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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 22:01
Respecter la vie

Respecter la vie

Respecter le bien d'autrui

Respecter le bien d'autrui

Respecter la vie conjugale

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Détester les propos déplacés

Détester les propos déplacés

Les conséquences de l'ivrognerie

Les conséquences de l'ivrognerie

Cette question fit  l’objet de deux articles dont nous pouvions penser qu’ils n’avaient en 2019 d’autre intérêt qu’historique. Un premier article de B.J. Terwiel date de 1972 (1). L’autre de Ruengdej Srimuni est également daté de 1972 (2). Deux études universitaires récentes nous démontrent que le sujet est récurent. La première concerne la province de Suphanburi. Certes, nous ne sommes plus en Isan mais nous n’en sommes pas loin (3). Une dernière, en thaï, date du 22 mai 2019. Elle concerne la province de Surin (4).

 

 

Ces cinq préceptes sont – mutatis mutandis - l’équivalent des 10 commandements de la loi mosaïque mais en diffèrent fondamentalement.

 

 

 

D’une façon plus générale, leur connaissance n’est peut-être pas inutile à ceux qui s’intéressent au bouddhisme tel qu’il est pratiqué chez nous en dehors des bouddhistes « de comptoir » qui en réalité en ignorent tout

 

 

 

 

...ou par les intellectuels occidentaux en mal de spiritualité qui ne connaissent que le Bouddhisme du dalaï-lama à la tête d’un fonds de commerce plus ou moins ouvertement stipendié par la C.I.A et que les vrais bouddhistes thaïs considèrent comme un imposteur.

 

 

D’OÚ VIENNENT CES CINQ PRÉCEPTES ?

 

 

Constituant un principe de cohérence qui couvre toute la vie humaine, il importe de décrire rapidement leur histoire depuis l'époque de Bouddha.

 

 

Les théologiens bouddhistes constatent leur apparition sous le règne du roi Satisirat (พระเจ้าสมสติราช) dont la datation est incertaine. Ils seraient apparus progressivement au fil des siècles, chacun ayant une origine légendaire (5). Les premières mentions des cinq préceptes (Leur nom vient du pali : panca sikkhapadani ou panca sila) se trouvent dans les textes canoniques de la première tradition bouddhiste initialement répandus par tradition orale. Lorsque le bouddhisme s'est répandu dans diverses nations, l'utilisation de la panca silani s'est progressivement diversifiée, par exemple en Chine ou dans les régions où le bouddhisme est la religion d'État depuis des siècles comme la Thaïlande.

 

 

 

LA CÉRÉMONIE RITUELLE

 

 

Dans les régions rurales, la cérémonie rituelle de « Khosila » (ขอศีล ๕ demander à recevoir les cinq préceptes) est un événement courant : Toute personne qui participe aux offices religieux habituels, soit dans des lieux privés soit dans les monastères, aura la possibilité de recevoir les cinq préceptes plusieurs fois par an. Lors des plus grandes fêtes religieuses, les ordinations en particulier, la réception des  préceptes peut être donnée plusieurs fois par jour, chaque fois au début d'une nouvelle cérémonie. Chaque fois qu'un chapitre de moines et un groupe de laïcs se réunissent pour un service religieux, les cinq préceptes peuvent être donnés selon un très long rituel toujours immuable. Avant l’arrivée des moines, les laïcs préparent l'estrade sur laquelle les membres du sangha (สังฆะ - le mot est d’origine pali) vont s'asseoir en plaçant une image de Bouddha à une extrémité en disposant les tapis et les coussins à gauche de l'image. A l’arrivée des moines, ceux-ci se placeront près de la statue de Bouddha, les jeunes moines et les novices plus éloignés, si possible sur une seule rangée.

 

 

 

Dès que les anciens parmi les laïcs estiment que la cérémonie peut commencer, l’un d’autre eux attirera l'attention de chacun en leur demandant de prononcer d’une voix claire la formule sacramentelle par trois fois en pali (6). On peut la traduire comme suit même s’il y a des divergences,  mais la plus souvent utilisée dans la Thaïlande rurale est la suivante : « 0h vénérables, nous demandons chacun pour soi les cinq préceptes et le triple refuge » (7). Les trois refuges, ce sont les trois pierres précieuses du bouddhisme. En réponse à l'une ou l'autre de ces formules, un des moines les plus âgés récitera clairement et également trois fois une autre formule sacramentelle en pali (8) que l’on peut traduire comme suit : « Hommage au bienheureux, à l’omniscient, à l’éveillé ». Après chaque phrase, le moine s’arrête pour laisser aux fidèles le temps de répéter après lui. Ceci fait, les cinq préceptes sont alors proclamés, toujours en pali (9).

 

 

 

LES CINQ PRÉCEPTES.

 

 

Nous pouvons les traduire comme suit, l’ordre dans lequel ils sont prononcés semble bien traduire un ordre hiérarchique dans leur importance :

 

 

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir  de prendre la vie.

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir de prendre ce qui n'est pas donné.

Je m'engage à respecter  la règle de m’abstenir du plaisir sensuel déplacé.

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir de prononcer de faux discours.

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir d’absorber des substances intoxicantes qui font perdre la tranquillité de l’esprit.

 

 

 Il faut évidemment noter une subtilité certaine : « s'abstenir de prendre la vie »  n'est pas la même chose que « ne pas tuer », de même pour les quatre préceptes restants.

 

Nous trouvons une traduction tout aussi orthodoxe dans un catéchisme illustré à l’usage des jeunes gens, répandu dans les écoles :

 

 

Je m’engage à ne tuer ni animal ni une autre personne.

 

 

 

 

Je  m’engage à ne pas voler et ne pas utiliser d’autres personnes pour cela.

 

 

 

Je m’engage à refréner les désirs de ma chair.

 

 

 

 

Je m’engage à ne pas mentir, à ne pas tenir des propos vulgaires sans nécessité, ou des propos désobligeants pour les autres.

 

 

 

 

Je m’engage à m’abstenir des excès de boisson et des excès de nourriture.

 

 

 

 

Les explications alors données à ces jeunes sont les suivantes et relèvent d’un certain bon sens :

 

Ne tuer ni êtres humains ni animaux vous prolongera la vie, vous évitera souffrance et maladie et donne la vertu et la grâce,

Ne pas voler les richesses des autres vous rendra riche et vous procurera le bonheur en vous donnant envie de travailler avec conscience,

Ne pas commettre l’adultère vous rendra serein et tranquille, conservera la pureté des lignages et vous donnera le bonheur conjugal.

Ne pas mentir fera de vous un homme comblé, à la bouche d’or, aimé des autres qui vous considérerons comme celui qui dit la vérité.

Ne pas commettre d’excès de table et de boisson vous laissera l’esprit tranquille, vous donnera la sagesse, l’imagination et l’intelligence. Ne pas être intempérant vous évitera de tomber dans l’erreur ou dans le vice et vous fera connaître le bonheur. Ces cinq préceptes conduisent, avec un bon comportement à la félicité, avec un bon comportement à la richesse et au succès, il nous permettent de purifier notre comportement ».

 

 

Naturellement, tout au cours de la cérémonie, les laïcs sont assis, les mains jointes devant la poitrine, les pieds repliés vers l’arrière.

 

 

 

 

Lorsque le cinquième précepte a été récité et répété, le moine qui préside la récite solennellement les paroles suivantes que les laïcs doivent écouter avec respect, toujours  en pali (10). Nous pouvons les traduire comme suit :

 

 

En observant les cinq préceptes,

nous renaîtrons en bien dans une autre vie,

nous obtiendrons la richesse,

nous atteindrons le nirvana,

c’est pourquoi nous les respectons.

 

 

Lorsque ces psalmodies sont terminées, tous les laïcs inclinent la tête et lèvent leurs mains jointes vers le front.

 

 

 

LES IMPLICATONS DANS LES CAMPAGNES

 

 

La question que posent (irrévérencieusement) nos auteurs est de savoir si les laïcs qui s’engagent dans ces préceptes sont conscients de ce qu’ils impliquent et plus encore les enfants lorsqu’ils les apprennent dans les écoles. La réponse est évidemment positive pour les profanes adultes, en particulier les hommes qui ont passé au moins une saison des pluies dans le sangha ou pour les personnes âgées confites en dévotion comme les femmes.

 

 

Qu’en est-il au quotidien ?

 

 

Les exégètes détaillent ces commandements comme suit :

 

 

Le premier précepte est violé lorsque la vie est prise, vie humaine ou vie animale. Frapper un moustique ou tuer le germe dans un œuf sont des infractions. L’interdiction de tuer les animaux relève en la croyance en la métempsychose, la renaissance sous une autre vie et qui se cache derrière l’animal que l’on tue.

 

 

 

L’interdiction du vol est le second précepte. S’emparer de biens matériels contre la volonté de leur propriétaire légitime ou emprunter sans prendre la peine de demander le consentement du propriétaire en est une violation. On conçoit généralement que le jeu  d’argent relève de cette règle.

 

 

 

 

Le troisième précepte n'interdit pas seulement les manquements évidents à une conduite appropriée tels que l'adultère, l'inceste et le viol, mais interdit également les actes montrant l'intention de se comporter de façon licencieuse, comme flirter avec une femme  mariée.

 

 

 

 

Le quatrième précepte est plus facilement brisé. Il couvre un large éventail de faussetés, exagérations, insinuations, commérages, rires sans retenue, discours trompeurs, plaisanteries douteuses. Sa violation se joint au manquement à la parole donnée.

 

 

 

 

Le dernier des commandements interdit l’utilisation de boissons alcoolisées et de toutes les autres substances stupéfiantes telles que l’opium et les drogues, à moins  que ce soit à des fins médicinales.

 

 

 

 

Une parabole très répandue dans tous les ouvrages pieux illustre les conséquences néfastes de sa violation :

 

 

Il était une fois un homme de  bien qui menait une vie exemplaire. Un jour, il fut mis au défi de violer un seul précepte. Il pensa « Le premier précepte ne peut pas être rompu, j’ai une grande compassion pour tous les êtres vivant. En ce qui concerne le vol, non, je ne peux pas prendre ce qui n’est pas à moi, ce qui causerait un dommage à ma victime. Violer le troisième précepte est hors de question, tout comme le mensonge, j’y répugne. Par contre, violer le dernier précepte ne nuit à personne, sauf à ma santé et à ma lucidité. C’est donc celui-là que je vais enfreindre  en prenant des boissons alcoolisées ». Il prit une bouteille et se servit un verre, curieux de connaître le goût de cette liqueur interdite. Quand il a eu terminé le premier verre, considérant que cela ne lui avait fait aucun mal, il en goûta un peu plus. Lorsque la bouteille fut vide, il remarqua la femme de son voisin, émerveillé par son charme. Il marcha vers elle en titubant et tenta de la violer. Le mari vint alors à son secours, il le tua. Pour échapper à sa vindicte, il prit la fuite et se fit voleur de grands chemins. Telles sont les terribles conséquences de la violation de ce précepte ».

 

 

 

Il est permis de conclure que les habitants des zones rurales sont généralement bien conscients de la portée de leur promesse d'adhérer aux cinq préceptes, la question qui se pose est de savoir s’ils essaient de se comporter conformément à ces règles, et si elles exercent une influence marquée sur leur vie quotidienne.

 

 

Un crime, un meurtre, un vol ou un viol impliquent nécessairement une violation des préceptes. S'il était possible de prouver que ces crimes se produisent moins parmi les bouddhistes que parmi les non-bouddhistes, cela pourrait être une indication de l’influence du respect des cinq préceptes sur le comportement humain. Or, s’il existe des statistiques sur la criminalité en zone rurale en particulier, notamment dans les études récentes que nous avons visées (3) et (4) elles ne permettent pas de répondre à cette question. Dans quelle mesure l’abstention des crimes est-elle causée par la peur de violer un précepte ou par celle des lourdes sanctions  de la loi ?

 

 

 

 

Or, certains comportements impliquent la violation d’un précepte sans entraîner automatiquement une sanction pénale, par exemple les commérages, la consommation de boissons alcoolisées ou la mise à mort d'animaux. Une communauté sans commérages dépasse l’imagination. Et si les moines y échappent, cela peut faire partie du comportement poli  dans une société verticale et hiérarchisée, de personnes inférieures vis-à-vis de personnes supérieures. Faire des blagues sur une victime sans méfiance est appréciée de tous sauf peut-être de la victime. Le commerce est en soi une sorte de tromperie, mais tant qu’elle reste une forme légère, elle est admise bien qu’elle contrevienne à un précepte. Les boissons alcoolisées sont vendues sans limites et peuvent être consommées dans tous les cafés et restaurants. Les personnes en état d’ivresse ne sont pas rares. Sauf si un invité a un motif médical, il serait insultant pour l'hôte qui vous reçoit de refuser de partager un verre. Bien que la consommation d’alcool soit en principe interdite dans l’enceinte des temples, au cours de certaines grandes cérémonies communautaires, de nombreuses personnes boivent de l'alcool dans l'enceinte d'un monastère et de nombreuses processions ne seraient pas aussi gaies et spontanées sans le stimulant des boissons enivrantes.

 

 

Le comportement à l’égard des moustiques est impitoyable et l'agriculteur qui peut se permettre d'acheter un insecticide n'hésitera pas à traiter ses cultures, tuant ainsi des milliers de petites créatures vivantes. Le comportement à l'égard de la mise à mort d'animaux plus gros que des insectes s'accompagne toutefois d'une gêne marquée et souvent d’un voile hypocrite. Un écureuil sera piégé et tué car il dévore les meilleurs fruits. Un serpent venimeux sera tué à mort sans pitié comme les rats. Voile hypocrite ? Il est fréquent de voir un paysan à la pèche, il ne tuera pas le poisson tiré de son filet, il le laissera mourir hors de l'eau. Lorsque qu’un poulet doit être tué pour la consommation domestique, cela se fait en dehors de la maison, de sorte que l'esprit des ancêtres ne puisse assister à ce spectacle. Terwiel cite une anecdote significative : Un vieil homme discutait avec un moine. Quand celui-ci lui demanda comment il gagnait sa vie, il répondit « Je travaille sur l'eau ». Le moine pensa qu'il était un marin et lui demanda s'il appartenait à la marine ou s'il travaillait sur un navire marchand. Le vieil homme, gêné, expliqua qu'il était pêcheur et qu'il avait évité de le dire parce que ce n'était « pas bien de dire à un moine qu'on vit du poisson que l’on  tue ».

 

 

Les animaux plus gros que les poulets, comme les cochons et les buffles, ne sont généralement pas abattus par les agriculteurs. Souvent, lorsque les buffles sont trop vieux pour travailler, ils restent à la ferme jusqu'à leur mort. Les gros animaux sont souvent vendus à des bouchers professionnels. La plupart des agriculteurs hésitent à s’attirer le mauvais karma qu'un boucher accumule tout au long de sa vie. Il semble d’ailleurs que le personnel des gigantesques abattoirs, de Bangkok en particulier, soit systématiquement composé de chrétiens.

 

 

 

 

C’est donc le premier précepte, ne pas porter atteinte à la vie, que la population rurale dans son ensemble renonce à enfreindre. Faut-il y voir un symptôme dans le fait que lors des guerres féroces le vainqueur de massacre pas la population vaincue mais la conduit en esclavage dans son territoire ? Ne citons que les dizaines de milliers de captifs emmenés en captivité par les vainqueur Birmans lors de la chute d’Ayutthaya en 1767 et les Laos conduits de l’autre côté du Mékong après le sac de Vientiane par les Siamois en 1828.

 

 

Elle explique aussi incontestablement et sans qu’il n’existe de statistiques précises, le végétarisme qui est présent dans pratiquement toutes les cartes de restaurants sous deux formes, la première est le mangsawirat (มังสวิรัติ) qui est le végétarisme comme nous l’entendons en France le seconde est le che  (เจ) qui prohibe en sus de l’interdiction de consommer la viande, le lait, les œufs, les légumes à forte odeur (ail et oignon) sans que nous ayons trouvé la moindre explication à cette exclusion. La pratique du végétarisme chez les Thaïs ne relève certainement pas de fuligineuses considérations diététique mais tout simplement de scrupules religieux.

 

 

 

 

Il est plus facilement passé outre aux autres préceptes qui n’entraînent pas les lourdes sanctions du code pénal et ne sont pas incompatibles avec une vie quotidienne normale sans que cela manifeste une quelconque perversité. Après tout, il n’y a pas de réticence apparente à casser certains de ces préceptes. La raison principale pour laquelle la mise à mort d'animaux est entourée de manifestations de sentiments de culpabilité semble être la croyance aux répercussions sur le karma de cet acte. Les Jataka regorgent d'exemples de souffrances extrêmes infligées à la personne qui avait tué un animal dans une vie antérieure. Les axiomes concernant la renaissance, toujours vivaces, n'excluent pas la possibilité qu'un être humain puisse renaître sous la forme d'une poule, d'un chien, etc., ce qui ajoute au malaise quant au fait de tuer ces animaux.

 

 

Tous les Thaïs, petits et grands, connaissant l’histoire de Phra Malai (พระมาลัยบ)

 

 

 

 

...qui, sur le chemin de la visite rendue à Indra et bénéficiant de pouvoirs surnaturels dus aux mérites qu’il avait acquis, put visiter les enfers bouddhistes et notamment celui qui est réservé aux personnes ayant tué des animaux où ils souffrent d’épouvantables tourments, affligés des têtes  de leurs victimes, buffles, chats,  chiens, poulets et canards.

 

 

 

 

La crainte des conséquences néfastes sur le Karma est probablement tout aussi pesante que la peur de briser un précepte. Si les agriculteurs sont obligés de tuer les animaux pour vivre ou pour survivre et que cela entraîne un sentiment de culpabilité, s’ils peuvent commettre des infractions légères, plaisanter au détriment du voisin, abuser d’alcool lors des fêtes ou tenter le sort en jouant aux jeux d’argent, ils peuvent se racheter en acquérant des mérites, ce qui leur permettra de renaître dans une condition meilleure leur évitant devoir tuer des animaux, de chercher l’oubli dans l’ivresse ou la fortune à la loterie. L’acquisition de mérites,....

 

 

 

n’est-ce pas très exactement ce que l’Église catholique avait organisé avec le régime des indulgences, toujours en vigueur dans l’actuel code du droit canonique  ?

 

 

 

 

Les détails exégétiques détaillés par Terwiel en particulier montrent clairement que chaque précepte est interprété aussi largement que possible dans la mesure où ils sont, au quotidien, difficiles à observer scrupuleusement dans la lettre et dans l’esprit.

 

Les ressources de la casuistique sont inépuisables et les bouddhistes ne les ignorent pas.

 

Si le premier de leur commandement peut se résumer très simplement par ces mots « Vous ne tuerez point », il ne faut pas oublier qu’il fut aussi la première et l’unique défense que Dieu fit aux hommes ainsi que la rappelle la Genèse. Il devint non pas le premier mais le cinquième de la loi mosaïque, le décalogue, et maintes fois rappelé dans les évangiles. En dépit d’interprétations contraires, il n’interdit pas de tuer les animaux pour que l’homme les utilise pour se nourrir et se vêtir. Le Christ lui-même fit une pêche miraculeuse pour nourrir ses disciples.

 

 

Lorsque le christianisme se répandait dans l’Empire romain, ses adeptes se refusèrent à participer au service armé qu’ils devaient à l’empereur ce qui fut partiellement au moins  à l’origine des persécutions dont ils firent l’objet. Les pieux exégètes, Saint Augustin, lorsque l’Empire croulait devant les invasions barbares, développa alors la notion de « guerre juste » au bénéfice de laquelle on s’entre-tue encore au XXIe siècle.

 

Nécessité fit loi !

 

 

Il est en définitive difficile de savoir au vu des considérations de Terwiel et de Ruengdej Srimuni (1) et (2) si le respect par les Thaïs de ce code de bonne conduite - qui représente un fonds incompressible des règles nécessaires  à la vie en société depuis la nuit des temps – est le fruit de l’enseignement des cinq préceptes, du souci de vivre un bon Karma pour se réserver une nouvelle existence sous une autre forme, probablement des deux à la fois ou peut-être aussi plus concrètement de la peur du gendarme. Les deux études plus récentes (3) et (4) ne sont pas sans intérêt mais donnent surtout les statistiques de la criminalité que l’on trouve sans difficultés sur un site officiel (11).

