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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 22:01
Respecter la vie

Respecter la vie

Respecter le bien d'autrui

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Respecter la vie conjugale

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Détester les propos déplacés

Détester les propos déplacés

Les conséquences de l'ivrognerie

Les conséquences de l'ivrognerie

Cette question fit  l’objet de deux articles dont nous pouvions penser qu’ils n’avaient en 2019 d’autre intérêt qu’historique. Un premier article de B.J. Terwiel date de 1972 (1). L’autre de Ruengdej Srimuni est également daté de 1972 (2). Deux études universitaires récentes nous démontrent que le sujet est récurent. La première concerne la province de Suphanburi. Certes, nous ne sommes plus en Isan mais nous n’en sommes pas loin (3). Une dernière, en thaï, date du 22 mai 2019. Elle concerne la province de Surin (4).

 

 

Ces cinq préceptes sont – mutatis mutandis - l’équivalent des 10 commandements de la loi mosaïque mais en diffèrent fondamentalement.

 

 

 

D’une façon plus générale, leur connaissance n’est peut-être pas inutile à ceux qui s’intéressent au bouddhisme tel qu’il est pratiqué chez nous en dehors des bouddhistes « de comptoir » qui en réalité en ignorent tout

 

 

 

 

...ou par les intellectuels occidentaux en mal de spiritualité qui ne connaissent que le Bouddhisme du dalaï-lama à la tête d’un fonds de commerce plus ou moins ouvertement stipendié par la C.I.A et que les vrais bouddhistes thaïs considèrent comme un imposteur.

 

 

D’OÚ VIENNENT CES CINQ PRÉCEPTES ?

 

 

Constituant un principe de cohérence qui couvre toute la vie humaine, il importe de décrire rapidement leur histoire depuis l'époque de Bouddha.

 

 

Les théologiens bouddhistes constatent leur apparition sous le règne du roi Satisirat (พระเจ้าสมสติราช) dont la datation est incertaine. Ils seraient apparus progressivement au fil des siècles, chacun ayant une origine légendaire (5). Les premières mentions des cinq préceptes (Leur nom vient du pali : panca sikkhapadani ou panca sila) se trouvent dans les textes canoniques de la première tradition bouddhiste initialement répandus par tradition orale. Lorsque le bouddhisme s'est répandu dans diverses nations, l'utilisation de la panca silani s'est progressivement diversifiée, par exemple en Chine ou dans les régions où le bouddhisme est la religion d'État depuis des siècles comme la Thaïlande.

 

 

 

LA CÉRÉMONIE RITUELLE

 

 

Dans les régions rurales, la cérémonie rituelle de « Khosila » (ขอศีล ๕ demander à recevoir les cinq préceptes) est un événement courant : Toute personne qui participe aux offices religieux habituels, soit dans des lieux privés soit dans les monastères, aura la possibilité de recevoir les cinq préceptes plusieurs fois par an. Lors des plus grandes fêtes religieuses, les ordinations en particulier, la réception des  préceptes peut être donnée plusieurs fois par jour, chaque fois au début d'une nouvelle cérémonie. Chaque fois qu'un chapitre de moines et un groupe de laïcs se réunissent pour un service religieux, les cinq préceptes peuvent être donnés selon un très long rituel toujours immuable. Avant l’arrivée des moines, les laïcs préparent l'estrade sur laquelle les membres du sangha (สังฆะ - le mot est d’origine pali) vont s'asseoir en plaçant une image de Bouddha à une extrémité en disposant les tapis et les coussins à gauche de l'image. A l’arrivée des moines, ceux-ci se placeront près de la statue de Bouddha, les jeunes moines et les novices plus éloignés, si possible sur une seule rangée.

 

 

 

Dès que les anciens parmi les laïcs estiment que la cérémonie peut commencer, l’un d’autre eux attirera l'attention de chacun en leur demandant de prononcer d’une voix claire la formule sacramentelle par trois fois en pali (6). On peut la traduire comme suit même s’il y a des divergences,  mais la plus souvent utilisée dans la Thaïlande rurale est la suivante : « 0h vénérables, nous demandons chacun pour soi les cinq préceptes et le triple refuge » (7). Les trois refuges, ce sont les trois pierres précieuses du bouddhisme. En réponse à l'une ou l'autre de ces formules, un des moines les plus âgés récitera clairement et également trois fois une autre formule sacramentelle en pali (8) que l’on peut traduire comme suit : « Hommage au bienheureux, à l’omniscient, à l’éveillé ». Après chaque phrase, le moine s’arrête pour laisser aux fidèles le temps de répéter après lui. Ceci fait, les cinq préceptes sont alors proclamés, toujours en pali (9).

 

 

 

LES CINQ PRÉCEPTES.

 

 

Nous pouvons les traduire comme suit, l’ordre dans lequel ils sont prononcés semble bien traduire un ordre hiérarchique dans leur importance :

 

 

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir  de prendre la vie.

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir de prendre ce qui n'est pas donné.

Je m'engage à respecter  la règle de m’abstenir du plaisir sensuel déplacé.

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir de prononcer de faux discours.

Je m'engage à respecter la règle de m’abstenir d’absorber des substances intoxicantes qui font perdre la tranquillité de l’esprit.

 

 

 Il faut évidemment noter une subtilité certaine : « s'abstenir de prendre la vie »  n'est pas la même chose que « ne pas tuer », de même pour les quatre préceptes restants.

 

Nous trouvons une traduction tout aussi orthodoxe dans un catéchisme illustré à l’usage des jeunes gens, répandu dans les écoles :

 

 

Je m’engage à ne tuer ni animal ni une autre personne.

 

 

 

 

Je  m’engage à ne pas voler et ne pas utiliser d’autres personnes pour cela.

 

 

 

Je m’engage à refréner les désirs de ma chair.

 

 

 

 

Je m’engage à ne pas mentir, à ne pas tenir des propos vulgaires sans nécessité, ou des propos désobligeants pour les autres.

 

 

 

 

Je m’engage à m’abstenir des excès de boisson et des excès de nourriture.

 

 

 

 

Les explications alors données à ces jeunes sont les suivantes et relèvent d’un certain bon sens :

 

Ne tuer ni êtres humains ni animaux vous prolongera la vie, vous évitera souffrance et maladie et donne la vertu et la grâce,

Ne pas voler les richesses des autres vous rendra riche et vous procurera le bonheur en vous donnant envie de travailler avec conscience,

Ne pas commettre l’adultère vous rendra serein et tranquille, conservera la pureté des lignages et vous donnera le bonheur conjugal.

Ne pas mentir fera de vous un homme comblé, à la bouche d’or, aimé des autres qui vous considérerons comme celui qui dit la vérité.

Ne pas commettre d’excès de table et de boisson vous laissera l’esprit tranquille, vous donnera la sagesse, l’imagination et l’intelligence. Ne pas être intempérant vous évitera de tomber dans l’erreur ou dans le vice et vous fera connaître le bonheur. Ces cinq préceptes conduisent, avec un bon comportement à la félicité, avec un bon comportement à la richesse et au succès, il nous permettent de purifier notre comportement ».

 

 

Naturellement, tout au cours de la cérémonie, les laïcs sont assis, les mains jointes devant la poitrine, les pieds repliés vers l’arrière.

 

 

 

 

Lorsque le cinquième précepte a été récité et répété, le moine qui préside la récite solennellement les paroles suivantes que les laïcs doivent écouter avec respect, toujours  en pali (10). Nous pouvons les traduire comme suit :

 

 

En observant les cinq préceptes,

nous renaîtrons en bien dans une autre vie,

nous obtiendrons la richesse,

nous atteindrons le nirvana,

c’est pourquoi nous les respectons.

 

 

Lorsque ces psalmodies sont terminées, tous les laïcs inclinent la tête et lèvent leurs mains jointes vers le front.

 

 

 

LES IMPLICATONS DANS LES CAMPAGNES

 

 

La question que posent (irrévérencieusement) nos auteurs est de savoir si les laïcs qui s’engagent dans ces préceptes sont conscients de ce qu’ils impliquent et plus encore les enfants lorsqu’ils les apprennent dans les écoles. La réponse est évidemment positive pour les profanes adultes, en particulier les hommes qui ont passé au moins une saison des pluies dans le sangha ou pour les personnes âgées confites en dévotion comme les femmes.

 

 

Qu’en est-il au quotidien ?

 

 

Les exégètes détaillent ces commandements comme suit :

 

 

Le premier précepte est violé lorsque la vie est prise, vie humaine ou vie animale. Frapper un moustique ou tuer le germe dans un œuf sont des infractions. L’interdiction de tuer les animaux relève en la croyance en la métempsychose, la renaissance sous une autre vie et qui se cache derrière l’animal que l’on tue.

 

 

 

L’interdiction du vol est le second précepte. S’emparer de biens matériels contre la volonté de leur propriétaire légitime ou emprunter sans prendre la peine de demander le consentement du propriétaire en est une violation. On conçoit généralement que le jeu  d’argent relève de cette règle.

 

 

 

 

Le troisième précepte n'interdit pas seulement les manquements évidents à une conduite appropriée tels que l'adultère, l'inceste et le viol, mais interdit également les actes montrant l'intention de se comporter de façon licencieuse, comme flirter avec une femme  mariée.

 

 

 

 

Le quatrième précepte est plus facilement brisé. Il couvre un large éventail de faussetés, exagérations, insinuations, commérages, rires sans retenue, discours trompeurs, plaisanteries douteuses. Sa violation se joint au manquement à la parole donnée.

 

 

 

 

Le dernier des commandements interdit l’utilisation de boissons alcoolisées et de toutes les autres substances stupéfiantes telles que l’opium et les drogues, à moins  que ce soit à des fins médicinales.

 

 

 

 

Une parabole très répandue dans tous les ouvrages pieux illustre les conséquences néfastes de sa violation :

 

 

Il était une fois un homme de  bien qui menait une vie exemplaire. Un jour, il fut mis au défi de violer un seul précepte. Il pensa « Le premier précepte ne peut pas être rompu, j’ai une grande compassion pour tous les êtres vivant. En ce qui concerne le vol, non, je ne peux pas prendre ce qui n’est pas à moi, ce qui causerait un dommage à ma victime. Violer le troisième précepte est hors de question, tout comme le mensonge, j’y répugne. Par contre, violer le dernier précepte ne nuit à personne, sauf à ma santé et à ma lucidité. C’est donc celui-là que je vais enfreindre  en prenant des boissons alcoolisées ». Il prit une bouteille et se servit un verre, curieux de connaître le goût de cette liqueur interdite. Quand il a eu terminé le premier verre, considérant que cela ne lui avait fait aucun mal, il en goûta un peu plus. Lorsque la bouteille fut vide, il remarqua la femme de son voisin, émerveillé par son charme. Il marcha vers elle en titubant et tenta de la violer. Le mari vint alors à son secours, il le tua. Pour échapper à sa vindicte, il prit la fuite et se fit voleur de grands chemins. Telles sont les terribles conséquences de la violation de ce précepte ».

 

 

 

Il est permis de conclure que les habitants des zones rurales sont généralement bien conscients de la portée de leur promesse d'adhérer aux cinq préceptes, la question qui se pose est de savoir s’ils essaient de se comporter conformément à ces règles, et si elles exercent une influence marquée sur leur vie quotidienne.

 

 

Un crime, un meurtre, un vol ou un viol impliquent nécessairement une violation des préceptes. S'il était possible de prouver que ces crimes se produisent moins parmi les bouddhistes que parmi les non-bouddhistes, cela pourrait être une indication de l’influence du respect des cinq préceptes sur le comportement humain. Or, s’il existe des statistiques sur la criminalité en zone rurale en particulier, notamment dans les études récentes que nous avons visées (3) et (4) elles ne permettent pas de répondre à cette question. Dans quelle mesure l’abstention des crimes est-elle causée par la peur de violer un précepte ou par celle des lourdes sanctions  de la loi ?

 

 

 

 

Or, certains comportements impliquent la violation d’un précepte sans entraîner automatiquement une sanction pénale, par exemple les commérages, la consommation de boissons alcoolisées ou la mise à mort d'animaux. Une communauté sans commérages dépasse l’imagination. Et si les moines y échappent, cela peut faire partie du comportement poli  dans une société verticale et hiérarchisée, de personnes inférieures vis-à-vis de personnes supérieures. Faire des blagues sur une victime sans méfiance est appréciée de tous sauf peut-être de la victime. Le commerce est en soi une sorte de tromperie, mais tant qu’elle reste une forme légère, elle est admise bien qu’elle contrevienne à un précepte. Les boissons alcoolisées sont vendues sans limites et peuvent être consommées dans tous les cafés et restaurants. Les personnes en état d’ivresse ne sont pas rares. Sauf si un invité a un motif médical, il serait insultant pour l'hôte qui vous reçoit de refuser de partager un verre. Bien que la consommation d’alcool soit en principe interdite dans l’enceinte des temples, au cours de certaines grandes cérémonies communautaires, de nombreuses personnes boivent de l'alcool dans l'enceinte d'un monastère et de nombreuses processions ne seraient pas aussi gaies et spontanées sans le stimulant des boissons enivrantes.

 

 

Le comportement à l’égard des moustiques est impitoyable et l'agriculteur qui peut se permettre d'acheter un insecticide n'hésitera pas à traiter ses cultures, tuant ainsi des milliers de petites créatures vivantes. Le comportement à l'égard de la mise à mort d'animaux plus gros que des insectes s'accompagne toutefois d'une gêne marquée et souvent d’un voile hypocrite. Un écureuil sera piégé et tué car il dévore les meilleurs fruits. Un serpent venimeux sera tué à mort sans pitié comme les rats. Voile hypocrite ? Il est fréquent de voir un paysan à la pèche, il ne tuera pas le poisson tiré de son filet, il le laissera mourir hors de l'eau. Lorsque qu’un poulet doit être tué pour la consommation domestique, cela se fait en dehors de la maison, de sorte que l'esprit des ancêtres ne puisse assister à ce spectacle. Terwiel cite une anecdote significative : Un vieil homme discutait avec un moine. Quand celui-ci lui demanda comment il gagnait sa vie, il répondit « Je travaille sur l'eau ». Le moine pensa qu'il était un marin et lui demanda s'il appartenait à la marine ou s'il travaillait sur un navire marchand. Le vieil homme, gêné, expliqua qu'il était pêcheur et qu'il avait évité de le dire parce que ce n'était « pas bien de dire à un moine qu'on vit du poisson que l’on  tue ».

 

 

Les animaux plus gros que les poulets, comme les cochons et les buffles, ne sont généralement pas abattus par les agriculteurs. Souvent, lorsque les buffles sont trop vieux pour travailler, ils restent à la ferme jusqu'à leur mort. Les gros animaux sont souvent vendus à des bouchers professionnels. La plupart des agriculteurs hésitent à s’attirer le mauvais karma qu'un boucher accumule tout au long de sa vie. Il semble d’ailleurs que le personnel des gigantesques abattoirs, de Bangkok en particulier, soit systématiquement composé de chrétiens.

 

 

 

 

C’est donc le premier précepte, ne pas porter atteinte à la vie, que la population rurale dans son ensemble renonce à enfreindre. Faut-il y voir un symptôme dans le fait que lors des guerres féroces le vainqueur de massacre pas la population vaincue mais la conduit en esclavage dans son territoire ? Ne citons que les dizaines de milliers de captifs emmenés en captivité par les vainqueur Birmans lors de la chute d’Ayutthaya en 1767 et les Laos conduits de l’autre côté du Mékong après le sac de Vientiane par les Siamois en 1828.

 

 

Elle explique aussi incontestablement et sans qu’il n’existe de statistiques précises, le végétarisme qui est présent dans pratiquement toutes les cartes de restaurants sous deux formes, la première est le mangsawirat (มังสวิรัติ) qui est le végétarisme comme nous l’entendons en France le seconde est le che  (เจ) qui prohibe en sus de l’interdiction de consommer la viande, le lait, les œufs, les légumes à forte odeur (ail et oignon) sans que nous ayons trouvé la moindre explication à cette exclusion. La pratique du végétarisme chez les Thaïs ne relève certainement pas de fuligineuses considérations diététique mais tout simplement de scrupules religieux.

 

 

 

 

Il est plus facilement passé outre aux autres préceptes qui n’entraînent pas les lourdes sanctions du code pénal et ne sont pas incompatibles avec une vie quotidienne normale sans que cela manifeste une quelconque perversité. Après tout, il n’y a pas de réticence apparente à casser certains de ces préceptes. La raison principale pour laquelle la mise à mort d'animaux est entourée de manifestations de sentiments de culpabilité semble être la croyance aux répercussions sur le karma de cet acte. Les Jataka regorgent d'exemples de souffrances extrêmes infligées à la personne qui avait tué un animal dans une vie antérieure. Les axiomes concernant la renaissance, toujours vivaces, n'excluent pas la possibilité qu'un être humain puisse renaître sous la forme d'une poule, d'un chien, etc., ce qui ajoute au malaise quant au fait de tuer ces animaux.

 

 

Tous les Thaïs, petits et grands, connaissant l’histoire de Phra Malai (พระมาลัยบ)

 

 

 

 

...qui, sur le chemin de la visite rendue à Indra et bénéficiant de pouvoirs surnaturels dus aux mérites qu’il avait acquis, put visiter les enfers bouddhistes et notamment celui qui est réservé aux personnes ayant tué des animaux où ils souffrent d’épouvantables tourments, affligés des têtes  de leurs victimes, buffles, chats,  chiens, poulets et canards.

 

 

 

 

La crainte des conséquences néfastes sur le Karma est probablement tout aussi pesante que la peur de briser un précepte. Si les agriculteurs sont obligés de tuer les animaux pour vivre ou pour survivre et que cela entraîne un sentiment de culpabilité, s’ils peuvent commettre des infractions légères, plaisanter au détriment du voisin, abuser d’alcool lors des fêtes ou tenter le sort en jouant aux jeux d’argent, ils peuvent se racheter en acquérant des mérites, ce qui leur permettra de renaître dans une condition meilleure leur évitant devoir tuer des animaux, de chercher l’oubli dans l’ivresse ou la fortune à la loterie. L’acquisition de mérites,....

 

 

 

n’est-ce pas très exactement ce que l’Église catholique avait organisé avec le régime des indulgences, toujours en vigueur dans l’actuel code du droit canonique  ?

 

 

 

 

Les détails exégétiques détaillés par Terwiel en particulier montrent clairement que chaque précepte est interprété aussi largement que possible dans la mesure où ils sont, au quotidien, difficiles à observer scrupuleusement dans la lettre et dans l’esprit.

 

Les ressources de la casuistique sont inépuisables et les bouddhistes ne les ignorent pas.

 

Si le premier de leur commandement peut se résumer très simplement par ces mots « Vous ne tuerez point », il ne faut pas oublier qu’il fut aussi la première et l’unique défense que Dieu fit aux hommes ainsi que la rappelle la Genèse. Il devint non pas le premier mais le cinquième de la loi mosaïque, le décalogue, et maintes fois rappelé dans les évangiles. En dépit d’interprétations contraires, il n’interdit pas de tuer les animaux pour que l’homme les utilise pour se nourrir et se vêtir. Le Christ lui-même fit une pêche miraculeuse pour nourrir ses disciples.

 

 

Lorsque le christianisme se répandait dans l’Empire romain, ses adeptes se refusèrent à participer au service armé qu’ils devaient à l’empereur ce qui fut partiellement au moins  à l’origine des persécutions dont ils firent l’objet. Les pieux exégètes, Saint Augustin, lorsque l’Empire croulait devant les invasions barbares, développa alors la notion de « guerre juste » au bénéfice de laquelle on s’entre-tue encore au XXIe siècle.

 

Nécessité fit loi !

 

 

Il est en définitive difficile de savoir au vu des considérations de Terwiel et de Ruengdej Srimuni (1) et (2) si le respect par les Thaïs de ce code de bonne conduite - qui représente un fonds incompressible des règles nécessaires  à la vie en société depuis la nuit des temps – est le fruit de l’enseignement des cinq préceptes, du souci de vivre un bon Karma pour se réserver une nouvelle existence sous une autre forme, probablement des deux à la fois ou peut-être aussi plus concrètement de la peur du gendarme. Les deux études plus récentes (3) et (4) ne sont pas sans intérêt mais donnent surtout les statistiques de la criminalité que l’on trouve sans difficultés sur un site officiel (11).

 

Par exemple, Province de Kalasin, 2006-2015 :

 

 

Il est incontestable qu’il existe une délinquance en Thaïlande  ou, comme ailleurs, le juste pèche sept fois par jour (12). Il est en tous cas difficile de dire dans quelles mesures les préceptes religieux mettent un frein aux actes malfaisants.

 

 

NOTES

 

(1) « THE FIVE PRECEPTS AND RITUAL  IN RURAL THAILAND » publié dans le Journal de la Siam society, volume 60-1 de 1972).

 

(2) « Leadership and development in North East Thailand  », c’est une publication de l’Université anglaise de Durham qui consacre la seconde partie  de cette thèse à ce sujet.  Elle est disponible sur  Durham E-Theses Online:

http://etheses.dur.ac.uk/10250/

(3) Veridian E-Journal, Silpakorn University ISSN 1906 – 3431 International (Humanities, Social Sciences and Arts)  Volume 11 numéro  5  de juillet – décembre 2018 « A Study to Observance of Five Precepts Behavior of the Buddhists in Suphanburi Province ».

 

(4)  « A Study on the Practice of the Five Precepts Apply to Daily Life for The Buddhist way of Life School, Surin province », publication de l’Université Silapakorn, (Vol 6 ฉบับพิเศษ (2019): ปีที่ ๖ ฉบับพิเศษ เนื่องในงานพิธีปะจำปี ๒๕๖๒ระสาทปริญญา ปร)

 

(5) Voir le site (en thaï) : https://www.sanook.com/horoscope/98197/

 

(6) Mayam bhante visum visum rakkhanathaya tisaranena saha panca silanim : il peut y avoir des variantes signalées B.J. Terwiel (1) et Ruengdej Srimuni (2).

 

Le pali qui reste la langue sacrée du bouddhisme thaï s’écrit à l’aide de l’alphabet thaï simplifié : Il n’utilise que 33 consonnes au lieu de 44 et 8 voyelles au lieu de 32. Il comporte deux signes diacritiques spécifiques présents sur les claviers d’ordinateurs. Les livres de prière usuels (หนังสือสวดมนต์ - Nangsue Suatmon) comportent quelques lignes d’introduction pour expliquer l’utilisation des diacritiques, le texte pali transcrit en lettres thaïes sur la page de gauche et sa traduction en thaï en face sur la page de droite, très exactement comme les « Missiles des diocèses » latin-français avec que l’Eglise n’abandonne le latin.

 

 

 

(7) La cérémonie est longuement décrite et plus encore dans la notice พิธ๊แสดงตนเป็น พุทธมามกะ  (Phithi Buddhamamaka-Vidhi - Requesting to declare as a Buddhist – Comment se déclarer bouddhiste)  in www.suddhavasa.org

Il est en anglais, donne la transcription du pali en caractères romains et sa transcription en caractères thaïs.

 

(8) namo tassa bhagavato arahato samma sambuddhassa

 

(9)

Panatipata wérama sikkhapathang samathiyami
Atinthana wéramani sikkhapathang  samathiyami
Kamésoumittchadjara  wéramani sikkhapathang  samathiyami
Mousawatha  wéramani sikkhapathang  samathiyami
Wéramani sikkhapathang  samathiyami

 

(10)

imani panca sikkhapadani

silena sugatim yanti

silena bhogasampada

sliena nibbutim yanti

tasma silam visodhaye.

 

(11) http://service.nso.go.th/nso/web/statseries/statseries13.html

 

(12) «  Car sept fois le juste tombe, et il se relève, Mais les méchants sont précipités dans le malheur » (Proverbes – 24 – 16).

 

 

 

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 22:18

 

 

Il est singulier sinon irritant de devoir à deux érudits, l’un Américain, le professeur Kennon Breazeale, l’autre anglais, Michael Smithies  (disparu en début d’année 2019) la publication de l’œuvre d’un missionnaire français au Siam, Monseigneur Barthélemy Bruguières dans un texte anglais d’une revue qui publie exclusivement en anglais contenant de nombreux extraits de ces écrits français traduits en anglais ! Nous avons dû effectuer un « pèlerinage aux sources » pour nous éviter de devoir traduire de l’anglais au français un texte déjà traduit de l’anglais au français (1).

 

 

QUI ÉTAIT MONSEIGNEUR BARTÉLÉMY BRUGIÈRE ?

 

 

Le premier article que consacre Kennon Breazeale à l’évêque dont la vie fut un véritable roman cite de nombreuses sources (2).   

 

 

Barthélémy Bruguière naquit dans un petit village de l’Aude perdu dans les vignes, Raissac situé une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Narbonne, dans la petite église duquel il fut baptisé.


 

 

 

Ses parents étaient des cultivateurs jouissant d’une certaine aisance. Il fit ses études à Narbonne; son diplôme de bachelier-ès-lettres porte la date du 30 octobre 1812. Ses études théologiques achevées au grand séminaire de Carcassonne, il fut, presque au lendemain de son ordination sacerdotale qui eut lieu le 23 décembre 1815, nommé professeur dans cet établissement ; il y enseigna  10 ans, la philosophie pendant quatre ans, puis la théologie bénéficiant d’incontestables talents de pédagogue. A 26 ans il était chanoine honoraire.

 

 

 

 

L’un de ses amis le décrit comme suit : « M. Bruguière était d'une taille au-dessous de la moyenne, corps un peu grêle, cheveux blonds, teint basané. Nous admirions son zèle, sa haute intelligence, son grand bon sens. Il avait une telle énergie, une telle indépendance de caractère que son supérieur disait de lui en riant : Si jamais il est évêque, sa devise sera : « Quoi qu'on en pense et quoi qu'on en dise, j'irai de l'avant. »

Dans le système français de cette époque, un prêtre qui souhaitait devenir missionnaire n'était pas obligé de rejoindre l'un des ordres réguliers, tels que les dominicains, les franciscains ou les jésuites.

 

 

 

En tant que curé de paroisse en France, il se porta donc volontaire pour être missionnaire, obtint l’autorisation de son évêque et entra au Séminaire des Missions étrangères le 17 septembre 1825 pour une brève période de formation devant le préparer à sa tâche en pays étranger.

 

 

 

 

Il partit pour le Siam le 5 février 1826. Tout en étudiant la langue du pays, il s’occupa du séminaire de Bangkok, et, dès qu’il sut à peu près se faire comprendre, il ajouta à l’enseignement à l’exercice de son ministère. En vertu d’un bref du 5 février 1828, Monseigneur Esprit-Marie Florens, évêque in partibus de Sozopolis mais chargé de la mission de Siam qui s’étendait depuis Singapour jusqu’au Siam en passant par l’île de Penang alors sous juridiction siamoise, déjà âgé (il a alors 66 ans) et épuisé par plus de 40 ans de mission, resté pendant 15 ans le seul missionnaire au Siam, il le  choisit pour être son coadjuteur.

 

 

C’est un vieillard blanchi dans les travaux d’apostolat accablé d’infirmités et menant  une vie d’anachorète. Il reçut alors le titre d’évêque in partibus de Capsa (3). Sacré le 29 juin de la même année à Bangkok, il se fixa dans l’île de Penang où pendant plusieurs mois il enseigne au séminaire le chinois. Il vint à Singapour en 1831 et fit connaître aux prêtres portugais de Malacca le décret de la Propagande, du 22 septembre 1827, unissant Singapour à la mission du Siam ce qui entraina de lourds conflits avec eux. Nonobstant, les missionnaires du Siam rayonnèrent depuis Singapour (4). Passionné depuis ses années de jeunesse au catéchisme par la Corée dépourvue de prêtres, il offrit de s’y dévouer. Le Saint-Siège accepta, et, le 9 septembre 1831, le nomma vicaire apostolique. Il partit aussitôt pour la Corée. Le 8 octobre 1834, il était à destination. Partant pour la Mandchourie, il mourut d’épuisement le 20 octobre 1835 après avoir lutté contre la maladie, les brigandages et les persécutions des autorités.

 

 

 

Sa cause de béatification a été ouverte en 2005 par le Diocèse de Narbonne-Carcassonne à la demande des catholiques de Corée.

Monseigneur Bruguières, premier évèque de Corée

Monseigneur Bruguières, premier évèque de Corée

LA DESCRIPTION DU SIAM

 

 

Datée du 19 mai 1829, la description du royaume et de son peuple fut achevée après deux ans passés au Siam par Mgr Bruguière et a été envoyée sous forme d’une très longue lettre au vicaire général du diocèse de sa région d’origine depuis Bangkok et publiée en 1831 et à nouveau en 1833 ce qui laisse à penser qu’elle reçut un accueil favorable (5). Presque simultanément, elle fut publiée quoiqu’en  version abrégée sous le titre de « LETTRE  SUR LE ROYAUME DE SIAM » PAR M. BRUGUERES, ÉVÊQUE DE CAPSE », elle avait été publiée en 1832-1833 dans la très érudite revue « Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l'histoire : ou Recueil des relations originales inédite » (6).

