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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 23:04

titreLe groupe Nitarat (suite).

Nous retrouvons périodiquement dans notre presse « occidentale » le sujet récurrent de la « lèse-majesté » en Thaïlande. La presse anglaise de Bangkok s’est émue des risques encourus par le groupe Nitirat qui veut instaurer l’Etat de droit, surtout après les propos (les menaces ?) du chef de l’Armée à leur égard, que nous avons évoqué dans notre article précédent.  Il nous a paru intéressant  de savoir si ce groupe « agitait » réellement la vie politique des thaïs au quotidien.


Sa  représentativité ?


Il est composé de 7 professeurs de droit de la prestigieuse Université Thammasat (มหาวิทยาลัยธรรมศาสตร์) qui passe pour être la seconde université la plus prestigieuse du pays.

 

université 2

 

Ils ont fait leurs études en France ou en Allemagne ce qui laisse à penser qu’ils ne sont pas issus du sous-prolétariat urbain et moins encore des rizières de l’Isan. Quant à leur « clientèle », si nous en jugeons par un feuilletage rapide du site Internet de l’Université, le coût des études paraît être de l’ordre de 400.000 baths par an (10.000 euros si nous savons compter) compte non tenu évidemment des frais auxquels sont assujettis les étudiants (logement, nourriture, loisirs, transports). Nous sommes dans le minuscule microcosme des gosses de riches, fils spirituels de professeurs de luxe, qui jouent à faire la révolution en en payant il est vrai parfois courageusement le prix.


Leurs objectifs ?


« Créer une véritable idéologie de l’Etat de droit en Thaïlande et contribuer à réformer en profondeur la vie politique thaïlandaise.


« Réformer la vie politique (…) : il faut que le peuple thaïlandais prenne en main son destin et ne le confie plus à des institutions (armée, monarchie, pouvoir judiciaire) qui ne doivent pas être des acteurs politiques.


Restons courtois avec Messieurs les professeurs, ne disons pas qu’il s’agit de rêveries d’un songe creux mais tout au plus de pétitions de principe.


petition

Leurs actions que notre presse susvisée qualifie de « conséquentes » ?


Obtenir une réforme du fameux article 112 du code pénal thaïlandais qui réprime le crime de lèse-majesté.

Commenter dans les revues juridiques les décisions de la Cour constitutionnelle. 

 

Sur le second point, chacun sait (eux les premiers puisqu’ils ont fait leurs études en Europe) que tous les professeurs de droit enseignent le droit (comme aurait dit ce bon Lapalice) mais agrémentent aussi leur salaire en écrivant dans les revues spécialisées des articles qui sont ce qu’on appelle dans le jargon juridique des « commentaires d’arrêt ». S’esbaudir devant un professeur de droit public qui commente des décisions de la plus haute juridiction revient à tomber en admiration devant un paysan Isan parce qu’il repique son riz.

 

Les discussions sur la « légalité » du coup d’état de 2007 sont des discussions oiseuses de casuistique juridique.


S’ils avaient mieux étudié le droit en France, ils y auraient probablement approfondi la différence entre le « légal » et le « légitime », le « légal » pouvant devenir « illégitime » (le gouvernement de Vichy) et l’ « illégitime » devenir « légal » (le coup de force du 13 mai 1958).

 

legalite-legitimite-L-P9D6lN


La question du crime de lèse – majesté, conduit effectivement à des situations que nos esprits occidentaux ont tendance à considérer comme choquantes, mais son utilisation forcenée semble toujours complaire aux gouvernements successifs, jaunes ou rouges, ces derniers ayant manifesté l’intention de ne pas y renoncer.

 

Cette question agite-t-elle en profondeur l’opinion publique thaïe ?

