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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 22:58

 

Rama VII est le dernier fils du roi Chulalongkorn.  Né le 8 novembre 1893, il succède à son frère Rama VI, décédé le  25 novembre 1925. Il est le dernier roi absolu et le premier monarque constitutionnel après le coup d’État militaro-civil du 24 juin 1932. Il signe la 1ère Constitution qui instaure une monarchie constitutionnelle et parlementaire qui sera promulguée le 10 décembre 1932. Il abdique le 2 mars 1935 et n’ayant pas d’héritier mâle, l’Assemblée désigne Ananda Mahidol comme le futur roi. Il a alors 10 ans et vit en Suisse. Il est le fils du Prince Mahidol Adulyadej, demi-frère de Rama VII, qui mourut en 1929. Une régence est instituée. Prajadipok décède en exil  le 30 mai 1941, à Surey, (Wentworth Estate) en Angleterre. Il avait alors 47 ans.

 

 

La société siamoise à la veille du coup d’État de 1932. (1)

 

La société siamoise à la veille du coup d’État de 1932 qui mettra fin à la monarchie absolue pour instituer une monarchie constitutionnelle n’est plus la société traditionnelle du XIXème siècle, comme le montre Pierre Fistié étudiant « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », et ceci pour deux raisons essentielles : le développement d’une économie monétaire et le développement d’une classe de fonctionnaires et de militaires. (Cf. Notre article (1))

 

 

Mais auparavant, nous avions constaté qu'avec l'ouverture commerciale et leur confrontation avec la puissance occidentale les différents rois depuis le roi Mongkut et surtout sous l’impulsion du roi Chulalongkorn (1868-1910) décidèrent de réformer et de moderniser le royaume dans tous les domaines : l'administration unifiée et centralisée, le système d’impôts, la justice, les codes du pénal et du commerce, les travaux publics et les infrastructures (canaux, chemin de fer, lignes télégraphiques et téléphoniques, eau, etc.), la poste, l’éducation, les écoles primaires, secondaires, les écoles de droit, de médecine, des mines, de gendarmerie, de police, des arts et métiers, de commerce, etc…, et les pratiques séculaires de l’esclavage et de la corvée avaient été abolies. Toutes ces réformes avaient été accomplies avec l’aide des experts occidentaux (plus de 300 sous le roi Chulalongkorn).

 

 

L’éducation anglaise reçue par Rama VI et Rama VII ne pouvait que renforcer le modèle occidental.

 

Nous avions vu combien, le roi Rama VI reconnaissait sa dette envers l’Occident et même son occidentalisation (Le roi parle anglais, français, allemand, poursuit la modernisation de son État, traduit des pièces anglaises et françaises, lit les journaux anglais, apprécie le style de vie des gentlemans, etc.), mais qu’il en savait aussi les limites, attaché qu’il était aux traditions de son pays et à la promotion de la Thainess (Avec son histoire, sa langue, son art, sa littérature, sa religion bouddhiste, son esprit de guerrier libre).  De plus, au XXe siècle, la famille royale et les hauts fonctionnaires enverront de plus en plus leurs enfants poursuivre leurs études en Europe et au Japon, ce qui ne pouvait que renforcer les modèles et les idées venues d’ailleurs.

 

Mais la société traditionnelle sera également transformée par le développement d’une économie monétaire, avec le rôle prépondérant tenu par les Chinois,  et le développement d’une classe de fonctionnaires et de militaires.

 

 

 

Le développement d’une économie monétaire.

 

Fistié note qu’en 1850 le commerce extérieur du Siam était inférieur à 10 millions de baths (dont 5 600 000 pour les exportations) et qu’en 1927-1926, avant la crise mondiale, ce chiffre était de 477 millions de baths (dont 269 pour les exportations).

 

Les principales importations étaient les produits manufacturés (129 millions) et les exportations de riz représentaient près du 3/4 du total, dont la plus grande part venait de la plaine centrale (irrigation, canal, proximité avec Bangkok) ; Le Nord et le Nord-Est produisant essentiellement du riz glutineux. En 1931, le Nord-Est était encore dans une agriculture de subsistance, alors que le Nord était à un stade de transition entre l’économie de subsistance et l’économie commerciale, avec l’exportation de son surplus de riz les bonnes années et surtout l’exportation du bois de teck  (pour près de 10 millions de baths). Le Sud exportait les matières premières (étain pour 22 millions de baths), caoutchouc, coprah), mais la majorité de la population restait dans l’agriculture de subsistance, car la main d’œuvre pour l’étain n’excédait pas 15 000 travailleurs en 1926-27. (Fistié s’appuie sur les enquêtes de Zimmerman)

 

Il en ressort que seule la région centrale était touchée par le revenu monétaire et en 1930, celui-ci était trois fois supérieur à celui des familles du Nord-Est ; Avec 35 % de la population rurale, elle avait 60 % des recettes monétaires villageoises. Mais l’insertion du Siam dans  les marchés mondiaux et le développement de son  économie monétaire se fera essentiellement par les Chinois.

 

 

 

Si les occidentaux sont à l’origine du développement d’une économie monétaire au Siam, les Chinois ont tenu le rôle principal, en étant tout au long du réseau d’exportation : gestion des entrepôts de Singapour, Penang, Hong Kong, 62 % des maisons de commerce d’exportation  à Bangkok en 1890 (contre 26 % par les Britanniques. Cité par Skinner) ; Immigration massive (5,8 % en 1850, 9,5 % en 1910 et 12,2 % de la population en 1932) qui fournira la quasi-totalité de la main-d’œuvre salariée dans  tous les secteurs.

 

 

 

 

Mais leur prépondérance sera indéniable dans le commerce.

 

Le commerce du riz -qui représentait 70 % des exportations siamoises- était entre leurs mains ; ils en avaient également quasiment le monopole  comme acheteurs et vendeurs auprès des paysans thaïs. Ils leur vendaient aussi les produits manufacturés importés par les maisons de commerce européennes. Après avoir posé les voies ferrées, certains s’installaient comme commerçants dans les villes. Cela leur était d’autant plus facile que tout le commerce de détail était chinois à Bangkok, et que tous pouvaient compter sur des « compradores » chinois, -des intermédiaires- qui avaient su se rendre indispensables auprès des maisons de commerce et des banques  européennes installées à Bangkok. Les intermédiaires devinrent les égaux de leurs homologues européens.

 

Un système se mit en place basé sur « un maillage d’entreprises familiales interconnectées», une culture de réseaux, dont « le réseau de base (est) d’autant plus efficace qu’il s’inscrit aussi dans une concentration géographique, ethnique. La famille dans un quartier donné, va faire des prêts, contrôler le comportement, faciliter l’information aux membres du réseau familial (investir dans les activités rentables, réactivité, rapidité) » (Leveau). Cf. L’explication détaillée (2))

 

Les Chinois étaient devenus de fait, avec les Occidentaux, les artisans et les principaux bénéficiaires de la transformation du Siam en un pays d’économie monétaire. « Mais, nous dit Fistié, ceci  ne veut pas dire que les Thaïs eux-mêmes et surtout l’Etat n’aient pas joué dans cette évolution un rôle au moins aussi important ».

 

 

La réorganisation de l’État après 1892, et surtout l’abolition de la corvée en 1899 et son remplacement par une capitation annuelle de 4 à 6 baths, puis en mars 1909, la décision de soumettre les Chinois au régime commun, amenèrent les impôts directs à représenter jusqu’en 1926 de 20 à 25% des recettes de l’Etat (soit le double des années 1890).

 

Mais c’est évidemment, après les nouveaux traités de 1926 (même s’ils prévoyaient une période transitoire de 10 ans pour relever le tarif douanier de 3% à 5 %), que le nouveau tarif permit d’augmenter le revenu des droits d’importation et de passer de 7,16 millions de baths en 1926-1927 à 16,03 millions en 1927-1928, soit 13,7 % des recettes totales.

 

La contribution de l’État au développement de l’économie monétaire se fit aussi par ses propres dépenses dispensées en argent, par exemple pour payer ses fonctionnaires dès la fin du XIXe siècle et pour payer les salariés (essentiellement chinois) des grands chantiers (canaux, chemins de fer, irrigations).

 

 

 

Le développement d’une nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires.

 

L’origine  de cette nouvelle classe est à trouver dans la modernisation de l’État siamois, avec les grandes réformes administratives, la création de l’Education nationale  qui ouvrait le Siam à l’instruction primaire et à la formation nécessaire aux nouveaux fonctionnaires. De plus  cette éducation reçue au Siam fut compléter pour de nombreux Princes et fils de hauts fonctionnaires par des études en Europe. Le roi Chulalongkorn initia le mouvement et y envoya nombre de ses fils (il en eut 34). La seconde génération comme Wachirawut (Rama VI) et Prachathipok (Rama VII) fit même toutes ses études en Angleterre. D’autres Princes firent des stages dans les armées anglaise, allemande, ou russe, ou dans les marines britannique ou danoise.

 

En  1920, Fistié citant W. D. Reeve, estime alors que les fonctionnaires étaient  environ  80 000, dont la moitié étaient du cadre permanent (sâman) et avaient droit à une pension, et l’autre moitié était  des contractuels (wi-sâman). Les administrateurs de commune (Kamna) et les  chefs de villages ne faisaient pas partie de cette liste.

 

Quant-aux cadres de l’armée et de la marine et de la petite force aérienne,  Fistié citant le Statement’s Yearbook de 1934, estime que  l’armée siamoise comptait 1993 officiers (pour 24 486 sous-officiers et hommes de troupe), et 98 officiers dans l’aviation (sur 2486), en précisant qu’en 1933, l’armée avait subi plusieurs compressions de personnel. La marine quant-à-elle comptait 4 800 officiers et marins en 1932. (Le service militaire obligatoire de deux ans fut établi en 1903 et confirmé par une loi en 1917.)  Le total de cette nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires ne dépassait pas les 90 000 personnes en comptant large et pourtant elle  allait jouer un rôle décisif. Mais revenons à Rama VII.

 

 

De l’enfance, aux études en Europe, et la vie au Siam du futur Rama VII. (1893-1925) (3)

 

Il est né à l’aube du 8 novembre 1893.  Compte tenu du grand nombre de ses frères ou demi-frères (il est le 33e et dernier garçon et le 76e sur 77enfants de son père), ses chances d’accéder au trône sont minces.

 

 

Son père choisit alors pour lui une carrière militaire, tout à la fois en souhaitant améliorer sa santé (qui a toujours été précaire) et lui donner l’occasion de servir utilement le Siam qui a grand besoin, après les tristes événements de 1893, de militaires compétents.

 

 A cette fin, et à l'âge de 6 ans il est placé au collège royal des cadets (Chulachomklao Royal Military Academy ) fondé en 1887, une espèce d’école d’enfants de troupe.

 

 

À l'âge de 12 ans, dès après la cérémonie de la tonsure, son père l’envoie en France d'abord puis en Angleterre où il est pensionnaire au domicile d'un professeur d'anglais, M. C.W Bell, qui lui donne un enseignement général en langue anglaise assisté de M. Coleman, un autre professeur pour les sujets de culture générale. Il sera ensuite admis à 14 ans au collège d’Eton en 1906. Après l'obtention du diplôme d'Eton en 1910, et sur les conseils de l'ambassadeur du Siam en Angleterre, le roi envoie le jeune prince à l'Académie militaire de Woolwich pour y faire et parfaire son éducation militaire. La même année, le roi Chulalongkorn décède. Prajadhipok revint au Siam en mars 1910 assister à la cérémonie de crémation royale et aux cérémonies de couronnement de son frère Vajiravudh. De retour en Angleterre, Il entre à l'Académie militaire de Woolwich dont il sort diplômé en 1913.

Nous reconnaissons le prince au premier rang, 4e à partir de la gauche

 

De février 1913 à juin 1914, il est promu officier dans la Royal Horse Artillery, un prestigieux régiment de cavalerie de l'armée britannique qui se couvrit de gloire (en particulier) à Waterloo, le régiment de Wellington, basé à Aldershot. En février 1914, il obtient le grade honorifique de 2e lieutenant. Cette éducation voulue par le roi son père le conduit donc à devenir officier honoraire de l'armée britannique.

 

 

En 1914, lorsqu’éclate la première guerre mondiale, le roi Vajiravudh son frère proclame d’abord la stricte neutralité de Siam. Pour d’évidentes raisons diplomatiques, il ordonne donc au prince Prajadhipok de démissionner de l'armée britannique, mais l’autorise à rester en Angleterre pour y étudier le droit international et l'histoire de la guerre sous la direction de professeurs privés. Mais plus tard la même année, il lui ordonne de revenir au Siam pour y exercer des responsabilités militaires, après sept ans d’absence, depuis l’âge de 12 ans. Le 6 février 1914, il obtient une audience du roi George V qui lui accorde son congé.

 

Il entame son voyage de retour et arrive à Bangkok le 20 avril 1914. Il est accueilli avec émotion par sa mère (n’oublions pas qu’il est le « petit dernier »), la reine Saovabha Bhongsri dont la santé décline depuis la mort de son mari, le roi Chulalongkorn.

 

Le Roi son frère est désireux de le voir servir le pays « comme un prince siamois le doit » et le désigne comme aide de camp du maréchal prince Chakrapong (จักรพงศ์), prince de Phitsanulok et chef d'état-major général de l'armée. Le prince remplit sa tâche avec ardeur et est promu au grade de capitaine et de commandant de la batterie de la Garde royale d'artillerie.

 

 

Il  découvre l’amour en la personne de la jeune princesse Rambhai Barni.   Elle a 14 ans, il l’épouse en août 1918. Le couple va alors vivre dans un palais, « Sukhothai Palace », un fastueux cadeau de mariage de la reine Soavabha à son fils chéri.

 

 

En 1920, il tombe gravement malade et le médecin qui le soigne au Siam lui recommande à la fois un changement de climat et le traitement ultérieur d'un spécialiste en Europe. Comme la première guerre mondiale est terminée, le roi l’autorise à aller consulter le Docteur Hepp à Paris, qui diagnostique à la fois la dengue et des troubles intestinaux, et le traite pendant 6 semaines jusqu'à guérison.

 

Après le succès de ce traitement, le prince écrit le 2 mai 1921 à son frère pour lui demander la permission de suivre une formation avancée à l'École supérieure de Guerre en France – il y est le condisciple de Charles De Gaulle -  en utilisant ses propres fonds privés. Il est admis dans la promotion 44 qui débute le 5 novembre 1922 et se termine le 3 novembre 1924. Le prince fut attaché ensuite pour 6 mois à une unité de Nancy, sous la supervision du colonel Degraix, où il suit une autre formation d’artilleur de deux mois dans une unité d’infanterie, et une autre de deux mois dans une unité de cavalerie. Il est un moment attaché au chef de bureau du personnel.

 

Le prince est au premier rang, 9ème en partant de la gauche, De Gaulle a réussi à se glisser au deuxième rang, 6ème en partant de la gauche

 

 

Dès qu’il eut reçu son certificat, le roi lui ordonna de retourner au Siam via les États-Unis et de s'arrêter au Japon et à Hong Kong pour des visites non officielles avec des « personnalités éminentes » de ces pays.

 

De retour au Siam, probablement au début de 1925, il est attaché à l’état-major de l’armée avec le grade de colonel et honoré par son frère du titre purement honorifique de « prince de Sukohtaï ». Ses fonctions le conduisent à Bangkok et en province mais il mène avec son épouse une vie tranquille dans leur palais au bord de la rivière, d’autant que sa santé reste précaire. Sans enfants, le couple adopte quelques-uns de ses neveux et nièces et consacre ses loisirs en famille avec une passion pour la musique traditionnelle siamoise.

 

 

A la mort de Rama VI, une succession de décès va le conduire bien malgré lui aux marches du trône et, de bon dernier sur la liste de succession, le conduire à en être le premier, alors que rien ne l’y prédestinait et qu’il n’en avait très certainement pas la vocation.

 

 

Le gouvernement du roi  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929. (4)

 

Rama VII devient donc roi le 25 novembre 1925 (Il sera couronné le 25 février 1926).

 

Seulement trois jours après sa prise de pouvoir, Rama VII a prévu  de changer la politique gouvernementale de son prédécesseur et  annonce la création du Conseil suprême  de l’État, composé de 5 princes d'expérience de la famille royale, à savoir : trois de ses oncles, les princes Phanurangsi Savangwongse, Damrong Rajanubhab,  Narit et ses demi-frères Kitiyakon et Boriphat qui avaient tous une grande expérience gouvernementale du temps du roi Chulalongkorn, mais avaient été écarté progressivement par le roi Rama VI. (Cf. en (5) leurs fonctions)

 

Le pouvoir passait à une autre « caste ».

 

Le Conseil suprême  des cinq princes allait constituer une nouvelle oligarchie, et concentrer le pouvoir, tel qu’aucun Conseil privé n’en eut dans l’histoire. Pour ce faire, ils nommèrent fils et frères aux principaux postes de l’administration et de l’armée. Il allait se réunir toutes les semaines sous la présidence du roi  et assister de droit aux réunions du Conseil des ministres. 

 

De plus, certains des membres du  Conseil suprême  de l’État avaient également un ministère comme le prince Boriphat devenu ministre de la guerre.

 

 

 

 

Il s’imposera d’ailleurs comme l’homme fort de ce Conseil, et sera le régent pendant les nombreux voyages du roi et prendra le portefeuille de l’intérieur en mars 1928, ce qui faisait de lui de fait un premier ministre. Le prince Boworadet  –écarté sous Rama VI- se verra alors confier le ministère de la guerre. (1er avril 1928-19 juin 1931) L’oligarchie pouvait ainsi tout contrôler, et gouverner le royaume, même si elle  devait respecter la bienséance et les volontés du roi.

 

 

Les premières mesures. 

 

Le roi et son Conseil suprême allaient agir, dès leur entrée en fonction, en remplaçant tous les favoris de Rama VI, et en promulguant une loi sur le personnel de l’administration et les pensions, si attendue. La nouvelle réforme prévoyait le recrutement aux différents postes par concours  pour changer le système de clientèles étagées, qui réservait les postes supérieurs au bon vouloir des  ministres. Mais nul ne fut dupe et la réforme restera théorique. Le système demeurera verrouillé et empêchera tout avancement aux nouveaux fonctionnaires et militaires formés.

 

Mais la priorité fut de faire face à la situation financière difficile léguée par Rama VI.

 

On décida de pratiquer des économies budgétaires conséquentes pour le budget de 1926, avec une réduction  de 8,6 millions de baths avec une liste civile ramenée de 9 millions de baths à 6,82 millions. « Le corps royal des pages (qui dans le Siam traditionnel jouait le rôle de pépinière pour l’administration) vit ses effectifs ramenés de 3000 à 300. (…) en 1925 les deux ministères du Commerce et des Communications fusionnèrent pour constituer un département ministériel unique. En ce qui concerne l’administration provinciale, le nombre de monthon  (มณฑล) fut réduit l’année suivante de 18 à 14 » (Fistié) avec de nombreux postes supprimés.  

 

 

 

Cette politique fut assez efficace : « C’est ainsi que l’augmentation de tarifs (douaniers) jointe à une succession de bonne récoltes et à des rentrées d’impôts accrues dues à une meilleure administration donnèrent au gouvernement la possibilité d’éponger ses dettes et de procéder à des investissements sans devoir contracter de nouveaux emprunts » (Fistié).

 

Terwiel signale un changement profond, une nette coupure avec le règne précédent de Rama VI. Le nombre des ministères fut divisé par deux, désormais 7 princes et 4 nobles dirigeaient les nouveaux ministères ; Chaophraya Yomarat  fut écarté et il ne fut gardé que trois ministres de l’ancienne équipe ministérielle. L’heure était à l’équilibre budgétaire et donc  aux économies.

 

La préparation du budget 1926-1927 fut l’occasion de le constater. Tous les budgets furent à la baisse, tous  les départements encourager à démettre des fonctionnaires ; et cela ne se fit pas, on s’en doute, sans conflits, arbitrages, ni mécontentement.

 

Au début de 1927, devant la pression et les critiques exprimées, notamment dans les journaux, le roi nomma  une commission dirigée par le Prince Boriphat, pour étudier la possibilité de créer  une instance plus représentative que celle du Conseil suprême.

 

Il fut nommé un Conseil privé de 200 membres et un Comité plus restreint de 40 membres qui pouvaient « discuter » des lois, ou des sujets livrés par le roi. Ils étaient censés refléter l’opinion générale et acquérir l’expérience du débat parlementaire.

 

Mais l’oligarchie n’était pas disposée à partager son pouvoir. Le roi, quant-à-lui, avait une santé fragile et était souvent en « voyage ».

 

Il voyagea dans le Nord durant janvier et février 1927. Le train royal passa par Phitsalunok, Phrae et de Lampang à Chiengmai ; Le roi et la reine durent prendre le car pour aller à Chiang Rai et Chiang Saen. Son voyage prévu en juin 1928 à Singapour et aux Indes néerlandaises  dut être repoussé à la mi-1929 du fait de la mort  du Prince Phanurangsi du 13 juin 1928. Il en fit un autre en Indochine d’avril à mai 1930 et un long  voyage en 1931 de 6 mois au Japon, Canada, et aux USA. (Il devait se faire opérer des yeux aux USA). Et une tournée européenne en Allemagne, Portugal, Suisse, Irlande, Danemark en 1933-1934. (Cf. Notre article  « Le roi Rama VII, un grand voyageur. »  (6) )

 

 

 

Ces longues absences ne pouvaient que conforter le pouvoir de l’oligarchie du Conseil Suprême, surtout qu’ils avaient placé frères et fils aux principaux postes de l’administration et de l’Armée. L'homme fort était le prince Boriphat, nouveau président du Conseil en 1928, et  qui avait pris, nous l'avons dit, le portefeuille de l’Intérieur et était le régent du royaume lors des voyages du roi.

 

 

Mais ce pouvoir se trouvait dans la nécessité de poursuivre une politique budgétaire rigoureuse ; ce qui passait par des économies à réaliser dans tous les départements, et des impôts nouveaux et  ne pouvait que créer un mécontentement chez cette nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires, dont on n’avait pas encore pris la mesure. La crise mondiale de 1929 ne pouvait qu’aggraver la situation économique et sociale du Siam et allait bouleverser son histoire.

Les effets de la crise économique mondiale de 1929 au Siam. (7)

 

Dès son accession au trône, Rama VII avait mené une politique économique courageuse, qui avait eu  pour résultat d’enregistrer une année record  pour le commerce extérieur lors de l’année financière 1927-28, avec 477 millions de baths (201 millions pour les importations, 269 millions pour les exportations et 7 millions pour les réexportations). Mais le riz représentait près des trois-quarts du total (201 millions de baths) et deux mauvaises récoltes et la dépression mondiale auront raison de cet équilibre.

 

Les effets cumulés d’une deuxième mauvaise récolte en 29-30 et de la chute des prix du riz en 1930-31 allaient être catastrophiques. (Jugez plutôt : En 1928- 29 : 24,66 millions de piculs pour 175,12 millions de baths ; En 1930-31 : 17,11 millions de piculs pour 103, 06 millions de baths). (1 picul = env. 60 kg).

 

 

 

 

La crise allait s’accentuer et la baisse du prix du riz se poursuivre avec la décision prise par les Britanniques de dévaluer la livre sterling en septembre 1931. En effet, le bath rattaché à l’or depuis 1928  vit son taux de change baisser de 11 à  10,13 puis de  9,95 baths pour 1 £, ce qui rendit alors le riz  siamois trop cher sur les marchés de Singapour et de Hong-Kong, face à son concurrent birman, qui avait aussi dévalué sa monnaie. L’année 1931-32 verra le chiffre total du commerce extérieur tomber de plus d’un tiers par rapport à l’année précédente et de plus de la moitié par rapport à l’année record de 1927-28.

 

Certes la dévaluation du bath le 11 mai 1932 (11 baths pour 1 £) stimulera les exportations de riz qui passeront de 77,5 millions de baths en 1931-32, à 94,2 millions en 1932-33 ; mais les importations et exportations du commerce extérieur continueront à chuter.

 

 

 

Les répercussions de la crise économique.

 

 

Le gouvernement décida pour l’essentiel de faire des économies sur les dépenses de l’administration civile (5% en moins sur le total et diminution des salaires de 5 à 10%)) et sur celles de la Défense nationale (13% en moins), en supprimant de nombreux postes. Ainsi en 1931, il y eut 6.000 fonctionnaires de moins dans la catégorie des contractuels (non pensionables) wi-sâman et 5.000 de plus dans la catégorie sâman (avec pension).

 

Dans l’année 1931-32, la pression fut encore plus forte. Ainsi par exemple, les dépenses d’entretien du service de l’irrigation furent réduites de 32 % (1,25 million de baths) ; la liste civile passa de 6 à 5 millions ; l’administration civile dut encore supporter une réduction de 6%, et les forces armées, une compression de 20%. (Cela prendra la forme d’une baisse de 7 % env. sur les salaires des fonctionnaires, et 5% pour les bas salaires). On procéda à une nouvelle réduction du nombre de monthon qui passa de 14 à 10, pendant que les changwat  étaient ramenés de 79 à 70.

 

On peut se douter que toutes ces mesures ne pouvaient que provoquer un fort mécontentement, surtout pour l’armée qui fut réorganisée, avec la fusion en 1931 des départements de la Marine et de la Guerre, des mises à la retraite, des diminutions de solde. On eut même droit à une crise de régime au sein du Conseil suprême.

 

Mais les économies réalisées ne suffisaient pas ; il fallut encore trouver des ressources nouvelles. Les nouvelles décisions fiscales ne firent qu’empirer le climat social.

 

En novembre 1931, la presse siamoise préconisa la création d’un impôt sur les revenus des grands propriétaires dont beaucoup étaient de la famille royale. Le gouvernement  « préféra »  relever les droits de douane à la fin de 1931 (et en février 1932) et imposer, en avril 1932, une nouvelle taxe sur les salaires de plus de 600 baths (taxe progressive : 6 baths pour un traitement de 600 baths, 70 baths pour un traitement de 2.660, et 100 baths pour traitement de 3.600 baths). Peu après, on mit aussi une taxe sur les immeubles bâtis de Bangkok. (Elle ne touchait donc pas les grands propriétaires fonciers)

 

 

Au printemps 1932, la situation était critique.

 

On avait là une situation critique, avec tous les cadres administratifs qui avaient  vu leurs salaires diminuer drastiquement, alors qu’une partie avait perdu leur emploi ; Les forces armées assistaient à une réduction continue et importante des unités (on parle d’un tiers du nombre des bataillons d’infanterie en 1933) ; les promotions étaient ajournées. Les autres salariés subissaient le risque du chômage et une situation précaire avec  la chute des prix et les masses rurales du Centre travaillant pour l’exportation du riz étaient sérieusement touchées ; alors que tous les produits importés avaient été augmentés. Mais curieusement, nous dit Fistié, on ne vit aucun mouvement collectif de mécontentement. (Cf. Voir les raisons données par Fistié in (7)) Et les cérémonies de célébration d’avril 1932, du 150e anniversaire de la  fondation de Bangkok s’étaient bien déroulées au milieu de la liesse populaire. (8) Et pourtant un coup d’État, le 24 juin 1932, allait mettre fin à la monarchie absolue et instaurer une monarchie constitutionnelle et parlementaire.

 

 

 

Le coup d’État du 24 juin 1932. (9))

 

Il faut se rappeler du contexte géopolitique de l'époque avec l'écroulement en Europe des régimes parlementaires entre communisme et  fascisme. (In 10 et 11).

 

Il faut se rappeler également que les élites colonisées ont suivi avec espoir et ont été déçues par les négociations du Traité de Versailles qui visaient à remodeler le monde sur de nouveaux principes et à revoir « la question coloniale ». La Révolution russe d’octobre 1917,  la création du premier pays communiste et le léninisme ont  constitué un pouvoir d’attraction parmi les nationalistes asiatiques, donné un cadre de pensée et un projet de modernisation et de libération nationale. Certains (on pense à Ho Chi Minh) rejoignirent  des filières « révolutionnaires » soutenues par le Komintern.

