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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 22:00
A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Jean Marcel présente sa vision de la Thaïlande  sous la forme de huit « lettres (envoyées) à Jean Tétreau sur le Pays des Hommes libres ». (C’est le sous–titre) (Hexagone, 2002) Chacune de ces lettres est précédée du titre du sujet traité, à savoir : « Le Siam tel qu’il me fut révélé » ; « éloge des Thaïs tels qu’ils sont » ; « leur histoire telle qu’elle fut » ; « le bouddhisme tel qu’on le vit » ; « la cuisine telle qu’on la mange » ; « la langue telle qu’on la parle » ; « le roi tel qu’il règne ». Le livre se termine par un « Long P.-S ». 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

D’entrée, Jean Marcel précise qu’il a choisi l’ancien nom de « Siam » car il lui plait davantage que celui de « Thaïlande », que d’ailleurs, précise-t-il,  aucun Thaïlandais utilise, le connaissant comme  Muang Thai  - ce « qui signifie, dit-il, littéralement le pays libre. » 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Nous étions impatients d’apprendre ce que Jean Marcel avait découvert après 10 ans passés en Thaïlande ; lui qui avait déjà écrit de nombreux romans, essais savants, traduit le Ramakien, et dont nous avions fait l’éloge. (Cf. note*)  Quelle ne  fut pas notre surprise de lire un dithyrambe quelque peu excessif sur le Siam et les Thaïs, en critiquant sévèrement l’homme occidental incapable de comprendre ce « dernier paradis » et cette si merveilleuse culture. 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Jugez  plutôt.

 

Lettre 1.

 

Jean Marcel commence donc sa première lettre en exprimant son amour du Siam et des Thaïs, qu’il vit comme un « envoûtement » même encore après 10 ans de séjour :

 

C’est « le dernier paradis sur terre », où chaque année « des touristes se suicident plutôt que de le quitter » (sic). (p. 19) Il est tellement passionné par ce pays, qu’il a décidé qu’il ferait bon d’y mourir, surtout que c’est un pays libre (il l’a souligné) contrairement au nôtre (Il est du Québec) et qui n’a jamais été colonisé.

 

On voit déjà l’exagération, l’incongru, mais la lettre II intitulée « « éloge des Thaïs tels qu’ils sont »  va se poursuivre dans le dithyrambique.

 

On peut en préambule signaler que Jean Marcel ne dit pas Thaïlandais mais Thaïs et n’évoquera parmi les autres communautés que la communauté chinoise, oubliant les Isans (31 % de la population),  les Muangs (ou Yuans)  (10%) ; les Thaïs du Sud (ou Pak Tai)  (4%), les Thaïs musulmans (1%), et autres groupes thaïs (Shan 2%, etc).

 

Revenons au Siam et aux Thaïs.

 

Jean Marcel se focalisera sur le slogan « touristique » « C’est le pays du sourire », mais en osant exprimer ce qu’aucune agence touristique n’avait osé dire : Ce sourire est tout ; et tous sourient, l’officier de l’immigration, l’agent des douanes, l’hôtesse ; « tous m’ont gratifié d’un sourire qui venait d’un monde que je ne connaissais pas ». Poursuivant : « C’est un univers entier, en effet, qui sourit dans chaque Thaï : c’est le fondement de la culture thaïe, et si on ne l’a pas compris, on ne comprendra  rien à rien. » (p.25)

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Mais par contre, Jean Marcel n’éprouvera pas la même mansuétude pour le sourire des Chinois (Il ne dit pas Thaïs-chinois), qui « dans leurs boutiques (…) n’ont pas le sourire des Thaïs ; et si d’aventure ils vous sourient, alors là attention ! C’est qu’ils vous ont eu sur le prix à payer, même si vous pensez avoir fait une bonne affaire … » (p.96)

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Pour rester sur le sourire, on peut pour le moins,  conseiller à Jean Marcel, le livre de Pornpimol Senawong paru en 2006  « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture », où il apprendra à propos du sourire par exemple, que nous avons en fait au moins 18 sourires derrière lesquels s’expriment 18 types de message répondant à des situations et sentiments codés, du style : grand, penaud, méprisant, sec, embarrassé, amical non reconnu (sic), joyeux, triste, encourageant, épanoui, doux, honteux, encourageant, provocant, dédaigneux, contenu. (Cf. Notre article A2.)

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Et si vous pensez que « ce sourire est le masque de l’hypocrisie asiatique » - nous dit-il - c’est que comme tout occidental, votre esprit est « faussement critique et pathologiquement corrosif » avec un « soupçon généralisé et perpétuel » qui vous fait passer à côté de la réalité. « C’est un peu cette vulgarité de l’esprit, je vous avoue, que j’ai fuie ».

 

On retrouvera tout au long du livre cette charge contre les occidentaux qui ne peuvent rien comprendre : « Qui veut, en effet, entrer idéalement au Siam, laisse au vestiaire ses nippes occidentales : ses préjugés, ses certitudes, ses logiques diverses, ses idéologies (s’il en a encore), voire ses morales, qu’elles soient laïques ou religieuse. Sous peine de n’y rien comprendre. » (p. 84) ; alors que Jean Marcel, sûr de lui, va vous révéler les secrets de «  ce peuple (qui) est une sorte de miracle de l’histoire humaine » (« Et si ce n’était pas là que mon avis personnel je ne vous le dirais pas, gardant pour moi seul ce secret », rajoute-il. p.26) ; ainsi que les « vérités » profondes de ce peuple si admirable, « fait de gentillesse, de calme, d’accueil – le tout se résumant dans le sourire, précisément (p.27),  «  si « féérique» (p.37),  si … si … Ces Thaïs qui n’ont pas changés (« ils se sont modernisés (…) mais ils ont gardé sans une égratignure leur âme d’autrefois. » p. 27). Il poursuivra : « On dirait des anges » ; avec « grâce et sérénité », « une immense famille conviviale ». (p.28)

 

Des anges !

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

« L’envers précis de la société occidentale actuelle ». (p.29) Et pour bien le démontrer, il peut -sans sourire- affirmer qu’au Siam, « La criminalité y est quasi nulle, la délinquance de même » (p.30) Vous avez bien lu, et même mieux, citant Mgr Pallegoix qui au XIXème siècle disait  : « il y a rarement des disputes sérieuses ; un meurtre est regardé comme un accident très extraordinaire, et quelquefois l’année entière se passe sans qu’il y en ai eu un seul » et Jean Marcel d’ajouter : « Il en est toujours à peu près de même maintenant » (p.31)

 

(5.020 homicides en 2001 selon l’ONU. Son livre est paru en 2002.)

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Une société sans crime ! Mais non sans suicide, signalant (p.94) « le suicide chez les jeunes est actuellement en augmentation inquiétante ». Le paradis aurait-il des failles ?

 

Vous comprendrez, qu’à la fin de la lecture de la lettre II, nous pouvions avoir quelques craintes, quand Jean Marcel annonçait pour la lettre III : « Leur histoire telle. Qu’elle  fut… » qu’il se proposait « d’exposer » (c’est son mot) en 12 pages (pp.37-49)

 

L’exercice est difficile, et on retrouvera les partis-pris sur leur « ruse », « leur sagesse », leur « héroïsme » et même « leur bonhomie» pour caractériser  Sukhotaï, le premier royaume de leur pays. Il passera sur beaucoup d’événements importants, mais en douze pages, il ne pouvait faire autrement, mais consacrera quand même une page à Constantin Phaulkon. Un Phaulkon présenté de façon originale, à savoir comme un  représentant de la East India Company, qui « Sur la route d’un de ses nombreux retours en Angleterre, son navire fit un naufrage dont il fut le seul rescapé … avec un ambassadeur thaï rentrant de Perse. On fit copain-copain … et Phaulkon fut ramené à Ayuthaya, présenté à la cour où il n’avait jamais été admis » (p.43) Jean Marcel attribuera sa décapitation à la « bonne société inquiète d’Ayuthaya », de même que l’exécution de Taksin sera due à un bousculement du futur Rama I. 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

(***Cf. Nos nombreux articles consacrés à Phaulkon. Le dernier en date, le A190, celui de Mme Claire Keefe-Fox, in « Le Ministre des moussons », dont aucun n’évoque cette rencontre.)

 

Il terminera en 4 pages et demie sur la dynastie Chakri, qui – bien sûr - est admirable. Ainsi donne-t-il l’exemple de Rama III, qui « signa les premiers traités commerciaux avec l’Angleterre - mais, en bonne politique rusée des Thaïs, il en signa aussi dans le même temps avec leurs ennemis commerciaux, les Américains (…) Mais ces traités ne permettaient toujours pas aux étrangers de résider sur le sol thaï. Autre sagesse. ».

 

Une « sagesse » qui s’exprimera par la destruction de Vientiane en 1827 et la déportation de ses habitants, dont Jean Marcel ne dit mot. 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Rama IV sera, lui aussi,  « le grand sage » ; Rama V aura « la ruse devenue traditionnelle des souverains  thaïs » ; il saura le seul à pouvoir résister aux deux grandes puissances anglaise et française, en signant un accord en 1896 (sic), qui garantissait la souveraineté du royaume … (« Seul le Siam avait su leur résister ») (p. 47)  

 

(Cf. par exemple notre approche de ce traité quelque peu différente, in 204. La question des frontières de la Thaïlande avec l’Indochine française » et notre point de vue in A 38 sur « La Thaïlande n’a jamais été colonisée ? »**)

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Seul Rama VI est considéré  comme « le premier roi faible de la dynastie » ; ce qui le distingue de Rama IX, le souverain actuel, présenté dans sa lettre VII (pp.83-84) : « Je vous affirmerai tout de go et sans ambages que le roi Rama IX est un homme considérable » : écrivain, musicien, homme de science, inventeur, a tous les pouvoirs par charisme, est le garant de toutes les libertés ; « Le roi est le Rusé par excellence, comme tous les Thaïs le sont avec lui. » On ne peut certes qu’admirer ; Il le revendique « Pour les peuples comme pour les hommes, il est bon (voire essentiel) d’admirer. » 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

On vous laissera apprécier la Lettre IV consacrée au « bouddhisme tel qu’on le vit » ;  Un sujet qu’il connait bien. * Et la lettre V à « la cuisine telle qu’on la mange », « un sujet - dit-il à juste titre - d’une si extrême importance pour les Thaïs. », dans laquelle il se refuse à donner des noms de plats et des  recettes pour surtout évoquer trois grands principes, à savoir : le rôle et la place du riz, « le dessert qui ne fait pas partie du repas thaï » mais  que l’on peut goûter dans les rues et l’importance des épices.

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

La lettre VI traite de « la langue telle qu’on la parle ». (pp.73-81)

 

Le traducteur du Ramakien en bon connaisseur de la langue nous en fait une description claire et instructive, et ne cache pas ses difficultés pour en lire l’écriture. On peut se douter - son livre ayant été édité en 2002 - qu’il en connait aujourd’hui toutes les composantes. 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Nous avons déjà évoqué la lettre VII dédié en principe au « roi tel qu’il est perçu », mais où en fait, Jean Marcel aborde d’autres sujets et va encore nous étonner  à propos de l’armée et des militaires.

 

Après avoir rendu un nouvel hommage au roi qui a su « par charisme et par l’assentiment populaire », « provoquer une révolution nécessaire en 1973, pour chasser une coalition gouvernementale corrompue » et « arrêté une autre moins bien venue en 1992 » Jean Marcel déclare à son correspondant qu’il va lui « exposer » (c’est son verbe) cette sédition, qui  « illustre la vie politique du pays. » (pp.85-87). Une occasion pour lui de montrer le rôle essentiel du roi dans la politique du pays, capable – « en une heure, a réparé ce qui risquait de devenir un affrontement  comme il n’en avait jamais eu auparavant dans l’histoire du pays », comme il  avait auparavant fait l’éloge de l’armée et des militaires.

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Pour lui, « il n’y a jamais eu ici de gouvernement militaire » (sic) ; l’armée a toujours été « garante des libertés thaïes et de l’intégrité du territoire ». Jean Marcel n’a jamais entendu parler de coup d’Etats militaires, ni de généraux ou maréchaux premiers ministres (11 quand même avant la parution du livre depuis 1932). Ne croyez pas à un oubli.  Quand il évoque l’arrivée du général Suchinda, nommé à la tête du pays en 1992, il ajoute « c’était si peu commun dans l’histoire récente de ce pays ». (p.86). La page suivante, après avoir rappelé la  « sagesse souveraine » du roi, il conclut ses propos par : « Ces événements furent le crépuscule de l’armée dans ce pays … son rôle était désormais terminé ; on n’en entend plus parler, comme si elle n’existait plus » ! Quelle clairvoyance !

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Il est vrai que pour lui il n’y a que le roi et le peuple. « Le reste, dit-il, (a été) imposé par une poignée d’intellectuels en 1932, par-dessus la tête du peuple (Assemblée nationale, Sénat, institutions démocratiques) (ne sont nécessaires que) pour nos sensibilités modernes ».  (p.84)

 

Ensuite, il va aborder d’autres sujets, comme la famille royale, rappelant qu’ « être le descendant de l’un des 74 enfants de Rama V ne confère en réalité aucun privilèges particuliers » ; avouer qu’il se perd dans la complexité familiale ;  que la société thaïe est traditionnellement polygame, et qu’elle l’est restée car beaucoup d’hommes ont une mia noï. (L’analogie est plutôt curieuse). Il va en trois pages évoquer « le plus grand problème économique et par conséquent social que vit la Thaïlande, c’est l’instabilité de la main d’œuvre » (p.90) Instabilité, dit-il, qu’il ne faut pas attribuer à la paresse, mais à leur désir d’être libres. Mais par contre, il poursuit en prétendant que les paysans (qui seraient 90 % du pays, dit-il), ont par contre,  « l’habitude séculaire de se reposer une grande partie de l’année dans l’attente de la récolte suivante … » ; et sans transition,  semble leur attribuer la responsabilité de la nécessité de faire appel aux travailleurs étrangers, illégaux pour la plupart, birmans, malaysiens, cambodgiens, « pour faire le travail le moindrement harassant ».  (sic)

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Ensuite, il  termine la lettre VII par une présentation de la communauté chinoise en trois pages (pp. 94-96) rappelant que bien que n’étant que 11%, ils commandent environ 54 % du PNB,  surtout par le commerce dont ils ont un quasi-monopole et par les institutions financières. Il est de ceux qui estiment qu’ils « ne sont restés chinois que par la cuisine et le culte des ancêtres : pour le reste, ils sont thaïs plus qu’il ne le faut et n‘aiment pas qu’on leur rappelle leur origine. » Même s’il n’oublie pas au passage de souligner au moins deux différences : les Chinois sont des « thésauriseurs … alors que les Thaïs dissipent immédiatement ce qu’ils ont en main » (p.95) et « on ne les reconnait dans leurs boutiques qu’à un détail : ils n’ont pas le sourire des Thaïs. »

 

Ah, ce sourire des Thaïs !

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Le livre se termine donc sur la lettre VIII, « ou la Thaïlande telle qu’on la perçoit ». (pp.97-106)

 

En fait, Jean  Marcel va consacrer essentiellement cette dernière lettre à la critique des reportages occidentaux sur la Thaïlande qui ne seraient consacrés qu’au tourisme sexuel et aux lieux de plaisirs, réalisés par des reporters hypocrites, avec des «’informations trafiquées », des montages de faits, des mensonges,  des recherches de faux « scoops », etc. Il présentera quelques anecdotes et lectures qui confirment ce goût des médias occidentaux de ne réduire « la réalité thaïlandaise » qu’à ce seul sujet. (Il est vrai qu’encore aujourd’hui - 15 ans plus tard - le genre semble encore prisé.) 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Mais son indignation se manifestera en montrant que les causes de la prostitution en Thaïlande ne proviennent que des Occidentaux. C’est l’armée américaine qui a créé pendant la guerre du Viêt-nam, « les trois P de la putasserie occidentale (Patpong à Bangkok, Pattaya en province et Patong dans le Sud du pays »  et « la plupart des tenanciers de bars et d’établissements ad hoc sont d’ailleurs des Occidentaux (Allemands, Français, Australiens … et quelques Québécois ».

Il n’indiquera à aucun moment que les lieux de plaisirs (bars, bordels, karaokés, massages) sont en majorité fréquentés par les asiatiques et les Thaïlandais et il invitera les occidentaux « à leur fiche la paix », incapables qu’ils sont de pouvoir appréhender une autre culture. Et Jean Marcel de nous informer que » les Asiatiques n’ont pas la même attitude que nous devant la nourriture, devant l’argent, devant le sommeil, devant la vie, devant la mort » (p.101) … devant le sexe. « La morale bouddhiste en matière sexuelle, rajoute-t-il plus loin, est très élémentaire et ne connaît pas de véritables interdits que pour les moines ». 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

Bref, on retrouvera ce clivage entre un homme occidental qui ne peut rien comprendre à l’autre, qui projette ses préjugés et déforme via ses gazettes et médias, « une image de l’un des pays les plus sains du monde ». (p. 106)

 

Un pays – et c’est sa dernière phrase - « où (il) s’étonne chaque jour de vivre dans un ravissement continuel et renouvelé. »

 

Et pourtant Jean Marcel est un érudit, un grand écrivain, que nous avons déjà apprécié de par ailleurs dans notre blog (Cf. note *), mais sa vision de la Thaïlande et des Thaïlandais est quelque peu particulière.

 

Et après tout « C'est fantastique d'être avec quelqu'un qui voit les choses différemment. » (Bellows Keith)

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

*Présentation de Jean Marcel  http://www.alainbernardenthailande.com/article-presentation-de-jean-marcel-65362013.html

 

Jean Marcel (Jean-Marcel Paquette) est né à Montréal (Québec) en 1941. Après une prolifique carrière universitaire à l'université Laval où il a enseigné la littérature médiévale, la littérature québécoise et la création littéraire, Jean Marcel vit désormais en Thaïlande, son pays d’adoption  où il continue son œuvre.  À la fois riche et captivant, son style parvient à esquisser sans imposer, à faire sourire sans simplifier, à questionner sans embrouiller et à toucher sans jamais forcer le mot ou la phrase. Son trait est bref, pertinent, ses textes sont réfléchis et approfondis. De Bouddha à Jésus-Christ en passant par la réécriture du Ramakian, rien ne lui échappe. Bref, sa plume est de celles qui font les grands écrivains. C’est sans doute pourquoi ses écrits ont souvent été salués par la critique : Fractions 2  lui a valu le prix Victor-Barbeau (2000), son roman Hypathie ou la fin des dieux, le prix Molson de l’Académie des lettres du Québec (1989), et Le joual de Troie, le prix France-Québec (1973). Allez donc flâner sur son site, vous ne le regretterez pas : http://www.decourberon.com/jeanmarcel/articles.htm

 

Nous avions aussi dans notre article15. « Les Relations Franco-Thaïes : Le Bouddhisme Vu Par Les Missionnaires Du XVII Ème Siècle » présenté une étude de Jean Marcel : « Le bouddhisme vu par les Missionnaires et voyageurs français du XVIIème siècle, Jean Marcel (Etude non publiée) » 

A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».
A195. LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM ».

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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 05:56
VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

Nous avons à diverses reprises parlé de l’écriture thaïe, de la langue, des difficultés posées par sa « romanisation » ainsi que des dialectes de l’Isan ce qui nous a conduit à écrire, erreur ne fait pas compte, que si l’idiome de l’Isan, qui s’apparente très étroitement à la langue du Laos, avait pu avoir autrefois une écriture vernaculaire spécifique, celle-ci avait disparu de la mémoire de ses habitants. Il semble pourtant, au contraire, que si cette écriture est restée en sommeil pendant de longues années en raison d’une politique de « thaïsation » forcenée du langage et par voie de conséquence des écritures spécifiques, elle connaisse depuis le début de ce siècle un vif regain d’intérêt. 

 

La lecture d’un ouvrage récent (2012) de สวิง บุญเจิม (Sawing Bounjoen

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

 « ตำราเรียนอักษรธรรมอีสาน » (tamrarianaksonthamisan) que nous pouvons traduire par « manuel pour étudier les lettres sacrées de l’Isan » - nous serons plus précis sur cette traduction – nous fait faire amende honorable (1). La faute est avouée, elle nous sera pardonnée. L’ouvrage est évidemment en thaï et il ne semble pas qu’à cette heure il existe des ouvrages similaires en français et encore moins en anglais.

 

Poursuivant alors notre recherche, nous apprenons que le sujet fait l’objet de quelques sites Internet (2) et d’autres ouvrages récents, souvent sous le vocable ตำราเรียนอักษรโบราณอีสาน (tamrarianaksonboranisan par « manuel pour étudier l’écriture ancienne de l’Isan »), tous de ces dernières années, et que les  amoureux de cette ancienne écriture ont même une page Facebook. Mais avant de nous pencher sur cette incontestable (mais probablement relative) renaissance, un bref retour en arrière s’impose.

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

 

Nous préférons le vocable d’ « écriture sacrée » : ธรรม que l’on peut prononcer tham ou thamma, c’est qu’il est convenu d’appeler le Dharma que nous nous garderons bien de chercher à définir. Si cette écriture fut incontestablement utilisée dans l’écriture des textes religieux du bouddhisme et dans les prières, la question de savoir si elle le fut au quotidien est insoluble. Les textes bouddhistes sont en pali (3), la langue reste la même mais peut faire l’objet de différentes transcriptions selon les pays ou les régions. Le pali n'a pas d'écriture spécifique et on le note dans les écritures des pays où il s'est répandu  (4).

 

La question qui nous intéresse est de savoir comme elle le fut dans le nord-est et au Laos puisqu’il ne faut jamais oublier que l’Isan était autrefois le « Laos siamois ».

 

Le premier à s’intéresser aux textes sacrés à leur langue et à leur écriture fut l’incontournable La Loubère (5) qui étudie longuement « la langue balie » (6) et donne un très beau tableau des caractères utilisés pour la reproduire.

 

Cette présentation peut-être critiquable sur le plan grammatical mais soyons honnêtes, nous nous intéressons à cette écriture et point à la grammaire du Pali.

 

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

Le pali et le sanscrit dont il est incontestablement dérivé n’intéresseront plus aucun érudit pendant un siècle et demi (7). Mais elles connaîtront un regain d’intérêt, une découverte ou une redécouverte, dans le premier quart du XIXème siècle.

 

Le premier érudit français à s’y intéresser fut le grand Eugène Burnouf qui nous dote en 1826 de son « Essai sur le Pali » (8). Après un hommage rendu à La Loubère, ses critiques à son égard ne concernent pas l’écriture proprement dite, puisqu’il reproduit son tableau à l’identique (voir ci-dessus) mais sur le fond, ce qui ne nous concerne présentement pas. Mais il soulève une seule question sur laquelle nous reviendrons, La Loubère prête à cette écriture des origines birmanes alors que selon Burnouf, elle est directement issue du sanscrit.

 

Passons sur les querelles ultérieures de linguistes (notamment sur l’origine tout autant de la langue que son écriture). La question de l’écriture intéresse au moins indirectement Louis Finot, responsable d’un monumental article publié en 1917 (9). L’alphabet « Tham » qui illustre cet article est – mutatis mutandis – similaire à celui de La Loubère.

 


 

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

Venons-en maintenant à notre siècle. Voici l’alphabet des consonnes sacrées de l’Isan avec leur correspondantes thaïes selon Sawing Bounjoen suivie de la liste des voyelles (10) avec leur correspondantes thaïes (lesquelles, comme en thaï moderne se combinent entre elles pour former des diphtongues ou des triphtongues) : :

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 
VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

Que sait-on aujourd’hui de son origine à la lumière des découvertes épigraphiques ?

 

« Il est aujourd'hui bien admis que l'alphabet tham lanna en usage dans les provinces du nord de la Thaïlande a été élaboré à partir d'une forme de l'alphabet môn. Les travaux d'épigraphie permettent de suivre le développement de cet alphabet depuis le XIVème siècle jusqu'à l'époque actuelle. L'alphabet tham est d'origine môn, la forme des graphies le prouve amplement. Il a d'abord été créé pour noter le pali et il est le seul support de cette langue en Thaïlande du Nord du XIVème siècle à nos jours » (11).

 

Précisons que l’écriture tham du Laos et de l’Isan est une simple variante de l’écriture tham du Lanna. L’argumentation de Michel Felus (ci-dessus) fondée tout autant sur des arguments linguistiques que des arguments épigraphiques est actuellement celle de tous les érudits.

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

Comment cette écriture a-t-elle été introduite en Isan comme elle le fut au Lanna ?

 

Alors que l’écriture utilisée en Thaïlande aujourd'hui l’est universellement, il n’en était rien au début du siècle dernier. Elle fut introduite et imposée lors de la construction de l'État-nation mais la question reste posée des écritures qui étaient utilisées dans les villages au quotidien. La pénétration de l’écriture actuelle n’a pas transformé des analphabètes en lettré, la population étant déjà au moins partiellement alphabétisée par les écritures traditionnelles. Fumihiko Tsumura (12) a cherché à savoir quelle était la représentation écrite de la langue orale dans les villages du nord-est. Il est le seul, à notre connaissance, il est japonais, à avoir effectué une étude approfondie sur le terrain.

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

Nous savons qu’en Isan la langue parlée est le Lao-Isan, dialecte local très proche du Lao, langue monosyllabique à tons. Indépendamment de l’utilisation de l’écriture thaï pour transcrire l’écriture, y compris celle de l’idiome local, d'autres écritures, essentiellement celle que l’on appelle « akson boran » (« écriture ancienne »), subsistent encore en Isan. Cette écriture ancienne n’est pas plus une écriture morte que la langue est une langue morte. NotreJaponais est allé à sa découverte dans quelques villages de notre région. Cette écriture, qu’on l’appelle « tham » ou « boran » est, nous le savons depuis les études de Michel Ferlus dont nous venons de parler, issue de l’ancienne écriture môn. Nous préférons le terme de tham (le Dharma ou le dogme) puisqu’elle est essentiellement utilisée dans la transcription des textes bouddhistes (หนังสือธรรม nangsutham livre du dogme). La propagation de l'utilisation de cette écriture est parallèle à celle du bouddhisme puisque l’éducation passait par les temples et que cette écriture était principalement utilisés à des fins religieuses, sous forme d'inscriptions sur des livrets en feuilles de latanier, une espèce de palmier, appelé ใบลาน (baïlan). 

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

Cette écriture fut la victime directe de la loi sur l’éducation obligatoire de 1921. L'utilisation d’une écriture traditionnelle fut alors négligée et l’écriture thaïe devint l’écriture nationale. Suite à la création dans les années 30 d’écoles dans l’ensemble du pays, la connaissance séculaire de cette écriture traditionnelle fut dissociée du quotidien. L’Isan est une région périphérique le gouvernement s’efforçait d’y diffuser la connaissance de la culture et de l'histoire du Siam dont le centre était Bangkok. La population de l’Isan s’est alors efforcée d’absorber la culture centralisée mais la langue parlée n'a pas changé de façon drastique; Aujourd'hui, presque tous les villageois parlent Isan à la maison. Les élèves sont encouragés sinon contraints de parler thaï dans les salles de classe mais parlent librement Isan après l'école. 

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

En ce qui concerne la langue écrite tous les textes dans les villages Isan sont écrits en thaï et l'utilisation de l’écriture traditionnelle n’est jamais observée au quotidien mais pourtant, elle perdure dans certains contextes.

 

Une « nouvelle vague » pour l’écriture traditionnelle ?

 

Toutefois, depuis la fin du siècle dernier, apparurent des signes de changement. Les réformes du système éducatif de 1973 ont développé une décentralisation des programmes scolaires et mis l’accent sur l'enseignement de la culture et de l'histoire locale, le gouvernement n’était pas hostile à laisser libre cours à la diversité de cultures régionales ce qui suscita par la même un développement de l'intérêt pour elles. Il en fut de même pour les écritures locales, le tham serait enseigné dans certaines écoles de la région (nous n’avons pu obtenir aucune précision à ce sujet) et trouve un regain d’intérêt tout autant dans le bouddhisme que dans la médecine traditionnelle (la phytothérapie, essentiellement médecine par les plantes). Mais qu’en est-il de l’utilisation en dehors de ces domaines précis, au quotidien dans nos villages ? Notre japonais a effectué une enquête dans trois villages de la province de Khonkaen entre avril et septembre 2001 (il y a quatorze ans déjà). Il ne nous donne pas les noms mais nous précise qu’il s’agit de « NK », « DY » et « NG », situés à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de la ville, comportant entre 230 et 280 foyers pour une population de 1.100 à 1.400 (13). La plupart des habitants cultivent le riz gluant, la canne à sucre et le manioc. En raison de la proximité la ville, certains y travaillent, femmes de peine, ouvriers du bâtiment ou d’usine. Ce sont des villages de banlieue de grandes villes typiques. Mais qui connait l’écriture traditionnelle ? Quelques habitants seulement, les moines au premier chef et des laïcs, ceux que l’on appelle les หมอธรรม (motham) que nous essayerons de définir plus bas.

 

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

 

Les moines :

 

Dans aucun de ces villages n’existe un enseignement de l’écriture traditionnelle. Dans le village « NK », à l’intérieur  du temple « NK » existait (nous sommes en 2001) un moine de 80 ans nommé « BN » devenu novice à l’âge de 17 ans (donc en 1938) qui avait appris cette écriture d’un vieux moine. A la mort de ce dernier, il avait lui-même enseigné l’écriture jusqu’au début des années 80 à l’aide de textes écrits à la main sur des feuilles de latanier faute de manuels imprimés. A cette époque, les textes bouddhistes étaient écrits uniquement en écriture tham et non en thaï, donc presque tous les moines étaient capables de lire l’écriture tham. Mais après cette date, l'intérêt pour l’écriture s’est estompé puisque les moines et les apprenants pouvaient lire les manuels bouddhistes imprimés en écriture thaïe.

 

Dans le temple « SM » du village « DY », il n’y avait qu’un  moine « KY » âgé de 71 ans qui pouvait lire l’écriture tham. Il l’avait appris lors de son ordination 38 ans auparavant (donc en 1963) il pouvait toujours le lire mais avait des difficultés à l’écrire bien qu’il possédait toujours l’outil.

 

Selon KY, 30 ans plus tôt environ (dans les années 70), il y avait encore beaucoup de moines qui savaient lire et écrire tham, et il les avait souvent vus transcrire les textes bouddhistes. La plupart des textes sur feuilles de latanier dans la bibliothèque du temple dataient de cette époque.

 

Dans le temple de « DY » occupé par neuf moines, un de 70 ans, deux de 60 ans, un de 50 ans et cinq de 20 ans et un novice, seul le moine de 70 ans connaissait l’écriture tham.

 

Dans le temple de « NK » occupé par dix moines, celui de 80 ans, neuf de 20 ans et un novice, seule celui de 80 ans connaissait l’écriture tham.

 

Dans le temple de « NG » occupé par cinq moines un de 60 ans, deux de 40 ans et deux de 30 ans et un novice, nul ne pouvait ni lire ni écrire.

 

Quant aux novices (le plus souvent temporaires) ou aux moines temporaires ils n’étaient pas incités à apprendre l’écriture tham.

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

Les laïcs :

 

Dans le village de « DY » deux seulement, un de 60 ans et un autre de 50, connaissaient cette écriture.

 

Dans le village de « NK », ils sont quatre, deux de 80 ans et deux de 70.

Dans le village de « NG », un seul de 50 ans.

 

On peut supposer qu’ils avaient acquis ces connaissances lors de leur passage au temple comme moines temporaires ?

 

Mais pourquoi continuent-ils à pratiquer l’écriture tham ? Ce sont des spécialistes religieux appelés หมอธรรม (motham); Que recouvre ce terme ? Littéralement, on pourrait le traduire par « docteur en théologie ». หมอ (mo) c’est un « docteur » (au sens de médecin) mais c’est aussi « une personne qui sait ». C’est donc un homme qui connait le Dharma, le dogme si l’on veut. Ils sont appelés à rendre divers services qui utilisant les pouvoirs dérivé du Dharma, simples conseils, sorts et guérisons magiques ou exorcismes, confection d’amulettes, 

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

 

inscriptions lapidaires placés dans huit directions autour d’un village pour protéger contre les mauvais esprits. Dans les villages étudiés par notre érudit japonais, il n’y avait pratiquement pas de laïcs en dehors de ces motham susceptibles de lire ou d'écrire l’écriture traditionnelle et peut être certains tatoueurs traditionnels qui opèrent dans les temples et nulle part ailleurs, le tatouage ayant la même valeur magique que les talismans (14). 

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 

Nous n’avons pas vocation à être sondeurs professionnels, mais des questions par nous posées de droite et de gauche à des personnes éclairées, il semble bien qu’il y ait toujours dans les temples ou dans les villages quelques moines, quelques tatoueurs ou quelques motham qui perpétuent la tradition ?

 

***

 

Alors, renouveau, regain d’intérêt ? Renaissance des particularismes locaux ? Exercice d’esthètes de la linguistique ? La page Facebook  มรดกอีสานและอักษรธรรมอันล้ำค่า (« notre héritage Isan et les précieuses lettres sacrées »), ouverte en novembre 2012 est « aimée » (à l’heure où nous la consultons) de 1.125 personnes (nous allions dire « n’est aimée que de …. »), une petite communauté ! La page Isangate (note 2) ne l’est que de 333 personnes. Les ouvrages ou les sites consacrés – par exemple -  à l’écriture du thaï noï (ไทยน้อย) ou du thaikhom (ไทยคม) sont tout aussi confidentiels. Et encore sont-ils écrits en écriture thaïe et non en écriture traditionnelle bien qu’il existe d’ores et déjà les fontes nécessaires (15).

 

***

 

Il n’y a probablement pas plus de 10.000 Français actuellement capables de lire le Grec ancien à livre ouvert. Et pourtant l’héritage de la Grèce a été absorbé dans notre sang au cours des siècles. 

VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ÉCRITURE ISAN ? 
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22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 22:21
A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

La France est souvent injuste avec ses grands voyageuses avant Alexandra David-Néel, première européenne à avoir séjourné à Lhassa, en 1924, déguisée en mendiante. Madame Massieu ne réussit pas à pénétrer au Tibet mais un séjour de 15 mois en 1896 et 1897 la conduisit quelques jours au Siam dont elle fut une observatrice curieuse et attentive. Son récit publié en 1901« Comment j’ai parcouru l’Indochine, Birmanie, Etats Shans, Siam, Tonkin, Laos » a retenu notre attention, il méritait de sortir de l’oubli même s’il présente, au moins en ce qui concerne le Siam, de critiquables considérations. Qui était-elle ?

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

Jeanne Isabelle Bauche est née à Paris le 3 avril 1844. Elle épouse, encore mineure, le 19 mai 1864, Jacques Alexandre Octave Massieu, lui-même née à Caen le 25 décembre 1835, avocat et fils d’avocat (1). Son père Isidore Pascal Joseph Bauche est à la date de ce mariage « absent » (2). Il était originaire de Bretteville, en Basse-Normandie ce qui explique probablement cette alliance dans la région de Caen.

 

Nous ignorons tout de sa jeunesse et de son éducation, nous savons seulement qu’elle réside à la date de son mariage chez ses grands-parents maternels (qui l’ont probablement élevée) au 19 de la chaussée d’Antin qui n’appartient pas aux quartiers des plus défavorisés de Paris. 

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME
A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME
A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

Nous nous intéressons ici au seul récit de ce voyage dans la partie qui concerne le Siam uniquement : « Comment j’ai parcouru l’Indochine, Birmanie, Etats Shans, Siam, Tonkin, Laos » publié chez Plon en 1901.

 

Auparavant, Madame Massieu avait publié dans le numéro du 1er juillet 1900 de la « Revue des deux-mondes » un article intitulé « A travers l’Indochine – Haut Laos et Mekong » qui révèle de fines qualités d'observations et dans lequel elle s'abstient des considérations péremptoires qu’elle nous inflige sur le Siam après huit jours passés à Bangkok, aux termes desquels elle était devenue Experte -es sciences siamoises.

 

On peut lire (mais ce sont des Wikipédianeries, sans la moindre justification) qu’elle aurait pu accomplir « des missions secrètes ». En sus en tous cas de son incontestable son goût des voyages, elle aurait reçu une « mission du ministère de l’instruction publique » (4)  Cette mission qui n’était pas secrète mais tout au plus officieuse, a-t-elle été rémunérée ?

 

Sous la signature du ministre de l’instruction publique, le 20 janvier 1906, son dossier d’attribution de la légion d’honneur mentionne « C’est à ses frais et sans escorte que cette femme vaillante a parcouru les régions dangereuses de l’Asie. Avec une énergie au-dessus de tout éloge, Madame Massieu a triomphé de tous les obstacles et a rapporté sur l’Asie centrale des appréciations personnelles entièrement nouvelles et d’une haute valeur » (signé du très oublié ministre Bienvenu-Martin). Si mission elle a reçu avant son départ, elle l’aurait reçu du ministre de l’époque, Alfred Rambaud qui a enseigné à la faculté de lettres de Caen de 1871 à 1875 et qu’elle a de toute évidence rencontré dans le microcosme mondain de celle ville de province.

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME
A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

Madame Massieu est arrivée à Saigon le 6 octobre 1896 après avoir quitté Marseille 23 jours auparavant à bord du Melbourne, un puissant et luxueux paquebot des Messageries maritimes qui bat des records de vitesse (http://www.messageries-maritimes.org/melbourn.htm). Elle ne nous dit pas dans quelles conditions, puisqu’il comporte 90 cabines de premières, 44 de secondes, 75 de troisième et peut éventuellement « héberger » 1.200 passagers dans l’entrepont. Compte tenu de l’accueil qui lui sera réservé à l’arrivée, on peut légitimement penser bénéficiait d’une cabine de première classe et qu’elle a plus souvent pris ses repas dans la cabine des officiers plutôt que dans l’entrepont ? 

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

Saigon est le point de départ de son « aventure ». Elle y est « très gracieusement accueillie, très fêtée même » par le gouverneur général, M. Rousseau et son épouse et par le directeur des Messageries Fluviales qui l’hébergent tour à tour.

 

De là, elle part dans le convoi de chemin de fer officiel du gouverneur qui doit se rendre au Cambodge. Foule « en liesse », drapeaux, champagne déplacements sous parasols d’honneur, accueil par les administrateurs locaux, nous vous faisons grâce de toutes ces mondanités dans lesquelles elle se complait. Accueil à Phnom-Penh par le résident général, tous les fonctionnaires français, les notables et  les ministres du roi Norodom.

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

 

Elle fait encore la connaissance du « pape des bonzes ». Visite quasiment royale ensuite à Angkor pendant deux jours où (la malheureuse !) elle est importunée par les moustiques et doit (la malheureuse encore), marcher mais pire, mais encore marcher sous la pluie et dans la boue et enfin retour à Saigon avant de gagner le Siam par la voie fluviale et maritime. Nous sommes en saison des pluies, lesquelles pluies tropicales ne sont pas le perpétuel crachin de Normandie et la voie de terre n’est pas praticable.

 

Elle y sera encore incommodée par les moustiques et fait même la connaissance des cancrelats asiatiques ! Ses lettres de recommandations lui permettent tout de même d’être accueillie par « la petite colonie française composée d'une dizaine de personnes » qui lui fait le plus aimable accueil (5). Ce qui compte à Bangkok, c’est « le distingué ministre de France et sa femme, M. et Mme Defrance », M. Hardouin, consul, et M. Lefèvre Méaulle, vice-consul, avec Mme Lefèvre Méaulle, qui lui font les honneurs de la légation. Pas un mot (mais ce n’est alors qu’une arpète) du jeune diplomate Raphaël Réau dont nous avons analysé la correspondance et les fanfaronnades (6).

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

N’oublions pas que Hardouin fut l’homme-lige du parti colonial  et le chien de garde de Pavie et que, pour Madame Massieu qui annonce déjà la couleur «  Il a été, de l'aveu de tous, l'homme de la situation, il a rendu de grands services, et il est permis de regretter que cet homme éminent n'ait pu continuer à défendre nos intérêts dans ce pays ». Nous voyons surgir les « faut qu’on » et les « n’y a qu’à » qui polluent la correspondance du jeune Réau.

 

C’est ensuite la visite du Wat Phrakéo qu’elle appelle « pagode » suivie de  considérations plus ou moins fuligineuses sur le Bouddhisme. A l’inverse d’Alexandra-David-Néel, autre aventurière, le récit d’Isabelle Massieu n’est pas teinté de quête spirituelle, c’est le moins qu’on puisse dire. 

 

Nous aurons droit – au passage – à l’anecdote aussi sulfureuse que mensongère selon laquelle le roi Chulalongkorn aurait fait couper la tête de l’une de ses concubines sur laquelle un Anglais avait jeté un regard vorace pour la lui offrir sur un plateau (7). Ces ragots dignes des cancans chuchotés à mi-voix dans le salon d’une ville de province à l’heure du thé par des dames patronnesses n’ajoutent rien au récit. Ragot pour ragot, précisons que quelques journalistes aussi misogynes que malveillants ont prétendu que l’expédition d’Isabelle Massieu au Tibet avait pour but de rechercher l’abominable homme des neiges dont la réputation aux jeux de l’amour serait flatteuse, plus encore que celle du gorille mais nous ne pouvons en croire un mot.

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

 

Nous visitons ensuite le Wat Pho au sujet duquel notre « aventurière » se croit obligé de reprocher au Comte de Beauvoir d’abuser de la naïveté de ses lecteurs, mais au moins Beauvoir ne colportait pas ce genre de ragots (8). Elle parcourera le lendemain  Sam Pheng, le quartier chinois dont elle s’indigne de « la malpropreté et les odeurs déplaisantes » ce qui n’est pas une nouveauté. C’est le lendemain une visite au Wat Cheng qu’elle considère, non sans raisons, comme le plus beau de la ville (bien qu’elle n’en ait visité que trois). 

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

C’est à l’occasion d’un spectacle de courses de chevaux que notre aventurière fut par le consul présentée au roi et à la reine actuelle étaient entourées des princes et des enfants royaux. Leurs Majestés lui ont ensuite envoyée leur photo dédicacée. 

 

Départ le dimanche suivant pour Huahin où l'hôtellerie des princes a été gracieusement mise à la  disposition de Madame par le ministre de l'intérieur, le prince Damrong, où elle trouve un gîte confortable « à l'européenne » avant de pouvoir visiter librement  le palais. Quelle aventure ! Le tapis rouge lui a encore été déroulé et il y a des moustiques et des cancrelats !

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

Restons-en là de la description que fait Madame Massieu de ses huit jours à Bangkok avant de partir pour Singapour et ensuite la Birmanie. Elle est agréable, sans fioritures et dépourvue de tout lyrisme, tout comme celle des temples d’Angkor,  mais n’est pas Pierre Loti qui veut).

 

Nous ne briserons donc pas nos plumes contre son féminisme … comme nous aurions tendance à le faire lorsqu’elle entre – après 8 jours passés à Bangkok – dans de doctes considérations de géo politique qui semblent en réalité provenir tout droit des couloirs de l’Ambassade pour qu’elles soient répandues ultérieurement :

 

De retour en France, après le voyage entrepris au Tibet (courageusement et peut-être à la recherche du Yéti ?) Isabelle Massieu multipliera les conférences ou les articles devant toutes sortes de sociétés savantes ce qui laisse toute de même planer des toutes sur le point de savoir s’il n’y avait pas, ministre de l’instruction publique ou autre, un « chef d’orchestre invisible » ? (9) 

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

Nous allons entrer dans le domaine des « faut qu’on » et « n’y a qu’à » qu’elle va répandre péremptoirement dans ses multiples tournées de conférence. Un retour en arrière s’impose : Nous sommes au début de l’année de 1897. Sous la menace des canonnières, le Siam a cédé à la France la rive gauche du Mékong et une enclave sur la rive droite, accepté la création d’une bande démilitarisée de 25 kilomètres tout au long de la rive droite et le sort de nos « protégés » a été réglé par la confirmation de leur statut d’extraterritorialité existant depuis 1856 mais au seul profit de nos nationaux.

 

Le sort des provinces siamoises retournées au Cambodge a été réglé par la convention franco-anglaise de 1896 qui revient en quelque sorte à faire du Siam une zone tampon dans laquelle ni les uns ni les autres ne devront intervenir militairement, entre la Birmanie et la Malaisie anglaises et l’Indochine française. Le traité de 1893 (bilingue) prévoit qu’en cas de difficultés d’interprétation, la seule version française fait foi. La question des protégés, prévue par tous les traités bilatéraux (essentiellement le traité conclu avec la France et celui conclu avec la Grande-Bretagne), est étendue non seulement aux nationaux mais aussi aux personnes provenant de territoires sous la domination de l’une ou l’autre nation. Chacun des deux pays va l’interpréter à sa façon.

 

En 1912 (10) les Anglais « protègent » à Bangkok 17 nationaux, 423 Indiens ou Malais, 15 Birmans et 9 « eurasiens ». A Chiangmaï où la présence britannique est importante, ils « protègent » 394 Birmans et 30 indiens. Le total sur le pays est inférieur à 1.000. Les Français pour leur part protègent à Bangkok leurs 240 nationaux (146 hommes, 63 femmes et 31 enfants), 724 Chinois, 396 annamites, 2.460 Laotiens, 1.466 Cambodgiens, 44 Indiens et 90 « autres » (ressortissant de pays « amis » n’ayant pas de représentation diplomatique au Siam nous y avons même trouvé des Japonais et un Grec. Le total sur la seule ville de Bangkok est de 5.180. Sur l’ensemble du pays, le total est « supérieur à 15.000 ». Pour les autres pays européens, seuls chiffres significatifs, l’Allemagne protège ses quelques nationaux et quelques centaines de Turcs, les Pays-Bas leurs quelques nationaux et 2 ou 3.000 ressortissants des Indes néerlandaises, nombreux au Siam (Javanais ou Balinais).

 

L’attrait de la protection résulte tout simplement de ses conséquences : échapper à la justice locale (effectivement difficile à supporter pour un esprit occidental) mais tout le monde n’a pas des comptes à rendre devant un tribunal, le paramètre est marginal, mais aussi et surtout à la fiscalité et au service militaire. Les difficultés quotidiennes dont se plaignent les autorités siamoises, ce qui disconvient à Madame Massieu, résultent tout simplement du fait que les Français et leurs consuls et vice-consuls, à l’instigation de Pavie essentiellement, vont se livrer à une politique de délivrance forcenée de certificats de protection. L’Ambassade est devenue une usine à délivrer les certificats de complaisance.

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

Il est non moins constant que la voyoucratie chinoise (les « triades » que Réau prétendaient pouvoir manipuler) bénéficie de liasses de certificats de protection en blanc dont elle fait négoce, elles n’avaient pas attendu notre jeune diplomate qui avait la prétention d’avoir trouvé LA solution (« m’aboucher avec les chefs des sociétés secrètes des Chinois de Bangkok, chefs très puissants qui peuvent disposer de quatre à cinq mille Chinois). Les missionnaires (notamment à Chantaburi, occupée militairement par la France en garantie de la bonne exécution du traité de 1893) se voient purement et simplement sous-traiter par les consulats (c’est ce qu’on appelle la laïcité de la république ?) la délivrance de certificats et bénéficient de certificats de protection en blanc qu’ils ne vendent peut-être pas mais qu’ils peuvent échanger contre un baptême en bonne et due forme  (11) ? 

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

Revenons à Madame Massieu : « Ce pays est partout plein de vie et de richesse. Nous l'avons presque tenu en nos mains, à plusieurs reprises; d'abord en 1868, où nous étions sans rivaux, et entièrement encore en 1893. La population est plus ou moins nôtre par nos protégés les Laotiens, les Khas, les Cambodgiens, les Annamites. Beaucoup de Chinois même réclament notre protectorat ». Elle était donc partisane non seulement de la politique de la canonnière mais d’une occupation du pays à la mode espagnole ? Elle oublie qu’une intervention militaire de la France aurait – tout simplement – entraîné une guerre avec l’Angleterre, ce qui ne l’empêche pas d’écrire avec une totale inconscience « Depuis la convention de 1896 notre situation n'est plus tenable. Nous nous interdisons toute intervention armée dans la vallée ».

 

Elle continue : « J'ai vu tous les jours des foules de 200 et 300 hommes, sans compter les Chinois, se presser à la Légation de France pour solliciter leur inscription ». Voilà bien qui démontre que si elle a de grandes qualités, elle est manifestement fâchée avec l’arithmétique ! Si les certificats (ceux qui ne résultent pas d’un trafic) sont délivrés sans la moindre vérification et sans contrôle (les consuls s’opposent systématiquement  au contrôle maintes fois demandés d’un fonctionnaire Siamois alors que cela était fait de façon systématique par les Anglais), si l’on fait une moyenne (250 par jour) et que l’on considère qu’il y avait, compte tenu des jours fériés, 250 jours ouvrables, au seul consulat de Bangkok, il y aurait dû y avoir annuellement 62.500 certificats délivrés alors qu’il n’y en a 15.000 une quinzaine d’années plus tard et que la propagande siamoise, hyperbolique évidemment, ne parle – symboliquement - que de 100.000 au total ! 

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

Si l’on avait inscrit – arrondissons – 60.000 protégés par an, entre la venue de Madame Massieu en 1897 et la statistique donnée pour 1912, sur les 17 années, nous aurions dû protéger plus d’un million de personnes !

 

Madame Massieu continue sa « démonstration » en nous disant : « Le Siamois pur n'existe guère, même à la cour et chez le roi; les implantations voisines se sont multipliées au Siam, avec une colonie chinoise importante, fourmis industrieuses qui lui donnent la richesse et la vie. Les Chinois s'expatrient sans femmes et se marient toujours dans le pays où ils s'établissent. Les rôles d'inscription des corvéables permettent de se rendre compte de la faiblesse de l'élément purement siamois comparé à celui fourni par les races voisines. La population du Siam est évaluée à 6.000.000 d'habitants se décomposant ainsi 500.000 Cambodgiens illégalement incorporés au Siam depuis 1835, 1.000.000 de Laotiens, Khas, Shans, etc.; 1.000.000 de Malais 1.200.000 Chinois et 2.000.000 de Siamois seulement. … » et elle en rajoute : « Nos Annamites, (ils n’apparaissent pas dans ses statistiques, mais peu importe) Cambodgiens, Laotiens ont été l'objet de nombreuses rafles. Ils ont été enlevés comme prisonniers de guerre à diverses époques depuis le commencement du siècle. Ce ne sont pas des peuples vaincus, leurs pays n'appartiennent pas au Siam. Nous revendiquons ces prisonniers et leurs descendants, qui, normalement, doivent être soumis à notre domination ».

 

Quel singulier sens de la « normalité » ! Toutes ces populations allogènes ont peut-être été importées contre leur gré quelques dizaines voire quelques centaines d’années auparavant, il n’empêche qu’elles se sont pour la plupart parfaitement intégrées notamment par la conclusion de mariages mixtes et que, même si elles ont souvent conservé leurs coutumes et leurs langages, elles ne sont certainement pas plus malheureuses que si elles se trouvaient sous la férule coloniale française (ou anglaise). 

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

 

Lorsque Pavie exigea le retour de Princes laotiens « détenus » à Bangkok, ceux-ci, pour échapper à une expatriation forcée, prirent la fuite pour rester au Siam. Il n’empêche, elle persiste et signe : « Un autre point est à considérer. La rive gauche du Mékong qui nous est concédée est, pour une longue région, un désert inhabité et sans ressources par suite des dévastations et du dépeuplement opérés par les Siamois. Or, l'Européen ne peut rien par lui-même dans ces contrées, la main-d'œuvre indigène lui est absolument indispensable ». Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il suffit donc de réimporter dans nos colonies ou protectorats 500.000 Cambodgiens et 1.000.000 de Laotiens pour faire suer non pas le burnous mais les Niaqués. « Esclaves » ils étaient au Siam, ils le deviendront à notre profit au Laos et au Cambodge ! 

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

 

Lorsque, suivant les judicieux conseils de Madame Massieu, les Français auront récupérés cette main d’œuvre, « les Siamois se trouveraient absolument réduits à une minorité dirigeante, ils seraient noyés et annihilés. D'autant plus que les Chinois tendent chaque jour à revendiquer en plus grand nombre notre protectorat, épousent des femmes siamoises. Ils pullulent et dépasseront bientôt comme chiffre total les maîtres du sol. Ils détiennent tout le trafic, et, dans l'avenir, ils absorberont inévitablement la race siamoise, déjà métissée dans des proportions considérables ».

 

Et naturellement, les Chinois qui se mettaient sous notre protection tout simplement pour échapper à la fiscalité siamoise accepteront avec ravissement la fiscalité coloniale française, en expression spontanée de leur reconnaissance. D’ailleurs, nous en avons un besoin pressant dans nos colonies : « Les Annamites sont moins soumis et ne fournissent guère de domestiques très bien dressés. Quiconque veut s'assurer un bon service doit prendre des Chinois, lesquels sont plus intelligents, plus  travailleurs, mais se font payer plus cher ». « Trop disposés à traiter les Annamites en égaux ne peut être sans grands inconvénients », nous apprend-t-elle ! Importons donc les Chinois du Siam au Laos, au Cambodge et en Indochine pour avoir de bons maîtres d’hôtel et des valets de pied pour cirer nos bottes ! 

A 192 - A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME

 

Il ne restera plus donc alors que les Siamois de souche mais comme le roi lui-même porte tout autant de sang chinois que de sang cambodgien, pourquoi n’en ferons-nous pas un sujet protégé ? Elle ne le dit pas mais elle le pense tout fort !

 

***

Indépendamment de ces profondes considérations de géopolitique, fruit évident d’une étude approfondie résultant d’un séjour prolongé de huit jours au Siam, partagés entre le palais royal, celui de Huahin, le toujours crasseux et puant quartier chinois et la visite de trois temples, Madame Massieu va nous donner de judicieux conseils sur la gestion de nos colonies et évidemment du Siam lorsque la France s’en sera emparé : Nous sommes en 1896-1897, ce n’est pas encore l’époque de l’ « entente cordiale » mais de ses prémices (l’accord de 1896 en constitue l’une des étapes). Madame Massieu a rejoint la Birmanie depuis Singapour, l’a longuement visitée et décrite d’une manière qui suscite notre admiration d’autant que le tapis rouge  a été moins largement déroulé sous ses pieds qu’au Siam. Mais une fois encore ses considérations géopolitiques, parfaitement superfétatoires, non pas anglophiles mais anglomanes sinon anglomaniaques nous font à ce jour rêver. 

 

La gestion de cette colonie par les anglais suscite son admiration béate sinon bêlante : « Au point de vue administratif, nos voisins de Birmanie ont obtenu le maximum d'effet utile avec le minimum de personnel. C'est ainsi que cette immense colonie, dont la superficie est peut-être plus considérable que celle de toute l'Indochine française réunie, n'a d'autres fonctionnaires que les suivants un « chief commissioner », appelé, depuis le mois de janvier dernier lieutenant-gouverneur, titre correspondant presque à celui de notre gouverneur général de l'Indochine; un secrétaire général, un chef des finances et un chef de la justice et plusieurs secrétaires. Ils forment tout le gouvernement général.  Huit « commissioners » sont, en quelque sorte, les gouverneurs de province. 34 « deputy commissioners » équivalent à nos résidents et commandent les districts. Ajoutez à ce contingent 72 assistant « commissioners », analogues à nos vice-résidents, et vous aurez un total de 133 fonctionnaires, qui sont, à la fois, préfets, percepteurs des finances, magistrats et maires dans les villes qui ont sur l'indigène un prestige considérable et sont obéis au doigt et à l'œil. Ces 133 fonctionnaires constituent le Gouvernement Général et le Civil Service. Les services spéciaux douane, poste et télégraphe, prisons, police, travaux publics, instruction, ce qui existe au Tonkin, mais seulement dans nos territoires publique et clergé, forment avec l'administration un effectif total de 650 fonctionnaires pour 11 millions d'indigènes. Comparez maintenant avec l'annuaire du personnel colonial administratif français de l’Indochine, et vous serez stupéfaits de la différence. Une publication officielle donnait pour l'année dernière le chiffre de 3,426 fonctionnaires pour 20 millions d'indigènes ».  

 

 

La colonisation anglaise doit-elle être un exemple pour nos colonies d’Indochine et, bien sûr, pour notre future colonie, le Siam ? Si l’occupation anglaise de la Birmanie ne se résout pas en « faut qu’on » et « n’y a qu’à », elle repose sur un paramètre qui n’a que partiellement frappé la colonisation française, le sentiment de la supériorité blanche face aux bouseux locaux. Malheur à celui qui considère les Birmans comme des êtres humains ! La reconnaissance n’est rien si elle ne vient pas des blancs, c’est à dire si on n’est pas admis au club, réservé aux anglais, fond d’alcoolisme, de désœuvrement complet, de méchanceté anglaise, de misérables magouilles, de pauvreté et d’esclavagisme birman. Moins de fonctionnaires civils, peut-être, mais l’ordre, celui de la terreur, les Anglais le font régner par leurs troupes de supplétifs,  Sikhs ou Gurkhas. L’opinion anglaise fut unanime lors de la révolte des Cipayes aux Indes quelques dizaines d’années auparavant, à bêler devant les propos  du poète Martin Tupper (aujourdhui bien oublié, seul Karl Marx le considérait comme un cuistre) remplis d'appels à la destruction de Delhi et à l'érection de « bosquets de gibets » ils sont éloquents « Angleterre, venge maintenant leurs torts par une vengeance totale et terrible, Retire ce cancer par l'épée et détruis-le par le feu, Détruis ces régions traîtresses, pends tous les parias traqués, Et chasse-les jusqu'à la mort dans toutes les collines et les villes alentour ». 

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Les membres les plus virulents du parti colonial français ne sont jamais allé jusque-là. Quant à la colonisation française en Indochine, si elle ne fut de loin pas un modèle de douceur et d’angélisme, elle n’a jamais atteint la férocité de celle des Anglais en Birmanie et aux Indes. Madame Massieu nous  permettra de ne pas être tout à fait de son avis !

 

***

 

C’est avec quelques surprises que nous avons appris la publication d’une réédition partielle en 2013 de l’ouvrage que nous venons d’analyser sous le bandeau publicitaire suivant : « Partez à la découverte de la Thaïlande à travers l'expérience de voyage d'Isabelle Massieu ». C’est une duperie ! Si vous ne connaissez pas la Thaïlande et que vous partez avec ce livre en poche, soyez certain que ni les portes de l’Ambassade, ni celles du Palais royal ni celles du Palais de Huahin s’ouvriront à vous (12). Vous ne partirez pas « à la découverte de la Thaïlande » mais « à la découverte de la vision du Siam par une aventurière de la fin du XIXème » !

 

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Notes

 

(1) Ces renseignements sont tirés du dossier d’admission à la Légion d’honneur disponible sur la « base léonore »

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(2) En réalité, il a probablement fui le domicile conjugal puisque nous trouvons trace de sa mort à Tournai en Belgique le 28 août 1890 sur le site généalogique https://familysearch.org/ark:/61903/1:1:VRGL-6Y8

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(3) Divers sites Internet font de son mari un « membre du Conseil de l’ordre », en réalité une « étude historique sur le Barreau de Caen » publié en 1889 sous la signature de Pierre Carrel nous apprend simplement qu’il a prêté serment le 12 novembre 1856), peut-être avait-il été élu l’année suivante, un an avant sa mort survenue en 1891 ?

 

(4) Nous trouvons cette précision en particulier dans le « Bulletin de la société de géographie commerciale de Paris » de  1898.

 

(5) Il y a environ 200 français établis à Bangkok à cette date  mais elle n’est évidemment pas concernée par la piétaille : Voir notre article 152 : le premier recensement effectué au Siam en 1883.

 

(6) « Je suis en train de me livrer à un grand travail qui, s’il réussit, consiste tout simplement à prendre le Siam sans même cent soldats Français » … Pas moins ! Voir nos articles 144 et 145 « Raphaël Réau, Jeune Diplomate Français Au Siam (1894-1900) ».

 

(7) Voir notre article 149 : « La visite du Roi Chulalongkorn à Paris en 1897, vue par La presse française »).

 

(8) Le Comte Ludovic de Beauvoir (sauf erreur de notre part, ancêtre du bas-bleu prénommée Simone) a effectué un voyage au Siam en 1868 en compagnie de l’un des fils de Louis-Philippe, le duc de Penthièvre. Le récit « Voyage autour du monde, Java, Siam et Canton » a été publié en 1879.

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(9) Ainsi, nous trouvons des articles systématiquement élogieux dans « La France illustrée » du 23 avril 1898,  Le « Bulletin de la société géographique de Lyon » du 1er juillet 1898 – « La géographie » de juillet-décembre 1901, le « Revue de géographie » de 1901, et plus tard encore   « Toung Pao »  en 1906  ou le « Journal des économistes » octobre – décembre 1910), la liste est loin d’être limitative.

 

(10) Ces chiffres sont extraits du Bangkok Siam directory pour 1914.

 

(11) Nous avons tiré ces précisions de la thèse en cours de rédaction de notre ami Rippawat Chiraphong « La question de l’extraterritorialité et ses conséquences juridiques successives concernant les protégés français au Siam, dans le cadre des relations franco-siamoises de 1893 à 1907 » sous la direction du professeur Alain FOREST. Cette question qui a empoisonné les relations franco-siamoises pendant de longues années après le traité de 1893 n’a pratiquement jamais été abordée et est mal connue. Nous vous rendrons évidemment compte de cette thèse, étayée sur des sources siamoises qui n’ont jamais  jusqu’à présent été compulsées, notamment la presse (le Sayam Maitri en thaï ou le Siam Observer en anglais) et les documents administratifs officiels également inédits,  lorsqu’elle sera publique.

 

(12) Ces « reprints » qui permettent souvent aux maisons d’édition d’éluder le payement des droits d’auteur (70 ans post mortem en droit français) sont, comme la langue d’Esope, la meilleure et la pire des choses. Rare auparavant, la reproduction des ouvrages épuisés s'est développée depuis quelques années. Phénomène intéressant pour combler les lacunes d’une bibliothèque. Mis en concurrence avec les procédés de micro reproduction (c’est une édition numérisée de l’ouvrage de Madame Massieu que nous avons évidemment sous les yeux), les réimpressions   ont sur eux l'avantage de la maniabilité, particulièrement pour les ouvrages de référence souvent consultés mais de façon rapide, que l'on ne lit pas de façon suivie mais que l'on feuillette pour se reporter de la table et des index aux passages que l'on recherche. Mais tout n’est pas positif. Si une réimpression peut même faire œuvre originale encore fait-il qu’elle soit accompagnée d'une introduction présentant l'œuvre et la situant dans le contexte de son époque. On voit même tel ouvrage remplacé par un autre, reproduit de préférence parce qu'il est dans le domaine public, mais pas l'autre ! Il y a des maisons de « reprints » sérieuses et des réimpressions qui sont de fantaisie. Les vrais reproductions à l’identique sont d’ailleurs couteuses : Nous avons cité l’ouvrage du comte de Beauvoir superbement illustré, réédité par la très célèbre Librairie Slatkine, de Genève pour 128 francs suisses alors qu’on trouve sans trop de difficultés l’ouvrage original chez les vendeurs de livres anciens pour environ 150 euros.

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 22:00
A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Encore un article sur Constantin Phaulkon pourriez-vous dire si vous nous suivez dans « notre « Histoire du Siam. Mais Fernand D. - qu’il en soit remercié - nous a offert ce livre de 525 pages intitulé « Le Ministre des moussons » publié en 1998, chez Plon et de plus  Madame Claire Keefe-Fox nous avait déjà permis d’en savoir plus sur le roi Thaksin  (1767-1782), avec son autre roman « Le roi des rizières ».* Il nous fallait bien par amitié et en hommage pour elle, évoquer ce livre.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Constantin Hiérakis donc, est né en Grèce, à Céphalonie ; il se fait engager à 12 ans comme mousse sur le navire du capitaine Howard. Il ne sait pas alors qu’il parviendra à devenir le 1er ministre du roi Naraï (1656-1688), et l’homme le plus puissant du Siam, avant d’être exécuté par le futur roi Petracha lors d’une révolution de palais en 1688. Une aventure peu commune !

 

Son roman vient après bien des ouvrages, multipliant les points de vue divergents avec, par exemple, ceux  des jésuites, des pères des Missions étrangères, des diplomates, des militaires, des chercheurs, des Siamois, … des romanciers, comme Aylwen (1988) et  Sportès (1993), dont nous vous avons présenté les romans. Il est même le seul Farang dont « les Annales royales d’Ayutthaya » évoque l’action au sein d’un gouvernement siamois. (Cf. Son portrait in  98**) Nous avons même consacré une dizaine d’articles aux deux ambassades françaises au Siam, avec leurs principaux protagonistes, et le rôle joué par Phaulkon durant cette période. (Cf. en note***) 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Le roman de Madame Claire Keefe-Fox s’inscrit donc dans un contexte où les références sont multiples, même si dans sa préface, elle estime que :

 

« Ce récit n’est pas à proprement parler un roman. Tout – ou presque - tout - s’est déroulé ainsi que je l’ai relaté, tous les personnages ont réellement existé ».

 

Elle donne en effet à la fin de son roman ses sources et sa bibliographie ; ce qui est peu commun pour un roman.

                                                ---------------------------------

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Madame Claire Keefe-Fox a choisi de structurer son roman en 3 livres (intitulés  Livre I, II et III) et 40 chapitres. Presque tous les chapitres commencent avec un lieu et une date, qui permettent bien de suivre une  chronologie de l’aventure de Constantin et de nous  informer ainsi sur la place donnée aux différentes périodes de sa vie. (Constantin ? Il est ainsi désigné par Madame Claire Keefe-Fox ou Constance au cours de son roman) Les « livres » intègrent parfois, des lettres de différents auteurs/personnages, des extraits du Journal de l’abbé de Choisy, des « éditos » annuels du « Madras Intelligencer ».

 

(En rappelant que Bangkok s’écrit ici Bancoc ; Ayutthaya, Ayoudia ; et Lopburi, Louvo.)

 

Il est précédé du récit du capitaine Howard (pp.11-16), écrit à Bathwick, Somerset, Angleterre, en novembre 1676.

 

Le capitaine raconte dans quelles circonstances il a « engagé » Constantin comme mousse à l’âge de 12 ans, puis l’a adopté et éduqué comme un père, lui assurant de bonnes études (anglais, l’étude des classiques, calcul, latin, lecture des cartes marines, portugais, etc) au cours de ses pérégrinations commerciales en Méditerranée.  Mais ce qu’il aimait, dit-il, c’étaient les récits de voyage, tout connaître des grands conquérants et voyageurs comme Alexandre et Marco Polo. Il ne pensait qu’aux Indes, « conquérir un royaume »  qui pourrait lui faire oublier ses origines bâtardes.

 

On va ensuite au livre I, suivre son parcours, les différentes étapes de sa vie, de 1659  à Céphalonie (Grèce) à janvier 1680 à Ayoudia, au long de 16 chapitres et de 148 pages, de l’âge de 12 ans à 31-32 ans. (pp.19-167)

 

On le verra sillonner la méditerranée avec  le capitaine Howard jusqu’à sa retraite en 1670, se former, acquérir une expérience de marin, et rêver aux voyages lointains, puis s’engager à la Compagnie britannique des Indes Orientales ; y travailler  pendant un an comme greffier à Madras en 1671, puis trois ans à Bantam, port de l’île de Java , comme chef-greffier, qu’il quitte, après avoir reçu une récompense de 1.000 écus, pour avoir sauvé le comptoir en feu qui allait exploser, pour rejoindre Georges White qui l’avait invité à « faire des affaires » à Mergui au Siam, « le port le plus important du commerce côtier ». Il va  alors s’y installer, s’associer à Georges White, se plaire dans son nouveau mode de vie siamois, mais une affaire désastreuse en 1677 les ruine, et  pousse Constantin à accepter un contrat « clandestin » de ventes d’armes, de poudre et de riz pour le sultan de Singhor qui veut se révolter contre le roi du Siam. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Une expédition qui va le griller auprès des autorités siamoises et des commerçants de Mergui. En 1678, il joue son va-tout en décidant de monter à Ayoudia  rencontrer le Phra Khlang (Le 1er ministre du roi Naraï) pour se dédouaner et l’informer. Cette rencontre va changer sa vie. On va alors assister à son ascension.

