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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 03:08

1Quand « oui » signifie « non » dans une langue qui ne connaît ni le « oui » ni le « non »

 

Quand « oui » c’est « non » :

 

Nous avons l’habitude de poser une question sous forme interro-négative : « tu veux ou tu veux pas ? », question qui suscite deux réponses possibles et deux seulement, « oui » ou « non ». C’est clair comme de l’eau de roche.

Attention, en thaï, c’est entièrement différent, même - et surtout - si votre locut(eur)rice parle ou baragouine le français ou l’anglais.

Une question sous forme interro-négative en thaï, c’est หรือยัง ru yang. Exemple d’une question pratique :  คุณมีแฟนหรือยัง khoun mi fèn ru yang : Avez vous un(e) petit(e) ami(e) ?

 

Voila une formule d'interrogation dont il faut nous défier tant elle peut être source d'équivoque. ยัง yang selon les circonstances, c'est encore ou pas encore,  un mot ou son contraire !

Dans notre question utilitaire, précédé de หรืิอ ru le sens est bien ou pas encore ? Mais attention à la réponse :

La réponse négative sera ยัง yang, pas encore (c’est à dire non) ou éventuellement  ไม่ มี maï mi, je n’en ai pas c’est à dire non.

La réponse positive pourrait être มีแล้ว mi lèô : J’en ai déjà un ou plus brièvement แล้ว lèô, une façon de dire oui dans une langue qui formellement ignore le oui et le non comme nous allons le voir ! 

 

Comment reconnaître le sens d'un mot qui est aussi son contraire ? Cette contradiction n'est qu'une apparence car la question doit se comprendre ainsi คุณมี แฟนหรือยัง(ไม่มีแฟน) khoun mii fèèn rǔu yang (maï mi fèn) : littéralement vous avoir petit ami ou ne pas encore (avoir petit ami). La réponse négative est donc ยัง ไม่ มี yang maï mi « encore ne pas avoir » abrégée en ยัง yang "non".

A la question posée par Zanini, la réponse thaïe ne sera pas celle que vous attendez !

2

« Oui » est la réponse positive à la deuxième partie de la question en quelque sorte, le positif, de « je ne veux pas » et « non », le négatif de « je ne veux pas » donc, moins par moins faisant plus, donc « je veux ». Ouf.

 

Concrètement, je viens de demander à ma femme « tu viens boire une bière à l’amphoe avec moi ou pas » et elle m’a répondu « oui » c’est à dire « je réponds par l’affirmative à la deuxième partie de la question ... « ou pas » c’est à dire « je ne viens pas ». Des explications un peu longues mais il fallait bien y passer pour vous éviter des quiproquos parfois cruels. Si vous baragouinez le thaï, vous comprenez la réponse, sinon, il faut du temps avant de s’y faire.

Conclusion fort simple, ne posez jamais de question sous forme interro-négative, et ordonnez : «  Je vais boire une bière à l’amphoe, viens avec moi » !

 

AFFICHE-A4-AH-OUI-MAIS-NON

 

Une langue qui ne connaît ni le « oui »

 

oui

 

ni le « non ».

non

 

 

 

Je me suis amusé à reproduire depuis quatre dictionnaires français-thaï la réponse, allons-y et peut-être encore en ai-je oublié ? Six non et cinq oui !!! On marche sur la tête ?

Dictionnaire numéro 1 :

Oui : ครับ khrapค่ะ kha  – จ้ะ dja

 

Non :  เปล่า plaô ไม่ maï –  ไม่มี maï miไม่ได้ maï daï

 

Dictionnaire numéro 2

Oui : จ้ะ dja

Non : เปล่า  plaôยัง yangไม่มี maï mi –  ไม่ได้ maï daï ไม่เอา maï aôไม่ใช่ maï tchaï

 

Dictionnaire numéro 3

Oui : ได้ daïใช่ tchaï

Non : เปล่า plaô ไม่มี maï mi

 

Dictionnaire numéro 4

Oui : ใช่ tchaïได้ daïจ้ะ djaค่ะ khaครับ khrap

Non :  ยัง yang  – ไม่ได้ maï daïไม่ maï  – ไม่ใช่ maï tchaï

 

Comment vous y retrouver, nom de D...., ce n’est tout de même pas compliqué de dire oui ou non ? Et bien, en thaï, si. Et dire que je lis souvent qu’il n’y a pas de grammaire en thaï !

En réalité, tout est fonction du contexte. Il y a en réalité plusieurs hypothèses et vous me direz si ces subtilités existent en français (ou en anglais ou en espagnol)

 

Répondre à un emmerdeur ou une emmerdeuse

 

 700-15568-Diplôme du plus emmerdeur

 

Un abruti est entrain de pérorer en vous racontant sa vie, les méandres de la politique thaïe ou les dessous du pacte germano-soviétique ? En France, vous l’écoutez d’une oreille distraite et de temps à autre, vous lâchez par correction un oui, oui. En thaï, si vous être un homme, ce sera ครับ ๆ khrap khrap ou une femme ค่ะ ๆ kha kha.

 

Et que vient donc faire ce จ้ะ dja qui voudrait aussi dire oui ? En réalité, จ้ะ, จ๊ะ, จ๋า, จ๋ะ, (quatre tonalités différentes, je rajoute donc trois nouveaux « oui ») ฮะ ha ou enfin ฮ่ะ ha (les deux derniers, deux tonalités différentes, plus spécifiquement Isan, je rajoute encore deux nouveaux « oui ») sont des formes plus familières de ค่ะ kha et ครับ khrap, on les considère comme plus cavalières. Votre interlocuteur babille, en France, vous prononceriez de temps en temps un oui, oui poli, ou un ouais, ouais plus cavalier. Même chose en thaï. Evitez tout de même les dja (qui à l’inverse des khrap et des kha ne sont ni masculin ni féminin), cela pourrait être fort mal compris par un thaï. Voilà donc évacué les oui de nos dictionnaires. Ce sont en réalité des onomatopées, mais intéressant, si vous avez une bonne oreille, faites donc des gammes !

Pour le reste, deux autres oui, ได้ daï et ใช่ tchaï et une demi douzaine de "non" ?

 

Le "oui" ou "le non" que vous utiliserez est fonction de la forme de la question qui est posée.

 

Répondre à une question posée avec ไหม maï (มัย maï).

 

Il s’agit grammaticalement d’une particule qui, placée en fin de phrase (deux tonalités possibles) marque la forme interrogative pure et simple, tout simplement  : est-ce que ?

สบายดี ไหม (ครับ คะ) sabaïdii maï (khrap kha) comment allez-vous ?

Réponse positive, vous reprenez purement et simplement le verbe « aller bien » : สบาย ๆ ขอบคุณ ครับ (ค่ะ) sabaï sabaï khopkhoun khrap (kha) "je vais bien, merci."

Réponse négative, vous reprenez purement et simplement le verbe en le faisant précéder de la particule négative ไม่ maï "ne …. pas" : ไม่สบาย ครับ (ค่ะ) maï sabaï khrap (kha) "je ne vais pas bien". N’utilisez jamais la particule ไม่ maï isolément.

 

Et que viennent faire dans cette galère de « oui » ou de « non » les verbes เอา (ไม่ เอา maï aô), มี mi (ไม่ มี maï mi),  et ได้ daï (ไม่ได้ maï daï) ?

เอา c’est "prendre" au sens de "vouloir", มี mi c’est le verbe "avoir" et ได้ daï c’est pouvoir. Tout simplement pour répondre à une question comprenant l’un ou l’autre verbe :

คุณ เอา ไหม khoun aô maï, « vous prenez » ไม่เอา maï aô « je ne prends pas » c’est à dire « non » เอา « je prends » c’est à dire « oui ».

คุณ มี เงิน khoun mii ngen maï « avez-vous de l’argent ? » Seule réponse possible si la question vous est posée par une femme thaïe ไม่ มี maï mii « je n’en ai pas »

Avec le verbe ได้ daï « pouvoir »  : ไป นอน ด้วย กัน ได้ ไหม ครับ paï non douaï kan daï maï khrap : « Est-ce que nous pouvons aller dormir ensemble ? » ได้ daï « je peux » = oui  ไม่ได้ maï daï « je ne peux pas » = non.

 

Répondre à une question posée avec ใช่ ไหม tchaï maï

 

Une forme de question qui ne pose pas de difficultés particulières. ใช่ tchaï signifie « vrai, exact ». La question ใช่ ไหม tchaï maï « est-ce bien cela ? » suppose, comme avec หรือ ru (nous allons le voir) que votre interlocuteur connaît la réponse : คุณ เป็น คน ฝรังเศส ใช่ ไหม khoun pén khôn farangsét tchaï maï « Vous êtes français, c’est bien cela ? ». Pas de difficultés, réponse positive, ใช่ tchaï réponse négative ไม่ ใช่ maï tchaï.          

 

Répondre à une question posée avec หรือ (รึ) ru

 

Il s’agit de la seconde particule interrogative de base, utilisée comme ไหม maï en fin de phrase avec une nuance, elle suppose que l’on connait à l’avance la réponse de l’interlocuteur, plutôt « n’est-ce pas, c’est bien cela ». สบายดี หรือ (ครับ คะ) sabaïdi ru (khrap kha) « comment allez-vous ? » Vous vous attendez donc à ce que votre interlocuteur réponde oui et ne vous donne pas le détail de sa dernière colique. Réponse positive ou négative comme avec la particule précédente.

 

Répondre à une question posée avec หรือ ยัง ru yang

 

Ne revenons pas sur cette forme interro-négative que nous avons appris à manier il y a quelques instants. Sommes toutes, rien que de bien logique. Une précision toutefois, si vous être conduit à poser une question sous forme interro-négative en françai à un thaï qui le comprend (il y en a quelques uns). A la question Tu ne manges pas ? vous répondrez si ou non. Au lieu de répondre non, le Thaï vous dira oui  sous entendu oui, la proposition est exacte, je ne mange pas et au lieu de vous répondre si, il vous dira simplement je mange. Pensez-y car cela peut conduire à des erreurs d’interprétation désagréable !

 

Répondre à une question posée avec หรือ เปล่า ru plaô

 

เปล่า plaô littéralement, c’est « le vide, le néant » Encore une façon de poser une question alternative, mais cette fois-ci, on ne connait pas la réponse.

ไป นอน ด้วย กัน หรือ เปล่า ครับ paï non douaï kan ruu plaô khrap, « On va dormir ensemble, oui ou non ? » Réponse positive,ไป paï « nous y allons » = oui, réponse négative เปล่า plaô « non ».

 

Je termine en m’apercevant qu’il m’a fallu plus de quatre pages pour essayer d’expliquer, dans la mesure de ma très faible connaissance de la langue siamoise, comment les thaïs traduisaient les concepts positif et négatif de « oui » et de « non » (que Larousse et Littré expliquent en quatre lignes).

Si la langue ignore le concept, c’est que l’esprit siamois l’ignore aussi et doit pour le traduire utiliser des circonvolutions tortueuses.

sondage-oui-non

 

Autre exemple, cherchez dans un dictionnaire, quel qu’il soit, comment les thaïs traduisent le mot « gratuit » ? Et bien le mot n’existe pas ! Vous allez me répondre, « si, le dictionnaire donne le mot ฟรี fri ». Vous avez parfaitement raison, mais fri c’est free et c’est tout simplement importé de l’anglais parce que le mot (donc le concept) n’existe pas en thaï. Je n’ai pas (encore) trouvé André Gide traduit en thaï mais ça m’amuserait de savoir comme est traduit l’ « acte  gratuit » ?

 

 acte-gratuit-45454-16

 

 

 

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 03:02

LitteratureNous poursuivons notre découverte de l’Isan, à travers sa culture et aujourd’hui sa littérature, à savoir « tout usage esthétique du langage, écrit et oral », sa production « littéraire », sa façon d’écrire et de dire, ce qui est « sacré », ou pour le moins, ce qu’elle  considère comme fondamental, quand elle veut exprimer ses rapports au (x) monde(s),  « ses réalités », ses « histoires ».

Or, à ce stade, nous n’avons que notre ignorance à avouer. Certes, nous avons lu quelques livres d’auteurs thaïlandais comme Chart Korbjitti, Pira Suddham, connaissons quelques noms comme Kukrit Pramoj, Chit Phumisak, Koynuch, S.P. Somtow, Khamsing Srinawk, Sirphan, Techajindawong… savons l’importance du Ramanakien, des contes et légendes (Avec la mission Pavie, on avait eu accès à de nombreuses informations)  mais de là à oser « parler » de la littérature thaïlandaise ! Mais après tout nous n’étions pas historiens, et nous avions proposé une vision historique des relations franco-thaïes, et depuis, la découverte de notre Isan.

Il nous restait qu’à proposer, humblement, un premier chemin d’accès, un programme de lecture possible.


1/Nous avions un passeur,  une étude de Jean Marcel, qui alors professeur à l’Université Chulalongkorn (Bangkok), avait écrit en 2006, une étude « L’œuvre de décentrement : le cas de la littérature siamoise ».

