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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 00:01

 

richelieu 04Le commandant en chef  de la marine siamoise en 1893 : le commodore du Plessis de Richelieu , vous connaissez ?

Nous avions dans « nos relations franco-thaïes » évoqué « l’incident du Paknam » de 1893, à l’issu duquel  « Le Gouvernement siamois renonçait à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ». Nous ne savions pas que la marine siamoise était alors  commandée par un Monsieur du Plessis de Richelieu.

 

Mais qui était cet illustre "descendant" de notre célèbre Duc ?

 

« Le 29 juin 1893 les troupes françaises occupent l’île de Samit et la France  exige le règlement de tous les différends. Trois colonnes partent de Saïgon… le chef Gros meurt lors d’un accrochage…Les Siamois font le blocus du Chao Praya… la France envoie le 13 juillet 1893 l’aviso l’Inconstant, le J. B. Say et le Comète qui forcent le blocus …Cf. la suite :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-les-relations-franco-thaies-le-traite-de-1893-66280285.html

 

La marine siamoise est commandée par un Monsieur du Plessis de Richelieu (jeune officier de la marine danoise) qui au mois de décembre 1901, fut élevé par SM le Roi du Siam au grade de contre-amiral et aide de camp général de la flotte siamoise sous le nom de Prayah Tchonlayudh. Il apparait d’ailleurs en tant que tel dans le très digne Almanach de Gotha dans ses éditions de 1900, 1901 et 1902.

 

Nous ne pouvions qu’être intrigués. Le Commandant Dartige du Fournet nous aida à découvrir ce « Richelieu ».


 220px-Louis Dartige du Fournet 1915

 

Dans son récit de la campagne du Siam de 1893, il cite un Armand du Plessis de Richelieu, commodore commandant la marine siamoise :

« Le commodore est venu me rendre visite à un moment où j’étais absent. Il a laissé sa carte où on lit en magnifique caractères :

 

ARMAND  DU  PLESSIS  DE  RICHELIEU

COMMODORE

COMMANDANT  LA MARINE  SIAMOISE 

 

Ce morceau de bristol nous plonge dans un étonnement que partage sûrement l’ombre du grand cardinal. Qui était cet étrange descendant ?

Chacun sait en France que le nom de Richelieu a été tranmis en ligne féminine d’abord aux Vignerot de Pontcourlay ; puis aux Chapelle de Jumilhac qui en sont les seuls possesseurs actuels. Quel motif a eu le brave commodore de choisir ce nom pour se l’approprier, alors que l’Histoire de France lui en offrait tant d’autres plus illustres encore ? C’est un mystère que notre Chanoine de Manille lui même aurait peine à expliquer malgré tout son esprit. Mais il lui serait facile de deviner que le  pseudo-Richelieu est un usurpateur. »

 

Qui est donc ce « Chanoine de Manille » ? Une allusion perfide du commandant : Le gouvernement espagnol des Philipines avait faire construire à Hong-Kong un aviso que le chanoine X, représentant le gouvernement philippin avait refusé de recevoir comme non conforme au cahier des charges. Le constructeur se tourna alors vers le Siam et le Commodore, moins subtil et moins regardant que le chanoine, l’accepta les yeux fermés.

L’anecdote est confirmée par le Prince Damrong dans son histoire de la marine de guerre siamoise, et par le Commandant de Balincourt dans diverses éditions de son Annuaire des flottes de combat.

 

Faux Richelieu mais aussi mauvais marin ?

Dartige, en bon hobereau breton et en bon officier de la « Royale », il est sorti major de « Navale » en 1872, connaît son « Gotha » comme le fonds de son navire. Le grand Cardinal eut deux frères, l’un mourut « en odeur de sainteté » Cardinal de Lyon et l’autre Henri, fut tué en duel en 1619 (ce qui expliqua le combat farouche du cardinal contre les duellistes) en ne laissant qu’un fils qui ne lui survécut pas et dont le Cardinal recueillit la succession. Nom, armes et biens du Cardinal passèrent à sa mort à la descendance de sa soeur pour laquelle il éprouvait une immense affection, mariée à René de Vignerot.

 

Dans un entretien accordé à un journal anglais, notre Duplessis prétendait descendre d’un frère du Cardinal dont la progéniture protestante aurait rejoint le Danemark lors de la révocation de l’édit de Nantes en 1685. Pour l’ «Intransigeant » du 11 novembre 1902, il s’agirait d’un « financier » danois du nom de Richels ?

 

Une autre version de la presse de l’époque : il descendrait d’une branche cadette de l’illustre famille qui serait restée protestante après la révocation de l’Edit de nantes et aurait émigré au Cap. Il y a effectivement au Cap comme au Danemark ou au Canada et partout en France des « Duplessis », et aussi des « du Plessis de quelque chose » de bon aloi (eux) mais du Plessis de Richelieu sonne tout de même mieux ! Richels ou Duplessis ? Certainement pas Richelieu ! Tout cela, ce sont des fariboles, mais un beau sujet de roman pour Alexandre Dumas !

