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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 23:07

carte12.2 Notre Isan : les frontières de l’Isan avec les pays voisins ?

 

Dix des vingt provinces de « notre » Isan sont frontalières avec le Laos puis avec le Cambodge sur des centaines et des centaines de kilomètres : En partant du nord-ouest et en allant vers le sud-est, la province de Loei retrouve le Mékong comme frontière, qui descend du nord à la hauteur de Chiangkhan. Le fleuve fait frontière avec la province de Nongkhai puis celle de Bungkan en allant au le levant. Il continue à faire frontière en descendant en direction est-sud-est avec la province de Nakhonphanom. Il descend ensuite plein sud et délimite la province de Mukdahan, puis la province d’Ubonratchathani encore au sud où il est rejoint par la rivière Moon, la plus grande rivière du pays à Khongchiam, c’est le « triangle d’émeraude » ainsi baptisé en raison de la couleur des eaux (Laos- Cambodge – Thaïlande : de mauvais esprits diraient « le triangle café au lait »). Nous quittons la Mékong qui file à l’est. La frontière n’est plus « naturelle », zone montagneuse. Nous revenons vers la couchant dans la province de Sisakét (où se trouve le fameux temple) puis Surin, Buriram, Khorat alias Udonratchathani, nous quittons l’Isan pour entrer à Saraburi à l’est ou à Nakhonanayok au sud.

 

Un élément essentiel, cette délimitation est probablement le fruit d’un travail de bénédictin des géographes français et siamois, puis ensuite des thaïs, regardez la carte à l’échelle de 1/125.000 en un lieu où le Mékong fait frontière :

carte 1

Jusqu’aux ilots du Mékong qui n’apparaissent qu’en période de basses-eaux !


Frontières enfin ou passoire ?

Tout cela part du travail conjoint des géographes et géomètres français et siamois du début du siècle dernier  dont voici un petit exemple :

oubon khorat 1

Au seul point de passage de Nongkhai sont enregistrés tous les ans (chiffres 2010 affiché au bureau d’immigration) 114.000 rentrées et 183.000 sorties de thaïs. Il entre 95.000 laos et 83.000 en ressortent en passant sur le « pont de l’amitié ». Pour les « autres », le chiffre est d’environ 35.000 seulement dans les deux sens. Au point de passage du deuxième « pont de l’amitié » à Mukdahan, les statistiques ne sont pas affichées mais les processions des deux côtés de la frontière sont interminables. On va faire les courses ou on va visiter les cousins ! Ne parlons pas des passages par le fleuve qu’effectuent régulièrement thaïs et laos (ils nous sont malheureusement interdits) et ne parlons pas non plus des passages « en fausse », du côté des montagnes du nord évidemment, par le Mékong aussi, des barcasses de pécheurs sillonnent le fleuve tout au long du jour et de la nuit sans probablement se soucier le moins du monde de la ligne de partage des eaux. Aucune difficulté pour aller se balader côté lao, ne vous y amusez toutefois pas, même si on vous le propose ! La Thaïlande a une conception pragmatique de ses frontières et le Laos faiblement peuplé, n’a pas le moindre moyen de les contrôler !

 

Il ne subsiste avec le Cambodge qu’un point chaud, explosif même, celui du temple de Preah Vihar. « La forêt de l’amour » tel serait le nom de cette région, mais le Dieu qui préside à sa destinée suscite plus de passion que de douceur. Pourquoi donc au vu de ces travaux géographiques de fourmis ?


La dispute frontalière entre le Cambodge et la Thaïlande autour de ce temple n’en finit plus, et menace de dégénérer en un véritable conflit armé. Même si jusqu’à présent la voie de la négociation reste privilégiée, la manière dont la tension monte entre les deux pays riverains, démontre que leurs relations sont encore marquées par de vieilles plaies mal cicatrisées. La France est partie à l’affaire pour des raisons historiques, pendant la seconde guerre mondiale, France et Thaïlande se sont retrouvées dans des camps opposés. A l’époque la France règne encore sur son empire colonial qui jouxte la Thaïlande en plusieurs endroits, l’Indochine française comprend le Laos, le Cambodge et le Vietnam. En 1940 la Thaïlande appuyée par le Japon considère que le déclenchement de la guerre en Europe crée des conditions favorables pour récupérer certaines provinces du Cambodge perdues entre 1900 et 1907 au profit de la France. La portion de territoire où se déroulent les accrochages d’aujourd’hui en fait partie.