 

D’autres, comme les Siamois, vont créer le Ratsadon Khana. En effet, le 17 février 1927, dans un hôtel parisien, sept étudiants siamois  (le Lt Prayoon Pamornmontrise, le Lt Plaek Khittasangkla (alias Phibun), étudiant de l’École de l’Artillerie de Paris, le Lt Thatsanai Mitphakdi, étudiant à l’ École de cavalerie de Saumur,

 

Luang Lophanukrom,  les  sciences en Suisse, Luang Siriratchamaitri, diplomate à l’Ambassade du Siam à Paris, Nauep Phahonyotinant étudie en Angleterre, Pridi Panomyong, étudiant en droit à l’ Institut Politiques de Paris)...

 

 

....fondent, en cinq jours,  ce qui va devenir le Ratsadon Khana.

 

 

Le groupe « révolutionnaire »  se donne 6 objectifs : Le pouvoir au Peuple, la sécurité nationale, le bien-être pour tous, l’égalité, des droits de liberté  pour le peuple, et l’enseignement public pour tous, et se dit prêt, si nécessaire, à renverser le gouvernement et le système de la Monarchie absolue.

 

De retour au Siam, une centaine de nouveaux adhérents les rejoignent. Ils viennent de l’Armée, de la Marine, des fonctionnaires, et de la société civile, et s’organisent en quatre branches (civile dirigée par Pridi, Armée dirigée par Luang Phanomyong, Marine dirigée par Luang Sinthisongkhamchai et officiers supérieurs par le colonel Phahonyothin ). Ils réussiront leur coup d’État le 24 juin 1932  dans le calme et l'indifférence  de la population. Les boutiques fermées le matin du 24 juin avaient rouvertes l’après-midi. Dès le lendemain, le 25 juin, le roi répondra favorablement  à l’ultimatum, qui met fin à la monarchie absolue.

 

 

 

La version de Pierre Fistié retrace les étapes du coup d’État.

 

Le 23 juin 1932, le chef de la police informe le Prince de Nakhon Sawan (Boripath), alors ministre de l’intérieur et chef du Conseil Suprême, qu’un complot va avoir lieu le lendemain. La situation est si calme que le ministre ne tint aucun compte de ces avertissements.

 

 Le 24 au matin, des forces d’infanterie et de cavalerie appuyées d’artillerie et de chars d’assaut encerclent le palais royal, le Palais de justice et les principaux ministères et arrêtent tous les princes influents. (A l’exception du Prince Phurachat, qui put s’enfuir et rejoindre le roi à Hua Hin)

 

Le tract du 24 juin.

 

Ce même jour, un tract du « Parti du Peuple » est distribué dans la capitale ; il donne les raisons du coup d’État, les objectifs et le programme en 6 points de la future assemblée.

 

L’ultimatum du 24 juin au roi.

 

Un ultimatum, signé par trois chefs militaires (le colonel Phya Phahon (formé en Allemagne, commandant en second de l’armée siamoise et les colonels Phya Song Suradet (formé en Allemagne, professeur à l’Académie militaire)  et Phya Rit Akkaï commandant de l’artillerie) est envoyé au roi avec  la canonnière « Sukhodaya », chargée de ramener le roi, alors dans sa résidence d’été à Hua Hin.

 

 

La réponse du roi le  25 juin.

 

Le roi donne sa réponse et se dit prêt à coopérer. (Alors que Phurachat a rejoint le roi en locomotive) Après minuit, le roi est de retour sur Bangkok à bord d’un train spécial. (Il avait refusé de revenir avec  la canonnière « Sukhodaya »)

 

La proclamation du roi du 26 juin.

 

Le 26 juin, le roi signe une proclamation excusant le Parti du peuple « d’avoir un moment pris comme otages les princes de la famille royale », et approuvant l’établissement d’une monarchie constitutionnelle.

 

Le 27 juin, le roi appose sa signature en bas d’une constitution provisoire présentée par une délégation du Parti du peuple conduite par Pridi.

 

Le 28 juin, les auteurs du Coup d’État jouent l’apaisement et rassurent l’opposition conservatrice en acceptant l’élu du Sénat, Phya Manophakon, qui occupait le poste de  premier juge à la Cour d’Appel dans l’ancien régime, comme  président du Comité du parti du peuple (1erministre). La présidence de l’Assemblée est confiée à Chao Phya Thammasak, ancien ministre de l’Instruction publique de 1917 à 1926.

 

Les premières mesures du gouvernement sont la mise à la retraite d’une quarantaine d’officiers et avancement pour un nombre égal  (Récompense pour certains auteurs du coup d’État ?) ; un communiqué du 3 juillet annonce la suppression prochaine de l’impôt sur les salaires et son remplacement par un impôt général sur les revenus.

 

Le 10 décembre 1932 était promulguée la constitution, fondatrice de la monarchie constitutionnelle au Siam, que nous vous avons présentée et commentée longuement dans un article. (Cf. 12)

 

 

La Constitution  est divisée en 7 chapitres, dont le 1er, composé de 11 articles est consacré au roi et à la famille royale. (Cf. en note12 tous les articles sur le roi)

 

Elle assure -entre autres- que le pouvoir souverain émane de la nation siamoise et que le Roi, qui est le chef de la nation, exerce le pouvoir conformément aux dispositions de la présente constitution ; que la personne du Roi est sacrée et inviolable ; que  le Roi doit professer la foi bouddhique et est le mainteneur de la religion ; qu' il est le chef des forces siamoises ;  qu'il exerce le pouvoir exécutif par l’intermédiaire du Conseil d'État -mais- sur l'avis et avec le consentement de l'assemblée des représentants du peuple, réunis en une Assemblée unique et « démocratique » (Le 1er corps électoral sera composé au final de 5.036 délégués, qui éliront  78 députés).  (Il n'est plus question de Parti du Peuple, le nom même n'est pas prononcé.)

 

D'autres articles proclament un certain nombre de principes, comme l'égalité des individus entre eux, liberté de culte, liberté de réunion, d’association, d’écrits et de parole, respect de la propriété privée.

 

Le 1er gouvernement de Phraya Manopakon  Nitada  (Phya Manopakon) du 28 juin 1932 au nouveau coup d’État du 21 juin 1933, fomenté par Phot Phahonyothin (Phraya Phahon), 2e premier ministre de la nouvelle monarchie constitutionnelle au Siam (21 juin 1933-11 septembre 1938). (Cf. (13))

 

 

Dès le 28 juin 1932, la principale tâche du nouveau gouvernement de Phraya Manopakon  fut d’élaborer la Constitution définitive. Une commission fut constituée, présidée par Phraya Manopakorn lui-même, et dont Pridi fut un des plus actifs, aidés par des hauts fonctionnaires de l’ancien régime.  Le 7 décembre, dans une audience solennelle, le roi accordait son pardon aux auteurs du Coup d’État et le 10 décembre la constitution fut promulguée.

 

Si par la Constitution, le roi restait le chef suprême du pays, car  les lois étaient faites et les  décisions rendues en son nom, le nouveau pouvoir était désormais au sein du Parti du Peuple. La Révolution avait chassé du pouvoir tous les membres de la famille royale ; Le Conseil suprême avait été  dissous, et son Chef, le Prince Boriphat, avait été contraint à l’exil ; et tous les officiers supérieurs qui n’avaient pas participé au coup d’État furent pour la plupart mis à la retraite.

 

Si le nouveau président de l’Assemblée Chao Phraya Thammasak, et Phraya Manophakon, le président du Comité du Parti du Peuple, avaient été choisis pour des raisons tactiques, les autres postes avaient été accordés à des membres éminents du Parti.

 

Pridi fut très actif pour créer des sections dans les provinces pour le Parti, appelé désormais « Association du Peuple ». En novembre 1932, des sections avaient été créés dans 14 changwat et  la présidence du Comité exécutif avait été confiée à Phraya Nitisat Phaïsan, premier juge à la Cour d’Assise de Bangkok.(In Fistié)

 

Mais une organisation rivale, l’« Association nationale »  tenta de se constituer en janvier 1933. La présence du major-général Phraya Sean Songkhram (ancien commandant de la 1ère division de la garde, qui avait été blessé au moment de son arrestation par les auteurs du coup d’État du 24 juin 1932 et avait été mis à la retraite) au sein de cette « association » avec celle de princes, la positionnait ouvertement comme un adversaire du nouveau régime.

 

Mais le roi adressa une « requête » au gouvernement demandant que l’agrément soit refusé à cette nouvelle « Association nationale » et qu’il serait judicieux de dissoudre « l’Association du Peuple », pour « qu’il n’y ait  absolument aucun parti politique », considérant, disait-il, que « Le Siam n’a reçu une Constitution que tout récemment et l’existence de partis politiques siamois semble prématurée. La population de notre pays n’est pas encore adaptée à la forme démocratique de gouvernement et elle ne comprend pas  sa véritable nature. » (In Fistié) Le gouvernement entendit la « requête royale » et refusa l’agrément à l’ « Association nationale » et décréta, que désormais aucun militaire et fonctionnaire ne pourrait appartenir à l’ « l’Association du Peuple ».

 

 

Manopakorn et son gouvernement  avaient eu comme mission de mettre en œuvre le programme en 6 points du Parti du Peuple. Le point 3 de ce programme affirmait : « Le nouveau gouvernement promet de promouvoir la prospérité des citoyens en fournissant à chacun un emploi rémunérateur en promulguant une politique économique nationale destinée à mettre fin à la pauvreté. » Encore fallait-il se mettre d’accord sur la stratégie et les moyens utilisés pour atteindre cet objectif.

 

 

Une crise éclata en mars 1933, lorsque Pridi présenta son projet économique le 12 mars devant une commission de 14 membres (dont 5 membres de l’Assemblée, 7 membres du Conseil d’État, parmi lesquels Pridi) qui devait faire rapport au gouvernement. (Cf. Notre article (13) pour en savoir plus)  Le projet étatisait l’économie et transformait le Siam en une « société coopérative » qui évoquait par certains aspects, nous dit Fistié, le phalanstère de Fourier. Il transformait tous les Siamois en salariés et en fonctionnaires, encadrés par une organisation dirigée par le Parti du Peuple. Il provoquera au sein du gouvernement des discussions nombreuses et virulentes. Le  président du Conseil d’État Manopakon menaça de démissionner si ce projet lui était imposé. Les opposants au projet reçurent un renfort de la part du roi qui déclara :

 

1/ Le programme de Pridi était communiste et qu’il allait mettre en œuvre une collectivisation intégrale.

2/ Qu’il allait mettre le pays en ruine, au regard de  l’échec de la collectivisation agraire en Russie et de son premier plan quinquennal.

3/ Qu’il pouvait entraîner une intervention étrangère, anglaise ou française.

 

La crise déboucha sur un  coup d’État au sein du gouvernement. Manopakorn et la majorité militaire du Conseil d’Etat avec l’appui du roi, proclama l’état d’urgence le 1er avril, dissous le Conseil d’État, et ensuite l’Assemblée et forma un nouveau cabinet, en excluant Pridi et quatre de ses partisans. Le 2 avril 1933 était promulguée une loi contre le communisme,  des journaux, et des périodiques furent interdits. (Lesquels ?) Le 17 avril, Pridi « était autorisé à poursuivre ses études à l’étranger, avec une bourse annuelle de 1000 livres ». Il s’embarquait le 17 avril pour la France via Singapour.

 

 

Mais les trois colonels Phraya Phahon, Phraya Song Suradet, Phraya Rit Akkhanaï qui avaient signés l’ultimatum au roi du 24 juin 1932, ainsi que  le lieutenant-colonel Phraya Prasat démissionnaient le 13 juin 1933 du Conseil d’État et de l’Armée et effectuèrent un autre  coup d’État  le 20 juin 1933. (Phraya Phahon fit arrêter Phraya Manopakon et fut exilé à Penang.)

 

 

La loi martiale fut proclamée et un télégramme fut envoyé au roi l’informant que l’Armée et la Marine prenait en main « le contrôle de l’administration du pays dans le seul but de rouvrir l’Assemblée du Peuple. » et le rassurant sur leur loyauté à son égard. Le télégramme était signé par Phraya Phahon, Luang Phibun (devenu lieutenant-colonel), et Luang Supha Chalasai (capitaine de frégate). « Le 24 juin, Phraya Phahon, se rendit à Hua Hin auprès du roi Prachathipok qui légitima le coup d’État, abrogea le décret prononçant la clôture de l’Assemblée et approuva la composition du nouveau gouvernement, présidé par Phya Phahon lui-même. » (Fistié p.149)

 

Le 2e gouvernement de la monarchie constitutionnelle de Phraya Phahon, du 21 juin 1933 à janvier 1934 ; Le  roi quitte son royaume. (14)

 

Le nouveau gouvernement se composait de huit hauts fonctionnaires de l’Ancien régime à qui on avait confié des ministères, et huit conseillers d’État sans portefeuille dont cinq militaires (Phibun, et  Phraya Song Suradet, Phraya Rit Akkhanaï, ainsi que  le lieutenant-colonel Phraya Prasat qui avaient démissionné avec Phahon du gouvernement Manopakon le 13 juin). Le 26 juin, une déclaration présentait la politique économique et sociale du gouvernement en termes généraux et rassurants.

 

Pridi, après que le roi et le gouvernement aient obtenu l’assurance qu’il coopérait et renoncerait à ses « idées économiques » se vit offrir une place de conseiller d’État, qui fut effective à son retour, le 1er octobre.

 

Mais en réaction contre le nouveau coup d’État du nouveau Premier ministre Phraya Phahon, et  outré par le droit donné à quiconque de pouvoir poursuivre le Roi, le Prince Général Boworadet, soutenu par les royalistes « constitutionnels »  vont tenter de renverser le pouvoir du 11 à fin octobre 1933. (Cf. La rébellion du prince Boworadet d'octobre 1933 dans son contexte géopolitique européen et siamois (15) )

 

 

Le Prince Boworadet qui avait été ambassadeur du Siam en France, et ministre de la Défense du Conseil suprême de Rama VII avait été contraint de démissionner en octobre 1931 à l’occasion d’une crise de régime qui l’avait opposé au ministre des finances et au Prince Phucharat, ministre des communications (demi-frère du roi). Sa tentative de coup d'État débute dans la nuit du 11 au 12 octobre 1933. Une partie des troupes de Korat et des troupes du génie stationnées à Ayutthaya sont transportées par voie ferrée et prennent position à Bang Khen (près de la  capitale) et à Don Muang (principal aérodrome du pays). Le 12 à 14 h, une lettre signée du colonel Si Sit Songkhram est remise à Phraya Phahon, dans laquelle elle reproche au gouvernement son attitude envers le roi et le retour de Pridi qui allait « reprendre ses activités communistes ». Elle donnait une heure au gouvernement pour démissionner avant l’usage de la force. Elle annonçait la nomination par le roi d’un gouvernement dans lequel il n’y aurait aucun militaire. (In, Le Bangkok Times du 13 octobre 1933)

 

Le  gouvernement répond le même jour par la proclamation de la loi martiale et un communiqué réfutant les arguments avancés et la condamnation de cette révolte. Phraya Phahon envoya un rapport au roi, qui était à Hua Hin, réfutant les arguments de Boworadet et répondit à celui-ci en le désignant comme le seul responsable de la situation. Le roi dans un télégramme répondit à Phahon et condamna la révolte.

 

Luang Phibun fut désigné pour commander les troupes loyalistes et dès le 13 au soir, ordonna une violente charge d’artillerie contre les positions tenues par les rebelles. Pendant trois jours les combats furent acharnés. Mais l’arrivée de troupes fraiches, permit aux troupes loyalistes de reprendre l’aéroport et de forcer les troupes royalistes à se retirer sur Korat « en espérant pouvoir arrêter les forces adverses dans la passe montagneuse de Pak Djong, située au sud-ouest de la ville. Mais le 23 octobre, un communiqué officiel faisait état de combats violents à la hauteur des kilomètres 140 et 142 de la vie ferrée de Bangkok à Korat où l’avant-garde gouvernementale fit son entrée le 27 au soir. » Le lieutenant-colonel Phibun arrivait le lendemain avec le gros des troupes. Les forces rebelles tentèrent alors de se retirer en direction de Ubon, mais la garnison, restée fidèle au gouvernement vint à leur rencontre. Elles rebroussèrent chemin vers Korat pour se rendre. (Surtout, nous dit Terwiel, que la tentative de faire venir des troupes de Phetchaburi pour aider Borowadet avait échoué.)

 

Bref, en cette fin d’octobre 1933 la révolte était vaincue, même si quelques combats sporadiques eurent encore lieu jusqu’à la fin du mois. De nombreux leaders de la tentative du contre-coup d’État avaient été tués, dont le colonel Phraya Si St Songkhram, et le Prince Boworadet avait fui (le 25 octobre ?) avec 32 officiers par avion en Indochine. (Terwiel). La répression envers ceux qui avaient soutenu la révolte put s’exercer. Dix-sept officiers furent arrêtés et condamnés à mort, mais leur peine fut commuée en prison. De nombreux membres de la famille royale furent arrêtés, condamnés,  exilés, ou mis en résidence surveillée. D’autres, comme le Prince Damrong prirent les devants et quittèrent le royaume. Le roi et la reine quittèrent Hua Hin pour rejoindre Songkhla à la frontière malaise.

 

Le dernier acte royal fut le discours du Trône que le roi prononça le 10 décembre 1933, à l’occasion du premier anniversaire de la promulgation de la Constitution, devant la nouvelle assemblée élue. Après les élections (16), il manifestera son désir de quitter le royaume pour aller se faire soigner les yeux. Le gouvernement lui proposera de faire venir un grand  spécialiste, mais le roi insista et partit en janvier 1934. Il ne reverra plus son royaume.

 

 

De l'abdication du roi, le 2 mars 1935, à sa mort en exil le 30 mai 1941, à Surey, (Wentworth Estate) en Angleterre.   (Reprise de l'article (17))

 

Depuis l'automne dernier, le roi résidait donc en Angleterre, à Knowle Park, près de Cranleigh. De graves dissentiments s'étaient élevés entre lui et le gouvernement de son pays. Pour essayer de les aplanir, une délégation présidée par le président de l'assemblée nationale siamoise se rendit à Londres. Les négociations échouèrent, et le 2 mars le roi signait son acte d'abdication sous la forme d'une déclaration adressée au peuple siamois, le même jour transmis au messager.

 

 Le roi explique très nettement les raisons de sa décision. « Lorsque Phraya Pahon et ses partisans s'emparèrent du pouvoir par la force des armes, le 24 juin 1932, ils m'invitèrent à conserver le pouvoir comme roi constitutionnel. J'acceptais cette invitation dans la pensée que Phraya Pahon et ses partisans établiraient une constitution analogue à celle des autres pays qui ont un gouvernement constitutionnel, de façon que le peuple eût son mot à dire dans l'administration et dans les questions politiques qui touchent au bien-être général. Cette idée était la mienne, et je songeais au moyen de la réaliser sans révolution. Puisqu'un coup d'État avait eu lieu, et que ses auteurs déclaraient n'avoir en vue que l'établissement d'une constitution, ce qui était conforme à mon propre vœu, je crus bon de me rendre à leurs désirs. »

Mais « il fut déçu car le pouvoir demeura entre les mains des promoteurs de la révolution, et ne passa point aux représentants du peuple. La constitution temporaire donna tout le pouvoir à un parti. La constitution permanente, tout en concédant quelque chose aux représentations du roi, admit encore que la moitié des membres de l'Assemblée seraient choisis par les chefs de ce parti. En fait, ils furent choisis non en raison de leurs talents, mais en raison de leur docilité. Il fallut dissoudre l'Assemblée, suspendre la constitution Phraya Pahon fit un nouveau coup d'État, et les chances d'une heureuse solution s'éloignèrent. »

Il poursuit « Je ne puis pas admettre que le pouvoir soit exercé en mon nom par un parti. Je veux bien remettre mon ancien pouvoir au peuple, mais non pas à une personne ou à un parti qui l'exerceront d'une façon autocratique. »

Et il termina : « Je suis prêt à remettre les pouvoirs que j’ai exercés autrefois au peuple dans son ensemble, mais je ne suis pas prêt à les remettre à toute personne ou tout groupe qui les utilisera d'une manière autocratique sans écouter la voix du peuple ».

 

Les points précis sur lesquels portèrent les négociations du roi avec la délégation siamoise ne sont que l'application de ces idées, le roi aurait voulu faire abroger la disposition en vertu de laquelle la moitié des membres de l’Assemblée étaient choisis et non élus, il aurait voulu que les délits politiques fussent jugés publiquement, par les tribunaux ordinaires, il aurait voulu enfin mettre un terme à l'action politique des officiers.   Le peuple siamois réclamait son monarque, mais celui-ci mettait, à son retour, certaines conditions :  choix des députés par des fonctionnaires, éloignement des officiers de la politique, amnistie des condamnés politiques, réintégration des fonctionnaires destitués, confirmation de son droit de grâce et certaines assurances tendant à sa sécurité personnelle, réellement menacée. Une tentative d'assassinat sur la personne de Luang Pibunsonggram, ministre de la défense du Siam et l'un des responsables de l'éloignement du roi, permit d'espérer que de telles conditions seraient acceptées. Elles ne le furent point.

 

C'est ainsi que le roi abdiqua le plus simplement du monde. Il n’avait pas vocation d’être la marionnette de Phraya Pahon, ce que Victor-Emmanuel III fut entre les mains de Mussolini.

 

C'est seulement le 7 mars que furent proclamées à Bangkok l'abdication du roi Prajadhipok et par l’Assemblée nationale l'accession au trône de son neveu Ananda et pour éviter l'apparence d'interrègne les actes ont été antidatés du 2. Le nouveau roi  était un enfant, qui poursuivait ses études à Lausanne. Il bénéficiait de la légitimité dynastique et son éloignement était d’une grande commodité pour les militaires en poste.

 

 

De l’abdication jusqu’à sa mort le 30 mai 1941.

 

Le roi passa le reste de sa vie en compagnie de sa reine Rambhai Barni en Angleterre.  Il vivait alors  à Knowle House, dans le Surrey, un comté jouxtant la ville de Londres. Il se déplaça ensuite à Glen Pammant, toujours dans le Surrey.  Ils allèrent ensuite à Vane Cour, une vieille maison dans le village de Biddenden dans le Kent. Ils y menèrent une paisible de vie de couple partageant leur temps entre la marche à pied, le jardinage et la musique. À ses loisirs, le roi commença à écrire l’histoire de sa vie. Ils s’installèrent ensuite en 1938, Compton House, dans le village de Wentworth, à Virginia Water dans le comté de Surrey. De juillet 1940 jusqu’en juin 1941, c’est le « blitz », le bombardement massif de Londres par la Luftwafe, le couple  s’installe dans une petite maison dans le Devon, puis à Lake Vyrnwy Hôtel à Powys dans le pays de Galles, où le roi est victime d’une première crise cardiaque. Le roi sentant probablement sa fin prochaine souhaite retourner à Compton House pour y mourir. Il succombe à un arrêt cardiaque le 30 mai 1941 à seulement 47 ans. Il a malheureusement laissé sa biographie inachevée.

 

La crémation a eu lieu le 3 juin au Golders Green Crematorium au nord de Londres, une cérémonie toute simple avec la seule présence de la reine et une poignée de proches parents.

 

 

La Reine resta encore à Compton House pendant huit ans avant de revenir en Thaïlande en 1949, portant les cendres de son défunt mari.  Elle mourut le 22 mai 1984 à l’âge de 79 ans. Son enterrement fut celui d'une reine, l’incinération eut lieu  le 9 avril 1985 à Sanam Luang.

 

Il émerge de ce roi une image positive. Il exerça avec le soutien de son épouse sa charge avec conscience jusqu’à son abdication, affirmant, parfaitement lucide, que la « Monarchie absolue, comme la démocratie, peut devenir nuisible à tout moment, parce que les deux principes reposent sur la perfection de la nature humaine, un concept très fragile. Une démocratie saine dépend de la solidité de la population, et une monarchie absolue bienveillante dépend des qualités du roi ».

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

Nos principales sources : Les livres de  B. J. Terwiel, « Thailand’s Political History », River Books, 2011 ; et celui de Pierre Fistié dans « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.

 

(1) 182.1 La société siamoise à la veille du coup d’État de 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/182-1-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

182. 2 La société siamoise à la veille du coup d’État de 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/182-2-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

Basé sur le livre de Pierre Fistié, « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.

 

Si l’arrivée au pouvoir de Rama VII en 1925, leur amena quelques espoirs avec l’élimination des favoris de Rama VI et une nouvelle loi favorable qui reconnaissait le recrutement par concours et le droit à une pension après 25 ans de service,  ils se rendirent compte très vite que la loi était plutôt « théorique » et que les mesures prises furent contredites par les mesures d’assainissement budgétaires qui réduisaient le nombre de monthon de 18 à 14 en 1926, et qui supprimaient ainsi de nombreux postes.

De même la nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires put constater, que Rama VII n’avait éliminé les favoris mis en place par son frère que pour installer une oligarchie de cinq Princes qui allait monopoliser tout le pouvoir, et placer toute la famille royale à tous les hauts postes, leur fermant ainsi tout espoir d’avancement.

Mais désormais la contestation pouvait se nourrir aux nouvelles idées « démocratiques », aux nouveaux courants politiques et sociaux venus d’ailleurs. Les rois eux-mêmes s’interrogeaient.

 

(2) A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a67-l-influence-de-la-communaute-chinoise-en-thailande-106337871.html

 

(3) 180. De l’enfance, aux études en Europe, et la vie au Siam du futur Rama VII. (1893-1925)

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/180-de-l-enfance-aux-etudes-en-europe-et-la-vie-au-siam-du-futur-rama-vii-1893-1925.html

 

(4) 181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/181-le-gouvernement-de-rama-vii-jusqu-a-la-crise-mondiale-de-1929.html

 

(5) En effet, on se souvient que le Prince Phanurangsi, avait été le commandant en chef de l’Armée royale siamoise lors du règne de son frère le roi Chulalongkorn (11 janvier 1859-13 juin 1928). Le Prince Damrong (demi-frère de Chulalongkorn), avait été le ministre le plus important du roi Chulalongkorn, comme ministre de l’intérieur et de l’éducation (21 juin 1862- 1 décembre 1943) ; Le Prince Narit n’avait pas été ministre mais avait eu d’importantes fonctions aux travaux publics et à la planification du ministère de l’Intérieur et d’autres ministères (28 avril 1863 -10 mars 1957) ; Le demi-frère de Rama VII, Kitiyakon, Prince de Chantaburi, avait été ministre des finances en 1902 et ministre du commerce en 1920. (8 juin1874 – 27 mai 1931) ; (Grand-père paternel de la reine  Sirikit) ; et quant à Boriphat, Prince de Nakhon Sawan,  demi-frère de Rama VII, il avait aussi un passé ministériel très important et servi comme chef d’état-major de l’Armée, commandant de la Marine royale, ministre de la Marine, ministre de l'Armée, de la Défense, ministre de l'Intérieur (29 juin 1881- 18 janvier 1944).

 

(6) 183. Le roi Rama VII, un grand voyageur.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/183-le-roi-rama-vii-un-grand-voyageur.html

 

184. Le roi Rama VII  et son épouse sont accueillis à Paris en 1934 par Paul Claudel !

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/le-roi-rama-vii-et-son-epouse-sont-accueillis-a-paris-par-paul-claudel-qui-leur-recite-un-poeme-en-siamois.html

 

(7) 185. Les effets de la crise économique mondiale de 1929 au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/185-les-effets-de-la-crise-economique-mondiale-de-1929-au-siam.html

Nous suivrons Pierre Fistié, en son chapitre 4 « Les effets de la crise mondiale de 1929  » in  « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » (pp. 108-123).