 

 

La revue qui concerne les curieux de géographie et non les vertueux lecteurs catholiques, reste muet sur l’histoire de la mission et sur les croyances et pratiques religieuses. Il est évident que les considérations du prélat sont empreintes de ses  préjugés religieux et avaient peu d’intérêt pour des lecteurs plus scientifiques, géographes ou ethnologues à moins tout simplement que la rédaction ait été contrainte de tronquer le texte pour de simples questions de place disponible dans la revue

 

 

Il ait un autre signe de son succès : Le texte a été traduit en anglais et publié en 1844 dans la revue Chinese Repository de Canton (7). Selon Kennon Breazeale le traducteur anonyme était apparemment William Dean, un des premiers missionnaires baptistes américains au Siam, qui fut présent à Bangkok à partir de 1835, acquit une connaissance approfondie du peuple siamois et s'installa à Canton en 1842. Il fit de nombreux commentaires estimant que l'œuvre de Mgr Bruguière était précieuse malgré ses faiblesses, ses affirmations plus ou moins erronées et ses opinions « intolérantes » sur les Siamois et leur religion, mais était de nature à donner beaucoup d’informations sur un pays et une population mal connus mais qui contenait beaucoup d’intérêts pour le monde commercial et religieux. Le texte de Mgr Bruguière y figure pour l’essentiel mais omet la section initiale sur la géographie, le climat, la faune et la flore peut-être parce qu’elle ne contenait que peu d’informations nouvelles pouvant intéresser les lecteurs de la communauté commerçante de Canton. D’autres passages ne présentaient aucun intérêt pour les lecteurs locaux, notamment sur l’Église catholique et les Chinois à Bangkok.

 

 

 

Le texte de Mgr Bruguières n’est pas un simple récit de ses premières impressions du pays car il résidait à Bangkok depuis deux ans lors de sa rédaction. Il a de toute évidence recueilli les impressions de Mgr Florens, présent au Siam depuis 1787 et des autres prêtres ou catéchumènes et lui-même rassemblé beaucoup d’informations lors de sa première arrivée à Penang et ses voyages aventureux de 1827.  On peut penser aussi qu’il a consulté, avant de quitter la France, les nombreux livres écrits sur le Siam, en particulier les ouvrages de la fin du XVIIe siècle.

 

 

Les raisons de la rédaction de ce travail semblent assez limpides : Même si Barthélémy Bruguières ne se destinait pas formellement à la mission de Siam, il s’est bien évidement au cours de sa formation au séminaire des Missions étrangères entouré de documents et d’informations. Le dernier ouvrage en date alors était celui de François Turpin publié en deux volumes en  1771, 50 ans auparavant. L’ouvrage est encyclopédique quoique de seconde main, géographie, flore, faune, commerce, forme du gouvernement, histoire politique, tous renseignements fournis par Mgr Pierre Brigot, dernier évêque résidant à Ayutthaya avant la chute et évêque in partibus de Tabraca (diocèse de Tunisie). Cette œuvre était dès lors largement dépassée, Turpin n’était jamais allé au Siam, Ayutthaya avait été rayée de la carte, la mission française avait disparue et rien d’important n’avait été écrit en français sur le Siam depuis lors.

 

Cette étude répondait donc à une nécessité, un ouvrage de référence pour les séminaristes de Paris qui se destinaient à partir en mission dans ces terres lointaines et subsidiairement de susciter les gestes des donateurs, membres zélés de l’Association pour la propagation de la foi. Il nous décrit sa tâche dans une lettre à son supérieur « Vous me demandez quelques notions sur le pays où je me trouve maintenant; sur les mœurs, les usages, la religion des habitants, etc. Vous exigez de moi un  travail immense. Cependant, afin de vous prouver qu'il n'est rien que je ne sois disposé à entreprendre pour vous faire plaisir, je vais mettre la main à l'œuvre. Je tâcherai d'abréger autant qu'il me sera possible, sans omettre rien d'essentiel. Mon intention est de ne rien dire d'incertain ou de douteux; il est très-possible, toutefois, qu'il m'échappe quelques inexactitudes ; mais elles seront bien involontaires ; je suis témoin oculaire du plus grand nombre des faits que contient cette relation. Peut-être trouverez-vous peu d'ordre dans ma narration ; veuillez me pardonner cette négligence. J'ai écrit à différentes reprises et dans les seuls moments de loisir; or, il est fort rare que j'en aie ».

 

 

 

Ces efforts ont certainement été la suite et surtout le complément de ceux de Charles Langlois, supérieur des Missions étrangères en 1816, auteur d’ouvrages relatifs aux missions dans les années 1820 mais essentiellement sur les Missions de Chine et qui le premier a fait la recension des archives

 

 

 

 

et des études encyclopédiques de Jean-Antoine Dubois, supérieur du séminaire des Missions étrangères au séminaire mais concernant la culture indienne publiées entre 1817 et 1825. Barthélémy Bruguière ne disposait d’aucun écrit d’actualité concernant le Siam.

 

 

 

 

Malheureusement les efforts de Barthélémy Bruguière étaient déjà plus ou moins éclipsés par un travail beaucoup plus long en anglais de l'envoyé britannique John Crawfurd, qui visita Bangkok en 1822 et publia un important ouvrage de référence sur le pays en 1828 (8). 

 

 

 

Le livre de Crawfurd éclipsa également la publication plus limitée mais scientifique sur pays par son propre collègue de mission, George Finlayson, en 1826 (9). Celui-ci fut accueilli par l’érudite critique française comme suite « Ce journal est un véritable trésor d'observations sur la géologie,  la zoologie et la botanique, des différentes relâches de  l'expédition, entre Calcutta et la rivière de Siam. Il offre une véritable flore de l'île  de Penang flore d'autant plus curieuse, qu'elle est riche d'une multitude de plantes qui semblent particulière à cette petite localité » (10).

 

 

 

 

Barthélémy Bruguière ne bénéficiait pas, petit missionnaire non encore évêque, du prestige  de deux diplomates anglais. Il avait pourtant sur eux un avantage incontestable, alors que l’un et l’autre n’avaient passé que quatre mois au Siam,  il y résidait depuis plus de deux ans et en connaissait déjà parfaitement la langue. Sa faiblesse par rapport à eux était de n’avoir aucune connaissance scientifique alors que tous deux avaient été formés comme chirurgiens à l’Université d’Edimbourg  ce qui leur procurait une grande compétence pour décrire la reproduction des crapauds siamois. Elle était aussi d’écrire dans une perspective très théologique et n'était  pas destiné au grand public  mais qui par contre devait être lue avec beaucoup d’impatience par les missionnaires français en formation. Ils purent y trouver une introduction utile à la vie au Siam. Il s’agissait aussi de réchauffer le zèle des associés de la Propagation de la foi et faire naître des vocations. Toutefois, cet auditoire très confidentiel fut rapidement occulté par la publication en 1854 de l’ouvrage de référence de Monseigneur Pallegoix auquel il a probablement beaucoup appris lors de son arrivée au Siam (11).

 

 

Mais à son tour, Mgr Pallegoix fut éclipsé par la description du Siam publiée en 1857 par l’envoyé britannique John Bowring, qui tire certaines de ses informations du travail de Barthélémy Bruguière ce qu'il reconnaît fort honnêtement (12).

 

 

 

Un dernier élément enfin a peut-être contribué à ce que la diffusion de ce récit reste relativement confidentielle. Les rédacteurs du journal missionnaire souhaitaient également susciter l'intérêt de lecteurs pieux – en dehors des séminaristes et des ecclésiastiques - dans le but de recueillir des fonds auprès d’eux et les inciter à faire des dons aux missions étrangères. Or, heureusement pour les missions du Siam, la situation y était relativement pacifique et n’était pas comparable à celle du Vietnam, de la Chine ou de la Corée où les missionnaires étaient souvent persécutés, chassés du pays ou assassinés par les autorités en place. L’argent des donateurs va plus volontiers aux pays martyrs !

 

 

 

C’est une longue description du pays, sa géographie, son histoire naturelle, sa population (apparence, vêtements, coutumes, occupations, nourriture), ses croyances et ses pratiques religieuses, l'étiquette de la cour, les forces armées et quelques remarques sur les lois, le système juridique et les sciences.

 

 

Nous allons trouver successivement une description de la situation géographique du pays tel qu’il était à l’époque avec ses royaumes tributaires. La description du climat et de ses marées sensibles jusqu’à Bangkok, la description de la terre et de ses produits, des caractéristiques physiques de la population et de la façon de se vêtir, de la nature profonde de la population, de ses loisirs, de sa nourriture, de ses professions habituelles, de l’architecture civile et militaire, de la lourde étiquette de la cour et de la simple courtoisie, des rites mortuaires, de la mesure du temps et de l’astrologie, des fêtes bouddhistes, du statut du roi, de la famille royale et des nobles, des forces armées, de la Justice, de la faune, des éléphants, des tigres, des singes, des lézards, des serpents, des insectes, et de la flore, arbres, végétaux, relève d’un excellent esprit d’observations. Monseigneur Pallegoix 25 ans plus tard ne fit pas mieux mais le jeune missionnaire est né dans une campagne profonde et a vécu comme tous les paysans de son époque, au contact de la nature. Ses considérations sur le commerce sont brèves mais ce n’est pas le souci majeur d’un bon chrétien.

 

 

 

 

La lecture de ses observations nous permet de penser qu’elles constituaient, ce qu’elles firent pendant plus de 20 ans, une excellente initiation pour les candidats au grand départ et, pour les curieux – on ne faisait pas de tourisme à l’époque – une excellente description d’un pays où ils ne poseraient probablement jamais les pieds. Regrettons simplement l’absence d’illustrations, mais la raison en est probablement doublement simple, encore aurait-il fallu que Barthélémy Bruguière sache dessiner et ensuite le coût des gravures sur cuivre qui à cette époque était exorbitant.

 

 

 

Nous avons surtout retenu quelques une de ses réflexions qui expliquent peut-être les raisons pour lesquelles elles n’ont pas été retenues dans les « NOUVELLES ANNALES DES VOYAGES » et encore moins dans la traduction anglaise du Chinese repository ! 

 

 

Considérations sur la population

 

 

Elles sont à tout  le moins assez négatives :

 

« Les sciences ne sont pas plus florissantes que les arts à Siam, les docteurs de ce pays-là  savent tout  juste lire et écrire ils n'ont aucune idée de la physique  ni de l'astronomie et sont obligés de recourir aux Chinois pour avoir un almanach. Du reste ils ne sont nullement embarrassés pour découvrir les secrets de la nature et pour expliquer un phénomène,  ils ne se perdent pas en conjectures, et quand  quelque fait les embarrasse, ils ont leur réponse toute prête : pen phra, pen phi  disent-ils, c'est-à-dire c'est un dieu, c'est un démon; voient-ils un baromètre annoncer la tempête ou le calme, ils s'écrient saisis d'étonnement mais c'est le diable! Les mathématiques leur sont absolument inconnues …. » « Aucun Siamois, pas même les talapoins, ne s’intéresse à la littérature ou l'histoire. Les seules œuvres de cette nature sont les annales du royaume. On dit qu'ils sont exacts. Ils sont gardés par un mandarin qui ne permet pas à tout le monde de les consulter, surtout quand il est de mauvaise humeur ».

 

 

Il n’est pas certain qu’elles soient totalement fausses au XXIe siècle ?

 

 

 

 

Considérations sur la religion,  sur les moines et sur l’avenir du christianisme :

 

« Ce peuple témoigne un éloignement tout particulier pour le christianisme, et cette opposition se fait encore plus remarquer parmi les femmes de cette nation que parmi les hommes ; on doit attribuer ce mal à la corruption des mœurs de ce peuple, à son indolence, à sa légèreté, à son inconstance, et surtout à sa foi aux Talapoins. Cependant les vrais Siamois ne forment pas la majorité de la population du pays; le plus grand nombre des habitants est un composé de Chinois, Cochinchinois, Cambodgiens, Laotiens, Péguans, Malais, etc. C'est parmi ceux-là qu'on peut espérer de faire des prosélytes »….. « Avant de parler des mœurs et des usages des Siamois j'ai jugé convenable de vous donner une idée de leur religion ; mais je dois vous exhorter d'avance à  avoir du courage; car il faut en avoir pour soutenir la lecture de toutes les absurdités et de toutes les extravagances que je vais décrire »… « Je ne vous parle pas de toutes les abominations qu'ils racontent de leurs dieux : je ne les connais pas moi-même;  je sais seulement qu'un honnête homme ne peut écouter toutes ces histoires licencieuses sans éprouver un vif sentiment d'indignation, et sans imposer silence à l'impudent narrateur; telle est cependant la matière des discours que les Talapoins font sur les places publiques à un nombreux auditoire, composé de personnes de tout âge et de tout sexe. C'est absolument le même  fonds de religion que chez les Grecs et les Romains ; c'est le même code d'immoralité dans tous les temps et dans tous les lieux. Le démon est toujours semblable à lui-même ».

 

 

 

D’autre considérations expliquent à leur seule lecture pourquoi elles n’ont pas été traduites dans la version  anglaise du Chinese repository : « Je ne dois pas vous laisser ignorer que l'homme ennemi est venu semer de l'ivraie parmi le bon grain ; mais heureusement ce mauvais germe n'a pas produit jusqu'à présent beaucoup de fruits ; je veux parler des missionnaires méthodistes que diverses sociétés  protestantes ont envoyés à grands frais dans les quatre  parties du monde. Ils prennent le titre de missionnaires apostoliques, quoique Dieu et ses Apôtres ne les aient point envoyés. Ils ont publié un journal de leurs missions, où ils ont rnis ce qu'ils ont voulu. Il y en a qui ont osé comparer leurs travaux à ceux des Apôtres ; cependant, s'il faut juger du succès de leurs confrères par les succès de ceux que j'ai vus, le fruit de leurs travaux n'est pas consolant. Nous en avons un à Penang qui répand les piastres à pleines mains ; sa femme seconde ses efforts en usant des mêmes moyens ; mais ils travaillent en vain. Personne, ou presque personne ne veut se joindre à eux… ».

 

 

 

 

Qu’en penser ? Monseigneur Pallegoix a été beaucoup plus long, beaucoup plus précis  et surtout (relativement) moins négatif. Mais il s’était lié d’amitié avec un roi resté moine pendant 20 ans, qui lui a appris le pali, la langue sacrée du bouddhisme, auquel il a appris le latin, alors la langue sacrée des catholiques, c’est un privilège dont n’a pas pu bénéficier Mgr Brugières parti rapidement évangéliser la Corée.

 

 

 

La langue siamoise

 

 

Il nous en faut dire un dernier mot car là encore Barthélemy Brugières a en quelque sorte joué les précurseurs mais joué de malchance. En 1831, il publie une « Notice sur la langue siamoise » (13). Il a appris la langue et son écriture après le Malais lorsqu’il était à Penang. « Le siamois n’est pas aussi facile à apprendre que le malais » nous dit-il  et ce pour plusieurs raisons « manque de grammaire, manque de dictionnaire et d’autres textes de base ».

 

 

Ces besoins seront comblés plus de décennies plus tard par la publication de la première grammaire siamoise  par Monseigneur Pallegoix en 1850 (14). Elle est en latin, la lingua franca de l’époque, ce qui montre qu’elle n’est destinée qu’aux missionnaires et éventuellement aux érudits qui à l’époque connaissaient tous le latin.

 

 

 

 

Son premier dictionnaire qui est à la fois thaï, latin, français et anglais l’a été en 1854 également principalement en latin (15). Nous savons qu’avant lui, rien de sérieux n’avait été écrit (16). 

 

 

Mais le travail de Monseigneur Pallegoix était le fruit de 25 ans de présence au Siam. Ceci dit, Barthélemy Brugières maîtrise parfaitement les difficultés de la langue, son absence d’une grammaire franche doublée d’une syntaxe particulièrement complexe et les difficultés des tonalités qui donnent lieu à ces amusants quiproquos que l’on trouve aujourd’hui partout : อยู่ใกล้ (yu klai) : je suis proche et อยู่ไกล ((yu klai) : je suis loin. Il cite encore un exemple amusant  ใครขายไข่ไก่ในค่าย หามีใครไม่ พ่อค้าไข้ : khrai khai khaikai nai khai  ha mi khrai mai , une phrase idiote qui signifie à peu près « qui vend des œufs dans la forteresse? Personne, le vendeur est malade » du style de « un chasseur chassant chasser mit à sécher ses chaussettes sur une souche sèche » ! Même les natifs, nous dit-il ont quelques difficultés avec ce genre de phrase et il met au défi un Français de s’y retrouver ! Il a par ailleurs dessiné des fontes qui ne manquent pas d’élégance.

 

 

 

 

Ceci dit, conclut-il « lors d’une discussion un peu confuse, lorsque les Thaïs l’avaient assuré qu’ils l’avaient compris avec leur exquise politesse, il savait qu’en s’en allant ils se demandaient ce qu’il avait essayé de leur dire ! »

 

 

Ceci- dit, ces quelques dizaines de pages sur la langue thaïe ne constituaient  ni un lexique ni une grammaire, c’est la raison pour laquelle elles n’ont pas été reprises dans la traduction anglaise ou dans les Annales des voyages mais assurément une bonne initiation de mise en garde destinée aux futurs missionnaires envisageant de partir évangéliser le Siam.

 

QUE CONCLURE ?

 

Barthélemy Bruguière n'a pas gagné la palme du martyre. Il aurait dit lors de son ordination «  souffrir et mourir pour que Dieu règne et triomphe ». Il  n’a pas acquis la renommée d’un chroniqueur du Siam dans le premier tiers du XIXe siècle mais il méritait d’être tiré de l’oubli,

 

Les restes de Monseigneur Bruguières ont été exhumés de sa tombe en Mongolie à l'occasion du centenaire de la création de l'évèché de Corée et transférés au cimetière catholique Yongsan à Séoul « Annales de Misions étrangères », volume I de 1932) - Photographie de Kennon Breazeale :

 

 

NOTES

 

(1) Kennon Breazeale est l’auteur d’un premier article sur l’évêque : « Bishop Barthélemy Bruguière (1792–1835) » publié dans le Journal de la Siam society de 2008, volume 96. Le texte « DESCRIPTION OF SIAM IN 1829 » de Barthélemy Bruguière,  traduction et édition, est l’œuvre conjointe de Kennon Breazeale et  Michael Smithies et a été publié dans la même revue, même numéro à la suite du précédent.

 

(2) Elles proviennent essentiellement des innombrables correspondances des missionnaires  publiées dans les « Annales de l’association de la propagation de la foi » numérisées entre 1822 et 1834 puis les« Annales de la propagation de la foi » numérisées à partir de 1834 jusqu’en 1933. Le site des Missions étrangères en la partie consacrée au prélat donne évidemment les mêmes sources :

https://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-necrologiques/bruguiere-1792-1835.

Il en est de même pour Monseigneur Esprit-Marie Florens :

https://archives.mepasie.org/fr/fiches-individuelles/florens-1

D’autres pieuses précisions proviennent du site confessionnel :

https://www.aude.catholique.fr/vivre-sa-foi/les-figures-de-la-misericorde-dans-laude/barthelemy-bruguiere

…ainsi que de l’ouvrage du R.P. Charles Dallet, des Missions étrangères  « Histoire de l'Église de Corée », Tome 2, 1874.

 

Le centenaire de la fondation de l’Église de Corée en 1931 a donné lieu à de nombreux articles concernant plus ou moins directement son fondateur, notamment dans « La Croix » du 3 janvier 1939.

Nous trouvons des renseignements d’ordre plus général dans l’ouvrage daté de 1920 d’Adrien Launay : « Histoire de la Mission de Siam, 1662–1811  Documents historiques, I-II »

et d’Alain Forest en1998 : Les Missionnaires français au Tonkin et au Siam (XVIIème-XVIIIème siècles: Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec. Livre I. Histoires de Siam »

 

 

(3) Ces titres peuvent paraître déconcertants aujourd’hui, mais à cette époque, il n’y avait pas d’évêque du Siam. Comme tous les vicaires apostoliques, Mgr Bruguière reçut le titre d'un lieu qui était autrefois un lieu chrétien et le siège d'un évêché mais qui se trouvait à son époque sur les terres d’incroyants (in partibus infidelium). La Capsa était un diocèse de l'Afrique du Nord et est aujourd'hui la ville oasis de Gafsa en Tunisie. Mgr Florens était l'évêque titulaire de Sozopolis, un lieu de l'empire turc, aujourd'hui connu sous le nom de Sozopol, sur la côte bulgare de la mer Noire. Ni lui ni aucun de ses prédécesseurs ne se sont jamais rendus et n’eurent jamais l’intention de s’y rendre dans les diocèses qui leur ont donné leur nom.

 

(4) Lors de l’arrivée de Barthélémy Bruguière à Bangkok, la mission française était au plus bas. Une mission florissante s’était développée au cours des siècles, des premiers missionnaires français en 1662 jusqu’à la prise par les Birmans de la vieille capitale  en 1767.

 

 

La cathédrale d'origine, son école et toutes les installations du séminaire avaient été détruites par l’envahisseur et les missionnaires restants emmenés en captivité en Birmanie. L'un d'entre eux, Jacques Corre, réussit à s'échapper et trouva un refuge temporaire à Chanthaburi puis sur la côte cambodgienne, avant de se rendre à la nouvelle capitale thaïlandaise, Thonburi, en 1769. Le roi Taksin traita bien les missionnaires au début, mais les expulsa en 1779, vers la fin de son règne. La mission française à Bangkok fut coupée de ses sources de soutien en France pendant la période troublée en Europe jusqu'en 1815 et la majeure partie de la décennie suivante. À Paris, le séminaire des Missions étrangères fut aboli par Napoléon en 1809 et ne fut rétabli qu'en 1815. Aucun missionnaire français ne parvint à Bangkok avant le mois de juin 1822.

 

 

(5) « Annales de l’Association de la Propagation de la Foi », 1831, tome 5. « Annales de l’Association de la Propagation de la Foi », 1835, tome 34 et 35.

 

 

(6) « NOUVELLES ANNALES DES VOYAGES » livraison de octobre, novembre et décembre 1832 et livraison de juillet, août et septembre 1833.

 

 

(7)  « The Chinese repository », 1844, pp. 215 s.

 

 

(8) « Journal of an embassy from the governor general of India to the courts of Siam and Conchinchina » publié en deux volumes à Londres en 1828 puis en 1830.

 

 

(9) « THE MISSION OF SIAM AND HUE, THE CAPITAL OF COCHINCHINA », publié à Londres en 1826.

 

 

(10) « Bulletin de la société de Géographie », tome V de 1826.

 

 

 

 

(11) Les deux volumes de sa « description du royaume Thai ou Siam » ont été imprimés à Paris avec le soutien massif du gouvernement impérial qui a contribué à leur grande diffusion. La mode était aux aventures étrangères et l’Impératrice confite en bonnes œuvres.

 

 

(12) « THE KINGDOM AND PEOPLE OF SIAMK WITH A NARRATIVE OF THE MISSION TO THAT COUNTRY IN 1855 » notamment dans le tome II (pp. 39 s.)

 

 

(13) « Notice sur la langue siamoise »  in Annales de la Propagation de la Foi  d’octobre 1831.

 

 

(14) « Grammatica linguae thai » a été  publié à Bangkok en 1850

 

 

(15) « Dictionarium linguae thai - latina, gallica et anglica » en 1854 à Paris a été fiinancé par l’Imprimerie Impériale qui a créé les fontes thaïes.

 

 

(16) La Grammaire du Capitaine Low publiée en 1828 à Calcutta est un outrage. 

 

 

 

Le révérends Jesse Caswell a publié en 1846 un mauvais lexique.

 

 

 

Voir nos deux articles :

A.58 Les premières grammaires de la langue thaïe. (1ère Partie)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-1ere-partie-100840817.html

A.58 Les premières grammaires de la langue thaïe. (2ème Partie)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-2eme-partie-100841578.html

 

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22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 22:01

 

Avec « Les Thaïlandais, Lignes de vie d'un peuple » (1) nous vous présentons ici le troisième livre d'Eugénie Mérieau, après « Les Chemises rouges de Thaïlande » et « Idées reçues sur la Thaïlande », mais en choisissant de traiter le point de vue politique. (2) 

 

 

Sa « Note d'intention » annonce son objectif : mettre en relief les contradictions, les paradoxes et les contrastes du pays, dont elle donne d'entrée quelques éléments, à savoir : l'apparente liberté/joug d'une dictature militaire ; pays du sourire, bonhomie légendaire/réalité de la misère, des bordels, de la drogue et de la corruption ; deux Thaïlande (L'urbaine (Avec Bangkok) / la rurale, néanmoins unis par un sentiment national ; « une Thaïtude » (La thainess) définie par la devise « Nation, Religion, Monarchie » qu'il faut interroger dans l'exclusion  des millions de minorités lao ou malaise, dans le bouddhisme qui légitime les inégalités, dans la monarchie qui unit « quatre régions aux identités si fortement différenciées : le Nord, le Nord-Est (Isan), le Sud et le Centre qui abrite Bangkok ».

 

 

Avec le constat que la Thaïlande du XXIe siècle « craquelle» dans ses mythes fondateurs traditionnels, ciment du nationalisme, que le bouddhisme perd son autorité morale sous l'effet du capitalisme et de l'individualisme, que les fondements de la monarchie sont remis en question  .....

 

(Lesquels ? Par qui?),

 

... . que le pays traverse une crise identitaire, hésite dans ses choix politiques, ses valeurs …

 

 

Son introduction présentera « Les mythes fondateurs de l'identité thaïlandaise » (Le nom du pays, la grandeur des rois thaïlandais, l'indépendance de nation thaïe) en montrant leurs limites avec le « patchwork d'influences étrangères »,  la thainess aux formes floues qui se crispe aux frontières comme le Sud musulman, rebelle à l'autorité bouddhiste de Bangkok,

 

 

 

le Nord-Est au passé communiste, les ethnies des hauts plateaux du Nord aux pratiques animistes, mais aussi à d'autres marges comme les terres d'exil où vont se réfugier les opposants politiques, ou même certains étudiants au sein des universités ; une thainess aux mains des militaires qui se servent de la loi de lèse-majesté pour punir ou faire taire tout opposant.

 

 

Mais curieusement E. Mérieau ne dit rien sur ce qui fait l'originalité de ce livre - divisé en 6 chapitres -  composés de  28 questions suivies soit d'un entretien (12), ou d'une rencontre (8), ou d'un portrait, ou bien encore d'une évocation d'une personnalité thaïlandaise ; certains très connus comme les historiens Thongachai Winichakul et Somsak Jeamteerasakul, l'économiste et historienne Phongpachit, le cinéaste Apichatpong (Grand prix au festival de Cannes) ou de simples agitateurs ordinaires (C'est le nom donné par E. Mérieau), comme Pangsak Srithep, chauffeur de taxi, ou Nethiwit Chotiratphaisan, étudiant, ou une figure transgenre du féminisme.

 

 

 

Ils proviennent de milieux différents, de formation et  de régions différentes. Ils sont censés représentés le peuple, d'être -  pour reprendre le beau titre - les « Lignes de vie d'un peuple ». (Cf. (3) pour le sommaire)

 

 

 

Le peuple ! Est-ce si sûr ?

 

 

La 2e de couverture ne va pas dans ce sens en nous livrant l'opinion d'Arkanee, Thaïlandais, vivant en France, naturalisé français : « Pour l'heure, dit-il, la Thaïlande ne me manque pas. Je me considère comme chanceux de ne pas vivre dans un pays où des généraux font la loi, où des élus, des activistes et des universitaires sont arrêtés pour leurs opinions, où des journalistes pratiquent l'autocensure pour leur sécurité et où la population est privée de droit de décider du sort de son pays par les urnes. Je me joins à mes compatriotes thaïlandais qui sont, comme moi, désespérés et impuissants face au nouveau régime autoritaire, soutenu par les élites traditionnelles et une grande partie des classes moyennes urbaines. ».

 

 

On peut quelque peu douter qu'Arkanee, un Thaïlandais, vivant en France, naturalisé Français, soit un authentique  représentant du peuple thaïlandais, qui - quoi qu'il dise- n'est pas dans une situation « désespérée».

 

 

(D'ailleurs sont-ils bien représentatifs du « peuple » ceux qui font leurs études au Collège de l’Assomption, le plus distingué du pays (la scolarité n’y est que de 150.000 bahts par an) ou à Thammasat (la scolarité n’y est que de 400.000 bahts par an, à peine plus coûteuse qu’à « Sciences Po » Paris, 10.000 euros) ?)

 

 

 

 

On ne peut pas ici, au vu des 6 chapitres si différents, les aborder tous, surtout qu'E. Mérieau ne propose nulle synthèse  qui pourrait, comme elle le souhaite, « mettre en relief les contradictions, les paradoxes et les contrastes du pays ». Aussi, laisserons-nous des sujets que nous avons maintes fois traités comme « le règne de l'argent », « Bangkok, la folle mégalopole », « Fantômes et esprits en Isan », « Genre(s) et sexualité(s) », pour  repérer et commenter le parti-pris politique d'Eugénie Mérieau dans le choix de ses interlocuteurs qui lui ont accordé un entretien ou une rencontre, dont nombre d'entre eux sont des opposants au régime militaire ou des réfugiés politiques…

 

 

et l’un tout simplement son mari......

 

 

On peut en juger avec son premier chapitre intitulé « Mais comment peut-on être Thaïlandais aujourd'hui ?» et son 6e et dernier chapitre « Être un Thaïlandais en exil à Paris ».