 

Il deviendra Kha Luang « le responsable du commerce du Siam avec l’étranger »,  effectuera en 1679 une expédition commerciale en Perse au nom du roi. Il sera enfin présenté  au roi en janvier 1680, va l’impressionner en s’adressant à lui en ratchasap, le siamois de Cour, au point qu’il sera invité le soir même en audience privée. Il sauvera les finances de l’Etat en 1680 et remplacera les Maures qui en avaient le contrôle.

 

Mais son ascension n’était pas terminée.

 

Commence alors le livre II avec 17 chapitres (pp. 171-393, 222 pages) qui se déroule de janvier 1681 au 19 novembre 1685 (+  l’édition spéciale du  1er janvier 1686 du « Madras Intelligencer » et une lettre de Keyts de janvier 1686 adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia), qui sera suivi par le livre III avec 7 chapitres (pp. 397-523, 128 pages) qui va du 21 juin 1686 à Ayoudia au 8 septembre 1688 à Bancoc pour le dernier chapitre, avec le coup d’Etat de Petracha et la fuite des Français de Bancoc le 13 novembre 1688 sur L’Oriflamme, Le Siam, et Le Louvo, suivi d’une lettre du père de Bèze datée du 1er février 1690.

 

                                                            ---------------------------

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

On pourrait alors continuer avec les livres II et III, chapitre par chapitre, suivre Constantin Phaulkon au cours des huit dernières années de sa vie. Vous auriez alors 45 pages de résumé à lire ; résumé que vous pouvez d’ailleurs lire en note.

 

Mais cette lecture linéaire ne permettrait peut-être pas de remarquer que la chronologie suivie par Madame Claire Keefe-Fox privilégie la partie consacrée au temps des deux ambassades françaises de Louis XIV envoyées au Siam, puisqu’elle y consacre 238 pages, de l’arrivée de la 1ère ambassade, le 23 septembre 1685 au départ forcé du général Desfarges et des Français le 13 novembre 1688.

 

Huit années disions-nous, mais dont certaines sont expédiées, comme celles de 1681, 1683, 1684 qui n’ont droit qu’à un seul chapitre ; alors que quatre chapitres par exemple  seront consacrés aux dates du 16, 17,18, et 20 octobre 1685, ou  au 17 novembre 1685 au chapitre 16, au 19 novembre 1685 au chapitre 17, voire au livre III, au 21 juin 1686 au chapitre 1.

 

Certes, rien de plus normal, l’auteur est libre de ses choix et en fonction des sources trouvées, travaille le temps comme il l’entend, le compressant, le dilatant, le résumant, le mettant « en scène », pouvant procéder à des retours en arrière ou à des ellipses, que nous avons remarqué dans notre lecture linéaire. (Cf. En note) Mais comme l’auteur commence son roman en nous promettant un ordre chronologique et « biographique » ; retenons donc les moments forts de cette vie hors du commun, en sachant que le roman traite non seulement des différentes étapes de son accession au pouvoir, mais aussi du développement de ses propres affaires commerciales qui feront sa fortune avec une vie familiale tumultueuse au milieu de ses concubines. Trois facettes de sa vie parfois différentes mais qui se combinent aussi souvent au milieu des intrigues de la politique siamoise. Un destin exceptionnel qu’il doit bien sûr à des qualités remarquables (culture, don des langues avec la maîtrise du siamois et du siamois de cour, sens des affaires, formation comptable, tacticien politique, etc)  mais aussi et surtout à la relation unique qu’il a pu entretenir avec le roi Naraï, un roi absolu.

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A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Céphalonie 1659 / Londres 1667.

 

Madras, 1671.

 

Bantam de 1672 à 1674.

 

47 pages  consacrées à trois temps de sa vie, de 1659 à 1674 avant qu’il n’arrive à Mergui au Siam ; à savoir, comme nous l’avons déjà évoqué, sa formation et son expérience de marin auprès du capitaine Howard jusqu’à la retraite de ce dernier en 1670 ; puis son engagement à la Compagnie anglaise des Indes orientales, comme greffier, où il travaillera presque 4 ans ; un an à Madras en Inde en 1671, et 3 ans à Bantam (« un port dans l’île de Java tenu par les Hollandais » jusqu’en 1674, qu’il quitte, après avoir reçu une récompense de 1000 écus, pour avoir sauvé le comptoir en feu et qui allait exploser, avec laquelle il achète un bateau, pour rejoindre Georges White qui l’a invité à « faire des affaires » à Mergui au Siam, « le port le plus important du commerce côtier ».  

 

Constantin au Siam. Mergui, 1674-1678. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

53 pages pour découvrir sa nouvelle vie à Mergui (le luxe, le mode vie siamois,  les esclaves et concubines), son association commerciale avec Georges White, sa connaissance du milieu pour réussir dans le commerce indépendant ; Le Shabandar (gouverneur) dont dépend en partie sa réussite future, avec  les négociants en place ( les familles portugaises, anglaises, hollandaises), le commerce japonais, les fonctionnaires du roi, la corruption, les alliances nécessaires … Constantin veut réussir et n’oublie pas d’apprendre le siamois et à penser comme un siamois.

 

Malheureusement, le nouveau gouverneur va retarder volontairement sa cargaison dans laquelle il avait investi toute sa fortune. (Poudre, fusils, pendules et surtout des draps rouges pour les caparaçons des éléphants destinés à la Cour), 

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L’expédition au sultanat de Singhor (25 pages)

 

Ruiné, il se croit contraint d’accepter un contrat quelque peu « interdit et clandestin » à savoir livrer poudre, armes et riz au sultan de Singhor, qui veut se révolter contre le roi du Siam. Constantin fera  le récit de cette aventure (fuite, naufrage, perte de leur navire). Mais s’il revient avec quatre barres d’or pour se refaire, il n’avait pas prévu les conséquences au retour : ils sont devenus des « lépreux » à Mergui, et les douanes, les services portuaires ne veulent plus leur donner d’autorisation d’embarquement, même leur principal fournisseur ne veut plus les livrer. Ils sont grillés et Constantin risque l’expulsion.

 

Constantin va alors prendre une décision qui va changer sa vie : informer le 1er ministre que la poudre livrée a été mouillée et que le Siam ne risque rien de la part du Sultan de Singhor.

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Ayoudia, 1678-1680.

 

Il obtient très rapidement par Thomas Ivatt’s, un indépendant qui a aidé la Cie et est bien introduit à la Cour, un rendez-vous auprès du  « Chao Phraya Khlang Kosathibodi » (le 1er ministre) à l’issue duquel il est heureux d’annoncer à Ivatt’s : « Thomas, vous n’allez pas me croire, et jamais je ne pourrai vous remercier assez ! Je rentre demain au service du Phra Khlang. »

 

Sans transition, on le retrouve deux ans plus tard Kha Luang « responsable du commerce du Siam avec l’étranger ». Outre son travail (vérification des marchandises, le courrier, a commencé un système d’archivage) ; on apprend qu’il étudie le « ratchasap » (le langage de la Cour) pendant quelques heures par jour avec un moine», et qu’il est étonné par la complexité de l’étiquette de la Cour. 

 

Une nouvelle étape dans l’ascension : Constantin chargé des finances royales         auprès du Phra Khlang après avoir évincé les Maures qui  « commerç(ai)ent exclusivement au nom du roi »  

 

 

Constantin va « sauver » un Phra Khlang désespéré qui vient d’apprendre qu’il est redevable pour la première fois de 40.000 écus aux Maures qui  ont clos les comptes de l’année. Constantin va prouver non seulement leurs fraudes et leurs escroqueries mais leur faire rembourser 60.000 écus.  Ils vont perdre le monopole du commerce royal, et les services de Constantin en seront chargés désormais.

       

Une nouvelle mission. Le Phra Khlang fait savoir à Constantin qu’il est appelé à diriger une expédition commerciale à Banda Abbas et au Shah à Ispahan, au nom du roi. Mission qu’il racontera et réussira. Nous sommes fin 1679. Ce succès lui vaut d’être enfin reçu par le roi.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Une date importante : Janvier 1680. La 1ère rencontre de Constantin et du roi.

 

Constantin est présenté au roi dans la grande salle des Conseils. Il impressionne le roi en s’adressant à lui en ratchasap, le siamois de Cour. Le roi l’invite le soir même en audience privée. Ce qui est rare. Le roi est intrigué et le questionne pour savoir qui il est et ce qu’il recherche en son royaume. Constantin lui racontera alors sa vie et son parcours. Ce sera le début de multiples entretiens sur les affaires du royaume ; mais aussi sur les puissances anglaises, hollandaise et française, les grands rois et leurs batailles que le roi veut connaître. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Janvier 1681.

 

Un an plus tard. Constantin se sait assez fort pour accuser le  Phra Khlang, devant le roi et tout le Conseil des mandarins, de ne pas avoir obéi au roi pour établir des fortifications dans les villes stratégiques du royaume (Bancoc, Porcelouc, Korat),  et même d’avoir été acheté.

 

« Le roi était figé. Les mandarins interdits. » Le Phra Klang fut arrêté sur le champ et sa vie épargnée en souvenir de l’amitié passée avec le roi et de ses exploits antérieurs. Sur sa recommandation, Okya Wang,   grand amiral de la Flotte, est nommé Phra Khlang.

 

Constantin n’oublie pas ses propres affaires et a désormais quatre vaisseaux avec l’assistance de Georges White à Ayoudia et Samuel White à Mergui. 

 

1682. Constantin se voit confier une nouvelle mission : Il est chargé par le roi d’aller chercher auprès du roi du Cambodge le tribut annuel de vassalité. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Pendant cette période les intrigues vont bon train. Okya Wang a été destitué pour avoir calomnié Phaulkon, et Keyts, le chef du comptoir hollandais intrigue avec Petracha, (qui intrigue lui aussi pour se faire nommer Phra Khlang ), Sorasak,  Kosapan et Kosathibodi, (l’ex-Phra Khlang). (Constantin connait donc ses « ennemis » qui n’auront de cesse  de tenter de le nuire jusqu’à leur succès en 1688.)

 

Mais Constantin revient en triomphe de cette mission, avec surtout la statuette de bronze de Prajnâparamitâ volé à Pimaï qui  aux yeux du roi Naraï est le trésor le plus précieux qui soit, que les souverains précédents n’avaient jamais pu obtenir. « J’y vois le signe que tu es choisi pour être l’instrument de notre grandeur. »

 

Le roi propose alors à Constantin de devenir Phra Khlang, honneur qu’il décline, par stratégie politique,  afin  d’être moins exposé face à ses « ennemis » intrigants.

 

Ensuite, Naraï confie à Constantin la mission de préparer l’envoi d’une nouvelle ambassade auprès du roi de France (composée de Khun P’ichaï Walit et Khun P’ichitt Maïtri, avec quatre adolescents esclaves pour être formés à l’artisanat français et accompagnés par les missionnaires Vachet et Pascot, chargés d’acheter une longue liste d’objets dont des lunettes d’astronomie.)

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Et le roi décide de marier Constantin avec Maria Guimar, «  la petite fille du puissant Yamada, chef de la nation nippone d’Ayoudia » à qui il doit beaucoup d’argent, et  dont le Siam dépend pour le commerce. 

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1682. Une année importante pour Constantin : il a donc conquis la première place du pouvoir et a toute la confiance du roi Naraï. Ses affaires vont bien avec Georges White, surtout depuis qu’ils ont obtenu le monopole du poivre de Pattani, même si Samuel White à Mergui est accusé de vol et de piratage.

 

Quel parcours pour un commerçant ruiné qui arrivait pour la première fois à Ayoudia et rencontrait le premier ministre en 1678 ; voilà 4 ans !

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L’année 1683 sera traitée en un chapitre, ainsi que l’année 1684.

 

En 1683 est évoquée  la relation avec sa femme  qui ne s’était pas améliorée du fait de son infidélité assumée avec ses concubines et qu’il a eu un enfant. Il lui propose cependant une mission : gagner l’amitié de la Kromluang Yothatep sachant que celui qui l’épousera héritera de la couronne, d’où la nécessité pour Constantin de savoir ce qu’elle pense pour l’empêcher qu’elle puisse se marier avec Luang Sorasak, son « ennemi ».

 

Et en 1684, Constantin apprend  par une lettre du père Vachet que le roi Louis avait déjà lancé les préparatifs d’une ambassade française.

 

Constantin va alors, pour la 1ère fois, nous livrer la stratégie dans laquelle cette ambassade pouvait se situer pour assurer la sécurité et la prospérité du royaume, et … surtout ses intérêts.

 

Il s’agissait d’obtenir l’aide de la France pour faire face aux Hollandais et aux Anglais, qui de Java et de l’Inde pouvaient étouffer la position commerciale du Siam et pire, les annexer un jour … et de disposer de soldats français à son service.

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Si les années 1683 et 1684 n’avaient eu droit qu’à un seul chapitre chacune, l’année 1685 se déroulera sur 9 chapitres de 101 pages. (Du chapitre 9 (p. 273) à la fin du chapitre 17 (p. 393. Fin du livre II) de septembre 1685 au 1er janvier 1686.) Pourquoi ?

 

C’est en fait la période de la première ambassade de Louis XIV séjournant au Siam. Vous pouvez lire en note le résumé et lire ou relire les articles que nous avons consacrés aux deux ambassades françaises.

 

Les deux vaisseaux de l’ambassade française du chevalier de Chaumont secondé par l’abbé de Choisy, L’oiseau et La Maligne, arrivent donc à Bancoc, le 23 septembre 1685, pour repartir le samedi 22 décembre, deux heures après minuit. 

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Très vite, Constantin va apprendre que le but de cette ambassade est de vouloir convertir le roi, alors qu’il s’agissait pour lui d’obtenir un engagement de Louis XIV « à se porter aux côtés des Siamois si les Hollandais ou les Anglais se mêlaient de les vouloir attaquer. Et, pour se faire, une seule solution. Laisser en permanence ici une garnison d’officiers et de soldats français qui seraient sous ses ordres. Une garnison qui permettrait d’assurer l’ordre au moment de la succession. » (p. 352)

 

Le roman racontera les différentes étapes, les conflits entre les différents acteurs, les dialogues difficiles, et tout l’art diplomatique de Constantin pour proposer au chevalier de Chaumont la ville de Bancoc au roi de France qui impliquerait  que  « le roi de France (soit) prêt à envoyer des troupes, des ingénieurs, des chevaux, des vaisseaux et de l’argent à Bancoc, pour faire de la ville une citadelle française. Proposition qu’il refusera pour obtenir quand même du chevalier la proclamation devant le roi d’une ligue offensive et défensive entre la France et le Siam » et une garnison française qui restera à Bancoc, commandée par Forbin. Il aura en plus la surprise de voir le père Tachard, jésuite, proposer d’ être son « ambassadeur » auprès du père de la Chaize, confesseur de Louis XIV. 

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On arrivait au livre III, comme nous l’avons déjà dit avec 7 chapitres (pp. 397-523) 128 pages), mais essentiellement consacré à :

 

La révolte des Macassars de juillet 1686.

 

La révolte de Mergui du 14 juillet 1687.

 

La deuxième ambassade française de La Loubère-Céberet, de son arrivée le 26 septembre 1687 à son départ le 3 janvier 1688.

 

La période qui verra la chute de Constantin, le coup d’Etat de Petracha avec l’assassinat des prétendants royaux et de Constantin, le départ  forcé du général Desfarges et ce qui restait de la garnison française le 13 novembre 1688.  

 

Vous pouvez lire le résumé de tous ces événements en note, tout en sachant que d’autres témoins et écrivains en ont donné d’autres versions, comme l’abbé de Choisy, le comte de Forbin,  Jean Vollant des Verquains, Sportès, Aylwen, Forest. Nous leur avons consacré des articles. (Cf. en note)

 

Nous espérons surtout vous avoir donné envie de lire le roman de Madame Claire Keefe-Fox.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 *115.1 et 115.2 « La représentation romanesque du règne du roi Taksin  (1767-1782) ».

 

Selon le roman « Le roi des rizières » de Claire Keefe-Fox, Plon, 2007.

 

L’auteur.  Née à Trieste, de père américain et de mère française, Madame Claire Keefe-Fox a vécu entre les Etats-Unis, la Suisse, la France et l'Italie.
Interprète, a été directrice de l’Alliance française de Bangkok.

 

Elle a déjà publié « Le Ministre des moussons, Plon, 1998,  et « L’atelier d’éternité », Plon, 2002

                                                ________________

 

NOTES ET REFERENCES.

 

**Article 98. « Un portrait de Phaulkon original, dressé par les annales siamoises. » (The Royal Chronicles of Ayutthaya: A Synoptic Translation Cushman, Richard D. & Wyatt, David K. 8.2 x 11.4", 556 pp., paper, Bangkok, 2000)

 

***Dans notre catégorie : « Les relations franco-thaïes » :

 

Article 6. « Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin. »   http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html

 

Article 8. « La première ambassade de 1685 envoyée par Louis XIV à la Cour de Siam, vue par l’Abbé de Choisy. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html

 

Article 10. « La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV en 1687 au Siam, vue par Simon de la Loubère », In « Du Royaume de Siam ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.html

« M. de La Loubère va profiter de cette Ambassade pour écrire « Du Royaume de Siam», un classique de la littérature de voyage sur la civilisation, la culture et la vie quotidienne  du Siam, publié en deux volumes en 1691.

Beaucoup s’accordent à dire que ce livre reste à ce jour une des meilleures études sur la culture et la civilisation du Siam au XVIIe siècle. »

 

Article 12. « La 1ère ambassade de Louis XIV, vue par Mme Pensri Duke, une historienne thaïe des années 1960. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-12-la-1ere-ambassade-vue-par-une-historienne-thaie-64176235.html

 

Article 13. « La « Révolution » de 1688 au Siam, vue par Jean Vollant des Verquains, In Particularités de la révolution de Siam arrivées en l’année 1688 » http://www.alainbernardenthailande.com/article-13-les-relations-franco-thaies-la-revolution-de-pitracha-de-1688-64176423.html

 

14. Les relations franco-thaïes : « L’expédition de Phuket de 1689 du général Desfarges » http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-relations-franco-thaies-l-expedition-de-phuket-de-1689-64176809.html

 

Point de vue d’Alain Forest évoqué, in 99.  La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688. http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html

 

In son Annexe1. Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Naraï et pp. 371-428, in « VII- Au Siam : vers la crise (1686-septembre 1687) » ; VIII- En France, une décision aberrante » « XIX- L’occupation française (septembre 1687 - début janvier 1688 »,  « X- La Révolution du Siam (1688) » et  « XI- Epilogue », In  « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles », Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec, préface de Georges Condominas, Livre I, II, et III, Histoires du Siam, L’Harmattan, 1998.

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Et puis encore :

 

A89. Louis XIV a voulu coloniser le Siam ? In Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a89-louis-xiv-a-t-il-voulu-coloniser-le-siam-113692980.html

 

A99. « Le Faucon du Siam » d’Axel Aylwen.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-116169404.html

Axel Aylwen a publié en 1988 le roman le plus populaire consacré à Constance Phaulkon, un aventurier grec devenu le 1er ministre du roi du Siam Naraï (1656-1688), dans une trilogie de 1680 pages, intitulée Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon.*

 

Les 3 tomes du roman d’Aylwen présentent  un aventurier, Phaulcon, un personnage « réel » hors du commun, qui réussira à devenir le 1er ministre du roi Naraï (1647-1688) de 1682 à 1688, jusqu’au coup d’Etat du général Petracha, le futur roi. On pourra ainsi suivre un destin exceptionnel et une période historique de l’histoire du Siam, en profitant au passage des « charmes  exotiques » de ce pays asiatique, avec ses us et coutumes,  la vie de la Cour, du peuple, ses façons de vivre, d’aimer, de croire … de mêler un art de vivre, ses superstitions, son érotisme, le raffinement et la cruauté, les lumières et les ombres.

 

99.  La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688.

 http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Il est temps maintenant de repérer les différents épisodes de la vie plutôt étonnante de ce Constantin Phaulcon du roman de Madame Claire Keefe-Fox.

 

Le livre 1 avec 16 chapitres (pp.19-167. 148 pages) se déroule donc  de 1659 en Céphalonie à janvier 1680 à Ayoudia.

 

Il est précédé du récit du capitaine Howard (pp.11-16), écrit à Bathwick, Somerset, Angleterre, novembre 1676. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Il apprend à Georges White, dans quelles circonstances, il a rencontré Constantin à Céphalonie, qui avait alors 12 ans et qui l’a supplié de le prendre comme mousse à bord de son bateau. Il a eu pitié de sa misère et l’a élevé comme son enfant. Il a assuré son éducation (l’anglais, les classiques, le calcul, le récit de ses voyages). Constantin, lui-même a appris le Portugais pour mieux comprendre un marin portugais qui racontait l’Inde et ses récits fantastiques.  Il avait la passion de ces récits, voulait tout savoir sur Alexandre le Grand et autres « voyageurs » ; Il retenait tout. Il rêvait des Indes, de conquêtes, qui lui auraient fait oublier ses origines bâtardes.

 

On va voir ensuite sur 47 pages  trois épisodes de sa vie, de 1659 à 1674, de Céphalonie, à Madras, Bantam et son arrivée au Siam. 

 

Ch 1. Céphalonie 1659. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Constantin a 12 ans et s’embarque comme mousse sur le navire du capitaine Howard.

 

Ch 2. Londres 1667. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Constantin a 20 ans. Le capitaine Howard a pris sa retraite. Constantin se fait engager par la Compagnie anglaise des Indes orientales, avec un coup de pouce de Georges White, en partance pour Madras. Le chapitre se termine avec deux lettres de Constantin destinées au capitaine Howard ; l’une de Madras de 1671, l’autre de Bantam de 1672. (« Bantam, un port dans l’île de Java tenu par les Hollandais ». Il signale que Sir Josiah Child lui a confié la comptabilité du comptoir.

 

Ch 3. Bantam 1674.  

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Voilà 4 ans qu’il est au service de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Il raconte son travail, sa vie à Bantam. Il fait profil bas, ressent l’humiliation vis-à-vis des autres Européens. Il sauve le comptoir en flammes qui alIait sauter. Le directeur, reconnaissant, lui offre 1000 écus. Il voit là sa liberté, la possibilité d’acheter un petit bateau et de faire du commerce. De fait, au chapitre 4 suivant, on le voit à Mergui, royaume de Siam, en 1674 (p.48). Il s’est souvenu d’une lettre que Georges White lui avait envoyée un an auparavant  l’invitant à venir à « Mergui (est) le port le plus important du commerce côtier » propice pour faire des affaires.

 

Madame Claire Keefe-Fox a donc consacré 38 pages à Constantin de son départ à 12 ans de Céphalonie, une île grecque, une colonie de la république de Venise  …….. à son arrivée à Mergui au Siam en 1674. Il a alors 26 ans.

 

Constantin au Siam.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Au ch.4, Mergui, royaume du Siam, 1674. (pp.48- 52)

 

Nous sommes donc à Mergui, où il rejoint Georges White, qui lui présente la ville, son emplacement stratégique pour le commerce,  son mode de vie (les belles servantes et concubines), le pouvoir tenu par les Maures (Mahométans de l’Inde) et les indigènes (Pégouans et Birmans) …

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 5. (Aucune indication de date et de lieu) (pp. 53-59)

 

Georges White lui fait « découvrir » la vie à Mergui  et ce qu’il faut savoir pour réussir : le luxe, le mode vie siamois ; l’esclave personnelle de Georges White offert par le Shabandar, le gouverneur de la ville ; les traits principaux du commerce pour un indépendant (Le commerce japonais, la route difficile jusqu’à Ayoudia) ; la prise en compte du milieu, avec le Shabandar dont dépend en partie sa réussite future, avec  les négociants en place (les familles portugaises, anglaises, hollandaises), les fonctionnaires du roi, la corruption, les alliances nécessaires … 

 

Ch. 6, Mergui, 1677. (pp. 60-69)

 

Nous sommes donc en 1677 toujours à Mergui. « Deux  ans, nous dit Madame Claire Keefe-Fox, se sont déjà écoulés ». Qu’a-t-il fait ? appris ?

 

Il s’est associé avec Georges White. Un moine lui apprend le  Siamois et à penser comme un Siamois (la religion, le cœur froid, le jai yen) ; Il est curieux et sait écouter les gens du peuple et discute souvent au marché avec un marchand de nouilles.  Il a appris la querelle entre les jésuites et les Missions étrangères. La femme de White arrivant, il a acheté la maison de White avec I-Bun (Une belle esclave)  et la plupart des autres esclaves ; il n’a aucune affinité avec les Anglais et les Portugais ; a mesuré l’importance du gouverneur persan, surtout du nouveau, le neveu, qui va entraver leur commerce, en retardant une cargaison (poudre, fusils, pendules) et surtout des draps rouges pour les caparaçons des éléphants destinée à la Cour. Toute sa fortune y  était investie.

 

Les chapitres 7,8, et 9 seront consacrés à l’expédition au sultanat de Singhor (pp.70-104) 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 7. (pp.70-81)

 

Constantin sent la ruine prochaine car il n’a pu vendre ses draps rouges et n’est pas convaincu par Georges White qui essaye de le rassurer.  (Mais qui a l’argent de sa famille, la dot de sa femme, et un frère à Madras bien placé dans la Compagnie des Indes). Et puis vient « l’étrange offre » qu’il accepte : « fournir un sultan d’une principauté de Malaisie qui avait un besoin urgent de poudre, de mousquets et de riz » contre huit barres d’or. Il se doit aussi d’acheter une esclave qui servira de couverture. Georges lui montre sa folie, car il voit qu’il est très difficile d’acheter des barils de poudre en toute discrétion. Il pense à circonvenir Richard Burnaby, chef du petit comptoir anglais.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch.8. (pp. 82-90)

 

On apprend qu’un accord a pu se faire avec Burnaby sur 500 mesures de riz, 150 mousquets et 100 barils de poudre. Constantin, seul, mènera l’expédition jugé fort périlleuse et très incertaine, en pleine période de mousson en plus.

Ch.9, Mergui, 1678 (pp.91-104)

 

Nous sommes toujours à Mergui. Georges, inquiet, attend le retour de l’expédition. On va vite apprendre par Constantin lui-même  le récit de l’expédition. Le naufrage et la perte du « Le Valiant » la destination (Singhor (Songkla)) ; le sultan à moitié fou qui veut attaquer le Siam, et sa fuite ; Ils n’ont que 4 barres d’or pour se refaire, mais ils sont devenus des « lépreux » à Mergui, car de nombreuses rumeurs circulent sur leur expédition. Les douanes, les services portuaires ne veulent plus leur donner d’autorisation d’embarquement, même leur principal fournisseur ne veut plus les livrer. Il risque de plus l’expulsion.

 

Constantin alors va jouer un quitte ou double : informer le 1er ministre  siamois que la menace du sultan de Singhor est une chimère, car la poudre est mouillée. Il doit dons aller à Ayoudia.

 

Au chapitre 10, Constantin est pour la première fois à Ayoudia. Nous sommes toujours en 1678. Une autre étape dans la vie de Constantin. Sa dernière carte ?

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 10, Ayoudia, 1678. (pp. 105-116)

 

Un voyage difficile de quatre semaines (montagne, jungle, fauves) de Mergui à Ayoudia (3 jours de Bancoc à Ayoudia), avec ses premières impressions (pense à Venise, la vie sur l’eau, le palais. Il va  au siège de la Cie anglaise dirigé par Elihu Yale, où Georges lui a dit qu’il doit rencontrer Thomas Ivatt’s, un indépendant qui a aidé la Cie et est bien introduit à la Cour, un « original » (vit à la siamoise et est homo). Constantin y voit des anciens de Madras et de Bantam dont un certain William Strangh, dont nous reparlerons. Entretien entre Constantin et  Ivatt’s, qui lui obtient deux jours plus tard une entrevue avec « Chao Phraya Khlang Kosathibodi » (le 1er ministre) qui se fera lors d’une chasse au tigre. Ivatt’s est étonné que Constantin ne sache rien ni des titres ni des usages de la Cour. Il lui donne des conseils pour son entrevue (concision, honnêteté (il fera vérifier tous vos dires), et l’informe que le Phra Khlang le prendra sur son éléphant. On n’apprend rien de l’entrevue, mais le chapitre se termine par :

 

« Thomas, vous n’allez pas me croire, et jamais je ne pourrai vous remercier assez ! Je rentre demain au service du Phra Khlang. »

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Chapitre 11,  Ayoudia, 1680. (pp. 117-127)

 

Deux ans ont passé. Que s’est-il passé ? On le retrouve Kha Luang « responsable du commerce du Siam avec l’étranger ». Il aide en sous-main Georges White, resté à Mergui.

 

Dans une lettre de trois pages (pp.118-120) adressée à George White, il fait le point :

 

Il lui demande  de vendre sa maison de Mergui ; de disposer d’I-Bun, d’assurer le retour d’Aungnua chez sa mère ; lui dit que son « maître » est émerveillé par ses connaissances comptables ; qu’il a contre lui les Maures qui « commercent exclusivement au nom du roi » ; que le Phra Khlang se plaint que l’argent rentre de moins en moins alors que le Siam exporte de plus en plus. Constantin se doute que les Maures fraudent, mais qu’il ne peut agir pour l’instant car sa position ne tient que par la faveur du Phra Khlang. Il l’informe ensuite sur son travail (vérification des marchandises, le courrier, a commencé un système d’archivage) ; qu’il apprend pendant quelques heures par jour avec un moine le « ratchasap », le langage de la Cour ; qu’il est étonné par l’étiquette royale très stricte, et que les Européens mènent une vie mondaine, mais qu’il n’a pas encore d’amis réels. Il lui confie qu’il veut se faire connaître par une belle jeune portugaise orpheline (Antonia Mendès).

 

La fin du chapitre est consacrée à sa stratégie pour rencontrer Antonia. (Visite du Don Fernao, directeur de la Cie portugaise, qu’il est prêt à mentir sur ses sentiments religieux évoquant son salut ; le « je vous aime » en début de messe, etc ;) bref, un Constantin amoureux ; Il constate qu’il entre dans un milieu religieux où s’affrontent les Jésuites et les  Missions étrangères. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch.12, Ayoudia, 10 avril 1680. (pp.128-135)

 

(Pourquoi une date aussi précise ?)

 

Le Phra Khlang est désespéré. Les Maures, selon le protocole, apporte les registres pour clore les comptes de l’année mais la couronne, pour la 1ère fois, était redevable de 40 000 écus ; une somme énorme que le trésor n’avait pas. Constantin lui montre avec quelques exemples que les Maures l’escroquent, que les comptes sont un tissu de tromperies. Il apprend aussi que le  Phra Khlang n’a jamais vérifié les comptes. Ils voient là un complot pour les faire destituer ; Constantin demande 2, 3 jours pour vérifier les comptes, avec l’aide d’ Ivatts.

 

On apprend que Constantin est parvenu à ses fins et qu’Antonia est enceinte.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 13, Ayoudia, avril 1679 (1680 ?)

 

(Le roman indique avril 1679. Disons plutôt avril 1680, puisque le roman dit que nous sommes 4 jours après). (pp. 136-144.)

 

Nous sommes donc  4 jours après, avec le Phra Khlang, accompagné du Maure Aqa Muhammad présentant au roi, les comptes révisés par Constantin, qui a   découvert les « erreurs » ; « Les Maures devaient à la couronne royale 60 000 écus. » Le roi est furieux ; les Maures perdent le monopole du commerce royal, et les services de Constantin en sont chargés désormais. Le Phra Khlang fait savoir à Constantin qu’il est appelé à diriger une expédition commerciale à Banda Abbas et au Shah à Ispahan, au nom du roi.

 

Il est exaspéré par le comportement d’Antonia. (Toutefois avant de partir, on apprendra au chapitre suivant, qu’il a promis devant le père Suarez de l’épouser à son retour et de reconnaître l’enfant.)

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 14, Ayoudia, fin décembre 1679 (pp.145-152)

 

Une lettre de Constantin adressée à Georges.

 

Il lui apprend son succès de sa mission à Ispahan ; que le Phra Khlang est ravi car il a fait des bénéfices considérables et  revient avec des commandes plus importantes que l’année précédente. Il va décrire en deux pages les difficultés de l’expédition (comme par exemple un mois de route à dos de chameaux) et les merveilles d’Ispahan et l’accueil chaleureux. Il était le représentant du roi de Siam !

 

On apprend aussi, qu’il a obtenu les registres des cinq dernières années pour se protéger des Maures et qu’Aqa Muhammad est mort pendant son absence; qu’il invite Georges, une fois de plus, à le rejoindre, alors que son frère Samuel White est arrivé à Mergui. Il termine sa lettre en annonçant à Georges, avec fierté, que le roi va le recevoir.

 

« Aurais-tu pensé qu’un jour l’étranger tremblant que tu as secouru dans les bureaux de la Compagnie serait reçu par le roi du Siam ? » (p. 152)

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 15, Ayoudia,  janvier 1680. (pp. 153-163)

 

Constantin est présenté au roi dans la grande salle des Conseils. Il assiste pour la première fois au rituel. Il impressionne le roi en s’adressant à lui en ratchasap, le siamois de Cour. Le roi l’invite le soir même en audience privée. Ce qui est rare. Le roi est intrigué et le questionne pour savoir qui il est et ce qu’il recherche en son royaume. Constantin lui racontera alors sa vie et son parcours. Le roi souhaite qu’il l’informe sur les puissances anglaise, hollandaise et française.

