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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 03:05

« Thaïlande, Aux origines d’une crise »,

Carnet n°13 de l’Institut de recherche sur l’Asie du sud-est (IRASEC)

 

Ce numéro m’a permis de mieux comprendre la crise profonde que traverse la Thaïlande en rappelant que derrière le « combat » entre les « rouges » et les « jaunes » ou plus récemment, les « événements sanglants « d'avril et l’occupation du centre économique et commercial de la capitale se profilait une «révolution  politique et sociale » qui remettait en cause fondamentalement le pouvoir politique et économique mis en place par les élites urbaines depuis les années 60 et « habillé » par l'idéologie du Thaïness, qui définit ce qui est thaïlandais et ce qui ne l’est pas.


manif-rougessIl m’a aussi permis de mieux comprendre comment Thaksin (et parfois malgré lui) et « l’ère Thaksin » avaient contribué à rendre obsolète ce verrou idéologique qui imposait le silence aux « paysans » du Nord et du Nord-Est et aider à leur prise de conscience de leur force politique et de leur désir légitime de participer au « pouvoir », de mieux bénéficier de la croissance et de ne plus être considérés comme des citoyens de seconde zone ou seulement un vivier de voix faciles à acheter.


Ce carnet décrit également la multiplicité des forces en présence
, l’Armée avec ses luttes internes, le gouvernement et ses coalitions , le Conseil du Roi... et de la Reine, les différents réseaux, cercles du pouvoir, partis, qui se forment et se recomposent, les alliances qui se font et se défont, les quatre groupes du PAD (jaunes), les courants à l’intérieur des « rouges », les trois tendances des classes moyennes (écolo, sociétés caritatives et royales et « l’Assemblée des Pauvres », les potentats locaux, etc... qui ne font qu’ajouter de la difficulté à comprendre ce qui se joue.


Par contre la lecture du tableau des principaux groupes ethnolinguistiques (p.22) et ce que représente le Thaïness sont essentiels pour appréhender la nouvelle «situation ».


La Thaïlande compte de nombreux peuples
, ce que semblent oublier parfois les Thaïs Siamois du Centre, qui ne représentent que 40 % de la population, mais qui ont su imposer leur norme linguistique à l'ensemble du territoire, ainsi que leur idéologie, la Thaïness, qui les présentent comme les vrais Thaïs, et considèrent les autres comme des « cadets »  voire des citoyens de seconde zone (paysans, pauvres, non éduqués, « noirs » de peau…). Comme les Isans par exemple qui ont une autre langue et qui représentent quand même 31 % de la population, voire les Muangs (ou Yuans) des zones montagneuses du Nord, ((10 %)  (On n'oublie pas les Thaïs du sud, les Pak Tai, 10 %, et les sino-thaïs...).


Mais ce qui m’a étonné est que seulement 10% env. parlent les deux langues  et que de nombreux dialectes coexistent aussi. La compréhension demeure donc difficile.

On comprend donc pourquoi les élites siamoises ont dû imposer leur langue et leur idéologie, la Thaïness (avec les 3 piliers : roi, bouddhisme, nation) pour « unifier » le Pays et légitimer leur pouvoir.


5-ramakienbLa Thaïness

Je vous renvoie à l'article d’Ollivier et de Narumon Hinshiranan Arunotai pour saisir la nature ambiguë de ce concept et pourtant nécessaire pour comprendre le caractère «révolutionnaire» de ce qui se joue aujourd'hui. La Thaïness a servi aux «aristocrates» et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, « paysannes »… Encore aujourd’hui, à Bangkok un Isan est perçu comme un « paysan » rustre et inculte. En 2009 le dirigeant des jaunes, Sondhi Limthongkul « proposait de restreindre le droit de vote aux personnes éduquées, excluant ainsi la masse paysanne ».


La Thaïness a d’autant plus « fonctionné » qu’elle s’appuyait sur le caractère «sacré» du roi, le bouddhisme, et les médias.


Tout le monde a observé le respect dû au Roi (des photos partout, l’hymne et la photo du roi au début des séances de cinéma, les émissions quotidiennes médiatiques sur ses talents et ses bienfaits, le Roi est un Exemple pour tous.) Toutefois pour aider les gens à en mieux comprendre la « sacralité », le gouvernement multiplie les arrestations et fermetures de sites internet, la censure des opposants au nom du crime de « lèse majesté».

 
bouddhaLe bouddhisme joue, bien sûr, un facteur d’unité pour 90 % des Thaïs et un rôle fondamental pour donner une forme aux croyances et aux particularismes locaux (on a tous remarqué la croyance aux esprits, aux Pi, ou bien que nos femmes croient souvent «aveuglément » aux « voyances » de certains moines, pire leurs conseils avec les tabous alimentaires pour soigner des maladies parfois courantes).


Et les médias présentent l'exemple de la population urbaine comme un modèle à suivre, un modèle de vie idéale, « supérieur ». La théâtralité des cérémonies royales, les films et séries télévisées rendent « naturels » cette vision idéologique. La Thaïness a donc joué un rôle fondamental dans la création de la Nation thaïlandaise, dans l’« unité ? » du pays. Elle assurait aussi le pouvoir politique, économique et culturel aux mêmes, mais rejetait de l’Histoire 60% de la population.

 
Thaksin
L'arrivée au pouvoir de Thaksin comme 1er ministre en janvier 2006 va bouleverser l’échiquier politique et social, mieux, délégitimer la Thaïness et remettre en cause les pouvoirs installés. Il ne s agit pas ici de juger la fortune colossale acquise, ni des moyens qu’il a dû employer pour l’acquérir, mais des effets de ses actions, contre la hiérarchie installée depuis des lustres (certains ont même vu une remise en cause du pouvoir royal), et pour la fierté retrouvée du peuple du Nord et du Nord-Est. Son action reconnue (remboursement du FMI, reprise en main des jeunes, lutte contre la drogue, accessibilité aux soins, gel des dettes, prix soutenu du riz, certains médias enfin favorables, majorité au Parlement…) leur permettait d’oser enfin aborder des questions taboues, de briser le consensus, de prendre en main leur « destinée », de prendre leur « revanche », ou plus simplement de ne plus accepter qu’on leur confisque leurs « votes ».


chemies-rougesLe coup d’ Etat militaire du 19 septembre 2006, la victoire aux élections législatives du 23 décembre 2007 par les pro Thaksin, puis les démissions « forcées » des 1ers ministres Samak et de Somchaï, avec les manifestations du PAD (les «jaunes») et la prise des aéroports de Suvarnabhumi et DonMuang et plus la dissolution de trois partis politiques du 2 décembre 2008 et la chute du gouvernement, avec la prise du pouvoir le 15 décembre par Abhisit grâce à un jeu d Alliance… 


Les 86 morts lors des affrontements de mi-mars /mai, l’assassinat du général Seh Daeng, le couvre-feu, la liste noire de 125 personnes du CRES, l’arrestation des principaux leaders rouges, la répression des sites internet jugés pro-rouge, le mandat d' « arrêt pour terrorisme contre Thaksin… risquent de « retarder » la tenue de prochaines élections.

Mais ce que beaucoup n’ont pas encore vu, c’est qu’on est en train d’assister à une véritable « révolution » politique, culturelle et sociale, qui a brisé le consensus, la Thaïness, le statut-quo... et dont on a du mal à prévoir les bouleversements.


Une nouvelle Thaïlande est en train de naître … qui ne pourra plus ignorer les peuples du Nord, du Nord-Est et du Sud .

 

 


 

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 03:01

 

PORTRAITKukrit Pramoj (1911-1995) est une institution en Thaïlande.

Prince, descendant direct du roi Rama II (1809-1824), ancien premier ministre (1976), frère cadet d’un autre ancien premier ministre, fondateur de parti politique, de banque,  d’un journal, d’un magazine, professeur, danseur, acteur, économiste ……….et auteur de plus de 30 livres … et de son livre le plus célèbre Plusieurs vies*.

 

Nous ne manquerons pas de vous présenter sa biographie  exceptionnelle ultérieurement, mais il s’agit aujourd’hui  de proposer notre lecture, « notre pacte de lecture »,  qui est de savoir ce que ce livre peut nous apprendre sur la société thaïlandaise d’hier (et d’aujourd’hui ?), tout en sachant évidemment qu’un livre littéraire ne se réduit pas à cette fonction.

La préface de S. A. R. la princesse Maha Chakri Sirindhorn nous invite également à « aimer ce beau livre de Kukrit et à travers lui, la culture et les valeurs de la Thaïlande ».


princesse

 

Certes l’épilogue de Kukrit propose son « intention » :


« Plusieurs vies… plusieurs vies de gens venus d’horizon divers, différents par l’âge, le sexe, la profession, se sont achevés par une noyade au même moment. Qui peut décider quelle action de leur existence passée a eu cette conséquence ?

 

Pour nous tous, c’est notre karma qui définit notre naissance, règle notre vie et nous conduit à la fin. Mais quelle sorte de karma a pu conduire à la mort tous ces gens en même temps ? »

 

karma

 

Et il va raconter l’histoire de onze destins très différents,  de l’enfance à la mort, où les personnages évoqueront la loi du karma pour essayer de comprendre leur situation, heureuse ou le plus souvent malheureuse, mais aussi s’interrogeront, en vain, avec le narrateur,  sur  les raisons qui leur ont fait vivre « cette vie-là », pour aboutir à « cette mort- là ».


Certes la loi est la même pour tous, mais la mort n’a pas la même signification. Elle est, nous dit-il, « dans certains cas la punition d’un mauvais karma, dans d’autres  la récompense pour un noble karma, dans d’autres encore la solution des problèmes ou enfin le remède qui soigne la plaie que plus rien ne peut soigner ».

 

Certes la loi est la même pour tous, mais on ne sait pas comment elle fonctionne. Ou plutôt, on sait qu’il faut accomplir des bonnes actions, acquérir des « mérites », respecter les préceptes du temple, éviter le mal, mais on ne sait pas comment se  fait « l’addition ». On est « responsable »  de son karma mais on vit à « l’aveugle », sans aucune  garantie en cette vie, ni pour le futur. Certains  de nos personnages ont une vie exemplaire, « vertueuse », mais le malheur s’abat sur eux. On invoque souvent le karma mais on ne connait jamais la faute (ou les fautes ou le mauvais karma de la vie précédente) qui est responsable  des malheurs présents.

 

Bref, « Plusieurs vies » peuvent être lues, comme nous le recommande Kukrit, comme une interrogation sur le karma, sa loi, son fonctionnement,  la signification de la mort et le sens de la vie. Mais le livre est aussi un magnifique témoignage sur la société thaïlandaise des années 50 (uniquement ?).

 

On peut lire l’histoire de ses onze personnages qui ont en commun de voir une « situation » et/ou un événement changer leur vie et finir noyés le même jour  à bord d’un bateau qui va chavirer.

 

1/ Nous avons une situation initiale.

 

Chaque histoire commence non pas tant par une introduction en italiques que par un « incipit » (de une ou plusieurs phrases) qui inscrit un « horizon d’attente »plus ou moins explicite. Ainsi par exemple pour « Linchong » : « Linchong avait souvent réfléchi au karma et à ses conséquences ; même en examinant attentivement son passé, elle ne voyait pas quelles fautes elle avait pu commettre pour mériter tant de souffrances sur la fin de sa vie ». Notre curiosité « éveillée »  se demande ce qui est arrivé, quelle souffrance a pu vivre Linchong. Pour « Le prince Lek » : « Le prince Lek n’avait pas, comme les autres membres de la famille, un majestueux prénom royal. C’est qu’au moment de sa naissance ...» ; on se doute que l’histoire aura à faire avec ce titre, et qu’un événement aura  lieu qui  modifiera sa vie.  

 

Ensuite chaque personnage sera présenté  dans sa famille, son cadre de vie, son milieu, avec parfois une idée de l’éducation reçue. Kukrit a tenu à choisir les milieux et les situations les plus divers voire opposés :

 

- paysan, commerçant, famille princière, concubine, médecin, militaire, fonctionnaire, épicier, commerçant,  employé de bureau, chef de village, artiste, écrivain, fille de bar, bandit …

- homme/ femme

- pauvre/ riche

- aimé/ haï des parents/abandonné à la naissance

- absence du père / mère seule/ parents aimant

- Référence au bon ou au mauvais karma.

 

La situation initiale nous présente donc de nombreux milieux, avec toutefois quelques signes distinctifs qui indiquent une société hiérarchisée (titre, anobli, grade, riche/pauvre).

Mais certains sont aimés des parents,  voire surprotégés (il est écrit qu’ils satisfaisaient tous leurs désirs), d’autres n’ont pas connu leur père (Loï, Phanni, Le Prince Lek, Lamom,) ou ont un père défaillant (ivrogne comme Nori). Les enfants sont vus par certains parents comme une bénédiction (Loï, Sem, Linchong, Throngpoï) ((et peuvent louer leur karma) ou sont bien élevés comme ceux de leur condition (Lek, Phöl, Nori, Chan, Saeng), d’autres sont rejetés, certains  explicitement  pour leur mauvais karma (Phanni, Lamom).


On se doute que, quelle que soit cette situation, tous vont connaître un élément « perturbateur » qui va modifier leur vie. Bon ? Mauvais karma ?


2/ L’élément « perturbateur » qui va modifier la vie des personnages, et les  épreuves.

Beaucoup de nos personnages vont prendre conscience d’une différence souvent dès leur enfance ou lors d’un événement qui sera décisif pour eux, et changera leur vie. Une étape dans leur karma ?


Ainsi :

Loï, l’amoral, dont « la vie des autres n’avait aucune signification » découvre à l’armée sa passion des armes à feu.

 

armes

 

La rencontre d’un copain d’armée lui fera rencontrer un redoutable bandit, et devenir lui-même un malfaiteur assassin.

Sem, de bonne famille, lors de sa retraite de bonze, que doivent accomplir tous les jeunes gens, au moins une fois dans leur vie, découvre sa vocation de bonze au grand dam de sa mère. Il devient un bonze réputé.

 

bonze


Phanni, enfant de mauvais karma pour sa mère, est vendue à 9 ans comme esclave domestique à une riche famille. Ensuite elle est vendue, par une amie ( ? ) » à un bordel et deviendra prostituée. 

 

esclavage


Le prince Lek, de par son titre, ne peut vivre comme les autres et être heureux, malgré sa pauvreté et sa volonté de vivre simplement.

Phôl, se sait différent des autres enfants paysans et « aimait s’exprimer, chanter, danser ». La venue d’une troupe réputée de Yikaï changera sa vie. Et il les suivra pour devenir un grand acteur.


acteur


Lamon, se sent aussi différente. D’une part parce qu’elle n’éprouve pas le moindre amour pour sa mère et d’autre part parce que celle-ci la contraint à ne pas fréquenter et jouer avec les autres enfants du fait du titre de noblesse de son « luang » de père fonctionnaire décédé (Luang : titre de noblesse conféré par le Roi à certains fonctionnaires de moyenne importance).

Nori, en milieu paysan  a un père ivrogne aimant lire. Il sera passionné par la lecture dès la jeune enfance. Il ne sort pas et ne va pas jouer aux champs comme les autres enfants. Il est envoyé au lycée d’Ayutthaya. Il revient ensuite au village avec le prestige de celui qui a fait des études et qui est dispensé des travaux des champs. Il partira travailler à Bangkok tenter sa chance. Il deviendra un écrivain … alcoolique (malgré le serment donné à sa mère de ne pas boire comme son père).

 

alcoolique

Linchong est exemplaire. Fille unique, famille aisée, aimée de ses parents qui satisfont tous ses désirs. Elle est de plus « vertueuse » (bonnes actions, pureté de paroles, de corps et de l’esprit). Trouve un bon mari (travailleur, ne bois pas, ne joue pas). Mais, elle a du mal à être enceinte. Elle y parvient après force pèlerinages, dons, offrandes, visites de temples réputés. Et sa vie bascule. Son mari perd la vie en pêchant et son fils est « anormal ». Elle va subir avec son fils les moqueries, les insultes des enfants et des gens du village. Elle va se battre néanmoins et consulter de nombreux médecins, guérisseurs … en vain.

Chan est un « enfant des champs ». Le narrateur insiste pour bien montrer qu’il a le même statut que les autres enfants : même éducation, mêmes prescriptions, même travail.  La conscription de 2 ans va changer sa vie.  Il va se ré-enrôler et acquérir un nouveau statut. Il sera officier et prendra sa retraite avec le grade de lieutenant-colonel. Il découvre sa maigre retraite, que son grade est alors un handicap qui ne lui permet pas  de retrouver un petit travail.  A la mort de sa femme,  Il revient au village, croyant bénéficier du prestige de son grade, pour constater, qu’il est redevenu « le Chan », le « paysan » qu’il fut autrefois.


paysan thai


Thongproï, à l’inverse de tous les autres personnages, ne va pas rencontrer un événement qui va changer sa vie. Elle est née « sous une bonne étoile », choyée, comblée par ses parents, qui sont persuadés que leur richesse provient de son bon karma. « Si Proï le veut, il faut lui donner ». C’est de plus la plus belle fille du village, mais « aucun prétendant du village se sent digne et capable de soutenir son niveau de vie ». Elle sera envoyée à Bangkok chez un cousin haut fonctionnaire afin de suivre ses études. Mais malgré la vie trépidante  qu’elle mène, elle « s’ennuie » et ne trouvait « pas de sens à cette vie ». Le retour dans sa famille, un bon mari attentionné et aux petits soins avec elle (« elle obtenait tout ce qu’elle voulait »), la laissera sans désir, sans but dans la vie. « Thongproï était lasse de tout, elle ne  voulait plus rien ». Elle se laissa couler…

Le docteur Sareng, vit avec son père médecin traditionnel. Il est passionné par le métier et étudie dès l’enfance avec son père les plantes, les traités. Il accompagne ensuite son père dans les consultations, poursuit inlassablement sa formation, lit les nouveaux traités, recherche, analyse, mais Saeng a un problème : il ne peut accepter la mort : « il ne considérait pas la mort comme faisant partie du karma ». Malgré les conseils, les injonctions du père le suppliant d’accepter la mort, il s’obstinera dans ce combat sans issue, jusqu’au jour où il attrapera la lèpre. Il changera alors son attitude vis-à-vis de la mort. Elle n’était plus son ennemi. Il la désirait.


3/Le sens donné à  la situation finale ?


Chaque personnage perd donc la vie dans le même bateau qui va chavirer. L’auteur choisit alors de finir la nouvelle par une réflexion interrogative ou  un commentaire en majuscules prononcés par des témoins du drame sur le karma et le sens de cette mort. (d’une ½ à ¾ de pages) (Cf. en note des extraits***).


Un regret pour Chao Loï, qui n’a pas su saisir sa chance. Une mort heureuse pour le révérend Sem, enfin « libéré » du cancer. Une mort injuste pour Phanni  qui ne peut enfin avoir sa vengeance et profiter d’un  « riche » mariage. Un regret aussi pour le prince Lek dont le titre aurait pu ENFIN mériter des égards dans la mort. Une interrogation sur le sens de la mort de l’acteur Phöl, lui qui avait toujours donné du plaisir et n’avait jamais fait le mal. L’incertitude sur Lamom qui a certes étouffé sa mère mais qui l’avait fait tant souffrir. Un espoir, une nouvelle chance stoppée par la mort pour l’écrivain alcoolique Nori. Une plainte et une interrogation encore sur le sens de la mort de Linchong, de cette mère vertueuse noyée avec son fils « anormal ». L’effort inutile du paysan  Chan devenu lieutenant-colonel mais qui est encore vu comme un paysan lors de sa mort. La mort désirée par Thongproï, la fille aimée et choyée par ses parents et son mari, mais qui  ne trouve aucun sens à sa vie. La révélation enfin heureuse de la mort par le docteur Saeng qui l’avait prise toute sa vie pour son ennemie.


Bref, la démonstration que la mort a un sens différent pour chacun, selon la vie vécue et le karma.


4/ Une vision de la Thaïlande et des Thaïlandais.


Au-delà de l’intérêt  littéraire ressenti, du plaisir esthétique éprouvé, ces 11 nouvelles permettent aussi de distinguer une certaine idée de la Thaïlande.

  • Une religion commune, avec ses « superstitions ».

Il n’est pas sûr, comme l’estiment les traducteurs, que Kukrit ne présente ici que « le témoignage social d’une époque révolue ».

Nous venons de voir, que Kukrit a écrit sur le karma, une croyance fondamentale du bouddhisme, commune dit-il, à tous les Thaïlandais : « Pour nous tous, c’est notre karma qui définit notre naissance, règle nos vies et nous conduit à la fin. Mais quelle sorte de karma a pu conduire à la mort tous ces gens en même temps ? »

La nouvelle « Le Révérend Sem » nous plonge  dans le bouddhisme, la vie d’un bonze dans un temple,  ses valeurs (La découverte par le jeune Sem de la compassion , du respect de la vie, le sens du partage, l’évitement des « plaisirs destructeurs comme l’alcool, les femmes, ou le jeu »), le rite de l’ordination,  le « travail » sur soi, les « péchés » à éviter,  la nécessité et les difficultés de la méditation, la recherche de la « sainteté ».


bouddhisme


Elle montre aussi la croyance aux pouvoirs magiques (invisibilité, invulnérable, voler dans les airs) que pensent  acquérir certains bonzes, et la croyance (qu’a toujours le peuple thaïlandais  aujourd’hui) que  l’acquisition des objets consacrés, des amulettes, des talismans, des incantations protégera, donnera chance ou guérira, comme nous le  verrons aussi dans l’histoire de « Linchong ».

Linchong n’ayant pas réussi à guérir  son enfant anormal après avoir consulté les médecins réputés, va mourir en allant à la rencontre « d’un bonze, guérisseur réputé dans la province de Nonthaburi, qui disposait d’une eau consacrée et connaissait des incantations susceptibles de guérir toutes sortes de maladies » (p. 259).


On peut voir aussi la croyance à la prédestination des noms donnés par les parents. Ainsi pour les noms des principaux personnages  comme Loï, Sem, Phôl, Lamom, Nori, Linchong, Chan, Thongproï, Saeng, dont les traducteurs nous donnent la signification en note.

  • Une Histoire commune

Nous  avons suffisamment montré dans ce blog la force idéologique de la Thaïness et de l’Histoire « officielle » enseignée à tous dès  l’école primaire, pour ne pas constater ici son efficacité chez les élèves. Nori, assis devant le temple Phra Mongkhonbophit de la vieille cité d’ Ayuddhaya, rêve au roman national : « il laissait son esprit vagabonder au fil des événements dont il avait lu et relu le récit. Avec son cœur et ses émotions, il voyait les chroniques d’Ayuddhaya, dont il se sentait comme le dépositaire, se dérouler tout près de lui … Le rêve grandiose et plein d’espoir du roi U-thong qui avait construit la cité … le combat des princes Aï Phraya  et Yi Phraya sur leurs éléphants devant le temple de Mahathat tout proche  le rebelle Thammathian s’avançant avec son armée vers le palais royal, et de plus en plus près, le bruit des fusils, la chute de Thammathian de l’encolure de son éléphant, la panique du peuple et de l’armée s’enfuyant de tous côtés, tout cela Nori le voyait aussi clairement que s’il avait été là présent sur place. » (pp.208-209)

  • Une société très hiérarchisée.

Nous avons déjà maintes fois  présenté le modèle d’organisation hiérarchisé politico-religieux de la société thaïlandaise, connu sous le nom de muang, indiquant même qu’il était un élément fondamental de l’identité thaïe. Une clé essentielle, disions-nous,  reconnue par tous, pertinente depuis l’origine jusqu’ à nos jours, couvrant tous les Territoires des Taï, pour comprendre leur identité, leur organisation territoriale, politique et religieuse. (Cf. par exemple articles 14 et 15 http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-le-muang-selon-michel-bruneau-99865623.html).


Aussi, nous ne sommes étonnés de retrouver dans les nouvelles, diverses manifestations de cette hiérarchisation, avec l’évocation d’une famille royale, l’importance, le respect et l’effet des titres à tous les niveaux de la société ( in Le prince Lek, Lamom par ex.).


prince


Kukrit en fait même le sujet d’une de ses nouvelles avec « Le prince Lek », mais de façon originale. Le titre ici, loin de donner privilèges, sera un obstacle permanent pour que le prince Lek puisse vivre simplement sa vie. 

Le prince Lek (lek : le petit)  est le fils d’une altesse royale et de la plus jeune des concubines. Mais son père décède avant sa naissance. Il ne sera donc ni déclaré, ni enregistré au Ministère de la maison du roi, mais « personne ne lui contesta jamais le titre de Prince ».

La nouvelle racontera comment son titre fera les tourments de sa vie et celle de sa mère.

Après les funérailles du Prince royal, ils doivent quitter le Palais et vivre désormais une vie modeste. Mais le titre, le rang impose en effet des obligations, une distance, un respect, une façon d’être, qui fera leur malheur.


Très tôt, il souffre de ne pouvoir jouer avec les enfants de l’école du temple. « Il était séparé d’eux. Comme par un mur, le mur de la naissance royale. » Le maître emploie la langue royale pour lui parler en lui donnant son titre de prince.

