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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 22:06

 

Les historiens de la religion décrivent le bouddhisme Theravada comme une religion monastique. Contrairement au judaïsme et à l’Islam oú le monachisme reste marginal et au christianisme au sein duquel se côtoient le clergé régulier (soumis à une règle) et le clergé séculier (dans le siècle), la voie Theravada présente, au moins dans les provinces du nord et du nord-est, l’intervention de pieux laïcs dont le rôle est omniprésent.

 

 

 

 

Nous voyons – il suffit de fréquenter les cérémonies bouddhistes - l’intervention d’un personnage appelé « Phokru » (พ่อครู), littéralement « père-professeur » ou « Achan wat » (อาจารย์ วัด), littéralement « enseignant du temple »

 

 

 

... aux côtés des moines appelés en langage recherché « phiksu » (ภิกษุ) ou « Phra » (พระ).

 

 

 

Il est un acteur religieux rituel laïc, chef de famille, ancien du village, qui accomplit des rites propices rappelant le prêtre brahmane classique. Il est « mokwan » (หมอขวัญ) que l’on peut traduire par « médecin spirituel » ou « phram » (พราหมณ์) d’ailleurs simple transcription de « Brahmane » puisqu’il en est une réminiscence. Son rôle n’est pas antagoniste mais complémentaire à celui des moines. Il a toujours été moine temporaire dans sa jeunesse, participe à la gestion de la congrégation, il connaît et pratique les rites spirituels (kwan).

 

 

 

Il est « upasaka-upasika » (อุบาสก อุบาสิกา), le mot est d’origine pali et signifie « s'asseoir près, assister, servir ».

 

 

 

Il sert le moine en prévoyant ses besoins matériels mais à la différence du moine, il vit dans une maison. Il se caractérise d’abord par sa foi dans les trois pierres précieuses, les trois gemmes du bouddhisme, Bouddha, le Dhamma et le Sangha. Chef de famille, il démontre sa foi en Bouddha en répondant aux besoins matériels en fournissant le casuel à la communauté monastique. Dans les Sutta (สุตตะ), les écrits sacrés, il doit exhorter les enfants à respecter et soutenir leurs parents et à être dignes de leur héritage. Il enjoint aux parents d’éloigner leurs enfants du vice et de les former à un métier. Il doit encourager les enseignants à aimer et à former leurs élèves et les élèves à respecter et servir leurs enseignants Il doit définir les devoirs entre mari et femme, membre de la famille, amis, maître et serviteur.

 

 

Plus que les laïcs ordinaires qui doivent obéir à 5 préceptes selon les Panchasila (ปัญจศีล), les Kusala Dhamma (กุสะลา ธมฺมา) lui en imposent dix (1).

 

1) s'abstenir de prendre la vie,

2) s'abstenir de voler,

3) s'abstenir d'inconduite sexuelle,

4) s'abstenir de mensonges,

5) s'abstenir de provocation sarcastique,

6) s'abstenir de paroles vulgaires,

7) s'abstenir de parler sans signification et non-sens,

8) détruire la convoitise,

9) détruire les sentiments de ressentiment ou de vengeance,

10) suivre le chemin du Dhamma.

 

 

 

Ces préceptes se retrouvent très largement développés dans les écrits du vénérable moine Pannawongsa (1871-1956) fondateur du Wat Si Pun Yun à Lamphun, et furent traduits en anglais sous le titre « Buddhism in practice » en 2015. Ils avaient été rappelés non moins longuement en 1925 par le prince Vajirananavarorasa (วชิรญาณวโรรส), l’un des fils du roi Mongkut et patriarche suprême du Sangha dans un ouvrage fondamental, Navakovada qui donne sa conception du laïc bouddhiste idéal.

 

 

 

Il définit pour l’Upasaka quatre actions méprisables, quatre formes de vices, quatre formes d’actions bénéfiques pour le présent et autant pour l’avenir, quatre types de faux amis, quatre types de vrais amis, cinq formes de commerce inacceptables, cinq qualités de l’upasaka et six causes de ruine.

 

Il est exhorté à faire des mérites (thambun - ทำบุญ) non seulement par ses actions mais en restant pur de corps, de parole et de cœur.

 

 

 

Si toutefois la description de la conduite normative des bouddhistes laïcs est détaillée, ces textes ne nous renseignent pas sur le rôle spécifique que les hommes et femmes laïques jouent dans les relations avec les moines et les autres laïcs. Un simple spectateur occasionnel et superficiel peut voir des laïcs présenter de la nourriture aux moines le matin, des processions de laïcs qui apportent des cadeaux au wat et des laïcs qui chantent dans le wihara ou wihan (วิหาร), la salle de réunion du temple les jours de fêtes bouddhistes.

 

 

 

C’est évidemment là une évaluation insuffisante. Il existe pratiquement déjà dans tous les temples un laïc appelé kammakan wat (กรรมกันวัด), ou un comité collectif responsable de la gestion quotidienne ainsi que de l’organisation et de la supervision de cérémonies et des fêtes.

 

 

 

 

En dehors de ces questions qui ne sont que d’intendance et sans parler du laïc moyen, quels sont donc le ou les rôles que jouent l’upasaka en tant qu’acteur religieux ?

 

 

Son rôle le plus important est celui d’Achan wat, plus caractérisé que dans le reste du pays. En termes de rituel religieux, il est le laïc le plus important sur lequel pèse la responsabilité particulière de diriger les laïcs en chantant lors du service religieux pour les fêtes et de toutes les cérémonies spécifiques. Il est maître de cérémonie représentant la congrégation. Mais ce rôle s’étend au-delà des limites du temple. Le respect des laïcs pour sa sagesse et sa connaissance des rituels donne lieu à de multiples participations lors de diverses cérémonies organisées dans le district et lui confèrent alors le titre de Phokhru. Il a une vaste connaissance du bouddhisme et des questions religieuses mais aussi une longue connaissance des coutumes et des mœurs de la région. Son expérience d’ancien moine lui a fourni en sus de ses connaissances du bouddhisme et des textes sacrés en pali, une connaissance des styles de chant, une capacité à écrire, une bonne voix, une bonne aptitude à diriger les réunions publiques en sus de son dévouement et de son sens moral. Son expérience en tant que moine lui confère le caractère sacré dérivé du charisme institutionnel des moines.

 

 

 

Nous allons ainsi le retrouver avec un rôle rituel dans les occasions de « faire des mérites » servant d’intermédiaire entre les moines et les laïcs. Nous sommes au cœur du comportement religieux des bouddhistes. L'action méritoire affecte le statut ou la position que l'on occupe dans la vie, le présent et l'avenir. Le déroulement correct de la cérémonie est une lourde responsabilité. Il dirige les procédures appropriées et prononce les mots appropriés au bon moment. En bref, il est le maître des cérémonies. L’acquisition des mérites peut de faire à de multiples occasions, consécration de bâtiments au temple, offre de cadeaux utiles aux moines ou ouverture d'une nouvelle maison.

 

 

 

Lors de la construction d’une maison, il pose le fil sacré, le sai sin (สายสิญจน์) comme il le fait lors des mariages traditionnels.

 

 

 

 

Nous le trouvons lors des cérémonies du riak kwan (เรียกขวัญ), « l’appel aux esprits » dans un rôle proprement chamanique que les moines ne pratiquement pas. La cérémonie a lieu lors des mariages qui peuvent se célébrer sans la présence des moines, des ordinations ou à l’occasion d’événements majeurs, maladie par exemple. C’est un rituel purement animiste même s’il a été ultérieurement « boudhicisé » et légitimé.

 

 

 

Un mariage typique dans le nord-est de la Thaïlande est fondamentalement une cérémonie du riak khwan. Il ne se déroule pas au temple mais en général dans la maison de la mariée. Les moines en sont absent et s’ils sont présents, ce n’est qu’en tant que spectateurs. Un bol d'offrandes spécial est préparé pour séduire l'esprit contenant par exemple des denrées alimentaires. Le maître de la cérémonie supplie le khwan des mariés d’être présent et de les faire renoncer à tout autre attachement affectif. Il vérifie, compte et recompte la dot, le sin sot (สินสอด).

 

 

 

 

La cérémonie se termine lors que le Phokhru attache le sai sin (สายสิญจน์) le fil sacré, aux poignets des futurs mariés pour que l'esprit puisse entrer (poignet gauche) et rester (poignet droit). Les parents des futurs mariés ont ensuite les mêmes et sont suivis par les invités les plus honorés. Pour terminer, il fait entrer le couple dans la chambre à coucher et coupe les ficelles.

 

 

 

 

Nous le retrouvons à l’occasion des cérémonies funéraires qui débutent au domicile du défunt mais se terminent au temple dans l’enceinte duquel se trouve le plus souvent le crématorium. Il offre des mots de consolation, à la fois spécialiste des rituels et intermédiaire entre les moines et les laïcs et, bien sûr, maître de cérémonies..

 

 

 

 

En raison de ses compétences religieuses et théologiques que certains possèdent plus que d’autres, on le baptise parfois du nom de motham (หมอธรรม), celui qui connaît le  Dharma et qui en raison de ces connaissances qui lui permettent d’utiliser les pouvoirs dérivés du Dhamma rend de multiples services, tels que guérissions magiques, exorcismes ou confections d’amulettes.

 

 

 

 

Cela peut se limiter à de simples conseils : Pour la population des fidèles enfin, il est un homme sage vénéré pour ses connaissances, sa perspicacité spirituelle et sa sainteté. C’est son rôle à la fois qualitatif et quantitatif. Sa sagesse vient de ses connaissances qui manquent aux profanes moyens voire à beaucoup de moines, c’est un aspect quantitatif. C’est probablement et au moins grâce à ces érudits plus qu’aux moines que l’écriture traditionnelle et sacrée de l’Isan ne s’est pas perdue et qu’ils en perpétuent la tradition (2).

 

 

 

 

Plus important que cette dimension quantitative du rôle du sage, c’est le qualitatif qui le caractérise : Il est respecté pour sa droiture morale. Il possède une sagesse intellectuelle et une expérience acquise. En conséquence, il est consulté non seulement sur les aspects techniques des cérémonies religieuses, mais également sur le contenu de la vie religieuse ou sur des questions de nature à la fois personnelle et publique.

 

 

C'est avant tout son charisme personnel plutôt que sa relation avec le Sangha en tant qu'institution sainte qui lui confère son pouvoir et son prestige. Bien qu'il ne symbolise pas une source de mérite au même titre que les moines, il est hautement respecté pour le rôle qu'il joue en tant qu'intermédiaire entre le Sangha et les laïcs et entre le monde des esprits et celui des hommes. Il illustre, peut-être mieux que tout acteur religieux, la dynamique de l’interaction entre divers éléments religieux unis dans le système de bouddhisme animiste pratiqué dans l’Isan (3).

 

 

Le rôle déterminant de ces « Chaman » du bouddhisme appelé aussi Mophi (หมอผี) - ces Phi que nous avons rencontré longuement (4) - et qui sont inconnus dans d’autres parties du pays sinon dans le nord - pourrait aider à éclairer la naissance et le développement historique de la religion dans cette partie de l’Asie du Sud-Est .

 

 

 

 

Découverts avec une évidente stupéfaction il y a une cinquantaine d’années par des universitaires américains, ceux-ci ont décrit ces pratiques religieuses populaires dans ces régions alors isolées en les rapportant – en dehors de toute considération rationaliste - au contexte plus large de la civilisation dans laquelle ils s'inscrivent et en examinant la relation entre les pratiques religieuses des villageois et le monde bouddhiste thaï classique. Leurs prédécesseurs avaient tendance à considérer ces manifestations populaires du bouddhisme comme étant dégradées. Ils nous soulignent ce jugement est trompeur et que la religion contemporaines dans ces villages n’est que la continuité de ce qui existait avant l’introduction du bouddhisme orthodoxe (5).

 

 

Qu’ils soient en définitive Phokruu, Achan wat, Kammakan wat , Phram, Motham ou Mophi, il existe certainement des nuances terminologiques entre ces vocables qui, il faut bien le dire, nous échappent. Mais, tout comme il y a 50 ans, nous sommes au XXIe siècle, avec la seule différence est qu’ils sont tous munis d’une tablette reliée au Wifi, ils nous ont marié, ils ont présidé à la pose du pilier fondateur de nos habitations,


 

 

 

ils président aux cérémonies au temple du village auxquelles nous épouses participent plus que nous et, hélas, nous accompagneront lors de notre dernier voyage.

 

 

 

Ces chamanes sont intermédiaires et intercesseurs entre l’humanité et les esprits de la nature. Sages, thérapeutes, conseillers, guérisseurs et voyants, ils restent des initiés dépositaires d’une culture ancienne et des croyances antérieures au bouddhisme avec lequel pourtant ils cohabitent sans difficultés.

 

 

NOTES

 

 

 

(1) Voir notre article A 320 – « LES CINQ PRÉCEPTES BOUDDHISTES DANS LES PROVINCES RURALES DU NORD-EST ET LEUR INCIDENCE SUR LA VIE EN SOCIÉTÉ. (ปัญจ ศีล - Panchasila) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/a-320-les-cinq-preceptes-bouddhistes-dans-les-provinces-rurales-du-nord-est-et-leur-incidence-sur-la-vie-en-societe.pancasila.html

 

(2) Voir nos articles

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/vers-une-renaissance-de-l-ancienne-ecriture-isan.html

et

A 304 - VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ECRITURE ISAN ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-304-vers-une-renaissance-de-l-ancienne-ecriture-isan.html

 

(3) Voir nos articles

 

22. Notre Isan, bouddhiste ou animiste ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

et

INSOLITE 4. THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES …

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

 

(4) Voir nos articles

A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHi"

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

et

INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI (FANTÔMES).

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-14.quelques-histoires-de-phi-fantomes.html

(5) L’Universitaire américain Donald K. Swearer, chercheur de l’histoire des religions (Department of Religion, Swarthmore College, Swaitbmore, Pennsylvania, U.S.A)

 

 

...a ponctuellement analysé le rôle d’un de ces laïcs dans la province de Lamphun dans le nord dans son article « THE ROLE OF THE LAYMAN EXTRAORDINAIRE IN NORTHERN THAI BUDDHISM » publié dans le Journal de la Siam Society, volume 64-1 de 1976. Il suit les études d’un autre universitaire anthropologue américain de l’Université de Chicago, Stanley Jeyaraja Tambiah  publié en 1975 « Buddhism and the Spirit Cults in North-East Thailand »

 

 

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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 22:02

 

 

Sa présence est devenue familière aux occidentaux qui fréquentent les restaurants asiatiques, de France en particulier, le plus souvent d’ailleurs chinois ou vietnamiens. Beaucoup considèrent ce magot obèse, souriant mais sympathique comme une représentation du Bouddha ou Siddhartha Gautama. La confusion est regrettable. Si la Thaïlande est le « pays du sourire », « le pays du  Bouddha qui sourit » n’est pas de Thaïlande mais de Chine . De plus le « Bouddha qui sourit » n’est pas Bouddha.

 

 

In the Land of the Laughing Buddha: The Adventures of an American Barbarian in China   – 1924 : 

 

 

Le bouddhisme s’est répandu depuis la Chine au Vietnam ...

 

 

Le temple de Vĩnh Tràng dans le delta du Mékong : 

 

 

 

 

ce qui explique au moins en partie sa présence dans des établissements tenus par des commerçants appartenant à ces ethnies. Ce n’est d’ailleurs pas incompatible avec sa présence dans des édifices religieux bouddhistes thaïs, nous nous en expliquerons.

 

 

 

QUI ÉTAIT LE « BOUDDHA  RIEUR » CHINOIS ?

 

 

C’est un personnage plus ou moins légendaire du bouddhisme chinois ensuite répandu au Vietnam. Pour les Chinois, il est, en transcription pinyin, « Bùdài » et pour les Vietnamiens « Bố Đại ». L’idéogramme chinois 布袋 signifie « sac en toile » car il porte en général un sac sur l’épaule dans ses représentations classiques. Nous sommes donc loin du terme Bouddha qui signifie « l’éveillé »  désignant « celui qui s'est éveillé dans l'illumination.» que l’on qualifie comme  Siddhartha Gautama dans le bouddhisme chinois. Il n'appartent pas au bouddhisme thaï theravada, et est parfois considéré comme le « Maitreya », un mot sanscrit qui signifie « amical » ou « bienveillant ». Il caractérise le prochain Bouddha à venir ou à revenir  lorsque le dharma, l'enseignement du bouddha Siddhartha Gautama ou Sakyamuni, aura disparu. Il est le plus souvent représenté en train de sourire ou de rire, et les Chinois le surnomment parfois « le Bouddha riant » () ce qui peut d’ailleurs expliquer la confusion que font certains occidentaux avec Gautama Bouddha.

 

Selon la légende, Bùdài  était un moine excentrique qui aurait vécu en Chine sous la  dernière dynastie des Liang (907–923 ap. J.-C.). Il était originaire de Fenghua une ville du centre du pays. Tous le considéraient comme un homme bon. Différent de tous les autres moines, il était joyeux et riait souvent de bon cœur en rappelant à tous de profiter de la vie pour être heureux. Selon la légende, son sac était rempli de bonbons qu’il distribuait aux enfants qui l’adoraient et s’amusaient à tapoter sa bedaine. Selon d’autres légendes, il aurait été une réincarnation d’un dieu de la fertilité, son ventre symbolisant une récolte abondante.

 

Au cours d’ailleurs de l'histoire du bouddhisme japonais zen qui est mahayana, il y eut plusieurs personnalités remarquables dont on se souvient sous le nom de « bouddhas ».

 

Il est d’évidentes différences visuelles distinctes dans la représentation dont notre Bouddha et le Bouddha rieur font l’objet. Le Bouddha de nos temples présente toujours une figure hiératique sur un corps grand et élancé, souvent ascétique.

 

 

 

 

Nous sommes aux antipodes de ce poussah rigolard. Ces deux représentations sont le résultat idéal des traditions religieuses, culturelles et folkloriques qui se sont développées au cours des siècles.

 

 

 

 

QUI SONT LES « BOUDDHAS RIEURS » DE THAÏLANDE» ?

 

 

Chez les Chinois de souche.

 

 

 La présence de représentation de ce Bouddha rieur  en Thaïlande est constante dans les temples de bouddhisme chinois. L’origine chinoise de la population  y est massive et les temples de ceux qui ont conservé la religion de leurs ancêtres ne l’est pas moins. Nous le trouvons, que ce soit dans la statuaire, l’iconographie, les amulettes...