 

Ch. 16, (Pas de date) (pp. 164-167)

 

On tombe en pleine conversation entre le roi et Constantin qui vient de raconter la bataille de Texel qui a vu la victoire de Louis XIV sur les Provinces-Unies. Le roi est admiratif de ce roi guerrier et non marchand. Et puis curieusement,  le roi lui dit « en passant » : « Tu sais que je  lui ai envoyé une ambassade, il y a quelques semaines à peine. » pour obtenir son amitié (p. 164) Et Constantin acquiesce, en lui disant que les missionnaires ne veulent que faire du bien et gagner son appui, et que le seul et récent comptoir français du sieur Deslandes n’est pas une menace.

 

On apprend alors que la frégate française «le « Soleil d’Orient »a embarqué  l’ambassade siamoise  accompagnée du missionnaire Gayme, avec des présents somptueux. Le roi s’inquiètera pour savoir si les présents sont à la hauteur. Constantin, pensant à l’inventaire (vases d’or, porcelaines de Chine, laques, etc.) le rassurera en rappelant leur beauté sans pareille.

 

On peut noter –ici- comment cette 1ère ambassade siamoise envoyée à Louis XIV  est expédiée en une trentaine de lignes, et que Constantin ne semble  rien an attendre. (Manque de sources pour notre auteur ?)

 

Ensuite –sans transition-, le roi lui demande de l’accompagner aux écuries vérifier si Monsieur Vincent a examiné l’éléphant blanc malade. C’est un grand honneur que peu de farangs ont connu.

 

(Cf. notre article « 55. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.» pour comprendre l’importance jouée par les éléphants blancs à cette époque. Ici, le prince Petracha, Grand Eléphantier en titre et  le chef adjoint de l’ éléphanterie, Luang Sorasak.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Constantin rencontre le chef adjoint de l’ éléphanterie, Luang Sorasak. (p.165)

 

On apprend qu’il serait le fils naturel du roi qu’il aurait eu d’une princesse de Lan Na, fille prisonnière du roi Saen Luang vaincu ; Il aurait confié l’enfant à son frère de lait, le prince Petracha, Grand Eléphantier en titre, pour l’élever.

 

Le roi demande à Constantin des nouvelles de son fils, âgé d’un mois. On apprend que le roi lui avait offert un collier de rubis, et on le voit ici lui donner une énorme bague ornée d’un saphir birman. Le chapitre et le livre I se terminent sur un crachat par terre de Sorasak devant Constantin et du conseil de Vincent de se méfier de lui.

 

Fin du livre I. (p.168)

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Livre II.

 

Le livre II avec 17 chapitres (pp. 171-393. 222 pages) se déroule de janvier 1681 au 19 novembre 1685 (chapitre 17)  (+ un extrait du Journal de Choisy (du jeudi 22 novembre au samedi 22 décembre 1685) + l’édition spéciale du  1er janvier 1686 du « Madras Intelligencer » et une lettre de Keyts de janvier 1686 adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia ).

 

Cinq années de la vie et de l’aventure de Constance. (1681-1685)

 

Le chapitre 1 sera consacré à l’année 1681. (13 pages)

 

Ch.1, Ayoudia, janvier 1681 (pp. 171-183 + une lettre de  Keyts (directeur du comptoir hollandais d’Ayoudia) aux directeurs du comptoir de l’honorable VOC de Batavia de juin 1682.

 

Constantin est heureux de recevoir Georges White et sa charmante femme venus s’installer à Ayoudia. Ils sont venus avec l’esclave Aungnua avec qui il vivait à Mergui ! Constantin l’informe de la situation, de son différend avec Ivatt’s et surtout avec Phra Khlang à propos de la volonté royale de fortifier les villes stratégiques du royaume ( Bancoc, Porcelouc, Korat, et peut-être Mergui) en repensant au blocus hollandais du fleuve Chao Phraya. Le roi lui a demandé de dresser les plans des futurs remparts, mais le Phra Khlang ne veut pas en entendre parler, et répand des rumeurs sur Constantin.

 

Après une description d’une réception fastueuse chez Constantin, on va, lors d’une audience royale assister à un événement incroyable :

 

Devant tout le roi et le Conseil des mandarins, Constantin va accuser le  Phra Khlang de ne pas avoir obéi au roi pour établir les fortifications et d’avoir été acheté.

 

« Le roi était figé. Les mandarins interdits. » Le Phra Klang fut arrêté sur le champ et sa vie épargnée en souvenir de l’amitié passée avec le roi et de ses exploits antérieurs.

 

A la sortie Luang Sorasak et Constantin échangent des mots plein de  sous-entendus belliqueux.

 

Une lettre de  Keyts (directeur du comptoir hollandais d’Ayoudia) aux directeurs du comptoir de l’honorable VOC de Batavia de juin 1682, nous apprend que Phaulcon est parti en campagne au Cambodge, qu’Okya Wang, grand amiral de la Flotte, un moment nommé barcalon a été destitué pour avoir calomnié Phaulkon, que Keyts intrigue avec Petracha, qui intrigue lui aussi pour se faire nommer barcalon.

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Ch. 2, Ayoudia, juin 1682 (pp. 186-197)

 

Ce chapitre est important, et concerne les intrigues menées contre Constantin, le succès (relatif) de sa campagne au Cambodge. Et surtout l’offre du roi de nommer Constantin Phra Khlang, nomination qu’il décline.

 

( Quel chemin parcouru en 8 ans, en se souvenant que Constantin avait débarqué au Siam, à Mergui en 1674 !)

 

Les intrigues contre Constantin. Pendant que Constantin est parti au Cambodge  à Angkor, chercher le tribut annuel de vassalité, Okya Wang, grand amiral de la Flotte, qui avait pourtant été nommé barcalon par le roi, sur la proposition de Constantin, tente maladroitement de le faire tomber pour trahison avec une fausse lettre envoyée au roi de Pegou que Constantin aurait écrite. Le faux est si grossier, que le roi destitue Okya Wang et fait trancher la tête du lieutenant faussaire. Le roi ne supporte plus les attaques contre Constantin et fait même bastonner le jeune Sorasak. On a également la confirmation que Petracha et Keyts intriguent. On assiste à une scène avec Kosapan, Petarcha, Sorasak et Kosathibodi (l’ex-Phra Khlang) qui montre bien leur volonté de se débarrasser de Constantin.

 

Constantin donc a été chargé par le roi d’aller chercher auprès du roi du Cambodge le tribut annuel de vassalité.

 

Le pays traverse une crise grave, car le demi-frère du roi, lui conteste le pouvoir, soutenu par le Tonkin, avec des velléités  des Cochinchinois et du Champa qui ont des visées sur le pays. Le chapitre décrit son retour triomphal, et son regret d’annoncer au roi que s’il a obtenu l’or et les pierres précieuses, il n’a pu obtenir du riz d’un pays exsangue. Le roi du Cambodge par contre a rendu la statuette de bronze de Prajnâparamitâ volé à Pimaï et confié comme gage son fils Nac Lon.

 

Cette statuette est très importante aux yeux du roi Naraï qui y voit  le trésor le plus précieux, que les souverains précédents n’avaient jamais pu obtenir. « J’y vois le signe que tu es choisi pour être l’instrument de notre grandeur. Béni sois-tu, mille fois. » 

 

Le roi lui proposera alors de devenir  Phra Khlang, « mais la prudence lui dicta de refuser. » (p. 196)

 

(Le chapitre consacre aussi quelques pages à la curiosité de Constantin profitant du voyage pour apprendre les croyances, les coutumes, le récit généalogique, le déclin d’Angkor …)

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Ch. 3. (pp. 198-203) + une lettre de Keyts aux directeurs de l’Honorable VOC Batavia du 7 décembre 1681 et le N°1 du « Madras Intelligencer » du 1er janvier 1682.

 

Constantin aborde différents sujets lors d’un repas privé avec le roi.

 

Le roi revient sur son passé, lui rappelle sa victoire sur le Lan Na, son impossibilité de reconnaître une alliance officielle avec la mère de son fils Sorasak, ce qui l’a obligé à le confier à son frère de lait Petracha ; et ensuite l’adoption du prince Mom Pi « afin qu’épouse (sa) fille et hérite de la Couronne à (sa) mort ». Mais celle-ci ne le veut pas car « il n’aime ni les femmes, ni la chasse, ni la guerre ». Le roi lui demande alors s‘il a des nouvelles de l’ambassade siamoise à la cour de France, s’il faut organiser une crémation symbolique ; Un moment pour parler religion. Constantin  ensuite suggère que l’Oya Phra Sedet, le ministre chargé des monastères et des moines ferait un bon Phra Klang, mais le roi lui dit préférer Petracha. Constantin lui rétorque que Petracha n’aime pas les farangs qui seraient alors obligé de se retirer et que de plus, Petracha « est un guerrier qui ne croit pas à l’importance du commerce ». Le roi lui répond qu’il y réfléchira.

 

La lettre de Keyts aux directeurs de l’Honorable VOC Batavia du 7 décembre 1681, confirme la perte de la frégate française « Soleil d’Orient »  et que Phaulcon a répandu la rumeur qu’il aurait été coulé par un vaisseau hollandais ; que Petracha demande de faire profil bas pour le moment ; qu’enfin, Constantin a désormais quatre vaisseaux avec l’assistance de Georges White à Ayoudia et de Samuel White à Mergui.

 

Le N°1 du « Madras Intelligencer » du 1er janvier 1682, signale une frégate, le « New Jerusalem » piraté –dit-on – par des sujets britanniques travaillant pour le roi du Siam.

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Ensuite les chapitres 4, 5 et 6 seront consacrés à l‘année 1682.

 

Ch. 4. Ayoudia, 1682. (pp.207-215)

 

Un chapitre très varié, avec au début la confirmation que le « Soleil levant » a bien sombré et l’ordre de Naraï donné aux astrologues pour choisir la date de la crémation rituelle afin de libérer l’âme des trois ambassadeurs, Luang Sri Wisan, Khun Nakhon Vicchaï et  son ami Pya Pipat Kosa qui avait déjà conduit trois ambassades auprès de l’empereur de Chine. Puis Constantin va apprendre la mort de nombreuses personnes, Kosathibodi (l’ex-Phra Khlang), son père, le capitaine Howard, qui lui avait laissé tous ses biens, et son jeune fils Pedro.

 

Ensuite Constantin se rend chez Georges Whithe pour évoquer leurs affaires qui vont bien depuis qu’ils ont obtenu le monopole du poivre de Pattani, monopole qui fait réagir les autres compagnies hollandaise, anglaise et portugaiss déjà exacerbées par sa concurrence. Il s’agit de calmer le jeu, et il lui demande de rappeler à l’ordre son frère Samuel à Mergui, dont il a confirmation par une lettre de Burnaby qu’il est bien avec Coates le responsable du pillage et de l’incendie du « New Jerusalem » de Pegou.

 

Côté privé, Constantin doit faire face à Antonia devenue « folle » après la mort de son fils Pedro et qui ne supporte plus ses concubines esclaves comme Catona, Aungnua et une nouvelle Mai-Thip offerte par Yothatep, la fille du roi.

 

Ensuite, on se retrouve avec Naraï qui a décidé d’envoyer une nouvelle ambassade auprès du roi de France composée de Khun P’ichaï Walit et Khun P’ichitt Maïtri, avec quatre adolescents esclaves pour être formés à l’artisanat français et accompagnés par les missionnaires Vachet et Pascot, chargés d’acheter une longue liste d’objets dont des lunettes d’astronomie. Il charge Constantin de leur trouver un bateau. Celui-ci sollicite Strangh qui veut obtenir en échange un avantage commercial ;  Une violente dispute s’ensuit à l’issue de laquelle Constantin lui dit qu’il va doubler ses droits de douane.

 

Plus tard, dans un autre entretien, le roi exprime quelques inquiétudes à son sujet : relate une conversation avec Yothathep et Petracha qui émette des doutes sur sa loyauté ; remarque qu’il n’a aucun appui avec les autres nations et a donc décidé de le marier avec Maria Guimar, «  la petite fille du puissant Yamada, chef de la nation nippone d’Ayoudia. »

 

Il lui donne les raisons : il lui doit beaucoup d’argent, et  le Siam dépend du commerce des peaux de cerf dont les Japonais ont le monopole et ils leur achètent tout leur cuivre.   Yamada lui a fait comprendre en outre qu’ils se sentent menacés depuis l’arrivée de Constantin avec le commerce européen. Ivatt’s plus loin lui racontera l’histoire de la mère Ursule Yamada (qui a eu son enfant avec un père jésuite couvert par le mariage avec le vieux maître Phanik) et lui fera miroiter l’héritage de la famille Yamada.

 

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Ch.5, Ayoudia, mai 1682. (pp. 216- 230)

 

La chapitre commence en évoquant le faste du « mariage de Constantin Phaulkon –Okya Vichayen, mandarin de troisième rang en titre (et Phra Khlang de fait)- avec Maria Guimar de Yamada. » devant toute la communauté catholique, pour revenir ensuite sur les longues négociations qui avaient eu lieu en vue d’un contrat qui allait inclure outre la liste des biens ; le départ d’Antonia dans un couvent de Macao, sa séparation avec ses concubines notoires (Catona, Aungnua, Mai-Thip), sa résidence dans le camp japonais, sa profession de foi catholique.

 

On apprendra aussi que le différend avec Strangh a encore monté d’un cran et que Georges White a décidé de rejoindre la Compagnie anglaise en Angleterre.

 

Ch. 6, Ayoudia,  juillet 1682  (pp. 231-242) + Une lettre de Louis, évêque de Métellopolis (Mgr Laneau), de août 1682 adressée au « séminaire des Missions étrangères de Paris, concernant les instructions complémentaires pour messieurs Vachet et Paschot qui accompagnent les envoyés du roi de Siam » et  l’éditorial du 1er janvier 1683 du « Madras Intelligencer » n°34.

 

Discussion au séminaire de la Société des Missions étrangères à Ayoudia entre Mgr Laneau, le père Duchesne, l’abbé Artus de Lionne sur leur approche différente de leur mission et Nicolas Gervaise, plongé dans ses pensées pour la rédaction de son « Histoire naturelle et politique du royaume de Siam ». (On ne comprend pas que Mgr Laneau s’habille en moine alors que lui, le justifie par son amitié avec le roi)

 

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Arrivée le 4 juillet de Mgr Pallu, en transit pour la Chine, avec dix nouveaux missionnaires, chargé de lettres du pape et du roi Louis XIV pour le roi du Siam. Mgr Pallu informe Mgr Laneau que les difficultés entre leur Société et les jésuites sont aplanies, et que le roi inspiré par Mme de Maintenon espère une conversion du roi de Siam. Mgr Laneau lui en indique l’impossibilité, vu déjà le peu de conversions opérées dans  le royaume.

 

Mgr Pallu rencontre Constantin pour obtenir une audience royale afin d’avoir un sauf-conduit pour la Chine. Constantin, inspectant les cadeaux (des tableaux) du pape lui conseille de les présenter de sa part, vu leur peu de valeur. Lors de l’audience à Louvo, le roi annonce à Mgr Pallu qu’il pourra choisir un terrain pour construire une église dont la couronne paiera les frais de construction. Le roi de plus, accorde à la Compagnie française l’autorisation de s’établir à Johore, afin de satisfaire la France. Mgr Pallu estime que ces offres sont le fait de Constantin et pense même qu’il contribuera à ce que le roi se fasse chrétien.

 

Une lettre de Louis, évêque de Métellopolis (Mgr Laneau), de août 1682 adressée aux Missions étrangères de Paris, annonce l’ambassade envoyée et du rôle que peuvent jouer les pères Vachet et Paschot pour faire connaître les libéralités du roi du Siam (construction du séminaire), ses remerciements pour les présents du roi Louis, et de l’importance de  ramener les commandes de Naraï dont la lunette pour voir les éclipses. Il dit aussi qu’on a quelque raison d’espérer,  du fait que le roi a ôté beaucoup de pouvoir aux Mahométans au profit d’un catholique, qu’il embrassera peut-être la foi, « s’il vient à recevoir quelque marque d’amitié de la part du roi de France. »

 

Le chapitre se termine avec l’éditorial du 1er janvier 1683 du « Madras Intelligencer » n°34 ; Il nous apprend des mauvaises nouvelles pour la Cie anglaise : Ils ont été chassés de Batavia par un édit du 22 août ; Le comptoir d’Ayoudia a été détruit par un incendie dont on dit que la responsabilité incombe à Daniel Yale qui a remplacé son frère Eliju Yale, muté comme directeur à Madras ; Et en plus les Français se sont vus attribuer un comptoir à Johore que la Compagnie briguait.

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L’année 1683 sera traitée en un seul chapitre : le chapitre 7, de même  l’année 1684 au seul chapitre 8.

 

Ch. 7, Ayoudia, 1683. (pp.247- 256 + l’éditorial du 1er janvier 1684 du  « Madras Intelligencer ».

 

La relation de Constantin avec Maria est plutôt orageuse. Constantin a peu d’égard pour elle ; il est froid et distant et la quitte au bout d’une semaine, sans rien lui dire pour réapparaître dix jours après. Il ne peut supporter ses jérémiades, sa jalousie (il continue de voir Aungnua), au regard de ses soucis (l’héritier du Cambodge avait disparu et les 500 siamois venus le soutenir ont été massacrés ; Les marchands anglais et hollandais ne cessent de comploter et Strangh l’accuse partout d’avoir mis le feu à l’entrepôt anglais.)

 

Deux pages ensuite pour arriver à : « Et, plus d’un an plus tard, rien n’avait vraiment changé » (p. 251), sauf qu’il avait eu un fils Jorge ou Georges. La relation avec sa femme  ne s’était pas améliorée du fait de son infidélité assumée avec ses concubines. Toutefois il lui propose cependant une mission : gagner l’amitié de la Kromluang Yothatep pour l’empêcher qu’elle puisse se marier avec Luang Sorasak, son « ennemi ».

 

Ensuite il est  fait un portrait de Yothapet sachant que celui qui l’épousera héritera de la couronne, d’où la nécessité pour Constantin de savoir ce qu’elle pense. Naraï avait refusé Chao Fa Noi, celui qu’elle aimait et elle ne voulait pas de Mom Pi son fils adoptif (Studieux, mais laid, petit, voûté). Yothapet avait accepté de recevoir Maria pour mieux connaître Constantin et de trouver le moyen de le perdre aux yeux du roi.

 

Le chapitre se termine avec  l’éditorial du 1er janvier 1684 du  « Madras Intelligencer ». On y apprend que les cas de piraterie opérés par Coates continuent et que le Shahbandar de Mergui lui-même semble  impuissant. 

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Ch. 8, Louvo, janvier 1684. (pp. 259-269) + une lettre de Strangh à M. Constance Phaulcon du 2 décembre 1684 et l’éditorial du « Madras Intelligencer »  du 1er janvier 1685.Mgr Laneau a reçu une lettre du père Vachet et en livre le contenu à Constantin qui va apprendre que l’ambassade siamoise est bien arrivée, mais que l’accueil ne s’est pas très bien passé, car l’ambassade venait de Londres avec un bateau anglais ; le marquis de Seignelay, ministre du roi crut à une supercherie alimentée par une rumeur hollandaise, surtout que la Cour n’avait pas été informée du naufrage de la 1ère ambassade. De plus, les deux ambassadeurs avaient refusé de respecter l’étiquette. Mais la lettre contenait une nouvelle qui allait réjouir Constantin : le roi Louis avait déjà lancé les préparatifs d’une ambassade française.

 

Constantin va alors, pour la 1ère fois, nous livrer la stratégie dans laquelle cette ambassade pouvait se situer pour assurer la sécurité et la prospérité du royaume.

 

Il s’agissait d’obtenir l’aide de la France pour faire face aux Hollandais et aux Anglais, qui de Java et de l’Inde pouvaient étouffer la position commerciale du Siam et pire, les annexer un jour. 

 

Constantin allait aussi apprendre que le Père de La Chaise, jésuite et confesseur du roi allait lui envoyer six jésuites astronomes et mathématiciens, conformément à sa demande. Nous les verrons discuter et croire que peut-être cette ambassade les aiderait à convertir le roi.

 

Ensuite, on peut lire une  lettre violente de Strangh adressée à M. Constance Phaulcon du 2 décembre 1684, où il l’insulte, le traite de Grec sorti du ruisseau, l’accuse d’avoir incendié la factorie anglaise, lui reproche d’avoir mis Potts à la cangue pour l’avoir en privé qualifié de petit mousse et de valet. Il termine en le menaçant d’une action future de sa Compagnie. 

 

Le chapitre s’achève avec  l’éditorial du 1er janvier 1684 du  « Madras Intelligencer », où on apprend que Sir Josiah, après Bantam, Hoogly et Madras avait été nommé directeur de la Compagnie à Londres ; son frère Elihu Yale l’avait remplacé. Il signalait également avec satisfaction que Samuel White avait été nommé au poste de Shahbandar de Mergui et que M. Bunarby, alors représentant de la Compagnie, l’assistait comme gouverneur. (Ils allaient en fait surtout travailler pour Constantin) Il espérait qu’ils seraient à même de faire cesser les exactions de piratage de Coates basé à Mergui.

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Si les années 1683 et 1684 n’avaient eu droit qu’à un seul chapitre chacune, l’année 1685 se déroulera sur 9 chapitres de 101 pages. (Du chapitre 9 (p. 273) à la fin du chapitre 17 (p. 393) de septembre 1685 au 1er janvier 1686.) Pourquoi ?

 

C’est en fait la période de la première ambassade de Louis XIV séjournant au Siam.

 

Ch. 9, Ayoudia, début septembre 1685. (pp.273-286)

 

Constantin est heureux d’apprendre à Mgr Laneau que « les vaisseaux de l’ambassade de France, L’oiseau et La Maligne, doivent avoir quitté Batavia depuis plus de quinze jours ». Il aimerait également connaître le contenu de la lettre que le père Vachet a reçue, afin de mieux connaître les personnes de l’ambassade. Devant la réticence de Mgr Laneau, Constantin se calme et lui confie sa fatigue à veiller le roi malade la nuit, et à préparer les détails de la réception et des négociations et à s’occuper de la guerre dans le nord-est du Cambodge occupé par les Cochinchinois. Il lui demande son aide tant le roi veut la réussite de cette ambassade, que son avenir en dépend et rajoute-t-il, « la position de votre pays et de votre religion  (…) également. » (p. 275)

 

On assiste ensuite à deux entretiens entre le roi et Constantin.

 

Dans le premier le roi lui reproche sa vie dissolue, l’informe que Yothapet a été choquée par la situation humiliante de Maria (concubines, son palais de Louvo qui lui est interdit), lui rappelle qu’il a besoin du soutien des Japonais. Le lendemain, il veut obtenir du roi souffrant, l’autorisation de négocier la paix au Cambodge avec le prince Nac Non ; ce que le roi refuse énergiquement. Constantin lui annonce enfin l’arrivée prochaine des deux navires de l’ambassade française avec ce qu’il a demandé (astrologues, mathématiciens, les glaces avec les artisans pour les monter).

 

Le chapitre se termine sur la colère de Constantin à qui Mgr Laneau vient de communiquer le contenu de la lettre de Vachet, qui  l’informe que l’ambassade veut convertir le roi et qu’elle est menée, par un hérétique converti et imbécile, et un abbé déguisé en fille. Constantin doute alors de son projet de demander à Paris « des troupes pour défendre Bancoc et Mergui contre une attaque des Anglais et des Hollandais. » (p. 285)

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Ch. 10. Ayoudia, septembre 1684. (pp.287-302)

 

(Erreur, il s’agit de septembre 1685 )

 

Les deux vaisseaux de l’ambassade française, L’oiseau et La Maligne, arrivent à Bancoc. Constantin, à Ayoudia, est furieux car les préparatifs ne sont pas terminés (provisions, habitations). Il lui faut réagir, alors qu’Ivatts entre dans son bureau, lui présente des magnifiques objets (porcelaines). Occupé, il l’invite à passer le soir chez lui, et Ivatts se dit porteur d’une lettre de Georges White.  Dans sa maison, Constantin lui apprendra la mort en couche de Mai-Thip l’une de ses concubines et qu’il a confié la petite Nhu (sa fille) au pensionnat dont s’occupe sa femme. Ivatts lui apprendra que la Compagnie a forcé Georges à la quitter à cause des exactions de piratage de son frère Samuel et de son âme damnée Coates à Mergui. Constantin essayera de relativiser, mais Ivatt’s le mettra en garde sur le danger que cela fait courir au commerce de la Région, et lui rappellera la puissance de la Compagnie à Madras, de de méfier de son directeur Yale qui complote avec Keyts (directeur du comptoir hollandais à Ayoudia)  et Petracha qui tire les ficelles.

 

Constantin jugea qu’il était temps d’aller voir par lui-même à Bancoc l’allure que pouvaient avoir les «  Français en qui il plaçait tant d’espoir, malgré leur intention ridicule de convertir Sa Majesté » (p. 294) A Bancoc, il les observe mais ne voit que le gouverneur ; Il apprend que les provisions sont arrivées et qu’il serait bien d’installer un cabaret à filles, pour éviter que les soldats importunent les habitantes. (Il n’oublie pas de dire au gouverneur qu’il prendra 15% sur les bénéfices)

 

Le roi, de retour à Ayoudia, convoqua Mgr Laneau et le père Vachet, impatient qu’il était de les « informer d’une décision d’une importance considérable pour l’avenir du Siam », à savoir envoyer une véritable ambassade à son cousin « digne en tout point de celle qui était venue ici ».

 

Mais Constantin eut ensuite un entretien privé avec Mgr Laneau et le père Vachet moins diplomatique. Il dénonça avec colère cette prétention de vouloir convertir le roi et reprocha à Vachet de s’être « glorifié de l’avancement du christianisme dans le royaume, simplement pour mettre les Missions étrangères en avant, aux dépends des Jésuites, furieux que vous étiez d’en voir six envoyés ici ». Il termina toutefois en leur proposant de faire construire un collège catholique. Il passa la nuit auprès d’Aungnua.

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Ch. 11, Ayoudia, octobre 1685. (pp. 303-310)

 

L’ambassade se morfond à Bancoc attendant que les astrologues de la Cour aient choisi la date d’audience royale. Kosa Pan et d’autres mandarins viennent leur rendre visite régulièrement et les informer des usages ; Constantin leur a envoyé une lettre d’accueil et chacun s’interroge sur ce mystérieux Vichayen ou Constantin. Pendant ce temps, celui-ci aménage leur résidence luxueusement à Ayoudia et a même pensé à y construire une petite chapelle. Les pères jésuites mathématiciens  et géomètre Joachim Bouvet, Claude de Visdelou, et Guy Tachard ont pu néanmoins rejoindre Ayoudia et se présenter à Constantin. Les autres avec leur supérieur, le père de Fontaney sont restés à bord de La Maligne. Constantin ne réagit pas quand il les entend « gémir sur l’ignorance et l’aveuglement de ce pauvre peuple ». Il est heureux de leur annoncer que l’audience royale aura lieu dans 10 jours, le 17 octobre. Le chapitre se termine sur une conversation entre de Chaumont qui rappelle à Monsieur Veret, le nouveau chef de comptoir français, -désirant pouvoir retirer le maximum d’avantages commerciaux et de faire des affaires-, que sa mission est « d’apporter le message du Christ au roi de Siam. » 

 

Les quatre chapitres suivants (12 13, 14, 15) (pp. 311- 366 ; 55 pages), seront concentrés sur les dates du 16, 17,18, et 20 octobre 1685.

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Ch.12. Ayoudia, 16 octobre 1685. (pp. 311-326)

 

Nous commençons ce chapitre avec une longue lettre de cinq pages de Constantin, datée donc du 16 octobre 1685, adressée à son ami Georges White, où il l’informe  que si la Compagnie des Indes envisageait de saisir les vaisseaux du roi de Siam, cela équivaudrait à une déclaration de guerre. Il lui rappelait et espérait le voir un jour auprès de lui, et il faisait le point sur l’ambassade française, qui allait être reçue demain par le roi, et qui était le pivot de sa nouvelle politique.

 

Mais il ne cache pas les obstacles, car déjà dit-il, le but réel de l’ambassade est de « proposer au roi de se faire  chrétien » et rien d’autre, comme lui a précisé le premier ambassadeur Alexandre de Chaumont, « un homme buté ». Un homme qui veut imposer l’étiquette de Versailles à la Cour de Siam, comme par exemple, ne pas se déchausser, ne pas enlever le chapeau, ne pas ôter l’épée, ne pas s’agenouiller, comment donner la lettre au roi, etc. Heureusement que le coadjuteur, l’abbé de Choisy (surnommé l’abbé Franfreluche à Versailles, dit-il) les a amené à accepter certaines concessions.

 

Dans le reste du chapitre, on voit Constantin observer l’ambassade, écouter leurs propos sur le pays qu’ils ne comprennent pas, qu’ils méprisent même comme de Chaumont, crachant un durian et s’exclamant «  C’est tout à l’image du reste de leur pays ». Constantin ira leur rendre visite, leur communiquera la joie du roi de les recevoir, tentera de les rassurer sur l’implantation du catholicisme mais essayera d’amener de Chaumont sur la nécessité de défense commune des deux pays ; il apprendra qu’il avait été nommé chevalier de l’ordre du Saint Esprit par Louis XIV. Il tentera de séduire Forbin, le major de l’ambassade, dont il avait perçu les réticences

 

Mais pour Constantin, -c’est écrit- il s’agissait d’obtenir un engagement de Louis XIV « à se porter aux côtés des Siamois si les Hollandais ou les Anglais se mêlaient de les vouloir attaquer. Et, pour se faire, une seule solution. Laisser en permanence ici une garnison d’officiers et de soldats français qui seraient sous ses ordres à lui. Une garnison qui permettrait d’assurer l’ordre au moment de la succession. » (p. 352)

 

La fin du chapitre est réservée à la tentative de séduction de Constantin sur Forbin qui lui a offert l’hospitalité en son palais et mit à sa disposition de  belles servantes.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Ch. 13, Ayoudia, 18 octobre 1685 (dont un extrait du journal de l’abbé de Choisy daté du 17 octobre), (pp. 327-334).

 

Nous retrouvons Forbin au lever avec un Constantin aux petits soins pour lui, mais ce chapitre est surtout composé d’un extrait du journal de l’abbé de Choisy daté du 17 octobre adressé à monsieur l’abbé de Dangeau, dans lequel l’abbé raconte les principales étapes de l’audience royale qui l’ont marqué ; avec tous les égards et respect dus  à la lettre du roi Louis XIV qu’on a mise, seule, sur un balon (barque) ; suivi par un  cortège d’autres balons magnifiques de l’ambassade, des représentants des autres nations,  avec leurs dorures et leurs 60 rameurs de chaque côté ; la lettre qu’on a mise ensuite sur un char de triomphe ; les différentes cours du palais royal avec des centaines de chevaux, éléphants, la salle d’audience avec de grandes troupes de mandarins, la face en terre, le cérémonial convenu avec la délégation de l’ambassade, la harangue de De Chaumont, invitant le roi « à se faire instruire dans la religion chrétienne » ; comment l’ambassadeur a forcé le roi à se baisser pour prendre la lettre qui était sur une coupe d’or ; et comment ensuite ils furent bien accueillis au palais de Constance, en qui il voit un « maître homme ».

 

Au chapitre 14, daté également du 17 octobre (pp. 335-345), donne surtout les réactions diverses à propos de l’audience.

 

On a la réaction de Constantin, « livide de rage » à propos de l’attitude de l’ambassadeur qui a obligé le roi de Siam à se pencher pour prendre la lettre et de sa harangue, dont heureusement il a pu changer la traduction. Par contre le roi le félicita et était ravi, et il retrouva une ambassade en train de rire tant elle avait vu des choses comiques.

 

Constantin put ensuite se remettre à ses affaires ; Convoquer Samuel White ; lire les inventaires de marchandises, les missives du Cambodge ;  les rapports, courriers comme celui sur l’ambassade du Shah de Perse arrivée à Mergui, qu’il faudrait faire patienter ; sans oublier « sa » traduction de la lettre de Louis XIV adressée au roi de Siam, datée du 21 janvier 1685.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch.15,  Ayoudia, 20 octobre 1685. (pp. 346-366) (Dont pp. 363-365, extrait du journal de l’abbé de Choisy, daté du jeudi 1er novembre, dimanche 4 novembre, lundi 5 novembre)

 

Là encore le chapitre se compose de nombreuses scènes et commence avec une conversation entre le roi et Constantin, qui est étonné de voir que  le roi n’est pas offensé qu’on veuille le faire chrétien ; il va alors expliciter sa stratégie au roi dans laquelle un traité de défense avec la France (à  qui on avait donné Singhor) était nécessaire ; un traité qui inclurait les avantages donnés aux missionnaires.

 

On retrouvera ensuite Constantin discuter avec le chevalier de Chaumont sur les garanties que le  futur traité donnerait aux missionnaires et aux chrétiens, et « à force de flatteries, de compliments, et de vagues promesses » insinuer dans l’esprit de Chaumont l’idée du projet de défense, à charge plus tard, d’aborder fort naturellement l’idée de laisser « un détachement de soldats en garnison à Bancoc pour garantir le commerce de la soie et des épices.»

 

Ensuite, fort habilement Constantin  réussira à faire inviter de Chaumont, l’abbé de Choisy et Mgr Laneau, et l’abbé de Lionne dans le jardin privé du roi ; ce qui est fort rare. De Chaumont confirmera sa mission de lui proposer sa conversion, mais le roi l’invitera à finaliser avec Constance un traité de commerce qui offrirait de grands privilèges à la Compagnie française, confirmerait l’octroi de Singhor et le protégerait du danger hollandais. Malgré les réticences du chevalier de Chaumont, on verra Constance poursuivre, lors d’autres entretiens, repas,  visites,  son travail de persuasion.

 

Le chapitre donnera un extrait du journal de l’abbé de Choisy, daté du jeudi 1er novembre,où celui-ci évoquera la fête grandiose donnée chez M. Constance ; précédée d’une comédie à la chinoise, finissant avec une tragédie chinoise ; Il exprimera son admiration de la sortie du roi en balon le dimanche 4 novembre, tant le cortège de deux cents balons était magnifique passant devant deux cent mille personnes les mains jointes et le visage contre terre. Il évoquera à la date du lundi 5 novembre, un autre grand repas bien arrosé offert pat Constantin en l’honneur de la fête du roi d’Angleterre.

