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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 23:07

esclavage4 C’est un étonnement que je veux exprimer, et une question : « Comment font-ils ? » 

 

Oui, comment font-ils  pour prévoir une croissance de 6% après avoir subi une catastrophe nationale en octobre 2011  avec des inondations qui ont coûté la vie à plus de huit cents personnes, touchées 13 millions de personnes, mis sous l’eau 34 provinces pendant 4 mois, et provoqué la fermeture d’une dizaine de mille d’entreprises,  d’un coût estimé  de 2 à 3% du PIB selon les « experts » ?


Certes le gouvernement a mis en place un programme de 148 millions de baths pour aider 5664 entreprises qui ont déposé un dossier demande d’aide. Mais enfin !


Oui, comment font-ils alors que la France espère un 0,5 % de  croissance en 2012 ! et que le nouveau président français, toute l’Europe, et le G 8  en ce mois de mai 2012  implorent partout « la croissance ! la croissance ! » ; espérant ce « miracle » pour réduire et la dette et le chômage.

On se souvient du mot célèbre du président Mitterrand avouant son échec pour le chômage : « On a tout essayé », et du président Sarkosy promettant en début de mandat, et augmentation du pouvoir d’achat et diminution conséquente du chômage ! Et notre nouveau président de commencer son règne avec de nouveau : « la croissance ! la croissance ! » Bref, nous avons là un mot magique.


Pourquoi  les Français n’arrivent pas à obtenir ce que les Thaïlandais réussissent ?


Interrogeant nos amis expats de Thaïlande, les réponses fusent (personne ne se disant incompétent) : « Le coût de la main d’œuvre est peu élevé»,  « beaucoup d’investisseurs étrangers », « peu de taxes » « les heures  de travail » « peu d’impôts sur les entreprises », « pas de syndicat », « ils se sont endettés »…


J’ai voulu vérifier l’assurance de  mes compatriotes et constaté que le bon sens français avait encore du bon.


Si beaucoup d’experts  signalent la qualification des travailleurs thaïlandais dans les filières spécialisées du textile (de la confection), de l'informatique par la fabrication minutieuse des pièces d'ordinateurs ou encore de la maniabilité des matières plastiques, on se doute que le « secret » de la croissance est ailleurs.


1/ Le coût du travail.


Un travailleur en Thaïlande coûterait 15 fois moins cher qu’un travailleur français. Une augmentation récente de 40 % du salaire minimum provoque la colère  des patrons et de l’opposition. Bien que modulé selon les régions, le salaire minimum journalier est passé depuis avril 2012 de 215 baths (5,3 euros) à 300 baths (7,5 euros), soit moins d’un euro de salaire horaire pour 9,22 euros de smic/horaire français !!! Tout en sachant que la législation sociale thaïlandaise est assez « flexible » et que l’inspection du travail n’est pas reconnue pour son efficacité, il faudra un certain temps pour que cette décision gouvernementale soit vraiment effective dans toutes les régions et dans  tous les secteurs. On pense aux petites entreprises et au secteur informel, à nos villages d’Isan où nous sommes encore aux 200 baths/jour.


2/ A ce faible coût horaire s’ajoute une « flexibilité » du travail,  avec une main-d'œuvre disponible et malléable, comme disent les « économistes ».


Si la durée « officielle » du travail est  de 8h/jour et de 48h/semaine, nous savons tous ici que les journées de 12 heures sont communes. Les grands magasins sont ouverts de 10 h à 22h (voire 23h) le plus souvent. On peut imaginer les horaires dans les entreprises de bâtiments, de textiles, de pêche, de pièces d'ordinateurs … Selon un rapport publié par UNI Tesco Global Union Alliance (un syndicat qui regroupe les employés de la société dans douze pays à travers le monde), Tesco forcerait ses salariés à effectuer des heures supplémentaires non rémunérées. En Thaïlande, la chaîne aurait demandé à ses salariés d’effectuer deux sessions de travail de 18 heures à la suite (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html jeudi 2 juillet 2009).

 

De plus la Thaïlande emploie 1,5 million travailleurs clandestins (Cf. Le magazine « Thailander » du 21 mai 2012), et utilise le travail des enfants.Les chiffres officiels donnent, quelque 300 000 enfants âgés de 15 à 17 ans légalement employés, mais le BIT reconnait  « que  ces statistiques ne comptent pas les nombreux enfants migrants de moins de 15 ans qui travaillent illégalement 12 heures par jour pour moins de 25 euros par semaine, dans des exploitations agricoles familiales ou de façon clandestine dans les zones urbaines. La majorité d’entre eux sont des enfants pauvres, clandestins ou mal recensés, dont les familles sont originaires des zones montagnardes de la République démocratique populaire lao ou du Myanmar ».


