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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 00:02



TITRE CANIO4. Les canonnières entrent en action.

 

Nous poursuivons notre lecture  « (D)es grands pionniers du Mékong. Une cinquantaine d’années d’aventures. (1884-1935) » de Luc Lacroze. (L’Harmattan, 1996.). Les trois articles précédents avaient raconté la première expédition française du Mékong (1866-1868)*, les aventures des pionniers dans les rapides cambodgiens entre 1884 et 1889** et les trois échecs de l’enseigne Guissez avec l’Argus de 1890, 1891 et 1892 pour essayer de franchir les rapides de Khône, et  l’ultime tentative du docteur Mougeot de 1893 avec la Marthe***.

 Mais si les chutes de Khône paraissaient infranchissables pour un bateau à vapeur en 1893, la politique coloniale de la France dans ce qui allait devenir l’Indochine française et la puissante Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine poursuivaient leurs ambitions et leurs intérêts.

 

Messageries

La Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine n’avait pas vu d’un bon œil, les tentatives des colons Camille Gauthier (descente du Mékong de Luang Prabang à Phnom Penh en radeau du 9 décembre 1887 au 30 janvier 1888), et du Dr Mougeot (découverte d’une passe dans les rapides de Khône en 1890 et échec pour les franchir en 1893),

 

Mougeot 01-4

 

qui auraient pu perturber leur action auprès des autorités de Paris et de Saïgon, pour obtenir la signature d’un contrat qui lui permettrait d’exploiter une ligne qui irait jusqu’à Stung Treng ;

 

Stung Treng-Maps

 

voire au-delà de Khône si l’administration le désirait. Elle œuvrait également pour obtenir une prolongation de sa concession.

 

Lacroze rendra compte des principaux échanges de courrier entre Rueff, l’administrateur délégué de la Compagnie des Messageries et les différents ministères des Affaires étrangères, de la Marine et des Colonies, ainsi qu’aux autorités coloniales de l’Indochine. Toutefois, le 8 février 1893, Rueff apprend avec plaisir que le gouverneur général de Lanessan

 

De Lanessan 05237 administrateur

 

a fait voter au Conseil colonial une subvention de 20 000 francs destinée à des travaux pour transférer les bateaux à vapeur en amont des chutes de Khône. Elle a été initiée par le nouveau sous-secrétaire d’Etat Delcassé des Colonies (ministre des Colonies en 1894-1895, et ministre des Affaires étrangères de 1898 à 1905) qui va insuffler une dynamique nouvelle et encourager en février 1893 le gouverneur général à « s’entendre » avec les Messageries pour réaliser les trois objectifs du gouvernement concernant le Mékong, à savoir :

 

  • Le prolongement de la ligne télégraphique, la conclusion d’un nouveau contrat avec les Messageries et la construction d’une ou deux canonnières, pour faire face , entre autre, aux incursions siamoises sur la rive gauche du Mékong.

 

  • Un contrat de gré à gré sera signé entre Delcassé et Rueff, qui stipulait que la Compagnie avait 5 mois pour  faire construire et transporter les deux canonnières  à Saïgon.

 

  • Cette décision allait avoir une importance politique majeure dans la rivalité franco-siamoise.

 

Tout va s’accélérer sous l’impulsion de Delcassé, court-circuitant certains rouages étatiques, surtout que les Siamois ont appris les intentions françaises. Delcassé donnera ordre le 17 mars au gouverneur général d’envoyer une centaine de travailleurs indigènes pour préparer la voie Decauville entre les deux extrémités de l’île de Khône et de les protéger par une force militaire, qui devra aussi occuper Stung Treng. (On se souvient tenu par les Siamois).

 

section de telegraphie

 

Le lieutenant de vaisseau Simon

 

simon

 

se voyait confier la direction des travaux, du démontage et remontage des canonnières et du commandement de l’un des bateaux. Le gouverneur général n’était pas en reste et donnait ses instructions dès le 24 mars. Le vice-président du Cambodge se voyait confier la direction des opérations secondé par le capitaine Thoreux et une centaine de tirailleurs annamites et l’agent commercial Coulgeans de Stung Treng dirigeait les travaux d’installation de la ligne télégraphique de Samboc à Khône.