 

(8) 186.  Avril 1932 : Rama VII fête le 150 ième anniversaire de Bangkok.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/186-avril-1932-rama-vii-fete-le-cent-cinquantieme-anniversaire-anniversaire-de-bangkok.html

Cf.  R. Lingat, « bulletin de l’école française d’extrême orient » 1933, tome 33, pages 536-541.

 

(9) 187. Le coup d’État du 24 juin 1932 au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/187-le-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html

 

188. Un autre récit du coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/188-un-autre-recit-du-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html

 

Cf. Aussi A.68  Il y a 80 ans en Thaïlande,  le 24 juin 1932, coup d’État ou  complot ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-a68-il-y-a-80-ans-en-thailande-le-24-juin-1932-coup-d-etat-ou-complot-107278519.html

 

 (10) La tentative de coup d’État royaliste du 11 octobre à fin octobre 1933 du Prince Boworadet.

A 383  - H 57 - LA RÉBELLION DU PRINCE BOWORADET D'OCTOBRE 1933 DANS SON   CONTEXTE GÉOPOLITIQUE  EUROPÉEN  ET  SIAMOIS

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/07/a-383-h-57-la-rebellion-du-prince-boworadet-d-octobre-1933-dans-son-contexte-geopolitique-europeen-et-siamois.html

 

(11) Les relations franco-thaïes, Entre les deux guerres, 7

http://www.alainbernardenthailande.com/article-29-les-relations-franco-thaies-l-entre-deux-guerres-67544057.html

 

Le Parti se divisera en de nombreuses factions tant les intérêts, les convictions politiques étaient divergentes. Finalement s’affronteront le chef des « civils » Pridi et le chef des « militaires » le futur Maréchal Phibun.  Six premiers ministres sortiront néanmoins de ses rangs et les  principaux leaders domineront la vie politique thaïlandaise pendant deux décennies.

 

(12) 189. 1 La constitution du 10 décembre 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/189-1-la-constitution-du-10-decembre-1932.html

189.2 La constitution du 10 décembre 1932. (Suite)

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/189-2-la-constitution-du-10-decembre-1932-suite-et-fin.html

 

Elle est divisée en 7 chapitres articulés du début jusqu’à la fin : Préambule (articles 1 et 2), Chapitre 1er : le Roi (articles 3 à 11), Chapitre 2 : Droits et devoirs des Siamois (articles 12 à 15), Chapitre 3 : L'Assemblée des représentants du peuple, Chapitre 4 : Le Conseil d'Etat, Chapitre 5: Les Tribunaux, Chapitre 6 : Dispositions finales, Chapitre 7 : Entrée en vigueur de la Constitution et dispositions transitoires.

 

Chapitre premier, le Roi.

 Article 1er : Le royaume du Siam est un et indivisible. Tous les Siamois, sans distinction de race ou de religion, ont un droit égal à la protection de cette constitution.

Article 2 : Le pouvoir souverain émane de la nation siamoise. Le Roi, qui est le chef de la nation, exerce le pouvoir conformément aux dispositions de la présente constitution.

Article 3 : La personne du Roi est sacrée et inviolable.

Article 4 : Le Roi doit professer la foi bouddhique. Il est le mainteneur de la religion.

Article 5 : Le Roi est le chef des forces siamoises.

Article 6 : Le Roi exerce le pouvoir législatif sur l'avis et avec le consentement de l'assemblée des représentants du peuple.

Article 7 : Le Roi exerce le pouvoir exécutif par l’intermédiaire du Conseil d'Etat.

Article 8 : Le Roi exerce le pouvoir judiciaire par l'intermédiaire des tribunaux dûment établis par la loi.

Article 9 : Sous réserve de l'approbation de l'Assemblée des représentants du peuple, la succession au trône: aura lieu conformément à loi sur la succession de l'an 2467 de l'ère bouddhique (1924).

Article 10 : S'il se propose de s'absenter du royaume ou si, pour une raison quelconque, il est dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, le Roi nomme un régent ou un conseil de régence avec l'approbation de l'assemblée des représentants du peuple. Si le Roi ne procède pas à cette nomination, ou s'il est dans l'impossibilité d'y procéder, l'Assemblée y procédera elle-même. En attendant la nomination d'un régent ou d'un Conseil de régence par l’Assemblée, le Conseil d'Etat exercera provisoirement les attributions du régent.

Article 11 : Les membres de la famille royale, à partir du rang de Mom Chao, par naissance ou par nomination, ne peuvent exercer de fonctions politiques.

 

(13) 190. LE PREMIER GOUVERNEMENT DE LA NOUVELLE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM (28 JUIN 1932 – 21 JUIN 1933)

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/07/190-le-premier-gouvernement-de-la-nouvelle-monarchie-constitutionnelle-au-siam-28-juin-1932-21-juin-1933.html

 

(14) 194. LE DEUXIÈME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON, DE L’ABDICATION DU ROI (2 MARS 1935)  AU 11 SEPTEMBRE 1938).

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/07/194-le-deuxieme-gouvernement-de-la-monarchie-constitutionnelle-au-siam-de-phraya-phahon-de-l-abdicationdu-roi-2-mars-1935-au-11-sept

192. LE DEUXIÈME GOUVERNEMENT DE LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE AU SIAM DE PHRAYA  PHAHON (24 JUIN 1933 - 11 SEPTEMBRE 1938).

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/192-le-deuxieme-gouvernement-de-la-monarchie-constitutionnelle-au-siam-de-phraya-phahon-24-juin-1933-11-septembre-1938.html

(15) A 383  - H 57 - LA RÉBELLION DU PRINCE BOWORADET D'OCTOBRE 1933 DANS SON   CONTEXTE GÉOPOLITIQUE  EUROPÉEN  ET  SIAMOIS.

ww.alainbernardenthailande.com/2020/07/a-383-h-57-la-rebellion-du-prince-boworadet-d-octobre-1933-dans-son-contexte-geopolitique-europeen-et-siamois.html

 

(16) Des élections. Après l’échec de la tentative du coup d’État du Prince Boworadet et l’épuration politique des opposants, le gouvernement avait procédé à l’élection de 78 représentants du peuple pour la moitié des membres de l’Assemblée, l’autre moitié devait être  nommé par le roi sur une liste et comprenait donc 78 membres également dont 45 officiers militaires et cinq de la Marine. ( Il ne crut pas devoir en user et fit preuve, en la circonstance, d'une hautaine indifférence.) Le 15 octobre Chao Praya Thammasak devenait le Président de l’Assemblée. (Il avait déjà occupé ce poste en 1932).

 

(17) 193 - LE ROI RAMA VII DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/07/193-le-roi-rama-vi-de-son-abdication-a-sa-mort-et-au-retour-de-ses-cendres-en-thailande.html

 

Cf. Aussi :

178. Introduction au règne de Rama VII (Prajadhipok) (1925-1935).

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/178-introduction-au-regne-de-rama-vii-prajadhipok-1925-1935.html

 

179. Ce que nous savons déjà de Rama VII et de son règne. (1925-1935).

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/179-ce-que-nous-savons-deja-de-rama-vii-et-de-son-regne-1925-1935.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 22:09

 

Le prince Vajiravudh  est né le 1er janvier 1881 et est le fils de la reine Saovabha.  Il deviendra le prince héritier en 1894  à la mort de son demi-frère   Vajirunhis et roi à la mort  de son père, le roi Chulalongkorn le 23 octobre 1910, après 42 ans de règne. Il est sacré roi le 11 novembre 1911 et va régner 15 ans  jusqu'à sa mort le 25 novembre 1925. Il a alors 44 ans.

 

 

Nous avions vu que le roi Mongkut (Rama IV) ouvert à la science et à la langue anglaise avait donné une éducation occidentale à ses enfants ; que son fils, le roi Chulalongkorn (Rama V) en avait profité et avait « entrepris des réformes dans les domaines de l'administration, de l'économie, de l'éducation, de la science, qui ont transformé la société traditionnelle et posé les fondations d'un État moderne » (UNESCO), en s'inspirant du modèle européen. Il avait d'ailleurs accompli deux voyages en Europe. Le 1er, officiel de 5 mois, en 1897 (14 mai-26 octobre), le second, officieux de huit mois, du 27 mars au 6 novembre 1907 durant lesquels il avait été ouvert et curieux à la « modernité » européenne, évaluant ce qui peut être importé sans oublier les valeurs siamoises. Il avait pris conscience que la construction de ce nouvel appareil d’État nécessitait de promouvoir une nouvelle instruction pour les Princes et les élites et de former des fonctionnaires pour gérer ces nouvelles tâches et créé l'Éducation nationale pour son peuple. Aussi avait-il envoyé le Prince  Vajiravudh étudié en Angleterre dès l'âge de 11 ans de 1891  jusqu'à janvier 1903.  Cette éducation anglaise sera déterminante pour le Prince dans ses choix culturels et politiques. Mais n'anticipons pas.

 

 

Nous avons consacré plus de 20 articles à Rama VI dans « Notre histoire de la Thaïlande » et  4 autres articles dans d'autres catégories, que nous avons résumé  dans « Que savons-nous de Rama VI (1910-1925) ? » (Cf. (1)) Vous pourrez voir en « notes et références » les liens qui vous permettront d'en savoir plus.

 

 

L’éducation anglaise du roi Rama VI. (2) (1891-1902)

 

Un événement dans l’histoire du Siam : pour la première fois, un futur roi siamois allait étudier à l’étranger. En effet, il partit en Angleterre en 1891. (Vella dit qu’il part en Angleterre en 1893, à l’âge de 12 ans, et qu’il y restera 9 ans). On sait peu de choses sur sa formation, sinon qu'il suivit une formation militaire en 1898 au Collège Militaire Royal de Sandhurst ; et en 1899-1901, étudia le droit et l’histoire à la Christ Church d’Oxford. Il reviendra au Siam en janvier 1903,  après avoir assisté, à la demande de son père, au couronnement du roi Edward VII en mai 1902

 

 

 

 

et à celui d’Alphonse XIII le 9 août 1902.

 

 

On ne peut que supposer qu'il reçut un enseignement général, des cours d’anglais, qu’il maîtrisera, des cours d’allemand et de français, qu’il sera capable de parler. On peut surtout deviner son goût pour la lecture et l’écriture, sachant que durant son séjour anglais, le prince Vajiravudh  a créé et publié deux revues, l’une destinée aux enfants,  The Screech Owl  et l’autre aux Siamois qui résidaient dans ce pays,  The Looker-On. Il a par ailleurs composé, à cette période, une quarantaine de poésies, en anglais et en français.   Talents qu’il développera plus tard dans l’écriture, la traduction et l’adaptation de pièces de théâtre anglaises et françaises, en important et en adaptant des formes dramatiques occidentales. 

 

Le prince a dû aussi fréquenter des gens illustres et cultivés, qui ont compté pour son éducation et sa culture. Il a partagé leurs « us et coutumes », leurs lectures, leurs sorties (théâtre, restaurants), leurs clubs... 

 

 

...leurs sports élitistes (l’équitation, le tennis) ; rencontré et fréquenté les familles royales et nobiliaires lors de ses vacances (France, Belgique, Italie, Hongrie, Espagne, Russie). (Cf. notre article 158. Les vacances  en France du futur roi Rama VI.)

 

 

1903-1910. Le Prince héritier.

 

Le prince Vajiravudh revient donc au Siam en janvier 1903. Walter F. Vella (3) nous apprendra qu’il se verra confier, en tant que prince héritier, de nombreuses responsabilités comme inspecteur général des armées, commandant de la garde royale, secrétaire privé du roi Chulalongkorn, président de la Bibliothèque Nationale, etc.  Il accompagnera son père au Conseil des Ministres, aura accès aux documents ministériels ; assurera même un intérim de ministre de la Justice (quand ?). Il deviendra le Régent du royaume de mars à novembre 1907, durant le séjour du roi Chulalongkorn en Europe, qui continuera néanmoins à prendre les décisions.

 

 

Mais si le prince accomplit ses tâches de prince héritier, il sera surtout intéressé par le théâtre (écriture, mise en scène, acteur), la pratique de la danse classique, la production littéraire et journalistique, et … les jeux de simulation surtout ceux liés à la guerre et aux utopies d’organisation politique.

 

Après la mort de son père, le 23 octobre 1910, il devient le roi Rama VI. Il est sacré roi le 11 novembre 1911.

 

En ce début de règne, on voit un roi qui  a des idées assez précises  sur l’éducation de l’élite, la formation de ses fonctionnaires, de la jeunesse. Un roi qui à travers la création institutionnelle des « Tigres sauvages » et des scouts va mettre en œuvre une idéologie nationaliste.

 

 

 

Son premier acte en tant que roi est de construire le Collège des pages royaux conçu pour y recevoir une éducation sur le même modèle qu’Eton et Harrow.

 

 

Le roi définira lui-même le profil attendu. (Plus tard, il va aussi fonder – sur ses propres fonds - une école d’administration pour les futurs fonctionnaires (Chulalongkorn Academy for Civil Officials) et l’Université Chulalongkorn. En 1912, il va aussi créer le premier hôpital public, l’hôpital Vajira, et le second en 1914, l’hôpital Chulalongkorn.)

 

 

Rama VI créé donc officiellement, six mois seulement  après  le  début  de son règne  le corps paramilitaire des  « Tigres sauvages » เสือป่า (sueapa) le 1er mai 1911,  et  le 1er juillet 1911, le mouvement des Scouts, les  « tigreaux » ลูกเสือป่า (luksuea), réservé aux mineurs. Ils émanent directement du scoutisme fondé par Lord Robert Baden Powell en 1907, avec les premières compagnies d’éclaireurs organisées en 1909.

 

 

Les  « Tigres sauvages ». (Cf. Notre article (4))

 

Les « Tigres sauvages » devenaient non seulement la garde prétorienne du roi, mais aussi le meilleur véhicule pour développer ses idées nationalistes, créer un nouvel esprit national, l’esprit des « Tigres sauvages », et promouvoir un nouvel homme, un citoyen/soldat. Une organisation mise au service d’une pensée politique visant la défense de son pays, face aux appétits coloniaux des puissances européennes. (5)

 

Outre les discours,  le roi écrivait leurs chants, dessinait leurs uniformes, organisait leurs parades, leurs manœuvres ; définissait toutes les règles, donnait les instructions, tous les ordres par écrit. Il contrôlait tout, chaque détail.

 

A la fin de 1911, 4 compagnies avaient été formées à Bangkok, et chaque  gouvernement provincial (monthon) avait créé une compagnie. On ne comptait qu’environ 1000 tigres sauvages à la fin de 1912.  Ils étaient au nombre de 10 000 environ en 1924.

 

 

Le mouvement des Scouts (les tigreaux, les luksuea). (5)

 

Le mouvement des Scouts est créé le 1er juillet 1911 par Rama VI, et sera intégré au cursus scolaire dès 1913. Sa progression fut rapide et en 1922, on pouvait compter 21 500 scouts dans 177 compagnies.

 

Le mouvement fut conçu comme la branche junior des Tigres royaux. Le roi en énuméra les principes basés sur la fidélité au souverain, l’amour de la Nation, et la loyauté à la communauté. Il indiquait qu’il s’agissait bien d’enseigner au plus jeune âge les qualités patriotiques défendues par les Tigres sauvages. Ils prenaient part aux exercices, aux parades et participaient aux manœuvres annuelles. Ils avaient également leurs exercices et pratiques spécifiques (camping, aide aux personnes, aux pompiers, travaux manuels de menuiserie, tissage, etc.).

 

Ce mouvement est toujours intégré aujourd’hui au cursus des écoles, sur la base du volontariat et le roi est leur Chef. Ils seraient  près de 1,5 million à prêter le serment devant le drapeau à « obéir aux chefs, être loyal au pays, la religion bouddhiste et au roi.

 

 

Les critiques et le coup d’État avorté de 1912. ( (4) et (6))

 

Le total investissement du roi dans la création, l’organisation, et le développement de cette nouvelle « institution » des Tigres sauvages, parallèle aux corps constitués et qui transgressait la hiérarchie établie ne pouvait que susciter jalousies, ressentiments, critiques, et donner des arguments à ceux qui visaient un renversement de régime.

 

Les critiques circulaient. Un groupe songeait à une république avec le Prince Ratchaburi comme président, et deux autres groupes songeaient à une monarchie constitutionnelle avec à sa tête,  Chaofa Boriphat (alias Paribatra) pour l’un

 

 

et Chaofa Chakraphong  pour l’autre.

 

 

Pendant que le roi était à ses manœuvres en février 1912 avec ses Tigres au camp de Ban Pong, le Prince Chakrapong fut informé de la préparation d’un coup d’État, et fit rapidement arrêter 106 « conspirateurs » le 1er mars 1912. Le 4 mars le Bangkok Times en donnait l’information. Deux mois après, ils étaient jugés : trois hommes  avaient été condamnés à mort, 20 à l’emprisonnement à vie, 32 à des sentences de 20 ans, 7 à 15 ans, 30 à 12 ans.  Le roi commua ses peines et condamna à la prison les 3 premières catégories. Il les graciera en 1924. Ce fut une sérieuse alerte pour le roi.

 

 

Le « nationalisme » de Rama VI  face à deux modèles : le modèle « occidental » et le modèle « siamois ». (Cf. Nos trois articles. (7).)

 

Le livre magistral de Walter F. Vella, « Chaiyo ! King Vajiravudh and the development of Thai nationalism » répond à ceux qui  vilipendent son « nationalisme »  ne retenant que son essai anti-chinois de juillet 1914 publié dans le Siam Observer, intitulé « Les Juifs de l’Orient », concernant les Chinois installés au Siam, ou ne voyant dans sa politique « qu’une politique d’exclusion, d’opposition à l’étranger, de repli sur une identité nationale figée. ».

 

 

Le roi sait qu’on lui reproche d’être trop pro-occidental, à cause de ses études effectuées en Angleterre, de certains de ses goûts, de l’anglais qu’il parle,  mais il nous invite à ne pas se fier à son extérieur, et de voir à l’intérieur « une chair très thaïe ». Il est, affirme-t-il, profondément attaché aux traditions de son pays et s’il est ouvert à certaines coutumes occidentales, ce n’est qu’en pensant au bonheur et au bien-être de son peuple. Son désir le plus grand est que la nation ne perde pas ses idéaux. (« Sapsat »)

 

Le roi a souvent défini ce qu’il fallait entendre par « Nation ». Le Siam n’est pas seulement un pays (prathet thai ou muang thai) avec une population thaie (chao thai ou phonlamuang thai) mais une nation (chat thai) avec sa propre identité. Les Thaïs, dit-il, doivent savoir ce qui constitue une nation et la Thainess. Ils doivent savoir que les Thaïs sont différents des autres pays, avec leur histoire, leur art, leur langage, leur littérature, leur religion bouddhiste, leur amour du roi, leur esprit de guerrier libre.

 

 

Ils ne doivent pas déprécier leur nation  au nom d’une excessive admiration de l’occident et des Européens, avait-il écrit  dans un essai intitulé Clogs on our Wheels, (Bangkok, in Siam Observer, 1915).

 

De même  le roi va justifier son message nationaliste avec la différenciation entre les Thaïs et les Chinois dans un essai publié en juillet 1914,  « Les Juifs d’Orient ». Ce texte sera critiqué par la comparaison qu'il fait entre les juifs d'Europe à travers plusieurs stéréotypes antisémites  et les Chinois de Thaïlande. Mais il s’agissait pour le roi, de rappeler, une fois de plus, ce qu’était un vrai Thaï : une personne qui parle thaï, qui est loyal à son roi, sa religion et son pays.  (in Kwampen chat doi thae ching) Pour lui, un Chinois restait un Chinois, prêt à quitter le pays au moindre trouble. D’ailleurs, remarquait-il,  ils vivent en communauté, parlent chinois, sont impliqués dans les sociétés secrètes. ( Cf. La grève générale de 3 jours des Chinois en 1910)

 

 

Il développera l’éducation nationale, avec la loi de 1920 sur l’éducation primaire suivie en 1921 de la loi rendant la scolarisation obligatoire pour tous les enfants de 7 à 14 ans qui a permis d’initier un enseignement sur la base de programmes écrits basés sur la moralité et la construction de la Nation.

 

Rama VI et l’économie du Siam. (Tiré de notre article (8))

 

Rama VI avouait en 1912 peu connaître l’économie et encore moins la finance (In A Siam Miscellany), estimant que son étude servait peu, au vu que les riches n’étudient jamais la politique économique, et que les économistes ne devenaient jamais riches. Mais son ambition nationaliste ne pouvait faire fi de la nécessité du développement du Siam, des moyens de sa défense et de maintenir son pays dans une relative autonomie économique ; Et son pouvoir absolu ne pouvait le faire renoncer au budget royal. Mais les crises financières sérieuses, comme celles de 1913, et de 1919-1923,  lui monteront les  tristes « réalités économiques ».

 

lI explicitera à plusieurs reprises ces idées, notamment dans un essai en 1915 intitulé « Réveilles-toi, Siam » qui était consacré aux dimensions économiques de sa politique nationaliste. Il estimait que son peuple produisait ce dont il avait besoin, mais que l’augmentation des importations étrangères et  l’immigration excessive de travailleurs chinois, avaient  causé la perte de nombreuses manufactures thaïes et  remplacé la main-d’œuvre thaïe, et ceci d’autant plus facilement que  les Thaïs -disait-il-  « par nature n’aiment pas le dur travail ».

 

 

Cet appel national à ces concitoyens s’expliquait par la conscience qu’il avait des ressources limitées du gouvernement et au fait  que la défense du pays était la priorité nationale. Terwiel (8) cite Cook qui estimait en 1925, que le Siam consacrait 23,3% de son budget pour sa défense et que 10,7 % était réservé aux dépenses royales, auxquelles il fallait ajouter d’autres dépenses royales que l’on inscrivait dans d’autres lignes du budget.

 

Trois réformes seront engagées ayant pour objectifs d’encourager l’autosuffisance.

 

La première fut l'introduction de l’apprentissage de l’artisanat dans les écoles. La seconde visait à fournir aux paysans une source de crédit pour les rendre moins dépendants des usuriers chinois. Une loi du 1er avril 1913 proclamait la création de la Banque Nationale de Crédit ; Et en 1916, fut créé la première coopérative qui regroupait en 1922, une soixantaine de sociétés.  La troisième réforme visait à soutenir la création de grandes entreprises thaïes, mais la seule qui connut un succès fut la Compagnie de Ciment du Siam fondée en 1913, qui avait pour objectif de couvrir tous les besoins du Siam en ciment. Objectif qui fut atteint à la fin du règne.

 

 

Mais le Siam allait connaître une grave crise financière de 1919 à 1923.

 

Déjà en 1917 (Terwiel dit 1916),  une spéculation sur les pièces en argent avait coûté cher au gouvernement, qui dut se résoudre à l’alliage, puis à l’interdiction de son exportation et enfin en 1918 à son remplacement par du papier monnaie. « La crise financière fut intensifiée par la « crise du riz », provoquée par le stockage du riz réalisé par les marchands chinois l’achetant en vue de l’exporter à Singapour qui était alors le plus grand marché de la Région. Cette spéculation ne pouvait que provoquer la hausse des prix et le mécontentement des habitants des villes et surtout de Bangkok. Le gouvernement fut contraint de taxer le riz à l’exportation avec les réactions prévisibles des traders chinois, et d’imposer une nouvelle taxe qui s’appliquait même à la famille royale. Cette taxation fut même la cause d’une révolte à Pattani en 1922 qui fut « réglée » par le régiment de Natron Si Thammarat. 

 

Terwiel considère que le roi pendant cette période avait laissé ses administrateurs régler la crise, préférant se retirer dans « son monde imaginaire » et user de ses dépenses, comme il l’entendait.

 

D'autres événements marqueront le règne, comme  le passage  « en douceur » au système métrique entre 1912 et 1923 (Cf. Notre article (9)) ;

 

 

la création de l’État-civil  (rendu nécessaire depuis l'abolition de l'esclavage en 1905 pour les ex-esclaves qui en étaient dépourvus.  Cf. Le système mis en place par Rama VI pour l'attribution des noms de famille นามสกุล (namsakoun) dans notre article (10)) ;

 

 

Et la romanisation du thaï (11).

 

 

Mais un autre événement aura des conséquences importantes pour l’indépendance et la souveraineté du Siam : Le 22 juillet 1917,  le roi Vajiravudh  déclare  la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. (12)

 

On peut penser que la décision du Président des États-Unis Woodrow Wilson de déclarer la guerre à l'Allemagne en avril 1917, au côté de l’Entente, a joué un rôle important dans sa décision.

 

Le Siam envoya une petite force expéditionnaire de 1284 volontaires, sous le commandement du général Phya Pijaijarnrit qui arrive à Marseille le 9 août 1918. Certains furent envoyés à l'École de bombardement du Crotoy, d'autres à l'école de reconnaissance de Chapelle-la-Reine, à l'école de tir de Biscarosse, et à l’école de chasse de Poix et le personnel de l’armée  de l’Air commença à se former dans les écoles françaises de pilotage d’Avord et d’Istres. Plus de 95 hommes furent brevetés pilotes.

 

 

Une unité médicale d’infirmières siamoises est signalée sur le front occidental et Claire Tran (in CNRS/le Journal du 9/11/2018) assure qu'un seul groupement automobile siamois partit sur le front, non loin de Verdun en septembre 1918 mais apparemment ne participa à aucun engagement. Après l’armistice, le groupement siamois fut chargé d’occuper la ville de Neustadt dans le Palatinat et à la fin de la guerre, il participa aux défilés à Paris, Bruxelles, et Londres. Le dernier groupement siamois rentra au Siam  le 21 septembre 1919. 19 soldats siamois décéderont sur le front occidental, de maladies, d’accidents et de froid lors de leur participation à l’occupation en 1919 (La France avait perdu 1.350.000 hommes, la Grande-Bretagne 1.150.000 hommes et probablement quatre fois plus de blessés plus ou moins gravement.)

 

Le monument aux morts de Bangkok

 

 

Le 11 novembre 1918, l’armistice est signé, déclarant la fin de la première guerre mondiale. Le Traité de Versailles du 28 juin 1919, entré en vigueur le 10 janviers 1920, déterminera les frontières de plusieurs pays, et créa la Société des Nations.

 

 La Section III, consacré au Siam comporte trois articles :

 

Article 135. L'Allemagne reconnaît comme caducs, depuis le 22 juillet 1917, tous traités, conventions ou accords passés par elle avec le Siam, ensemble les droits, titres ou privilèges pouvant en résulter, ainsi que tout droit de juridiction consulaire au Siam.

Article 136. Tous biens et propriétés de l'Empire ou des États allemands au Siam, à l'exception des bâtiments employés comme résidences ou bureaux diplomatiques ou consulaires, seront acquis de plein droit au Gouvernement siamois, sans indemnité.

Les biens, propriétés et droits privés des ressortissants allemands au Siam seront traités conformément aux stipulations de la partie X (Clauses économiques) du présent traité.

Article 137. L'Allemagne renonce à toute réclamation, pour elle ou ses nationaux, contre le Gouvernement siamois relativement à la saisie des navires allemands, à la liquidation des biens allemands ou à l'internement des ressortissants allemands au Siam. Cette disposition ne doit pas affecter les droits des parties intéressées dans le produit d'aucune de ces liquidations, ces droits étant réglés par les dispositions de la partie X (Clauses économiques) du présent traité. Il permettait ainsi au Siam de conserver à titre de dommages de guerre pas moins de 11 navires appartenant à la compagnie “North German Lloyd” (LGN).

 

 

En janvier 1920, le Siam devenait un des membres fondateurs de la Société des Nations. Rama VI assurait ainsi  une garantie internationale pour l’indépendance et  l’intégrité du Siam.  