Toujours selon la presse d’époque, quel que soit son nom, le personnage était d’origine danoise et avait servi dans la marine danoise en qualité de lieutenant. Il prit ensuite du service dans une société maritime danoise et fut chargé de ramener au Siam un yacht que le Roi de Siam y avait fait construire.

 

Il en fut nommé commandant, resta au Siam, et devint rapidement « commodore commandant la marine siamoise ». C’est la version du prince Damrong dans son « Histoire des bateaux de guerre siamois ».


D’abord « Duplessis », il rajoute alors à son nom celui de Richelieu. L’usage de ces fausses qualités amusa en tous cas beaucoup la presse mondaine de l’époque. Bien que dans ce monde on soit chatouilleux sur les usurpations de nom, le Duc de Richelieu alors existant ne lui fit pas l’hommage d’un procès devant les tribunaux de la république, peut être parce que l’auto-Richelieu n’avait pas osé se faire auto-duc ?

                                               ________________________

 

Mais revoilà plus d'un siècle plus tard le retour posthume de notre auto-Richelieu et vrai amiral.

Je trouvais dans le Bangkok post du 11 septembre 2007 l’article suivant qui m’interpella :

Les décorations et ses costumes de cour du Vice-Amiral Andreas du Plessis de Richelieu  seront mis en vente aux enchères à Bangkok à la demande de son petit fils Allan Aage Hastrup, âgé de 76 ans.


full news 2838


La robe du contre amiral de Richelieu  dormait dans un coffre du Danemark. Magnifiquement brodée, elle est typique de celles que portaient les membres de l’entourage du Roi, et encore ce jour pour les cérémonies officielles les toges des professeurs de l’Université Chulalongkorn. Incrustée de broderies d’or et d’argent représentant des fleurs et des ceps de vigne entourant des motifs marins, ancres et roues.


richelieu 03 


Je dois à un ami norvégien d’avoir effectué pour mon compte quelques recherches sur les sites Internet danois dont je ne parle pas la langue.

 

.... Il arrivait au Siam en avril 1875 porteur d’une lettre du Roi Christian IX. Officier de la marine royale, il venait offrir ses services au Roi Chulalongkorn à la plus belle époque de l’expansion coloniale européenne en Asie du Sud-est, période cruciale de l’histoire du Siam. Il fut nommé commandant du navire d’inspection navale, « Le Régent » qui patrouillait dans le golfe du Bengale, en 1877 commandant du navire Mongkut et l’année suivant du « Vesatri ». Il fut alors honoré du titre de Luang Cholayuth Yothin, nommé chef de la marine royaleet chef des arsenaux navals spécialement créés pour la mise au point des canons Gatling qui venaient d’être importés. Il reçut au cours des années suivantes des dignités siamoises élevées. Retourné au Danemark, dans sa résidence de Kokkedel il fut enfin élevé à la dignité de Prince Damrong Rajanubhab en 1930. Il joua un grand rôle dans l’histoire de la marine siamoise.

Lors du blocus de l’estuaire de la Chao Praya en 1893 par la marine française compte tenu de l‘inexpérience patente des officiers de marine siamois (Un aveu ? dont acte !) il ne put éviter suite aux  subtils plans d’attaque de la marine française la cession des territoires Laos à la France. Il fut alors nommé commandant en chef de la marine royale du 16 janvier 1900 jusqu’au 29 janvier 1901. Il joua d’autres rôles, accompagnant deux princes de la famille royale en 1883 pour y parfaire leur éducation au Danemark. Il serait à l’origine de l’installation de l’électricité au Palais royal. Lors de la première visite du Roi Chulalongkorn en Europe en 1897, la Reine Saovabha fut nommé régente et lui-même son principal conseiller. Il accompagna encore en Russie le Prince Maha Vajiravudh lors de sa visite à la famille impériale (la Tsarine était Dagmar, princesse danoise), au Roi de Suède  et au Roi du Danemark ainsi qu’à l’académie de Sandhurst, en Angleterre.

Il était intime avec les Princes Damrong Rajanubhab et Devawongse, qui jouaient le rôle de ministre de l’intérieur et ministre des affaires étrangères. Le Prince Damrong lui rendit souvent visite au Danemark, la dernière fois en 1930, deux ans avant sa mort.

 

richelieu 05

Lors de la construction du temple de Benjamabopit en 1901, il surveilla l’installation de la statue de Bouddha reproduction du magnifique Bouddha de Phitsanulok et son nom y est gravé au pied de la statue aux côtés de celui du Roi Chulalongkorn.

En récompense des services rendus, il fut nommé vice-amiral en 1902 et reçut divers décorations avant son retour au Danemark.