  

 

 

 

 ..ou les images pieuses. Il porte ici le nom de Phra Siariyamettrai (พระศรีอริยเมตไตรย) Nous le voyons en général entouré de deux Bodhisattvas (โพธิสัตว์), ainsi sur cette image pieuse répandue à profusion,  

 

 

. .. à gauche sur la photographie  Phra Photsatkuanim (พระโพธิสัตว์กวนอิม)

 

 

Temple chinois de Mukdahan :

 

 

 

 

et à droite  Phra Phutachikong  (พระพุธจี้กง).

 

 

 

 

Que ce soit dans le bouddhisme theravada ou le mahayana, il existe un grand nombre de Bodhisattvas. N’entrons pas dans des détails théologiques qui nous dépassent, ce sont des personnes qui sont en passe d’acquérir la sainteté, de devenir des Bouddhas à leur tour. En première analyse, ce sont des Phra Arahanta (พระอรหันต์), équivalents des saints chez les chrétiens.

 

 

 

Chez les bouddhistes thaïs.

 

 

Il existe une représentation très similaire qu’il ne faut pas confondre avec le Budaï Phra Siariyamettrai de Chine. Il est Phra Sangkatchai (พระสังกัจจายน์) et en pali Maha katchayonthera (มหากัจจายนเถระ) (Car originairement un compagnon de Bouddha). C’était  aussi un Arahanta dont le maître louait le talent pour expliquer le Dharma. Il était aussi d’une exceptionnelle beauté telle qu’il attirait les femmes et les hommes et que les créatures célestes et les disciples le comparaient à Bouddha. Indigné de cette comparaison, il décida alors de se transformer en un homme laid au corps exagérément gras.

 

 

 

 

Il est difficile de les distinguer. Si en général Phra Sangkatchai se trouve dans les temples bouddhistes thaïs et Budai dans les temples bouddhistes chinois qui sont faciles à reconnaître,

 

 

Temple chinois de Maenam (Kohsamui)

 

 

 

 

 

ils peuvent coexister pacifiquement dans des temples thaïs qui accueillent à la fois les bouddhistes locaux et les bouddhistes chinois. Phra Sangkatchai pour sa part porte sa robe à la façon bouddhiste theravada, pliées sur une épaule, l’autre à découvert

 

Budai porte les robes à la chinoise, couvrant les deux bras mais laissant la partie antérieure du haut du corps découverte

 

 

Budaï dans l'enceinte du temple bouddhiste thaï de Plailaem (Kohsamui) :

 

 

 

 

 

Singulière coexistence pacifique d’un bouddhisme theravada que l’on peut considérer comme orthodoxe et celle d’un bouddhisme mahayana, tardif que l’on peut considérer comme schismatique, une espèce de syncrétisme sans guerre de religion.

 

 

Mais quel que soit l'origine du « bouddha rieur », retenons qu'il représente surtout la générosité, la fortune et l'abondance, ce que tous ses fidèles espèrent.

 

 

 

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 22:01

 

 

L’histoire des monuments bouddhistes du Siam  (tamnan phrapphutthachedi sayam ตำนาน พระพุทธเจดีย์สยาม) est l’œuvre du Prince Damrong (Kromphraya Damrong Rachanupapกรมพระยาดำรงราชานุภาพ) qui fut diffusée en 1926 lors des  cérémonies de crémation de sa mère la princesse consort  Chaochommandachum (เจ้าจอมมารดาชุ่ม).

 

 

Une deuxième édition le fut ensuite en 1947 avec quelques modifications textuelles puis une troisième en 1960 comportant des notes du prince Diskul   (Chaosuphatdit  Ditkun - เจ้าสุภัทรดิศ ดิศกุล)

 

 

à l’occasion des cérémonies de crémation  du patriarche  Kromluang Wachirayannawong  (พระสังฆราชเจ้ากรมหลวงวชิรญาณวงศ์) .

 

 

 

 

C’est sous cette forme qu’il a été quelques fois réédité sans que ce soit devenu un succès de libraires (1). Le Prince chausse quelquefois, nous le verrons, les bottes du Roi Rama V son demi-frère qui lui aussi s’est intéressé à l’art ancien, peut-être lorsque le besoin politique s’en faisait sentir.

 

 

Cette chronique qui n’a à ce jour ne semble pas avoir été ni traduite, a été étudiée que récemment, en 2014 par Chatri Prakitnonthakan, un universitaire spécialiste de l’architecture thaïe de l’Université Silapakorn (2).

 

 

 

 

Même si elle ne constitue pas un premier ouvrage relatif à l’art bouddhiste au Siam – elle a le mérite de situer cette histoire dans un contexte  social et politique marqué par la transformation progressive du pays, état coutumier traditionnel  vers une monarchie absolue et centralisée à la fin du XIXe siècle. Il y eut d’autres ouvrages antérieurs mais concernant des lieux ou des monuments spécifiques ou des périodes précises (Dvaravati, Lopburi, Chiang Saen et Sukhothai). Elle est le premier aperçu historique systématique de toute l'histoire de l'art au Siam. Elle peut susciter par exemple des débats sur les années qui marquent le début et la fin de l'art du Dvaravati et l'ampleur de cette forme d'art mais pas sur les raisons socio-politiques pour lesquelles cette forme d’art et les suivantes sont devenues une réalité.

 

 

 

 

L’ouvrage, version 1926, comporte 526 pages, il est précédé d’une introduction du Prince Damrong et se termine par une série de quelques dizaines de photographies qui occupent une soixantaine de pages avec une  qualité aléatoire. Il comprend neuf chapitres (3). Le dernier porte le titre « Sur les monuments bouddhistes au Siam » (ว่าด้วยพุทธเจดีย์ในสยามประเทศ). Il est le plus important du livre (environ un tiers du texte). Il divise et différencie l'art du Siam en 7 périodes. Prince Damrong nous dit « En raison du fait que de nombreuses écoles de bouddhisme sont entrées au Siam aux différentes époques présentées au chapitre 8, les différentes formes de monuments bouddhistes qui apparaissent en Siam correspondent à 7 périodes »

 

 

Epoque Dvaravati  (สมัยทวาราวดี)

 

 

Epoque Srivijaya (สมัยศรีวิชัย)

 

 

Epoque Lopburi (สมัยลพบุรี)

 

 

Epoque  Chiang Saen  (สมัยเชียงแสน)

 

 

Epoque de  Sukhothai  (สมัยสุโขทัย)

 

 

Epoque d’Ayutthaya (สมัยศรีอยุธยา)

 

 

Epoque Rattanakosin (สมัยรัตนโกสินทร)

 

 

 

Cette division  temporelle est celle qui est en général retenue dans l’enseignement de l’histoire de l’art en Thaïlande. Elles peuvent évidemment se chevaucher. Or l’histoire de l’art est inséparable de l’histoire en ce qu’elle est l’apport de la mémoire du passé dans le présent. Son auteur doit alors sélectionner parmi une foule de faits ceux qu'il considère importants pour permettre aux contemporains de comprendre leur passé indissociable de leur présent. Il apparaît donc que l’auteur ne peut prétendre être totalement neutre ni dénuée de parti pris, ni  de préjugés de la classe à laquelle il appartient. Ce n’est pas un reproche fait au Prince Damrong, mais une constatation. L’ouvrage est significativement lié aux changements sociaux et politiques de son pays qui passa d’un état coutumier et- traditionnel au Siam à un État structuré sous forme de monarchie absolue dans la seconde moitié du XIXe siècle.

 

 

L’histoire de l’art au Siam avant le XXe siècle est essentiellement constituée de textes royaux ou de chroniques de style toujours hyperbolique comparant la beauté des œuvres d’art aux paradis célestes. D’autres, purement techniques, consistent en chroniques sur les travaux de restauration. On trouve encore des manuels d’artisans contenant des explications techniques mais aussi des considérations sur l'observation de moments propices et les cérémonies de propitiation connexes. D’autres enfin se rapprochent de ce que nous appelons l’histoire de l’art relatant le plus souvent l’histoire de reliques du Bouddha, légendes locales décrivant les origines de la construction d’importants chedis. Nous n’y trouvons que miracles dont la fonction est de relier le passé en renforçant la foi bouddhiste en créant une dimension sacrée autour de la relique de Bouddha contenue dans le Chedi. Nous avons déjà rencontré plusieurs de ces légendes qui tournent toutes autour de la construction d’un site religieux (4).

 

 

 

La nouvelle conception de l’histoire de l’art selon le Prince Damrong est la suite des  changements intervenus au Siam à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, période de passage à un État moderne. Ce processus a débuté sous le règne de Rama IV ...

 

 

 

....sous la pression du colonialisme associé au réveil du sentiment national et s’est concrétisé sous le règne de Rama V.

 

 

 

La conception de cet état national tourne autour de la réunion d’au moins trois paramètres fondamentaux : des frontières territoriales bien définies -  une histoire nationale et des symboles nationaux.

 

 

 

Les limites territoriales.

 

 

Les frontières de l'État siamois sont nées  de conflits territoriaux avec les puissances coloniales, France et Angleterre qui ont eu le résultat singulier de voir le pays amputé de pans entiers de ses territoires ...

 

 

 

 

  ... mais de renforcer son emprise sur des états tributaires aux limites de l’indépendance qui n’étaient rattachés que par des liens assez flous, tels que le Lanna et Pattani, auparavant autonomes et devenus partie intégrante de l’État siamois moderne dans la première moitié du XXe siècle.

 

 

 

 

Une  Histoire « nationale ».

 

 

La réunion à l’intérieur de frontières désormais assurées d’états anciennement vassaux jouissant d’une relative autonomie implique alors des droits souverains absolus du pouvoir central. Ces états, petits et grands, qui n’avaient jamais eu le sentiment d’appartenir à la même entité se trouvèrent réunis sous le nom de Siam.  Une fois tenus de vivre ensemble sous le statut de nation, la  création de la notion d'appartenance au même groupe s’impose. Nous voyons alors apparaître les récits historiques de la nation comme moyen de mélanger tous les peuples et territoires disparates et de les transformer en une masse homogène.

 

 

 

 

Les symboles.

 

 

Une fois que l'État eut des frontières bien définies et une histoire commune pour soutenir l'intégration dans une nation, l'exigence essentielle finale était constituée par les symboles nationaux. Cette nouvelle conception va entraîner des changements dans l’écriture de l’histoire de l’art quelque peu dégagée des légendes religieuses pour l’intégrer dans l’histoire au sens large même si le bouddhisme reste le ciment fondamental.

 

 

 

 

Tel est le sens de l’ouvrage du Prince Damrong qui tend à démontrer que l’histoire des monuments bouddhistes n’est qu’une composante de l’histoire du Siam.

 

 

 

 

A quelques nuances près, la division en sept périodes fait l’objet d’une adhésion par les historiens, pour ne citer que les Français, Georges Cœdès et Jean Boisselier  dans leur  étude de 1965 sur l’Histoire de l’art en Thaïlande à la différence que la période Chiang Saen  devient Chiang Saen  primitif, celle d’Ayutthaya devient Chiang Saen  tardif  et la période Rattanakosin devient U-Thong. Chatri Prakitnonthakan cite en ce sens d’autres historiens thaïs contemporains.

 

 

Des détails peuvent varier en termes de placement des œuvres d'art dans une période ou dans une autre, de la division en sous-périodes et du développement des formes d'art mais tous restent dans le cadre de la structure établie par le Prince Damrong.

 

 

 

 

Selon l’analyse de l’universitaire Chatri Prakitnonthakan (2) l’œuvre du Prince Damrong n’a pas été écrite seulement pour relater un passé artistique ou décrire  des œuvres d’art situées sur un territoire désormais fixé. Il a également le but de décrire une nation ancienne ayant une longue histoire à travers ses récits sur son art et son architecture. Il l’indique clairement et sans la moindre équivoque dans l’introduction de l’édition de 1926 dans une libre traduction : « Si j’écris ce livre décrivant les monuments bouddhistes siamois, il sera très utile  au moins de faire connaître le passé glorieux du Siam aux gens qui le liront  ».

 

 

 

 

Il a ensuite le but d’exposer l’histoire d’une nation ancienne pour légitimer, à travers l’histoire de son art, la création d’un état moderne qui a émergé dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du siècle suivant.

 

 

 

Dvaravati: l'art de la première période de l’existence du Siam.

 

 

 

 

Le prince Damrong nous dit que l'art de la période Dvaravati englobe les plus anciens monuments bouddhistes du pays, datant environ des années  500 de notre ère. Il était semblable à des formes d'art indien. Il aurait été un grand État couvrant de vastes zones de la partie centrale de la Thaïlande actuelle. Il a atteint Nakhon Ratchasima et Prachinburi, avec une implantation importante à Nakhon Pathom.

 

 

Bien que cet empire soit mal connu, les études universitaires contemporaines situent cette période entre les années 650-1050 de notre ère (5).

 

 

 

 

L'origine de l'art du Dvaravati était liée à la tentative de déclarer Nakhon Pathom comme centre du pays mythique de Suvarnaphum (สุวรรณภูมิ), oú  le roi Ashoka le Grand envoya des émissaires bouddhistes deux cent ans avant notre ère pour propager la religion bouddhiste. Cela ferait du Siam le premier et le plus ancien territoire où le bouddhisme se serait implanté. Cette théorie – qui n’est pas plus incohérente qu’une autre – remonte au Prince Chao Phraya Thiphakorawong (เจ้าพระยาทิพากรวงศ์มหาโกษาธิบดี),

 

 

 

 

...auteur d’une étude sur le Phra Pathom Chedi de Nakon Pathom. Il y écrit (cité par Chatri Prakitnonthakan) : «  Sa Majesté le roi Mongkut nous a fait remarquer qu'il y avait dans la ville de Nakhon Chaisi un grand chedi en forme de « prang sur le dessus et une base ronde en forme de cloche. L'examen a montré qu'il devait être construit il y a longtemps. … Avant de monter sur le trône, Sa Majesté avait fait plusieurs visites pour rendre hommage au chedi. Il était plus important que tous les autres chédis du Siam, selon les enquêtes menées dans tout le royaume, de Chiang Saen et Chiang Mai au nord,  à Nakhon Si Thammarat au sud, ainsi que dans les régions Lao et de Khmer à l'est. … Après examen, il semble être plus ancien que les autres chédis du Siam ».

 

 

 

Pour Rama IV l’existence de cette grande structure antique au milieu de la forêt avait une valeur et un sens pour l'identité de l'État siamois. C'était l'indication de la longue et glorieuse existence d’un pays qui avait adopté le bouddhisme dès l'époque du roi Ashoka le Grand. Dès sa montée sur le trône, il entreprit la restauration du Phra Pathom Chedi non seulement pour une simple restauration afin de perpétuer la religion mais perpétuer aussi la légende d’un passé glorieux confirmant les origines anciennes du Siam.

 

 

 

 

Rama V aussi considérait le Phra Pathom Chedi comme le plus ancien et le plus important monument du Siam qui, selon lui, recouvrait un territoire s’étendant au nord jusqu'à Chiang Saen et Chiang Mai, au sud jusqu'à Nakhon Si Thammarat et à l'est les régions isan (Lao et Khmer). Dans son esprit évidemment, le Siam était passé d’un état coutumier n’ayant aucune frontière physique à un état moderne dont la souveraineté s’étendait à l’intérieur de frontières déterminées. L’expression de la soumission au pouvoir du roi ne se faisait plus au moyen d’un don symbolique d’argent et d’or tous les 3 ans. 

 

 

La connaissance ultérieure de la période Dvaravati par des preuves archéologiques a conduit à la supposition puis à la conviction que l’empire Dvaravati avait pour centre la ville de Nakhon Pathom. Et en raison de son importance marquée  par le  premier chedi construit au Siam et de son lien historique avec la visite des émissaires bouddhistes envoyée par Ashoka le Grand, l'œuvre d'art de la période Dvaravati reflète les origines anciennes du Siam.

 

 

 

 

Cette constatation va légitimer l'annexion des États simplement vassaux  à partir du règne de Rama IV et surtout de Rama V. Elle va susciter la production d'œuvres d'histoire et d'histoire de l'art qui lui répondent.

 

 

 

Nécessité alors s’imposa de construire un nouvel imaginaire démontrant l'appartenance de tous à une même nation par l’élaboration d’une histoire nationale, mémoire commune d’un nouveau Siam que tous les habitants chériraient, conscients de leur identité. Ce fut évidemment la tâche du Prince Damrong « père de l’histoire thaïe » qui y intégra l'histoire de l'art.

 

 

 

 

L’art  de Lopburi.

 

 

On peut situer cette période entre le milieu du IXe siècle et le milieu du Xe. Le Prince Damrong écrit : « Les monuments bouddhistes de la période Lopburi étaient plus dispersés au Siam qu'à d'autres périodes, car ils étaient liés à l'art khom et continuaient à être construits lorsque le peuple khom est venu à la tête de ce pays ».

 

 

 

 

Le terrain est évidemment glissant.

 

 

Les Khmers étaient –ils des Khom (ขอม) ou les Khom étaient-ils une branche des Khmers (Khamen en thaï – เขมร) ? Un débat ethnique que nous nous garderons d’aborder. En tous cas le prince affirme que l'art de Lopburi se distingue de l'art khmer, ce qui reste bien problématique au niveau des caractéristiques distinctives qui le séparent ces formes d'art. Actuellement, les érudits préfèrent parler d’ « art khmer partagé» plutôt que d'art de Lopburi. Pour le Prince Damrong en tous cas, il faut clairement distinguer les deux formes d’art.

 

 

 

 

Le roi Rama V a rédigé une étude (en thaï, citée par Chatri Prakitnonthakan) sur le Wat Ratchathiwat (วัดราชาธิวาส) et son chedi identifié à l’art de Lopburi lorsqu’il le fit restaurer en 1908.

 

 

 

Au vu d’une analyse linguistique pour déterminer l’âge du temple il estima que celui-ci avait probablement été construit à l’époque de la ville de Lavo (aujourd’hui Lopburi), celle qui a précédé la fondation d’Ayutthaya, car à cette époque beaucoup de gens utilisaient le langage Khom. Il ne faut pas négliger le risque suscité par l’analyse du nom du temple, le terme de Khom pouvant laisser à penser qu’il était khmer sur un territoire khmer, ce qui aurait pu être utilisé par les revendications colonialistes puisque seulement deux ans avant l’article de Sa Majesté, en 1906, le Siam avait déjà conclu un traité avec la France lui remettant Battambang, Siem Reap et Sisophon incluant Angkor Vat et Angkor Thom, les deux centres politiques de l'ancien royaume khmer qui tombaient sous souveraineté française. Toutes les œuvres d'art de style khmer (ou khom) construites dans le nord-est de la Thaïlande ont d’ailleurs été identifiées par le colonel Lunet de Lajonquière comme « art khmer » à la fin du règne de Rama V (6), affirmant que la région où toute cette architecture de style khmer avait été construite avait été auparavant sur des territoires khmers ce qui aurait pu susciter des tentatives françaises d’une expansion coloniale à l’est du Siam.

