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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 12:19

 

Tout le pays, et le monde entier aussi, ont été suspendus pendant 18 jours au sort de ces douze adolescents et de l’entraineur de leur équipe de football, l’équipe des sangliers.

 

La bonne nouvelle retentit enfin en début d’après-midi le 10 juillet sur les écrans de télévision locale : หมูป่กลับบ้น – moupaklapban – les sangliers sont de retour.

 

 

 

Certes, « tout est dit et l’on vient trop tard » et notre propos n’est bien évidemment pas de revenir sur une actualité que vous connaissez tous en détail mais de faire quelques observations qui ont peut-être été négligées par les médias occidentaux trop souvent avides de « sensationnalisme ».

 

 

Les événements ont été commentés minute par minute sur les chaines de télévision thaïes relayées par celles du monde entier, depuis l’attente angoissante pendant huit jours sur l’ignorance totale de leur sort jusqu’à leur découverte, tous en vie, par deux plongeurs anglais au bout de six heures de nage à plus de quatre kilomètres de l’entrée dans ce que l’un d’eux a appelé du « café latte ». Ceux qui ont un jour porté des bouteilles de plongée sur le dos se doutent de ce que fut cette épreuve. Ce n’était alors qu’une petite bataille gagnée, celle de la recherche, restait ensuite à gagner celle des secours puis celle du retour à la maison. Une fois leur ravitaillement assuré, nourriture, boissons, oxygène pour pallier à l’air confiné de la cavité où ils étaient réfugiés et couvertures de survie, se posa le problème de leur évacuation, soit par la voie des airs en procédant à des forages de puits d’accès depuis le sommet de la colline, soit de leur faire attendre quatre mois la baisse des eaux en les ravitaillant, solution conseillée par les cœurs les plus pusillanimes, soit par les galeries inondées alors que la plupart de ces gamins ne savaient nager et qu’aucun n’avait jamais fait de plongée subaquatique. Ce fut la solution choisie en plusieurs étapes au terme d’une opération qui restera probablement la plus grande opération de sauvetage dans une grotte de l’histoire de la spéléologie, une véritable mission impossible (1).

 

 

N’oublions pas qu’un ancien plongeur de la marine thaïe y a laissé la vie le 8 juillet lors d'une opération de ravitaillement.

 

 

LA GROTTE EST UN SITE TOURISTIQUE ET NON SPÉLÉOLOGIQUE

 

 

Contrairement à ce qu’on a pu lire et relire trop souvent, essentiellement dans la presse occidentale, les gamins ne se sont pas lancés dans une aventure nécessitant des compétences et du matériel spéléologiques et encore moins de spéléologie subaquatique. La grotte se situe dans les montagnes dans la région de Maesai, toutes truffées de cavités (2). Elle a été visitée et décrite dans les années 1986 et 1987 par des chercheurs français qui n’étaient pas des spéléologues mais des entomologistes étudiant une faune spécifique, suivis de préhistoriens cherchant des traces d’occupation à l’époque préhistorique et des géologues. Ils y sont entrés et l’ont visitée sans difficultés particulières en précisant que le site était submergé en saison des pluies (3). Elle comporte plus de 6 kilomètres de galeries répertoriées à ce jour et peut-être d’autres encore inexplorées. Elle était probablement connue des multiples ethnies qui peuplent les hauteurs dans cette zone mais pas forcément des Thaïs que la crainte des esprits maléfiques, des démons, des géants et des « phis » écarte de ces cavités. Il court d’ailleurs à son sujet plusieurs légendes plus ou moins dissuasives (4). La spéléologie n’est pas un sport local. Si de nombreuses grottes sont occupées, ce n’est pas par des visiteurs. Elles sont utilisées comme centres religieux pour la simple raison que les moines y sont au calme, à l’abri des éléments et y bénéficient d’une température plus fraiche qu’à l’extérieur. Ce sont des endroits idéals pour la prière et la méditation.

 

 

Ce n’est pas le cas de Tham Luang probablement en raison de son inaccessibilité partielle en saison des pluies. Elle est par contre devenue un site touristique et non pas un site pour spéléologues chevronnés (5). Ouverte au public, elle est partiellement aménagée : escaliers, mains courantes, rampes bétonnées sur une partie du trajet.

 

 

Il est donc de toute évidence inutile de se munir de l’arsenal du spéléologue aguerri. L’humidité permanente a empêché qu’elle soit éclairée par l’électricité : Il faut donc pour la visiter se munir de bonnes chaussures et de lampes électriques sans oublier des piles de rechange nous disent tous les sites thaïs dont ce sont les seules recommandations. D’ailleurs les Thaïs ne perdent jamais le nord, s’ils appréhendent de pénétrer eux-mêmes dans les entrailles de la terre, le bureau d’accueil se fera un plaisir de louer une torche au visiteur.

 

Il n’y avait donc pas à priori la moindre faute à accompagner une équipe de gamins entre 11 et 16 ans pour cette visite à cette époque.

 

Ce n’était qu’une balade qui a tourné au drame.

LA SAISON DES PLUIES

 

La grotte est inondée en saison des pluies. Son accès en est strictement interdit pendant 5 mois, de juillet à novembre.

 

 

Depuis le signalement de la grotte au monde scientifique il y a plus de 30 ans et sa visite tant par des érudits biologistes y cherchant des espèces cavernicoles ou des préhistoriens y cherchant les traces d’une présence préhistorique, aucun incident majeur ne semble y avoir jamais été signalé compte non tenu des visites de simples touristes ? S’il pleut toute l’année en Thaïlande, le gros de la saison des pluies se situe dans cette zone entre juillet et octobre. Il s’agit donc d’une fourchette de précautions. Où se situe l’erreur ? Des orages catastrophiques aussi imprévus qu’imprévisibles ont submergé les galeries bien avant l’heure. A la même époque des pluies diluviennes se sont abattues sur le Japon faisant à l’heure où nous écrivons probablement plus de deux cent morts.

 

 

L’ATTITUDE DE L’ENTRAINEUR

 

Il lui a été reproché – essentiellement encore dans la presse occidentale - d’avoir entrainé les gamins dans cette aventure « spéléologique ». Or, il connaissait lui-même les lieux et les avait déjà arpentés avec sa troupe. Devant la montée subite des eaux, il a pris la décision de s’avancer plus avant dans le réseau pour chercher un refuge sur une partie haute. Son attitude laisse à penser, ainsi qu’on a pu le constater à la lecture des commentaires dans les réseaux sociaux provenant des parents et la presse locale, que son sang-froid a permis aux enfants de survivre à cette épreuve, en particulier plus d’une semaine dans l’obscurité (6). Il leur a conseillé de mesurer leur respiration, de n’utiliser les lampes de poche que le moins possibles et une à la fois pour conserver une source de lumière. Il leur a appris à boire l'eau propre qui goutte à travers le plafond de la grotte et non celle de la crueIl leur a également conseillé de bouger le moins possible pour conserver leur énergie, de méditer et prier. Il aurait lui-même lors de sa période de moine temporaire vécu comme un ascète dans l’une des grottes de la région « buvant la pluie, humant le vent ».

 

 

UN MIRACLE ?

 

Tout le pays, dans les temples bouddhistes, dans les mosquées, dans les églises catholiques a prié pour les enfants.
 

 

Les populations des ethnies des montagnes avoisinantes toutes animistes auxquelles appartiennent plusieurs des enfants se sont livré à des rites incantatoires. Beaucoup de Thaïs sont persuadés que ce sauvetage relève du miracle, une notion qui semble totalement étrangère aux médias occidentaux. Il y a encore des Thaïs qui croient aux miracles. La réussite de l’opération finale par la voie des eaux relève en effet du miracle quel que soit le sens que l’on donne à ce mot.

 

Tous les spécialistes du monde entier la considéraient comme virtuellement impossible.

 

Faire nager plus de cinq heures sous de l’eau boueuse un gamin de 11 ans qui ne savait ni nager ni à fortiori utiliser un scaphandre autonome sans qu’il panique ne relève-t-il pas du « miracle » ?

 

La vente des médailles miraculeuses s'organise ...

 

 

LES SOUTIENS DU MONDE ENTIER …

 

Ne revenons pas sur ce que nous savons tous même si celui de la France fut un peu frileux. Relevons une démarche sympathique : dans un communiqué du 10 juillet le milieu de terrain français Paul Pogba a immédiatement dédié la victoire de son équipe en demi-finale aux 13 jeunes restés coincés pendant 18 jours dans une grotte du nord de la Thaïlande : « Cette victoire va aux héros du jour, bravo les garçons, vous êtes forts ». Il a eu le mérite de susciter de l’Ambassade une réaction un peu tardive : Dans un bref communiqué paru le 12 juillet sur son site Internet, prenant le train en marche, nous lisons : « toute l’Ambassade s’associe au geste de Paul Pobga qui dédit la victoire de la France en demi-finale de la coupe du monde de football 2018 aux jeunes footballeurs de l’équipe du « Mu Pa Academy Mae Sai » rescapés de la grotte de Tham Luang ». Merci à Paul Pogba de cette initiative qui nous apporte la preuve que l’on peut vivre en donnant des coups de pied dans un ballon rond et avoir à la fois du cœur et de la courtoisie …

 

 

NOTES

 

(1) Un article du journal Le Figaro en 2010 donc bien antérieur à cet épisode dramatique nous disait « Les plus longues survies de spéléologues restés bloqués » « En France, les cas de spéléologues qui restent coincés plus de 18 heures avant d'être secourus vivants sont rares, mais ils existent. En 1999, sept personnes avaient même attendu 10 jours avant d'être libérées … » :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/10/10/01016-20101010ARTFIG00090-les-plus-longues-survies-de-speleologues-restes-bloques.php

 

(2) Par 20° 22’ 51’’ Nord et 99° 52’ 05’’ Est.

 

(3) Voir les rapports de Louis Deharveng à l’ « Association Pyrénéenne de spéléologie »   : « Expédition Thaï-Maros 86 » (Toulouse ISBN 2-906273-01-5) et « Expédition Thaï-87-Thaï 88 »Maros 86  (Toulouse ISBN 2-906273-02-3). Il n’est pas spéléologue mais entomologiste au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Voir également Valery Zeitoun, Hubert Forestier et Supaporn Nakbungling « Préhistoires au sud du triangle d’or », Paris, 2008 ou encore de Martin Ellis « The cave of northern Thailand », 2017 qui citent  tous Deharveng d’abondance. Il est le premier à en avoir établi un relevé topographique.

 

 

(4) Voir par exemple le site thaï qui en cite trois :

http://travel.trueid.net/detail/O36bPoR5Eog3

 

(5) « Visiter les grottes de Thamluang… » écrit Lonely Planet. « Plusieurs grottes méritent une visite : Thamluang comporte plusieurs salles aux formations rocheuses fantastiques » écrit le Guide Vert Michelin sans parler de nombreux sites thaïs.

 

(6) L’entraîneur a fait parvenir aux parents un courrier pour s’excuser et faire part de sa désolation. De multiples commentaires en réponse relevés sur Internet sont significatifs : « Ek, vous ne devriez pas vous blâmer pour ce qui est arrivé. Nous savons tous que vous êtes gentil et avez toujours bon cœur pour aider nos enfants ». Une mère en larmes interrogée par un journaliste thaïe lui dit que son garçon avait survécu à cette épreuve grâce à l'entraîneur : « J'étais inquiet pour mon garçon. Ce qui m'a réconforté, c'est que l'entraîneur Ek soit avec lui ». Plus officiellement, Thawatchai Thaikhiew, secrétaire permanent adjoint à la Justice, a déclaré qu'il craignait que l'entraîneur ne soit atteint de dépression et ajouta : « Je demande à tous les Thaïlandais de lui apporter un soutien moral. Si quelqu'un le rencontre, s'il vous plaît faites lui un geste d’amitié ».

 

 

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 05:11

 

 

Nous avons rencontré Paul-Louis Rivière à l’occasion de notre article sur le sacre du roi Rama VI aux cérémonies desquelles il avait assisté et qu’il décrivit dans un très bel article du « Figaro littéraire » (1).

 

 

Ce très éminent juriste vécut deux ans au Siam comme membre de la Commission royale de législation siamoise et conseiller légiste du gouvernement siamois. Il tomba incontestablement sous le charme du pays qu’il connut à la fin du règne du Roi Rama V et aux débuts de celui de son successeur.

Il a écrit sur le Siam, prononcé de nombreuses conférences (2) et ramènera un roman publié en 1913 sous le titre « Poh Deng – Scènes de la vie siamoise (3)

 

 

... et ensuite en 1919 à son retour du front sous un autre titre « Poh Deng – Roman siamois » (4). Il va profiter de l’histoire des amours contrariées du jeune Poh Deng et de la petite danseuse Mé Ping pour nous donner sans longueurs quelques aperçus du Siam qu’il a connu, dans de remarquables descriptions qui restent décentes, une peinture de mœurs dans un style élégant, au travers de l’histoire d’une vocation religieuse par désespoir d’amour …

 

 

POH DENG

 

Le petit garçon Poh-Deng (« père rouge ») est né de Mè Choup (« mère baiser »), l’année du singe. Sa naissance est alors marquée par deux superstitions siamoises :

 

Il est accueilli par cinq fois le cri de gecko (tok-ké) ce qui est un signe faste

 

 

mais suivi d’un signe néfaste, l’envol d’un geai bleu de la gauche de la maison.

 

 

Les cérémonies rituelles sont naturellement accomplies : l’enfant est placé dans sa corbeille autour de laquelle on dispose des  bâtonnets reliés entre eux par un réseau de fil blanc qui écarte les mauvais esprits, les phi. « Les choses se passent ainsi en pays thaï », cela a-t-il changé au XXIème siècle ? (5)

 

Poh Deng  reçoit  comme tous les enfants un sobriquet,  celui de « nou » (petite souris). Il est « louk chin » puisque son père Fouk Long est chinois. Il tient un magasin « mont de piété », revend avec des bénéfices de 500 % et ne prête jamais à plus de 30 % l’an. Notre auteur est moins vindicatif à l’égard de cet usurier chinois qu’il ne l’était dans son article du Figaro (1) : Le Chinois, ce « métèque » qui « s’est abattu sur ce pays, comme il l’a fait sur tout l’Extrême-Orient, pour y monopoliser les branches les plus variées  de l’activité commerciale ».

 

 

Mais pour le malheur de notre gamin, son père « avait trop aimé le bambou ». Nous allons apprendre les hallucinants  méfaits de l’opium : « Chaque soir il de rend dans la fumerie d’opium de Chin Yong Li Seng.. il s’étendait sur le lit en bois laqué recouvert d’une latte fine et là il éprouvait les bienfaits de la drogue brune et odorante qui est l’âme solidifiée des pavots du Yunnan…

 

 

Mais il eut le tort de ne pas suivre les préceptes de Kong Fou Tsé (Confucius) qui prescrit en tout la modération. Il passe de quelques pipes par jour à une vingtaine puis au double puis au triple « tant et si bien qu’il ne savait plus le chiffre des boulettes malaxées dans la soirée. Il advint qu’à la longue Fouk Long semblable jadis par son visage réjoui, par son triple menton, par son ventre épanoui  à une statue de Pou-Taï, le dieu de la sensualité...

 

 

...  devint conforme à l’effigie du mendiant Tié Kouaï dont il est facile de dénombrer les côtes ». Il rejoint alors ses ancêtres et ses cendres retournèrent en Chine. S’il existe encore – parait-il – quelques rares et très confidentielles fumeries d’opium à Bangkok, le pavot a depuis été remplacé par d’autres drogues qui ne valent pas mieux.

 

 

Devenue veuve Mè Choup alla s’installer sur la rive droite du fleuve qui n’avait alors rien de commun avec la cité royale des Chakri. La rive droite de la Chao Phraya, « c’était une forêt dont les voies de communication sont les innombrables klongs quo sinuent, zigzaguent, tournent court, repartent dans une direction nouvelle parmi les arbustes et les herbes folles ». Ils y vivent dans une baraque sur pilotis coiffée d’un toit de chaume en palmes de latanier.

 

 

Naturellement, la petite maison des Phi jouxte la modeste habitation principale. Ne revenons pas sur un sujet que nous avons traité (5).

 

 

La présence de ces maisonnettes reste une constante encore de nos jours. Le gamin vit là insouciant entre sa mère, son grand-père Naï-Leut et l’aïeule Mè Kao. Mé Choup a la triste habitude de mâcher le bétel, en réalité  la noix d’arec enrobée d’une feuille de bétel recouverte d’une pellicule de chaux. Ceci explique la présence d’un crachoir parmi les rares éléments du mobilier de la maisonnette. Nous considérons aujourd’hui cette pratique comme répugnante, elle est en tous cas beaucoup moins nocive que l’abus d’opium ! Les mâcheurs de bétel sont, à ce jour, rarissimes, même en Isan mais les denrées nécessaires à cette habitude se trouvent en tous cas sur tous nos marchés.

 

 

Tous les matins, Mè Choup fait ses ablutions dans le klong qui sert également d’égout et de latrines. « L’eau tombe sur ses épaules, coule sur sa poitrine et trempe son pa-noung qu’elle a gardé comme faire se doit. Il n’est homme ou femme qui manquerait à cette habitude car la pudeur au Siam est chose foncière et ne consiste pas comme en d’autres pays à évoquer la nudité par les artifices du voile ». « C’est dans le klong aussi que Poh-Deng a appris à nager. C’est maintenant une véritable grenouille qui, plus que la terre ferme vit sur l’eau et même sous l’eau ».

 

 

C’est la grand-mère qui est chargée de la confection du kapi :  « Poh Deng s’extasie à la voir broyer dans un mortier les crevettes qu’une longue exposition à l’air a rendues à point, les malaxer, les incorporer à une saumure épaisse pour en obtenir une pâte visqueuse et verdâtre dont les émanations combattent victorieusement celles de la vase et des détritus jetés dans le klong. Le pla-kapi est l’une des friandises de la population siamoise ».

 

 

C’est le grand père qui va apprendre à Poh Deng les vieilles coutumes : « De mon temps, vois-tu, lorsque le peuple thaï avait deux rois, les gens étaient meilleurs. Ce sont les Chinois – je ne dis pas ça pour feu ton père – et les kek  (6) qui, en envahissant notre pays y ont porté des mœurs déshonnêtes, inconnues de nos ancêtres. Les coutumes d’alors étaient aussi préférables. Par exemple lorsque deux plaideurs s’adressaient à la justice, sais-tu ce que faisait le Juge ? Il commençait par les envoyer tous les deux en prison et par les y oublier quelques mois. Voilà qui était fait pour modérer l’esprit de chicane. Sans doute n’oserait-on plus aujourd’hui comme jadis se saisir des quatre personnes venant à passer devant un mur d’enceinte nouvellement construit et les brûler vives sous la poterne pour se concilier les Génies de la cité. Non, cela on n’oserait pas par mansuétude. Mais qui dit pitié dit faiblesse aussi la pitié est donc un sentiment fâcheux ».

 

 

L’éducation de Poh Deng n’est pas négligée. Il étudie au temple. « Là sous un sala, un simple toit supporté par des colonnes de bois, les bonzes inculquaient à leur auditoire les rudiments des connaissances profanes et les initiaient aux préceptes du maître.

 

 

La leçon finie, les écoliers se délaissaient dans les cours du wat au jeu du takro ». Il en est toujours ainsi !

 

 

MÈ PING

 

Sa famille originaire du Laos vit dans une maison flottante de la rive droite également. Les deux enfants se sont connus à l’occasion d’une joute de cerfs-volants lors des fêtes du nouvel an : « … Donc Poh Deng lançait son cerf-volant et cherchait comme d’habitude à capturer celui d’un adversaire. La manœuvre consiste à faire planer l’appareil au-dessus de l’ennemi puis fondre sur celui-ci comme un faucon sur sa proie ». Il triomphe de celui d’une petite fille et de ce jour ils deviennent amis.

 

 

Ils fréquentent ensemble les combats de coqs : « Mè Ping, la douceur même, Mè Ping qui n’aurait pas fait de mal au plus petit lézard margouillat, était ravie lorsque les combattants hérissaient leur plumage, se dressaient sur leurs ergots, se jetaient l’un sur l’autre au milieu des encouragements ou des huées des spectateurs… »

 

 

Mè Ping est orpheline. Toute jeune, elle a été recueillie par Naï Tien son oncle maternel dont elle est devenue le douzième enfant. Il est riche, propriétaire de plus de 100 raïs de rizières dans les environs de Bangkok. « Ces sortes d’adoption se voient fréquemment au Siam où la famille nombreuse n’entraîne pas la gêne. Dans un pays où la vie est simple, où les besoins rares ont des contentements faciles, que représente un enfant de plus pour qui le gite, l’habille et le nourrit ! Une natte, un pa-noung, un peu de riz et c’est tout. Chez les peuples heureux, donner ce n’est pas se priver ». Ce sens aigu de la cellule familiale beaucoup plus large que dans le sens que nous lui donnons, est toujours omni présent au moins dans la Thaïlande profonde.

 

 

Les deux enfants sont devenus adolescents et grandissent ensemble mais va arriver la saison des malheurs.

 

« Le proverbe dit vrai, le bonheur vient par gouttes et le malheur par flots ». Notre auteur est friand de ces proverbes thaïs qui perdurent encore et dont il use souvent : Naï Tient fut victime de trois années de récoltes catastrophiques. « Ce malheur n’avait pas été une surprise pour ceux qui croyaient aux présages ». Ceux de la cérémonie du Rek Na, le labour royal (remise en vigueur par feu SM le roi Rama IX et reprises par son successeur) avaient été désastreux (7).

 

 

Naï Tient est ruiné. Il doit vendre tous ses biens pour payer ses créanciers. Et voilà l’esclavage pour dettes : « En fin de quoi n’ayant plus rien à vendre, il se vendit lui-même, c’est-à-dire qu’en échange d’une somme d’argent qui lui fut prêtée par un riche personnage, il devint son esclave, devant payer par son travail les intérêts de la somme empruntée. Tout seigneur de quelque importance se compose ainsi une sorte de clientèle par laquelle notamment sont tenus les emplois innombrables que comporte sa maison : car le serviteur qui présente le miroir au maître n’est pas le même qui lui offre la cigarette et celui qui l’évente pendant le repas croirait déroger en lui versant le thé dans la tasse minuscule et toujours remplie. Certains de ces serviteurs deviennent des commensaux et font presque partie de la famille ». L’esclavage, une institution qui suscitait l’indignation vertueuse de bien des visiteurs du XIXème siècle, tous de grands bourgeois oubliant ce que disait Monseigneur Pallegoix qui écrivait au seuil du second empire que les esclaves au Siam étaient mieux traités que les domestiques des maisons bourgeoises de son pays.

 

« Autour du maître, une nuée de serviteurs, d’officieux, d’esclaves pour dettes – le sort de ces derniers n’a rien d’effrayant- vaquent aux innombrables emplois de la maison et composent sa clientèle » écrivait Rivière dans le Figaro de 1911 (1).

 

 

Mè ping va avoir la même chance : Elle va être attachée à la personne de l’épouse principale du grand maître des écuries royales qui lui est propriétaire de 1.000 raïs et préposée à la garde de ses joyaux puisque le rang de son époux l’autorisait à posséder un service en vermeil.  Ses fonctions ne sont pas celles d’une boniche du Faubourg Saint-Germain : « Le rôle de Mè Ping était de présenter les ustensiles rituels à sa maitresse et, lorsque celle-ci sortait, de porter gravement le plateau sur la paume des deux mains … »

 

« Les rapports des grands et des petits » conclut Rivière « pour être assujettis à une étiquette immuable, ne comportent ni orgueil ni bassesse. Ils n’excluent ni la dignité ni même la familiarité. Au reste, le mot Thaï veut dire libre. »

 

 

Mais c’en est fini des rapports de douce amitié entre Poh Daeng et Mè Ping. Celle-ci est désormais pénétrée de son importance. Son maître possédait une troupe théâtrale « pour offrir à ses amis de la Cour des lakhon auxquels le roi ne dédaignait pas d’assister ». Le maître résolut donc de faire éduquer Mè Ping dont il avait remarqué la grâce dans le corps des ballerines. Ainsi elle dansa devant des membres de la famille royale, l’un des fils du roi et les plus hauts dignitaires de la Cour, spectacle auquel le malheureux Poh Deng doit assister perdu au fond de la salle.

 

 

BANGKOK

 

Poh Deng retourne sur la rive gauche pour assister à diverses cérémonie et processions rituelles et  royales que Rivière décrit longuement avec talent et un pittoresque coloré. « La liberté pour le peuple de regarder le cortège est une de ces concessions aux idées modernes, déplorées par Naï Leut : Jadis, quand les choses étaient entières, nul n’avait le droit de rester aux alentours de la processions ». Il n’y voit pas Mè Ping dans la barge de sa maitresse. Qu’est-elle devenue ? Nul ne peut ou ne veut le lui dire. A force d’insistance, les employés du seigneur le mettent dehors. Proverbe sage : « Si quelque épine t’a piqué, sers- toi d’une autre épine pour l’enlever » lui dit son grand père, voix de la sagesse : Il souhaite l’enlever mais elle est désormais d’un rang supérieur au sien.  Son grand père lui rappelle les vieilles coutumes : « Il est écrit dans la Loi : si une fille appartenant à un homme de rang supérieur se laissé séduire par un homme de classe moindre, elle est une mauvaise fille. Elle et son ravisseur seront punis des peines qui atteignent le voleur ». Poh Deng déserte alors totalement la rive droite mais il est fort gueux et il lui est difficile de s’installer sur la rive gauche. « Entreprendre quoique ce soit sans argent, c’est vouloir lever une poutre avec une esquille » lui dirait la voix de la sagesse ! Or, dans le quartier chinois, les monts-de-piété sont omniprésents, peut-être le sont-ils encore. « Comme les poissons-pilote signalent la présence du requin, les monts-de-piété annoncent la voisinage des salles de jeu ». Nous allons donc retrouver notre amoureux transi dans une maison de jeu. La description qu’en fait Rivière est sordide. Poh Deng en ressort vêtu de son seul caleçon : « le génie du hasard ne lui a pas plus souri que le génie de l’amour ».

 

 

Il se retrouve alors avec un jeune chinois sorti comme lui presque nu du tripot. Celui-ci le conduit alors dans un temple bouddhiste chinois pour y étudier les bâtonnets magiques pour y connaître le résultat de l’une de ces loteries gérée par des Chinois, aujourd’hui toujours présentes de façon clandestine en dehors de la loterie officielle.

 

 

Un gain modeste lui permet alors de survivre et d’apprendre que Mè Ping, de par sa grâce et sa beauté, vient d’être engagée dans le corps des ballerines royales. Tout est fini. « La personne de Mè Ping est devenue intangible et toute tentative à son égard deviendrait sacrilège ».

 

 

La blessure de Poh Deng semble inguérissable. Son grand-père a de la famille à Phetchaburi où l’un de ses demi-frères y porte la robe safran comme abbé d’un temple. L’abbé « est éminent par son expérience, sa science et sa vertu. On accourt de loin pour prendre ses conseils dont la sagesse permet de croire à la venue sur terre du nouveau Bouddha. Voilà le médecin auquel il faut conduire le malade ».

 

 

PHETCHABURI

 

Poh Deng n’a pas de volonté, il se laisse conduire de guerre lasse. « Ils prennent place dans la voiture de feu qui en quelques heures porte plusieurs centaines de personnes au but ». Voilà l’occasion pour Rivière de nous décrire longuement le trajet en chemin de fer et la ville de Phetchaburi, il y a aujourd’hui plus d’un siècle : « Un village avenant il est vrai, assis dans un site riant au coude d’une rivière ombragée d’un massif de bambou mais dont l’unique rue était bordée de huttes basses… ».

 

 

L’abbé lui dit « tu n’es qu’un enfant ignare et stupide. Veux-tu savoir ce que tu as perdu et connaître ce que tu peux trouver ? Ecoute. ». L’abbé lui raconte alors la vie de Bouddha sur laquelle Rivière va s’étendre longuement. Jusque-là Poh Deng n’avait guère hanté les temples !

 

 

WAT PHO

 

L’abbé venant d’être nommé chef des bonzes de Wat Pho, il va s’y rendre accompagné de son jeune disciple. Rivière en fait, on s’en serait douté, une description enthousiaste. Poh Deng y prend la robe jaune au terme de ces rites multi séculaire dont nous aurons évidemment la description détaillée « Poh Deng a dépouillé les vêtements de son ancienne existence pour revêtir le costume de sa vie nouvelle ».

 

 

Poh Deng n’est plus, il est désormais Phra Narit, simple moine de Wat Pho. L’abbé lui avait dit « En consentant à oublier, tu as libéré ton esprit, captif jusque-là. Par la reprise de toi-même, tu t’es ouvert le chemin qui mène aux biens stables et définitifs. C’est folie que de chercher sa raison de vivre dans un monde où tout n’est que changement, tristesse et illusion ».

 

Lors de la cérémonie d’intronisation, Poh Deng reçut les présents des assistants. « Au milieu des présents, un bouquet de fleurs rouges a passé inaperçu. Perdue dans la foule, une femme s’est esquivée après s’être tenu dans le coin le plus obscur du sanctuaire ».

 

 

La lecture de ce roman nous a intrigués. L’auteur, né en 1873 est un très docte et très érudit juriste : docteur en droit - nous ignorons malheureusement quel fut le sujet de sa thèse de doctorat - son premier ouvrage juridique suivi par beaucoup d’autres date de 1897 alors qu’il est encore jeune avocat à la Cour d’appel de Paris, « Protection internationale des œuvres littéraires et Artistiques, étude de législation comparée ». Plus tard, devenu Magistrat puis Président de la Cour d’appel de Caen ses publication juridiques sont ininterrompues notamment dans diverses revues juridiques spécialisées autant que confidentielles comme la « Revue Internationale de droit privé », jusqu’en 1946 une énorme étude en plusieurs volumes sur la législation marocaine. Sa présence au Siam pendant deux ans suscite plusieurs articles sur le Siam, nous connaissons celui du Figaro Littéraire, qui dénote une connaissance approfondie du pays où il a vécu.

 

La publication de ce roman, en 1913 d’abord sous le sous-titre mieux choisi de « scènes de la vie siamoise » puis en 1919 ne fut suivie d’aucune autre. Seule l’édition de 1919 que nous avons sous les yeux a été numérisée par … l’Université du Michigan.  Une réimpression de janvier 2018 a été effectuée… par un éditeur américain (8). Il a pratiquement été ignoré des revues littéraires de l’époque y compris le Figaro littéraire avec lequel il avait pourtant collaboré.  Il fut probablement considéré comme une bluette sans importance ? La « Revue bleue – revue politique et littéraire » lui consacre dans son numéro de 1921 quelques lignes qui ne sont guère significatives (9). Le quotidien « L’intransigeant » du 10 mars 1920 est plus précis «  L’auteur connait bien le Siam… Un peu d’abondance aurait été la bienvenue. Monsieur P.L.Rivière. n’avait pour propos que de nous conter les amours contrariées du jeune Poh Deng avec la petite danseuse Mè Ping. Il les a très bien contées… mais on aurait voulu vivre dans l’intimité des moines… on aurait aussi voulu pénétrer dans l’âme des sages qui savent des choses profondes…. ». Certes mais c’était toutefois se méprendre sur les intentions de l’auteur pour lequel cette histoire d’amour n’était que le support à la description de « scènes de la vie siamoise » et non de faire un ouvrage exhaustif en 200 pages sur les mœurs siamoises. L’édition illustrée de 1913 (que nous n’avons pas) porte le titre qui nous semble mieux approprié de « scènes de la vie siamoise ». C’est dans « Les modes de la femme » du 11 février 1923 que nous trouvons le courrier d’une lectrice qui nous semble avoir mieux compris les intentions de l’auteur et sa poésie souvent troublante qui nous donne de belles visions du pays du sourire : « Je viens de lire un fort joli roman siamois, intitulé : Poh Deng. Je recommande sa lecture aux Abeilles qui, comme moi, aiment, ne pouvant mieux faire, voyager par la pensée en Orient.… ».