 

Par exemple, Province de Kalasin, 2006-2015 :

 

 

Il est incontestable qu’il existe une délinquance en Thaïlande  ou, comme ailleurs, le juste pèche sept fois par jour (12). Il est en tous cas difficile de dire dans quelles mesures les préceptes religieux mettent un frein aux actes malfaisants.

 

 

NOTES

 

(1) « THE FIVE PRECEPTS AND RITUAL  IN RURAL THAILAND » publié dans le Journal de la Siam society, volume 60-1 de 1972).

 

(2) « Leadership and development in North East Thailand  », c’est une publication de l’Université anglaise de Durham qui consacre la seconde partie  de cette thèse à ce sujet.  Elle est disponible sur  Durham E-Theses Online:

http://etheses.dur.ac.uk/10250/

(3) Veridian E-Journal, Silpakorn University ISSN 1906 – 3431 International (Humanities, Social Sciences and Arts)  Volume 11 numéro  5  de juillet – décembre 2018 « A Study to Observance of Five Precepts Behavior of the Buddhists in Suphanburi Province ».

 

(4)  « A Study on the Practice of the Five Precepts Apply to Daily Life for The Buddhist way of Life School, Surin province », publication de l’Université Silapakorn, (Vol 6 ฉบับพิเศษ (2019): ปีที่ ๖ ฉบับพิเศษ เนื่องในงานพิธีปะจำปี ๒๕๖๒ระสาทปริญญา ปร)

 

(5) Voir le site (en thaï) : https://www.sanook.com/horoscope/98197/

 

(6) Mayam bhante visum visum rakkhanathaya tisaranena saha panca silanim : il peut y avoir des variantes signalées B.J. Terwiel (1) et Ruengdej Srimuni (2).

 

Le pali qui reste la langue sacrée du bouddhisme thaï s’écrit à l’aide de l’alphabet thaï simplifié : Il n’utilise que 33 consonnes au lieu de 44 et 8 voyelles au lieu de 32. Il comporte deux signes diacritiques spécifiques présents sur les claviers d’ordinateurs. Les livres de prière usuels (หนังสือสวดมนต์ - Nangsue Suatmon) comportent quelques lignes d’introduction pour expliquer l’utilisation des diacritiques, le texte pali transcrit en lettres thaïes sur la page de gauche et sa traduction en thaï en face sur la page de droite, très exactement comme les « Missiles des diocèses » latin-français avec que l’Eglise n’abandonne le latin.

 

 

 

(7) La cérémonie est longuement décrite et plus encore dans la notice พิธ๊แสดงตนเป็น พุทธมามกะ  (Phithi Buddhamamaka-Vidhi - Requesting to declare as a Buddhist – Comment se déclarer bouddhiste)  in www.suddhavasa.org

Il est en anglais, donne la transcription du pali en caractères romains et sa transcription en caractères thaïs.

 

(8) namo tassa bhagavato arahato samma sambuddhassa

 

(9)

Panatipata wérama sikkhapathang samathiyami
Atinthana wéramani sikkhapathang  samathiyami
Kamésoumittchadjara  wéramani sikkhapathang  samathiyami
Mousawatha  wéramani sikkhapathang  samathiyami
Wéramani sikkhapathang  samathiyami

 

(10)

imani panca sikkhapadani

silena sugatim yanti

silena bhogasampada

sliena nibbutim yanti

tasma silam visodhaye.

 

(11) http://service.nso.go.th/nso/web/statseries/statseries13.html

 

(12) «  Car sept fois le juste tombe, et il se relève, Mais les méchants sont précipités dans le malheur » (Proverbes – 24 – 16).

 

 

 

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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 22:13

 

Imprégné d’hindouisme et de brahmanisme, les cérémonies de couronnement du roi Vajiralongkorn se sont déroulées du 4 au 6 mai 2019.

 

Le dernier couronnement dont peuvent se souvenir les plus âgés des Thaïlandais, fut celui de son père qui s’est déroulé le 5 mai 1950 alors qu’il n’avait que 23 ans, le monarque actuel né le lundi 28 juillet 1952 en a 67. Le choix de cette date est bien évidement symbolique.

 

La décision a été officiellement prise par le premier ministre Prayut a la tête du comité d’organisation le 1er janvier dernier. Un budget de 1 milliard de bahts a été programmé, environ 30 millions d’euros. Le lundi 6 mai devient désormais jour de fête nationale.  Les trajets en métro aérien et en métro furent gratuits pour tous les 5 et 6 mai. Tous les grands magasins du pays diffusèrent de la musique et des chansons célébrant la monarchie et le nouveau roi. Beaucoup d’habitants portaient du jaune que ce soit spontané ou à l’ « instigation » des employeurs.

 

 

Le jaune est la couleur du lundi, elle était celle du défunt roi Rama X, né le lundi 5 décembre 1927, elle est désormais celle du nouveau souverain.

 

 

Notre propos n’est pas de faire un reportage sur ces cérémonies fastueuses. Elles ont été sur-médiatisées par les médias locaux bien évidemment mais aussi par la presse, la télévision, les blogs et les forums francophones. Les Français qui se disent républicains et se flattent souvent (mais souvent à tort) d’être les héritiers du « siècle des lumières » mais manifestent un goût douteux pour les fastes monarchiques. Il y a toutefois un épisode dans ces cérémonies  - peut-être le plus important - qui a retenu notre attention et méritait quelques lignes d’explication.

 

 

Le rituel compliqué des cérémonies a été longuement expliqué et décrit par Quaritch Wales, conseiller très proche de Rama VI et de Rama VII. Il a assisté à toutes les cérémonies du couronnement de Rama VII et recueilli de multiples éléments sur les précédents couronnements de la dynastie (1). Rien n’a guère changé.

 

Nous n'avons de photographies qu'à partir du couronnement de Rama IV. Rama VIII a été assassiné avant les cérémonies :

 

 

Le rite symboliquement le plus important n’est pas le couronnement mais le rite préalable de la « purification et de l’onction à l’eau lustrale » qui est « le sacre », précédant les cérémonies proprement dites plus spectaculaire, il est brahmanique. Il fait à lui seul du roi le roi légitime de Thaïlande. L’eau lustrale provenait initialement des 5 plus grandes rivières du pays, mais  pour le sacre du roi Rama IX l’eau sacrée provint de 126 sources de toutes les provinces. Le roi vêtu de blanc couleur de la pureté, reçut l’onction de l’eau sacrée de 8 des plus hauts personnages représentant l’élite du pays. Ils sont stationnés aux huit points cardinaux autour du roi, représentant géographiquement et symboliquement  l’ensemble du pays. Le choix de ces personnages qui sont censés représenter la Thaïlande est lourd de signification, à la fois par leurs qualités personnelles et par l’ordre dans lequel la presse les a présentés et qui correspond – semble-t-il – à un choix hiérarchique.

 

 

Les deux premiers sont membres de la famille royale et portent par droit de naissance le titre de Momchao (หม่อมเจ้า) qui est le moins élevé dans la complexe hiérarchie des titres portés par les descendants de Rama V. Ils sont de la lignée des Yugala (ou Youkhonยุคล) issus du prince Thikhamphon (ou Dighambara ทิฆัมพร) 45e fils de Rama V et d’une épouse très secondaire (2).

 

 

Le premier est le prince Mongkolchalerm Yugala (หม่อมเจ้ามงคลเฉลิม ยุคล) qui fit une carrière purement civile et fut directeur de la Bangkok Bank. Né le 31 décembre 1936, ce n’est plus en enfant.

 

 

Le second est un petit neveu du précédent, le prince Chalermsuk Yugala (เฉลิมศึกยุคล) qui fit une carrière militaire sans faste particulier. Né le 24 octobre 1950, il est de la génération du roi son petit cousin. Il est difficile de savoir ce qui a guidé le roi dans ce choix. Fut-il dans son enfance l’un de ses cousins préféré ? Ce qui est certain en tous cas est qu’il met la descendance de son arrière-grand-père Rama V au sommet de la hiérarchie.

 

 

Le troisième est le vieux Prem Tinsulanonda toujours vaillant (เปรม ติณสูลานนท์) qui marche allègrement sur ses 99 ans, il est né le 26 août 1920. Fidèle d’entre les fidèles, ancien premier ministre de 1980 à 1988, ancien régent, toujours président du  conseil privé. Sa carrière politique l’a toujours emporté sur ses activités militaires qui furent brèves sur le terrain.

 

 

Le quatrième est l’actuel président de l’Assemblée nationale Phonphet  Wichitchonchai (พรเพชร วิชิตชลชัย). Né le 1er août 1948 à Bangkok, c’est un homme de loi avant tout, magistrat de haut niveau.

 

 

 

 

Le cinquième est le président de la Cour suprême, Chip Chulamon (ชีพ จุลมนต์). Né le 16 février 1954, c’est également un juriste qui a fait toute sa  carrière dans le droit.

 

 

 

Le sixième est un ancien enseignant Charat  Suwanwela (จรัส สุวรรณเวลา) qui n’est plus un bambin non plus, il est né le 1er mai 1932. Sa carrière fut toujours universitaire, président de l’Université Prince de Songkla puis président de l’Université Chulalongkorn.

 

 

Le pénultième est le général Prayut Chan-Ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา) l’actuel premier ministre qu’il est inutile de présenter à nos lecteurs.

 

 

Anuphong Phaochinda (อนุพงษ์ เผ่าจินดา) le dernier et le plus jeune puisqu’il est né le 10 octobre 1949.

 

 

Il fut commandant en chef de l'armée royale de 2007 jusqu'à sa retraite, le 30 septembre 2009. Il fut l’un des membres clefs du groupe qui organisa le coup d’état de 2006 contre le gouvernement intérimaire du Premier ministre Thaksin Shinawat.

 

 

Il nous semble difficile de ne pas donner un sens à ce choix des 8 personnes représentant l’« élite » du pays.

 

La priorité donnée à la famille royale fut marquée le lendemain de la cérémonie lorsque le roi fit tomber sur les membres de la famille royale une pluie de titres et de décorations. Seule en fut exclue sa grande sœur, la princesse Ubonratana (อุบลรัตน) qui l'a tout de même embrassé lors des cérémonies ultérieures, mais cela semble être ce qu'elle souhaitait. En février, le Thai Raksachart Party (พรรคไทยรักษาชาติ), associé à Thaksin, l’avait désignée comme candidate au poste de Premier ministre, ce que le roi avait fort peu apprécié, en déclarant cette décision comme inconstitutionnelle et inappropriée, titrée ou pas, elle restait membre de la famille royale.

 

 

Le choix de Prem Tinsulanonda est celui du respect manifesté au plus ancien des serviteurs de son père, tout comme le choix de la date des cérémonies est un hommage à son père.

 

Les trois autres dignitaires sont pour deux d’entre eux des juristes de très haut niveau et le troisième un enseignant qui atteignit le sommet d’une carrière universitaire à la tête de l’université la plus prestigieuse du pays.

 

Bien que les militaires chevronnés soient les derniers de la liste, peut-être est-il prématuré de s’écrier comme Cicéron  aux sénateurs : « Cedant arma togae » !

 

 

En dehors du chef actuel de la junte, le général Prayut, le général Anuphong Phaochinda, adversaire acharné du clan Thaksin va nous permettre de finir non pas en chansons mais en poésie ! Interrogé par la BBC, l’ancien premier ministre toujours en fuite a déclaré le 26 mars « qui aime le pays, aime le peuple et aime le roi ». Quelques jours plus tard, le 30 mars, le roi a annulé toutes les décorations royales dont il avait été doté. Cela coupe évidemment court aux rumeurs qui avaient circulé dans « les milieux généralement bien informés » que le roi, lorsqu’il n’était pas encore roi mais seulement héritier présomptif, était « en rapports avec Thaksin » et à ceux qui ont circulé ultérieurement toujours dans « les milieux généralement bien informés » qu’il aurait été « en négociation avec la junte ».

 

Thaksin n’est pourtant pas rancunier puisqu’il a posté sur son compte Twitter le 4 mai un  post  comportant le portrait du roi avec la légende :

เนื่อง ในโอกาสพระราชพิธิบรมราชภิเษกล

พุทธศักราช ๒๕๖๒

ขอพระองค์ทรงพระเจริญ

ด้วยเกล้า ด้วยกระหม่อุม ขอเดชะ

ข้าพระพุทธเจ้า ดร. ทักสินขินวัตร

 

A l'occasion du couronnement

En l’année 2562

Longue vie au roi !

Avec mon plus profond respect, Moi, docteur Thaksin Chinawat.

A 317- LE RITUEL DE L’ONCTION SACRÉE À L’EAU LUSTRALE AVANT LES CÉRÉMONIES DU COURONNEMENT DU ROI RAMA X.

Boileau ne fit pas mieux dans la flagornerie la plus vile et nous n’avons pas compétence pour apprécier sur le plan poétique le talent de l’ancien premier ministre qui parait toutefois un peu mince.

 

 

La déclaration que fit le roi nouvellement oint est concordante avec celle de feu son père qui avait déclaré lors de son couronnement: «Je gouvernerai ce pays avec justice pour le bonheur du peuple thaïlandais ». Tel est le souhait de tous ses sujets.

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Quartich Wale « Siamese state ceremonies - their history and function », Londres, 1931 et « Supplementary notes on siamese state ceremonies », même année.

 

(2) http://members.iinet.net.au/~royalty/states/thailand/thailand_yugala.html

 

(3) pic.twitter.com/J9fHnt9e1W

 

 

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 22:49

 

Le jour du nouvel an bouddhiste en Thaïlande et au Laos (songkran –  intervient en fonction du calendrier lunaire traditionnel, il est le jour le plus chaud de la saison sèche et varie selon les années du 12 au 15 avril, 5e mois du calendrier lunaire, cette année, 1381 selon le calendrier Chakri, 2562 selon le calendrier bouddhiste, le 14 avril 2019 pour nous. (1) Il est également le jour de passage du soleil dans le signe zodiacal du bélier.

 

 

Pour des raisons de simplification administrative, les fêtes de nouvel an sont désormais fixées les 13, 14 et 15 avril. Nous avons parlé à diverses reprises de cette grande fête bouddhiste, de ses rituels anciens toujours vivants au moins dans le pays profond (2) et de ses formes contemporaines qui donnent malheureusement lieu à des débordements auxquels les étrangers, touristes ou résidents, se croient obligés de participer (3)

 

 

Le jour du nouvel an enfin est placé sous le patronage de l’une des sept déesses de Songkran (เจ็ดนางสงกรานต์), cette année celle du dimanche, Thungsathévi (นางทุงสะเทวี) (4).

 

 

En dehors de ces rites et festivités, il s’attache à cette période la tradition de la confection de douceurs que l’on ne trouve guère pendant les autres périodes de l’année (5). Les postes royales ont d'ailleurs consacré une très belle émission de timbres-poste en début d’année à cinq desserts traditionnels.

 

 

Ils constituent une tradition culinaire transmise dans les familles de génération en génération. Ils sont de belle apparence, tous colorés, tout en douceur, de consistance crémeuse, souvent à partir de lait de noix de coco fraîchement pressées, riches en couleurs et en goût. Ils sont plus spécialement spécifiques aux fêtes religieuses majeures, l’une des plus importantes étant le nouvel an bouddhiste.

 

 

Voici les six plus fréquents, namdokmai (น้ำดอกไม้ – eau de fleurs), khanomkong (ขนมกง - gâteau rond), thiankaeo (เทียนแก้ว – la bougie de verre), wunlukchub (วุ้นลูกชุบ - boule de douceur), chomuang (ช่อม่วง – bouquet violet), bulandunmek (บุหลันดันเมฃ - bourgeon de mai).

 

 

Notre traduction évidemment approximative de ces noms imagés, ainsi que les photographies ne nous donnent pas plus de détails sur leur composition, parfois surprenante. Nous vous en donnons toutefois une brève description étant précisé qu’il y a probablement autant de recettes que de maîtresses de maison (แม่บ้าน – maeban) et qu’elles varient aussi selon les régions. Les recettes proprement dites se trouvent sur de nombreux sites Internet mais ne les cherchez ni en anglais et encore mois en français !

 

 

Namdokmai également appelé khanom Chakna (น้ำดอกไม้ขนมชักหน้า) :

 

Il est à base d’eau de fleur de jasmin (dont la confection est similaire à celle de notre eau de fleur d’oranger), de sucre, de farine de riz et d’eau. Les colorants, quand ils ne sont pas artificiels, sont, pour le vert des feuilles de pandan (ปะหนัน - Pandanus tectorius)

 

 

ou pour le bleu des fleurs de pois-bleu (ดอก อันชัน - dok anchan) dont le nom latin est évocateur : Clitoria ternatea.

 

 

C’est celle qui colore le fameux riz bleu. Nous les retrouverons dans les autres recettes.

 

 

Khanomkong (ขนมกง).

Il est composé de graines de pois verts en farine (ถั่วเขียว – thuakhiao), phaseolus radiatus dans la nomenclature scientifique-

 

 

et de graines de sésame et d’oignon, grillés et moulus, de lait de coco (กะทิ - kathi), de sucre de canne et de sucre de palme.

 

 

Thiankaeo (เทียนแก้ว)

 

Il est également composé de pois verts en farine, d’eau de fleur de jasmin et de sucre, le tout est cuit à la vapeur dans des feuilles de bananier.

 

 

Wunlukchub (วุ้นลูกชุบ)

 

Nous retrouvons comme ingrédients de base les pois verts cuits à la vapeur et moulus, le sucre, le lait de coco et une cuillère de sel.

 

 

Chomuang (ช่อม่วง) 

 

La base est la farine de riz, l’amidon (tapioca), la farine de Thaoyaimom (ท้าวยายม่อม) alias Tacca leontopetaloides, du jus de citron, de l’eau de fleurs de pois bleus, du lait de coco, du sel et de l’huile végétale. La cuisson se fait à la poêle et non à la vapeur.

 

 

Bulandunmek (บุหลันดันเมฃ)

 

La base en est encore la farine de riz, la farine de pois verts, le sucre, l’eau de fleur de jasmin, les fleurs de pois bleus, des jaunes d’œufs et naturellement, ne l’oublions pas, du sucre en quantité. La cuisson se fait à la vapeur.

 

 

 

Essayons de comparer ce qui peut l’être sans excès de chauvinisme. On peut convenir que la tradition pâtissière française est la meilleure au monde et, qu'après elle, vient l’Italie puis la Suisse. Ses ingrédients de base sont la farine, les œufs, le beurre, un liquide, de l'eau ou du lait, le sucre et souvent une pincée de sel. La tradition siamoise est différente, si la farine de blé est remplacée par celle de riz et le lait par le lait de coco, les œufs n’interviennent que dans une seule de ces recettes, les colorants ne sont là que pour le plaisir des yeux mais le sucre, qu’il soit de canne ou de palme, est utilisé de façon surabondante ce qui les rend pour certains écœurants. Il manque surtout – ce qui est essentiel à l’art du pâtissier – la cuisson au four. Le four est un instrument de cuisson inconnu de la tradition locale (6).

 

 

Ces desserts relèvent de la confiserie dont la bonbonnerie à laquelle ils appartiennent, est le triomphe.

 

N’oublions pas que c’est au début du XVIIIème siècle seulement que la Cour royale , avant la population fut initiée aux délices des pâtisseries occidentales venues des lointaines origines portugaises de celle qui est toujours « la Reine des desserts thaïlandais » (rachinihaengkhanomthai - ราชินีแห่งขนมไทย) (7).

 

 

NOTES

 

(1) Plus exactement le dimanche 14 avril à 15 heures, 14 minutes et 24 secondes.

(2) Voir notre article A146 « Les Fêtes de Songkran ... Il y a 100 ans » : 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html 

 

(3) Voir notre article A103 « Songkran, le nouvel an thaï entre tradition et modernité » : 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a103-songhran-le-nouvel-an-thailandais-entre-tradition-et-modernite-117050328.html 

 

(4) Voir notre article A 215 « เจ็ดนางสงกรานต์ : La légende des « sept déesses de songkran » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-215-la-legende-des-sept-deesses-de-songkran.html 

 

La déesse du dimanche porte des fleurs de grenadier derrière les oreilles, un rubis comme bijou, elle tient un disque dans la main droite et une conque dans la gauche. Elle chevauche un Garuda.