 

 

Aussi le roi Rama V eut-il la précaution de préciser (cité par Chatri Prakitnonthakanque le mot Kampocha était celui d'un territoire de l'Inde centrale à l'époque de Bouddha situé entre l'Inde centrale et la Chine. Le pays de Kampoch réapparut plus tard. Ce nouveau Kampoch n’avait pas de capitale unique, mais comptait 7 royaumes qui s’étendaient jusqu’aux rives du Mékong dans les terres situées à l’extérieur ou au nord de Siam, à proximité de la Birmanie. Dans ces sept royaumes, chacun avait une capitale et une succession de dirigeants. Tous s'appelaient Kampoch. Les principaux dirigeants avaient généralement des relations amicales. La capitale que nous appelons Kampucha n’existait à cette époque que comme un royaume parmi les sept. Krung Si Ayutthaya s’étendait jusqu’à la mer dans le royaume de Lavo, qui était également l’un des sept royaumes. Les temples dont le nom est d’origine khom  étaient sous l’autorité du souverain de Lavo qui avait établi une ville royale à Lopburi avant que la capitale ait été déplacée et établie dans la vieille ville sur la rive ouest. Le nom en fut changé pour Krung Si Ayutthaya.

 

 

 

Ces explications assez tortueuses il faut le dire, tendent à prouver que, même si la langue khom  était pratiquée dans le royaume de Lavo,  Lavo était une ville indépendante à l’origine d'une dynastie qui s'est prolongée jusqu'à Ayutthaya. Cette dynastie était celle des ancêtres des rois d'Ayutthaya et de Bangkok et en aucun cas une dynastie royale des Khmers.

 

 

Ce texte royal est probablement à l’origine de l'expression « art de l'ère Lopburi » reprise par le Prince Damrong son demi-frère en 1926. Ainsi donc l'art produit dans les provinces du nord-est qui apparaissent de style khmer, n'étaient en fait pas dans une région sous contrôle politique des Khmers, mais constitue une classe d'œuvres d'art que l'on peut clairement distinguer en tant que tradition artistique sous l'autorité centrale de Lopburi.

 

 

Cette démonstration n’est-elle pas lumineuse ?

 

 

L’art de Chiang Saen .

 

 

 

 

Le prince Damrong nous dit qu'il y avait beaucoup d’œuvre d'art de Chiang Saen dans le royaume de Lanna (les provinces du nord d'aujourd'hui) vers 1050 de notre ère. Ceci s’explique du fait que cette région fut une terre appartenant à des Thaïs ayant fui le conflit armé avec les Chinois et appartenant à la même famille ethnique que les Thaïs. Ceux-ci ont alors émigré pour établir la ville-capitale  de Sukhothai.

 

 

Son interprétation est la suivante : Lorsque le premier groupe de Thaï est arrivé au Siam, ils ont migré en petits groupes. Pour s'installer n'importe où, ils ont accepté de se soumettre à l’ethnie qui administrait un pays. D'autres groupes ont suivi et le nombre des Thaïs a augmenté progressivement. Cette lignée a fini par devenir autonome à une époque indéterminée et établit une puissance indépendante d'abord sur le territoire de Sip Song Chao Thai, à proximité du Tonkin.

 

 

 

 

Ils ont ensuite envahi le territoire des Khom et se sont établis de manière indépendante dans le pays de Lanna, les provinces du nord d’aujourd’hui, et dans le pays du Lan Xang, aujourd’hui Luang Phrabang et Vientiane. Ils se sont ensuite établis à Sukhothai comme ville royale ayant autorité sur tout le pays du Siam vers 1250 de notre ère.

 

 

Donc, pour le Prince Damrong,  le Lanna et le Siam de Sukhothai étaient  peuplés d’ethnies thaïes. C'était une idée originale puisqu’il était habituel avant lui de considérer que le Lanna était lao. Mais la nécessité d’annexer le Lanna à l’époque de Rama V influença de toute évidence l’explication de l’art apparu sur son territoire liée à Sukhothai qui fut alors baptisé « art de Chiang Saen ».

 

 

Ancienne carte du Lanna  (1850  ?)

 

 

Un autre texte du roi Rama V (cité par Chatri Prakitnonthakan) date de 1917 et a été publié après sa mort. Il concerne l’importance du Phra Phuttha Chinnarat (พระพุทธชินราช) de Phitsanulok auquel il vouait un culte profond. Cette œuvre d’art aurait été produite par des artistes de Chiang Saen (de la dynastie de Chiang Rai) et non par des Lao comme il était généralement admis.

 

 

 

 

Cette représentation de Bouddha est dès lors un symbole réaffirmant le lien ancestral existant entre les habitants du Siam et ceux de Lanna d’autant que, toujours selon Rama V, le monarque sous le règne duquel la statue fut construite avait des rapports familiaux étroits avec les rois Naresuan et le roi Ekathotsarot par leur mère, la reine Wisutkasat (วิสุทธิกษัตรีย์), qui aurait été la fille du roi Maha Chakkraphat de la dynastie de Chiang Rai. 

 

 

 

Cette version de Rama V sur l'histoire du Phra Phuttha Chinnarat est une interprétation purement politique de l’histoire de l’art. Elle a conduit à la construction ultérieure d'une définition de l'art de Chiang Saen par le prince Damrong.

 

L'art de Chiang Saen, que certains universitaires appellent l'art du Lanna,  est peut être proche de l’art du Lan Xang  mais il n’en est pas pour autant lao tout comme celui de Lopburi n’est pas khmer !

 

 

 

L’art de Sukhothai, expression suprême de la Thai-ness.

 

 

 

 

L’incontestable et lumineuse beauté du Phra Phuttha Chinnarat  a été le début d'un processus qui a conduit plus tard à ce que d'autres formes d'art de Sukhothai aient un statut encore plus élevé que celles des périodes précédentes. Toutefois ni Rama V ni le prince Damrong  n'ont pas semblé attribuer un niveau d'importance particulier à l'histoire de Sukhothai, notamment par rapport à Rama IV Ce point est lié à l'idée de nationalisme qui a commencé surtout sous le règne de Rama VI et qui a conduit plus tard à la déclaration de Sukhothai comme première ville royale du peuple thaï.  Cependant, si le prince Damrong n’a pas élevé l’art de Sukhothai à un statut aussi élevé, il lui confère une période distincte de l’histoire de l’art.  Mais  il décrit des points intéressants qui pourraient conduire à considérer l’art de Sukhothai comme l’art idéal  comportant des caractéristiques que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Par exemple, lorsqu'il décrit le chedi appelé plus tard « chedi en forme de bourgeon de lotus », spécifique à Sukhothai, il écrit : « Un chedi de la période Sukhothai pour lequel il n'a pas encore été déterminé s'il s'agissait d'une nouvelle forme ou d'une forme imitée d’ailleurs, est construit avec 3 bases carrées superposées, sur lesquelles repose un corps à quatre côtés avec un sommet arrondi en forme de grain de riz ». Il nous parle encore de formes particulières d'images de Bouddha qui ont donné  naissance à un style de Sukhothai qui d'est largement répandu vers le nord et le sud, même si ces représentations étaient rarement aussi fines que les originaux.

 

 

 

 

Pour lui l’art de Sukhothai présente des particularités que l’on ne trouve nulle part   ailleurs, des monuments bouddhistes uniques et de toute beauté. En revanche, la description de l'art des autres périodes démontre l’existence de liens avec des formes d'art d'autres territoires, tels que l'art de Chiang Saen chevauchant celui de Lan Xang, l'art de Lopburi étant similaire à l'art khmer et l'art de Srivijaya appartenant à la même culture qu'à Java. Même l'art d'Ayutthaya présentait de nombreuses caractéristiques influencées par l'art khmer.

 

 

La description que nous donne le Prince Damrong de l’art de Sukhothai est tout simplement celle du modèle spécifique de la nation thaïe et la forme classique de l'art thaï.

 

Cet art a directement inspiré la galerie pourtournante du  temple  Phra Pathom Chedi (พระปฐมเจดีย์) de Nakhom Pathom (นครปฐม) à 50 km au sud-ouest de Bangkok qui est le lieu le plus vénéré et peut-être le plus ancien du bouddhisme thaï.  C’est sous le règne de feu le roi Rama IX que le temple devint le modèle de l’iconographie bouddhiste thaïe. Les quatre-vingt statues en bronze ont été offertes par de pieux bouddhistes en 1983-84. Elles sont toutes du style de Sukhothai. Parmi ces statues, soixante-six représentent divers épisodes de la vie de Bouddha, huit sont en relation avec chacun des jours de la semaine avec traditionnellement deux images pour le mercredi, l’une pour la journée, l’autre pour la nuit, concernant le jour de naissance des fidèles. Douze autres sont en relation avec les mois lunaires et douze autres encore en relation avec le cycle duodénaire. Sept encore évoquent les sept saints lieux où Bouddha résida dans les sept semaines après l’illumination. Elles sont toutes du style de Sukhotai. Le nombre de quatre-vingt évoque le nombre d’années (80) de l’ultime existence de Bouddha. Nous lui avons consacré un article (6).

 

 

 

L’œuvre du Prince Damrong même si elle peut susciter des critiques par un chauvinisme parfois un peu trop visible reste à ce jour l’une des œuvres de l'histoire de l’art les plus importantes dans le monde universitaire thaïlandais. Elle n’a à ce jour reçu que peu d’attention. Remercions Chatri Prakitnonthakan de nous l’avoir fait découvrir.

 

 

 

(1) L’édition de 1926 est numérisée intégralement sur le site américain archives.org :

https://archive.org/details/unset0000unse_e9h7

Elle est disponible également  numérisée sur le site de la bibliothèque Vajurayana  sans les photographies :

https://vajirayana.org/ตำนานพุทธเจดีย์

 

 

(2)  « Rethinking Tamnan Phutthachedi Siam :  The Rise of New Plot within Thai Art History » :

https://www.academia.edu/7485464/Rethinking_Tamnan_Phutthachedi_Siam_The_Rise_of_New_Plot_within_Thai_Art_History

 

(3) Les titres en sont les suivants :

Chapitre 1 - Sur la raison des monuments bouddhistes (ว่าด้วยมูลเหตุที่เกิดพุทธเจดีย์)

Chapitre 2 - Sur l’histoire des monuments bouddhistes  (ว่าด้วยประวัติพุทธเจดีย์)

Chapitre 3 – Sur l’histoire du bouddhisme (ว่าด้วยประวัติพุทธเจดีย์)

Chapitre 4 - Sur la raison de la représentation de Bouddha (ว่าด้วยพระพุทธรูปปางต่าง ๆ)

Chapitre 5 – Sur les Différentes postures des représentations de Bouddha  (ว่าด้วยพระพุทธรูปแลรูปพระโพธิสัตว์ซึ่งเกิดขึ้นในคติมหายาน)

Chapitre 6 - Sur les Images de Bouddha et de Bodhisattva dans la tradition mahayana (ว่าด้วยพระพุทธรูปแลรูปพระโพธิสัตว์ซึ่งเกิดขึ้นในคติมหายาน)

Chapitre 7  - Sur les monuments bouddhistes dans différents pays  (ว่าด้วยพุทธเจดีย์ในนานาประเทศ)

Chapitre 8 - Sur le bouddhisme au Siam

(ว่าด้วยพระพุทธสาสนาในประเทศสยาม)

Chapitre 9 -  Sur les monuments bouddhistes au Siam » (ว่าด้วยพุทธเจดีย์ในสยามประเทศ).

Si le dernier chapitre 9 qui est d’ailleurs le plus long -  est le plus intéressant pour nous, nous trouvons en particulier dans le chapitre 2 des explications sur l’origine de la construction des temples, ses images de Bouddha et des objets ayant un rapport artistique avec le bouddhisme depuis l’illumination de Bouddha.

Le chapitre 3 relate l'histoire du bouddhisme en Inde et son évolution, en soulignant la période d'Asoka le Grand qui fit du bouddhisme la principale religion de l'Inde et expliqua les objets d'art de cette époque.

Le chapitre 4 explique les origines et l'arrière-plan de la construction d'images de Bouddha en Inde.

Le chapitre 5 traite de la popularité des neuf postures de Bouddha et des huit formes de tablettes votives.

Le chapitre 6 traite de la division du bouddhisme en deux traditions, à savoir le Hinayana (Theravada) et le Mahayana, qui s'est étendu de l'Inde du Nord.

Le chapitre 7 explique les différentes formes artistiques de monuments bouddhistes dans différents pays, ainsi que leurs formes et caractéristiques distinctives.

Le chapitre 8 traite du bouddhisme au Siam en ses périodes successives.

(4) Voir nos nombreux articles :

 

A 213  - LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/c6a2632b59a60d269889a26c625734da339297b4

 

 

 

 

A 251 - LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

 

 

 

A 302 - LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE KANTARAWICHAI

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/4f42b76b2ac37ef36003e0b85e38540d8eb3840e

 

 

 

A 303 - LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE VIENTIANE ET UN TRÉSOR AU FOND DU MÉKONG.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-303-la-legende-des-trois-bouddhas-de-vientiane-et-un-tresor-au-fond-du-mekong.html

 

 

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

 

 

 

A 310 - NAKHON EKKACHATHITA, LA CITÉ KHMÈRE ENGLOUTIE DANS LE GRAND LAC DE SAKON NAKHON : MYTHE OU RÉALITÉ ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-309-nakhon-ekkachathita-la-cite-khmere-engloutie-dans-le-grand-lac-de-sakon-nakhon-mythe-ou-realite.html

 

 

 

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3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 22:01
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Cette question fit  l’objet de deux articles dont nous pouvions penser qu’ils n’avaient en 2019 d’autre intérêt qu’historique. Un premier article de B.J. Terwiel date de 1972 (1). L’autre de Ruengdej Srimuni est également daté de 1972 (2). Deux études universitaires récentes nous démontrent que le sujet est récurent. La première concerne la province de Suphanburi. Certes, nous ne sommes plus en Isan mais nous n’en sommes pas loin (3). Une dernière, en thaï, date du 22 mai 2019. Elle concerne la province de Surin (4).

 

 

Ces cinq préceptes sont – mutatis mutandis - l’équivalent des 10 commandements de la loi mosaïque mais en diffèrent fondamentalement.

 

 

 

D’une façon plus générale, leur connaissance n’est peut-être pas inutile à ceux qui s’intéressent au bouddhisme tel qu’il est pratiqué chez nous en dehors des bouddhistes « de comptoir » qui en réalité en ignorent tout

 

 

 

 

...ou par les intellectuels occidentaux en mal de spiritualité qui ne connaissent que le Bouddhisme du dalaï-lama à la tête d’un fonds de commerce plus ou moins ouvertement stipendié par la C.I.A et que les vrais bouddhistes thaïs considèrent comme un imposteur.

 

 

D’OÚ VIENNENT CES CINQ PRÉCEPTES ?

 

 

Constituant un principe de cohérence qui couvre toute la vie humaine, il importe de décrire rapidement leur histoire depuis l'époque de Bouddha.

 

 

Les théologiens bouddhistes constatent leur apparition sous le règne du roi Satisirat (พระเจ้าสมสติราช) dont la datation est incertaine. Ils seraient apparus progressivement au fil des siècles, chacun ayant une origine légendaire (5). Les premières mentions des cinq préceptes (Leur nom vient du pali : panca sikkhapadani ou panca sila) se trouvent dans les textes canoniques de la première tradition bouddhiste initialement répandus par tradition orale. Lorsque le bouddhisme s'est répandu dans diverses nations, l'utilisation de la panca silani s'est progressivement diversifiée, par exemple en Chine ou dans les régions où le bouddhisme est la religion d'État depuis des siècles comme la Thaïlande.

 

 

 

LA CÉRÉMONIE RITUELLE

 

 

Dans les régions rurales, la cérémonie rituelle de « Khosila » (ขอศีล ๕ demander à recevoir les cinq préceptes) est un événement courant : Toute personne qui participe aux offices religieux habituels, soit dans des lieux privés soit dans les monastères, aura la possibilité de recevoir les cinq préceptes plusieurs fois par an. Lors des plus grandes fêtes religieuses, les ordinations en particulier, la réception des  préceptes peut être donnée plusieurs fois par jour, chaque fois au début d'une nouvelle cérémonie. Chaque fois qu'un chapitre de moines et un groupe de laïcs se réunissent pour un service religieux, les cinq préceptes peuvent être donnés selon un très long rituel toujours immuable. Avant l’arrivée des moines, les laïcs préparent l'estrade sur laquelle les membres du sangha (สังฆะ - le mot est d’origine pali) vont s'asseoir en plaçant une image de Bouddha à une extrémité en disposant les tapis et les coussins à gauche de l'image. A l’arrivée des moines, ceux-ci se placeront près de la statue de Bouddha, les jeunes moines et les novices plus éloignés, si possible sur une seule rangée.

 

 

 

Dès que les anciens parmi les laïcs estiment que la cérémonie peut commencer, l’un d’autre eux attirera l'attention de chacun en leur demandant de prononcer d’une voix claire la formule sacramentelle par trois fois en pali (6). On peut la traduire comme suit même s’il y a des divergences,  mais la plus souvent utilisée dans la Thaïlande rurale est la suivante : « 0h vénérables, nous demandons chacun pour soi les cinq préceptes et le triple refuge » (7). Les trois refuges, ce sont les trois pierres précieuses du bouddhisme. En réponse à l'une ou l'autre de ces formules, un des moines les plus âgés récitera clairement et également trois fois une autre formule sacramentelle en pali (8) que l’on peut traduire comme suit : « Hommage au bienheureux, à l’omniscient, à l’éveillé ». Après chaque phrase, le moine s’arrête pour laisser aux fidèles le temps de répéter après lui. Ceci fait, les cinq préceptes sont alors proclamés, toujours en pali (9).

 

 

 

LES CINQ PRÉCEPTES.

 

 

Nous pouvons les traduire comme suit, l’ordre dans lequel ils sont prononcés semble bien traduire un ordre hiérarchique dans leur importance :

 

 

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir  de prendre la vie.

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir de prendre ce qui n'est pas donné.

Je m'engage à respecter  la règle de m’abstenir du plaisir sensuel déplacé.

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir de prononcer de faux discours.

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir d’absorber des substances intoxicantes qui font perdre la tranquillité de l’esprit.

 

 

 Il faut évidemment noter une subtilité certaine : « s'abstenir de prendre la vie »  n'est pas la même chose que « ne pas tuer », de même pour les quatre préceptes restants.