Sa mère est là pour lui rappeler les obligations du titre et s’interdit de se remarier. Et de fait, bien que de condition modeste, il se verra interdire des activités jugées peu digne de son titre, comme aller vendre des gâteaux avec sa mère, aider son oncle dans son commerce. Pire, il ne pourra pas épouser la fille d’un épicier qu’il aime. Ses parents découvrant son titre prendront leurs distances, malgré l’amitié passée partagée, et la « fiancée » se refusera. Il verra alors son titre comme « un monstre » (ce seront ses mots), qui aura fait souffrir sa mère toute sa vie et qui l’aura empêché de vivre comme il l’entendait (sauf pendant les dix dernières années 10 ans).


En effet, après des années de commis dans un ministère, où son titre le laisse « à la même place, jamais dérangé par personne », il croit pouvoir saisir la chance de sa vie  avec l’héritage de son oncle lui laissant une petite rizière.

Il va pouvoir pendant 10 ans vivre sereinement sa vie, dans l’anonymat. Ses qualités humaines et de travailleur lui vaudront même d’être élu chef du village ; jusqu’au jour où une visite d’un secrétaire général adjoint du Ministère à la sous-préfecture, un ancien collègue, ressuscitera le Prince : « Altesse ! depuis quand êtes-vous ici ! Oh, là, là, je n’ai pas eu d’audience avec vous depuis plus de vingt ans ! vous vous souvenez de moi ? je m’appelle Serm, et j’ai même travaillé avec votre altesse ! ». Lek avait compris. Son Altesse le prince Lek ne pouvait plus vivre au village. Il prendra peu après le bateau qui allait faire naufrage.


On verra deux autres titres, comme ceux de Phraya et de Luang, titres conférés par le Roi à certains hauts  fonctionnaires et de moindre importance. (précisés en note). Ainsi dans « Lamom», sa mère tient à rappeler à sa fille, le prestige du titre de son père décédé : « Si khun Luang, ton père, était encore en vie, tout serait différent. Je te raconte cela pour que tu saches que tu es une  enfant de bonne famille. Tu n’es pas comme les autres enfants du peuple qui courent dans le marché. Tu dois faire attention à te préserver, et éviter de les fréquenter ou de jouer avec eux, parce que tu es la fille d’un homme de qualité. » (p. 180). Dans la nouvelle «  Nori », on voit Nori envoyé chez un parent à Bangkok qui le recommande à un haut fonctionnaire qui a le titre de phraya. On aura une description de la vie luxueuse de ce milieu. (pp. 214-215).

  • Une société hiérarchisée donc où chaque « classe sociale »  a son champ d’action,  ses codes, ses valeurs.

Nous irons ainsi dans les milieux aisés, des militaires, des écrivains, des fonctionnaires, d’une troupe de Yikai, d’un temple, d’un bordel … mais surtout dans le milieu paysan.   

Le monde paysan est présent dans  quatre nouvelles, mais elles racontent en fait les moyens d’en sortir, par le crime organisé (Chao loï), le métier d’acteur de Yikaï (Phôl, le premier rôle), les études et le métier d’écrivain (Nori) et l’armée (Chan).

Le monde paysan est évoqué à travers les activités qu’il faut apprendre dès l’enfance :

Dans Chao Loï, Thoek lui  avait enseigné ce  qu’il faut savoir pour progresser  dans la vie (pêcher dans le trou des anguilles, piéger les oiseaux, pratiquer la vannerie, scier et raboter le bois). Les parents de Phôl étaient des paysans, qui « Sans être riches, ils avaient suffisamment de moyens pour élever toute leur famille, pourvu que les enfants assez grands pour travailler contribuent en participant à la culture du riz ou d’une autre façon ».  Phol enfant doit s’occuper des buffles. La mère va une ou deux fois par mois vendre ses poissons au marché de la ville. Nori quant à lui, ayant « fait des études »  est dispensé des travaux des champs.


Mais c’est surtout dans la nouvelle Chan, que Kukrit décrit « le monde » paysan en deux pages (pp. 261-262).


Les paysans vivent, pour lui, la même vie, la même situation : le même statut,  le même travail, la même morale « bouddhiste », la même éducation, la possibilité de suivre les cours à l’école du temple ….. et « la grande inquiétude, le jour de cette sélection pour le service militaire. »

Ainsi Chan, comme les autres enfants du village, doit aider les parents pour « prendre soin des buffles », la cueillette (les plantes au bord des champs), la pêche (les poissons dans le canal), et la « chasse »  qui améliorent l’ordinaire (poisson , légumes), participer au travail de la rizière (labours, semis, moisson). Et quand il n’avait plus de travail, pouvait aller à l’école du temple, et « parvenir » finalement à lire et écrire.


« Tout le monde dans le voisinage avait le même statut », recevait la même éducation.

Tous les parents enseignaient les préceptes traditionnels, les règles morales qui « existaient depuis des générations », les prescriptions (comme par exemple : ne pas mentir, convoiter la femme des autres, tricher, voler, détruire la vie, boire de l’alcool … ). Mais il est signalé que le père de Chan « buvait copieusement avec ses amis  quand il était en train ». Nous verrons dans d’autres nouvelles ce sérieux problème de l’alcool.

Mais au-delà de la morale diffusée, un bon mari est un mari travailleur, qui se comporte bien, ne boit pas et ne joue pas. C’est dire les fléaux qu’ils représentent.


On a dans ce milieu, à cette époque,  le respect des études. Nori, revenu au village, après ses études secondaires, n’a pas le droit de travailler aux champs.

 Il est à noter ici que curieusement, il manque le rituel bouddhiste qui accompagne toutes les activités du monde paysan.

Mais, bien sûr, comme nous l’avons vu, la plupart de nos héros se sentira différent, et vivra une « aventure « en dehors de son milieu. Mais beaucoup y reviendront à la fin de leur vie. La famille est l’alpha et l’oméga.

  • Le rôle de la famille****. 

Chacun de nos héros est présenté dans l’enfance, parmi sa famille, d’origine ou « adoptive ».

Certes les situations sont multiples, dramatiques parfois, les milieux différents, mais on peut identifier des  valeurs communes. (Chao Loï tue sa mère adoptive et Lamom étouffe sa mère).

  • Quatre (sur 11) ne connaissent pas leur père et un, a un père défaillant (paresse et ivrognerie). La mère (9 sur 11) est exemplaire, travailleuse, responsable de la famille)
  • Neuf, comme  nous venons de le voir dans le monde paysan, transmettent  les valeurs et morale  de leur classe sociale, même si leurs enfants  vont tenter un parcours différent. Deux, comme la mère de Phanni, de Lamom faillissent à leur rôle parental. (Phanni est vendue à 9 ans, et Lamom devient une esclave domestique, maltraitée et humiliée).
  • Mais certains vont choisir une morale différente (Chao Loï assassin et fier de l’être, Sem choqué par le comportement des riches, Nori (paysan) devenu un écrivain alcoolique, malgré le serment donné à sa mère).
  • On voit qu’on peut sortir de son milieu par  le temple (Sem), les études (Nori), l’armée (Nori), une troupe  d’artistes ( Phôl). Mais certains, après un coup dur ou vieillissant, vont revenir au village, sachant  qu’ils peuvent compter sur la famille qui les accueillera. (Phôl, Nori, Chan).
  • Donc des valeurs de solidarité familiale jouent dans tous les milieux. il y a toujours un membre de la famille en ville par exemple  pour accueillir, héberger et aider.

 

Au fil de la lecture, chacun pourra donc discerner une certaine vision de la Thaïlande. S. A. R. la princesse Maha Chakri Sirindhorn, elle-même" y a vu la culture et les valeurs de la Thaïlande ».


livre


Kukrit nous en livre déjà sa propre vision. 

  • Le titre du livre « Plusieurs vies »  indique déjà une Thaïlande multiple, variée, de différents milieux, de la ville et de la campagne, riches et pauvres … « de gens venus d’horizon divers, différents par l’âge, le sexe, la profession » .,. qui ne vont pas avoir la même vie.
  • Mais une religion (jamais nommée), une foi, une  loi commune, une croyance au karma, qui donne sens à leur vie et à leur vie future, leur dicte leur conduite,  les actes méritoires à accomplir, les mauvaises actions à éviter.

L’ épilogue (1p.1/2) est explicite, (nous l’avons déjà dit maintes fois) : « Pour nous tous, c’est notre karma qui définit notre naissance, règle notre vie et nous conduit à la fin ».

  • Avec une croyance aux pouvoirs magiques, aux  esprits, aux amulettes (Cf. le révérend Sem et Linchong par ex.)
  • Mais une Thaïlande « réelle » avec une hiérarchie, ses riches et ses pauvres, ses princes et ses paysans, avec ses drames familiaux, ses crimes (la bande de Sua Prunag, deux meurtres effectués par 2 personnages), ses ignominies (la mère qui vend sa fille), ses fléaux (l’alcoolisme souvent évoqué et le jeu)…

Une Thaïlande « réelle », avec son Histoire partagée (Cf. Nori), le respect de la hiérarchie, le rôle essentiel de la famille dans la transmission des valeurs religieuses, des prescriptions morales, et des valeurs traditionnelles et sociales  (un bon mari est travailleur, se comporte bien, ne boit pas et ne joue pas). La famille traditionnelle qui aime, éduque, aide son enfant. La famille solidaire qui aide ceux qui veulent la quitter (Cf. le rôle d’un membre de la famille installé à la ville) et accueille ceux qui sont partis. Mais aussi la famille défaillante, avec les pères absents et/ou alcooliques, les femmes seules, les mères indignes (deux nouvelles).

  • Une Thaïlande qui n’est pas figée. Quatre personnages (sur 11) vont sortir de leur milieu, et devenir bonze, militaire, écrivain, et acteur de Yitaï.
  • Une Thaïlande qui est en train de changer. On voit apparaître la radio, la médecine moderne. Nous sommes en 1951.

Peut-on dire que cette « Thaïlande » est révolue ?

A vous de le dire et de vérifier en (re)lisant ce livre dont on comprend le succès.

 

Nota. Qu’il nous soit permis de remercier les traducteurs Wilawan et Christian Pellaumail pour leur beau travail.

 

 timbres

________________________________________________________________________________________

 

 

 

Notes et références.

 

*Langues et Mondes, l’Asiathèque, 2003. Pour la traduction en français de Wilawan et Christian Pellaumail. Préface de S. A. R. la princesse Maha Chakri Sirindhorn.

 

Ecrit en 1951, a été publié en 1954.

 

Read more: http://www.answers.com/topic/kukrit-pramoj#ixzz1yIcWlzB4

 

**Situation initiale :

-          Ainsi Chao Loï abandonné dans une jarre, trouvé et adopté par la vieille Prim (mari décédé, a déjà en charge un neveu de 9 ans)) qui vend des légumes et fruits dans un marché. Sa présence est vue comme une chance pour son commerce par Prim.

-          Le révérend Sem, naquit dans une famille riche. Ses parents font tout pour satisfaire ses désirs.

-          Phanni, née dans une famille pauvre, vue comme une « enfant de mauvais karma » par sa mère (ne  sait rien sur son père).

-          Le Prince Lek, naissance princière, mais  le petit dernier, le « petit prince » est d’entrée distingué de ses frères et sœurs  qui ont reçu » un prénom royal approprié ». Sa mère plus jeune concubine du Palais. N’a pas connu son S. A. R. de père, décédé pendant la grossesse de sa mère.

-          Phôl le premier rôle.  Famille de paysans, « sans être riches, ils avaient suffisamment de moyens pour élever les enfants, pourvu que les enfants assez grands pour travailler contribuent en participant à la culture du riz ».

-          Lamom. La 1ère phrase : « Aussi loin qu’elle remontait dans ses souvenirs, Lamom n’avait aucune image du visage de son père. » (père anobli dans sa fonction et avait gagné le titre de « Luang »,comme chef de bureau d’état civil de l’arrondissement. » Mort avant sa naissance. Aucun amour de sa mère. Esclave ménagère de sa mère, qui la culpabilise à tout instant.

-          Nori, fils cadet d’une famille aisée ; le père « ivrogne » ne fait rien et laisse sa femme gagner seule la vie de la famille. 

-          Linchong. Dès la 1 ère phrase « avait souvent réfléchi au karma …elle ne voyait pas quelles fautes elle avait pu commettre pour mériter tant de souffrances sur la fin de sa vie ». […] « Le sparents élévèrent cette fille unique avec un amour et uen sollicitude extrême, satisfaisant le moindre de sesdésirs ; mais en même temps sa mère lui inculqua la nécessité de toujours se conduire d’une façon vertueuse ». Ce qu’elle fit bien volontiers.

-          Chan. L’ainé de trois enfants. Famille de paysans. « L’enfance et l’adolescence de Chan furent semblables aux autres enfants du voisinage ». Même statut : aider les parents aux travaux des champs, , même éducation, même école du temple, apprend à lire et écrire.

-          Thongpoï. 1ére phrase : « avait conscience d’être née sous une bonne étoile et d’avoir eu beaucoup de chance. Elle ne se rappelait pas depuis son enfance souffert d’un manque quelconque, ni qu’un seul de ses désirs n’ait pas été exaucé ». Fille cadette d’une famille prospère de commerçants. Choyée par ses frères et soeurs et ses parents à qui ils attribuent la chance de la maison.

-          Le docteur Saeng.  1ère phrase : « Depuis qu’il avait l’âge de comprendre, Saeng pensait que la mort était son ennemi ». Son pére est un médecin réputé dans tout le canton. Il va le former depuis sa plus tendre enfance.

 

*** La fin, le naufrage. Commentaires :

-Chao Loï. (partant chercher des armes à Bangkok « capables de tuer plus sûrement et plus rapidement ). « LE CIEL LUI AVAIT DONNE SA CHANCE EN INSPIRANT A LA VIEILLE PRIM LE DESIR DE LE SAUVER ; MAIS QU’AVAIT-IL FAIT DE CETTE  CHANCE ? »

- Le révérend Sem. (Partant à Bangkok pour soigner sa lèpre et surtout apaiser l’anxiété de ses disciples). « IL N’ESSAYA PAS DONC POINT DE PRESERVER A TOUT PRIX CETTE VIE QUI EST CAUSE DE TOUTES LES SOUFFRANCES. LORSQUE SON CADAVRE FUT REMONTE AU MATIN, TOUS  S’ETONNERENT  ET S’EMERVEILLERENT DE LE VOIR ASSIS DANS LA POSITION D’INDRA.

-Phanni. (Partant à Bangkok pour profiter enfin des « immenses trésors qui appartenaient à Madame ». « LE CORPS DE PHANNI SUSCITAIT ENCORE LE DESIR ET DEMEURAIT UN CORPS PUBLICN MEME APRES SON DERNIER SOUFFLE ».

- Le Prince Lek (le chef de village Lek, heureux, est rattrapé par le passé de son titre et doit fuir de nouveau sur Bangkok). Et là dans la mort, ce titre  « CE QUI LUI AVAIT FAIT OBSTACLE TOUTE SAVIE NE L’AVAIT PAS SUIVI DANS LA MORT POUR LUI MERITER QUELQUE EGARD. »

Phôl, le premier rôle. (Le vieux Phôl décide de tenter encore sa chance à Bangkok , en partant participer à a première compétition radio de Yikai). « EH ! CELUI-LA ? C’EST PHOL, L’ACTEUR. IL A TOUJOURS DONNE DU PLAISIR, ET ON NE L’A JAMAIS VU FAIRE DU MAL. POURQUOI DOIT-IL MOURIR AINSI ? »

Lamom. (Enfant et jeune femme non aimée, battue, humiliée, exploitée, et qui part sur Bangkok après avoir étouffée sa mère). « QUI POURRA DECIDER SI ? QUAND LE BATEAU CHAVIRA, C’ETAIENT LES MERITES DE LAMOM OU BIEN SES FAUTES QUI FAISAIENT DISPARAITRE CETTE VIE SI VIDE ».

Nori. « L’écrivain alcoolique», qui après un retour au village et l’accueil chaleureux  de sa famille, malgré le serment promis à sa mère de ne pas boire, repart sur Bangkok une fois désintoxiqué, espérant de nouveau le succès, conscient de sa faiblesse. ) : SI QUELQU UN AVAIT CHERCHE A OUVRIR CETTE MAIN POUR VOIR CE QU ELLE SERRAIT SI FORT ? IL AURAIT TROUVE L’EFFIGIE D’UN PETIT BOUDDHA. »

Linchong, (« la vertueuse », partant à Bangkok pour rejoindre un bonze renommé qui, « elle était sûre cette fois (…) allait revenir chez elle avec un enfant normal ») : QUELQU’UN MURMURA QUELQUE CHOSE COMME UNE PLAINTE.

« Mère et enfant étroitement embrassés dans la mort … Quel spectacle consternant ! … Quel karma a pu les conduire à mourir ainsi … ? »

Chan, le paysan devenu lieutenant-colonel, et qui de retour au village est humilié de pas avoir les honneurs dû à son grade. Il repart sur Bangkok, en espérant retrouver L’HONNEUR QU’IL  S’ETAIT ACQUIS PAR SON ACHARNEMENT ; Et qui finalement  dans la mort, était resté  le paysan  aux yeux du village : AH ! CA Y EST ! JE M’EN SOUVIENS, C’EST LE CHAN ! »

Thongproï, la fille aimée et choyée par ses parents et son mari, mais qui  ne trouve aucun sens à sa vie et qui AU CONTACT DE l’EAU, (ELLE) SE LAISSA COULER, SANS TENTER MEME LE PLUS PETIT MOUVEMENT POUR SAUVER SAVIE (…) SAN (son mari)  REMARQUA QU’ELLE AVAIT LES YEUX FERMES AVEC UN PETIT SOURIRE , L’EXPRESSION QU’ELLE PRENAIT CHAQUE FOIS QU’IL AVAIT REUSSI A TROUVER POUR  ELLE UNE DES CHOSES QU’ELLE DESIRAIT…

Le docteur Saeng, devenu lépreux découvre que la mort n’est plus son ennemie. « Il la trouvait de plus en plus désirable, comme une amie dont il avait besoin ».

ON AURAIT DIT QU’AU MOMENT DE MOURIR IL AVAIT INOPINEMENT RENCONTRE, FACE A FACE, L’ETRE AIME QU’ IL ATTENDAIT DEPUIS SI LONGTEMPS.


**** Notes. Rapports à la famille et aux valeurs transmises.


Chao Loî, abandonné dès la naissance, est adopté par la vieille Prim, aimé, cajolé et devient pourtant un bandit assassin. « La vie des autres n’avait aucune signification pour lui ».

Sem est aimé par sa riche famille, mais est choqué par le comportement des riches, leur attitude par rapport aux pauvres.

Phanni, ne sait rien de son père, et est rejeté par sa mère et vendue comme esclave domestique à 9 ans.

Le prince lek, n’a pas connu son père,  est aimé par sa mère qui lui transmet les obligations et les valeurs de son titre.

Phôl est aimé de ses parents paysans, mais se sent très jeune différent et aime  chanter  et danser, même devant ses camarades. Il est curieux, rêveur, aspire à une autre vie. Il trouvera sa voie dans une troupe de Yikaî.

Lamom, « n’avait aucune image du visage de son père » devient  l’esclave domestique de sa mère, sous prétexte du titre de noblesse obtenu par son père.

Nori est le fils cadet d’une famille aisée dont le père ivrogne et paresseux. La mère le préviendra contre les méfaits de l’alcool, mais le père lui transmettra pourtant le gôut de la lecture et le révérend grand-père lui apprendra à lire et écrire. Il aura une enfance studieuse qui lui fera préférer la lecture aux jeux des enfants dans les champs. La famille le laissera poursuivre ses études secondaires à la ville.

Linchong est adoré de ses parents, qui satisfont tous ses désirs. Ils l’éduquent à devenir une « fille vertueuse ». Linchong « s’appliqua à ne faire que des bonnes actions, et à conserver la pureté de ses paroles, de son corps et de son esprit ». Elle rencontrera un bon mari ( à savoir pour les parents : travailleur, se comporte bien, ne boit pas et ne joue pas ).

Chan est né au milieu des champs. Il est aimé de ses parents qui lui transmettent les valeurs et la morale traditionnelles des villages ruraux.

Thongproï est née sous une belle étoile dans  une famille aisée de commerçants, qui ont le sentiment qu’elle est la cause de leur prospérité. Comblée, choyée, trouvera sa vie terne, sans but, ni désir, elle ne trouvera aucun sens à sa vie.

Saeng, vit dans la mouvance paternelle médecin traditionnel, qui répondant à ses attentes,  l’éduquera, le formera dans sa discipline.  On ne voit pas apparaître sa mère.

 

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 03:02

kongzi-212x300-copie-1La lecture du livre d’Arnaud Leveau, consacré à l’Influence de la communauté chinoise en Thaïlande* (et au Viêt Nam), ne pouvait que nous intéresser, connaissant le rôle et le poids de cette communauté dans les affaires, l’économie, et la politique de ce pays, sans oublier les trafics criminels des triades chinoises. Nous avions déjà évoqué Le mythe de la thaïsation des Chinois de Thaïlande** (in A.45), en présentant un article de Jean Baffie.

Le pacte de lecture nous imposait de compléter l’analyse de Jean Baffie et de repérer des informations nouvelles susceptibles de nous éclairer sur « ces fils du Dragon ».

Certes le projet de Leveau s’inscrit dans un cadre plus large et se veut historique,  plus global. Le début de son livre est intéressant quand il précise l’influence de la diaspora chinoise en Asie du Sud-Est.


Elle serait de 8 à 16 % de la population selon les pays et contrôlerait les 4/5 des capitaux sur le marché.


Plus loin, nous apprendrons qu’en Thaïlande, les Sino-Thaïs représentent 10 % de la population et contrôlent 80% des capitaux (en fait 15 à 20 familles).


Le livre nous apprendra beaucoup sur cette communauté, à savoir :

-          Qui sont ces « Chinois » ?

-          Une émigration qui s’inscrit dans l’Histoire.

-          La clé de leur réussite (la gestion familiale des affaires, la culture des réseaux)

-          Leur pouvoir avec des exemples de saga familial. Les triades et les trafics illicites.

-          Leur identité ? Sino ? Thaï ? Sino-Thaï ?

 

1/  De quels Chinois parlons-nous ? 


En fait, 90% viennent de  3 provinces chinoises : le Fujian, le Guandong et l’ île de Hainan. Plus que Chinois, ils sont avant tout Teochiu (représentent 56 %), Hakka, Hainanais, et Hokkien.


Ces communautés se définissent par leur origine (village, province, ancêtre), leur dialecte  (une dizaine de dialectes qui ne se comprennent pas entre eux), et une histoire particulière, induisant une émigration spécifique.


Ainsi les Teochiu sont liés par un dialecte parlé dans 7 districts villageois de Shantou, d’où ont émanés 7 « syndicats », que la police et la presse de Hong Kong dénomment les « fraternités chiu-chao ». Ils ont « bénéficié de circonstances favorables » dans leur implantation en Thaïlande, puisque le gouverneur devenu le roi Thaksin après la fin d’Ayutthaya , en 1767, était d’origine Teochiu. Les  trois successeurs Rama I, II, et III favorisèrent leurs entreprises commerciales. Leveau précise « De la fin du XIX ème siècle aux années 30, plus de 90% du commerce entre le Siam et la Chine transitaient par le port de Shantou ».

« Aujourd’hui, Bangkok regroupe la principale communauté teochiu au monde et quatre ou cinq syndicats teochiu domineraient le trafic de l’héroïne dans le triangle d’or » (…) Le leader teochiu le plus fameux de Thaïlande est sans doute Chin Sophonpanich, fondateur de la Bangkok Bank et de la Hong Kong Commercial Bank. »


Nous n’allons pas dans le cadre de ce modeste article retracer l’origine et l’historique des triades et des  « syndicats », la tradition d’émigration  des autres composantes « chinoises ».


Ainsi par exemple pour les Hokkien du Fujian  qui ne représentent que 7 % de la population chinoise de Thaïlande (contre par exemple 37 % en Malaisie,  55 % en Indonésie, 42 % à Singapour et 90 % aux Philippines). « Les syndicats hokkien sont nés dans la seconde moitié du XVII ème siècle, de la lutte contre les Mandchous. » … pour devenir les Hung-men (le « clan rouge »)… et être à l’origine de plusieurs triades … et perdre ainsi leur « légitimité historique » pour se reconvertir dans le crime organisé.


L’ Histoire des Hakka est très différente et a été marquée par leur cohésion culturelle, leur fragmentation géographique et leur mobilité. Originaires des plaines centrales, les Hakka ont dû fuir les attaques turco-mongoles à partir du IV ème siècle, et ensuite au fur et à mesure des différentes périodes de l’histoire se déplacer vers le Sichuan, puis le Jiangxi, le Fujian et le Guangdong oriental. Leur émigration s’explique par leur principale activité commerciale du riz avec des intermédiaires teochiu. Ils suivirent d’ailleurs les Teochiu devenus les principaux fournisseurs de riz au Viêt Nam et en Thaïlande.


L’émigration de Hainanais est encore différente puisque Hainan est une île qui a longtemps été déconsidérée du fait que le continent y envoyait ses criminels et ses fonctionnaires exilés. A la fin du XIX ème on notait 10 à 20 000 départs par an. Deux millions de Hainanais vivraient en outre-mer avec une concentration en Indonésie et en Thaïlande.

