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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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24 septembre 2018 1 24 /09 /septembre /2018 22:06

 

 

PRÉSENTATION

 

Nous nous sommes penchés à plusieurs reprises sur des légendes dont les Thaïs sont friands avec leur part de merveilleux oubliant souvent leur sens critique. (1). Contes ou légendes ? La légende appartient toujours peu ou prou à l’histoire réelle ou supposée du pays et fait incontestablement partie de sa mémoire collective. Le conte lui s’inscrit dans un ordre plus mythique, récit imaginaire (encore que …) et est en général un récit anonyme transmis oralement depuis des siècles, mais il n’est pas certains que les Thaïs soient sensibles à ces différences.

 

 

Les seules histoires sans mensonges que l’on pourrait écrire devraient l’être sur un beau livre de papier blanc.

 

 

Certitudes ? Vérités ? Pourquoi ne pas aller de temps à autre puiser aux sources de l’imaginaire ?

 

Les contes locaux mis tardivement sous forme écrite ont fait l’objet de peu de traductions et encore mois d’études des érudits occidentaux. Auguste Pavie a mis en forme quelques contes concernant partiellement le Siam recueillis soit sur des manuscrits sur feuilles de latanier soit par tradition orale.

 

 

Il les a probablement sauvés de l’oubli (2). Notre ami de « Merveilleuse Chiangmaï » a mis en forme quinze de ces contes du Lanna dont l’origine remonte aux jatakas (ชาดก), récits mis en forme aux alentours de 300 avant Jésus-Christ mais qui pourraient être antérieurs au bouddhisme (3-1). 

 

 

Il nous faut également signaler la publication en 2014 du livre « Légendes du Laos », un recueil de contes traditionnels dont la traduction française a été assurée en particulier par notre ami Jean-Michel Strobino. Nous y retrouvons la version laotienne de Phra Suthon et Manora sous le nom de « Sithon et Manola » (3-2). 

 

 

Présentation de l'ouvrage dans le Bulletin de l'association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos du deuxième trimestre 2014 :

 

 

L’histoire de Phra Suthon (พระสุธน - parfois transcrit Sudhana) et de Manora (มโนราห์ – parfois transcrit Manohara) proviendrait des Pannasajataka (ปัญญาสชาดก), un texte pali qui aurait été mis très tardivement en forme par un moine bouddhiste à Chiangmai vers 1450-1470 et dont on retrouverait des traces dans des bas-reliefs de Borobodur en Indonésie qui datent du IXe siècle de notre ère (4).

 

 

Elle a inspiré des pièces de théâtre, des danses et des ballets et toute une énorme littérature populaire, petits fascicules à l’usage des enfants, bandes dessinées, dessins animés, toute littérature regardée avec condescendance par les spécialistes occidentaux de la littérature thaïe… dans laquelle nous avons puisé la traduction que nous allons vous livrer.

 

Toujours connue des Thaïs, certes puisqu’elle a en outre inspiré plusieurs séries à la télévision en 1987 et la dernière sur la 7 en 2002 (5) bien que  la littérature érudite à son sujet est squelettique (6).  Nous ne connaissons qu’une version française de ce conte (7). Tous les textes que nous avons consultés et traduits en font une histoire « venue de l’époque d’Ayutthaya » ce qui peut-être confirmé par la date ci-dessus mais provenant de toute évidence d’une tradition orale beaucoup plus ancienne. Elle est l’une des plus belles histoires de la forêt de l'Himmapan (ป่าหิมพานต์), forêt légendaire entourant le mont Meru (ภูเขา เมรุ) de la mythologie hindoue .

 

 

L’HISTOIRE : UNION – SÉPARATION – RÉUNION

 

Il était une fois, il y a très longtemps, une ville magnifique appelée Panchanakhon (ปัญจานคร). Son roi s’appelait Phrachao Athichuang (ou Athityawong - พระเจ้าอาทิจวงศ์) et la reine Phranang Chanthathewi (พระนาง จันทราเทวี). À l’époque du Bodhisattva (พระโพิ์สัตว์) elle donna le jour à un enfant qui reçut le nom de Phra Suthon  (พระสุธน).

 

 

A la même époque, il existait une autre ville appelée Mahapanchanakhon ou Panchanakhon la grande (มหา ปัญจานคร) dont le roi s’appelait Phrachao Nantharat (พระเจ้านันทราช). Son pays souffrit alors d’une épouvantable sécheresse à tel point que sa population fut contrainte à l’exil et dans son immense majorité vint s’installer dans le pays de Panchanakhon. Nantharat s’inquiéta auprès de son premier ministre : « pourquoi notre population s’est-elle enfuie, il ne reste plus que les vieillards et les infirmes ? ».

 

 

Celui-ci répondit « votre population s’est réfugiée à Panchanakhon parce que le roi des Nagas et des serpents souterrains, Chomphuchit (ชมพูจิต) favorise la bonne venue des récoltes ». Le roi furieux se demanda alors comment faire pour se débarrasser de ce démon souterrain et ne trouva pas d’autre issue que de le faire tuer.

 

 

Un brahmane se porta alors volontaire pour accomplir cette mission. Il alla lui-même voir un chasseur de la forêt appelé Buntharik (บุณฑริก) qui prétendait savoir comment tuer le roi des nagas mais néanmoins demanda au Brahmane de lui donner des conseils de magie pour l’aider à accomplir cette mission.
 

 

Buntharik partit alors en chasse dans les bois. Le hasard lui fit alors rencontrer sept kinaris (กินรี), fille du prince et savant appelé Thao (seigneur) Phumrat (ท้าวภูมิราช) et de la princesse Chantakinari (จนทกินรี). Ils habitaient les montagnes de Krailat (ภูเชาโกรลาส). Elles étaient toutes très belles et étaient descendues dans la plaine d’humeur joyeuse pour jouer dans l’eau d’un torrent en riant et folâtrant.

 

 

Demi-femmes et demi cygnes, les kinaris (ou thep kinari เทพกินรี) appartiennent à ces créatures célestes de la mythologie hindoue. Belles comme le jour, elles chantent et dansent à ravir. Elles peuvent à volonté se débarrasser de leurs ailes – qui leur permettent de voler – et de leurs queues pour retrouver forme humaine et ressembler à des femmes.

 

 

Le mont Krailat est un lieu sacré de la mythologie hindoue, situé dans la chaine himalayenne.

 

 

Le chasseur Buntharik eut alors l’idée d’enlever l’une d’entre elle, la plus belle,  pour en faire présent à Phra Suthon. Il savait en effet que celui-ci, seul enfant du roi  Athichuang et la reine Phranang Chanthathewi était devenu un jeune homme accompli, beau, intelligent et ayant acquis d’exceptionnelles qualités en particulier dans le tir à l’arc. Par ailleurs, il savait aussi que le couple royal, fier de leur fils était désireux de lui trouver une épouse digne de son rang. Or, une première candidate avait une voix rocailleuse, une autre se déplaçait sans grâce, une troisième n’avait aucune intelligence, une quatrième avait le teint blême, la suivante était incapable de chanter, une autre de danser et la septième passait son temps à rire de façon stupide et intempestive. Le royaume était alors inquiet de l’avenir de sa dynastie. Lorsque Buntharik vit les sept paires d'ailes qui gisaient sur l'herbe sur la rive, abandonnée par les kinaris pour pouvoir batifoler dans l’eau. Sur les conseils du brahmane, il utilisa les services d’un vieux serpent complaisant, en fit un lasso magique, se faufila furtivement le long de la rive et captura ainsi Manora, la plus jeune et la plus belle de toutes les jeunes filles.

 

 

l la conduisit ensuite au palais et la présenta au roi Athichuang et la reine Chanthathewi. « La Princesse Manora fera une épouse idéale pour notre prince Suthon » pensèrent le roi et la reine.

 

 

Sa beauté et son charme firent l’admiration de tous les membres de la famille royale. Le prince Suthon et la princesse tombèrent éperdument amoureux l’un de l’autre et tout le royaume se  réjouit de la nouvelle de leur mariage. Ils avaient, il est vrai, déjà été mari et femme dans une vie antérieure, Suthon sous le nom de Phrarot (พระรถ) et Manora sous celui de Méri (เมรี). L’histoire de leur vie antérieure fit d’ailleurs également l’objet d’un conte traditionnel.

 

 

Pour remercier le chasseur, Suthon lui offrit mille lingots d’or. Le jour du mariage, le prince dit à son épouse: «Manora, je suis le plus heureux des mortels. Tout ce que tu me demanderas pour assurer ton bonheur, je le ferai ». La belle Manora lui répondit « Suthon, tout ce que je te demande est que tu ne me quittes jamais. Quand tu es près de moi, je suis heureuse mais si je suis seule, je pense à mon père et à mes sœurs et je deviens triste ». Ils connurent dès lors un grand bonheur. Malheureusement, le roi avait un conseiller fourbe et cruel – il y en a toujours un aux côtés d’un bon roi dans ces belles histoires – qui craignit de perdre son pouvoir lorsque Suthon monterait sur le trône et chercha le moyen de se débarrasser de lui.

 

 

A cette époque, le roi Nantharat, probablement irrité de ce que son chasseur n’avait pas accompli sa mission qui n’était pas de trouver une épouse à Suthon mais de tuer le roi des nagas, prit la décision d’envahir le pays de Panchanakhon. Le conseiller fourbe et cruel conseilla au roi d’envoyer Suthon à la tête des armées en espérant que son inexpérience le conduirait à la mort. Le roi Athichuang tomba dans le panneau. « C’est une bonne chose, ce sera l’occasion pour mon fils de faire ses premières armes et de s’endurcir au combat ». Suthon fut donc contraint de quitter Manora, c’était peu après leur mariage : « Je dois partir conduire les troupes de mon père pour vaincre les ennemis qui ont attaqué la frontière du nord ». « Je comprends » répondit-elle.

 

 

Le prince demanda à un ami fidèle de s'occuper de Manora en son absence : « Garde-la bien, elle est le joyau de notre royaume et le trésor de ma vie. Ami, ne la néglige pas. Surveille-la nuit et jour, et en récompense de ton service, à mon retour, je te ferai mon principal conseiller juridique royal ». Malheureusement, le conseiller fourbe et cruel avait entendu cette conversation qui lui laissait penser qu’il perdrait son poste si Suthon montait sur le trône. Quand Suthon fut parti, le roi fut pris de douleurs violentes et fit un rêve étrange dont il entretint son mauvais conseiller « Dans mon sommeil, j'ai vu mon intestin se dérouler et sortir de mon corps ». Le conseiller malveillant lui affirma qu’il s’agissait de signes prémonitoires annonçant la chute de la ville et la mort de ses habitants. Il n’y avait qu’une ressource : seul un sacrifice humain, celui de Manora la femme-oiseau, apaiserait la colère des dieux. Le roi crut ces paroles mais la reine ne fut pas dupe.

 

 

Conscient de l’horreur de cette décision, le roi prit soin s’isoler la reine et de placer des gardes à sa porte. Celle-ci pensait que son mari avait perdu la raison. Elle tenta de consoler Manora en lui disant « Ne t'inquiète pas, mon enfant, nous trouverons un moyen de te sauver ». « Mère, vous savez que Suthon ne voudrait pas ma mort, s'il vous plait, apportez-moi mes ailes », supplia-t-elle.

 

Quand l’heure du sacrifice fut venue, elle annonça qu’elle devait accomplir une danse rituelle comme il était d’usage des kinaris avant leur mort. La foule s'était rassemblée pour voir le sacrifice du sang. Manora avait attaché ses ailes gracieuses. Elle se balançait doucement comme une fleur au vent. Ses bras bougeaient lentement et ses jambes guidaient ses pas. Soudain, ses ailes s'étirèrent vers l'extérieur et, aussi discrètement qu'une hirondelle, elle  s’envola, survolant le palais, vers le ciel. « Puisse-t-elle arriver chez elle en toute sécurité » murmura la reine. « Je le lui souhaite aussi » murmura son époux.

 

 

Avant de rejoindre la montagne de Krailat, Manora se rendit dans la cabane d’un vieil ermite non loin de l’endroit d’où elle avait été enlevée par le chasseur Buntharik et lui dit « Saint homme, si mon mari vient à ma recherche, donnez-lui mon anneau de rubis rouge, je vous prie ». Celui-ci lui répondit « femme-oiseau, vous savez que le prince vous cherchera jusqu'au bout du monde. Je lui donnerai votre bague et ma bénédiction ». En larmes, Manora lui répondit « Je vous remercie. S'il vous plait, essayez de le protéger du mal, apprenez lui les incantations qui l’en protégeront ». Le saint homme lui répondit « Je le ferai et plus encore, Manora. Je lui apprendrai le langage des oiseaux et des animaux et je lui donnerai des pouvoirs magiques ». Battant alors des ailes, Manora s'envola dans le ciel en direction du mont Krailat où son père et ses six sœurs l’attendaient.

 

Quand Southon revint vainqueur de la guerre, il partit à la recherche de son épouse. Celle-ci lui avait dit « je suis venue dans cette vie mais je reviendrai dans une autre ». Pendant des jours, il arpenta des pays inconnus. Partout il demandait la route vers le pays des oiseaux mais nul ne pouvait lui répondre, jusqu’au jour où il découvrit le saint ermite. Celui-ci lui remit la bague de rubis et lui dit « Oui, je peux vous indiquer le chemin vers le pays des femmes-oiseaux. La route est périlleuse mais si vous connaissez les incantations que je vais vous apprendre et que vous portez mon amulette magique, je pense que vous  y arriverez en toute sécurité. Je vous confie mon singe domestique. Ne mangez surtout  jamais une baie ou un fruit à moins que le singe ne le mange d’abord ». L'ermite lui remit l'anneau de rubis de Manora, lui enseigna des incantations ainsi que le langage des animaux et des oiseaux et lui indiquant la direction du nord.

 

 

Il voyagea ainsi dans la jungle, les forêts, les montagnes affrontant des animaux sauvages et des géants démoniaques (yakmara -  ยักษ์มาร). L’un d’entre eux était sept fois plus grand que lui. Il soufflait des flammes par les narines. Suthon prononça alors les incantations que lui avait appris l’ermite et le yak s’inclina devant lui. Il lui fallut ensuite traverser une rivière de feu. Suthon prononça encore les incantations et immédiatement un serpent géant s’étendit qui lui permit de marcher sur son dos et de traverser. Ce fut finalement un oiseau magique tout d’or et d’argent sur lequel il put chevaucher qui le conduisit jusqu’à Krailat.

 

 

La montagne sacrée était sous la juridiction de Phumrat. Celui-ci consentit alors à lui rendre sa fille à la seule condition qu’il réussisse cinq épreuves avec son arc, que sa flèche traverse sept planches, sept rochers, sept plaques de fer, sept plaques de cuivre et ensuite la mer et les montagnes.

 

 

Lorsque la flèche disparut, le roi le soumit encore à une dernière épreuve, ses sept filles étant toutes aussi belles, il fallait que Suthon reconnaisse Manora. Le dieu Indra (พระอินทร์) vint alors à son secours en le prenant en pitié, il se transforma en mouche d’or et se posa sur le front de Manora. « Prince Suthon, vous pouvez emmener la princesse Manora ma fille dans votre pays » lui dit alors Phumrat. Ils revinrent tous deux chevauchant l’oiseau d’or et d’argent.

 

Le voyage avait duré sept ans, sept mois et sept jours.

 

 

 

OÙ EST LE MONT KRAILAT ?

 

 

Nous l’avons déjà rencontré, lieu de séjour sacré de créatures célestes à propos de « La légende des sept déesses de Songkran » (1).

 

 

Il abrite les kinaris (ou thep kinari เทพกินรี), demi-femmes et demi cygnes, ces créatures célestes de la mythologie hindoue. Belles comme le jour, elles chantent et dansent à ravir. Elles peuvent à volonté se débarrasser de leurs ailes – qui leur permettent de voler – et de leurs queues pour retrouver forme humaine et ressembler à des femmes. Notre ami Jean-Michel Strobino que nous venons de citer au sujet de sa contribution à la traduction en français de la version laotienne de ce conte et qui par ailleurs connait bien la mythologie liée au « Kailash » nous a donné quelques explications dont nous le remercions :

 

« A l’origine était le mont Méru… ».

 

 

En effet tous les textes sacrés des trois principales religions centre-asiatiques (bouddhisme, hindouisme, jaïnisme), depuis les plus anciens, parlent d’une montagne qui correspond dans leurs cosmologies respectives à l’axe du monde, le centre de tous les univers : physique, métaphysique et spirituel. Celle-ci porte le nom de Meru ou Su Meru (le grand Meru, le saint Meru) en sanskrit, lingua franca de l’époque où sont apparues ces religions (en thaï contemporain Khao Phra Meru ou Khao Phra Sumeru  - เขาเมรุเขาพระสุเมรุ

 

« Et le mont Méru s’est fait chair… ». Cette montagne n’a longtemps été qu’une représentation purement symbolique qui n’existe pas réellement. Cependant, pour permettre aux profanes une meilleure compréhension de cette notion abstraite, le Mont Meru a fait l’objet de nombreuses tentatives de description et de localisation plus ou moins concrètes. Ainsi, le traité d’astronomie indienne Surya Siddhanta  (VIe siècle avant J.C), le situe « au milieu de la terre », sans indiquer si c’est en surface ou au centre.

 

 

Un autre texte le décrit comme une montagne immense de 84.000 yojana d’altitude (soit plus d’un million de kilomètres !). Enfin un ancien traité de cosmologie représente le Mont Meru encadré aux quatre points cardinaux par quatre autres montagnes dont le Mont Kailasha au sud.

 

 

Ce dernier qui existe vraiment (situé dans l’ouest du Tibet) et qui possède des caractéristiques exceptionnelles (pic proéminent de 6.638 m. qui peut faire penser à un linga, situation dominante au bord du lac Manasarovar rappelant l’océan primordial, nombreux fleuves d’Asie méridionale - Indus, Sutlej, Brahmapoutre, Gange – prenant leur source à proximité…), s’est facilement imposé et substitué au fil du temps au Mont Meru originel dont il a hérité de tous les pouvoirs.  Voilà comment on est passé du Mont Meru mythologique au Mont Kailash bien réel !

 

 

 

Par la suite le terme sanscrit Kailasha (qui signifie « cristal ») a subi toutes les déformations possibles selon les adaptations et transcriptions qui en ont été faites au fil des siècles dans les différentes langues des pays d’Asie : Chine, Thaïlande (Krailat), Laos, Cambodge, Birmanie, Sri Lanka et jusqu’en Indonésie. Mais les deux formes (Meru et Kailasha) dans leurs différentes transcriptions continuent de coexister, selon que l’on se réfère à la montagne mythologique ou au lieu sacré où l’on effectue le pèlerinage (ou yatra).

 

 

Petite anecdote : le point culminant de l’île de Java est le Mont Semeru (3.676 m.) qui n’est autre que la transcription très peu altérée du Su Meru originel. Dans ce cas, il est curieux de remarquer que les habitants n’ont pas eu besoin de choisir le lointain Kailash pour se représenter le mythique Mont Meru puisqu’ils avaient sous leurs yeux cet impressionnant volcan local à la forme particulière avec son petit panache de fumée qui faisait amplement l’affaire ! Un Kailash local en quelque sorte auquel a donc été donné le nom d’origine ! Ce qui confirme un peu plus cette démonstration… (J.M. Strobino).

 

 

UN PARALLÈLE DES TRADITIONS  MYTHOLOGIQUES ?

 

Cette histoire se retrouve dans le folklore du Laos, du Myanmar, du Cambodge, du Sri-Lanka, du nord de la Malaisie et de l’Indonésie avec bien évidemment des variantes (8). Reflète-t-elle un très ancien épisode historique, une sécheresse exceptionnelle entraînant des migrations et des guerres, une époque restée présente dans la mémoire collective et transmise de génération en génération après avoir été embellie ?

 

 

Si les deux cités de Panchanakhon et Panchanakhon-la-grande sont probablement imaginaires, la référence au Bodhisattva (l’illumination) situerait l’histoire à l’époque de Bouddha.

 

 

Mais il est des coïncidences singulières :

 

Souvenons-nous du sacrifice d’Iphigénie, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre (9)

 

 

ou encore des multiples transformations de Zeus en animal et celle de la nymphe océanide Métis, déesse à part entière, qui se transforme en mouche.

 

 

 

N’oublions pas les sirènes de la mythologie grecque, qui sont aussi des femmes mi-oiseaux qui chantent et dansent à la perfection,

 

 

et le long voyage de retour d’Ulysse qui dura 10 années au cours desquelles il dût faire face au chant des sirènes, affronter le géant Cyclope

 

 

et enfin montrer son habileté à l’arc pour retrouver son épouse bien aimée.

 

 

Faut-il y voir le signe d’une interpénétration des deux cultures, la culture brahmanique et celle des Athéniens de l'époque hellénistique ? (10)

NOTES

 

(1) : Voir en particulier nos articles :

A 215 – « เจ็ดนางสงกรานต์ : LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN   »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-215-la-legende-des-sept-deesses-de-songkran.html

INSOLITE 4. « THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES … »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

A 51. « Cinéma thaïlandais : La légende de Suriyothai »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html

A 115. « Revenons sur les rapports entre l'histoire et "la légende de Suriyothaï" » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a114-revenons-sur-les-rapports-entre-l-histoire-et-la-legende-de-suriyothai-i-118521492.html

 

(2) Auguste Pavie « Contes populaires du Cambodge, du Laos et du Siam », Paris, 1903. Louis Finot a été plus complet mais ne nous parle que des contes du Laos : « Recherches sur la littérature laotienne » in Bulletin de l’école française d’Extrême-Orient, 1917, tome 17, pp 1-218.

 

(3-1) https://www.merveilleusechiang-mai.com/articles/15-contes-legendes

(3-2)  Mixay Somsanouk « Légendes du Laos » (ISBN : 974843432X,  Éditeur WHITE LOTUS PRESS.

Une édition anglaise a également été publiée : 

 

 

(4) https://en.wikipedia.org/wiki/Manohara

 

(5) La série comporte 11 épisodes de 45 minutes et commence avec les précédentes vies de Suthon (พระรถ) et Manora (เมรี) disponibles sur Youtube.

https://ipfs.io/ipfs/QmXoypizjW3WknFiJnKLwHCnL72vedxjQkDDP1mXWo6uco/wiki/Prasuton_Manorah_(TV_series).html

 

(6) Henry D. Ginsbur Hemmet « THE MANORA  DANCE-DRAMA : AN INTRODUCTION » in Journal de la Siam society, 1960-II, pp.169-181.

Christine Hemmet y fait allusion : « Le Nora du sud de la Thaïlande : un culte aux ancêtres »  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, Tome 79 n°2, 1992. pp. 261-282;

 

(7) « Histoire de Nang Manora et Histoire de Sang Thong : deux récits du recueil des cinquante Jataka » aux Presses Salésiennes, Tokyo, 1947.

 

 

Il existe une version anglaise numérisée :

https://www.gotoknow.org/posts/458723

 

(8) Voir Henry D. Ginsburg « The Sudhana – Manohara – a tale in Thai », 1994.

 

(9) Au début de la guerre de Troie, la flotte des Achéens était bloquée dans le port d’Aulis à la suite d’une faute commise par Agamemnon contre la déesse Artémis. Afin de faire partir cette flotte, Agamemnon interrogea le devin Calchas qui lui répondit qu’il ne pourrait apaiser la colère de la déesse qu’en lui sacrifiant Iphigénie, sa propre fille. Comme tout bon père, Agamemnon s’opposa à ce sacrifice, mais Ulysse et Ménélas parvinrent à le convaincre d’accepter. Il dut monter un stratagème avec l’aide de la déesse Artémis qui l’avait prise en pitié pour que sa fille fût remplacée in extrémis  par une biche.

 

(10) Voir Marie-Pierre Delaygue : « Les Grecs connaissent-ils les religions de l'Inde à l'époque hellénistique ? » In : Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°2, juin 1995. pp. 152-172;

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11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 01:16

 

LES DÉBUTS  ET UNE CONTROVERSE SUR  LEUR  DATE

 

L’orientaliste Gérald Duverdier dans une très complète étude sur l’histoire de l’imprimerie au Siam situe son apparition peu après 1830 (1). Il s’appuie sur des témoins dignes de foi, Monseigneur Pallegoix tout d’abord (2),

 

 

John Bowring ensuite (3)

 

 

et Léon de Rosny enfin (4).

 

 

Avant cette date, la reproduction des écrits aurait donc été faite par des copistes sur manuscrits ?

 

Mais cette version est formellement contredite par un article beaucoup plus ancien de P. Petithuguenin (5). Selon lui « La Mission Catholique établie à Ayuthia en 1662 parait avoir imprimé en caractères romains un certain nombre d'ouvrages religieux en langue siamoise, une grammaire et un dictionnaire. Ces œuvres étaient dues à Mgr. Louis Laneau, évêque de Metellopolis. Apres la destruction d'Ayuthia Ia Mission se réorganisa à Bangkok et imprima, en 1794, toujours en caractères romains, un catéchisme et d'autres ouvrages actuellement perdus ». Et il continue : « En 1830 l'imprimerie de la Mission était en pleine activité mais ce ne fut qu'en 1850 qu'elle publia pour la première fois un livre contenant des caractères siamois ».

 

 

Monseigneur Louis Laneau, vicaire apostolique du Siam et Evêque « in partibus » de Métellopolis en 1669

 

Monseigneur Laneau pour sa part jouissait sinon de l’amitié du moins de la confiance du Roi Naraï. Adrien Launay, l’historien des Missions étrangères, nous dit « … Cette petite course apostolique si heureusement consommée augmenta si fort le zèle de M. Laneau pour tous les Siamois, qu'il se pressa d'achever l’étude des langues de Siam et baly (Pali), dont la dernière est absolument nécessaire pour acquérir la connaissance parfaite de la religion du pays et c'est pour cette raison qu'il fit une grammaire et un dictionnaire de l'une et de l'autre langue. Il tourna aussi en Siamois les prières et la doctrine chrétienne et composa en même langue un petit écrit divisé en quatre parties, dont la première traite de l'existence de Dieu; la seconde, des mystères de la Trinité et de l'Incarnation la troisième, des marques de la vraie religion et la quatrième les erreurs de la religion du pays »…. « Le plus grand service que M. l'évêque de Métellopolis ait rendu à ces missions, et principalement à celle de Siam, sont les livres qu'il a composés. Ce prélat paraissait né pour l'étude c'était peut-être un des plus savants … Le feu roi de Siam prenait beaucoup de plaisir à lire ces livres qui commençaient à se répandre entre les mains des Siamois » (6).

 

 

 

Comment ces ouvrages se répandirent-ils ? Sous forme imprimée ou sous forme de multiples copies ? Nous avons une certitude en tous cas, c’est qu’ils n’utilisent pas les caractères thaïs mais une transcription utilisant des caractères romains.

 

 

Pour Gérald Duverdier « Ces livres existent en effet, mais manuscrits, et nous avons déjà vu … que l'on prenait trop souvent le mot « publier » dans le sens d'imprimer et que l'on confondait l'impression avec la rédaction d'un livre….Pour les livres siamois de Mgr Laneau au contraire, rien n'indique qu'ils aient jamais été imprimés » (7).

                  

Pour lui, il s’agit d’une légende qui aurait pu naître de la visite de l'Imprimerie Royale en décembre 1686 par les ambassadeurs du Siam et dont le « Mercure galant » en fit une relation qui montrait les Siamois fort enthousiastes (8).

 

 

Est-il possible que, utilisant les services de ses chrétiens portugais, Monseigneur Laneau ait fait construire à Ayutthaya une petite presse et leur ait fait tailler des fontes en bois ou en terre cuite ? La presse attribuée à Gutenberg n’est pas d’une grande complexité et sa confection est à la portée du premier menuisier venu ? Elle n’a rien à voir avec la complexité du matériel utilisé par l’Imprimerie royale alors à la pointe du progrès ? Pourquoi pas ?

 

 

C’est toutefois une possibilité antérieure à la révolution de 1688 qu’exclut Gérald Duverdier tout autant que la possibilité de l’installation d’une imprimerie sous le règne de Naraï. Monseigneur Laneau est toutefois cité sur plusieurs sites Internet thaïs comme étant l'un des missionnaires catholiques français à avoir créé en 1662 la première imprimerie au Siam pour diffuser les enseignements chrétiens, un catéchisme, des prières chrétiennes, un traité religieux, les évangiles rédigées en siamois, éditer une grammaire du thaï et du pali et un dictionnaire thaï et pali le tout, la traduction des lettres envoyées au roi de Siam par Louis XIV et par Clément IX ...

 

 

avec des caractères romains, mais tous ces ouvrages ont disparu (9). Les ouvrages catholiques antérieurs à l'invasion birmane de 1766, qui dispersa la communauté chrétienne de Siam, sont assez rarissimes car, lorsque les missionnaires purent reprendre leurs prédications, ils ne retrouvèrent plus les livres sacrés et il leur fallut les rédiger à nouveau. A cette époque d’ailleurs, il se serait perdu un grand nombre d'ouvrages profanes dont on n'a plus retrouvé d'exemplaires.

 

On peut aussi et enfin penser que Monseigneur Pallegoix, arrivé au Siam en 1830 aurait signalé - s’il en avait eu connaissance- l’existence d’une imprimerie même sommaire à Ayutthaya un siècle et demi auparavant ?

 

 

Le titre d'évêque de Métellopolis a été porté par trois vicaires apostoliques du Siam : Mgr Lanneau mort en 1696 dont nous venons de parler, Mgr Lebon mort en 1780 dont nous ne trouvons trace dans l’histoire de l’imprimerie catholique et enfin Mgr Garnault.

 

Monseigneur Arnaud-Antoine Garnault,  vicaire apostolique du Siam et Evêque « in partibus » de Métellopolis en 1785

 

 

Gérald Duverdier signale une possible confusion entre un autre évêque de Métellopolis, Monseigneur Arnaud-Antoine Garnault, nommé en 1785 (10) qui aurait créé une imprimerie à Bangkok en 1772 et qui fut victime de la catastrophe de 1787. Pour lui, la prononciation siamoise des noms Garnault et Laneau aurait créé cette confusion ? L’explication nous semble toutefois totalement fuligineuse. Monseigneur Garnault fit imprimer des ouvrages religieux en siamois à l’attention des fidèles siamois mais transcrits en caractères romains depuis Pondichéry et ensuite depuis l’île de Penang aux mains des Anglais où il était réfugié pour échapper aux persécutions siamoises. Dans diverses correspondances adressées à ses supérieurs, il réclame l’envoi de caractères d’imprimerie qui ne lui furent envoyés que tardivement compte tenu des troubles révolutionnaires en France (11). Néanmoins Monseigneur Pallegoix ignore l’existence de son imprimerie alors qu’elle était bien réelle.

 

 

LE PREMIER OUVRAGE IMPRIMÉ AU SIAM : 1796 ( ?)

 

L’imprimerie de Monseigneur Garnault fut installée dès qu’il revint au Siam (1795 ou 96) dans l'église de Sainte-Croix (« nai wat sancta Cruz, Bangkok »), la paroisse portugaise de la ville ainsi qu’il apparait de la reproduction de la page de garde d’un ouvrage religieux daté de 1796 « ère de la rédemption du monde »,( l’année où il put se réinstaller à Bangkok), intitulé « Kham son Christiang », transcription de คำสอน คริสเตียน (Khamson Khrittian) ce qui signifie « enseignement chrétien ». Gérald Duverdier le qualifie de « première impression de Bangkok »… sinon la première, la première retrouvée et connue en tous cas.

