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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 03:02

titreIl s’agit ici de profiter du travail de traduction et du livre de  Louise Pichard-Bertaux, in « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande »*, pour  tenter de comprendre  la  vision « littéraire » de Bangkok de cinq écrivains majeurs thaïlandais.


Les cinq auteurs choisis par Louise Pichard-Bertaux sont Atsiri Thammachot, Chart Korbjitti,


200px-Chart Korbjitti

 

Sila Khomchai,

 

sila khomchai

 

 

Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin. Ils sont tous dit-elle, lauréats du SEA Write**,

 

sea-write

 

« tous connus du grand  public et cités dans les diverses études faites sur la littérature thaïe contemporaine », tout en précisant que d’autres auteurs sont aussi talentueux.


Elle a sélectionné 10 nouvelles de ces auteurs « suffisamment variées sur le plan de l’intrigue, des personnages et des lieux pour offrir une image globale de la ville ».


Louise Pichard-Bertaux précise elle-même dans son préambule que deux parties bien distinctes composent son  livre :

  • La première, intitulée « Le livre et la ville », traite des aspects théoriques et de l’analyse des textes.
  • La seconde, « Les auteurs et leurs nouvelles », est dédiée aux notes biographiques et aux traductions de dix nouvelles dans leur intégralité. (p. 29)

 

Nous avons choisi de lire directement ces nouvelles pour ne pas être influencé par la lecture critique et savante de Louise Pichard-Bertaux.

  1. Atsiri Thammachot. Le Passé est le passé, et Quitter le canal.

 

La première nouvelle de sept pages, « Le passé est le passé »,

 

le passé c'est le passé

 

curieusement, ne se passe pas à Bangkok, même si il y est fait référence au chapitre 3, où nous apprenons que la jeune femme avait perdu son poignet dans une usine à Bangkok, par « une machine infernale (qui) l’avait transformée en une handicapée qui était rentré chez elle solitaire et désespérée.  En plus l’énorme somme d’argent qu’elle avait reçue pour compenser son poignet tranché lui avait fait perdre tout ce qu’elle avait jamais eu dans la vie ». On évoque « l’ombre du démon ».


Bangkok, est évoqué en un seul paragraphe, pour imaginer la jeune femme  « innocente »  qui « ne connaissait rien de la vie » employé dans une usine, découvrant les « bassesses humaines », et vivant la solitude, dans la nostalgie de la vie conviviale du village, avec « le devoir de soutenir sa famille envers toutes les difficultés ».


Bangkok la laisse handicapée à vie, mais la nouvelle est centrée sur le retour au village avec son indemnité, et cette question : que faire avec cet argent ?  « L’argent du démon » ?

 

argent du démon


L’occasion pour chacun d’exprimer ses désirs.


Avec la jeune sœur qui veut une radio et une gourmette ; le grand-père qui veut investir dans une charrette et un bœuf et donner le reste à la petite; le père qui pense au froid qui arrive et veut acheter des couvertures, des matelas et des oreillers. Et on songe à l’argent qui reste. Le père et la mère pensent à un pistolet pour protéger l’argent, et la jeune sœur avance l’idée de prêter l’argent aux paysans et de  toucher les intérêts annuels. Même le Maire était venu pour prendre l’argent et le « protéger » pour la nuit.

Heureusement, deux cambrioleurs essayeront en vain  de le voler dans la nuit et tueront le grand-père et son chien.  


La jeune femme qui était partie à Bangkok pour aider sa famille, était revenue handicapée, constatant qu’à part l’empathie exprimée par son grand-père, la famille ne songeait  qu’à l’utilisation de son indemnité, en fonction des désirs générationnels  de chacun.


Loin d’aider, la jeune femme découvrait finalement, que les billets de banque avaient amené la mort du grand-père, révélé la cupidité familiale, et la laissaient dans son désespoir. Elle avait décidé de fuir, sans savoir où aller.

La deuxième nouvelle Quitter le canal est une courte nouvelle de 4 pages.


Elle présente ce que peuvent vivre des centaines de milliers de pauvres dans les bidonvilles de Bangkok.

 

bidonvilles

 

Elle est ici centrée sur une scène de vie d’une mère avec sa petite fille et son fils de 11 ans vivant dans une baraque de tôle  à côté d’un pont bruyant et d’un canal à l’eau croupie et à l’odeur répugnante,  sur lequel passent des bateaux avec des prostituées offrant leur service. Une scène de vie d’une famille pauvre que le père a abandonné pour vivre avec une autre femme, essayant de survivre au jour le jour avec  ce qu’elle trouve dans  les rebus des marchés, des poubelles et des chapardages dans les restes des restaurants.


Une famille, qui comme tant d’autres, est venue à Bangkok en espérant une vie meilleure :


« On ne sera pas misérable comme on l’était chez nous. Tout va bien se passer. A la capitale, il y a tout ce qu’il faut pour qu’on s’en sorte. Ce sera toujours mieux que de travailler dans leurs champs et de les enrichir par notre travail. On va  y arriver ».


Mais une famille qui va connaître la désillusion, la pauvreté, la fuite du père, la misère dans un bidonville nauséabond, la promiscuité avec la prostitution, avec le sentiment d’une « vie en pièces », « cruelle », au milieu d’autres familles qui ont échoué près « de ce canal puant »,  conscientes de leurs vies « sales, vides et sans utilité ».


La nouvelle se terminera avec la décision de la mère de partir, de « prendre les enfants et  quitter tout ça ».

Elle pensait alors bien sûr à leur condition misérable, mais voulait éviter à sa petite fille de devenir comme la tante Daorueang, « belle et maquillée » et du « vernis aux ongles » qui tapinait sur le canal.


  1. 2.      Chart Korbjitti, « La ville Mai pen rai », et « De retour au village ».

 

La troisième nouvelle La ville Mai pen rai  est très courte (3 pages). Elle se présente comme un conte avec une chute finale, qui transforme ce que nous venons de lire en « antiphrase », une invitation humoristique à comprendre qu’il est difficile voire impossible à un Thaïlandais de renoncer au Mai pen rai.

mai pên rai

Mai pen rai ? Une note en bas de page nous apprend que : « Cette locution signifie littéralement « ça ne fait rien », « ça n’a pas d’importance ». Mais plus qu’une simple expression de langage, elle résume une façon de vivre, une philosophie du quotidien qui permet de prendre ses distances par rapport aux problèmes de la vie. Quiconque passe du temps en Thaïlande apprend très vite l’importance et l’omniprésence de cette expression, qui revient sans cesse, même dans les situations les plus graves ».


Le conte commence par un ordre du chef du parti qui ordonne que « Les habitants de la ville doivent impérativement renoncer à leur comportement man pen rai », pour le Progrès, sous peine d’amende et d’emprisonnement.

Les habitants ne comprenant pas pourquoi ils doivent renoncer au man pen rai, cette « manière de vivre venue de leurs ancêtres », le chef est obligé de justifier cette mesure à la foule rassemblée.


On apprend alors que la ville est entrée dans une ère nouvelle, l’ère des usines, des machines, l’ère du progrès, qui va éliminer les grosses fatigues, les dos courbés des travaux de plantation, un ère qui va apporter le grand bonheur du futur. Mais cela implique de « renoncer à ce comportement mai pen rai aujoud’hui même.


On ne peut plus, dit-il, comme autrefois, décider de son  temps de travail, de planter des pois et du sésame, man pen rai, selon  sa convenance individuelle. Désormais, « Quand les machines fonctionnent, les hommes doivent fonctionner ». Nulle place pour le man pen rai.


Mais à la fin du conte, à une question posée sur le nom de la ville, le chef répond « man pen rai ». Comme pour indiquer que, quelles que soit les transformations de la ville moderne, de la ville « industrielle », du « progrès », il sera difficile de renoncer au man pen rai, à cette philosophie de vie ici proposée, comme le dernier rempart aux fausses valeurs modernes, aux fausses promesses « d’économie de temps, économies d’argent ».


Avec le man pen rai du chef, Chart Korbjitti, nous invite à relire alors tout le conte à l’envers, critiquant la vie en ville, défendant le mode vie paysan ou du moins indiquant que les paysans en allant à la ville ne gagnent pas au change, et que leur man pan rai  est leur meilleure garantie contre les cadences imposées par la production moderne.


La quatrième nouvelle « De retour au village » évoque une visite au village natal d’un narrateur, accompagnant, par hasard, sa mère venue vendre le terrain de l’ancienne maison familiale, 14 ou 15 ans après le départ à la ville de la famille alors qu’il était en classe de  7ème.


1862-villageois-Siam


Curieusement la nouvelle ne décrit aucune ville, mais s’attarde sur quelques étonnements du narrateur qui  a bien du mal à reconnaître les habitants de son ancien village et inversement. Il se rend compte que les souvenirs de son monde d’enfance sont différents aujourd’hui. (« ce qui paraissait si grand avant que ne quitte le village était à présent si petit »), et constate qu’il avait même oublié Phi Hua To, un handicapé à la grosse tête, qui ne pouvait pas marcher, et chez lequel, dit-il, il était toujours fourré.  Il lui fabriquait tous les jouets qu’il désirait avec un bout de bois. Il est étonné car Phi Hua To lui réclame une sarbacane qu’il aurait dû lui ramener il y a 14 ou 15 ans, et il s’aperçoit que son univers est toujours le même « Il n’avait pas changé du tout ». Il est surpris de le voir lors de son départ lui réclamer encore une sarbacane, comme si le temps  s’était arrêté.


L’occasion pour lui de réfléchir à la fin de la nouvelle sur sa vie, qu’il décrit de façon banale en énumérant après son mariage, l’achat de la maison, et puis de la télévision, et puis du réfrigérateur, et puis de la voiture … et puis ces jours-ci le futur achat d’un terrain à Mae Hong Son pour y passer la saison fraiche.


L’attitude de « Phi Hua To lui fait comprendre sa vie « insignifiante », et cette course vaine « aux choses ». Pour autant, il n’éprouve nulle nostalgie du village, et nul désir d’y retourner.


Et moi, en six ans, j’avais voulu toujours plus de choses. Je ne comprenais pas pourquoi j’avais besoin de tout ça, alors qu’une personne handicapée comme Phi Hua To ne voulait qu’une sarbacane ».


Chart Korbjitti ici, n’évoque nullement la ville si ce n’est son mode de vie qui « obligerait » à entrer dans la société de consommation, à vouloir « toujours plus de choses ».


  1. 3.      Sila Khomchaï. Une Famille dans la rue et Merci Bangkok.

 

La cinquième nouvelle Une Famille dans la rue est une nouvelle de huit pages qui tente, avec beaucoup d’humour,  de nous convaincre que la vie peut être heureuse en voiture dans les embouteillages de Bangkok, enfin, à condition que la voiture ait « tout l’équipement nécessaire aux activités familiales. »

 

vivre en voiture


C’est la première nouvelle du corpus qui traite d’un problème majeur de Bangkok : les embouteillages monstres qui transforment chaque jour,  tout trajet en un moment pénible et incertain, et le temps pour aller au travail et retourner au domicile en un cauchemar. Si bien que des millions de « Bangkokiens » passent chaque jour des heures dans leur voiture (ou les transports publics).


e,bouteillages


Sila Khomchaï a choisi de traiter le sujet avec humour en présentant une famille se disant elle-même de la classe moyenne se rendant au travail et commentant leur « séjour » dans leur voiture, et les étapes de leur trajet. Mais un humour noir, une forme de politesse du désespoir pour paraphraser Duhamel, une forme de « sélection naturelle » qui oblige ses habitants à adapter leur voiture aux conditions de transport dans la ville encombrée et polluée.


Il y a désormais, dit le narrateur, une vie en voiture comme il y a une  vie au bureau et une vie à la maison. « Avoir une voiture est indispensable, parce qu’on y passe autant de temps qu’à la maison ou au bureau. »


Aussi notre héros apprécie les efforts de sa femme, pour rendre leur voiture confortable et la transformer « en maison et bureau mobiles ».


Il décrira les différentes « activités » de ce périple quotidien : camper dans la rue, déjeuner sur la voie express, faire l’amour, écouter la radio, regarder ce que font les passagers des voitures arrêtées derrière eux, descendre de la voiture « pour marcher et s’étirer », et rencontrer ainsi les gens et parler de leurs problèmes, de politique, des  affaires ou du sport; penser au travail urgent à faire, rêver (d’une voiture neuve) ; assister à des scènes cocasses, comme cet homme qui jardine et plante un ou deux bananiers  sur un terre-plein chaque jour, pour « absorber la pollution », créer un jardin et qui l’invite ce jour à faire de même et à venir « prendre un café dans sa voiture »… bref, on comprend qu’il faille une voiture :


« une nouvelle voiture, assez spacieuse pour accueillir père, mère et enfant, avec tout l’équipement nécessaire aux activités familiales.

C’est urgent et indispensable pour une vie heureuse dans les rues de Bangkok ». (La nouvelle conclut avec ces mots).


Mais si Sila Khomchaï a choisi l’humour et évoque un nouvel art de vivre dans la voiture, il ne cache pas ce qu’il pense de cette vie à Bangkok :


« nous, humains, avons détruit la nature tout autour de nous, notre propre nature intérieure a été ravagée par la vie urbaine, le travail, la pollution, la circulation saturée … la vie de famille, qui constituait un hymne au bonheur de par son rythme et ses composantes, a basculé dans l’incohérence et l’instabilité ».

 

embouteillages 2


On ne peut pas être plus clair.


La sixième nouvelle Merci Bangkok, de sept pages et demie, se déroule, la nuit à Bangkok : un grand type émerge de l’ombre, il appelle un taxi, une lumière rouge d’une enseigne …lui donne « un air sarcastique et sombre, effrayant ». « Il serrait dans ses bras un gros sac noir ». Un chauffeur de taxi le prend. Il est crispé sur son volant, « son cœur battait plus vite, en alerte », il est inquiet, il se pose plein de questions … « c’était que ça n’annonçait rien de bon ».


Dès la première page, l’atmosphère est donnée, le suspense est créé. Que va-t-il se passer ? Qu’y-a-t-il dans ce sac noir ?

En fait les deux hommes ont peur et se demandent ce que l’autre va faire. Chacun interprète négativement le physique et l’attitude de l’autre. Ils ont entendu tellement d’histoires sur Bangkok, la nuit.

Le chauffeur de taxi avait eu un collègue qui s’était fait braqué le mois dernier et s’était fait taillé l’oreille par un coup de rasoir d’un passager.


Bangkok-Dangerous-2008


« Il sentait la peur se mêler à sa colère. On sait qu’à Bangkok, les voyous sont partout, au point qu’on ne les remarque même plus. Une sale histoire se produit à chaque heure … », précise le narrateur.


Le passager trouve le chauffeur « bizarre ». « Le regard et l’attitude du chauffeur de taxi le mettaient mal à l’aise ». Il a peur. Lui aussi sait que Bangkok est dangereux.


« Au cours de ces dernières années. Il n’avait pas vu un seul journal sans un article sur un vol, un meurtre, un viol ou un kidnapping. Des histoires qui donnent à réfléchir quand on promène sur soi une grosse somme d’argent au cœur de la ville. Ce matin encore, un cadavre sans tête s’étalait à la une des journaux », rappelle un commentaire en italiques du narrateur.


Au fil de la nouvelle, chacun va essayer de se rassurer, de raison garder, mais en vain. « Est-ce qu’il (le passager) n’était pas en train de rendre les choses plus effrayantes qu’elles n’étaient ? ». Ils ne peuvent pas oublier ce qu’ils ont lu dans les journaux, « les photos en noir et blanc de tous ces morts à la une des journaux. ».  « L’odeur du meurtre ».


« (L)a violence, qui avait augmenté jusqu’à devenir un élément indissociable de la ville de Bangkok » ,  accentue encore un commentaire en italiques.


Bangkok est devenu le grand personnage, l’esprit malin, qui tue, viole, kidnappe … s’insinue dans les consciences, les bouscule, et qui transforme l’autre en un danger, un criminel potentiel, surtout la nuit.


Ici, dans l’huis-clos du taxi, la tension monte, « comme si le doigt était déjà sur la détente », « l’atmosphère équivoque et oppressante », les deux hommes se sentent à la merci de l’autre et se préparent à répondre à une attaque surprise.


A la fin, quand le passager descend, et pousse le portail de sa maison, « il se sentit soulagé », « le chauffeur de taxi ressentait la même chose ». Il est dit dans le dernier petit paragraphe « qu’ils leur avaient été donné de s’en tirer sains et saufs encore une fois. Bien que rien n’est changé à Bangkok ».


Sila Khomchaï,  a su de manière originale avec ces deux nouvelles,  Une Famille dans la rue et Merci Bangkok, présenter deux caractéristiques évidentes pour Bangkok : le cauchemar des embouteillages et le temps passé en voiture et la violence qui inocule la peur à ses habitants.

 

  1. 4.  Wanich Jarungidanan, Capitale, Nous habitons dans le même soi.

 

La septième nouvelle Capitale  est une nouvelle de 11 pages qui raconte le long retour d’un employé de bureau à son domicile en bus, l’occasion d’évoquer le calvaire quotidien des employés et ouvriers de retour dans leur banlieue après leur travail de la journée.


Une occasion pour notre narrateur d’exprimer ce qu’il ressent, ce qu’il observe et de s’interroger sur sa présence dans « cette fin du monde » en pensant avec bonheur et nostalgie  à sa province et à son village natal, en écoutant une chanson d’un passager qui doit être du Nord-Est, et qui lui rappelle celle qu’il aime, et un certain art de vivre qu’il a perdu en venant à la Capitale.


Donc après la traversée de Bangkok en voiture, en taxi, nous avons ici le retour interminable en bus à la maison en  fin de journée, alors que notre « héros » se sent déjà « faible et fatigué » parmi les embouteillages, un chemin de croix, feu rouge après feu rouge, carrefour après carrefour, « chaos » après « chaos, arrêt de bus après arrêt de bus, parmi les vapeurs polluées, la chaleur humide … dans les bus bondés, la promiscuité, l’indifférence des uns et des autres, (« Personne ne prête attention aux autres », « ne parle à personne »),  les combats pour monter et descendre, le manque d’air, la suffocation, l’odeur de la sueur, et la fatigue grandissante après plus de deux heures de bus, l’épuisement, le découragement …


On peut penser en contraste à  la voiture  de Sila Khomchaï d’Une Famille dans la rue. Il y a là deux façons différentes de vivre les mêmes embouteillages géants de Bangkok. Mais ils ont en commun le temps passé sur les routes encombrées de la capitale, et la même nécessité d’habiter en banlieue, quand on est de la classe moyenne.


Mais ici, notre « héros », regrette sa province et se demande « pourquoi les gens sont venus s’entasser à Bangkok » « dans cette affreuse grande ville » ?


Bankok sois


Mais il sait et dit de suite : « Si seulement on pouvait choisir ». Et un peu plus loin : « Si seulement j’avais un peu d’argent … Je ne serais pas obligé de subir la torture de rester assis là. Je pourrais épouser ma fiancée ». Eh oui, ils sont tous à la recherche d’un salaire qui peut les faire vivre et aider la famille pour  beaucoup.


Mais le prix à payer est terrible. Surtout ce jour pour notre héros qui entend un « cinglé », un jeune gars du Nord-Est, qui se met à chanter « Idylles », une chanson mélodieuse dont les paroles lui rappellent le bonheur perdu et sa triste condition : « je suis pauvre », la nécessité de quitter la maison , et l’espoir de revenir « Lorsque je serai riche, tout ira bien … ». Et la chanson d’évoquer la nature, les senteurs, les parfums, « le parfum de terre sous la pluie », « Le doux parfum de la joue d’une très jolie fille », la pêche, « le doux son des chants populaires » … les charmes de la vie au village.

 

logo-village-thai


Mais aussi la triste réalité de la pauvreté « je suis si pauvre, personne ne me regarde », et les gens doivent partir, quitter, la maison, le père, la mère, Malaï, la fiancée… pour trouver un dur travail en ville.


La huitième nouvelle est donc « Nous habitions dans le même soï », une nouvelle de 9 pages et demie, sur les efforts quotidiens de notre personnage  pour « rencontrer » une jeune fille étudiante qu’il croise chaque matin en allant à la station de bus, et dont il est tombé amoureux, , mais qu’il n’ose pas aborder à cause d’une timidité extrême.

Mais c’est aussi l’occasion de décrire la vie d’un soï, « semblable aux 56 000 autres soï de Bangkok et de Thon Buri, étroit et populeux »,comme le précise le personnage.

La nouvelle commence avec la description de ce milieu criminogène et violent : « ici, comme dans les autres soï, il y a « les habituels marginaux bruyants. Des groupes de bons à rien vantards qui trainent toute la journée », « des dealers et des accrocs à la drogue », « des voyous princiers et des voyous minables », « des spécialistes dans toutes les branches du crime ». Une violence que chaque habitant va connaître un jour ou l’autre : « J’ai déjà vu deux hippies battus presqu’à mort devant le café ». Et surtout la nuit où « Très peu de femmes osent emprunter ce soï à la nuit tombée ; les vols et les attaques physiques y sont monnaie courante ».


Soi


Un soï avec l’alternance du bruit du jour et du silence de la nuit,  avec sa typologie particulière : bordé de bâtiments et de boutiques dans la première partie, et ensuite une « alternance de maisons et de terrains vagues », un bidonville, « en fait », mais où, plus on pénètre « plus avant, (plus) on entre dans un autre monde ». On y trouve aussi le « traditionnel » canal, plein d’herbes et d’ordures, « avec l’odeur infecte qui se répand partout », et avec cette caractéristique si courante à Bangkok, d’être situé « à une dizaine de minutes de marche des immeubles luxueux de l’avenue. », que notre « héros » traduit, en plaisantant : Bangkok, enfer ou paradis ?


 


Après ces deux pages de description du soï, nous allons apprendre qui est ce « nous  » du titre Nous habitions dans le même soï, qui commence avec « Et un bon matin, je l’ai vue ». A l’arrêt de bus.


Et ensuite nous avons droit à six pages de l’amoureux transi, par la timidité, par son ignorance en matière de drague (dont il est conscient et qu’il s’avoue), par son impossibilité d’aborder la jeune fille. « Je ne trouvais pas de moyen de la connaître vraiment. Je ne savais pas comment faire sans me montrer impertinent ». Et jour après jour, semaine après semaine, on assistera à ses nombreuses et vaines tentatives pour lui parler, bien qu’il ait préparé longuement la situation, les mots à dire … Il pensait à elle tout le temps, même la nuit.  Il la suivra jusqu’à son Université, ira jusqu’à organiser son emploi du temps pour la voir partir et revenir de l’Université, essayant de lui parler, mais il ne pouvait sortir un mot de sa bouche, tant son anxiété était grande. Il la suivait, la regardait, espérait un miracle …mais la nouvelle se terminera sur un drame (2 pages).


Un jour, « mon attente fut déçue : elle ne revint pas avec le bus ». Et puis,  deux voitures de police entrèrent dans le soï, et il va peu à peu craindre, deviner et apprendre  qu’ « il y avait un mort, qu’une femme avait été tuée. »

Le lendemain, dans le journal, à la Une, il apprenait qui était celle qu’il avait aimée, « comment elle s’appelait, d’où elle venait, avec qui elle vivait, …mais cela n’avait plus d’importance ».


Bangkok ici, à travers la vie d’un soï, semblable aux autres soï, avait précisé Wanich Jarungidanan, apparaissait comme dangereuse, violente, criminelle ... brisant les amours naissants.


  1. 5.      Win Lyovarin, Petit lexique à l’usage des Bangkokiens de la classe moyenne, La ville des pêcheurs.

 

Petit lexique à l’usage des Bangkokiens de la classe moyenne , est une nouvelle de 15 pages et demie, qui présente donc comme le titre l’indique, un lexique de 45 entrées, sensées décrire une journée d’une famille bangkokienne, puisque la nouvelle commence et se termine avec la définition particulière  et humoristique du « réveille-matin » : « Outil que l’homme a inventé pour se torturer lui-même. (…). »


Entre ses deux « réveille-matin » Lyovarin va donner les définitions de 45 mots, sur un mode humoristique, toujours sur deux formes, avec une définition humoristique proprement dite en italiques, suivie d’un commentaire ou d’une scène familiale de la vie d’une  famille, avec là aussi avec l’humour toujours présent. Un lexique qui formerait en quelque sorte les unités significatives du mode de vie  de la  classe moyenne de Bangkok. Un code de compréhension humoristique !


Mais justement pour notre sujet « Bangkok », ici « Krungtep »,  Lyovarin précise « Pas de définition », comme pour mieux en souligner la complexité, la diversité , le mélange détonnant, en proposant toutefois plusieurs analogies ; « Si Bangkok était un livre … », « Si Bangkok était une femme … », « Si Bangkok, était un cocktail, il serait composé de : 10% de douceur naturelle, 40% de douceur synthétique,  30% d’essence de plomb, 20% de déchets ».


Le ton est donné, il ne se relâchera plus.


Sawang Rongsawat, 42 ans, de la classe moyenne, vice-directeur d’une société d’export, marié avec Uraï, 32 ans, employée,  3 enfants, va donc raconter sa journée bangkokienne. La journée d’un robot (« C’est un homme simple, qui aime sa vie répétitive de tous les jours, comme plusieurs millions de robots à Bangkok »).


Robocop-towatchpile


Il se lève tôt, à 5 heures, a mal à la tête, prend deux cachets, écoute la radio avec la pub, est pressé par sa femme, qui pense déjà aux embouteillages à venir. (Embouteillage : « Equipement de série sur toutes les voitures achetées).

Et c’est la voiture, « le temps de la compétition », du gagne temps, des invectives, du petit déjeuner, du regret de ne pas pouvoir déménager au centre faute d’argent ; l’arrivée à l’école, là où « la qualité de de l’enseignement est proportionnelle au prix des études », au bureau (« Endroit où l’on doit se montrer au travail du lundi au vendredi pour augmenter le stress »), la pause du déjeuner (« Fin du premier round ».


Là suit 7 pages où Sawang discute avec son ami Wibun au restaurant, l’occasion pour eux d’aborder de nombreux sujets de discussion : le nombre d’enfants, l’assurance, le salaire mensuel (« Argent versé pour le fait de se lever à cinq heures du matin, de déjeuner dans la voiture et … (voir au début »), le paiement de impôts (« Service le plus efficace (que j’ai jamais vu) de l’administration »), le crédit (« Encore trois ans à payer pour l’emprunt immobilier, huit mois pour la voiture. Et ma femme pense acheter un four à micro-onde à crédit »), avec « les frais scolaires des enfants et l’essence, il me reste de quoi acheter de l’alcool et des cigarettes ». Ah, la carte de crédit ! (« en sixième position sur l’échelle de l’indispensable, après la voiture. Pourquoi indispensable ? ma foi, vous pouvez oublier de mettre votre pantalon avant de sortir de chez vous, mais n’oubliez pas votre carte de crédit »).


Sawang, contrairement à Wibun n’apprécie pas le progrès, (« chose qui nait avec le développement d’un pays. Visible concrètement dans la rue : gratte-ciel, essence de plomb et déchets de plastique. En général, le progrès est inversement proportionnel à la surface verte d’un pays ») et de donner ensuite l’exemple du portable (« ce pilon high-tech à la mode qui devient indispensable » et que les gens ne quittent plus, même en faisant l’amour.


Ensuite suit une discussion avec son médecin (3 pages et demie), qui permet d’aborder de façon humoristique le problème de l’alcool, « Remède relaxant utilisé contre le stress. Peut changer le comportement des gens » ou ensuite sa pression sanguine élevée (« Sang qui se conduit mal. Provoque une augmentation inutile du budget national de la santé »).

Et on arrive à l’heure de sortie du travail. « Fin du 15ème round. Commence environ une  demi-heure avant la sortie du travail ».


Et le retour et de nouveau les embouteillages.


Et s’il pleut, cela signifie « encore plus d’encombrements et un retour à la maison encore plus tardif que d’habitude. » Et « deux millions huit cent soixante-seize mille cinq cents habitants de Bangkok » qui disent « à la même minute » :   « il faut qu’elle tombe à cinq heures, quand on sort du travail, pour faire des saletés d’embouteillages ».


Et Sawang d’aller chercher sa femme, et toujours ce retour lancinant avec ces satanés embouteillages. « Regarde ça, les voitures n’avancent plus », lui dit sa femme.  Un peu plus tard, en prenant l’un des fils à l’école, « Il y a des embouteillages, mon chéri » pour justifier le retard.


Et le diner à acheter au centre commercial, la location d’une cassette vidéo pour les gamins (une bande dessinée japonaise), la pensée de pouvoir enfin écouter un disque compact …  et l’évocation d’un rêve de la nuit dernière à sa femme :


« La nuit dernière, j’ai fait un drôle de rêve. Je voyais Bangkok comme la ville Utopia, il n’y avait pas de voiture, l’eau des canaux était propre, il n’y avait pas de fumées de pots d’échappement, je voyais des arbres d’un vert tendre … ».

Et sa femme, de l’interrompre : « T’es dingue ! N’importe quoi ! Va te coucher ! tu te lèves tôt demain. » 

Et le « réveille-matin » de sonner.


Une fois de plus, la nouvelle avait porté sur les embouteillages, le stress, la course contre la montre, le quotidien qui transforme les hommes en robots, au milieu de la pollution, des déchets de plastique, du gigantisme des gratte-ciels … Le « progrès » ?


Le progrès qui avait éliminé le temps de vivre, la douceur, la pureté des canaux, l’ombre et le vert des arbres  … et imposé un nouveau mode de vie, avec la publicité, le crédit, les objets de consommation que tout le monde doit avoir, la voiture, les téléphones portables … « les outils que l’homme à inventer pour se torturer lui-même », pour paraphraser  Win Lyovarin.


La  dixième nouvelle est donc la nouvelle de  Win Lyovarin, la ville des pêcheurs. Une nouvelle de 9 pages et demie encore originale dans la forme puisque Win Lyovarin,choisit de nous embarquer dans un taxi avec un chauffeur isan accomplissant 10 courses, 10 itinéraires, avec bien entendu des clients de toute condition et d’âge différent, un panel ?


Une occasion d’appréhender les préoccupations du moment de deux jeunes prostituées, de trois chanteurs de 25-30 ans, d’un couple et d’un adolescent blessé isan, de deux « hommes d’affaires », de deux femmes de la classe moyenne ou supérieure de 40-50 ans, d’un guide thaï et d’un étranger, d’un jeune couple , d’un homme de la classe moyenne d’une trentaine d’années, puis d’un autre de 40 ans.


Le taxi commence à 17h30 à Samyaek Kaset pour aller à Patpong pour terminer sa journée à 3h 40 pour rejoindre sa maison de Phetkasem.

Le chauffeur va pouvoir entendre les conversations de ses clients qui portent sur les sujets les plus divers : la nécessité d’avorter pour une prostituée, la critique des embouteillages,  des « fils de pute » de députés, la corruption des flics, l’hôpital interdit aux pauvres, l’argent qui permet l’accès aux filles « de classe supérieure » dans les karaokés, le lifting pour ne pas perdre son mari volage, les étudiants et leur famille indifférente, l’excès de travail, les rentrées tardives des pères et les enfants qui ne les voient plus, avec leur lot de « foyers brisés », et la décision finale du chauffeur de taxi, de rentrer au  pays, à Buriram, rejoindre sa famille.


Les sujets sont effectivement variés, mais ont en commun pour la plupart, une fois de plus, la critique des embouteillages et les réactions qu’ils provoquent :

  • Critique et virulent : “Un vrai système de transports en commun, c’est pas  demain la veille qu’on l’aura. Comment peuvent-ils (ces fils de putes de députés) nous laisser mariner dans ce embouteillages », disent les chanteurs.
  • Résigné, fatigué, écoeuré : «  oui, c’est dur. Mais comment faire ? Je ne suis pas né fils de banquier », ou plus loin : « Moi, je suis un vrai chauffeur de taxi, mais à présent, je suis fatigué de tout cela. Toutes les professions ont leurs difficultés, mais franchement, j’ai chargé des gens à Phetchaburi, et pour venir ici, j’ai mis plus d’une heure ! Il est déjà minuit, et c’est toujours aussi embouteillé. Il faut que je supporte ça… »,  dit le chauffeur de taxi.
  • Exaspéré et en colère : « Quel foutu encombrement ! On pourrait mourir au milieu de la rue que ça ne bougerait pas plus », dit le couple en route en urgence vers un hôpital.

 

Au temps passé dans les embouteillages s’ajoute le temps passé au travail, avec ses conséquences : la fatigue, les enfants délaissés, les foyers brisés … 

  • « Ca fait plusieurs soirs que je finis tard comme ça. Mes enfants ne se souviennent pratiquement plus de la tête que j’ai. Je suis trop crevé, dès que j’arrive, je me couche », dit un père de famille.
  • «   - Je suis ton père.

-          Un père qui n’a jamais eu du temps à donner à ses enfants… Tout le temps à travailler. », reproche à son père, une fille d’un autre père de famille.

