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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 08:47

 

 

Ananda Mahidol, le futur Rama VIII est né le 20 septembre 1925, à Heidelberg en Allemagne. Son frère, le futur Rama IX (9 juin 1946 -couronné le 5 mai 1950- 13 octobre 2016), est né le 5 décembre 1927 dans le Massachusetts aux USA.

 

 

Pour comprendre pourquoi Rama VII et Rama IX sont  nés à l’étranger.

 

(Cf. Notre article « Mahidol Ayulyadej, le « Prince père », père de Rama VIII et de Rama IX) (1)

 

Mahidol Adulyadej, Prince de Songkla  ou Mahidol Adulyadej « le Prince père », est  le 69e enfant du roi Chulalongkorn. Il est né le 1er janvier 1892  et est le 7e  enfant de la reine Savang Vadhana.

 

 

Comme les autres fils du roi Chulalongkorn, le prince Mahidol a commencé ses études à l'École Royale du Grand Palais et reçut le titre de Prince de Songkla à 13 ans. Il est  envoyé en Angleterre en 1905 où il passe un an et demi dans la très distinguée Harrow Schooll, la prestigieuse école anglaise. Son père l’envoie ensuite en Allemagne pour rejoindre la non moins prestigieuse Académie militaire supérieure des Cadets, à Grosz-Lichterfelde dont étaient issus tous les princes et nobles officiers prussiens.

 

 

 

Mais son demi-frère, le roi Vajiravudh (Rama VI), va diriger sa carrière vers la marine. Le prince entre alors à l'Académie navale impériale allemande de Flensburg-Mürwik (anciennement à Kiel). Il y remporta un concours sur la conception des sous-marins. Vivant comme ses camarades lieutenants dans la marine impériale, en plus de ses études, il est affecté à un cuirassé allemand sur lequel il doit nettoyer les ponts et pelleter le charbon, et est formellement admis dans la marine royale thaïe en 1912. Il dut revenir en Thaïlande en 1914 au début de la première guerre et fut affecté à un poste d'enseignant à l'Académie de la Marine royale, manifestant son intérêt pour les petites unités, les sous-marins et les torpilleurs. Il entra alors en conflit avec des officiers supérieurs, la plupart diplômés des écoles britanniques favorables aux grosses unités. Le prince préféra alors démissionner 9 mois après avoir rejoint la Marine. Une nouvelle carrière allait commencer.

 

 

 

Son demi-frère et ami le Prince Rangsit, directeur du collège médical royal, le convainc de l'aider. Le prince fut d’abord réticent, mais  il finit par accepter  et  décida d’étudier cette science toute nouvelle pour lui. Nous le retrouvons alors à Cambridge dans le Massachusetts pour étudier la santé publique dans la prestigieuse université d’Harvard. Il demanda alors au Prince Rangsit de sélectionner quatre élèves pour le rejoindre: deux étudiants en médecine financés par lui et deux étudiants en soins infirmiers financés par sa mère. Arriva alors une étudiante en soins infirmiers de 18 ans, Sangwal Talabhat, sa future épouse dont il devint rapidement « très proche ». Elle revint avec lui en Thaïlande pour assister aux funérailles de la reine Saovabha (เสาวภาผ่องศรี), la mère de Rama VI, en 1919. Ils s’y marièrent avec la bénédiction royale au Palais Sapatham avant de retourner à Harvard. Il y reçut son diplôme en 1921.

 

 

 

Après un passage en Angleterre, leur premier enfant, la princesse Galyani Vadhana, naquit à Londres le 6 mai 1923. Il retourna en Thaïlande la même année pour occuper un poste de directeur général du Département de l'Université au ministère de l'Éducation. En dehors de ses fonctions administratives, il enseignait également son art au Collège médical royal. En 1925, il se rend à Heidelberg, en Allemagne pour subir un traitement des reins avant de retourner à Harvard pour continuer à étudier la médecine. C’est à Heidelberg que naquit son premier fils, Ananda, le futur roi Rama VIII, le 20 septembre 1925. Son plus jeune fils naquit dans le Massachusetts le 5 décembre 1927. Muni de tous ses diplômes, il retourne en Thaïlande en décembre 1928.

 

 

Il s’empressa alors d’organiser un système de bourses pour les étudiants en médecine et en soins infirmiers. Ne pouvant retourner à l'hôpital Sirirat pour y effectuer un stage, au vu de son  statut princier, il choisit l'hôpital missionnaire McCormick à Chiang Mai. Il y a travailla jour et nuit, comme médecin permanent. Trois semaines après avoir commencé à travailler, il se rendit à Bangkok pour assister aux obsèques d’un oncle et n'a jamais été en mesure de retourner à Chiang Mai. Il souffrait en réalité d’un abcès du foie. Il  mourut le 24 septembre 1929, au Palais Sapatham. Il n’était âgé que de 37 ans.

 

 

La vie en Suisse des deux futurs rois, Rama VIII et Rama IX. (Cf. Notre article sur ce sujet (2) )

 

Après sa mort prématurée, la princesse mère a 29 ans et a la charge de 3 jeunes enfants (six ans, quatre ans et un an et neuf mois). La princesse Galyani Vadhana  suit les cours de l'école Rajini. Le princeHYPERLINK "file:///F:/C:/Users/alain/AppData/Local/Temp/โรงเรียนราชินี)%20(2).%20(2)%20http:/www.rajini.ac.th/.%20Le%20prince%20Ananda " Ananda  fut d’abord scolarisé en 1930 à l’école maternelle Mater Dei tenue par les religieuses catholiques Ursulines, puis en 1932 à l’école Debsirin  tandis que le prince Bhumibol resta à  l'école maternelle  Mater Dei.

 

 

Mais après la révolution du 24 Juin 1932, qui met fin à la monarchie absolue, la situation est tendue pour les membres de la famille royale qui doivent quitter leurs postes gouvernementaux, et beaucoup décident de quitter le pays pour vivre à l'étranger.

 

 

Une sorte de conseil de famille présidé par la Reine Sri Savarindira, sa belle-mère, sa fille, la princesse Valaya Alongkorn, son fils adoptif et le Prince Rangsit, l’ami très cher du prince défunt, se réunit et conseille à la jeune princesse de s'installer avec ses jeunes enfants à Lausanne. La princesse y était d’ailleurs passée avec son mari lors de leur voyage de noce en Europe. En avril 1933, la famille s’envole vers la Suisse avec un entourage restreint.

 

 

Un coin du voile masquant partiellement cette « vie cachée » des deux petits princes et de leur sœur aînée a été levé par la publication thaïe en 2012 des souvenirs et de l’album des photographies du précepteur des deux princes, Cléon C. Séraïdaris. Une version française « Le roi Bhumibol et la famille royale de Thaïlande à Lausanne » est publiée en 2015. (3)

 

 

La famille vit à Pully, un quartier chic de Lausanne dans une belle villa (villa Vadhana) qui n’est toutefois pas un palais.

 

 

Les enfants sont scolarisés dans des établissements distingués : La princesse Galyanii  fréquente l’ « Ecole Supérieure des Jeunes Filles de la Ville de Lausanne » puis « l'International School of Geneva » avant de rejoindre la Faculté des sciences, section chimie, et obtenir ensuite un diplôme de Sciences sociales pédagogiques. Ses deux frères se rendent tous les jours en bicyclette à l’ « École nouvelle de la Suisse romande ». Leur scolarité est celle de leurs camarades sans autres privilèges. Tous deux sont timides et réservés, leur physique le démontre, mais sont de bons camarades et surtout d’excellents élèves. D'ailleurs leur mère a voulu pour eux une éducation rigoureuse leur disant, une fois que fut prise à Bangkok la décision d’attribuer la couronne à Ananda qu’ « un roi se doit d’être érudit, travailler beaucoup et savoir obéir avant de vouloir commander ». Leur précepteur participe à leurs loisirs. (Cf. Leurs passions et loisirs dans notre  article (3))

 

 

 

L'abdication du roi Rama VI le 2 mars 1935 va modifier le statut de la famille. (Cf. Notre article précédent sur le roi Rama VI). En effet, Rama VII n'avait pas d'enfant. Malgré les arguments du Prince Chula Chakrabongse et d'autres à sa succession, Pridi sut « convaincre » le Cabinet que le jeune Prince Ananda Mahidol, alors âgé de 9 ans et étudiant en Suisse, ne  gênerait pas le gouvernement. L'Assemblée nationale vota pour élire le nouveau roi et appointa le Colonel Prince Anuwatjaturong, Lieutenant Commandant Prince Adtya Dibabha et Chao Phraya Yommaraj (Pun Sukhum) comme régents. Le jeune roi va cependant rester à Lausanne durant trois ans, sous la tutelle de sa mère et la protection sinon la surveillance des envoyés du gouvernement qui sont également là pour lui faire signer ses décrets.

 

 

Un bref retour au Siam fin 1938 qui aurait pu être tragique.  (Cf. Notre article « Un attentat manqué contre le roi Ananda en escale à Colombo en novembre 1938 fut-il  le prélude à son assassinat le 9 juin 1946 » (4))

 

 

Ce n’est qu’au dernier trimestre de 1938, il a 13 ans, que sa famille va quitter Lausanne pour venir au Siam probablement à l’instigation du premier ministre Phraya Pahon démissionnaire le 11 septembre 1938 qui sera remplacé par Phibun le 16 décembre 1938 après trois mois de chaos. La famille embarque à Marseille sur le Méonia, un luxueux paquebot danois le 18 ou le 19 octobre. En escale à Colombo le roi va échapper à un complot.

 

 

« La nouvelle est ainsi annoncée dans le très austère Journal des débats politiques et littéraires  des 7 et 8 novembre 1938 : « Un complot avait été fomenté  en vue de tuer le jeune roi de Siam » :

 

On mande de Colombo: Un complot, en vue d'assassiner le jeune roi de Siam, Ananda Mahidol, a été découvert par la police, apprenait-on hier. Le roi de treize ans est resté, sous bonne garde, à bord du croiseur Méonia  qui le transporte de France à Bangkok,  où il doit être couronné.  Le complot, découvert au début d'octobre, aurait été fomenté par plusieurs hommes politiques de premier plan et appuyé par de nombreux Siamois, mais réprimé aussitôt.  (in (4))

 

Michel Gorel dans  l’hebdomadaire « le nouvelliste d’Indochine » du 6 nous présente une autre version, sous le titre « ON A VOULU « KIDNAPPER»  UN ROI. Les déchirements siamois ne sont qu'un épisode de la compétition nippo-britannique » (Cf. Cette version in (4))

 

Nous n'apprendrons pas qui sont ces hommes politiques de premier plan qui auraient fomenté cet attentat. Toutefois l’article de Gorel était prémonitoire : « L'entreprise a échoué… et on murmure que les antigouvernementaux vont tenter un nouveau putsch  … » Ce ne fut pas un coup d’État,  ce fut un meurtre le 9 juin 1946.

 

 

Le jeune roi retournera en Suisse avec sa mère et son frère  pour poursuivre ses études durant la seconde guerre mondiale.

 

Durant ce court séjour, il assiste à la prise du pouvoir  le 16 décembre 1938,  par le colonel Phibun « élu » par l’Assemblée pour devenir le 1er ministre du troisième  gouvernement de la monarchie constitutionnelle en conservant le Ministère de la défense et en prenant celui de l’intérieur. (Cf. Notre article (5) « Le gouvernement Phibun Songkhram (16 décembre 1938-1er août 1944) et d'autres articles sur cette période dans « Notre » Histoire).

 

 

Il peut mesurer la puissance de Phibun et sa détermination à éliminer toute opposition aussi bien civile que royaliste. « Ainsi fin décembre 1938, Phibun échappa à deux tentatives d’assassinats qu’il régla par de multiples arrestations qui touchaient aussi bien des membres de la famille royale, des membres de l’Assemblée ou des rivaux militaires. En janvier 1939, le chef de la police affirmait avoir découvert un complot royaliste. Des « cours spéciales » furent établies « pour juger entre autres  Rangsit de Prayurasakdi, prince de Chainat (un des plus jeunes fils  du roi Chulalongkorn et futur Régent) et Phya Suradet, l’un des chefs militaires qui avaient participé au coup d’État de 1932. » (Fistié, pp. 169-170) Si certains furent autorisés à quitter le royaume (comme Phya Suradet), 36 furent condamnés à l’emprisonnement à vie, et dix-huit furent fusillés.» (In (5)) Phibun  se fit appeler le « Guide » de la nation et  fit remplacer la photo du roi par la sienne.

 

 

On peut imaginer que le jeune roi à Lausanne ne peut assister qu'impuissant, aux événements qui vont marquer son pays pendant la seconde guerre mondiale. Il apprendra par exemple, que le 24 juin 1939, Phibun changea le nom du pays, pour devenir  Prathet Thai  (« pays des (hommes) Libres ») ou Thaïlande ; La guerre franco-thaïlandaise d’octobre 1940 au 9 mai 1941 ; Comme il sera informé  que le Japon avait attaqué les Etats-Unis le 7 décembre 1941, et la Grande-Bretagne le 8 décembre et envahi la Thaïlande. Mis devant le fait accompli, le maréchal Phibun signait un traité d’alliance le 10 décembre 1941 avec le Japon et déclarait la guerre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne le 25 janvier 1942 ; Que le choix de Phibun en faveur d’un pacte d’alliance avec les Japonais  allait marquer une rupture politique avec Pridi et les « civils » et entraîner la Thaïlande dans la guerre contre la Grande–Bretagne et les États-Unis le  25 janvier 1942 ; que  Pridi avait dû quitté le gouvernement à la demande des Japonais et nommé Régent. Qu’apprit-il des différents mouvements de résistance thaïlandais qui vont s’organiser sous l’appellation Free Thais avec l’objectif de lutter contre l’occupation japonaise, et de redonner au pays son indépendance, avec la collaboration des services secrets britannique, la  Special Operations Executive (SOE), et américain, l’Office of Stratégic Services (OSS). (Cf. Notre article (6) « La résistance des Thaïlandais et des « Free Thaïs » pendant la seconde guerre mondiale ».) Fut-il informé (et quand?), après la capitulation du  Japon le 5 août 1945, de la proclamation royale de paix de Pridi lancé au nom du roi: « Considérant que, par une proclamation faite à Bangkok le 16 Août 1945, le Régent de Siam n'a, au nom de Sa Majesté le Roi de Siam, proclamé la déclaration de guerre faite par le Siam, le 25 Janvier 1942, contre le Royaume-Uni nulle et non avenue en ce qu'elle a été faite contrairement à la volonté du peuple siamois et en violation de la Constitution et des lois de Siam … ». Le 1er ministre en poste, Khuang Aphaiwong qui avait été désigné par le Régent Pridi le 1er août 1944, donnera sa démission le 31 août 1945. 

 

 

Que pouvait comprendre le jeune roi aux luttes de pouvoir qui vont animer la vie politique thaïlandaise après la fin de la deuxième guerre mondiale, jusqu'à son assassinat le 9 juin 1946, avec pas moins de 15 gouvernements ? (Cf. (7) Notre chronologie de la fin de la seconde guerre mondiale au retour de Phibun le 8 avril 1948)

 

Rama VIII revient donc en Thaïlande à la fin de la seconde guerre mondiale en décembre 1945, avec un diplôme de droit. Lord Mountbatten, commandant en chef des forces britanniques en Asie du Sud-Est, en visite en janvier 1946 à Bangkok décrira le jeune roi : « comme un garçon apeuré et myope, ses épaules en pente  et sa poitrine mince ornée de magnifiques décorations parsemée de diamants,  tout-à-fait pathétique et solitaire » et lors d'une réunion : « Sa nervosité est si alarmante que je suis tout prêt pour le soutenir au cas où il s'évanouirait ».

 

 

6 mois plus tard, le jeune  Rama VIII est assassiné.

 

Le  9 juin 1946 au matin, le roi est retrouvé dans sa chambre avec une balle dans la tête. La radio annoncera que le roi est mort accidentellement en nettoyant son revolver. Le parti démocrate lancera la rumeur que Pridi est derrière cet assassinat.

 

« L’enquête fut longue et fit intervenir des experts anglais en balistique et en médecine légale. Trois inculpations furent prononcées le 28 septembre 1948 concernant deux pages royaux et le secrétaire du roi. Pridi le fut comme instigateur présumé et le lieutenant Vacharachai Chaiyasithiwet comme autre exécutant. Toutefois, ils avaient tous deux fui la Thaïlande après le coup d’État de novembre 1947.

 

Une première décision fut rendue  le 27 septembre 1951 acquittant deux des trois accusés et condamnant le troisième à mort. Aucune décision  ne fut prononcée contre Pridi ou Vacharachai.  Sur appel, en décembre 1953, la Cour confirma un seul des acquittements et prononça deux peines de mort. Le dossier fut soumis à la Cour suprême  qui prononça trois peines de mort le 13 octobre 1954.  Elles furent exécutées le 17 février 1955, le Roi ayant refusé leur grâce. Contrairement à ce que l’on lit souvent, la décision qui fait 58 pages est d’accès libre tant en thaï évidemment qu’en traduction anglaise.» (Notre note 9 in (4))

 

 

Quelle tragique destinée ! Le jeune roi n'avait régné que 6 mois ! Et dire qu'il avait prévu de retourner en Suisse pour terminer son doctorat en droit à l'Université de Lausanne quatre jours plus tard. Son frère, le prince Bhumibol lui succédera le 9 juin 1946. 

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) 216- MAHIDOL  AYULYADEJ,  «  LE PRINCE  PÈRE », PÈRE DE RAMA VIII ET DU) ROI RAMA IX

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/216-mahidol-ayulyadej-le-prince-pere-pere-de-rama-viii-et-du-roi-actuel-de-thailande-bhumibol-ayulyadej.html

 

(2) 217 – LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS THAÏLANDAIS, RAMA VIII ET RAMA IX.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/217-la-vie-en-suisse-des-deux-futurs-rois-de-thailande-rama-viii-et-rama-ix.html

 

(3) พระบาทสมเด็จพระเจ้าอยู่หัว ๆ รัชกาลที่ ๙ และเจ้านายไทยในโลซานน์ publié chez Slatkine à Genève – ISBN 978 2 8321 0539 9 – cet ouvrage a fait l’objet d’une édition en français « Le roi Bhumibol et la famille royale de Thaïlande à Lausanne » publié en 2015 toujours chez Slatkine – ISBN  978 2 8321 0662 4.

 

 

(4) H 25-- UN ATTENTAT MANQUÉ CONTRE LE ROI ANANDA EN ESCALE À COLOMBO EN NOVEMBRE 1938 FUT-IL LE PRÉLUDE À SON ASSASSINAT LE 9 JUIN 1946 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/11/h-25-un-attentat-manque-contre-le-roi-ananda-en-escale-a-colombo-en-novembre-1938-fut-il-le-prelude-a-son-assassinat-le-9-juin-1946

 

(5) 198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 décembre 1938-1er août 1944)

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/198-le-gouvernement-phibun-songkhram-16-decembre-1938-1er-ao-t-1944.html

 

(6) 202. LA RÉSISTANCE DES THAILANDAIS, et DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/202-la-resistance-des-thailandais-et-des-free-thais-pendant-la-seconde-guerre-mondiale.html

 

(7) UNE CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA THAÏLANDE, DE LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE AU RETOUR AU POUVOIR DE PHIBUN LE 8 AVRIL 1948.

w.w.w.alainbernardenthailande.com/2015/09/206-une-chronologie-de-l-histoire-de-la-thailande-de-la-fin-de-la-deuxieme-guerre-mondiale-au-retour-au-pouvoir-de-phibun-le-8-avril

Du 31 août 1945 au coup d’État du 8 avril 1948, qui voit le retour de Phibun au pouvoir, nous voyons 15 gouvernements en moins de 3 ans, six premiers ministres et deux coups d’Etats militaires, avant que la dictature de Phibun ne s’installe pour plus de 9 ans.

Cf. Aussi  Wikipédia: https://en.wikipedia.org/wiki/Ananda_Mahidol

 

 

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6 mars 2019 3 06 /03 /mars /2019 22:04

 

(Ou Phrabat Somdet Phra Sanpet III (พระบาทสมเด็จพระสรรเพชญ์ที่ ๓) ou encore Somdet Phra Ekathotsarot (สมเด็จพระเอกาทศรถ ou Sanphet III) สมเด็จพระเอกาทศรถ (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่  ๓).)

 

 

 

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » vont consacrer 12 pages au règne du roi Ekathotsarot (1605-1610). Mais elles avaient déjà durant le règne de son frère, le roi Naresuan, évoqué maintes fois le rôle de premier plan qu'il avait joué  dans les nombreuses guerres menées par Ayutthaya.

 

 

Ainsi, il participa à celle  de 1591-1592 mené contre les Birmans aux côtés de son frère Naresuan ; celle victorieuse contre le royaume cambodgien de Lawaek en 1594.  Mais  il avait été seul pour mâter la révolte de Tenasserim, et il commandera  avec  son frère, la campagne victorieuse contre Moulmein et Martaban et le  siège de Tong-U.  Et c'est encore le vice-roi Ekathotsarot qui va intervenir à Chiangmai, victime de tentatives de soulèvement des princes Ram Decho, de Nan, de Fang, et des gouverneurs et des habitants de toutes les villes, grandes ou petites, soumises à l’autorité de Chiangmai. » Et nous avions vu dans l'article précédent qu'« En  1604, le roi Naresuan et son frère, le vice-roi Ekathotsarot avaient entrepris  une nouvelle campagne  contre les Birmans de Tong-U et d'Ava, après leur échec de 1598. Alors que Tong-U tombait, le Phraya  d’Ava avait pris   la ville de Naï et de Saen Wi,  menaçant ainsi  les frontières d'Ayutthaya. Les Chroniques ensuite avaient annoncé, la victoire sur Ava, et s'étaient attardées sur la procession victorieuse du retour des armées avec la magnificence habituelle. Le roi Naresuan fit halte pendant un mois à Chiangmai où il fut accueilli en héros, il procéda à diverses cérémonies religieuses, et  se rendit ensuite sur la route d'Ava jusqu'à Hang Luang, pendant qu'Ekathotsarot avec l'armée principale alla jusqu'à Fang. Malheureusement le roi Naresuan à Hang Luang fut touché par une forte fièvre. On  prévint  Ekathotsarot  qui arriva rapidement « Le dimanche du 6ème (Ou du 7ème) jour de la lune croissante du 6ème mois  de l'année du serpent, de la 5ème décade » (6 avril ?). Le lendemain, le roi Naresuan décédait. »

 

 

 

« Son frère Ekathotsarot fut fort peiné au point d’en faire une crise de nerfs. Il en fut de même de toutes les autorités de Chiangmai. Lorsque leur chagrin prit fin, il fut érigé un monument de la victoire à sa mémoire, avec tous les signes royaux (Parasols, palanquins, ombrelles, bijoux, joyaux en or, etc.)  devant lequel prêtres, Phrayas, ministres, conseillers, chefs d'armée, soldats en formation s'inclinèrent. Une cérémonie invita le vice-roi Ekathotsarot à perpétuer ce glorieux lignage et de préserver le royaume avec tous les rois vassaux de pays différents en accord avec les traditions pour des générations et des générations. » (Notes (1) (2) )

 

 

 

Ce n'est donc pas un inconnu qui accède au trône d'Ayutthaya, mais l'évocation de son règne en 12 pages sera essentiellement réservé à la description de nombreuses cérémonies, comme celle qui pendant trois pages, décrira le retour du roi défunt jusqu'à la capitale, avec  de nombreuses cérémonies d'hommage et de proclamations.

 

Comme celles à Hang Luang, avec toute la magnificence et le faste voulus : ornements, or, bijoux, ombrelles, dans une cérémonie royale avec les  éléphants parés, les corps d'armée aux couleurs différentes,  disposés selon leur rang à la droite et à la gauche du souverain, désigné à longueur de pages comme «  he-Holy-Feet-of-the-Supreme -Ekathotsarotisuan-Paramount-Refuge-Révérence-and-Holy-Buddhist-Lord-Omnipotent », avec les soldats  à dos d'éléphants, sur les chevaux, les soldats et leurs javelots et boucliers,  avec  une assemblée de notables autour représentant les grandes familles tributaires, en ayant soin d'aller chercher le Phra Ram Decho pour qu'il puisse rendre hommage au roi.

 

Ensuite on pourra suivre le cortège de l'armée, de  Hang Luang à Chiangmai où le fils du roi (de Chiangmai) aura l'honneur de se joindre à la suite du roi Ekathotsarot. Les  avants gardes iront à Sukhotai et à  Kamphaengphet, où  l'armée principale restera 15 jours. Quant au roi, il  se rendra à Pak Mok, se fera construire une royale résidence, et veillera à ce que les bateaux soient prêts, surtout le bateau royal, avec son faste, son palanquin, etc. Et nous aurons encore un autre paragraphe descriptif de la procession, au son des  instruments, conques et tambours, avec la magnificence des ornements, tous les thao praya en grand nombre jusqu'à l'arrivée au grand Palais où sera encore décrite une autre cérémonie tout aussi fastueuse d'hommage au roi,« The Holy-Feet-of-the-Supreme Ekathotsarotisuan-Paramount-Refuge-Révérence-and-Holy-Buddhist-Lord-Omnipotent »,  en présence des rois vassaux et de toutes les élites du royaume.

 

 

 

 

Nous aurons droit ensuite au nom officiel du souverain,

 

พระศรีสรรเพชญ์สมเด็จบรมราชาธิราชรามาธิบดีศรีสินทรบรมมหาจักรพรรดิ สวรรยาราชาธิบดินทร์องค์ปรมาธิเบศรตรีภูวเนตรนาถนายกดิลกรัตนราชชาติอาชาวสัยสมุทัยตโรมนต์สกลจักรวาฬาธิเบนทรสุริเยนทราธิบดินทรหริหรินทราธาดาธิบดีศรีวิบุลยคุณรุจิตรฤทธิราเมศวรธรรมิกราชเดโชไชยพรหมเทพาดิเทพตรีภูวนาธิเบศร ลกเชษฐวิสุทธิคตากุฎเทศมหาพุทธางกูรบรมบพิตร,

.. . pas moins de 266 mots (!) qu'il recevra lors de son investiture en 1605 (Ou 1593 (955) selon les Chroniques).

 

On peut remarquer un sérieux problème de date. Les sous-titrages des annales par Wyatt nous situent la montée sur le trône d’Ekathotsarot en 1605 et la fin de son règne en 1610. La chronologie officielle du Royal Institut situe la fin de son règne en 1609. D'autres dates sont proposées par Mgr Pallegoix ou Sir Browring.  (Cf. Note (3))

 

Et puis nous aurons une page de toutes les vertus du roi, de ses mérites, de son enseignement de paix, de bonheur, de justice pour tous, du respect, de sa renommée, etc, avec le refrain incessant du « The Holy-Feet-of-the-Supreme Ekathotsarotisuan-Paramount-Refuge-Révérence-and-Holy-Buddhist-Lord-Omnipotent ». Et puis on poursuivra, en rappelant que le roi donnera ses ordres à tous les thao, praya, ministres, hommes d'État réunis, pour réorganiser tous les services. (Lesquels?), pour revenir aux  préparations d' une autre cérémonie grandiose  et une autre procession autour d'un grand trône pour aller ensuite le long des rues et finir  avec The Holy-Feet-of-the-Supreme-Ekathotsarotisuan-Paramount-Refuge-Révérence-and-Holy-Buddhist-Lord-Omnipotent  qui mettra le feu sacré au corps du Supreme-Holy-Bouddhist-Lord-Royal, en présence de 10.000 moines assemblés, pour terminer sur l'invitation à tous de  faire les aumônes pour les honorer.

 

Ensuite, trois longues pages seront consacrées aux relations  avec le royaume de Tong-U.

 

 

« The Holy-Feet-of-the-Supreme-Ekathotsarotisuan-Paramount-Refuge-Révérence-and-Holy-Buddhist-Lord-Omnipotent » voulut en effet pacifier ses relations  avec le Phraya de  Tong-U, et envoya une lettre aux municipalités provinciales proches pour les persuader de ses bonnes intentions. Il rappela alors la campagne de 1598 qu'il avait effectuée avec son frère, le roi Naresuan, où Tong-U avait pu résister au siège de 3 mois, et leur victoire (de 1604). Il leur indiqua qu'il avait été généreux et avaient permis à tous un retour dans la paix ; ce qui pouvait être considéré comme un gage de ses intentions aujourd'hui. Mais, si certaines municipalités le crurent d'autres en doutèrent (Aucun nom n'est donné), ce qui le contraignit à infiltrer  des agents pour les espionner.  En 953 (?) il fut informé  que le Phraya de Tong-U n'était pas très motivé pour entretenir de bonnes relations ; le patriarche des moines Siam Phriam lui confirma que quelque chose se préparait et que les municipalités étaient en train de comploter. Effectivement, ils  cherchaient à  convaincre  le roi d'Hongsawadi d'agir et envoyèrent des forces à la municipalité de Cittong.

 

Le patriarche  Siam Phriam invita le Phraya de Tong-U à lui rendre hommage et celui-ci lui confirma que les municipalités provinciales étaient en train de comploter afin de l'attaquer et il lui demandait son aide. Le  Phraya de Tong-U vint se prosterner devant  le patriarche  Siam Phriam qui lui révéla un stratagème ; qui invitait  le  Phraya de Tong-U à envoyer  une fausse lettre, signée par le roi d'Hongsawadi à tous les thao, praya des municipalités provinciales, qui les informait que son horoscope -qui  lui avait épargné bien des malheurs dans le passé-  lui prédisait un désastre et  qu'ils allaient être fait prisonniers par Ayutthaya, aussi il les invitait à se rassembler à Tong-U. Il est dit que tous  les thao, praya crurent en la lettre, en furent effrayés et se retirèrent.

 

 

 

Les auteurs des Chroniques montrent qu'ils peuvent parfois être romancier, puisque  ils nous font les témoins d'une réflexion que le fils du Prince de Tong-U aurait pensée l'année suivante durant l'année 954.  Il estime que la présence du roi d'Hongsawadi à Tong-U dû au fait des menaces de guerre d'Ayutthaya à fait perdre presque toutes les municipalités au royaume, et encourager chacune à lever des troupes pour les attaquer. Il en conclut qu'il fallait éliminer le roi d'Hongawadi. Il eut l'idée de mettre du poison dans sa nourriture. Ce qui fut fait et le roi d'Hongsawadi s'éteignit et monta au ciel.

 

Son père fut effrayé d'apprendre ce que son fils Nak Sang avait fait et il en informa le patriarche  Siam Phriam  qui en fut également effrayé et lui dit que leur plan était détruit et que cela était stupide et dommageable. Son fils était devenu l'ennemi de ses parents. Le roi de Tong-U se prosterna et demanda alors ce qu'il pouvait faire.  Le patriarche  Siam Phriam lui dit  qu'il fallait montrer plus de vertu et pour ce faire, conseilla au roi de faire raser la tête de tous les habitants de sa capitale et d'envoyer une lettre aux autres municipalités, leur apprenant, qu'après une maladie de trois jours, le roi d'Hongsawadi était décédé et était monté au ciel et qui les invitait à venir pour l'honorer. Il les informait surtout qu'il n'avait pas l'intention de prendre sa place et qu'il allait chercher la protection d'Ayutthaya. Nous verrons ainsi, poursuivit le patriarche, comment les municipalités vont réagir pour le meilleur ou pour le pire. Effectivement tous les thao,  phraya et phra des municipalités provinciales furent informés et beaucoup furent affectés. Ils  vinrent à Tong-U aider à la préparation de la cérémonie funéraire. D'autres choisirent d'aller se présenter devant Phraya Thala qui était en charge des royales affaires d'Ayutthaya pour les municipalités de Martaban et de Moulmein.

 

 

 

Diplomatie et vassalités.

 

 

En 955 (L'année du serpent, de la 5e décade, du second mois), le Phraya de Tong-U envoya une royale ambassade escortée d'éléphants et de chevaux  pour présenter un tribut et demander la protection du roi d'Ayutthaya. Le même mois, le Phraya de Lang Chang envoya également une ambassade et de nombreux cadeaux pour rendre hommage au roi d'Ayutthaya. Le roi les reçut dignement.

 

 

Le Sud pacifié.

 

 

En l'année du serpent, de la 5e décade du 3e mois, le gouverneur de Moulmein avait capturé  le Phraya et tous les  Mons rebelles le long des rives du Satong et les avait envoyés au roi. Moulmein et Martaban étaient  de nouveau en paix.

 

 

Les Chroniques royales constatent donc un royaume en paix. Elles vont poursuivre en décrivant un roi dans toute sa majesté, son faste royal bouddhique et son prestige.

 

 

 

 

Nous verrons en 3 pages et demie, comment le « Holy-Feet-of-the-Supreme -Ekathotsarottisuan-Paramount-Refuge-Reverence-and-Holy-Buddhist-Lord-Omnipotent » va mettre en scène son prestige et sa légitimation de grand roi bouddhiste en multipliant les  processions militaires et religieuses, courses de bateaux richement décorés, en insistant sur le faste, la magnificence,  les festivités nombreuses qui sont autant d'occasions pour que tout ce qui compte dans le royaume civils et religieux, les vassaux,  sous les yeux du peuple admiratif de rendre hommage au grand « Holy-Feet-of-the-Supreme-Ekathotsarottisuan-Paramount-Refuge-Reverence-and-Holy-Buddhist-Lord-Omnipotent ».

 

Il ne sera pas oublié la construction de statues de Bouddhas (Une commande royale de 5 Bouddhas d'or, d'argent, sera décrite avec leur réception et l'hommage rendu) . 

 

Les Chroniques marqueront plus particulièrement les événements  de l'année  956 de Era, de l'année du cheval, de la 6e décade avec la construction d'un temple précieux, des processions fastueuses du Rite de Atsawayuk (?), l'hommage rendu au roi des ambassades de Tong-U et de Lan Chang, puis  la description sur une page de la procession royale  de la victoire du Cygne d'or du 13e jour de la lune croissante du 1er mois, avec une escorte de bateaux précédant et suivant  une statue  de Bouddha, avec le paramount refuge reverence and holy buddhist lord omnipotent, et la procession militaire l'accompagnant sur la rive  jusqu'au village Kradan, suivie par une nouvelle procession  à dos d'éléphants pour installer le Bouddha dans le monastère « of the holly and Glorious Omniscient One »  La cérémonie se terminera par sept jours de fêtes exceptionnelles.

 

Puis le lundi du 5e jour de la lune croissante du second mois, les ambassades venues de Tong-U et de Lan Chang vinrent prendre congé du roi dans une audience solennelle, où elles reçurent de nombreux cadeaux. Toutes ces cérémonies assurèrent le prestige et la renommée du roi d'Ayutthaya auprès de toutes les cités.

 

Après toutes ces pages, les Chroniques ne consacreront que 7 lignes à la politique intérieure, en  nous apprenant qu' « en 957 d'Era, l'année de la chèvre, à la 7e décade » le roi ordonna à Phra Aiyakan de mettre en œuvre des lois fiscales sur les fruits de la terre, sur les importations étrangères, sur les négociations dans les marchés et sur les successions immobilières et que fut accordé à vie de la nourriture pour les moines des temples des cités, des villages et de la forêt.  (Nul chiffre n'est donné, ni montants)

 

 

 

Les Chroniques se terminent sur les deux fils du roi : Lord Suthat qui fut nommé Uparat (Héritier) et son jeune frère Lord Saowaphak dont on nous dit qu'il perdit une œil.

 

On apprend que 4 mois plus tard, Lord Suthat demanda à son père la permission de quitter le palais pour inspecter le peuple, mais le roi lui demanda s'il avait l'intention de se révolter (Pourquoi?). L'Uparat, prit peur et quitta l'audience pour se réfugier dans son palais. On nous dit que le soir, il s'empoisonna. Le roi en peine, lui rendit l'hommage dû à son rang, lors de ses funérailles. (Certains commentateurs, comme Turpin par exemple, prétendent qu'il fut empoisonné par son père).]

 

 

Et puis, en une ligne, on apprend  que le roi contracta une sévère maladie, mourut et monta  au ciel. Les chroniqueurs des « Royales Chroniques d'Ayutthaya » n'en diront pas plus.

 

                                             

 

EIles ne diront rien sur la politique extérieure du royaume pourtant marquée  par l'arrivée des Hollandais à Ayutthaya en 1604, leur premier comptoir installé en 1608, ni sur la 1ère ambassade thaïe  reçue en 1608 en Hollande par Maurice de Nassau.

 

 

Nous avons évoqué  cette 1ère ambassade hollandaise envoyée à Ayutthaya le 9 juin 1604 dans notre article « 81. Les Hollandais et les Anglais au Siam au XVIIème siècle » et « La 1ère ambassade siamoise en Hollande en 1608. » dans notre article 82 . (4)

 

Les Hollandais arrivaient bien longtemps après les Portugais dont la 1ère ambassade à Ayutthaya date de 1511 ; Les Espagnols n'étaient arrivés qu'en 1598, sans oublier les Perses et les Japonais. (Vous pourrez lire ou relire nos articles sur ces sujets. (5))

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) Nous en étions resté de  « Notre Récit de la Thaïlande »  au roi d'Ayutthaya Naresuan (1590-1605), voilà de cela plus de 3 mois, le 15 novembre 2018.

RH 40. LE ROI NARESUAN DE 1598 À LA FIN DE SA VIE EN 1605. 4.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/11/rh-40.le-roi-naresuan-de-1598-a-la-fin-de-sa-vie-en-1605.4.html

 

(2) Nous avons déjà évoqué son règne dans « Notre Histoire de la Thaïlande en son article « 71. Les  huit rois du début du XVIIème (1605-1656) ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-71-les-huit-rois-du-debut-du-xvii-eme-siecle-1605-1656-115599542.html 

 

(3) Problème de date. En 963 c’est l’année de la mort du roi (1601 ou 1602, 1601 pour Monseigneur Pallegoix (volume II de sa « description du royaume thaï ou Siam »),

1601 pour Browring « The Kingdom and people of Siam » Londres 1857.  Toutes dates évidemment erronées.

 

(4) 81. Les Hollandais et les Anglais au Siam au XVIIème siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-81-les-hollandais-et-les-anglais-au-siam-au-xviie-siecle-117708175.html

82. La 1ère ambassade siamoise en Hollande en 1608.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-82-la-1ere-ambassade-siamoise-en-hollande-en-1608-117989604.html

(5)

74. Introduction aux  relations internationales du Siam jusqu’au XVIIème siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-74-introduction-aux-relations-internationales-du-siam-jusqu-au-xviieme-siecle-116732188.html

Principale source : Michel Jacq-Hergoualc’h, « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels », l’Harmattan, 1993.

75. Les relations du Siam avec les Européens (XVI-XVIIème siècle).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-75-les-relations-du-siam-avec-les-europeens-xvi-xvii-eme-siecle-116732358.html

77. L’Arrivée des premiers Européens au Siam : les Portugais.

 www.alainbernardenthailande.com/article-77-l-arrivee-des-premiers-europeens-au-siam-les-portugais-117326794.html

80. Après les Portugais, les Espagnols au Siam ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-80-apres-les-portugais-les-espagnols-au-siam-117444561.htm

 

Les Japonais : Dans notre article 65 de « Notre Histoire », racontant la première campagne de Naresuan  et sa première victoire contre les Birmans (1591-1593), nous avions été étonnés que les annales siamoises notassent la présence de 500 Chams et de 500 Japonais à leurs côtés.  Cf73. Yamada Nagamasa, Le Japonais qui devint Vice-Roi au Siam Au XVIIème Siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-73-yamada-nagamasa-le-japonais-qui-devint-roi-au-siam-au-xviieme-siecle-115599893.html

 

 

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16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 09:20

 

Nous avons vu précédemment que le roi Naresuan et le vice-roi Ekathotsarot avaient mâté les révoltes de Tenasserim, Moulmein et Martaban au Sud, puis après avoir réorganisé ces cités, avaient dirigé leur grande armée vers le royaume birman d'Hongsawadi qu'ils avaient trouvé vidé de ses habitants, trahis par Toungu, qui avaient fait mine de venir à ses côtés. Ils avaient décidé alors de prendre Toungu, mais après un siège de 3 mois en 1598 (?), ils avaient dû renoncer faute de vivres suffisantes, avant la saison des pluies qui s'annonçait. Mais à peine revenu en leur capitale le vice-roi Ekathotsarot dut intervenir à Chiangmai.