 

Ce n’est plus l’œuvre d’un probablement austère magistrat au sommet de la hiérarchie mais celle d’un poète… car ce magistrat a son jardin caché, il est tout à la fois poète et peintre. « Peintre et aquarelliste de talent, M. Louis Rivière a pu, au cours de ses déplacements, fixer les sites les plus intéressants des régions parcourues. Ses compositions picturales ont été remarquées au Palais-Salon, où se produisent de nombreux avocats et magistrats; et l'une de ses toiles a été acquise par l'Etat. Je dois ajouter, et notre distingué Président, qu'une affection saisonnière empêche aujourd'hui, eût été certes mieux qualifié pour le dire, j'ajoute, et cela ira tout de même au cœur des Toulousains, que M. Louis Rivière est un fervent de Clémence Isaure. Il a publié un volume de vers et il est lauréat de l'Académie des Jeux-Floraux » (10).

 

 

 

Nous n’avons malheureusement pu découvrir aucune de ses aquarelles et aucun de ses vers. Le style de son « roman » est aux antipodes de celui des juristes, de celui de ses articles juridiques et de ses décisions judiciaires qui obéissent depuis des siècles à de rigoureuses règles de forme dont toute fantaisie, toute poésie est exclue.  Il est ce que les spécialistes de la stylistique appellent une hypotypose, un texte où l'écrit remplace l'image et rend le tableau si vivant que le lecteur a l’impression de l’avoir sous les yeux. Nous n’en avons bien évidemment cité qu’une petite partie, celles dont les « images » nous ont paru les plus significatives.

 

 

… Car il existe ainsi, chez la plupart des hommes

Un poète, mort jeune, en qui l'homme survit.

 

 

(1) Voir notre article 161 « Autour du sacre du Roi Rama VI en 1911 » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-160-autour-du-sacre-du-roi-rama-vi-en-1911-124944766.html.

 

(2) Il donne le 17 février 1913 une conférence à la Société de géographie de Toulouse : « DEUX ANNÉES AU SIAM : Le Siam historique, économique, archéologique et pittoresque » (« Bulletin » de 1913). Il redonne cette conférence le 13 mars 1913 à la Société de topographie de France (Bulletin de 1913) et une autre à la Société de Géographie (Journal officiel du 21 février 1913). « Il parle avec le charme, la pureté de diction, la véritable maîtrise qui caractérisent l'avocat conseil de l'Union des femmes de France » (qui se fondra plus tard dans la Croix rouge française). Il est l’auteur de deux ouvrages : « Etudes siamoises » en 1932 et  « Siam » en 1935. Un article historique  « Siam d’autrefois et Siam d’aujourd’hui » a été publié dans la « Revue historique » Tome CLXIV, année 1930. Il s’est également intéressé à l’art siamois : «  L'Art au Siam  a été publié dans « La Dépêche Coloniale Illustrée » du 15 novembre 1913 - Treizième année No 21.

 

(3) Nous n’avons pas pu consulter cette première édition richement  illustrée par H. de la Nezière et tirée à 350 exemplaires : Nous n’en avons que l’exemple de quelques illustrations ci-desus et de l’illustration d’un proverbe siamois tirées du catalogue d’une vente aux enchères : « La femme et l'homme sont comme le safran et la chaux: si vous les mettez en présence, comment empêcher le safran de colorer la chaux ? ».

 

 

(4) En sus de ses compétences encyclopédiques, il participa courageusement à la grande guerre comme capitaine au 55ème régiment d’infanterie. Il reçut la croix de chevalier de la légion d’honneur le 30 août 1916 : « Officier distingué, remarquable par son entrain, son esprit d’initiative et son dévouement, a été blessé très grièvement le 15 juillet 1916, alors qu'il surveillait en première ligne les travaux d'installation d'une section de mitrailleuses. Déjà deux fois cité à l’ordre. Croix de guerre avec palmes » voir « Historique du 55ème régiment d’Infanterie territoriale 1914-1918 » 1920. Nous le retrouverons ensuite commandant dans la 6ème brigade de chasseurs alpins ce qui nous permet de donner le seul portrait que nous avons de lui reproduit ci-dessous (« Revue Hebdomadaire » du 4 octobre 1919).

 

 

Il en a ramené « Pages de combat – carnet d’un mitrailleur » publié en 1916 et beaucoup plus tard. « Ce que nul n'a le droit d'ignorer de la guerre 1914-1918 » publié en 1921. « L’après-guerre » date de 1932. « L'Autre guerre » fut publié ans la « Revue de Paris » du 15 janvier 1936 (pages 300-337) où il décrit un aspect bien oublié de la grande guerre, celle menée par l'espionnage allemand dans le monde entier, et plus spécialement en Espagne, de 1914 à 1918. Il débute son article par cette boutade attribuée à Byron, que nous pourrions faire notre « l’histoire, cette grande menteuse ». Il est la synthèse de son ouvrage « Un centre de guerre secrète, Madrid, 1914-1918,: la guerre politique, l'œuvre de propagande, l'entreprise d'espionnage, l'offensive économique, le service secret » préfacé par le général Weygand publié la même année.

 

(5)  Voir notre article A 151 « En Thaïlande, nous visons au milieu des Phi »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

(6) Les khaeks sont les étrangers non farangs (occidentaux), indiens, pakistanais, musulmans, etc…

 

(7) Voir notre article  INSOLITE 7 – « LA CÉRÉMONIE DU LABOUR ROYAL EN THAÏLANDE, HIER ET AUJOURD’HUI »?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-7-la-ceremonie-du-labour-royal-en-thailande-hier-et-aujourd-hui.html

 

(8) La raison en est peut-être simple : Rivière est mort en 1959 et ses œuvres sont protégées selon la législation française jusque 70 ans après sa mort, une contrainte qui n’existe pas aux Etats-Unis.

 

(9) « Le roman siamois de M. P. -Louis Rivière, Poh Deng-, n'est pas moins triste que les romans annamites de M. Jean d'Esme et de M. Jean Marquet. L'auteur pourtant nous assure que, durant ses deux années de Siam, il eut pour la première fois de sa vie « l'impression qu'il existait un peuple heureux » ; et toute son ambition d'auteur dans les deux cents pages de son livre est de faire partager à ceux qui les liront sa sympathie « pour une race demeurée jusqu'à ce jour sans agitation ... »

 

(10) Discours du Commandant Litre lors de la réunion de la Société de géographie de Toulouse du 17 février 1913 in Bulletin de 1913.

 

 

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 22:09

 

Nous vous avons raconté l’histoire – légendaire mais reposant peut-être sur une tradition orale multi séculaire – du célèbre chédi (Phra That) de That Phanom sur les rives du Mékong. Un inestimable trésor y serait enfoui entourant une relique corporelle de Bouddha, un os de sa poitrine (1). Cette vénérable relique est parvenue sur les lieux quelques années seulement après la mort du maître. Les huit Phra That «  fils spirituels » de celui des bords du Mékong, y compris celui de Californie recouvrent également des reliques de Bouddha mais il ne nous a pas été possible d’en déterminer l’origine et la date de leur arrivée au Siam.

 

 

Il est un autre Phra That en Isan qui contient des reliques également contemporaines de quelques années seulement après la mort de Bouddha qui abriterait également des reliques ensevelies peu après celle de That Phanom  : à une trentaine de kilomètres au nord- nord-ouest de Khonkaen, dans le district de Namphong (น้ำพอง) dans l’enceinte du wat chedi phum (วัดเจดีย็ภูมิ) se situe un chedi particulièrement vénéré, le Phra That de Khamken (Phra That Kham Kaen - พระธาตุ ขามแก่น). Son histoire est également légendaire : Le souverain Khmer de Nakhon Phanom y fit étape en compagnie de « neuf moines éclairés » porteurs de reliques de Bouddha (qu’il était probablement allé quérir aux Indes ?) en route vers le Phra That Phanom pour les y ensevelir. Arrivés à destination, la dernière pierre du sanctuaire avait déjà été posée. Sur le chemin du retour, un tamarinier qu’ils avaient vu mort avait miraculeusement repris vie. Ils décidèrent d’y bâtir un stupa pour y enfermer les reliques entourées d’un trésor. Le nom de la ville construite ultérieurement dans les environs au XVIIIe siècle, Kham Kaen devint par la suite Khon Kaen. Telle est la légende dont nous n’avons trouvé trace que sur les panneaux explicatifs à l’intérieur du temple, il en est peut-être des sources écrites ? En tous cas, le lieu reçoit de longues théories de pèlerins des environs pour lesquels il est plus facile d’accès que That Phanom. 

 

 

 

Si ces récits légendaires contiennent une part de vérité, pourquoi pas, cela signifierait qu’un ou des souverains khmers de la région auraient été convertis au bouddhisme quelques années seulement après la mort de Bouddha en 543 avant Jésus-Christ ? Nous sommes en contradiction avec une opinion selon laquelle le bouddhisme aurait été introduit au Cambodge au IIIe siècle avant Jésus-Christ par les pèlerins de l’empereur indien  Ashoka et une autre selon laquelle il n’y aurait été introduit qu’au début de notre ère.

 

 

Quoi qu’il en soit, nous avons cherché à avoir plus de précisions sur ces fameuses reliques de Bouddha. Le corps des fondateurs de religions et des réformateurs religieux firent souvent l'objet d'un culte. Cependant quelques-uns d'entre eux, Numa Pompilius, le Christ ou Mahomet sont partis corps et en âme pour leur séjour céleste en ne laissant rien ou presque de leur personne corporelle à leurs sectateurs. Il n’en fut pas de même de Bouddha dont on trouve même des reliques singulières : Ne put-on pas contempler pendant plusieurs siècles après sa mort l'ombre de Buddha ? Le voyageur chinois Hiouen-Tsang raconte, en effet, qu'il visita deux places où, dit-on, Buddha aurait laissé son ombre lumineuse, mais qu'à cette époque lointaine, elle n'offrait plus qu'une ressemblance faible et même douteuse.

 

 

Sortis de cette amusante anecdote, nous avons puisé l’histoire de ces reliques dans de nombreuses sources, les plus anciennes étant essentiellement la traduction par les érudits de la fin du XIXe et du début du XXe siècle des textes sacrés du bouddhisme en sanscrit ou en pali, en particulier le Lalitavistara Sutra  un texte sur la vie de Bouddha daté du IIIe siècle avant Jésus-Christ qui serait la compilation de textes plus anciens. Nous vous indiquons ces sources en fin de texte.

 

 

Quelle est l’origine des reliques ?

 

A la mort de Bouddha les populations et les grandes communautés qui l'avaient acclamé et particulièrement vénéré voulurent toutes avoir une part de ses reliques. Lorsque les parties corruptibles du corps furent consumées, les dieux éteignirent les flammes par des torrents d'une pluie parfumée, et les ossements épargnés par le feu furent pieusement recueillis par les Mallas (habitant un royaume de l’Inde ancienne) afin de les conserver comme reliques.

 

 

Mais dès qu'ils furent instruits du grand événement, le roi de Magadha (autre royaume de l’Inde ancienne), les Çâkyas (tribu de l’Inde ancienne), les Lichavis (autre ancien royaume du Népal) et nombres d'autres peuplades envoyèrent à Kouçinagara (ville de l’état des Mallas où mourut Bouddha)  des ambassadeurs pour réclamer une part des reliques et un conflit eut éclaté au sujet de ce partage sans l'intervention d'un sage brahmane nommé Drona qui en fit huit parts égales attribuées aux représentants d'autant de nations.

 

 

Il s'était en effet élevé des contestations acharnées, on échangea des propos chargés de haine, on proféra des menaces de guerre et peu s'en fallut qu'on en vînt aux mains. Mais Drona, prévoyant les conséquences de ce conflit, réussit à obtenir des Mallas de Kouçinagara le partage des reliques, en leur rappelant les vertus et la patience que Bouddha n'avait cessé de leur recommander en leur donnant l'exemple. Il leur dit qu'il n'était pas convenable qu'ils s'égorgeassent entre eux, à cause des reliques de Bouddha, et après les avoir réconciliés, obtint donc que ces reliques soient divisées en huit parts et renfermées dans huit cylindres métalliques; ceux-ci furent à leur tour conservés dans un nombre égal de chédis, réparties comme suit :

1 - Les Mallas de Kouçinagara.

2 - Les Mallas de Digpatchan (ville de l’Inde ancienne).

3 - La tribu royale de Boulouka (tribu de l’Inde ancienne).

4 - La tribu royale de Krodtya (tribu de l’Inde ancienne).

5 - Les brahmanes du pays de Vichnou.

6 - La famille royale de Çakya à Kapila.

7 - La race royale des Litsabyis (tribu de l’Inde ancienne).

8 - Et Oudayana, Brahmane du Magahda (royaume de l’Inde ancienne), l'envoyé d'Adjatasatrou, roi de cette contrée.

 

 

Il construisit en outre un nombre immense de vihan (chapelles), et, faisant ouvrir sept des huit cylindres qui renfermaient les reliques du « meilleur des hommes » il distribua celles-ci entre toutes les villes de son empire pour que la dévotion au Bouddha fut sans cesse entretenue par la vue des stupas.

 

Et tous, dans leur pays, bâtirent des chapelles, rendirent toutes sortes d'hommages à ces reliques et instituèrent une grande fête en leur honneur. L'urne dans laquelle les reliques avaient d'abord été mises et déposées avant le partage fut donnée ensuite au Brahmane Drona qui avait été le médiateur. Il emporta cette urne, et dans sa ville bâtit une pagode et rendit toutes sortes d'hommages aux reliques.

 

 

Mais une fois le partage terminé un jeune brahmane appelé Nyagrôdha demanda aux Mallas de Khouça (non situé ?) de lui céder les cendres ou les charbons qui avaient servi à brûler le corps de Bouddha dont il dut se contenter. Il obtint ce qu'il demandait et bâtit dans le village des Nyagrôdhas (tribu de l’Inde ancienne) une pagode appelée la « pagode des charbons » auxquels il rendit toutes sortes d'hommages.

 

Chaque peuple édifia dans son pays un stupa pour conserver ses reliques.

 

 

A ce stade de l’histoire, nous ne voyons pas intervenir de monarque venu du Cambodge pour participer au partage, seuls des royaumes ou des tribus indiennes sont concernés.

 

Plus tard, le roi Açoka qui régna sur l’empire des Indes de 273 jusqu’à 230 avant Jésus-Christ aurait recueilli toutes ces reliques et les répartit dans 84.000 stupas construits par ses soins dans toutes les contrées de l'Inde en organisant un second partage  : Une fois ces chapelles construites, il fit ouvrir sept des huit cylindres qui renfermaient les reliques du « meilleur des hommes, » et les distribua entre toutes les villes de son empire pour que la dévotion au Bouddha fut sans cesse entretenue par la vue des sanctuaires qui les contenaient.

 

On peut penser que les reliques que nous retrouverons alors dans tout le monde bouddhiste, Ceylan, Birmanie, Siam, Cambodge, Indochine, jusqu’en Chine et au Japon, proviennent de ce second partage et que les moines missionnaires envoyés par Açoka vers l’Est pour répandre la doctrine de Bouddha, transportaient avec eux une part de ces reliques

 

 

Ces reliques devinrent innombrables. Il semblerait même qu'elles se soient reproduites à l'infini dans le cours des siècles ?

 

 

Ce récit du Lalita Vistara est confirmé pour l’essentiel par d’autres sources sanscrites ou palies compilées par nos érudits en ce qui concerne le nombre de parts et la nature des reliques. Pour les ossements prétendument sauvés presque intacts du bûcher, deux omoplates et l'os frontal, il y a désaccord. Le charbon reste une relique, la cérémonie du bûcher étant une véritable cérémonie. Les cendres, le charbon et le vase qui avait contenu les cendres sont autant de « sacra » qui prennent le caractère de reliques.

 

Le chiffre de 84.000 pour les reliques n’a d’ailleurs rien d’invraisemblable : lorsqu’on assiste aujourd’hui à une crémation dans les élémentaires fours de nos temples locaux et surtout le lendemain hors public à la récupération des restes dans un inextricable fouillis d’escarbilles et de cendres, on se doute qu’après la combustion de la dépouille sur un bucher de bois de santal, ce sont des dizaines de milliers de cendres ou de débris de vêtements ou d’ossements non complétement incinérées qui subsistaient.

 

 

Un site Internet inventorie en tous cas dans tout le pays en 2018 un peu plus de 600 Phra That (594) contenant ou censés contenir de saintes reliques sans qu’il soit possible de trouver quelques renseignement que ce soit sur leur grande majorité  (voir nos sources).

 

Quelles sont donc ces reliques que nous retrouvons dans tout le monde bouddhiste ?

 

 

Les reliques mobilières

 

Le plat dans lequel mangeait habituellement Bouddha est conservé à Anuradhapura, la ville sacrée de Ceylan dans un très ancien stupa. A Batra, à Ceylan, outre son pot à eau, on peut vénérer son balai. A Konghanapoura, toujours à Ceylan, on gardait précieusement son bonnet qui avait près de deux pieds de haut. Dans le royaume de Nagarahara en Afghanistan, on conservait son vêtement et son bâton. On montre son pot à eau à Kandahar en Afghanistan où les Musulmans prétendent qu'il s'agit du pot à eau d'Ali, ce pot à eau est en pierre et contient vingt gallons (85 litres).  Nous ne savons pas si les forcenés qui ont dirigé ce pays jusqu’à la fin du siècle dernier ne l’ont pas détruit ? Nous n’avons trouvé aucun détail sur ces reliques malgré le vif intérêt qu’elles présentement même si elles nous éloignent quelque peu de la Thaïlande. Il n’en est pas de même de son bol à aumône, symbole de la « bouddhéité », accessoire indispensable pour le moine bouddhiste. Nous bénéficions d’une très belle et monumentale étude sur cette relique de Madame Françoise Wang-Toutain (voir nos sources). Cette relique a la capacité de se déplacer miraculeusement d'un endroit à un autre. Elle a été vue à Peshawar aujourd’hui au Pakistan, en Perse, et Kandahar. D'après Marco Polo, en 1284, l’empereur de Chine envoya une ambassade à Ceylan pour obtenir le bol de Buddha. L'objet aurait été ramené à Khambaliq (Pékin) où il aurait été grandement vénéré par toute la population.  Il est ou serait toutefois aujourd’hui  toujours vénéré à Ceylan…et peut-être ailleurs.

 

 

Si l'endroit où il se trouve n'est pas le même selon les récits, c’est qu’il se déplace d'une matière surnaturelle ce qui explique que, comme les reliques corporelles la localisation des reliques et le nombre de ces dernières sont sujets à de grandes variations.

 

 

Les reliques corporelles

 

Nous n’en citerons que deux parmi beaucoup d’autres. En effet, tout comme la statue de la déesse Pallas était le palladium de la ville de Troie, le bouclier de Numa celui de Rome, la Saint ampoule celui des rois de France, le Bouddha d’émeraude celui de la Thaïlande,  elles sont le palladium des deux pays où elles sont vénérées, le Myanmar et le Sri Lanka.

 

 

Avant le partage et de son vivant.

 

Bouddha reçut les hommages des deux marchands Trapoucha et Bhallika qui, arrêtés dans leur marche par une force mystérieuse et émerveillés du rayonnement lumineux émanant de sa personne, le prirent d'abord pour un dieu sylvestre, l'adorèrent en lui faisant une offrande du lait de leurs vaches, puis, après l'avoir entendu exposer la Loi pour eux, devinrent ses deux premiers disciples laïcs. A leur demande, le Bouddha leur donna quelques-uns de ses cheveux pour la conservation desquels ils construisirent un sanctuaire. Huit de ces cheveux se trouvent toujours dans la  très célèbre pagode Shwe Dagon à Rangoon

 

 

insérée dans un très précieux reliquaire qui rend toutefois tout examen impossible. Il en a été fait une très érudite étude par le professeur John Sylvester Strong, spécialiste de l’histoire des religions à Chicago. (Voir nos sources)

 

 

Les reliques post mortem

 

Les plus connues des reliques corporelles de Bouddha sont quatre de ses dents-œillères (canines).  Deux seulement se trouvent dans le monde des vivants.

 

La première est l'objet de la vénération des dieux, les 33 Trâyastrimçats dont le séjour est au sommet du Mont Meru, le toit du monde, probablement l’Himalaya.

 

 

La seconde est vénérée dans la capitale du Gandhara au nord-ouest de l'actuel Pakistan, plus précisément aux environs de Peshawar.

 

 

La troisième se trouve dans le pays des rois de Kalinga, ancien royaume des Indes.

 

 

La quatrième est honorée par un roi de Nagas dont il nous est difficile de situer le royaume puisqu’il se situe sous terre.

 

 

C'est la troisième qui est actuellement vénérée à Ceylan dans le très célèbre « temple de la dent ».

 

 

Son histoire mérite d'être brièvement contée car elle est probablement la seule des reliques qui put faire l’objet d’un examen critique et que son histoire tumultueuse est significative de la passion qu’elle a suscité. La canine supérieure gauche de Bouddha fut recueillie par son disciple Khôma et portée par lui dans la ville de Dantapura (« ville de la dent »), capitale du royaume de Kalinga. Elle y resta huit cents ans, mais au bout de ce temps, excité par les réclamations et les plaintes des brahmanes que le roi de Kalinga avait expulsés, Pandu, le roi de Pâtalaputra (?) envoya une armée pour s'emparer de la précieuse relique.

 

 

Dès qu'il l'eut en sa possession, il essaya de la détruire. II la fit jeter dans une citerne remplie de charbons ardents mais du puits sortit un lotus éblouissant au sein duquel brillait la dent sacrée : « Le joyau était dans le lotus ». Alors Pandu la fit plonger dans un marais putride, mais le marais fut purifié et la dent demeura intacte. Irrité de ces échecs le despote la fit enterrer. Elle reparut au jour sous une fleur de lotus d'or; il la fit battre par un marteau puissant avec une enclume de fer : elle s'y incrusta sans être altérée. Après d'autres tentatives infructueuses, le persécuteur se convertit et renvoya la relique à Dantapura. Mais elle n'y était plus en sûreté ; de nouveaux ennemis vinrent pour s'en emparer et le roi de Kalinga prit parti d'en faire présent au roi de Ceylan, Mahasena, vers l'an 910 de notre ère.

 

 

Il la lui envoya par sa fille Hemamala et son gendre Dantakumara déguisés en brahmanes. Déposée d'abord à Anuradhapura elle fut transportée à Kandy, ancienne capitale du Sri Lanka en 1268.

 

 

Elle y devint l'objet d'un tel culte et d'une telle vénération que lorsqu'en 1560 les Portugais s'en emparèrent, le roi de Pégou fit offrir au vice-roi, Constantin Bragance, trois cent mille cruzados (un million de francs de 1900) pour le rachat de la précieuse relique. Malgré la cupidité légendaire de ce potentat local, l'offre du roi de Pégou fut dédaigneusement refusée à l'instigation de l'archevêque de Goa, Gaspard de Léon Pereira. Le prélat crut devoir opérer lui-même contre cette idole païenne : il la pila de sa propre main et jeta la poudre qu'il obtint dans le feu et les cendres dans la rivière en présence d'une foule considérable. La mesure fut inefficace. Les bouddhistes affirmèrent que la relique détruite par les Européens n'était qu'une copie, un fac-similé de la dent authentique du Buddha.

 

 

Soigneusement sauvegardée, celle-ci avait été transportée au Pégou, d'où elle revint à Ceylan à une époque plus tranquille. En 1815, la relique tomba avec l'île de Ceylan en la possession de l'Angleterre. En 1818 pendant une rébellion contre les Anglais elle fut enlevée par les prêtres chargés d'officier dans le sanctuaire. Enfin elle fut définitivement livrée à l'Angleterre en 1825. Le major Forbes qui la vit le 28 mai 1828 dit que c'est « un morceau d'ivoire décoloré, légèrement courbé d'à peu près deux pouces de longueur et d'un de diamètre à sa base ». En 1858 lors de l'exposition en l'honneur de la délégation birmane qui vint en prendre une copie, un témoin oculaire la décrit ainsi : « Le morceau d'ivoire est à peu près de la dimension du petit doigt ; il est d'une belle couleur jaune fauve, un peu courbé vers le milieu et plus gros d'un bout que de l'autre. Au centre du gros bout, qui est censé la tête de la dent, on remarque un petit trou où l'on pourrait introduire une épingle; à l'extrémité opposée, qui passe pour la racine de la dent, une trace d'érosion semble indiquer qu'on a enlevé un fragment de la relique. « A voir la direction transversale des veines  de l'ivoire on pourrait aisément établir que c'est là un simple morceau de dent, et nullement une dent complète dans toutes ses parties. » Goblet d'Alviella qui la vit plus tard déclare que cette relique lui semble une dent de tigre (Voir nos sources). Nous n’en avons pas d’autre description puisqu’actuellement la précieuse dent actuellement recouverte d’or est enchâssée dans un somptueux reliquaire lui-même enfermé dans un  coffre seul visible dans une salle somptueusement décorée.  L’examen  qui en rendrait l’examen d’une façon plus scientifique est aujourd’hui  impossible. Il n’y eut malheureusement ni dessin ni croquis et évidemment pas de photographie.

 

 

Peut-on raisonnablement croire qu’il s’agit véritablement d'une dent de Bouddha pour autant qu’elle n’ait pas été détruite par les Portugais ?

 

Certains auraient pensé qu’il s’agissait d’une dent de singe ?

 

 

Qu’est-ce qui ressemble plus à une canine humaine que celle d’un singe ?

 

 

Peut-on confondre un morceau d’ivoire, une dent de tigre et une dent de singe ? La question méritait d’être posée.

 

 

Les empreintes sacrées du pied de Bouddha

 

Il faut bien évidemment les considérer comme des « reliques ». Nous en avons longuement parlé (3). N’y revenons que brièvement.

 

Les Singhalais, les Khmers, les Birmans, les Siamois se vantent les uns et les autres de posséder une ou plusieurs empreintes du pied du Buddha. Crédulité des fidèles ou charlatanisme des religieux ? Elles sont censées marquer dans une foule de lieux les traces du passage de Bouddha. La plus célèbre reste celle du Pic d'Adam dans l'île de Ceylan où Bouddha certainement n'est jamais allé. On l'appelle « le pied bienheureux.  

 

 

Ce serait encore au roi Açoka que nous devons d’avoir fait élever des quatre-vingt-quatre mille stupas autour des lieux où Bouddha avait laissé la trace de ses pas.

 

Si le chiffre de quatre-vingt-quatre mille est de toute évidence symbolique, à la fois une multitude et un double symbole, le nombre 7 multiplié par 12(000), il nous éloigne toutefois des reliques de Ceylan ou de Rangoon pour nous rapprocher de la Thaïlande en général et de l’Isan en particulier où fleurissent des empreintes et l’une de ces quatre-vingt-quatre mille traces du passage de Bouddha que nous trouvons dans pratiquement tous les temples de notre région. Il y a plus de trente mille temples en Thaïlande, la plupart ayant sa propre empreinte de Bouddha.

 

 

La persistance du culte et la découverte de nouvelles reliques.

 

Il s’en découvre au hasard des recherches archéologiques, non pas souvent mais régulièrement. Nous ne citerons que quelques exemples significatifs :

 

Ainsi aux Indes en 1909 :

 

« Signalons une découverte récente du plus haut intérêt pour l'archéologie de l'Inde. Il s'agit d'une boite contenant divers os du Gautama Bouddha. Ce précieux reliquaire a été trouvé à l'endroit où, suivant des traditions habilement interprétées par le savant orientaliste français Foucher, il avait été déposé il y a une vingtaine de siècles » cité dans « L'Homme préhistorique. Revue mensuelle illustrée d'archéologie et d'anthropologie préhistoriques ».

 

Au Myanmar en 1991 :

 

En juillet 1991, arrivait opportunément de Myingyan, au centre du Myanmar, un ensemble de reliques trouvées, pendant la seconde guerre mondiale, par le Supérieur d'un monastère de cette ville de Birmanie centrale, dans les restes des stoupas détruits par bombardement. La collection fut conservée par le Supérieur qui se livra à tout un travail d'identification à l'aide de ce que l'on savait des monuments d'où ces pièces venaient et qui les transmit à son successeur. Quelques-unes de ces reliques auraient été utilisées avant 1988 pour la Maha Wizeya, la récente pagode de Rangoon construite en 1980 par le premier ministre Ne Win. Mais, ce n'est qu'après 1988, lorsque le Supérieur décida d'en mettre un grand nombre à la disposition des nouveaux bâtisseurs de pagodes « pour faire de Rangoun une ville à l'égale de Pagan » que leur existence fut connue des masses (Voir dans nos sources : Bénédicte Brac de la Perrière, Urbanisation et légendes d'introduction du bouddhisme au Myanmar (Birmanie In: Journal des anthropologues, n°61-62, Automne 1995).

 

 

En Chine en 2008.

 

Les archéologues ont découvert ce qu'ils pensaient être un os de Bouddha à l'intérieur d'un sanctuaire bouddhiste de 1000 ans, situé dans une crypte souterraine à Nanjing, en Chine. À l'intérieur de la crypte, qui se trouve sous les ruines d'un ancien temple bouddhiste, les chercheurs ont découvert le sanctuaire ornemental de 1,2 mètre de haut  (4 pieds) en bois de santal, argent et or, et décoré de cristal, verre, agate, et perles de lapis-lazuli. À l'intérieur se trouvait un minuscule cercueil en or contenant un fragment d'os de crâne. Il est orné d'images de motifs de lotus, d'oiseaux phénix et de dieux brandissant l'épée. Le cercueil en or se trouvait à l'intérieur d'un cercueil en argent plus grand, décoré avec des apsaras - des nuages ​​féminins et des esprits de l'eau - jouant des instruments de musique. Les deux cercueils ont été placés à l'intérieur du stupa. La découverte a été effectuée en 2008 par une équipe d'archéologues de l'Institut Municipal d'Archéologie de Nanjing et a été exposée à Hong Kong en 2012 avant d'être logée en permanence au Temple Qixia, un temple bouddhiste sur la colline Qixia à Nanjing. Il n’attira que tardivement l'attention des médias occidentaux avec la publication d'un rapport anglais de la découverte dans le journal Chinese Cultural Relics en juillet 2016 (4).

 

 

Nous devons pour conclure partager la conclusion de l’universitaire et historienne Françoise Biotti-Mache dans un article de 2007 toujours d’actualité :

 

La vénération des reliques n’est pas l’apanage de la seule religion chrétienne loin s’en faut. Il semble que bien peu de croyances ou de religions aient ignoré le phénomène des reliques ou du culte de saints personnages, et ce depuis le début de l’humanité. Si la Chrétienté a connu, sans doute le plus important développement de ce culte dans le temps, par la quantité et la diversité des reliques connues, les reliques non chrétiennes, voire laïques, existent, elles aussi en grand nombre, dans de nombreux lieux de culte disséminés à travers le monde. Les reliques sont les  véhicules de la Foi.  Les reliques, qu’on les vénère ou qu’on en condamne le culte, témoignent à la fois du besoin de mémoire de l’humanité, et de l’attachement indispensable et rassurant à des objets sacralisés, la forme la plus sainte du fétichisme, voire de la magie. L’homme perdu dans l’univers, incertain de son devenir, a besoin de se rassurer, de croire que quelques morts d’exception, meilleurs que lui, peuvent le protéger, l’aider face aux inconnues de son destin et intercéder auprès de Dieu pour son salut. Il lui faut conjurer ses peurs et quoi de plus réconfortant que la matérialité d’un objet, que l’on peut contempler et toucher. « Celui qui touche les os des martyrs participe à la sainteté et à la grâce qui y réside  », disait saint Basile de Césarée (au quatrième siècle de notre ère).