Nous avions déjà présenté une de ses études, sur la vision du bouddhisme, vue par les premiers missionnaires, et diplomates français au Siam,     dans notre blog : http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-les-relations-franco-thaies-le-bouddhisme-vu-par-les-missionnaires-du-xvii-eme-siecle-64650528.html

Il nous invite à nous rappeler « d’entrée de jeu », comme  « toutes les civilisations extrême-orientales », la civilisation du Siam (Thaïlande) est » la plus aux antipodes de la nôtre ».

 Il nous suffit de faire appel à notre « expérience » :  « nous aurons assez appris que la moindre attitude des Thaïs devant la vie, devant la mort, devant l’amour, devant l’argent ou la conduite automobile s’avère plutôt visiblement différente de la nôtre; pourquoi faudrait-il donc qu’ils aient vis-à-vis de l’art ou de la littérature les mêmes engagements et les mêmes obligations que nous? ».

 

Fort de cette conviction, il va  préciser sa position, en se démarquant des idées de Marcel Barang (le « plus actif des traducteurs de la littérature thaïe en français », reconnaît-il), exprimée dans une interview :

 www.eurasie.net/webzine/article 21 mai 2003

 

 1.1

«  A la question qu’on lui posait, à savoir si les Thaïs s’intéressaient à leur

littérature, il répondait : Guère! Ce qui paraît bien léger quand on n’a pas défini ce qu’est la littérature dans une civilisation où tout, au départ comme on l’a vu, est dissemblable de la nôtre. »

 

1.2

Il reproche aussi à Marcel Barang d’y avoir déclaré : « que beaucoup d’écrivains thaïs n’écrivent que des nouvelles ».

Jean Marcel se reconnaissait, par contre, dans les idées de Ajarn Chetana Nagavaraja, (qu’il considère comme le plus éminent humaniste thaï (à l’occidentale, dit-il) ) :

 «Il faut bien reconnaître que toute évaluation de la littérature thaïe qui ne tiendrait pas compte du rôle joué par la tradition orale est condamnée à ne donner qu’une image déformée de notre héritage littéraire. »

Et Jean Marcel justifiait au contraire le choix de la nouvelle en rappelant une enquête : « auprès d’un certain nombre de nouvellistes connus nous a révélé qu’ils préféraient tous la nouvelle au roman pour les deux raisons suivantes (conformes en cela à certaines spécificités de la littérature thaïe écrite contemporaine):  

1) elle était plus proche de la forme du récit oral court, dont ils avaient conscience de prolonger la tradition authentiquement thaïe.

2) la publication dans les gazettes quotidiennes en était facilitée.

 (le journal qui publie le plus de textes dignes de l’appellation de littéraires est le Krungthep Turakit (Journal des Affaires de Bangkok)!  Inimaginable dans les pays d’Europe ou d’Amérique…)

 

Tous ces nouvellistes, donc, convenaient cependant qu’il était beaucoup plus difficile pour eux de composer une nouvelle que de concevoir un roman, les contraintes que supposait cette forme brève étant beaucoup plus propices aux plaisirs multiples de l’exécution proprement dite. C’est donc le plus souvent pour des raisons d’art que ceux que l’on appelle les nouvellistes thaïs choisissent de s’adonner à ce genre de courte surface dont ils savent à peine ce qui le différencie du conte ou de la fable de la tradition orale.

«  Et ce n’est pas non plus sans raison si l’une des œuvres majeures de la littérature siamoise écrite est sans doute le Lay Chiwit (1954) de Kukrit Pramoj

Kukrit Pramoj

que l’on considérerait en Occident comme un roman (il est effectivement publié en traduction sous cette rubrique), mais qui est en réalité d’une composition indéfinissable, faite d’une mosaïque de onze courtes biographies d’autant de personnages, qui meurent en même temps lors du naufrage d’un bateau-bus - satisfaisant du même coup à la tradition thaïe du genre bref issu de l’oralité, à thématique philosophique traditionnelle du karma bouddhique et à la particularité de la composition en motifs, qui semble être l’une des caractéristiques spécifiques de toute la culture thaïe (depuis la peinture murale des temples jusqu’à la cuisine!). »


1.3 Un genre justifié par la tradition. « Dans un pays où tous les rois furent des poètes… où la première grande préoccupation de l’actuelle dynastie, après la destruction d’Ayuthaya par les Birmans en 1767, fut de restaurer dans l’écrit, par la voie d’une tradition orale vivante qui les avaient conservées, les œuvres de l’ancienne dynastie, de façon à pouvoir les sauver une autre fois d’une éventuelle destruction. » 

« Un pays où la meilleure lyrique contemporaine est à chercher dans la chanson populaire, héritière directe de la tradition poétique séculaire. »

 « Pour définir les traits majeurs de la culture thaïe, Ajarn Chetana y va d’une métaphore musicale : L’orchestre traditionnel thaï (piphat) se compose, notamment, de deux xylophones appelés ranat; au premier (ranat ek) est dévolu le rôle de mener et de développer la mélodie, alors que le second (ranat thum) sert à ponctuer le rythme en syncope; il serait, si l’on veut, l’équivalent de notre second violon, si seulement il ne lui était pas conféré (et à lui seul) la liberté de procéder à des improvisations, interdites au premier, et c’est donc bien ce second qui paradoxalement mène l’orchestre.  

Lorsqu’un maître joue avec son disciple, il se met d’office au ranat thum et laisse à son disciple le plaisir de déployer la mélodie principale au ranat ek ; c’est de cette position qu’il s’affirme vraiment comme maître. ».

 (« Il en est aussi de même dans la cuisine thaïe, où le responsable du résultat est celui qui découpe et prépare les aliments, le plus souvent en improvisant avec ce qui se trouve sous sa main, le chef en titre se contentant de les faire sauter ».)

« Toute la culture thaïe est sur ce modèle du ranat thum: l’improvisation en est la composante capitale, aussi bien dans la musique que dans le théâtre (notamment le likay). Et qui dit improvisation affirme la primauté de la variante. »

 ramakian

1.4 Et de l’anonymat et de l’improvisation. Je fais appel une fois de plus à Ajarn Chetana, dit-il : «La plus grande partie de notre ancienne littérature est improvisée, jamais archivée, appréciée et assimilée par un public sur place. […] Cette tradition est restée vivante dans notre société. […] Elle laisse un héritage qui n’a pas toujours la forme de l’écrit, car elle ne reconnaît pas la seule suprématie du texte ».

« Les troupes ambulantes d’amateurs ou de professionnels, se déplaçant d’un bout à l’autre du pays, sont innombrables. Et chaque village de province a sa troupe virtuelle, formée des gens du lieu et qui peuvent à quelques heures d’avis vous monter un likay ou un khon de circonstance; certains paysans, souvent illettrés, connaissent par cœur des tirades, ce qui est à peine concevable pour une mémoire occidentale. Evidemment, pour le savoir, il faut être sorti tant soit peu des sentiers battus et rebattus. »

 «  Il va sans dire, en conséquence, que dans une telle culture de l’improvisation, comme le note encore Ajran Chetana, on «ne porte que peu d’intérêt à la personnalité de l’auteur.»

 

Et Jean Marcel de reprocher à Barang de décider que « Chart Korbjitti, dont la Chute de Fak (1981) «a marqué la naissance du roman thaï moderne, en décrivant l’individu affrontant la collectivité.» « Nous y voilà! Un Thaï ne peut être un écrivain que s’il se conforme aux critères de l’Ouest: romancier, moderne et rebelle (ou maudit), et de façon plus moderne: sensationnel et provocateur dans les médias ».

-Chart Korbjitti

1.5 Bref, une littérature différente de la littérature occidentale.

 «  La littérature ayant au Siam un statut plus humble que dans nos parages, elle n’a pas de caractère utilitaire, si ce n’est, le plus souvent, son aspect didactique relatif à l’enseignement bouddhique ». Ou «  Les Siamois ne jouent pas leur Ramakien anonyme, non parce qu’il est un vestige de leur passé, mais parce que la représentation en est ngnam dans le présent - et c’est suffisant ».

« Loin des Thaïs l’idée d’une littérature nationale. S’ils se reconnaissent ainsi dans leur littérature (traditionnelle ou orale ou même contemporaine), ils ne la brandissent nullement comme une arme de revendication nationale, comme ont fait la plupart des jeunes littératures de l’Occident nées du mouvement des nationalités au 19e siècle, et comme le font encore aujourd’hui les communautés minoritaires de l’Occident, ou assimilées. »

 « Ajarn Chetana a montré de façon irréfutable que même les écrivains que l’on pourrait qualifier d’engagés, le plus souvent sous l’effet d’influences occidentales (surtout après les événements sanglants des années 70-73), ont peu à peu, non pas renoncé à l’engagement, mais tempéré leur pensée au profit d’une conception plus ample du monde et de son mystérieux destin. »

 

2/On se devait à ce stade résumer ce que nous avions appris sur la littérature thaïlandaise ? 

-          La littérature thaïlandaise est radicalement différente de la nôtre. Ce que ne semble pas penser Marcel Barang (le « plus actif des traducteurs de la littérature thaïe en français). Jean Marcel s’appuie sur l’autorité de Ajarn Chetana Nagavaraja, (qu’il considère comme le plus éminent humaniste thaï (à l’occidentale, dit-il).

 

-Elle privilégie la « nouvelle », forme qui se rapproche le plus de leur tradition orale, toujours aussi active, comme le Ramanakienle likai (théâtre comique) et le khon toujours joués par des troupes ambulantes d’amateurs ou de professionnels…et la chanson populaire, héritière directe de la tradition poétique séculaire.

 

Toute la culture thaïe est sur le modèle du ranat thum, à savoir  l’improvisation (Lorsqu’un maître joue avec son disciple, il se met d’office au ranat thum et laisse à son disciple le plaisir de déployer la mélodie principale au ranat ek ).

 

-   Seuls deux écrivains sont cités : le Lay Chiwit (1954) de Kukrit Pramoj et Chart Korbjitti, La Chute de Fak (1981). Ce qui fait peu pour notre enquête.

 

-    L’étude de Jean Marcel renvoie par contre, à une interview de Marcel Barang, un bon connaisseur sinon le meilleur connaisseur de la littérature thaïe, qui nous conseille de lire (traduit en français) :

 

-          « Win Liaowarin « que je considère comme le meilleur nouvelliste de Thaïlande » dit-il, et

-           

      Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003.

      Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002

      Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000

      Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube,1998.

      Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998.

      Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998.

      Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998.

      Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992.

 

Nous avions le sentiment d’avoir une piste qui nous permettait d’avancer dans notre découverte de la littérature thaïe. Nous avions un programme de recherche :

-          La tradition orale thaïlandaise ?

-          Le ramanakien ? le likaï ? le khon ?

-          Quelques auteurs et œuvres qu’il fallait connaître et lire.

 

__________________________________________________________________________________

Bibliographie sommaire donnée par Jean Marcel

Barang, Marcel «Entretien avec Marcel Barang, traducteur», <www.eurasie.net/webzine/article> 21 mai 2003

Collectif Europe, no 885-886/janvier-février 2003.

Confiant, Raphaël “De l’euphorie triomphante…”, Le Monde, 17 mars 2006

Crofurd, John Journal of an Embassy to the Courts of Siam (1828), [reprint] Kuala Lumpur, Oxford University Press, 1967

Navagaraja, Chetana Fervently mediating (criticism from a Thai Perspective), Bangkok, Chomanad Press, 2004

Navagaraja, Chetana «The Thai Popular Song and its Literary Lineage», Comparative Literature from a Thai Perspective, Bangkok, Chulalongkorn University Press, 1996, p. 137-164

Pramoj, Kukrit Plusieurs vies, traduit par Wilawan et Christian Pelleaumail, Paris, «Langues & Mondes» - l’Asiathèque, 2003

Jean Marcel, « Lettres du Siam », l’Hexagone, 2002.

Site de Marcel Barang


Quant au succès de la « nouvelle» pour les Thaïs ?

On peut se souvenir ce que pouvait en dire Baudelaire :

beaudelaire

« Elle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue. L’artiste, s’il est habile, n’accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus propres à amener l’effet voulu. Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. »

 

 

 

 

 

 

 

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 03:07

un-92af9Au long des articles précédents sur le bouddhisme thaï en général et le bouddhisme Isan en particulier, nous avons essayé de comprendre ce qu’est cette « religion »  sans Dieu ni dogme, qui prend en Isan un aspect magique (sinon primitif, datant probablement de la civilisation de Ban Chiang ?). Il nous a semblé y voir quelques paradoxes et incohérences, dont nous voulons, aujourd’hui, vous parler.

L’omni présence de Bouddha en pays thaï est une réalité quotidienne. Les temples fleurissent comme ces moines au petit jour, partant à la quête de leur riz quotidien. Il y a, paraît-il,  383 temples a Bangkok, on en construit et en reconstruit en permanence partout,  plus que de cathédrales au Moyen-âge, temples modestes de village, temples fastueux d’ors et de sculptures en teck, dont la décoration plus spectaculaire que modeste est faite à grands renforts de dons des fidèles dont les noms s’affichent orgueilleusement en dessous de la porte finement sculptée ou du panneau peint avec délicatesse représentant un épisode de la vie du Bouddha sans oublier, de façon ostentatoire, le montant du don.