 

Voir notre article : http://www.alainbernardenthailande.com/article-69-le-roi-naresuan-de-1598-a-la-fin-de-sa-vie-en-1605-6-115477170.html

 

 On peut remarquer ici, que si le roi Naresuan est devenu un héros national (Cf. Infra), son frère cadet, le vice-roi Ekkathotsarot a durant le règne de son frère joué un rôle de premier plan dans les nombreuses guerres menées par Ayutthaya. Il participe à celle de 1591-1592 mené contre les Birmans aux côtés de son frère Naresuan ; celle aussi qui se terminera par une grande victoire contre le royaume cambodgien de Lawaek en 1594 ; Mais Ekkathotsarot, sera seul pour mâter la révolte de Tenasserim , et il commandera par contre avec son frère, la campagne victorieuse contre Moulmein et Martaban et le siège de Toungu.  

 

 

Et c'est encore le vice-roi Ekkathotsarot qui va intervenir à Chiangmai, victime de tentatives de soulèvement des princes Ram Decho, de Nan, de Fang, et des gouverneurs et des habitants de toutes les villes, grandes ou petites, soumises à l’autorité de Chiangmai.

 

Rappelons que Phra Ram Decho, était le second de l'armée de Phraya Ratcha Ritthanon, envoyée par le roi Naresuan à Chiangmai pour repousser une menace des Laos de Lan Chang en 1593 (?) et qu'il avait été affecté auprès du roi de Chiangmai, car il en était natif. (Cf. RH 67.)

 

 

Les Chroniques ne racontent aucune bataille et il semble que le seul déploiement des troupes d'Ayutthaya ait suffi à calmer l’ardeur belliqueuse des rebelles, à savoir les princes de Fang, de Nan, de Chiangsaen et de Chiangraï, qui offrirent leur soumission en envoyant force cadeaux (éléphants mâles et femelles, or et argent). (Quid du prince Ram Decho?) Encore plus étonnant, les Chroniques n'évoquent que le rôle du vice-roi Ekathotsarot pour régler la succession à la mort du prince de Chiangmaï, ou sa décision d'envoyer du riz pour nourrir la population. C'est lui encore (quand?) qui décide l'envoi de deux gouverneurs pour soumettre Fang qui avait assassiné le gouverneur qu'il avait choisi ; Peut-être même, il régla une autre révolte à Lamphun.

 

 

Et puis sans transition, les Chroniques évoqueront « Les événements du Lawaek . (1603 (?) que nous avons traités dans l'article 67 de « Notre Histoire » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-67-le-roi-naseruan-et-ses-guerres-contre-le-cambodge-4-115271762.html

et rappelé dans l'article précédent (RH 39.)

 

On apprend qu'en 1594 (?) après la prise de Lawaek, l'exécution du roi khmer et la prise en otage de la famille royale, l’un des fils (Qui?) toutefois avait réussi à s’enfuir et se serait réfugié dans la ville lao de Lan Chang d’où il était retourné à Lawaek avec provisions et soldats, pour prendre le pouvoir. (Retourné sans combat alors que Lawaek était vassalisé par Ayutthaya?). Ensuite à sa mort, devant une difficile succession, les notables (moines, brahmanes et personnalités) envoyèrent en 1601 au roi Naresuan, or, argent, fleurs et un important tribut pour lui rendre hommage et lui demander que le prince Si Suphannamathirat, resté en otage à Ayutthaya, frère du précédent prince, puisse gouverner le Lawaek. Naresuan accepta et ordonna au prince de Sawankolok de le raccompagner en son pays escorté de 3.000 hommes d’arme.

 

 

Mais nous avions vu qu'il y eut bien d'autres événements en 1603, qui nous apprennent -confusément- que le roi de Lawaek aurait prévenu le roi Naresuan que divers princes (Qui ? Quand?) se préparaient à envahir son royaume. Le roi aurait alors envoyé son armée (10.000 guerriers, 50 éléphants de guerre, 100 chevaux), à laquelle ce serait jointe -à sa demande- des troupes du roi de Lawaek (Combien?) qui auraient mis en déroute les rebelles au voisinage de Saen. L'ensemble raconté dans la confusion et l'imprécision les plus totales.

 

 

Ensuite, sans transition, Il est dit qu' Ekathotsarot était avec son armée principale à Phetchaburi (Ratchaburi selon certaines annales) (D’où venait-il ? Ou allait-il avec son armée ?) et qu'il alla effectuer un pieux pèlerinage à Phitsalunok. A cette occasion, les notables de la ville lui rendirent hommage et l’informèrent qu’un tigre semait la terreur dans la population. Ekathotsarot le captura, mais le tigre fit preuve d’une telle bravoure que le roi décida de l’épargner et de le relâcher dans la nature. Après cet intermède, Il se fit aménager une résidence fastueuse et, continuant son pèlerinage, fit couvrir d’or une statue de Bouddha qu’il honora pendant sept jours et sept nuits.

 

Ensuite, de nouveau sans transition, on accompagne cette fois-ci le roi Naresuan en voyage d’agrément à Phetchaburi (Ratchaburi selon certaines annales). On avait exprimé notre étonnement devant ce récit de vacances de 15 jours au bord de mer puis son séjour de 12 jours ensuite à Tanot Luang avant de retourner à Phetchaburi par voie de terre.

 

Et puis, les Chroniques nous apprennent qu'en 1604, une nouvelle campagne a eu lieu contre les Birmans de Toungu et d'Ava. (La version A est brève et très différente des autres versions (pp. 192-193))

 

On se souvient qu'en 1598 (?) le roi Naresuan et le vice-roi Ekathotsarot, dans leur guerre contre Hongsawadi, avaient tenté de prendre Toungu, mais avait dû renoncer, faute de vivres, après un siège de trois mois. En 1604, les Chroniques nous mettent d'entrée, sans explication, avec l'armée principale d'Ayutthaya, qui déjà pris Toungu (Forces en présence ? Durée du combat?), pour évoquer la prise de la ville de Naï et de Saen Wi. par le Phraya d’Ava, et de la nécessité pour le roi Naresuan de s'emparer du royaume d'Ava devenu menaçant à ses frontières.

 

 

Mais au lieu d'avoir le récit d'une guerre opposant deux armées, les Chroniques vont s'attarder sur la construction d'une résidence royale à Pak Mok, puis sur l'armée qui aurait pris la voie fluviale pour débarquer et vaincre aux environs d' Ekarat. C'est tout. On n'en saura pas plus. (Forces en présence ? Qui commandait et dispositifs d'Ava ? Durée du combat ?)

 

 

Par contre, les Chroniques consacreront 25 lignes pour évoquer la procession victorieuse du retour des armées avec la magnificence habituelle et 28 lignes pour sa halte à Chiangmai via Kamphaengphet. Le roi Naresuan fut accueilli par le prince de Chiangmaï qui vint lui présenter ses devoirs et lui offrir différents présents. Il y resta un mois, procéda à diverses cérémonies religieuses. Il se rendit alors avec une armée et les fils du prince de Chiangmaï, sur la route d'Ava jusqu'à Hang Luang, pendant qu'Ekathotsarot avec l'armée principale alla jusqu'à Fang.

 

On ne saura pas pourquoi Naresuan et Ekathotsarot s'étaient séparés et campaient à Hang Luang et Fang, et quelles étaient leurs intentions.

 

 

(Le chapitre suivant des Chroniques et dernier consacré au règne du roi Naresuan évoquera sa mort en 1605 à Hang Luang.)(40 lignes)

 

Toujours est-il que le roi Naresuan, à Hang Luang fut touché par une forte fièvre. On prévint Ekathotsarot qui était à Fang et qui arriva rapidement « Le dimanche du 6e (Ou du  7e jour de la lune croissante du 6e mois de l'année du serpent, de la 5e décade » (6 avril?). Le lendemain le roi Naresuan rejoignait le paradis. Le roi régnait depuis 15 ans. (Il avait 50 ans.)

 

Son frère Ekathotsarot fut fort peiné au point d’en faire une crise de nerfs. Il en fut de même de toutes les autorités de Chiangmaï. Lorsque leur chagrin prit fin, il fut érigé un monument de la victoire à sa mémoire, avec tous les signes royaux (Parasols, palanquins, ombrelles, bijoux, joyaux en or, etc) devant lequel prêtres, Phrayas, ministres, conseillers, chefs d'armée, soldats en formation s'inclinèrent. Une cérémonie invita le vice-roi Ekathotsarot à perpétuer ce glorieux lignage et de préserver le royaume avec tous les rois vassaux de pays différents en accord avec les traditions pour des générations et des générations.

 

Nous avons constaté le parti-pris des chroniqueurs des « Chroniques royales d'Ayutthaya » qui avaient consacré plus de pages à Naresuan qu'à son père en retraçant le règne du roi Thammaracha (1569-1590), pourtant un roi qui avait eu un destin exceptionnel, mais auquel les historiens siamois nationalistes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe ne pardonneront pas d'avoir combattu aux côtés de « l'ennemi birman » ; à l'inverse de Naresuan, alors Prince de Phitsalunok, qui se révolta contre le roi birman d'Hongsawadi et proclama en 1584 l’Indépendance du Royaume d’ Ayutthaya, et sut ensuite répondre avec succès aux attaques des Birmans.

 

Mais il réussit aussi à conquérir le Sud et réorganiser Tavoy, Mergui, et Tenasserim, et repousser une attaque des Môns de Birmanie venu à leurs secours, mâter les révoltes pour pendre pleinement le contrôle des routes commerciales qui vont du golf de Martaban à celui du Siam, vassaliser Chiangmai et les cités du Nord, vassaliser le Cambodge, et fait reculer par deux fois les Laos de Lan Chang qui n’avaient pas voulu l’affronter.

 

Il avait transmis à son frère un grand royaume, peut-être le plus grand depuis le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng (1278-1327).

 

 

Nota. Les Chroniques ne diront rien sur les initiatives diplomatiques et commerciales du roi Naresuan.

 

En effet « dès 1595, le roi Naresuan essayait d’élargir ses bases commerciales. Il avait envoyé le frère Da Motta comme son ambassadeur en 1595, à Malacca ; il avait échangé des contacts diplomatiques avec les Espagnols à Manilla, qui aboutiront à la signature d’un traité de commerce en 1598. » Le roi Naresuan enverra également un ambassadeur à Pattani en mai 1604, où les Hollandais avaient un entrepôt commercial. Il proposera à l’amiral hollandais van Warwijck de se joindre à son ambassade qui allait partir pour la Chine. (In Notre Histoire 81)

 

 

On comprend pourquoi, plus tard, les nationalistes thaïs et la thaïness en ont fait un héros national, et pourquoi le Prince ChatrichalemYukol eut un succès formidable avec son film « La Légende du Roi Naresuan ».

 

 

Cf. Nos articles :

 

A55. Comprendre le film thaï, La Légende du Roi Naresuan, par le jeu des muang. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a55-comprendre-la-legende-du-roi-naresuan-par-le-jeu-des-muang-99434799.html

70. Le roi Naresuan, un héros national ? (1555- règne de 1590 à 1605)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-70-naresuan-un-heros-national-1555-regne-de1590-a1605-115599436.html

14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html

 

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7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 22:30

 

Ses guerres contre le Cambodge (1593 et 1594), et le contrôle du Sud (Tenasserim, Moulmein et Martaban) et contre les Birmans d’Hongsawadi et de Toungu (1594-1598).

 

Le roi Naresuan déclare selon les « Chroniques royales d'Ayutthaya » : « Alors que Tenasserim, Marit, Tavoy et Chiang Mai nous appartiennent et pendant que la guerre contre Hongsawadi va se poursuivre, il est temps de prendre notre revanche contre le roi de Lawaek ». » C'est ce que l'article « 67. Le roi Naresuan, et ses guerres contre le Cambodge » que nous vous invitons à lire ou relire, va vous raconter.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-67-le-roi-naseruan-et-ses-guerres-contre-le-cambodge-4-115271762.html

 

 

Vous y verrez le nombre des forces en présence (100.000 hommes armés, 800 éléphants équipés, et 1.500, 1.000, 100, ou 50 chevaux (selon les sources) pour l'armée principale et 500 soldats pour l'avant-garde commandée par Phra Racha Manu du côté siamois et 30.000 soldats du côté cambodgien placés en trois positions (10.000 à Photisat, 15.000 à Pattabong, et 5.000 à Ranam pour préparer une embuscade). On voit un Naresuan inflexible, condamnant à mort Phraya Ratcha Dungsa mis en déroute à Ranam et qui ne doit sa vie qu'au vice-roi Ekathotsarot. Heureux pardon, puisque Phraya Ratcha Dungsa va prendre ensuite Pattabong. Mais on assistera à la résistance de la capitale Lawaek pendant 3 mois et qui ne devra son salut qu'au manque de vivres. Naresuan dut renoncer et repartit avec la volonté de revenir l'année d'après. (Vous vous souvenez, pareille mésaventure était arrivée au roi d'Hongsawadi qui avait dû battre en retraite à cause d'un manque de vivres avec la saison des pluies qui s'annonçait, lors de la 2ème guerre contre Ayutthaya en 1563.)( Cf. NR 31)

 

 

Mais l'année suivante en 1594, le roi Naresuan dut repousser une attaque du roi de Phrae, vassal du roi d’Hongsawadi, avant de partir pour sa nouvelle campagne contre les Khmers. Les Chroniques racontent en deux pages que le roi de Phrae a outrepassé les ordres reçus par le roi d’Hongsawadi qui ne lui avait ordonné que de surveiller la frontière afin de recueillir des informations sur le royaume d'Ayutthaya. Mais nous avions exprimé notre étonnement devant le fait que le roi d'Hongsawadi lui avait confié le commandement d’une armée de 50.000 soldats, 200 éléphants équipés pour cette mission d'observation! Mais de fait il passa la frontière, aux environs de Songkhla au sud.

 

 

Naresuan, informé par le gouverneur de Kanchanaburi organisa alors une puissante armée de 100.000 hommes, 800 éléphants de guerre, 1.500 chevaux et les Chroniques racontent comment elle attaqua le roi de Phrae qui ne put résister et dut s'enfuir. Le roi de Phrae était revenu avec la moitié de ses soldats birmans et môns, et éléphants à Hongsawadi, et faillit être exécuté. Mais il n'en fut pas de même pour les Môns et soldats qui revinrent à Hongsawadi et qui furent saisis et brûlés. 

 

 

Le roi Naresuan pouvait de nouveau organiser sa « revanche » contre le royaume cambodgien de Lawaek en 1594. Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » vont consacrer 12 pages à cette nouvelle campagne de Naresuan contre les Cambodgiens de Lawaek, qui va aboutir à la défaite des Khmers et à leur vassalisation. (pp.142-154).

 

 

Notre article vous avait proposé les principales étapes de cette campagne, tant la lecture des Chroniques était fastidieuse, par son manque de cohérence. On retrouverait la fameuse procession et la présentation des armées dans leur composition, leur effectif et leur stratégie. On notait que cette fois-ci Naresuan et son frère avaient décidé d'attaquer sur terre et sur mer avec des forces importantes et en donnant -cette fois-ci- à 200 bateaux la responsabilité de l'approvisionnement en riz. Le roi du Cambodge avait organisé sa défense en réparant enceintes et palissades de sa capitale et en prenant position à Pattabong, Photissat, et Boribun, avec deux armées navales, pour défendre Cutaramuk, et Phutthaimat. La guerre allait s'engager sur les fronts terrestres et navals.

 

 

Mais les Siamois avaient pris Pattabong, puis Photisat. Les Khmers s'étaient retirés à Boribun, qui avait aussi succombé. Et Phutthaimat avait été pris ensuite. Le siège de la capitale pouvait s'organiser. Pendant ce temps, sur le 2e front, les forces navales avaient permis à Phraya Phetburi de prendre Pasak, aux deux armées de Phraya Ratcha Wangsam et Phraya Phetburi de se rejoindre et de prendre Chaturamuk pour retrouver l'armée principale à la capitale khmère. Phraya Nakhon Ratcha Sima attaqua Nakhon Sam et après avoir établi une palissade de sécurité à Kaphong, put aussi rejoindre la capitale khmère.

 

 

Les Chroniques consacreront environ 5 pages à l’attaque et la prise de la capitale khmère en 1594, avec les conséquences terribles de la défaite. Le roi Naresuan avait eu sa revanche. Le royaume de Lowaek avait été vassalisé ; le roi khmer exécuté ; La famille royale et princes pris en otage et 30.000 esclaves emmenés à Ayutthaya.

 

 

Les Chroniques mentionneront qu'en 1598, Phra Sutham Racha le fils du roi du Cambodge Nakphra Sattha décédé fera de nouveau allégeance à Naresuan, ne voulant pas renouveler l’erreur de son père. Une ambassade fut envoyée à Ayutthaya et le roi accepta en toute solennité et selon les usages, le tribut, signe de la vassalité. Mais notre article signalait que ce fut pas si simple et racontera les circonstances de cette succession, surtout que les Chroniques ne nous aideront pas dans la compréhension de cette période en racontant une histoire similaire, mais qui aurait eu lieu en 1602, où cette fois-ci le plus jeune frère du roi, Si Suphanramathirat, le plus jeune frère du roi décédé lui aurait succédé, et aurait renouvelé sa vassalité au royaume d'Ayutthaya. En 1603, il aurait demandé et obtenu l'aide du roi Naresuan pour repousser une attaque de Phraya On avec Song et Phak réunis et les défaire. De plus, il n'est pas signalé que les Khmers ont déplacé leur capitale à Srey Santhor en 1594 (1594-1620) (Mais Bowring et Mgr. Pallegoix disent 1583, Moura dit 1586, Garnier avance 1585). A ces dates incertaines s’ajoutent des faits opposés, et on ne reconnaît pas les noms des souverains établis d'après les Royales Chroniques du Cambodge (Cf. Wikipédia). Nicolas Gervaise qui écrivit un siècle après les faits dit que l’invasion a eu lieu en 1560 et que le roi fut bien traité par le vainqueur, mais mourut en captivité et que ses 3 fils reçurent des gouvernements de province et prirent la fuite et retournèrent en leur pays.) C'est vous dire que les différentes sources ne s'accordent pas et que la confusion est totale.

 

 

Les campagnes du roi Naresuan et du vice-roi Ekathotsarot de 1594-1598, pour le contrôle du Sud (La révolte mâtée de Tenasserim, la prise de Martaban après son conflit avec Moulmein ; L'opportunisme des nouvelles cités vassales (Martaban, Bassein, Bua Phuan, Khlik) et le double jeu des Phraya de Toungu et de Lakhoeng, avant la prise d’Hongsawadi et le renoncement au siège de Toungu, de nouveau pour un manque de vivres, dans un récit étonnant, où on voit à l'œuvre le plan machiavélique du chef de moines de Toungu ... que vous pouvez lire (ou relire) dans notre article 68 de « Notre Histoire de Thaïlande. »

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-68-le-roi-naresuan-en-guerre-au-sud-et-contre-les-birmans-1594-1598-5-115477006.html

 

 

On remarquera que les Chroniques évoquent toujours les deux rois (sic) d'Ayutthaya dans les prises de décision, alors qu’Ekathotsarot n'est que vice-roi (l'Uparat). On observe que c'est Ekathotsarot qui va triompher à Tenasserim (Avec une troupe de 30.000 hommes, 300 éléphants de guerre, et 500 chevaux, une troupe qui comprenait aussi des « farangs » puissamment armés de « canons » (Des Portugais?) à laquelle se joignirent 15. 000 hommes provenant de 6 cités du Sud.)

 

 

Mais à peine, la rébellion de Tenasserim avait été matée, que Naresuan dût régler un conflit entre Moulmein et Martaban, dont on ne connaîtra pas la cause. Il envoya Phraya Si Sainarong avec 1000 hommes armés protéger Moulmein ; ce qui calma les velléités du gouverneur de Martaban.

 

Mais la venue de Phraya Si Sainarong à Moulmein eut une autre conséquence, puisqu'elle permis à celui-ci de faire un rapport sur la situation après la terrible défaite subie par le roi de Phrae et d'informer le roi Naresuan que tous les Môns qui étaient revenus à Hongsawadi avaient été exécutés, et que ceux qui se dirigeaient vers leur villages respectifs en furent informés et formèrent alors des gangs et groupes et se cachèrent dans la jungle, bref que la révolte môn à Hongsawadi était éminente. Une nouvelle situation que Naresuan et le vice-roi Ekathotsarot estimèrent propice pour lancer une nouvelle campagne contre Martaban et Hongsawadi.

 

 

Vous avez pu lire dans notre article 68, les différentes étapes de cette nouvelle campagne, et remarqué, qu'elle fut l'occasion pour les gouverneurs de Martaban, Bassein, Bua Phuan, Khlik, de changer leur vassalité au profit du roi Naresuan - le nouvel homme fort de la Région - et aux Phraya de Toungu et de Lakhoeng qui manifestèrent secrètement leurs intentions de joindre leurs troupes à celles d'Ayutthaya pour prendre Hongsawadi.

 

 

Une nouvelle période où l'on voit - une fois de plus - des provinces et/ou cités assurer leur sécurité en changeant d'alliances en fonction des rapports de force. Comme le fera le Phraya de Toungu adoptant le plan de Siam Priam, le chef des moines, qui vise ni plus, ni moins à prendre Hongsawadi, en retournant les municipalités qui viennent de payer tribut à Ayutthaya, en rompant leur fraîche alliance avec Ayutthaya, pour devenir de fait le nouveau roi d’Hongsawadi. Les Chroniques royales consacreront de nombreuses pages à la conversation (Env. 4 pages) entre le chef des moines de Tongu Siam Phriam et le Phraya de Toungu. Les municipalités qui venaient de payer tribut à Ayutthaya répondront favorablement au plan du Phraya de Toungu, qui en fut enchanté. Martaban et Moulmein prirent même l'initiative.

 

Phraya Lao, le gouverneur de Martaban donne l’ordre à tous les Ramans thao et phraya de prendre l’armée thaïe et de l’envoyer à Toungu en hommage ! A Moulmein, Samin Suranai du village de Coiya caché dans la forêt avec une centaine de Môns saisit l’opportunité d’attaquer et de prendre Khun Cop qui avec 15 hommes étaient en train de moissonner du riz pour le compte de l’armée thaïe. La brigade thaïe envoya 300 soldats les poursuivre et de nombreux Môns furent tués.

 

 

Mais cela eut aussi comme conséquence que Chao Phraya Chrakri mit Phraya Pharo, le Phraya de Moulmein en prison, qui libéré avec la promesse de ramener les fugitifs, se vit contraint de fuir avec toutes leurs familles par mer jusqu’à Martaban, aidés par les bateaux envoyés par le gouverneur. La révolte était enclenchée.

 

Le gouverneur de Martaban Phraya Lao organisa son armée en brigades de 200 ou 300 hommes, qui profitèrent des occsions pour attaquer et faire prisonniers des Thaïs en recherche de vivres et de riz. Le succès de ses attaques obligea Chao Phraya Chrakri à informer Naresuan de la nouvelle forme de révolte des Môns. Naresuan, après lui avoir fait ses reproches, lui laissa la décision d'attaquer Martaban s'il en sentait la capacité de le faire. ou de renforcer sa défense et d'attendre l’armée principale. Chao Phraya Chrakri choisit de terminer la construction des bateaux de guerre et d'organiser 4 brigades de 500 hommes chacune pour protéger les moissons de riz, et se défendre contre les attaques quotidiennes des Môns.

 

 

Ensuite vous avez plus lire comment le « Saturday, the first day of the waxing moon in the third month, at two nalika after daybreak » fut le jour et l’heure “exacte” choisis pour Naresuan et son frère pour partir en guerre contre Martaban et Toungu. Nous suivrons les étapes de leur progression pour atteindre la cité de Kanchanaburi en 5 jours où l’armée de Moulmein rejoignit l’armée principale pour former une armée de 100.000 soldats armés, 800 éléphants de guerre, et 1.500 chevaux, qui se rendirent à la frontière des trois pagodes à Mae Kasat.

 

 

L’armée d’Ayutthaya a été, évidemment repéré à la frontière, et le gouverneur de Martaban a informé le roi d'Hongsawadi et le phraya de Toungu.

 

Le roi d’Hongsawadi est rassuré par les rapports qui lui confirment que son neveu, le phraya de Toungu, s’est engagé avec ses cités vassales à participer à la défense de Martaban, mais celui-ci est plutôt effrayé par ce qu’il a appris des forces énormes engagées par Naresuan. Il a besoin de consulter Siam Priam, le chef des moines de Toungu qui va le rassurer en lui rappelant le plan adopté précédemment et son horoscope favorable.

 

Le phraya de Toungu procéda à la conscription et prépara une armée de 10.000 hommes complètement équipés pour prendre position pour la défense de la cité et de ses fortifications. Et au jour de bon augure, il partit avec son armée, camper aux abords de Hongsawadi, ce qui inquiéta le roi d’Hongsawadi qui pensait que Toungu assurait la défense des cités môns.

 

 

Il pouvait s'inquiéter car l’armée d’Ayutthaya avait repris sa progression pour atteindre en 6 jours Moulmein et repartir 3 jours après, alors que le Phraya de Kanchanaburi à la tête de 20.000 hommes embarquait dans des bateaux de combat en vue d’attaquer Martaban.

 

 

Martaban fut pris aisément puisque le combat naval à peine annoncé que la victoire était fêtée, avec le phraya Lao prisonnier et la mort en grand nombre des fuyards, sur la rivière et sur terre.

 

Après avoir réorganisé Moulmein et Martaban, Naresuan et Ekathotsarot, au jour favorable (la date est donnée), se dirigèrent avec l’armée principale par la route jusqu’au bord de la rivière de Satong, pour la longer et se diriger vers Hongsawadi. Le Phraya de Toungu informé de la chute de Martaban, après avoir brûlé les palissades et les maisons, quitta Hongsawadi avec le roi, pour rejoindre Toungu.

 

 

L’armée d’Ayutthaya atteignit donc la capitale d’Hongsawadi, pour constater qu'elle était vide. Le roi Naresuan prit conscience de la traîtrise du Phraya de Toungu, qui après avoir sollicité et obtenu sa vassalité et promis de combattre Hongsawadi avec Ayutthaya, l’a conquis pour lui-même par surprise. De même Naresuan n'avait pas apprécié que le Phraya de Lakhoeng qui avait sollicité une alliance avec Ayutthaya avait certes envoyé 5000 hommes mais n’était pas venu lui-même après la chute d’Hongsawadi. Il refusa d'ailleurs son aide. Il nomma le Phra de Chantaburi et le Khun Phet Phakdi pour gouverner Hongsawadi, et se dirigea vers la cité de Toungu.

 

 

Les Chroniques évoquent en une page, une ultime tentative diplomatique du Phraya de Toungu, pour leurrer Naresuan en lui envoyant une ambassade conduite par Mangratong avec 200 hommes, avec une lettre et des présents de valeur, mais l’avant-garde commandée par le Phra Maha Thep les intercepta et Mangratong fut conduit en prisonnier au-devant de Naresuan qui le renvoya à Toungu avec un message qui dénonçait la traîtrise. Mais le Phraya de Toungu ne renonça pas et le renvoya de nouveau auprès de Naresuan avec l’invitation de ne pas aller plus avant et d’attendre, là où ils étaient un royal message et des présents apportés depuis Hongsawadi pour payer leur tribut (signe d’allégeance). Mais nul ne fut dupe.

 

 

Bref, après les lettres échangées, “ le 8e jour de la lune croissante du 4ème jour du 4e mois de l'année du sanglier “ Naresuan et Ekathotsarot décidèrent d’avancer la grande armée aux portes de Toungu et organisèrent le siège. (Le Phraya de Toungu ne se faisait pas d'illusions sur l'issue du combat et avait pris soin d'envoyer auparavant tous ses grands éléphants à Mae Chang près d’Ava).

 

Le siège dura 3 mois. « Le samedi du 30e jour de la lune descendante du 4 ou 5e mois (Selon les sources) une attaque surprise fut décidée qui causa beaucoup de pertes, mais Naresuan ordonna d’arrêter l’attaque et de revenir en leur camp protégé. On peut supposer que cette décision fut due à l'extrême fatigue des soldats dont beaucoup mourraient de faim et au fait que la recherche de riz dans tous les villages jusqu’à la frontière d’Ava avaient été infructueuses. D'ailleurs la saison des pluies approchant, les deux rois durent renoncer. Une fois de plus, le manque de vivres avait eu raison de la volonté de prendre une cité.

 

Mais après le Sud, le nord fut de nouveau en effervescence. Ce fut l'objet de notre article 69. que nous allons relire dans notre prochain article.

 

 

 

Notes et références.

 

64. Le roi Naresuan (1590-1605).1

http://www.alainbernardenthailande.com/article-64-le-roi-naresuan-1590-1605-1-114681268.html

65. Le roi Naresuan (1590-1605). 2. La campagne de 1591-1593 (?) contre les Birmans.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-65-naresuan-2-la-premiere-victoire-contre-les-biramans-1591-1593-115118551.html

66. Naresuan monte en puissance au Nord et au Sud (1590- 1593). 3

http://www.alainbernardenthailande.com/article-66-le-roi-naresuan-monte-en-puissance-au-nord-et-au-sud-1590-1593-114991130.html

67.Le roi Naresuan, et ses guerres contre le Cambodge. 4

http://www.alainbernardenthailande.com/article-67-le-roi-naseruan-et-ses-guerres-contre-le-cambodge-4-115271762.html

68. Naresuan en guerre pour le contrôle du Sud (Tenasserim, Moulmein et Martaban) et contre les Birmans d’Hongsawadi et de Toungu.(1594-1598). 5

http://www.alainbernardenthailande.com/article-68-le-roi-naresuan-en-guerre-au-sud-et-contre-les-birmans-1594-1598-5-115477006.html

69. Le roi Naresuan de 1598 à la fin de sa vie en 1605. 6

http://www.alainbernardenthailande.com/article-69-le-roi-naresuan-de-1598-a-la-fin-de-sa-vie-en-1605-6-115477170.html

70. Le roi Naresuan, un héros national ? (1555- règne de 1590 à 1605). 7

http://www.alainbernardenthailande.com/article-70-naresuan-un-heros-national-1555-regne-de1590-a1605-115599436.html

 

Et :A55. Comprendre le film thaï, La Légende du Roi Naresuan, par le jeu des muang. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a55-comprendre-la-legende-du-roi-naresuan-par-le-jeu-des-muang-99434799.html

 

 

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 22:05
RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?
  1. Le royaume de Sukhotai (1238-1438).

 

Cet article est la version simplifiée de notre article « 35. Notre Histoire : le royaume de Sukhotai en questions. (1238-1438) »*

 

Histoire ou légende ?

 

Le roi Mongkut (Rama IV) (1851-1868) a décidé que la fondation du royaume de Sukhotai en 1238 serait considérée comme l’origine de la Nation, le berceau de la civilisation thaïe.

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Cette décision fut d’autant plus étonnante que Mgr Pallegoix, le meilleur connaisseur du royaume de Siam de l’époque et « ami » du roi déclarait que les annales de ce pays (« phongsawada Muang nua » ou « histoire du royaume du Nord ») donn(ant) l'origine des Thaïs, et un abrégé de leur histoire jusqu'à la fondation d’ Ayutthaya, étaient pleine de fables et présentaient peu de faits historiques.

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Plus tard,  d’autres experts comme  Pavie, Aymonier, Coedès par exemple confirmaient l’absence de documents fiables et la nécessité de rester  « plus que jamais dans le champ des hypothèses ». Plus récemment, en 2011, Stéphane Dovert dans son article « La Thaïlande prête pour le monde »  déclarait encore : « il reste difficile de préciser clairement les conditions de la mise en place de ces premiers ensembles politiques d’inspiration taï sur le territoire de ce qui deviendra la Thaïlande. (« Thaïlande contemporaine », IRASEC)

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Nous avions là pour le moins deux Histoires de Sukhotai :

 

Une Histoire écrite par des « spécialistes » qui avouent leurs ignorances et leurs hypothèses et une Histoire officielle thaïe qu’on ne peut discuter et qui se fonde sur une stèle,  la stèle dite de Ramkhamhaeng de 1292**, que le roi Mongkut aurait trouvé lui-même en 1833 !

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Cette stèle présente le royaume de Sukhotai  comme un royaume dominant en Asie du Sud-Est  avec  un roi exemplaire, le roi Ramkhamhaeng, créateur de l’écriture thaïe, vivant dans une société idéale, prospère où le roi est aimé de ses sujets, respecté par ses « ennemis », et où les habitants se plaisent à observer les préceptes bouddhistes. Elle est sensée prouver à la fois l'antiquité de la nation thaïe et celle des frontières du royaume et  le haut degré d'organisation de la société thaï du XIIIe siècle. Elle exalte le rôle de la monarchie et du bouddhisme en harmonie pour le bien de ses sujets.

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

La stèle devenait donc  « objet sacré » de l’Histoire Nationale, le doute relevait du sacrilège, du lèse-majesté. Et pourtant à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, on ne savait plus où se trouvait  la capitale de  Sukhotai ; qu’il fallut que Louis-Lucien Fournerau et le Commandant Lunet de la Jonquières la « redécouvre ». (Cf. Notre article  32. La redécouverte de Sukhotai à la fin du XIX ème siècle.) ***

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Alors pourquoi cette Histoire officielle ?

 

Le roi  Mongkut voulait démontrer aux puissances coloniales anglaise et française menaçantes que le Siam était une vieille Nation, avec un  haut degré de civilisation et d'organisation, dans des frontières reconnues. Une Nation fondée en 1238, qui s’était poursuivie dans une continuité légitime et linéaire avec le royaume d’Ayutthaya (1351-1767), puis le royaume de Thonburi (1767-1782), et enfin la dynastie Chraki, dont il était le 4ème roi (Rama IV).

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Rama V (1868-1910), sous la menace directe des Français  (Rappelez-vous qu’en 1893, les canonnières françaises sont devant le grand Palais), poursuivra et engagera le processus d’unification de la nation thaïlandaise et, en parallèle, la modernisation du royaume sur le modèle occidental.

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Son successeur le roi Rama VI (1910-1925) donnera au nationalisme thaïlandais une dimension culturelle et mettra en avant le principe de «Thaïness» avec ses trois piliers : le roi, la nation et la religion. Le modèle était lancé ; il allait devenir avant et après la deuxième guerre mondiale, une idéologie efficace pour imposer la langue, les valeurs … une  « Histoire » de la Nation thaïe, qui sera imposée aux autres peuples du pays.

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Cette histoire « officielle », basée sur le modèle unitaire de conception occidentale, « oubliait » les autres royaumes thaïs comme le Lanna, les cités/Etats vassaux thaïs. Il s’agissait pour elle de légitimer le Pouvoir royal thaï en place, face aux « ennemis », et aux puissances « étrangères», comme l’avait fait le royaume de Sukhotai  chassant le royaume d’Angkor, l’oppresseur étranger.

 

L’Histoire thaïe officielle était en fait une mythologie nationale, qui  n’avait pas besoin de faits concrets et vérifiables.

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

D’ailleurs, même le Prince Subhadradis Diskul (1923-2003)****, l’un des plus prestigieux historiens/archéologues thaïs, en 1979 présentant le royaume de Sukhotaï dans un article pour l’UNESCO se voyait contraint d’ajouter des « sans doute », « on pense que », « environ », « Probablement », « semble-t-il », et le savoureux « Si l'on en croit une pierre gravée », qui illustrent bien le manque de fiabilité des sources disponibles.

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Toutefois nous allons quand même tenter de vous proposer un récit de ce royaume de Sukhotai dans ses 200 ans d’existence, avec ses 9 rois, sa création en 1238 contre l’occupant khmer, ses luttes, son alliance avec le Lanna et Phayao, sa chute, sa vassalisation en 1378 par le roi d’Ayutthaya, et  son annexion en 1448. Le Prince Diskul plus prudent estime que « Selon les recherches les plus récentes, on pense que neuf rois régnèrent successivement à Sukhothai, de 1240 à 1438 environ ».

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

Mais auparavant, présentons un autre royaume thaï, le Lanna,  fondé en 1262.

RH 5 - LES PREMIERS ROYAUMES THAÏS ENTRENT DANS L’HISTOIRE, MAIS QUELLE HISTOIRE ?

*http://www.alainbernardenthailande.com/article-35-le-royaume-de-sukhotai-en-questions-1238-1438-105075151.html

 

**19. Notre Histoire : La stèle de Ramakhamhaeng (fin du XIIème ou début du XIIIème ?) http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html

 

20. Notre Histoire : Le roi  de Sukhotaï  Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292. http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-notre-histoire-le-roi-de-sukkhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292-101594410.html

 

32. Notre Histoire. La redécouverte de Sukhotai à la fin du XIX ème siècle. http://www.alainbernardenthailande.com/article-32-la-redecouverte-de-sukhotai-a-la-fin-du-xix-eme-siecle-104664052.html

 

**** Sukhotaï dans un article intitulé « Avec l'aide de l'Unesco, la Thaïlande restaure la splendeur d'une ancienne cité bouddhique » in Le Courrier de l’UNESCO de juin 1979.

 

21. Notre Histoire : Le Royaume de Sukhothaï (1238-1438) vu par le Prince Subhadradis Diskul.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-21-le-royaume-de-sukkhotai-1238-1438-vu-par-le-prince-diskul-102117551.html

 

Louis Gabaude rend un hommage  au Prince Subhadradis Diskul (1923-2003)

 

In: Aséanie 12, 2003. pp. 10-14.Citer ce document / Gabaude Louis. Prince Subhadradis Diskul (1923-2003). In: Aséanie 12, 2003. pp. 10-14.

 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_2003_num_12_1_1791

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 22:05
246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

 

Nous avons donc décidé d’arrêter « Notre Histoire  chronologique de la Thaïlande » avec notre 245ième article consacré aux  deux gouvernements du  Lieutenant-Colonel de Police Thaksin Shinawatra du 17 février 2001 au coup d’Etat du 19 septembre 2006, considérant que la suite était plus politique qu’historique et relevait de l’actualité.

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

Nous avons commencé  cette « Histoire » le 5 décembre 2011, en toute innocence, en « honnête homme » comme on disait au XVIIIème siècle, en étant ni l’un ni l’autre historien. Si notre 1er article ne le cachait pas, il manifestait surtout notre désir de savoir, d’apprendre, de partager ce que l’on pouvait découvrir comme « une Histoire » de la Thaïlande, sachant – combien de fois l’avons-nous répété  ! - avec Paul Veyne que  « Les historiens racontent des intrigues, qui sont comme autant d’itinéraires qu'ils tracent à leur guise à travers le très objectif champ événementiel (…) aucun historien ne décrit la totalité de ce champ, car un itinéraire doit choisir et ne peut passer partout; aucun de ces itinéraires n'est le vrai, n'est l'Histoire. ». (Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil.) 