 

Et le père de reconnaître :

  • “Je n’ai pas eu beaucoup de temps à consacré à mes enfants. Je passe mes journées à travailler pour rapporter de l’argent à ma famille. Le résultat est là : un foyer brisé. »

 

Il interrogera alors le chauffeur de taxi :

- « Mais vous, c’est pareil ; vous conduisez tard toutes les nuits. Vous avez du temps pour votre famille ? »

- « Elle n’est pas ici, elle est en province. »

- « C’est dur la vie de couple quand on est chacun de son côté ».

Et le chauffeur de taxi lui confier sa décision :

-“Oui, j’espère que ça ne va plus l’être ! Car ce soir, c’est ma dernière nuit comme chauffeur de taxi. Demain, je rentre à Buriram ».


Et la nouvelle s’achève sur la dernière course :

« Itinéraire : Phetkasem- Maison. Heure : 3h40 ».

 

        Atsiri                           ___________________________

 

Il s’agissait pour nous de tenter de comprendre  la  vision « littéraire » de Bangkok, de la ville écrite par cinq auteurs majeurs thaïlandais, Atsiri Thammachot, Chart Korbjitti, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin, dans 10 nouvelles,  choisies et traduites par Mme Louise Pichard-Bertaux.


Nous avons maintenant les principaux éléments de notre lecture linéaire, qui peuvent nous permettre de proposer UNE VISION de Bangkok, la vision de nos cinq auteurs.


Il y a bien sûr d’autres auteurs***, et donc d’autres perceptions comme celle de Saneh Sangsuk par exemple que nous avons déjà étudiée.****


Un nouvel article est donc nécessaire.  

 

-----------------------------------------------------------


*Connaissances et Savoirs, 2010.


Louise Pichard-Bertaux 


http://gsite.univ-provence.fr/gsite/document.php?pagendx=8562&project=chinois 

Diplômée de l’INALCO en thaï et en Birman, docteur en langues et littératures orientales.



Parcours : De 1984 à 1989, j’ai travaillé comme professeur de Français Langue Etrangère à Bangkok, en Thaïlande, pour l’Alliance Française et l’Université Thammasat.
En 1986, j’ai quitté la Thaïlande pour un an et suis partie en Birmanie où j’avais obtenu une bourse d’études grâce à un programme d’échanges INALCO-MAE / Gouvernement Birman.
En septembre 1989, lors de mon retour en France, j’ai enseigné le FLE à Rouen puis, en 1993, j’ai intégré l’IRSEA (CNRS-Université de Provence) à Aix-en-Provence sur un poste de documentaliste. Depuis 2005, je suis responsable du Fonds Asie du Sud-Est de la Maison Asie-Pacifique (CNRS-Université de Provence)

Le doctorat que j’ai présenté en 2004, intitulé « Fiction, ville et société : le milieu urbain dans les nouvelles thaïes contemporaines » est basé principalement sur la traduction de nouvelles thaïes.

Publication de la thèse remaniée : manuscrit accepté aux Editions Connaissances et Savoirs sous le titre de « Ecrire Bangkok : la ville dans la nouvelle thaïe contemporaine ».

** Le Southeast Asia Writers Award, le SEA Write, après plusieurs avatars a été restauré en 1979. C’est le prix le plus prestigieux attribué chaque année à un auteur de chaque pays des 10 membre de l’ASEAN, composé de la Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, et Vietnam.


***24. Notre Isan : Que faut-il lire de la littérature de Thaïlande ? 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-notre-isan-la-litterature-dethailande-2-79537520.html 

  • La liste recommandée par Marcel Barang :

Win Liaowarin, (SEAWrite «Démocratie sur Voies parallèles, roman (ประชาธิปไตย บน เส้นขนาน)), Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003. Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002, Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000. Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube, 1998. Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998. Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998. Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998. Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992.

Il nous fallait poursuivre la recherche avec notre réflexe google, wikipédia :

  •  7 auteurs étaient répertoriés :1/ Chart Korbjitti  2/ Kukrit Pramoj  3/ Pira Sudham  4/ Siriphan Taechachiadawong (ou Koynuch). 5/ S. P. Somtow, 6/ Chit Phumisak 7/ Khamsing Srinawk

 

Et puis au fil de recherches « hasardeuses », on nous disait que :


 8/Saneh Sangsuk est l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. Il a été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2008. (Il était dans la liste de Marcel Barang


9/Zakariya Amataya est le lauréat 2010 du SEA Write pour son premier recueil de poésie, No women in Poetry. Il regroupe près de dix ans de travail et d'écriture. Sa prose est emplie d'images, de métaphores et de paradoxes pour évoquer différents thèmes allant des limites du langage au temps qui nous échappe.


10/Siriworn Kaewkan fait partie des auteurs les plus remarquables de la nouvelle génération. Sa plume est versatile : il publie des poèmes, des nouvelles, des essais et des romans. Il a reçu plusieurs prix littéraires, dont une nomination pour le prix SEA Write de 2006 pour son livre The murder case of Tok Imam Satorpa Karde (Ed. Pajonphai, 2006, version anglaise 2010). Ce roman traite du conflit qui oppose les séparatistes musulmans au gouvernement thaïlandais dans le sud du pays.


11/Dans les années 70, un mouvement littéraire, nommé « La littérature pour la vie », émergea suite à la situation politique qui entravait la liberté d'expression. Les principaux thèmes abordés étaient alors les inégalités sociales et une critique de la société. Quel était ce mouvement, son importance ?


12/ Sunthorn Phu, était considéré comme le plus grand des poète thaïlandais du XIX ème siècle, reconnu et honoré par l'UNESCO en 1986 à l'occasion de son bicentenaire


On pourra désormais rajouter 4 autres auteurs choisis par Louise Pichard-Bertaux  (Chart Korbjitti ayant été déjà cité)Atsiri Thammachot, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, Win Lyovarin.

Tous lauréats du SEA Write.

 

****Bangkok et la « beauté triste de la vie ». Cité dans notre article

A 52. Un grand écrivain thaïlandais : Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-52-saneh-sangsuk-un-grand-ecrivain-thailandais-96922945.html 

 

 

p. 317 Ce qui voulait dire que s'en était fini des dérives dans les nuits fébriles de Bangkok, de toutes ces fois où je rentrais saoûl pendu à ton cou, vacillant titubant parmi les lumières de couleur qui font de tout homme un immortel provisoire, de ces nuits où je commençais à m'habituer aux poses provocantes des voyous protecteurs de bars; aux obscénités con-cul-pissantes des filles de bars à gogo, les filles les moins vêtues au monde, qui se contorsionnent lascives au rythme de la musique et qui, parfois, quand elles ôtent sournoisement leur dernière frusque, lèvent haut la jambe pour frapper du pied un mobile fait de coquillages accroché au plafond bas; à la solitude des filles au coeur brisé, qui vernissent de gaieté feinte leur esseulement d'oiseau loin du nid; aux débits de boissons aux serveuses aux seins nus et aux débits de boissons qui ont un miroir pour plancher et des serveuses en minijupe sans sous-vêtement et aux bordels en tout genre qui pullulent, autant d'endroits où la morale est raide morte, mais c'est dans ces putains d'établissements qu'on voyait une barquette d'offrande aux bonzes dont l'arbuste artificiel était fleuri de billets de banque de dénominations diverses que les papillons de la nuit iraient offrir à quelque monastère, celui de leur village natal probablement. Telle était la beauté triste de la vie. Peut-être avait-elle toutes sortes d'autres beautés cachées, mais toutes tristes. ( p. 317)


 fin

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 05:05

titre Nous arrivons au tome 3 de la trilogie de Axel Aylwen, intitulée Le Dernier Vol du Faucon. Nous avons laissé Phaulkon sur une victoire provisoire. Il a pu rassurer les Hollandais, repousser sans combattre une tentative d’occupation de Mergui par le gouverneur anglais de Madras, « convaincu » les Français de rebrousser chemin sur Songhkla, mater une révolte indigène et remplacer  Barnaby et Samuel White par Ivatt, son homme de confiance, comme gouverneur de Mergui. Nous sommes en 1688.


Le prologue précise que le roi Naraï règne depuis 32 ans et qu’il a su jouer, comme Phaulkon, des rivalités hollandaises, anglaises et françaises. Phaulkon est arrivé il y a 12 ans et il est barcalon depuis 5 ans. Mais pour l’heure, toutes les menaces sont toujours présentes. Le roi est très malade et sa succession n’est pas encore assurée, surtout qu’un vaste mouvement de mécontentement mené par le général Petraja, le chef du Conseil privé du roi et le général en chef de l’armée des éléphants veut chasser les étrangers et prendre le pouvoir.


Phetracha


On peut alors s’attendre à assister à une terrible lutte pour le pouvoir entre Phaulkon, Petraja, Sorasak, les successeurs royaux, les deux frères du roi, la fille du roi, et le courtisan Pra Piya que le roi veut imposer. Mais Aylwen va choisir d’introduire de nouvelles intrigues qui vont transformer son roman « historique » en une suite d’histoires où se mêlent l’invraisemblable, la cruauté, les chausse-trappes, les combats sanglants, assassinats, tuerie, têtes tranchées, viols, tunnel secret, masque et déguisement, médium et présages, ruses, menaces,  … dignes des séries B, avec un final délirant, et qui n’a rien d’historique.

 

livre op serieb


Aylwen, dès le chapitre 2 introduit la venue de la  1ère femme de Phaulkon venue d’Angleterre  avec son fils Mark, 16 ans, le fils dont Phaulkon ignorait l’existence !


 

fils inconnu

 

Imaginons leur pérégrination, au milieu des tumultes de la guerre de succession, jusqu’ à la scène des « retrouvailles ».

Le chapitre 1 commence mal pour Phaulkon qui apprend par une médium réputée, qu’il n’a plus que 2 mois à vivre et qu’il sera décapité.


Mais le principal sujet de ce tome est bien la guerre de succession entre Petraja et Phaulkon, qu’on suivra au milieu de nombreuses péripéties secondaires avant la lutte finale, quelque peu surprenante.

La première donnée est le refus de Yotapep, la fille du roi d’épouser Pra Piya, le successeur désigné par son père. Elle aime son frère cadet. Leur querelle sera violente, le roi la menaçant de bannissement, de tuer celui qu’elle aime. Mais sa fille est inflexible et lui montre le danger que représente son fils bâtard Sorasak (Petraja le faisant passer pour son fils) en lui rappelant l’époque sanglante du roi Prasat Tong qui avait usurpé le trône. (L’Histoire est plus complexe. Cf. notre article 72 prochain et comment Naraï est arrivé au pouvoir, après avoir contribué à tuer son frère ainé et ensuite son oncle.).


Ensuite on voit Petraja dans la mise en œuvre de sa première tactique de conquête du pouvoir.


Un Petraja qui ne tergiverse pas pour utiliser des moyens expéditifs sur ce qu’il estime représenter un danger potentiel. Ainsi, n’hésite-t-il pas à ordonner à son capitaine de tuer deux femmes et 50 personnes discrètement dans un « accident » d’un bateau coulé   pour régler une plainte présentée par une femme et sa suite accusant son « fils » Sorasak, gouverneur de Phitsalunok, d’avoir abusé de sa jeune fille de 16 ans. (Ch. 4).

Petraja donc pour obtenir l’appui bouddhiste a décidé de faire une retraite au monastère de Louvo dirigé par le deuxième personnage bouddhiste de l ’Etat. Après 6 mois, il est convoqué par l’abbé. Petraja abat ses cartes


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et l’abbé, en termes subtils, lui promet son appui et l’encourage à rejoindre la Cour après lui avoir rappelé le danger représenté par les farangs.


1ère confrontation de Phaulkon et de Petraja chez le roi très affaibli. (Ch.8).


Le roi leur demande d’assurer sa succession avec Phra Piya. Petraja demande l’autorisation de lever des troupes ; Phaulkon obtient un sursis de 3 jours promettant d’apporter les preuves contre un conspirateur, pensant bien sûr à Petraja.


Petraja en action.


Il se rend à Ayutthaya, pour convaincre sur ordre du roi, la fille du roi d’épouser Phra Piya. Il ne lui cache pas ses ambitions, sa haine des farangs, sans sous-estimé les talents de Phaulcon (seigneur de guerre chinois, dit-il, rusé comme un commerçant indien).

 

rusé

 

Devant son refus, il a l’idée de lui proposer d’épouser Phra Piya, mais avec la possibilité de voir Chao Fa Noï comme elle l’entend.  Il obtient ensuite l’accord de Chao Fa Noï contre son aide de prendre le trône. Il lui demande aussi de faire croire au roi que son autre frère Chao Fai Apartot a décidé de souiller ses cendres.


Mais Aylwen voulant rester romanesque invente un jeune amant et une jeune amante cachés derrière un paravent de la chambre de Chao Fa Noï et ayant entendu le plan établi.


amant caché


Ainsi à ce stade, nous avons pu constater que Petraja a commandité l’assassinat du père Malthus en laissant des preuves accusant Phaulkon, obtenu l’appui du clergé, demandé au roi le pouvoir de lever des troupes, et établit un plan de prise de pouvoir avec la fille du roi et son oncle.


Phaulkon réplique avec moins d’atouts.


Les trois jours sont écoulés et Phaulkon doit donner le nom du conspirateur au roi. Et comme par hasard ( !), Phaulcon peut aller devant le roi avec le jeune qui a entendu le plan de Petraja. Phaulcon joue alors son va-tout et peut dénoncer le complot de Petraja avec la confirmation du jeune témoin. Phaulkon propose en outre au roi d’envoyer deux lettres aux oncles qui pourront les confondre.

Mais on apprend au chapitre suivant que les jésuites ont lâché Phaulkon et ont même envoyé une lettre à Desfarges pour qu’il intente une action d’urgence contre Phaulkon qui n’a pas tenu ses promesses. On n’évoque même pas le père Tachard, si essentiel pour Phaulkon dans sa stratégie auprès des Français.

 

jésuite


Ici Aylwen abandonne la crédibilité historique, pour tomber dans le roman feuilleton.


On aura droit aux retrouvailles de Phaulcon et de son amante siamoise, à l’ accusation de Phaulcon pour meurtre du père Malthus par le père Ducaze auprès de sa femme, à l’installation de sa 1ère femme anglaise et du fils de Phaulkon au sein du palais occupé par Maria qui ne les connait pas encore, à leur rencontre avec Phaulkon qui ouvre les bras à son fis, au récit de la vie de Nelly,  à la menace de Maria de quitter le Siam pour la France sous 30 jours en emportant 50 % des parts … ouf !


Pendant ce temps (ch. 20) on apprend que Petraja a déjà commencé à lever des troupes à Louvo et à Ayutthaya, que le Patriarche et l’abbé de Louvo sont dans la confidence et qu’il a profité de l’hésitation du roi pour s’enfuir du palais.


Les dés sont jetés.


Mais comme la situation n’est pas assez complexe ( !), Aylwen met en scène au chapitre 21 l’ambition de Sorasak qui se sait fils de Naraï et qui veut se faire reconnaître par celui-ci comme le successeur et futur roi. Pour l’heure, on le présente à 25 ans comme un redoutable lutteur invaincu de boxe thaïe dont le surnom « Le Tigre » fait trembler tous les boxeurs, et comme un jeune homme brutal sadique, cruel, violeur et sodomite de jeunes enfants !

 

Tiger-king

 

On le voit quitter Phitsalunok pour rejoindre Petraja réfugié au monastère de Louvo après sa fuite du palais. (Tous les monastères étaient des refuges sacrés et inviolables.) Evidemment, il intercepte à la porte du monastère, un message du frère du roi Chao Fa Noï destiné à Petraja, qui lui permet de connaître  le plan de celui-ci. Petraja lui confie deux missions : éliminer Somchaï, le meurtrier du père Malthus, prisonnier chez Phaulkon et de chercher à savoir pourquoi le roi a ordonné son arrestation. En échange Sorasak lui demande de le reconnaître comme le futur roi ! (Cohérence ?)


Ensuite Aylwen a choisi du chapitre 22 à 29, les révélations, les déguisements, les fausses lettres, les rumeurs (la mort du roi, et l’invasion française), les pertes de lucidité du roi, son changement d’avis sur la succession, les vraies et les fausses trahisons, les mensonges, les intermédiaires, les renversements de situation, les allées et venues des uns et des autres dans leur course au pouvoir, pour arriver au chapitre 29 à la prise du palais royal par Petraja et l’arrestation de Phaulkon. Nous ne sommes plus dans l’Histoire mais avec un écrivain qui aurait mal lu Dumas.


Auparavant (du ch. 22 à 29 donc), on voit un Phaulkon s’occupant pendant 4 jours de son fils retrouvé, précise-t-on, pendant que le roi est à peine lucide ; Phaulkon dans la chambre du roi se reprochant d’avoir laissé filer Petraja, surpris d’y rencontrer Sorasak. ( le rassurant pour Petraja, lui révélant faussement que le roi délire en ce moment). 


On verra ensuite Sorasak rendre compte à Petraja sans apprendre ce qu’ils se sont dit, ni les instructions données précisément. (Il lui demande de faire imiter une lettre écrit par Phaulkon ; pourquoi ? on le saura plus tard). (Ch. 22). Et puis le roi envoyer la concubine de Phaulkon, Suninda chercher sa fille Yotapep à Ayutthaya afin de lui transmettre un message très important (la trahison de Petraja). Et dans le même chapitre 23, Suninda voulant informer Phaulkon mais qui rencontre la 1ére épouse de Phaulkon Nelly et son fils et qui découvrent leur situation réciproque, pour arriver au chapitre suivant avec un Sorasak déguisé en garde du roi et qui profite de l’absence de Phaulkon pour officiellement s’introduire chez lui et prévenir le prisonnier qu’il sera délivré le lendemain, et de suivre Sorasak rendre compte de sa mission à Petraja pour apprendre par celui-ci qu’il a l’intention de prendre le trône, d’épouser Yotapep et de faire de lui son successeur. Il lui révèle qu’il a fait croire à Chao Fa Noï qu’il lui apportait son soutien. Sorasak lui répond qu’il  veut que Naraï le reconnaisse comme son fils. Petraja le met en garde.


Clair, non ?   (Tout cela dans un même chapitre !)


Et puis au chapitre suivant, on revient sur Nelly qui avoue qu’elle est venue au Siam pour tuer Phaulcon pour toucher l’argent du testament de son défunt mari, mais qu’elle a changé d’avis !! ! et d’apprendre de suite après, sans transition, la mort de Somchaï dans sa tentative d’évasion.


Vous suivez ??? Vous avez de la chance.


Aylwen le croit et précise au chapitre suivant que le 15 mai 1688 ( ?), Desfarges décide d’aller  à Louvo avec 80 hommes, le messager Ivatt lui ayant demandé son aide pour contrer Petraja. Mais Desfarges s’arrête au séminaire d’Ayutthaya et demande au père Ducaze pourquoi les gens fuient sur son passage. Il lui apprend  les rumeurs qui annoncent  la mort du roi et que les Français vont s’emparer du pays ! Desfarges rencontre ensuite Maria, la femme de Phaulkon, qui ne le rassure pas et lui dit que le problème est que le roi n’a pas encore nommé de successeur. Desfarges est furieux, se sent trahi (pourquoi ?) et retourne à Bangkok. Quel général !


Aux chapitres 27 et 28, on apprend qu’enfin, Phaulkon a décidé de recruter des mercenaires portugais et métis, mais il n’en a que 35 !


Mais surtout que le roi a  changé d’avis pour sa succession. Il a constaté que Phra Piya n‘a pas l’étoffe de lui succéder et a opté pour son frère Chao Fa Noï et son mariage avec sa fille Yotapep.


On peut s’inquiéter des talents de stratège de Phaulkon. Celui-ci accepte que ce soit Suninda qui soit chargée par le  roi de convaincre Chao Fa Noï qui est quand même prisonnier en son palais à Ayutthaya, depuis qu’il avait couché avec la concubine favorite du roi, et sœur de Petraja.  De même Phaulkon lui demande aussi de mettre sa première épouse Nelly dans un bateau pour Bangkok et de la charger de convaincre Desfarges de venir l’aider !!!


On doit, je crois, plus s’inquiéter pour l’écrivain Aylwen qui a fait ici des choix absurdes, tant historiques que de crédibilité romanesque.


Même si Phaulkon est un personnage qui suscite la controverse, tout le monde lui reconnait un intelligence hors du commun et surtout des talents de diplomate remarquables. Comment peut-on imaginer un seul instant qu’il puisse penser à Nelly pour convaincre le général Desfarges de venir l’aider. (qui lui en veut pour l’avoir duper lors de son arrivée au Siam) !


Bref, au chapitre 29, Petraja passe à l’attaque.


Alors que Phaulkon vient à peine d’apprendre le retour du général Desfarges au fort de Bangkok par le major Beauchamp, le fils ainé de Desfarges et le Lt Fretteville, que le père de Bèze (le médecin du roi) lui annonce que le roi malade a officiellement appelé Petraja à gérer les affaires du royaume, et que celui-ci avait décidé son arrestation et appelé les habitants à prendre les armes contre les Français. Le roi qui n’a plus toute sa conscience a recommandé dans un moment de lucidité à Phaulkon de fuir à Bangkok.


Mais Phaulkon, le grand stratège ( ?), va avec trois militaires français et une escorte d’une vingtaine d’hommes conduit par le Portugais Joao Pereira sensés venir le rejoindre à la porte sud  se jeter dans la gueule du loup. Petraja a en effet prit le contrôle du palais. Dès la 1ère porte, Phaulkon se retrouve seulement avec les 3 militaires français qui sont vite désarmés, et tués. Phaulkon est prisonnier.


Mais qu’on se rassure, Aylwen va trouver le moyen de faire délivrer Phaulkon qui était au cachot dans la salle de torture,

 

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par le Portugais Joao Pereira et 27 hommes (précise-t-on) au chapitre 32. 28 hommes dans un palais royal avec des centaines de garde ! Mais Aylwen, qui aime les ellipses, terminera son évasion au chapitre 34 ! Phaulkon face à 100 siamois, qui arrivera, depuis les remparts à sauter dans une couverture et à réussir, bien que blessé, à s’enfuir. Quel héros !

Mais auparavant, on avait appris au chapitre 30, que Suninda avait été arrêtée juste après avoir fait la proposition royale à Chao Fa Noï, et que celui-ci avait été assassiné par les hommes de Petraja déguisés en prêtres.

 

Au chapitre suivant, on est  à Bangkok, avec Nelly en train d’essayer de convaincre le général Desfarges et on voit arriver le major Beauchamp et le Lt Fretteville qui étaient il y a peu, vous vous en souvenez,  avec Phaulkon à Louvo ! A la demande du major Beauchamp d’intervenir avec force, le général Desfarges a l’idée lumineuse d’envoyer une lettre à Petraja exigeant la libération immédiate de son fils.


Et puis au 33, on revient sur Suninda qui est au cachot et est accusé par les assassins d’avoir tué le frère du roi. Et, on va la confronter à ………. Maria, la femme de Phaulkon !!! Que fait-elle là ?


L’histoire est de plus en plus incohérente et est difficile à suivre avec ses ellipses incompréhensibles, ses allers et retours, ses passages d’une ville à l’autre, d’une intrigue à l’autre.

Aylwen ne maitrise plus son histoire. Et cela va empirer.


Au chapitre 34, nous sommes dans la chambre du roi.


On est revenu à Louvo. Nous sommes le 18 mai 1688, précise Aylwen. Il s’en est passé des événements depuis le chapitre 26, le 15 mai 1688. Le roi ne reconnait pas sa fille Yotapep. Phra Pya est là aussi atterré. Et Yotapep de déclarer qu’elle veut épouser Phra Piya, d’accuser Petraja d’avoir tué son oncle, d’être un traître et qu’il soit arrêté. (Cohérence ? Petraja avait conclu le même accord). Rien que cela. Petraja arrive à s’enfuir. Décidemment le maître du palais maîtrise peu la situation.

Au chapitre 35, on est de nouveau avec Desfarges, qui reçoit une lettre officielle de Petraja qui lui annonce qu’il est le nouveau régent, que Phaulkon a été destitué, et qu’il songe à le remplacer par ………. son fils, « retenu » à Louvo. Et hop, dans le même chapitre, Desfarges est à Louvo et est reçu par Petraja au Palais. Aylwen ne voit même plus les incohérences de son intrigue. Petraja fuyait devant les ordres donnés par la fille du roi et il est de nouveau tout de suite après aux commandes, et à donner des ordres de régent.

Petraja demande à Desfarges d’amener les troupes de Bangkok et de Songkhla à Louvo pour repousser une attaque d’ennemis du Nord-Est. Et pour rester crédible, il donne 3 jours à Desfarges sous peine de voir ses deux fils exécutés. Desfarges veut entendre l’ordre du roi ; on l’amène au roi qui est inconscient mais qui se lève d’un coup. Il peut constater que le roi est vivant !


Les 10 derniers chapitres (36 à 45) sont délirants, insensés, extravagants, abracadabrants … et ne suivent plus aucune cohérence, aucune logique, ni une quelconque véracité historique.


Un aperçu ?  (en suivant les chapitres et je ne caricature pas.) 


Sorasak à la recherche de Phaulkon rencontre Maria dans sa maison à Ayutthaya ; Phaullkon est en fait caché dans un abri secret depuis 4 jours dans sa maison de Louvo. Mais il a pu envoyer son fils Mark à Bangkok « caché » sur une civière. Sorasak emmène Suninda à Louvo. Ensuite, on est avec Ivatt qui arrive de Mergui à Bangkok, et qui a vu le Lt Cricq attaqué et coulé alors qu’il allait chercher des renforts. Nelly et Mark lui demandent alors de pouvoir retourner sur Louvo aider Phaulkon.(Ils viennent à peine d’arriver). Mais Phaulkon (ch. 38) est alors déguisé en moine


 

déguisé en moine

 

et se dirige à pied vers Ayutthaya. Anek, ( l’homme de confiance de Phaulkon), trouve la maison vide de Phaulkon, mais il y trouve Sorasak qui l’oblige à avouer où est Phaulkon. Comme il l’ignore, Sorasak lui laisse son bateau pour le chercher (crédible, non ?). Petraja ne peut pas retrouver Phaulkon mais Anek le retrouve. Phaulkon, démasqué est poursuivi par 12 hommes, mais parvient au bateau qu’Anek lui avoue être de Sorasak, lui apprenant aussi que celui-ci a Suninda. Ivatt arrive à Louvo avec Mark et Nelly au débarcadère de Phaulkon où il doit se battre contre les soldats de Sorasak. Ivatt va mettre Nelly et Mark dans la cachette de Phaulkon pendant que Sorasak les épie. Et puis, on apprend que la petite Lek qui jouait le rôle de Suninda  s’est enfuie, et qu’elle a rencontré le colonel Virawan (le bras armé de Petraja) sur le fleuve et à qui elle apprend le rôle joué par Sorasak. Virawan avec ses 80 gardes arrivant au quai de Phaulkon rencontre Ivatt qui s’étonne que Virawan recherche aussi Phaulkon, qui a fait fouiller la maison en vain. (On se souvient qu’il y a Nelly, Mark, Sorasak. Ah oui, dans la cachette secrète !) Et puis au chapitre suivant (ch.42), Phaulkon arrive aussi à Louvo et doit plonger pour arriver à son tunnel secret de sa maison ! 

 

stam pilou 2 5 2


Comme il n’y pas assez de monde, Aylwen fait aussi venir Maria dans la maison, qui ouvre la trappe, pour découvrir Sorasak qui se met nu et la viole…  et Maria peu après expulse son bébé, mort-né !!! On arrive dans un  film gore !

 

film gore


Mais Ivatt, allez savoir pourquoi revient à la maison avec son géant tamoul qui se saisit de Sorasak. Maria en train de mourir dit à Suninda (on l’avait oubliée) qu’elle était en fait venue pour mettre Phaulkon dans un guet-apens prévu dans la chambre du roi !!! (de mieux en mieux)


Vous suivez ???


Le final avec les chapitres 43 à 45 valent aussi leur pesant de fiction délirante.


Au chapitre suivant Suninda est au palais.


Elle peut bien sûr, grâce à la complicité du chef de garde accédée à la chambre du roi. (Décidemment le nouveau régent Petraja  a peu d’expérience militaire !) Le roi lui souffle un PLAN (on ne saura pas lequel). Après Suninda, c’est Phaulkon, qui déguisé, arrive aussi dans la chambre du roi ! (Pourquoi est-il venu ?). Il entend le roi dire qu’il doit quitter le pays ! On apprend que Suninda est arrêté par le colonel Virawan.

Et puis, sans transition, au chapitre suivant, le roi Naraï annonce que c’est son dernier jour de vie et on le voit s’habiller royalement pour aller au jardin (pourquoi ?), arriver dans la cour royale, et assister à la décapitation de Phra Piya par Petraja ! avec Suninda agenouillée promise au même sort.


decap


Et comme il n’y a pas assez de monde dans  le palais (la place la plus gardée du royaume) et que la situation n’est pas assez  absurde, on voit Ivatt et ses gardes indiens arrivés avec Sorasak sur une civière et le roi Naraï qui le désigne comme son successeur en échange de Suninda, qui surenchérit en réclamant aussi son enfant !!!

 

Vous ne connaîtrez pas les échanges entre tous ses prétendants, ni ce que va faire Petraja ! ni ce que va devenir Naraï.


Et Phaulkon, me direz-vous ?


Eh bien, sans transition Aylwen, qui a dû boire une substance interdite, nous présente au dernier chapitre six cavaliers, Phaulkon, Suninda et sa fille, sa première femme anglaise Nelly et son fils Mark, ainsi que son homme de confiance Anek sur la route vers Chiengraï !!! et ensuite Phaulkon leur proposer de passer en Chine !!!!!!!!!!!!!!!!


A ce niveau, que pouvons-nous dire ? Le délire est tel que nous n’avons pas envie de faire les rectifications historiques.


Et Petraja ? Le voit-on triompher ? se déclarer roi ?


Non. Aylwen préfère écrire la scène finale avec le colonel Virawan qui propose à  Petraja de mettre un masque représentant Phaulkon et d’exécuter un jésuite devant témoins !!!!!!!!!!!


fin


Quelle trouvaille pour la fin !


Et pour en remettre une couche, Aylwen rajoute un épilogue historique, où il est dit que Pétraja épousera la fille de Naraï, qu’il aura deux fils et règnera 15 ans et mourut à 72 ans. Que  Sorasak épousera aussi Yotapep  et règnera 7 ans pour mourir de ses débauches ! Que Desfarges négociera son départ et mourut en mer. Que l’évêque fut emprisonné avec les chrétiens ! (quelles précisions !!!)


Ce tome 3 est vraiment une catastrophe.


On ne peut comprendre les choix d’Aylwen. Pire, on peut même soupçonner une autre personne qui aurait voulu discréditer l’écrivain du 1er tome.


Manifestement on a ici un écrivain de 3 ème zone qui a perdu tout contrôle, toute crédibilité historique et littéraire.


L’histoire du Siam est difficile à appréhender. Il n’est pas nécessaire d’être incohérent, d’écrire des fictions historiques délibérément fausses, absurdes, extravagantes, ineptes …

 

                                                                              ____________________________

 

 

 

Et pourtant si vous cherchez dans google d’autres avis, vous pourrez trouver par exemple :


Résumé de "Le faucon du Siam. 3. Le dernier vol du faucon"

Cela fait plusieurs années déjà que Constantin Phaulkon, un navigateur grec d'origine et anglais d'adoption, occupe les fonctions de Grand Barcalon (Premier ministre) auprès du roi de Siam. Mais, en plus des jalousies et des intrigues que la vieillesse et la maladie du monarque déchaînent contre lui, il lui faut compter avec l'hostilité des missionnaires jésuites, que gêne sa sympathie pour le bouddhisme, et aussi avec les appétits des Français et des Hollandais, impatients d'accroître leurs possessions coloniales . Dans ce contexte trouble surgit une femme : Nellie, accompagnée d'un garçon de seize ans, le fils que Phaulkon a eu d'elle après une brève liaison. Pour se venger de son abandon, elle est prête à braver les périls... L'extraordinaire fresque romanesque du Siam au XVIIe siècle, entamée par Axel Aylwen avec Le Faucon de Siam et poursuivie dans L'Envol du Faucon, prend ici des allures de drame shakespearien. Ce passionnant voyage dans une histoire méconnue est aussi l'occasion de réfléchir aux heurts des civilisations, des sociétés, des pensées différentes.


http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/aylwen-axel/le-faucon-du-siam-3-le-dernier-vol-du-faucon,1044095.aspx


Vous avez bien lu « des allures de drame shakespearien »,  « une histoire méconnue », « l'occasion de réfléchir aux heurts des civilisations, des sociétés, des pensées différentes. »

 

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Manifestement nous n’avons pas lu le même livre.


       

Nota.


D’ailleurs savez-vous de quel auteur il s’agit ? Cherchez et dites-nous si vous trouvez une bio-bibliographie d’ Aylwen ?

 

 

 

 

fin-copie-1.jpg    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 04:02

titreNotre article précédent présentait le tome 1 de la trilogie de Axel Aylwen, intitulée Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon. Mais la méthode choisie et nécessaire était laborieuse et peu agréable à la lecture. Elle montrait néanmoins comment un grec au passé déjà aventureux, était parvenu au Siam à devenir le 1er ministre du roi.