 

L’abbé de Choisy est sous le charme de l’habileté et de la bonne foi de Constance, surtout qu’il lui a fait un beau cadeau de la part du roi. Il note aussi des nouvelles de Tenasserim (L’arrivée de l’ambassadeur de Perse ; qu’un vaisseau du roi de siam a pris un vaisseau de Golconde ; que le roi de Siam a déclaré la guerre au roi de Golconde et a fait armer six vaisseaux).

 

Toutes ces nouvelles de Tenasserim préoccupaient également Constance.

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Ch.16, Louvo, 17 novembre 1685. (pp. 367-381)

 

Après l’audience royale Constantin sut distraire les membres de l’ambassade à Ayoudia jusqu’à leur arrivée à Louvo où elle avait été invitée par le roi et où devait être signé le traité. Chaumont laissa  la négociation « religieuse » à l’abbé de Choisy et la question commerciale à Véret, le nouveau directeur du comptoir français. Elle fut ensuite confiée au Père Tachard sur la recommandation de l’abbé ; celui-ci devant faire une retraite avant de se faire prêtre.

 

Mais  la veille de l’audience du roi, Constantin fit alors une proposition étonnante pour de Chaumont :

 

le roi voulait donner la ville de Bancoc au roi de France ! Mais il faudrait alors que Bancoc soit fortifiée, des troupes siamoises formées, lui dît-il,  « le roi de France serait-il prêt à envoyer des troupes, des ingénieurs, des chevaux, des vaisseaux et de l’argent à Bancoc, pour faire de la ville une citadelle française ? » (p. 377)

 

On imagine les réticences de Chaumont, qui n’avait pas –dit-il- le pouvoir de s’engager sur une telle proposition. Mais Constantin sut l’amener sur son terrain, à force de compliments et de gloire à recevoir, et put faire accepter à Chaumont de propager l’idée « qu’une ligne offensive et défensive avait été signée entre la France et le Siam » afin que les Hollandais puissent le croire. Il ajouta qu’en laissant monsieur de Forbin et quelques officiers à Bancoc, ce faux accord serait plus crédible.

 

Le lendemain, l’ambassadeur et sa suite étaient reçus dans les appartements privés du roi. Un immense honneur.

 

Le roi était heureux de confier l’amitié qu’il éprouvait pour la France, de sa satisfaction  de la présence missionnaire. Naraï fut surpris, étonné, d‘entendre ensuite de Chaumont offrir « de publier partout la nouvelle d’une ligue offensive et défensive entre la France et le Siam » et d’être même prêt à convoquer le chef de la Compagnie hollandaise. Après avoir salué l’aptitude de Chaumont de venir « pour de vraies affaires », le roi voulut savoir si l’abbé de Choisy avait vraiment rencontré le pape et s’il pouvait lui confier une mission. De Choisy était aux anges.

(Constantin avait vraiment bien manœuvré)

 

Fin du livre II avec le Ch. 17,  « Louvo, 19 novembre 1685 », avec un extrait du Journal de Choisy (du jeudi 22 novembre au samedi 22 décembre 1685), l’édition spéciale du 1er janvier 1686  du « Madras Intelligencer », et une lettre de Keyts de janvier 1686 adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia.  (pp. 382- 394).

 

Constantin était satisfait et pouvait se montrer amoureux avec sa femme et raconter avec plaisanterie la balade à dos d’éléphant de l’ambassadeur et sa suite, en faisant remarquer toutefois que l’abbé de Choisy était à l’aise, comme en toutes circonstances, ajoutant qu’il était un homme « dangereux » car « il ne craint pas de dire et d’écrire ce qu’il pense »  (p.383) et qu’il s’inquiétait de ce qu’il avait écrit dans son Journal. Il fut ravi d’entendre sa femme lui conseiller de l’emprunter et de le recopier.

 

On retrouve ensuite Constance négociant avec l’ambassadeur Chaumont qui se refuse encore à accepter pour la France l’offre de Bancoc, rappelant, une fois de plus qu’il n’était venu au Siam que pour traiter de la religion du roi de Siam. C’est ainsi qu’il lui donna le traité rédigé par l’abbé de Choisy sur la religion qui devait être intégré au projet siamois. Mais le père Tachard qui avait été fier d’être inclus dans la discussion surtout pour prendre des notes et pouvoir ainsi informer le général des Jésuites, put murmurer à Constance, à la fin de l’entretien : « Lepère de la Chaize serait sans nul doute intéressé par l’offre que je vous ai entendu faire. », ajoutant peu après, « Que le père de la Chaise, le confesseur de sa Majesté de France voudrait sûrement en savoir plus sur cette forteresse de Bancoc. » (pp. 385-386) 

 

Constance y vit une opportunité et le père Tachard, un projet -enfin- à la hauteur de son ambition et de celle de sa Compagnie de jésuites de pouvoir augmenter son influence et  de contrer celle « des hérétiques d’Amsterdam ». « Ensemble, ils étaient convenus qu’il rentrerait en France avec l’ambassade, chargés de lettres : une pour le père de la Chaise, une pour monsieur Colbert de Croissy », en espérant l’année prochaine le revoir avec les ambassadeurs siamois et … accompagné des troupes françaises.

 

(Une page importante pour la sécurité du commerce du Siam, le projet de Constantin et l’ambition du père Tachard. (p.386) )

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Suit ensuite un extrait du Journal de Choisy (du jeudi 22 novembre au samedi 22 décembre 1685), où on apprend qu’il a été nommé sous-diacre, diacre et prêtre ; que la nuit du 10 décembre, ils ont observé une éclipse de lune avec le roi ; que le 12 il y eut l’audience de congé ; que le 13, il avait retrouvé son Journal « égaré » ;  que le 17, la lettre du roi et les ambassadeurs sont arrivés à La Maligne  avec Constance et qu’ ils ont eu droit à 21 coups de canons, ; que le 20, Constance est revenu à bord ; que le samedi 22 décembre « Nous avons mis à la voile deux heures après minuit. »

 

Nous avions ensuite un extrait de l’édition spéciale du 1er janvier 1686  du « Madras Intelligencer », avec l’avènement d’un nouveau roi en Angleterre et les inquiétudes sur ses appuis catholiques pour réprimer les révoltes ; sur les actes de piraterie de Coatès qui continuent protégés par le Shahbandar de Mergui et Constance ; et sur l’interdiction fait par le Parlement d’importer vers Londres des soieries et calicots peints et imprimés ; Bref une édition morose qui ne cache pas les troubles politiques en Angleterre et une nouvelle politique commerciale qui fait douter de la puissance de la Compagnie face aux Hollandais.

 

Hollandais justement.

 

Le livre II se termine donc  avec une lettre de Keyts de janvier 1686 adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia, où celui-ci les informe qu’un traité a été signé entre le Siam et les Français, que des soldats français sont restés au Siam, qu’ « un ingénieur a été affecté à la fortification des villes principales. Dont Bancoc », que le Prince Petracha « fait de son mieux pour agiter l’opinion du peuple contre les Français », mais qu’il ne peut agir qu’avec discrétion car le roi « malheureusement (sic), ( il ) semble aller mieux » ; Il demande aussi qu’on lui rembourse les cadeaux offerts au prince Petracha.

 

(Rien n’avait été dit sur l’ambassade siamoise envoyée auprès de Louis XIV ou si peu)

C’était la fin du livre II.

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Le livre III avec 8 chapitres (pp. 397-523. 126 pages) va se dérouler du 21 juin 1686 à Ayoudia au 8 septembre 1688 à Bancoc (avec la fuite  de Desfarges et de la garnison qui était restée le 13 novembre 1688) , suivi d’un extrait du « The Madras Intelligencer » du 31 juillet 1689. Vient ensuite un autre chapitre encore numéroté 7 ( ?) où nous sommes avec le père de Bèze, en « prison de Middleburg, Province-Unies, 1er février 1690 ». (pp. 521-523). Et le livre se termine sur un « Epilogue » d’une page (p. 525) donnant les dernières nouvelles sur le général Desfarges, Mgr Laneau, et Maria, et de  Constantin. « Mais de Constantin, plus rien ne sera jamais dit à Ayoudia. Ce fut comme s’il n’avait jamais existé. » (C’est la dernière phrase du roman.)

 

Une rapide observation des titres des chapitres permet de constater que ce livre III est essentiellement consacré du chapitre 3 (p. 430) au chapitre 7 (p.518), soit env. 90 pages, à la deuxième ambassade française de La Loubière-Céberet, de son arrivée le 26 septembre 1687 à son départ le 3 janvier, avec ensuite la lutte pour le pouvoir, la révolution de palais de Petracha, la fin de Constantin, et la fuite de Desfrages et des Français, le 13 novembre 1688.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Revenons aux notes chapitre par chapitre du livre III.

 

 Ch.1, Ayoudia, 21 juin 1686. (pp.397-413)

 

Nous retrouvons en ce jour du 21 juin 1686, Constantin tout heureux  de voir son fils Juan, baptisé par Mgr Laneau. Mais ses pensées vont vers l’ambassade partie depuis six mois et surtout vers le père Tachard, dont il attend avec impatience une lettre. Mais il sait que l’attente serait longue et il se doutait que ce n’était pas de Forbin, furieux d’avoir été retenu et bien que récemment promu Grand Amiral de la Flotte, qui allait pouvoir l’aider en cas de succession.

 

En attendant, il avait toujours des affaires à traiter.  Il avait convoqué Samuel White et Coatès. Tous les rapports confirmaient leurs escroqueries, « bateaux rançonnés, cargaisons pillées, équipages enlevés » depuis Mergui. Constance fut même contraint de faire approuver les comptes de Samuel par la commission ; bien qu’il le volait. Il le menaça, mais avait encore besoin de lui, « il avait trop d’argent investi dans les navires qui faisaient le commerce du Japon et transitaient par Mergui. » (p.405)

 

Il dut aussi faire face à une cabale animée par les marchands musulmans qui étaient privés de commerce par ses propres offices. Mais un espion lui révéla une autre affaire plus séreuse : Les Macassars s’apprêtaient à se révolter contre le roi et contre lui.

 

La révolte des Macassars.

 

« Ce groupe de mahométans malais s’était réfugié au Siam voilà plusieurs années, lorsque les Hollandais avaient pris les Célèbes  ». (p. 409) Un signe dans le ciel les avait convaincus que le roi et Constantin voulaient s’en prendre à leur religion. Constantin soupçonna un complot où Keyts et Petracha avaient dû jouer un certain rôle, mais il n’avait pas de preuve. Il prévint le roi et le Conseil et les décida à le laisser négocier leur départ.

 

Ch. 2, Bancoc, 27 juillet 1686. (pp. 414-429)

 

(La révolte des Macassars)

 

On retrouve Constantin à Bancoc, le  27 juillet 1686,  en train d’expliquer à Forbin les mesures prises pour déjouer la conspiration des Macassars. On apprend qu’il a fait exécuter neufs conjurés et négocié avec Dai, le chef des Macassars, le départ des autres (Une cinquantaine). Forbin réagit fort violemment et lui expliqua que ses méthodes lui auraient permis d’obtenir la reddition de tous ces « nègres », mais qu’un royaume gouverné par « un marchand » ne pensant qu’aux compromis et aux arrangements ne pouvait comprendre l’action d’un gentilhomme.

 

Constantin resta calme et essaya vainement de lui faire entendre que ces Macassars étaient d’un courage et d’une force redoutable surtout quand ils étaient dans l’état d’amok. Il lui demanda d’ouvrir la chaine qui fermait le fleuve quand ils passeraient en les saluant. Forbin lui promit plutôt de les faire passer au fil de son épée. De fait, quand ils arrivèrent, il voulut les désarmer et provoqua leur révolte.

 

5 jours plus tard, Constantin apprit à Ayoudia que la garnison avait perdu 200 hommes contre seulement 20 Macassars tués. Les autres Macassars s’étaient répandus dans la campagne et remontaient sur la capitale.

 

Ce fut la panique ; les paysans se terraient, les communautés étrangères s’armèrent, le palais mis en sécurité. Constantin tenta une ultime négociation en envoyant un messager qui revint, la langue arrachée et le deux mains coupées. Il décida l’attaque. Cinq pages (pp.418-423) décrivent les combats sanglants : Coatès et de Rohan furent tués, Constantin fut sauvé in extrémis par un garde, les maisons incendiées, les enfants égorgés. La bataille dura plus de quatre heures. Daï, le prince indomptable mourut un des derniers ; seuls une quinzaine de Macassars furent prisonniers.

 

Le roi informé par Constantin, fut choqué d’apprendre que sa capitale avait été dévastée et décida alors que les survivants macassars seraient châtiés de façon exemplaire. (Ils furent livrés à des tigres affamés.) Constantin n’hésita pas à évoquer des mandarins complices et suggéra habilement les noms du demi-frère du roi, le prince Chaofa Apphaïtot  et de Petracha, mais sans les accuser formellement. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ensuite on pouvait lire une  lettre du père Tachard envoyée de Paris le 30 juin 1686, qui allait enfin donner des bonnes nouvelles à Constance. (pp.425-426) Il y apprenait surtout que le père de la Chaize avait été intéressé par son projet d’installer une garnison française dans la citadelle de Bancoc et était convaincu que le roi ne pouvait qu’ « approuver toute action pour diminuer la puissance commerciale des huguenots hollandais » (surtout depuis la révocation de l’Edit de Nantes le 22 octobre 1685). Il avait bon espoir que l’ambassade siamoise soit accompagnée au retour par des troupes françaises, surtout rajoutait Tachard que Constance était « l’appui le plus ferme de la religion et de la France au Siam. »

 

La fin du chapitre se terminait sur un éditorial du « Madras Intelligencer » du 1er janvier 1687, qui donnait des « Nouvelles du Siam ». La gazette se félicitait de la politique de fermeté de sir Josiah qui avait « donné ordre d’arraisonner tous les navires siamois et d’exiger la reddition des sujets britanniques qui sont employés par la couronne siamoise. » et même d’arrêter « le dénommé Constantin Phaulcon, ce vicieux personnage ». Les nouvelles faisaient référence à la révolte des Macassars et du regret que Phaulcon ait échappé « par miracle » à la mort. Elles signalaient que Phaulcon avait donné les pleins pouvoirs à Samuel White et Richard Burnaby pour défendre Mergui.

 

Ch. 3, Bancoc, 26 septembre 1687. ( pp.430- 449)

 

Une date importante qui voit le vaisseau royal L’Oiseau, avec son bord, la deuxième ambassade française menée par les deux Envoyés de La Loubère et son second, Monsieur Claude Céberet (Un des directeurs de la Compagnie royale de Brest)  jeter l’ancre devant la citadelle de Bancoc, avec 240 soldats à bord, ayant distancé Le Dromadaire, la Gaillard, La Normande et La Loire, avec 300 soldats. « En tout, douze escadrons. » (p. 430)

 

Mais de suite, nous sommes au sein de conflits. De la Loubère va vite se rendre compte que ses pouvoirs sont limités et  que le père Tachard a reçu une lettre de créance qui le rend maître de la négociation à venir.

 

Tachard sait qu’il va falloir négocier avec Constance alors que de La Loubère est déjà prêt à attaquer Bancoc (« en dernière extrémité, nous attaquerons Bancoc et nous en rendront maîtres par la force ») et à prendre Mergui car  « il a instruction de poster à Mergui un détachement de soldats français pour assurer notre commerce sur la côte de Coromandel ».

 

Ceberet essaye de calmer le jeu, et rappelle que la menace n’est pas le meilleur moyen mais que Tachard serait avisé de ne rien dire à Constance sur leur pouvoir d’user de la force et sur la présence à bord des mortiers et des bombardiers. Ce à quoi Tachard répondra : «  Monsieur Constance est mon ami, et pour lui je n’ai pas de secrets. » (p. 433) De La Loubère était furieux d’apprendre qu’avec Céberet, il n’était chargé en fait que de la religion et du commerce.

 

La situation était d’autant plus explosive, que les ambassadeurs siamois avaient entendu durant la traversée les intentions françaises de prendre Bancoc, la « clé du royaume »,  ce qu’ils ne pouvaient accepter en aucune façon.

 

Toutefois, Tachard sera surpris lors de sa première rencontre avec Constantin, qu’il a trouvé « sombre et tendu », que celui-ci lâche si facilement Mergui. « Bonne chance aux Français …  je m’en lave les mains. »

 

Et Constantin « lui raconta la révolte survenue à Mergui le 14 juillet dernier» avec ses conséquences. (p.434-436). (Avec La trahison et la fuite de Samuel White avec sa fortune, l’assassinat des Anglais, la mort de Burnaby ; la déclaration de guerre du roi Naraï à la Compagnie des Indes Orientales.)

 

« Un vaisseau envoyé par la Compagnie anglaise, La Curtana, commandé par un nommé Weltden » était venu pour ordonner à Samuel White de se rendre,  lui livrer Mergui, et obtenir réparations des pertes subies (65 000 livres). Les marins anglais parlèrent trop, les rumeurs allèrent bon train, et les mandarins siamois virent là une occasion de se révolter. Aidés par des Pégous, ils mirent en pièces La Curtana et tuèrent l’équipage. Ensuite la foule excitée égorgea Burnaby, mis le feu à sa maison et « s’attaqua à tous les comptoirs anglais », tuant une soixantaine d’Anglais. Samuel put s’enfuir  avec l’un de ses bâteaux, la Doroty, accompagné de Weltden. Il avait pu y mettre toute sa fortune. Il avait déjà envoyé en Angleterre tout l’argent que Constantin lui avait transmis pour fortifier la ville et acheter des vivres et des canons.

 

Tachard put comprendre ainsi pourquoi Constantin avait cédé si facilement. Il avait d’ailleurs déjà envoyé Beauregard, le major de Forbin. Constantin avait dû informer le roi, qui lui pardonna mais lui recommanda de ne plus le tromper désormais, et déclara la guerre à la Compagnie des Indes Orientales qui avait osé attaquer Mergui.

 

Lors de cet entretien avec Tachard, Constantin apprit le rôle de chacun, l’existence des mortiers et des bombardiers, la volonté des Français de prendre Bangkok, l’exigence posée par les Envoyés de ne quitter leur navire, que lorsque leur troupe aurait pris possession de Bancoc, et l’attitude hostile des trois ambassadeurs siamois.

 

Constantin ressentit pour la première fois des doutes sur son pouvoir, « l’avenir lui semblait menaçant ».

 

La révolte des Macassars, celle de Mergui,  l’hostilité de nombreux mandarins, dont certains n’avaient plus peur de  critiquer publiquement la politique favorable aux étrangers, de proclamer la religion menacée, de rejeter la faute sur lui, pendant que Petracha agissait dans les pagodes. Constantin devait agir.

 

Le 5 octobre, de La Loubère et Céberet recevaient une lettre qui confirmait les cessions de Bancoc et de Mergui, mais une clause imposait une condition avant d’avoir l’autorisation de débarquer : Desfarges, le commandant des troupes devait faire un serment d’obéissance au roi du Siam. Mais Tachard rajouta qu’il s’agissait d’obéir aux ordres du roi de Siam, tels que les transmettrait son ministre Constantin. De La Loubère réagit avec violence et proclama que cette condition était inacceptable et qu’il n’accepterait jamais. (p. 445)

 

Le lendemain, Le Gaillard arrivait avec le général Desfarges, accompagné de ses deux fils,  et des trois ambassadeurs siamois. Beaucoup voyaient dans le nouveau général, « Un véritable personnage de comédie, un matador ; vaniteux, le verbe haut. Bel homme, … friand d’honneur et de gloire », prêt à se  sacrifier pour son roi ou « pour le roi de Siam, et lui seul ». Il ne fut pas difficile à Tachard de le convaincre d’obéir à Constance « lorsqu’il vous commandera au nom de son roi ».

 

Le 17 octobre, le père Tachard revenait de la capitale avec une autre lettre, qui modifiait l’accord initial puisqu’il imposait de cantonner des troupes siamoises au sein des garnisons françaises de Bancoc et de Mergui, et mettait l’ensemble sur les seuls ordres de Constantin. Certes cela était inacceptable pour tous, mais Céberet demanda alors au général Desfarges » s’il était faisable de prendre Bancoc ».  Après une rodomontade, le général ne put qu’admettre que cela était impossible, vu l’état des troupes. La Loubére se vit donc contraint de signer.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Ch. 4, Louvo, 6 novembre 1687. (pp.450- 479)

 

Le chapitre commence avec un Constantin irrité, ne trouvant pas le sommeil, en pensant à l’audience de l’ambassade française devant le roi, aux exigences d’étiquette posées par de La Loubère;  à Mgr Laneau qui s’était même permis de le reprendre lors de sa traduction de la lettre de Louis XIV. Mais enfin, se disait-il, une étape avait été franchie, le traité de commerce était en bonne voie et il avait les troupes françaises sous son commandement. Il avait pu retrouver le plaisir auprès de sa femme qui s’était inspirée d’ « un livre d’oreiller ».

 

Suit une lettre de La Loubère à mademoiselle de Scudéry, datée du 12 novembre 1687, où il évoque, entre autre, Louvo, Constance, « un Grec de nation, qui est bien le plus roué intrigant que l’on puisse imaginer » ; sa femme ; une fête magnifique ; les notes abondantes qu’il a prises sur le Siam, et qu’il doit remettre dans quelques jours à Constance, le brevet de comte et le faire chevalier de l’ordre de saint Michel. Lettre que Constance va subtiliser et lire avec satisfaction et fierté.

 

« Lui, l’enfant du port, le fils de la bâtarde et du cabaretier (serait) comte français », alors que La Loubère ne l’était pas. (p.459)

 

Mais les conflits continuaient.  Le 27 novembre de La Loubère écrivait une missive pour Constance, dans laquelle il indiquait qu’il ne voulait pas rendre la lettre du 16  octobre remise à bord par Tachard. Kosapan et les deux autres mandarins qui avaient été à Paris manifestaient leur opposition à la présence des troupes françaises au sein du Conseil des Khunnang. Lors d’une audience, le roi rapporta à Constance que ces mêmes Khunnang lui avait dit que les Hollandais ne s’intéressait pas au Siam ; Constance s’était surpris à accuser Petracha d’être acheté par Keyts. Le roi avait demandé des preuves.

 

 Ensuite il avait dû expliquer à de La Loubère pourquoi le traité signé sur la religion avec de Chaumont n’avait pas été appliqué. De plus, il dut aller lui-même à Bancoc vérifier si  les rumeurs de réactions hostiles aux Français se multipliaient. Il put constater que l’état des troupes françaises était lamentable (Quinze hommes étaient morts de dysenterie la semaine précédente, les soldats désoeuvrés ), avec un Desfarges préférant parader à Louvo …

 

Pour la première fois, il se demanda s’il ne valait pas mieux tout abandonner et rentrer en France, maintenant qu’il était comte, riche, et avait investi  300 000 livres dans les bateaux de la Compagnie royale française.

 

Le chapitre comprenait aussi l’éditorial du « The Madras Intelligencer » du 1er janvier 1688 (pp. 476-477), dans lequel était confirmé, par des survivants de l’émeute de Mergui, arrivés le mois dernier que de nombreux Anglais avaient été tués, le Curtana brûlé, ainsi que tous les comptoirs et entrepôts anglais, que Samuel White avait pu s’enfuir avec un butin important en prenant en otage Weltden ; qui avait pu s’échapper et était de retour à Madras avec M. Davenport depuis une semaine. M. Eilhu  affirmait bien haut que le vrai responsable de ces malheurs était bien l’exécrable Phaulcon.

 

Le chapitre s’achevait sur une lettre de Johannes Keyts du 28 janvier 1688, adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia. (pp. 478-479)

 

Dans cette lettre,  Keyts évoque l’envoi en annexe d’ un projet d’accord avec Petracha lui allouant une part des bénéfices des exportations de poivre et d’étain et la jouissance de Juncelang s’il devient premier ministre, accord qu’il a pu obtenir grâce au chirurgien français Daniel, qu’il faudra aussi rémunérer. Il leur recommande d’être prudents  car la situation est critique depuis le départ des Envoyés du roi  Louis de France. Petracha fait circuler des rumeurs dénonçant la volonté des Français de détruire la religion ; le roi est affaibli et a confié la charge du palais à sa fille, et les affaires du royaume à Phaulcon, assisté de Petracha au nom du Conseil des mandarins. Mais il ajoute que le sort s’acharne sur Phaulkon qui a vu son fils mourir il y a 10 jours et sa femme faire un fausse-couche, et la foudre tombée sur sa maison, l’incendiant.

 

Ch. 5, Louvo, mars 1688. (pp. 480- 496)

 

Le début du chapitre confirme que le sort semble s’acharner sur Phaulcon (La mort de son enfant, sa femme qui après sa fausse couche ne voulait plus partager son lit, la foudre tombée sur la maison). Il y voit un signe « la première des épreuves qu’il va connaître ». Il se sent désespéré :

 

« Que de malheurs, que de malheurs, Seigneur, depuis ce soir du 3 janvier (1688), où il avait salué à la barre La Loubère et Tachard qui rembarquaient sur Le Gaillard. » (p. 481) 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Il avait le sentiment que ce départ s’était mal passé, avec la colère de La Loubère et pourtant il avait réussi à conserver Laric et ses bombardiers. Il n’avait même plus confiance en Tachard. Il avait même entendu que le bruit courait parmi le peuple « qu’il se produirait en mars ou en avril une grande révolution ».

 

(On peut noter que curieusement, le roman ne fait aucune référence aux traités signés, à la fuite de Forbin, au départ de Céberet avant de La Loubère, sur Mergui, après l’audience royale de congé du 13 décembre)

 

Et ce n’est pas sa dernière entrevue avec le roi qui pouvait lui remonter le moral. Le roi en effet non seulement lui annonçait sa mort prochaine, mais était angoissé à l’idée de ne pas pouvoir se réincarner, ses demi-frères ayant dit à Petracha et au prince Mom Pi qui lui refuseraient des funérailles et l’incinération. Ainsi Constantin apprenait que le fils adoptif de Naraï avait choisi de s’allier avec Petracha.

 

La lutte pour le pouvoir.

 

Il lui fallait agir vite. Il confia au roi qu’il allait faire venir les troupes françaises à Louvo et assigner à résidence ses deux demi frères. En sortant, il rencontra Petracha, l’informa de son intention, et celui-ci  lui dit qu’il connaissait le complot des demi-frères royaux Chaofa Noï et Chaofa Aphaïtot, mais qu’ils n’avaient aucune chance d’obtenir l’appui du Conseil des mandarins pour ceindre la couronne ainsi d’ailleurs que le fils adoptif du roi Mom Pi, bègue et maladroit. Petracha, sans crainte, lui avoua aussi qu’il avait assez d’hommes dévoués à Louvo pour assurer, si nécessaire, la succession. Constantin n’avait plus aucun doute sur la conspiration en cours.

 

Mais dans le dernier jour de mars, il eut la désagréable surprise de voir arriver Desfarges avec seulement une escorte de dix hommes. Constantin dut le convaincre de l’urgence de la situation (Alors que Desfarges pensait encore à placer ses deux fils à la Cour). Il repartit donc. Le jeudi saint, le 14 avril, il était avec ses troupes à Ayoudia. Constantin estimait que dans deux jours, en tenant Bancoc et le palais, il tenait le pays (p. 485).

 

Mais Veret, le chef du comptoir français, allait  faire changer d’avis Desfarges en lui annonçant la mort du roi, la prise de pouvoir par Petracha et Constantin fait  prisonnier.

 

Il lui montrait qu’il ne pouvait pas avec dix officiers et 90 hommes, et dix officiers auprès de Constance venir à bout d’une foule immense déchainée. Desfarges vit Mgr Laneau et Mgr de Lionne, hésitants. Mgr Laneau proposa alors à Desfarges d’envoyer un éclaireur à Louvo avant de se retirer sur Bancoc. Le capitaine Leroy put constater que Louvo était calme ; il rencontra Constantin qui lui remit une missive pour Desfarges ; mais celui-ci bien que rassuré par Constantin décida, malgré tout, de retourner sur Bangkok.

 

Le 10 mai, voyant son état empiré, le roi décida, devant le Conseil ; de donner la régence à sa fille la Kromluang Yotahtep à sa mort, sous la tutelle de Constance, Petracha et de Mom Pi. La Couronne reviendrait au prince qu’elle choisirait.

 

Le 18 mai, dans un moment de répit le roi fit appeler Mom Pi, qui lui avoua la conspiration menée par Petracha, et  qu’il  voulait le tuer. Il lui avait en fait faussement promis le trône, et répandu la fausse nouvelle que ses deux demi-frères lui avaient refusé les honneurs funéraires. Naraï convoqua alors Constance, qui lui confirma que le palais était contrôlé par les hommes de Petracha, mais qu’il comptait sur Desfarges pour arrêter les conjurés, et qu’il allait arrêter demain avec ses amis anglais et autres européens et les officiers français présents, Petracha et les conjurés rassemblés en Conseil des mandarins  (Dix officiers et 60 européens en tout à Louvo !)

 

Mais Petracha mit en action le plan élaboré à la pagode Wat Mahatat.

 

Vers midi, les paysans en nombre, venant de différents villages,  préparés, se massèrent devant les portes du palais, hurlant, invectivant les farangs. Le plus haut dignitaire des moines, le Sancrat de Louvo fut amené en cortège et déclara à la foule qu’il fallait chasser Constantin qui asservissait le Siam et voulait imposer sa religion au roi ; il les exhortait à prendre le palais. L’un des conjurés ouvrit l’un des accès.

 

Pendant ce temps, Constantin n’avait pu rassembler que 22 Européens, lorsqu’un messager vint le prévenir que sa Majesté avait exigé sa venue immédiatement. Tous virent le piège et le père de Bèze le supplia de ne pas y aller. Il passa outre après avoir dit au revoir à sa femme. Le major de Beauchamp et M. de Fretteville et le fils du général  Desfarges tinrent à l’escorter.

 

Constantin rencontra Petracha dans la première cour, qui le rassura sur la foule qui était partie et sur la présence de Mom Pi auprès du roi. Constantin libéra alors son escorte et Sorasak l’accompagna jusqu’aux appartements royaux. Il lui demanda alors ses armes et Constantin lui  dit qu’il n’en avait pas ; Sorasak l’immobilisa et découvrit deux pistolets dans ses poches. Il le fit arrêter. Petracha, prudent, pensa même à le faire revenir à la première porte pour qu’il puisse rassurer les trois officiers français qui l’avaient attendu.

 

Ch. 6, Louvo, fin mai 1688. (pp.497- 505)

 

Constantin était donc prisonnier et Petracha avait pris le pouvoir. 

 

Il le fit torturer pour savoir où était ses trésors. Sorasak vint le narguer avec des bijoux que portait sa femme Maria et en murmurant qu’elle lui appartiendrait bientôt. Il lui dit à une autre visite qu’il avait pris Aungnua comme concubine.  On multiplia les tortures, le feu aux pieds, le fouet  au dos, la faim, la soif, on mit même à son cou la tête tranchée de Mom Pi. Petracha le garda vivant car il pensait encore pouvoir le monnayer.

 

Phaulkon prisonnier, restait les troupes françaises.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

A Bancoc, une fois de plus, Desfarges était dans l’indécision. Il était venu à Louvo, avait été reçu avec cérémonie par Petracha qui lui avait demandé de soumettre ses troupes à son commandement et avait gardé ses deux fils en otage. Une lettre de Véret lui conseillait de se soumettre à Petracha, qui désormais gouvernait le pays. Mgr de Lionne, pensant à l’avenir des chrétiens lui avait aussi conseillé l’obéissance. Desfarges avait décidé de ne pas bouger malgré l’avis de son second M. de Vertesalle qui voulait monter sur Louvo, voyant bien les leurres tendus par Petracha qui voulait gagner du temps pour rassembler ses forces et  les assiéger ensuite.

 

Constantin après trois semaines de tortures afin d’apprendre où était son trésor, dut encore subir la cruauté de voir sa maison pillée, lacérée, détruite et sa femme au sol couchée sur la paille des écuries, sale, la robe déchirée, avec des traces de coups sur l’épaule et avec entre ses bras son enfant terrorisé qui ne le reconnaissait pas. Il dut encore subir le crachat de sa femme lui disant « tu n’es plus son père ». (p. 503)

 

Le 6 juin, le père de Bèze annonçait la mort de Constantin à Maria. Il avait été fendu en deux par une épée, puis avait été coupé en petits morceaux et jeté dans une fosse. Maria s’effrondra. Le père l’encouragea à vivre,  pour élever son enfant, mais Maria lui rétorqua que le prix à payer serait de devenir la concubine de Sorasak. Elle hurla son désespoir, hystérique, agité de convulsions.

 

Ch. 7, Bancoc, 8 septembre 1688. ( + « The Madras Intelligencer » du 31 juillet 1689.) (pp. 506- 520)

 

On se retrouve à la forteresse de Bancoc assiégée.

 

Dès la mort du roi en juillet, « les soldats siamois avaient déserté le fort pour se mettre aux ordres du nouveau souverain ». Veret avait été chargé par Petracha de négocier la reddition des Français. Desfarges était prêt à se rendre mais à la condition de lui fournir des bateaux pour quitter le pays. Kosapan, le nouveau Phra Khlang avait refusé. Mais le riz venait à manquer, des hommes mouraient chaque jour. Lorsque, une vision incroyable apparut : « L’Oriflamme, vaisseau du roi de France, sept cent cinquante tonneaux, soixante-quatre pièces de canon ». (Avec 200 marins à l’origine, mais il en avait perdu plus de cent après sept mois de mer) La donne changeait.

 

Petracha envoya Kosapan négocier, qui proposa à Desfarges la location de deux frégates siamoises pour aller jusqu’à Pondichéry, avec en otage Mgr Laneau, M. Véret et l’un de ses fils. 