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

Nous avons alors choisi une histoire chronologique partant de la préhistoire (Ban Chiang),évoquant la « Thaïlande » avant les Thaïs, avec « l’ indianisation » de ce Territoire 1000 ans avant que les Thaïs ne le découvrent ; cherchant à comprendre le processus de la formation des nouveaux États (et/ou de cités-Etats)  de type indien, avec le Champa, dans la partie centrale du Viêt Nam actuel, le Fou-nan, dans le delta du Mékong, sur un territoire correspondant au sud du Viêt Nam actuel et au Cambodge actuel, et le Sri Ksetra, dans la basse vallée de l'Irrawaddy (Birmanie), et le Dvaravati, avec les Môns, dans le sud du bassin de la Ménam, dans la plaine centrale de la Thaïlande actuelle (et à l'ouest de la Birmanie).

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

Mais très vite, par la voix même des chercheurs, on apprenait qu’on était dans les hypothèses, les « reconstitutions », entre le légendaire et l’historique, voire dans l’inconnu avec ce que pouvait par exemple  représenter le « Dvaravati » des Môns. En plus, nous avions appris auparavant lors de nos articles retraçant les « relations franco-thaïes », combien les différents récits des missionnaires, des diplomates, des militaires, des « voyageurs », etc, proposaient  des visions très différentes, voire contradictoires, d’une même réalité. Même si les travaux « savants » de Mgr Pallegoix et des « explorateurs/colonisateurs » comme Pavie et Aymonier nous rapprochaient de  certaines « vérités » sur ce pays.

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Cela fut confirmé lorsque nous avons voulu connaître l’origine des Thaïs, et l’origine de la fondation d’Ayutthaya par exemple. Nous rencontrions de nombreuses théories si différentes, aussi bien légendaires ou  mythiques ou soit-disantes-historiques. Nous en avions présenté quelques-unes pour conclure non sans ironie : « Les Thaïs viennent peut-être du Nord-est, du Tibet ou de la Chine, peut-être du Bengale, peut-être des océans ; ils viennent peut-être aussi tout simplement d’un potiron de Dien-Bien-Phu ou  de  … Thaïlande. », ne sachant plus trop qui était Thaï, tout en cherchant à y répondre. De même pour l’origine de la fondation d’Ayutthaya, où, après la présentation de plusieurs versions, nous avions été contraint de faire un récapitulatif de neufs versions. Nous avions même trouvé et présenté une 10ème, celle d’Aymonier, lui aussi fin connaisseur de la région.  Mais aussi imprécis, divers, hypothétique, contradictoire que cela était, il fallait bien commencer.

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Nous l’avons donc fait, mais en vous présentant à chaque fois les pièces du dossier, le fruit de nos « découvertes » et de nos « interrogations » en fonction – bien sûr - des nouvelles sources que nous trouvions.

 

D’ailleurs, nous n’avions pas encore commencé « Notre Histoire du Siam » que nous avions trouvé une  clé essentielle: le muang,  un concept majeur  reconnu par tous, couvrant tous les Territoires des Taï, qui permettait de comprendre leur identité, leur organisation territoriale, politique et religieuse. Certes plusieurs définitions étaient proposées, indiquant qu’il désignait à la fois le pouvoir politique et le territoire sur lequel il s’exerce, mais nous avions retenu celle qui disait que : le muang est un système pyramidal politico-religieux hiérarchisé, de type féodal et esclavagiste, exerçant son pouvoir sur tous les sous-systèmes connus définissant la représentation de l’espace des Tai, à savoir : le cosmos, la Nature, le Royaume (et/ou l’Etat), région, le district, le village … sans oublier les « marges », et les  nouveaux « territoires et peuples conquis » sur lesquels s’exercera une « intégration » ou un rapport de vassalité … De même, nous trouverons plus tard le concept de la sakdina, si essentiel pour comprendre l’exercice du pouvoir du chef du muang, car il lui permet en distribuant des terres de conférer à chacun un grade et une place dans la société, selon la surface attribuée. Elle lui permet ainsi d’assurer son pouvoir en gérant : son territoire (son foncier), son « pouvoir économique », « ses subordonnées », de répondre aux « exigences « impôts et corvées) du muang supérieur. Elle constitue l’un des moyens d’organisation et d’exercice du pouvoir, avec les mariages, les alliances, les « vassalisations » et les guerres.

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

Toutefois, nous avons vite appris que  la mémoire des migrations anciennes des Tai est sujette à des « reconstitutions » plus qu’approximatives, ne serait-ce que par la diversité et le nombre des populations de langues tai, et qu’on ne sait pas (encore ? jamais ?) quel est le premier muang tai qui est arrivé sur le territoire de ce qui sera le Siam. C’est certainement pourquoi, faute de sources, les historiens traditionnels thaïs ont choisi  la fondation du royaume de Sukhothaï  en 1238 par le roi Si Intharathit, comme le début de leur nation, qui sera confirmée par la décision royale du roi Mongkut (Rama IV. 1804-1868), avec « sa » découverte de la stèle de Ramkhamhaeng de 1292 qui en donnait la  preuve et qui constituait  l'acte fondateur de la nation thaïe. Evidemment nous vous avons présenté cette stèle, sans omettre les polémiques et controverses qu’elle a suscitées. Elle avait l’avantage de sanctionner, auprès des occidentaux colonisateurs,  l'antiquité de la nation thaïe et celle des frontières du royaume, et  elle prouvait le haut degré d'organisation de la société thaï du XIIIème siècle sous l’autorité du roi qui assure la prospérité du royaume.

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Bref, au fil des migrations, on vit au début des années 1200 des muang thaïs se former dans ce qu’on appellera le Siam, comme le Lanna fondé en 1259 par Mengrai (composé d’autres muang ensuite comme Chiang Mai, LampangLamphunNan et Phrae) et Phayao, qui vont entrer en concurrence avec des cités môns comme celles de Haripunchai au nord, ou dans le bassin du fleuve Chao Praya au milieu de cités dvaravati môns, ou avec le royaume khmer qui alors dominait la Région. Mais en 1238, les gouverneurs Bang Klang Thao et Pha Miang  vont chasser les Khmers, et Bang Klang Thao sera proclamé roi du nouveau royaume de Sukhotaï. Un royaume qui verra régner 9 rois, qui sera vassalisé en 1378 et annexé au royaume d’Ayutthaya en 1438.

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Nous avons consacré une quinzaine d’ articles à ce royaume de Sukhotaï, constatant que les sources les plus fiables sur le Siam ancien étaient œuvre française ; avec par exemple Georges Coedés qui a recueilli, photographiées et estampées les inscriptions de Sukhothaï ; apprenant avec Mgr Pallegoix, - le premier à avoir étudié les annales du pays -  que l’histoire de Sukhotaï était pleine de fables, de légendes et présentait peu de faits historiques ; sans oublier Lucien Fournereau, Pavie, Lunet de La Jonquières, Aymonier, Petithuguenin … et deux étrangers, Bradley et le Franco-Danois Erik Seidenfaden …

 

Nous n’avons pas oublié la fondation du royaume môn d’ Hanthawaddy par Waruru en 1287, en nous demandant s’il était vraiment un vassal de Sukhotaï, ni plus tard de rappeler qu’au Nord, un autre royaume thaï, le Lanna - dont nous avons tenté de raconter la  formation - avait sa propre Histoire et poursuivait sa propre stratégie, selon les chroniques de Chiangmaï remarquablement analysées par Georges Coedès. On trouvait – là aussi-  qu’elles étaient souvent en totale contradiction avec celles d’Ayutthaya en leurs différentes versions.

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

Mais c’est surtout au royaume d’Ayutthaya qui a vu se succéder 34 rois de 1351 à sa fin en 1767, que nous avons consacré le plus de temps avec 75 articles. Nous avons bénéficié d’un regard « extérieur » avec les nombreux récits des diplomates, ambassades, missionnaires, militaires, savants … et des « Chroniques royales d’Ayutthaya » une histoire écrite par des Thaïs, retranscrites et traduites par Cushman.

 

Certes ces Chroniques provenant de 7 sources différentes, étaient parfois contradictoires, divergentes, voire incohérentes, mais aussi  les Chroniques traitaient les différents rois avec une inégale importance, et pouvaient par exemple consacrées 33 pages aux  8 rois du début du XVIIème siècle (1605-1656), mais 73 pages au roi Naresuan (1590-1605) ou 95 pages au roi Naraï (1656-1688) mais ne disaient rien ou si peu sur les relations entre Ayutthaya et les Portugais, les Anglais, les Hollandais et bien sûr les Français (ambassades, expéditions militaires, et missionnaires), sans oublier les Perses qui étaient là, bien avant les Européens.

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

Que d’histoires avons-nous évoquées au niveau diplomatique, commercial, militaire et religieux, sans oublier celles des aventuriers. 

 

L’arrivée et l’installation des Portugais d’abord en Inde en 1510, puis à Malacca en 1511 ; les Hollandais qui arrivèrent presque un siècle plus tard, les premières ambassades européennes, les nouveaux traités commerciaux, les ambitions européennes, les mercenaires, les missionnaires français en 1662, et enfin les relations officielles avec les ambassades européennes, les premières relations franco-thaïes …  L’histoire par exemple de « Yamada Nagamasa, le Japonais qui devint vice-roi au Siam au XVIIème siècle »;  celle de Phaulkon, un aventurier grec qui était devenu le 1er ministre du roi Naraï ; celle de Kosapan, l’ambassadeur du roi Naraï, présenté à Louis XIV en 1686, et qui selon les Chroniques, avait démontré l’invulnérabilité des soldats siamois. On entrait avec ce récit siamois dans un autre monde, avec ses croyances aux esprits, aux pouvoirs magiques qui rendent invisibles, aux signes du ciel … Une autre culture.

 

 

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

Les Chroniques royales, certes racontaient les guerres, les révoltes, les victoires et les défaites, donnaient quelques repères historiques, mais surtout  nous installaient dans le sacré, dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravâda et des divinités indiennes, qui cohabitaient parfois avec des luttes de pouvoir et de conquête où la cruauté, l’excès, le festif s’exprimaient.

 

Mais nous avons aussi  consacré de nombreux articles, profitant des études d’illustres chercheurs, au commerce, à la collaboration des étrangers aux rois de Siam dans l’administration et l’armée. Ou bien, nous avons proposé d’autres points de vue, comme la chute d’Ayutthaya vue par Monseigneur Brigot et racontée par M. Turpin et les 24 guerres contre les Birmans qui se sont déroulées de 1539 à la chute d’Ayutthaya en 1767, par le Prince Damrong, etc.

 

En 2014, après les 75 articles consacrés au royaume d’Ayutthaya, qui avait vu se succéder 34 rois de 1351 à sa chute en 1767, nous avions poursuivi avec 52 articles pour raconter le fabuleux destin du roi Taksin (1767-1782) qui avait su refonder le royaume de Siam, et la dynastie actuelle des Chakri : Rama 1er (1782-1809),  Rama II (1809-1824), Rama III (1824 -1851),   le roi Mongkut (Rama IV). (1851-1868), le roi Chulalongkorn. (Rama V) (1868-1910), le roi Rama VI. (1910-1925).

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

En 2015, nous avons proposé 48 articles, en poursuivant avec Rama VI (1910-1925), et continuant avec Rama VII (1925-1935), qui allait subir le coup d’Etat du 24 juin 1932, qui allait instaurer le 10 décembre 1932, la 1ère monarchie constitutionnelle et parlementaire, mettant fin, sans effusion de sang, à plusieurs siècles de monarchie absolue.  Il sera le 1er roi à abdiquer (le 2 mars 1935), et le seul à ce jour  à décéder en exil (en Angleterre le 30 mai 1941). Il était  le dernier fils du roi Chulalongkorn (Rama V).

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

Désormais, « notre Histoire » allait suivre la chronologie des différents gouvernements, dirigés par des 1ers  ministres : Manopakon (28/06/1932-20/06/33) ; Colonel Phahon (21/06/33-16/12/38) ; Maréchal Phibun (16/12/38-01/08/44) ; la deuxième guerre mondiale ; Khuang Aphaiwong (01/08/44-31/08/45) ; Thawi Bunyaket (31/08/45-17/09/45) ; Seni Pramoj (17/09/45-31/01/46) ; Khuang Aphaiwong (31/01/46-24/03/46) ; Pridi (24/03/46-23/08/46) ; Ctre-amiral Thawan Thamrong (23/08/46- au coup d’Etat du 08/11/1947. Que d’événements évoqués ! La 1ère guerre mondiale ; La crise économique de 1929 ; Des coups d’Etats, des élections, des dictatures, la 2ème guerre mondiale, la mort de Rama VIII …  

 

 

246. LA  FIN DE « NOTRE HISTOIRE » CHRONOLOGIQUE DE LA THAÏLANDE ! MAIS LE DÉBUT  D’AUTRES HISTOIRES …

Et en 2016, jusqu'à notre dernier du 22 septembre  2016, 31 articles  nous sommes passés du monde de l'après-guerre, au retour du Maréchal Phibun (8/04 / 1948-24 / 03/1 952) jusqu'aux deux gouvernements du  lieutenant-colone de police l Thaksin Shinawatra 

                                        ------------------------------

Certes dit ainsi cela parait quelque  peu sec et Sans saveur, Mais quel chemin parcouru avec  «Notre Histoire» chronologique de la Thaïlande écrite sur, plus de 2500 pages !

 

Mais nous allons en poursuivre  d'autres en vous proposant 3 nouvelles catégories..

 

La 1ère est  tout simplement Intitulée «histoire»  Elle nous permettra de revenir sur certains événements ou des périodes déjà traitées; (Cf. Paknan," L'ncident du 13 juillet 1893")

La seconde proposera une "Histoire chronologique  de la Thaïlande pour les Nuls", plus courte, plus accessible, plus "littéraire", n'oubliant pas l'humour.

La 3ème sera "Notre Thaïalnde insolite". Insolite pris dans le sens de étonnant, étrange, bizarre, curieux, inaccoutumé, incroyable, inusité, singulier, inhabituel, de «Divers» comme dirait Victor Segalen: «Je conviens de« nommer Divers »Tout ce que jusqu'à  aujourd'hui fut  appelé  insolite, inattendu, surprenant, mystérieux, amoureux, surhumain, héroïque, et divin.  Tout ce qui est Autre " « Essai sur l'exotisme, Une Esthétique du divers »). Un Moyen d'Approcher la culture de l'Autre.

 

Bref, d'autres histoires à vous raconter, en partageant et en espérant vous plaire.

 
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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 22:06
245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUR D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.

Rappel.

 

« Le 17 février 2001, le nouveau gouvernement du Lieutenant-Colonel de Police Thaksin Shinawatra est nommé officiellement par décret royal. Il se compose de 37 ministres, avec le retour du général Chavalit Yongchaiyad qui devient vice-1er ministre et de nouveau ministre de la Défense ; Et les autres hommes forts du moment, qui sont également nommés comme vice-1er ministres, à savoir Suwit Khunkitti, DeT Boon – Long (Egalement ministre du travail et des affaires sociales), Pongpon Adireksarn, et Pitak Intrawityanunt. 4 ministres sont nommés au sein de l’Office du 1er ministre.

 

Ce gouvernement officiera du 17 février 2001 au 11 mars 2005, et va connaître quelques changements de postes et démissions, qui sont toujours le signe de tensions  politiques et de rivalités. » *

 

Ainsi Thaksin est devenu le 1er ministre. Il est bien décidé à diriger le pays comme il a dirigé jusque-là ses entreprises. Il déclarera d’ailleurs que le juste rôle d’un premier ministre est de gérer la plus grande entreprise nationale : la Thailand Company. « La politique n’est que l’enveloppe que l’on voit. La gestion est la clé pour arriver à faire avancer la Thaïlande en tant qu’organisation.».

245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUR D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.
Il va pour ce faire montrer un volontarisme et un interventionnisme hors du commun, dans un style autoritaire parfois brutal mû, nous dit Nicolas Revise**,  avec « une ambition unique : s’emparer de l’Etat pour assurer une croissance économique favorable aux milieux d’affaires et au marché domestique » ; sans oublier … ses propres affaires, et une certaine conception de la démocratie qu’il explicite : « J’ai pris la décision d’entrer en politique […] conformément à la théorie du contrat social que j’ai étudiée. Lorsque les individus vivent ensemble dans un Etat, ils doivent accepter de sacrifier une partie de leur liberté afin que l’Etat établisse des règles pour que tous puissent vivre ensemble dans une société juste. C’est le vrai noyau du système de représentation politique ». Cela va se traduire effectivement pour Thaksin par sa volonté de diriger et de contrôler toutes les institutions du royaume et de « vider de sa substance les garde-fous institutionnels » (commission électorale et anti-corruption, Cour constitutionnelle…), et d’éliminer toute forme d’opposition (parlementaire, militaire, médiatique, syndicale et associative). 

 

L’article de Nicolas Revise (plus bas appelé RC ) « Le système Thaksin : coup de frein au processus de démocratisation ou « voie thaïlandaise » vers la démocratie ? » sera notre principale source. 

245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUR D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.

Le bilan économique du 1er gouvernement.

 

Nul doute que Thaksin a redonné à la Thaïlande son dynamisme et assaini son économie. Là - bien sûr - la présentation sera différente ou nuancée selon  le sort que l’on veut faire jouer à Thaksin et selon les indicateurs choisis.

 

Pour Nicolas Revise, cela est clair :

 

La croissance du PIB est passée de 4,9 milliards en 2001 à 7,1 milliards de baths en 2006  « en s’appuyant sur une demande intérieure   [qui] s’est  rapidement  traduite  dans  les  faits :  l’économie  s’est  assainie ;  les entreprises ont renoué avec les bénéfices, l’industrie a poursuivi son désendettement, de nombreux emplois ont été créés ; le pouvoir d’achat a augmenté, le taux de mauvaises créances des banques est tombé à 11,4 % fin 2004, celui d’utilisation des capacités industrielles est remonté à plus de 75 %, et des milliards de bahts de prêts, notamment dans le secteur rural, ont été distribués. Enfin, le FMI, qui avait débloqué quelque 17 milliards de dollars en 1997, a été remboursé intégralement en juillet 2003 avec deux années d’avance. 

245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUR D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.

Malgré une année 2004 troublée par la grippe aviaire, les tensions dans le Sud musulman et le tsunami meurtrier du 26 décembre 2004 (…) En quatre ans, la richesse nationale du royaume a augmenté de 35 % pour atteindre 171 milliards de dollars, les réserves de change ont progressé de 50 % et s’élèvent à 49 milliards de dollars. Mieux, la dette publique a chuté à 47 % du PIB contre près de 62 % en 2001. L'inflation a été  maîtrisée avec un taux de 2 % à 3 %, le compte des transactions courantes est bénéficiaire et le budget  2005 est équilibré  pour  la  première  fois  depuis  1997. » 

 

Pour la première fois, l’économie a été basée sur l’économie locale plutôt que sur la demande extérieure et  la  consommation privée est passée à 56 % du PIB du pays pour constituer le principal moteur de la croissance du pays.

 

Thaksin a encouragé les ménages à consommer à outrance plutôt qu’à épargner, remettant en cause l’un des piliers de l’économie du pays : le taux d’épargne, déjà traditionnellement élevé en Asie, y est l’un des plus forts du monde, atteignant entre 30 % et 40 %.

 

Pour la première fois aussi, on  a pu constater un 1er ministre tenir ses promesses de campagne en faveur des masses rurales.

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Il a bien effectué un moratoire sur les dettes ; il a  bien alloué à  chacun des 77 000 villages un prêt d’un million de baths, même si nous dit Revise, il a plutôt servi à acheter des téléphones portables ou des motocyclettes ; et donner un accès aux soins hospitaliers aux plus pauvres moyennant un forfait de 30 baths. (Ce qu’il lui vaut encore aujourd’hui la reconnaissance des paysans du Nord et du Nord-Est).

 

Les gouverneurs dans leur province reçurent l’ordre d’initier et de soutenir des projets économiques, en ville et dans les campagnes comme ceux initiés par le gouvernement comme par exemple le dispositif OTOP (One tambon, one Product) (Une commune (un sous-district), un produit). Les villageois furent encouragés à générer des revenus en développant des produits de bonne qualité en utilisant les ressources et les compétences locales. Les produits OTOP seront (et sont encore) très populaires ; des salons et des foires seront organisées ; donnant à beaucoup reconnaissance et fierté.

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Réforme de l’administration.

 

Arnaud Leveau et  Thongchai Winichakun, dans leur article « Tout doit changer pour que rien ne change »*** (In Thaïlande contemporaine) estimeront qu’ « Il s’agit sans doute de la réforme administrative la plus importante depuis celle du roi Chulalongkorn. Cette restructuration avait pour objectif de simplifier l’appareil administratif et d’encourager la performance et les résultats. De nouveaux ministères ont été créés (ministère des Affaires  sociales et du Développement humain, ministère du Tourisme et des Sports, ministère des ressources naturelles et de l’Environnement, ministère de la Communication et de l’Information, ministère de la Culture). Alors que leur rôle était auparavant essentiellement  protocolaire les gouverneurs de province sont devenus des gestionnaires aux côtés des fonctionnaires nommés par l’Etat. Dès 2003, les gouverneurs - PDG ont été en charge de la planification et du développement dans leurs provinces respectives assistés par des directeurs financiers nommés par le ministre des Finances. Ces mesures ont été annulées après le coup d’Etat de 2006. » (Note 12, p.524)

 

Certes les critiques n’ont pas manqué contre la gestion de Thaksin, surtout celles dénonçant la forte collusion entre le monde des affaires et le sommet de l'Etat.

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Les proches du TRT seront largement favorisés, ses détracteurs oubliés des largesses gouvernementales. Une étude comparative mondiale des liens entre monde des affaires et politique révèlera que 20 % des sociétés cotées à Bangkok ont de très fortes connections gouvernementales. « A titre d’exemple, l’empire Shin Corp. (contrôlé à 39,3 % par la famille Shinawatra) a vu son titre en Bourse progresser de 11 % en 2004, alors que l’indice de Bangkok a chuté de 13,5 % sur la même période. De 2002 à 2006 les actions de Shin Corp augmenteront  de 173 %. » (In N. R.)

 

Mais Thaksin ne va pas se contenter d’une réussite économique pour son pays et pour lui ; mais voudra aussi tout contrôler : le jeu politique, l’administration, l’armée, les médias. Ce qui va lui valoir de nombreux ennemis.

 

Le contrôle de l’armée.

 

Si au début en 2001, Thaksin laisse en place le général Surayut, le commandant en chef de l’armée, il ne peut supporter son autonomie et sa politique de sécurité aux frontières à l’égard de la Birmanie, qui va à l’encontre de sa volonté de normaliser ses relations avec l’« ennemi héréditaire ». Thaksin le démet de ses fonctions un an avant le terme de son mandat le 1er octobre 2002 et le nomme commandant suprême des forces armées à titre honorifique. Il désigne  le général Somdhat Attanant, qui n’est pas dans la ligne de succession directe, mais qui assure  que, sous son commandement, « l’armée de terre suivra strictement la politique gouvernementale et ne fera rien qui puisse altérer les relations entre la Thaïlande et la Birmanie »

 

De plus, Thaksin commence à infiltrer l’armée et faire des passe-droits. Il place sa famille et ses amis, accélère l’avancement d’anciens camarades de sa promotion au sein de l’académie militaire, intervient dans les nominations de l’état-major. Ainsi, il nomme deux de ses cousins germains à des postes de haut commandement, et le général Chaisit Shinawatra devient en août 2003,  commandant en chef de l’armée, puis sautant plusieurs échelons hiérarchiques, commandant suprême le 1er octobre 2003. Les nouveaux promus ont désormais les moyens « de surveiller les activités politiques ». Auparavant Thaksin avait pris soin de diriger directement la police.

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Thaksin  va aussi chercher à contrôler l’imposante bureaucratie thaïlandaise.

 

Certes au départ, Thaksin comme tout chef d’entreprise veut une administration efficace et réduire les coûts jugés inutiles. Mais très vite, il va court-circuiter les institutions administratives de contre-pouvoir créées par la Constitution de 1997, comme les commissions indépendantes d’anti-corruption, électorale, des droits de l’homme, etc, en nommant « des amis » et des hommes d’affaires proches du TRT aux postes de responsabilité.

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Contrôle des médias.

 

Il ne suffit pas à l’Etat de contrôler cinq chaînes de télévision nationales, directement ou via des concessions à des groupes  privés, à l’armée  d’en contrôler deux  :  (l’une  gérée  en  direct (Channel 5), l’autre (Channel 7), qui capte 60 % de l’audience nationale, par la société privée  Bangkok  Television  and Radio  Company), avec  202 fréquences radio et 2 700 fréquences téléphoniques, il a fallu aussi faire taire et licencier éditorialistes et commentateurs qui parlent trop librement sur les problématiques politiques ou sociales (libertés publiques, corruption, environnement…). Des émissions ont été interdites, les journaux raccourcis pour laisser place aux jeux et aux séries B. Déjà en 2000.  ITV créée en 1996, réputée pour son impertinence et la qualité de ses enquêtes, avait été rachetée en 2000 par le groupe Shin Corp. de Thaksin ; elle fut mise au pas après la nomination de Thaksin.  

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Contrôle de la presse.

 

Pour la presse, ce fut plus difficile, mais à partir de 2002, les pressions sur les journalistes et les rédacteurs furent légions, et on vit se multiplier des visites impromptues de policiers aux sièges des publications. Mais le plus efficace, fut le chantage à la publicité, opéré par  les grands groupes thaïlandais liés au gouvernement ou à des agences publiques, qui contraignit les médias à s’imposer une autocensure de peur de perdre leurs précieux budgets publicitaires. (In R. C.)

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Même les organisations non gouvernementales (ONG), favorables à Thaksin au début de son mandat, furent mises au pas et subirent une répression sévère, quand elles devenaient contestataires de projets gouvernementaux, comme par exemple lorsque des villageois et des pêcheurs appuyés par des mouvements écologistes s’opposèrent à la construction d’un barrage dans le Nord-Est (barrage de Pak Mun) ou contre un projet de pipeline entre la Malaisie et le sud de la Thaïlande. D’ailleurs, note Revise, même « Les enquêtes accablantes de la Commission des droits de l’homme ou du Sénat n’arriveront jamais jusqu'au bureau de la Chambre des représentants. »
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On a là un début d’explication du système Thaksin, qui lui vaut admiration ou haine. Il veut vraiment que la Thaïlande soit reconnue internationalement comme un pays émergent, à l’instar de Singapour et de la Malaisie (Ce sont ses modèles), mais pour cela il faut faire vite, transformer le pays, réformer tout azimut,  et donc placer ses hommes ou ceux qui sont compétents et proche du régime aux différents rouages et neutraliser ceux qui ne pensent pas comme lui. Mais ses méthodes sont souvent brutales voire expéditives, convaincu qu’il est de sa toute puissance et du soutien de l’opinion. Mais il est vrai qu’il n’a pas peur d’affronter les conservatismes, les acquis, les mauvaises habitudes, s’il juge qu’ils sont un frein pour le développement de son pays.

 

Ainsi pour l’éducation.

 

La constitution de 1997 annonçait la décentralisation de l’Education nationale, mais encore fallait-il avoir le courage de la mener. Thaksin l’a mis donc en œuvre en confiant l’éducation aux Tambons avec le TAO (Tambon Administrative Organization’s), mais il rencontra une vive opposition des 700 000 instituteurs de Thaïlande qui ne voulaient pas perdre leur statut de fonctionnaire. Il sut cette fois-ci accepter un compromis en accordant un délai de deux ans.

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Mais Thaksin fit bouger les lignes en créant un fond pour les étudiants (le SLF) et un programme d’aide (le ICL) et en incitant les banques – pour la 1ère fois - à accorder des prêts à 1 % pour que les étudiants modestes puissent suivre des études universitaires avec l’assurance de ne commencer à rembourser qu’une fois que leurs salaires mensuels  seraient à 16 000 baths. Ce programme fut supprimé après le coup d’Etat de 2006.

 

Thaksin sera aussi partisan du projet Nicholas Negroponte « un ordinateur par élève » (One Laptop Per Child (OLPC)) en commençant avec 600 000 ordinateurs. La junte en 2006 annulera aussi ce projet. (On se doute qui aurait vendu ces ordinateurs) Thaksin initiera aussi le projet controversé « Un district, une école d’excellence », critiqué par ceux qui n’étaient pas dupes que ce projet bénéficierait aussi aux compagnies de Thaksin.

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Mais si Thaksin multipliait les réformes et les projets, il voulait aussi marquer les esprits, montrer encore sa puissance avec un défi inédit : éradiquer la drogue du pays en 3 mois. Jugez plutôt. 

 

Devant l’explosion de la consommation du yaba (amphétamine) en 2002 dans les lieux de plaisirs mais aussi dans les usines et les écoles,  (On évoque 800 millions de pilules par an et  des centaines  de milliers de dépendantsThaksin décide de frapper fort et d’éradiquer la drogue de Thaïlande en 3 mois.

 

Le 14 janvier 2003 Thaksin détaille le plan de sa campagne anti-drogue. Les gouverneurs doivent établir des listes noires des trafiquants et les policiers ont tout pouvoir. A partir du 1er février 2003 les morts s’accumulent et au bout des trois mois on recense officiellement 2 637 tués (Human Rights Watch en dénombrera 2 275). La police déclare que la majorité des victimes a été tuée au cours de règlements de comptes entre trafiquants, même si elle reconnaît avoir tiré dans 68 cas en légitime défense. Evidemment la Commission des droits de l’homme et du siège régional des Nations unies à Bangkok contesteront ces chiffres et évoqueront des exécutions sommaires. Le roi lui-même lors de son discours à la Nation à l’occasion de son anniversaire le 5 décembre demandera que la police fournisse des informations fiables, mais nulle enquête ne sera menée par les polices locales. Revise toutefois estime « que la méthode rappelle à bien des égards les escadrons de  la  mort  de militaires  qui  abattaient des  paysans acquis  à  la  cause communiste dans le Nord-Est durant les années 1970, la guerre anti-drogue est un message très clair adressé à tous ceux qui seraient tentés par la contestation. »

 

Quant à Thaksin, il se félicitera en décembre 2003, d’avoir fait arrêter 52.374 personnes, envoyé 327.224 toxicomanes en cure et saisi 3,7 milliards de bahts d’argent sale, et cela avec l’approbation populaire. 

 

(Cf. Notre article  A68. Pouvoir, drogue (yaa baa), justice à Kalasin (Thaïlande)http://www.alainbernardenthailande.com/article-a74-pouvoir-drogue-yaa-baa-justice-a-kalasin-thailande-109649171.html)

 
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Insurrection dans les provinces du Sud dont la  majorité est d’ethnie malaise et musulmane en 2004.

 

Il faut se rappeler que les provinces de Pattani, Yala, Narathiwat et Songkla constituent jusqu'au début du XXe siècle une entité unique et autonome, le Royaume de Pattani ; qu’en 1909, le Siam et la Grande-Bretagne signait un traité qui partageait les Etats malais non-fédérés, sous influence britannique, Le Siam renonçait à ses prétentions sur les États de Kedah, Kelantan, Perlis, et Trangkanu, et gardait en revanche la souveraineté sur une région qui consiste dans les provinces actuelles de Narathiwat (Manara en malais), Pattani, Satun, Songkla (l’ancienne Singore), et Yala. La région de Satun, de population à majorité thaïe avait été séparée de l’Etat malais de Kedah.

 

Ces provinces dont la majorité est donc « d’ethnie » malaise et musulmane, ne s’est jamais considérée comme thaïe, et a toujours été en conflit avec le gouvernement central de Bangkok, qui n’a jamais voulu leur accorder une autonomie, ni reconnaître leurs spécificités. Un mouvement séparatiste en surgira.

 

(Pour en savoir un peu plus sur l’histoire de cette région malaise, cf. notre article 12 :   Terrorisme ou insurrection séparatiste dans le Sud de la Thaïlande ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-12-terrorisme-ou-insurrection-separatiste-dans-le-sud-68166091.html)

 

Dès son accession au poste de premier ministre en 2001, Thaksin veut prendre en main – via ses policiers - le contrôle de la situation dans les provinces du Sud, déstructurant ainsi les réseaux d’influence mis en place par l’armée. Une nouvelle politique est engagée avec un discours nationaliste qui laisse peu de place au dialogue. De fait, en 2001, on va constater une recrudescence de la violence.

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Piotr Kowalczyk, (correspondant à Bangkok du Journal international, 26 Septembre 2013) estime effectivement que « Dès son accession au poste de premier ministre en 2001, Thaksin supprime les institutions de dialogue entre thaïs et musulmans. Il accroît le rôle de la police au détriment de celui de l'armée, dont il remplace les dirigeants. Le nationalisme agressif qui accompagne son discours rompt avec les tentatives de dialogue mises en place depuis les années 1990. L'effet de ces politiques est immédiat. La déstructuration des réseaux d'influence de l'armée permet un retour incontrôlé des groupes séparatistes, muselés jusqu'alors. La multiplication des arrestations aveugles et l'utilisation d'une rhétorique agressive à l'encontre des minorités brise la confiance qui avait pu naître entre thaïs bouddhistes et musulmans malais. »

 

Mais en 2004 c’est l’escalade.

 

Le 4 janvier 2004, des bandes armées non identifiées (Mais les autorités pensent que les auteurs sont issus des mouvements séparatistes musulmans connus (PULO, PULO Mai, BRN) attaquent 93 endroits (Des postes de police, des installations de l’armée, des écoles ) dans près de 20 districts des provinces de Yala, Narathiwat et de Pattani (proches de la frontière avec la Malaisie), faisant près de 40 morts (musulmans et bouddhistes), mais l’attaque la plus spectaculaire est celle opérée par une trentaine de « rebelles » contre le camp de Ratchanakarin, dans la province méridionale de Narathiwat, qui tue 4 soldats ainsi qu’un moine bouddhiste (égorgé devant témoins), avant de vider le dépôt d’armes de la base et de s’enfuir  avec plus de 350 fusils d’assaut et des roquettes. Au même moment, 21 écoles sont incendiées.

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La loi martiale est proclamée le 6 janvier et Thaksin va répondre par la force, en renforçant l’armée qui pense étouffer le conflit en utilisant des méthodes expéditives, qui ne feront  qu’intensifier les assassinats, les enlèvements  et les attentats.

 

Le 11 février, le petit poste de police d’Ayer Weng est attaqué. Le 23 mars, une bombe explosait à Narathiwat ; Le 27 mars, une autre bombe posée sur une motocyclette explosait, détruisant un club nocturne blessant 30 personnes. Le 30 mars, des hommes armés volaient de la dynamite, des détonateurs ainsi que 1,4 tonne de nitrate d’ammonium dans une carrière à Yala. Le 14 avril, des cheminots de la province de Pattani découvraient une tentative visant à faire dérailler un train. (Source Philippe Raggi, http://www.checkpointonline.ch/CheckPoint/Monde/Mon0090 ThailandeViolencesSud.html

 

Le 28 avril 2004 se produisent les attaques simultanées les plus spectaculaires menées contre quinze postes de police, des postes de défense des villages, des bureaux de districts. L’armée réagit violemment. Elle n’hésite pas à attaquer la mosquée de Krue-Sae, non loin de Pattani, où 32 insurgés s’étaient réfugiés, pour les anéantir. Le bilan est lourd avec au final 113 tués dont 108 civils.

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Les explications du regain de violences dans ces provinces sont multiples, mais Philippe Raggi estime  que « l’hypothèse la plus probante et la plus inquiétante – c’est une convergence d’intérêts conduisant les mouvements musulmans séparatistes thaïs d’une part et les puissants réseaux locaux du syndicat de la drogue d’autre part à s’allier et à mener des actions communes, effaçant la ligne de démarcation entre les bandes criminelles liées au trafic de drogue et les séparatistes terroristes. Depuis la « guerre contre la drogue » déclarée par le Premier Ministre thaï au début de l’année, des relations se sont forgées entre les gangs criminels, les militants islamistes et les séparatistes. Ces mouvements ont en effet un ennemi commun : le gouvernement central. »

 

Un autre drame aura lieu le 25 octobre 2004. 1000 personnes manifestent devant le poste de police de Tak Bai. Elles sont arrêtées, et empilées dans des camions afin d'être transférées dans un camp militaire voisin. 84 personnes, dont des femmes et des enfants, meurent étouffés dans des circonstances jugées suspectes par de nombreux observateurs. De même l’enlèvement ensuite par la police, disent des témoins, de l’avocat musulman Somchai Neelapaijit, puis sa disparition ne pouvait qu’augmenter la tension.

 

Thaksin nommera bien en mars 2005 une Commission nationale de Réconciliation dirigée par le vice-1er ministre Anan Panyarachun, mais le rapport final ne sortira qu’en juin 2006. Il proposait bien d’introduire quelques lois islamiques et de reconnaître la langue Yawi comme langue officielle auprès du thaï,  mais il restera dans les tiroirs. Par contre, la population put voir arriver des renforts militaires et policiers transformant la région en un camp militaire et apprendre que Thaksin le 15 juillet  2005  promulguait un décret d’Etat d’urgence pour les trois provinces de Yala, Pattani et  Narathiwat donnant de fait tout pouvoir à l’armée et à la police pour étouffer « l’insurrection ». De nombreuses associations de droits de l’homme s’élèveront contre ce décret non seulement pour dénoncer  une grave atteinte aux libertés civiles, mais pour le pouvoir ainsi donné à l’armée et à la police pour agir en toute impunité. Une lettre déjà du 25 juin de Brad Adams, directeur exécutif Asie  d’Human Rights Watch par exemple, adressée au 1er ministre, rappellera que sous son gouvernement, il était fait un usage abusif de la force s’exerçant avec violence et impunité, comme par exemple lors de « la guerre contre la drogue ». https://www.hrw.org/news/2005/06/25/letter-prime-minister-thaksin-shinawatra-re-emergency-decree-public-administration

 

L’Etat d’urgence proclamée montrait une fois de plus l’autoritarisme de Thaksin, usant et abusant des forces policières et armées pour régler les conflits.

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La politique étrangère.

 

Après la disparition de la menace communiste à la fin des années 80, les différents gouvernements ont été plus préoccupés par les questions économiques sans négliger les questions de sécurité, si l’on en juge par les nouveaux accords de 2003 avec les Etats-Unis qui plaçaient la Thaïlande comme « partenaire majeur hors OTAN » et lui permettait « d’avoir ainsi un accès privilégié à l’aide américaine et des crédits bonifiés pour les achats d’armements ». Mais s’il ne pouvait se passer  du principal débouché pour le commerce Thaïlandais, l’interventionnisme américain au niveau politique (Et économique à propos de la propriété intellectuelle), ne pouvait qu’encourager Thaksin, à multiplier les accords bilatéraux, et à se rapprocher de  Pékin. (Cf. Arnaud Dubus

http://www.centreasia.eu/sites/default/files/publications_pdf/note_thailande_entre_influences_americaines_et_chinoises_avril_2013.pdf

De fait, la politique étrangère de Thaksin sera guidée par les intérêts économiques de la Thaïlande et il agira -nous l’avons déjà dit- comme le chef d’entreprise de la Thailand Company.

 

Thaksin va donc se concentrer  sur les relations commerciales bilatérales, d’autant plus justifié, que les chefs d’Etat lors du sommet annuel de l’Asean à Bali avaient décidé de repousser à 2020 le marché commun de l’Asean. (Contre l’avis de Thaksin qui avait plaidé pour 2012.)