 

 

Le 1er septembre 1920, les États-Unis abandonnèrent leurs droits d’extraterritorialité au Siam. Après cinq années de négociation, la France  (février1925) et la Grande-Bretagne (juillet 1925) renonçaient aussi à leurs droits d’extraterritorialité, aux traités inégaux  leur accordant le « Droit de Protection consulaire » qui donnaient (par exemple l’article 7 du traité de 1893) aux Français mais aussi  à ceux qui dépendaient du « Protectorat français »comme les Annamites, les Laotiens, les  Cambodgiens (Cf. les Chinois et Japonais inscrits), la liberté de circuler et de commercer librement sans payer de droits de douanes. Le 12 janvier 1926, la France et le Siam signaient un traité d’amitié, de commerce et de navigation.

 

Mais  Rama VI, fut avant tout écrivain, traducteur, journaliste, promoteur de la littérature au Siam. (13)  « Un roi par hasard, un écrivain par vocation » dira Inthano.

 

Tout au long de son règne Rama VI interviendra via des discours, essais, articles de journaux, poèmes, et pièces de théâtre, sur la scène politique et sociale de son royaume, pour défendre sa politique nationaliste, le bouddhisme, le passé glorieux du Siam, mais aussi sur l’état-civil, l’éducation nationale, le statut des femmes, le bien-fondé de ses Tigres sauvages, l’autosuffisance alimentaire, etc. Mais sa passion restera la culture et la littérature, avec la traduction d’œuvres aussi glorieuses que celles de Shakespeare et de Molière, et leurs adaptations pour  un public siamois, et la création de sa propre œuvre avec poèmes, pièces de théâtre.

 

 

 

Son œuvre est immense.  (Cf. Liste restreinte dans notre article (13))

 

Terwiel a pu compter par exemple 34 pièces de théâtre originales et 36 pièces traduites ou adaptées. Inthano, lui, évoque une édition d’une  centaine d’œuvres identifiés par ML Pin Malakul, intitulée « Cent pièces de théâtre du roi Vajiravudh », qui joueront un rôle fondamental dans la promotion de l’importation des formes littéraires occidentales et dans l’institutionnalisation de la littérature au Siam.

 

Un roi prolifique qui connaissait également la littérature sanscrite et hindoue, et traduisait de multiples histoires tirées du Ramayana et du Mahabharata, et écrivait des pièces qui en sont inspirées. Et nous n’oublions pas le journaliste nationaliste virulent, auteur de multiples articles non seulement dans son journal, le Dusit Samit mais aussi dans le หนังสือพิมพ์ไทย nangsuphimthai (tout simplement « le journal thaï ») ou encore le Siam Observer, journal fondé au début du XXème dans lequel il avait probablement des intérêts financiers, sous son nom de plume de อัศวพาหุ Atsawaphahu (que l’on peut traduire par « le cheval qui fait peur »).

 

 

Un roi qui en 1918 encouragera les publications littéraires et fondera l’hebdomadaire Dusit Samit, dans lequel il laisse place à la liberté d’expression des auteurs, avec des textes littéraires ainsi que de nombreuses satires humoristiques qui seront publiés dans ce magazine jusqu’en 1921». (p.46, in   Louise Pichard-Bertaux, « Écrire Bangkok : la ville dans la nouvelle thaïe contemporaine,  Connaissances et Savoirs, 2010.)

 

On ne peut qu’être impressionné par l’activité littéraire, de « traducteur » des œuvres occidentales, de journaliste engagé, et de promoteur de la littérature siamoise. Certains le lui reprocheront dans la mesure où la vocation littéraire du roi se faisait, selon eux, au détriment des intérêts de l’État.

  

Roméo et Juliette

 

 

Nous avons au fil des articles prouvé le contraire et montré sa détermination à défendre son royaume, moderniser son pays, fonder l’école primaire obligatoire pour tous, redonner au Siam sa souveraineté pleine et entière, en devenant membre fondateur de la Société des Nations en 1920.

 

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) 155. Que savons-nous de Rama VI (1910-1925) ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-155-que-savons-nous-de-rama-vi-1910-1925-124661814.html

Résume 4 articles :

28. Les relations franco-thaïes : La première guerre mondiale.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-28-les-relations-franco-thaies-la-1-ere-guerre-mondiale-67543426.html

Notre article 9 sur le nationalisme

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html

A86. Le coup d’État manqué de 1912 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a86-le-coup-d-etat-manque-de-1912-112832034.html

 

Cite nos principales sources :

BAFFIE, Jean. Présentation : Un règne de transition encore trop peu étudié. In: Aséanie 11, 2003. pp. 157-162. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_2003_num_11_1_1777

 

VELLA, Walter F. 1978 - Chaiyo! King Vajiravudh and the development of Thai nationalism,  Honolulu, The University of Hawaï Press, 348 p.

 

GREENE, Stephen Lyon Wakeman 1999 - Absolute  Dreams.  Thai government  under Rama  VI, 1910-1925,  Bangkok, White Lotus, 224 p.

 

FINOT, Louis, « Notes de voyage sur le Siam » (Causerie faite à la Société de Géographie de Hanoi le 11 Mars 1924) In: Aséanie 11, 2003. pp. 163-183.

 

Inthano Theeraphong, « L’influence occidentale sur le développement du théâtre siamois. Le cas du roi Vajiravudh (1910-1925) », thèse soutenue le 23 juin 2013 à l’INALCO.

 

(2) 59. L’éducation anglaise du roi Rama VI.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-159-l-education-anglaise-du-roi-rama-vi-125066391.html

Qu’avait-il bien pu apprendre de 11 ans à 16 ans ? Quelle fut sa formation militaire reçue au Collège Militaire Royal de Sandhurst en 1898 (il a alors 18 ans) ? Quels cours de droit et d’histoire avait-il suivi à la Christ Church d’Oxford de 1899 à 1891 ? Pourquoi y avait-il écrit un mémoire intitulé « The war of the polish Succession » ?

 

(3) VELLA, Walter F. 1978 - Chaiyo! King Vajiravudh and the development of Thai nationalism,  Honolulu, The University of Hawaii Press, 348 p.

 

(4) 162. Les  « Tigres sauvages » de Rama VI (1910-1925).

Basé sur le livre de Walter F. Vella,  en ses chapitres trois et quatre.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-162-les-tigres-sauvages-de-rama-vi-1910-1925-125174342.html

En plus des parades, l’activité la plus importante était la participation des « Tigres sauvages » aux grandes manœuvres annuelles, sachant qu’ils devraient venir en soutien à l’armée en cas de guerre. Le roi y participait ainsi que des ministres et des autorités. La première eut lieu à Nakhon Pathom du 20 janvier au 2 mars 1912. En 1913, des unités de l’armée vinrent se joindre à ces manœuvres. En 1914, du fait de la guerre mondiale, les objectifs ont bien sûr changé et les « Tigres sauvages » furent organisés pour devenir une seconde ligne de défense. Le roi écrivit un essai en octobre 1914 qui précisait les rôles dévolus aux « Tigres sauvages » et aux Boys scouts en temps de guerre. ( Chotmaihet suapa (CMHSP 7, n°6)

Lors de 11 conférences sur le bouddhisme (26 avril 1914 au 13 septembre 1914) , le roi  rappelait à ses « tigres sauvages que chaque race et pays se devaient d’avoir un but afin d’être brave et être prêt à se sacrifier pour défendre sa race, sa religion et son roi. Si la religion était le meilleur moyen de montrer la  voie à suivre, il allait expliquer aux Tigres que le bouddhisme était la meilleure. Et il exposait ensuite, entre autres,  le bien-fondé du bouddhisme pour les Siamois par rapport au christianisme et à l’Islam ; les différents préceptes que les Tigres devaient  suivre.    

 

(5) 163. Rama VI crée le mouvement des Scouts en 1911.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-163-rama-vi-cree-le-mouvement-des-scouts-en-1911-125174353.html

 

(6) A86. Le coup d’État manqué de 1912 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a86-le-coup-d-etat-manque-de-1912-112832034.html

 

(7) 168. Le « nationalisme » de Rama VI (1910-1925).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-168-le-nationalisme-du-roi-rama-vi-1910-1925-125257916.html

 

 Rama VI face à deux modèles  le modèle « occidental » et le modèle « siamois ».

1. Le modèle occidental. http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/170-rama-vi-face-a-deux-modeles-le-modele-occidental-et-le-modele-siamois.html

2. le modèle siamois. ww.alainbernardenthailande.com/2015/02/1-171-rama-vi-face-a-deux-modeles-le-modele-occidental-et-le-modele-siamois-2-le-modele-siamois.html

 

Cf. aussi notre article 9 sur le nationalisme : http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html

 

(8) 172. Rama VI et l’économie du Siam. (1910-1925)

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/172-rama-vi-et-l-economie-du-siam-1910-1925.html

Là encore nos sources sont tirées du livre de  Walter F. Vella, « Chaiyo ! King Vajiravudh and the development of Thai nationalism », et du chapitre intitulé “Economic Nationalism” (pp.167-175, 7 pages et demie)

 

 

Et aussi de B.J. Terwiel, « Thailand’s Political History, From 13yh century to recent times », River Books, 2011. Cf. Chapitres : “Siam’s Financial Crisis” et “The King and the Government” (pp. 244-247)

 

(9)166. Le Siam passe « en douceur » au système métrique entre 1912 et 1923.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-166-le-siam-passe-en-douceur-au-systeme-metrique-entre-1912-et-1923-125174367.html

 

(10) 69. Rama VI crée l'Etat civil siamois.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/169-rama-vi-cree-l-etat-civil-siamois.html

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/169-rama-vi-cree-l-etat-civil-siamois.html

 

(11) 165. Le roi Vajiravudh et la romanisation du thaï.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-165-le-roi-rama-vi-et-la-romanisation-du-thai-125174362.html

 

(12) 164. Le Siam participe à la 1ère Guerre mondiale. Les conséquences pour le Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-164-le-siam-particpe-a-la-1ere-guerre-mondiale-125175819.html

28. Les relations franco-thaïes : La première guerre mondiale.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-28-les-relations-franco-thaies-la-1-ere-guerre-mondiale-67543426.html

 

A 176 - พวกเขาถึงตายทำไม ? LE MÉMORIAL DE BANGKOK A LA MÉMOIRE DES 19 MILITAIRES SIAMOIS MORTS AU COURS DE LA GRANDE GUERRE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/le-memorial-de-bangkok-a-la-memoire-des-19-militaires-siamois-morts-au-cours-de-la-grande-guerre.html

 

H 20 - UNE AUTRE VISION DE LA PARTICIPATION DES SIAMOIS A LA 1ERE GUERRE MONDIALE EN 1917.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/h-20-une-autre-vision-de-la-participation-des-siamois-a-la-1ere-guerre-mondiale-en-1917.html

 

H 30- LE ROI VAJIRADUDH OU L'HISTOIRE D'UN RÊVE MILITAIRE CONTRARIÉ.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/05/h-30-le-roi-vajiradudh-ou-l-histoire-d-un-reve-militaire-contrarie.html

 

(13) 173. Rama VI, écrivain, traducteur, journaliste, promoteur de la littérature au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/173-rama-vi-ecrivain-traducteur-journaliste-promoteur-de-la-litterature-au-siam.html

 

Cf. aussi :

176.  La fin du régime des capitulations au Siam en 1925.

177. Le Siam de Rama VI retrouve tous ses droits souverains en 1925.

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27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 13:23

 

 

LE ROI CHULALONKORN  (RAMA V) 1868-1910.

 

 

 

Chulalongkorn est né à Bangkok le 20 septembre 1853. Il est le fils aîné du roi Mongkut (Rama IV) et de la reine Debsirindra. Le prince a 15 ans lorsque son père meurt le 1er octobre 1868 des suites de la malaria contractée lors d’une expédition menée pour observer l’éclipse de soleil du 18 août 1868.

 

 

 

Un Conseil de régence présidé par Chao Praya Sri Suriyawongse, l’ancien premier ministre de son père Rama IV, le fait roi  le 11 novembre 1868. Sri Suriyawongse va diriger le pays jusqu’au 16 novembre 1873, et céder  le pouvoir à la majorité du roi. 

 

 

 

 

 

Rama V va régner pendant 42 ans jusqu’à sa mort, le  23 octobre 1910,  après avoir eu 77 enfants, de 36 de ses 92 femmes (dont ses quatre demi-sœurs). C’est le grand-père de Rama IX.

 

 

 

Le roi Chulalongkorn fait l’objet d’un véritable culte en Thaïlande.

 

 

Le jour de sa mort, le 23 octobre (1910) est un jour férié et est l’occasion de lui rendre hommage.

 

 

 

 

Il est considéré comme le père de la Nation, « le roi réformateur », celui qui « a entrepris des réformes dans les domaines de l'administration, de l'économie, de l'éducation, de la science, qui ont transformé la société traditionnelle et posé les fondations d'un Etat moderne », comme le dit un communiqué de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) à l'occasion du 150e anniversaire de sa naissance.

 

 

En effet, les 42 années de règne du roi Chulalongkorn vont marquer une rupture  entre le Siam dit « traditionnel » et le  Siam « moderne ».

 

 

 

Le roi va  réorganiser son  pays en un État national centralisé, avec l'aide de ministres siamois exceptionnels pour la plupart ses frères ou demi frères  (Le Prince Damrong et le Prince Dévawongse entre autres)  et  plus de 300 conseillers européens, et dans la ligne de la grande réforme de 1897, créer pour chaque circonscription administrative une administration judiciaire, un système éducatif, une police et une armée … et  une administration fiscale, avec un service du cadastre qui  fut effectif dans l'ensemble du pays en 1910. (Cf. (1)).

 

 

Il va transformer profondément son royaume en créant de nouvelles institutions et en mettant en œuvre des réformes importantes comme : 

 

]

la création de l'éducation nationale, de la poste, du télégraphe et du chemin de fer ; la loi sur la conscription en 1905,  la réorganisation du système judiciaire, la création d'un nouveau  code pénal en 1908 selon le modèle européen ; un budget d’Etat en 1909, etc ;  et les deux réformes les plus « révolutionnaires »: la  suppression de la corvée royale en 1900, et l'abolition progressive puis définitive de l’esclavage en 1905.

 

 

Mais durant son règne, ses relations diplomatiques et commerciales avec l'Occident (Cf. Tous les traités signés avec les nations européennes) et le développement d’une économie monétaire, avec le rôle prépondérant tenu par les Chinois, et le développement d’une classe de fonctionnaires et de militaires, vont également transformer  la société siamoise. (Pour en savoir plus. Cf.19).

 

 

 Nous avons consacré vingt-et-un articles (Plus de 250 pages) à ce long règne, en nous appuyant sur de nombreuses sources, dont nous vous donnons en notes quelques liens  que nous ne pouvons pas tous reprendre dans le cadre d'un seul article. Il vous appartiendra donc de choisir ce que vous voulez approfondir. Nous nous limiterons -ici- à quelques faits et observations, concernant la politique intérieure et extérieure et la personnalité du roi Chulalongkorn.

 

 

En effet,  le roi Chulalongkorn est une personnalité hors du commun. Il fut le premier roi à entreprendre des voyages à l'étranger. Le  jeune roi  effectuera des visites  en mars-avril 1871 à Singapour et à Java et du 16 décembre 1871 au 16 mars 1872 en Inde anglaise (Calcutta, Delhi, Bombay, puis retour à Calcutta).

 

Puis il accomplira deux voyages en Europe. Le 1er, officiel,  en 1897 (14 mai-26 octobre) au cours duquel, le roi a rencontré le duc de Gênes à Venise, le Président du Conseil fédéral de la Confédération suisse à Berne, les dignitaires de Florence, le roi et la reine d’Italie et le Pape Léon XIII à Rome, l’Empereur d’Autriche et les trois archiducs à Vienne, le président de Hongrie, le Tsar Nicolas II, la Tsarine de Russie et la Tsarine mère,

 

 

 

 

le roi Christian IX et la reine Louise du Danemark, l’Empereur d’Allemagne, la Reine régente de Hollande, le roi des Belges (mais aucune correspondance), le Président français Félix Faure, la reine Margueritte d’Espagne, le roi et la reine du Portugal.

 

 

 

Puis le second, officieux de huit mois, du 27 mars au 6 novembre 1907. Voyages que nous pouvons connaître avec une partie des lettres et télégrammes que le roi enverra à la reine Régente Saowabha Phongsri en 1897 et à sa fille, la princesse Nibha Nabhatala, en 1907. C’est la première fois, que nous avons accès à des lettres royales personnelles, qui permettent d’approcher son sens politique, ses goûts en matière d’art,  sa manière de se comporter, sa relation aux autres, ses jugements de valeur; et aussi ses espoirs et ses craintes, ses faiblesses, ses maladies, ses critiques sur les pays et les gens rencontrés.

 

 

 

 

On y trouve un roi attachant, conscient de sa mission pour défendre son pays, ouvert et curieux à la « modernité » européenne, évaluant ce qui peut être importé sans oublier les valeurs siamoises, un roi exigeant envers lui-même et les autres, conscient de sa valeur et de son rang, mais respectueux des usages et des coutumes européens. (Cf. Nos deux articles sur  ces lettres (2))

 

 

 

La politique extérieure. (3)

 

 

Nous avions vu que le roi Mongkut (1851-1868), ouvert à l’occident, à la science, à l’anglais avait été contraint (ou avait eu la « sagesse »)  de signer avec John Bowring le 18 avril 1855  un traité d’amitié, de commerce et de navigation, avec la Grande Bretagne. Le traité limitait à 3% les taxes à l’importation, autorisait l’importation d’opium en franchise, prévoyait à l’exportation des droits négociés ; et aussi donnait aux Britanniques le droit d’acheter ou de louer des terrains autour de Bangkok en bénéficiant du droit d’exterritorialité et accordait le droit de juridiction civile et criminelle sur les sujets britanniques.

 

 

 

 

D'autres traités analogues seront signés : le 29 mai 1856 avec l’émissaire américain Townsend Harris, le 15 août 1856 avec la France, le 21 mai 1858 avec le Danemark, le 17 décembre 1860 avec les Pays-Bas, le 7 février 1862 avec la Prusse agissant au nom des membres du Zottverein allemand (Union douanière), le 15 juillet  1867 avec  la France, (dans lequel La France conservait le Protectorat sur le Cambodge et le Siam obtenait la propriété des deux provinces cambodgiennes de Battambong et de Siem Reap/ Angkor),  le 10 février 1868 avec le Portugal, le 18 mai 1868 avec la Suède-Norvège, le 29 août 1868 avec la Belgique, le 3 octobre 1868 avec l'Italie, le 17 mai 1869 avec l’Autriche-Hongrie et le 23 février 1870 avec  l'Espagne.

 

 

 

Nous nous sommes limités à l'étude des traités du 3 octobre 1893 et du 23 mars 1907 signés entre le Siam et la France, avec le contexte de leurs négociations et leurs conséquences néfastes  pour le Siam. (Cf. en (4) nos  articles)

 

 

L’Article 1 du traité de 1893  qui en comportait 10, était le plus important : « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ». L’Article  2  portait sur « L’évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong… ». Des indemnités importantes devaient être payées.

 

 

En sachant que le traité avait été signé,  après que l’aviso l’Inconstant, le J. B. Say et le Comète aient forcé le blocus siamois sur le Chao Praya, durant lequel  le J. B. Say avait été coulé, et un ultimatum en 6 articles, présenté par Auguste Pavie, alors Consul général  de France à Bangkok,  le 20 juillet sous la menace des navires.  Le roi Rama V avait alors accepté sans réserve les conditions de l’ultimatum le 29 juillet 1893.

 

Un Traité de 10 articles et une convention furent signés le 3 octobre 1893. (Dans laquelle la France avait exigé une zone démilitarisée large de 25 km le long de la rive occidentale du Mékong, plus les provinces de Battambang et de Siam Reap. De plus Chantaburi fut occupé par une garnison française. Les Français renonceront à mettre le Siam sous protectorat, mais partageront le pays en zones d'influence avec les Britanniques)

 

 

 

 

La signature du traité et de la convention de 1893 avait plongé la Cour du Siam dans une « véritable crise intérieure » et il faudra de nombreuses années pour régler les problèmes et les différends, puisqu'il faudra attendre que le ministre français des Affaires étrangères Delcassé  propose  à Phya Surya dans un mémorandum le 13 mai 1903, une nouvelle base de discussion. Cela  aboutira à la signature de la Convention en 13 articles du 13 février 1904 (ratifiée en décembre 1904),  établissant un nouveau cadre de « travail » très important, comme la délimitation des frontières entre le Siam et le Cambodge (article1), de Luang Prabang (article 2), entre le Siam et l’Indochine française (article 3). Le Siam renonçait à sa suzeraineté sur Luang Prabang et la rive droite du Mékong (article 4), Les troupes françaises devaient quitter Chantaboun (article 5). Elle comportait des dispositions « commerciales » sur les futurs ports, canaux, chemins de fer et  précisait, une fois de plus, la juridiction et la protection des Français.

 

 

 

Ces négociations aboutirent au Traité du 23 mars 1907.

 

 

Le gouvernement siamois cédait à la France les Territoires de Battambang, Siemréap et Sisophon (article 1). Le Gouvernement français cédait au Siam les Territoires de  Dan-Sai et de Trat (article 2). Des délais, une commission étaient établis (articles 3 et 4). Les articles 5 et 6 établissaient les statuts juridiques des Asiatiques sujets et protégés des Français.

 

 

Le Siam entrait dans une nouvelle période de son Histoire. Certes il avait perdu sa suzeraineté sur le Laos et le Cambodge, cédé quatre de ses territoires « malais » (Kedah, Perlis, Kelantan, et Trengganu) aux Anglais ; (Cf. Le traité anglo-siamois de 1909), mais avait conservé son indépendance, grâce à « L’Entente Cordiale » franco-anglaise du 8 avril 1904, définissant leurs zones d’influence. Le départ du Roi Chulalongkorn pour l’Europe en mars 1907 est peut-être le signe de l’acceptation de ce nouveau monde.

 

 

Le Siam indépendant? Avec cette conviction siamoise souvent brandie « Nous n’avons jamais été colonisé ». (5)

 

 

Le traité anglo-siamois du 18 avril 1855 organisait déjà un régime juridictionnel spécial pour les ressortissants anglais au Siam. (La Grande-Bretagne renoncera très partiellement à jouir de l’exterritorialité par le traité du 3 septembre 1883.)

 

 

Ce sera ensuite au tour des États-Unis de se faire concéder le privilège de l'exterritorialité par le traité du 29 mai 1856 à peu près dans les mêmes termes.

 

 

De même « le traité franco-siamois du 15 août 1856 prévoyait à son tour, l'établissement d'un consul français à Bangkok, la liberté de culte et d'enseignement, la création d'hôpitaux pour missionnaires, la liberté de commerce, de résidence et de circulation sous réserve de l'observation de certaines formalités, la possibilité, pour les Français, d'acquérir des immeubles, mais seulement à plus de six kilomètres de Bangkok dans un rayon égal à l'espace parcouru en vingt-quatre heures par les bateaux du pays. Dans le domaine judiciaire, le traité stipulait que le consul français et le magistrat siamois compétent statueraient conjointement, selon l'équité, sur les difficultés entre Français et Siamois, que les Français, dépendraient de la juridiction française pour les difficultés s'élevant entre eux et que le Siam ne se mêlerait en rien des différends survenus entre Français et étrangers et n'exercerait aucune action sur les navires de commerce français.

 

 

Le traité décidera encore que les Français seront régis par la loi française pour la répression de tous crimes et délits commis dans le royaume. Une dernière disposition enfin était particulièrement lourde pour le Siam constituant jusqu’en 1925 une sujétion exorbitante, « le droit à percevoir sur les marchandises importées par navires français dans le royaume de Siam n'excédera point trois pour cent de la valeur ».

 

 

Le mouvement fut contagieux, comme nous l'avons dit, et de nombreuses puissances vont signer avec le Siam des conventions plus ou moins similaires.

Ces sujétions procédurales imposées au Siam n’auraient eu guère de poids si elles s’étaient limités aux seuls étrangers (quelques centaines tout au plus) résidant dans le pays. Mais elles furent étendues aux « protégés » c’est-à-dire aux ressortissants des pays placés sous souveraineté du pays « colonial ». Ainsi pour la France : Annamites, Laos, Cambodgiens et Chinois installés au Siam et venant se faire inscrire dans nos consulats comme « protégés » bénéficiaient d’un « privilège de juridiction » ;  c’est-à-dire en clair qu’ils échappaient (tout simplement) aux tribunaux siamois, que ce soit pour un meurtre ou une faillite, pour tomber sous la juridiction « consulaire » (des consuls de France) ou sous celle de « commissions mixtes », plus clairement paritaires, moitié siamois, moitié français mais avec prépondérance du Consul de France.

 

 

 (Il y avait 6  Français  inscrits consulaires en 1906,  30 en 1907, il y en aura 200 en 1910. Les « protégés » inscrits consulaires de nos protectorats (annamites, laos et khmers) étaient environ 15.000. » (In nos articles (4) (5))

 

 

 

De plus, les traités signés, avaient accordé d'autres privilèges à ces puissances à l’intérieur même du pays siamois en termes de commerce, de libre-circulation, d’extra-territorialité, qui nous avait amené à nous interroger sur une forme de colonisation intérieure.

 

 

Et de fait, le système postal était revenu aux Allemands, le système portuaire aux Anglais, la gendarmerie et la marine de guerre aux Danois, et le système judiciaire commercial aux Français. « In notre article : la politique extérieure du roi Chulalongkorn » ( (2))

 

 

lI faudra attendre la participation des Siamois auprès des Alliés lors de la 1ère guerre mondiale et que le Siam devienne un des membres fondateurs de la Société des Nations, en janvier 1920, pour que  le Siam de Rama VI retrouve tous ses droits souverains en 1925, et puisse librement établir ses droits à l'importation et à l'exportation, ainsi que ses taxes d'entrepôt. (Cf. (6))

 

 

 

 

La politique intérieure.

 

 

Le modèle ?

 

 

Le roi Mongkut ouvert à la science et à la langue anglaise avait donné une éducation occidentale à ses enfants. Anna Leonowens, en avait été chargée  pendant cinq années, entre 1862 et 1867, et raconte qu’elle enseignait la géographie, l’astronomie, et  la langue anglaise à 20-25 princes et princesses et quelques concubines. (Cf. (7) Notre article Anna et le roi ou l'histoire d'une imposture)

 

 

 

 

(Rappelons-nous que le roi Chulalongkorn enverra son fils aîné le futur Rama VI étudier en Angleterre de l'âge de 11 ans  en 1891  jusqu'à janvier 1903, et que son plus jeune fils, le futur Rama VII étudiera aussi en Angleterre de1906 à 1913)

 

 

 

 

Mais nul doute que les voyages qu’il a effectués en mars-avril 1871 à Singapour et à Java et du 16 décembre 1871 au 16 mars 1872 en Inde anglaise (Calcutta, Delhi, Bombay, puis retour à Calcutta) ont dû contribuer à sa formation, même si de nombreux écrits exagèrent les connaissances qu'il aurait acquises durant ces 4 mois. Ses relations avec le Régent  Sri Suriyawongse, l'ancien premier ministre de son père, qui va diriger le pays du 11 novembre 1868 au 16 novembre 1873 ont  certainement été plus déterminantes.

 

 

 

 

Quoi qu'il en soit, quand le roi Chulalongkorn peut exercer le pouvoir, il commence par une première réforme très symbolique en demandant à ses sujets  de rester debout en sa présence au lieu de se prosterner et de rester accroupis ou aplatis au sol. Et de suite, il va créer  le « Bureau de l'audit » pour collecter les impôts, pour remplacer les percepteurs corrompus, et en 1874 le Conseil d'État en tant qu'organe législatif et un conseil privé en tant que son conseil consultatif.