 

(5) Il en est de même en France où les pâtissiers ne confectionnent guère de bûches qu’à la période de noël, de galettes des rois qu’à l’époque de l’Épiphanie et d’œufs en chocolat qu’à la période de Pâques. Les bonnes ménagères confectionneront des crêpes qu’à la Chandeleur.

 

(6) La cuisson de la pâtisserie dans le four qui n’est pas celui du boulanger est une opération délicate qui apparente le travail de l’artisan à celui d’un alchimiste. C’est de là qu’elle tient sa qualité et sa valeur. Traditionnellement et avant l’utilisation d’un thermomètre, les pâtissiers dosaient la température en cinq étapes. Le four chauffé au maximum était le four chaud et ne pouvait être utilisé que 10 minutes après avoir été éteint et uniquement pour le pain. Une heure après, le four gai était utilisé pour la confection de certaines pâtisseries. Deux ou trois heures après le four chaud , le four devenait four doux ou modéré était réservé à d’autres pâtisseries. Quatre heures après le premier, c’était le four mou encore réservé à d’autres pâtisseries et cinq heures après le premier, le four perdu qui servait plus à dessécher qu’à cuire. Ainsi procédait d’expérience de grand Carême qui ne possédait pas de thermostat (« Le pâtissier royal parisien » est de 1815).

 

 

(7) Voir notre article A 265 « Maria Guimar, épouse de Constantin Phaulkon et reine des desserts thaïlandais » :

 

 

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20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 19:57
Dessin d'un élève de Kermit Krueger

Dessin d'un élève de Kermit Krueger

« L’histoire du Siam est faite de légendes » écrivait en 1854 Monseigneur Pallegoix qui connaissait fort bien le pays où il était déjà depuis un quart de siècle, bénéficiant de la royale amitié de Rama IV.

 

Nous vous en avons conté quelques-unes, de celles qui tournent autour d’un trésor mythique, statues de Bouddha en or massif, accumulation de métaux précieux ou plus concrètement, trésor de l’or blanc qu’est le sel (1).

 

 

Nous connaissons le temple de Phra That Phanom sur les murs duquel se trouvaient de singulières fresques, aujourd’hui disparues après l’effondrement de l’ancien Stupa, représentant des voyageurs hollandais, découverte que nous devons à notre ami Jean-Michel Strobino (2)

 

Relation du voyage de Francis Garnier (dessin de 1868) :

 

 

et par une autre légende, celle du fabuleux trésor enfoui dans ses fondations (3). Il est l’un des monuments les plus vénérés du pays et un lieu de pèlerinage privilégié dans l’Isan autant que dans le Laos : N’oublions pas qu’il se situe dans ce qu’on appelait autrefois le « Laos siamois » qui n’est plus à l’intérieur des frontières du laos actuel. Sa vénération y est attestée depuis le XVIe siècle au moins.

 

 

Nous devons à Kermit Krueger, ce volontaire bénévole du Corps de la paix américain  (Peace corps volonteer) qui enseigna au Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 une autre légende encore vivante dans la mémoire des populations locales relative à ce haut-lieu du bouddhisme  Isan-Lao. Elle a été recueillie auprès de ses élèves, qui ont dû l'écrire en anglais comme exercice et a été publiée sous le titre « le Temple du respect » (The Temple of Respect) (4). Nous vous la livrons aujourd’hui.

 

 

Encore une légende, direz-vous ?

 

« Quand la légende dépasse la réalité, c’est la légende qu’on retient » (5).

 

LA LÉGENDE DU « TEMPLE DU RESPECT »

 

Le temple de That Phanom est le temple le plus important du nord-est de la Thaïlande.  Une grande partie de l'histoire de ce temple n'est que légende et personne ne connaît son âge exact. 

 

 

Il y a des centaines d'années, avant qu'il y ait de grands pays comme aujourd’hui, chaque ville était sa propre nation. Une ville avait parfois un roi plus puissant que ses voisins et qui gouvernait trois ou quatre autres villes. Mais le plus souvent aucune de ces villes n’était capable de dominer les autres. Ces cités pouvaient œuvrer de concert pour se protéger contre un ennemi extérieur ou échanger des denrées et autres produits. C’est ainsi que débuta l’histoire du temple.

 

Il y avait à cette époque quatre rois qui régnaient sur des cités proches du Mékong. Parfois, l’un était plus puissant que les autres, parfois aucun ne l’était. Ils  décidèrent un jour de se réunir.

 

L’un d’entre eux qui était à l’origine de cette conférence au sommet dit :«  Mon pays a besoin de riz mais nous avons d’autres produits que nous pouvons troquer contre votre riz. Il y a de nombreuses années, nous nous sommes affrontés. Mon peuple souhaite entretenir des relations amicales avec les vôtres ». Un autre roi fit également part du souci de son peuple de vivre en paix. Que faire ? Un troisième eut alors une pieuse idée : « Construisons un temple. Chacun d’entre nous en construira un quart. Cela montrera à nos sujets que nous pouvons travailler ensemble. Et si nous pouvons travailler ensemble, ils comprendront que tous peuvent vivre en parfaite amitié ».

 

 

Ainsi firent-ils. Pendant plusieurs mois, ils cherchèrent un lieu propice. Au bout d’un certain temps, l’un d’entre eux déclara au cours d’une nouvelle réunion : « J'ai trouvé l’endroit exact, il est au sommet d’une petite colline. Allons-y ensemble ». Cette colline était isolée et couverte de forêts. Elle convenait à leur dessein. « C'est convenu. C’est ici que nous allons construire le temple ». Celui dont la cité était au nord construisit donc le mur nord. Celui dont la cité était à l’est construisit donc le mur est, il en fut de même pour celui dont la ville était à l’ouest et pour celui dont la ville était au sud.

 

 

Leur temple était construit en forme de grotte. Quand il fut terminé, chaque roi apporta des bijoux, des pierres précieuses, de l’or et de l’argent pour les offrir au nouveau temple. « Nous savons maintenant que nous pouvons travailler ensemble, puisque nous avons construit ce temple ensemble. Nos dons montreront que nous pouvons également nous faire une confiance mutuelle ». Quand tous les cadeaux furent sur place, la porte du temple fut fermée et scellée à la grande joie et la grande fierté de tous.

 

Dessins extraits du site https://www.thailandguru.com/leisure-day-nakhon-phanom-chedi.html :

 

Le premier Stupa  construit en 535 avant Jésus-Christ

 

 

Sa reconstitution contemporaine : 

 

 

Transformation 500 ans avant Jésus-Christ

 

 

De 1609 à 1692 :

 

 

1941-1942 :

 

 

Les écritures bouddhistes nous apprennent que lorsque Bouddha mourut, les prêtres prirent des fragments de ses os et les transportèrent dans toute l’Asie afin que chacun de ces reliques soient placées dans un temple. Leur présence devait rappeler aux populations la  nécessité de maintenir leur foi dans les enseignements de Bouddha.

 

 

Les écritures bouddhistes nous apprennent encore que l’un de ces prêtres avait avec lui un fragment du sternum du maître qu’il avait emporté dans le nord-est de la Thaïlande. Il voulait construire un temple dans cette partie du monde pour en faire le plus grand centre du bouddhisme. Alors qu’il errait dans cette région, il se rendit sur la colline, vit le temple nouvellement construit symbole de l’union des quatre villes et se dit : « C'est là où je construirai mon temple. Ces rois sont de fervents bouddhistes et s’ils ont coopéré à la construction de leur temple, je sens qu’ils coopéreront également pour construire le mien ». Il se rendit donc auprès de chacun d’eux, leur montra la relique et leur dit « J’ai vu votre temple sur la colline. Je voudrais que vous m’aidiez à construire le mien ». Ils tombèrent d’accord et au milieu de leur temple, ils construisirent un stupa pour qu’il le domine la colline et, en son sein, ils placèrent la relique de Bouddha.

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม  - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

Très vite, le temple devint célèbre dans toute la région et de nombreuses personnes venaient y rendre un culte mais il n’avait pas de nom et beaucoup pensaient que celui de Temple sur la montagne n’était pas séant. Au bout d’un certain temps, et compte tenu du caractère éminemment sacré des lieux et de leur fréquentation par des pèlerins qui priaient à la manière bouddhiste, la tête inclinée et les mains jointes en forme de fleur de lotus (en thaï  phanomพนม), l’usage fit alors que le temple fut appelé « le temple du respect » (พระธาตุพนม phra that phanom). Il continue à porter ce nom qui devint ensuite celui de la province et de sa capitale, Nakhon Phanom (นครพนม).

 

 

Les écoliers de Kermit Krueger ...

 

 

concluent ainsi « Mais tout cela ne sont que légendes, car il n’y a pas d’histoire des temps anciens. Bien des années plus tard, les gens ont commencé à écrire l'histoire du temple. Il faut donc croire les récits de sa construction ».

 

 

 

QUELQUES  OBSERVATIONS

 

 

1) Cette version légendaire dissipe pour nous un doute sémantique : on lit volontiers (Guides plus ou moins sérieux ou Wikipédia) que Phanom en thaï signifie « la montagne », c’est exact mais ce peut n’être aussi qu’une simple colline voire un tertre ou une butte. Mais c’est également le « salut que l’on fait les mains jointes élevées en forme de lotus pour manifester le respect » (définition du dictionnaire de l’Académie Royale). S’il y eut un jour un tertre ou une colline (?) ce n’est pas le cas aujourd’hui car il n’y a pas la moindre colline, le stupa n’étant élevé au niveau du dessus du sol que par quelques marches. La désignation de « temple du respect » donnée par nos écoliers est donc la seule pertinente. Nous pourrions l’appeler également « temple des mains jointes ». Compte tenu des circonstances de la construction, il aurait également pu être baptisé « temple du respect et de l’amitié ».

 

 

2) La légende rejoint-elle la réalité ? Le temple et son stupa ont fait l’objet de nombreuses et fort érudites études. Nous avons cité la description qu’en fit le premier. Francis Garnier plus d’un siècle avant l’effondrement de 1975 relatant la légende de la construction du temple au vu d’une Chronique royale du Cambodge du lettré Nong dont l’historicité est plus ou moins douteuse (3).

 

 

Cette légende fait état de l’intervention collective de plusieurs monarques. Ainsi fait la tradition orale venue des siècles précédents et transmise par nos écoliers de Mahasarakham. Peut-on dater cette construction ?

 

Il existe une chronique de That Phanom d’origine aléatoire et obscure, dont une recension a été effectuée par le vénérable Phra Deba Ratanamoli, abbé du temple en 1969. Les circonstances de la première apparition de cette chronique sous forme de manuscrit sont autant un sujet de spéculation que les origines du sanctuaire lui-même. Une traduction commentée a été effectuée et publiée en 1976. C’est relativement chaotique surtout en ce qui concerne les origines contemporaines de Bouddha (6). Le premier abbé dont l’existence semble historiquement assurée aurait été désigné en 1668 ainsi  que celle de ses successeurs sous la juridiction desquels furent effectués les multiples embellissements et exhaussements successifs probablement partiellement responsables en dehors des éléments naturels de l’écroulement de l’édifice en 1975 (7).

 

 

Une récente étude de Michel Lorillard repose sur de méticuleuses et très scientifiques observations qui ne contredisent pas notre légende (8). Il a étudié de nombreux sites s'inscrivant dans une échelle chronologique comprise entre le VIIe et le XIIIe siècle et donnant un éclairage inédit sur le processus d'« indianisation » de la vallée moyenne du Mékong. Des vestiges étudiés par lui dans le bassin inférieur de la rivière Sé Bang Fai (เซบั้งไฟ) au Laos rejoignent d’autres vestiges sur la rive siamoise situés à quelques kilomètres en amont, en aval, à l’est et à l’ouest de That Phanom qu’il considère comme jumeaux, tous vestiges môns et pré angkoriens ou angkoriens compte non tenu des vestiges qui subsistent sur le site même de notre temple. Il y a probablement un lien entre tous ces sites. Des sema (les pierres sacrées) situés dans l’enceinte du temple seraient originaires de quatre villes indiennes, au début de l'ère bouddhique ? « Les éléments de la légende sont ici présentés comme des événements historiques » nous dit Michel Lorillard.

 

 

Notre propos n’était pas de faire œuvre d’érudition ce qui dépasse nos compétences mais simplement de rapporter une légende que connaissaient par tradition familiale des gamins des années 60, aujourd’hui adultes, relative à un lieu de culte symbole majeur de l’identité de l’Isan. Ils témoignent d’un monde traditionnel disparu ou en voie de disparition où les valeurs étaient d’autant plus fortes que l’existence était rude. Ils sont aujourd’hui des anciens qui représentent une richesse et une sagesse que seuls l’âge et l’expérience procurent. 

 

L’un de ses élèves dit un jour à Krueger  « comment les archéologues et les savants peuvent-ils savoir ? Ils n’ont pas passé leur vie ici. Ceux qui y ont vécu nous l’ont dit, nos parents, nos grands-parents qui le tenaient de leurs grands-parents et des grands- parents de leurs grands-parents… »  

 

Certes quand la légende dépasse la réalité, c’est la légende qu’on retient mais nous ajouterons « plus encore quand la légende est belle ». L’histoire de l’amitié entre quatre roitelets d’une époque assurément très ancienne, ayant construit un temple magnifique au centre géométrique de leurs royaumes ne méritait-elle pas d’être rappelé.

 

 

 

NOTES

 

(1) Quelques histoires de trésors dans nos articles :

De l’or

R2. 84 « LE TRESOR ENGLOUTI DE LA 1ERE AMBASSADE DU ROI NARAÏ AUPRÈS DE LOUIS XIV EN 1681 ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

A 302 « LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE KANTARAWICHAI »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-302-la-legende-des-trois-bouddhas-de-kantarawichai.html

A 303  « LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE VIENTIANE ET UN TRÉSOR AU FOND DU MÉKONG ».

Du sel

A 300 « LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-300-la-legende-insolite-de-la-decouverte-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

« LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/la-legende-insolite-de-la-decouverte-des-vertus-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

(2) « DES HOLLANDAIS DU WAT PA KE DE LUANG PRABANG AUX HOLLANDAIS DU TEMPLE DE THAT PHANOM EN ISAN (NORD-EST) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/des-hollandais-du-wat-pa-ke-de-luang-prabang-aux-hollandais-du-temple-de-that-phanom-en-isan-nord-est.html

(3) « A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

 

 

(4) https://isaanrecord.com/2016/03/29/special-isaan-folk-tales-part-six/

 

(5) C’est la phrase mythique du film de John Ford  « L’homme qui tua Liberty Valance » (The Man who shot Liberty Valance).

 

 

(6) James B. Pruess « THE THAT PHANOM CHRONICLE - A SHRINE HISTORY AND ITS INTERPRETATION » - Publication de THE CORNELL UNIVERSITY - SOUTHEAST ASIA PROGRAM  : Data Paper No. 104, Southeast Asia Program, Cornell University Ithaca, N.Y.; Cornell University, novembre 1976; 76 pp.

 

(7) Ne regardons pas ces ajouts d’un œil critique. Les occidentaux n’ont rien à leur envier : Les architectes revendiquent les grandes hauteurs réservées à des édifices à forte valeur symbolique ou de prestige. Ces bravades ont entraîné la déviation de la tour de Pise au XIIe siècle

 

 

et au siècle suivant l’effondrement du chœur de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais. L’effondrement des Twin Towers le 11 septembre 2001, symboles de l'activité des milieux d'affaires internationaux au cœur de New York, n’a guère suscité de commentaires sur le fait pourtant évident que la chute d'un gratte-ciel signifie aussi que l'architecture, même la plus audacieuse et la mieux maîtrisée au point de vue technique, n'est pas à l'abri d'un accident naturel, comme un séisme ou une inondation, ou d'un attentat.

 

 

(8) Michel Lorrillard « Par-delà Vat Phu. Données nouvelles sur l'expansion des espaces khmer et môn anciens au Laos », In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient. Tome 97-98, 2010. pp. 205-270.

                        

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4 mars 2019 1 04 /03 /mars /2019 22:29

 

 

Nous connaissons l’histoire tumultueuse du Bouddha d’émeraude, palladium de la Thaïlande, ramené de la ville de Vientiane par le général Chao Phraya Chakri  dont il s’empara en 1778 avant de mettre la ville à sac et de devenir 4 ans plus tard fondateur de l’actuelle dynastie. Une légende lui attribue aussi la prise de trois autres précieuses statues de Bouddha. D’autres sources non moins légendaires attribuent toutefois cette prise de guerre au sac de Vientiane en 1827 sous le règne de Rama III. Nous sommes une fois de plus aux confins de l’histoire et de la légende. (Nous reviendrons in fine sur ces sources que nous avons utilisées)

 

 

« Il était une fois, il y a bien longtemps », un roi au Laos avait trois très belles filles. Toutes trois adoraient leur père et voulurent marquer leur affection de façon durable.

 

 

 

 

Selon certaines sources, ce roi aurait été Chaiyachetthathirat (ไชยเชษฐาธิราช) des l’un des plus grands monarque du Lan Chang (Laos)  de 1548 à 1571, année de sa mort et qui régnait également sur le Lanna (Chiangmaï).

 

 

 

 

Chacune fit sculpter une statue du Bouddha. Elles étaient superbes et pendant de longues années, on vint de tout le Laos pour les admirer.

 

 

 

De nombreuses années plus tard, le Laos entra en guerre contre le Siam sous le règne de Setthathirat III. Le Siam triompha. Quand le vainqueur parvint à Vientiane, il vit les trois statues et les trouva si belles qu’il décida de les ramener dans son pays. Il les fit mettre dans des chars à bœufs jusque sur les rives du Mékong pour leur faire traverser la rivière en barque.

 

Lors de ce passage, il s’éleva une violente tempête et une barque chavira avec une  statue.

 

 

 

 

Les deux autres parvinrent jusqu’à Nongkhai où elles furent conservées et vénérées pendant de longues années.

 

 

 

Elles portent le nom de chacune des trois filles, Phra Sœm l’aînée (พระเสริม), Phra Suk (พระสุก) pour la seconde et Phra Sai (พระสายน์) pour la dernière. La statue de Phra Suk est perdue à jamais au fond du fleuve jalousement gardée par les Nagas qui souhaitaient le conserver. Pour certains en effet, les Nagas avaient voulu retrouver Suk qui aurait été elle-même  Naga dans une précédente existence ! Nul ne s’est jamais avisé d’aller la rechercher.

 

 

 

UN PREMIER TEMPLE CONSTRUIT À NONGKHAI POUR ACCUEILLIR LES STATUES

 

 

Un temple fut construit sur l’emplacement d’un ancien temple abandonné connu sous le nom de Wat Phi Phio (วัดผีผิว) : La date exacte de sa construction est inconnue mais elle est attribuée au prince Thao Suwuthatham alias Boonma (ท้าวสุวอธรรมา  - บุญมา), gouverneur de la ville à l’époque du sac de Vientiane sous le règne du roi Lao Anuwong ,donc non pas lors du pillage de 1778 mais de celui de 39 ans postérieur.

 

 

 

Les statues auraient été placées initialement dans le temple Wat Hokong (วัดหอก่อง) mais durent être déplacées lors d’un séisme qui endommagea le bâtiment. Elles ne furent pas endommagées, et certains considérèrent que ce fut un miracle et d’autres qu’elles avaient provoqué le séisme pour montrer qu’elles souhaitaient aller dans un autre temple, Wat Hokong étant trop modeste pour les accueillir. Il fut décidé de la construction d’un nouveau temple à l’emplacement du Wat Phi Phio qui était abandonné des moines mais où se trouvait encore un très vénéré chedi. Il fut donc décidé de le restaurer et de la rebaptiser Wat Phochai.