Les « saintes images », on en voit partout. « Royaume du démon », royaume des « idoles », il est facile de comprendre la stupéfaction des jésuites que Louis XIV vieillissant, envoya à la fin du XVIIème siècle à l’instigation de son confesseur, tenter de convertir « Siam », ce que les prêtres des missions étrangères, présents depuis bien avant eux, n’avaient jamais réussi autrement que dans la confusion, en baptisant des enfants morts- nés, en travestissant la traduction des saintes écritures en remplaçant le nom de Jésus-Christ par celui de Bouddha.

Il est évident que tous les signes extérieurs d’une religion monothéiste sont réunis ?


Telle ne semble pas être l’opinion des thaïs pratiquant le bouddhisme « orthodoxe » dont ils utilisent, toujours, en priant, la langue sacrée, le pali (pour la plupart sans en comprendre un traitre mot). Allez donc expliquer à une « fille de bar » qui va, avant de prendre son poste en début de soirée, faire brûler des bâtons d’encens devant le Bouddha qui trône en place d’honneur dans son établissement, ou à un paysan Isan allant écouter le sermon du temple, offrant boisson et nourriture au buste du Roi Rama V, seul ornement de son intérieur, ou couvrant de minces feuilles d’or un buste de Bouddha, qu’ils font de la «  philosophie » !

 

Cherchant à comprendre, nous avons  trouvé quelque intérêt à étudier le bouddhisme thaï « à la source », tout simplement dans un petit cathéchisme intitulé « Questions et réponses sur l’histoire de Notre Seigneur Bouddha à l’usage des jeunes gens ».

Le terme พระเจ้า - phra djao - que nous traduisons par « Notre Seigneur » pour qualifier Bouddha est celui qu’a repris l’Eglise catholique thaïe pour parler de «Notre Seigneur » Jésus-Christ. Mais ce sont les mêmes mots utilisés par le Thaï pour dire « Dieu » et ils débutent également les titulatures du Roi. C’est très exactement le «  Dominus » latin concernant à la fois l’Empereur déifié et Dieu le Père. Equivoque assurément.

Ce petit catéchisme est présenté comme l’étaient nos « catéchismes des diocèses », sous forme de questions - réponses. Nous le tenons du fils, âgé d’une quinzaine d’années, d’un voisin thaï que son père lui fait réciter quotidiennement. Cette lecture peut-elle apporter quelque lumière que ce soit ? Il ne faut en tous cas pas la prendre avec une logique occidentale. Pour éviter le moindre risque et la moindre équivoque, notre référence constante en matière de traduction est comme toujours le dictionnaire publié par l’Institut Royal (Royal institue) en 2002 (ISBN 974 958 8 045), qui constitue la somme de la langue thaïe au seuil du XXléme siècle.

Il n’y a aucun doute, le mot utilisé - ศาสนา - satsana - ne peut se traduire que par « religion ». La philosophie, c’est  ปรัชญา - prattaya. Le terme satsana s’applique également à la religion du Christ, à celle des mahométans ou à toutes les autres.

Ce « catéchisme » (en thaï, le mot n’existe que pour la religion chrétienne) commence par l’histoire de la vie de Bouddha sur l’historicité de laquelle je ne reviens pas.

Vous le savez, il est né dans la forêt de Lumpini. Ici se situe une question relative à l’accouchement de sa mère dans la forêt, et une réponse !

« Question :

Mais accoucher dans une forêt, n’était-ce pas difficile ?

Réponse :

Pas du tout. Il y avait un récipient pour recevoir les eaux et des créatures célestes pour l’assister, de l’eau chaude et de l’eau froide, pour permettre la bonne arrivée de l’enfant ».  

Nous retrouverons plus bas ces « créatures célestes ».

Le choix du prénom (voir notre article 34) fut fait par 7 brahmanes qui convinrent qu’il devait s’appeler « Sitthatha », ce qui signifie « désir de la perfection ». Suit le récit de sa vie et la narration de son parcours spirituel, jusqu’à l’illumination. C’est ensuite l’exposé proprement dit de sa « doctrine » qui continue sous la même forme de « questions-réponses ».

J’en arrive à une question-réponse qui nous  a « perturbé ».

« Question :

Y- a- t- il des créatures célestes et des dieux ? Qu’a dit Notre Seigneur ?  

Réponse :

Il n’y en a pas du tout. Il faut s’acharner à découvrir la vérité de Bouddha uniquement pour atteindre l’illumination. »

atheisme

Voilà une affirmation strictement contredite par d’autres paragraphes de ce catéchisme. Mais c’est peut-être l’un des avantages de la civilisation thaïe de ne pas avoir généré de Descartes et de créer le paradoxe d’une « religion » monothéiste sans Dieu(x) ! Les « créatures célestes » omni présentes dans la tradition religieuse thaïe, bien qu’elles n’existent pas au dire de son fondateur, sont l’ensemble des habitants du Paradis.


La cosmologie bouddhiste thaïe venue des Indes, le Ramayana est devenu le Ramakian, parle du Paradis occupé par le plus grand des dieux, le bon et grand  Issawon (Siva) - il y a d’autre paradis occupés par d’autres dieux de moindre importance - et des créatures célestes des deux sexes. L’un d’entre eux qui s’était fort mal conduit est renvoyé par Issawon sur terre pour y connaître une fin humaine et à cette fin, il envoie également sur terre son dieu préféré, Naraï (Vishnou) qui se réincarne en être humain, Rama, aux fins de tuer l’ange du mal devenu le Roi Thotsakan. N’oublions pas, pour nous rappeler d’autres souvenirs, les serpents, les nâgas, qui sont dans le monde souterrain et prêtent main forte à Thotsakan et à son armée de démons. On fait vite le rapprochement avec les anges et les démons de la religion chrétienne, avec le serpent tentateur, même s’ils sont sexués. Il y en a de toutes espèces, tout comme les démons. Les chrétiens connaissent (ou connaissaient) les anges et les archanges, les trônes et les dominations, dans les chœurs de la hiérarchie et les anges déchus conduits par l’ange de lumière, Lucifer alias Satan. Le combat entre Rama et Thotsakan dure 14 ans et se termine par le triomphe du Bien sur le Mal.

L’épopée du Ramayana, devenue en thaï le Ramakian a fourni également au vieil Homère des pans entiers de l’Iliade et de l’Odyssée, ce qui rend d’ailleurs les doctes dissertations sur l’historicité des faits relatés dans ces épopées bien aléatoires.

Bouddha en arrive, avant le Nirvana à  l’état d’Arhanta. Les Arhantas sont les saints du Bouddhisme primitif, l’état d’Arhanta précède celui d’éveillé au Nirvana. Les querelles théologiques (ayant naturellement donné lieu à massacres et excommunications) sur les différences entre les deux états présentent (pour nous) à peu près le même intérêt que les querelles byzantines sur le sexe des anges.


Notre « catéchisme » donne ensuite les règles essentielles de « la morale de Notre Seigneur Bouddha » :

« Question :

Comme fondateur d’une religion et maître spirituel, doit-on l’adorer ?

Réponse :

On ne doit pas l’adorer mais le vénérer avec des fleurs et des bâtons d’encens.

A-t-il, comme le Christ, désigné un successeur, une pierre sur laquelle bâtir son « église » ?

« Question :

Avant d’atteindre le nirvana, désigna-t-il un successeur ?

Réponse :

Non, mais il disait en état d’illumination «regardez moi, la vérité c’est l’enseignement que je vous ai donné. Je suis votre maître et je m’en vais. Contentez vous d’appliquer mon enseignement. »

La langue thaïe traduit le mot athée par ผู้ที่ไม่เชื่อว่ามีพระเจ้า phouthimaïtchuawamipradjao, littéralement « personne qui ne croit pas qu’il y a un (des) dieu(x) ». Singulier ou pluriel ? La langue thaïe ne fait pas la différence entre le singulier et le pluriel mais la rédaction nous fait préférer un singulier, donc « Dieu ». Peut-on être plus clair ?

L’homme qui dit qu’il n’y a pas de dieux est un athée ! Et pourtant, l’homme qui dit qu’il n’y a pas de dieu(x) a été déifié ! Nous rejoignons ce que l’Eglise catholique romaine considère comme une déviance hérétique de l’église grecque orthodoxe, la « théosis », la déification proportionnelle à la pureté de l'homme. Plus il est purifié des passions, plus haute sera l'expérience qu'il recevra de Dieu, il voit Dieu comme cela fut écrit : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »  (Matthieu 5:8).

Saint Mathieu a-t-il connu Bouddha ? Fonctionnaire de l’Empire, le plus érudit des quatre évangélistes, ce n’est pas exclu.

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Le bouddhisme était connu à cette époque dans l’angle sud-est de la méditerrannée. Un argument en faveur de ceux qui considèrent (un peu vite) le christianisme comme un schisme du bouddhisme.

 

Pour le Bouddha, il n'y a pas de Dieu créateur de l'Univers, pas de paradis, pas d'enfer, pas de Messie, pas de Résurrection. Tout au contraire. Le bouddhisme ne s'intéresse pas à la métaphysique, à l'origine du monde, aux notions de bien et de mal. C'est une doctrine finalement très pragmatique qui part d'un constat évident : tout est souffrance. Pessimisme total qui rejette même la notion d'âme et rend caduque toute attitude religieuse. Dans la mesure où Dieu n'existe pas, à quoi bon la mystique, les sacrifices, les sacrements ou n'importe quelle forme de culte? Le salut dépend uniquement de la causalité du karma et des moyens de sortir du cycle infernal du samsara. Le Bouddha est authentiquement athée. Sa doctrine vise un seul but : la délivrance.

 

N’ayant aucune prétention à avoir des connaissances théologiques, mais m’étant contenté de ces constatations (qui me semblent d’évidence), j’ai retrouvé les fameuses déclarations du pape Jean-Paul II (qui ont tant fait hurler les bouddhistes de comptoir) sur le bouddhisme.

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« ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée. Nous ne nous délivrons pas du mal à travers le bien qui vient de Dieu; nous nous en libérons seulement en nous éloignant d'un monde qui est mauvais. La plénitude de ce détachement n'est pas l'union avec Dieu, mais ce qu'on appelle le nirvâna, c'est-à-dire une indifférence totale envers le monde. Le salut est avant tout une libération du mal, obtenue grâce à un parfait détachement du monde, ou réside la source du mal. Voila le sommet de la démarche spirituelle du bouddhisme... Saint Jean de la Croix préconise de se libérer du monde, mais afin de s'unir à ce qui est distinct du monde; et ce qui est distinct du monde n'est pas le nirvâna, mais c'est une personne, c'est Dieu, car celle-ci ne peut s'accomplir que dans et par l'amour.... »

 

 Mais le bouddhisme, tel que nous le connaissons ici et plus spécialement en Isan, c’est la transformation singulière en religion monothéiste tintinnabulante du culte intérieur institué par Bouddha... Un culte religieux incontestablement fondé sur la base de l’athéisme et d’innombrables divinités peuplant le  panthéon bouddhiste, dont le fondateur a dit qu’elles n’existent pas.


Le bouddhisme n’a été véritablement connu en France que par Simon de la Loubère, envoyé de Louis XIV à la cour du roi du Siam, mais l'orientalisme connut un un essor rapide au siècle suivant. La publication en 1844, de l'ouvrage magistral d'Eugène Burnouf, « Introduction à l'histoire du buddhisme indien » suscita un formidable engouement pour le bouddhisme.

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Pour les contemporains, Baudelaire et Hugo, le bouddhisme, apparaît avant tout comme une doctrine athée qui prétend ne s'appuyer que sur la raison, place l'expérience individuelle au centre de sa praxis, ne repose sur aucun dogme intangible et propose une morale humaniste sans référence à une quelconque révélation divine. La plupart des intellectuels athées ou anti-cléricaux, Taine, Renan, Nietzsche, Renouvier, Michelet, exaltent le «  rationalisme », « l'athéisme » et le « positivisme » bouddhique contre le christianisme qui représente, selon Auguste Comte, un « stade infantile de l'humanité ». Le Pape 150 ans plus tard n’a rien dit de plus sur l’athéisme fondamental du bouddhisme en chaussant de façon singulière les bottes des mécréants du siècle précédent !

L'enseignement du Bouddha, morale utilitaire sous tendant un égoisme raffiné, a donné lieu à trois écoles d'interprétation différentes ayant suscité conciles, encycliques, excommunications, inquisitions et sanglantes guerres de religion :

Le Grand Véhicule, ou Mahayana, puise son inspiration dans la découverte d'écrits postérieurs - les sutras - selon lesquels le Bouddha ne se limite pas à sa personne physique ni à son enseignement.

Le Petit Véhicule, ou Hinayana, qui considère ces sutras comme hérétiques, reste fidèle aux seuls préceptes donnés par Bouddha à ses disciples. Cette tendance est majoritaire en Asie du Sud-Est - Cambodge, Vietnam, Thaïlande - mais aussi à Sri Lanka. C’est l’orthodoxie.

Le Véhicule de diamant, ou tantrisme, très ésotérique, s'appuie sur une méditation très poussée et sur une primauté du maître initiatique. C'est le bouddhisme du Tibet et de la Mongolie.