Et que dire des autres communautés chinoises  comme par exemple les Chinois mulsumans de ChiengMaï (les Haw). (Cf. p. 83) …


On constate donc que la réalité est toujours plus complexe. Nous disions Chinois alors qu’ils étaient  Teochiu, Hakka, Hainanais, et  Hokkien/ Thaïs.

Et encore faudrait-il encore faire des distinctions, avec l’origine, le dialecte parlé dans la famille, le passé de la famille, le « réseau » choisi (Cf. par ex. les 7 « syndicats » teochiu), l’activité, le culte rendu (les Hainanais et les Teochiuavec les reliques sacrées et leur vénération rendue en Thaïlande à la divinité céleste Mae Thabthim, différent des Hakka et leurs statuettes et images sacrées de FaaJukong vénérées au domicile. Leurs offrandes diffèrent également)…


2/ L influence de la communauté chinoise s’explique par l’Histoire.


Nous n’allons pas refaire ici cette Histoire.

Nous avons déjà dans  de nombreux articles évoqué par exemple pour le royaume de Sukhotai la nécessité pour les différents rois de reconnaitre  leur vassalité envers l’Empereur de Chine, les différentes « ambassades » qui  ne pouvaient qu’encourager le commerce. Le roi Ramkhamhaeng (1279-1298), vous vous en souvenez, était revenu avec des centaines de potiers qui allaient assurer l’ensemble de la production de céramiques de Sukhotai et de Sawankhalok. Au milieu du XVII ème, ils n’étaient que 3 à 4000  chinois à Ayutthaya (selon Le Chevalier de La Loubère), mais certains d’entre eux « obtinrent la gestion des intérêts économiques de la famille royale et gérèrent la plupart des monopoles royaux ».


Avec la restauration de l’indépendance du Siam en 1767 par  PyaThaksin, d’origine Teochiu, la venue d’immigrants chinois Teochiu, nous l’avons déjà dit, fut encouragée comme « négociants, agriculteurs, exportateurs de riz, de sucre ou encore de poivre ».  Rama I, II, III, poursuivirent cette politique. On ne sera pas surpris de voir Leveau caractériser « Le XIX ème siècle, un siècle prochinois : protection royale et culture de réseau ».


La protection royale envers les « Chinois » s’explique par la crainte des souverains siamois envers leur propre aristocratie, toujours prête à « remettre en cause certains monopoles royaux  et affaiblir la position de la famille régnante » et bien sûr par l’efficacité de leurs réseaux commerciaux,  leur fidélité, leur « discrétion » politique. En contrepartie, ils furent exemptés de certaines taxes et surtout du système des corvées.


Il est de fait que Rama I II et III eurent une politique positive vis à vis des Chinois. Rama III (1821-1851) encouragera même la noblesse thaïe à s’associer aux grandes familles chinoises. Rama V (1868-1917) invitera ses compatriotes à les considérer comme des citoyens thaïs. Beaucoup s’intégrèrent par le mariage, et en adoptant des patronymes à consonance thaïe.


Par contre, nous avons indiqué dans ce blog, comment le nationalisme thaï s’exercera durement contre la communauté chinoise en certaines périodes difficiles de l’Histoire du pays. On se souvient de Rama VI nommant les Chinois les « juifs d’Orient », -(Leveau se trompe. Ce n’ est pas Rama VI mais Luang Wichitwathakan (ministre de la propagande), qui  dans un discours de 1938, compara les Chinois du Siam aux Juifs d'Allemagne)- les mesures restrictives à leur égard après 1932,  pendant la 2 ème guerre mondiale, sept 45, avec le Maréchal Phibun (1947-1957) « les mesures antichinoises se multiplièrent sous prétexte d’un complot communiste »,  pendant la guerre froide, après le coup d’Etat de 1976, voire les Chinois bouc émissaires lors de la crise économique de 1997... Leveau  détaillera ses mesures (quota migratoire, éducation …).

 

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Au milieu du XIX ème siècle, l’ouverture du pays au commerce occidental changea la donne.

Le Siam se développera, se modernisera, et aura besoin de la main-d’œuvre chinoise - les coolies - pour la construction de ses infrastructures (voies ferrées, routes, canaux ...) et les docks, les moulins à riz… « On estime que sur les quatre millions de Chinois qui entrèrent au Siam entre 1820 et 1950, seuls 1,5 million d’entre eux choisirent d’y rester. » Quel que soit le chiffre retenu, beaucoup restèrent et devinrent une composante importante du peuple siamois. On devine la suite : conducteurs de tricycles, marchands ambulants, boutiquiers … et pour certains le succès dans le commerce et l’industrie.

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Leveau nous dit que dans les années 30, « 70% d’entre eux s’étaient lancés dans l’industrie et le commerce et contrôlaient déjà près de 80% du commerce siamois. »

 

3/ La clé de leur réussite.


On connait tous plus ou moins cette clé : la famille, le système d’entraide, le réseau, alliée à des qualités humaines (respect du chef de famille, travailleur, économe …), les triades …

Leveau en fera le titre de ses chapitres : 8.1 La solidarité réciproque et généralisée 8. 2 L’arrangement familial 8.3 De la PME au conglomérat, sans oublier au chapitre 9. La face cachée d’une influence  (consacrée aux triades et aux  trafics criminels).


Il s’appuie sur une étude de Florence Delaune***qui explique un système, devenu une tradition, transmise de génération en génération, et qui repose sur « un maillage d’entreprises familiales interconnectées», une culture des réseaux (activités mais aussi solidarité), un système avec un type d’éducation ( relayé avec des écoles privées), une morale (valeurs, croyances communes), un type de comportements individuels et collectifs, un système familial et communautaire (ethnie, langue et esprit commun).


Un réseau de solidarité réciproque où chacun tour à tour va passer du rôle de donneur à celui de bénéficiaire, dans un système pyramidal « associatif » au niveau familial, puis de la communauté locale , provinciale , nationale (en relais avec les chambres de commerce, les banques, les associations nationales) et pour les plus importants, internationale (avec leur propre réseau de communications).


Le réseau de base est d’autant plus efficace qu’il s’inscrit aussi dans une concentration géographique, ethnique, avec donc un système familiale de gouvernance. La famille dans un quartier donné, va faire des prêts, contrôler le comportement, faciliter l’information aux membres du réseau familial (investir dans les activités rentables, réactivité, rapidité), encourager la solidarité, aider les nouveaux venus (de la famille), veiller à la réputation du chef de famille … « Le devoir du fils est d’entretenir, sinon d’accroître l’héritage familial ». L’entreprise évoluera donc, bien sûr au fil des générations avec ses échecs pour certains et les success story pour d’autres familles.


Leveau indiquera comment certaines PME familiales sont devenus des conglomérats, et donnera quelques exemples comme la famille Khaw à la fin du XIX ème, ou plus récemmentle réseau mis en place par Chatri  Sophonpanich (de son nom chinois Tang Piak Chin, de père teochiu et de mère thaïe), fondateur de la Bangkok Bank, ou encore le groupe Central, 5èmeconglomérat avec  40 000 employés (2003) nommant trente membres de la famille aux postes clés, « Ainsi le groupe Central restera toujours sous le contrôle des Chivathivat », avouait son directeur. Leveau s’attardera davantage sur  le groupe Pokphand (CP) et expliquera les étapes et la stratégie du groupe (diversification, accords,joint-ventures avec des grosses compagnies américaines et japonaises …) : « parti de l’agroalimentaire, le groupe a étendu ses activités à la pétrochimie, aux stations services, au commerce de proximité (par la chaine 7 Eleven), à la construction automobile et aux télécommunications », avec en parallèle une branche financière et un parc immobilier. CP en 2000 avait déjà 170 entreprises, était présent dans 20 pays. Leveau n’oubliera le portrait de Thaksin Shinawat que nous connaissons mieux.


Bref, on peut mesurer l’importance économique d’une vingtaine de familles « chinoises » qui ont réussi à contrôler 80 % du commerce et des finances du royaume. Certaines doivent connaître ce que Leveau appelle dans son chapitre 9 « La face cachée d’une influence  » en évoquant le trafic de drogue et la puissance des 57 triades recensées avec leur base arrière à Hong Kong. Il donne l’exemple de la Sun Yee On qui comptait en 1988, 56 000 membres répartis en 1267 branches dont 21 hors de Chine (admirer la précision !). (Cf. notre article http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-trafics-du-triangle-d-or-71317371.htmlet l’article de Baffie **.)


On peut se douter que ces grandes familles « chinoises » honorables n’ont aucun lien avec les triades et qu’aucune banque « chinoise » ne blanchit l’argent de la drogue.


A ce pouvoir économique, les Sino-Thaïs vont ajouter le pouvoir politique.Tout le monde sait que Thaksin est d’origine chinoise, mais moins, que 70 % des députés, 75 % dans les assemblées provinciales sont issus de la communauté chinoise … pour, nous l’avons dit, 10 % de la population thaïlandaise !


Certes, cela ne poserait pas problème si en fait les Sino-Thaïs étaient des Thaïs, comme les autres. (Bien que nous avons déjà évoqué cette question avec les Isan ? Cf. nos articles sur le sujet).  Mais justement, là est la question. Déjà dans notre article 45, nous avions  posé cette question :  Les Chinois de Thaïlande sont-ils intégrés ?


4/  Chinois,  Sino-Thaïs ou Thaïs ?


Jean Baffie dans « La « resinisation » des Chinois de Thaïlande »** avait répondu. Leveau, qui cite Baffie, partage ce point de vue, et donne des éléments qui prouveraient que loin de s’ assimiler culturellement aux Thaïs, les Sino-Thaïs se « (re)sinisent ». La culture chinoise est remise à l’honneur. Les Sino-Thaïs, loin de cacher leur origine, la revendique, conscient qu’ « être Chinois est désormais bien vu ».


Sur ce sujet l’article de Jean Baffie est plus précis et convainquant. Nous ne pouvons que vous inviter à le (re) lire.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html


La lecture du livre d’Arnaud Leveau nous aura appris que ce que nous désignons par chinois parmi les Sino-Thaïs se vit  avant tout comme Teochiu, Hakka, Hainanais, et  Hokkien et autres origines et comme Thaïlandais, selon les situations et la période historique. Ils se sentent Thaïlandais, dit Leveau, et selon les occasions, plus Teochiu que Chinois par ex., plus Thaïlandais que Teochiu. Ou bien, comme lors du décès du grand économiste d’origine chinoise Puey Ungphakorn, on peut s’en sortir avec des formules du type Bangkok Post : « Un fils de Chinois avec un pur cœur thaï » (Bangkok Post du 11 août 1999). Il aura aussi montré leur puissance économique et politique.


Et si derrière les événements politiques de ces dernières années, sur fond de coup d’Etat, procès, condamnations, manifestations, élections à répétition, il n’y avait pas de la part du pouvoir royal et militaire, la peur de ce « nouveau Pouvoir**** ?


Mais il ne faut pas oublier que ce Pouvoir n’est pas au singulier. Les rivalités existent entre les Familles, le Centre et les marges,  les triades, les clans, les factions, les Teochiu, Hakka, Hainanais,Hokkien et autres …Les peuples des campagnes se sont « réveillés » et se sont organisés …


Le Pouvoir a été longtemps confisqué par l’aristocratie thaïe et les militaires. Les rapports de force ont changé. Les « Chinois » sont désormais dans le jeu politique. Et le peuple s’il est « manipulé » parfois, connait aussi désormais sa force « démocratique ».


 

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*Il faut signaler que le travail d’Arnaud Leveau consiste aussi à étudier l’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam pour constater que la même communauté a su  s’adapter et a vécu deux modèles « d’intégration » différents.

  • « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.

** La « resinisation » des Chinois de Thaïlande de Jean BAFFIE

Sociologue, Institut de Recherches sur le Sud-Est Asiatique (IRSEA), Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), Université de Provence – Aix-Marseille I

2ème Congrès du Réseau Asie / 2nd Congress of Réseau Asie-Asia Network

28-29-30 sept. 2005, Paris, France, http://www.reseau-asie.com/

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html


***Entreprises familiales chinoises en Malaisie, Presses universitaires du Septentrion, Col. Anthropologie, 1998, p.14


****Cf. Les accusations portées par certains contre les desseins supposés de Thaksin de vouloir installer une République.


La Chine est devenue le premier partenaire commercial de Thaïlande, détrônant les Etats Unis et le Japon. http://thailande-fr.com/politique/19092-les-interets-fondamentaux-de-la-chine#.T8qzGsWlGfY

 


Arnaud_Leveau.jpg
 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 04:09

têteSaneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien.

  (Littérature thaïlandaise 3.) 

Nous avons déjà  proposé  une introduction à la littérature thaïlandaise, en nous appuyant sur une étude de Jean Marcel *, « L’œuvre de décentrement : le cas de la littérature siamoise », et une interview et conseils de lecture  recommandés par Marcel Barang, nous demandant naïvement, ce qu’il fallait lire de la littérature de Thaïlande ?**  

Nous avions commencé  avec Pira Sudham, un écrivain de l’Isan*** et présenté une lecture de son Terre de mousson****, et signalé déjà que Saneh Sangsuk était l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. *****

 

Notre lecture de L’Ombre blanche confirmait que nos compatriotes avaient vu juste et nous comprenions pourquoi en 2008, Saneh Sangsuk avait été fait chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français. Mais peut-être la France se serait honoré aussi en reconnaissant le travail « remarquable » de MONSIEUR Marcel Barang, non seulement le bon  traducteur de Sangsuk, mais aussi celui qui se bat  depuis plus de vingt ans, pour que les lecteurs anglais et français aient accès aux plus grandes œuvres de la littérature thaïlandaise.

 

1/ bio et bibliographie.


On trouve peu d’éléments biographiques sur cet auteur.

On peut apprendre qu’il est né en 1957, dans la campagne thaïlandaise près de Bangkok, qu’ il est le fils d'un chef de village, qu’il est  diplômé de langue et de littérature anglaise, qu’il a eu de nombreux emplois, a travaillé pour USAID

 

 

usaid

 

(l'Agence américaine pour le développement national), pour la publicité à Bangkok, et qu’il a été traducteur pour un éditeur thaïlandais, de Joyce, d’ Oscar Wilde...

 

wilde


« Aujourd'hui, il vit à Phetchaburi, au sud-ouest de Bangkok, loin de la vie littéraire d'un pays qui ne s'est intéressé que tardivement à son œuvre, par ailleurs traduite en une demi-douzaine de langues. En 2008, il a été fait chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français.

Il publie aussi sous le pseudonyme de Daen-Aran Saengthong. »

(http://www.bibliomonde.com/livre/venin-6831.html).

Un écrivain thaïlandais

Mais ce qui nous intéresse ici, est qu’il est un écrivain thaïlandais, que Marcel Barang (son traducteur), place parmi les dix meilleurs (Cf. sa liste en note).

Son site lui-même (http://daen-aran-saengthong.blogspot.com/)

 présente peu d’informations et nous donne la liste de ses œuvres : Abus, L'ombre blanche, Une histoire vieille comme la pluie Venin, Karakét, L'additionneur, Sauvage civilisé, Wendigo, desolate field.

Il a été inspiré, dit-on, par Oscar Wilde, Rabindranath Tagore, Juan Ramón Jiménez, Franz Kafka et James Joyce. Sa première œuvre publiée est Funeral Song (thaï: เพลง ศพ) qui a paru dans un hebdomadaire local. Son premier succès est un court récit : (thaï: ทุ่งร้าง). desolate field. Mais c’est avec Venin que l’auteur s’est fait connaître.


venin


Il doit son succès en France notamment au travail de Marcel Barang qui a traduit sa trilogie dite  autobiographique, à savoir :

 

  • Le premier volet autobiographique : Venin donc. Traduit par Marcel Barang, 2005, 74 p., Première édition : Le Seuil - 2001

« Court récit d’une lutte à mort entre un petit pâtre infirme et un redoutable cobra femelle, l’auteur crée l’événement littéraire : un pur classique. Ce récit est fascinant, le suspense extraordinaire, la tension terrible. Imprégné de tendres- se envers l’enfance, il en émane une lucidité dévastatrice sur l’avenir de nos rêves.
Un vrai succès éditorial puisqu'il s'est vendu à 25 000 exemplaires dans sa seule version française
 ».

(http://www.bibliomonde.com/livre/venin-6831.html)

 

  • Le deuxième volet du récit autobiographique est L’ombre Blanche - Portrait de l’artiste en jeune vaurien, (Le Seuil, Collection Cadre vert, Traduit par Marcel Barang, 2000, 449 p.)

l'ombre blanche 


Publié en 1986. Le travail a peu d'impact pour le public thaïlandais. Cependant, il a été bien reçu par le public international. Finalement, le livre a été traduit en sept langues différentes (dont l'anglais, l’allemand, le français et l'espagnol).

 

  • La troisième œuvre de cette trilogie se nomme Histoires vieilles comme la pluie. (Le Seuil Collection Cadre vert Traduit par Marcel Barang, 2004, 228 p.)

une histoire vieille comme la pluie

 

Elle raconte différents contes thaïlandais par récits enchâssés lors d’une veillée dans un petit village. Un vieil homme narre aux enfants les histoires qui les font rêver.

       

2/ Lecture de L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien.

 

La première lecture nous plonge dans un univers particulier, dense, riche, un portrait comme l’annonce le sous-titre, intransigeant, impitoyable, « anti-conformiste et sans concession »,  une confession  machiavélique sur ses « méfaits » surtout « sexuels », dont les trois champs lexicaux des titres des 14 chapitres donnent la « tonalité » mortifère : un chant funèbre (ch. 1), avec la mort, la peine capitale, ensuite nous plongeons dans  « la destruction , la voie du péché, le sacrifice » dans un univers de « rêves » plutôt destructeurs (3 fois).

 

Le 4ème de page de couverture nous avait prévenu : c’est un tableau tragique, une descente aux enfers, une  confession diabolique, une quête sauvage marquée « par l’obsession d’une faute originelle»…

 

Outre ces aveux de cette « vie désolée tout en ruine », de  ce « vaurien vil vicieux abominable, un salopard sans qualité qui ne mérite que des épithètes négatives, de ce « tyran imprévisible vis-à-vis de moi » de ce « chef d’orchestre démoniaque » …

 

Outre ce puissant style écoutant «  une voix qui résonne dans mon crâne, résonne venue du lointain horizon jusque sous ma voûte crânienne, déferlant par-dessus les champs craquelés jonchés de fragments de ruines à l’avant-plan de ma boîte crânienne », ces styles devrions-nous dire, où se mêlent introspection, confessions, critiques sociales, lutte contre soi, contre les dressages de la pensée, critiques virulentes contre les tabous,  l’éducation, l’école, les sentiments convenus, discours transgressifs, atteignant la « part maudite «  qu’avait décrit Georges Bataille en son temps, où l’homme vacille, ne sait plus, se sent en faute quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, mais cherche, écrit pour ne pas devenir fou… 

 

Un style particulier comme tous les grands écrivains, avec une syntaxe complexe jouant sur le rythme des phrases, longues et souvent reprises, comme des vagues qui arrivent , et qui assomment,  des phrases distancées avec un « tu » du narrateur qui se raconte, s’observe comme un « autre », s’accusant de façon lancinante et inlassablement  sur ces fautes commises (viol de Nâtaya, abandon des femmes successives, trahison de ses tuteurs …) décrivant les différents états par lesquels il passe, les jugeant, les méprisant … et des phrases souvent  sans virgule  ou ponctuées de 2  points ( : ) pour reprendre l’idée, la résumer ou la développer, la mener plus loin, au bout du souffle  « de la vie », la cassant parfois par une courte phrase volontairement choquante , du style « L’homme est fait pour être esclave, la femme pour être prostituée.».

 

L’histoire se présente comme une autobiographie donc, sous la forme d’une confession, fort du sentiment des vilénies accomplies, par un narrateur, intraitable, agressif, provocant, méchant, sauvage … avec tous ceux qu’il rencontre (amours de  passage, femmes qu’il  a aimées, amis) et aussi avec lui-même. « Je suis un dictionnaire d’imprécations », contre les « gens biens », contre les femmes rencontrées,  ses amis, contre les bonzes, les révolutionnaires,  l’école, la politique, les tabous …et même contre  l’écriture considérée comme la mort. « Ecrire c’est la mort. Essayer d’écrire, c’est essayer de se donner la mort ».

« Ecrire est la pire des tortures. Ne pas pouvoir écrire également » (p. 312). Seule Kagsadâne Sakâwarate, celle qu’il a aimée, a droit, en fin de livre, à une forme d’hommage.

 

3/ L’histoire. 

 

L’histoire ? Peut-on parler d’une histoire ?  

 

Certes le narrateur a  « décidé de passer aux aveux », et raconte ses souvenirs, mais dit-il, « j’ai la flemme d’arranger mes souvenirs selon l’ordre chronologique » (p. 391). Toutefois, on va pouvoir le suivre de son enfance jusqu’à environ 30 ans dans les principaux événements qui l’ont marqué.

Le narrateur s’est retiré dans « un village du Nord, isolé à l’écart de tout » dans une « maison désolée tout en ruine, moi qui ait une vie désolée tout en ruine ». Il va revenir sur sa vie comme un « vaurien vil vicieux abominable », comme le sous-titre du livre l’affirme : un « Portrait de l’artiste en jeune vaurien » en suivant une forme chronologique.

(Cf. en note la structure des chapitres ).******

 

(Chapitres 1 à 5 : De l’enfance à la fin  du secondaire. Il évoquera ses origines, ses parents, sa petite enfance dans un village du Nord. Adopté par un tuteur improbable et militaire, il racontera sa vie en garnison, ses escapades, les vadrouilles avec ses copains, sa haine de la discipline, son peu d’intérêt pour l’école (« Tu trouvais les cours ennuyeux à vomir »), mais le nœud du livre sera sa rencontre avec Nâtaya, la sœur de son nouveau tuteur, qu’il désire et qu’il violera…) Les chapitres 6 à 8 seront consacrés à cette période où l’étudiant découvre Bangkok, les études et la culture, de nouveaux amis « en marge et anticonformiste » , et son grand ami, Nât Itsarâ, le modèle admiré et détesté. Dans les chapitres 9 et 10 le narrateur exposera ses rapports ambigus et contradictoires à la culture, la politique, la Thaïlande. Dans les chapitres 11 à 14, il effectuera un retour sur soi, et examinera son passé récent, pour terminer sur l’évocation de son seul véritable amour, Kangsadâne.)

 

Evidemment, il y aurait beaucoup à dire sur le comportement du narrateur vis-à-vis des femmes, de ses amis, sur sa « morale », sur sa vision du monde, de son monde.

 

 4/ Sa représentation de la Thaïlande ?  


La 4 ème page de couverture annonçait :

« Cette danse d’amour et de mort, éperdue, folle, pulvérise les clichés, platement racoleurs sur un pays thaï qui ne serait qu’un refuge hédoniste ou bouddhiste de notre ère post-moderne. »


Bigre ! Il pouvait être intéressant pour un blog qui se targue de présenter une Histoire de la Thaïlande de repérer les clichés, ou pour le moins de  donner quelques éléments de  la Thaïlande ici représentée. Une première lecture nous donnait aussi le sentiment que cet « artiste en jeune vaurien », terrassait tous « les liens qui unissaient les Thaïs ». Il évoquait avec désinvolture l’Hymne national, discutait sexe avec Bouddha, n’aimait pas les bonzes, les politiques et la politique, et « les fils de pute épris de justice » …  revendiquait « d’enfreindre la loi et la morale ».

On croyait tenir un écrivain connu qui osait combattre la Thainess, l’idéologie nationaliste, les « clichés racoleurs « de ce « beau » pays. Nous trouvions un adolescent révolté à l’école, mais qui faisant semblant de prier et de chanter l’Hymne national et  qui n’osait pas  affronter les autorités professorales,  et ensuite un étudiant, certes en marge et anticonformiste,  prétendant refuser les conditionnements et les postures sociales, mais qui profitaient des chèques de son tuteur. Un jeune homme peu courageux et « opportuniste ».

Un jeune « vaurien » qui ne disait rien sur le Roi, qui faisait l’éloge de Bouddha, revendiquait son désintérêt profond pour la politique, et qui voyait dans les filles de bar de Bangkok, la « beauté triste de  la vie ». Ma deuxième lecture pouvait faire douter qu’on avait là « une pulvérisation racoleuse des clichés ».

 


 4.1 Mais on était bien en Thaïlande.


Les références culturelles et  politiques sont multiples.

On se promène à Bangkok, (la capitale mondiale de la libido, la Sodome des temps modernes »),


Sodome et Gomorrhe


dans Sukhumvit et Hua Lampong, on cite des hôtels, on mange le meilleur tom yam au poisson-bite, on boit un verre dans les gogos, on est dans un camp militaire à Phetchaburi et à Pattani, dans quelques villages de Province, à Preknâmdeng, on rêve « d’aller vivre à Kula Rong Hai, la zone aride au coeur du Nord-Est », on évoque la beauté touristique de Phuket, on escalade une montagne à Mae Hong Son , on participe au festival de Nakhon Si Thammarat avec  ses combats de taureaux, on approuve le style de vie des Karens, on fait un camp « révolutionnaire » dans le district de Bua Yai dans la province de Nonthaburi. On participe à une retraite dans le temple bouddhiste de Souane Môk, on discute sur Bouddha,  sur le Râmakiäne, sur les « événements politiques » qui ont marqués la Thaïlande (Par exemple, les événements du 14 octobre et du 6 octobre, on évoque le journal Chao Phraya du gouvernement Thanin, la directive politique 66/33 de Kriangsak Chamanant, premier ministre…)…

Mais une Thaïlande vue par Saneh Sangsuk, ou pour le moins par le narrateur de Saneh Sangsuk.