 

Ainsi, il initiera un rapprochement avec  les Etats-Unis qui est le premier débouché commercial de la Thaïlande. (A absorbé en 2002 pas moins de 22,1 % de ses exportations (14,8 milliards de dollars) (La Thaïlande enverra en septembre 2003 un contingent de 450 militaires en Irak  affectés à des opérations humanitaires jusqu’en septembre 2004); signera des accords de libre-échange avec la Chine en octobre 2003 portant sur les produits agricoles, avec l’Australie  le 5 juillet 2004 (qui sera en application le 1er janvier 2005) qui supprimera à terme la quasi-totalité des droits douaniers entre les deux pays, sauf notamment pour les produits laitiers en poudre ;  une coopération économique avec  l’Inde  en 2004 (Thaksin avait visité l’Inde en novembre 2001) portant surtout sur des réductions tarifaires sur 200 produits, avec le Bahreïn …

 

Sophie Boisseau du Rocher dans son article « La Thaïlande au sein de l’Asean : une diplomatie en perte de vitesse » (In « Thaïlande contemporaine ») confirmera la volonté de Thaksin  d’utiliser l’Asean comme un espace économique à conquérir, privilégiant les relations interpersonnelles et en ne dérogeant pas au principe de non-ingérence. Il se positionnera contre les propositions de Surin Pitsuwan qui voulait faire évoluer les Institutions de l’Asean et remettre en cause le sacro-saint principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats. (Ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement précédent et « Chairman du Forum régional de l’Asean en 1999-2000. Il sera secrétaire général de l’Asean en 2008-2012)

 

Sophie Boisseau du Rocher évoquera les diatribes et coups de colère de Thaksin « lors du sommet de Vientiane (décembre 2004) où il n’a pas hésité à menacer la Malaisie et l’Indonésie de quitter le sommet si ces deux pays évoquaient le sort des musulmans au sud du royaume. » Thaksin n’a que faire des considérations politiques et des « droits de l’homme » et ne voit que les intérêts économiques qu’il peut obtenir pour son pays. Ainsi en est-il avec le rapport privilégié qu’il va entretenir avec les généraux de la junte birmane, afin d’obtenir des marchés surtout dans le secteur énergétique ; La banque thaïlandaise Export-Import accordera même un prêt de 4 milliards de baths au gouvernement birman. (La Birmanie sera le premier partenaire officiel de la Thaïlande et verra entre 2007 et 2008 le volume de ses échanges doubler pour atteindre 3,205 milliards de dollars, dont 2,823 milliards de dollars relèvent de l’exportation birmane vers la Thaïlande et 382 millions de dollars de l’importation birmane depuis la Thaïlande. Statistiques à prendre avec précaution nous dit Sophie Boisseau du Rocher.)

 

Mais il ne peut négliger l’Asean qui est son premier partenaire commercial et représente 22 % de ses exportations, même si, nous apprend Sophie Boisseau du Rocher, Thaksin sera plus actif au sein de l’Asean + 3 (Chine, Japon, Corée du Sud), comme le montre l’accord « de récolte précoce » signé avec la Chine en 2003, initiant avant ses partenaires, la réduction et l’abolition des droits douane pour 188 variétés de fruits et légumes.

 

Thaksin est de toutes façons très actif et multiplie les initiatives tout azimut. On pense en 2002, au projet de coopération économique d’avril 2003 Ayeyawady-Chao Phraya-Mékong ( ACMECS) avec la Birmanie et le Cambodge (Qui favorisera la Shin Corp, disent ses adversaires), ou bien encore au « Dialogue de coopération de coopération asiatique » (DCA) avec les autres pays d’Asie orientale visant à promouvoir un marché obligataire asiatique. On pourrait aussi signaler d’autres coopérations comme celle de novembre 2013 à Pagan, où Thaksin avec les autres 1er ministres Khin Nyunt (Birmanie), Hun Sen (Cambodge) et Boungnang Vorachit (Laos) ont adopté une Déclaration de Pagan dans laquelle ils s'engagent à augmenter les échanges commerciaux et les investissements, à développer l'agriculture, l'industrie, le tourisme et à favoriser l'emploi ; et à tenir une fois tous les deux ans un sommet de Stratégie de coopération économique. (ECS) Thaksin y signera quatre accords dans l'énergie, deux avec la Birmanie - sur l'exploration gazière -, un avec le Laos et un avec le Cambodge. Il s’engagera également à accorder annuellement une aide d'environ 10 millions de baht (environ 2,5 millions de dollars) au développement économique de ces trois pays.

 

On pouvait observer dans ses déclarations un homme sûr de lui, quelque peu présomptueux,  prêt à régler les problèmes des autres : « Nous pourrions les aider en créant des emplois et en les encourageant à régler leur problèmes internes », « la drogue, les émigrés clandestins et la criminalité sont véritablement de gros problèmes ». Il est vrai qu’il savait régler ces fléaux ! Mais il savait ménager la susceptibilité de la junte birmane, et il avait  clairement indiqué que la question de l'assignation à résidence de l'opposante Aung San Suu Kyi - dont l'ONU et les pays occidentaux réclamaient la libération - ne serait pas évoquée à Pagan. Mais on lui reprochera de faire souvent cavalier seul, au risque d’échouer comme ce fut le cas le 15 décembre 2003, lors du premier forum international pour la réconciliation nationale en Birmanie.

 

Bref, on pourrait multiplier les exemples de cet activisme, de son ambition de développer son pays, les pays voisins et  … ses propres affaires. Thaksin ne doute pas, ne craint pas les obstacles, tant il est convaincu de parvenir à ses fins. Ainsi, il n’hésitera pas à soutenir la campagne  de son ministre des affaires étrangères, le Dr Suriakat, pour devenir le secrétaire général des Nations-Unis, qui verra la victoire de Ban Ki-Moon le 3 octobre 2006. (Thaksin était à l’Assemblée générale de l’ONU à New York  lors du coup d’Etat du 19 septembre 2016. Cf. Ci-dessous) Il est vrai que les élections du 6 février 2005 n’avaient pu que renforcer sa confiance en lui, son pouvoir et le sentiment d’être suivi par l’énorme majorité de la population.

 

Le deuxième gouvernement Thaksin (11 mars 2005 - Coup d’Etat du 19 septembre 2006)

 

Nous avions dit dans l’article précédent.

 

« Conformément à la Constitution de 1997, qui accorde un mandat de 4 ans aux élus, le roi dissout le Parlement ; et de nouvelles élections générales auront lieu le 6 février 2005. C’est un triomphe pour Thaksin. Son parti, le Thai Rak Thai obtient une large majorité absolue avec 375 sièges sur 500 parlementaires ; son partenaire dans la coalition, le Parti National Thaï obtient 27 sièges. Le parti de l’opposition, le Parti Démocrate perd encore des sièges et n’a plus que 96 sièges ; Et le Great People's Party (Phak Machacon) nouvellement formé pour ces élections n’aura que 2 sièges.***

 

Le 11 mars 2005 un décret royal officialise le deuxième gouvernement Thaksin. »

 

Le gouvernement est composé de 35 ministres dont 7 vice-premiers ministres (Somkid Jatusripitak, Pol. Gen. Chidchai  Vanasatidya, Suriya Jungrungreangkit, Surakiart Sathirathai, Suchai Yongarnukul, Wissanu Krea-ngam, et Suwat Liptapanlop)  et deux ministres à l’Office du 1er ministre (Newin  Chidchob et Suranand Vejjajiva) . Trois vice –premiers ministres ont aussi des rôles clés, comme Somkid Jatusripitak, ministre des finances ; Pol. Gen. Chidchai  Vanasatidya, ministre de l’intérieur ; Suriya Jungrungreangkit, ministre de l’Industrie. Le ministre de la Défense est le Gen. Thammarak Israngura Na Ayutaya. Curieusement on voit un ministre et deux vice-ministres des finances, en plus du vice-1er ministre Somkid Jatusripitak qui a aussi cette responsabilité. ( ?)

 

On remarque un vaste remaniement les 2 août 2005 (15 et 17 changements) ; Et le 4 août 2015, les ministres de l’Office du 1er ministre  Suranand Vejjajiva  et Newin  Chidchob prennent  temporairement (Pourquoi ? A quelle occasion, combien de temps ?) la responsabilité de 11 ministères ! Egalement le 7 février 2006, les mêmes  Suranand Vejjajiva  et Newin  Chidchob prendront temporairement ( ?) la responsabilité du ministère de l’information et des Affaires étrangères. (Thaksin a prévu des élections anticipées pour le 2 avril 2006 )

 

L’opposition et la chute de Thaksin.

 

Paradoxalement, cette large victoire électorale du 6 février 2005 va sonner le glas du système Thaksin, qui avait pourtant placé la police sous ses ordres directs, nommé des proches et des « fidèles » à des postes importants dans l’armée et dans l’administration, favorisé les entreprises « amies », sans oublier ses propres affaires,  mais qui avait aussi exacerbé les opposants politiques comme le Parti Démocrate qui voyaient leur avenir réduit à la portion congrue, les groupes et les entreprises extérieurs au système et donc ne profitant plus des contrats juteux, les officiers militaires qui se voyaient refuser des promotions et/ou voyaient passer devant eux les proches de « Thaksin », les familles proches du Palais …

 

Pire, beaucoup se sentirent menacer : l'establishment traditionnel, certaines factions de l’armée, et le Conseil privé du roi, se voyant par exemple  privé du rôle majeur qui était le sien dans les promotions dans l'armée (source de pouvoir). Le roi lui-même,  dit-on, se sentait menacé par l‘énorme pouvoir acquis par Thaksin, remettant en cause le système traditionnel, bousculant les rentes de situation. Bref, Thaksin s’était  fait beaucoup d’ennemis.

 

Un mouvement de contestation anti-Thaksin initié en 2005 par Sondhi Limthongkun va permettre de « fédérer » tous ses opposants.

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Sondhi est un journaliste à l’origine qui fonda Manager Daily puis lança sa chaîne de télévision, ASTV. Il fit faillite lors de la crise de 1997, mais après 2001, Thaksin le nouveau 1er ministre le sauve de la débâcle financière. A cette époque M. Sondhi déclarera que M. Thaksin était «le meilleur premier ministre que nous ayons jamais eu». Mais leur relation va s’envenimer et en 2005, après la chute de son banquier et ami Virot Nualkhair, M. Sondhi se mettra alors à attaquer violemment M. Thaksin.

 

Autour de lui et de son groupe The Manager, comprenant un journal et son site Internet, ainsi qu'une télévision par satellite, ASTV, basée à Hongkongvont se fédérer de nombreuses luttes du moment contre la privatisation de l'entreprise publique d'électricité EGAT, contre les accords de libre-échange avec les USA, contre la décentralisation dans l'éducation ... qui vont se retrouver en février 2006 au sein d’un nouveau parti  l’Alliance du Peuple pour la Démocratie (le PAD). D’autres forces vont le rejoindre, comme l’élite proche du Palais royal, la secte bouddhiste Santi Asoke, dirigée par un général de police à la retraite, Chamlong Simuang, ancien gouverneur de Bangkok, 

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des militaires, des généraux de réserve liés au Conseil privé du roi ; et même des membres du Parti démocrate (opposition parlementaire) liés aux intérêts thaïlandais du sud musulman, des syndicalistes du secteur public tel Somsak Kosaisuuk ; quelques anciens militants de gauche des années 1970 et des universitaires en rupture avec la hiérarchie. Bref, un parti hétéroclite composé de groupes divers qui ont en commun la haine de Thaksin et le projet de le renverser.

 

Une opportunité est offerte en janvier 2006, lorsque Thaksin  décide de vendre sa société Shin Corp à Temasek, une entreprise détenue par l'État de Singapour, pour un montant de 1,5 milliards d’euros sans payer d’impôts, ni de taxes. Cette vente qui s’ajoute aux scandales de corruption dont celui lié à la construction de l’aéroport Suvanabhurmi vont scandaliser l'opinion et relancer le mouvement de contestation anti-Thaksin.

245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUR D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.

Des manifestations ont lieu organisées par le PAD, qui voient apparaître dans les rues de Bangkok ceux qu’on appellera les « jaunes » (couleur de leur Tshirt et couleur royale) réclamant la démission de Thaksin ; Les opposants politiques réclament une enquête indépendante sur la vente de la Shin Corp à Singapour ; les critiques se font désormais entendre. Abhisit du Parti démocrate se dit prêt à être premier ministre

 

… La crise est ouverte.

 

Thaksin espère reprendre la main en provoquant des élections générales anticipées qui auront lieu le 2 avril 2006. En raison de l'appel au boycott lancé par l'opposition, Thaksin a transformé ce scrutin en référendum, promettant de démissionner si son parti, Thai Rak Thai (TRT, « Les Thaïlandais aiment les Thaïlandais »), remporte moins de 50% des suffrages.

 

Le TRT remporte les élections avec 61,1% des voix et obtient 460 sièges (Sur 500), avec 37,9 de non-votants.  Mais dès le 3 avril le PAD dénonce les fraudes et déclare ne pas reconnaître ces élections. La Cour constitutionnelle invalide les élections. Le gouvernement appelle à de nouvelles élections le 15 octobre 2006.

 

Mais Thaksin ne parvient pas à reprendre la main. Après un entretien avec le roi, il annonce même qu’il se met en retrait et va prendre des vacances. Il désigne son bras droit, Chiddai Vanasathidya, vice-Premier ministre et ministre de la Justice, pour assurer l’intérim.

 

Arnaud Dubus dans un article du 25 juin 2006 évoque « Une ambiance de fin de règne flotte dans les bâtiments de style colonial de la Maison du gouvernement, le siège du pouvoir thaïlandais. Deux des conseillers juridiques clefs du Premier ministre Thaksin Shinawatra sont déjà partis. Il s’agit du secrétaire général du gouvernement Bovornsak Uvano et du vice-Premier ministre Vissanou Krua-ngam. Ils ont préféré abandonner les importants bénéfices matériels de leur fonction auprès de l’homme le plus riche du pays pour conserver un semblant de crédibilité afin de pouvoir poursuivre leur carrière. (…)  Et les rumeurs abondent sur la possible démission de plusieurs autres ministres de poids. On parle de celui de l’Education, Chaturon Chaisaeng et de celui du Commerce, Somkid Jatusripitak. (…) 

245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUR D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.
 

Le Premier ministre Thaksin semble démoralisé. Ses interventions sont truffées d’allusions à ce qu’il veut laisser en héritage «au prochain Premier ministre», laissant à penser qu’il pourrait démissionner.»

 

Thaksin ne contrôle plus désormais toutes les commissions de contre-pouvoir.  

Après de longues tergiversations, la commission électorale a établi un rapport d’enquête estimant que le Thai Rak Thai était coupable de fraude électorale «mettant en cause le système démocratique et la sécurité nationale». Le bureau du procureur général est en train d’étudier le rapport avant de le remettre à la Cour constitutionnelle. Si elle est saisie, elle devrait se prononcer sur les sanctions à prendre au début du mois de juillet. Une dissolution du parti de Thaksin est possible si la culpabilité est retenue.

 

Mais un coup d’Etat (sans effusion de sang) a lieu le 19 septembre 2006 – pendant que Thaksin  est à New-York pour l’Assemblée générale de l’ONU - dirigé par le chef de l’armée de terre, le général Sonthi, qui mettra fin à l’ère Thaksin.

245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUR D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.

Le coup d’Etat sera légitimé dès le lendemain par un décret royal Un décret royal légitimant le renversement d'un gouvernement légitime !),  «  qui le nommera « chef du Conseil pour la réforme démocratique sous la monarchie constitutionnelle »(sic)

 

On connait la suite : La loi martiale, le parlement est dissous, la constitution et le conseil constitutionnel sont invalidés, les rassemblements politiques sont interdits, et les médias sont mis  sous le contrôle de la censure militaire …

 

Le 2 octobre 2006, l’ancien commandant en chef le général Surayud Chulanond« conseiller privé du Roi », est nommé 1er ministre 

 

Le général Surayud Chulanont ?

 

Vous vous souvenez (Cf. supra) que Thaksin l’avait  démis de ses fonctions de commandant en chef de l’armée un an avant le terme de son mandat le 1er octobre 2002 en le nommant commandant suprême des forces armées à titre honorifique. L’année suivante, le roi l’avait nommé au sein de son Conseil privé. Il allait y retrouver un proche,  le général Prem, Chef du Conseil privé du roi.  Ils seront tous deux très actif pour que le général Sonthi soit nommé commandant en chef de l’armée  le 1er octobre 2005. Le général qui dit-on, proposera au roi de nommer le général Surayud Chulanond, comme 1er ministre. La boucle était bouclée. Evidemment, il y aurait beaucoup à dire sur le rôle de ces trois généraux dans  leur opposition à Thaksin et leurs rôles respectifs dans la préparation de ce coup d’Etat, sans évoquer celui du roi, bien-entendu, lèse-majesté oblige.

245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUR D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.

Un nouveau chapitre de l ‘Histoire de la Thaïlande s’ouvrait.

 

Mais cet article consacré aux deux gouvernements de Thaksin (17/02/2001-19/09/2016) sera le dernier chapitre de « Notre Histoire chronologique de la Thaïlande », à laquelle nous avons consacré  245 articles et plus de 2500 pages ! Nous avons jugé qu’à partir du gouvernement du général Surayud Chulanond, nous n’étions plus dans l’Histoire, mais dans un jeu politique dont les acteurs sont toujours en activité et dans un combat dont nul ne connait l’issue. La menace du « lèse-majesté » a aussi contribué à prendre cette décision. Mais nous n’en avons pas fini avec l’Histoire de la Thaïlande …

 

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Sources et notes.

 

* Ainsi le 5 mars 2002, remaniement de 4 ministres ; Le 3 octobre 2002, profond remaniement touchant 35 ministres ; Le 8 février 2003, 5 changements de poste ; Le 8 novembre 2003, 16 ministres  sont touchés ; le 10 mars 2004, 12 (10 changements de poste et 2 démissions) ; Le 30 juin 2004, 2 démissions et 2 changements ; Le 5 octobre 2004, 3 démissions importantes, les vice- 1er ministres Gen. Thammarak Isarangura Na Ayutaya et Capt. Suchart Chaovisit, et le ministre de la Défense Gen. Chetta Thanajaro ; le 6 octobre 2004, 6 changent de poste et 3 nominations dont le  Gen Sumpan Boonyanun à la Défense.

 

** Notre source principale  est l’excellent article de Nicolas Revise « Le système Thaksin : coup de frein au processus de démocratisation ou « voie thaïlandaise » vers la démocratie ?  (Les Etudes du CERI, N° 115- juin 2005.

D’autres sources :  wikipédia anglais ;  Arnaud Leveau et  Thongchai Winichakul, dans leur article « Tout doit changer pour que rien ne change » et Sophie Boisseau du Rocher dans son article « La Thaïlande au sein de l’Asean : une diplomatie en perte de vitesse », in Thaïlande contemporaine, IRASEC.

 

*** Résultats des élections du 6 février 2005.

Parties

Votes

 %

Seats

Thai Loves Thais Party (Phak Thai Rak Thai)

 

60,7

375

Democrat Party (Phak Prachatipat)

 

18,3

96

Thai Nation Party (Phak Chart Thai)

 

11,4

27

Great People's Party (Phak Machacon)

 

8,3

2

Phak Khonkhoplodnee (Khonkhoplodnee Party)

 

0,6

-

New Aspiration Party (Phak Khwam Wang Mai)

 

0,4

-

Total (turnout 72%)

 

 

500

Source: Angus Reid, The Nation and Adam Carr's Electoral Archives

**** Résultats des élections du 6 février 2005.

These results were invalidated by the Supreme Court

Parties

Votes

%

Seats

Thais Love Thais Party (Phak Thai Rak Thai)

15.866.031

61,1

460

Others

267.196

1,1

-

No Vote

9.842.197

37,9

-

Vacant

   

40

Democrat Party (Phak Prachatipat)

boycott

Thai Nation Party (Phak Chart Thai)

boycott

Great People's Party (Phak Mahachon)

boycott

Total valid votes (87,2 % of votes cast)

25.975.424

100

500

Invalid votes

3.815.870

 

Votes cast (turnout 65,2 %)

29.791.294

 

Registered voters

45.663.089

 

Source : Adam Carr using MCOT website and other media websites. The TRT won 34,7 % of the registered voters.

Piotr Kowalczyk, (correspondant à Bangkok du Journal international, 26 Septembre 2013) estime effectivement que « Dès son accession au poste de premier ministre en 2001, Thaksin supprime les institutions de dialogue entre thaïs et musulmans. Il accroît le rôle de la police au détriment de celui de l'armée, dont il remplace les dirigeants. Le nationalisme agressif qui accompagne son discours rompt avec les tentatives de dialogue mises en place depuis les années 1990. L'effet de ces politiques est immédiat. La déstructuration des réseaux d'influence de l'armée permet un retour incontrôlé des groupes séparatistes, muselés jusqu'alors. La multiplication des arrestations aveugles et l'utilisation d'une rhétorique agressive à l'encontre des minorités brise la confiance qui avait pu naître entre thaïs bouddhistes et musulmans malais. »

 

Mais en 2004 c’est l’escalade.

 

Le 4 janvier 2004, des bandes armées non identifiées (Mais les autorités pensent que les auteurs sont issus des mouvements séparatistes musulmans connus (PULO, PULO Mai, BRN) attaquent 93 endroits (Des postes de police, des installations de l’armée, des écoles ) dans près de 20 districts des provinces de Yala, Narathiwat et de Pattani (proches de la frontière avec la Malaisie), faisant près de 40 morts (musulmans et bouddhistes), mais l’attaque la plus spectaculaire est celle opérée par une trentaine de « rebelles » contre le camp de Ratchanakarin, dans la province méridionale de Narathiwat, qui tue 4 soldats ainsi qu’un moine bouddhiste (égorgé devant témoins), avant de vider le dépôt d’armes de la base et de s’enfuir  avec plus de 350 fusils d’assaut et des roquettes. Au même moment, 21 écoles sont incendiées.

 

La loi martiale est proclamée le 6 janvier et Thaksin va répondre par la force, en renforçant l’armée qui pense étouffer le conflit en utilisant des méthodes expéditives, qui ne feront  qu’intensifier les assassinats, les enlèvements  et les attentats.

 

Le 11 février, le petit poste de police d’Ayer Weng est attaqué. Le 23 mars, une bombe explosait à Narathiwat ; Le 27 mars, une autre bombe posée sur une motocyclette explosait, détruisant un club nocturne blessant 30 personnes. Le 30 mars, des hommes armés volaient de la dynamite, des détonateurs ainsi que 1,4 tonne de nitrate d’ammonium dans une carrière à Yala. Le 14 avril, des cheminots de la province de Pattani découvraient une tentative visant à faire dérailler un train. (Source Philippe Raggi, http://www.checkpointonline.ch/CheckPoint/Monde/Mon0090 ThailandeViolencesSud.html

 

Le 28 avril 2004 se produisent les attaques simultanées les plus spectaculaires menées contre quinze postes de police, des postes de défense des villages, des bureaux de districts. L’armée réagit violemment. Elle n’hésite pas à attaquer la mosquée de Krue-Sae, non loin de Pattani, où 32 insurgés s’étaient réfugiés, pour les anéantir. Le bilan est lourd avec au final 113 tués dont 108 civils.

 

Les explications du regain de violences dans ces provinces sont multiples, mais Philippe Raggi estime  que « l’hypothèse la plus probante et la plus inquiétante – c’est une convergence d’intérêts conduisant les mouvements musulmans séparatistes thaïs d’une part et les puissants réseaux locaux du syndicat de la drogue d’autre part à s’allier et à mener des actions communes, effaçant la ligne de démarcation entre les bandes criminelles liées au trafic de drogue et les séparatistes terroristes. Depuis la « guerre contre la drogue » déclarée par le Premier Ministre thaï au début de l’année, des relations se sont forgées entre les gangs criminels, les militants islamistes et les séparatistes. Ces mouvements ont en effet un ennemi commun : le gouvernement central. »

 

Un autre drame aura lieu le 25 octobre 2004. 1000 personnes manifestent devant le poste de police de Tak Bai. Elles sont arrêtées, et empilées dans des camions afin d'être transférées dans un camp militaire voisin. 84 personnes, dont des femmes et des enfants, meurent étouffés dans des circonstances jugées suspectes par de nombreux observateurs. De même l’enlèvement ensuite par la police, disent des témoins, de l’avocat musulman Somchai Neelapaijit, puis sa disparition ne pouvait qu’augmenter la tension.

 

Thaksin nommera bien en mars 2005 une Commission nationale de Réconciliation dirigée par le vice-1er ministre Anan Panyarachun, mais le rapport final ne sortira qu’en juin 2006. Il proposait bien d’introduire quelques lois islamiques et de reconnaître la langue Yawi comme langue officielle auprès du thaï,  mais il restera dans les tiroirs. Par contre, la population put voir arriver des renforts militaires et policiers transformant la région en un camp militaire et apprendre que Thaksin le 15 juillet  2005  promulguait un décret d’Etat d’urgence pour les trois provinces de  Yala, Pattani et  Narathiwat donnant de fait tout pouvoir à l’armée et à la police pour étouffer « l’insurrection ». De nombreuses associations de droits de l’homme s’élèveront contre ce décret non seulement pour dénoncer  une grave atteinte aux libertés civiles, mais pour le pouvoir ainsi donné à l’armée et à la police pour agir en toute impunité. Une lettre déjà du 25 juin de Brad Adams, directeur exécutif Asie  d’Human Rights Watch par exemple, adressée au 1er ministre, rappellera que sous son gouvernement, il était fait un usage abusif de la force s’exerçant avec violence et impunité, comme par exemple lors de « la guerre contre la drogue ». https://www.hrw.org/news/2005/06/25/letter-prime-minister-thaksin-shinawatra-re-emergency-decree-public-administration

 

L’Etat d’urgence proclamée montrait une fois de plus l’autoritarisme de Thaksin, usant et abusant des forces policières et armées pour régler les conflits.

 

La politique étrangère.

 

Après la disparition de la menace communiste à la fin des années 80, les différents gouvernements ont été plus préoccupés par les questions économiques sans négliger les questions de sécurité, si l’on en juge par les nouveaux accords de 2003 avec les Etats-Unis qui plaçaient la Thaïlande comme « partenaire majeur hors OTAN » et lui permettait « d’avoir ainsi un accès privilégié à l’aide américaine et des crédits bonifiés pour les achats d’armements ». Mais s’il ne pouvait se passer  du principal débouché pour le commerce Thaïlandais, l’interventionnisme américain au niveau politique (Et économique à propos de la propriété intellectuelle), ne pouvait qu’encourager Thaksin, à multiplier les accords bilatéraux, et à se rapprocher de  Pékin. (Cf. Arnaud Dubus

http://www.centreasia.eu/sites/default/files/publications_pdf/note_thailande_entre_influences_americaines_et_chinoises_avril_2013.pdf

De fait, la politique étrangère de Thaksin sera guidée par les intérêts économiques de la Thaïlande et il agira -nous l’avons déjà dit- comme le chef d’entreprise de la Thailand Company.

 

Thaksin va donc se concentrer  sur les relations commerciales bilatérales, d’autant plus justifié, que les chefs d’Etat lors du sommet annuel de l’Asean à Bali avaient décidé de repousser à 2020 le marché commun de l’Asean. (Contre l’avis de Thaksin qui avait plaidé pour 2012.)

 

Ainsi, il initiera un rapprochement avec  les Etats-Unis qui est le premier débouché commercial de la Thaïlande. (A absorbé en 2002 pas moins de 22,1 % de ses exportations (14,8 milliards de dollars) (La Thaïlande enverra en septembre 2003 un contingent de 450 militaires en Irak  affectés à des opérations humanitaires jusqu’en septembre 2004); signera des accords de libre-échange avec la Chine en octobre 2003 portant sur les produits agricoles, avec l’Australie  le 5 juillet 2004 (qui sera en application le 1er janvier 2005) qui supprimera à terme la quasi-totalité des droits douaniers entre les deux pays, sauf notamment pour les produits laitiers en poudre ;  une coopération économique avec  l’Inde  en 2004 (Thaksin avait visité l’Inde en novembre 2001) portant surtout sur des réductions tarifaires sur 200 produits, avec le Bahreïn …

 

Sophie Boisseau du Rocher dans son article « La Thaïlande au sein de l’Asean : une diplomatie en perte de vitesse » (In « Thaïlande contemporaine ») confirmera la volonté de Thaksin  d’utiliser l’Asean comme un espace économique à conquérir, privilégiant les relations interpersonnelles et en ne dérogeant pas au principe de non-ingérence. Il se positionnera contre les propositions de Surin Pitsuwan qui voulait faire évoluer les Institutions de l’Asean et remettre en cause le sacro-saint principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats. (Ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement précédent et « Chairman du Forum régional de l’Asean en 1999-2000. Il sera secrétaire général de l’Asean en 2008-2012)

 

Sophie Boisseau du Rocher évoquera les diatribes et coups de colère de Thaksin « lors du sommet de Vientiane (décembre 2004) où il n’a pas hésité à menacer la Malaisie et l’Indonésie de quitter le sommet si ces deux pays évoquaient le sort des musulmans au sud du royaume. » Thaksin n’a que faire des considérations politiques et des « droits de l’homme » et ne voit que les intérêts économiques qu’il peut obtenir pour son pays. Ainsi en est-il avec le rapport privilégié qu’il va entretenir avec les généraux de la junte birmane, afin d’obtenir des marchés surtout dans le secteur énergétique ; La banque thaïlandaise Export-Import accordera même un prêt de 4 milliards de baths au gouvernement birman. (La Birmanie sera le premier partenaire officiel de la Thaïlande et verra entre 2007 et 2008 le volume de ses échanges doubler pour atteindre 3,205 milliards de dollars, dont 2,823 milliards de dollars relèvent de l’exportation birmane vers la Thaïlande et 382 millions de dollars de l’importation birmane depuis la Thaïlande. Statistiques à prendre avec précaution nous dit Sophie Boisseau du Rocher.)

 

Mais il ne peut négliger l’Asean qui est son premier partenaire commercial et représente 22 % de ses exportations, même si, nous apprend Sophie Boisseau du Rocher, Thaksin sera plus actif au sein de l’Asean + 3 (Chine, Japon, Corée du Sud), comme le montre l’accord « de récolte précoce » signé avec la Chine en 2003, initiant avant ses partenaires, la réduction et l’abolition des droits douane pour 188 variétés de fruits et légumes.

 

Thaksin est de toutes façons très actif et multiplie les initiatives tout azimut. On pense en 2002, au projet de coopération économique d’avril 2003 Ayeyawady-Chao Phraya-Mékong ( ACMECS) avec la Birmanie et le Cambodge (Qui favorisera la Shin Corp, disent ses adversaires), ou bien encore au « Dialogue de coopération de coopération asiatique » (DCA) avec les autres pays d’Asie orientale visant à promouvoir un marché obligataire asiatique. On pourrait aussi signaler d’autres coopérations comme celle de novembre 2013 à Pagan, où Thaksin avec les autres 1er ministres Khin Nyunt (Birmanie), Hun Sen (Cambodge) et Boungnang Vorachit (Laos) ont adopté une Déclaration de Pagan dans laquelle ils s'engagent à augmenter les échanges commerciaux et les investissements, à développer l'agriculture, l'industrie, le tourisme et à favoriser l'emploi ; et à tenir une fois tous les deux ans un sommet de Stratégie de coopération économique. (ECS) Thaksin y signera quatre accords dans l'énergie, deux avec la Birmanie - sur l'exploration gazière -, un avec le Laos et un avec le Cambodge. Il s’engagera également à accorder annuellement une aide d'environ 10 millions de baht (environ 2,5 millions de dollars) au développement économique de ces trois pays.

 

On pouvait observer dans ses déclarations un homme sûr de lui, quelque peu présomptueux,  prêt à régler les problèmes des autres : « Nous pourrions les aider en créant des emplois et en les encourageant à régler leur problèmes internes », « la drogue, les émigrés clandestins et la criminalité sont véritablement de gros problèmes ». Il est vrai qu’il savait régler ces fléaux ! Mais il savait ménager la susceptibilité de la junte birmane, et il avait  clairement indiqué que la question de l'assignation à résidence de l'opposante Aung San Suu Kyi - dont l'ONU et les pays occidentaux réclamaient la libération - ne serait pas évoquée à Pagan. Mais on lui reprochera de faire souvent cavalier seul, au risque d’échouer comme ce fut le cas le 15 décembre 2003, lors du premier forum international pour la réconciliation nationale en Birmanie.

 

Bref, on pourrait multiplier les exemples de cet activisme, de son ambition de développer son pays, les pays voisins et  … ses propres affaires. Thaksin ne doute pas, ne craint pas les obstacles, tant il est convaincu de parvenir à ses fins. Ainsi, il n’hésitera pas à soutenir la campagne  de son ministre des affaires étrangères, le Dr Suriakat, pour devenir le secrétaire général des Nations-Unis, qui verra la victoire de Ban Ki-Moon le 3 octobre 2006. (Thaksin était à l’Assemblée générale de l’ONU à New York  lors du coup d’Etat du 19 septembre 2016. Cf. Ci-dessous) Il est vrai que les élections du 6 février 2005 n’avaient pu que renforcer sa confiance en lui, son pouvoir et le sentiment d’être suivi par l’énorme majorité de la population.

 

Le deuxième gouvernement Thaksin (11 mars 2005 - Coup d’Etat du 19 septembre 2006)

 

Nous avions dit dans l’article précédent.

 

« Conformément à la Constitution de 1997, qui accorde un mandat de 4 ans aux élus, le roi dissout le Parlement ; et de nouvelles élections générales auront lieu le 6 février 2005. C’est un triomphe pour Thaksin. Son parti, le Thai Rak Thai obtient une large majorité absolue avec 375 sièges sur 500 parlementaires ; son partenaire dans la coalition, le Parti National Thaï obtient 27 sièges. Le parti de l’opposition, le Parti Démocrate perd encore des sièges et n’a plus que 96 sièges ; Et le Great People's Party (Phak Machacon) nouvellement formé pour ces élections n’aura que 2 sièges.***

 

Le 11 mars 2005 un décret royal officialise le deuxième gouvernement Thaksin. »

 

Le gouvernement est composé de 35 ministres dont 7 vice-premiers ministres (Somkid Jatusripitak, Pol. Gen. Chidchai  Vanasatidya, Suriya Jungrungreangkit, Surakiart Sathirathai, Suchai Yongarnukul, Wissanu Krea-ngam, et Suwat Liptapanlop)  et deux ministres à l’Office du 1er ministre (Newin  Chidchob et Suranand Vejjajiva) . Trois vice –premiers ministres ont aussi des rôles clés, comme Somkid Jatusripitak, ministre des finances ; Pol. Gen. Chidchai  Vanasatidya, ministre de l’intérieur ; Suriya Jungrungreangkit, ministre de l’Industrie. Le ministre de la Défense est le Gen. Thammarak Israngura Na Ayutaya. Curieusement on voit un ministre et deux vice-ministres des finances, en plus du vice-1er ministre Somkid Jatusripitak qui a aussi cette responsabilité. ( ?)

 

On remarque un vaste remaniement les 2 août 2005 (15 et 17 changements) ; Et le 4 août 2015, les ministres de l’Office du 1er ministre  Suranand Vejjajiva  et Newin  Chidchob prennent  temporairement (Pourquoi ? A quelle occasion, combien de temps ?) la responsabilité de 11 ministères ! Egalement le 7 février 2006, les mêmes  Suranand Vejjajiva  et Newin  Chidchob prendront temporairement ( ?) la responsabilité du ministère de l’information et des Affaires étrangères. (Thaksin a prévu des élections anticipées pour le 2 avril 2006 )

 

L’opposition et la chute de Thaksin.

 

Paradoxalement, cette large victoire électorale du 6 février 2005 va sonner le glas du système Thaksin, qui avait pourtant placé la police sous ses ordres directs, nommé des proches et des « fidèles » à des postes importants dans l’armée et dans l’administration, favorisé les entreprises « amies », sans oublier ses propres affaires,  mais qui avait aussi exacerbé les opposants politiques comme le Parti Démocrate qui voyaient leur avenir réduit à la portion congrue, les groupes et les entreprises extérieurs au système et donc ne profitant plus des contrats juteux, les officiers militaires qui se voyaient refuser des promotions et/ou voyaient passer devant eux les proches de « Thaksin », les familles proches du Palais …

 

Pire, beaucoup se sentirent menacer : l'establishment traditionnel, certaines factions de l’armée, et le Conseil privé du roi, se voyant par exemple  privé du rôle majeur qui était le sien dans les promotions dans l'armée (source de pouvoir). Le roi lui-même,  dit-on, se sentait menacé par l‘énorme pouvoir acquis par Thaksin, remettant en cause le système traditionnel, bousculant les rentes de situation. Bref, Thaksin s’était  fait beaucoup d’ennemis.

 

Un mouvement de contestation anti-Thaksin initié en 2005 par Sondhi Limthongkun va permettre de « fédérer » tous ses opposants.

 

Sondhi est un journaliste à l’origine qui fonda Manager Daily puis lança sa chaîne de télévision, ASTV. Il fit faillite lors de la crise de 1997, mais après 2001, Thaksin le nouveau 1er ministre le sauve de la débâcle financière. A cette époque M. Sondhi déclarera que M. Thaksin était «le meilleur premier ministre que nous ayons jamais eu». Mais leur relation va s’envenimer et en 2005, après la chute de son banquier et ami Virot Nualkhair, M. Sondhi se mettra alors à attaquer violemment M. Thaksin.

 

Autour de lui et de son groupe The Manager, comprenant un journal et son site Internet, ainsi qu'une télévision par satellite, ASTV, basée à Hongkongvont se fédérer de nombreuses luttes du moment contre la privatisation de l'entreprise publique d'électricité EGAT, contre les accords de libre-échange avec les USA, contre la décentralisation dans l'éducation ... qui vont se retrouver en février 2006 au sein d’un nouveau parti  l’Alliance du Peuple pour la Démocratie (le PAD). D’autres forces vont le rejoindre, comme l’élite proche du Palais royal, la secte bouddhiste Santi Asoke, dirigée par un général de police à la retraite, Chamlong Simuang, ancien gouverneur de Bangkok, des militaires, des généraux de réserve liés au Conseil privé du roi ; et même des membres du Parti démocrate (opposition parlementaire) liés aux intérêts thaïlandais du sud musulman, des syndicalistes du secteur public tel Somsak Kosaisuuk ; quelques anciens militants de gauche des années 1970 et des universitaires en rupture avec la hiérarchie. Bref, un parti hétéroclite composé de groupes divers qui ont en commun la haine de Thaksin et le projet de le renverser.

 

Une opportunité est offerte en janvier 2006, lorsque Thaksin  décide de vendre sa société Shin Corp à Temasek, une entreprise détenue par l'État de Singapour, pour un montant de 1,5 milliards d’euros sans payer d’impôts, ni de taxes. Cette vente qui s’ajoute aux scandales de corruption dont celui lié à la construction de l’aéroport Suvanabhurmi vont scandaliser l'opinion et relancer le mouvement de contestation anti-Thaksin.

 

Des manifestations ont lieu organisées par le PAD, qui voient apparaître dans les rues de Bangkok ceux qu’on appellera les « jaunes » (couleur de leur Tshirt et couleur royale) réclamant la démission de Thaksin ; Les opposants politiques réclament une enquête indépendante sur la vente de la Shin Corp à Singapour ; les critiques se font désormais entendre. Abhisit du Parti démocrate se dit prêt à être premier ministre … La crise est ouverte.

 

Thaksin espère reprendre la main en provoquant des élections générales anticipées qui auront lieu le 2 avril 2006. En raison de l'appel au boycott lancé par l'opposition, Thaksin a transformé ce scrutin en référendum, promettant de démissionner si son parti, Thai Rak Thai (TRT, « Les Thaïlandais aiment les Thaïlandais »), remporte moins de 50% des suffrages.

 

Le TRT remporte les élections avec 61,1% des voix et obtient 460 sièges (Sur 500), avec 37,9 de non-votants.  Mais dès le 3 avril le PAD dénonce les fraudes et déclare ne pas reconnaître ces élections. La Cour constitutionnelle invalide les élections. Le gouvernement appelle à de nouvelles élections le 15 octobre 2006.