 

 

Il est imprimé en caractères romains. La vignette de la page de garde porte le portrait du jésuite italien saint Louis de Gonzague, ce qui semble montrer que les fontes proviennent d’une imprimerie de jésuites, probablement de Goa, Macao ou Manille, où les jésuites étaient fortement installés.

 

 

C’est tout simplement un catéchisme dont Monseigneur Garnault est  le rédacteur selon le site des Missions étrangères. La piètre qualité de l’impression nous laisse à penser qu’il s’agit de gravures sur bois ou sur terre cuite ce qui suppose un matériel rudimentaire. Dans l’une des correspondances adressées à ses supérieurs (11), il se plaint en effet de l’usure rapide des fontes, ce qui établit qu’elles n’étaient certainement pas en métal. Comme le signale Gérald Duverdier, seul Adrien Launay, l'historiographe des Missions étrangères mentionne cette impression (12). Il en existe plusieurs reproductions sur Internet ce qui laisse à penser qu’il connut une certaine diffusion.

 

 

Les missionnaires protestants

 

Ce n’est qu’en 1828 que nous verrons apparaître un ouvrage imprimé avec des fontes thaïes en provenance de Serampore (au Bengale) et imprimé à Calcutta (au Bengale aussi) celui du Capitaine James Low (13). Les fontes thaïes proviendraient d’un premier catéchisme imprimé aux Indes en 1819 ? Selon Gérald Duverdier, Low, capitaine de l’armée des Indes à Madras ...

 

 

avait composé sa grammaire en 1822, l'année où le gouverneur des Indes avait envoyé à Bangkok John Crawford pour obtenir l'ouverture du Siam au commerce anglo-indien. L'échec de la mission Crawford explique peut-être que l’impression de cet ouvrage fut tenue en sommeil. James Low en déposa le manuscrit à l'Asiatic Society de Calcutta dont il était membre. C’est en raison du succès de la mission Burney en 1826 que l’ouvrage fut ensuite publié deux ans plus tard sous l’égide de la Baptist Mission Press de Calcutta.

 

 

Bien que truffée d’erreurs grammaticales et de fautes d’impression – Low en mission en Malaisie ne put superviser les épreuves définitives et donner le  « bon à tirer » - et bien que comportant des fontes dont la qualité esthétique n’est pas la qualité majeure, sa grammaire a le mérite d’exister.

 

 

Du Bengale, l’imprimerie passera ensuite à Singapour sous l’égide de la London Missionary Society (L.M.S.) et après quelques péripéties judiciaires dont nous vous faisons grâce, à une « Singapore Institution ». Nous connaissons, imprimé à Singapour en 1835, un petit fascicule intitulé Khamson phrasasana (คำสอนพระสาศะหนา - enseignement de Dieu). C’est un petit livret contenant un résumé de l'Évangile de Saint Matthieu. Il est probablement l’un des premiers à utiliser la typographie thaïlandaise pour l'impression de textes en langue thaïe ? Peut-être est-il de Low ?

 

 

Nous avions déjà vu arriver à Bangkok en 1813 les missionnaires baptistes de l' « American Board of Commissioners for Foreign Missions »  (A.B.C.F.M.) (อเมริกั คู่สังกัดคณะ - Amerikan khusangkatkhana) qui se lancèrent dans l’imprimerie à Bangkok cette fois dès 1833 avec de gros moyens matériels, les presses et les fontes venues des États-Unis. En 1842 John Taylor Jones, missionnaire baptiste,

 

... publie « Briefs grammatical notices of the siamese language ».

 

 

L’ouvrage oublie singulièrement 8 des 44 consonnes de l’alphabet et la qualité des fontes n’est pas encore au rendez-vous.

 

Il publie l’année suivante une traduction du Nouveau testament en thaï réédité en 1850. Il semble d’ailleurs avoir reçu l’aide de Monseigneur Pallegoix partant d’une version des évangiles en grec :

คือคำภีร มงคลโอวาดอันสำแดง คำสาญใหม่ ซึ่ง พระเยซูคริศเจ้า ให้ประกาษ ไว้แก่มนุษ ท้างปวง -

khuekhamphira mongkhonowatansamdaengkhamsanmaisueng phrayesukhritchao  haiprakatwaikaemanutthangpuang.

 

 

En 1835 était arrivé de Singapour l’infatigable et très érudit Daniel Beach Bradley qui aura rapidement la responsabilité de l’imprimerie de Bangkok (14).

 

 

Monseigneur Pallegoix.

 

Du côté catholique, l’arrivée de Monseigneur Pallegoix en 1830 va relancer l’imprimerie de Bangkok qui, créée en 1836, tournera à plein à partir de 1838. Nous connaissons de son imprimerie un petit ouvrage en thaï romanisé intitulé

« akson europa cheek tam phasa thai samrab dek phu'ng hat rien nangsu  » daté de 1838 : อักษรยุโรปแจกตามภาษาไทยสำหรับเด็กพึ่งหัดเรียนหนังสือ « Caractères européens tirés de prières, destinés aux enfants qui commencent juste à apprendre à lire et à écrire ». Il n’est d’ailleurs pas exclusivement religieux : destiné aux prêtres catholiques qui enseignent le catéchisme aux Siamois, il contient une introduction  des notions de base sur la langue un chapitre destiné à enseigner à un prêtre catholique thaïlandais ce qu’il doit faire pendant la messe. Notons qu’un exemplaire de cet ouvrage a été mis en vente il y a peu de temps sur le site d’une maison de négoce de livres anciens pour une somme de 20 euros ce qui laisse à penser qu’il a connu une grande diffusion ?

 

 

 

L’imprimerie de l’Assomption utilisera des caractères siamois à partir de 1850 dont il est probable qu’ils lui ont été fournis par la mission baptiste ? Il faut mettre à l’actif du prélat, ce que nul ne semble avoir fait à ce jour, une innovation majeure dans les fontes thaïes. Nous connaissons son œuvre grammaticale toujours de référence dont la qualité sur le fond dépasse largement celle de la grammaire de Low et celle de Taylor-Jones (15). Elle fut imprimée à Bangkok à l’imprimerie du collège de l’Assomption.

 

 

Nous avions constaté que les fontes utilisées notamment dans son grand Dictionarium linguœ thaï, étaient d’une qualité bien supérieure à celles, baveuses, épaisses et sans élégance, qu’avaient utilisées ses deux prédécesseurs. Il est probable que Monseigneur Pallegoix a mis, pour sa rédaction, à contribution le futur roi Rama IV (16).

 

En 1854, fort du soutien de Napoléon III, il fit éditer par l’Imprimerie impériale aujourd’hui nationale son dictionnaire, un vrai dictionnaire, fruit de plus de 20 ans d’un travail de bénédictin, le premier vrai dictionnaire multilingue. Pour des raisons propres aux besoins de sa mission, le livre est rédigé en trois langues européennes et se présente donc ainsi : écriture thaïe – thaï phonétique (prononciation) – latin – français – anglais. Il revint en France pour l’y faire imprimer. Sur ordre de l’Empereur, l’Imprimerie impériale fit graver par Bertrand Lœuillet un corps complet de types siamois sur 18 points typographiques, avec lettres crénées fondues suivant un procédé conforme à celui dont on fit usage pour les caractères grecs dits du Roi (17). Une frappe de matrices de ce caractère avait été demandée à l'Imprimerie impériale pour le service du roi. N’entrons pas dans des détails qui relèvent de la typographie qui n’est pas de notre compétence. Si ces difficultés sont aujourd’hui réglées avec nos systèmes de traitement de texte, il n’en fut pas toujours ainsi : problème d’accentuation ou de signes diacritiques sur les majuscules. C’était le cas avec les lettres grecques comportant des accents et des « esprits » (signe diacritiques). Le problème se compliquait avec le thaï, même s’il ne connait pas la majuscule, lorsque la consonne peut être surmontée vers le haut de deux signes (voyelle et diacritique) ou d’un signe vers le bas (voyelle) et d’un signe diacritique vers le haut. Le choix de la taille du 18 points rend la lecture plus lisible pour celui qui est habitué aux caractères romains. Le crénage  est l'ajustement de l'espacement entre les lettres d'une police de caractères à chasse variable (la largeur du dessin) ou l’espacement entre la lettre et les diacritiques. Dans une fonte de caractère créée dans les règles de l'art, le crénage est fait manuellement par le fondeur pour toutes les paires de caractères une à une. La police des « Grecs du roy » de Claude Garamont figure toujours dans votre traitement de texte sous le nom de Garamond (18). Beaucoup plus fine que celle que nous utilisons, elle a un avantage inappréciable en imprimerie, c’est tout simplement d’économiser l’encre : voir les pâtés des caractères de Low et de Jones (19). Ce ne sont peut-être guère que de vulgaires détails techniques mais d’une importance essentielle pour la facilité de la lecture et l’esthétique.

 

La réédition de cet ouvrage supervisée par Monseigneur Vey se fera à l’imprimerie de la mission en 1896 ...

 

 

avec les mêmes caractères. L’imprimerie thaïe doit à Monseigneur Pallegoix et à l’Imprimerie impériale parmi les plus belles de ses fontes à cette époque. Il est fort probable que l’imprimerie officielle siamoise dont nous allons parler utilisa les fontes de Monseigneur Pallegoix provenant de l’Imprimerie impériale.

 

 

Le passage de l'imprimerie missionnaire à l'imprimerie administrative,  commerciale, scolaire et toujours religieuse.

 

Ainsi, les premiers livres imprimés en thaï furent essentiellement la traduction de textes chrétiens par les missionnaires étrangers, catholiques ou protestants. Nous connaissons toutefois sortant de ce cadre religieux le Nirat muang London (นิราษเมืองลอนดอน) publié en 1881 par les presses de Bradley, un petit ouvrage de 95 pages décrivant les beautés de Londres par Mom Rajoday, qui était l'interprète en chef de l'ambassade du Siam à Londres en 1857-1858.

 

 

Bradley est également à l’origine du premier journal thaï publié en 1844 et 1845 puis suspendu pendant 20 ans et réédité à partir de 1865, à la fois en édition thaïe (หนังสือจดหมายเหตุ) et anglaise sous le nom de Bangkok recorder dans lequel celui qui n’était pas encore le roi Mongkut ne dédaignait pas d’écrire.

 

 

Bradley publie aussi à partir de 1847 le « Bangkok Calendar » en anglais. C’est une espèce d’almanach contenant des renseignements pratiques à la seule intention des anglophones et dont tout message religieux est absent.

 

 

Mais cette nouvelle technique intéressa très vite la Cour qui en fit usage en 1839 pour publier une proclamation royale interdisant le fumage et le commerce de l'opium sous le règne de Rama III (Nang Klao) qui le fit tirer sur les presses de   l’A.B.C.F. en 9.000 exemplaires.

 

En 1858, le roi Mongkut (Rama IV) présida à la création d’une imprimerie officielle en particulier pour imprimer à partir de 1858 la Gazette Royale (ราชกิจจานุเบกษา - ratchakitchanubeksa), ainsi que les documents administratifs, les lois et décrets tirés en général à 2.000 exemplaires mais aussi des rapports de voyage, des discours, et des descriptions des provinces de Thaïlande et des pays étrangers.

 

 

Nous en avons un exemple avec une édition posthume en 1923 de l’ouvrage du roi Chulalongkorn sur la tribu des Négritos บทละคอนเรื่องเงาะป่า  (Botlakhon ruang Ngo Pa).

 

 

L’imprimerie utilisa immédiatement des fontes métalliques mais dut importer du papier d’Europe le papier khoi local (Samut Khoi  - สมุดข่อย), tiré de l’écorce de l’arbre Streblus asper Lour utilisé pour les manuscrits se prêtant mal à l’impression.

 

 

ET LES  CHINOIS ?

 

 

 

Si l’imprimerie est apparue tardivement au Siam, XVIIe ou XVIIIe siècle, l(absence des Chinois en ce domaine est singulière : Ils sont présents dans le pays depuis des centaines d’années, à Ayutthaya dès le XIIIe siècle, ils sont maîtres de son économie et connaissaient depuis le début de notre ère la xylographie (20). Au XIe siècle environ ils auraient inventé la véritable imprimerie en pratiquant la typographie avec des caractères mobiles en bois, en terre cuite ou en porcelaine, beaucoup plus tard en métal.

 

 

On peut se demander, mais la question restera sans réponse, s’il n’existait pas au sein de la communauté chinoise des documents imprimés qui n’ont pas débordé en dehors de leur cercle ? Étonnons-nous toutefois que la question n’ait pas – sauf erreur – été étudiée à ce jour. Si l’on en croit Monseigneur Pallegoix, il y avait au Siam à son époque 1.500.000 Chinois sur une population de 6, le quart et à Bangkok 200.000 sur une population de 400.000, la moitié. Tous ne sont pas des coolies illettrés.

 

S’il y eut des imprimés chinois, peut-on expliquer qu’il n’en reste trace ? Gérald Duverdier fait fi d’un phénomène naturel qui explique la possible disparition d’imprimés datant de plus d’un siècle, ce sont tout simplement les effets du climat tropical, son soleil et son humidité, des termites, des fourmis, des souris et des insectes.
 

 

Nous en avons deux bons exemples :

 

- Gérald Duverdier cite d’abondance le « Bangkok Calendar » mais le plus souvent au vu de références à d’autres ouvrages qui le citent, notamment le « Siam repository » dont beaucoup d’exemplaires ont été numérisés dans les Universités américaines.

 

 

Comme beaucoup de ces premières impressions, les exemplaires ont disparu des bibliothèques siamoises : Il nous indique que le British Museum détient les seules années 1859, 1860, 1861, 1863, 1864, 1866 et 1869 alors que l’ouvrage fut imprimé à partir de 1839. Deux exemplaires seulement (1862 et 1865) sont numérisés sur un site californien.

 

 

- Il ne semblait pas qu’il y ait existé jusqu’en 1985 dans les bibliothèques siamoises privées ou publiques une collections complète du Bangkok recorder  si ce n’est les seize numéros publiés entre juillet 1844 et octobre 1845 à la bibliothèque nationale de Bangkok : effets du climat tropical, des termites, des souris et des insectes. Quant à la nouvelle édition du Bangkok Recorder à partir de janvier 1865,  elle était absente de la bibliothèque nationale pour l’édition en anglais et deux volumes seulement pour l’édition en thaï (21).  Cette année-là pourtant les descendants de M. Hamilton King, ancien ambassadeur des États-Unis de 1898 à 1912 (22) ont transmis à la Bibliothèque nationale un ensemble relié de 14 volumes du Bangkok recorder (23), un ensemble presque complet de 160 numéros puisqu’il n’en manque que deux, dont la plupart seraient comme neuf et contenant les années disparues. Pendant 140 ans ce trésor historique, la collection complète du premier journal imprimé au Siam (24) était considéré comme au moins partiellement perdu. Sera-t-il-numérisé un jour ?

 

 

S’il y eut des impressions chinoises à cette époque à l’intention de la seule colonie chinoise, elles ne devaient guère sortir de la colonie chinoise et ont parfaitement pu disparaitre du circuit pour des raisons identiques comme vraisemblablement de nombreux ouvrages imprimés depuis les débuts de l’imprimerie et plus encore les anciens manuscrits sur feuilles de latanier qui dorment dans les secrétaires des temples.

 

 

L'imprimerie est désormais depuis le règne de Rama IV en quelque sorte dans le domaine public. Notre propos s’arrête donc là.

 

 

NOTES

 

(1) Gérald Duverdier « La transmission de l'imprimerie en Thaïlande : du catéchisme de 1796 aux impressions bouddhiques sur feuilles de latanier » In  Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 68, 1980. pp. 209-260;

 

(2) Mgr Pallegoix : Description du royaume thaï ou Siam (1854, volume 2, page 304) : « Jusqu'en 1835 l'imprimerie était inconnue à Siam. Il n'existait alors qu'un très-petit nombre de livres de religion, composés par les anciens missionnaires, que les élèves du collège transcrivaient avec beaucoup de peine et perte de temps. D'ailleurs, le style de ces livres était suranné, incorrect et dépourvu d'élégance. Après avoir acquis une connaissance exacte de la langue, nous avons corrigé les livres qui existaient, et nous en avons composé d'autres »

 

(3) John Bowring : « The Kingdom and people of Siam » (1857, volume 1, p. 279): « Siamese types for printing were first prepared by the Protestants missionaries in 1835 » (Les fontes siamoises furent pour la première fois préparées par les missionnaires protestants en 1835)

 

(4) Léon de Rosny « Notice sur l’écriture thaïe ou siamoise » in Archives paléographiques de l’Orient et de l’Amérique » (tome I de 1869 pp 61-77) est plus prolixe : « L’imprimerie est très récente dans le royaume de Siam. Parmi les ouvrages publiés par les Européens dans ce pays, le plus ancien qui soit parvenu jusqu’à moi porte la date de 1839. Avant l’arrivée des Européens, les Siamois ne possédaient que des manuscrits dans leurs bibliothèques, et les bons calligraphes étaient en grand honneur parmi eux. De nos jours encore, les  manuscrits sont de beaucoup préférés aux imprimés, et les artistes indigènes se plaisent à les orner de  toutes sortes de peintures. Ces manuscrits sont pour  la plupart pliés en paravents et écrits à l’encre noire sur carte blanche ou à l’encre jaune ou blanche sur carte noire. Il existe également des manuscrits siamois gravés au stylet sur feuilles d'olles » (latanier).

 

 

Nous pouvons ajouter à ces citations – la liste n’est pas limitative -  Bruzen La Martinière qui écrit en 1735 «  L'Histoire Siamoise est pleine de fables. Les Livres en sont rares, parce que les Siamois n'ont point l’usage de l'Imprimerie » (« Introduction à l’histoire de l’Asie, de l'Afrique et de l'Amérique » - tome I, p. 241) ou encore François Turpin qui écrit en 1771 « Ce peuple n'a jamais connu l'art de l'Imprimerie, qui seul peut consacrer les vertus  et les faiblesses de ceux qui président aux destinées publiques » (Histoire civile et naturelle du royaume de Siam – tome 2, p.4)

 

(5) P. Petithuguenin : « L'Imprimerie au Siam »  In  The Journal of the Siam society, vol. 8, 1911, pp. I-IV.

 

(6) « Monseigneur Louis Lanneau fut nommé en 1673 évêque de Métellopolis, et vicaire apostolique de Nankin et du Siam, il fut sacré à Juthia le 25 mars 1674, et alla ensuite s'installer à Bangkok. Il obtint du roi un terrain sur lequel il construisit une église dédiée à l'Immaculée-Conception … » nous dit sa biographie sur le site des Missions étrangères de Paris : https://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-biographiques/laneau

(7) Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – documents historiques », tome I,  Paris, 1929, pp. 22 et 334. Le même ouvrage sous le titre « Ouvrages de doctrine ou de controverse » (pp. 92-93) nous donne une liste datée de 1687 des ouvrages dont il fut l’auteur, œuvres d’apologétique, certains en langue siamoise, les autres en latin.

 

(8) « Mercure galant », janvier 1687, 2e partie, pp. 261-268

 

 

(cité également par Petithuguenin et Gérald Duverdier : « On les a aussi menés à l'Imprimerie du Roy, dont Mr Mabre Cramoisy est Directeur. II y avait fait mettre plus purs brasiers, afin qu'il s'y répandit par tout un air chaud. Il les conduisit d'abord au lieu où sont les casses des Composteurs, pour leur faire voir comment on assemble les caractères. Ils furent surpris de la vitesse avec laquelle les ouvriers levaient les lettres, et particulièrement les petites·; car l'Ambassadeur fit de lui-même la différence des gros et des petits caractères qu'il confronta les uns contre les autres. Il demanda à Mr. Cramoisy de quel métal ces lettres étaient si on les faisait en France. ….Ils s'attachèrent ensuite à examiner le travail de chaque presse, et l’ambassadeur fit plusieurs questions à Mr Cramoisy …

 

 

(9) Par exemple (en thaï) https://www.smile-siam.com/history-printing-of-thailand/ sous le titre ประวัติการพิมพ์ของไทย จักต้องรู้ไว้นะออเจ้า (Prawattikanphimkhongthai  Chaktongruwainaochao – Histoire de l’imprimerie thaïe – ce que vous devez savoir). Voir également « notice des manuscrits siamois de la bibliothèque nationale » par le Marquis de Croizier, à Paris, 1883.

 

(10) Voir sa biographie sur le site des Missions étrangères :

https://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-biographiques/garnault

 

(11) 13 mars 1787 – 7 janvier 1788  - 12 mars 1789. Il accuse réception des fontes seulement le  3 juillet 1798 depuis Bangkok. Ces correspondances sont reproduites par Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – documents historiques », tome II,  Paris, 1929, pp. 338-339.

 

(12) Adrien Launay « Mémorial de la Société des missions étrangères ». Paris, 1916, vol. 2, p. 266.

 

(13) James Low « A Grammar of the Thai or Siamese language », publiée par la Baptist Mission Press de Calcutta, 1828.

 

(14) Possédant parfaitement la langue thaïe, il est l’auteur d’un « Dictionary of the siamese language » le premier dictionnaire thaï-thaï publié l’année de sa mort en 1873. Commencé en 1838 et achevé en 1855, ce dictionnaire est justement célèbre pour être le premier dictionnaire thaï monolingue. C’est la seule qualité qui lui reste. Il est totalement inutilisable pour une raison essentielle c’est qu’il ne respecte pas l’ordre alphabétique utilisé par Monseigneur Pallegoix et qui était pourtant d’ores et déjà standardisé. Ne parlons pas d’une typographie désolante.

 

 

(15) Voir notre article A.58 « Les premières grammaires de la langue thaïe. (2e Partie) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-2eme-partie-100841578.html

 

(16) N’oublions pas que ce monarque, monté sur le trône en 1851, cédât à la mort de son père le trône à son plus jeune frère et passa dix-sept ans dans un temple voisin de la paroisse de Monseigneur Pallegoix avec lequel il se lia d’amitié, auquel il apprit le thaï et le pali et duquel il apprit le latin.

 

(17) Sur ce graveur talentueux formé par la dynastie Didot, voir Edmond Werdet « Études bibliographiques sur la famille des Didot, imprimeurs, libraires, graveurs, fondeurs de caractères, fabricants de papier », 1864 et « L'art du livre à l'Imprimerie nationale des origines à nos jours » (Catalogue de l’exposition à la Bibliothèque nationale, Galerie Mazarine, 1951).

 

(18) Les ouvrages de la Bibliothèque de la Pléiade sont typographiés dans un Garamond, dit « Garamond du Roi ».

 

(19) Des « experts » prétendent que si le gouvernement américain décidait d'abandonner les polices Times New Roman et Century Gothic au profit du Garamond, il pourrait économiser au niveau fédéral 136 millions de dollars soit environ 30 % de ses dépenses en encres. Pourquoi pas ?

 

(20) La xylographie est un procédé de reproduction multiple d'une image sur un support plan, papier ou tissu, en utilisant la technique de la gravure sur bois, ou xylogravure, comme empreinte pouvant être reproduite par impression, l'image reproduite pouvant être celle d'un texte.

 

 

La plupart des affiches qui ont inondé la France en mai 1968 étaient de la xylographie quand elles n’étaient pas faites au pochoir (sérigraphie). Gutenberg se contentera quelques siècles plus tôt d’améliorer le procédé en utilisant la presse, ce que ne faisaient pas les Chinois, et en fondant les caractères en plomb.

 

 

(21) Voir l’article de Robert Lingat « Les Trois Bangkok Recorders » In  Journal de la Siam Society, vol. 28 de 1935, pp. 203-213.

 

(22) Nous avons quelques éléments sur la vie de cet érudit, ancien professeur de grec dans une école religieuse du petit village de Olivet dans le Michigan. Il fut choisi, en raison de sa culture classique, pour être ambassadeur en Grèce puis à Bangkok. Il entretenait les meilleurs rapports avec le roi Chulalongkorn et avec son fils ce qui lui valut d’assister aux cérémonies du couronnement en place d’honneur (Voir William F. Strobridge : « Mrs. Hamilton King's Bangkok Diary, 1911 », Journal de la Siam society, volume 63 – I de 1975).

 

A droite sur la photographie :

 

 

(23) Extraites des sites suivants, en thaï :

http://valuablebook2.tkpark.or.th/2015/13/document22.html

https://www.youtube.com/watch?v=52oMa9k43u4

https://teen.mthai.com/education/57288.html

 

(23) On ne peut considérer la Gazette royale, forme locale de notre Journal officiel comme un vrai journal.  

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3 septembre 2018 1 03 /09 /septembre /2018 22:03

 

Ignorée du « tourisme de masse », la province un peu assoupie n’attire guère que les voyageurs intéressés par le plus grand site de dinosaures du pays  - des sauropodes  de 120 millions d'années - à Phu Kum Khao (ภูกุมข้าว) dans le district de Sahatsakhan (สหัสขันธ์) (1).

 

D’autres plus curieux se rendront sur le site de Muang Fadaetsongyang (เมืองฟ้าแดดสงยาง) proche de Kamalasai (กมลาไสย) où se trouvent à la fois un très ancien et très vénéré chédi, lieu de pèlerinage bouddhiste, le Phrathat Yakhu (พระธาตุยวคู)

 

 

situé au centre des vestiges de la cité légendaire de Kanok Nakhon (กนกนคร) qui fut probablement l’un des sites majeurs de l’empire du Dvaravati (ทวารวดี), ignoré longtemps de tous les explorateurs, dont l’existence n’a été signalée qu’en 1922 et la sauvegarde n’a commencé qu’en 1938 (2).

 

 

Notre voyageur se contentera le plus souvent de traverser la ville mais aura son attention attirée, face à la grande poste, par la statue de Phraya Chaisunthon (พระยาไชยสุนทร), fondateur de la cité et premier gouverneur

 

 

et 800 mètres plus loin sur la grande avenue de l’hôpital par un étrange et gigantesque xylophone en bois massif, le Ponglang (โปงลาง) devenu le symbole de la province.

 

 

L’histoire de cet instrument est singulière, il ne fut « découvert » par les érudits mélomanes thaïs de Bangkok et de la Siam Society qu’à partir de 1970, ils commencèrent à s’y intéresser ce qui nous permet d’écrire son histoire (3) sur laquelle plane des zones d’ombre, une suite en quelque sorte aux deux articles que nous avons consacré à la musique traditionnelle du nord-est (4). Toutefois l’histoire de cette province longtemps à l’écart par son enclavement et l’absence de moyens de communication explique cette méconnaissance. Rappelons qu’il y a moins de 100 ans, pour se rendre à Phimai (พิมาย), site majeur de la présence khmère en Thaïlande, il fallait plus d’une semaine depuis Bangkok (5).
 

 

LA PROVINCE

 

Aujourd’hui, selon le recensement de 2015, elle est peuplée d’un peu moins d’un million d’habitants, la capitale proprement dite de moins de 50.000. Elle comprend  18 amphoe (อำเภอ) 134 tambon (ตำบล) et 1509 villages (หมู่บ้าน) sur près de 7000 kilomètres carrés. Elle est enclavée par les provinces qui sont en partant du nord dans le sens des aiguilles d'une montre Sakonnakhon (สกลนคร), Mukdahan (มุกดาหาร), Roiet (ร้อยเอ็ด), Mahasarakham (มหาสารคาม), Khonkaen (ขอนแก่น) et Udonthani (อุดรธานี). Si les liaisons routières sont bien assurées aujourd’hui, la construction d’une ligne de chemin de fer depuis Khonkaen jusqu’au Mékong reste à l’état de projet pieux.

 

 

 

La construction du barrage de Lampao (เขื่อนลำปาว) construit entre 1963 et 1968 stocke près de 2 millions de m³ d'eau pour la prévention des inondations et les besoins de l'agriculture. Il a enseveli le village originel de Sahatsakhan. Le lac artificiel s’étend du nord au sud sur plus de 20 kilomètres

 

 

Il a toutefois coupé la moitié nord de la province, rendant les communications avec le chef-lieu difficile. Il fallut attendre le 20 novembre 2006 pour que soit inauguré le pharaonique pont Thepsuda (สะพานเทพสุดา) qui relie le district de Sahatsakhan à l'est à celui de Nong Kung Si (หนองกุงศรี) à l'ouest

 

 

remplaçant des ferries brinquebalants et transformés en restaurants flottants,

 

 

économisant plus d’une heure de route. Il en a été de même vers le nord-ouest où un pont plus modeste construit à la même époque permet de rejoindre au nord le district de Wangsammo (วังศามหมอ) au sud de la province d’Udonthani.

 

 

La chaîne de montagnes de Phuphan (ทิวเขาภูพาน) marque la frontière avec la province de Sakhonnakhon, dont une partie est préservée en tant que parc national

 

 

C’est une région sauvage s’il en fut et s’il en est encore ? Les habitants chassaient encore le buffle sauvage, une espèce qui a totalement disparu, en 1933 (6).

 

 

Il existait encore à cette époque des crocodiles tout aussi sauvages dans les rivières Huai Yang (ห้วยยาง) et Lampao qui alimente le lac artificiel du même nom. Une partie du parc de Phuphan dans le district de Somdet (สมเด็จ), les falaises de Sawoei Phuphan (ผา เสวยภูกุม), est interdite d’accès compte tenu de la dangereuse présence d’éléphants sauvages (7).

 

 

La région aurait été initialement peuplée de l’ethnie Lawa (ลัวะ ou ละว้า) il y a 1600 ans.

 

 

Son histoire prend corps en 1793 seulement quand un groupe de 4.000 personnes ayant quitté la Principauté de Vientiane pour on ne sait quelles raisons décidèrent de s'installer dans un petit village du nord-est appelé Ban Kaengsamrong (บ้าน แก้งสำโรง), leur chef en fut nommé gouverneur (8).

 

 

C’est l’homme de la statue à la posture fort martiale et cette ville devint le centre de C’est l’homme de la statue à la posture fort martiale et cette ville devint le centre de la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) dont le nom signifie « eaux noires » (9).  Elle est actuellement peuplée de plusieurs ethnies, nous avons étudié la plus nombreuse, les Phuthai (ผู้ไท) qui forment probablement 10 % de la population (10).

 

 

Devenue province en 1932 (changwat - จังหวัด) elle fut ensuite rétrogradée en simple district du monthon (มณฑล) de Roiet puis de Mahasarakham mais retrouva son rang de province le 1er octobre 1947.  

 

 

Province essentiellement agricole, la population vit de la canne à sucre (oy – อ้อย),

 

 

de l’hévéa (yangpara - ยางพารา),

 


du manioc (mansampalang  - มันสำปะหลัง),

 

 

de la pisciculture (liang pla – การเลี้ยงปลา) sur les rives du lac de Lampao,
 

 

et bien évidement du riz auquel nous avons consacré un article (11).
 

 

N’oublions pas une activité de vannerie (khrueang chaksan – เครื่องจักสาน) spécifique aux villages Phuthai

 

 

et enfin la soie (phraewa - แพรวา), spécialité incontestée de la province dont le centre de production se trouve aux alentours du village de Banphon (บ้าน โพน).