Le prologue du tome 2 rappelle la stratégie de Phaulkon qui avait osé de son propre chef, forger de faux documents qui indiquait l’alliance du Siam avec la France « avec la connivence des jésuites sur place »  pour contrer le projet hollandais de  « s’installer » au Siam.


Mais curieusement le chapitre 1 commence le 30 septembre 1687 avec l’arrivée de la deuxième ambassade française menée par de la Loubère et Céberet avec 5 grands navires et 1400 hommes commandés par le général Desfarges qui a la mission d’obtenir la cession des ports de Bangkok et de Mergui ! (Sportès dira 1610 hommes dont 636 soldats)

 

Marine


Comme nous le signalions dans l’article précédent, il est étrange qu’Aylwen n’ait pas évoqué la  1ére ambassade de Louis XIV menée par le chevalier Alexandre de Chaumont et l’abbé de Choisy, qui était arrivée  au Siam le 23 septembre 1685 pour convertir le roi Naraï, et qui était repartie  le 22 décembre 1685. Etrange, car il n’évoque pas ainsi le rôle  du Chevalier de Forbin qui était resté à la demande de Phaulkon pour organiser l’armée siamoise et pour devenir le nouveau « gouverneur » de Bangkok.


Bref.


A peine arrivé, le père Tachard est le premier à quitter le bateau pour aller annoncer à Phaulkon la mauvaise nouvelle. Phaulkon est en colère, car il voit de suite ses plans contrariés et les difficultés à surmonter. Et ce n’est pas le titre de comte de France avec l’ordre de Saint Michel que lui a accordé Louis XIV qui va le rassurer.


ordre de saint michel


Pour une  ellipse, c’est une ellipse ! Aylwen privilégie donc d’entrée la version colonisatrice de la France.


Il met en scène l’ambassadeur siamois Kosapan (qui est le frère cadet du précédent 1er ministre) qui revient de son ambassade en France, et qui a entendu le chef de l’ambassade de Laloubère déclarer à Claude Céberet, le deuxième envoyé :


« Une fois le Siam entre nos mains, Claude, vous serez libre de dicter la politique commerciale française comme vous l’entendez (Céberet est l’un des 12 directeurs de la Cie des Indes), mais « l’objet de notre mission est avant tout la conversion du roi du Siam ».


Kosapan, retenu depuis 4 jours sur le bateau, veut donc s’échapper pour prévenir son roi que la France veut annexer son royaume et n’ont pas les 50 gardes d’élite demandés par Phaulkon pour protéger le roi. (La demande de Phaulkon est différente selon les différents témoignages).


Phaulkon est surpris lui-même par les prétentions françaises qui lui sont confirmés par le jésuite Tachard. Bangkok et Mergui sont les deux places les plus stratégiques du royaume. Et Mergui a déjà été « confié » aux Anglais via Samuel White.

mergui1764

 

(On ne dit pas que Tachard avait une mission de Phaulkon lors de la 1 ère ambassade).


On va voir alors un Phaulkon qui sait faire face à des situations nouvelles imprévues. Il a de suite l’idée d’accorder Bangkok comme base commerciale mais d’être ferme sur Mergui.


Au ch. 3 en audience devant le roi (qui se rappelle de leur 1ère entrevue, 6 ans auparavant), il présente à sa façon les informations  données par Tachard qu’il n’a pas encore vérifiées, précise-t-il. Phaulkon est ensuite surpris de voir Kosapan

 

Kosan Pan Standing

 

qui confirme au roi la volonté des Français de soumettre le Siam et d’imposer la foi catholique au roi.


Mais Phaulkon, une fois de plus sait  trouver immédiatement un PLAN pour contrer les Français, à savoir :


1/ Chaque soldat français débarqué devra prêter allégeance au roi Naraï. 2/Chaque soldat français débarqué devra entrainer un soldat siamois 3/ Le roi exprimant ses doutes sur leur acceptation ; Phaulcon lui dit qu’il leur fera miroiter sa conversion prochaine 4/ Céder Bangkok à des fins commerciales 5/ Envoyer des femmes siamoises pour enlever aux soldats français l’envie de combattre.


Il est dit que le roi accepte pour des raisons géopolitiques vis-à-vis des Hollandais et pour éviter le bain de sang, mais qu’il vengera l’affront.


Mais le tome 2 va se poursuivre sur deux fronts et deux intrigues vont se mêler, car Phaulkon ne doit pas seulement obtenir l’appui des Français pour se maintenir au pouvoir, il doit aussi faire face à la piraterie de Samuel White, son subordonné à Mergui, et d’un acte de piratage qui va mettre en ébullition tout le Sud avec la menace de Golconde d’entrer en guerre et des Anglais qui veulent prendre le port de Mergui, en représailles. Phaulkon va  dans un premier temps envoyer Ivatt pour régler ce conflit commercial et diplomatique.

 

Golconde


Aylwen va entrelacer ces deux histoires durant le tome 2 et nous serons simultanément en Inde et au Siam, à Mergui, à Bangkok, à Ayutthaya et à Louvo, la résidence d’été du roi. Nous verrons comment Phaulkon va essayer de redevenir le maître de la situation avec les nouvelles ambitions  des Français et celles des Anglais qui rêvent de s’implanter au Siam.


Le diplomate Phaulkon va devoir s’employer au milieu de toutes ces rivalités sans oublier les Hollandais et aussi les dignitaires siamois sur fond de fin de règne, où la succession peut faire basculer tous les pouvoirs acquis.

 

Phaulkon et les Français.


Les Français ne veulent pas du plan de Phaulkon et pour commencer ils ne veulent pas prêter allégeance à Phaulkon. Celui-ci trouvera un subterfuge quand ils devront s’incliner devant la lettre du roi Louis XIV emmenée en grande pompe à Bangkok dans une barque royale, qu’ils devront suivre dans d’autres barques selon un protocole,  une étiquette, un apparat fastueux qui les impressionnent.


Ensuite, on voit le général Petraja passer en revue une troupe de 500 siamois dans le fort de Bangkok. Il les informe qu’ils seront formés chacun par un farang. Il rencontre Phaulkon et ne lui cache pas ce qu’il pense des Français et lui dit qu’il ne sera pas à son poste à vie. La menace est bien affichée. Bref les deux hommes se savent ennemis. Phaulkon retourne à Ayutthaya avec le Ct Beauchamp et 50 hommes d’élite. Il rend compte de sa mission au roi qui exprime ses inquiétudes quant à sa succession avec deux frères aux multiples travers et handicaps.


De La Loubère est enfin reçu par le roi avec cérémonie et faste. Il s‘étonne ensuite à Phaulkon que le roi ne lui ait pas parlé de sa conversion. (Il faut savoir que tous les témoignages attestent de cette obsession française à vouloir à tout prix convertir le roi Naraï).


pieuvre


Pendant ce temps, on voit au chapitre 17, Petraja organiser sa « rébellion ». Il a déjà réuni cinq hommes, Kosapan, les musulmans Abdula Maffid et son frère Mohammed, mandarins en disgrâce depuis leur révolte manquée, et deux officiels siamois dont l’abbé de Louvo (le deuxième de la hiérarchie bouddhiste siamoise). Ils ont tous des bonnes raisons de  vouloir chasser les Français et Phaulkon. Petraja enfonce le clou et rappelle la menace que représentent les Français, Kosapan évoque leur impolitesse envers les mandarins. Petraja aspire au trône et se dit prêt à trouver un plan pour chasser les Français.


Après la réception royale, de La Loubère et Ceberet retournent à Bangkok. Le général Desfarges reste à Ayutthaya et est choyé par trois belles servantes. Le Ct Beauchamp et sa garde accompagnent le roi à Louvo.


Le combat est engagé.


On va suivre désormais les attitudes et les positions des uns et des autres. Petraja et ses complices estiment qu’ils ne peuvent rien tant que Phaulkon a l’appui des Français. Mais Phaulkon ne l’a pas encore obtenu.


On va voir ensuite Kosapan en action, avec son plan (en accord avec Petraja), de déstabiliser la femme de Phaulkon, Maria, en prétextant un danger que lui a confié la seconde épouse de Phaulkon Suninda (que Maria ignorait) concernant des soulèvements éminents des Maures à Mergui. Kosapan  apprend aussi à la très catholique Maria que Suninda a été chargé d’organiser les prostituées pour le bien-être des Français à Bangkok. Maria ulcéré le chasse.


Phaulkon en audience avec le roi obtient Songkhla pour les Français en précisant que c’est sa dernière concession. Le roi évoque pour la première fois sa décision de confier la succession à Piya, son fils adoptif, mais sa fille, dit-il,  refuse de l’épouser.


Les Français sont divisés. Phaulkon est loin encore d’avoir l’appui des Français.


De La Loubère, en colère, non seulement refuse Songkhla mais lance un ultimatum au général Desfarges lui ordonnant un PLAN d’invasion du Pays.


Le général Desfarges refuse, estimant au contraire que sa mission est en voie d’être remplie. Il occupe le fort de Bangkok, dit-il, sa garde est auprès du roi et ils viennent d’obtenir Songkhla. De La Loubère le menace de la cour martiale lui rappelant que la mission est de convertir le roi, et d’occuper Mergui et Bangkok.


Phaulkon n’est pas au bout de ses peines, surtout qu’une rencontre avec les jésuites, les pères Tachard et de Bèze lui confirmant la menace de guerre de La Loubère, la division des Français, l’importance attachée à la conversion du roi Naraï.


Phaulkon leur confie son inquiétude sur la santé du roi, son asthme,  ses difficultés à parler, la nécessité de le soigner pour gagner du temps. Il aurait besoin de 1 à 2 ans. Il réclame des renforts français.


Sa rencontre ensuite avec de La Loubère

 

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n’est pas pour le rassurer, car il reste sur ses positions et lui rappelle, une fois de plus, que l’objectif 1er de sa mission est la conversion du roi. Il lui apprend en outre sa décision de repartir en France avec 12 canonniers. C’en est trop pour Phaulkon. Ils se quittent fâchés. (Ch.33).


On apprend au chapitre 35, après une ellipse d’Aylwen, que de La Loubère  a lancé de son proche chef, une opération sur Mergui en faisant croire que les Français vont occuper Songkhla qui leur a été confié par le roi. Phaulkon est informé par un vieux prêtre Portugais sur place que 50 Français sont effectivement à Songkhla mais que 100 autres sont partis prendre Mergui.


Mais au Chapitre 40, devant la grave situation à Mergui, -les Anglais vont bientôt prendre la ville -Phaulkon décide de s’y rendre avec 250 éléphants et le Lt Dularic et ses 12 bombardiers.


bombardiers


Il est temps de revenir au chapitre 9 pour comprendre l’historique de cette affaire qui a failli coûter la prise de Mergui par les Anglais.


Si Phaulkon a dû être informé que ses anciens « associés » Richard Barnaby, gouverneur de Tenasserim a des difficultés à gérer sa province, et que Samuel White en charge du port et du commerce de Mergui, commet de nombreuses malversations, et pirate à l’occasion, un rapport de Thomas Ivatt, représentant commercial du roi de Siam au port de Madapolam ( ou Masulipatam), un port très actif  du royaume de Golconde (Inde), lui confirme la piraterie de Samuel White et surtout la grave situation provoquée par la prise de la Nlle Jérusalem  par le capitaine Coates, subordonné de White, qui appartient au seigneur Demarcoa du royaume de Golconde, dont le gouverneur veut déclarer la guerre au Siam.


Ivatt va essayer de résoudre le conflit avec beaucoup de courage. Et le roman se transformera  en récit d’aventure.


On verra Ivatt monter seul à bord de la Nlle Jerusalem et essayer de convaincre Coates de rendre le bateau ; on le verra se rendre devant le gouverneur et essayer de dédouaner les Siamois avec l’appui du propriétaire, mais Ivatt sera arrêté et mis dans une fosse à tigres. Il sera sauvé par le Ct anglais Fowles, contre une rançon et la promesse de ramener au gouverneur de Golconde le capitaine Coates.


On le retrouve au chapitre 15 sur un petit bateau en mer en direction de Madras

 

Madras City 1909

 

où l’attend le gouverneur anglais Yale, qui lui communiquera ses griefs sur le commerce siamois qui combat les intérêts de la Cie anglaise, sur les dangers que fait courir le piratage opéré par Samuel White sur son commerce avec Golconde qui le croit complice. Il lui réclamera  un  dédommagement important, sous peine de guerre.


On va suivre alors Ivatt à Mergui (où il apprend un démêlé commercial à propos de rubis et d’avance non rendu entre Samuel White et le frère du gouverneur de Madras),  puis son retour à Ayutthaya, où Phaulkon l’honore en le nommant mandarin de 2 ème classe avec 40 esclaves. Ivatt lui raconte bien sûr ce qu’il a vécu et le désir du gouverneur anglais Yale d’obtenir Mergui.


Phaulkon lui fait alors une mise au point.


Il lui explique pourquoi jusqu’ à présent il a épargné Samuel White, car il est le fils de son père adoptif Georges White, mais que désormais il va jouer la carte des Français et laisser les Anglais.

 

Mais, il lui avoue « une marge de manoeuvre étroite » car, dit-il, « les Français veulent conquérir le Siam ».


C’est donc un Phaulcon lucide que l’on va voir agir. En commençant avec Samuel White dans un jeu du chat et de la souris où White va essayer de gagner du temps et de sauver sa peau et de réaliser  son rêve : « rejoindre l’Angleterre avec sa fortune » acquise par piraterie.


Au chapitre 24, Samuel est convoqué par Phaulkon à Louvo.


 

Lopburi1 1

 

 

Il demande à Davenport son adjoint, de modifier certains comptes. On apprend à l’occasion que les escroqueries de Samuel sont multiples, et qu’il a par exemple, détourné des fonds destinés aux fortifications de Mergui et qu’il n’a rien partagé avec le Conseil des 5 (instance qu’il manipule et qui est chargée en principe de diriger la Province sous l’autorité du gouverneur). Il est d’autant plus inquiet qu’il est informé des remous provoqués par l’arraisonnement du bateau de la Nlle Jérusalem.


De fait au chapitre 26, après l’avoir fait attendre 10 jours, Phaulkon va accuser Samuel de toutes ses malversations et le condamner à rembourser les Anglais à Madras, le propriétaire du bateau la Nlle Jerusalem, et les dommages et intérêts pour Golconde, d’une somme qu’il évalue à 500 000 livres (une somme énorme !). Il l’informe que Coates a été condamné et qu’il a  la cangue au cou.


Il demande ensuite à Ivatt s’il estime que Samuel White va rembourser, Ivatt lui répond que Davenport, son secrétaire, va le surveiller, mais qu’il peut toujours s’enfuir. Phaulkon nomme alors Ivatt gouverneur de Mergui et lui demande d’aller à Madras pour rassurer les Anglais et les assurer que le Siam va payer. Au chapitre 28, Samuel White est de retour à Mergui, tout heureux de n’avoir pas été arrêté comme son subordonné Coates. Il réfléchit alors à un plan pour s’en sortir et couler des jours heureux en Angleterre.


Il envisage donc de rembourser le gouverneur Yale, de rendre la Nlle Jerusalem avec son chargement, de déguiser ses bateaux en bateaux français pour faire encore quelques coups avant de se retirer. Mais apprenant qu’un bateau, encore plus beau que la Nlle Jerusalem est actuellement à quai à Mergui pour avarie, il a alors l’idée d’aller vendre sa cargaison à Atjeh (Sumatra) et d’utiliser ce bateau pour s’enfuir en Angleterre, non sans avoir noyé l’équipage.


Il ne savait pas encore (Cf. ch.22), que l’Angleterre avait un nouveau roi  Jacques II (6 février 1685- 1688)

 

Jacques II

 

qui avait promulgué une nouvelle loi qui interdisait désormais à tout Anglais de servir un monarque étranger. Le gouverneur Yale avait alors confié à son frère Thomas Yale de retour à Madras (après avoir essuyé le refus de Samuel White d’acheter les rubis et de rendre l’avance), son intention de proposer à Samuel White de livrer Mergui, si important pour le commerce dans la Région, en échange de son immunité et de la possibilité de retourner en Angleterre avec un bateau.


Le combat pour Mergui se prépare.


Le gouverneur Yale apprenant alors  que 7 navires français avec un millier de soldats étaient arrivés au Siam et que Phaulkon voulait leur donner Mergui, envoya en urgence le capitaine Weltden à Mergui pour proposer à Samuel White de lui livrer Mergui ou de l’arrêter en cas de refus.


Ivatt apprenant que les Monghols ont envahi Golconde (2 octobre 1687 selon wikipédia) retourne à Madras pour assurer le gouverneur que le Siam payera sa dette, et que le capitaine Coatès a été condamné à mort. Le gouverneur l’informe de la décision royale de Jacques II qui interdit à tout anglais de travailler pour un Prince étranger. Ivatt lui rétorque qu’il va se faire siamois. Il lui promet également de lui  livrer Samuel White. Le gouverneur l’informe alors qu’il se rendra à Mergui pour toucher la dette, et qu’il prendra Mergui en cas de non-paiement.


Le capitaine Weltden arrive un mois plus tard à Mergui. Il voit le bateau Santa Cruz partir. Intervient alors dans l’histoire le Conseil de Tenasserim, qui apprend par Samim Youssef (l’un des frères des 3 membres du Conseil chargé de gérer la Province avec le gouverneur) que Samuel White a tué tous les membres de l’ équipage du Santa Cruz et qu’il est en train de renforcer les fortifications  de Mergui. Le gouverneur Yale ayant constaté que les Monghols ne veulent pas prendre Madras décident de partir à Mergui avec deux bateaux.


Davenport informe Weltden de l’intention de Samuel White de quitter Mergui. Au chapitre 36, le capitaine Weltden rencontre Samuel White et l’informe qu’il a deux semaines pour rapatrier tous les Anglais résident à Mergui et qu’il doit aussi l’emmener afin qu’il soit jugé pour ses faits de piraterie.

 

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On retrouve Weltden au chapitre 39 et 3 nuits plus tard, bien accueilli par White et ses belles Birmanes. Weltden est satisfait du travail de White qui a fait signer à de nombreux Anglais la proclamation de Jacques II. Son lieutenant Mason le met en garde contre le double jeu de White et lui demande l’autorisation de réquisitionner son bateau Le Résolution qui est au large. Weltden ne partage pas son pessimisme. Toutefois, au chapitre suivant, Weltden demande à White de mettre son bateau La Résolution à côté du sien,  de lui livrer  Mergui, en échange d’un sauf- conduit pour l’Angleterre à bord du Résolution.


Revenons aux Français.


Au chapitre 38, Desfarges avait été convoqué par Phaulkon à Louvo, qui l’avait menacé d’emprisonnement voire d’exécution. Desfarges, devinant que Phaulcon était informé du PLAN des Français de prendre Mergui, avoua, tout en se désolidarisant. Sous la menace il lui demanda de prendre le Lt Dularic et ses canonniers pour descendre sur Mergui et ceci d’autant plus qu’il y avait une menace anglaise.


Ivatt à peine arrivé à Louvo  est prévenu qu’il doit repartir avec Phaulkon le lendemain. En effet, disions-nous plus haut, Phaulkon a décidé de se rendre à Mergui avec 250 éléphants et le Lt Dularic et ses 12 bombardiers pour faire face à la menace anglaise et française. (Ch. 40).

 

Ensuite du chapitre 41 au dernier chapitre 46 du tome 2, Aylwen va multiplier à l’intérieur de chaque chapitre des allers et retours entre tous les protagonistes engagés dans la bataille pour Mergui, comme pour mieux en souligner la confusion, les tumultes, les tactiques des uns et des autres.


La bataille pour Mergui. 

  • Le capitaine St Clair partant de Songkhla est en route vers Mergui sur le Gaillard aux 52 canons avec Vaudricourt prévu pour en être le gouverneur.(Ch. 41).
  • Phaulkon arrive en avant-garde avec quelques hommes aux faubourgs de Tenasserim. Ses hommes délivrent Davenport qui y était en prison, qui l’informe de la situation. Phaulkon décide de continuer sur Mergui et demande à Ivatt d’attendre les bombardiers et les éléphants qui sont à 7heures de route.
  • Selim a organisé les Maures et les habitants de Mergui pour chasser les étrangers et est prêt à lancer l’attaque.
  • Le gouverneur Yale arrive sur Mergui.

L’émeute est déclenchée.


Ch 44. Alors que Mergui devait être livré aux Anglais le lendemain, Selim Yussuf le chef des émeutiers lâche ses hommes qui vont attaquer sur plusieurs fronts au gré de leur fureur meurtrière. La ville est en émeute.

Le bateau de Weltden est attaqué, et il peut s’échapper ainsi que White qui dormait à bord. Le gouverneur a moins de chance et est tué et mutilé. La maison de White est incendiée. Tous les étrangers Anglais, Espagnols et Portugais rencontrés, sont massacrés. C’est un carnage.


Phaulkon, bien entendu garde la tête froide, et envoie Davenport (le secrétaire de White) à bord du bateau de White le Resolution pour convaincre Rob Janisson de quitter le bateau avec 20 marins pour aller chercher White qui est en danger quelque part en mer. Il y parvient en les informant que White a réussi à négocier son départ pour l’Angleterre avec son trésor.


Au chapitre suivant, on suit les deux chaloupes de White et de Weltden et on assiste à leurs combats pour échapper à leurs poursuivants. Ils sont finalement secourus et White peut espérer alors se reposer sur son bateau le Resolution. Il est alors surpris d’être accueilli par … Phaulkon ! La confrontation est inévitable surtout que Phaulkon a eu le temps de visiter les cales et de voir le trésor de White avec les marchandises du Santa Cruz. White a encore le culot d’essayer de se justifier, mais en vain, car Phaulkon sait tout.


Mais ensuite Phaulkon est surpris de voir arriver les deux bateaux anglais commandés par le gouverneur Yale. Il se doute que la visite n’est pas amicale.


La bataille finale. La grande victoire de Phaulkon.

Le dernier chapitre (47). 

  • Phaulkon prend les devants et se présente au gouverneur anglais Yale, en tant que barcalon. Il lui annonce que la compensation financière va lui être versée, et que les Anglais qui ont été tués l’ont été par une révolte des indigènes Maures qui vont être châ tiés. Il le rassure également sur son intention de ne pas laisser les Français s’installer à Mergui et qu’il a nommé Ivatt comme le nouveau gouverneur.
  • Ensuite Phaulkon va faire face aux Français. Apprenant qu’Ivatt est arrivé à Mergui avec ses éléphants et ses canonniers, il ordonne au Lt Dularic de tirer sur le bateau français avec ses 9  canons de longue portée. (On imagine mal un Lt français tirer sur un bateau français !!!)
  • Avec une ellipse, on le voit sans transition, à bord du vaisseau français annoncé au chef d’escadre Vaudricourt la présence de quatre bateaux anglais (deux qu’il peut voir et deux qui vont arriver au petit jour, lui dit-il). Il lui montre ses troupes au port sous les tirs du Lt Dularic ( ?). Il sort une lettre du général Desfarges lui rappelant que les Français ont la charge de Songhkla. Bref, ses « arguments » sont suffisants pour faire entendre raison à Vaudricourt. Et le Gaillard de retourner à Songhkla.
  • Phaulkon va ensuite transférer le trésor de Samuel White, payer les Anglais et garder le reste.

La victoire de Phaulkon est complète à la fin du tome 2.


Les Anglais retournent à Madras, les Français à Songhkla, et Phaulkon peut installer son homme de confiance Ivatt comme gouverneur de Mergui.


Enfin complète ! Les Français ne sont toujours pas  ses alliés. Le roi est toujours très malade et Petraja est toujours là.

 

Sauf que,

 

Aylwen est en plein délire, ou disons pour rester plus littéraire, en pleine fiction. Phaulkon n’a jamais -historiquement- chassé les Français de Mergui. S’il est vrai qu’il y était hostile comme la Cour, il est un fait que « fin janvier 1688 toutefois, du Bruant, à la tête de 150 hommes environ, part finalement occuper Mergui. » selon Forest. « Les Missionnaires français au Tonkin et au Siam, L’Harmattan, 1998).

 

Nous y reviendrons dans « notre » Histoire du Siam. Il était temps désormais de lire le tome 3.

 

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 04:02

titreAxel Aylwen a publié en 1988 le roman le plus populaire consacré à Constance Phaulkon, un aventurier grec devenu le 1er ministre du roi du Siam Naraï (1656-1688), dans une trilogie de 1680 pages, intitulée Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon.*

 


Les 3 tomes du roman d’Aylwen présentent  un aventurier, Phaulcon, un personnage « réel » hors du commun, qui réussira à devenir le 1er ministre du roi Naraï (1647-1688) de 1682 à 1688, jusqu’au coup d’Etat du général Petracha, le futur roi. On pourra ainsi suivre un destin exceptionnel et une période historique de l’histoire du Siam, en profitant au passage des « charmes  exotiques » de ce pays asiatique, avec ses us et coutumes,  la vie de la Cour, du peuple, ses façons de vivre, d’aimer, de croire … de mêler un art de vivre, ses superstitions, son érotisme, le raffinement et la cruauté, les lumières et les ombres.

 

Constantin Phaulkon


Mais toute lecture implique un pacte, un choix parmi de multiples entrées possibles. Surtout, quand ici, « l’histoire » se déroule  au milieu de nombreuses intrigues secondaires, en passant d’un lieu à un autre, d’un personnage à un autre, en discontinu, même si, bien entendu, Phaulkon est le héros, dont on peut suivre les aventures, la réussite ou non, son ambition affichée dès le début : « faire fortune » « devenir un acteur fondamental dans le commerce du Siam, et pourquoi pas le premier ». Le pari est fou, présomptueux, mais nous voudrons, au fil du texte, vérifier s’il va réussir ou non.


Mais l’histoire a deux spécificités. Elle prend pour héros, un personnage ayant existé, -un personnage historique même-et se situe dans un pays, le Siam, au XVII ème siècle , qui a le pouvoir de faire rêver, de nous introduire -nous lecteurs européens-  dans un pays « exotique » que nous connaissons peu.


Ainsi le plaisir de lecture se démultiplie, et invite, si on le désire, à seulement suivre l’histoire et tous ses rebondissements, ou/et vérifier-en fonction de ce que l’on sait-  des écarts constatés entre le Phaulkon d’Aylwen et de l’idée que nous en avions, d’être à l’affut éventuellement des erreurs historiques, et d’apprécier cette société siamoise au vu de notre regard occidental…

Surtout que notre lecture n’est pas « innocente ». Elle arrive après bien des lectures, bien des jugements portés sur Phaullkon.

Nous avons déjà parlé longuement du roi Naraï et du grec Constance Phaulkon, devenu son étonnant premier ministre, en 1682 jusqu’ à sa mort le 5 juin 1688. Les raisons en sont simples. 

Le personnage est fascinant et a vécu une ascension fulgurante, et il a joué un rôle majeur dans les relations internationales et politiques du Siam, mais surtout il a bénéficié de nombreux récits, témoignages, et suscité des jugements les plus contradictoires, tant à son époque que  de nos jours.

Mais beaucoup se sont interrogés sur ses objectifs, ses intérêts,  son rôle effectif dans la politique menée par le roi Naraï,

 

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jusqu’à la « révolution » de 1688, qui a conduit Petracha au Pouvoir.

  • Récemment, dans notre article (89) consacré au livre de Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu »**, « on apprenait le plan « secret » de  Phaulkon  et des jésuites  (relayé par le jésuite Tachard et appuyé par le confesseur jésuite de Louis XIV de La Chaise (« qui avait l’oreille du roi » et de Mme de Maintenon ) : envoyer 70 jésuites déguisés, s’emparer de l’appareil d’Etat, convertir le roi, avec l’aide de « l’homme providentiel », Phaulkon. Ce plan entrait dans la stratégie jésuite de convertir le roi du Siam. »

 

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  • Auparavant, dans nos « relations franco-thaïes », on pouvait lire les témoignages contradictoires des différents « ambassadeurs »  des deux ambassades de Louis XIV de 1685 et 1687, comme ceux de l’abbé de Choisy, du chevalier de Forbin, de La Loubère, du père Tachard ... etc. Nous avions même tenté dans un portrait de montrer en quoi le personnage pouvait être sujet à controverses.(Portrait de Constantin Phaulkon, grec et premier ministre du roi Naraï (1647-1688))***

En effet, les différents portraits et témoignages dépendent des différents points de vue liés aux projets des différents acteurs et du jeu diplomatique adopté par Phaulcon aux différents moments de l’histoire.  Il est aisé de comprendre que les opinions peuvent diverger selon que l’on soit Anglais, Hollandais, Français, ou Siamois, selon que l’on soit diplomate, missionnaire (et/ou jésuite), militaire ou négociant … ou un adversaire thaï comme le général Petracha. (Cf. en note quelques opinions)****.


Le tome 1.


Il n’est pas possible de rendre compte des 668 pages et des 40 chapitres, et ceci d’autant plus, que le livre est essentiellement construit sur l’alternance des lieux et des personnages à chaque  chapitre et donc sur une multiplicité d’intrigues en discontinue.


Mais pour cet article, nous avons choisi de suivre Aylwen présentant de façon chronologique, les douze ans de la vie de Constantin Phaulkon, arrivé en 1679 au Siam à 30 ans. Nous avons procédé à des « regroupements » structurels permettant de repérer l’itinéraire, les étapes, les plans élaborés par Phaulkon pour parvenir à devenir à la fin du 1er tome le barcalon du roi Naraï en 1682. (Cf. en notes, le suivi chronologique de ce 1er tome et ensuite notre « reconstitution » structurelle.).


Mais on ne devient pas barcalon, sans stratégie, sans qualités, sans actions, sans protecteur, sans avoir éliminé des adversaires, suscité des jalousies, sans avoir « conquis » le barcalon en place et puis le roi Naraï tout puissant. On entre ici dans le jeu des nouvelles puissances étrangères (les Hollandais, Anglais, Français), des ambitions, dans le jeu politique siamois où l’arrivée du farang au pouvoir va susciter des jalousies, des rivalités, des combats sanglants.


Le roman commence en 1676, Phaulkon est à Bantam à Java.

 

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On apprend succinctement à la fois l’origine de Phaulkon(quitte l’île de Cephalonie


 

carte

 

sur un bateau anglais en clandestin à l’âge de 9 ans. Il y demeure mousse pendant 6 ans avant de travailler avec son mentor Georges White pendant 10 ans à la Compagnie des Indes), et la situation géopolitique de la région.


(dominé par les Hollandais et qui ont le monopole au Siam du commerce des peaux siamoises avec le Japon, et leur ambition de contrôler le commerce du Siam, le commerce des Maures depuis Mergui, leur proximité avec la Cour, l’intention de Naraï de se rapprocher des Anglais, l’absence de flotte siamoise …).


Un an après, Phaulkon est nommé sous-chef du bureau de l’agence de la Compagnie des Indes.


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Georges White, son mentor, lui fait entrevoir les possibilités de commercer à leur compte et de réussir un gros coup au Siam.


Le 1er plan est vraiment difficile à réaliser.


Il s’agit de vendre 5 canons hollandais à la reine de Pattani en rébellion contre le roi Naraï, pour ensuite utiliser l’argent pour acheter des marchandises à Madras et prouver au roi et/ou barcalon que les Maures qui ont la responsabilité du commerce royal en place, les volent et prendre leur place.


On suivra ensuite au fil des chapitres l’ascension de Phaulcon en plusieurs étapes :


1/ On retrouve Phaulkon au Siam en 1679, il a 30 ans. 


Mais le plan est risqué, et effectivement le roman nous plongera dans les aventures de Phaulkon avec son naufrage à Ligor où il sera prisonnier par le gouverneur avec ses compagnons Barnaby et Ivatt ; on assistera à sa rencontre avec Suninda, une belle danseuse. (Il ne sait pas alors le rôle qu’elle jouera dans sa vie, qu’il la retrouvera à Ayutthaya et qu’elle  deviendra sa future concubine). On constatera ses qualités exceptionnelles, ses multiples ressources.


(Combattant de boxe thaïe, se fait saluer par un éléphant blanc, diplomate, est capable de justifier sa présence et même à se faire passer pour un espion du barcalon pour contrôler Ligor ! Il arrivera à se sortir de ce guépier et obtiendra l’autorisation de se rendre à Ayutthaya en accompagnant l’éléphant blanc offert par le gouverneur au roi Naraï.)


Ce sera aussi l’occasion de nous plonger dans les us et coutumes du Siam (l’art de la danse, la boxe thaïe, le bouddhisme et ses valeurs, le jeu et les paris, le poids des astrologues, les superstitions, les présages comme celui de trouver un éléphant blanc.).


2/ Au chapitre 13, on arrive à Ayutthaya, et on est plongé dans le faste de la Cour, son protocole, l’étiquette, le respect absolu dû au roi.


On fait alors connaissance des principaux personnages de la famille royale (la fille du roi Yotapet, les deux frères du roi, la concubine de Naraï, Thepine, soeur du général Petraja, général en chef de l’armée des éléphants) qui vont jouer un rôle dans l’histoire et de leur relations complexes.


