouée sur un banc de sable.

Il n’avait remonté que le quart  des 6/7 km de la passe. 

Il fut décidé que Guissez et L’Argus resteraient sur place pendant les 8 mois de la saison sèche ; Guissez pourrait ainsi nettoyer la passe, déboiser, dérocher, hydrographier.

Pavie, Mougeot et Massie seront de retour à Saïgon le 3 octobre. Le Dr Mougeot revenait avec son optimiste habituel et écrivait : « Monsieur Guissez a une confiance absolue dans le résultat final ; il considère le passage comme certain. »

  • Mais la deuxième tentative sera encore un échec le 23 septembre 1891.

Et pourtant Pavie raconte que pendant la saison sèche « Guissez fit une étude complète de la passe aux basses eaux … Avec les moyens fournis par le gouverneur général, il avait achevé le débroussaillement des berges, dont les arbres, se rejoignant en voute, obstruaient le chemin sur presque tout son parcours. Un artificier, mis à sa disposition par le service de l’artillerie de Saïgon, avait nivelé, sous sa direction, le fonds de rochers au passage, travail qui avait nécessité 350 coups de fulmicoton. Enfin, il avait terminé l’étude hydrographique du fleuve jusqu’à Bassac ». (Dans « Géographies et voyages », Tome II, p. 190, cité en note par Lacroze).


Tout cela pour apprendre que le bateau avait été immobilisé après seulement  ……….. 400 mètres !


On peut deviner la déception, et ce d’autant plus, que la Commission de Sadam remettait le 7 septembre 1891 un rapport défavorable aux thèses du Dr Mougeot pour retenir les conclusions de Dondart de Lagrée de 1866, qui disaient déjà que la passe ne pouvait pas être praticable pour des bateaux à vapeur de faible tonnage, et cela malgré les travaux de Guissez.

  • Toutefois une troisième tentative fut tentée en août 1892 et échoua également.

« Le Progrès de Saïgon, dans son numéro du 13 août 1892, publiait le texte d’un télégramme que le  lieutenant de vaisseau Guissez avait  adressé le 11 août de Sambor au lieutenant-gouverneur de Cochinchine : « Avons pas pu doubler un des rapides les moins violents du chenal, quoique machine à toute vitesse. » Le nouveau gouverneur général  en tira la conclusion que « cet échec montrait qu’il fallait se résoudre à l’installation  dans l’île de Khône du petit chemin de fer pour les transbordements, préconisés par monsieur Gauthier dans son rapport de 1888. »

Mais le docteur Mougeot ne renonça pas.

  • La nouvelle aventure du docteur Mougeot avec la Marthe en 1893.

La troisième tentative et  le nouvel échec n’avaient pas éteint l’énergie et la conviction du Dr Mougeot. Il s’exprima largement (notamment dans un bulletin de la SEIS) pour critiquer la mission Guissez, la Commission de Sadam, le correspondant du Temps … pour finalement annoncer qu’il entreprendrait « lui-même la remontée de la passe sur un bateau à vapeur. »

Mais encore fallait-il trouver un bateau à vapeur. Ce fut là une aventure épique.

Il commença sa quête en essuyant 3 refus : refus du lieutenant-gouverneur pour la location d’une chaloupe ; refus du Commandant de la Marine, et refus des « Messageries »  de lui vendre « La Mouette », la meilleure chaloupe de la Compagnie.

Le Dr Mougeot poursuivit alors sa recherche en Métropole. Il essuya des refus de tous les constructeurs contactés pendant 5 mois jusqu’au mois de mai 1893, avant de se rendre compte qu’ils avaient reçu des « ordres » qui émanaient d’instructions de Saïgon. Il était alors trop tard pour obtenir un bateau pour août. Mais le Dr Mougeot était plein de ressources et  faisait affaire avec l’arsenal de  … Hong-Kong. Il reçut sa chaloupe (14,10m de long, 2,10 de large, avec 0,60 de tirant d’eau, avec 2 moteurs de six CV) le 19 septembre à Saïgon. Il lui donna le prénom de sa femme « Marthe ». Les  essais furent concluants ; encore fallait-il trouver un équipage.