 

Il est de bon ton en Occident de se dire « bouddhiste » dans les salons. C’est le bouddhisme d’Hollywood aussi. Le bouddhisme de comptoir souvent. Il est plus distingué de se dire bouddhiste que de s’avouer catholique ou musulman. Le dernier bouddhiste en date est un acteur pour lequel j’ai un faible, Jason Statham (chacun a ses faiblesses), « le Transporteur » bouddhiste, ça ne vous fait pas rigoler ?

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Mais référence est systématiquement faite au bouddhisme tibétain popularisé en particulier par Hergé (« Tintin au Tibet »),

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déviance hérétique qui n’a strictement rien à voir avec le bouddhisme thaï tel que nous l'avons décrit précédemment, et à la personne sur-médiatisée et sur-financé (essentiellement par la CIA pour em.....er les chinois) du Dalaï Lama, ancien chef spirituel du dernier pays ouvertement esclavagiste au monde et bénéficiaire d’un formidable marketing. Ce sont là déviances du bouddhisme sur lesquelles nous reviendrons bientôt.

 medium existence de dieu

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 03:04

Sans titre-1Le système horaire traditionnel est utilisé au quotidien, il est au départ déconcertant : Un rendez-vous manqué  à « 4 heures du soir » ? Ce n’était pas 16 heures mais 22 heures ? Votre maçon s’annonce à « 1 heure du matin », il est courageux pensez-vous ? Bien sûr que non, il viendra à 7 heures. Il est toutefois d’une incontestable logique et fait preuve d’un bon sens total.

 

Ce système repose tout simplement sur des constatations d’expérience : La latitude de la Thaïlande la situe entre tropique nord et équateur, la durée de la journée entre lever et coucher du soleil y est donc d’une remarquable constance, de 6 heures du matin (lever du soleil)

 

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à 6 heures du soir (son coucher)

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avec des décalages dans l’année, bien sûr, mais que représente ce décalage d’une heure sur une journée de travail aux champs ?

 

Ainsi, sous ma latitude (16° 08’’ nord), à la mi-juin, le soleil se lève à 5 h 38 et se couche à 18 h 44. La journée va durer un peu plus de 13 heures. A la mi -décembre, il se lévera à 6 h 31 et se couchera à 17 h 41. La journée durera un peu plus de 11 heures.

Plus nous descendons au sud, et moins la différence est sensible, à Hatyaï (7° nord) par exemple, nous nous rapprochons de l’équateur, mi juin, 6 h 03 – 18 h 35 et à la mi décembre 6 h 22 et 18 h 05. Et dans le sud de la Malaisie, (à 1 ou  2° de l’équateur) ce sera – 6 h – 18 h à quelques minutes près toute l’année.

Sur les mêmes périodes, ce serait à Marseille (43 ° nord) de 5 h 56 à 21 h 21 et de 8 h 09 à 17 h 24 ! Mais il y a un décalage de deux heures par rapport à l’heure du fuseau. Du gachis pur et simple généré en plus par les fameuses « heures d’été » et « heures d’hiver ».

 

Ce sont ces constatations qui ont conduit les anciens siamois à :


prendre pour point de départ de la journée l’heure du lever du soleil (environ 6 heures), et à crééer une première fraction de temps entre le lever du soleil  et le milieu de la journée quand le soleil est au plus haut et culmine,

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• à créer une nouvelle fraction de temps entre le milieu de la journée (midi) et le coucher du soleil (18 h).

• De 18 heures à 6 heures (du matin), la période est elle-même divisée en deux sous périodes : 18 heures – milieu de la nuit, milieu de la nuit – lever du soleil.

Quatre périodes de 6 heures donc reposant sur des phénomènes astromiques visibles à l’oeil nu. C’est tout simplement vivre avec la lumière.

 

Pourquoi cette subdivision en 6 et non en utilisant (ce qui semble venir naturellement à l’esprit) une subdivision par 10 - nous avons dix doigts - ? C’est un mystère que ni ethnologues ni sociologues n’ont à ce jour résolu.

Avec une logique implacable, la Convention avait considéré en 1793 que dans la mesure où les poids et les mesures utilisaient le système décimal, il était absurde de  diviser la journée d’une autre façon. Il fut alors décidé de diviser la journée en 10 heures de 100 minutes de 100 secondes. Le système ne s’imposa pas et l’on revint aux divisions traditionnelles en 1806. Trop déconcertant peut-être ? 9 h 05 du matin, c’était 3 h 86 !, Il n’en reste plus que le souvenir rarissime d’horloges révolutionnaires, de magnifiques exemplaires en particulier au Conservatoire nationale des arts et métiers !

montre-decimale

 

La journée traditionnelle est donc divisée en quatre périodes de six heures, qui correspondent aux phases de la rotation de notre planète,chaque plage horaires a un nom spécifique.


Elle commence non pas à zéro heures, ce qui ne me paraît pas très logique, c’est l’heure à laquelle tout le monde dort, mais au lever du soleil ce qui me paraît beaucoup plus logique. Je me lève au début du jour et non à zéro heure !

 

Le matin, c’est tchaô :

หก โมง เช้า hôk mông tchaô  six heures du matin 

Nous allons avoir un premier décalage déconcertant, puisque les heures sont décomptées à partir de 6 heures !

(หนึ่ง) โมง เช้า (nung) mông tchaô  sept heures du matin, le หนึ่ง nung est  le plus souvent omis. C'est le début de la journée.... C’est le « 1 heure du matin » dont je vous parlais à l’instant.

สอง โมง เช้า  song  mông tchaô huit heures du matin ,« 2 heures du matin» . 

สามโมง เช้า  sam mông tchaô  neuf heures du matin ,« 3  heures du matin ».

สี่ โมง เช้า  sii mông tchaô  dix heures du matin, « 4  heures du matin »            .

ห้าโมง เช้า  ha mông tchaô onze heures du matin , « 5 heures du matin ».

Notez que le mot tchaô  « matin » se place après le chiffre et  après le mot heure โมง mông.

 

เที่ยงวัน  thiang wan  midi

กลางวัน klangwan le milieu du jour,  ou simplement เที่ยง  thiang midi.

Pour les heures de l'après midi, deux mots sont utilisés, บ่าย bà l'après midi, et เย็น yén la soirée, ou la fin de l'après midi,  (เย็น yén c'est également froid, frais, ce sont les heures de la fraîcheur en fin de journée) nous aurons alors sans décalage :

บ่าย โมbaï mông une heure de l'après midi.

บ่าย สอง โมง baï song mông deux heures de l'après midi.

บ่าย สาม โมง baï sam mông  trois heures de l'après midi.

บ่าย  สี่ โมง  baï si mông  quatre heures de l'après midi ou encore สี่ โมง  เย็นsi mông yén

ห้าโมง เย็น  ha môông yén  cinq heures de l'après midi.

หก โมง เย็น hôk mông yén ou encore หก ทุ่ม hôk thoum six heures de l'après midi (du soir)

 

Venons en à la soirée, de dix neuf heures à minuit : les heures deviennent ทุ่ม thoum  et nous aurons cette fois-ci un nouveau décalage (mon rendez-vous de 4 heures du soir ! )

ทุ่ม หนึ่ง thoum  nung  sept heures du soir  ou plus volontiers หนึ่ง ทุ่ม nung thoum  

สอง ทุ่ม  song thoum  huit heures du soir,

สามทุ่ม  sam thoum neuf heures du soir

สี่ ทุ่ม  si thoum dix heures du soir,

ห้า ทุ่ม  ha  thoum onze heures du soir.

Et nous revoilà à minuit.

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คืน khuun : La nuit va de minuit เที่ยงคืน thiangkhun à 6 heures du matin.

Ensuite, les heures, s'appellent, de minuit à l'aube, ตี tii dont vous notez l'emplacement avantle chiffre. Pas de décalage entre 1 heure et six heures du matin !

ตี หนึ่ง ti nung  une heure du matin.

ตี สอง ti song deux heures du matin.

ตี สาม ti sam trois heures du matin.

ตี สี่ ti si quatre heuresdu matin.

ตี ห้า ti ha  cinq heures du matin.

Les deux termes (ทุ่ม thôum et ตี tii) proveniennent du son des cloches du temple, utilisées pour sonner les heures dans les temple, un peu le ding din dong du clocher de nos églises ou du beffroi de nos mairies que donnait l’heure à nos anciens qui n’avaient ni montre ni horloge et n’en avaient nul besoin.

 

Retenez donc bien la position de l'heure par rapport aux chiffres, ตี ti et  บ่าย baï   avant le chiffre, เช้า  tchaô, เย็น yén et  ทุ่ม thoum  viennent après (sauf ทุ่ม หนึ่ง  thoum  nung  sept heures du soir). ตี tii et ทุ่ม  thoum  (c.a.d. « heure du matin » et « heure du soir », ce serait donc une inutile redite) ne sont jamais accompagnés de โมง mông. Par contre, เช้า tchaô (matin) บ่า baï  (après midi)  เย็น yén (soir)  sont accompagnés de โมง mông (heure).

 

Si l'on peut faire précéder l'expression de l'heure du mot เวลา wéla (le temps) celui-ci est le plus souvent omis dans le langage parlé.

En ce qui concerne les minutes, il n'y a pas de mot thaï pour dire le quart, il indiquera tout simplement le nombre de minutes บ่าย สี่ โมง ห้า นาที baï  si mông hanathi quatre heures quinze (après midi). Pour la demi heure, il utilisera indifférement สามสิบ samsip (trente) สามสิบ ou ครึ่ง khrung (demi) : เวลา หก โมง เช้า สามสิบ นาทีwélaa hok mong tchaô saamsìp nathi six heures et demi du matin  et สาม ทุ่ม เครืง sâa thôum khr̂ung neuf heures et demi (soir).

Pour les minutes qui précèdent l'heure, on utilise อีก iik (encore) : หก โมง เช้า อีก สิบห้า นาที hôk mông tchaô ìk sipha nathi « six heure matin encore quinze minute» six heures moins le quart (matin). Notons que les termes et quart et moins le quart n’existent pas en thaï; on ajoutera tout simplement สิบห้า นาที sipha nathi et quart  (quinze minutes)  ou อีกสิบห้า นาที sipha nathi. (encore quinze minutes)

 

Voila qui est compliqué, direz vous. Surprenant certes, cependant, le système repose sur des bases bien réelles (le lever et le couchet du soleil, le milieu du jour et le milieu de la nuit) dont nous a complétement détaché notre système horaires avec ses « heures d’été» et « heures d’hiver» dont on se demande toujours l’utilité ?

Vous ne pouvez toutefois pas vous dispenser de connaître cette manière de décompter les heures. Les thaïs l'utilisent au quotidien et ne sont pas à leur tour conduits à s'imaginer combien elle est déconcertante pour un occidental.

 

La façon officielle est strictement équivalente à la nôtre, c’est le système de l’heure universelle. Elle consiste tout simplement à reprendre la division en vingt-quatre heures en faisant suivre le chifre du mot  นาฬิกา naalika (montre, horloge) : เวลา หก ชั่วโมง นาฬิกา wéla hôk tchouamong nalika, เวลา wéla est en général omis et ชั่วโมง tchouamong l'est systématiquement : หก นาฬิกา hôk nalika.

Dans ce système, pour indiquer la demi après นาฬิกา nalika, on utilisera plutôt 30 minutes, สามสิบ นาที samsìp nathi, comme en français, de 13 heures à 0 h, on ne dit pas et demie.

 

C'est le système suivant le standard international,qui est systématiquement utilisé pour les horaires (trains, avions, ouverrure des commerces ou banques, etc.). Mais dans les conversations, le Thaï utilisera le système traditionnel.


Simple, non ?

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 03:04

Systeme metrique 1954Le système métrique (« système international d’unités ») a été officiellement adopté au Siam en 1923. Toutefois, les « anciens » (et plus encore dans nos régions rurales « retirées ») utilisent encore et toujours partiellement le système traditionnel. Mesures des terrains, négoce de l’or et de l’argent, menuisiers, maçons, artisans, marchands de matériaux, négoce du riz, peut-être aurez-vous l’occasion de l’entendre et peut-être de l’utiliser avec un entrepreneur ou un menuisier de votre village. Dépourvu ni de bon sens, ni parfois de poésie, il serait dommage qu’il se perde.

 

La monnaie ?

 

Vous connaissez le สตางค์ satang  (les pièces jaunes de 25 et 50 qui sont encore distribuées dans les grandes surfaces) qui est l’unité de base.

25 satangs font un สลึง salung

4 salungs font donc 100 satangs et 1 บาท baht autrefois appelé tical.

4 bahts font un ตำลึง tamlung.

20 tamlungs  c’est à dire 80 bahts équivalent à 1 ชั่ง tchang.

 

Ces mesures (au moins le baht et le salung) sont encore et toujours utilisées pour le pesage dans le négoce de l’or et de l’argent, et sont tout simplement le souvenir de l’époque où le baht (monnaie) était étalonné sur l’argent, équivalant à 15,16 grammes d’argent fin. Le tchang est donc un lingot de 1,212,80 kilos.

