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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 00:05

220px-WaterBuffaloLopburiThailand2300BCEUne chasse au buffle dans la région de Kalasin il y a cent ans...


Nous devons à Sir Francis Henry Gilles, qui écrivait sous le nom de « Phraya Indra Montri » (1) la description, en 1933 (2) d’une chasse au buffle « à courre », à dos de cheval et à la lance, qui ne se pratiquait que dans quelques amphoes de la province d’Ubon et, ce qui nous intéresse plus directement, dans une région très limitée de notre province de Kalasin (3).Vous remarquerez que cette chasse répondait à des règles précises, une « déontologie stricte » et était alors très ritualisée. Elle nécessitait un savoir-faire, mais aussi l’appui des esprits.

Ces précieux renseignements lui ont été confiés par un fonctionnaire siamois, Satok Suphakit (สาธคสุภกิจ).


Nous ne sommes pas à l’époque de la guerre du feu, nous ne sommes pas à celle où les chasseurs de la grotte Chauvet  partaient il y a 20 ou 30.000 ans, chasser le bison et l’auroch après s’être livré à des cérémonies magiques, et pourtant … cela se passait dans la région de Kalasin il y a moins d’un siècle.

***

Où ?


La localisation des hordes de ces buffles sauvages (โคป่า khopa) est limitée dans des zones alors forestières. Cette chasse ne se pratique que dans les village de Ban Chot (บ้านโจด) et de Ban Nat djarya (บ้านนาจรย์) (tambon de Phaï ตำบล ไผ่), dans les tambons de Khok khrua (ตำบลโดกเครือ), de Mahachaï (ตำบล มหาไชย มหาชัย), de Phon (ตำบล โพ้น ) et de Moumon (ตำบล หมู่ม้น) dépendant de  Sahatsakhan (สหัสขันธ์), où les dinosaures ont remplacé les buffles, dans les tambons de Chène Lèn (ตำบล แจนแลน) et de Phulènechang (ตำบล  ภู่แล่นช้าง) dépendant du district de kouchinaraï (กุฉินารายณ์).Une partie de cette aire est actuellement submergée par les eaux du gigantesque lac artificiel de Lam Pao. Les forêts ont disparu et les hordes chassées par la construction des routes et les véhicules à moteur, nous dit Gilles.

 

carte


Ne nous étonnons pas de la présence de troupeaux de buffles sauvages à cette époque. L’une de nos amies thaïes, âgée d’une cinquantaine d’années, se souvient parfaitement avoir vu, toute enfant, dans cette région des crocodiles dans les rivières et des éléphants dans les forêts présentement diisparues.

 

220px-Flickr - Rainbirder - Bull Water Buffalo


Quand ?


La chasse doit avoir lieu le quatrième mois de la saison sêche (février - mars). Y a-t-il une raison à cette période d’ouverture de la chasse ? Tout simplement peut-être parce que le riz vient d’être coupé et que l’agriculture tourne au ralenti. Il ne pleut pas, pas de champignons dans les forêts.


Comment ?


Les chevaux (dont le mors est constituée de fer en trois parties, connu sous le nom de Yaï – ไห้ย -) et leurs cavaliers doivent passer par une période de formation dans la forêt, y prendre l'habitude d'éviter les obstacles, apprendre à sauter par-dessus les ruisseaux et les lieux peu profonds. Un bon chasseur se doit de connaître le terrain, un permis de chasser en quelque sorte.

L’équipage comprend un chef de chasse (une espèce de grand veneur), หมอเฌ่า, des chasseurs หมอม้า et des serviteurs แหล่ง (des espèces de rabateurs ou de  piqueurs ?).


ll y a une stricte déontologie :


a) les chasseurs ne doivent pas se quereller ;

b) ils ne doivent pas s'asseoir sur un tronc d’arbre abattu ou sur la souche d'un arbre, (mais allez savoir pourquoi ?) ;

c) ils ne doivent s’occuper en tissant des bandes de bambou (tout simplement, être attentif à la chasse !) ;

d) ils ne doivent pas jeter des objets n’importe où (écologie avant la lettre) ;

e) ils ne doivent pas appeler quand quelque chose les étonne ou les effraie (les cris font fuir le gibier) ;

f) ils ne doivent faire confiance qu’à leur lance et ne s’intéresser à aucun animal autre que le boeuf sauvage et toutes espèces de cerfs et cochons sauvages.

g) ils ne doivent pas monter sur un autre animal que leur propre cheval.