 

Petracha voulait le départ des Français pour récupérer ses soldats pour conforter son nouveau pouvoir à Ayoudia.

 

Certes, deux jours après la mort du roi, il avait fait exécuter par Sorasak les deux demi-frères du roi ; fait légitimer son pouvoir par le Conseil ; épouser Yothatep, la fille du roi Naraï ; fait prisonnière en ses appartements la princesse-reine ; fait exécuter quarante-huit de ses fidèles mandarins avec un « raffinement de cruauté » devant sa femme qu’il dut battre pour qu’elle put voir douze conjurés se faire empaler et éventrer et les autres petit à petit découpés en morceaux, « que des suppliciés durent manger »

 

Sainte- Marie accompagné du père de Bèze vinrent à Ayoudia pour signer le traité de départ avec Kosapan. Ils purent grâce à la princesse-reine qui avait soudoyé ses gardes, embarquer clandestinement Madame Constance et son fils. A leur retour à Bancoc Desfarges était hors de lui, car il voyait là un risque de se faire massacrer et donna l’ordre de la renvoyer. Sainte-Marie s’y opposa et fut menacé par Desfarges d’être cassé et mis aux fers au retour. Mais de fait, neuf jours après, Sorasak dans une rage aveugle obtint de Petracha, d’envoyer Kosapan à Bancoc afin d’obtenir Madame Constance et son fils sous peine de rompre le traité. Evidemment, Madame Constance ne voulait pas rester au Siam,  craignant pour sa sécurité (dont la jalousie de la princesse-reine), Desfarges pensait au sac d’or que lui avait confié Constantin pour sa femme. Finalement, elle fut rendue aux autorités, après qu’elle eut le temps d’accuser Desfarges de vol, de trahison et d’avoir « sur la conscience la mort du plus grand ami de la France aux Indes. » (p. 517)

 

« Le 13 novembre 1688, L’Oriflamme, Le Siam, et Le Louvo levèrent l’ancre, emmenant avec eux le jeune Desfarges et Véret qui s’étaient échappés » « sans s’inquiéter du sort de Maria, ni de celui de Mgr Laneau et des quelques autres Français qui n’avaient pu embarquer, livrés sans protection à la furie de Petracha. » Le chapitre se terminait sur  une nouvelle fanfaronnade du général Desfarges. (p. 518)

 

« The Madras Intelligencer » du 31 juillet 1689, nous apprenait ensuite que la France était de nouveau en guerre avec tous ses voisins européens et confirmait la fin de Phaulcon et de la Compagnie française au Siam.

 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Enfin le roman se terminait au chapitre 8, par des informations données par le père de Bèze, datée du 1er février 1690 depuis la prison de Middleburg (Provinces-Unies). (pp. 521-523)

 

Le père de Bèze avec un autre jésuite,  le père Comilh avait été arraisonné par les Hollandais sur un bateau parti depuis Pondichéry et mis en prison à Batavia. Il y était depuis 4 mois et avait appris par le gouverneur que la France et la Hollande était en guerre, que les Français et leur religion étaient maintenant haïs au Siam ; les églises saccagées ; que Madame Constance était esclave aux cuisines du palais ; que Mgr Laneau était à la cangue depuis six mois, exposé « au soleil, à la pluie, aux insultes et aux crachats du peuple. »

 

Et le roman se terminera sur  Claude de Bèze qui avait entrepris d’écrire ses souvenirs des troubles du Siam et les derniers jours de monsieur Constance. Il songeait à cet homme, qui avait joué un si grand rôle dans ce lointain royaume et « qui s’était élevé à en devenir comte de France et chevalier de l’ordre de Saint-Michel. » ll se demandait si Constance savait qu’il allait à sa mort ce soir de mai ou s’il se croyait invulnérable.

 

 

 

 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 22:13
A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Nous savons que de tous temps un circuit commercial entre l’Empire romain et la Chine a existé pour fournir les gourmets en épices et les coquettes auxquelles la soie faisait tourner la tête, soieries dont seuls les Chinois avaient alors le secret. Malheureusement, la liste des historiens romains est brève, elle ne comporte guère que quatre noms César (mort en 44 avant J.C.), Salluste (contemporain de Jules-César), Tite-Live (mort en 17 après J.C.) et Tacite (mort probablement en 120 après J.C). Leurs successeurs ne sont pas méprisables mais n’ont pas élevé l’Histoire à la même hauteur. Nous connaissons donc bien l’histoire de la république et des premiers empereurs et bien moins celle de l’Empire (1).  Il a manqué un Marco-Polo romain pour rédiger une chronique sur la route de la soie et des épices à cette époque. Les recherches archéologiques sont dès lors une source précieuse, malheureusement l’archéologie est une science qui ne se pratique guère au Siam que depuis le début du siècle dernier. 

 

C’est à Georges Coedès que nous devons la première découverte « romaine » significative au Siam, il ne s’agit pas d’une démonstration, mais, sinon d’une preuve formelle,  du moins d’un début de preuve du passage de l’un de ces circuits par le Siam (2) :

C’est à Georges Coedès que nous devons la première découverte « romaine » significative au Siam, il ne s’agit pas d’une démonstration, mais, sinon d’une preuve formelle,  du moins d’un début de preuve du passage de l’un de ces circuits par le Siam (2) :

 

C’est à Georges Coedès que nous devons la première découverte « romaine » significative au Siam, il ne s’agit pas d’une démonstration, mais, sinon d’une preuve formelle,  du moins d’un début de preuve du passage de l’un de ces circuits par le Siam (2) :

 
A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

 

Une lampe à huile romaine est découverte dans la province de Kanchanaburi. Georges Coedès est  alors directeur de bibliothèque Vajiranana dBangkok. Il apprend  par la lecture du Daily Mail  du 28 juillet 1927 qu’un fermier de la province de  Ratchaburi avait, le 15 du mois, déterré un squelette « géant » parmi des statues de Bouddha d’or et d’argent situés dans une cavité découverte à l’occasion d’un labour. Cette découverte avait eu lieu dans le petit village de Phongtuk, actuel tambon de l’amphoe de Thamaka dans la province de Kanchanaburi, à environ 30 kilomètres à l’ouest de Nakhonpathon au bord de la rivière Maeklong

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Les villageois s’étaient alors précipité pour creuser (piller évidemment) tout alentours et tenter de trouver des trésors. L’attention du « Royal Institut » est attirée, tout le monde est sceptique (probablement en raison du squelette de géant ?)  mais le Prince Damrong, le premier à s’être soucié de reconstituer le patrimoine archéologique de son pays,  décide de tenter sa chance et demande à Coedès d’aller effectuer une enquête sur place. 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Il y est le 12 août. Il commence par se rendre chez le chef de village qui lui apprend que cette découverte a déjà attiré beaucoup de monde mais qu’elle n’était pas la première : trente ans auparavant, un Chinois avait trouvé des statues de Bouddha en bronze qui avaient fait sa fortune. Il avait lui-même trouvé une statuette de Bouddha en bronze, de style pré-khmer et une tablette votive qu’il avait présenté au Prince Damrong, et peu de temps auparavant  une coupelle en terre cuite. Il donne à Coedès le nom de plusieurs paysans ayant découvert des statuettes de Bouddha. Celui-ci se rend alors sur les lieux ; le squelette avait d’ores et déjà disparu, mais il y découvre quelques vestiges archéologiques sur l’origine et la datation desquels il ne se prononce alors pas. Il se fait ensuite présenter par les découvreurs les statuettes de Bouddha (elles sont en bronze, s’il en fut en or ou en argent, elles avaient évidemment disparu comme le squelette) et entend parler de la découverte d’une lampe au même endroit. Il demande à la voir, le propriétaire la lui présente, il reconnait sans difficultés une lampe à huile « gréco-romaine » auquel il manque la poignée, que le propriétaire à sa demande retrouve sans difficultés. Ce n’est pas tous les jours que l’on découvre une lampe romaine au Siam, nous dit-il. Après discussions et quelques ticals, il entre en possession de la lampe qu’il souhaite envoyer à Bangkok.

 

Le site avait été évidemment bouleversé. Vont alors commencer des fouilles systématiques sur autorisation royale. Il apparaitra que les vestiges architecturaux datent de l’époque du Dvaravati, le site de Phongtuk se révélera par la suite l’un des sites majeurs du royaume qui a duré du cinquième au septième siècle de notre ère. 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Le site avait été évidemment bouleversé. Vont alors commencer des fouilles systématiques sur autorisation royale. Il apparaitra que les vestiges architecturaux datent de l’époque du Dvaravati, le site de Phongtuk se révélera par la suite l’un des sites majeurs du royaume qui a duré du cinquième au septième siècle de notre ère. 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

 

Revenons à l’analyse faite par Coedès de cette lampe  qu’il va tenter de dater.

 

Il s’agit d’une lampe à huile en bronze, assez semblables à celles découverts dans les ruines de Pompéi ou d’Herculanum, nous dit-il. Elle a la forme habituelle des lampes gréco-romaines, munies d’un  bec ou d’une buse dans laquelle la brûle la mèche, une ouverture sur le dessus pour verser l'huile dans le réservoir et une poignée pour la porter. Ces lampes étaient utilisées soit suspendues par une chaîne soit fixées un trépied ou un chandelier ce qui est le cas de la lampe qui comporte une mortaise dans sa partie inférieure.

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

 

Elle est de très belle facture et en parfait état : Le manche est en forme de palmette entre deux dauphins. Ce sont des motifs classiques de l’art décoratif gréco-romain. Le dauphin est l’emblème des villes maritimes, et sa présence n’a rien de surprenant sur un objet qui a probablement été apporté dans cette partie du monde par un commerçant navigateur. Dans la mythologie grecque, les dauphins sont également censés transporter vers les îles paradisiaques les bienheureux mortels auxquels les dieux ont conférés immortalité. 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

 

Cette constatation incite Coedès à considérer assez logiquement qu’il s’agit d’une lampe  sépulcrale : en Grèce et à Rome, des lampes à huile étaient utilisés en liaison avec le culte des morts, elles étaient allumées à intervalles réguliers sur les tombes des défunts. Cette opinion est confortée par la figure gravée sur le couvercle, il s’agit d’une tête de Silène couronnée de lierre, parfois considéré dans la mythologie comme un fils de la Terre, ce qui explique qu’il soit associé aux culte des morts et souvent représenté sur une  lampe sépulcrale.

 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Cette constatation incite Coedès à considérer assez logiquement qu’il s’agit d’une lampe  sépulcrale : en Grèce et à Rome, des lampes à huile étaient utilisés en liaison avec le culte des morts, elles étaient allumées à intervalles réguliers sur les tombes des défunts. Cette opinion est confortée par la figure gravée sur le couvercle, il s’agit d’une tête de Silène couronnée de lierre, parfois considéré dans la mythologie comme un fils de la Terre, ce qui explique qu’il soit associé aux culte des morts et souvent représenté sur une  lampe sépulcrale.

 

De par sa facture enfin, Coedès se dit convaincu qu’il s’agit d’une œuvre réalisée dans la région méditerranéenne et non d’une copie indienne, lesquelles sont de toute autre forme, de mauvaise facture et ne comportent jamais les mêmes éléments décoratifs (Silène et Dauphins).

 

Elle a donc été amenée d’Italie, de Grèce ou du Proche-Orient romain, ce qui soulève évidemment la question des relations entre le Siam et l'Empire romain au cours du second et peut-être du premier siècle de notre ère.

 

C’est au deuxième siècle que Ptolémée a composé sa Géographie, dont les chapitres sur l’Inde et la Chine sont basés sur des informations provenant d'un certain commerçant nommé Alexandre, qui aurait longé ces côtes au cours du premier siècle. C’est à cette époque aussi qu’un pilote grec d’Alexandrie nommé Hippalos aurait découvert le rythme périodique des moussons dans l’Océan indien au cours de son périple l’ayant conduit depuis le porte de Bérénice (sur la mer rouge) jusqu’au sud des Indes (ce que l’on appelle le Périple de la mer Erythrée). Par ailleurs, nous apprend encore Coedès, les Annales chinoises  font mention de la venue de commerçants occidentaux. Ainsi, en l’an 166 de notre ère nous apprend l'histoire de la dynastie des Han : « Pendant le règne de l'empereur de Houan, la 9ème année de son règne (i.e. 166), An-tun, roi de Ta T'sin a envoyé un ambassadeur qui a offert de l’ivoire, des cornes de rhinocéros et des coquilles de tortue ». 

 

Ta-T'sin est le nom donné à l'empire romain par les historiens chinois de cette époque. En 166, règne Marcus Aurelius AntoninusMarc Aurèle, dont les Chinois transcrivent le nom par deux idéographes An-tun.  Il s’agirait de la première trace écrite d’une communication entre les deux pays (3) S’agissait-il d’une ambassade officielle ? C’est peu probable pense Coedès, il est plus vraisemblable que ce fut un commerçant grec ou romain, qui, venant des Indes avec du fret ait utilisé le nom de l’empereur pour s’assurer un meilleur accueil de la part des autorités chinoises et peut-être tenté de ramener le secret de la soie ? La seule certitude est que cette « ambassade » était venue par mer.

 

Compte tenu de ces relations commerciales entre des commerçants et des aventuriers venus de la Méditerranée et cette régions depuis l'aube de l'ère chrétienne, la découverte d'un objet de gréco-romaine ou de facture hellénistique n'avait donc d'extraordinaire en soi. Il est même étonnant, pense Coedès, qu’il n’y ait eu aucune découverte antérieure (n’oublions pas qu’il écrit en 1927) au moins à Ceylan que les navires romains atteignaient avec certitude (sans devoir aller jusqu’en Chine) pour y rejoindre acheteurs ou vendeurs chinois. Mais pourquoi cette arrivée des navigateurs sur les côtes ouest du Siam ?

 

La raison est de bon sens, Coedès en fait preuve, venant de l'Europe et de l'Inde à destination de la Chine,  ils voulaient échapper au vaste détour par la péninsule malaise,  700 miles nautiques, 1.300 kilomètres et  des journées de navigation, compte non tenu de la piraterie malaise endémique, préférant  après le long voyage en mer, utiliser la voie terrestre en traversant la péninsule dans sa partie étroite. Certes, Phong tuk est beaucoup plus au nord de l’Isthme de Kra, 400 kilomètres environ, mais il se trouve le long d'un itinéraire d'une grande importance historique, qui venant de Basse-Birmanie traverse la chaîne de montagnes au Phra Chedi Sam Ong, (พระเจดีย์สามองค์) le fameux col des Trois Pagodes qui depuis toujours, constitue la principale route terrestre entre le sud de la Birmanie et l'ouest du Siam, route des envahisseurs Birmans et  route par laquelle le bouddhisme a probablement pénétré au Siam au IIIème siècle.

 

***

 

Les mêmes Annales chinoises  font encore mention, nous apprend encore Coedès, en l’année 120 (sous le règne de l’empereur Hadrien) de la venue d’une compagnie de musiciens et acrobates grecs ou romains originaires de Ta-T'sin, venus de Birmanie, qui avaient rejoint la Chine par la mer. Il est tout à fait possible que, eux aussi,  au lieu de faire le tour de la péninsule malaise, aient suivi la même route, le long de la rivière Meklong et se soient embarqués dans un port du golfe de Siam.

 

Est-ce à dire que cette lampe a été effectivement laissée à Phong Tuk par l’un de ces comédiens ou par un membre de l'ambassade romaine, ou sur la tombe de l’un d’entre eux, ce n’est pas une affirmation mais une question, et le fait que la lampe ait été découverte au milieu d’ossements (donc dans les vestiges d’une tombe) est un élément permettant de penser qu’il s’agissait bien d’une lampe sépulcrale.

 

***

 

Les découvertes archéologiques ultérieures vont nous donner de nouveaux indices de ce passage par voie terrestre par le centre du Siam.

 

Le site Dvaravati de U-Thong  dans la province de Suphanburi a fait l’objet de fouilles menées à partir du début des années 60 au cours desquelles fut découvert un double denier en bronze de l’empereur gaulois Victorinus qui a régné de 269 à 271 (4).

 
A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Il n’est pas exclu (plausible mais mais pas certain) que certaines des découvertes sur site portuaire de Khaosamkaeo (เขาสามแก้ว) près de l’actuelle ville de Chumpon n’aient pas été d’origine romaine, point de départ de navires marchands vers l’est (5).

 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Les navires pouvaient partir de ce port pour rejoindre celui d’Oc-éo avant de partir pour la Chine. Cette ville découverte dans les années 1940 au sud de la province vietnamienne d’An Giang, située un peu au sud du delta du Mékong aurait été la ville portuaire la plus importante du royaume du Fou-nan et aurait existé entre le premier  et le septième siècle ? Le passage des Romains y est attesté par la découverte de nombreuses monnaies, notamment une médaille d'Antonin-le-pieux qui mourut en 161 après J.C. (6).

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

 

Le passage de commerçants romains ou gréco-romains plus ou moins aventuriers venus d’occident au travers du Siam est une possibilité qui pourra peut-être être confortée par des découvertes archéologiques à venir. Mais comme chacun sait, il n’y a jamais de consensus entre les experts. Si la découverte de Coedès  n’est pas contestée pour n’être d’ailleurs pas contestable, pas plus que celles d’autres traces de passage des gréco-romains, ses bons confrères vont en contester la datation. Ce sont en réalité trois datations différentes couvrant plus de la moitié d'un millénaire qui ont été suggérées.

 

On en trouve une synthèse dans l’article de la jeune archéologue allemande Brigitte Borell (7).

 

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Elle a justement le mérite d’en faire la synthèse, ce que fait moins un article très critique de 1977 ROBERT L. BROWN et ANNA M. MACDONNELL (8).  La contestation a débuté en 1955 par un article de l’archéologue C. Picard qui suggère une date plus ancienne, de l'époque hellénistique, à savoir dans le courant du troisième siècle avant le début de notre ère (9).  Brown et Macdonnel considèrent cette datation comme encore plus précoce que celle de Coedès. Ils la situent  à la période byzantine que l’on place en général au quatrième siècle de notre ère.

 

L’argument de Picard se fonde sur une décoration exclusivement païenne (les Silènes sont les disciples de Bacchus). Mais Madame Borell affirme, preuves à l’appui, qu’une décoration purement païenne (les silènes) peut être jointe à une décoration d’inspiration chrétienne, la croix et les dauphins apparaissent dans la symbolique chrétienne comme symbole de résurrection. 

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Madame Borell incline aussi pour la période byzantine au vu d’arguments qui semblent solides : elle a eu effet le privilège d’accéder  à une collection privée de Munich contenant deux lampes pratiquement identiques mais cumulant les symboles païens et le symbole chrétien par excellence, la croix. Or, l’origine des deux lampes de Munich est assurée, elles viennent d’Egypte, d’Alexandrie plus exactement,  et de l’époque Byzantine (ou copte) de l’époque postérieure à la chute des Ptolémée et antérieures à l’invasion arabe (au milieu du septième siècle). Les similitudes entre les trois lampes est telle qu’elle en déduit qu’elles proviennent probablement du même atelier, celle de Phong Tuk constituant il est vrai un chef d’œuvre.

 

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Mais que nous dit-elle sur le circuit qui a conduit cette lampe au cœur du Siam ?

 

Elle serait alors partie d’Alexandrie par le canal de Trajan d’abord (ancêtre du canal de Suez) pour rejoindre le port de Bérénice sur la mer rouge et ensuite les Indes puis le Sri Lanka (Ceylan) centre commercial alors très actif entre l’Orient et l’Occident de par sa position centrale. Elle trouve la justification de l’existence de ces longs périples dans la topographie chrétienne de Kosmas Indikopleustes, écrite en grec, probablement entre 547 et 550. Voyageurs, ambassadeurs, soldats ou marchands, les Byzantins ont parcouru toutes les routes et toutes les mers du monde de leur époque, mais ils n’ont laissé qu’un ouvrage géographique original, la Topographie chrétienne. Kosmas, probablement originaire d'Egypte, était un marchand de la première partie du sixième siècle et a écrit ce livre après s’être reconverti comme moine à Alexandrie. Au cours de ses voyages depuis la Méditerranée, la mer rouge et le golfe Persique,  il a atteint le Sri Lanka d’où il importait des épices (aloès, clous de girofle) et de la soie. Kosmas parle des terres situées à l'est de l'Inde comme de la « terre des gousses »  au-delà de laquelle se situait  le « terre de la soie plus reculée vers l'est.  Il mentionne les deux moyens de transporter la soie de Chine vers l'ouest, l'un par terre, l'autre par mer. La description que fait Kosmas du commerce à longue distance à son époque donne une très bonne image du réseau de liens commerciaux reliant les deux extrémités du monde (10). 

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Les fouilles effectuées dans les gisements romains de Berenice, datant de la fin du quatrième au cinquième siècle, ont conduit à la découverte de fragments de tissus de coton teint probablement importés des Indes, de restes de bois de teck provenant de navires démantelés venus d’Asie et d’une jarre contenant des grains de poivre (en fouillant les poubelles !).

 

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Mais revenons à notre lampe : elle est la preuve de la poursuite de ces liens commerciaux de longue distance entre l’ Asie du Sud-Est avec des régions aussi éloignées que l'Egypte et la Méditerranée même après l'apogée du commerce indo-sino-romain. Son intérêt est justement de ne pas être une monnaie d’échanges, si ceux-ci étaient payés en or, les pièces ont depuis longtemps été refondues et ne subsistent que des monnaies en bonze sans valeur intrinsèque à l’époque. C’est probablement parce qu’elle se situait dans un monument funéraire qu’elle a échappé au pillage, les Siamois respectent les morts et que le bronze n’avait pour les paysans aucune valeur intrinsèque.

 

***

 

La question de la datation ne présente en définitive guère d’intérêt dans le cadre de ces quelques modestes pages.  La datation des statuettes de Bouddha par Coedès a d’ailleurs également été critiquée. Il fait la comparaison avec les dizaines et les dizaines de lampes à huile qui ont été exhumées de Pompéi et d’Herculanum enfouies sous les cendres du Vésuve  l’année 79 de notre ère (11). Frau Borell a eu le mérite d’être prudente dans ses conclusions (la lampe date en tous cas d’avant l’invasion arabe en Egypte au milieu du VIIème siècle), le privilège d’avoir eu accès à des collections particulières permettant effectivement des comparaisons troublantes et celui enfin d’avoir examiné la lampe là où elle se trouve, Le Musée national de Bangkok, de pouvoir en prendre de très belles photographies, ce que n’a pas pu faire Coedès dont la photographie est médiocre, et d’en faire des mesures précises. Seule une datation scientifique permettrait de départager ces experts (12).

 

***

 

Nous n’en tirons qu’une conclusion, les Romains faisaient venir leur soie et leurs épices par l’une des « routes de la soie » qui utilisait une voie terrestre au travers du Siam. D’autres découvertes archéologiques sont certainement à venir. Nous conservons enfin le terme de « lampe romaine » puisque, que la lampe soit arrivée de l’empire d’occident, de Byzance ou d’Alexandrie, elle est arrivée d’une terre romaine, probablement de l’ « empire romain d’Orient » dont dépendait l’Egypte (13).

 

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NOTES

 

 

  1. Voir l’excellente étude de Nisard « Etudes sur l’antiquité – les historiens romains » parue dans la Revue des Deux-mondes, tome XVII de 1847, pages 383 s.).
  2. « The excavations at Phong Tuk and their importance for the ancient history of Siam » article de Georges Coedès publié dans le journal de la Siam societyannée 1927-1928, volume III, pages 194-209. En ce qui concerne l’état actuel des fouilles, longtemps continuées par Coedès, voir « Return to P’ong Tuk : Preliminary Reconnaissance of a Seminal Dvaravati Site in West-central Thailand » (« A thesis presented to the faculty of the Center for nternational Studies of Ohio University In partial fulfillment of the requirements for the degree Master of Arts ») par Wesley S. Clarke, Mars 2012.
  3. Voir  Chavannes, « Les pays d'Occident  d’après le Heou Han Chou » T'oung-Pao, 1907, p. 185).
  4. Voir en particulier l’article de Jean Boisselier « Recherches archéologiques en Thaïlande. Rapport sommaire de la mission 1965 (26 juillet-28 novembre) » in Arts asiatiques, Tome 20, 1969. pp. 47-98).
  5. Voir notre article 146 « Pourquoi le Roi Chulalongkorn a refusé le projet du canal de Kra » avec de nombreuses références en particulier : « Le port protohistorique de Khao Sam Kaeo en Thaïlande péninsulaire » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient ». Tome 89, 2002. pp. 329-343.
  6. Voir de nombreuses références dans notre article rappelé ci-dessus.
  7. « The Early Byzantine Lamp from Pong Tuk »  publié dans le journal de la Siam Society  en 2008.
  8. «  THE PONG TUK LAMP : A RECONSIDERATION » dans le journal de la Siam society de la même année.
  9. C. Picard  « La lampe alexandrine de P’ong Tuk (Siam) » in Artibus Asiae 18,2, pages 137–149. Ancien directeur de l’Ecole français d’AthènesPicard était un éminent spécialiste de l’archéologie grecque.
  10. Cet ouvrage dont le manuscrit somptueusement illustré se trouve au Vatican, a fait l’objet de nombreuses traductions, en Allemand notamment, probablement celle à laquelle notre archéologue a eu accès.
  11. Nous en trouvons des reproductions sur près de 200 pages dans « Antiquités d’Herculanum, gravées par F. et P Piranesi frères avec une explication par S. Ph. Chaudé, et publiées par F. et P Piranesi frères – tome VI : Lampes et candélabres », Paris 1806, et sur près de 600 pages dans le tome VI de « Herculanum et Pompei – recueil général des peintures, bronzes, mosaïques etc… » par Roux Ainés, Paris 1870.
  12. La datation par thermoluminescence est évidemment possible mais nécessite, pour être précise (plus ou moins 5 pour cent), d’être effectuée sur le site, l’objet restant dans son environnement, ce qui est présentement impossible, faute de quoi l’erreur peut-être de plus ou moins 20 pour cent. Telles sont du moins les explications très techniques données par le CIRAM, (laboratoire d'analyse pour les objets d'art et le patrimoine culturel)
  13. Le terme est préférable puisque celui d‘ « empire byzantin » : Les empereurs de Constantinople ne se sont jamais considérés comme des « byzantins » mais comme des empereurs romains, successeurs légitimes du grand empire romain. Clovis, en recevant le titre honorifique de consul romain que lui décerna l’empereur Anastase  se reconnaissait formellement comme son subordonné. Les habitants se considéraient et se décrivaient eux-mêmes comme « Romains ». Ne nous étonnons par ailleurs pas que Coedès utilise le terme de « gréco-romain », la langue grecque est alors la langue universelle,  les Romains ont vaincu les Grecs par les armes mais les Grecs ont vaincu le monde méditerranéens par leur culture :

« Graecia capta ferum victorem cepit » a écrit Horace (La Grèce vaincue a vaincu son farouche vainqueur)

 
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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 22:39

Nous tenons avant toute chose à remercier chaleureusement Monsieur Michel Steve, architecte, docteur en histoire de l'art (thèse soutenue en 1993 sur le « néo-classicisme en 1900 »). Il publie régulièrement des articles sur l’architecture de la Côte d'Azur. Il a été pour nous a été un intermédiaire précieux pour nous familiariser avec la personnalité familiale, intellectuelle et artistique de la Princesse Marsi. 

 

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

Nous avions à l’occasion de son décès il y a bientôt deux ans, rendu hommage à la princesse Marsi Paribatra, née le 25 août 1931 sur les marches du trône (1) et décédée dans sa thébaïde du petit village d’Annot, dans les Alpes-de-Haute-Provence, dans l’arrière pays niçois, où elle s’était retirée depuis de nombreuses années (2). Avant d’être une artiste-peintre d’un fort grand talent, la princesse eut un parcours littéraire remarquable. De retour d’exil, elle effectue ses études primaires en Angleterre puis, de retour en Thaïlande, à l’école Mater dei à Bangkok ... 

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

... très distinguée école catholique tenue par les Ursulines. Elle n’y connut probablement la littérature française que par ce qu’on apprenait aux jeunes filles de bonne famille dans les institutions religieuses, Esther et Athalie évidemment et l’Imitation de Jésus-Christ dans la traduction de Lamennais.  Nous la retrouverons ensuite à Paris où elle obtient tout d’abord un titre de docteur es lettres en 1954 pour sa thèse « Le romantisme contemporain… »  publiée aux éditions Polyglottes la même année (4). Elle publiera quelques années plus tard en Sorbonne une thèse complémentaire sur le sujet « L'occultisme chez Huysmans et Le goût de Baudelaire en peinture ». Toujours férue de littérature française, elle publie dans la « Revue de littérature comparée » un article sur le sujet « Victor Segalen, un exotisme sans mensonges » (numéro d’octobre décembre 1954 p 497 s.).

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

Son parcours chaotique la conduit ensuite à Madrid où elle décroche un titre de Docteur en histoire de l’art en 1959 pour sa thèse publiée à Madrid en 1961 (3) « Social base, técnica y espiritual de la pintura de paisaje chino » (« Base sociale, technique et spirituelle de la peinture paysagiste chinoise »).

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

Avant d’avoir pu nous procurer un exemplaire de sa thèse française, nous avions consulté l’article assez flatteur que lui consacre en 1955 Marcel Cornu dans la revue « La pensée » ...

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

l’organe des « intellectuels » du parti communiste ...

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

 

Mais il nous manquait l’essentiel, l’avoir lue et l’avoir analysée ou appréciée avec nos yeux de Candide qui ne sont ni ceux de spécialistes de la critique littéraire, ni les yeux de Moscou ni ceux des Jésuites (voir note 5).

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Son maître de thèse et ses professeurs

 

La princesse a été conseillée par de grands noms de la Sorbonne : La thèse a été conduite sous la direction du professeur Pierre Moreau, professeur à la Sorbonne (7). La princesse précise encore avoir été conseillée par le professeur Charles Dédéyan (8) et le professeur Jean Fabre (9).

 

Ses sources

 

D’un esprit aussi méthodique que méticuleux, la princesse précise avoir lu :

 

• au moins un ouvrage de tout auteur ayant produit après 1850 mentionné dans ce que son auteur, Gustave Lanson intitule bien modestement « Manuel bibliographique de la littérature française moderne » (10) ; 

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• au moins un ouvrage de tout auteur auquel Henri Clouard consacre plus d’une page dans son « Histoire de la littérature française du symbolisme à nos jours » (11).

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Notre lecture

 

Romantisme ? Nous en étions à la version très scolaire (« Lagarde et Michard » !) apprise lors de nos Humanités : un mouvement littéraire commencé un peu avant 1830 et continué sous le règne de Louis-Philippe dont le caractère principal était le renversement des règles établies, la transformation complète des formules nées de l’antiquité classique et restée à peu près universellement en vigueur … (12), un mouvement à la base duquel nous trouvons Rousseau dans ses lointaines origines bien sûr,  Madame de Staël, Chateaubriand et bien évidemment le chef de file, Victor Hugo et une figure exemplaire, Hernani. Le mouvement est « périodisé », 1830 est une date commode pour en annoncer le début et le faire courir de Chateaubriand jusque par exemple à Baudelaire. C’est bien cette réduction chronologique qui nous a causé, à la lecture de la thèse, une surprise de taille nous ayant fait oublier qu’il ne fallait pas considérer le romantisme comme une école ayant brillé comme une étoile filante, mais comme une vision du monde pas forcément incompatible avec d’autres « ismes ». Avant de nous plonger dans une lecture attentive, nous avons en effet eu la curiosité de mettre la charrue avant les bœufs en consultant la liste des noms cités ou en les pointant au hasard d’une lecture en diagonale. La princesse cultivait-elle le paradoxe ou avait elle le goût de la provocation ? Pouvait-on imaginer que le Marquis de Sade dans ses « 120 journées de Sodome »  ou encore Henry de Montherlant dans son théâtre ou dans « Les jeunes filles » aient été des « romantiques ». ? N’ayons garde, bien sûr, d’oublier ce bon Céline et ses « Bagatelles … » (13).  Pire encore, Charles Maurras, fervent du nationalisme intégral, dut se retourner dans sa tombe en lisant, lui ce vieux royaliste,  qu’une altesse royale le rangeait parmi les « romantiques » (14) !

 

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Cette lecture « à l’envers » était une erreur et naturellement, le sous-titre : « Essai sur l’inquiétude et l’évasion dans les lettres françaises de 1850 à 1950 » et, bien sûr, la lecture de l’ouvrage devaient nous éclairer.

 

La princesse nous dévoile évidemment sa thèse en introduction : « Ma thèse est que le romantisme commence dans les dernières années du XVIIIème siècle et dure encore aujourd’hui ….La réaction contre le classicisme est un tout petit aspect du romantisme …Le romantisme est beaucoup plus qu’un mouvement littéraire ; c’est un phénomène sociologique très général, très en rapport avec tout l’évolution économique, sociale et culturelle de l’Occident dans les deux dernières siècles ». Il s’agit donc de démontrer que le thème majeur de la littérature depuis 1850 était le pessimisme qui se console et se guérit par l’évasion « la tristesse qui a besoin du rêve, la désespérance qui cherche une issue dans l’irrationnel. Des piles de citation vous en administrent la preuve … » (Cornu)

 

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C’est donc ce qu’elle va nous démontrer en multipliant ces citations « qui s’accumulent  comme des rayonnages d’une bibliothèque » (Cornu). Mais du début jusqu’à la fin, l’ouvrage, malgré le caractère ardu du sujet est agréable à lire, d’autant que la Princesse a un sens remarquable de la formule, Tristan Corbières est un « …souffreteux qui aurait voulu être corsaire … », Maupassant « est un romantique déguisé en réaliste », Loti « a traîné un ennui voyant et ennuyeux d’escale en escale jusqu’à son fauteuil d’académicien », Rimbaud « préféra aller acheter du café en Éthiopie plutôt que de devenir glorieusement fou », « la démence des herbes et des cieux » de Van Gogh, Giono « est une sorte de Burns du XXème.. en plus romantique » (15), Zola « sautant de l’idylle à l’égout »...  