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Le système monétaire décimal (1 baht de 100 satangs) a été créé par la Roi Rama V en 1897 et actuellement seul utilisé pour la monnaie.

monnaie

Les anciennes dénominations et subdivisions n’intéressent plus que les numismates et les philatélistes. Nous en reparlerons quand j’ouvrirai – si Dieu me prête vie – la chronique philatélique.

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Un petit détail (sans méchanceté), lors de l’achat d’or chez le négociant chinois (ils le sont tous), la pesée est faite sur une balance électronique de précision (du moins on l’espère) au système métrique et le bath-or y pèse 15 grammes tout ronds. Une petite entourloupe de 0,16 / 15,16, un gros 1/1000 ... Rien d’étonnant puisqu’ils pratiquent également tous le prêt sur gage (à usure évidemment).

 

Les longueurs ?

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Les anciens thaïs ne se sont pas soucié, vous allez le voir, de la « millionième  partie du quart du méridien terrestre » et moins encore de la longueur d’onde (dans le vide s’il vous plait) de la radiation de l’isotope de je ne sais plus quel métal.

L’unité de base est le กระเบียด krabiat.

Il en faut 4 pour faire un นิ่ว niou (doigt).

20 nious donnent 1 คืบ khup . Retrouvons notre système, 1 kup fait 25 centimètres. Un pan tout simplement.

2 คืบ khups  font 1 ศอก sok. Ce me semble une coudée.

4 soks de 25 centimètres conduisent donc au วา wa de 2 mètres, notre ancienne « toise ».

20 was équivalent à 1 เส้น  sén  de 40 mètres.

400 séns font 1 โยชน์ yot de 16 kilomètres ... une journée de marche !

Pour convertir les petites mesures, je vous laisse le soin de faire la règle de trois.

 

Les volumes ?

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Toujours utilisées dans la mesure du riz ou des balles de riz, par certains marchands de matériaux, nous allons trouver des unités bien concrètes :

 

L’unité de base est le contenu d’une coque de noix de coco, le ทะนาน thanan  qui vaut 1 de nos litres (essayez !  En gros, ça marche).

20 thanans  donnent 1 สัด  sat ou 1 ถัง thang (seau) de 20 litres. Le riz ne se vend pas au poids mais au thang (pas dans les grandes surfaces mais dans nos marchés).

50 sats  font donc 1.000 litres, 1 บั้น ban et une paire de bans s’appelle un เกวียน kwian, tout simplement un char à boeufs ! L’expérience a probablement montré que c’est la charge que pouvait tracter un boeuf ? 1.000 litres de riz pèsent selon sa qualité entre 600 et 850 kilos. Une rapide recherche sur Internet m’apprend qu’un boeuf peut tracter 700 kilos.

Dans le négoce du riz, on utilise le thang et le kwian mais le sat s’appelle สัดหลวง satlouang, « sat royal ».

 

Les poids ?

PIC00097

 

Indépendamment des unités utilisées spécifiquement dans le négoce des métaux, nous trouvons

A la base le ไพ phaï.

Il en faut 4 pour faire un เฟึ้อง fuang.

Avec 2 fuangs, nous retrouvons notre สลึง salung et 1 บาท baht avec 4 de nos สลึง salungs et toujours 4 bahts pour 1 ตำลึง tamlung. et encore 20 tamlung pour 1 ชั่ง tchang. et enfin, une unité qui n’est pas utilisée dans le négoce de l’or (évidemment), 60 tchangs font 1 หาบ hap, une charge d’un peu plus de 60 kilos à partager sur chacune de nos deux épaules !

 

Les surfaces ?

 

Ce sont tout simplement les unités de longueur mises au carré, le ตารางวา tarangwa et le  ตารางศอก tarangsok mais on y ajoute deux unités spécifiques que vous connaissez probablement tous, le งาน ngan  de 400 mètres carrés et le ไร raï  de 1.600 mètres carrés.

Celles-là sont utilisées de façon systématique.

 

Ces mesures sont-elles obsolètes ? Je ne le pense pas, au moins chez « les anciens ». L’instauration du système métrique n’a pas un siècle, il en a un peu plus de trois chez nous. Il n’empêche que l’on y parle toujours de stère ou de muid, qui ne sont pas des unités officielles, que la littérature utilisait encore il n’y a guère la lieue, que nous sommes nombreux à avoir parlé longtemps d’ « ancien franc » plutôt que de « centime », à être allé acheter un pain d’ « une livre » et à parler de « pièce de 100 sous » plutôt que de pièces de 5 francs tout comme j’ai souvent entendu les espagnols parler non pas de 5 pesetas mais de « douro » et combien de « pintes », de « chopes » et de « chopines » de bière ai-je bu ?

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Le système traditionnel thaï est plurimillénaire, établi sur ces éléments concrets (une journée de marche, le contenu d’un char à boeufs...) et date de bien avant l’utilisation du système de calcul venu des Indes : utilisation du zéro et numérotation de position, qui facilite énormément le calcul dans le cadre du système métrique décimal et a permis l’invention des machines à calculer. Il a été inventé aux Indes aux environs du 3ème ou 4ème siècle de notre ère et nous a été transmis par les arabes aux environs de l’an 1000. Le calcul n’est pas facile dans les systèmes traditionnels non décimaux mais l’utilisation d’abaques et de bouliers le permet. Romains et égyptiens savaient parfaitement, en sus des quatre opérations, extraire une racine carrée. Essayez seulement de faire une addition avec des chiffres romains !

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J’ai extraits ces renseignements d’un petit manuel scolaire (sans date ni références ISBN mais qui paraît avoir une trentaine d’années) et qui donne les équivalences entre l’ancien et le moderne pour éviter aux élèves l’effort de faire une règle de trois ! J’ai le plus soigneusement possible collationné à l’aide du « dictionnaire de l’académie royale ».

 

Merci de me signaler les erreurs éventuelles ! Il y a selon les sources de petites divergences sur le poids du baht, 15 grammes pour les négociants, 15,16  - 15,20 ou 15,24 selon divers sites Internet. Le chiffre que je retiens est celui du « dictionnaire de l’académie royale ».

.

 

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 03:03


humqnité

Le grand socialiste et le grand Roi se sont-ils rencontrés ? Non évidemment, mais la visite de Rama V à Paris en 1907 a suscité la verve de Jaurès. La république est alors présidée par Armand Falllières, bon républicain mais friand de visites royales ce qui n’est pas du goût du député des « mineurs de Carmaux » que la misère de son enfance a conduit au socialisme (représentant d’une espèce présentement en voie de disparition). Voici comme il nous présente avec humour cette troisième visite royale de l’année (« L’Humanité » du 19 juin 1907) :

 

Encore un roi à Paris !

 

Chulalongkorn, roi de Siam, est arrivé hier à Paris, sans ses femmes mais avec tous ses ministres

La série continue : Depuis hier, Chulalongkorn, roi de Siam est notre hôte. En moins d’un mois, c’est le troisième roi que reçoit Paris.

Fort heureusement, cette fois ci, l’armée n’avait pas été mobilisée ni la circulation interrompue. Pas de personnages chamarés, Monsieur Mollard (1) lui même était en civil.

A 5 heures 35, le train royal entre en gare de l’est. Il est en retard. Pourtant le personnel de la compagnie en est encore à changer pour la troisième fois le tapis que doivent fouler les pieds royaux.

Le train stoppe, mais, fatalité ! Le train royal dépasse de dix mètres le malencontreux tapis. Il est trop tard pour le porter devant Chulalongkorn. Ce seront les aide-cuisiniers du wagon restaurant qui en profiteront ! Tout le monde rit sauf Monsieur Mollard.  Pourtant le roi, petit et joufflu, vétu d’une redingote, descend, alerte, son haut de forme sur la tête, tandis que les personnages officiels, sur le quai, se sont respectueusement découverts.

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Toujours nue-tête, Monsieur Mollard accompagne Chulalongkorn, toujours couvert, jusqu’à la voiture de la légation du Siam.

Ce roi jaune ne paraît nullement ému d’être entourré par tous ces européens obséquieux, et c’est tout au plus qu’il daigne tendre négligement la main aux personnages que lui présente, en sa langue, son ministre à Paris.

Dans la foule venue nombreuse aux alentours de la gare de l’est, il y a une désillusion. Chulalongkorn n’a pas amené un seul échantillon des deux milles femmes qui peuplent son harem, pas même une de ces princesses célestes qui sont à la fois, quelles moeurs ! soeurs et épouses du roi.

 

(1) Cet Armand Mollard remplissait les délicates fonctions de chef du protocole à l’Elysée. Le visage sinistre, la barbe noire, une tête respirant l’hypocondrie, il est à droite du président Poincarré sur la photographie, il n’inspire pas la joie de vivre.

 Mollard

Il faillit bien connaître cinq ans plus tard une triste fin, sacrifié sur l’autel des relations internationales, qu’il n’aurait toutefois pas due à Rama V. En 1912, le Shah d’Iran visite à son tour Paris et fort curieux de tout, manifeste le désir morbide d’assister à une exécution capitale. On accepta pour ne pas le froisser d’autant qu’il y avait par hasard un « candidat » sous la main. Hélas ! Le Président de la république Armand Fallières, adversaire acharné de la peine de mort, exerçait systématiquement son droit de grâce en provoquant souvent la colère de l’opinion publique.

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Mais il fallu bien complaire à sa hautesse et un malheureux dont l’histoire a oublié le nom en fit les frais. Fallières prit sur lui de ne pas signer le décret. La cérémonie, alors en principe publique, fut cantonnée à la cour de la Santé. On mène donc sa Majesté boulevard Arago. Il faut préciser que dans le délicat métier de bourreau la vitesse d’exécution est la qualité première. Deibler doit être salué comme un excellent bourreau, vif, précis, il ne laissait jamais traîner sa besogne. Cette vitesse faillit causer l’incident diplomatique. Ce matin-là, Deibler se surpassa et l’affaire fut expédiée en quelques minutes, au grand dam du Shah, qui exprima vigoureusement sa déception : « Je n’ai rien vu… Recommencez ! » « Mais, Votre Altesse, nous n’avons plus de condamné ! » Alors, le monarque, tendant un index impérieux vers Mollard : « Mais prenez-donc celui-ci ! ». Le procureur général dut expliquer au monarque qu’il n’était pas possible d’accéder à son royal désir. Le malheureux en fit une jaunisse, et probablement pour le récompenser on lui accorda son « bâton de maréchal » en l’envoyant finir sa carrière de fonctionnaire dans une sinécure, le poste de ministre plénipotentiaire au Grand duché de Luxembourg.

 

 

 

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 03:04

Gonzesses 6

 Tout le monde a une opinion sur la prostitution de Thaïlande, du touriste de passage aux résidents étrangers censés en savoir plus, mais peu sont capables de l’analyser.

Il m’a paru intéressant  d’apprendre ce qu’ « un ethnologue », Bernard Formoso, avouant 6 ans « de données collectées entre 1984 et 2000 à Bangkok et dans le Nord-Est. Quoique les trois ans que j’ai passés sur place au fil de différents séjours ethnographiques fussent consacrés à d’autres thèmes, la prostitution s’affiche tellement sur place qu’elle m’interpellait comme étudiant de la société thaïlandaise, soucieux d’interpréter le sens des normes et formes de déviances qu’elle produit ». Une expérience de terrain  qui de plus s’appuyait sur une solide connaissance des autres études sur le sujet (Cf. en note). (in, Anthropologie et Sociétés, vol. 25, n° 2, 2001, p. 55-70. Corps étrangers : tourisme et prostitution en Thaïlande

http://www.erudit.org/apropos/utilisation.html)

 

Les données sont une chose, l’interprétation une  autre, d’autant plus que Formoso annonçait dans son introduction les points de vue divergents des Thaïs eux-mêmes, selon qu’ils sont  les intellectuels issus de l’aristocratie, ceux de la classe moyenne citadine (dont Carabao [chanteur très populaire] reflète l’opinion) et la paysannerie.

 

Malheureusement, les résultats sont assez inégaux, même si le sujet est traité sérieusement en insistant sur les multiples et divergentes représentations  et un faisceau de causes historiques, économiques, sociologiques, et culturelles. Curieusement on ne voit  aucune étude de terrain et   les évaluations chiffrées demeurent anciennes. La prostitution dite « forcée »  ne  montre pas assez les liens et les pratiques des gangs maffieux

 

Toutefois, si l’industrie du sexe, pourtant si essentielle n’est pas traitée, il nous invite à ne pas oublier les causes internes, locales, pour comprendre le « succès » de cette prostitution thaïlandaise. Le rappel et l’explicitation de la thèse  de Foucault, ainsi que la »tradition » de la mia noï apportent toutefois des éléments très intéressants dans la compréhension de cette pesante « réalité ».

 

Revenons sur les éléments traités :

 

Dans le chapitre Un État proxénète ?

 

1/On signale la classique progression du tourisme, avec malheureusement des chiffres de 1998 (On est ainsi passé de 630 000 visiteurs par an en 1970 à 7,8 millions en 1998. À cette date 57,9% des touristes étaient asiatiques, 26,8% étaient européens, 6,8% nord-américains et 1,8% provenaient du Moyen-Orient (Tourism Authority of Thailand 1999), et de 1995 pour l’économie, ce secteur générait 7,1 milliards de dollars américains de recettes, il était la première source de devises étrangères et comptait pour 13% du PIB.)