 

Mais Thaksin ne parvient pas à reprendre la main. Après un entretien avec le roi, il annonce même qu’il se met en retrait et va prendre des vacances. Il désigne son bras droit, Chiddai Vanasathidya, vice-Premier ministre et ministre de la Justice, pour assurer l’intérim.

 

Arnaud Dubus dans un article du 25 juin 2006 évoque « Une ambiance de fin de règne flotte dans les bâtiments de style colonial de la Maison du gouvernement, le siège du pouvoir thaïlandais. Deux des conseillers juridiques clefs du Premier ministre Thaksin Shinawatra sont déjà partis. Il s’agit du secrétaire général du gouvernement Bovornsak Uvano et du vice-Premier ministre Vissanou Krua-ngam. Ils ont préféré abandonner les importants bénéfices matériels de leur fonction auprès de l’homme le plus riche du pays pour conserver un semblant de crédibilité afin de pouvoir poursuivre leur carrière. (…)  Et les rumeurs abondent sur la possible démission de plusieurs autres ministres de poids. On parle de celui de l’Education, Chaturon Chaisaeng et de celui du Commerce, Somkid Jatusripitak. (…) Le Premier ministre Thaksin semble démoralisé. Ses interventions sont truffées d’allusions à ce qu’il veut laisser en héritage «au prochain Premier ministre», laissant à penser qu’il pourrait démissionner.»

 

Thaksin ne contrôle plus désormais toutes les commissions de contre-pouvoir.  

Après de longues tergiversations, la commission électorale a établi un rapport d’enquête estimant que le Thai Rak Thai était coupable de fraude électorale «mettant en cause le système démocratique et la sécurité nationale». Le bureau du procureur général est en train d’étudier le rapport avant de le remettre à la Cour constitutionnelle. Si elle est saisie, elle devrait se prononcer sur les sanctions à prendre au début du mois de juillet. Une dissolution du parti de Thaksin est possible si la culpabilité est retenue.

 

Mais un coup d’Etat (sans effusion de sang) a lieu le 19 septembre 2016 – pendant que Thaksin  est à New-York pour l’Assemblée générale de l’ONU - dirigé par le chef de l’armée de terre, le général Sonthi, qui mettra fin à l’ère Thaksin.

 

 Le coup d’Etat sera légitimé dès le lendemain par un décret royal Un décret royal légitimant le renversement d'un gouvernement légitime !),  «  qui le nommera « chef du Conseil pour la réforme démocratique sous la monarchie constitutionnelle »(sic)

 

On connait la suite : La loi martiale, le parlement est dissous, la constitution et le conseil constitutionnel sont invalidés, les rassemblements politiques sont interdits, et les médias sont mis  sous le contrôle de la censure militaire …

 

Le 2 octobre 2006, l’ancien commandant en chef le général Surayud Chulanond« conseiller privé du Roi », est nommé 1er ministre 

 

Le général Surayud Chulanont ?

 

Vous vous souvenez (Cf. supra) que Thaksin l’avait  démis de ses fonctions de commandant en chef de l’armée un an avant le terme de son mandat le 1er octobre 2002 en le nommant commandant suprême des forces armées à titre honorifique. L’année suivante, le roi l’avait nommé au sein de son Conseil privé. Il allait y retrouver un proche,  le général Prem, Chef du Conseil privé du roi.  Ils seront tous deux très actif pour que le général Sonthi soit nommé commandant en chef de l’armée  le 1er octobre 2005. Le général qui dit-on, proposera au roi de nommer le général Surayud Chulanond, comme 1er ministre. La boucle était bouclée. Evidemment, il y aurait beaucoup à dire sur le rôle de ces trois généraux dans  leur opposition à Thaksin et leurs rôles respectifs dans la préparation de ce coup d’Etat, sans évoquer celui du roi, bien-entendu, lèse-majesté oblige.

 

Un nouveau chapitre de l ‘Histoire de la Thaïlande s’ouvrait.

 

Mais cet article consacré aux deux gouvernements de Thaksin (17/02/2001-19/09/2016) sera le dernier chapitre de « Notre Histoire chronologique de la Thaïlande », à laquelle nous avons consacré  245 articles et plus de 2500 pages ! Nous avons jugé qu’à partir du gouvernement du général Surayud Chulanond, nous n’étions plus dans l’Histoire, mais dans un jeu politique dont les acteurs sont toujours en activité et dans un combat dont nul ne connait l’issue. La menace du « lèse-majesté » a aussi contribué à prendre cette décision. Mais nous n’en avons pas fini avec l’Histoire de la Thaïlande …

 

 

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Sources et notes.

* Ainsi le 5 mars 2002, remaniement de 4 ministres ; Le 3 octobre 2002, profond remaniement touchant 35 ministres ; Le 8 février 2003, 5 changements de poste ; Le 8 novembre 2003, 16 ministres  sont touchés ; le 10 mars 2004, 12 (10 changements de poste et 2 démissions) ; Le 30 juin 2004, 2 démissions et 2 changements ; Le 5 octobre 2004, 3 démissions importantes, les vice- 1er ministres Gen. Thammarak Isarangura Na Ayutaya et Capt. Suchart Chaovisit, et le ministre de la Défense Gen. Chetta Thanajaro ; le 6 octobre 2004, 6 changent de poste et 3 nominations dont le  Gen Sumpan Boonyanun à la Défense.

** Notre source principale  est l’excellent article de Nicolas Revise « Le système Thaksin : coup de frein au processus de démocratisation ou « voie thaïlandaise » vers la démocratie ?  (Les Etudes du CERI, N° 115- juin 2005.

D’autres sources :  wikipédia anglais ;  Arnaud Leveau et  Thongchai Winichakul, dans leur article « Tout doit changer pour que rien ne change » et Sophie Boisseau du Rocher dans son article « La Thaïlande au sein de l’Asean : une diplomatie en perte de vitesse », in Thaïlande contemporaine, IRASEC.

 

*** Résultats des élections du 6 février 2005.

Parties

Votes

 %

Seats

Thai Loves Thais Party (Phak Thai Rak Thai)

 

60,7

375

Democrat Party (Phak Prachatipat)

 

18,3

96

Thai Nation Party (Phak Chart Thai)

 

11,4

27

Great People's Party (Phak Machacon)

 

8,3

2

Phak Khonkhoplodnee (Khonkhoplodnee Party)

 

0,6

-

New Aspiration Party (Phak Khwam Wang Mai)

 

0,4

-

Total (turnout 72%)

 

 

500

Source: Angus Reid, The Nation and Adam Carr's Electoral Archives

**** Résultats des élections du 6 février 2005.

These results were invalidated by the Supreme Court

Parties

Votes

%

Seats

Thais Love Thais Party (Phak Thai Rak Thai)

15.866.031

61,1

460

Others

267.196

1,1

-

No Vote

9.842.197

37,9

-

Vacant

   

40

Democrat Party (Phak Prachatipat)

boycott

Thai Nation Party (Phak Chart Thai)

boycott

Great People's Party (Phak Mahachon)

boycott

Total valid votes (87,2 % of votes cast)

25.975.424

100

500

Invalid votes

3.815.870

 

Votes cast (turnout 65,2 %)

29.791.294

 

Registered voters

45.663.089

 

Source : Adam Carr using MCOT website and other media websites. The TRT won 34,7 % of the registered voters.

Il va pour ce faire montrer un volontarisme et un interventionnisme hors du commun, dans un style autoritaire parfois brutal mû, nous dit Nicolas Revise**,  avec « une ambition unique : s’emparer de l’Etat pour assurer une croissance économique favorable aux milieux d’affaires et au marché domestique » ; sans oublier … ses propres affaires, et une certaine conception de la démocratie qu’il explicite : « J’ai pris la décision d’entrer en politique […] conformément à la théorie du contrat social que j’ai étudiée. Lorsque les individus vivent ensemble dans un Etat, ils doivent accepter de sacrifier une partie de leur liberté afin que l’Etat établisse des règles pour que tous puissent vivre ensemble dans une société juste. C’est le vrai noyau du système de représentation politique ». Cela va se traduire effectivement pour Thaksin par sa volonté de diriger et de contrôler toutes les institutions du royaume et de « vider de sa substance les garde-fous institutionnels » (commission électorale et anti-corruption, Cour constitutionnelle…), et d’éliminer toute forme d’opposition (parlementaire, militaire, médiatique, syndicale et associative). 

 

L’article de Nicolas Revise (plus bas appelé RC ) « Le système Thaksin : coup de frein au processus de démocratisation ou « voie thaïlandaise » vers la démocratie ? » sera notre principale source. 

 

Le bilan économique du 1er gouvernement.

 

Nul doute que Thaksin a redonné à la Thaïlande son dynamisme et assaini son économie. Là - bien sûr - la présentation sera différente ou nuancée selon  le sort que l’on veut faire jouer à Thaksin et selon les indicateurs choisis.

 

Pour Nicolas Revise, cela est clair :

 

La croissance du PIB est passée de 4,9 milliards en 2001 à 7,1 milliards de baths en 2006  « en s’appuyant sur une demande intérieure   [qui] s’est  rapidement  traduite  dans  les  faits :  l’économie  s’est  assainie ;  les entreprises ont renoué avec les bénéfices, l’industrie a poursuivi son désendettement, de nombreux emplois ont été créés ; le pouvoir d’achat a augmenté, le taux de mauvaises créances des banques est tombé à 11,4 % fin 2004, celui d’utilisation des capacités industrielles est remonté à plus de 75 %, et des milliards de bahts de prêts, notamment dans le secteur rural, ont été distribués. Enfin, le FMI, qui avait débloqué quelque 17 milliards de dollars en 1997, a été remboursé intégralement en juillet 2003 avec deux années d’avance. Malgré une année 2004 troublée par la grippe aviaire, les tensions dans le Sud musulman et le tsunami meurtrier du 26 décembre 2004 (…) En quatre ans, la richesse nationale du royaume a augmenté de 35 % pour atteindre 171 milliards de dollars, les réserves de change ont progressé de 50 % et s’élèvent à 49 milliards de dollars. Mieux, la dette publique a chuté à 47 % du PIB contre près de 62 % en 2001. L'inflation a été  maîtrisée avec un taux de 2 % à 3 %, le compte des transactions courantes est bénéficiaire et le budget  2005 est équilibré  pour  la  première  fois  depuis  1997. » 

 

Pour la première fois, l’économie a été basée sur l’économie locale plutôt que sur la demande extérieure et  la  consommation privée est passée à 56 % du PIB du pays pour constituer le principal moteur de la croissance du pays.

 

Thaksin a encouragé les ménages à consommer à outrance plutôt qu’à épargner, remettant en cause l’un des piliers de l’économie du pays : le taux d’épargne, déjà traditionnellement élevé en Asie, y est l’un des plus forts du monde, atteignant entre 30 % et 40 %.

 

Pour la première fois aussi, on  a pu constater un 1er ministre tenir ses promesses de campagne en faveur des masses rurales.

 

Il a bien effectué un moratoire sur les dettes ; il a  bien alloué à  chacun des 77 000 villages un prêt d’un million de baths, même si nous dit Revise, il a plutôt servi à acheter des téléphones portables ou des motocyclettes ; et donner un accès aux soins hospitaliers aux plus pauvres moyennant un forfait de 30 baths. (Ce qu’il lui vaut encore aujourd’hui la reconnaissance des paysans du Nord et du Nord-Est).

 

Les gouverneurs dans leur province reçurent l’ordre d’initier et de soutenir des projets économiques, en ville et dans les campagnes comme ceux initiés par le gouvernement comme par exemple le dispositif OTOP (One tambon, one Product) (Une commune (un sous-district), un produit). Les villageois furent encouragés à générer des revenus en développant des produits de bonne qualité en utilisant les ressources et les compétences locales. Les produits OTOP seront (et sont encore) très populaires ; des salons et des foires seront organisées ; donnant à beaucoup reconnaissance et fierté.

 

Réforme de l’administration.

 

Arnaud Leveau et  Thongchai Winichakun, dans leur article « Tout doit changer pour que rien ne change »*** (In Thaïlande contemporaine) estimeront qu’ « Il s’agit sans doute de la réforme administrative la plus importante depuis celle du roi Chulalongkorn. Cette restructuration avait pour objectif de simplifier l’appareil administratif et d’encourager la performance et les résultats. De nouveaux ministères ont été créés (ministère des Affaires  sociales et du Développement humain, ministère du Tourisme et des Sports, ministère des ressources naturelles et de l’Environnement, ministère de la Communication et de l’Information, ministère de la Culture). Alors que leur rôle était auparavant essentiellement  protocolaire les gouverneurs de province sont devenus des gestionnaires aux côtés des fonctionnaires nommés par l’Etat. Dès 2003, les gouverneurs - PDG ont été en charge de la planification et du développement dans leurs provinces respectives assistés par des directeurs financiers nommés par le ministre des Finances. Ces mesures ont été annulées après le coup d’Etat de 2006. » (Note 12, p.524)

 

Certes les critiques n’ont pas manqué contre la gestion de Thaksin, surtout celles dénonçant la forte collusion entre le monde des affaires et le sommet de l'Etat.

 

Les proches du TRT seront largement favorisés, ses détracteurs oubliés des largesses gouvernementales. Une étude comparative mondiale des liens entre monde des affaires et politique révèlera que 20 % des sociétés cotées à Bangkok ont de très fortes connections gouvernementales. « A titre d’exemple, l’empire Shin Corp. (contrôlé à 39,3 % par la famille Shinawatra) a vu son titre en Bourse progresser de 11 % en 2004, alors que l’indice de Bangkok a chuté de 13,5 % sur la même période. De 2002 à 2006 les actions de Shin Corp augmenteront  de 173 %. » (In N. R.)

 

Mais Thaksin ne va pas se contenter d’une réussite économique pour son pays et pour lui ; mais voudra aussi tout contrôler : le jeu politique, l’administration, l’armée, les médias. Ce qui va lui valoir de nombreux ennemis.

 

Le contrôle de l’armée et de la bureaucratie et civile.

 

Si au début en 2001, Thaksin laisse en place le général Surayut, le commandant en chef de l’armée, il ne peut supporter son autonomie et sa politique de sécurité aux frontières à l’égard de la Birmanie, qui va à l’encontre de sa volonté de normaliser ses relations avec l’« ennemi héréditaire ». Thaksin le démet de ses fonctions un an avant le terme de son mandat le 1er octobre 2002 et le nomme commandant suprême des forces armées à titre honorifique. Il désigne  le général Somdhat Attanant, qui n’est pas dans la ligne de succession directe, mais qui assure  que, sous son commandement, « l’armée de terre suivra strictement la politique gouvernementale et ne fera rien qui puisse altérer les relations entre la Thaïlande et la Birmanie »

 

De plus, Thaksin commence à infiltrer l’armée et faire des passe-droits. Il place sa famille et ses amis, accélère l’avancement d’anciens camarades de sa promotion au sein de l’académie militaire, intervient dans les nominations de l’état-major. Ainsi, il nomme deux de ses cousins germains à des postes de haut commandement, et le général Chaisit Shinawatra devient en août 2003,  commandant en chef de l’armée, puis sautant plusieurs échelons hiérarchiques, commandant suprême le 1er octobre 2003. Les nouveaux promus ont désormais les moyens « de surveiller les activités politiques ». Auparavant Thaksin avait pris soin de diriger directement la police.

 

Thaksin  va aussi chercher à contrôler l’imposante bureaucratie thaïlandaise.

 

Certes au départ, Thaksin comme tout chef d’entreprise veut une administration efficace et réduire les coûts jugés inutiles. Mais très vite, il va court-circuiter les institutions administratives de contre-pouvoir créées par la Constitution de 1997, comme les commissions indépendantes d’anti-corruption, électorale, des droits de l’homme, etc, en nommant « des amis » et des hommes d’affaires proches du TRT aux postes de responsabilité.

 

Contrôle des médias.

 

Il ne suffit pas à l’Etat de contrôler cinq chaînes de télévision nationales, directement ou via des concessions à des groupes  privés, à l’armée  d’en contrôler deux  :  (l’une  gérée  en  direct (Channel 5), l’autre (Channel 7), qui capte 60 % de l’audience nationale, par la société privée  Bangkok  Television  and  Radio  Company), avec  202 fréquences radio et 2 700 fréquences téléphoniques, il a fallu aussi faire taire et licencier éditorialistes et commentateurs qui parlent trop librement sur les problématiques politiques ou sociales (libertés publiques, corruption, environnement…). Des émissions ont été interdites, les journaux raccourcis pour laisser place aux jeux et aux séries B. Déjà en 2000.  ITV créée en 1996, réputée pour son impertinence et la qualité de ses enquêtes, avait été rachetée en 2000 par le groupe Shin Corp. de Thaksin ; elle fut mise au pas après la nomination de Thaksin.  

 

Contrôle de la presse.

 

Pour la presse, ce fut plus difficile, mais à partir de 2002, les pressions sur les journalistes et les rédacteurs furent légions, et on vit se multiplier des visites impromptues de policiers aux sièges des publications. Mais le plus efficace, fut le chantage à la publicité, opéré par  les grands groupes thaïlandais liés au gouvernement ou à des agences publiques, qui contraignit les médias à s’imposer une autocensure de peur de perdre leurs précieux budgets publicitaires. (In R. C.)

 

Même les organisations non gouvernementales (ONG), favorables à Thaksin au début de son mandat, furent mises au pas et subirent une répression sévère, quand elles devenaient contestataires de projets gouvernementaux, comme par exemple lorsque des villageois et des pêcheurs appuyés par des mouvements écologistes s’opposèrent à la construction d’un barrage dans le Nord-Est (barrage de Pak Mun) ou contre un projet de pipeline entre la Malaisie et le sud de la Thaïlande. D’ailleurs, note Revise, même « Les enquêtes accablantes de la Commission des droits de l’homme ou du Sénat n’arriveront jamais jusqu'au bureau de la Chambre des représentants. »

 

On a là un début d’explication du système Thaksin, qui lui vaut admiration ou haine. Il veut vraiment que la Thaïlande soit reconnue internationalement comme un pays émergent, à l’instar de Singapour et de la Malaisie (Ce sont ses modèles), mais pour cela il faut faire vite, transformer le pays, réformer tout azimut,  et donc placer ses hommes ou ceux qui sont compétents et proche du régime aux différents rouages et neutraliser ceux qui ne pensent pas comme lui. Mais ses méthodes sont souvent brutales voire expéditives, convaincu qu’il est de sa toute puissance et du soutien de l’opinion. Mais il est vrai qu’il n’a pas peur d’affronter les conservatismes, les acquis, les mauvaises habitudes, s’il juge qu’ils sont un frein pour le développement de son pays.

 

Ainsi pour l’éducation.

 

La constitution de 1997 annonçait la décentralisation de l’Education nationale, mais encore fallait-il avoir le courage de la mener. Thaksin l’a mis donc en œuvre en confiant l’éducation aux Tambons avec le TAO (Tambon Administrative Organization’s), mais il rencontra une vive opposition des 700 000 instituteurs de Thaïlande qui ne voulaient pas perdre leur statut de fonctionnaire. Il sut cette fois-ci accepter un compromis en accordant un délai de deux ans.

 

Mais Thaksin fit bouger les lignes en créant un fond pour les étudiants (le SLF) et un programme d’aide (le ICL) et en incitant les banques – pour la 1ère fois - à accorder des prêts à 1 % pour que les étudiants modestes puissent suivre des études universitaires avec l’assurance de ne commencer à rembourser qu’une fois que leurs salaires mensuels  seraient à 16 000 baths. Ce programme fut supprimé après le coup d’Etat de 2006.

 

Thaksin sera aussi partisan du projet Nicholas Negroponte « un ordinateur par élève » (One Laptop Per Child (OLPC)) en commençant avec 600 000 ordinateurs. La junte en 2006 annulera aussi ce projet. (On se doute qui aurait vendu ces ordinateurs) Thaksin initiera aussi le projet controversé « Un district, une école d’excellence », critiqué par ceux qui n’étaient pas dupes que ce projet bénéficierait aussi aux compagnies de Thaksin.

 

Mais si Thaksin multipliait les réformes et les projets, il voulait aussi marquer les esprits, montrer encore sa puissance avec un défi inédit : éradiquer la drogue du pays en 3 mois. Jugez plutôt. 

 

Devant l’explosion de la consommation du yaba (amphétamine) en 2002 dans les lieux de plaisirs mais aussi dans les usines et les écoles,  (On évoque 800 millions de pilules par an et  des centaines  de milliers de dépendantsThaksin décide de frapper fort et d’éradiquer la drogue de Thaïlande en 3 mois.

 

Le 14 janvier 2003 Thaksin détaille le plan de sa campagne anti-drogue. Les gouverneurs doivent établir des listes noires des trafiquants et les policiers ont tout pouvoir. A partir du 1er février 2003 les morts s’accumulent et au bout des trois mois on recense officiellement 2 637 tués (Human Rights Watch en dénombrera 2 275). La police déclare que la majorité des victimes a été tuée au cours de règlements de comptes entre trafiquants, même si elle reconnaît avoir tiré dans 68 cas en légitime défense. Evidemment la Commission des droits de l’homme et du siège régional des Nations unies à Bangkok contesteront ces chiffres et évoqueront des exécutions sommaires. Le roi lui-même lors de son discours à la Nation à l’occasion de son anniversaire le 5 décembre demandera que la police fournisse des informations fiables, mais nulle enquête ne sera menée par les polices locales. Revise toutefois estime « que la méthode rappelle à bien des égards les escadrons de  la  mort  de  militaires  qui  abattaient des  paysans acquis  à  la  cause communiste dans le Nord-Est durant les années 1970, la guerre anti-drogue est un message très clair adressé à tous ceux qui seraient tentés par la contestation. »

 

Quant à Thaksin, il se félicitera en décembre 2003, d’avoir fait arrêter 52.374 personnes, envoyé 327.224 toxicomanes en cure et saisi 3,7 milliards de bahts d’argent sale, et cela avec l’approbation populaire. (Cf. Notre article  A68. Pouvoir, drogue (yaa baa), justice à Kalasin (Thaïlande).

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a74-pouvoir-drogue-yaa-baa-justice-a-kalasin-thailande-109649171.html)

 

Insurrection dans les provinces du Sud dont la  majorité est d’ethnie malaise et musulmane en 2004.

 

Il faut se rappeler que les provinces de Pattani, Yala, Narathiwat et Songkla constituent jusqu'au début du XXe siècle une entité unique et autonome, le Royaume de Pattani ; qu’en 1909, le Siam et la Grande-Bretagne signait un traité qui partageait les Etats malais non-fédérés, sous influence britannique, Le Siam renonçait à ses prétentions sur les États de Kedah, Kelantan, Perlis, et Trangkanu, et gardait en revanche la souveraineté sur une région qui consiste dans les provinces actuelles de Narathiwat (Manara en malais), Pattani, Satun, Songkla (l’ancienne Singore), et Yala. La région de Satun, de population à majorité thaïe avait été séparée de l’Etat malais de Kedah.

 

Ces provinces dont la majorité est donc « d’ethnie » malaise et musulmane, ne s’est jamais considérée comme thaïe, et a toujours été en conflit avec le gouvernement central de Bangkok, qui n’a jamais voulu leur accorder une autonomie, ni reconnaître leurs spécificités. Un mouvement séparatiste en surgira.

 

(Pour en savoir un peu plus sur l’histoire de cette région malaise, cf. notre article 12 :   Terrorisme ou insurrection séparatiste dans le Sud de la Thaïlande ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-12-terrorisme-ou-insurrection-separatiste-dans-le-sud-68166091.html)

 

Dès son accession au poste de premier ministre en 2001, Thaksin veut prendre en main – via ses policiers - le contrôle de la situation dans les provinces du Sud, déstructurant ainsi les réseaux d’influence mis en place par l’armée. Une nouvelle politique est engagée avec un discours nationaliste qui laisse peu de place au dialogue. De fait, en 2001, on va constater une recrudescence de la violence.

 

Piotr Kowalczyk, (correspondant à Bangkok du Journal international, 26 Septembre 2013) estime effectivement que « Dès son accession au poste de premier ministre en 2001, Thaksin supprime les institutions de dialogue entre thaïs et musulmans. Il accroît le rôle de la police au détriment de celui de l'armée, dont il remplace les dirigeants. Le nationalisme agressif qui accompagne son discours rompt avec les tentatives de dialogue mises en place depuis les années 1990. L'effet de ces politiques est immédiat. La déstructuration des réseaux d'influence de l'armée permet un retour incontrôlé des groupes séparatistes, muselés jusqu'alors. La multiplication des arrestations aveugles et l'utilisation d'une rhétorique agressive à l'encontre des minorités brise la confiance qui avait pu naître entre thaïs bouddhistes et musulmans malais. »

 

Mais en 2004 c’est l’escalade.

 

Le 4 janvier 2004, des bandes armées non identifiées (Mais les autorités pensent que les auteurs sont issus des mouvements séparatistes musulmans connus (PULO, PULO Mai, BRN) attaquent 93 endroits (Des postes de police, des installations de l’armée, des écoles ) dans près de 20 districts des provinces de Yala, Narathiwat et de Pattani (proches de la frontière avec la Malaisie), faisant près de 40 morts (musulmans et bouddhistes), mais l’attaque la plus spectaculaire est celle opérée par une trentaine de « rebelles » contre le camp de Ratchanakarin, dans la province méridionale de Narathiwat, qui tue 4 soldats ainsi qu’un moine bouddhiste (égorgé devant témoins), avant de vider le dépôt d’armes de la base et de s’enfuir  avec plus de 350 fusils d’assaut et des roquettes. Au même moment, 21 écoles sont incendiées.

 

La loi martiale est proclamée le 6 janvier et Thaksin va répondre par la force, en renforçant l’armée qui pense étouffer le conflit en utilisant des méthodes expéditives, qui ne feront  qu’intensifier les assassinats, les enlèvements  et les attentats.

 

Le 11 février, le petit poste de police d’Ayer Weng est attaqué. Le 23 mars, une bombe explosait à Narathiwat ; Le 27 mars, une autre bombe posée sur une motocyclette explosait, détruisant un club nocturne blessant 30 personnes. Le 30 mars, des hommes armés volaient de la dynamite, des détonateurs ainsi que 1,4 tonne de nitrate d’ammonium dans une carrière à Yala. Le 14 avril, des cheminots de la province de Pattani découvraient une tentative visant à faire dérailler un train. (Source Philippe Raggi, http://www.checkpointonline.ch/CheckPoint/Monde/Mon0090 ThailandeViolencesSud.html

 

Le 28 avril 2004 se produisent les attaques simultanées les plus spectaculaires menées contre quinze postes de police, des postes de défense des villages, des bureaux de districts. L’armée réagit violemment. Elle n’hésite pas à attaquer la mosquée de Krue-Sae, non loin de Pattani, où 32 insurgés s’étaient réfugiés, pour les anéantir. Le bilan est lourd avec au final 113 tués dont 108 civils.

 

Les explications du regain de violences dans ces provinces sont multiples, mais Philippe Raggi estime  que « l’hypothèse la plus probante et la plus inquiétante – c’est une convergence d’intérêts conduisant les mouvements musulmans séparatistes thaïs d’une part et les puissants réseaux locaux du syndicat de la drogue d’autre part à s’allier et à mener des actions communes, effaçant la ligne de démarcation entre les bandes criminelles liées au trafic de drogue et les séparatistes terroristes. Depuis la « guerre contre la drogue » déclarée par le Premier Ministre thaï au début de l’année, des relations se sont forgées entre les gangs criminels, les militants islamistes et les séparatistes. Ces mouvements ont en effet un ennemi commun : le gouvernement central. »

 

Un autre drame aura lieu le 25 octobre 2004. 1000 personnes manifestent devant le poste de police de Tak Bai. Elles sont arrêtées, et empilées dans des camions afin d'être transférées dans un camp militaire voisin. 84 personnes, dont des femmes et des enfants, meurent étouffés dans des circonstances jugées suspectes par de nombreux observateurs. De même l’enlèvement ensuite par la police, disent des témoins, de l’avocat musulman Somchai Neelapaijit, puis sa disparition ne pouvait qu’augmenter la tension.

 

Thaksin nommera bien en mars 2005 une Commission nationale de Réconciliation dirigée par le vice-1er ministre Anan Panyarachun, mais le rapport final ne sortira qu’en juin 2006. Il proposait bien d’introduire quelques lois islamiques et de reconnaître la langue Yawi comme langue officielle auprès du thaï,  mais il restera dans les tiroirs. Par contre, la population put voir arriver des renforts militaires et policiers transformant la région en un camp militaire et apprendre que Thaksin le 15 juillet  2005  promulguait un décret d’Etat d’urgence pour les trois provinces de  Yala, Pattani et  Narathiwat donnant de fait tout pouvoir à l’armée et à la police pour étouffer « l’insurrection ». De nombreuses associations de droits de l’homme s’élèveront contre ce décret non seulement pour dénoncer  une grave atteinte aux libertés civiles, mais pour le pouvoir ainsi donné à l’armée et à la police pour agir en toute impunité. Une lettre déjà du 25 juin de Brad Adams, directeur exécutif Asie  d’Human Rights Watch par exemple, adressée au 1er ministre, rappellera que sous son gouvernement, il était fait un usage abusif de la force s’exerçant avec violence et impunité, comme par exemple lors de « la guerre contre la drogue ». https://www.hrw.org/news/2005/06/25/letter-prime-minister-thaksin-shinawatra-re-emergency-decree-public-administration

 

L’Etat d’urgence proclamée montrait une fois de plus l’autoritarisme de Thaksin, usant et abusant des forces policières et armées pour régler les conflits.

 

La politique étrangère.

 

Après la disparition de la menace communiste à la fin des années 80, les différents gouvernements ont été plus préoccupés par les questions économiques sans négliger les questions de sécurité, si l’on en juge par les nouveaux accords de 2003 avec les Etats-Unis qui plaçaient la Thaïlande comme « partenaire majeur hors OTAN » et lui permettait « d’avoir ainsi un accès privilégié à l’aide américaine et des crédits bonifiés pour les achats d’armements ». Mais s’il ne pouvait se passer  du principal débouché pour le commerce Thaïlandais, l’interventionnisme américain au niveau politique (Et économique à propos de la propriété intellectuelle), ne pouvait qu’encourager Thaksin, à multiplier les accords bilatéraux, et à se rapprocher de  Pékin. (Cf. Arnaud Dubus

http://www.centreasia.eu/sites/default/files/publications_pdf/note_thailande_entre_influences_americaines_et_chinoises_avril_2013.pdf

De fait, la politique étrangère de Thaksin sera guidée par les intérêts économiques de la Thaïlande et il agira -nous l’avons déjà dit- comme le chef d’entreprise de la Thailand Company.

 

Thaksin va donc se concentrer  sur les relations commerciales bilatérales, d’autant plus justifié, que les chefs d’Etat lors du sommet annuel de l’Asean à Bali avaient décidé de repousser à 2020 le marché commun de l’Asean. (Contre l’avis de Thaksin qui avait plaidé pour 2012.)

 

Ainsi, il initiera un rapprochement avec  les Etats-Unis qui est le premier débouché commercial de la Thaïlande. (A absorbé en 2002 pas moins de 22,1 % de ses exportations (14,8 milliards de dollars) (La Thaïlande enverra en septembre 2003 un contingent de 450 militaires en Irak  affectés à des opérations humanitaires jusqu’en septembre 2004); signera des accords de libre-échange avec la Chine en octobre 2003 portant sur les produits agricoles, avec l’Australie  le 5 juillet 2004 (qui sera en application le 1er janvier 2005) qui supprimera à terme la quasi-totalité des droits douaniers entre les deux pays, sauf notamment pour les produits laitiers en poudre ;  une coopération économique avec  l’Inde  en 2004 (Thaksin avait visité l’Inde en novembre 2001) portant surtout sur des réductions tarifaires sur 200 produits, avec le Bahreïn …

 

Sophie Boisseau du Rocher dans son article « La Thaïlande au sein de l’Asean : une diplomatie en perte de vitesse » (In « Thaïlande contemporaine ») confirmera la volonté de Thaksin  d’utiliser l’Asean comme un espace économique à conquérir, privilégiant les relations interpersonnelles et en ne dérogeant pas au principe de non-ingérence. Il se positionnera contre les propositions de Surin Pitsuwan qui voulait faire évoluer les Institutions de l’Asean et remettre en cause le sacro-saint principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats. (Ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement précédent et « Chairman du Forum régional de l’Asean en 1999-2000. Il sera secrétaire général de l’Asean en 2008-2012)

 

Sophie Boisseau du Rocher évoquera les diatribes et coups de colère de Thaksin « lors du sommet de Vientiane (décembre 2004) où il n’a pas hésité à menacer la Malaisie et l’Indonésie de quitter le sommet si ces deux pays évoquaient le sort des musulmans au sud du royaume. » Thaksin n’a que faire des considérations politiques et des « droits de l’homme » et ne voit que les intérêts économiques qu’il peut obtenir pour son pays. Ainsi en est-il avec le rapport privilégié qu’il va entretenir avec les généraux de la junte birmane, afin d’obtenir des marchés surtout dans le secteur énergétique ; La banque thaïlandaise Export-Import accordera même un prêt de 4 milliards de baths au gouvernement birman. (La Birmanie sera le premier partenaire officiel de la Thaïlande et verra entre 2007 et 2008 le volume de ses échanges doubler pour atteindre 3,205 milliards de dollars, dont 2,823 milliards de dollars relèvent de l’exportation birmane vers la Thaïlande et 382 millions de dollars de l’importation birmane depuis la Thaïlande. Statistiques à prendre avec précaution nous dit Sophie Boisseau du Rocher.)

 

Mais il ne peut négliger l’Asean qui est son premier partenaire commercial et représente 22 % de ses exportations, même si, nous apprend Sophie Boisseau du Rocher, Thaksin sera plus actif au sein de l’Asean + 3 (Chine, Japon, Corée du Sud), comme le montre l’accord « de récolte précoce » signé avec la Chine en 2003, initiant avant ses partenaires, la réduction et l’abolition des droits douane pour 188 variétés de fruits et légumes.

 

Thaksin est de toutes façons très actif et multiplie les initiatives tout azimut. On pense en 2002, au projet de coopération économique d’avril 2003 Ayeyawady-Chao Phraya-Mékong ( ACMECS) avec la Birmanie et le Cambodge (Qui favorisera la Shin Corp, disent ses adversaires), ou bien encore au « Dialogue de coopération de coopération asiatique » (DCA) avec les autres pays d’Asie orientale visant à promouvoir un marché obligataire asiatique. On pourrait aussi signaler d’autres coopérations comme celle de novembre 2013 à Pagan, où Thaksin avec les autres 1er ministres Khin Nyunt (Birmanie), Hun Sen (Cambodge) et Boungnang Vorachit (Laos) ont adopté une Déclaration de Pagan dans laquelle ils s'engagent à augmenter les échanges commerciaux et les investissements, à développer l'agriculture, l'industrie, le tourisme et à favoriser l'emploi ; et à tenir une fois tous les deux ans un sommet de Stratégie de coopération économique. (ECS) Thaksin y signera quatre accords dans l'énergie, deux avec la Birmanie - sur l'exploration gazière -, un avec le Laos et un avec le Cambodge. Il s’engagera également à accorder annuellement une aide d'environ 10 millions de baht (environ 2,5 millions de dollars) au développement économique de ces trois pays.

 

On pouvait observer dans ses déclarations un homme sûr de lui, quelque peu présomptueux,  prêt à régler les problèmes des autres : « Nous pourrions les aider en créant des emplois et en les encourageant à régler leur problèmes internes », « la drogue, les émigrés clandestins et la criminalité sont véritablement de gros problèmes ». Il est vrai qu’il savait régler ces fléaux ! Mais il savait ménager la susceptibilité de la junte birmane, et il avait  clairement indiqué que la question de l'assignation à résidence de l'opposante Aung San Suu Kyi - dont l'ONU et les pays occidentaux réclamaient la libération - ne serait pas évoquée à Pagan. Mais on lui reprochera de faire souvent cavalier seul, au risque d’échouer comme ce fut le cas le 15 décembre 2003, lors du premier forum international pour la réconciliation nationale en Birmanie.

 

Bref, on pourrait multiplier les exemples de cet activisme, de son ambition de développer son pays, les pays voisins et  … ses propres affaires. Thaksin ne doute pas, ne craint pas les obstacles, tant il est convaincu de parvenir à ses fins. Ainsi, il n’hésitera pas à soutenir la campagne  de son ministre des affaires étrangères, le Dr Suriakat, pour devenir le secrétaire général des Nations-Unis, qui verra la victoire de Ban Ki-Moon le 3 octobre 2006. (Thaksin était à l’Assemblée générale de l’ONU à New York  lors du coup d’Etat du 19 septembre 2016. Cf. Ci-dessous) Il est vrai que les élections du 6 février 2005 n’avaient pu que renforcer sa confiance en lui, son pouvoir et le sentiment d’être suivi par l’énorme majorité de la population.

 

Le deuxième gouvernement Thaksin (11 mars 2005 -

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 22:43
244. THAKSIN SHINAWATRA DEVIENT 1er MINISTRE LE 17 FÉVRIER 2001.  UNE ASCENSION FULGURANTE !

Le 9 novembre 2000, un décret royal dissout le Parlement sous le gouvernement du 1er ministre Chuan Likpai. Le 6 janvier 2001 ont lieu les élections générales qui voient la victoire éclatante du parti Thai Rak Thai de Thaksin (ไทยรักไทย, « les Thaïs aiment les Thaïs »)*, (créé le 15 juillet 1998 et se présentant pour la 1ère fois aux élections), avec 248 sièges (40,6%) et la défaite du Parti Démocrate de Chuan Likpai avec 128 sièges (26,6%), sur 500 sièges proposés selon la Constitution de 1997**.

Partis

Votes

   %

Sièges

  Liste

  Const.

  Total

Thai Rak Thai

11.634.495

  40,60

   48

   200

  248

Democrat Party

 7.610.789

  26,60

   31

    97

  128

New Aspiration Party

 2.008.945

   7,00

     8

    28

   36

National Development Party

 1.755.476

   6,10

     7

    22

   29

Thai Nation Party

 1.523.807

   5,30

     6

    35

   41

Liberal Integrity Party

   

     0

    14

   14

Citizen's Party

   

     0

     2

    2

Social Action Party

   

     0

     1

    1

Thai Motherland Party

   

     0

     1

    1

Total

28.629.202

 

100

  400

  500

 

244. THAKSIN SHINAWATRA DEVIENT 1er MINISTRE LE 17 FÉVRIER 2001.  UNE ASCENSION FULGURANTE !

Un décret royal du 9 février 2001 nomme le Lieutenant-Colonel de Police Thaksin Shinawatra (ทักษิณ ชินวัตร), comme le nouveau 1er ministre.

 

Le Parti Nouvelle Aspiration du général Chavalit Yongchaiyadh va fusionner avec le parti Thai Rak Thai après les élections et va former une coalition avec  le Parti de la Nation Thaïe. Le Parti Démocrate avec le Parti du Développement National seront de nouveau dans l’opposition ; Et Chuan Likpai sera le leader de l’opposition.

 

Le 17 février 2001, le nouveau gouvernement du Lieutenant-Colonel de Police Thaksin Shinawatra est nommé officiellement par décret royal. Il se compose de 37 ministres, avec le retour du général Chavalit Yongchaiyadh qui devient vice-1er ministre et de nouveau ministre de la Défense ; Et les autres hommes forts du moment, qui sont également nommés comme vice-1er ministre, à savoir Suwit Khunkitti, Det Boon – Long (Egalement ministre du travail et des affaires sociales), Pongpon Adireksarn, et Pitak Intrawityanunt. 4 ministres sont nommés au sein de l’Office du 1er ministre.