 

 

« Mais comment peut-on être Thaïlandais aujourd'hui ?»

 

 

Le chapitre comprend « Aux marges de la thaïtude », avec un entretien du célèbre historien Thongchai Winichakul qui vit aux États-Unis ; puis « Unis contre le crime de lèse-majesté » avec une rencontre du groupe de juristes Nittirat, dont l'un des 7  fondateurs est  Piyabut Saengkanokun, et secrétaire général du nouveau parti politique Anakot Mai (« Pour un nouveau futur »), un des principaux partis d'opposition  à celui de Prayut, , et « Un voile noir contre les disparitions forcées » avec un portrait d'Angkhana Nilaphaichit, présentée comme « veuve de disparu et défenseur des droits de l'homme ».

 

 

La question de savoir « qui est Thaïlandais ? » est certes légitime, mais on peut constater qu'elle est présentée sous un angle quelque peu partisan. (Cf. Notre article « A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ? (5))

 

Le premier entretien est donc réalisé avec l'historien  Thongchai Winichakul avec des questions qui  permettent de rappeler que son livre le plus connu «  Siam Mapped : A History of the Geo-body of the Nation », publié en 1994, conteste l'historiographie officielle de la Thaïlande », basée sur une vision nationaliste-royaliste qui « perdure encore, notamment sur cette idée absurde et simpliste selon laquelle la Thaïlande ne fut jamais colonisée et ce grâce à l'habilité des rois. », qui ont su « sélectionner et adapter des éléments de l'Occident pour moderniser le pays » (E. M.). « Un discours d'une efficacité pratique en ce qu'il légitime les élites royales ». (Cf. sur ce sujet un de nos articles  les plus populaires : A 38.  La Thaïlande n’a jamais été colonisée ? Avec sa suite A 218. (6))

 

 

Ensuite l'entretien, s'engage sur une conception de la thainess que Thongchai  semble limiter à la construction d' « une certaine réalité utile aux élites » et associée « historiquement à la modernité occidentale » et d'E. Mérieau de lui demander « Quels contours départagent ce qui est thaï de ce qui ne l'est pas ». Mais pour Thongchai, « Il n'existe rien d'intrinsèquement thaï, rien de naturellement thaï -  ni la cuisine ni la musique ni même le bouddhisme ou la monarchie. Presque tout ce qui est considéré thaï aujourd'hui - les vêtements, la danse, les traditions, et même la langue - est le fruit de l'hybridation d'influences diverses. »  (Certes, comme tous les pays.)

 

 

A quoi E. Mérieau rétorque « Etes-vous en train de dire que les Thaïlandais ont tout emprunté et n'ont rien inventé ? » et  Thongchai de rajouter - avec humour-  « Mélanger des emprunts, c'est aussi inventer, n'est-ce pas ? ».

 

 

Nous constatons ici une présentation quelque peu limitée de la Thainess, en omettant de l'inscrire dans son historicité, ce qui peut paraître étonnant pour un historien, et une confusion entre « Thaï et Thaïlandais», avec une vision restrictive de ce qui peut être thaï et thaïlandais en jouant sur le  mot « nature » qui est de plus une notion polysémique. (Il vaut mieux, comme Dovert évoquer « de l'usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale ». In "Thaïlande contemporaine")

 

 

 

Ensuite l'entretien va aborder les enjeux de  la critique de « la version officielle de l'émergence de l’État-nation thaïlandais, représentative de l'historiographie  « nationale-royaliste ». (C'est la question d'E. Mérieau)

 

 

Thongachai va répondre simplement sans donner d'arguments ni d'exemples, que « Le récit de l’État-nation en Thaïlande est plus idéologique qu'historique » et de rappeler  qu'en 1976, les étudiants de Thammasat se sont fait tuer contre la domination de ce récit.

 

 

Franchement la réponse est quelque peu simpliste, pire, indécente.

 

 

Il aurait pu au moins rappeler les « événements d'octobre 1973 » pendant lesquels les étudiants et une partie du peuple se sont fait tuer, non pour un récit, mais pour chasser du pouvoir les deux dictateurs, le maréchal Thanom et le général Praphat qui « régnaient » depuis presque 10 ans sur le pays, et installer la démocratie et/ou vivre « l'idéal communiste ». On sait ce qu'il advint du communisme et de la « démocratie » dans les trois années de chaos jusqu'en 1976, qui furent certes gouvernées  par les civils Sanya Thammasak (Du 14/10/1973 au 15/02/1975) ; Seni Pramot (Du 15/02/1975 au 14/03/1975) ; Kukrit Pramot (Du 14/03/1975 au 20/04/1976) ; et de nouveau Seni Pramot (20/04/1976) pour se terminer par un nouveau  coup d’Etat le 6 octobre 1976,  qui loin de rétablir la « démocratie » dans « le calme et la sérénité » comme le souhaitait le roi, va être le théâtre de crises sociales, d’ assassinats politiques, de répressions policières, des combats des ouvriers, des étudiants , de la révolte des paysans, et de la « guerre » des militaires contre les zones contrôlés par les communistes. (Cf. Nos articles sur cette période (7))

 

 

 

Puis, après 6 lignes, on passe à une autre question sur le rôle de la géographie sur la construction du Siam en tant que Nation, pour apprendre que la géographie a été instrumentalisée pour servir de fondement au nationalisme, à l'idée d'un état unitaire et homogène.

 

(Pourquoi « instrumentalisée »?)

 

 

Il donne ensuite l'exemple des Thaïlandais  soudés lors de l'affaire du temple de Preah Vihar, mais « unis dit-il - dans la paranoïa de séparatisme ». (Il évoque  les trois provinces à majorité musulmane de l'extrême-sud du pays). 

 

 

Pourquoi « paranoîa » ? De plus, si effectivement, toute Nation se construit sur un Territoire, « une « géographie », elle nécessite bien d'autres éléments communs  (ethniques, sociaux (langue, religion, etc.) et subjectifs (traditions historiques, culturelles, etc.) dont la cohérence repose sur une aspiration à former ou à maintenir une communauté, et une « idéologie », une « fiction », un « récit » … Les conflits naissent, quand sur  ce Territoire » vivent d'autres peuples qui ont d'autres « histoires », d'autres religions, d'autres récits...

 

 

 

 

On peut rappeler ce qui reste la meilleure définition d’une Nation, quoique venant de Staline, elle n’est ni politique ni marxiste :

 

 

« La nation est une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture... seule la présence de tous les indices pris ensemble nous donne une nation »

 

 

Ensuite E. Mérieau l'interroge sur ce qu'il entend par « l'hyperroyalisme », qui se serait, selon lui, manifesté à la fin des années 70, dans le rôle intrusif de la monarchie. (Aucun exemple n'est donné). Pour revenir sur ce qu'il pense de la Thainess avec deux de ses piliers : la monarchie et le bouddhisme.

 

 

Il estime que la Thainess aujourd'hui se définit davantage par rapport à la monarchie qu'au bouddhisme.

 

 

(Là encore aucun argument ou exemple n'est donné).

 

 

Ensuite citant G. Quariche Wales, elle lui demande si l'abolition de la monarchie n'entrainerait pas  l'écroulement de la société siamoise. Ce qu'il admet  étant donné « l'hyperroyalisme » présent, rappelant que le choc aurait été moindre lors de la révolution de 1932.

 

 

(On peut signaler que nous n’avons trouvé rien de tel à la lecture de Quariche Wales dont d’ailleurs les ouvrages ne sont pas d’une actualité brûlante puisque datant de 1931)

 

 

 

 

Une dernière question lui permet de dire qu'il n'est pas en exil aux États-Unis, qu''on lui a offert  une vie meilleure, et qu'il périrait en Thaïlande entre la nécessité de s'abstenir de penser et dans la crainte de retourner en prison.

 

Ensuite E. Mérieau met en titre « Unis contre le crime de lèse-majesté », pour évoquer l'action  du groupe Nittirat.

 

 

 

 

Déjà dans son étude sur « Les chemises rouges », E Mérieau définissait ainsi le groupe Nittirat, « (de « nittirat  phuea ratsadon », « la science juridique pour le peuple »), est un groupe de sept juristes de l’université de Thammasat. Ayant pour la plupart suivi leurs études en Europe, en France – Piyabut Saengkanokkul – ou en Allemagne – Vorajet Pakirat – ils mènent campagne pour l’abolition de la loi de lèse-majesté et l’annulation de la légalité du coup d’État, avec toutes les conséquences que cela implique. Ils militent pour une limitation des prérogatives royales. Créé le 19 septembre 2010 à l’occasion du 4e anniversaire du coup d’État, le groupe a connu un succès et une médiatisation croissante à partir du lancement de la campagne de pétitions pour l’amendement de la loi de lèse-majesté. Parfois appelés « Nittired », ils se défendent de toute affiliation politique. Néanmoins leur audience est composée principalement de Chemises rouges. »

 

 

 

 

Nous vous invitons à lire nos  deux articles, très critiques,  sur  le groupe Nittirat pour leurs positions idéalistes et  peu réalistes. Nous rappelions dans l’un d’entre eux que ce groupe, composé de vaillants et argentés membres d’une aristocratie de professeurs porteurs de ce que Renan appelait la « pédantocratie » a reçu sans sourciller et surtout  sans jamais le dénoncer le soutien du sulfureux américain Noam Chomskyqui s’est rendu célèbre pour le soutien sans faille qu’il apporte au défunt professeur Faurisson, négationniste impénitent. Feu Ben Laden, orfèvre en matière de démocratie, considérait Chomsky comme le seul écrivain américain méritant lecture. (Cf. (8)).

 

 

 

 

 

Nous y disions aussi, entre autre, citant Piyabut (L'un des 7 juristes du groupe). « Le groupe Nittirat veut en effet » proposer, à partir d’une réécriture de la constitution de 2007, une nouvelle constitution, « vraiment démocratique que tous les représentants institutionnels, y compris le roi, devront s’engager à respecter par une prestation de serment », une constitution qui indiquera clairement la séparation des pouvoirs, où l’armée, la monarchie et le pouvoir judiciaire n’auront aucun rôle politique à jouer).

 

 

Une constitution où les juges seront indépendants,  jugeront au nom du peuple et non du roi. Ils ne seront plus au service d’une élite, ils ne devront plus  « instrumentaliser le droit à des fins politiques », ne plus intervenir pour éliminer des « adversaires » politiques.

 

 

Il donne trois exemples qui montrent que la Cour constitutionnelle n’a pas hésité à se mettre au service de l’armée ou d’un camp politique, oubliant que son rôle était de s’en tenir aux règles de l’État de droit. (Comme : En mai 2007, la Cour constitutionnelle a pris la décision de dissoudre le parti Thai Rak Thai et de déclarer inéligibles 111 membres de son bureau politique pour 5 ans. Cette décision a été prise en application d’un décret-loi adopté par le général Sonthi autorisant la dissolution d’un parti et le bannissement de la vie politique dans certains cas.)

 

 

 

 

Révolutionnaire ?

 

 

Le groupe veut donc que le Roi n’ait plus de rôle politique, que l’Armée reste dans les casernes, que les juges soient indépendants, que le Pouvoir ne soit plus au service des élites et des grands groupes financiers de Bangkok, que la  nouvelle monarchie constitutionnelle soit comme en Belgique, aux Pays-Bas, en Norvège, en Grande-Bretagne. Bref, il veut une autre Thaïlande. »

 

 

Ensuite, E. Mérieau fait un bref rappel des membres du groupe, de leur formation juridique en Europe, de leur objectif « de faire de la science juridique au service du peuple », de leur actions  menées en 2011, pour demander l'annulation de tous les actes juridiques issus du coup d'État de 2006

 

 

(« qui n'a eu aucun écho en dehors du cercle des lettrés de Bangkok » avoue-t-elle.),

 

 

...de leur volonté de  réformer l'article de lèse-majesté en 2012, de leur participation à « l'organisation d'une pétition nationale réclamant une réforme législative », signée par 40.000 personnes, qui ne sera jamais débattue au Parlement.

 

 

Après l'action, la réaction.  Ils seront déclarés ennemis de la thainess, des anti-royalistes, perdront  leurs subventions universitaires, ne pourront plus s'exprimer en dehors de leurs cours. Sont-ils étonnés ? Vorajet (Le leader) ne regrette rien, pouvant dire – naïvement - « Je me bats contre ce qui est profondément injuste et illégal ». Lors du nouveau coup d'État de 2014, Vorajet et Sawatree furent convoqués par l'Armée et « mis en examen pour violation de la « loi » du coup d'État ». Leur site internet fut bloqué. Depuis, nous dit E. Mérieau, ils refont le monde quand ils dînent ensemble et Piyabut

 

 

(marié à Eugénie Mérieau : celle- ci ne porte pas le nom de son mari, ce n’est pas une faute en soi, rien ne l’y oblige, mais en l’occurrence une réticence qui peut laisser penser que son jugement n’est pas empreint de la sérénité requise !),

 

 

 

 

.....a fondé un nouveau parti politique Anakhot Mai (Pour un nouveau futur) attendant les élections ; et elle précise « Prudence oblige, le jeune parti n'a pas inclus dans son programme la  réforme du crime de lèse-majesté ».

 

 

 

 

(E. Mérieau est certes l'épouse de Piyabut, ce qu’elle se garde de dire, mais elle aurait pu citer le fondateur du parti, le milliardaire Thanathorn Juangroongruangkit, 40 ans, héritier du géant thaïlandais des pièces automobiles Thai Summit. Depuis,  les élections ont eu lieu le 24 mars 2019 et le nouveau parti est devenu la 3e force du pays.)

 

 

Son dernier chapitre : « Être un Thaïlandais en exil à Paris ».

 

 

Après avoir rappelé « Une inamitié parisienne à l'origine de la chute de la monarchie absolue au Siam. Sur les traces de Pridi Phanomyong et Phibun Songkhram , révolutionnaires. », E. Mérieau va nous proposer quatre entretiens : avec Somsak Jeamteerasakul, historien,  Aum Neko, activiste pour les droits des transgenres,  Jaran Ditapichai, ancien commissaire aux droits de l'homme et Nopporn Suppipat, entrepreneur et investisseur.

 

 

« L'exil, la prison ou la mort? L'histoire, toute l'histoire, rien que l'histoire ! » avec Somsak Jeamteerasakul.

 

 

On va apprendre lors de cet entretien pourquoi il est considéré par la junte militaire comme l'ennemi numéro 1 du régime. « Je suis l'un des premiers universitaires thaïlandais à avoir adopté de manière systématique une approche critique de la monarchie, et ce dans toutes ses dimensions : la propagande de masse, la loi de lèse-majesté, le rôle du Palais dans les événements du 6 octobre 1976, le bureau des biens de la Couronne, ou encore le cas du régicide de Rama VIII ». Il deviendra plus populaire après 2010  avec ses articles sur Facebook invitant au débat public sur la monarchie, qui eurent un grand écho.

 

 

Auparavant, sa thèse amorcée en 1982-1883 portait sur le mouvement communiste thaïlandais  (« The communist movement in Thailand », Thèse de doctorat, 1991). Il avait été  étonné sur le fait que les communistes républicains s'étaient abstenus de toute attaque contre le bouddhisme et la monarchie. Puis en 1993, devenu professeur à l'université de Thammasat, il avait été surpris de constater que  « la génération de « gauche » qui avait mené les révoltes de 1973 était unanimement royaliste et contrôlait l'ensemble des organes de presse ; la mode était à la critique des hommes politiques et à l'éloge du roi ».

 

 

Quant-à lui, il consacrera son travail à la critique de la monarchie.  Son livre « L'Histoire qu'on vient de construire » sera un succès. Il s'exprimera à travers ses articles de 2006 à 2008 sur le forum de l'université de Minuit, et à partir de 2008  dans le magazine  Fa Diew Kan ; et puis, nous l'avons dit, en 2010 sur Facebook qui  le rendra plus populaire. Il fera  des « propositions concrètes pour réformer (voire abolir) la monarchie » (Aucune n'est donnée).

 

 

On ne sera pas surpris qu'après le coup d'État de Prayut en 2014, ayant refusé de conclure un accord avec l'armée, il  choisira l'exil et la  France, car ce fut le seul pays qu'il lui a donné un laissez-passer, précisera-t-il.

 

 

Wikipédia nous apprend : « En juillet 2015, la junte militaire thaïlandaise a fait une demande d'extradition pour Somsak Jeamteerasakul, ainsi que pour d’autres suspects accusés de crime de lèse-majesté vivant en France. C’est à cette date que le gouvernement français a accordé le régime de réfugié politique à Somsak Jeamteerasakul et aux autres (…) Par ailleurs, les soutiens de Somsak Jeamteerasakul sur les réseaux sociaux ont été convoqués et interrogés par la junte militaire. La Division thaïlandaise de la suppression de la criminalité technologique les a informés que le partage ou le fait d’« aimer » le contenu de Somsak Jeamteerasakul peut constituer un crime de lèse-majesté. En mai 2017, la junte militaire a interdit, via les réseaux sociaux, toute communication avec 3 dissidents dont Somsak Jeamteerasakul. » (9)

 

 

Ce qui fait désormais d'E. Mérieau une opposante à  la junte.

 

 

 

« La lutte, comme raison d'être » avec Aum Neko, militante pour la liberté d'expression et les droits LBBT (lesbiens, gays, bisexuels et transgenres).

 

 

Certes. Mais surtout « une figure essentielle de la résistance au coup d'État et un pilier du mouvement féministe radical en Thaïlande. ». Elle s'est réfugiée en France à la suite du coup d'État du 22 mai 2014. Elle a alors à peine 20 ans.

 

 

(Il faut savoir, ce que ne dit pas E. Mérieau, que le  7 mars 2018, M .Aum Neko est devenue légalement en France Madame Saran Chuichai.) (Cf. 10 et 11)

 

 

Madame Saran Chuichai donc, décrit son parcours  lors de cet entretien.

 

 

Elle nous apprend qu'après ses études secondaires, elle a été acceptée à  l'université de Chulalongkorn, la plus prestigieuse du pays, rajoute-elle fièrement.  Mais bien que  née avec un sexe d'homme, elle était une femme, dit-elle, et ne pouvait supporter de porter l'uniforme masculin, un pantalon et une chemise.  Elle n'y resta qu'un an,  et s'inscrivit à l'université de Thammasat, la croyant plus progressiste. Mais elle constata qu'elle transmettait les mêmes valeurs du paternalisme thaïlandais. Elle ne pouvait supporter le culte de la personnalité à l'endroit de Pridi (Fondateur de l'université) surtout que « les valeurs d'égalité promues par Pridi n'avaient pas supplanté les valeurs traditionnelles du respect de la hiérarchie, de la gratitude à l'égard des aînés », qui « faisait des nouveaux étudiants les inférieurs de leurs aînés. »

 

 

On aura compris son caractère et son comportement. Mais en 2012, elle poste sur Facebook, une photo d'elle en train d'éteindre la statue de Pridi à Thammasat, avec en légende, « Qu'est-ce que l'amour ? Qu'est-ce le fanatisme ? Il n'y a pas encore de lèse-majesté à l'encontre de Pridi Phanomyong ». On imagine la suite : les réseaux sociaux, des articles dans les journaux nationaux, avec des insultes et le constat que son « comportement constituait pour les Thaïlandais une déviance ». (Quelle découverte!)

 

 

(N'oublions pas qu'en 2012, Yingluck Shinawatra est première ministre et ne sera destituée que le 7 mai 2014. Ceci pour dire que nous n'étions pas en dictature militaire. )

 

 

L'année suivante, poursuit-elle, elle mène une campagne contre les uniformes scolaires, « Colporteurs de l'hétéronormativité » (sic).  Résultat : « j'étais devenu la cible d'une multitude de discours de haine ». A une question sur son rapport aux chemises rouges, elle tient à dire qu'elle est de gauche, mais qu'elle ne se situe pas par rapport aux mouvements des jaunes ou des rouges, tout en reconnaissant à ces derniers des forces de changement progressiste et démocratique, surtout depuis qu'une partie s'est détachée de Thaksin. Mais elle a repéré chez les « rouges » l'utilisation d'arguments sexistes, nationalistes et xénophobes.

 

 

Ensuite, elle explique dans quelles circonstances, elle a crû nécessaire de fuir le pays. Peu avant le coup d'État, un post réclamant son arrestation par l'armée  fut partagé 10 000 fois, alors que deux jours auparavant elle avait protesté contre la déclaration de la loi martiale (20 mai 2014). Elle contacta alors les ambassades de France et d'Allemagne. La France fut la plus rapide.  Depuis, elle apprécie la France, ses idéaux (égalité, fraternité), son histoire, un pays à découvrir, avec une nouvelle langue à apprendre (Elle maîtrise l'anglais et l'allemand, qu'elle a étudié à l'université). Une dernière question l'interroge sur la place des transgenres en Thaïlande. On peut deviner sa réponse.

 

 

 

« Le refus de la désillusion » avec Jaran Ditapichai.

 

 

L'entretien  permet de rappeler les combats politiques de Jaran, âgé aujourd'hui de 72 ans (Né en 1947) (En vérifiant sur wikipédia): figure du mouvement étudiant en 1976, rejoint le Parti communiste, passe  ensuite 7 ans dans la jungle dans les camps d'entrainements communistes. Est emprisonné deux fois. Trouve refuge à Paris  en 1984, étudie  la  philosophie à la Sorbonne (3ème cycle). On le retrouve en 1990–2000, professeur assistant à la faculté des sciences sociales de l'Université de Rangsit, puis en 1998,  Président de l'Union pour la liberté civile. Après l'élection de Thaksin en 2001, il est nommé commissaire national aux droits de l'homme,  jusqu'au coup d'Etat de 2006. (Il faut connaître ce qu'étaient « les droits de l'homme » pour Thaksin) Il continue le combat avec les  « Chemises rouges», partisans de l’ex-Premier ministre en exil, Thaksin Shinawatra. Après les événements sanglants de 2010, séjourne en France 8 mois.  « Après le coup d'État de mai 2014, avec le dirigeant du parti Phuea Thai Charuphong Rueangsuawan, il fonda « l'Organisation des Thaïs libres pour les droits de l'homme et la démocratie, mouvement de résistance en exil » ». Fuit la Thaïlande après une manifestation contre la  loi martiale dispersée par l'armée. Obtient en novembre 2014 son statut de réfugié politique  par la France.

 

 

Il nous apprend ensuite que sa prise de conscience politique a commencé lors du coup d'État du 17 novembre 1971 avec la nécessité de faire la révolution. Il est resté 14 ou 15 ans dans la lutte pour le communisme, puis devant la défaite du communisme, est sorti des camps d'entraînement,  a rejoint la France, « séduit pas son passé révolutionnaire ».

 

 

(Curieusement, il attribue l'échec du communisme aux « problèmes inhérents à la théorie du communisme », sans dire lesquels. Ce qui fait un peu court, non ?)

 

 

 

 

Il est revenu en Thaïlande, dit-il, pour reprendre ses activités militantes, en devenant commissaire national aux droits de l'homme. Mais là encore, aucun exemple n'est donné des actions entreprises. Il confirme ensuite qu'il a de multiples mandats d'arrêt contre lui, dont deux pour lèse-majesté, deux pour violation des interdictions de manifester … Malgré l'échec, les morts, il ne regrette rien de ses combats pour la démocratie, qui sont une nécessité. Il avoue même que la vie dans les camps d’entraînement, dans les maquis communistes furent les plus belles années de sa vie. Il y a même trouvé sa femme, « un mariage d'amour ».

 

 

(Ne revenons pas sur le passage des « intellectuels » dans les maquis, nous avons consacré deux articles à « la guérilla communiste dans le nord-est » forgé essentiellement sur les souvenirs d’anciens résistants. Ils ne reçurent pas forcément un accueil chaleureux, et, peu habitués à marcher pieds nus , à manger du riz gluant et des cafards et boire de l’eau croupie, la plupart retournèrent vite au confort citadin.)

 

 

 

Évidemment, nous sourions quand les communistes parlent de « démocratie ». Nous ne  pouvons que conseiller à Jaran Ditapichai. de lire  « Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression », qui dresse un bilan des régimes communistes avec ses massacres de masse, ses goulags, ses millions de morts. Se réjouir  des idéaux de jeunesse sont une chose, mais à 72 ans, on peut quand même opérer une autocritique. E. Mérieau ne lui posera aucune question sur ce sujet et préférera l'interroger sur l'histoire de ses évasions lorsqu’il était jeune, pour terminer sur l’évocation de ses journées de réfugié à Paris. Jaran est un peu désabusé, mais se dit encore « au service de la démocratie thaïlandaise »(sic). Décidément, la démocratie a bon dos.  

 

 

 

 

« Rendre à la France ce qu'elle lui doit » avec Nopporn Suppipat. (« Investisseur thaïlandais ayant réussi dans le commerce des éoliennes en Thaïlande »)

 

 

Nous avouons notre difficulté à prendre pour argent comptant  les propos rapportés par  Nopporn Suppipat. Certes, il a dû fuir après le coup d'État militaire de 2014 « comme de nombreuses autres figures progressistes et pro démocratie » dit-il, mais pour quelles raisons ? Pour ses idées démocratiques, nous en doutons. Dans son préambule, E. Mérieau nous apprend qu'il fut l'une des plus grosses fortunes du pays à moins de 40 ans (Il est né en 1971), mais que son édifice s'est craquelé « de toutes parts sur fond de rivalités  avec l'entourage du prince héritier. » Qui ? Objets des rivalités ?

 

 

(Il faut savoir que Wind Energy Holding (WEH), était le plus important acteur de l'énergie éolienne d’Asie du Sud-Est valorisé à 1,9 milliard de dollars en 2014 )

 

 

Il justifiera son choix de la France, comme le pays de droits de l'homme, le pays qui vit une révolution technologique, où il a investi dans « son » entreprise  Blade et son développement. (Il aurait pu signaler les fondateurs et  les deux autres gros investisseurs. (11) ) Une France, dit-il, qui a une vraie « culture » de l'investissement, et n'a pas, comme en Thaïlande, une importante connexion entre les politiques et les chefs d'entreprises, ni un business contrôlé par 20 familles.

 

 

(Evidemment les lobbies au parlement français et les grands groupes familiaux et leurs réseaux n'existent pas en France. Comment écrire de telles stupidités ? Ignorance ou mauvaise foi ?)

 

 

 

 

A une autre question, il affirmera qu'il est fier d'être Thaïlandais, mais ne peut supporter la tradition de la soumission à l'autorité, le manque cruel d'esprit critique, qui empêche la Thaïlande d'avancer. (Avancer en quoi ? Critères?) Bref, aujourd'hui Paris est sa maison et qu'il est prêt à rendre à la France tout ce qu'elle lui a donné.

 

 

 

Un cœur généreux et reconnaissant en quelque sorte, mais on peut douter du cœur populaire, non ? Mais pour E . Mérieau, (C'est sa phrase finale) :

 

 

« De ces entretiens avec les réfugiés politiques ressort un point commun : cette indéfectible conviction de lutter pour la Vérité, la Justice, et la Démocratie, sans compromission et au prix de leur exil. ».  Quel esprit critique !

 

 

 

 

 

Il ne  s'agit pas ici de déconsidérer ceux qui ont dû fuir la Thaïlande pour éviter la prison, voire un « accident », mais d'indiquer que ces entretiens nous apprennent très peu sur  leurs combats. De plus l'objectif annoncé d'E. Mérieau qui était de « mettre en relief les contradictions, les paradoxes et les contrastes de la Thaïlande, n'est nullement rempli.  Il aurait fallu des synthèses, des contextes, des compléments, relancer parfois de façon critique les interlocuteurs. Il ne suffit pas d'être opposant à la junte pour avoir une juste analyse de la situation historique, politique, et sociale du pays, ni les solutions pour son avenir, si l'on en juge, par exemple par les propositions du groupe Nittirat mises en exergue, en nous cachant d'ailleurs son mariage avec Piyabut Saengkanokkul, l'un des membres fondateurs ou encore des propos nostalgiques du vieux « révolutionnaire communiste »  Jaran Ditapichai, réfugié à Paris.

 

Mais ce livre a le  mérite d'exister, tant les livres sur la Thaïlande écrits en français sont rares. Et puis, il appartient à chacun de se faire une opinion, et vous trouverez -  via internet -  des critiques plus favorables, oubliant souvent tout esprit critique.

 

« Ce petit livre permet une lecture sociale et historique originale à travers des chapitres synthétiques donnant la parole à de nombreux acteurs de ce pays émergent d’Asie du Sud-Est. (La Cliothèque, service de presse) ».

 

Ou bien encore  l'article « Hors normes et Thaïlandais malgré tout !» d'Eric Deseut dans le « Le Petit Journal » :

 

« Chercheuse en sciences politiques, Eugénie Mérieau assume cette fois le rôle d’un metteur en scène. Elle use de différentes focales pour tantôt prendre du recul, tantôt se concentrer sur des expériences particulières, tout en diversifiant les perspectives. En alternant dialogues roboratifs et évocations de figures hautes en couleur, son scénario évite les limbes de l’abstraction pour proposer en 150 pages une sociologie à chaud. […] Au fil des pages, toutes ces visions s’enchevêtrent pour tisser une fresque de la Thaïlande d’aujourd’hui. […] Aux antipodes d’une critique dévalorisante, c’est en effet "une irrésistible fascination" que veut éveiller ou prolonger “Les Thaïlandais - Lignes de Vie d'un Peuple”. »(13)

 

Disons que nous n'avons pas été « fascinés », n'ayant pas vu  « les lignes de vie d'un peuple » promises. Elles nécessitaient, pour le moins, des analyses historiques,   géopolitiques et économiques avec l'impact  des nouvelles technologies et des réseaux sociaux dans le développement du pays. Il eut été aussi de bon ton d'évoquer la situation du Sud et de ses habitants qui sont toujours à ce jour, Thaïlandais.