 

 

Doit-on regarder avec condescendance, nous issus d’un pays qui se dit « cartésien », les foules qui viennent se prosterner devant ces « saintes empreintes » ou ces stupas censés contenir ou contenant des reliques du maître ? Lors du décès en décembre 2017 d’un histrion qui fut « idole des jeunes » s’est immédiatement instauré un gigantesque et morbide marché dans lequel nous avions pu trouver pour 90 euros un vieux mégot supposé avoir été fumé par le défunt ou pour 10.000 euros les empreintes de ses oreilles censées avoir été prises par son audioprothésiste. On peut penser que les acheteurs de ces « reliques » vont probablement ricaner en voyant des Chrétiens s’incliner devant le Saint-Suaire de Turin, des Mahométans prier devant le bol du prophète à Topkapi ou des Bouddhistes se presser pour s’agenouiller devant le Phra That Phanom. Nous ne sommes plus dans le domaine de la superstition religieuse mais dans celui de la nécrophilie !

 

 

SOURCES (classées par ordre chronologique)

 

Majour FORBES, Eleven  Years in Ceylon, 1840.

F.T. B. Clavel Histoire pittoresque des religions, doctrines, cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde anciens et modernes, 1844.

Charles Schoebel  Le Bouddha et le bouddhisme, 1857.

William C. Milne, La Vie réelle en Chine, 1860.

Barthélémy  SAINT-HILAIRE, le Bouddha el sa religion, 1866.

SirAlabaster, The Phrabat or siamese foot prinl of Buddha, dans The Wheel of the Law, 1871.

A. de Gubernatis, Mythologie zoologique, II, 1874.

J. Gerson da Cunha,  Mémoire sur la dent relique de Ceylan,  in Annales du Musée Guimet,  VII, p. 434. et Bombay 1875.

Comte Goblet d’Alviella, Inde et Himalaya, 1877.

Anonyme Jésus-Bouddha 1881.

A. de Gubernatis, la Mythologie des Plantes, 1882,

Lalita Vistara, Traduction de  Ph.-Ed. Foucaux, 1884.

Eugène Virieux  Le Bouddha et sa doctrine  1884.

James Legge Fa-Hiens Record of Buddhistics Kingdom, 1886

Pierre-Eugène Lamairesse L'Inde après le Bouddha, 1892.

Comte Goblet d’Alviella, la Migration des Symboles, 1892.

Ivan Pavlovi Minaev Recherches sur le bouddhisme; traduit du russe par R.-H. Assier de Pompignan, 1894.

Lucien Fournereau, le Siam ancien, 1895.

Christian  Kofoed. L'île de Ceylan et la doctrine de Bouddha In : Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 40, 1901.

Léon-Joseph de Milloué Bouddhisme 1907.

L'Homme préhistorique. Revue mensuelle illustrée d'archéologie et d'anthropologie préhistoriques, 1909

Pierre SAINTYVES Les reliques et les images légendaires, 1912.

Ch. Ferrière Á Ceylan. Une visite aux ruines d'Anuradhapura  In: Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 55, 1916.

Hermann Oldenberg, Le Bouddha. Sa vie, sa doctrine, sa communauté, 1934.

François Deshoulières Culte des reliques  In: Bulletin Monumental, tome 96, n°3, année 1937.

Françoise Wang-Toutain Le bol du Buddha. Propagation du bouddhisme et légitimité politique. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 81, 1994.

Bénédicte Brac de la Perrière, Urbanisation et légendes d'introduction du bouddhisme au Myanmar (Birmanie). In: Journal des anthropologues, n°61-62, Automne 1995.

John S. Strong  Les reliques des cheveux du Bouddha au Shwe Dagon de Rangoon

In: Aséanie 2, 1996.

Oskar von Hinüber  Enquête dans les monastères bouddhiques de Thaïlande. Le moine et le livre. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 146 année, N. 1, 2002.

Françoise Biotti-Mache  APERÇU SUR LES RELIQUES CHRÉTIENNES  in L’Esprit du temps, 2007/1 n° 131.

Gilles Banderier, Philippe Borgeaud  et Youri  Volokhine  Les Objets de la mémoire. Pour une approche comparatiste des reliques et de leur culte.  In : Revue belge de philologie et d'histoire, tome 85, fasc. 3-4, 2007.

Site Internet : 

https://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อพระธาตุเจดีย์

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 251 « LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST ».

(2) … mais le lieu ne nous semble pas spécifiquement se situer sur la route entre That Phanom et Nakhon Phanom, allait-il au Cambodge ? Ce n’était pas la route non plus. 

(3) Voir notre article A 228 « QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-qu-en-est-il-des-108-signes-propitiatoires-et-de-bonne-augure-graves-sur-les-empreintes-sacres-du-pied-de-bouddha.html

(4) https://www.sciencealert.com/an-ancient-shrine-that-could-contain-buddha-s-skull-has-been-found-in-chinese-crypt

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 02:41
A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

La tradition du bouddhisme Theravada (พุธทเถรวท) prend sa source dans les enseignements originaux du Bouddha. L’ensemble des discours sur le Dhamma (ธรรมะ) tour à tour vérité ou enseignement religieux, un ensemble d’aphorismes, d’histoires et de règles de conduite monastiques qui composent le Tripitaka (พระไตรปิฎก) regroupe les enseignements de Bouddha, les textes canoniques historiquement assurés.

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

Ces enseignements appliqués dans la vie du pratiquant, le conduisent peu à peu à la libération de l’esprit et du cœur, l’ « Éveil » ou « Nibbana » (นิพพน - le mot est Pali, Nirvana est sa transcription du sanscrit). Bouddha l’a décrit comme la forme de bonheur la plus élevée.  Cette voie est établie sur un mode de vie pur, sur le développement de la paix intérieure par la méditation, et sur la libération de l’esprit dans la sagesse. La tradition du Bouddhisme orthodoxe Theravada est établie dans les pays du sud-est asiatique, Thaïlande, Sri Lanka, Cambodge et Birmanie, et c’est au sein du bouddhisme theravada qu’est née la pratique connue sous le nom de Vipassana (วิปัดสะนา), la recherche de la vérité (1).

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La Tradition de la forêt

 

Dès l’époque de Bouddha, il y eut des moines et des religieuses retirés dans les profondeurs des forêts, des montagnes et des grottes à la recherche d’une solitude propice au développement de la méditation et à la pleine réalisation du Dhamma. Dans la solitude ou en petit groupe, ils menaient une vie de simplicité, d’austérité et de persévérance dans l’effort et la méditation. Loin de l’agitation des villes, affrontant les rigueurs et les difficultés dans un environnement sauvage qui leur donnait l’occasion d’apprendre les leçons de la nature, n’accordant aucun intérêt à la célébrité ou la reconnaissance des fidèles, ces moines et religieuses de la forêt restent souvent inconnus dans l’histoire du bouddhisme. On y compta, pour ceux qui ont laissé un nom,  les plus grands maîtres de méditation et évidemment Bouddha lui-même.

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La tradition contemporaine en Thaïlande

                                       

Aujourd’hui la « Tradition de la Forêt » (ฟังธรรมะ Fangdhamma : littéralement « suivre l’enseignement ») est un mouvement de retour aux racines, un pèlerinage aux sources qui se réfère au modèle de Bouddha et de ses premiers grands disciples éveillés dans la pratique de la méditation dans leur mode de vie

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

En dépit de l’avènement de l’ère moderne, les monastères de forêt maintiennent bien vivantes les anciennes traditions en suivant le Vinaya (วินายา - code de discipline) qui comprend en particulier les règles de vie  monastique ou érémitique formulées par Bouddha lui-même (2).

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Jusqu’au milieu du 20e siècle, la plupart des monastères de Thaïlande étaient essentiellement des centres d’éducation, et il n’y avait guère d’autres écoles que celles des temples. Dans les villes et les villages, les moines donnaient leur enseignement aux enfants en mettant en particulier l’accent sur l’étude des écritures sacrées. Les cérémonies jouaient un grand rôle. On n’y pratiquait généralement pas la méditation, le souci du casuel l’emportait souvent sur celui du spirituel et les règles monastiques n’y étaient pas scrupuleusement respectées.

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Le renouveau de la Tradition de la Forêt dès le 19e siècle visait à revenir aux règles de vie pratiquées à l’époque de Bouddha. Les deux principaux maîtres de ce mouvement au siècle dernier furent le Vénérable Achan (maître) Mun Bhuridatta ( อาจารย์ มั่นภูริทตฺโต -  Man Phurithatto) ;

 

Photographie provenant du site http://www.dhammadelaforet.org/ :

 

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

et le Vénérable Achan Sao Kantasilo (สาร์ กนฺตสีโล)

Photographie provenant du site http://www.dhammadelaforet.org/ :

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

Le premier Achan Mun est né en 1870 dans une famille paysanne d’un petit village de la province d'Ubonratchathani. Il fut ordonné en 1893. Il passa le reste de sa vie à arpenter en solitaire la Thaïlande, la Birmanie et le Laos, vivant le plus souvent dans la forêt dans la pratique de la méditation. Il mourut en 1949 au temple Suddhavasa (วัด สุทธวาส) dans la province de Sakonnakhon et aujourd’hui célèbre centre de méditation. Achan Sao Kantasilo, né en 1861 et mort en 1941, fut son maître mais ne laissa aucun écrit.

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

Ils recherchaient dans leur cœur et dans leur esprit la paix intérieure et la sagesse du Dhamma. Ils quittèrent tous deux  les monastères de village et leur agitation pour rechercher le calme et la tranquillité dans la nature. Ils suivaient scrupuleusement les règles du Vinaya : vivant sans argent, acceptant ce qui leur était offert sans demander, supportant la pénurie quand ils ne recevaient rien. Leur quotidien était constitué des pratiques ascétiques recommandées par Bouddha, ne prendre qu'un repas par jour, manger directement dans le bol à aumône, ne porter que des vêtements faits de morceaux de tissu rapiécés et vivre dans la forêt ou dans des cimetières. Ils se déplaçaient à travers les pays à la recherche de lieux favorables à la méditation emportant avec eux leurs misérables possessions, le bol à l'aumône, trois vêtements, un grand parapluie avec moustiquaire que l'on suspend à un arbre utilisé comme une tente et quelques objets de de première nécessité. Leur vie a été remarquablement décrite par le maître Achan Cha: « A l’époque d’Achan Mun et d’Achan Sao, la vie était beaucoup plus dépouillée et  beaucoup moins compliquée qu’elle ne l’est aujourd’hui. En ce temps-là, les moines avaient peu d’obligations et de cérémonies à accomplir. Ils n’avaient pas de lieu où s’installer de manière permanente. Ils vivaient dans la forêt et, là, ils pouvaient se consacrer entièrement à la pratique de la méditation. Ils étaient rarement en contact avec les petits luxes qui sont si ordinaires de nos jours. Ils fabriquaient eux-mêmes leur tasse et leur crachoir avec du bambou. Les laïcs leur rendaient rarement visite. Les moines ne demandaient pas grand-chose et ils se contentaient de ce qu’ils avaient. Ils vivaient et respiraient la méditation. Menant une telle vie, les moines étaient privés de beaucoup de choses. Si l’un d’eux attrapait la malaria et allait demander un médicament à son maître, celui-ci répondait : « Tu n’as pas besoin de médicament ! Continue à pratiquer. » D’ailleurs, il n’y avait pas tous les médicaments que l’on trouve aujourd’hui. Tout ce que l’on avait, c’étaient les herbes et les racines qui poussaient dans la forêt. Pour faire face à de telles conditions, les moines devaient avoir beaucoup de patience et d’endurance ; ils ne se préoccupaient guère de leurs petits problèmes de santé. De nos jours, à peine avez-vous la moindre douleur que l’on vous expédie à l’hôpital ! Ils devaient parfois parcourir dix ou douze kilomètres à pied pour faire la quête de leur nourriture. Ils partaient dès la première lueur de l’aube et ne revenaient pas avant dix ou onze heures du matin. Sans compter qu’ils ne rapportaient pas grand-chose à manger : un peu de riz gluant, du sel et quelques piments. Qu’il y ait ou pas quelque chose pour accompagner le riz n’avait pas d’importance. C’était comme c’était. Nul n’aurait osé se plaindre de la faim ou de la fatigue. Il n’était pas dans leur tempérament de se plaindre ; ils apprenaient à prendre soin d’eux-mêmes. Ils pratiquaient dans la forêt avec patience et endurance, tout en faisant face aux dangers tapis dans leur environnement car de nombreux animaux sauvages et féroces vivaient dans la jungle. Les pratiques ascétiques des moines de forêt impliquaient beaucoup de difficultés, tant physiques que mentales. De fait, la patience et l’endurance des moines de cette époque étaient excellentes parce que les circonstances les y obligeaient  (3).

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Achan Cha, le Maître

 

Le Vénérable Achan Cha (อาจารย์ชา) fut leur disciple et devint ensuite un maître, sinon LE maître du bouddhisme de la forêt. Né 17 juin 1918  dans une famille de paysans pauvres près d'Ubonratchathani il entra au monastère comme novice à l'âge de neuf ans et pendant trois ans, il y apprit à lire et à écrire. Il dut ensuite quitter le monastère pour aider sa famille à la ferme. Il retourna ensuite au monastère et fut ordonné le 16 avril 1939. Il choisit de quitter la vie monastique en 1946 pour devenir un ascétique errant après la mort de son père. Après des années d'errance, il s’installa dans un bois inhabité près de son lieu de naissance

 

Photographie provenant du site http://www.dhammadelaforet.org/:

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En 1954, il créa le monastère de Wat Nong Pa Pong (วัดหนองป่าพง) où il put enseigner ses pratiques de méditation. Les disciples vinrent alors en foule.

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Il y accueillit en 1966 le premier occidental, un américain nommé Robert Kan Jackman qui devint le vénérable Achan Sumedho (อาจารย์สุเมโ), auteur de nombreux ouvrages de spiritualité bouddhiste (4).

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Le  Wat Nong Pa Pong actuellement  comprend plus de 250 succursales en Thaïlande, 15 monastères associés et dix centres de pratique laïque dans le monde entier. Achan Cha est lui-même l’auteur de nombreux ouvrages de spiritualité dont une partie a été traduite en français (5). Il mourut en 1992.

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Au hasard de vos flâneries, vous pourrez trouver sur une route secondaire un panneau discret indiquant un « temple de la forêt » (วัดป่า – wat pa), ils sont nombreux en Isan, auquel conduit un mauvais chemin de terre. Les moines ne recherchent pas les visites mais ne les refusent pas. L’esprit de la pratique méditative y est partout  visible. Il y règne une atmosphère de simplicité. Les bâtiments sont propres et ordonnés. Les lieux, éloignés des villes et villages, dégagent une atmosphère de renoncement. Des cabanes simples, sans ornements, sont nichées individuellement dans de petites clairières de la forêt le plus souvent sans électricité et ne bénéficiant que de l’eau du ciel ou d’une rivière proche. Moines et religieuses y accomplissent dans le silence leurs tâches ou méditent assis ou en marchant.

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Les disciples d’Achan Mun et d’Achan Sao se sont multipliés et nombre d’entre eux sont devenus de grands maîtres à leur tour. Aujourd’hui la Tradition de la Forêt est bien établie en Thaïlande. Quelques centaines de temples le plus souvent en Isan (Il y en a par exemple 19 dans la seule province de Kalasin où nous avons compté 670 temples mais qui restent tout de même une infime minorité sur plus de 30.000 temples dans le pays. Elle commencerait à prendre racine dans les pays occidentaux mais peut-on être un vrai « moine de la forêt » à Los Angeles ?

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Des occidentaux partis « à la recherche de la vérité ».

 

Par ailleurs les orientalistes du XIXe – essentiellement français et allemands - ont fait découvrir avec stupéfactions aux érudits occidentaux le monde de l’Inde ancienne, ses religions, ses traditions, son histoire et celle de la réforme bouddhiste absorbant l’antique panthéon brahmanique dans une haute portée morale plusieurs centaines d’années avant Jésus-Christ (6). Ce qui n’était à cette époque qu’une curiosité d’érudits de très haut niveau va devenir une épopée pour d’autres érudits mystiques qui partirent «  à la recherche de la vérité » dans l’austérité des temples bouddhistes fuyant en particulier le monde occidental rationnel, agressif et violent à une époque où se heurtaient en Europe les systèmes oppressifs, communismes, capitalisme sauvage et fascismes. Leur démarche était exactement similaire à celle des moines de la forêt, parallèle puisqu’ils n’en connaissaient pas l’existence. Le premier fut Lanza del Vasto, prince italien aussi noble que désargenté qui partit à pied en 1936 et 37 à la rencontre de Gandhi, vécut une expérience de novice dans un temple austère avant son retour en Europe en militant de la paix. Gandhi lui avait donné le nom bouddhiste de « Shantidas » (« serviteur de la paix »). Fondateur d’une communauté aux règles qui ne sont pas loin de celles des moines de la forêt, « L’Arche », ses souvenirs furent un immense succès de librairie (7).

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Le second fut le moine bénédictin anglais Bede Griffiths qui partit après la guerre lui aussi à la recherche de la paix intérieure pendant 35 ans dans un monastère Bouddhiste puisant en particulier dans la lecture du Véda sa recherche de la tradition fondamentale. Il y reçut le nom de « Swami Dayananda » (« la félicité de la compassion ») (8).

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La vision littéraire d’Hermann Hesse.

 

Nous ne pouvions écarter le « Siddhartha » de l’écrivain allemand devenu Suisse, Hermann Hesse. Ce Siddhartha n'est pas le Siddhartha historique et de sang royal qui devint Bouddha, mais il s’en approche. Qualifié par lui de « conte indien », il fut publié à Berlin en 1922. Ne disons que quelques mots de sa vie et de sa carrière littéraire qui fut couronnée en 1946 par l’attribution du prix Nobel de Littérature (9).

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Ce « roman Indien » passa totalement inaperçu en France avant sa traduction quelques années plus tard en 1925. L’éditeur de Berlin, Samuel Fischer, en avait assuré un service à la presse française. Le « Figaro littéraire » se contenta de mentionner cet envoi sans autre commentaire. Seule la Revue « L’Europe nouvelle » consacra dans son numéro du 23 juillet 1923 une brève analyse de l’ouvrage lu dans la langue d’origine (10). L’insignifiance du nombre de ses lecteurs dont tous probablement ne lisaient pas l’allemand ne pouvait assurer le succès de l’ouvrage. Ce court résumé est toutefois l’un des meilleurs que nous ayons trouvé :

« Depuis le début de sa carrière, le problème de la vie tourmente H. Hesse. Dans cette manière de roman qu'est Siddhartha, il s'en va, comme c'est la mode chez beaucoup d'Allemands aujourd'hui, demander une réponse au pays hindou de la sagesse. Il ne partage pas les théories du comte Keyserling et pense que si la science peut s'enseigner, il n'y a point d'école de la sagesse possible. L'expérience de la vie peut seule donner des leçons. Son héros, le fils du Brahmane, quitte la maison paternelle, pour découvrir son âme. Il rencontre sur sa route bien des maîtres une courtisane, de riches négociants, des joueurs de dés, des bandits. Enfin il apprend d'un passeur au bord d'un fleuve (symbole de l'écoulement de la vie) que la sagesse suprême consiste dans l’amour du monde et des êtres humains » (11).

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Les droits de l’ouvrage furent acquis par Bernard Grasset, éditeur dont le flair était incontestable. En 1925, il lance une édition en français sur la traduction de Joseph Delage. Le premier de tous les éditeurs, il fit passer le tirage de ses auteurs d’une moyenne de 2.000 chez ses concurrents à une base de 10.000. La question se pose évidemment de savoir si cette édition est l’œuvre de Hesse ou de la traduction Delage ? L’ouvrage fit l’objet de commentaires voisinant souvent la flagornerie. Nous ignorons quel fut le tirage de l’édition française de 1925. Dans son pays, les romans de Hesse tiraient alors entre 100 et 150.000 ce qui était énorme. Il est probable que l’édition française ne dépassa alors pas les 10.000 auxquels s’astreignait Grasset. L’attribution du prix Nobel en 1946 fut évidemment une bénédiction pour l’éditeur  - et espérons-le – pour les droits de l’auteur - qui va multiplier les tirages notamment en édition de poche.

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Siddhartha connut différentes façons de « vive sa vie », la découverte fut au bout du chemin. Il apprit le vent, les nuages, les oiseaux, les insectes, l’eau du fleuve, qui sont des professeurs à part entière, au même titre que les sages ayant atteint l'illumination. Il y a un peu de Hesse chez Giono lorsque celui-ci écrit « l’homme est fait pour vivre et non pour penser » (12).

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Ce long trajet qui ressemble étrangement à celui des « moines de la forêt » n’est qu’en partie convainquant mais peut-on critiquer un prix Nobel ? Il est par ailleurs difficile de ne pas penser en lisant Hesse à l’aphorisme de Saint Mathieu souvent cité sous une forme plus ou moins bien abrégée  « Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais » (13).

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Une utilisation perverse

 

Comment  cet ouvrage qui donne une importance primordiale à la méditation – le mot se retrouve à toutes les 130 pages de l’ouvrage - a-t-il pu devenir l'un des livres culte de la jeunesse américaine contestataire à la fin des années 60 ? Nous n’avons jamais entendu dire que le Festival de Woodstock en 1969 ait été un exercice collectif de méditation ni que les « fils à papa » chevelus qui paraient à Katmandou y aient exercé d’autre activité spirituelle que de fumer de l’herbe. Postérité hippie assez cocasse pour ce roman initiatique. L’austère écrivain suisse piétiste d’origine wurtembergeoise fut longtemps considéré comme un saint et un gourou par les hippies américains de la « Beat Generation ». Un épisode qui a dû le faire retourner dans sa tombe : il mourut en 1962 dans sa confortable thébaïde du Tessin (14).

 

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Concluons sur cette citation du Maître Cha qui nous paraît s’appliquer tout autant aux moines de la forêt qu’à Lanza del Vason, Bede Griffith ou au Siddhartha d’Hermann Hesse :

« Je suis allé partout à la recherche d'un endroit pour méditer sans réaliser que cet endroit était déjà là, dans mon cœur et dans mon esprit. Toute la méditation est juste là, en nous. La naissance, le vieillissement, la maladie et la mort sont juste là. J'ai voyagé partout jusqu'au bout de mes forces et ce n'est que lorsque je me suis arrêté que j'ai trouvé ce que je cherchais - en moi ».

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NOTES

 

(1) Cet article a été – en ce qui concerne le bouddhisme de la forêt – inspiré par le site http://www.dhammadelaforet.org/ « Le Dhamma de la forêt – le bouddhisme theravada dans la tradition de la forêt . De nombreux textes fondamentaux sont traduits par Madame Jeanne Schut. Auteur de divers ouvrages sur le Bouddhisme elle pratique la « tradition de la forêt » depuis plus de trente ans.

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(2) Ces textes ont fait l’objet de multiples traductions ou commentaires tout au long du XIXe, ne citons qu’ Ivan Pavlovi Minaev « Recherches sur le bouddhisme » traduit du russe par R.-H. Assier de Pompignan (1894). Minaev fut l’un des plus grands orientalistes russes et rédacteur du premier dictionnaire Pali-Russe.

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(3) Discours adressé à un groupe de moines occidentaux de Wat Bovornivet (Bangkok) et à leur maître, Phra Khantipalo, en mars 1977 sur le site  http://www.dhammadelaforet.org.

(4) Nous lui connaissons « the sound of silence » au titre évocateur publié en 2014.

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(5) Le site cité plus haut nous en livre plusieurs qui ne sont pas tous d’un accès facile.

(6) Le premier dictionnaire Sanscrit-français de Burnouf est de 1863. Pour les Allemands, celui de Fünfter Thiel (« Sanskrit Xorterbusch »), le suit de trois ans. de 3 ans celui de Burnouf.  Le bouddhisme puise aussi dans la partie philosophique du « Mahabarata » cette épopée constituant l’autre face du Ramayana, traduites tous eux en français et en allemand dans le courant du XIXe siècle.  Les « Vedas » ont également traduits à la même époque. Nous ne citerons en français que l’incontournable Emile Burnouf « Essai sur le Vêda » de 1863. A partir du milieu du XIXe les ouvrages sur le Brahmanisme et le Bouddhisme sont surabondants en particulier l’ouvrage de Ivan Pavlovi Minaev cité note 2.

(7) « Le Pèlerinage aux sources » de 1943.

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(8) Son ouvrage « Expérience chrétienne et mystique hindoue » fut publié en français en 1965.

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(9) Son père, pasteur piétiste partit comme missionnaire aux Indes en 1869 où il épousa la fille d’un missionnaire ayant évangélisé ou tenté d’évangéliser le pays. Le jeune garçon a évidemment baigné dans l’ambiance paternelle de leurs souvenirs et de leur connaissance de la mystique hindouiste.  Né en 1877 dans un petit village du Bade-Wurtemberg, il fit des études chaotiques Devenu apprenti apprenti libraire il se retrouva dans une librairie de Tübingen non loin de Stuttgart, la très célèbre librairie Heckenhauer qui est toujours l’une des mieux achalandées du pays.

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Collationner, emballer, classer et archiver les livres lui permirent d’enrichir sa culture en solitaire. Devenu assistant libraire, ses revenus lui permettent alors de ne plus vivre aux crochets de ses parents et de se lancer dans la littérature en publiant de nombreux poèmes à partir de 1896 qui seront des échecs commerciaux vendus à seulement quelques centaines d’exemplaires. Soutenu par un éditeur qui a foi en lui, Samuel Fischer, son premier roman « Peter Camenzind » est publié en 1904 et lui permit de vivre alors de sa plume. Il fait en 1911 un long voyage à Ceylan, aux Indes et en Indonésie en compagnie de l’écrivain suisse Hans Sturzenegger. « Siddhartha » s’y trouve en germes.

(10) Fondée par Louise Weiss, fille d’un richissime homme d’affaire parisien, la revue jusqu’à ce qu’elle se saborde en 1940 – l’équipe étant essentiellement composée d’israélites - resta très confidentielle, probablement guère plus de quelques centaines d’abonnés. Elle s’adressait, disait-elle avec une certaine forfanterie, « à une élite cultivée : diplomates, hauts fonctionnaires, universitaires, étudiants, hommes politiques, hommes d’affaires, publicistes politiques et économiques ».

(11) Le comte Hermann von Keyserling après avoir longuement voyagé, notamment aux Indes, fut l’un de ceux qui répandirent les philosophies orientales en Allemagne notamment dans son « Journal de voyage d'un philosophe autour du monde » (Reisetagebuch eines Philosophen) publié en 1918, rapidement traduit en français, qui fut un immense succès de librairie.

(12)  « Bulletin de l’association des amis de Giono », automne-hiver 1982, article de Danielle Escudié.

 

Achan Cha : 

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 22:07
A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

Le Svastika (ou swastika),  devenue symbole de la sanglante barbarie néo-païenne, est souvent présent dans les temples bouddhistes. Certains esprits peu éclairés peuvent s’en étonner sinon s’en choquer. Pourtant qui possède tant soit peu de culture sait que cette croix est vieille comme le monde. Nommée souvent « croix gammée », gammée parce que ses quatre branches rappellent des gammas (troisième lettre de l’alphabet grec) soudés entre eux, elle est orientée vers la droite (dans le sens des aiguilles d’une montre- dextrogyre) ou vers la gauche (dans le sens de la rotation de la terre - sénestrogyre). Entre ces deux formes quelques archéologues ont prétendu établir une différence de signification de toute première importance : la première (dextrogyre – celle utilisée par Hitler pourtant !) étant un symbole de bon augure et de bonheur, le second, au contraire, étant l’attribut des puissances malfaisantes. Il n’y en a manifestement aucune dans les représentations de nos temples ou la croix tourne indifféremment dans un sens ou dans l’autre.

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

En Thaïlande, il s’appelle aussi « swastika », สวัสติกะ, le mot est directement transcrit du sanscrit.  Mais quelques brèves explications phonétiques s’imposent :  สวัสติกะ  c’est S-W-A-S-TI-KA. Le phonème SV est difficile à prononcer pour un thaï, on insère donc pour l’euphonie un A (non écrit) entre le S et le W donc S-W-A devient Sawa (1). Le S en position finale dans une consonne de prononce T donc SVAS devient SAVAT – la différence en thaï entre le D et le T est insensible à l’oreille… Notre symbole se prononce donc Sawat-ti-ka.

 

Et qu’entendez-vous le matin ? สวัสดี qui devient selon les mêmes règles Sawat di (ka ou krap pour la particule de politesse) et le soir ? ราตตริสวัสดิ์ Rattri sawat. En Thaï, le premier mot สวัส sawat signifie « bénédiction, chance ». La Sawat di du matin peut donc se traduire par « chance-bonne » et le Rattri sawat du soir par « nuit – bénie ».

 

Mais où est notre croix gammée dans tout cela ? C’est tout simplement et étymologiquement le même mot : Dans le tout premier dictionnaire Sanscrit-français de Burnouf (2), celui qui fit découvrir le sanscrit, la langue sacrée, aux érudits de son temps, Çwas signifie « bonne augure ». Ka est un suffixe qui transforme un nom en adjectif. Dépoussiéré par  N. Stchoupak, L. Nitti  et L. Renou  en 1931 (3), ceux-ci nous apprennent que svasti signifie en fonction du contexte « bonne fortune, bonne chance, bonne santé » et que, suivi du suffixe ka, svastika est  « une sorte de croix mystique servant de signe auspicieux ».
 

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Nous n’avons malheureusement aucune connaissance du sanscrit et nos érudits ne nous donnent aucune précision sur la prononciation en sanscrit parlé, swas, swat ou sawat  (4) ?

 

Pour le « dictionnaire de l’Académie royale » enfin, le savastika est un signe de bon augure, une figure solaire inscrite dans un cercle, qui permet de souhaiter la bienvenue.
 

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Lorsque nous sommes accueillis au pied du grand escalier qui conduit à la statue géante de Bouddha au wat Manorom qui domine Mukdahan, par la modeste statue d’un vénérable ermite (พระฤาษี – Phraruesi) de facture ancienne et probablement khmère qui nous salue le bras droit levé, la paume de la main marquée d’un « savastika » sénestogyre, il nous souhaite tout simplement la bienvenue – sawatdi -… et non pas d’un « salut nazi »comme l’un d’entre nous a eu la triste occasion de l’entendre d’un couple de touristes imbéciles qui s’y étaient égarés.

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Il y a toutefois, bien que nous eussions pu en rester là de ces explications, un aspect de la présence du svastika dans nos temples qui va bien au-delà d’un simple salut de bon accueil. La croix sous toutes ses formes est présente dans toutes les traditions depuis des millénaires, mais son aspect présenté comme ci-dessus de façon simplement linguistique ou historique – comme celui de la croix du Christ – ne fait-il pas oublier un caractère beaucoup plus symbolique qui n’exclue aucunement notre vision actuelle, laquelle peut d’ailleurs être devenue une conséquence du premier (5).