 

Ce gouvernement officiera du 17 février 2001 au 11 mars 2005, et va connaître quelques changements de postes et démissions, qui sont toujours le signe de tensions  politiques et de rivalités. (Cf. Article suivant)

 

Conformément à la Constitution de 1997, qui accorde un mandat de 4 ans aux élus, le roi dissout le Parlement ; et de nouvelles élections générales auront lieu le 6 février 2005. C’est un triomphe pour Thaksin. Son parti, le Thai Rak Thai obtient une large majorité absolue avec 375 sièges sur 500 parlementaires ; son partenaire dans la coalition, le Parti National Thaï obtient 27 sièges. Le parti de l’opposition, le Parti Démocrate perd encore des sièges et n’a plus que 96 sièges ; Et le Great People's Party (Phak Machacon) nouvellement formé pour ces élections n’aura que 2 sièges.

244. THAKSIN SHINAWATRA DEVIENT 1er MINISTRE LE 17 FÉVRIER 2001.  UNE ASCENSION FULGURANTE !

Le 11 mars 2005 un décret royal officialise le deuxième gouvernement Thaksin qui sera interrompu par un coup d’Etat le 19 septembre 2006.

244. THAKSIN SHINAWATRA DEVIENT 1er MINISTRE LE 17 FÉVRIER 2001.  UNE ASCENSION FULGURANTE !

Mais avant d’évoquer l’action gouvernementale de Thaksin durant ces deux gouvernements (17 février 2001- 19 septembre 2006) (Ce sera notre prochain article)il est intéressant de s’arrêter sur sa fulgurante ascension, et sur ce que représente son avènement dans l’histoire de ce pays.

 

L’exercice peut être périlleux car Thaksin divise, est persona non grata aujourd’hui en Thaïlande pour les généraux au pouvoir et a de nombreux ennemis parmi les politiques, les hommes d’affaires, certains milieux de Bangkok, mais est un héros pour la majorité des masses rurales du Nord et du Nord-Est et ceux qui se reconnaissent encore dans ce qu’on a appelé les « chemises rouges ». Michael Peel pour le Financial Times l’interviewant récemment le présente ainsi ***:

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« Un personnage haï et presque occulte au sein des généraux qui dirigent la Thaïlande et de leurs alliés bien établis. Il reste un héros certain – quoique terni – pour beaucoup de gens dans les zones rurales, où ses gouvernements ont fait des dépenses somptuaires et ont lancé une nouvelle réflexion sur l’ordre social traditionnel. Près de huit ans après son départ de Thaïlande, son ombre continue de planer sur la crise politique déclenchée lorsque les militaires l’ont renversé en 2006 »

 

Curieusement, le premier article de notre blog « A1. Thaïlande, Aux origines d’une crise », basé sur la lecture du numéro  des carnets de l’IRASEC intitulé « Thaïlande, Aux origines d’une crise »****,  nous avait  permis de mieux comprendre la crise profonde de 2010 que traversait la Thaïlande en rappelant ce qu’était la « thaïness » ; ce qui se cachait derrière le « combat» entre les « rouges » et les « jaunes » ; 

244. THAKSIN SHINAWATRA DEVIENT 1er MINISTRE LE 17 FÉVRIER 2001.  UNE ASCENSION FULGURANTE !

... et ce que pouvait représenter alors Thaksin. Nous y disions :

 

« L'arrivée au pouvoir de Thaksin comme 1er ministre va bouleverser l’échiquier politique et social, mieux, délégitimer la Thainess et remettre en cause les pouvoirs installés.

 

Il ne s’agit pas ici de juger la fortune colossale acquise, ni des moyens qu’il a dû employer pour l’acquérir, mais des effets de ses actions, contre la hiérarchie installée depuis des lustres (certains ont même vu une remise en cause du pouvoir royal), et pour la fierté retrouvée du peuple du Nord et du Nord-Est.

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Son action reconnue (remboursement du FMI, reprise en main des jeunes, lutte contre la drogue, accessibilité aux soins, gel des dettes, prix soutenu du riz, certains médias enfin favorables, majorité au Parlement…) leur permettait d’oser enfin aborder des questions taboues, de briser le consensus, de prendre en main leur «destinée», de prendre leur « revanche », ou plus simplement de ne plus accepter qu’on leur confisque leurs « votes ». »

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Mais quel que soient les jugements que l’on peut porter sur Thaksin, on ne peut que constater son ascension fulgurante et son succès spectaculaire en affaires et en politique des années 1978 à l’année 2001.

 

Notre source sera essentiellement l’excellent article de Nicolas Revise « Le système Thaksin : coup de frein au processus de démocratisation ou « voie thaïlandaise » vers la démocratie ?  (Les Etudes du CERI, N° 115- juin 2005.) et wikipédia.

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La famille et le policier.

 

Thaksin Shinawat est né le 26 juillet 1949 à Chiang Mai (Nord), au sein d’une famille d’origine chinoise, (dont le grand-père Hakka était arrivé  au Siam vers 1860 et s’était installé à Chiangmai en 1908), qui est riche et influente dans la Province.  Le père de Thaksin est en effet élu député de Chiangmai en 1969, puis de nouveau en 1975, lors de l’intermède dit démocratique de 1973-1976. L’un de ses oncles est également élu député et vice-ministre entre 1986 et 1988.

 

Thaksin entre à l’École nationale de police et en sort en 1973 pour rejoindre la Police Royale Thaïe. Il obtient une bourse pour les Etats-Unis et réussit un master « Criminal Justice » à  l’ Eastern Kentucky University en 1975.  

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A son retour, « il travaille comme garde et secrétaire d’un ministre, un proche de son père. Il écrit des discours, négocie avec des activistes étudiants, porte des valises de billets pour amadouer des députés et des lobbies influents lors de votes d’importance au Parlement » (N. R.). Il aurait également travaillé dans un commissariat (Où ? Quand ?) avant de repartir aux Etats-Unis pour obtenir en 1978, le titre de docteur en criminologie à l’université Sam Houston à Huntsvilleau Texas.

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Il rentre alors en Thaïlande. Il devient docteur en droit pénal l’année suivante et réintègre son corps d’origine. Mais déjà, parallèlement, il veut réussir en affaires.

 

L’homme d’affaires.

 

Il s’investit dans plusieurs entreprises (vente de soieries, distribution de films) sans  succès (Il aurait eu 50 millions de bath de dettes)Mais en 1981, il comprend tout l’intérêt du système des concessions gouvernementales, et particulièrement celle concernant l’informatisation des  services  publics  thaïlandais, « à commencer par ceux de sa propre administration, à la tête du département informatique de laquelle il se hisse ». (Depuis son retour en Thaïlande en 1978, il va gravir les échelons, en devenant adjoint du Directeur de la Police du service du planning, puis passer à l’Etat-Major, et à la police Métropolitaine ; et monter en grades, puisque en 1987, il est lieutenant-colonel lorsqu’il donne sa démission). Sa femme Potjaman Damapong (Ils se sont mariés en juillet 1976) n’est pas en reste et fonde une petite société d’importation d’ordinateurs de l’américain IBM. (Quand exactement ?)

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Il fonde en 1982, ICSI pour vendre du matériel informatique, non seulement à la police, où il a évidemment gardé des contacts mais aussi aux universités, aux  chemins de fer et aux autres administrations. Mais le succès est encore modeste et ce n’est pas faute d’être entreprenant dans les systèmes de sécurité (SOS), dans les radios de bus  (Bus Sound). Mais en avril 1986, il créé AIS, une société louant des ordinateurs aux entreprises, et  fonde en 1987 « The Shinawatra Computer and Communications Group ». 

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Il démissionne alors de la police, pour se lancer dans le secteur de la téléphonie mobile avec succès, car il a obtenu la concession d'un des trois circuits de téléphones portables et une autre pour l'installation et la gestion de lignes fixes à Bangkok et dans sa banlieue. En 1988, il se joint à Pacific Telesis puis vend ses parts pour fonder sa propre compagnie OBC en 1989, une compagnie de télévision par cable. (Bien aidé par Chalerm Yoobumrung, le ministre de l’Office du 1er ministre en charge de la presse et des médias) Il fusionne avec CP Group's UTV.  En 1989 encore, il fonde Shinawat DataCom, une compagnie de gestion de données et de réseaux.

 

Le 31 août 1990, la Shinawatra Computer and Communications Group  (Aussi connu comme la Shin Corporation) est désormais côté en bourse ; et il crée Shinawatra Satellite, qui opère avec 4 satellites. « En janvier 1993, une fusée Ariane met en orbite Thai-Com 1, son premier satellite,  fabriqué  aux  Etats-Unis pour  une valeur  de  182 millions  d’euros. » (N R). En 1999, la famille Shinawat investit un milliard de bath pour créer l’Université Shinawatra à Pathum Thani. En 2000, il acquiert la télévision iTV … Bref, il y a de quoi se perdre, mais une chose est sûre, en une dizaine d’années, Thaksin  était devenu le  premier  magnat des télécommunications du pays.

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 (« Revise nous dit que sa  fortune  est  estimée selon  plusieurs  sources,  à  près  de 3 milliards d’euros. Le groupe Shin Corp., dont la famille Shinawat contrôle alors 39,3 % du capital et compte près de 6 000 employés. » (en 2005)) Mais les affaires ne suffisent plus à l’entrepreneur milliardaire, il veut désormais jouer un rôle dans l’histoire de son pays.  Il va donc s’engager en politique, tout en sachant - nous présumons - qu’ une place au sein d’un gouvernement ne peut qu’aider à renforcer sa fortune et son pouvoir.

 

L’homme politique.

 

Il a su nouer des relations importantes puisqu’il entre par la grande porte dès le 25 octobre 1994, comme ministre des affaires étrangères du gouvernement Likpai, à la suite d’un remaniement ministériel. 

 

Il démissionnera  en février 1995.

 

Il rejoint en novembre 1994 le parti Phalang Dharma créé  en 1988 par le général à la retraite Chamlong Simuang, ancien gouverneur de Bangkok et héros des manifestations « démocratiques » de mai 1992. (Cf. Son rôle dans notre article  « 237 – Du 24 février 1991 au 22 septembre 1992 : 19 mois, trois gouvernements, deux élections générales et un massacre »).  Le parti est si divisé que Chamlong lui cède les commandes  en 1995; Mais Thaksin ne parvient pas à apaiser les antagonismes et quitte le parti l’année suivante.

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Il devient vice-1er ministre dans le gouvernement Banhan (13/07/1995-24/11/1996) à la suite des élections de juillet 1995 ; mais il démissionne le 14 août 1996, Banhan ne contrôlant plus le gouvernement. Après la dissolution du Parlement le 27 septembre 1996, le nouveau gouvernement du général Chawalit se met en place, après de nouvelles élections, le 17 novembre 1996. (25/11 1996 – 09/11/1997). A l’issu d’un petit remaniement le 21 juin 1997 : Thaksin est  de nouveau vice-1er ministre. Mais le 2 juillet 1997 la  monnaie  thaïlandaise s’effondre et  la grave crise économique éclate ; Le général Chawalit est contraint de démissionner le 6 novembre 1997. Et on va assister à une nouvelle victoire du Parti Démocrate aux élections et Chuan Likpaï va redevenir 1er ministre. (Du 09 novembre 1997- à la dissolution du 9 novembre 2000. Cf. Notre article  précédent)

 

Mais Thaksin ne renonce pas et créé un nouveau parti, le Thai Rak Thai (TRT) (ไทยรักไทย, « les Thaïs aiment les Thaïs »), le 14 juillet 1998 à Bangkok avec 23 membres fondateurs, des fonctionnaires, des intellectuels, quelques hommes d’affaires de second rang et des anciens du Phalang Dharma » (Qu’il avait quitté en 1996 avec quelques députés). Revise note que les membres de la première heure du TRT, constitue  un « curieux attelage de forces disparates allant de la droite la plus conservatrice à l’extrême gauche, en particulier  les anciens étudiants des années 70 proche du Parti communiste (PCT) ». Mais Thaksin saura aussi attirer des personnalités issues des grands groupes (agro-alimentaires, banques, constructions, services, etc) comme le conglomérat Charoen Pokpand (poulet, télécom), les banques Thai Military Bank et  Bangkok Bank, des promoteurs immobiliers et géants de la construction (ItalThai) ou encore des médias (TV Channel 3), et des hauts fonctionnaires. « Ainsi, de nombreux grands patrons feront leur entrée au Parlement après les élections du 6 janvier 2001 grâce à leur étiquette TRT. » 

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Mais Thaksin va aussi œuvrer pour obtenir l’appui des PME et des agriculteurs.

 

Il surfera sur la frustration des petits entrepreneurs après la crise de 1997, abattus par le décrochage du baht et le tarissement de toutes les sources de crédit.  En 1999-2000, la rhétorique du TRT est de plus en plus nationaliste, et  le Parti démocrate apparaît comme le défenseur des banquiers, des bureaucrates et de la finance internationale.

 

Thaksin va aussi se tourner vers les masses rurales (12,7 millions d’agriculteurs) subissant l’effondrement du prix du riz à l’exportation (A cette époque, la Thaïlande est le premier exportateur mondial). Thaksin « bat la campagne, récupère des barons provinciaux de la politique aux solides clientèles et accumule les promesses en direction des paysans et d'un secteur financier lourdement endetté. 

 

Il annonce déjà un moratoire sur les dettes, un prêt d’un million de bahts pour chacun des 77.000 villages de Thaïlande et un accès aux soins hospitaliers pour les plus pauvres moyennant un forfait de 30 bahts. Ces trois engagements seront tenus dès 2001. »(Revise)

244. THAKSIN SHINAWATRA DEVIENT 1er MINISTRE LE 17 FÉVRIER 2001.  UNE ASCENSION FULGURANTE !

Dans une conjoncture morose, les deux partis concurrents s’affrontent sur la meilleure politique économique  à  conduire lors de la campagne pour le scrutin du 6 janvier 2001.

 

«  Alors  que  les  Démocrates  promettent  de  poursuivre  leur politique libérale, souhaitées par les institutions internationales et les investisseurs (assainissement du secteur financier, privatisation de l’énorme secteur public avec prise de participation étrangère) », le Thai Rak Thai sera plus interventionniste et protectionniste, et flattera la corde patriotique en accusant l’ex-premier ministre « d’être  aux  « ordres  des  Occidentaux »  et  d’avoir  privilégié  les  réformes structurelles aux dépens de l’économie réelle des petites entreprises et des exploitations agricoles.» (N. R.)

 

La campagne électorale se fera en appliquant les mêmes principes d’achat de voix, mais avec des dépenses et des méthodes de marketing politique du TRT sans précédent. « Thaksin arpente inlassablement les campagnes, placardant sa photo jusque dans le moindre village, couvrant les bords des routes et les journaux d’encarts publicitaires. A la veille des élections, son parti revendique 8 millions de membres ou sympathisants. »

244. THAKSIN SHINAWATRA DEVIENT 1er MINISTRE LE 17 FÉVRIER 2001.  UNE ASCENSION FULGURANTE !

Le scrutin est un triomphe pour Thaksin : son adversaire démocrate est laminé. Le TRT obtient 248 sièges sur les 500 de la Chambre des représentants, manquant de peu la majorité absolue. Thaksin devient 1er ministre le 17 février 2001.

 

Notes et références.

 

*Revise note : « La victoire de Thaksin a été entourée d’incroyables péripéties politico-juridictionnelles qui ont failli lui coûter son poste de Premier ministre. Thaksin était en effet poursuivi, dès avant le scrutin, par la Cour constitutionnelle sur plainte de la commission anti-corruption pour avoir masqué une partie de son patrimoine au fisc lorsqu’il avait été brièvement ministre en 1997. Le Premier ministre, fort de sa victoire électorale écrasante, a finalement été blanchi par les juges constitutionnels à une voix de majorité. »

**Cf. Notre lecture de LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997. in articles 242.1et 2 et 3. 

*** Cf. Interview de Michael Peel pour le Financial Times http://www.lenouveleconomiste.fr/financial-times/thaksin-shinawatra-ancien-premier-ministre-thailandais-les-hommes-daffaires-apportent-de-lair-frais-en-politique-30214/

****Olivier Ferrari, Narumon Hinshiranan Arunotai,Jacques Ivanoff & Arnaud Leveau, « Thaïlande, aux origines d’une crise »Carnet n°13 de l’Institut de recherche sur l’Asie du sud-est (IRASEC), 120 p. http://www.irasec.com/ouvrage9

 

***

 

Le nom ทักษิณ ชินวัตร se transcrit officiellement Thaksin  Chinnawat. La transcription Shinawatra est celle qu’utilise l’intéressé. Respectons-là donc.

 

                                        ---------------------------------------

 

Mais quel que soient les jugements que l’on peut porter sur Thaksin, on ne peut que constater son ascension fulgurante et son succès spectaculaire en affaires et en politique des années 1978 à l’année 2001.

 

Notre source sera essentiellement l’excellent article de Nicolas Revise « Le système Thaksin : coup de frein au processus de démocratisation ou « voie thaïlandaise » vers la démocratie ?  (Les Etudes du CERI, N° 115- juin 2005.) et wikipédia.

 

La famille et le policier.

 

Thaksin Shinawat est né le 26 juillet 1949 à Chiang Mai (Nord), au sein d’une famille d’origine chinoise, (dont le grand-père Hakka était arrivé  au Siam vers 1860 et s’était installé à Chiangmai en 1908), qui est riche et influente dans la Province.  Le père de Thaksin est en effet élu député de Chiangmai en 1969, puis de nouveau en 1975, lors de l’intermède dit démocratique de 1973-1976. L’un de ses oncles est également élu député et vice-ministre entre 1986 et 1988.

 

Thaksin entre à l’École nationale de police et en sort en 1973 pour rejoindre la Police Royale Thaïe. Il obtient une bourse pour les Etats-Unis et réussit un master « Criminal Justice » à  l’ Eastern Kentucky University en 1975.  A son retour, « il travaille comme garde et secrétaire d’un ministre, un proche de son père. Il écrit des discours, négocie avec des activistes étudiants, porte des valises de billets pour amadouer des députés et des lobbies influents lors de votes d’importance au Parlement » (N. R.). Il aurait également travaillé dans un commissariat (Où ? Quand ?) avant de repartir aux Etats-Unis pour obtenir en 1978, le titre de docteur en criminologie à l’université Sam Houston à Huntsvilleau Texas.

 

Il rentre alors en Thaïlande. Il devient docteur en droit pénal l’année suivante et réintègre son corps d’origine. Mais déjà, parallèlement, il veut réussir en affaires.

 

L’homme d’affaires.

 

Il s’investit dans plusieurs entreprises (vente de soieries, distribution de films) sans  succès (Il aurait eu 50 millions de bath de dettes)Mais en 1981, il comprend tout l’intérêt du système des concessions gouvernementales, et particulièrement celle concernant l’informatisation des  services  publics  thaïlandais, « à commencer par ceux de sa propre administration, à la tête du département informatique de laquelle il se hisse ». (Depuis son retour en Thaïlande en 1978, il va gravir les échelons, en devenant adjoint du Directeur de la Police du service du planning, puis passer à l’Etat-Major, et à la police Métropolitaine ; et monter en grades, puisque en 1987, il est lieutenant-colonel lorsqu’il donne sa démission). Sa femme Potjaman Damapong (Ils se sont mariés en juillet 1976) n’est pas en reste et fonde une petite société d’importation d’ordinateurs de l’américain IBM. (Quand exactement ?)

 

Il fonde en 1982, ICSI pour vendre du matériel informatique, non seulement à la police, où il a évidemment gardé des contacts mais aussi aux universités, aux  chemins de fer et aux autres administrations. Mais le succès est encore modeste et ce n’est pas faute d’être entreprenant dans les systèmes de sécurité (SOS), dans les radios de bus  (Bus Sound). Mais en avril 1986, il créé AIS, une société louant des ordinateurs aux entreprises, et  fonde en 1987 « The Shinawatra Computer and Communications Group ».  Il démissionne alors de la police, pour se lancer dans le secteur de la téléphonie mobile avec succès, car il a obtenu la concession d'un des trois circuits de téléphones portables et une autre pour l'installation et la gestion de lignes fixes à Bangkok et dans sa banlieue. En 1988, il se joint à Pacific Telesis puis vend ses parts pour fonder sa propre compagnie OBC en 1989, une compagnie de télévision par cable. (Bien aidé par Chalerm Yoobumrung, le ministre de l’Office du 1er ministre en charge de la presse et des médias) Il fusionne avec CP Group's UTV.  En 1989 encore, il fonde Shinawat DataCom, une compagnie de gestion de données et de réseaux.

 

Le 31 août 1990, la Shinawatra Computer and Communications Group  (Aussi connu comme la Shin Corporation) est désormais côté en bourse ; et il crée Shinawatra Satellite, qui opère avec 4 satellites. « En janvier 1993, une fusée Ariane met en orbite Thai-Com 1, son premier satellite,  fabriqué  aux  Etats-Unis pour  une  valeur  de  182 millions  d’euros. » (N R). En 1999, la famille Shinawat investit un milliard de bath pour créer l’Université Shinawatra à Pathum Thani. En 2000, il acquiert la télévision iTV … Bref, il y a de quoi se perdre, mais une chose est sûre, en une dizaine d’années, Thaksin  était devenu le  premier  magnat des télécommunications du pays.

 

 (« Revise nous dit que sa  fortune  est  estimée selon  plusieurs  sources,  à  près  de 3 milliards d’euros. Le groupe Shin Corp., dont la famille Shinawat contrôle alors 39,3 % du capital et compte près de 6 000 employés. » (en 2005)) Mais les affaires ne suffisent plus à l’entrepreneur milliardaire, il veut désormais jouer un rôle dans l’histoire de son pays.  Il va donc s’engager en politique, tout en sachant - nous présumons - qu’ une place au sein d’un gouvernement ne peut qu’aider à renforcer sa fortune et son pouvoir.

 

L’homme politique.

 

Il a su nouer des relations importantes puisqu’il entre par la grande porte dès le 25 octobre 1994, comme ministre des affaires étrangères du gouvernement Likpai, à la suite d’un remaniement ministériel. Il démissionnera  en février 1995.

 

Il rejoint en novembre 1994 le parti Phalang Dharma créé  en 1988 par le général à la retraite Chamlong Simuang, ancien gouverneur de Bangkok et héros des manifestations « démocratiques » de mai 1992. (Cf. Son rôle dans notre article  « 237 – Du 24 février 1991 au 22 septembre 1992 : 19 mois, trois gouvernements, deux élections générales et un massacre »).   Le parti est si divisé que Chamlong lui cède les commandes  en 1995; Mais Thaksin ne parvient pas à apaiser les antagonismes et quitte le parti l’année suivante.

 

Il devient vice-1er ministre dans le gouvernement Banhan (13/07/1995-24/11/1996) à la suite des élections de juillet 1995 ; mais il démissionne le 14 août 1996, Banhan ne contrôlant plus le gouvernement. Après la dissolution du Parlement le 27 septembre 1996, le nouveau gouvernement du général Chawalit se met en place, après de nouvelles élections, le 17 novembre 1996. (25/11 1996 – 09/11/1997). A l’issu d’un petit remaniement le 21 juin 1997 : Thaksin est  de nouveau vice-1er ministre. Mais le 2 juillet 1997 la  monnaie  thaïlandaise s’effondre et  la grave crise économique éclate ; Le général Chawalit est contraint de démissionner le 6 novembre 1997. Et on va assister à une nouvelle victoire du Parti Démocrate aux élections et Chuan Likpaï va redevenir 1er ministre. (Du 09 novembre 1997- à la dissolution du 9 novembre 2000. Cf. Notre article  précédent)

 

Mais Thaksin ne renonce pas et créé un nouveau parti, le Thai Rak Thai (TRT) (ไทยรักไทย, « les Thaïs aiment les Thaïs »), le 14 juillet 1998 à Bangkok avec 23 membres fondateurs, des fonctionnaires, des intellectuels, quelques hommes d’affaires de second rang et des anciens du Phalang Dharma » (Qu’il avait quitté en 1996 avec quelques députés). Revise note que les membres de la première heure du TRT, constitue  un « curieux attelage de forces disparates allant de la droite la plus conservatrice à l’extrême gauche, en particulier  les anciens étudiants des années 70 proche du Parti communiste (PCT) ». Mais Thaksin saura aussi attirer des personnalités issues des grands groupes (agro-alimentaires, banques, constructions, services, etc) comme le conglomérat Charoen Pokpand (poulet, télécom), les banques Thai Military Bank et  Bangkok Bank, des promoteurs immobiliers et géants de la construction (ItalThai) ou encore des médias (TV Channel 3), et des hauts fonctionnaires. « Ainsi, de nombreux grands patrons feront leur entrée au Parlement après les élections du 6 janvier 2001 grâce à leur étiquette TRT. » Mais Thaksin va aussi œuvrer pour obtenir l’appui des PME et des agriculteurs.

 

Il surfera sur la frustration des petits entrepreneurs après la crise de 1997, abattus par le décrochage du baht et le tarissement de toutes les sources de crédit.  En 1999-2000, la rhétorique du TRT est de plus en plus nationaliste, et  le Parti démocrate apparaît comme le défenseur des banquiers, des bureaucrates et de la finance internationale.

 

Thaksin va aussi se tourner vers les masses rurales (12,7 millions d’agriculteurs) subissant l’effondrement du prix du riz à l’exportation (A cette époque, la Thaïlande est le premier exportateur mondial). Thaksin « bat la campagne, récupère des barons provinciaux de la politique aux solides clientèles et accumule les promesses en direction des paysans et d'un secteur financier lourdement endetté. Il annonce déjà un moratoire sur les dettes, un prêt d’un million de bahts pour chacun des 77.000 villages de Thaïlande et un accès aux soins hospitaliers pour les plus pauvres moyennant un forfait de 30 bahts. Ces trois engagements seront tenus dès 2001. »(Revise)

 

Dans une conjoncture morose, les deux partis concurrents s’affrontent sur la meilleure politique économique  à  conduire lors de la campagne pour le scrutin du 6 janvier 2001.

 

 «  Alors  que  les  Démocrates  promettent  de  poursuivre  leur politique libérale, souhaitées par les institutions internationales et les investisseurs (assainissement du secteur financier, privatisation de l’énorme secteur public avec prise de participation étrangère) », le Thai Rak Thai sera plus interventionniste et protectionniste, et flattera la corde patriotique en accusant l’ex-premier ministre « d’être  aux  « ordres  des  Occidentaux »  et  d’avoir  privilégié  les  réformes structurelles aux dépens de l’économie réelle des petites entreprises et des exploitations agricoles.» (N. R.)

 

La campagne électorale se fera en appliquant les mêmes principes d’achat de voix, mais avec des dépenses et des méthodes de marketing politique du TRT sans précédent. « Thaksin arpente inlassablement les campagnes, placardant sa photo jusque dans le moindre village, couvrant les bords des routes et les journaux d’encarts publicitaires. A la veille des élections, son parti revendique 8 millions de membres ou sympathisants. »

 

Le scrutin est un triomphe pour Thaksin : son adversaire démocrate est laminé. Le TRT obtient 248 sièges sur les 500 de la Chambre des représentants, manquant de peu la majorité absolue. Thaksin devient 1er ministre le 17 février 2001.

 

Notes et références.

 

*Revise note : « La victoire de Thaksin a été entourée d’incroyables péripéties politico-juridictionnelles qui ont failli lui coûter son poste de Premier ministre. Thaksin était en effet poursuivi, dès avant le scrutin, par la Cour constitutionnelle sur plainte de la commission anti-corruption pour avoir masqué une partie de son patrimoine au fisc lorsqu’il avait été brièvement ministre en 1997. Le Premier ministre, fort de sa victoire électorale écrasante, a finalement été blanchi par les juges constitutionnels à une voix de majorité. »

**Cf. Notre lecture de LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997. in articles 242.1et 2 et 3. 

*** Cf. Interview de Michael Peel pour le Financial Times http://www.lenouveleconomiste.fr/financial-times/thaksin-shinawatra-ancien-premier-ministre-thailandais-les-hommes-daffaires-apportent-de-lair-frais-en-politique-30214/

****Olivier Ferrari, Narumon Hinshiranan Arunotai,Jacques Ivanoff & Arnaud Leveau, « Thaïlande, aux origines d’une crise »Carnet n°13 de l’Institut de recherche sur l’Asie du sud-est (IRASEC), 120 p. http://www.irasec.com/ouvrage9

 

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Le nom ทักษิณ ชินวัตร se transcrit officiellement Thaksin  Chinnawat. La transcription Shinawatra est celle qu’utilise l’intéressé. Respectons-là donc.

 

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 13:43
243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Nous avons rencontré Chuan Likpai lors de son premier gouvernement du 23 septembre 1992 au 12 juillet 1995 (1). Il « tombe » après les élections du 2 juillet 1995, un  premier mandat qui prit fin dans des circonstances humiliantes à la suite en particulier des transactions foncières illégales de Suthep Thueaksuban (สุเทพ เทือกสุบรรณ) son ministre des Transports et des communications.  

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Bahan Sinlapa-acha lui succède qui forme une coalition de sept partis détenant 233 sièges. Il ne restera premier ministre guère plus de 16 mois (2). La coalition hétéroclite de Bahan éclate et il doit dissoudre le parlement le 27 septembre 1996. Les élections du 17 novembre 1996 donnent une majorité toute relative au parti du général Chawalit Yongchaiyut  qui sera conduit à la démission le 6 novembre 1997 faut d’avoir su ou pu résoudre les problèmes qu’affrontait le pays suite à la crise de 1997 (3). C’est toutefois sous son gouvernement que fut promulguée la constitution trop souvent et abusivement baptisée « la constitution du peuple ». ( Nous lui avons consacré trois longs articles (4)). Elle fut adoptée à une écrasante majorité par l’Assemblée nationale en place (518 voix pour, 16 contre et 17  abstentions) le 15 août 1997 et promulguée par le roi le 11 octobre 1997.

 

Il ne faut pas chercher à cette écrasante majorité de profondes raisons métaphysiques : la constitution précise en son article 315 que les membres de l’Assemblé nationale et du Sénat précédemment nommés ou élus resteraient en place jusqu’au terme de leur mandat, ce qui leur laissait un confortable répit.  En effet, les élections sénatoriales eurent lieu le 24 mars 2000 et les élections législatives le 6 janvier 2001 ;  un beau cadeau qui accordait, deux ans et demi pour les sénateurs et un peu plus de trois ans pour les députés sans avoir à prendre le risque d’un nouveau scrutin.

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.
 

L’ÉQUIPE

 

Chuan ne bénéficie pas d’une onction électorale directe mais se trouve toutefois une majorité, avec toujours et encore une coalition hétéroclite sinon contre nature, entre les 123 députés de son parti, avec ceux du  Prachakon Thai (พรรคประชากรไทย - Thai Citizen Party) de Samak Sundaravet (สมัคร สุนทรเวช) qui a changé de camp ...

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

...et le Chat Pattana Party (พรรคชาติพัฒนา - National Development Party) de Wannarat Channukul (วรรณรัตน์ ชาญนุกูล). 

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

123 + 18 + 52 = 193 et quelques défections qui lui assurent une majorité fragile mais le compte est bon  (393 députés, majorité 197).

 

Un décret royal le désigne donc comme premier ministre le 14 novembre 1997. Nous savons (4) que la nouvelle constitution (article 201) limite le nombre des ministres à 35 (trois douzaines en comprenant le premier) mais elle prévoit aussi (articles 314 à 336) de très longues dispositions transitoires et celle-ci n’est pas d’application immédiate. Chuan va donc en profiter pour former le même jour un cabinet de 47 ministres, lui-même se réservant la défense.

 

C’est un gouvernement de techniciens ; ils sont tous bardés de diplômes obtenus dans les plus prestigieuses des universités anglaises ou américaines. 

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Son premier vice-premier ministre est Phichit Rattakun (พิจิตต รัตตกุล), à tout seigneur, tout honneur, puissant homme d’affaires, il est gouverneur de Bangkok, ville ayant donné au parti de Chuan 38 de ses 123 députés. 

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Son second vice-premier ministre est Supphachai Phanitphak (ศุภชัย พานิชภักดิ์), à la tête de la Thaï military bank  (ธนาคารทหารไทย) qui devint en 1999 président de l’Organisation mondiale du commerce (O. M.C. World Trade Organization) et auteur prolifique d’ouvrages d’économie politique. 

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Les affaires étrangères sont confiées à Surin Pitsuwan (สุรินทร์ พิศสุวรรณ). 

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Son vice-ministre est le très médiatique Sukhumphan Boriphat (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) tout aussi bardé de diplômes que les précédents, la seule altesse royale du cabinet (5). 

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

L’intérieur enfin revint à un militaire, le seul du gouvernment, le général Sanan Khachonprasat (สนั่น ขจรประศาสน์) formé dans les prestigieuses académies américaines. 

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

« Démissionné » le 11 avril 2000 à la suite d’une affaire de corruption dont nous reparlerons, il fut remplacé, un choix curieux, par Sontaya Kunpluem (สนธยา คุณปลื้ม), tout jeune fils de Somchai Khunpluem, (สมชาย คุณปลื้ม), parrain de Chonburi  connu sous le nom de Kamnan Po (กำนัน เป๊าะ – « chef de village Po ») qui sombrera en  2004 dans une sombre affaire de meurtre et de corruption. 

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Mais à cette date il est à la tête d’affaires énormes et règne en maître sur la politique de sa région. Notons la présence, comme Ministre de l’éducation, de Chumpon Sinlapa-Acha (ชุมพล ศิลปอาชา), jeune universitaire, frère de Banhan Sinlapa-Acham, qui démissionnera le 1er octobre 1998. 

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Notons enfin que son vice-ministre Somsak Pritsanananthakun (สมศักดิ์ ปริศนานันทกุล) sombrera dix ans plus tard sur un question d’enrichissement illicite commis lorsqu’il était ministre.

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Mais indépendamment de ces changements nécessités par les circonstances, ce gouvernement n’a, pour les remaniements, rien à envier à son prédécesseur : septembre et octobre 1998, quatre démissions (forcées ou de convenance ?) ; Le 4 octobre 1998, 7 démissions ; Le 5 octobre, 17 désignations ou mutations ; Entre janvier et juin 1999, encore 6 démissions ; En juillet 1999, 8 démissions volontaires ou provoquées et 11 désignations de nouveaux. Nous relevons la désignation d’une femme (enfin !) comme ministre de l’éducation, la ravissante Kanchana Sinlapa-Acha (กาญจนา ศิลปะอาชา) fille de Banhan Sinlapa-Acham, toujours défenseur ardente de la protection de la nature. 

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

En mars et avril 2000, en sus de l’éviction de Sanan Khachonprasat, encore 7 changements. En juin 2000, deux démissions et 4 désignations ; En septembre, une démission et 7 changements.

 

Il est difficile dans cette « valse à mille temps » de faire la part du feu : des démissions par conviction ? Pourquoi pas ? Des démissions forcées ? C’est certain. Mais tous les scandales qui ont pu les susciter n’ont pas forcément laissé de traces ou tout au moins de traces auxquelles nous ayons eu accès. Par ailleurs, des démissions « forcées » ont pu entraîner des sanctions judiciaires, par exemple l’interdiction temporaire d’exercer à temps une activité politique. Certains ont payé leur dette, nous les retrouvons dans la vie politique actuelle, est-il séant de rappeler des péchés de jeunesse oubliés depuis 15 ou 20 ans ? Dernière hypothèse enfin, peut-être est-elle la plus plausible compte tenu des circonstances de l’époque, les rats quittent le navire.

 

Tel fut le cas en particulier de Supachai Panitchpak (ศุภชัย พานิชภักดิ์) ministre du commerce et de l’industrie.

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

LE PROGRAMME

 

La déclaration de politique générale est livrée au Parlement le jeudi 20 Novembre 1997.

 

Après les sempiternelles et pieuses introductions, une première partie est consacré aux généralités : un premier chapitre intitulé « réformes politiques » consiste essentiellement à prévoir une amélioration des nouvelles institutions créés ou modifiés par la constitution de 1997 notamment au niveau de la lutte contre la corruption et à organiser une « réforme de l’administration » dans le sens de l’amélioration de la protection des libertés publiques.

 

Le second chapitre est consacré à la « politique sécuritaire » par un soutien sans failli à l’armée et à la police et un troisième à la « politique étrangère » dans lequel nous ne lisons rien d’original.

 

La seconde partie concerne la « politique de développement économique et social ». Il importe en effet de parer aux conséquences de la crise à la fois à court terme et à moyen terme. Pour le court terme, l’essentiel est de permettre au pays de retrouver sa stabilité financière et de réduire l’impact économique de la crise. Pour le moyen terme, les mesures envisagées « visent à apporter une amélioration continue et la restauration de l'économie thaïlandaise avec retour à la normale dans un délai raisonnable » (6). On peut penser qu’elles sont l’œuvre de Wiraphong  Ramangkun  (วีรพงษ์ รามางกูร), le conseiller de Chuan Lipkai en matière économique (7) qui fut très brièvement ministre des finances de Chunawan du 26 août au 9 décembre 1990.

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SUR LE TERRAIN

 

Les réformes économiques ont été sévèrement critiquées et qualifiées de « bitter medicine » (« médecine amère ») pour n’avoir apporté que peu de soulagement à l’économie dans les années qui ont suivi la crise de 1997, en particulier au niveau local. Certes, le produit intérieur brut retrouve sa croissance en 1999 mais au profit de qui ? Le niveau du PIB de 1996 ne sera d’ailleurs retrouvé qu’en 2002. En 2000, 28 % pour cent de la population est encore classée comme en dssous du seuil de pauvreté contre seulement 7 % dans le centre : le revenu moyen annuel par habitant  était de 26.317 baths contre 208.434 à Bangkok. Les opinons sont largement divergentes, et une partie de l’opinion éclairée (ou prétendue telle) accuse le gouvernement de n’avoir aidé que les grandes institutions financières et d’avoir rendu le pays encore plus dépendant des investisseurs étrangers au profit duquel il l’aurait hypothéqué, et met en doute l’efficacité des mesures préconisées par le FMI (8). 

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Ne nous livrons pas – nous n’en avons guère les compétences – à de doctes considérations sur les raisons qui ont permis au pays de sortir de la crise (9). Toujours est-il qu’en mai 1998, l’organisation « Palang thai » (พลังไท) qui n’est pas un parti politique (10) annonce qu’elle va joindre ses forces à « telecommunications tycoon Thaksin Shinawat » pour former un nouveau parti politique au sang nouveau. Thaksin ajoute qu’il ne sera pas un feu de paille et peint les démocrates comme manifestant un mépris souverain pour la « Thaïlande d’en bas ».

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LES SCANDALES

 

Alors que son premier gouvernement fit les frais d’énormes scandales de corruption (1), celui-ci ne fera pas mieux. Il est d’ailleurs permis de penser que les pouvoirs plus étendus de la « Commission de lutte contre la corruption » par rapport à l’ancienne (11) ont contribué pour beaucoup à ce déballage (12).

 

Le scandale du parc national de la Salouen

 

Il éclate en février 1998. Probablement entre 15 et 20.000 tecks géants ont été abattus illégalement dans le parc national de la Salouen (อุทยานแห่งชาติสาละวิน) situé dans la province de Mae Hong Son. Véritable sanctuaire de plus de 720 kilomètres carrés abritant des espèces animales et végétales rarissimes, le parc a été ravagé par ces coupes clandestines massives (un tiers au moins des tecks) mettant en cause des fonctionnaires locaux et le bureau au parti démocrate de  Phichit (13).