 

 

Et pour en venir – enfin – aux Ponglang il y a de nombreux centres de fabrication artisanale, plus particulièrement Ban Kutwa (บ้านกุดหว้า) dans le district de Kuchinarai (กุฉินารายณ์), Ban Nong So (บ้านหนองสอ) dans le sous-district de Lampao (ลำปาว), district de Muang (เมือง), Ban Phonthong (บ้านโพนทอง) dans le sous-district de Phonthong (โพนทอง), district de Muang (เมือง) et ce en dehors d’un savoir transmis de famille en famille à l’origine de l’élaboration d’instruments n’entrant pas dans le circuit commercial.

 

 

LE PONGLANG

 

Il est parfois aussi appelé kholo (ขอลอ) ce  qui va probablement nous expliquer son origine. N’épiloguons pas sur l’étymologie du mot ponglang (โปงลาง), il n’est pas thaï  Nous y voyons, à tort ou à raison, tout simplement une double onomatopée, pong étant le son grave et lang le son aigu (11). Les  érudits de Bangkok ont découvert dans les années 1970 l’existence de ce xylophone vertical inconnu dans toutes les autres régions du pays, Isan compris. Un orchestre traditionnel isan organisa un concert à la Siam Society à Bangkok en 1972.

 

 

À la fin des années 1970 déjà le ponglang avait suscité un regain d'intérêt, un film à succès Khru Bannok (ครูบ้านนอก – « instituteur à la campagne ») faisant intervenir un orchestre traditionnel de l’Isan.

 

 

Nous érudits ont envisagé l’hypothèse qu’il pourrait être l’ancêtre du xylophone horizontal présent dans tous les orchestres traditionnels, le ranat (ระนาด) dont on connait deux sortes, ranat-ek (ระนาดเอก) et ranat-thum (ระนาดทุ้ม), conçus probablement sous le règne de Rama III (1824-1854) mais construits sur une caisse de résonnance ce qui change totalement la qualité des sons.

 

 

L’incontestable isolement de la province rendait toutefois cette hypothèse douteuse. Par ailleurs, le ponglang est de confection beaucoup plus rustique que les ranat souvent fait de fort belle ébénisterie. Ils se sont alors rendus en 1973 à Ban Najan (บ้าน นาจารย์) dans le district de Muang qui est toujours le centre de l’activité bong-lang, en y interrogeant à la fois les musiciens et les personnes les plus âgées qu’ils purent trouver.

 

Il apparut que l’instrument semble avoir été pratiquement inconnu en dehors du district de Muang, dans la province de Kalasin, jusqu'à une date alors récente. En 1974, un sieur Tawng-si Hawirot alors âgé de 71 ans (1974) de Ban Jaeng (บ้าน แจง) dans le sous-district de Muanglat (มวงลาด), district de Muang dans la province de Roi-et, limitrophe du sud de la province de Kalasin déclara qu’il avait découvert  le kolo aux environs de 1969 quand un homme d’un village du district de Muang de la province de Kalasin était venu au village jouer du kolo à sept barres. Il avait alors supposé à l'époque qu'il s'agissait d'un instrument nouvellement inventé puisqu'il ne l'avait jamais vu auparavant. Une informatrice la plus âgée de Ban Najan alors âgée de 94 ans n’avait pas souvenir d’avoir jamais vu cet instrument. Prado, un moine de quatre-vingt-un ans, se souvenait en avoir vu dès 1904 comportant entre douze et quatorze touches. Ils auraient alors été gardés dans les abris au milieu des rizières et l’on en jouait pour repousser les tigres et les éléphants sauvages aujourd’hui disparus. Par contre, il connaissait les ranat pour en avoir entendu jouer dans des ensembles thaïs centraux venus jouer pour un gouverneur qui n'était pas de naissance locale. Une autre vieille dame, Pao Gaeo-saat, âgée de 75 ans et née dans le district de Selaphum (เสลภูมิ) dans la province de Roiet se souvenait avoir entendu des kolo pour la première fois quand elle était âgée d'environ dix-sept ans donc vers 1915 dans le sud de la province de Roi-et. Un joueur de kolo de Ban Najan enfin dit qu'on en jouait en solo dans les abris de campagne quand il était jeune, vers 1936, et qu'ils comportaient entre sept et neuf rondins. On en trouvait alors dans de nombreux villages  mais d’après lui ils étaient limités au district de Muang dans la province de Kalasin. Des informations supplémentaires et aux conclusions similaires avaient été recueillies lors d'entretiens menés ailleurs dans la province. Il est donc à peu près certain que cet instrument de musique n’existait pas au-delà du début du XXe siècle et qu'il était pratiquement inconnu en dehors du district de Muang dans la province de Kalasin jusque dans les années récentes. Les deux articles de nos auteurs sont de 1979 et 1981.

 

 

Les xylophones horizontaux, ranat-ek (ระนาดเอก) au son haut 

et ranat-thum au son plus bas, ne sont pas, avons-nous dit, antérieurs au règne de Rama III. ​​​​​​​

Ils n’apparaissent dans aucune des descriptions du Siam par les Européens sur les instruments de musique utilisés à Ayutthaya au XVIIe et dans une certaine mesure au début du XVIIIe siècle. Nicolas Gervaise  écrit en 1688, Simon de La Loubère en 1693 et François Henri Turpin en 1771. Ce dernier ne décrit que le kongwong (ฃ้องวง) qui est effectivement un xylophone circulaire dont la conception est entièrement différente de celle des ranat et à fortiori ponglang.

 

 

Nous ne trouverons les ranat que dans les descriptions de John Crawford en 1828, celles d'Edmund Robert en 1837 et celles de Monseigneur Pallegoix 20 ans plus tard.

 

Il ne semble pas qu’il y ait de connexion possible entre le modeste ponglang et les ranat et plus encore le kongwong tous beaucoup plus élaborés.

Comment alors serait né ce xylophone dans l’une des régions les plus isolées du Siam ?

 

Les instruments actuels se composent en général de douze rondins (louk – ลูก) en bois dur, parfois jusqu’à quinze, tendus à partir d'un poteau ou d'un tronc d'arbre par une boucle de corde (chuak-roi -เชือก ร้อย) qui traverse les rondins de chaque côté de haut en bas. Il y a un nœud dans le cordon et un petit espace entre chaque bûche.

 

 

A l'origine, cependant, le cordon était enroulé autour des bûches comme c’est le cas dans la reproduction géante dans la ville, probablement la forme initiale. La boucle basse de la corde peut être fixée à une cheville enfoncée dans le sol ou autour de la cheville du joueur. La taille est variable mais le rondin supérieur a en général environ de six à dix centimètres de diamètre et soixante centimètres de long, les rondins inférieurs vont en se dégradant dans leur taille et leur diamètre. Pour faciliter le jeu, la face de chaque rondin est aplanie en son milieu.

 

 

L'instrument peut être joué par un joueur qui utilise alors deux mailloches en bois (maitiponglang – ไม้ตีโปงลาง – « bois pour frapper le ponglang ») ou par deux interprètes chacun utilisant un batteur, tous deux assis ou accroupis

Bien qu’il puisse être joué en solo, il fait le plus souvent partie d’un ensemble combinant d’autres instruments traditionnels, en général le pin (พิณ), une espèce de guitare à cordes pincées à trois ou quatre cordes et le khaenwong (แคนวง) version isan de la flute de Pan.

 

 

Son origine très probablement récente viendrait d’une espèce de sonnaille en bois pour les vaches connue sous le nom de kolo ou également de ponglang ou mak ponglang (หมากโปงลาง).

 

 

Il en est une autre possible qui n’est pas incompatible avec la précédente : Le terme kolo désignait aussi le gong fait d’une buche pleine ou d’un bambou fendu par lequel un chef de village procédait à ses annonces en le frappant d’une mailloche. On l’appelle aussi kro (เกราะ).

 

 

Si ces instruments ne sont plus utilisés par les chefs de village qui bénéficient présentement de haut-parleurs, on les trouve encore souvent suspendus dans les restaurants traditionnels pour appeler le personnel de service.

 

 

L’expérience, les observations et le bons sens démontrèrent de toute évidence à nos bons paysans de l’Isan qu’en modifiant le diamètre et la longueur de l’instrument, le son variait ce qui permit d’en faire des instruments de musique ne nécessitant qu’une matière première à moindre coût, un peu de travail sans nécessiter les compétences d’un luthier de Crémone. C’est tout simplement ce que Choderlos de Laclos appelait « le bon sens du maraud » qui a créé cet instrument il y a probablement moins d’un siècle dans la province de Kalasin où il est resté confiné quelques dizaines d’années.

 

 

La popularité de l’instrument a alors franchi les frontières de notre province à la vitesse de la poudre. Il est devenu omniprésent dans les provinces du nord-est. Nous allons le retrouver – ce n’est qu’un amusant détail - dans le logo de l’équipe de joueurs de ballon rond de Kalasin.

 

 

Plus sérieusement, le collège des arts dramatiques de Kalasin (Witthayalainattasinlapa Kalasin - วิทยาลัยนาฏศิลปกาฬสินธุ์a été créé en 1981 sous l’égide de S.A.R la princesse  Maha Chakri Sirindhorn.

 

 

Depuis 1990, il organise tous les ans entre le 26 février et le 6 ou 7 mars la grande fête du ponglang associé à la soie (nganmahathamom ponglang phrae wa – งานมหาธมมโปงลางแพรวา).

 

 

Lors de la cérémonie d’ouverture, on put y voir la princesse absorbée dans la contemplation d’un ponglang.

 

 

 

SOURCES INTERNET

 

http://kanchanapisek.or.th/kp8/krs/krs304.html (en thaï)

http://www.thaiheritage.net/nation/oldcity/kalasin7.htm (en thaï)

 

SOURCES IMPRIMÉES

 

กาฬสินธุ์ ISBN 9789744841872

กาฬสินธุ์ ISBN  9742775214

เที่ยวทั่วไปใน 76 จังหวัด, sans date ni référence ISBN, ouvrage datant d’une dizaine d’années.

David Morton : « The Traditional Music of Thailand », Bangkok, 1971.

Le « guide vert » de Michelin est le seul à donner quelques précisions sur les richesses culturelles de la province

NOTES

 

(1) Voir notre article 8. « NOTRE ISAN : AU TEMPS DES DINOSAURES » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-notre-isan-au-temps-des-dinosaures-71522507.html

 

(2) Voir notre article INSOLITE 6 – « AU CŒUR DE LA PROVINCE DE KALASIN, LA CITÉ MYSTÉRIEUSE DE KANOK NAKHON (กนกนคร) « LA VILLE D’OR », CITÉ MAJEURE DU DVARAVATI. » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-6-au-coeur-de-la-province-de-kalasin-la-cite-mysterieuse-de-kanok-nakhon-la-ville-d-or-cite-majeure-du-dvaravati.html

 

(3) Voir les articles de Terry E. Miller et Jarernchai Chonpalrot « THE MUSICAL TRADITIONS OF NORTHEAST THAILAND » in Journal de la Siam society, volume

67-1 de 1979 et « THE RAN AT AND BONG-LANG: THE QUESTION OF ORIGIN OF THE THAI XYLOPHONES » in Journal de la Siam society, volume 69 de 1981.

 

(4) Voir nos deux articles : ISAN 30. « LA MUSIQUE TRADITIONNELLE THAÏLANDAISE VUE PAR LES VOYAGEURS » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-is-30-la-musique-traditionnelle-thailandaise-vue-par-les-voyageurs-85320934.html

et

ISAN 31. « LA MUSIQUE TRADITIONNELLE THAÏLANDAISE. LA MUSIQUE EN ISAN » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-isan-31-la-musique-traditionnelle-thailandaise-la-musique-en-isan-85321059.html

 

(5) Voir notre article  INSOLITE 15 « UNE EXCURSION A PHIMAI … IL Y A UN SIÈCLE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-15-une-excursion-a-phimai-il-y-a-un-siecle.html

 

(6) Voir notre article A 93. « UNE CHASSE AU BUFFLE DANS LA REGION DE KALASIN EN THAÏLANDE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a9-une-chasse-au-buffle-dans-la-region-de-kalasin-en-thailande-114713457.html

 

(7)  Le 17 novembre 1976, à 4 kilomètres à l'est du barrage de Lam Pao, sur une zone de 225 hectares, les autorités ont constitué une réserve zoologique ouverte abritant de nombreuses espèces d’oiseaux et de singes, la « Station de conservation et de développement de la faune de Lam Paeo » (Sathanisueksathammachat lae sat lampao  - suansan - สถานีศึกษาธรรมชาติและสัดว์ลำปาว สวนสะออน).

 

 

Elles ont lancé à partir de 1980 un programme de réhabilitation du buffle sauvage, « la vache rouge »  (wuadaeng – วัวแดง  - bos javaniucus) probablement à partir de croisements avec des animaux domestiques ? Le parc est situé à peu de distances de la plage aménagée de la plage de Hat Dokket  (หาดดอกเกด la plage des fleurs) surabondamment fréquenté par les Thaïs.

 

 

Lorsque la plage est déserté, les animaux viennent y brouter paisiblement.

 

 

(8) Voir notre article H 19  -  « LE ROI CHULALONGKORN (RAMA V), MONARQUE ABSOLU MAIS AU POUVOIR LIMITÉ ET SANS RESSOURCES AU DÉBUT DE SON RÈGNE ».

 

(9) กาฬ (kan), = noir et สินธุ์ (sin) = eau. Le mot se lit par euphonie non pas Kan-sin mais Kalasin. Le sceau actuel et officiel de la province montre un étang aux eaux noires devant les montagnes Phu Phan qui forment la frontière de la province. Les nuages ainsi que l'eau symbolisent la fertilité de la province.

 

 

 (10) Voir notre article INSOLITE 20 – « LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/insolite-20-les-phutai-une-ethnie-descendue-du-ciel.html

 

(11) Voir notre article A 226 – « DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/05/a-226-decouvrons-le-riz-gluant-de-thailande-et-de-l-isan-en-particulier.html

 

(12) La langue locale en est riche et plus encore, ne citons que le « miaou » du chat (แมว - maeo) ou le croassement du corbeau  (กา – ka) 

 

 

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8 août 2018 3 08 /08 /août /2018 22:26

 

La lecture de multiples ouvrages sur le Siam, son histoire, sa géographie et ses mœurs peut nous intéresser, parfois nous passionner, parfois nous irriter mais rarement nous faire sourire. La lecture du roman d’Albert Robida (1) « Voyages très extraordinaires de Saturnin Farandoul à la recherche l'éléphant blanc » y est parvenu. Nous sommes en 1879, La France et le Siam se sont retrouvés sous le second Empire avoir des rapports (presque) harmonieux après les rapports pathologiques terminés en 1688. Il règne une incontestable vague de « siamomanie » qui fait naitre une vague de souvenirs de voyages qui ne donnent pas toujours dans la littérature humoristique !

L’ouvrage de Robida abondamment illustré est  le quatrième d’une série de cinq mais il nous faut  avant de passer à la lecture des aventures ou plutôt des mésaventures de Farandoul et de l’éléphant blanc les survoler au moins en style presque télégraphique.  Nous allons trouver successivement  « le Roi des Singes »,

 

 

« le Tour du Monde en plus de 80 jours »,
 

 

« les Quatre Reines »,

 

 

notre « Recherche de l'Éléphant blanc » et « Son Excellence Monsieur le Gouverneur du Pôle Nord ».

 

 

Nous nous promenons dans des mondes fantastiques et délirants. Farandoul, ses deux amis Tournesol le Marseillais et Mandibule le Provençal accompagnés de quinze marins ont visité les cinq continents, les îles du Pacifique, le Pôle Nord, le fond des mers, le sein des nuages, les espaces interplanétaires jusqu’à la planète Saturne.

 

Jeté dès son plus jeune âge au milieu d'aventures inouïes Farandoul fut naufragé à quatre mois et demi, recueilli par une honnête famille de singes habitant une île de la Polynésie qui le soigne comme un fils ce qui inspirera peut-être Edgar Rice Burroughs, le créateur de Tarzan.

 

 

A onze ans, il est recueilli par le capitaine Lastic et devient son fils adoptif. Devenu capitaine à son tour, poussé par son amour des aventures, il quitte bientôt l'île des singes,  rencontre d'honnêtes marins dont il partage les dangers et les fatigues. Attaqués par d'affreux pirates malais, Farandoul sauve ses compagnons par son intrépidité et sa sagacité.

 

 

Il tombe éperdument amoureux de la belle Mysora, fille d’un rajah à laquelle il donne des rendez-vous en scaphandre, à vingt-trois mètres au-dessous des flots.

 

 

Interviennent alors une baleine et le savant Croknuff, directeur de l'aquarium de Melbourne, archétype de l’un de ces multiples savants fous que l’on retrouve chez Jules Verne et tombé amoureux de Mysora.

 

 

Il délivre Mysora retenue captive quatre ans dans cet aquarium avec l'aide d'une armée de singes, et du capitaine Némo rencontré au passage, ayant dû déclarer pour cela la guerre à l'Australie. A la tête de son armée de quadrumanes, il vole à la conquête de l'Australie sur les bimanes anglais.

 

 

Il explore les deux Amériques, puis l'Afrique. Après avoir été roi des singes et dictateur des bimanes, évêque mormon, peintre sur sauvages,

 A  262 - VOYAGES TRÈS EXTRAORDINAIRES DE SATURNIN FARANDOUL À LA RECHERCHE L'ÉLÉPHANT BLANC

grand cacique général en chef, dieu chez les nègres, Farandoul devient, en Asie mikado au Japon après avoir été presque colonel des amazones du roi de Siam ; il est avec ses amis condamné à mort un peu partout en Asie et  même jusque dans la planète Saturne où il affronte les Saturniens.

 

 

Jamais, on le voit, héros de roman n'a eu une existence mieux remplie. Par un hasard fatal, il se heurte toujours à l'un des héros de Jules Verne, les mythiques personnages de Jules Verne qu’il encanaille. Tous ces ouvrages sont remarquablement enluminés et illustrés par Robida lui-même (2).

 

 

Nous allons retrouver nos aventuriers sur les côtes africaines avec l'intention de prendre passage sur le premier paquebot venu à destination d'un rivage quelconque de la merveilleuse Asie. C’est un numéro du Times parcouru par Farandoul d’un œil distrait qui les a décidés, un entrefilet en première page :

 

DISPARITION MYSTÉRIEUSE DE L'ÉLÉPHANT BLANC DU ROI DE SIAM.

 

En conséquence, la gazette officielle de Bangkok a publié un décret royal  promettant une récompense de 20 millions de ticaux, ou 60 millions de francs, ou 2 millions 400,000 livres sterling à qui ramènerait l'éléphant blanc au palais de Bangkok à l’instigation de  S. Ex. Nao-ching„ mandarin de la police, désespéré de l'insuccès des  recherches. La récompense est belle; mais nous devons dire que, selon nous, les recherches rencontreront bien des difficultés dans ce mystérieux monde asiatique, si même elles aboutissent jamais.

« Correspondance spéciale de Bangkok. »

 

La décision est prise par les 18 et en avant ! 

Tournesol électrisé ajoute et bagasse  !  (2)

 

 

LES AVENTURES AU SIAM ET PREMIÈRES CONDAMNATIONS A MORT

 

Embarqués à Port Saïd avec leurs derniers sous  sur un navire anglais en première classe, ils débarquent après quelques semaines à Bangkok.

 

L'agitation extraordinaire causée par la disparition de l'éléphant blanc était loin d'être calmée. Talapoins et talapouines chargés des choses du culte se frappaient la poitrine et poussaient le désespoir jusqu'à négliger de recueillir les offrandes des fidèles !

 

Il faut courir au palais de son Excellence Nao-ching, mandarin de la police. On le retrouve en train de faire la sieste au bord de son bassin. Son extrême réticence à renseigner nos amis laisse planer un doute, il veut retrouver l'éléphant lui-même et palper les 60 millions !

 

 

Il faut donc aller voir le roi. Le palais est gardé par les amazones habillées d'un caleçon court, d'une veste et d'un képi rouge. Les marins, veulent entrer à force ouverte mais arrive la colonelle des amazones accompagnée de mandarins qui promirent une audience pour le mois suivant. Farandoul  qui s’est muni d’un interprète,

 

 

gardé par une escorte de douze amazones, passe ainsi six heures dans le palais à courir inutilement de mandarins en mandarins dans une ambiance hostile. Pendant ce temps, Mandibul, Tournesol et les marins plaisantaient avec les amazones. La colonelle a sympathisé avec Farandoul  et réussit tout de même à l’introduire avec ses amis auprès du roi.

 

 

Tous réunis militairement, ils pénètrent dans le palais sur les pas de la colonelle. En attendant le passage du roi, au milieu des amazones, Tournesol et quelques matelots, natifs des contrées brûlantes du Midi, sentaient un certain trouble monter à leur tête. Arrive alors Nao-ching qui les introduit par une porte. C’était un piège tendu par l’infernal mandarin qui les a ainsi introduit dans le harem royal. Le crime est irrémissible, c’est la mort. Arrive alors le roi, et derrière lui une foule de gardes et de grands dignitaires, parmi lesquels Nao-ching,  la figure illuminée d'un infernal sourire. Le scandale causé par l’intrusion des étrangers dans le harem est immense.

 

 

L’interprète explique alors à Sa Majesté qu’il s’agit d’une erreur dont la faute est celle du ministre de la police.  En conséquence, sa Majesté dans son immense bonté consent à ne pas faire périr les intrus immédiatement mais leur accorde la grande faveur d’être jugé selon les lois. Ah ! grand merci de la faveur... enchanté dit Farandoul à l’interprète mais explique au roi le but de notre visite, dis-lui que nous venions lui proposer de nous mettre à la recherche de l'éléphant blanc ?  Ces paroles furent accueillies avec un redoublement  de cris. Farandoul  décide alors de sa barricader dans le harem, qu'ils viennent nous prendre ! Nous sommes entrés dans les appartements des femmes du roi, eh bien, restons-y  ! la place est bonne, nous nous défendrons à outrance.  Curieusement, ni les gardes ni les amazones ne passent à l’attaque ? La raison en est simple explique l’interprète : Les prescriptions de la religion sont formelles ! Le roi est une émanation de Bouddha, ses 800 femmes participent à sa sainteté et sont considérées comme une parcelle de la divinité, émanation de l'émanation suprême ! Tout être humain qui pénètre dans les appartements est criminel de lèse-divinité et doit périr dans les tourments. Voilà pourquoi personne n'ose venir nous arrêter.

 

Nos amis s’installent, il y a des vivres, quand il y a à manger pour huit cent, il y a bien pour huit cent vingt. Les épouses ne sont pas effarouchées et Farandoul peut s’inviter à leur table. Il faut toutefois respecter la hiérarchie, les marins restent assis par terre. Farandoul et Mandibul furent seuls admis à la table des cinquante épouses de première classe, le reste des marins partagea le repas des épouses des rangs inférieurs.

 

 

Dans l'après-midi un grand bruit annonce l’ouverture d’une cérémonie, le procès mené par les bonzes de la grande pagode de Wat-chan. Nos amis sont sommés de se livrer au tribunal, mais sur leur refus, on se contenta de leur présence aux fenêtres du sérail pour ouvrir les débats. Farandoul explique leur entière bonne foi et Nao-ching rétorque en soulignant l'horreur du crime commis contre les lois religieuses. Après une courte délibération entre les bonzes et les ministres, l’assemblée condamna les coupables à avoir la tête tranchée par le sabre, pour ce crime atroce, inouï et à jamais exécrable d'avoir pénétré dans les appartements sacrés de la première épouse de première classe Lang-lo-chang. Il fallut ensuite statuer sur le crime d'avoir pénétré dans les appartements sacrés de la seconde épouse de première classe Kaïlaa…. Restons-en là, en deux heures, les marins furent encore condamnés à avoir la tête tranchée pour avoir pénétré dans les appartements sacrés de la quatrième, de la cinquième, de la sixième et de la septième épouse de première classe. Nous arrivons à un total de huit cent condamnations à la décollation au terme d’un procès qui durera en définitive plusieurs jours.

 

 

Tournesol indigné s’impatiente à tel point que, se considérant outragé, le Tribunal des bonzes prononce une  nouvelle condamnation pour lui, ce sera le pal.

 

L'interprète lui ayant expliqué la chose, Tournesol s'en alla tout fier de cette flatteuse distinction.  

 

 

Mais tout se passe bien au sein du harem puisque parmi les gardes nul n’ose pénétrer dans les appartements pour appréhender les condamnés, ce serait commettre un crime de lèse-majesté et encourir la mort !

 

Farandoul résuma la situation  Nous sommes condamnés à subir huit cents fois la décollation, plus quelques bagatelles pour l'un de nous, c'est très bien. Mais l'exécution de vos sentences va rencontrer quelques difficultés : 1° vous ne pouvez venir nous appréhender au corps sous peine d'encourir les mêmes châtiments et 2° nous n'avons pas du tout l'intention de nous livrer nous-mêmes!   Nous allons donc nous installer dans les appartements sacrés, y organiser notre vie le plus agréablement possible; les distractions ne nous manqueront pas; pendant ce temps, votre éléphant blanc que nous voulions retrouver aura tout le temps de disparaître à jamais, et votre monarque sera plus gêné que nous ! J’ai dit.

 

La situation est donc inextricable. Les marins préféreraient rester toute leur vie dans les appartements sacrés au milieu des huit cent épouses. L'horizon politique est sombre. Le roi, après huit jours de réflexion, ne vit plus qu'un moyen pour terrasser l'hydre de l'anarchie, reconquérir la tranquillité de son intérieur et surtout retrouver ses huit cent épouses, négocier avec les marins, leur offrir leur grâce et les lancer à la poursuite de l'éléphant sacré. Il ne demandait toutefois qu’une chose, c’est que, une fois grâce rendue pour les huit décollations, le supplice du pal fut maintenu, la population ayant grande hâte d’y assister.  Tournesol n’est évidemment pas d’accord mais il finit par obtenir sa grâce.

 

Le roi conduisit alors Farandoul au temple de l'éléphant blanc, lui remit une photographie grandeur naturelle de l'animal sacré pour servir aux constatations d'identité et maintient le chiffre de la récompense. Les marins doivent à regret faire  leurs adieux aux huit cents épouses sacrées bien que Tournesol prétendait y reste seul. Mais surgit un nouveau rebondissement, une révolte populaire vient d’éclater susciter par l’infâme Nao-ching et conduite par les amazones qui réclament l’exécution du jugement, le peuple furieux d’être privé de spectacle de huit cent décapitations et surtout d’un empalement.

 

 

Farandoul organise la défense du palais avec ses marins mais trouve un stratagème en accord avec le roi qui souhaite éviter un affrontement armé : Dans les écuries royales et sous les yeux du monarque, il fit tout simplement de la peinture : Des pots de blanc de céruse étaient disposés sur le sol. Lui-même et quatre marins armés de gigantesques pinceaux s'escrimèrent à couvrir de peinture un éléphant de grande taille en train de manger du sucre dans la main du roi. La tête seule restait, c'était le plus difficile. Farandoul s'en chargea, et pendant que l'on achevait les jambes, il badigeonna le crâne et la trompe de l'intelligent animal avec un art infini et un souci des nuances à rendre jaloux un miniaturiste. Pour remédier à l'odeur de peinture, Farandoul fit brûler une grande quantité d'encens dans des cassolettes disposées devant l'éléphant. Tout était prêt. Au vu de l’éléphant sacré, la révolte s’apaisa et  une longue file de population s'en vint présenter ses hommages à l'animal.

 

 

Farandoul et ses marins vont-ils enfin pouvoir quitter le palais ?

 

Catastrophe ! Le ténébreux Nao-ching et la colonelle des amazones s’étaient aperçus de la supercherie en caressant la croupe de l’éléphant et retirant leur main pleine de peinture.

 

Farandoul, Mandibul, Tournesol et les marins sont jetés dans une salle de police qui leur fait regretter les appartements sacrés. Mais un miracle survint. La colonelle avait un cœur de femme et était tombée en amour pour Mandibule. Nos amis sont à nouveau délivrés. Mandibule en effet, une fois ses liens détachés par la colonelle et lui-même ayant détaché  ceux de ses amis, s’empresse avec ingratitude de ficeler celle-ci à son tour. Galant homme tout de même, il dépose un baiser sur son front. Il revêt ensuite son uniforme, trouve la réserve du régiment et s’empresse de faire revêtir ses amis et l’interprète toujours fidèle des uniformes d’amazones.

 

 

Pour assurer leur fuite, ils choisissent dans les écuries royales six éléphants parmi les plus beaux et pour éviter que les gardes ne retrouvent leur trace et partent à leur poursuite, ils s’empressent de les enivrer au lait de coco fermenté.

 

 

La troupe, trois sur chaque animal, peut partir en direction du nord-ouest. L’intention de Farandoul est de se diriger vers Ayuthaya, remonter  le grand fleuve le Mae-Nam, la mère des eaux, jusqu'à Bank-Ta, où l'on pourrait passer à gué pour se diriger ensuite vers la Birmanie. Quelques mots saisis par l'interprète dans une conversation entre le mandarin de la police et la colonelle des amazones et rapportés à Farandoul lui avaient fait comprendre que l’animal sacré avait été volé par des pirates, vendu à l'empereur des Birmans et se trouverait à Amarapoura, la capitale située sur l'Irawady, le grand fleuve, à deux cent cinquante lieues de Bangkok. Il s’agirait alors  de chercher dans les temples, d'y découvrir l'éléphant et de l'enlever pour le ramener à son légitime propriétaire.

 

Pendant la nuit l’infâme mandarin de la police avait vaqué aux préparatifs de l'exécution, la foule entourant plus spécialement le pal destiné à Tournesol. On trouve la colonelle ficelée, on s’aperçoit de l’évasion. Les gardes se précipitent pour partir à la recherche des fugitifs mais tout le parc des éléphants est plongé dans un état d'ivresse indescriptible. Il fallut trois jours pour dessouler les animaux, toute poursuite est inutile. La colonelle paya pour eux et fut cassée. Seul, le mandarin de la police était parti derrière eux avec quelques hommes sur des éléphants à lui. 

 

                                                                                         

La suite de ce quatrième volume va se poursuivre sur ce rythme effréné. Nous ne citerons que les épisodes les plus marquants avant que – heureuse fin – nos amis retrouvent l’animal sacré presqu’intact et le coupable du forfait.

EN BIRMANIE, AUX INDES  ET AU TIBET

 

L’éléphant a quitté la Birmanie pour les Indes et se trouverait dans la ville fictive de Kifir. Pourquoi de tout ce récit de voyage Robida masque-t-il le nom de cette seule ville ? C’était pour voiler un lourd secret et éviter des morts cruelles : En effet le Rajah de l’état Nana-Sirkar était mort depuis douze ans. Son premier ministre souhaitait conserver son pouvoir et surtout ses quarante épouses ...

 

 

... avaient un intérêt sérieux à le conserver en bonne santé, il s'agissait pour elles d'éviter le saty, c'est-à-dire d'être brûlées avec lui le jour de ses funérailles, l’usage  de brûler les veuves s'étant conservé à Kifir

 

 

Ses tendres épouses l’avaient tout simplement fait empailler. Il avait fallu l'œil perçant de Farandoul pour découvrir la fraude, il y avait intérêt lui aussi ce qui réduisait à néant la condamnation à mort que le Rajah était censé avoir prononcé à son encontre et à celui de ses amis pour être entré sans autorisation dans ses états : encore une douceur asiatique, être écorchés vivants avec une sage lenteur, de façon telle que le supplice dure jusqu'à la fin des fêtes, c'est-à-dire pendant trois jours.