 

Nous trouvons une traduction tout aussi orthodoxe dans un catéchisme illustré à l’usage des jeunes gens, répandu dans les écoles :

 

 

Je m’engage à ne tuer ni animal ni une autre personne.

 

 

 

 

Je  m’engage à ne pas voler et ne pas utiliser d’autres personnes pour cela.

 

 

 

Je m’engage à refréner les désirs de ma chair.

 

 

 

 

Je m’engage à ne pas mentir, à ne pas tenir des propos vulgaires sans nécessité, ou des propos désobligeants pour les autres.

 

 

 

 

Je m’engage à m’abstenir des excès de boisson et des excès de nourriture.

 

 

 

 

Les explications alors données à ces jeunes sont les suivantes et relèvent d’un certain bon sens :

 

Ne tuer ni êtres humains ni animaux vous prolongera la vie, vous évitera souffrance et maladie et donne la vertu et la grâce,

Ne pas voler les richesses des autres vous rendra riche et vous procurera le bonheur en vous donnant envie de travailler avec conscience,

Ne pas commettre l’adultère vous rendra serein et tranquille, conservera la pureté des lignages et vous donnera le bonheur conjugal.

Ne pas mentir fera de vous un homme comblé, à la bouche d’or, aimé des autres qui vous considérerons comme celui qui dit la vérité.

Ne pas commettre d’excès de table et de boisson vous laissera l’esprit tranquille, vous donnera la sagesse, l’imagination et l’intelligence. Ne pas être intempérant vous évitera de tomber dans l’erreur ou dans le vice et vous fera connaître le bonheur. Ces cinq préceptes conduisent, avec un bon comportement à la félicité, avec un bon comportement à la richesse et au succès, il nous permettent de purifier notre comportement ».

 

 

Naturellement, tout au cours de la cérémonie, les laïcs sont assis, les mains jointes devant la poitrine, les pieds repliés vers l’arrière.

 

 

 

 

Lorsque le cinquième précepte a été récité et répété, le moine qui préside la récite solennellement les paroles suivantes que les laïcs doivent écouter avec respect, toujours  en pali (10). Nous pouvons les traduire comme suit :

 

 

En observant les cinq préceptes,

nous renaîtrons en bien dans une autre vie,

nous obtiendrons la richesse,

nous atteindrons le nirvana,

c’est pourquoi nous les respectons.

 

 

Lorsque ces psalmodies sont terminées, tous les laïcs inclinent la tête et lèvent leurs mains jointes vers le front.

 

 

 

LES IMPLICATONS DANS LES CAMPAGNES

 

 

La question que posent (irrévérencieusement) nos auteurs est de savoir si les laïcs qui s’engagent dans ces préceptes sont conscients de ce qu’ils impliquent et plus encore les enfants lorsqu’ils les apprennent dans les écoles. La réponse est évidemment positive pour les profanes adultes, en particulier les hommes qui ont passé au moins une saison des pluies dans le sangha ou pour les personnes âgées confites en dévotion comme les femmes.

 

 

Qu’en est-il au quotidien ?

 

 

Les exégètes détaillent ces commandements comme suit :

 

 

Le premier précepte est violé lorsque la vie est prise, vie humaine ou vie animale. Frapper un moustique ou tuer le germe dans un œuf sont des infractions. L’interdiction de tuer les animaux relève en la croyance en la métempsychose, la renaissance sous une autre vie et qui se cache derrière l’animal que l’on tue.

 

 

 

L’interdiction du vol est le second précepte. S’emparer de biens matériels contre la volonté de leur propriétaire légitime ou emprunter sans prendre la peine de demander le consentement du propriétaire en est une violation. On conçoit généralement que le jeu  d’argent relève de cette règle.

 

 

 

 

Le troisième précepte n'interdit pas seulement les manquements évidents à une conduite appropriée tels que l'adultère, l'inceste et le viol, mais interdit également les actes montrant l'intention de se comporter de façon licencieuse, comme flirter avec une femme  mariée.

 

 

 

 

Le quatrième précepte est plus facilement brisé. Il couvre un large éventail de faussetés, exagérations, insinuations, commérages, rires sans retenue, discours trompeurs, plaisanteries douteuses. Sa violation se joint au manquement à la parole donnée.

 

 

 

 

Le dernier des commandements interdit l’utilisation de boissons alcoolisées et de toutes les autres substances stupéfiantes telles que l’opium et les drogues, à moins  que ce soit à des fins médicinales.

 

 

 

 

Une parabole très répandue dans tous les ouvrages pieux illustre les conséquences néfastes de sa violation :

 

 

Il était une fois un homme de  bien qui menait une vie exemplaire. Un jour, il fut mis au défi de violer un seul précepte. Il pensa « Le premier précepte ne peut pas être rompu, j’ai une grande compassion pour tous les êtres vivant. En ce qui concerne le vol, non, je ne peux pas prendre ce qui n’est pas à moi, ce qui causerait un dommage à ma victime. Violer le troisième précepte est hors de question, tout comme le mensonge, j’y répugne. Par contre, violer le dernier précepte ne nuit à personne, sauf à ma santé et à ma lucidité. C’est donc celui-là que je vais enfreindre  en prenant des boissons alcoolisées ». Il prit une bouteille et se servit un verre, curieux de connaître le goût de cette liqueur interdite. Quand il a eu terminé le premier verre, considérant que cela ne lui avait fait aucun mal, il en goûta un peu plus. Lorsque la bouteille fut vide, il remarqua la femme de son voisin, émerveillé par son charme. Il marcha vers elle en titubant et tenta de la violer. Le mari vint alors à son secours, il le tua. Pour échapper à sa vindicte, il prit la fuite et se fit voleur de grands chemins. Telles sont les terribles conséquences de la violation de ce précepte ».

 

 

 

Il est permis de conclure que les habitants des zones rurales sont généralement bien conscients de la portée de leur promesse d'adhérer aux cinq préceptes, la question qui se pose est de savoir s’ils essaient de se comporter conformément à ces règles, et si elles exercent une influence marquée sur leur vie quotidienne.

 

 

Un crime, un meurtre, un vol ou un viol impliquent nécessairement une violation des préceptes. S'il était possible de prouver que ces crimes se produisent moins parmi les bouddhistes que parmi les non-bouddhistes, cela pourrait être une indication de l’influence du respect des cinq préceptes sur le comportement humain. Or, s’il existe des statistiques sur la criminalité en zone rurale en particulier, notamment dans les études récentes que nous avons visées (3) et (4) elles ne permettent pas de répondre à cette question. Dans quelle mesure l’abstention des crimes est-elle causée par la peur de violer un précepte ou par celle des lourdes sanctions  de la loi ?

 

 

 

 

Or, certains comportements impliquent la violation d’un précepte sans entraîner automatiquement une sanction pénale, par exemple les commérages, la consommation de boissons alcoolisées ou la mise à mort d'animaux. Une communauté sans commérages dépasse l’imagination. Et si les moines y échappent, cela peut faire partie du comportement poli  dans une société verticale et hiérarchisée, de personnes inférieures vis-à-vis de personnes supérieures. Faire des blagues sur une victime sans méfiance est appréciée de tous sauf peut-être de la victime. Le commerce est en soi une sorte de tromperie, mais tant qu’elle reste une forme légère, elle est admise bien qu’elle contrevienne à un précepte. Les boissons alcoolisées sont vendues sans limites et peuvent être consommées dans tous les cafés et restaurants. Les personnes en état d’ivresse ne sont pas rares. Sauf si un invité a un motif médical, il serait insultant pour l'hôte qui vous reçoit de refuser de partager un verre. Bien que la consommation d’alcool soit en principe interdite dans l’enceinte des temples, au cours de certaines grandes cérémonies communautaires, de nombreuses personnes boivent de l'alcool dans l'enceinte d'un monastère et de nombreuses processions ne seraient pas aussi gaies et spontanées sans le stimulant des boissons enivrantes.

 

 

Le comportement à l’égard des moustiques est impitoyable et l'agriculteur qui peut se permettre d'acheter un insecticide n'hésitera pas à traiter ses cultures, tuant ainsi des milliers de petites créatures vivantes. Le comportement à l'égard de la mise à mort d'animaux plus gros que des insectes s'accompagne toutefois d'une gêne marquée et souvent d’un voile hypocrite. Un écureuil sera piégé et tué car il dévore les meilleurs fruits. Un serpent venimeux sera tué à mort sans pitié comme les rats. Voile hypocrite ? Il est fréquent de voir un paysan à la pèche, il ne tuera pas le poisson tiré de son filet, il le laissera mourir hors de l'eau. Lorsque qu’un poulet doit être tué pour la consommation domestique, cela se fait en dehors de la maison, de sorte que l'esprit des ancêtres ne puisse assister à ce spectacle. Terwiel cite une anecdote significative : Un vieil homme discutait avec un moine. Quand celui-ci lui demanda comment il gagnait sa vie, il répondit « Je travaille sur l'eau ». Le moine pensa qu'il était un marin et lui demanda s'il appartenait à la marine ou s'il travaillait sur un navire marchand. Le vieil homme, gêné, expliqua qu'il était pêcheur et qu'il avait évité de le dire parce que ce n'était « pas bien de dire à un moine qu'on vit du poisson que l’on  tue ».

 

 

Les animaux plus gros que les poulets, comme les cochons et les buffles, ne sont généralement pas abattus par les agriculteurs. Souvent, lorsque les buffles sont trop vieux pour travailler, ils restent à la ferme jusqu'à leur mort. Les gros animaux sont souvent vendus à des bouchers professionnels. La plupart des agriculteurs hésitent à s’attirer le mauvais karma qu'un boucher accumule tout au long de sa vie. Il semble d’ailleurs que le personnel des gigantesques abattoirs, de Bangkok en particulier, soit systématiquement composé de chrétiens.

 

 

 

 

C’est donc le premier précepte, ne pas porter atteinte à la vie, que la population rurale dans son ensemble renonce à enfreindre. Faut-il y voir un symptôme dans le fait que lors des guerres féroces le vainqueur de massacre pas la population vaincue mais la conduit en esclavage dans son territoire ? Ne citons que les dizaines de milliers de captifs emmenés en captivité par les vainqueur Birmans lors de la chute d’Ayutthaya en 1767 et les Laos conduits de l’autre côté du Mékong après le sac de Vientiane par les Siamois en 1828.

 

 

Elle explique aussi incontestablement et sans qu’il n’existe de statistiques précises, le végétarisme qui est présent dans pratiquement toutes les cartes de restaurants sous deux formes, la première est le mangsawirat (มังสวิรัติ) qui est le végétarisme comme nous l’entendons en France le seconde est le che  (เจ) qui prohibe en sus de l’interdiction de consommer la viande, le lait, les œufs, les légumes à forte odeur (ail et oignon) sans que nous ayons trouvé la moindre explication à cette exclusion. La pratique du végétarisme chez les Thaïs ne relève certainement pas de fuligineuses considérations diététique mais tout simplement de scrupules religieux.

 

 

 

 

Il est plus facilement passé outre aux autres préceptes qui n’entraînent pas les lourdes sanctions du code pénal et ne sont pas incompatibles avec une vie quotidienne normale sans que cela manifeste une quelconque perversité. Après tout, il n’y a pas de réticence apparente à casser certains de ces préceptes. La raison principale pour laquelle la mise à mort d'animaux est entourée de manifestations de sentiments de culpabilité semble être la croyance aux répercussions sur le karma de cet acte. Les Jataka regorgent d'exemples de souffrances extrêmes infligées à la personne qui avait tué un animal dans une vie antérieure. Les axiomes concernant la renaissance, toujours vivaces, n'excluent pas la possibilité qu'un être humain puisse renaître sous la forme d'une poule, d'un chien, etc., ce qui ajoute au malaise quant au fait de tuer ces animaux.

 

 

Tous les Thaïs, petits et grands, connaissant l’histoire de Phra Malai (พระมาลัยบ)

 

 

 

 

...qui, sur le chemin de la visite rendue à Indra et bénéficiant de pouvoirs surnaturels dus aux mérites qu’il avait acquis, put visiter les enfers bouddhistes et notamment celui qui est réservé aux personnes ayant tué des animaux où ils souffrent d’épouvantables tourments, affligés des têtes  de leurs victimes, buffles, chats,  chiens, poulets et canards.

 

 

 

 

La crainte des conséquences néfastes sur le Karma est probablement tout aussi pesante que la peur de briser un précepte. Si les agriculteurs sont obligés de tuer les animaux pour vivre ou pour survivre et que cela entraîne un sentiment de culpabilité, s’ils peuvent commettre des infractions légères, plaisanter au détriment du voisin, abuser d’alcool lors des fêtes ou tenter le sort en jouant aux jeux d’argent, ils peuvent se racheter en acquérant des mérites, ce qui leur permettra de renaître dans une condition meilleure leur évitant devoir tuer des animaux, de chercher l’oubli dans l’ivresse ou la fortune à la loterie. L’acquisition de mérites,....

 

 

 

n’est-ce pas très exactement ce que l’Église catholique avait organisé avec le régime des indulgences, toujours en vigueur dans l’actuel code du droit canonique  ?

 

 

 

 

Les détails exégétiques détaillés par Terwiel en particulier montrent clairement que chaque précepte est interprété aussi largement que possible dans la mesure où ils sont, au quotidien, difficiles à observer scrupuleusement dans la lettre et dans l’esprit.

 

Les ressources de la casuistique sont inépuisables et les bouddhistes ne les ignorent pas.

 

Si le premier de leur commandement peut se résumer très simplement par ces mots « Vous ne tuerez point », il ne faut pas oublier qu’il fut aussi la première et l’unique défense que Dieu fit aux hommes ainsi que la rappelle la Genèse. Il devint non pas le premier mais le cinquième de la loi mosaïque, le décalogue, et maintes fois rappelé dans les évangiles. En dépit d’interprétations contraires, il n’interdit pas de tuer les animaux pour que l’homme les utilise pour se nourrir et se vêtir. Le Christ lui-même fit une pêche miraculeuse pour nourrir ses disciples.

 

 

Lorsque le christianisme se répandait dans l’Empire romain, ses adeptes se refusèrent à participer au service armé qu’ils devaient à l’empereur ce qui fut partiellement au moins  à l’origine des persécutions dont ils firent l’objet. Les pieux exégètes, Saint Augustin, lorsque l’Empire croulait devant les invasions barbares, développa alors la notion de « guerre juste » au bénéfice de laquelle on s’entre-tue encore au XXIe siècle.

 

Nécessité fit loi !

 

 

Il est en définitive difficile de savoir au vu des considérations de Terwiel et de Ruengdej Srimuni (1) et (2) si le respect par les Thaïs de ce code de bonne conduite - qui représente un fonds incompressible des règles nécessaires  à la vie en société depuis la nuit des temps – est le fruit de l’enseignement des cinq préceptes, du souci de vivre un bon Karma pour se réserver une nouvelle existence sous une autre forme, probablement des deux à la fois ou peut-être aussi plus concrètement de la peur du gendarme. Les deux études plus récentes (3) et (4) ne sont pas sans intérêt mais donnent surtout les statistiques de la criminalité que l’on trouve sans difficultés sur un site officiel (11).

 

Par exemple, Province de Kalasin, 2006-2015 :

 

 

Il est incontestable qu’il existe une délinquance en Thaïlande  ou, comme ailleurs, le juste pèche sept fois par jour (12). Il est en tous cas difficile de dire dans quelles mesures les préceptes religieux mettent un frein aux actes malfaisants.

 

 

NOTES

 

(1) « THE FIVE PRECEPTS AND RITUAL  IN RURAL THAILAND » publié dans le Journal de la Siam society, volume 60-1 de 1972).

 

(2) « Leadership and development in North East Thailand  », c’est une publication de l’Université anglaise de Durham qui consacre la seconde partie  de cette thèse à ce sujet.  Elle est disponible sur  Durham E-Theses Online:

http://etheses.dur.ac.uk/10250/

(3) Veridian E-Journal, Silpakorn University ISSN 1906 – 3431 International (Humanities, Social Sciences and Arts)  Volume 11 numéro  5  de juillet – décembre 2018 « A Study to Observance of Five Precepts Behavior of the Buddhists in Suphanburi Province ».

 

(4)  « A Study on the Practice of the Five Precepts Apply to Daily Life for The Buddhist way of Life School, Surin province », publication de l’Université Silapakorn, (Vol 6 ฉบับพิเศษ (2019): ปีที่ ๖ ฉบับพิเศษ เนื่องในงานพิธีปะจำปี ๒๕๖๒ระสาทปริญญา ปร)

 

(5) Voir le site (en thaï) : https://www.sanook.com/horoscope/98197/

 

(6) Mayam bhante visum visum rakkhanathaya tisaranena saha panca silanim : il peut y avoir des variantes signalées B.J. Terwiel (1) et Ruengdej Srimuni (2).

 

Le pali qui reste la langue sacrée du bouddhisme thaï s’écrit à l’aide de l’alphabet thaï simplifié : Il n’utilise que 33 consonnes au lieu de 44 et 8 voyelles au lieu de 32. Il comporte deux signes diacritiques spécifiques présents sur les claviers d’ordinateurs. Les livres de prière usuels (หนังสือสวดมนต์ - Nangsue Suatmon) comportent quelques lignes d’introduction pour expliquer l’utilisation des diacritiques, le texte pali transcrit en lettres thaïes sur la page de gauche et sa traduction en thaï en face sur la page de droite, très exactement comme les « Missiles des diocèses » latin-français avec que l’Eglise n’abandonne le latin.

 

 

 

(7) La cérémonie est longuement décrite et plus encore dans la notice พิธ๊แสดงตนเป็น พุทธมามกะ  (Phithi Buddhamamaka-Vidhi - Requesting to declare as a Buddhist – Comment se déclarer bouddhiste)  in www.suddhavasa.org

Il est en anglais, donne la transcription du pali en caractères romains et sa transcription en caractères thaïs.

 

(8) namo tassa bhagavato arahato samma sambuddhassa

 

(9)

Panatipata wérama sikkhapathang samathiyami
Atinthana wéramani sikkhapathang  samathiyami
Kamésoumittchadjara  wéramani sikkhapathang  samathiyami
Mousawatha  wéramani sikkhapathang  samathiyami
Wéramani sikkhapathang  samathiyami

 

(10)

imani panca sikkhapadani

silena sugatim yanti

silena bhogasampada

sliena nibbutim yanti

tasma silam visodhaye.

 

(11) http://service.nso.go.th/nso/web/statseries/statseries13.html

 

(12) «  Car sept fois le juste tombe, et il se relève, Mais les méchants sont précipités dans le malheur » (Proverbes – 24 – 16).

 

 

 

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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 22:13

 

Imprégné d’hindouisme et de brahmanisme, les cérémonies de couronnement du roi Vajiralongkorn se sont déroulées du 4 au 6 mai 2019.