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

Quoi qu'il en soit des interprétations qui se rattachent à ce symbole : son antiquité et son universalité sont indiscutables. Lorsque les érudits découvrirent au XIXe siècle la ou les civilisations de l’Inde ancienne, celle des Indo-européens, leur langue – le sanscrit – leur religion et leur civilisation, nombreux furent ceux qui consacrèrent de doctes études au svastika omniprésent (6). Malheureusement les auteurs de l'antiquité ont totalement oublié de nous renseigner sur le sens qu'ils y attachaient, ainsi que sur la voie par laquelle il leur était parvenu. Pour tenter de trouver une réponse à ce sens primordial, la première question est évidemment de savoir quel fut son habitat et comment il parvint chez nous.

 

L’habitat

 

La dispersion géographique selon Thomas Wilson (note 6) :

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Le Svastika se rencontre partout dans l'antiquité depuis des millénaires mais il est incontestable qu'on ne peut pas lui supposer partout une génération spontanée et qu'il a dû certainement être un objet d'exportation. Les érudits ne sont d’ailleurs pas tous d’accord sur ses pérégrinations. En Chine, on le trouve à l’époque de l'implantation définitive du bouddhisme au Ve siècle : Il y aurait été introduit par les missionnaires bouddhistes venus des Indes avec leurs dogmes et leurs cérémonies (7). Il apparait au Japon au VIe siècle. Il a été signalé  sur des tumuli du Tennessee, de l’Ohio et de l'Arkansas, antérieurs à l'arrivée des Européens, appartenant à la préhistoire américaine, mais peut-être d'importation chinoise ou japonaise antérieurement à la découverte de Christophe Colomb ? On le rencontre encore en Phénicie et dans le Caucase, dans le Cappadoce et en Arménie. Schliemann, lors des fouilles de la Troade (là où il a déterré l’ancienne Troie) a signalé sa présence sur quantité sur des poteries.

 

Vase troyen (dessin de Wilson) :

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On le trouve à Mycènes, à Chypre ...

 

Statuette découverte à Chypres (dessin de Wilson) :

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... en Crête et à Rhodes, souvent associé à des symboles solaires ou à des divinités de l'ordre lumineux, Apollon, Dionysos, Héraclès et  Hermès.

 

Statuette grecque d'Aphrodite (dessin de Wilson) :

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Ce fait a une importance considérable au point de vue de la détermination du sens probable de notre symbole comme nous allons le voir. On l’a trouvé encore en Etrurie, à Syracuse, jusque dans les catacombes des premiers chrétiens (8).

 

Catacombes de Sainte Priscilla :

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A l'époque gallo-romaine il se rencontre chez nous sur des monnaies et sur des monuments, tels un autel votif du Musée de Toulouse. 

 

Autel votif au Musée Labit à Toulouse (dessin  du Comte  Goblet d'Alviella - note 6)

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Plus ou moins discrétement placé dans les réserves, nous en avoins néanmoins une photographie : 

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Mais son apparition la plus ancienne serait en Troade, les objets découverts par Schliemann seraient datées du XIIIe siècle avant Jésus-Christ, il y a plus de 3.000 ans.

 

Le voyage dans le temps selon le Comte Goblet d'Alviella : 

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C’est cependant en Orient que se trouve l’habitat le plus important du Svastika même s’il fut le plus tardif.  Il reçut le nom sous lequel nous le connaissons en Inde. C’est par excellence le symbole sacré des Jaïnas...  

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... et des Bouddhistes, et c’est celui de Brahma. Il figure sur la poitrine des Bouddhas, et orne les socles de leurs images, indifféremment dextrogyre ou sénestrogyre. On le trouve dans les 108 signes de bon augure qui décorent les pieds de Bouddha (9).

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Il serait apparu vers le IIIe siècle avant notre ère, à partir du règne d'Ashoka par l’intermédiaire de ses missionnaires ?

 

Il n’est pas exclu qu’il ait été introduit au Indes par les Grecs à la suite de la conquête d'Alexandre et de la fondation du royaume de Bactriane.

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De la constatation qu’il était inconnu dans la zone géographique sémitique et se trouvait par contre dans la zone indo-européenne, celle des hypothétiques Aryens, il devint le symbole universel des diverses nations qui en sont prétendument issues ; ce qui conduisit à son utilisation perverse au XXe siècle.

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Mais l’époque et le lieu d’origine restent toutefois dans le flou le plus total. Nous constatons simplement une présence tardive au Siam.

 

La question la plus importante reste évidemment celle de sa signification

 

Devons-nous y trouver un autre sens, plus métaphysique que celui purement linguistique que nous donnons en tête de cette modeste étude ?

 

Sa présence sur des monnaies et son association avec des images de divinités, Apollon, Zeus, Héraclès, Hermès, semble établir qu'il a d’abord été revêtu d'un caractère divin avec une signification de bon augure, de prospérité et de fécondité, celle qui subsiste seule chez nous. Présent le plus souvent (mais pas toujours) au milieu d’un cercle, il est assuré que tous les primitifs, sans exception, ont représenté le soleil sous la forme d'un disque avec le plus souvent un point central (10).   

 

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Fréquemment ce point est remplacé par une croix inscrite dans le cercle, et presque toujours cette figure est interprétée comme le signe du soleil au repos, c'est-à-dire à son point culminant, à midi. C'est la roue associée aux images d'Apollon ou de Zeus, devenue le symbole de la croyance bouddhique, la fameuse « Roue de la Loi. »

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Mais le soleil n'est pas immobile et le Svastika serait précisément la représentation de son mouvement.

 

Les Hindous ont reconnu et constaté cette signification de mouvement et expliquent que le Svastika dextre figure le mouvement du soleil de son lever jusqu'à midi, tandis que le Svastika sénestre (parfois appelée Sauvastika), est l'emblème de sa course de midi à son coucher.

 

L'un serait donc la lumière et la vie, l'autre la course vers les ténèbres et la mort ? La présence du Svastika sénestrogyre sur la poitrine de l'Apollon conduisant son char sur un vase troyen, reproduite par M. Goblet d'Alviella, et de l'examen du char est significative.

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Peut-être d’ailleurs pour expliquer le symbole plus haut encore dans l’antiquité faudrait-il remonter au culte lunaire qui a probablement partout précédé celui du soleil ? Le calendrier lunaire rythme encore chez nous la fixation des fêtes religieuses.

 

Symbole solaire ou symbole lunaire, nous en tirons la conclusion que partout, dans l'ancien monde européen, comme aujourd'hui encore dans notre Asie du sud-est, il est devenu l'emblème du bonheur, de la prospérité et de la vie, même si son sens premier sur lequel toutes les spéculations sont possibles, est aujourd’hui probablement perdu.

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L’interprétation perverse du XXe siècle.

 

Nos érudits en sont essentiellement les responsables inconscients, considérant qu’il s’agit d’un symbole universellement Indo-Aryen, celui de l’hypothétique race aryenne supérieure. Emile Burnouf en est essentiellement à l’origine (11) mais d’autres  l’avaient précédé (12). Avant même son utilisation massive par Hitler après la prise du pouvoir, nous en trouvons quelques traces anecdotiques. Le 11 novembre1921 dans les Izvestia, l’immense érudit Lounatcharski ministre de l’instruction publique de l’Union soviétique tout en reconnaissant son origine d’emblème religieux de l’Inde en interdit l’usage comme ornement : « Pendant les fêtes commémoratives de la révolution d'octobre, on a pu remarquer sur une quantité d'affiches et de brochures un ornement généralement reproduit et qui porte le nom de « svastika ». Attendu que cet ornement est employé comme cocarde de l'organisation allemande particulièrement contre-révolutionnaire «  Orgesch » et que, ces derniers temps, cet ornement est devenu le symbole du mouvement réactionnaire des fascistes, je dois prévenir les artistes qu'ils doivent à l'avenir s'abstenir de reproduire ledit ornement. J'ajouterai que cet ornement produit une impression particulièrement négative, surtout sur les étrangers. » (13). 

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

En pleine époque de délire antisémite en France, un journal d’outre méditerranée, « Le Petit Oranais » citait en manchette une phrase attribuée à Luther : « Il faut mettre le soufre, la poix et s'il se peut le feu de l'enfer aux synagogues et aux écoles juives, détruire les maisons des juifs, s'emparer de leurs capitaux et les chasser en pleine campagne comme des chiens enragés ». Dans le début des années 20 il fut obligé de la retirer à la suite d'une plainte du Gouverneur Général. Le journal ornera alors sa première page d'une croix gammée, tout aussi parlante pour les initiés mais plus discrète.

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Le choix par Hitler du Savastika dextrogyre au centre d’un cercle blanc mais inclinée de 45° a donné lieu à toutes sortes d’explications plus ou moins ésotériques sur les origines mystérieuses de son choix, notamment venue du bouddhisme tibétain.

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Il suffit pourtant de le lire pour être ramené au problème précédent ; « Dans le rouge, nous voyions l’idée sociale du mouvement ; dans le blanc, l’idée nationaliste ; dans la croix gammée, la mission de la lutte pour le triomphe de l’aryen et aussi pour le triomphe de l’idée du travail productif, idée qui fut et restera éternellement antisémite ».

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

Au-delà d’interprétations pour certaines fuligineuses, par exemple une filiation ésotérique entre Apollon et Brahma, lesquelles peuvent d’ailleurs varier selon les époques et les régions, contentons-nous de considérer ce signe, quel que soit son sens de rotation comme un signe de bienvenue et de bon augure.

 

 

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NOTES

 

(1) De la même façon, le Suède (Sweden) est transcrit สวีเดน – S-WI-DEN qui va devenir Sawiden.

 

(2) « Dictionnaire classique sanscrit-français » 1865 page 664.

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

(3) « Dictionnaire sanskrit-français » réédition en 1959 de la première édition de 1931.

 

(4) Dans la mesure où il n’y a probablement pas plus de 15.000 locuteurs du sanscrit en Inde et 200.000 personnes qui le connaissent,  ce qui est fort peu pour un pays qui comporte plus d’un milliard d’habitants, nous aurons quelques difficultés à le savoir.

 

(5) Voir en ce sens l’ouvrage fondamental, difficile, du grand orientaliste que fut René Guénon « Le symbolisme de la croix » (1931) qui consacre un chapitre au swastika.

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

(6) Voir en particulier « The migrations of symbols » par le Comte  Goblet d'Alviella publié aux Indes en 1894,

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

« THE SWASTIKA, THE EARLIEST KNOWN SYMBOL, AND ITS MIGRATIONS; WITH OBSERVATIONS ON THE MIGRATION OF CERTAIN INDUSTRIES IN PREHISTORIC TIMES » par Thomas Wilson, anthropologue au musée d’histoire naturelle de Washington, 1896. 

 

L’ouvrage de Wilson fait toujours autorité à cette heure.

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

« LE SVASTIKA  » par Léon de  MILLOUÉ, in Conférences faires au Musée Guimet, volume 31 de 1909, pages 83 – 105.

 

(7) Voir du R.P. Louis Gaillard, SJ «  Croix et swastika en Chine » 1904.

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

(8) … soit que les premiers chrétiens, en grande partie originaires de Grèce et d'Asie Mineure, lui attribuassent le même sens mystique qu’à la croix normale, soit qu'en ces temps de persécutions ils voulussent déguiser sous cette forme le signe de leur croyance ?

 

(9) voir notre article A 228 « QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA » in

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-qu-en-est-il-des-108-signes-propitiatoires-et-de-bonne-augure-graves-sur-les-empreintes-sacres-du-pied-de-bouddha.html

 

(10) Les anciens Indiens, férus de mathématiques, inventeurs de la numérotation de position et du zéro,  avaient probablement constaté que le cercle est de toutes les courbes la plus parfaite puisqu’elle est celle qui inclut la plus grande superficie : Un cercle de rayon (R) 1 mètre a un périmètre de 2 x pi x R  soit 2 x 3,14 = 6,28 mètres. Sa superficie est de pi x R2 soit 3,14 m2. Un carré dont le périmètre est de 6,28 mètres a donc des côtés de  6,28/4 = 1,57 et une superficie de 2,46 m2 seulement. En trois dimensions  la superficie de la sphère de rayon 1 est de 4 pi R2 soit 12,56 m2 et son volume de 4/3 pi R3 soit 4,18 m3. Un cube dont la superficie est également de 12,56 m2 a des faces de 2,09 m2 donc des arêtes de 1,44 m et un volume de (1,44)3 soit 2,98 m3. C.Q.F.D.

 

(11) Emile Burnouf « La science des religions » 1885.

A 238 - LE SVASTIKA, SIGNE BOUDDHISTE DE BIENVENUE ET DE BON AUGURE.

(12) « l'hypothèse qui fait de ce signe une marque caractéristique de la conquête aryenne ne nous paraît-elle pas dénuée de vraisemblance … » écrit l’anthropologue Julien Girard de Rialle en 1880 « Sur la signification de la croix dite Svastika et d'autres emblèmes de même nature »  In  Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, III° Série. Tome 3, 1880. pp. 13-17;

 

(13) Orgesh était un mouvement ultra nationaliste et antisémite bavarois antérieur au parti national-socialiste.

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 22:03
A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

Les représentations de Bouddha, peintes ou sculptées, minuscules ou géantes, parfois reproduites et alignées par dizaines, répondent à des normes dont le détail complexe est rarement précisé. On n’en évoque généralement que sept, y compris sur de nombreux  sites bouddhistes.  Nous allons voir qu’il y en a soixante-six en réalité.

 

(Les seuls ouvrages que nous avons consultés sont malheureusement de diffusion relativement confidentielle) (1).

 

Wat phraphutthabatnamthip  (Sakonnakhon) :  

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

Une très brève plongée dans l’histoire :

 

Selon la tradition, le Siam aurait reçu le bouddhisme dès le milieu du IIIème siècle avant Jésus-Christ avec l’arrivée des missionnaires Uttara et Sona envoyés par le roi Ashoka (Dharmasokaracha) fervent zélateur du bouddhisme qui décida de propager la « bonne loi » dans neuf régions limitrophes de son empire y compris la mystérieuse  Suvarnabhum – peut-être l’antique cité de Nakonpathom (2).

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

L’expansion indienne particulièrement en Asie du Sud-Est fut avant tout d’ordre culturel et, à partir du Vème siècle avant Jésus-Christ, le bouddhisme fut un facteur essentiel de son développement artistique. Vers le VIIème siècle la plupart des pays concernés et particulièrement le Siam créèrent des formes d’art plus ou moins originales avec une iconographie bouddhique souvent caractéristique. Ainsi au Siam les représentations de Bouddha constituent l’essentiel de la production de toutes les écoles artistiques qui se sont succédé : Dvaravati (VIIème-XIème), Lopburi (XIème), Chiengsen (XIVème), Sukkhothai (XIIème), Ayutthaya (XIVème-XVIIIème) et enfin Bangkok.

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Les représentations de Bouddha de l’époque la plus ancienne, Dvaravati, restent influencées par l’art indien. Les gestes et les attitudes les plus fréquents sont, en utilisant la terminologie de la muséologie occidentale :

 

Vitarka mudra par exemple, le geste de l’argumentation, le bras droit main en avant, l’index et le pouce joint pour former un cercle. Parfois les deux mains accomplissent le même geste.

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Abhaya mudra ensuite, le geste qui rassure, qui apaise les flots et montre l’absence de crainte, la main droite est dressée la paume tournée vers l’extérieur. Parfois les deux mains accomplissent parfois le même geste.

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Maravijaya victoire sur Mara symbolisant l’acquisition du complet éveil, Bouddha est victorieux de Mara, le démon, le malin, souvent considéré comme un très grand dieu du domaine des désirs.

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On trouve encore d’autres attitudes, mais toutes sont l’une des quatre postures dans lesquelles Bouddha s’est manifesté lors des « Miracles jumeaux », assis debout, marchant et couché (3)

 

Wat Suwannawa (Kantarawichai - Mahasarakam) :

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Pour tout bouddhiste, la création ou le don d’images de bouddha est un acte de mérite (thambun - ทำบุญ). Les souverains protecteurs du bouddhisme ont toujours été fidèles à cette tradition.

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L’œuvre iconographique de la dynastie Chakri :

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Pour la période de Bangkok, le fondateur de la dynastie Rama Ier (1782-1809) et son successeur Rama II (1809-1824) ont surtout fait restaurer les statues ruinées des temples d’Ayutthaya et les ont fait transférer et installer dans les monastères de Bangkok, Thonburi et alentours.

 

C’est sous le règne de Rama III (1824 – 1851) que les artistes imaginèrent de nouvelles positions et de nouveaux gestes pour illustrer les épisodes de la vie de Bouddha. Rama III continua le programme de restauration de ses prédécesseurs mais demanda à un dignitaire de l’église bouddhiste, le patriarche- prince Paramanuchita Chinorasa (ปรมานุชิตชิโนรส), fils de Rama Ier, de collationner les textes bouddhistes et d’établir une liste illustrée des gestes ou attitudes pouvant servir d’exemple sinon de normes aux artistes. 

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Quarante figures furent choisies et retenues. Considérées comme représentatives de l’art et de l’iconographie de l’Ecole de Bangkok, elles fournirent les modèles de statues fondues dans ce but. Elles sont encore aujourd’hui conservées derrière le sanctuaire (ubosot) du temple du Bouddha d’émeraude à Bangkok.

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Nous donnons le détail en note pour le lecteur qui a une bonne connaissance de la vie de Bouddha dans le bouddhisme thaï. (4).

 

Sous le règne du roi Rama IV quelques efforts tentés dans le but de donner à l’image de Bouddha un aspect plus réaliste ou plus classique au sens occidental du terme ne connurent aucun succès. Les diverses caractéristiques qui s’étaient imposées au cours des siècles (par exemple la protubérance crânienne – usnisa – surmontée de l’ « ornement de sapience » flammé – la chevelure de petites boucles enroulées dans le même sens – le vêtement monastique stylisé etc…) donnaient du bienheureux une image idéale fixée dans toutes les mémoires et que chacun reconnait et révère.

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Les événements de la vie de Bouddha les plus volontiers représentés par une image isolée dans une attitude et avec des gestes caractéristiques, ont toujours été ceux qui, particulièrement significatifs, se laissaient le plus facilement identifiés. Généralement inspirés des quatre ou des huit grands miracles, leur iconographie s’est fixée très tôt, victoire sur Mara, enseignement, don, grande et totale extinction. Mais tenter de représenter de manière analogue l’ensemble des événements marquant une vie exemplaire à tous égards tiendrait de la gageure et les « quarante attitudes » sélectionnées durant le troisième règne ont pu sembler être, durant plus d’un siècle, la plus longue  liste qui se pouvait envisager.

 

C’est pourtant dans la galerie pourtournante du  temple  Phra Pathom Chedi  (พระปฐมเจดีย์) de Nakhom Pathom (นครปฐม) à 50 km au sud-ouest de Bangkok que se trouve un ensemble exceptionnel de 80 statues en bronze souvent dorées. Ce temple est sans conteste le lieu le plus sacré et le plus révéré du bouddhisme thaï. Disons quelques mots de son histoire.

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Le Phra Phatom chédi, haut lieu du bouddhisme thaï

 

Nous devons une étude exhaustive de son histoire au regretté Jean Boisselier (5).

 

Le site fut certes décrit avant lui par Monseigneur Pallegoix qui, en 1843 visitait les communautés chrétiennes de la région qui s’appelait alors Nakonchaisi (นครชัยศรี), mais l’ancien temple était alors enfoui dans la jungle. (6).

 

Le deuxième auteur français à faire un rapport sur sa visite à Nakhon Pathom en 1891-92  fut Lucien Fournereau, architecte, missionné pour étudier l'archéologie du Siam. Il ne mentionne pas Nakhonpathom dans les articles destinés au grand public (7). Beaucoup plus scientifique, il a publié un rapport sur l'archéologie de Siam en deux volumes, dans lequel il consacre un chapitre complet au «  Phra Pathom » dans ce qui était alors la province de Nakhon Chaisri (8). Il nous apprend que le Phra Pathom Chedi était un monument moderne construit par Rama IV, couvrant deux anciennes  périodes non précisées et suppose que le monument était à l'origine brahmanique. Il mentionne également les légendes qui attribuent sa fondation aux missionnaires du Roi Asoka mais il s’est surtout consacré à l’épigraphie.

 

Photographie des travaux en 1891 : nous voyons  l’échafaudage de bambous dressé autour de l’édifice : le procédé du plan incliné est utilisé pour monter alors à plus de 100 mètres.

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Lunet de la Jonquières en 1907 lui consacre un modeste paragraphe (9) faisant surtout référence à Fournereau et Aymonier qui, en 1901, n’était pas plus prolixe (10). Ce sont de brèves allusions. Il nous apprend toutefois que la hauteur du Stupa est alors de 105 mètres.

 

Photograhie de 1925 :

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Les découvertes effectuées bien après sur le site confirment l’hypothèse du roi Rama IV, découvreur du site, centre probable d’un très ancien royaume que George Coedès identifiera en 1963 au Dvaravati. La ville de Nakhon Pathom est de fondation récente, édifiée à son emplacement actuel par le roi Rama V en 1897, remplaçant celui de Nakhon Chasi par référence au sanctuaire de Phra Pathom Chedi imposé antérieurement par le roi Rama IV, à proximité duquel elle devait se développer au cours du règne du roi Rama VI  (1910-1926). « La dévotion du roi Rama IV) pour le monument devenu Phra Pathom Chedi qui allait imposer sa reconstruction, entraîner la dévotion des foules et provoquer la naissance et l'essor de Nakhon Pathom, ville nouvelle édifiée au voisinage immédiat de l'une des plus vastes et, sans doute, des plus vénérables cités de Thaïlande dont, à plus d'un millénaire de distance, elle prenait en quelque sorte le relais ».

 

Pour Boisselier les travaux de Phra Pathom Chedi, représentent, au milieu du XIXème siècle une fondation religieuse tendant à administrer la preuve que le nouveau souverain possède les pouvoirs d'un authentique monarque universel et laissant apparaître des préoccupations déjà, archéologiques. « Œuvre d'un souverain profondément religieux, hautement conscient de la grandeur de la fonction royale, aussi attaché au passé qu'épris de culture et d'étude, Phra Pathom Chedi témoigne, par son histoire, de l'exceptionnelle personnalité du roi Mongkut  ».

 

Visite des membres de la Siam Soiciety en 2013 :

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La reconstruction de Phra Pathom Chedi et le développement d’une ville nouvelle à l’ouest du site ancien a été accompagné de creusage de canaux, création d’une ligne de voie ferrée, l'aménagement du palais de Sanam Chan (พระราชวังสนามจันทร์) pour le roi Rama VI à partir de 1907 dont il dessina lui-même les plans (transformé aujourd’hui en centre administratif), le développement du réseau de communication et l’urbanisation qui interdisent d’avoir une vision de ce qu’était la ville primitive, citée majeure du Dvaravati.

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Mais nous ne savons que peu de choses sur l’état du monument lorsque fut décidé sa réhabilitation.

 

Le chedi

 

Sous le règne de son frère Rama III (1824-1851), le Prince Mongkut, alors sous la robe safran, fondateur de la secte Dhammayuttika vouait déjà un culte au Chédi alors situé en pleine brousse. Sa première visite daterait de 1831. Il lui porta immédiatement une grande dévotion, conscient que le site appartenait à l’histoire. A son immense piété s’ajoutait son intérêt pour l’archéologie de son pays. Son frère toutefois refusa de financer les travaux de restauration lui-même engagé dans son programme de restauration des fondations religieuses concernant essentiellement les plus somptueux monastères de Bangkok et Thonburi.

 

Il dut donc attendre de monter sur le trône pour réaliser un projet qui lui tenait à cœur. N’oublions pas que la découverte fortuite de lieux sacrés au cours d’une partie de chasse est fréquente dans l’histoire de ce pays (11). Non seulement le monarque se livra à des recherches étymologiques sur la dénomination  des saints lieux mais il fit procéder à des sondages dans un but uniquement scientifique. Il pensa reconnaître dans le vocale Pathom l'adjectif pali pathama (excellent). Le changement intervint en 1858 lors de l’une de ses visites sur le chantier et Nakhon Chaisi devint Nahon Pathom.

 

Les travaux connurent de longues péripéties après l’ouverture du chantier en 1852. Deux cents manœuvres répartis en quatre équipes commencèrent par le débroussaillage et le curage des canaux. Ils utilisaient des briques tirées d'autres temples ruinées que les voisins venaient vendre sur le chantier…avec pour conséquence l’accélération de la ruine d’autres vestiges ! D’autres étaient façonnées sur place par des Môns dont nous savons que c’est la spécialité (12). En 1855, un prince chargé de la maitrise d’ouvrage mourut, il fut remplacé par son fils. Mais, par suite d'événements imprévus, tout allait être remis en question en 1860 : à la suite de pluies torrentielles, tout la partie déjà construite s’effondra dû aux erreurs de calcul probables du premier maître d’œuvre. Il fallut reprendre le travail sur de nouveaux plans. A la mort du roi en 1868, les travaux n’étaient pas entièrement terminés.

 

Jusqu'en 1860 se succédèrent de nombreux prodiges ou événements miraculeux dont Boisselier ne nous épargne aucun détail.

 

Les travaux ne se terminèrent qu’en 1870 sous le règne de Rama V. Ainsi le stupa, couvert de céramiques orange s’élève à 120 mètres de hauteur, le plus haut du pays. II a été choisi pour symboliser le sceau de la province.

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Le temple connut ensuite quelques malheurs, des fissures apparurent en 1966 qui nécessitèrent des travaux de confortation, terminés en 1981.

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Les statues

 

C’est sous le règne de feu Rama IX que le temple devint le modèle de l’iconographie bouddhiste thaïe.

 

Les quatre-vingt statues en bronze ont été offertes par de pieux bouddhistes en 1983-84. Leurs noms sont inscrits sur des socles, ainsi que l’explication de la posture en quelques lignes. C’est le plus grand ensemble jamais réalisé en Thaïlande et le seul sous le règne de feu Rama IX. Parmi ces statues, soixante-six représentent divers épisodes de la vie de Bouddha, huit sont en relation avec chacun des jours de la semaine avec traditionnellement deux images pour le mercredi, l’une pour la journée, l’autre pour la nuit, concernant le jour de naissance des fidèles. Douze autres sont en relation avec les mois lunaires et douze autres encore en relation avec le cycle duodénaire. Sept encore évoquent les sept saints lieux où Bouddha résida dans les sept semaines après l’illumination. Elles sont toutes du style de Sukhotai. Le nombre de quatre-vingt évoque le nombre d’années de l’ultime existence de Bouddha (80). Elles ont été inspirées selon Madame Khaisri Sri-Aroon de l’ouvrage de Phra Pimoldham (Anucari Maha Thera) « Tamnan Phra Phutharup Pang tang tang » publié à Bangkok en 1979.

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Cette normalisation des 66 postures de la vie de Bouddha met peut-être un frein à l’imagination des artistes, mais ce n’est peut-être aussi pas leur rôle d’interpréter le dogme. Elle permet en tous cas aux fidèles qui ont appris dans leur « catéchisme » la vie de Bouddha de reconnaître sans hésiter tel ou tel épisode de son existence tout comme un bon catholique peut reconnaître Saint Michel terrassant le démon ...

 

Chapelle de Saint-Michel dans la cathédrale de Tharé (Sakonnakhon) : 

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... Saint Bernard prêchant la croisade, saint Jeanne d’Arc brandissant l’étendard du roi et Saint Bernadette recevant le message de la Vierge (13).

 

Elles débutent logiquement par celle du « grand départ » (posture n°1)

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... et se termine par la « grande et totale extinction » (posture n° 66) (14).

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Doit-on voir un sens ésotérique au chiffre de 66 ? Nous n’avons rien trouvé de concret à ce sujet. Nous vous donnons en note le détail de ces postures qui nécessitent  évidemment du lecteur une parfaire connaissance de la vie de Bouddha. (15). Ne parlons que celles concernant les jours de la semaine sans paraphraser notre ami de « Merveilleuse Chiangmaï » qui leur a consacré neuf chroniques somptueusement illustrées et d’une remarquable érudition (16).

 

Les bouddhas de la semaine

 

Ce sont en général les premiers que vous rencontrerez … pour solliciter les dons.  Ils sont placés en général en un ou plusieurs endroits stratégiques des temples et ne peuvent passer inaperçus même au regard d’un observateur peu attentif.

 

Wat Wichai (Huaymek-Kalasin) :

 

 

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Wat Manorom (Mukdahan) :

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Ils sont soigneusement alignés depuis la gauche jusqu’à la droite, le premier est celui du dimanche, Bouddha contemplant l’arbre de la Bodhi (11ème posture

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suivi de celui du lundi, Bouddha mettant fin à un conflit familial relatif à la possession de l’eau (23ème posture),

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puis le mardi, Bouddha enseignant le Darhma à Asurindarahu (52ème posture).

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Il y a deux reproductions pour le mercredi, Bouddha portant le bol à aumône pour le matin (29ème posture)

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et Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka où il reçoit les offrandes d’un éléphant et d’un singe pour la nuit (51ème posture). Pourquoi deux le mercredi ? Mystère.

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Le jeudi, c’est Le suprême et complet éveil ou Bouddha en méditation (10ème posture)

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puis vient vendredi la réflexion (19ème posture)

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et enfin le samedi Bouddha protégé par le roi des Nagas (14ème posture).

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Quelles sont les raisons qui ont déterminé ce choix et cet ordre ? Mystère. En tous cas, les représentations, statues, statuettes ou modestes peintures sont répétitives.

 

A chaque jour correspond une couleur, une question que nous avons abordé très superficiellement mais qui a été décortiquée jour par jour par notre ami de Chiangmaï (17).

 

Chaque pieux bouddhiste se doit de révérer le Bouddha correspondant à son jour de naissance.

 

A chaque posture naturellement correspond un épisode de la vie de Bouddha. (Nous vous donnons le détail en note (18)). Les explications données par Madame Khaisri Sri-Aroon (« Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) ») donnent les explications ou instructions nécessaires à l’artiste et ensuite la description de l’épisode tel qu’il est mentionné sous chacune des statues de la galerie. Les photographies que nous reproduisons sont celles des statues de la galerie. A chacune d’elle Madame  Khaisri Sri-Aroon joint un très beau dessin à la plume (probablement la sienne ?) dont le but est de toute évidence d’aider l’artiste.

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Terminons sur une représentation de Bouddha que l’on trouve souvent notamment sous des formes gigantesques et souvent répétitives ou minuscules au sommet d’un autel domestique :

 

La victoire sur Mara

 

Autel domestique, maison particulière (Huaymek - Kalasin) :

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Le Bouddha couvert d'or du wat Phra Si Rattana Mahatat (Phitsanulok) :

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Le Bouddah de la "galerie secrète" du Wat Samret (île de Samui) :

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Le Bouddha géant (île de Samui) :

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Le Bouddha géant qui domine le ville de Mukdahan :

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Mara (มาร) est l’esprit du mal, la mort, le démon, le malin. C’est le plus grand dieu du domaine des désirs. Vasavarti Mara, le mal personnifié, intervient avec sa horde de démons. Le Bodhisattva appela alors Dharani, la déesse de la terre comme témoin des vertus de ses vies précédentes : elle noya Mara et sa troupe en tordant sa chevelure.

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Cette posture est la 9ème. Bouddha est assis la main gauche ouverte, dans son giron la main droite posée sur le genou, les doigts dirigés vers la terre.

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Les Thaïes croient aux fantômes et aux esprits, il y en a de bons de de néfastes, ils croient en l’esprit du mal. Cette croyance n’est pas réservée aux seuls bouddhistes puisque la présence de statues de Saint Michel terrassant Satan est également répétitive dans les églises catholiques.

Près de Sakon Nakhon :

 

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Voilà qui peut prêter à sourire aux esprits éclairés mais « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas » aurait dit Saint-Bernard.