4.2 Les références culturelles.


Un style  nourri à la fréquentation des plus grands, des auteurs occidentaux comme des  auteurs thaïlandais. Il cite Joyce, Sartre, Genet, Flaubert, H.G. Wells, Orwell, Koestler, Bellow,  Proust, Rimbaud, Ginsberg, Steinbeck, Sade , Sacher Masoch, Dostoïevski, Tolstoï (et le philosophe indien Tagore) et d’autres … mais aussi des poètes et conteurs thaïlandais , des plus classiques aux romanciers populaires, comme Angkâne Adjne Pandjapane, Rong Wongsawane, Panomtiane, Yacop, Maï Meuang Deum, Keukrit Prâmôte, Ing One, Tchit Bouratat, Souwanni Soukontä (romancière et nouvelliste (1932-1984), les romans d’amour estudiantines de Soupaksone (p. 389) au plus grand poète thaï du XIX ème siècle Sountoune Pou…(que Marcel Barang a soin de nous signaler en notes ), et des moines célèbres thaïlandais comme Pouttatât (Buddhadasa, influent prêtre bouddhiste prônant un retour à la simplicité de la doctrine bouddhiste, nous dit Barang en note) ; Beaucoup d’œuvres, de héros sont aussi cités, comme ceux du Râmakiâne (la version thaïe du Ramayana). Le narrateur lit  le Tripitaka des enseignements de Bouddha…


Tripitaka

 

Bref, les références culturelles thaïes sont effectivement multiples, mais aucune n’est privilégiée, discutée, constitue un modèle. Il ne s’en sent pas le droit : « je comprenais plus ou moins le génie d’un Tolstoï ou de Gandhi, mais parler de Tolstoï ou de Gandhi à des étudiants qui n’en avaient que pour la révolution me valait des drôles de regards (…) Si j’avais un minimum de conscience politique, c’était bien plutôt parce que j’avais lu des ouvrages illustrés de photos sur les événements du 14 octobre et du 6 octobre imprimés et vendus sous le manteau. Ils m’avaient fait sentir l’inconvenance, l’injustice, voire la terrible cruauté de ce que l’Etat avait fait à ceux dont les opinions divergeaient de façon objective ». Il nous explique qu’il était trop jeune. Pour les événements du 14 octobre, il était, au début du secondaire un « garnement » avec ses copains « à planer dans la fumée du haschich », et 3 ans plus tard, pour les événements du 6 octobre, il était «  en fin de secondaire dans le Sud et trop stupide pour comprendre le sens véritable de la liberté et de la démocratie »  (p. 311).

 

Il n’a qu’un modèle, son ami Nât, mais un modèle qu’il doit « tuer » pour exister. Pour l’heure,  il ne sent pas à la hauteur (« Tu ne pouvais me contraindre à être pareil à toi »).

 

4.3  Les références politiques, et la haine du politique du narrateur. 

 

Le narrateur en arrivant à l’université à Bangkok, va se sentir proche d’un groupe d’étudiants « des beaux-arts » de 3 ème année, anticonformiste, vivant « en marge des lieux et de l’époque » et exprimant « librement leurs sentiments », avec « le courage de contester l’Etat (p. 203). « Je me suis mis à les imiter ».

 

Il va  se former à leurs contacts (littérature, cinémas, « art engagé »,  discussions sur la Société, la Révolution …)  et surtout se confronter au plus populaire d’entre eux, celui qui deviendra son meilleur ami, vous l’aurez compris : son modèle Nât. Mais cette « imitation » va vite se transformer en contestation voire en haine. (« je le tuerai …la seule façon pour moi de vivre sans devenir fou  »).

 

Le narrateur n’approuve pas le  discours politique de Nât Itsarâ (pp. 203-204), l’évocation de son passé marxiste et « révolutionnaire »,  son renoncement « révolutionnaire » et sa participation à la commémoration des événements du 6 octobre ou du 14 octobre, son coup de main à la célébration de la journée Rapi ( Du nom du père du système judiciaire thaïlandais, le prince Rapî Râtchâbouridirék-rit. Note de Barang) ou du premier Coup de Feu.

 maquis-communiste

 

(Une fusillade entre paysans et militaires à Sawang Daendin, dans la province de Nakhon Phanom, dans le nord-Est, le 7 août 1965 a marqué symboliquement, pour le PCT, le début de la lutte armée du peuple. Note de Barang).

 

Le narrateur ne  supporte pas ces « préoccupations politiques et éthiques ». « Salopard ! Plus tu t’enfonçais dans tes préoccupations éthiques à la con et plus j’étais occupé à détruire mon sens du bien et du mal ».

 

Toutefois il suit son ami dans un camp « révolutionnaire » où les étudiants aux grandes vacances vont travailler au milieu des ouvriers et paysans « en vue d’accéder au statut de « jeunesse nouvelle » selon l’idéal maoïste » (p. 307).


 mao

 

« On tournait les boutons du poste pour écouter les émissions de la radio clandestine du parti communiste de Thaïlande et radio Pékin. A l’époque, les « oiseaux de feu » du maquis n’étaient pas encore rentrés en ville. La révolution fonçait espoir en tête. Le parti communiste de Thaïlande grandissait comme jamais auparavant. La stratégie d’ « encerclement des villes par les campagnes » (PCT dixit) rapprochait l’heure de la victoire. Le petit livre rouge de Mao Tsé-toung était interdit et, parce qu’il était interdit, il était facile de se le procurer et on le lisait la nuit à la lueur d’un feu de camp nourri comme si c’était un livre sacré (interdiction de prononcer le nom de Mao Tsé-toung sans témoigner de respect) après une journée de labeur et la séance officielle de récréation en début de soirée » (p.308).

 

Mais si le narrateur respecte les « révolutionnaires » (« des militants qui se battent pour la société leur donnait une aura brillante »), il  n’est pas intéressé par la politique (« La politique est un des trucs qui m’intéresse le moins », « en particulier la politique active »).

Il avoue : « j’étais tellement ignorant de l’histoire de la lutte révolutionnaire ». Mais là comme ailleurs, il  se contente de la provocation : « J’en ai marre et je vomis les camarades activistes », jusqu’à l’insulte en les traitant de « fils de pute épris de justice » (p.312)).  

 

Dans le chapitre « L’amour offert en sacrifice »  évoquant sa relation avec Kagsadâne Sakâwarate. (« Pendant les trois ans où j’ai été ton amant, mon univers a semblé se rétrécir et j’ai été heureux »  (p.389)), le narrateur va en fait nous livrer en une page son désintérêt pour toute l’actualité nationale et internationale, politique mais aussi sportive et culturelle en donnant dix exemples suivis d’un « je n’avais pas d’opinion ».

 

« Kriangsak Chamanant était premier ministre. Je n’avais pas d’opinion sur sa pipe ou son fricot de poulet au cognac ou sa directive Politique 66//33. Les étudiants qui avaient pris le maquis après les événements du 6 octobre se rendaient les uns après les autres, ce qui provoquait bien des remous parmi les progressistes à la fac. Je n’avais pas d’opinion. »

 

Et pour que l’on comprenne bien, il tient à nous dire qu’il n’avait pas d’opinion même à propos de la formule populaire de  l’époque  «  J’en ai ras le bol ».

 

Ici, on est dans  l’indifférence la plus complète, ou du moins dans l’indifférence affichée. Il nous l’avait dit : « La politique est un des trucs qui m’intéresse le moins ». Il estime que la littérature dite progressiste, dans la plupart des cas, « que c’était superficiel et répétitif à en mourir d’ennui » (p. 311) » et que les gens qui manifestent, protestent, agissent en moutons de Panurge.  De plus, il se rend compte qu’aucun de ses copains « n’avait pris le maquis pour lutter afin de libérer les masses thaïes ».

 

On a bien un étudiant qui se cherche, et qui n’accepte pas les valeurs et les traditions imposées. Il se rend compte que ses amis anticonformistes sont aussi des moutons et dans la posture, dans le « discours » creux ( « Toutes ces nuits, nous les avons passées à discuter ensemble de ces histoires à la con », et les bonnes « intentions » («  ses bonnes intentions le révoltent (à propos de Nât»).

 

Seul le sexe, l’outrance, trouvent grâce à ses yeux.

 

J'ai fait l'expérience du bonheur sous bien des formes et bien des fois, mais quand j'essaie de mesurer la taille et le volume et la qualité de ces expériences, il se trouve que celles qui m'ont donné le plus de bonheur c'était lorsque je couchais avec une femme, non pas lorsque je suivais les préceptes ou tâtais de l'opium de la marie-jeanne de l'héroïne de la philosophie des arts de la musique et de la littérature à la con. (p. 357).

 

On ne peut pas être plus explicite.

 

4.4 Une vision « transgressive » de la Thaïlande ?  ( l’idéologie nationaliste, Bouddha, les bonzes, les « filles » ….

 

Dès l’école  « Enfeindre la loi et la morale passait pour de l’audace. L’obéissance était le symbole de la rédition » (…)  « la volonté de se poser en affreux était fortement ancré en chacun de nous » (…) « la famille et l’école n’étaient rien d’autre que des établissements de formation de chiens bâtards » (p.131).

 

Il ne veut pas être « un chien », il ne veut pas obéir, mais simule :

 

« Tu chantais l’hymne national. Tu récitais les prières. Tu reprenais le serment d’allégeance d’une voie rendue atone par l’ennui – Nous autres Thaïs De la nation Reconnaissants et gna gna gna …- alors que c’était chiant comme tout » (p. 123).

 

Il ne conteste pas le nationalisme ambiant, le sens de l’hymne. Ainsi à l’université, au milieu de ses amis « révolutionnaires », il apprécie au début leurs contestations, mais là aussi : c’était superficiel et répétitif à en mourir d’ennui. Il préfère la posture de celui qui revendique n’avoir pas d’opinion.

 

Et pourtant il n’hésite pas à dire que Gandhi est un autre homme sublime que j’admire et il est vraiment super, autant que le bouddha.*******

 

Certes, il ose certaines questions peu conventionnelles  comme de savoir le nombre de fois que Bouddha a couché avant de prendre l’habit  (Avant de prendre l'habit, avec combien de femmes le Bouddha a-t-il couché? Essaie d'en faire le compte. Et il n'a jamais mis de femme enceinte - tu en es sûre? - mise à part Yasodhra, son épouse).Ou  En tant que prince, il lui revenait de procréer plusieurs autres petites princesses. Rahul n'était sans doute pas la seule chair de sa chair. Et sa progéniture née de ses nombreuses concubines a des descendants, aujourd'hui encore, dans le nord de l'Inde ou au Népal, tout comme la progéniture de Confucius, qui existe encore aujourd'hui. (pp. 357-358).

 

Il n’a pas la langue de bois et peut critiquer les bonzes : Mais je n'aime pas tellement les bonzes. Peut-être que je les aimerais un peu plus s'ils produisaient quelque chose de leur propres mains, mais reconnait que Bouddha est vraiment « super » ! (Parfois je me surprends à penser à lui, surtout quand je lis le Tripitaka en essayant de voir à travers le brouillard de l'illusion. Je sais. Il est vraiment super).

Finalement, il n’est pas si transgressif. Il ne dit rien sur le roi, admire Bouddha, accepte le Pouvoir en place, a des mots gentils pour les filles de gogo, « la beauté triste de la vie »( p. 317)********

 

Il ne  revendique que le sexe et déprécie « la philosophie des arts de la musique et de la littérature à la con ».

Il ne suffit pas d’avouer ses turpitudes, ses trahisons, d’être un violeur, un provocateur, de se complaire en salaud, en vaurien, en nihiliste…pour retrouver une quelconque valeur. Il ne suffit pas d’avouer son admiration pour Gandhi et Bouddha, pour ne tirer que cette leçon : :  En tout cas, le sexe est quelque chose de merveilleux et qui vaut la peine qu'on s'y adonne.

 

Certes, Saneh Sangsuk est un grand écrivain, mais son narrateur est un minable.

 L'ombre blanche, Portrait de l'artiste en jeune vaurien est un grand livre, mais il nous apprend peu sur l’Histoire de la Thaïlande. Les clichés peuvent perdurer.

 

 

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*23. Notre Isan : Introduction à la littérature thaïlandaise ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-isan-la-litterature-thailandaise-1-79537350.html


**24.Notre Isan : Que faut-il lire de la littérature de Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-notre-isan-la-litterature-dethailande-2-79537520.html 

La liste recommandée par Marcel Barang :Win Liaowarin, (SEAWrite «Démocratie sur Voies parallèles, roman (ประชาธิปไตย บน เส้นขนาน)), Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003. Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002, Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000, Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube,1998. Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998. Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998. Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998., Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992. Mais, dit-il,  il faudrait aussi mentionner Atsiri Tammachote, Sila Komchai, Wanit Jarounkit-anan, Kanokpong Songsompan, d’autres encore.

 *** 25 . Notre Isan :  Pira Sudham, un écrivain de l’Isan, http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-pira-suddham-un-ecrivain-de-l-isan-79537662.html

****26. Pira Suddham, Terre de mousson, http://www.alainbernardenthailande.com/article-26-un-ecrivain-d-isan-pira-sudham-terre-de-mousson-79884217.html

*****Saneh Sangsuk est l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. Il a été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2008. (Il était dans la liste de Marcel Barang)

 

ùédaille


Il fut révélé au public français avec le roman L'ombre blanche, Portrait de l'artiste en jeune vaurien (Seuil, 2000), reconnu par les critiques européens comme un chef-d'œuvre. Ce roman autobiographique est la confession d'un jeune Thaïlandais, qui déballe ses faits d'armes peu reluisants et passe aux aveux. Il raconte sa poursuite du bonheur dans un Bangkok violent et hostile qui l'a amené à se réfugier, tel un ermite, dans un village du nord de la Thaïlande.
Venin (Seuil, 2001) une de ses nouvelles, s'est vendu à plus de 25 000 exemplaires en France
Son dernier roman, Une histoire vieille comme la pluie, (Seuil, 2003) relate les récits envoûtants du père Tiane au cours d'une veillée dans un petit village thaïlandais à la fin des années 60. Contes, légendes et récits : ce livre ouvre une fenêtre sur l'histoire de la Thaïlande en soulignant l'importance de la tradition orale.

*****Cf. notre article sur : Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture, de Pornpimol Senawong, 2006. http://www.alainbernardenthailande.com/18-categorie-11719711.html

 

 

******

Nous n’allons pas ici raconter l’histoire, mais indiquer quelques points de repères.

Ainsi :

Il va donc dans sa « confession » raconter les différents épisodes de sa vie en passant rapidement sur sa petite enfance (ch. 3) à Preknâmdeng ; « Un gosse ordinaire pareil à tous les gosses ordinaires », dont le père, simple bouvier, aspire à la réussite de son fils. Un gosse qui, de 7 à 10 ans, va fréquenter,  l’école du monastère. Un ami « improbable » de son père, Den, un jeune officier, va devenir son tuteur et lui permettre de poursuivre ses études, au camp militaire Pra-djomkalo de Phetchaburi, puis ensuite au camp militaire Atchita de Pattani, On apprendra le suicide de sa mère (« une putain désespérée »)  et que son père « avait dérivé vers la folie » .

 

Il racontera sa vie en garnison, ses escapades, les vadrouilles avec ses copains, sa haine de la discipline, son peu d’intérêt pour l’école (« Tu trouvais les cours ennuyeux à vomir »), mais le nœud du livre sera sa rencontre avec Nâtaya, la sœur de San, un autre officier, collègue et ami de Den, qui est devenu de fait son tuteur, après le départ en mission de Den au Vietnam et au Laos. Nous sommes dans les années 1970 ; (Il est revenu en 1971, blessé, « tu commençais le secondaire »).  

Et on va le suivre dans son admiration de cette fille sérieuse, qui « était comme une soeur ainée » et qu’il va  pourtant violée (fin du ch 3), avec le  sentiment d’avoir aussi trahi Den et San, ses tuteurs, qui subviennent à son éducation et à ses besoins.

 

Le titre du chapitre 4 pourrait être explicite avec  « la destruction d’un rêve ». Mais il reçoit son aveu (enceinte) comme une « condamnation à mort ». De plus, il se voit en porte à faux car il ne l’aime pas et qu’il la voit malheureuse, avec le sentiment de sa vilénie vis à vis de ses tuteurs. Au chapitre 5, il envisage toutes les possibilités : s’enfuir ? le mariage ? « avec des idées noires et le cœur en miettes ». Ce sera la menace et l’avortement… avec la honte ressentie, mais pour Den. Ensuite va commencer une autre période de sa vie à Bangkok, sa vie d’étudiant.

 

II. Chapitres 6 à 9 : la recherche de soi.

Le temps de la faculté à Bangkok : temps des amours, des amis, de la culture… temps de la formation et de la contestation ….

 

Bangkok, la fac, la formation, un style de vie et de pensée, les rencontres (l’ami, le modèle Nât Itsarâ, la mort de Nâtaya et la liaison amoureuse avec Daret) 

 

  • Bangkok, la fac : le nouveau milieu, découverte de la culture, des façons de vivre, l’anticonformisme…
  • La rencontre du « héros », de l’ami Nât Itsarâ, séduction et répulsion
  • Son rapport aux femmes. La mort de Nâtaya. La liaison avec Dârét (il a 19 ans. il raconte 9 ans après), leur vie commune », le refus du père qui envoie ses hommes de main deux fois. Poignardé.(Ch. 7et ch. 8)
  • Revient sur l’ami, Nât Itsarâ, rapport ambigu et contradictoire, rapport à la culture, la politique (Ch. 9)

 

III. Chapitre 10 : Le principe de réalité. Son meilleur ami « héros » se case.

 

  • Ses ballades avec Nât Itsarâ, la découverte de la Thaïlande.
  •  La trahison des idéaux. LE changement. Nât Itsarâ se case, nouveau look (cheveux courts), un travail régulier avec ‘l’ennemi » japonais, rêve petit bourgeois (un métier, argent sûr, achat voiture,  confort, maison/terrain) » (« Qu’est-ce qui ta pris de faire une chose pareille ? »)

 

 

IV. Chapitres 11 à 14 :

  • Les pensées diverses du fond de sa retraite.
  • Son seul véritable amour Kangsadâne (il me semblait que j’étais heureux) (7 ans qu’il la connait) évocation de sa vie, de leurs ballades, mais il l’a abandonnée.
  • L’évocation du drame de celle qu’il a aimé. Kangsadâne  et son professeur de musique (alcoolique et génial), les  leçons de violon, les rapports avec sa fille laissée à elle-même, et   LE VIOL !
  • La descente aux enfers du prof de musique (alcoolique, perd son job, sa jeune  femme volage, le jeu, l’alcool, tue sa femme, sa fille, se suicide en prison)
  • Et la fin (2 pages). Enfin lucide ?  adulte ? fatigué ? :

 

« je t’ai quitté une fois que je t’ai réduite en bouillie. Je n’avais jamais pris le temps de réfléchir. Je n’avais pas assez grandi. Je n’avais pas eu le temps de passer en revue mes actes en tout genre. (…) A cet âge-là, j’étais un barbare romantique, une bête immonde (…) Consciemment ou non, j’ai passé ma vie à faire de ma vie un désert (…) Mon Sahara (…) Ma solitude (…) Adieu, Kagsadâne Sakâwarate.

 

Avec cette dernière phrase, cette dernière provocation :

 

« Que périssent les femmes bien, et que tous les hommes de mauvaise volonté s’unissent ! »

 

Evidemment, il y aurait beaucoup à dire sur le comportement du narrateur vis-à-vis des femmes, de ses amis, sur sa « morale », sur sa vision du monde, de son monde

*******

"Ô hommes aveugles, vous seriez mieux avisés de placer votre organe de vie dans un four brûlant que dans le yoni de la femelle, vous seriez mieux avisés de glisser votre organe de vie dans la bouche d'un serpent venimeux que dans le yoni de la femelle". C'est ainsi que le Bouddha s'est adressé à des moines mendiant surpris en congrès sexuel. Je ne sais pas grand-chose sur la religion bouddhiste, mais le Bouddha est super. Je sais bien qu'il est super. Je l'admire en tant qu'homme sublime. Mais je n'aime pas tellement les bonzes. Peut-être que je les aimerais un peu plus s'ils produisaient quelque chose de leur propres mains. Gandhi respectait scrupuleusement le vœu de célibat des brahamanes. Gandhi est un autre homme sublime que j’admire et il est vraiment super, autant que le bouddha (…) J'ai fait l'expérience du bonheur sous bien des formes et bien des fois, mais quand j'essaie de mesurer la taille et le volume et la qualité de ces expériences, il se trouve que celles qui m'ont donné le plus de bonheur c'était lorsque je couchais avec une femme, non pas lorsque je suivais les préceptes ou tâtais de l'opium de la marie-jeanne de l'héroïne de la philosophie des arts de la musique et de la littérature à la con. Avant de prendre l'habit, avec combien de femmes le Bouddha a-t-il couché? Essaie d'en faire le compte. Et il n'a jamais mis de femme enceinte - tu en es sûre? - mise à part Yasodhra, son épouse. En tant que prince, il lui revenait de procréer plusieurs autres petites princesses. Rahul n'était sans doute pas la seule chair de sa chair. Et sa progéniture née de ses nombreuses concubines a des descendants, aujourd'hui encore, dans le nord de l'Inde ou au Népal, tout comme la progéniture de Confucius, qui existe encore aujourd'hui. Ne vas pas croire que c'est une question historique, une question qui relève des sciences humaines. Passons. En tout cas, le sexe est quelque chose de merveilleux et qui vaut la peine qu'on s'y adonne. Mais le Bouddha l'a rejeté alors qu'il était encore dans la force de l'âge. Il n'était plus performant? C'est là un soupçon d'individu au coeur vil. Il a rejeté le monde des jouissances en tout genre car il savait qu'il est des choses plus sublimes, plus délicates, plus subtiles, plus profondes et c'est vers ces choses qu'il s'est tourné et il lui était indispensable de rejeter le mode de vie ancien. Parfois je me surprends à penser à lui, surtout quand je lis le Tripitaka en essayant de voir à travers le brouillard de l'illusion. Je sais. Il est vraiment super. J'essaie seulement de le voir de façon réaliste. Je ne suis pas du tout présomptueux. (pp. 357-358)

 ********Bangkok et la « beauté triste de la vie ».

 p. 317 Ce qui voulait dire que s'en était fini des dérives dans les nuits fébriles de Bangkok, de toutes ces fois où je rentrais saoûl pendu à ton cou, vacillant titubant parmi les lumières de couleur qui font de tout homme un immortel provisoire, de ces nuits où je commençais à m'habituer aux poses provocantes des voyous protecteurs de bars; aux obscénités con-cul-pissantes des filles de bars à gogo, les filles les moins vêtues au monde, qui se contorsionnent lascives au rythme de la musique et qui, parfois, quand elles ôtent sournoisement leur dernière frusque, lèvent haut la jambe pour frapper du pied un mobile fait de coquillages accroché au plafond bas; à la solitude des filles au coeur brisé, qui vernissent de gaieté feinte leur esseulement d'oiseau loin du nid; aux débits de boissons aux serveuses aux seins nus et aux débits de boissons qui ont un miroir pour plancher et des serveuses en minijupe sans sous-vêtement et aux bordels en tout genre qui pullulent, autant d'endroits où la morale est raide morte, mais c'est dans ces putains d'établissements qu'on voyait une barquette d'offrande aux bonzes dont l'arbuste artificiel était fleuri de billets de banque de dénominations diverses que les papillons de la nuit iraient offrir à quelque monastère, celui de leur village natal probablement. Telle était la beauté triste de la vie. Peut-être avait-elle toutes sortes d'autres beautés cachées, mais toutes tristes. ( p. 317)

  

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 04:01

2La Légende de Suriyothai de Chatrichalerm Yukol (2001). Ou comment utiliser le cinéma pour « inventer » l’Histoire du Siam.


Il ne s’agit pas ici de « raconter » le film  ou d’en traiter l’esthétisme (par ailleurs excellent), ni de le « juger » dans l’histoire du cinéma thaïlandais,  mais de présenter sa fonction  idéologique, à savoir, comment il a participé et participe au nationalisme thaï et à la Thaïness, que nous avons par ailleurs déjà étudié. (Cf. en note les liens **)


1/ La Légende de Suriyothai est un film thailandais réalisé par Chatrichalerm Yukol*  en 2001,


Chatrichalerm Yukol

 

racontant l'histoire de la reine Suriyothai, participant à côté de son royal époux à une bataille en 1548 contre les envahisseurs birmans, et se sacrifiant pour sauver la vie de son roi Chakkraphat Maha  (1548-1569) et de son royaume.


C’est aussi le film qui en Thaïlande a droit à tous les superlatifs :

  • « Ce film, le plus ambitieux du cinéma thaï jusqu'ici a exigé pas moins de cinq ans de recherches archéologiques et historiques ».
  • Suriyothai est également le plus grand succès de l'histoire du cinéma en Thaïlande, où il a détrôné Titanic.
  • Le film le plus cher jamais réalisé en Thaïlande.
  • La première fois que le cinéma thaïlandais transgressait le tabou de représenter au cinéma la vie d'un souverain « réel ».
  • Le film initié et soutenu par la reine de Thaïlande.
  • Un film produit pour la version américaine par Francis Ford Coppola !

