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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 23:09

BienvenuEnEnferonlycover La justice en Thaïlande ?

 

Il ne s’agit pas ici de « résumer » l’histoire par ailleurs bouleversante et dramatique de Colin Martin, qui raconte dans un livre témoignage : « Bienvenu en enfer »(sic), comment d’un simple contrat d’affaires à conclure à Bangkok , il va  se faire arnaquer, perdre tous ses biens, sa famille, se sentir contraint de rester à Bangkok pour que son arnaqueur soit arrêté, se retrouver en prison après avoir retrouvé son arnaqueur, et vivre 7 ans  et demi d’enfer dans deux prisons de Thaïlande en tentant vainement de faire reconnaître son innocence, mais de présenter le portrait monstrueux, effrayant , corrompu des prisons et du système judiciaire qu’il décrit.


«Cette expérience a été pour moi en tout point identique à l’image que je me fais de l’enfer. Pour commencer, je n’aurai jamais dû aller en prison. J’ai été torturé par la police jusqu’à ce que je fasse une fausse confession.

imagesUne fois en prison j’ai été roué de coups sans fin par les gardes. La nourriture était tellement abjecte que j’ai passé des jours et des jours à ne pas manger. J’ai été forcé de porter des chaines aux jambes pendant deux ans. Je suis presque mort de tuberculose parce que les responsables de la prison ne m’ont pas soigné. J’ai vu des choses que personne ne devrait voir.

J’ai vu des prisonniers tués. J’ai vu des prisonniers se violer les uns les autres. C’était un cauchemar éveillé – un de ceux dont je ne peux encore pas sortir. Certains souvenirs de ce qui est arrivé sont plus vifs que d’autres. Un en particulier est vivant dans ma mémoire. Le premier jour de mon arrivée à la prison, on m’a déshabillé, une fois nu j’ai été fouillé avec les autres nouveaux prisonniers.

Les flics, les avocats les gardes et les directeurs de prison chercheront tous les moyens possibles pour vous déposséder de votre argent. Quand j’ai été arrêté, la première fois, on m’a dit que si je payais 300 000 Bahts (environ 7 500 Euros) je serai libéré. Si j’avais payé je serai sorti libre. Mais je n’avais pas l’argent et donc je suis allé en prison. Aussi simple que ça. Je sais maintenant qu’il y a eu beaucoup d’affaires comme la mienne. »


Dès la première page le réquisitoire est terrible et de suite on aimerait interjeter les précautions d’usage : « c’est exagéré », « c’est un témoignage partial », « tout n’est pas comme cela », « il y a des brebis galeuses partout », « il y a aussi des gens honnêtes »…que sais-je encore ? Certes.

On pourrait aussi convoquer les témoignages qui attesteraient que la justice thaïlandaise ne peut se résumer à ces terribles « réalités » insuffisamment dénoncées et combattues, dignes d’un autre âge.  Certes. Mais cela existe.

Mais chaque expatrié ayant un peu d’expérience de la Thaïlande a appris qu’il doit payer le plus rapidement possible, s’il est pris  pour un délit ou un crime, et qu’on lui demande une « caution »,  même s’il a le sentiment d’être faussement accusé. Colin Martin ne le savait pas ; il venait d’arriver.

Chacun sait que la somme augmentera au stade « judiciaire » suivant, selon la règle simple qu’il y a plus de « témoins «  à corrompre. Mais Colin Martin ne le savait pas. Il  croyait à la justice. 

Mais ici on apprend en plus qu’à tous les échelons, en toutes occasions, chaque élément du système carcéral et judiciaire, est corrompu et cherche à se faire de l’argent 

Chaque expatrié ayant un peu d’expérience  pourrait citer aussi des cas où des policiers, des avocats, des juges ont bien fait leur travail, ont rendu « justice » Mais ici, il s’agit des commissariats de  Chonburi et de la Tourist Police de Bangkok    et des prisons  de Chonburi et de Lard Yao de Bangkok. Il s’agit de l’« expérience » de Colin Martin. 

                           .

thaiprisonovercrowdingUne chose est sûre : Colin Martin a passé 7 ans et demi en prison en Thaïlande. Il a été libéré le 18 janvier 2005. Que nous apprend-il ? Que nous dit-il ?


1/Chacun d’entre nous peut se retrouver en prison, pour une raison ou pour une autre.


2/ Même en allant déposer plainte à la Tourist Police,  un  service réservé aux étrangers, la démarche comporte des risques.