 

 

Au Tibet, nos amis vont toutefois être victime d’un nouvel incident fruit de leur méconnaissance des coutumes locales : Ignorant que dans ce pays contrairement à celui des Turcs, les femmes peuvent avoir autant de maris qu’elles le désirent, la fille d’un chef de village séduite par leur prestance demande la main de Farandoul, de ses amis et même de l’interprète. Devant un refus humiliant pour les Tibétains, il faut prendre la fuite en direction de la Chine.

 

 

EN CHINE

 

Nos amis doivent voyager en brouette à voile, seul moyen de locomotion,  pour suivre l’éléphant à la trace jusqu’à Nankin où l’animal sacré a été signalé.

 

 

Une première fois, ils manquent de peu l’éléphant que les voleurs avaient cette fois-ci recouvert d’une couche de vermillon. L’armée chinoise est chargée d’arrêter les barbares mais ne peut s’y opposer, armée seulement de fusils à rouet.

 

 

L’animal est signalé dans une superbe pagode flanquée d'une haute tour de douze à quinze étages. Les marins s’en approchent, la nuit. Ils enfoncent la porte à l’aide d’un lourd bélier. La tour entière, la fameuse tour de porcelaine tout d’une pièce s’écroule sur le dos des envahisseurs et sur l’éléphant sacré.  

 

 

Les Chinois retrouvent nos amis sous les décombres, ils sont naturellement emprisonnés, cangue au cou et chaine au pied. Le procès est expédié, les coupables étaient condamnés à subir, sous trois jours, le terrible supplice des quatre-vingt-dix-huit mille morceaux réservé jadis aux criminels de lèse-majesté qui n'avait pas été appliqué depuis huit cents ans.

 

 

Farandoul reçoit avec un vif intérêt la visite du bourreau primé sur concours pour avoir retrouvé la tradition exacte du curieux supplice.

 

 

Cette machine fonctionne à la main. Farandoul qui l’a trouvé sympathique lui donne son avis « C'est parfait,, je ne vois qu'une petite amélioration, à votre place je la ferais marcher par la vapeur »... « J'y ai déjà songé vaguement »  répondit le bourreau « mais vous savez, en Chine, on n'aime pas les novateurs, je me ferais des ennemis... cependant j'y songerai, et je ne désespère pas, avec le temps, de faire triompher votre idée ».

 

 

Nos amis vont évidemment réussir à s’évader après avoir abruti leurs gardiens en leur faisant consommer l’ « opium du condamné » équivalent en quelque sorte de notre cigarette et du verre de rhum, trouvé les clefs des cangues et ensuite attachant les gardiens entre eux avec leur natte.

 

L’éléphant serait parti vers la Japon, en route pour le Japon après évidemment d’innombrables péripéties sur terre et sur mer.

 

LE JAPON

 

Farandoul a acquis la certitude que les pirates avaient dû débarquer dans les États du prince Miko, un des plus puissants daïmios feudataires de l'empire du Japon, prince à peu près indépendant et très hostile aux Européens. Cap sur Yokohama. Leur premier soin de nos amis en débarquant, fut d'endosser des armures japonaises. Croisant un cortège, Farandoul est ébloui par la charmante apparition d’une Japonaise de dix-huit ans…Il fait route avec elle main dans la main, formalité considérée comme un véritable mariage. Erreur fatale, c’était la fiancée du prince Kaïdo. Nos amis sont emprisonnés. Après d’autres invraisemblables péripéties, les voilà condamnés à périr dans la graisse bouillante.  Périr dans la friture, soit pensent Tournesol et Mandibul, nos deux méridionaux mais au moins dans l’huile ! En Provence, on cuisine à l’huile. Ils échappent toutefois à la cuisson dans la graisse ou dans l’huile car le prince Kaïdo pardonne et fait de Farandoul son premier ministre. Il lui apprend que l'éléphant blanc se trouve dans le temple des trente-trois mille trois cent trente-trois génies.

 

Mais d’autres péripéties, nous vous en épargnons le détail, conduisent toutefois à nouveau nos amis en prison. La peine de mort est demandée et naturellement prononcée. Compte tenu de ses services antérieurs, il est décidé que Farandoul doit périr en vrai chevalier, en courageux guerrier et d’une main ferme s’ouvrir le ventre, deux incisions en croix, vlic et vlic et c'est fini I On lui fait même l’honneur de lui remettre à cette fin un superbe sabre à lame trempée et damasquinée pourvue d'une poignée splendide enrichie de diamants. Mais le sabre va permettre à Farandoul suivi de ses amis de se frayer un chemin parmi les ennemis. Le temple aux trente-trois mille trois cent trente-trois génies n’était pas loin. Et ils s’y emparent de l’éléphant. Bravo ! Les millions du roi de Siam sont gagnés ! Pas encore ! Encore une fois nous retrouvons les mêmes pirates qui ont eu le temps de charger  l’éléphant sur l’un de leurs bateaux. Debout sur le tillac leur chef nargue Farandoul « Je vais toucher les millions du roi de Siam, adieu et merci pour nous avoir amené l'éléphant vous-mêmes »

 

 

RETOUR IMPRUDENT EN CHINE EN PASSANT PAR LA CORÉE À LA POURSUITE DES PIRATES

 

Une tempête va envoyer les deux vaisseaux, celui des pirates et celui de nos amis, se briser sur les côtes de Corée. L’éléphant  en a profité pour prendre la fuite ! On sait toutefois que, nouvelle ruse des pirates, ceux-ci l’avaient peint en gris ! On poursuit les pirates jusqu’en Chine. Nos amis avaient oublié qu’ils y avaient un casier judiciaire chargé. Ils sont reconnus et enfermés en cage avant d’être expédiés à Pékin en hommage à l’Empereur. Farandoul, les forces décuplées par la rage, réussit à s’en extraire. Il libère ses amis, ils assomment les gardiens qui somnolaient,  endossent leurs uniformes et s’emparent de leurs armes. Et, divine surprise, une foin traversée la Grande Muraille, ils trouvent les pirates qui, affamés, se disputaient pour savoir s’ils n’allaient pas manger l’animal sacré ! Affaiblis par la famine, ils ne résistent pas à l’assaut de nos amis et rendent les armes. On reconnait leur chef, c’était, nous nous en doutions, l’infâme Nao-ching : « J'avoue tout ! Mes appointements étaient si rarement payés et la vie est si chère ! J'ai trente-quatre femmes à nourrir, messieurs, ne perdez pas un père de famille !... je suis bien coupable, je l'avoue. C'est moi qui ai volé l'éléphant de Sa Majesté le roi de Siam, c'est moi qui l'ai vendu à l'empereur des Birmans, puis au radjah de Kifir, puis aux bonzes chinois, puis au prince de Miko ! Mais je me repentais, messieurs! Le remords m'avait saisi et je le reconduisais à Siam... »  

 

Entretemps, l’éléphant, animal intelligent, galopait en liberté vers le désert de Gobi, loin des voleurs et loin de ceux qui s'étaient donné tant de peine pour le retrouver !

 

DANS LE DÉSERT DE GOBI ET SUR LES RIVES DU LAC BAÏKAL

 

Les chemins sont difficiles, rien à manger que des plantes de rochers ou quelques maigres ours de Mongolie. L’éléphant conduit ses poursuivants jusqu’aux frontières de la Sibérie. Il s’amaigrit de jour en jour. Le froid devient sibérien. Nos amis parviennent à le cerner et le capturer au lasso. Réfugiés dans une Isba, ils y trouvent un grand gaillard à tournure d'officier russe, aux grandes moustaches et à la barbe longue. Cet homme se nommait Michel Strogoff, il fuyait devant les hordes tartares et cherchait à gagner Irkoutsk menacé par elles. On fraternise et on partage le peu de viande d’ours qui restait.

 

 

On va enfin passer une nuit de bon sommeil. Mais un bruit réveille Farandoul,  l'éléphant, monté par une espèce d'ombre, s'enfonçait dans le brouillard. Mandibul trouve à la place que Strogoff avait occupé un papier contenant ces simples mots :

 

« Je mets en réquisition l'éléphant blanc pour le « SERVICE DU CZAR.   « Michel STROGOFF, Courrier impérial. »

 

Dans la neige toutefois, les traces de l’éléphant sont faciles à suivre. Nous n’échapperons évidemment pas à une poursuite par des loups affamés. Sur les bords du lac Baïkal se distinguait une masse blanche acculée aux rochers. C'était l'éléphant toujours monté par Michel Strogoff, d’une immobilité effrayante. Le groupe était gelé.

 

 

La trompe du pauvre animal était déjà tombée sur le sol. On put descendre Strogoff de la monture sans le casser. Mais l’éléphant n’était pas tout à fait gelé, un immense feu le ranime. On fait chauffer des couvertures, on le ranime, on lui fait avaler une grande marmite de thé vert ramené de Chine par l’un des matelots. Il est presque sur pied, toussant un peu et surpris de la disparition de sa trompe.

 

 

Strogoff de son côté, à moitié rôti par le feu, était revenu à lui et eut sa part des marmites de thé offertes à sa victime. Dur comme un Sibérien, il n’a pas trop souffert mais pour lui éviter le sort de la trompe, on lui met des attelles, le cerclant comme un tonneau. Il peut poursuivre sa route vers Irkoutsk. Le rhume du pauvre éléphant était d'une gravité qui frisait la fluxion de poitrine fut soigné par Mandibule qui possédait quelques connaissances en botanique et, parti à la recherche de certaines plantes, pu lui confectionner quelques seaux de tisane. Il ne souffrait plus moralement que de la perte de sa trompe.

 

LE RETOUR TRIOMPHAL

 

Le retour va enfin pouvoir se dérouler paisiblement. La troupe atteint Hing-hing, pointe septentrionale de la Corée sur la mer du Japon.  Elle réussit à affréter une jonque capable de porter le précieux éléphant qui sera tout de même victime du mal de mer.

 

 

Mais il retrouve le soleil, son pays natal et une foule immense qui l’attendait.

 

Dans le groupe des autorités qui s'avançait pour recevoir nos amis, Farandoul aperçut au premier rang la figure bien connue maintenant de l'auteur de tous les maux du pauvre éléphant, du malfaisant qui l'avait enlevé de Bangkok et promené de ville en ville par toute l'Asie, Nao-ching. Il avait eu l’audace en les quittant de revenir prévenir sa Majesté Siamoise du prochain retour de l’éléphant. Robida connaissait peut-être un peu les Siamois puisque le ministre ne craint pas de demander  à Farandoul de lui réserver « une petite commission de cinq pour cent ». Mandibule se réconcilie avec la colonelle.

 

Des fenêtres du harem tombe une pluie de roses. Il ne restait plus à nos amis qu'à rendre une visite au mandarin des finances. On toucha les soixante millions de récompense en bon or européen chez le mandarin des finances sans verser sa « petite commission » à celui de la police et l’on se décide à s’embarquer rapidement en route pour Calcutta de peur que les Siamois ne se ravisent et de là, la France et Paris, en réalité pour de nouvelles et burlesques aventures.

 

 

Nous sommes bien évidemment dans le domaine rocambolesque de la plus totale fantaisie. Nous n’avons relaté qu’une infime partie des aventures ou plutôt, des mésaventures de Farandoul et de ses amis en dehors du Siam. La série est à la limite de l’image d’Epinal et surtout de la bande dessinée qui la première fois en France fera la joie des enfants sages que les parents ont abonné à l’un des premiers périodiques à leur intention « le petit français illustré », inaugurée par le dessinateur Christophe, son précurseur en France avec son immortel Sapeur Camember  à partir de 1890 avec un humour souvent aussi grinçant que celui de Robida.

 

Nous ne sommes pas éloignés non plus du roman picaresque inauguré en France par le Gil Blas de Lesage au XVIIIe siècle, oublié des romanciers les siècles suivants

 

 

mais nous le retrouvons,  sous une autre forme bien sûr plus adaptée aux patronages, Bibi Fricotin dont les interminables aventures débuteront en 1924

 

 

1924 suivi naturellement de Tintin dont le premier album est de 1929.

 

 

La série n’a fait à notre connaissance l’objet en Italie que d’un film muet Le Avventure Straordinarissime Di Saturnino Farandola, réalisé en 1913 par Marcel Fabre et produit à Turin par Ambrosio Film.

 

Il est disponible sur Youtube et doit évidemment être regardé comme un film muet.

 

 

 

NOTES

 

(1) Qui est Albert Rovida ? Né le 14 mai 1848 à Compiègne, il y passera son enfance et son adolescence, avant de gagner Paris à l'âge de dix-huit ans.  A l'issue de sa scolarité où il a manifesta  très tôt sa passion pour le dessin,  il se retrouvera petit commis d’architecte, c’est là qu’il a dû assimiler les notions qui lui serviront dans ses dessins futurs de ses « vieilles villes » et de leurs monuments. Une belle calligraphie lui procure à seize ans un emploi de clerc ou saute-ruisseau chez un notaire Maître Rouart où il passe son temps à dessiner. Peu intéressé par les tâches de gratte-papier, il met à profit ses moments de loisirs pour dessiner. Il y écrit un irrévérencieux « Le Manuel du parfait notaire »  qui ne sera édité qu’en 1998. 

 

 

Sans rancune, son tabellion de patron lui conseille une autre voie et le présente au  Vicomte de Noé, alias Cham, dessinateur très en vogue de l’époque, sinon le seul, du moins l’un des rares à avoir pris la liberté de caricaturer un royal visiteur,

 

reproduisant  un portrait de Rama V par le peintre arlésien Marius Fouque.

 

Il entame alors une longue carrière de dessinateur et écrivain satirique tout en se lançant dans le roman d’anticipation. Les fameux Voyages extraordinaires de Jules Verne seront pour lui une source d'inspiration (« Le vingtième siècle » est publié en 1883, « La vie électrique » en 1892). Son imagination est aussi féconde – sinon plus – que celle de Jules Verne. Grâce au dessin faisant parfaitement corps avec son texte, « pour servir à l’intelligence du texte » dit-il. Il ne se perd pas en fastidieuses explications ou descriptions qui ne constituent pas toujours le meilleur de l’œuvre de Jules Verne qui, n’ayant jamais quitté sa table de travail, les puisait dans des atlas ou des descriptions de voyageurs. Les « Voyages très extraordinaires de Saturnin Farandoul dans les cinq ou six parties du monde et dans tous les pays connus et même inconnus de M. Jules Verne - Voyages extraordinaires  sont en quelque sorte une cible, une gaillarde surenchère. Il meurt à Neuilly en 1926.   

 

(2) La série n’a jamais été rééditée. Seul « à la recherche de l’éléphant blanc » est numérisé sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale. Les quatre autres le sont sur le site californien archives.org

 

(3) Ce juron provençal  actuellement tombé en désuétude  peut – et doit – se traduire tout simplement par oh putain !

 

 

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 12:19

 

Tout le pays, et le monde entier aussi, ont été suspendus pendant 18 jours au sort de ces douze adolescents et de l’entraineur de leur équipe de football, l’équipe des sangliers.

 

La bonne nouvelle retentit enfin en début d’après-midi le 10 juillet sur les écrans de télévision locale : หมูป่กลับบ้น – moupaklapban – les sangliers sont de retour.

 

 

 

Certes, « tout est dit et l’on vient trop tard » et notre propos n’est bien évidemment pas de revenir sur une actualité que vous connaissez tous en détail mais de faire quelques observations qui ont peut-être été négligées par les médias occidentaux trop souvent avides de « sensationnalisme ».

 

 

Les événements ont été commentés minute par minute sur les chaines de télévision thaïes relayées par celles du monde entier, depuis l’attente angoissante pendant huit jours sur l’ignorance totale de leur sort jusqu’à leur découverte, tous en vie, par deux plongeurs anglais au bout de six heures de nage à plus de quatre kilomètres de l’entrée dans ce que l’un d’eux a appelé du « café latte ». Ceux qui ont un jour porté des bouteilles de plongée sur le dos se doutent de ce que fut cette épreuve. Ce n’était alors qu’une petite bataille gagnée, celle de la recherche, restait ensuite à gagner celle des secours puis celle du retour à la maison. Une fois leur ravitaillement assuré, nourriture, boissons, oxygène pour pallier à l’air confiné de la cavité où ils étaient réfugiés et couvertures de survie, se posa le problème de leur évacuation, soit par la voie des airs en procédant à des forages de puits d’accès depuis le sommet de la colline, soit de leur faire attendre quatre mois la baisse des eaux en les ravitaillant, solution conseillée par les cœurs les plus pusillanimes, soit par les galeries inondées alors que la plupart de ces gamins ne savaient nager et qu’aucun n’avait jamais fait de plongée subaquatique. Ce fut la solution choisie en plusieurs étapes au terme d’une opération qui restera probablement la plus grande opération de sauvetage dans une grotte de l’histoire de la spéléologie, une véritable mission impossible (1).

 

 

N’oublions pas qu’un ancien plongeur de la marine thaïe y a laissé la vie le 8 juillet lors d'une opération de ravitaillement.

 

 

LA GROTTE EST UN SITE TOURISTIQUE ET NON SPÉLÉOLOGIQUE

 

 

Contrairement à ce qu’on a pu lire et relire trop souvent, essentiellement dans la presse occidentale, les gamins ne se sont pas lancés dans une aventure nécessitant des compétences et du matériel spéléologiques et encore moins de spéléologie subaquatique. La grotte se situe dans les montagnes dans la région de Maesai, toutes truffées de cavités (2). Elle a été visitée et décrite dans les années 1986 et 1987 par des chercheurs français qui n’étaient pas des spéléologues mais des entomologistes étudiant une faune spécifique, suivis de préhistoriens cherchant des traces d’occupation à l’époque préhistorique et des géologues. Ils y sont entrés et l’ont visitée sans difficultés particulières en précisant que le site était submergé en saison des pluies (3). Elle comporte plus de 6 kilomètres de galeries répertoriées à ce jour et peut-être d’autres encore inexplorées. Elle était probablement connue des multiples ethnies qui peuplent les hauteurs dans cette zone mais pas forcément des Thaïs que la crainte des esprits maléfiques, des démons, des géants et des « phis » écarte de ces cavités. Il court d’ailleurs à son sujet plusieurs légendes plus ou moins dissuasives (4). La spéléologie n’est pas un sport local. Si de nombreuses grottes sont occupées, ce n’est pas par des visiteurs. Elles sont utilisées comme centres religieux pour la simple raison que les moines y sont au calme, à l’abri des éléments et y bénéficient d’une température plus fraiche qu’à l’extérieur. Ce sont des endroits idéals pour la prière et la méditation.

 

 

Ce n’est pas le cas de Tham Luang probablement en raison de son inaccessibilité partielle en saison des pluies. Elle est par contre devenue un site touristique et non pas un site pour spéléologues chevronnés (5). Ouverte au public, elle est partiellement aménagée : escaliers, mains courantes, rampes bétonnées sur une partie du trajet.

 

 

Il est donc de toute évidence inutile de se munir de l’arsenal du spéléologue aguerri. L’humidité permanente a empêché qu’elle soit éclairée par l’électricité : Il faut donc pour la visiter se munir de bonnes chaussures et de lampes électriques sans oublier des piles de rechange nous disent tous les sites thaïs dont ce sont les seules recommandations. D’ailleurs les Thaïs ne perdent jamais le nord, s’ils appréhendent de pénétrer eux-mêmes dans les entrailles de la terre, le bureau d’accueil se fera un plaisir de louer une torche au visiteur.

 

Il n’y avait donc pas à priori la moindre faute à accompagner une équipe de gamins entre 11 et 16 ans pour cette visite à cette époque.

 

Ce n’était qu’une balade qui a tourné au drame.

LA SAISON DES PLUIES

 

La grotte est inondée en saison des pluies. Son accès en est strictement interdit pendant 5 mois, de juillet à novembre.

 

 

Depuis le signalement de la grotte au monde scientifique il y a plus de 30 ans et sa visite tant par des érudits biologistes y cherchant des espèces cavernicoles ou des préhistoriens y cherchant les traces d’une présence préhistorique, aucun incident majeur ne semble y avoir jamais été signalé compte non tenu des visites de simples touristes ? S’il pleut toute l’année en Thaïlande, le gros de la saison des pluies se situe dans cette zone entre juillet et octobre. Il s’agit donc d’une fourchette de précautions. Où se situe l’erreur ? Des orages catastrophiques aussi imprévus qu’imprévisibles ont submergé les galeries bien avant l’heure. A la même époque des pluies diluviennes se sont abattues sur le Japon faisant à l’heure où nous écrivons probablement plus de deux cent morts.

 

 

L’ATTITUDE DE L’ENTRAINEUR

 

Il lui a été reproché – essentiellement encore dans la presse occidentale - d’avoir entrainé les gamins dans cette aventure « spéléologique ». Or, il connaissait lui-même les lieux et les avait déjà arpentés avec sa troupe. Devant la montée subite des eaux, il a pris la décision de s’avancer plus avant dans le réseau pour chercher un refuge sur une partie haute. Son attitude laisse à penser, ainsi qu’on a pu le constater à la lecture des commentaires dans les réseaux sociaux provenant des parents et la presse locale, que son sang-froid a permis aux enfants de survivre à cette épreuve, en particulier plus d’une semaine dans l’obscurité (6). Il leur a conseillé de mesurer leur respiration, de n’utiliser les lampes de poche que le moins possibles et une à la fois pour conserver une source de lumière. Il leur a appris à boire l'eau propre qui goutte à travers le plafond de la grotte et non celle de la crueIl leur a également conseillé de bouger le moins possible pour conserver leur énergie, de méditer et prier. Il aurait lui-même lors de sa période de moine temporaire vécu comme un ascète dans l’une des grottes de la région « buvant la pluie, humant le vent ».

 

 

UN MIRACLE ?

 

Tout le pays, dans les temples bouddhistes, dans les mosquées, dans les églises catholiques a prié pour les enfants.
 

 

Les populations des ethnies des montagnes avoisinantes toutes animistes auxquelles appartiennent plusieurs des enfants se sont livré à des rites incantatoires. Beaucoup de Thaïs sont persuadés que ce sauvetage relève du miracle, une notion qui semble totalement étrangère aux médias occidentaux. Il y a encore des Thaïs qui croient aux miracles. La réussite de l’opération finale par la voie des eaux relève en effet du miracle quel que soit le sens que l’on donne à ce mot.

 

Tous les spécialistes du monde entier la considéraient comme virtuellement impossible.

 

Faire nager plus de cinq heures sous de l’eau boueuse un gamin de 11 ans qui ne savait ni nager ni à fortiori utiliser un scaphandre autonome sans qu’il panique ne relève-t-il pas du « miracle » ?

 

La vente des médailles miraculeuses s'organise ...

 

 

LES SOUTIENS DU MONDE ENTIER …

 

Ne revenons pas sur ce que nous savons tous même si celui de la France fut un peu frileux. Relevons une démarche sympathique : dans un communiqué du 10 juillet le milieu de terrain français Paul Pogba a immédiatement dédié la victoire de son équipe en demi-finale aux 13 jeunes restés coincés pendant 18 jours dans une grotte du nord de la Thaïlande : « Cette victoire va aux héros du jour, bravo les garçons, vous êtes forts ». Il a eu le mérite de susciter de l’Ambassade une réaction un peu tardive : Dans un bref communiqué paru le 12 juillet sur son site Internet, prenant le train en marche, nous lisons : « toute l’Ambassade s’associe au geste de Paul Pobga qui dédit la victoire de la France en demi-finale de la coupe du monde de football 2018 aux jeunes footballeurs de l’équipe du « Mu Pa Academy Mae Sai » rescapés de la grotte de Tham Luang ». Merci à Paul Pogba de cette initiative qui nous apporte la preuve que l’on peut vivre en donnant des coups de pied dans un ballon rond et avoir à la fois du cœur et de la courtoisie …

 

 

NOTES

 

(1) Un article du journal Le Figaro en 2010 donc bien antérieur à cet épisode dramatique nous disait « Les plus longues survies de spéléologues restés bloqués » « En France, les cas de spéléologues qui restent coincés plus de 18 heures avant d'être secourus vivants sont rares, mais ils existent. En 1999, sept personnes avaient même attendu 10 jours avant d'être libérées … » :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/10/10/01016-20101010ARTFIG00090-les-plus-longues-survies-de-speleologues-restes-bloques.php

 

(2) Par 20° 22’ 51’’ Nord et 99° 52’ 05’’ Est.

 

(3) Voir les rapports de Louis Deharveng à l’ « Association Pyrénéenne de spéléologie »   : « Expédition Thaï-Maros 86 » (Toulouse ISBN 2-906273-01-5) et « Expédition Thaï-87-Thaï 88 »Maros 86  (Toulouse ISBN 2-906273-02-3). Il n’est pas spéléologue mais entomologiste au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Voir également Valery Zeitoun, Hubert Forestier et Supaporn Nakbungling « Préhistoires au sud du triangle d’or », Paris, 2008 ou encore de Martin Ellis « The cave of northern Thailand », 2017 qui citent  tous Deharveng d’abondance. Il est le premier à en avoir établi un relevé topographique.

 

 

(4) Voir par exemple le site thaï qui en cite trois :

http://travel.trueid.net/detail/O36bPoR5Eog3

 

(5) « Visiter les grottes de Thamluang… » écrit Lonely Planet. « Plusieurs grottes méritent une visite : Thamluang comporte plusieurs salles aux formations rocheuses fantastiques » écrit le Guide Vert Michelin sans parler de nombreux sites thaïs.

 

(6) L’entraîneur a fait parvenir aux parents un courrier pour s’excuser et faire part de sa désolation. De multiples commentaires en réponse relevés sur Internet sont significatifs : « Ek, vous ne devriez pas vous blâmer pour ce qui est arrivé. Nous savons tous que vous êtes gentil et avez toujours bon cœur pour aider nos enfants ». Une mère en larmes interrogée par un journaliste thaïe lui dit que son garçon avait survécu à cette épreuve grâce à l'entraîneur : « J'étais inquiet pour mon garçon. Ce qui m'a réconforté, c'est que l'entraîneur Ek soit avec lui ». Plus officiellement, Thawatchai Thaikhiew, secrétaire permanent adjoint à la Justice, a déclaré qu'il craignait que l'entraîneur ne soit atteint de dépression et ajouta : « Je demande à tous les Thaïlandais de lui apporter un soutien moral. Si quelqu'un le rencontre, s'il vous plaît faites lui un geste d’amitié ».

 

 

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 05:11

 

 

Nous avons rencontré Paul-Louis Rivière à l’occasion de notre article sur le sacre du roi Rama VI aux cérémonies desquelles il avait assisté et qu’il décrivit dans un très bel article du « Figaro littéraire » (1).

 

 

Ce très éminent juriste vécut deux ans au Siam comme membre de la Commission royale de législation siamoise et conseiller légiste du gouvernement siamois. Il tomba incontestablement sous le charme du pays qu’il connut à la fin du règne du Roi Rama V et aux débuts de celui de son successeur.

Il a écrit sur le Siam, prononcé de nombreuses conférences (2) et ramènera un roman publié en 1913 sous le titre « Poh Deng – Scènes de la vie siamoise (3)

 

 

... et ensuite en 1919 à son retour du front sous un autre titre « Poh Deng – Roman siamois » (4). Il va profiter de l’histoire des amours contrariées du jeune Poh Deng et de la petite danseuse Mé Ping pour nous donner sans longueurs quelques aperçus du Siam qu’il a connu, dans de remarquables descriptions qui restent décentes, une peinture de mœurs dans un style élégant, au travers de l’histoire d’une vocation religieuse par désespoir d’amour …

 

 

POH DENG

 

Le petit garçon Poh-Deng (« père rouge ») est né de Mè Choup (« mère baiser »), l’année du singe. Sa naissance est alors marquée par deux superstitions siamoises :

 

Il est accueilli par cinq fois le cri de gecko (tok-ké) ce qui est un signe faste

 

 

mais suivi d’un signe néfaste, l’envol d’un geai bleu de la gauche de la maison.

 

 

Les cérémonies rituelles sont naturellement accomplies : l’enfant est placé dans sa corbeille autour de laquelle on dispose des  bâtonnets reliés entre eux par un réseau de fil blanc qui écarte les mauvais esprits, les phi. « Les choses se passent ainsi en pays thaï », cela a-t-il changé au XXIème siècle ? (5)

 

Poh Deng  reçoit  comme tous les enfants un sobriquet,  celui de « nou » (petite souris). Il est « louk chin » puisque son père Fouk Long est chinois. Il tient un magasin « mont de piété », revend avec des bénéfices de 500 % et ne prête jamais à plus de 30 % l’an. Notre auteur est moins vindicatif à l’égard de cet usurier chinois qu’il ne l’était dans son article du Figaro (1) : Le Chinois, ce « métèque » qui « s’est abattu sur ce pays, comme il l’a fait sur tout l’Extrême-Orient, pour y monopoliser les branches les plus variées  de l’activité commerciale ».

 

 

Mais pour le malheur de notre gamin, son père « avait trop aimé le bambou ». Nous allons apprendre les hallucinants  méfaits de l’opium : « Chaque soir il de rend dans la fumerie d’opium de Chin Yong Li Seng.. il s’étendait sur le lit en bois laqué recouvert d’une latte fine et là il éprouvait les bienfaits de la drogue brune et odorante qui est l’âme solidifiée des pavots du Yunnan…

 

 

Mais il eut le tort de ne pas suivre les préceptes de Kong Fou Tsé (Confucius) qui prescrit en tout la modération. Il passe de quelques pipes par jour à une vingtaine puis au double puis au triple « tant et si bien qu’il ne savait plus le chiffre des boulettes malaxées dans la soirée. Il advint qu’à la longue Fouk Long semblable jadis par son visage réjoui, par son triple menton, par son ventre épanoui  à une statue de Pou-Taï, le dieu de la sensualité...

 

 

...  devint conforme à l’effigie du mendiant Tié Kouaï dont il est facile de dénombrer les côtes ». Il rejoint alors ses ancêtres et ses cendres retournèrent en Chine. S’il existe encore – parait-il – quelques rares et très confidentielles fumeries d’opium à Bangkok, le pavot a depuis été remplacé par d’autres drogues qui ne valent pas mieux.

 

 

Devenue veuve Mè Choup alla s’installer sur la rive droite du fleuve qui n’avait alors rien de commun avec la cité royale des Chakri. La rive droite de la Chao Phraya, « c’était une forêt dont les voies de communication sont les innombrables klongs quo sinuent, zigzaguent, tournent court, repartent dans une direction nouvelle parmi les arbustes et les herbes folles ». Ils y vivent dans une baraque sur pilotis coiffée d’un toit de chaume en palmes de latanier.

 

 

Naturellement, la petite maison des Phi jouxte la modeste habitation principale. Ne revenons pas sur un sujet que nous avons traité (5).

