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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 23:01

chars Le 24 juin 1932, coup d’Etat ou  complot ? 

Voilà bien un sujet d’une actualité brulante. Le parti des « rouges »  a organisé, ce dimanche 24 juin, un grand rassemblement pour célébrer le 80ème anniversaire du coup d’ Etat du 24 juin 1932 qui avait transformé, sans effusion de sang,  une monarchie absolue, vieille de sept siècles, en monarchie constitutionnelle. (Cf. le sujet déjà traité  en nos articles A.5 et A.30 (1))


Que faut-il penser de ce coup d’Etat qui ne fit aucune victime et fit passer le Siam de l’état de monarchie de droit divin à celui de monarchie constitutionnelle ?

Nous en avons au moins une analyse sereine, provenant du grand juriste Robert Lingat, conseiller juridique du gouvernement siamois jusqu’en 1940, professeur de droit comparé à Bangkok et parfait analyste de la législation siamoise ancienne ou moderne (2).


lingat


Le déroulement des opérations :


A l’aube du 24 juin 1932, le roi est en villégiature à Hua-Hin où il joue au golf avec son épouse. La salle du trône est investie par des troupes venues en bon ordre, le bâtiment est cerné d’auto mitrailleuses et de tanks. Tous les princes et quelques hauts fonctionnaires y sont conduits manu militari. Pas de casse apparemment. Peut-être un mort ? Selon « Le Figaro » et « L’Humanité », le chef d’état-major aurait été massacré ? Dans la journée « le parti du peuple » fait diffuser dans les rues de la capitale un factum expliquant les raisons de cette action. Rappelons-les brièvement :

  • Le roi gouverne comme ses prédécesseurs en monarque absolu.
  • Tous les postes importants sont entre les mains des membres de la famille royale ou de ses « favoris ». (Cf  * en note)
  • Les princes, ne s’intéressent qu’à leurs intérêts particuliers sans se soucier de la grave crise économique que traverse le pays.
  • Les actes de corruption de l’administration sont couverts de façon systématique.

Les promoteurs du mouvement font savoir qu’ils ne craignent pas l’instauration d’une république si le monarque n’accepte pas les réformes. Ils lui font aussi savoir qu’ils ont en otages un grand nombre de princes de la famille royale. Il est donc « invité » à revenir à Bangkok approuver le projet de constitution qui lui sera soumis.

D’après Lingat, qui était sur place, la population reste entièrement passive.

« La paysannerie siamois, dont l'esprit est à peine touché encore par l'occidentalisation, et dont les impôts ont été effectivement allégé, semble avoir été des spectateurs passifs » confirme « The economist ». (4) 


Le roi revient de Hua Hin et accepte la constitution le 27.

constitution

Elle marque un effacement à peu près complet de ses pouvoirs dans la conduite des affaires du royaume. Même le droit de grâce, celui que les rois de France considéraient comme « le plus beau fleuron de la couronne », lui est supprimé. Il ne bénéficie en outre d’aucune immunité pénale puisqu’il est responsable sinon devant les tribunaux du moins devant l’assemblée. Les membres de la famille royale sont déclarés « au-dessus des partis », moyen élégant de les exclure de toute fonction officielle.

Le « monument de la démocratie » à Bangkok glorifie cet événement.


Plaisante « démocratie » toutefois !


La première assemblée est composée de 70 députés désignés par le parti du peuple. Lorsque le calme sera revenu, une assemblée élue sera composée moitié des membres de la première (donc désignés par le parti du peuple, moitié par élection au suffrage universel (hommes et femmes de plus de 20 ans) universel certes mais... indirect à trois degrés.


En réalité, une autre camarilla a remplacé celle de la pléthorique famille royale.


Les réactions de la presse française ? 