 

 

Il va ensuite réformer et moderniser le royaume dans tous les domaines : l'administration unifiée et centralisée, le système d’impôts, la justice, les codes du pénal et du commerce, les travaux publics et les infrastructures (canaux, chemin de fer, lignes télégraphiques et téléphoniques, eau, etc.), la poste, l’éducation, les écoles primaires, secondaire, les écoles de droit, de médecine, des mines, de gendarmerie, de police, des arts et métiers, de commerce, etc, avec la fin de la corvée royale (1900) et l'abolition progressive de l'esclavage jusqu'à son abolition en 1905.

 

 

Nous vous avons présenté les principales réformes, ainsi la création d'une nouvelle organisation administrative à partir de 1892 (Cf. (8))

 

 

Le roi Rama V, va donc créer de toutes pièces une nouvelle organisation administrative pyramidale de concert avec le Prince Damrong, son demi-frère, avec la création en 1892 de douze ministères de type occidental, puis  des circonscriptions administratives avec en corollaire et attachée à chacune d’elle, une administration fiscale, une administration judiciaire, un système éducatif et évidemment une police et une armée.

 

 

Le prince Damrong (ministre de l’intérieur en 1892) va créer une subdivision administrative à partir de 1897: le « monthon », avec  sous cette unité administrative de base,  les changwats (les anciens mueangs) qui ne seront baptisées changwat (จังหวัด) qu’au fil des années (en 1907 pour la province de Pattani et généralisé ensuite en 1916 seulement), puis les amphoe et en-dessous les tambon et enfin les groupes de villages et villages. Chaque monthon est sous la direction d’un « commissaire royal » dépendant directement de Bangkok, appelé thesaphiban. Le système a été généralisé en 1897 mais précédé auparavant d’essais ponctuels. (Nous trouvons ainsi en 1915, 19 monthon  contenant 72 provinces (mueang avant de devenir changwat)

 

 

 

En sachant que pour permettre le recouvrement de l’impôt il fut créé le 3 septembre 1885 un véritable service du cadastre qui ne fut effectif sur le terrain qu’en 1901 et généralisé en 1910.

 

 

 

Cette réforme devait bien évidemment se heurter à des résistances, les féodaux n’acceptant facilement la perte de leurs privilèges, et aussi  à des mouvements locaux de résistance ; Le plus connu sera nommé « La révolte des saints ». (Cf. Notre article sur  cette révolte (9))

 

 

 

 

Si  ces réformes seront accomplies avec l’aide des experts occidentaux (plus de 300) dont les plus connus seront  le belge Gustave Rolin-Jaequemyns (ex-ministre de l'intérieur du roi Léopold II), conseiller juridique du roi et le français Padoux, elles  seront dirigées  exclusivement par des membres de la famille du roi, qui occuperont tous les postes ministériels et provinciaux, comme par exemple le prince Damrong comme ministre de l’intérieur et le prince Sri Sahadebh comme son vice-ministre, le prince Dewawongse (un autre demi-frère) le brillant ministre des affaires étrangères. (Cf. en (10) d'autres exemples)

 

 

 

 

La création de l’Éducation nationale. (11)

 

 

La construction de ce nouvel appareil d’État nécessitait de promouvoir une nouvelle instruction pour les Princes et les élites et de former des fonctionnaires pour gérer ces nouvelles tâches.

 

 

Auparavant, l’école était essentiellement assurée dans les écoles des temples. L’enfant devait servir son maître, accomplir des tâches quotidiennes pour l’aider, et recevait des rudiments de lecture et d’écriture, parfois de mathématiques, en plus de sa formation religieuse de base. L’enseignement reçu était peu formalisé, sans cursus défini, et  dépendait des occupations du moine instructeur et des travaux des champs. Si les enfants du peuple étaient peu formés, ceux des nobles ne l’étaient pas davantage.

 

 

C’est donc dans ce contexte  de fondation  d’un État « moderne » qu’il fallut assurer un nouveau mode d’éducation, promouvoir des nouveaux savoirs qui allaient bouleverser l’éducation traditionnelle siamoise. Aussi en 1871, le roi  crée deux écoles royales dans l’enceinte du palais, avec  une école de pages et une école de langue thaï.

 

Un an plus tard, l’école de langue anglaise est fondée. Des enseignants étrangers y assureront des cours de type occidentaux, des manuels scolaires seront élaborés. Le roi y enverra ses petits frères, les dignitaires et les pages pour apprendre l’anglais. En 1875, le roi édictera un décret appelant à l’extension de l’éducation primaire dans tous les monastères royaux.

 

 

En 1879, Rama V  autorisera au palais Nandha Uthayan, l’ouverture d’une école connue sous le nom d’école Suan Anandha. La plupart des élèves seront des membres de la famille royale et des dignitaires du royaume. Les cours donnés consistaient en langues thaïe et anglaise, ainsi qu’en sciences occidentales. En 1881, la nouvelle école Suankulap jouera un grand rôle en enseignant selon un curriculum moderne avec les sciences, l’arithmétique. En 1884, l’école de Wat Mahannaparam de Bangkok sera la première école de roturiers.

 

 

En 1884 également, le roi Rama V envisagera avec l’aide de son demi-frère, le patriarche Wachirarayanwarorot, et son réseau des monastères  d’introduire l’instruction primaire en dehors de Bangkok, mais cela ne fut effectif qu’à la fin du siècle. (Avec la lecture, l’écriture, les connaissances professionnelles de base et les principes moraux.)

 

 

Mais c’est en 1887 que fut créé le ministère de l’Éducation, confié au Prince Damrong qui était alors le commandant en chef de l’Armée. (L’Académie militaire royale sera aussi créée également en 1887 avec des méthodes plus « occidentales ».)

 

 

lI y eut deux projets nationaux pour promouvoir un cursus national. D’abord anglais en 1898, puis en 1902 avec un modèle inspiré par le système éducatif japonais. Des programmes avaient été élaborés,  mais le budget était insuffisant et les maîtres formés peu nombreux, surtout si l'on sait que la première École Normale fut ouverte le 12 octobre 1892.  Toutefois entre 1884 et 1886, le gouvernement avait achevé d’établir une vingtaine d’écoles publiques à Bangkok et une dizaine d’écoles dans les provinces du Centre et  on en dénombrera 338 dans les provinces en 1901, avec 11 630 élèves et 408 maîtres bonzes.

 

 

La résistance fut grande selon les régions et les villages. Outre la crainte de voir leurs enfants enrôler dans l’armée, les parents ne comprenaient pas l’intérêt de cette nouvelle éducation, ni la nécessité de parler le thaï. (Le thaï avait été effectivement choisi pour des raisons pratiques mais aussi de  nationalisme linguistique.) Mais le roi Chulalongkorn avait donné l’impulsion, l’exemple royal,  initié cette nouvelle éducation basée sur le modèle occidental, créé l’institution de l’éducation nationale, rappelé la nécessité de se former à ces nouveaux savoirs, tant pour les élites que pour le peuple. Il promut l’éducation primaire en associant les moines des pagodes à ce vaste chantier de l’instruction publique.

 

 

Il avait également envoyé ses fils étudier en Europe (surtout en Angleterre), donnant ainsi  prestige à ces formations européennes. (L’enseignement primaire fut déclaré obligatoire en 1921 par son fils, le roi Vajiravudh (1910-1925). Il ne fut vraiment effectif dans l’ensemble du pays que dans les années 60.)

 

 

 

 

Mais deux grandes réformes vont marquer une profonde mutation de la société siamoise : la fin de la corvée royale en 1899-1900 et l'abolition définitive de l'esclavage en 1905.

 

 

 

 

 La fin de la corvée royale en 1899-1900. (12)

 

 

Mgr Pallegoix, in  « Description  du royaume thai ou Siam », nous donne une présentation du système de la corvée :

 

 

«  Les gens de corvée, qu’on appelle khao-duean, sont tenus à trois mois de service par an ; on les emploie à bâtir des forteresses, les pagodes ou des palais, à creuser des canaux, faire des digues, des chemins, des hangars et en général à tous les ouvrages royaux et publics. S’ils veulent s’exempter de ces corvées, ils n’ont qu’à payer la somme de seize ticaux à leurs chefs qui la retiennent pour eux ou bien louent quelque autre à leur place. C’est une chose avérée que les chefs, grands et petits, exemptent généralement du service royal et à leur profit, un certain nombre des gens qu’ils doivent y employer, le roi le sait bien, mais il ferme les yeux là-dessus  et avec raison, parce que la modique solde que  reçoivent les mandarins ne suffisent pas pour leur entretien. C’est ce qu’ils appellent proverbialement tham na bon lang phrai, faire les champs sur le dos du peuple.

 

 

Dans toute l’étendue du royaume, il y a une bonne partie du peuple qui n’est pas sujette aux corvées, mais doit payer, chaque année, un tribut, dont la valeur varie de huit à seize ticaux. Il y en a qui le paient en colonnes de bois, d’autres en briques, en tuiles, en chaux, en sable, en bambous, en cire, miel, bois d’aigle, gomme-laque, huile, résine, etc, etc. Cette partie du peuple est peut-être la plus heureuse, en ce que, pourvu qu’elle paie son tribut, en nature ou en argent, elle est libre toute l’année de faire ce qu’elle veut, excepté dans le cas de guerre, où elle doit fournir des soldats comme les autres. » 

 

 

La durée de la corvée et les modalités de son exemption ont varié au cours des règnes. Pour en rester à la dynastie Chaki, par exemple sous Rama II, le décret royal de 1789 dispensait les esclaves de la corvée et celui de 1810 réduisait la corvée à 3 mois par an. Sous Rama IV en 1873, tout le peuple (les 4 catégories) et les esclaves étaient obligés d’effectuer la corvée royale ou de payer l’exemption.

 

 

Par contre, les Chinois, fort nombreux à Bangkok, et maîtres du commerce, devaient payer une taxe qui augmentera au fil des règnes. (Tous les 3 ans sous Rama II) Une nouvelle loi sur la taxe phukpi sera promulguée en 1900, et modifiée en 1905 pour ceux qui seront mobilisés au service militaire et qui en seront exemptés.

 

 

« Le Système des prestations en travail ou corvées (rente travail) fut aboli en 1899 et remplacé par un impôt annuel par tête qui variait selon les régions de 1,5 à 6 bahts. » (Michel Bruneau) Une loi sur l’emploi en 1900 confirmera que désormais les travailleurs ne pouvaient être soumis au travail forcé et devaient être payés.

 

 

 

 

 

 

La fin de la corvée royale enlevait à l’État une source de revenu importante.  Mgr Pallegoix nous avait appris que la source du revenu la plus importante pour le royaume était celle de l’exemption des corvées et clients qui s’élevait à 12 000 000 ticaux et représentait env. 44% du budget de l’Etat. Sa fin nécessitera donc un nouveau système des impôts qui prit la forme d’un impôt par tête et sur les terres et introduira ainsi le Siam dans l'économie marchande. La fin de la corvée royale nécessitera aussi  de trouver un nouveau moyen pour mobiliser les soldats pour la défense du royaume ; une loi sur la conscription fut promulguée en 1905.

 

 

 

 

La réforme du code pénal de 1908. (D'après notre article (15))

 

 

Le régime juridique du pays était– au moins au sens occidental du terme – purement et simplement moyenâgeux : esclavage,  prison pour dettes, mise en esclavage du débiteur, justice chancelante, absence de structures juridiques, etc…

 

  Les peines prévues par la législation criminelle étaient épouvantables et barbares (les meurtriers auront les pieds et les mains coupés, l’auteur de coups et blessures sur un ascendant sera fouetté trois fois, exposé au pilori puis, les doigts des deux mains coupés, attaché sur un radeau et abandonné au fil de l’eau) même si, nous apprend  Padoux, elles n’étaient en pratique plus prononcées. La procédure n'était pas plus clémente et connaissait sept sortes d’épreuves : par le plomb fondu, par le serment, par le feu, par l’immersion dans l’eau, par la nage, en remontant le courant,  par la nage, en traversant une rivière, par les cierges. De plus, son organisation  était très complexe car chaque affaire devait passer devant quatre tribunaux différents avant d’atteindre l’étape du jugement. Elle sera réformée à partir de 1892 sur le système pyramidal correspondant à l’organisation administrative des Monthon.

 

Dans son projet de réformer son pays et de donner une image positive de la monarchie, le roi Chulalongkorn montra dès le 29 mars 1892, son intention de changement avec la création d’un ministère de la Justice et de la rédaction d'un nouveau code pénal.

 

 

Il n'hésitera pas à faire appel à l’expertise de juristes occidentaux qui avaient pour tâche d’évacuer les lois tenues pour obsolètes ou dénigrées par les diplomates européens  et de persuader les Européens de mettre fin au principe d’extraterritorialité. Mais il faudra attendre 1897, pour que les travaux pour la réforme du code pénal commencent avec une « commission » désignée par le roi et présidée par le prince Rachaburidireklit fils du roi et ministre de la justice (16). Devant la lenteur des travaux de rédaction dont était chargé Kirkpatrick, la commission fut remaniée et en 1904 le Français  Padoux, employé comme conseiller législatif, en sera désormais l’élément moteur et  le rédacteur direct des deux versions  en français et en anglais. La version thaïe, la seule  officielle, sera l’œuvre de traduction  du prince Damrong.

 

Elle  est promulguée le 1er  juin 1908, mais sera  déclarée applicable le 22 septembre 1908, jour anniversaire du roi.

 

Le code se présentera sous une forme articulée de 340 articles divisé en plusieurs chapitres et sections, les dispositions générales, les délits contre les bonnes mœurs, les délits contre les personnes, les délits contre la liberté et la réputation, les délits contre la propriété et enfin les contraventions.».

 

 

Cette même année 1908, devant ces premières réussites le roi Chulalongkorn décida de  créer une Commission de Codification spécialisée, composée de juristes français et chargée de rédiger un Code civil et commercial, un Code de procédure criminelle et un Code de procédure civile et d'autres lois pour conforter l’image d’une nation moderne. (Cf. d'autres exemples de réformes dans l'article de Jean Baffie (17))

 

 

 

 

 

Le roi avait aussi envisagé la possibilité de doter son pays d’une constitution écrite à l’européenne. Le projet ne vit pas le jour, probablement parce qu’il mourut avant de pouvoir le formaliser (20).

 

 

Il dota enfin son pays d’un système postal cohérent ce qui n’était pas sans importance pour le quotidien de la population. L’adhésion à l’Union Postale Universelle date de 1883 (21)

 

 

 

Le roi Chulalongkorn meurt  le 23 octobre 1910, après 42 ans de règne.

 

 

On peut comprendre désormais pourquoi le roi Chulalongkorn (Rama V)  est  considéré  comme « le père de la Nation » et fait  l’objet d’un véritable culte. Toutes ses réformes ont transformé la société traditionnelle et posé les fondations d'un État moderne.

 

 

Son fils cadet, le prince Wachirawut, le premier roi siamois éduqué en Angleterre,  poursuivra son œuvre de modernisation r (19).

 

 

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) 134. Le roi Chulalongkorn. (Rama V) (1868-1910)

Introduction.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-134-le-roi-chulalongkorn-rama-v-1868-1910-123492284.html

 

(2) 150. Un portrait du roi Chulalongkorn en Europe en 1897.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-150-un-portrait-du-roi-chulalongkorn-en-europe-en-1897-124412381.html

 

149. La visite du Roi Chulalongkorn à Paris en 1897 vue par la presse française.

« Petites histoires » 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-149-la-visite-dur-roi-chulalongkorn-a-paris-en-1897-vue-par-la-presse-fran-aise-124067047.html

 

151. Introduction aux lettres du roi Chulalongkorn envoyées d’Europe en 1907 in « Klaï Ban » (Loin du foyer).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-151-introduction-aux-lettres-du-roi-chulalongkorn-envoyees-d-europe-en-1907-in-klai-ban-loin-du-f-124500150.html

 

(3) 135. La politique étrangère du roi Chulalongkorn.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-135-la-politique-etrangere-du-roi-chulalongkorn-123539922.html

 

(4) 24. Les relations franco-thaïes : Le traité de 1893

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-les-relations-franco-thaies-le-traite-de-1893-66280285.html

 

 H1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : I - LES PRÉMICES : « L’AFFAIRE GROSGURIN »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/h-1-l-incident-de-paknam-du-13-juillet-1893-i-les-premices-l-affaire-grosgurin.html

 

27. Les relations franco-thaïes : Le Traité du 23 mars 1907

http://www.alainbernardenthailande.com/article-27-les-relations-franco-thaies-1907-67452375.html

 

(5) A 38. La Thaïlande n’a jamais été colonisée, en êtes-vous sûr ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a38-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-vous-en-etes-sur-81581652.html

qui revient sur cette conviction siamoise souvent brandie « Nous n’avons jamais été colonisé » ! 

Cf. le « privilège de juridiction ». Depuis le traité de 1856, revu en 1893 et « amélioré » en 1904, Français (bien sûr) mais aussi Annamites, Laos,  Cambodgiens et Chinois installés au Siam et venant se faire inscrire dans nos consulats comme « protégés » bénéficiaient d’un « privilège de juridiction » c’est à dire en clair qu’ils échappaient (tout simplement) aux tribunaux siamois.

 

Et  A 218- La THAÏLANDE N' A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (Suite)

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/a-218-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-suite.html

 

(6) Voir ce que signifie le concept du régime des capitulations, in 176.  La fin du régime des capitulations au Siam en 1925.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/176-la-fin-du-regime-des-capitulations-au-siam-en-1925.html

 

(7) A 220 -  « ANNA ET LE ROI » OU L’HISTOIRE D’UNE IMPOSTURE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/a-220-anna-et-le-roi-ou-l-histoire-d-une-imposture.html

 

(8) 139. La nouvelle organisation administrative du roi Chulalongkorn.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-139-la-nouvelle-organisation-administrative-du-roi-chulalongkorn-123663672.html

 

(9) 140.  La résistance à la réforme administrative du roi Chulalongkorn : La « révolte des saints ».http://www.alainbernardenthailande.com/article-140-la-resistance-a-la-reforme-administrative-du-roi-chulalongkorn-la-revolte-des-saints-123663694.html

 

(10) Ainsi en 1908, par exemple  le prince Damrong (son demi-frère) comme ministre de l’intérieur et le prince Sri Sahadebh comme son vice-ministre, le prince Dewawongse, son demi-frère est son très habile ministre des affaires étrangères, le prince Chaofa kromluang Narisara Nuwatiwongse (autre demi-frère) a charge de la maison royale, le prince Chaofa Bhanurangsi Savangwongse (encore un demi-frère) est ministre de la guerre, le prince Sukhum Nayvixit a charge des gouvernements locaux et supervise le prince Inthrathibodi Siharatrongmuang, le prince de Chantaburi (Kitiyakara Voralaksana) encore un demi-frère, est ministre des finances, le prince de Rajaburi (demi-frère encore) est ministre de la justice et dirige le prince Wichitwongse Wudikrai comme vice-ministre, le prince Nares Varraridhi (un cousin germain) est ministre des travaux publics, le prince Dewesra est ministre de l’agriculture et supervise le Prince Sri Sunthara Wohara, vice-ministre de l’agriculture, le prince Inthrathibodi  Siharatrongmuang est ministre chargé des gouvernements locaux, le Prince Phipat Kosa est sous-secrétaire d’État permanent.

 

(11) 147. La création de l’éducation nationale par le roi Chulalongkorn. (1868-1910)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-147-la-creation-de-l-education-nationale-par-le-roi-chulalongkorn-1868-1910-124067077.html

 

(12) 142. La suppression de la corvée royale au Siam en 1900.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-142-la-suppression-de-la-corvee-royale-au-siam-123823027.html

 

(13) 141. L’esclavage est aboli définitivement au Siam en 1905.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-141-l-esclavage-est-aboli-definitivement-au-siam-en-1905-123721727.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-142-la-suppression-de-la-corvee-royale-au-siam-123823027.html

 

 H 23- L’ESCLAVAGE AU SIAM AU XIXe SIÈCLE JUSQU’À  SON  ABOLITION EN 1905. 1ère partie.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/09/h-23-l-esclavage-au-siam-au-xixe-siecle-jusqu-a-son-aboliton-en-1905.html

 

H 24- L’ESCLAVAGE AU SIAM AU XIXe SIÈCLE JUSQU’À  SON  ABOLITION  EN 1905.

SECONDE PARTIE

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/09/h-24-l-esclavage-au-siam-au-xixe-siecle-jusqu-a-son-abolition-en-1905.html

 

110. « La place du peuple et des esclaves au Siam ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-110-la-place-du-peuple-et-des-esclaves-au-siam-121390588.html

 

111. «  L’esclavage au Siam. » basé sur l’article Thai institutions of slavery, de Andrew Turton,  (pp. 411-458), http://www.alainbernardenthailande.com/article-111-l-esclavage-au-siam-121488465.html

in « Formes extrêmes de dépendance », Contributions à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-est », sous la direction de Georges Condominas, Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Science sociales, (EHESS), Paris 1998.

 

(14) Les esclaves pour dettes.

« Au Siam, le statut social des esclaves pour dettes n’est pas tellement différent de celui des hommes libres ; ils sont autorisés à posséder des biens et à en hériter, ils ont le droit de se racheter et de faire appel à la justice ». Et surtout,  ils ne sont pas astreints à la corvée royale comme les phrât. Aussi certains n’hésitent-ils pas à se faire esclave pour éviter la corvée. Selon la loi, les esclaves pour dettes sont divisés en plusieurs catégories :

  • les esclaves rachetables. Il s’agit de pauvres gens, obligés de se vendre pour payer leurs dettes. Il y a un contrat et un garant.
  •  les esclaves non-rachetables. (L’explication donnée par  Suthavadee est peu claire)
  • les individus vendus mais que le maître ne peut pas faire travailler. Ils sont là pour garantir la dette et doivent par contre, payer les intérêts.
  • les enfants d’esclaves nés dans la maison du maître, appartiennent au maître et sont difficilement rachetables, du fait de leur prix élevé. » ( Suthavadee Nunbhakdi)

 

(15) 143. Le code pénal siamois de 1908.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-143-le-code-penal-siamois-de-1908-123864695.html

 

Voir : Mlle Chalanthorn Kidthang,  « Le code pénal du royaume de Siam (1908) et la société thaïe »,  Mémoire de maitrise de l’Université Silpakorn, 2004.

 

(16)  Le prince Rachaburidireklit fils du roi et ministre de la justice est assisté  de deux juristes siamois, le prince Phichitprichakon, frère du roi et ancien ministre de la justice et du prince Prachakit konchak  qui n’est pas de sang royal mais appartient au clan des Bunnag, un érudit historien qui a assuré la publication de diverses éditions des Annales, et qui est président de la cour suprême, un juriste belge,  Richard Jacques Kirkpatrick   et un japonais, juriste aussi, Tokich Masao qui connaissait à la perfection l’ancienne législation siamoise. Le belge Gustave Rolin-Jaequemyns, conseiller juridique du roi est évidemment de la partie jusqu’en 1901. Les Siamois apporteront leurs lumières sur les usages, coutumes et traditions,

 

(17) Cf. L'excellent article de Jean Baffie, « Sous le règne de Rama V (1868-1910), l’adaptation du Siam à la modernité occidentale », p.26-41

 https://books.openedition.org/pup/6640?lang=fr

 

« Ces premières réussites décidèrent le roi Chulalongkorn à créer une Commission de Codification spécialisée, composée de juristes français et chargée de rédiger un Code civil et commercial, un Code de procédure criminelle et un Code de procédure civile. Ces juristes français, qui continuèrent à être très actifs sous les deux règnes suivants, contribuèrent également à la promulgation de lois, plus spécialisées, mais essentielles pour conforter l’image d’une nation moderne, parmi lesquelles les lois sur l’enregistrement des naissances et décès (13 août 1909), sur la naturalisation (18 mai 1911) et sur la faillite (27 novembre 1911) ; le Code pénal militaire (février 1912) ; les lois sur la nationalité (22 mars 1913), sur la morphine et la cocaïne (14 juin 1913), sur la navigation (16 juillet 1913),

sur l’administration locale (14 juillet 1914), sur les marques de fabrique (1er octobre 1914) et sur la télégraphie sans fil (24 avril 1914).

 

(18) 138. Qui était  le commodore  du Plessis de Richelieu, commandant en chef  de la marine siamoise en 1893 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-138-qui-etait-le-commodore-du-plessis-de-richelieu-commandant-en-chef-de-la-marine-siamoise-en-189-123550274.html

 

(19) 182.1 La société siamoise à la veille du coup d'État de 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/182-1-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

182. 2 La société siamoise à la veille du coup d’État de 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/182-2-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

Lecture du livre de Pierre Fistié étudiant « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » (Armand Conin, 1967) qui montre comment la société traditionnelle sera  transformée par le développement d’une économie monétaire, avec le rôle prépondérant tenu par les Chinois,  et le développement d’une classe de fonctionnaires et de militaires.

(20)  A - 194 - LE PREMIER PROJET DE CONSTITUTION DE 1885

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/le-premier-projet-de-constitution-de-1885.html

 

(21) A 252 - 1448 : DÉBUTS DU SYSTÈME POSTAL SIAMOIS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-252-1448-debuts-du-systeme-postal-siamois.html

 

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 22:46

 

Nous avons appris précédemment, qu'à la mort de Rama II  le 21 juillet 1824, le trône devait revenir au Prince Mongkut, fils de la reine Srisuriyendra, mais que son demi-frère le  Prince Chetsadabodin (Tap) (fils de Rama II et de la princesse consort Sri Sulalai), devenu  Chao Yuhua, « ministre » du commerce et des Affaires étrangères, avait su le «convaincre» de lui laisser le pouvoir, ce qu'il fit avec «sagesse», en prenant l'habit de moine. (1)

 

 

Rama III va donc régner du 21 juillet 1824 au 2 avril 1851, et le Prince Mongkut va lui succéder. Il a alors 46 ans, et vient de passer 26 ans comme moine.  Le simple moine voué à la pauvreté et au célibat devient le roi à la vie fasteuse et luxeuse, qui,  épousera 32 femmes et aura 82 enfants. (Cf. Nos deux articles (2) )

 

 

1/ Durant ses 26 ans le moine Mongkut a acquis une grande culture religieuse et scientifique auprès de nombreux amis et professeurs occidentaux. Il organisera la réforme du Dhammayuttika Nikaya ou Thammayut Nikaya qui sera reconnue officiellement par la Sangha en 1902 comme l’une des deux branches du bouddhisme theravada au Siam.

 

 

Avant ses 20 ans, le futur Rama IV reçut l’éducation classique d’un petit prince (littérature, poésie, bouddhisme, pali et sanscrit, histoire de son pays, art de la guerre, géographie) mais son monde était limité au grand Palais et à l’enseignement de cette époque, mais durant ses 26 ans, sa curiosité, son ouverture d'esprit, son désir d'apprendre, vont lui permettre  d'acquérir une immense culture. Tout en se livrant à l’étude du pali, du sanscrit, de l’histoire, de la religion, il étudiera  la physique, la chimie, les mathématiques, l’astronomie et  la langue anglaise, dont il aura une parfaite maîtrise, grâce surtout au  médecin- missionnaire Bradley et au missionnaire anglican, le révérend Jess Caswell. Mgr Pallegoix lui enseignera le latin et d'autres matières et deviendra son ami durant 25 ans. (Cf. (3))  On lui attribuera plus tard le surnom de « Père de la science et de la technologie ».

 

 

Il a voyagé à travers le pays en tant que moine et fut choqué de constater que de nombreux moines ne respectaient plus de nombreuses règles du Canon pâli. Aussi  sa renconte en 1829 avec le moine Buddhawangso à Phetchaburi qui suivait strictement les règles de discipline monastique, le vinaya, fut déterminante.  Il  suivra ses leçons pour réformer le bouddhisme siamois. En 1836, il devient l'abbé du Wat Bowonniwet, où Il organisera la réforme du  Dhammayuttika Nikaya ou Thammayut Nikaya, cherchant à rendre le bouddhisme plus orthodoxe et moins tâché de superstitions. Elle  sera reconnue officiellement, nous l'avons dit,  par le Sangha en 1902 comme l’une des deux branches du bouddhisme theravada au Siam  (Vajiranana, le 47e enfant de Rama III deviendra le patriarche suprême du Siam de 1910 à 1921)

 

 

2/ L’exercice du pouvoir.