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Avec un objectif bien précis :

  • Le réalisateur, le Prince  Chatrichalerm Yukol, a précisé que la reine Sirikit était à l’origine du film, et qu’elle voulait que par ce film, le peuple thaïlandais ait une meilleure compréhension et soit fier  de son Histoire, et qu’il éveille à l’étranger, une belle réputation  pour l’esthétique et l’Histoire de la Thaïlande.

2/ Ce film était donc plus  qu’un film.

Il avait aussi la fonction idéologique de raconter « officiellement »  l’Histoire d’une période  du Siam (cautionnée par le soutien et l’aide de la reine), à travers l’ « héroïsation » d’une de ses reines, en rappelant au passage une victoire en 1548, sur « l’ennemi héréditaire », les Birmans  …   (qui raseront et anéantiront le royaume d’Ayutthaya en 1767).

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Tout à chacun pouvait donc noter  ce qu’il apprenait sur cette période du Siam et vérifier ensuite la « véracité » de l’Histoire racontée.


3/ Une Histoire inventée ?


Il nous fallait 15 mn de recherche pour, en partant de l’information officielle donnée par le « making of » du film :

  • Apprendre que le film avait été « écrit » à partir de « documents « envoyés  par Domingos de Seixas, un mercenaire portugais au service du Royaume d'Ayutthaya (1524 à 1549) au roi Jean III du Portugal (1521-1557).
  •  
  • seixas
  • Trouver qu’il n’y avait, dans ces documents,  aucune ligne concernant la princesse Suriyothai.
  • Qu’un auteur portugais sérieux, comme Pinto Fernão Mendes (1514?-1583), in Voyages et aventures d'un Portugais, ne disait aussi  aucun mot sur cette reine.
  • Etre étonné qu’on pouvait trouver 3 lignes sur cette histoire, mais dans une chronique dont personne ne donnait la référence.

 

  • Découvrir, avec surprise, que nous avions donc une histoire inventée. 

Ensuite nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce Domingos de Seixas et son témoignage, que le making of du film présentait comme l'un des documents les plus importants sur l'histoire thaïlandaise de cette période (et dont  le rapport au roi Johan III du Portugal était enregistré par le Comité portugais des historiens) (sic).

 

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Or, nous n’avons trouvé aucune trace de  l’existence de ce mercenaire, ni de référence pour ces fameux  « documents », outre ceux reprenant « l’information officielle » du film.

On s’est demandé alors s’il était crédible  qu’un simple mercenaire de base comme Seixas puisse adresser une « correspondance » au Roi du Portugal ? (comme si par exemple un marin français de l’ambassade de 1685 se serait permis d 'écrire au Roi Louis XIV ?)


On pouvait, pour le moins, s’étonner qu’un film qui avait pour ambition de donner une « belle image » de l’Histoire du pays puisse s’écrire à partir d’un texte étranger (un mercenaire ?) que personne ne pouvait lire.

 

Nota. Depuis la pubication de cet article nous avons reçu de deux aimables correspondants portugais, l'assurance que ce mercenaire a existé et que ses témoignages existent bien à la Bibliothèque Nationale portugaise, notamment chez Domingos de Seixas et Fernao Mendes Pinto. Malheureusement ces "documents" ne sont pas numérisés et donc nous ne pouvons pas les consulter.


Cf. notre réponse à ces deux commentaires dans notre blog.

 



4/ Le cinéma au service de la Thaïness.


Nous avons alors immédiatement pensé  au nationalisme et à la Thainess !

Nous l’avions déjà étudié, et nous avions la chance de pouvoir lire un article écrit par la jeune « docteur » Amporn JIRATTIKORN

 

amphorn

 

(Note***),  Suriyothai: hybridizing Thai national identity through film, qui allait le confirmer et montrer, comment en 2001, ce film participait en fait, au combat idéologique de la construction de l’Identité thaie.

 

Une nouvelle forme de la Thaïness ?


4.1 Jiratticorn rappelle le contexte international.

La volonté affichée par les Autorités (et par notre réalisateur) après la grande crise de 1997 de revenir à la culture « authentique » thaïe et de faire face au modèle étranger et de se défendre contre « l’invasion » de la culture étrangère.

Ainsi le discours du Roi du 5 décembre 1997 prônant « la théorie de l’autosuffisance », relayée par les vulgarisateurs du Ministère de l’Agriculture (Cf. aussi p.372 Roland Poupon, in Thaïlande contemporaine, 2011) , le gouvernement encourageant «  les Thais à aider les Thais et à acheter thai », le retour à une musique plus authentique avec  le succès du lukthung (country thaie).


Le réalisateur Chatrichalerm Yukol était explicite :

« J’espère que le film Suriyothai va défendre notre culture et ouvrir la voie aux autres. Nous sommes colonisés par le cinéma d’Hollywood et le cinéma chinois. Nous avons perdu notre identité culturelle » (1999) ;

et Jiratticorn de citer une des dames de compagnie de la reine affirmant que le making of du film a été initié par la reine, qui l’a  aussi financé et joué un rôle fondamental dans la réalisation ( ne serait-ce que par la collaboration de nombreux militaires de l'Armée Royale  et de la Marine Royale thailandaises dans les scènes de bataille et l’autorisation accordée de tourner  dans certains lieux, qui aurait été difficile, voire impossible pour tout autre ).


4.2 Les sources historiques pour la reine Suriyothai ?


Jiratticorn donne 3 sources principales (nous en proposons une autre en note ****) :

  • la première de  Ferna’o Mendès Pinto, ‘the Travels of Mendes Pinto’, 1614. Il évoque la bataille du 19 juin 1548, mais il ne mentionne pas la reine Suriyothai d’Ayutthaya.

 Mendes 1-10

 

  • la deuxième où le nom de la reine ‘Suriyothai’ est mentionnée, a été écrite dans une chronique, 247 ans après la bataille par Pan Jantanumas.
  • la troisième a été écrite par Laung Prasert, 114 ans après l’événement.

 

  • A ces 3 sources Jiratticorn évoque le règne le règne de Rama IV (1851-1868) où, face au colonialisme, on a « construit » un glorieux passé en choisissant pour la période d’Ayuttaya plusieurs héros et une seule héroine, Suriyothai. (Sunait 1994) (avec une chronologie d’Ayutthaya, reconnue ensuite par de nombreux historiens qu’elle ne cite pas).

(Cf. notre article 9** sur le nationalisme thaï où nous montrons aussi  le rôle de Rama V (1868-1910) dans le processus d’unification de la nation thaïlandaiseet, en parallèle, la modernisation du royaume sur le modèle occidental et comment son successeur le roi Rama VI (1910-1925) donna au nationalisme thaïlandais une dimension culturelle et mis en avant le principe de « Thaï-ness » (modèle culturel issu des caractéristiques communes aux ethnies thaïes censées constituer le nationalisme).)


4.3 On avait bien là un renouveau du nationalisme thai pour faire face, entre autre,  à la grave crise financière et économique de 1997.


Et dans  une période où le cinéma thai, dit Jiratticorn, a eu un certain succès à l’international et en Thaïlande avec Nang Nak, Bang Rajan, Fa Talai Jone, Kang Lang Phap (Behind the Painting), The Moonhunter Jan Dara, et bien sûr  l’histoire de 3 femmes dans l’Histoire thaie Suriyothai. Suphankalaya,  et Anna et le roi.


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Le discours du Roi de 1997  proclamait bien solennellement la nécessité d’un retour aux valeurs locales, à l’autosuffisance économique.


La Légende de Suriyothai s’inscrivait ainsi comme un acte de résistance face à une invasion étrangère et  un autre exemple « royal » pour préserver la souveraineté nationale.


Elle donnait chair aux histoires des héros nationaux racontées dans les manuels scolaires (par contre, Jiratticorn avoue ne pas savoir quand exactement Suriyothai est arrivé dans les livres scolaires.). En effet, tous les jeunes enfants thais ont appris à admirer leur princesse Suryothai, son héroïsme, son courage face à l’ennemi, son sacrifice pour son pays et son  royal époux. 


Certes chaque nation a besoin de raconter son Histoire en présentant son « glorieux passé », en privilégiant ses victoires et ses héros, mais encore faut-il qu’ils aient existé.


Pour le grand historien thaï Thongchai Winichakul,


thongchai winichakul 512x288

 

qu’elle cite, l’ histoire  a été écrite il a 100 ans, non sur la base d’ une histoire réelle , mais sur les conventions d’un genre et d’ un idéal féminin, (correspondant à l’idéologie patriarcale) : une femme dévouée à son mari et qui se sacrifie pour sauver son pays.


Un rôle à la mesure de la reine (qui voyait un certain parallèle avec son « sacrifice » au service du pays), qui, nous l’avons dit, a soutenu, aidé, contribué au succès du film, consciente de son rôle idéologique.


Une héroïne digne de ce nom, loin de la récupération étrangère hollywoodienne  plutôt néo-colonialiste d’Anna et le roi, et du nouveau culte populaire non contrôlable de la princesse Suphankalaya, sœur du grand roi Naresuan, qui avait aussi libéré Ayutthaya en 1569 (mais cela est une autre histoire que nous raconterons). On trouvait son effigie sur tous les supports (peintures, statues, posters, médaillons) et  accrochée aussi bien dans les supermarchés, que dans les gogos et les taxis. Un moine  respecté, Lunag Poo Ngone Soraya, avait même déclaré avoir rencontré son esprit lors d’une de ses méditations. Beaucoup attestaient que leurs offrandes avaient été couronnées de succès.

                                               ________________________

 

La conclusion de Jiratticorn est sans appel.

 

Le film « La légende de Suroyothai » est une  réponse de la Thainess à la grave crise économique et culturelle de 1997. La reconstruction d’un passé glorieux  a toujours été une nécessité pour répondre aux besoins du présent. La création de héros et de légendes a souvent servi à unifier le pays et répondre aux besoins fondamentaux  du Pays.

 

Everything about Suriyothai can be bought, sold and understood as ‘Thai-ness’, dit-elle.

 

C’est clair, non ?

 

 

__________________________________________________________________________

*Voir notre article présentant le cinéma thailandais et le réalisateur  Chatrichalerm Yukol  : http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-44-le-cinema-thailandais-84843680.html

 

** 4 de nos articles présentant le nationalisme et la Thaïness :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-pour-comprendre-la-crise-actuelle-la-thainess-63516349.html 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-13-le-nationalisme-et-l-ecole-68396825.html 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-13-le-nationalisme-thai-73254948.html 

***Amporn JIRATTIKORN, Suriyothai: hybridizing Thai national identity through film, Inter-Asia Cultural Studies, Publication details, including instructions for authors and subscription, information: http://www.tandfonline.com/loi/riac20

Amporn JIRATTIKORN, Ph.D. en anthropologie de l'Université du Texas à Austin, 2008. Centres d'intérêt : les flux des médias en Asie, la piraterie, l'immigration, le nationalisme et le transnationalisme entre ​​la Birmanie et la Thaïlande…


**** Cf.le prince Damrong Rajanubhab, Nos guerres avec les Birmans: thaïe-birmane .Conflit 1539-1767, ISBN 974-7534-58-4

Il est dit que ce livre publié en 1917 a été très populaire, et que  le prince Damrong Rajanubhab, en racontant cette page de l’Histoire nationale, a rendu célèbre l'héroïsme de la Reine Suriyothai, le duel des éléphants à Nong Sarai, le Roi Naresuan et sa «déclaration d'indépendance », la résistance exemplaire de Bang Rachan, et le drame de la chute d'Ayutthaya

 

***** Trouvé dans un forum :

 

http://w2.webreseau.com/fr/services/forums/message.asp?id=307534&msgid=1589049&poster=0&ok=0

 

 

Bernard Suisse
France

Posté le: 
20/4/2002 16:47

Sujet du message: 
Suriyothai - Les sources historiques

 



Email: 
memoires-de-siam@noos.fr

 



En ce qui concerne la reine Suriyothai, de quels documents dispose-t-on ? J’aurais envie de dire d’aucun, son nom n’est pas même mentionné dans les Chroniques royales où elle apparaît simplement sous le nom de « la Reine ». Quant au Phra Racha Phongsawadan de Luang Praset, qui paraît-il a servi de source principale au film, il consacre à peine quelques lignes à la souveraine. D’où vient-elle, qui est-elle ? C’est une évidence, historiquement nous n’en savons rien, et seule sa mort est connue avec quelque certitude. C’était une gageure de faire un film de trois heures avec si peu d’éléments, mais l’obscurité même de l’histoire a servi les scénaristes. Tous les évènements politiques ou militaires racontés dans le film sont réels, et sur cette trame historiquement correcte, le destin de la reine Suriyothai vient se superposer d’une façon harmonieuse et plausible. Rien ne nous garantit la véracité des faits racontés, il y a très peu de chance que les choses se soient bien passés ainsi, mais rien ne peut nous prouver qu’ils sont faux. 
Le prince Chatrichalerm l’avoue bien volontiers : « En tant que réalisateur, je suis autorisé à me servir de mon imagination davantage que les historiens. C’est un film historique, mais c’est assurément mon interprétation de l’histoire. » Etant donné les très infimes éléments dont il disposait, il valait mieux effectivement, avoir beaucoup d’imagination. 

Bien amicalement
-----
Bernard Suisse

 

 Sans titre-1 copie

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 03:01

 

 

19195244Le cinéma thaïlandais ? 

 

Nous avons dû être nombreux et surpris, au mois de mai 2010, d’apprendre que le  réalisateur thaïlandais  Apichatpong Weerasethakul   venait de recevoir la palme d’or du festival de Cannes avec « Oncle Boonme celui qui se souvient de ses vies antérieures ».

Il était récompensé après des films comme  (pris au hasard de la mémoire) : La dolce vita, Un homme et une femme,   Apocalypse now,  Adieu ma concubine, Pulp fiction, Underground, Rosetta, Le Pianiste, Entre les murs, Le ruban blanc…Notre ami Michel avait même consacré un article dans notre blog pour souligner « cet événement ».

 

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Il y avait donc un réalisateur thaïlandais qui devait certainement avoir une oeuvre derrière lui, un cinéma thaïlandais avec son histoire, ses réalisateurs, ses œuvres, ses idées, ses « visions du monde ».

Comme tout  à chacun on se souvenait de quelques films vus ces dernières années comme Ong Bak,  Bangkok dangerous, Citizen dog, Bang Rajan, Satreelex, the Iron ladies, Tropical malady…  On avait le  préjugé qu’en général les Thaïlandais aimaient surtout les films de série B avec ses films d’horreur, d’action, de comédie plutôt lourde et le mélange des genres. Il pouvait être intéressant, comme pour la littérature thaïlandaise, de trouver un chemin d’accès, avec ses repères historiques, les réalisateurs qui ont marqué et qui font actuellement son actualité, les questions artistiques qu’ils se posent, les principaux films à voir. Enfin, on pouvait essayer, à charge pour nous de compléter et de corriger ultérieurement.  

bangkok dangerous 02


1/ Quelques repèrehistoriques.

Le frère du roi Chulalongkorn, le Prince Sanbassatra est considéré comme le père du cinéma thaï (1897) et  en 1920, une industrie cinématographique locale commence sous l’impulsion surtout du prince Kambeangbejr, qui anime le Service du Film du State Railway of Thailand et qui va permettre aux premiers cinéastes de se  former avec de nombreux documentaires de promotion pour le chemin de fer et d'autres organismes gouvernementaux Une des premières œuvres produites fût Sam Poi Luang: Grande fête dans le Nord, outre Miss Suwanna de Siam (1923),

 

Miss suwana 03

 

l'un des premiers films thaïlandais connus. En 1927 les frères Wasuwat produisent Chok Sorng Chan (Double Chance),dirigée par Manit Wasuwat. Cette même année, une autre société cinématographique, Tai Phapphayon thaïlandaise Company, produit Mai Khit Loei (Unexpected).

Mais 17 films seulement ont été réalisés entre 1927 et 1932 dont il ne restent que quelques fragments.


L'âge d'or

Le premier film parlant thaï  sort le 1er avril 1932 Thang Long (L’ égaré), produit par les frères Wasuwat (Cie Si Kroung), C’est un film idéologique dans la période de réforme politique. En 1933, le premier film couleur est Trésor Papy Som (Pu Som Fao Sap) et en 35 mm, en 1938 Klua Mia (la femme-phobie) par le studio Srikrung.

Mais la dictature de Phibun oriente la production au service de la propagande nationaliste. Son principal opposant Pridi Phanomyong

 

Pridi 04

 

produit L’ éléphant blanc du Roi , en 1940, avec les dialogues en anglais , pour dénoncer la direction militariste prise par son pays.

 

elephant blanc 05


Les campagnes connaîtront surtout le folklore des films itinérants  organisés en plein air dans les villages tantôt par les vendeurs de médicaments ou par différents sponsors  à l’occasion des fêtes des temples, de village ou autre ordinations et crémations (Fouquet). Ils étaient doublés en direct ( jusqu’aux années 1970). Deux films contemporains rendent compte de cette épopée :  Transistor Monrak ( 2000 ) et Bangkok Loco ( 2004).


L'après-guerre: L'ère du 16 mm

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le cinéma renaît de façon artisanale, en utilisant les excédents  des films en  16 mm en noir et blanc à partir des stocks de guerre des films d’ actualités. Les films sont doublés en direct. (Ce standard a été utilisé jusqu’en 1972). On peut retenir deux films produits en 1946. Un film d'action , Chai Chatree (Brave Men), dirigé par le journaliste- cinéaste Sawetanant Chalerm, avec un scénario écrit par l'écrivain Malai Chupinij. L'autre film a été une adaptation d'un conte populaire , Chon Kawao (Le Village de Chon Kawao).  On attribue le premier succès de l'époque en 1949 au film Suparb Burut Sua thaïlandaise ( !). La production de petites compagnies éphémères « passe de10 films en 1947/49 à 50 dès le début des années 50. Elle embrasse tous les genres possibles, de l’adaptation des légendes traditionnelles à d’exotiques westerns thai, kung-Fu thai voire Zorro thai »(Cf.Fouquet). Elle s’éteint en 1970 avec la mort accidentelle de la grosse vedette de l’époque, Mitr Chaibancha.


MitrChaibancha 06


Le 35 mm et une 1ére reconnaissance internationale

Le réalisateur Rattana Pestonji


Rattana 07

 

va utiliser le  35 mm et être  le premier thaïlandais en 1954 (1953 ?) (dont le scénario était de Vichit Kunawudhi , l’un des cinéastes les plus importants des années 60/80)  à proposer un film  dans une  compétition internationale, au Asia Pacific Film Festival de Tokyo , et en 1961 avec  Soie noire , et à  présenter le premier film thaïlandais en compétition au  Festival de Berlin.

Mais la production annuelle de films sonores se limite à 2, 3 films par an. En 1970,  deux films remportent un grand succès : Le charme du luk thung de Rangsi Thatsanaphayak et Thon de Piak Poster. On assiste à une amélioration technique avec un jeu des acteurs plus « naturel » mais toujours doublé dans un ton toujours « théâtral ».

Les thèmes ne varient guère puisque sur 200 films en  3 ans, on ne cite que 4 films ayant le courage d’aborder des thèmes sociaux comme Piak Poster avec L’Amant en 1972 traitant de l’adultère, Chatri Chalme Yukhol, en 1973 avec un certain Khan , en 1974 Thepthida Rongraem , La Madone du bordel, Khamrak sut Thai avec Le dernier Amour abordent la corruption, la prostitution et la condition féminine. Toutefois seulement 33 films sortiront entre 1973 et 1976.

En 1977, le gouvernement thaïlandais impose une lourde taxe sur les films importés. Hollywood impose un boycott. La production locale explose (plus de 150 films en 1978 par exemple), mais pour sortir de films d’action bon marché et des films  bas de gamme. Les critiques évoquent une « eau puante » ( Nam Nao). On peut imaginer le style !

Toutefois le Prince  Chatrichalerm Yukol réalisent des films « audacieux », dans les années 1970,  avec Khao Chue Karn (Dr Karn), qui traitait de la corruption dans  la fonction publique ou Hôtel Angel (Thep Thida Rong RAEM), de la  prostitution . De même Vichit Kounavudhi ose un film sur la coutume qu’ont de nombreux thaïs « riches »  de prendre une seconde épouse (la mia noï), ou encore avec Son nom est Boonrawd (1985) sur  la prostitution autour d’une base américaine  pendant la guerre du Vietnam . Vichit est également connu pour deux fictions sur Les  gens des montagnes (Khon Phukao), un récit d'aventure d'un jeune couple des tribus montagnardes, et Look Isan (Fils du Nord-Est), sur les difficultés de vie d’une famille d'agriculteurs d’Isan  dans les années 1930.

Également en 1985, Euthana Mukdasanit

 

 

EutEuthah 08

 

fait un film Pipi Seua lae Dawkmai (Fleurs et papillons  ), sur les difficultés rencontrées le long de la frontière dans le Sud de la Thaïlande et sur les relations entre le bouddhisme et la religion mulsumane. Il a remporté le prix du Meilleur Film au Festival du Film International d'Hawaii .

La nouvelle vague thaïlandaise

Nous avons lu qu’en 1981, les studios d'Hollywood inondent de nouveau le marché thaïlandais   avec la télévision comme bon relais. Mais Fouquet nous dit que si la production annuelle était de 130 films et d’une centaine de 1982 à 1990, une dizaine au milieu des années 90 ,  « elle amorça alors une chute libre pour tomber à 6, fin 98 ».

Il faut attendre  Nonzee Nimibutr , Pen-Ek Ratanaruang et Wisit Sasanatieng  , venant de la publicité à la télévision,  pour voir enfin le succès et une nouvelle reconnaissance internationale. En 1997, Nonzee,  obtient un succès commercial avec Jeunes gangsters, et surtout avec Nang Nak,  et Pen-Ek, voit son film Fun Bar Karaoke , sélectionné au Festival de Berlin ( la première fois depuis  vingt ans).

Wisit, qui a écrit des scénarios pour Dang Bireley Nang Nak  voit Les Larmes du Tigre Noir ,


 

larmes du tigre noir 09

 

inscrit au programme  du  Festival de Cannes . Les frères Pang venu de Hong Kong , se font remarquer avec  Bangkok Dangerous et The Eye 1 et 2.

Ou si vous préférez l’expert Fouquet :

« Le public des salles se trouva réduit à un public d'adolescents aux goûts aussi stéréotypés- dans des genres aussi divers que la comédie (Yongyooth Thongkontun avec Satri lek, 2000),le film noir branché (Oxyde Pang avec Bangkok Dangerous, 2000), le film historique à hémoglobine (Tanit Jitnukul avec Bang rajan, 2000), voire le film thaï traditionnel dans tous ses états exotiques (Nonzee Nimibutr avec entre autres Nang nak, 2000) -; mais aussi des talents plus originaux. Le premier fut Pen-ek Ratanaruang avec, dès 1997, Fan ba karaoke (Fun Bar Karaoke) et qui depuis, via 6ixty-Nin9 (1999), Monrak Transistor (2001)

et Last life in the Universe (2003) a développé un regard ironique et critique

sur la société thaïlandaise contemporaine en même temps … tandis que le plus radical est sans conteste Apichatpong Weerasetsakul, dont le premier long-métrage Blissfully Yours a été présenté à Cannes en 2002, en même temps que Monrak Transistor. Peu de temps auparavant, Wisit Sasanatien avait réalisé Fa thalai chon

(Les Larmes de Tigre Noir, 2000), premier film thaïlandais jamais présenté

à Cannes (2001) et surtout hommage nostalgique au cinéma populaire

thaïlandais ».

 

Le film indépendant

Une nouvelle culture de cinéastes a grandi en dehors du système des studios traditionnels thaïlandais. Apichatpong Weerasethakul  est le plus connu.


 

apitachong 10

 


En 2002 Blissfully vôtre  remporte le Prix d’ « Un Certain Regard » au Festival de Cannes . Tropical Malady , sera aussi lauréat du Prix du jury au Festival de Cannes. Mais ces deux films auront des problèmes avec la censure et n’auront qu’une projection limitée en Thaïlande (CF. chapitre infra sur la censure).

Parmi les autres réalisateurs indépendants on peut citer Aditya Assarat , Anocha Suwichakornpong , Pimpaka Towira, Pramote Sangsorn , Thunska Pansittivorakul et Sompot Chidgasornpongse, Le fleuve de Chao Phraya (1998) Mingmongkol Sonakul, (elle a produit des films de Apichatpong Weerasethakul ( Mysterious Object at Noon ); Pen-Ek Ratanaruang , y compris les Vagues invisibles ; Pimpaka Towira l ' One Night Husband et la mine d'étain par Jira Maligool . Son premier long métrage, I-San spéciale , 3 Amis , co-réalisé avec Aditya Assarat et Pum Chinaradee, et mettant en vedette Napakpapha Nakprasitte


2/Ainsi une première liste de réalisateurs et de films   se dessine pour donner une idée du cinéma thaïlandais dans sa variété, même s’il faut noter une faible production annuelle de qualité.