 

 

La présence de ces maisonnettes reste une constante encore de nos jours. Le gamin vit là insouciant entre sa mère, son grand-père Naï-Leut et l’aïeule Mè Kao. Mé Choup a la triste habitude de mâcher le bétel, en réalité  la noix d’arec enrobée d’une feuille de bétel recouverte d’une pellicule de chaux. Ceci explique la présence d’un crachoir parmi les rares éléments du mobilier de la maisonnette. Nous considérons aujourd’hui cette pratique comme répugnante, elle est en tous cas beaucoup moins nocive que l’abus d’opium ! Les mâcheurs de bétel sont, à ce jour, rarissimes, même en Isan mais les denrées nécessaires à cette habitude se trouvent en tous cas sur tous nos marchés.

 

 

Tous les matins, Mè Choup fait ses ablutions dans le klong qui sert également d’égout et de latrines. « L’eau tombe sur ses épaules, coule sur sa poitrine et trempe son pa-noung qu’elle a gardé comme faire se doit. Il n’est homme ou femme qui manquerait à cette habitude car la pudeur au Siam est chose foncière et ne consiste pas comme en d’autres pays à évoquer la nudité par les artifices du voile ». « C’est dans le klong aussi que Poh-Deng a appris à nager. C’est maintenant une véritable grenouille qui, plus que la terre ferme vit sur l’eau et même sous l’eau ».

 

 

C’est la grand-mère qui est chargée de la confection du kapi :  « Poh Deng s’extasie à la voir broyer dans un mortier les crevettes qu’une longue exposition à l’air a rendues à point, les malaxer, les incorporer à une saumure épaisse pour en obtenir une pâte visqueuse et verdâtre dont les émanations combattent victorieusement celles de la vase et des détritus jetés dans le klong. Le pla-kapi est l’une des friandises de la population siamoise ».

 

 

C’est le grand père qui va apprendre à Poh Deng les vieilles coutumes : « De mon temps, vois-tu, lorsque le peuple thaï avait deux rois, les gens étaient meilleurs. Ce sont les Chinois – je ne dis pas ça pour feu ton père – et les kek  (6) qui, en envahissant notre pays y ont porté des mœurs déshonnêtes, inconnues de nos ancêtres. Les coutumes d’alors étaient aussi préférables. Par exemple lorsque deux plaideurs s’adressaient à la justice, sais-tu ce que faisait le Juge ? Il commençait par les envoyer tous les deux en prison et par les y oublier quelques mois. Voilà qui était fait pour modérer l’esprit de chicane. Sans doute n’oserait-on plus aujourd’hui comme jadis se saisir des quatre personnes venant à passer devant un mur d’enceinte nouvellement construit et les brûler vives sous la poterne pour se concilier les Génies de la cité. Non, cela on n’oserait pas par mansuétude. Mais qui dit pitié dit faiblesse aussi la pitié est donc un sentiment fâcheux ».

 

 

L’éducation de Poh Deng n’est pas négligée. Il étudie au temple. « Là sous un sala, un simple toit supporté par des colonnes de bois, les bonzes inculquaient à leur auditoire les rudiments des connaissances profanes et les initiaient aux préceptes du maître.

 

 

La leçon finie, les écoliers se délaissaient dans les cours du wat au jeu du takro ». Il en est toujours ainsi !

 

 

MÈ PING

 

Sa famille originaire du Laos vit dans une maison flottante de la rive droite également. Les deux enfants se sont connus à l’occasion d’une joute de cerfs-volants lors des fêtes du nouvel an : « … Donc Poh Deng lançait son cerf-volant et cherchait comme d’habitude à capturer celui d’un adversaire. La manœuvre consiste à faire planer l’appareil au-dessus de l’ennemi puis fondre sur celui-ci comme un faucon sur sa proie ». Il triomphe de celui d’une petite fille et de ce jour ils deviennent amis.

 

 

Ils fréquentent ensemble les combats de coqs : « Mè Ping, la douceur même, Mè Ping qui n’aurait pas fait de mal au plus petit lézard margouillat, était ravie lorsque les combattants hérissaient leur plumage, se dressaient sur leurs ergots, se jetaient l’un sur l’autre au milieu des encouragements ou des huées des spectateurs… »

 

 

Mè Ping est orpheline. Toute jeune, elle a été recueillie par Naï Tien son oncle maternel dont elle est devenue le douzième enfant. Il est riche, propriétaire de plus de 100 raïs de rizières dans les environs de Bangkok. « Ces sortes d’adoption se voient fréquemment au Siam où la famille nombreuse n’entraîne pas la gêne. Dans un pays où la vie est simple, où les besoins rares ont des contentements faciles, que représente un enfant de plus pour qui le gite, l’habille et le nourrit ! Une natte, un pa-noung, un peu de riz et c’est tout. Chez les peuples heureux, donner ce n’est pas se priver ». Ce sens aigu de la cellule familiale beaucoup plus large que dans le sens que nous lui donnons, est toujours omni présent au moins dans la Thaïlande profonde.

 

 

Les deux enfants sont devenus adolescents et grandissent ensemble mais va arriver la saison des malheurs.

 

« Le proverbe dit vrai, le bonheur vient par gouttes et le malheur par flots ». Notre auteur est friand de ces proverbes thaïs qui perdurent encore et dont il use souvent : Naï Tient fut victime de trois années de récoltes catastrophiques. « Ce malheur n’avait pas été une surprise pour ceux qui croyaient aux présages ». Ceux de la cérémonie du Rek Na, le labour royal (remise en vigueur par feu SM le roi Rama IX et reprises par son successeur) avaient été désastreux (7).

 

 

Naï Tient est ruiné. Il doit vendre tous ses biens pour payer ses créanciers. Et voilà l’esclavage pour dettes : « En fin de quoi n’ayant plus rien à vendre, il se vendit lui-même, c’est-à-dire qu’en échange d’une somme d’argent qui lui fut prêtée par un riche personnage, il devint son esclave, devant payer par son travail les intérêts de la somme empruntée. Tout seigneur de quelque importance se compose ainsi une sorte de clientèle par laquelle notamment sont tenus les emplois innombrables que comporte sa maison : car le serviteur qui présente le miroir au maître n’est pas le même qui lui offre la cigarette et celui qui l’évente pendant le repas croirait déroger en lui versant le thé dans la tasse minuscule et toujours remplie. Certains de ces serviteurs deviennent des commensaux et font presque partie de la famille ». L’esclavage, une institution qui suscitait l’indignation vertueuse de bien des visiteurs du XIXème siècle, tous de grands bourgeois oubliant ce que disait Monseigneur Pallegoix qui écrivait au seuil du second empire que les esclaves au Siam étaient mieux traités que les domestiques des maisons bourgeoises de son pays.

 

« Autour du maître, une nuée de serviteurs, d’officieux, d’esclaves pour dettes – le sort de ces derniers n’a rien d’effrayant- vaquent aux innombrables emplois de la maison et composent sa clientèle » écrivait Rivière dans le Figaro de 1911 (1).

 

 

Mè ping va avoir la même chance : Elle va être attachée à la personne de l’épouse principale du grand maître des écuries royales qui lui est propriétaire de 1.000 raïs et préposée à la garde de ses joyaux puisque le rang de son époux l’autorisait à posséder un service en vermeil.  Ses fonctions ne sont pas celles d’une boniche du Faubourg Saint-Germain : « Le rôle de Mè Ping était de présenter les ustensiles rituels à sa maitresse et, lorsque celle-ci sortait, de porter gravement le plateau sur la paume des deux mains … »

 

« Les rapports des grands et des petits » conclut Rivière « pour être assujettis à une étiquette immuable, ne comportent ni orgueil ni bassesse. Ils n’excluent ni la dignité ni même la familiarité. Au reste, le mot Thaï veut dire libre. »

 

 

Mais c’en est fini des rapports de douce amitié entre Poh Daeng et Mè Ping. Celle-ci est désormais pénétrée de son importance. Son maître possédait une troupe théâtrale « pour offrir à ses amis de la Cour des lakhon auxquels le roi ne dédaignait pas d’assister ». Le maître résolut donc de faire éduquer Mè Ping dont il avait remarqué la grâce dans le corps des ballerines. Ainsi elle dansa devant des membres de la famille royale, l’un des fils du roi et les plus hauts dignitaires de la Cour, spectacle auquel le malheureux Poh Deng doit assister perdu au fond de la salle.

 

 

BANGKOK

 

Poh Deng retourne sur la rive gauche pour assister à diverses cérémonie et processions rituelles et  royales que Rivière décrit longuement avec talent et un pittoresque coloré. « La liberté pour le peuple de regarder le cortège est une de ces concessions aux idées modernes, déplorées par Naï Leut : Jadis, quand les choses étaient entières, nul n’avait le droit de rester aux alentours de la processions ». Il n’y voit pas Mè Ping dans la barge de sa maitresse. Qu’est-elle devenue ? Nul ne peut ou ne veut le lui dire. A force d’insistance, les employés du seigneur le mettent dehors. Proverbe sage : « Si quelque épine t’a piqué, sers- toi d’une autre épine pour l’enlever » lui dit son grand père, voix de la sagesse : Il souhaite l’enlever mais elle est désormais d’un rang supérieur au sien.  Son grand père lui rappelle les vieilles coutumes : « Il est écrit dans la Loi : si une fille appartenant à un homme de rang supérieur se laissé séduire par un homme de classe moindre, elle est une mauvaise fille. Elle et son ravisseur seront punis des peines qui atteignent le voleur ». Poh Deng déserte alors totalement la rive droite mais il est fort gueux et il lui est difficile de s’installer sur la rive gauche. « Entreprendre quoique ce soit sans argent, c’est vouloir lever une poutre avec une esquille » lui dirait la voix de la sagesse ! Or, dans le quartier chinois, les monts-de-piété sont omniprésents, peut-être le sont-ils encore. « Comme les poissons-pilote signalent la présence du requin, les monts-de-piété annoncent la voisinage des salles de jeu ». Nous allons donc retrouver notre amoureux transi dans une maison de jeu. La description qu’en fait Rivière est sordide. Poh Deng en ressort vêtu de son seul caleçon : « le génie du hasard ne lui a pas plus souri que le génie de l’amour ».

 

 

Il se retrouve alors avec un jeune chinois sorti comme lui presque nu du tripot. Celui-ci le conduit alors dans un temple bouddhiste chinois pour y étudier les bâtonnets magiques pour y connaître le résultat de l’une de ces loteries gérée par des Chinois, aujourd’hui toujours présentes de façon clandestine en dehors de la loterie officielle.

 

 

Un gain modeste lui permet alors de survivre et d’apprendre que Mè Ping, de par sa grâce et sa beauté, vient d’être engagée dans le corps des ballerines royales. Tout est fini. « La personne de Mè Ping est devenue intangible et toute tentative à son égard deviendrait sacrilège ».

 

 

La blessure de Poh Deng semble inguérissable. Son grand-père a de la famille à Phetchaburi où l’un de ses demi-frères y porte la robe safran comme abbé d’un temple. L’abbé « est éminent par son expérience, sa science et sa vertu. On accourt de loin pour prendre ses conseils dont la sagesse permet de croire à la venue sur terre du nouveau Bouddha. Voilà le médecin auquel il faut conduire le malade ».

 

 

PHETCHABURI

 

Poh Deng n’a pas de volonté, il se laisse conduire de guerre lasse. « Ils prennent place dans la voiture de feu qui en quelques heures porte plusieurs centaines de personnes au but ». Voilà l’occasion pour Rivière de nous décrire longuement le trajet en chemin de fer et la ville de Phetchaburi, il y a aujourd’hui plus d’un siècle : « Un village avenant il est vrai, assis dans un site riant au coude d’une rivière ombragée d’un massif de bambou mais dont l’unique rue était bordée de huttes basses… ».

 

 

L’abbé lui dit « tu n’es qu’un enfant ignare et stupide. Veux-tu savoir ce que tu as perdu et connaître ce que tu peux trouver ? Ecoute. ». L’abbé lui raconte alors la vie de Bouddha sur laquelle Rivière va s’étendre longuement. Jusque-là Poh Deng n’avait guère hanté les temples !

 

 

WAT PHO

 

L’abbé venant d’être nommé chef des bonzes de Wat Pho, il va s’y rendre accompagné de son jeune disciple. Rivière en fait, on s’en serait douté, une description enthousiaste. Poh Deng y prend la robe jaune au terme de ces rites multi séculaire dont nous aurons évidemment la description détaillée « Poh Deng a dépouillé les vêtements de son ancienne existence pour revêtir le costume de sa vie nouvelle ».

 

 

Poh Deng n’est plus, il est désormais Phra Narit, simple moine de Wat Pho. L’abbé lui avait dit « En consentant à oublier, tu as libéré ton esprit, captif jusque-là. Par la reprise de toi-même, tu t’es ouvert le chemin qui mène aux biens stables et définitifs. C’est folie que de chercher sa raison de vivre dans un monde où tout n’est que changement, tristesse et illusion ».

 

Lors de la cérémonie d’intronisation, Poh Deng reçut les présents des assistants. « Au milieu des présents, un bouquet de fleurs rouges a passé inaperçu. Perdue dans la foule, une femme s’est esquivée après s’être tenu dans le coin le plus obscur du sanctuaire ».

 

 

La lecture de ce roman nous a intrigués. L’auteur, né en 1873 est un très docte et très érudit juriste : docteur en droit - nous ignorons malheureusement quel fut le sujet de sa thèse de doctorat - son premier ouvrage juridique suivi par beaucoup d’autres date de 1897 alors qu’il est encore jeune avocat à la Cour d’appel de Paris, « Protection internationale des œuvres littéraires et Artistiques, étude de législation comparée ». Plus tard, devenu Magistrat puis Président de la Cour d’appel de Caen ses publication juridiques sont ininterrompues notamment dans diverses revues juridiques spécialisées autant que confidentielles comme la « Revue Internationale de droit privé », jusqu’en 1946 une énorme étude en plusieurs volumes sur la législation marocaine. Sa présence au Siam pendant deux ans suscite plusieurs articles sur le Siam, nous connaissons celui du Figaro Littéraire, qui dénote une connaissance approfondie du pays où il a vécu.

 

La publication de ce roman, en 1913 d’abord sous le sous-titre mieux choisi de « scènes de la vie siamoise » puis en 1919 ne fut suivie d’aucune autre. Seule l’édition de 1919 que nous avons sous les yeux a été numérisée par … l’Université du Michigan.  Une réimpression de janvier 2018 a été effectuée… par un éditeur américain (8). Il a pratiquement été ignoré des revues littéraires de l’époque y compris le Figaro littéraire avec lequel il avait pourtant collaboré.  Il fut probablement considéré comme une bluette sans importance ? La « Revue bleue – revue politique et littéraire » lui consacre dans son numéro de 1921 quelques lignes qui ne sont guère significatives (9). Le quotidien « L’intransigeant » du 10 mars 1920 est plus précis «  L’auteur connait bien le Siam… Un peu d’abondance aurait été la bienvenue. Monsieur P.L.Rivière. n’avait pour propos que de nous conter les amours contrariées du jeune Poh Deng avec la petite danseuse Mè Ping. Il les a très bien contées… mais on aurait voulu vivre dans l’intimité des moines… on aurait aussi voulu pénétrer dans l’âme des sages qui savent des choses profondes…. ». Certes mais c’était toutefois se méprendre sur les intentions de l’auteur pour lequel cette histoire d’amour n’était que le support à la description de « scènes de la vie siamoise » et non de faire un ouvrage exhaustif en 200 pages sur les mœurs siamoises. L’édition illustrée de 1913 (que nous n’avons pas) porte le titre qui nous semble mieux approprié de « scènes de la vie siamoise ». C’est dans « Les modes de la femme » du 11 février 1923 que nous trouvons le courrier d’une lectrice qui nous semble avoir mieux compris les intentions de l’auteur et sa poésie souvent troublante qui nous donne de belles visions du pays du sourire : « Je viens de lire un fort joli roman siamois, intitulé : Poh Deng. Je recommande sa lecture aux Abeilles qui, comme moi, aiment, ne pouvant mieux faire, voyager par la pensée en Orient.… ».

 

Ce n’est plus l’œuvre d’un probablement austère magistrat au sommet de la hiérarchie mais celle d’un poète… car ce magistrat a son jardin caché, il est tout à la fois poète et peintre. « Peintre et aquarelliste de talent, M. Louis Rivière a pu, au cours de ses déplacements, fixer les sites les plus intéressants des régions parcourues. Ses compositions picturales ont été remarquées au Palais-Salon, où se produisent de nombreux avocats et magistrats; et l'une de ses toiles a été acquise par l'Etat. Je dois ajouter, et notre distingué Président, qu'une affection saisonnière empêche aujourd'hui, eût été certes mieux qualifié pour le dire, j'ajoute, et cela ira tout de même au cœur des Toulousains, que M. Louis Rivière est un fervent de Clémence Isaure. Il a publié un volume de vers et il est lauréat de l'Académie des Jeux-Floraux » (10).

 

 

 

Nous n’avons malheureusement pu découvrir aucune de ses aquarelles et aucun de ses vers. Le style de son « roman » est aux antipodes de celui des juristes, de celui de ses articles juridiques et de ses décisions judiciaires qui obéissent depuis des siècles à de rigoureuses règles de forme dont toute fantaisie, toute poésie est exclue.  Il est ce que les spécialistes de la stylistique appellent une hypotypose, un texte où l'écrit remplace l'image et rend le tableau si vivant que le lecteur a l’impression de l’avoir sous les yeux. Nous n’en avons bien évidemment cité qu’une petite partie, celles dont les « images » nous ont paru les plus significatives.

 

 

… Car il existe ainsi, chez la plupart des hommes

Un poète, mort jeune, en qui l'homme survit.

 

 

(1) Voir notre article 161 « Autour du sacre du Roi Rama VI en 1911 » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-160-autour-du-sacre-du-roi-rama-vi-en-1911-124944766.html.

 

(2) Il donne le 17 février 1913 une conférence à la Société de géographie de Toulouse : « DEUX ANNÉES AU SIAM : Le Siam historique, économique, archéologique et pittoresque » (« Bulletin » de 1913). Il redonne cette conférence le 13 mars 1913 à la Société de topographie de France (Bulletin de 1913) et une autre à la Société de Géographie (Journal officiel du 21 février 1913). « Il parle avec le charme, la pureté de diction, la véritable maîtrise qui caractérisent l'avocat conseil de l'Union des femmes de France » (qui se fondra plus tard dans la Croix rouge française). Il est l’auteur de deux ouvrages : « Etudes siamoises » en 1932 et  « Siam » en 1935. Un article historique  « Siam d’autrefois et Siam d’aujourd’hui » a été publié dans la « Revue historique » Tome CLXIV, année 1930. Il s’est également intéressé à l’art siamois : «  L'Art au Siam  a été publié dans « La Dépêche Coloniale Illustrée » du 15 novembre 1913 - Treizième année No 21.

 

(3) Nous n’avons pas pu consulter cette première édition richement  illustrée par H. de la Nezière et tirée à 350 exemplaires : Nous n’en avons que l’exemple de quelques illustrations ci-desus et de l’illustration d’un proverbe siamois tirées du catalogue d’une vente aux enchères : « La femme et l'homme sont comme le safran et la chaux: si vous les mettez en présence, comment empêcher le safran de colorer la chaux ? ».

 

 

(4) En sus de ses compétences encyclopédiques, il participa courageusement à la grande guerre comme capitaine au 55ème régiment d’infanterie. Il reçut la croix de chevalier de la légion d’honneur le 30 août 1916 : « Officier distingué, remarquable par son entrain, son esprit d’initiative et son dévouement, a été blessé très grièvement le 15 juillet 1916, alors qu'il surveillait en première ligne les travaux d'installation d'une section de mitrailleuses. Déjà deux fois cité à l’ordre. Croix de guerre avec palmes » voir « Historique du 55ème régiment d’Infanterie territoriale 1914-1918 » 1920. Nous le retrouverons ensuite commandant dans la 6ème brigade de chasseurs alpins ce qui nous permet de donner le seul portrait que nous avons de lui reproduit ci-dessous (« Revue Hebdomadaire » du 4 octobre 1919).

 

 

Il en a ramené « Pages de combat – carnet d’un mitrailleur » publié en 1916 et beaucoup plus tard. « Ce que nul n'a le droit d'ignorer de la guerre 1914-1918 » publié en 1921. « L’après-guerre » date de 1932. « L'Autre guerre » fut publié ans la « Revue de Paris » du 15 janvier 1936 (pages 300-337) où il décrit un aspect bien oublié de la grande guerre, celle menée par l'espionnage allemand dans le monde entier, et plus spécialement en Espagne, de 1914 à 1918. Il débute son article par cette boutade attribuée à Byron, que nous pourrions faire notre « l’histoire, cette grande menteuse ». Il est la synthèse de son ouvrage « Un centre de guerre secrète, Madrid, 1914-1918,: la guerre politique, l'œuvre de propagande, l'entreprise d'espionnage, l'offensive économique, le service secret » préfacé par le général Weygand publié la même année.

 

(5)  Voir notre article A 151 « En Thaïlande, nous visons au milieu des Phi »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

(6) Les khaeks sont les étrangers non farangs (occidentaux), indiens, pakistanais, musulmans, etc…

 

(7) Voir notre article  INSOLITE 7 – « LA CÉRÉMONIE DU LABOUR ROYAL EN THAÏLANDE, HIER ET AUJOURD’HUI »?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-7-la-ceremonie-du-labour-royal-en-thailande-hier-et-aujourd-hui.html

 

(8) La raison en est peut-être simple : Rivière est mort en 1959 et ses œuvres sont protégées selon la législation française jusque 70 ans après sa mort, une contrainte qui n’existe pas aux Etats-Unis.

 

(9) « Le roman siamois de M. P. -Louis Rivière, Poh Deng-, n'est pas moins triste que les romans annamites de M. Jean d'Esme et de M. Jean Marquet. L'auteur pourtant nous assure que, durant ses deux années de Siam, il eut pour la première fois de sa vie « l'impression qu'il existait un peuple heureux » ; et toute son ambition d'auteur dans les deux cents pages de son livre est de faire partager à ceux qui les liront sa sympathie « pour une race demeurée jusqu'à ce jour sans agitation ... »

 

(10) Discours du Commandant Litre lors de la réunion de la Société de géographie de Toulouse du 17 février 1913 in Bulletin de 1913.

 

 

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 22:09

 

Nous vous avons raconté l’histoire – légendaire mais reposant peut-être sur une tradition orale multi séculaire – du célèbre chédi (Phra That) de That Phanom sur les rives du Mékong. Un inestimable trésor y serait enfoui entourant une relique corporelle de Bouddha, un os de sa poitrine (1). Cette vénérable relique est parvenue sur les lieux quelques années seulement après la mort du maître. Les huit Phra That «  fils spirituels » de celui des bords du Mékong, y compris celui de Californie recouvrent également des reliques de Bouddha mais il ne nous a pas été possible d’en déterminer l’origine et la date de leur arrivée au Siam.

 

 

Il est un autre Phra That en Isan qui contient des reliques également contemporaines de quelques années seulement après la mort de Bouddha qui abriterait également des reliques ensevelies peu après celle de That Phanom  : à une trentaine de kilomètres au nord- nord-ouest de Khonkaen, dans le district de Namphong (น้ำพอง) dans l’enceinte du wat chedi phum (วัดเจดีย็ภูมิ) se situe un chedi particulièrement vénéré, le Phra That de Khamken (Phra That Kham Kaen - พระธาตุ ขามแก่น). Son histoire est également légendaire : Le souverain Khmer de Nakhon Phanom y fit étape en compagnie de « neuf moines éclairés » porteurs de reliques de Bouddha (qu’il était probablement allé quérir aux Indes ?) en route vers le Phra That Phanom pour les y ensevelir. Arrivés à destination, la dernière pierre du sanctuaire avait déjà été posée. Sur le chemin du retour, un tamarinier qu’ils avaient vu mort avait miraculeusement repris vie. Ils décidèrent d’y bâtir un stupa pour y enfermer les reliques entourées d’un trésor. Le nom de la ville construite ultérieurement dans les environs au XVIIIe siècle, Kham Kaen devint par la suite Khon Kaen. Telle est la légende dont nous n’avons trouvé trace que sur les panneaux explicatifs à l’intérieur du temple, il en est peut-être des sources écrites ? En tous cas, le lieu reçoit de longues théories de pèlerins des environs pour lesquels il est plus facile d’accès que That Phanom. 

 

 

 

Si ces récits légendaires contiennent une part de vérité, pourquoi pas, cela signifierait qu’un ou des souverains khmers de la région auraient été convertis au bouddhisme quelques années seulement après la mort de Bouddha en 543 avant Jésus-Christ ? Nous sommes en contradiction avec une opinion selon laquelle le bouddhisme aurait été introduit au Cambodge au IIIe siècle avant Jésus-Christ par les pèlerins de l’empereur indien  Ashoka et une autre selon laquelle il n’y aurait été introduit qu’au début de notre ère.

 

 

Quoi qu’il en soit, nous avons cherché à avoir plus de précisions sur ces fameuses reliques de Bouddha. Le corps des fondateurs de religions et des réformateurs religieux firent souvent l'objet d'un culte. Cependant quelques-uns d'entre eux, Numa Pompilius, le Christ ou Mahomet sont partis corps et en âme pour leur séjour céleste en ne laissant rien ou presque de leur personne corporelle à leurs sectateurs. Il n’en fut pas de même de Bouddha dont on trouve même des reliques singulières : Ne put-on pas contempler pendant plusieurs siècles après sa mort l'ombre de Buddha ? Le voyageur chinois Hiouen-Tsang raconte, en effet, qu'il visita deux places où, dit-on, Buddha aurait laissé son ombre lumineuse, mais qu'à cette époque lointaine, elle n'offrait plus qu'une ressemblance faible et même douteuse.

 

 

Sortis de cette amusante anecdote, nous avons puisé l’histoire de ces reliques dans de nombreuses sources, les plus anciennes étant essentiellement la traduction par les érudits de la fin du XIXe et du début du XXe siècle des textes sacrés du bouddhisme en sanscrit ou en pali, en particulier le Lalitavistara Sutra  un texte sur la vie de Bouddha daté du IIIe siècle avant Jésus-Christ qui serait la compilation de textes plus anciens. Nous vous indiquons ces sources en fin de texte.

 

 

Quelle est l’origine des reliques ?

 

A la mort de Bouddha les populations et les grandes communautés qui l'avaient acclamé et particulièrement vénéré voulurent toutes avoir une part de ses reliques. Lorsque les parties corruptibles du corps furent consumées, les dieux éteignirent les flammes par des torrents d'une pluie parfumée, et les ossements épargnés par le feu furent pieusement recueillis par les Mallas (habitant un royaume de l’Inde ancienne) afin de les conserver comme reliques.

 

 

Mais dès qu'ils furent instruits du grand événement, le roi de Magadha (autre royaume de l’Inde ancienne), les Çâkyas (tribu de l’Inde ancienne), les Lichavis (autre ancien royaume du Népal) et nombres d'autres peuplades envoyèrent à Kouçinagara (ville de l’état des Mallas où mourut Bouddha)  des ambassadeurs pour réclamer une part des reliques et un conflit eut éclaté au sujet de ce partage sans l'intervention d'un sage brahmane nommé Drona qui en fit huit parts égales attribuées aux représentants d'autant de nations.

 

 

Il s'était en effet élevé des contestations acharnées, on échangea des propos chargés de haine, on proféra des menaces de guerre et peu s'en fallut qu'on en vînt aux mains. Mais Drona, prévoyant les conséquences de ce conflit, réussit à obtenir des Mallas de Kouçinagara le partage des reliques, en leur rappelant les vertus et la patience que Bouddha n'avait cessé de leur recommander en leur donnant l'exemple. Il leur dit qu'il n'était pas convenable qu'ils s'égorgeassent entre eux, à cause des reliques de Bouddha, et après les avoir réconciliés, obtint donc que ces reliques soient divisées en huit parts et renfermées dans huit cylindres métalliques; ceux-ci furent à leur tour conservés dans un nombre égal de chédis, réparties comme suit :

1 - Les Mallas de Kouçinagara.

2 - Les Mallas de Digpatchan (ville de l’Inde ancienne).

3 - La tribu royale de Boulouka (tribu de l’Inde ancienne).

4 - La tribu royale de Krodtya (tribu de l’Inde ancienne).

5 - Les brahmanes du pays de Vichnou.

6 - La famille royale de Çakya à Kapila.

7 - La race royale des Litsabyis (tribu de l’Inde ancienne).

8 - Et Oudayana, Brahmane du Magahda (royaume de l’Inde ancienne), l'envoyé d'Adjatasatrou, roi de cette contrée.

 

 

Il construisit en outre un nombre immense de vihan (chapelles), et, faisant ouvrir sept des huit cylindres qui renfermaient les reliques du « meilleur des hommes » il distribua celles-ci entre toutes les villes de son empire pour que la dévotion au Bouddha fut sans cesse entretenue par la vue des stupas.

 

Et tous, dans leur pays, bâtirent des chapelles, rendirent toutes sortes d'hommages à ces reliques et instituèrent une grande fête en leur honneur. L'urne dans laquelle les reliques avaient d'abord été mises et déposées avant le partage fut donnée ensuite au Brahmane Drona qui avait été le médiateur. Il emporta cette urne, et dans sa ville bâtit une pagode et rendit toutes sortes d'hommages aux reliques.

 

 

Mais une fois le partage terminé un jeune brahmane appelé Nyagrôdha demanda aux Mallas de Khouça (non situé ?) de lui céder les cendres ou les charbons qui avaient servi à brûler le corps de Bouddha dont il dut se contenter. Il obtint ce qu'il demandait et bâtit dans le village des Nyagrôdhas (tribu de l’Inde ancienne) une pagode appelée la « pagode des charbons » auxquels il rendit toutes sortes d'hommages.

 

Chaque peuple édifia dans son pays un stupa pour conserver ses reliques.

 

 

A ce stade de l’histoire, nous ne voyons pas intervenir de monarque venu du Cambodge pour participer au partage, seuls des royaumes ou des tribus indiennes sont concernés.

 

Plus tard, le roi Açoka qui régna sur l’empire des Indes de 273 jusqu’à 230 avant Jésus-Christ aurait recueilli toutes ces reliques et les répartit dans 84.000 stupas construits par ses soins dans toutes les contrées de l'Inde en organisant un second partage  : Une fois ces chapelles construites, il fit ouvrir sept des huit cylindres qui renfermaient les reliques du « meilleur des hommes, » et les distribua entre toutes les villes de son empire pour que la dévotion au Bouddha fut sans cesse entretenue par la vue des sanctuaires qui les contenaient.

 

On peut penser que les reliques que nous retrouverons alors dans tout le monde bouddhiste, Ceylan, Birmanie, Siam, Cambodge, Indochine, jusqu’en Chine et au Japon, proviennent de ce second partage et que les moines missionnaires envoyés par Açoka vers l’Est pour répandre la doctrine de Bouddha, transportaient avec eux une part de ces reliques

 

 

Ces reliques devinrent innombrables. Il semblerait même qu'elles se soient reproduites à l'infini dans le cours des siècles ?

 

 

Ce récit du Lalita Vistara est confirmé pour l’essentiel par d’autres sources sanscrites ou palies compilées par nos érudits en ce qui concerne le nombre de parts et la nature des reliques. Pour les ossements prétendument sauvés presque intacts du bûcher, deux omoplates et l'os frontal, il y a désaccord. Le charbon reste une relique, la cérémonie du bûcher étant une véritable cérémonie. Les cendres, le charbon et le vase qui avait contenu les cendres sont autant de « sacra » qui prennent le caractère de reliques.