 

Les deux quotidiens « qu’il faut lire » (comme on dit à Sciences-Po ou à l’ENA) sont le « Bangkok post » et « the Nation » (ils sont en anglais, c’est plus distingué). Leur tirage est dérisoire (quelques dizaines de milliers d’exemplaires, beaucoup plus toutefois que « Gavroche »). Les deux plus grands quotidiens, mais il y en a bien d’autres, le « daily niou »


DailyNews25360628

 

et le « thaï rat » (en thaï)

 

thairat

 

passent tous deux le million d’exemplaire, deux ou trois fois plus que les quotidiens français qui viennent en tête de peloton, « Le Parisien », « le Figaro » et « le Monde » (ne parlons pas de « l’Equipe »). Et il ne semble pas, d’une lecture épisodique et en diagonale de ces quotidiens, l’un étant plutôt rouge, l’autre plutôt jaune que ce passionnant sujet passionne leurs lecteurs comme il peut intéresser ceux des journaux thaïs anglophones.


Au demeurant, nos professeurs ne revendiquent pas l’abolition pure et simple de l’article 112 mais une simple minoration des peines encourues. La condamnation d’Emile Zola à un an de prison (ferme) pour diffamation en 1898 parait par exemple correspondre à leur idéal ?

Nos professeurs semblent avoir plus grande écoute dans l’ambiance confidentielle des amphithéâtres de leur faculté et à l’étranger qu’au sein la « Thaïlande d’en bas ».

en bas

 

Car ils ont donné à leur campagne une « dimension internationale » (on veut bien le croire) en obtenant qu’une lettre ouverte signée par 224 écrivains, universitaires ou journalistes à travers le monde soit adressée à notre charmante premier ministre.

 

Nous y avons trouvé presque au hasard et avec amusement le nom du très sulfureux linguiste et philosophe américain Noam Chomsky

 

chomsky

 

qui s’est rendu célèbre pour le soutien sans faille qu’il apporte au professeur Faurisson lors de ses multiples procès puis à tous ceux qui furent ou sont poursuivis en vertu de la Loi Gayssot. Ses liens avec « La vieille taupe » (revue des négationistes français) sont probables, c’est en tous cas la seule qui publie sans les censurer ses écrits qui lui ont valu une interdiction de conférences en Israël. « L'Institute for Historical Review » de Californie organise des conférences « révisionnistes » depuis 1979 auxquelles ont participé Faurisson, l'ancien général SS belge Léon Degrelle, l'ancien SS Thies Christofersen, Noam Chomsky et bien d'autres encore, conférences qui sont le passage obligé de tous les négationnistes de «renom ». Signalons au passage qu’il était considéré par Ben Laden, orfèvre en matière de démocratie, comme le seul écrivain américain méritant lecture. « Chomsky – Ben Laden, même combat » décréta le fabuliste de Charlie Hebdo dans sa chronique sur France Inter du 14 septembre 2007.

chomsky 2

 

Il est rejoint sur la liste par le sociologue américain Immanuel Wallerstein qui se présente sur son site Internet avec une louable modestie comme « une figure intellectuelle internationale » et dont le titre de gloire est de proposer « une interprétation de la période actuelle à la lumière de l’hypothèse des cycles de Kondratieff », ne nous demandez pas ce que cela signifie et ne nous demandez surtout pas de le traduire en thaï. Nos épouses qui sont des « thaïes d’en bas » n’en ont jamais entendu parler.

 

Peut-on sans rire parler de « dimension internationale » ?

 

Il nous est difficile sinon impossible de savoir ce que contiennent exactement les écrits thaïs lourdement censurés, justement parce qu’ils sont censurés. Lorsque la sanction frappe un étranger, on peut en avoir une analyse sereine lorsque nous avons accès à ces écrits. Pour un site animé par un américain (qui a eu la sottise de remettre les pieds en Thaïlande), site au demeurant présentement inaccessible, les écrits qu’il contenait étaient un champ de mines de déjections.


Un australien a écrit un roman (pas à succès puisqu’il a été tiré à 7 exemplaires mais fut un moment accessible sur le net) concernant l’héritier du trône d’une monarchie fictive se livrant à des actes éhontés sur des jeunes filles impubères ; encore des déjections. Pour les écrits thaïs sanctionnés, il est difficile de savoir si nous sommes dans ces abysses ?