 

 

 

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«  La banalité de Samuel Becket est la banalité de l’informe ; ses personnages sont aussi frustes que les statues de l’île de Pâques, son univers semble tout juste sorti du chaos ».  

 

***

 

Dans la mesure où, selon la princesse, la littérature romantique alterne entre deux pôles, le pessimisme (la mélancolie) et l’évasion qui furent ceux du romantisme historique et demeurent ceux de la littérature contemporaine …. C.Q.F.D !

 

La mélancolie

 

 

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« Inventaire de la mélancolie contemporaine »

 

Le chapitre ainsi intitulé va faire un inventaire (exhaustif à 90 % nous dit Cornu), la Princesse n’a eu que le temps de puiser dans ses deux sources (Lanson et Clouard) pour conclure à la « densité du spleen dans la littérature contemporaine ». Elle va tout au long de ce chapitre accumuler les citations qui démontrer que tous furent frappés de ce mal du siècle.  Nous trouvons ainsi Gérard de Nerval (bien sûr), Louise Ackermann, Leconte de Lisle, Fromentin, Flaubert, Henri-Frédéric Amiel, Baudelaire naturellement, Sully Prud’homme (bien qu’il ait été « l’un des esprits les moins inquiets de son temps »), Zola lui-même, Jean Lahor, Mallarmé, François Coppée, Verlaine, Tristan Corbières, Maurice Rollinat, Huysmans naturellement, Octave Mirbeau, Maupassant, Pierre Loti, Elémir Bourges dont nous reparlerons, Paul Bourget, Rimbaud « le plus gravement et le plus sérieusement atteint du mal du siècle », Georges Rodenbach, Emile Verhaeren, Jean Moréas, Edouard Rod, Albert Samain, Jules Lafargue, Maurice Barrès comparé à un « Super-Rousseau », Maeterlinck, Théodore de Wysewa, Louis le Cordonnel, Henri de Regnier, Ephraïm Mikaël, Francis Jammes, Charles Maurras dont nous avons parlé (note 14), André Gide, autre « Super-Rousseau », Paul Valery, Paul Fort, Charles Guérin, la Comtesse Anne de Noailles, Léon-Paul Fargue, Guillaume Apollinaire, Valery Larbaud, Georges Duhamel, Jules Romains, Blaise Cendras, Saint John-Perse, Bernanos, Pierre Reverdy, Louis-Ferdinand Céline dont nous venons de parler (note 13), René Crevel, André Malraux dont les révolutionnaires sont « empêtrés dans leur existence », Daniel Rops lui-même, jusqu’à Sartre … La princesse donne de chacun d’eux une citation qui vient à l’appui de sa thèse. On reste confondu devant l’énormité de son travail et du temps qu’elle a du consacrer à ces lectures et encore, nous ne venons de donner la liste que de ceux auxquels elle attribue une ou parfois plusieurs citations. Elle nous dit avec modestie « Il est hors de doute que si j’avais lu davantage, j’aurai encore trouvé d’autres exemples » alors pourtant qu’elle nous semble bien « avoir raclé toute la mélancolie des cent dernières années ». Elle nous donne en outre d’autres noms à ajouter à cette déjà longue théorie, par exemple Mauriac, ou Drieu La Rochelle.

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Certains de ces auteurs ont la guigne : peu connus de leur vivant, ils le sont devenus moins encore après leur disparition. La princesse les a lus !

 

***

 

Et la princesse de conclure cette première partie relative à la mélancolie comme suit, qui devrait-elle écrire aujourd’hui « La fatigue de vivre dans une société qui a perdu son équilibre traditionnel et n’a pas encore trouvé un équilibre nouveau est trop lourde. On sombre. Les écrivains et les artistes, qui font métier de ressentir leur temps, sont tout naturellement les premiers à sombrer ».

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Les Évasions

 

C’est donc, suite logique de l’observation ci-dessus, la fuite, les recherches de Paradis arficiels (Baudelaire), ces évasions que la princesse va cataloguer :

 

L’évasion dans la nature

 

Moins marqué que dans la première moitié du XIXème, Baudelaire hait le végétal, on retrouve toutefois ce goût à se fondre dans la nature, chez Rimbaud, chez Moréas, chez la comtesse de Noailles, chez Carco lui-même ; goût des jardins : le parc mystérieux de Zola dans la faute de l’abbé Mouret, les jardins de Proust ; le retour à la terre, c’est Georges Sand bien sûr, mais aussi Ramuz, Alphonse de Chateaubriant, Chamson, Bosco et bien sûr encore Giono.

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L’évasion dans les villes

 

C’est Le rêve parisien de Baudelaire, Villes de Rimbaud, Les mystères de Paris d’Eugène Suë, Le Paris de Zola avec ses halles, ses grands magasins, ses passages crasseux, ses faubourgs misérables, et celui de Céline « Paris des passages suintants et d’arcades sales » (« Mort à crédit) ». Ce sont aussi les promenades romantiques dans les rues de Paris de Blaise Cendrars, les promenades de Jules Romains dans Montmartre.

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L’évasion dans l’exotisme

 

Le désir de changer d’horizon, celui de Flaubert, de Baudelaire, de Mallarmé, de Loti, de Lorrain, de Barrès, de Céline et de Dorgelès et l’admiration de l’exotisme que l’on retrouve chez eux, même ceux qui ne l’ont pas connu et qui (Gide, Claudel et Loti mis à part) ont « sacrifié aux charmes frelatés de l’exotisme ». La littérature exotique est surabondante, Claude Farrère que nous connaissons (16), l’Espagne et l’Italie de Barrès, l’Anthologie nègre de Cendrars et Segalen enfin auquel la princesse a consacré un mémoire. Comme conclut la princesse au terme d’une interminable liste de citations « Toute cette littérature est tiraillée entre l’envie de dépaysement et l’avidité de «  se faire de l’âme avec des beautés étrangères comme dit Barrès » ».

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L’évasion dans le temps 

 

Elle est pour la princesse l’équivalent de l’évasion dans l’espace. C’est naturellement Hugo, Musset, les Goncourt révélant l’ « enchantement de Watteau », voyage dans l’antiquité : Salammbo de Flaubert, Aphrodite de Louÿs, les Poèmes antiques de Leconte de L’isle, le Roman de la momie de Gauthier pour les plus connus. Et nous ne sommes pas encore, nous dit la Princesse, au temps de la science-fiction !

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L’évasion dans la perversité

 

La princesse nous donne une liste (sans citations !) de ces auteurs dont les œuvres, publiées sous le manteau ou pas ou clandestines naviguent entre l’érotisme jusqu’à la pornographie (fétichisme, inceste, adultère, lesbianisme, sadisme, masochisme, prostitution (pour laquelle certains sont fascinés, c’était le cas de Montherlant), masturbation, homosexualité. Même Musset a donné dans le genre (Gamiani). Ne parlons que de Sade qui était complétement fou et de Pierre Louÿs qui navigue entre la poésie érotique et la pornographie pure et simple. Les sources de la princesse sont sures, elle a consulté l’ouvrage de Louis Perceau « Bibliographie du roman érotique au XIXème siècle » publié en 1930 sous le pseudonyme de Herley. Restons-en là !

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Les évasions qui voudraient être des solutions

 

Amour de la nature, exotisme, charme du passé, perversions, il existe aussi et enfin des évasions que la princesse qualifie d’évasions-solutions.

 

Il faut naturellement y inclure en priorité la religiosité (Daniel-Rops), Baudelaire « pariant pour Dieu » sur son lit de mort, Verlaine retrouvant la foi en prison, la conversion de Huysmans. Cette religiosité peut aussi avoir des fins politiques, Barrès qui « est religieux mais seulement pour les autres », Psichari « qui retrouve le Dieu français face à celui des arabes »,  Maurras, parfaitement agnostique mais pour lequel l’Eglise catholique est « la seule internationale qui tienne », Henri Massis enfin pour lequel le catholicisme doit défendre la latinité (17).

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

La religiosité est suivie par l’occultisme auquel la princesse consacre de longues pages, citant tour à tour Saint-Yves d’Alveydre, en y assimilant un peu abusivement René Guénon (18) et Lanza del Vasto dont le Pèlerinage aux sources fut à la fois géographique et spirituel. « Paris aujourd’hui est plein de gens férus de védas ou de yogas et qui se réunissent en petit cénacle pour leurs exercices respiratoires et spirituels. Dans mon Bangkok natal, au fond de l’Orient mystérieux,  jamais je n’avais vu cela. C’est très pittoresque » ironise la Princesse.

 

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Parlant ensuite de l’évasion dans la révolution, la princesse va évidemment s’attirer les foudres de Cornu pour lequel il ne peut y avoir évidemment pas d’autre révolution que bolchévique : plutôt que Marx, elle cite Georges Sorel le théoricien et Garine, le héros de Malraux  pour lequel « … la révolution n’est qu’une drogue particulièrement forte pour calmer l’angoisse individuelle. Le sens de la révolution – à droite ou à gauche – est complétement indifférent. »

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Toutefois, il nous faut admettre que la princesse tutoie parfois la pétition de principe. Evasion dans l’humour ? Evasion dans la magie noire ? Les cinglés qui font tourner les tables en invoquant les ectoplasmes méritaient-ils ce classement ? 

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Evasion dans le sport (« Les dieux du stade » de Montherlant et Drieu la Rochelle, la princesse pensait-elle à Leni Riefenstahl en sous titrant ainsi l’un de ses paragraphes ?). 

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Comme le dit fort justement Cornu : « Accordons seulement qu’elle exagère parfois, qu’il lui arrive ici et là d’en ajouter un peu, appelant évasion des rêves fort innocents …Mais ce ne sont là que broutilles ».  

 

Pourquoi enfin n’exclut-elle de cette liste de « romantiques » qu’Anatole France qui fut le « bon maitre » de plusieurs générations d’instituteurs ? Elle nous laisse sur notre faim.

 

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Nous ferons à la princesse deux critiques de forme :

 

• Sa thèse aurait mérité d’être construite à partir d’un plan plus élaboré mais la dialectique siamoise n’a rien à voir avec celle de Hegel et le schéma classique « thèse antithèse synthèse ». Un peu de fantaisie dans la forme ne nuit toutefois nullement au plaisir que procure sa lecture. 

 

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• Elle comporte in fine une bibliographie alphabétiquement classée des ouvrages cités, il y en a environ 250. Malheureusement, tous les noms cités dans le corps du texte ne s’y trouvent pas et de loin, c’est dommage. Le traitement de texte n’existait pas dans les années 50.

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Mais sur le fond, elle mérite un hommage à un double point de vue :

 

1) Que certains noms soient aujourd’hui (ils l’étaient déjà en 1950) complétement dépassés et oubliés, « il ne s’agit pas pour moi » nous dit la princesse « de considérer les seuls auteurs dont les bons esprits d’aujourd’hui jugent qu’ils demeureront ». Qui se souvenait en 1954 d’Elémir Bourges, l’avocat de Manosque, (à part Giono ?), de Claude Farrère, de Louise Ackerman, qui lisait Sully Prudhomme ou François Coppée ? Tous démodés, peut-être mais tous eurent à leur époque une audience considérable. 

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

2) Il nous faut aussi considérer que cet inventaire impressionnant a été écrit dans l’après guerre, à une époque où, si l’épuration sauvage était terminée, l’épuration intellectuelle et l’autocensure des éditeurs ou des directeurs de salles de théâtre ne l’étaient pas ! Il fallait beaucoup d’audace, beaucoup de courage et beaucoup d’indépendance d’esprit à la princesse et à son maître de thèse (et il nous est difficile de l’imaginer en 2015 avec un recul de soixante ans) pour puiser dans des sources ou des auteurs que « les bons esprits d’aujourd’hui » (d’alors) vouaient aux gémonies ou classaient dans l’enfer des bibliothèques. La liste en est longue mais non exhaustive (19). Il ne s’agit bien évidemment pas d’une prise de position politique de la princesse, esprit supérieur bien au dessus de ces considérations, ne craignant d’ailleurs pas de puiser d’abondance dans des sources d’orientation strictement opposées (20).

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Une dernière observation enfin sur le fond, il ne s’agit nullement d’une critique mais d’une simple constatation. Les femmes sont totalement absentes de ces 190 pages. Nous n’avons trouvé, sauf omission, que Louise Ackerman, Colette, Georges Sand, Madame de Staël et Anna de Noailles. Et encore, écartons Georges Sand qui se prenait pour un homme. 

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Est-ce un hasard si les deux dernières appartiennent à la haute noblesse (21) ou est-ce un hommage à leur talent ? La princesse s’est plu en effet, avec peut-être une certaine coquetterie, à rappeler au début de son ouvrage que les premiers romantiques de la fin du XVIIIème et de la première moitié du XIXème furent tous de nobles aristocrates. Elle avait en tous cas très certainement lu ce qu’écrivait Gustave Lanson parlant de Christine Pisan « bonne fille, bonne épouse, bonne mère, du reste un des plus authentiques bas bleus qu’il y ait dans notre littérature, la première de cette insupportable lignée de femmes-auteurs, à qui nul ouvrage sur aucun sujet ne coûte et qui pendant toute la vie que Dieu leur prête, n’ont affaire que de multiplier les preuves de leur infatigable facilité, égale à leur universelle médiocrité ». (22). Laissons au professeur Lanson la responsabilité de cette affirmation. S’il avait pu lire la thèse de la princesse avant sa mort, il en aurait probablement conclu qu’elle était une exception qui confirme la règle.

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

Amende honorable

 

Lorsque nous avons rendu hommage à la princesse au mois d’août 2013, nous avons regretté que les autorités de son département d’adoption ne l’aient pas honoré de la moindre marque de respect posthume.

Que cette injustice nous soit pardonnée. Dans son numéro du mois de septembre, « Á l’ombre du Baou » le journal « officiel » de la commune d’Annot, lui consacre une très amicale colonne en page 9.

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Notes

 

(1) Proche cousine du Roi, elle portait le titre de Mom Chao (หม่อมเจ้า) que l’on peut traduire par « altesse sérénissime » comme arrière-petite fille de roi. Son grand-père en effet était le prince Paribatra Sukhumbhand, prince de Nakhon Sawan ( สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์ กรมพระนครสวรรค์วรพินิต). Fils second de Rama V, né à Bangkok le 29 juin 1881, mort à Bandung le 18 janvier 1944, il fit partie de la fournée de princes pris en otage le 24 juin lors du coup d’état de 1932, il fut libéré le 3 juillet et dut quitter le pays avec sa famille le lendemain. Il apparaissait, jusqu’à cet exil qui l’exclut de facto et de jure de ses droits successoraux, comme l’héritier présomptif de la couronne en tant qu’aîné de la branche aînée faute de descendance mâle de Rama VII dont il était le cadet. Il apparait officiellement en tant que tel jusqu’en 1932 (voir par exemple « Affaires étrangères. Revue mensuelle de documentation internationale et diplomatique » numéro I de 1932 ou les éditions de l’ « Almanach de Gotha » antérieures à 1932). Il eut de son mariage avec la princesse Prasongsom Paribatra (หม่อมเจ้าประสงค์สม บริพัตร), elle-même de sang royal, deux fils dont un seul parvint à l’âge adulte, Chumbhotbongs Paribatra, Prince de Nakhon Sawan (จุมภฏพงษ์บริพัตร) né le 5 décembre 1904 et mort le 15 Septembre 1959. De son mariage avec la princesse Ratchawong Pantip Devakula (พันธุ์ทิพย์ เทวกุล), elle aussi de sang royal, il eut la princesse Marsi mais pas de descendant mâle qui serait en vertu de la loi successorale de 1924 modifiée en 1974 et permettant aux femmes de monter sur le trône, le très hypothétique héritier présomptif. 

 

L’actuel gouverneur de Bangkok, cousin de la princesse, Sukhumbhand Paribatra, est le fils d’une union inégale du grand-père de la princesse, ce qui rend cette descendance non dynaste. Il ne porte d’ailleurs que le titre de Mom (หม่อม) attribué aux descendants d’un prince et d’une personne « du commun ». 

 

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

(2) Voir notre article A 122 « Hommage à la princesse Marsi Paribatra, 1931 – 2013 ».

 

(3) Publication de l’« Universidad Complutense » à Madrid, 1961. Nous n’avons pas pu nous procurer cet ouvrage mais citons cet hommage : « En España no se han hecho tantas averiguaciones en arte chino o en paisajismo europeo como se necesita, y menos aún en pintura china, si bien hay precedentes de gran utilidad, en tesis doctorales y tesinas, que vamos a mencionar a continuación. La primera tesis doctoral sobre arte chino, de excelente calidad, se debe a Marsi Paribatra para filosofía y letras por la Universidad Complutense de Madrid en 1961, bajo el título de Bases sociales técnicas y espirituales de la pintura paisajística en China, que es un cuidado compendio informativo sobre la pintura china en general, comenzando por el problema de la autentificación, y haciendo a continuación un barrido histórico y artístico a través de todas las dinastías, termina con una breve comparación entre la pintura de oriente y occidente que el autor encuentra confrontadas ».

 

Nous n’en traduisons que quelques lignes : « … La première thèse de doctorat sur l'art chinois, d'excellente qualité, est celle de Marsi Paribatra qui est une somme d'information sur la peinture chinoise en général, sur le problème de son authentification, et qui, en faisant un balayage historique et artistique à travers toutes les dynasties, se termine par une brève comparaison entre la peinture de l’orient et celle de l’occident ».

 

Et citons cette fois la Princesse : « Cuando [el hombre occidental] vuelve a la naturaleza es una evasión de su realidad tanto espiritual como material; no puede volver a la naturaleza sino en cierta contradicción de su misma espiritualidad; volver a la naturaleza es para el occidente un sueño romántico; sueño es la naturaleza, la realidad es para él la vida artificial, la vida humana de la ciudad. [...] He aquí, pues, la gran diferencia: el romántico occidental huye hacia la naturaleza para escapar a su concepción del mundo. El pintor o el poeta chino, cuando va a la naturaleza, no contradice lo esencial de su filosofía de la vida sino que torna a esta filosofía básica ».

 

Nous n’en traduisons que trois lignes :

 

« Lorsque l’occidental retourne à la nature, il s’évade de la réalité spirituelle et matérielle… Le retour à la nature est à l'ouest, un rêve romantique …la nature romantique consiste en occident à fuir pour échapper au monde ».

 

Nous retrouvons le thème de la thèse en littérature française !

 

Nous devons ces citations à Madame Teresa González Linaje  dont la volumineuse thèse (plus de 1.200 pages, soutenue à Madrid en 2005) « LA PINTURA DE PAISAJE: DEL TAOÍSMO CHINO AL ROMANTICISMO EUROPEO : PARALELISMOS PLÁSTICOS Y ESTÉTICOS » (« la peinture de paysage, du taoïsme chinois au romantisme européen: parallèles plastique et esthétique » nous a semblé, pour autant que nous puissions pratiquer la langue de Cervantès, devoir beaucoup à l’œuvre de la princesse ?

 

(4) Cet ouvrage fort dense de 190 pages se trouve sans trop de difficultés dans quelques librairies de vente de livres anciens, notre exemplaire provient de la Librairie Christian Chaboud à Paris que nous remercions, au passage, de ses diligences. 

 

(5) La Pensée, créée en 1939 par des « intellectuels communistes » ou des « compagnons de route » sous-titrait alors « Revue du rationalisme moderne, arts-sciences-philosophie », elle toujours éditée (numéro de 1955 pages 118-126). A cet hommage appuyé (et pour rétablir l’équilibre), citons celui de la revue des Jésuites Les études dans son numéro du premier trimestre 1958, dans un article sur Huysmans intitulé « FOLANTIN, SALAVIN, ROQUENTIN, Trois étapes de la conscience malheureuse » : deux lignes bien flatteuses : « Une princesse thaïlandaise a même pu tout récemment consacrer un livre remarquable au Romantisme contemporain… » signé de Jean Onimus

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

Nous n’avons malheureusement pas eu accès à l’article de Pierre Moreau dans la « Revue d’histoire littéraire de la France », numéro d’avril-juin 1957.

 

(6) Voir notre article A 123 «  La princesse Marsi Paribatra, un parcours intellectuel étonnant ».

 

(7) Pierre Moreau, mort à Paris en 1972 était linguiste et un théoricien de la  littérature. Il fut de 1921 à 1934 professeur de littérature française à l'Université de Fribourg (Suisse), de 1934 à 1945, professeur à l’Université de Franche-Comté et par la suite, professeur à la Sorbonne. On lui doit un « Essai sur le romantisme » publié en 1954.

 

(8) Mort en 2003, il est l’auteur d’une thèse soutenue à la Sorbonne « Montaigne dans le Romantisme anglo-saxon et ses prolongements victoriens, esquisse d'une histoire de sa fortune de 1760 à 1900 ». Il fut successivement maître de conférences à l'Université de Rennes et de 1945 à 1949, professeur à l'Université de Lyon et à partir de 1949 a occupé la chaire de littératures modernes comparées à la Sorbonne.

 

(9) Mort en 1975, il était aussi un spécialiste de la littérature française. Il fut professeur à l'Université de Varsovie, de 1940 à 1942 au Lycée du Parc à Lyon et de 1942 à 1952, maître de conférences, puis professeur à l'Université de Strasbourg puis de 1952 à 1969 professeur de littérature française du 18ème siècle à la Sorbonne.

 

(10) En réalité, non pas un « manuel » mais quatre énormes volumes de plus de 600 pages chacun dont la dernière édition fut publiée en 1922 (XVIème, XVIIème, XVIIIème et XIXème siècle), fruit des observations de 25 années de travail, un outil dont les chercheurs s’occupant d’histoire littéraire ne peuvent se passer à tel point qu’il a été édité en CD ROM en 2007. Ce n’est nullement une anthologie, soumise à des choix forcément partiaux mais un inventaire ailleurs introuvable. Mort en 1934, cet esprit encyclopédique, ancien directeur de l’École normale supérieure est aussi l’auteur d’une Histoire illustrée de la littérature française qui fit longtemps autorité (deux épais volumes somptueusement illustrés, publiés chez Hachette en 1923). 

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(11) Henri Clouard, mort en 1974 fut rédacteur en chef de la « Revue critique des idées et des livres » disparue en 1924, aux côtés de grands noms de notre littérature (Barrès, Maurras, Henri Bordeaux, Anna de Noailles, Pierre Benoit etc…). Son ouvrage publié en 1947 (deux volumes : de 1885 à 1914 et  de 1915 à 1940) que nous n’avons malheureusement pas pu consulter passe pour être le fruit d’un « labeur de Bénédictin » dont les observations sont toujours « substantielles » si l’on en croit la critique qui en fut publiée sous la signature de G. Gillain dans la « Revue belge de philologie et d'histoire », année 1950, Volume 28, Numéro 1.

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(12) Telle en est la définition donnée par Larousse dans le 13ème volume de son dictionnaire publié en 1875, nous précisant que le mouvement « se continue » à cette date.

 

(13) Dans l’édition des « Bagatelles pour un massacre » que nous avons sous les yeux (161 pages), Céline, singulier romantique, réussit l’exploit (si l’on peut dire) d’écrire 359 fois le mot « juif » et 80 fois les mots tout à fait négatifs de  « youtre » ou de « youpin »

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(14) Grand pourfendeur du « romantisme rousseauiste », Maurras considérait le romantisme comme le père spirituel de la révolution qu’il haïssait, « Romantisme et Révolution », publié en 1922 et toujours réédité est un texte exemplaire de son œuvre politique.

 

 

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(15) Jardinier et paysan sans instruction (tout comme Giono qui dut interrompre très rapidement ses études faute de moyens) et poète, cet Ecossais est pratiquement inconnu en France même si ses poésies ont été traduites et publiées.

 

(16) …par notre article 184 « Le roi Rama VII et son épouse sont accueillis à Paris par Paul Claudel qui leur récite un poème en Siamois ».

 

(17) La princesse cite à cette occasion la revue tout particulièrement politiquement incorrecte, « Défense de l’occident » dont on ne sait trop qui a pu la lui faire découvrir ?

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(18) Ce métaphysicien converti au soufisme mystique sous le nom d’Abd al-Wâhid Yahyâ, mort au Caire en 1951, est d’une lecture particulièrement difficile, en particulier l’ouvrage cité par la princesse « Le règne de la quantité et les signes des temps » publié en 1945. 

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Evidemment totalement méconnu du grand public, André Gide a écrit de lui dans la revue Terre des Hommes : « L’œuvre de Guénon se situait, en effet, aux antipodes de tout ce qui flatte et séduit le public moderne, fût-il cultivé. Mais il nous appartient de dire que c’est l’un des plus grands esprits contemporains qui vient de disparaître. (…) ». On attribue à Gide (mais la citation est probablement apocryphe ?) la phrase selon laquelle, s’il avait connu Guénon plutôt, il serait devenu musulman soufiste.

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(19) Défense de l’Occident (voir note 17) fut la première revue française à ouvrir ses colonnes depuis sa fondation en 1952 à tout ce que la droite, l’extrême droite ou la droite extrême comptait de théoriciens. En 1954, Céline dont l’éditeur a été assassiné en 1945 est considéré comme un maudit. Maurras, condamné à la réclusion perpétuelle mais gracié par le Président Coty a été exclu de l’Académie française. Claude Farrère, farouche maréchaliste, ne l’a pas été mais avait fait tout ce qu’il fallait pour cela. Drieu La Rochelle, chantre du « fascisme immense et rouge », s’est suicidé pour éviter la justice expéditive qui avait conduit Brasillach au peloton. 

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Il y est côtoie Henri Clouard, disciple de Maurras et auteur de l’une des sources de la princesse. Quant à Elémir Bourges, son « Le crépuscule des Dieux », d’un anti sémitisme virulent, qui connut en 1922 un succès retentissant, l’y avait envoyé depuis longtemps ! Montherlant se trouve, aux côtés de Giono ...

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.... dans un manifeste des écrivains français de gauche publié le 9 septembre 1944, dans « Les lettres françaises » demandant, sous la signature de quelques justiciers littéraires le « juste châtiment des imposteurs et des traîtres » considérant que tout contact avec ces personnages leur répugnait …

 

 « Un pur trouve toujours un plus pur qui l'épure ».

 

Cette liste fera autorité pendant 10 ans ! 

 

La liste des "justiciers" : 

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

 

(20) Contentons-nous de rappeler qu’elle cite à diverses reprises la revue des Jésuites de France « Les études » qui a toujours été à l’avant garde du progressisme chrétien et souvent en rupture ouverte avec la hiérarchie vaticane.

 

(21) Anna de Noailles était née princesse de Bibesco-Brancovan, d’une famille souveraine qui avait régné sur la Valachie. Le mari de Madame de Staël appartenait à la haute noblesse suédoise.

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954).

(22) Gustave Lanson « Histoire illustrée de la littérature française », volume I page 25. Il faut sur ce sujet faire référence – évidemment – au « Dictionnaire des idées reçus » de Flaubert V° Bas-bleu : « Terme de mépris pour désigner toute femme qui s’intéresse aux choses intellectuelles. Citer Molière à l’appui : « Quand la capacité de son esprit se hausse... » , etc »… et terminer à la place de Flaubert la citation de Molière extraite des « Femmes savantes » :

 

« Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés,

Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez,

Quand la capacité de son esprit

se hausse à connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse ».

 

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 22:01
A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

« Une enquête de l’inspecteur Prik ».

 

Jeff vit depuis de nombreuses années avec sa famille dans le village de Pangkhan en Isan ; 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Une grande région du Nord-Est de la Thaïlande qui compte environ 23 millions d’habitants, 20 provinces et 27.440 villages ; une région particulière, avec son histoire et ses vagues successives de migrants venues du  Laos et du Cambodge, que nous avons déjà tentées de présenter à travers une quarantaine d’articles.* Une région avec des origines, des cultures différentes donc, comme l’exprime par exemple l’un des personnages : « (Il) pensait, lui aussi, que leur province d’origine Korat, était nettement plus civilisée que celle du Sud de l’Isan. Oh ! Tous les Isans le pensaient d’ailleurs, ceux de la frontière cambodgienne n’étaient que des moins que rien. » (p.182)

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Le roman, en tous cas, situera son action principale dans le village de Ban Hey, près de la petite ville de Selaphum, de la province de Roi Et, qui est peuplé essentiellement de Thaï Lao. 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

L’enquête de Prik se déroule explicitement en 2005, au temps où Thaksin « était premier ministre depuis cinq ans » (p.55), jusqu’à la cérémonie des fiançailles de Prik du 26 juillet 2005.

 

(Au fil du texte, nous trouverons des références à la politique de Thaksin et apprendons que la majorité des Isans ont toujours voté pour lui. (Cf. p.55 et la note de bas de page, et p.64, p.208, p. 259, p.340)

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Le roman de Jeff est le fruit d’une longue expérience en Isan et de l’exercice d’un blog, «  le Farang-Isan »**, qui depuis février 2010 nous fait découvrir chaque semaine, ce que peut être la vie des habitants du  village de Pangkhan et des environs ; leurs façons de travailler, d’aimer, de prier, de croire, de faire la fête, de se quereller, etc. ; leur culture et leurs us et coutumes, quoi ... Une vie qu’il partage avec eux, avec toujours la même sympathie et la bonne humeur.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

Et puis un jour,  Jeff se mit à imaginer un inspecteur Prik enquêtant au milieu des rizières. Ce fut un feuilleton dans son blog et en mars 2015 cela devenait un livre policier : « Un os dans le riz, Une enquête de l’inspecteur Prik » aux Editions Gope. On avait là un roman policier ethnologique qui nous faisait penser à Tony Hillerman avec ses enquêtes au milieu des coutumes et croyances navajos, James Melville avec son commissaire Otani de la police de Kobe qui nous introduit à la civilisation japonaise, Alexander Mc Call Smith au milieu de la vie quotidienne botswanaise, bref un « ethnopolar » qui au-delà de l’enquête elle-même pouvait nous donner une idée de l’Isan, même si notre inspecteur sera amené à séjourner dans la capitale Bangkok et dans la cité balnéaire de Pattaya.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

C’est donc une lecture particulière que nous proposons ici, qui évite volontairement de vous révéler l’enquête de l’inspecteur Prik pour découvrir l’origine des ossements trouvés lors des labours de mai dans une rizière, pour présenter un Isan « romanesque ».

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

Prik est un métis, « un Farang noï », de père français et de mère thaïe, qui a dû quitter le village isan de Ban Hey à l’âge de 11 ans avec ses parents, pour poursuivre ses études à Paris.  Il deviendra officier de police à 24 ans, et après 15 ans de « bons et loyaux services » il sera « obligé » de démissionner pour avoir voulu protéger sa mère endettée  auprès d’un réseau mafieux « chinois » de casino clandestin qu’il était chargé de surveiller. Toute la famille décida alors de retourner vivre au village.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

La vie au village. Le travail des rizières.

 

On retrouve Prik au début du roman, 5 ans après, heureux « à faire le fermier », « satisfait de sa nouvelle vie » dans son village isan de Ban Hey, auprès de ses deux cousins Sout et Sou, qu’il apprécie. (« ça, c’est des mecs ! ») Ils comptabilisaient à eux trois plus de 50 raï (plus de 8 hectares) de rizières, qu’ils travaillaient ensemble.

 

Le roman décrira ces rizières qui « s’étendaient à perte de vue telle une plaine sans fin, (où) seuls de grands arbres droits et hauts comme des géants feuillus et verts tout au long de l’année, parsemaient l’horizon, venant ainsi briser cette monotonie » et  racontera « la journée d’un paysan d’Isan », au temps du labour. 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

Le lever à 5 heures, le petit déjeuner, la parcelle chargée d’argile, qu’on attaque avec le motoculteur Honda de Prik, « pendant que les deux autres, presque à quatre pattes, enlevaient les cailloux ». Un vrai travail physique. La pause vers dix heures où on prend un en-cas ou pour déjeuner de poulet frit, d’un peu de salade de papaye verte bien pimentée et d’une soupe de poisson avec une bière, une Chang ou une Archa (Sout ayant renoncé au lao khao (alcool de riz local) ), que l’on déguste en fumant une Krong Thip, suivi d’un verre d’eau et d’un café. 

 

 

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On en profite pour papoter, pour se moquer. On décidera ensuite si on fait ou non une petite sieste en fonction du travail en cours, ou de la pluie menaçante.

Nous sommes effectivement dans une période d’orages, qui annoncent le début de la saison du riz. (p.124) Prik, malgré son enquête, sait bien qu’il faut  « s’occuper en priorité des travaux agricoles ». Il faut discuter du programme de la journée, s’organiser ; « appeler de la main-d’oeuvre supplémentaire » ; engager des journaliers ou demander un coup de main aux potes et voisins, à charge de revanche, et aller voir Dunlop pour qu’il puisse dégager un temps avec son tracteur.

 

 

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Le roman confirme : « Toute la semaine se passa ainsi. Les voisins, comme prévu, donnèrent un coup de main. Tous vinrent avec leur motoculteur. Dunlop avait réussi à réorganiser le planning des labours et vint, lui aussi, tous les jours avec le tracteur, pour retourner la terre. Les orages se firent fréquents et les rizières ressemblèrent à des marécages. » (p.130). Cette année, les cousins avaient innové et semer une nouvelle parcelle de riz bio grâce à Sou qui avait « suivi deux formations » et qui allait recevoir l’aide d’un expert japonais qui viendrait vérifier le respect du cahier des charges. (p.131)

 

 

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L’entraide et la solidarité.