La fille du roi Yotapet est amoureuse du frère cadet du roi Chao Fa Noï (beau, mais épileptique,


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coureur de jupon), aura une aventure avec Thepine (Ch.27), concubine du roi et soeur de Petraja, (qui coûtera cher aux deux) mais le roi veut qu’elle épouse le frère aîné (vieux, laid, handicapé et alcoolique). On imagine déjà les problèmes à venir.


Phaulkon va pouvoir examiner les forces en présence, identifier ses « amis » et ses rivaux,  déployer ses qualités (apprend le thaï en 6 mois et passe 3 mois dans un temple pour apprendre le pâli), et ses talents de « diplomate », révéler son ambition, arrêter sa stratégie. Il veut créer une flotte marchande pour Naraï, et doit pour ce faire dans un premier temps, discréditer les Maures en place et convaincre le barcalon qu’il est l’homme de la situation et qu’il peut multiplier les bénéfices siamois par trois.


De nombreux chapitres nous présenteront ses rencontres avec ses rivaux comme le général Petraja, qui était déjà le militaire le plus titré et qui vient d’être nommé président du Conseil du roi, le Maure Mohammed Rachid, chef du service des Banquets du roi. Il sait qu’il peut compter sur Maître Phanik, un Portugais bien en place et qui le conseillera. Il est en outre le « tuteur » d’une ravissante jeune fille d’origine japonaise Maria, qui deviendra sa femme ultérieurement, mais n’anticipons pas.


Les idées et les talents de Phaulkon arrivent jusqu’aux oreilles du barcalon,

 

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qui lui accorde un premier entretien. (Ch. 18). Phaulkon est au Siam depuis 1an et 11 jours, précise-t-on.


3/ Phaulkon, avec un certain aplomb et lucidité  peut enfin lui offrir ses services :


Phaulkon indique les avantages d’évincer les Hollandais et d’accorder aux Anglais le port siamois de Mergui,


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avantageux pour leur commerce avec Madras, et lui propose de créer une flotte commerciale avec le drapeau siamois, un seul capitaine anglais, et l’équipage siamois, qui ferait mieux que les Maures qui le dépouillent actuellement.


Phaulkon dénonce également les malversations du commerce des Maures (il a fait son enquête sur le commerce Maure et montre au barcalon comment ils opèrent pour le voler). Il lui  propose également de prouver sa compétence en avançant lui-même la première mise de fond et de lui ramener le triple.

Le barcalon est séduit et lui propose d’organiser la réception de l’ambassadeur de Chine prévue dans un mois, et de travailler au ministère du commerce.


Phaulkon a réussi la première étape de son ascension.


Cette réussite n’échappera pas à ses rivaux et on assistera sur de nombreux chapitres (Ch. 26 à 39) –selon la méthode d’Aywen  de disséminer les différentes intrigues au fil des chapitres-  comment les adversaires de Phaulkon vont tenter de s’organiser pour l’éliminer. Un complot sera organisé par le chef des Mocassars, (Mohammed Rachid dont le père avait été barcelon du roi précédent, et ami du Prince Daï, chef héréditaire des Maures musulmans venues de Célèbes), avec l’aide du général Petraja et de son fils Sorasak, pour l’éliminer.

 

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Il en réchappera et arrivera même à prendre sa revanche.


 4/ Sa réputation, entretenue on l’imagine, par le barcalon lui vaudra de franchir une nouvelle étape  dans son ascension.


Phaulkon aura l’honneur de rencontrer le roi, qui le nommera mandarin de 3ème classe(un ordre nobiliaire qui en compte 5) et sous-secrétaire général du ministère du commerce extérieur sous les ordres directs du Phra Khlang (Ch.30, p.507). Il était désormais un noble siamois.


5/ L’alliance avec les Français.


Mais Phaulkon ne veut pas en rester là. Il a aussi des ambitions politiques. Ici, le roman présente une lacune puisque curieusement, il faut attendre 530 pages pour assister à une première rencontre de Phaulkon avec le père Vachet, jésuite français, qui lui propose une alliance avec les Français. (Ch. 32)


Le père Vachet, montre l’importance pour les Jésuites de convertir le roi Naraï et lui indique que le confesseur du roi Louis XIV est un jésuite et est considéré comme le personnage le plus puissant après le roi.  On apprend pour la 1ère fois la volonté de Phaulkon d’obtenir l’appui des Français pour contrer les Anglais et les Hollandais.


Phaulkon propose un traité à la France avec l’envoi de troupes françaises pour protéger le roi. Le père Vachet acquiesce avec la condition qu’il doit se marier avec la jeune catholique Maria. Mais Phaulkon, vu les délais pour un tel traité et la volonté des Hollandais d’envahir prochainement le Siam, propose la ruse d’établir un faux traité, avant l’arrivée du vrai.


Au chapitre 34, Phaulkon a droit à une 2ème audience avec le roi, au cours de laquelle il va montrer les avantages de s’allier aux Français.


Phaulkon suggère au roi de libérer Pott’s, le représentant de la Cie des Indes orientales et communique au roi la proposition des jésuites de s’allier avec la France pour contrer les Hollandais, profiter de la gloire des Français qui viennent de battre les Hollandais, (Le traité de Nimègue fut signé le 10 août 1678 à Nimègue  (actuels Pays-Bas) entre les Provinces-Unies et la France. 

 

traite nimègue

 

Il mit fin à la guerre de Hollande.), et d’ouvrir son commerce. Le roi répond finement qu’il veut bien de l’amitié française, mais pas de sa religion. Phaulkon suggère au roi qu’il fasse semblant et qu’il demande de profiter de la lumière d’un prêtre. On est déjà dans la stratégie.


5/ Le chapitre 37 (p.615) est un chapitre clé.

  • Phaulkon apprend qu’il a réussi son « opération commercial. (6 fois la mise)
  • Phaulkon annonce au roi que la Hollande s’apprête à envahir le Siam pour contrôler son commerce avec la Perse.
  • Phaulkon est nommé mandarin de 2ème classe et le roi accepte le plan de la nouvelle alliance avec les Français avec  l’envoi de 400 soldats français. Les amis de Phaulkon Barnaby, Samuel White et Ivatt sont aussi récompensés. (Barnaby est nommé gouverneur de Tenasserim, Samuel chef du port de Mergui, des postes clés).

Phaulkon a gagné la confiance du roi. Il sait l’honneur qu’il vient de lui faire en le nommant manadarin de 2 ème classe. Il n’y a plus désormais au-dessus de lui,  que 30 mandarins de 1ère classe.


Le 1er tome se termine en happy end pour Phaulkon.


Au chapitre 38, Phaulkon triomphe de l’embuscade tendue par les Maures et Petraja et Sorasak.


Au chapitre 39 (p. 640), le barcalon meurt. Phaulkon devient le nouveau barcalon et mandarin de 1ère classe.


Et au dernier chapitre (40), une ambassade thaïe est envoyée en France. Phaulkon stoppe le projet d’invasion des Hollandais en les rassurant sur leur intérêt commercial au Siam,  et en leur rappelant qu’il est le nouveau barcalon et en leur montrant le faux traité signé avec les Français qui vont arriver avec 5000 soldats, et ……………….  Phaulkon se marie avec la jeune catholique Maria selon les voeux des jésuites français.


Phaulcon est devenu le deuxième personnage de l’Etat.


Il est étrange qu’Aylwen n’ait pas évoqué la  1ére ambassade de Louis XIV menée par le chevalier Alexandre de Chaumont et  l’abbé de Choisy, qui était arrivée  au Siam le 23 septembre 1685 pour convertir le roi Naraï.

 

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Elle était repartie  le 22 décembre 1685 vers la France, après trois mois  de séjour, avec un traité qui autorisait la conversion chrétienne des sujets siamois et la protection des convertis.


Elle laissait le Chevalier de Forbin avec la charge d’organiser l’armée siamoise  à la demande du roi (Phaulkon ?). Il était même nommé  « gouverneur » de Bangkok. (Cf. notre article 8 des relations franco-thaïes).

On quittait le tome 1 sur la réussite extraordinaire de Phaulkon. Il était devenu le 1er ministre du roi du Siam Naraï.

On se doutait que les tome 2 et 3 allaient nous plonger dans d’autres aventures et dans la politique menée désormais par le nouveau barcalon.

       

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* The Falcon of Siam est paru en 1988 alors que la traduction française est parue en 1996 aux Éditions Anne Carrère (Paris).  Roman (poche). Paru en 05/1998.


**Sportès, « Pour la plus grande gloire de Dieu », Points/seuil, (1993).


*** Les relations franco-thaïes. Entre autres :


8. Les relations franco-thaïes, La première ambassade de 1685 envoyée par Louis XIV à la Cour de Siam, vue par l’Abbé de Choisy.

 

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http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html


6. Les relations franco-thaïes, Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin.  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html


10. Les relations franco-thaïes : La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV en 1687 au Siam, vue par Simon de la Loubère, In « Du Royaume de Siam ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.html


11. Les relations franco-thaïes : Portrait de Constantin Phaulkon, grec et premier ministre du roi Naraï (1647-1688)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-les-relations-franco-thaies-un-grec-comte-de-france-et-1-er-ministre-du-roi-de-siam-64176013.html


Mémoire du père de Beze sur la vie de Constance Phaulkon, premier ministre du roi de Siam, Phra Narai, et sa triste fin. Suivi de lettres et de documents d'archives de Constance Phaulkon
Volume 14 de Bulletin de la Maison Franco-Japonaise, Bulletin de la Maison Franco-Japonaise

 


****Par exemple :

Pour l’Abbé de Choisy : « Contrairement au Chevalier de Forbin, il ne voit nulle « diplomatie », nul plan « machiavélique » dans les  agissements de cet Européen. « Cet homme-là a du grand », précise-t-il. (Article 8)

Le récit du Chevalier de Forbin est un long réquisitoire contre les manoeuvres de M. Constance. (Cf. Article 6).

 

-Claude de Forbin (1656-1733)


Dans le livre de Sportès :

  • le père de Lionne auquel le Secrétaire de la marine de Seignelay, demande son avis.  Ses arguments sont explicites :

 « trop d’intrigues politiques, le plan repose sur un seul homme, un aventurier en qui on ne peut avoir confiance « aujourd’hui du côté français, demain du côté des Hollandais ou des Perses », « il ne semble tenir son pouvoir que de la seule, et fragile, faveur du roi »

Veret, chef du comptoir français à Ayutthaya :

« ce Constance n’est pas plus Premier ministre que je suis pape  (...) c’est quelque chose aussi comme un ministre du Commerce » (il régit tout le commerce et a le monopole d’achat), « c’est un fourbe », qui a su berner de Chaumont et Choisy (de la 1ère ambassade), leur faire croire à la richesse du Siam (aurait promis à de Chaumont , le monopole du poivre, alors qu’il n’y a pas de poivriers) et faire de Tachard, sa dupe (pp. 88-89).

L’abbé de Lionne  rééquilibre le jugement sur le personnage :

« Un esprit qui veut dominer sur tout, hardi, entreprenant, généreux à dépenser pour paraître, fier, emporté, inégal, sur qui on ne peut faire aucun fond ; inventant mille choses et les donnant comme véritables avec mille circonstances superbes ; vindicatif, vain, promettant tout et ne tenant rien, qui ne se soucie que de lui, éclairé pour connaître le faible des gens et les prendre par là ; d’une humeur hautaine et insupportable à tout le monde et par-là ne s’étant  pas pu conserver un ami; qui a été souple quand il était peu de choses mais qui présentement prend un air de hauteur qui révolte tout le monde contre lui ; détesté de toutes les nations qui sont au Siam (…)

Qu’il est détesté de tout le peuple de Siam pour les impositions qu’il fait mettre sur les habitants ;  qui si le roy venait à mourir serait déchiré en mille pièces par les siamois, avec qui on ne gagnera jamais rien par amitié mais selon qu’il espérera ou craindra, si on lui remet les choses ; qui fera échouer le voyage à venir comme les autres et trouvera moyen de se conserver toute l’autorité (…) (article 11).

                                   ________________________________


***** Quelques repères chronologiques du tome 1. 40 chapitres.


Le chapitre 1 commence en janvier 1676, à Bantam, Java.

  • Phaulcon a 26 ans, il a été nommé sous-chef du bureau de l’agence de la Compagnie des Indes orientales. On  rappelle brièvement sa biographie  (quitte la Grèce clandestinement à 9 ans sur un bateau anglais, 6 ans comme mousse, est adopté par Georges White travaille 10 ans pour la Cie des Indes)

Chapitre 2 à 12 : Le plan pour réussir. Le naufrage et sa vie de prisonnier à Ligor. Comment il réussira à partir pour Ayutthaya. (sa capacité à faire face aux situations, ses qualités (rusé, opportuniste et courageux)

  • Dès le chapitre 2, on est en 1679, il a 30 ans, il est capitaine d’un jonque et on apprend son ambition  (s’enrichir et prouver au roi du Siam son efficacité commerciale), son PLAN (vendre 5 canons à la reine de Patani, alors en rébellion contre le roi Naraï, acheter alors des marchandises (Samuel White parti les acheter à Madras) et les vendre à un bon prix pour prouver au roi que les Maures en place , en charge du commerce royal, le volent.)
  • Mais, il fait naufrage et ai fait prisonnier par le gouverneur de Ligor avec ses compagnons Barnaby et Ivatt, sa relation avec le gouverneur de Ligor, rencontre avec Suninda, sa future concubine). Et il a un rendez-vous avec le bateau de Samuel White. Suspense.
  • Ch. 7 à 12 seront, outre l’histoire du héros, l’occasion de nous plonger dans les us et coutumes du Siam (l’art de la danse, la boxe thaîe, le bouddhisme et ses valeurs, le jeu et les paris, le poids des astrologues, la chance et l’honneur de trouver un éléphant blanc …).
  • Phaulkon à force de ruses (la dernière, il arrive à se faire passer pour un espion du barcalon pour contrôler Ligor !) et de beaucoup d’opportunismes et de chance obtiendra l’autorisation de de rendre à Ayutthaya en accompagnant l’éléphant blanc offert au roi Naraï.

Cf. ensuite ch. 23, 25 (surtout p.429) le plan établi et sa réalisation avec Samuel White (le frère de Georges) et Ivatt pour s’enrichir et prouver sa compétence au barcalon.


Ch13 Ayutthaya :

Phaulcon est impressionné par le protocole, l’étiquette, le respect absolu dû au roi.

  • La Cour : L’étiquette,   les principaux personnages de la famille royale (la fille du roi Yotapet, les deux frères du roi, la concubine de Naraï, Thepine, soeur du général Petraja, général en chef de l’armée des éléphants (le plus haut titre militaire qui vont jouer un rôle dans l’histoire)
  • L’intrigue : la fille du roi Yotapet est amoureuse du frère cadet du roi Chao Fa Noï (beau, mais épileptique, coureur de jupon, aura une aventure avec Thepine (Ch.27), concubine du roi et soeur de Petraja, qui coûtera cher aux deux) mais le roi veut qu’elle épouse le frère aîné (vieux, laid, handicapé et alcoolique).  

On  revient à la Cour au ch. 28. La réception de l’ambassade de Chine (le cérémonial, la hiérarchie)


Ch. 14-15. Phaulkon est à Ayutthaya

  • Ses talents linguistiques (apprend le thaï en 6 mois et passe 3 mois dans un temple pour apprendre le pâli), ses ambition politiques (veut créer une flotte marchande pour Naraï, suggère au général Petraja (qui vient d’être nommé Président du Conseil privé du roi) un rapprochement avec les Britanniques pour contrer les ambitions hollandaises, demande à Maître Phanik, (un Portugais bien installé et père adoptif de Maria, sa future femme), comment discréditer les Maures en charge du commerce auprès du barcalon (1er ministre) (démontrer leur détournement et promettre de multiplier les bénéfices siamois par 3).

Ch 18. 1ère rencontre cruciale de Phaulcon  avec le barcalon. (Phaulkon est au Siam depuis 1an et 11 jours, précise-t-on)

  • Phaulkon évoque son expérience de 2 ans à Bantam, lui montre les avantages d’évincer les Hollandais et d’accorder aux Anglais le port siamois de Mergui avantageux pour leur commerce avec Madras, et lui propose de créer une flotte commerciale avec le drapeau siamois, un seul capitaine anglais, et l’équipage siamois, qui ferait mieux que les Maures qui le dépouillent actuellement. Le barcalon semble séduit et lui prose de travailler au Ministère du Commerce.

Ch. 20, 21et 22. Phaulkon et le barcalon.

  • Lui dénonce les malversations du commerce des Maures (il fait son enquête sur le commerce Maure   et montre au barcalon comment ils opèrent pour le voler).
  • Lui propose de prouver sa compétence en avançant lui-même la première mise et lui ramener le triple.
  • Le barcalon séduit lui propose d’organiser la réception de l’ambassadeur de Chine prévue dans un mois.

Ch 26 à 39 Les rivaux de Phaulkon : les Hollandais et les Maures.


La méthode d’Aywen : dissiminé en plusieurs chapitres l’évolution d’un sujet.

Ch 26 Conseil de Tenasserim ; les Maures. Ch. 29, 31, 33  les rivaux : Les Hollandais, et les Maures. Ch. 33. Le tuteur de Maria met en garde Phaulkon contre le danger représenté par les Maures, conscients qu’il veut prendre leur place, et surtout de Mohammed Rachid dont le père avait été barcelon du roi précédent, et ami du Prince Daï, chef héréditaire des Maures musulmans venues de Célèbes. (Ch. 36, p.612) rappelle l’histoire de leur venue au Siam, après avoir été chassé par les Hollandais de Célèbes)

Ch36. Le plan des Macassars de se révolter contre Phaulkon avec Sorasak et l’appui de son père Petraja. Ch. 38. Embuscade contre Phaulcon par les Maures et Sorasak. Echec.


Ch.30 (p.507). La 1ère rencontre de Phaulkon avec le roi. L’ascension commence.


Phaulkon est surpris pat l’étiquette, le protocole, mais surtout est promu par le roi, mandarin de 3ème classe (la hiérarchie comporte 5 classes), avec le titre de Luang Vichaiyen, et le poste de sous-secrétaire général du ministère du commerce extérieur sous les ordres directs du Phra Khlang. 

Il était désormais un noble siamois et avait obtenu un poste important.


Ch32.  Le nouveau PLAN de Phaulkon. L’alliance avec les Français. 

Il faut attendre 530 pages pour assister à une première rencontre du père Vachet, jésuite avec Phaulkon.

Le père Vachet, montre l’importance pour les Jésuites de convertir le roi Naraï et lui indique que le confesseur du roi Louis XIV est un jésuite et est considéré comme le personnage le plus puissant après le roi. On apprend pour la 1ère fois la volonté de Phaulkon d’obtenir l’appui des Français pour contrer les Anglais et les Hollandais.

 Phaulkon propose un traité à la France avec l’envoi de troupes françaises pour protéger le roi. Le père Vachet acquiesce avec la condition qu’il doit se marier avec la jeune catholique Maria. Mais Phaulkon, vu les délais pour un tel traité et la volonté des Hollandais d’envahir prochainement le Siam, propose la ruse d’établir un faux traité.


Ch. 33.

Le tuteur de Maria met en garde Phaulkon contre le danger représenté par les Maures, conscients qu’il veut prendre leur place, et surtout de Mohammed Rachid dont le père avait été barcelon du roi précédent, et ami du Prince Daï, chef héréditaire des Maures musulmans venues de Célèbes. (Ch. 36, p.612) rappelle l’histoire de leur venue au Siam, après avoir été chassé par les Hollandais de Célèbes)

Phaulkon lui demande Maria en Mariage. Il la rencontre au chapitre 35. Elle lui précise qu’elle ne veut pas de Suninda (sa mia noy).


Ch.34. 2ème audience de Phaulkon , et le barcalon, avec le roi. Proposition de s’allier aux Français.

Phaulkon suggère au roi de libérer Pott’s, le représentant de la Cie des Indes orientales et communique au roi la proposition des jésuites de s’allier avec la France pour contrer les Hollandais, profiter de la gloire des Français qui viennent de battre les Hollandais, (Le traité de Nimègue fut signé le 10 août 1678 à Nimègue (actuels Pays-Bas) entre les Provinces-Unies et la France. Il mit fin à la guerre de Hollande.), et ouvrir son commerce. Le roi répond finement qu’il veut bien de son amitié, mais pas de sa religion. Phaulkon suggère au roi qu’il fasse semblant et demande la lumière d’un prêtre. On est déjà dans la stratégie.

Ch. 35. Rencontre Phaulkon-Maria (Cf. plus haut au Ch. 33)

Ch36. On apprend que les Macassars (musulman des Célèbes) vont se révolter contre Phaulkon,  avec l’aide de Luang Sorasak, et l’appui de son père Petraja.


Ch. 37 (p.615) est un chapitre clé. Phaulkon nommé mandarin de 2ème classe et le roi accepte le plan de la nouvelle alliance avec les Français.

  • Phaulkon apprend qu’il a réussi son « opération commercial. (6 fois la mise)
  • Phaulkon annonce au roi que la Hollande s’apprête à envahir le Siam pour contrôler son commerce avec la Perse.
  • Le roi accepte le projet d’alliance avec les Français avec  l’envoi de 400 soldats français.
  • Le roi nomme Phaulkon, mandarin de 2ème classe (il n’y a plus, au-dessus de lui,  que 30 mandarins de 1ère classe.) Barnaby est nommé gouverneur de Mergui, Samuel ? du port de Mergui et Ivatt ?

Ch.38. L’embuscade échoue. Ch.39. Phaulkon se venge et les écrase. Ils n’en restent que 6.

 

Ch. 39. (p. 640) Phaulkon devient barcalon.

  • 12 vaisseaux hollandais  partent de Battavia vers le Siam.
  • Le barcalon meurt.
  • Phaulkon est nommé mandarin de 1ère classe après sa victoire contre les Macassars.
  • Petraja espère être nommé barcalon et avoue en secret vouloir éliminer les farangs. Mais le roi propose à tous les mandarins de1ére classe de trouver le poids d’un gros canon avant de se prononcer (sic).
  •  Phaulcon trouvera une astuce pour le trouver. Il est nommé barcalon. (1682 ? date non donnée)

Ch. 40. Dernier chapitre.

  • Phra Pipat est nommé ambassadeur pour l’ambassade du Siam qui doit aller en France.
  • Phaulkon arrive à arrêter le plan d’invasion des Hollandais. Il rappelle qu’il est le nouveau barcalon et qu’il peut les rassurer sur leur place commerciale. Il montre le faux traité signé avec les Français et leur annonce l’arrivée de 5000 soldats français.
  • Petraja « grince des dents » et son fils Sorasak est nommé gouverneur de Phitsalunok.

 

  • Et happy end du 1er tome : Phaulcon se marie avec Maria (1682) et sa mia noy Suninda attend un bébé.

________________________________________

Notre « reconstition structurelle permettant de suivre les étapes de l’ascension de Phaulkon.

 

Le roman commence en 1676, Phaulkon est à Bantam à Java.

(port commercial convoité tour à tour par les Anglais, Portugais et Hollandais au XVII ème siècle). On va apprendre au cours de ce 1er chapitre, l’origine de Phaulcon (quitte Cephalonie sur un bateau anglais en clandestin à l’âge de 9 ans. Il y demeure mousse pendant 6 ans avant de travailler avec son mentor Georges White pendant 10 ans à la Compagnie des Indes), la situation géopolitique de la région (Phaulkon a lu tous les récits des voyageurs portugais, le monopole des Hollandais pour le commerce des peaux siamoises avec le Japon, et leur ambition de contrôler le commerce du Siam, le commerce des Maures depuis Mergui,leur proximité avec la Cour, l’intention de Naraï de se rapprocher des Anglais, l’absence de flotte siamoise …).


Un an après, Phaulkon est nommé sous-chef du bureau de l’agence de la Compagnie des Indes. Georges White lui fait entrevoir les possibilités de commercer à leur compte et d’appâter le roi du Siam.


Au deuxième chapitre, on retrouve Phaulkon au Siam en 1679, il a 30 ans. 

 Il est capitaine d’une jonque et est censé livrer des draps à Bangkok à l’agent général anglais au Siam, M. Barnaby. Mais il a dans ses cales 5 canons hollandais. On apprendra alors le plan élaboré par Georges White et Phaulkon, avec l’aide de Samuel White (le frère) et Ivatt, un homme plein de talents.


On suivra alors au fil des chapitres l’ascension en plusieurs étapes :


1/ Le 1er plan risqué. (Ch. 1 à 12 (pp.1-218) et ch. 23, 25 (surtout p.429) le plan établi et sa réalisation avec Samuel White  et Ivatt pour s’enrichir et prouver sa compétence au barcalon.)

Vendre 5 canons hollandais à la reine de Pattani en rébellion contre le roi Naraï, pour ensuite utiliser l’argent pour acheter des marchandises à Madras et prouver au roi et/ou barcalon que les Maures qui ont la responsabilité du commerce royal en place, les volent et prendre leur place.

Il faut avouer qu’au départ, leur plan est quelque peu « ambitieux » pour ne pas dire «utopique».


Le plan est une chose, mais avant de le réaliser,  le roman nous plongera dans les aventures de Phaulkon (son naufrage ; prisonnier par le gouverneur de Ligor avec ses compagnons Barnaby et Ivatt, sa relation avec le gouverneur de Ligor, rencontre avec Suninda, sa future concubine). Et il a un rendez-vous avec le bateau de Samuel White. Suspense. Ce sera l’occasion de nous plonger dans les us et coutumes du Siam (l’art de la danse, la boxe thaïe, le bouddhisme et ses valeurs, le jeu et les paris, le poids des astrologues, la chance et l’honneur de trouver un éléphant blanc, le contrôle du pouvoir …). L’occasion aussi de montrer les qualités et les  ressources de Phaulkon  (combattant de boxe thaïe, rusé, se faire saluer par un éléphant blanc, diplomate, capable de justifier sa présence et même à se faire passer pour un espion du barcalon pour contrôler Ligor ! Il arrivera à se sortir de ce guêpier et obtiendra l’autorisation de de rendre à Ayutthaya en accompagnant l’éléphant blanc offert par le gouverneur au roi Naraï.)

 

2/

2ème étape : le chapitre 13 introduit Ayutthaya. 


Phaulcon est impressionné par le protocole, l’étiquette, le respect absolu dû au roi.

  • La Cour : L’étiquette,   les principaux personnages de la famille royale (la fille du roi Yotapet, les deux frères du roi, la concubine de Naraï, Thepine, soeur du général Petraja, général en chef de l’armée des éléphants (le plus haut titre militaire qui vont jouer un rôle dans l’histoire)
  • Une intrigue royale : la fille du roi Yotapet est amoureuse du frère cadet du roi Chao Fa Noï (beau, mais épileptique, coureur de jupon, aura une aventure avec Thepine (Ch.27), concubine du roi et soeur de Petraja, qui coûtera cher aux deux) mais le roi veut qu’elle épouse le frère aîné (vieux, laid, handicapé et alcoolique).

Phaulkon est sur les lieux de son ambition :

  • Il déploie ses qualités et ses talents de « diplomate ».

Ses talents linguistiques(apprend le thaï en 6 mois et passe 3 mois dans un temple pour apprendre le pâli), ses ambition politiques (veut créer une flotte marchande pour Naraï, suggère au général Petraja (qui vient d’être nommé Président du Conseil privé du roi) un rapprochement avec les Britanniques pour contrer les ambitions hollandaises, demande à Maître Phanik, (un Portugais bien installé et père adoptif de Maria, sa future femme), comment discréditer les Maures en charge du commerce auprès du barcalon (1er ministre) (démontrer leur détournement et promettre de multiplier les bénéfices siamois par 3).

  • Il va connaître les forces en présence à Ayutthaya, et veut dans un premier temps, discréditer les Maures en place et convaincre le barcalon qu’il est l’homme de la situation. 

  Ch 14 à 15. Phaulkon à Ayutthaya. Cf. aussi Ch. 27 et 28. Les premières rencontres (le Portugais Maïtre Phanik, père de Maria (sa future femme), ses futurs ennemis (le général Petraja, le Maure Mohammed Rachid, chef du service des Banquets du roi).

  • Ch 18. (p. 308). 1ère rencontre cruciale de Phaulcon  avec le barcalon. (Phaulkon est au Siam depuis 1an et 11 jours, précise-t-on

La proposition de Phaulkon :

Phaulkon indique les avantages d’évincer les Hollandais et d’accorder aux Anglais le port siamois de Mergui, avantageux pour leur commerce avec Madras, et lui propose de créer une flotte commerciale avec le drapeau siamois, un seul capitaine anglais, et l’équipage siamois, qui ferait mieux que les Maures qui le dépouillent actuellement.


. Phaulkon et le barcalon. (Ch. 20, 21et 22)

  • Phaulkon dénonce au barcalon, les malversations du commerce des Maures (il fait son enquête sur le commerce Maure   et montre au barcalon comment ils opèrent pour le voler).
  • Lui propose de prouver sa compétence en avançant lui-même la première mise et lui ramener le triple. Le barcalon séduit, lui propose d’organiser la réception de l’ambassadeur de Chine prévue dans un mois, et de travailler au ministère du commerce.

Ch 26 à 39. Les rivaux de Phaulkon : les Hollandais et les Maures. Le général Petraja et son « fils » Sorasak.

Il faut suivre au fil de ses chapitres –selon la méthode d’Aywen  de dissiminer les différentes intrigues au fil des chapitres-  comment les adversaires de Phaulkon vont tenter de s’organiser pour l’éliminer.

Ch. 19 Petraja négocie avec le chef des Macassars (p. 333), Ch 26 à 39 : (Ch 26 Conseil de Tenasserim ; les Maures, Ch. 29, 31, 33  les rivaux : Les Hollandais, et les Maures. Ch. 33 Le tuteur de Maria met en garde Phaulkon contre le danger et le pouvoir représenté par les Maures, et surtout de Mohammed Rachid dont le père avait été barcelon du roi précédent, et ami du Prince Daï, chef héréditaire des Maures musulmans venues de Célèbes. (Ch. 36, p.612) rappelle l’histoire de leur venue au Siam, après avoir été chassé par les Hollandais de Célèbes. Ch36. Le plan des Macassars de se révolter contre Phaulkon avec Sorasak et l’appui de son père Petraja. Ch. 38. Embuscade contre Phaulcon par les Maures et Sorasak. Echec.


3/ La réussite du plan.


Ch.30 (p.507). La 1ère rencontre de Phaulkon avec le roi. L’ascension commence.

Phaulkon est nommé mandarin de 3ème classe et sous-secrétaire général du ministère du commerce extérieur sous les ordres directs du Phra Khlang.


4/ Le nouveau PLAN de Phaulkon. L’alliance avec les Français. (Ch. 32)

Il faut attendre 530 pages pour assister à une première rencontre du père Vachet, jésuite avec Phaulkon.


Le père Vachet, montre l’importance pour les Jésuites de convertir le roi Naraï et lui indique que le confesseur du roi Louis XIV est un jésuite et est considéré comme le personnage le plus puissant après le roi.  On apprend pour la 1ère fois la volonté de Phaulkon d’obtenir l’appui des Français pour contrer les Anglais et les Hollandais.

 Phaulkon propose un traité à la France avec l’envoi de troupes françaises pour protéger le roi. Le père Vachet acquiesce avec la condition qu’il doit se marier avec la jeune catholique Maria. Mais Phaulkon, vu les délais pour un tel traité et la volonté des Hollandais d’envahir prochainement le Siam, propose la ruse d’établir un faux traité, avant l’arrivée du vrai.


Ch.34. 2ème audience de Phaulkon, et le barcalon, avec le roi. Proposition de s’allier aux Français.


Phaulkon suggère au roi de libérer Pott’s, le représentant de la Cie des Indes orientales et communique au roi la proposition des jésuites de s’allier avec la France pour contrer les Hollandais, profiter de la gloire des Français qui viennent de battre les Hollandais, (Le traité de Nimègue fut signé le 10 août 1678 à Nimègue (actuels Pays-Bas) entre les Provinces-Unies et la France. Il mit fin à la guerre de Hollande.), et d’ouvrir son commerce. Le roi répond finement qu’il veut bien de son amitié, mais pas de sa religion. Phaulkon suggère au roi qu’il fasse semblant et qu’il demande de profiter de la lumière prêtre. On est déjà dans la stratégie.


5/ Phaulkon devient barcalon et mène la politique extérieure et le commerce du Siam.


Ch. 37 (p.615) est un chapitre clé. 

  • Phaulkon apprend qu’il a réussi son « opération commercial. (6 fois la mise)
  • Phaulkon annonce au roi que la Hollande s’apprête à envahir le Siam pour contrôler son commerce avec la Perse.
  • Le roi accepte le projet d’alliance avec les Français avec  l’envoi de 400 soldats français.

 Phaulkon est nommé mandarin de 2ème classe (il n’y a plus, au-dessus de lui,  que 30 mandarins de 1ère classe.)et le roi accepte le plan de la nouvelle alliance avec les Français. Les amis de Phaulkon Barnaby, Samuel White et Ivatt sont aussi récompensés. (Barnaby est nommé gouverneur de Tenasserim, Samuel chef du port de Mergui, des postes clés)

Ch. 39. (p. 640) Le barcalon meurt. Phaulkon devient le nouveau barcalon et mandarin de 1ère classe.