 

 

 

 

Références et notes.

 

(1) Les Ateliers Henry Dougier, 2018, Paris. 155 p.

 

(2) « Idées reçues sur la Thaïlande », Le Cavalier bleu Éditions, collection « Idées reçues », 2018, 147 pages.

Nous lui avons consacré 8 articles :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/11/a-282.idees-recues-sur-la-thailande-selon-eugenie-merieau.html

 

 « Les Chemises rouges de Thaïlande », Eugénie Mérieau,  2013,  lRASEC,

 

« Cette étude, dit-elle, retrace les différents événements fondateurs du mouvement dit des Chemises rouges, depuis leur création embryonnaire à la veille du coup d’Etat du 19 septembre 2006, jusqu’à leur écrasante victoire électorale du 3 juillet 2011. Offrant un examen détaillé des actions et des motivations des différentes organisations et groupuscules qui composent les Chemises rouges ».

Nous lui avons consacré deux articles :

A 124 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.html

A 125 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a125-les-chemises-rouges-de-thailande-2-119590962.html

 

(3) LES 6 CHAPITRES DU LIVRE.

 

CHAPITRE I

 

MAIS COMMENT PEUT-ON ÊTRE THAÏLANDAIS ?

 

Aux marges de la thaïtude. Entretien avec Thongchai Winichakul, historien. Unis contre le crime de lèse-majesté. Rencontre avec Nittirat, groupe de juristes.Un voile noir contre les disparitions forcées. Portrait d'Angkana Nilaphaichit, veuve           de disparu et défenseuse des droits de l'homme. De la transformation du Siam en Thaïlande. Voyage dans le temps à la rencontre de Plaek Phibunsongkhram.

 

CHAPITRE 2.

 

LE RÈGNE DE L'ARGENT.

 

Jalouse, la classe moyenne ? Entretien avec Pasuk Phongpaichit, économiste et historienne. Le bouddhisme de l'hyperconsommation. Rencontre avec Sulak Sivaraksa, intellectuel du bouddhisme. Business et politique, une affaire de famille. Portraits de Shinawatra, des Chidchob, des Silpa-archa et des Thueaksuban, ministres millionnaires de pères en fil(le)s.Des lois du marché à celles du foot. Rencontre d'Anucha Chaiyated, investisseur          propriétaire d'une équipe de foot.

 

CHAPITRE 3.

 

BANGKOK, LA FOLLE MÉGAPOLE.

 

Une ville anti-humaniste ? Entretien avec Niramon Kulsrisombat, professeur d'urbaniste. Des salons de massage aux bancs de l'Assemblée. Rencontre avec Chuvit Kamonwisit, baron des salons de prostitution bangkokois, ancien député de Bangkok. Folies et errements de la jeunesse dorée des beaux quartiers de Bangkok. Portraits des héritiers Chitpas Bhirombhakdi (bière Singha), Vorayut Yoovidhya (Red Bull) et Thanat Thanakitamnuay (Noble Home). « Résister un art de vivre ». Entretiens des agitateurs ordinaires bangkokois Pansak Srithep, chauffeur de taxi,et Netiwit Chotiratphaisan, étudiant. Vivre avec le VIH. Rencontre avec Kritthanan Ditthabanjong, séropositif et volontaire auprès des personnes atteintes du VIH.

 

CHAPITRE 4.

 

FANTÔMES ET ESPRITS D'ISAN.

 

Des néons blafards de Khon Kaen au tapis rouge de Cannes. Entretien avec le        cinéaste Apichatpong Weerasethakul, palme d'or. De la mélancolie joyeuse des chants d'Isan. Rencontre avec Rasmee Wayrana, chanteuse de molam. Les exils forcés des gens d'Isan, une fatalité ? Entretien avec Pu Kradat, écrivain. Des applications pour smartphone au service des riziculteurs. Rencontre avec Anukun Saipeth, entrepreneur social.

 

CHAPITRE 5.

 

GENRE(S) ET SEXUALITÉ(S)

 

Une grande liberté sexuelle … mais sans égalité des sexes ! Entretien avec Chalidaporn Songsamphan, politiste. « La prostitution, une fierté pour notre pays ». Portrait de de Lakkana Punwichai, figure du féminisme thaïlandais. Les salons de prostitution, une importation étrangère ? Rencontre avec Noi,  fondatrice du musée de la Prostitution et présidente de la fondation Empower. Du rire aux larmes chez les Miss Tiffany. Reportage au cœur du vingtième anniversaire du concours de beauté trans.

 

CHAPITRE 6.

 

ÊTRE UN THAÏLANDAIS EN EXIL À PARIS.

 

Une inamitié parisienne à l'origine de la chute de la monarchie absolue au Siam. Sur les traces de Pridi Phanomyong et Phibun Songkhram, révolutionnaires. L'exil, la prison ou la mort ? L'Histoire, toute l'Histoire, rien que l'Histoire! Entretien avec Somsak Jeamteerasakul, historien. La lutte comme raison d'être. Entretien avec Aum Neko, activiste pour les droits des transgenres. Le refus de la désillusion. Entretien avec Jaran Ditapichai, ancien commissaire aux droits de l'homme. Rendre à la France ce qu'on lui doit. Entretien avec Nopporn Suppipat, entrepreneur et investisseur.

 

(4) A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-57-qui-est-thai-qui-est-thailandais-99435771.html

 

(5) « Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ? »

 

En se rappelant que les Thaïs siamois sont minoritaires en Thaïlande (40%), que les Isan représentent 31% des 68 millions de la population thaïlandaise et qu’ « ils regroupent en fait des groupes ethniques très divers, aux origines,  traditions, coutumes, langues différentes, dont les trois  principaux sont les Thaïs Isan, les Thaïs Khmer, et les Thaïs  Kouis » ; Comment avec  Ivanoff la thainess « les Thaïs siamois avaient imposé leur langue, leurs normes et établit une « hiérarchie » avec ces autres peuples, comme avec les  Muangs, les Pak Tai, les Khmers, les Chinois, les Khaek, les groupes montagnards (Karens, Hmongs, Akhas …) Ils étaient tous Thaïlandais, mais pas tous des vrais Thaïs », n'oubliant pas  les migrations successives volontaires et souvent forcées (prisonniers, esclaves) avec les Laos, les Birmans, les Khmers, les Annamites, les Chinois, les Pégouans,  les Môns, les Malais, les Hindous et même les Japonais et les Portugais  …  Combien de fois sommes-nous revenus sur  l'idéologie de la thaïness qui définit ce qui est thaïlandais et ce qui ne l’est pas, sur cette histoire qui a tenté d’imposer une langue, le respect absolu de la monarchie et du roi, et des traditions bouddhistes, et UNE vision de l’Histoire inculquée à l’école. (Cf. ((5) Notre article « Le nationalisme et l’école ? »)

 

Une «  thaïness (qui) a servi aux «aristocrates» et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, « paysannes ». (Ollivier et de Narumon Hinshiranan Arunotai)

Cf. aussi Jacques Ivanoff, Construction ethnique et ethnorégionalisme en Thaïlande, Carnet de l’IRASEC n° 13

 

ARTICLE 13 : Le nationalisme et l’école ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-13-le-nationalisme-et-l-ecole-68396825.html

Lecture de l'article intitulé « Thaïlande : le complexe de l’altérité »  de  Waruni OSATHAROM, (chercheur au Thai Khadi Research Institute, Thammasat University, Bangkok.

 

(6) A 38. La Thaïlande n’a jamais été colonisée ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a38-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-vous-en-etes-sur-81581652.html

Et la suite : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/a-218-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-suite.html

 

(7) 228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/228-comprendre-la-revolte-populaire-du-14-octobre-1973-en-thailande-qui-mit-fin-a-la-dictature-du-marechal-thanom.html

 

« Cette date du 14 octobre 1973 marquait pour la première fois dans l’histoire de la Thaïlande la volonté des étudiants et du « peuple » de jouer un rôle dans cette histoire, et d’installer – enfin – une démocratie. Certes, on connaît la suite et le présent, mais à cette date l’espoir régnait. Il s’agissait alors de chercher à comprendre les raisons qui avaient permis  cette « révolution » étudiante et  populaire, qui s’était réalisée au nom de la « démocratie » et qui avait chassé du pouvoir les deux dictateurs, le maréchal Thanom et le général Praphat qui « régnaient » depuis presque 10 ans sur le pays. »

 

Et nos trois articles sur  LES ÉVÉNEMENTS  POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/229-1-les-evenements-politiques-de-1973-a-1976-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-premier-episode.html

 

(8) A  69.  Vous connaissez le groupe Nitirat de Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a69-vous-connaissez-le-groupe-nitirat-de-thailande-107595409.html

A70. Le groupe Nitirat  est sauvé.  Noam Chomsky vient à son secours.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a70-le-groupe-nitarat-est-sauve-noam-chomski-vient-a-son-secours-107765014.html

 

(9)https://fr.wikipedia.org/wiki/Somsak_Jeamteerasakul

 

(10) La militante Aum Neko "fête" 4 ans d’exil en France en tant que femme

Par Camille Thomaso | Publié le 14/03/2018 à 00:00 | Mis à jour le 16/03/2018 à 04:04

https://lepetitjournal.com/bangkok/la-militante-aum-neko-fete-4-ans-dexil-en-france-en-tant-que-femme-225679

Et  Pracatia, english, Thai trans political refugee Aum Neko and her fight to become a woman.

 

(11)  Wikipédia nous apprend que : Dès son départ de Thaïlande, Nopporn Suppipat quitte sa fonction de PDG de WEH, remplacé par Emma Collins, anciennement co-directeur général. Le 25 juin 2015, il vend ses parts s’élevant à 75 % de l’entreprise à KPN Group.

KPN Group a récemment été accusé à plusieurs reprises de mauvaise gestion financière de WEH, notamment suite aux déclarations de l’ancienne comptable de l’entreprise Asama Thanyaphan, forcée à falsifier les comptes pour masquer des prélèvements perpétrés par certains actionnaires. KPMG, auditeur externe de WEH, démissionne peu après, refusant d’endosser les comptes 2015/2016 de l’entreprise.

 

(12) « En 2015, Emmanuel Freund, Stéphane Héliot et Acher Criou décident de crée leur start-up Blade de PC dans le cloud "Shadow". Au début 2016, les fondateurs décident de faire une première levée de fonds de 3 millions d'euros, puis de 10 millions en octobre et enfin de 51 millions en 2017, auprès de Pierre Kosciusko- Morizet  (Priceminister.com), Michaël Benabou (Vente-privée.com) et de l'homme d'affaires thaïlandais Nopporn Suppipat. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Blade_(entreprise)

 

(13) Hors normes et Thaïlandais malgré tout ! Par Eric DESEUT | Publié le 26/02/2019 à 00:00 | Mis à jour le 26/02/2019 à 01:02 https://lepetitjournal.com/bangkok/hors-normes-et-thailandais-malgre-tout-247408

 

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 22:02

 

L’épopée du Ramakian souvent transcrit Ramakien (รามเกียรติ์ l‘honneur de Rama) est surtout connue pour les 178 peintures murales dans le cloître du temple du Grand Palais à Bangkok. Elles furent réalisées sur ordre du roi Rama Ier après son couronnement comme premier roi de la dynastie Chakri. Il fit peindre les scènes sur la base de l’histoire du Ramakian qu’il avait lui-même composée ou fait composer à partir de 1782. Elles illustrent l’épopée et les multiples avatars de Phra Narai (พระนารายณ์). Les scènes sont numérotées et assorties de courtes explications en thaï données en bas des peintures.

 

 

Cette épopée siamoise tire son origine, quoiqu’elle en diffère quelque peu, d’une épopée hindoue, le Ramayana (รามายณะ), composée en sanskrit par un rhapsode, Valmiki, il y a plus de 2000 ans (1).

 

 

 

LE RAMAYANA

 

 

Valmiki que certains considèrent comme un Homère indien inspiré par les Dieux a écrit cette épopée dont le héros est Rama, composée en 24.000 vers de 16 syllabes. Découvert par des érudits anglais, le Ramayana fut traduit en 3 volumes en 1806 à Serampore par Carley et Marscheman et la même année en allemand par Schoebel. L’abbé Gaspard Gorresio le traduisit dans la langue de Dante entre 1844 à 1849 dont l’impression en dix volumes fut effectuée aux frais du roi Charles-Albert de Sardaigne par notre Imprimerie impériale (« Ramayana, poema sanscrito du Valmiki »).

Il en fut récompensé par l’attribution de la première chaire de sanskrit créée en Italie. Il y avait même eu une traduction en latin de Schlegel entre 1820 et 1826. Après de très partielles traductions de quelques épisodes, la première traduction française fut celle de Valentin Parisot dont le premier tome fut publié en 1853.

Une autre traduction d’un autre érudit, Hippolyte Fauché vit son premier des neuf volumes publié entre 1854 et 1858.

Il n’est pas certain qu’il y en ait eu beaucoup d’autres, vu que le nombre d’érudits susceptibles de lire et de traduire un texte en sanskrit archaïque devait se compter sur les doigts des deux mains. Ce sont le plus souvent des éditions de bibliophilie tirées sur grand papier somptueusement reliées et illustrés par exemple celle d’Alfred Roussel en trois épais volumes en 1931 (2).

 

 

Il en est de plus récentes.

 

 

L’enthousiasme lyrique de Victor de Laprade rejoint celui de Michelet qui s’écrit avec emphase « L'année 1863 me restera chère et bénie. C'est la première où j'ai pu lire le grand poème sacré de l'Inde, le divin Râmâyana » (3) nous interpelle : Que faut-il en penser ? 

 

Il est certain qu’à cette époque de nombreux érudits se sont épris de l’Inde avec une admiration hyperbolique (4). Pour ces savants, le poème du  Ramayana est l’un des plus beaux de la littérature sanskrite. Il faut bien dire qu’ils trouvent dans la littérature orientale des beautés qui ne sont souvent perceptibles qu’à eux seuls, tous mettant le rhapsode hindou bien au-dessus du rhapsode grec Homère.

 

 

Prendre une longue vue pour regarder les choses de la terre n’en fait pas des étoiles. S’il faut rendre un hommage appuyé aux érudits qui se sont livrés à ce travail cyclopéen de traduction, il nous faut avoir une vision plus sereine de l’œuvre d’origine, un poème mythologique vaste et confus qui manque de ce qui constitue une épopée chez les peuples qui possèdent la notion de l’ordre et de la liberté. Tout ce que nous avons discerné d’une lecture attentive des deux traductions susvisées est que Rama est une mystique incarnation de Vichnou qui doit passer par toute une longue série d’épreuves, selon le dogme de cette métempsycose expiatoire, philosophie des Orientaux.

 

 

Le texte est plein de longueurs fastidieuses. On sort de sa lecture - même très partielle - l’esprit fourbu (5). « rudis indigestaque moles »  une masse indigeste aurait dit Ovide !

 

 

Notons toutefois une traduction de épisode le plus célèbre, l’histoire d’amour de Rama et de Sita par Gaston Courtillier en 1927 qui a rendu la légende accessible au grand public. (6) 

 

 

Les lecteurs de l’époque s’intéressèrent aux aventures dramatiques de la tendre Sita, type immortel du dévouement et de l'amour conjugal dont la vertu et la fidélité sortirent victorieuses de toutes les épreuves auxquelles elles furent soumises.

 

 

 

DU RAMAYANA AU RAMAKIAN

 

 

Il subsiste, antérieures à la destruction d’Ayutthaya en 1767, quelques bribes de l’histoire de Rama détaillées par Christian Velder dans un article de 1968 (7). Ne citons que la plus ancienne, la stèle du roi Ramkhamhaeng datée de 1292 qui cite la grotte de Phra Ram (ถ้ำ พระราม) aux environs de Sukhotai.

 

 

Nous trouvons le détail de ces sources datant de l’époque d'Ayutthaya sur le site de la Libraire nationale Vajirayana (วาชิราญาณ) dans sa très précieuse présentation du texte de Rama Ier (8).

 

 

Après la chute d'Ayutthaya et la destruction de l'art et de la littérature de cette période, Rama Ier dirigea la compilation et la recomposition de nombreuses œuvres littéraires incluant le Ramakian. Même s'il reste quelques fragments en vers de l'ère Ayutthaya, ce n'est qu'au début de la période de Bangkok en 1782 que sous la direction du roi, le Ramakian prit sa forme épique complète telle que nous la connaissons aujourd'hui. La popularité de l'histoire a vécu après son règne. Ses successeurs, Rama II en 1815, Rama IV en 1825, Rama VI en 1910 y ont apporté leurs propres contributions. Rama VI a également souligné sa reconnaissance de l'importance du Ramakian en choisissant le nom « Ramathibodi » (ามาธิบดี) pour désigner les rois de la dynastie. Terminé en 1797 de notre ère, le texte de Rama Ier est la version la plus complète en thaï, avec plus de 52.086 vers. Bien que l'on ignore combien il a personnellement écrit ou participé à sa rédaction et surtout à sa restructuration, il semble évident qu'il a attaché une grande importance à ce travail, puisqu'il s'agissait de l'un des plus importants de ses nombreux projets de reconstruction littéraire. Cependant, compte tenu de la pénurie de textes écrits antérieurs, il est difficile de savoir exactement quelles sources ont été utilisées pour compiler cette version du Ramakian. Après celle de Rama Ier, la version de Rama II terminée en 1815 semble avoir eu pour objectif de créer un texte plus spécialement adaptée à la représentation théâtrale face à la version de son prédécesseur que sa longueur et ses détails rendent moins facilement adaptable au répertoire dramatique.

 

 

Une version anglaise très abrégée de Swami Satyananda et Charoen Sarahiran Puri  intitulée « The Ramakirti or the Thai version of the Ramayana »  est apparue à Bangkok en 1940. Ses auteurs ont en réalité réécrit l’histoire en utilisant la forme sanskrite des noms propres ce qui est incohérent et la rend difficile à comprendre pour ceux qui connaissent la seule version locale.

 

 

Christian Velder en a donné en 1962 une version tout aussi abrégée en allemand intitulée « Der kampf  gotter und der damonen ». D’après lui, elle est la plus fidèle, ce que nous ne pouvons apprécier ignorant tout de la langue de Goethe mais cet amusant témoignage d’autosatisfaction se trouve dans son propre article (7).

 

 

Une autre version anglaise est apparu en 1968 qui s’intitule sous la signature de Ray A. Olsson « The Ramakien: A Prose Translation of the Thai Version of Ramayana ». Elle n’est en réalité que la traduction en anglais du texte allemand susvisé.

 

 

Louis Gabaude l’a dotée d’une appréciation assassine « Quant à l'anglais du texte, il ne semble pas être la langue maternelle de l'auteur. Non que ce dernier ait pris des licences poétiques car, comme le sous-titre l'indique, il s'agit, hélas, d'une traduction en prose dans tous les sens du mot. En voulant résumer le texte thaï, l'auteur a supprimé les images et les nuances, le style direct et coloré qui eussent peut-être permis au Ramakian de n'être pas ennuyeux. Quoi qu'il en soit, cet ouvrage a le mérite d'exister. Certes, pour les raisons que nous avons indiquées, il ne devrait pas être présenté comme une « traduction » du Ramayana Thai mais, dans l'état actuel des choses, il peut donner une idée de ce qu'est l'histoire racontée dans le Ramakien, mis à part ce qui la rendrait attrayante » (9). 

 

 

 

Une autre traduction sous la signature de M. L. Manich Jumsai « Ramayana Thai » a été publiée en 1970 tant en version française qu’en version anglaise. Louis Gabaude ne lui a pas réservé un meilleure sort : Il lui reproche à juste titre de donner aux personnages leurs noms sanskrits, de ne contenir ni notes ni index et d’être bourré d’inexactitudes ou d’approximations. « L'ouvrage est illustré de 8 belles photographies de scènes des fresques du Vat Pra Kèo qui sont sans aucun doute la partie la plus attrayante de ce petit livre. Il pose en définitive une question de fond : « Plus loin que les remarques de détail que nous avons faites, il faut poser un problème de fond : Dans quelle mesure est-il prudent d'entreprendre un résumé d'une épopée comparable à l'Iliade? On risque d'aboutir à une série de rapports ennuyeux écrits par un journaliste fatigué qui veut décrire le maximum de faits-divers avec le minimum de mots… » (10).

 

 

Terminons sur une œuvre récente qui date de ce siècle, sous le nom de « Ramakien - Sous le signe du singe » l’auteur canadien Jean Marcel -que nous connaissons (11) présente son ouvrage comme suit « Jean Marcel reconstruit, dans une version très libre, le merveilleux récit mythique du Ramakien ». 

 

 

S’il est vain de prétendre entreprendre le résumé d’une épopée comparable à l'Iliade, n’est-il pas plus prétentieux encore de la récrire « en version très libre » ?

 

 

Nous écouterons toujours avec plaisir « la Belle Hélène », cet opéra bouffe de Jacques Offenbach et Ludovic Halévy, version « très libre » de l'Iliade, l'histoire d'une guerre de 10 ans née d'une histoire d'amour, au cours de laquelle les troupes d'Achille sont composées de myrmidons,

 

 

 

les fourmis guerrières comparables aux singes verts des troupes de Rama, est-ce pour autant que nous en avons une saine vision de l'épopée homérique ?

 

 

 

La solution réside tout simplement dans la lourde tâche de la traduction intégrale en français voire en anglais de l’épopée ce qui – à notre connaissance tout au moins - n’a pas été faite à ce jour.

 

 

Notre propos n’est pas d’entreprendre le résumé de cette épopée mais de nous contenter de quelques observations.

 

 

La version du roi Rama Ier a été adaptée au goût de son époque. Nous ne sommes plus aux Indes mais au Siam dans un monde où vivent des Dieux, des créatures célestes bénéfiques ou maléfiques, des géants aux pouvoirs miraculeux et surnaturels pour martyriser les humains. Nous trouvons dans les fresques du Grand Palais les vêtements que portent les personnages de l'épopée mais aussi des fleurs, des oiseaux et les forêts.

 

 

 

 

L’architecture, les divertissements, l'art de la guerre, ne sont plus indiens mais siamois.

 

 

 

Même les noms de l'original sanskrit ont été modifiés et sont désormais prononcés à la thaïe.

 

 

Le Rama de l'histoire aurait pu être n'importe quel roi thaïlandais et les habitants ne seraient autres que les Siamois eux-mêmes. Les intrigues de cour entre les différentes épouses, les scènes d'amour, sont siamoises. C’est une mythologie thaïe avec des histoires de dieux, de déesses, de géants et d’êtres surnaturels avec tous leurs pouvoirs sans limites. C’est brièvement une histoire qui dépeint la victoire finale de l'homme sur le mal représenté par une race de géants et de démons avec leur propre et malfaisant souverain.

 

 

 

L’histoire commence avec le dieu suprême, Phra Isuan (พระฮีศวร), Shiva (พระศิวะ) du Ramayana, le Tout-Puissant créateur de l'univers. Il a créé les deux races sur terre, la bonne, les hommes et la mauvaise, les géants. Aux côtés des hommes se trouvent les singes qui les assistent dans leurs combats contre les géants. Ils pratiquent l'art de la guerre appris des saints ermites vivant dans la solitude dans les forêts. Par de longues pratiques de méditation et d’ascétisme, ils ont gagné la faveur du Dieu suprême qui leur a octroyé toutes sortes de pouvoirs miraculeux. Ils ont également atteint le sommet de la sagesse qu’ils ont enseigné à leurs élèves, généralement des princes. Les connaissances qu'ils possèdent sont des incantations et des enchantements magiques par lesquels ils peuvent provoquer les pluies, les tempêtes, les éclairs, les inondations. De n’importe quel objet, ils peuvent  faire des armes redoutables, se rendre invulnérables ou invisibles. Ils peuvent transformer des armes ordinaires en armes meurtrières – les flèches de l’arc de Rama sont magiques - auxquelles aucun ennemi ne peut résister.

 

 

 

C’est en définitive l’histoire de la lutte entre un homme représentant le bien, Rama avec un géant polycéphale représentant le mal, Thotsakan (ทศกัณฐื) pour la possession d’une femme appelée Sida (สีดา), une longue succession de défaites et de victoires qui dure 14 ans.

 

 

UN OUVRAGE POUR MIEUX COMPRENDRE LE TEXTE « OFFICIEL »

 

 

Le texte le plus facilement accessible est sauf erreur de notre part la version académique du texte de Rama Ier numérisée sur le site de la Libraire nationale Vajirayana (8). Il est en thaï.

 

 

Pour répondre à une stupidité que nous avons lue, probablement sur Wikipédia ou sur un guide touristique, le roi Rama Ier ou ses scribes n’ont pas écrit « environ 120 volumes ». Le texte est divisé en 117 « สมุดไทยเล่ม » (Samutthailem) que nous traduisons tout simplement par « livre » ou « chapitre », chacun s’étalant sur environ une vingtaine de pages décrivant un épisode de l’épopée. Il en existe évidemment plusieurs éditions sur support papier en général en éditions de luxe en un ou deux volumes somptueusement illustrés. Chacun de ces chapitres se déroule dans une langue qui est souvent difficile à comprendre d’autant qu’une grande partie de ces chapitres comprennent une partie en prose et une partie en vers (คำร้อยกรอง khamroikrong).  Or, la poésie thaïe n’est pas faite de bons alexandrins de 12 pieds accompagnés de rimes riches qui se répondent entre elles comme Boileau a si bien définie la nôtre dans son « art poétique ».

 

 

Le texte est en outre déconcertant car il n’y a pas toujours une évidente suite logique et chronologique dans le déroulement des épisodes.

 

 

L’explication en est toutefois assez simple. Le texte de l’épopée n’a pas fait l’objet à l’époque d’Ayutthaya d’un texte écrit d’un seul et long trait. Ses divers épisodes présents dans la mémoire collective étaient chantés ou psalmodiés par des rhapsodes qui allaient de ville en ville, de place publique en place publique tout comme le furent les textes d’Homère. Le roi Rama Ier en fit la synthèse.

 

 

Il est un aspect tout à fait contemporain de cette forme de littérature orale : dans une très belle édition superbement illustrée et écrite dans un langage plus facile signée de Madame Chanthami Unkun Phongprayun (จันทมีย์ อูนกูล พงศ์ประยูร)

 

 

 

 

une maman raconte à sa marmaille chaque soir avant qu’elle ne s’endorme un épisode de l’épopée,

 

 

 

une autre forme des contes des mille et une nuits en quelque sorte (12).

 

 

 

Notre présentation a peut-être été longue mais semblait nécessaire pour vous présenter un précieux petit ouvrage :

 

 

« COMPRENDRE LE RAMAKIEN »

 

 

Chalermkiat Mina est professeur de français à la faculté des sciences humaines de Khonkaen et a d’ailleurs enseigné le thaï à l’Inalco.

 

 

 

 

Passionné des légendes et histoires locales de son pays, il a écrit sous ce titre ce petit ouvrage à l’usage des Français ou des étrangers qui ont souvent quelque peine à s’y retrouver dans le nom des personnages, du déroulement de l’épopée et des représentations qui ne sont pas seulement celles du Grand Palais (13).

 

 

L’auteur nous résume de façon assez claire et en quelques lignes les 83 premiers épisodes de la légende depuis la prémonition du grand dieu Isuan (ฮีศวร) qui règne dans le plus haut des paradis situé sur le mont Krailat (เขาไกรลาศ) aux côtés de Phra Naraï (พระนารายณ์), de Vischnou (วิชนุ) du Ramayana et de Phra Phrom (พระพรหม), le Brahma du Ramayana, eux-mêmes régnant sur une multitude d’autres divinités : Il sait que dans le futur une guerre sans merci va se dérouler entre les singes et les démons.

 

 

 

Les malfaisances de Nonthuk (นนทุก), une divinité très secondaire vont conduire Isuan à demander à Naraï de la tuer. C’est ce que fait Naraï en utilisant ses pouvoirs magiques. Nonthuk avant d’expirer a le temps de lui dire « Tu as triché, je n’ai que deux mains, comment pouvait-je me battre avec toi qui a quatre bras ?  Naraï répondit alors « Puisque c’est ainsi, tu vas descendre dans le monde des hommes, tu seras Thotsakan tu auras 20 bras et je serai moi Rama, un humain ordinaire à deux bras, nous nous battrons et je te vaincrai ».

 

 

Ainsi va commencer cette longue guerre entre Rama descendu sur terre, avatar de Naraï qui règne sur la cité d'Ayutthaya (อยุธยา) et Thotsakan avatar de Nonthuk qui règne sur celle de Longka (ลงกา). Le 83e épisode est celui de la fin de Thotsakan qui meurt, cœur, corps et âme de la main de Hanuman (หนุมาน), le chef de l’armée des singes de Rama.

 

 

 

« L’histoire du Ramakien ne se termine pas à la mort de Thotsakan » nous dit Chalermkiat Mina « il reste encore de nombreuses scènes intéressantes à découvrir. Je projette d’en continuer la narration dans quelques temps ».