 

 On peut se demander avec  le doublement du nombre de touristes (15 millions en 2010), quel est le nouveau pourcentage du PIB de ce secteur.

gonzesses 9

 

2/Ensuite,  à juste titre, l’auteur évoque le sex ratio qu’il évalue à 2/3 des touristes ( !), sans nous révéler la méthode de calcul. Ce chiffre nous parait excessif et surtout ne rend pas compte de l’évolution des pratiques touristiques (plus de couples observés à Phuket par ex., ces dernières années)  Or,  cet indicateur avec le chiffre économique ( % par rapport au PIB) sont d’une importance majeure pour mesurer l’ampleur de cette industrie, et justifier ainsi l’accusation d’ « Etat proxénète » ( certains intellectuels thaïlandais, comme Ing (1990 ), [ont ] accusé l’État de proxénétisme)

 

3/ Ensuite sur l’évaluation du nombre de prostituées,  on reste comme dans beaucoup d’articles « d’ experts », sur des évaluations si disparates , qui autorise chaque pékin à donner aussi son chiffre. On va ici allégrement  d’une hypothèse basse de 300 000 prostituées à une hypothèse haute  de 2 millions !

 

Toutefois , il est bien de donner la tranche d’àge qui amplifie le phénomème (Notons plutôt la tranche d’âge entre 10 et 13 % des filles de 14 à 29 ans ce qui est  considérable si on prend en compte le turn over important ) (Surtout si l’on considère que ces jeunes ne pratiquent l’activité qu’en moyenne 18 mois à 2 ans, que le « roulement » est important et qu’à l’échelle d’une génération c’est un pourcentage bien plus grand de garçons et de filles qui sont amenés à khai tua heng, à « vendre leur corps »…auxquelles s’ajouteraient de 25 à 30 000 filles de moins de 15 ans et de 30 à 50 000 garçons ou jeunes hommes qui satisfont la clientèle pédophile ou homosexuelle.)

 

Formoso par contre -contrairement à beaucoup-  n’oublie pas de signaler les prostituées exerçant à l’étranger (En contrepartie, les prostituées thaïlandaises sont nombreuses à exercer dans les pays riches. Ainsi, en 1996, elles comptaient pour 60 % des employées de l’industrie du sexe japonaise (Bello 1998 ).

 

Il est dommageable que pour toutes ces données ; on en reste encore à des chiffres de 1998  voire des  années 80.

 

4/ Ensuite on rappelle dans le chapitre  « Les migrants du sexe » :  le profil des Thaïlandais qui se prostituent : Les enfants mis à part, il s’agit de personnes jeunes, âgées de 18 à 24 ans, qui proviennent surtout des zones rurales où vit encore 70% de la population. Leur niveau d’instruction est faible, même si dans les années 1990 un nombre croissant de jeunes citadines, étudiantes ou employées du tertiaire, se sont prostituées en free lance, pour étancher leur soif consumériste et répondre au déclin des bordels et salons de massage que stigmatisaient les campagnes contre le sida (Phongpaichit 1998). Le Nord, dont les filles sont réputées les plus jolies, fournit le principal contingent de migrantes du sexe (plus de 70%), loin devant le Nord-Est, région la plus déshéritée.

 

Là une surprise : 70 % des prostituées proviendraient du Nord alors que je croyais qu’elles venaient aussi du Nord-Est ?

 

Les motivations ?

 

On nous redit le schéma causal classique «  économique » :   familles pauvres, excès de main d’œuvre (et donc pas d’emploi sur place),  expérience conjugale malheureuse, enfants à charge… pour aboutir curieusement à la  distinction entre ce qu’on appelle « la prostitution forcée » et   les «mercenaires du sexe » (selon l’expression de Cohen 1986 ), qui « entrent volontairement dans les filières de la prostitution, attirés par des revenus relativement importants et par des conditions de travail souvent moins dures que dans l’industrie ou la construction.  (…) et « [entretenant] avec leurs employeurs des rapports contractuels plutôt lâches. »

 

 

Il est désolant de réduire- dans le cadre d’une « étude qui se veut sérieuse- l’analyse à seulement 2 catégories de prostituées : les esclaves et les mercenaires du sexe. Si les  deux existent, il en existe aussi bien d’autres. (Cf. notre article à paraître sur les femmes tarifées d’Isan). Chacun sait qu’il y a beaucoup à dire sur la soi-disante  « liberté »   supposée des filles du Nord et du Nord-Est exerçant la prostitution.

 

On reste sur notre faim sur l’évocation de « la prostitution forcée » et on émet des  forts doutes aussi sur la thèse de la  filiation directe qu’il y aurait entre la pratique de l’esclavage pour dette du XIX ième siècle  et la « vente » de leur fille que pratiqueraient les paysans, sans faire aucune référence aux pratiques et organisations maffieuses.

 

L’argument d’autorité qui met en avant les chercheurs thaïs ne suffit pas :   « Les études des chercheurs thaïlandais révèlent que les cas de prostitution forcée, à la suite d’une « vente » ou une mise en gage, touchent moins de deux filles sur dix. Ces cas prolongent l’esclavage pour dette qui, au 19e siècle, avait pris le pas sur les razzias comme procédé de mise en servitude(Turton,1998 ).

On peut s’insurger contre les parents pour qui cette « vente » est une transaction normale. À vrai dire cette « normalité » s’inscrit dans une longue tradition contre laquelle le roi Chulalongkorn (1868-1910) avait tenté de lutter en abolissant l’esclavage, mais qui a perduré dans les bastions de pauvreté. »

 

Certes, il est vrai que le Siam a été une société esclavagiste (sujet traité dans « Les relations franco-thaïes ») jusqu’en 1905, officiellement. On a pu même  compter jusqu’à 1/3 d’esclaves composant la population. Chaque homme  avait la « liberté » de se vendre pour éponger ses  dettes  (surtout de jeu !) ou de vendre une de  ses filles.

Mais, il faudrait pour le moins démontrer que cette pratique courante et « normale » au XIX ème siècle soit la même que celle pratiquée par les maffieux aujourd’hui. Pire, ne pas connaître les méthodes maffieuses décribilisent quelque peu les dires des  dits chercheurs.

 

De plus, il est regrettable que Formoso promettant des études de terrain, n’ait pas pu décrire la triste réalité de ces bordels de ville et de campagne où les « filles » sont retenues prisonnières, et subissent les traitements les plus inhumains.

 

( Cf. Le Petit Journal du vendredi 29 avril 2011." Les autorités ont fait une descente mercredi dans deux bordels du district Khlong Rang de Prachin Buri (Est) et secouru plus de 30 Laotiennes âgées entre 13 et 17 ans, rapportait la presse thaïlandaise. Ces filles travaillaient dans deux karaokés-restaurants, situés à environ 500 mètres d'un poste de police".  http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html)

 

 

 

5/ Ensuite on revient sur les clients en distinguant les facteurs externes et internes.

 

Pour l’externe, on rappelle les deux grandes migrations (l’immigration de millions de coolies chinois (fin 19 ème jusqu’en 1947), et les G’Is américains pendant la guerre du Vietnam de 1964 à 1975. Il oublie les centaines de milliers de Japonais et les milliers bordels de campagne pendant la 2 ème guerre mondiale.

 

Pour les autres facteurs, on met en avant le boom industriel des années 1985-1996, avec  le besoin de main d’oeuvre féminine,  la pratique courante du  concubinage et de la mia noi et le rôle que pourrait jouer le bouddhisme.

 

Si ces deux « migrations » ont effectivement jouer un rôle fondamental  dans le marché de la prostitution, il aurait fallu distinguer et analyser le nombre (des millions pour les Chinois, 50 000 pour le soldats US) et leur nature différente impliquant donc des formes de prostitution différentes.

 

De plus si tous les éléments cités jouent ou ont joué un rôle, il manque l’évaluation de leur importance dans le processus. De plus la raison invoquée à propos du boom industriel et de son besoin de main- d’œuvre bien que réelle est très insuffisante : « La possibilité ainsi offerte à de nombreux jeunes de se soustraire un temps au contrôle social de leur communauté est un autre facteur à considérer pour comprendre l’essor de la prostitution ».

 

Le phénomème d’urbanisation et de migration vers les villes est un phénomène « universel » qui n’a pas forcément entraîné partout un boum dans la prostitution, même si cela a joué un rôle bien sûr.

 

Par contre, la prise en compte du phénomène du concubinage et de la mia noi et du bouddhisme est original et est peu souvent analysé pour expliquer la croissance de la prostitution.

 

« Pour être un référent essentiel, l’idéologie bouddhique ne peut à elle seule

expliquer la condition des femmes thaïes et le recours d’une partie d’entre elles à la prostitution », nuance à juste titre Formoso.

 

La pratique très répandue des relations extra-conjugales de la part des

hommes thaïlandais et l’usage répandu de la mia noï,  surtout parmi les élites, contribuent fortement à la mercantilisation des femmes, et à la banalisation des bordels, karaoké, massages et autres lieux de prostitution. 

 

« Le concubinage et la mia noi

À l’époque prémoderne, l’étiquette voulait que les nobles entretiennent un nombre de concubines et, au-delà, de dépendants correspondant à leur rang. Le concubinage était l’une des facettes du système suivant lequel tout phrai, ou « homme libre » et, à la suite, sa femme et ses enfants devaient se placer au service d’un nai (« patron »). Or, si la polygamie

a officiellement été abrogée sous Rama VI (1910-1924), les setthi (« richards ») ont

pris le relais des aristocrates pour la maintenir vivace à travers l’institution de la

mia noi (« petite épouse »). La norme veut ainsi qu’un homme fortuné fasse profiter

plusieurs femmes de ses largesses, les unes et les autres ne partageant pas le

même toit — les apparences de la monogamie sont préservées. L’épouse officielle,

la mia yai (« grande épouse ») est rarement dupe, mais la pratique est si ancrée

dans les moeurs qu’elle ferme le plus souvent les yeux. Les hommes publics

donnent le ton, à l’image de Sarit Thannarat, premier ministre de 1958 à 1963, qui

entretenait une cinquantaine de mia noi. »

 

Ensuite Formoso nous propose une hypothèse originale : c’est peut être cet « esprit de mianoï » qui est apprécié par les touristes farang.

 

« Les attentes des filles qui ont charmé le touriste étranger au point de lui servir

de compagne durant son séjour sont cohérentes avec ces conceptions. À défaut

de devenir mia yai et de s’expatrier, elles maintiennent volontiers avec leurs éphémères

petits amis farang des relations épistolaires qui, remarque Cohen (1986), mêlent en un tout complexe attachements sentimentaux et intérêts pécuniaires.

Bref, elles se campent en position de mia noi qui, en retour des marques de générosité épisodiques de leur amant, sont prêtes à lui servir encore de compagne lors d’une autre visite. »

 

 

6/ Regards croisés  et les préjugés.

 

Formoso nous montre bien que les avis et préjugés dépendent de la position occupée dans l’ échelle sociale ,  de l’origine « ethnique » (Thaï, Thaï-siamois, Chinois…) , et régionale et du sexe (homme/ femme). Autant  dire que les opinions sont multiples, divergentes, voire opposées :

 

Ainsi, selon le point de vue adopté, les filles qui se prostituent sont stigmatisées

ou dotées d’attributs positifs. Diabolisées par les maîtresses de maison chinoises

ou de la bonne société thaïe, certaines expressions pour les qualifier sont

éloquentes : fan po kui (« fantômes barbares et étrangères » en teochiu) ou phuak

narok (« créatures infernales » en thaï), elles jouissent évidemment d’une

meilleure image auprès des hommes auxquels elles offrent l’occasion de plian rot

chat (« de changer de saveur »).

  gonzesses 7

Le cas particulier du mari farang

 

Formoso nous présente la thèse  de Foucault (1976) utile pour interpréter les opinions

divergentes des nationalistes thaïlandais et des couches populaires à l’endroit du

Farang et de sa sexualité :

 

« tandis que les milieux nationalistes conçoivent ce rapport comme une manifestation de l’impérialisme farang et déplorent ses effets sur le mode de la dilution du corps social thaï, la frange la plus défavorisée de la société thaïlandaise voit dans le « bon époux farang » le moyen de contourner la soif de domination des élites urbaines nationales et donc une chance de promotion sociale. En la matière, le salut provient des « corps étrangers », extérieurs à un ordre hiérarchique multiséculaire qui en soi n’offre guère aux démunis

de possibilités d’amélioration de leur destin ».

 

Il nous donne un exemple basé sur son expérience :

 

Dans le Nord-Est où j’ai travaillé, de nombreuses familles thaïes ou sino-thaïes faisaient ainsi parfois mention d’un ou plusieurs gendres étrangers. Lorsque je demandais des précisions sur les circonstances de la rencontre, les réponses restaient allusives : la fille en question était descendue à Bangkok pour « se promener » ou travailler.

Comment deux personnes ne parlant pas la même langue avaient pu échanger

assez d’idées et d’émotions pour vouloir vivre ensemble ? On n’en disait rien,

cultivant ainsi l’illusion d’un effet magique lié au cosmopolitisme bangkokien.