Le 1er tome se termine en happy end.Ch. 40. Dernier chapitre.


-HappyEnd


Une ambassade thaïe est envoyée en France.

Phaulkon stoppe le projet d’invasion des Hollandais en les rassurant sur leur intérêt commercial au Siam,  et en leur rappelant qu’il est le nouveau barcalon et en leur montrant le faux traité signé avec les Français qui vont arriver avec 5000 soldats.

Phaulkon se marie, et sa mya noï attend un bébé.


 fin

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 04:01

logo Il y a un siècle, la « Siam society » à la demande du Roi Rama VI, a lancé le débat sur la romanisation du thaï.

Aucune procédure de romanisation au sens strict (1) n’avait, jusqu’à présent, été réalisée. Les méthodes d’apprentissage de la langue dont nous avons surabondamment parlé (2) donnaient une transcription insuffisante du siamois destinée à l’apprenant (comme actuellement l’Alphabet Phonétique International utilisé par les linguistes ou la méthode « Assimil » la plus répandue chez les francophones).

Nous avions souligné dans nos deux articles sur les premières grammaires siamoises, la modernité de la transcription adoptée par Monseigneur Pallegoix et encore dans un autre (3) une certaine mauvaise humeur devant les transcriptions fantaisistes (monstruosités du style «  E-san », « Esarn » ou autres Is-âneries) du nom de notre région d’adoption, l’Isan.

Nous sommes en 1913.

A cette époque, les érudits orientalistes européens utilisent de façon systématique pour transcrire les mots sanscrits ou palis le système Hunterian, système de transcription du Dévanagari.

 

hunterian

 

Mais ni le Sanscrit ni le Pali ne sont la langue vernaculaire du Siam.

La question est d’importance, pour la transcription des noms propres en particulier, question sur laquelle tous s’accordent à rechercher une solution uniforme et nécessaire. Le débat est lancé par le roi, qui se flatte de son titre de « patron » de la « Siam society » mais qui signe modestement « Vajiravudh R. » (4).

Il est relancé dans un autre article (5) que le « Bulletin de l’école française d'extrême orient » (6) attribue fort injustement au seul Paul Petithuguenin (7) alors qu’il est co-signé de deux noms tout aussi prestigieux, celui d’Oscar Frankfurter (8) et celui de Josiah Crosby (9).

 

befo

 

La signature d’un Français, d’un Allemand et d’un Anglais est significative de l’intérêt à chercher sinon à trouver un mode de romanisation transcription qui transcende nos barrières linguistiques.

Mais il semblerait que les auteurs des deux articles (tous familiers du sanscrit et du pali)  ne se soient pas préalablement concertés ? C’est tout simplement un débat sur lequel le monarque a souhaité que la Siam Society se penche.

 

Ce débat est-il clos ? Existe-t-il cent ans après une romanisation du thaï ?

Ceux que la question intéresse consulteront avec intérêt la thèse du Professeur Carral (qu’il soit chaleureusement remercié de nous l’avoir fait découvrir)

 

large frederic.carral

 

dont le contenu va bien au delà de ce que son titre peut laisser supposer (10).

N’entrons pas dans les détails, mais quelques mots sur ces deux propositions tout aussi érudites l’une que l’autre.

Nous savons que la langue thaïe est tonale, le ton changeant ou pouvant changer du tout au tout le sens d’une syllabe. Nous savons aussi que la longueur d’une voyelle dans une syllabe peut changer du tout au tout le sens d’un mot, aussi importante sinon plus que la tonalité (ดุ dou bref = méchant ดู dou long = regarder). Nous savons aussi que s’il y a 44 consonnes, elles ne représentent que 20 sons consonantiques fondamentaux, qu’elles sont divisées en trois classes (selon un mécanisme subtil qui, en fonction du choix de la classe de la consonne permet de déterminer le ton de la syllabe). Mais nous savons aussi que certaines consonnes au sein ou non de la même classe ont plusieurs formes d’écriture (4 kh, 3 ch, 2 d, 2 t, 6 th, 2 n, 3 ph,  2 y, 2 l, 4 s et 2 h !). C’est tout simplement un tribut payé à l’étymologie à laquelle nos érudits du début du siècle dernier sont particulièrement sensibles.

Les uns et les autres conviennent donc :

- qu’il est inutile que le système de romanisation marque les tonalités, ce qui n’aurait effectivement aucun intérêt pour la lecture d’une carte de géographie,

- qu’il convient de marquer la longueur de la voyelle,

- qu’il convient de marquer l’expiration notée en thaï par la présence de l’équivalent de la lettre h isolée ou suivant une autre consonne (11).

- qu’il convient de marquer l’étymologie.

Etymologie


Pour marquer la longueur, le monarque choisit une solution extrêmement simple, poser un accent circonflexe sur la voyelle longue (a bref, â long). Îsân et non Isan. Solution similaire pour notre érudit trio, l’accent circonflexe étant remplacé par un trait horizontal (a bref, ā long). Īsān et non Isan.

Ne nous attardons pas sur la marque de l’étymologie, qui n’est peut-être pas d’un intérêt majeur en 2013. Disons simplement que le monarque choisit la consonne en fonction de l’origine du mot, siamois, ou sanscrit-pali. Il écrira donc lân xâng (ล้าน ช้าง) et non lan chang pour parler du « million d’éléphants ».

Pour marquer l’expiration qui existe en thaï, en anglais et en allemand mais pas en français, le monarque utilise la lettre h, isolée ou postposée après la consonne qui nécessite une expiration.

Nos trois érudits (certainement pénétrés de culture gréco-latine) adoptent une autre solution, elle est (elle était alors) universelle, ils utilisent le « spiritus asper », l’ « esprit rude » du grec ancien qui est justement destiné à marquer une légère expiration (un signe diacritique en forme d’accent posé par eux conventionnellement après la consonne). Mais qui sait encore ce qu’est un « esprit rude » (12) ?

 

      ***

Il existe enfin une difficulté qui n’est résolue ni par les uns ni par les autres, mais les uns et les autres n’ont pas honte de ne parler que d’ébauche : Il existe deux voyelles o en thaï, l’une fermée (le dôme), longue ou brève (โอ - โอะ), l’autre ouverte (la pomme) longue ou brève (ออ - เอาะ). Pour les uns et pour les autres, la solution est à trouver.

***

 

Sommes-nous plus avancés un siècle plus tard ?


La question est actuellement  réglée par le système de romanisation officielle de l’Académie royale de Thaïlande, version améliorée en 2000. Vous la trouverez sous ses deux versions, thaïe et anglaise, sur le site

  http://www.arts.chula.ac.th/~ling/tts/

 

Non seulement la question est réglée, mais elle a FORCE DE LOI. Le système a en effet été homologué par la Huitième Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques, tenue à Berlin, 27 août-5 septembre 2002 :


« La Conférence,

« Constatant que, dans sa résolution 14, la première Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques avait recommandé l’adoption du système général thaï amendé de l’Institut royal thaïlandais en tant que système international de romanisation des noms géographiques thaïs,

Constatant aussi qu’en 2000, le Gouvernement thaïlandais a officiellement adopté la version révisée de ce système comme norme nationale et que le système ainsi révisé a été mis en place,

Recommande que ce système révisé, dont les principes ont été énoncés dans le rapport intitulé  « Principles of romanization for Thai script by the transcription method »   présenté par la Thaïlande  à  la huitième Conférence des Nations Unies sur la normalisation des noms géographiques, soit adopté comme système international de romanisation des noms géographiques thaïs


Voilà qui est limpide !


Le système actuel vaut ce qu’il vaut mais il a le mérite d’exister.


Il n’est pas certain qu’il vaille mieux que la version royale et centenaire.


Il ne tient pas non plus compte des tonalités, mais cela est sans importance lorsqu’il s’agit d’établir une carte géographique, d’écrire des panneaux de signalisation ou les enseignes des administrations.

Il utilise aussi pour marquer l’expiration non pas l’ « esprit rude » cher aux hellénistes mais tout simplement la lettre h.

Il ne fait par contre aucune différence entre les voyelles courtes et les voyelles longues.

Il n’a pas résolu non plus la question de la différence pourtant fondamentale entre les o ouvert et  le o fermé.

Il ne tient aucun compte de la nécessité ( ?) de marquer l’étymologie du mot.


Faut-il s’en plaindre avec un esprit chagrin ou ne peut-on passer outre ?


Essayons de comparer ce qui est comparable : rh, th et ph, c’est une rançon que le français paye aux étymologistes. La France compte 65 millions d’habitants dont 64 millions ne doivent plus même soupçonner l’existence du grec classique, quelques dizaines de milliers ont peut-être encore des souvenirs de leur jeune âge passé à fatiguer le gros dictionnaire Bailly (13).

 

Bailly

 

Quelques centaines ou peut-être quelques milliers lisent encore le grec aperto libro ....pour lesquels notre langue reste pourtant grevée des rh, th et ph. « Filosofía » (φιλοσοφία) pourra écrire un espagnol qui en connait l’origine et « philosophie » un français qui l’ignore.

Mais si la norme officielle du gouvernement fait fi des considérations étymologiques, il n’en est pas de même de celle du palais royal, il a en effet la sienne, qui reste largement inspirée de celle de Rama VI.

ภูมิพลอดุลยเดช, le nom sanscrit de notre roi, se transcrit Phumiphon-adunyadet mais pour lui (il en a choisi la transcription) Bhumibol Adulyadej. 

Sous cette seule réserve qui met en cause l ‘éventualité de supprimer de l’alphabet thaï une douzaine de lettres sinon inutiles du moins superfétatoires - ce qu’a fait le Laos sans état d’âme - nous pouvons considérer que la romanisation du thaï depuis le projet centenaire de son roi n’a pas sérieusement avancé d’un iota (14).


Ce qui est à déplorer, ce ne sont pas les défauts de tel ou tel système de romanisation, mais que, une fois un système adopté de façon quasi officielle, son respect ne soit pas assuré.


Sur les cartes routières bilingues, en général, sur les panneaux de circulation dans les grandes villes ou les routes principales, en général (encore que ...), sur les routes secondaires (dans la mesure où les panneaux sont bilingues), pas toujours. Quant au reste, ne citons que deux exemples : นครศรีธรรมราช, la grande métropole du sud, l’ancienne Ligor, elle est Nakhonsithammarat. Vu sur un bâtiment officiel il y a quelques années un texte en caractère romains (à l’anglaise ?) que j’ai pu lire à la française « Nacore si tu m’arraches ». Sans parler des panneaux sur les autobus « du gouvernement » qui se rendent à สกลนคร, Sakonnakhon que je peux lire (à la française toujours) « ça colle, Nakore ? ». Ceux-là, nous pouvons les voir tous les jours à la station de bus de Kalasin !


***

 

Nous laisserons la conclusion au monarque sous sa royale responsabilité après qu’il nous ait dit que cette question ne concernait pas essentiellement les Siamois mais les Européens (15) :

« Je voudrais répondre à une question, est-ce que le système proposé est destiné aux chercheurs, aux touristes et aux globe-trotters ou aux résident européens ?

S’il est destiné aux chercheurs, le système devrait à mon avis autant que possible être fondé sur le système Hunterian afin de les aider dans leur travail de recherche de l’étymologie et des dérivations.

S’il est destiné aux résident européens, alors il faudrait y qu’il y ait au moins trois tableaux distincts tant pour la phonétique que pour l’orthographe, l’un pour les résidents de Bangkok, l’autre pour les résidents des régions du nord et un troisième pour la péninsule malaise, à moins qu'ils ne préfèrent adopter le tableau des lettrés, qui conviendrait à l’ensemble du Siam.

Si ce sont les touristes et les globe-trotters qui sont concernés, alors je suis fortement enclin à leur donner le fameux conseil de Mr Punch à ceux qui sont sur le point de se marier : n’en faites rien ! » (16).

 

______________________________________________________________________________

 

Notes 

(1) Comme le Vietnamien est passé des idéogrammes aux caractères romains, le turc des caractères arabes aux caractères romains ou le persan qui s’est arabisé en passant des caractères archaïques aux caractères arabes).


(2) A. 58 « Les premières grammaires de la langue thaïe ».

http://srv08.admin.over-blog.com/index.php?id=1306867078&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=381357180202

http://srv08.admin.over-blog.com/index.php?id=1306868366&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=631357180150

 

 (3) Article 3 « Notre Isan ».

http://srv08.admin.over-blog.com/index.php?id=1202705910&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=861357180259

 

(4) Vajiravudh  « The romanisation of Siamese words » Journal de la Siam society, 1903  part 4, p, 1.

 

(5) « Method for romanizing Siamese » Journal de la Siam society, 1903  part 4, p, 1.

 

(6) Tome 13, 1913, page 8.

 

(7) Nous connaissons déjà cet érudit qui fut à la fois consul de France, président de l’alliance française au Siam et responsable de florissantes affaires commerciales.

 

(8) Bibliothécaire de la Bibliothèque nationale de Thaïlande, auteur d’un solide « Element of siamese grammar » publié à Bangkok en 1900, membre fondateur de la Siam society, il fut comme sujet allemand expulsé vers les Indes où les anglais le retinrent honteusement prisonnier jusqu’en 1920.

 

frankfurter

 

(9) Il fut de longues années consul de Grande-Bretagne à Bangkok.

 crosby

 

(10)  Frédéric CARRAL est  lecteur à l’Université Thammasat, et en France docteur en sciences du langage. Sa thèse soutenue à la prestigieuse Université de Paris V (« Paris-Descartes », fille de la Sorbonne) « L’écriture dans l’espace urbain à Bangkok. Supports et alphabets » est disponible sur le site

http://thammasat.academia.edu/FredericCarral.

 

Elle est bien résumée dans son article publié dans le Bangkok post le 5 mars 2010 « Tourist translation …. Dans les rues de Bangkok ».

 

(11) Contrairement à ce qu’on lit trop souvent, il n’y a pas de h aspiré, en français du moins, il y a un h muet, un h répulsif (qui refuse la liaison) et éventuellement expiré (ha, ha, ha !).

 

(12) Du passage du grec classique au latin, l’esprit rude s’est tout simplement transformé en h, lettre qui n’existait pas en grec.

 

(13) Molière nous consolait-il ?

« Quoi, Monsieur sait du grec ! Ah ! permettez, de grâce

Que, pour l’amour du grec, monsieur, on vous embrasse. »

 « Les femmes savantes » acte III, scène V.

 

(14) Voir à ce sujet les pertinentes observations du professeur Carral dans sa thèse, loc.cit. en particulier pages 68 – 160.

 

(15) « Cette question de la romanisation concerne essentiellement les Européens plus que mon peuple, mais en même temps, je serais heureux de voir une sorte de système uniforme adopté, plutôt que d'avoir à supporter des systèmes aléatoires et de fantaisie, que chaque groupe, chaque individu, semble utiliser pour romaniser ma langue. »


(16) « Mr Punch’s book of love, being the humour of courtship and matrimony », ouvrage de John Leech publié à Londres en 1910 par le journal Punch, un classique de l’humour anglais.

 

punch

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 04:01

Pour-la-plus-grande-gloire-de-DieuLouis XIV a voulu coloniser le Siam ? In Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu »*


Nous nous étions déjà interrogés sur cette volonté de Louis XIV d’avoir voulu coloniser le Siam en cette année 1687 avec l’arrivée de la deuxième ambassade  menée par Simon de la Loubère et Claude Céberet du Boullay et le général Desfarges à la tête d’un corps expéditionnaire de 636 officiers et soldats.


bateaux

 


1/ Nous avions émis des doutes sur cette volonté dans un article commentant et critiquant les propos de l’historienne thaïe émérite Mme Pensri Duke, docteur en Sorbonne, relatés dans son livre intitulé : Relations entre la France et la Thaïlande (Siam) au XIXème siècle d’après les archives des affaires étrangères. (Cf. nos relations franco-thaïes 12) **


La lecture du roman de Morgan Sportès « Pour la plus grande gloire de Dieu »*, nous incline à penser que nous nous sommes trompés.


Alain Forest,

 

FOREST Alain

 

dans son « Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Naraï » est d’ailleurs explicite dans son chapitre intitulé « En France, une décision aberrante (mars 1686-mars 1687) ***. Il cite les travaux de Jacq. Hergoualc’h, exhumant la correspondance entre Seignelay et  l’intendant de Brest entre autre, qui ne laisse aucun doute sur les motifs militaires et commerciaux de cette « ambassade », et précise bien, qu’outre le motif d’établir la religion catholique au Siam, « le motif principal de l’expédition est cependant l’occupation de Bangkok et Mergui […] S’il y a refus, Louis XIV « a résolu […] de faire attaquer Bangkok et de s’en rendre maître à force ouverte. ».

 

map-mergui


Mais que d’événements entre l’arrivée de la 2 ème ambassade en septembre 1687 et l’arrivée de l’Oriflamme un an plus tard, en septembre 1688, avec 200 hommes chargés d’incorporer les forces françaises du Siam, avec  la promesse que tous les ans d’autres vaisseaux suivraient.


Il y avait là, la volonté française de coloniser, sinon du moins de s’implanter au Siam.

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2/ Revenons à la lecture du roman de Morgan Sportès « Pour la plus grande gloire de Dieu » qui raconte en 5 actes, comment le Siam a failli être colonisé, ou « tomber dans la zone d’influence française ».


Il s’agira pour nous, de relever dans ce roman, ce qui alimente cette thèse, sachant, bien entendu, que le roman peut être lu avec beaucoup plus d’horizons d’attente. On peut suivre les différentes intrigues, les différents points de vue des protagonistes : de La Loubère, de Céberet, du général Desfarges, du jésuite Tachard, du grec Phaulkon Constance, du roi du Siam Naraï, de son général Pitracha, des pères missionnaires et des jésuites, des puissances portugaises, hollandaises, anglaises, françaises, maures … 


Les différentes rivalités et intérêts des uns et des autres, par exemple le combat entre les jésuites et les pères missionnaires, la lutte pour le Pouvoir entre Constance et le général Pitracha, sans oublier les différentes missions de cette ambassade française :


avec les Envoyés extraordinaires, son chef La Loubère, «  avec les questions politiques et religieuses » (p. 25), et une étude  « sur le roi du Siam et ses voisins, sur les forces militaires terrestres et maritimes, sur les forteresses, sur l’art de la guerre, sur les revenus du souverains et sur « l’étendue de sa puissance » sur ses sujets, sur le mode de gouvernement tant spirituel que politique, sur l’organisation de la société. » ****-un vrai travail d’espion- (p. 390),

 

La Loubere

 

Ceberet, « un des douze directeurs de la Compagnie des Indes orientales », chargé de  « la mise au point d’un traité de commerce », sans oublier le père jésuite Tachard qui a une mission secrète établie de concert avec le père jésuite de la Chaise, confesseur du roi Louis XIV, et le barcalon, le 1er ministre du roi Naraï, Constance Phaulkon, et une lettre signée par le secrétaire d’Etat à la marine, Seignelay, lui accordant de fait tout pouvoir de négociation (« Le père Tachard, écrivait Seignelay au ministre du Siam, vous expliquera ce que sa majesté désire de vous » ) (p.66).


Et que dire du général Desfarges, le chef militaire de l’expédition,  dont on apprend dès le début du roman, qu’il a reçu des consignes précises de  messieurs de Seignelay, secrétaire d’Etat à la Marine, et de Croissy, ministre des affaires étrangères (respectivement fils et frère du défunt Colbert)  :


les troupes françaises doivent «  s’installer aux deux points stratégiques du royaume : Bangkok et Mergui. En cas de refus, ordre était donné d’attaquer Bangkok ». (p.21).


(« Le fort de Bangkok, véritable verrou tenant l’entrée du fleuve Chao-Praya, et le port de Mergui, sur la côte ouest du pays et le golfe du Bengale, voie d’accès idéale au richissime commerce de l’Inde ») (p.18)

 

siège de bangkok


3/ Un roman peut-il dire la « vérité » ?


Mais nous direz-vous, on ne peut pas prendre pour argent comptant l’intrique d’un roman, et la thèse défendue, si ce n’est que Morgan Sportès dans une interview au Lorient Littéraire par exemple est très explicite :


« Quel que soit mon sujet, je passe toujours énormément de temps à me documenter, à m’en imprégner, à rencontrer les protagonistes, à aller sur les lieux quand bien même ils sont lointains ». […]


« pour écrire Pour la plus grande gloire de Dieu par exemple, je n’ai pas procédé différemment. J’y ai consacré dix ans. Là, j’ai dû lire les 20 000 pages d’un manuscrit écrit à la plume d’oie afin de comprendre cette tentative de Louis XIV de mettre la main sur le Siam, c’est-à-dire sur l’actuelle Thaïlande »


 « Lorsque j’ai découvert ces archives, la surprise a été totale. Le discours était totalement différent de celui des jésuites; les caricatures et pamphlets y étaient dignes du Canard Enchainé. Je n’aurais jamais pensé rire autant en les lisant. » Après avoir complété ces archives et mis bout à bout des précieux recueils et témoignages, le projet devenait enfin réalisable. « Ces différents mémoires m’ont permis de me rapprocher de la vérité. Dès lors, je pouvais conter avec précision le récit de notre premier Dien Bien Phû. »


Et en effet, il est peu fréquent de voir un roman suivi d’une importante bibliographie de  quelque soixante-dix références, où il est dit que les principaux témoignages « apparaissent, çà et là, dans la bouche même de leurs auteurs, par le biais de dialogues des différents personnages mis en scène ; ou sous forme de citations. »


Voilà pour la substance du roman, son pacte de lecture annoncé.


De plus, l’étude de nombreux témoignages de cette époque dont nous avons rendu-compte dans nos « Relations franco-thaïes», nous permettent de confirmer la crédibilité du travail effectué.*****(Cf. en note la référence de quelques présentations, l’abbé de Choisy, le chevalier de Forbin, le père jésuite Tachard,


 

Tachard

 

le général Desfarges etc)


Mais le livre de Sportès reste un roman, ne serait-ce que par le style, le ton choisi, qui en déroute plus d’un :  


Et lorsqu’on l’interroge sur son style, cette note d’humour omniprésente tout au long de cet ouvrage, l’auteur répond d’un air amusé : « Je ne voulais pas tomber dans un récit long et ennuyeux. C’est pourquoi j’ai volontairement adopté un style satyrique et burlesque en m’inspirant d’auteurs tels que le Duc de St-Simon ou Scaron.

 

Scarron

 

Certains passages sont tout droit issus du Malade Imaginaire ! Les personnages de cet ouvrage parlent comme parlent les archives de l’époque, explique-t-il. Leur ton n’a rien d’anachronique.».

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=6&nid=3566


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4/ Mais en fait Morgan Sportès va essentiellement nous conter, sur un mode burlesque,  la débâcle de cette expédition, ce qu’il appelle dans son interview, le récit de notre premier Dien Bien Phû. Vous avez dit Dien Bien Phû !


Le plan élaboré à Versailles.


L’évocation, en « flash back », en une trentaine de pages (pp.126-157), de l’Ambassade siamoise à Paris, menée par Opra Wisuthra Sunthon, dit Kosapan, Oluang Kalaya Rajamaïtri et Ocun Sri Wisang Waja , arrivée le 18 juin 1686 en France, sera l’occasion de comprendre l’origine, la chronique de l’échec annoncé.

 

ambassadeurs


Nota. Il faut savoir que  cette ambassade siamoise en France (la deuxième), était repartie avec la première ambassade française menée par le chevalier de Chaumont et de l’abbé Choisy et avait séjourné en France entre juin 1686 et mars 1687. Les missionnaires de Lionne (servant d’interprète), Vachet, et leur rival  le père jésuite Tachard (« ambassadeur officieux du ministre Phaulkon auprès du père de La Chaise et du roi de France »). 

 

tachard 2


Au départ, on voit donc les différentes ambitions :

  • La lettre officielle du roi Naraï à Louis XIV accordant le port de Singor au Sud du Siam,  pour intimider les Hollandais « qui était en passe d’accaparer toute cette région » (p. 125), et demandant une douzaine de pères versés dans l’astronomie.
  • Le plan « secret » de  Phaulkon  et des jésuites  (relayé par le jésuite Tachard et appuyé par le confesseur jésuite de Louis XIV de La Chaise (« qui avait l’oreille du roi » et de Mme de Maintenon ) : envoyer 70 jésuites déguisés, s’emparer de l’appareil d’Etat, convertir le roi, avec l’aide de « l’homme providentiel », Phaulkon. Ce plan entrait dans la stratégie jésuite de convertir le roi du Siam.
  • La critique de ce plan par le père de Lionne auquel le Secrétaire de la marine de Seignelay, demande son avis.  Ses arguments sont explicites :

trop d’intrigues politiques, le plan repose sur un seul homme, un aventurier en qui on ne peut avoir confiance « aujourd’hui du côté français, demain du côté des Hollandais ou des Perses », « il ne semble tenir son pouvoir que de la seule, et fragile, faveur du roi ». De Lionne est pour la prise de la citadelle de Bangkok, « c’est la clé du royaume »,  dit-il.  De plus, elle  serait un refuge pour les Chrétiens.  


L’ambassadeur siamois Kosapan, blémira en apprenant que les Français veulent en fait Bangkok. Il a le sentiment de la traîtrise de Phaulkon.

 

220px-Constantin Phaulkon

 

(p. 153). Il craindra pour sa vie, lors de son retour. Arrivé au Siam, Kosapan apprendra au général Pitratcha qu’ils sont trahis et qu’il faut lever les troupes. (p. 168)


Ces différents acteurs avec leurs différents intérêts seront la source des conflits futurs, mais la mission, le plan choisi est bien de s’emparer du fort de Bangkok et de Mergui, pour s’implanter au Siam, avec :

  • L’escadre composée  de 5 bâtiments , 1610 personnes, dont 636 soldats (144 périrent pendant le voyage),  avec : l’Oiseau, vaisseau de 600 tonneaux, 46 canons, 310 personnes, (arrive le 26 septembre 1687 au Siam, après 7 mois de traversée); 3  autres laissés en arrière dans le détroit de Banka (Sumatra), le Gaillard, 600 tonneaux, le Dromadaire et la Loire, flûtes de 500 et 550 tonneaux et la quatrième la Normandie, frégate de 300 tonneaux (arrivera 1 mois et demi après). 

L’escadre comprend aussi peintres, sculpteurs, ingénieurs, jardiniers, miroitiers, artisans de  toutes sortes,  destinés au service du roi de Siam ou de monsieur Constance.12 jésuites chargés d’enseigner l’astronomie et les mathématiques au roi du Siam et les pères des Missions  étrangéres (le père Verniaud, le supérieur l’abbé de Lionne) ; l’ingénieur Vollant de Verquains

 

vollant de verquains

 

chargé de diriger les travaux de fortification de Bangkok, qui ont dû être mis en œuvre par le chevalier de Forbin, de la 1ère ambassade il y a 2 ans ; Du Laric, capitaine des bombardiers …


5/ Mais le roman de Sportès va d’entrée nous plonger dans l’échec de cette mission d’implantation au Siam.


Les causes sont multiples. 

  • Les principaux acteurs ont des intérêts divergents.

Nous avons déjà vu de La Loubère, Céberet, le général Desfarges, et Tachard. Il y a aussi les trois ambassadeurs thaïs de retour (Opra Wisuthra Sunthon, dit Kosapan, Oluang Kalaya Rajamaïtri et Ocun Sri Wisang Waja), Véret, chef du comptoir français d’Ayutthaya, les jésuites et les missionnaires, le roi Naraï et le général en chef Pitracha, les mandarins et les moines …

  • La première cause est le conflit entre de Laloubère et le jésuite Tachard

Pour La Loubère les instructions sont claires : la cession de Bangkok et Mergui, une exigence non négociable. (p. 69)

Pour Tachard a une autre mission et des pouvoirs étendus. (Cf. la lettre signée par le ministre de Seignelay lui donnant tout pouvoir de négociation). Il veut, au nom des jésuites -il a l’appui du père jésuite La Chaise, confesseur du roi Louis XI- soutenir la politique de prise de pouvoir et la stratégie de Constance Phaulkon, afin d’obtenir la conversion du roi du Siam et/ou placer les Jésuites près du Pouvoir. Mais il sait que « les Siamois n’ont promis que la ville de Singor aux Français », qu’il n’a pas répondu à la demande de Phaulkon d’envoyer 70 personnes pour noyauter l’Administration.

 

  • La deuxième cause : le conflit entre  Constance Phaulkon et La Loubère.

On apprend que Constance est en colère d’apprendre que la France envoie « sept cents soudards » alors qu’il voulait 70 personnes de qualité pour noyauter le Pouvoir et l’Administration , « il comptait mettre en place aux postes clefs du royaume des hommes à lui, intelligents, fidèles, obéissants »« (Sportès cite en note un mémoire de Phaulkon à Tachard. p.111). Ensuite, il comptait offrir la couronne au fils adoptif du roi, « dépossédant ainsi les héritiers légitimes qui, à Siam sont les frères du roi : lesquels haïssaient Phaulkon ».

Phaulkon est conscient que l’arrivée des soldats et l’exigence d’obtenir Bangkok et Mergui le feront accuser de traîtrise par les mandarins et les bonzes, et le discréditeront auprès du roi. Il n’aura donc de cesse de contrer la mission française.

Il donnera une lettre à Tachard pour les Envoyés extraordinaires de l’ambassade, où il est dit que  les Français doivent renoncer  à Mergui et « se contenter » de Jongcelang (Phuket). (p.86)

  • La 3 ème cause, la situation à leur arrivée : un climat explosif, les désillusions :

L’Ambassade française apprend :


-  que le chevalier de Forbin a fui le Siam, il y a 6 mois, après un conflit ouvert avec Constance (et tentatives d’assassinat), la Révolte des Macassars,

 

forbin

 

la révolte des Anglais de Mergui (Cf. explication p. 231), qu’un jeune Français de 20 ans, M . de Beauregard, fidèle de Constance a été nommé gouverneur de Mergui. (p.79)  …

- par le lieutenant du Bruant, que les deux  forts de Bangkok  sont bien défendus, une centaine de bons canons en bronze, 400 à 500 soldats portugais, siamois, métis.

- par Vollant des Verquains, le général Desfargues et l’amiral de Vaudricourt que « les vents étant contraires et les fonds insuffisants nos vaisseaux, en cette saison du moins, ne pourraient remonter le fleuve » (p. 160).

- qu’à l’arrivée 140 soldats étaient déjà morts sur les 700. (p.159), (plus 50 alités, p. 196). De plus, « la moitié des munitions ont été gâtées pendant le voyage » (p. 209)

- par Veret, chef du comptoir français à Ayutthaya que :


« ce Constance n’est pas plus Premier ministre que je suis pape  (...) c’est quelque chose aussi comme un ministre du Commerce » (il régit tout le commerce et a le monopole d’achat), « c’est un fourbe », qui a su berner de Chaumont et Choisy (de la 1ère ambassade), leur faire croire à la richesse du Siam (aurait promis à de Chaumont , le monopole du poivre, alors qu’il n’y a pas de poivriers) et faire de Tachard, sa dupe (pp. 88-89).


Il explique pourquoi Constance  avait voulu garder le chevalier de Forbin, venu avec la 1 ère ambassade ; il « s’était rendu compte que le sieur Constance était un charlatan, que Siam n’était point riche et que la France n’avait rien à y faire ». (p.93) Il avait peur que le chevalier ne dénonça sa stratégie personnelle, qui était d’attirer les Français, peut-être  « pour contrebalancer le pouvoir des Hollandais », et assurer son pouvoir personnel.

Les missionnaires, « comme les jésuites qui veulent prendre leur place, désirent qu’une présence française, commerciale et militaire soutiennent ici leurs efforts. » (…) « Dites-moi un peu ce qu’ils ont converti, nos bons pères, depuis 20 ans qu’ils sont dans ce pays ? » (p.95)


Tout le monde veut la peau de Constance (Anglais, Hollandais, Portugais, Maures, mandarins, bonzes, Pitratcha) et  il faut tôt ou tard  qu’il trouve une protection.


6/ Les manoeuvres de Phaulkon.


