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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 18:01
H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

L’ordre (ธรรมยุติกนิกาย) fut fondé en 1833 par le prince Mongkut. Ce dernier, futur Rama IV, fut d'abord Bhikshu (ภิกษุสงฆ์) pendant 27 ans, de 1824 à 1851. Il devint également le premier supérieur du  Wat Bowonniwet rachavihara (วัด บวรนิเวศราชวรวิหาร) en 1836.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Le temple est alors devenu le siège de la confrérie. Il eut ultérieurement des pensionnaires distingués, feu le roi Rama IX y passa 15 jours en 1956 après son ordination au temple du Bouddha d’émeraude.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Il en fut de même en 1979 pour son fils, le prince Vajiralongkorn (วชิราลงกรณ) actuellement Rama X.

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En octobre 1976, le dictateur exilé et ancien Premier ministre, le maréchal Thanom Kittikachorn, était revenu en Thaïlande et y entrait comme novice ce qui fut diversement apprécié.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Durant ces années, le prince Mongkut avait voulu réformer les règles de discipline monastique et les rendre plus proches de celles des canons Palis enseignés dans les pagodes. L’exemple des missionnaires catholiques qu’il avait longtemps côtoyés et qui faisaient vœu d’obéissance à leurs supérieurs « perinde ac cadaver » ne fut peut-être pas étranger à cette exigence.

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Il voulait aussi supprimer les différentes pratiques superstitieuses qui avec le temps étaient devenues parties intégrantes du bouddhisme siamois. Sans entrer dans des discussions théologiques sur la discipline bouddhiste, disons simplement que, plus que le bouddhisme traditionnel Mahanikaya (มหานิกาย), le Thammayut met davantage l’accent sur la discipline et la méditation.

 

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Le conflit éclata au début de mars 1932 au Wat Pathum Wanaram (วัด ปทุมวนาราม) fondé par Rama IV en 1857 à Bangkok : Un groupe de novices et de jeunes moines de la confrérie Thammayut se sont révoltés contre l'autorité de l'abbé. Était-elle trop pesante ?  Ils essayèrent de forcer l'abbé à leur remettre le pouvoir.

 

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Le patriarche suprême, alors Chin Wonsiriwat (ชินวรสิริวัฒน์), pour désamorcer la bombe au plus vite convoqua cinq abbés de la confrérie Thammayut :

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Somdet Wachirayanwong (วชิรญาณวงศ์) qui avait qualité de « Momratchawong » (หม่อมราชวงศ์ - ม.ร.ว) i.e. arrière-petit-fils de roi ce qui lui confèrait la primauté,

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abbé du Wat Bowonniwet (วัดบวรนิเวศวิหาร);

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Somdet Phuthakhosajan – Jaroen (พุทธโฆสาจารย์ - เจริญ),

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abbé du Wat Thepsirin (วัดเทพศิริน) de Bangkok;

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Phra Maha Wirawong - Uan (พระมหาวีรวงศ์  อ้วน)),

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abbé du Wat Boromniwat (วัดบรมนิวาส) à Bangkok;

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Satsanasophon  - Jam (พระศาสนโศภน - แจ่ม),

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abbé du Wat Makutkasat (วัดมกุฎกษัตริยาราม) à Bangkok et enfin

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Thamwarodom  - Seng (ธรรมวโรดม - เซ่ง),

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abbé du Wat Rachathiwat (วัดราชาธิวาสวิหาร) à Bangkok.

 

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Les moines dissidents et les novices furent bannis du temple. Uan fut désigné pour l’administrer jusqu'à ce que les choses se soient calmées. L'incident a incité la hiérarchie à adopter un décret durcissant les règles de discipline, interdisant aux moines de contester l'autorité de leurs aînés. Tous les moines qui se révolteraient contre l'autorité d'un abbé seraient punis sévèrement et éventuellement défroqués. Après avoir été expulsés de leur temple les révoltés furent reçus dans un autre temple Thammayut dans le même district, Wat Duangkhae (วัด ดวงแข) toujours à Bangkok.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Le décret ne les empêcha pas d'organiser un autre « coup d'Etat » qui semble avoir tourné court : Uan refusant cette fois de le gérer, la Sangha (สังฆะ) en décida la fermeture. On ne sait ce que devinrent les contestataires ?

 

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Il est significatif que relever que ces « révoltés » tous jeunes moines venus du Nord-est contestaient la pesanteur de la hiérarchie. Trois mois plus tard un pronunciamiento, réussi celui-là, renversait la monarchie absolue. Les deux mouvements relevaient – semble-t-il – de la même philosophie ? Ces incidents indiquent que la jeune génération de moines Thammayut venus d’Isan pour la plupart voulait des changements dans la hiérarchie de la Sangha et en finir avec le pouvoir autoritaire de ses fonctionnaires ;  Conflit de générations ? Querelle « des anciens et des modernes » ?

 

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

La source essentielle sinon la seule de cette révolte ecclésiastique est un chapitre de l’ouvrage de Kamala Tiyavanich « Forest  recollections : wandering monks in twentieth-century Thailand » Honolulu, 1997.

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L’auteur y fait référence à d’autres mouvements sporadiques à l’intérieur de Thammayut dans les années d’avant-guerre, à Khorat en particulier en 1934 et à Thonburi en 1938.

 

L’incident de 1934 est significatif et fut alors considéré comme mouvement de révolte insidieux à l’égard de la Sangha : Un responsable de Thammayut venu de Bangkok se rendit à Nakhon Ratchasima (นครราชสีมา) en « visite pastoirale ». Il arriva dans un village pendant le festival de Bun Phawet (บุญ ผะเหวด) qui se tient en Isan la pleine lune du quatrième mois lunaire vers la mi mars. Il y remarqua alors que presque tous les habitants parlaient lao (en réalité isan). Un après-midi, il entra dans le temple du village

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

et entendit le moine racontait l'histoire du Vessantara (มหาเวสสันดรา) d’une façon fort appréciée de ses ouailles. Furieux, il n’en comprend qu’une petite partie et décide de retourner à Bangkok.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Mais avant de s’en aller, il ordonne au moine de répéter son sermon en thaï de Bangkok pour déterminer si sa version était bien orthodoxe… Résister au centralisme de la Sangha par l’utilisation de la langue vernaculaire était aussi une forme de résistance.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

L’ouvrage de Kamala Tiyavanich est une analyse très complète des rapports particulièrement complexes entre le bouddhisme Thammakut et le bouddhisme Mahanikaya, leurs formes provinciales et les divergences théologiques qui – à tort ou à raison – nous rappellent les discussions des Byzantins sur le sexe des anges.

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans HISTOIRE.
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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 18:10
H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

A la mort du président nord-vietnamien Ho Chi Minh le 2 (ou le 3 ?) septembre 1969, la guerre du Vietnam à laquelle la Thaïlande participait encore avait atteint son point culminant. Ho Chi Minh était alors considéré comme un individu malfaisant auquel il n’était bien évidemment pas question de rendre le moindre hommage.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

L’heure était d’autant moins aux « guili guili » que les maquis communistes sévissaient de façon plus ou moins endémique dans diverses régions du pays.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Les relations entre la Thaïlande et le Vietnam ont été sinusoïdales. Pendant la guerre froide, l'élite thaïlandaise considérait Ho Chi Minh comme l'un des pires types de communistes qui représentait une menace pour la sécurité nationale, pour la paix et la stabilité dans la région. Mais après la fin de la guerre froide, que l’on peut situer entre 1985 et 1990, la perception de l’homme a pu changer en fonction de ce nouveau contexte comme on l’a vu lors des cérémonies célébrant en 2004 la réhabilitation de la maison qu’il a – ou aurait - occupée lors de son séjour au Siam à des dates qui restent imprécises, dans le groupe de villages vietnamiens de Ban Nachok (หมู่บ้านนาจอก) à quelques kilomètres à l’ouest de Nakhonphanom (นครพนม) dans le tambon de Nongyat et l’amphoe de Muang (ตำบลหนองญาติ อำเภอเมือง) devenu le site de l’ « amitié entre la Thaïlande et le Vietnam » ou celles célébrées cette année 2017.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Notre propos n’est pas d’écrire sa vie mais d’essayer de déterminer rapidement ce qu’elle fut avant et surtout pendant son séjour au Siam. Tout n’y est que contradictions en raison de deux paramètres d’évidence :

 

Ce fut d’abord une perpétuelle clandestinité. Quand on est surveillé et recherché par la « Sureté » française, son équivalent anglais et la police siamoise, on n’écrit pas son journal de voyage et lorsqu’il retrouve le pays et son indépendance de 1945 jusqu’à sa mort en 1969, il avait bien d’autres soucis à résoudre que de rassembler ses souvenirs et conservait l’habitude invétérée d'envelop­per de mystère son identité et ses actions (1).

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Lui-même a toujours entretenu sur sa vie un flou qui n’a rien d’artistique pour conforter l’image qu’il a toujours voulu se donner de « père du peuple vietnamien » qui a exclusivement consacré sa vie à son pays, image confortée ultérieurement par l’histoire officielle qui condamne tout ce qui pourrait ternir cette image.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Il existe en Thaïlande un crime de lèse-majesté, et il plane toujours sur le Vietnam l’ombre du crime de sacrilège peut-être encore plus sévèrement puni.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Nos sources sont dans ces conditions souvent contradictoires, nous vous en donnons quelques-unes en annexe. Il est toutefois remarquable que l’ouvrage le plus sérieux publié sur son séjour au Siam, tout au moins dans une langue qui nous est accessible, l’ait été sous forme en grande partie de roman (2).

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Sa naissance

 

D’abord, et si étrange que cela puisse paraî­tre, une confusion totale règne sur la date de l'ir­ruption de Ho sur la planète, qu’il s’agisse du jour, du mois ou de l'année. Elle reste un mystère (3).

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Son enfance

 

Les informations sur sa jeunesse sont tout aussi invérifiables et des affirmations contra­dic­toires ont été avancées sur son entourage fami­lial (4).

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Sa vie sentimentale

 

Elle reste également un mystère, notamment sur deux mariages qu’il a ou aurait contractés (5). Il a toujours cultivé sa répu­tation de céliba­taire ascétique, et la question de savoir s’il a aimé des femmes ne paraît pas de mise.  La vérité fut sans doute différente. Lui-même interrogé sur cette question affirmait qu’il ne fonderait un foyer qu’après la réunification de son pays et le départ de l’occupant ce qu’il n’eut pas le bonheur de voir (6). Ces deux mariages furent tenus secrets par les communistes vietnamiens parce qu'ils correspondaient mal à l'image idéalisée du « père de la nation ». Dans les biographies officielles, ils n’existent pas.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Sa mort

 

Jusqu’à sa mort sur la date et les conditions de laquelle place un mystère pesant (7).

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Nous n’avons pas – avons-nous dit – l’intention de réécrire l’histoire de sa vie mais de souligner ces incertitudes, ces contradictions et ces libertés prises avec la chronologie que nous allons retrouver dans le récit de ses pérégrinations avant et pendant son périple siamois.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

L’abrégé chronologique publié à la fin des diffé­rents volumes de ses œuvres complètes indique avec une précision mathématique le jour de son embarquement sur l’Amiral Latouche­-Tréville  ....

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pour s’exiler afin de « trouver une voie de salut pour sa patrie », ses débarquements dans divers ports de France et d’Afrique, son passage à New York, son séjour à Londres au début de la première guerre mondiale simultanément comme balayeur de rues et apprenti pâtissier à l’hôtel Carlton... 

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... avant son établissement à Paris à partir du 3 décembre 1917. Sa demande d’admission à l’Eco­le coloniale écrite à Marseil­le le 15 septembre 1911, est l’unique document attestant pour toute cette période la présence maté­rielle en Occident de celui qui s’appelait alors Nguyen Tat Thanh. Les preuves concrètes man­quent pour permettre d’accepter sans discussion les anecdotes accré­ditées sur la partie de sa vie au cours de laquelle il aurait été un véri­table prolétaire, accomplis­sant divers métiers pé­nibles. Il est probable que l’épi­sode d’apprenti pâtissier a été emprunté à celle du dirigeant communiste français Jacques Duclos, qui a commencé sa carrière en cette qualité.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Mystères encore sur son périple mais à partir de 1919, il y a moins d’incertitudes puisqu’il était suivi par les services secrets français. C’est en effet à Paris qu’il se politise en rejoignant le Parti socialiste. Lors de la division des socialistes en une aile modérée (Léon Blum) et une aile radicale (Marcel Cachin), devenu Nguyen Ai Quoc il sympathise avec les radicaux 

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Il est présent au Congrès de Tours en décembre 1920. Sur cette photographie reproduite un peu partout, nous avons cru reconnaître Marcel Cachin (a) et Léon Blum (b).

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Le discours qu’il tient alors est d’un anti colonialisme virulent et ouvre les yeux de certains délégués français. C’est alors que l’un des plus jeunes, Jacques Doriot qui vient des jeunesses socialistes, lui aurait attribué le surnom de « Nguyen Ai Quoc » qui signifie « Nguyen le patriote » (8).

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Il aurait alors écrit à diverses reprises dans le journal L'Humanité mais nous n’avons, en feuilletant cet estimable quotidien, consulté qu’un article assez véhément signé Nguyen Ai Quoc, le 6 juillet 1924 décrivant « l’exploitation de l’Indochine par l’impérialisme ». D’autres articles ont probablement été publiés sous d’autres pseudonymes, Phan Van Truong ou Ulysse Leriche pour dérouter la police française ?

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Lorsque la faction radicale en 1920 fonde sous la direction de Cachin le premier Parti communiste français, Nguyen Ai Quoc fut l'un des membres fondateurs.

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Il disparaît de Paris dans la seconde quinzaine de juin 1923 et il est pisté  à Moscou, suite à une invitation du Kominterm. Il est présent au cinquième congrès du Kominterm en juin 1924. Il pèse son poids en Union soviétique et rencontre Boukharine, Ernst Thälmann, Chou Enlai, Chiang Kai-Shek et des communistes indiens. Sa rencontre alléguée avec Lénine reste douteuse, il en aurait été fort dépité ? Après avoir vécu avec les communistes à Moscou, reçu la formation de l'Internationale communiste, il devient tout simplement un agent du Kominterm.

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L’épisode siamois

 

Il a vécu sous divers pseudonymes (9) à Bangkok et dans le nord-est au milieu des Viets Kieu, les vietnamiens d’outre-mer ayant quitté leur pays dès l’arrivée des français surtout à la fin du XIXème. C’est encore une période mystérieuse de sa vie. Il fuyait son pays et la police secrète française (« la Sureté ») qui faisait la chasse aux révolutionnaires établis au-delà des frontières de l’Indochine française. C’est un caméléon, changeant de costume, de nom, de déguisement. On le retrouve médecin, commerçant chinois, moine bouddhiste cachant soigneusement ses déplacements. Il apparait et disparait. Où réside-t-il ? Ses adresses sont des mystères. Comment dès lors trouver sa trace ? Que valent ses biographies officielles ? Que valent des témoignages recueillis avec un recul de 50 ans ? Il serait devenu au Siam un « maître de la jungle »  dont il se servit plus tard de base pour lutter contre les « envahisseurs » japonais, français et américains ? Arrivé en juillet 1928, il a quitté Moscou au début de l’été, et jusqu’en 1930, il aurait alterné les visites à Hong Kong et en Malaisie où il aurait participé à la fondation du parti communiste local (10). Il navigue, « maître de la jungle » entre Nongkhai, Udon, Sakhon et Mukdahan, On le retrouvera à Phitsanulok, sous le nom de « Old Chin » mais son « camp de base » est effectivement à Nachok près de la base aérienne où se trouvent de nombreux Viets. Travail de propagande évidemment, mais aussi d’éducation pratique, il aurait appris aux paysans de nouvelles méthodes de pêche et aurait volontiers manié la pelle et la pioche. Il est toutefois permis d’en sourire à moins que la discipline halieutique et celle du labourage n’aient aussi fait partie de l’enseignement de l’école des cadres du Kominterm, à Moscou ?

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Envoyé au Siam pour y prêcher la bonne – ou la mauvaise – parole, il préside comme délégué de l’Internationale communiste. à la naissance du Parti commu­niste siamois le 20 avril 1930 au congrès de Bangkok tenu dans le plus grand secret à l’hôtel Tun Ki (โรงแรมตุ้นกี่) situé en face de la gare centrale (Aujourd’hui disparu en raison de l’élargissement des chaussées sous le pseudonyme de Sahai Sung.) Composé essentiellement de Chinois et de Viet­namiens, ce nouveau parti n’a cependant jamais eu ni statuts, ni programme, et, en dépit de son nom, va fonctionner comme une organisation dont l’objec­tif principal était d’aider à la révolution dans les pays de l’Indochine. Un dénommé Li alias Ngo Ching Kuak est désigné comme premier secrétaire du parti et deux autres dirigeants sont  Tang alias Choen Wan Choen et Lao Ngow - U Chue Chue

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Il était entretemps passé par Hong Kong où il avait fondé le 3 février 1930 le Parti communiste Indochinois avec l’aide de Mao-Tsé-Tung. Il quitte le Siam à une date indéterminée mais est arrêté à Hong Kong, le 6 juin 1931, sous le nom de « Sung Man-Cho ». Nous en resterons là de sa vie d’agent du Kominterm.

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Les renseignements sur ces trois ans passés au Siam sont maigres et plus encore. Il y a certainement des découvertes à faire dans les archives du Kominterm qui ont été ouvertes mais n’ont pas à ce jour été – et de loin – dépouillées. Il n’en reste pas moins vrai que la Thaïlande a joué un rôle important dans la lutte pour l'indépendance du Vietnam jusqu'en 1932 : Le Siam ne fut pas hostile à la cause de Ho (anti française), et Rama VI et Rama VII ont volontairement autorisé le libre passage des indépendantistes Vietnamiens à travers leur pays, tant du moins qu’ils ne se livraient pas à des activités favorables au Kominterm ce qui explique évidemment  qu’ils étaient partiellement contraints à la clandestinité. Lorsqu’en 1933, la propagation de la doctrine communiste devint un crime contre l'État, Ho Chi Minh était parti du Siam depuis longtemps.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Les années cachées et la grande réconciliation

 

À la suite de la mort de Ho Chi Minh, Suthichai Yoon, journaliste du Bangkok le considérait comme une « figure maléfique » et estimait que toute expression de chagrin sur sa mort dans les rues d'une ville thaïe serait insupportable (Bangkok Post du 4 octobre 1970) (11). Jusqu'à la fin des années 1990, les Viet Kieu craignaient toujours de parler en public de leur défunt héros. Lorsque les autorités thaïes prirent l’initiative de reconstruire la demeure de « Oncle Ho », ils restaient encore muets devant les questions des journalistes. 

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Elle connut son point d’orgue le 21 février 2004, lors de l’inauguration du « site historique » par les premiers ministres des deux pays. L’initiative de cette reconstruction revint au général Chavalit Yongchaiyudh … qui avait participé avec un zèle brutal et plus encore à l’éradication physique des maquis communistes.

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Au cœur du village de Ban Nachok se trouve un petit musée sur deux étages, ouvert à tous vents, où sont exposés la vie d'Ho Chi Minh et l'histoire de l'amitié thaï-vietnamienne (indéfectible et éternelle évidemment).