 Le BIT évoque aussi le travail forcé « interdit par la loi mais reste présent en Thaïlande. Les exemples incluent notamment le trafic de femmes et de filles destinées à la prostitution ou au travail domestique et l'asservissement par l'endettement, où l'on voit parfois des familles entières réduites en esclavage par la dette ».


3/ La répression syndicale.


Aux faibles salaires, aux heures de travail démentiels, à l’exploitation des clandestins et du travail des enfants, il faut ajouter des syndicats muselés et une répression sévère des représentants syndicalistes (voire des assassinats) dans les grandes entreprises, dans un contexte politique (coup d’Etat en 2005) où encore récemment les opposants « rouges » étaient considérées comme des terroristes et où le lèse-majesté est employé sans discernement pour faire taire les critiques.( 478 pour la seule année 2010). De plus, les employeurs ont le droit d’embaucher du personnel pour remplacer leurs employés en grève.


 Dans ces conditions, on comprend que seulement 4% de la population active soit membre d’un syndicat. Les fonctionnaires, y compris les enseignants, n’ayant  pas le droit de se syndiquer. (source : Bureau de la démocratie, des droits de l’Homme et du travail du Département d’Etat américain). (Cf. in  Emmanuelle Michel**, « Le petit journal », jeudi 30 avril 2009). La Thaïlande d’ailleurs,  n’a pas ratifié les Conventions fondamentales de l’OIT concernant les droits syndicaux.


4/ Des mesures étatiques incitatives***


 La Thaïlande pratique également des politiques incitatives pour attirer les productions étrangères. On ne paie pas de droits de douane sur les importations si les marchandises sont exportées après transformation. A Bangkok et sa région les entreprises obtiennent 50 % de réduction sur les droits de douane et trois années d'exonération d'impôt sur les bénéfices et le chiffre d'affaires. Dans les provinces autour de Bangkok la durée de l'exonération d'impôt sur les sociétés est portée à cinq ans. Et dans les 58 autres provinces, cette durée d'exonération totale est portée à huit années, plus cinq années au cours desquelles l'impôt sur les sociétés est réduit de 50 %. 


On comprend ainsi pourquoi par exemple :  la Thaïlande constitue la principale base de production de Tokyo en Asie du Sud-Est : le Japon  y possède 7 000 entreprises, soit cinq fois plus qu'en Indonésie (1 300) ou qu'en Malaisie (1 400), et a investi 3,14 milliards de dollars durant les sept premiers mois de 2011.( Malo Servan, 12 mai 2012, in http://asie-info.fr/actualite)

 

5/Alors la croissance en Thaïlande, un modèle pour la France ?


Evidemment, notre question est ironique.


Il n’est pas sûr que les Français soient prêts à accepter que les entreprises étrangères ne paient pas d’impôts pendant 5 ans ou 8 ans et soient exonérées de droit de douane sur les importations si les marchandises sont exportées après transformation.


Il n’est pas sûr que les ouvriers et employés français soient prêts à accepter un salaire de 200 euros par mois, en travaillant bien souvent 12 heures par jour, dans des conditions de santé et de sécurité souvent aléatoires, avec le dimanche comme seul jour de repos, une semaine de congés payés, et où se syndiquer et faire la grève constituent un acte « héroïque ». Il n’est pas sûr que nos paysans français  soient prêts une fois les moissons faites à s’exiler 6 mois pour travailler sur les chantiers pour un salaire de misère.


 

Il n’est pas sûr que nos compatriotes après une vie de labeur acceptent de partir sans retraite. En effet, la retraite est quasiment inexistante en Thaïlande à l’exception des fonctionnaires et des cadres supérieurs des grandes entreprises. 90%  de la population comptent sur la solidarité familiale****, le gouvernement allouant généreusement à ses vieux 20 euros par mois !

 

Il n’est pas  sûr, en plus, que les Français acceptent le travail des enfants  et soient prêt à envoyer leurs « filles »  travailler dans les bars, salons de massage et  bordels pour survivre et pour qui le seul rêve soit de trouver un « farang « à marier (Cf. notre article 17. Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html

 

 

Certes, la Thaïlande va faire 6% de croissance, mais nous en connaissons le prix à payer pour ses habitants. Nous savons désormais qu’il y a croissance et croissance. Et que nos 0,5 % espérés sont plus enviables que les 6 % à la thaïlandaise.

 

 

esclavage-copie-1


 

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*Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 11 avril 2012 

 Pour en savoir plus : http://www.missioneco.org/thailande/

**Emmanuelle Michel (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) jeudi 30 avril 2009 

 

***Avec toutes ces mesures, on pourrait penser le pays plus endetté que la France. Or la dette publique de la Thaïlande a été en  2011 de 41,7%  et en 2012 la prévision est de 44,2%.