Magie positive, car le mari farang était généralement présenté comme quelqu’un

de « bien » (khon di), de généreux (mi namchai) et de plus fidèle que la moyenne

des maris du cru, bien que falot, car maîtrisant rarement la langue et les usages

thaïs.

 

La paysannerie de l’Isan donc, si elle préfère jeter un voile, un non-dit,  sur les lieux et les circonstances de la rencontre voit d’un bon œil « ‘l’homme de cœur » qui « n’hésite pas à prendre comme épouse principale une pauvre fille de la campagne. ». Elle le voit aussi comme une réelle promotion sociale, « l’occasion de subvertir un ordre hiérarchique très pesant qui surdétermine les effets d’une origine modeste »

 

 

 

Formoso peut conclure en insistant sur les représentations multiples et discordantes que suscite le tourisme sexuel au sein de la  société thaïlandaise et les  nombreuses causes  , internes et externes , sur fond d’antagonisme larvé entre les élites urbaines et la frange rurale, pauvre. Il nous met en garde contre toute « appréhension simpliste » qui ne verrait la cause  de la prostitution massive que dans la seule demande touristique et qui oublierait la demande locale  appuyée par une longue tradition de polygamie et de mercantilisation des femmes.

 

  Gonzesses 3

__________________________________________________________________________

Livres cités par Formoso :

Il fallut attendre les années 1980 et l’essor aux États-Unis des gender studies

pour qu’émergent diverses études consacrées soit à la condition des prostituées

(Khin 1980; Truong 1990; Odzer 1994; Seabrook 1996; Bishop et Robinson 1998),

soit à la teneur de leurs rapports avec les touristes (Cohen 1982, 1986, 1987;

O’Merry 1990; Walker et Ehrlich 1992), soit encore à la sexualité et aux relations

de genre (Manderson 1997; Hamilton 1997; Jackson et Cook 1999). Quant à

l’économie politique et aux aspects sociologiques de la prostitution, leur analyse

revint pour l’essentiel à des chercheurs thaïlandais en sciences sociales, comme

Phongpaichit (1982, 1998), Kietthubthew et Satthaporn (1987), Santasombat (1992)

ou Boonchalaksi et Guest (1994). 


Références données par Formoso :

Bao J., 1999, « Reconfiguring Chineseness in Thailand : Articulating Ethnicity along Sex/

Gender and Class Lines » : 63-77, in P. Jackson et N. Cook (dir.), Genders and

Sexualities in Modern Thailand. Chiangmai, Silkworm Books.

Barmé S., 1999, « Proto-Feminist Discourses in Early Twentieth Century Siam » : 134-153,

in P. Jackson et N. Cook (dir.), Genders and Sexualities in Modern Thailand. Chiangmai,

Silkworm Books.

Bello W. (dir.), 1998, A Siamese Tragedy, Development and Disintegration in Modern

Thailand. New York, Zed Books.

Bishop R. et L. S. Robinson, 1998, Night Market : Sexual Cultures and the Thai Economic

Miracle. New York et Londres, Routledge. , 1999, « Genealogies of Exotic Desire : The Thai Night Market in the Western Imagination » : 191-205, in P. Jackson et N. Cook (dir.), Genders and Sexualities in Modern Thailand. Chiangmai, Silkworm Books.

Boonchalaksi W. et P. Guest, 1994, Prostitution in Thailand. Bangkok, Institute for

Population and Social Research, Mahidol University.

Cohen E., 1982, « Thai Girls and Farang Men : The Edge of Ambiguities », Annals of

Tourism Research, 9 : 403-428., 1986, « Lovelorn Farangs : The Correspondence between Foreign Men and Thai Girls », Anthropological Quaterly, 59, 3 : 115-127.

———— , 1987, « Sensuality and Venality in Bangkok : The Dynamics of Cross-Cultural

Mapping of Prostitution », Deviant Behavior, 8 : 223-234.

Formoso B., 1987, « Du corps humain à l’espace humanisé, système de référence et représentation de l’espace dans deux villages du nord-est thaïlandais », Études Rurales 107-

108 : 137-170.

———— , 2000, Thaïlande, Bouddhisme renonçant, capitalisme triomphant. Paris, La

Documentation Française, « Asie Plurielle ».

Foucault M., 1976, L’histoire de la sexualité. Vol. 1. Paris, Gallimard.

Hamilton A., 1997, « Primal Dreams : Masculinism, Sin, and Salvation in Thailand’s Sex

Trade » : 145-165, in L. Manderson et M. Jolly (dir.), Sites of Desires, Economics of

Pleasure, Sexualities in Asia and the Pacific. Chicago, University of Chicago Press.

Harrison R., 1999, « The Madonna and the Whore : Self/“Other” Tensions in the

Characterization of the Prostitute by Thai Female Authors » : 168-190, in P. Jackson

et N. Cook (dir.), Genders and Sexualities in Modern Thailand. Chiangmai, Silkworm

Books.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 04:46

Sans titre-1Le thaï, vous le savez, est une langue monosyllabique tonale : la même syllabe, prononcée sur l'un des 5 tons, normal, bas, descendant, haut ou montant, donne un mot qui a ou peut avoir 5 sens différents, « peut avoir ... » dis-je ? Tout simplement parce que l’écriture thaïe telle qu’elle est, avec ses 44 consonnes, ses 32 voyelles et ses 4 signes de tonalités, permettrait, ont calculé des informaticiens qui auraient pu s’occuper à des choses plus sérieuses, de construire plus d’un milliard de mots, la belle affaire !


La longueur de la voyelle dans la syllabe a également son importance, courte, semi-longue et longue, le sens du mot change du tout au tout. Définir la longueur d'une voyelle, ce n’est pas bien compliqué. Mais comment définir les tonalités ?

Une première définition, celle de la grammaire thaïe (mais si ! il y a bien une grammaire thaïe contrairement à ce qu’on lit et entend trop souvent, nous allons y revenir) :

Le ton moyen est neutre,

le ton bas est un peu plus bas que le moyen,

le ton haut commence sa courbe mélodique un peu plus haut que la hauteur moyenne puis monte légèrement,

le ton descendant commence sa courbe mélodique plus haut que la hauteur moyenne puis monte légèrement avant de redescendre,

le ton montant commence sa courbe mélodique un petit peu plus bas que le ton bas puis descend légèrement avant de remonter.

Tout ceci peut se mettre en courbes mathématiques ou en notes de musique, je vous en fais grâce.

Ne nous soucions pas de ce que dit la grammaire et soyons concrets (ou essayons de l’être) :

Le ton neutre est celui du ââââhh que vous fait prononcer le médecin en vous faisant tirer la langue « dites ââââhh ».

Le ton grave est celui du grand méchant loup dans « La chèvre de Monsieur Seguin » « ouohouohouh je suis le grand méchant loup ».

Le ton haut est le cri de la chèvre de Monsieur Seguin « hiiiii, un grand méchant loup » ;

Le ton descendant, c'est Raimu retrouvant sa chatte dans la femme du boulanger « ââââhh, enfin, te voila, salope ! »

Le ton montant sera plutôt une interrogation « ââââhh bon, tu crois ? ».

Le meilleur exercice sera de vous faire lire par votre épouse les dix syllabes suivantes : กา ก่า ก้า ก๊า ก๋า ปี ปี่ ปี้ ปี๊ ปี๋ soit ka ka ka ka ka et pi pi pi pi pi.

 

Le français connaît aussi les tonalités dans le langage parlé, mais elles changent alors le sens de la phrase et non celui du mot : « tu viens » (je constate), « tu viens ? » (je questionne), « tu viens ! » (c’est un ordre), « tu viens » (je te supplie).

Quelques précisions utiles, la lettre h en thaï est fortement expirée, qu'elle précède une voyelle, ou qu’elle suive p pour donner le son ph (jamais f comme en français), k pour donner kh, t pour donner th, prononcez-les à la limite du postillon pour être sur de ne pas vous tromper. Contrairement à ce qu’on lit trop souvent, le h n’est pas « aspiré » mais « expiré ». Le h n’est pas plus aspiré en thaï qu’en français. C’est une hérésie de parler de h aspiré dans les deux langues.

Attention encore, il n'y a pas de sons nasaux en thaï comme en français (le pain, brun, non), la voyelle doit être prononcée distinctement de la consonne finale : aï’n, u'n, o'n. Il n'y a pas non plus de sons liés, toutes les lettres, voyelles et consonnes, doivent être prononcées bien séparément et de façon distincte, non, no'n.

Notez l'existence de trois consonnes spécifiques au thaï, le ng (comme dans ping-pong), le dj (comme dans djellaba) et le tch (comme dans tchèque). Guère de différence à l’oreille entre le dj et le tch. Guère de différence non plus entre le b et le p et entre le d et le t. Ne parlons pas du r et du l, peut-être entendrez-vous un jour une speakerine de la télé thaïe faire de la publicité pour les montres Rolex ! Ne rigolez-pas, elle sort de chez l’orthophoniste mais le résultat n’y est pas !


Et la grammaire ?

 

Elle est, dans la syntaxe d’une redoutable complexité tenant à la fois à la structure de l’écriture et aux diverses échelles du langage :

La langue thaïe se subdivise en effet (dit la grammaire, toujours elle) en 5 étages dont les deux premiers sont du « Ratchasap » (tout simplement « langage royal »), celui qui concerne le Roi et la famille royale (1), et celui qui concerne les moines bouddhistes (2). Vient ensuite celui destiné aux autorités administratives (en Thaïlande on respecte les flics à tort ou à raison), (3) puis le langage courtois (4) et enfin, le langage familier (5). La grammaire oublie la sixième catégorie, le langage vulgaire et grossier. Je ne l’oublie pas car le dictionnaire de l’Académie royale, moins pudibond que le Larousse, ne fait pas l’impasse.

Effectivement, aux niveaux 5 (et à fortiori 6), cela peut ressembler au français de « Tintin au Congo » : « toi être farang bon »

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ou « aroï banania ».

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Effectivement, la grammaire proprement dite est beaucoup plus franche (ça ne veut pas forcément dire simple) que la nôtre : pas de masculin, pas de féminin, pas de singulier, pas de pluriel, pas de conjugaison des verbes, pas de déclinaison, pas d'articles définis ou indéfinis, pas de pronoms possessifs, pas de déclinaison et la construction des phrases – plus en langage parlé qu’en langage écrit bien sûr – reste assez libre. L'adjectif se place après le mot qu'il qualifie, La répétition du même mot est fréquente, pour exprimer l'excès, le superlatif ou le pluriel. Pratiquement jamais d’utilisation du pronom personnel dans le langage familier en particulier.

 

Ne pensez toutefois pas que cette franchise, toute relative, de la grammaire traduise l’existence d’une langue primitive comme il est trop souvent écrit, loin de là, et ce dès que nous passons à l’échelle numéro 2, à fortiori de 3 à 5 et plus encore dans le thaï écrit. Le « Petit Prince », par exemple,

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ou les « aventures de Tintin »

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ont été remarquablement traduits en thaï, tout en finesse. ฉันต้องดูแลรับผิตชอบดอกกุหลาบของฉัน, mot à mot « je devoir veiller-sur excuser aimer fleur-rose de moi », « Je suis responsable de ma rose ». 4 verbes pour un seul concept « être responsable » ! 10 mots pour les 6 de la phrase en français.

Les nuances que la langue française traduit, notamment, par la conjugaison de ses verbes ou l’extrême précision de son vocabulaire, noms et adjectifs, et l'utilisation d'une grammaire complexe, (concordance des temps, accords du participe passé, futur antérieur et autres douceurs) sont reproduites de façon différente, en particulier et en particulier seulement, par une certaine répétitivité de mots synonymes, l’adjonction de mots supplémentaires. Cela a fait dire à certains que les langues tonales d’Asie du sud-est sont une dialectique de la répétition, il ne faut surtout pas s’irriter en entendant un thaï qui semble répéter dix fois la même chose, il cherche simplement à être précis. La structure intellectuelle du langage explique bien des paramètres.

 

Un autre élément participe au caractère répétitif de la langue, l’utilisation des « classificateurs ». Essayons d’être clair : le classificateur est un mot qui, ajouté à la suite d’un nom, le classe dans une catégorie et spécifie à quelle classe appartient ce nom, il suit en général un nombre pour en préciser le nombre ou la quantité : Je n’ai pas « deux frères aînés » mais «  j’ai frère aîné deux personnes », « j’ai chat un animal » et non pas « j’ai un chat » et je vais aller acheter « bière trois bouteilles ». Il en existe un nombre impressionnant (trois mille environs pour la grammaire), à chaque objet, à chaque nom correspond son classificateur. Lorsqu’un thaï est à cours de vocabulaire, il ira chercher l’équivalent dans sa langue d’un « machin » ou d’un « truc ». Pas de gaffe avec les classificateurs : Si j’étais de famille royale, le classificateur que j’utiliserai pour classer mes deux frères serait différent  « j’ai frère aîné deux personnes-de-sang-royal » et serait différent de celui du matou celui que j’utiliserai pour les éléphants blancs de l’écurie royale «  j’ai éléphant blanc un animal-sacré ». Vous ne parlerez jamais correctement le thaï si vous ne vous pénétrez pas de ce mécanisme.

