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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 00:01

Sans titre-1 Il y a cent ans,  un coup d’Etat manqué ?


Ce centenaire n’a pas fait la « une » de la presse thaïe.

Un colloque à l’université Thammasat a cependant fait l’objet d’un intéressant compte-rendu dans le กรุงเทพธุรกิจ (bangkokbiznews) du 25 juin, journal quotidien des hommes d’affaire, qui passe pour « progressiste ». (1) Les Thaïs l’appellent  กบฏ ร.ศ. 130  (kobot) « la révolte de l’année 130 » ou encore กบฏประชาธิปไตย ...« la révolte démocratique de l’année 130  », 130, c’est la 130ème année de l’êre des Ratanakosin. Un coup d’état manqué ne mérite que le nom de « révolte ».


Le Siam n’intéresse guère la France à la même époque si ne n’est par un triste malheur (dont il est par contre parlé d’abondance dans notre presse) qui frappe le Prince Damrong, alors ministre de l’intérieur. L’une de ses filles meurt mordue par un chien galeux et enragé et celui-ci crée alors une antenne de l’ « Institut Pasteur » à Bangkok. Ce n’est pas la rubrique des chiens écrasés mais celle des chiens errants, depuis toujours une plaie du Siam.


Nous n’avons trouvé pratiquement aucune trace de ce putsch  dans la presse française. (2) Quelques lignes seulement dans « Le gaulois », l’un des journaux les mieux informés de ce temps, en 5ème page, il en compte 6 : « Le courrier d’extrême orient, arrivé hier, annonce qu’un mouvement républicain est signalé au Siam. Un général s’est suicidé à la suite de la découverte chez lui de la liste des chefs du mouvement qui seraient au nombre de 3.000 ». (3)


Encore quelques lignes mais à posteriori dans « La croix »: « La clémence du roi de Siam. De Bangkok, le 7 mai. Le conseil de guerre siégeant à Bangkok et jugeant les accusés dun complot récent contre le roi a reconnu 91 des accusés coupables de violences contre le roi. 3 d’entre eux ont été condamnés à mort et 20 à la prison à perpétuité, tous sont des officiers. 68 autres accusés ont été condamnés à des peines moins importantes.


Le roi a commué les peines de mort prononcées en condamnation à la prison à perpétuité. Les condamnés à la prison à perpétuité ont eu leur peine ramenée à 20 ans de prison. » (4) Alors farouchement anti-républicaine le journal se devait de saluer « la clémence d’Auguste ».

Ce complot n’a guère mieux intéressé les historiens.


« L ‘année 1912 doit être marquée par la découverte d’un complot contre le trône. 91 personnes ont été reconnues coupables par une cour martiale mais seulement 23 ont été condamnées. Tout cela apparaît comme ayant été très largement inspiré par le succès de la révolution en Chine ». (5)


Quelques mots toutefois dans un article récent de Jean Baffie (6), nous y reviendrons.


Notre ami du site http://www.merveilleusechiang-mai.com lui consacre lui aussi quelques lignes.


***


Quelle est ou serait l’origine de cette révolte de palais ?


D’après Wikipédia thaï, qui donne des sources anglaises (7) que nous n’avons pu vérifier, « se non è vero è ben trovato », en 1909, un vif incident éclate devant le palais du prince héritier entre quelques mititaires et les pages du futur Rama VI au sujet d’une femme. Le prince demande alors à son père de faire donner la bastonade aux 6 coupables. Des choses fort discourtoises ont été écrites sur les rapports qu’il aurait entretenu avec ses pages, inutile d’en dire plus (8). Rama V a changé le code pénal quelques années auparavant, la bastonade est interdite, il refuse. Le prince menace alors son père d’abdiquer sa qualité d’héritier, Rama V cède devant ce caprice. L’incident aurait causé un vif mécontentement dans l’armée, ce que l’on peut comprendre aisément.