 

 

Son ouvrage présente par ailleurs un vif intérêt : Il établit un index des noms propres cités tout au long des 83 épisodes, tant en transcription romanisée qu’en graphie thaïe, ils sont sauf erreur 225. C’est un travail méticuleux qui fut probablement difficile et ingrat et qui fait cruellement défaut aux ouvrages français dont nous avons parlé plus haut, ainsi d’ailleurs qu’aux éditions françaises du Ramayana suscitées.

 

 

 

 

Le texte du Ramakian n'exige pas en définitive que l'on croit aux actes merveilleux de Rama comme si c'étaient des faits réels, on les déclare « réels » à l'instant où on les croit tels. En raison de cette conception de la réalité et sans qu'il y ait là aucune contradiction, nous voyons des êtres humains se transformer en armes magiques ou leurs bras en lianes et les dieux ou les démons prenant la forme de mille figures humaines différentes, mourir et renaître. Nous voyons par exemple Hanuman le singe pouvant se grandir suffisamment pour sauter de la ville d'Ayutthaya jusqu’à l'île de Lanka.  Quand le miracle en tant que symbole dépend de la foi, il est dépouillé de sa signification matérielle.

 

 

 

NOTES

 

 

(1) D'après une étude scientifique récente fondée sur les données astronomiques et astrologiques du texte sanskrit d'origine, l'épopée date d'avant 600 ans avant Jésus Christ :

Dr. P.V. Vartak, M.B.B.S.  « The Scientific Dating of The Ramayana and The Vedas » 521 Shaniwar Peth, Pune - 411 030  Maharashtra, INDIA. First Edition : 12 juin 1999.

 

 

(2) « Le Ramayana, poème sanscrit de Valmiky traduit en français » par Hippolyte Fauché », 1864

« Le Ramayana de Valmiki traduit pour la première fois du sanskrit en français par Valentin Parisot, 1853.

« Le Râmâyana de Vâlmîki » par Alfred Roussel, 1931.

 

(3) Michelet « La bible de l’humanité » 1864 - Victor de Laprade : « Le sentiment de la nature avant le christianisme » 1866 : Pour lui l’ouvrage se situe « dans les plus hautes régions de la métaphysique ».

 

(4) Le premier « dictionnaire sanscrit – français » de Burnouf est de 1865.

 

(5) C’est en tous cas l’opinion de celui d’entre nous qui s’est penché sur les deux traductions visées en note 2, parfois en diagonale il est vrai. Notre opinion fut précédée par celle, plus talentueuse et plus compétente de Jules Barbey d'Aurevilly « les œuvres et les hommes – littérature étrangère » de 1890, tome XII « Valmiki », pp 127-140.  Notons cette remarque ironique qui date de 1856 « Tous les hommes instruits, depuis cinquante ans, ont entendu prononcer  les noms des grandes œuvres de la littérature sanskrite : les Védas, les Pouranas, le Mahâbhârata, le Ràmâyana, etc.... Combien en ont osé aborder la lecture, je ne dis pas seulement dans le texte original qui n'est encore à la portée que d'un nombre très restreint d'initiés, mais même dans les traductions latines, italiennes, anglaises, françaises qui ont été faites de toute ou partie de ces grandes œuvres… » (article d’Antonin Macé in Revue contemporaine et Athenaeum français, tome 27, 1856.

 

(6) « La Légende de Râma et Sîta. Extraite du « Râmâyana de Valmiki » Traduite du sanscrit » par Gaston Courtillier, 1927. 

 

(7) Christian Velder « Notes on the saga of Rama in Thailand » in Journal de la Siam Society, volume 56-1 de 1968

 

(8) https://vajirayana.org/บทละครเรื่องรามเกียรติ์/เนื้อเรื่องย่อ

 

(9) Louis Gabaude : « Ray A. Olsson : The Ramakien ». In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient,  tome 59, 1972. pp. 330-331.

 

(10) Louis  Gabaude : « M. L. Manich Jumsai, Ramayana Thai »   In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient,  tome 59, 1972. pp. 332-333.

(11) Nous lui avons consacré deux articles :

« Présentation de Jean Marcel » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-presentation-de-jean-marcel-65362013.html

A195 « LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/a195-la-thailande-de-jean-marcel-in-lettres-du-siam.html

 

(12) รามเกียรติ์ par จันทมีย์ อูนกูล พงศ์ประยูร (ISBN 974-90019-7-4)

 

(13)  Chalermkit Mina : « Comprendre le Ramakien », édition Faculties of Humanities and Social Sciences, Khonkaen University, 2018 – ISBN  978-616-438-311-1

Références : Published Faculty of Humanities and Social Sciences, Khon Kaen University,

Call Number : PL4209.R371 C165 2018

Location . Central Library

 

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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 22:26

 

Cette légende de la région de Sakon Nakhon n’est probablement que le souvenir largement embelli d’un cataclysme naturel qui s’est déroulé il y a probablement un millier d’années. Nous la devons à Kermit Krueger, ce volontaire américain du Corps de la paix que nous avons déjà rencontré qui l’a recueillie auprès de ses élèves du Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 après la leur avoir fait écrire en bon anglais en guise d’exercice (1). La légende, toujours présente dans la mémoire collective, est publiée sur de très nombreux sites, tous en thaï. Ils ont le mérite, tout en donnant des versions plus ou moins divergentes de la légende, de nous donner des explications géologiques convergentes de ce fragment de l’histoire de Sakon Nakhon (2).

 

 

Il était une fois un grand prince cambodgien, Phraya Khom (พระยาขอม),

 

 

seigneur d'une grande ville du nord-est de la Thaïlande appelée Nakhon Ekkachathita (นครเอกชะทีตา).

 

 

 Elle semblerait avoir été située dans l'actuel district de Phonnakaeo  (อำเภอ โพนนาแก้ว) situé face à la ville actuelle de Sakon Nakhon sur la rive Est du grand lac.

 

 

La ville était grande et abritait des milliers d’habitants. Elle avait des temples magnifiques, de nombreuses boutiques et de grandes maisons d’habitation, toutes belles… sauf une. C’était une horrible petite masure appartenant à une vieille veuve misérable et infirme qui ne vivait que de la charité de ses voisins. Un jour toutefois, le prince lui dit «  Vieille, je veux que tu quittes cette maison, j’ai l’intention de construire un temple en cet endroit ». Elle lui répondit « Je ne peux pas déménager, je n’ai pas d’argent et je n’ai pas d’autre terrain ». Personne, hélas, ni le prince ni ses voisins, ne pensa à lui donner quelque secours pour qu’elle puisse se réinstaller ailleurs. Le prince  s‘irrita de cette réponse, il fit en sorte que nul ne puisse la secourir car il pensait « Elle va bientôt mourir. Ensuite, je pourrai démolir sa vieille baraque et construire un temple sur sa terre ».

 

 

Le prince était par ailleurs le père d’une fille superbe nommée la princesse Ai Kham (นางไอ่คำ) dont on ne savait qui elle épouserait. Les prétendants affluaient de toute la région. Le prince dit alors « seul un homme jeune et beau pourra épouser ma fille. Je vais organiser une grande fête en invitant toute la population des environs pour me permettre de choisir avec soin ».

 

 

En dessous de la ville se trouvait le royaume des nagas. Ceux-ci connaissaient la beauté de la princesse. Curieux, pour mieux connaître la cité, ils prenaient forme humaine, se promenaient dans la ville et retournaient sous terre pour raconter aux autres nagas ce qu'ils avaient vu. Un jour, l’un d’entre eux revenu dans le royaume des nagas dit à son roi : « Le roi a une très belle fille. Il souhaite la marier au plus bel homme qu’il choisira lors d'une fête qui se tiendra la semaine prochaine ».  Entendant cela, le fils du roi Thao Phangkhi Phayanak (ท้าวพังคีพญานาค  - Le prince Phangkhi, fils du roi des Nagas) se dit : « Je vais prendre la forme du plus beau jeune homme du monde et j'épouserai la princesse ».

 

 

Le soir de la fête toute la population se précipita vers le palais que ce soient les jeunes gens candidats ou simplement les curieux qui voulaient connaître celui que leur prince choisirait pour gendre. Seule, la pauvre vieille estropiée ne put venir, nul n’ayant songé à l’aider à marcher. Lorsque le jeune naga sortit de terre, il vit la foule qui se rendait au palais et pensa : « Il ne faut pas que j’arrive le dernier de peur que le prince n'ait déjà choisi quelqu'un d'autre ». Il se transforma alors en un bel écureuil blanc (krarok phueakกระรอกเผือก) capable de courir plus vite que les hommes pour arriver le premier au palais.

 

 

De sa fenêtre, la princesse le vit  courir le long du mur et dit à sa femme de chambre : « Je veux cet écureuil. Dites à un garde de l’abattre avec son arc et apportez-le-moi ». Ainsi fit un garde mais avant d’expirer l’écureuil eu le temps de murmurer une malédiction : « Celui qui mangera de ma chair ce soir mourra avant l’aube et toutes les maisons de la ville disparaîtront »

 

 

Le garde amena l'écureuil mort à la princesse qui lui dit : « Qu’il est beau ! Amenez-le donc au cuisinier et dites-lui de le faire rôtir pour que nous le mangions ce soir ». Il y avait alors grand monde au palais. Enfin, le prince et sa fille entrèrent dans la salle à manger et avant que le repas ne commence, la princesse déclara : « Ce soir, l'un de mes gardes a tué un écureuil blanc que nous avons fait cuire. Il faut toutefois que vous n’en mangiez qu’un tout petit bout pour que tout le monde puisse en profiter ». Les invités commencèrent alors à manger et la chair de l’écureuil – délicieuse - semblait miraculeusement inépuisable. Tous en eurent à satiété et toute la population put s’en régaler. Pendant ce temps à l’extérieur il commença à pleuvoir. L’orage dura plusieurs heures pendant que les invités se régalaient de la chair du petit animal. L’orage était si violent que les eaux envahirent brutalement le palais et que tous furent noyés sans avoir eu le temps de s’enfuir. L’inondation détruisit alors toute la ville, le palais, les bâtiments, les temples. À l'aube, la ville entière était noyée sous un lac … sauf une maison. C’était celle de la vieille qui n’avait pas mangé de viande d’écureuil. Elle survécut et sa modeste maison demeura, son petit terrain était devenu une île au milieu d'un immense lac.

 

 

DU MYTHE À LA RÉALITÉ

 

Un royaume khmer

 

La présence d’un royaume Khmer dans la région de Sakon Nakhon a laissé quelques traces. Si aucun vestige ne semble avoir été relevé dans le district de Phonnakaeo, par contre, le plus visible se situe au cœur de la ville actuelle construite après le cataclysme dans l’enceinte du temple Wat Phrathat Choeng Chun (วัดพระธาตุเชิงชุม) où un prasat khmer (ปราสาท) daté du 10e ou 11e siècle est partiellement abrité sous l’actuel stupa.

 

 

Sur l’un des 30 îlots qui émergent du lac Nong Han (ทะเลสาบหนองหาน), le plus grand (100 rai soit 16 hectares) - Ko  Donsawan (เกาะ  ดอนสวรรค์)  « l'île du paradis » - le très érudit gendarme danois, Erik Seidenfaden que nous avons rencontré à de nombreuses reprises a constaté sur la chapelle un soubassement en pierre qui serait selon lui celui d'un ancien sanctuaire khmer (3).

 

 

Le lac de Nong Han

 

Nong Han (หนองหาร) est le plus grand lac naturel d'eau douce du nord-est, situé au nord-est de la ville actuelle. Étendu sur plus de 18 kilomètres dans sa plus grande longueur et 7 dans sa plus grande largeur, il recouvre environ 125 kilomètres carrés (77.000 raï) et sa profondeur varie entre 2 et 10 mètres. On attribue sa création à un effondrement de la plaque tectonique consécutif aux écoulements sur une vaste couche de roche souterraine saline ayant conduit à l’apparition de cette gigantesque cavité à la suite duquel la ville d’origine fut déplacée à son endroit actuel à l’emplacement du sanctuaire de Choeng Chun qui, situé un peu en hauteur, dut échapper au cataclysme. Il est  alimenté pour l’essentiel par la rivière Nam Pung (แม่นำน้ำพุง) qui prend sa source dans les montagnes de Phuphan (ภูพาน) au sud de la ville actuelle.

 

 

La possibilité d’un cataclysme ancien

 

Les 26 et 27 juillet 2017, des orages dus à la tempête « Senka » (ลพายุ เซินกา) ....

 

 

...se sont abattus sans intermittence pendant plusieurs jours sur la région entraînant des crues qui ne purent être drainées, bloquant toute circulation pendant plusieurs jours, avec coupures de téléphone et d’électricité, blocage de l’aéroport évidemment et de nombreuses personnes bloquées sur le toit de leur habitation (4).

 

 

Il s’agissait d’une crue telle que l’on n’en avait jamais vue depuis 30 ans. Or, les hydrologues classent les crues en fonction de leur possible répétition depuis les crues annuelles, d’année en année, allant ainsi aux décennales, aux trentenaires puis aux centenaires et jusqu’aux millénaires en passant avant par les bicentenaires. Le plus bel exemple français de crue centenaire est celui de la crue de la Seine en 1910 dont la possibilité de répétition se multiplie au fil des ans mais ce ne sont que des calculs de probabilité.

 

 

En 1963, la crue de la paisible rivière Doux en Ardèche fut considérée comme millénaire.

 

 

La possibilité d’orages diluviens à une époque ancienne, peut-être il y a un peu plus de 1000 ans frise la certitude. La crue modestement trentenaire de 2017 alors que des travaux de protection étaient depuis longtemps entrepris, peut donner une idée de ce qu’aurait pu être une crue centenaire sinon millénaire. Des journées de pluies ininterrompues et la crue subséquente ont alors sapé un substrat rocheux salin, à sec dur comme du granit, le rendant glissant comme une savonnette en entraînant un effondrement de la partie supérieure du terrain avec le village qui s’y trouvait. Les parties composées de roches moins salines ont pu subsister et constituer les îles actuelles, l’une d’entre elle supportant la maison de la malheureuses vieille. Si l’effondrement a eu lieu sur toute la superficie actuelle du lac ou sur une partie seulement, il est certes impressionnant mais sur une profondeur relativement peu importante, ce n’est pas un gouffre. Les restes de la petite cité gisent probablement dans la vase du fonds du lac. L’archéologie sous-marine ou subaquatique est inconnue en Thaïlande et ne s’est répandue dans le monde que dans la seconde moitié du siècle dernier,

 

 

Les méticuleuses études qui existent en France n’existent pas pour le Siam ancien (5) et faute de sources, il n’est d’autre possibilité et de meilleur moyen pour écrire cette histoire que de raviver la mémoire collective et nous plonger dans des légendes qui mêlent le réel à l'imaginaire, en l’occurrence une leçon de charité bouddhique.

 

 

NOTES

 

(1) Le texte a été publié sur le site https://isaanrecord.com/

 

(2) Citons en particulier

https://th.wikipedia.org/wiki/หนองหานหลวง

http://www.yclsakhon.com/index.php?lay=show&ac=article&Id=539688828

http://bannakeaw.blogspot.com/2010/10/blog-post_29.html

https://sites.google.com/site/phiphat1234567/thnbdi-wrun-sri/ta-nay-hnxng-har

https://bkkseek.com/ตำนานผาแดงนางไอ่/

 

(3) Erik Seidenfaden « Complément à l'Inventaire descriptif des monuments du Cambodge pour les quatre provinces du Siam Oriental »   In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient, tome 22, 1922. pp. 55-99.

 

(4) En dehors de nos souvenirs, voir un compte rendu dans la presse locale

https://www.thairath.co.th/content/1019010

 

 

(5) « Les inondations en France depuis le VIe siècle jusqu’à nos jours » par Maurice Champion en 1862, sur la base de documents d’archives il décrit méticuleusement en 6 volumes l’histoire des débordements des cours d’eau français depuis l’année 563. Les années postérieures appartiennent à l’histoire contemporaine ou à l’actualité.

 

 

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 22:49

 

Le jour du nouvel an bouddhiste en Thaïlande et au Laos (songkran –  intervient en fonction du calendrier lunaire traditionnel, il est le jour le plus chaud de la saison sèche et varie selon les années du 12 au 15 avril, 5e mois du calendrier lunaire, cette année, 1381 selon le calendrier Chakri, 2562 selon le calendrier bouddhiste, le 14 avril 2019 pour nous. (1) Il est également le jour de passage du soleil dans le signe zodiacal du bélier.

 

 

Pour des raisons de simplification administrative, les fêtes de nouvel an sont désormais fixées les 13, 14 et 15 avril. Nous avons parlé à diverses reprises de cette grande fête bouddhiste, de ses rituels anciens toujours vivants au moins dans le pays profond (2) et de ses formes contemporaines qui donnent malheureusement lieu à des débordements auxquels les étrangers, touristes ou résidents, se croient obligés de participer (3)

 

 

Le jour du nouvel an enfin est placé sous le patronage de l’une des sept déesses de Songkran (เจ็ดนางสงกรานต์), cette année celle du dimanche, Thungsathévi (นางทุงสะเทวี) (4).

 

 

En dehors de ces rites et festivités, il s’attache à cette période la tradition de la confection de douceurs que l’on ne trouve guère pendant les autres périodes de l’année (5). Les postes royales ont d'ailleurs consacré une très belle émission de timbres-poste en début d’année à cinq desserts traditionnels.

 

 

Ils constituent une tradition culinaire transmise dans les familles de génération en génération. Ils sont de belle apparence, tous colorés, tout en douceur, de consistance crémeuse, souvent à partir de lait de noix de coco fraîchement pressées, riches en couleurs et en goût. Ils sont plus spécialement spécifiques aux fêtes religieuses majeures, l’une des plus importantes étant le nouvel an bouddhiste.

 

 

Voici les six plus fréquents, namdokmai (น้ำดอกไม้ – eau de fleurs), khanomkong (ขนมกง - gâteau rond), thiankaeo (เทียนแก้ว – la bougie de verre), wunlukchub (วุ้นลูกชุบ - boule de douceur), chomuang (ช่อม่วง – bouquet violet), bulandunmek (บุหลันดันเมฃ - bourgeon de mai).

 

 

Notre traduction évidemment approximative de ces noms imagés, ainsi que les photographies ne nous donnent pas plus de détails sur leur composition, parfois surprenante. Nous vous en donnons toutefois une brève description étant précisé qu’il y a probablement autant de recettes que de maîtresses de maison (แม่บ้าน – maeban) et qu’elles varient aussi selon les régions. Les recettes proprement dites se trouvent sur de nombreux sites Internet mais ne les cherchez ni en anglais et encore mois en français !

 

 

Namdokmai également appelé khanom Chakna (น้ำดอกไม้ขนมชักหน้า) :

 

Il est à base d’eau de fleur de jasmin (dont la confection est similaire à celle de notre eau de fleur d’oranger), de sucre, de farine de riz et d’eau. Les colorants, quand ils ne sont pas artificiels, sont, pour le vert des feuilles de pandan (ปะหนัน - Pandanus tectorius)

 

 

ou pour le bleu des fleurs de pois-bleu (ดอก อันชัน - dok anchan) dont le nom latin est évocateur : Clitoria ternatea.

 

 

C’est celle qui colore le fameux riz bleu. Nous les retrouverons dans les autres recettes.

 

 

Khanomkong (ขนมกง).

Il est composé de graines de pois verts en farine (ถั่วเขียว – thuakhiao), phaseolus radiatus dans la nomenclature scientifique-

 

 

et de graines de sésame et d’oignon, grillés et moulus, de lait de coco (กะทิ - kathi), de sucre de canne et de sucre de palme.

 

 

Thiankaeo (เทียนแก้ว)

 

Il est également composé de pois verts en farine, d’eau de fleur de jasmin et de sucre, le tout est cuit à la vapeur dans des feuilles de bananier.

 

 

Wunlukchub (วุ้นลูกชุบ)

 

Nous retrouvons comme ingrédients de base les pois verts cuits à la vapeur et moulus, le sucre, le lait de coco et une cuillère de sel.

 

 

Chomuang (ช่อม่วง) 

 

La base est la farine de riz, l’amidon (tapioca), la farine de Thaoyaimom (ท้าวยายม่อม) alias Tacca leontopetaloides, du jus de citron, de l’eau de fleurs de pois bleus, du lait de coco, du sel et de l’huile végétale. La cuisson se fait à la poêle et non à la vapeur.

 

 

Bulandunmek (บุหลันดันเมฃ)

 

La base en est encore la farine de riz, la farine de pois verts, le sucre, l’eau de fleur de jasmin, les fleurs de pois bleus, des jaunes d’œufs et naturellement, ne l’oublions pas, du sucre en quantité. La cuisson se fait à la vapeur.

 

 

 

Essayons de comparer ce qui peut l’être sans excès de chauvinisme. On peut convenir que la tradition pâtissière française est la meilleure au monde et, qu'après elle, vient l’Italie puis la Suisse. Ses ingrédients de base sont la farine, les œufs, le beurre, un liquide, de l'eau ou du lait, le sucre et souvent une pincée de sel. La tradition siamoise est différente, si la farine de blé est remplacée par celle de riz et le lait par le lait de coco, les œufs n’interviennent que dans une seule de ces recettes, les colorants ne sont là que pour le plaisir des yeux mais le sucre, qu’il soit de canne ou de palme, est utilisé de façon surabondante ce qui les rend pour certains écœurants. Il manque surtout – ce qui est essentiel à l’art du pâtissier – la cuisson au four. Le four est un instrument de cuisson inconnu de la tradition locale (6).

 

 

Ces desserts relèvent de la confiserie dont la bonbonnerie à laquelle ils appartiennent, est le triomphe.

 

N’oublions pas que c’est au début du XVIIIème siècle seulement que la Cour royale , avant la population fut initiée aux délices des pâtisseries occidentales venues des lointaines origines portugaises de celle qui est toujours « la Reine des desserts thaïlandais » (rachinihaengkhanomthai - ราชินีแห่งขนมไทย) (7).

 

 

NOTES

 

(1) Plus exactement le dimanche 14 avril à 15 heures, 14 minutes et 24 secondes.

(2) Voir notre article A146 « Les Fêtes de Songkran ... Il y a 100 ans » : 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html 

 

(3) Voir notre article A103 « Songkran, le nouvel an thaï entre tradition et modernité » : 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a103-songhran-le-nouvel-an-thailandais-entre-tradition-et-modernite-117050328.html 

 

(4) Voir notre article A 215 « เจ็ดนางสงกรานต์ : La légende des « sept déesses de songkran » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-215-la-legende-des-sept-deesses-de-songkran.html 

 

La déesse du dimanche porte des fleurs de grenadier derrière les oreilles, un rubis comme bijou, elle tient un disque dans la main droite et une conque dans la gauche. Elle chevauche un Garuda.

 

(5) Il en est de même en France où les pâtissiers ne confectionnent guère de bûches qu’à la période de noël, de galettes des rois qu’à l’époque de l’Épiphanie et d’œufs en chocolat qu’à la période de Pâques. Les bonnes ménagères confectionneront des crêpes qu’à la Chandeleur.

 

(6) La cuisson de la pâtisserie dans le four qui n’est pas celui du boulanger est une opération délicate qui apparente le travail de l’artisan à celui d’un alchimiste. C’est de là qu’elle tient sa qualité et sa valeur. Traditionnellement et avant l’utilisation d’un thermomètre, les pâtissiers dosaient la température en cinq étapes. Le four chauffé au maximum était le four chaud et ne pouvait être utilisé que 10 minutes après avoir été éteint et uniquement pour le pain. Une heure après, le four gai était utilisé pour la confection de certaines pâtisseries. Deux ou trois heures après le four chaud , le four devenait four doux ou modéré était réservé à d’autres pâtisseries. Quatre heures après le premier, c’était le four mou encore réservé à d’autres pâtisseries et cinq heures après le premier, le four perdu qui servait plus à dessécher qu’à cuire. Ainsi procédait d’expérience de grand Carême qui ne possédait pas de thermostat (« Le pâtissier royal parisien » est de 1815).

 

 

(7) Voir notre article A 265 « Maria Guimar, épouse de Constantin Phaulkon et reine des desserts thaïlandais » :

 

 

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11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 22:01

 

 

Il y a plus de trois ans, en septembre 2015, nous vous avions parlé d’un mouvement en faveur de la renaissance de l’ancienne écriture de l’Isan (1) au vu de nombreux ouvrages publiés à ce sujet les années précédentes.

 

Quelques mois plus tôt, ce que nous ignorions à l’époque, la municipalité de Khonkaen et son Université avaient lancé un programme baptisé the Isan Culture Maintenance and Revitalization Program » (2) destiné à revitaliser cette écriture, le Thaï Noï (3).

 

Ses promoteurs partaient de la constatation d’évidence qu’il y avait dans le nord-est probablement 20 millions de personnes parlant la langue locale mais qui avaient oublié l’ancien système d’écriture qui n’était plus enseigné. Les 27 et 28 février 2015, un séminaire de deux jours avaient réuni environ 100 personnes provenant des écoles, des universités ou des temples. Selon le compte rendu visé note 3, l’écriture Thaï Noï remonterait à la période de Sukhothai et « prendrait en charge » les six tonalités du langage Isan avec plus de précisions que la phonétique thaïe.

 

  Alphabet thaï Noï , manuscrit sur feuille de latanier non daté :

 

 

Les partisans d’un enseignement formel de cette écriture soutinrent alors que la création d’un lien avec le passé devait renforcer la fierté des habitants à l’égard de leur patrimoine face au mépris des élites de Bangkok. Ce projet concernait dix-huit écoles dans quatre municipalités de la province de Khon Kaen et devait permettre à la Georgia State University (de l’Atlanta) de publier un dictionnaire thaïlandais-anglais-isan. Ce projet avait alors surpris puisque le système éducatif thaïlandais avait toujours mis l’accent sur l’utilisation exclusive du thaï central (et de l’anglais !) dans l’enseignement. L’État avait depuis  longtemps insisté sur l’unité des populations au sein du royaume selon le concept ethno-national de «Thainess ».

 

 

Ce projet nous surprend nous-même un peu puisque ce dictionnaire existait déjà sous le nom de สารานุกรมภาษาอีสาน-ไทย-อังกฤษ (sous-titré Isan-Thai-English Dictionary) publié en 1989 sous la signature du Dr Preecha Pinthong (ดร. ปรีชา พิณทอง), avec un tirage de 5.000 exemplaires vendus 3.500 bahts ce qui soit dit en passant est fort coûteux pour un ouvrage, même érudit, en thaï. Il est même disponible en ligne (4).

 

Comme son  nom l'indique, plus qu'un dictionnaire, il s'agit d'une véritable encyclopédie. L'ouvrage n'a pas été réédité et aujoursd'hui introuvable :

 

 

 

Il existe également un dictionnaire publié en 2001 sous la signature de Samli Raksutthi (สำลี รักสุทธี) sous le titre de พจนานุกรมภาษาอีสาน-ไทยกลาง (« Dictionnaire Isan – thai central ») moins volumineux puisqu’il nous épargne l’anglais (ISBN 9745231444) mais plusieurs fois réédité.

 

 

Le manuel d’initiation à l’écriture traditionnelle isan que nous avions sous les yeux (1) est daté de 2012.

 

Le dictionnaire annoncé ne semble pas avoir concrétisé son existence (inutile puisqu’il en existait déjà un !) bien que ses promoteurs aient à cette fin bénéficié de bien singulières subventions comme nous allons le voir.

 

 

Selon John Draper, américain qui se qualifie de « coordinateur » de Isan Culture Maintenance and Revitalization Program, il était nécessaire de reconnaître et de préserver les diversités culturelles en Thaïlande. D’autres universitaires thaïs, ce que nous avions d’ailleurs constaté (1), estimaient que fort peu de gens connaissaient l’écriture Thaï Noï (ไทน้อย), traditionnellement utilisée par les moines seulement lors des cérémonies villageoises. Seuls les moines les plus anciens étaient capables de l’enseigner.

 

 

Nous n’avons pu savoir à cette heure quels furent les progrès que Isan Culture Maintenance and Revitalization Program a permis de faire pour l’apprentissage de l’écriture traditionnelle, puisque le site verrouille l’accès aux rapports annuels (5).

 

Il était également au menu de ce colloque de doubler les inscriptions sur les panneaux de signalisation au moins dans le nord-est. Vaste programme ! Pratiquement rien n’a été fait, cette question ne présentant pas le moindre intérêt dans la mesure où les panneaux de signalisation sont le plus souvent bilingues, thaï et thaï romanisé et s’il y a un effort à faire, ce serait peut-être de doubler par une inscription en thaï romanisé sur les panneaux qui ne le sont pas, surtout dans les zones les plus reculées et non pas de les tripler par des indications dans une écriture que plus personne ne connaît.  Ce qui est amusant et stupéfiant pour les bons Français et Européens que nous sommes, est que ce « vaste programme » avait été financé à concurrence de 540.000 euros … par les Communautés européennes dont on se demande bien ce qu’elles peuvent avoir à faire avec l’écriture traditionnelle de l’Isan. 20 millions de bahts environ ont donc été dépensés pour financer la rédaction d’un dictionnaire qui n’a jamais été rédigé, créer des écoles dont on ignore toujours si elles existent et financer la rédaction de panneaux indicateurs bi ou trilingues qui n’ont pratiquement jamais été installés. Notons toutefois pour être honnêtes que l’on trouve des panneaux bi ou trilingues dans l’enceinte de l’Université ...