« La police me donna l’ordre de me rendre au commissariat chaque matin. Je devais arriver à 7h 30 et ils me gardaient jusqu’à 18h00. » « A un moment je suis même devenu pour eux un suspect. Certains des gars pensaient que je faisais partie de l’arnaque et la police a commencé à enquêter sur moi (…) ils ont commencé à suggérer entre eux que je pourrais être mis en prison, juste au cas où ».


3/ Ne faites pas les mêmes erreurs, apprenez à faire la différence entre la belle LOI THAÏ et les us et coutumes, comme la « réalité » du système judiciaire, la loi des gardiens de la prison, l’usage de la violence et de la torture, et la loi de l’argent omniprésente à tous les échelons. Fort de ce qu’il voit, Colin déclare :

« le système juridique thaï est corrompu jusqu’au trognon. Les criminels peuvent acheter leur libération quelle que soit l’accusation, s’ils ont des contacts et suffisamment d’argent » (p.95).


BangkokJailES 415x275Un système corrompu

L’action des policiers et de la justice dépend de l’argent « suggéré » et donné ou pas. « En Thaïlande, le fait de ne pas payer la police n’est pas une option, c’est une chose attendue » (p.106)

-                     Colin Martin ayant avoué sous la torture, est transféré au commissariat de Chonburi, Le commissaire lui dit alors « que si j’avais 300 000 baths il me libérerait sous caution. En réalité il voulait me faire comprendre que si je lui donnais cet argent il me laisserait partir (…) il m’expliqua que ma vie en dépendait ».

 

-                     Il existe néanmoins une caution légale, qui permet d’être libéré jusqu’au procès,  même si Martin est étonné que celle-ci ne soit pas fixée par le juge mais suggérée par l’avocat : « nous pensons à 1 million de baths » (p.118). (Cette caution sera en fait volée par sa femme thaïe, d’où ses «  problèmes »  ultérieurs).De même quand Martin va en appel, l’avocat suggère 250 000 dollars pour une demande de liberté sous caution, pour l’appel à la Cour Suprême  «  on me conseille de donner 4 millions de baths ».

-                     Evidemment son premier avocat demande 20 000 dollars d’avance

-                     Pire, Martin amené tous les 3 mois en audience  pour son procès alors que  la loi thaïe prescrit que les dates d’audiences ne doivent pas être éloignées de plus de 30 jours, son avocat propose de payer 100 000 baths pour que le procureur puisse « trouver le temps » pour « s’occuper de son affaire ». 

-                     Martin trouve son deuxième arnaqueur après 3 ans de recherche et se retrouve devant le même commissaire auquel il avait déposé plainte et s’étonne que la police n’a pas arrêté son arnaqueur qui avait gardé le même appartement. « Pourquoi ne m’avez-vous pas payé ? Si vous l’aviez fait, je l’aurais arrêté » (p.68).

 

-                   1-prison La prison, dit-il, est géré « comme une entreprise » par le directeur et les gardiens (dit les commandos). Chaque prisonnier recevait un numéro de compte bancaire, ainsi chacun connaissait votre « fortune » ; les commandos contrôlaient la boutique (et pouvait ainsi majorer chaque achat. « Tout dépendait de l’argent » pour obtenir couverture, savon, rasoir, brosse à dent… et surtout la nourriture. « Je savais que le directeur de prison et les gardes volaient tout ce qu’ils pouvaient … et se divisaient les profits selon les grades ». Un barème était appliqué pour chaque « avantage » demandé : changer de cellule, aller à l’école de la prison, demande de liberté sur parole…et le business de la drogue…Les commandos devaient aussi « classer » chaque 6 mois les prisonniers en normal, bon, très bon, excellent, et avaient ainsi le pouvoir, selon la note, d’influer sur les libertés sur parole et les réductions de peine. Libéré, il doit encore payer au centre de détention de l’immigration pour obtenir un endroit pour dormir et une couverture. Emmené à l’aéroport, l’officier de l’immigration, lui demande 500 baths pour lui retirer les menottes, pour se présenter à l’enregistrement de la compagnie d’aviation (indispensable pour être accepté) …

 

Bref un système corrompu où votre sort dépend de l’argent que vous avez. « Tout dépendait de l’argent », dit-il. Etonnant, non ?

 

Des méthodes policières musclées.