 

Les « thaïs d’en bas » n’ont-ils pas l’impression d’être face à une aristocratie de professeurs, censeurs de la pensée, porteurs de ce que Renan appelait la « pédantocratie » ?

 

pedantocratie


Mais vivons-nous en démocratie ? 

 

L' Economist  Intelligence Unit ( EIU ) est une une société américaine créée en 1986. Depuis 2006, elle publie l’ « indice de démocratie », un indice basé sur un examen scrupuleux de l'état de la démocratie dans 167 pays, en essayant de le quantifier au vu de nombreux – soixante - paramètres, regroupés en cinq catégories, processus électoral et pluralisme, libertés civiles, fonctionnement du gouvernement, participation politique et culture politique.

Nous n’étonnerons personne en indiquant que le bon dernier, la Corée du nord dispute la place de cancre à la Birmanie et à quelques républiques bananières africaines ou monarchies moyen-orientales dirigées par des Caligula aux petits pieds. Pour le peloton de tête, les monarchies scandinaves se disputent, les Vikings norvégiens se sont flattés de battre leurs voisins Suédois. Les éternels donneurs de leçons de démocratie, les USA étaient en 2008 au 17ème rang, ils y sont restés en 2010 et la Grande-Bretagne au 23ème (battue par Malte !) est passée au 19ème, mais toujours battue par Malte !


En 2006, la Thaïlande était classée au 90ème rang dans les « régimes hybrides », presque un cancre, 5,67/10, à peine la moyenne, guère mieux que la Zambie.


Cocorico, la France en 2006 avec une note de 8,07 était au 24ème rang dans le peloton des « vraies démocraties ». Sa moyenne est alors baissée par une fort mauvaise note au chapitre de la « participation des citoyens à la vie politique » et celui du « fonctionnement démocratique du gouvernement » !


En 2010, « coup de tonnerre dans un ciel serein » !


Notre pays d’adoption accède au rang des « démocraties imparfaites », remontée au 57ème rang avec une bonne moyenne, 6,55/10 (ex-aequo avec la Colombie et mieux placé que certains pays de la Communauté européenne).

Et nous Français ? Et bien une chute en flèche, nous passons au 31ème rang, mais surtout sommes rétrogradés dans le lot des « démocraties imparfaites » avec une note de 7,77/10, battus par le Cap-Vert, l’Italie, la Grèce et l’Afrique du Sud !


indice 2


N’oublions pas que le Siam est sorti d’un régime de monarchie absolue « de droit divin » - et du moyen-âge - en 1932, il y a 80 ans seulement alors que le moyen-âge européen s’est terminé aux environs de l’an 1500.


Pourquoi cette spectaculaire remontée de la démocratie thaïe ?


« Après l’organisation du coup d’état en septembre 2006 pour évincer le gouvernement élu du premier ministre Thaksin Shinawat, l’armée a respecté son engagement de revenir à un gouvernement civil par le biais de nouvelles élections. L'élection de décembre 2007 est un pas de l'avant en douceur, et un nouveau gouvernement a été installé peu de temps après avec une majorité viable à la Chambre des Représentants (chambre basse). L'armée est depuis retournée à la caserne. Cependant, l'instabilité politique signifie qu'il y a un important risque que les militaires pourraient à nouveau intervenir et renverser un gouvernement démocratiquement élu. »

Le raz de marée électoral de juillet 2011 confirme – mutatis mutandis - la remontée du pays vers une véritable démocratie ... ». Il reste vain bien sûr d’augurer de l’avenir politique de quelque pays que ce soit et, bien sûr aussi, d’évaluer le risque hypothétique d’une intervention militaire ?