 

 

 

La décision définitive du gouverneur fut prise après consultation du moine le plus ancien de la ville Thanya khrulakkham (ท่านญาครูหลักคำ). La consécration du temple aurait eu lieu le 21 février 1828. Quelque temps après, survint ce qui fut considéré comme un miracle consécutif à cette consécration, une éclipse solaire le 4 mars 1829. Le temple abritait alors les deux statues, Phra Sœm  et Phra Sai et connut un grand essor.

 

 

 

Le Wat Hokong  est aujourd’hui le Wat  Praditthammakhun  (วัดประดิษฐ์ธรรมคุณ).

 

 

En raison de sa position stratégique au bord de Mékong, il fut le premier à accueillir sur les terres siamoises les deux Bouddhas sacrés avant d’être transférés au Wat Phochai Wat Pho Chai tout proche. De ce récit historique (ou de ces légendes) et de ses suites, la chapelle d’ordination, l’Ubosot  garde un souvenir précieux, avec des peintures relatant cet événement.

 

 

Elles se trouvent sous le porche d’entrée, mais aussi sous un pavillon ouvert à côté de l’Ubosot qui fait face au Mékong. Un pavillon accueille les répliques des trois bouddhas y compris le dernier des trois ayant disparu dans les tréfonds du Mékong lors de son acheminement vers Nong Khai.

 

 

Il s’agit certes de copies mais qui ont le mérite d’être beaucoup plus faciles à admirer que les deux originaux de Nongkhai et de Bangkok dont l’approche est pratiquement impossible.

 

 

UN NOUVEAU MIRACLE

 

Lorsque Mongkut devint roi du Siam en 1851 après de longues années passées sous la robe de moine, il désira que les deux statues dont il connaissait l’existence  soient conduites à Bangkok.

 

 

 

Elles furent placées sur deux chars à bœuf et commençèrent le long voyage vers Bangkok. Elles n’avaient pas quitté la ville que l’essieu de l’un des chars se brisa et que la statue tomba sur le sol. Les spectateurs et les habitants s’opposèrent alors avec vigueur à ce qu’elle soit chargée sur un autre véhicule : « Phrasai a manifesté sa volonté de rester à Nongkhai, il a accompli un miracle en brisant l’essieu pour montrer qu’il ne veut pas aller à Bangkok ». Ne sachant que faire, les serviteurs du roi s’empressèrent d’aller raconter cette aventure à Rama IV. Celui-ci convint alors que la statue avait manifesté  miraculeusement son désir de reste à Nongkhai et s’inclina devant ce signe du ciel.

 

 

 

Phrasai : La statue est actuellement connue sous le nom de Luang Pho Phra Sai (หลวงพ่อพระสายน์). Située dans la chapelle d’ordination du Wat Phochai  (วัดโพธิ์ชัย) qui a rang de temple royal  (พระอารามหลวง), elle serait partiellement de bronze doré sinon totalement en or massif avec un chef en or massif orné de rubis. Les peintures murales relatent en particulier son périple. Elle a des pouvoirs miraculeux essentiellement celui de faire tomber la pluie. Chaque année, le jour de la pleine lune du septième mois lunaire, les habitants de Nong Khai organisent comme en bien d’autres endroits de l’Isan le festival des fusées (Bunbangfai - บุญ บั้งไฟ) pour vénérer   Phra Sai au Wat Pho Chai.

 

 

 

PHRA SŒM À BANGKOK

 

La dernière statue,

 

 

...celle de la sœur aînée, a donc atteint Bangkok et se trouve au Wat Pathum Wanaram (วัดปทุมวนาราม).

 

 

Ce temple fut fondé en 1857 par le roi Mongkut. Les cendres des membres de la famille royale thaïlandaise dans la lignée du prince Mahidol Adulyadej y sont inhumées. Curieusement, il ne s’y attache aucune légende, aucune vision prémonitoire, aucun miracle. Est-ce bien sûr ? En 2010, lors de la répression sanglante des manifestations des Chemises rouges, il fut considéré comme une « zone de sécurité » permettant aux blessés de recevoir les premiers soins en échappant à la mitraille, un miracle en quelque sorte !

 

 

QUE CONCLURE ?

 

Nous nous trouvons une fois encore entre une histoire vraie et la légende dont les versions varient en fonction des mémoires. Deux de ces trois statues existent, elles sont bien du style du Lan Chang du XVIe, l’existence d’une troisième reste aléatoire  et si elle a existé elle était probablement similaire aux deux autres, à savoir: environ 70 centimètres de haut composée en tout ou en partie d’or avec des incrustations de pierres précieuses.

 

La date de la venue de ces statues au Siam reste incertaine ;  Firent-elles partie du butin du premier sac de 1778 ou du second de 1827 ? La chronologie n’est pas le souci essentiel des narrateurs thaïs. Il n’y a pourtant qu’un peu plus ou un peu moins de 200 ans, ce qui est dérisoire à l’échelle de l’histoire. Et comme toujours, nous trouvons une tempête miraculeuse due à l’intervention des Nagas pour accueillir l’une de leurs sœurs, un accident providentiel survenu à l’un des chars, un tremblement de terre et éclipse de soleil, comme toujours  le merveilleux mêlé au réel.

 

     NOS SOURCES

 

Nous avons puisé dans le récit que notre Américain volontaire du Corps de la Paix  Kermit Krueger a recueilli auprès de ses élèves du Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 (4). Il a été publié sur le site

https://isaanrecord.com/

 

D’autres sources plus précises mais souvent plus ou moins contradictoires sont essentiellement en thaï, citons en quelques-unes :

https://th.wikipedia.org/wiki/พระเสริ

https://th.wikipedia.org/wiki/พระใส

https://board.postjung.com/748899

https://www.posttoday.com/dhamma/35116

http://www.dhammajak.net/forums/viewtopic.php?f=24&t=47732

https://www.thairath.co.th/content/84624

https://www.dmc.tv/pages/scoop/bangfai_payanaka4.html

https://talk.mthai.com/inbox/2039.html

Et une page « facebook » également en thaï intitulée ตำนาน  (« légendes »)

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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 22:07

 

 

Kantarawichai (กันทรวิชัย) est un district (amphoe) de la province de Mahasarakham dont le centre est une petite ville sur la route de Kalasin. Il comprend 10 sous-districts (tambon) et 183 villages. Peuplé d’environ 85.000 habitants (chiffres de 2018), la région nous semble d’une grande piété puisque nous y relevons 78 temples ce qui est largement supérieur à la moyenne nationale (1).

 

 

 

Deux d’entre eux, en dehors de tout circuit touristique sont particulièrement vénérés des populations de la région pour abriter l’un et l’autre chacun une très ancienne statue de Bouddha debout en grès rouge de l’ère Dvaravati, toutes deux invoquées par les dévots pour avoir la vertu d’écarter la sécheresse (2). La première est celle du Phra Phutta Mingmuang (พระพุทธมิ่งเมือง) ou Phraphuttharup Suwanmali พระพุทธรูปสุวรรมาลี)

 

 

 

 

dans l’enceinte du wat Suwannas (วัดสุวรรณาวาส) au cœur du chef–lieu de district, dont la construction ne semble pas avoir plus d’un siècle.

 

 

 

 

L’autre représentation est appelée le Phra Phutta Mongkon (พระพุทธมงคล Bouddha de bon augure) ou Phra yun (พระยืน Bouddha debout) au sud, en direction de Mahasarakham dans le village de Ban Sa (บ้านสระ)

 

 

 

 

et dans l’enceinte du temple appelé wat Phrayun (วัดพระยืน) ou wat Phra Phutta Mongkon (วัดพระพุทธมงคล), également de construction beaucoup plus récente que la statue qu’il abrite.

 

 

 

Nous savons en réalité peu de choses de l’histoire de ce district. L’histoire de l’Isan n’a été écrite que tardivement, elle n’est pas en contradiction avec les traditions orales  transmises par ses habitants qui la complètent.

 

 

LES CHRONIQUES DES PROVINCES DU NORD-EST

(พงษาวดารหัวเมืองมณฑลอิสาณ).

 

Elles furent publiées en 1916 (3) : Le district aurait été créé en 1328 de l’ère bouddhiste soit 785 de notre ère sous le nom de Khanthathirat (คันธาธิราช). Elles furent dirigées alors par un seigneur malfaisant appelé Thao Linjong (ท้าวลินจง le seigneur Linjong) qui fit périr son père Thao Linthong  (ท้าวลินทอง le seigneur Linthong) sous la torture mais ne put prendre sa place et conserver le pouvoir. La ville fut alors désertée pendant 1089 ans (ce qui nous conduit en 1874) et reconstruite et repeuplée sous le règne de Rama V sous le nom de « mueang Khanthawichai » (เมืองคันธาวิชัย) devenue Khantarawichai. La chronique est malheureusement muette sur l’histoire de ces deux vénérables statues et plus encore sur celle de la mystérieuse troisième.

 

 

 

 

LES TRADITIONS LOCALES

Elles ont été recueillies auprès de ses élèves par Kermit Krueger, ce volontaire bénévole du Corps de la paix américain (Peace corps volonteer) qui enseigna au Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 (4).  Elles ont été publiées sur le site https://isaanrecord.com/

 

Elles complètent ce que nous a appris la Chronique en y ajoutant peut-être l’histoire de ce merveilleux trésor que serait la  troisième statue de Bouddha.

 

 

 

Il y a des centaines d'années, le nord-est était dirigé par des princes cambodgiens  avant que les Thaïlandais ne viennent s’y installer (5). Kantarawichai était alors une ville très importante dirigée par le prince Phranong Phratumman qui avait de l’une de ses épouses un fils appelé Tao Singh Toh aussi méchant que cruel. Son père  connaissant sa malfaisance voulait éviter qu’il ne prenne sa suite. Sachant cela, Tao Singh Toh ordonna à ses hommes de s’emparer de son père et de le jeter en prison. Les soldats, craignant sa férocité, lui obéirent. Tao Singh Toh se proclama alors prince de Kantarawichai en affirmant que son père avait été enfermé en raison de sa perversité.

 

 

 

Mais la population qui connaissait la bonté de son père, ne le crut pas. Tao Singh Toh souhaitait la mort de son père mais il avait peur de le tuer. Il imagina alors de le priver de nourriture pour qu’il meure de faim sans être lui-même responsable de sa mort. Il interdit donc toute visite autre que celle sa mère, épouse du prisonnier. Lorsque celle-ci rendit visite à son mari, elle lui apporta de la nourriture. Sachant cela, Tao Singh Toh lui interdit de rendre visite à son père avant trente jours. Son père, déjà affaibli, sentit la mort approcher. Il fit alors appeler son fils et lui dit « Je vais bientôt mourir et tu seras prince de Kantarawichai. Mais tout ce que tu feras sera maudit ». Trois jours plus tard le prince mourut. Tao Sing Toh triomphait mais il était furieux contre sa mère et ordonna à se troupes de la tuer. Mais par la suite, toutes ses actions, même bonnes se transformaient en catastrophes  ou en échec comme le lui avait promis son père. La population se gaussait de lui constatant qu’il ne pouvait rien faire de  bien ou de bon ou de beau. Tao Singh Toh eut alors honte de lui-même et regretta sa cruauté envers ses parents. Il n’eut pas d’autre solution que de consulter un astrologue

 

 

 

 

Celui-ci lui dit «Tu as été mauvais et tu es puni. Tu dois construire deux statues du Bouddha. L'un sera pour ton père, et l'autre sera pour ta mère. Elles devront être superbes et installées en deux  endroits différents. Quand tu les auras construites, tu auras démontré que tu aimais tes parents et ta malédiction disparaîtra ». Tao Singh Toh le crut et fit construire les deux statues avec beaucoup de soin. Celle destinée à son père fut installée au cœur de la ville et celle destinée à sa mère à la périphérie. Cela ne suffit toutefois pas à rendre Tao Singh Toh heureux car il était conscient qu’il avait mené une vie infâme. Il demanda alors à son peuple, lorsqu’il mourrait, de l'ensevelir dans une forêt éloignée de la ville et sur sa tombe, de construire une autre statue du Bouddha. C’est ce qu’ils firent en l’enterrant dans la forêt et en édifiant sur sa tombe une statue d'un Bouddha couché. La forêt reçut le nom de « forêt du Bouddha couché » mais son emplacement s’est perdu. Beaucoup croient que la statue est en or mais tous redoutent de la rechercher car elle recouvre la malédiction de l’esprit malfaisant et diabolique de Tao Singh Toh qui vit toujours dans la tombe. La légende veut que celui qui verrait la statue doive mourir le jour même. Il y a quelques années à peine (6) trois ou quatre hommes de Bangkok se sont rendus dans la forêt pour trouver la statue. Revenus le soir, ils dirent « Nous avons trouvé la statue du Bouddha couché. Elle est en or. Nous vous conduirons la voir demain ». Ils moururent dans la nuit.

 

 

 

Que devons-nous penser ? Les Chroniques rédigées au début du siècle dernier par un haut fonctionnaire n’ont pu l’être, faute du moindre document écrit, autrement qu’au vu des souvenirs recueillis auprès des populations locales. L’auteur ne donne pas ses sources. Les souvenirs recueillis par l’Américain auprès de ses élèves 60 ans plus tard ont la même portée même s’ils sont beaucoup plus précis. Les Chroniques s‘étalent sur 164 pages mais toutes ne sont pas consacrées à notre modeste district. Les chronologies ne sont pas contradictoires avec la légende. L’existence d’un prince malfaisant capable de faire assassiner ses parents ne dénote pas avec les mœurs de l’époque. La similitude entre les deux statues de Bouddha qui sont de toute évidence de la même facture rend plausible l’hypothèse d’une commande unique. La crainte référentielle manifestée par les habitants pour rechercher une sépulture génératrice de maléfices est en tout conforme avec les croyances locales animistes générales en Isan. La disparition de cette sépulture dans la végétation tropicale après des siècles d’oubli ne nous parait pas non plus originale. Quant à savoir si la statue du Bouddha couché qui la recouvrait était d’or, laissons les chercheurs de trésor rêver.

 

 

 

NOTES

 

(1) https://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดมหาสารคาม

Il y a environ 34.000 temples en activité dans le pays pour une population d’environ 70 millions d’habitants, selon les chiffres de l’Office nationale du Bouddhisme (https://en.wikipedia.org/wiki/National_Office_of_Buddhism)

 

(2) N’oublions pas la présence d’une très importante cité Dvaravati à moins de 25 kilomètres à vol d’oiseau, Muang Fa Daet dans le district de Kamalasai. Voir notre article INSOLITE 6 « AU CŒUR DE LA PROVINCE DE KALASIN, LA CITÉ MYSTÉRIEUSE DE KANOK NAKHON (กนกนคร) « LA VILLE D’OR », CITÉ MAJEURE DU DVARAVATI » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-6-au-coeur-de-la-province-de-kalasin-la-cite-mysterieuse-de-kanok-nakhon-la-ville-d-or-cite-majeure-du-dvaravati.html

 

 

 

 

(3) Pathom Khanechon (ปฐม คเนจร) plus tard anobli sous le nom de Mom Amonwongwichit  (หม่อมอมรวงษ์วิจิตร) était fonctionnaire du ministère de l'Intérieur sous le règne du roi Rama V, gouverneur du monthon isan, il rédigea ces chroniques probablement à l’instigation du prince Damrong. Elles sont la seule source siamoise sur l’histoire de l’Isan. Elles n’ont jamais été traduites mais plusieurs fois rééditées, une dernière fois en 1996. Elles sont (toutefois assez péniblement) accessibles en ligne sur le site :

http://www.finearts.go.th/songkhlalibraryhm/component/smilebook/book/307-2017-02-04-15-49-19/2-2013-01-26-21-11-08.html

Cette « invention » de l’histoire de l’Isan à l’instigation du Prince Damrong dans un but « nationaliste » a fait l’objet d’une critique assez féroce d’un Japonais, Akiko Lijima dans le journal de la Siam society : « The invention of « Isan » History », numéro 116 de 2018, pages 172-200. Il faut encore s’entendre sur le sens que l’on donne au mot « invention » qui, en bon français, signifie aussi « découverte ».

 

(4) Voir notre article A 295 « LES SOUVENIRS D’UN VOLONTAIRE DE LA PAIX AMÉRICAIN À MAHASARAKHAM… ET LE PASSAGE DE LA CIA EN 1963 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-295-les-souvenirs-d-un-volontaire-de-la-paix-americain-a-mahasarakham-et-le-passage-de-la-cia-en-1963.html

 

(5) Les traces de l’implantation khmère dans les environs sont encore présentes : à quelques kilomètres de Mahasarakham, le site Ku Mahathat  Prang Ban Khwa  (กู่มหาธาตปรางค์บ้านขวา) daté des 11e ou 12e siècles

 

 

 

ou encore non loin de Khonkaen, le site Ku Phrapachai (กู่ประภาชัย) daté du 13e.

 

 

 

 

(6) Nous sommes donc au début des années 60.

 

Dessin de Kermit Krueger :

 

 

 

 

 

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 22:31

 

Un livre de Marie-Sybille de Vienne (1).

 

 

Les études  sur la Thaïlande écrites en français sont rares, et peu se sont risquées à étudier  l'évolution de « la royauté bouddhique » et du pouvoir royal depuis l'avènement de la dynastie Chakri en 1782, et surtout « le système royal » depuis 1949. Notre auteur va donc nous aider à comprendre dans sa 1ère partie (Nous suivons ici sa table des matières) : « La royauté Chakri entre tradition, Nation et constitution. », avec « La modernisation de la royauté et ses aléas, 1826-1945 », initiée sous les règnes de Rama II et III et surtout ensuite sous le règne du roi Mongkut (Rama IV)  et les réformes du roi Chulalongkorn (Rama V) (1868-1910) qui vont profondément changer le pays et  seront  poursuivies par Rama VI (1910-1925).

 

 

 

Nous les avons longuement exposées dans « Notre Histoire de la Thaïlande », comme d'ailleurs les changements profonds qui vont advenir sous le règne de Rama VII (1925-1935), avec la fracture des élites, la crise mondiale de 1929, et le coup d'État de 1932 qui mettra fin à la monarchie absolue et instituera une monarchie constitutionnelle, pour  « réduire la royauté  à sa plus simple expression (1934-1945) », avec l'abdication du roi Rama VII en 1935 et la nomination de Rama VIII, alors âgé de 11 ans et vivant en Suisse et ne revenant effectivement qu'en décembre 1945, après le seconde guerre mondiale pour  « régner »  moins de 6 mois dû à son décès « accidentel » avec une arme à feu.

 

 

Aussi nous nous intéresserons  surtout au long règne du roi Rama IX (9 juin 1946-13 octobre 2016) que Marie-Sybille de Vienne va aborder en plusieurs étapes chronologiques en distinguant la restauration royale et l'urbanisation (1946-1988) ; La fusion royauté-démocratie (1988-2006) et la liquéfaction institutionnelle (2006-2016).

 

En effet, le rôle du roi Rama IX et du pouvoir royal ne sera pas le même selon les  périodes  en fonction des événements historiques, politiques et économiques et de ses relations avec les différents gouvernements, les  pouvoirs militaires, et les différents réseaux militaro-politico-affairistes, les coups d'État, les crises institutionnelles, les manifestations violentes (1973, 1976, 1992, 2010). Un pouvoir qui s'exercera  en son nom après  2009, avec son hospitalisation presque  permanente jusqu'à son décès en 2016. 

 

On va donc suivre avec  elle le long règne de 70 ans du roi Rama IX dont le pouvoir va se modifier au gré des événements historiques et politiques et de ses propres décisions et activités. Si Bhumibol Adulyadej  est nommé roi le 9 juin 1946, il ne revient en Thaïlande qu'en 1950 pour se marier avec la princesse Sirikit Kitiyakorn et se faire couronner.( Le 5 mai 1950).

 

 

Le pays est de nouveau sous le pouvoir du maréchal Phibun (08/04/1948-16/09/1957) et le roi devra attendre la chute de Phibun et surtout la prise de pouvoir par le maréchal Sarit (1959-1963) pour profiter, nous dit-elle, de la mise en place d'une stratégie qui va lui redonner sa légitimité et sa préséance sur la Nation.