 Ne pouvant accorder les forts de Mergui et de Bangkok, Constance va :

  • Dans un premier temps, proposer un traité de 10 articles via Tachard qui céderait Bangkok et Mergui, mais à certaines conditions : de prêter serment à Phaulkon, la présence de soldats siamois dans les forts, que les travaux de fortification devraient avoir l’agrément du roi, que Mergui serait aux ordres, non du gouverneur français mais du roi et de Phaulkon, en cas de doute, Tachard aurait la décision…

 La Loubère et le général Desfarges, malgré leur colère, signèrent le traité, se jurant de le renier, dès qu’ils seraient installés dans les forts.(pp. 169-170)

 

  • les soudoyer : offre fins repas, femmes, noyaute, séduit les officiers, invite tout l’Etat-major chez lui (p..261), après l’audience royale, « il y eut des fêtes presque chaque jour dans le palais de Phaulkon » p. 329. Offre un gros diamant au général Desfarges, («  « L’affaire du diamant » fut le principal sujet de toutes les conversations à Siam pendant une quinzaine de jours » (p. 421),  lui fait miroiter, le formidable trésor royal  (« L’or est là : manquent les hommes » p.387). « ma table est la vôtre. Invitez-y qui vous voulez et au nombre que vous voulez ». Veut lui faire fructifier l’argent de la solde de ses soldats « Avec les quatre mille écus de votre équipage je puis produire en quelques mois douze mille écus ! et plus ! » (p.391)

 

  • les diviser : jouer les uns contre les autres, flatter le général « vos exploits, que partout à Siam on raconte », le détacher à Lopburi, loin de ses troupes, nommer Beauchamp major de Bangkok, (puis colonel) …  
  • les pervertir en envoyant des femmes, des espionnes (« Combien n’avait-elle dû en séduire, en corrompre, en subjuguer, des mâles, sur ordre de son maître, le grec Hierakis-Phaulcon, le Levantin ! », dit La Loubère par exemple. (p. 379)
  • les menacer : « N’envoyez pas vos plaintes au roi de Siam ou ça se passera pour vous comme pour les Persans : très mal ! » (p. 248). Confirmé par de Lionne « un des points principaux de la politique de monsieur Constance est d’empêcher qu’aucun européen puisse parler au roi de Siam» (p. 297) et surtout ceux qui connaissent bien la langue. (ainsi ne sera-t-il pas  reçu en audience par le roi).

-          Et « jouer la montre », sachant que son « ennemi » de Laloubère doit repartir début  décembre vers la France :


Que d’étapes avant  d’obtenir l’audience royale du  2 novembre 1687 (arrive page 311 !) et le général Desfarges est reçu à part et honoré ! comme pour mieux divisé (p.323). Ensuite, les envoyés doivent attendre une  semaine avant de rejoindre le roi à Lopburi. Une fois-là, « Ils tenaient conseil de guerre : on était à la mi-novembre déjà !...


Et Phaulkon veut être le chef de la mission et le général en chef des troupes françaises :


-          Phaulkon via Tachard a nommé des officiers français  à la tête de troupes siamoises, maintenu en place l’ancien gouverneur portugais Da Silva, promu  Beauchamp, major de Bangkok (p.208)

-          Tachard prétend du fait de ses instructions,  qu’il n’a pas s d’ordre à recevoir de Céberet (p.212).  Il remet des lettres à La Loubère,  qui informe que Desfarges et ses hommes sont soumis à la justice du roi et de Phaulkon, que Desfarges ne peut plus condamner à mort, sans autorisation du roi de Siam.

-          L’incident du 7 décembre (pp. 423-427): Phaulcon se prend pour le général en chef (« Céberet était stupéfait. Le ministre Phaulkon était en train, au nez et à la barbe du général qui ne pipait mot, de se comporter comme le véritable commandant des troupes françaises » (Cf. note 6)


Mais le constat était là :


De La Loubère et Céberet voulaient repartir début décembre après avoir « tout réglé », « tout bouclé », or rien, ou presque, n’était ni réglé », ni « bouclé ».(p. 353).

  • « Une fois encore ils sortaient bredouilles de ce énième entretien avec le ministre » (p.359.)
  • « Cela fait donc un mois et demi que nous arrivâmes à Siam ! Et qu’avons-nous obtenu ? …rien ou presque ! (…) Pouvons-nous espérer que soient publiés les Privilèges aux chrétiens du traité de Chaumont ? » (p.402).

Le réquisitoire de La Loubère est clair :

  • le principal responsable : le général Desfarges. 

« Desfarges, la pièce maîtresse sur l’échiquier de Siam ; Desfarges, l’épée de Damoclès qu’ils pouvaient faire peser sur la tête de Phaulkon et de son roi en brandissant la menace d’une intervention militaire ; Desfarges le chef  des armées, le protecteur de la Mission et des Chrétiens du pays, Desfarges, au lieu de planter sa tente à Bangkok, de s’y fortifier avec les troupes, d’y verrouiller le fleuve, d’y tenir dans ses griffes toute la vie économique du pays, Desfarges, ce gros benêt, qu’on avait dû séduire, acheter peut-être, allait rester à Lopburi, pour jouer les « courtisans du roi, du grec ! » (p.410)

 

7/  La « situation » catastrophique :


-          Le fort de Bangkok est en ruine et ne peut résister à un siège. (Cf. la rencontre Céberet/ Desfarges, où Desfrages refuse de déclarer que la forteresse peut résister à un siège (p.422) ; Céberet convoqua l’ingénieur Vollant des Verqains « à qui devait être confié la mise en état de la forteresse » pour lui faire signer ce qu’on peut appeler une décharge, qu’il signa « à contrecoeur ».)

-          Les soldats sont dans la misère, les tripôts, l’opium,  les paris, les filles (300 filles, dit-on), l’offre de déserter (« on » contacta en secret certains de nos soldats pour les faire déserter » p. 443).

-           400 siamois et mercenaires occupent le fort.

-          Le mauvais comportement des soldats français à Bangkok : « la population de Bangkok hait les Français ! Même les putes n’en veulent plus ! Ces messieurs, qui n’ont plus le sou, prétendent les foutre gratis ! Les soldats ont brulé en une nuit d’orgie la prime que vous leur avez versée » (p.368)

-            Les querelles entre religieux p.289

-          La situation de fin de règne. « De nouvelles alliances, de nouveaux partis, se créaient. de nouveaux fils de l’intrigue commençaient à se nouer ». (p.377)

-           La rencontre entre Pitratcha, sortant de chez le roi, avec Phaulkhon. Pitratcha évoque la santé fragile du roi, les deux frères du roi qui ne les portent pas dans leur cœur, « Et pour l’installation française à Siam, dont aucun de ces princes ne veut » (p. 376) ; le roi veut que Desfarges « restât à la cour de Lopburi … à portée de main « (p.377) ; le roi veut « des mortiers, et des canons d’un modèle inconnu » que les Français  ont sur leurs vaisseaux.

 

8/ Le départ des Envoyés spéciaux.


Un traité de commerce avait été signé, « avantageux pour les deux parties ». « excepté pour quelques produits que se réservait le roi, totale liberté de commerce à Siam : aucune taxe ne serait perçue sur mes marchandises que nous exporterons de cc pays ou que nous y ferions transiter. Une île dans le golfe du Bengale nous serait offerte »


-          « Question commerce tout allait bien, donc. Mais pour le reste les choses restèrent en l’état » (p.445) et les Envoyés désirent quitter le Siam au plus tôt : voyant qu’ils n’obtiendraient rien de plus. Il était inutile d’immobiliser les vaisseaux » (p.445)


Céberet obtient l’audience royale de congé le 13 décembre 1687. Il rejoint Mergui début janvier 1688,  où  l’attend Forbin venu de Pondichéry pour le chercher ! (« -aucun historien n’a jamais expliqué pourquoi-» ajoute Sportès). (Cf en note 7 ce que Forbin pense de Phaulkon)


De la Loubère apprend par Phaulkon en colère, qu’il aura son audience de congé le 22 décembre,  mais que le roi a exigé que les bombardiers restent au Siam. Ce qui nous donne droit à une scène burlesque où  devant l’Etat-major, les deux compères demandent l’arrestation de l’autre.

Loubère ne songe qu’à partir, et nous n’avons pas droit à une conversation avec le Général Desfarges concernant la suite de la mission ! Il ne peut que constater :


« Qu’avaient-ils obtenu : rien. » (p. 454)


Que dire encore ?


L’Oiseau est déjà parti sur Pondichéry, et le Gaillard, six cent tonneaux, cinquante canons , la Loire, le Dromadaire, emmenaient le 3 janvier 1688, de La Loubère et Tachard qui repartait comme ambassadeur du Siam, avec des lettres destinées à Louis XIV , au pape, au père de La Chaise, et autres…(et cent milles écus de marchandises, des lingots, des rubis de Phaulkon confiés à Tachard).


1er bilan.


L’Ambassade arrivée le 26 septembre 1687 au Siam, repart le 3 janvier 1688, avec le bilan que l’on connait.


Ecoutons de la Loubère :

  • « Qu’avaient-ils obtenu : rien. Pas de privilèges pour les Chrétiens ; les travaux de fortification de Bangkok piétinaient, les troupes siamoises étaient toujours présentes dans la place ; Du Bruant n’était pas à Mergui, Desfarges roucoulait à Lopburi ; le roi ne serait jamais converti et … pour couronner le tout, selon les informateurs des missionnaires, Phaulkon essayait de se réconcilier avec les Anglais » (p. 454).
  • Il oublie le traité de commerce qui avait été signé par Ceberet, « avantageux pour les deux parties ».

Il ne se faisait plus d’illusion sur la suite de la mission commandée par le général Desfarges. 

  • Sur le départ, à Bangkok, il apprend par le major Beauchamp, le lieutenant Vertesalle et l’ingénieur Vollant de Verqains, que depuis 2 mois, rien n’a  changé,  trois plans de forteresse ont été repoussés, et que sur 636 soldats, ils ne restaient que 400 valides (144 périrent pendant le voyage, plus 52 sur place, et 40 nouveaux malades fin décembre). De la Loubère leur déclare que Constance Phaulkon  est l’ennemi de la France « et qu’ils ne doivent plus obéir au général Desfarges, acheté par les présents de Phaulkon  
  • « Et les prochains renforts n’étaient prévus que pour dans 7 mois » ! La seconde phase du PLAN : « l’un des plus puissants navires de guerre de la marine de Louis XIV, l’Oriflamme, 64 canons, 750 tonneaux, 200 fantassins , et bien sûr de l’artillerie, de la poudre et munitions. ».

9/ « Depuis que les vaisseaux avaient levé l’ancre. La donne du jeu était bouleversée »


Les chapitres 4 et 5 allaient raconter les événements de la Révolution de 1688 et le fiasco de l’expédition; « le 1er Dien Bien Phû français » ?   (pp. 461- 726).

En effet, de La Loubère en partant avec Tachard le 3 janvier 1688 n’aurait pu deviner :

  • que Phaulkon proposerait au général Desfarges de venir à Lopburi avec 100 hommes pour arrêter Pitratcha et Prapy, le fils adoptif du roi, que le général, grâce à Véret et de Lionne, interprétait désormais autrement les épisodes qu’il avait vécus, et verrait les pièges tendus par Pitratcha.
  • que Phaulcon serait arrêté le 18 mai 1688, torturé et exécuté, que le roi Naraï serait déclaré mort le 11 juillet 1688, et que le général des Eléphants Pitratcha, après avoir éliminé tous les prétendants au trône, deviendrait le nouveau roi du Siam, le 1er août 1688, lors de ce qu’on allait appeler  la Révolution de 1688.

 

  • que les Français seraient rapidement battus par les forces siamoises et que des  négociations seraient engagées pour quitter le Siam, menées par l’évêque de Métellopolis et Véret  avec le siamois Kosapan.(futur 1er ministre de Pitratcha)
  •  qu’un traité sera signé le 18 octobre 1688, qui consentait  à prêter aux Français le Siam et le Lopburi avec 45 000 livres de vivres avec comme garantie l’évêque et Véret en otages, ainsi que les Chrétiens du pays comma caution des 300 000 écus investis par Phaulkon dans la Cie des Indes, et après avoir rendu aux Siamois madame Phaulkon qui s’étant enfui pour se réfugier auprès des Français (En geôle, le père de Bèze en profita pour lui faire signer la donation de ses avoirs gérés par les jésuites). Véret s’enfuit, et Kosapan refusa de livrer l’évêque contre trois mandarins pris en otage.

 Les Français partaient le 2 novembre 1688.

 

 

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Alors le roi Louis XIV avait-il voulu coloniser le Siam, nous demandions- nous en titre ?


Il est sûr qu’il avait voulu s’implanter. On n’envoie pas impunément 5 bâtiments, 1610 personnes, dont 636 soldats et un an après un navire aussi puissant que l’Oriflamme avec une relève de 200 soldats. On ne décide pas de prendre Bangkok et Mergui pour une simple visite (Les sources les plus sûres le confirment).

Mais on peut choisir un meilleur général en chef, et ne pas donner un pouvoir de négociation aux Jésuites, grands responsables de cet échec, dans leur volonté de se mettre au service du grec Phaulkon, qui n’a pas su voir à temps la « révolution » menée par Pitratcha.

Les Français sont arrivés divisés, et leur « allié » Phaulkon n’était le plus maître du jeu politique siamois. Leur général en chef Desfarges n’était pas à la hauteur et a joué un rôle pitoyable. Il le montra encore en organisant une expédition râtée contre Phuket en 1689 (Cf. notre article 14 « L’expédition de Phuket de 1689 du général Desfarges.)


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Morgan Sportès termine son roman en disant : Chacun put écrire sa version des faits, et de citer les jésuites, les pères des Missions étrangères, les diplomates, les officiers, la Compagnie des Indes, les libres penseurs, les Siamois (Cf. sa bibliographie)


Mais « Monsieur de La Loubère, sur le conseil de plusieurs de ses amis, dont le chancelier Pontchartrain, renoncerait finalement à écrire sa version   des événements de Siam : elle risquait en effet de mettre trop en évidence le rôle désastreux que jouèrent les jésuites, et de lui mettre à dos le tout puissant de La Chaise, sans l’aval de qui il était impossible de rien obtenir, et surtout pas un siège à l’Académie ».


Le père Tachard, ayant appris la révolution de 1688 voulut repartir au Siam pour convertir Pitratcha ou son fils !(Cf. notre article sur le père Tachard )


Le général Desfarges « après sa terrible entreprise militaire contre Jongcelang-Phuket » s’embarqua en mars 1690 pour la France sur l’Oriflamme. Il mourut de scorbut avec la moitié des passagers avant le Cap de Bonne Espérance le 26 avril 1690.

 



 

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*« Pour la plus grande gloire de Dieu », Points/seuil, (1993).


Bio. Morgan Sportès, né le 12 octobre 1947 à Alger, est un écrivain français.


Il a publié dix-huit livres qui ont attiré l'attention de personnalités comme Claude Lévi-Strauss ou Guy Debord. Nombre d'entre eux ont été traduits en de nombreuses langues, notamment en espagnol, italien, portugais, grec, japonais, thaï, allemand, russe, polonais, chinois.


Son livre-enquête L'Appât a été porté à l'écran par Bertrand Tavernier en 1995 (L'Appât avec Marie Gillain, Olivier Sitruk et Bruno Putzulu).
Il est lauréat de la Villa Kujoyama 2000 et du prix Interallié 20112.

Il effectue son service national en coopération en Asie, ce qui lui inspirera plus tard plusieurs livres : Siam (1982), sur ses "dérives", came et filles, en Thaïlande, fable sur la marchandisation du monde ; Pour la plus grande gloire de Dieu (1995), roman sur le Siam du XVIIe siècle ; Tonkinoise (1995), roman historique sur l'Indochine du temps de Pétain ; Rue du Japon (1999), confession sur ses « liaisons dangereuses » avec une femme japonaise

Œuvres

Siam, Paris, Éditions du Seuil, 1982. La Dérive des continents, Paris, Éditions du Seuil, 1984. Je t'aime, je te tue, Paris, Éditions du Seuil, 1985. Comédie obscène d'une nuit d'été parisienne, Paris, Éditions du Seuil, 1986. Le Souverain poncif, Paris, Éditions Balland, 1987. Outremer, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, 1989. L'Appât, Paris, Éditions du Seuil, 1990. Pour la plus grande gloire de Dieu, Paris, Éditions du Seuil, 1993. Ombres siamoises, Paris, Éditions Mobius/H. Botev 1995. Tonkinoise…, Paris, Éditions du Seuil, 1995. Lu : roman historique d’inspiration marxiste-léniniste, Paris, Éditions du Seuil, 1997. Rue du Japon, Paris, Paris, Éditions du Seuil, 1999. Solitudes, Paris, Éditions du Seuil, 2000. Essaouira, Paris, Éditions du Chêne, 2001. Une fenêtre ouverte sur la mer, Paris, Éditions du Seuil, 2002. L'Insensé, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, 2002. Maos, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, 2006 (Prix Renaudot des lycéens 2006). Ils ont tué Pierre Overney, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, 2008. L'Aveu de toi à moi, Paris, Fayard, 396 p. Tout, tout de suite, Paris, Fayard, 2011- Prix Interallié 2011 - Globe de cristal 2012 du meilleur roman

 


**(Distr. Librairie Chalermnit, BKK, 1962).


12. Les relations franco-thaïes : La 2ème ambassade de Louis XIV, vue par Mme Pensri Duke, une historienne thaïe des années 1960.

  http://www.alainbernardenthailande.com/article-12-la-1ere-ambassade-vue-par-une-historienne-thaie-64176235.html


*** « Les Missionnaires français au Tonkin et au Siam », XVIIe-XVIIIe siècles, L’Harmatan, Livre 1, Annexe 1, 1998.


****Cf. son étude, « Du royaume de Siam ».


***** Les deux ambassades vues par le Comte de Forbin http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html


La 1ère ambassade de 1685, vue par l’abbé de Choisyhttp://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html


La 2ème ambassade de 1687

http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.html


La révolution de 1688 par Pitracha

http://www.alainbernardenthailande.com/article-13-les-relations-franco-thaies-la-revolution-de-pitracha-de-1688-64176423.html


Note 6 :


-          il convoque Céberet, chez lui où il le voit « comme sur un trône, et entouré de tout l’état-major des officiers et des jésuites » ; il reproche au capitaine des bombardiers son refus de « débarquer certains canons et mortiers dont le roi est très curieux », et dont il a besoin pour mâter des rebelles à Pattani. Il exige de l’intendant de la salle qu’il exprime son obéissance au roi du Siam et à lui-même (« Et si je vous l’ordonne, moi ! hurla Constance exapéré ». Céberet comprend alors que Phaulkon tient de La salle qui a dû lui confier ses fonds pour les « investir dans quelque aventure commerciale  : chose absolument interdite pas le règlement militaire , bien entendu ! Dans ces conditions, le grec le tenait à la gorge, et le pouvait faire chanter » (p ; 426) 

-          Céberet, devant le silence de Desfarges, est obligé de rappeler à Phaulkon que  « un officier subalterne ne peut recevoir d’ordre que de son général».  Mais Phaulkon, avec l’aide de Tachard et l’accord de Desfarges obtient quand même satisfaction et reçoit trois jours plus tard, trois mortiers et un canon en acier, pour une « démonstration » ! on enseigna en fait, « sous la savante direction du capitaine de Laric, le maniement des mortiers, et on proposait des « montagnes d’or » aux bombardiers de rester au Siam pour entraîner les troupes du roi et leur enseigner l’artillerie.

-          Ce qui fait dire à Véret à de La Loubère : « Etrange spectacle, monsieur l’Envoyé, ne trouvez-vous point ? voilà qu’on apprend à ces gens le métier de nous exterminer ». (p. 431)

 

Note 7



-         Forbin lui rappelle pourquoi Phaulkon avait désiré le garder « Ce pourquoi le Grec m’empêcha de retourner ensuite en France. Il avait peur que je ne  donne à sa Majesté très chrétienne un avis négatif », sur la pauvreté du pays, sur son besoin des Français pour mater les rebellions, « Car il est grillé au Siam. Tous les mandarins veulent sa peau et ils n‘attendent que la mort du roi pour l’égorger ». « il a tenté de m’assassiner ; J’ai préféré m’enfuir à Pondichéry », « Cet homme-là, je vous le dit tout net, veut s’emparer du pouvoir grâce à nous Français. Son but : être roi ! ».(p.447) ( Cf.Notre article :  Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin.***** )


Note 8. L’ Acte IV.(p.461) et  Acte V (pp. 601-726).

 

La révolution de 1688 et la fuite des Français. 


L’ Acte IV.  (p. 461) allait-il montrer le réveil de Desfarges ?

Il arrive enfin à Bangkok le 27 décembre pour voir que « Tous étaient physiquement et moralement minés », « Pour ce qui des travaux de fortification : néant ou presque. «  (p.465). De nouveau, il en est réduit à demander le matériel nécessaire à Phaulkon, qui le rassure, et lui promet « dans 10 jours vous aurez mille ouvriers ! ». Promesse ?


Desfarges veut réagir. Va-t-il suivre enfin ses « instructions » ?

Il confie  à Phaulkon  que  son Etat-major estime qu’il est une marionnette et qu’il a été acheté, et que sa tête est en jeu (« de la Loubère a promis de me faire la peau à Versailles »). Il demande l’autorisation de s’installer à Bangkok et que du Bruant rejoigne Mergui.

Phaulkon refuse : « J’entends qu’on m’obéisse. Je ne veux pas qu’on occupe Mergui cette année » (p.469), rappelant qu’il dépende de lui pour les vivres, les affûts de canons, et pour la solde (Desfarges lui a confié les fonds à des fins spéculatives ). Et Phaulkon de verser un tikal (solde pour une semaine env.) aux soldats en rang, de la part du roi de Siam.

Apprenant la nouvelle de son fils mourant, il ordonne à Desfarges de remonter sur Lopburi avec lui, ainsi que le major Beachamp et le sieur du Bruant.

Vertesalle, le commandant en second refuse de les suivre, malgré les menaces du Conseil de guerre proférées par  Desfarges, rappelant qu’il ne peut laisser sans commandement une place forte, « et cela en infraction avec les lois les plus élémentaires de la guerre ».

  • « Depuis que les vaisseaux avaient levé l’ancre.  La donne du jeu était bouleversée » (p. 478).

Les mauvais signes pour Phaulkon.


On évoque des rumeurs, des présages, le mauvais sort de Phaulkon (son fils mourant, la fausse couche de sa femme)(« au dire des bonzes et magiciens, confirmaient que l’étoile du ministre avait terni ». « On avait même jeté une pierre à un prêtre, chose jamais vue jusque-là ». Tous les signes annonçaient aussi la mort prochaine du roi. La femme de Phaulkon sent aussi la fin de son mari. « elle le lui avait dit, elle le lui avait répété, qu’il fallait partir, fuir … sur le vaisseau même des Envoyés spéciaux, avec leurs enfant…et l’argent ». (p.482).


Les bons signes pour Pitratcha, grand général des éléphants.

On rappelle ses origines (mère nourrice du roi, et de feu le barcalon Kosa Thibodi, frère ainé de Kosapan. Chef militaire glorieux. La légende le disait pourvu de pouvoirs magiques. Le peuple le voit roi.  Il a sous ses ordres 20 000 éléphants. Fin politicien ; s’avance ne modeste, prétendant finir ses jours sous  l’habit des bonzes. Ami du Grand Sancrat de Lopburi. 

Il prévient Phaulkon le 16 janvier 1688 (quelle précision !) que la roue tourne.


Il lui livre les données en la page 486 : la haine contre les Français et contre vous qui les avait fait venir (et vous les aidez présentement), la venue du rajah de Johore venu proposer une  alliance pour chasser les Français, la plainte du grand Sancrat auprès du roi. Les princes frères du roi, amis des musulmans, courtisés  de plus en plus, par les mandarins ;  l’interrogation sur le lieutenant du Bruant que l’on retient avec ses hommes ...


Les dernières cartes de Phaulkon ?

Phaulkon estime qu’il doit tenir 7 mois : « le temps qu’arrivent de France les renforts » (p.489) et donne ses ordres à Desfarges au nom du roi.

  • Curieusement Phaulkon pense encore au commerce et ordonne au nom du Traité (article 11) que les capitaines Suhart et Sainte-Marie embarquent avec 50 hommes sur deux vaisseaux du roi de Siam.
  • Vis-à-vis de Pitratcha : ordonne le 17 février que le lieutenant du Bruant rejoigne Mergui avec 3 compagnies, soit 120 soldats.

Que soient envoyés sur Lopburi :

  • les 3 compagnies  siamoises formées par le major Beauchamp, que Phaulkon nommera colonel des troupes siamoises (quittent la fortresse le 26 février)
  •  les 40 malades.
  • 50 cadets pour former l’escorte du roi (Desfarges en accordera 25) 

Desfarges se contente de se lamenter sur les 200 soldats valides qui lui restaient. « Mais que veut-on à la fin ? Diviser les troupes ? … M’affaiblir ? … M’égorger ? » (p.494)

Le père jésuite de Bèze, le « secrétaire » de Phaulkon,  lui expliqera  que « Monsieur Constance a besoin de forces conséquentes à Lopburi, car à Lopburi se trouve le roi et son palais. Qui s’en assure s’assure du pouvoir. ».


Nous n’étions plus dans une expédition française qui avait reçu des ordres du roi louis XIV, mais dans le PLAN de Phaulkon pour prendre le POUVOIR.

A Bangkok, l’édification de la forteresse n’avance pas,  subit du sabotage, du détournement de matériel.  (Vollant lui-même s’est fait construire auprès du fleuve un triple pavillon sur pilotis). On pêche  au canard.


Le complot de Phaulkon ?  (pp. 500-515).


Deux  mois plus tard, le 28 mars 1688, le général Desfarges est convoqué à Lopburi par Phaulkon  pour une audience royale. Le roi l’invite à venir s’installer à Lopburi avec des soldats pour former une troupe de gardes du Corps, et les malades  (Lopburi plus saine). On leur construirait des maisons  et on les paierait.

Mais c’est en fait, c’est une tactique de Phaulcon (avec l’appui des jésuites de Bèze et Blanc) pour proposer au général Desfarges de venir à Lopburi avec 100 hommes pour arrêter Pitratcha et Prapy, le fils adoptif du roi, (élevé par Pitratcha), des ennemis de la France et des Chrétiens, qui veulent déposséder l’héritier légitime Chao Fa Noï. Pitratcha a déjà demandé aux gouverneurs, disent-ils,  avec le sceau du roi, de rassembler des troupes.

Cette affaire, jusqu’à sa conclusion, doit rester secrète ! Il faut mettre le roi devant le fait accompli ! Jetez à ses pieds Prapy et Pitratcha enchaînés ainsi que leurs complices (il cite le Grand Sancrat). Il lui assure que le palais est miné et qu’il peut le faire sauter, et il lui fit miroiter le trésor royal. Desfarges donna son accord et retourna à Bangkok.

Il repartit le 14 avril avec 87 mousquetaires. Il fut étonné de voir le peuple paniqué en arrivant à Ayutthaya. Le père Martineau lui dit qu’ils croyaient que les barbares farangs voulaient piller les palais d’Ayutthaya et Lopburi.

Malgré sa promesse donnée  du secret, Desfarges alla discuter avec Véret, qui lui expliqua la duperie de Phaulkon, le roi étant mort. Un de ses amis arrivant de Lopburi l’informa que 5 à 6000 Siamois descendaient le long du fleuve.

Ensuite Véret et Desfarges allèrent discuter avec le père de Lionne qui confirma le traquenard. L’évêque de Métellopolis, Mgr Laneau, tempéra les propos tenus et conseilla à  Desfarges « avant de prendre toute décision » … «  d’envoyer quelqu’un à Lopburi voir ce qu’il en est »  (p. 531). Il leur confia ensuite comment Tachard le tenait avec la solde qu’il avait confiée à Phaulkon. 

Il envoya le lieutenant le Roy à Lopburi .Il donna le mes

sage à Constance qui  était plus qu’étonné d’apprendre que Desfarges s’était arrêté à Ayutthaya, avait discuté avec les missionnaires, malgré le serment du secret. ll envoya un message lui ordonnant au nom du roi de « monter sur le champ ». Une autre lettre de de Bèze certifiait qu’il l’avait vu le roi le jour même. Le Roy retourna à Ayutthaya et rapporta que le roi était vivant, que Lopburi était calme et que le général devait montre rapidement.

Desfarges crut bon de retourner prendre l’avis de Veret, du père de Lionne et l’évêque, qui dénoncèrent une fois de plus les manœuvres des jésuites, et les mensonges de Constance ; une heure plus tard, Desfarges annonçait à son Etat-major sa décision de redescendre sur Bangkok. Il envoya le sieur Dacier à Lopburi, qui lui reprochait une nouvelle faute, informer Phaulkon de sa nouvelle décision (On était le 18 avril). On imagine sa colère. Dacier, le major Beauchamp repartirent sur Bangkok croyant encore pouvoir le convaincre de revenir sur cette décision. Mais ce fut en vain, malgré les assauts des jésuites, comme le père supérieur le 6 mai.

Le général Desfarges interprétait désormais autrement les épisodes qu’il avait vécus. Il comprenait la situation selon son nouvel ami Veret, qui lui révélait l’intrigue  et la force de Pitratcha, qui, sitôt la mort annoncée du roi, inviteraient les héritiers légitimes à Lopburi, pour mieux les assassiner, et s’occuper ensuite de Phaulkon. Veret lui expliquait alors le rôle que voulait lui faire jouer Phaulkon, ni plus ni moins que de tuer Pittratcha, espérant, dit-il, naîvement que cela aurait suffi pour mater le pays (p.479). Il lui conseillait de rester à Bangkok,de fortifier le fort, et d’attendre la mort de Phaulkon  et négocier ensuite avec Pitratcha. (« j’ai…euh…eu d’ailleurs quelques ouvertures à ce sujet » (p.479).


La fin de Phaulkon.


Phaulkon, lors de sa rencontre avec Pitratcha, juste avant la grande fête bouddhiste du Wisaka Buucha, le 15 mai 1688. voulut peut-être encore croire à l’alliance, mais il savait que tous les fortins en bois le long du fleuve jusqu’à Ayutthaya étaient tenus par les hommes de Pitratcha, de même le palais, les écuries.

Le 18 mai 1688, on pouvait assiter à la grande pagode de Lopburi, la terrible diatribe du Grand Sancrat Phra Viriat contre Phaulkon, le traître qui avait venir les Français pour « assassiner le roi, détruire la famille royale, renverser le satsana Phut, la religion bouddhiste », pour installer » le démon Crit et son armée de diables, les Farangset », qui s’apprétaient à s’emparer du palais. Il invitait alors ses fidèles  avec un millier d’hommes, silencieux, tenant en main un mousquet à aller au palais. Ils purent voir 50 cavaliers Maures les rejoindre. (p.384) ;

Phaulkon, informé, cherchait une solution,  au milieu du dernier carré, lorsque deux mandarins qu’il connaissait, « l’invitèrent » à venir immédiatement au palais rencontrer, le nouveau régent du royaume, le grand mandarin Opra Pitratcha.  Ils lui expliquèrent qu’il avait besoin de lui et des Français pour répondre aux  velléités laotiennes et péguouanes aux frontières . Toutefois, le message transmis de la part de Pitratcha ne laissait aucun doute sur son sort.  Il était prévenu, que les mines au palais avaient été découvertes, que les bateaux anglais à Ayutthaya avaient été arraisonnées, que tout le fleuve était sous leur contrôle, une frégate hollandaise contrôlait l’embouchure, et qu’en cas de refus,  dans l’heure qui suit, il serait considéré comme un rebelle.


 Le « suicide » de Phaulkon.

Phaulkon, au lieu de choisir de changer son palais en forteresse, comme lui suggérait le lieutenant Saint-Vandrille, crut bon d’inventer l’histoire que le roi lui avait ordonné d’arrêter Pitratcha avec les officiers français. Il fit son testament au père de Bèze (l’occasion d’apprendre qu’il avait des biens en Angleterre, en Italie et dans la Compagnie des Indes Orientales) et se  rendit au palais avec Beauchamp et Saint-Vandrille que rejoignirent Fretteville et le fils Desfarges et  six gardes anglais.


Il fut arrêté. On était le 18 mai 1688.


Acte V (p. 601). 

Pitratcha envoya un message au fort de Bangkok, pour informer les Français que Phaulkon avait été arrêté, qu’il avait été nommé régent par le roi malade, et que cela ne concernait ni les Français ni les Chrétiens. Mais le 28 mai Beauchamp qui s’était échappé, déclara que Phaulkon avait été torturé, les officiers français et chrétiens jetés en prison. Une ambassade menée par Kosapan, accompagné de Véret et de Lionne,  proposa au général Desfarges de monter sur Lopburi pour remplacer Phaulkon au poste de 1 er ministre.

Desfarges y vit un piège, mais Veret  et de Lionne lui montrèrent la nécessité de trouver un accord pour sauver les chrétiens. Son Etat-major y était opposé. Le 31 mai, Desfarges quitta Bangkok. Il apprit en route (par Dacieu) la situation véridique à Lopburi : Prapy avait eu la tête tranchée, toutes les maisons  de chrétiens pillés, la grande majorité arrêtée.


Encore une « siamoiserie » de Pitratcha.


En audience, Pitratcha l’accuse de ne pas avoir obéi aux ordres du roi  qui étaient de monter avec ses troupes. Il lui propose d’envoyer une lettre à Bangkok et à Mergui pour que ses troupes montent sur Lopburi afin de défendre le royaume pour contrer l’ennemi lao. Desfarges répondit qu’on ne lui obéirait pas. Il fut arrêté de suite.

Mais Kosapan fit comprendre à Pitratcha que ce n’était pas la bonne méthode et qu’il avait appris par Phaulkon sous la torture que des renforts arriveraient en septembre et aussi que le frère ainé du roi Chao fa Apaï Tot n’avait pas encore été neutralisé à Ayutthaya. On le relâcha,  et on lui fit promettre  de revenir  avec ses troupes, en gardant en otage ses deux fils. Il partit le 4 juin avec Kosapan.