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Il ne contient pas, contrairement à ce que l’on peut lire dans certains guides de « précieux souvenirs » (12). Indépendamment de quelques objets qui auraient appartenu à Ho, mais qu’est ce qui ressemble plus à un casque colonial jauni par le soleil tropical qu’un autre casque colonial et à une pipe en bambou qu’une autre pipe en bambou ? Ce sont surtout une longue série de photographies concernant sa vie depuis des photographies de sa maison natale jusqu’à sa chambre dans le palais où il mourut ainsi que quelques maquettes. Il n’en est malheureusement aucune sur la période siamoise. Elles sont toutes sous verre en passe d’être détruites par la moisissure. En voici un bon exemple : 

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Sur de très nombreuses d’entre elles, nous voyons le président tenant de jeunes enfants dans ses bras ce qui peut venir à l’appui des accusations proférées par certains esprits malveillants (voir notre note 5 in fine) ?

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Non loin de là se trouve une modeste maison restaurée sinon reconstruite en 2001. Elle se situe dans un agréable nid de verdure au milieu des rizières, l’accès au site en général n’est pas facile compte tenu d’une signalisation déficiente et devait bien évidemment être pratiquement impossible aux agents de la sureté française qui aurait envisagé de le traquer depuis la base de Thakhek (ทาแขก) sur l’autre rive du Mékong côté Laos français.

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La maison est modeste, un bâtiment principal en bois bien entretenu, comprend une grande pièce à vivre et deux chambrettes, modestement meublées, un grenier à riz sur pilotis   et une petite pièce à usage de bureau.

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De nombreux reproches peuvent être fait à Ho, mais certainement pas celui de la cupidité. Le propriétaire des lieux – qui serait le petit fils de celui qui accueillit Ho dans les années 20 - exhibe avec une certaine fierté des objets ou ustensiles qui lui auraient appartenu et affirme que le président a lui-même planté les cocotiers, on le voit même photographié un arrosoir à la main mais la photographie n’est pas datée. Nous n’échappons pas au « petit commerce local » mais il reste discret et sympathique (casques coloniaux, casquettes, tee-shirts, ouvrages en vietnamien).

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Le tout, comme le petit musée, est évidemment une belle image du « culte de la personnalité » mais il est difficile de ne pas ressentir une certaine émotion quels que soient les sentiments que peut inspirer le personnage.

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C'est là que « Thau Chin », pseudo souvent utilisé pendant son séjour au Siam, a vécu et conduit ses activités révolutionnaires de 1928 à 1930. Les leaders thaïlandais et vietnamiens ont salué dans des discours parfaitement angéliques le site comme un symbole de relations bilatérales amicales destinées à améliorer la compréhension et les liens entre les deux peuples. Il est permis d’en sourire, du moins du côté thaï dans la mesure où les élites de Bangkok, avec un soutien politique, économique et militaire des États-Unis, avaient défini la Thaïlande comme bastion pour empêcher le communisme de se répandre dans la région et considéraient les Viet Kieu comme la cinquième colonne.

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Une partie de l’opinion thaïe considère toujours Ho Chi Minh comme un communiste indésirable. Jusque dans les années 1980, ceux qui affichaient dans leur maison un portrait de Ho pouvaient être accusées de communisme. Dans une interview donnée à La Nation, Vo Trong Tieu, propriétaire de la maison où Ho avait l'habitude de se réfugier pendant ses séjours à Nakhon Phanom, déclara qu'il n'avait jamais osé le dire à personne (The Nation le 6 août 1996). Les « conservateurs » sont toujours hantés par la confrontation idéologique de l'ère de la guerre froide. Pour eux, Ho Chi Minh est encore considéré comme un communiste indésirable. Dans les années 1980, on pouvait être accusé en tant que communiste si on trouvait des images de Ho dans votre maison Lors de la rénovation d’un temple bouddhiste dans le village en 1969, la photo de Ho Chi Minh, qui se trouvait au centre du temple, dut être remplacée par une image du soleil. Même les médias au cours des années 1980 évitaient de publier une photo de Ho.

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Lorsque les projets de construction du site de Nakhon Phanom ont été initiés, les plans ont été incendiés au motif que Ho Chi Minh était un représentant du monde communiste. Lorsque les travaux ont commencé en 1999, plusieurs chefs de village du Tambon de Nongyat, où se trouve le site, de nombreux Thaïs s'y opposèrent farouchement. Il pèse toujours sur le site le risque d’une utilisation non plus historique, mais de propagande politique. Il est discret mais transparent sur le site.

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Mais la confrontation idéologique de la guerre froide a été remplacée par la coopération et l'amitié en particulier dans le cadre de l'ASEAN. Mentionnant Ho Chi Minh lors de l'inauguration du village le 21 février 2004, le vice-premier ministre, le général Chavalit Yongchaiyudh déclara : « Le président Ho Chi Minh ne fut  pas seulement un grand chef pour les Vietnamiens ... il fut aussi un grand homme connu du monde entier ».Le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawat  dit pour sa part froidement et sans rire : « Je souhaite que les Thaïlandais suivent les enseignements du Président Ho Chi Minh, qui est également oncle Ho de Ban Na Chok. Vous devriez prendre ces exemples typiques dans la vie. Vous vous souvenez sûrement que notre Oncle Ho, en restant ici, a éduqué les Thaïs en élevant du poisson frais de manière technique et a toujours affirmé que les gens devraient être reconnaissants envers le pays qui les abritait. Oncle Ho a toujours enseigné que l'amitié thaïlandaise et vietnamienne passait par le Mekong. Les pensées d'Oncle Ho doivent nous servir à développer les relations entre la Thaïlande et le Vietnam ».

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Vo Trong Tieu, propriétaire du site, affirme que de nombreux de hauts fonctionnaires thaïlandais, y compris des royalistes et des généraux, auraient visité le site et exprimé leur admiration pour la cause de libération nationale vietnamienne menée par Ho Chi Minh ainsi que ses qualités personnelles

 

La presse thaïe s’est à son tour lancée dans la flagornerie : « Ho est le père fondateur du Vietnam » (The Nation le 6 août 1996),  « un grand combattant de la liberté » (Bangkok Post, le 24 avril 2000), « le père du Vietnam » (Bangkok Post, 18 juillet 2000), « un héros national vietnamien » (Bangkok Post, 20 février 2004). « Malgré ce, il faut admettre que chaque nation a ses héros. Les méthodes de combat peuvent différer en fonction des époques historiques au cours desquelles se sont déroulées les conflits dans lesquels ils se sont distingués. Une chose est certaine, Ho Chi Minh bénéficie du statut exalté d'un héros qui a lutté pour le pays qu'il aimait et reste l'un des plus grands héros nationaux de Vietnam » (Bangkok Post, 23 juin 2003).

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Mais d’autres considèrent plus prosaïquement que ce site est un moyen de propagande pour Hanoi.

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Toutefois, rien dans tout cela ne nous a éclairés avec précision sur la présence et le parcours d'Ho Chi Minh en Thaïlande.

 

Mais le style de ce qui n’était jusque-là qu’une manifestation pas forcément antipathique du culte porté à Ho vient de changer par la construction d’un pharaonique « mémorial du président Ho Chi Minh » (อนุสรณ์สถานประธานโฮจิมินห์) qui occulte (peut-être est-ce voulu ?) la modestie du petit musée et de la maisonnette.

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La construction a commencé en mars 2004  sur une superficie de près de 12.000 mètres carrés.

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Après des années de travaux, le site a été inauguré et ouvert aux visiteurs le 19 mai 2016, date officielle de son 126ème anniversaire du Président. Non encore entièrement terminé, il archiverait de « nombreux documents précieux » et les bâtiments non encore utilisés sont destinés à une massive exploitation touristique. Une reproduction exactement à l’identique de la maison d’origine et de ses annexes est édifiée sur une butte, soigneusement ripolinée et vernie.

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Un projet aussi grandiose que similaire serait en cours entre Phitsanulok et Phichit.

 

Voilà bien une manifestation éclatante de ce culte stalinien de la personnalité dénoncé par Khrouchtchev lors du XXème Congrès du Parti communiste de l'Union Soviétique !

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Lorsque le temple bouddhiste qui est en position centrale sur le site .....

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... contient, surmontant l’autel, une statue du Président sur un trôner doré, là où les fervents bouddhistes placent une reproduction de Bouddha et les chrétiens la croix du Christ, ce n’est plus de culte de la personnalité qu’il faut parler mais de déification.

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Les Viet Kieu, descendants de ceux qui avaient fui la colonisation française, peuvent légitimement considérer Ho comme le père de la décolonisation (mais il ne fut pas le seul) et celui de la réunification (qui se fit après sa mort). Considéré comme le « père de la Nation », il faut se rappeler que le Vietnam national existait bien avant lui et bien avant l’occupation française. Il n’a toutefois pas évité ce que nous appellerons pudiquement les « excès de la révolution prolétarienne », élimination de ses adversaires politiques nationalistes non communistes ou communistes qui n’était pas dans sa ligne et politique antireligieuse forcenée qui se poursuit toujours, essentiellement contre les catholiques. Les chrétiens qui les ont fui et se sont souvent réfugiés dans les provinces riveraines du Mékong où l’on trouve autant de clochers surmontés de la croix que de temples bouddhistes ne placent pas son portrait dans leurs églises.

 

Ce n’est pas à nous de le juger.

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Cette modeste maison de bois fut-elle vraiment la sienne ? Elle n’est évidemment pas la maison d’origine qui a dû depuis longtemps être mangée des vers et des termites. Reconstruction « à l’identique » probablement dans le style de toutes les maisons de bois de l’Isan. Il est une règle d’or dans la clandestinité que nous ont appris de tous ceux qui l’ont subie, en France notamment, c’est de ne jamais dormir deux nuits de suite au même endroit :

 

« …Mon père ne couchait guère jamais deux nuitsde suite au même endroit, dans la même cabane… » (13).

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Ho a navigué entre Mukdahan et Phitsanulok, il y a déjà 500 kilomètres à vol d’oiseau entre ces deux villes et les chemins ne devaient pas être faciles à cette époque, tout en faisant apparemment des incursions en Malaisie et à Hong Kong. Ce village, sinon cette maison, lui servit certainement de refuge au milieu d’une colonie de ses compatriotes. Il en eut aussi avec non moins de certitude beaucoup d’autres. Restons-en là. Il est des statues qu’il n’est pas séant de déboulonner.

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NOTES

 

(1) Dans un docu­ment écrit de sa main en 1911, il déclare être né en 1892. Un rapport des services de la Sûreté française corro­bore cette affirmation en plaçant la naissance de Ho au 24 janvier 1892; un autre par contre l’infirme en établissant qu’ « originaire du Huyn de Nam-dan, province de Vinh, « Nguyen Tat Thanh », dit « Nguyen ai Quoc », est né le 15 janvier 1894 au village de Kim-lien ». Mais, sur le visa délivré en 1923 à Nguyen Ai Quoc pour lui permettre de se rendre en Union soviétique, figure la mention du 15 janvier 1895. Quant à la date du 19 mai 1890, anniver­saire officiel, elle n’a été arrêtée qu’en 1946, semble-t-il, choisie selon toute vraisemblance pour correspondre à l’anniversaire de la fon­dation du Viet-Minh le 19 mai 1941. Il est probable qu’il ne connaissait pas lui-même sa date de naissance. Si un acte de naissance officiel a été établi par l’autorité coloniale, il dort probablement aux Archives de la France d’Outre-mer à Aix en Provence ou dans les deux  Centres des Archives nationales du Viêt-Nam à Hanoi  et à Hô-Chi-Minh Ville. Mais rien de moins assuré puisque, jusque même à la fin de l’époque coloniale, l’organisation des services d’état civil était incomplète : voir à ce sujet l’article de  Magali Barbieri, « De l'utilité des statistiques démographiques de l'Indochine française (1862-1954) », Annales de démographie historique 2007/1 (n° 113), p. 85-126). 70 % des Vietnamiens s’appelleraient Nguyen, on se doute que les recherches ne sont pas faciles.

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(2) « The Siamese trail of Ho Chi Minh » par Tedy Spha Palasthiram Bangkok, 2015.

 

(3) Il a publié lui-même deux autobiographies, signées du pseudonyme de Tran Dan Tien, d'abord en chinois (Hu Zhi-ming zhuan) à Shanghai en 1949, et publiée à Hanoï en 1958 sous le titre Những mẩu chuyện về đời hoạt động của Hồ chủ tịchLes anecdotes sur les activités du président Hô »). La seconde, Vừa đi đường vừa kể chuyện (Récits faits en chemin), publiée en 1963, est signée T. Lan, un des noms sous lesquels Ho Chi Minh écrit ses articles après 1951. Nous n’avons pu les consulter d’autant que les deux langues nous sont parfaitement étrangères. Elles ne manifesteraient que des préoccupations d'ordre hagiographique ou des soucis de propagande politique.

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(4) Ses biographies officielles prétendent que son père abandonna le mandarinat par hostilité à la présence française, mais d’autres sources d'archives signaleraient qu'il fut révoqué en 1910 de ses fonctions de sous-préfet pour cause d'ivrognerie et de brutalité… ce qui cadre assez mal avec ce que le personnage fut ou prétendit être ? La vérité se trouve peut-être dans les Archives de la France d’Outre-mer à Aix en Provence ? Curieusement, il n'y a nulle part trace ni de sa mère ni d'éventuels frères et soeurs ????

 

(5) Il aurait eu en France une relation amoureuse et peut-être même épousé une militante socialiste, Marie Brière. Si cela était, la réponse se trouve dans un registre d’état civil de l’un des arrondissements de Paris.

 

Il l'aurait retrouvée tardivement ???

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Il a eu une épouse chinoise épousée à Canton avant son arrivée au Siam, une ravissante sage-femme catholique, Tang Tuyêt Minh qui lui aurait peut-être donné un enfant. La présence de Nguyen Ai Quoc à Canton est signalée le 8 janvier 1925 par la Sûreté générale d’Indochine. Ils furent très rapidement déparés par la force du destin. Morte en 1991, elle s’est toujours refusée – avec prudence – à toutes confidences aux journalistes qui avaient déniché son existence.

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Cependant, cette continence risquait de choquer par son rigorisme, elle fut donc contrebalancée par l'image débonnaire de l'oncle Ho chérissant tendrement les enfants. Ses ennemis l’ont évidemment taxé de pédophilie.

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(6) Confidence faite le 31 mai 1946 au général Raoul Salan, rapportée par celui-ci dans ses « Mémoires. Fin d'un empire. Le sens d'un engagement » Paris, 1970, p. 383.

 

(7) Elle intervient officiellement le 3 septembre 1969, alors que le conflit fait toujours rage au Viet Nam. Selon certains dissidents, il se serait donné la mort en arrachant ses perfusions, choisissant ainsi le jour de sa mort pour qu’elle n’ait pas lieu le jour de la fête nationale de l’Indépendance le 2, mais le lendemain (proclamation de l’indépendance le 5 septembre 1945). Pour d’autres esprits malveillants, ce sont ses adversaires politiques – nombreux, le Vietnam était au contre des querelles entre les prochinois et les prosoviétiques – qui auraient eux-mêmes arraché les tuyaux et attendu le lendemain pour l’annonce officielle afin qu'elle ne coïncidât pas avec la fête nationale alors qu’il était en « phase terminale » ?

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(8) Selon les biographies « politiquement correctes », ce pseudonyme lui a été attribué par « ses amis français ». La référence à Doriot provient de la monumentale biographie signée de l’historien allemand Dieter Wolf : « Doriot, du communisme à la collaboration » publié en 1969. Le personnage est trop controversé pour en faire, en quelque sorte, son « parrain » en communisme : Après avoir été évincé par Staline de la direction du parti communiste français au profit de Maurice Thorez, Doriot suivit un parcours politique « atypique » qui le conduisit à combattre sur le Front de l’Est sous l’uniforme allemand et y être décoré de la croix de fer. Ho est probablement resté longtemps en rapport avec lui. Son dossier de police aux archives de la France d’Outre-mer à Aix en Provence contient des centaines de références à Doriot, malheureusement pratiquement inaccessibles (voir nos SOURCES).

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(9) Il en aurait utilisé plus de cent, n’en citons que quelques-uns : Nguyen Sinh Cung, Nguyen Tat Thanh, Nguyen Ai Quoc, Ho Chi Minh, Bac Ho etc ….

 

(10) Mais Pierre Fistié n’en touche pas mot dans son article « La Fédération de Malaisie et Singapour : État des travaux »  In: Revue française de science politique, 11 année, n°1, 1961. pp. 155-185.

 

(11) A la même époque, un journal français avait titré de façon assez provocatrice « L’inhumanité en deuil ». Le titre a par la suite été plagié dans d’autres circonstances

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(12) Une « certaine pratique » de ce pays nous a appris à nous défier de ces guides qui conseillent des restaurants où leurs inspecteurs n’ont jamais mangé, des hôtels où ils n’ont jamais couché et des sites qu’ils n’ont jamais visités.

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(13) Eugène Le Roy « Jacquou le croquant ».

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SOURCES

 

Les archives de la France d’Outre-mer à Aix en Provence contiennent un dossier de « surveillance » de  9.000 feuillets (pas moins) concernant Nguyen That Thanh alias Nguyen Ai Quoc alias Ho Chi Minh entre 1919 et 1955, on peut penser que ses activités siamoises y sont abordées. Nous n’y avons évidemment pas eu accès, ce qui d’ailleurs n’aurait pas été facile puisqu’une partie est en français, une autre en anglais, une autre en vietnamien romanisé et la dernière en idéogrammes :
 

http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/ph999nlnn.

 

Ces archives sont numérisées mais l’accès aux dossiers est quasiment impossible.

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Il est annoncé la « mise en ligne » des archives de l’état civil pour une date indéterminée.

 

La plus importante est l’article (en anglais) de Nguyen Quoc Toan « Ho Chi Minh Sites in Thailand: Their Significance and Potential Problems for Thai-Vietnamese Relations » publiée dans The Journal of Mekong societies en 2009. Nous en avons extrait les citations de la Presse anglophone de Bangkok. Publication de l’Université de Khonkaen :

https://mekongjournal.kku.ac.th/

 

En allemand :

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1967.htm

 

Sur la fondation du parti communiste siamois (en thaï) :

 

https://th.wikipedia.org/wiki/พรรคคอมมิวนิสต์แห่งประเทศไทย

 

Sarakdee Magazine (สารคดี) numéro 232 de juin 2004 sur le site de la revue (en thaï)  

http://www.sarakadee.com/

 

Sur le séjour siamois

 

http://paiduaykan.com/province/Northeast/nakhonphanom/hochimin-house.html

http://www.postbooksonline.com/ค้นหา/ค้นหา /430-The-Siamese-Trail-Of-Ho-Chi-Minh

https://www.travelfish.org/sight_profile/thailand/northeast_thailand/nakhon_phanom/nakhon_phanom/3398

https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4_Chi_Minh#cite_note-9

 

Sur son épouse (en Vietnamien) :

 

https://vi.wikipedia.org/wiki/Tăng_Tuyết_Minh

 

Et quelques autres références d’ordre général :

 

Jean Lacouture « Cinq hommes et la France ». Paris, 1961 – Pierre Rousset « Communisme et nationalisme vietnamien ». Paris, 1978, pp. 67-83 –   Alain Ruscio, « Le monde politique français et la révolu­tion vietnamienne » (août-décembre 1945) » in: Les chemins de la décolonisation de l’empire colonial français. Paris, 1986.