 

 

La Constitution de 1959  va conférer au roi le titre de chef des armées et rappeler que sa personne est « sacrée et inviolable ». Sarit va aider le roi à réactiver les grands rituels royaux, à  lui donner le pouvoir de nommer le Patriarche suprême, à mettre en valeur les activités du roi et les multiples cérémonies auxquelles il participe. Tous ses faits et gestes  seront mis en scène dans les médias quotidiennement, qui n'oublieront pas de montrer ses compétences et son savoir, qui en font un roi moderne et attentif à ses sujets. La Couronne, poursuit-elle, va étendre ses réseaux de clientèle au-delà de sa parentèle. « La royauté adopte ainsi la structure qui demeurera la sienne pendant le demi-siècle qui suivra, celle d'une royauté bouddhiste dotée d'une solide assise patrimoniale, à même d'intégrer les élites entrepreneuriales à deux niveaux : par le truchement moderne du capital, avec des partenariats entre le Bureau des propriétés de la Couronne (CDP) et les firmes sino-thaïes, et le truchement du mérite, via les kathin royaux ». (Etudiés dans le prochain article)

 

 

Elle nous rappellera les « deux phénomènes qui vont modifier les équilibres de la société thaïlandaise » : la guerre du Vietnam (Avec la guérilla communiste) et l'aide financière américaine et le développement économique avec l'essor du salariat et l'émergence d'une classe moyenne provoquant des tensions  internes que le roi essayera d'apaiser en se positionnant au-dessus de la mêlée des appareils politico-militaires et en dénonçant l'égoïsme et le profit et en prônant dans les années 90, une philosophie de la modération.

 

 

 

Mais en 1973, lors des événements sanglants d'octobre,  le roi sera contraint d'intervenir en nommant un civil à la tête du gouvernement, Sanya Thammasak, recteur de Thammasat et président de son Conseil privé et en désignant une convention nationale chargée de choisir en son sein une assemblée constituante. De même lors des « événements de 1976 » le roi va de nouveau intervenir en renvoyant le général Praphas à Taïwan (Le maréchal Thanom eut l'intelligence de prendre l'habit monastique) et en avalisant un coup d’État, proclamer la loi martiale et nommer comme 1er ministre, le juriste Thanin Kraivachen. (Pour en savoir plus sur les événements de 1973 et de 1976. Cf. Nos 4 articles . (2))

 

 

 

 

Elle ne peut que constater un « Virage à 180 degrés et (l') essor parlementaire (1980-1988) » (Titre du chapitre). En effet, dit-elle, la Couronne (La reine agit aussi) s'est introduite dans le jeu politique en apportant son soutien à différentes factions et est en mesure de superviser l'appareil militaire, mais elle doit aussi montrer qu'elle est  au-dessus de la mêlée. (Cf. Le rôle joué par le Conseil national de sécurité (NCS) en 1980 avec le bureau de l'identité nationale)). Mais l'instabilité parlementaire persiste et le roi devra encore  intervenir pour soutenir le général Prem (03/03/80-04/08/88), lors de la tentative de coup d’État des « Jeunes Turcs » (Classe 7) le 31 mars 1981 et encore lors d'un autre coup d'État des Jeunes Turcs en septembre 1985. Certes le général Prem avec les différents partis qui le soutiennent, gagnera les élections anticipées de 1986, mais devra renoncer après les élections anticipées de juillet 1988 n'ayant plus le soutien du Parlement. Sa nomination au Conseil Privé du Roi ne laisse aucun doute sur sa relation établie avec le roi. (Le nouveau roi Rama X réinstallera Prem en ses fonctions de Président du Conseil privé le 6 décembre 2016. Il a alors 96 ans !)

 

 

 

La décennie 80, dit-elle, est malgré tout une période d'apaisement (La guérilla communiste a disparu) mais l'armée est divisée en factions et le haut commandement est fauteur de troubles. Cette situation va donner une aura plus large au roi qui incarne alors la pérennité de l'entité politique thaïlandaise et l'institution royale.

 

 

On entre alors dans une autre période qu’elle intitule « La fusion royauté-démocratie (1988-2006) », qu'elle distingue en la fusion proprement dite de 1988 à 1997 ; la crise économique de 1997, qui loin de déstabiliser le pays, débouchera sur la Constitution de 1997 marquant « un tournant radical dans l'histoire des institutions ».

 

On ne peut reprendre ici toute l'analyse de cette période qu’elle réalise en 16 pages serrées, mais seulement noter ce qu'elle nous apprend sur le roi et l'institution royale.

 

Ainsi, après le nouveau coup d'État militaire du 23 février 1991, « - sur requête - du Roi, la junte nomme le président de la Fédération des Industries de Thaïlande, Amand Panyarachun, à la tête du gouvernement intérimaire ». Le roi va devoir intervenir après la nomination du général Suchinda, qui va provoquer des  manifestations à Bangkok le 20 avril pour aboutir aux émeutes sanglantes du 17 au 20 mai 1992 qui feront plusieurs centaines de morts.

 

 

« Le  20 mai au soir, en présence de la télévision et de deux membres de son Conseil Privé, son Président, Sanya Thamassak et le général Prem, le Roi, chef des  forces armées, convoque les généraux  Chamlong et Suchinda et leur demande de calmer le jeu. Il s'ensuit l'arrêt des manifestations, la démission de Suchinda -assortie d'une amnistie- l'abrogation des clauses organisant la tutelle de l'armée sur le Parlement, la dissolution du Samakkhitham (coalition politique) et la nomination d’Anand Panyarachun au poste de premier ministre. » Une fois de plus, note-t-elle, le roi avait dû intervenir et se trouver en position d'arbitre, ce qui désacralisait la royauté et lui faisait perdre de la légitimité.

 

(Cf. Notre article 237 sur ces journées sanglantes, qui note aussi les interventions de la princesse Siiridhorn à la télévision le 20 mai au matin, qui  sera rediffusé pendant toute la journée et celle le soir, de son frère, le prince héritier . (4))

 

 

 

Elle évoque ensuite « le dysfonctionnement des institutions qu'attestent quatre changements de gouvernement en cinq ans (1992-1996) », la crise économique de 1997, qui fait vaciller le gouvernement, à tel point, dit-elle, que « le Président du Conseil Privé du roi, le général Prem envisage un temps la formation d'un gouvernement d' « unité » ». Mais finalement les réformateurs prennent le dessus et une nouvelle Constitution est votée le 27 septembre 1997.

 

On avait pu remarquer que face à la crise, dit-elle, le roi avait eu l'occasion lors de deux discours prononcés le 4 décembre lors de son  anniversaire (le 5 décembre) 1997 et 1998, de dénoncer « les dérives de la croissance à tout va », et de prôner une « économie suffisante », un contre-modèle sur lequel nous reviendrons.

 

 

 

 

Mais en 1998,  la naissance du Parti de Thaksin, le Thai Rak Thai fondé sur trois réseaux extérieurs au Palais (Que  Marie-Sybille de Vienne présente), vont lui permettre de devenir premier ministre en 2001 (1er mandat 2001-2005), de diriger le pays d'une main de fer, avec un volontarisme et un interventionnisme hors du commun. « Cela va se traduire  par sa volonté de diriger et de contrôler toutes les institutions du royaume et de « vider de sa substance les garde-fous institutionnels » (commission électorale et anti-corruption, Cour constitutionnelle…), et d’éliminer toute forme d’opposition (parlementaire, militaire, médiatique, syndicale et associative) ». (In  Notre article (3)) 

 

 

Mais son action  va soulever des réserves et des tensions, surtout avec le nombre d'affaires de corruption, des manipulations de promotions militaires, que la presse relaye avec des critiques publiques des Conseillers privés du roi. « Rien d'étonnant donc, dit-elle, que le Roi exprime publiquement des réserves en présence du gouvernement dès fin 2003, à l'occasion de son discours d'anniversaire ». On peut constater que le fossé s’étend entre le Palais et le 1er ministre Thaksin courant 2004.

 

 

Et  cela ne va pas  s'arranger, tant les tensions vont s'aggraver, avec les nominations au sein de  l'appareil militaire, la situation dans le Sud et la loi d'urgence, avec un lynchage médiatique de Thaksin encouragé par son ex-allié Sondhi et sa rupture avec le Prince héritier. Sa légitimité est remise question et le Roi, de nouveau, lors de son discours d'anniversaire de 2005, « reproche publiquement à Thaksin de  n’écouter aucune critique. »

 

 

 

La vente de l'entreprise familiale de Thaksin Shin corp à un fonds souverain de Singapour sans payer d'impôt le 23 janvier 2006 va provoquer une énorme manifestation de  200 000 personnes portant du jaune  à Bangkok ; dès lors les événements vont s'enchaîner : Thaksin dissout l'Assemblée le 24 février 2006 ; Une manifestation de 150 000 personnes, venant surtout de Province  a  lieu en sa faveur à Bangkok début mars, ses opposants avec 60 000 personnes lui répondent le 5 mars ; les Démocrates boycottent les élections le 2 avril 2006 ; l'Assemblée ne peut pas siéger faute de sièges vacants, la crise institutionnelle amène Thaksin a démissionné le 4 avril, après un entretien avec le Roi. Après le second tour du 22 avril, l'Assemblée ne peut toujours pas siéger. Le roi estime que l'article 7 de la Constitution ne lui permet pas de trancher ; Le Roi se tourne vers la Cour Suprême et la Cour Administrative. ; «  après le discours du roi aux deux cours, puis concertation entre elles, la Cour Administrative annule le 3e tour des législatives, la Cour constitutionnelle (la troisième instance) invalide alors l'ensemble des élections le 9 mai. » Marie-Sybille de Vienne, note, que bien que Thaksin reprenne la tête du gouvernement le 19 mai 2006, désormais ses relations avec la Couronne sont détériorées ; son comportement lors de la réception donnée par le Roi à l'occasion  du 60e anniversaire de son accession au trône peut faire croire qu'il souhaite se « substituer » au Roi. La crise demeure. On peut remarquer, dit-elle, les manœuvres du général Prem contre le gouvernement.  Bref, le 19 septembre 2006, « les militaires s'emparent du pouvoir et forment un Conseil national de sécurité (CNS) ». Le Roi va entériner le coup  d'État.

 

 

 

 

Ensuite, en 8 pages,  elle va évoquer ce qu'elle appelle la liquéfaction institutionnelle (2006-2016). Nous passerons vite sur cette période, tant les événements sont nombreux, avec la nouvelle constitution approuvée par référendum le 19 août 2007 ; les nouvelles élections en décembre qui voient le retour des partisans de Thaksin, l'éviction du 1er ministre Samak par la Cour constitutionnelle, son remplacement par Somchai,  le beau-frère de Thaksin ; la condamnation de Thaksin, La contestation et les manifestations violentes du  PAD (Gilets jaunes), qui débouchent de nouveau sur l'instauration de l'état d'urgence, la dissolution du PPP et de ses alliés, l'accord entre les militaires et le parti démocrate qui font d'Abhisit le nouveau 1er ministre. Nous n'allons pas reprendre ici la politique menée  par le nouveau gouvernement, qui ne réussira pas à apaiser le conflit entre les jaunes et les rouges, surtout avec la partialité  trop visible de l'institution judiciaire ; La manifestation d' avril 2009, « marche de 20 000 chemises rouges sur le Grand Palais pour demander l'amnistie de Thaksin. Le 22 août, le Roi dénonce les « propagateurs de la désunion » ; quelques semaines plus tard, il fait de l'hôpital Siriraj sa résidence ».

 

 

 

 

Le 26 février 2010, la Cour Suprême saisit la plus-value de  Shin Corp, qui entraîne les « événements de mars-mai 2010 » à Bangkok, avec principalement la manifestation de 100 000 personnes le 14 mars ; l'état d'urgence proclamée le 7 avril, ; l'assaut de l'armée le 13 mai qui fait  91 morts et plus de 2000 blessés.

 

(Sur ces manifestations, Cf. L'excellente étude d'Eugénie Mérieau, « Les Chemises rouges de Thaïlande» (5))

 

 

 

Ensuite, ce sera la dissolution de l'Assemblée en novembre 2010,  les élections de juillet 2011 qui porte au pouvoir la sœur de Thaksin, Yingluck. Mais l'instabilité demeure à Bangkok, et « le couple royal quitte l'hôpital Siriraj pour sa résidence à Hua Hin ».  Elle rapportera alors les principaux événements de la nouvelle crise qui contraignent Yingluck à dissoudre le Parlement et à annoncer des élections pour février 2014. On assiste à un remake des élections de 2006 (Refus du Parti Démocrate de participer, seuil des députés pas atteint, partielles annulées par la Commission électorale). « L'échec du programme d'achat gouvernemental de riz fournit alors le prétexte idéal pour la mise en examen de Yingluck fin février. Un mois plus tard , la Cour Constitutionnelle invalide le sélections. La destitution de Yingluck le 7 mai ouvre ensuite la voie à un nouveau coup d'État militaire soigneusement préparé. » Des manifestations font 28 morts.  Le 20 mai 2014 le général Prayut Chan-Ocha, commandant en chef de l'armée royale thaïlandaise instaure la loi martiale ; le 22 mai le coup d'État est revendiqué, la Constitution est suspendue, la junte avec à sa tête le général Prayut Chan-Ocha,  prend le contrôle du pays. Le Roi approuve la nouvelle constitution provisoire  en juillet 2014.

(Toutefois,   Marie-Sybille de Vienne, émet un doute sur la pleine approbation du roi (p. 99), « si tant qu'il est été physiquement en état de s'y opposer. En effet,  depuis septembre 2009 et jusqu'à son décès le 13 octobre 2016, le Roi Rama IX fut hospitalisé presque en permanence et ne prononça plus son « discours »  lors de son anniversaire.)

 

En septembre 2014 la junte désigne une assemblée législative qui nomme le général Prayut Chan-Ocha 1er ministre. Le 7 août 2016 la nouvelle constitution est approuvée par référendum. (Cf. Notre article (6)) 

 

Marie-Sybille de Vienne conclut sa 1ère partie en rappelant les événements de 2006-2014 qui montre les limites du parlementarisme et les errances de la Démocratie et de la Justice et qui conforte l'idée que « la Royauté semble la seule institution à même d'intervenir en dernier recours ». En sera -t-il de même avec le nouveau roi Maha Vajiralongkorn (Rama X) qui  succède à son père le 1er décembre 2016 ?

 

 

 

En tout cas, elle s'interroge dans sa 2e partie sur le « système royal », un appareil de pouvoir parallèle qui s'articule à travers trois séries d'instruments politiques, économiques et symboliques, à savoir  le Conseil Privé du Roi et ses réseaux, la parami et les finances royales et la symbolique royale et la reconnaissance du plus grand nombre. C'est que nous allons découvrir dans notre prochain article.

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) Les Indes Savantes, 2008.

4e de couverture : Professeur des universités et chercheur au Centre Asie du Sud-Est (CNRS/EHESS/INALCO).

 Marie-Sybille de Vienne enseigne l'histoire économique et géopolitique de l'Asie du Sud-Est à l'Institut National des Langues et Civilisations orientales. Ses travaux portent sur l'évolution des sociétés, les dynamiques de crise et les réseaux commerciaux. Elle dirige la revue Péninsule et est l'auteur de nombreuses publications, parmi lesquelles Les Chinois en Insulinde, échanges et sociétés marchandes au XVIIe siècle (Indes Savantes, 2008) ; Brunei, de la thalassocratie à la rente (CNRS Editions, 2012).

 

Travaux et publications : https://www.aefek.fr/wa_files/cvmsv.pdf

 

(2) 228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/228-comprendre-la-revolte-populaire-du-14-octobre-1973-en-thailande-qui-mit-fin-a-la-dictature-du-marechal-thanom.html

 

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS  POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/229-1-les-evenements-politiques-de-1973-a-1976-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-premier-episode.html

 

Et 229.2 et 229.3

 

(3) 245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUP D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/245-les-deux-gouvernements-du-lieutenant-colonel-thaksin-shinawatra-du-17-fevrier-2001-au-coup-d-etat-du-19-septembre-2006.html

 

Extrait : « Ainsi Thaksin est devenu le 1er ministre. Il est bien décidé à diriger le pays comme il a dirigé jusque-là ses entreprises. Il déclarera d’ailleurs que le juste rôle d’un premier ministre est de gérer la plus grande entreprise nationale : la Thailand Company. « La politique n’est que l’enveloppe que l’on voit. La gestion est la clé pour arriver à faire avancer la Thaïlande en tant qu’organisation.».

 

Il va pour ce faire montrer un volontarisme et un interventionnisme hors du commun, dans un style autoritaire parfois brutal mû, nous dit Nicolas Revise**,  avec « une ambition unique : s’emparer de l’Etat pour assurer une croissance économique favorable aux milieux d’affaires et au marché domestique » ; sans oublier … ses propres affaires, et une certaine conception de la démocratie qu’il explicite : « J’ai pris la décision d’entrer en politique [] conformément à la théorie du contrat social que j’ai étudiée. Lorsque les individus vivent ensemble dans un Etat, ils doivent accepter de sacrifier une partie de leur liberté afin que l’Etat établisse des règles pour que tous puissent vivre ensemble dans une société juste. C’est le vrai noyau du système de représentation politique ». Cela va se traduire effectivement pour Thaksin par sa volonté de diriger et de contrôler toutes les institutions du royaume et de « vider de sa substance les garde-fous institutionnels » (commission électorale et anti-corruption, Cour constitutionnelle…), et d’éliminer toute forme d’opposition (parlementaire, militaire, médiatique, syndicale et associative). »

 

(4) 237- DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/237-du-24-fevrier-1991-au-22-septembre-1992-19-mois-trois-gouvernements-deux-elections-generales-et-un-massacre.html

 

(5) Eugénie Mérieau, Les Chemises rouges de Thaïlande, Carnet de l’Irasec / Occasional Paper n° 23. ISBN 978-616-7571-16-4, juillet 2013.

Notre lecture sur « De 2006 aux manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 , in  A124. Les chemises rouges de Thaïlande. 1    http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.html

 

(6) A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/a-219-que-penser-du-referendum-du-7-aout-2016.html

 

 

 

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24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 22:58

 

Nous avons pu lire à diverses reprises l’affirmation péremptoire que « les Jatakas ont directement inspiré certaines fables d’Ésope et celles de La Fontaine » ? Certitude (« directement inspiré ») dans l’incertitude (« certaines », mais lesquelles ?). Nous nous y sommes penchés avec curiosité.

 

 

Nous avons rencontré quelques-uns de ces Jatakas à l’occasion de la lecture de l’un d’entre eux qui fut largement commenté par feu le roi Rama IX dans un texte qui a véritablement valeur de testament politique (1). Nous avons consacré un article à trois autres dont il est probable qu’ils ont migré vers le catholicisme (2).

 

 

Les Jatakas (ชาดก)...

 

 

...ne constituent qu’une faible partie des livres sacrés du bouddhisme...

 

 

.. . qui comportent trois immenses collections réunies sous le nom de Tripitaka (พระไตรปิฎก), les « Trois corbeilles ».

 

 

La première de ces corbeilles est le Vinayapitaka (พระวินัยปิฎก),

 

 

la seconde est le Sutrapitaka (พระสูตรปิฎก)

 

 

...et la troisième est Abhidharmapitaka (พระอภิธรรมปิฎก).

 

 

La seconde corbeille compte cinq parties, dont la dernière, le Khuddakanikâya (ขุททกนิกาย) se divise en  quinze recueils.

 

 

Les Jatakas forment le dixième de ces quinze recueils. Ce livre est certainement le plus populaire de la littérature bouddhique, parce qu'il est le plus accessible, une sorte de recueil de contes moraux, faciles à lire et à la portée de toutes les intelligences. Cependant il n'est pas n'importe quel conte : Il est le récit de l'une des 500 existences antérieures de Bouddha, récit fait par le Bouddha lui-même dont l'omniscience s'étend à la connaissance complète des choses du passé. Sa construction est toujours la même : Une introduction de temps et de lieu - le récit lui-même donné comme ayant été recueilli de la bouche même du Bouddha – La morale de l’histoire - et enfin  une quatrième partie qui est une identification des personnages du récit avec le Bouddha, quelqu'un ou quelques-uns de ses contemporains.