A Bangkok, Kosapan remarqua qu’en 6 jours, les Français avaient considérablement renforcé la forteresse, expulsé tous les soldats siamois, , fait entrer les 1000 vaches … Desfarges allait se battre. Ils ne purent arrêté Kosapan qui s’enfuit, mais empalèrent 3 métis qui avaient refusé de tirer sur une jonque chinoise. On abandonna la vieille forteresse de l’ouest, en faisant sauter ce qu’on ne pouvait transporter, qu’on voulut reprendre voyant les Siamois l’utiliser.


Les hostilités étaient engagées. On rappela par une lettre que les otages allaient être exécutés. Rien n’y fit, mais le 17 juin, après 20 jours de « résistance », on vit Mgr Lanneau désirant parlementer. On décida un nouveau plan de résistance : partir à la recherche des navires Siam et Lopburi dont le retour était prévu pour juillet , envoyer le Solaire pour demander des secours à Mergui, et attendre les renforts. Mais le Solaire fut pris. On s’organisa, mais les Siamois étaient trop nombreux.


Pitratcha prend le Pouvoir


Il fit arrêter le frère ainé du roi. Il rejoignit son frère en prison. Ils furent exécutés le 9 juillet. Tous les prétendants étaient morts, la fille et la sœur du roi, prisonnières. On déclara le  11 juillet 1688 que le roi était mort. Le 1er août Pitratcha se fit couronner roi de Siam.


Le Siam et le Lopburi furent appréhendés par les galères siamoises. Le 15 août l’Oriflamme mouillait dans la rade, mais ne pouvait remonter la rivière jusqu’à Bangkok.


Les négociations pouvaient commencer, menées par l’évêque de Métellopolis avec Véret et de l’autre Kosapan. Un traité fut signé le 18 octobre 1688. qui consentait  à prêter aux Français le Siam et le Lopburi avec 45 000 livres de vivres avec comme garantie l’évêque et Véret en otage, ainsi que les Chrétiens du pays comma caution des 300 000 écus investis par Phaulkon dans la Cie des Indes, et après avoir rendu aux Siamois madame Phaulkon qui s’étant enfui pour se réfugier auprès des Français (En geôle, le père de Bèze en profita pour lui faire signer la donation de ses avoirs gérés par les jésuites).

Véret s’enfuit, et Kosapan refusa de livrer l’évêque contre trois mandarins pris en otage.


 Les Français partaient le 2 novembre 1688.

 

 

 

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 04:02

portrait Saneh Sangsuk est l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. Nous l’avions déjà présenté ainsi que son roman L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien. (Cf. notre article A52**). Il publie en 2001, le conte Venin traduit par Marcel Barang*,

 

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dont l’action se situe dans un village rural de Thaïlande. Venin se présente dans un style sobre,  une simple intrigue, mais avec une tension, un pathétique, un tragique, une cruauté, où un enfant innocent va mourir, seul, lâché même par ses parents et ceux qu’il aimait, étouffé par un cobra colossal, échouant dans la dénonciation de l’imposture du médium du village, rendue possible par la crédulité du village, du « venin ».

 

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Mais le titre « Venin » peut se lire aussi comme une métaphore critique du fait religieux, de cette croyance aux esprits, qui autorise toutes les superstitions, toutes les manipulations … les paroles des moines abusant de la crédulité des habitants, ou seulement la critique d’un manipulateur qui a su profiter de la superstition et de la peur des gens du village ?

 

village


Un conte donc, qui comme tout conte pose un regard sur la réalité, soit ici : le mode de vie d’un village thaïlandais, l’univers d’un jeune enfant estropié aidant ses parents paysans,  les histoires que l’on raconte aux enfants (celles des serpents ici), les rivalités, les jalousies, la croyance à l’esprit protecteur du village, à « la mère sacrée », aux médiums ; le rapport au sacré.  Le combat entre « l’innocence » d’un jeune enfant « et l’imposture » d’un médium.

 

Le choix du combat de  l’enfant « patte folle » contre un cobra femelle  n’est évidemment pas innocent, tant la symbolique du serpent est présent dans de nombreuses cultures et religions. Il est, c’est selon, maléfique ou bénéfique, honoré et redouté, l’ange du mal ou du savoir, et ici « esprit protecteur » du village,  ou le tueur de « l’innocence », ou plus simplement un serpent qui défend son nid ***:

 

cobra femelle

 

Ces parages étaient son domaine. Son nid et les fougères au-dessus de son nid, elle les gardait jalousement. Sur ce tamarinier pourrissant, à la nuit tombée, elle rampait souvent pour s'étirer et jouir du vent. Que ces petits d'hommes violent son territoire l'emplissait de fureur. Les œufs près d'éclore dans son nid faisaient qu'elle ne craignait rien ni personne et qu'elle était prête à risquer sa vie pour eux. Se montrer de la sorte était un soi une déclaration de guerre et, du tréfonds de son instinct, elle était prête à guerroyer de toutes les façons, sans faire de quartier. Elle était prête à frapper.

 

Un conte est d’abord une histoire, qui ici comporte deux moments très différents.

 

Nous sommes dans un village thaïlandais au milieu des rizières, un  jeune enfant paysan de 10 ans devenu estropié, raconte sa vie au village, avec l’amour de sa famille, son « travail », son affection pour les huit vaches qu’il garde, ses jeux avec ses camarades, son talent naissant d’artiste, ses rêves… Mais.

 

Mais Patte Folle et sa famille dénoncent l’imposture de Songwât, qui s’est, un jour, proclamé avec succès le medium de l’esprit protecteur du village.

 

Le conte raconte alors le combat de Patte folle contre le serpent, métaphore aux nombreuses interprétations possibles : la lutte de l’innocence contre l’imposture, de l’enfance brisée par la lâcheté des adultes, du venin, la parole « religieuse » qui empoisonne, la dénonciation de la crédulité des villageois, des superstitions voire des croyances du village, la critique du clergé « intéressé »et « corrompu », des imposteurs en tout genre … contre l’écriture, contre la mort même, contre lui-même. 

 

Rappelons-nous que Venin est présenté comme le premier volet du récit autobiographique de l’auteur qui,  dans L’ombre Blanche - Portrait de l’artiste en jeune vaurien, (le deuxième volet du récit autobiographique),  par un narrateur, intraitable, agressif, provocant, méchant, sauvage, s’accusait, méprisait ses vilénies …

« Je suis un dictionnaire d’imprécations », contre les « gens biens », contre les femmes rencontrées,  ses amis, contre les bonzes, les révolutionnaires,  l’école, la politique, les tabous …et même contre  l’écriture considérée comme la mort. « Ecrire c’est la mort. Essayer d’écrire, c’est essayer de se donner la mort ».

 

Alors ?

 

On comprend le succès de ce petit chef d’œuvre de Saneh Sangsuk, traduit magnifiquement par Marcel Barang. Certains ne verront peut-être qu’un conte pour enfant. Ils ont tort.

 

A vous de juger.

 

 

****Si vous êtes curieux. Cf. en note la structure du conte et les principaux éléments de l’histoire. 

 

 

------------------------------------------------------------------------

*Venin, traduit par Marcel Barang, Seuil, 2001, et réédition 2005, coll. Points. Paru en 2000 pour les langues thaïes, anglaises et américaines.


**A 52. Un grand écrivain thaïlandais : Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien. 

 

ombre blanche

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-52-saneh-sangsuk-un-grand-ecrivain-thailandais-96922945.html 

Saneh Sangsuk est l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. Il a été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2008.

 

Chevalier arts et lettres1


Il fut révélé au public français avec le roman L'ombre blanche, Portrait de l'artiste en jeune vaurien (Seuil, 2000), reconnu par les critiques européens comme un chef-d'œuvre. Ce roman autobiographique est la confession d'un jeune Thaïlandais, qui déballe ses faits d'armes peu reluisants et passe aux aveux. Il raconte sa poursuite du bonheur dans un Bangkok violent et hostile qui l'a amené à se réfugier, tel un ermite, dans un village du nord de la Thaïlande.


Venin (Seuil, 2001) une de ses nouvelles, s'est vendue à plus de 25 000 exemplaires en France.
Son dernier roman, Une histoire vieille comme la pluie, (Seuil, 2003) relate les récits envoûtants du père Tiane au cours d'une veillée dans un petit village thaïlandais à la fin des années 60. Contes, légendes et récits : ce livre ouvre une fenêtre sur l'histoire de la Thaïlande en soulignant l'importance de la tradition orale.

 

une histoire vieille


RAPPEL.

23. Notre Isan : Introduction à la littérature thaïlandaise ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-isan-la-litterature-thailandaise-1-79537350.html


24.NotreIsan : Que faut-il lire de la littérature de Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-notre-isan-la-litterature-dethailande-2-79537520.html


La liste recommandée par Marcel Barang :WinLiaowarin, (SEAWrite «Démocratie sur Voies parallèles, roman (ประชาธิปไตยบนเส้นขนาน)),ChartKorbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003. SanehSangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002, SanehSangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000, NikomRayawa,L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube,1998. SeksanPrasertkul,Vivre debout, Editions Kergour,1998. PiraSudham,Terre de Mousson, Picquier, 1998. Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998.,ChartKorbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992. Mais, dit-il,  il faudrait aussi mentionner AtsiriTammachote, SilaKomchai, WanitJarounkit-anan, KanokpongSongsompan, d’autres encore.

***Un animal à la symbolique puissante Le serpent dans les mythes http://suite101.fr/article/it-bites-a452

Quelques exemples :

Le Lucifer pré-chrétien était généralement représenté sous la forme d'un serpent ailé, à l'image du Léviathan de la Bible, que l'on retrouve aussi dans les mythes phéniciens retrouvés à Ras Shamra (Syrie). Cette représentation prend une symbolique très forte dans les Saintes Ecritures : Satan y est parfois nommé le Dragon Rouge. Cet ange déchu prend en effet, privé de ses ailes, la forme d'un serpent (un dragon sans ailes...) pour corrompre l'Homme au jardin d'Eden.

 

Lucifer


Dans l'Egypte antique, le serpent est "uræus", une créature crainte autant que vénérée, contre lesquels les dieux eux-mêmes ne sont pas immunisés : ainsi, Rê, mordu par un serpent, ne doit son salut qu'à l'intervention d'Isis. Chthonien par essence, c'est-à-dire lié aux profondeurs de la terre, le serpent est un animal que l'on assimile très tôt à la nuit, aux morts et au monde souterrain. Dès lors, l'homme prend peur de cette bête jugée malfaisante, et ce n'est pas un hasard si Apophis, l'ennemi de Rê, prend les traits du serpent Néhebkaou pour s'attaquer à la barque solaire chaque nuit.

 

uraeus

Dans la tradition hindouiste, l'arc de Shiva doit sa puissance au serpent arc-en-ciel enroulé autour de sa corde. L'arc-en-ciel était alors considéré comme le pont entre le royaume des hommes et celui des dieux.

 

Carte Shiva 2


Haï, craint, révéré, le serpent est probablement l'un des animaux les plus récurrents dans la symbolique mythologique à travers les âges, de l'Antiquité à nos jours 

L'allié

Paradoxalement, le serpent est aussi un symbole de savoir, de sagesse et même de guérison. Les caducées des dieux grecs Hermès et Esculape (le dieu des médecins) ne sont-ils pas d'ailleurs ornés de serpents ? Toujours en Grèce, l'oracle du temple d'Apollon, à Delphes, était appelé la Pythie, d'après le serpent Python qui vivait là. Ce serpent était un symbole du pouvoir de la connaissance, et de sagesse. Socrate tirera de sa visite l'un de ses plus célèbres aphorismes : "connais-toi toi-même".

 

****Eléments pour une lecture : 

 

1ère partie. Patte Folle.(pp. 9-32)

 

1/ Présentation du personnage principal (pp. 9-12) 

 

Une histoire qui commence sur un enfant en train de garder huit vaches, à la nuit tombée et qui, comme « en transe »  imagine différentes formes aux nuages. C’est son secret, son « opéra fabuleux » son pouvoir. Il prend conscience du pouvoir des mots et avaient baptisé ses vaches » la Plaine et la Rivière, la Jungle et la Montagne, L'opale et l'Émeraude, l'Argent et l'Or ». Il aime ses a vaches et ai payé en retour. Elles passent la herse « à la saison des semailles ».

 

2/pp.12-19. 

 

L’histoire commence à ses 10 ans en février. On apprend que tout le village l’appelle  « Patte folle » (bras droit paralysé, mais bras droit musclé). (On apprendra p.16-haut p. 19les circonstances deux plus tôt de cette infirmité. Il avait glissé en montant sur un palmier à sucre), mais que son infirmité ne l’empêche pas de se battre.

 

Arrive un autre personnage Songwât (p.13) qui lui par contre l’appelle avec « haine et mépris Patte folle, Foutue patte folle ou cet enculé de Patte folle ». On apprend  que c’est un homme de 50 ans, qui a déclaré, il y a cinq ans, que « l’esprit de la mère sacrée, la puissance protectrice du village » l’avait désigné comme le seul intermédiaire, le médium.


Le problème est que « nombreux furent ceux qui le crurent. Et c’est ainsi que le Wât devint Songwât, Wât le Devin,et qu’il s ‘enrichit peu à peu sans plus avoir à s’échiner dans la rizière ou à élever vaches et cochons. » Il était craint, redouté.

 

Sauf du père de Patte folle qui le critiquait ouvertement et « disait toujours que le Wât l’était bon qu’à gruger les imbéciles ».


On peut imaginer le conflit et la haine réciproque, sauf que Songwat répétait que l’insulter était insulter la mère sacrée et que Patte folle s’était retrouvé estropié par la main invisible de la mère sacrée. Et là encore le problème fut que « plus d’un estimait que Songwât avait raison ».

 

3/ Patte Folle aimé et croyant. (pp.19 –23)

Patte folle aimé de ses parents, de l’abbé du monastère du village (qui lui a appris à monter sur un vélo). Patte folle est consulté,  malgré son âge, sur le lopin à labourer, sur les vaches à  prendre. Ils font tout pour lui redonner confiance, lui apprennent à écrire, jusqu’à la grand-mère qui lui montre qu’il a un zizi normal. Chacun sa méthode. Patte folle est conscient de cet amour et regrette sa haine contre Songwat.


Il est aussi croyant et fera, lors du Loï kratong, des  prières à la Mère des eaux (pour le riz de ses parents, sa grand’mère, la santé du révérend père Tiane, et même contre sa haine de Songwât).

 

4/Le talent de Patte folle. (pp.24-32)

 

 On apprend (p.24) que Songwat avait « annexé » une pièce d’eau qui servait à l’arrosage des rizières, en prétendant répondre à une demande exprimée par la Mère sacrée qui exigeait un second lieu de culte.


Bien que les gens ne s’aventuraient plus à cet endroit, Patte folle aimait y jouer, pour composer des marionnettes, (p. 27- 29 ) improviser des compositions ou répéter des bouts de chansons, des bouts rimés, des répliques de dialogue, qu’il avait entendus. « Il rêvait de devenir montreur de marionnettes » ; il était encouragé par « l’admiration mêlée de jalousie » de ses amis. Il aimait aussi improviser des vers qui fascinaient ses amis. Il se voyait dans l’avenir, avec son nom sur la partie supérieure de l’écran carré, célèbre, « le sublime montreur de marionnettes » (p.32) 

 

2ème partie. La lutte avec le serpent (mythique) et la mort de Patte Folle. (pp. 33-74) 

 

Mais cet endroit était aussi le territoire d’un cobra femelle de quatre mètres qui voulait défendre ses œufs prêt d’éclore. Le serpent était furieux de voir ainsi violer son territoire par des petits d’hommes. Il exprimait « le mal absolu », nous dit le narrateur, son sifflement « un chant de mort ».

Tous détalèrent lorsqu’il se dressa, seul restait, terrorisé, Patte folle, « la proie choisie par elle depuis le début ». Il vit sa mort arrivée et il pensa à ceux qu’il aimait, à son père, sa mère, au révérend père Tiane et même à ses vaches. Mais par instinct, il réussit à saisir le cou fermement. Et une lutte s’engagea, un corps à corps. (p. 38).

 

Le corps à corps. La marche vers la mort. (pp. 38 – 74) (soit 25 pages) 

 

Le tiers du conte pour raconter le combat, les étapes de la marche vers la mort.

Il se savait seul, s’inquiétant des vaches, de la « maison », voulaient voir ses parents, le révérend père Tiane, espérant un soutien, une aide.

 

Mais :

  • Après avoir revu les vaches, les avoir comptées, été rassuré de les savoir saines et sauves, elles  s’enfuirent paniquées.
  • Après avoir rejoint les parents qui travaillaient ce jour au monastère, au milieu des hurlements à la mort des chiens et des cris des pigeons, ses parents décampèrent terrorisés, à sa vue. Patte folle avait auparavant évité de déranger le révérend en prières avec quatre vieux bonzes, conscient de l’offense, la faute grave au sacré, que cela aurait constitué.

 

Et dans sa marche du monastère au village distant de 3 km, toujours en lutte avec le cobra, Patte folle a le temps :

 

  • d’évoquer ses activités journalières (rentrer les vaches, leur donner à manger, nettoyer la litière, préparer le repas de riz, écouter la radio ensuite ou aller jouer aux échecs avec ses amis …
  • s’interroger sur le serpent, son âge, ce qu’il mange, son venin, la souffrance subie, le temps pour mourir …
  • d’exprimer sa volonté de ne pas mourir, de ne pas tomber, de ne pas jurer, de continuer sa marche.
  • de s’interroger avec crainte sur le fait de savoir s’il s’agissait d’un simple serpent ou le serpent de la Mère Sacrée.
  • de se remémorer des histoires de serpentque lui racontait son père « pas pour lui faire peur mais pour qu’il fasse attention », et surtout celles où son père avait failli mourir, et où son père l’avait sauvé, alors qu’il avait 3 mois. (pp. 57-65)

 

Proche du village, Patte folle :

 

  • s’interroge et trouve les raisons de ce retour au village (revoir ses vaches, trouver de l’aide)

Au village :

  • trouve à la salle commune, presque tous les villageois  avec « des yeux apeurés ou inquiets ou impudents ou incrédules ou curieux » discutant sur ce qu’ils pouvaient faire. Le voyant, il les voit  « reculer avec des exclamations vibrantes de stupeur et de crainte ».

 

  • Pour la scène finale, il subit l’anathème et la condamnation à mort  proférés par Songwât.

 

La scène finale (pp. 70- 75). Songwât et la mort de Patte folle par le serpent (mythique).

 

Songwât, seul, face aux villageois apeurés, présente le serpent comme « le serpent  de la Mère sacrée » et justifie son action de « punir ceux qui l’insultent », à savoir ici Patte Folle.

 

Mais là encore, le problème est que Patte Folle, dit le narrateur, « vit que les gens acceptaient cette explication et y croyait ».

 

Devant cette attitude, Patte Folle ne parvient pas à dire qu’il était venu chercher de l’aide. Ensuite devant une dernière tentative d’un homme d’âge mûr amenant d’autres hommes à envisager comment le sauver,  Songwât, sûr de lui, conscient de son pouvoir,  d’être désormais « le chef spirituel du village », d’être écouté quand il parle, lança sa terrible diatribe contre ce « gamin qui a toujours tout fait pour insulter la mère sacrée », et qui méritait de mourir.

 

Patte Folle,  sut que désormais que « sa requête à la mère des Eaux lors du dernier LoïKratong  » concernant Songwât avait échoué.

Il   constatait une fois de plus que les villageois  croyaient Songwât  et qu’il était le seul à voir l’imposteur. « Il savait qu’il n’obtiendrait l’aide de personne désormais », même ses parents l’avaient abandonné.

 

Dès lors, Patte Folle avait accepté sa défaite. Patte Folle pouvait mourir vaincu par la crédulité et la lâcheté des habitants de son village.

 fin

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 04:06

titreNous poursuivons donc notre lecture du livre d’Arnaud Dubus et de Nicolas Revise, « Armée du Peuple, Armée du Roi », après avoir relaté comment l’Armée avait construit son empire économique en monopolisant le pouvoir durant plus de 70 ans depuis 1932 et en intervenant sur la scène politique par 18 coups d’états, au nom du roi et de la « sécurité nationale ». Nous étions restés sur cette loi non écrite qui veut que « Pour défendre leurs intérêts acquis, qu’ils soient individuels ou institutionnels, les militaires doivent coûte que coûte maintenir leur emprise politique ».


1/ Nous n’allons pas ici refaire l’historique de la mainmise des militaires sur la vie politique du pays depuis le coup d’état  et la fin de la monarchie absolue de 1932 que nous avons déjà maintes fois évoqués dans de nombreux articles (Cf. en notes quelques exemples).*

 

emprise des militaires

 

Il faudrait reprendre les 18 constitutions avec les 18 coups d’Etat (Cf. tableau récapitulatif p. 145 inThaïlande contemporaine), signaler ceux qui ont eu l’aval du roi, donner la liste des généraux qui ont été 1er ministres,( avec 10 officiers supérieurs  comme 1er ministres depuis 1946), s’arrêter sur ceux qui ont « régné » durablement ( le maréchal Phibun de 1938 à 1944


Phibun

 

et de 1948 à 1957… la dictature  du maréchal Sarit en 1957-1963 . …les militaires qui resteront au pouvoir jusqu'en 1973 (année où l’armée tire sur les manifestants le 14 octobre avec 77 morts)… la « révolution de 1973 » suivie d’une brève et instable démocratie, suivie par un nouveau coup d’État en 1976 renversant Seni Pramoj …le retour à un régime « semi-démocratique » avec le général Prem Tinsulanonda, commandant en chef de l’armée de terre, proche du roi… des élections en 1988 suivi d’un nouveau coup d’Etat en 1991 …

 

coup d'état 1991

 

la répression sanglante de 1992 suivie d’un retour à la démocratie  … la constitution « civile » de 1997… le gouvernement Thaksin en 2001 … le coup d’Etat en 2006 … il faudrait reprendre les brèves périodes démocratiques … et montrer en quoi l’élection de Thaksin en 2001 et 2005 a modifié la donne en faisant surgir sur la scène politique les masses rurales du Nord et du Nord-Est, confirmé par la victoire « démocratique » de sa soeur en juillet 2011 (Cf. notre article **).


Mais cette nouvelle composante du jeu politique signifie-t-elle que les militaires soient désormais subordonnés au pouvoir politique ?


2/ Revenons à notre livre effectivement daté (2001/2002)  où Dubus défend la thèse que «  la position des militaires s’est affaiblie » (p.160), « du fait de l’évolution structurelle globale de la société », s’appuyant pèle mêle sur les déclarations du général Surayud Chuanond, (nommé en octobre 1998, commandant en chef de l’armée), la crise économique de1997 qui a sinistré leurs bastions traditionnels (ciment, riz, matériaux de construction, mines),  l’ouverture des marchés  (la mondialisation et la compétence insuffisante des officiers), leur retrait (relatif) dans  leurs secteurs réservés (comme Thai Airways et la ThaiMiltary Bank par ex.) … et l’arrivée des hommes d’affaires au Parlement en 1988 lors du gouvernement de Chatichai, contestant le budget militaire.


Et paradoxalement de signaler le coup d’état militaire du 23 février 1991.


« les ministres de Chatichai et les milieux d’affaires se sont alors violemment heurtés aux officiers de la classe 5 de la prestigieuse académie Chulachomklao

 

académie Chulachomklao

 

(promotion diplômée en 1958), activement engagés dans le secteur du BTP et celui de l’immobilier ».


Que se passa-t-il ?


« le 23 février 1991, sentant leurs intérêts menacés, les officiers, parmi lesquels les généraux SuchindaKraprayoon et KasetRojananil (alliés au commandant suprême, le général Sunthon Khongsomphong) renversent le gouvernement. ».

« Ce putsch donne un coup d’arrêt à la montée en puissance de l’économie thaïlandaise et ses conséquences à moyen terme sont très douloureusement ressenties par les milieux d’affaires ; le fossé s’agrandit encore quand le général Suchinda, devenu Premier ministre, fait tirer sur en mai 1992 sur les manifestants  pro-démocratiques à Bangkok, préfigurant le retour des civils. »

 

repression 1992


En effet, le 18 mai 1992, une manifestation,violemment réprimée (plus de 50 morts),  réclame le retour de la démocratie et une révision constitutionnelle pour une réduction du pouvoir des militaires.

Le 20 mai le roi, dans une entrevue télévisée, exhorte à la paix. Le message semble entendu. Suchinda démissionne, Anand Panyarachun, est rappelé par le roi et prend la tête d’un gouvernement provisoire et le 13 septembre, les démocrates gagnent les législatives et Chuan Loekpai, leader du parti démocrate, devient 1er ministre d’une coalition, jusqu’en 1995.


Ces faits illustrent-ils l’affaiblissement des militaires ?


En 1992, peut-être. Et il est vrai que la période 1992-2001 (le livre s’arrêtant en 2001) est une période « démocratique » avec élections, amendement de la constitution en 1995 favorable à la démocratie, une nouvelle constitution en 1997, la première, nous l’avons dit, rédiger par des membres élus, et en 2001 la victoire triomphale du Parti des Thaïlandais pour la Thaïlande et l’élection de Thaksin comme premier ministre … jusqu’au coup d’Etat de 2006.


Mais les militaires sont toujours là et « l’idéologie » militaire n’a guère changée.


Dubus signale que le régime autoritaire et monarchiste du maréchal Sarit au pouvoir entre 1957 et 1963,  considérait déjà qu’« au lieu d’être loyal à une norme constitutionnelle, le citoyen thaïlandais devrait être loyal à son  monarque  « sacré »… source de légitimité ». (Cf. p. 176) . L’armée était le garant des intérêts de la Nation et devait protéger ses citoyens de la subversion (même intérieure). « A cette époque », dit Dubus, « les militaires se considéraient comme une caste privilégiée, exclusifs de la bonne marche du pays ». 


Est-il sûr qu’ils ont changé ?


On peut constater qu’ils continuent à définir ce qui est l’intérêt et l’avenir de la Nation.

Mais il est vrai que la donne n’est plus la même. Ils ne  sont plus seuls. Les forces de contestation, d’opposition ne peuvent plus être « effacées », éliminées. Les milieux d’affaires, la classe moyenne veulent désormais  participer au jeu démocratique. Le peuple Isan et du Nord sont désormais présents, actifs, les jeunes « intellectuels » au sein des réseaux sociaux, bien que censurés, seront de plus en plus actifs …sans oublier la révolution informatique …


3/ Dubus propose un historique de la contestation. (Cf. p. 176 – 178)


-          La junte militaire (1963-1973) contestée par la guérilla communiste et la société civile.

-          Le roi contraint les militaires à organiser des élections : La classe moyenne, produit de la croissance économique et de l’urbanisation, est mieux représentée à la chambre des députés… et la coalition d’intérêts s’effrite.

-          Augmentation du nombre d’Universités et d’étudiants avec les séminaires, publications, et associations.

-          Les manifestations qui précipitent la chute des dictateurs Thanom et Prapaset amènent pour la première fois des civils au pouvoir (1973-1976). (SanyaThammasak, Seni et KukritPramoj).

 

Senipramoj


Il faudrait aujourd’hui compléter cette liste trop datée.


Dubus citant l’intellectuel Sulak Sivaraksa

 

Sulak Sivaraksa

 

signale la victoire incomplète des étudiants car « l’armée, si elle adopte un profil bas, est toujours aux commandes ; qu’elle reste une Etat dans l’Etat ». Elle le montrera dès 1976 par un nouveau coup d’Etat de la faction du général Krit Sivara, la mise en place d’un premier ministre civil, et avec un nouveau coup d’Etat en novembre 1977 du général Kriangsak Chomanand, commandant suprême de l’armée. … des élections en 1988 suivi d’un nouveau coup d’Etat en 1991 … la répression sanglante de 1992 …


Peut-on conclure avec Dubus que: « la société civile a montré ses limites …elle n’est pas assez structurée pour pouvoir prétendre défier la suprématie des militaires. »


4/ Une armée ou des factions de militaires ?


Il est vrai que l’on parle souvent de l ’Armée comme si elle était monolithique, avec trois armées, trois chefs pour chaque arme,  UNE hiérarchie avec un Etat-Major et un commandant suprême des armées.

Mais Dubus va nous montrer que l’Armée n’est pas une, mais composée de multiples factions, et c’est pour nous la partie la plus neuve. Elle comprend de multiples factions et est  donc plus difficile à contrôler ou à combattre pour l’opposition. La page 183 est à citer entièrement :


« L’armée thaïlandaise n’est plus le bloc monolithique qu’elle  était à l’époque de Phibunsongkhram ou de Sarit. Elle est au contraire confrontée à une prolifération de centres de décision, à une multiplication du nombre de généraux (il y en aurait plus de2500 !)

 

nombre de généraux

 

et surtout à l’émergence parmi eux de fortes personnalités qui nourrissent d’importantes ambitions personnelles. Les tensions au sein de l’Etat-major se traduisent notamment par la tentative de coup d’Etat de mars 1977, qui conduit à la mort d’un général et l’exécution rapide, par l’institution militaire elle-même, de son commanditaire. Cet événement marque profondément les officiers thaïlandais qui, à la fin des années 70, sont de plus en plus  politisés, prenant position pour l’un ou l’autre des courants qui traversent l’armée. […] C’est à cette époque qu’émergent trois factions qui vont profondément marquer la décennie 1980 et le début des années 90, alimentant ce  que l’on peut qualifier de tradition thaïlandaise du coup d’Etat ».


On vous laisse le soin de lire ses exemples avec les « jeunes Turcs », les  90 officiers de la Classe 7 (promotion 1960), la faction deux des « Soldats démocratiques » (Classe 1- promotion 1954, la « Classe 5 » promotion 1958) avec leurs leaders respectifs.« En octobre 1984, les membres de la « Classe 5 » occuperont la quasi-totalité des postes de commandements stratégiques à Bangkok (11 sur 14). Ils seront alors particulièrement puissants et aucune intervention politique ne pourra être décidée sans leur aval » ». (p. 186).


En 1991, ce n’est pas l’armée qui fait le coup d’Etat, mais les généraux Suchinda et Kasetet les  officiers de la classe 5 de la prestigieuse académie Chulachomklao (promotion diplômée en 1958), allié  au commandant suprême, le général Sunthon.


Ainsi, nous voyons en place un système plus compliqué à suivre. Depuis d’autres factions ont dû émerger. Surtout, comme avait dit Baffie :  la concurrence est d’ailleurs rude, en fonction de l’arme et de la promotion auxquelles on appartient. Il fut des époques « où des généraux issus de trois promotions différentes préparaient trois coups d’Etat, sans aucun contact entre eux ». *****


Un système auquel se superposent les « puissances financières», les riches  familles, les alliances avec les parlementaires … capables de réagir, quand leurs « intérêts vitaux » sont en danger, oh ! pardon,  l’intérêt supérieur de la Nation, comme  lors du coup d’Etat du 19 septembre 2006 du chef de l’armée de terre le général Sonthi nommant 1er ministre Surayud, ancien commandant en chef, et alors membre du Conseil privé du roi.


5/ Le partage du pouvoir ?


Il est vrai qu’à la fin des années 80 la situation politique a changé (pp.187-188). 


Dubus rappelle que la période « démocratique «  a été courte après le retour au pouvoir des militaires  en 1977. Mais malgré la constitution de 1978 qui consacrait l’influence des militaires,  à partir de 1983 les militaires ne parviennent plus à imposer au parlement les dispositions les favorisant.(Ils essuient trois échecs en 1983, 1985 et 1987).


« A la fin des années 80, les militaires politiciens sont de plus en plus concurrencés par des députés, des hommes d’affaires civils en passe de devenir des hommes politiques professionnels ».

Mais ils vont bénéficier du soutien du Palais et de la faiblesse et de la fugacité de ces partis politiques qui sont plus des groupes d’influence, des « machines électorales », des lobbies, des klum*****.On se souvient de l’article de Baffie qui notait : On a vu depuis 1946, 155 partis alors qu’il n’ en reste qu’une douzaine aujourd’hui, et encore changent-ils bien souvent de nom. (cf. les derniers épisodes Thaksin : le TRT devient le PPP qui devient le PT (Phua Thai)…) . Et la plupart ont une vie brève. « En août 1995, un magazine présentait les dix plus importants. Moins de six ans après trois (avaient) déjà disparu (…) deux autres (n’avaient) plus de députés ».*****


Dubus évoque les années 83-86 qui « seront celles des échanges de services, des renvois d’ascenseurs entre le premier ministre Prem et la hiérarchie militaire »,  la crise de 1984 (dévaluation du bath) avec le soutien du roi à Prem contre les « ambitions du commandant en chef Arthit », qui obtiendra quand même les portefeuilles de la Défense et des Finances.


Alors peut-on dire que «  la position des militaires s’est affaiblie » depuis les élections de juillet 2011 et le gouvernement de la 1ére ministre Yingluck Shinawat, sœur de Thaksin ?


Yingluck Shinawat


Les anciens putchistes sont toujours là.  Les « factions « aussi. Il est vrai que les généraux en chefs des corps d’armée  le 5 mars 2011 ont affirmé, lors d’une conférence de presse, que les rumeurs d’un coup d’état étaient infondées.