Quand le Roi Chulalongkorn fit un second voyage au Danemark en 1907 il rendit visite à un ami de 28 ans.

Il avait épousé sa cousine Dagmar Lousie Lerche en 1892 et eut cinq enfants nés au Siam entre 1892 et 1897. Sa fille Agnés Ingeborg du Plessis de Richelieu, a hérité de la robe et la confia ensuite à son fils unique Allan Aage Hastrup.


 full news 2839

 

Je n’ai malheureusement pas pu retrouver trace du résultat de la vente aux enchéres des dépouilles du faux Richelieu ! Qu’elle ait au moins permis à cet Hastrup de jouir d’une retraite paisible !

 

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NOTE :

 

La prolifération des « réseaux » sur Internet m’a fait découvrir il y a peu avec étonnement – cum grano salis – que tous les Duplessis du monde devenus « du Plessis de Richelieu » (Canada, Afrique du Sud et Danemark) « cousinent » en faisant assaut de liens de fantaisie avec notre amiral siamois et le grand Cardinal ! Il y a même un vignoble sud-africain dont les bouteilles sont étiquetées aux armes de la famille !


Sans titre-2


Le dernier (vrai) duc de Richelieu est mort en 1952 en laissant son nom et son titre en déshérence et ces odeurs de futaille doivent le faire retourner sans sa tombe. Mais nul ne viendra plus reprocher aux geais de se parer des plumes du paon.

Primi Visconti écrivait déjà en 1673 « Paris abonde de ces marquis qui reçoivent l’investiture de leur laquais en s’en faisant donner par eux le titre ».

Faux Richelieu mais aussi mauvais stratège ? Il est une constante dans l’histoire de la colonisation que les guerres gagnées par les Français, les Anglais et les guerres indiennes par les Américains l’ont été essentiellement en raison d’une écrasante supériorité technique en matière d’armement. Les colonisateurs avaient de bons stratèges et de bons tacticiens, mais les « indigènes » aussi. Les Anglais affrontèrent Shaka Zoulou,


250px-KingShaka

 

dont ils reconnurent les exceptionnels mérites militaires, mais fusils à tir rapide contre sagaies. Les français vainquirent Abd-el-Kader, héros de la Kabylie, fusils Chassepot contre fusils à pierre. Géronimo l’apache fut un grand chef de guerre, ses troupes étaient armées d’arc et de fusils à silex contre les Winchesters et les mitrailleuses Maxim du général Miles.

 

Dartige narre en détail dans ses souvenirs la « campagne » de 1893. Peut-on mettre sa parole en doute ? Les Français n’écrivent pas l’histoire comme les Siamois. Selon lui, son triomphe militaire n’est pas du à son génie mais à la totale incompétence des officiers de le marine siamoise, pour la plupart danois et de leurs hommes de troupes (qualifiés méchamment de « barbares éclairés à l’électricité ») qui étaient pourtant dotés non pas d’éléphants, de lance-pierres et de sagaies mais, à défaut d'un bon navire, d’un armement américain (le redoutable canon Gatling et les mitrailleuses du même nom) de tout premier ordre...


250px-Mitrailleuse Gatling APX1895 Paris FRA 001

 

dont ils ne savaient pas se servir. La canonière en bois « La Comète » (15 canons et 196 hommes)


800px-Canonniere Comete (1884-1909) bf 1923

 

suivie de « L’inconstant » a forcé la passe défendue par deux forts sur-armés, neuf bâtiments armés de soixante trois canons et six mitrailleuses servis par 1.500 ou 2.000 hommes, et une ligne de défense de torpilles sous-marines.


mines


Dartigne n’eut qu’une coquetterie, baptiser « Paknam » la villa de Périgueux où il finit ses jours en 1940.


Paknam

 

Il termina sa carrière vice-amiral dans une semi disgrace : en service dans les Dardanelles pendant la guerre de 14, sans instructions (ou contre ?) il sauva au péril de sa vie avec l’accord de ses équipages la vie de plusieurs milliers d’Arméniens menacés de massacre par les Turcs.

 

_Sans titre-3________________________________________________________

 

Références :

Revue hebdomadaire du 5 décembre 1896.

Almanach de Gotha 1900, 1901 et 1902.

Intermédiaire des chercheurs et des curieux 1902 – I et II, 2010.

L’intransigeant du 11 novembre 1902

Bangkok Post.

Commandant Dartige du Fournet, « journal d’un commandant de la comète » 1897.

Prince Damrong « Histoire des bateaux de guerre siamois » remarquablement traduit par Jean-Claude Brodbck, in « Arts asiatiques » tome 34 – 1978.

Commandant Raoul de Balincourt, Annuaire des flottes de combat 1914

Et un magnifique exemple des effets ravageurs de la mitrailleuse Gatling (pour qui savait s'en servir) dans la scène finale du film « Le dernier samouraï ».

 

 

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