 

Le chiffre de 84.000 pour les reliques n’a d’ailleurs rien d’invraisemblable : lorsqu’on assiste aujourd’hui à une crémation dans les élémentaires fours de nos temples locaux et surtout le lendemain hors public à la récupération des restes dans un inextricable fouillis d’escarbilles et de cendres, on se doute qu’après la combustion de la dépouille sur un bucher de bois de santal, ce sont des dizaines de milliers de cendres ou de débris de vêtements ou d’ossements non complétement incinérées qui subsistaient.

 

 

Un site Internet inventorie en tous cas dans tout le pays en 2018 un peu plus de 600 Phra That (594) contenant ou censés contenir de saintes reliques sans qu’il soit possible de trouver quelques renseignement que ce soit sur leur grande majorité  (voir nos sources).

 

Quelles sont donc ces reliques que nous retrouvons dans tout le monde bouddhiste ?

 

 

Les reliques mobilières

 

Le plat dans lequel mangeait habituellement Bouddha est conservé à Anuradhapura, la ville sacrée de Ceylan dans un très ancien stupa. A Batra, à Ceylan, outre son pot à eau, on peut vénérer son balai. A Konghanapoura, toujours à Ceylan, on gardait précieusement son bonnet qui avait près de deux pieds de haut. Dans le royaume de Nagarahara en Afghanistan, on conservait son vêtement et son bâton. On montre son pot à eau à Kandahar en Afghanistan où les Musulmans prétendent qu'il s'agit du pot à eau d'Ali, ce pot à eau est en pierre et contient vingt gallons (85 litres).  Nous ne savons pas si les forcenés qui ont dirigé ce pays jusqu’à la fin du siècle dernier ne l’ont pas détruit ? Nous n’avons trouvé aucun détail sur ces reliques malgré le vif intérêt qu’elles présentement même si elles nous éloignent quelque peu de la Thaïlande. Il n’en est pas de même de son bol à aumône, symbole de la « bouddhéité », accessoire indispensable pour le moine bouddhiste. Nous bénéficions d’une très belle et monumentale étude sur cette relique de Madame Françoise Wang-Toutain (voir nos sources). Cette relique a la capacité de se déplacer miraculeusement d'un endroit à un autre. Elle a été vue à Peshawar aujourd’hui au Pakistan, en Perse, et Kandahar. D'après Marco Polo, en 1284, l’empereur de Chine envoya une ambassade à Ceylan pour obtenir le bol de Buddha. L'objet aurait été ramené à Khambaliq (Pékin) où il aurait été grandement vénéré par toute la population.  Il est ou serait toutefois aujourd’hui  toujours vénéré à Ceylan…et peut-être ailleurs.

 

 

Si l'endroit où il se trouve n'est pas le même selon les récits, c’est qu’il se déplace d'une matière surnaturelle ce qui explique que, comme les reliques corporelles la localisation des reliques et le nombre de ces dernières sont sujets à de grandes variations.

 

 

Les reliques corporelles

 

Nous n’en citerons que deux parmi beaucoup d’autres. En effet, tout comme la statue de la déesse Pallas était le palladium de la ville de Troie, le bouclier de Numa celui de Rome, la Saint ampoule celui des rois de France, le Bouddha d’émeraude celui de la Thaïlande,  elles sont le palladium des deux pays où elles sont vénérées, le Myanmar et le Sri Lanka.

 

 

Avant le partage et de son vivant.

 

Bouddha reçut les hommages des deux marchands Trapoucha et Bhallika qui, arrêtés dans leur marche par une force mystérieuse et émerveillés du rayonnement lumineux émanant de sa personne, le prirent d'abord pour un dieu sylvestre, l'adorèrent en lui faisant une offrande du lait de leurs vaches, puis, après l'avoir entendu exposer la Loi pour eux, devinrent ses deux premiers disciples laïcs. A leur demande, le Bouddha leur donna quelques-uns de ses cheveux pour la conservation desquels ils construisirent un sanctuaire. Huit de ces cheveux se trouvent toujours dans la  très célèbre pagode Shwe Dagon à Rangoon

 

 

insérée dans un très précieux reliquaire qui rend toutefois tout examen impossible. Il en a été fait une très érudite étude par le professeur John Sylvester Strong, spécialiste de l’histoire des religions à Chicago. (Voir nos sources)

 

 

Les reliques post mortem

 

Les plus connues des reliques corporelles de Bouddha sont quatre de ses dents-œillères (canines).  Deux seulement se trouvent dans le monde des vivants.

 

La première est l'objet de la vénération des dieux, les 33 Trâyastrimçats dont le séjour est au sommet du Mont Meru, le toit du monde, probablement l’Himalaya.

 

 

La seconde est vénérée dans la capitale du Gandhara au nord-ouest de l'actuel Pakistan, plus précisément aux environs de Peshawar.

 

 

La troisième se trouve dans le pays des rois de Kalinga, ancien royaume des Indes.

 

 

La quatrième est honorée par un roi de Nagas dont il nous est difficile de situer le royaume puisqu’il se situe sous terre.

 

 

C'est la troisième qui est actuellement vénérée à Ceylan dans le très célèbre « temple de la dent ».

 

 

Son histoire mérite d'être brièvement contée car elle est probablement la seule des reliques qui put faire l’objet d’un examen critique et que son histoire tumultueuse est significative de la passion qu’elle a suscité. La canine supérieure gauche de Bouddha fut recueillie par son disciple Khôma et portée par lui dans la ville de Dantapura (« ville de la dent »), capitale du royaume de Kalinga. Elle y resta huit cents ans, mais au bout de ce temps, excité par les réclamations et les plaintes des brahmanes que le roi de Kalinga avait expulsés, Pandu, le roi de Pâtalaputra (?) envoya une armée pour s'emparer de la précieuse relique.

 

 

Dès qu'il l'eut en sa possession, il essaya de la détruire. II la fit jeter dans une citerne remplie de charbons ardents mais du puits sortit un lotus éblouissant au sein duquel brillait la dent sacrée : « Le joyau était dans le lotus ». Alors Pandu la fit plonger dans un marais putride, mais le marais fut purifié et la dent demeura intacte. Irrité de ces échecs le despote la fit enterrer. Elle reparut au jour sous une fleur de lotus d'or; il la fit battre par un marteau puissant avec une enclume de fer : elle s'y incrusta sans être altérée. Après d'autres tentatives infructueuses, le persécuteur se convertit et renvoya la relique à Dantapura. Mais elle n'y était plus en sûreté ; de nouveaux ennemis vinrent pour s'en emparer et le roi de Kalinga prit parti d'en faire présent au roi de Ceylan, Mahasena, vers l'an 910 de notre ère.

 

 

Il la lui envoya par sa fille Hemamala et son gendre Dantakumara déguisés en brahmanes. Déposée d'abord à Anuradhapura elle fut transportée à Kandy, ancienne capitale du Sri Lanka en 1268.

 

 

Elle y devint l'objet d'un tel culte et d'une telle vénération que lorsqu'en 1560 les Portugais s'en emparèrent, le roi de Pégou fit offrir au vice-roi, Constantin Bragance, trois cent mille cruzados (un million de francs de 1900) pour le rachat de la précieuse relique. Malgré la cupidité légendaire de ce potentat local, l'offre du roi de Pégou fut dédaigneusement refusée à l'instigation de l'archevêque de Goa, Gaspard de Léon Pereira. Le prélat crut devoir opérer lui-même contre cette idole païenne : il la pila de sa propre main et jeta la poudre qu'il obtint dans le feu et les cendres dans la rivière en présence d'une foule considérable. La mesure fut inefficace. Les bouddhistes affirmèrent que la relique détruite par les Européens n'était qu'une copie, un fac-similé de la dent authentique du Buddha.

 

 

Soigneusement sauvegardée, celle-ci avait été transportée au Pégou, d'où elle revint à Ceylan à une époque plus tranquille. En 1815, la relique tomba avec l'île de Ceylan en la possession de l'Angleterre. En 1818 pendant une rébellion contre les Anglais elle fut enlevée par les prêtres chargés d'officier dans le sanctuaire. Enfin elle fut définitivement livrée à l'Angleterre en 1825. Le major Forbes qui la vit le 28 mai 1828 dit que c'est « un morceau d'ivoire décoloré, légèrement courbé d'à peu près deux pouces de longueur et d'un de diamètre à sa base ». En 1858 lors de l'exposition en l'honneur de la délégation birmane qui vint en prendre une copie, un témoin oculaire la décrit ainsi : « Le morceau d'ivoire est à peu près de la dimension du petit doigt ; il est d'une belle couleur jaune fauve, un peu courbé vers le milieu et plus gros d'un bout que de l'autre. Au centre du gros bout, qui est censé la tête de la dent, on remarque un petit trou où l'on pourrait introduire une épingle; à l'extrémité opposée, qui passe pour la racine de la dent, une trace d'érosion semble indiquer qu'on a enlevé un fragment de la relique. « A voir la direction transversale des veines  de l'ivoire on pourrait aisément établir que c'est là un simple morceau de dent, et nullement une dent complète dans toutes ses parties. » Goblet d'Alviella qui la vit plus tard déclare que cette relique lui semble une dent de tigre (Voir nos sources). Nous n’en avons pas d’autre description puisqu’actuellement la précieuse dent actuellement recouverte d’or est enchâssée dans un somptueux reliquaire lui-même enfermé dans un  coffre seul visible dans une salle somptueusement décorée.  L’examen  qui en rendrait l’examen d’une façon plus scientifique est aujourd’hui  impossible. Il n’y eut malheureusement ni dessin ni croquis et évidemment pas de photographie.

 

 

Peut-on raisonnablement croire qu’il s’agit véritablement d'une dent de Bouddha pour autant qu’elle n’ait pas été détruite par les Portugais ?

 

Certains auraient pensé qu’il s’agissait d’une dent de singe ?

 

 

Qu’est-ce qui ressemble plus à une canine humaine que celle d’un singe ?

 

 

Peut-on confondre un morceau d’ivoire, une dent de tigre et une dent de singe ? La question méritait d’être posée.

 

 

Les empreintes sacrées du pied de Bouddha

 

Il faut bien évidemment les considérer comme des « reliques ». Nous en avons longuement parlé (3). N’y revenons que brièvement.

 

Les Singhalais, les Khmers, les Birmans, les Siamois se vantent les uns et les autres de posséder une ou plusieurs empreintes du pied du Buddha. Crédulité des fidèles ou charlatanisme des religieux ? Elles sont censées marquer dans une foule de lieux les traces du passage de Bouddha. La plus célèbre reste celle du Pic d'Adam dans l'île de Ceylan où Bouddha certainement n'est jamais allé. On l'appelle « le pied bienheureux.  

 

 

Ce serait encore au roi Açoka que nous devons d’avoir fait élever des quatre-vingt-quatre mille stupas autour des lieux où Bouddha avait laissé la trace de ses pas.

 

Si le chiffre de quatre-vingt-quatre mille est de toute évidence symbolique, à la fois une multitude et un double symbole, le nombre 7 multiplié par 12(000), il nous éloigne toutefois des reliques de Ceylan ou de Rangoon pour nous rapprocher de la Thaïlande en général et de l’Isan en particulier où fleurissent des empreintes et l’une de ces quatre-vingt-quatre mille traces du passage de Bouddha que nous trouvons dans pratiquement tous les temples de notre région. Il y a plus de trente mille temples en Thaïlande, la plupart ayant sa propre empreinte de Bouddha.

 

 

La persistance du culte et la découverte de nouvelles reliques.

 

Il s’en découvre au hasard des recherches archéologiques, non pas souvent mais régulièrement. Nous ne citerons que quelques exemples significatifs :

 

Ainsi aux Indes en 1909 :

 

« Signalons une découverte récente du plus haut intérêt pour l'archéologie de l'Inde. Il s'agit d'une boite contenant divers os du Gautama Bouddha. Ce précieux reliquaire a été trouvé à l'endroit où, suivant des traditions habilement interprétées par le savant orientaliste français Foucher, il avait été déposé il y a une vingtaine de siècles » cité dans « L'Homme préhistorique. Revue mensuelle illustrée d'archéologie et d'anthropologie préhistoriques ».

 

Au Myanmar en 1991 :

 

En juillet 1991, arrivait opportunément de Myingyan, au centre du Myanmar, un ensemble de reliques trouvées, pendant la seconde guerre mondiale, par le Supérieur d'un monastère de cette ville de Birmanie centrale, dans les restes des stoupas détruits par bombardement. La collection fut conservée par le Supérieur qui se livra à tout un travail d'identification à l'aide de ce que l'on savait des monuments d'où ces pièces venaient et qui les transmit à son successeur. Quelques-unes de ces reliques auraient été utilisées avant 1988 pour la Maha Wizeya, la récente pagode de Rangoon construite en 1980 par le premier ministre Ne Win. Mais, ce n'est qu'après 1988, lorsque le Supérieur décida d'en mettre un grand nombre à la disposition des nouveaux bâtisseurs de pagodes « pour faire de Rangoun une ville à l'égale de Pagan » que leur existence fut connue des masses (Voir dans nos sources : Bénédicte Brac de la Perrière, Urbanisation et légendes d'introduction du bouddhisme au Myanmar (Birmanie In: Journal des anthropologues, n°61-62, Automne 1995).

 

 

En Chine en 2008.

 

Les archéologues ont découvert ce qu'ils pensaient être un os de Bouddha à l'intérieur d'un sanctuaire bouddhiste de 1000 ans, situé dans une crypte souterraine à Nanjing, en Chine. À l'intérieur de la crypte, qui se trouve sous les ruines d'un ancien temple bouddhiste, les chercheurs ont découvert le sanctuaire ornemental de 1,2 mètre de haut  (4 pieds) en bois de santal, argent et or, et décoré de cristal, verre, agate, et perles de lapis-lazuli. À l'intérieur se trouvait un minuscule cercueil en or contenant un fragment d'os de crâne. Il est orné d'images de motifs de lotus, d'oiseaux phénix et de dieux brandissant l'épée. Le cercueil en or se trouvait à l'intérieur d'un cercueil en argent plus grand, décoré avec des apsaras - des nuages ​​féminins et des esprits de l'eau - jouant des instruments de musique. Les deux cercueils ont été placés à l'intérieur du stupa. La découverte a été effectuée en 2008 par une équipe d'archéologues de l'Institut Municipal d'Archéologie de Nanjing et a été exposée à Hong Kong en 2012 avant d'être logée en permanence au Temple Qixia, un temple bouddhiste sur la colline Qixia à Nanjing. Il n’attira que tardivement l'attention des médias occidentaux avec la publication d'un rapport anglais de la découverte dans le journal Chinese Cultural Relics en juillet 2016 (4).

 

 

Nous devons pour conclure partager la conclusion de l’universitaire et historienne Françoise Biotti-Mache dans un article de 2007 toujours d’actualité :

 

La vénération des reliques n’est pas l’apanage de la seule religion chrétienne loin s’en faut. Il semble que bien peu de croyances ou de religions aient ignoré le phénomène des reliques ou du culte de saints personnages, et ce depuis le début de l’humanité. Si la Chrétienté a connu, sans doute le plus important développement de ce culte dans le temps, par la quantité et la diversité des reliques connues, les reliques non chrétiennes, voire laïques, existent, elles aussi en grand nombre, dans de nombreux lieux de culte disséminés à travers le monde. Les reliques sont les  véhicules de la Foi.  Les reliques, qu’on les vénère ou qu’on en condamne le culte, témoignent à la fois du besoin de mémoire de l’humanité, et de l’attachement indispensable et rassurant à des objets sacralisés, la forme la plus sainte du fétichisme, voire de la magie. L’homme perdu dans l’univers, incertain de son devenir, a besoin de se rassurer, de croire que quelques morts d’exception, meilleurs que lui, peuvent le protéger, l’aider face aux inconnues de son destin et intercéder auprès de Dieu pour son salut. Il lui faut conjurer ses peurs et quoi de plus réconfortant que la matérialité d’un objet, que l’on peut contempler et toucher. « Celui qui touche les os des martyrs participe à la sainteté et à la grâce qui y réside  », disait saint Basile de Césarée (au quatrième siècle de notre ère).

 

 

Doit-on regarder avec condescendance, nous issus d’un pays qui se dit « cartésien », les foules qui viennent se prosterner devant ces « saintes empreintes » ou ces stupas censés contenir ou contenant des reliques du maître ? Lors du décès en décembre 2017 d’un histrion qui fut « idole des jeunes » s’est immédiatement instauré un gigantesque et morbide marché dans lequel nous avions pu trouver pour 90 euros un vieux mégot supposé avoir été fumé par le défunt ou pour 10.000 euros les empreintes de ses oreilles censées avoir été prises par son audioprothésiste. On peut penser que les acheteurs de ces « reliques » vont probablement ricaner en voyant des Chrétiens s’incliner devant le Saint-Suaire de Turin, des Mahométans prier devant le bol du prophète à Topkapi ou des Bouddhistes se presser pour s’agenouiller devant le Phra That Phanom. Nous ne sommes plus dans le domaine de la superstition religieuse mais dans celui de la nécrophilie !

 

 

SOURCES (classées par ordre chronologique)

 

Majour FORBES, Eleven  Years in Ceylon, 1840.

F.T. B. Clavel Histoire pittoresque des religions, doctrines, cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde anciens et modernes, 1844.

Charles Schoebel  Le Bouddha et le bouddhisme, 1857.

William C. Milne, La Vie réelle en Chine, 1860.

Barthélémy  SAINT-HILAIRE, le Bouddha el sa religion, 1866.

SirAlabaster, The Phrabat or siamese foot prinl of Buddha, dans The Wheel of the Law, 1871.

A. de Gubernatis, Mythologie zoologique, II, 1874.

J. Gerson da Cunha,  Mémoire sur la dent relique de Ceylan,  in Annales du Musée Guimet,  VII, p. 434. et Bombay 1875.

Comte Goblet d’Alviella, Inde et Himalaya, 1877.

Anonyme Jésus-Bouddha 1881.

A. de Gubernatis, la Mythologie des Plantes, 1882,

Lalita Vistara, Traduction de  Ph.-Ed. Foucaux, 1884.

Eugène Virieux  Le Bouddha et sa doctrine  1884.

James Legge Fa-Hiens Record of Buddhistics Kingdom, 1886

Pierre-Eugène Lamairesse L'Inde après le Bouddha, 1892.

Comte Goblet d’Alviella, la Migration des Symboles, 1892.

Ivan Pavlovi Minaev Recherches sur le bouddhisme; traduit du russe par R.-H. Assier de Pompignan, 1894.

Lucien Fournereau, le Siam ancien, 1895.

Christian  Kofoed. L'île de Ceylan et la doctrine de Bouddha In : Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 40, 1901.

Léon-Joseph de Milloué Bouddhisme 1907.

L'Homme préhistorique. Revue mensuelle illustrée d'archéologie et d'anthropologie préhistoriques, 1909

Pierre SAINTYVES Les reliques et les images légendaires, 1912.

Ch. Ferrière Á Ceylan. Une visite aux ruines d'Anuradhapura  In: Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 55, 1916.

Hermann Oldenberg, Le Bouddha. Sa vie, sa doctrine, sa communauté, 1934.

François Deshoulières Culte des reliques  In: Bulletin Monumental, tome 96, n°3, année 1937.

Françoise Wang-Toutain Le bol du Buddha. Propagation du bouddhisme et légitimité politique. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 81, 1994.

Bénédicte Brac de la Perrière, Urbanisation et légendes d'introduction du bouddhisme au Myanmar (Birmanie). In: Journal des anthropologues, n°61-62, Automne 1995.

John S. Strong  Les reliques des cheveux du Bouddha au Shwe Dagon de Rangoon

In: Aséanie 2, 1996.

Oskar von Hinüber  Enquête dans les monastères bouddhiques de Thaïlande. Le moine et le livre. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 146 année, N. 1, 2002.

Françoise Biotti-Mache  APERÇU SUR LES RELIQUES CHRÉTIENNES  in L’Esprit du temps, 2007/1 n° 131.

Gilles Banderier, Philippe Borgeaud  et Youri  Volokhine  Les Objets de la mémoire. Pour une approche comparatiste des reliques et de leur culte.  In : Revue belge de philologie et d'histoire, tome 85, fasc. 3-4, 2007.

Site Internet : 

https://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อพระธาตุเจดีย์

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 251 « LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST ».

(2) … mais le lieu ne nous semble pas spécifiquement se situer sur la route entre That Phanom et Nakhon Phanom, allait-il au Cambodge ? Ce n’était pas la route non plus. 

(3) Voir notre article A 228 « QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-qu-en-est-il-des-108-signes-propitiatoires-et-de-bonne-augure-graves-sur-les-empreintes-sacres-du-pied-de-bouddha.html

(4) https://www.sciencealert.com/an-ancient-shrine-that-could-contain-buddha-s-skull-has-been-found-in-chinese-crypt

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 02:41
A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

La tradition du bouddhisme Theravada (พุธทเถรวท) prend sa source dans les enseignements originaux du Bouddha. L’ensemble des discours sur le Dhamma (ธรรมะ) tour à tour vérité ou enseignement religieux, un ensemble d’aphorismes, d’histoires et de règles de conduite monastiques qui composent le Tripitaka (พระไตรปิฎก) regroupe les enseignements de Bouddha, les textes canoniques historiquement assurés.

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Ces enseignements appliqués dans la vie du pratiquant, le conduisent peu à peu à la libération de l’esprit et du cœur, l’ « Éveil » ou « Nibbana » (นิพพน - le mot est Pali, Nirvana est sa transcription du sanscrit). Bouddha l’a décrit comme la forme de bonheur la plus élevée.  Cette voie est établie sur un mode de vie pur, sur le développement de la paix intérieure par la méditation, et sur la libération de l’esprit dans la sagesse. La tradition du Bouddhisme orthodoxe Theravada est établie dans les pays du sud-est asiatique, Thaïlande, Sri Lanka, Cambodge et Birmanie, et c’est au sein du bouddhisme theravada qu’est née la pratique connue sous le nom de Vipassana (วิปัดสะนา), la recherche de la vérité (1).

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La Tradition de la forêt

 

Dès l’époque de Bouddha, il y eut des moines et des religieuses retirés dans les profondeurs des forêts, des montagnes et des grottes à la recherche d’une solitude propice au développement de la méditation et à la pleine réalisation du Dhamma. Dans la solitude ou en petit groupe, ils menaient une vie de simplicité, d’austérité et de persévérance dans l’effort et la méditation. Loin de l’agitation des villes, affrontant les rigueurs et les difficultés dans un environnement sauvage qui leur donnait l’occasion d’apprendre les leçons de la nature, n’accordant aucun intérêt à la célébrité ou la reconnaissance des fidèles, ces moines et religieuses de la forêt restent souvent inconnus dans l’histoire du bouddhisme. On y compta, pour ceux qui ont laissé un nom,  les plus grands maîtres de méditation et évidemment Bouddha lui-même.

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La tradition contemporaine en Thaïlande

                                       

Aujourd’hui la « Tradition de la Forêt » (ฟังธรรมะ Fangdhamma : littéralement « suivre l’enseignement ») est un mouvement de retour aux racines, un pèlerinage aux sources qui se réfère au modèle de Bouddha et de ses premiers grands disciples éveillés dans la pratique de la méditation dans leur mode de vie

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En dépit de l’avènement de l’ère moderne, les monastères de forêt maintiennent bien vivantes les anciennes traditions en suivant le Vinaya (วินายา - code de discipline) qui comprend en particulier les règles de vie  monastique ou érémitique formulées par Bouddha lui-même (2).

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Jusqu’au milieu du 20e siècle, la plupart des monastères de Thaïlande étaient essentiellement des centres d’éducation, et il n’y avait guère d’autres écoles que celles des temples. Dans les villes et les villages, les moines donnaient leur enseignement aux enfants en mettant en particulier l’accent sur l’étude des écritures sacrées. Les cérémonies jouaient un grand rôle. On n’y pratiquait généralement pas la méditation, le souci du casuel l’emportait souvent sur celui du spirituel et les règles monastiques n’y étaient pas scrupuleusement respectées.

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Le renouveau de la Tradition de la Forêt dès le 19e siècle visait à revenir aux règles de vie pratiquées à l’époque de Bouddha. Les deux principaux maîtres de ce mouvement au siècle dernier furent le Vénérable Achan (maître) Mun Bhuridatta ( อาจารย์ มั่นภูริทตฺโต -  Man Phurithatto) ;

 

Photographie provenant du site http://www.dhammadelaforet.org/ :

 

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et le Vénérable Achan Sao Kantasilo (สาร์ กนฺตสีโล)

Photographie provenant du site http://www.dhammadelaforet.org/ :

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Le premier Achan Mun est né en 1870 dans une famille paysanne d’un petit village de la province d'Ubonratchathani. Il fut ordonné en 1893. Il passa le reste de sa vie à arpenter en solitaire la Thaïlande, la Birmanie et le Laos, vivant le plus souvent dans la forêt dans la pratique de la méditation. Il mourut en 1949 au temple Suddhavasa (วัด สุทธวาส) dans la province de Sakonnakhon et aujourd’hui célèbre centre de méditation. Achan Sao Kantasilo, né en 1861 et mort en 1941, fut son maître mais ne laissa aucun écrit.

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Ils recherchaient dans leur cœur et dans leur esprit la paix intérieure et la sagesse du Dhamma. Ils quittèrent tous deux  les monastères de village et leur agitation pour rechercher le calme et la tranquillité dans la nature. Ils suivaient scrupuleusement les règles du Vinaya : vivant sans argent, acceptant ce qui leur était offert sans demander, supportant la pénurie quand ils ne recevaient rien. Leur quotidien était constitué des pratiques ascétiques recommandées par Bouddha, ne prendre qu'un repas par jour, manger directement dans le bol à aumône, ne porter que des vêtements faits de morceaux de tissu rapiécés et vivre dans la forêt ou dans des cimetières. Ils se déplaçaient à travers les pays à la recherche de lieux favorables à la méditation emportant avec eux leurs misérables possessions, le bol à l'aumône, trois vêtements, un grand parapluie avec moustiquaire que l'on suspend à un arbre utilisé comme une tente et quelques objets de de première nécessité. Leur vie a été remarquablement décrite par le maître Achan Cha: « A l’époque d’Achan Mun et d’Achan Sao, la vie était beaucoup plus dépouillée et  beaucoup moins compliquée qu’elle ne l’est aujourd’hui. En ce temps-là, les moines avaient peu d’obligations et de cérémonies à accomplir. Ils n’avaient pas de lieu où s’installer de manière permanente. Ils vivaient dans la forêt et, là, ils pouvaient se consacrer entièrement à la pratique de la méditation. Ils étaient rarement en contact avec les petits luxes qui sont si ordinaires de nos jours. Ils fabriquaient eux-mêmes leur tasse et leur crachoir avec du bambou. Les laïcs leur rendaient rarement visite. Les moines ne demandaient pas grand-chose et ils se contentaient de ce qu’ils avaient. Ils vivaient et respiraient la méditation. Menant une telle vie, les moines étaient privés de beaucoup de choses. Si l’un d’eux attrapait la malaria et allait demander un médicament à son maître, celui-ci répondait : « Tu n’as pas besoin de médicament ! Continue à pratiquer. » D’ailleurs, il n’y avait pas tous les médicaments que l’on trouve aujourd’hui. Tout ce que l’on avait, c’étaient les herbes et les racines qui poussaient dans la forêt. Pour faire face à de telles conditions, les moines devaient avoir beaucoup de patience et d’endurance ; ils ne se préoccupaient guère de leurs petits problèmes de santé. De nos jours, à peine avez-vous la moindre douleur que l’on vous expédie à l’hôpital ! Ils devaient parfois parcourir dix ou douze kilomètres à pied pour faire la quête de leur nourriture. Ils partaient dès la première lueur de l’aube et ne revenaient pas avant dix ou onze heures du matin. Sans compter qu’ils ne rapportaient pas grand-chose à manger : un peu de riz gluant, du sel et quelques piments. Qu’il y ait ou pas quelque chose pour accompagner le riz n’avait pas d’importance. C’était comme c’était. Nul n’aurait osé se plaindre de la faim ou de la fatigue. Il n’était pas dans leur tempérament de se plaindre ; ils apprenaient à prendre soin d’eux-mêmes. Ils pratiquaient dans la forêt avec patience et endurance, tout en faisant face aux dangers tapis dans leur environnement car de nombreux animaux sauvages et féroces vivaient dans la jungle. Les pratiques ascétiques des moines de forêt impliquaient beaucoup de difficultés, tant physiques que mentales. De fait, la patience et l’endurance des moines de cette époque étaient excellentes parce que les circonstances les y obligeaient  (3).

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Achan Cha, le Maître

 

Le Vénérable Achan Cha (อาจารย์ชา) fut leur disciple et devint ensuite un maître, sinon LE maître du bouddhisme de la forêt. Né 17 juin 1918  dans une famille de paysans pauvres près d'Ubonratchathani il entra au monastère comme novice à l'âge de neuf ans et pendant trois ans, il y apprit à lire et à écrire. Il dut ensuite quitter le monastère pour aider sa famille à la ferme. Il retourna ensuite au monastère et fut ordonné le 16 avril 1939. Il choisit de quitter la vie monastique en 1946 pour devenir un ascétique errant après la mort de son père. Après des années d'errance, il s’installa dans un bois inhabité près de son lieu de naissance

 

Photographie provenant du site http://www.dhammadelaforet.org/:

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En 1954, il créa le monastère de Wat Nong Pa Pong (วัดหนองป่าพง) où il put enseigner ses pratiques de méditation. Les disciples vinrent alors en foule.

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Il y accueillit en 1966 le premier occidental, un américain nommé Robert Kan Jackman qui devint le vénérable Achan Sumedho (อาจารย์สุเมโ), auteur de nombreux ouvrages de spiritualité bouddhiste (4).

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Le  Wat Nong Pa Pong actuellement  comprend plus de 250 succursales en Thaïlande, 15 monastères associés et dix centres de pratique laïque dans le monde entier. Achan Cha est lui-même l’auteur de nombreux ouvrages de spiritualité dont une partie a été traduite en français (5). Il mourut en 1992.

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Au hasard de vos flâneries, vous pourrez trouver sur une route secondaire un panneau discret indiquant un « temple de la forêt » (วัดป่า – wat pa), ils sont nombreux en Isan, auquel conduit un mauvais chemin de terre. Les moines ne recherchent pas les visites mais ne les refusent pas. L’esprit de la pratique méditative y est partout  visible. Il y règne une atmosphère de simplicité. Les bâtiments sont propres et ordonnés. Les lieux, éloignés des villes et villages, dégagent une atmosphère de renoncement. Des cabanes simples, sans ornements, sont nichées individuellement dans de petites clairières de la forêt le plus souvent sans électricité et ne bénéficiant que de l’eau du ciel ou d’une rivière proche. Moines et religieuses y accomplissent dans le silence leurs tâches ou méditent assis ou en marchant.

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Les disciples d’Achan Mun et d’Achan Sao se sont multipliés et nombre d’entre eux sont devenus de grands maîtres à leur tour. Aujourd’hui la Tradition de la Forêt est bien établie en Thaïlande. Quelques centaines de temples le plus souvent en Isan (Il y en a par exemple 19 dans la seule province de Kalasin où nous avons compté 670 temples mais qui restent tout de même une infime minorité sur plus de 30.000 temples dans le pays. Elle commencerait à prendre racine dans les pays occidentaux mais peut-on être un vrai « moine de la forêt » à Los Angeles ?