 

Le dernier couronnement dont peuvent se souvenir les plus âgés des Thaïlandais, fut celui de son père qui s’est déroulé le 5 mai 1950 alors qu’il n’avait que 23 ans, le monarque actuel né le lundi 28 juillet 1952 en a 67. Le choix de cette date est bien évidement symbolique.

 

La décision a été officiellement prise par le premier ministre Prayut a la tête du comité d’organisation le 1er janvier dernier. Un budget de 1 milliard de bahts a été programmé, environ 30 millions d’euros. Le lundi 6 mai devient désormais jour de fête nationale.  Les trajets en métro aérien et en métro furent gratuits pour tous les 5 et 6 mai. Tous les grands magasins du pays diffusèrent de la musique et des chansons célébrant la monarchie et le nouveau roi. Beaucoup d’habitants portaient du jaune que ce soit spontané ou à l’ « instigation » des employeurs.

 

 

Le jaune est la couleur du lundi, elle était celle du défunt roi Rama X, né le lundi 5 décembre 1927, elle est désormais celle du nouveau souverain.

 

 

Notre propos n’est pas de faire un reportage sur ces cérémonies fastueuses. Elles ont été sur-médiatisées par les médias locaux bien évidemment mais aussi par la presse, la télévision, les blogs et les forums francophones. Les Français qui se disent républicains et se flattent souvent (mais souvent à tort) d’être les héritiers du « siècle des lumières » mais manifestent un goût douteux pour les fastes monarchiques. Il y a toutefois un épisode dans ces cérémonies  - peut-être le plus important - qui a retenu notre attention et méritait quelques lignes d’explication.

 

 

Le rituel compliqué des cérémonies a été longuement expliqué et décrit par Quaritch Wales, conseiller très proche de Rama VI et de Rama VII. Il a assisté à toutes les cérémonies du couronnement de Rama VII et recueilli de multiples éléments sur les précédents couronnements de la dynastie (1). Rien n’a guère changé.

 

Nous n'avons de photographies qu'à partir du couronnement de Rama IV. Rama VIII a été assassiné avant les cérémonies :

 

 

Le rite symboliquement le plus important n’est pas le couronnement mais le rite préalable de la « purification et de l’onction à l’eau lustrale » qui est « le sacre », précédant les cérémonies proprement dites plus spectaculaire, il est brahmanique. Il fait à lui seul du roi le roi légitime de Thaïlande. L’eau lustrale provenait initialement des 5 plus grandes rivières du pays, mais  pour le sacre du roi Rama IX l’eau sacrée provint de 126 sources de toutes les provinces. Le roi vêtu de blanc couleur de la pureté, reçut l’onction de l’eau sacrée de 8 des plus hauts personnages représentant l’élite du pays. Ils sont stationnés aux huit points cardinaux autour du roi, représentant géographiquement et symboliquement  l’ensemble du pays. Le choix de ces personnages qui sont censés représenter la Thaïlande est lourd de signification, à la fois par leurs qualités personnelles et par l’ordre dans lequel la presse les a présentés et qui correspond – semble-t-il – à un choix hiérarchique.

 

 

Les deux premiers sont membres de la famille royale et portent par droit de naissance le titre de Momchao (หม่อมเจ้า) qui est le moins élevé dans la complexe hiérarchie des titres portés par les descendants de Rama V. Ils sont de la lignée des Yugala (ou Youkhonยุคล) issus du prince Thikhamphon (ou Dighambara ทิฆัมพร) 45e fils de Rama V et d’une épouse très secondaire (2).

 

 

Le premier est le prince Mongkolchalerm Yugala (หม่อมเจ้ามงคลเฉลิม ยุคล) qui fit une carrière purement civile et fut directeur de la Bangkok Bank. Né le 31 décembre 1936, ce n’est plus en enfant.

 

 

Le second est un petit neveu du précédent, le prince Chalermsuk Yugala (เฉลิมศึกยุคล) qui fit une carrière militaire sans faste particulier. Né le 24 octobre 1950, il est de la génération du roi son petit cousin. Il est difficile de savoir ce qui a guidé le roi dans ce choix. Fut-il dans son enfance l’un de ses cousins préféré ? Ce qui est certain en tous cas est qu’il met la descendance de son arrière-grand-père Rama V au sommet de la hiérarchie.

 

 

Le troisième est le vieux Prem Tinsulanonda toujours vaillant (เปรม ติณสูลานนท์) qui marche allègrement sur ses 99 ans, il est né le 26 août 1920. Fidèle d’entre les fidèles, ancien premier ministre de 1980 à 1988, ancien régent, toujours président du  conseil privé. Sa carrière politique l’a toujours emporté sur ses activités militaires qui furent brèves sur le terrain.

 

 

Le quatrième est l’actuel président de l’Assemblée nationale Phonphet  Wichitchonchai (พรเพชร วิชิตชลชัย). Né le 1er août 1948 à Bangkok, c’est un homme de loi avant tout, magistrat de haut niveau.

 

 

 

 

Le cinquième est le président de la Cour suprême, Chip Chulamon (ชีพ จุลมนต์). Né le 16 février 1954, c’est également un juriste qui a fait toute sa  carrière dans le droit.

 

 

 

Le sixième est un ancien enseignant Charat  Suwanwela (จรัส สุวรรณเวลา) qui n’est plus un bambin non plus, il est né le 1er mai 1932. Sa carrière fut toujours universitaire, président de l’Université Prince de Songkla puis président de l’Université Chulalongkorn.

 

 

Le pénultième est le général Prayut Chan-Ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา) l’actuel premier ministre qu’il est inutile de présenter à nos lecteurs.

 

 

Anuphong Phaochinda (อนุพงษ์ เผ่าจินดา) le dernier et le plus jeune puisqu’il est né le 10 octobre 1949.

 

 

Il fut commandant en chef de l'armée royale de 2007 jusqu'à sa retraite, le 30 septembre 2009. Il fut l’un des membres clefs du groupe qui organisa le coup d’état de 2006 contre le gouvernement intérimaire du Premier ministre Thaksin Shinawat.

 

 

Il nous semble difficile de ne pas donner un sens à ce choix des 8 personnes représentant l’« élite » du pays.

 

La priorité donnée à la famille royale fut marquée le lendemain de la cérémonie lorsque le roi fit tomber sur les membres de la famille royale une pluie de titres et de décorations. Seule en fut exclue sa grande sœur, la princesse Ubonratana (อุบลรัตน) qui l'a tout de même embrassé lors des cérémonies ultérieures, mais cela semble être ce qu'elle souhaitait. En février, le Thai Raksachart Party (พรรคไทยรักษาชาติ), associé à Thaksin, l’avait désignée comme candidate au poste de Premier ministre, ce que le roi avait fort peu apprécié, en déclarant cette décision comme inconstitutionnelle et inappropriée, titrée ou pas, elle restait membre de la famille royale.

 

 

Le choix de Prem Tinsulanonda est celui du respect manifesté au plus ancien des serviteurs de son père, tout comme le choix de la date des cérémonies est un hommage à son père.

 

Les trois autres dignitaires sont pour deux d’entre eux des juristes de très haut niveau et le troisième un enseignant qui atteignit le sommet d’une carrière universitaire à la tête de l’université la plus prestigieuse du pays.

 

Bien que les militaires chevronnés soient les derniers de la liste, peut-être est-il prématuré de s’écrier comme Cicéron  aux sénateurs : « Cedant arma togae » !

 

 

En dehors du chef actuel de la junte, le général Prayut, le général Anuphong Phaochinda, adversaire acharné du clan Thaksin va nous permettre de finir non pas en chansons mais en poésie ! Interrogé par la BBC, l’ancien premier ministre toujours en fuite a déclaré le 26 mars « qui aime le pays, aime le peuple et aime le roi ». Quelques jours plus tard, le 30 mars, le roi a annulé toutes les décorations royales dont il avait été doté. Cela coupe évidemment court aux rumeurs qui avaient circulé dans « les milieux généralement bien informés » que le roi, lorsqu’il n’était pas encore roi mais seulement héritier présomptif, était « en rapports avec Thaksin » et à ceux qui ont circulé ultérieurement toujours dans « les milieux généralement bien informés » qu’il aurait été « en négociation avec la junte ».

 

Thaksin n’est pourtant pas rancunier puisqu’il a posté sur son compte Twitter le 4 mai un  post  comportant le portrait du roi avec la légende :

เนื่อง ในโอกาสพระราชพิธิบรมราชภิเษกล

พุทธศักราช ๒๕๖๒

ขอพระองค์ทรงพระเจริญ

ด้วยเกล้า ด้วยกระหม่อุม ขอเดชะ

ข้าพระพุทธเจ้า ดร. ทักสินขินวัตร

 

A l'occasion du couronnement

En l’année 2562

Longue vie au roi !

Avec mon plus profond respect, Moi, docteur Thaksin Chinawat.

A 317- LE RITUEL DE L’ONCTION SACRÉE À L’EAU LUSTRALE AVANT LES CÉRÉMONIES DU COURONNEMENT DU ROI RAMA X.

Boileau ne fit pas mieux dans la flagornerie la plus vile et nous n’avons pas compétence pour apprécier sur le plan poétique le talent de l’ancien premier ministre qui parait toutefois un peu mince.

 

 

La déclaration que fit le roi nouvellement oint est concordante avec celle de feu son père qui avait déclaré lors de son couronnement: «Je gouvernerai ce pays avec justice pour le bonheur du peuple thaïlandais ». Tel est le souhait de tous ses sujets.

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Quartich Wale « Siamese state ceremonies - their history and function », Londres, 1931 et « Supplementary notes on siamese state ceremonies », même année.

 

(2) http://members.iinet.net.au/~royalty/states/thailand/thailand_yugala.html

 

(3) pic.twitter.com/J9fHnt9e1W

 

 

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 22:49

 

Le jour du nouvel an bouddhiste en Thaïlande et au Laos (songkran –  intervient en fonction du calendrier lunaire traditionnel, il est le jour le plus chaud de la saison sèche et varie selon les années du 12 au 15 avril, 5e mois du calendrier lunaire, cette année, 1381 selon le calendrier Chakri, 2562 selon le calendrier bouddhiste, le 14 avril 2019 pour nous. (1) Il est également le jour de passage du soleil dans le signe zodiacal du bélier.

 

 

Pour des raisons de simplification administrative, les fêtes de nouvel an sont désormais fixées les 13, 14 et 15 avril. Nous avons parlé à diverses reprises de cette grande fête bouddhiste, de ses rituels anciens toujours vivants au moins dans le pays profond (2) et de ses formes contemporaines qui donnent malheureusement lieu à des débordements auxquels les étrangers, touristes ou résidents, se croient obligés de participer (3)

 

 

Le jour du nouvel an enfin est placé sous le patronage de l’une des sept déesses de Songkran (เจ็ดนางสงกรานต์), cette année celle du dimanche, Thungsathévi (นางทุงสะเทวี) (4).

 

 

En dehors de ces rites et festivités, il s’attache à cette période la tradition de la confection de douceurs que l’on ne trouve guère pendant les autres périodes de l’année (5). Les postes royales ont d'ailleurs consacré une très belle émission de timbres-poste en début d’année à cinq desserts traditionnels.

 

 

Ils constituent une tradition culinaire transmise dans les familles de génération en génération. Ils sont de belle apparence, tous colorés, tout en douceur, de consistance crémeuse, souvent à partir de lait de noix de coco fraîchement pressées, riches en couleurs et en goût. Ils sont plus spécialement spécifiques aux fêtes religieuses majeures, l’une des plus importantes étant le nouvel an bouddhiste.

 

 

Voici les six plus fréquents, namdokmai (น้ำดอกไม้ – eau de fleurs), khanomkong (ขนมกง - gâteau rond), thiankaeo (เทียนแก้ว – la bougie de verre), wunlukchub (วุ้นลูกชุบ - boule de douceur), chomuang (ช่อม่วง – bouquet violet), bulandunmek (บุหลันดันเมฃ - bourgeon de mai).

 

 

Notre traduction évidemment approximative de ces noms imagés, ainsi que les photographies ne nous donnent pas plus de détails sur leur composition, parfois surprenante. Nous vous en donnons toutefois une brève description étant précisé qu’il y a probablement autant de recettes que de maîtresses de maison (แม่บ้าน – maeban) et qu’elles varient aussi selon les régions. Les recettes proprement dites se trouvent sur de nombreux sites Internet mais ne les cherchez ni en anglais et encore mois en français !

 

 

Namdokmai également appelé khanom Chakna (น้ำดอกไม้ขนมชักหน้า) :

 

Il est à base d’eau de fleur de jasmin (dont la confection est similaire à celle de notre eau de fleur d’oranger), de sucre, de farine de riz et d’eau. Les colorants, quand ils ne sont pas artificiels, sont, pour le vert des feuilles de pandan (ปะหนัน - Pandanus tectorius)

 

 

ou pour le bleu des fleurs de pois-bleu (ดอก อันชัน - dok anchan) dont le nom latin est évocateur : Clitoria ternatea.

 

 

C’est celle qui colore le fameux riz bleu. Nous les retrouverons dans les autres recettes.

 

 

Khanomkong (ขนมกง).

Il est composé de graines de pois verts en farine (ถั่วเขียว – thuakhiao), phaseolus radiatus dans la nomenclature scientifique-

 

 

et de graines de sésame et d’oignon, grillés et moulus, de lait de coco (กะทิ - kathi), de sucre de canne et de sucre de palme.

 

 

Thiankaeo (เทียนแก้ว)

 

Il est également composé de pois verts en farine, d’eau de fleur de jasmin et de sucre, le tout est cuit à la vapeur dans des feuilles de bananier.

 

 

Wunlukchub (วุ้นลูกชุบ)

 

Nous retrouvons comme ingrédients de base les pois verts cuits à la vapeur et moulus, le sucre, le lait de coco et une cuillère de sel.

 

 

Chomuang (ช่อม่วง) 

 

La base est la farine de riz, l’amidon (tapioca), la farine de Thaoyaimom (ท้าวยายม่อม) alias Tacca leontopetaloides, du jus de citron, de l’eau de fleurs de pois bleus, du lait de coco, du sel et de l’huile végétale. La cuisson se fait à la poêle et non à la vapeur.

 

 

Bulandunmek (บุหลันดันเมฃ)

 

La base en est encore la farine de riz, la farine de pois verts, le sucre, l’eau de fleur de jasmin, les fleurs de pois bleus, des jaunes d’œufs et naturellement, ne l’oublions pas, du sucre en quantité. La cuisson se fait à la vapeur.

 

 

 

Essayons de comparer ce qui peut l’être sans excès de chauvinisme. On peut convenir que la tradition pâtissière française est la meilleure au monde et, qu'après elle, vient l’Italie puis la Suisse. Ses ingrédients de base sont la farine, les œufs, le beurre, un liquide, de l'eau ou du lait, le sucre et souvent une pincée de sel. La tradition siamoise est différente, si la farine de blé est remplacée par celle de riz et le lait par le lait de coco, les œufs n’interviennent que dans une seule de ces recettes, les colorants ne sont là que pour le plaisir des yeux mais le sucre, qu’il soit de canne ou de palme, est utilisé de façon surabondante ce qui les rend pour certains écœurants. Il manque surtout – ce qui est essentiel à l’art du pâtissier – la cuisson au four. Le four est un instrument de cuisson inconnu de la tradition locale (6).

 

 

Ces desserts relèvent de la confiserie dont la bonbonnerie à laquelle ils appartiennent, est le triomphe.

 

N’oublions pas que c’est au début du XVIIIème siècle seulement que la Cour royale , avant la population fut initiée aux délices des pâtisseries occidentales venues des lointaines origines portugaises de celle qui est toujours « la Reine des desserts thaïlandais » (rachinihaengkhanomthai - ราชินีแห่งขนมไทย) (7).

 

 

NOTES

 

(1) Plus exactement le dimanche 14 avril à 15 heures, 14 minutes et 24 secondes.

(2) Voir notre article A146 « Les Fêtes de Songkran ... Il y a 100 ans » : 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html 

 

(3) Voir notre article A103 « Songkran, le nouvel an thaï entre tradition et modernité » : 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a103-songhran-le-nouvel-an-thailandais-entre-tradition-et-modernite-117050328.html 

 

(4) Voir notre article A 215 « เจ็ดนางสงกรานต์ : La légende des « sept déesses de songkran » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-215-la-legende-des-sept-deesses-de-songkran.html 

 

La déesse du dimanche porte des fleurs de grenadier derrière les oreilles, un rubis comme bijou, elle tient un disque dans la main droite et une conque dans la gauche. Elle chevauche un Garuda.

 

(5) Il en est de même en France où les pâtissiers ne confectionnent guère de bûches qu’à la période de noël, de galettes des rois qu’à l’époque de l’Épiphanie et d’œufs en chocolat qu’à la période de Pâques. Les bonnes ménagères confectionneront des crêpes qu’à la Chandeleur.

 

(6) La cuisson de la pâtisserie dans le four qui n’est pas celui du boulanger est une opération délicate qui apparente le travail de l’artisan à celui d’un alchimiste. C’est de là qu’elle tient sa qualité et sa valeur. Traditionnellement et avant l’utilisation d’un thermomètre, les pâtissiers dosaient la température en cinq étapes. Le four chauffé au maximum était le four chaud et ne pouvait être utilisé que 10 minutes après avoir été éteint et uniquement pour le pain. Une heure après, le four gai était utilisé pour la confection de certaines pâtisseries. Deux ou trois heures après le four chaud , le four devenait four doux ou modéré était réservé à d’autres pâtisseries. Quatre heures après le premier, c’était le four mou encore réservé à d’autres pâtisseries et cinq heures après le premier, le four perdu qui servait plus à dessécher qu’à cuire. Ainsi procédait d’expérience de grand Carême qui ne possédait pas de thermostat (« Le pâtissier royal parisien » est de 1815).

 

 

(7) Voir notre article A 265 « Maria Guimar, épouse de Constantin Phaulkon et reine des desserts thaïlandais » :

 

 

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20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 19:57
Dessin d'un élève de Kermit Krueger

Dessin d'un élève de Kermit Krueger

« L’histoire du Siam est faite de légendes » écrivait en 1854 Monseigneur Pallegoix qui connaissait fort bien le pays où il était déjà depuis un quart de siècle, bénéficiant de la royale amitié de Rama IV.

 

Nous vous en avons conté quelques-unes, de celles qui tournent autour d’un trésor mythique, statues de Bouddha en or massif, accumulation de métaux précieux ou plus concrètement, trésor de l’or blanc qu’est le sel (1).