Il monte sur le trône à la suite de son père le 23 octobre 1910 et annonce dans son discours de couronnement qu’il va moderniser et occidentaliser le Siam tout en conservant son pouvoir de monarque absolu. Une opération médiatique (si l’on peut dire ?) suscite l’ironie du « Figaro » : « Le roi de Siam a des idées particulières. Il est ennemi des privilèges même lorsqu’ils sont royaux. C’est ainsi qu’il ne veut point user de son droit souverain de ne point payer d’impôts. Il vient de déclare solennellement qu’il entendait être contribuable comme tout bon citoyen de son royaume et qu’il ne se tiendrait pour satisfait que lorsqu’il aurait reçu sa feuille d’avertissement. Nul doute que ce désir ne soit obéi ! » (9).

Malgré ce geste qui suscite l’admiration (béate) du « Bangkok directory » (loc.cit.) et indépendament de la contagion probable de la Chine qui bouillonne et du Japon où les militaires vont prendre le pouvoir, le coup de force a une origine plus immédiate :

le monarque est épris de culture occidentale, il se considère comme un gentleman anglais. Il a fait ses études en Angleterre (Oxford) agréablement logé

 

Sans titre-2

 

Il passe ses loisirs à traduire Shakespeare en thaï, à la chasse ou au golf, supervisant son กองเสือป่า, « Wild Tiger Corps », le « corps des tigres sauvages » ou « tigres de la jungle ».

 

Sans titre-3


Les « tigres sauvages », c’était aussi le nom donné par le roi Naresuan à ses troupes d’élite rompues à la lutte contre les Birmans.

Rama VI l’a fondé dès sa montée sur le trône.

C’est du scoutisme, mais du scoutisme à la Baden Powell pour lequel ses scouts étaient des « éclaireurs » mais des éclaireurs armés chargés de l’assister dans sa lutte contre les Boers.

 

image10

 

Les « tigres sauvages » sont tout simplement une formation paramilitaire de 4.000 hommes, issus de milieux populaires à l’inverse de l’aristocratie militaire. Ils sont sous les ordres directs et sous les seuls ordres du roi auquel ils prêtent serment de fidélité. Ils sont armés du célèbre fusil Enfield à chargement par la culasse (de fabrication anglaise évidemment)

 

fusil

 

et d’une épée d’apparat.

 

dague

 

C’est sa garde prétorienne.


Louis Finot en a une vision extatique et romantique (10). Jean Baffie (loc.cit) en a une vision plus réaliste :

 

« Louis Finot manque de recul pour comprendre exactement le rôle des tigres de la jungle et ses implications. La création de ce corps paramilitaire fut annoncée six mois seulement après le début du règne de RamaVI, précisément le 1er mai 1911. Il traduit une telle méfiance à l’égard de l’armée régulière qu’il semble être une des causes de la première tentative de coup d’état militaire déjouée en février 1912.... »


Que représente alors l’armée régulière ?


10 divisions comprenant chacune 2 régiments de 400 hommes, 8.000 hommes au total, une marine balbutiante et une aviation encore inexistante. Rama VI a renforcé sa marine ? Oui, uniquement celle du « corps des tigres sauvages de la marine royale » pour lequel il a fait construire quatre navires surarmés (11), la marine officielle est dotée pour l’essentiel de barques à rames, sa plus belle unité étant le yacht royal et composée de 5.000 hommes, dont la plupart étaient probablement des rameurs de barges ?


L’armée régulière a bien de quoi être inquiète de cette milice redoutable.

 

tigres


Il est difficile de se faire une idée des plans des mutins, plans flous, objectifs contradictoires, remplacer Vajiravud par l’un de ses nombreux frères, le tuer ? instaurer une monarchie constitutionnelle ou à l'extrême une république ?

Deux noms restent dans les mémoires, deux officiers subalternes, le capitaine Huayhanphithak ทวยหาญพิทักษ์, chef du complot, et celui de son second, le Capitaine Yut Khongyu ยุทธคงอยู่. (12)

 

130


Les dates sont incertaines (a-t-il eu lieu avant ou après la révolution chinoise et le coup de force japonais ?) et les conditions dans lesquelles le complot a été déjoué le sont tout autant, toujours est-il qu’il a échoué et ce dans des conditions obscures. L’un des accusés ayant été blanchi par la Cour martiale est soupçonné d’avoir été un délateur ? (12 loc.cit)


En 1924, le roi graciera ceux des condamnés qui n’étaient pas morts en prison. Ils finiront leurs jours en exil à Nakhonpathom (13). Le corps des tigres fut rapidement dissout... dissout mais toujours présent.