Apichatpong Weerasethakul – qui a remporté trois prix au Festival de Cannes , dont la Palme d'Or en 2010. « Blissfully Yours » et « Maladie Tropicale », « Oncle Boonme celui qui se souvient de ses vies antérieures 

Le prince Chatrichalerm Yukol, le »vétéran » , le réalisateur de La Légende de Suriyothai


 

 

suriyothai 11

 

(2001) et d’autres grandes fresques historiques comme Naseruan  (la vie d’un roi d’ Ayuthia) (2010) ainsi que des films à thèmes sociaux comme Thoongpoon Khokpho (citoyen à part entière), Siadaï (Dommage)…

Cherd Songsri  (1931-2006) : son œuvre la plus connue Plae Kao (La cicatrice). Il a remporté un prix en 1981 au Festival de Trois Continents de Nantes , France . 

Nonzee Nimibutr – qui à la fin des années 1990 a  redynamise l'industrie du cinéma thaïlandais)avec en  1997 : Antapan Krong Muang), en 1999 : Nang Nak  et réalise  son somptueux Jandara, (2001). (Nonzee Nimibutr se retrouve avec  Peter Chan se retrouvent au générique de Trois Histoires de l'Au-Delà, dont ils réalisent chacun une partie). 2003 : OK Baytong, en 2008 : Pirates de Langkasuka

Pen-Ek Ratanaruang

 

Pen ek Rattanaruang12

 

– Présent dans les grands festivals internationaux, comme en témoigne son Fun Bar Karaoke (qui parle justement des influences occidentales sur la société thaï) qui  fait en 1997 le tour du monde grâce à sa projection à la Berlinale.  Depuis quelques années, chaque film de Pen-Ek Ratanaruang est un événement mondial, comme Vagues. Aurélien Ferenczi, de Télérama.fr rend compte de la sortie de Ploy en salle en France le 16/4/2008 (Trois inconnus enfermés dans une chambre d'hôtel. Un léger soupçon dégénère en jalousie, quand l'apparition d'une jeune femme provoque des conséquences dévastatrices pour un couple marié …) 

Rattana Pestonji  1908/1970),

 

 

Rattana 13

 

le « pionnier »,  le premier cinéaste thaïlandais présent dans une compétition internationale.  Rongraem Nark, (l'enfer à hôtel)  Son premier film en couleurs a été en 1958 Sawan Mued ( ciel sombre ), qui  comporte des chants et quelques scènes de bataille spectaculaires. Prae Dum ( soie noire ),  est considéré comme le premier film noir et comme le meilleur travail de Rattana ,a été en compétition au 11e Festival de Berlin en 1961. Son dernier film a été fait en 1965, Nahmtaan Mai Waan ( sucre n'est pas sucré ). Une farce romantique,

Vichit Kounavudhi 

 

 

Vichit 14

 

L’un des rares à avoir évoqué la vie des « tribus montagnardes avec  Les gens des montagnes (Khon Phukao) (1979), et les difficultés de vie d’une famille d'agriculteurs d’Isan  dans les années 1930 avec  Look Isan (Fils du Nord-Est)

Wisit Sasanatieng - scénariste pour deux des films Nonzee, Gangsters Dang Bireley et les jeunes en 1997 et  le thriller fantôme, Nang Nak en 1999.  s'est fait connaître à Cannes avec Les Larmes du Tigre Noir,  un hommage aux films d'action thaïlandais de 1960 et 1970.  En 2000 ce film sortait sur les écrans français. Depuis, son récent Citizen Dog a obtenu le Prix de la Critique Internationale à Deauville Asie 2005.

Les frères Pang avec le thriller stylisé Bangkok Dangerous, The Eye (2002) et The Eye 2 (2004). Outre leurs multiples films de fantômes, les frères Pang tournent aussi à Hong Kong en 2004 Leave Me Alone, comédie avec Ekin Cheng et Charlene Choi.

Arnaud Dubus dans son livre très documenté sur la Thaïlande (Les Guides de l ’Etat du monde ) cite d’ailleurs dans son chapitre « la palette de saveurs d’un cinéma créatif et impertinent » :  le Prince Chatrichalerm Yukol, Yuthana Mookdasanit, Witjit Khunawout et Choet Songsri et la « nouvelle vague » des années 90 avec Apichatpong Weerasethakul, Pen Ek Ratanaruang, Nonzee Nimibutr. Il reconnait le cinéma audacieux de Apichatpong, l’approche plus traditionnelle de Nonzee qui « revisite les grands thèmes de la culture nationale » comme dans « Nag naak (Madame naak), le « facétieux » Pen-ek « qui remporte un large succès en Thaïlande » avec par exemple Mon rak transistor, last life in the Universe

Mais une première liste qui indique surtout ceux qui ont reçu une reconnaissance internationale, alors que le cinéma populaire est plus important et très différent, à l’instar, peut-être, comme en France, du vieux débat entre le cinéma d’auteur et le cinéma commercial

.

3/ Quelles pourraient être les caractéristiques du cinéma thaïlandais ?

3.1 Deux cinémas ?

Un « cinéma » qui répondrait plus aux normes et à l’esthétique occidentale et un cinéma qui serait plus « thaïlandais » et conçu pour les Thaïlandais !

Dans son étude « Profondeurs insoupçonnées (et remugles?) des "eaux croupies" du cinéma thaïlandais » Fouquet nous montre son étonnement admiratif devant les propos tenus par Jurée Vichit-Vadakan qui revendique les « figures convenues du mélodrame larmoyant avec ses digressions longues, lentes, « incohérentes et décousues » (sic) , loin de de tout lien avec la réalité sociale  qui constituraient le « reflet cinématographique le plus authentiquement thaï que l’on puisse imaginer », loin dit-il, du cinéma engagé alors du cinéma tiers-mondiste et des films thaïs connus en Occident .

 

Ainsi Melaine Brou dans Thaïlander  (10 février 2011), nous dit que «   Le cinéma thaïlandais s’est fait connaître en Occident, et particulièrement en Europe, dans le courant des années 2000 grâce à des films singuliers, empreint d’une fraîcheur propre aux pays du sud-est de l’Asie. Mais dans le Royaume, la réalité est tout autre.

 

3.2 Genres et mélanges de genres. 

Un cinéma thaïlandais qui se caractériserait par un mélange des genres ou « Un genre au sens thaï du terme apparaît avant tout comme une forme dramatique  impliquant une saveur dominante et des saveurs secondaires qui lui sont obligatoirement associées » (écrit Gérard Fouquet, auteur d’une thèse sur le cinéma thaï contemporain. Cité par Dubus).

Un système des saveurs et des genres, que Fouquet nous dit de tradition indienne, avec des combinaisons standard,  des situations, personnages,  jeux, décors … convenus, facilement reconnaissables, dont justement le spectateur thaï apprécie la « saveur », les « émotions » .  Ce qui ne veut pas dire que certains n’ont pas cherché aussi un récit « cohérent » comme M. C. Chatri Chalerm Yukhol et ensuite  Euthana, Permpol, Cheyaroon - Chiwit batsop (Saloperie de vie, 1977) — ou encore de Manop Udomdej - Prachachon nok (En marge de la société, 1981)…


Un bon film thaï populaire doit donc mélanger les genres. « Les Thaïlandais raffolent d'un cinéma (plus léger), mêlant la comédie un peu lourde à divers genres cinématographiques comme l'horreur, l'aventure ou le thriller. »(Brou). Les Thaïlandais aiment rire et se faire peur pendant la même séance.

Avec un casting de stars thaïlandaises de la comédie, et de nombreuses références aux légendes et à la religion, les films populaires jouent à fond la carte du divertissement. Un des genres les plus prolifiques du moment est la comédie horrifique qui permet au spectateur à la fois de rire, et d’avoir peur.

Copiant la recette des feuilletons télévisés qui font le bonheur des Thaïlandais à toutes heures de la journée, ces films utilisent souvent des bruitages de cartoon pour accentuer l’effet comique de situations cocasses.

Un phénomène similaire se retrouve en Corée du Sud où la réalité du box-office coréen contraste étonnement avec les films exportés. En effet, la majorité des cinéastes coréens connus à l’étranger sont acclamés pour l’originalité et la violence à la fois visuelle et psychologique du thème et des personnages; alors que peu de Coréens les connaissent ainsi que leurs oeuvres, préférant les comédies à l’eau de rose. (Brou)

 

3.3 La censure. Une  question  controversée ?

Elodie et Caroline Leroy (22 août 2006 ) prétendent que malgré le phénomène Nang Yon Yuk qui «  implique parfois le retour vers des valeurs conservatrices, voire réactionnaires, les sujets traités par les auteurs subissent en revanche peu de pression de la part de la censure. Selon Arnaud Leveau, historien et correspondant de presse basé à Bangkok, le poids de la censure reste faible. » Et de déclarer, naïvement ( ! ) : « Elle ne s'applique quasiment que sur la nudité et sur les propos relatifs à la famille royale et à la religion. Ainsi, le cinéma thaï peut aborder à peu près n'importe quel sujet… ».

 

Evidemment, si on ne touche pas à la religion, l’autorité royale, les coups d’Etat, le rôle joué par l’Armée dans la vie politique,  le sexe, l’alcool, le tabagisme, les fusils pointés sur les gens … les censeurs risquent de ne rien censurer. Si on a oublié la polémique à propos du film  Syndromes and a Century, et le mouvement pour un cinéma libre qui en 2007 a pris l’initiative d’une pétition signée par des artistes et des savants et qui a été soumis à l' Assemblée nationale législative, et  si on n’entend pas  les prises de position des cinéastes comme Apichatpong Weerasethakul qui voient ses films censurés. Brou confirme : « Les films d’Apichatpong Weerasethakul sont pour la plupart censurés et ne sortent que dans un petit nombre de salles. Les relations difficiles entre les personnages ne plaisent pas beaucoup aux censeurs qui brandissent les principes bouddhiques pour justifier la censure de scènes supposées gêner le public et la morale du pays».

Nous citons encore Arnaud Dubus qui confirme : « le ministère de la Culture, se voyant en gardien de la morale et des bonnes mœurs bien plus que comme promoteur de la créativité culturelle, exerce une stricte censure sur les films de fiction».


3.4 La parole aux cinéastes thaïs. 

Eurasie : Pouvez-vous nous parler du cinéma thaï ? 

Mingmongkol Sonakul : À mon avis, c’est encore une industrie très jeune, qui est encore en période de tâtonnements. Je lui donne environ cinq ans pour vraiment apporter de véritables nouveautés. 

Eurasie : Les réalisateurs thaïlandais doivent-ils être très commerciaux pour réussir en Thaïlande ? 

Mingmongkol Sonakul :

 

 

Mingmongkol 15

 

 

L’industrie du cinéma est de toute façon une activité à risques financiers. Même ceux qui réalisent des films commerciaux ne sont pas assurés d’avoir du succès. Les Thaïlandais ont tendance à aller voir en priorité des films hollywoodiens, plutôt que les productions locales.

Eurasie : Y-a-t-il vraiment une place pour le cinéma d’auteur ? 

Mingmongkol Sonakul : Certainement. Mais une place très restreinte, qui représente une toute petite part de marché. Pas suffisamment importante pour gagner sa vie en tant que réalisateur. Ce qui explique la difficulté pour vivre de ce métier en Thaïlande.

Thrillers, films historiques, films d’horreur, comédies musicales : la production se diversifie énormément et le savoir-faire s’exerce d’un genre à l’autre. Le public thaïlandais répond présent. Mais à l’international, c’est du côté de l’avant-garde que les regards se tournent.

Bref, il reste à chacun de choisir, en fonction de ses go

ûts cinématographiques.

Les salles de cinéma du Royaume sont de qualité et les films locaux (plus de 60 %) mènent la vie dure au cinéma américain, mais il est vrai que le cinéma d’auteur se voit souvent contraint de ne sortir qu’à l’étranger tant la censure est toujours vivace.

Allons voir par nous-mêmes avec :  Ong Bak, Bangkok Dangerous Citizen Dog Monrak Transistor et Last Life in the Universe, Vagues, Leave me alone et One Take Only, The Shutter  One Night Husband , Mehkong Full Moon Party (Killer Tattoo et Bangkok Haunted, Garuda…


Et vive le cinéma !

 

deauvilleasie2007haut

 

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1/Sources et références 

L’inévitable Wikipédia

Mélanie Brou,Thailander du 10/02/20011

Le Cinéma Thaïlandais : Des Origines Au Renouveau - 22 août 2006 Dossier réalisé par Caroline & Elodie Leroy
Histoire et analyses par Anchalee Chaiworaporn sur Thaicinema
Articles de Chadila Uabamrungjit et Anchalee Chaiworaporn pour la Thaï Film Fondation
Histoire du cinéma thaïlandais sur Wikipedia
Présentation par Gérard Fouquet du cycle Introduction au cinéma thaïlandaisFouquet Gérard. Présentation : Profondeurs insoupçonnées (et remugles?) des "eaux croupies" du cinéma thaïlandais. In: Aséanie 12, 2003. pp. 143-156. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_2003_num_12_1_1801


2/ Deux  blogs pour ceux qui aiment le cinéma d’Asie et de Thaïlande, signés obeo.

http://moncineasie.blogspot.com/

http://voyageurasie-soleillevant.blogspot.com/


3/ quelques invitations de obeo :

Les frères Pang: :2 versions de Bangkok dangerous

La bonne : http://moncineasie.blogspot.com/2010/07/bangkok-dangerous-version-thailandaise.html

Pen-EkRatanaruang,  «  La nymphe », son dernier film,  est un « flop » AMHA

http://moncineasie.blogspot.com/search/label/z%20Pen-ek%20Ratanaruang


Toute ma catégorie « Films Thaïlande » si cela  peut fournir des pistes :

http://moncineasie.blogspot.com/search/label/THAILANDE


Un que je trouve très intéressant socialement sous des airs de « Drama » : Love of Siam

http://moncineasie.blogspot.com/2010/09/love-of-siam-rak-haeng-siam.html


Et pour conclure un film qui pour moi marque un tournant dans l’approche du  film noir Thaïlandais: SLICE de KHOMSIRI Kongkiat (boxers)

http://moncineasie.blogspot.com/2010/08/film-slice-la-bombe-thailandaise.html

qui subit l’influence des thrillers Sud- Coréens (les maître du monde  dans cette catégorie)

tout en gardant une très forte identité thaïlandaise.

 

 

 

 

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 03:01

Sans titre-1On a beaucoup écrit sur le Siam, mais pas toujours de façon judicieuse, comme nous allons le constater avec les encyclopédistes du 18 ème et le grand Voltaire. 

 

Les quelques pages que la grande encyclopédie de Diderot et d’Alembert en 17 volumes consacrent au Siam sont consternantes. 

L’auteur, « le chevalier de Jaucourt », se contente de villependier les mémoires de l’époque de la première ambassade (Tachard, la Loubère, Choisy, Gervaise, de Chaumont)  et sa bonne foi n’est pas certaine lorsqu’il cite une seule source, Koempfer.

 

images

Le Chevalier de Jaucourt, qui est-il ? Un marquis de bonne souche, issu d’une longue lignée protestante, un de ces nobles qui sciaient allégrement la branche sur laquelle ils étaient assis. Si l'on en croit Voltaire, Louis de Jaucourt aurait « écrit les trois quarts de l'Encyclopédie » (en réalité 35 % ?).

95px-Blason jaucourtSans ce « nègre de l'Encyclopédie » comme on l’a surnommé, l'oeuvre pharaonique de Diderot et d'Alembert n'aurait jamais pu voir le jour. Lui même s’est ruiné à payer un foule d’autres « nègres » tout en travaillant 16 heures par jour. Dans une telle masse d’écrits, tout ne peut être bon. Il a laissé la trace dans l’histoire d’un phénoménal joueur d’échecs (il est le rédacteur de la notice de l’Encyclopédie à ce sujet, qui fait autorité à dire d’expert)  et  celle de l’ « encyclopédiste méconnu ».

 

Engelbert Kaemepfer (ou Koempfer) (1651-1717) ?

 

Kaempfer

 

Prussien luthérien,  il  est  né en Westphalie 1651. D’une immense culture, il fut un grand voyageur et surtout séjourna au Japon de 1690 à 1692 mais ne fit qu’une escale de deux mois au Siam. Il reste de lui une remarquable description du Japon (« Histoire naturelle, civile et ecclesiastique du Japon » publiée en anglais à Londres après sa mort en 1727 et traduite en français en 1729, plusieurs fois rééditée), qui fit autorité pendant un siècle. Il ne s’attarde guère dans les premiers chapitres sur son bref passage au Siam.


1729 frz ttl


Mais il est une bonne référence pour un encyclopédiste puisque, prussien stipendié par les Hollandais protestants, il peut tout à loisir dans ses souvenirs du Japon laisser éclater son hostilité contre la religion catholique et (celle de ses employeurs Bataves) contre les Français.

Il est inutile d’épiloguer, on trouve dans l’Encyclopédie, le meilleur, du médiocre et le pire, la notice sur le Siam où Jaucourt reprenant Kaempfer fait partie du pire. Je cite quelques perles :


« Les principes de la morale des Siamois sont tous négatifs »


« Les Siamois représentent dans leur temple le premier instituteur de leur religion sous la figure d’un nègre d’une grandeur prodigieuse ... ».


Tout comme Kaempfer qui considérait les Siamois comme « une race noire de l’humanité », Jaucourt pense que les millions de Bouddhas que nous voyons tous les jours à chaque coin de rue sont des nègres !


Kaempfer continue « ils ont tous les traits de la physionomie indienne et chinoise, leur contenance naturellement accroupie, comme celle des singes dont ils ont beaucoup de manières, entre autres une passion extraordinaire pour les enfants... ». Il n’est guère plus crédible, lorsqu’il écrit « le bouddha sakia de l’Inde fut un prêtre de l’Egypte qui s’enfuit de Memphis à l’époque de l’invasion de Cambyse en 525 avant JC ».  La preuve par 9 qu’on écrivait déjà des bétises sur le Siam  il y a près de trois siècles après y être resté deux mois.

 

Quant à Voltaire ! 

 

voltaire-siege

 

Voltaire ignorait tout du Siam et ne s’y est jamais intéressé pas plus qu’il ne s’intéressait aux « terres lointaines ».  Les mots qu’il a prononcés lors du désastreux traité de Paris en 1763, lorsque la France fit abandon du Canada aux Anglais (« ces quelques arpents de neige... ») n’ ajoutent rien à sa gloire. Tout ce que le pays comptait alors de « tête pensantes » qu’on n’appelait pas encore les « intellectuels » ou les « experts en tout » considéraient que l’essentiel étaient de conserver nos « îles à sucre », les Antilles, grâce à quoi ils purent égoïstement continuer à sucrer leur chocolat.


 quelques arpents

 

Nous avons avec beaucoup d’amusement retrouvé dans le 36ème volume des oeuvres complètes de Voltaire, édition de 1784, cet article sous forme de dialogue extrait de son « dictionnaire philosophique » concernant le Siam (copie numérisée de "google books").


Il s’agit du Siam évidemment et pas de la France,  Voltaire était courageux surtout quand il bénéficiait de la protection de Madame de Pompadour (« Maman putain » comme disaient les pieuses filles de Louis XV) mais pas téméraire, le « crime de lèse majesté » existait encore à son époque et Louis XV eut souvent envie de lui étriller les oreilles. Nous n’avons pas non plus envie d’encourrir les foudres de la Justice thaïe de ce siècle. Il ne s’agissait évidemment pas du Siam mais de la France.

Il n’y a plus qu’à le citer sans autre commentaire, en soulignant deux perfidies de trop,  mais c’est du Voltaire, allusion à Rousseau, son ennemi de toujours, meilleur musicien que lui, en citant Rameau ami des encyclopédistes (qui lui aussi haïssait Rousseau), encyclopédistes avec lesquels Rousseau s’était lui même fort rapidement fâché, et celle aux rapports entre le Chevalier Destouches et le jésuite Tachard, équivoques de façon allusive et totalement injustifiée.

 

Restons-en là et lisez ...

 

ANDRÉ DESTOUCHES A SIAM. 


André Destouches était un musicien très agréable dans le beau siècle de Louis XIV, avant que la musique eût été perfectionnée par Rameau, et gâtée par ceux qui préfèrent la difficulté surmontée au naturel et aux grâces. 

Avant d’avoir exercé ses talents il avait été mousquetaire; et avant d’être mousquetaire, il fit, en 1688, le voyage de Siam avec le jésuite Tachard, qui lui donna beaucoup de marques particulières de tendresse pour avoir un amusement sur le vaisseau; et Destouches parla toujours avec admiration du P. Tachard le reste de sa vie. 

Il fit connaissance, à Siam, avec un premier commis du barcalon; ce premier commis s’appelait Croutef, et il mit par écrit la plupart des questions qu’il avait faites à Croutef, avec les réponses de ce Siamois. Les voici telles qu’on les a trouvées dans ses papiers: 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Combien avez-vous de soldats? 

CROUTEF.

Quatre-vingt mille, fort médiocrement payés. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Et de talapoins? 

CROUTEF.

Cent vingt mille, tous fainéants et très riches. Il est vrai que, dans la dernière guerre, nous avons été bien battus; mais, en récompense, nos talapoins ont fait très grande chère, bâti de belles maisons, et entretenu de très jolies filles. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Il n’y a rien de plus sage et de mieux avisé. Et vos finances, en quel état sont-elles? 

CROUTEF.

En fort mauvais état. Nous avons pourtant quatre-vingt-dix mille hommes employés pour les faire fleurir; et s’ils n’en ont pu venir à bout, ce n’est pas leur faute, car il n’y a aucun d’eux qui ne prenne honnêtement tout ce qu’il peut prendre, et qui ne dépouille les cultivateurs pour le bien de l’État. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Bravo! Et votre jurisprudence, est-elle aussi parfaite que tout le reste de votre administration? 

CROUTEF.

Elle est bien supérieure; nous n’avons point de lois, mais nous avons cinq ou six mille volumes sur les lois. Nous nous conduisons d’ordinaire par des coutumes, car on sait qu’une coutume ayant été établie au hasard est toujours ce qu’il y a de plus sage. Et de plus, chaque coutume ayant nécessairement changé dans chaque province, comme les habillements et les coiffures, les juges peuvent choisir à leur gré l’usage qui était en vogue il y a quatre siècles, ou celui qui régnait l’année passée; c’est une variété de législation que nos voisins ne cessent d’admirer; c’est une fortune assurée pour les praticiens, une ressource pour tous les plaideurs de mauvaise foi, et un agrément infini pour les juges, qui peuvent, en sûreté de conscience, décider les causes sans les entendre. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Mais pour le criminel, vous avez du moins des lois constantes? 

CROUTEF.

Dieu nous en préserve! nous pouvons condamner au bannissement, aux galères, à la potence, ou renvoyer hors de cour, selon que la fantaisie nous en prend. Nous nous plaignons quelquefois du pouvoir arbitraire de monsieur le barcalon; mais nous voulons que tous nos jugements soient arbitraires. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Cela est juste. Et de la question, en usez-vous? 

CROUTEF.

C’est notre plus grand plaisir; nous avons trouvé que c’est un secret infaillible pour sauver un coupable qui a les muscles vigoureux, les jarrets forts et souples, les bras nerveux et les reins doubles; et nous rouons gaiement tous les innocents à qui la nature a donné des organes faibles. Voici comme nous nous y prenons avec une sagesse et une prudence merveilleuses. Comme il y a des demi-preuves, c’est-à-dire des demi-vérités, il est clair qu’il y a des demi-innocents et des demi-coupables. Nous commençons donc par leur donner une demi-mort, après quoi nous allons déjeuner; ensuite vient la mort tout entière, ce qui donne dans le monde une grande considération, qui est le revenu du prix de nos charges. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Rien n’est plus prudent et plus humain, il faut en convenir. Apprenez-moi ce que deviennent les biens des condamnés. 

CROUTEF.

Les enfants en sont privés: car vous savez que rien n’est plus équitable que de punir tous les descendants d’une faute de leur père.

ANDRÉ DESTOUCHES.

Oui, il y a longtemps que j’ai entendu parler de cette jurisprudence. 

CROUTEF.

Les peuples de Lao, nos voisins, n’admettent ni la question ni les peines arbitraires, ni les coutumes différentes, ni les horribles supplices qui sont parmi nous en usage; mais aussi nous les regardons comme des barbares qui n’ont aucune idée d’un bon gouvernement. Toute l’Asie convient que nous dansons beaucoup mieux qu’eux, et que par conséquent il est impossible qu’ils approchent de nous en jurisprudence, en commerce, en finances, et surtout dans l’art militaire. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Dites-moi, je vous prie, par quels degrés on parvient dans Siam à la magistrature. 

CROUTEF.

Par de l’argent comptant. Vous sentez qu’il serait impossible de bien juger si on n’avait pas trente ou quarante mille pièces d’argent toutes prêtes. En vain on saurait par coeur toutes les coutumes, en vain on aurait plaidé cinq cents causes avec succès, en vain on aurait un esprit rempli de justesse et un coeur plein de justice; on ne peut parvenir à aucune magistrature sans argent. C’est encore ce qui nous distingue de tous les peuples de l’Asie, et surtout de ces barbares de Lao, qui ont la manie de récompenser tous les talents, et de ne vendre aucun emploi. 