 

De plus, le gouverneur général demandait et obtenait de Delcassé en avril, l’accord d’assurer une présence française en amont des chutes de Khône, afin de « provoquer l’évacuation des postes siamois (de la rive gauche) et à nous assurer la libre jouissance des deux importantes voies d’accès entre la côte d’Annam et le Mékong ».

 

Mais comme le dit Lacroze, rien ne se passera comme prévu.

 

En effet, on se doute que les Siamois ne pouvaient voir qu’une agression dans  l’occupation militaire de Khône et de Stung Treng, et l’arrivée prochaine de deux canonnières. Nous n’étions plus dans le simple registre des explorations du Mékong. De fait, si le 1er avril, le Kha Luong et les Siamois « acceptent » de quitter Stung Treng et se retirent sur la rive droite, si le 2 avril, la petite garnison siamoise de l’île de Khône se rend sans se battre, c’est pour mieux réagir le mois suivant. Ils vont alors capturer le capitaine Thoreux qui commandait un convoi de pirogues chargées de vivres, et tenter d’enlever le poste français de Khône.

 

FrenchInvadsion r

Carte thaïe intitulée "l'invasion française"

 

Deux compagnies françaises envoyées de Saïgon arrivent en renfort le 22 mai ; et réoccupent l’île le 23. Elles reçoivent ordre de chasser tous les Siamois de tous les postes qu’ils occupent entre l’île et la rive gauche.

 

ile de khone

 

(On évoque 200 tués chez les Siamois) Les Siamois évacuent, mais se renforcent plus en amont  sur l’île de Som, qu’ils abandonnent le 20 juillet, pour aller sur  la grande île de Khong, capitale de la province.

 

Carte-Don-Khone

 

Mais d’autres « événements »  rendront caducs un plan d’opération prévu à Saïgon pour prendre l’île de Khong.

 

En effet, c’est finalement  les opérations menées par des miliciens et qui visaient à refouler sur la rive droite tous les fonctionnaires et les militaires siamois installés sur l’axe nord de Vinh

 

Vinh.jpg

 

à Houten commandé par Luce qui allait avoir des répercussions importantes, alors que sur l’axe sud Quang Tri

 

quang-tri-tp

 

- Kemarat, Dufrénil (vice-résident de Quang Tri) ne rencontrait aucune résistance.

 

Luce arrive à Cammon le 18 mai, le Kha Luong temporise ; Luce exige le 22 mai un départ immédiat des Siamois et la remise de l’armement ; ce qu’ils font le 26 mai. Luce rassuré rentre à Vinh. Le 5 juin, 200 Siamois attaquent Ken Kiec, tue Grosgurin et presque toute l’escorte

 

Grosgurin.jpg

.

Cela devient « l’affaire Grosgurin ».

 

Saïgon, Paris demandent réparation et exige la libération du capitaine Thoreux ; Bangkok tergiverse ; la tension augmente ; l’amiral Humann reçoit l’ordre de concentrer ses unités à Saïgon. Il envoie début juillet deux navires de guerre, l’Inconstant et la Comète, dans le golfe de Siam; le 13 juillet, ils sont devant la barre de Paknam ; Tirs siamois ; Les navires forcent le barrage, et menacent le palais royal à Bangkok ;

 

Incident.jpg

 

Un ultimatum le 20 juillet, obligera le roi Rama V  à accepter alors sans réserve, un Traité de 10 articles et une convention, signé le 3 octobre 1893. L’Article 1 était le plus important :

 

« Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve.

L’Article  2  portait sur « L’évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong… ». Des indemnités importantes devaient être payées… ****

 

Désormais la voie était libre pour établir une navigation à vapeur sur le haut fleuve. Les deux canonnières prévues, le La Grandière

 

La Grandière 2

 

et le Massie

 

Le massie

 

arrivaient après la bataille !