 

 

...  et que nous avons eu la surprise d’en rencontrer un sur une petite  route de la province de Khonkaen. On peut épisodiquement en rencontrer de temps à autres au hasard de promenades.

A 304 - VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ECRITURE ISAN ?
A 304 - VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ECRITURE ISAN ?
A 304 - VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ECRITURE ISAN ?
A 304 - VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ECRITURE ISAN ?

Il serait amusant de savoir quels élus au sein des Communautés européennes ont eu l’habileté de faire avaler à ses organismes gestionnaires ce qui n’est même pas une couleuvre mais un python géant et à quoi ces fonds ont réellement été utilisés ?

 

 

Il y a quelques jours au début de l’année 2019, un article (bilingue) provenant d’un universitaire économiste probablement tout aussi sinon beaucoup plus distingué que les précédents,  Setthasart Wattasoke  (เศรษฐศาสตร์ วัตรโศก) nous a quelque peu interpelés ne serait-ce que par son titre manifestement provocateur « Isaan under Siamese colonization: Eradicating the Tai Noi » (คนอีสานในอาณานิคมสยาม: เมื่ออักษรไทน้อยถูกสยามทำลาย) que nous pouvons traduire par « Les habitants de l’Isan sous la colonisation siamoise et l’éradication du Thaï noï » (6).

 

 

 

L’auteur part d’une considération d’ordre général auquel nous pouvons souscrire sans difficultés « Le processus d’intégration des États vise toujours à établir l’harmonie et l’unité entre les différentes couches de la population tout en les  consolidant. Dans l'histoire thaïe, la politique de centralisation menée par Bangkok a soumis la diversité des diverses zones régionales sous l'influence du gouvernement central. En conséquence, le centre a progressivement assimilé les diversités locales qui en fin de compte disparaîtront si ces populations locales ne savent pas maintenir leur identité ». L’opinion de l’auteur est – ce qui nous semble une évidence – que la politique centralisatrice du gouvernement de Bangkok est passée en particulier par l’utilisation de la langue centrale et que le Siam a assimilé la culture lao de la rive droite du Mékong en se concentrant sur l’écriture Thaï Noï qui était autrefois la langue écrite du royaume lao de Lanchang. Son rappel historique est précieux et ne contredit pas celui que nous fîmes il y a plus de trois ans (1) : À l'origine, les habitants de l'Isan des groupes ethniques, essentiellement les groupes laos, utilisaient leur propre écriture sous trois formes distinctes :

 

Une écriture khmère venue des Indes et modifiée, dont on trouve des traces épigraphiques aux environs du 13e siècle de notre ère qui serait née aux alentours de Siem Reap et se serait répandues dans le nord-est.

 

L'écriture tham (ธรรม) répandue dans le nord-est au cours de la période du Lanchang répandues dans la littérature bouddhiste du milieu du 17e au 19e siècle qui  proviendrait de l’ancienne écriture des Môns.

 

Inscription de 1564 au temple Wat Suwannakhuha (วัดถ้ำสุวรรณคูหา), district de Suwannakhuha (สุวรรณคูหา), province de Nong Bua Lam Phu (หนองบัวลำภู) :

 

 

Inscription de 1360 au temple Wat Mahaphon (วัดมหาผล) Ban Tha Khon Yang, (บ้านท่าขอนยาง) sous-district de Tha Khon Yang, (ท่าขอนยาง)district de Kantharawichai, (กันทรวิชัย)province de Maha Sarakham (มหาสารคาม) :

 

 

L’écriture Thaï Noï introduite en Isan avec l’écriture tham fut utilisée pour les questions administratives, de vieilles œuvres littéraires ou des contes, des écrits de médecine ou d’astrologie. Elle était alors la plus largement utilisée dans l’ancienne société érudite de l’Isan au sein d’un petit cénacle d’érudits, moines ou laïcs essentiellement dans  la littérature religieuse de temples.

 

 

Nous en trouvons par exemple des traces dans les peintures murales du temple Wat Chaisi alias Wat Tai (ไชยศรี  ou วัดใต้ โบสถ์) dans le village de Ban Sawathi (บ้านสาวะถี) près de Khonkaen (ขอนแก่น) daté de 1865. Il y a une certitude : l’écriture était au premier chef utilisée pour transcrire le pali, la langue sacrée des temples dont elle fut le seul support pendant des siècles dans le nord-est. Il est permis de se demander combien de moines et pis encore de fidèles la connaissent encore aujourd’hui ? (7). Quant à la littérature – essentiellement religieuse – conservée dans les manuscrits des temples, elle présentait une autre difficulté de lecture puisqu’il n’y avait pas d’orthographe fixée : l’écriture n’a jamais fait l’objet d’une réelle et sérieuse codification ce qui entraîne des graphies et des orthographes variables. Selon les textes, il est impossible de trouver deux manuscrits identiques, chaque copie subissant des modifications ou des corrections effectuées par un lettré ou les fantaisies des scribes convaincus à tort ou à raison d’être dans leur bon droit.

 

Photographie de  Setthasart Wattasoke :   

 

 

Nous auteur nous livre enfin une information fondamentale qui contredit de façon formelle ce qui a été dit lors du colloque tenu à l’Université de Khonkaen :

 

L'écriture Thaï noï utilisée par les anciens habitants de l'Isan n'avait pas de marques de tonalités alors que la langue parlée en comprend cinq  comme le thaï standard. C’est donc dire que certains mots écrits avec les mêmes caractères et les mêmes voyelles pouvaient avoir cinq significations différentes. Il appartenait au lecteur de décider de la signification. On disait alors  « an nang sue, nang ha » (อ่านหนังสือ หนังหา). La meilleure traduction en est encore « dém …..dez-vous ». Il fallait donc trouver le sens de la phrase écrite en fonction de son contexte.

 

 

L’écriture – ceux qui connaissent un peu l’écrit comprendront – n’utilise pas les signes de tonalités qui sont pourtant un élément fondamental du thaï écrit pour déterminer immédiatement la tonalité de la syllabe !

 

Il y a une différence fondamentale entre l’écriture « tham » de l’Isan qui ignore les signes de tonalités et l’écriture traditionnelle également « tham » du Lanna dont l’origine est probablement commune (écriture mône ?), qui connaît présentement un grand regain d’intérêt mais qui organise tout comme l’alphabet thaï de Ramakhamhaeng les marques de tonalités (8).

 

 

L'ECRITURE THAÏ NOÏ REMPLACÉE PAR L'ECRITURE THAÏE, UNE « COLONISATION INTELLECTUELLE » ?

 

Lorsque le Siam engagea une politique de réforme de l'État aux débuts du règne de Rama V en 1874, le gouvernement tenta de former les autorités locales de l’Isan en leur expliquant que la culture siamoise était supérieure à celle de l’Isan.

 

Le gouvernement devait alors réformer la politique de l'éducation en raison de la nécessité de former des fonctionnaires au service des services administratifs créés dans le cadre de sa politique. Il s’efforça alors d’encourager les écoles locales  à recruter des enseignants qualifiés pour enseigner en thaï. Initialement les temples bouddhistes étaient les seuls lieux d’enseignement, et la plupart des enseignants étaient des moines ou des laïcs autrefois ordonnés. La première école à enseigner le thaï dans le nord-est fut ainsi créée en 1891 à Ubon Ratchathani, fut l’école Ubon Wasikasathan  (โรงเรียนอุบลวาสิกสถาน).

 

 

Dès lors le système éducatif basé sur la langue thaïe mis en place évolua progressivement dans la région. Il y fut alors publié un total de six manuels thaïlandais écrits par Phraya Sisunthonwohan (พระยาศรีสุนทรโวหาร)  encore appelé le professeur Noi Ajaariyangkul (น้อย อาจาริยางกูล) diffusés dans le nord-est  :

 

 

 

Munbotbanphakit (มูลบทบรรพกิจ), Wanitnikon (วาหนิตนิกร), Aksonprayok (อักษรประโยค), Sangyokphithan (สังโยคพิธาน), Waiphotchanaphijan (ไวพจนพิจารณ์) et Phisankaran (พิศาลการันต์). En 1910, le ministère de l'Intérieur envoya des observateurs dans les divers districts pour s'assurer de la qualité de l’enseignement diffusé auprès des jeunes enfants de l'Isan.

 

Une édition de 1871 :

 

 

 

En 1921, intervint la loi sur l'enseignement élémentaire obligatoire.

 

Une rédition contemporaine  : 

 

 

Les parents furent dès lors contraints d’inscrire les enfants dans un système éducatif utilisant l'écriture thaïe et les érudits contraints de travailler dans un système éducatif utilisant l'écriture thaïe.

 

Le monument à la gloire du professeur dans sa ville natale de Chachoengsao (ฉะเชิงเทรา)  sur lequel il est qualifié d’arbitre suprême de la langue thaïe :

 

 

Le premier document officiel connu utilisant l’écriture thaïe est un rapport de Ban Makkhaeng (บ้านหมากแข้ง), province de Udonthani (อุดรธานี). Il s’agit d’une lettre adressée à la cour royale de Bangkok par Kromluang Prachaksinlapakhom (กรมหลวงประจักษ์ศิลปาคม) en 1896. Mais l’alphabet thaï n’est alors utilisé qu’à des fins officielles comme c’est le cas du document susdit. Les moines et les rares villageois sachant écrire continuèrent à utiliser leur écriture locale. Ce fut la création d’écoles publiques supervisées par l’administration provinciale qui affecta la popularité et l'utilisation de l'alphabet Thaï Noï qui disparut progressivement de la mémoire des générations suivantes.

 

Photographie de  Setthasart Wattasoke :   

 

 

LA  RÉBELLION

Il surgit alors une « révolte intellectuelle »avec des réactions spontanées contre cette « domination intellectuelle » du gouvernement central dont l’emprise n’était pas encore totale. On peut citer en 1940 ce qui a été appelé « la rébellion des mérites » (กบฏผู้มีบุญ - Kabot Phumibun) que l’on peut traduire par la rébellion des hommes saints à Ban Sawathi (บ้านสาวะถี) dans le district Sawathi (สาวะถี)  dans la province de Khon Kaen (ขอนแก่น). Sous la conduite de Mo Lam Sopa Phontri (หมอลำโสภา พลตรี), un chaman local assez mystérieux, doté de pouvoirs magiques, et de chefs de village, les rebelles refusèrent d’envoyer leurs enfants à l’école en thaïe car ils étaient convaincus que cela leur ferait perdre leur identité. Leur opinion aussi était – à l’inverse de celle des beaux esprits de Bangkok – que l’écriture Thaï Noï utilisée depui s toujours leur enseignait à être bons et moralement supérieurs ce que ne permettait pas l’écriture thaïe. Les accusations de trahison proférées par les autorités centrales contre ce groupe mirent fin à son activité, son chef fut incarcéré à plusieurs reprises et ensuite à la prison de Bang Khwang à Bangkok (บางขวาง). Il y resta deux ans, fut renvoyé à la prison de Khonkaen où il mourut plus ou moins mystérieusement en 1942 à l’âge de 60 ans.

 

 

« COLONISATION » PAR L’ÉCRITURE ?

 

Les réformes administratives sous le règne du roi Rama V ont incontestablement visé à créer un « état nation » au détriment des diversités culturelles et a conduit irrémédiablement a la disparition de l’écriture locale que le grand public ne trouve plus guère que dans les brèves inscriptions sur les peintures murales des chapelles d’ordination locales, spécifiques au cœur de l’Isan, les Hup Taem (ฮูปแต้ม) dont nous avons déjà parlé (9)


 

 

et sur les manuscrits sur feuilles de latanier qui dorment probablement dans les archives de nombreux temples si elles n’ont pas été dévorées par la vermine ou détruites par l’humidité sur lesquelles gisent probablement des trésors culturels  à ce jour inédits.

 

 

Setthasart Wattasoke s’aventure peut-être un peu loin lorsqu’il parle de « colonisation ».  il n’y a pas d’équivoque, le terme qu’il utilise, Ananikhom (อาณานิคม) ne peut pas se traduire autrement.

 

 

Il est difficile de dire que l’intention du pouvoir central depuis Rama V d’ « assimiler » ou d’ « intégrer » la région du nord-est relève d’une éthique « coloniale » comme à la plus belle époque de la colonisation française, lorsque le mot « assimilation » fleurait encore bon la IIIe république, associé aux politiques menées dans les colonies – on parlait alors volontiers d’« assimilation coloniale ». Il ne faut tout de même pas oublier que les Thaïs et les Isan-lao ont la même origine ethnique, que leur langage est lourdement similaire et qu’ils pratiquent globalement la même religion. C’est bien là une situation que la France coloniale ne pouvait connaître ni en Afrique noire (un Sénégalais n’a rien de commun avec un Marseillais) ni en Afrique du nord (un Kabyle n’est pas comparable à un Alsacien) ni dans l’Indochine française (un Annamite ne ressemble pas à un Breton). Nous nous permettons cette comparaison chauvine puisque Setthasart Wattasoke fait référence aux menaces similaires de domination intellectuelle de la France au Laos colonisé.

 

 

 

L’affirmation nous semble hâtive, la France aurait tenté sans succès de remplacer l'écriture lao par un système romanisé. C’est faire une confusion entre un système de romanisation qui n’est pas contradictoire avec la préservation du patrimoine scriptural originaire. Le Thaï aussi est officiellement romanisé mais son écriture reste son écriture (9). La « romanisation » n’est qu’un outil et non pas un substitut. Il y eut plusieurs dictionnaires français-lao qui donnent une transcription romanisée de la langue, ce ne sont que des outils (10).

 

Nous ne rentrons pas dans le débat qui viserait à juger la portée des efforts entrepris par le pouvoir central depuis Rama V pour réaliser l’intégration (ou l’assimilation ?) des différentes populations de son royaume, toutes ethnies confondues. 

 

 

 

LA NÉCESAIRE CONSERVATION DE CE PATRIMONE SCRIPTURAL

 

C’est une évidence et une nécessité culturelle. Si vous avez l’occasion de visiter l’une de ces chapelles d’ordination spécifiques au cœur même de l’Isan, vous trouverez des inscriptions, quelques mots le plus souvent, que vous ne pourrez lire même si vous lisez le thaï. Ne demandez pas aux moines présents, la plupart seront incapables de traduire. Ceci dit, il est évident aussi que cette écriture traditionnelle, aussi respectable soit-elle, ne peut servir de substitut à l’écriture thaïe pour transcrire la langue locale Isan-Lao dont il ne faut tout de même pas oublier qu’elle est au moins à 75 % du thaï central. La raison en est d’évidence si l’on en croit  Setthasart Wattasoke qui sur ce point contredit formellement les érudits menés par un Américain au sein de l’Université de Khonkaen : L’écriture traditionnelle ne permet pas de déterminer, faute de signe distinctif, sur laquelle des cinq tonalités doit être prononcée une syllabe. La belle affaire, avons-nous dit, dém….dez vous en fonction du contexte. Soit ! Un seul exemple, le meilleur ami de l’homme, c’est ma (หมา ton montant) ou ma (ม้า ton haut) un cheval ou un  chien ? Restons-en là.

 

ma kap ma ma kin mama

Le chien et le cheval mangent la soupe :

 

 

Cette écriture est donc parfaitement inefficace au quotidien, les efforts de notre jeune universitaire économiste non pas pour la restaurer mais pour restaurer son étude sont éminemment sympathiques. Nous l’apprécions au même niveau que nous pouvons apprécier le combat de ceux qui chez nous se battent pour maintenir l’enseignement du grec et du latin dans le cursus scolaire.

 

« Ah ! pour l’amour du grecsouffrez qu’on vous embrasse  » (Molière, Les femmes savantes)

 

 

UNE AUTRE FORME D’INSIDIEUSE COLONISATION ?

 

On croit parfois marcher sur la tête mais cette constatation n’incrimine en rien Setthasart Wattasoke, celui-ci est Thaï, son article (5) a été écrit en thaï et ensuite traduit en anglais. Ce qui devient hallucinant, c’est que les articles tombés de l’Université de Khonkaen prônant la réhabilitation de l’écriture traditionnelle de l’Isan par des universitaire thaïs, c’est que les écrits de l’organisme même qui s’occupe de cette réhabilitation the Isan Culture Maintenance and Revitalization Program, et leurs colloques n’opèrent qu’en anglais ! Les enseignants de l’Université de Khonkaen prônant la réhabilitation de l’ancienne écriture de leur région se croient obligés de le faire en anglais. L’Université de Khonkaen publie une revue érudite, le « Journal of Mekong Societies » qui refuse actuellement de publier des articles en thaï n’acceptant que l’Anglais. Le sujet est récurrent chez de nombreux universitaires thaïs et est d’ailleurs remonté jusqu’à l’UNESCO (11).

 

Alors que le Siam a toujours su louvoyer entre les intérêts impérialistes divers, Hollandais contre Français au 17e, Anglais et Français entre le 19e  et le 20e  ...

 

 

et Japonais et Américains pendant la seconde guerre mondiale se trouvera-t-elle dans les griffes de la « Macdonaldisation » ? En 2011, la revue « Courrier International » a publié un très bel article sous la signature de Sulak Siwalak sous le titre « I Breathe therefore I Am » (Je respire donc je suis) : il y écrit ce qui nous servira de conclusion : « La mondialisation est une religion démoniaque qui impose des valeurs matérialistes et une nouvelle forme de colonialisme ».

 

 

Avant de se préoccuper de la sauvegarde d’une vieille écriture – si respectable et sympathique que soit cette préoccupation – ne serait-il pas judicieux que les universitaires thaïs se ressaisissent contre la « Macdonaldisation », la « Sevenelevenisation » et la « Cocacola-isation » de leur propre langue et de leur propre écriture ? Point n’est besoin pour cela de faire appel à des Universitaires de l’Atlanta ou aux Européens des Communautés européennes.

 

 

NOTES

 

(1) voir notre article « VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/vers-une-renaissance-de-l-ancienne-ecriture-isan.html

(2) Voir en particulier le site

https://www.researchgate.net/publication/317221448_Report_on_the_completion_of_the_Isan_culture_maintenance_and_revitalization_programme

(3) Voir une analyse sur le site

https://isaanrecord.com/2015/03/13/ancient-isaan-script-to-be-revitalized-in-new-public-effort/

(4) https://www.isangate.com/new/isan-dictionary.html

(5) Par exemple sur les sites (mais il y en a bien d’autres) :

https://www.researchgate.net/publication/317221448_Report_on_the_completion_of_the_Isan_culture_maintenance_and_revitalization_programme

https://muse.jhu.edu/article/658006

La page Internet signalée par Draper dans « Toward a Curriculum for the Thai Lao of Northeast Thailand » : www.icmrpthailand.org est aux abonnés absents et la page Facebook « โครงการอนุรักษ์และฟื้นฟูวัฒนธรรมอีสาน »  semble inactive depuis trois ans ?

(6) https://isaanrecord.com/2019/02/07/isaan-siamese-colonization-tai-noi/

(7) Actuellement les livres de prière utilisés dans les temples comportent sur leur page gauche le texte pali transcrit en caractères thaïs avec de minuscules différences mais sans la moindre difficulté et en réponse à droite le texte traduit en thaï. Les fidèles peuvent donc prier en pali en comprenant ce qu’ils disent en thaï.

(8) Voir la thèse de Natnapang Burutphakdee publiée le 29 octobre 2004 par la  Payap University, Chiang Mai : « KHON MUANG NEU KAP PHASA MUANG: ATTITUDES OF NORTHERN THAI YOUTH TOWARDS KAMMUANG AND THE LANNA SCRIPT »  numérisée :

https://inter.payap.ac.th/wp-content/uploads/linguistics_students/Natnapang_Thesis.pdf.

 

(9) Voir notre article  A 196 « LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a-196-les-peintures-murales-l-ame-des-temples-du-coeur-de-l-isan.html

(9) Nous avons consacré deux articles à la romanisation du Thaï

A 91 « La Romanisation du Thaï ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a91-la-romanisation-du-thai-114100330.html

165. « Le Roi Rama VI et la romanisation du Thaï » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-165-le-roi-rama-vi-et-la-romanisation-du-thai-125174362.html

 

(10) « Dictionnaire et guide franco-laotien » du Docteur Estrade de 1896.  « Lexique français- laocien » de Monseigneur Cuaz de 1904. « Nouveau dictionnaire français-laotien » de Guy Cheminaud de 1906. Tous utilisent ce qu’ils appellent une « prononciation figurée ». Ce sont des érudits qui ne cherchent pas à « coloniser » mais à comprendre. Les seules véritables tentatives de romanisation de l’écriture locale, son remplacement pure et simple par un système que le gouvernement avait commandé à Georges Cœdès, eurent lieu non pas au Laos mais au Cambodge en 1943 sans succès. L’intervention de l’École française d’Extrême-Orient au Laos fut essentiellement  consacrée à la standardisation de l’écriture.

 

(11) « Guérilla linguistique » un article signé  Julian Gearing publié le 30 septembre 2003  in « Courrier International » (Revue de l’Unesco)

« L’anglais gagne peu à peu du terrain dans la vie quotidienne des Thaïlandais. Le thaï est-il une langue menacée ? Si l’on en juge d’après la bataille qu’a perdue le mois dernier à Bangkok un groupe d’étudiants, la réponse est oui. La Cour suprême administrative a débouté 10 étudiants qui demandaient à pouvoir rédiger leur mémoire de maîtrise dans leur langue maternelle. M. Saran et ses camarades sont thaïlandais, ils étudient en Thaïlande mais, s’ils veulent obtenir leur maîtrise à l’université Mahidol de Bangkok, ils doivent rédiger leur mémoire en anglais. D’autres universités de haut niveau, comme Chulalongkorn et Thammasat, permettent aux étudiants de choisir entre le thaï et l’anglais. Mais Mahidol tient « à former des diplômés qualifiés et reconnus internationalement » - d’où l’importance capitale qu’elle accorde à l’anglais. Mme Amor Taweesak, maître-assistant qui enseigne à Mahidol, comprend le mécontentement des étudiants. Forcer les élèves à écrire en anglais « ne leur donne pas grand avantage » car ils maîtrisent mal cette langue. Elle ajoute que l’université accorde des exemptions pour des cas particuliers, par exemple « si le doyen considère qu’un mémoire sera meilleur s’il est rédigé en thaï ». La Thaïlande est-elle assiégée par la langue anglaise ? A Bangkok, certains jeunes parlent de « guérilla à petite échelle » plutôt que d’attaque massive. La langue de Shakespeare pimente le discours des politiciens, des pop stars et des étudiants. Ainsi, un jeune Thaï branché dira : « Mai tong worry » (Don’t worry - T’en fais pas). Chayaporn Kaew-wanna, réceptionniste dans une société de télécommunication, ne pense pas que la prolifération de l’anglais constitue une menace. « Nous ne pouvons pas refuser cette langue », déclare-t-elle, ajoutant que l’anglais est important si le pays veut continuer à se développer. Certes, la Thaïlande veut se développer, mais son tissu culturel est menacé. Le mois dernier, le ministre de l’éducation a ordonné que les chiffres traditionnels et le calendrier bouddhiste soient utilisés à l’école « afin de contrecarrer l’influence occidentale et de préserver l’identité culturelle du pays ». Mais la plupart des étudiants, « accros » à leurs téléphones portables et à leurs calculettes, ont tout simplement oublié les arabesques des chiffres thaïs ».

 

๐๑๒๓๔๕๖๗๘๙

 

(11) Courrier international, n°1076, du 16 au 22 juin 2011, p. 63.

« .. .The globalization is a demonic religion imposing materialistic values and a new form of colonialism … »

Sulak Sivaraksa, économiste, est l’auteur de « Wisdom of Sustainability : Buddhist Economics for 21st Century » (« La sagesse du développement durable, ou les sciences économiques bouddhistes pour le XXIe siècle »). Il y propose des solutions de rechange, durables à petite échelle et autochtones à la mondialisation, sur la base des principes bouddhistes et du développement personnel.

 

 

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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 22:14

 

 

D'après le livre de Marie-Sybille de Vienne, « Thaïlande, une royauté bouddhique aux XXe et XXIe siècles. » (1)

 

 

 

 

Nous avions dans un article précédent  présenté la 1ère partie du livre de  Marie-Sybille de Vienne et plus particulièrement l'évolution du  pouvoir royal et du roi Rama IX durant  son long règne du  9 juin 1946 à son décès survenu le 13 octobre 2016 qu'elle avait abordé en plusieurs étapes chronologiques, en distinguant la restauration royale et l'urbanisation (1946-1988) ; La fusion royauté-démocratie (1988-2006)  et la liquéfaction institutionnelle (2006-2016). Nous avions surtout noté les différentes interventions du roi dans le champ politique aux moments clés de ses  « événements sanglants » (1973, 1976, 1992, 2010), ses crises institutionnelles, et ses multiples coups d'État, tant il était impossible de rendre compte de toutes les analyses  copieusement annotées du livre. (A 297.)

 

 

Nous avions terminé notre article en omettant volontairement  ce qu'elle a appelé  « a liquéfaction institutionnelle (2006-2016) » pour annoncer l'objet de cet article consacré  au « système royal », un appareil de pouvoir parallèle qui s'articule à travers trois séries d'instruments politiques, économiques et symboliques, à savoir  le Conseil Privé du Roi et ses réseaux, la parami (2) et les finances royales et la symbolique royale et la reconnaissance du plus grand nombre. (Une 2e partie de 53 pages)

 

 

Notre volonté ici affichée n'est pas d'en faire un résumé tant cette partie est complexe, avec de multiples acteurs, notes, tableaux, et s'inscrit dans un historique lui-même complexe. Il s'agira donc de présenter ce que nous considérons comme  l'essentiel  sur ce pouvoir royal dont certains revenus ne peuvent qu'être estimés et les réseaux multiples reconstitués tant ils s'imbriquent à travers l'histoire royale, politique, économique et l'histoire des « grandes familles d'influence» avec leur alliances et mariages. Vous aurez ainsi les principaux éléments qui vous permettront de faire votre propre analyse et/ou commentaires.

 

 

 

« 1. L'articulation avec le pouvoir : le Conseil Privé. »

 

 

La mission du Conseil privé qui est chargé d'instruire  les dossiers présentés au souverain, de formuler un avis sur la législation en attente de promulgation, les recours en grâce, les pétitions et les nominations, ou souvent d'assurer  en son nom les projets sous patronage royal, ne dit rien sur ses pouvoirs politiques et économiques effectifs, qui ont été différents -  bien-sûr - depuis le roi Chulalongkorn au XIXe siècle et depuis l'instauration de la monarchie constitutionnelle en 1932.

 

 

Marie-Sybille de Vienne va commencer son article en indiquant l'évolution de la composition de Conseil Privé du roi qu'elle saisit en six étapes (1952-1963, 1964-1971, 1971-1977, 1977-1997, 1998-2007, 2007-2016) qui montre la variation sociologique entre la parentèle royale, les civils (magistrats, diplomates, médecins, technocrates), et les militaires. Ainsi par exemple en 1977-1997 on assiste au doublement du poids des militaires (de 15% à 33%) alors même que la parentèle royale se maintient autour de 25%.  Elle présente un tableau sur 17 dates qu vont de 1949 à 2015 qui indique les pourcentages des huit catégories retenues (Sino-Thaïs, Santé et éducation, Technocrates, Diplomatie, Intérieur, Armée, Magistrature, Parentèle royale).

 

 

Pour rester dans le présent du Nouveau Règne, elle écrit « Une fois monté sur le  trône, le Roi Vijralongkorn réinstalle le Général Prem dans ses fonctions de Président du Conseil Privé le 6 décembre 2016 et désigne douze autres conseillers courant décembre : sept d'entre eux ont déjà servis sous le roi Bhumibol; parmi les nouveaux venus trois sont militaires et deux sont issus de la haute fonction publique (magistrature et agriculture) ». Huit conseillers de la vieille garde (Les noms sont donnés) perdent leurs sièges. « Suite au décès de Chanchai Likitjitta en janvier 1917, six sièges de conseillers (sur 19) restent donc vacants, le nouveau Conseil Privé étant composé à parts égales de militaires et de civils. » (Et en 2019?)

 

 

 

 

Mais il faut avouer que si cette sociologie suggère les différentes luttes entre les  différentes institutions et  acteurs  du Pouvoir, elle ne rend pas compte d'une complexité plus grande si on tient compte des lignages maternels. Ainsi par exemple  Marie-Sybille de Vienne donne l''exemple du 1er ministre civil Anand Panyarachun (à deux reprises entre 1991 et 1992),

 

 

 

«  l'épouse (Mr Sodsri Chakappan) était à la fois cousine issue de germaine de souverains thaïlandais et de l'épouse (MR Sutchitguna Kityakara) du ministre des Affaires étrangères, Arsa Sarasin, Sutchitguna étant de surcroît cousine germaine de la Reine Sirikit,

 

 

 

 

Arsa Sarasin était personnellement le frère du vice-Premier ministre le général de police Pow Sarasin.