André Destouches, qui était un peu distrait, comme le sont tous les musiciens, répondit au Siamois que la plupart des airs qu’il venait de chanter lui paraissaient un peu discordants, et voulut s’informer à fond de la musique siamoise; mais Croutef, plein de son sujet, et passionné pour son pays, continua en ces termes: 

Il m’importe fort peu que nos voisins qui habitent par delà nos montagnes aient de meilleure musique que nous, et de meilleurs tableaux, pourvu que nous ayons toujours des lois sages et humaines. C’est dans cette partie que nous excellons. Par exemple, il y a mille circonstances où, une fille étant accouchée d’un enfant mort, nous réparons la perte de l’enfant en faisant pendre la mère, moyennant quoi elle est manifestement hors d’état de faire une fausse couche. 

Si un homme a volé adroitement trois ou quatre cent mille pièces d’or, nous le respectons et nous allons dîner chez lui; mais si une pauvre servante s’approprie maladroitement trois ou quatre pièces de cuivre qui étaient dans la cassette de sa maîtresse, nous ne manquons pas de tuer cette servante en place publique: premièrement, de peur qu’elle ne se corrige; secondement, afin qu’elle ne puisse donner à l’État des enfants en grand nombre, parmi lesquels il s’en trouverait peut-être un ou deux qui pourraient voler trois ou quatre petites pièces de cuivre, ou devenir de grands hommes; troisièmement, parce qu’il est juste de proportionner la peine au crime, et qu’il serait ridicule d’employer dans une maison de force, à des ouvrages utiles, une personne coupable d’un forfait si énorme. 

Mais nous sommes encore plus justes, plus cléments, plus raisonnables, dans les châtiments que nous infligeons à ceux qui ont l’audace de se servir de leurs jambes pour aller où ils veulent. Nous traitons si bien nos guerriers qui nous vendent leur vie, nous leur donnons un si prodigieux salaire, ils ont une part si considérable à nos conquêtes, qu’ils sont sans doute les plus criminels de tous les hommes lorsque, s’étant enrôlés dans un moment d’ivresse, ils veulent s’en retourner chez leurs parents dans un moment de raison Nous leur faisons tirer à bout portant douze balles de plomb dans la tête pour les faire rester en place après quoi ils deviennent infiniment utiles à leur patrie. 

Je ne vous parle pas de la quantité innombrable d’excellentes institutions qui ne vont pas, à la vérité, jusqu’à verser le sang des hommes, mais qui rendent la vie si douce et si agréable qu’il est impossible que les coupables ne deviennent gens de bien. Un cultivateur n’a-t-il point payé à point nommé une taxe qui excédait ses facultés, nous vendons sa marmite et son lit pour le mettre en état de mieux cultiver la terre quand il sera débarrassé de son superflu. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Voilà ce qui est tout à fait harmonieux, cela fait un beau concert. 

CROUTEF.

Pour faire connaître notre profonde sagesse, sachez que notre base fondamentale consiste à reconnaître pour notre souverain, à plusieurs égards, un étranger tondu qui demeure à neuf cent mille pas de chez nous. Quand nous donnons nos plus belles terres à quelques-uns de nos talapoins, ce qui est très prudent, il faut que ce talapoin siamois paye la première année de son revenu à ce tondu tartare sans quoi il est clair que nous n’aurions point de récolte. 

Mais où est le temps, l’heureux temps, où ce tondu faisait égorger une moitié de la nation par l’autre pour décider si Sammonocodom avait joué au cerf-volant ou au trou-madame; s’il s’était déguisé en éléphant ou en vache; s’il avait dormi trois cent quatre-vingt-dix-jours sur le côté droit ou sur le gauche? Ces grandes questions, qui tiennent si essentiellement à la morale, agitaient alors tous les esprits: elles ébranlaient le monde; le sang coulait pour elles: on massacrait les femmes sur les corps de leurs maris; on écrasait leurs petits enfants sur la pierre avec une dévotion, une onction, une componction angéliques. Malheur à nous, enfants dégénérés de nos pieux ancêtres, qui ne faisons plus de ces saints sacrifices! Mais au moins il nous reste, grâces au ciel, quelques bonnes âmes qui les imiteraient si on les laissait faire. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Dites-moi, je vous prie, monsieur, si vous divisez à Siam le ton majeur en deux comma et deux semi-comma, et si le progrès du son fondamental se fait par 1, 3, et 9. 

CROUTEF.

Par Sammonocodom, vous vous moquez de moi. Vous n’avez point de tenue; vous m’avez interrogé sur la forme de notre gouvernement, et vous me parlez de musique. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

La musique tient à tout; elle était le fondement de toute la politique des Grecs. Mais, pardon; puisque vous avez l’oreille dure, revenons à notre propos. Vous disiez donc que pour faire un accord parfait.... 

CROUTEF.

Je vous disais qu’autrefois le Tartare tondu prétendait disposer de tous les royaumes de l’Asie, ce qui était fort loin de l’accord parfait; mais il en résultait un grand bien: on était beaucoup plus dévot à Sammonocodom et à son éléphant que dans nos jours, où tout le monde se mêle de prétendre au sens commun avec une indiscrétion qui fait pitié. Cependant tout va; on se réjouit, on danse, on joue, on dîne, on soupe, on fait l’amour: cela fait frémir tous ceux qui ont de bonnes intentions. 

ANDRÉ DESTOUCHES.

Et que voulez-vous de plus ? Il ne vous manque qu’une bonne musique. Quand vous l’aurez, vous pourrez hardiment vous dire la plus heureuse nation de la terre. 

FIN D’ANDRÉ DESTOUCHES A SIAM.

Oeuvres compl tes de Voltaire-1

 

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 03:05

 daumier avocat convaincuColin Martin accuse la justice thaïe. « La parole est à la défense » :

J’aborde la lecture du livre de Colin Martin au titre volontairement accrocheur « Bienvenu en enfer » (Editions Bamboo Sinfonia, 245 pages. Traduit de « Welcome to Hell ») et manifestement commercial avec beaucoup d’appréhension.

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La raison en est double :

1) Ayant exercé pendant trente ans la profession d’avocat et pendant douze les fonctions de conseiller prud’hommal dont six comme président ou vice- président de juridiction, j’ai connu dans l’exercice de l’une ou l’autre de ces fonctions quelques dossiers « sensibles » ou ultra « sensibles » de l’intérieur. J’en ai aussi bien sûr connu d’autres, comme tout le monde, par la presse. Lorsqu’on me demandait dans une conversation « mondaine »  « Que pensez-vous du dossier X ? » ma réponse était triple, il ne pouvait être autrement :

- « C’est un dossier que je connais comme avocat, je ne puis donc rien en dire car je suis couvert par le secret professionnel, il est comme celui de la confession, nul ne peut m’en délier ».

- « C’est un dossier que je connais ou que j’ai connu comme juge et je ne peux vous en parler à peine de trahir le même secret et éventuellement le secret des délibérés. Contentez-vous de lire le jugement que j’ai co-signé, nous étions quatre ».

- « C’est un dossier que je ne connais – comme vous – que de l’extérieur, presse ou éventuellement livre souvent « à scandale » et il faut prendre tout cela au minimum  avec des pincettes». Un bon exemple avec la célèbre affaire Dominici qui a agité la France il y a tout à l’heure 60 ans. Je connais la version du greffier qui « tenait la plume » à cette époque et celle de l’un des deux juges d’instruction qui a mené l’enquête face à celle de Bernard Charles-Alfred, l'un des avocats du "patriarche", un ami très cher disparu en 1985 (à gauche sur la photographie), du petit fils Dominici et de Gilbert Collard son avocat, qui tente d’obtenir la réhabilitation : mon coeur balance mais je penche pour l’avocat, à la fois amitié et « déformation professionnelle ».


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2) Il existe une énorme littérature sur les scandales de la justice, et plus encore sur Internet. Tapez-donc sur un moteur de recherche quelconque « scandales de la justice » ou « scandales des Tribunaux de commerce » et regardez le nombre de pages...

Là, ça devient croquignolesque.

Une invraisemblable quantité de sites ou de blogs sur ces sujets sont l’oeuvre, et je pèse mes mots, de fous furieux, de paranoïaques ou de malades mentaux qui mettent systématiquement les causes de leurs échecs sur le «  complot », des huissiers, des notaires, des franc-maçons, des tribunaux de commerce, des administrateurs judiciaires, des avocats, des juifs, du front national, des franc-maçons, des arabes, des nègres, du parti socialiste ou de je ne sais qui, tous des escrocs, tous de combine évidemment. Il y a des voyous dans toutes les professions, hélas ! Cela veut-il dire qu’elles soient toutes composées de voyous ? Elle est bien commode la « théorie du complot » pour s’absoudre de son incompétence ou de son incurie. Entendrez-vous un commerçant dire «  Je suis en faillite pour cause d’incompétence » ? Et ce, même s’il y a effectivement de temps à autre de vrais scandales.

Il y a aussi une rarissime littérature sérieuse (J’ai lu avec plaisirs les écrits du Procureur de Montgolfier)


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et une autre pléthorique qui ne l’est pas.

Il y a quelques années, un haut fonctionnaire de police a écrit de fort méchantes choses sur les tribunaux de commerce (français) en évoquant toute une série d’affaires douteuses. Il se trouve que je connaissais un (et un seulement) des dossiers concernés et ses protagonistes. Des erreurs de fait et de droit monstrueuses y sont écrites que l’on ne peut mettre sur le compte de son ignorance des textes relatifs aux procédures collectives, erreurs évidemment volontaires.


Revenons-en à notre Irlandais auquel il était reproché, faut-il le rappeler, un crime de sang ?

Chacun sait que toutes les prisons du monde sont peuplées de criminels innocents essentiellement pour les crimes de sang pour lesquels le risque est énorme. Lorsque je préparais mon examen professionnel, nous avons bénéficié des cours de l’un des plus grands avocats pénalistes de France, il avait défendu les criminels les plus odieux et dû assister à un certain nombre de coupages de tête ou de fusillades (la peine de mort existait encore) et nous affirmait solenellement que JAMAIS un criminel qui risquait sa tête ne lui avait dit « c’est moi, mais faites-moi acquitter ». Il plane toujours un doute aussi ténu soit-il, qui mets notre conscience d‘avocat à l’abri. Si Robert Badinter a accepté de défendre Patrick Henry en toute connaissance de cause, il a refusé de le rencontrer, il a refusé de plaider « pour » lui et n’a plaidé avec succès que « contre » la peine de mort. Chacun sait que tous les occidentaux qui courrent le risque de trafiquer la drogue (en sachant ce qu’ils encourrent ici) sont évidemment victimes d’un complot, drogue mise à leur insu dans leur poche ou dans leur chambre d’hotel ou dans leurs bagages etc...).


L’irlandais était-il coupable, alors 7 ans, c’est peu payé, était-il innocent ? Alors 7 ans c’est énorme. Je ne connais pas son dossier...


Reprenons la procédure du début.

Procédure policière conduite par des ripoux concussionnaires ?

C’est possible. Garde à vue accompagnée de brutalités policières, c’est possible. Voilà bien un domaine où ni les Français ni les Anglais et encore moins les Américains (le phare de la démocratie et de la protection des libertés individuelles) n’ont la moindre leçon de morale à donner à quiconque. Les procédures de Guantanamo valent bien celles de Bangkok.


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Si tous les syndicats de policiers ont beuglé contre la présence d’un avocat lors des gardes à vue à la 20ème heure d’abord, dès son départ ensuite, il faut peut-être y voir une raison cachée, l’impossibilité d’obtenir un aveu (« la reine des preuves ») par des méthodes un peu « brusques » au risque de voir l’accusé se rétracter ensuite devant le Juge d’instruction (« ces aveux m’ont été extorqués par la violence, Monsieur le juge ») ce que les dits juges se refusaient (faisaient-ils semblant ?) à croire, évidemment. Effectivement, les policiers Thaïs n’ont pas ces « contraintes » issues de la Convention européenne des droits de l’homme dont la Thaïlande n’est pas signataire !  Il en est de corrompus, c’est possible, le sont-ils TOUS, un peu fort à avaler.

torture


Le Tribunal et la procédure d’appel ?

La procédure pénale thaïe basée sur le système américain du « coupable-non coupable » est totalement réfractaire aux esprits français (une récente affaire « américaine » l’a bien montré). La procédure a duré des années, certes, mais c’est un grief que les Français ou les Américains sont mal venus à jeter à la figure des Siamois. Je connais une Américaine qui a été condamnée à mort il y a 27 ans au Texas et qui se bat depuis lors de procédure en procédure pour retarder une issue fatale.


chaise

 

Qu’elle soit coupable ou pas, c’est ignoble. J’ai connu un Français, appelons le D. resté 7 ans en détention préventive sur une inculpation d’attaque à main armée et qui a du à l’acharnement de son avocat d’immense talent (pas moi) de se faire enfin acquitter par la cour d’assises. Il attend toujours depuis lors (une quinzaine d’années) la légitime indemnisation à laquelle il peut prétendre. Ceci dit, les « chevaux de retour » préférent incontestablement le régime de la détention préventive à celui de la détention ou de la réclusion, il présente, en France comme en Thaïlande, d’immenses avantages. D. me disait « à tout prendre je préfère quand même avoir passé 7 ans dans notre petite maison d’arrêt familiale qu’à Clairvaux ».  


Procureurs et juges concussionnaires et corrompus ? 

C’est possible ? Le sont-ils tous ? Je me permets d’en douter.

On m’a plusieurs fois posé la question (conversation de salon encore) « mais connaissez-vous des magistrats corrompus ? ». Ma réponse était systématiquement négative. Je réponds aujourd’hui avec du recul sans trahir le secret professionnel même si parfois, ça me démange :

Comme magistrat prud’hommal, j’ai subi des « pressions » (patronales ou syndicales), j’ai réagi comme peuvent l’imaginer ceux qui me connaissent lorsque je suis de mauvais poil. Tous régiraient-ils comme moi, je n’en sais rien ?

J’ai énormément fréquenté les fameux tribunaux de commerce, les magistrats sont élus (tiens, comme aux Etats-unis !), en réalité cooptés, c’est donc une bande de copains, ce qui ne veut pas dire que ce soient tous une bande de coquins.

En ce qui concerne la magistrature professionnelle française, j’ai touché du doigt (et plus encore) deux cas de corruption caractérisés, l’un à un trés, très haut niveau (et plus encore, mais qu’est-ce que j’ai rigolé quand j’ai lu les éloges funèbres prononcés lors du décès de XYZ) et l’autre dans une « honnête moyenne ». En trente ans, c’est fort peu. Dans quelques cas, j’ai eu des « doutes » (pesants) mais j’ai « acquitté au bénéfice du doute ». Peut-être ici pourrais-je dire que j’en rencontrerais trente en deux ans ?

Monsieur Y, en détention préventive dans la « prison sous les cocotiers » de Samui s’est vu demander par son avocat (une crapule) 1 million de bahts destinés (selon lui) à adoucir les réquisitions du procureur ???? Vrai ou faux ??? Procureur crapule ou avocat crapule ? ou les deux ?

Je me plais par contre à dire que j’ai rencontré, fréquenté (ou affronté), des magistrats français, juges, procureurs, juges au tribunal de commerce, une immense, immense majorité, d’une scupuleuse honnéteté. Les autres, ils sont en enfer ou dans les poubelles de ma mémoire.


Le régime carcéral ? 


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Il n’est évidemment pas un « lit de roses », mais comme dans tous les pays du monde, France compris, il s’assouplit lorsqu’on a de l’argent (ou qu’un compagnon de cellule –solidarité oblige- en a). Un exemple chiffré ? Monsieur X et son épouse, sujets Helvètes résidant en France, restent le premier quatre mois et la seconde deux mois incarcérés sous un mandat d’arrêt extraditionnel lancé contre eux par un magistrat suisse fou furieux (ça existe) que la chambre d’accusation a durement envoyé paître. Je détenais des fonds pour leur compte, la plaisanterie leur a coûté 170.000 francs (je dis bien) pour attendre dans le confort que Justice leur soit rendue, nous étions en 1980, faites le compte. Leurs compagnons de cellule les ont vu partir avec regret, finis les bons repas et les petits mandats qu’envoyait le Nanard !

La prison, m’a-t-on appris, doit ou devrait avoir trois fonctions :

Valeur d’exemple,

Valeur de punition,

Favoriser la réinsertion.

N’épilogons pas sur le troisième volet, inexistant en Thaïlande et sur lequel il vaut mieux, pour la France, garder un silence pudique.


Valeur d’exemple ? Ce que nous décrit Martin, c’est certain, est dissuasif. C’était d’ailleurs un paramètre de la lutte contre la peine de mort : Si on veut qu’elle serve d’exemple, que l’on rétablisse la guillotine


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et la roue

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en place publique.

 

Valeur de punition ? Il est certain que le régime carcéral qui ne choque pas les Thaïs est plus rude pour les Occidentaux. Les entraves (exceptionnelles en France) sont ici réservées aux longues peines ou aux crimes de sang ou aux évadés potentiels, mais pas « à tout le monde ». Monsieur Y, condamné à 25 ans pour trafic de drogues, est présentement entravé. L’un de ses congénères qui n’avait pris « que » 12 ans pour les mêmes motifs, ne l’était pas. Victor Bout l’était.


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La promiscuité est choquante ? Allez-donc voir à combien de Thaïs sont capables de vivre au quotidien dans 40 métres carrés ? La promiscuité ne les gêne pas. La nourriture y est infâme ? Allez donc voir ce que mangent les thaïs pauvres au quotidien dans mon village ? Là encore, il faut du fric... du fric...


Sévices des matons ?

 

Ce ne sont effectivement pas des « assistantes sociales », nulle part dans le monde d’ailleurs, ils assument probablement sans la moindre finesse la necessité d’établir un minimum d’ordre dans un univers cauchemardesque et surpeuplé.

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D’après Y, quand on fait le gros dos, avec quelques paquets de cigarettes, ils vous fichent la paix. J’ignore si réellement Martin s’est fait violer par les dits matons ou ses compagnons de captivité ? Toujours d’ après Y, la présence des « transexuels » dans les prisons pour hommes est bénéfique et suffisante puisque ces messieurs-dames servent d’exutoires aux appétits des messieurs.


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Il faut donc lire cet ouvrage avec beaucoup de recul et ne pas oublier (pour les donneurs de leçons de démocratie) :


Que la Thaïlande n’est sortie du moyen-âge pour entrer dans ce qu’il est convenu d’appeler un état de droit » qu’il y a moins d’un siècle,

Que la torture, question ordinaire et extraordinaire, la honte du système pénal de l’ancien régime, n’a été aboli en France qu’en 1786,

 

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Que les camps de concentration sont une infame invention des Anglais datant des années 1890 (guerre des Boers)


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contemporaine de celle de l’invention du fil de fer barbelé, honte sur eux, même si on fit mieux depuis, et que les Anglais ont le record européen de la surpopulation pénale,


camps


Que le bagne de Cayenne la honte du système pénitentiaire français au regard du monde entier, n’a été supprimés qu’en 1946,


bagne


Que l’abject systéme de la relégation lié au bagne n’a été aboli en France qu’en 1970. La « relégue » c’était quoi ? Tu te prends 20 ans de bagne mais quand tu sortiras, tu seras astreint à résider 20 ans de plus à Cayenne, ce paradis tropical, tu n’es pas condamné « à perpète mais tu feras quand même perpète ».

Que les « quartiers de haute sécurité » ces culs de basse-fosse qui valaient largement les prisons thaïes n’ont été supprimés qu’en 1975, en France,


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mais pas aux Etats-Unis


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et que les « mitards », autres culs de basse-fosse, existent toujours que je sache, à la discrétion de l’administration pénitentiaire, il est vrai que ses pensionnaires potentiels ont un recours possible... devant l’administration pénitentiaire. J’ai visité avec intéret un mitard (pas comme pensionnaire) et vous affirme que je suis beaucoup mieux dans ma très modeste maison thaïe,


mitard


Que l’ignoble peine de mort n’a été abolie en France qu’en 1981, et ne subsiste ici (crimes de sang et trafics de drogue) que comme épiphénomène (deux dernières exécutions en 2009)

Que l’on pendait encore les voleurs de poules à l’entrée des villages en Angleterre il y a un siècle, en les laissant sécher sur le gibet comme des bécasses pendant des mois «pour l’exemple »,


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Qu’il y a 1 Américain sur 100 en prison aux Etats-unis (1 sur 1000 en France, 3 sur 1000 en Thaïlande) lesquelles prisons sont pires que les prisons thaïes, et là les éléments de preuve certains et incontestables, surabondent,


Qu’il suffit d’être nègre et texan pour être avec certitude condamné à mort dans cet état,


Que le pire système pénal et pénitentiaire au monde en 2011, pire que celui de l’Iran ou de la Chine, bien pire que celui de la Thaïlande, est celui de Singapour, mais là, chut ! Singapour est un état « politiquement correct », ce n’est ni l’Iran ni la Syrie ! Le code pénal y prévoit encore la punition par coups de bâton,


fouet

 

il y a proportionnellement beaucoup plus d’exécution capitales qu’aux Etats-Unis, battu que par le Turkmenistan et la Chine, mais essayez-donc de trouver un éditeur pour éditer un bouquin qui stigmatise le système d’un pays qui vote bien à l’ONU. Que je sache, l’ « observatoire international des prisons » n’a jamais obtenu pour l’un de ses observateurs l’autorisation de visiter une prison singapourienne.

Et qu’enfin, l’Angleterre, pays qui a inventé les droits de l’homme alias « habeas corpus » en 1215, la France qui a exporté la trilogie « liberté, égalité, fraternité » dans toute l’Europe, les Américains dont le concept de « liberty » a triomphé à Gettysburg en 1863, ont eu de tout cela une conception bien singulière en d’autres circonstances,

Irlande,


eire

 

Indo-chine,


1905- INDOCHINE - EXษCUTION 2

 

Algérie,

 

algérie

 

Afrique noire,


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Guantanamo,


 

Guantanamo

 

Abou-Grahib ....


66609 jaquette


J’aimerais connaître la version des juges ou des avocats de Martin ?


Et pour en terminer sur les « avocats voyous », une anecdote qui m’a fait à l’époque grand plaisir : Les barreaux français (un peu moins de 200) ont lancé dans les années 80 une enquète à grand frais sur la manière dont la profession était perçue dans le grand public. Question : «  Que pensez-vous des avocats », réponse générale «  tous des voyous, tous de combine, tous copains avec les juges » etc ... etc... Un long silence et puis ... « ah, mais pas le mien ».

 

 avocat

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 03:09

BienvenuEnEnferonlycover La justice en Thaïlande ?

 

Il ne s’agit pas ici de « résumer » l’histoire par ailleurs bouleversante et dramatique de Colin Martin, qui raconte dans un livre témoignage : « Bienvenu en enfer »(sic), comment d’un simple contrat d’affaires à conclure à Bangkok , il va  se faire arnaquer, perdre tous ses biens, sa famille, se sentir contraint de rester à Bangkok pour que son arnaqueur soit arrêté, se retrouver en prison après avoir retrouvé son arnaqueur, et vivre 7 ans  et demi d’enfer dans deux prisons de Thaïlande en tentant vainement de faire reconnaître son innocence, mais de présenter le portrait monstrueux, effrayant , corrompu des prisons et du système judiciaire qu’il décrit.


«Cette expérience a été pour moi en tout point identique à l’image que je me fais de l’enfer. Pour commencer, je n’aurai jamais dû aller en prison. J’ai été torturé par la police jusqu’à ce que je fasse une fausse confession.

imagesUne fois en prison j’ai été roué de coups sans fin par les gardes. La nourriture était tellement abjecte que j’ai passé des jours et des jours à ne pas manger. J’ai été forcé de porter des chaines aux jambes pendant deux ans. Je suis presque mort de tuberculose parce que les responsables de la prison ne m’ont pas soigné. J’ai vu des choses que personne ne devrait voir.

J’ai vu des prisonniers tués. J’ai vu des prisonniers se violer les uns les autres. C’était un cauchemar éveillé – un de ceux dont je ne peux encore pas sortir. Certains souvenirs de ce qui est arrivé sont plus vifs que d’autres. Un en particulier est vivant dans ma mémoire. Le premier jour de mon arrivée à la prison, on m’a déshabillé, une fois nu j’ai été fouillé avec les autres nouveaux prisonniers.

Les flics, les avocats les gardes et les directeurs de prison chercheront tous les moyens possibles pour vous déposséder de votre argent. Quand j’ai été arrêté, la première fois, on m’a dit que si je payais 300 000 Bahts (environ 7 500 Euros) je serai libéré. Si j’avais payé je serai sorti libre. Mais je n’avais pas l’argent et donc je suis allé en prison. Aussi simple que ça. Je sais maintenant qu’il y a eu beaucoup d’affaires comme la mienne. »


Dès la première page le réquisitoire est terrible et de suite on aimerait interjeter les précautions d’usage : « c’est exagéré », « c’est un témoignage partial », « tout n’est pas comme cela », « il y a des brebis galeuses partout », « il y a aussi des gens honnêtes »…que sais-je encore ? Certes.

On pourrait aussi convoquer les témoignages qui attesteraient que la justice thaïlandaise ne peut se résumer à ces terribles « réalités » insuffisamment dénoncées et combattues, dignes d’un autre âge.  Certes. Mais cela existe.

Mais chaque expatrié ayant un peu d’expérience de la Thaïlande a appris qu’il doit payer le plus rapidement possible, s’il est pris  pour un délit ou un crime, et qu’on lui demande une « caution »,  même s’il a le sentiment d’être faussement accusé. Colin Martin ne le savait pas ; il venait d’arriver.