Mais lorsqu’un pays vit au milieu des difficultés économiques, hors ses notables richissimes et ses « élites », enseignantes ou pas, le soucis de « vulgum pecus » est-il vraiment d’accéder à l’état de droit plutôt que de pouvoir bénéficier d’un logement décent, d’avoir des soins gratuits, de pouvoir élever dignement sa progéniture et de lui permettre de poursuivre des études supérieures sans devoir aligner 10 ans du revenu annuel d’un paysan de l’Isan ? « Je vis de bonne soupe et non de beau langage » surtout quand il est celui – incompréhensible – d’absconds sociologues ou philosophes américains.


Plus concrètement, nos éminents professeurs « émérites » (évidemment) ou autres donneurs de leçons de démocratie devraient méditer longuement l’exemple récent de la Grèce, berceau de la démocratie qui y vit le jour il y a 2.500 ans. Sans se soucier le moins du monde du souvenir de Solon ou de Périclès, les électeurs en proie à d’effroyables difficultés économiques face à une élite de popes, d’archimandrites et d’armateurs milliardaires en euros qui n’ont jamais payé un drachme d’impôts et à des dirigeants soucieux de leurs prébendes mais incapables de maitriser la crise, ont envoyé à l’Assemblée nationale, et le plus démocratiquement du monde, une collection complète de marteaux, de faucilles


pc

 

et de croix gammées.


grece-aube-doree.1


ขอให้พระเจ้ารักษาในประเทศไทย

Que Dieu en préserve la Thaïlande !

 

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Références


Celles, bien sûr de notre précédent article A 69.

La rédaction de celui-ci nous a conduit à consulter un certain nombre de sites internet pour la plupart hébergés aux Etats-Unis (où la liberté d’expression, n’en déplaise à Chomsky, reste totale) mais dont la consultation en France depuis la « jurisprudence Yahoo » (Tribunal de grande instance de Paris, ordonnance de référé du 22 mai 2000) est devenu aléatoire sinon impossible et aussi dans des pays « phares » de la démocratie et donneurs de leçons de démocratie comme la Suisse.


Elle ne l’est pas en Thaïlande. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Il existe en Thaïlande un crime de lèse-majesté mais il n’existe pas comme en France un crime de « lèse-pensée politiquement correcte ».

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans billet d'humeur
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commentaires

michel 13/07/2012 10:09


Si vous pensez que cela fait longtemps que la société thaïe est en train de changer alors je n'ai rien à ajouter.

michel 12/07/2012 11:55


Bonjour,


Votre article a pour but de discrediter le groupe Nitarat, libre à vous. Je trouve Que vous poussez le bouchon un peu loin dans le paragraphe sur la "légitimité" du coup d'état de 2007 car vous
donnez l'impression de comparer Taksin à Pétain, si c'est le cas je trouve que ce n'est pas sérieux du tout. Est ce que le fait d'avoir dans son comité de soutien une ou deux personnes
"borderline" (sur 224) est suffisant pour ne pas le prendre au sérieux. Je trouve aussi que dans votre article vous donnez le beau rôle à l'armée Thaïe, Est-elle vraiment si exemplaire ? Imaginez
une seconde que l'on tranpose les événements de 2007 en France, est-ce que vous auriez approuvé que l'armée française renverse un 1er ministre élu démocratiquement lors de son deuxième mandat ?
La répression de 2010 ? La question est : Est ce que le groupe Nitarat est necessaire ? et plus généralement : Est ce que la société Thaï doit changer ?


Cordialement,

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 13/07/2012 01:58



"Discréditer" non. Critiquer le groupe Nitarat, oui. Avec beaucoup d'argurments.Nousn'allons pas les répéter.Ils sont nombreux.


Le beau rôle à l'armée thaIe ? justification du coup d'Etat ?


Nous avons écrit de nombreux articles qui ne semblent pas aller dans ce sens. Cf. A1, A5, A36, A50  ... par exemple.


"Est-ce que la société thaie doit changer ?" 


Voilà déjà longtemps qu'elle est en train de changer. Il n'est pas sûr que l'idéalisme naïf du groupe Nitarat aidera à ce changement. Vous le croyez, libre à vous.