 

On vous fera grâce des péripéties de leur acheminement de Saïgon au pied des chutes de Khône le 10 septembre, surtout que le La Grandière arrivera remorqué par une chaloupe des Messageries. Indisponible pour des semaines, il fut remplacé par le Ham Long. La Mouette des Messageries fut stationné à Stung Treng. Mais il fallait faire vite pour les transborder avant la baisse des eaux. Depuis le 11 juin, les 500 coolies annamites avaient bien travaillé et la voie ferrée de Baie Marguerite à Khône-nord était en place dès le 15 août, avec le chariot et son berceau-carcasse.

 

 

voie ferrée

 

Un transbordement titanesque.

 

La première tentative effectuée le 12 septembre avec le Massie échoua. (chariot déraillé par de gros troncs d’arbres). De plus, les eaux se mirent à baisser une ou deux semaines plutôt que d’habitude.

transbordement

 

 

Simon et Gubiaud (directeur des TP de Cochinchine)

 

boul-jean-marie-thvenet-le-les-travaux-publics-et-les-voies

 

prirent alors la décision de choisir une autre voie, la voie nord-sud. Mais il fallait refaire tous les travaux déjà effectués sur la voie de Baie Marguerite à Khône-nord, et transporter les 3 kilomètres de rails déjà posés. De plus, cette nouvelle voie faisait 5 km ! Le Ham Long trop lourd dut être démonté en deux parties ! Bref, on imagine le travail colossal qui fut effectué en un mois par les coolies ; Les efforts pour tirer à bras d’hommes les deux bateaux sur 3 km du 15 au 21 octobre. Les rails qu’il fallut démonter pour les remettre section par section sur les 2 km restants, et qui ne permettaient pas d’avancer plus de 300 m par jour.

 

voie ferrée 2

 

Enfin, les deux bateaux furent mis à l’eau à Khône nord le 1er novembre 1893. C’était une première.

 

Restaient à Khône-sud l’Argus,

 

ARGUS

 

la Mouette et le La Grandière.

  • Malgré les protestations de Rueff et l’insistance de Delcassé, le gouverneur général ne put dans un rapport du  4 novembre que regretter et les informer des difficultés qu’il y  avait eu lieu lors du transbordement et du constat de la baisse des eaux qui impliquait d’attendre la prochaine saison des pluies.
  • L’Argus reçut une nouvelle mission et fut chargé de janvier à mai 1894 d’étudier les moyens d’assurer la navigation à vapeur de Kratié à Khône. Il put démontrer que désormais moyennant quelques travaux, cette ligne pouvait être assurée toute l’année avec des vapeurs de 2 m de tirant d’eau.

Le Ham Long commandé par Simon et le Massie par Le Vay

 

Le Vay

 

étaient enfin en amont des chutes de Khône et allaient affronter dès le 1er novembre le Mékong laotien.

 

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Les pionniers du Mékong laotien (1893-1903).

 

Mais après les chutes de Khône, il y avait les rapides de Kemarat, et aucun bateau à vapeur ne les avait franchis.

 

vue aerienne

 

On se souvient que  lors de la 1ère expédition, Doudart de Lagrée/Garnier en 1866  avaient constaté qu’un bateau à vapeur ne pouvait pas passer les chutes de Khône. Ensuite, Doudart de Lagrée

 

doudart timbre indo

 

avait renoncé à affronter les rapides de Kemarat, avait pris la piste, et avait envoyé son lieutenant de vaisseau Delaporte en effectuer la reconnaissance avec 8 piroguiers laotiens ; ce qu’il avait accompli, non sans difficulté en 15 jours (12-27 janvier 1867).

 

Ils étaient peu à avoir franchi ces rapides et même Pavie

 

 

Pavie

 

en 1890 avait préféré dans sa descente du Mékong de Vientiane, contourné les Kemarat par les pistes du plateau de Korat.  *****

 

KORAT.jpg

 

Le succès.