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 18:09
H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

Ils s’appellent Môns (หมอญ) ou Raman (รามัญ) ; pour les occidentaux, ce sont des Pégouans (เพกวน) ou des Talaing (ตะเลง). Ils seraient « environ » 8 millions en Birmanie. Combien sont-ils en Thaïlande ? De façon curieuse, la carte ethnolinguistique de la Thaïlande que nous avons souvent citée dans nos articles sur les minorités ethniques reste dans le flou, « entre 45.000 et 400.000 » et les situe géographiquement en des endroits précis, Kanchanaburi, Nonthaburi, Pathomthani, Lopburi, Nakhonrachasima, Samutsakhon, Rachaburi, Petchaburi, Chiangmaï, Lampun, Nakhonphathom, Chachoengsao, Suphanburi, Ayuthaya, Prachinburi et Bangkok. Elle laisse apparaître une présence massive à la frontière avec la Birmanie et plus discrète dans quatre provinces du sud (1). Dispersion géographique et imprécision numérique ? C’est en réalité leur histoire chaotique qui l’explique.

H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

D’où viennent-ils ?

 

Les Môns constituaient le fond de la population de l'ancienne civilisation Dvaravati à cheval sur la Birmanie et le Siam, centrés dans la région de Pégou, aujourd’hui Bago en actuelle Birmanie,  d’où leur nom de Pégouans, de Suddamavati, ancien nom de la ville de Thaton à l’embouchure de la rivière Sittaung et dans le bassin de la Chaopraya où les vestiges archéologiques et les inscriptions en langue Mône archaïque y sont les plus nombreux (2). Le nom de Talaing leur vient de Télangana, région de l'Inde d'où ils auraient reçu la civilisation indienne et le bouddhisme.

H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

Les origines légendaires

 

Les anciennes traditions orales mônes ont été pieusement recueillies par le capitaine C.J.F.S Forbes, auteur de très nombreux ouvrages sur l’histoire et la langue de la Birmanie (3). Un mélange de fables et peut-être de faits réels (4). Retenons que l’implantation d’origine des Môns se situe à Thaton entre 700 et 600 avant Jésus-Christ, ils furent civilisés par des populations venues des Indes et sont à l’origine de la première introduction du bouddhisme dans ces pays de l'est des Indes à une époque peu ou prou contemporaine de la vie de Bouddha. Leur pays devint un centre majeur du bouddhisme theravada en Asie du Sud-Est (5).

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Leur histoire et leurs errances

 

Le premier véritable historien de la Birmanie est encore un officier supérieur anglais, le lieutenant General Sir Arthur Purves Phayre, premier gouverneur de la Birmanie britannique entre 1862–1867. Nous lui devons une fondamentale « History of Burma » (6). Notre propos n’est pas de réécrire cette histoire mais de nous interroger sur la présence de ces « colonies » mônes éparses dans le pays et massives à la frontière.

H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

Robert Halliday, un fonctionnaire du gouvernement britannique en Birmanie s’est livré en 1913 à une étude serrée de leurs migrations (7).

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Thaton fut historiquement le siège d’un royaume môn dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Cet empire s’étendait au moins du Pegu jusqu’à Nakhonphatom en passant par Lopburi ou de nombreuses inscriptions mônes ont été découvertes et déchiffrées par Georges Coédès. Leur roi Bana Ram avait érigé de nombreux édifices religieux. Son fils Smin Dhaw fut le dernier roi de race mône à régner à Pegu. Daka Rat Pi, autre fils et successeur de Bana Ram passait son temps  à la chasse et à la pêche plutôt que de gouverner le pays.

H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

C'est alors que Tabeng Shwe Thi, roi du petit État de Taungu, profita de l’occasion et après de nombreuses tentatives, finit en 1540 par prendre Pegu et déposer son roi. Devenu suprême roi du Pegu, il manifesta l’intention de soumettre les états voisins. Il est l’auteur de la première grande invasion des Peguan au Siam. Cherchant toutefois à se concilier le peuple mon, il se soumit à leurs coutumes. Le frère de Tabeng Shwe Thi, Bureng Naung, lui succèda sur le trône de Pegu et continua alors ses guerres de conquêtes en vue de créer une « grande Birmanie » en direction du Siam, du Laos et des états Shan. Ces guerres imposèrent aux Môns un devoir militaire qui leur devint un fardeau insupportable.

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Nanda Bureng, le fils et successeur de Bureng Naung, nous sommes en 1583, va se heurter à des problèmes avec ses voisins siamois : le célèbre Phra Naret (พระนเรศวร) alias Naresuan (นเรศวร) (Sanphet II : 590-1605) engage des campagnes victorieuses contre les Birmans. Il aurait alors selon Phayre déporté un certain nombre des habitants au Siam, apparemment comme prisonniers de guerre. Quelques années plus tard, à la suite d'une attaque infructueuse d'Ayuthia par les Birmans, une tentative infructueuse sur le Pegu suscite toutefois probablement la première véritable immigration des Môns au Siam.

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En 1660 sous le règne de Naraï-le-grand (1657-1688), les Môns immigrèrent de façon passive au Siam probablement pour fuir le roi d’Ava qui les fit désarmer. Phayre parle de cet événement et précise que les Siamois avaient alors de nombreux partisans à Martaban.  Ces événements eurent lieu juste après l'invasion d'Ava par les Chinois en 1658. Les Môns ont alors volontairement cherché refuge au Siam même si à d’autres époques certains y ont été ramenés comme prisonniers de guerre. Robert Halliday cite une lettre de l’évêque de Martaban (probablement anglican ?) datée de 1633 envoyée au roi de Siam en 1633 dans lequel il déclarait que « le Seigneur et roi juste d'Ayuthia, était le havre de la race Mône puisqu’il leur avait en diverses occasions sauvé la vie ».

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Lors des campagnes engagées par les Birmans au Siam, les Môns, voisins les plus proches des Siamois, étaient toujours prêts à s’opposer aux envahisseurs. Ce fut vrai à l’époque de Naresuan et plus encore de Phra Narai : les troupes mônes d'Ayuthia formaient l'avant-garde de son armée et furent les premières à s’opposer aux Birmans. Lorsqu’Alaungphra envahit le Pegu en 1757, la fuite des Môns fut moins massive mais pour Robert Halliday c’est le fruit du régime de terreur qui régna alors. Des moines rassemblés autour de Pegu ont été massacrés et d'autres ont pu fuir jusqu’à Chiangmai conduits par un général Môn. Une nouvelle fuite massive eut lieu en 1774, sous le règne de Hsinbyushin (1763-1776), quelques années après la chute d'Ayuthia. Hsinbyushin était déterminé à récupérer ce qu'il considérait comme des territoires perdus.

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Une armée fut envoyée pour opérer dans le Nord. Le gouverneur de Martaban avait engagé une force composée principalement de Môns pour entrer au Siam par la route de Tavoy. Les troupes Mônes se sont alors mutinées. Poursuivis par le général birman, ils furent obligés de fuir vers le Siam avec leurs femmes et leurs familles. Ceux qui restèrent dans la forêt furent purement et simplement massacrés. En 1814 éclata encore une rébellion des Môns à Martaban, un grand nombre se réfugia au Siam, probablement plus de 100.000. Ce fut probablement le plus grand exode de leur histoire. Ils y furent bien accueillis et furent conduit en divers endroits où on leur attribua des terres et les biens nécessaires à leurs besoins immédiats notamment dans un village proche de Pathomthani visité par Halliday. Quelques années plus tard, le Prince Phra Chom Klao, qui devint plus tard roi sous le nom de Maha Mongkut, fut désigné par le roi son père pour retrouver des immigrés Môns à Kanchanaburi, et les conduire à Bangkok sur trois bateaux de guerre avec une garde d’honneur conduite par lui.

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Il faut toutefois, selon Halliday, relativiser ce désir des Birmans d’éradiquer la culture Mône puisque leurs rois s’efforcèrent de gagner leur confiance comme Tabeng Shwe Thi qui adopta plusieurs de leurs coutumes jusqu’à devenir un « vrai môn » et Alaungphra qui s’établit à Pegu, leur ancienne capitale. Mais ils ne les  gouvernaient pas moins comme un peuple conquis ce qui explique aisément les fuites répétées vers le Siam : ils devinrent un peuple sans pays.

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Lors de l’arrivée des britanniques en Birmanie, en 1824–26, en 1852 et en 1885, un millier de Môns (seulement) prirent encore la fuite vers le Siam.

La colonisation anglaise a eu au moins la vertu de les laisser à l’abri des exactions et massacres des Birmans, tout au plus de survivre tout simplement, bien que l’utilisation de leur langue ait été « vigoureusement découragée » puis « absolument proscrite ».

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Lorsque Halliday écrit, en 1913, les Môns qui se retrouvaient au Siam vivaient encore dans leurs villages en gardant leur langue et leurs traditions.

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Le point en 1973, soixante ans plus tard :

 

Le professeur Brian Foster de l’Université du Missouri-Columbia a effectué dans les villages môns de la Thaïlande de longues recherches dans le début des années 70 (8) rappelant qu’ils existaient en Birmanie du Sud et en Thaïlande bien avant la montée des états thaïs et birman, qu’ils ont été les premiers bouddhistes Theravada d’Asie du Sud-Est et qu’ils ont enseigné aux birmans l’essentiel de leur civilisation, y compris leur système d'écriture (9).

 

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A la date à laquelle écrit Forster, ils ont été « depuis longtemps » assimilés, descendants de réfugiés politiques ou de groupe de prisonniers de guerre, entrés dans le pays à partir du XVIème siècle. Combien étaient-ils alors ? L’auteur avoue son ignorance. Tous devenus citoyens thaïs, tous assimilés : ceux qui seraient généalogiquement des Mons seraient probablement moins de 100.000, beaucoup plus si on comptait ceux qui auraient une ascendance mône (y compris dans la famille royale) et « beaucoup moins » si l’on compte ceux qui connaissent parfaitement leur langue. Dans un article d’Emmanuel Guillon en 1971 nous lisons « l'enseignement de la langue n'existe plus en Birmanie, et elle est mourante en Thaïlande » (10). Leur localisation géographique correspond alors – mutatis mutandis – à celle de 2004 que nous avons citée en tête de cet article. Forster cite avec plus de précision comme les plus peuplés des villages dans le district de Pakkret (ปากเกร็ด) dans la province de Nonthaburi,

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dans celui de Ban Pong (บ้านโป่ง) dans la province de Rachaburi,

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et dans celui de Phrapadaeng (พระประแดง) dans la province de Samut Songkhram mais pas d’implantation marquante dans les grandes villes, notamment Bangkok.

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Ils cultivent en général le riz mais dans le district de Sam Khok (สามโคก), ils moulaient des briques rouges toujours connues sous le nom de « briques môns » (It-mon – อิฐหมอน) lorsqu’ils n’étaient pas occupés dans les champs ...

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... ainsi que les jarres destinées à recueillir l’eau de pluie, activité devenue probablement obsolète depuis la généralisation de l’eau de la ville (nam prapa – น้ำประปา) dans pratiquement tout le pays.

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On trouvait encore de nombreux Môns bateliers dans la province de Pathumthani : une grande partie des matériaux de construction utilisés à Bangkok arrivait  dans des péniches des Môns. Dans un village du district d’Ayuthaya, ils confectionnaient des plaques en chaume provenant du palmier nypa mais cette activité est en voie de totale disparition. 

 

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A Samut Sakhon, ils récoltaient le sel de mer.

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Forster souligne que leur proximité ethnique et religieuse avec les Thaïs et une exogamie courante (plus de 70 % des mariages sont exogames nous dit Forster) les ont rendu potentiellement très assimilables à l’inverse d’autres comme les tribus de la montagne, les Malais, les Chinois ou les Indiens.

 

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 La langue était le trait distinctif. Bien que comportant plusieurs dialectes, ils se comprenaient tous entre eux. L’alphabétisation avait lieu en langue môn dans les écoles des temples môns par des moines môns avec des livres écrits en môn dont Forster n’a trouvé que de rares exemplaires chez des personnes âgées. Dans les temples, les prières étaient chantées en môn, incompréhensible pour les Thaïs. Mais dès le début du XXème siècle, ils étaient déjà pratiquement tous bilingues môn-thaï. Le système scolaire a remplacé les écoles des temples par celles du gouvernement. Forster a encore constaté la disparition totale de la langue en particulier dans les villages de Pakret et Pathumthani,  seuls les vieux pouvant encore la parler. La langue écrite n’était alors plus enseignée et seuls les vieux parvenaient à la lire. Il n’y a plus de « Môn-ness » conclut Forster en 1973… il y a plus de quarante ans !

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Aujourd’hui en 2017.                              

 

Pour en venir à 2017, peut-on parvenir à retenir un chiffre précis de leurs descendants ? Citons – pour l’anecdote – le premier recensement effectué dans le pays, celui de Bangkok en 1883, il nous apprend qu’ils étaient 2 môns à Bangkok (11). Le premier recensement effectué à l’échelle nationale est celui de 1904. Nous avons souligné dans un précédent article (12) la totale incohérence des estimations des populations mônes effectuées par les auteurs : ainsi pour Crawfurd, ils sont 42.000 en 1822, pour Monseigneur Pallegoix, ils sont 50.000 en 1854, pour Aymonier, ils sont 100.000 en 1901 et pour Lunet de la Jonquières en 1904, ils sont 130.000. Le « Census » de 1904 a fait l’objet d’une étude complète de Volker Grabowsky d’où nous pouvons enfin extraire des précisions chiffrées (13). Certaines provinces ont échappé aux opérations mais elles ne sont pas de celles où la présence de Môns a été constatée, Isan, nord-ouest et extrême sud musulman. La question de la répartition par ethnies posa quelques difficultés : Bien des habitants du royaume étaient d’origines mixtes et difficiles sinon impossibles à classer selon des critères raciaux. Pour les Chinois, le critère fut la natte pour les hommes et les vêtements pour les femmes...

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... pour les Malais également, en sus de la religion, barbe des hommes et voile des femmes,

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pour les Khmers, ce fut le critère linguistique, celui qui fut retenu également pour les Môns.

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Pouvait-il en être autrement ? Ils ne présentent pas de différence physique fondamentale avec les Thaïs et pratiquent la même religion. Le résultat est précis à l’unité : 29.077 répartis comme suit :

Ratchaburi : 12.806

Nakhon Chaisi : 6.822

Nakhon Sawan : 2.943

Krung Kao : 2.532

Nakhon Ratchasima : 2.259

Prachin Buri : 1.715.

 

Ce décompte effectué selon une procédure méticuleuse est précieux puisqu’il est le dernier à avoir retenu les critères ethniques : Les recensements suivants à partir de 1911 ne donneront plus de données ethniques mais seulement religieuses. La raison en est simple, conséquence directe de la montée du nationalisme sous le règne du roi Vajiravudh (1910-1925), visant à unir tous les citoyens sous la bannière «nation – religion - roi », création du sentiment de « thainess » au sein d’une population pluriethnique, une notion qui n’apparait pas encore dans le recensement de 1904.

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Volker Grabowsky considère que les résultats sont sous-estimés de 25% et nous devrions donc avoir une population de 29.077 soit environ 36.000 locuteurs considérés comme des Môns.

 

Ils sont certes arrivés probablement à plus de 100.000 en 1814, pendant près de cent ans, jusqu’en 1913 (date de l’étude de Halliday) c’est-à-dire de trois à quatre générations, ils se sont mélangés aux Thaïs dont ils pratiquement la même religion et au fil des ans étudient dans les écoles du gouvernement et non plus celles des temples môns. De 1904 à 2017, 113 années se sont écoulées, quatre ou cinq générations. A qui reconnaître la « qualité » de Môn aujourd’hui ? La pratique d’une langue pratiquement disparue ? Un ancêtre môn mais à quel degré ? Grands-parents ? Arrières grands-parents ? En l’absence totale en outre d’état civil avant sa mise en place très progressive à partir de 1913 (14), il serait vain d’essayer d’être plus précis. 36.000 en 1904 ?

 

Combien parlent encore la langue ? Une source contemporaine (15) donne pour tous les pays du monde qu’ils occupent un total de 851.000 locuteurs, compris la Birmanie où ils sont environ 800.000 , mais leur langue s’éteint.

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Si l’on suit encore l’estimation de Forster on peut supposer que, compte tenu de l’assimilation progressive et des mariages mixtes, le chiffre de 45.000 est un maximum même s’ils perpétuent encore peu ou prou en certains endroits leurs traditions folkloriques.

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La carte ethnolinguistique reproduite en tête de cet article fait par ailleurs apparaître quatre zones d’implantation dans le sud hors leurs zones d’implantation ancienne et historique, Prachuapkirikhan, Ranong, Phannga et Chumpon et donne une évaluation chiffrée entre « 45.000 et 400.000 ». Il n’y a qu’apparente contradiction : Nous avons abordé la question de la présence des Birmans en Thaïlande, pour la plupart illégaux et en nombre indéterminé dans et hors les camps de réfugiés (16). Il y a évidemment des Môns parmi eux.

 

Mais être réfugié ou travailleurs clandestin môn-birman en Thaïlande ne signifie pas être Môns de Thaïlande. 

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Ils méritent toutefois quelques lignes.

 

L’exode des Môns de Birmanie dans les années 90.

 

Un bref retour en arrière s’impose : Il est de bon ton de dire que les Môns ont activement participé à la résistance contre les Japonais. Ce n’est pas notre sujet. Admettons donc que 8 millions de Môns en Birmanie aient participé à la résistance tout comme il y eut 40 millions de résistants en France. Il n’est toutefois pas certain que lorsque l’armée thaïe est entrée en Birmanie, elle ait été mal accueillie par les populations locales ? (17).

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Il est plus assuré qu’ils se soient lancés dans la lutte contre le colonialisme britannique dans le but avoué d’obtenir un référendum d’autodétermination en vue de la création d’un état môn ce qui leur fut refusé par l’ONU.

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La première constitution de 1947 établit une pesante prééminence des Birmans sur les ethnies minoritaires (18).

 

Réprimés par le gouvernement central ils organisèrent plusieurs révoltes armées plus ou moins liées à celles des Karen sous l’égide d’abord du « Mon People's Front » et à partir de 1962 du « New Mon State Party » qui avait une branche armée, la « Mon National Liberation Army ».

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Le gouvernement central lâcha du lest et un État môn plus ou moins autonome fut créé en 1974 couvrant le Tenasserim, Pegu et la rivière Irrawaddy.

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La résistance s'est toutefois poursuivie jusqu'en 1995, date à laquelle intervint un cessez-le-feu. Mais les Môns tout autant que d’autre minorités ethniques (Rohingya et Arakanais, Karen et Shan) restaient martyrisés par le gouvernement central, dictatorial depuis l’indépendance et plus encore depuis la prise du pouvoir par une junte militaire en 1988, beaucoup plus dure que la précédente, qui suspend tous les droits civiques.

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Le 8 août 1988 des milliers de manifestants se lancent dans des manifestations pacifiques qui sont réprimées dans le sang.