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Le scandale des semences

 

On est presque dans le domaine de la farce. Elle est née dans la province de Yasothon. Le ministère de l’agriculture proposait aux paysans hilares des paquets contenant des semences soigneusement emballées accompagnés d’un livret explicatif. La seule réaction paysanne fut des hurlements de rire, comme s’il fallait des explications du ministre pour apprendre comment faire pousser tomates, piments, courges, maïs, papaye et qu’il faille un kit pour cela. Pourtant le ministère de l’agriculture, fier de son initiative, avait lancé une campagne de publicité télévisée annonçant la fin de la crise en zone rurale. Il s’avéra simplement que le kit était vendu dix ou quinze fois la valeur. La « Commission de lutte contre la corruption » conclut à l’existence d’une collusion massive impliquant 47 fonctionnaires. Le vice-ministre de l’agriculture Wirach Ratanasate démissionna le 1er octobre 1998. Les 47 fonctionnaires furent sanctionnés par une baisse de salaire de 5 % pendant trois mois. Le ministre a déclaré l'affaire close mais l’escroquerie s’était élevée à environ ¼ million de bahts au détriment du Ministère. Naturellement aucun paysan n’avait été assez sot pour tomber dans le panneau et acheter cette poudre de perlimpinpin. La Commission refusa toujours de rouvrir le dossier.

 

 

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Le scandale des fournitures hospitalières

 

Rakkiat Sukhthana (รักเกียรติ สุขธนะ), ministre de la santé, fut « démissionné » le 15 septembre 1998 et quelques jours plus tard son vice-ministre Thirawat Sirivansat. Le premier avait reçu 5 millions de baths d’un laboratoire pharmaceutique pour forcer les hôpitaux dans 34 provinces à acheter des médicaments à des prix exorbitants, en général de deux à dix fois le prix du marché. Deux hauts fonctionnaires ont été déplacés et de nombreuses sanctions  prononcées. La Commission conclut sous la pression du public et de la presse qu'il y avait une corruption généralisée dans l'achat de fournitures médicales dans le Ministère de la santé publique impliquant de nombreux fonctionnaires mais qu’il n'y avait aucune preuve pour procéder pénalement contre toute personne impliquée, politiciens ou des fonctionnaires. Seul le secrétaire de Rakkiat fut emprisonné. Rakkiat prit la fuite. Les autorités purent saisir ses avoirs en 2002, dont une somme de 233 millions de baths en banque.

 

 

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Le scandale du barrage de Pak Mun

 

Situé en amont de l’embouchure de la rivière Mun qui se jette dans le Mékong dans la province d’Ubonrachathani, la construction du barrage a commencé en 1994 sous la direction de l’ « Electricity Generating Authority of Thailand ». Indépendamment de dégâts immenses au milieu naturel (faune et flore) et d’une apparente totale inutilité sur le plan pratique, deux écrivains connus, Pira Sutham (พีระ สุธรรม) que nous avons déjà rencontré et Nithi Iaosiwong (นิธิ เอียวศรีวงศ์) se sont élevés contre l'arrestation violente de 223 villageois, femmes, vieillards et enfants compris qui protestaient contre les travaux du barrage de Pak Mun. Pour Nithi « cette situation actuelle est pire que celle des événements de mai. Nous avons un gouvernement tyrannique qui est arrogant et irresponsable. Ceci est dangereux parce que le gouvernement se considère toujours comme légitime et prétend qu'il est démocratique. En fait, il est aussi brutal que le gouvernement militaire ». Nous le citons en lui laissant la responsabilité de cette affirmation.

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Le scandale du barrage Sinakharin à Kanchanaburi .

 

Le Sinagarin Dam (เขื่อนศรีนครินทร์) est situé dans la province de Kanchanaburi. Bien après sa construction on vit surgir trois luxueuses villas sur un terrain ayant vue magnifique sur le lac, mais aussi incontestablement propriété forestière. Mais la propriété des maisons reste un mystère total. Le nom de la fille du chef adjoint de l’administration forestière de la province a été parfois cité  ainsi que celui de l’épouse du ministre de l'Intérieur, le général Sanan Khachonprasat,  un « démissionné ».  (Dont nous avons parlé plus haut mais il n’y a aucune certitude dans tout cela). (14).

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Le scandale du soutien au cours du riz

 

Le gouvernement avait provisionné les meuneries pour acheter le riz aux paysans à des prix garantis. Certains meuniers ont gardé l’argent et conservé les stocks de riz qu’ils avaient acheté beaucoup plus tôt moins cher. Cette astuce s’est répandue dans le Nord-est avec l’aide de responsables locaux. La Presse a dévoilé le scandale mais aucune suite ne fut jamais donnée.

 

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Le scandale de l'aéroport

 

L'aéroport de décharge de Nong Ngu Hao (หนองงูเห่า) aurait tout simplement fait l’objet d’appels d’offres truqués. La Commission a pensé que le prix (6,8 milliards de baths) avait été largement surévalué, en laissant entendre qu’il y avait eu entente entre les entreprises soumissionnaires et implication de politiciens et de fonctionnaires.

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Le « Ya ba »

 

En 1998, le « Conseil de contrôle des stupéfiants » a déclaré publiquement qu'il savait que la participation de fonctionnaires a été un facteur majeur dans la distribution de Ya ba (ยา บ่า). Un peu plus tard, le ministre de la santé publique a annoncé détenir une liste de 871 fonctionnaires sous surveillance dont  386 de la police,  information qui fit l’objet d’une campagne d’information à la télévision. Entre janvier et juillet 1999, 108 fonctionnaires du gouvernement ont été arrêtés pour des délits de drogue, principalement aux fins de vente.

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LES « RIPOUX » ET LES MALFAISANTS

 

Nous en avons cité quelques-uns. Cette liste n’est probablement pas limitative.

 

Le retour d’un malfaisant

 

En mars 1999, Chuan nomme Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) au poste de commandant la garde royale d'honneur du roi Bhumibol Adulyadej, provoquant un tel tollé que celui-ci refuse sa nomination. Rappelons que Thanom fut l'un des « Trois Tyrans »  qui ont gouverné la Thaïlande de 1963 à 1973 et avait ordonné et peut-être participé au massacre des étudiants du 14 octobre 1973, après lequel il avait par le Roi été contraint à la démission et exilé. « Forgiven ? But not forgotten » titre le Bangkok Post (« Pardonner ? Mais pas oublier »).

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Les pourris

 

Suthep Thaugsuban (สุเทพ เทือกสุบรรณ), Ministre des Transports et des communications, avait par son intervention dans des transactions foncières illégales provoqué la chute du premier gouvernement Chuan (1). Nous le retrouvons dans une affaire d’extorsion de fonds dans  la mise en place d'une coopérative dans sa province méridionale de Surattani. Il échappe à la sanction de la Cour constitutionnelle en abandonnant ses fonctions électives et ministérielles.

 

Sanan Kajornprasat (สนั่น ขจร ประศาสน์), ministre de l'Intérieur, ainsi que 8 autres ministres du cabinet sont convaincus d’avoir sous-estimé leurs actifs déclarés. Par ailleurs en 2000 il est soupçonné de corruption. La « Commission nationale anti-corruption » a ouvert une enquête sur un prêt de 45 millions de baths qui lui aurait été consenti par une société et qui en fait n’était pas un prêt. Le 23 août, la Cour constitutionnelle pour l’ensemble de ces raisons l’interdit de politique pendant 5 ans. Mais curieusement, nous allons le retrouver lors des élections du 6 janvier 2001 en sixième position sur la liste du parti démocrate conduite par Chuan. Il est élu au bénéfice de la proportionnelle.

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Restons-en là. Nous voyons à la recrudescence de ces scandales plusieurs causes :

 

La crise économique a rendu les hommes d’affaire moins tolérants et les a incité à réduire leur budget de « pots de vin » plutôt que leurs marges bénéficiaires en mettant, si besoin était, « les pieds dans le plat ».

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

La constitution de 1997 avec la création de ses contre-pouvoirs a généré beaucoup d’espoirs. Le scandale des fournitures hospitalières par exemple a été dénoncé par une association des médecins en milieu rural qui réussit à réunir les 50.000 signatures nécessaires à l’ouverture du dossier.

 

La presse a évolué progressivement depuis la censure des années 80 et a résisté à la dictature du début des années 90. Au demeurant elle a découvert que la croustillante dénonciation des scandales faisait de la vente et les médias électroniques sont devenus  plus indépendants et plus audacieux.

 

Enfin, le système démocratique permet aux partis politiques d'opposition de discréditer ceux qui sont au pouvoir en dénonçant leurs pratiques de corruption et vice versa d’ailleurs. Mais cependant, aucun d'entre eux n'a encore réussi à ce jour à conserver un visage sans la moindre tâche.

 

On peut être surpris que le gouvernement de Chuan qui a la réputation d'être personnellement très propre ait connu une telle intensité de scandales, mais il ne faut pas oublier qu’il est sous pression pour maintenir sa fragile coalition. S’il réussit à se débarrasser d'une partie scandaleuse, il reste accroché à d'autres. Chaque fois qu'un scandale éclate, il apparaît à la télévision et dit de sa voix douce que « tout sera pris en charge par la loi ».

 

C’est dans cette ambiance nauséabonde que sa fragile coalition va exploser et que le 9 novembre 2000 le Roi signe le décret de dissolution. Quelques jours auparavant, quatre des ministres avaient quitté le navire. Les élections de janvier ouvriront-elles une ère nouvelle avec le siècle ?

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 239 « LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995) ».

 

(2) Voir notre article 240 « LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 -24 NOVEMBRE 1996) ».

 

(3) Voir notre article 241 « LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997 ».

 

(4) Voir nos articles 242-1, 242-2 et 242-3 « LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 ».

 

(5) Nous avons déjà parlé de lui : Proche cousin du Roi, en 1999, en compagnie de deux fonctionnaires de son ministère, il s’est offert à prendre la place de 82 otages pris à l'ambassade du Myanmar à Bangkok par des étudiants birmans armés. Tous les otages furent libérés sains et saufs, Boriphat accompagna les Birmans jusqu’à un hélicoptère pour qu'ils libèrent tous les otages.

 

(6) La liste en est fort longue, disponible sur le site officiel :

https://www.soc.go.th/eng/bb_main31.htm

 

(7) Il sera plus tard celui de Yingluck Shinawat. Voir le site officiel :

http://www.thaiembassy.sg/announcements/strategic-measures-for-the-country-rehabilitation

 

(8) Voir une bonne étude qui a l’avantage de ne pas être rédigée en langage cabalistique : Jestaz David Ernould  «  Nature, cause et conséquences de la crise asiatique », In: Politique étrangère, n°2 – 1998.

 

(9) On en discutera probablement encore dans 10 ans. Entre 1987 et février 2000, le Directeur général du F.M.I est Michel Camdessus, un énarque auparavant Gouverneur de la Banque de France. Libéral convaincu, il a donné un tournant particulièrement brutal au FMI, en imposant aux pays les plus pauvres des mesures de privatisations ou de réductions des dépenses publique d’éducation et de santé en échange de prêts aux pays concernés, aggravant des crises existantes ou menant ces pays à des crises sans précédent. Il préconisera l’introduction du secteur privé dans les secteurs détenus puissances publiques. « Cet ex-maître à penser du FMI a pour particularité d’être un expert qui se trompe tout le temps.  Là où M. Camdessus est passé, les économies émergentes ont trépassé. Il a même dû démissionner de la direction de l’institution internationale, le 14 février 2000, un an avant la fin de son mandat, en raison des contestations de sa politique ultralibérale. En treize ans de règne sur le FMI, il a pu appliquer son programme. Résultat : une dizaine de crises financières majeures. A chaque fois, les solutions imposées ont aggravé les crises… » (« Le monde diplomatique », janvier 2005 « Les fourberies de M. Camdessus ».

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Les experts se déchirent encore et toujours à belles dents pour savoir quelles sont les raisons qui ont permis aux Etats-Unis de sortir de la crise de 1929.

 

(10) Elle se présente sur son site Internet comme suit : « Nous sommes un organisme sans but lucratif basé en Thaïlande qui travaille à faire en sorte que des transformations économiquement rationnelles et durables se produisent dans le secteur énergétique de la région sans porter atteinte à la justice sociale et à l’environnement » (http://www.palangthai.org/docs/PalangThai1-page.pdf)

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

(11) « Autrefois crocodile sans dents, elle est devenue un crocodile qui a des dents pour mordre ».

 

(12) Voir la synthèse de Madame Pasuk Phongpaichit : « Corruption : Is There any Hope at all » in « Paper for Prajadhipok Institute Workshop on Governance », Pattaya, novembre 1999.

 

(13) On n’est trahi que par les siens. L’affaire est déclenchée par la femme d'un fonctionnaire forestier (Prawat Thanadka) qui va déclarer à la police qu’un homme s’était présenté la veille à leur domicile  et alors qu’elle était dans sa cuisine avait laissé dans un carton une somme de 5 millions de baths. Elle ne l’avait pas regardé et ne pourrait le reconnaître mais le chef de la police locale, le Major Général Wisuth Suwannasuth, déclara avoir des doutes, dit-il à la presse. Madame Prawat ajoutait que lorsque son mari était revenu de son travail, il avait ouvert la boîte et trouvé l’argent. L’affaire remonte au ministère de l’intérieur. Le directeur du département des affaires criminelles, Chanasak Yuwabun, affirme que toute la lumière sera faite et que nul ne sera épargné. Il refuse toutefois de répondre à la question d’un journaliste pour savoir si le gouverneur de la province, Pakdi Chompuming serait interrogé. Celui-ci affirma toutefois que ni lui ni ses collaborateurs n’était concernés. Chanasak rencontra alors le premier ministre qui décida le 28 février 1991 de faire établir un état des dégâts pendant que le gouverneur continuait à protester de son innocence. On trouva encore sur place 10.000 troncs de teck abattus. Le mécanisme était simple : les bucherons opéraient sur les rives du fleuve et déclaraient avoir importé légalement du bois de Birmanie, documents justificatifs à l’appui. L’enquête démontre que l’opération avait commencé en 1997 et que 20.000 arbres avaient été abattus. Des documents compromettant sont découverts dans le bureau du parti démocrate à Phichit. Chuan transmet alors le dossier à son ministre des affaires étrangères puisque tout laisse à penser qu’il y avait des implications de l’autre côté du fleuve. C’est Sukhumphan Boriphat qui va négocier à Rangoon où l’on considère qu’il s’agit d’une affaire intérieure à la Thaïlande. On saura toutefois que les bucherons clandestins sont des Karens venus de Birmanie et travaillaient pour trois importantes sociétés thaïes. En conclusion, Winai Panitchayanuban le fonctionnaire des eaux et Forêts qui avait payé le pourboire de 5 millions fut condamné à deux ans de prison, fit appel mais le verdict fut confirmé et il fut arrêté en juillet.  Prawat  fut condamné à cinq ans de prison mais mourut peu après le verdict. Le montant des préjudices a été évalué à 180 millions de baths.

 

(14) D'ailleurs, ce scandale fit boule de neige. Sur la route d’accès au barrage, 2 ou 3.000 autres parcelles furent lotis sur un terrain forestier, certaines étaient censées être la réinstallation des villageois déplacés. Mais on y trouverait beaucoup de très grands noms de Bangkok ou d’ailleurs. Les mêmes constatations ont été effectuées aux environs de réservoir de Khao Laem (เขื่อนเขาแหลม), toujours dans la même province et encore dans un parc national aux environs de Ranong mais tout cela ne parait pas avoir donné lieu à enquête ?

 

L’ÉQUIPE

 

Chuan ne bénéficie pas d’une onction électorale directe mais se trouve toutefois une majorité, avec toujours et encore une coalition hétéroclite sinon contre nature, entre les 123 députés de son parti, avec ceux du  Prachakon Thai (พรรคประชากรไทย - Thai Citizen Party) de Samak Sundaravet (สมัคร สุนทรเวช) qui a changé de camp et le Chat Pattana Party (พรรคชาติพัฒนา - National Development Party) de Wannarat Channukul (วรรณรัตน์ ชาญนุกูล). 123 + 18 + 52 = 193 et quelques défections qui lui assurent une majorité fragile mais le compte est bon  (393 députés, majorité 197).

 

Un décret royal le désigne donc comme premier ministre le 14 novembre 1997. Nous savons (4) que la nouvelle constitution (article 201) limite le nombre des ministres à 35 (trois douzaines en comprenant le premier) mais elle prévoit aussi (articles 314 à 336) de très longues dispositions transitoires et celle-ci n’est pas d’application immédiate. Chuan va donc en profiter pour former le même jour un cabinet de 47 ministres, lui-même se réservant la défense.

 

C’est un gouvernement de techniciens ; ils sont tous bardés de diplômes obtenus dans les plus prestigieuses des universités anglaises ou américaines. Son premier vice-premier ministre est Phichit Rattakun (พิจิตต รัตตกุล), à tout seigneur, tout honneur, puissant homme d’affaires, il est gouverneur de Bangkok, ville ayant donné au parti de Chuan 38 de ses 123 députés. Son second vice-premier ministre est Supphachai Phanitphak (ศุภชัย พานิชภักดิ์), à la tête de la Thaï military bank  (ธนาคารทหารไทย) qui devint en 1999 président de l’Organisation mondiale du commerce (O. M.C. World Trade Organization) et auteur prolifique d’ouvrages d’économie politique. Les affaires étrangères sont confiées à Surin Pitsuwan (สุรินทร์ พิศสุวรรณ). Son vice-ministre est le très médiatique Sukhumphan Boriphat (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) tout aussi bardé de diplômes que les précédents, la seule altesse royale du cabinet (5). L’intérieur enfin revint à un militaire, le seul du gouvernment, le général Sanan Khachonprasat (สนั่น ขจรประศาสน์) formé dans les prestigieuses académies américaines. « Démissionné » le 11 avril 2000 à la suite d’une affaire de corruption dont nous reparlerons, il fut remplacé, un choix curieux, par Sontaya Kunpluem (สนธยา คุณปลื้ม), tout jeune fils de Somchai Khunpluem, (สมชาย คุณปลื้ม), parrain de Chonburi  connu sous le nom de Kamnan Po (กำนัน เป๊าะ – « chef de village Po ») qui sombrera en  2004 dans une sombre affaire de meurtre et de corruption. Mais à cette date il est à la tête d’affaires énormes et règne en maître sur la politique de sa région. Notons la présence, comme Ministre de l’éducation, de Chumpon Sinlapa-Acha (ชุมพล ศิลปอาชา), jeune universitaire, frère de Banhan Sinlapa-Acham, qui démissionnera le 1er octobre 1998. Notons enfin que son vice-ministre Somsak Pritsanananthakun (สมศักดิ์ ปริศนานันทกุล) sombrera dix ans plus tard sur un question d’enrichissement illicite commis lorsqu’il était ministre.

***

Mais indépendamment de ces changements nécessités par les circonstances, ce gouvernement n’a, pour les remaniements, rien à envier à son prédécesseur : septembre et octobre 1998, quatre démissions (forcées ou de convenance ?) ; Le 4 octobre 1998, 7 démissions ; Le 5 octobre, 17 désignations ou mutations ; Entre janvier et juin 1999, encore 6 démissions ; En juillet 1999, 8 démissions volontaires ou provoquées et 11 désignations de nouveaux. Nous relevons la désignation d’une femme (enfin !) comme ministre de l’éducation, la ravissante Kanchana Sinlapa-Acha (กาญจนา ศิลปะอาชา) fille de Banhan Sinlapa-Acham, toujours défenseur ardente de la protection de la nature. En mars et avril 2000, en sus de l’éviction de Sanan Khachonprasat, encore 7 changements. En juin 2000, deux démissions et 4 désignations ; En septembre, une démission et 7 changements.

Il est difficile dans cette « valse à mille temps » de faire la part du feu : des démissions par conviction ? Pourquoi pas ? Des démissions forcées ? C’est certain. Mais tous les scandales qui ont pu les susciter n’ont pas forcément laissé de traces ou tout au moins de traces auxquelles nous ayons eu accès. Par ailleurs, des démissions « forcées » ont pu entraîner des sanctions judiciaires, par exemple l’interdiction temporaire d’exercer à temps une activité politique. Certains ont payé leur dette, nous les retrouvons dans la vie politique actuelle, est-il séant de rappeler des péchés de jeunesse oubliés depuis 15 ou 20 ans ? Dernière hypothèse enfin, peut-être est-elle la plus plausible compte tenu des circonstances de l’époque, les rats quittent le navire. Tel fut le cas en particulier de Supachai Panitchpak (ศุภชัย พานิชภักดิ์) ministre du commerce et de l’industrie.

LE PROGRAMME

La déclaration de politique générale est livrée au Parlement le jeudi 20 Novembre 1997.

Après les sempiternelles et pieuses introductions, une première partie est consacré aux généralités : un premier chapitre intitulé « réformes politiques » consiste essentiellement à prévoir une amélioration des nouvelles institutions créés ou modifiés par la constitution de 1997 notamment au niveau de la lutte contre la corruption et à organiser une « réforme de l’administration » dans le sens de l’amélioration de la protection des libertés publiques.

Le second chapitre est consacré à la « politique sécuritaire » par un soutien sans failli à l’armée et à la police et un troisième à la « politique étrangère » dans lequel nous ne lisons rien d’original.

La seconde partie concerne la « politique de développement économique et social ». Il importe en effet de parer aux conséquences de la crise à la fois à court terme et à moyen terme. Pour le court terme, l’essentiel est de permettre au pays de retrouver sa stabilité financière et de réduire l’impact économique de la crise. Pour le moyen terme, les mesures envisagées « visent à apporter une amélioration continue et la restauration de l'économie thaïlandaise avec retour à la normale dans un délai raisonnable » (6). On peut penser qu’elles sont l’œuvre de Wiraphong  Ramangkun  (วีรพงษ์ รามางกูร), le conseiller de Chuan Lipkai en matière économique (7) qui fut très brièvement ministre des finances de Chunawan du 26 août au 9 décembre 1990.

SUR LE TERRAIN

Les réformes économiques ont été sévèrement critiquées et qualifiées de « bitter medicine » (« médecine amère ») pour n’avoir apporté que peu de soulagement à l’économie dans les années qui ont suivi la crise de 1997, en particulier au niveau local. Certes, le produit intérieur brut retrouve sa croissance en 1999 mais au profit de qui ? Le niveau du PIB de 1996 ne sera d’ailleurs retrouvé qu’en 2002. En 2000, 28 % pour cent de la population est encore classée comme en dssous du seuil de pauvreté contre seulement 7 % dans le centre : le revenu moyen annuel par habitant  était de 26.317 baths contre 208.434 à Bangkok. Les opinons sont largement divergentes, et une partie de l’opinion éclairée (ou prétendue telle) accuse le gouvernement de n’avoir aidé que les grandes institutions financières et d’avoir rendu le pays encore plus dépendant des investisseurs étrangers au profit duquel il l’aurait hypothéqué, et met en doute l’efficacité des mesures préconisées par le FMI (8). Ne nous livrons pas – nous n’en avons guère les compétences – à de doctes considérations sur les raisons qui ont permis au pays de sortir de la crise (9). Toujours est-il qu’en mai 1998, l’organisation « Palang thai » (พลังไท) qui n’est pas un parti politique (10) annonce qu’elle va joindre ses forces à « telecommunications tycoon Thaksin Shinawat » pour former un nouveau parti politique au sang nouveau. Thaksin ajoute qu’il ne sera pas un feu de paille et peint les démocrates comme manifestant un mépris souverain pour la « Thaïlande d’en bas ».

LES SCANDALES

Alors que son premier gouvernement fit les frais d’énormes scandales de corruption (1), celui-ci ne fera pas mieux. Il est d’ailleurs permis de penser que les pouvoirs plus étendus de la « Commission de lutte contre la corruption » par rapport à l’ancienne (11) ont contribué pour beaucoup à ce déballage (12).

Le scandale du parc national de la Salouen

Il éclate en février 1998. Probablement entre 15 et 20.000 tecks géants ont été abattus illégalement dans le parc national de la Salouen (อุทยานแห่งชาติสาละวิน) situé dans la province de Mae Hong Son. Véritable sanctuaire de plus de 720 kilomètres carrés abritant des espèces animales et végétales rarissimes, le parc a été ravagé par ces coupes clandestines massives (un tiers au moins des tecks) mettant en cause des fonctionnaires locaux et le bureau au parti démocrate de  Phichit (13).

Le scandale des semences

On est presque dans le domaine de la farce. Elle est née dans la province de Yasothon. Le ministère de l’agriculture proposait aux paysans hilares des paquets contenant des semences soigneusement emballées accompagnés d’un livret explicatif. La seule réaction paysanne fut des hurlements de rire, comme s’il fallait des explications du ministre pour apprendre comment faire pousser tomates, piments, courges, maïs, papaye et qu’il faille un kit pour cela. Pourtant le ministère de l’agriculture, fier de son initiative, avait lancé une campagne de publicité télévisée annonçant la fin de la crise en zone rurale. Il s’avéra simplement que le kit était vendu dix ou quinze fois la valeur. La « Commission de lutte contre la corruption » conclut à l’existence d’une collusion massive impliquant 47 fonctionnaires. Le vice-ministre de l’agriculture Wirach Ratanasate démissionna le 1er octobre 1998. Les 47 fonctionnaires furent sanctionnés par une baisse de salaire de 5 % pendant trois mois. Le ministre a déclaré l'affaire close mais l’escroquerie s’était élevée à environ ¼ million de bahts au détriment du Ministère. Naturellement aucun paysan n’avait été assez sot pour tomber dans le panneau et acheter cette poudre de perlimpinpin. La Commission refusa toujours de rouvrir le dossier.

Le scandale des fournitures hospitalières

Rakkiat Sukhthana (รักเกียรติ สุขธนะ), ministre de la santé, fut « démissionné » le 15 septembre 1998 et quelques jours plus tard son vice-ministre Thirawat Sirivansat. Le premier avait reçu 5 millions de baths d’un laboratoire pharmaceutique pour forcer les hôpitaux dans 34 provinces à acheter des médicaments à des prix exorbitants, en général de deux à dix fois le prix du marché. Deux hauts fonctionnaires ont été déplacés et de nombreuses sanctions  prononcées. La Commission conclut sous la pression du public et de la presse qu'il y avait une corruption généralisée dans l'achat de fournitures médicales dans le Ministère de la santé publique impliquant de nombreux fonctionnaires mais qu’il n'y avait aucune preuve pour procéder pénalement contre toute personne impliquée, politiciens ou des fonctionnaires. Seul le secrétaire de Rakkiat fut emprisonné. Rakkiat prit la fuite. Les autorités purent saisir ses avoirs en 2002, dont une somme de 233 millions de baths en banque.

Le scandale du barrage de Pak Mun

Situé en amont de l’embouchure de la rivière Mun qui se jette dans le Mékong dans la province d’Ubonrachathani, la construction du barrage a commencé en 1994 sous la direction de l’ « Electricity Generating Authority of Thailand ». Indépendamment de dégâts immenses au milieu naturel (faune et flore) et d’une apparente totale inutilité sur le plan pratique, deux écrivains connus, Pira Sutham (พีระ สุธรรม) que nous avons déjà rencontré et Nithi Iaosiwong (นิธิ เอียวศรีวงศ์) se sont élevés contre l'arrestation violente de 223 villageois, femmes, vieillards et enfants compris qui protestaient contre les travaux du barrage de Pak Mun. Pour Nithi « cette situation actuelle est pire que celle des événements de mai. Nous avons un gouvernement tyrannique qui est arrogant et irresponsable. Ceci est dangereux parce que le gouvernement se considère toujours comme légitime et prétend qu'il est démocratique. En fait, il est aussi brutal que le gouvernement militaire ». Nous le citons en lui laissant la responsabilité de cette affirmation.

 

Le scandale du barrage Sinakharin à Kanchanaburi .

Le Sinagarin Dam (เขื่อนศรีนครินทร์) est situé dans la province de Kanchanaburi. Bien après sa construction on vit surgir trois luxueuses villas sur un terrain ayant vue magnifique sur le lac, mais aussi incontestablement propriété forestière. Mais la propriété des maisons reste un mystère total. Le nom de la fille du chef adjoint de l’administration forestière de la province a été parfois cité  ainsi que celui de l’épouse du ministre de l'Intérieur, le général Sanan Khachonprasat,  un « démissionné ».  (Dont nous avons parlé plus haut mais il n’y a aucune certitude dans tout cela). (14).

Le scandale du soutien au cours du riz

Le gouvernement avait provisionné les meuneries pour acheter le riz aux paysans à des prix garantis. Certains meuniers ont gardé l’argent et conservé les stocks de riz qu’ils avaient acheté beaucoup plus tôt moins cher. Cette astuce s’est répandue dans le Nord-est avec l’aide de responsables locaux. La Presse a dévoilé le scandale mais aucune suite ne fut jamais donnée.

Le scandale de l’aéroport

L'aéroport de décharge de Nong Ngu Hao (หนองงูเห่า) aurait tout simplement fait l’objet d’appels d’offres truqués. La Commission a pensé que le prix (6,8 milliards de baths) avait été largement surévalué, en laissant entendre qu’il y avait eu entente entre les entreprises soumissionnaires et implication de politiciens et de fonctionnaires.

Le « Ya ba »

En 1998, le « Conseil de contrôle des stupéfiants » a déclaré publiquement qu'il savait que la participation de fonctionnaires a été un facteur majeur dans la distribution de Ya ba (ยา บ่า). Un peu plus tard, le ministre de la santé publique a annoncé détenir une liste de 871 fonctionnaires sous surveillance dont  386 de la police,  information qui fit l’objet d’une campagne d’information à la télévision. Entre janvier et juillet 1999, 108 fonctionnaires du gouvernement ont été arrêtés pour des délits de drogue, principalement aux fins de vente.

LES « RIPOUX » ET LES MALFAISANTS

Nous en avons cité quelques-uns. Cette liste n’est probablement pas limitative.

Le retour d’un malfaisant

En mars 1999, Chuan nomme Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) au poste de commandant la garde royale d'honneur du roi Bhumibol Adulyadej, provoquant un tel tollé que celui-ci refuse sa nomination. Rappelons que Thanom fut l'un des « Trois Tyrans »  qui ont gouverné la Thaïlande de 1963 à 1973 et avait ordonné et peut-être participé au massacre des étudiants du 14 octobre 1973, après lequel il avait par le Roi été contraint à la démission et exilé. « Forgiven ? But not forgotten » titre le Bangkok Post (« Pardonner ? Mais pas oublier »).

Les pourris

Suthep Thaugsuban (สุเทพ เทือกสุบรรณ), Ministre des Transports et des communications, avait par son intervention dans des transactions foncières illégales provoqué la chute du premier gouvernement Chuan (1). Nous le retrouvons dans une affaire d’extorsion de fonds dans  la mise en place d'une coopérative dans sa province méridionale de Surattani. Il échappe à la sanction de la Cour constitutionnelle en abandonnant ses fonctions électives et ministérielles.

Sanan Kajornprasat (สนั่น ขจร ประศาสน์), ministre de l'Intérieur, ainsi que 8 autres ministres du cabinet sont convaincus d’avoir sous-estimé leurs actifs déclarés. Par ailleurs en 2000 il est soupçonné de corruption. La « Commission nationale anti-corruption » a ouvert une enquête sur un prêt de 45 millions de baths qui lui aurait été consenti par une société et qui en fait n’était pas un prêt. Le 23 août, la Cour constitutionnelle pour l’ensemble de ces raisons l’interdit de politique pendant 5 ans. Mais curieusement, nous allons le retrouver lors des élections du 6 janvier 2001 en sixième position sur la liste du parti démocrate conduite par Chuan. Il est élu au bénéfice de la proportionnelle.

***

 

Restons-en là. Nous voyons à la recrudescence de ces scandales plusieurs causes :

La crise économique a rendu les hommes d’affaire moins tolérants et les a incité à réduire leur budget de « pots de vin » plutôt que leurs marges bénéficiaires en mettant, si besoin était, « les pieds dans le plat ».

La constitution de 1997 avec la création de ses contre-pouvoirs a généré beaucoup d’espoirs. Le scandale des fournitures hospitalières par exemple a été dénoncé par une association des médecins en milieu rural qui réussit à réunir les 50.000 signatures nécessaires à l’ouverture du dossier.

La presse a évolué progressivement depuis la censure des années 80 et a résisté à la dictature du début des années 90. Au demeurant elle a découvert que la croustillante dénonciation des scandales faisait de la vente et les médias électroniques sont devenus  plus indépendants et plus audacieux.

Enfin, le système démocratique permet aux partis politiques d'opposition de discréditer ceux qui sont au pouvoir en dénonçant leurs pratiques de corruption et vice versa d’ailleurs. Mais cependant, aucun d'entre eux n'a encore réussi à ce jour à conserver un visage sans la moindre tâche.

On peut être surpris que le gouvernement de Chuan qui a la réputation d'être personnellement très propre ait connu une telle intensité de scandales, mais il ne faut pas oublier qu’il est sous pression pour maintenir sa fragile coalition. S’il réussit à se débarrasser d'une partie scandaleuse, il reste accroché à d'autres. Chaque fois qu'un scandale éclate, il apparaît à la télévision et dit de sa voix douce que « tout sera pris en charge par la loi ».

***

C’est dans cette ambiance nauséabonde que sa fragile coalition va exploser et que le 9 novembre 2000 le Roi signe le décret de dissolution. Quelques jours auparavant, quatre des ministres avaient quitté le navire. Les élections de janvier ouvriront-elles une ère nouvelle avec le siècle ?

NOTES

(1) Voir notre article 239 « LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995) ».

(2) Voir notre article 240 « LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 -24 NOVEMBRE 1996) ».

(3) Voir notre article 241 « LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997 ».

(4) Voir nos articles 242-1, 242-2 et 242-3 « LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 ».

(5) Nous avons déjà parlé de lui : Proche cousin du Roi, en 1999, en compagnie de deux fonctionnaires de son ministère, il s’est offert à prendre la place de 82 otages pris à l'ambassade du Myanmar à Bangkok par des étudiants birmans armés. Tous les otages furent libérés sains et saufs, Boriphat accompagna les Birmans jusqu’à un hélicoptère pour qu'ils libèrent tous les otages.

(6) La liste en est fort longue, disponible sur le site officiel :

https://www.soc.go.th/eng/bb_main31.htm

(7) Il sera plus tard celui de Yingluck Shinawat. Voir le site officiel :

http://www.thaiembassy.sg/announcements/strategic-measures-for-the-country-rehabilitation

(8) Voir une bonne étude qui a l’avantage de ne pas être rédigée en langage cabalistique : Jestaz David Ernould  «  Nature, cause et conséquences de la crise asiatique », In: Politique étrangère, n°2 – 1998.

(9) On en discutera probablement encore dans 10 ans. Entre 1987 et février 2000, le Directeur général du F.M.I est Michel Camdessus, un énarque auparavant Gouverneur de la Banque de France. Libéral convaincu, il a donné un tournant particulièrement brutal au FMI, en imposant aux pays les plus pauvres des mesures de privatisations ou de réductions des dépenses publique d’éducation et de santé en échange de prêts aux pays concernés, aggravant des crises existantes ou menant ces pays à des crises sans précédent. Il préconisera l’introduction du secteur privé dans les secteurs détenus puissances publiques. « Cet ex-maître à penser du FMI a pour particularité d’être un expert qui se trompe tout le temps.  Là où M. Camdessus est passé, les économies émergentes ont trépassé. Il a même dû démissionner de la direction de l’institution internationale, le 14 février 2000, un an avant la fin de son mandat, en raison des contestations de sa politique ultralibérale. En treize ans de règne sur le FMI, il a pu appliquer son programme. Résultat : une dizaine de crises financières majeures. A chaque fois, les solutions imposées ont aggravé les crises… » (« Le monde diplomatique », janvier 2005 « Les fourberies de M. Camdessus ».

Les experts se déchirent encore et toujours à belles dents pour savoir quelles sont les raisons qui ont permis aux Etats-Unis de sortir de la crise de 1929.

(10) Elle se présente sur son site Internet comme suit : « Nous sommes un organisme sans but lucratif basé en Thaïlande qui travaille à faire en sorte que des transformations économiquement rationnelles et durables se produisent dans le secteur énergétique de la région sans porter atteinte à la justice sociale et à l’environnement » (http://www.palangthai.org/docs/PalangThai1-page.pdf)

(11) « Autrefois crocodile sans dents, elle est devenue un crocodile qui a des dents pour mordre ».

(12) Voir la synthèse de Madame Pasuk Phongpaichit : « Corruption : Is There any Hope at all » in « Paper for Prajadhipok Institute Workshop on Governance », Pattaya, novembre 1999.

(13) On n’est trahi que par les siens. L’affaire est déclenchée par la femme d'un fonctionnaire forestier (Prawat Thanadka) qui va déclarer à la police qu’un homme s’était présenté la veille à leur domicile  et alors qu’elle était dans sa cuisine avait laissé dans un carton une somme de 5 millions de baths. Elle ne l’avait pas regardé et ne pourrait le reconnaître mais le chef de la police locale, le Major Général Wisuth Suwannasuth, déclara avoir des doutes, dit-il à la presse. Madame Prawat ajoutait que lorsque son mari était revenu de son travail, il avait ouvert la boîte et trouvé l’argent. L’affaire remonte au ministère de l’intérieur. Le directeur du département des affaires criminelles, Chanasak Yuwabun, affirme que toute la lumière sera faite et que nul ne sera épargné. Il refuse toutefois de répondre à la question d’un journaliste pour savoir si le gouverneur de la province, Pakdi Chompuming serait interrogé. Celui-ci affirma toutefois que ni lui ni ses collaborateurs n’était concernés. Chanasak rencontra alors le premier ministre qui décida le 28 février 1991 de faire établir un état des dégâts pendant que le gouverneur continuait à protester de son innocence. On trouva encore sur place 10.000 troncs de teck abattus. Le mécanisme était simple : les bucherons opéraient sur les rives du fleuve et déclaraient avoir importé légalement du bois de Birmanie, documents justificatifs à l’appui. L’enquête démontre que l’opération avait commencé en 1997 et que 20.000 arbres avaient été abattus. Des documents compromettant sont découverts dans le bureau du parti démocrate à Phichit. Chuan transmet alors le dossier à son ministre des affaires étrangères puisque tout laisse à penser qu’il y avait des implications de l’autre côté du fleuve. C’est Sukhumphan Boriphat qui va négocier à Rangoon où l’on considère qu’il s’agit d’une affaire intérieure à la Thaïlande. On saura toutefois que les bucherons clandestins sont des Karens venus de Birmanie et travaillaient pour trois importantes sociétés thaïes. En conclusion, Winai Panitchayanuban le fonctionnaire des eaux et Forêts qui avait payé le pourboire de 5 millions fut condamné à deux ans de prison, fit appel mais le verdict fut confirmé et il fut arrêté en juillet.  Prawat  fut condamné à cinq ans de prison mais mourut peu après le verdict. Le montant des préjudices a été évalué à 180 millions de baths.

 

(14) D'ailleurs, ce scandale fit boule de neige. Sur la route d’accès au barrage, 2 ou 3.000 autres parcelles furent lotis sur un terrain forestier, certaines étaient censées être la réinstallation des villageois déplacés. Mais on y trouverait beaucoup de très grands noms de Bangkok ou d’ailleurs. Les mêmes constatations ont été effectuées aux environs de réservoir de Khao Laem (เขื่อนเขาแหลม), toujours dans la même province et encore dans un parc national aux environs de Ranong mais tout cela ne parait pas avoir donné lieu à enquête ?

 

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 06:36
242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

LA RÉORGANISATION DES POUVOIRS PUBLICS (suite)

 

Chapitre VII – LE CONSEIL DES MINISTRES

 

Les articles 201 à 232 lui sont consacrés. Comme dans nos articles antérieurs, nous ne nous attardons que sur ce qui présente soit une certaine importance soit une singularité.