Il trouva  assez facilement le mécanicien, les chauffeurs et les matelots, mais le Dr devait veiller à ce que le timonier ne soit pas envoyé par un « adversaire ». Malheureusement, malgré toute sa perspicacité, il ne put que constater qu’il avait été trompé.

La Marthe quitte Saïgon le 28 septembre avec le Dr, et son frère et très vite ils constatèrent les signes de mauvaise volonté du timonier, des fausses manœuvres, dont une qui aurait déjà pu être fatale dans les rapides du Préapatang et qui ne fut évitée que par la présence d’esprit du frère Mougeot. Entre Stung Treng et Khône, les incidents se multiplièrent, comme celles d’amarres qui lâchent curieusement. La Marthe arrive enfin au pied des chutes de Khône; elle franchit facilement les premiers seuils ; s’amarre pour la nuit et le lendemain, alors que la remontée s’effectuait régulièrement, le timonier, lors d’un seuil avec grand courant,  donna un brusque coup de barre inexplicable, qui heurta un gros arbre ; le moteur de bâbord s’essouffla et s’arrêta ; le second moteur n’était pas assez puissant pour remonter le courant. Il fallut renoncer et redescendre. A Khône-sud, le timonier, deux matelots et un chauffeur désertèrent. Il ne restait plus qu’à ramener la Marthe à Saïgon avec une seule hélice.

 


C’était certes un échec, mais que le Dr Mougeot tenta encore de présenter, dans la presse, son expédition  comme un succès.


Il y confirmait la praticabilité de la passe Pelletier-Mougeot, et il accusait la malhonnêteté de la Commission de Sedam, et la malveillance de la Compagnie des Messageries Fluviales.


Il ne devait avoir tort suggère Lacroze, en s’appuyant sur un courrier du 1er mars 1893 envoyé par Rueff, l’administrateur-délégué des Messageries au sous-secrétaire d’Etat aux colonies, relatant des discussions en cours avec le gouverneur général Lanessan,


lanessan-portrait-commission-brazza.jpg

 

concernant la signature d’une nouvelle concession d’un service de navigation commerciale sur le Haut Mékong.


Le docteur Mougeot sombrera dans l’oubli, pendant que « de nouveaux acteurs, de nouveaux pionniers du Mékong vont en effet faire entendre leur voix et imposer de plus en plus les décisions des bureaux parisiens ». (p. 74) (Les ministères des Affaires étrangères, de la Marine et des Colonies, les milieux « coloniaux », la puissante Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine aussi présente à Paris qu’à Saïgon.)


livretdupassager1912.JPG

 

Après le traité de Bangkok du 3 octobre 1893* avec les Siamois, une nouvelle période politique et commerciale allait commencer sur le Mékong.

___________________________________________________________________________

 

Notre article 135 intitulé La politique étrangère du roi Chulalongkorn.


Extrait : 

« Les incursions des Hôs au Tonkin et au nord-Laos en 1885, allaient déclencher un processus. Une expédition militaire thaïe les repousse victorieusement. Pavie, nommé en novembre 1885 vice-consul de Luang Prabang, y voit arriver le général thaï en vainqueur le 10 février 1887. Mais le 7 juin, alors que les troupes thaïes se retiraient, 600 Pavillons noirs attaquaient Luang Prabang.

 

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Pavie avec ses Cambodgiens arrivent à sauver le vieux roi Ong Kham et se réfugient à Packlay le 15 juin 1887.


PAKLAY.jpg

 

 

Rama V en conclut que le vieux Roi ne pouvant se défendre passait sous son  administration directe et envoie une 2ème expédition pour installer son fils. La France, prévenue, envoie une expédition depuis le Tonkin et propose aux Thaïs, l’envoi réciproque d’un commissaire avec deux topographes.