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L’exode des minorités ethniques est alors massif à partir de 1990, certains -  ceux qui en ont les moyens – se retrouvent pour la plupart aux Etats-Unis, exil doré – et les autres dans les camps de réfugiés le long de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie. Les « Américains » constituent en 1995 à Albany et en Pennsylvanie un « Monland Restoration Council » et diverses organisations « caritatives » basées à Bangkok, dont on ne sait trop quelle est l’activité réelle à ce jour (19).

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Leur documentation étant exclusivement en anglais, il est permis de penser qu’elle est strictement inaccessible aux réfugiés et que les responsables ignorent peut être eux-mêmes la langue ! D’ailleurs la page de leur site Internet consacrée à leur langue n’est même pas renseignée !

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Parmi les dizaines de milliers de réfugiés entassés dans des camps frontaliers

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les Môns se retrouvent essentiellement dans ceux de Halockhani

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... et Lohloe à cheval sur la Thaïlande (district de Sangklaburi dans la province de Kanchanaburi) et le sud-est de la Birmanie.

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La vie dans ces camps se passe de commentaires (20). Si les Siamois ont accueilli avec bienveillance les Môns dans les siècles précédents, il n’est pas du tout certain que cette nouvelle vague ait été bien accueillie par les Thaïs (21). Si ces références datent de 1994, nous ne sommes pas démunis de références beaucoup plus proches de nous dans le temps : En décembre 2016 encore, plus de 100.000 réfugiés des ethnies martyrisées dans les camps frontaliers (21). Ce chiffre est évidemment approximatif puisque beaucoup d’entre eux ne sont pas enregistrés administrativement.

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Décembre 2016 ? Mais n’y-a-t-il pas eu un bouleversement politique majeur en Birmanie en 2015 ?

 

Apparemment rien n’a changé ...  sauf l’espoir ! (22)

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La répression contre les minorités ethniques continue sans que l’on sache trop si c’est avec la bénédiction au moins implicite de la première ministre de facto Aung San Suu Kyi, icone de la bonne conscience universelle ou à son corps défendant mais apparemment tous les dirigeants birmans, militaires ou civils, sont hostiles à une solution fédérative qui donnerait un embryon d’indépendance aux minorités ?

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La question est donc loin d’être résolue, la Thaïlande n’est apparemment pas fort satisfaite de la présence de ces dizaines de milliers sur son territoire, la Birmanie – même devenue « démocratique » n’a manifestement aucune envie de les récupérer. Quant aux intéressés eux-mêmes, ils ne semblent pas très chauds pour rejoindre leur pays ? A ce jour, nous avons relevé le retour d’une « soixantaine de Karens » et de « dix-sept » réfugiés politiques, la belle affaire (23) ! Mais cette question, aussi douloureuse soit-elle excède à la fois nos compétences et le cadre de cet article.

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NOTES

 

(1) « Ethnolinguistic maps of Thaïlande », publication de l’Université Mahidol, 2004 (en thaï).

 

(2) Voir les deux articles de Christian Bauer « NOTES ON MON EPIGRAPHY – I » et « NOTES ON MON EPIGRAPHY – II » in Journal de la Siam society  volumes 79-I et 79-II de 1991.

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(3) « Legendary history of Burma and Arakan » à Rangoon, 1882.

 

(4) Nous sommes à l’époque de Bouddha. Il y avait deux princes, Teiktha et Zayyakonema, fils du roi de Thoopienna dans le pays de Karannaka sur la côte orientale de l’Inde. Ils se firent ermites et résidaient sur la montagne de Zingyike, entre Thaton et Martaban. Le plus jeune se déplaça ensuite vers la montagne de Zwehgabin sur la rive gauche de la rivière Salouén. Le frère aîné marchait un jour au bord de la mer au pied de la montagne de Zingyike lorsqu’il trouva deux œufs dont jaillirent deux garçons. L’ermite donna le premier à son jeune frère mais il mourut de variole à l'âge de dix ans. Toutefois avant sa mort il avait eu le privilège de rencontrer le Seigneur Gaudama devenu l’ « éveillé ». Quand l'autre eut atteint l'âge de sept ans, il fonda une ville appelée Thaton et prit le nom de Theeharaza. Cette histoire merveilleuse et à première vue absurde de la fondation de Thatone, première implantation des Môns comme nation, révèle toutefois quelques faits importants. Le fondateur de la ville fut un prince d'origine fabuleuse, né d'un œuf de dragon femelle et élevé par un ermite de sang royal du pays de Karannaka.

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D'autres localités mentionnées dans ces premières traditions ont été clairement identifiés par Forbes comme des parties de l'ancien royaume dravidien de Telangana sur la côte est de l'Inde. Les habitants de Thaton comprenaient également des étrangers venus de la côte indienne. L’interprétation que fait Forbes de ces légendes est la suivante : La région autour de Thaton et Martaban était habité par des Mons représentés dans leur propre tradition comme une race sauvage et barbare. Elle fut alors colonisée par des habitants civilisés de la côte de Telangana qui prirent des femmes du pays (dragons femelles !) et fondèrent la ville de Thaton. Dans la tradition indienne, les dragons représentent les habitants aborigènes. Forbes trouve une preuve géologique de l’ancienneté de cette fondation puisqu’alors Thaton était situé en bord de mer et qu’elle est aujourd’hui à environ 25 kilomètres. Par ailleurs l’existence de très anciens mouvements commerciaux entre le royaume de Telangana et les pays situés à l'est du golfe de Bengale est un fait bien connu. La tradition bouddhiste enfin veut que Gaudama ait personnellement visité et prêché à Thaton soit sous le règne de Theeharaza soit sous celui de son fils Theereemathawka. Ces précisions relatives permettent à Forbes de situer la fondation de Thaton soit en 603 avant Jésus-Christ soit entre 700 et 600 avant Jésus-Christ. Il y avait de toute évidence à cette époque un lien étroit entre le Pegu et la côte orientale de l'Inde dont Forbes donne de nombreuses justifications. Le point le plus important de cette histoire est la première introduction du bouddhisme dans ces pays de l'est des Indes à une époque peu ou prou contemporaine de la vie de Bouddha.

 

(5) Voir l’article de NAI PAN HLA « THE MAJOR ROLE OF THE MONS IN SOUTHEAST ASIA » in Journal de la Siam Society n° 79-I de 1991

 

(6) « History of Burma including Burma proper, Pegu, Taungu, Tenasserim and Arakan from the earliest time to the end of the first war with British India » publiée à Londres en 1883.

 

(7) « Immigration of the Mons into Siam ». In Journal de la Siam society, volume 10-III de 1913.

 

 

(8) « ETHNIC IDENTITY OF THE MONS IN THAILAND » in Journal de la Siam society, 1973-I.

 

(9) Leur écriture, beaucoup plus ancienne que l’écriture thaïe, a servi de modèle à l’écriture birmane. Elle a fait l’objet d’une longue étude dans le curieux ouvrage de Léon de Rosny « L’écriture des Talaing » in « Archives paléographiques de l’Orient et de l’Amérique », tome I de 1869, pp 137-142. Voir aussi « The Talaing language » par le révérend Francis Mason, 1853. Leur alphabet vient probablement du sud de l’Inde.

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(10) Emmanuel Guillon « Chansons populaires môn », In : L'Homme, 1971, tome 11 n°2. pp. 58-108.

 

(11) Voir notre article 152 « Le premier recensement effectué au Siam en 1883 » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-152-le-premier-recensement-effectue-au-siam-en-1883-124510064.html

 

(12) Voir notre article 195 « La population du Siam en 1904 – Le premier recensement de 1904 » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/195-la-population-du-siam-en-1904-le-premier-recensement-de-1904.html

 

(13) Voir l’article de Volker Grabowsky, un ethnologue allemand, « The Thai Census of 1904 : Translation and Analysis » in Journal de la Siam society, volume 84-I de 1996.

 

(14) Voir notre article 169 « Rama VI crée l’état civil siamois » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/169-rama-vi-cree-l-etat-civil-siamois.html

 

(15)  https://www.ethnologue.com/language/mnw

 

(16) Voir nos articles

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a130-la-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-est-elle-ineluctable-120323933.html

 

(17) Votre notre article « L’armée thaïe entre en Birmanie » :  http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/200-2-l-armee-thaie-entre-en-birmanie-le-10-mai-1942.html

(18) Voir l’article de Martial Dacé « LES DROITS DES MINORITES NATIONALES DANS LA CONSTITUTION BIRMANE DE 1947 » in Journal de la Siam Society, n°64-II de 1976 et Mr Ashley South « Mon Nationalism and Civil War in Burma: The Golden Sheldrake », Bangkok, 2003 (ISBN-13: 978-0700716098).

 

(19) Voir le site http://www.albany.edu/~gb661/index.html  « Mon Information Service (MIS) » - « Overseas Mon National Students Organization » - « Overseas Mon Young Monks Union ».

 

(20) Voir par exemple le lien http://www.albany.edu/~gb661/mary.html ou encore « BURMA/THAILAND - THE MON :  PERSECUTED IN BURMA, FORCED BACK FROM THAILAND », une publication de Human Rights Watch/Asia, décembre 1994  Vol. 6, No. 14.

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(21) Voir le site :

 http://www.theborderconsortium.org/

 

(22) Voir l’article de « Libération » du 12 janvier 2017 « Birmanie: l'armée met Aung San Suu Kyi face à ses limites ».

(23) Voir l’article de RFI du 26 octobre 2016 « Une soixantaine de Karens réfugiés en Thaïlande rentrent chez eux en Birmanie » (http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20161026-karens-refugies-thailande-rapatriement-birmanie-hcr) et Global Voice du 6 décembre 2016 (https://fr.globalvoices.org/2016/12/06/204181/

 

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 18:09
La table de Peutinger est l'ancêtre des cartes routières. Elle représente schématiquement les principales routes de l'Empire Romain. C'est une reproduction probablement très inexacte de la fin du XIIème siècle d'une copie réalisée vers 350 dont l'original est plus ancien. Cette carte a été découverte au début du XVIème siècle à Worms et confiée à Konrad Peutinger qui la publia.

La table de Peutinger est l'ancêtre des cartes routières. Elle représente schématiquement les principales routes de l'Empire Romain. C'est une reproduction probablement très inexacte de la fin du XIIème siècle d'une copie réalisée vers 350 dont l'original est plus ancien. Cette carte a été découverte au début du XVIème siècle à Worms et confiée à Konrad Peutinger qui la publia.

Le monde selon Ptolémée, gravure sur bois gravée à Ulm en 1484

Le monde selon Ptolémée, gravure sur bois gravée à Ulm en 1484

Nous avons à plusieurs reprises parlé de l’arrivée des Portugais au Siam (1). Il est juste de leur rendre un autre hommage, puisqu’ils sont à l’origine de la cartographie du Siam. Lucien Fournereau, architecte et explorateur fut entre 1886 et 1888 chargé de diverses missions d’exploration dans la péninsule  indochinoise et au Siam en 1891. C’est son précieux compte rendu qui nous intéresse aujourd’hui (2). Il écrit en exergue de son premier volume  « La base fondamentale de toute étude ethnologique, historique ou archéologique, est sans contredit la délimitation exacte de la position géographique du champ des recherches et ces connaissances topographiques sont étroitement liées avec l’objet même de l’étude. Nous avons donc été tout naturellement portés à chercher, avant de commencer cet ouvrage, des documents géographiques propres à initier le lecteur au pays que nous allons lui faire parcourir ». Nous devrons attendre 1962 pour qu’il soit revenu sur cette question – intéressante - des débuts de la cartographie du Siam et que soit à nouveau salué l’œuvre des Portugais (3).

H 7- LES PORTUGAIS, PREMIERS CARTOGRAPHES DU SIAM.

La première « carte » répertoriée est datée de 1517.

Sur la partie  reproduite par Fournereau, nous reconnaissons la côte occidentale du Siam. Le drapeau portugais est  planté en Chine ( ?). Les  rhumbs (lignes des vents) sur la partie droite donnent des instructions pour la navigation vers l’est.

Sur la partie reproduite par Fournereau, nous reconnaissons la côte occidentale du Siam. Le drapeau portugais est planté en Chine ( ?). Les rhumbs (lignes des vents) sur la partie droite donnent des instructions pour la navigation vers l’est.

Elle est attribuée à Pedro Reinel sur lequel nous savons peu de choses, à la fois pilote et cartographe qui connaissait probablement le « secret des Moluques » (o segredo das Molucas) où les Portugais partaient à la recherche des épices. C’est à ce jour la plus ancienne carte sur laquelle nous voyons représenté le golfe de Siam. C’est en réalité un portulan qui appartenait à la Bayerische Armee bibliothek (Bibliothèque de l‘armée bavaroise) à Münich.

H 7- LES PORTUGAIS, PREMIERS CARTOGRAPHES DU SIAM.

L’original consulté par Fournereau a disparu dans les suites de la guerre en 1945 au cours desquelles la bibliothèque a été pour partie détruite et pour partie pillée (4) mais il en est une copie fidèle (selon Fournereau) à notre Bibliothèque nationale (5). Ce fac-similé est un manuscrit enluminé sur parchemin de 67 x 123,5 cm. Fournereau n’en reproduit que la partie relative au Siam. Dans sa totalité, elle représente une partie de l’Afrique, Madagascar, la pointe sud des Indes, Ceylan et la péninsule en sa côte ouest. La datation de 1517 a été effectuée par un autre érudit, le Docteur Ernest Théodore Hamy, au vu d’arguments dont nous vous faisons grâce (6).

La copie intégrale de la carte de la  Bibliothèque Nationale donne une description assez précise du sud de l’Afrique avec  les « abris »,  de Madagascar et de  Ceylan. Les tropiques sont bien situés et les rhumbs montrent encore qu’il s’agit d’une carte  de navigation

La copie intégrale de la carte de la Bibliothèque Nationale donne une description assez précise du sud de l’Afrique avec les « abris », de Madagascar et de Ceylan. Les tropiques sont bien situés et les rhumbs montrent encore qu’il s’agit d’une carte de navigation

Ce portulan ne donne de la côte orientale de la péninsule malaise qu’une délinéation très approximative ce qui est singulier car elle fut de très bonne heure connue et fréquentée par les Portugais, Malacca était tombée entre les mains d’Albuquerque en 1511. Aussitôt qu’ils y furent implantés, ils envoyèrent expédition sur expédition dans l’est, à la recherche d’îles d’épices et vers le nord-est ; des expéditions commerciales atteignirent Canton en 1514. Ils n’eurent pas moins de hâte de pénétrer dans le royaume de Siam, « terra del rey de Syam ». Mais ne revenons pas sur l’histoire des relations du Siam et des Portugais, ceux-ci y avaient noué des relations d’amitié et de commerce et en avaient aussi reconnu les côtes, ce que ne pouvait ignorer Pedro Reinel, auteur de la carte en soulignant que son activité débordante ne s’est pas limitée à cette partie du monde (7).

H 7- LES PORTUGAIS, PREMIERS CARTOGRAPHES DU SIAM.

Disons quelques mots de cette carte qui peut au premier abord paraître incompréhensible car c’est un portulan plus qu’une carte avec ses entrelacs de lignes. Ce sont plutôt des instructions nautiques utilisées jusqu’au XVIIIème siècle, servant essentiellement à repérer les ports et connaître les dangers qui peuvent les entourer (courants, hauts fonds). Ils comportent deux caractères graphiques spécifiques : les lignes de vents (rhumb qui représentent les caps à suivre avec la boussole) qui quadrillent les surfaces, l'alignement perpendiculaire des noms de lieux colorés différemment selon leur importance et des roses des vents permettent en outre de repérer la route et de déterminer le cap. Il n’y a aucune construction des méridiens et des parallèles, les marins n’ont pas encore connaissance d’un quelconque système de coordonnées, système pourtant supposé nécessaire pour tout passage d'une surface sphérique (la Terre) à sa représentation plane. Ils sont considérés par les royaumes du Portugal et d'Espagne comme des secrets d'État.

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La carte anonyme portugaise de l’école de Reinel vers 1520.

C’est encore une carte  de navigation sur laquelle nous reconnaissons les Indes, Ceylan, la Chine, là où sont plantés les pavillons du Portugal et la côte occidentale du Siam.

C’est encore une carte de navigation sur laquelle nous reconnaissons les Indes, Ceylan, la Chine, là où sont plantés les pavillons du Portugal et la côte occidentale du Siam.

Elle est incontestablement très voisine en date de la première et faisait partie de la même collection à Munich. De beaucoup plus petite d’échelle, elle ne renferme pas plus d’informations sur la côte du royaume de Siam. Sans être exacte, elle  affecte cependant une forme qui se rapproche un peu plus de la réalité. Fournerau et le Docteur Hamy pensent qu’elle fut dressée d’après le routier d’un navigateur qui n’aurait pas suivi les contours de la péninsule malaise, mais serait, de Malacca, par une navigation hauturière, parvenu en droite ligne et grâce à la mousson favorable jusqu’à la Cochinchine et n’aurait, par conséquent, pas connu le profond enfoncement du golfe de Siam. Il y figure trois inscriptions sur la côte chinoise et l’endroit où est implanté le drapeau portugais est incontestablement Canton dont le nom ne figure toutefois pas. La conclusion de Hamy et Fournereau est que si cette  pièce n’est pas émanée de Reinel lui-même, elle est du moins  incontestablement de son école. Nous n’en avons malheureusement que la reproduction partielle de Fournereau.

 

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Le planisphère de Diégo Ribeiro de 1529.

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La carte dont Fournereau ne reproduit qu’une partie mérite de l’être intégralement. Elle est l’œuvre de Diego Ribeiro ou Ribero. Ce cartographe portugais d’origine serait venu en Espagne à peu près à la même époque que les Reinel, sinon avec eux. On sait, en tout cas, qu’il avait fait à cette date une carte du monde. Il fut nommé cosmographe royal à Séville, le 10 juin 1523 et fit partie de la «  junte de Badajoz » qui discuta la position et la possession des Moluques que se disputaient l’Espagne et le Portugal. On ignore tout de lui sinon qu’il est mort le 16 août 1533. Il ne reste de lui que deux cartes, l’une à la Bibliothèque de Weimar, l’autre au Vatican. L’intérêt de la carte de Ribeiro est que ce cartographe, bien que Portugais d’origine, ne soit plus, depuis son entrée en Espagne et son établissement à Séville, au courant des découvertes de ses compatriotes. Il est complètement devenu espagnol et sa carte est le reflet des connaissances des cartographes de son pays d’adoption.

Nous y trouvons une description précise des côtes américaines, de l’Afrique, Madagascar, les Indes et Ceylan. Nous y voyons le « Regno de Ansian » - le  Siam -  une ébauche du golfe de Thaïlande et la Chine.

Nous y trouvons une description précise des côtes américaines, de l’Afrique, Madagascar, les Indes et Ceylan. Nous y voyons le « Regno de Ansian » - le Siam - une ébauche du golfe de Thaïlande et la Chine.

Ce planisphère de 204 cm sur 85 contient à la fois les éléments traditionnels de Portulans et les nouveaux éléments typiques de la Renaissance. Comme sur les portulans, les roses des vents, les rhumbs, les échelles graphiques de distances et d'innombrables toponymes sur les littoraux. Ces innovations tiennent compte de la navigation au long cours consécutive aux découvertes portugaises et espagnoles de la fin du 15ème siècle et du début du 16ème siècle. Elle fut probablement élaborée au cours des négociations visant à préciser le partage du monde entre le Portugal et l'Espagne après la circumnavigation de l'expédition de Magellan (1522). Au sud du Brésil et de l'Insulinde, les drapeaux signalent les espaces respectifs des Puissances Ibériques. Un drapeau additionnel de la Castille figure sur le territoire chinois. Alors que le Portugal exploite déjà les Moluques, la carte de Ribeiro attribue à l'Espagne cette région asiatique. Les navires illustrent les ambitions hégémoniques de l'empire maritime espagnol.