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L’aspect spécifique de ces saintes images, dorées, argentées, en bois, en briques, géantes ou minuscules est qu’elles sont toutes imperceptiblement souriantes, (bienveillance ou dérision ?), sourire dans la mort, Bouddha mourant dans la félicité suprême, à l’inverse du Christ en croix sacrifié et sanglant ou des martyrs torturés, ni diable ni bon dieu.

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Une visite :

NOTES

 

(1) « Dictionnaire français-thaï d’archéologie et d’histoire de l’art » de Khaisri Sri-Aroon (พจนานุกรม ฝรั่งเศส-ไทย ศัพท์เฉพาะโบราณคดี และประวัติศาสตร์ศิลปะ / ไขศรี ศรีอรุณ). L’auteur est professeur et présidente de l’Université Silpakorn. La publication est bilingue – français-thaï – et date de 1992.

 

De la même en 2009 (première édition en 1999) « Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) », dont la dernière édition est trilingue (พระพุธทรูปปางตางๆ ในสยามประเทศ) publié à 2000 exemplaires sous l’égide du Ministère de la culture.

 

De la même « Les statues du Bouddha de la galerie de Phra Pathom chedi » (พระพุธทรูปที่ระเบียงรอบองค์พระปฐมเจดีย์) 1996.

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(2) Souverain indien (273-236) protecteur du bouddhisme et instigateur de sa propagation spécialement à Ceylan, il est considéré comme le modèle des souverains bouddhistes et l’archétype des monarques universels.

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(3) La contemplation de l’arbre de la bodhi : l’illumination eut lieu sous le ficus religiosa, l’arbre de la bodhi, lorsque, à l’issue de la troisième veille de méditation, Sakyamuni est devenu Bouddha possesseur des autres nobles vérités

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Le port du bol à aumône  -  La méditation protégée par le roi Naga Mucalinda  

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La marche évoquant surtout la descente depuis le ciel  Tavatimsa, celui où Bouddha se rendit pour enseigner la doctrine à sa mère

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La Dormition, par des statues souvent colossales  -  La grande et totale extinction après avoir rassemblé ses fidèles pour leur donner un ultime enseignement.

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(4) La liste donnée par Madame Khaisri Sri-Aroon est la suivante : 1 : Bouddha se livrant à l’ascétisme -  2 : Bouddha acceptant la bouillie de riz  -  3 :  Bouddha jetant à l’eau l’écuelle   -  4 :  Bouddha acceptant la brassée d’herbes  -  5 :  La victoire sur Mara  -  6 : Le suprême et complet éveil ou Bouddha en méditation  -  7 : Bouddha contemplant l’arbre de la bodhi  -  8 : La marche sur le promenoir de joyaux  -  9 : Bouddha fusionnant quatre bols à aumône en un seul  - 10 : Bouddha mangeant un myrobolam  - 11 : La marche  -  12 : Bouddha ordonnant le premier disciple  - 13 : Bouddha contemplant le cadavre de l’esclave morte  -  14 : Bouddha apaisant les flots  -  15 : Bouddha portant le bol à aumône  -  16 : Bouddha participant à un repas  -  17 : Bouddha faisant don du cheveu-relique  - 18 : Bouddha se déplaçant en bateau  - 19 Bouddha mettant fin à la querelle de ses proches à propos d’eau  -  20 : Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka  -  21 : Bouddha arrêtant l’image de bois de santal  -  21 : Bouddha arrêtant l’image de bois de santal  - 22 : Le regard de l’éléphant  -  23 : Bouddha considérant l’approche de sa mort  - 24 : Bouddha acceptant l’offrande de l’eau  -  25 : Bouddha prenant un bain de pluie  -  26 : La position debout  -  27 : La reflexion  -  28 : Bouddha appelant la pluie  -  29 : La posture du diamant  -  30 : Bouddha dissertant sur la décrépitude de la vieillesse  -  31 : Bouddha imprimant son pied sur le sol  - 32 : Bouddha expliquant les présages merveilleux  - 33 : Bouddha acceptant une mangue  -  34 : Bouddha chassant Vakkali  -  35 : Bouddha couché donnant l’enseignement  - 36 :  Bouddha absorbant la bouillie de riz  -  37 : Bouddha rejetant Mara  -  38 : Bouddha enfilant une aiguille  -  39 : Bouddha choisissant ses principaux disciples  -  40 : Bouddha dévoilant les mondes.

 

(5) « La reconstruction de Phra Pathom Chedi. Quelques précisions sur le site de Nakhon Pathom » in Aséanie  Année 2000  Volume 6  Numéro 1  pp. 159-189.
 

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Mort en 1996, spécialiste de l’art en Asie-du sud-est, membre de l’école française d’Extrême-Orient, il est l’auteur d’un ouvrage sur la sculpture en Thaïlande.

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(6) « Description du royaume thaï ou Siam comprenant la topographie, histoire naturelle, mœurs et coutumes, législation, commerce, industrie, langue, littérature, religion, annales des Thaï et précis historique de la mission avec cartes et gravures ». Paris, 1854, Vol. 1. p. 101-104). Cependant, son texte est principalement consacré aux chrétiens locaux et n’apporte aucune information architecturale : « la région est de peu d’intérêt ».

 

(7) « Bangkok » in  Le tour du monde - Nouveau journal des voyages. Paris, 2e semestre 1894. p. 1-64;  « Les villes mortes du Siam » in Le tour du monde. Tome III, nouvelle série, N° 32, Juillet-août 1897. p. 349-396).

 

(8) « Le Siam ancien, archéologie, Épigraphie, géographie », Paris. Première partie (Annales du Musée Guimet, t.27) 1895, « La province de Nakhon Xaisi » pages 117s.

 

(9) « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » Volume II, page 320.

 

(10) « Le Cambodge II – Les provinces siamoises », page 58.

 

(11) Rappelons la découverte d’une « sainte empreinte » du pied de Bouddha parle roi Song Tham (1610 – 1618) à Saraburi : voir notre article A 228 « QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA ? » in

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-qu-en-est-il-des-108-signes-propitiatoires-et-de-bonne-augure-graves-sur-les-empreintes-sacres-du-pied-de-bouddha.html

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(12) Voir notre article H 9 « LES MȎNS DE THAÏLANDE » in

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/h-9-les-m-ns-de-thailande.html.

 

 

(13) Ce ne sont pas des exemples issus de notre imagination puisqu’au cours de nos pérégrinations, nous avons trouvé ces représentations dans des églises ou chapelles catholiques thaïes. On put se demander ce que représentent Saint Bernard et Sainte Jeanne d’arc dans l’esprit d’un catholique thaï ?

 

(14) Le grand départ : assis dans la position de méditation, la main gauche reposant dans son giron, la main droite élevée à la hauteur de la poitrine. En son vingt-neuvième anniversaire, la prince Siddhata décida de quitter sa vie princière. Monté sur son cheval Khantaka et accompagné de son écuyer Channa, il sortit en pleine nuit de la capitale Kapilavatsu et se dirigea vers la rivière Anoma. Là, il se débarrassa de ses vêtements, coupa sa chevelure et renvoya son écuyer, son cheval et ses parures à Kapilavatsu…

A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

La grande et totale extinction : couché sur le côté droit, les yeux clos, la tête sur l’oreiller, le bras gauche allongé le long du corps, la main droite ouverte reposant sur le sol, à côté de l’oreiller, les deux pieds posés l’un sur l’autre. Après les dernières paroles adressées à ses disciples «  Tout ce qui est composé est périssable ; œuvres avec diligence à votre propre salut ». Le Bouddha parcourut quatre stades de méditation avant de s’éteindre. La terre trembla. C’était la nuit de pleine lune du mois de vaisakha (mai-juin). Comme l’anniversaire de sa naissance et de son accession au complet et suprême éveil, le dernier des grands miracles venait de s’accomplir.

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(15) Les soixante-six postures : 1 : Le grand départ – 2 : Bouddha contemplant la nourriture dans le bol d’aumônes – 3 : Bouddha se livrant à l'ascétisme  - 4 :Les songes du futur Bouddha – 5 : Bouddha acceptant la bouillie de riz – 6 : Bouddha absorbant la bouillie de riz  - 7 : Bouddha jetant à l'eau l'écuelle – 8 : Bouddha acceptant la brassée d'herbe – 9 : La victoire sur Mara – 10 : Le Suprême complet éveil ou Bouddha en méditation – 11 : Bouddha contemplant l'arbre de la Bodhi – 12 : La marche sur le promenoir de joyaux – 13 : Bouddha méditant dans la demeure des joyaux – 14 : Bouddha protégé par le roi des Naga – 15 : Bouddha mangeant un myrobolan – 16 : Bouddha fusionnant quatre bols à aumônes en un seul – 17 : Bouddha recevant de la nourriture – 18 : Bouddha faisant don du Cheveu-relique – 19 : La réflexion – 20 : Bouddha prononçant le premier sermon – 21 : Bouddha ordonnant le premier disciple

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22 : Bouddha participant à un repas – 23 : Bouddha mettant fin à la querelle de ses proches à  propos d'eau, - 24 : Bouddha choisissant ses principaux disciples – 25 : Bouddha exposant les grands préceptes – 26 : Bouddha se déplaçant en bateau -  27 : Bouddha arrêtant  l’épidémie – 28 : Bouddha accomplissant le grand miracle -  29 : Bouddha portant le bol à aumônes – 30 : Bouddha donnant l'enseignement à son père – 31 : Bouddha acceptant une mangue – 32 : Bouddha accomplissant les miracles jumeaux – 33 : Bouddha donnant l'enseignement à sa mère - 34 : Bouddha dévoilant les mondes

35 : Bouddha marchant  ;  C'est l'attitude du Bouddha géant près de Khonkaen dont la photographie se trouve en tête de notre article :  Debout, le talon du peid droit soulevé dans l'attitude de la marche, la main gauche élevée, paume en avant, à hauteur de la poitrine, la main droite pendante, écartée du corps.

 

Le bienheureux descendit du "ciel des trente-trois" en utilisant le triple escalier créé par les Dieux :  L'ecalier central, de joyaux,  était réservé à son seul usage. A sa gauche, celui d'or était pour le Dieu Indra. A sa droite, celui d'argent était pour le Dieu Brahma.

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– 36 : Bouddha descendant du Ciel des Trente-trois -  37 : Bouddha arrêtant l'image de bois de santal -  38 : La posture du diamant -  39 :  la position debout – 40 : Bouddha imprimant son pied sur le sol -41 : Bouddha appelant la pluie – 42 : Bouddha prenant un bain de pluie – 43 : Bouddha indiquant le cadavre – 44 : Bouddha indiquant Mara – 45 : Bouddha donnant la première règle de discipline  - 46 : Bouddha chassant Vakkali -  47 :  Bouddha enfilant une aiguille – 48 : La bénédiction

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48 : La bénédiction – 49 : Bouddha subjuguant l’éléphant Nalagiri – 50 : Bouddha confondant Jambupati – 51 : Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka  - 52 : Bouddha donnant l'enseignement à Asurindrahu -  53 : Bouddha donnant l'enseignement au Yaksa Alavaka -  54 : Bouddha donnant l'enseignement au bandit Angulimala – 55 : Bouddha pardonnant à Ajatasatru ou aussi Abhaya mudra – 56 : Bouddha donnant l'enseignement à Baka Brahma – 57 : Bouddha contemplant le cadavre de l'esclave morte - 58 : Bouddha dissertant sur la décrépitude de la vieillesse – 59 : Bouddha expliquant les présages merveilleux à Ananda – 60 : Bouddha rejetant Mara – 61 : Bouddha considérant l'approche de sa propre mort - 62 : Le regard de l'éléphant – 63 : Bouddha acceptant l'offrande de l'eau – 64 : La prophétie -  65 : Bouddha donnant l'enseignement à Subhadda - 66 : La grande et totale extinction.

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(16)

http://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-0-preambule http://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-1-lundihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-2-mardihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-3-mercredihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-4-jeudihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-5-vendredihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-6-samedihttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-7-dimanchehttp://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddhas-de-la-semaine-les-8-conclusions

 

(17) Voir notre article A144 « Du bon usage des couleurs en Thaïlande ».

 

(18) Bouddha contemplant l’arbre de la Bodhi : Debout, les yeux ouverts, les mains croisées à la hauteur du bassin. Durant la première semaine après l’éveil, Bouddha demeura encore sous l’arbre de la Bodhi pour méditer. Au cours de la seconde, il se rendit au nord-est de l’arbre et, se tenant debout, immobile, il le contempla sans ciller pendant sept jours.

 

Bouddha mettant fin à un conflit familial relatif à la possession de l’eau : Debout, les deux mains élevées à la hauteur de la poitrine dans un geste d’apaisement. Resté au bord du fleuve Rohini près de Kapilavastu, le bienheureux arrêté la querelle de sa parenté qui se disputait à propos de l’eau d’irrigation.

 

Bouddha enseignant le Darhma à Asurindarahu : Couché sur le côté doit, les deux pieds au même niveau, le pied gauche reposant sur le pied droit, le bras gauche allongé le long du corps, la main droite supportant la tête. Pendant le séjour du bienheureux au Veluvana survint une éclipse de lune suivie de celle du soleil. C’était le démon Asurindarahu qui s’en était emparé. Ayant eu vent du renom du bienheureux, le démon désira le voir et il se convertit.

 

Bouddha portant le bol à aumône : Debout, tenant le bol à aumône des deux mains à hauteur de la taille. A son retour à Kapilavastu, Bouddha entreprit la quête quotidienne de sa nourriture devant chaque maison sans marquer de préférence.

 

Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka où il reçoit les offrandes d’un éléphant et d’un singe pour la nuit : Assis, jambes pendantes à l’européenne sur un rocher, la main droite ouverte reposant à plat sur le genou dans le geste de recevoir une offrande, accompagné de l’éléphant Parileyyaka et du singe. Dans la forêt de Parileyyaka, près de Kosambi, Bouddha en retraite était accompagné d’un éléphant solitaire nommé lui aussi Parileyyaka et qui lui procurait de l’eau tandis qu’un singe lui offrait du miel sauvage.

 

Le suprême et complet éveil ou Bouddha en méditation : Assis en samadhi, les deux mains reposant dans son giron, la main droite sur la main gauche, paume en dessus. Après sa victoire sur Mara, le Bodhisattva parcourut les quatre stades successifs de méditation qui libèrent son intellect de tout lien, si bien qu’il parvint au « suprême complet éveil » devant dès lors le Bouddha.

 

La réflexion : Debout, les deux mains croisées sur la poitrine, la main droite sur la main gauche, dans une attitude de réflexion. Bouddha songea à enseigner sa doctrine si nécessaire à tous les êtres mais si difficile à comprendre puisque lui-même mit tant de temps à la découvrir. Ainsi était-il indécis.

 

Bouddha protégé par le roi des Nagas : Assis en samadhi sous le capuchon du roi Naga, les mains reposant dans son giron, paumes en dessus. Ayant passé la cinquième semaine de méditation sous l’arbre du chevrier (Ajapala), Bouddha consacra la sixième semaine à une autre méditation sous l’arbre Mucalinda au bord d’un lac du même nom. Le temps était très mauvais. Il tombait une pluie fine, suivie d’inondations. Le Naga du lac Mucalinda intervint pour protéger le bienheureux en l’abritant de son capuchon dilaté.

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 22:04
A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

« Bangkok Psycho », traduit de l’anglais par Thierry Piélat aux Presses de la Cité, 10/18, 2007.

 

L’origine de cet article provient d’un écrit de Jonathan DeHart paru le 22/11/2016 dans  « Le Courrier international », revue de l’UNESCO, intitulé : « Plongée dans les polars de Bangkok »* et de la lecture que nous avions faite de nombreux romans policiers de John Burdett traduits en français, comme  Bangkok 8, Bangkok Tattoo, Bangkok Psycho, Le Parrain de Katmandou **… Nous avions remarqué alors que John Burdett avait une bonne connaissance de Bangkok et de la culture thaïlandaise, même si son propos était d’écrire un bon roman policier dans un cadre particulier. Il nous est apparu intéressant  de relever et d’étudier la pertinence de ce qui relevait de simples constatations au fil de nos lectures linéaires, et de proposer un pacte de lecture.

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Un pacte de lecture qui  se  donne comme objectif de relever voire d’analyser, ce que « Bangkok Psycho »  peut nous apprendre sur Bangkok et sur la vie, la culture, la religion,  la mentalité … des Thaïlandais que Burdett  juge bien différentes de celles de l’Occident; tout en ne dévoilant rien de l’intrigue, de l’enquête policière de l’inspecteur Sonchaï Jitpleecheep, qui vient de recevoir un snuff movie, dans lequel il peut voir une jeune prostituée - qu’il a aimée quatre ans plus tôt - être assassinée dans une scène sexuelle d’une rare violence.

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Cela nous rappelait que nous avions procédé ainsi dans notre article consacré au roman policier  « Un os dans le riz, Une enquête de l’inspecteur Prik » de notre ami Jeff, qui nous avait permis de constater que ce roman, fut-ce-t-il policier, permettait d’approcher de multiples réalités de l’Isan, cette grande Région du Nord-Est de la Thaïlande.***

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

On évoquait à cette occasion d’autres romans policiers « ethnologiques » comme ceux de Tony Hillerman avec ses enquêtes au milieu des coutumes et croyances navajos, James Melville avec son commissaire Otani de la police de Kobe qui nous introduit à la civilisation japonaise, Alexander Mc Call Smith au milieu de la vie quotidienne botswanaise …

 

Jonathan DeHart dans son article  précise  que « L’atmosphère, les paradoxes et les excès de la capitale thaïlandaise inspirent de nombreux auteurs de polars » avec  « la chaleur étouffante, les odeurs âcres, les embouteillages incessants, les vendeurs ambulants de nourriture qui partagent les trottoirs défoncés avec les chiens errants, faisant les poubelles en quête de restes(…) Ce mélange enivrant crée une  ambiance propice au roman noir. » ****

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Il cite John Burdett qui reconnait que « Bangkok est l’endroit parfait pour le polar”.  Tous les ingrédients sont  là : « l’ambiance des rues de Bangkok » ; La pègre, le luxe, la corruption  […]  Ce sont les nouveaux et anciens criminels enfermés dans une bataille de contrôle de territoire qui en profitent pour surfer sur la vague des changements rapides… Pour un  auteur de polar, la corruption, le double jeu et les inégalités fournissent des matériaux de base pour imaginer des personnages saisis par le vice du pouvoir et rendre compte de leur tentative futile d’échapper à leur destin.”  

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

On y apprend que John Burdett lit la presse en langue thaïe (qui) déverse un  flot régulier de faits divers sordides et criminels, et où il trouve « quantité de nouvelles sur les problèmes de drogue, de violence, de superstition, sur les guerres de groupes d’adolescents, sur le bouddhisme, sur la vie des travailleurs dans les plantations de caoutchouc dans le Sud et de bananiers dans le Nord, sur les insurrections dans le Sud-Ouest, sur les averses de grêle de la mi-été qui détruisent les cabanes et les maisons, sur les méduses tueuses et le trafic de drogue (yaba de Birmanie, ice de Chine, héroïne d’Afghanistan, cocaïne de Colombie). » […]  

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

A cela on peut ajouter « les superstitions populaires, les histoires de fantômes et d’esprits, dans l’interprétation des rêves, les histoires de sexe, les pratiques politiques troubles, ou encore dans les rituels de magie noire d’Asie du Sud-Est, ainsi que dans les textes anciens de la culture thaïe, comme le Ramakien,  une  variante de l’épopée indienne du Ramayana. Ces éléments de récit ont sans aucun doute un  effet enivrant et se prêtent à un  nombre -semble-t-il- illimité de scénarios ».

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Mais encore, faut-il être capable de comprendre, nous dit Burdett :

 

« Tout le monde a entendu parler de cette ville, beaucoup l’ont déjà visitée, mais très peu de personnes ont percé ses mystères. Ils sont protégés par une  langue et un  alphabet quasi impénétrables, et par mille et une superstitions qui peuvent sortir de nulle part, juste au moment où vous pensez avoir fait des progrès de compréhension. »

 

Prévenu, nous pouvions tenter de le faire

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Il s’agit donc ici de relever ce qu’on appelle les «  effets du réel » sur Bangkok, la culture et  la mentalité des Thaïlandais, jugés par notre héros, l’inspecteur Sonchaï Jitpleecheep, incompréhensibles pour un farang (Un occidental ). Une « réalité thaïlandaise » que Burdett a aussi puisée dans 11 ouvrages dont il donne les titres à la fin du roman. Il cite en effet le journal anglais « The Bangkok Post »,  le quotidien thaï « Kum Chat Luk » et des livres qui abordent la corruption,  la religion bouddhiste, le yoga,  la drogue, les paris et les filles,

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

la justice, et le livre « Very thai » de Philip Cornwel-Smith, qui justement tente de dépasser les clichés pour décrire les manifestations particulières de la « pop » et de la vie thaïlandaise.

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Le roman est donc construit sur la volonté du héros, l’inspecteur Sonchaï Jitpleecheep, de raconter l’enquête à un lecteur qu’il interpelle comme « farang » à qui il va expliquer certains aspects  de la culture et de la mentalité des Thaïlandais, qu’il est supposé – à priori -  ne pas comprendre.

 

Ainsi par exemple : « Désolé farang, je crois qu’une digression s’annonce ». « Qu’en penses-tu farang ? ». « Désolé de t’infliger un nouveau choc culturel en plein milieu de l’histoire, farang ; voilà ce qu’est un casino funéraire. ». « Je fais de mon mieux pour décrire la structure cachée d’une société en laquelle peu d’étrangers reconnaîtraient celle de la Thaïlande. » Ou encore : « Savais-tu farang » et Sonchaï d’expliquer comment « les anciens se figuraient la jalousie comme une intrusion verdâtre en forme de corne du corps astral » Ou bien encore Sonchaï à Smith à propos de la mort de Damrong : « Permettez-moi de dire les choses à la manière bouddhiste ».

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D’ailleurs Sonchaï et d’autres personnages thaïs reviendront très souvent, comme nous le verrons,  sur le bouddhisme et les croyances qui y sont associées, que les farangs aiment classer comme superstitions, oubliant comme le dit le Dr Supatra, la légiste à miss FBI : « vous devez garder à l’esprit que c’est une autre culture, qui engendre une forme différente de conscience. » Et le docteur d’expliquer à miss FBI que « la manière dont une culture considère la mort définit son attitude face  à la vie », ce que les occidentaux semblent nier, dit-elle, et de poursuivre en rappelant que pour les Thaïs (Comme tous ceux de l’Asie du Sud-Est, dit-elle) « les revenants sont cent fois plus nombreux que les vivants. » (Et elle lui montre un film pris la nuit dernière à la morgue où l’on voit des fantômes forniquer).

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Mais à cette volonté explicative, Sonchaï et d’autres personnages thaïs n’hésiteront pas à critiquer la culture et la mentalité des farangs et certains comportements de ceux-ci en Thaïlande.

 

Ainsi évoquant « Songkran, le nouvel An thaï »,  Sonchaï constate que cette  fête sainte, a été dévoyée par les touristes farangs, présentés comme des « garnements au visage rose, de trente, quarante ou cinquante ans » qui aspergent les passants, mais que « l’alcool rend agressifs » jusqu’à ce que « ivres, ils se roulent en boule sur le trottoir pour cuver ». Ou bien : à propos de miss FBI « Sa façon typiquement farang de dire la vérité sans fard m’abasourdit un bon moment ». Ou bien encore le colonel Vikorn, apprenant de Somchaï l’importance de l’industrie du porno aux USA : « Incroyable. Les farangs sont encore plus hypocrites que la police royale thaïe. Tu veux dire que nos petits journalistes occidentaux, que nos bordels font monter sur leurs grands chevaux, passent la majeure partie de leur vie dans des chambres d’hôtel cinq étoiles à regarder, moyennant finance, des gens forniquer pour de l’argent ? ». « C’est une culture de l’hypocrisie », poursuit alors Sonchaï. Nong discutant avec Sonchaï au Old Man’s Club « fulmine contre les farangs en général … Pourquoi font-il des promesses idiotes s’ils n’ont pas l’intention de les tenir, comme si nous étions des enfants incapables de voir la réalité en face ?

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

C’est tout le problème de leur culture ; ils pensent que les autres habitants de la planète sont aussi  puérils qu’eux. »   Pire, à cette puérilité miss FBI ajoute le complexe de supériorité. Ainsi, résumant la pensée de Lek, l’adjoint de l’inspecteur Sonchaï : « Pour toi l’esprit occidental  … (une) combinaison contre nature de logique scolaire, de soif de sang et de gloire, de complexe de supériorité et de volonté de détruire pour sauver qui nous  a amenés à massacrer trois millions de Vietnamiens, des femmes et des enfants pour la plupart, tout ça au nom de la liberté et de la démocratie, avant de prendre la tangente parce que ça coûtait trop cher. ».


 

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

La « réalité » thaïlandaise est bien visible avec les mots thaïlandais qui ponctuent le texte, comme par exemple : touk touk ; Ting-tong ; Il a maintenant une gatdanyu envers moi”. (Sorte de dette de sang que l’on doit au défunt.) ;  la mia noï (mon épouse secondaire, à qui on verse un salaire et la location d’un studio »; Jai dee mark mark ; moordu (une voyante) wat ; « pour acquérir du tambun »(« accumuler un trésor pour la prochaine vie, chart na »  ; somtan (salade pimentée);  « un éventaire pour kong kob kiao ; le jeune phra ;  arhat ; Son stick de yaa dum ; un saleng (un récupérateur dans les poubelles) ; La méditation vipassana. Pour le wat (le bot, le chédi, etc) ; kong wan (sucreries) ; « je suis un leuk kreung, un sang mêlé » ;  borisot (espace spécial dans la maison pour une fille qui atteint la puberté et dont l’honneur doit être inviolable), etc.

 

D’autres effets du « réel thaïlandais » sont de situer l’action principalement  à Bangkok, même si d’autres lieux sont évoqués comme l’Isan avec la province de Surin « (qui) est celle des éléphants », sa gare routière, le village de Pak Cheung … L’Isan étant essentiellement décrite comme lieu de pauvreté et d’origine des prostituées de Bangkok.

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Sonchaï circule et mange dans Bangkok.

 

En effet, pour les besoins de l’enquête Sonchaï nous signale les lieux où il doit aller, où il mange (Beaucoup de paragraphes consacrés à la nourriture thaïe), mais c’est surtout les endroits chauds qu’il décrit (Soi Cow boy, Nana Plaza, et Pat Pong).

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Ainsi nous avons droit aussi aux multiples restaurants qu’il fréquente ainsi qu’aux éventaires des vendeurs de rues dont il apprécie les plats thaïs et dont il donne  les multiples spécialités. Sonchaï, sa femme et Nong vont  diner au buffet du Grand Britannia, sur Sukhumvit, tout près de la station Asok du Skytrain. Sonchaï retrouve la mamasan du Parthenon au « Starbucks de Sukhumvit, côté Nana. ». Il précise que : « Le Kimsee est un restaurant japonais sur Sukhumvit, face à l’Emporium et sous le Skytrain ». Un paragraphe pour évoquer à 11h30 le coup de feu des vendeurs de rues devant le commissariat, où  mijotent des « cuisses de porc dans les grandes marmites émaillées, une soupe de boeuf dans celles en cuivre », sans oublier « les salades de somtan redoutablement épicées »; et la page suivante  voir Sonchaï et Lek prendre leur déjeuner « à un éventaire pour kong kob kiao ». Plus loin, Sonchaï interpelle son lecteur farang, pour le faire saliver sur la bonne cuisine thaïe, « avec le porc braisé accompagné de riz, poulet bouilli et riz, la salade de somtan et riz gluant, et des tas de kong wan, des sucreries » (et) « Les crêpes croustillantes fourrées à la crème de noix de coco incontournables ; farang. » On apprendra que « son plat favori, (est) le pla neung manau, un poisson bouilli dans une sauce au citron ».

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Mais on va suivre aussi Sonchaï dans certaines avenues et soï de Bangkok.

 

Au fil des courses en taxi, on passera devant la prison de Lard Yao qu’il décrira « la prison la plus grande du pays ; construite par les Japonais pendant la seconde guerre mondiale, elle héberge neuf mille détenus. »; « Nous contemplons un moment le Chao Phraya, qui comme d’habitude est vrombissant de vie. » avec  sa description en un paragraphe : des remorqueurs, des lourdes péniches à la proue ornées de gros yeux, les bateaux à longue queue, le fleuve comme voie publique, les coups de sifflets hystériques des docks flottants, etc. Il évoque le quartier chinois reconnaissable dit-il, « au nombre de boutiques où l’on vend de l’or ». Ou encore on circule au marché de Chatuchak, « un immense labyrinthe de stands, une véritable ville de marchands à ciel ouvert, où on vend tout et n’importe quoi. », ses arnaques sur les oiseaux exotiques, les peintures, les orchidées …   

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

 Evidemment on aura droit aux inévitables embouteillages de Bangkok : « Nous sommes coincés dans l’embouteillage habituel du croisement Asok-Sukhumvit. » où on doit prendre des risques « Tourner à droite dans  Sukhumvit en venant d’Asok peut se révéler délicat sans pop pong. ».

 

Mais on sera le plus souvent dans les endroits chauds de la prostitution, à savoir, Soi Cowboy, Nana, et Pat Pong.

 

Lek, l’adjoint de l’inspecteur Sonchaï recherchant des informations sur la victime Damrong va montrer sa photo dans les bars, « en commençant par Soi Cowboy avant de tenter le coup à Nana puis à Pat Pong (…) Je pense que vingt pour cent des femmes qui ont des qualités requises pour vendre leur corps à Bangkok suivent ce même circuit ». D’ailleurs plus loin, on apprendra que Damrong a effectivement « fait Soi Cowboy, Nana et Pat Pong, où elle était une des filles qui gagnaient le mieux leur vie dans la rue. Puis elle est allée au Parthenon Club. ».

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Précédemment, on avait d’ailleurs eu la description du soi Cowboy, quand Sonchaï avait dû perquisitionné l’appartement de la victime Damrong situé « dans un immeuble en copropriété de catégorie moyenne, Soi 23 (prononcer soï ) », un appartement qui n’était pas loin du bar de sa mère, « l’Old Man’s Club » qu’elle doit rénover à l’instar du Fire House et du Vixens, où les filles dansent nues pour mieux attirer le client. Plus loin, Sonchai désirant acheter des nouilles moomah pour répondre à un désir soudain de sa femme enceinte prendra un taxi pour aller dans le secteur de Nana la nuit, car il est sûr d’y trouver un magasin ouvert, le Foodland par exemple, où des filles achètent leurs provisions avant de rentrer chez elle … et un petit bar bondé. Ce sera l’occasion d’une description d’une page avec  les éventaires pour nourrir les prostituées, les « filles des gogo bars qui viennent de finir leur travail ». Pour les besoins de l’enquête, Sonchaï  reviendra très souvent  au Club Parthenon, où va  « Le dessus du panier de la société thaïe : des officiers supérieurs de l’armée, des flics de très haut rang, des banquiers, des hommes d’affaires, des hommes politiques ». On aura droit au fonctionnement de l’établissement, les prestations offertes, la description du spectacle d’une cinquantaine de filles permettant aux clients de choisir l’une ou plusieurs d’entre elles; celle  d’une chambre VIP de 200 m2 à la décoration érotique particulière et jacuzzi, où deux filles jouent à s’asperger suivie d’une scène érotique, chambre que reconnait  Sonchaï comme étant celle où Damrong a été assassinée.