Chacun sait que la somme augmentera au stade « judiciaire » suivant, selon la règle simple qu’il y a plus de « témoins «  à corrompre. Mais Colin Martin ne le savait pas. Il  croyait à la justice. 

Mais ici on apprend en plus qu’à tous les échelons, en toutes occasions, chaque élément du système carcéral et judiciaire, est corrompu et cherche à se faire de l’argent 

Chaque expatrié ayant un peu d’expérience  pourrait citer aussi des cas où des policiers, des avocats, des juges ont bien fait leur travail, ont rendu « justice » Mais ici, il s’agit des commissariats de  Chonburi et de la Tourist Police de Bangkok    et des prisons  de Chonburi et de Lard Yao de Bangkok. Il s’agit de l’« expérience » de Colin Martin. 

                           .

thaiprisonovercrowdingUne chose est sûre : Colin Martin a passé 7 ans et demi en prison en Thaïlande. Il a été libéré le 18 janvier 2005. Que nous apprend-il ? Que nous dit-il ?


1/Chacun d’entre nous peut se retrouver en prison, pour une raison ou pour une autre.


2/ Même en allant déposer plainte à la Tourist Police,  un  service réservé aux étrangers, la démarche comporte des risques.

« La police me donna l’ordre de me rendre au commissariat chaque matin. Je devais arriver à 7h 30 et ils me gardaient jusqu’à 18h00. » « A un moment je suis même devenu pour eux un suspect. Certains des gars pensaient que je faisais partie de l’arnaque et la police a commencé à enquêter sur moi (…) ils ont commencé à suggérer entre eux que je pourrais être mis en prison, juste au cas où ».


3/ Ne faites pas les mêmes erreurs, apprenez à faire la différence entre la belle LOI THAÏ et les us et coutumes, comme la « réalité » du système judiciaire, la loi des gardiens de la prison, l’usage de la violence et de la torture, et la loi de l’argent omniprésente à tous les échelons. Fort de ce qu’il voit, Colin déclare :

« le système juridique thaï est corrompu jusqu’au trognon. Les criminels peuvent acheter leur libération quelle que soit l’accusation, s’ils ont des contacts et suffisamment d’argent » (p.95).


BangkokJailES 415x275Un système corrompu

L’action des policiers et de la justice dépend de l’argent « suggéré » et donné ou pas. « En Thaïlande, le fait de ne pas payer la police n’est pas une option, c’est une chose attendue » (p.106)

-                     Colin Martin ayant avoué sous la torture, est transféré au commissariat de Chonburi, Le commissaire lui dit alors « que si j’avais 300 000 baths il me libérerait sous caution. En réalité il voulait me faire comprendre que si je lui donnais cet argent il me laisserait partir (…) il m’expliqua que ma vie en dépendait ».

 

-                     Il existe néanmoins une caution légale, qui permet d’être libéré jusqu’au procès,  même si Martin est étonné que celle-ci ne soit pas fixée par le juge mais suggérée par l’avocat : « nous pensons à 1 million de baths » (p.118). (Cette caution sera en fait volée par sa femme thaïe, d’où ses «  problèmes »  ultérieurs).De même quand Martin va en appel, l’avocat suggère 250 000 dollars pour une demande de liberté sous caution, pour l’appel à la Cour Suprême  «  on me conseille de donner 4 millions de baths ».

-                     Evidemment son premier avocat demande 20 000 dollars d’avance

-                     Pire, Martin amené tous les 3 mois en audience  pour son procès alors que  la loi thaïe prescrit que les dates d’audiences ne doivent pas être éloignées de plus de 30 jours, son avocat propose de payer 100 000 baths pour que le procureur puisse « trouver le temps » pour « s’occuper de son affaire ». 

-                     Martin trouve son deuxième arnaqueur après 3 ans de recherche et se retrouve devant le même commissaire auquel il avait déposé plainte et s’étonne que la police n’a pas arrêté son arnaqueur qui avait gardé le même appartement. « Pourquoi ne m’avez-vous pas payé ? Si vous l’aviez fait, je l’aurais arrêté » (p.68).

 

-                   1-prison La prison, dit-il, est géré « comme une entreprise » par le directeur et les gardiens (dit les commandos). Chaque prisonnier recevait un numéro de compte bancaire, ainsi chacun connaissait votre « fortune » ; les commandos contrôlaient la boutique (et pouvait ainsi majorer chaque achat. « Tout dépendait de l’argent » pour obtenir couverture, savon, rasoir, brosse à dent… et surtout la nourriture. « Je savais que le directeur de prison et les gardes volaient tout ce qu’ils pouvaient … et se divisaient les profits selon les grades ». Un barème était appliqué pour chaque « avantage » demandé : changer de cellule, aller à l’école de la prison, demande de liberté sur parole…et le business de la drogue…Les commandos devaient aussi « classer » chaque 6 mois les prisonniers en normal, bon, très bon, excellent, et avaient ainsi le pouvoir, selon la note, d’influer sur les libertés sur parole et les réductions de peine. Libéré, il doit encore payer au centre de détention de l’immigration pour obtenir un endroit pour dormir et une couverture. Emmené à l’aéroport, l’officier de l’immigration, lui demande 500 baths pour lui retirer les menottes, pour se présenter à l’enregistrement de la compagnie d’aviation (indispensable pour être accepté) …

 

Bref un système corrompu où votre sort dépend de l’argent que vous avez. « Tout dépendait de l’argent », dit-il. Etonnant, non ?

 

Des méthodes policières musclées.

Victime d’une arnaque, nous l’avons dit, Colin Martin se retrouve accusé de meurtre au commissariat de la Tourist Police de Bangkok (il aurait tué le garde du corps de son arnaqueur). Il y subit une séance de torture pendant 5 heures (« ils m’avaient torturé pendant 5 heures ») pour le faire avouer ; « Pourquoi as-tu tué ton copain ». On lui écrase deux gros annuaires sur le crâne pendant 20 mn, avec toujours les mêmes questions. On l’électrocute dans l’entrejambe (p.77), sur les testicules, la pointe des seins, l’estomac ! On lui met un sac plastique sur la tête jusqu’à l’évanouissement. On lui pose un pistolet sur la tête avec un « Dis que tu l’as tué ou on te tue »…

Finalement, il avoue et signe une confession écrite …  en thaï. En appel à la Cour Suprême, le juge ne croira pas à la torture policière. Qui croire ?

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La loi en prison, la loi des gardiens.

Nous avons vu suffisamment de livres, de films et de reportages en France sur les prisons françaises pour croire Colin quand il déclare à son arrivée à la prison de Chonburi : « J’ai commencé à réaliser que dans une prison thaïe tous les standards et le codes normaux de conduite sont bonnes pour la poubelle ».

En effet, il découvre que les  gardiens- nommés les commandos- frappent, humilient, violent, tuent en toute impunité, et abusent parfois des femmes des prisonniers. Il donnera des exemples auxquels il a assisté. Ils ont le pouvoir de vous mettre en isolement, de vous déclasser pour l’amnistie et les remises de peine, de participer peu ou prou au trafic de drogue, et de se faire de l’argent sur votre dos en toutes circonstances ( même pour le cadeau de leur anniversaire ou à l’occasion des  grandes fêtes  nationales…).


 « Le système de fonctionnement des prisons thaïes est conçu pour brutaliser les détenus de toutes les façons possibles » (p.134) :

Les prisonniers, non jugés, sont enchaînés 24h sur 24. Ils sont enfermés dans des cellules collectives vers 15h30/16h, et n’ont droit à aucun effet personnel, ni nourriture, à l’exception de l’eau. Les cellules n’ont pas de lit et subissent le vent et les rafales de pluie.   Les néons sont allumés toute la nuit dans les cellules, et un détenu doit se signaler en frappant avec un bambou toutes les heures.  De plus, la menace de viol est  permanent (« j’ai vu des hommes violés »), le jeu et la pornographie créent une ambiance violente avec les queues qui se forment devant les toilettes pour se masturber sur un magazine porno… les bagarres sont fréquentes, sans parler des suicides (« j’ai vu des dizaines de personnes se tuer » p.173).

Le jour, les détenus sont soumis à l’arbitraire des  gardiens (souvent ivres, le soir) et des prérogatives que s’accordent les « chemises bleues ». Ceux-ci sont choisis parmi les prisonniers et bénéficient de privilèges (cellule où ils peuvent manger et fumer, meilleure nourriture, plus grande réduction de peines…) pour assurer leur sale boulot : donnent des ordres, espionnent, font des rapports sur les prisonniers, extorquent argent et cigarettes et battent les prisonniers sur l’ordre du gardien…

Et en subissant la torture, la loi de l’argent et la loi de la prison et des gardiens, vous êtes obsédé par votre procès et votre libération. Vous entrez alors dans un autre monde : le monde judiciaire. 


Sans titre-1Le système judiciaire 

Ici, comme évidemment dans beaucoup de pays, la LOI est une chose, son respect une autre. « Il y a beaucoup de règles et de protection contre les abus mais personne ne les respecte » (p.89).

Dès sa première audience, il est confronté à un nouveau monde : « tout le monde portait des chaines aux pieds ».Il découvre donc que « les prisonniers suspectés de meurtre devaient porter leurs chaines 24h sur 24 jusqu’à la fin de leur procès ». Il apprend aussi par les autres détenus, sans le croire, que son procès aurait lieu dans 4 ou 5 ans.

Curieusement, l’huissier lui signifie son renvoi dans 12 jours, alors qu’il n’a vu, ni juge, ni avocat, et qu’on lui fait signer des documents … en thaï !

Le « rituel » des audiences avec ses « surprises ».

A la deuxième audience, 12 jours plus tard, le greffier appelle les 20 détenus présents et leur dit « Dans 12 jours », sans aucune autre explication.

« J’ai subi exactement la même procédure 7 fois avant de connaître de façon formelle les charges dont on m’accusait ». La police, dit-il, « avait 84 jours pour terminer son enquête. Après ce délai ils devaient soit nous indiquer les motifs des poursuites, soit nous laisser partir » (p.114). Le greffier lui tendit 3 feuilles en thaï. Un gardien lui dira qu’il y était accusé de meurtre !

La troisième audience avec le juge.

Il constate que son avocat, qui n’était venu qu’une fois pendant ses 84 premiers jours d’emprisonnement, n’est pas là. En effet, Colin ne lui pas encore versé ses premiers honoraires (20 000 $US). Le juge lui demanda en thaï  comment il plaidait. Colin dut attendre 2 heures pour obtenir un traducteur. Il apprit son accusation de meurtre au premier degré, toujours sans avocat, ni procureur, ajouta Colin (Il nous dira plus tard que « Les semaines et les mois passèrent sans nouvelles du procureur »). Le juge lui appointa un avocat d’office et « fixa la prochaine audience six semaines plus tard » (p.122).

La quatrième audience, 6 semaines plus tard.

L’avocat. Autre pays, autre mœurs !

Colin Martin est étonné d’apprendre qu’il ne verra pas le juge, mais qu’il a été convoqué au tribunal pour rencontrer son nouvel avocat. Etonné de ne pas l’avoir vu à la prison, la réponse est sans réplique :

« Ce n’est pas de cette façon que ça se passe en Thaïlande » (p.123).

En effet, Colin sera très surpris par la conduite des avocats pendant les futures audiences.

Apprenant que le principal témoin  à charge est mort (en prison), Colin est persuadé que son procès va être annulé. Son avocat lui assure aussi qu’il obtiendra sa libération, et  il lui apprend que l’audience aura lieu dans 15 jours à Bangkok (lieu où le témoin à charge était détenu !) sans sa présence (« il m’expliqua dans une logique qui n’avait de sens que pour lui, que de me transporter jusque là-bas créerait trop de problèmes pour une seule journée » !

6 mois plus tard. Deuxième audience avec le juge. Ubu au tribunal !

Colin n’a pas revu son avocat depuis 6 mois, et ne sait rien de l’audience de Bangkok. Durant cette audience-ci, « il ne tourna pas la tête vers moi ».  Le juge ajournant le procès jusqu’au 26 juin 1998, Colin est effaré de constater que son avocat « était simplement assis et ne disait rien » (p.126). Colin est d’autant plus effaré qu’il peut avoir le sentiment d’être chez Ubu, car le juge est en train de dire que son « affaire » serait traité «  par un autre tribunal devant lequel O’Connor (le témoin à charge) se présenterait ». Or, nous l’avons dit,  le témoin est décédé !

Devant le silence de l’avoca,t Colin intervient devant la stupéfaction de tous pour expliquer au juge qu’O’ Connor était  décédé ! Le juge demande confirmation à l’avocat. Puis,  « Le juge ne dit rien, puis il se retourna et quitta la salle sans dire un mot ».

On peut imaginer les sentiments éprouvés par Colin. Il n’a aucune nouvelle de son avocat pendant 6 mois. Il le revoit à l’audience et constate qu’il ne dit rien ; mieux- qu’il n’a même pas prévenu le juge que le témoin à charge était mort.

On est donc dans un système où la défense n’intervient pas, ne dit rien  de peur de « froisser » le juge. Au cours du récit, dans d’autres audiences où Colin sera tenté de présenter sa version, sa vérité, on lui expliquera que cela  le desservira. 

 Le traducteur d’ailleurs, en l’injuriant, lui « traduit » justement ce que Colin vient de faire : Votre avocat « a fait tout ce qu’il a pu pour vous aider.il est allé jusqu’à Bangkok pour l’audience et aujourd’hui il est venu pour vous aider, et vous,  vous l’insultez en parlant directement au juge » (p.127).

D’ailleurs lors de cette audience, Colin constate de nombreuses irrégularités flagrantes et son avocat ne fait aucune objection, et invite Colin à ne rien dire … « pour ne pas indisposer le juge ».  Colin, malgré tout dit au juge que la reconstitution s’est faite sous la menace. Une fois de plus, « le juge s’est levé et il a quitté la salle ».

 

Le procès, 3 ans plus tard.

Les « conclusions de l’accusation » qui n’en finissent plus. Et les audiences …et les audiences …

« Il avait fallu pratiquement trois ans pour faire citer sept témoins et j’étais allé au tribunal trente fois parce que les témoins ou le procureur ne se présentaient pas aux audiences. En moyenne la majorité de ces audiences ne duraient que dix minutes. Donc en trois ans je n’avais eu que cinq heures d’audience » (p.154).

Un jour, le procureur présente la confession que la police avait fait signer par Colin sous la torture ; six semaines plus tard le procureur fit témoigner un policier qui raconta comment la police avait obtenu ses aveux en « moins de 2 heures » ! Et cela continua ; Il eut même encore droit à une audience où il dut rappeler au juge que le témoin O’Connor était décédé (le procureur avait refusé le certificat de décès !) … et de se faire invectiver une nouvelle fois  par son avocat : « Vous ne devriez pas faire de telle scènes dans une salle de tribunal ! Les gens pensent que vous êtes mal élevé et que vous ne respectez pas le juge » !!!

…et à chaque fois sans acte de conclusion. Et pourtant Colin se bat, écrit à Amnesty international (qui agira avec Colin et obtiendra que l’on retire  les chaines des prisonniers), écrit au Président du tribunal pour que le procureur se mette « au  travail » ;  le magazine Phoenix d’Irlande (Colin est Irlandais) fait campagne, des gens lui écrivent et envoient des colis,…mais force lui est de reconnaître que son activisme n’a « aucun impact sur mon affaire ». 


La défense.

Colin peut enfin témoigner. Il craignait le contre-interrogatoire du procureur, mais celui-ci est absent. « c’était normal en Thaïlande » lui dit l’avocat. Il n’y avait même pas de traducteur. On prit une journaliste dans la salle.

Colin explique donc enfin tout ce «  qui s’était passé » (p.156). Il est étonné que l’on ne lui ait même pas demandé s’il avait tué Hodsworth ! Il put présenter ses témoins. Après le contre-interrogatoire sommaire du juge, le procès était terminé. « On m’indiqua que je serai rappelé dans les 45 jours pour connaître le verdict ».

L’audience du verdict.

Colin est plutôt étonné : « Pas d’avocat, pas de procureur, pas de policier Personne-seulement moi, un journaliste et un garde » ! Et la sentence qui tombe par un juge qu’il n’avait jamais vu  :

« Déclaré coupable … 20 ans, réduit d’un tiers parce que l’accusé a reconnu les faits au commissariat de police (on a vu comment) il lui reste donc 13 ans et 4 mois  … vous pouvez partir ». On peut imaginer ce que pût ressentir Colin (« Mon mode de pensée s’effondra »).


L’Appel et la Cour Suprême. (2 ans et encore 10 mois)

Le marathon juridique continue .Colin ne renonce pas et va poursuivre son combat en Appel, pour voir 2 ans plus tard confirmer le verdict initial et  le 31 juillet 2003 la Cour Suprême  estimer qu’il est coupable, même si le juge est désolé pour l’arnaque et ses conséquences. La Cour déclare également qu’elle ne croit pas à la torture policière. Il aura néanmoins une peine réduite à 10 ans. Mansuétude ! Non. Un usage pratiqué.


thailandColin a appris la loi thaïe et l’usage.

Si vous reconnaissez les chefs d’accusation au commissariat, nous dit Colin, la Cour réduit la sentence d’un tiers. Si vous plaidez coupable au Tribunal, votre sentence est encore réduite de moitié. Donc, si vous êtes accusé dans une petite affaire le système vous invite à un choix simple :

1 ou 2 ans comme coupable ou 5 ans pour prouver votre innocence !

A l’occasion de son Appel, il recense 15 irrégularités dans son recours dont : il  aurait dû y avoir 3 juges présents, un traducteur. Le juge avait agi comme un procureur en procédant à un contre-interrogatoire, aucune arme du crime n’avait été produite au Tribunal « Le soi-disant témoignage de O’ Connor aurait dû être retiré des débats » car il était décédé, de plus il n’était pas un témoin visuel du crime supposé. Mais Colin ne pouvait pas penser, que son nouveau avocat n’aurait mis dans le recours en cours d’ Appel, aucun des points qu’il avait identifiés, et qu’il n’ aurait même pas eu besoin de le signer !


Un autre usage : l’amnistie royale.

Il ne lui restait plus que l’espoir de l’amnistie. En effet, le Roi accordait une amnistie en principe tous les 4 ans  ou à l’occasion d’un événement exceptionnel. En fait, une réduction de peine qui pouvait être de moitié, en fonction du classement établi dans les prisons par les gardiens, sauf pour les meurtres de parents , ou particulièrement « vicieux », de moines, et pour les dealers (le Roi y était farouchement opposé) . Ainsi  avait-il eu une  amnistie en 1993, 1995, 1999. Une autre était annoncée pour l’anniversaire de la  Reine, le 12 août 2004.

Aussi, le 1er ministre Thaksin vient-il lui-même avec la télévision et la presse, à la prison de Lard Yao pour annoncer que le Roi avait accordé une réduction de peine de moitié pour tous les cas de vol, fraude (sauf pour celle concernant une banque !), cambriolage, tentative de meurtre, sauf pour les cas  ayant entrainé la mort et les récidives.

Colin, avec son classement, bénéficia d’une réduction d’un tiers soit 2 ans et demi. Il avait donc encore  6 mois à faire. La date officielle fut fixée au 18 janvier 2005. Il avait réussi, dit-il, « à survivre dans ce trou infernal pendant sept ans et demi ».


Colin Martin a-t-il inventé ce qu’il raconte ? La justice thaïlandaise et son système carcéral sont-ils aussi « particuliers » pour qu’il puisse penser à l’enfer sur terre ? Qu’en pensez-vous ?

 

Nous vous proposons dans l’article suivant de donner la parole à la défense et de « relativiser » le vécu du témoignage de Colin Martin par un examen plus objectif de la justice thaïlandaise dans le contexte international.  

 

 

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Editions Bamboo Sinfonia, 245 pages. Traduit de « Welcome to Hell » par Colin Martin

 

Cf. articles sur le sujet :

http://thailande-fr.com/societe/11828-prisons-thailandaises-bienvenue-en-enfer

 

http://siamlife.blog4ever.com/blog/lire-article-92107-1171388-l__enfer_des_prisons_thailandaises____.html

 

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 03:09

plan de lectureUn plan  de lecture  possible

 1/ Nous avions le sentiment d’avoir une piste qui nous permettait d’avancer dans notre découverte de la littérature thaïe, disions-nous.

 Nous avions un programme de recherche :    La tradition orale thaïlandaise ?  Le ramanakien ? le likaï ? le khon ? La liste recommandée par Marcel Barang :

Barang

Win Liaowarin, (SEAWrite «Démocratie sur Voies parallèles)

      Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003.

      Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002

      Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000

Saneh-Sangsuk

      Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube,1998.

      Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998.

      Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998.

      Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998.

      Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992.

 

2/

Il nous fallait poursuivre la recherche avec notre réflexe google, et wikipédia en premier :

 

7 auteurs étaient répertoriés :1/ Chart Korbjitti  2/ Kukrit Pramoj  3/ Pira Sudham  4/ Siriphan Taechachiadawong (ou Koynuch). 5/ S. P. Somtow, 6/ Chit Phumisak 7/ Khamsing Srinawk

 

Et puis au fil de recherches « hasardeuses », on nous disait que :

 

8/Saneh Sangsuk est l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. Il a été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2008. (Il était dans la liste de Marcel Barang)

Il fut révélé au public français avec le roman L'ombre blanche, Portrait de l'artiste en jeune vaurien (Seuil, 2000), reconnu par les critiques européens comme un chef-d'œuvre. Ce roman autobiographique est la confession d'un jeune Thaïlandais, qui déballe ses faits d'armes peu reluisants et passe aux aveux. Il raconte sa poursuite du bonheur dans un Bangkok violent et hostile qui l'a amené à se réfugier, tel un ermite, dans un village du nord de la Thaïlande.

Venin (Seuil, 2001) une de ses nouvelles, s'est vendu à plus de 25 000 exemplaires en France

venin


Son dernier roman, Une histoire vieille comme la pluie, (Seuil, 2003) relate les récits envoûtants du père Tiane au cours d'une veillée dans un petit village thaïlandais à la fin des années 60. Contes, légendes et récits : ce livre ouvre une fenêtre sur l'histoire de la Thaïlande en soulignant l'importance de la tradition orale.

9/Zakariya Amataya est le lauréat 2010 du SEA Write pour son premier recueil de poésie, No women in Poetry. Il regroupe près de dix ans de travail et d'écriture. Sa prose est emplie d'images, de métaphores et de paradoxes pour évoquer différents thèmes allant des limites du langage au temps qui nous échappe.

10/Siriworn Kaewkan fait partie des auteurs les plus remarquables de la nouvelle génération. Sa plume est versatile : il publie des poèmes, des nouvelles, des essais et des romans. Il a reçu plusieurs prix littéraires, dont une nomination pour le prix SEA Write de 2006 pour son livreThe murder case of Tok Imam Satorpa Karde (Ed. Pajonphai, 2006, version anglaise 2010). Ce roman traite du conflit qui oppose les séparatistes musulmans au gouvernement thaïlandais dans le sud du pays.

 

 

11/Dans les années 70, un mouvement littéraire, nommé « La littérature pour la vie », émergea suite à la situation politique qui entravait la liberté d'expression. Les principaux thèmes abordés étaient alors les inégalités sociales et une critique de la société. Quel était ce mouvement, son importance ?

 

12/ Sunthorn Phu, était considéré comme le plus grand des poètes thaïlandais du XIX ème siècle, reconnu et honoré par l'UNESCO en 1986 à l'occasion de son bicentenaire

 sunthorn phu

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3/ On ne pouvait, certes, tous les aborder et encore fallait-il, qu’ils soient traduit en français et  les trouver.

 

On découvrait que dans les auteurs recommandés, deux étaient de l’Isan, à savoir :

 

 Pira Sudham  et Khamsing Srinawk.

 

Wikipédia les présentait ainsi :

 

 

 

Biographie

Pira Sudham est né dans une famille de paysans pauvres dans le village de Napo,province de Buriram. À quatorze ans, il a été envoyé étudier à Bangkok où il a été un dek wat (un garçon vivant dans un temple et assistant les moines). Il étudia ensuite à l'université de Chulalongkorn de Bangkok où, remarqué par ses professeurs, il obtint une bourse du gouvernement de la Nouvelle-Zélande pour étudier dans ce pays. Il étudia d'abord à l'université d'Auckland puis à l'université Victoria de Wellington. 

Œuvres

Tout en utilisant sa propre expérience de vie, l'auteur met en scène les personnages et les circonstances de la vie des villageois d'Isan. Ses œuvres sont très critiques de l'ignorance organisée et de la corruption érigée en système.

  . Khamsing Srinawk

est un écrivain originaire de la région de l'Isan en Thaïlande. Il écrit aussi sous le nom de Lao Khamhawm. Il est surtout connu pour ses nouvelles satiriques .

D'origine paysanne, né en 1930 dans la province de Nakhon Ratchasima. Ses œuvres ont été traduites en anglais. : 1973, The Politician and Other Stories, Oxford University Press, (la vie héroïque des ruraux villageois thaïlandais dans la seconde moitié du 20e siècle)., Nouvelle La Grenouille aux pattes d’or.

 

Nous avions notre panneau indicateur. J'ai pu disposer de 2 livres de Pira Sudham. La lecture pouvait commencer.

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