Victime d’une arnaque, nous l’avons dit, Colin Martin se retrouve accusé de meurtre au commissariat de la Tourist Police de Bangkok (il aurait tué le garde du corps de son arnaqueur). Il y subit une séance de torture pendant 5 heures (« ils m’avaient torturé pendant 5 heures ») pour le faire avouer ; « Pourquoi as-tu tué ton copain ». On lui écrase deux gros annuaires sur le crâne pendant 20 mn, avec toujours les mêmes questions. On l’électrocute dans l’entrejambe (p.77), sur les testicules, la pointe des seins, l’estomac ! On lui met un sac plastique sur la tête jusqu’à l’évanouissement. On lui pose un pistolet sur la tête avec un « Dis que tu l’as tué ou on te tue »…

Finalement, il avoue et signe une confession écrite …  en thaï. En appel à la Cour Suprême, le juge ne croira pas à la torture policière. Qui croire ?

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La loi en prison, la loi des gardiens.

Nous avons vu suffisamment de livres, de films et de reportages en France sur les prisons françaises pour croire Colin quand il déclare à son arrivée à la prison de Chonburi : « J’ai commencé à réaliser que dans une prison thaïe tous les standards et le codes normaux de conduite sont bonnes pour la poubelle ».

En effet, il découvre que les  gardiens- nommés les commandos- frappent, humilient, violent, tuent en toute impunité, et abusent parfois des femmes des prisonniers. Il donnera des exemples auxquels il a assisté. Ils ont le pouvoir de vous mettre en isolement, de vous déclasser pour l’amnistie et les remises de peine, de participer peu ou prou au trafic de drogue, et de se faire de l’argent sur votre dos en toutes circonstances ( même pour le cadeau de leur anniversaire ou à l’occasion des  grandes fêtes  nationales…).


 « Le système de fonctionnement des prisons thaïes est conçu pour brutaliser les détenus de toutes les façons possibles » (p.134) :

Les prisonniers, non jugés, sont enchaînés 24h sur 24. Ils sont enfermés dans des cellules collectives vers 15h30/16h, et n’ont droit à aucun effet personnel, ni nourriture, à l’exception de l’eau. Les cellules n’ont pas de lit et subissent le vent et les rafales de pluie.   Les néons sont allumés toute la nuit dans les cellules, et un détenu doit se signaler en frappant avec un bambou toutes les heures.  De plus, la menace de viol est  permanent (« j’ai vu des hommes violés »), le jeu et la pornographie créent une ambiance violente avec les queues qui se forment devant les toilettes pour se masturber sur un magazine porno… les bagarres sont fréquentes, sans parler des suicides (« j’ai vu des dizaines de personnes se tuer » p.173).

Le jour, les détenus sont soumis à l’arbitraire des  gardiens (souvent ivres, le soir) et des prérogatives que s’accordent les « chemises bleues ». Ceux-ci sont choisis parmi les prisonniers et bénéficient de privilèges (cellule où ils peuvent manger et fumer, meilleure nourriture, plus grande réduction de peines…) pour assurer leur sale boulot : donnent des ordres, espionnent, font des rapports sur les prisonniers, extorquent argent et cigarettes et battent les prisonniers sur l’ordre du gardien…

Et en subissant la torture, la loi de l’argent et la loi de la prison et des gardiens, vous êtes obsédé par votre procès et votre libération. Vous entrez alors dans un autre monde : le monde judiciaire. 


Sans titre-1Le système judiciaire 

Ici, comme évidemment dans beaucoup de pays, la LOI est une chose, son respect une autre. « Il y a beaucoup de règles et de protection contre les abus mais personne ne les respecte » (p.89).

Dès sa première audience, il est confronté à un nouveau monde : « tout le monde portait des chaines aux pieds ».Il découvre donc que « les prisonniers suspectés de meurtre devaient porter leurs chaines 24h sur 24 jusqu’à la fin de leur procès ». Il apprend aussi par les autres détenus, sans le croire, que son procès aurait lieu dans 4 ou 5 ans.

Curieusement, l’huissier lui signifie son renvoi dans 12 jours, alors qu’il n’a vu, ni juge, ni avocat, et qu’on lui fait signer des documents … en thaï !

Le « rituel » des audiences avec ses « surprises ».

A la deuxième audience, 12 jours plus tard, le greffier appelle les 20 détenus présents et leur dit « Dans 12 jours », sans aucune autre explication.