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Carte anonyme portugaise du milieu du XVIème siècle.

La graphie utilisée ne nous permet pas de déterminer avec précision les lieux inscrits ni sur la  côte ouest ni sur la côte ouest.

La graphie utilisée ne nous permet pas de déterminer avec précision les lieux inscrits ni sur la côte ouest ni sur la côte ouest.

Le fragment de carte reproduit par Fournereau provient d’un grand et bel atlas de facture portugaise, que la section géographique de la Bibliothèque nationale a acheté au mois de février 1841. Elle l’attribue au cartographe portugais Diogo Homem (1520-1576) et le date de 1558. Cet atlas se compose de huit feuilles, mais il semble qu'il en ait manqué une sans compter que le plus souvent ces atlas possèdent en outre un planisphère qui sert à résumer les cartes de détail et à indiquer la position relative des diverses parties du monde. Il comprend trois feuilles pour les côtes d’Amérique, une pour l’Asie depuis le Bosphore jusqu’à l’Aracan, la carte de l’Asie orientale ici reproduite et enfin une carte de l’Europe et du nord de l’Afrique jusqu’au-dessous des îles du cap Vert. Toutes les cartes de cet atlas sont inachevées ; un grand nombre de roses des vents et d’inscriptions n’ont pas reçu les couleurs et l’or dont elles devaient être rehaussées ; les cartouches et les écus sont vierges de toute inscription et de toutes armes. On n’y remarque aucun des drapeaux qu’on trouve sur la plupart des cartes antérieures ou contemporaines et qui servent à indiquer les possessions ou les découvertes des différentes puissances européennes, quand ce ne sont pas des étendards de fantaisie destinés à donner à la carte un élément de gaîté et de richesse. Ne figurent également pas sur ces planches ces représentations si pittoresques de souverains étranges, d’animaux véritables ou fantastiques, ces villes à l’architecture singulière destinées à donner une idée si fausse de la faune et des habitations exotiques. C’est une carte exclusivement marine, les informations et les légendes s’arrêtent aux cotes ; quelques noms de pays figurent seuls à l’intérieur qui est garni, surtout pour les régions extra-européennes, de fleuves et de montagnes tracés de façon fantaisiste. Pour Fournereau, l’origine portugaise est démontrée par le style de l’ornementation et la langue employée dans les inscriptions et les légendes en y ajoutant évidemment le latin pour celles qui donnent le nom d’une mer importante, les points cardinaux, les tropiques, etc. La date est incontestablement du milieu du XVIème siècle compte tenu des dessins de la partie américaine qui ne nous concerne pas. Le cartographe était bien au courant des explorations contemporaines.

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Pour le Siam, l’Arakan et le Pegou, elles sont déchiquetées par une quantité d’indentations et de grandes baies aux formes baroques, avec une  exagération excessive et un rétrécissement tout à fait fautif de la péninsule à la hauteur de Bangkok: l’archipel Mergui est bien indiqué à sa place, le reste de la péninsule malaise est assez exactement tracé. Nous relevons sur la côte orientale la localité de Patane (Patani) dont il est mainte fois question dans les récits des conquérants portugais et notamment de cet « aventurier amusant et menteur, Mendez Pinto »  (dixit Fournereau). Le golfe de Siam est ici nettement accusé, une ville de Siam est indiquée au fond du golfe, près d’un fleuve qui paraît considérable, mais dont le cours inférieur est seul tracé. 

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Carte anonyme portugaise vers 1580.

 

 

Il s'agit de la première carte donnant quelques détails (même fantaisistes) sur l'intérieur du pays. Ligor (Ligora) est bien  située (Nakhonsrithammarat). Les îles au large (probablement Kho Samui et les autres îles de l'archipel) laissent à penser que le dessinateur avec quelques connaissances sur le golfe de Thaïlande ?

Il s'agit de la première carte donnant quelques détails (même fantaisistes) sur l'intérieur du pays. Ligor (Ligora) est bien située (Nakhonsrithammarat). Les îles au large (probablement Kho Samui et les autres îles de l'archipel) laissent à penser que le dessinateur avec quelques connaissances sur le golfe de Thaïlande ?

C’est  une carte gravée à l’eau  forte qui comprend tout le domaine exploité par les Portugais dans l’extrême Orient : l’Indoustan, Sumatra, la presqu’île malaise et la Chine jusqu’à Canton. Comme cette gravure est assez médiocre, Fournereau suppose qu’elle fut faite ou par un artiste de peu de talent sur un dessin assez exact et qui contenait nombre de renseignements qu’on chercherait vainement ailleurs, ou par des pères Jésuites si instruits qui, dès la première heure, s’établirent aux Indes pour en catéchiser les populations. Le plus curieux est qu’à côté de « Cantaon » (en haut à droite) se lit cette inscription « Elesia Jesuitarum » (pour Ecclesia), qui va nous fournir une date approximative pour l’exécution de ce document compte tenu de l’établissement des Jésuites à Canton : la pièce ne peut être antérieure à 1580.

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Ici, nous n’avons plus affaire à une carte à l’usage des seuls navigateurs, à ce que l’on appelle improprement un portulan. Le cartographe a voulu donner une idée aussi exacte que possible de ces contrées de l’extrême Orient aux fabuleuses richesses, aux merveilleuses aventures. Les chaînes de montagnes, les fleuves, les pays et les cités de l’intérieur sur lesquels il a pu recueillir quelques informations figurent sur cette carte en nombre relativement considérable.

 

Pour la partie du royaume de Siam sise au fond du golfe, nous relevons quatre noms de villes : Siam, Odia, Anso et Iliam. On peut penser que la localité désignée sous le nom de Siam est Ayuthaya dont on a fait une localité différente avec Odia qui est incontestablement Ayuthaya. On remarquera que l’embouchure du Maenam n’est pas à sa place mais à celle du Mékong, deux fleuves que le cartographe a réunis et confondus en un seul. Au-dessus de cette embouchure, mais au-dessous d’Odia qui n’est pas, comme elle devrait l’être, placée sur le fleuve, un large canal met en communication le Maenam avec un autre fleuve qu’il rejoint à Anso ? En descendant la côte nous trouvons Tarnova, Langor, Garol, localités que nous ne pouvons identifier; dans l’intérieur, Vora doit être Korat ? Cette cartographie est encore dans l’enfance, nous la verrons s’améliorer, mais lentement, les marchands, qui fréquentaient le Siam manquaient de l’instruction nécessaire pour lever des cartes et ils avaient intérêt à cacher la connaissance du pays qu’ils pouvaient avoir. Se pose en outre la question des fausses cartes établies et diffusées par les Espagnols et les Portugais pour envoyer la concurrence au fonds des océans, une question sur laquelle les historiens ibériens  restent discrets.

 

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Notre propos n’était pas de vous donner un cours de navigation maritime mais de nous poser des questions. Tous ces portulans, trésors de nos bibliothèques, Bibliothèque nationale de France, Bibliothèque vaticane, bibliothèque de Weimar, ce qui a échappé aux bombes et aux pillages américains à Munich, ne sont pas ceux qu’utilisaient les navigateurs.  

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Ce sont de somptueuses copies magnifiquement décorées, établies sur des supports fort onéreux (peau de veau, vélin ou peau de brebis) à l’usage des grands de ce monde, rois ou  personnages princiers qui finançaient de couteuse expéditions, le plus souvent par cupidité et non dans le soucis de faire avancer la science, sont religieusement conservées dans leurs bibliothèques. Les exemplaires que les marins emportaient sur leurs caravelles étaient de toute évidence des « exemplaires de travail » dont il ne reste RIEN puisqu’ils ne pouvaient pas résister au voyage, à  l’usure, aux intempéries et à l’humidité. D’où venaient les connaissances accumulées qu’ils contiennent ? Probablement d’anciennes cartes perdues à tout jamais, arabes, persanes ou chinoises. On trouve sur Internet des explications ésotériques, elles proviendraient d’une civilisation supérieure disparues, des Atlantes, pourquoi pas de Jésus-Christ quand il était jeune homme ? Ces portulans en édition de luxe existent et subsistent. Une question se doit d’être  posée, pouvait-on au vu de ces cartes telles que vous venez de les consulter, même à  échelle réduite, quitter Séville ou Lisbonne et après quelques mois de navigation rejoindre le Moluques ou la Chine ? Même avec l’astrolabe,

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même avec des sabliers pour mesurer le temps, même avec des sabliers pour mesurer le temps,

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même avec la boussole, même en sachant que celle-ci indique un nord magnétique qui varie de 0,2° par an avec celui de l’étoile polaire (ce dont les marins s’aperçurent très vite),

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... de toute évidence, NON ! Ces portulans n’étaient – c’est une évidence qui saute aux yeux – que l’illustration d’instructions écrites et détaillées, tout aussi confidentielles sinon plus que la carte elle-même, instructions dont à ce jour toutes traces ont disparu emportées par les embruns. Peut-être en dort-il quelques-unes dans les fameuses archives de Lisbonne ou de Séville (8) ?

 

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NOTES

 

(1) Article 77 : « L'arrivée des premiers Européens au Siam : Les Portugais ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-77-l-arrivee-des-premiers-europeens-au-siam-les-portugais-117326794.html

 

Article 78 : « Les Portugais au Royaume du Siam au XVIème siècle, selon Madame Rita De Carvalho ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-79-les-portugais-au-siam-au-xviie-siecle-117415452.html

 

Article 79 : « 79. Les Portugais au Siam au XVIIème siècle (suite) http://www.alainbernardenthailande.com/article-79-les-portugais-au-siam-au-xviie-siecle-117415452.html

 

(2) « Le Siam ancien – archéologie – épigraphie- géographie » en deux volumes, à Paris en 1895. En 1887-1888, le projet de Lucien Fournier est financé par le ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, Spuller. Fournereau, architecte, inspecteur des Travaux publics à Saigon, a une expérience de la photographie d'inventaire et des enquêtes de terrain. Il dispose pour sa mission dans le secteur d'Angkor de moyens importants en matériel et en personnel. Des instructions précises lui ont été données par Louis Delaporte, qui a la responsabilité des collections d'art khmer au musée du Trocadéro. En 1889, dans un article du Bulletin de la Société de géographie, « Les ruines khmers du Cambodge siamois », Fournereau détaille les différentes parties de cette mission et son bilan matériel : un grand nombre de moulages (520 pièces), des dizaines de pièces originales, de nombreux relevés ou plans et quatre cents plaques négatives. La collecte iconographique s'ajoute aux tâches classiques de l'archéologie: « Quand le soir je rentrais harassé au campement, la partie la plus rude de mon labeur n'était pas encore accomplie: il fallait dans une atmosphère brûlante, harcelé par le bourdonnement et les piqûres des moustiques, développer mes clichés photographiques du jour, et ce n'est qu'après avoir achevé cette besogne que je pouvais prendre un repos bien mérité. »

 

(3) « STUDY OF EARLY CARTOGRAPHY OF THAILAND (SIAM) » par un militaire des services géographiques de l’armée thaïe, le lieutenant général Phya Salwidhannidhes, in : Journal de la  Siam society, volume 50-II de 1962.

 

(4) On peut penser que s’il n’a pas été brulé, il se trouve aujourd’hui dans les collections cachées de quelque riche collectionneur américain.

 

(5) Elle porte la signature de Otto Progel (1883-1935) un militaire allemand peintre et dessinateur auquel on doit la reproduction à l’identique de nombreux portulans.

 

 

(6) Anthropologue et ethnologue mort en 1908, il est le fondateur du Musée d’ethnographie du Trocadéro réincarné sous la forme de Musée de l’homme. Nous lui devons « L'œuvre géographique des Reinel et la découverte des Moluques : mémoire lu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans sa séance du 26 juin 1891 ».

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(7) Voir aussi « Les origines de la cartographie portugaise et les cartes de Reinel »  par Jean Denucé, à Gand, 1908 : Pedro n’est que le premier  d’une dynastie de cartographes continuée avec son fils Jorge..

H 7- LES PORTUGAIS, PREMIERS CARTOGRAPHES DU SIAM.

(8) Peut-être en trouvera-t-on un jour dormant dans des archives non exploitées et non encore dévoré par les rats ? Jacques Bernard, marin et historien, a découvert par hasard en 1960 dans les archives d’un tabellion un portulan de Pedro Reinel, daté de 1485 (voir Guillaume Mollat « Navires et gens de mer à Bordeaux : contribution à l'histoire maritime de l'Occident européen (XVème-XVIème » In : Journal des savants, 1971, n° pp. 119-135). Il est la première carte nautique représentant l'Afrique au sud du Congo, actuellement conservé aux Archives départementales de la Gironde. Il représente avec une grande précision les côtes atlantiques de l'Europe et de l'Afrique. Il est dessiné en couleurs sur parchemin par le célèbre cartographe portugais Pedro Reinel. Les noms des ports et des cours d'eau principaux sont inscrits en rouge. Les drapeaux indiquent à quel souverain ou nation appartiennent les territoires représentés. Nous y reconnaissons le drapeau portugais primitif : Les cinq écus disposés en croix symbolisent la victoire d’Alphonso Henriques sur les cinq rois Maures et les cinq plaies du Christ.

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 18:09
H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Trois succès de librairie ont contribué à rendre familier au grand public la triste histoire de l’aventure française au Siam en 1685. Prolixes sur les personnages « clefs », le roi  Naraï, le favori  grec du roi Constantin Phaulkon faisant office d’un véritable premier ministre, le chevalier de Chaumont, principal ambassadeur, l’abbé Timoléon de Choisy son second, le provençal et truculent chevalier Claude de Forbin et enfin le jésuite retors, le père Guy Tachard, ils sont tous trois fort discrets sur celui qui joua pourtant un rôle majeur et fut en réalité à l’origine de cette malheureuse expédition, le père Bénigne Vachet, des Missions étrangères (1).

 

On a, à cette occasion, beaucoup commenté sinon péroré sur la volonté de Louis XIV de « coloniser le Siam ». Voilà qui est fort mal s’exprimer. On ignore au temps de Louis XIV ce qu’est la « colonisation » comme on l’entendra au temps de Jules Ferry, à savoir faire connaître aux populations primitives les bienfaits de notre civilisation. Il est révélateur de constater que le mot « coloniser » ou « colonisation » est inconnu du vocabulaire alors que celui de « colonie » est bien connu  (2).

 

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

La France avait certes des colonies en Amérique et en Afrique, mais nullement au sens où nous l’entendrions aujourd’hui, (3). L’Asie fut initialement ignorée puis devint un objectif via la « route des Indes » qui fut d’abord une opération commerciale jusqu’aux florissants comptoirs de Pondichéry pour gagner d’autres marchés, ce qui va nous conduire au Siam. Á ces marchands, se joignent évidemment les missionnaires lorsqu’ils ne les ont pas depuis longtemps précédé, alors fidèles à la vocation de l’église qui est d’évangéliser le monde et non de le conquérir (4).

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Qui est ce missionnaire oublié et resté modestement dans l’ombre ?

 

C’est un personnage au destin peu ordinaire.

 

Bourguignon, il est né à Dijon le 31 octobre 1641, la veille de la fête de Saint Bénigne, martyr évangélisateur de la Bourgogne (1er novembre) d’où il tient probablement son prénom.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Nous savons peu de choses sur sa famille : ses parents sont de petite bourgeoisie, son père est « Maître » dans sa profession, son parrain avocat et sa marraine femme de médecin (5).

 

Il eut le désir d’être bénédictin, fut clerc chez un procureur (sous l’influence probable de son parrain ?), faillit être soldat, et finalement entra au séminaire de Dijon. Pendant qu’il s’y trouvait, il entendit parler de Monseigneur de Bourges qui traversait cette ville et des Missions étrangères. Il résolut d’entrer dans cette Société récemment fondée, et passa quelque temps au Séminaire de la rue du Bac. Il fut ordonné prêtre en décembre 1668, et partit le 13 février suivant pour le Siam. Il y resta jusqu’en 1673, et fut chargé par Mgr Lambert de la Motte de porter des présents au Chua (chao) de Cochinchine, Hien-Vuong. Débarqué à Quang-ngai, il se rendit ensuite à Hué et enfin à Faïfo (aujourd’hui Hôi-an) où il s'installa.

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Vers 1680, il regagna le Siam, puis revint en Cochinchine, et assista au synode de Faïfo en 1682 (6). De là, il se rendit sans doute en pays Cham. Entre 1678 et 1682, il voyagea entre Cochinchine et Siam.

 

De retour au Siam, il fut chargé d’accompagner comme interprète la deuxième ambassade siamoise envoyée en France en 1684. Il repartit avec les ambassadeurs siamois en 1685, et revint avec la troisième ambassade en 1686.

 

Entre 1689 et 1691, il fit un séjour en Perse. A partir de cette date, il resta au séminaire des Missions étrangères, rue du Bac, jusqu'à sa mort le 17 janvier 1720. Il se plaisait à rapporter ses expériences non pour la postérité mais pour l’instruction des futurs missionnaires. Toutefois, la plupart de ses écrits, dont ses volumineux Mémoires, sont restés partiellement inédits. Nous savons par un détail pittoresque qu’elles ont failli, en 1909, être perdues à tout jamais (7). Tout ce que nous connaissons de lui et ce que nous citons de ses écrits provient essentiellement des publications de l’archiviste des Missions étrangères, Adrien Launay et du site des Missions étrangères.

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Le Siam est alors pour les Français celui de marchands et des missionnaires et pour les Siamois celui du Roi Naraï. Tous les témoignages concordent pour confirmer la dilection que celui-ci éprouve pour Louis XIV et pour la France qui est alors le pays le plus peuplé d’Europe et le plus puissant, encore renforcé par l'action de Phaulkon.

 

C’est vers la France qu’il regarde sur les conseils de Phaulkon, alors que  les missionnaires français sont déjà installés depuis 1662, plutôt que vers les Hollandais et les Anglais, avec lesquels les relations sont tendues. Il est difficile d’imaginer qu’il ait voulu délibérément entretenir les Français dans le doute quant à sa possible conversion au catholicisme sauf à lui prêter une duplicité qui n’était pas dans son caractère, mais son attitude de tolérance et son écoute bienveillante ont certainement bercé d’illusions le père Vachet bien avant Tachard ...

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ainsi que l’entregent et l’incontestable pouvoir de persuasion que tous prêtent à Phaulkon.

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A la fin de l'année 1680, il dépêcha une ambassade en France composée de trois hauts mandarins accompagnés du père Claude Gayme des Missions-Etrangères, chargés d'une lettre du roi destinés à Louis XIV. L'ambassade quitta le Siam le 24 décembre 1680, sur le navire le Vautour et arriva à Bantam (en Indonésie) le 10 janvier. On y attendit un vaisseau plus important. Ce sera le Soleil d'Orient de la Compagnie française des Indes. L'ambassade prit la mer en août 1681 et n'arriva jamais en France, pris dans une tempête et naufragé entre Madagascar et le cap de Bonne-espérance dans les derniers jours de décembre (8).