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Des occidentaux partis « à la recherche de la vérité ».

 

Par ailleurs les orientalistes du XIXe – essentiellement français et allemands - ont fait découvrir avec stupéfactions aux érudits occidentaux le monde de l’Inde ancienne, ses religions, ses traditions, son histoire et celle de la réforme bouddhiste absorbant l’antique panthéon brahmanique dans une haute portée morale plusieurs centaines d’années avant Jésus-Christ (6). Ce qui n’était à cette époque qu’une curiosité d’érudits de très haut niveau va devenir une épopée pour d’autres érudits mystiques qui partirent «  à la recherche de la vérité » dans l’austérité des temples bouddhistes fuyant en particulier le monde occidental rationnel, agressif et violent à une époque où se heurtaient en Europe les systèmes oppressifs, communismes, capitalisme sauvage et fascismes. Leur démarche était exactement similaire à celle des moines de la forêt, parallèle puisqu’ils n’en connaissaient pas l’existence. Le premier fut Lanza del Vasto, prince italien aussi noble que désargenté qui partit à pied en 1936 et 37 à la rencontre de Gandhi, vécut une expérience de novice dans un temple austère avant son retour en Europe en militant de la paix. Gandhi lui avait donné le nom bouddhiste de « Shantidas » (« serviteur de la paix »). Fondateur d’une communauté aux règles qui ne sont pas loin de celles des moines de la forêt, « L’Arche », ses souvenirs furent un immense succès de librairie (7).

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Le second fut le moine bénédictin anglais Bede Griffiths qui partit après la guerre lui aussi à la recherche de la paix intérieure pendant 35 ans dans un monastère Bouddhiste puisant en particulier dans la lecture du Véda sa recherche de la tradition fondamentale. Il y reçut le nom de « Swami Dayananda » (« la félicité de la compassion ») (8).

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La vision littéraire d’Hermann Hesse.

 

Nous ne pouvions écarter le « Siddhartha » de l’écrivain allemand devenu Suisse, Hermann Hesse. Ce Siddhartha n'est pas le Siddhartha historique et de sang royal qui devint Bouddha, mais il s’en approche. Qualifié par lui de « conte indien », il fut publié à Berlin en 1922. Ne disons que quelques mots de sa vie et de sa carrière littéraire qui fut couronnée en 1946 par l’attribution du prix Nobel de Littérature (9).

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Ce « roman Indien » passa totalement inaperçu en France avant sa traduction quelques années plus tard en 1925. L’éditeur de Berlin, Samuel Fischer, en avait assuré un service à la presse française. Le « Figaro littéraire » se contenta de mentionner cet envoi sans autre commentaire. Seule la Revue « L’Europe nouvelle » consacra dans son numéro du 23 juillet 1923 une brève analyse de l’ouvrage lu dans la langue d’origine (10). L’insignifiance du nombre de ses lecteurs dont tous probablement ne lisaient pas l’allemand ne pouvait assurer le succès de l’ouvrage. Ce court résumé est toutefois l’un des meilleurs que nous ayons trouvé :

« Depuis le début de sa carrière, le problème de la vie tourmente H. Hesse. Dans cette manière de roman qu'est Siddhartha, il s'en va, comme c'est la mode chez beaucoup d'Allemands aujourd'hui, demander une réponse au pays hindou de la sagesse. Il ne partage pas les théories du comte Keyserling et pense que si la science peut s'enseigner, il n'y a point d'école de la sagesse possible. L'expérience de la vie peut seule donner des leçons. Son héros, le fils du Brahmane, quitte la maison paternelle, pour découvrir son âme. Il rencontre sur sa route bien des maîtres une courtisane, de riches négociants, des joueurs de dés, des bandits. Enfin il apprend d'un passeur au bord d'un fleuve (symbole de l'écoulement de la vie) que la sagesse suprême consiste dans l’amour du monde et des êtres humains » (11).

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Les droits de l’ouvrage furent acquis par Bernard Grasset, éditeur dont le flair était incontestable. En 1925, il lance une édition en français sur la traduction de Joseph Delage. Le premier de tous les éditeurs, il fit passer le tirage de ses auteurs d’une moyenne de 2.000 chez ses concurrents à une base de 10.000. La question se pose évidemment de savoir si cette édition est l’œuvre de Hesse ou de la traduction Delage ? L’ouvrage fit l’objet de commentaires voisinant souvent la flagornerie. Nous ignorons quel fut le tirage de l’édition française de 1925. Dans son pays, les romans de Hesse tiraient alors entre 100 et 150.000 ce qui était énorme. Il est probable que l’édition française ne dépassa alors pas les 10.000 auxquels s’astreignait Grasset. L’attribution du prix Nobel en 1946 fut évidemment une bénédiction pour l’éditeur  - et espérons-le – pour les droits de l’auteur - qui va multiplier les tirages notamment en édition de poche.

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Siddhartha connut différentes façons de « vive sa vie », la découverte fut au bout du chemin. Il apprit le vent, les nuages, les oiseaux, les insectes, l’eau du fleuve, qui sont des professeurs à part entière, au même titre que les sages ayant atteint l'illumination. Il y a un peu de Hesse chez Giono lorsque celui-ci écrit « l’homme est fait pour vivre et non pour penser » (12).

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Ce long trajet qui ressemble étrangement à celui des « moines de la forêt » n’est qu’en partie convainquant mais peut-on critiquer un prix Nobel ? Il est par ailleurs difficile de ne pas penser en lisant Hesse à l’aphorisme de Saint Mathieu souvent cité sous une forme plus ou moins bien abrégée  « Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais » (13).

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Une utilisation perverse

 

Comment  cet ouvrage qui donne une importance primordiale à la méditation – le mot se retrouve à toutes les 130 pages de l’ouvrage - a-t-il pu devenir l'un des livres culte de la jeunesse américaine contestataire à la fin des années 60 ? Nous n’avons jamais entendu dire que le Festival de Woodstock en 1969 ait été un exercice collectif de méditation ni que les « fils à papa » chevelus qui paraient à Katmandou y aient exercé d’autre activité spirituelle que de fumer de l’herbe. Postérité hippie assez cocasse pour ce roman initiatique. L’austère écrivain suisse piétiste d’origine wurtembergeoise fut longtemps considéré comme un saint et un gourou par les hippies américains de la « Beat Generation ». Un épisode qui a dû le faire retourner dans sa tombe : il mourut en 1962 dans sa confortable thébaïde du Tessin (14).

 

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Concluons sur cette citation du Maître Cha qui nous paraît s’appliquer tout autant aux moines de la forêt qu’à Lanza del Vason, Bede Griffith ou au Siddhartha d’Hermann Hesse :

« Je suis allé partout à la recherche d'un endroit pour méditer sans réaliser que cet endroit était déjà là, dans mon cœur et dans mon esprit. Toute la méditation est juste là, en nous. La naissance, le vieillissement, la maladie et la mort sont juste là. J'ai voyagé partout jusqu'au bout de mes forces et ce n'est que lorsque je me suis arrêté que j'ai trouvé ce que je cherchais - en moi ».

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NOTES

 

(1) Cet article a été – en ce qui concerne le bouddhisme de la forêt – inspiré par le site http://www.dhammadelaforet.org/ « Le Dhamma de la forêt – le bouddhisme theravada dans la tradition de la forêt . De nombreux textes fondamentaux sont traduits par Madame Jeanne Schut. Auteur de divers ouvrages sur le Bouddhisme elle pratique la « tradition de la forêt » depuis plus de trente ans.

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(2) Ces textes ont fait l’objet de multiples traductions ou commentaires tout au long du XIXe, ne citons qu’ Ivan Pavlovi Minaev « Recherches sur le bouddhisme » traduit du russe par R.-H. Assier de Pompignan (1894). Minaev fut l’un des plus grands orientalistes russes et rédacteur du premier dictionnaire Pali-Russe.

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(3) Discours adressé à un groupe de moines occidentaux de Wat Bovornivet (Bangkok) et à leur maître, Phra Khantipalo, en mars 1977 sur le site  http://www.dhammadelaforet.org.

(4) Nous lui connaissons « the sound of silence » au titre évocateur publié en 2014.

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(5) Le site cité plus haut nous en livre plusieurs qui ne sont pas tous d’un accès facile.

(6) Le premier dictionnaire Sanscrit-français de Burnouf est de 1863. Pour les Allemands, celui de Fünfter Thiel (« Sanskrit Xorterbusch »), le suit de trois ans. de 3 ans celui de Burnouf.  Le bouddhisme puise aussi dans la partie philosophique du « Mahabarata » cette épopée constituant l’autre face du Ramayana, traduites tous eux en français et en allemand dans le courant du XIXe siècle.  Les « Vedas » ont également traduits à la même époque. Nous ne citerons en français que l’incontournable Emile Burnouf « Essai sur le Vêda » de 1863. A partir du milieu du XIXe les ouvrages sur le Brahmanisme et le Bouddhisme sont surabondants en particulier l’ouvrage de Ivan Pavlovi Minaev cité note 2.

(7) « Le Pèlerinage aux sources » de 1943.

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(8) Son ouvrage « Expérience chrétienne et mystique hindoue » fut publié en français en 1965.

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(9) Son père, pasteur piétiste partit comme missionnaire aux Indes en 1869 où il épousa la fille d’un missionnaire ayant évangélisé ou tenté d’évangéliser le pays. Le jeune garçon a évidemment baigné dans l’ambiance paternelle de leurs souvenirs et de leur connaissance de la mystique hindouiste.  Né en 1877 dans un petit village du Bade-Wurtemberg, il fit des études chaotiques Devenu apprenti apprenti libraire il se retrouva dans une librairie de Tübingen non loin de Stuttgart, la très célèbre librairie Heckenhauer qui est toujours l’une des mieux achalandées du pays.

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Collationner, emballer, classer et archiver les livres lui permirent d’enrichir sa culture en solitaire. Devenu assistant libraire, ses revenus lui permettent alors de ne plus vivre aux crochets de ses parents et de se lancer dans la littérature en publiant de nombreux poèmes à partir de 1896 qui seront des échecs commerciaux vendus à seulement quelques centaines d’exemplaires. Soutenu par un éditeur qui a foi en lui, Samuel Fischer, son premier roman « Peter Camenzind » est publié en 1904 et lui permit de vivre alors de sa plume. Il fait en 1911 un long voyage à Ceylan, aux Indes et en Indonésie en compagnie de l’écrivain suisse Hans Sturzenegger. « Siddhartha » s’y trouve en germes.

(10) Fondée par Louise Weiss, fille d’un richissime homme d’affaire parisien, la revue jusqu’à ce qu’elle se saborde en 1940 – l’équipe étant essentiellement composée d’israélites - resta très confidentielle, probablement guère plus de quelques centaines d’abonnés. Elle s’adressait, disait-elle avec une certaine forfanterie, « à une élite cultivée : diplomates, hauts fonctionnaires, universitaires, étudiants, hommes politiques, hommes d’affaires, publicistes politiques et économiques ».

(11) Le comte Hermann von Keyserling après avoir longuement voyagé, notamment aux Indes, fut l’un de ceux qui répandirent les philosophies orientales en Allemagne notamment dans son « Journal de voyage d'un philosophe autour du monde » (Reisetagebuch eines Philosophen) publié en 1918, rapidement traduit en français, qui fut un immense succès de librairie.

(12)  « Bulletin de l’association des amis de Giono », automne-hiver 1982, article de Danielle Escudié.

 

Achan Cha : 

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 22:07
A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

Le Svastika (ou swastika),  devenue symbole de la sanglante barbarie néo-païenne, est souvent présent dans les temples bouddhistes. Certains esprits peu éclairés peuvent s’en étonner sinon s’en choquer. Pourtant qui possède tant soit peu de culture sait que cette croix est vieille comme le monde. Nommée souvent « croix gammée », gammée parce que ses quatre branches rappellent des gammas (troisième lettre de l’alphabet grec) soudés entre eux, elle est orientée vers la droite (dans le sens des aiguilles d’une montre- dextrogyre) ou vers la gauche (dans le sens de la rotation de la terre - sénestrogyre). Entre ces deux formes quelques archéologues ont prétendu établir une différence de signification de toute première importance : la première (dextrogyre – celle utilisée par Hitler pourtant !) étant un symbole de bon augure et de bonheur, le second, au contraire, étant l’attribut des puissances malfaisantes. Il n’y en a manifestement aucune dans les représentations de nos temples ou la croix tourne indifféremment dans un sens ou dans l’autre.

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

En Thaïlande, il s’appelle aussi « swastika », สวัสติกะ, le mot est directement transcrit du sanscrit.  Mais quelques brèves explications phonétiques s’imposent :  สวัสติกะ  c’est S-W-A-S-TI-KA. Le phonème SV est difficile à prononcer pour un thaï, on insère donc pour l’euphonie un A (non écrit) entre le S et le W donc S-W-A devient Sawa (1). Le S en position finale dans une consonne de prononce T donc SVAS devient SAVAT – la différence en thaï entre le D et le T est insensible à l’oreille… Notre symbole se prononce donc Sawat-ti-ka.

 

Et qu’entendez-vous le matin ? สวัสดี qui devient selon les mêmes règles Sawat di (ka ou krap pour la particule de politesse) et le soir ? ราตตริสวัสดิ์ Rattri sawat. En Thaï, le premier mot สวัส sawat signifie « bénédiction, chance ». La Sawat di du matin peut donc se traduire par « chance-bonne » et le Rattri sawat du soir par « nuit – bénie ».

 

Mais où est notre croix gammée dans tout cela ? C’est tout simplement et étymologiquement le même mot : Dans le tout premier dictionnaire Sanscrit-français de Burnouf (2), celui qui fit découvrir le sanscrit, la langue sacrée, aux érudits de son temps, Çwas signifie « bonne augure ». Ka est un suffixe qui transforme un nom en adjectif. Dépoussiéré par  N. Stchoupak, L. Nitti  et L. Renou  en 1931 (3), ceux-ci nous apprennent que svasti signifie en fonction du contexte « bonne fortune, bonne chance, bonne santé » et que, suivi du suffixe ka, svastika est  « une sorte de croix mystique servant de signe auspicieux ».
 

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

Nous n’avons malheureusement aucune connaissance du sanscrit et nos érudits ne nous donnent aucune précision sur la prononciation en sanscrit parlé, swas, swat ou sawat  (4) ?

 

Pour le « dictionnaire de l’Académie royale » enfin, le savastika est un signe de bon augure, une figure solaire inscrite dans un cercle, qui permet de souhaiter la bienvenue.
 

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Lorsque nous sommes accueillis au pied du grand escalier qui conduit à la statue géante de Bouddha au wat Manorom qui domine Mukdahan, par la modeste statue d’un vénérable ermite (พระฤาษี – Phraruesi) de facture ancienne et probablement khmère qui nous salue le bras droit levé, la paume de la main marquée d’un « savastika » sénestogyre, il nous souhaite tout simplement la bienvenue – sawatdi -… et non pas d’un « salut nazi »comme l’un d’entre nous a eu la triste occasion de l’entendre d’un couple de touristes imbéciles qui s’y étaient égarés.

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Il y a toutefois, bien que nous eussions pu en rester là de ces explications, un aspect de la présence du svastika dans nos temples qui va bien au-delà d’un simple salut de bon accueil. La croix sous toutes ses formes est présente dans toutes les traditions depuis des millénaires, mais son aspect présenté comme ci-dessus de façon simplement linguistique ou historique – comme celui de la croix du Christ – ne fait-il pas oublier un caractère beaucoup plus symbolique qui n’exclue aucunement notre vision actuelle, laquelle peut d’ailleurs être devenue une conséquence du premier (5).

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Quoi qu'il en soit des interprétations qui se rattachent à ce symbole : son antiquité et son universalité sont indiscutables. Lorsque les érudits découvrirent au XIXe siècle la ou les civilisations de l’Inde ancienne, celle des Indo-européens, leur langue – le sanscrit – leur religion et leur civilisation, nombreux furent ceux qui consacrèrent de doctes études au svastika omniprésent (6). Malheureusement les auteurs de l'antiquité ont totalement oublié de nous renseigner sur le sens qu'ils y attachaient, ainsi que sur la voie par laquelle il leur était parvenu. Pour tenter de trouver une réponse à ce sens primordial, la première question est évidemment de savoir quel fut son habitat et comment il parvint chez nous.

 

L’habitat

 

La dispersion géographique selon Thomas Wilson (note 6) :

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Le Svastika se rencontre partout dans l'antiquité depuis des millénaires mais il est incontestable qu'on ne peut pas lui supposer partout une génération spontanée et qu'il a dû certainement être un objet d'exportation. Les érudits ne sont d’ailleurs pas tous d’accord sur ses pérégrinations. En Chine, on le trouve à l’époque de l'implantation définitive du bouddhisme au Ve siècle : Il y aurait été introduit par les missionnaires bouddhistes venus des Indes avec leurs dogmes et leurs cérémonies (7). Il apparait au Japon au VIe siècle. Il a été signalé  sur des tumuli du Tennessee, de l’Ohio et de l'Arkansas, antérieurs à l'arrivée des Européens, appartenant à la préhistoire américaine, mais peut-être d'importation chinoise ou japonaise antérieurement à la découverte de Christophe Colomb ? On le rencontre encore en Phénicie et dans le Caucase, dans le Cappadoce et en Arménie. Schliemann, lors des fouilles de la Troade (là où il a déterré l’ancienne Troie) a signalé sa présence sur quantité sur des poteries.

 

Vase troyen (dessin de Wilson) :

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On le trouve à Mycènes, à Chypre ...

 

Statuette découverte à Chypres (dessin de Wilson) :

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... en Crête et à Rhodes, souvent associé à des symboles solaires ou à des divinités de l'ordre lumineux, Apollon, Dionysos, Héraclès et  Hermès.

 

Statuette grecque d'Aphrodite (dessin de Wilson) :

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Ce fait a une importance considérable au point de vue de la détermination du sens probable de notre symbole comme nous allons le voir. On l’a trouvé encore en Etrurie, à Syracuse, jusque dans les catacombes des premiers chrétiens (8).

 

Catacombes de Sainte Priscilla :

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A l'époque gallo-romaine il se rencontre chez nous sur des monnaies et sur des monuments, tels un autel votif du Musée de Toulouse. 

 

Autel votif au Musée Labit à Toulouse (dessin  du Comte  Goblet d'Alviella - note 6)

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Plus ou moins discrétement placé dans les réserves, nous en avoins néanmoins une photographie : 

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Mais son apparition la plus ancienne serait en Troade, les objets découverts par Schliemann seraient datées du XIIIe siècle avant Jésus-Christ, il y a plus de 3.000 ans.

 

Le voyage dans le temps selon le Comte Goblet d'Alviella : 

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C’est cependant en Orient que se trouve l’habitat le plus important du Svastika même s’il fut le plus tardif.  Il reçut le nom sous lequel nous le connaissons en Inde. C’est par excellence le symbole sacré des Jaïnas...  

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... et des Bouddhistes, et c’est celui de Brahma. Il figure sur la poitrine des Bouddhas, et orne les socles de leurs images, indifféremment dextrogyre ou sénestrogyre. On le trouve dans les 108 signes de bon augure qui décorent les pieds de Bouddha (9).

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Il serait apparu vers le IIIe siècle avant notre ère, à partir du règne d'Ashoka par l’intermédiaire de ses missionnaires ?

 

Il n’est pas exclu qu’il ait été introduit au Indes par les Grecs à la suite de la conquête d'Alexandre et de la fondation du royaume de Bactriane.

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De la constatation qu’il était inconnu dans la zone géographique sémitique et se trouvait par contre dans la zone indo-européenne, celle des hypothétiques Aryens, il devint le symbole universel des diverses nations qui en sont prétendument issues ; ce qui conduisit à son utilisation perverse au XXe siècle.

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Mais l’époque et le lieu d’origine restent toutefois dans le flou le plus total. Nous constatons simplement une présence tardive au Siam.

 

La question la plus importante reste évidemment celle de sa signification

 

Devons-nous y trouver un autre sens, plus métaphysique que celui purement linguistique que nous donnons en tête de cette modeste étude ?

 

Sa présence sur des monnaies et son association avec des images de divinités, Apollon, Zeus, Héraclès, Hermès, semble établir qu'il a d’abord été revêtu d'un caractère divin avec une signification de bon augure, de prospérité et de fécondité, celle qui subsiste seule chez nous. Présent le plus souvent (mais pas toujours) au milieu d’un cercle, il est assuré que tous les primitifs, sans exception, ont représenté le soleil sous la forme d'un disque avec le plus souvent un point central (10).   

 

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Fréquemment ce point est remplacé par une croix inscrite dans le cercle, et presque toujours cette figure est interprétée comme le signe du soleil au repos, c'est-à-dire à son point culminant, à midi. C'est la roue associée aux images d'Apollon ou de Zeus, devenue le symbole de la croyance bouddhique, la fameuse « Roue de la Loi. »

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Mais le soleil n'est pas immobile et le Svastika serait précisément la représentation de son mouvement.

 

Les Hindous ont reconnu et constaté cette signification de mouvement et expliquent que le Svastika dextre figure le mouvement du soleil de son lever jusqu'à midi, tandis que le Svastika sénestre (parfois appelée Sauvastika), est l'emblème de sa course de midi à son coucher.

 

L'un serait donc la lumière et la vie, l'autre la course vers les ténèbres et la mort ? La présence du Svastika sénestrogyre sur la poitrine de l'Apollon conduisant son char sur un vase troyen, reproduite par M. Goblet d'Alviella, et de l'examen du char est significative.

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Peut-être d’ailleurs pour expliquer le symbole plus haut encore dans l’antiquité faudrait-il remonter au culte lunaire qui a probablement partout précédé celui du soleil ? Le calendrier lunaire rythme encore chez nous la fixation des fêtes religieuses.

 

Symbole solaire ou symbole lunaire, nous en tirons la conclusion que partout, dans l'ancien monde européen, comme aujourd'hui encore dans notre Asie du sud-est, il est devenu l'emblème du bonheur, de la prospérité et de la vie, même si son sens premier sur lequel toutes les spéculations sont possibles, est aujourd’hui probablement perdu.

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L’interprétation perverse du XXe siècle.

 

Nos érudits en sont essentiellement les responsables inconscients, considérant qu’il s’agit d’un symbole universellement Indo-Aryen, celui de l’hypothétique race aryenne supérieure. Emile Burnouf en est essentiellement à l’origine (11) mais d’autres  l’avaient précédé (12). Avant même son utilisation massive par Hitler après la prise du pouvoir, nous en trouvons quelques traces anecdotiques. Le 11 novembre1921 dans les Izvestia, l’immense érudit Lounatcharski ministre de l’instruction publique de l’Union soviétique tout en reconnaissant son origine d’emblème religieux de l’Inde en interdit l’usage comme ornement : « Pendant les fêtes commémoratives de la révolution d'octobre, on a pu remarquer sur une quantité d'affiches et de brochures un ornement généralement reproduit et qui porte le nom de « svastika ». Attendu que cet ornement est employé comme cocarde de l'organisation allemande particulièrement contre-révolutionnaire «  Orgesch » et que, ces derniers temps, cet ornement est devenu le symbole du mouvement réactionnaire des fascistes, je dois prévenir les artistes qu'ils doivent à l'avenir s'abstenir de reproduire ledit ornement. J'ajouterai que cet ornement produit une impression particulièrement négative, surtout sur les étrangers. » (13). 

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En pleine époque de délire antisémite en France, un journal d’outre méditerranée, « Le Petit Oranais » citait en manchette une phrase attribuée à Luther : « Il faut mettre le soufre, la poix et s'il se peut le feu de l'enfer aux synagogues et aux écoles juives, détruire les maisons des juifs, s'emparer de leurs capitaux et les chasser en pleine campagne comme des chiens enragés ». Dans le début des années 20 il fut obligé de la retirer à la suite d'une plainte du Gouverneur Général. Le journal ornera alors sa première page d'une croix gammée, tout aussi parlante pour les initiés mais plus discrète.

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Le choix par Hitler du Savastika dextrogyre au centre d’un cercle blanc mais inclinée de 45° a donné lieu à toutes sortes d’explications plus ou moins ésotériques sur les origines mystérieuses de son choix, notamment venue du bouddhisme tibétain.

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Il suffit pourtant de le lire pour être ramené au problème précédent ; « Dans le rouge, nous voyions l’idée sociale du mouvement ; dans le blanc, l’idée nationaliste ; dans la croix gammée, la mission de la lutte pour le triomphe de l’aryen et aussi pour le triomphe de l’idée du travail productif, idée qui fut et restera éternellement antisémite ».

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Au-delà d’interprétations pour certaines fuligineuses, par exemple une filiation ésotérique entre Apollon et Brahma, lesquelles peuvent d’ailleurs varier selon les époques et les régions, contentons-nous de considérer ce signe, quel que soit son sens de rotation comme un signe de bienvenue et de bon augure.

 

 

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NOTES

 

(1) De la même façon, le Suède (Sweden) est transcrit สวีเดน – S-WI-DEN qui va devenir Sawiden.

 

(2) « Dictionnaire classique sanscrit-français » 1865 page 664.

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(3) « Dictionnaire sanskrit-français » réédition en 1959 de la première édition de 1931.

 

(4) Dans la mesure où il n’y a probablement pas plus de 15.000 locuteurs du sanscrit en Inde et 200.000 personnes qui le connaissent,  ce qui est fort peu pour un pays qui comporte plus d’un milliard d’habitants, nous aurons quelques difficultés à le savoir.

 

(5) Voir en ce sens l’ouvrage fondamental, difficile, du grand orientaliste que fut René Guénon « Le symbolisme de la croix » (1931) qui consacre un chapitre au swastika.

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(6) Voir en particulier « The migrations of symbols » par le Comte  Goblet d'Alviella publié aux Indes en 1894,

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« THE SWASTIKA, THE EARLIEST KNOWN SYMBOL, AND ITS MIGRATIONS; WITH OBSERVATIONS ON THE MIGRATION OF CERTAIN INDUSTRIES IN PREHISTORIC TIMES » par Thomas Wilson, anthropologue au musée d’histoire naturelle de Washington, 1896. 

 

L’ouvrage de Wilson fait toujours autorité à cette heure.

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« LE SVASTIKA  » par Léon de  MILLOUÉ, in Conférences faires au Musée Guimet, volume 31 de 1909, pages 83 – 105.

 

(7) Voir du R.P. Louis Gaillard, SJ «  Croix et swastika en Chine » 1904.

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(8) … soit que les premiers chrétiens, en grande partie originaires de Grèce et d'Asie Mineure, lui attribuassent le même sens mystique qu’à la croix normale, soit qu'en ces temps de persécutions ils voulussent déguiser sous cette forme le signe de leur croyance ?

 

(9) voir notre article A 228 « QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA » in

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-qu-en-est-il-des-108-signes-propitiatoires-et-de-bonne-augure-graves-sur-les-empreintes-sacres-du-pied-de-bouddha.html

 

(10) Les anciens Indiens, férus de mathématiques, inventeurs de la numérotation de position et du zéro,  avaient probablement constaté que le cercle est de toutes les courbes la plus parfaite puisqu’elle est celle qui inclut la plus grande superficie : Un cercle de rayon (R) 1 mètre a un périmètre de 2 x pi x R  soit 2 x 3,14 = 6,28 mètres. Sa superficie est de pi x R2 soit 3,14 m2. Un carré dont le périmètre est de 6,28 mètres a donc des côtés de  6,28/4 = 1,57 et une superficie de 2,46 m2 seulement. En trois dimensions  la superficie de la sphère de rayon 1 est de 4 pi R2 soit 12,56 m2 et son volume de 4/3 pi R3 soit 4,18 m3. Un cube dont la superficie est également de 12,56 m2 a des faces de 2,09 m2 donc des arêtes de 1,44 m et un volume de (1,44)3 soit 2,98 m3. C.Q.F.D.

 

(11) Emile Burnouf « La science des religions » 1885.

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(12) « l'hypothèse qui fait de ce signe une marque caractéristique de la conquête aryenne ne nous paraît-elle pas dénuée de vraisemblance … » écrit l’anthropologue Julien Girard de Rialle en 1880 « Sur la signification de la croix dite Svastika et d'autres emblèmes de même nature »  In  Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, III° Série. Tome 3, 1880. pp. 13-17;

 

(13) Orgesh était un mouvement ultra nationaliste et antisémite bavarois antérieur au parti national-socialiste.

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 22:03
A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

Les représentations de Bouddha, peintes ou sculptées, minuscules ou géantes, parfois reproduites et alignées par dizaines, répondent à des normes dont le détail complexe est rarement précisé. On n’en évoque généralement que sept, y compris sur de nombreux  sites bouddhistes.  Nous allons voir qu’il y en a soixante-six en réalité.

 

(Les seuls ouvrages que nous avons consultés sont malheureusement de diffusion relativement confidentielle) (1).

 

Wat phraphutthabatnamthip  (Sakonnakhon) :  

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Une très brève plongée dans l’histoire :

 

Selon la tradition, le Siam aurait reçu le bouddhisme dès le milieu du IIIème siècle avant Jésus-Christ avec l’arrivée des missionnaires Uttara et Sona envoyés par le roi Ashoka (Dharmasokaracha) fervent zélateur du bouddhisme qui décida de propager la « bonne loi » dans neuf régions limitrophes de son empire y compris la mystérieuse  Suvarnabhum – peut-être l’antique cité de Nakonpathom (2).

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

L’expansion indienne particulièrement en Asie du Sud-Est fut avant tout d’ordre culturel et, à partir du Vème siècle avant Jésus-Christ, le bouddhisme fut un facteur essentiel de son développement artistique. Vers le VIIème siècle la plupart des pays concernés et particulièrement le Siam créèrent des formes d’art plus ou moins originales avec une iconographie bouddhique souvent caractéristique. Ainsi au Siam les représentations de Bouddha constituent l’essentiel de la production de toutes les écoles artistiques qui se sont succédé : Dvaravati (VIIème-XIème), Lopburi (XIème), Chiengsen (XIVème), Sukkhothai (XIIème), Ayutthaya (XIVème-XVIIIème) et enfin Bangkok.

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

Les représentations de Bouddha de l’époque la plus ancienne, Dvaravati, restent influencées par l’art indien. Les gestes et les attitudes les plus fréquents sont, en utilisant la terminologie de la muséologie occidentale :

 

Vitarka mudra par exemple, le geste de l’argumentation, le bras droit main en avant, l’index et le pouce joint pour former un cercle. Parfois les deux mains accomplissent le même geste.

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Abhaya mudra ensuite, le geste qui rassure, qui apaise les flots et montre l’absence de crainte, la main droite est dressée la paume tournée vers l’extérieur. Parfois les deux mains accomplissent parfois le même geste.

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Maravijaya victoire sur Mara symbolisant l’acquisition du complet éveil, Bouddha est victorieux de Mara, le démon, le malin, souvent considéré comme un très grand dieu du domaine des désirs.