Et les fameuses particules enfin, les kha et les khrap que vous entendez à tout bout de champ ? Lorsque je commençais à regarder la téléivision thaïe, j’avais l’impression que les présentatrices ne parlaient que de caca caca ! Elles ne veulent strictement rien dire ou plutôt elles veulent dire que vous êtes polis. Il en existe un nombre invraissemblable compte tenu de la qualité de celui qui les utilise face à celle de son interlocuteur. Vous pensez- bien que le Roi ne dit pas khrap ! Contentez-vous de ces deux là (kha et khrap) en fonction de votre sexe et ne vous hasardez pas à en utiliser d’autre au risque de commettre une gaffe, d’être ridicule ou d’être grossier. Ma femme ne rit pas, mais pas du tout, lorsque j’utilise pour m’amuser celle qui est réservée au Roi, et moins encore celles du langage de la rue, mais oui, il y a même des particules très familières que vous pouvez utiliser avec un gamin mais qui virent à la discourtoisie si vous les utilisez avec une personne du même rang que vous. N’oubliez jamais la verticalité de la société siamoise qui se traduit bien évidemment dans son langage !

 

Il n’y a pas de grammaire en thaï ?  Pour ne citer que les références francophones,

1) le dictionnaire français-anglais-thaï de Monseigneur Pallegoix (édition de Bangkok en 1896) comprend une remarquable introduction grammaticale, reprenant sa première grammaire thaïe en langue française de 1856.

 

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2)  le « Précis de grammaire thaïe » de Dupuis et Boonniyom (ISBN 2842792084) – plus de 250 pages mais toute la structure du langage écrit en est absente (cela en ferait probablement autant, 500 pages ? Beaucoup plus qu’une petite édition de la grammaire de l’académie française).

Pourquoi je n’en cite aucune autre (si j’en oublie de sérieuses, c’est que je les ignore, alors merci de me les signaler) y compris les ouvrages de grande diffusion que l’on retrouve volontiers dans les librairies spécialisées ? Tout simplement parce que, quand l’auteur d’une grammaire est incapable de m’apprendre qu’il y a en thaï 44 consonnes et 32 voyelles, il est tout aussi coupable que celui qui me prétendrait qu’il y en a 24 lettres dans notre alphabet. Et pourtant ...... le plus cancre des plus cancre d’une école d’un village sait que sa langue comprend 44 consonnes et 32 voyelles.

Pour les références en langue thaïe, indépendamment du « dictionnaire de l’académie royale » et de sa remarquable introduction grammaticale, (édition 2002 ISBN 9749588045),

 

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je donnerai à qui me le demandera les références des ouvrages grammaticaux en langue thaïe de ma modeste bibliothèque.

Pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’apprentissage de la langue (parlée et écrite), je ne puis faire mieux que de vous renvoyer aux propos que j’ai tenu sur l’excellent forum de notre ami Patrick :

http://udonthani.les-forums.com/forum/35/apprendre-le-thailandais/


Je n’en change pas un iota, y compris ce que j’ai écrit sur les sites Internet qui sont, comme la langue d’Esope, la meilleure (rarement) ou la pire des choses (le plus souvent). Les deux ouvrages écrits que j’y recommande plus spécialement (un francophone et un anglophone) vous apprendront le « beau langage », celui des élites de Bangkok et pas forcément celui que vous entendez tous les jours, vous passerez peut-être pour ringard, un snob ou un prétentieux, mais ça vaut mieux que de passer pour un plouc ou un charretier.

 

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Et l’Isan là dedans ? C’est tout simplement du lao écrit en thaï c’est à dire 70 ou 80 % de thaï. Un vocabulaire spécifique et des décalages de tonalité, et encore moins de grammaire à la base que le thaï de base. Attention tout de même, il est à manier avec précaution, tel mot qui dans votre village signifie tout simplement « une jeune fille » pour pourra être compris à Bangkok comme « une salope » ou quelque chose de similaire.

 

L’histoire de l’écriture est loin d’avoir livré tous ses secrets. Y-a-t-il eu une écriture spécifique à la langue Isan (Lao) ?

Il y a en tous cas une stèle (de lecture difficile et de date incertaine) au Musée national de Kohnkaen qui serait un specimen de cette écriture. L’origine de l’écriture thaïe reste obscure ... Pour les rares érudits laos qui se sont interessé à l’histoire de leur écriture, elle remonterait pour certains aux débuts de l’ère chrétienne, pour d’autres elle serait antérieure de plus d’un siècle à la fameuse stèle de Ramkhamhaeng dont la découverte flatte le nationalisme thaï.

Les deux écritures, thaïe et lao, procèdent de la même méthodologie. Laquelle a influencé laquelle, laquelle a copié laquelle ?

 

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 03:18


Article 23 : du triangle d’or au quadrangle  d’or !


 
quadrangle 06Un article de Danielle Tan :
Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, Sciences Po/CERI, IRASEC, Note de recherche n° 6,
permet de comprendre que, malgré les grandes transformations (ouverture des frontières, ouverture des nouvelles voies de communication (voir l’inauguration, le 31 mars 2008 , de la nouvelle « autoroute » de 228km qui relie  de Houeisay (sur la frontière thaïe), à Boten (sur la frontière chinoise), en à peine trois heures ,  les vastes plantations d’hévéa, de maïs et de canne à sucre qui ont progressivement remplacé les champs d’opium, l’économie illicite (quel euphémisme !) et la corruption politico-administrative sont toujours bien présents.

Il ne  s’agit pas ici de résumer cet excellent article mais de signaler tous  les intérêts en jeu  dans ces zones frontalières, ces « sites d’exception », qui mettent en oeuvre des formes exceptionnelles du pouvoir qui n’obéissent pas aux lois et qui se situent à la marge du licite et de l’illicite, du légal et de l’illégal.

 

1/ En effet, l’ouverture des frontières et l’amélioration des infrastructures ont effectivement accéléré les échanges commerciaux, mais permit aussi de développer  la contrebande et les réseaux internationaux du crime organisé.

 

Les réseaux des marchands chinois ont su s’adapter et changer leurs mules en 4x4, en bus et en camions  tout en empruntant les mêmes pistes désormais macadamisées. Les pilules de yaa baa et les migrants illégaux suivent le même chemin que les caravanes d’opium d’autrefois.

 

Si à l’époque coloniale, les grands bénéficiaires étaient les notables locaux taï/lao, depuis l’indépendance du Laos, les membres importants du Parti communiste ont su profiter de cette longue « tradition » ainsi que tous les échelons des agents de l’État (administration,  police, armée) …et les hommes d’affaires thaï et chinois. En effet ceux-ci sont obligés de s’associer avec des entreprises d’Etat et/ou des « officiels » laos de l’État et l’armée dans des joint-ventures pour continuer de développer leurs activités illicites sur le territoire lao.

 

2/ Ainsi Danielle Tan donne l’exemple des hommes d’affaires thaïs et chinois qui ont su, dès l’interdiction de l’exploitation forestière par le gouvernement thaï le 17 janvier 1989, investir dans l’industrie du bois et enrichir « au passage les militaires et l’administration provinciale pour obtenir les licences et les concessions. La commercialisation du bois était systématiquement sous-enregistrée et les taxes non payées étaient partagées entre les différents officiers ». 

 

Ensuite même si «  En 1994, l’État soucieux de réguler les excès de l’exploitation forestière, mais surtout de casser les alliances frontalières dangereuses entre certains entrepreneurs thaïs et officiels provinciaux, accorda le monopole de ce secteur à trois entreprises d’État liées à l’armée, qui se sont réparti le territoire. »

Rapidement ,  elles ont su se « ménager » d’autres accords « officiels  »  et illicites avec les  compagnies chinoises qui ont investi dans l’hévéa par exemple, si on en juge par le transport du bois qui se fait la nuit sur la route 17B qui relie Muang Sing, près de la frontière avec la Chine,à Xieng Kok, poste-frontière sur le Mékong faisant face à la Birmanie

 

 

3/ On retrouve la même logique en ce qui concerne le trafic de drogue. «  Par exemple, la campagne d’éradication du cannabis menée par le gouvernement thaï dans les années 1980 a poussé les trafiquants à délocaliser leur production vers le Laos, le Cambodge et la Birmanie.

Depuis l’ouverture officielle des frontières avec le Laos en 1988, le pays est devenu un des

plus gros producteurs pour la Thaïlande car les champs se trouvaient juste de l’autre côté du

Mékong, en face d’Ubon Ratchathani et de Nakhon Phanom. Les trafiquants thaïs

fournissent les graines, les techniques et avancent l’argent de la récolte aux producteurs lao,

sous le contrôle étroit de l’armée lao. »quadrangle 05

 

 

 

4/ Mais l’avènement du Quadrangle économique, matérialisé concrètement par le

Corridor sud n’a pas seulement offert des opportunités lucratives pour les grands réseaux du crime organisé et les agents de l’État, il est aussi devenu une autoroute libre pour des milliers de petits entrepreneurs chinois, originaires du Yunnan voisin et de provinces plus éloignées (Hunan, Sichuan, Zhejiang) venus tenter leur chance au Laos. Au niveau des postes frontaliers, la myriade de commerçants chinois, comparés à une « armée de fourmis » par certains officiels lao, sont devenus les nouveaux partenaires privilégiés des douaniers

 

quadrangle 035/ La contrebande pratiquée par les Chinois permet en fait aux populations montagnardes d’avoir accès à des produits de consommation car ils les distribuent dans les zones les plus éloignées, où les commerçants lao ne vont pas. En ce qui concerne la contrebande pratiquée par les Lao, plus au niveau de la frontière thaïe en raison de la proximité culturelle, elle constitue une source de revenus complémentaire importante : les femmes font des allers-retours réguliers en tuk tuk ou en pirogue pour rapporter des produits de consommation de Thaïlande et les vendent ensuite dans leur boutique installée dans la maison familiale. Le troisième rapport du Pnud sur le développement humain (2006) recommande même de ne pas prendre de mesures pour l’instant pour changer la situation car le commerce informel permettrait de lutter contre la pauvreté et cette situation « ne coûte rien au gouvernement ».

 

 

6/ Il faut préciser que les Chinois ont été sciemment courtisés pour venir tempérer la prépondérance des Thaïs dans l’économie lao et contrebalancer la tutelle politique exercée

traditionnellement par les Vietnamiens. La stratégie du gouvernement lao est de tirer un

maximum de bénéfices à travers la mise en concurrence de ces trois puissances. Dans le Nord-Laos, il apparaît de plus en plus clairement que l’État et ses agents privilégient

aujourd’hui la collaboration avec les investisseurs et les commerçants chinois pour tirer

profit du commerce transfrontalier.

 

Au Laos, le gouvernement semble avoir adhéré à cette vision puisqu’il tente aujourd’hui à travers la mise en place de zones économiques spéciales de légaliser et de normaliser des activités considérées comme illicites, comme le jeu ou la prostitution. En fait, il fait de ces zones frontalières des « sites d’exception », qui se situent à la marge du licite et de l’illicite, du légal et de l’illégal.

 

 

C’ est vraiment le nouveau quadrangle d’or , qui profite aussi bien aux Etats lao, thaï, chinois et vietnamien , au crime organisé , aux hommes d’affaires thaïs et chinois, aux montagnards , au petit peuple de chaque côté des frontières , et à tous les échelons des « corrompus »

 

quadrangle 07

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 04:22

Vous avez dit “farang” ?


Revenons une fois pour toutes sur le terme ฝรั่ง – farang, qu'utilisent les thaïs pour qualifier les occidentaux : ce mot, c’est du moins ce que l’on lit à peu près partout, proviendrait du mot « français » que les thaïs ne parviennent pas à prononcer, la consonne doublée « fr » n'existe pas en thaï et se prononce « far ». Lors de la tentative de colonisation du Siam par les troupes de Louis XIV entre 1685 et 1688 les siamois nous auraient alors baptisés non pas « français », mais « farançais » devenu « farangsais » (le son nasal n'existant pas en thaï) et par extension « farang » pour les autres. Il n'en est peut-être rien ? Il y a une coïncidence à tout le moins étrange ? Le farang est un fruit local, la goyave, dont la couleur de la chair rappelle étrangement celle de notre peau. Il est un procédé de réduction qui consiste à refuser à l’autre toute intelligence. Ainsi le terme de « melon », apparu probablement dans les années 60 chez les français d’Algérie, est une forme de simplification qui consiste tout simplement à considérer l'autre comme un fruit ou un légume ? La plante ne bouge pas, ne travaille pas. En nous appelant ainsi, les thaïs nous appelleraient tout simplement des melons, la connotation raciste en moins (encore que…). 

C'est moins bête que de dire les « blancs » puisque nous n'avons pas la peau blanche, ou les « jaunes » (je cherche désespérément un asiatique à la peau jaune depuis que je réside en Asie). Pour le reste, un noir, c'est parfois un นิโกร – nikrô, le mot est d'utilisation récente, importé de l'américain (negro, bien moins gentil que black) lorsque le pays servait d'arrière-base aux troupes US au Vietnam, il n'est pas académique et certainement négatif dans la bouche des thaïs. Ceux qui veulent donner dans le genre politiquement correct diront plus volontiers un « farang dam », un Farang noir.

 

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