 

Une première disposition est destinée à lutter contre l’inflation des postes ministériels que nous avons constatée tout au long de nos articles précédents :

 

« Le Roi nomme le Premier ministre et pas plus de trente-cinq autres ministres pour constituer le Conseil des ministres dont la tâche est de mener à bien l'administration des affaires de l'Etat. Il doit être choisi parmi les membres de la Chambre des représentants… Le Président de la Chambre des représentants doit contresigner le décret royal portant nomination du Premier ministre ».

 

Notons-le, rien n’indique que ce choix doive porter sur le chef de file du parti ayant sinon remporté les élections du moins sur celui ayant obtenu le plus grand nombre de sièges. Par ailleurs, un gouvernement de trois douzaines de ministres a paru à juste titre largement suffisant.

 

La formule « mener à bien l'administration des affaires de l'Etat » n’est-elle pas limitative par rapport – par exemple – à la formule française « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation » moins équivoque ? 

 

La chambre des représentants doit alors approuver ce choix « dans un délai de 30 jours avec au moins un cinquième des voix » ce qui sous-entend la possibilité de soumettre d’autres candidatures de candidats représentant un groupe minoritaire.

 

« Mais une fois ce choix approuvé la nomination doit ensuite être adoptée à la majorité simple par vote non secret. Si la nomination n’a pas été approuvée, le Président de la Chambre doit soumettre à l‘approbation du Roi le nom de celui qui aurait reçu le plus grand nombre de voix ».

« Une fois désignés, Premier ministre et Ministres sont démissionnés de leur siège électif ».

Avant leur entrée en fonctions, ils doivent prêter serment devant le Roi en des termes que nous connaissons déjà :

 

«Je …  déclare solennellement que je serai loyal envers le roi et fidèle à remplir mes fonctions dans l'intérêt du pays et du peuple. Je m’engage à respecter et observer la Constitution ».

Indépendamment de diverses incompatibilités mettant en cause l’intégrité de la personne :

« Un ministre doit être de nationalité thaïlandaise par la naissance »;

« Il doit être âgé de trente-cinq ans »;

« Il doit avoir obtenu un diplôme non inférieur au baccalauréat ou son équivalent »;

 

.. et de nombreuses interdiction destinés à empêcher une collusion avec le monde des affaires.

 

« Un ministre a le droit d'assister et de faire des déclarations de fait ou de manifester  ses opinions à une séance de la Chambre, mais n'a pas le droit de vote. Dans le cas où la Chambre des représentants ou le Sénat  qui peuvent par ailleurs le contraindre à assister à la séance ».

« La déclaration de politique général devant les chambres doit être effectuée sous quinzaine ».

« Les ministres sont individuellement responsables devant la Chambre des représentants et sont également responsables collectivement devant  l'Assemblée nationale ».

« Dans le cas où le Conseil des ministres est d'avis qu’une question peut affecter les intérêts nationaux, le premier ministre, avec l'approbation du Conseil des ministres, peut consulter le Président de la Chambre des représentants et le président du Sénat aux fins d’un appel à un référendum ».

 

Mais les conséquences en sont singulières puisque cet appel à la procédure référendaire, application de la démocratie directe, n’a pas valeur contraignante :

 

« S'il ressort du référendum moins d’un cinquième de oui, c’est un rejet. S’il ressort plus d’un cinquième de oui, c’est une approbation mais le référendum doit avoir le simple effet de conseils donnés au Conseil des ministres sur cette question ».

 

Il semble que l’utilisation prudente d’un référendum simplement consultatif manifeste le souci d’éviter les référendums plébiscitaires. Les constituants avaient-ils à l’esprit quelques exemples français ? Le Peuple est souverain, certes, mais qu’il ne le soit qu’au travers de ses élus dont le baccalauréat démontre les incontestables compétences d’autant mieux que ces compétences sont évidemment confirmées par l’onction obligatoire d’un parti politique. Notons que le projet 2016 prévoit à diverses reprises le recours à un vrai référendum.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Chapitre VIII – LES TRIBUNAUX

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

La constitution consacre les articles 233 à 281 à sa Justice : cours de justice, Cour constitutionnelle, tribunaux administratifs et tribunaux militaires.

 

Dans un bref rappel des principes généraux, elle ne fait que rappeler des principes depuis longtemps inclus dans le droit positif du pays. Etait-il bien utile de rappeler que les Tribunaux doivent juger « en toute impartialité en fonction de la Loi et de la constitution » ? Doit-on penser qu’ils ne le faisaient pas auparavant et qu’ils l’ont plus fait après l »abrogation de la constitution ?

 

Il est rappelé qu’ils ne doivent pas remplir de fonctions politiques et qu’ils doivent – eux aussi – prêter serment dans les termes suivants :

 

« Je … déclare solennellement que je serai fidèle à Sa Majesté le Roi et remplirai fidèlement impartialement  mes fonctions au nom du roi dans l'intérêt de la justice, de la population et du public ordre du royaume. Je respecterai le régime démocratique, la Constitution et la loi à tous égards ».

 

Par ailleurs dix très (trop) longs articles (237 à 247) énoncent des règles très précises en matière de procédure criminelle. On se demande bien pourquoi elles viennent s’égarer ici ? La Thaïlande était munie depuis le 13 novembre 1956 d’un code de procédure criminelle (ประเทศไทยทางอาญา) en 398 articles toujours en vigueur qui offre déjà aux délinquants toutes sortes de garanties. Il semblerait à en croire l’analyse d’un juriste spécialiste de la Justice criminelle (1) qu’elle présente quelques progrès. Ils ne nous ont pas sautés aux yeux à une lecture comparative (en diagonale il est vrai) des deux textes. Les droits des délinquants (et de la voyoucratie) étaient déjà préservés tant par le chapitre de la constitution relatif aux droits de l’homme que par la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

La Cour constitutionnelle.

 

C’est une création originale de la constitution (articles 255 à 270) dont on peut penser qu’elle est plus importante que des considérations sur la nécessité de protéger la voyoucratie criminelle ?

 

« Elle est composée d’un président et de quatorze juges nommé par le Roi sur avis du Sénat des personnes suivantes :

«  Cinq  juges de la Cour suprême de justice élus lors d'une assemblée générale de la Cour au scrutin secret;

«  Deux juges de la Cour administrative élu lors d'une assemblée générale de la Cour au scrutin secret;

« Cinq personnes qualifiées en droit élues… »

« Trois personnalités qualifiées en science politique élues … »

Ils doivent être thaïs de naissance, être âgés de 45  ans, ne pas avoir été membres des organismes du « contre-pouvoir », ne pas être élu national ou local, ne pas être fonctionnaire du gouvernement, ne pas être intéressé dans une entreprise commerciale et ne pas avoir eu de responsabilités politiques.

 

Pour le reste nous retrouvons les mêmes incompatibilités qui frappent les personnes indignes

 

L’élection des « spécialistes » du droit et des sciences politiques obéit à des règles extrêmement complexes faisant intervenir un comité comprenant « le Président de la Cour suprême de justice, les doyens de la Faculté de droit, les doyens de la Faculté des sciences politiques, des représentants de tous les partis politiques ayant un membre à la Chambre ». Une liste est soumise au Sénat qui doit l’approuver à la majorité des trois quarts.

Les Juges alors nommés par le Roi pour neuf ans.

 

La compétence de la Cour est étendue :

 

Examen de la constitutionalité des projets de Lois, des décisions parlementaires, des décrets royaux, la nomination des hauts fonctionnaires ou des élus et peut déclencher une véritable procédure d’ « impeachment » (destitution) sur saisine d’un quart des membres d la chambre, de trois cinquième des membres du sénat ou de cinquante-mille pétitionnaires.

 

La procédure est complexe et elle bénéficie des pouvoirs d’investigations les plus étendus : exiger des documents ou des éléments de preuve de toute personne, organismes d’état, tribunaux, entreprises d’état ou collectivités locales ou convoquer toute personne…

 

Elle constitue, plus que le sommet de la hiérarchie judiciaire, un véritable quatrième pouvoir puisque ses décisions ont force de Loi, un véritable « gouvernement des Juges » dont le principe même est sujet à de vives critiques (2). Elle a tout au long de son existence jusqu’en 2007 rendu quelques dizaines de décisions dont nous n’avons que le nombre mais malheureusement pas le texte dont le contenu est, tout au moins lorsque nous l’avons consulté, inaccessible (3).

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Les Cours de Justice

 

La constitution leur consacre les articles 271 à 275 sans que cela nous semble d’une quelconque actualité ni du moindre intérêt : Ils nous rappellent ce que nous savons déjà de l’organisation judiciaire qu’il y a trois degrés de juridiction, les juridictions de première instance, les Cours d’appel (un par province) et une Cour suprême (équivalent de notre Cour de Cassation) qui sont disciplinairement soumise à une « Commission judiciaire des tribunaux de justice » que l’on peut comparer à notre « Conseil supérieur de la magistrature ».

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Les Cours administratives

 

Cette création de la constitution de 1997 qui comprend également trois degrés de juridiction : tribunaux administratifs – cours d’appel administratives et Cour suprême administrative correspond – toutes proportions gardées – à la nôtre : Tribunaux administratifs, Cours d’appel administratives et Conseil d’état. Leur compétence porte schématiquement sur les litiges entre un organisme d'État, les entreprises d'Etat, une administration locale et un particulier.

Cette dualité entre les deux ordres de juridictions, judiciaire et administrative qui entraîne d’inextricables difficultés pour le justiciable, est en France le produit de l’histoire ce qu’il n’est pas en Thaïlande (4). Valait-elle de se retrouver en Thaïlande ?

 

 

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Les Tribunaux militaires

 

Ils ont compétence pour trancher « les affaires pénales militaires ». La France a supprimé ses « Tribunaux permanents de forces armées » en 1982. Ceux qui ont eu à intervenir devant eux n’en ont pas toujours eu un bon souvenir.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.
 

Chapitre IX – LES GOUVERNEMENTS LOCAUX

 

Les dispositions des articles 282 à 290 reprennent globalement celles du « National Government Organisation Act » (พระราชบัญญัติระเบียบบริหารราชการแผ่นดิน พ.ศ. 2534) de 1991 (« Loi sur l'organisation du gouvernement national »)  organisant les services à trois niveaux, central, provincial et local. Voilà qui semble encore du remplissage superfétatoire.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Chapitre X – VÉRIFICATIONS ET POURSUITES CONTRE LES MEMBRES DU GOUVERNEMENT Y COMPRIS LA DÉCLARATION DE LEURS COMPTES ET ACTIFS, COMMISSION NATIONALE CONTRE LA CORRUPTION,  MISE EN ACCUSATION ET POURSUITES PÉNALES CONTRE LES RÉSPONSABLES GOUVERNEMENTAUX ET POLITIQUES.

 

Voilà 20 articles (291 – 311) d’importance capitale :

 

« Doivent indiquer le détails de leurs actifs et passif d'eux-mêmes, de leurs conjoints et de leurs enfants : le Premier ministre, les Ministres, les membres de la Chambre des représentants, les sénateurs, les responsables politiques,  les administrateurs locaux et les membres d'une assemblée locale. Les comptes doivent être accompagnés des pièces justificatives attestant l'existence réelle de ces actifs et passifs, ainsi qu'une copie de la déclaration d'impôt sur le revenu de l'exercice précédent. Le déclarant devra certifier l'exactitude du compte et des copies des documents soumis par l'apposition de sa signature sur chaque page ».

« Ces documents doivent être soumis sous de brefs délais au Président de la Commission nationale de lutte contre la corruption et doivent être divulgués au public, sans délai ».

« Le Président de la Commission nationale de lutte contre la corruption doit convoquer sans délai une réunion de la Commission d'examiner l'exactitude et l'existence réelle des actifs et passifs ».

Il appartiendra éventuellement alors au cas de découverte d’anomalies au Procureur général de transmettre à la Cour suprême de justice pour ouverture d’une procédure pénale.

Toute omission ou fausse déclaration entraîne déchéance et interdictions  d'occuper un quelconque poste politique pendant cinq ans ainsi qu’obligation pour la Commission nationale de lutte contre la corruption de renvoyer l'affaire devant la Cour constitutionnelle.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

La Commission de lutte contre la corruption.

 

Elle se compose du président et de huit membres qualifiés nommés par le Roi avec avis du Sénat. Ce doivent être des personnes d'intégrité apparente, avec des qualifications avérées. En amont, un Comité sélectif pour les membres de la Commission se compose de quinze membres, le Président de la Cour suprême de justice, le Président de la Cour constitutionnelle, le Président de la Cour administrative suprême, 7 Recteurs de tous institutions publiques d'enseignement supérieur élus entre eux et des représentants de tous les partis politiques ayant un élu à la Chambre des représentants; Le Président du Sénat doit contresigner le commandement royal portant nomination du président et des membres de la Commission nationale de lutte contre la corruption.

 

Le mandat  est de neuf ans non renouvelable.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Eux-mêmes sont soumis à rude contrôle :

 

Un quart du nombre total des membres de la Chambre des représentants ont le droit de déposer auprès du Président du Sénat une plainte contre un membre de la Commission afin de demander au Sénat d'adopter une résolution pour lui retirer ses fonctions ce qui nécessite au moins trois quarts du nombre total des membres du Sénat.

Les membres de la Chambre des représentants, sénateurs ou membres des deux Chambres comprenant au moins un quart du nombre total des membres des deux Chambres ont le droit de déposer auprès de la Cour suprême de justice une accusation contre un membre de la Commission nationale contre la corruption devenu exceptionnellement riche ou ayant  commis une infraction de corruption ou de malversation.

 

La Commission nationale de lutte contre la corruption jouit enfin de pouvoirs d’investigations étendus.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

La destitution

 

Premier ministre, ministre, membre de la Chambre des représentants, sénateur, président de la Cour suprême de justice, le président de la Cour constitutionnelle, le président de la Cour suprême administrative ou procureur général, tombant sous le coup d’une accusation de la commission peuvent être démis de leurs fonctions par le Sénat.

 

Un quart des membres de la Chambre des représentants ou au moins cinquante mille électeurs ont le droit de déposer auprès du Président du Sénat une plainte pour lui demander au Sénat d'adopter une résolution contre les mêmes. Il en est de même pour au moins un quart du nombre total des sénateurs.

 

Une enquête est alors confiée à la Commission qui doit préparer un rapport pour  présentation au Sénat pour que celui-ci invite le Procureur général à engager des poursuites devant la Cour suprême.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Procédure pénale contre les responsables politiques

 

Au cas où le premier ministre, un ministre, un membre de la Chambre des représentants, un sénateur ou un autre responsable politique a été accusé de devenir exceptionnellement riche, ou d’avoir commis des malversations ou un acte de corruption, la Cour suprême est compétente pour en juger.

 

En sus du dossier de la Commission, la Cour suprême peut à son tour procéder à des investigations complémentaires.

 

Les dispositions relatives à l'immunité des membres de la Chambre des représentants et des sénateurs ne sont pas dans ce cas applicables.

 

Le site officiel de la Commission (5) ne donne aucune précision sur les procédures qui ont été diligentées devant elle.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Chapitre XI – LA COMMISSION DE VÉRIFICATION DES COMPTES DE L’ÉTAT.

 

La constitution lui consacre l’article 312. Ce n’est pas une nouveauté puisque son histoire remonte à 1875 sous le roi Chulalongkorn avec des modifications en 1933 et 1979.

« Elle se compose d’un président et de neuf membres nommés par le Roi avec l'avis du Sénat choisis parmi des personnes ayant une expérience dans la finance et en matière de comptabilité publique ».

« La nomination de ces 10 personnes par le Roi doit être contresignée par le Président du Sénat ».

« Le mandat est de six ans non renouvelable ».

Le site officiel de la Commission (6) ne nous donne malheureusement aucune précision sur son activité entre 1997 et 2006.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Chapitre XII – LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Nous vous ferons grâce des dispositions de l’article 313 aussi précises soient-elles. Il n’y a jamais eu des « modification » de constitution en Thaïlande mais des abrogations consécutives à des coups d’état. Celle-ci a subi le même sort : Le Coup d’état du 19 septembre 2006 chasse Thaksin. 

 

L'armée entre autres dispositions abroge la Constitution, dissous le Parlement et la Cour constitutionnelle. Ce n’est plus notre propos.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Chapitre XIII – DISPOSITIONS TRANSITOIRES

 

La Constitution dans les très longs articles 314 à 336, prévoit la mise en place des institutions nouvelles et fait un beau cadeau aux élus en place : 

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Les députés et les sénateurs restent en place jusqu’aux nouvelles élections (24 mars 2000 pour le sénat et 6 janvier 2001 pour les députés). 

 

Les nouveaux organismes devront être mis en place dans un délai de trois ans pour certains et de deux ans pour les autres. La constitution renvoie beaucoup d’autres détails à des lois organiques à intervenir.

 

Au terme de cette analyse, sans prétendre nous plonger dans une puissante analyse de géopolitique, nous nous contenterons de réflexions de bons sens :

 

La constitution « du peuple » ?

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Elle est le fruit d’une décision des « élus du peuple » c’est-à-dire d’une Assemblé nationale largement discréditée que les députés ont probablement eu d’autant plus de satisfaction à voter qu’ils sont maintenus dans leurs prébendes jusqu’aux prochaines élections, 3 ans encore pour les sénateurs et 4 pour les députés. Nous n’avons malheureusement pas trouvé le nom des 33 qui ont eu l’audace ou le courage de voter contre ou se sont abstenus. L’affirmation d’une « large consultation » auprès de la « société civile » prête à sourire tout autant que l’affirmation de la nature « participative » de sa rédaction.

 

Une constitution « participative »

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Nous avons vu que 50.000 électeurs pouvaient sous certains conditions intervenir dans le processus constitutionnel (déposer un projet de loi ou déclencher une procédure de destitution). Il ne semble pas que cette procédure ait une seule fois vu le jour ? Le recours à la procédure référendaire existe mais sans portée réelle puisque le texte s’il est adopté n’a aucune valeur normative.

 

Par ailleurs nous avons vu que l’institution d’un système de vote obligatoire fut un total fiasco puisqu’il ne réussit pas à augmenter de façon significative le taux de participation.

 

Des élections plus démocratiques ?

 

L’élection n’est pas entre les mains des électeurs mais entre celles des partis politiques. La constitution d’une liste nationale de 100 candidats sur tout le pays toutes régions représentées nécessite des moyens considérables et pas seulement financiers. L’établissement des listes va évidemment donner lieu à des querelles internes sanglantes pour déterminer ceux des candidats susceptibles d’avoir un bon rang et les sacrifiés qui n’ont par ailleurs pas la possibilité pour se consoler de convoiter un poste dans leur circonscription au scrutin majoritaire. Seuls cinq partis y sont parvenus, 100 élus laissant pour compte 400 penauds sinon aigris.

 

Naturellement, les têtes de liste sont les chefs des partis qui ne prennent pas le risque même limité de se présenter au scrutin majoritaire dans une circonscription provinciale.

 

Le scrutin par circonscription est également entre les mains des partis qui ne peuvent présenter que leurs « intellectuels » et encore un seul par circonscription alors que l’ancien système permettait par une sorte de primaires de mettre plusieurs candidats du même parti en concurrence.

 

Les petits partis qui avaient la possibilité de présenter dans leur circonscription des candidats de terrain n’ont toutefois pas totalement été éliminés, certains ont rejoint les « grands » mais s’il y avait 13 partis présents aux élections de 1996, il y en restait tout de même encore 9 sur le terrain en 2001.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

La constitution a permis le dégagement d’une majorité cohérente ?

 

Si une majorité cohérente s’est effectivement dégagée, ce n’est probablement pas la conséquence de ce système électoral. Thaksin n’est pas un enfant de chœur en politique. Il a constitué une fortune colossale et crée en 1998 son jouet, le parti « Thaï rak thaï ». Pour la première fois peut-être dans l’histoire chaotique de la démocratie thaïe émerge un tribun incontestablement charismatique, plus en tous cas que les très distingués diplômés d’Eton ou de Cambridge. 

 

Pour la première fois aussi en Thaïlande, ce tribun milliardaire en dollars a un programme « populiste » bien fait pour séduire les populations les plus pauvres du pays, les masses paysannes déshérités et laissées pour compte du Nord-ouest et du Nord-est où ses candidats sont massivement élus. Par ailleurs, son empire commercial et industriel ne lui vaut pas d’hostilité dans le monde des affaires.

 

Il y a du Perón en Thaksin, l’un avec ses « sans chemises » et l’autre avec ses « chemises rouges ». 

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Qu’on l’adule ou qu’on le haïsse, ce ne sont là que des constatations. Par ailleurs, circonstances favorable et plus encore, ses deux principaux antagonistes, Chuan et Chawalit ont été politiquement les victimes de la crise de 1997 et n’ont pas pu la résoudre  (ce qui n’est pas dire que Thaksin aurait mieux fait à leur place mais il ne tenait pas les rênes du gouvernement). « Sortez les sortants », ce fut tout à la fois un vote en sa faveur mais aussi très certainement un vote « contre ». On peut donc penser sans faire de « politique fiction » que, quel qu’ait été le système électoral en vigueur,  le parti de Thaksin écraserait ses adversaires.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Les droits de l’homme

 

Ne nous attardons que sur un chiffre, les belles dispositions de la Constitution engageant l'Etat à promouvoir l'égalité des droits entre les hommes et les femmes n’ont pas eu le moindre effet concret du fait de la constitution. 

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

Dans la pratique, seulement environ 10% des députés et sénateurs sont des femmes, 8,9% des agents de district et 2,6% des gouverneurs de province et nous n’avons à ce jour rencontré que deux femmes ministres. La Thaïlande n’est pas (encore) un pays de suffragettes, de pétroleuses et de « bas bleus ». Cela ne semble pas en tous cas perturber outre mesure l’opinion publique ? 

 

Lorsque Thaksin a engagé une action à tout le moins radicale contre les trafiquants de drogue dans des opérations de police soldées deux mille morts, cela n’a perturbé que « la bonne conscience universelle » mais très certainement pas son opinion publique.

 

La moralisation de la vie politique

 

Achats de votes ? Corruption ? Nous avons vu que cette création de multiples pouvoirs et contre-pouvoirs n’a eu aucun effet ni sur les achats de votre qui ont fleuri en 2001 ni sur la corruption généralisée. Les Thaïs considèrent-ils que c’est un mal nécessaire ? Chinois et Vietnamien condamnent les corrompus à mort et les exécutent, au mieux à la détention à vie. Cela n’a selon toute apparence aucun effet dissuasif… Alors ?

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

"Dans « la République » Platon s’est posé il y a plus de 2.500 ans  la question de savoir quel type de constitution pourrait offrir à la Cité le meilleur gouvernement. Mais la réponse est simple, une bonne constitution ne suffit pas à faire le bonheur d’un peuple si elle n’est pas assortie d’une bonne gouvernance.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

NOTES

 

(1) « THE THAI CONSTITUTION OF 1997 AND ITS IMPLICATION ON CRIMINAL JUSTICE REFORM » par Kittipong Kittayarak

 

(2) Voir un grand classique du juriste Édouard Lambert « Le gouvernement des juges et la lutte contre la législation sociale aux États-Unis » publié en 1921.

 

(3) Site officiel de la Cour (bilingue) : 

http://www.constitutionalcourt.or.th/english/

 

(4) La France d’ancien régime fut soumis à une véritable dictature des Parlements qui s’opposaient systématiquement à la politique royale sans autre justification qu’une orgueilleuse prétention à être les représentants du peuple alors qu’ils n’étaient composés que de propriétaires de charges vénales le plus souvent héréditaires. La Loi des 16 et 24 août 1790 affirme alors « les fonctions judiciaires sont distinctes et demeureront toujours séparées des fonctions administratives. Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler, de quelque manière que ce soit, les opérations des corps administratifs, ni citer devant eux les administrateurs pour raison de leurs fonctions ». Telle est l’origine lointaine de cette dualité qui n’a pas – chez les praticiens – que des partisans.

 

(5) Site bilingue : https://www.nacc.go.th/main.php?filename=index_en

En ce qui concerne les résultats dans le cadre de la constitution de 1997, on peut à tout le moins rester sceptique : voir en particulier « Corruption : Is there any hope at all ? » par Madame Pasuk PhongpaichitPaper for Prajadhipok Institute Workshop on Governance, Pattaya, Novembre 1999 qui conclut : « Bien sûr, il y a de l'espoir… Mais nous ne pouvons pas attendre un changement significatif très rapidement. Il faudra beaucoup de temps… ». Pasuk Phongpaichit (ผาสุก พงษ์ไพจิตร) est professeur à l’Université Chulalongkorn et auteur de nombreux ouvrages sur la corruption dans son pays. Sollicitée par la junte militaire en 2007 pour exercer un poste dans une commission de lutte contre la corruption, elle a eu la prudence de décliner.

242.3 -  LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997.

N(6) Site bilingue : http://www.oag.go.th/en/history

 

oter"Chapitre IX – LES GOUVERNEMENTS LOCAUX

 

Les dispositions des articles 282 à 290 reprennent globalement celles du « National Government Organisation Act » (พระราชบัญญัติระเบียบบริหารราชการแผ่นดิน พ.ศ. 2534) de 1991 (« Loi sur l'organisation du gouvernement national »)  organisant les services à trois niveaux, central, provincial et local. Voilà qui semble encore du remplissage superfétatoire.

 

Chapitre X – VÉRIFICATIONS ET POURSUITES CONTRE LES MEMBRES DU GOUVERNEMENT Y COMPRIS LA DÉCLARATION DE LEURS COMPTES ET ACTIFS, COMMISSION NATIONALE CONTRE LA CORRUPTION,  MISE EN ACCUSATION ET POURSUITES PÉNALES CONTRE LES RÉSPONSABLES GOUVERNEMENTAUX ET POLITIQUES.

Voilà 20 articles (291 – 311) d’importance capitale :

« Doivent indiquer le détails de leurs actifs et passif d'eux-mêmes, de leurs conjoints et de leurs enfants : le Premier ministre, les Ministres, les membres de la Chambre des représentants, les sénateurs, les responsables politiques,  les administrateurs locaux et les membres d'une assemblée locale. Les comptes doivent être accompagnés des pièces justificatives attestant l'existence réelle de ces actifs et passifs, ainsi qu'une copie de la déclaration d'impôt sur le revenu de l'exercice précédent. Le déclarant devra certifier l'exactitude du compte et des copies des documents soumis par l'apposition de sa signature sur chaque page ».

« Ces documents doivent être soumis sous de brefs délais au Président de la Commission nationale de lutte contre la corruption et doivent être divulgués au public, sans délai ».

« Le Président de la Commission nationale de lutte contre la corruption doit convoquer sans délai une réunion de la Commission d'examiner l'exactitude et l'existence réelle des actifs et passifs ».

Il appartiendra éventuellement alors au cas de découverte d’anomalies au Procureur général de transmettre à la Cour suprême de justice pour ouverture d’une procédure pénale.

Toute omission ou fausse déclaration entraîne déchéance et interdictions  d'occuper un quelconque poste politique pendant cinq ans ainsi qu’obligation pour la Commission nationale de lutte contre la corruption de renvoyer l'affaire devant la Cour constitutionnelle.

 

La Commission de lutte contre la corruption.

 

Elle se compose du président et de huit membres qualifiés nommés par le Roi avec avis du Sénat. Ce doivent être des personnes d'intégrité apparente, avec des qualifications avérées. En amont, un Comité sélectif pour les membres de la Commission se compose de quinze membres, le Président de la Cour suprême de justice, le Président de la Cour constitutionnelle, le Président de la Cour administrative suprême, 7 Recteurs de tous institutions publiques d'enseignement supérieur élus entre eux et des représentants de tous les partis politiques ayant un élu à la Chambre des représentants; Le Président du Sénat doit contresigner le commandement royal portant nomination du président et des membres de la Commission nationale de lutte contre la corruption.

Le mandat  est de neuf ans non renouvelable.

Eux-mêmes sont soumis à rude contrôle :

Un quart du nombre total des membres de la Chambre des représentants ont le droit de déposer auprès du Président du Sénat une plainte contre un membre de la Commission afin de demander au Sénat d'adopter une résolution pour lui retirer ses fonctions ce qui nécessite au moins trois quarts du nombre total des membres du Sénat.

Les membres de la Chambre des représentants, sénateurs ou membres des deux Chambres comprenant au moins un quart du nombre total des membres des deux Chambres ont le droit de déposer auprès de la Cour suprême de justice une accusation contre un membre de la Commission nationale contre la corruption devenu exceptionnellement riche ou ayant  commis une infraction de corruption ou de malversation.

***

La Commission nationale de lutte contre la corruption jouit enfin de pouvoirs d’investigations étendus.

 

La destitution

 

Premier ministre, ministre, membre de la Chambre des représentants, sénateur, président de la Cour suprême de justice, le président de la Cour constitutionnelle, le président de la Cour suprême administrative ou procureur général, tombant sous le coup d’une accusation de la commission peuvent être démis de leurs fonctions par le Sénat.

Un quart des membres de la Chambre des représentants ou au moins cinquante mille électeurs ont le droit de déposer auprès du Président du Sénat une plainte pour lui demander au Sénat d'adopter une résolution contre les mêmes. Il en est de même pour au moins un quart du nombre total des sénateurs.

Une enquête est alors confiée à la Commission qui doit préparer un rapport pour  présentation au Sénat pour que celui-ci invite le Procureur général à engager des poursuites devant la Cour suprême.

Procédure pénale contre les responsables politiques

Au cas où le premier ministre, un ministre, un membre de la Chambre des représentants, un sénateur ou un autre responsable politique a été accusé de devenir exceptionnellement riche, ou d’avoir commis des malversations ou un acte de corruption, la Cour suprême est compétente pour en juger.

En sus du dossier de la Commission, la Cour suprême peut à son tour procéder à des investigations complémentaires.

Les dispositions relatives à l'immunité des membres de la Chambre des représentants et des sénateurs ne sont pas dans ce cas applicables.

Le site officiel de la Commission (5) ne donne aucune précision sur les procédures qui ont été diligentées devant elle.

 

Chapitre XI – LA COMMISSION DE VÉRIFICATION DES COMPTES DE L’ÉTAT.

 

La constitution lui consacre l’article 312. Ce n’est pas une nouveauté puisque son histoire remonte à 1875 sous le roi Chulalongkorn avec des modifications en 1933 et 1979.

« Elle se compose d’un président et de neuf membres nommés par le Roi avec l'avis du Sénat choisis parmi des personnes ayant une expérience dans la finance et en matière de comptabilité publique ».

« La nomination de ces 10 personnes par le Roi doit être contresignée par le Président du Sénat ».

« Le mandat est de six ans non renouvelable ».

Le site officiel de la Commission (6) ne nous donne malheureusement aucune précision sur son activité entre 1997 et 2006.

 

Chapitre XII – LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION

 

Nous vous ferons grâce des dispositions de l’article 313 aussi précises soient-elles. Il n’y a jamais eu des « modification » de constitution en Thaïlande mais des abrogations consécutives à des coups d’état. Celle-ci a subi le même sort : Le Coup d’état du 19 septembre 2006 chasse Thaksin. L'armée entre autres dispositions abroge la Constitution, dissous le Parlement et la Cour constitutionnelle. Ce n’est plus notre propos.

 

Chapitre XIII – DISPOSITIONS TRANSITOIRES

 

La Constitution dans les très longs articles 314 à 336, prévoit la mise en place des institutions nouvelles et fait un beau cadeau aux élus en place : Les députés et les sénateurs restent en place jusqu’aux nouvelles élections (24 mars 2000 pour le sénat et 6 janvier 2001 pour les députés). Les nouveaux organismes devront être mis en place dans un délai de trois ans pour certains et de deux ans pour les autres. La constitution renvoie beaucoup d’autres détails à des lois organiques à intervenir.

***

Au terme de cette analyse, sans prétendre nous plonger dans une puissante analyse de géopolitique, nous nous contenterons de réflexions de bons sens :

 

La constitution « du peuple » ?

Elle est le fruit d’une décision des « élus du peuple » c’est-à-dire d’une Assemblé nationale largement discréditée que les députés ont probablement eu d’autant plus de satisfaction à voter qu’ils sont maintenus dans leurs prébendes jusqu’aux prochaines élections, 3 ans encore pour les sénateurs et 4 pour les députés. Nous n’avons malheureusement pas trouvé le nom des 33 qui ont eu l’audace ou le courage de voter contre ou se sont abstenus. L’affirmation d’une « large consultation » auprès de la « société civile » prête à sourire tout autant que l’affirmation de la nature « participative » de sa rédaction.

 

Une constitution « participative »

Nous avons vu que 50.000 électeurs pouvaient sous certains conditions intervenir dans le processus constitutionnel (déposer un projet de loi ou déclencher une procédure de destitution). Il ne semble pas que cette procédure ait une seule fois vu le jour ? Le recours à la procédure référendaire existe mais sans portée réelle puisque le texte s’il est adopté n’a aucune valeur normative.

Par ailleurs nous avons vu que l’institution d’un système de vote obligatoire fut un total fiasco puisqu’il ne réussit pas à augmenter de façon significative le taux de participation.

Des élections plus démocratiques ?

 

L’élection n’est pas entre les mains des électeurs mais entre celles des partis politiques. La constitution d’une liste nationale de 100 candidats sur tout le pays toutes régions représentées nécessite des moyens considérables et pas seulement financiers. L’établissement des listes va évidemment donner lieu à des querelles internes sanglantes pour déterminer ceux des candidats susceptibles d’avoir un bon rang et les sacrifiés qui n’ont par ailleurs pas la possibilité pour se consoler de convoiter un poste dans leur circonscription au scrutin majoritaire. Seuls cinq partis y sont parvenus, 100 élus laissant pour compte 400 penauds sinon aigris. Naturellement, les têtes de liste sont les chefs des partis qui ne prennent pas le risque même limité de se présenter au scrutin majoritaire dans une circonscription provinciale.

Le scrutin par circonscription est également entre les mains des partis qui ne peuvent présenter que leurs « intellectuels » et encore un seul par circonscription alors que l’ancien système permettait par une sorte de primaires de mettre plusieurs candidats du même parti en concurrence.

Les petits partis qui avaient la possibilité de présenter dans leur circonscription des candidats de terrain n’ont toutefois pas totalement été éliminés, certains ont rejoint les « grands » mais s’il y avait 13 partis présents aux élections de 1996, il y en restait tout de même encore 9 sur le terrain en 2001.

La constitution a permis le dégagement d’une majorité cohérente ?

 

Si une majorité cohérente s’est effectivement dégagée, ce n’est probablement pas la conséquence de ce système électoral. Thaksin n’est pas un enfant de chœur en politique. Il a constitué une fortune colossale et crée en 1998 son jouet, le parti « Thaï rak thaï ». Pour la première fois peut-être dans l’histoire chaotique de la démocratie thaïe émerge un tribun incontestablement charismatique, plus en tous cas que les très distingués diplômés d’Eton ou de Cambridge. Pour la première fois aussi en Thaïlande, ce tribun milliardaire en dollars a un programme « populiste » bien fait pour séduire les populations les plus pauvres du pays, les masses paysannes déshérités et laissées pour compte du Nord-ouest et du Nord-est où ses candidats sont massivement élus. Par ailleurs, son empire commercial et industriel ne lui vaut pas d’hostilité dans le monde des affaires. Il y a du Perón en Thaksin, l’un avec ses « sans chemises » et l’autre avec ses « chemises rouges ». Qu’on l’adule ou qu’on le haïsse, ce ne sont là que des constatations. Par ailleurs, circonstances favorable et plus encore, ses deux principaux antagonistes, Chuan et Chawalit ont été politiquement les victimes de la crise de 1997 et n’ont pas pu la résoudre  (ce qui n’est pas dire que Thaksin aurait mieux fait à leur place mais il ne tenait pas les rênes du gouvernement). « Sortez les sortants », ce fut tout à la fois un vote en sa faveur mais aussi très certainement un vote « contre ». On peut donc penser sans faire de « politique fiction » que, quel qu’ait été le système électoral en vigueur,  le parti de Thaksin écraserait ses adversaires.

Les droits de l’homme

 

Ne nous attardons que sur un chiffre, les belles dispositions de la Constitution engageant l'Etat à promouvoir l'égalité des droits entre les hommes et les femmes n’ont pas eu le moindre effet concret du fait de la constitution. Dans la pratique, seulement environ 10% des députés et sénateurs sont des femmes, 8,9% des agents de district et 2,6% des gouverneurs de province et nous n’avons à ce jour rencontré que deux femmes ministres. La Thaïlande n’est pas (encore) un pays de suffragettes, de pétroleuses et de « bas bleus ». Cela ne semble pas en tous cas perturber outre mesure l’opinion publique ? Lorsque Thaksin a engagé une action à tout le moins radicale contre les trafiquants de drogue dans des opérations de police soldées deux mille morts, cela n’a perturbé que « la bonne conscience universelle » mais très certainement pas son opinion publique.

La moralisation de la vie politique

 

Achats de votes ? Corruption ? Nous avons vu que cette création de multiples pouvoirs et contre-pouvoirs n’a eu aucun effet ni sur les achats de votre qui ont fleuri en 2001 ni sur la corruption généralisée. Les Thaïs considèrent-ils que c’est un mal nécessaire ? Chinois et Vietnamien condamnent les corrompus à mort et les exécutent, au mieux à la détention à vie. Cela n’a selon toute apparence aucun effet dissuasif… Alors ?

***

Dans « la République » Platon s’est posé il y a plus de 2.500 ans  la question de savoir quel type de constitution pourrait offrir à la Cité le meilleur gouvernement. Mais la réponse est simple, une bonne constitution ne suffit pas à faire le bonheur d’un peuple si elle n’est pas assortie d’une bonne gouvernance.

NOTES

 

(1) « THE THAI CONSTITUTION OF 1997 AND ITS IMPLICATION ON CRIMINAL JUSTICE REFORM » par Kittipong Kittayarak

 

(2) Voir un grand classique du juriste Édouard Lambert « Le gouvernement des juges et la lutte contre la législation sociale aux États-Unis » publié en 1921.

 

(3) Site officiel de la Cour (bilingue) : http://www.constitutionalcourt.or.th/english/

 

(4) La France d’ancien régime fut soumis à une véritable dictature des Parlements qui s’opposaient systématiquement à la politique royale sans autre justification qu’une orgueilleuse prétention à être les représentants du peuple alors qu’ils n’étaient composés que de propriétaires de charges vénales le plus souvent héréditaires. La Loi des 16 et 24 août 1790 affirme alors « les fonctions judiciaires sont distinctes et demeureront toujours séparées des fonctions administratives. Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler, de quelque manière que ce soit, les opérations des corps administratifs, ni citer devant eux les administrateurs pour raison de leurs fonctions ». Telle est l’origine lointaine de cette dualité qui n’a pas – chez les praticiens – que des partisans.

 

(5) Site bilingue : https://www.nacc.go.th/main.php?filename=index_en

En ce qui concerne les résultats dans le cadre de la constitution de 1997, on peut à tout le moins rester sceptique : voir en particulier « Corruption : Is there any hope at all ? » par Madame Pasuk PhongpaichitPaper for Prajadhipok Institute Workshop on Governance, Pattaya, Novembre 1999 qui conclut : « Bien sûr, il y a de l'espoir… Mais nous ne pouvons pas attendre un changement significatif très rapidement. Il faudra beaucoup de temps… ». Pasuk Phongpaichit (ผาสุก พงษ์ไพจิตร) est professeur à l’Université Chulalongkorn et auteur de nombreux ouvrages sur la corruption dans son pays. Sollicitée par la junte militaire en 2007 pour exercer un poste dans une commission de lutte contre la corruption, elle a eu la prudence de décliner.

 

 (6) Site bilingue : http://www.oag.go.th/en/history

 

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