Alors que la dette française de la France  à fin 2011 est de 1 717,3 milliards d'euros, soit 85,8% du PIB (INSEE)


****La retraite en Thaïlande.


Cf. par exemple fiche de la mission économique de l’Ambassade de France :

http://www.lhotellerierestauration.fr/hotellerierestauration/Articles/2007/3051_18_Octobre_2007/Securite_sociale_Thailande.pdf

La réflexion concernant la mise en place d’un système de retraite généralisé est relativement récente en Thaïlande.

D’une manière générale, on constate que la population thaïlandaise est peu sensibilisée à cette question :

_ Seuls les cadres moyens et supérieurs thaïlandais ont commencé, dès les années 90, à cotiser à des fonds de

pension privés.

_ Les populations rurales, majoritairement agricoles, exercent souvent leur activité jusqu’à un âge très avancé et

la solidarité familiale permet de faire face aux éventuelles difficultés financières.

_ Les citadins disposant de salaires moyens ou faibles utilisent souvent leurs économies pour s’installer, lors de leur retraite, à la campagne et exercer, éventuellement, des activités agricoles.

 

Le GPF compte environ 1 150 000 membres.

Pour plus d’informations, consultez : www.gpf.or.th

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Réactions à l'actualité
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commentaires

jean claude 06/09/2012 08:22


Bonjour ! 


   Je lis avec intérêt vos articles , et si certains font un peu "fouillis" ils sont toujours enrichissants et nous sortent des commérages du coin , du tom yam des bar girls  .


 pour en revenir à votre article , je me demande quel est cet économiste de Francis ..quelle tristesse


    Vous avez fait le tour de la question et je ne vois pas grand chose à ajouter . Méfiance avec les chiffres  8% un jour , 4% un autre , 6% d’après vous , bref il y aura
croissance avec moins 0,75% de chômeurs (comment font-ils pour les compter )


    je précise que la loi concernant les 300baths quotidiens , ressemble aux autres lois car la réalité des employeurs se fout de la loi .


    Il est impossible de connaître le nombre de birmans , laotiens , cambodgiens , vraisemblablement près de 4 millions   travaillant en Thaïlande et la plupart sont
considérés comme clandestins , mais peu de chance qu'on les chartérise , main d’œuvre souvent réduite à l'esclavage surtout dans la pêcherie ; beaucoup ne reçoivent aucun salaire


  Qu'il est beau le pays du sourire !!!!


                            jean claude

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 07/09/2012 01:54



Merci pour vos encouragements.


On essayera d'être moins "fouillis" Hi Hi



Jacky 05/06/2012 11:10


Merci pour ces informations. Le niveau de vie a beaucoup évolué en Thailande depuis 35 ans , et je me suis toujours demandé comment ils faisaient. Ce modèle n'est peut-être pas un exemple mais en
tout cas les gens vivent mieux en 2012 qu'il y a un quart de siècle.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 06/06/2012 03:04



Ici comme ailleurs, tout dépend pour qui, et ce qu'on entend par "vivre mieux".



francis 04/06/2012 09:13


Bonjour,


 


C'est avec beaucoup d'intéret que je lis vos publications toujours très bien fouillées.


Je suis éconmiste, je partage votre point de vue, mais à la réflexion c'est le système Thai qui est valable et non le nôtre. Notre économie est sclérosée, manque d'adaptabilitée,de réactivités,la
solidaritée en Thailande est réelle , chez eux pas besoins d'assistanat, c'est a famille qui remplit ce rôle (chez nous 'est le système de solidarité,syndicat,politique,sécurité sociale etc...)
SAvez-vous que le niveau de vie des Thaî a augmenté de 250 % en 20 ans... Le revenu moyen est bien plus élevé que ce que l'on dit, il y a une économie parallèle (par exemple en Issan, un
journalier reçoit 500 baths par jour pour la récolte de riz ( 8 heures) et ainsi de suite.


Bref, nos économies modernes nous ont conduit dans a situation que nous connaissons. N'exportons pas nos erreurs chez eux, ils s'en sortent très bien eux-mêmes.Notre démocratie, nos économies,nos
systèmes ne sont pas des modèles loin de là.


 


A vous ire encore


Francis

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 05/06/2012 02:31



Merci pour votre commentaire.


Nous vivons tous les 2 dans un village Isan et avons exprimé dans ce blog notre admiration devant non seulement la solidarité familiale mais aussi leur sens du partage, leur joie festive.


Mais ces valeurs, cette "tradition" ont un coût (obligation de trouver un second travail pour ceux qui restent au village, de s'exiler, d'envoyer de l'argent aux parents, de s'endetter, de
laisser  certaines de leurs filles  tenter leur "chance" dans les bars, massages, bordels ... ).


Notre article ne proposait pas notre modèle aux Thaïlandais, mais à l'inverse il voulait montrer que le "modèle " thaïlandais de "croissance" avait un coût humain terrible.