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

D’autres salons de massage seront cités, comme celui où Sonchaï va parfois, « établissement bien connu situé entre dans un soi qui relie Sukhumvit au Soi 45 », ou celui du massage à étages au Soi 4 Pat Pong, qui offre des « prestations diverses ». On voyagera aussi jusqu’à la station Sala Daeng du Skytrain, où Sonchaï donnera rendez-vous à Lek au « Don Juan, son bar de katoey  préféré ». 

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Les causes de la prostitution.

 

Si nous suivons Sonchaï dans quelques lieux de prostitution pour les besoins de son enquête, nous allons aussi apprendre, au fil des chapitres, les  circonstances et les causes qui ont amenées la victime Damrong et Nong par exemple à se prostituer.

 

Baker, l’ex-mari US de la victime Damrong explique à Sonchaï son parcours : sa passion, l’argent qu’il lui envoyait,  son mariage (qui a duré un an), et son court séjour aux Etats-Unis, et sa déception de  « farang   moyen, (qui s’est) laissé prendre comme tous les autres, qu’ils soient français, italiens, allemands, britanniques. C’est toujours la même histoire idiote, qui se répète indéfiniment »  mais qui avoue que sa femme lui avait dit : « qu’elle n’était pas là pour jouer les amoureuses mais pour aider sa famille et son petit frère en particulier. ».

 

Mais on apprendra une autre partie de la vie de Damrong bien plus cruelle : ses parents l’ont vendu quand elle avait 14 ans pour travailler pendant un an dans un bordel de Malaisie, où elle travaillait 16h par jour et devait servir au minimum 20 clients. Le frère de Damrong dit qu’elle avait accepté à condition qu’on s’occupe bien de lui. Mais ses parents ont dépensé l’argent en alcool et en yaa baa. A son retour, elle a dénoncé son père à la police. Elle a ensuite signé un autre contrat de prostitution à Singapour et l’a donné à son frère.

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Nous aurons lu auparavant  une explication économique plus « classique » en assistant à une discussion entre Sonchaï et Nong : « Nous ne tardons pas à raconter des histoires sur des enfances vécues dans la pauvreté en Thaïlande et les problèmes posés par la survie des petites fermes. Ses parents sont propriétaires d’une dizaine d’hectares de terres agricoles pas trop mauvaises dans l‘Isan, près de Khon Kaen, mais il est impossible d’en tirer un profit » et Nong de livrer le récit de sa chute, avec les parents endettés, auxquels s’ajoutent les frais de scolarité et médicaux et de la nécessité où elle s’est trouvée d’aller « travailler » à Bangkok pour « leur envoyer au moins dix mille bahts par mois ».

A 232. UNE VISION DE BANGKOK ET DES THAÏLANDAIS DANS UN  ROMAN POLICIER DE JOHN BURDETT.

Plus loin, Sonchaï rencontre à la morgue la famille de Nok qui lui confirmera le rôle de soutien financier de Nok qui envoyait 10 000 bahts par mois, ce qui nourrissait la famille ; Une famille dont la mère souligne la pauvreté, l’absence d’argent bien qu’ils font pousser du riz, la maladie du père diabétique, la fille cadette dont la plupart des copains, boivent et se droguent. L’espoir que représentait Nok qui avait pensé trouver un farang pour sa sœur. On a droit à une autre rencontre de Sonchaï avec une jeune femme dans un restaurant du village de Pak Cheung, qui lui confie qu’elle travaille à Nana et rentre chez elle pour quelques jours pour voir sa fille de 5 ans qu’elle a eu d’un amant qui a disparu dès qu’elle lui a appris qu’elle était enceinte. Sonchaï « voit bien qu’elle attend avec impatience de recevoir les marques de respect que les gens du village ne manqueront de lui témoigner parce qu’elle aide ses parents et ses frères et sœurs ».

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Mais il est une autre explication majeure, plus originale est donnée : le gatdanyu, vous connaissez ?

 

On peut lire partout que les filles qui partent se prostituer à Bangkok, et dans les principaux centres touristiques, viennent de la campagne et de l’Isan en particulier, qu’elles sont issues de familles pauvres, et vendent leur corps pour soutenir leur famille et rembourser les dettes contractées, mais vous verrez rarement une explication par le gatdanyu, tant nous dit Sonchaï que  « tenter d’expliquer le gatdanyu à un farang revient à essayer de faire comprendre à un chasseur de têtes de Sumatra le principe de la double hélice de l’ADN ( )  Je fais de mon mieux pour décrire la structure cachée d’une société en laquelle peu d’étrangers reconnaîtraient celle de la Thaïlande. Lorsque le bouddhisme est arrivé chez nous, nos ancêtres ont reçu son message de générosité et de compassion avec enthousiasme. Ils ont dû cependant l’adapter pour tenir compte d’une bizarrerie de la nature humaine qu’ils avaient remarquée pendant la dizaine de milliers d’années antérieures au bouddhisme. L’objection qu’ils opposaient à la naïveté de leur foi pouvait, je crois, s’exprimer en un mot : remboursement. Comment faire en sorte que qu’il vaille la peine de se montrer généreux ? En s’assurant que cela soit payant. Résultat, chaque Thaï se retrouve empêtré dans un écheveau de dettes et de créances morales qui ne s’éteignent qu’à la mort. Chaque faveur est évaluée en fonction d’un système comptable non écrit qui a pour point de départ cette Faveur avec un grand F qu’est la naissance, dette prioritaire par rapport à toutes les autres.

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- Au premier abord, la Thaïlande semble être une culture « machiste »; gratte sous la surface et tu t’aperçois qu’elle est dirigée par la Mère. J’en suis absolument certain. (…)

 

Miss  FBI : «  Et quand on voit les Thaïs courir à droite et à gauche comme s’ils étaient tous es hommes d’affaires prospères, ils cherchent en fait le moyen d’obtenir une faveur de A pour rendre celle qu’ils doivent à B, depuis l’enfance peut-être, et ainsi de suite, c’est bien ça ?

 

- Tu as saisi. 

 

- Attends un peu … et les filles qui travaillent dans les bars ? Tu es en train de me dire qu’elles paient avec leur corps leur dette à l’égard de leur mère en vendant leur corps ?

 

-Oui, c’est exactement ça.

 

-Et la mère le sait ?

 

Il y a une loi du silence, mais en fait tout le monde sait ».

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Le moine Titanaka, le frère de Damrong ira même jusqu’à dire que « C’est le seul moyen d’organisation dont nous disposons en Thaïlande. Il n’est pas parfait, les gens en abusent, surtout les mères, mais nous n’avons pas autre chose ».

 

D’ailleurs à la fin du roman Damrong dans une lettre posthume adressée à son frère lui confirme son amour pour lui, qu’elle a vendu son corps pour lui, mais lui demande d’acquitter sa dette : gatdanyu. « Tous ces porcs doivent mourir dans le cadre de mon sacrifice » le menaçant de malédictions s’il ne le fait pas.

 

Tout au long du roman, nous aurons ainsi des explications sur la religion,  la culture et la mentalité des Thaïlandais données principalement par l’inspecteur Sonchaï au farang, qui –à priori- ne peut  pas comprendre.  

 

Dès le début du roman, nous l’avons dit, le Dr Supatra, nous a rappelé que la culture thaïe « est une autre culture, qui engendre une forme différente de conscience » en évoquant les fantômes, « les revenants (qui) sont cent fois plus nombreux que les vivants ».

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Des fantômes, qui ne sont pour miss FBI que des créations de l’imagination, de la sorcellerie primitive. Ainsi à Sonchaï qui a cru voir le fantôme de Damrong qui lui a parlé, le soir au lit, elle ne peut que répondre : « De telles choses  sont impossibles, ce sont des créations de l’imagination de paysans ignorants en proie à l’ennui, tu le sais bien. Tu n’es qu’à moitié thaï, pour l’amour de Bouddha, tu n’as pas à tomber dans cette sorcellerie primitive, d’accord ? D’accord. ».

 

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 Mais Sonchaï sait bien qu’il ne faut pas ce jour- là, un mercredi, « ce moment où le dieu noir Rahu gouverne les cieux », qu’il retourne dormir chez lui, pour ne pas apporter « la guigne à Chanya et Pichaï » et « pour ne pas être pris à partie par le fantôme de  Damrong ». Le jeune moine, frère de Damrong dira à Sonchaï que sa sœur (décédée) a des informations à lui communiquer. « Elle me rend visite chaque nuit. Son âme n’est pas en repos. ». Il lui apprend aussi que « Damrong était une sorte d’arhat, de sainte bouddhiste.

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Et contre les  esprits, les fantômes, il faut se protéger, respecter ce qu’ils ont appris des brahmanes.

 

Sonchaï n’ira  pas perquisitionner un appartement d’une victime le mercredi, car dit-il « On ne  se frotte pas aux morts le mercredi » expliquant que  « ces superstitions proviennent des brahmanes qui ont laissé des consignes très précises sur ce point et d’autres » et de citer l’attribution d’une couleur à chaque jour de la semaine.

 

Les moyens pour se protéger sont divers : les petits autels devant les maisons et dans les bars à filles, les amulettes, les plantes chamaniques,  les tatouages …

 

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Sonchaï évoquera « le bouddha de (son) petit autel maison orné de guirlandes électriques », et fera référence au petit bouddha de 60 cm qui est sur une étagère au-dessus de la caisse du bar de sa mère, où il travaille à temps partiel et auquel il faut rendre hommage (avec des guirlandes de fleurs de lotus, bâtons d’encens, des wai,) pour avoir la chance.

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Quatre pages seront consacrées à tous les moyens (guirlandes, amulettes, plante chamanique, voyant ) utilisés par les chauffeurs de taxis pour se protéger de la mort sur la route. « Tous les chauffeurs de la ville pratiquent la sorcellerie, mais celui-là possède au moins un doctorat. Des guirlandes en l’honneur de Mae Yanang, la déesse des voyages, pendent du rétroviseur avec une poignée d’amulettes, cachant la tranche centrale de la réalité.

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Je dois rappeler ici qu’il existe deux façons d’échapper à la mort sur nos routes : pop pong et pop gun. Pop gun, c’est recourir à tous ces moyens inefficaces et ennuyeux consistant par exemple, à boucler sa ceinture et à ne pas conduire trop vite. Nous préférons généralement pop pong, une protection spirituelle inviolable » et le chauffeur d’expliquer comment il a échappé à un grave accident et la cause : « Les accidents n’arrivent pas comme cela. Leur origine  est dans le passé, dit-il, en pointant le pouce derrière lui. Gam, précise-t-il. Le karma. ». Lek, l’adjoint de Sonchaï, (Qui fréquente un moordu ), voyant une carte astrologique au plafond lui demande s’il consulte un moordu : « oui, dit-il, un moordu  khmer. Que savent les mages thaïs ? Toute la magie vient des Khmers ». Et le chauffeur poursuivra sur ce qui est arrivé  à l’un de ses collègues, lors du stunami de Phuket, qui  avait pris quatre ou cinq clients et qu’il les avait vus décomposés, à la fin de la course. Le chauffeur conseillera à Sonchaï de se procurer l’amulette qu’il faut,  pour se protéger. Plus loin, Lek apprendra à Sonchaï, que le chauffeur « ne retire jamais ses racines de plante chamanique enveloppées dans un bout de tissu yantra, qu’il porte suspendu à son cou par un cordon ».

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Lek, réprimandera Sonchaï qui exprimera des doutes sur la nécessité de se protéger des fantômes avec des amulettes : « Il me réprimande souvent parce que je tente de voir la réalité toute nue comme un stupide farang. ». Plus loin, on apprendra que Baker (l’ex-mari de Damrong) porte un bracelet en poil d’éléphant que lui a donné un moine sur Sukhumvit lui disant qu’il porterait chance ;

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...que  la mère de Damrong porte plusieurs tatouages dont l’un dans le dos, un tigre avec un horoscope ancien complexe rédigé dans la tradition occulte en khom ancien.

 

La référence à la religion bouddhiste est présente dans tous les chapitres et expliquée par Sonchaï et d’autres personnages pour tenter de comprendre la vie et les actions des Thaïlandais, avec le karma, les mérites à acquérir,  la réincarnation, du chart na (Ce qu’on devient dans la prochaine vie).

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Sonchai explique à miss FBI  que« Les pauvres n’ont pas de moi qui puisse être détruit. Lorsqu’ils jouissent d’un peu de pouvoir, ils savent que cela ne durera pas. Ils ne sont pas habitués à ménager l’avenir. En général, ils ne croient pas en avoir un. (…) Pour eux, la naissance est le désastre numéro un ; posséder un corps qui doit être nourri, abrité, soigné, qui a besoin de se reproduire, de durer. Tout le reste n’est qu’enfantillage, y compris la mort. ». La mère de Sonchaï  s’inquiète, non de sa vie présente mais  de ce qu’ils deviendront dans la prochaine vie, chart na, à laquelle Sonchaï répond : « Ce que nous ferons dépend de la générosité et de la compassion dont nous faisons preuve dans cette vie-ci, non de la façon dont nous nous  plions aux forces du marché ».

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Nous sommes  dans un monde qui n’est compréhensible que par les « vérités » du bouddhisme.

 

Ainsi Sonchaï caresse le gros ventre de Chanya, sa femme enceinte : « Pour plaisanter nous disons que le bébé est la réincarnation de Pichaï, mon ancien collègue et frère spirituel. Sauf que ce n’est pas une plaisanterie. Nous avons tous les deux rêvé de lui presque chaque nuit et Chanya l’a parfaitement décrit alors qu’elle ne l’avait jamais rencontré. ». Le début du chapitre 14, commence  avec une tirade de Sonchaï :

 

« Nous sommes de minuscules figurines accrochées à la breloque de l’infini. Lorsque notre corps sera usé, nous migrerons vers un autre. Que serons-nous dans la prochaine incarnation ? Romanichel, tailleur, mouche ? Démon, Bouddha, montagne, pou ? Toutes choses sont égales par leur vacuité essentielle. Mais cette terre sera-t-elle encore habitable dans cinquante ans ? Chart na signifie « prochaine vie», et si vous êtes bouddhiste, vous vous en préoccupez. Non seulement la vôtre, mais également celle de la Terre, car elle aussi est un être vivant, ayant son propre karma, auquel le nôtre est inextricablement lié. ».

 

On s’inquiète pour son incarnation future et on accomplira les gestes, les dons, les offrandes au temple, au wat.

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Sonchaï achète à un triporteur des guirlandes de fleurs de lotus, des bâtons d’encens,  qui vend aussi « des kreung sangha tan (ces « paniers de moines») sont plein de petits cadeaux, savonnettes, paquets de chips, bananes, sucre, Nescafé » pour en faire «  offrande à votre wat  favori pour accumuler du mérite ».

 

Sur plusieurs pages on va connaître la vie à l’intérieur des wat, les différentes catégories de personnes de la communauté, les rôles qu’ils jouent. Le moine Titanaka rappelle que les Thaïs sont un peuple conservateur. « Notre version du bouddhisme, le Theravada, a deux mille cinq cents ans et nous n’en avons pas changé un mot »…les robes sont les mêmes … les quatre nobles vérités « la première étant : il existe la souffrance. Seuls les farangs l’ont contestée. »  Le moine  Titanaka est virulent sur le salut. « Sauvé ? Il n’y a rien à sauver, mon ami. Vous parlez comme un chrétien. Vous ne pouvez pas vous lancer dans l’Inconnaissable en espérant acheter votre salut grâce à ce geste –vous devez sauter. Dans l’univers du nirvana, il ne peut y avoir de salut car nous ne sommes jamais vraiment perdus … ni retrouvés. Le seul vrai choix est entre le nirvana et l’ignorance. Telle est la vérité adulte que le Bouddha nous a communiquée. Nous sommes le résultat de ce que nous brûlons. Si on ne brûle rien, on n’est rien. » Et il poursuit sur la notion de dette, qu’il doit à sa sœur dont l’âme n’est pas en repos. Sonchaï précisant « Pour « dette », il a usé du mot de gatdanyu, qui n’a pas d’équivalent dans les langues occidentales et évoque l’obligation la plus astreignante connue dans ma culture, une sorte de dette de sang… ».

 

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Plus loin le roman policier revient sur le panier de moine, énumérant « tout ce dont un moine  a besoin pour survivre un jour ou deux »  que Sonchaï achète quand il lui est nécessaire d’accomplir « un exorcisme dans un cas grave », ou sur d’autres offrandes afin d’accumuler un trésor pour la prochaine vie, chart na : offrez des fleurs et vous serez beau, de l’argent , vous serez riches, des médicaments, vous aurez la santé, donnez des bougies, vous atteindrez l’illumination » (tambun) «  Ensuite Sonchaï explique avec exemples, que « l’effet magique est d’autant plus que celui auquel on offre les présents a une position élevée… ».

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Oui, on baigne tout au long du roman policier avec les références bouddhistes et animistes. Sonchaï, pour son enquête, va visiter la mère de Damrong, et discute avec une voisine qui évoquera le mauvais karma de Damrong qui s’est incarné dans cette pauvre famille, qui pratique la magie noire et dont il ne faut pas parler, car cela porte malheur. Elle lui apprendra dans quelles conditions le père de Damrong a été exécuté, devant ses enfants. Sonchaï s’étonnera : « C’est curieux d’entendre dire cela par une personne qui est visiblement le produit de quelque culte chamanique, mais lorsque les Indiens ont apporté le bouddhisme en Thaïlande, une grande partie en a été absorbée par l’animisme local. »

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Le chapitre se terminera sur une réflexion désabusée en quatre points qu’il  intitulera « un « Voyage du pèlerin » où il s’interroge sur l’attitude à avoir en cas de « karma décourageant », où « la bonne conduite mène à l’esclavage et à la famine » et où « seuls  le sexe et la drogue permettent de gagner de quoi vivre ».

 

L’obsession est présente jusqu’ la fin du roman policier. Un témoin confie  des « secrets » à Sonchaï en terminant par « C’est tout ce que je peux vous dire. J’ai risqué ma vie en vous parlant parce que je veux qu’au moins une parcelle de mon âme survive à cette incarnation sinon je renaîtrai sous forme d’insecte. ».

 

Il est parfois des pratiques moins orthodoxes pour obtenir un meilleur karma. « Désolé de t’infliger un nouveau choc culturel en plein milieu de l’histoire, farang ; voilà ce qu’est un casino funéraire. »

 

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Quatre pages seront consacrés à l’explication et à la scène. Il s’agit d’une veillée mortuaire particulière qui peut durer jusqu’à 49 jours et pendant laquelle est organisé un casino privé comprenant –ici- des jeux de roulettes ; « qui permet à l’épouse éplorée d’affecter les profits au paiement des moines, de la nourriture, à l’amortissement des roulettes, et de réunir une poignée de bahts pour entretenir la famille proche pendant la période postérieure à la veillée. » Il est précisé que « c’est un délit grave passible de prison ». Mais comme lors de la descente les inspecteurs Sonchaï et Lek ne prennent pas l’argent, comme d’habitude, la veuve est heureuse « par l’excellent karma du vieux Tong ».

 

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D’autres « effets de  réel » seront à l’œuvre, concernant la justice, la corruption, la relation ancestrale avec le Cambodge, etc.*****

 

L’un des personnages estime qu’il n’y a pas de justice en Thaïlande, mais « un système d’extorsion », « une kleptocratie ».  D’ailleurs plus loin, Dan - en prison depuis trois ans - n’hésite pas à dire à l’inspecteur Sonchaï l’interrogeant : que le système carcéral thaïlandais est « l’institution la plus scandaleuse du monde », « une usine à faire de l’argent » « où n’importe qui peut se faire prendre » Et de donner l’exemple d’un flic « qui vous fourre un ecstasy ou une pilule de yaa baa dans la poche et qui vous embarque. Vous avez le choix : payer ce qu’il vous demande pour vous libérer ou voir le reste de votre vie englouti par le système. » Sonchaï ne le contredira pas : « Et si je vous disais que vous êtes tombé sur le seul flic de Bangkok qui ne prend pas d’argent. ».

 

Auparavant, on avait vu Sonchaï tentant de récupérer l’un des suspects arrêté à la frontière, sachant que  « pour respecter les règles (il) devrait soudoyer (le flic rural en face de lui), même si l’idée lui déplait. » Mais Sonchaï va apprendre qu’il a relâché le suspect Baker en acceptant un pot de vin. « N’est-ce pas ce que tout le monde fait ? » lui dira-t-il. Mais celui-ci sera de nouveau arrêté par l’immigration cambodgienne et libéré  contre deux Range Rover.

 

Mais nous ne sommes pas dans un pays où seules la justice et la police seraient corrompues. 

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Le patron de Sonchaï, le colonel Vikorn, est là pour lui rappeler que le pays est un système féodal avec le haut et le bas, ti-soong ti-tam ,  et qu’il ne doit pas perdre  de vue ses « obligations de vassal » où « Le renvoi de l’ascenseur n’est pas seulement inscrit dans le système, il est  le système. » (p. 187) Le roman policier n’ira pas plus loin et n’expliquera pas plus avant ce système généralisé  de « services rendus » si particulier à la Thaïlande que l’on ne  peut comprendre que par son histoire avec  le régime féodal du sakdina et le système du clientélisme.

 

(« système de clientèles, où les plus faibles se plaçaient sous la protection d’un puissant en manifestant leur respect par l’octroi de cadeaux et où les “patrons” étendaient leur bienveillance sur les petits afin de renforcer leur position de pouvoir et maximiser leurs revenus. […] Les cadeaux pour services rendus, les pratiques de prélèvements à la source et les pots-de-vin sont, à tort ou à raison, considérés par beaucoup comme partie d’une certaine culture traditionnelle. ». Max Constant.  (Cf. Références et notre article  A80. « La corruption made in Thaïlande. »)******

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Mais « Bangkok Psycho » de Burdett n’est pas une étude historique et /ou sociologique, même si comme nous l’avons déjà dit, il  signale parmi ses sources,  le livre témoignage de Colin Martin « Bienvenue en enfer » et l’étude de Pasuk Phongpaichit et Sungsidh Piriyarangsan « Corruption and Democracy in Thailand » ;  que nous avons d’ailleurs analysés dans trois de nos articles (A39,  A40. Et  A80. « La corruption made in Thaïlande. »)******.  Il s’appuie néanmoins sur une bonne connaissance du pays et nous livre quelques clés pour essayer de le comprendre, même si ces personnages thaïlandais sont persuadés que les farangs n’y parviendront jamais.

 

L’inspecteur Sonchaï Jitpleecheep nous avait prévenus : « Je fais de mon mieux pour décrire la structure cachée d’une société en laquelle peu d’étrangers reconnaîtraient celle de la Thaïlande. ».  

 

Et il termine sa confession – c’est la dernière phrase du roman policier - « Bien à toi (farang) dans le Dharma »

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Notes et références.

 

* http://www.courrierinternational.com/article/thailande-plongee-dans-les-polars-de-bangkok

 

**Romans de John Burdett, traduits en français. (In wikipédia)

  • La Nuit des voleurs, [« A Personal History of Thirst »], trad. de Nordine Haddad, Paris, Presses de la Cité, 1996, 360 p., réédition France Loisirs, 1997, 369 p. (ISBN 978-2-7441-0429-9)
  • Typhon sur Hong-Kong, [« The Last Six Million Seconds »], trad. de Jacques Martinache, Paris, Presses de la Cité, coll. « Romans », 1998, 420 p. (ISBN 978-2-258-04489-0)
  • Bangkok 8, trad. de Thierry Pielat, Paris, Presses de la Cité, coll. « Sang d'encre », 2004, 420 p. (ISBN 978-2-258-06229-0)
  • Bangkok Tattoo, trad. de Thierry Pielat, Paris, Presses de la Cité, coll. « Sang d'encre », 2006, 360 p. (ISBN 978-2-258-07060-8)
  • Bangkok Psycho, trad. de Thierry Pielat, Paris, Presses de la Cité, coll. « Sang d'encre », 2009, 347 p. (ISBN 978-2-258-07675-4)
  • Le Parrain de Katmandou, [« The Godfather Of Kathmandu »], trad. de Thierry Pielat, Paris, Presses de la Cité, coll. « Sang d'encre », 2011, 464 p. (ISBN 978-2-258-08524-4)
  • Le Pic du vautour, [« Vulture Peak »], trad. de Thierry Pielat, Paris, Presses de la Cité, coll. « Sang d'encre », 2013, 414p. (ISBN 978-2-258-10088-6)
  • Autant en emporte l'Orient, trad. de Thierry Pielat, Éditions GOPE3, 2012, (ISBN 978-2-9535538-8-8)
  • Le Joker, [« The Bangkok Asset »], trad. de Thierry Pielat, Paris, Presses de la Cité, coll. « Sang d'encre », 2016, 432 p. (ISBN 978-2-258-13595-6)

 

*** A186- Un « polar » Isan de Jeff : « Un os dans le riz – un enquête de l’inspecteur Prik »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/07/a186-un-polar-isan-de-jeff-un-os-dans-le-riz-une-enquete-de-l-inspecteur-prik.html

 

A187. Vision de l’Isan dans le roman policier de Jeff de Pangkhan « Un os dans le riz ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/07/a187-vision-de-l-isan-dans-le-roman-policier-de-jeff-de-pangkhan-un-os-dans-le-riz.html

 

**** Jonathan DeHart cite d’autres auteurs de roman policier dont l’action se passe en Thaïlande : « Tom Vater, auteur de la série Detective Maier Mystery. , […] « James Newman (qui) qui a organisé à plusieurs reprises une  manifestation intitulée “Bangkok Fiction : Night of Noir” [La nuit du roman noir], qui rassemble écrivains locaux et invités étrangers. » […] « Christopher G. Moore, un ancien juriste et professeur canadien, auteur de la série Vincent Calvino Private [“Vincent Calvino, détective privé”, inédite en français], qui se déroule à Bangkok, »

 

***** Ch. 25.  p. 294, ¾ de page évoque les relations historiques avec le Cambodge. La haine entre les deux peuples, due aux querelles incessantes ; « lls ne nous ont sans doute jamais pardonné  de les avoir battus à Angkor Wat il y a sept cents ans ; à l’époque déjà les Khmers à la magie (…) Nous leur avons tout pris : femmes, garçons, filles, esclaves, or, leur astrologie, la conception de leurs temples, leur musique, leur danse -un bel exemple ancien de vol d’identité (…)  sauf la cuisine qui était loin de valoir la thaïe » rajoute Sonchaï.

******

 

Voir nos deux articles sur ce livre, que Burdett signale comme une de ses sources.

A39. La justice en Thaïlande vue par Colin Martin.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a39-la-justice-en-thailande-vue-par-colin-martin-81949470.html

 

A40. Colin Martin accuse la justice thaïe. « La parole est à la défense » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a40-colin-martin-accuse-la-justice-thaie-la-parole-est-a-la-defense-81949996.html

 

****** Extrait de notre article A80. La corruption made in Thaïlande. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a80-la-corruption-made-in-thailande-111305863.html 

Max Constant (du 30 septembre et du 7 octobre 2012)   intitulé Chronique de Thaïlande : petit manuel de la corruption in http://asie-info.fr/2012/09/30/chronique-thailande-corruption-i-510935.html  :

 

Le régime féodal du sakdina : « les officiels étaient nommés par un supérieur dans la stricte hiérarchie sociale du Siam, mais ne recevaient pas de revenu fixe de cette source d’autorité : ils étaient censés “se payer sur la bête”, en prélevant sur les habitants des ponctions en nature ou, si cela était possible, en espèces. »

 

Les économistes Pasuk Phongpaichit et Sungsidh Piriyarangsan (in Corruption and Democracy in Thailand,The Political Economy Centre, Université de Chulalongkorn, 1994), que Burdett signale comme une  de ses sources.

 

Nous apprennent que le département gouvernemental perçu comme le plus corrompu par les Thaïlandais est celui de la police :

 

Force est de reconnaître que là où les politiciens font parfois preuve d’improvisation, les policiers ont progressivement mis en place un système solidement structuré de ponction directe sur les citoyens et de redistribution à l’ensemble des personnels du département. “A beaucoup d’égards, la police opère comme une entreprise de maximisation du profit”. Et de préciser l’achat des grades, « les primes de protection remises aux commissariats locaux par les marchands d’or, les propriétaires de casinos clandestins et les tenanciers de massages sexuels, en passant par les dessous-de-table payés par des suspects arrêtés pour éviter de passer devant le tribunal ».

 

 

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 22:04
A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Nous avons découvert par hasard une petite brochure de 150 pages intitulée « Lettres siamoises, ou le Siamois en Europe » ... Le sujet était bien susceptible de nous intéresser : Un espion est envoyé en Europe par le roi de Siam, il entretient une correspondance avec ses proches et des officiels et il porte témoignage de ce qu'il voit des mœurs et coutumes européens.

 

Il nous a semblé de la même veine que ce « Voyageur Siamois » de Dufresny dont nous avons parlé il y a quelques semaines (1). Depuis Dufresny, peut-être précédé par « l’espion turc » du Génois Marana quelques années auparavant, imités par Montesquieu dans ses « lettres persanes », il n’est point d’auteur qui, reprenant ce fil n’ait fait voyager un étranger en France pour parler de nous comme s’il était l’explorateurs, et nous les indigènes. Ce choix de parler du réel par le biais de la fiction – fût-elle exotique – constitue la part d’innovation la plus grande et va assurer le succès de l’œuvre de Dufresny qui connut une foule de réédition et, après Montesquieu, d’imitations reproductibles jusqu’à l’usure. Ce scénario, qui est simple – un étranger visite la France et la découvre d’un œil neuf – donnera naissance à une foule d’ouvrages (2).

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Nos « Lettres siamoises » sont – ou seraient d’un certain Joseph Landon, parfois prénommé Jean, de Soissons, dont nous ne savons rien.

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

QUI EN EST L’AUTEUR ?

 

La Bibliothèque Nationale qui donne comme dates 1725(?) – 1769, enregistre de lui quelques ouvrages, une édition des « lettres siamoises » de 1751 et une autre de 1761, il n’y en a apparemment eu aucune autre. Il est ou serait par ailleurs l’auteur d’une comédie en vers « Le Faux indifférent ou l'Art de plaire » de 1750, qui n’aurait jamais été jouée, ce qui n’en fait pas l’éloge et d’une autre comédie « Le Tribunal de l'Amour » qui aurait été représentée par les Comédiens français pendant le voyage de Fontainebleau en 1750, publiée en 1751.

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Son théâtre en tous cas a sombré dans un oubli total. La lecture de la première pièce nous a rapidement fait comprendre pourquoi elle n’a été jouée qu’une fois. Un petit opuscule de 88 pages intitulé « Réflexions de Mademoiselle***, comédienne française » en 1750 lui est également attribué. C’est un recueil de platitudes et de lieux communs (3).

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Ces ouvrages publiés sans nom d’auteur lui sont attribués à la fois par les notices de la Bibliothèque nationale et par ce qui constitue une bible en la matière, le monumental ouvrage de Edmond-Denis Manne « Nouveau dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes : avec les noms des auteurs ou éditeurs » 1868.

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Il est inconnu des quelques ouvrages de référence fondamentaux (4). Les seuls maigres renseignements que nous ayons sur lui proviennent du « Dictionnaire des journalistes 1600-1789 » en son édition numérisée : Jean (ou Joseph) LANDON (?-1769) est né à Soissons et serait mort à Paris en 1769. Il était jeune homme au moment de la publication des « Réflexions de Mlle *** » en 1750. Sa participation journalistique au « Mélange littéraire ou Remarques sur quelques ouvrages nouveaux » publié à Berlin en 1752 est sujette à caution.