La propriété du temple a été officiellement attribuée au Cambodge, il y a environ un siècle lors de la délimitation de 1907 dont voici le tracé à l’échelle du 1/200.000. Elle est suffisante pour se diriger (carte Michelin par exemple), l’est-elle pour effectuer un « bornage » alors que les « bornes » n’ont jamais été apposées sur le terrain ? Une erreur de 1 millimètre sur le papier, c’est 200 mètres sur le terrain.

 zone du temple

Et dont voici l’interprétation par la partie cambodgienne :

preah vihear dang rek

 

Concrètement, en 1954, peu de temps après l’indépendance du Cambodge, les forces thaïlandaises ont occupé le temple. En réponse, le Cambodge a porté l’affaire devant les tribunaux internationaux et a obtenu gain de cause. Les autorités thaïlandaises ont fait valoir que la frontière était censée suivre la ligne des bassins versants de la montagne, et que selon cette règle le temple leur appartenait. Le tribunal international de La Haye a finalement statué contre la Thaïlande en 1962, et la Thaïlande a retiré ses troupes. Un arrêt statue sur la seule compétence le 26 mai 1961. Sur cette seule question, la décision suscite 25 pages de doctes commentaires du spécialiste de droit international, Jean-Pierre Cot, c’est dire si elle était simple ! (Annuaire français de droit International, 1961, volume 7). Sur le fond, l’arrêt intervient le 15 juin 1962, clair comme du jus de chique pour un profane. Jean-Pierre Cot se fend alors de 30 pages de non moins doctes commentaires, dire là aussi si la situation était limpide. L’arrêt statue à une majorité de 9 contre 3 sur la propriété et à 7 contre 5 sur la restitution des sculptures qui auraient pu être emportées par la Thaïlande. Comment interpréter cette contradiction ? Pour moi, une seule interprétation possible ! Nous sommes 9 sur 12 à penser  que le temple ne vous appartient pas mais  nous sommes 5 sur 12 à penser que ce que vous y avez « pris » chez autrui vous appartient ! Le dossier des parties respectives représente des milliers de pièces, arguments et contre – arguments, dont je vous fais grâce. Le seul document technique soumis à la Cour est justement la carte ci-dessus, dont il a été alors démontré qu’elle n’avait pas été établie de façon contradictoire mais par les seuls français, et était loin d’être techniquement parfaite. L’argumentation relative aux « actes de possession » effectués par l’une ou l’autre des parties (Siam d’un côté, France de l’autre, ne l’oublions pas) ont à mon avis une valeur toute relative... Considérer le fait que le Prince Damrong (ouvertement francophile) soit allé en 1930 serrer la main du résident français à Saigon en visite dans le coin avec un archéologue dénommé Parmentier comme un « acquiescement tacite », je veux bien mais la raison du plus fort n’était alors pas du côté du Siam.

En apprenant la nouvelle de la décision, le Maréchal Sarit Thanarat donna en pleurant aux patrouilles frontalières l’ordre de tirer à vue sur tout cambodgien qui tenterait de pénétrer dans le temple. Sihanouk annonça son intention de se raser la tête et d’effectuer une retraite de sept jours pour remercier la providence. Jean-Pierre Cot conclut de façon bien imprudente que l’ « affaire du temple était close ».

La malédiction ne s’est en effet pas terminée. Avec sa situation au sommet d’un col, le temple maudit devient un des points d’observation privilégié pour les Khmers rouges entre 1975 et 1979. Quand l’invasion vietnamienne (1979) balaye le régime de Pol Pot, il a été l’un des derniers refuges des Khmers rouges. Historiquement, la Thaïlande s’appuie sur un passé glorieux, quoique un peu lointain, puisque ces territoires faisaient partie du royaume d’Ayutthaya (entre le 14ème et le 18ème siècle) et ensuite du royaume du Siam. Mais le Cambodge a lui aussi son passé glorieux qui lui sert de référence: avant la période d’Ayutthaya, la situation était inversée. A l’époque c’était l’empire khmer qui était à son apogée et dominait la province du Siam. Du 9ème au 14ème siècle, le Cambodge a connu un « âge d’or » dont l’apogée au 12ème siècle, sous les règnes de Suyavarman II (1113-1150) et Jayavarman VII (1181-1219), a été marquée par l’extension de l’empire angkorien sur une vaste région allant du Siam (actuelle Thaïlande) à la péninsule malaise. Chaque pays a conservé dans sa mémoire historique la trace d’une période où l’un a dominé l’autre.