Pavie est nommé par les deux gouvernements en octobre 1887 avec trois agents thaïs,  pour établir une carte de la région et le tracé des frontières. Mais Pavie, en six mois, va en fait, pacifier un territoire de 87 000 km2, « explorer » la rivière noire et collecter chroniques et  annales.

Les conflits sont alors multiples entre la France et les Thaïs  concernant « les  frontières », comme celles de Tran Ninh et de Kammon et la rive gauche du Mékong, Chacun bien sûr usant d’« arguments » contradictoires et assurant sa « présence » dans les terrains respectifs « occupés », ainsi les Thaïs à Luang Prabang par exemple. Pavie n’ayant pas les troupes suffisantes pour réagir, propose un statu quo au prince Dévawongse avant de repartir en France pour cinq mois (juin 1889- retour Bangkok  30 octobre1889) et d’établir avec son ministre des affaires étrangères et le Sous- Secrétaire d’Etat des Colonies un plan d’action qui ne laissait aucun doute sur la détermination coloniale de la France.

Dès le 20 décembre 1889, Pavie reçoit l’accord  du Roi et du Prince Dévawongse pour une 2ème mission sur la suite des délimitations des frontières. Aucun n’est dupe et va chercher à consolider ses positions. Ainsi par exemple,  « Pavie forma sur la rive droite du Mékong des détachements qui seraient prêts », « Du côté thaï, l’occupation des postes militaires se multiplia du nord au sud, entre le Mékong et la Cordillère d’Annam […]

 

cordillere.jpg

 

construisant des postes et des fortins » (Duke, op. cité. )***

Les conflits sévères vont de nouveau éclater dès 1891 : le conflit de Bang Bien (mai 1891), l’affaire Douthène (avril 1892), des conflits mineurs, des « échauffourées » le long du Mékong  et des échanges épistolaires « agressifs ».

Le 29 février 1893, le Parlement français exprime de façon nette sa revendication sur la rive gauche du Mékong. Une lettre du ministre des affaires étrangères du 4 mars 1893 peut être lue comme un ultimatum  par les Thaïs. Le Prince Devawongse ne peut plus que  proposer le 14 mars un modus vivendi  en trois articles. Pavie répond négativement le 17 mars 1893.

La France est prête pour l’action.

Le gouvernement français, le Gouverneur de l’Indochine, la presse de Saïgon, Pavie et même l’évêque de Bangkok pensent déjà au Protectorat futur sur le  Siam. Le Prince va encore chercher une entente, envoyer des  « protestations », mais il se sait lâcher par la Grande Bretagne. C'est un vrai traumatisme pour la Cour thaïe.

Le 29 juin 1893 les troupes françaises occupent l’île de Samit et la France  exige le règlement de tous les différends. Trois colonnes partent de Saïgon… le chef Gros meurt lors d’un accrochage…

Les Siamois font le blocus du Chao Praya la France envoie le 13 juillet 1893 l’aviso l’Inconstant, le J. B. Say et le Comète qui forcent le blocus (« l’incident » de PAKNAM, selon l’Ambassade de France à Bangkok)… le J. B. Say est coulé…

Le 20 juillet Pavie remet un ultimatum en 6 articles, avec réponse imposée dans les quatre jours et menace de son départ sur le navire « Forfait », en cas de refus. La réponse du Prince est jugée insuffisante. Pavie monte sur le « Forfait ».

Le roi Rama V accepte alors sans réserve les conditions de l’ultimatum le 29 juillet 1893.

Un Traité de 10 articles et une convention sont signés le 3 octobre 1893. L’Article 1 était le plus important : « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ». L’Article  2  portait sur « L’évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong… ».

 

 

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commentaires

jacques herbier 13/01/2015 03:48


Bonjour,


superbe travail !


félicitations


jacques à Koh Chang

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 13/01/2015 10:01



Superbe travail ? De Lacroze, l'auteur du livre.


On a voulu partager cette aventure peu connue de nos pionniers français du Mékong.


De sacrés gars ! Hommage à eux .