Ces règles doivent être fidèlement observées sinon le malheur va tomber sur celui qui les viole.


La chasse doit commencer dans l'après midi du mardi ou du vendredi. Tous les autres jours portent maheur.


Le jour faste ayant ainsi été choisi par le chef de chasse, chasseurs et serviteurs se rendent à la maison des esprits pour y faire des offrandes et obtenir faveur et protections du plus grands des esprits.


Chacun prend trois plateaux, de préférence en métal mais à défaut il est permis de prendre un plat, un plateau ou une coupe faite d’une feuille. Un oeuf bouilli, quatre paires de feuilles en forme de cône remplies de fleurs et une paire de bougies en cire sont placés sur chacun des plateaux. Les coupes remplies de fleur sont placées sur chacun des plateaux. Elles ont le pouvoir d’inviter le chef des esprits d’user de sa juridiction et de son autorité sur chacun des membres de la chasse. Chacun apporte encore une bouteille d’alcool et l’offre aux esprits qui ainsi les accompagneront favorablement dans leur chasse.

Chaque chasseur apporte sa lance au sanctuaire où elles sont disposées avec leur fer dirigé vers le haut autour de l'autel. Les selles sont placées au pied de la lance, la selle de chaque homme doit jouxter sa lance.

Les chevaux sont ensuite tout autour pour former un cercle extérieur.

Deux paires de feuilles en forme de cône remplis de fleurs sont placés par le chasseur sur le pommeau de sa selle. Elles sont connues sous le nom de « souéïphisnou » (สวยพิศหนู). Elles passent pour avoir le pouvoir de conjurer le mal et écarter les dangers. Les chasseurs y ont une croyance absolue et racontent volontiers de nombreuses anecdotes d’amis ou de connaissanes ainsi sauvés d’un coup de corne ou d’autres accidents.

Toutes ces offrandes étant placées devant la maison des esprits, le chef de la chasse s’adresse ensuite à eux en de très longues incantations et autres oraisons jaculatoires pour demander leur protection et celle des dieux sur les chasseurs, leurs chevaux et leurs chiens.


Une fois ces prières terminées, le chef de la chasse présente ensuite les unes après les autres les offrandes des chasseurs en répétant à chaque fois les mêmes oraisons.


Cette longue cérémonie n’est qu’un début : Le chef de la chasse doit ensuite prendre au hasard l’un des oeufs bouillis et en briser la coquille. Si le jaune apparait au travers du blanc, le sort sera favorable à la chasse. L’un de ces oeufs doit alors être coupé en six morceaux et posé sur une feuille en nouvelle offrande, quelque fois deux. Mais cette fois, ni discours ni prières ne sont prononcées.


La cérémonie au sanctuaire étant terminée, la chasse va-t-elle commencer ?


Si les hommes ont dû venir passer la nuit, il est nécessaire qu’ils plantent leurs lances autour d'un arbre. La poignée est plantée dans le sol, chaque homme y place sa selle et la nuit il doit dormir à même le sol en face de sa lance.

Chaque troisième nuit à compter du début de la chasse, le chasseur en chef doit effectuer, toujours la nuit, avant d'aller dormir, une cérémonie propritiatoire en invoquant l’âme du fer des lances pour demander abondance de gibier.


Les hommes, chasseurs ou serviteurs, peuvent alors s’amuser et rire sans contraintes. Ils utilisent le langage ordinaire, sans utiliser la langue sacrée.

Lors de leur installation dans le camp de la forêt, le chef des chasseurs doit encore faire une offrande, mais sans œuf bouilli, à l'esprit des fers de lance de la même manière que plus haut. Des bougies sont fixées à la pointe des lances et allumées et le chef de la chasse adresse alors et encore les mêmes prières et incantations aux esprits.

***

Les chasseurs peuvent alors enfourcher leur monture et partir à la recherche des boeufs sauvages.


Lorsque qu’ils ont trouvé un troupeau, ils placent  le bout de la lance sous l’aisselle et le fer à la hauteur de l’oreille du cheval avant de charger.

Si un bœuf les charge, les chasseurs sautent du cheval et s’abritent derrière un arbre ou fourmilière, et attendent la charge.