 

La première mesure qu’il prit, fut d’assurer sa succession et de nommer son frère, Pinklao, comme « second roi » ou  prince du second palais, qui donnait le droit à une armée privée et une flotte de guerre. Pinklao, maitrisant parfaitement la langue anglaise,  jouera  un grand rôle dans la négociation du traité Bowring de 1855, ainsi que dans la négociation ultérieure du traité Harris de 1856 et la mise à jour du traité Roberts de 1833. ( Il mourut deux ans avant son frère, le 7 janvier 1866)

 

Le roi Mongkut  va partager le pouvoir avec lui et la toute puissante famille Bunnak.  Ainsi Sri Suriyawongse occupe le  poste de Kalahom (1er ministre siamois)  et un autre, intendant des provinces du sud, est le maître de tout le sud du pays.

 

 

Mais il ne faut pas oublier que le roi bien qu' « éclairé » continue de  jouir d’un pouvoir absolu, d'être le « maître de la vie » et le  « maître de la terre » et ses sujets doivent se jeter à plat ventre sur son passage en marmonnant la formule « Moi, ver de terre, moi poussière de vos pieds, moi, cheveu, je rends hommage au maître du monde ». La fortune et l’existence de ses sujets dépendent de son bon vouloir.

 

Les impôts sont versés dans le trésor royal dont il dispose à son gré, mais il doit payer  toutes les dépenses publiques, la solde des princes, des mandarins, de la reine et des dames du palais; des soldats, et des moines des pagodes royales, tous ceux qui dépendent de lui dans la hiérarchie royale.

 

 

 

Mgr Pallegoix, dans la « Description du royaume de Siam » présente  en son chapitre 9 un relevé des Finances du roi Rama IV, avec les 6 sources du revenu royal, et en détaillant tous les produits concernés. (Cf. Notre article (4) sur ce sujet) Le roi tire ses revenus des tributs que lui paient les petits rois soumis à son empire; des impôts sur les champs, les jardins et les plantations; des monopoles qu'il a établis; des douanes et des impôts sur les marchandises; de la taxe des jonques et des navires européens; des amendes et des confiscations.

 

 

 

Nous avions alors remarqué -entre autres- :

 

- que le roi avait établi  son  monopole sur l'àrak, le tabac,  les jeux, l'huile, les torches, les feuilles de palmier pour la toiture des maisons, le charbon, le bois à brûler, le kapi, le marché, la pêche, l'extraction des mines, etc., et les avait mis aux enchères, qui au fil des ans étaient revenues essentiellement aux Chinois.

 

- que la principale source des revenus de la couronne, n’est pas le travail gratuit effectué par les corvées qui rapportent, mais son exemption, ainsi que la taxe sur les Chinois.

- que les jardins rapportent 4 fois  plus que les rizières.

- que le commerce avec les bateaux étrangers rapporte peu  et ne représente que moins de la moitié des revenus de  la loterie, ou le 1/5 du monopole de l’opium.

- que les revenus des provinces du nord. (50,000 ticaux) et les revenus des provinces du midi (40,000 ticaux) représentent peu dans le trésor royal, car les agents de État doivent se « payer » au passage, sans oublier la corruption.

 

 

Un roi qui sut prendre quelques  mesures  « libérales », comme  par exemple d'autoriser les nobles qui se présentaient devant lui à porter une chemise, ce qui était auparavant interdit pour pouvoir cacher une arme.  Il assouplira  la condition féminine autorisant ses royales concubines à se marier à leur gré, interdisant les mariages forcés et interdisant aux maris de vendre leurs épouses pour rembourser leurs dettes. Il rappela à ses Juges par décrets leurs strictes obligations d’honnêteté et  de lutter contre leur corruption. Il édicta de très strictes règles d’hygiène, interdisant par exemple de jeter les cadavres d’animaux dans les canaux.

 

On lui doit aussi en 1852, la fondation de l’imprimerie nationale de Bangkok, qui sera chargée d’éditer les recueils des lois et divers ouvrages dont jusqu’alors, seuls quelques riches privilégiés avaient le privilège de bénéficier.

 

 

Le règne de Rama IV marque aussi un tournant fondamental dans l’histoire de la monnaie siamoise, puisque en 1862, il fit  frapper des pièces plates en or, en argent et de moindre valeur en étain (le pays en est riche) ou en cuivre sur une machine offerte par la Reine Victoria. Il avait déjà en 1853 fait imprimer la première monnaie de papier au Siam mais n’ayant pas cours forcé, son usage ne fut pas généralisé.

 

 

On lui doit bien d'autres « grands travaux ». Mais il est difficile d’avoir des précisions et des détails sur leur étendue. : « Mongkut a déjà fait d’importantes et utiles réformes, lettré et presque savant, il a creusé des canaux, tracé des routes, élevé des fortifications, il a introduit dans le royaume l’usage des bateaux à vapeur.» (Charles Bock (5))

 

 

 

 

 

 

Un roi d'une grande piété bouddhiste.

 

Nous nous souvenons que devenu en 1836, l'abbé du Wat Bowonniwet, Il organisera la réforme du  Dhammayuttika Nikaya ou Thammayut Nikaya. Mais une fois monté sur le trône, il proclama qu'il n'interviendrait pas dans les controverses purement religieuses et de  fait, il accorda sa protection aux deux ordres et manifesta une complète tolérance à l’égard des autres religions, chrétiennes notamment.

 

 

Il se considérait néanmoins comme le pilier de la religion et comme la réincarnation du roi Lithai de Sukhothai. (Cf. Notre article A 384 sur la cosmogonie bouddhiste du roi Lithai (1347-1368)) 

 

 

Comme ses prédécesseurs, on lui doit de nombreuses restaurations de temples  bouddhistes, notamment dans la partie siamoise du Cambodge et en particulier la stèle  du Phrapathomchedi, la plus haute  stèle bouddhiste  au monde (127 m) qui était en ruines lorsqu’il l’avait visitée, et dont la restauration nécessita 17 années de travaux. Il estima que cette restauration, centre probable du royaume de Dvaravati, constituait l'un des événements majeurs de son règne.

 

 

3/ La politique extérieure avec  l'ouverture du royaume au commerce international.

 

 

Certes il y eut bien deux expéditions  guerrières en 1852 et 1855 pour soutenir, à leur demande, le royaume de Chiang Hung contre l'État Shan de Kentung, mais après un siège de Kentung pendant 21 jours en 1855, les troupes siamoises durent renoncer.

 

Mais la politique extérieure du roi Mongkut fut essentiellemnt marquée par l'ouverture du royaume au commerce international.

 

Ainsi, « dés sa montée sur le trône, le 2 juin 1851, le roi Mongkut est conscient que le développement du commerce extérieur de son royaume pourrait stimuler la production agricole de son pays, augmentant ainsi la prospérité de ses sujets et par là les recettes de son trésor.

 

Dès les premiers jours de l’année 1852, un décret diminue déjà d’un tiers la taxe sur les navires étrangers tout en annulant l’interdiction d’exporter le riz, donnant toute liberté aux agriculteurs siamois de vendre aussi leur sucre et autorisant à nouveau sous condition la production d’opium (« drogue pernicieuse ») à la seule condition qu’il soit vendu aux Chinois. Cette proclamation est faite sous la signature des deux rois « souverains réunis » du royaume et le « premier ministre et ministre des affaires étrangères », le prince Si Suriyawongse, de la famille des Bunnag. » (In notre article (6))

 

Rama IV donc, a choisi une politique d’ouverture diplomatique et commerciale envers les pays occidentaux, qui prendra tout d’abord la forme de traités avec les Anglais (traité Bowring en 1855), les Américains (Townsend Harris en 1856), les Français (Charles de Montigny en 1856 et 1867), dont nous vous donnons ci-dessous le contenu. Il y eut également des traités ou accords avec les Danois en 1858, les Portugais en 1859, les Hollandais en 1860.

 

 

Le texte du traité «Bowring» de 1855 comporte douze articles, il est bref mais lourd de conséquences économiques. (6)

 

Après les sempiternelles promesses d’amitié éternelle, il affirme le droit pour les sujets anglais de résider et de commercer librement au Siam. La liberté religieuse était déjà acquise.

 

Il prévoit l’installation d’un consul d’Angleterre qui aura juridiction sur les sujets anglais et sur les litiges entre les Anglais et les Siamois. C’est l’instauration du privilège d’exterritorialité dont nous avons longuement parlé (13). C’est la première fois que le Siam accorde ce privilège à des étrangers.

 

Les sujets britanniques ont obtenu le droit de commercer librement dans tous les ports maritimes, et à séjourner de façon permanente dans Bangkok. Ils sont autorisés à acheter ou à louer des biens dans les environs de Bangkok  et autorisés à se déplacer librement à l'intérieur du pays avec des laissez-passer délivrés… par le consul.

Le traité fixe (à la baisse !) les taxes d’importation et d’exportation à 3%, lesquelles importations et exportations sont libres.

 

Le négoce entre les Britanniques et les Siamois est entièrement libre. Le gouvernement siamois se réserve toutefois la possibilité d’interdire l'exportation de sel, de riz et de poisson en cas de disette.

 

 

Le traité Harris de 1856 entre  le Siam et les États-Unis est « Remodelé en « Traité d'amitié, de commerce et de navigation ». Ces modifications accordent aux Américains des droits extra territoriaux en plus de ceux accordés dans le Traité Roberts. Stephen Matoon, missionnaire américain qui est intervenu en tant que traducteur, est nommé premier consul américain au Siam. » (Wikipédia) (7)

 

 

 Le traité de 1856 entre la France et le Siam de Rama IV fut signé le 15 août.

 

« Il comportait 24 articles, les 4 points du règlement auquel le commerce français serait soumis dans le royaume de Siam, ainsi que le tarif des droits à percevoir à l’intérieur du pays ou à la sortie sur 66 articles nommément désignés, et des modalités spécifiques sur les armes et munitions ne pouvant être vendus qu’aux autorités.

 

Les extraits  des 24 articles  montrent bien l’importance du traité pour le commerce français, la création d’un consulat, la protection des Français résidant au Siam, et des savants, et  la liberté religieuse accordée aux missionnaires. » (Cf. Notre article (8))

 

Le bâtiment du premier consulat :

 

 

L’ambassade  siamoise de 1861 en France. ((9) et (10))

 

Après la signature, le 15 août 1856,  du  traité franco-siamois d’amitié de commerce et de navigation, une ambassade siamoise envoyée par le roi Mongkut arrive en France le 2 juin 1861 et  sera reçue avec faste le 27 juin par l’Empereur Napoléon III et l’Impératrice au château de Fontainebleau. L'étude de Dominique Lebas intitulée « La venue de l'ambassade siamoise en France en 1861 » décrit  le contexte historique, la composition de l'ambassade siamoise, la réception des ambassadeurs par Napoléon III, la remise des deux lettres royales, et les multiples présents précieux offerts par le  roi Mongkut et le second roi (34 articles garnis d'une grande profusion de diamants, de rubis et d'émeraudes), les visites effectuées en France durant plus de deux mois pour montrer l’essor de l’industrie française et de son commerce aux ambassadeurs étrangers, qui achèteront de multiples produits.

 

 

 Mais qu'elle fut l’utilité de cette ambassade ? Au niveau politique ?

 

Cette ambassade qui s'est rendue uniquement en France et à Rome n'aura été en fait qu'une simple visite de courtoisie. Les relations franco-siamoises resteront dans un état d'indifférence réciproque et de stagnation jusqu'à l'établissement du protectorat français sur le Cambodge en 1863. Une ambassade siamoise accompagnée de l'abbé Larnaudie se rendra en 1867 à Paris pour régler ce contentieux, pour aboutir au traité du 15 juillet 1867.

 

Par contre, l'ambassade  prendra conscience de la révolution industrielle et de la nécessité d’importer ces nouvelles technologies au Siam.

 

Le 1er ambassadeur avait emmené son fils Nai Samibin  et son frère, Nai Sarb Vijisy, le second ambassadeur, son fils de douze ans. Il avait également emmené  son premier maître charpentier et un maître mécanicien et était parti avec  l'intention de commander en France une machine de soixante chevaux pour son père, le ministre de la Guerre.

 

L’ambassade acheta une grande quantité de machines-outils, et revint avec de nombreux spécimens des différentes réalisations françaises. Nul doute que les trois ambassadeurs contribuèrent à ouvrir leur pays à la modernité et au progrès technologique.

 

 

Le Traité du 15 juillet 1867 entre le Siam et la France. (Reprise en partie de notre article (11) )

 

Le contexte géopolitique.

 

Le Royaume-Uni était installé au sud de son pays, avait défait une seconde fois les Birmans et avait annexé la basse-Birmanie  en 1852. Ce même  Royaume-Uni s’était mis aux côtés de la France pour attaquer la Chine en 1856 et avaient pris Pékin le 13 octobre 1860, ce qui signifiait la fin de la puissance de l’Empire chinois.

Rama IV ne pouvait qu’être inquiet de l’attitude de la France, qui après le traité du 15 août 1856, n’avait pas répondu à sa demande d’envoi d’ambassade et ne l’avait pas remercié pour les présents envoyés. Surtout que le 9 juillet 1859 la France prenait Saïgon.

 

Certes, les relations vont tenter de s’apaiser quelque peu au niveau « symbolique », avec  l’envoi de l’ambassade siamoise le 23 novembre 1860 et sa réception par Napoléon III le 27 juin 1861. Mais Rama IV ne peut ignorer ce qui se passe au Vietnam, qui aboutira au traité du 5 juillet 1862, par lequel l’Annam cédait ses droits sur le Cambodge à la France qui devenait ainsi partie prenante dans le conflit séculaire entre le Siam et l’Annam.

 

 

Ce que le roi Mongkut ne pouvait que contester.

 

Après la mort du roi de Cambodge en 1860 et la « guerre » de succession entre les trois fils, l’armée royale siamoise rétablit l’ordre et installe le roi désigné Norodom, signifiant bien sa volonté de maintenir sa suzeraineté sur ce pays.

 

Mais le  Contre-Amiral de la Grandière  conclut un traité le 11 août 1863 avec le roi du Cambodge,  dans lequel les Français exigent du roi du Cambodge qu'il ne reçoive aucun ambassadeur ou consul étranger sans l'avis des autorités protectrices qui lui accordent en contrepartie assistance dans le maintien de l'ordre intérieur et face aux agressions extérieures. La présence française demeure discrète, un représentant français est nommé à Udong, alors capitale du royaume, pour veiller au respect des clauses de l'accord, quelques garnisons françaises sont disséminées le long du Mékong, artère vitale du pays tant du point de vue économique que politique. 

 

Le roi Mongkut n’accepte pas ce traité et fait signer à Norodom un traité secret le 1er décembre 1863 qui infirmait le traité franco-cambodgien. La France bien sûr le déclare nul et non avenu. Rama IV invite le roi Norodom à se faire couronner à Bangkok le 3 mars 1864. Les Français occupent alors le palais royal d’ Udong et font hisser le drapeau français. Le roi du Cambodge craignant une occupation de son pays revient alors dans sa capitale le 17 mars 1864 et s’y fait couronner le 3 juin 1864.

 

Le 14 avril 1865, Aubaret, Consul de France à Bangkok, alors qu’une canonnière française est dans les  eaux du Ménam, arrive à conclure un «arrangement» avec le Kalahom (1er ministre siamois) qui est censé régler la « question » du Cambodge. Mais le ministre français de la marine et des colonies conteste l’article 4 qui reconnait une suzeraineté siamoise sur le Laos.

 

Rama IV, fort de l’appui anglais, tente de résister aux revendications françaises, mais l’annexion proche de la Birmanie  par les Anglais, l’obligeait à reprendre les pourparlers avec Paris.

 

Mais les négociations n’évoluent pas et le 1er ministre siamois refuse même officiellement, le 13 décembre 1866, la modification de l’article 4, concernant le Laos et la délimitation de ses frontières par rapport au Mékong. Rama IV envoie  une ambassade à Paris, qui arrive en avril 1867 et remet directement une supplique à Napoléon III. Les pourparlers pouvaient recommencer. Ils durèrent 4 mois.

 

Malgré  les révoltes de l'achar Sua (1864-1866) et de Poukombo (1865-1867) contre les occidentaux et contre le souverain qui les avait accueillis, le traité du 15 juillet 1867 sera signé et ratifié le 24 octobre, dans lequel la France conservait le Protectorat sur le Cambodge et le Siam obtenait la propriété des deux provinces cambodgiennes de Battambong et de Siem Reap/Angkor. Le traité comprenait  aussi un accord commercial et prévoyait des modalités de libre circulation. (L’article 6 autorisait les bâtiments sous pavillon français à naviguer librement sur le Mékong et le grand lac Tonlé-Sap).

 

 

Le  roi Rama IV conscient des forces en présence et essayant d’agir dans un difficile équilibre entre l’Angleterre et la France, avait quand même réussi à sauver sa suzeraineté sur le Laos et   gardait  les provinces de Battambang, Siem Reap et Sisophon.

 

Il fut important pour lui de justifier la légitimité du royaume du Siam auprès de ses interlocuteurs étrangers. On peut se rappeler, au-delà des polémiques et des contreverses qu’elle a suscitée, que le Prince Mongkut avait découvert en 1833 la  stèle dite de Ramkhamhaeng datée de 1292 qui sera considérée comme  l'acte fondateur de la nation thaïe.   Elle prouvait pour lui et ses successeurs que la nation thaïe est une vieille nation, née avec le royaume de Sukhotai en 1238, qui avait une Histoire, un idéal avec un royaume abondant, un roi bienveillant, une religion bouddhiste observée par tous, une société bien organisée, une écriture, etc. (Cf Nos articles (11) ) Le roi Mongkut ne manquera jamais de le faire savoir à ses interlocuteurs occidentaux, comme en 1855 en présentant une copie lithographique de l'inscription, et une lettre expliquant sa signification, à l'envoyé britannique john Bowring, et une autre copie  à  l'envoyé français Charles de Montigny  en 1856.

 

 

 

Sa vie et son œuvre ont eu une importance majeure dans l'histoire de la Thaïlande. Sa passion pour l'astronomie fut d'ailleurs la cause directe de sa mort. Il mourut le 1er octobre 1868, d'une fièvre paludéenne ou fièvre des jungles contractée sur les hauteurs de Sam Roi Yot où il était allé observer avec un certain nombre de savants européens l’éclipse de soleil de 1868, une  éclipse du soleil qu’il avait prévue.

 

 

Son fils ainé, Chulalongkorn a alors 15 ans, un Conseil de régence présidé par Sri Suriyawongse, l’ancien premier ministre du roi Rama IV, le fait roi  le 11 novembre 1868.  Il va régner pendant 42 ans pendant lesquels il va réformer et moderniser le royaume, comme aucun roi avant lui. Mais cela est une autre histoire que nous vous raconterons dans le prochain article. 

 

 

NOTES ET REFERENCES.

 

 

(1) RH 57. 2   INTRODUCTION À L'HISTOIRE DE LA DYNASTIE CHAKRI ACTUELLEMENT RÉGNANTE EN THAÏLANDE DEPUIS 1782.

Rama III (21 juillet 1824-2 avril 1851).

 

 

(2) 126. Le roi Mongkut. (Rama IV). (1851-1868)

1ère partie. « major rex siamensium », « le plus grand des rois du Siam  » (?)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-126-le-roi-mongkut-rama-iv-1851-1868-123224741.html

 

127.  Le roi Mongkut. ( Rama IV). (1851-1868)

  1. Le règne d’un monarque « éclairé ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-127-le-roi-mongkut-rama-iv-1851-1868-123269822.html

 

(3) 124. Monseigneur Pallegoix. (1805-1862)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-124-monseigneur-pallegoix-1805-1862-123022921.html

 

La relation privilégiée qu'il sut nouer avec le prince-moine continua lorsque celui-ci monta sur le trône. Il partagea avec lui ses connaissances encyclopédiques, le roi lui-même étant curieux de tout : photographie, science, optique, astronomie, linguistique, les richesses de notre pays, mais en contre partie, il voulut tout apprendre de ce pays où il avait charge d’âmes : langue, religion, coutumes, etc.

Le monarque par ailleurs partage le goût de Monseigneur pour la linguistique, l’histoire et les sciences. Les leçons d’astronomie données par Monseigneur Pallegoix  lui permettront de déterminer et annoncer avec précision une éclipse totale du soleil le 8 Aout 1868 [...]

Le roi a par ailleurs une évidente attirance pour la civilisation européenne, il se lie également d’amitié avec un autre farang, John Bowring gouverneur de Hong Kong et grand érudit devant l’éternel. L’évêque et le diplomate représentent alors les deux nations qui comptent dans le monde : l’Angleterre et la France. Monseigneur Pallegoix lui a enseigné le latin (le monarque avait souvent la coquetterie de se qualifier de rex siamensium) et l’astronomie, mais Il fera venir de nombreux professeurs occidentaux pour enseigner l’anglais à ses enfants et aux membres de la Cour.

 

 

[…] Ainsi cet homme de religion, avait su rétablir avec modestie la confiance entre le Siam et la France. Sa rencontre avec Rama IV, souverain tout  aussi exceptionnel permettra cette reprise des relations franco-thaïes.

(4) 121. Les revenus du roi Rama III ? (1824-1851).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-121-les-revenus-du-roi-rama-iii-1824-1851-122846466.html

 

(5) Charles Bock, consul général de Suède et de Norvège à Shangaï « Le royaume de l’éléphant blanc – 14 mois au pays et à la cour du roi de Siam », traduction française, 1889.

 

(6)128. Le traité « Bowring » de 1855 entre le Siam et la Grande-Bretagne.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-28-le-traite-bowring-de-1855-entre-le-siam-et-la-grande-bretagne-123310343.html

 

(7) Wikipédia :Traité Harris de 1856 avec le Siam.

 

Harris, bien que désireux de se rendre à son nouveau poste au Japon, passe d'abord à Bangkok pour mettre à jour le Traité Roberts (en) de 1833. Dans son audience formelle avec le second roi, Phra Pin Klao, anglophone et ouvert à l'Occident, Harris indique la position de l'Amérique :

« Les États-Unis ne détiennent pas de possessions en Orient, ni n'en désirent. La forme de gouvernement interdit la possession de colonies. Les États-Unis ne peuvent donc pas être un objet de jalousie vis-à-vis d'une quelconque puissance orientale. Les relations commerciales pacifiques, qui donnent autant qu'elles bénéficient, est ce que le président souhaite établir avec le Siam, et tel est l'objet de ma mission. »

La finalisation du Traité Bowring (en) de 1855 de l'empire britannique retarde Harris d'un mois mais il a seulement à négocier des points mineurs pour en faire le traité Harris de 1856. Remodelé en « Traité d'amitié, de commerce et de navigation », ces modifications accordent aux Américains des droits extra territoriaux en plus de ceux accordés dans le Traité Roberts. Stephen Matoon, missionnaire américain qui est intervenu en tant que traducteur, est nommé premier consul américain au Siam.

 

(8)129. Le traité de 1856 entre la France et le Siam de Rama IV. (1851-1868)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-129-le-traite-de-1856-entre-la-france-et-le-siam-de-rama-iv-1851-1868-123342762.html

 

L’étude de Charles Maynard de 510 pages, intitulée : « Le second empire en Indochine, Siam, Cambodge, Annam. L’ouverture du Siam au commerce et la convention du Cambodge » nous montre les différentes étapes de cette ambassade, les principaux éléments de cette négociation, et les résultats obtenus avec le traité signé le 15 août 1856.

 

 

(9) 131. L’ambassade  siamoise de 1861 en France.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-131-l-ambassade-du-siam-de-1861-en-france-123390953.html

D' après l'excellente étude de Dominique Lebas intitulée « La venue de l'ambassade siamoise en France en 1861 » In: Aséanie 3, 1999. pp. 91-112.doi : 10.3406/asean.1999.1621 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_1999_num_3_1_1621

 

(10) A.54 Le Siam au château de Fontainebleau, l’ambassade du 27 juin 1861.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a54-le-siam-au-chateau-de-fontainebleau-l-ambassade-siamoise-du-27-juin-1861-97695442.html

 

(10) 132. Le Traité de 1867 entre le Siam et la France.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-132-le-traite-de-1867-entre-le-siam-et-la-france-123423031.html

 

(11)   La stèle de Ramakhamhèng de 1292 ;

2 articles :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html

 

Et 20. Notre Histoire : Le roi  de Sukkhotaï  Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-notre-histoire-le-roi-de-sukkhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292-101594410.html

 

Pour en savoir plus :

125. Que savions-nous du Siam en 1855 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-125-que-savions-nous-du-siam-en-1855-123162026.html

 

A218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/a-218-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-suite.html

 

 

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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 22:05

 

 

 

Rama III (21 juillet 1824-2 avril 1851).

 

 

 

 

 

Notre article précédent a présenté les deux premiers rois de la dynastie Chakri  Rama I, le fondateur (1782-1809) et Rama II (1809-1824). Nous avons appris qu'à la mort de Rama II  le 21 juillet 1824, le trône devait revenir au prince Mongkut, fils de la reine Srisuriyendra, mais son demi-frère le prince Prince Chetsadabodin (Tap) (fils de Rama II et de la princesse consort Sri Sulalai), devenu เจ้าอยู่หัว Chao Yuhua, « ministre » du commerce et des Affaires étrangères, avait su le « convaincre » de lui laisser le pouvoir, ce qu'il fit avec «sagesse», en prenant l'habit de moine.

 

 

Nous reprenons ici une version allégée et remaniée de notre article sur Rama III de «Notre Histoire de la Thaïlande». (1)

 

 

 

Phra Bat Somdet Phra Chao Yu Nangklao Hua (Thai : พระบาทสมเด็จพระนั่งเกล้าเจ้าอยู่หัว ) ou Rama III est le troisième monarque de la dynastie Chakri. Il est né le 31 mars 1788 et accède au pouvoir royal le 21 juillet 1824. Il a alors 36 ans. Il désigne son oncle Sakdiphonlasep, comme vice-roi. Il règnera  26 ans jusqu'au 2 Avril 1851.

 

 

 

 

Auparavant, le futur roi Rama III s’était distingué en 1809 en matant une révolte du prince Kshatriyanuchit, un des fils du roi Taksin. Son père, Rama II, lui avait attribué en 1813 le titre de Prince Chetsadabodin (สมเด็จ พระเจ้า ลูกเธอ กรม หมื่น เจษฎา บดินทร์) et reconnu sa compétence en l’élevant au rang de Kromma Muen et en lui confiant le poste de Kromma Tha, à savoir le ministère du commerce et des affaires étrangères. C’est donc un homme d’expérience qui arrive au pouvoir.

 

 

 

I. La politique extérieure de Rama III.   

 

 

Il connait la nouvelle situation géopolitique du Siam au début de son  règne marquée par la mainmise anglaise sur une partie de la Malaisie et de l’Indonésie, avec la création de Singapour (1819),

 

 

...l’occupation de Malacca et le sud Sumatra. (Cf. le traité de Londres de 1824)

 

 

Une rivalité anglo-siamoise sur les Etats malais du sud ne pouvait que naitre, surtout après  que Rama II ait envahi  le Kedah en 1821 et créé le sultanat de Perlis en le détachant de celui de  Kedah. Le colonisateur britannique avait des vues sur les mines d’étain de l’État voisin du Perak. Nous verrons que  leurs différends seront réglés avec le traité dit de Burney en 1826.

 

 

A l’ouest, un autre conflit, entre les Anglais et les Birmans ne pouvait que l’inquiéter, surtout après la déclaration de guerre du 5 mars 1824 qui débouchera sur la 1ère guerre anglo-birmane de 1826.