 

 

Nous connaissons le temple de Phra That Phanom sur les murs duquel se trouvaient de singulières fresques, aujourd’hui disparues après l’effondrement de l’ancien Stupa, représentant des voyageurs hollandais, découverte que nous devons à notre ami Jean-Michel Strobino (2)

 

Relation du voyage de Francis Garnier (dessin de 1868) :

 

 

et par une autre légende, celle du fabuleux trésor enfoui dans ses fondations (3). Il est l’un des monuments les plus vénérés du pays et un lieu de pèlerinage privilégié dans l’Isan autant que dans le Laos : N’oublions pas qu’il se situe dans ce qu’on appelait autrefois le « Laos siamois » qui n’est plus à l’intérieur des frontières du laos actuel. Sa vénération y est attestée depuis le XVIe siècle au moins.

 

 

Nous devons à Kermit Krueger, ce volontaire bénévole du Corps de la paix américain  (Peace corps volonteer) qui enseigna au Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 une autre légende encore vivante dans la mémoire des populations locales relative à ce haut-lieu du bouddhisme  Isan-Lao. Elle a été recueillie auprès de ses élèves, qui ont dû l'écrire en anglais comme exercice et a été publiée sous le titre « le Temple du respect » (The Temple of Respect) (4). Nous vous la livrons aujourd’hui.

 

 

Encore une légende, direz-vous ?

 

« Quand la légende dépasse la réalité, c’est la légende qu’on retient » (5).

 

LA LÉGENDE DU « TEMPLE DU RESPECT »

 

Le temple de That Phanom est le temple le plus important du nord-est de la Thaïlande.  Une grande partie de l'histoire de ce temple n'est que légende et personne ne connaît son âge exact. 

 

 

Il y a des centaines d'années, avant qu'il y ait de grands pays comme aujourd’hui, chaque ville était sa propre nation. Une ville avait parfois un roi plus puissant que ses voisins et qui gouvernait trois ou quatre autres villes. Mais le plus souvent aucune de ces villes n’était capable de dominer les autres. Ces cités pouvaient œuvrer de concert pour se protéger contre un ennemi extérieur ou échanger des denrées et autres produits. C’est ainsi que débuta l’histoire du temple.

 

Il y avait à cette époque quatre rois qui régnaient sur des cités proches du Mékong. Parfois, l’un était plus puissant que les autres, parfois aucun ne l’était. Ils  décidèrent un jour de se réunir.

 

L’un d’entre eux qui était à l’origine de cette conférence au sommet dit :«  Mon pays a besoin de riz mais nous avons d’autres produits que nous pouvons troquer contre votre riz. Il y a de nombreuses années, nous nous sommes affrontés. Mon peuple souhaite entretenir des relations amicales avec les vôtres ». Un autre roi fit également part du souci de son peuple de vivre en paix. Que faire ? Un troisième eut alors une pieuse idée : « Construisons un temple. Chacun d’entre nous en construira un quart. Cela montrera à nos sujets que nous pouvons travailler ensemble. Et si nous pouvons travailler ensemble, ils comprendront que tous peuvent vivre en parfaite amitié ».

 

 

Ainsi firent-ils. Pendant plusieurs mois, ils cherchèrent un lieu propice. Au bout d’un certain temps, l’un d’entre eux déclara au cours d’une nouvelle réunion : « J'ai trouvé l’endroit exact, il est au sommet d’une petite colline. Allons-y ensemble ». Cette colline était isolée et couverte de forêts. Elle convenait à leur dessein. « C'est convenu. C’est ici que nous allons construire le temple ». Celui dont la cité était au nord construisit donc le mur nord. Celui dont la cité était à l’est construisit donc le mur est, il en fut de même pour celui dont la ville était à l’ouest et pour celui dont la ville était au sud.

 

 

Leur temple était construit en forme de grotte. Quand il fut terminé, chaque roi apporta des bijoux, des pierres précieuses, de l’or et de l’argent pour les offrir au nouveau temple. « Nous savons maintenant que nous pouvons travailler ensemble, puisque nous avons construit ce temple ensemble. Nos dons montreront que nous pouvons également nous faire une confiance mutuelle ». Quand tous les cadeaux furent sur place, la porte du temple fut fermée et scellée à la grande joie et la grande fierté de tous.

 

Dessins extraits du site https://www.thailandguru.com/leisure-day-nakhon-phanom-chedi.html :

 

Le premier Stupa  construit en 535 avant Jésus-Christ

 

 

Sa reconstitution contemporaine : 

 

 

Transformation 500 ans avant Jésus-Christ

 

 

De 1609 à 1692 :

 

 

1941-1942 :

 

 

Les écritures bouddhistes nous apprennent que lorsque Bouddha mourut, les prêtres prirent des fragments de ses os et les transportèrent dans toute l’Asie afin que chacun de ces reliques soient placées dans un temple. Leur présence devait rappeler aux populations la  nécessité de maintenir leur foi dans les enseignements de Bouddha.

 

 

Les écritures bouddhistes nous apprennent encore que l’un de ces prêtres avait avec lui un fragment du sternum du maître qu’il avait emporté dans le nord-est de la Thaïlande. Il voulait construire un temple dans cette partie du monde pour en faire le plus grand centre du bouddhisme. Alors qu’il errait dans cette région, il se rendit sur la colline, vit le temple nouvellement construit symbole de l’union des quatre villes et se dit : « C'est là où je construirai mon temple. Ces rois sont de fervents bouddhistes et s’ils ont coopéré à la construction de leur temple, je sens qu’ils coopéreront également pour construire le mien ». Il se rendit donc auprès de chacun d’eux, leur montra la relique et leur dit « J’ai vu votre temple sur la colline. Je voudrais que vous m’aidiez à construire le mien ». Ils tombèrent d’accord et au milieu de leur temple, ils construisirent un stupa pour qu’il le domine la colline et, en son sein, ils placèrent la relique de Bouddha.

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม  - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

Très vite, le temple devint célèbre dans toute la région et de nombreuses personnes venaient y rendre un culte mais il n’avait pas de nom et beaucoup pensaient que celui de Temple sur la montagne n’était pas séant. Au bout d’un certain temps, et compte tenu du caractère éminemment sacré des lieux et de leur fréquentation par des pèlerins qui priaient à la manière bouddhiste, la tête inclinée et les mains jointes en forme de fleur de lotus (en thaï  phanomพนม), l’usage fit alors que le temple fut appelé « le temple du respect » (พระธาตุพนม phra that phanom). Il continue à porter ce nom qui devint ensuite celui de la province et de sa capitale, Nakhon Phanom (นครพนม).

 

 

Les écoliers de Kermit Krueger ...

 

 

concluent ainsi « Mais tout cela ne sont que légendes, car il n’y a pas d’histoire des temps anciens. Bien des années plus tard, les gens ont commencé à écrire l'histoire du temple. Il faut donc croire les récits de sa construction ».

 

 

 

QUELQUES  OBSERVATIONS

 

 

1) Cette version légendaire dissipe pour nous un doute sémantique : on lit volontiers (Guides plus ou moins sérieux ou Wikipédia) que Phanom en thaï signifie « la montagne », c’est exact mais ce peut n’être aussi qu’une simple colline voire un tertre ou une butte. Mais c’est également le « salut que l’on fait les mains jointes élevées en forme de lotus pour manifester le respect » (définition du dictionnaire de l’Académie Royale). S’il y eut un jour un tertre ou une colline (?) ce n’est pas le cas aujourd’hui car il n’y a pas la moindre colline, le stupa n’étant élevé au niveau du dessus du sol que par quelques marches. La désignation de « temple du respect » donnée par nos écoliers est donc la seule pertinente. Nous pourrions l’appeler également « temple des mains jointes ». Compte tenu des circonstances de la construction, il aurait également pu être baptisé « temple du respect et de l’amitié ».

 

 

2) La légende rejoint-elle la réalité ? Le temple et son stupa ont fait l’objet de nombreuses et fort érudites études. Nous avons cité la description qu’en fit le premier. Francis Garnier plus d’un siècle avant l’effondrement de 1975 relatant la légende de la construction du temple au vu d’une Chronique royale du Cambodge du lettré Nong dont l’historicité est plus ou moins douteuse (3).

 

 

Cette légende fait état de l’intervention collective de plusieurs monarques. Ainsi fait la tradition orale venue des siècles précédents et transmise par nos écoliers de Mahasarakham. Peut-on dater cette construction ?

 

Il existe une chronique de That Phanom d’origine aléatoire et obscure, dont une recension a été effectuée par le vénérable Phra Deba Ratanamoli, abbé du temple en 1969. Les circonstances de la première apparition de cette chronique sous forme de manuscrit sont autant un sujet de spéculation que les origines du sanctuaire lui-même. Une traduction commentée a été effectuée et publiée en 1976. C’est relativement chaotique surtout en ce qui concerne les origines contemporaines de Bouddha (6). Le premier abbé dont l’existence semble historiquement assurée aurait été désigné en 1668 ainsi  que celle de ses successeurs sous la juridiction desquels furent effectués les multiples embellissements et exhaussements successifs probablement partiellement responsables en dehors des éléments naturels de l’écroulement de l’édifice en 1975 (7).

 

 

Une récente étude de Michel Lorillard repose sur de méticuleuses et très scientifiques observations qui ne contredisent pas notre légende (8). Il a étudié de nombreux sites s'inscrivant dans une échelle chronologique comprise entre le VIIe et le XIIIe siècle et donnant un éclairage inédit sur le processus d'« indianisation » de la vallée moyenne du Mékong. Des vestiges étudiés par lui dans le bassin inférieur de la rivière Sé Bang Fai (เซบั้งไฟ) au Laos rejoignent d’autres vestiges sur la rive siamoise situés à quelques kilomètres en amont, en aval, à l’est et à l’ouest de That Phanom qu’il considère comme jumeaux, tous vestiges môns et pré angkoriens ou angkoriens compte non tenu des vestiges qui subsistent sur le site même de notre temple. Il y a probablement un lien entre tous ces sites. Des sema (les pierres sacrées) situés dans l’enceinte du temple seraient originaires de quatre villes indiennes, au début de l'ère bouddhique ? « Les éléments de la légende sont ici présentés comme des événements historiques » nous dit Michel Lorillard.

 

 

Notre propos n’était pas de faire œuvre d’érudition ce qui dépasse nos compétences mais simplement de rapporter une légende que connaissaient par tradition familiale des gamins des années 60, aujourd’hui adultes, relative à un lieu de culte symbole majeur de l’identité de l’Isan. Ils témoignent d’un monde traditionnel disparu ou en voie de disparition où les valeurs étaient d’autant plus fortes que l’existence était rude. Ils sont aujourd’hui des anciens qui représentent une richesse et une sagesse que seuls l’âge et l’expérience procurent. 

 

L’un de ses élèves dit un jour à Krueger  « comment les archéologues et les savants peuvent-ils savoir ? Ils n’ont pas passé leur vie ici. Ceux qui y ont vécu nous l’ont dit, nos parents, nos grands-parents qui le tenaient de leurs grands-parents et des grands- parents de leurs grands-parents… »  

 

Certes quand la légende dépasse la réalité, c’est la légende qu’on retient mais nous ajouterons « plus encore quand la légende est belle ». L’histoire de l’amitié entre quatre roitelets d’une époque assurément très ancienne, ayant construit un temple magnifique au centre géométrique de leurs royaumes ne méritait-elle pas d’être rappelé.

 

 

 

NOTES

 

(1) Quelques histoires de trésors dans nos articles :

De l’or

R2. 84 « LE TRESOR ENGLOUTI DE LA 1ERE AMBASSADE DU ROI NARAÏ AUPRÈS DE LOUIS XIV EN 1681 ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

A 302 « LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE KANTARAWICHAI »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-302-la-legende-des-trois-bouddhas-de-kantarawichai.html

A 303  « LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE VIENTIANE ET UN TRÉSOR AU FOND DU MÉKONG ».

Du sel

A 300 « LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-300-la-legende-insolite-de-la-decouverte-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

« LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/la-legende-insolite-de-la-decouverte-des-vertus-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

(2) « DES HOLLANDAIS DU WAT PA KE DE LUANG PRABANG AUX HOLLANDAIS DU TEMPLE DE THAT PHANOM EN ISAN (NORD-EST) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/des-hollandais-du-wat-pa-ke-de-luang-prabang-aux-hollandais-du-temple-de-that-phanom-en-isan-nord-est.html

(3) « A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

 

 

(4) https://isaanrecord.com/2016/03/29/special-isaan-folk-tales-part-six/

 

(5) C’est la phrase mythique du film de John Ford  « L’homme qui tua Liberty Valance » (The Man who shot Liberty Valance).

 

 

(6) James B. Pruess « THE THAT PHANOM CHRONICLE - A SHRINE HISTORY AND ITS INTERPRETATION » - Publication de THE CORNELL UNIVERSITY - SOUTHEAST ASIA PROGRAM  : Data Paper No. 104, Southeast Asia Program, Cornell University Ithaca, N.Y.; Cornell University, novembre 1976; 76 pp.

 

(7) Ne regardons pas ces ajouts d’un œil critique. Les occidentaux n’ont rien à leur envier : Les architectes revendiquent les grandes hauteurs réservées à des édifices à forte valeur symbolique ou de prestige. Ces bravades ont entraîné la déviation de la tour de Pise au XIIe siècle

 

 

et au siècle suivant l’effondrement du chœur de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais. L’effondrement des Twin Towers le 11 septembre 2001, symboles de l'activité des milieux d'affaires internationaux au cœur de New York, n’a guère suscité de commentaires sur le fait pourtant évident que la chute d'un gratte-ciel signifie aussi que l'architecture, même la plus audacieuse et la mieux maîtrisée au point de vue technique, n'est pas à l'abri d'un accident naturel, comme un séisme ou une inondation, ou d'un attentat.

 

 

(8) Michel Lorrillard « Par-delà Vat Phu. Données nouvelles sur l'expansion des espaces khmer et môn anciens au Laos », In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient. Tome 97-98, 2010. pp. 205-270.

                        

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4 mars 2019 1 04 /03 /mars /2019 22:29

 

 

Nous connaissons l’histoire tumultueuse du Bouddha d’émeraude, palladium de la Thaïlande, ramené de la ville de Vientiane par le général Chao Phraya Chakri  dont il s’empara en 1778 avant de mettre la ville à sac et de devenir 4 ans plus tard fondateur de l’actuelle dynastie. Une légende lui attribue aussi la prise de trois autres précieuses statues de Bouddha. D’autres sources non moins légendaires attribuent toutefois cette prise de guerre au sac de Vientiane en 1827 sous le règne de Rama III. Nous sommes une fois de plus aux confins de l’histoire et de la légende. (Nous reviendrons in fine sur ces sources que nous avons utilisées)

 

 

« Il était une fois, il y a bien longtemps », un roi au Laos avait trois très belles filles. Toutes trois adoraient leur père et voulurent marquer leur affection de façon durable.

 

 

 

 

Selon certaines sources, ce roi aurait été Chaiyachetthathirat (ไชยเชษฐาธิราช) des l’un des plus grands monarque du Lan Chang (Laos)  de 1548 à 1571, année de sa mort et qui régnait également sur le Lanna (Chiangmaï).

 

 

 

 

Chacune fit sculpter une statue du Bouddha. Elles étaient superbes et pendant de longues années, on vint de tout le Laos pour les admirer.

 

 

 

De nombreuses années plus tard, le Laos entra en guerre contre le Siam sous le règne de Setthathirat III. Le Siam triompha. Quand le vainqueur parvint à Vientiane, il vit les trois statues et les trouva si belles qu’il décida de les ramener dans son pays. Il les fit mettre dans des chars à bœufs jusque sur les rives du Mékong pour leur faire traverser la rivière en barque.

 

Lors de ce passage, il s’éleva une violente tempête et une barque chavira avec une  statue.

 

 

 

 

Les deux autres parvinrent jusqu’à Nongkhai où elles furent conservées et vénérées pendant de longues années.

 

 

 

Elles portent le nom de chacune des trois filles, Phra Sœm l’aînée (พระเสริม), Phra Suk (พระสุก) pour la seconde et Phra Sai (พระสายน์) pour la dernière. La statue de Phra Suk est perdue à jamais au fond du fleuve jalousement gardée par les Nagas qui souhaitaient le conserver. Pour certains en effet, les Nagas avaient voulu retrouver Suk qui aurait été elle-même  Naga dans une précédente existence ! Nul ne s’est jamais avisé d’aller la rechercher.

 

 

 

UN PREMIER TEMPLE CONSTRUIT À NONGKHAI POUR ACCUEILLIR LES STATUES

 

 

Un temple fut construit sur l’emplacement d’un ancien temple abandonné connu sous le nom de Wat Phi Phio (วัดผีผิว) : La date exacte de sa construction est inconnue mais elle est attribuée au prince Thao Suwuthatham alias Boonma (ท้าวสุวอธรรมา  - บุญมา), gouverneur de la ville à l’époque du sac de Vientiane sous le règne du roi Lao Anuwong ,donc non pas lors du pillage de 1778 mais de celui de 39 ans postérieur.

 

 

 

Les statues auraient été placées initialement dans le temple Wat Hokong (วัดหอก่อง) mais durent être déplacées lors d’un séisme qui endommagea le bâtiment. Elles ne furent pas endommagées, et certains considérèrent que ce fut un miracle et d’autres qu’elles avaient provoqué le séisme pour montrer qu’elles souhaitaient aller dans un autre temple, Wat Hokong étant trop modeste pour les accueillir. Il fut décidé de la construction d’un nouveau temple à l’emplacement du Wat Phi Phio qui était abandonné des moines mais où se trouvait encore un très vénéré chedi. Il fut donc décidé de le restaurer et de la rebaptiser Wat Phochai.

 

 

 

La décision définitive du gouverneur fut prise après consultation du moine le plus ancien de la ville Thanya khrulakkham (ท่านญาครูหลักคำ). La consécration du temple aurait eu lieu le 21 février 1828. Quelque temps après, survint ce qui fut considéré comme un miracle consécutif à cette consécration, une éclipse solaire le 4 mars 1829. Le temple abritait alors les deux statues, Phra Sœm  et Phra Sai et connut un grand essor.

 

 

 

Le Wat Hokong  est aujourd’hui le Wat  Praditthammakhun  (วัดประดิษฐ์ธรรมคุณ).

 

 

En raison de sa position stratégique au bord de Mékong, il fut le premier à accueillir sur les terres siamoises les deux Bouddhas sacrés avant d’être transférés au Wat Phochai Wat Pho Chai tout proche. De ce récit historique (ou de ces légendes) et de ses suites, la chapelle d’ordination, l’Ubosot  garde un souvenir précieux, avec des peintures relatant cet événement.