 

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Quatre ans plus tard, sans nouvelle de ses envoyés, le monarque nomme deux nouveaux émissaires, Khun Pichaï Walit et Khun Pichit Maïtri et demande à Monseigneur Louis Laneau, évêque de Métellopolis, de lui désigner deux ecclésiastiques pour accompagner en France cette délégation. Seront choisis ; le père Antoine Pascot, âgé de 50 ans, il souffre du mal du pays et souhaite son rapatriement, et Bénigne Vachet, nommé par Phra Naraï chef de la délégation, qualifié pour la circonstance de « mandarin », il parle couramment le siamois et servira d’interprète. Après quelques péripéties, la délégation arrive à Calais en octobre 1684. Pendant les quatre mois et demi que la délégation passe en France, Bénigne Vachet va s’évertuer à persuader le roi, par l'intermédiaire de ses ministres, de l'importance qu'il y aurait pour la France à envoyer à son tour une ambassade vers le Siam. Vachet ne connaissait personne à la cour mais avait fait la connaissance de Choisy expiant ses turpitudes au séminaire des Missions étrangères.

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Il lui expliquera que Naraï était prêt à se convertir et que l’envoi d’une ambassade permettrait l’aboutissement de cette pieuse décision. Choisy est enthousiaste comme tous les récents convertis. Il obtient à ce modeste missionnaire des audiences non auprès du roi (tout de même !) mais auprès du père de La Chaize, le confesseur du roi...

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et ensuite du marquis Charles Colbert de Croissy, ministre des Affaires étrangères, frère du grand Colbert...

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... et du marquis Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, ministre de la Marine et fils du grand Colbert.

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Vachet réussit à les convaincre et ceux-ci réussissent à leur tour à persuader le roi lui-même sous l’emprise de son confesseur jésuite François d'Aix de la Chaize et de Madame de Maintenon devenue un ange de vertus chrétiennes et confite en bigoteries.

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Il écrit, cité par Launay « L'on ne peut assez exprimer combien l'on reçoit de lumières des personnes qui, comme M. l'abbé de Choisy, ont toute leur vie pratiqué la cour ».

 

Il avait rédigé un mémoire qui fut probablement soumis au roi dans lequel il examine notamment « les avantages qu'on peut tirer de l'amitié du roi de Siam, tant pour la religion que pour le commerce ». La lecture en est édifiante et vaut d’être citée dans son intégralité (9). Elle tourne autour de trois idées force, «  … le bien de la religion, la gloire du roi et l'avancement du commerce ».  Il n’est bien évidemment pas question de « colonisation ».

 

Bénigne Vachet parvient à ses fins et le 3 mars 1685 l'ambassade du chevalier de Chaumont accompagnée de son coadjuteur, l’abbé Timoléon de Choisy, quitte Brest et ramène les deux ambassadeurs siamois dans leur pays. Le missionnaire est lui aussi du voyage, faisant contre mauvaise fortune bon cœur malgré la présence des Jésuites qu'il déteste.

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Lors de l'arrivée de « l'Oiseau » à la barre de Siam, il descend le premier à terre avec le chevalier de Forbin pour annoncer la venue de l'ambassade.  Le roi Naraï le reçut pendant plus de trois heures pour le remercier du succès  de sa mission… Mais il sera tout au long du séjour évincé par le père Tachard de toutes les négociations politiques (10)…  

 

Nous connaissons la suite et la fin malheureuse, conséquence en partie de l’incompétence du Chevalier Alexandre de Chaumont, protestant fraichement converti ; pourtant Louis XIV qui n’était pas d’une intelligence fulgurante mais était muni d’un énorme bon sens ne devait pas ignorer que l’on ne donne pas de bannière aux convertis.

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Espoirs de colonisation ? Espoirs de conversion ?

 

La conclusion appartient à Forbin qui déclara catégoriquement à Louis XIV avec son franc-parler de corsaire « Sire, le royaume de Siam ne produit rien, et ne consomme rien » et quant aux chances de convertir le roi voilà les propos qu'il réitéra devant le père Lachaise et devant le marquis de Seignelay  « Sire, ce prince n’y a jamais pensé, et nul mortel ne serait assez hardi pour lui en faire la proposition. Il est vrai que dans la harangue que M. de Chaumont lui fit le jour de sa première audience, il fit mention de religion ; mais M. Constance, qui faisait office d’interprète, omit habilement cet article ; le vicaire apostolique qui était présent, et qui entend parfaitement le siamois (l’abbé de Lionne), le remarqua fort bien ; mais il n’osa rien dire, crainte de s’attirer sur les bras M. Constance, qui ne lui aurait pas pardonné s’il avait ouvert la bouche. »

 

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Nous nous étonnons des conclusions de l’historien flamand Dirk Van der Cruysse (11) « Si le père Vachet avait été un homme moins naïf et moins enthousiaste, l'histoire des relations franco-siamoises eût été différente et sans doute moins dramatique. Mais le bon père, qui prenait ses désirs pour la réalité, avait tort d'interpréter la tolérance religieuse de Phra Naraï et l'intérêt qu'il portait à l'Europe comme une intention secrète d'abjurer le bouddhisme theravàda et d'embrasser la religion catholique. On ne comprend guère comment un homme de bon sens qui parlait couramment siamois et qui avait vécu plusieurs années à Ayutthaya où il fréquentait la cour, peut avoir cru un seul moment que Phra Naraï était capable d'une décision aussi inconcevable. Il aurait dû savoir que le roi de Siam était considéré comme Dhammarâja (roi qui fait observer la loi bouddhique) et Dhammacakkavattin (monarque qui fait tourner la roue de la loi bouddhique). Cette erreur de la part de Vachet démontre à quel point les Européens, même ceux qui vivaient au Siam, comprenaient mal la culture politique et religieuse de ce royaume bouddhique ».

 

« Avec des si … »

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Reproche injuste s’il en est et bien facile à proférer avec un recul de plus de trois siècles !

 

Nous savons que les voyageurs français de cette époque ont eu du bouddhisme une vision singulière et tronquée. Nous avons écrit en 2011 « Nos missionnaires /voyageurs ayant effectué un séjour ou écrit sur le Siam de 1666 à 1691 ont peu compris le bouddhisme (c’est un euphémisme) et surtout ont voulu, pour la plupart, ne le voir qu’à travers le prisme de la religion chrétienne » au vu d’une étude non publiée de Jean-Marcel Paquette (12). Aujourd’hui encore, qui peut prétendre vraiment comprendre le bouddhisme thaï en dehors des bouddhistes de comptoir ?

 

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Bénigne Vachet est le grand oublié de cette histoire. Le chevalier de Chaumont (13) n’y fait aucune allusion, le père Tachard l‘ignore mais ses œuvres sont écrites à sa propre gloire (14), Choisy et Forbin le citent, Forbin l’appelle « le Vacher », (insouciance orthographique ou humour de plus ou moins bon goût ?) mais ils n’ont pas écrit comme Tachard pour la postérité, seul Monseigneur Pallegoix lui rend un bref hommage (15). Lui-même, modeste, n’a pas cru devoir laisser des mémoires à la postérité, ses écrits étaient destinés à l’enseignement de ses séminaristes et n’ont fait l’objet que de publication très partielle plus de deux siècles après sa mort. L’essentiel en reste inédit. Le seul mauvais portrait que nous avons de lui provient d’une église vietnamienne où il se trouve peut-être encore ?

 

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Mais il reste à l’origine de cette folle aventure. Naïf et crédule ? La naïveté est souvent une vertu fille de l’innocence.

 

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NOTES

 

(1) Le premier fut le roman en trois épisodes de Axel Aylwen  « Le faucon du Siam », « L’envol du faucon » et « Le dernier vol du faucon » traduits en français en 1990. Celui de Morgan Sportés suit en 1993 et enfin celui de Claire Keefe-Fox « Le ministre des moussons » en 1997. Le premier est une fresque romancée dans lequel l’auteur se lance souvent dans des extrapolations d’une grande hardiesse. Le second pour sa part est pollué par des considérations d’un anticléricalisme primaire, le troisième, historiquement le plus sérieux est surtout une remarquable biographie de Phaulkon, romancée certes mais restée plus confidentielle.

Sur Axel Aylwen 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-116169404.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a100-la-suite-du-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-le-tome-2-116317314.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a101-la-fin-de-constance-phaulkon-selon-axel-aylwen-tome-3-116441966.html

Sur Sportès

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a89-louis-xiv-a-t-il-voulu-coloniser-le-siam-113692980.html

Sur Madame Keefe-Fox

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a190-constantin-phaulcon-in-le-ministre-des-moussons-de-madame-claire-keefe-fox.html

 

(2) Le premier dictionnaire significatif de la langue française, celui de Pierre Richelet

« Dictionnaire françois : contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise, ses expressions propres, figurées et burlesques, la prononciation des mots les plus difficiles, le genre des noms, le régime des verbes » ignore totalement le mot, nous sommes en 1680.

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Il en est de même encore un siècle plus tard de l’ « Encyclopédie » de Diderot en 1782 (Volume III : Chul-Cono).


(3) L’arrivée des Français en Amérique, ce fut d’abord « la nouvelle France », le Canada, pour y exploiter le bois et traiter les fourrures avec les indiens, colonie de peuplement, certes, mais par envoi massif de la lie de la population et de navires entiers de filles de mauvaise vie pour favoriser la natalité ; ce sont ensuite les Antilles, la perle de nos colonies, nos « îsles à sucre » pour le tabac et la canne à sucre.

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La nécessité de main d’œuvre c’est-à-dire le besoin d’esclaves suscita la  création de « comptoirs» et non pas de « colonies » sur les côtes africaines.

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(4) « Et Jésus leur dit : « Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la création.  Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné. » (Marc XVI, 15-16)

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(5) Son acte de baptême est le suivant : « le mesme jour 31 d’octobre 1641 a esté baptizé Benigne fils d’honorable Jehan Vachet dit Le Bourguignon, Me estuviste de Mgr le Prince, et d’honeste Etiennette Le Liepvre. A esté parrein, Benigne, fils de feu Me Isaac Febvret, advocat au Parlement et mareine damoiselle Denise Clemenceau femme de Mr. Alexandre Rapin, docteur en médecine ». Un « estuviste » (étuviste) est l’ancien nom de ceux qui tenaient autrefois des bains publics (Grand Larousse du XIXème). A cette époque, les parents choisissent généralement pour parrain et marraine des personnes d’un rang social plus élevé que le leur.

 

(6) Sa présence au synode établit son importance dans la hiérarchie. Que sont ces synodes ? Ils ont été créés à l’initiative de Monseigneur de Bérythe (Pierre Lambert de La Motte) :

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« un des meilleurs moyens d'avancer la gloire de Dieu était de convoquer un synode; ou une assemblée où l'on concerterait une conduite uniforme pour travailler avec succès à la conversion des infidèles et à l'édification des chrétien… Entre tous les moyens  qui nous sont  venus à l'esprit, celui de tenir un synode nous ayant paru le meilleur, nous avons convoqué en ce lieu les personnes qui auraient eu la commission d'instruire les fidèles et de travailler à la conversion des gentils depuis plusieurs années, afin d'aviser conjointement aux voies d'exécuter un si juste dessein. » Un compte rendu est rédigé (en latin) et soumis à la censure du Vatican. Il s’en est tenu au moins un au Siam (Ayuthaya) le 31 juin 1966 dont nous n’avons pas retrouvé le texte.

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Celui de Faïfo est toujours le texte de base de l’église catholique vietnamienne ou de ce qu’il en reste mais il concerne également le Siam. Ces « Monita ad Missionarios » (Instructions aux missionnaires) deviendront le vade-mecum des missionnaires jusqu'au Concile Vatican II. 

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(7) Citons le quotidien « L’ouest-éclair » du 12 août 1909 : « OBJETS PERDUS : Le 27 juillet dernier, la gare de Vannes a dû délivrer à des voyageurs venant retirer leurs bagages à la consigne de la gare de Vannes, un colis contenant d'importants manuscrits. Les personnes qui seraient en possession de ce paquet, sont priées d'en aviser soit M. l'abbé Launay, 128 rue du Bac à Paris, soit M. Lafolye, imprimeur à Vannes. Il y aura récompense. Un volume manuscrit relié d'environ 500 pages intitulé Mémoire de Bénigne Vachet… L'adresse de l'abbé Launay se trouve dans le dit colis ». Le précieux colis a probablement été retrouvé et ce que nous connaissons des mémoires tient essentiellement aux nombreuses publications de l’étourdi abbé Adrien Launay, archiviste des Missions :

« Siam et les missionnaires français », 1896.

« Histoire générale de la société des missions étrangères » en 3 tomes, 1894.

« Documents historiques relatifs à la Société des Missions étrangères » annotés par Adrien Launay, 1905.

Et surtout, plusieurs  volumes de documents provenant des archives de la MEP :

 « Histoire de la mission de Siam – 1662-1811 – documents historiques » en deux volumes, 1920.

« Histoire de la mission de Tonkin – documents historiques – 1658-1717 », en deux volumes,1927.

« Histoire de la mission de Cochinchine – documents historiques – 1658-1823 », en trois volumes, 1930.

Le père L. Cadière des Missions étrangères a fait imprimer une petite partie de ces mémoires, mais uniquement en ce qui concerne la Cochinchine (Bulletin de la Commission archéologique de l'Indochine, 1913, p. 6-80) reproduit dans l’article de Henri Froidevaux « La Cochinchine à la fin du XVIIème, d’après Benigne Vachet » in « Revue de l’histoire des colonies françaises  - Revue française d’histoire d’outre-mer », 2d semestre 1914.

L’œuvre encyclopédique de Louis Moreri « Le grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane » ne lui consacre dans son Xème et dernier volume, édition de 1759, malheureusement que quelques lignes.

 

(8) Nous avons parlé de la légende, entretenue par des journalistes en mal de copie et des aigrefins, des trésors qu’aurait contenu ce navire dans notre article R2. 84 « Le trésor englouti de la première ambassade du roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

 

L'élément le plus précieux de ce trésor perdu est la lettre sur feuille d'or adressée par Naraï à Louis XIV dont celle adressée à Napoléon III nous donne une idée : 