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Faute d’avoir la moindre précision sur ce mystérieux Landon, nous avons, avant de le lire, cherché à savoir comment l’ouvrage avait été accueilli lors de sa parution. Le premier à en parler est le « journal de Trévoux » (« Mémoires pour l'histoire des sciences et des beaux-arts ») dans son numéro de septembre 1751. La notice en est écrite au jus de mancenillier : « On nous a adressé un ouvrage intitulé « Lettres siamoises » et une lettre ou on se plaint beaucoup de celui qui mis ce livre au jour. On prétend que c’est un vol fait au véritable auteur qui avait prêté son manuscrit. On trouve dans ces lettres telles qu’on les donne une multitude d’altérations. On dit qu’elles ne présentent rien d’intéressant pour la politique, pour les mœurs. Nulle attention à bien prendre le style oriental etc… Il faut juger de l’étendue de ces reproches sans partialité. Nous pouvons affirmer qu’après avoir lu ce volume de lettres siamoises, nous avons été peu satisfaits et que le véritable auteur n’aura aucune peine à donner quelque chose de mieux. Nous osons le prier de supprimer tous les petits rapports tendres et passionnés entre le Siamois Nadazir et la Siamoise Abensalida, de ménager partout les intérêts des mœurs et de la religion, d’écrire avec plus de feu que son plagiaire et de faire en sorte qu’on ne s’ennuie pas à la lecture de son ouvrage ».

 

Quoique cette revue fût alors qualifiée de « Revue des Jésuites » et que ses opinions ne fussent jamais cachées, elle restait de grande qualité mais – avant de lire l’ouvrage – nous avons souhaité » en savoir plus par-delà l’opinion des Jésuites.

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Le « Mercure de France » dans son numéro de juin 1751 avait été plus insidieusement féroce en écrivant « Lettres Siamoises, ou le Siamois en Europe » : Ces lettres font des observations sur nos mœurs & sur nos usages. On pourra juger de l'ouvrage, parle morceau que nous allons copier »… et de citer une page de la brochure qui n’est effectivement pas du meilleur aloi, le galimatias amoureux, nous y reviendrons.

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Notre pauvre Landon, s’il n’a jamais existé, ne fut pas mieux traité dans la revue « CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, PHILOSOPHIQUE ET CRITIQUE » en son tome IV : « Lettres siamoises, ou le Siamois en Europe, brochure de 150 pages environ. Depuis les Lettres persanes de l'immortel président de Montesquieu, il n'y a point de nation en Asie ni en Amérique dont nous n'ayons fait voyager quelques individus en France pour leur faire tracer un tableau de nos mœurs. Ainsi le seigneur siamois ou mexicain est ordinairement un pauvre diable qui, relégué dans un quatrième, a besoin de quelques écus pour ne pas mourir de faim. Dans le choix, je vous conseille de faire l'aumône au seigneur siamois, sans vous exposer à lire le recueil de ses platitudes ». Cet appel à notre charité a sa raison, nous allons le voir !

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Les Lettres

 

A l’inverse du visiteur de Dufresny, ce Siamois n’est pas un ectoplasme. Quantum mutatus ab illo Hectore ! (5). Il a un nom, il s’appelle Nadazir, il a une maitresse nommée Abensalida, deux patronymes qui ne nous ont pas semblé très siamois, il a même un visage singulier ....

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qui nous rappelle étrangement le « Chinois fourbe et cruel » dessiné par Hergé bien plus que les mandarins siamois de l’ouvrage de La Loubère. Mais brisons-là ! Cette figurine ne figure d’ailleurs plus dans la seconde édition de 1761.

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

L’ouvrage se présente sous forme de 36 lettres. 17 d’entre elles sont de la correspondance amoureuse, de Nadazir à Abensalida, d’Abensalida à Nadazir et l’une d’entre elle de Nadazir à la mère d’Abensalida. Nadazir a en effet égratigné le lien amoureux lors de son séjour à Paris et il lui fallut se faire pardonner.  Notre espion arrivé au lieu où il doit être « l’œil vigilant de son Roi », c'est-à-dire à Paris, écrit aussitôt à sa chère Abenzalida, et lui dit tout ce qui s'est dit beaucoup mieux un million de fois en pareille occasion.

 

Ceci explique la remarque du « Journal de Trévoux » (… Nous osons le prier de supprimer tous les petits rapports tendres et passionnés entre le Siamois Nadazir et la Siamoise…). Ces correspondances sont polluées par un style hyperbolique dont notre Siamois se justifie toutefois de singulière façon « Qu'on n'aille pas s'élever contre les expressions hyperboliques qui font l'essence de cet Ouvrage. Nous naissons tous poètes. Il y aurait autant de difficulté à nous ôter les métaphores, qu'à empêcher un Français d'être vain, inconstant et grand parleur ». Une citation nous suffira pour ne plus y revenir « Quelle voix étendue, quel messager fidèle te pourrait raconter mon désespoir ! Quelles couleurs assez lugubres, pour te peindre, dans toute son horreur le gouffre d'ennuis où m'abîme ton éloignement ! Mon esprit déchiré d'inquiétudes tyrannise mon cœur dévoré par l'amour. Je te l'offre tous les jours ce cœur après la purification du Soleil levant. Je mêle cinq fois par jour mes larmes à celles que tu as déposées dans ce vase que tu m'as donné, triste, mais précieuse marque de ta tendresse : Je me prosterne, à chaque aurore, devant cette urne pour arrêter tous mes désirs à la beauté de ma chère Abenzalida ». La littérature du XVIIIème siècle nous a, en matière de correspondance galante ou amoureuse, habitué à beaucoup plus d’élégance. N’insistons pas car c’est le travail de l’espion qui nous intéresse.

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Son second courrier sera pour son protecteur, l’Oya Lazahyka, il est juste qu’il ne l’oublie pas. II doit même, dans la circonstance où il se trouve, avoir mille choses intéressantes à lui communiquer. Voici ce pendant ce que nous avons trouvé de plus remarquable dans cette lettre : « Je baise avec respect la partie rampante de ton bonnet et je rampe cinq fois à tes genoux ». L’hommage est plaisant et l'on trouve au bas de la page, cette note savante : « ceux quì sont élevés à la dignité de Naïre portent un long bonnet appelle Naïre que leurs inférieurs baisent avec vénération ».

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Passons la lettre au premier Barcalon Tasooprapoat, le premier Ministre de Siam, lettre qui de l'aveu de l’Auteur … ne dit rien. Nous vous épargnerons une lettre de la tendre Abenzalida, six pages de la même farine que celle de son espion.

 

Tirer sur les Abbés et déclamer contre les Prêtres est un lieu commun de la comédie surtout à cette époque. Notre Siamois n'a pas manqué de saisir cette ressource et dans une Lettre au vénérable Sancrat, Abbé Commendataire des Talapoins de Louvo. Nadazir peint assez ridiculement les abbés mondains et leurs mœurs « relâchés ». Nous nous dispenserons de faire valoir ici son esprit, il est du style de tous les vaudevilles « anticléricaux » (le mot n’existe pas à cette époque) de ce siècle et d’après. Ne citons qu’une note « la langue Balie est un idiome mystérieux dont se servent les Talapoins pour endoctriner le peuple. Le sens de chaque phrase est toujours tortueux: elle est pour les Indiens, ce qu’est l’Alcoran pour les Turcs ». Nous retrouverons d’ailleurs cet athéisme d’époque dans une lettre  que lui adresse Abou – Kaïli, intendant des Magasins du Roi à un réponse à un courrier non  publié : « Cette attente d'un nouveau Dieu, pour me servir de leurs termes, rend le peuple attentif & crédule, toutes les fois qu'on lui propose quelqu'un comme un personnage extraordinaire, surtout  si celui qu'on met devant ses yeux faciès est entièrement stupide, parce que l'entière stupidité ressemble à ce qu'il se figure de l'inaction & de l'impassibilité du Nireupan ». Le « Nireupan est le degré sublime de perfection où les ames peuvent arriver » écrit-il par ailleurs. On peut supposer qu’il s’agit du Nirvana ? C’est bien évidemment là une réflexion qui n’a pas dû faire plaisir aux rédacteurs du Journal de Trévoux ! Diderot fera mieux avec plus de talent (6).

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Les femmes, éternel sujet de comédies, farces et vaudeville, ne sont pas ménagées. Dans un courrier à son ami Zékioc-Ymy, Officier de Judicature à Siam, il s’élève contre leur passion du jeu : « Ces belles moitiés du monde ne jouent point à Siam ; à Paris le jeu est leur élément; On nous reproche l'adoration des idoles, tandis que chez ces infidèles mille autels sont élevés les jours et les nuits au Génie trompeur du jeu ». Cette réflexion est suave quand on connait la passion morbide des Thaïs pour les jeux d’argent déjà vilipendée par La Loubère un siècle auparavant ! Ailleurs notre Siamois nous dit « les femmes peuvent aller de compagnie avec nos pagodes, que le vulgaire de Siam n’encense qu'à proportion des riches vêtements dont elles sont chargées : leurs maris semblent des Prêtres qui contractent en les épousant la dispendieuse obligation de réchauffer l’éclat de ces idoles de chair des étoffes les plus précieuses & des diamants les plus rares. Mais ce qui différencie ces malheureux époux des Prêtres, c'est que l’entretien de l’idole est à la charge des premiers, & que ce n’est pas toujours de leur part que l’encens est le plus agréablement reçu ».

 

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Les médecins sont évidemment un autre sujet de vaudeville, notre espion a donc eu affaire avec un quelconque Diafoirus, il en fait part à Saïblacouaziz, premier médecin du Roi de Siam dans son style qui ne vaut pas celui de Molière dans « le malade imaginaire » : « Une flamme brulante et volatile circulait dans mes veines. Des fourbes, prévaricateurs ignorants de ton art divin, ont fait sortir de mon sang, cette portion immatérielle … L'espace immense qui me sépare de l'aimable Abenzalida avait jeté sur mon âme une teinture d'inquiétude & de désespoir, qui ne fut pas longtemps sans gagner jusqu'à mon corps. Les Européens qui m'obsèdent, m'offrirent leurs secours trompeurs, Ils m'envoyèrent un escadron lugubre de ces espèces d'êtres destinés à conserver les autres, & qui s'emploient à les détruire…. »

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Les réflexions sur la monarchie, nous les attendions, ne viennent pas de l’espion mais de Ocprasymohosot, Secrétaire du premier Barcalon « La tyrannie est horrible à tous les yeux ; un Roi cruel est un monstre ; un Roi parricide est l'opprobre de l'Univers … »….

 


 

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Le mystérieux Landon va toutefois abonder dans le sens de la plus méprisable et la plus plate flagornerie : « ….Mais nous applaudissons à l’éloge d'un Monarque dont les vertus font toujours présentes à nos cœurs; & nous finirons cet extraits par ce portrait dont notre amour avoue tous traits. „ Le Prince qui donne des lois à ces infidèles, dit notre Espion, est d'une figure faite pour la majesté du Commandement ; petit fils et successeur d'un Roi qui a fait l’admiration de l'univers, ses vertus ont la même supériorité, ses conquêtes le même bonheur, sa Monarchie est aussi florissante, ses peuples font aussi heureux. Quoiqu'assiégé de Courtisans, il aime qu'on lui parle le langage de la nouveauté ; toutes les avenues de son cœur font ouvertes à. la vertu & au désir de faire des heureux : il n'est pas étranger au milieu de ses sujets; & il veut manier, les ressorts les plus secrets de son Empire. L'amour des peuples est l'éloge le moins suspect du Souverain. Celui-ci a mérité des siens le titre attrayant de BiEN AIMÉ, plus flatteur que celui de Grand, dont il n'est pas moins digne ; Et si l'on voit des bouches impures attenter à la gloire de ce Prince par des discours & des écrits, enfants de l'ingratitude & de l'odieuse calomnie, c'est que la vertu qui s'élève, attriste le crime qui s'avilit… ».

 

N’oublions pas que ce texte est écrit en 1751 à une date où Louis XV qui règne depuis 1715 et qui fut un temps « le bien-aimé » était déjà depuis quelques années devenu le monarque le plus impopulaire et certainement le plus haï de notre histoire. Sous le règne de Louis XV, fortement imprégné de l’esprit encyclopédique, la censure était devenue bien élastique et ne nécessitait peut-être pas cette avalanche de basses flatteries ?

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

C’est une lettre de notre espion à Mogla, Trésorier  Général des Finances du Roi, qui va nous permettre de conclure « Déja le lumineux Tavan (le soleil) a deux fois décrit sa course invariable, & je n'ai point reçu cette paye essentielle au succès de ma mission et à ma subsistance. Apprends que sous cet hémisphère, on achète jusqu'à l'air que l'on respire … ». Il crie misère.

 

Nous aurions dû suivre le conseil de la  « CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, PHILOSOPHIQUE ET CRITIQUE » : Dans le choix, je vous conseille de faire l'aumône au seigneur siamois, sans vous exposer à lire le recueil de ses platitudes
 

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Ce style emphatique qui nous exaspère en a exaspéré d’autres avant nous, Lesage en 1715 déjà s’en gaussait dans le dialogue entre Gil Blas et Fabrice, son ami poète qui nous rappelle singulièrement Landon  (7).

 

Dufresny nous disait s’être fort amusé à écrire son « voyageur siamois », nous l’avons lu sans déplaisir, nous nous sommes fort ennuyé à lire « l’espion siamois  ».

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

 NOTES

 

(1) voir notre article A 227 – « LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV ».

 

(2) aux « Lettres d’une Turque écrite à sa sœur au sérail » par Poullain de Saint Foix (1730), « Lettres juives » (Lettres juives ou Correspondance philosophique, historique et critique entre un Juif voyageur à Paris et ses correspondants en divers endroits) de Boyer d’Argens (1736), « Lettres moscovites » de Francesco Locatelli (1736), « Lettres saxonnes » d’un anonyme (1738), « Lettres d’un sauvage dépaysé contenant une critique des mœurs du siècle et des réflexions sur des matières de politique et de religion »« de Joubert de la Rue (1738), « Lettres chinoises ou correspondance philosophique, historique et critique, entre un chinois voyageur à Paris et correspondants à la Chine, en Moscovie, en Perse et au Japon, par l'auteur des Lettres juives et des Lettres cabalistiques » de Boyer d’Argens (1739), « Lettres d'une Péruvienne »  de Mme de Graffigny, (1747), « Lettres iroquoises » de Maubert de Gouvest (1752), Lettres d’Amabed de Voltaire (1769), une liste qui est loin d’être limitative et où l’on peut trouver du médiocre, du talent et du génie.

 

(3) Il y en a quelques extraits dans le numéro du « Mercure de France » d’octobre 1750.

 

(4) Nous avons consulté le monumental « Catalogue de pièces choisies du répertoire de la Comédie française, mis par ordre alphabétique, avec les personnages de chaque pièce et les nombres des lignes ou vers de chaque rôle » (1775), l’« Histoire générale du théâtre en France » quatre volumes. 1904-1910 d’Eugène Linthillac, les quatre volumes de l’ouvrage de Jacques-Charles Brunet, « Manuel du Libraire et de l'Amateur de Livres », 1861 et enfin les quatre énormes volumes de l’ouvrage de Gustave Lançon « Manuel bibliographique de la littérature française moderne : XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles » 1921 qui a pourtant catalogué pratiquement tout ce qui s’est écrit en France depuis l’invention de l’imprimerie et même avant, ces deux derniers ouvrages passant néanmoins pour être exhaustifs.

 

(5) « Combien différent de cet Hector d’autrefois », in Énéide de Virgile, II, 274.

 

(6) « La religieuse » est de 1780. 

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

(7) « … Ton sonnet n’est qu’un pompeux galimatias et il y a dans ta préface des expressions trop recherchés, des mots qui ne sont point marqués au coin du public, des phrases entortillées pour ainsi dire… Les livres de nos bons en anciens auteurs ne sont pas écrits comme cela. Pauvre ignorant s’écria Fabrice ! Tu ne sais pas que tout prosateur qui aspire aujourd’hui à la réputation d’une plume délicat affecte cette singularité de style, ces expressions détournées qui te choquent… » (Gil Blas, livre VII, chapitre 13).

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 22:02
A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Nous avons tous rencontré dans les temples bouddhistes ou parfois isolées sur un promontoire ces « empreintes sacrées » (phraphouthabat  ou buddhapāda พระพุทธบาท – ou encore sribat ศรีบาท) de taille variable et comportant une impressionnante série de petites gravures mystérieuses souvent cachées sous l’avalanche de pièces de monnaie, au centre desquelles se trouve le plus souvent la « roue de la loi ». Nous pouvons lire partout, sans guères d’autres précisions, qu’elles sont 108. Ce symbole est récurent dans toute l’iconographie bouddhique. Indéchiffrables pour un néophyte, il nous a intéressé de savoir quel en était le sens.

 

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

L’origine Cingalaise des empreintes sacrées ?

 

La plus ancienne et la plus célèbre des « empreintes du pied de Bouddha » est celle du Pic d’Adam dans l’île de Ceylan. A une époque préhistorique perdue dans la nuit des temps et si reculée qu'il n'en reste qu'un vague souvenir dans les mythes antérieurs à l'épopée du Ramayana elle-même et dans des fragments de légendes orales, l'île de Ceylan, (primitivement désignée sous le nom de Sri-Lanka qu’elle a retrouvé aujourd’hui), aurait formé l'extrémité de la péninsule méridionale de l'Inde.

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Un cataclysme géologique déchira violemment l'isthme alors existant et creusa le détroit de Palk qui sépare aujourd’hui l’Inde de l’île. Il ne reste pour témoigner de ce rattachement que les bancs sablonneux dits « Pont d’Adam ».

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Selon Sir Alabaster  - qui lisait toutes les langues vivantes et mortes de la création - (1) de nombreux écrits cingalais mentionnent l'existence d'une empreinte de Bouddha sur le pic d'Adam, l’un des points culminants de l’ile dans sa partie sud. Toutefois, la plus ancienne mention remonte aux écrits du pèlerin bouddhiste venu de Chine, Fah Hian, vers l’an 400 de notre ère confirmé 100 ans plus tard par Song Yun, autre pèlerin chinois et beaucoup d’autres écrits postérieurs.

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

« Quand Foë (Bouddha) vint dans ce pays, il voulut convertir les mauvais dragons. Par la force de son pied divin, il laissa l'empreinte d'un de ses pieds au nord de la ville royale, et l'empreinte de l'autre sur le sommet d'une montagne. Les deux traces sont à la distance de quinze yeou yan (environ 80 km.) l'une de l'autre. Sur le vestige qui est au nord de la ville royale, on a bâti une grande tour haute de quarante tchang (122 mètres). Elle est ornée d'or et d'argent, et les choses les plus précieuses sont réunies pour former ses parois. On a encore construit un sengIdalan, qu'on nomme la Montagne sans crainte. Il y a cinq mille religieux » écrivait Fah Hian (2).

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Ce serait la trace d’un pied de Bouddha, abritée d’une tour, laissée dans le roc lorsqu’il mit pied sur terre après un séjour au paradis d’Indra. C'est un trou dans le rocher d'environ cinq pieds de long (1,65 m.), peut être un caprice de la nature (lusus naturae), peut-être creusé à la main, qui représente le contour très grossier d'un pied.

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Son manque d'état n'a pas empêché les bouddhistes de le revendiquer comme fait par le pied de Bouddha, les Sivaïtes, comme fait par celui de Siva, les Mahométans, par celui d'Adam lorsque, chassé du paradis terrestre, il mit le premier pied sur terre et les chrétiens, par celui de saint Thomas, l'apôtre qui a évangélisé des Indes.

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Le promontoire a en tous cas conservé son nom de pic d’Adam pour les occidentaux, localement il est le pic Sripada ou Sribat (ศรีบาท en thaï), le pic de l’empreinte sacrée.

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

La découverte en aurait été faite miraculeusement par un roitelet local  90 ans avant Jésus-Christ ? Il n’y avait aucune marques particulières mais deux visiteurs anglais rencontrés par Alabaster et s’étant rendu sur place (l’accès en est difficile) auraient constatés, probablement sur un couvercle recouvrant l’excavation, les 108 figurines sacrées aujourd’hui disparu. C’est du moins l’opinion de Michel Lorillard dans la très érudite étude, la plus récente, consacrée aux saintes empreintes (3). Le voyageur hollandais Philippus Baldaeus fut probablement le premier à avoir décrit en 1672 l’empreinte du « Pic Adam » qu’il était allé visiter (4).

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Il fut suivi du Major Michel Symes et de James Low (5). Ce sera ensuite Eugène Burnouf, le grand érudit français qui lui aussi parlait toutes les langues de la création qui consacra une partie de son ouvrage aux saintes empreintes en général et à celle de Ceylan en particulier (6).

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Lucien Fournereau pour sa part déplore que cette empreinte n’ait pas - il écrit en 1895 – été sérieusement étudiée (7). Il semble qu’il en soit de même à ce jour ?

 

L’article de Michel Lorillard enfin (3) est une synthèse remarquable mais ne parle que de façon allusive des 108 signes propitiatoires qui nous intéressent.

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

De Ceylan au Siam en passant par la Birmanie

 

Les empreintes probablement venues des Indes, sont passées de Ceylan en Birmanie et à l’est, dans les pays de bouddhisme theravada, Siam, Laos et Cambodge. C’est la question que pose Michel Lorillard (3). Relevons un très bel article du Dr. Jacques de Guerny, auteur du livre « Buddhapada : L’odyssée des empreintes de Bouddha » publié sur le site de l’Ambassade de France en Birmanie (8).

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Notons simplement la présence sur l’île de Samui d’une Sainte Empreinte de Bouddha, située à l'abri d'un petit sala, au sommet d'une butte, à côté du temple de Khaôlé (พระพุทธบาทเขาเล่). Elle serait venue à dos d'homme de Birmanie « il y a plusieurs centaines d'années » et présente l'originalité d'être d'une taille exceptionnelle (environ 3 mètres) et de comporter quatre sculptures en superposition. Elle a retenu l'attention du grand Roi Rama V lors d'une visite sur l’île en 1888. Dans une lettre à son épouse principale relatant son pèlerinage, il précise qu'elle serait vieille de 500 ans (9).

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

Sur l’île toujours, le temple de Samret (สำแรจ) abrite un magnifique Bouddha couché de marbre blanc qui serait venu de Ceylan « il y a plusieurs centaines d'années » selon l’abbé du temple (9). Aucun de ces deux monuments n’a fait l’objet à ce jour de la moindre étude.

A 228 - QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA

C’est seulement sous le règne du roi Song Tham (1610 – 1618) que nous allons voir apparaître une sainte empreinte au Siam. La découverte miraculeuse dans la forêt fut le fait d’un chasseur. Le roi en est avisé et se rend avec toute sa cour et son armée à Saraburi. Il avait appris depuis longtemps par des moines de Ceylan l’existence de cette relique dans une montagne de son royaume et l’avait fait rechercher en vain. Il fit alors construire une route d’accès et un mondop (มณฑป) pour l’abriter après l’avoir fait recouvrir de feuilles d’or. Détruit et reconstruit, ce lieu est devenu à ce jour l’un des endroits les plus sacrés du bouddhisme thaï, le wat phrabat saraburi (วัด พระพุทธบาท สระบุรี) (10).

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Voilà ce qu’en dit Alabaster « Le Phrabat est au centre du monastère : c'est un trou dans le rocher d'environ cinq pieds de long sur deux de large...  Le grillage qui le recouvre habituellement est enlevé pour nous permettre d'en voir le fond : mais le temple est si obscur que nous ne distinguons pas grand-chose. Nous écartons quelques-unes des offrandes qu'on y a déposées : mais nous ne voyons rien du dessin, à l'exception des cinq marques des orteils, cinq entailles dans le roc faites au ciseau, au dire de quelques-uns. En réponse à nos questions, on dit que les autres marques ont été détruites accidentellement par le feu, il y al longtemps. Nulle ressemblance avec un pied ».

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La liste des Signes.

 

Au vu de l’empreinte de Saraburi, des constations et descriptions antérieures de Baldaeus, Alabaster, Low et Burnouf, au vu aussi de nombreuses inscriptions épigraphiques traduites par lui ou de textes pali-sanscrits traduits par Burnouf, de l’étude d’autres empreintes pieusement conservées au Musée national et d’études épigraphiques antérieures, Lucien Fournereau va nous donner une liste exhaustive du détail de ces 108 figurines (7). Elles ont toutes des traits communs : Au centre en général se trouve la belle roue de la Thamma Chakkra (ธรรมจักร) appelée aussi  Wonglohaengchiwit (วงล้อแห่งชีวิต), « la roue de la vie », symbole par excellence du bouddhisme. Il est parfois le seul, nécessaire et suffisant.

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Mais on en a rajouté d'autres pour faire du pied du Bouddha une sorte de représentation du monde. Il n’y a pas toutefois d’entente unanime pour la formation de la liste des signes qui doivent entrer dans l'ensemble du dessin. Chacun artiste a suivi sa fantaisie ou celle de son commanditaire. On ne trouve pas systématiquement dans une empreinte donnée tout ce qui se trouve dans les autres. Mais tous les érudits ont convenu de fixer  à 108 le nombre des signes.

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Pourquoi ce nombre ?

 

Selon Alabaster et Burnouf, il aurait été adopté parce qu'il est le produit des trois premiers chiffres élevés à leur propre puissance : 11 x 22 x 33 soit 1 x 4 x 27. Les premiers Bouddhistes étaient-ils des mathématiciens ? N’oublions pas que les Siamois utilisent la numérotation directement venue des Indes, utilisation de 9 chiffres (de 1 à 9), invention du zéro et numérotation de position. Fournereau nous rappelle que 108 est un nombre aimé des Bouddhistes, citant après Alabaster les « 108 portes de la loi » ou les « 108 noms du soleil, de Vichnu ». Cher aux Hindous, il est celui des signes du pied sacré du Bouddha. Nous pouvons aussi y trouver une représentation trinitaire symbolique, 1 symbolise l’unité, 0 le néant et 8 l’infini représenté en mathématiques contemporaines par un 8 renversé : . Fournerau constate par ailleurs des divergences dans les listes en fonction de signes que l’on peut prendre comme individuels ou comme collectifs (les 16 ciels de Brahma, les 7 fleuves, les 7 lacs, les 7 montagnes). Si l'on compte pour autant d'unités les signes ainsi réunis, on obtient le chiffre de 108…  Les autres divergences s'expliquent de la même manière. 68 signes pour Baldaeus, 96 pour Low, 65 pour Burnouf mais elle finit par les « 6 espèces de mondes divins » et « les 16 espèces de mondes de Brahma » : elle a les 7 fleuves, les 7 lacs, les 7 montagnes. En divisant ces signes collectifs, en comptant pour 4 les quatre continents et pour 2 les deux étendards, Fournereau n'arrive qu'au nombre de 106, il manquerait donc deux signes ? Si l'on décomposait de la même manière les signes multiples ou collectifs de la liste de Low, on arriverait à 123 et même à 132 !

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Fournereau va donc essayer tant bien que mal de donner une description complète du pied du Buddha, non en vue d'arriver à une coïncidence impossible, mais pour faciliter l'intelligence des divers dessins qui existent : Toute représentation se compose de deux parties : la partie supérieure divisée en 5 compartiments correspondant aux 5 orteils, chacun desquels se subdivise en trois carrés pour figurer les trois phalanges occupés par une spirale. Cette spirale représente, selon Alabaster,  « réseau » un  système de lignes qui orne les doigts des mains et des pieds du Buddha et constitue le 30 des « signes du Grand homme », de sorte que le Phrabat réunit deux de ces signes (30 et 31). La partie inférieure représentant la plante du pied, est une longue bande arrondie à l'extrémité pour figurer le talon, et au milieu de laquelle se voit un disque, simple ou orné, et, dans ce dernier cas, entouré de lames : c'est la roue, le signe essentiel et fondamental non compris dans les 108 signes au sein desquels, du reste, il se retrouve quelquefois. Les signes sont rangés dans des compartiments en lignes horizontales au-dessus, au-dessous et à côté du disque. Alabaster pour sa part arrive à 108 signes.

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Devant ces évidentes difficultés, Fournereau a dressé une liste générale des signes classés de façon méthodique comme nous allons le voir. Sa liste signale, ce dont nous vous ferons grâce, les divergences d’avec Low, Burnouf, Alabaster ou Baldaeus. Certains signes se trouvent dans toutes les listes, certains  sont doublés ou divisés, certaines identifications sont douteuses. Pour toutes ces cartouches en tous cas, Fournereau donne en note le nom sanscrit-pali sur la base essentiellement des renseignements recueillis et traduits par Burnouf, preuve selon toute apparence d’une origine indienne ?

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9 signes collectifs : 4 grands continents, 2000 petits continents, 7 grands fleuves, 5 grandes rivières, 7 grands lacs, les 7 ceintures du Mont Meru, les 6 mondes divins et les 16 mondes de Brahma.

 

12 parties du monde : le monde, le soleil, la lune et les étoiles, Rohini (ville de la mythologie hindouiste), étoile du matin, étoile du soir, montagne entourant la terre, Himalaya, Meru, Kailaça (autre cité mythologique) et Océan.

 

9 Dieux, génies et être vivants : Brahma à quatre faces, Kimpurusa (roi d’un territoire légendaire de l’Inde), Kinnara (créature céleste de la mythologie indienne), la divinité des nuages, le Roi Chakravartin (roi mythique des Védas), Siva, femme dans ses atours, Rama à la hache et le grand Richi ( ?).

 

14 quadrupèdes : éléphant Uposatha, éléphant Airivana, éléphant Chaddanta, éléphant Sakhinakha (4 éléphants de la mythologie védique), le lion, le tigre royal, le tigre jaune, le cheval, le cheval de Siddaharta (autre nom de Bouddha), le taureau, le buffle, la vache et son veau, le lapin et le daim.

 

9 volatiles : le garuda, le cygne, le coucou, le paon, le héron, l’oie, le faisan, l’aigle et le coq.

 

7 reptiles ou animaux aquatiques : le naga, le serpent, le makara d’or (animal du panthéon indou), le crocodile, la baleine, poisson d’or et tortue d’or.

 

1 insecte : le scarabée d’or.

 

14 fleurs ou plantes : réunion de tiges creuses ( ?), guirlande de fleurs, lotus bleu, lotus rouge, lotus rouge double, lotus rose, lotus blanc, lotus blanc double lotus blanc à cœur noir, fleur buntharekang, fleur  Makulla, fleur Montha, fleur Phutson et fleur céleste (toutes fleurs de la mythologie indoue).

 

4 joyaux : joyau, 9 pierres précieuses, joyau inestimable, jardin de diamants.

 

3 constructions : palais, arcade, palais céleste.

 

6 meubles : siège de pierre de Bouddha, siège fortuné ( ?), siège d’osier, lit d’or, litière d’or, jonque d’or.

 

5 armes : épée, lance, chakra (trident), trident de Siva et arc de Rama.

 

15 pièces d’habillement, ornement et insignes : partie de garde-robe du prince, turban ou couronne, partie de la coiffure, pantoufles, pendants d’oreille, parasol blanc, éventail, plumes de paon, chasse-mouches, baudrier doré, étendard et bannière.

 

Nous sommes à 108 mais il en est d’autres :

 

9 ustensiles divers : pot à eau, vase plein, vase plein d’or, vase et chaine de diamants, chaine, soucoupe, bai-si (sorte d’offrande), conque tournée à droite, conque (instrument de musique).

 

5 ustensiles de moine : 3 robes, éventail, bol à aumône, livre sur un vase, chaire de prédicateur.

 

5 Signes mystiques : svastika, çrivastaya ( ?), enroulement fortuné ( ? ), Sôvastikaya (autre forme de svastika). Le prospère ( ?) (11).

 

3 signes douteux : non identifies.