 

Le coup d’état est annoncé avec un renvoi en troisième page par « Petit parisien » le 25. « La Ville est calme ». Des explications qui en valent d’autres : « Il semble que la civilisation occidentale, dont le roi Chulalongkorn s’est fait le défenseur, ait été insuffisamment assimilé par un peuple qui n’était peut-être pas encore préparé à la recevoir ». Le lendemain, est annoncée l’acceptation par le roi de ces conditions « imposées ». Le 27, confirmation que tout est calme à Bangkok. Le « Petit parisien » quoique clairement marqué à droite est surtout un journal d’information (qui tire alors à un million d’exemplaires)


PE Petit Parisien 3b


« Le temps » qui est alors LE journal dont l'information est jugée de qualité, sérieuse et objective, devenu rapidement quotidien officieux du Quay d'Orsay donne les mêmes observations le 25 juin mais note (nous allons y revenir) que le mouvement a été accueilli avec une grande satisfaction par le Foreign Office.

 

Le complot ?


L’oeil de Moscou ?

oeil2


Curieusement, le quotidien des très actifs royalistes français, « l’Action française » le 26 juin ne voit pas dans ces événements un « complot judéo-bolchévique » mais une manifestation du mécontentement des militaires rebelles à la suite des compressions du traitement des fonctionnaires pour répondre à la crise mondiale. Naturellement, l’acceptation par le roi du régime constitutionnel est preuve de sa grande sagesse et des vertus du régime monarchique.

action fr


« Le Figaro » qui appartient alors à François Coty dont les sympathies pour les régimes fascistes sont notoires, rend un compte chronologique des événements (rejoignant « le Petit journal », leurs sources sont l’agence Havas et l’agence Reuter).


coty


L’actualité politique en France et en Europe est lourde. Il nous faudra attendre le 18 août pour avoir une analyse de P. Louis-Rivière, Président de la Cour d’appel de Caen et ancien conseiller législatif du gouvernement siamois. Il fait un parallèle avec la révolution de 1688 qui chassa le roi Naraï « La révolution d’avant-hier avait eu un caractère xénophobe et ses réactions furent sanglantes. Celle d’hier, qui tient surtout à des causes économiques et financières, est, jusqu’à ce jour restée pacifique et fort heureusement a épargné les étrangers. Nous devons souhaiter que le peuple thaï persévère dans le calme et la modération qui ont été son apanage depuis que la dynastie Chakri préside à ses destinées ».


Le choix des mots a son importance, le roi a eu la sagesse « d’octroyer » une constitution à son peuple, rappel innocent ou pas de la chartre que Louis XVIII a « octroyé » au bon peuple français. Le même P. Louis-Rivière donne dans « Le temps » le 28 novembre une analyse assez serrée dont les termes rejoignent (ou sont rejoints) par ceux de Robert Lingat. Il était aussi sur place et note l’apparente indifférence de la population.


Il nous faudra attendre l’année suivante, en juillet 1933, pour en avoir dans « le Figaro » une analyse politique sous la signature du Docteur A. Legendre qui y écrit de nombreuses chroniques d’un esprit très « colonialiste ». Pour lui, c’est « l’oeil de Moscou », un « clan révolutionnaire sans aucune attache avec le pays, un groupe de mécontents éduqués à l’étranger ». Derrière eux ? Les Chinois, « des individus des plus suspects, des nationalistes bolchévisants ... influence activée d’ailleurs par Moscou ».


Les fascistes ?


Ces propos nous ayant semblé, avec un peu de recul, un peu excessifs, il nous a amusé d’aller voir ce qu’en disait l’oeil de Moscou en France, « L’humanité » alors en pleine ébullition antifasciste entre l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.


fascistes


L’événement est annoncé dans les numéros des 25 et 26 juin, l’information vient de Reuter et de Havas « Une révolte militaire éclate au Siam » mais les commentaires sont chaleureux :

« ... Les chefs de la révolution sont des officiers de l’armée de terre et de la marine qui demandent l’établissement d’une monarchie constitutionnelle. Plusieurs membres de la famille royale et des ministres ont été fait prisonniers par les rebelles. Au moment où la révolution a éclaté, le roi se trouvait à  Huahin en villégiature. Un groupe d’officiers révolutionnaire a ramené le souverain à Bangkok. Le commandant en chef de la partie de l’armée loyaliste a été passé par les armes. Cette révolution a éclaté notamment à la suite de compressions financières et à la suite du renvoi d’un grand nombre de fonctionnaires notamment de militaires. Il y avait d’autre part un marasme général des affaires et un grand nombre de chômeurs. Le parti populaire siamois a lancé une proclamation dans laquelle il dit que la vie des membres de la famille royale ne sera en danger que si des mesures de représailles sont prises contre les troupes révolutionnaires. Celles-ci occupent et sont actuellement maitresses de presque tous les bâtiments publics. A Bangkok la foule porte en triomphe les soldats et les matelots révolutionnaires.