 

 

Elles se trouvent sous le porche d’entrée, mais aussi sous un pavillon ouvert à côté de l’Ubosot qui fait face au Mékong. Un pavillon accueille les répliques des trois bouddhas y compris le dernier des trois ayant disparu dans les tréfonds du Mékong lors de son acheminement vers Nong Khai.

 

 

Il s’agit certes de copies mais qui ont le mérite d’être beaucoup plus faciles à admirer que les deux originaux de Nongkhai et de Bangkok dont l’approche est pratiquement impossible.

 

 

UN NOUVEAU MIRACLE

 

Lorsque Mongkut devint roi du Siam en 1851 après de longues années passées sous la robe de moine, il désira que les deux statues dont il connaissait l’existence  soient conduites à Bangkok.

 

 

 

Elles furent placées sur deux chars à bœuf et commençèrent le long voyage vers Bangkok. Elles n’avaient pas quitté la ville que l’essieu de l’un des chars se brisa et que la statue tomba sur le sol. Les spectateurs et les habitants s’opposèrent alors avec vigueur à ce qu’elle soit chargée sur un autre véhicule : « Phrasai a manifesté sa volonté de rester à Nongkhai, il a accompli un miracle en brisant l’essieu pour montrer qu’il ne veut pas aller à Bangkok ». Ne sachant que faire, les serviteurs du roi s’empressèrent d’aller raconter cette aventure à Rama IV. Celui-ci convint alors que la statue avait manifesté  miraculeusement son désir de reste à Nongkhai et s’inclina devant ce signe du ciel.

 

 

 

Phrasai : La statue est actuellement connue sous le nom de Luang Pho Phra Sai (หลวงพ่อพระสายน์). Située dans la chapelle d’ordination du Wat Phochai  (วัดโพธิ์ชัย) qui a rang de temple royal  (พระอารามหลวง), elle serait partiellement de bronze doré sinon totalement en or massif avec un chef en or massif orné de rubis. Les peintures murales relatent en particulier son périple. Elle a des pouvoirs miraculeux essentiellement celui de faire tomber la pluie. Chaque année, le jour de la pleine lune du septième mois lunaire, les habitants de Nong Khai organisent comme en bien d’autres endroits de l’Isan le festival des fusées (Bunbangfai - บุญ บั้งไฟ) pour vénérer   Phra Sai au Wat Pho Chai.

 

 

 

PHRA SŒM À BANGKOK

 

La dernière statue,

 

 

...celle de la sœur aînée, a donc atteint Bangkok et se trouve au Wat Pathum Wanaram (วัดปทุมวนาราม).

 

 

Ce temple fut fondé en 1857 par le roi Mongkut. Les cendres des membres de la famille royale thaïlandaise dans la lignée du prince Mahidol Adulyadej y sont inhumées. Curieusement, il ne s’y attache aucune légende, aucune vision prémonitoire, aucun miracle. Est-ce bien sûr ? En 2010, lors de la répression sanglante des manifestations des Chemises rouges, il fut considéré comme une « zone de sécurité » permettant aux blessés de recevoir les premiers soins en échappant à la mitraille, un miracle en quelque sorte !

 

 

QUE CONCLURE ?

 

Nous nous trouvons une fois encore entre une histoire vraie et la légende dont les versions varient en fonction des mémoires. Deux de ces trois statues existent, elles sont bien du style du Lan Chang du XVIe, l’existence d’une troisième reste aléatoire  et si elle a existé elle était probablement similaire aux deux autres, à savoir: environ 70 centimètres de haut composée en tout ou en partie d’or avec des incrustations de pierres précieuses.

 

La date de la venue de ces statues au Siam reste incertaine ;  Firent-elles partie du butin du premier sac de 1778 ou du second de 1827 ? La chronologie n’est pas le souci essentiel des narrateurs thaïs. Il n’y a pourtant qu’un peu plus ou un peu moins de 200 ans, ce qui est dérisoire à l’échelle de l’histoire. Et comme toujours, nous trouvons une tempête miraculeuse due à l’intervention des Nagas pour accueillir l’une de leurs sœurs, un accident providentiel survenu à l’un des chars, un tremblement de terre et éclipse de soleil, comme toujours  le merveilleux mêlé au réel.

 

     NOS SOURCES

 

Nous avons puisé dans le récit que notre Américain volontaire du Corps de la Paix  Kermit Krueger a recueilli auprès de ses élèves du Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 (4). Il a été publié sur le site

https://isaanrecord.com/

 

D’autres sources plus précises mais souvent plus ou moins contradictoires sont essentiellement en thaï, citons en quelques-unes :

https://th.wikipedia.org/wiki/พระเสริ

https://th.wikipedia.org/wiki/พระใส

https://board.postjung.com/748899

https://www.posttoday.com/dhamma/35116

http://www.dhammajak.net/forums/viewtopic.php?f=24&t=47732

https://www.thairath.co.th/content/84624

https://www.dmc.tv/pages/scoop/bangfai_payanaka4.html

https://talk.mthai.com/inbox/2039.html

Et une page « facebook » également en thaï intitulée ตำนาน  (« légendes »)

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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 22:07

 

 

Kantarawichai (กันทรวิชัย) est un district (amphoe) de la province de Mahasarakham dont le centre est une petite ville sur la route de Kalasin. Il comprend 10 sous-districts (tambon) et 183 villages. Peuplé d’environ 85.000 habitants (chiffres de 2018), la région nous semble d’une grande piété puisque nous y relevons 78 temples ce qui est largement supérieur à la moyenne nationale (1).

 

 

 

Deux d’entre eux, en dehors de tout circuit touristique sont particulièrement vénérés des populations de la région pour abriter l’un et l’autre chacun une très ancienne statue de Bouddha debout en grès rouge de l’ère Dvaravati, toutes deux invoquées par les dévots pour avoir la vertu d’écarter la sécheresse (2). La première est celle du Phra Phutta Mingmuang (พระพุทธมิ่งเมือง) ou Phraphuttharup Suwanmali พระพุทธรูปสุวรรมาลี)

 

 

 

 

dans l’enceinte du wat Suwannas (วัดสุวรรณาวาส) au cœur du chef–lieu de district, dont la construction ne semble pas avoir plus d’un siècle.

 

 

 

 

L’autre représentation est appelée le Phra Phutta Mongkon (พระพุทธมงคล Bouddha de bon augure) ou Phra yun (พระยืน Bouddha debout) au sud, en direction de Mahasarakham dans le village de Ban Sa (บ้านสระ)

 

 

 

 

et dans l’enceinte du temple appelé wat Phrayun (วัดพระยืน) ou wat Phra Phutta Mongkon (วัดพระพุทธมงคล), également de construction beaucoup plus récente que la statue qu’il abrite.

 

 

 

Nous savons en réalité peu de choses de l’histoire de ce district. L’histoire de l’Isan n’a été écrite que tardivement, elle n’est pas en contradiction avec les traditions orales  transmises par ses habitants qui la complètent.

 

 

LES CHRONIQUES DES PROVINCES DU NORD-EST

(พงษาวดารหัวเมืองมณฑลอิสาณ).

 

Elles furent publiées en 1916 (3) : Le district aurait été créé en 1328 de l’ère bouddhiste soit 785 de notre ère sous le nom de Khanthathirat (คันธาธิราช). Elles furent dirigées alors par un seigneur malfaisant appelé Thao Linjong (ท้าวลินจง le seigneur Linjong) qui fit périr son père Thao Linthong  (ท้าวลินทอง le seigneur Linthong) sous la torture mais ne put prendre sa place et conserver le pouvoir. La ville fut alors désertée pendant 1089 ans (ce qui nous conduit en 1874) et reconstruite et repeuplée sous le règne de Rama V sous le nom de « mueang Khanthawichai » (เมืองคันธาวิชัย) devenue Khantarawichai. La chronique est malheureusement muette sur l’histoire de ces deux vénérables statues et plus encore sur celle de la mystérieuse troisième.

 

 

 

 

LES TRADITIONS LOCALES

Elles ont été recueillies auprès de ses élèves par Kermit Krueger, ce volontaire bénévole du Corps de la paix américain (Peace corps volonteer) qui enseigna au Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 (4).  Elles ont été publiées sur le site https://isaanrecord.com/

 

Elles complètent ce que nous a appris la Chronique en y ajoutant peut-être l’histoire de ce merveilleux trésor que serait la  troisième statue de Bouddha.

 

 

 

Il y a des centaines d'années, le nord-est était dirigé par des princes cambodgiens  avant que les Thaïlandais ne viennent s’y installer (5). Kantarawichai était alors une ville très importante dirigée par le prince Phranong Phratumman qui avait de l’une de ses épouses un fils appelé Tao Singh Toh aussi méchant que cruel. Son père  connaissant sa malfaisance voulait éviter qu’il ne prenne sa suite. Sachant cela, Tao Singh Toh ordonna à ses hommes de s’emparer de son père et de le jeter en prison. Les soldats, craignant sa férocité, lui obéirent. Tao Singh Toh se proclama alors prince de Kantarawichai en affirmant que son père avait été enfermé en raison de sa perversité.

 

 

 

Mais la population qui connaissait la bonté de son père, ne le crut pas. Tao Singh Toh souhaitait la mort de son père mais il avait peur de le tuer. Il imagina alors de le priver de nourriture pour qu’il meure de faim sans être lui-même responsable de sa mort. Il interdit donc toute visite autre que celle sa mère, épouse du prisonnier. Lorsque celle-ci rendit visite à son mari, elle lui apporta de la nourriture. Sachant cela, Tao Singh Toh lui interdit de rendre visite à son père avant trente jours. Son père, déjà affaibli, sentit la mort approcher. Il fit alors appeler son fils et lui dit « Je vais bientôt mourir et tu seras prince de Kantarawichai. Mais tout ce que tu feras sera maudit ». Trois jours plus tard le prince mourut. Tao Sing Toh triomphait mais il était furieux contre sa mère et ordonna à se troupes de la tuer. Mais par la suite, toutes ses actions, même bonnes se transformaient en catastrophes  ou en échec comme le lui avait promis son père. La population se gaussait de lui constatant qu’il ne pouvait rien faire de  bien ou de bon ou de beau. Tao Singh Toh eut alors honte de lui-même et regretta sa cruauté envers ses parents. Il n’eut pas d’autre solution que de consulter un astrologue

 

 

 

 

Celui-ci lui dit «Tu as été mauvais et tu es puni. Tu dois construire deux statues du Bouddha. L'un sera pour ton père, et l'autre sera pour ta mère. Elles devront être superbes et installées en deux  endroits différents. Quand tu les auras construites, tu auras démontré que tu aimais tes parents et ta malédiction disparaîtra ». Tao Singh Toh le crut et fit construire les deux statues avec beaucoup de soin. Celle destinée à son père fut installée au cœur de la ville et celle destinée à sa mère à la périphérie. Cela ne suffit toutefois pas à rendre Tao Singh Toh heureux car il était conscient qu’il avait mené une vie infâme. Il demanda alors à son peuple, lorsqu’il mourrait, de l'ensevelir dans une forêt éloignée de la ville et sur sa tombe, de construire une autre statue du Bouddha. C’est ce qu’ils firent en l’enterrant dans la forêt et en édifiant sur sa tombe une statue d'un Bouddha couché. La forêt reçut le nom de « forêt du Bouddha couché » mais son emplacement s’est perdu. Beaucoup croient que la statue est en or mais tous redoutent de la rechercher car elle recouvre la malédiction de l’esprit malfaisant et diabolique de Tao Singh Toh qui vit toujours dans la tombe. La légende veut que celui qui verrait la statue doive mourir le jour même. Il y a quelques années à peine (6) trois ou quatre hommes de Bangkok se sont rendus dans la forêt pour trouver la statue. Revenus le soir, ils dirent « Nous avons trouvé la statue du Bouddha couché. Elle est en or. Nous vous conduirons la voir demain ». Ils moururent dans la nuit.

 

 

 

Que devons-nous penser ? Les Chroniques rédigées au début du siècle dernier par un haut fonctionnaire n’ont pu l’être, faute du moindre document écrit, autrement qu’au vu des souvenirs recueillis auprès des populations locales. L’auteur ne donne pas ses sources. Les souvenirs recueillis par l’Américain auprès de ses élèves 60 ans plus tard ont la même portée même s’ils sont beaucoup plus précis. Les Chroniques s‘étalent sur 164 pages mais toutes ne sont pas consacrées à notre modeste district. Les chronologies ne sont pas contradictoires avec la légende. L’existence d’un prince malfaisant capable de faire assassiner ses parents ne dénote pas avec les mœurs de l’époque. La similitude entre les deux statues de Bouddha qui sont de toute évidence de la même facture rend plausible l’hypothèse d’une commande unique. La crainte référentielle manifestée par les habitants pour rechercher une sépulture génératrice de maléfices est en tout conforme avec les croyances locales animistes générales en Isan. La disparition de cette sépulture dans la végétation tropicale après des siècles d’oubli ne nous parait pas non plus originale. Quant à savoir si la statue du Bouddha couché qui la recouvrait était d’or, laissons les chercheurs de trésor rêver.

 

 

 

NOTES

 

(1) https://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดมหาสารคาม

Il y a environ 34.000 temples en activité dans le pays pour une population d’environ 70 millions d’habitants, selon les chiffres de l’Office nationale du Bouddhisme (https://en.wikipedia.org/wiki/National_Office_of_Buddhism)

 

(2) N’oublions pas la présence d’une très importante cité Dvaravati à moins de 25 kilomètres à vol d’oiseau, Muang Fa Daet dans le district de Kamalasai. Voir notre article INSOLITE 6 « AU CŒUR DE LA PROVINCE DE KALASIN, LA CITÉ MYSTÉRIEUSE DE KANOK NAKHON (กนกนคร) « LA VILLE D’OR », CITÉ MAJEURE DU DVARAVATI » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-6-au-coeur-de-la-province-de-kalasin-la-cite-mysterieuse-de-kanok-nakhon-la-ville-d-or-cite-majeure-du-dvaravati.html

 

 

 

 

(3) Pathom Khanechon (ปฐม คเนจร) plus tard anobli sous le nom de Mom Amonwongwichit  (หม่อมอมรวงษ์วิจิตร) était fonctionnaire du ministère de l'Intérieur sous le règne du roi Rama V, gouverneur du monthon isan, il rédigea ces chroniques probablement à l’instigation du prince Damrong. Elles sont la seule source siamoise sur l’histoire de l’Isan. Elles n’ont jamais été traduites mais plusieurs fois rééditées, une dernière fois en 1996. Elles sont (toutefois assez péniblement) accessibles en ligne sur le site :

http://www.finearts.go.th/songkhlalibraryhm/component/smilebook/book/307-2017-02-04-15-49-19/2-2013-01-26-21-11-08.html

Cette « invention » de l’histoire de l’Isan à l’instigation du Prince Damrong dans un but « nationaliste » a fait l’objet d’une critique assez féroce d’un Japonais, Akiko Lijima dans le journal de la Siam society : « The invention of « Isan » History », numéro 116 de 2018, pages 172-200. Il faut encore s’entendre sur le sens que l’on donne au mot « invention » qui, en bon français, signifie aussi « découverte ».

 

(4) Voir notre article A 295 « LES SOUVENIRS D’UN VOLONTAIRE DE LA PAIX AMÉRICAIN À MAHASARAKHAM… ET LE PASSAGE DE LA CIA EN 1963 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-295-les-souvenirs-d-un-volontaire-de-la-paix-americain-a-mahasarakham-et-le-passage-de-la-cia-en-1963.html

 

(5) Les traces de l’implantation khmère dans les environs sont encore présentes : à quelques kilomètres de Mahasarakham, le site Ku Mahathat  Prang Ban Khwa  (กู่มหาธาตปรางค์บ้านขวา) daté des 11e ou 12e siècles

 

 

 

ou encore non loin de Khonkaen, le site Ku Phrapachai (กู่ประภาชัย) daté du 13e.

 

 

 

 

(6) Nous sommes donc au début des années 60.

 

Dessin de Kermit Krueger :

 

 

 

 

 

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 22:31

 

Un livre de Marie-Sybille de Vienne (1).

 

 

Les études  sur la Thaïlande écrites en français sont rares, et peu se sont risquées à étudier  l'évolution de « la royauté bouddhique » et du pouvoir royal depuis l'avènement de la dynastie Chakri en 1782, et surtout « le système royal » depuis 1949. Notre auteur va donc nous aider à comprendre dans sa 1ère partie (Nous suivons ici sa table des matières) : « La royauté Chakri entre tradition, Nation et constitution. », avec « La modernisation de la royauté et ses aléas, 1826-1945 », initiée sous les règnes de Rama II et III et surtout ensuite sous le règne du roi Mongkut (Rama IV)  et les réformes du roi Chulalongkorn (Rama V) (1868-1910) qui vont profondément changer le pays et  seront  poursuivies par Rama VI (1910-1925).

 

 

 

Nous les avons longuement exposées dans « Notre Histoire de la Thaïlande », comme d'ailleurs les changements profonds qui vont advenir sous le règne de Rama VII (1925-1935), avec la fracture des élites, la crise mondiale de 1929, et le coup d'État de 1932 qui mettra fin à la monarchie absolue et instituera une monarchie constitutionnelle, pour  « réduire la royauté  à sa plus simple expression (1934-1945) », avec l'abdication du roi Rama VII en 1935 et la nomination de Rama VIII, alors âgé de 11 ans et vivant en Suisse et ne revenant effectivement qu'en décembre 1945, après le seconde guerre mondiale pour  « régner »  moins de 6 mois dû à son décès « accidentel » avec une arme à feu.

 

 

Aussi nous nous intéresserons  surtout au long règne du roi Rama IX (9 juin 1946-13 octobre 2016) que Marie-Sybille de Vienne va aborder en plusieurs étapes chronologiques en distinguant la restauration royale et l'urbanisation (1946-1988) ; La fusion royauté-démocratie (1988-2006) et la liquéfaction institutionnelle (2006-2016).

 

En effet, le rôle du roi Rama IX et du pouvoir royal ne sera pas le même selon les  périodes  en fonction des événements historiques, politiques et économiques et de ses relations avec les différents gouvernements, les  pouvoirs militaires, et les différents réseaux militaro-politico-affairistes, les coups d'État, les crises institutionnelles, les manifestations violentes (1973, 1976, 1992, 2010). Un pouvoir qui s'exercera  en son nom après  2009, avec son hospitalisation presque  permanente jusqu'à son décès en 2016. 

 

On va donc suivre avec  elle le long règne de 70 ans du roi Rama IX dont le pouvoir va se modifier au gré des événements historiques et politiques et de ses propres décisions et activités. Si Bhumibol Adulyadej  est nommé roi le 9 juin 1946, il ne revient en Thaïlande qu'en 1950 pour se marier avec la princesse Sirikit Kitiyakorn et se faire couronner.( Le 5 mai 1950).