 

Ils avaient même répondu favorablement au père de Pim (la « fiancée » de Prik) venu solliciter leurs concours. Ce fut l’occasion de faire une petite fête pour remercier tous les voisins qui les avaient aidé et donné leur accord pour travailler au  labour des rizières de la famille de Pim.  Il y eut encore un dur labeur (plus d’une semaine) pour venir à bout de toutes les parcelles de chacun. (p.157)

 

Les labours étaient enfin finis, mais il y avait encore toutes les bordures des rizières à tailler, car l’herbe poussait vite en cette saison. (p. 277)

 

Certes en fin de journée, on était fourbu, mais qu’il était beau le soleil rouge quand il déclinait sur la rizière en cette saison, que les buffles et zébus retournaient à l’étable, que les grillons, insectes, crapauds et grenouilles préparaient leur concert. Prik pouvait penser : « C’est un beau moment, une petite tranche de vie magique ! »

 

Plusieurs semaines plus tard,  on procéderait à un autre  travail « dur et fastidieux », où « enfoncés dans la boue jusqu’aux genoux, sous les averses cataclysmiques de mousson », on repiquerait les belles pousses de riz, qu’on avait préparées dans les pépinières. (p. 345)

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On pouvait enfin prendre du bon temps. Ainsi pour les trois amis, on aimait « boire et se restaurer en regardant la vie qui passe », chez Mamie Nin « propriétaire d’un petit resto sur le bord de la départementale ».

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Les querelles.

 

Si la solidarité joue encore son rôle dans le village isan de Ban Hey, le roman  ne cache pas les querelles, les animosités, « les rancoeurs tenaces ». « Une querelle de voisinage pour des broutilles survenues des années en arrière et la guerre était aux portes du quartier, encore aujourd’hui. » Prik reviendra sur celle de sa mère avec la mère de Pim dont il était amoureux, et sur la haine que lui portait son frère cadet Tchit, pourtant marié et  père de deux enfants, mais qui ne pouvait supporter que Prik veuille lui « prendre sa  sœur ». Le roman s’arrêtera alors un moment sur la situation de cette famille et du sort réservé à la fille ainée. (p.47) Une situation familiale particulière que l’on retrouve souvent au sein des villages.

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Le sort des filles ?

 

Ici, la mère de Lin (la sœur aînée de Pim) avait quitté son travail à Bangkok, et était revenue au village avec un corps brisé, « au moment où Lin était partie travailler dans une usine de Chonburi, car c’était au tour de la sœur ainée de trimer pour la famille ». (p.47)

 

Un peu plus loin, le roman nous apprendra l’histoire de Lin, qui avait espéré se marier avec Prik et aller le rejoindre en France. Déçue, elle avait commencé à sortir et à boire du côté de Roi Et. Le père avait cherché en vain à la marier, et la pressait de ramener de l’argent à la maison, « ce qui signifiait, nous dit l’auteur, en langage isan, qu’elle se trouve un mari ». (p.52) Elle avait choisi d’aller travailler dans une usine de chaussures à Chonburi, mais deux mois plus tard, « elle avait déménagé dans la ville voisine de Pattaya, pour y empocher parfois en une soirée ce qu’elle gagnait en un mois dans l’usine (…) Elle était jolie et avait eu tout de suite beaucoup de succès, elle était devenue une des stars d’un des nombreux bars qui longeaient le fameux soï 8. » Elle avait eu de nombreux amants exclusivement européens ; Elle avait fait la connaissance d’un Italien Graziano Vitello, qui était fou d’elle et très généreux puis il avait disparu ; Elle avait alors rencontré Walter, un Allemand …  (Cf. p. 209 et pp. 332-334)

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(Le roman reviendra sur ce Graziano Vitello et Walter, qui vont jouer un rôle important dans cette histoire).

 

Un « drôle de travail ».

 

Mais Lin n’est pas la seule à faire ce « drôle de travail », pour reprendre un mot de l’auteur. Elles sont nombreuses dans les bars et karaokés à « pêcher » le client pour aider leur famille, en espérant « que l’argent coule à flot et ainsi elles pourraient rentrer chez elle plus vite que prévu (…) retrouver leur famille au village » ou bien « trouver l’âme sœur en la personne d’un farang qui les mettrait à l’abri pécuniaire pour le reste de leur vie ». (p. 193)

Malheureusement, le prix à payer pour certaines est lourd, comme pour Lin par exemple qui décédera du sida. Le roman évoquera cette terrible réalité qui sévissait particulièrement dans cette population à risque, comme on dit, surtout dans cette période où la tri-thérapie n’existait pas, et quand il était trop onéreux de se faire soigner. (Cf. pp. 333-334)

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Mais toutes les filles n’allaient pas dans les bars de Bangkok ou des stations balnéaires, et  certaines préféraient, si on peut dire, gagner leur vie dans les karaokés.

 

Les karaokés.

 

Le karaoké est une institution en Thaïlande. Il est bien sûr un endroit où l’on peut venir chanter les succès à la mode entre amis, mais il est aussi souvent un lieu où l’on peut choisir des filles tarifées. Ainsi, nous ne sommes pas étonnés qu’un ami du père de Prik, Amnat, ex-chef de la police de Selaphum, qui gardait « une grande influence sur les  karaokés, bars et bordels du district »  puisse inviter quelques filles pour participer à une fête au village. D’ailleurs Sou, l’un des deux cousins de Prik, « reconnut une des filles avec laquelle il était « parti » une fois, il y a quelque temps. » (p.80) Ils « sympathisèrent » et plus loin dans le roman (p.92), on apprendra que Sou et Noï envisageront même de se marier ; une occasion pour nous d’en savoir un peu plus sur le sort réservé aux filles des karaokés.

 

 

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Sou devait en effet venir au karaoké pour négocier le départ de Noï avec le boss, qui n’était autre qu’Amnat, qui avait gardé ce petit karaoké discret, « protégé » par le nouveau chef de la police locale (« En clair, rajoute le narrateur, il soudoyait le nouveau chef de la police locale »). « Amnat avait vraisemblablement recruté cette fille en acquittant une dette qu’elle avait dû contracter auprès d’un quelconque usurier et maintenant elle devait travailler à fonds perdu pour les rembourser. » (Nous vous laissons la surprise d’en lire l’issue). Et le travail impliquait aussi de picoler. « Avaient-elles le choix ? Pour supporter tous les soirs la viande saoule qui fréquentait ces établissements, il fallait mieux avoir un petit coup dans le nez. En plus, elles étaient là, la plupart du temps, contre leur gré. Encore une histoire d’argent, de dettes évidemment. ». (p.120)

 

On remarque –ici- que l’existence des karaokés en Isan (Et dans toute la Thaïlande), n’a rien à voir avec la moralité corruptrice supposée occidentale et est bien révélatrice du mode de vie masculin et du moyen utilisé par de nombreuses filles pour payer les « dettes » ou soutenir la famille. Les Isan aiment s’amuser entre hommes et fréquenter les karaokés. Ils aiment aussi « tromper » leur femme, si on en juge par les milliers de Love Hôtels en ville et en cambrousse. Une scène du roman policier aura même lieu dans l’un d’eux. 

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« Toujours est-il que ces motels de cambrousse se ressemblaient tous, constata Vihar : deux rangées de bungalows climatisés de part et d’autre d’une allée centrale, équipés de frigo, télévision, douche chaude, ouverts 24/24 h avec, sur le côté, l’inévitable garage individuel protégé d’un rideau pour que personne ne puisse voir et identifier le véhicule du couple illégitime (…) Si on venait seul les responsables vous trouvaient une « couverture », des filles étaient toujours disponibles pour la bagatelle. (pp. 322-323)

 

Il est d’ailleurs de bon ton pour les hommes de montrer leur réussite par le nombre de maîtresses, voire d’avoir une ou plusieurs mia noï, que l’on va entretenir. « Question de standing » affirmait Prakash, l’ami policier de Prik, commandant de la police scientifique d’Isan. (Cf. aussi p.83 pour Amnat ou Vihar, p. 220, qui aura des sérieux ennuis avec sa mia noï)

 

 

 

 

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Ainsi le roman de Jeff, au fil de l’enquête de l’inspecteur Prik, nous plonge dans les différentes « réalités » de l’Isan. Après le travail des rizières, la pauvreté rurale qui obligent certain(e)s à trouver un travail en ville (Voir Prik prenant place dans des taxis dont les chauffeurs sont originaires de Roi Et et de Kalasin ; pp. 224-226)), ou à envoyer les filles dans les bars et karaokés, il est une autre réalité spécifique qui donne sens à la vie des habitants de l’Isan et auquel nul n’échappe, même si Prik ne voit là que des « bondieuseries », à savoir le rapport au temple, au bouddhisme, aux croyances.

 

Le temple, le  bouddhisme, les croyances.

 

Le roman de Jeff se situant au sein de la vie d’un village ne pouvait ne pas, à un moment ou à un autre, croiser le temple, ses moines, évoquer une cérémonie … On pensait à Chart Korbjiti qui dans  son roman « La chute du Fak » évoquait :

 

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portait à la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. Pour quiconque voulait faire des rencontres, c’est à la pagode qu’il fallait se rendre. C’est à la pagode que le chef du village réunissait les villageois, que les officiels du district venaient établir les cartes d’identité individuelles et les services sanitaires vacciner contre les épidémies. Les vieux allaient à la pagode faire leurs dévotions et les policiers à la poursuite de malfaiteurs s’arrêtaient à la pagode pour prendre des renseignements. Individuellement et collectivement, tout le monde dépendait de la pagode. » 

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De fait, Prik (p.138) avait aperçu un matin, le doyen Phra Souwit qui faisait l’aumône quotidienne. Une occasion pour rappeler en trois pages (pp.138-140), l’histoire de Souwit, le doyen du temple (l’épicier, sa décision de vivre au temple, la mort de sa femme, l’ordination, puis était devenu le doyen, le « témoin de la vie du village, de l’évolution de cette petite société »), de décrire le temple (Avec les stoupas, l’enceinte en face du bot avec sa statue de Bouddha, le sala, point d’orgue de la vie monastique et de la vie communautaire du village lors des cérémonies ou des spectacles itinérants du likay ou des concerts de molam) et d’exposer les critiques de Prik –laïc- sur les temples d’Isan devenus trop clinquants et sur les « pratiques qu’il jugeait obsolètes », et qui lui faisait éviter les célébrations du calendrier bouddhique, sauf quand il voulait faire plaisir à sa mère.

 

Mais Prik aura besoin de consulter le doyen pour son enquête et lui demander les dates propices pour la cérémonie de ses fiançailles avec Pim. Le roman, là encore en 6 pages (pp. 145-150) va décrire le repas des moines, non sans critique de Prik qui  soupçonnait certains « de venir se retrancher au temple lors de la saison du riz pour se soustraire à ce dur labeur », le rituel face au doyen, l’offrande, l’accord pour leur union future, la promesse de trouver la meilleure date en fonction de leurs dates de naissance, la place des femmes qui avaient prononcées leurs vœux, le rappel du don de Lin qui avait remis une grosse enveloppe pour racheter ses erreurs.

 

Plus loin dans le roman on évoquera la dot, la nécessité d’aller revoir le doyen pour connaître les dates des fiançailles (p.274), pour enfin apprendre (p.276) les trois dates idéales, parmi lesquelles, ils avaient choisi le 28 juillet.

 

 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Le livre, avec l’épilogue (pp.343-350) se terminera d’ailleurs sur cette journée consacrée surtout à la cérémonie : avec l’arrivée des invités venant de différentes régions, la majorité du village qui avait arrêté de travailler le riz deux jours auparavant ; le cortège avec la coutume de l’accueil  du futur marié par la famille de la future mariée ; le recueillement autour du Sage, qui récitera des mantras en pali, annoncera ensuite les arrangements négociés du futur mariage, devinera avec des baguettes de bambous gravés la date du mariage (Ce sera le 24 novembre), puis récitera encore de nouveaux mantras, pour enfin les libérer pour la fête, qui fut, comme toutes les fêtes en Isan bien arrosée.

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Si le roman policier n’est pas un guide et n’est pas là pour présenter toutes les croyances et  tous les rituels des habitants de ce village, on peut néanmoins signaler qu’il n’évoque pas le rapport aux esprits, aux Phis, alors qu’un « mort » a été découvert dans une rizière.

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Il  dit peu sur l’animisme, même si toutefois une scène (pp. 192-193) décrit le petit rituel que font les filles  -qui venaient principalement de l’Isan-  en arrivant au bar 70’s. Elles saluaient un petit autel situé en hauteur, où étaient placés un bouddha, une statue de Rama V à cheval, Nang Kwak, la Déesse de la Richesse, et un énorme pénis multicolore en bois peint. Elles procédaient ensuite aux offrandes (bâtons d’encens, guirlandes de fleurs, petits verres d’alcool, quelques cigarettes, et assiettes de friandises) en priant, demandant chance, fortune, un bon mari, un retour au village réussi, etc. On avait bien là un syncrétisme religieux si caractéristique de la mentalité de l’Isan.

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Mais il ait un autre marqueur, qui nous situe en Isan, nous  pensons à sa cuisine, même si certains plats peuvent se dire thaïlandais, comme le somtam, cette salade de papaye verte pimentée. Mais on voit aussi en notes de bas de page ce que peuvent être le pathongko (p.33), le lap pét (p.50), le khao niao (p.127) ; on fait aussi référence au lao khao  (alcool de riz local) que Sout a bien du mal à abandonner. On est avec Pim qui prépare le matin pour Prik le khao niao, riz gluant, cuit à la vapeur dans un faitout à col évasé. (Le narrateur précise « en Isan, une cuisine se devait d’avoir cet ustencile » (p.137) ; avec mamie Nin qui prépare le petit déjeuner dans son échoppe vendant du café chaussette accompagné de pathongkos (longs beignets huileux) ; avec Nok qui est heureuse d’offrir son sac de d’œufs de fourmis rouges ; avec Dunlop qui a un business d’insectes congelés qu’il expédie régulièrement à la capitale. D’ailleurs, Prik voulant annoncer sa date de fiançailles à ses deux cousins lors d’un petit souper festif,  sait que Sout viendra avec son fameux lap pét, qu’il y aura du tom yam pla et que sa mère préparera sûrement un somtam. « Tout cela serait suffisant et forcément éblouissant ». (p. 275)

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Bref, on peut reconnaître l’Isan, un Isan vivant, vécu, au son du molam (musique traditionnelle de l’Isan), que l’on entend au fil de l’enquête. Un Isan multiple qui peut être vu sous différentes facettes et avec les préjugés. Ainsi, Michel l’ami de Prik, qui lors de son séjour de deux semaines au village a été sensible à la nonchalance, et « cette bienveillance et ce bonheur des gens qui t’enveloppent en un rien de temps. » (p. 306)

 

 

Ou Vihar, à l’opposé, certes en colère, qui ne voit qu’un « Putain de pays d’arriérés ! (…) il avait toujours pensé que les gens du Nord-est étaient des abrutis, lui, le garçon qui avait reçu une éducation exemplaire de ses parents originaires de Bangkok et de la plaine centrale. Un autre pays, oui ! Ici, ce n’était pas la Thaïlande ! (…) Eh bien, qu’ils la fondent leur nation Isan, qu’ils se rassurent, nous les Thaïs, nous nous passerons de ces incapables. » (p. 374)

 

 

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Eh oui, chacun a son expérience, sa vision de l’Isan, et le roman policier de Jeff de Pangkhan « Un os dans le riz » ; nous en propose une ; avec un Isan « romancé » en français, mais « authentique », où l’enquête de l’inspecteur Prik trouve son originalité.

 

Les lecteurs de romans policiers et les curieux de l’Isan trouveront ici leur bonheur.

 

 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

*Cf. La quarantaine d’articles que nous avons consacrés à sa présentation ou sa version courte, dont :

 

  • 2. In « Notre Isan : découvrir l’Isan via les blogs », 2.4 Le Blog  «  le Farang-Isan », de Jeff de Pangkhan 

Pour Dubus, les Isan se caractérisent par leur joie de vivre et leur insouciance, « pendant de  leur endurance ».

 

**Sur le bouddhisme et l’Isan : Cf. « 20. Notre Isan : le bouddhisme thaïlandais et d’Isan ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

Interview de Jeff : http://unosdansleriz.blogspot.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 22:03
A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

Nous vous avons (1) parlé du blog de notre ami Jeff, qui vit depuis le début du siècle dans le petit village de Pangkhan situé dans l’amphoe de Selaphum, lui-même dans la province un peu assoupie de Roi-ét et bien loin de tout circuit touristique classique. Il nous y conte son quotidien : «  j'ai décidé de vous présenter une région de Thaïlande très méconnue où des habitent des gens extraordinaires des paysages étonnants, des anecdotes croustillantes, des coutumes hors du commun … un endroit déroutant. »

 

Laissons-le donc se présenter sur son blog (2).

 

Nous suivons ses chroniques avec plaisir et attendions avec une certaine impatience la publication annoncée de son roman policier « Un os dans le riz – un enquête de l’insecteur Prik », la souscription est terminée et l’ouvrage disponible depuis quelques jours (3).

 

* * *

 

Louis Grives, surnommé Prik, est le fils d’un Français et d’une Thaïe. Il a été élevé au village avec ses deux cousins, Sou et Sot, jusqu’à l’âge de 11 ans. Il y connaîtra ses premiers émois amoureux avec la petite Lin. Ses parents vont alors s’installer à Paris où son père fait fortune dans l’import-export. Prik poursuit de brillantes études qui, d’un baccalauréat obtenu avec mention, le conduisent à la Sorbonne et ensuite dans la police dont il présente le concours avec succès. Son physique d’asiatique lui permet d’intégrer la brigade des jeux …

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

..... aux fins d’infiltrer les triades chinoises responsables des tripots clandestins dans la capitale. 

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

Mais sa mère est malade de la passion du jeu et Prik est conduit, pour lui éviter de graves difficultés, à rendre à une puissante famille sino-thaïe, la famille Suan, qui navigue entre Paris et Roi-ét, des services que la morale policière réprouve. Celle-ci le lui rendra « en principal et intérêts » mais Prik est exclu de la police et la famille retourne au village de sa mère (proche de celui où habite notre ami Jeff) où il prend une retraite forcée quoique dorée.

 

C’est le « retour à la terre ». Aidé de ses cousins Sou et Sout, il cultive avec une certaine nonchalance asiatique une cinquantaine de raïs de rizières (8 hectares, une propriété importante en Isan).

 

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

Sa mère est devenue, comme beaucoup de Thaïes passé un certain âge, une grenouille de bénitiers (« une vieille bonzesse » comme disent les thaïs) et son père partage ses activités entre la boisson et la confection de bons petits plats cuisinés farangs (ah sa blanquette de veau !). Prik trouve aussi l’amour de sa voisine en la personne de la gracieuse Pim, sœur de Lin, elle-même partie « vive sa vie » à Pattaya et revenue mourir au village alors que Prik était encore à Paris.

 

Mais flic il était, flic il reste au fond du cœur, le naturel est revenu au galop !  A l’occasion d’un labour, lui et ses cousins découvrent de mystérieux ossements qui s’avéreront être ceux d’un farang probablement assassiné.

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

Il sollicite, en passant par-dessus la tête de la flicaille locale, l’aide de deux amis policiers, Prakash et Vihar. Ils mèneront leurs investigations au travers de multiples péripéties et se heurteront rapidement à une mystérieuse « Confrérie » mafieuse impliquant des personnes très haut placées dérangées par cette enquête.

 

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

Nous vous laissons évidement découvrir la suite, liée, on s’en doute, à la mort de Lin et à celle du farang, et l’heureuse fin. Les mauvais seront punis et les bons récompensés. Autre « happy end » mais nous en parlons car – pas de suspens - on la devine dès le début de l’ouvrage sans d’ailleurs nuire à l’intrigue,   Prik et Pim vont se marier, ils seront heureux et ils auront évidemment beaucoup d’enfants, il y en a d’ailleurs un « en route ». C’est le côté « fleur bleue » de Jeff.

 

 

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

Nous ne sommes pas des critiques littéraires de profession et vous épargnerons une dissertation sur le roman policier français contemporain. Nous sommes au XXIème siècle, loin d’un horizon autrefois dominé par la haute figure de Simenon et des collections à grande diffusion comme « le Masque ou « le Fleuve noir ». Le roman de Jeff se situe dans la lignée de ceux qui ont promu la ville ou la région au rang d’acteur, les mythes et mystères de ces régions nourrissant les enquêtes : Jean-Claude Izzo, c’est le « polar » marseillais, Pierre Magnan, c’est la haute-Provence,  jusqu’à Fred Vargas qui, quoique parisienne, nous fait frémir sur le thème de la hantise du loup  dans le Mercantour.

 

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

Il y en a bien d’autres. Mais cette médaille à un revers, il n’est pas sûr que certaines subtilités des écrits de de Jean-Claude Izzo n’échappent pas à ceux qui ne connaissent pas le « parler marseillais » (4) ? Peut-on apprécier complétement Pierre Magnan, indécrottable manosquin, si l’on ne connait pas le palais de Justice de Digne (« Le sang des Atrides ») ou les ruelles de Sisteron (« Le secret des andrônes ») ? Qui enfin n’a jamais braconné la truite en Ubaye appréciera-t-il intégralement Fred Vargas (« L’homme à l’envers ») ?

 

 

 

 

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

Ce ne sont que des questions.

 

Jeff, c’est l’Isan profond, totalement inconnu de ceux qui ne connaissent que la Thaïlande « touristique » (celle des circuits organisés : Bangkok, Chiang-maï, Phuket et Samui) et accessoirement Pattaya qui n’est connue que par sa réputation sulfureuse et pas toujours méritée. Nous avons regretté que son roman ne soit pas de temps à autre étayé par des notes de bas de page plus complètes qui ne nous auraient pas quelque fois semblé sans utilité non pas pour nous qui vivons depuis des années dans cet Isan profond mais à l’attention des néophytes qui pourront parfois être déconcertés.

 

* * *

 

Ceci-dit, la critique ci-dessus est de détail, son ouvrage est bien construit, écrit en bon français, cela va sans dire mais va mieux en le disant et lorsqu’il se lance dans un érotisme discret, il a évité de tomber dans la pornographie pure et simple, qu’il en soit félicité.

 

* * *

 

Alors en route pour le prix du quai des orfèvres.

 

Notes

 

(1) article du 24 avril 2011 « Notre Isan vu par le blog de Jeff de Pangkhan ».

 

(2) http://unosdansleriz.blogspot.fr/

 

 

A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

(3) www.gope-editions.fr/ (http://www.gope-editions.fr/un-os-dans-le-riz-imprime.html prix avantageux et livraison comprise à 21€ quelque soit l'endroit du monde où l'on se trouve avec aussi les autres livres lesquels sont nombreux dont le sujet est la Thaïlande et l'Asie Du Sud-Est).

 

(4) Ce langage spécifique a francisé beaucoup de mots et de tournures grammaticales du provençal classique, si par exemple un Marseillais vous dit que son père est « bien fatigué », cela signifie tout simplement qu’il est à l’article de la mort et ne vous imaginez pas que Pagnol, académicien et fin traducteur de Virgile, commet un barbarisme ou qu’il y a faute de frappe lorsqu’un de ses héros a tué « une » lièvre, c’est tout simplement que le mot est féminin en Provençal.

 
A186- UN ROMAN POLICIER ISAN DE JEFF : « UN OS DANS LE RIZ – UNE ENQUÊTE DE L’INSPECTEUR PRIK »

Le blog de Jeff «  le Farang-Isan », de Jeff de Pangkhan 

 
 

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 22:10
A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Certes vous n’ignorez pas qu’en Thaïlande, la tête est la partie la plus sacrée du corps, siège de l’âme,  et que le pied en est la partie la plus sale, la plus grossière.

 

Ainsi tous les guides ou les articles sur la Thaïlande rappellent les erreurs à éviter, ou à ne pas commettre et vous inviteront à ne pas toucher la tête d'un Thaïlandais et surtout celle d’un enfant, et vous informeront sur ce qu’il ne faut pas faire avec le pied. II ne faudra pas, par exemple,  placer le pied au niveau de la tête de quelqu’un ; ni montrer ou toucher les choses avec le pied; ni poser le pied sur les monnaies thaïes, parce qu’on y voit l’image de la tête du roi, et  montrer le pied devant le Bouddha.

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Mais, ce qui est moins connu, nous apprend  Bernard Formoso, dans son étude « Symbolique du corps et hiérarchisation sociale, l’exemple de quelques postures dans le Nord-Est de la Thaïlande »* (Péninsule 94), c’est que « si la tête (hua) et les pieds (tin) sont deux parties du corps profondément antithétiques, leur opposition symbolique déborde largement le cadre corporel pour être transposée tant au niveau de la maison qu’à celui du village (rural) et de l’espace cultivé. 

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Mais Formoso, en donnant quelques explications sur les postures les plus usuelles, montre également, qu’elles manifestent la hiérarchisation des rapports sociaux si caractéristiques de la société thaïe.

 

Ainsi, dit-il,  chaque village ou rizière aura une position haute et basse (définie par les pieds). Chaque construction de maison commencera avec deux poteaux plantés, dont le premier représentera les pieds, et l’autre le « poteau âme », la tête. Ils indiqueront la position de sommeil de chacun, mais aussi celle des habitants des deux maisons voisines.

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

En effet, « la tête des personnes allongées dans les chambres doit, d’une part, être orientée vers la « tête » de la maison, c’est-à-dire vers le “poteau âme” et, d’autre part, en cas de vis-à-vis des chambres de deux maisons, être orientée vers la partie correspondante  du  corps  des  voisins  ;    quant  aux  pieds,  ils  sont  associés  au « premier poteau » et sont orientés vers les pieds des voisins, en cas de vis-à-vis. »

 

A = « poteau âme » = « tête» de la maison :

B = « premier poteau» = « pieds» de la maison :

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Cette même règle (« Les pieds craignent la tête et réciproquement ! »)  détermine aussi la position de sommeil des dormeurs, et leurs déplacements à l’intérieur.

 

On ne peut circuler au-dessus de la tête d’un dormeur et on évitera de dormir contre les poteaux où peuvent circuler des esprits de la maison.

 

Positions de sommeil autorisées et interdites :

 

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Circulation des personnes dans la maison :

                           A = « poteau âme » = « tête» de la maison :

                                    B = « premier poteau» = « pieds » de la maison :

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Ce respect de la partie la plus « haute »  se manifestera aussi en lui évitant tout contact avec le sol.

 

Selon les occupations et les circonstances, les Isans utiliseront des nattes, des bat- flancs, des repose-tête ou les gens s’accroupiront pour discuter, ou cuisiner par exemple (voire déféquer ou uriner), ou même utiliseront leurs sandales comme appui fessier.

 

Mais Formoso nous explique que ces usages ne sont pas tant dû à la souillure que le pied provoquerait qu’à leur position dans la structure hiérarchisée du corps avec une logique qui postule une valeur de chaque segment du corps selon la place qu’il occupe qui va du plus bas (les pieds) au plus haut (la tête).

 

Cette conception hiérarchique du corps humain se manifestera par exemple lors de la rencontre de deux personnes de statut inégal, la personne de condition inférieure, en signe d’humilité, place sa tête au-dessous de celle des personnes de condition supérieure » ou bien encore lorsque les villageois font leur toilette. Ils commenceront par se laver le visage et descendront progressivement vers le bas.

 

On retrouvera aussi dans les postures assises ce  respect de la hiérarchie  et de la proscription de ne pas diriger les pieds vers le vis-à-vis, pour retrouver les deux postures que tout le monde connait.

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Il en est d’autres que l’on retrouve dans les cérémonies religieuses ou actes religieux.

 

« Celle appelée นั่งคุกเข่า  nang khuk khao (nang = s’asseoir, khuk khao = s’agenouiller) est adoptée de manière ponctuelle, principalement à l’occasion des rituels bouddhistes :

 

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Les bonzes et les laïques s’assoient ainsi pour effectuer les trois prosternations appelées krap (figure ci-dessus), qui introduisent ou concluent tout rituel de ce type ; les laïques adoptent également cette posture lorsqu’il s’agit de transmettre des offrandes aux bonzes, que ce soit à la pagode ou lors des fêtes domestiques ; quotidiennement, à l’occasion de la quête de nourriture qu’effectuent les moines dans  le  village,  les  femmes  nang  khuk  khao  pour  procéder  aux  offrandes, marquent de cette manière la prééminence des hommes et des bonzes restés debout (figure ci-dessous) ; par cette posture, les jeunes témoignent de leur respect à des personnes âgées, en certaines occasions (mariage...). »

 

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

On peut aussi observer dans le cas des postures assises, une différence de niveau entre hommes et femmes.

 

Elle  est également marquée dans l’obligation d’incliner la tête pour une femme passant devant un homme ou un cadet devant un aîné, un laïque devant un religieux ; Même dans les rapports sexuels, la femme devra se tenir sous  son  partenaire. 

 

Dans les temples, lors des cérémonies, la logique de hiérarchisation du corps social, ne sera pas seulement fondée sur les postures des personnes présentes, mais aussi sur la position que ces personnes occupent par rapport aux moines et la statue du Bouddha.

 

Les  moines  s’installent  « au-dessus »  des  laïques et sont placés par ordre hiérarchique dans leur proximité avec la statue de bouddha.

 

« L’abbé en est le plus proche, suivi des bonzes par ordre d’ancienneté dans la  communauté,  puis  des  novices  et,  parmi  les  laïques  placés  à  distance,  les hommes âgés précèdent les hommes plus jeunes qui précèdent à leur tour, dans l’ordre, les femmes âgées, les plus jeunes mères de famille et les jeunes filles »

 

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Il est d’autres postures plus familières :

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.
A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Formoso vous en donnera la signification.

 

La position pour dormir.

 

La tradition des Thaï du Nord-est, soutenue en cela par l’iconographie bouddhiste, ne valorise qu’une seule position de sommeil, et qui consiste à dormir allongé sur le flanc droit

L’interdiction de dormir la face tournée vers le sol, mais aussi vers le ciel, est liée à la crainte d’une intervention des puissances terrestres ou célestes qui, particulièrement la nuit, cherchent à capter l’âme vagabonde du dormeur.

Homme dormant dans la rue (inondations de Bangkok du 29 octobre 2011)

Homme dormant dans la rue (inondations de Bangkok du 29 octobre 2011)

À l’intérieur de certains  monastères thaïlandais, on trouvera la statue du Bouddha couché dans cette position. 

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Bref le système hiérarchique s’exprime à la fois dans les postures prescrites ou interdites, selon le rang social (et religieux), si on est homme ou femme, vieux ou jeune, adulte ou enfant ; le rang le plus élevé se retrouvant toujours en position plus haute.

 

La hiérarchie se manifeste aussi sur un plan horizontal par rapport à un chef, un moine, une effigie religieuse, et même au sein de la famille. Le rang le plus élevé se trouvant toujours le plus  proche du référent. 

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

Conclusion.

 

Nous étions partis sur la compréhension de l’opposition hiérarchique entre la tête et le pied qui impliquait des comportements à éviter dans la vie de tous les jours, pour nous rendre compte, avec Formoso dans son jargon..... 

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

... que cette opposition se retrouvait aussi au niveau du village et de la maison. 

 

Elle s’inscrivait dans une logique de hiérarchisation du corps social qui impliquait que celui qui avait le rang le plus élevé était toujours positionné au-dessus et/ou au plus près du référent qui présidait la cérémonie sociale ou religieuse. Elle intégrait la supériorité du religieux sur le laïque, de l’homme sur la femme, du  vieux sur le jeune.

 

Cette logique, était-elle le seul principe explicatif qui pouvait rendre intelligible les postures et les positions prescrites et interdites, comme le montre Formoso. Nous ne le pensons pas.

 

Mais il faudrait alors revenir aux sources religieuses du brahmanisne et du bouddhisme et des rituels séculaires qui eurent cours au fil de l’histoire des royaumes thaïes. D’ailleurs Formoso l’avoue en notant que l’analyse de ces postures devrait aussi se faire « non seulement en fonction des vivants, mais aussi des morts », et « dans l’ordre cosmique propre à sa société. »

 

Et il n’est pas sûr alors, que nous arriverions à mieux comprendre le comportement social des Isans et des Thaïs.

 

En attendant Formoso nous dit que :

 

« C’est progressivement et par mimétisme que l’enfant thaï isan, pris dans ce système de relations, multidimensionnel et omniprésent, apprend où il faut se placer et comment il faut se tenir en fonction des circonstances. »

 

Ou pourrait ajouter l’école qui joue souvent un  rôle dans cette transmission avec des maîtres et des manuels de bonnes manières thaï, enseignent encore les interdits relatifs aux positions assises et les interdits relatifs aux positions couchées. (Cf.**)

 

Mais il ne s’agit plus alors de comprendre, mais d’apprendre à obéir et à se comporter comme le veut le Pouvoir en place, selon la période étudiée. (Cf. par exemple : A187 et le nationalisme de Phibun ***)

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

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Notes et références.

 

Les dessins sont tirés de l’étude de Formoso.

 

*« Il convient de préciser que les matériaux regroupés et analysés ici ont été collectés dans deux villages de la province de Khon Kaen, d’octobre 1984 à février 1986 et ce dans le cadre d’une mission financée conjointement par le C.N.R.S. et le Ministère des Relations Extérieures. Ces deux villages étaient peuplés de personnes de culture lao, se disant suivant les cas  thaï  isan,  lao  isan  ou  simplement  isan  (isan  signifie  “Nord-Est”  en  thaï standard et dans le dialecte parlé localement). »

 

**Formoso cite en annexe : extrait de : Phra Mahaparicha Parinjajo, Prapheni booran thai isan (ประเพณีโบราณ ไทยอิสาน Coutumes traditionnelles du Nord-Est de la Thaïlande), p. 586-587. 30.000 exemplaires de ce livre ont été vendus entre 1952, date de la première édition, et 1979. En  1982,  à  l’occasion  de  sa  cinquième  édition, il  a  été  tiré  à  10.000 exemplaires.

A183. DE LA TÊTE ET DES PIEDS EN THAÏLANDE.

***Cf. par exemple in  A177.  « Les seins nus de  Thaïlande qu’on ne saurait voir. »

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/a177-les-seins-nus-de-thailande-qu-on-ne-saurait-voir.html

 

« Le nationalisme de Phibun s’exerça aussi de façon autoritaire dans le pays afin d’ « élever l'esprit national et la moralité de la nation », par un certain nombre de lois dont une série de 12 décrets d’Etat (ou mandats culturels ou « coutumes » d’Etat) émis entre 1939 et 1942. »

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 22:00
A181. “OK Baytong”, le film thaïlandais de Nonzee Nimibutr.
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