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(9) Cité par Launay : « Il faut examiner d'abord les raisons qui ont pu obliger le roi de Siam à envoyer des ambassadeurs au roi, et les avantages qu'on peut tirer de l'amitié de ce prince, tant pour le bien de la religion, la gloire du roi, que pour l'avancement du commerce. La ville de Siam est la ville du monde où l'on voit le plus de différentes nations ; il y a plus de cinquante ans que les Hollandais y ont bâti une belle faiturie (d’après La Loubère, les premiers européens établis au Siam étaient des facteurs et appelaient donc ainsi leurs habitations) pour leur commerce ; les Portugais, obligés d'abandonner plusieurs des terres qu'ils avaient dans les Indes, y ont fait une colonie ; les Anglais n'omettent rien pour s'y bien établir ; la Compagnie de France y a un comptoir. Il y a des Italiens, des Espagnols, des Danois, des Suédois, des Allemands, des Turcs, des Persans, etc. Les évêques français, Vicaires apostoliques, par une providence particulière de Dieu, en ont fait l'entrepôt de toutes leurs missions, et s'y sont appliqués à répandre la bonne odeur de Jésus-Christ par la prédication de l'Evangile, se rendant utiles au public et aux particuliers par des hôpitaux d'hommes, qu'ils entretiennent à leurs frais ; par l'établissement de collèges, où l'on reçoit gratis tous les enfants en qui l'on remarque quelques bonnes dispositions ; et enfin, par l'envoi de plusieurs missionnaires dans les provinces de ce royaume, pour y exercer les mêmes charités. L'abord de tant de nations différentes a rendu le roi de Siam fort curieux des pays étrangers, et afin de les reconnaître quelque peu, il interrogea fort les évêques quand ils arrivèrent dans son royaume, et les obligea à lui donner le caractère des autres nations. Il y a beaucoup d'apparence qu'il fit la même chose à l'égard des Français, et l'on peut croire que les Hollandais lui firent un portrait du roi, conforme à ce qu'ils crurent être de leurs intérêts. Ils voyaient que la nouvelle Compagnie française était capable de ruiner tout leur commerce des Indes, et pour l'empêcher, ils crurent qu'il fallait faire peur au roi de Siam, du roi de France : ils le dépeignirent comme un prince très puissant et très ambitieux, qui seul tenait tête à toute l'Europe et ne faisait la paix ou la guerre que suivant ses volontés. Ces discours firent un effet tout contraire à leur intention ; le roi de Siam eut envie de faire amitié et alliance avec un si grand prince, et depuis ce temps-là, c'est assez d'être Français pour avoir part à ses bonnes grâces. C'est ce qui l'obligea, au mois de décembre 1680, à faire partir la plus solennelle ambassade qui soit jamais sortie de son royaume, pour venir de 5400 lieues rechercher l'amitié du roi. On peut pourtant considérer qu'il y a un peu d'intérêt mêlé, et qu'il espère qu'étant ami et allié du roi, il pourra traiter avec plus de hauteur les autres nations de l'Europe, et surtout les Hollandais qui souvent lui font des insultes, parce qu'ils sont les maîtres de toutes ces mers. Cette conjecture est fondée sur ce qui arriva à Siam il y a quelques années. Les Hollandais, n'étant pas contents des privilèges qu'ils avaient dans le royaume, et ne pouvant venir à bout de les faire augmenter par amitié, se retirèrent la nuit sur leurs vaisseaux, abandonnèrent leurs maisons et toutes leurs marchandises, et s'en allèrent. Ils équipèrent des vaisseaux de guerre et vinrent croiser à l'embouchure de la rivière de Siam, de sorte qu'il n'y pouvait entrer aucun vaisseau sans être pris ou coulé à fond. Le roi de Siam fut obligé de faire la paix et de leur accorder tout ce qu'ils demandaient. Il y a apparence qu'il n'a pas oublié ce traitement, et qu'il espère qu'en faisant alliance avec le roi de France, il n'aura plus rien à craindre de semblable, et en cela il ne se trompe pas, puisque nous avons l'expérience qu'au seul nom du roi, tout tremble jusqu'aux extrémités de l'univers. J'oubliais de dire, que quand le roi de Siam apprit les grandes conquêtes que le roi de France avait faites sur les Hollandais en moins d'un mois, il augmenta d'estime pour lui, et se détermina à lui envoyer des ambassadeurs. Il est si persuadé que le roi répondra à toutes les avances de sa grande amitié, qu'il a déjà fait bâtir une maison à la française pour l'ambassadeur de France, et qu'il a fait faire de la vaisselle d'argent pour le traiter magnifiquement. Il s'attend aussi que plusieurs Français viendront s'établir dans ses Etats, et il prétend se servir d'eux pour le gouvernement de ses places, pour l'administration du commerce, et pour la garde de sa personne. Il parle si hautement, devant toutes les nations, de l'amitié et de l'extrême considération qu'il a pour le roi de France, qu'après le siège de Saint-Thomé, le roi de Golconde lui envoya un ambassadeur, comme à un ami commun, afin de le prier de s'entremettre pour son accommodement avec la France ; et l'ambassadeur avait ordre de voir sur cela les évêques français et de leur demander de s'y employer. Voyons présentement les avantages qu'on peut tirer de l'amitié du roi de Siam, tant pour la religion que pour le commerce. Il semble que tout s'achemine à la conversion de ce prince. Il s'est fait instruire, plusieurs soirs, de la grandeur de notre sainte religion ; il a supprimé, depuis quelques années, la plupart des superstitions païennes, comme celle de couper les eaux et de leur commander de se retirer ; on ne craint plus qu'il se fasse mahométan. La reine d'Achem lui avait envoyé des ambassadeurs pour l'engager à son exemple d'embrasser l'Alcoran ; mais bien loin d'écouter ses propositions, il se défie des mahométans, et leur a ôté le gouvernement de toutes ses places. Son favori est présentement un grec, nommé M. Constance, qui était calviniste, et depuis peu s'est fait catholique ; il s'est marié par l'ordre et du consentement du roi. Ce ministre établit sa fortune sur la ruine des mahométans, qu'il a convaincus de concussion, et à qui il a fait rendre de grandes sommes d'argent. De plus, le roi de Siam, en toutes occasions, favorise les missionnaires français : il leur a fait bâtir, à ses dépens, une très belle église, auprès de leur séminaire ; et comme il est presque toujours à Louvo, sa maison de plaisir, il y fait aussi bâtir une église, et y veut toujours avoir des missionnaires auprès de lui. Il a donné des ordres très précis, pour que l'on fournît aux missionnaires de Ténassérim tout ce qui leur est nécessaire pour le bâtiment de leur église. Enfin, dans la dernière audience qu'il a donnée au sieur Vachet, en présence de toute sa cour, il lui dit en termes fort clairs, qu'à son retour il voulait exécuter un dessein dont il ne s'était expliqué à personne, et qui donnerait bien de la joie à beaucoup. On a lieu d'espérer qu'en l'état où sont les choses, le roi enverra un ambassadeur au roi de Siam pour lui accorder son amitié et son alliance, et qu'il lui proposera d'embrasser la religion chrétienne, comme le véritable moyen d'être unis en ce monde et en l'autre ; on a, dis-je, lieu d'espérer que ce prince pourrait se faire chrétien, et tout son peuple suivrait son exemple, et peut-être les rois voisins. On laisse à juger quelle gloire ce serait pour le roi de France, et quel mérite, devant Dieu, d'avoir tenté une si grande affaire, quand même elle ne réussirait pas. Cette ambassade serait un puissant appui aux Français contre celle que le roi de Portugal a ordonnée à son vice-roi dans les Indes de dépêcher à Siam, au Tonkin, et à la Cochinchine. On avait appris cette nouvelle à Siam, où l'on savait qu'un des ambassadeurs portugais devait arriver au mois de mars de l'année 1684 ; elle a été confirmée au sieur Vachet en Angleterre. Quant au commerce qu'on peut faire à Siam, les marchandises du pays sont : l'étain, le plomb, le fer, la poudre, le salpêtre ; le bois de safran qui sert aux teintures ; le sucre non raffiné ; le cuivre, la cire ; le chevaa, qui est une espèce de gomme dont se fait le vernis ; la cire d'Espagne brute, les nids d'oiseaux et les ailes d'oiseaux (ces deux dernières sortes sont recherchées par les Chinois et les Japonais) ; la gomme-gutte, l'encens, le poivre, l'arec, l'huile de coco, le cuir, le coton. Tous les ans, les navires qui reviennent du Japon y apportent du cuivre en caisse ; le roi le prend tout, et le revend aux étrangers avec un gain notable. Il y a de plus des soies bien travaillées, du thé, de la porcelaine plus grossière que celle de la Chine, des ouvrages d'or et d'argent, et autres curiosités. Il est facile de faire sa charge à Siam pour le Japon, et c'est l'unique endroit des Indes, où les draps de France se débitent bien. Les navires qui y viennent de la Chine apportent des soies brutes et travaillées, de pièces de brocart de toutes manières, du crépon, des porcelaines, du thé, etc. Du Tonkin il y vient de la soie, du musc, des ouvrages de vernis doré. De la Cochinchine, on a l'or du pays, le vrai bois de calamba, les vrais nids d'oiseaux, le poivre, les soies brutes, les nattes, le sucre, l'ébène. Le Chiampa fournit du calamba, la laque. Le Cambodge a les dents d'éléphant, la gomme-gutte, le plus beau et le meilleur benjoin du monde. Toutes ces marchandises se trouvent à Siam ; les Européens et ceux des côtes de Coromandel, Malabar, Surate et Perse en tirent tout autant de cuivre qu'ils en peuvent porter. On pourrait demander au roi de Siam de donner le cuivre à la compagnie française, au même prix qu'il s'achète au Japon, en payant les frais du voyage qui ne sont pas si considérables que quand ils se font sur nos vaisseaux, parce que la paye des officiers et matelots siamois est fort médiocre. On pourrait encore lui demander que sur ses propres navires les Français pussent faire le commerce du Japon et de la Chine, ce qui faciliterait aux missionnaires l'entrée dans ce grand royaume. Voilà à peu près les avantages que le roi de France peut retirer de l'amitié du roi de Siam, tant pour la religion que pour le commerce. On peut avoir quelque idée des choses de France qui lui seraient les plus agréables, par les commissions qu'il a données à ses envoyés ; il les a chargés de plusieurs pièces d'or pour les faire émailler ; il veut avoir une grande salle de miroirs, et a donné la grandeur des tapis de la Savonnerie qu'il veut avoir ; il souhaite des ouvrages de cristal, quelques pièces de brocart, suivant le modèle qu'il en a donné, et des armes à la française. Il est bon de remarquer, que lorsque le roi de Siam voulut envoyer deux mandarins en France, il ordonna à son barcalon ou premier ministre de choisir des personnes irréprochables, et qui n'eussent jamais reçu de châtiment ; et comme M. Constance, son favori, avait envie de faire parler de lui en Angleterre, où il a été élevé, il pria le roi de lui accorder deux de ses gens, pour avoir soin de quelques ouvrages qu'il voulait faire faire en Angleterre. Le roi le voulut bien, à condition que ces deux hommes seraient pris parmi ceux qui sont notés pour avoir reçu quelques châtiments, et qu'ils ne s'adresseraient qu'à un marchand particulier de Londres. M. Constance n'a pas laissé d'écrire au roi d'Angleterre et de lui envoyer quelques présents en son propre nom ; en tout ce qu'il peut, il favorise les Anglais dans le royaume de Siam, et a déjà fait donner le gouvernement de Ténassérim à un Anglais ».

 

(10) « Perfidie des jésuites » (légendaire ou pas ?) qui conduira environ un siècle plus tard à leur expulsion du pays sur injonction du parlement de Paris.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

(11)  Dirk Van der Cruysse « L'abbé de Choisy, historien du Siam et de l'Asie du Sud-Est » In : Aséanie 1, 1998. pp. 107-122;

 

(12) Voir notre article 15 « Les relations franco-thaïes : Le bouddhisme vu par les missionnaires du XVIIème Siècle »

 

(13) Alexandre de Chaumont « Relation de l'ambassade de Mr. le Chevalier de Chaumont à la Cour du Roy de Siam, avec ce qui s'est passé de plus remarquable durant son voyage », 1733.

 

(14) Les jésuites prononcent quatre vœux, pauvreté, chasteté, obéissance et obéissance absolue au Pape « perinde ac cadaver » mais pas celui de modestie.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

(15) « Histoire du royaume  thaï ou Siam » volume 2 p.169.

 

 

 

 

 

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 18:56
H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Le Bouddha d’émeraude, lit-on partout, est le Palladium du Siam. Ce vocable rappelle la statue de la déesse Pallas tombée du ciel et gage de la conservation de la ville de Troie (1).

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

La statue est pour les Thaïs Phra kaeomorakot ce qui signifie tout simplement Bouddha d’émeraude (พระแก้วมรกต) ou plus cérémonieusement Phuta Mahamanirattanapatimakon  (พุทธมหามณีรัตนปฏิมากร), la « grande sculpture précieuse de Bouddha ». Son nom entre dans celui, officiel, de la capitale comme « précieux joyau » (2). Nous l’avons probablement tous admiré de loin mais sans pouvoir la photographier, vêtue de ses atours de saison dans la chapelle du temple du palais royal qui porte son nom, Wat phrakaeo.  

 

Citons quelques descriptions anciennes de voyageurs curieux :

 

En 1894, Lucien Fournerau, géographe, archéologue et explorateur nous donne une description un peu cavalière de ce « bibelot » qu’il a visité en 1891 :

 

« …Enfin, comme point extrême de l’autel, la célèbre figurine de Bouddha, taillé dans un émeraude, préside à l’olympe siamois. Cet objet fut pris en l’an 1777 de notre ère par le roi Phaya Tack dans la capitale du Laos, Vieng-Chan et rapporté dans cette pagode à laquelle il donna le nom de Phra Khéo. Cette petite merveille dont tous les voyageurs ont parlé a pour principal défaut de n’être pas en émeraude ; elle est en jade ce qui n’en fait pas moins un assez joli bibelot » (3).

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Nous avons rencontré Isabelle Massieu, un « bas bleu » dont il est de bon ton de dire qu’elle fut une intrépide voyageuse (4). En 1901, elle nous décrit le Bouddha d’émeraude  comme suit :

 

« Le Wat Phrakéo renferme des trésors infinis. Un grand nombre de bouddhas assis ou debout sont en or massif, resplendissants de pierres précieuses. Ils proviennent, paraît-il, de l'ancienne capitale du Laos, la superbe Vien-Chan ou Vien-Tian, sur le Mékong. Les Siamois la détruisirent de fond en comble en 1829, après lui avoir dérobé ses richesses, parmi lesquelles se trouvait le fameux palladium, le Bouddha en émeraude, le Phra-Kéo, qui, en réalité, est en jade. L'idole est juchée sur un amoncellement d'autels superposés et mesure 0m25 de hauteur ».

 

Ceci établit à tout le moins que notre « aventurière » n’a pas vu ce qu’elle décrit et que ses notions de l’histoire du Siam sont balbutiantes. Mais elle lance une réflexion qui a son importance : 

 

« Depuis que les événements de 1893 ont donné Vien-Tian à la France, les Siamois craignent de voir cette effigie déserter leur capitale pour retourner au Laos. Ils y font bonne garde, car sa disparition serait la fin de la domination siamoise » (5).  

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

L’idée d’attribuer ce monument au patrimoine colonial de la France est reprise par Claudius Madrolle en 1902 « Ce fétiche, que la France serait en droit  de réclamer puisqu'il provient de pillages sur la rive gauche du Mé-kong, est un précieux talisman pour les asiatiques : sa possession assure, d'après eux, la puissance et l'opulence » (6). Ne lui reprochons pas ces délires du parti colonial, ils sont de son temps, mais  il a l’immense mérite d’avoir rédigé le premier guide touristique de la région qui, les prix mis à part, a toujours sa valeur !

 

En 1904, une  autre voyageuse, Cäcilie von Rodt (Cécile de Rodt) nous en parle aussi de façon plus enthousiaste (7) :

 

« Le centre de ce parc auquel de beaux arbres, des fleurs des tropiques, des étangs couverts de lotus prêtent un charme tout poétique est occupé par le grand wat où trône un Bouddha d'émeraude. C'est celui que le souverain vient implorer. Le toit revêtu de mosaïques brillant comme de l'or aux rayons du soleil dresse ses trois faîtes superposés garnis de flammes au-dessus d'une cella de style grec entourée de colonnades. De hautes marches conduisent aux deux portes noires incrustées d'or entre lesquelles siège le maître du lieu. Des fresques trop chargées décorent les murailles; les chasses, les processions, les batailles, les fêtes se succèdent sans perspective, mais frappent par leurs couleurs vives et harmonieuses. Très haut, au-dessus d'un autel, on entrevoit vaguement dans la pénombre, une figure de jade vert dont la tête est formée d'une seule pierre précieuse; c'est le Bouddha d'émeraude. Un demi-jour mystérieux flotte autour du dieu à peine visible sous l'amoncellement de ses vêtements d'or. Soulevées par la main d'un prêtre, les lourdes draperies qui interceptaient la lumière s'écartent, et le sanctuaire est inondé d'un flot de rayons dorés. Il en tombe un sur l'image du dieu qui se détache, lumineuse; Bouddha, serein et majestueux, sort de l'ombre et semble s'avancer pour bénir les fidèles groupés à ses pieds ». 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Paul Le Boulanger en 1930 nous dit peu de choses de « cet insigne de la puissance et du commandement » qu’il nous le décrit comme « taillé dans un bloc de jaspe verte » (8).

 

Signalons enfin sur un point précis une monographie récente (1996) d’un érudit laotien « La statue du Bouddha fut finalement taillée en émeraude. Parfaitement fabriquée, elle ne laissait voir aucun défaut » (9).


Mais notre Bouddha eut au siècle précédent deux observateurs privilégiésMonseigneur Pallegoix et Sir John Bowring, tous deux ayant vécu, le premier beaucoup plus que le second, dans l’intimité du roi Mongkut. Pour Monseigneur Pallegoix qui écrit en 1854, il ne s’agit évidemment que d’une « idole » mais « faite d’une seule émeraude d’une coudée de haut, évaluée par les Anglais à 200.000 piastres (plus d’un million) » (10). On ne sait quelle coudée utilise Monseigneur Pallegoix, celle-ci variant selon les régions, admettons 60 centimètres environ. La statuette, bien que nul ne soit jamais allé prendre ses mesures, est de 66 centimètres (26 pouces) sur environ 48 centimètres (19 pouces) bien que certains (Wikipédia) parlent de 76,20 centimètres et d’autres de 75. Nous sommes toutefois loin des 25 centimètres de Madame Massieu !

 

Le prélat ne nous donne malheureusement aucune autre précision. Quand il parle d’émeraude (มรกต morakot), 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

on peut penser, rédacteur de la première grammaire siamoise et du premier dictionnaire significatif, qu’il fait la différence entre cette pierre, le jade (yok หยก) 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

et le jaspe (anmani อัญมณี) (11). 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Sir John Bowring n’a pas eu avec le roi Mongkut les rapports privilégiés et amicaux de l’Evêque. Il excipe toutefois en 1857 d’une correspondance que lui a ou lui aurait adressée le roi en 1854 selon laquelle la statuette serait en jaspe venu de Chine, dressée sur un piédestal de 34 pieds 23 quarts de pouce (un peu plus de 10 mètres ce qui correspond à la réalité) faisant bon marché en outre de l’histoire légendaire de la statuette. (12).

 

Nous devons la description des vêtements à Robert Lingat dans sa remarquable étude sur laquelle nous reviendrons (13). Ce vêtement est changé au début de chaque saison, le premier jour de la lune décroissante, les 4ème, 8ème et 12ème mois c’est-à-dire mars, juillet et novembre au cours de cérémonies que  nous décrit longuement Robert Lingat.

 

C’est au roi seul qu’il appartient de dévêtir, dépoussiérer puis revêtir la statue.

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Ces dernières années, c’est le prince héritier qui en fut chargé, ce qui lui confère,  soit dit en passant, une incontestable légitimité.

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Cette pratique des « Bouddhas parés » serait d’ailleurs d’origine spécifiquement indienne ce qui nous conduit à nous pencher sur les origines de la statuette (14).

 

Les origines légendaires

 

Nous n’en dirons que quelques mots. La statuette a fait l’objet de trois communications remarquables de notre ami du site « Merveilleuse Chaing-maï » (15), c’est assurément à ce jour la meilleure analyse sur le sujet, même si l’auteur est parfois (à notre goût) quelque peu iconoclaste.

 

Les textes anciens ont été étudiés par Lingat (13).

 

Le Rattanaphimphuang ou Ratanabimbavangsa (รัตนพิมพวงศ์) qui a été édité en 1913 par les soins de la Bibliothèque Vajirana (วชิรญาณ). 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Elle est l’œuvre d’un moine nommé Phromratpanya (พรหมราชปัญญา) et daterait de la seconde moitié du XVème siècle. Une autre chronique  appelée Jinakalamalini (ชิกาลมาลินี) écrite en Pali au début du XVIème par un moine nommé Ratana  Panyayana  รัตนปัญญาณ a été publiée à Bangkok en 1908  et traduite par Coédès (16). 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Un troisième récit, Amarakata buddharupanidana  (พระพุทธรูปพมรกตนิทาน) est un  manuscrit birman du XVème écrite en pali et en langue du Lanna (yuôn) traduit par Camille Notton, le remarquable érudit consul de France à Chiangmaï  a publié en 1932 « The chronicle of the Emerald Buddha » (17).

 

C’est un manuscrit sur feuilles de palmier trouvé à Chiangmaï qui ne renferme aucune indication sur le nom de l'auteur ni sur la date à laquelle il a été composé. Toutes ces sources ont été fort doctement analysées par Coédès selon qui les auteurs auraient en réalité reproduit une source « en langue indigène unique » (18). 

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Nous nous garderons, faute de compétences, d’entrer dans ces querelles érudites tout en relevant que trois sources différentes peuvent relater de mêmes événements relevant d’un lointain passé, transmis par une longue tradition orale (19). Faut-il nier la valeur du texte qui demeurera le meilleur panorama d'une expérience religieuse vécue dans un passé lointain, même s’il subsiste des zones d'ombre ou des mystères ?

 

Cinq siècles après le passage du Bouddha dans le Nirvana, vivait en Inde un ascète nommé phra Nakhasena (พระนาคเสน) profondément dévoué aux enseignements du Bouddha. Il devint moine dans la ville de Patalibutra dans la région de Bénarès, ville dont les habitants avaient oublié les enseignements de Bouddha. 

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Sa tristesse devant cette impiété atteint les pentes du mont Meru, le domaine des dieux, et le puissant dieu Indra. Indra et Vishnu descendirent de la montagne pour rejoindre le temple de Nakhasena. En voyant les deux divinités, Nakhasena tomba à genoux. Indra lui demanda de lui expliquer ses soucis. Il lui  expliqua que les enseignements de Bouddha devraient être suivis par tous et qu'une image du Bouddha devait être créée afin que tous puissent lui manifester leur respect.  L'image de Bouddha pour durer éternellement devait être ciselée dans une pierre précieuse.

 

« Si je fais une statue du Buddha en or ou en argent, les hommes des temps futurs, qui seront cupides et animés des pires intentions, détruiront cette image ; aussi vais-je employer pour faire la  statue une pierre précieuse douée de pouvoirs surnaturels » (20). 

 

Indra  chargea Vishnu d'aller rechercher la plus précieuse de toutes les pierres précieuses pour l'image de Bouddha. Indra calma les craintes de Vishnu et l'accompagna dans une montagne peuplée de démons malfaisants gardant leurs trésors avec autant de soin que les rois de Siam gardent leurs éléphants blancs. Il fallait récupérer une pierre assez grande pour y sculpter l’image. Reconnaissant Indra, les démons abandonnèrent leurs armes et Indra et Vishnu furent autorisés à emporter une pierre à la lueur verte lumineuse.

 

Ils revinrent au temple avec elle. Indra retourna au mont Meru ...

 

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... et Vishnu resta avec Nakhasena, prenant l’apparence d'un sculpteur pour créer l'image du Bouddha, l'image brillante du Bouddha d'émeraude. Il fut placé dans un temple au toit d'or somptueux et attira des milliers de personnes de tous les coins de la terre. Mais suite à une guerre civile dans la ville de Padalibutra et  pour la sécurité de la statue, le  souverain l’envoya au roi de Lankadvipa (Ceylan) avec l'intention de le faire revenir dans son royaume une fois que les troubles auraient cessé mais l'image resta en Lankadvipa pendant deux siècles pour les uns, quatre pour les autres y assurant la prospérité du bouddhisme.