 

 

On connaît 547 Jatakas considérés comme canoniques, du premier, Katakana au dernier, Vessantara-jataka qui conte la dernière existence du Bouddha comme prince Vessantara.

 

 

Les uns comme le Vessantara, le Mahasudha (le 537e)

 

 

ou le Mahajanaka (539e)

 

 

sont de véritables livres et d’autres ne comportent que quelques lignes, une fable avec son prologue, son récit et sa morale dont Bouddha est presque toujours le héros. L’orientaliste anglais Robert-Spence Hardy a fait le relevé des formes sous lesquelles apparaissait le Bouddha soit sous forme humaine ou surhumaine soit sous forme animale  (3).

 

 

On y trouverait « un certain nombre de sujets qu'Ésope a mis en fables », que La Fontaine  lui a empruntés et que l’on retrouve dans bien d’autres recueils hindous venus de la nuit des temps, persans, arabes et hébreux. Ce sont évidemment les 104 fois où le Bouddha apparaît sous forme animale car ces contes se situent en des temps très anciens et chacun sait qu’en ces temps reculés, les animaux n’avaient pas perdu l’usage de la parole. Autrefois en effet, les bêtes parlaient mais le  renard ayant eu l'audace de se plaindre de la tyrannie de Zeus, la parole leur fut retirée et leur part fut donnée en supplément aux hommes, ainsi du moins nous dit la mythologie des Grecs.

 

 

Il est une question qui reste encore sans réponse et que nous avons abordée dans notre précédent article (2) : Ces sujets viennent-ils des livres bouddhistes ou bien ces livres sont-ils la source où les adaptateurs anciens ont puisé ? Ces récits appartiennent-ils à un fonds commun de l'humanité, antérieurs à Bouddha, recueillis par les bouddhistes longtemps après Bouddha et mis à son crédit ? Si Bouddha en est l’auteur ou tout au moins ses disciples immédiats, c'est dans les livres sacrés du bouddhisme qu’auraient puisé directement Ésope et indirectement La Fontaine ?

 

 

Nous ignorons pratiquement tout du poète grec sinon qu’il écrivit probablement au VIIe siècle avant J.C. à l’époque ou Bouddha prêchait (4).

 

 

A-t-il eu connaissance des Jatakas du maître lorsque celui-ci les contait ? Ces récits courraient-ils le monde bouddhiste et furent-ils rédigés après la mort du maître et dans ce cas, les récits que nous avons sont, ou la collection des récits qui couraient le monde bouddhiste et qu'on a définitivement rédigés quelques mois après la mort du Bouddha lors du premier concile. Ou devons-nous puiser bien avant le VIIe siècle avant notre ère, Bouddha étant né en 623 et mort en 543 avant Jésus-Christ, et nous avons alors fonds commun de l'humanité et maximes universelles de la sagesse des nations ?

 

 

Nous savons que ces Jatakas sont aujourd'hui bien connus des orientalistes par la traduction anglaise que M. Fausboll a commencée et la publication entre 1895 et 1907 de la monumentale édition en 6 volumes des 547Jatakas considérés comme canoniques sous la direction du professeur E.B. Coowell (2). Leur numérotation que nous utilisons fait toujours autorité comme d’ailleurs celle de l’helléniste Émile Chambry pour les 358 fables d’Ésope. Il n’y a évidemment pas de difficultés avec les 247 fables du bon La Fontaine.

 

 

ÉSOPE A-T-IL INSPIRÉ LA FONTAINE ?

 

Jean de La Fontaine n’a jamais caché où il puisait son inspiration, et désignait les fables d’Ésope et les fables de Phèdre, le latin directement inspiré du précédent et d’autres encore. 

 

 

Le sujet a été abordé avec surabondance. Il cite aussi, car il cite ses sources, et nous voilà en liaison directe avec l’Asie, le Panchatantra, un recueil de fables animalières indiennes probablement antérieures à Bouddha, d’un auteur légendaire, un sage indien nommé Pilpaï qui aurait lui-même inspiré Ésope  (5). L’ouvrage aurait été commandé par un Rajah pour servir de guide de gouvernement à l’usage des princes. Nous sommes éloignés des préoccupations des Jatakas (6), pour être alors un ouvrage de sciences politiques. Dans toutes ces hypothèses, la perfection de la forme de l’écriture du fabuliste supplée à l’invention.

 

 

 

LES JATAKAS ONT-ILS INSPIRÉ ÉSOPE ?

 

Nous avons dans un précédent article (2) analysés trois Jatakas dont un seul sous forme animalière, qui sont d’une façon ou d’une autre des textes de spiritualité bouddhiste probablement passés chez les chrétiens (7). Dans aucun de ces trois contes nous n’avons trouvé aucun rapport direct ou indirect avec l’une ou l’autre des 247 fables de La Fontaine. Le Jataka préféré de feu le roi Rama IX  (1) qui en fit une traduction dans une édition somptueuse est une leçon sur l’art et la manière de bien gérer son royaume (8). Ce ne sont pas les préoccupations majeures de La Fontaine. 

 

 

Ne généralisons pas hâtivement, ce n’est pas dire que les Jatakas n’ont pas inspiré Ésope lui-même inspirateur de La Fontaine, alors que  nous n’en avons lu que quatre, parmi 547 réunis dans 6 épais volumes de plus de 350 pages chacun dans la recension de 1895 – 1907. Mais cette traduction est en anglais ce qui ne facilite pas forcément les choses pour un esprit curieux même s’il n’y a que 104 Jatakas animaliers.

 

 

Nous avons certes d’autres Jatakas traduits en français. Nous les devons à Adhémard Leclère, ancien résident général au Cambodge (9). Il  traduisit le « Satra de Tévattat », Tévattat est à Bouddha ce que Judas était au Christ.

 

 

Nous lui devons la traduction de trois autres Jatakas, tous sont religieux sinon mystiques, aucun n’est animalier, rien qui puisse se rattacher à Ésope. Adhémard Leclère s’intéresse au sacré et non au profane.

 

 

 

Nous n’en déduirons pas pour autant péremptoirement et ex abrupto qu’Ésope n’a pas puisé dans les Jatakas. Pourra-t-on  trouver une réponse ?

 

Il y a donc 104 Jatakas animaliers. A quatre ou cinq exceptions près, les 358 fables d’Ésope sont animalières. Il en est de même pour les 247 fables de La Fontaine. Une édition synoptique et comparative en trois colonnes nous apporterait probablement une réponse en dégageant des parallèles significatifs ou en n’en dégageant aucun. C’est une tâche non pas de bénédictin mais digne d’un couvent entier de bénédictins ce qui excède nos modestes compétences.

 

 

 

VERS UNE RÉPONSE ?

 

Il nous semble toutefois que le lien entre les Jatakas, textes religieux, souvent mystiques, les fables d’Ésope, purement profanes et celles de La Fontaine qui le sont plus encore soit complément évanescent ? La Fontaine a mené une vie de libertin épicurien et ne s’est converti que lors des derniers mois de sa vie. La pauvreté religieuse des deux auteurs est constante alors même que le monde des animaux peut être à bien des égards proche du divin.

 

 

La morale des deux fabulistes se situe sur un terrain exclusivement humain pour exprimer des vérités pratiques. Ce sont deux morales totalement areligieuses. Sagesse et religion sont de nature fondamentalement différente. Ésope était probablement agnostique et La Fontaine comme on pouvait l’être siècle de Louis XIV sans risquer les galères. Sagesse d’une part, mysticisme d’autre part.

 

 

En définitive, le seul lien qui unisse jusqu’à preuve du contraire le ou les auteurs des Jatakas et les deux fabulistes, c’est l’utilisation de la forme animalière, épisodique chez les premiers, systématique chez les deux poètes. Mais cette forme de littérature est aussi vieille que le monde, certainement antérieure aux Jatakas et toujours vivante. (11)

 

 

Il est d'ailleurs un argument qui nous paraît significatif :

 

Les « fables d'Ésope » font l'objet de multiples traductions en thaï (นิทาน อีสป nithan isop) dans des éditions populaires à l'usage essentiellement des enfants.

 

 

Ces petits fascicules parlent en quelques paragraphes d'introduction de la vie d'Ésope présentée comme un poète grec (esclave et bossu comme le veut la légende) vivant il y a environ 2500 ans auteur de fables à l'usage des plus jeunes et destinées à leur inculquer des leçons de morale. Nous en avons feuilletés quelques exemplaires, pas un ne fait la moindre référence à une origine provenant des livres sacrés du bouddhisme.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article «  : LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? «  L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/l-histoire-du-roi-mahajanaka-ecrite-par-feu-le-roi-rama-ix-un-testament-politique.html

 

(2) Voir notre article A 276 – « LES JATAKA BOUDDHISTES (ชาดก) ONT-ILS MIGRÉ VERS LE CHRISTIANISME ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/10/a-276-les-jataka-bouddhistes-ont-ils-migre-vers-le-catholicisme.html

 

(3) R.Spence Hardy « A manual of buddhism In its Modern Development », New Delhi, 1853. Son relevé est le suivant :

Le Bouddha apparaît sous forme humaine ou divine : ascète, 83 fois -  monarque, 58 fois -  génie d'un arbre, 43 fois - professeur religieux, 26 fois - courtisan, 24 fois - brahmane chapelain, 24 fois – prince, 24 fois - gentilhomme, 23 fois - savant homme, 22 fois - Indra, 20 fois ; singe, 18 fois; marchand, 13 fois -  homme riche, 12 fois - esclave, 5 fois - Mahâ-Brahma, 4 fois - potier, 3 fois - hors-caste, 3 fois – kindura,  chasseur, guérisseur des morsures de serpents, joueur, maçon, forgeron, danseur, écolier, ciseleur, charpentier, chacun 1 fois.

Le Bouddha apparaît sous forme animale : singe, 18 fois -  cerf, 10 fois - lion, 10 fois - cygne, 8 fois -  bécasse,  6 fois - éléphant, 6 fois - oiseau de basse-cour, 5 fois -  aigle doré, 5 fois ; cheval, 4 fois -  taureau, 4 fois - paon, 4 fois  -  serpent, 4 fois - iguane, 3 fois -  poisson,  éléphant, rat, chacal, corbeau, pic, voleur, pourceau, chien, oiseau d'eau, grenouille, lièvre, coq, milan, oiseau des jungles, chacun 1 fois.

 

(4) L’édition qui passe pour être la meilleure des 358 fables attribuées avec plus ou moins de certitude à Ésope est celle d’Émile Chambry publiée par la société d’édition « Les Belles lettres » en 1927.

 

 

(5) Sur cette ouvrage, voir « Pantchatantra, ou les cinq  livres : recueil d'apologues et  de contes » traduit du sanskrit par Édouard Lancereau, Paris, 1871. L’ouvrage a été transcrit puis traduit en persan, en arabe, en grec, en latin et connu de tous les salons érudits fréquentés par La Fontaine. Il s’agit d’un recueil de 75 contes divisé en 5 livres.

 

(6) Une version persane fut traduite en français par Gilbert Gaulmin sous un pseudonyme, en 1644, sous le titre « Le Livre des lumières ou la Conduite des Rois, composée par le sage Pilpay Indien, traduite en français par David Sahid, d’Ispahan, ville capitale de Perse ». Il fut réédité au moins deux fois, en 1694 et 1698 sous le titre «  Les fables de Pilpay, philosophe indien, ou La conduite des rois ». L’utilisation de la forme animalière permet au traducteur de se livrer à moindre risque des critiques sur le gouvernement royal en évitant la censure qui n’était pas tendre surtout sur la fin du règne de Louis XIV.

 

(7)  Nigrodhamiga - Jataka (n° 12), l’histoire du roi des cerfs qui sacrifie sa vie par compassion

 

 

-  Silanisamsa – Jataka (n° 190), l’histoire de la marche sur les eaux

 

 

et Mahasutasoma – Jataka (n° 537) à l’origine de la légende de Saint Christophe.

 

 

(8) Il s’agit du  Mahajanaka – Jataka (n° 539).

 

 

(9) « Les livres sacrés du Cambodge », 1906.

(10)  Voir à ce sujet l’article de Jacques Dumont « La religion d’Ésope » in : Pallas, 35/1989 qui débute comme suit : « Les fables d'Ésope sont d'une pauvreté religieuse véritablement anormale pour un texte antique, la métaphysique est réduite  au don du langage par Zeus ou Hermès. La morale traduit un scepticisme prudent envers les devins, les oracles et la prière… » 

 

(11) Citons, au hasard, le « Romand de Renard »,

 

 

les « Contes de Perrault »,

 

 

« Alice au pays des merveilles »,

 

 

« La ferme des animaux »  (de George Orwell)

 

 

et pourquoi pas  puisque la bande dessinée a sa place dans la littérature, « Félix le chat »,

 

 

« Maya l’abeille »

 

 

et naturellement « Mickey » toujours vivant depuis sa naissance en 1928.

 

 

 

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21 novembre 2018 3 21 /11 /novembre /2018 22:07

 

 

Le 22 novembre 2018 est célébré au bord de l’eau, la fête de « Loikrathong », la fête des « paniers flottant »,  qui se déroule la nuit de la pleine lune du 12ème mois lunaire. Ces « khratong »  sont des paniers généralement en feuille de bananiers destinés à partir sur les flots avec leurs bougies et leurs bâtonnets d’encens. La cérémonie, nous y avons tous participé, goûté son caractère « festif » et nous avons parfois cherché à savoir si elle avait un sens et une histoire ?

 

Consultons de nouveau Phraya Anuman Rajadhon. (1)

 

 Anuman

 

Nous avons déjà rencontré Phraya Anuman Rajadhon,  le premier chercheur thaï à avoir étudié en profondeur le folklore de son pays, à se pencher sur ses traditions séculaires sinon millénaires, à recueillir inlassablement la tradition orale. Poussé par une curiosité innée il a observé et pris des notes sur la société thaïe à un moment crucial où une grande partie de la culture traditionnelle, ses normes sociales, son système de valeurs, étaient en passe d’être dépassés par la modernité. Beaucoup des anciens coutumes des Thaïs qui il a enregistré et décrit seraient morts inaperçu si elles n’avaient été décrites et souvent illustrées par lui. Nous lui devons une étude sur ลอยกระทง (2) mais elle nous laissera un peu sur notre faim.

 

***

 

La saison des pluies est terminée, les rivières et les canaux sont en pleines eaux, le ciel est clair et l’humidité de l’atmosphère a (relativement) disparu. Le dur labeur des labours et de la plantation du riz est terminé. Il reste aux paysans un mois de tranquillité avant le temps de la récolte. Les fêtes peuvent alors commencer mais ne parlons que de Loy krathong.

 

Quelques jours avant la fête, les marchés abondent de ces paniers en feuille de bananier sous diverses formes

 

petit panier

 

et diverses tailles (coupes, bateaux, oiseaux).

 

gros panier

 

Mais la plupart sont fait à la maison. On y place habituellement une bougie, des bâtonnets d’encens, des pièces de menue monnaie et parfois une bouchée de noix de bétel ou de feuilles de bétel.

 

Betel

 

 

L’usage d’y placer des feuilles de bétel est toutefois en train de se perdre nous dit notre auteur (qui écrit en 1951). Il voit dans cette tradition une explication des origines de loikrathong mais ne nous explique malheureusement pas le rapport avec le bétel ?

 

Dans la soirée, ce sont alors surtout les vieilles et les mères de famille avec leur marmaille qui vont porter les paniers sur les berges de la rivière. La bougie et les bâtonnets d’encens ont été allumés et le panier s’en va au fil de l’eau. En même temps, les gamins lancent des feux d’artifice et de petites montgolfières. La vie des krathong est courte mais c’est un plaisir des yeux de voir ces centaines de lumière qui scintillent sous le calme et à la lumière de la lune.

 

feerie-copie-1

 

 

Quant aux gamins des villages situés en aval de la rivière ou du klong, ils se jettent à l’eau et essayent d’accrocher les kratong venus de l’amont pour s’emparer des piécettes.

 

Notre auteur ne voit dans ces amusements qu’un cérémonial auquel il ne faut donner aucune signification religieuse.

 

Par contre, les personnes les plus âgées qu’il a interrogées lui ont expliqué qu’il s’agissait d’un acte de révérence à l’égard de la déesse mère des eaux, Mè Khongkha, la Mère de l'eau (พระแม่คงคา) qui nous semble appartenir au panthéon des divinités indouistes ?


Ganga[2] 

 

 

Khongkha c’est le Gange mais a aussi en thaï le sens de l'eau en général. Les mêmes anciens lui ont expliqué qu’en dépit de dons généreux de la Mère de l'eau à l'homme, celui-ci pollue son eau de multiples manières et qu’il est bon, par conséquent, de lui demander pardon (3).

 

***

 

Il est une autre explication donnée par notre érudit :

 

Le Seigneur Bouddha a laissé l’empreinte de son pied sur la rive sablonneuse de la rivière Nerbudda, dans le Deccan à la demande du roi des Naga,

 

25315440-king-of-nagas-in-front-of-the-temple-in-thailand

 

qui voulait adorer l'empreinte du Bouddha à l’endroit où le Seigneur avait disparu. Le Loi Krathong serait donc un acte d'adoration de la sainte empreinte qui se trouve aux Indes. Voilà bien une explication qui n’a aucun sens, fuligineuse, osons même dire qu’elle est stupide (même si on la trouve sans difficultés dans Wikipédia en particulier). Quel peut être le lien entre le panier que je laisse aller au fil de l’eau au bord de mon lac et l’empreinte du pied du Seigneur Bouddha à 3.000 kilomètres de chez moi au Deccan ? Anuman a étudié les canons bouddhistes et n’en a trouvé trace nulle part. Elle le fait sourire.

 

***

 

Anuman fait encore et enfin référence à la tradition de Sukhothaï.

 

C’est l’histoire de la belle Nang Nophamat นางนพมาศ

 

Nangmachin

 

qui appartenait probablement à la Cour du roi de Sukhotai, Loethai probablement. Le roi et sa cour étaient allés pour un pique-niquer au bord du fleuve la nuit de cette pleine lune, mais cela ne nous explique par les raisons de ce lâcher au fil de l’eau de paniers en feuilles de bananier portant bougies et batons d’encens ?

 

***

 

Anuman nous donne enfin deux sources, la première est de la main du roi Chulalongkorn lui-même : 

พระราชพิ ธิ ๑๒ เดือน ou « les cérémonies royales au cours des douze mois de l'année ».

 

Loy livre roi

 

Nous n’avons pu consulter cet ouvrage, citons simplement Anuman : « Pour le roi, Loi Krathong n'a rien à voir avec une quelconque cérémonie ou rite. C’est simplement une occasion de réjouissance à laquelle tous les gens participent et pas seulement la famille royale;  ce n’est ni une cérémonie bouddhiste ni brahmaniste ».

 

La seconde renvoie enfin à consulter (ce qu’il n’a pas fait)  le Dr. Quaritch Wales, auteur d’un ouvrage publié à Londres en « Siamese State ceremonies », un coup dans l’eau, cet érudit décrit effectivement la cérémonie mais n’en donne aucune explication ni religieuse ni historique.

 

Peut-on dans ces conditions déterminer sérieusement l’origine historique de Loi Krathong ? Une offrande aux esprits de l’eau ? Une action de grâce à la déesse de l'eau, pour ceux qui vivent de l’eau, source de vie économique ? Tout simplement un passe-temps agréable pour une soirée au frais, en plein air au bord de l’eau et à la lumière de la pleine lune ?

 

***

Cette question a toutefois fait l’objet de plusieurs communications successives dans le blog de notre ami « Merveilleuse Chiangmaï ».

 

www.merveilleusechiang-mai.com

 

 

Ces communications dépassent le cadre d’un simple blog et se situent, à notre humble avis, un niveau d’un mémoire d’ethnologie de troisième cycle et sont comme il en a l’habitude, somptueusement illustrées. Ce serait un péché de la résumer ou évidemment de les reproduire. Citons simplement les hypothèses des origines possibles de cette fête et laissez-vous aller à consulter, c’est à ce jour et à cette heure très certainement ce que vous pourrez lire de plus sérieux sur cette fête, il ne nous donne pas la réponse mais tout au moins les données du problème :

 

Les origines chinoises ?