 

Donc, le Ham Long commandé par le lieutenant de vaisseau Simon et le Massie par l’enseigne de vaisseau Le Vay sont enfin en amont des chutes de Khône le 1er novembre, sont à Khong le 4 novembre, partent le lendemain pour Bassac, y laissent le Ham Long ;  et Simon et  Le Vay repartent trois jours plus tard sur le Massie pour s’ancrer le 15 novembre à Pakmoun.

 

Simon et Le Vay vont alors préparer leur expédition pendant presque 3 mois et consacré décembre et janvier à reconnaître en pirogue les rapides de Kemarat. C’est dire qu’ils prennent au sérieux la tâche qui les attend.

 

Simon racontera les péripéties de ce voyage historique : la première remontée des Kemarat en bateau à vapeur.

 

 

 

Ils partent le 16 février 1894 de Pakmoun pour arriver le 26 février 1894 à Kemarat juste en  face de l’embouchure de la Se Bang Hieng, après avoir parcouru 85 km et franchi 21 rapides, dont les 4 fameux : Ya Peut, Kaac, Kalakaî et Kamieu.

 

Kaeng chang

 

Le rapport du 28 février nous dit Lacroze leur consacreront de longs développements. Il précisera également les époques favorables pour remonter les Kemarat que sont « les moyennes eaux » du 15 juin au 15 août, et du 15 octobre au 15 janvier, la plus défavorable est celle des « hautes eaux » du 15 août au 15 octobre, et la plus dangereuse voire impraticable est celle « des basses eaux » du 15 janvier au 15 juin. De plus, la direction des courants variait selon l’époque, le jour, le mois.

 

carte de rapides

les rapides en amont et en aval de Khemmarat

 

En mars 1894, les deux officiers vont se séparer pour se retrouver 9 mois plus tard.

 

Simon va redescendre sur Khône et Le Vay avec le Massie va poursuivre l’aventure et affronter en amont de Kemarat, de nouveaux rapides,

 

cataract 01

 

dont les sérieux Keng Nouang et Keng Sa sur près de 50 km.

 

Le Vay arrive à franchir Keng Nouang, mais doit renoncer devant Keng Sa.

 

Le Vay décés

 

Il devra attendre jusqu’au début  août pour avoir suffisamment d’eau et franchir les autres rapides et enfin apprécier le paisible bief de près de « 545 km de long, qui commence à une cinquantaine de km en amont de Savannaket pour se terminer à 40 km en amont de Vientiane » qu’il va atteindre le 25 août.

 

CycleTouringRouteVientianeSavannakhet-557x599.jpg

 

Peu après, le 5 septembre, Simon avait réussi à transborder La Grandière au-dessus des chutes de Khône, avait échoué à franchir le Ya Peut en octobre à cause des eaux trop hautes, pour réussir à franchir les Kemarat en novembre, rejoindre le Massie à Nakhon Panom,

 

NAKHON.jpg

 

venu à sa rencontre, pour remonter tous les deux jusqu’à Vientiane et y accoster le 10 décembre 1894.

 

Mais le destin des deux canonnières n’allaient pas s’arrêter là, à Vientiane, en cette fin d’année 1894, d’autres aventures les attendaient.

 

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*Cf. A.168, ** Cf. A.169, *** Cf. A.171

 

****(Cf. notre article « Le traité de 1893 » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-les-relations-franco-thaies-le-traite-de-1893-66280285.html)

 

***** Note p. 107. En1869, le lieutenant de vaisseau Morin d’Arfeuille

 

Morin d'ar

 

et le capitaine de vaisseau Delaporte en radeau ; 

 

RADEAUX-02.jpg

Deux voyageurs le docteur Harmand en 1877 et le docteur Neiss en 1883 et  le commerçant Gauthier en 1888.

 

 

Cartefluviale

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