 

 

Au nord, le roi lao Anouvong, de Vientiane, crut alors que le moment était bien choisi pour attaquer le roi du Siam. Nous verrons que les conséquences seront terribles pour ce royaume, avec la capitale rasée et tous ses habitants déportés en  «Isan». (1826-1828)

 

 

Enfin, à l’Est, Rama III devra aussi, comme  ses prédécesseurs, défendre «ses» territoires cambodgiens vassalisées et affronter les Vietnamiens lors des guerres de 1833-1835 et de 1841-1845.

 

Autant dire que le roi Rama III eut fort à faire. Reprenons chacun de ces «conflits». (2)

 

 

1.1 La rivalité anglo-siamoise.

 

La rivalité anglo-siamoise doit se comprendre dans le contexte des visées coloniales des Hollandais et de l’Empire britannique, et surtout par l’expansion anglaise avec la Compagnie des Indes orientales britannique dans les territoires malais, rencontrant le pouvoir siamois.

 

Le traité anglo-hollandais de 1814 était supposé résoudre les différentes questions soulevées par l'occupation britannique des possessions néerlandaises pendant les guerres napoléoniennes, ainsi que celles relatives aux droits commerciaux respectifs des deux nations dans les « îles aux épices ».

 

 

Ce traité ne définissait pas les limites de l'expansion de chacune des parties dans le monde malais. La fondation de Singapour en 1819 par Thomas Stamford Raffles exacerba les tensions. Les Hollandais prétendaient que le traité signé entre Raffles et le sultan de Johor était invalide car ce dernier faisait partie de leur sphère d'influence. La question des droits commerciaux des Hollandais et de leurs anciennes possessions en Inde était un autre sujet de discorde.

 

Des négociations commencèrent en 1820 et aboutirent au traité signé le 23 mars 1824, qui scellait le partage du monde malais en deux, entre ce qui deviendra plus tard la République d'Indonésie, et d'autre part, la Fédération de Malaisie.  Mais si les Anglais par ce traité avaient désormais réglé leur «différend» avec les Pays-Bas, et s’étaient partagé leur zone d’influence, il n’en était pas de même avec les Siamois.

 

La rivalité anglo-siamoise pour le sud malais.

 

En 1786, le sultan de Kedah, qui cherchait de l'aide contre les Siamois, avait loué l'île de Penang à la Compagnie des Indes orientales britannique, qui en fit un port franc. En 1819,  Sir Thomas Stamford Raffles, avait fondé Singapour avec des vues sur le port de Malacca, Rama II avait envahi le Kedah en 1821, pourtant soumis aussi au sultanat d’Aceh, et  créé le sultanat de Perlis, en le détachant de celui de  Kedah. Le colonisateur britannique quant-à lui était intéressé par les mines d’étain de l’état voisin du Perak et  en butte sur un autre front, aux velléités guerrières des Birmans, qui débouchera sur  la 1ère guerre  anglo-birmane de 1824-1826, qui aboutira  au traité de Yandabo signé le 24 février 1826, dans lequel  la Birmanie cédait aux Britanniques Manipur et les provinces de l'Assam, de l'Arakan et du Tenasserim.

 

 

Les différends anglo-siamois quant-à eux seront réglés avec le traité dit de Burney signé le 20 juin 1826. Un traité de 14 articles, avec en annexe un accord commercial de 6 articles. Le traité reconnaissait la souveraineté siamoise sur les quatre États malais septentrionaux de Kedah, Kelantan, Perlis et Terengganu et la souveraineté britannique sur l'île de Penang. Le traité garantissait par ailleurs la liberté du commerce britannique au Kelantan et Terengganu contre toute ingérence siamoise. Les États malais concernés n'étaient pas représentés dans cet accord.

 

 

 

Toutefois  en 1837, un neveu du sultan de Kedah profita du départ des gouverneurs et fonctionnaires siamois à Bangkok pour les funérailles de la mère de Rama III, pour se révolter. Rama III envoya Tat Bunnag pour soumettre la rébellion en 1838 et en 1839 le sultanat fut divisé en quatre territoires autonomes. Il fallut néanmoins attendre 1842  pour que le sultan vassal acceptât cette domination.

 

Il est vrai qu’auparavant Rama III avait décidé d’apporter son appui aux Anglais dans leur lutte contre les Birmans. Mais nous ne savons pas quel fut son importance, ni les formes qu’il a pu prendre.

 

Ce traité fut suivi en 1833 par un traité d’amitié et de commerce avec les Américains ou traité Roberts du nom du représentant du Président américain Andrew Jackson. (Ratifié le 30 Juin 1834, échangé le 14 Avril 1836 (seconde ambassade du Dr SW Ruschenberger)  et proclamé le  24 Juin 1837. (3)

 

 

Les États-Unis, voulurent en 1850 rouvrir les négociations; mais leur représentant, M. Ballestier, ne fut même pas reçu à la cour. Par contre en 1856, le traité Harris modifiait le précédent traité. De même sir James Brooke en 1850, le fameux rajah blanc de Sarawak, se rendit à Bangkok en qualité de plénipotentiaire de la reine Victoria et revint sans traité.

 

 

1.2  La révolte du roi lao de Vientiane, Anouvong (1805-1828), sa défaite, et la fin de Vientiane. (1826-1828). La déportation de ses habitants et les débuts de «l’Isan».

 

Si Rama III avait réglé la question de la souveraineté sur les états malais septentrionaux, avec les Anglais (Cf. traité dit de Burney), il dut faire face à une invasion lao du roi Anouvong de Vientiane en 1826.  

 

Nous avions relaté dans notre article sur le roi Taksin, qu'une révolte de la principauté lao de Champassak avait entraîné en 1778, la prise de Luang Prabang et de Vientiane. (Cf. (2) article 115.2) Anouvong, le fils du roi de Vientiane, avait été ramené comme captif à Bangkok. En récompense pour service rendu pour sa participation à des combats contre les Birmans, il avait été placé par les Siamois sur le trône de Vientiane en 1805 et même obtenu de Bangkok le trône de Champassak pour son fils, après avoir écrasé une révolte des tribus khas en 1819.

 

En 1825 donc, le roi Anouvong vient à Bangkok assister aux funérailles de Rama II. Il y apprend à cette occasion les conflits du Siam avec l’Angleterre au Sud. En 1826, estimant que le Siam était menacé par les Anglais et par la guerre anglo-birmane, il décide d’attaquer le Siam.

 

Il s'empara de Korat, le principal bastion de la défense du Siam et de fait sa frontière, dans le nord-est, et parvint à un jour de marche de Bangkok, mais son armée dut battre en retraite.

 

Le général Bodin (Chao Phraya Bodindecha) contre-attaqua et s'emparera de Vientiane en 1826, après une bataille de trois jours. La ville sera pillée.

 

 

Anouvong s'enfuit au Vietnam à Hué, d'où il revint avec un contingent vietnamien. Mais il fut vaincu une seconde fois et fait prisonnier alors qu'il tentait de passer en Chine. (Anouvong mourut prisonnier à Bangkok en 1829, dans une cage de fer.)

 

Rama III ordonna en 1827 la destruction de Vientiane. Seul le Vat Sisaket fut épargné. Ses habitants furent déportés en «Isan» et contraint de s’y installer. (Cf. (3) et (4), Notre article 11. L’Isan  était lao au XIXe siècle.)

 

 

1.3 Les guerres siamoises-vietnamiennes-cambodgiennes de 1833-1835 et de 1841-1845. (Chapitre réalisé à partir de wikipédia)

 

Comme ses prédécesseurs, Rama III s’est vu contraint d’intervenir dans l’histoire du Cambodge et de ses territoires cambodgiens vassalisés, à cause des discordes internes et des prétendants au pouvoir à chercher un appui auprès des Siamois ou des Vietnamiens, à partir de 1623 (quand Chey Chettha II, Roi du Cambodge, qui avait épousé une princesse vietnamienne, essaya de se libérer de la suzeraineté siamoise grâce à l’aide des Empereurs vietnamiens Nguyên.)

 

 

Depuis, les interventions vietnamiennes dans les affaires cambodgiennes furent nombreuses, et ceci d’autant plus que des colons vietnamiens commencèrent à s’installer au Cambodge. (Cf. (5) Notre article 116. Rama 1er (1782-1809), sur ses interventions au Cambodge)

 

Le Cambodge était repassé  sous la coupe des Siamois, mais depuis 1802, sous le règne de l'empereur Gia Long, le Viêtnam avait retrouvé sa force et son unité et Ang Chan II, roi du Cambodge l'avait reconnu comme suzerain, ce qui provoqua l'occupation du Cambodge par le roi du Siam Rama II. Mais si Ang Chan II avait réussi à reprendre Oudong avec l'appui des Vietnamiens,  il dût céder des provinces du nord du royaume au Siam et accepter l'autorité militaire du gouverneur de Saigon.

 

 

La révolte de Le Van Khôi (1833-1835) au Vietnam, va entraîner Rama III dans une guerre contre l’empereur Minh Mang.  (Cf. (6) Qui est Minh Mang? )

 

 

Minh Mang leva une armée pour mater la rébellion de Le Van Khôi qui a demandé l'aide de Rama III, qui accepte et envoie des troupes pour attaquer les Vietnamiens des provinces de Ha-tien et de An-Giang.

 

Phraya Ratchasuphawadi, qui vient d’être promu par Rama III, Chao Phraya Bodindecha, s'est vu confier la mission de la prise de Saigon, pendant que Dis Bunnag, le ministre de Kromma Tha commande la flotte et doit le rejoindre à Saigon. Les deux princes cambodgiens, Ang Im et Ang Duong, participent à l'expédition. Chao Phraya Bodindecha prend Udong mais  la flotte est repoussée à Saïgon.

 

Les troupes siamoises ont été accompagnées par 2.000 soldats catholiques vietnamiens sous le commandement du Père Nguyen Van Tam.  Ces forces siamo-vietnamiennes ont été repoussés en été 1834 par le général Truong Minh Giang.  Le Van Khôi meurt en 1834 pendant le siège.

 

Il a fallu trois ans à l’empereur Minh Mang pour mater la rébellion et l'offensive siamoise. L'échec de la révolte a eu un effet désastreux sur les missionnaires et  les communautés chrétiennes du Vietnam, accusés de trahison. Une période de persécution sanglante s'ensuivra. A la mort du roi Minh Mang, son fils aîné Nguyễn Phúc Mien Tông (Thieu Tri) devient le 3e empereur de la dynastie Nguyên. (14 février 1841-4 novembre 1847).

 

 

À partir de 1841, une grande partie du Cambodge fut incorporée au Viêtnam pour devenir l’Ouest cochinchinois. Le Viêtnam mit en place une politique d'annexion totale du Cambodge, avec imposition de la langue vietnamienne dans l'administration. L’État khmer, alors sur son déclin, fut divisé en trois « résidences » vietnamiennes sous le contrôle d’un « Résident Général”  vietnamien auprès de la Cour cambodgienne à Oudong.

 

Les Vietnamiens entreprirent alors de détruire les vestiges de la civilisation khmère, au point que dans la province frontalière d'An Giang à Chau Doc, cette opération devint (comme pour les Chams) un véritable génocide par assimilation dans le remplacement d’une organisation sociale et culturelle par une autre. C’est ainsi que les temples (pagodons) et autels bouddhiques furent détruits, le port des vêtements vietnamiens et de la coiffure vietnamienne devint obligatoire, la toponymie des lieux, villages et provinces fut vietnamisée et finalement le titre de Roi fut aboli pour les souverains du Cambodge.

 

L'empereur Thieu Tri, confucianiste, mènera la même politique isolationniste et antichrétienne, en commençant à emprisonner les missionnaires catholiques. Il provoquera alors une réaction immédiate de la France, qui en 1843, enverra une expédition militaire en Indochine avec ordre de protéger et de défendre les intérêts français et de libérer les missionnaires.

 

 

 

Thieu Tri ne cédera pas dans sa volonté d’éliminer tous les catholiques missionnaires du pays. Le 23 mars 1847, les Français exigeront la sécurité des ressortissants français et la fin des persécutions des missionnaires. Devant le refus de l’empereur, les combats éclateront et l’escadre française détruira tous les forts côtiers. Heureusement, les mandarins n’exécuteront pas l’ordre de l’empereur de tuer tous les chrétiens.

 

Engagé contre les Français, faisant face à l’invasion des troupes françaises, l’empereur Thieu Tri dut aussi combattre les Siamois.

 

 

 

Ang Duong, le frère cadet d'Ang Chan II, avec l’aide des troupes siamoises commandées par Bodindecha est proclamé roi du Cambodge à Oudong le 14 décembre 1843, mais il n’y sera couronné que le 7 mars 1848.

(Ang Duong,  frère cadet du roi d'Ang Chan II, avait été envoyé à Bangkok à l’âge de 16 ans et y restera jusqu’en 1839. Sa nièce Ang Mey, avait été nommée reine du Cambodge par les Vietnamiens et exilée à Hué en 1841. )

 

Pourquoi ?

 

De 1841 à 1847, le Siam et le Vietnam s'affrontent au Cambodge, alternant conflits et trêves agitées.

 

Entre temps, Bodindeccha avait pu prendre Phnom Penh en 1842, qui sera repris par les Vietnamiens en 1845. En 1845, une révolte éclate, qui se traduit par le massacre de Vietnamiens dans tout le pays. Des émissaires khmers sollicitent une intervention siamoise qui est accueillie avec joie par les Khmers. L'armée siamoise pénètre à Oudong.

 

Incapables de remporter une victoire décisive, ils s'accordent pour exercer une hégémonie conjointe sur l'État khmer. Ils décident de couronner Ang Duong dans la nouvelle capitale, Oudong, en 1848. Finalement, Siamois et Vietnamiens se mettent d'accord, chacun conservant les provinces annexées. Mais cet équilibre géopolitique, nous le verrons, sera remis en question par les visées colonisatrices de la France.

 

 

 

II. La politique intérieure.

 

 

Le 21 juillet 2010, un timbre commémoratif et une monnaie en argent ont été émis pour  mettre à l’honneur le roi Rama III, qualifié de «père du commerce thaïlandais». (7)

 

 

 

En cette occasion, un libellé assurait que «Rama III, le troisième de la dynastie Chakri, s’était personnellement engagé à régler tous les problèmes pouvant subvenir dans le commerce international. Il avait même, dit-on, promu de nouveaux produits pour répondre à la demande du marché international, et développé le commerce avec les nations étrangères. Les profits réalisés servirent à l’administration de son royaume, aux bonnes œuvres et le reste fut mis dans un «sac rouge» en prévision d’une future rançon exigée par un ennemi futur.»

 

 Mais  comment mesurer l'importance de ces échanges commerciaux ?

 

Stéphane Dovert (8), l'un des plus grands spécialistes sur la Thaïlande, avoue qu’il n’est pas aisé  de caractériser les principaux événements de son règne au niveau de son action gouvernementale, dans les domaines aussi essentiels que sont: l’administration de son royaume, l’économie, les finances, la culture, la religion, etc, tant les sources en français sont très limitées et les études générales inexistantes. Lui-même en est réduit à reprendre des généralités comme : « Ces gens-là, leur a-t-il dit (parlant de Rama III), nous apportent ce que ce que nous sommes le plus désireux d’obtenir : plein d’armes à feu et des espèces. Ils acheminent en outre de pleins de cargos de sucre et d’autres produits vers leur pays» ; reprenant ce que le Phra klang aurait dit à un ambassadeur britannique à propos des Américains. (Tiré en fait du rapport Crawfurd).

 

Ou bien prenant l’information dans le livre de W. F. Fella (p. 127-130): «Sous l’effet d’une crise conjoncturelle, l’administration de Rama III qui avait donc par le Traité de 1826, laissé augurer aux Anglais des réformes favorables à leur négoce, a  bien renoncé à ses monopoles. Mais ce fut pour la remplacer par de très lourdes taxes sur le commerce qui participaient d’une politique générale de fermeture du pays»

.

Elle fut manifeste à la fin de son règne. En 1850, M. Ballestier, l’ambassadeur américain, nous l'avons dit,  ne fut pas reçu à la Cour alors qu’il voulait renégocier le traité Roberts de 1833, ainsi que sir James Brooke, le fameux rajah blanc de Sarawak qui se rendit à Bangkok en qualité de plénipotentiaire de la reine Victoria et qui revint sans nouveau traité.

 

 

 

Mais par contre wikipédia n’hésitera pas à affirmer que Rama III développa le commerce avec la Chine et qu’il fut prospère. Bien entendu, on se gardera bien de donner la moindre information sur cette prospérité. Certes on peut supposer qu’un certain commerce a dû se pratiquer, tant les Chinois étaient relativement nombreux dans le royaume et à Bangkok. Dovert cite Bowring qui estimait la population du royaume d’origine chinoise à 25% de la population ; et Dean qui « estimait qu’en 1835, vivaient dans la seule Bangkok, 270 000 Teochiu, 70 000 Hokkien, 30 000 Hainanais et 30 000 Kakha ».

 

 

 

Mais que pouvons-nous savoir sur les revenus du royaume ?

 

Il n’y avait pas de compte de la Nation à cette époque, mais il y avait un registre royal. Mais qui a pu le consulter ?

 

Il y avait bien un Trésor royal, des impôts et taxes pour les sujets du royaume, des ministres, des organismes gouvernementaux pour recueillir diverses formes de taxes et droits à l'importation, une flotte marchande siamoise, (Mais combien de bateaux sous Rama I, II III ?),  des  collecteurs d’impôts auprès des entreprises de monopole royal. Mais là encore aucun chiffre, aucune estimation. Il y avait bien des sakdina, qui permettaient de répondre aux «exigences royales»  (impôts et corvées), les tributs et capitations. Rappelons-nous que le nombre d’esclaves augmenta de façon spectaculaire sous Rama III, surtout après avoir déporté tous les habitants de Vientiane en 1827 en Isan. Ces nouveaux sujets devaient payés un tribut ou une capitation dont Aymonier nous donne de multiples exemples. (Cf. (10))

Mais combien cela représentait-il pour le Trésor royal ?

 

Nous étions dans l’incertitude jusqu’à ce notre lecture de la « Description du royaume de Siam » de Mgr Pallegoix, nous donne en son chapitre 9 un relevé des Finances du roi Rama IV, présentant les 6 sources du revenu royal, détaillant tous les produits concernés. Certes ce n'était pas celui de Rama III, mais il pouvait aussi donner de nombreuses informations pertinentes sur les  6 sources du revenu royal, à  savoir: ses revenus des tributs que lui paient les petits rois soumis à son empire; des impôts sur les champs, les jardins et les plantations; des monopoles qu'il a établis; des douanes et des impôts sur les marchandises; de la taxe des jonques et des navires européens; des amendes et des confiscations. Nous y reviendrons dans notre article consacré à Rama IV. (Cf Notre article (8))

 

 

 

L'histoire officielle a donc consacré Rama III comme le « père du commerce siamois », mais fut-il comme ses prédécesseurs un  « fervent bouddhiste » et un « protecteur des poètes » ?

 

Pour Pariya Subpavong, il fut un roi bouddhiste exemplaire, mais son  étude écrite en thaï  ne nous permet pas de vérifiera ses dires. (11)  Il estime même que le bouddhisme inspira toute sa politique, sa gouvernance du royaume; que le roi appliquait la doctrine, en respectait les préceptes, était charitable, construisait des temples, aidait la communauté des moines à assurer sa sérénité. Il fit tout pour restaurer et diffuser la science et les connaissances qui ont contribué à l’identité d’une culture thaïe authentique  (sic).

 

Le site «Merveilles du monde» (12) nous assure qu'il fut un roi bâtisseur. Tourné vers le Bouddhisme, il était particulièrement pieux. Il est à l'origine de la construction du stupa le plus haut du Wat Arun, le temple de l'aube (car tourné vers l'Ouest) de Bangkok. (...)

 

 

On lui doit aussi la Montagne Dorée de Wat Sraket, le premier temple de style chinois (à Rajorasa),

 

 

le Wat Ratchanadda

 

 

et le temple Chetupol. ».

 

Larousse en tous cas estime que le roi Rama III « était soucieux de préserver les connaissances traditionnelles, fit graver sur des tablettes scellées aux murs du Wat Pho les principales œuvres de la littérature. ».

 Le «protecteur des poètes»?

 

 

Nous avions vu en présentant l'un des plus grands poètes du Siam,  Sunthorn Phu, qu'à la mort de Rama II en 1824, son protecteur,  Rama III, bien que poète (dit-on)  avait décidé de ne plus entretenir tous ces fonctionnaires du Comité des poètes-conseillers, et l'avait destitué de ses biens (son terrain et sa maison) et enlevé tous ses privilèges d’homme de cour. Mais qu'en était-il de sa production poétique?

 

 

 

 

Rama III décède le 2 avril 1851. Il avait régné 26 ans. Nous allons retrouver son demi-frère, le Prince Mongkut, qu'il avait évincé et qui avait choisi de devenir moine. Il a alors 46 ans. Le règne de Rama IV peut commencer.

 

 

 

 

Notes et références.

 

 

(1) 118. La politique étrangère de Rama III (1824-1851)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-118-la-politique-etrangere-du-roi-rama-iii-1824-1851-122727633.html

 

 (2) Le Traité Roberts de 1833 en son article II prévoyait le libre–échange avec quelques limitations ; l'article III, un devoir de mesure au lieu des droits d'importation et d'exportation, le tonnage, licence pour le commerce ; accordait en son article IV (et X), le statut de nation la plus favorisée ; en son article V, le secours apporté aux citoyens américains en cas de naufrage ; et en son article VI des mesures en cas de faillite. L’article VIII prévoyait que les citoyens américains pris par des pirates et amenés dans le royaume, devaient être mis en liberté et leurs biens restaurés

 

(3) Nous avons déjà dans un  article intitulé « 11. L’Isan  était lao au XIXe siècle. » cité Larousse qui  expliquait dans quelles circonstances historiques  le royaume de Vientiane devient une province siamoise : «  La mort de Souligna Vongsa (1694) entraîne entre ses descendants une querelle qui va mettre fin à l'unité et à l'indépendance du Laos pour plus de deux siècles. Ainsi voient le jour au début du XVIII e , les royaumes de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak. Ce dernier passera vite sous la suzeraineté siamoise. Celui de Luang Prabang, affaibli par ses rivalités avec Vientiane, est envahi par les Birmans (1753) au cours de leur campagne contre le Siam, puis mis à sac une seconde fois (1771). Le royaume signe un traité d'alliance avec le Siam trois ans plus tard »

 

(4) 11. L’Isan  était lao au XIXe siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-l-isan-etait-lao-au-xix-eme-siecle-72198847.html

Nous étions en train de lire les  « NOTES SUR LE LAOS », d’Etienne Aymonier (Saïgon, Imprimerie du Gouverneur, 1885), pour découvrir qu’il décrivait en fait notre Isan. Ainsi en 1885 l’Isan était un pays lao.

Nous y avions appris que cette région occupée à l’origine  principalement par les anciens prisonniers de Vientiane se vit comme un pays lao, mais sans pouvoir central, sous l’autorité des différents mueangs de différentes tailles (districts, villages) qui vont se constituer, mais dans la reconnaissance de leur vassalité au pouvoir du roi du Siam, sous la forme de capitation/tribut, de reconnaissance des chefs laos qui se fait selon le cérémonial siamois. Le pouvoir siamois n’intervenant que pour les conflits majeurs, mais n’imposant pas ses mœurs, ses coutumes, ses valeurs.

 

(5) Sans refaire tout l’historique depuis le XVIIe siècle, nous pouvons  rappeler ce que nous avions dit à propos de Rama 1er 

« Parallèlement, Rama Ier a une politique étrangère très « interventionniste » à l’égard de ses voisins, avec le Cambodge d’abord, à cette époque en pleine déliquescence, « dark ages ». Les monarques en titre ne sont que des fantoches. Le roi Ream Reachea a été déposé en 1779 et le trône donné à son fils, le jeune Ang Eng. Rama Ier le fit déporter à Bangkok, où il en fit son fils adoptif en plaçant au poste de régent un féal, Chao Phraya Abhaya Bhubet qui gouverna le Cambodge comme un proconsul siamois »

 

« Au Vietnam, en 1784-1785, le dernier des Nguyen sollicita l’aide de Rama Ier pour s’emparer du trône alors aux mains des frères Tay Son. Mais la flotte conjointe des Nguyen et des Siamois fut défaite dans la bataille de Rach Gam Xoai Mut le 20 janvier 1785 dans le delta du Mékong et les Nguyen trouvèrent refuge au Siam. La dynastie fut toutefois rétablie en 1802 et sa complaisance permit à Rama Ier et à ses successeurs d’exercer une influence politique considérable, au moins jusqu’à la colonisation française »

 

(6) Minh Mạng est le fils de l'empereur Gia Long. Il est le deuxième empereur de la dynastie des Nguen du Viêt Nam.(14 février 1820-20 janvier 1841)

 

À la mort de Gia Long en 1820, il devient empereur sous le nom de Minh Mang. Cette année coïncide aussi avec la reprise de l'action missionnaire des Missions étrangères de Paris dans tout l'Empire qui avait dû cesser il y a presque trente ans à cause de l'état de guerre permanent entre Gia Long et la dynastie concurrente des Tây Sơn.

 

La première difficulté que le nouvel empereur doit affronter est l'opposition de Lê Văn Duyệt (1763-1832). Ce fidèle lieutenant de son père, avait reçu de l'empereur défunt le titre de vice-roi de Cochinchine (Gia Định, ainsi que la suzeraineté sur le roi du Cambodge) en 1812 avec le droit de la gouverner à sa guise et de traiter avec les émissaires étrangers. Or Duyệt refuse au début de reconnaître le titre impérial de Minh Mang. Il est également favorable à l'action des missionnaires.

 

Minh Mang va s’en prendre à ses factions du Sud, opposées à son régime et  soutenu  par les missionnaires catholiques et les Vietnamiens catholiques ; et ceci d’autant plus qu’elles sont favorables à la restauration des Canh, en la personne de  An-hoa.

 

Une révolte dirigée par Le Van Khôi, le fils adoptif de général Le Van Duyet, mort en 1832, va s’organiser. Le 18 mai 1833, les rebelles, composés de vietnamiens chrétiens et les colons chinois ont réussi à prendre la citadelle de Saigon (Thanh Phien-un).  En outre, Le Van Khôi a pu conquérir six provinces de Gia Dinh dans l'espace d'un mois. 

 

(7) 122. Rama III, « le père du commerce thaïlandais » ( ?)

La philatélie et la numismatique volent au secours des « gloires nationales » !

http://www.alainbernardenthailande.com/article-122-rama-iii-le-pere-du-commerce-thailandais-122934761.html

 

(8) 121. Les revenus du roi Rama III ? (1824-1851).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-121-les-revenus-du-roi-rama-iii-1824-1851-122846466.html

 

(9) Stéphane Dovert, pourtant si informé sur le Siam, ne signale, dans « Thaïlande contemporaine »,  que des ouvrages en anglais comme  le livre de Walter F. Vella intitulé « Siam under Rama III » ( Locust Valley, N.Y., Published by J. J. Augustin, 1957.), “The Royal Chronicle of the Third Reign of the Bangkok Dynasty,”de Chaopraya Thiphakarawong, Khuru Sapha, (Bangkok, 1961).

 

In « La Thaïlande prête pour le monde » de Stéphane Dovert, in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011.

 

(10) « NOTES SUR LE LAOS », (Saïgon, Imprimerie du Gouverneur, 1885

Notre article : L’Isan  était lao au XIX ème siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-l-isan-etait-lao-au-xix-eme-siecle-72198847.html

 

(11) The influence of bouddhisme on political thought of King Rama III”, de Pariya Subpavong. (Etude en thaï, avec un bref résumé en anglais).

 

(12) https://www.merveilles-du-monde.com/Temple-du-Bouddha-d-emeraude/Rama-III.php

 

 

 

 

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 07:06

 

 

UNE DYNASTIE DE 10 ROIS, DE RAMA I À RAMA X.