 

La fête est peut-être venue de Chine par le Lanna : il existait en Chine de nombreuses fêtes consistant à faire flotter des bougies disparues avec le régime actuel mais qui subsistent à Java et Singapour (4).

 

Les origines indiennes ?

 

Les indiens pratiquent une fête consistant à faire flotter des lampes, la fête des lumières (Diwali) célébrée en automne qui remonte à la nuit des temps, probable rite agraire pour remercier la déesse des eaux de ses bienfaits ? (5).

 

 

diwali-2014.jpg

 

Les origines khmères ?

 

Les khmers ont absorbé la culture indienne et on retrouve chez eux la légende de Nang Nophama remerciant la mère des eaux mais associant Bouddha à la fête (6).

 

Nophama-2.jpg

 

Le Lanna ?

 

Y –a-t-il un rapport entre la fête de Loikrathong et celle de yipéng (ยี่เป็ง)  que les habitants du Lanna fêtent le même jour ? (7).

 

yipéng

 

Il y a donc une certitude, c’est qu’en réalité, les origines et la signification de cette fête sont incertaines.

 

 

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Quelques mots sur Anuman Rajathon :

 

Phraya Anuman Rajadhon (พระยาอนุมานราชธน) est né le vendredi 14 décembre 1888 à Bangkok, Tambon Wat Phraya Krai, Amphoe Yannawa (ce qui, sauf erreur de notre part se situe aux environs de Charoenkrung ? La ruelle où se trouve sa maison natale porterait actuellement son nom). Il fut tout à la fois un homme de lettre et un lien entre le présent de la Thaïlande et le passé du Siam (8).

 

Son nom d’origine est Yong (ยง) et il reçut son nom de famille Sathiankoset เสฐียรโกเศศ du roi Rama VI lui-même (nom de plume sous lequel il se fit également connaître). Ses parents sont des gens modestes mais ils l’envoient faire ses études au collège de l’Assomption.

 

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Il occupe d’abord un emploi subalterne à l’hôtel Oriental où il apprend l’anglais

 

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puis entre au service du gouvernement, département des douanes au sein duquel il devient directeur général adjoint. Il reçut d’abord le titre de « Khun Anuman Rajadhon » et plus tard celui de « Praya ». Lors du coup d’état de 1932 il est démis de ses fonctions pour être remplacé par des amis des putschistes mais retrouve un poste de chef de la Division de la culture dans le département des Beaux-Arts, nouvellement créé, dont il devient vite directeur général. Après sa retraite, il a prononce de nombreuses conférences à la Faculté des arts de l’Université de Chulalongkorn, qui lui confèrera le titre de « professeur honoraire » et « Docteur honoris causa ». Il professe également un cours de religions comparées et de littérature comparée à l'Université Thammasat. Il fut l'un des fondateurs de l'Université Silpakorn qui lui conférera le titre de docteur honoris causa en architecture (9). Ses talents littéraires furent remarqués par le prince Damrong qui lui proposa en vain de travailler à la Bibliothèque nationale et par le Prince Naris avec lequel il se lia d’amitié (10).

Naris

 

Il fut élu membre de l’Institut royal  dès sa création en 1934

 

royal institute

 

et en deviendra président jusqu’à sa mort. Il est le principal responsable de la publication du Dictionnaire thaï en 1950, jouant un rôle de premier plan dans le dépoussiérage des mots thaïs et de leur adaptation à l'ère technologique moderne.

 

dictionnaire

 

Membre d’une multitude d’autres sociétés savantes, le roi lui conféra de nombreuses décorations, dont la plus prestigieuse, la plus haute classe de l'ordre de l'éléphant blanc.

 

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Il a été nommé membre temporaire du Parlement en 1932 et également sénateur en 1947, mais n’a joué aucun rôle important et a toujours refusé de rentrer dans un cabinet ministériel.

 

Personnage atypique, et paradoxal, sans aucune formation académique, il devint l’un des professeurs les plus respecté du monde universitaire thaï, sans formation littéraire, il est un linguiste distingué, principal rédacteur du Dictionnaire de l’académie qui reste toujours une référence (la seule ?), sans n’avoir reçu aucune formation anthropologique ou ethnographique, il est à cette heure encore et un tiers de siècle après sa mort celui qui a le plus  contribué  à l'étude de la culture et du folklore thaï traditionnels. Nommé membre du Conseil de la Siam society puis Président, il fut, nous dit son éloge funèbre, le premier roturier  (« commoner ») à accéder à cette honneur. Il mourut subitement le 12 juillet 1969 et sa majesté le Roi voulut bien accepter d’allumer son bucher funéraire au temple Depsirind (วัดเทพศิริน) le 14 décembre 1969, jour de son anniversaire.

 

temple

 

A l’occasion de la commémoration du centenaire de sa naissance, à l’Unesco, l’historien « séditieux » alias « activiste social » (c’est ainsi qu’il se qualifie) Sulak Sivaraksa,

 

sulak

 

décrit Phya Anuman Rajadhon comme un héros national. Il était comme lui un bouddhiste « engagé ».

 

timbre-essai.jpg

 

               ---------------------------------------------------

 

Notes 

 

(1) A 146 « Les fêtes de Songkran il y a 100 ans », A 151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des Phi », A 152 « Traditions siamoises sur certains arbres et plantes », A 154 « La divination dans les entrailles de poulet ».

 

(2) Journal de la Siam society volume 38-2 de 1951 « The loi khratong ».

 

(3) Cette version venant de la tradition orale est d’une toujours plus brulante actualité d’autant que malheureusement beaucoup de krathong sont faits en matière plastique !

 

(4) http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-chinoises

 

(5) http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-1ere-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-2eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-3eme-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-indiennes-naraka

 

(6) http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-khmeres-1ere-partie

http://www.merveilleusechiang-mai.com/loy-krathong-et-ses-origines-khmeres-2eme-partie

 

(7)http://www.merveilleusechiang-mai.com/yi-peng-ou-loy-krathong-yee-peng

 

(8) Tous les détails de la vie de l’auteur proviennent de son éloge funèbre écrit par son ami S. Sivaraksas dans le journal de la Siam Society en 1970 et de l’ouvrage publié la même année « In memoriam Phya Anuman Rajadhon – contribution in memory of the late président of the Siam society » par Tej Bunnag et Michael Smithies.

 

(9) Elle a été fondée à Bangkok en 1943 par le professeur d'art italien Corrado Feroci, devenu thaï sous le nom de Silpa Bhirasri.

 

corrado

 

Cet artiste italien « prêté » par Mussolini au gouvernement thaï préféra à la fin de la guerre rester dans son pays d’adoption.

C'est la plus importante université thaïe pour les beaux-arts et l'archéologie

 

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(10) Naris demi frère du roi (en réalité  นริศรานุวัดติวงศ์ Naritsaranuwattiwong) est connu pour ses talents artistiques et architecturaux.

 

 Naris-2.jpg

 

 

 

 

 

 

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 22:43

 

Le terme Jataka vient directement du sanscrit. Dans son dictionnaire sanscrit-français, Burnouf le définit comme « traités buddhiques relatifs aux naissances des Buddhas et des Bôdhisattwas » (1). Il est ensuite passé au pali . Dans son dictionnaire pâli-anglais, publié pour la première fois à Londres en 1880, Thomas William Rhyss- Davids le définit à son tour comme « … l’histoire des précédentes naissances de Bouddha … ce sont des livres du canon pali contenant 547 chapitres dont le texte n’a pas encore été édité » (2). Pour les Thaïs enfin les Jataka (ชาดก) sont, les « histoires des vies antérieurs du Seigneur Bouddha » (3). Nous pourrions le traduire simplement par « nativités ».

 

Les Bodhisattva (โพธิสัตว์)

 

 

..... sont une référence aux précédentes existences de Gautama Buddha (โคตมพุทธ) tout au long desquelles il a travaillé à trouver la libération finale.

 

 

Cette question de la « transmigration des âmes », la métempsychose, la transformation de l’âme au cours d'incarnations successives dans les anciennes croyances venues des Indes n’était pas inconnue dans les antiques civilisations occidentales.

 

 

Elle fut le dogme fondamental de Pythagore qui serait mort aux environs de 500 ans AV. J.C. donc contemporain de Bouddha. Les Celtes partageaient cette croyance qu’enseignaient les druides. Mais il n’y eut qu’aux Indes que le souvenir des vies antérieures persistait dans la tradition sacrée comme l’effet d’une vie de renoncement et de piété (4).

 

 

LA DÉCOUVERTE PAR LES OCCIDENTAUX.


 

Lorsque les érudits occidentaux découvrirent la civilisation des Indes anciennes et sa diffusion par l’intermédiaire du Bouddhisme dans toutes l’Asie du sud-est, ils ne manquèrent évidemment pas de s’intéresser à ces textes sacrés. Le premier, semble-t-il, fut Michael Viggo Fausböll, un érudit Danois qui publia des traductions en danois et en latin des textes sacrés à partir de 1855.

 

 

Ils furent traduits en allemand en 1869 puis en anglais en 1880 par T. W. Rhyss-Davids (5). C’est un choix de ce que l’on peut considérer tantôt comme un conte ou une fable tantôt comme une parabole au sens évangélique du terme. T. W. Rhyss-Davids publie la même année une autre traduction de Fausböll dont les commentaires sont différents (6).

 

 

 

LA RECENSION.


 

C’est entre 1895 et 1907 qu’intervient la monumentale publication des 547Jataka considérés comme canoniques en six volumes sous la direction du professeur E.B. Coowell provenant de « diverses sources » et des traductions effectuées par de nombreux érudits orientalistes parmi lesquels nous retrouvons Fausböll et Rhyss Davids et le Français Édouard Chavannes (7) : « THE JATAKA OR STORIES OF THE BUDDHA'S FORMER BIRTHS » (LE JATAKA OU LES HISTOIRES DES ANCIENNES NAISSANCES DU BOUDDHA).

 

Chaque volume est épais d’environ 300 pages et contient un index alphabétique qui facilite les recherches. Dans son introduction, Coowell explique les raisons de son classement, mais notre ignorance du pali ne nous permet pas de les juger (« Ces choses-là sont rudes, il faut pour les comprendre avoir fait des études »). Chaque Jataka est numéroté et titré du nom de naissance du Bodhisattva ainsi dans les trois Jataka dont nous allons reparler, Nigrodhamiga - Jataka (n° 12), Silanisamsa – Jataka (n° 190) et Mahasutasoma – Jataka, nous ferons connaissance avec Nigrodhamiga, Mahasutasoma et Silanisamsa (8). Nous avons déjà rencontré Mahajanaka, objet du Mahajanaka – Jataka pour lequel le défunt roi Rama IX avait une dilection particulière puisqu’il fit une traduction bilingue thaï-anglais du texte pali original et en fit une somptueuse édition en 1996 à l’occasion de son 7e cycle. Il porte le numéro 539 dans la recension de Coowell (9).

 

 

LES TRADUCTIONS FRANÇAISES.

 

Il ne semble pas y avoir eu de traduction d’ensemble des 547 Jataka canoniques. Nous avons trouvé de très brefs résumés dans la « Revue des traditions populaires » (10), le Mahajanaka – Jataka, celui-là même de Rama IX est donné dans une traduction circonstanciée en 1917. Il a également fait l’objet d’une traduction en français sur le site des « bouddhistes de la forêt »  (11).

 

 

Citons une intéressante et très érudite traduction de Madame Ginette Martini-Terral sur un sujet qui divise les exégètes concernant le dernier repas de Bouddha (12).

 

Dessin de Madame Ginette Martini-Terral  : 

 

LA DIFFUSION AU SIAM.

 

Bien après leur diffusion chez les orientalistes occidentaux, leur vulgarisation en langue vernaculaire est due au roi Rama V. En 1904, il publia une collection de trente Jataka traduits du pali en thaï, ainsi qu'un essai d'introduction qu'il avait lui-même écrit, expliquant comment les lire sous le titre พระราชวิจารณ์ว่าด้วยชาดก (PhraratwichanwaduaijatakaLes explications royales sur les Jataka).

 

 

Cette œuvre lui aurait été inspirée par la lecture d’un petit ouvrage de Thomas William Rhys-Davids publié pour la première fois en 1903, intitulé « Buddhist India » qui contient un chapitre d’une trentaine de pages sur les Jataka.

 

Impressionné par la qualité de cet ouvrage, le monarque aurait pensé en faire une traduction en thaï. Il en aurait été dissuadé par son demi-frère chef de la Sangha, le Prince Wachirayan Warorot (วชิรญาณวโรรส).

 

 

Pour celui-ci, il eut bouleversé les « traditionalistes » en publiant l’œuvre d’un non-bouddhiste. Le roi se contenta donc de le citer comme « philosophe » (นักปราชญ์nakprat). L'influence de cet essai fut énorme dans la mesure où il bénéficia du support de l’imprimerie alors que les Jataka en dehors de la transmission orale étaient écrits sur des manuscrits en pali sur ôles qui ne pouvaient guère toucher que les aristocrates, la haute noblesse et le sommet de la hiérarchie bouddhiste. L’essai royal fut maintes fois reproduit en introduction dans les éditions canoniques (นิบาตชาดก - Nipatajataka) des Jataka publiées en langue vernaculaire entre 1904 et 1931.

 

 

Il fut également reproduit en introduction lors de la publication à la même époque de Jataka non canoniques (ปัญญาสชาดกPanyatajataka) (13).

 

 

La forme même de ces Jataka, tantôt fables, tantôt paraboles, toujours textes relativement brefs, favorise évidemment leur lecture dans les temples à l’occasion des homélies tout autant qu’une diffusion simplifiée à l’usage des enfants en particulier, les éditons à leur intention sont nombreuses.

 

 

LEUR CONTENU.

 

De nombreux Jataka se situent au temps « où Brahmadatta régnait à Bénarès », ce qui équivaut à notre expression « Il était une fois..». Les récits sont en prose mêlés de vers et content les aventures édifiantes vécues par le futur Bouddha au cours de ses vies antérieures. On le voit sous les formes les plus diverses, animales, humaines ou divines selon les lois de la transmigration. Chaque fois, il annonce par un acte de morale héroïque la perfection qui sera la sienne lorsqu'il s'incarnera pour la dernière fois dans la personne du prince Siddhartha Gautama (เจ้าชายสิทธารถโคดม) pour devenir le Bouddha. Au cours de ces cycles de vies et de métamorphoses, le Bodhisattva, le Bouddha futur, va nous apparaître souvent sous la forme d'un cygne, d'une caille, d’un cerf, d'un singe, d'un éléphant, pour accomplir ses merveilles de mansuétude et de charité.

 

 

Tous les érudits suivis par le roi Chulalongkorn s’accordent à dire que la matière première de ces contes, fables, légendes ou paraboles mettant en scène des personnages — animaux, hommes ou divinités, appartient à la tradition indienne. Elle existe dans les textes védiques, ce qui montre bien que les Jataka font partie intégrante de la culture brahmanique bien que rattachés au canon bouddhique. La présence fréquente d’Indra, le roi des dieux est authentiquement hindou.

 

 

Par ailleurs, le Bouddhisme comme le Christianisme ont eu tendance à incorporer nombre d'éléments propres aux religions qu'ils rencontrèrent sur leur route. Il est peu probable que ces différentes histoires de renaissance aient été rassemblées sous une forme systématique comme dans sa forme actuelle. Elles ont vraisemblablement été transmises oralement sous forme de paraboles édifiantes susceptibles de susciter des conversions à la morale bouddhique. Le grand Ashoka (334-232 av. J.C), le Constantin du Bouddhisme, fit, dans l'ardeur de sa conversion, un effort considérable pour répandre le Bouddhisme en dehors de l'Inde vers Ceylan puis vers l’est jusqu’en Chine et au Japon. A quelle époque les Jataka ont-ils pris une forme plus ou moins permanente ? La période de composition des Jatakas par écrit sur ôle divise les érudits mais ne serait pas antérieure au IVe siècle de notre ère.

 

 

LES MIGRATIONS

 

La question qui est en définitive l’objet même de notre article a été abordée par Rhys-Davids dans ses deux publications de 1880 (5) et (6). Dans un chapitre intitulé « The Book of Birth Stories, and their Migration to the West » (Le livre des histoires de renaissance et leur migration vers l'ouest »),

 

 

il cite avec des exemples significatifs l’origine des fables d’Ésope dont il retrouve le thème, des animaux intelligents  doués de la parole, sujets de fables dont l’on doit déduire une morale. On ignore à peu près tout de cet auteur, on ne sait pas même s’il a existé, son premier recueil a été compilé en 325 AV.J.C. Il comporte environ 500 fables, Une étude comparative de ces textes et des 547 Jatakas, un travail de bénédictin, reste à faire.

 

 

Il cite encore l’histoire de Barlaam et Josaphat, deux personnages sur lesquels nous nous sommes attardés (14). La légende de saint Josaphat, prince hindou qui vivait à une époque indéterminée, fils d'Abenner, converti par le moine Barlaam, peut-elle être l'histoire de Bouddha, transportée en Occident sous forme christianisée ? La légende s’est répandue dans le monde chrétien au VIe siècle. Les vertus des diverses réincarnations du Bodhisattva, vertu essentiellement chrétiennes, ont parfaitement pu migrer vers l’ouest. Nos deux saints sont oubliés des églises romaines mais sont toujours fêtés dans les églises d’Orient.

 

Trois autres épisodes des Jatakas dont toutefois ne parle pas notre érudit anglais, nous ont interpellés, peut-être y en a-t-il d’autres ?

Silanisamsa - Jataka.

 

C’est le Jataka inventorié 190. Nous enlevons de ce récit ses très asiatiques hyperboles : C’est l’histoire d’un pieux croyant qui souhaite se rendre à Jetavana pour rencontrer le Maître. Arrivé au bord de la rivière Aciravati, il n’y avait plus de passeurs et aucun bac n’était en vue. Tout à ses méditations, notre homme entre dans la rivière et ses pieds ne pénètrent pas dans l’eau. Il atteint le milieu de la rivière en marchant comme sur la terre ferme. Mais des vagues interrompent sa méditation et il se met à couler. Il retourna alors à sa méditation et se remit à marcher sur l’eau. Il arriva donc à Jetavana, fut accueilli par le Maître et s'assit à son côté. Le Maître lui dit « J'espère, bon disciple que vous n'avez eu aucun problème sur votre route ». Il répondit « Oh, maître, j'étais tellement absorbé par les pensées du Bouddha que j’ai pu poser les pieds sur la rivière et la traverser… »

 

Le texte contient une note en bas de page (de Coowell probablement puisque Rhys-Davids ne le signale pas ?) : « La ressemblance avec saint Pierre sur la mer de Galilée est frappante ». L’épisode de Jésus marchant sur les eaux se retrouve dans les évangiles de Saint Jean, de Saint Luc et de Saint Mathieu. Seul Saint Mathieu fait référence à la marche de Saint Pierre sur les eaux (15) : « Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire. Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez plus peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » »

 

 

Mahasutasoma - Jataka 


 

Ce Jataka porte le numéro 537. Il est l’histoire d’un roi nommé Koravya qui régnait vertueusement sur la ville d'Indapatta dans le royaume de Kuru. Le Bodhisatta avait pris vie en tant qu’enfant de la première reine sous le nom de Sutasoma. Il était à la fois riche, vertueux et d’une charité sans bornes. Un jour, se promenant dans le parc près du palais avec quelques assistants profitant de la douceur du printemps, il fut informé de l’arrivée d’un Brahmane étranger qui souhaitait diffuser son enseignement. Le prince souhaita le rencontrer mais les serviteurs arrivèrent soudain lui apprenant qu’un féroce cannibale géant errait dans le parc et le cherchait. Ce monstre nommé Kalmshapda avait été roi dans une existence antérieure mais avait été transformé par malédiction en un démon mangeur d’homme avec un visage d’animal. Il avait promis à sa déesse sanguinaire de lui sacrifier cent princes. Il en avait déjà recueilli quatre-vingt-dix-neuf et Sutasoma devait être le centième. À peine le danger avait-il été annoncé au prince que le géant se tenait devant lui. Son entourage fut effrayé et fui dans toutes les directions. Sutasoma resta serein : Il s'approcha du cannibale, se laissa saisir et poser sur ses épaules sans protester. Le géant s’enfuit avec lui mais Sutasoma ne ressentit aucune frayeur. Ce n'est qu’une fois est arrivé dans l'horrible caverne du cannibale rempli de squelettes et de crânes humains que les larmes lui montèrent aux yeux. Ce comportement surprit le monstre. Il lui demanda pourquoi il s’était mis à pleurer, éprouvait-t-il encore une envie du monde ou craignait-il la mort ? « Oh non » répondit le bodhisattva « ce n'est pas ces raisons que je pleure, mais parce que je suis privé de la possibilité d'entendre les belles paroles de sagesse de la bouche du brahmane qui m'attend toujours. Je voudrais revenir au moins une fois dans mon palais pour écouter l’enseignement du brahmane. Après cela, je te promets que je reviendrai chez toi ». Le cannibale fut étonné de cette réponse et ne savait plus que faire. Puis il céda au charme que le Bodhisattva exerçait sur tous ceux avec lesquels il était en contact. Il accepta sa demande pensant que si ce dernier ne revenait pas, il pourrait s’en consoler. Ceci fait, le Bodhisattva ne se laissa pas distraire par les instances de ses parents et de ses amis et revint chez le géant. Celui-ci l’interrogea sur les belles paroles que le Brahmane lui avait récitées. Le prince ne les lui communiqua pas, lui disant: « Tu es bien trop méchant, seules les personnes pieuses peuvent les entendre ». Ainsi commença une longue conversation au cours de laquelle Sutasoma suscita une conversion complète de l'âme du géant. Celui-ci commença une nouvelle vie et promit de ne plus jamais manger de chair humaine. Il libéra les princes capturés et, guéri de ses passions, retrouva son ancien royaume après avoir reconduit Sutasoma sur ses épaules dans son royaume de Kuru.