 

 

 

 

Faut-il s’en étonner ? Compte tenu de la polygamie, des 77 enfants du Roi Rama V, 15 lignes masculines et plus encore de féminines subsistent. La Reine Sirikit est cousine issue de germaine de feu le roi Rama IX tout comme Boriphat, gouverneur de Bangkok, tous issus de Rama V via l’une ou l’autre de ses épouses. Ne remontons pas à Rama IV et  ses 82 enfants ! Il ne faut d'ailleurs pas examiner ces « cousinages » comme nous pourrions le faire avec nos yeux de monogames !

 

 

 

Extérieur certes, à ces cousinages, le ministre de l'Intérieur, le général Issarapong Noonpakdi, était le beau-frère du général Suchinda Krapayoon, commandant en chef de l'armée de terre, puis commandant suprême des armées et initiateur du coup -les solidarités de beaux-frères constituant un phénomène récurrent au Siam comme au Cambodge- ». (On aurait pu ajouter : Le même Suchinda fut le leader du NPKC qui organisa le coup d'État de février 1991 qui installa Anand Pananyachun comme 1er ministre avant de le devenir du 7 avril 1992 au 24 mai 1992)

 

 

On peut noter que cette présentation du Conseil privé ne dit rien sur le rôle politique des Conseillers et de son Président si ce n'est qu'à partir de 1988, le général Prem a eu une grande influence auprès du roi dans les nominations et promotions au sommet des appareils de l'État y compris militaires. Mais il est vrai que la 1ère partie  signalait le rôle joué par le général Prem auprès du roi lors des émeutes sanglantes de 1992, pour calmer le jeu et obtenir la démission du général Suchinda ou bien encore lors de la crise économique et politique de 1997, et ses  manœuvres  contre le gouvernement Thaksin. (Cf. A 297.)

 

 

 

« 2. Parami et finances royales. (2)

 

 

Il est utile de rappeler que nous avions déjà dans un article précédent tenter de faire le point sur les finances royales avec surtout le « Bureau des propriétés de la couronne » (BPC), distinguant ses actifs immobiliers, ses revenus mobiliers, dont nous avions donné la valeur, en considérant les données disponibles. (Cf. A 236 (3))

 

 

Marie-Sybille de Vienne nous informe donc que l'institution royale dispose de trois instruments pour agir économiquement et socialement : le Bureau des Propriétés de la Couronne (Crown Property Bureau, i.e. CPB) ; les « projets royaux » et les fondations caritatives, que nous aborderons sans refaire l'historique (Qu'elle nous donne) et en simplifiant pour entrer dans le cadre d'un blog « grand public ».

 

 

 

  1.  

Le CPB ?

 

 

Le CPB est un holding composé de la Siam Cement (Le plus important conglomérat industriel de l'Asie du Sud-Est, dit-elle (3))

 

 

 

 

et de la Siam commercial  Bank (L'une des cinq premières banques du royaume)

 

 

 

 

la Deves Insurance,

 

 

 

 

la CPB Equity et la CBP Property.

 

 

 

 

Un tableau (p. 109)  donne pour chacun une estimation des revenus du CPB en millions de baths (courants). Ainsi pour 2015 : la Siam commercial  Bank : 4 831,8 ; Siam Cement : 5351 ; Deves insurance : 98 ; CPB Equity 1776 ; CPB Property : 3200, soit un total de 15257.

 

Un récapitulatif des actifs de la CPB  est présenté (p.111) pour la fin 2015:

 

                                        Capitalisation boursière   % CPB       Participation CPB

                                        (milliards  baths)                                 (milliards  baths)

Siam commercial  Bank .             408                           23,69             96,18

Siam Cement.                              475                           30,75           146,06

Deves insurance.                          1,169                      98,22               1,14

CPB (portefeuille boursier)            53,6                       100                   53,6

                                                  --------------------------------------

CPB property :                                   Hectares           % CPB         (milliards  baths)  

Bangkok terrains commerciaux.        459 ha              100                   445                                  

Bangkok autres terrains.                    869 ha              100                    84

Province terrains divers.                  5232 ha              100                  4,81

 

Soit un total de 831,19 milliards de baths.

 

En sachant que le prix des trois catégories de terrains de la CPB property  se fonde sur une évaluation calculée sur des valeurs moyennes qui varient d'une année sur l'autre. (Une note donne les sources). Si ce patrimoine foncier vous paraît considérable, sachez encore que ces 6.500 ha ne le place qu'en 4e position de la propriété foncière du royaume, loin derrière les 100.800 ha de la famille Sirivadhanabhakdi.

 

 

 

Il n’est pas inutile de préciser que le Bureau des propriétés de la couronne est chargé de la gestion d’un énorme patrimoine qui provient de la confiscation sans indemnisation  de la fortune immobilière ou mobilière de nombreux membres de la famille royale.

 

 

Une hypothèse sur la gestion du CPB en 2015 nous est proposée.

 

 

 

 

La CPB compte 1200 salariés et dépense 1,669 milliards en frais de personnel et 2 milliards en frais de fonctionnement, soit environ un total de 3,6 milliards.

 

52 % des dépenses, soit 4,2 milliards sont consacrées aux « œuvres royales, qui sont diverses : jeunesse (jardins d'enfants, sport, bourses),

 

 

 

 

.....culturelles (art dramatique, et danse traditionnelle siamoise), restauration de temples, propagation du bouddhisme,

 

 

 

préservation de l'environnement rural, petite participation à des projets royaux.

 

 

 

 

La CPB se retrouverait donc avec un profit de 7,5 milliards de baths en 2015, dont 60 % seraient redistribué aux « actionnaires » royaux :

 

 

3,6 milliards de baths au Bureau de la Maison Royale (train de vie de la famille royale, listes civiles, activités publiques, cérémonies - funérailles de personnalité par ex., entretien des palais provinciaux  et 0,9 milliards pour le Cabinet privé du Roi (l'État aurait donné 759 millions de baths).

 

 

La Couronne thaïlandaise disposerait donc d'un budget de quelque 8,5 milliards de baths à la fin de 2015 provenant à hauteur de 48 % des finances publiques et de 52 % des propriétés de la Couronne ; auquel on peut rajouter le revenu des actifs personnels des membres de la famille royale.

 

 

Ainsi par exemple une note nous apprend que la princesse Sirindhorn

 

 

 

 

...est « propriétaire (à titre personnel) du Palais Wang Sra Pathum et des terrains où ont été construits les différents complexes accessibles par la station du métro Siam : les centres commerciaux Siam Center (1973), Siam Discovery (1997) et Siam Parangon (2006), la parking Siam Car Park (1994), la tour de bureaux Siam Tower (1998) et le Siam Kempinski Hôtel (2010)»;

 

 

 

Elle est également actionnaire à titre personnel de Siam Piwat qui gère les centres commerciaux construits sur ses terrains. A titre de comparaison, les revenus issus du groupe Shin Corp. encaissés par  la famille de Thaksin - alors considérée comme l'une des plus fortunées de Thaïlande  - étaient en  2003 de 65 millions de dollars US (Ce qui équivaudrait à 78 millions en 2015), soit moins de la moitié des sommes allouées à la Couronne thaïlandaise.

 

 

 

 Projets royaux de développement et fondations.

 

 

Outre la CPB qui en  2015 par exemple, a consacré  52 % de ses dépenses  soit 4,2 milliards aux  diverses «œuvres royales», il existe aussi des projets royaux de développement, financés en quasi-totalité par les dépenses publiques qui sont coordonnées par le bureau du « Government House » et depuis 1993, administrées par l' « Office of the Royal Development Projects Board » (ORDPB) qui est  rattaché au cabinet du 1er ministre.

 

 

 

 

Toutefois, il faut noter qu'en 2015, ces dépenses  ne représentaient que 2,5 milliards de baths, soit 0,09 % des dépenses publiques. Ces projets visent à promouvoir l'image du souverain et de l'institution royale, en tant qu'opérateur du progrès social.

 

 

Le nombre de projets  «d'initiative royale» a évolué au fil des années, pour osciller entre 200 et 250 par an. Ils s'inscrivent  dans la volonté royale de développer le monde rural (« hydraulique, environnement et agriculture représentant les trois quarts des projets à fin 2012 ») Un graphique (p. 116) nous apprend qu'en date de  septembre 2012, 68% des projets avaient été consacrés à l'hydraulique (40% en 2011), 9,1% à la protection sociale, 7,5% à la formation professionnelle, 3,8% à l'agriculture, 3,3% à l'environnement 1,7% au transport, 1,2% à la santé, et 5,4 % à d'autres. Il n'est pas précisé les lieux d'implantations des projets ruraux -ce qui aurait été nécessaire-, comme par exemple les centres de développement dans cinq provinces au Nord, les stations d'agriculture, les projets   engagés dans les tribus montagnardes pour former et aider les agriculteurs à cultiver et vendre d'autres cultures que celle du pavot pour éradiquer l'opium, améliorer l'environnement, etc.  Et ne pas en rester aux  projets royaux « vers le grand Bangkok et le delta de la Maenam, notamment avec le projet d'écluse du canal Lad Pho, lancé en 2006 et inauguré en 2010 destiné à réguler le réseau hydrographique, couplé avec le développement des transports urbains (ponts et voies express) ». 

 

 

 

Il est important de connaître la nature de ces projets ruraux  qui procèdent d'une conception royale du développement connue sous le nom : «d'économie suffisante», un «modèle» auquel le roi Rama IX était très attaché et qu'il a promu dans nombre de ses  « discours ». « Conceptualisé, dit-elle, officiellement en 1998 à l'occasion de la crise financière (…) « l'économie suffisante » propose une amélioration progressive et raisonnable du niveau de vie des petits producteurs ruraux, en minorant les contraintes de l'endettement, du crédit à la consommation, du marché de la concurrence, une vision karmique de l'existence ... ». (Cf. A  292. (4))

 

 

On peut ajouter : Le roi Bhumibol Adulyadej n’est pas l’homme qui a inventé la philosophie de l’économie suffisante (…) Ce concept inspiré du bouddhisme qui prône la modération et l’autonomie économique est apparu formellement pour la première fois dans les décrets nationalistes (Rattaniyom) du régime militaire du maréchal Phibunsongkhram à la veille de la seconde guerre mondiale. A une époque où l’économie thaïlandaise restait majoritairement agricole et où la pagode était le centre de la vie sociale, il reflétait simplement la réalité quotidienne de la plus grande partie des Thaïlandais » (5)

 

 

 

 

Les fondations royales.

 

 

Marie-Sybille de Vienne signale l'existence d'une vingtaine de fondations de 1er rang, dont la plus ancienne est la fondation Ananda Mahidol créée en 1959 sous l'impulsion de la Princesse mère qui en 1969 va en créer une autre sous son propre nom. (Consacrée à la médecine et à la santé publique. 51.000 volontaires médicaux en 2014 sont chargés d'apporter les premiers soins dans les villages reculés.)(Décédée en 1995), d'autres encore à l'initiative de la princesse Galliani (sœur de Rama IX, décédée  en janvier 2008) , mais il faut attendre 1969 pour que  la Royal Project Foundation  soit créé officiellement par le roi Rama IX, qui est une organisation à but non lucratif, qui se donne comme objectifs d'améliorer la qualité de vie des tribus du nord en développant des cultures de substitution  pour réduire voire d'éliminer la culture de l'opium, préserver et faire revivre les forêts et les ressources en eau. (38 programmes étaient en cours en 2014). Wikipédia précise qu' « en 1992, le projet royal a pris le nom de Fondation du projet royal et est devenu en permanence un organisme public au profit du peuple. (…) Il compte 38 centres de développement répartis dans cinq provinces du nord. (…) À Chiang Mai [par exemple], il existe 27 centres de développement comprenant trois stations d'agriculture royales: Doi Ang Khang, Doi Inthanon et Pangda » (6) (Voir par exemple le projet royal de Non Hoi (7))

 

 

 

 

En fait, nombre de projets royaux, initiés sur l'initiative de la Couronne sont relayés ensuite par des ONG, ainsi l'ONG Chaipattana (Victoire de Développement) créé en juin 1988 qui « une fois éradiquée la culture du pavot, s'est réorientée vers des domaines qui relèvent de l' « économie suffisante » avec 4 centres agronomiques et une série de projets agricoles. Les fondations -dites royales- sont multiples et couvrent bien des secteurs comme la santé des vétérans de l'armée et de la police, la commercialisation des produits agro-artisanaux, le relogement des plus défavorisés des bidonvilles du centre de Bangkok installés sur les terrains de la Couronne, des projets hydrologiques, etc.

 

 

 

D'autres ONG bénéficient du patronage de la famille royale, comme la Croix rouge thaïlandaise et beaucoup d'autres (Marie-Sybille de Vienne en cite une douzaine) qui bénéficient ainsi de nombreuses donations des principales entreprises thaïlandaises et de dons privés. Les dernières fondations royales créées « confirment que l'assistance aux plus démunis, physiquement ou socialement, n'est plus le seul objectif de la charité », mais qu'il s'agit toujours de préserver l'image de la Couronne. 

 

 

 

 

 

 « Les réseaux de l'économie royale à la fin du 9e règne.»

 

 

Le sommet du maillage royal peut être appréhendé par les conseils d'administration, d'une part par les  cinq composantes du CPB (Siam Cement, Siam Commercial Bank, Deves Insurance, CPB Equity, CPB Properties) du volet économique  de la royauté  et par ceux des principales fondations royales  du volet social (qui sert à son prestige) (Une  quinzaine)  soit 21 organismes, gérés par quelque 138 administrateurs.

 

 

Ces administrateurs « dont 26 (soit un sur cinq) siègent dans plusieurs conseils » constituent ainsi le point focal du « système royal », surtout que 6 d'entre eux appartenaient au Conseil Privé du roi Rama IX. (Les noms sont donnés. Ainsi par exemple le directeur général de la CPB était présent dans quatre des fondations lancées par le roi, et il présidait également le conseil d'administration du NIDA (L'ENA thaï))

 

 

On imagine l'importance de ce réseau de pouvoir et d'influence qui se structure au niveau du CPB et de 19 « entreprises » (Et organismes et une institution)  composées par les grandes agences d'État, les grandes firmes appartenant en tout ou partie à l'État thaïlandais, les organismes en charge des politiques publiques et quelques firmes privées à capitaux majoritairement nationaux, dont certaines entretiennent des liens entre elles. (Cf. Liste (8)) « Auxquels, il faudrait rajouter les interconnections des réseaux familiaux et les lignages (royaux, militaires, civiles, politiques)).

A 298. « LE SYSTÈME ROYAL »  DU POUVOIR EN THAÏLANDE.

 

 3. « Symbolique royale et reconnaissance du plus grand nombre. »

 

 

 

 

Nous avons vu que le Roi avec son Conseil Privé composé d'hommes influents joue un rôle important au niveau politique et dans la gouvernance du royaume, que l'institution royale dispose de trois instruments et des fonds importants pour agir économiquement et socialement : le Bureau des Propriétés de la Couronne (Crown Property Bureau) (CPB)  les « projets royaux » et les fondations caritatives, animés par des réseaux d'hommes influents agissant dans  tous « les secteurs clés de la société civile, de la banque à la santé en passant par l'éducation et les infrastructures », avec en plus une surmédiatisation des réalisations royales. Mais pour toucher le plus grand nombre, Marie-Sybille de Vienne nous dit que la Couronne va se servir d'un autre relais d'ordre symbolique qui va s'exercer à trois niveaux : « propitiatoire et civil à l'échelle nationale, bouddhique et caritatif à l'échelle communautaire ; prophylactique et magique à l'échelle individuelle. »

 

 

 

3.1 « Propitier le royaume. » (9)

 

 

« Le calendrier royal prévoit deux grands rites séculaires dont l'objet est de « propitier » les deux piliers (traditionnels et modernes) de la Couronne siamoise, l'agriculture et la fonction publique : le labourage du premier sillon et l'anniversaire du souverain. »

 

 

 

 

Nota. On peut être étonné ici que  Marie-Sybille de Vienne réduise quelque peu le champ de la symbolique royale  thaïlandaise. On pouvait pour le moins avec un ouvrage qui affichait  de présenter une « royauté bouddhique » apprendre le rôle du bouddhisme dans la légitimation du roi et l'exercice du pouvoir royal, qui ne peut se comprendre comme nous l'apprend Forest que dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravada, (avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva) avec par exemple la cérémonie d’intronisation du nouveau roi et les funérailles solennelles du roi précédent, et d’autres événements de nature religieuse et symbolique qui visent à exprimer et renforcer la fonction royale, et d’autres légitimations secondaires que Gabaude nous rappellent. (Cf. Les références (10))

 

 

 

 

Bref,  nous n'allons pas ici décrire ce vieux rituel (Cf. pp. 130-131) qui se déroule en deux étapes et dont la date est fixée par les astrologues du palais (En 2012, on peut être surpris que le Bureau de Maison royale employait 13 astrologues et 12 brahmanes. Note 217, p. 130), une  cérémonie du labourage confiée  ces dernières années au secrétaire général du ministère de l'agriculture à Bangkok et qui a pour fonction de montrer que le souverain est le protecteur de ses sujets et a le pouvoir d'appeler la pluie et de donner de bonnes récoltes. Il n'est pas sûr qu'il soit d'une grande efficacité symbolique auprès des Thaïlandais.

 

 

Ensuite il est évoqué « L'anniversaire du roi avec  le serment d'allégeance ». Ce rituel est certainement populaire, dans la mesure déjà où depuis 1960, l'anniversaire du roi Rama IX est devenu une fête nationale, identifiant ainsi le roi à Nation. (Elle a été maintenue par  Rama X) Il est précédé d'une grande parade et ensuite d'un serment d'allégeance effectué par l'ensemble des responsables des institutions et des corps d'État, plaçant ainsi le roi au centre de l'appareil d'État. Après la parade, le Prince héritier, au nom de la famille royale, effectue un autre rituel d'offrande au souverain, devant les dirigeants des corps constitués (premier ministre, président de l'Assemblée Nationale et Président de la Cour Suprême) et et le Commandant des suprême des forces armées). Et puis les délégations des différents corps d'armée effectuent publiquement le serment d'allégeance. Les prestations de  serment sont également effectuées à l'intérieur des administrations centrales et en Province devant le portrait du Roi. Le discours du roi clôture la cérémonie.

 

(Il n'est rien dit sur le sens hautement symbolique de ces discours qui ont eu certaines années un grand impact dans la marche politique du royaume)

 

 

 

3.2 « Structurer les communautés : le jeu du kathin royal. »

 

 

Marie-Sybille de Vienne expose donc, ce qu'elle considère comme la seconde catégorie des grands rites royaux : le kathin (kathina), offrande de nouvelles robes aux moines, qui met « en exergue la dimension bouddhique du monarque cakravartin l'instrument de l'intégration des élites entrepreneuriales modernes à la société thaïe, en leur permettant d'acquérir des mérites par le truchement de la parami royale », qui a été instauré par le gouvernement Sarit par décret en 1960, distinguant trois degrés de kathin  royaux. En simplifiant : Par le Roi dans 9 monastères, les membres de la famille royale dans 7 autres monastères, au nom du Roi dans des monastères de seconde et troisième catégorie. Une occasion pour tous ceux qui le souhaitent d'apporter une contribution au monastère, dans un rituel où est mis en scène le Traibhum, texte fondateur de la cosmologie siamoise. Un kathin royal,  dit-elle,  qui  « par-delà la dimension cosmologique (Qu'elle n'analyse pas ) met en branle une dynamique socio-économique de première importance autour des monastères ».

 

 

 

 

Mais ensuite oubliant que son sujet est la symbolique royale, elle poursuit sur la hiérarchie des monastères qui détermine celle des grades monastiques  et des sommes qui leur sont allouées et la multiplication des monastères royaux. Informations certes intéressantes, mais qui ne nous apprennent rien sur le prestige que peut en retirer le roi. De même, elle ne dit rien du contexte bouddhique dans lequel s'inscrit le kathin royal. (Cf. Le Asahara Bucha, (Le 1er sermon de Bouddha, l'une des fêtes bouddhistes les plus importantes ); suivie par le Khao Phansa (Le carême bouddhiste de 3 mois pour les moines ; mais à l'occasion duquel de nombreux jeunes civils se font moines et que les Thaïlandais tentent de prendre de bonnes résolutions.) ou d'autres fêtes religieuses.

 

 

 

 

 

De même, il n'y aucune référence aux fêtes civiles qui « ont (aussi) pour objectifs de légitimer la dynastie Chakri avec son fondateur Rama I, le roi Chulalongkoron (Rama V), le père de la nation, et feu le roi actuel, Rama IX, dont on fêtait le 5 mai le couronnement, le 5 décembre son anniversaire, sans oublier la reine dont on fête également l’anniversaire le 12 août. Par contre, la fête du 10 décembre rappelle qu’en ce jour de 1932, la monarchie absolue devenait une monarchie constitutionnelle. » (In notre article sur le calendrier des fêtes civiles et religieuses (11)). Les mythes historiques ne sont pas non plus évoqués, qui  avec leurs « héros nationaux » servent également à légitimer la royauté «  à justifier et codifier de nouvelles institutions politiques, instituer des nouveaux rites, des nouveaux codes, des interdits, des tabous, constituer une nouvelle mémoire collective en établissant des nouvelles généalogies, en choisissant des événements fondateurs, des nouveaux héros ou héroïnes. » (In notre article « 14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux. » (11)

 

 

3.3 « Protéger les individus : la fabrique des amulettes royales ».

 

 

Ainsi le troisième pouvoir symbolique de la Royauté s'exercerait par le succès des amulettes royales, leur fabrication et  leur vente.

 

 

 

 

On pouvait donc s'attendre à ce que Marie-Sybille de Vienne définisse pour le moins, le pouvoir symbolique de l'amulette en général, mais nous n'aurons qu'une définition pour le moins élémentaire : « L'amulette peut être définie comme un petit dispositif protecteur millénaire, fabriquée par l'homme et porteur d'une inscription et/ou une effigie, dont la puissance tient au Siam à la fois aux matériaux qui la composent, à l'événement et/ou la personne qu'elle commémore et au nombre et au rang des moines qui participent à la consécration. » Voyez-vous ici une référence à une force symbolique ? Au bouddhisme ? A l'animisme ? Aux esprits ? Aux pouvoirs magiques de l'amulette, si ce n'est le «  petit dispositif protecteur » ?

 

 

 

 

S'il est dit ensuite que « la renommée du moine  thaumaturge Somdet Pho -tuteur du futur roi Mongkut lors de son noviciat- et les fréquentes excursions du roi Chulalongkorn qui rendaient sa personne visible au plus grand nombre développèrent un engouement pour l'amulette et l'image en général », il n'est pas encore montré ce qu'elle représente. On restera essentiellement sur le marché économique des amulettes : à son commerce à proximité des sanctuaires, qui devient pour eux une source de revenus importants, puis son développement par les médias après la 2ème guerre mondiale, puis internet. Et encore la  tentative de récupération politique par Phibun « qui ordonna la frappe de près de cinq millions d'amulettes représentant le Bouddha debout, afin de lever des fonds pour la construction d’une vaste mandala, surpassant par ses dimensions les édifices religieux érigés par les Chakri. » Pour poursuivre avec ce qu'elle appelle « le succès des amulettes royales ».

 

 

On apprendra alors les principales étapes et émissions de la fabrique royale des amulettes : Le banc d'essai en 1962 par Sarit, 1963, 1964-1965, l'engagement personnel du roi Bhumibol en 1965 à l'approche de ses 40 ans, en 1971 pour son jubilé d'argent (25 ans de règne), en 1975 pour la médaille du 4e cycle du Roi, puis le 6e cycle, etc, pour honorer ceci, construire et restaurer cela. La liste est longue. Les sanctuaires royaux y allèrent de leur émission de médailles... pour constater : « Au total, début 2015, les amulettes directement liées à la royauté représentaient près de 10% des amulettes (hors dispositifs protecteurs, de type takrut, phisman, etc.) circulant en Thaïlande. ».

 

 

Mais on reste  ici dans un marché économique et loin d'une explication symbolique, qu'elle reconnaît  pourtant ensuite, en signalant que l'achat d'une amulette avec l'effigie du roi ou de l'un de ses proches, est « révélatrice d'une troisième dimension de la royauté très éloignée de normes occidentales qui la réduisent  aux institutions et à la symbolique d'État, une dimension surnaturelle et magique, au demeurant commune à tous les niveaux de la pratique sociale thaïlandaise ». Une dimension essentielle certes, qu'elle n'explicite  pas et  qui en reconnaissant qu'elle est commune,  réduit quelque peu le propos qui était de démontrer que les amulettes étaient l'un des instruments du pouvoir royal.

 

 

Il y avait pourtant tant à dire sur les amulettes royales ou non. On ne peut que vous conseiller la lecture de 6 articles consacrés aux amulettes du blog ami « MerveilleuseChiang-Mai» (12). Vous aurez compris que cette partie nous a quelque peu déçus.

 

 

 

Toutefois, le livre de Marie-Sybille de Vienne, par son érudition, les centaines de notes le prouvant, nous a aidés à mieux comprendre les instruments du « Système royal » qui assurent la légitimité et le prestige du roi et de la famille royale, le protecteur de la Nation et du Bouddhisme.

 

 

Mais le nouveau roi Maha Vajiralongkorn (Rama X) qui  a succédé à son père le 1er décembre 2016  a renforcé son pouvoir sur ce « système », en modifiant la partie le concernant du référendum du 7 août 2016, en nommant de nouveaux conseillers au Conseil privé, un nouveau chef de l'armée, Apirat Kongsompong, issu d'une faction rivale à celle de Prayut et de ses alliés de la junte, et  en s'accordant la nomination de l'ensemble des membres du comité supervisant le Crown Property Bureau (CPB), dont nous venons de voir la puissance dans ce royaume. Un nouveau chapitre de la royauté thaïlandaise.

 

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1)  Les Indes Savantes, 2008.

 

 

(2) Parami désigne  la pratique d'une vertu qui, menée vers sa perfection, permet d’accéder à l’éveil, c’est-à-dire au nirvana  ou à l’état de bodhisattva  puis de Bouddha.

 

 

(3) Nous avions dans notre article A 266 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE :

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-266-le-roi-de-thailande-est-il-l-homme-le-plus-riche-du-monde.html

réagit contre le magazine Forbes qui avait fait la confusion entre les richesses personnelles du monarque et celles du BPC « Bureau des propriétés de la couronne » (Crown property bureau - สำนักงาน ทรัพย์สินส่วนระมหาษัตริย์ - Samnakngan Sapsinsuanphra Mahakasat).

 

 

 

Nous avions alors fait le point sur Le « Bureau des propriétés de la couronne » (BPC)  et son histoire, avec les actifs immobiliers (avec les 24 sites des palais et résidences, les immeubles de bureaux, les 15 sites de bâtiments commerciaux) puis les revenus mobiliers (Avec les dividendes de trois sociétés de premier plan, 21,47 % de la Siam Commercial Bank  pour une valeur estimée de 1,1 milliard de dollars, 30,76 % de The Siam Cement Group (énorme conglomérat fondé par Rama VI) pour une valeur estimée de 1,9 milliards de dollars et 98,54 % de The Deves Insurance, l’une des plus importantes compagnies d’assurances du pays pour une valeur estimée de 600 millions de dollars. Le total des dividendes perçus en 2010 a été de 200 millions de dollars (environ 6 milliards de baths). Ces revenus sont évidemment sinusoïdaux en fonction de la loi du marché. Lors de la crise de 1997, ils ont été nuls et le Bureau a dû se séparer de quelques actifs immobiliers pour ne pas se trouver en difficultés. Ce sont des sociétés commerciales qui publient leurs bilans, et ils sont donc disponibles sur Internet, et donc loin de l’opacité déclarée par certains.

Nous avions noté, entre autre que le Bureau emploie plus de 1.000 personnes dont la plupart (au moins 90 %)  se consacre à la gestion du parc immobilier et que les dépenses de personnel représentent 14,20% du budget 2015 (rapport 2016) et que  les dépenses de la « liste civile » destinée à financer les interventions de tous les membres de la famille royale sont prélevées sur les recettes du Bureau et se seraient élevées pour l’année 2015 à la somme de 170 millions de dollars, avec donc  le mérite de ne pas être financée par le contribuable. C’est toutefois un domaine sur lequel plane une certaine discrétion puisque, si nous connaissons le détail de activités du Bureau, celui-ci ne dévoile sauf au Roi ni le détail de ses comptes ni ses bilans ni sa comptabilité. De même que nous ne connaissons  rien de la fortune personnelle de feu le roi Rama IX et celle de son fils Rama X, actuellement régnant, en rappelant que si le Bureau est propriétaire d’un patrimoine « considérable », il n’est pas la propriété du Roi qui n’en gère que les revenus.

 

 

(3) D'après wikipédia : La société publique Siam Cement Group Limited (SCG; SET: SCC) est la plus grande et la plus ancienne société de ciment et de matériaux de construction en Thaïlande et en Asie du Sud-Est.  En 2016, SCG a également été classée par Forbes comme la deuxième société en importance en Thaïlande et la 604e société publique au monde. Son principal actionnaire est le Crown Property Bureau, qui détient 30% des actions de Siam Cement.

 

 

Les revenus consolidés s'élevaient à 450 milliards de baths (14 milliards USD) pour l'exercice 2017. L'unité ciment et matériaux de construction a contribué à hauteur de 38%; 44% de l'unité des produits chimiques; et 18% de l’unité d’emballage. 