« J’ai subi exactement la même procédure 7 fois avant de connaître de façon formelle les charges dont on m’accusait ». La police, dit-il, « avait 84 jours pour terminer son enquête. Après ce délai ils devaient soit nous indiquer les motifs des poursuites, soit nous laisser partir » (p.114). Le greffier lui tendit 3 feuilles en thaï. Un gardien lui dira qu’il y était accusé de meurtre !

La troisième audience avec le juge.

Il constate que son avocat, qui n’était venu qu’une fois pendant ses 84 premiers jours d’emprisonnement, n’est pas là. En effet, Colin ne lui pas encore versé ses premiers honoraires (20 000 $US). Le juge lui demanda en thaï  comment il plaidait. Colin dut attendre 2 heures pour obtenir un traducteur. Il apprit son accusation de meurtre au premier degré, toujours sans avocat, ni procureur, ajouta Colin (Il nous dira plus tard que « Les semaines et les mois passèrent sans nouvelles du procureur »). Le juge lui appointa un avocat d’office et « fixa la prochaine audience six semaines plus tard » (p.122).

La quatrième audience, 6 semaines plus tard.

L’avocat. Autre pays, autre mœurs !

Colin Martin est étonné d’apprendre qu’il ne verra pas le juge, mais qu’il a été convoqué au tribunal pour rencontrer son nouvel avocat. Etonné de ne pas l’avoir vu à la prison, la réponse est sans réplique :

« Ce n’est pas de cette façon que ça se passe en Thaïlande » (p.123).

En effet, Colin sera très surpris par la conduite des avocats pendant les futures audiences.

Apprenant que le principal témoin  à charge est mort (en prison), Colin est persuadé que son procès va être annulé. Son avocat lui assure aussi qu’il obtiendra sa libération, et  il lui apprend que l’audience aura lieu dans 15 jours à Bangkok (lieu où le témoin à charge était détenu !) sans sa présence (« il m’expliqua dans une logique qui n’avait de sens que pour lui, que de me transporter jusque là-bas créerait trop de problèmes pour une seule journée » !

6 mois plus tard. Deuxième audience avec le juge. Ubu au tribunal !

Colin n’a pas revu son avocat depuis 6 mois, et ne sait rien de l’audience de Bangkok. Durant cette audience-ci, « il ne tourna pas la tête vers moi ».  Le juge ajournant le procès jusqu’au 26 juin 1998, Colin est effaré de constater que son avocat « était simplement assis et ne disait rien » (p.126). Colin est d’autant plus effaré qu’il peut avoir le sentiment d’être chez Ubu, car le juge est en train de dire que son « affaire » serait traité «  par un autre tribunal devant lequel O’Connor (le témoin à charge) se présenterait ». Or, nous l’avons dit,  le témoin est décédé !

Devant le silence de l’avoca,t Colin intervient devant la stupéfaction de tous pour expliquer au juge qu’O’ Connor était  décédé ! Le juge demande confirmation à l’avocat. Puis,  « Le juge ne dit rien, puis il se retourna et quitta la salle sans dire un mot ».

On peut imaginer les sentiments éprouvés par Colin. Il n’a aucune nouvelle de son avocat pendant 6 mois. Il le revoit à l’audience et constate qu’il ne dit rien ; mieux- qu’il n’a même pas prévenu le juge que le témoin à charge était mort.

On est donc dans un système où la défense n’intervient pas, ne dit rien  de peur de « froisser » le juge. Au cours du récit, dans d’autres audiences où Colin sera tenté de présenter sa version, sa vérité, on lui expliquera que cela  le desservira. 

 Le traducteur d’ailleurs, en l’injuriant, lui « traduit » justement ce que Colin vient de faire : Votre avocat « a fait tout ce qu’il a pu pour vous aider.il est allé jusqu’à Bangkok pour l’audience et aujourd’hui il est venu pour vous aider, et vous,  vous l’insultez en parlant directement au juge » (p.127).

D’ailleurs lors de cette audience, Colin constate de nombreuses irrégularités flagrantes et son avocat ne fait aucune objection, et invite Colin à ne rien dire … « pour ne pas indisposer le juge ».  Colin, malgré tout dit au juge que la reconstitution s’est faite sous la menace. Une fois de plus, « le juge s’est levé et il a quitté la salle ».

 

Le procès, 3 ans plus tard.