 

Scène du  Mahasutasoma - Jataka, musée de  Mathura (Indes)  : 

 

 

Dans ce Jataka qui est l’un des plus longs de la compilation nous retrouvons deux éléments qui sont la source de la très ancienne légende de Saint Christophe que nous ne rappelons pas puisque tout le monde la connaît : le Bodhisattva convertit un géant cannibale à la tête d’animal qui le porte le bodhisattva.

 

 

Nigrodhamiga – Jataka

 

Bouddha Gautama a passé de nombreuses vies sous forme animale, avant de naître sous forme humaine prince, Siddhartha. Cette histoire, le Jataka n° 12, parle de sa vie de roi des cerfs. Il est probablement l’un des plus connus des fervents bouddhistes et mérite que nous nous y attardions. Nous enlevons également de ce récit ses très asiatiques hyperboles. Il se passe au temps où Brahmadatta régnait sur Bénarès. Celui-ci est maître d’une forêt arpentée par deux hardes de 500 cerfs. Sur la première règne le « cerf du bosquet des banyans », cet arbre majestueux. Il est de couleur dorée, c’est Nigrodhamiga, le futur Bouddha. Sur l’autre harde règne le « cerf des buissons ».

 

 

Brahmadatta avait l'habitude de traverser cette forêt à cheval à la recherche de venaison, armé de son arc, lâchant des flèches dans toutes les directions, effrayant les bêtes qui se dispersaient et fuyaient. Certaines se blessaient dans leur fuite, d’autres mourraient de faim. Les deux rois des hardes se réunirent et le Bodhisattva dit à son ami « Faisons un arrangement avec le roi. Chaque jour, nous tirerons au sort une bête du troupeau, un jour le tien, un jour le mien, elle se rendra dans les cuisines et posera sa tête sur le billot pour se livrer à la hache du cuisinier ». Le roi Brahmadatta vieillissait, la chasse le fatiguait, il fut satisfait de cette proposition qui lui permettait d’alimenter ses cuisines sans fatigue. Il n’y mit qu’une seule condition, jamais aucun des deux rois ne devait être tué en respect de sa fonction. Advint un jour où le sort tomba sur une biche de la harde du cerf des buissons. Elle alla alors voir son roi et lui dit « Seigneur, s’il vous plaît, retardez mon tour, je suis grosse et vais avoir un enfant, il ne faut pas tuer deux personnes en même temps. Une fois mon enfant né, je viendrai reprendre mon tour ». Celui-ci refusa au motif qu’on ne pouvait passer outre à la loi. La biche se rendit alors auprès du roi des banyans, se prosterna et lui raconta ses difficultés. Nigrodhamiga fut pris de compassion et lui indiqua qu’il prendrait sa place. C’était une grande âme qui deviendrait un jour Bouddha, capable de donner sa vie pour en sauver une autre. Il se rendit alors aux cuisines et posa sa tête sur le billot. Lorsque le chef de cuisine le vit, il se précipita pour demander des instructions à son roi. Celui-ci arriva alors sur son char suivi de ses courtisans et lui dit « Roi des cerfs, mon amis, n’avais-je pas ordonné que tu ne sois jamais tué ? Pourquoi est tu venu mettre ta tête sur le billot ? » Nigrodhamiga répondit « Oh grand roi, j’ai pris la place d’une biche dont l’enfant était sur le point de naître, je l’ai prise en pitié et décidé de prendre sa place ». Le cœur de Brahmadatta se mit à fondre, et on vit apparaître à son visage et à sa voix des sentiments de compassion et de remords. Il décida qu’à ce jour on ne tuerait plus d’animaux dans ses forêts, le Bodhisattva avait transformé sa vie.

 

 

Il est évidemment facile de retrouver dans cette fable la parole de Jésus dans l’évangile de Jean « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

 

 

Il n’est pas douteux que la légende de saint Eustache entretient avec ce Jataka d’étroites relations comme l’admettent les exégètes catholiques (16) même s’ils contestent que le récit chrétien soit un décalque du récit pali.

 

Saint Eustache dont l’historicité n’est pas assurée vivait au temps de l’empereur Trajan et serait mort martyr vers l’an 118. Sa légende dont la mémoire est célébrée dans l'église romaine est connue depuis le VIe siècle par Jean Damascène qui vivait au VIIIe siècle mais elle aurait été connue dans le monde byzantin dès le Ve. Elle se divise en deux parties dont la première seulement nous intéresse, la voici dans sa sobriété grecque d’origine : « Placidus était maître de la milice sous l’empereur Trajan. C'était un homme très vertueux, doux et charitable, courageux et grand chasseur. Néanmoins comme son épouse Tatiana, il était païen. Un jour, Placidus partit à la chasse et rencontra une harde de cerfs, parmi lesquels une de toute beauté. Celui-ci quitta le troupeau, éloigna Placidus de ses compagnons, s’enfuit dans les profondeurs de la forêt puis se réfugia sur un piton au-dessus d'un gouffre. Alors que Placidus s'approchait du cerf, il vit une croix brillante avec l'image du Sauveur entre ses bois. Le cerf éleva la voix et lui dit « Placidus, pourquoi me poursuivez-vous ? Je suis le Christ que vous adorez sans le savoir. Retournez à la ville et faites-vous baptiser ». Placidus rentra chez lui, raconta à sa femme ce qui lui était arrivé, et la même nuit leur baptême fut célébré par l'évêque de Rome avec sa femme et ses enfants. Au baptême, il reçut le nom d'Eustache » (17).

 

Ce qui est exceptionnel dans cette légende est le trait du Sauveur apparaissant sous la forme d'un cerf parlant ce qui est totalement étranger aux conceptions chrétiennes. Il est intellectuellement impossible de faire référence à un folklore ancien ou de l'expliquer par référence à un symbolisme chrétien primitif.

 

Il n’est pas sans intérêt de se pencher sur la manière dont les hagiographes chrétien sont capables, au fil des siècles de transformer une légende au départ très sobre en un interminable délayage. Vous ne trouverez en note qu’une toute petite partie de la version toujours officielle datée de 1876 (18).

 

 

MIGRATIONS, MYTHE OU RÉALITÉ ?


 

Certaines des histoires de renaissance sont évidemment bouddhistes mais d’autres sont-elles des morceaux de folklore qui ont traversé le monde pendant des siècles, égarés de la littérature et susceptibles d'être partout pris en charge ? Il est difficile de chercher l'influence réciproque que peuvent avoir exercé l'un sur l'autre le Christianisme et le Bouddhisme et dans quelle mesure il y a eu échange de doctrines entre l'Inde et l'Occident durant l'époque pré-chrétienne et au cours des premiers siècles de notre ère. Il est un fait historique que des rapports ont existé dans l’antiquité, entre l'Occident et l'Inde. Parmi les plus anciens peuples d'Orient et d'Occident voyagèrent une multitude de traditions, de mythes et de légendes voisines les unes des autres. Elles étaient dans l'air et circulaient par des voies mystérieuses. Par ailleurs, des mêmes formes de pensées dans diverses régions, purent se développer parallèlement dans le même sens et sans lien commun entre elles. Au IVe siècle avant notre ère l'expédition d'Alexandre fut à l'origine de relations importantes et directes, commerciales et diplomatiques, intellectuelles et doctrinales.

 

 

Aristote – mort en 322 AV. J.C. - conversa avec un juif d'Asie venu de Damas et membre d'une secte dérivée des philosophes indiens. Le roi Ptolémée Philadelphe, au IIIe siècle AV. J. C, fit traduire en grec le Pentateuque et aurait été sollicité au dire d’Épiphane, de faire traduire également les livres de l'Inde.

 

 

Nous avons parlé plus haut d’Ashoka (334-232 AV.J.C), Constantin du Bouddhisme, qui fit également des efforts pour répandre le Bouddhisme en dehors de l'Inde non seulement vers l’Est mais spécialement dans le monde grec. Le Bouddhisme fit des conquêtes dans les pays situés au nord-ouest de l'Inde, au Pendjab, en Bactriane, et dut également répandre ses doctrines vers l'Occident méridional par voie de mer. Il est permis de penser que dès avant l’expansion du christianisme, les jonques indiennes apportèrent en Égypte, avec les produits merveilleux de l'Orient, leurs théories philosophiques ou religieuses. Dans l’introduction du premier volume de sa recension Coowell souligne l’existence de ressemblances entre les livres de l'Ancien Testament et les livres sacrés de l'Inde, entre certaines disciplines communes à Manou et à Moïse.

 

 

C’est bien intentionnellement que nous avons mis un point d’interrogation au titre de cet article et un autre à ce dernier paragraphe.

 

Nous terminerons sur des questions auxquelles nous n’apportons pas de réponse car cela nous est impossible :

 

1 - Ressemblances ou coïncidences ?

 

2 - La similitude de l'œuvre entreprise par deux fondateurs d'écoles (Jésus et Bouddha) peut-elle produire des ressemblances ?

 

 

3 - Les parallèles où les différences sont plus nombreuses que les ressemblances doivent-ils nous faire écarter de possibles migrations ?

 

Au final, quand un rapport de dépendance certain aura été reconnu entre deux textes, il faudra établir quel est celui qui a été la source de la ressemblance. Ce sera évidemment le plus ancien.

 

Tout cela… pour arriver à cette modeste conclusion : Il ne parait pas impossible que ces épisodes aient été empruntés par des voies tortueuses à un cycle de pensées indiennes. Que des contes populaires aient trouvé place dans l'hagiographie catholique (Saint Josaphat et Saint Eustache) est difficile à mettre en doute. Les récits dont s’inspirèrent les apologistes catholiques ont de toute évidence au cours de leurs longues pérégrinations, subi des modifications profondes et ont été perpétuellement embellis et surchargés, l’histoire de Saint Eustache en est la démonstration.

 

La question est de savoir si l’on doit fait confiance aux Jataka ou à la version chrétienne primitive.

 

 NOTES

 

(1) Burnouf : « Dictionnaire classique sanscrit-français », 1865 p. 265.

 

(2). T. W. Rhyss Davids : « THE PALI TEXT SOCIETY'S PALI-ENGLISH DICTIONARY » 1880, p.114).

 

(3) Définition du « Dictionnaire de l’académie royale ». Pour de raisons que comprendront les plus anciens, nous préférons ne pas utiliser la transcription romanisée officielle qui est « chadok » ! 

 

 

(4) C’est seulement chez Pythagore que nous retrouvons cette constante que le nouvel incarné se souvenait de ses existences antérieures et pouvait en donner le récit. Le philosophe Heracleides Ponticus qui écrivit deux cent ans après la mort du maître nous apprend que Pythagore se souvenait en effet de ses vies antérieures : Il se souvenait être né Æthalides, fils d’Hermès, puis Euphorbus qui avait été blessé par Ménélas lors de la guerre de Troie puis ultérieurement Hermotimus, et ensuite Pyrrhus, un pêcheur de Delos.

 

(5) « Buddhist birth stories or Jataka tales - THE OLDEST COLLECTION OF FOLKLORE EXTANT : BEING THE JATAKATTHAVANNANA, For the first time Edited in the Original Pali By Y. FAUSBOLL, AND TRANSLATED By T. W. EHYS DAYIDS », LONDON, 1880.

 

(6) « BUDDHIST BIRTH-STORIES - (JATAKA TALES) - The Commentarial Introduction Entitled - NIDANA-KATHA THE STORT OF THE LINEAGE » : Translated from Prof. V. Fausboll – edition of the Pali text by T. W. RHYS DAVIDS.

 

(7) « THE JATAKA OR STORIES OF THE BUDDHA'S FORMER BIRTHS. TRANSLATED FROM THE PALI BY VARIOUS HANDS UNDER THE EDITORSHIP OF PROFESSOR E. B. COOWELL ».

 

(8) Ces volumes ont été numérisés sur divers sites universitaires anglophones. De pieux bouddhistes les ont rendus plus facilement accessibles sur un site Internet volume par volume :

http://www.sacred-texts.com/bud/j1/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j2/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j3/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j4/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j5/index.htm

http://www.sacred-texts.com/bud/j6/index.htm

 

(9) Voir notre article « LE « TESTAMENT POLITIQUE » DE FEU LE ROI RAMA IX ? «  L’HISTOIRE DU ROI MAHAJANAKA ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/l-histoire-du-roi-mahajanaka-ecrite-par-feu-le-roi-rama-ix-un-testament-politique.html

 

(10) En particulier le Mahasupina - Jataka (n° 77 de la recension) en octobre 1912, et le Kusa – Jataka (n° 531 de la recension) en juin 1913, cette liste n’est pas limitative. Les traductions françaises dans cette revue provienne probablement de son collaborateur Édouard Chavannes qui a participé avec d’autres érudits à la traduction en anglais de la recension de Coowell. Ce dernier a publié en 1934 un «  Cinq cents contes et apologues / extraits du Tripitaka chinois et Traduits » mais ils ne correspondent pas aux nôtres.

 

(11) Pour la traduction :

http://www.dhammadelaforet.org/sommaire/mahajanaka/mahajanaka.html

Voir notre article A 239 « LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-239-le-bouddhisme-de-la-foret-ou-la-voie-des-anciens-dans-la-thailande-contemporaine.html

 

(12) Ginette Martini-Terral : « Un jataka concernant le dernier repas de Buddha ». In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient. Tome 59, 1972. pp. 251-256. Nous ne l’avons pas trouvé dans la recension de Coowell. Madame Martini -Terral a également publié un « Choix de Jataka, extraits des Vies antérieures du Bouddha, traduit du pâli », Gallimard, 1958.

 

(13) En dehors des 547 textes canoniques, il en existe beaucoup d’autres dont on retrouve les manuscrits sur latanier éparpillés dans les bibliothèques occidentales ou des scènes non plus inventoriées sur des sculptures des monuments de l’Inde ou de Ceylan. Voir l’article de Madame Ginette Martini-Terral « Les titres des Jataka dans les manuscrits pali de la Bibliothèque nationale de Paris » In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient. Tome 51 N°1, 1963. pp. 79-93;

 

(14) Voir notre article A 211 « L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/02/a211-l-eglise-catholique-a-t-elle-canonise-par-erreur-bouddha-en-1583.html

 

(15) Mathieu, XIV – 22-33.

 

(16) Voir en particulier « Dictionnaire apologétique de la foi catholique » V° « Religions de l’Inde », tome II, 1924, pp

 

(17) C’est la version citée par le grand orientaliste allemand Richard Von Garbe dans son article « CONTRIBUTIONS OF BUDDHISM TO CHRISTIANITY », in : The Monist, Vol. 21, No. 4 (octobre 1911), pp. 509-563 Published by: Oxford University Press

 

(18) « LES PETITS BOLLANDISTES - VIES DES SAINTS » TOME XI, 1876. Saint Eustache est en grande vénération, comme Josaphat d’ailleurs, dans les églises d’Orient, catholiques et orthodoxes. Il est fêté le 20 septembre. Le Saint est suffisamment important pour que l’auteur, l’abbé Paul Guérin consacre 10 pages à sa vie édifiante. En voici un modeste extrait de cette belle légende en l’abrégeant de son interminable délayage hagiographique qui ne facilite pas la comparaison car les apologistes catholiques sont comme les bouddhistes fervents d’hyperboles. (17). Il était le maître de la milice, nommé Placide, de naissance illustre, couverts d'honneurs, à la tête d'immenses richesses en or, en argent, en esclaves et en biens de tout genre. Idolâtre, il restait un homme de bien, réputé pour sa charité et ses aumônes. Passionné de chasse, son plus grand délassement était d'attaquer et de poursuivre les animaux sauvages. Étant sorti un jour, avec des gens de guerre, dans un grand appareil, selon sa coutume, pour chasser dans les montagnes, Placide aperçut un troupeau de cerfs qui paissaient. Aussitôt il assigna son poste à chacun de ses compagnons, et l'on se mit à courir les cerfs. Au fort de la chasse, un de ces animaux, le plus grand et le plus beau de tous, se détache de la bande et se précipite dans un fourré de la forêt voisine. Placide, l'ayant remarqué, s'élance à sa poursuite avec quelques-uns de ses gens. Mais bientôt ceux-ci tombèrent de lassitude et ne purent l'accompagner plus loin. Pour lui, par une disposition particulière de la divine Providence, il n'éprouva aucune fatigue, ni le cheval qu'il montait et sans être arrêté ni par les abruptes aspérités du terrain, ni par les halliers ou les branches des arbres de la forêt, il courut longtemps à la poursuite du cerf, qui s'arrêta enfin sur la cime d'un roche. Tandis que Placide s'arrêtait à le considérer, à admirer sa haute taille, et qu'il cherchait en vain quelque moyen de s'en rendre maître. Dieu lui fit apercevoir, au milieu des cornes du cerf, la figure de la sainte croix plus resplendissante que la lumière du soleil, et sur laquelle était l'image de notre Sauveur Jésus-Christ, Il donna en même temps au cerf une voix humaine, qui appela Placide et lui dit « 0 Placide, pourquoi me poursuis-tu ? C’'est pour toi que je suis venu apparaître sur cet animal. Je suis le Christ que tu honores sans le savoir et les aumônes que tu fais aux indigents sont montées jusqu'à moi. Le capitaine, entendant ces paroles, fut saisi d'une grande crainte et tomba de cheval. Au bout d'une heure il revint à lui et se releva, puis, cherchant à se rendre compte de cette apparition, il dit en lui-même « Quelle est cette voix que je viens d'entendre ? Toi qui me parles, fais-toi connaître à moi, afin que je croie en toi. Et le Seigneur lui dit « Écoute, Placide, je suis Jésus-Christ qui ai créé le ciel et la terre de rien, qui ai séparé et façonné la matière confuse c'est moi qui ai créé la lumière et l'ai séparée des ténèbres c'est moi qui ai fait le soleil pour illuminer la terre durant le jour, et la lune avec les étoiles pour l'éclairer pendant la nuit c'est moi qui ai réglé les saisons, les jours et les années c'est moi qui ai formé l'homme du limon de la terre c'est moi qui, pour sauver le genre humain, ai paru en chair sur la terre, qui ai été crucifié et enseveli, et qui suis ressuscité le troisième jour ». A ces paroles, Placide tomba à terre derechef, en s'écriant « Je crois, Seigneur, que c'est vous qui avez fait toutes ces choses, qui ramenez ceux qui s'égarent, relevez ceux qui sont tombés et rendez la vie aux morts…. »

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