Si le boeuf sauvage ne ​​les a pas vu, ils crient pour attirer son attention et quand le bœuf est assez proche ils enfonçent la lance à un endroit sensible pour le dépécher. Les hommes ne peuvent compter que sur leur courage et leur habileté.

Si le troupeau prend peur et s’enfuit, les chasseurs les poursuivent à pleine vitesse, dépassent un animal particulier et le tuent d’un coup de lance sans descendre de selle.

S’il est un autre animal dont la chasse n’est pas interdite, le chasseur le tuera de la même manière.


Buffle

Quand la chasse est terminée, les serviteurs se rendent là ou gisent les animaux tués, dépouillent la carcasse de sa peau, enlèvent les cornes, coupent la viende et ramènent le tout au campement.

Le matin suivant, chacun des chasseurs prélève une partie de la chair de l’animal qu’il a tué et en fait offrande aux esprits de son arme et aux esprits de la forêt. Cette offrande est placée dans sept coupes faites de feuilles.

Ces offres sont prises par le chasseur en chef et six d'entre elles sont placées près de la hampe de la lance appartenant à l'homme qui a préparé l'offrande, et une tasse ou un plat est offert à l'esprit de la forêt. Le chef répète alors les mêmes incantations en remerciant les esprits de la forêt. Ce rituel doit être accompli par chacun de ceux qui a tué un animal, et ce, jour après jour. 


De retour au village, il est habituel pour un chasseur heureux de faire une offrande à l'esprit qui veille sur le temple.

 

retour de chasse


Cette offre se compose d'une poule bouillie, d’alcool, de riz, de fleurs et de bougies ou éventuellement toute autre offrande. C’est le chasseur lui même qui doit y procéder et non le chef de la chasse. Il répète alors toujours les mêmes incantations et prières.

***

Ce rituel, entièrement différent de celui de la province d’Ubon, venu du fonds des âges et n’ayant strictement rien à voir avec le bouddhisme est manifestement plus important que l’aspect cynégétique : Une seule précison technique en effet, la lance utilisée comporte un fer à double tranchant de quelques centimètres de large et de 50 centimètres de long, fixé sur un bois d’environ deux mètres. Ces chasses sont inconnues de nos premiers observateurs (Mgr Pallegoix en particulier), les chasseurs utilisant alors des arbalètes ou des armes à feu, les javelots n’étant utilisés que pour harponner les poissons.

 

Sans titre-1

***

Déontologie de la chasse ? Depuis un arrêté du 1er août 2006, nos nemrods français peuvent utiliser les viseurs à point rouge, des techniques de repérage de leurs chiens (colliers GPS) et des viseurs à amplification de lumière. Cet arrêté a été pris (sous l’influence de quel lobby ?) quelques jours seulement après le départ de Huguette Bouchardeau à laquelle la protection de notre environnement doit beaucoup.

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(1) Né à Plymouth en 1869, officier de la marine royale britanique, il entre ensuite dans le service civil en Birmanie puis au Siam. En 1897, il entre au service du gouvernement siamois, branche fiscale. Il est convaincu qu’une bonne fiscalité passe par une connaissance approfondie des populations que l’on doit taxer ! Il parle, en sus du thaï, du pali et du sanscrit, toutes espèces de langues locales. Ami du Prince Damrong, il fut honoré du titre de Phraya Indra Montri  et devant quitter le service pour avoir perdu la vue, il collabore activement à la Siam society. Nous lui devons d’avoir recueilli des traditions locales alors en voie de disparition. Il reçut un vibrant éloge funèbre de ses amis de la Siam Society  à sa mort en 1952 (journal de la même année).


(2) «  An account of the hunting of the wild ox on horse back in the provinces of Ubol Rajadhani and Kalasindhu and the rites and ceremonies which have to be observed ”  date de 1933 et publié dans le journal de la Siam Society de 1935. »


(3) Il ne resterait plus en Thaïlande qu’une quarantaine de buffles sauvages probablement d’ailleurs issus de croisement avec des buffles domestiques : voir en particilier de Chaiyarat, R., Lauhachinda, V., Kutintara, U., Bhumpakphan, N., Prayurasiddhi, T. (2004) «  Population de Wild Water buffles (Bubalus bubalis) à Huai Kha Khaeng Wildlife Sanctuary, Thaïlande. » Bulletin d'Histoire Naturelle de la Siam Society 52 (2): 151-162


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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
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