Mais très vite le journal déchante et y voit « une soumission à l’impérialisme britannique subissant aussi l’influence de la France » « Le 27 juin de l’année dernière à l’instigation des agents britanniques qui voyaient monter la vague d’une révolte, une insurrection de militaires avait eu lieu et le roi acceptait une constitution qui accordait une représentation aux masses quoi que mutilée ».


De fait, il est tout de même singulier que le tract distribué le jour du coup de force dans les rues de Bangkok ait été rédigé en thaï ... et en anglais ainsi que le projet de constitution soumis au roi ? Et l’approbation chaleureuse du Foreign office a-t-elle un sens ? Il est vrai aussi que « le Parti du Peuple » a été fondé à Paris. Ces constatations ne sont pas des conclusions.

Et les « fascistes japonais » vont vite être mis dans le bain, dès avant que le journal ne dénonce à juste titre (seul, soit dit en passant, de la presse française) les persécutions dont sont victimes les Chinois « cette politique semble être le résultat de l’augmentation de l’influence japonaise au Siam ». La dénonciation par la suite de la collusion entre le régime « fasciste » siamois et le Japon sera récurrente jusqu’à l’interdiction du journal en juin 1940.


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Notons (au passage) une certaine mauvaise foi des « moscoutaires », comme disait François Coty, lorsqu’ils prétendent que le monarque dut abdiquer car il ne voulait pas renoncer « au droit de vie et de mort que la constitution lui reconnaissait sur ses sujets ».

 

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Il ne faut toutefois pas avoir une vision manichéenne de ces événements, le Roi a été mis devant le fait accompli, c’est une certitude, mais il est aussi établi qu’il était lui- même soucieux, imprégné de culture occidentale, ancien élève de notre Ecole de guerre de Fontainebleau, de donner à son pays une constitution écrite, qu’il a probablement été pris de vitesse  et qu’en ce sens, il n’est pas faux de dire qu’il a été pour partie le père de la « démocratie » siamoise (5).

Terminons sur une note d’humour (il arrivait qu’il y en ait dans « L’Humanité »), lorsque le Siam est devenu la Thaïlande en 1939, le journal s’est inquiété de savoir comment on appellerait nos compagnons félins qui allaient comme les Siamois devenir des « chats libres » et si les « frères siamois » quoique restant attachés deviendraient « libres » ?


siamois

 

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Journaux consultés : « l’Action française », « le Figaro », « le Temps », « le Petit parisien », « l’Humanité », « the Economist ».


(1)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a30-les-elections-du-3-juillet-2011-en-thailande-75353534.html

 

* Signalons au passage que si le monarque n’a pas eu d’enfants et Rama VI non plus, le « grand ancêtre » Rama V en eut 77 officiels et Rama IV, 82 (3). Le roi avait plusieurs centaines de cousins, petits-cousins et arrière-petits cousins à caser. Nous eûmes aussi au moins deux monarques trousseurs de jupon, mais Louis XIV ne légitimât que 8 de ses batards et Louis XV un seul.


(2) « Chronique de Siam 1932 » in « bulletin de l’école française d’extrême orient, 1933 volume 33 p. 536 s.


(3) พระราชประวัติ ๙ รัช แห่ง ราชวง ทีปะปาล petit fascicule en vente dans toutes les bonnes librairies pour 7 baths (ni date ni référence ISBN)


(4) Numéro du 2 juillet 1932, traduction non garantie.


(5) « The legend of king Prajadhipok : tall tells and stubborn facts on the seventh reign in Siam » Frederico Ferrara (universitaire à Singapour) in « Journal of south east asian studies » n° 43 février 2012 (Singapour)

 

fric    

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