 « Nous vous demandons de ne pas croire ces rumeurs (…) Le Public peut être rassuré que les  militaires n’interferont pas avec les affaires politiques », a déclaré le Commandant en chef SongkittiJaggabarata. Auparavant le 1er ministre s’était dit confiant dans le fait que le Chef des Armées ne complotait pas pour le renverser (cf. notre  Article 26 : Elections en juillet 2011 en Thaïlande !).


Alors si les généraux en chef le disent et que la 1ere ministre les croit !****


Et puis, tout le monde sait que le pouvoir royal est au-dessus de la mêlée


pouvoiir royal au dessus de la mélée

 

et que Thaksin a renoncé à toute action politique.


      Le livre d’Arnaud Dubus et de Nicolas Revise, « Armée du Peuple, Armée du Roi », vous donnera, peut-être, les clés pour savoir si les militaires ont désormais renoncé à toute « intervention» politique.


 

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*Nous avons déjà évoqué dans ce blog  de nombreuses périodes comme par exemple :

Dans  « nos relations franco-thaïes » :

  • 28. La première guerre mondiale
  • 29. Entre les deux guerres.
  • 30. la deuxième guerre mondiale (avec l’ article 4 : la bataille navale de Koh-Chang (17 janvier 1941) )

Les coups d’Etat :  

  • Le coup d’Etat du 24 juin 1932 (le groupe révolutionnaireLe RatsadonKhana ?), Le contre-coup d'état du 20 juin 1933,Rébellion royaliste du Prince Boworadet d’octobre 1933(in29. Entre les deux guerres) 
    • L’Article 5 : Une tradition thaïe : chartes et coups d’Etat ? avec le coup d’Etat de 1932, le pouvoir dictatorial du  maréchal Phibun de 1938 à 1944 et de 1948 à 1957… 1957, le maréchal SaritDhanaraj(=Thanarat) prend le pouvoir …les militaires resteront au pouvoir jusqu'en 1973 (année où l’armée tire sur les manifestants le 14 octobre avec 77 morts)… la « révolution de 1973 » a été suivie d’une brève et instable démocratie, suivie par un nouveau coup d’État en 1976 …le général Prem Tinsulanonda règnera sur la Thaïlande à la tête d’un régime militaire en 1980, et avec un mandat démocratique à partir de 1983 jusqu’en 1988 où le général ChatichaiChoonhavan lui succède … un régime militaire de 1991 à 1992… 1997, la "Constitution du peuple", comme une véritable avancée démocratique … 2001, le parti ThaiRakThai (les Thaïs aiment les Thaïs) gagna les élections .. le premier ministre ThaksinShinawat … septembre 2006, (où bien qu’élu deux fois élu au suffrage universel),  il fut renversé par des généraux putschistes voulant « sauver la démocratie en danger ». Mais les électeurs donneront le 23 décembre 2007 une large victoire aux élections législatives du Parti du pouvoir du peuple (PPP) au sein duquel se sont regroupés les partisans de ThaksinShinawatra

 

 « Il est sûr qu’ aprèsle coup d’Etat en Thaïlande du 19 septembre 2006 qui  mettait fin  à près de 6 années de démocratie parlementaireon pouvait être rassuré.

 

coup d'état 2006 thailande

 

Surtout qu’il venait après 17  coups d’Etat qui se sont succédés sous le règne du roi Bhumibol, couronné en 1946 (soit env. un coup d’ état tous les 3 ans !)… On pouvait s’interroger sur l’origine de cette confiscation du pouvoir politique par les militaires, qui n’est pas dû à un particularisme culturel  particulier. L’Histoire,  comme souvent, pouvait donner quelques clés. »


**sur« Thaïlande,Aux origines d’une crise » Carnet n°13 IRASEC,  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-pour-comprendre-la-crise-actuelle-la-thainess-6351634


*** Cf. article de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » nous donne quelques clés (in Thaïlande contemporaine) et A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html


****Le chef de l'armée thaïlandaise, le général PrayuthChanocha, a défendu vigoureusement hier (20 décembre 2012)  les lois qui protègent l'image de la monarchie, en invitant à quitter le pays ceux qui veulent les réformer. Le général a jugé le débat public, qui a lieu actuellement notamment dans les médias et les réseaux sociaux, inconvenant. "Il est inapproprié d'en discuter. Personnellement, je contribuerai à la sécurité nationale par la protection" de la monarchie, a-t-il déclaré aux journalistes (…) "Bien que nous soyons une démocratie, il ne faut pas aller trop loin".(Cf. notre article A69.  Vous connaissez le groupe Nitirat de Thaïlande ?).


*****A 50. Clés pour comprendre la politiqueen Thaïlande

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html 

 

final

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 03:01

titre" Dictionnaire insolite de Thaïlande"


C’est un petit livre écrit par Jean Baffie, pour nous, l’un des meilleurs connaisseurs de la Thaïlande, et Thanida  Boonwanno.*Un petit livre de 173 articles quand même,  divers et variés,  divisé en 7 chapitres : Savoir-vivre. Au quotidien. Cuisine. Passions thaïes. Croyances, fêtes et religions. Tourisme. Modernité. Il constitue une bonne introduction à la « connaissance » de la Thaïlande avec l’ambition affichée d’éviter les stéréotypes, de nous « révéler » « un autre visage du pays ». « La capitale n’est pas la Thaïlande profonde : 65 % de ses habitants vivent dans la campagne, où rien de l’antique Siam n’a vraiment changé ». Une campagne donc où, disent-ils « on se laisse aller au sanuk, cette joie de vivre qui semble envelopper d’insouciance la vie quotidienne ».


sanuk


Il semble en effet, car nos articles sur l’Isan ont montré, au contraire,  les changements et les forces contradictoires** qui y opèrent, pour ne pas trop croire à ce « stéréotype » de l’antique Siam. Ce sera notre principal reproche, surtout qu’aucun chapitre spécifique n’est consacré à « cet autre visage ». De même, « l’insolite » annoncé par le titre ne semble pas ce qui a été recherché, bien que certaines acceptions du mot comme « inhabituel, bizarre, anormal, inaccoutumé, extraordinaire, singulier, saugrenu, paradoxal, incroyable, curieux, incompréhensible, étonnant, étrange, surprenant », peuvent en qualifier certains articles.  


Evitez les stéréotypes, donc. Ils sont inévitables, mais  tout dépend de la manière de les aborder. Vous ne serez pas déçu en découvrant (ou retrouvant ) les « classiques » comme « le  sourire siamois», « les massages », « le pont de la rivière Kwai », « la boxe thaïe », « la prostitution », le « farang », le « mai pen raï »,

 

mai pen rai

 

les gestes à proscrire (pointer du doigt, pointer du pied ), « la face », « la corruption », « le marché flottant », « les khlongs », les fêtes avec « Songkran »  et « Loi Kratong »,  « les tuk-tuk », « la Maison des Esprits » … etc.


Le « dictionnaire insolite » commence donc avec le « Savoir-vivre ».


savoir-vivre1


On ne peut y échapper. Chacun se souvient au premier voyage des gestes à faire ou à proscrire qu’un ami (ou un guide)  lui a appris ( appeler quelqu’un de la main, courber le dos, pointer du doigt, du pied, s’asseoir, le waï …). Ils constituent la première « initiation ». Le « farang » (mot expliqué)  apprend ainsi qu’il arrive dans une autre culture avec ses codes qu’il doit respecter. Le chapitre aborde aussi certaines expressions populaires (« Kreng chai », « mai pen rai ») qui expriment  une façon d’être, des « valeurs ». Il nous invite à nous méfier du slogan « Thaïlande, pays du sourire » en sachant interpréter les multiples significations de ce célèbre « sourire ». Le « dictionnaire »  contrairement aux guides n’a pas la langue de bois et ne se veut pas  « idéologique »  (comme le livre Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture, de Pornpimol Senawong** ) ; aussi n’hésite-t-il  pas à donner le sens second de certaines expressions comme par exemple de « thong thiao et pai thiao » » « -qui ont surtout le sens de voyager pour le plaisir-signifient aussi visiter les quartiers de distraction nocturnes », bref les « filles tarifées» et les massages coquins. Il note aussi les changements « tout change aujourd’hui dans la société thaïe et l’influence de l’Occident, et surtout du japon et de la Corée, arrive via la télévision ou internet. On peut maintenant voir sans gêne des adolescents se tenir par la main ».


Le second chapitre « Au quotidien » est  un chapitre « fourre-tout » qui permet ainsi d’aborder en 34 articles des sujets aussi divers que les moyens de transport les plus divers (bateau-taxi, tuk-tuk, métro, taxi-meter et collectifs …), les chants de Bangkok et de la rizière, la corruption et les parrains (Chao Pho), que les couleurs de la semaine , les uniformes, le sarongs thai,  la chemise mo hom, le tissu à carreaux et la soie, les marchés périodiques (talat nat) et les marchands ambulants… etc.


On y trouve même la définition de « la face (na) », (que nous aurions mis dans le chapitre du « savoir-vivre »), qui certes, comme ils le disent, n’est pas facile à expliquer, et qui est pourtant essentiel pour comprendre le fonctionnement de la société thaïlandaise, très codifiée, et le comportement des Thaïlandais dans de multiples circonstances.


Le troisième chapitre est consacré à la cuisine.


cuisine thaie


Ce chapitre peut décevoir en évoquant en seulement 16 articles, les plats typiques (le phat thai, la salade du som tham, la célèbre soupe épicée tom yam kung accompagnée du fameux riz thai au jasmin ou du riz gluant du Nord-Est), les ingrédients et les sauces les plus connues (nam prik pla thu, phrik khi nu, la pâte de crevette la sauce de poisson nam pla) et les boissons (la bière Singha, le lait de coco, le mékong, le red Bull), sans oublier le fameux fruit durion, agréable pour beaucoup, repoussant pour d’autres.


Mais il est vrai que le chapitre est le plus souvent prétexte à raconter une origine, une histoire, et non un art culinaire. Le 1er article  « A table » précise les différentes « manières de table », quelques us, selon les régions et les classes sociales, sachant qu’ « A la campagne ou dans les quartiers populaires des villes, le repas n’est pas une affaire importante. Chacun mange, quand il a faim. »


Le titre du quatrième chapitre  « Passions thaïes » est plus original et évidemment jamais traité en tant que  tel dans les guides. Il faut sortir des  sentiers battus, oser évoquer les travers d’un peuple, ses goûts, ses « superstitions », ses  mauvaises « valeurs », ses défauts ( ?), une espèce de carte de Tendre où seraient représentés 27 « passions »*** ?


Carte du tendre


La lecture des 27 articles ne dévoilent pas toutefois  27 passions puisque sont évoqués l’histoire des frères  siamois, les chats siamois, le litige à propos du temple de Phreah Vihear, mais sans la passion du nationalisme qu’il déchaine, et surtout l’article « nouveau », qui permet de saisir que désormais la société de consommation a imposé ses valeurs, « sa passion » de la nouveauté, du dernier « objet » à la mode qu’il faut acheter, pour ne pas perdre la « face ». Toutefois nos auteurs ne seraient pas d’accord avec cette présentation puisqu’ils attribuent ces nouvelles « passions » éphémères et renouvelables au désir de nouveauté des Thaïlandais : « Les Thaïlandais aiment la nouveauté. » ! Tous ?


Quoiqu’ il en soit de l’origine attribuée à la passion des « nouveaux objets » le chapitre semble exprimer que les jeunes de Bangkok et des grandes villes,   sont le moteur du changement avec leur téléphone portable et facebook, la chirurgie esthétique et leur désir de blancheur, leur goût affiché pour la musique pop japonaise et coréenne et leur nouvelle manière de vivre leur vie sentimentale (Cf . ce que représente le « kik ». Vous connaissez ?)


Certes demeurent le respect dû au roi (mais ici curieusement évoqué seulement du point de vue politique), l’astrologie, les amulettes (Chatuham ramathep fever), la Benz comme « symbole absolue de la réussite sociale », la loterie, ou pèle mêle, le goût pour les cascades, les orchidées, le takro (jeu d’ adresse), les cabarets, les karaoké, les proverbes ...etc.


Evidemment, on ne peut pas présenter la Thaïlande sans évoquer les pagodes, les maisons des esprits,  les bonzes que l’on voit partout,  le bouddhisme et les croyances, et les principales fêtes religieuses (Loi Khrathong,Songkran et le nouvel An chinois).


Le 5 ème chapitre intitulé « Croyances, fêtes et religions » va traiter ces sujets,  ainsi que d’autres plus méconnus ( comme Kuan Im (déesse ), le figuier sacré, le lak mueang, le phraya Nak (serpent mythique à plusieurs têtes), le poteau fondateur des villes, le Nuea khu (le partenaire idéal qui vous est destiné) …  ainsi que de nombreuses formes d’art populaires et/ou religieuses,  comme  le khon, le like, le manora et le théâtre d’ombres  spécifiques du sud, la danse du ram thaïe … en 21 articles.


ram thai


On apprendra énormément  dans ce  chapitre très documenté et si essentiel pour comprendre « l’esprit » thaïlandais. Nous avions montré dans notre blog comment «  le bouddhisme  marque profondément  l’espace et le temps, la vie  de chaque Thaïlandais. Il n’est donc pas inutile d’en savoir un peu plus sur cette « religion » qui donne sens aux pensées, aux moeurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais » ainsi que l’animisme, et pourrait-on rajouter, le « veau d’or » de la consommation. ****.


 Le 6ème chapitre consacré au tourisme est ici présenté avec originalité.


Les auteurs ont optés pour 29 sites à visiter, à contempler, ou à parcourir…


Il y en d’autres, ils ont choisi ceux-là. On peut trouver aussi bien les « classiques » temples et quartiers chauds de Bangkok, qu’un fleuve (le Chao Phraya), une gare, un marché, un aéroport,  une fête (la full moon party),


full-moon-party-koh-phangan

 

deux îles (Ko Samui,  Phuket), une rue (Sukhumvit), une place ( Sanam Luang), un quartier (le quartier chinois de Yaowarat), une ville ( Pai), un district (Chiang Khan dans la province de Loei) … etc. Et « notre » Isan …


Ces articles, vous l’aurez compris,  sont plus que « touristiques » et ont marqués l’histoire de ce pays. Nous avons souvent une présentation avec ses étapes historiques et les « détails » qui donnent de l’intérêt et du piment aux différents  articles (dates, chiffres, évolution, critiques …).Vous apprendrez à chaque fois, même si vous pensez connaître la Thaïlande. Et le dernier et septième chapitre intitulé « Modernité ».(30 articles)


Ce chapitre, loin de proposer une lecture de la Thaïlande moderne, offre avant tout, des articles politiques (8 articles) décrivant la « démocratie de « style » thaï » « avec le rôle qu’y tient le roi de Thaïlande et son Conseil privé », avec ses 18 « Coup(s) d’Etat », dont « onze ont été couronnés de succès », une « pratique, disent-ils, (qui) fait partie intégrante de la culture militaire thaïlandaise », si bien qu’ « on apprend parfois que trois ou quatre coups d’Etat sont préparés au même moment ». Le chapitre va d’ailleurs présenter l’ancien premier ministre « Thaksin Shinawatra », «  renversé par l’armée en septembre 2006 », et les forces qui l’ont soutenu et combattu ensuite, comme les « chemises jaunes » et « les chemises rouges », ainsi que le rôle supposé qu’auraient joué les conseillers du roi (article « bureaucratie » ), animés, entre autre, par leur désir de défendre la « philosophie » économique du roi basée sur la notion  d’ « économie de suffisance », « fondement au Dixième plan de développement (2007-2011), défendu par «  le général Surayud Chulanont installé par l’ armée en septembre 2006 ».


On retrouve donc en peu d’articles les mots clés pour avoir un aperçu sur la situation politique du pays. Jean Baffie fait œuvre ici de pédagogie, lui, qui nous a déjà donné de nombreuses clés pour comprendre la complexité de la politique thaïlandaise. (Cf. son article « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale »*****).


Une situation politique vécue de manière différente selon que l’on est Hi-so (high Society) ou Lo-so (low society) (expliqués dans deux autres articles), et que l’on adopte le Mo-so (« habitude de vie qui consiste à consommer modérément » ou le consumérisme et la recherche effrénée du dernier « objet  » à la mode, présentés par les pretty, ces magnifiques jeunes filles hyper maquillées et  aux courtes jupes qui présentent les « objets de luxe » dans les salons d’exposition ou dans les grands magasins.


Cette addiction aux nouveaux produits de luxe entraine de plus en plus « des étudiantes, voire des lycéennes, des employés de bureau, ou de manière plus attendue, des coyotes et des pretty » à devenir des sideline  des « prostituées occasionnelles ».


Est-ce le nouveau visage de la modernité thaïlandaise ? surtout que demeure  cette particularité thaïlandaise (aussi présente d’ailleurs dans de nombreux pays d’Asie) de montrer sa réussite en entretenant une mia noï (petite femme). Le phénomène est assez répandu disent nos auteurs puisqu’ « en 2001, 25% des Thaïlandais avaient une mia noï»


mia noi


Modernite ? Cette prostitution qui, contrairement aux idées reçues, est surtout le fait « de clients thaïs et sino-thaïs ». Modernité ? tous ces motels (rongraem manrut), ces  «  Hôtels où l’on tire les rideaux, selon l’étymologie thaïe, (sont) très nombreux dans les villes de Thaïlande », « où se rendent les couples illégitimes, les prostituées et leurs clients ».


Modernité ? le pae chia, ce « mot chinois utilisé pour désigner surtout les dessous-de-table (de 2000 à 5000 euros en moyenne ) qu’une famille doit payer pour inscrire ses enfants dans les écoles les plus cotées. »


Il faut avouer, qu’en majorité les articles de ce chapitre donnent une image peu flatteuse de la société thaïlandaise « moderne », même si d’autres « réalités » sont expliquées et encore n’avons- nous pas encore évoqué cette drogue qui fait des ravages (cF. article ya ba).(Cf. en note les titres des autres articles  ******).


On semble avoir oublié la promesse de « révéler » « un autre visage du pays ».Aucun article particulier n’est consacré aux villages ruraux, où pourtant, avaient-ils dit,  vivent 65 % des Thaïlandais.


Mais ce « dictionnaire insolite » vous apprendra les multiples facettes de cette société thaïlandaise que nos deux auteurs Jean Baffie et Thanida  Boonwanno. connaissent bien.

 

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* Jean Baffie et Thanida Boonwanno, « Dictionnaire insolite de la Thaïlande », Cosmopole, diffusions Marcus, Paris, 2011.

Thanida Boonwanno, doctorante en anthropologie à l’Institut de Recherche sur le Sud-Est Asiatique (CNRS- Université de Provence).


** Nos auteurs citent pourtant, dans la bibliographie : «  Suddham Pira, Terre de mousson, éd. Philippe Picquier. Un roman d’apprentissage qui relate les péripéties cruelles du déchirement entre tensions de la modernité et valeurs traditionnelles. »


terre de mousson


**.CF. notre critique de ce livre dans notre blog  in http://www.alainbernardenthailande.com/18-categorie-11719711.html


***astrologie, beauté , blancheur de la peau, benz (Mercedes Benz), Bhumipol Adulyadej (le roi), cabaret show, cascades, cerfs-volants, chats siamois, Chatuham ramathep fever (amulettes), chirurgie esthétique, combats de coqs, combats de poissons, éléphant, facebook et le téléphone portable, fêtes des mères et des pères, frères siamois, J-Pop fever (musique pop japonaise), K-Pop fever (musique pop coréenne), karaoké, kik « la vie sentimentale » des adolescents, loterie, nouveau, orchidée, panda fever, proverbes, takro (jeu d’adresse), temple de Phreah Vihear.


****Cf. nos 2 articles sur le bouddhisme.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html 

 

***** Cf. un excellent article de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » nous donne quelques clés (in Thaïlande contemporaine)

Article dont nous avons rendu- compte dans notre blog, in « A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande. »

  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html 

Il est bien entendu que cet article de 60 pages (p.139-p.200) propose une analyse de fond et dépasse infiniment les quelques clés que j’ai cru déceler. Si vous suivez notre blog, vous savez déjà ce que nous devons à l’IRASEC et à J. Ivanoff et J. Baffie en particulier, dans la compréhension de la Thaïlande. http://www.irasec.com/component/irasec/?task=article_detail&articleid=1 

http://www.irasec.com/index.php?option=com_irasec&task=document_listing 

****** Bayok Tower 2, cinéma, Emmanuelle, grands magasins, madame Tussauds, métis, Pattaya  Music Festival, presse et magazines, samu thailandais : compagnies chinoises, tsunami 2004

 

emmanuelle

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 Bibliographie de Jean BAFFIE


http://sites.univ-provence.fr/irsea/IMG/pdf/Baffie_publi.pdf


 Ouvrages


1990 Catalogue du fonds d’ouvrages d’orientalisme de l’ambassade de France à Bangkok Bangkok. Editions des Cahiers de France. 223 p.

1990 Edition, présentation, note, bibliographie de L’Espace Social/Raya thang sangkhom de Georges Condominas, Bangkok. Editions des Cahiers de France, bilingue français-thaï, 65 p.

2003 « Les mots de la ville thaïe (trois études » [« Mueang, Krung, Nakhon, Thani et les autres. A propos des noms désignant la ville en langue thaïe », « les termes et expressions thaïes traduisant l’idée de slum, taudis et bidonville », « essai de polinymie : l’étymologie des noms de villes de la région Sud de la Thaïlande »] Les Cahiers de l’IRSEA n°1, février, ii + 63 p.

 

2008 Femmes prostituées dans le sud de la Thaïlande, Bangkok, IRASEC, « Occasional paper » n°6, 63 p.

http://www.irasec.com/fr/publications_detail.php?hId=94

2010 The Trade in Human Beings for Sex. A General Statement on Prostitution and Trafficked Women and Children within Continental Southeast Asia , IRASEC et White Lotus, Bangkok., (avec P. Le Roux et G. Beullier), 488 p.

2011 Dictionnaire Insolite de la Thaïlande (avec T. Boonvanno) Paris. Cosmopole, (avec Thanida Boonwanno) env. 180 p.

(à paraître) Sex for Money in Southeast Asia. Multidisciplinarity Approaches in the Southeast Asian Context ouvrage collectif.. Bangkok. White Lotus (avec L. Husson, CNRS)

(à paraître) Les Chinois du Viêt Nam. Hier et aujourd’hui Paris-Bangkok. IRASEC-Les Indes Savantes. (avec M. Dolinski, Université de Provence) ; introduction et traduction de diverses contributions, IRASEC, Les Indes Savantes, Paris-

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 03:08

titreNous avons eu la curiosité de nous interroger sur la manière dont les petits Thaïs apprenaient l’histoire au XXIème siècle.


Est-ce vraiment du matraquage de la même farine que celui dont les consignes de Jules Ferry inondaient les inspecteurs d’académie à l’usage des instituteurs de la république ? (1) Vous jugerez sur pièces au fil de cette traduction.

 

Elle provient d’un petit livre d’histoire de 80 pages à l’usage de gamins de 12 ans (2) au niveau de la sixième année de l’enseignement primaire et le dernier d’une série de cinq. Il est l’oeuvre collective d’une équipe composée de professeurs ou instituteurs, Somphong Phalasoun,


somphong plasoun

 

Sayan Phalasoun, Plaplung Khongchana,

 

phlat plung

 

Chathip Nathasoupha

chatip

 

et de Krang Phraïwan,

krang pra£iwan

 

ce dernier auteur de livres pour enfants. L’autorisation officielle d’utiliser cet ouvrage dans l’enseignement primaire a été donnée par Chinphat Phoumiratana, un haut fonctionnaire de l’éducation nationale chargé de l’enseignement élémentaire (un secrétaire d’état ?).


 secretaire d'etat

 

Il débute par les considérations générales ci-après traduites, suivies de l’histoire, quelques pages pour chacun d’eux, des pays limitrophes, Laos, Birmanie, Cambodge et Malaisie et l’histoire de l’Asean.


L’histoire siamoise proprement dite est dans cet ouvrage limitée à celle des neuf monarques de l’actuelle dynastie. Nous y reviendrons naturellement en temps et heure !


A tout seigneur, tout honneur, les auteurs commencent par là où ils devaient commencer, « les sources »

 

Traduisons.

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« Les documents de preuve  pour l’étude de l’histoire des événements importants dans l’histoire thaïe de la période des Rathanakosin. »


Les preuves, qu’est-ce que c’est ? Cela signifie « rechercher la vérité », différencier la vérité du mensonge. Les éléments qui nous permettent de rechercher cette vérité sont  de cinq sortes :

 

 Les preuves écrites :


Les plus importantes sont les inscriptions gravées, destinées à noter les événements ou à rendre compte de l’histoire de la vie de la société. Le graveur travaille avec l’intention de raconter ces événements dans un matériau qui en assure la pérennité, le bois, les tablettes d’argile, la pierre, le métal ou la céramique. Ces éléments sont des sources sûres puisqu’ils sont gravés et qu’il est impossible de les modifier par la suite. Nous connaissons ainsi des inscriptions capitales pour l’époque des Rathanakosin, ce sont par exemple les inscriptions de Wat Pho, gravées dans la pierre tendre et nous racontant l’histoire de la médecine traditionnelle thaïe. (3)


Les annales (phongsaodan พงสาวดาร)


annales


Elles concernent tous les événements de tous nos rois et de toutes les régions qu’ils dominaient, de leurs actes et de leurs rapports avec la population, elles sont essentielles pour connaître l’histoire des villes du royaume et des rapports avec les pays voisins.


Les chroniques (tamnan ตำนาน)

 

ตำนานเขางู


Ce sont aussi des éléments de l’histoire des régions, de nos rois, mais il est possible qu’elles aient été tranformées, modifiées ou altérées depuis leur origine, notamment par l’addition d’histoires magiques ou miraculeuses dans le sens du sacré ou de la magie. Les événements relatés dans ces chroniques comportent beaucoup d’erreur sur la nature des événements ou sur leur datation, mais elles conservent leur utilité, pour connaïtre ces événements, l’histoire des régions ou des personnages marquants et sur le fait religieux. Elles nous permettent de mieux comprendre par la connaissance de leurs pensées, de leurs croyances, les personnages du passé. Elles doivent être utilisées avec circonspection et l’on se doit de les examiner attentivement comme d'ailleurs tous les éléments de preuve. (4)


Les documents royaux


Ce sont  tous les actes royaux, les traités, les textes des lois concernant le commerce ou la population, tous les textes concernant les réformes administratives, pour l’essentiel de la période du Roi Rama V.

Les autres documents concernant lers personnages importants du royaume, leur correspondance depuis l’époque la plus ancienne, la narration de leurs rencontres ou de leurs voyages. Ainsi, une correspondance royale de la reine en place en 1907 nous donne une vision de l’histoire thaïe à l’époque des Rathanakosin.


Les documents qui ne constituent pas des preuves


Ce sont les portraits ou statues, les films, les chants traditionnels et les pièces de théâtre. (5)

 

                                                                -------------------------------------------------------------------


Voilà bien en quelques dizaines de lignes analysées pertinemment, la manière dont on doit étudier l’histoire. Les petits Thaïs ne sont peut-être pas toujours béats et bélants comme nous aurions parfois tendance à le penser !


Nous aurons toutefois, au hasard de traductions ultérieures correspondant à des périodes « sensibles », l’occasion de constater après Pascal que «  Vérité en deçà des Pyrénées erreur,  au-delà » (6) ou encore ce que Balzac fait dire à Gobzec en 1830 « Mes principes ont varié comme ceux des hommes, j'en ai dû changer, à chaque latitude. Ce que l'Europe admire, l'Asie le punit, ce qui est un vice à Paris est une nécessité quand on a passé les Açores. Rien n'est fixe ici-bas, il n'y existe que des conventions qui se modifient suivant les climats. » (7)

 

 

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 Notes

 

(1) « Oui, l’instruction civique donnée dans nos écoles sera désormais morale et civique . Et qu’entend-on par civique ? Le voici. Le maître ne dira plus aux enfants qu’ils sont des sujets et que tout pouvoir découlant de Dieu quand ils obéissent à un roi ou à César d’aventure, c’est à Dieu même qu’ils obéissent ... Ils apprendront, ces enfants, ce que jamais nos curés ne leur ont appris : c’est à savoir que la loi française, celle qui date de la Révolution, n’établit aucune distinction entre les citoyens, à quelque culte qu’ils appartiennent ...Nous supplions seulement nos excellents instituteurs d’insister sur ce point, c’est que la propriété de l’état est une propriété, ce qui appartient à tous apprtient à chacun ... Qu’ils fassent couler dans l’esprit de leurs élvèves qu’aujourd’hui, la loi est tout, que les hommes ne sont rien, qu’il ne faut obéir qu’à elle, que qui la respecvte est un citoyen, que qui lui désobéit est un factieux, qu’avec la loi fondée sur le libre consentement du peule, la nation est maître de son sort .... » in « Réveil du midi » du 22 juin 1881.


(2) ประวัติศาสตร็ฃ์ ชั้นประถมศึกษาปีที่ ๖ ISBN 9786162512737 année 2554 (2011)


(3) Ce fascicule ne concerne, avons-nous dit, que l’histoire depuis le début de la dynastie actuelle. Ne nous étonnons-donc pas qu’il ne fasse pas de référence à la fameuse stèle de Ramakhamhaeng.


(4) Voilà bien une distinction ignorée à ce jour de la quasi-totalité des historiens « professionnels » (sauf une .... à notre connaissance tout au moins) entre deux sources écrites, les « annales » (phongsaodan พงสาวดาร), ces fameuses annales, (« Les annales nous apprennent que.. », « nous savons par la lecture des annales que... ») et les « chroniques » (tamnan ตำนาน). Il nous semble pouvoir traduire ce mot par « chroniques légendaires » ?

Nous en trouvons toutefois une analyse assez fine sous la seule plume de Madame Rita BERNARDES DE CARVALHO


large rita.bernardes de carvalho

 

(« La présence portugaise à Ayuthaya (Siam) au XIVème et XVIIème siècle », Publication de l’école pratique des hautes études, Mémoire de master, 2006 et disponible sur son blog  http://rbcarvalho.pt.vc/). Pour cette très érudite historienne portugaise, les « tamnan » « basent leur narration sur des événements mythologiques voire cosmogoniques influencés par la doctrine bouddhique », les « phongsaodan » « privilégient le point de vue dynastique ». Elle a naturellement eu en mains le travail de Cushman dont elle dit « L’importance des chroniques pour notre sujet est due au fait qu’elles constituent les seuls sources traduites du siamois auxquelles nous ayons accés. Néanmoins, les limites de cet ouvrage sont évidentes si l’on s’attache à analyser la vie quotidienne. A part les rituels religieux et quelques festivités (tel le couronnement d’un nouveau roi), on ne dispose pas d’autres sources d’information sur le mode de vie thaï dans les chroniques ».


Une comparaison qui en vaut une autre, « la chanson de Roland » qui est un glissement de l’histoire à la légende.  


roland

 

« Pourquoi chanter Roland s'il n'y a pas de Roland ? » aurait dit Jean-sans-terre à ses troupes qui chantaient avant un combat la chanson du preux chevalier. Ce à quoi l’un de ses barons lui répondit férocement : « il y aurait encore des Roland s'il y avait des Charlemagne ». Et « Les chroniques de Joinville », historiques mais conditionnées par la noblesse de l’auteur et son admiration pour Saint Louis, dans le cadre d’une politique capétienne utilisant au mieux l’image du roi mort en croisade donné en modèle à ses successeurs.


Il nous a fallu tomber sur un livre d’histoire pour gosse pour trouver cette distinction que l’on ne trouve pratiquement nulle par ailleurs chez les historiens occidentaux si ce n’est chez notre historienne portugaise. Nous avons un bon inventaire de ces « légendes » traduites en thaï contemporain sur le site thaï (évidemment) http://www.tumnandd.com/category/ตำนานเรืองเล่าไทย


Les petits thaïs n’ont pas le sens critique ? On leur dit tout de même « ......Elles doivent être utilisées avec circonspection et l’on se doit de les examiner attentivement comme d'ailleurs tous les éléments de preuve ».


(5) Voir évidemment notre article sur le film « la légende de Suriyothaï » et d’autres qui suivront, sur des reconstitutions historiques à grand spectacle qui sont à l’histoire ce que les romans de Dumas sont aussi à l’histoire ! (« Yamada, le samouraï d’Ayuthaya », les héroïques combattants du petit village de « Bang Rajan », «  The king maker » « La légende du Roi Naresuan » - « tamnan » dans le titre thaï du film, un « thriller », « Garuda » - et d’autres !) Ne parlons pas des portraits ou de la statuaire, c’est la légende (encore) qui attribue à Charlemagne une « barbe fleurie » alors qu’il était - paraît-il – imberbe !


charlemagne

 

Nous essayons d’illustrer au mieux nos articles, mais ne conférez pas à la statuaire un reflet de la vérité !

(6) Pensées de Blaise Pascal (1re partie, chap. De la justice. Coutumes et préjugés) : « Vérité au deçà  des Pyrénées, erreur au delà ».


(7) Gobseck, exposant sa philosophie à l'avoué Derville, dans les « Scènes de la vie privée. »

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