 

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Fournereau toutefois reconnait qu’au vu des pièces conservées au Musée national de Bangkok ou de moulages présentement au Musée Guimet, il ne lui est pas toujours possible d’identifier les signes de petite dimension souvent presque effacés, logés dans leurs 108 compartiments dont certains sont douteux … « Mais il me parait difficile de rien décider » écrit-il. Il a néanmoins le mérite d’avoir levé pour nous un coin du voile sur ce que nous considérions comme de curieux glyphes. Nul ne semble l’avoir fait après lui ? Il semble en tous cas que les empreintes sculptées ou construites ces dernières années soient systématiquement normalisées à 108 glyphes ?

 

Temple de Plaïlaem à Kho Samui (2003) :

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NOTES

 

(1) « The wheel of the law » par Sir Henry Alabaster,1871, p. 247 s.

 

(2) Chi Fa Hian : « Relation des royaumes bouddhiques, voyage dans la Tartarie, dans l'Afghanistan et dans l'Inde, exécuté, à la fin du IVe siècle par Chy Fah Hian ». Traduit du chinois et commenté par M. Abel Rémusat. 1836, Chapitre XXXVIII, pages 354 s. A cours de son périple, le pèlerin Chinois a rencontré de nombreuses autres empreintes, au moins huit. Le traducteur nous explique en note les difficultés d’accès : « Cette montagne est située à environ quatorze milles d'Allemagne de Colombo. On ne peut parvenir au sommet qu'au moyen d'une chaîne de fer attachée au roc et dont les anneaux servent d'échelons. Le sommet forme une aire de cent cinquante pas en long, et de cent dix en large. Au centre de cet espace est une pierre longue de sept ou huit pieds, et s'élevant au-dessus du sol d'environ trois pieds. C'est là que les dévots croient reconnaître la trace, les uns du pied de Shâkyamouni, les autres de celui d'Adam ».

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Song Yun pour sa part est plus bref : « …là aussi il y a un temple avec un stupa; sur une roche qui est dans le temple se trouve l'empreinte des pieds du Buddha » (voir Edouard Chavannes « Voyage de Song Yun dans l'Udyāna et le Gandhāra » In Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, Tome 3, 1903. pp. 379-441.

 

(3) « Aux origines du bouddhisme siamois - Le cas des buddhapāda » par Michel Lorrillard In Bulletin de l’école française d’extrême orient,  Tome 87,  n°1, 2000. pp. 23-55.  

 

(4) Traduction anglaise : « A Description of the East-India Coasts of Malabar and Coromandel and also of the Isle of Ceylon with their Adjacent Kingdoms & Provinces »  1672. L’édition hollandaise de la même date contient de superbes gravures sur bois mais malheureusement aucune du pic d’Adam.

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(5) « Relation de l’ambassade anglaise envoyée en 1795 dans le royaume d’Ava suivi d’un voyage fait en 1798 à Colombo dans l’ile de Ceylan », traduction française de 1802, tome II et planches par le Major Michel Symes.  La gravure dont il nous dote est celle d’un temple birman :

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« Transactions of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland » Volume 3, p. 62 s.  de juillet 1831 par James Low

 

(6) « Le Lotus de la bonne loi, traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au bouddhisme », par M. E. Burnouf (1852).

 

(7) « Le Siam ancien », premier volume.

 

(8) https://mm.ambafrance.org/Buddhap%C4%81da-l-odyssee-des

 

(9) « สมุยทื่รัก » (Samuithirak) publication collective de 2003. Curieusement, le Bouddha est couché du côté gauche alors qu’il doit traditionnellement l’être du côté droit sur les quatre positions traditionnelles, « le songe », la prophétie », « donnant l’enseignement » et « la grande et totale extinction ». Cette position se retrouve de temps à autre sans que nous en ayons une explication plausible.

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(10) Voir notre article « les huit rois du début du XVIIème siècle » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-71-les-huit-rois-du-debut-du-xvii-eme-siecle-1605-1656-115599542.html(

 

11) Sur la svastika, dextrogyre ou sénestrogyre, voir en particulier  « Les vierges mères et les naissances miraculeuses » par P. Saintyves (1908) et « Croix et svastika en Chine » par le Père Louis Gaillard (1904)

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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 22:08
A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

Nous sommes en 1699. L’arrivée des Siamois à Brest en 1684 et 1686 et les deux ambassades françaises au Siam de 1685 et 1687 firent grande émeute de badauds en France où les esprits sont toujours émus des hommes et des choses qui viennent de loin même si elles furent une mystification pour Louis XIV. L’inestimable récit de La Loubère « Du royaume de Siam » a été publié en 1691 avec un retentissant succès. Depuis 1672, année de sa création, « Le Mercure Galant », ancêtre du Mercure de France, publie plus ou moins régulièrement 12 numéros par an. Toute la France le lit, tout ce que la province compte d’érudits est abonné. Il a consacré au Siam des numéros entiers et des dizaines d’articles.

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

La Bruyère publie en 1688 « Les caractères ou les mœurs de ce siècle - Précédés des Caractères de Théophraste (traduits du grec) ». Il n’oublie évidemment pas le Siam avec une ironie qui sent déjà le XVIIIème siècle et que n’eut pas désavouée Voltaire : « Si l'on nous assurait que le motif secret de l'ambassade des Siamois a été d'exciter le Roi Très-Chrétien à renoncer au christianisme, à permettre l'entrée de son royaume aux Talapoins, qui eussent pénétré dans nos maisons pour persuader leur religion à nos femmes, à nos enfants et à nous-mêmes par leurs livres et par leurs entretiens, qui eussent élevé des pagodes au milieu des villes, où ils eussent placé des figures de métal pour être adorées, avec quelles risées et quel étrange mépris n'entendrions-nous pas des choses si extravagantes! Nous faisons cependant six mille lieues de mer pour la conversion des Indes, des royaumes de Siam, de la Chine et du Japon, c'est-à-dire pour faire très sérieusement à tous ces peuples des propositions qui doivent leur paraître très folles et très ridicules. Ils supportent néanmoins nos religieux et nos prêtres; ils les écoutent quelquefois, leur laissent bâtir leurs églises et faire leurs missions. Qui fait cela en eux et en nous? Ne serait-ce point la force de la vérité ? … » (1).

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Mais si La Bruyère peint – au moins partiellement – les ridicules et les travers de son siècle, il lui a été reproché, non sans raisons, que son ouvrage  - à la fois ouvrage à clef et fine observations des mœurs de son époque - ne contenait « pas d’autre fil que celui de la reliure ! ».

 

C’est à l’écrivain Charles Dufresny, cousin du roi, que l’on doit probablement d’avoir imaginé en 1699 ce nouveau moyen de nous faire connaitre nos ridicules, en mettre la satire dans la bouche d'un étranger qu'on fait voyager en France (2). La mode est au Siam ? Ce sera donc un Siamois auquel ce cousin du roi fera visiter Paris.

 

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QUI ÉTAIT DONC CE « COUSIN DU ROI » ?

 

Charles Rivière-Dufresny est né à Paris en 1648. L’orthographe de son nom est incertaine, Rivierre du Freny, Rivière Du Freny, Dufresny-Rivière, du Fresny ou Dufresny. Il passait ou il se faisait passer pour un arrière-petit-fils de cette « belle jardinière d'Anet » dont le galant Henri IV avait eu les faveurs et l’avait troussée rustiquement dans les prés. Son grand-père aurait été le propre fils de la belle jardinière et du roi de la poule au pot.

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

Dufresny avait donc, c'était du moins sa prétention, du sang royal dans les veines. « Il portait sur sa face ses véritables armoiries » (3) :

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

Il présentait avec son ancêtre putatif une incontestable ressemblance, un nez bourbonien, le grand nez bourbonien d’Henri IV que l’on retrouve toujours chez ses descendants,

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

il ne lui manquait que la barbichette, ses yeux et son sourire malicieux étaient de famille, caractéristiques qui frappaient ses contemporains, et comme le bon roi, il était peu regardant quand il s’agissait d’une femme, ayant l’habitude de sauter sur tout ce qui bouge, vachère ou duchesse.

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

Cette prétention ne choquait d’ailleurs pas le roi-soleil qui disait volontiers « Notre-seigneur Jésus-Christ nous a donné des frères sans nombre, la reine ma mère ne m’a donné qu’un frère mais notre aïeul nous a laissé beaucoup de cousins ». Louis XIV ne doutait pas de cette origine et ajoutait « Mon beau cousin, vous Dufresny comme notre aïeul aimez le jeu, le vin et les femmes, ventre saint gris ! ». Cette prétention ne choqua pas non plus le Régent son petit-neveu « de la jambe gauche » qui continua à lui accorder sa protection après la mort du Roi-Soleil (4).

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

LE « VOYAGEUR SIAMOIS » À PARIS

 

En 1699 sont publiés alors sans nom d’auteur les « Amusements sérieux et comiques » dont le titre sera complété dans une réédition de 1719 « Amusements sérieux et comiques ou nouveau recueil de bons mots, de railleries fines, de pensées ingénieuses et délicates, de bons contes et d’aventures plaisantes ». Le succès est immédiat et fulgurant, les rééditions sont nombreuses autant que les contrefaçons, l’ouvrage est même traduit deux fois en anglais, jusqu’à sa dernière réédition de 1921 avant de sombrer dans un triste oubli jusqu’à une réédition en 2016 (5). L’auteur, Charles Dufresny, s’est manifestement amusé à l’écrire : « Je ne sais si mon livre réussira; mais, si on s'amuse à le critiquer, on se sera amusé à le lire, - et mon dessein aura réussi. J'ai donné aux idées qui me sont venues le nom d'Amusements;  ils seront, sérieux et comiques, selon l'humeur où je me suis trouvé en les écrivant; et, selon l'humeur où vous serez en les lisant, ils pourront vous divertir, vous instruire ou vous ennuyer ».

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

C'est une suite de douze chapitres, de douze « amusements », sous, selon les éditions, tout au plus une centaine de pages. Pour mettre de la régularité dans cet ouvrage, le « fil » qui manquait à La Bruyère, il a imaginé un motif heureux pour relier les uns aux autres ces fragment épars; à partir du troisième « amusement », il introduit un Siamois, tombé des nues au milieu du chaos bruyant de la rue Saint Honoré, et il en fait son compagnon de voyage à travers la ville et la cour : « Imaginez-vous donc combien un Siamois y trouverait de nouveautés surprenantes; quel amusement ne serait-ce point pour lui d'examiner avec des yeux de voyageur toutes les particularités de cette grande Ville ? Il me prend envie de faire voyager ce Siamois avec moi : ses idées bizarres et figurées me fourniront. sans doute de la variété, et peut-être de l'agrément, Je vais donc prendre le génie d'un voyageur siamois qui n'aurait jamais rien vu de semblable à ce qui se passe dans Paris; nous verrons un peu de quelle manière il sera, frappé de certaines choses que les préjugés de l'habitude nous font paraitre raisonnables et naturelles ».

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

Il faudrait tout citer ici de ce délicieux tableau de la vie parisienne à la fin du XVIIème siècle. Bornons-nous à quelques extraits qui suffiront à donner au lecteur une idée de l'ouvrage.

 

Sur la jeunesse

 

« Les jeunes gens disent ce qu'ils font, les vieillards ce qu'ils ont fait et les sots ce qu'ils ont envie de faire ».

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Sur la Justice

 

Dufresny – nous le verrons dans le bref tableau de sa vie – en fut un acteur passif victime de la chicane de ses fils :

 

« Pendant que le Voyageur fait ses réflexions sur cette bizarrerie, il est épouvanté par la lugubre apparition d'une multitude, de têtes noires et cornues, qui forment, en se réunissant, un monstre épouvantable qu'on appelle Chicane, et ce monstre mugit un langage si pernicieux qu'un seul mot suffit pour désoler des familles entières. A certaines heures réglées il parait un homme grave et intrépide, dont l'aspect seul fait trembler et dompte ce monstre. Il n'y a point de jour qu'il n'arrache de sa gueule béante quelque succession à demi dévorée. La chicane est plus à craindre que l'injustice même. L'injustice ouverte, en nous ruinant, nous laisse au moins la consolation d'avoir droit de nous plaindre; mais la chicane, par ses formalités, nous donne le tort en nous ôtant nôtre bien. La Justice est, pour ainsi dire, une belle Vierge déguisée et produite par le Plaideur, poursuivie par le Procureur, cajolée par l'Avocat, et défendue par le Juge. »

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Sur les femmes

 

Paillard comme son illustre aïeul « père du peuple », il eut deux femmes et une multitude de maitresses, nous ne pouvons taxer Dufresny de misogynie. Il serait plutôt comme Sacha Guitry « contre les femmes, tout contre ». Mais laissons la parole à notre Siamois lors d’une promenade dans les jardins des Tuileries où ils rencontrent les belles promeneuses :

 

« De ma vie. Je n'ai vu une si belle volière, oh ! La charmante espèce d'oiseau Ce sont, lui répond son guide sur le même ton, des oiseaux amusants qui changent de plumage deux ou trois fois par jour. Volages d'inclination, faibles de nature, forts en ramage, ils ne voient le jour qu'au soleil couchant, marchant toujours élevés à un pied de terre, touchant les nues de leurs superbes huppes. En un mot, la plupart des femmes sont des paons dans les promenades, des pies grièches dans la vie domestique, des colombes dans le tête-à-tête. Mais il y a diverses nations parmi ces promenades : la nation policée des femmes du monde, sauvage des provinciales, libre des coquette, indomptable des fidèles, docile des infidèles, errantes des bohémiennes. Il poursuit ainsi : Nous avons à Paris deux sortes de promenades; dans les unes on va pour voir et être vu; dans les autres pour ne voir ni être vu de personne. Les dames qui ont l'inclination solitaire cherchent volontiers les routes écartées du bois de Boulogne, où elles se servent mutuellement de guide pour s'égarer ».

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Ce Siamois curieux se fait expliquer ce qu'il voit, et il dit en même temps l'impression que font sur son âme peu civilisée les spectacles qu'il a sous les yeux; il s'étonne souvent, il admire quelquefois, mais surtout il raille avec esprit ces mœurs si différentes des siennes, mais ni meilleures ni plus raisonnables.

 

Nous y trouvons un peu de tout : pittoresques peintures du Paris d'alors,  de l'Opéra, des promenades, de l'Université, des tripots (Dufresny s’est ruiné au jeu), des cercles bourgeois, de plaisantes silhouettes animent le fond du tableau, des scènes de comédie détachées, des lambeaux de récits, et surtout maintes réflexions satiriques sur le mariage, sur les femmes, sur la société tout entière : c'est un véritable pot-pourri, assez agréable, où l'auteur se moque un peu de nous et de lui-même. Il est « la préface enjouée du XVIIIème siècle » (6).

 

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

Ce Siamois héros de roman, nous intéresse en définitive fort peu; sans caractère, sans nom et sans figure, on ne sait qui il est. À peine Dufresny fait-il trois allusions à de prétendus usages siamois mais elles sont seulement issues d’une imagination débridée.

 

Une loi siamoise de fantaisie :

 

« Une de ces lois permettait aux femmes de médire des femmes; premièrement, parce qu'il est impossible de l'empêcher ; et de plus, parce qu'en fait de galanterie, telle qui accuse sa voisine, en peut être aussi accusée, selon la loi du talion. Mais comment voulez-vous qu'une femme se venge d'un homme qui aura publié qu'elle est galante ? Publiera-t-elle qu'il est galant ? »

A 227 - LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV

Un tripot confondu avec un temple bouddhiste :

 

« On y voit un grand autel en rond, orné d'un tapis vert, éclairé dans le milieu, et entouré de plusieurs personnes assises comme nous le sommes dans nos sacrifices domestiques. Dans le moment que j'y entrai, l'un d'eux, qui apparemment était le sacrificateur, étendit sur l'autel les feuillets détachés d'un petit livre qu'il tenait à la main : sur ces feuillets étaient représentées quelques figures ; ces figures étaient fort mal peintes. Cependant ce devait être les images de quelques divinités, car à mesure qu'on les distribuait à la ronde, chacun des assistants y mettait une offrande chacun selon sa dévotion. J'observai que ces offrandes étaient bien plus considérables que celles qu'ils font dans leurs temples particuliers ».

 

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Un oiseau sacré imaginaire :

 

« Il y a parmi nous, continue-t-il, des peuples qui adorent un certain oiseau, à cause de la richesse de son plumage. Pour justifier la folie où leurs yeux les ont engagés, ils se sont persuadé que cet animal superbe a en lui quelque esprit divin qui l'anime. Leur erreur est encore plus tolérable que la vôtre : car enfin, cet animal est muet ; mais s'il pouvait parler, ainsi que votre homme doré, ils reconnaîtraient que ce n'est qu'une bête, et cesseraient peut-être de l'adorer ».

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Le fil de brise parfois : Oublié au détour d'un chapitre, on le retrouve au chapitre suivant :

 

« Dans les endroits de mon voyage où le Siamois m'embarrassera, je le quitterai, sauf à le reprendre quand je m'ennuierai de voyager seul ».

 

C’est un artifice de composition. Mais Dufresny mérite de ne pas sombrer dans l’oubli annonçant une foule d’imitateurs Tel qu'il est, il vaut la peine d'être noté: Il annonce les Persans de Montesquieu ou le Huron, « l’Ingénu » de Voltaire.

 

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L’IMITATION

 

Pour Voltaire qui n’aimait pas Montesquieu, « les Lettres persanes » sont « puériles », un « fretin imité du Siamois de Dufresny » (7). « Les Amusements sérieux et comiques » ont paru pour la première fois en 1699. Ils ont été réimprimés toujours avec un grand succès, et la dernière édition publiée du vivant de l'auteur, celle de 1723, a été précédée de deux ans par la première des « Lettres Persanes » en 1721. Il est certain que Montesquieu a connu et bien connu un ouvrage qui eut un si grand retentissement, beaucoup plus en tous cas que « l’Espion turc » (2). Il est permis de trouver singulier qu'il n'ait pas même songé, dans la courte préface dont il a fait précéder ses « Lettres Persanes », à mentionner l'emprunt qu'il faisait à son contemporain ? Cet emprunt est d’ailleurs explicitement reconnu par d’Alembert : « Le siamois des Amusements pouvait lui en avoir fourni l’idée » (8). « L'invention des Lettres Persanes, était si facile, que l'auteur l'avait dérobée sans scrupule, et même, sur un écrivain trop ingénieux pour être oublié. » (9). C'était faire assez bon marché du bien du voisin même si les emprunts forcés sont admis en littérature et que la pensée devient, dans une certaine limite, le bien de tout le monde.

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DE L’IMITATION AU PLAGIAT

 

Si Dufresny a été largement imité par Montesquieu, mais de par sa notoriété, le persan a éclipsé le Siamois, il fut de son vivant non plus simplement imité mais lourdement plagié. Quelques mots sur sa vie pour expliquer dans quelles conditions et nous faire mieux comprendre le personnage notamment dans ses rapports avec les femmes et la justice.

 

Citons en note Damase Jouaust en ce qui concerne sa vie conjugale avec une épouse qui le trompât autant que lui-même la trompât et la chicane de ses deux fils qui le ruinèrent tout autant que sa passion du jeu (10). Mais venons-en au plagiat :

« C'est seulement en 1692, à l’âge de quarante-quatre ans, que Dufresny aborda pour la première fois le théâtre avec une comédie en trois actes et en prose, intitulée « le Négligent » qui fut souvent reprise.

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Il était alors très lié avec Regnard, lui avait soumis sa pièce et avait reçu ses conseils. De cette collaboration, naquit une grande intimité entre les deux poètes. Dufresny lui confia alors l'intention qu'il avait d'écrire une grande comédie dont le jeu et les joueurs fourniraient le sujet. Notre poète connaissait d'ailleurs la matière, car il aimait les cartes à la passion, et le jeu, autant que les femmes, contribuèrent à mettre constamment sa bourse à sec. S'étant ainsi ouvert à Regnard de son projet, il fut encouragé par lui à écrire sa pièce et à lui en soumettre le manuscrit. Dufresny se laissa convaincre, et composa rapidement sa comédie. Regnard la lut, fit des observations, traîna même un peu les choses en longueur, puis, un beau jour, Dufresny apprit que les Comédiens français allaient jouer une comédie nouvelle de Regnard, ayant pour titre « le Joueur ». Dufresny était donc mystifié, ou du moins il le prétendit, publiant partout que la comédie de Regnard n'était autre que la mise en scène absolue de la sienne, c'est à-dire de celle qu'il lui avait donnée à lire. C'était donc un abus de confiance, qu'à l'entendre, avait commis Regnard, et Dufresny jura de se venger. Il voulut prendre le public pour juge du différend, et il lui soumit, deux mois plus tard une comédie nouvelle que le théâtre français s’empressa de jouer mais qui n’eut aucun succès ».

 

Face à Regnard qui avait alors la faveur du public, il n’avait aucune ressource et surtout pas dans la chicane.

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Dufresny n'est plus aujourd’hui qu'un nom qui surnage dans notre littérature. Arrivé au théâtre après Molière et avant Marivaux à une époque où Regnard et Lesage, beaucoup plus « médiatisés » que lui occupaient la scène du « Français ».

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Tout a contribué à le laisser dans l’oubli, classé injustement au rang des « auteurs de second ordre ». Pillé par Regnard qui se garda bien de le dire, imité par Montesquieu qui n'en souffla mot, à peine est-il mentionné dans les manuels de littérature et le plus souvent pour son « voyageur siamois ». Lui-même a en quelque sorte trempé dans la conspiration puisqu’il avait écrit une suite à son ouvrage que quelque temps avant sa mort – diable devenu ermite -  il brûla à la sollicitation de ses enfants austères jansénistes (voir note 10 en son dernier paragraphe). Il l’avait annoncé dans la préface de l’édition de 1707 : « J’ai toujours, aimé à faire des réflexions sur ce que j'y ai vu : Celles de ces réflexions qui viendront au bout de ma plume vont composer mon second amusement ».

 

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La perte est regrettable et nous ne serons jamais ce qu’il advint de son Siamois.

 

Ceux qui connaissaient déjà Dufresny nous sauront gré d’en avoir parlé, ceux qui le rencontreront pour la première fois ne manqueront pas à nous en remercier (11).

 

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NOTES

 

(1) « Les caractères - Des esprits forts », édition 1688, pages 344-345.

 

(2) Cette paternité lui a parfois été contestée et attribuée à Giovanni Paolo Marana (ou Jean-Paul Marana), un noble génois réfugié en France en 1672.

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Il est l’auteur de ce qu’on a appelé L'espion turc, mais qui porte le titre complet bien lourd de  « L'Espion du Grand Seigneur et ses relations secrètes envoyées au divan de Constantinople, découvertes à Paris pendant le règne de Louys le Grand, traduites de l'arabe en italien par le sieur Jean-Paul Marana. Publié de 1684 à 1686 en France, ce roman épistolaire fait découvrir et juger par un Oriental l'histoire et les mœurs de l'Europe et plus particulièrement de la France de son temps. C’est un pavé de trois volumes de près de 500 pages chacun suivi de cinq autre volumes dont il ne serait pas l’auteur, d’un style abscond et souvent vulgaire, de pénible lecture et qui en réalité a pour seul ligne directrice de critiquer avec virulence le régime monarchique de la France et non le caractère des contemporains. L’ouvrage n’a guère eu de retentissement en son temps. Signalé certes dans « Le Mercure galant », la revue s’est toutefois contentée de noter la seule publication du premier volume (numéro de janvier 1684, pages 329 et 330) sans autre commentaire. Un article du « Figaro – supplément littéraire du dimanche » du 1er octobre 1927, signé de Marc Brimont n’est guère convaincant quant à la paternité de Marana. Il reprend l’opinion de Jean Vic qui est plus nuancée (5).

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(3) « AMOURS ET GALANTERIES DES ROIS DE FRANCE, MÉMOIRES HISTORIQUES SUR LES CONCUBINES, MAITRESSES ET FAVORITES DE CES PRINCES, DEPUIS LE COMMENCEMENT DE LA MONARCHIE JUSQU'AU REGNE DE CHARLES X », volume I par SAINT-EDME (1830). Celui-ci nous dit qu’on ne sait rien sur cette fille, nommée Fleurette, dont le père était jardinier du château de Nérac.

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(4) Dans un très érudit article, Alexandre Camale, de la « Revue d’histoire littéraire de la France » en octobre 1964, et au vu d’actes d’état civil collationnés par un autre prédécesseur érudit et disparus sous la commune en 1871, mets cette royale filiation en doute. Son auteur fait fi de ce qui nous semble une évidence : Conscient de leur prestigieuse ascendance depuis Saint-Louis, et au-delà les capétiens, et encore au-delà au moins par les femmes Clovis et Charlemagne, conscients de représenter la plus ancienne famille royale régnant au monde, ni Louis XIV ni le Régent n’auraient toléré qu’un individu – à peine de se retrouver à la Bastille – osât se prétendre de leur lignée sans en avoir la conviction.

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(5) L’ouvrage fut annoncé dans le « journal des savants » du 9 février 1699 : « L’auteur n’a pas de peine à justifier son titre : Tout est amusement dans le monde. La pratique de la vertu mérite seule d’être appelée occupation. Ceux qui ne la pratiquent point sont oisifs ». Nous avons relevé celles de 1702, 1705, 1707 et 1708, deux traductions en anglais en 1719 et 1720, celles de 1736, 1739, 1747, 1751, 1869, 1899, 1903 et 1921 et, de son vivant même de très nombreuses contrefaçons. Celle de 1869 contient une très complète introduction de  l’éditeur Damase Jouaust résumant ce que nous savons de la vie de Dufresny ainsi que celle de 1921 annotée par Jean Vic qui fourmille de notes sur les parallèles entre Montesquieu, Marena et Dufresny. Nous connaissons encore deux rééditions méritées en 2012 (simple « reprint » de l’édition de 1921) et 2016 chez Hachette. N’ayons garde d’oublier une édition parue à Amsterdam en 1713 sous la signature de Fontenelle.

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(6) Selon Arsène Houssaye qui l’insère dans sa « galerie des hommes d’esprit » au même titre que Rivarol, Chamfort  ou Fontenelle et le met sur le même pied que La Bruyère (« Galerie du XVIIIème siècle » 1858).

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(7) Voir Jean-Félix Nourisson « Voltaire et le voltérianisme », 1896.

 

(8) « Edition des lettres persanes de 1721 précédé de l’éloge de l’Alembert », 1828.

 

(9) Dixit Villemain dans son « Cours de littérature », cité par Jouaust (5)

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(10)  « Il eut l’art de tirer de son origine, ni très régulière, ni même très authentique pendant toute sa vie le plus de profit possible. Dès le début de sa carrière, un grand seigneur, le marquis de Nangis, futur Maréchal de France le présenta à la cour.

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La singularité de sa naissance attira sur lui l'attention du roi, qui offrit aussitôt à ce petit-cousin de la main gauche, une place de valet de chambre auprès de sa royale personne. Ce n'était peut-être pas là une situation très relevée, ni très brillante, mais elle donnait à Dufresny l'occasion de relations constantes avec le dispensateur de toutes les faveurs et de toutes les grâces et il ne devait pas manquer d’en user. Il suivit le roi dans ses campagnes, et il assista notamment à ce trop fameux passage du Rhin, si exalté par Boileau, et où le roi se couvrit de beaucoup plus de gloire qu'il ne courut de dangers ! 

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Au retour, il prit fantaisie à Dufresny de se marier, surtout pour obtenir d'être doté par le roi. En l'honneur de ce mariage, Louis XIV donna à son valet de chambre, le titre d'abord honorifique d'intendant de ses jardins. Dufresny avait, en effet, un certain goût comme horticulteur. Il se maria donc le 9 février 1682, grâce à une petite dot que lui donna le roi. On ne connaît guère sa première femme, qui se nommait Catherine Perdreau, une petite bourgeoise du faubourg Saint-Antoine où elle possédait une maison avec un jardin que Dufresny eut bientôt fait de bouleverser de fond en comble pour le dessiner à nouveau selon sa guise; quant à la maison, il la reconstruisit en partie et donna des fêtes magnifiques où affluèrent les gens de cour et surtout ceux de théâtre qu’il commençait à fréquenter. Elle aurait été assez laide ce qui ne l’empêchait pas de le tromper, lequel la trompait avec beaucoup d’autres. La mort de sa femme en 1688, qui tenait sa maison avec régularité et avec soin, rejeta tout à fait Dufresny dans ce que nous appellerions aujourd'hui la vie de Bohême. La liquidation de la succession ne lui laissa rien; en effet, les deux fils qu'il avait eus de la défunte ayant fait valoir leurs droits, furent mis en possession de son héritage, et Dufresny se trouva à la belle étoile.

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L'histoire de son second mariage tient tout à fait du roman : elle compose, en tous cas, le fond d'une historiette (chapitre X) du « Diable boiteux », de Le Sage, contemporain de Dufresny :

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Dufresny, aux abois, n'avait même plus de quoi payer les notes accumulées de sa blanchisseuse, qui était, jeune, fraîche et jolie. Ne sachant comment se tirer d'affaire et ne pouvant décemment ne porter que du linge sale, il proposa à la jolie fille de Iui donner quittance, moyennant qu'il l'épouserait. Elle ne se le fit pas dire deux fois, elle le prit pour époux, et ainsi elle entra un peu dans la famille du grand roi. Toutefois, l'union de Dufresny fit scandale; mais le roi ne la prit pas en trop mauvaise part, et, qui plus est, il daigna en rire et augmenter encore, à cette occasion, la pension qu'il servait à Dufresny. Les débuts de cette bizarre union furent heureux; Dufresny adora pendant quelque temps sa femme, et demeura plus souvent au logis. Il travailla, et composa à ce moment ses meilleures pièces. Peu après, il obtenait le privilège du Mercure (1710), faisant bien connaître à ses lecteurs, dans son premier numéro, à quel dieu il entendait demander ses inspirations. Tant que vécut sa seconde femme, qui le stimulait, le poussait au travail et même l'enfermait pour l'obliger à produire, le Mercure parut plus ou moins irrégulièrement, mais enfin, il ne cessa pas de paraître; quand elle mourut, il n'eut rien de plus pressé que de céder, pour un mince profit, le privilège de son journal. C'est en 1715 que Dufresny perdit Angélique c'était le nom de la blanchisseuse qu'il avait élevée jusqu'à lui. Il en fut longtemps inconsolable, et son chagrin fut très réel. Sous la régence, il se livra à l'agiotage, et reçut de Law grâce à la protection du régent, un lot des trop fameuses actions de la rue Quincampoix, qu'il eut l'esprit ou le bonheur de vendre dans leur moment de plus grande hausse, et dont il tira environ 200.000 livres.

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Avec cet argent, il bâtit, au faubourg Saint-Antoine, une maison dont il fut lui-même l'architecte, et dont il dessina le jardin avec son goût habituel Mais il ne jouit pas bien longtemps de ce regain subit de fortune, et, dans l'année même qui suivit celle ou mourut le régent, 1724, il mourut à son tour à l'âge de soixante-quinze ans (6 octobre).

 

Dans les derniers temps de sa vie, il s'était rapatrié avec ses deux fils, qu'il avait cessé de voir à la suite des difficultés auxquelles donna lieu la succession de sa première femme. Ces fils étaient livrés à une piété exagérée et peu intelligente, qui les conduisit à exiger et à obtenir de leur père, devenu vieux et affaibli, qu'il brulerait divers manuscrits de pièces de vers et de comédies que, dans leurs scrupules outrés, ils considéraient comme attentatoires à la morale, à la religion, et qui, par conséquent, pouvaient finalement compromettre !e salut de l'Ame de leur auteur »

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(11)  De nombreuses éditions ont été numérisées. Celle de 1921 annotée par Jean Vic est la plus agréable à consulter tant par sa présentation matérielle que par ses notes et commentaires.

 

 

 

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