 

 

Nous avons vu dans l'article précédent dans quelles circonstances Thong Duang   devenu « Chao Phraya Chakri Maha » fut amené à prendre le pouvoir avec  la décision d'exécuter le roi Thaksin le Grand (1768-1782) (1). Il ne pouvait deviner -bien sûr- qu'il serait le fondateur d'une dynastie, la dynastie Chakri, qui verrait se succéder jusqu'à nos jours (2020) 10 rois qui prirent le nom dynastique de «Rama» à partir d'une décision du roi Rama III.(2) Nous avons consacré plus d'une centaine d'articles dans «Notre» Histoire de la Thaïlande à ces rois et aux principaux événements qui ont marqué le Siam, devenu la Thaïlande en 1939. Ce changement dynastique fut aussi l'occasion de la fondation de Bangkok comme capitale du royaume.

 

 

 

Vous comprenez qu'il ne s'agit pas ici de vous en proposer une synthèse -tâche impossible dans le cadre d'un article- mais  d'évoquer ce qui nous semble le plus important, en sachant qu'il y a «diverses manières de concevoir les périodisations: les continuités, les ruptures, les façons de penser la mémoire de  l’histoire» (Le Goff) (3), et qu'elles varient dans le temps, en fonction des pouvoirs en place, des idéologies, des auteurs, et des nouvelles sources trouvées, en se rappelant que face aux puissances coloniales anglaise et française, à partir du roi Mongkut, les Thaïs ont dû écrire leur Histoire, avec leurs mythes, leurs symboles, leurs héros, pour magnifier leurs rois et légitimer leur grande Nation. (4)

 

 

Toutefois, on distinguera  7 périodes.

 

 

La première va de 1782 à 1824. Elle concerne les deux  premiers rois de la dynastie:   Rama I le fondateur (1782-1809) et Rama II (1809-1824), que nous allons introduire infra dans cet article.

 

 

 

 

La seconde avec Rama III (1824-1851). Il connaît la nouvelle situation géopolitique du Siam au début de son  règne marqué par la mainmise anglaise sur une partie de la Malaisie et de l’Indonésie, avec la création de Singapour (1819), l’occupation de Malacca et le sud Sumatra. (Cf. le traité de Londres de 1824).

 

 

 

Une rivalité anglo-siamoise sur les États malais du sud ne pouvait que naître, surtout après  que Rama II ait envahi  le Kedah en 1821 et créé le sultanat de Perlis en le détachant de celui de  Kedah. Le colonisateur britannique avait des vues sur les mines d’étain de l’État voisin du Perak.  Leurs différends seront réglés avec le traité dit de Burney le 20 juin 1826, avec en annexe un accord commercial (Il faut dire que les Anglais venaient de vaincre les Birmans, les « ennemis » des Siamois), qui  fut suivi en 1833 par un traité d’amitié et de commerce avec les Américains ou traité Roberts. (Pour faire contrepoids aux Anglais). Au nord, le roi lao Anouvong, de Vientiane, crut alors que le moment était bien choisi pour attaquer le roi du Siam, mais  les conséquences seront terribles pour ce royaume, avec la capitale rasée et tous ses habitants déportés en « Isan ». (1826-1828).

 

 

 

La troisième  de 1851 à 1910, avec  le roi Mongkut (Rama IV,1851-1868) et le roi Chulalongkorn (Rama V,1868-1910).

 

 

 

 

Le roi Mongkut s’ouvre à l’occident (sa science, ses langues, l’éducation européenne de ses enfants, etc).

 

 

 

 

Il est  le roi de transition entre le Siam ancien et le Siam moderne qu’inaugure le roi Chulalongkorn (Rama V,1868-1910) qui lui, s’inspirera de l’Europe, aidé par des centaines de conseillers occidentaux pour transformer son pays et en faire un État moderne.  (Un État centralisé avec des fonctionnaires, création de l’éducation nationale, abolition de l’esclavage, code pénal, etc.). Les lettres  qu'il envoie depuis  l'Europe (1897 et 1907), révèle un roi ouvert, curieux de toutes les nouveautés, de tous les savoirs, de la technique, et même de son art de vivre. Il y enverra presque tous ses fils y étudier.

 

 

 

(Le futur Rama VI recevra une éducation anglaise pendant 11 ans ; Le futur Rama VII étudiera également en Angleterre, (À Eton Collège et à l’Académie militaire de Woolwich, et en poste à l’Artillerie Royale  basée à Aldershot). Il sera de bon ton désormais pour la famille royale et les élites d’y envoyer leurs enfants ).

 

Ces deux rois doivent affronter les puissances coloniales anglaise et française. Les accords commerciaux  et les différents traités signés  résultent des rapports de force de  la période considérée,  (Cf. Nos articles sur ces traités : Le traité « Bowring » de 1855 entre le Siam et la Grande-Bretagne ; Le traité de 1856 entre la France et  Rama IV. (1851-1868) ; Les Traités de 1867, de 1893, et de1907, entre le Siam et la France. (5))

 

 

 

La quatrième période avec Rama VI (1910-1925)  conjugue le modèle « occidental » et le modèle « siamois ».

 

 

 

 

Après avoir fait toutes ses études en Angleterre, le roi Rama VI (poète, écrivain, traducteur de Shakespeare )  poursuivit les réformes de son père (Imposa les noms de famille ; rendit l’école obligatoire et gratuite ;  fonda la 1ère université de style « occidental , mit fin au régime des capitulations au Siam en 1925).  Il mettra en place une politique  nationaliste et prendra surtout la décision historique le 22 juillet 1917, de déclarer la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie,  qui aura comme principale  conséquence pour le Siam de devenir en janvier 1920, un des membres fondateurs de la Société des Nations, assurant ainsi une garantie internationale pour l’indépendance et  l’intégrité du Siam.

 

 

 

 

 

Mais la  période la plus marquante pour la dynastie Chakri est causée par  l'événement majeur du coup d’État du 24 juin 1932 avec l’instauration de la monarchie constitutionnelle,  qui  conduisit le roi Rama VII  à abdiquer le 2 mars 1935.

 

 

 

Il fut donc le dernier souverain absolu et le premier de la monarchie constitutionnelle, qui impliquait  que son pouvoir était défini dans une constitution  et que désormais la politique du pays serait menée par un  gouvernement présidé par un 1er ministre.

 

 

 

 

Mais déjà à la veille du coup d’État de 1932, la société siamoise n’était plus la société traditionnelle du XIXe siècle, à cause du développement d’une économie monétaire et d’une classe de fonctionnaires et de militaires qui vont transformer le pays.(6) et (7)

 

 

(En précisant que la dernière constitution a été promulguée en 2017 et est la vingtième loi fondamentale thaïlandaise depuis la fin de la monarchie absolue en 1932, et qu'il y a eu à ce jour 37 premiers ministres, Le dernier, Prayut chan-ocha, en fonction depuis  le 25 août 2014. Premiers ministres issus d'élections (parlementaires ou nationales) ou de coups d'État militaires (8). Le dernier coup d'État militaire du 22 mai 2014  fut dirigé  par le général Prayut chan-ocha, Commandant en chef de l'Armée royale thaïlandaise.)

 

 

 

 

 

La sixième  période avec Rama VIII (1935-1946)   et le long règne de son frère Rama IX (1946- 2016).

 

 

Rama VIII   ne régnera en fait que 5 mois. (De fin décembre 1945 au  9 juin 1946). A son abdication,  Rama VI cède son trône à son neveu Mahidol, le fils de son frère, le prince Mahidol Adulyadej, mais il  n'a pas encore 10 ans. Son père est mort en 1928 et il vit avec sa mère et frère et sœur à Lausanne depuis 1933. il ne visite son pays qu'en 1938 et ne s'y installe qu'après la Seconde Guerre mondiale en décembre 1945. II meurt le 9 juin 1946 à l'âge de 20 ans, dans des circonstances tragiques à la suite d'un « accident » avec une arme à feu. Pridi a été nommé Régent en 1941, autant dire que son action royale a été quelque peu limitée.

 

 

 

 

Ce qui -évidemment- ne sera pas le cas de son frère Rama X  (1946-2016) qui va  régner  70 ans, mais ne sera couronné que le 5 mai 1950, après avoir terminé ses études en Suisse.

 

 

 

 

Nous verrons qu'en 70 ans, son rôle évoluera au fil des «événements» politiques, des constitutions, des 27 premiers ministres,  des 19 coups d’État, dont 12 qui ont abouti à un régime militaire, et des manifestations sanglantes en 1973, 1976, 1992 et 2010, pendant lesquelles le roi aura des attitudes différentes. (En 1973 et en 1992, le roi joue un rôle clé dans la transition de la Thaïlande vers un système démocratique en forçant les représentants de camps ennemis à trouver un accord.)

 

 

S'il n'a alors qu'un rôle cérémonial pendant  le pouvoir dictatorial  du maréchal Phibun (1948-1957),

 

 

 

 

le maréchal Sarit (1959 -1963)  redonnera au roi un rôle central,

 

 

 

 

.....qui va assister à des cérémonies publiques, visiter des provinces et de nombreux villages, initier des projets de développement et devenir  un roi aimé  devant lequel on se prosterne, aidé -il est vrai—par une propagande efficace (Sa photo partout, un reportage quotidien télévisuel saluant ses actions, l'obligation de se lever après chaque film au son de l'hymne national, etc.)   et  une loi de lèse-majesté qui punit durement toute critique du roi et de la famille royale. Avec  le premier ministre Général Prem Tinsulanonda (1980–1988) la relation entre la monarchie et le gouvernement sera  à son apogée. (Prem deviendra son Conseiller et Président du Conseil privé du roi). Il multipliera les projets démontrant l'économie d'auto-suffisance alimentaire, développera des fermes modèles et des centres d'apprentissage.  Dans les dix dernières années affaibli par l'âge et la maladie,  il sera de moins en moins présent sur la scène publique. S'il sera difficile de discerner son action politique (Cf. Son soutien à certaines dictatures), nous verrons que ses activités pour améliorer le sort de ses sujets les plus pauvres furent prolixes.

 

 

 

 

Enfin la dernière période qui commence avec son fils Rama X, qui devient le nouveau roi,  le 1er décembre 2016.

 

 

 

 

Après avoir fixé le cadre,  il est temps de vous présenter les dix Rama de la dynastie Chakri en commençant par Rama 1er(1782-1809) et  Rama II. (1809-1824)

 

 

Rama 1er (1782-1809), « Roi, chef de guerre, défenseur de la foi, législateur et poète. », avions-nous mis en sous-titre. (9)

 

 

 

 

Nous avons vu qu'avant de prendre le pouvoir le 6 avril 1782 en mâtant un coup d'État et en faisant exécuter le roi Taksin, Thong Duang, avait été nommé gouverneur de Ratchaburi en 1758 par  le roi Ekatat et avait  participer auprès de Taksin le Grand à la libération du Siam pour devenir l'un de ses généraux et ministres  les plus précieux. Il était devenu « Chao Phraya Chakri Maha », le guerrier le plus prestigieux, avec son jeune frère Bun Ma devenu Phraya Surasi, qu'il fera son successeur.

 

 

 

 

(Ils avaient -entre autres-  participé à la libération d'Ayutthaya,  à de nombreuses batailles  au Cambodge, libéré le Lanna en 1774 des Birmans, conquis  les royaumes laotiens (Vientiane, Luang-Prabang, Champassak) en 1778.)

 

 

Dès son accession au pouvoir, pour des raisons  stratégiques, il avait fondé officiellement la nouvelle capitale Bangkok, le 21 Avril 1782.

 

 

 

 

Le roi Taksin avait dû affronter les Birmans, il en sera de même pour Rama 1er.

 

 

En 1785-1786 les Birmans avaient  envoyé neuf armées d’invasion par le Lanna et le Nord. Rama Ier lui-même était intervenu et avait libéré Lampang. Les Birmans avaient contre-attaqué par Ranong, Nakhonsithammarat et Phuket et avaient réussi  à s’emparer de Songkhla et de Phatthalung  mais furent mis en fuite par les habitants sous la direction du moine guerrier Phra Maha. Le roi birman Bodawpaya  revient l’année suivante à la tête d’une armée unique mais fut de nouveau défait. En 1787, encore maîtres de Chiengsen et Chiengrai, ils attaquèrent Lampang et Pasang mais seront défaits par une armée conduite par le prince héritier. La même année, les Siamois vont attaquer Tavoy, sans succès, mais le gouverneur de Tavoy se révolta contre le roi de Birmanie en 1791, et jeta son pays sous la main siamoise. Cela conduit à une autre guerre en 1793 au cours de laquelle les Siamois tentèrent en vain d'envahir la Birmanie, et Tavoy  fut alors repris par les Birmans.

 

 

 

 

En 1797 encore, les Birmans vont lancer une attaque sur les provinces du Laos. Ils réussissent à atteindre Chiengmai, capitale du prince Kawila mais ils sont écrasés à Chiengsen. En 1802, les Birmans seront définitivement chassés de Chiengsen, leur dernier bastion dans le nord du Siam. Conformément à leurs néfastes errements, Chiengsen a été dépeuplée et réduite à des ruines.

 

 

De même parallèlement, Rama 1er devra, comme au temps du roi Taksin, intervenir de  de nouveau au Cambodge  et au Vietnam en 1784-85.

 

 

Le roi Ang Non II du Cambodge  a été déposé en 1779 et le trône donné à son fils, le jeune Ang Eng. Mais il n'a que 7 ans. Rama Ier le fit déporter à Bangkok, où il en fit son fils adoptif en plaçant au poste de régent un féal, Chao Phraya Abhaya Bhubet qui gouverna le Cambodge comme un proconsul siamois, jusqu'à ce que Ang Eng puisse remonter sur le trône à sa majorité.

 

 

 

 

Au Vietnam, en 1784-1785, le dernier des Nguyen sollicita l’aide de Rama Ier pour s’emparer du trône alors aux mains des frères Tay Son. Mais la flotte conjointe des Nguyen et des Siamois fut défaite dans la bataille de Rach Gam Xoai Mut le 20 janvier 1785 dans le delta du Mékong et les Nguyen trouvèrent refuge au Siam. La dynastie fut toutefois rétablie en 1802 et régna jusqu'en 1945.

 

 

 

 

Mais si le  roi Rama 1er réussit à battre les Birmans, contrôler la situation au Cambodge, il fut aussi un roi bouddhiste,  législateur et  écrivain.  

 

 

Six ans après son accession au pouvoir, il réunit un concile comportant 250 moines ou hommes de loi qui travaillèrent pendant six mois à reconstituer les textes sacrés en langage sacré, le pali, un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages qu'il fit publié en 1788.

 

 

 

 

A la suite d’une banale affaire judiciaire dont le roi avait été saisi en dernier ressort, il s’aperçut que sa justice avait rendu une décision inique mais fondée sur des textes anciens bien réels. Il  décida alors de faire procéder à une révision générale du corpus législatif.  Il convoqua un « concile » qui du 31 janvier 1805 au 16 décembre produisit pas moins de  41 volumes. (10)

 

 

 

 

Mais il eut soin aussi de faire revivre la « littérature nationale » dont l’essentiel avait été détruit par les Birmans lors du sac d’Ayutthaya en 1767. Il fit effectuer par ses lettrés un immense travail de recension de la littérature de l’époque d’Ayutthaya fondée soit sur la tradition orale soit sur les manuscrits qui pouvaient subsister, dormant dans les bibliothèques des temples et écrivit lui-même. L’essentiel de son œuvre écrite est une version du «Ramakian» (รามเกียรติ์) publiée en 1798 et est encore considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature thaïe.

 

 

 

Le roi mourut d’une brève maladie le 7 décembre 1809 à l’âge de soixante-douze ans. Il avait régné 27 ans. Son frère  Bun Ma devenu Phraya Surasi, nommé comme Uparat,  ayant décédé en 1803, son fils aîné lui succéda. ( En 1782, son père devenu  roi  lui avait accordé alors le titre de Prince Itsarasunthon et en 1806, l'avait nommé Uparat (Prince héritier).  (11)

 

 

 

Rama II. (1809-1824) (12)

 

 

 

 

Rama II devient roi à 42 ans. A peine sur le trône, il doit faire face  à une révolte ourdie par Kasatranuchitn, dernier survivant mâle et le plus jeune de la nombreuse progéniture du roi Taksin qui se prétendait héritier légitime et une sœur de Taksin. La révolte est réprimée  par le prince Tap, fils aîné du roi né de ses amours avec sa concubine. (Et futur roi Rama III). En remerciement son père le nommera  krommuang, équivalent de ministre des affaires étrangères.

 

 

Il doit aussi  envoyer  son oncle, le prince Senurak (fils de Rama I et de la reine Amarindra) repousser une nouvelle invasion des Birmans à  Chumpon et Phuket. Ce sera  la dernière tentative d’invasion birmane au Siam. Les Birmans devront désormais affronter les Britanniques dès 1824.  

 

 

(Lors de trois guerres: celle de 1824–26, qui aboutit au traité de Yandabo signé le 24 février 1826, par lequel  la Birmanie cédait aux Britanniques Manipur et les provinces de l'Assam, de l'Arakan et du Tenasserim, celle de 1852 et enfin celle de 1885 qui se concluait par l'annexion et la fin de la dynastie Konbaung.)

 

 

 

 

 Il «régna paisiblement  pendant 14 ans », nous dit Monseigneur Pallegoix.

 

 

Rama II  va s'ouvrir lentement à l’étranger et à l’Occident.

 

 

En 1810, il envoie une ambassade auprès de l’empereur de Chine Jiaqing (de la dynastie Qing) probablement pour un acte d’allégeance.

 

 

 

 

Mais le premier contact formel du Siam avec l’Occident sera l’envoi d’une ambassade du gouverneur de Macao en 1818  menée par Carlos Manuel da Silveira qui aboutit à un accord commercial en 23 articles. Aux termes de cet accord, Carlos da Silveira fut nommé consul en 1820, et fut le premier consul occidental au Siam, avec droit de hisser son drapeau national sur les locaux du consulat.

 

 

 

 

ll n’en fut pas de même pour l’ambassade britannique Crawfurd, envoyée par le Gouverneur Général de l’Inde, M. le marquis d’Hastings, basé à Calcutta.  M. Crawfurd fut certes reçu par le roi en avril 1822, mais il ne fut pas entendu. Ce sera un échec retentissant. Elle repartira mi-juillet 1822 pour  la Cour de Hué, où elle subira l’affront de n’être même pas reçue par le roi. 

 

 

Rama II avait sans doute été étonné que cette ambassade lui proposât un traité de commerce, alors que l’année précédente  le Siam avait envahi le  Kedah et crée le sultanat de Perlis en le détachant de Kedah, qui était auparavant soumis à la suzeraineté conjointe du Siam et du sultanat d’Aceh. (Les Anglais s'étaient installés dans le sultanat de Seberang Perai en 1798 et  à Singapour, en 1819)

 

 

 

Rama II fut comme son père,  un bouddhiste pieux et un artiste.

 

 

Bouddhiste dévot, il surveillait attentivement la morale de ses sujets, de ses fonctionnaires et des membres de sa famille sans favoriser personne : De nombreux décrets royaux prévirent des peines sévères (de dures flagellations au rotin) contre les joueurs, notamment ceux qui organisaient ou participaient à des combats de coqs ou de poissons.

 

Il relança en 1818 les cérémonies religieuses du Wisaka Bucha, et fit  traduire le Tripitaka bouddhiste du pali en thaï pour que les dévots comprennent ce qu'ils récitaient, continuant en cela l’œuvre de son père. Il envoya une mission de moines au Sri Lanka pour y étudier le bouddhisme.

 

 

 

 

Il fut bâtisseur comme ses prédécesseurs et fit  construire de nombreux temples. Il aurait sculpté de ses mains la grande statue de Bouddha dans la chapelle du « temple de l’aube » à Bangkok , le Wat Arun dont il commença la construction qui se termina sous le règne de Rama III.

 

 

Le musée national conserve nombre de ses sculptures, masques ou monstres provenant de l'épopée du Ramayana. Il a également continué la construction commencée par son père et terminée par son successeur du Wat Suthat thepwararam  dont les sculptures polychromes des portes seraient également faites de ses mains.

 

 

 

Mais il fut également  un artiste, un poète et protecteur des poètes.

 

 

Sous son règne, à l’écart des guerres permanentes qui assombrirent celui de son père, les poètes bénéficièrent de sa royale protection, lui-même étant un poète raffiné. Malheureusement  sa production poétique n'a pas été traduite. Nous ne connaissons que celle de Sunthom Phu (1786-1855), son favori, qu'il avait intégré à son Comité de poètes-conseillers,  dont une partie a été traduite en français. (Cf. Notre article  sur « Sunthorn Phu (1786-1855). L’un des plus grands  poètes thaïlandais». (13) )

 

 

 

 

 

L'œuvre poétique de Rama II est importante : il continua l’adaptation pour le théâtre et pour la danse du Ramakian commencée par son père. Il était également un musicien accompli, jouant, dit la tradition, à la perfection du violon à trois cordes et auteur à la suite d’un rêve d’un hymne à la lune qui fut l’hymne national jusqu’en 1913. En 1968, l’UNESCO le déclara pour son œuvre culturelle « World Heritage Person » que l’on peut traduire par « personne appartenant au patrimoine mondial ».

 

 

Il meurt  subitement à 58 ans le 21 juillet 1824. Il n’y avait pas eu d’Uparat désigné.  Le trône aurait du revenir au fils de la Reine Sri Suriyen, le prince Mongkut alors âgé de 20 ans, mais son demi-frère aîné, le prince Tap, devenu เจ้าอยู่หัว Chao Yuhua, beaucoup plus âgé et expérimenté comme chargé des relations étrangères s’imposa comme successeur sans difficultés.  Le prince Mongkut eut la « sagesse » de prendre l'habit de moine.

 

 

Avec le roi Rama III (1824-1851) on entrait dans une nouvelle situation géopolitique. C'est ce que nous verrons dans notre prochain article.

 

 

 

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) RH 56-  LE ROI «TAKSIN LE GRAND » (1768-1782).

 

(2) Dynastie Chakri : Rama I - Buddha Yodfa Chulalok พระบาทสมเด็จพระพุทธยอดฟ้าจุฬาโลกมหาราช 1782-1809. Rama II - Buddha Loetla Naphalai พระบาทสมเด็จพระพุทธเลิศหล้านภาลัย 1809-1824. Rama III - Nang Klao Chaoyuhua พระบาทสมเด็จพระนั่งเกล้าเจ้าอยู่หัว 1824-1851. Rama IV - Mongkut พระบาทสมเด็จพระจอมเกล้าเจ้าอยู่หัว 1851-1868. Rama V - Chulalongkorn พระบาทสมเด็จพระจุลจอมเกล้าเจ้าอยู่หัว "พระปิยมหาราช" 1868-1910. Rama VI - Vajiravudh พระบาทสมเด็จพระมงกุฎเกล้าเจ้าอยู่หัว 1910-1925.Rama VII - Prajadhipok พระบาทสมเด็จพระปกเกล้าเจ้าอยู่หัว 1925-1935. Rama VIII - Ananda Mahidol พระบาทสมเด็จพระเจ้าอยู่หัวอานันทมหิดล 1935-1946. Rama IX - Bhumibol Adulyadej พระบาทสมเด็จพระเจ้าอยู่หัวภูมิพลอดุลยเดชมหาราช 1946-2016. Rama X – Vajiralongkorn วชิราลงกรณ /waʨʰíraːloŋkɔːn/  2016-...

 

(3) Jacques Le Goff « Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches ?», Seuil, 2014.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/209-comment-decouper-l-histoire-de-la-thailande-en-tranches.html

 

(4) « UNE Histoire nationale, « une idéologie linéaire » qui veut faire croire à une continuité entre Sukhothaï considérée comme la « première capitale nationale », suivie par Ayutthaya, puis Thonburi et enfin l’actuelle Bangkok; UNE histoire que l’on a fait « accepter » aux peuples soumis avec le succès que l’on sait avec les Lao « siamois » et l’échec, avec les anciennes provinces malaises (et musulmanes)  du Sud. L’histoire de la Thaïness raconte cette formidable machine « idéologique » pour imposer cette vision de l’Histoire. L’école en fut le « média » le plus efficace. » (In notre article 14)

 

(5) Voir nos articles sur les traités.

  • 128. Le traité « Bowring » de 1855 entre le Siam et la Grande-Bretagne.
  • 129. Le traité de 1856 entre la France et le Siam de Rama IV. (1851-1868)
  • 132. Le Traité de 1867 entre le Siam et la France.
  • 135. La politique étrangère du roi Chulalongkorn. (Cf. L’étude du traité signé avec la France le 3 octobre 1893, dans lequel en son article 1 : « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ». Et le Traité du 23 mars 1907, dans lequel  les articles 5 et 6 établissaient les statuts juridiques des Asiatiques sujets et protégés des Français.

(6) Nos articles :

164. Le Siam participe à la 1ère Guerre mondiale. Avec les conséquences pour le Siam, qui devenait  en janvier 1920, un des membres fondateurs de la Société des Nations.

176.  La fin du régime des capitulations au Siam en 1925.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/176-la-fin-du-regime-des-capitulations-au-siam-en-1925.html

177. Le Siam de Rama VI retrouve tous ses droits souverains en 1925.

Le 1er septembre 1920, les États-Unis abandonnèrent leurs droits d’extraterritorialité au Siam. Après cinq années de négociation, la France  (février1925) et la Grande-Bretagne (juillet 1925) renonçaient aussi à leurs droits d’extraterritorialité, aux traités inégaux  leur accordant le « Droit de Protection consulaire » qui donnaient (par exemple l’article 7 du traité de 1893) aux Français mais aussi  à ceux qui dépendaient du « Protectorat français »comme les Annamites, les Laotiens, les  Cambodgiens (Cf. les Chinois et Japonais inscrits), la liberté de circuler et de commercer librement sans payer de droits de douanes. Le 14 février 1925, la France et le Siam signaient un traité d’amitié, de commerce et de navigation.     

 

(7)  182.1 et 182.2 : La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/182-1-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/182-2-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

187. Le coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/187-le-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html

189. 1 La constitution du 10 décembre 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/189-1-la-constitution-du-10-decembre-1932.html

(8) 214 – COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS  EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/214-combien-de-coups-d-etat-de-rebellions-de-revoltes-et-de-souevements-en-thailande-depuis-le-debut-du-siecle-dernier.html

                                                ______________________

(9) 116. Rama 1er. (1782-1809)

Roi, chef de guerre, défenseur de la foi, législateur et poète.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-116-rama-1er-1782-1809-122265066.html

 Le récit occidental le plus complet sur  ce roi (à notre connaissance tout au moins) est l’ouvrage de Wood,  « A history of Siam » publié à Chiangmaï en 1924.

 

(10) Cf. Lingat, « Notes sur la révision des lois siamoises en 1805 » in « Journal of the Siam society », volume 23 de 1929.

 

(11) Le roi Rama 1er avait nommé son jeune frère comme Maha Uparat. Mais celui-ci, fidèle compagnon d’arme et de combats, successeur potentiel, était mort en 1803. Leurs relations avaient toutefois été ombrageuses. A la mort de l’Uparat en 1803, deux de ses fils tentèrent à leur tour – avec l’assistance de nobles du palais - de renverser Rama I, mais ils furent découverts et décapités.

 

(12) 117. Rama II. (1809-1824)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-117-rama-ii-1809-1824-122695598.html

 

(13) Lecture du livre de  Frédéric Maurel « Clefs pour Sunthorn Phu », L'Harmattan, 2001.

A119. Sunthorn Phu (1786-1855). L’un des plus grands  poètes thaïlandais.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a118-sunthorn-phu-1786-1855-l-un-des-plus-grands-poetes-thailandais-118861232.html

 

 

 

 

 

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