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On trouve encore d’autres attitudes, mais toutes sont l’une des quatre postures dans lesquelles Bouddha s’est manifesté lors des « Miracles jumeaux », assis debout, marchant et couché (3)

 

Wat Suwannawa (Kantarawichai - Mahasarakam) :

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Pour tout bouddhiste, la création ou le don d’images de bouddha est un acte de mérite (thambun - ทำบุญ). Les souverains protecteurs du bouddhisme ont toujours été fidèles à cette tradition.

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

L’œuvre iconographique de la dynastie Chakri :

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Pour la période de Bangkok, le fondateur de la dynastie Rama Ier (1782-1809) et son successeur Rama II (1809-1824) ont surtout fait restaurer les statues ruinées des temples d’Ayutthaya et les ont fait transférer et installer dans les monastères de Bangkok, Thonburi et alentours.

 

C’est sous le règne de Rama III (1824 – 1851) que les artistes imaginèrent de nouvelles positions et de nouveaux gestes pour illustrer les épisodes de la vie de Bouddha. Rama III continua le programme de restauration de ses prédécesseurs mais demanda à un dignitaire de l’église bouddhiste, le patriarche- prince Paramanuchita Chinorasa (ปรมานุชิตชิโนรส), fils de Rama Ier, de collationner les textes bouddhistes et d’établir une liste illustrée des gestes ou attitudes pouvant servir d’exemple sinon de normes aux artistes. 

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

Quarante figures furent choisies et retenues. Considérées comme représentatives de l’art et de l’iconographie de l’Ecole de Bangkok, elles fournirent les modèles de statues fondues dans ce but. Elles sont encore aujourd’hui conservées derrière le sanctuaire (ubosot) du temple du Bouddha d’émeraude à Bangkok.

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

Nous donnons le détail en note pour le lecteur qui a une bonne connaissance de la vie de Bouddha dans le bouddhisme thaï. (4).

 

Sous le règne du roi Rama IV quelques efforts tentés dans le but de donner à l’image de Bouddha un aspect plus réaliste ou plus classique au sens occidental du terme ne connurent aucun succès. Les diverses caractéristiques qui s’étaient imposées au cours des siècles (par exemple la protubérance crânienne – usnisa – surmontée de l’ « ornement de sapience » flammé – la chevelure de petites boucles enroulées dans le même sens – le vêtement monastique stylisé etc…) donnaient du bienheureux une image idéale fixée dans toutes les mémoires et que chacun reconnait et révère.

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

Les événements de la vie de Bouddha les plus volontiers représentés par une image isolée dans une attitude et avec des gestes caractéristiques, ont toujours été ceux qui, particulièrement significatifs, se laissaient le plus facilement identifiés. Généralement inspirés des quatre ou des huit grands miracles, leur iconographie s’est fixée très tôt, victoire sur Mara, enseignement, don, grande et totale extinction. Mais tenter de représenter de manière analogue l’ensemble des événements marquant une vie exemplaire à tous égards tiendrait de la gageure et les « quarante attitudes » sélectionnées durant le troisième règne ont pu sembler être, durant plus d’un siècle, la plus longue  liste qui se pouvait envisager.

 

C’est pourtant dans la galerie pourtournante du  temple  Phra Pathom Chedi  (พระปฐมเจดีย์) de Nakhom Pathom (นครปฐม) à 50 km au sud-ouest de Bangkok que se trouve un ensemble exceptionnel de 80 statues en bronze souvent dorées. Ce temple est sans conteste le lieu le plus sacré et le plus révéré du bouddhisme thaï. Disons quelques mots de son histoire.

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Le Phra Phatom chédi, haut lieu du bouddhisme thaï

 

Nous devons une étude exhaustive de son histoire au regretté Jean Boisselier (5).

 

Le site fut certes décrit avant lui par Monseigneur Pallegoix qui, en 1843 visitait les communautés chrétiennes de la région qui s’appelait alors Nakonchaisi (นครชัยศรี), mais l’ancien temple était alors enfoui dans la jungle. (6).

 

Le deuxième auteur français à faire un rapport sur sa visite à Nakhon Pathom en 1891-92  fut Lucien Fournereau, architecte, missionné pour étudier l'archéologie du Siam. Il ne mentionne pas Nakhonpathom dans les articles destinés au grand public (7). Beaucoup plus scientifique, il a publié un rapport sur l'archéologie de Siam en deux volumes, dans lequel il consacre un chapitre complet au «  Phra Pathom » dans ce qui était alors la province de Nakhon Chaisri (8). Il nous apprend que le Phra Pathom Chedi était un monument moderne construit par Rama IV, couvrant deux anciennes  périodes non précisées et suppose que le monument était à l'origine brahmanique. Il mentionne également les légendes qui attribuent sa fondation aux missionnaires du Roi Asoka mais il s’est surtout consacré à l’épigraphie.

 

Photographie des travaux en 1891 : nous voyons  l’échafaudage de bambous dressé autour de l’édifice : le procédé du plan incliné est utilisé pour monter alors à plus de 100 mètres.

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Lunet de la Jonquières en 1907 lui consacre un modeste paragraphe (9) faisant surtout référence à Fournereau et Aymonier qui, en 1901, n’était pas plus prolixe (10). Ce sont de brèves allusions. Il nous apprend toutefois que la hauteur du Stupa est alors de 105 mètres.

 

Photograhie de 1925 :

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Les découvertes effectuées bien après sur le site confirment l’hypothèse du roi Rama IV, découvreur du site, centre probable d’un très ancien royaume que George Coedès identifiera en 1963 au Dvaravati. La ville de Nakhon Pathom est de fondation récente, édifiée à son emplacement actuel par le roi Rama V en 1897, remplaçant celui de Nakhon Chasi par référence au sanctuaire de Phra Pathom Chedi imposé antérieurement par le roi Rama IV, à proximité duquel elle devait se développer au cours du règne du roi Rama VI  (1910-1926). « La dévotion du roi Rama IV) pour le monument devenu Phra Pathom Chedi qui allait imposer sa reconstruction, entraîner la dévotion des foules et provoquer la naissance et l'essor de Nakhon Pathom, ville nouvelle édifiée au voisinage immédiat de l'une des plus vastes et, sans doute, des plus vénérables cités de Thaïlande dont, à plus d'un millénaire de distance, elle prenait en quelque sorte le relais ».

 

Pour Boisselier les travaux de Phra Pathom Chedi, représentent, au milieu du XIXème siècle une fondation religieuse tendant à administrer la preuve que le nouveau souverain possède les pouvoirs d'un authentique monarque universel et laissant apparaître des préoccupations déjà, archéologiques. « Œuvre d'un souverain profondément religieux, hautement conscient de la grandeur de la fonction royale, aussi attaché au passé qu'épris de culture et d'étude, Phra Pathom Chedi témoigne, par son histoire, de l'exceptionnelle personnalité du roi Mongkut  ».

 

Visite des membres de la Siam Soiciety en 2013 :

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La reconstruction de Phra Pathom Chedi et le développement d’une ville nouvelle à l’ouest du site ancien a été accompagné de creusage de canaux, création d’une ligne de voie ferrée, l'aménagement du palais de Sanam Chan (พระราชวังสนามจันทร์) pour le roi Rama VI à partir de 1907 dont il dessina lui-même les plans (transformé aujourd’hui en centre administratif), le développement du réseau de communication et l’urbanisation qui interdisent d’avoir une vision de ce qu’était la ville primitive, citée majeure du Dvaravati.

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Mais nous ne savons que peu de choses sur l’état du monument lorsque fut décidé sa réhabilitation.

 

Le chedi

 

Sous le règne de son frère Rama III (1824-1851), le Prince Mongkut, alors sous la robe safran, fondateur de la secte Dhammayuttika vouait déjà un culte au Chédi alors situé en pleine brousse. Sa première visite daterait de 1831. Il lui porta immédiatement une grande dévotion, conscient que le site appartenait à l’histoire. A son immense piété s’ajoutait son intérêt pour l’archéologie de son pays. Son frère toutefois refusa de financer les travaux de restauration lui-même engagé dans son programme de restauration des fondations religieuses concernant essentiellement les plus somptueux monastères de Bangkok et Thonburi.

 

Il dut donc attendre de monter sur le trône pour réaliser un projet qui lui tenait à cœur. N’oublions pas que la découverte fortuite de lieux sacrés au cours d’une partie de chasse est fréquente dans l’histoire de ce pays (11). Non seulement le monarque se livra à des recherches étymologiques sur la dénomination  des saints lieux mais il fit procéder à des sondages dans un but uniquement scientifique. Il pensa reconnaître dans le vocale Pathom l'adjectif pali pathama (excellent). Le changement intervint en 1858 lors de l’une de ses visites sur le chantier et Nakhon Chaisi devint Nahon Pathom.

 

Les travaux connurent de longues péripéties après l’ouverture du chantier en 1852. Deux cents manœuvres répartis en quatre équipes commencèrent par le débroussaillage et le curage des canaux. Ils utilisaient des briques tirées d'autres temples ruinées que les voisins venaient vendre sur le chantier…avec pour conséquence l’accélération de la ruine d’autres vestiges ! D’autres étaient façonnées sur place par des Môns dont nous savons que c’est la spécialité (12). En 1855, un prince chargé de la maitrise d’ouvrage mourut, il fut remplacé par son fils. Mais, par suite d'événements imprévus, tout allait être remis en question en 1860 : à la suite de pluies torrentielles, tout la partie déjà construite s’effondra dû aux erreurs de calcul probables du premier maître d’œuvre. Il fallut reprendre le travail sur de nouveaux plans. A la mort du roi en 1868, les travaux n’étaient pas entièrement terminés.

 

Jusqu'en 1860 se succédèrent de nombreux prodiges ou événements miraculeux dont Boisselier ne nous épargne aucun détail.

 

Les travaux ne se terminèrent qu’en 1870 sous le règne de Rama V. Ainsi le stupa, couvert de céramiques orange s’élève à 120 mètres de hauteur, le plus haut du pays. II a été choisi pour symboliser le sceau de la province.

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Le temple connut ensuite quelques malheurs, des fissures apparurent en 1966 qui nécessitèrent des travaux de confortation, terminés en 1981.

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Les statues

 

C’est sous le règne de feu Rama IX que le temple devint le modèle de l’iconographie bouddhiste thaïe.

 

Les quatre-vingt statues en bronze ont été offertes par de pieux bouddhistes en 1983-84. Leurs noms sont inscrits sur des socles, ainsi que l’explication de la posture en quelques lignes. C’est le plus grand ensemble jamais réalisé en Thaïlande et le seul sous le règne de feu Rama IX. Parmi ces statues, soixante-six représentent divers épisodes de la vie de Bouddha, huit sont en relation avec chacun des jours de la semaine avec traditionnellement deux images pour le mercredi, l’une pour la journée, l’autre pour la nuit, concernant le jour de naissance des fidèles. Douze autres sont en relation avec les mois lunaires et douze autres encore en relation avec le cycle duodénaire. Sept encore évoquent les sept saints lieux où Bouddha résida dans les sept semaines après l’illumination. Elles sont toutes du style de Sukhotai. Le nombre de quatre-vingt évoque le nombre d’années de l’ultime existence de Bouddha (80). Elles ont été inspirées selon Madame Khaisri Sri-Aroon de l’ouvrage de Phra Pimoldham (Anucari Maha Thera) « Tamnan Phra Phutharup Pang tang tang » publié à Bangkok en 1979.

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Cette normalisation des 66 postures de la vie de Bouddha met peut-être un frein à l’imagination des artistes, mais ce n’est peut-être aussi pas leur rôle d’interpréter le dogme. Elle permet en tous cas aux fidèles qui ont appris dans leur « catéchisme » la vie de Bouddha de reconnaître sans hésiter tel ou tel épisode de son existence tout comme un bon catholique peut reconnaître Saint Michel terrassant le démon ...

 

Chapelle de Saint-Michel dans la cathédrale de Tharé (Sakonnakhon) : 

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... Saint Bernard prêchant la croisade, saint Jeanne d’Arc brandissant l’étendard du roi et Saint Bernadette recevant le message de la Vierge (13).

 

Elles débutent logiquement par celle du « grand départ » (posture n°1)

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... et se termine par la « grande et totale extinction » (posture n° 66) (14).

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Doit-on voir un sens ésotérique au chiffre de 66 ? Nous n’avons rien trouvé de concret à ce sujet. Nous vous donnons en note le détail de ces postures qui nécessitent  évidemment du lecteur une parfaire connaissance de la vie de Bouddha. (15). Ne parlons que celles concernant les jours de la semaine sans paraphraser notre ami de « Merveilleuse Chiangmaï » qui leur a consacré neuf chroniques somptueusement illustrées et d’une remarquable érudition (16).

 

Les bouddhas de la semaine

 

Ce sont en général les premiers que vous rencontrerez … pour solliciter les dons.  Ils sont placés en général en un ou plusieurs endroits stratégiques des temples et ne peuvent passer inaperçus même au regard d’un observateur peu attentif.

 

Wat Wichai (Huaymek-Kalasin) :

 

 

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Wat Manorom (Mukdahan) :

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Ils sont soigneusement alignés depuis la gauche jusqu’à la droite, le premier est celui du dimanche, Bouddha contemplant l’arbre de la Bodhi (11ème posture

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suivi de celui du lundi, Bouddha mettant fin à un conflit familial relatif à la possession de l’eau (23ème posture),

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puis le mardi, Bouddha enseignant le Darhma à Asurindarahu (52ème posture).

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Il y a deux reproductions pour le mercredi, Bouddha portant le bol à aumône pour le matin (29ème posture)

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et Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka où il reçoit les offrandes d’un éléphant et d’un singe pour la nuit (51ème posture). Pourquoi deux le mercredi ? Mystère.

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Le jeudi, c’est Le suprême et complet éveil ou Bouddha en méditation (10ème posture)

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puis vient vendredi la réflexion (19ème posture)

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et enfin le samedi Bouddha protégé par le roi des Nagas (14ème posture).

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Quelles sont les raisons qui ont déterminé ce choix et cet ordre ? Mystère. En tous cas, les représentations, statues, statuettes ou modestes peintures sont répétitives.

 

A chaque jour correspond une couleur, une question que nous avons abordé très superficiellement mais qui a été décortiquée jour par jour par notre ami de Chiangmaï (17).

 

Chaque pieux bouddhiste se doit de révérer le Bouddha correspondant à son jour de naissance.

 

A chaque posture naturellement correspond un épisode de la vie de Bouddha. (Nous vous donnons le détail en note (18)). Les explications données par Madame Khaisri Sri-Aroon (« Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) ») donnent les explications ou instructions nécessaires à l’artiste et ensuite la description de l’épisode tel qu’il est mentionné sous chacune des statues de la galerie. Les photographies que nous reproduisons sont celles des statues de la galerie. A chacune d’elle Madame  Khaisri Sri-Aroon joint un très beau dessin à la plume (probablement la sienne ?) dont le but est de toute évidence d’aider l’artiste.

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Terminons sur une représentation de Bouddha que l’on trouve souvent notamment sous des formes gigantesques et souvent répétitives ou minuscules au sommet d’un autel domestique :

 

La victoire sur Mara

 

Autel domestique, maison particulière (Huaymek - Kalasin) :

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Le Bouddha couvert d'or du wat Phra Si Rattana Mahatat (Phitsanulok) :

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Le Bouddah de la "galerie secrète" du Wat Samret (île de Samui) :

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Le Bouddha géant (île de Samui) :

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Le Bouddha géant qui domine le ville de Mukdahan :

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Mara (มาร) est l’esprit du mal, la mort, le démon, le malin. C’est le plus grand dieu du domaine des désirs. Vasavarti Mara, le mal personnifié, intervient avec sa horde de démons. Le Bodhisattva appela alors Dharani, la déesse de la terre comme témoin des vertus de ses vies précédentes : elle noya Mara et sa troupe en tordant sa chevelure.

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Cette posture est la 9ème. Bouddha est assis la main gauche ouverte, dans son giron la main droite posée sur le genou, les doigts dirigés vers la terre.

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Les Thaïes croient aux fantômes et aux esprits, il y en a de bons de de néfastes, ils croient en l’esprit du mal. Cette croyance n’est pas réservée aux seuls bouddhistes puisque la présence de statues de Saint Michel terrassant Satan est également répétitive dans les églises catholiques.

Près de Sakon Nakhon :

 

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Voilà qui peut prêter à sourire aux esprits éclairés mais « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas » aurait dit Saint-Bernard.

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L’aspect spécifique de ces saintes images, dorées, argentées, en bois, en briques, géantes ou minuscules est qu’elles sont toutes imperceptiblement souriantes, (bienveillance ou dérision ?), sourire dans la mort, Bouddha mourant dans la félicité suprême, à l’inverse du Christ en croix sacrifié et sanglant ou des martyrs torturés, ni diable ni bon dieu.

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Une visite :

NOTES

 

(1) « Dictionnaire français-thaï d’archéologie et d’histoire de l’art » de Khaisri Sri-Aroon (พจนานุกรม ฝรั่งเศส-ไทย ศัพท์เฉพาะโบราณคดี และประวัติศาสตร์ศิลปะ / ไขศรี ศรีอรุณ). L’auteur est professeur et présidente de l’Université Silpakorn. La publication est bilingue – français-thaï – et date de 1992.

 

De la même en 2009 (première édition en 1999) « Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) », dont la dernière édition est trilingue (พระพุธทรูปปางตางๆ ในสยามประเทศ) publié à 2000 exemplaires sous l’égide du Ministère de la culture.

 

De la même « Les statues du Bouddha de la galerie de Phra Pathom chedi » (พระพุธทรูปที่ระเบียงรอบองค์พระปฐมเจดีย์) 1996.

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(2) Souverain indien (273-236) protecteur du bouddhisme et instigateur de sa propagation spécialement à Ceylan, il est considéré comme le modèle des souverains bouddhistes et l’archétype des monarques universels.

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(3) La contemplation de l’arbre de la bodhi : l’illumination eut lieu sous le ficus religiosa, l’arbre de la bodhi, lorsque, à l’issue de la troisième veille de méditation, Sakyamuni est devenu Bouddha possesseur des autres nobles vérités

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Le port du bol à aumône  -  La méditation protégée par le roi Naga Mucalinda  

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La marche évoquant surtout la descente depuis le ciel  Tavatimsa, celui où Bouddha se rendit pour enseigner la doctrine à sa mère

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La Dormition, par des statues souvent colossales  -  La grande et totale extinction après avoir rassemblé ses fidèles pour leur donner un ultime enseignement.

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(4) La liste donnée par Madame Khaisri Sri-Aroon est la suivante : 1 : Bouddha se livrant à l’ascétisme -  2 : Bouddha acceptant la bouillie de riz  -  3 :  Bouddha jetant à l’eau l’écuelle   -  4 :  Bouddha acceptant la brassée d’herbes  -  5 :  La victoire sur Mara  -  6 : Le suprême et complet éveil ou Bouddha en méditation  -  7 : Bouddha contemplant l’arbre de la bodhi  -  8 : La marche sur le promenoir de joyaux  -  9 : Bouddha fusionnant quatre bols à aumône en un seul  - 10 : Bouddha mangeant un myrobolam  - 11 : La marche  -  12 : Bouddha ordonnant le premier disciple  - 13 : Bouddha contemplant le cadavre de l’esclave morte  -  14 : Bouddha apaisant les flots  -  15 : Bouddha portant le bol à aumône  -  16 : Bouddha participant à un repas  -  17 : Bouddha faisant don du cheveu-relique  - 18 : Bouddha se déplaçant en bateau  - 19 Bouddha mettant fin à la querelle de ses proches à propos d’eau  -  20 : Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka  -  21 : Bouddha arrêtant l’image de bois de santal  -  21 : Bouddha arrêtant l’image de bois de santal  - 22 : Le regard de l’éléphant  -  23 : Bouddha considérant l’approche de sa mort  - 24 : Bouddha acceptant l’offrande de l’eau  -  25 : Bouddha prenant un bain de pluie  -  26 : La position debout  -  27 : La reflexion  -  28 : Bouddha appelant la pluie  -  29 : La posture du diamant  -  30 : Bouddha dissertant sur la décrépitude de la vieillesse  -  31 : Bouddha imprimant son pied sur le sol  - 32 : Bouddha expliquant les présages merveilleux  - 33 : Bouddha acceptant une mangue  -  34 : Bouddha chassant Vakkali  -  35 : Bouddha couché donnant l’enseignement  - 36 :  Bouddha absorbant la bouillie de riz  -  37 : Bouddha rejetant Mara  -  38 : Bouddha enfilant une aiguille  -  39 : Bouddha choisissant ses principaux disciples  -  40 : Bouddha dévoilant les mondes.

 

(5) « La reconstruction de Phra Pathom Chedi. Quelques précisions sur le site de Nakhon Pathom » in Aséanie  Année 2000  Volume 6  Numéro 1  pp. 159-189.
 

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Mort en 1996, spécialiste de l’art en Asie-du sud-est, membre de l’école française d’Extrême-Orient, il est l’auteur d’un ouvrage sur la sculpture en Thaïlande.

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(6) « Description du royaume thaï ou Siam comprenant la topographie, histoire naturelle, mœurs et coutumes, législation, commerce, industrie, langue, littérature, religion, annales des Thaï et précis historique de la mission avec cartes et gravures ». Paris, 1854, Vol. 1. p. 101-104). Cependant, son texte est principalement consacré aux chrétiens locaux et n’apporte aucune information architecturale : « la région est de peu d’intérêt ».

 

(7) « Bangkok » in  Le tour du monde - Nouveau journal des voyages. Paris, 2e semestre 1894. p. 1-64;  « Les villes mortes du Siam » in Le tour du monde. Tome III, nouvelle série, N° 32, Juillet-août 1897. p. 349-396).

 

(8) « Le Siam ancien, archéologie, Épigraphie, géographie », Paris. Première partie (Annales du Musée Guimet, t.27) 1895, « La province de Nakhon Xaisi » pages 117s.

 

(9) « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » Volume II, page 320.

 

(10) « Le Cambodge II – Les provinces siamoises », page 58.

 

(11) Rappelons la découverte d’une « sainte empreinte » du pied de Bouddha parle roi Song Tham (1610 – 1618) à Saraburi : voir notre article A 228 « QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA ? » in

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-qu-en-est-il-des-108-signes-propitiatoires-et-de-bonne-augure-graves-sur-les-empreintes-sacres-du-pied-de-bouddha.html

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(12) Voir notre article H 9 « LES MȎNS DE THAÏLANDE » in

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/h-9-les-m-ns-de-thailande.html.

 

 

(13) Ce ne sont pas des exemples issus de notre imagination puisqu’au cours de nos pérégrinations, nous avons trouvé ces représentations dans des églises ou chapelles catholiques thaïes. On put se demander ce que représentent Saint Bernard et Sainte Jeanne d’arc dans l’esprit d’un catholique thaï ?

 

(14) Le grand départ : assis dans la position de méditation, la main gauche reposant dans son giron, la main droite élevée à la hauteur de la poitrine. En son vingt-neuvième anniversaire, la prince Siddhata décida de quitter sa vie princière. Monté sur son cheval Khantaka et accompagné de son écuyer Channa, il sortit en pleine nuit de la capitale Kapilavatsu et se dirigea vers la rivière Anoma. Là, il se débarrassa de ses vêtements, coupa sa chevelure et renvoya son écuyer, son cheval et ses parures à Kapilavatsu…

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La grande et totale extinction : couché sur le côté droit, les yeux clos, la tête sur l’oreiller, le bras gauche allongé le long du corps, la main droite ouverte reposant sur le sol, à côté de l’oreiller, les deux pieds posés l’un sur l’autre. Après les dernières paroles adressées à ses disciples «  Tout ce qui est composé est périssable ; œuvres avec diligence à votre propre salut ». Le Bouddha parcourut quatre stades de méditation avant de s’éteindre. La terre trembla. C’était la nuit de pleine lune du mois de vaisakha (mai-juin). Comme l’anniversaire de sa naissance et de son accession au complet et suprême éveil, le dernier des grands miracles venait de s’accomplir.

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(15) Les soixante-six postures : 1 : Le grand départ – 2 : Bouddha contemplant la nourriture dans le bol d’aumônes – 3 : Bouddha se livrant à l'ascétisme  - 4 :Les songes du futur Bouddha – 5 : Bouddha acceptant la bouillie de riz – 6 : Bouddha absorbant la bouillie de riz  - 7 : Bouddha jetant à l'eau l'écuelle – 8 : Bouddha acceptant la brassée d'herbe – 9 : La victoire sur Mara – 10 : Le Suprême complet éveil ou Bouddha en méditation – 11 : Bouddha contemplant l'arbre de la Bodhi – 12 : La marche sur le promenoir de joyaux – 13 : Bouddha méditant dans la demeure des joyaux – 14 : Bouddha protégé par le roi des Naga – 15 : Bouddha mangeant un myrobolan – 16 : Bouddha fusionnant quatre bols à aumônes en un seul – 17 : Bouddha recevant de la nourriture – 18 : Bouddha faisant don du Cheveu-relique – 19 : La réflexion – 20 : Bouddha prononçant le premier sermon – 21 : Bouddha ordonnant le premier disciple

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22 : Bouddha participant à un repas – 23 : Bouddha mettant fin à la querelle de ses proches à  propos d'eau, - 24 : Bouddha choisissant ses principaux disciples – 25 : Bouddha exposant les grands préceptes – 26 : Bouddha se déplaçant en bateau -  27 : Bouddha arrêtant  l’épidémie – 28 : Bouddha accomplissant le grand miracle -  29 : Bouddha portant le bol à aumônes – 30 : Bouddha donnant l'enseignement à son père – 31 : Bouddha acceptant une mangue – 32 : Bouddha accomplissant les miracles jumeaux – 33 : Bouddha donnant l'enseignement à sa mère - 34 : Bouddha dévoilant les mondes

35 : Bouddha marchant  ;  C'est l'attitude du Bouddha géant près de Khonkaen dont la photographie se trouve en tête de notre article :  Debout, le talon du peid droit soulevé dans l'attitude de la marche, la main gauche élevée, paume en avant, à hauteur de la poitrine, la main droite pendante, écartée du corps.

 

Le bienheureux descendit du "ciel des trente-trois" en utilisant le triple escalier créé par les Dieux :  L'ecalier central, de joyaux,  était réservé à son seul usage. A sa gauche, celui d'or était pour le Dieu Indra. A sa droite, celui d'argent était pour le Dieu Brahma.

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– 36 : Bouddha descendant du Ciel des Trente-trois -  37 : Bouddha arrêtant l'image de bois de santal -  38 : La posture du diamant -  39 :  la position debout – 40 : Bouddha imprimant son pied sur le sol -41 : Bouddha appelant la pluie – 42 : Bouddha prenant un bain de pluie – 43 : Bouddha indiquant le cadavre – 44 : Bouddha indiquant Mara – 45 : Bouddha donnant la première règle de discipline  - 46 : Bouddha chassant Vakkali -  47 :  Bouddha enfilant une aiguille – 48 : La bénédiction

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48 : La bénédiction – 49 : Bouddha subjuguant l’éléphant Nalagiri – 50 : Bouddha confondant Jambupati – 51 : Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka  - 52 : Bouddha donnant l'enseignement à Asurindrahu -  53 : Bouddha donnant l'enseignement au Yaksa Alavaka -  54 : Bouddha donnant l'enseignement au bandit Angulimala – 55 : Bouddha pardonnant à Ajatasatru ou aussi Abhaya mudra – 56 : Bouddha donnant l'enseignement à Baka Brahma – 57 : Bouddha contemplant le cadavre de l'esclave morte - 58 : Bouddha dissertant sur la décrépitude de la vieillesse – 59 : Bouddha expliquant les présages merveilleux à Ananda – 60 : Bouddha rejetant Mara – 61 : Bouddha considérant l'approche de sa propre mort - 62 : Le regard de l'éléphant – 63 : Bouddha acceptant l'offrande de l'eau – 64 : La prophétie -  65 : Bouddha donnant l'enseignement à Subhadda - 66 : La grande et totale extinction.

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(16)

http://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-0-preambule http://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-1-lundihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-2-mardihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-3-mercredihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-4-jeudihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-5-vendredihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-6-samedihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-7-dimanchehttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-8-conclusions

 

(17) Voir notre article A144 « Du bon usage des couleurs en Thaïlande ».

 

(18) Bouddha contemplant l’arbre de la Bodhi : Debout, les yeux ouverts, les mains croisées à la hauteur du bassin. Durant la première semaine après l’éveil, Bouddha demeura encore sous l’arbre de la Bodhi pour méditer. Au cours de la seconde, il se rendit au nord-est de l’arbre et, se tenant debout, immobile, il le contempla sans ciller pendant sept jours.

 

Bouddha mettant fin à un conflit familial relatif à la possession de l’eau : Debout, les deux mains élevées à la hauteur de la poitrine dans un geste d’apaisement. Resté au bord du fleuve Rohini près de Kapilavastu, le bienheureux arrêté la querelle de sa parenté qui se disputait à propos de l’eau d’irrigation.

 

Bouddha enseignant le Darhma à Asurindarahu : Couché sur le côté doit, les deux pieds au même niveau, le pied gauche reposant sur le pied droit, le bras gauche allongé le long du corps, la main droite supportant la tête. Pendant le séjour du bienheureux au Veluvana survint une éclipse de lune suivie de celle du soleil. C’était le démon Asurindarahu qui s’en était emparé. Ayant eu vent du renom du bienheureux, le démon désira le voir et il se convertit.

 

Bouddha portant le bol à aumône : Debout, tenant le bol à aumône des deux mains à hauteur de la taille. A son retour à Kapilavastu, Bouddha entreprit la quête quotidienne de sa nourriture devant chaque maison sans marquer de préférence.

 

Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka où il reçoit les offrandes d’un éléphant et d’un singe pour la nuit : Assis, jambes pendantes à l’européenne sur un rocher, la main droite ouverte reposant à plat sur le genou dans le geste de recevoir une offrande, accompagné de l’éléphant Parileyyaka et du singe. Dans la forêt de Parileyyaka, près de Kosambi, Bouddha en retraite était accompagné d’un éléphant solitaire nommé lui aussi Parileyyaka et qui lui procurait de l’eau tandis qu’un singe lui offrait du miel sauvage.

 

Le suprême et complet éveil ou Bouddha en méditation : Assis en samadhi, les deux mains reposant dans son giron, la main droite sur la main gauche, paume en dessus. Après sa victoire sur Mara, le Bodhisattva parcourut les quatre stades successifs de méditation qui libèrent son intellect de tout lien, si bien qu’il parvint au « suprême complet éveil » devant dès lors le Bouddha.

 

La réflexion : Debout, les deux mains croisées sur la poitrine, la main droite sur la main gauche, dans une attitude de réflexion. Bouddha songea à enseigner sa doctrine si nécessaire à tous les êtres mais si difficile à comprendre puisque lui-même mit tant de temps à la découvrir. Ainsi était-il indécis.

 

Bouddha protégé par le roi des Nagas : Assis en samadhi sous le capuchon du roi Naga, les mains reposant dans son giron, paumes en dessus. Ayant passé la cinquième semaine de méditation sous l’arbre du chevrier (Ajapala), Bouddha consacra la sixième semaine à une autre méditation sous l’arbre Mucalinda au bord d’un lac du même nom. Le temps était très mauvais. Il tombait une pluie fine, suivie d’inondations. Le Naga du lac Mucalinda intervint pour protéger le bienheureux en l’abritant de son capuchon dilaté.

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA
A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

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