 

Sa branche « jeune », les « balillas » du régime, les ลูกเสือ « les enfants tigres »,

 

scout thailand5


ce sont ces scouts que nous voyons en uniforme une fois par semaine,

 

scout thailand12

 

qui revendiquent haut et fort leur création par Rama VI à la même époque (14). S.M. le roi en est leur chef suprême.

 

roi

 

Leur serment prêté sous le drapeau est quadruple, « obéir à leurs chefs, être loyal au pays, à la religion et au roi » (15). Ils sont ou seraient 1 million et demi dans le pays ? Effet du hasard bien sûr, le badge (tête de tigre) est le même.

 

 scout thailand2


 

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Sources

 

(1) เสวนา « 100 ปี กบฏประชาธิปไตย ร.ศ.130 », disponible sur le site du journal : bangkokbiznews.com.

(2) Autre journaux consultés en vain « Le Figaro », « Le temps », «  Le petit journal », « L’humanité », « Le siècle », « Le petit matin », « L’intransigeant », « L’action française »  et « L’univers ».

(3) Numéro du 7 juin.

(4) Numéro du 8 mai 1912.

(5) « Directory for Bangkok and Siam », 1914.

(6) « Un règne de transition encore trop peu étudié » in « Aséanie » 11, 2003.

(7) Greene, Stephen Lyon Wakeman. Absolute Dreams. Thai Government Under Rama VI, 1910-1925. Bangkok: White Lotus, 1999. - Stowe, Judith A. Siam Becomes Thailand: A Story of Intrigue. C. Hurst & Co. Publishers, 1991 - Baker, Christopher John, & Phongpaichit, Pasuk. A History of Thailand. Cambridge University Press, 2005.

(8) Il est « revendiqué » sans la moindre justification sur le site http://www.gaylib.com/text/igay9.htm qui n’est pas une référence, loin de là !

(9) numéro du 17 juillet 1912.

(10) « Notes de voyage sur le Siam » Causerie faire à la société géographique de Hanoï le 11 mars 1924 in « Aséanie » 11, 2003. « ... le développement physique de la jeune génération.... » mais il ajoute honnêtement « Je ne sais quel est exactement leur rôle, je sais seulement qu’ils sont parfois réquisitionnés  pour escorter les voyageurs étrangers, ce qu’ils font avec une parfait correction. »

(11) Prince Damrong « Histoire des bateaux de guerre siamois » traduit par Jean-Claude Brodbeck in « Arts asiatiques » tome 34 1978.

(12) http://www.panyathai.or.th/wiki/index.php/กบฏ_ร.ศ.130, le site ne donne ni justification ni référence aucune ? De nombreux sites Internet en thaï (gardons-nous de les citer tous) semblent se recouper ou se recopier, rien de nouveau sous le soleil d’Internet. Ils présentent en général les rebelles comme des « intellectuels démocrates ».

(13) Selon une biographie plus ou moins officielle : « พระบาทสมเด็จพระนงกุฎเกล้าเตฃจ้าอยุ่หัวรัชกาลที่ ๖ » publiée à Bangkok lors du bicentenaire de l’avénement de la dynastie, en 1982 (ISBN 978 974 07 1977 9) 

(14) http://www.scoutthailand.org/

 

 

LogoBS


(15) Nous voilà loin de la formule actuelle du serment des « scouts et guide de France » nouvelle mouture : « Je souhaite en mon âme et conscience me joindre à la fraternité scoute mondiale, rendre le monde meilleur, et participer à la construction de la paix ... ».

La formule de l’ancienne mouture prononcée par l’un de nous il y a quelques dizaines d’années était plus proche de la formule siamoise :

 « Sur mon honneur, avec la grâce de Dieu, je m'engage à servir de mon mieux, Dieu, l'Eglise et la Patrie ; à aider mon prochain en toutes circonstances ; à observer la Loi Scoute. »

 

EclaireurPromesse

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