Y-a-t-il, au delà de ces querelles historiques, géographiques et juridiques, une explication à la décision de la Cour Internationale de Justice ? Peut-être ?

Une hypothèse mais aussi une certitude !

Hypothèse :

A cette époque, Norodom Sihanouk, actuel « roi-père » du Cambodge n’est plus roi mais chef d’état à vie. Il est aussi le très charismatique chef de file des pays non engagés, il n’a pas avec lui la force militaire mais une incontestable aura internationale, méritée ou pas, dont ne bénéficie pas le pouvoir en place à Bangkok. Il est l’ « ami » tout autant de Léopold Senghor que du Général De Gaulle ou de Mao-sté-toung. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Sa personnalité puissante a-t-elle influencé la décision de la Cour ? Bien malin qui le dira. Au passage, je me contente de faire un peu de mauvais esprit. Mais il y a – peut-être - une explication qui ne cointredit nullement la précédente et là,

c’est  une certitude :

J’en étais resté au stade des suppositions (malveillantes) jusqu’à ce que je tombe par hasard sur les mémoires de Samdach Son-Sann ancien premier ministre du Cambodge de 67 à 69 qui indique froidement comment le procès a été « préparé discrétement » : promesse de soutien des juges issus du bloc communiste (il y avait deux polonais dont le président Winiarski qui a voix prépondérante), soutien d’un juge d’ « un grand pays asiatique » par l’intermédiaire d’un « banquier américain ami », promesse du Japon (en échange d’un vote favorable à l’ONU)... ce qu’il appelle une « longue et minutieuse préparation du dossier ». 3 des juges (au moins, et peut-être 4) avaient donc pris partie AVANT d’entendre les plaidoiries et d’étudier le dossier. Les avocats malicieux appellent cela « plaider dans les pissotières ». Reprenons le décompte des voix ci-dessus en faisant fictivement basculer trois voix de complaisance : 9 – 3 = 6 et 3 + 3 = 6, match nul sur la propriété du temple mais le Cambodge gagne par la voix prépondérante du Président. Sur le second problème, 7 – 3 = 4, 5 + 3 = 8, la Thaïlande gagne. Un aveu explicte du soutien du bloc communiste et de la finance américaine. Etonnant, non ?

Ces questions frontalières peuvent apparaître comme une question internationale de bornage et de mur mitoyen, querelles d’avocats, voila tout ! Mais les querelles de mur mitoyen ne donnent lieu qu’à des questions d’argent, les querelles de frontière ont fait couler autant de sang que le Mékong charrie d’eau dans l’année. Les frontières restent tracées à la pointe du sabre même si le droit international tente d’établir quelques règles.

 

Victor Hugo rêvait : « Un jour viendra où enfin les frontières disparaitront », on peut être un grand poète et un lamentable visionnaire. Le nombre des frontières ne disparait pas, singulier paradoxe, plus nous allons vers la « mondialisation » et plus il augmente, bientôt peut-être 200 pays souverains à l’ONU, il y en avait moins de 50 à sa création.


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Toutes les pièces de procédure se trouvent sur le site de la Cour internationale, www.icj-cij.org/, des milliers de pages en allant sur  le dossier proprement dit :

http://www.icj cij.org/docket/index.php?sum=284&code=ct&p1=3&p2=3&case=45&k=46&p3=5&lang=fr&PHPSESSID=d97c62d76b31ec71c5d880754f52e040

 

 

Les mémoires de Samdach Son-Sann, (ancien premier ministre du Cambodge de 67 à 69), les dessous du procès du temple de Preah Vihear :

http://www.taansrokkhmer.com/temple_de_preah-vihear.ws

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