 

SCG a été fondée en 1913 par décret royal du roi Rama VI  pour fonder la première cimenterie de Bangkok, en Thaïlande. Depuis lors, la société a étendu ses activités à trois divisions principales: SCG Cement-building materials; Produits chimiques SCG; et SCG Packaging. La , SCG investit énormément dans les régions d’Asie du Sud-Est, notamment dans les activités d’emballage en Malaisie, le complexe pétrochimique au Vietnam et de nombreuses cimenteries dans les régions.

 

SCG emploie environ 54 000 personnes. Cementhai Holding Co., Ltd. supervise les investissements de SCG dans diverses entreprises, comme  par exemple, Kubota, Yamato Kogyo, le groupe Aisin Takaoka, Nippon Steel, Toyota Motor, Michelin, Hayes Lemmerz, Siam Mitsui et la société Dow Chemical.

 

(4) A 292 - «  IDÉES REÇUES SUR LA THAÏLANDE», SELON  Mlle EUGÉNIE MÉRIEAU. 8

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-292-idees-recues-sur-la-thailande-selon-mlle-eugenie-merieau.8.html

« LA THAÏLANDE S'EST SORTIE DE LA CRISE DE 1997 GRÂCE AU MODÈLE ÉCONOMIQUE DU ROI RAMA IX. ». 

 

Extrait: “Le 26 mai 2006, « Le Secrétaire général a remis au roi Bhumibol Adulyadej le prix décerné par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) afin de saluer son action exceptionnelle dans le domaine du développement humain, de la réduction de la pauvreté et de la conservation de l'environnement en Thaïlande. C'est la première fois qu'une telle récompense a été décernée. » (Cf. (1)) ; En 2007, la philosophie royale est « constitutionnalisée » ; En 2017, elle est justiciable, par la Cour constitutionnelle ; Les projets royaux de développement rural devinrent des « fondations royales » à l'instar  de la Fondation pour les projets royaux fondés en 1969 et, précise-t-elle, « Il doit également être noté que les fondations royales et projets royaux sont protégés de facto par la loi de lèse-majesté et par conséquents non sujets critiques ».

 

 

(5) In https://www.thailande-fr.com/economie/81-leconomie-suffisante-le-developpement-durable-a-la-mode-thailandaise

 

Autre extrait : « Un modèle de ferme familiale - Pour le monarque, le progrès ne devait pas se mesurer en chiffres de croissance, mais par la capacité de se suffire à soi-même et de contrôler sa destinée économique.

 

En 1996, le roi Bhumibol a créé un modèle de ferme familiale fonctionnant sur le principe de suffisance économique : un terrain de 2,4 hectares (la moyenne des propriétés en Thaïlande) divisé en un étang pour la pisciculture, un rectangle de rizières et un espace pour des arbres fruitiers et pour les légumes.

 

Le souverain a précisé que ce type de ferme auto-suffisante ne devait pas être une fin en soi, qu’il devait y avoir un développement graduel, notamment par des échanges commerciaux.

 

C’est l’idée d’une voie moyenne, d’un équilibre harmonieux entre les ambitions et les moyens dont on dispose, qui sort tout droit du bouddhisme Theravada. »

 

(6)  https://en.wikipedia.org/wiki/Royal_Project_Foundation

 

(7) https://www.tatnews.org/2017/10/take-a-walk-in-the-hills-and-discover-the-uniquely-thai-royal-project-at-nong-hoi/

 

(8) Thai Airways, National Petroleum Pub Cp (NPC), Petroleum Authority of Thailand (PAT), Deves Insurance, Siam Cement, Conseil Privé, Siam Com Bank, NIDA, Thai Beverage, Bangkok Aviation Fuel Services (BAFS), Krung Thai Bank Thai Farmer Bank, In Touch, Bank of Asia, Saha Union, NESDB, Bank of Thailand, Electricity Generating of Thailand (EGAT),  Telephone Org.  for Thailand (TOT).

 

(9) « Propitier » : Rendre propice, favorable.

 

(10) Alain Forest, « Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravâda », Journal des anthropologues, 2006

 

L. Gabaude « 1.3. Les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale », in  « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173

 

«Louis Gabaude (In  Notre article 93 de « Notre Histoire ») nous apprend que « la légitimation bouddhiste des dirigeants politiques d’Asie du Sud-Est ne passait pas simplement par l’acceptation du fait accompli expliqué par la commune loi du karma et par des traités plus ou moins savants relayés par la prédication populaire. Elle était de surcroît visualisée, matérialisée, cristallisée par » ; et il évoque : la « grande relique », le grand stupa ou maha-dhâtu, les statues de Bouddha que l’on fait sculpter et que l’on  pare d’habits royaux, ou que l’on va « prendre » chez l’ennemi, pour ses pouvoirs. Une liste non limitative, dit-il, car  toute action royale participe d’un tel processus de légitimation et de citer : « découverte d’une trace de pied de Bouddha, d’un éléphant blanc, copie ou impression du Canon bouddhique, œuvres de bienfaisance, paix – mais aussi guerre victorieuse - , tout peut concourir à la grandeur d’un prince ».

 

 

(11) Cf. Notre article : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/h3-le-calendrier-des-jours-feries-fetes-civiles-et-fetes-religieuses-en-thailande.html

 

Cf. Aussi 14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html  

 

 

(12) Blog « MerveilleuseChiang-Mai » : https://www.merveilleusechiang-mai.com/marche-aux-amulettes-le-3605362136343604-3614361936323648358836193639365636293591

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulette-jatukham-rammathep-l-1

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulette-jatukham-rammathep-l-2

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulettes-et-bouddhisme-13

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulettes-et-bouddhisme-23

https://www.merveilleusechiang-mai.com/amulettes-et-bouddhisme-33

 

Cf. aussi nos articles sur  les relations entre le bouddhisme et l'animisme, le culte des esprits et des amulettes:   http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

 

Et : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

 

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12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 03:32

 

 

Nous vous avons dans un précédent article entretenu des rapports privilégiés que le Roi Chulalongkorn entretint avec le Tsar Nicolas II, histoire d’une amitié personnelle entre deux souverains autocrates que tout rapprochait : l’un était « Tsar et autocrate de toutes les Russies » et l’autre « maître de la vie ». Nous rappelions que les trois quart de l’Empire russe se situaient en Asie et que bien avant ces liens personnels, il fut marqué par un tropisme asiatique depuis l’Empire des Tsars à celui des Soviets et à la fédération actuelle.

Nous avons par ailleurs découvert dans un très bel article de Philippe de Lustrac et Sylvie Dancre le Collège des Arts Dramatiques de Bangkok et ses « Apprentis danseurs ».

Nous vous livrons avec leur toujours aimable autorisation deux articles sur le même sujet, l’un publié en français dans la revue « Danser » (n° 259 de 2006) : UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI, l’autre en thaï à l’attention de nos lecteurs thaïs ou thaïophones dans la revue « ดีฉัน » (n° 664 du 31 octobre 2547 – 2004) « วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม » et tous deux consacrés à Nijinski, ce danseur et chorégraphe de bondissante mémoire qui fit découvrir à Paris les Ballets Russes en 1910. « Il dansait avec son âme » dit-on de lui. Attaché à notre pays, son suprême désir fut d’être inhumé au Cimetière nord (Montmartre).

A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม

La chorégraphie rejoint notre affection pour l’histoire puisque Philippe de Lustrac et Sylvie Dancre nous ont fait découvrir, ce qui était resté inédit, que ces Ballets russes étaient en réalité des ballets siamois !

***

H13- IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/10/h13-il-y-a-120-ans-1897-le-premer-ambassadeur-du-tsar-a-bangkok-alexandre-olarovski-mediateur-entre-la-france-et-le-siam.html

A 290 - APPRENTIS DANSEURS À BANGKOK :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/a-290-apprentis-danseurs-a-bangkok.html

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A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 22:31

 

Un livre de Marie-Sybille de Vienne (1).

 

 

Les études  sur la Thaïlande écrites en français sont rares, et peu se sont risquées à étudier  l'évolution de « la royauté bouddhique » et du pouvoir royal depuis l'avènement de la dynastie Chakri en 1782, et surtout « le système royal » depuis 1949. Notre auteur va donc nous aider à comprendre dans sa 1ère partie (Nous suivons ici sa table des matières) : « La royauté Chakri entre tradition, Nation et constitution. », avec « La modernisation de la royauté et ses aléas, 1826-1945 », initiée sous les règnes de Rama II et III et surtout ensuite sous le règne du roi Mongkut (Rama IV)  et les réformes du roi Chulalongkorn (Rama V) (1868-1910) qui vont profondément changer le pays et  seront  poursuivies par Rama VI (1910-1925).

 

 

 

Nous les avons longuement exposées dans « Notre Histoire de la Thaïlande », comme d'ailleurs les changements profonds qui vont advenir sous le règne de Rama VII (1925-1935), avec la fracture des élites, la crise mondiale de 1929, et le coup d'État de 1932 qui mettra fin à la monarchie absolue et instituera une monarchie constitutionnelle, pour  « réduire la royauté  à sa plus simple expression (1934-1945) », avec l'abdication du roi Rama VII en 1935 et la nomination de Rama VIII, alors âgé de 11 ans et vivant en Suisse et ne revenant effectivement qu'en décembre 1945, après le seconde guerre mondiale pour  « régner »  moins de 6 mois dû à son décès « accidentel » avec une arme à feu.

 

 

Aussi nous nous intéresserons  surtout au long règne du roi Rama IX (9 juin 1946-13 octobre 2016) que Marie-Sybille de Vienne va aborder en plusieurs étapes chronologiques en distinguant la restauration royale et l'urbanisation (1946-1988) ; La fusion royauté-démocratie (1988-2006) et la liquéfaction institutionnelle (2006-2016).

 

En effet, le rôle du roi Rama IX et du pouvoir royal ne sera pas le même selon les  périodes  en fonction des événements historiques, politiques et économiques et de ses relations avec les différents gouvernements, les  pouvoirs militaires, et les différents réseaux militaro-politico-affairistes, les coups d'État, les crises institutionnelles, les manifestations violentes (1973, 1976, 1992, 2010). Un pouvoir qui s'exercera  en son nom après  2009, avec son hospitalisation presque  permanente jusqu'à son décès en 2016. 

 

On va donc suivre avec  elle le long règne de 70 ans du roi Rama IX dont le pouvoir va se modifier au gré des événements historiques et politiques et de ses propres décisions et activités. Si Bhumibol Adulyadej  est nommé roi le 9 juin 1946, il ne revient en Thaïlande qu'en 1950 pour se marier avec la princesse Sirikit Kitiyakorn et se faire couronner.( Le 5 mai 1950).

 

 

Le pays est de nouveau sous le pouvoir du maréchal Phibun (08/04/1948-16/09/1957) et le roi devra attendre la chute de Phibun et surtout la prise de pouvoir par le maréchal Sarit (1959-1963) pour profiter, nous dit-elle, de la mise en place d'une stratégie qui va lui redonner sa légitimité et sa préséance sur la Nation.

 

 

La Constitution de 1959  va conférer au roi le titre de chef des armées et rappeler que sa personne est « sacrée et inviolable ». Sarit va aider le roi à réactiver les grands rituels royaux, à  lui donner le pouvoir de nommer le Patriarche suprême, à mettre en valeur les activités du roi et les multiples cérémonies auxquelles il participe. Tous ses faits et gestes  seront mis en scène dans les médias quotidiennement, qui n'oublieront pas de montrer ses compétences et son savoir, qui en font un roi moderne et attentif à ses sujets. La Couronne, poursuit-elle, va étendre ses réseaux de clientèle au-delà de sa parentèle. « La royauté adopte ainsi la structure qui demeurera la sienne pendant le demi-siècle qui suivra, celle d'une royauté bouddhiste dotée d'une solide assise patrimoniale, à même d'intégrer les élites entrepreneuriales à deux niveaux : par le truchement moderne du capital, avec des partenariats entre le Bureau des propriétés de la Couronne (CDP) et les firmes sino-thaïes, et le truchement du mérite, via les kathin royaux ». (Etudiés dans le prochain article)

 

 

Elle nous rappellera les « deux phénomènes qui vont modifier les équilibres de la société thaïlandaise » : la guerre du Vietnam (Avec la guérilla communiste) et l'aide financière américaine et le développement économique avec l'essor du salariat et l'émergence d'une classe moyenne provoquant des tensions  internes que le roi essayera d'apaiser en se positionnant au-dessus de la mêlée des appareils politico-militaires et en dénonçant l'égoïsme et le profit et en prônant dans les années 90, une philosophie de la modération.

 

 

 

Mais en 1973, lors des événements sanglants d'octobre,  le roi sera contraint d'intervenir en nommant un civil à la tête du gouvernement, Sanya Thammasak, recteur de Thammasat et président de son Conseil privé et en désignant une convention nationale chargée de choisir en son sein une assemblée constituante. De même lors des « événements de 1976 » le roi va de nouveau intervenir en renvoyant le général Praphas à Taïwan (Le maréchal Thanom eut l'intelligence de prendre l'habit monastique) et en avalisant un coup d’État, proclamer la loi martiale et nommer comme 1er ministre, le juriste Thanin Kraivachen. (Pour en savoir plus sur les événements de 1973 et de 1976. Cf. Nos 4 articles . (2))

 

 

 

 

Elle ne peut que constater un « Virage à 180 degrés et (l') essor parlementaire (1980-1988) » (Titre du chapitre). En effet, dit-elle, la Couronne (La reine agit aussi) s'est introduite dans le jeu politique en apportant son soutien à différentes factions et est en mesure de superviser l'appareil militaire, mais elle doit aussi montrer qu'elle est  au-dessus de la mêlée. (Cf. Le rôle joué par le Conseil national de sécurité (NCS) en 1980 avec le bureau de l'identité nationale)). Mais l'instabilité parlementaire persiste et le roi devra encore  intervenir pour soutenir le général Prem (03/03/80-04/08/88), lors de la tentative de coup d’État des « Jeunes Turcs » (Classe 7) le 31 mars 1981 et encore lors d'un autre coup d'État des Jeunes Turcs en septembre 1985. Certes le général Prem avec les différents partis qui le soutiennent, gagnera les élections anticipées de 1986, mais devra renoncer après les élections anticipées de juillet 1988 n'ayant plus le soutien du Parlement. Sa nomination au Conseil Privé du Roi ne laisse aucun doute sur sa relation établie avec le roi. (Le nouveau roi Rama X réinstallera Prem en ses fonctions de Président du Conseil privé le 6 décembre 2016. Il a alors 96 ans !)

 

 

 

La décennie 80, dit-elle, est malgré tout une période d'apaisement (La guérilla communiste a disparu) mais l'armée est divisée en factions et le haut commandement est fauteur de troubles. Cette situation va donner une aura plus large au roi qui incarne alors la pérennité de l'entité politique thaïlandaise et l'institution royale.

 

 

On entre alors dans une autre période qu’elle intitule « La fusion royauté-démocratie (1988-2006) », qu'elle distingue en la fusion proprement dite de 1988 à 1997 ; la crise économique de 1997, qui loin de déstabiliser le pays, débouchera sur la Constitution de 1997 marquant « un tournant radical dans l'histoire des institutions ».

 

On ne peut reprendre ici toute l'analyse de cette période qu’elle réalise en 16 pages serrées, mais seulement noter ce qu'elle nous apprend sur le roi et l'institution royale.

 

Ainsi, après le nouveau coup d'État militaire du 23 février 1991, « - sur requête - du Roi, la junte nomme le président de la Fédération des Industries de Thaïlande, Amand Panyarachun, à la tête du gouvernement intérimaire ». Le roi va devoir intervenir après la nomination du général Suchinda, qui va provoquer des  manifestations à Bangkok le 20 avril pour aboutir aux émeutes sanglantes du 17 au 20 mai 1992 qui feront plusieurs centaines de morts.

 

 

« Le  20 mai au soir, en présence de la télévision et de deux membres de son Conseil Privé, son Président, Sanya Thamassak et le général Prem, le Roi, chef des  forces armées, convoque les généraux  Chamlong et Suchinda et leur demande de calmer le jeu. Il s'ensuit l'arrêt des manifestations, la démission de Suchinda -assortie d'une amnistie- l'abrogation des clauses organisant la tutelle de l'armée sur le Parlement, la dissolution du Samakkhitham (coalition politique) et la nomination d’Anand Panyarachun au poste de premier ministre. » Une fois de plus, note-t-elle, le roi avait dû intervenir et se trouver en position d'arbitre, ce qui désacralisait la royauté et lui faisait perdre de la légitimité.

 

(Cf. Notre article 237 sur ces journées sanglantes, qui note aussi les interventions de la princesse Siiridhorn à la télévision le 20 mai au matin, qui  sera rediffusé pendant toute la journée et celle le soir, de son frère, le prince héritier . (4))

 

 

 

Elle évoque ensuite « le dysfonctionnement des institutions qu'attestent quatre changements de gouvernement en cinq ans (1992-1996) », la crise économique de 1997, qui fait vaciller le gouvernement, à tel point, dit-elle, que « le Président du Conseil Privé du roi, le général Prem envisage un temps la formation d'un gouvernement d' « unité » ». Mais finalement les réformateurs prennent le dessus et une nouvelle Constitution est votée le 27 septembre 1997.

 

On avait pu remarquer que face à la crise, dit-elle, le roi avait eu l'occasion lors de deux discours prononcés le 4 décembre lors de son  anniversaire (le 5 décembre) 1997 et 1998, de dénoncer « les dérives de la croissance à tout va », et de prôner une « économie suffisante », un contre-modèle sur lequel nous reviendrons.

 

 

 

 

Mais en 1998,  la naissance du Parti de Thaksin, le Thai Rak Thai fondé sur trois réseaux extérieurs au Palais (Que  Marie-Sybille de Vienne présente), vont lui permettre de devenir premier ministre en 2001 (1er mandat 2001-2005), de diriger le pays d'une main de fer, avec un volontarisme et un interventionnisme hors du commun. « Cela va se traduire  par sa volonté de diriger et de contrôler toutes les institutions du royaume et de « vider de sa substance les garde-fous institutionnels » (commission électorale et anti-corruption, Cour constitutionnelle…), et d’éliminer toute forme d’opposition (parlementaire, militaire, médiatique, syndicale et associative) ». (In  Notre article (3)) 

 

 

Mais son action  va soulever des réserves et des tensions, surtout avec le nombre d'affaires de corruption, des manipulations de promotions militaires, que la presse relaye avec des critiques publiques des Conseillers privés du roi. « Rien d'étonnant donc, dit-elle, que le Roi exprime publiquement des réserves en présence du gouvernement dès fin 2003, à l'occasion de son discours d'anniversaire ». On peut constater que le fossé s’étend entre le Palais et le 1er ministre Thaksin courant 2004.

 

 

Et  cela ne va pas  s'arranger, tant les tensions vont s'aggraver, avec les nominations au sein de  l'appareil militaire, la situation dans le Sud et la loi d'urgence, avec un lynchage médiatique de Thaksin encouragé par son ex-allié Sondhi et sa rupture avec le Prince héritier. Sa légitimité est remise question et le Roi, de nouveau, lors de son discours d'anniversaire de 2005, « reproche publiquement à Thaksin de  n’écouter aucune critique. »

 

 

 

La vente de l'entreprise familiale de Thaksin Shin corp à un fonds souverain de Singapour sans payer d'impôt le 23 janvier 2006 va provoquer une énorme manifestation de  200 000 personnes portant du jaune  à Bangkok ; dès lors les événements vont s'enchaîner : Thaksin dissout l'Assemblée le 24 février 2006 ; Une manifestation de 150 000 personnes, venant surtout de Province  a  lieu en sa faveur à Bangkok début mars, ses opposants avec 60 000 personnes lui répondent le 5 mars ; les Démocrates boycottent les élections le 2 avril 2006 ; l'Assemblée ne peut pas siéger faute de sièges vacants, la crise institutionnelle amène Thaksin a démissionné le 4 avril, après un entretien avec le Roi. Après le second tour du 22 avril, l'Assemblée ne peut toujours pas siéger. Le roi estime que l'article 7 de la Constitution ne lui permet pas de trancher ; Le Roi se tourne vers la Cour Suprême et la Cour Administrative. ; «  après le discours du roi aux deux cours, puis concertation entre elles, la Cour Administrative annule le 3e tour des législatives, la Cour constitutionnelle (la troisième instance) invalide alors l'ensemble des élections le 9 mai. » Marie-Sybille de Vienne, note, que bien que Thaksin reprenne la tête du gouvernement le 19 mai 2006, désormais ses relations avec la Couronne sont détériorées ; son comportement lors de la réception donnée par le Roi à l'occasion  du 60e anniversaire de son accession au trône peut faire croire qu'il souhaite se « substituer » au Roi. La crise demeure. On peut remarquer, dit-elle, les manœuvres du général Prem contre le gouvernement.  Bref, le 19 septembre 2006, « les militaires s'emparent du pouvoir et forment un Conseil national de sécurité (CNS) ». Le Roi va entériner le coup  d'État.

 

 

 

 

Ensuite, en 8 pages,  elle va évoquer ce qu'elle appelle la liquéfaction institutionnelle (2006-2016). Nous passerons vite sur cette période, tant les événements sont nombreux, avec la nouvelle constitution approuvée par référendum le 19 août 2007 ; les nouvelles élections en décembre qui voient le retour des partisans de Thaksin, l'éviction du 1er ministre Samak par la Cour constitutionnelle, son remplacement par Somchai,  le beau-frère de Thaksin ; la condamnation de Thaksin, La contestation et les manifestations violentes du  PAD (Gilets jaunes), qui débouchent de nouveau sur l'instauration de l'état d'urgence, la dissolution du PPP et de ses alliés, l'accord entre les militaires et le parti démocrate qui font d'Abhisit le nouveau 1er ministre. Nous n'allons pas reprendre ici la politique menée  par le nouveau gouvernement, qui ne réussira pas à apaiser le conflit entre les jaunes et les rouges, surtout avec la partialité  trop visible de l'institution judiciaire ; La manifestation d' avril 2009, « marche de 20 000 chemises rouges sur le Grand Palais pour demander l'amnistie de Thaksin. Le 22 août, le Roi dénonce les « propagateurs de la désunion » ; quelques semaines plus tard, il fait de l'hôpital Siriraj sa résidence ».

 

 

 

 

Le 26 février 2010, la Cour Suprême saisit la plus-value de  Shin Corp, qui entraîne les « événements de mars-mai 2010 » à Bangkok, avec principalement la manifestation de 100 000 personnes le 14 mars ; l'état d'urgence proclamée le 7 avril, ; l'assaut de l'armée le 13 mai qui fait  91 morts et plus de 2000 blessés.

 

(Sur ces manifestations, Cf. L'excellente étude d'Eugénie Mérieau, « Les Chemises rouges de Thaïlande» (5))

 

 

 

Ensuite, ce sera la dissolution de l'Assemblée en novembre 2010,  les élections de juillet 2011 qui porte au pouvoir la sœur de Thaksin, Yingluck. Mais l'instabilité demeure à Bangkok, et « le couple royal quitte l'hôpital Siriraj pour sa résidence à Hua Hin ».  Elle rapportera alors les principaux événements de la nouvelle crise qui contraignent Yingluck à dissoudre le Parlement et à annoncer des élections pour février 2014. On assiste à un remake des élections de 2006 (Refus du Parti Démocrate de participer, seuil des députés pas atteint, partielles annulées par la Commission électorale). « L'échec du programme d'achat gouvernemental de riz fournit alors le prétexte idéal pour la mise en examen de Yingluck fin février. Un mois plus tard , la Cour Constitutionnelle invalide le sélections. La destitution de Yingluck le 7 mai ouvre ensuite la voie à un nouveau coup d'État militaire soigneusement préparé. » Des manifestations font 28 morts.  Le 20 mai 2014 le général Prayut Chan-Ocha, commandant en chef de l'armée royale thaïlandaise instaure la loi martiale ; le 22 mai le coup d'État est revendiqué, la Constitution est suspendue, la junte avec à sa tête le général Prayut Chan-Ocha,  prend le contrôle du pays. Le Roi approuve la nouvelle constitution provisoire  en juillet 2014.

(Toutefois,   Marie-Sybille de Vienne, émet un doute sur la pleine approbation du roi (p. 99), « si tant qu'il est été physiquement en état de s'y opposer. En effet,  depuis septembre 2009 et jusqu'à son décès le 13 octobre 2016, le Roi Rama IX fut hospitalisé presque en permanence et ne prononça plus son « discours »  lors de son anniversaire.)

 

En septembre 2014 la junte désigne une assemblée législative qui nomme le général Prayut Chan-Ocha 1er ministre. Le 7 août 2016 la nouvelle constitution est approuvée par référendum. (Cf. Notre article (6)) 

 

Marie-Sybille de Vienne conclut sa 1ère partie en rappelant les événements de 2006-2014 qui montre les limites du parlementarisme et les errances de la Démocratie et de la Justice et qui conforte l'idée que « la Royauté semble la seule institution à même d'intervenir en dernier recours ». En sera -t-il de même avec le nouveau roi Maha Vajiralongkorn (Rama X) qui  succède à son père le 1er décembre 2016 ?

 

 

 

En tout cas, elle s'interroge dans sa 2e partie sur le « système royal », un appareil de pouvoir parallèle qui s'articule à travers trois séries d'instruments politiques, économiques et symboliques, à savoir  le Conseil Privé du Roi et ses réseaux, la parami et les finances royales et la symbolique royale et la reconnaissance du plus grand nombre. C'est que nous allons découvrir dans notre prochain article.

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) Les Indes Savantes, 2008.

4e de couverture : Professeur des universités et chercheur au Centre Asie du Sud-Est (CNRS/EHESS/INALCO).

 Marie-Sybille de Vienne enseigne l'histoire économique et géopolitique de l'Asie du Sud-Est à l'Institut National des Langues et Civilisations orientales. Ses travaux portent sur l'évolution des sociétés, les dynamiques de crise et les réseaux commerciaux. Elle dirige la revue Péninsule et est l'auteur de nombreuses publications, parmi lesquelles Les Chinois en Insulinde, échanges et sociétés marchandes au XVIIe siècle (Indes Savantes, 2008) ; Brunei, de la thalassocratie à la rente (CNRS Editions, 2012).

 

Travaux et publications : https://www.aefek.fr/wa_files/cvmsv.pdf

 

(2) 228. COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/228-comprendre-la-revolte-populaire-du-14-octobre-1973-en-thailande-qui-mit-fin-a-la-dictature-du-marechal-thanom.html

 

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS  POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/229-1-les-evenements-politiques-de-1973-a-1976-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-premier-episode.html

 

Et 229.2 et 229.3

 

(3) 245. LES DEUX GOUVERNEMENTS DU LIEUTENANT-COLONEL THAKSIN SHINAWATRA DU 17 FÉVRIER 2001 AU COUP D’ÉTAT DU 19 SEPTEMBRE  2006.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/245-les-deux-gouvernements-du-lieutenant-colonel-thaksin-shinawatra-du-17-fevrier-2001-au-coup-d-etat-du-19-septembre-2006.html

 

Extrait : « Ainsi Thaksin est devenu le 1er ministre. Il est bien décidé à diriger le pays comme il a dirigé jusque-là ses entreprises. Il déclarera d’ailleurs que le juste rôle d’un premier ministre est de gérer la plus grande entreprise nationale : la Thailand Company. « La politique n’est que l’enveloppe que l’on voit. La gestion est la clé pour arriver à faire avancer la Thaïlande en tant qu’organisation.».

 

Il va pour ce faire montrer un volontarisme et un interventionnisme hors du commun, dans un style autoritaire parfois brutal mû, nous dit Nicolas Revise**,  avec « une ambition unique : s’emparer de l’Etat pour assurer une croissance économique favorable aux milieux d’affaires et au marché domestique » ; sans oublier … ses propres affaires, et une certaine conception de la démocratie qu’il explicite : « J’ai pris la décision d’entrer en politique [] conformément à la théorie du contrat social que j’ai étudiée. Lorsque les individus vivent ensemble dans un Etat, ils doivent accepter de sacrifier une partie de leur liberté afin que l’Etat établisse des règles pour que tous puissent vivre ensemble dans une société juste. C’est le vrai noyau du système de représentation politique ». Cela va se traduire effectivement pour Thaksin par sa volonté de diriger et de contrôler toutes les institutions du royaume et de « vider de sa substance les garde-fous institutionnels » (commission électorale et anti-corruption, Cour constitutionnelle…), et d’éliminer toute forme d’opposition (parlementaire, militaire, médiatique, syndicale et associative). »

 

(4) 237- DU 24 FÉVRIER 1991 AU 22 SEPTEMBRE 1992 : 19  MOIS, TROIS GOUVERNEMENTS, DEUX ELECTIONS GENERALES ET UN MASSACRE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/237-du-24-fevrier-1991-au-22-septembre-1992-19-mois-trois-gouvernements-deux-elections-generales-et-un-massacre.html

 

(5) Eugénie Mérieau, Les Chemises rouges de Thaïlande, Carnet de l’Irasec / Occasional Paper n° 23. ISBN 978-616-7571-16-4, juillet 2013.

Notre lecture sur « De 2006 aux manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 , in  A124. Les chemises rouges de Thaïlande. 1    http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.html

 

(6) A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/a-219-que-penser-du-referendum-du-7-aout-2016.html

 

 

 

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