Les « conclusions de l’accusation » qui n’en finissent plus. Et les audiences …et les audiences …

« Il avait fallu pratiquement trois ans pour faire citer sept témoins et j’étais allé au tribunal trente fois parce que les témoins ou le procureur ne se présentaient pas aux audiences. En moyenne la majorité de ces audiences ne duraient que dix minutes. Donc en trois ans je n’avais eu que cinq heures d’audience » (p.154).

Un jour, le procureur présente la confession que la police avait fait signer par Colin sous la torture ; six semaines plus tard le procureur fit témoigner un policier qui raconta comment la police avait obtenu ses aveux en « moins de 2 heures » ! Et cela continua ; Il eut même encore droit à une audience où il dut rappeler au juge que le témoin O’Connor était décédé (le procureur avait refusé le certificat de décès !) … et de se faire invectiver une nouvelle fois  par son avocat : « Vous ne devriez pas faire de telle scènes dans une salle de tribunal ! Les gens pensent que vous êtes mal élevé et que vous ne respectez pas le juge » !!!

…et à chaque fois sans acte de conclusion. Et pourtant Colin se bat, écrit à Amnesty international (qui agira avec Colin et obtiendra que l’on retire  les chaines des prisonniers), écrit au Président du tribunal pour que le procureur se mette « au  travail » ;  le magazine Phoenix d’Irlande (Colin est Irlandais) fait campagne, des gens lui écrivent et envoient des colis,…mais force lui est de reconnaître que son activisme n’a « aucun impact sur mon affaire ». 


La défense.

Colin peut enfin témoigner. Il craignait le contre-interrogatoire du procureur, mais celui-ci est absent. « c’était normal en Thaïlande » lui dit l’avocat. Il n’y avait même pas de traducteur. On prit une journaliste dans la salle.

Colin explique donc enfin tout ce «  qui s’était passé » (p.156). Il est étonné que l’on ne lui ait même pas demandé s’il avait tué Hodsworth ! Il put présenter ses témoins. Après le contre-interrogatoire sommaire du juge, le procès était terminé. « On m’indiqua que je serai rappelé dans les 45 jours pour connaître le verdict ».

L’audience du verdict.

Colin est plutôt étonné : « Pas d’avocat, pas de procureur, pas de policier Personne-seulement moi, un journaliste et un garde » ! Et la sentence qui tombe par un juge qu’il n’avait jamais vu  :

« Déclaré coupable … 20 ans, réduit d’un tiers parce que l’accusé a reconnu les faits au commissariat de police (on a vu comment) il lui reste donc 13 ans et 4 mois  … vous pouvez partir ». On peut imaginer ce que pût ressentir Colin (« Mon mode de pensée s’effondra »).


L’Appel et la Cour Suprême. (2 ans et encore 10 mois)

Le marathon juridique continue .Colin ne renonce pas et va poursuivre son combat en Appel, pour voir 2 ans plus tard confirmer le verdict initial et  le 31 juillet 2003 la Cour Suprême  estimer qu’il est coupable, même si le juge est désolé pour l’arnaque et ses conséquences. La Cour déclare également qu’elle ne croit pas à la torture policière. Il aura néanmoins une peine réduite à 10 ans. Mansuétude ! Non. Un usage pratiqué.


thailandColin a appris la loi thaïe et l’usage.

Si vous reconnaissez les chefs d’accusation au commissariat, nous dit Colin, la Cour réduit la sentence d’un tiers. Si vous plaidez coupable au Tribunal, votre sentence est encore réduite de moitié. Donc, si vous êtes accusé dans une petite affaire le système vous invite à un choix simple :

1 ou 2 ans comme coupable ou 5 ans pour prouver votre innocence !

A l’occasion de son Appel, il recense 15 irrégularités dans son recours dont : il  aurait dû y avoir 3 juges présents, un traducteur. Le juge avait agi comme un procureur en procédant à un contre-interrogatoire, aucune arme du crime n’avait été produite au Tribunal « Le soi-disant témoignage de O’ Connor aurait dû être retiré des débats » car il était décédé, de plus il n’était pas un témoin visuel du crime supposé. Mais Colin ne pouvait pas penser, que son nouveau avocat n’aurait mis dans le recours en cours d’ Appel, aucun des points qu’il avait identifiés, et qu’il n’ aurait même pas eu besoin de le signer !


Un autre usage : l’amnistie royale.