 

 

Le pays est de nouveau sous le pouvoir du maréchal Phibun (08/04/1948-16/09/1957) et le roi devra attendre la chute de Phibun et surtout la prise de pouvoir par le maréchal Sarit (1959-1963) pour profiter, nous dit-elle, de la mise en place d'une stratégie qui va lui redonner sa légitimité et sa préséance sur la Nation.

 

 

La Constitution de 1959  va conférer au roi le titre de chef des armées et rappeler que sa personne est « sacrée et inviolable ». Sarit va aider le roi à réactiver les grands rituels royaux, à  lui donner le pouvoir de nommer le Patriarche suprême, à mettre en valeur les activités du roi et les multiples cérémonies auxquelles il participe. Tous ses faits et gestes  seront mis en scène dans les médias quotidiennement, qui n'oublieront pas de montrer ses compétences et son savoir, qui en font un roi moderne et attentif à ses sujets. La Couronne, poursuit-elle, va étendre ses réseaux de clientèle au-delà de sa parentèle. « La royauté adopte ainsi la structure qui demeurera la sienne pendant le demi-siècle qui suivra, celle d'une royauté bouddhiste dotée d'une solide assise patrimoniale, à même d'intégrer les élites entrepreneuriales à deux niveaux : par le truchement moderne du capital, avec des partenariats entre le Bureau des propriétés de la Couronne (CDP) et les firmes sino-thaïes, et le truchement du mérite, via les kathin royaux ». (Etudiés dans le prochain article)

 

 

Elle nous rappellera les « deux phénomènes qui vont modifier les équilibres de la société thaïlandaise » : la guerre du Vietnam (Avec la guérilla communiste) et l'aide financière américaine et le développement économique avec l'essor du salariat et l'émergence d'une classe moyenne provoquant des tensions  internes que le roi essayera d'apaiser en se positionnant au-dessus de la mêlée des appareils politico-militaires et en dénonçant l'égoïsme et le profit et en prônant dans les années 90, une philosophie de la modération.

 

 

 

Mais en 1973, lors des événements sanglants d'octobre,  le roi sera contraint d'intervenir en nommant un civil à la tête du gouvernement, Sanya Thammasak, recteur de Thammasat et président de son Conseil privé et en désignant une convention nationale chargée de choisir en son sein une assemblée constituante. De même lors des « événements de 1976 » le roi va de nouveau intervenir en renvoyant le général Praphas à Taïwan (Le maréchal Thanom eut l'intelligence de prendre l'habit monastique) et en avalisant un coup d’État, proclamer la loi martiale et nommer comme 1er ministre, le juriste Thanin Kraivachen. (Pour en savoir plus sur les événements de 1973 et de 1976. Cf. Nos 4 articles . (2))

 

 

 

 

Elle ne peut que constater un « Virage à 180 degrés et (l') essor parlementaire (1980-1988) » (Titre du chapitre). En effet, dit-elle, la Couronne (La reine agit aussi) s'est introduite dans le jeu politique en apportant son soutien à différentes factions et est en mesure de superviser l'appareil militaire, mais elle doit aussi montrer qu'elle est  au-dessus de la mêlée. (Cf. Le rôle joué par le Conseil national de sécurité (NCS) en 1980 avec le bureau de l'identité nationale)). Mais l'instabilité parlementaire persiste et le roi devra encore  intervenir pour soutenir le général Prem (03/03/80-04/08/88), lors de la tentative de coup d’État des « Jeunes Turcs » (Classe 7) le 31 mars 1981 et encore lors d'un autre coup d'État des Jeunes Turcs en septembre 1985. Certes le général Prem avec les différents partis qui le soutiennent, gagnera les élections anticipées de 1986, mais devra renoncer après les élections anticipées de juillet 1988 n'ayant plus le soutien du Parlement. Sa nomination au Conseil Privé du Roi ne laisse aucun doute sur sa relation établie avec le roi. (Le nouveau roi Rama X réinstallera Prem en ses fonctions de Président du Conseil privé le 6 décembre 2016. Il a alors 96 ans !)

 

 

 

La décennie 80, dit-elle, est malgré tout une période d'apaisement (La guérilla communiste a disparu) mais l'armée est divisée en factions et le haut commandement est fauteur de troubles. Cette situation va donner une aura plus large au roi qui incarne alors la pérennité de l'entité politique thaïlandaise et l'institution royale.

 

 

On entre alors dans une autre période qu’elle intitule « La fusion royauté-démocratie (1988-2006) », qu'elle distingue en la fusion proprement dite de 1988 à 1997 ; la crise économique de 1997, qui loin de déstabiliser le pays, débouchera sur la Constitution de 1997 marquant « un tournant radical dans l'histoire des institutions ».

 

On ne peut reprendre ici toute l'analyse de cette période qu’elle réalise en 16 pages serrées, mais seulement noter ce qu'elle nous apprend sur le roi et l'institution royale.

 

Ainsi, après le nouveau coup d'État militaire du 23 février 1991, « - sur requête - du Roi, la junte nomme le président de la Fédération des Industries de Thaïlande, Amand Panyarachun, à la tête du gouvernement intérimaire ». Le roi va devoir intervenir après la nomination du général Suchinda, qui va provoquer des  manifestations à Bangkok le 20 avril pour aboutir aux émeutes sanglantes du 17 au 20 mai 1992 qui feront plusieurs centaines de morts.

 

 

« Le  20 mai au soir, en présence de la télévision et de deux membres de son Conseil Privé, son Président, Sanya Thamassak et le général Prem, le Roi, chef des  forces armées, convoque les généraux  Chamlong et Suchinda et leur demande de calmer le jeu. Il s'ensuit l'arrêt des manifestations, la démission de Suchinda -assortie d'une amnistie- l'abrogation des clauses organisant la tutelle de l'armée sur le Parlement, la dissolution du Samakkhitham (coalition politique) et la nomination d’Anand Panyarachun au poste de premier ministre. » Une fois de plus, note-t-elle, le roi avait dû intervenir et se trouver en position d'arbitre, ce qui désacralisait la royauté et lui faisait perdre de la légitimité.

 

(Cf. Notre article 237 sur ces journées sanglantes, qui note aussi les interventions de la princesse Siiridhorn à la télévision le 20 mai au matin, qui  sera rediffusé pendant toute la journée et celle le soir, de son frère, le prince héritier . (4))

 

 

 

Elle évoque ensuite « le dysfonctionnement des institutions qu'attestent quatre changements de gouvernement en cinq ans (1992-1996) », la crise économique de 1997, qui fait vaciller le gouvernement, à tel point, dit-elle, que « le Président du Conseil Privé du roi, le général Prem envisage un temps la formation d'un gouvernement d' « unité » ». Mais finalement les réformateurs prennent le dessus et une nouvelle Constitution est votée le 27 septembre 1997.

 

On avait pu remarquer que face à la crise, dit-elle, le roi avait eu l'occasion lors de deux discours prononcés le 4 décembre lors de son  anniversaire (le 5 décembre) 1997 et 1998, de dénoncer « les dérives de la croissance à tout va », et de prôner une « économie suffisante », un contre-modèle sur lequel nous reviendrons.

 

 

 

 

Mais en 1998,  la naissance du Parti de Thaksin, le Thai Rak Thai fondé sur trois réseaux extérieurs au Palais (Que  Marie-Sybille de Vienne présente), vont lui permettre de devenir premier ministre en 2001 (1er mandat 2001-2005), de diriger le pays d'une main de fer, avec un volontarisme et un interventionnisme hors du commun. « Cela va se traduire  par sa volonté de diriger et de contrôler toutes les institutions du royaume et de « vider de sa substance les garde-fous institutionnels » (commission électorale et anti-corruption, Cour constitutionnelle…), et d’éliminer toute forme d’opposition (parlementaire, militaire, médiatique, syndicale et associative) ». (In  Notre article (3)) 

 

 

Mais son action  va soulever des réserves et des tensions, surtout avec le nombre d'affaires de corruption, des manipulations de promotions militaires, que la presse relaye avec des critiques publiques des Conseillers privés du roi. « Rien d'étonnant donc, dit-elle, que le Roi exprime publiquement des réserves en présence du gouvernement dès fin 2003, à l'occasion de son discours d'anniversaire ». On peut constater que le fossé s’étend entre le Palais et le 1er ministre Thaksin courant 2004.

 

 

Et  cela ne va pas  s'arranger, tant les tensions vont s'aggraver, avec les nominations au sein de  l'appareil militaire, la situation dans le Sud et la loi d'urgence, avec un lynchage médiatique de Thaksin encouragé par son ex-allié Sondhi et sa rupture avec le Prince héritier. Sa légitimité est remise question et le Roi, de nouveau, lors de son discours d'anniversaire de 2005, « reproche publiquement à Thaksin de  n’écouter aucune critique. »

 

 

 

La vente de l'entreprise familiale de Thaksin Shin corp à un fonds souverain de Singapour sans payer d'impôt le 23 janvier 2006 va provoquer une énorme manifestation de  200 000 personnes portant du jaune  à Bangkok ; dès lors les événements vont s'enchaîner : Thaksin dissout l'Assemblée le 24 février 2006 ; Une manifestation de 150 000 personnes, venant surtout de Province  a  lieu en sa faveur à Bangkok début mars, ses opposants avec 60 000 personnes lui répondent le 5 mars ; les Démocrates boycottent les élections le 2 avril 2006 ; l'Assemblée ne peut pas siéger faute de sièges vacants, la crise institutionnelle amène Thaksin a démissionné le 4 avril, après un entretien avec le Roi. Après le second tour du 22 avril, l'Assemblée ne peut toujours pas siéger. Le roi estime que l'article 7 de la Constitution ne lui permet pas de trancher ; Le Roi se tourne vers la Cour Suprême et la Cour Administrative. ; «  après le discours du roi aux deux cours, puis concertation entre elles, la Cour Administrative annule le 3e tour des législatives, la Cour constitutionnelle (la troisième instance) invalide alors l'ensemble des élections le 9 mai. » Marie-Sybille de Vienne, note, que bien que Thaksin reprenne la tête du gouvernement le 19 mai 2006, désormais ses relations avec la Couronne sont détériorées ; son comportement lors de la réception donnée par le Roi à l'occasion  du 60e anniversaire de son accession au trône peut faire croire qu'il souhaite se « substituer » au Roi. La crise demeure. On peut remarquer, dit-elle, les manœuvres du général Prem contre le gouvernement.  Bref, le 19 septembre 2006, « les militaires s'emparent du pouvoir et forment un Conseil national de sécurité (CNS) ». Le Roi va entériner le coup  d'État.

 

 

 

 

Ensuite, en 8 pages,  elle va évoquer ce qu'elle appelle la liquéfaction institutionnelle (2006-2016). Nous passerons vite sur cette période, tant les événements sont nombreux, avec la nouvelle constitution approuvée par référendum le 19 août 2007 ; les nouvelles élections en décembre qui voient le retour des partisans de Thaksin, l'éviction du 1er ministre Samak par la Cour constitutionnelle, son remplacement par Somchai,  le beau-frère de Thaksin ; la condamnation de Thaksin, La contestation et les manifestations violentes du  PAD (Gilets jaunes), qui débouchent de nouveau sur l'instauration de l'état d'urgence, la dissolution du PPP et de ses alliés, l'accord entre les militaires et le parti démocrate qui font d'Abhisit le nouveau 1er ministre. Nous n'allons pas reprendre ici la politique menée  par le nouveau gouvernement, qui ne réussira pas à apaiser le conflit entre les jaunes et les rouges, surtout avec la partialité  trop visible de l'institution judiciaire ; La manifestation d' avril 2009, « marche de 20 000 chemises rouges sur le Grand Palais pour demander l'amnistie de Thaksin. Le 22 août, le Roi dénonce les « propagateurs de la désunion » ; quelques semaines plus tard, il fait de l'hôpital Siriraj sa résidence ».

 

 

 

 

Le 26 février 2010, la Cour Suprême saisit la plus-value de  Shin Corp, qui entraîne les « événements de mars-mai 2010 » à Bangkok, avec principalement la manifestation de 100 000 personnes le 14 mars ; l'état d'urgence proclamée le 7 avril, ; l'assaut de l'armée le 13 mai qui fait  91 morts et plus de 2000 blessés.

 

(Sur ces manifestations, Cf. L'excellente étude d'Eugénie Mérieau, « Les Chemises rouges de Thaïlande» (5))

 

 

 

Ensuite, ce sera la dissolution de l'Assemblée en novembre 2010,  les élections de juillet 2011 qui porte au pouvoir la sœur de Thaksin, Yingluck. Mais l'instabilité demeure à Bangkok, et « le couple royal quitte l'hôpital Siriraj pour sa résidence à Hua Hin ».  Elle rapportera alors les principaux événements de la nouvelle crise qui contraignent Yingluck à dissoudre le Parlement et à annoncer des élections pour février 2014. On assiste à un remake des élections de 2006 (Refus du Parti Démocrate de participer, seuil des députés pas atteint, partielles annulées par la Commission électorale). « L'échec du programme d'achat gouvernemental de riz fournit alors le prétexte idéal pour la mise en examen de Yingluck fin février. Un mois plus tard , la Cour Constitutionnelle invalide le sélections. La destitution de Yingluck le 7 mai ouvre ensuite la voie à un nouveau coup d'État militaire soigneusement préparé. » Des manifestations font 28 morts.  Le 20 mai 2014 le général Prayut Chan-Ocha, commandant en chef de l'armée royale thaïlandaise instaure la loi martiale ; le 22 mai le coup d'État est revendiqué, la Constitution est suspendue, la junte avec à sa tête le général Prayut Chan-Ocha,  prend le contrôle du pays. Le Roi approuve la nouvelle constitution provisoire  en juillet 2014.

(Toutefois,   Marie-Sybille de Vienne, émet un doute sur la pleine approbation du roi (p. 99), « si tant qu'il est été physiquement en état de s'y opposer. En effet,  depuis septembre 2009 et jusqu'à son décès le 13 octobre 2016, le Roi Rama IX fut hospitalisé presque en permanence et ne prononça plus son « discours »  lors de son anniversaire.)

 

En septembre 2014 la junte désigne une assemblée législative qui nomme le général Prayut Chan-Ocha 1er ministre. Le 7 août 2016 la nouvelle constitution est approuvée par référendum. (Cf. Notre article (6)) 

 

Marie-Sybille de Vienne conclut sa 1ère partie en rappelant les événements de 2006-2014 qui montre les limites du parlementarisme et les errances de la Démocratie et de la Justice et qui conforte l'idée que « la Royauté semble la seule institution à même d'intervenir en dernier recours ». En sera -t-il de même avec le nouveau roi Maha Vajiralongkorn (Rama X) qui  succède à son père le 1er décembre 2016 ?

 

 

 

En tout cas, elle s'interroge dans sa 2e partie sur le « système royal », un appareil de pouvoir parallèle qui s'articule à travers trois séries d'instruments politiques, économiques et symboliques, à savoir  le Conseil Privé du Roi et ses réseaux, la parami et les finances royales et la symbolique royale et la reconnaissance du plus grand nombre. C'est que nous allons découvrir dans notre prochain article.

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) Les Indes Savantes, 2008.

4e de couverture : Professeur des universités et chercheur au Centre Asie du Sud-Est (CNRS/EHESS/INALCO).

 Marie-Sybille de Vienne enseigne l'histoire économique et géopolitique de l'Asie du Sud-Est à l'Institut National des Langues et Civilisations orientales. Ses travaux portent sur l'évolution des sociétés, les dynamiques de crise et les réseaux commerciaux. Elle dirige la revue Péninsule et est l'auteur de nombreuses publications, parmi lesquelles Les Chinois en Insulinde, échanges et sociétés marchandes au XVIIe siècle (Indes Savantes, 2008) ; Brunei, de la thalassocratie à la rente (CNRS Editions, 2012).

 

Travaux et publications : https://www.aefek.fr/wa_files/cvmsv.pdf

 

(2) 228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/228-comprendre-la-revolte-populaire-du-14-octobre-1973-en-thailande-qui-mit-fin-a-la-dictature-du-marechal-thanom.html

 

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS  POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/229-1-les-evenements-politiques-de-1973-a-1976-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-premier-episode.html

 

Et 229.2 et 229.3

 

(3) 245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUP D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/245-les-deux-gouvernements-du-lieutenant-colonel-thaksin-shinawatra-du-17-fevrier-2001-au-coup-d-etat-du-19-septembre-2006.html

 

Extrait : « Ainsi Thaksin est devenu le 1er ministre. Il est bien décidé à diriger le pays comme il a dirigé jusque-là ses entreprises. Il déclarera d’ailleurs que le juste rôle d’un premier ministre est de gérer la plus grande entreprise nationale : la Thailand Company. « La politique n’est que l’enveloppe que l’on voit. La gestion est la clé pour arriver à faire avancer la Thaïlande en tant qu’organisation.».

 

Il va pour ce faire montrer un volontarisme et un interventionnisme hors du commun, dans un style autoritaire parfois brutal mû, nous dit Nicolas Revise**,  avec « une ambition unique : s’emparer de l’Etat pour assurer une croissance économique favorable aux milieux d’affaires et au marché domestique » ; sans oublier … ses propres affaires, et une certaine conception de la démocratie qu’il explicite : « J’ai pris la décision d’entrer en politique [] conformément à la théorie du contrat social que j’ai étudiée. Lorsque les individus vivent ensemble dans un Etat, ils doivent accepter de sacrifier une partie de leur liberté afin que l’Etat établisse des règles pour que tous puissent vivre ensemble dans une société juste. C’est le vrai noyau du système de représentation politique ». Cela va se traduire effectivement pour Thaksin par sa volonté de diriger et de contrôler toutes les institutions du royaume et de « vider de sa substance les garde-fous institutionnels » (commission électorale et anti-corruption, Cour constitutionnelle…), et d’éliminer toute forme d’opposition (parlementaire, militaire, médiatique, syndicale et associative). »

 

(4) 237- DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/237-du-24-fevrier-1991-au-22-septembre-1992-19-mois-trois-gouvernements-deux-elections-generales-et-un-massacre.html

 

(5) Eugénie Mérieau, Les Chemises rouges de Thaïlande, Carnet de l’Irasec / Occasional Paper n° 23. ISBN 978-616-7571-16-4, juillet 2013.

Notre lecture sur « De 2006 aux manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 , in  A124. Les chemises rouges de Thaïlande. 1    http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.html

 

(6) A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/a-219-que-penser-du-referendum-du-7-aout-2016.html

 

 

 

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