Il ne lui restait plus que l’espoir de l’amnistie. En effet, le Roi accordait une amnistie en principe tous les 4 ans  ou à l’occasion d’un événement exceptionnel. En fait, une réduction de peine qui pouvait être de moitié, en fonction du classement établi dans les prisons par les gardiens, sauf pour les meurtres de parents , ou particulièrement « vicieux », de moines, et pour les dealers (le Roi y était farouchement opposé) . Ainsi  avait-il eu une  amnistie en 1993, 1995, 1999. Une autre était annoncée pour l’anniversaire de la  Reine, le 12 août 2004.

Aussi, le 1er ministre Thaksin vient-il lui-même avec la télévision et la presse, à la prison de Lard Yao pour annoncer que le Roi avait accordé une réduction de peine de moitié pour tous les cas de vol, fraude (sauf pour celle concernant une banque !), cambriolage, tentative de meurtre, sauf pour les cas  ayant entrainé la mort et les récidives.

Colin, avec son classement, bénéficia d’une réduction d’un tiers soit 2 ans et demi. Il avait donc encore  6 mois à faire. La date officielle fut fixée au 18 janvier 2005. Il avait réussi, dit-il, « à survivre dans ce trou infernal pendant sept ans et demi ».


Colin Martin a-t-il inventé ce qu’il raconte ? La justice thaïlandaise et son système carcéral sont-ils aussi « particuliers » pour qu’il puisse penser à l’enfer sur terre ? Qu’en pensez-vous ?

 

Nous vous proposons dans l’article suivant de donner la parole à la défense et de « relativiser » le vécu du témoignage de Colin Martin par un examen plus objectif de la justice thaïlandaise dans le contexte international.  

 

 

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Editions Bamboo Sinfonia, 245 pages. Traduit de « Welcome to Hell » par Colin Martin

 

Cf. articles sur le sujet :

http://thailande-fr.com/societe/11828-prisons-thailandaises-bienvenue-en-enfer

 

http://siamlife.blog4ever.com/blog/lire-article-92107-1171388-l__enfer_des_prisons_thailandaises____.html

 

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jeffdepangkhan 09/09/2011 03:32



Bonjour,


J'ai connu une personne lorsque j'habitais en France qui avait passé près de neuf mois dans cette fameuse prison de BKK. Elle n'en avait pas
dit des tonnes mais plus jamais elle ne remettrait les pied en Thaïlande. En fait ce que j'avais trouvé choquant avait été la peine (qui dans son cas n'en était pas une,jamais il na été jugé),le
temps passé dans cette prison,juste parce que cette personne avait été "overvisa"et que personne ne voulait payer pour elle l'amende requise. Cette personne n'avait donc pas d'argent et elle a
vraiment faillit y passer. Certes elle était hors la loi mais peut-on infliger certaines peines à certaines infractions,surtout dans des conditions comme celle-ci,Oui nul ne doit ignorer la
loi,c'est vrai mais franchement...les "expat' de l'époque avaient fait une levée de fond, une contribution pour le sortir de là , en fait ce fut une amnistie qui le fit sortir. Il avait 25 ans
dans la fin des années 70 et rigolait bien du coté de Kho Pangkhan et avait oublié de renouveler son visa(l'insouciance quoi...).Donc on ne peut souhaiter à personne une peine aussi inadéquate
rapport à l'infraction et aussi injuste,et deuxième leçon,n'oubliez pas de renouvelez votre visa,on ne sait jamais!...


     Une autre chose,est que l'article comme l'article suivant(parole à la défense)  font une comparaison de
conditions ,de chiffres et de pratiques quelconques en expliquant qu'il y a pire que l'enfer de Colin,oui c'est vrai mais doit -on  se satisfaire de savoir qu'il y a pire ou que l'occident
n'était pas, il n'y a pas si longtemps, un lieu où les prisons et la justice était "pire" qu'ici!Non je ne crois pas que l'on peut se satisfaire de cet état de fait,ni de ces rappels historiques
pour avaliser les conditions de détentions carcérales en Thaïlande...Alors le livre est racoleur mais il fait vendre et on ne peut en vouloir à Colin mais plutôt à son éditeur qui a du lui
imposer un certain style et d'appuyer certains faits! Colin;je l’espère pour lui qu'il récupèrera de bons droits d'auteur;peut-être cela compensera t-il la souffrance de Colin quelle qu'en ait
été la raison et la faute commise ?


Pour conclure,l'homme est aussi une bête ,non ?


A bientôt...


Jeff des rizières...