 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Commencèrent alors les pérégrinations de la statue, 

 

PaganAngkorLigor (Nakhonsrithammarat) ou il se retrouvait au Wat Phra Mahathat (วัดพระมหาธาตุวรมหาวิหาร), construit il y a 1700 ans pour l’accueillir à son retour du Cambodge... 

 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

...Khampengphet,  puis à Chiangraï. C’est la fin de la période légendaire ou pseudo historique (21). Suivra ensuite la période laotienne qui durera jusqu’à la fin de son séjour à Vientiane et la période siamoise qui va de la prise de Vientiane par les siamois jusqu’à nos jours.

 

C’est à Chiangrai qu’il est redécouvert en 1434 ou 1436 nous passons du mythe à la réalité. Il s’y trouvait à l’intérieur d'un grand stupa qui s’écroule frappé par la foudre.

 

Un moine remarqua une image de Bouddha recouvert de feuilles d'or sous le stuc émietté. Estimant que l'image était composée de pierre ordinaire, les moines du temple placèrent la statue dans le wihan (sanctuaire) en compagnie de nombreuses autres statues.

 

Deux ou trois mois plus tard, le plâtre qui recouvrait la statue recouvert de feuilles d'or fut ébréché à la pointe du nez.  L’abbé du temple s’aperçut que l'intérieur était fait d'un beau cristal vert et l’ébrécha sur toute sa surface. La statue était faite d'une pierre sans marques ni imperfection. C’était celle de la tradition que l’on croyait  perdue à tout jamais. La population de Chiangraï et des environs affluèrent bientôt pour vénérer le Bouddha d'Emeraude. Nous allons le retrouver à Lampang où il resta 30 ans dans un temple toujours appelé wat Phra kaeo ; Puis à Chaigmaï en 1468 pendant 84 ans, puis enfin à Luangpranbang et enfin à Vientiane jusqu’à la prise et au sac de la ville par les siamois de Taksin en 1778.

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Celui-ci, de retour dans son pays le plaça dans un bâtiment près de Wat Arun où il resta jusqu’à la mort de Taksin, mis à mort par Chao Phra Chakri, qui à son tour monta sur le trône et prit le titre de Rama Ier. Il déplaça la capitale à travers le Maenam Chao Phra à son emplacement actuel et construisit pour l’accueillir le Wat Phra Keo après sa montée sur le trône en 1782.

 

En ce qui concerne son passage au Laos, Louis Finot nous donne la traduction d’une chronique laotienne qui doit être citée : « Le Pra Kaeo fut taillé par Viçvakarman, à la demande du thera Nâgasena, de Pâtaliputta, dans une émeraude cédée par les yaksa du mont Vemullapabbata. 

 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Cette statue miraculeuse eut une existence errante : elle passa de Pâtaliputta à Lanka, puis successivement à Indapattha (Cambodge), Ayuthia, Kamphêng Phêt, Lavo, de nouveau à Kamphêng Phêt, Xieng Rai, Xieng Mai, d'où elle fut transportée à Luang Prabang par le roi Jaya Jettha, fils de PôMisarat (1547) ». 

 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Le récit s'arrête à cette date et les destinées ultérieures du Phra Kaeo sont connues,  Finot continue : Á peine était-il arrivé à Luang Prabang qu'il fut transporté à Vientiane où il resta jusqu'à la prise de cette ville par les Siamois en 1827 : il fut emporté à Bangkok où il est encore, dans le wat Phra Khaeo (22).

 

Cette introduction fut longue mais ceux qui souhaitent approfondir ce sujet trouveront tous les textes que nous citons accessibles sans difficultés soit  sur le site de la bibliothèque nationale (gallica.bnf.fr) soit, pour les articles du BEFO sur le site www.persée.fr. Notre souci est purement ponctuel et porte sur une triple question, n’ayant pas à notre connaissance pour les deux premières, fait l’objet d’une étude systématique : Quelle est en réalité la date à laquelle la statue a été ciselée, quelle est la pierre dans laquelle elle l’a été et quels sont les pouvoirs charismatiques que lui prêtent toujours les thaïs ?

 

La date de la statuette ?

 

Les représentations anthropomorphes de Bouddha ont commencé à apparaître vers le Ier siècle au nord et au nord-ouest de l'Inde. Les deux principaux centres de création étaient Gandhara au Penjab actuel (Pakistanet Mathura au nord de l'Inde.

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

La position de la statuette, position de méditation, a existé de tous temps. Nous en avons deux exemples, une statuette de Bouddha ascète en méditation de style Gandhara datée du IIème ou IIème siècle après N.S.J.C au musée de Lahore

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

 et une autre du même style qui se trouve ou se trouvait au musée de Kaboul (23). 

 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.
La question du style se pose de toute évidence, ne l‘éludons pas : Pour Lingat ainsi que pour notre ami de « Merveilleuse Chiangmaï » la représentation est caractéristique du style de Chiang Saen (เชียงแสน), petite ville de la province de Chiangraï qui a 1500 ans d’histoire et qui est réputée pour son style particulier de représentation de Bouddha dont les plus anciens datent du XIème siècle de notre ère (24). 
H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.
Mais une question vient à notre esprit, « qui a fait l‘œuf, c’est la poule ? ». Est-ce le style de Chiang Saen qui a servi de modèle à l’artisan qui a ciselé notre Bouddha ou est-ce le Bouddha d’émeraude qui a servi de modèle au style de Chiang Saen ? La question est posée, nous n’aurons pas la prétention d’y répondre… D’autant que d’autre croient y reconnaitre le style du Sri Lanka et d’autres celui, spécifique, du Lanna  ?
H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Emeraude, jade, jaspe ou jadéite ?

 

Nous avons relevé que nul n’est jamais allé examiner la statue de façon attentive et scientifique. 

 

Nous en ignorons même les dimensions exactes qui varient selon les sources entre 25 centimètres ou 75 centimètres, la réalité étant probablement d’environ 60. Toute approche, toute photographie sont interdites. La seule photographie que nous avons sans les vêtements d’apparat est celle de l’article de Lingat datée  de 1935 en noir et blanc. N’ayant ni  l’un ni l’autre de compétences en matière de géologie et encore moins de gemmologie, nous avons posé à deux spécialistes la question suivante : « Peut-on à l’œil différencier un bibelot en émeraude d’un bibelot en jade vert, surtout quand le bibelot est éloigné de plusieurs mètres en éclairage défavorable comme le Bouddha d’émeraude ».

 

Le premier, bijoutier issu d’une école de gemmologie réputée, nous répond « faribole … Le spécialiste à barbe blanche qui simplement en l’observant à la loupe au grossissement 10 x, va diagnostiquer une gemme sans faiblir ni sourciller, est un charlatan ».

 

Le second, notre ami géologue et paléontologue Romain Liard ajoute « faribole, of course, ai-je  envie de dire.  Déjà en l'ayant en main ce n’est pas forcément évident alors à l'œil  … ».

 

Pour Robert Lingat au contraire, bon juriste et bon linguiste assurément mais pas forcément bon gemmologue, il suffit de le regarder pour s’apercevoir qu’il s’agit de jade et non d’émeraude ! Selon lui, on trouve à 80 kilomètres au nord-est de Nan alors en plein pays laotien des pierres très semblables à celle dans laquelle le Bouddha a été taillé dont les habitants font des bagues. Il s’en fit ramener un spécimen par un érudit de ses amis, auteur d’un ouvrage sur la littérature siamoise, Paul Schweisguth dont il déduisit qu’il s’agit d’une variété de quartz plus claire que le Bouddha (25) ?

 

Il existe des blocs  de jade gigantesques il est vrai. Les Chinois auraient découvert dans les années 60 un bloc  de Jaspe de 260 tonnes dans lequel aurait été taillé un bouddha géant. 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Et pour les émeraudes ? La plus grosse émeraude au monde (381 kilos) a été découverte au Brésil en 2001, 180.000 carats (26) dont la  valeur est estimée à plus de 350 millions d’euros ...

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.
et une plus petite en 2009 (38 kilos « seulement ») (27). La plus grosse émeraude taillée à ce jour  en Inde en  2012 est susceptible de permettre d’y ciseler un autre Bouddha (28). 
H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.
Historiquement, Pline l’ancien après Hérodote nous apprend qu’il existait « dans le labyrinthe d'Egypteun un colosse de Sérapis, en émeraude, de neuf coudées » (29) que les troupes de Bonaparte ont cherché sans succès. La coudée égyptienne valait probablement la nôtre (50 ou 60 centimètres).
H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Le trésor de la cathédrale Saint-Laurent de Gênes encore contient le Sacro Catino (« la bassine sacrée »), une coupe réputée pour être en émeraude, et avoir été offert par la Reine de Saba à Salomon et avoir servi lors de la Cène, le Saint Graal, présent et connu depuis le XIIème ou  le XIIIème siècle. Pendant des siècles, ce précieux objet servit aux autorités de Gênes de garantie pour obtenir des usuriers juifs ou lombards dans les moments de crise des sommes immenses.

 

Les hordes de Bonaparte s’en emparèrent durant la campagne d'Italie, il fut dérobé à la cathédrale et emmené à Paris en 1809, où il fut étudié par une commission de l'Académie des sciences de l'Institut de France qui conclut qu'il était fait en verre coloré et non pas en émeraude. Il fut alors conservé au cabinet des antiques et restitué en 1815. Il est retourné dans le trésor de la cathédrale et ne paraît pas avoir depuis lors fait l’objet d’analyses serrées. Il plane évidemment un doute, mais entre les savants de Bonaparte dont on ne sait trop bien quels critères ils ont conclu à l’existence  d’un cul de bouteille et non d’émeraude et les usuriers levantins qui ont prêté à la république de Gênes des sommes énormes, où situer les compétences sinon chez les joaillers  ?

 

Le rapport de l’Académie des sciences est consternant de légèreté dans la mesure où les auteurs se contentent d’affirmer sans aller plus loin dans l’examen, ni pesée ni examen de densité ni de dureté (« nous croyons devoir borner là notre examen ») que l’existence d’une gemme de cette taille est impossible (le diamètre est de 39,15 centimètres et le périmètre de l’hexagone de 1,21 mètres pour une profondeur intérieure de 12,35 centimètres) alors que le contraire est démontré par les photographies ci-dessus (30). Les plus grosses émeraudes connues d’eux à cette époque, considérées comme énormes, n'excédaient pas 10 à 12 centimètres de longueur sur 3 ou 4 de largeur.

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Citons pour le seul plaisir de nos souvenirs d’adolescents l’énorme émeraude taillée en forme de bonbonnière fermée d’un écrou d’or qui servait au Comte de Monte-Cristo à y conserver ses pilules d’opium (31).

 

 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Existe-t-il un moyen de déterminer la nature  de ce joyau, émeraude, jade ou jaspe, ce sont des pierres précieuses pour la première, semi précieuse pour les autres de nature et de composition chimique fondamentalement différente.

 

Il existe plusieurs critères, le premier étant la densité de la pierre (32).

 

Le deuxième critère est l’indice de réfraction (33).

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Le troisième est l’indice de dureté de la pierre calculée actuellement  sur l’échelle de Mohs (34).

 

Il existe encore d’autres procédés ou d’autres procédures utilisées par les gemmologues, microscope bien sûr, polariscope, dichroscope, spectroscope, spectrographe de masse, nous entrons dans un domaine qui nous dépasse. Ces examens se dérouleront-ils un jour (35) ?

 

Il est important de noter qu'aucun chercheur à ce jour n'a jamais pu procéder à un examen attentif de l'image.

 

Nous avons au moins une certitude, c’est qu’il est impossible d’affirmer péremptoirement que la statuette a été taillée dans une émeraude (venue des mines de Golconde ?) ou dans un bloc de Jade venu des carrières de Birmanie ou de Chine ? Rien non plus ne permet d’affirmer qu’elle a ou qu’elle n’a pas été ciselée bien avant sa découverte ou sa redécouverte sinon miraculeuse du moins accidentelle à Chiangraï au XVème siècle après un oubli de quelques siècles, un grand saut dans le temps sous un camouflage de stuc probablement destiné à lui éviter les pillages ?

 

La palladium du Siam

 

Il existe en Thaïlande probablement des dizaines de millions de statues de Bouddha, beaucoup en matériaux précieux dont la valeur vénale peut dépasser celle du Bouddha fut-il en émeraude. Pour quelles raisons tous les monarques de la région ont-ils souhaité le détenir dans leur capitale ? Pour quelles raisons devint-il le symbole du pays indépendamment de son origine divine ? Il tient dans le culte officiel et dans la vénération populaire une place dont nulle autre statue n’a jamais bénéficié.

 

Il veille sur la nation thaïlandaise et il est plus qu'un butin de bataille, il est censé apporter la légitimité et la prospérité à tous ceux qui la possèdent. 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

Selon Lingat les raisons en sont purement personnelles : Le Roi Yot Fa de la seconde dynastie lui vouait un culte spécial persuadé de ses pouvoirs surnaturels. Son arrivée à Bangkok a marqué le début et la montée de la dynastie Chakri : Le fondateur de la dynastie considérait comme miraculeux que la statue soit entrée en sa possession si peu de temps avant sa montée sur le trône. L’importance exceptionnelle qu’il y attachait se manifesta dans la place d’honneur qu’il lui attribua dans la chapelle royale et dans le nom qu’il donné à la nouvelle capitale. Il plaça son royaume  sous sa protection, elle servait de témoin à la prestation de serment des vassaux et fonctionnaires. Le couronnement doit avoir lieu en sa présence. Elle était transportée dans la salle du palais où il se déroulait. Le roi Mongkut mit fin à cet usage de crainte de dégradations pendant le transport mais elle est alors fictivement reliée au palais par un cordon de coton.

 

Son parcours fut marqué par plusieurs miracles, ils nous sont contés par Lingat : Le bruit de sa  découverte à Chiangraï parvint aux oreilles du roi de Chiangmaï. Celui-ci ordonna de la transférer dans sa capitale. La statue fut placée sur le dos d’un éléphant blanc qui quitta la ville en grand cortège. Tout au long de la route, elle reçut l’hommage des fidèles. Arrivée dans une ville nommée Jayasaka (?) l’éléphant refusa d’aller plus loin et la statue se fit si lourde qu’il s’écroula sur son poids en poussant d’effroyables barrissements. Le roi comprit que la statue refusait de se rendre dans sa capitale et décida d’un tirage au sort qui fut alors favorable à Lampang. Elle ne put rejoindre Chiangmaï qu’en 1481.

 

Lors de la grande épidémie de choléra de 1820, la statue fut promenée solennellement dans la ville pour conjurer le mal ce à quoi ne parvenaient  pas les cérémonies propitiatoires et ce à quoi parvint la procession.

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Au début de la seconde guerre mondiale, Phibun le 14 Décembre 1942, signa un accord secret avec les Japonais, promettant d'engager des troupes thaïes en Birmanie. Le traité formel d'alliance entre les deux pays fut signé par Phibun et Tsubokami en face du Bouddha d'émeraude, considéré comme l'objet le plus sacré de la Thaïlande.

 

Mais le Bouddha sait aussi se venger de ceux qui osent porter la main sur lui. Lingat cite l’anecdote d’un commerçant qui avait eu l’idée saugrenue de mettre en vente des flacons de parfum ayant la forme de la statue, le bouchon étant constitué  de la tête de Bouddha qu’il fallait donc décapiter pour déboucher le dit flacon. Peu de temps après, il fut victime d’un accident significatif devant la chapelle du palais royal, une automobile le renversa et il fut décapité.

 

Pour les chroniqueurs, les  pouvoirs surnaturels de la statue y furent incorporés lors de sa fabrication, des « Phi » bénéfiques faisant UN avec la pierre. Nous ne devons pas non plus négliger les pouvoirs surnaturels attachés à la matière elle-même bien qu’elle n’explique pas tout : La littérature relative aux pouvoirs magiques que les Asiatiques (et pas seulement eux) attachent à certaines pierres, émeraude en particulier, est surabondante.

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Les origines  de la statuette restent légendaires et incertaines tout au moins avant sa découverte au début du XVème siècle, soigneusement camouflée pour éviter les pillages. L’immense renommée de cette découverte laisse à penser que son existence restait présente dans la mémoire des hommes transmise  par une longue tradition orale plus que millénaire. Tout le reste n’est que suppositions.

 

En ce qui concerne la pierre dans laquelle elle a été ciselée par un artiste à l’immense talent nous ne pouvons évidemment pas nous satisfaire d’affirmations péremptoires… de vérités ou de contre-vérités qui ne sont pas un moyen de preuve. Qu’elle ait été taillée dans une énorme émeraude est une possibilité sans être une certitude. Les trésors des grands royaumes d’Asie que l’on admire dans les musées d’Istambul, de Téhéran, des Indes bien sûr, contiennent de somptueuses émeraudes pour la plupart venues des Indes qui en regorgeait dans des mines dont on a perdu jusqu’à la trace, ce qui est  d’ailleurs un argument en faveur d’une origine indienne. L’interdiction faite à tout profane autre que le roi de s’en approcher, fut-ce pour les ablutions, qui interdit évidemment une analyse  scientifique, ne nous étonne guère : Seul l’archevêque de Laon, duc et pair avait le droit de porter la saint-ampoule et celui de Reims le jour du sacre laquelle fut pendant 1000 ans le palladium de la France.

 

La question de ses pouvoirs surnaturels est intimement liée en la croyance des Thaïs dans toutes les couches de la population dans des êtres surnaturels, y compris les plus cultivées, dont nous avons longuement parlé (32). La foi peut déplacer des montagnes ! Pendant près de 1000 ans notre palladium fut la Sainte ampoule : seule l’onction de l’huile sacrée qu’elle contenait conférait au roi sa légitimité et le pouvoir miraculeux de guérir les écrouelles le jour du sacre.

 

Jamais les rois d’Angleterre ne purent s’en emparer.

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NOTES

 

(1) Elle fut enlevée par Ulysse et Diomède qui s’emparèrent de la citadelle qui l’abritait. Tombée du ciel près la tente d’Ilius lorsqu’il bâtissait la cité d’Ilion (Troie), un oracle lui ordonna de lui consacrer un temple déclarant que la ville serait imprenable tant que la statue ne tomberait pas en des mains ennemies. Voilà qui explique l’acharnement des Grecs à s‘emparer du palladium dès qu’ils mirent le siège devant Troie. Les Athéniens conservèrent à leur tour cette statue qui devint le palladium de leur ville.

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(2) Ce nom n’est pas, comme on le lit trop souvent, le nom de ville le plus long du monde, mais une périphrase de 32 mots comme Paris est « la ville lumière » ou  la Corse « l’île de beauté », l’écriture thaïe ne sépare pas  les mots dans la phrase ce qui rends son apprentissage difficile :กรุงเทพมหานคร อมรรัตนโกสินทร์ มหินทรายุธยามหาดิลกภพนพรัตน์ ราชธานีบุรีรมย์ อุดมราชนิเวศน์ มหาสถาน อมรพิมาน อวตารสถิต สักกะทัตติยะ วิษณุกรรมประสิทธิ์ soit en transcription officielle : Krung Thep Maha Nakhon  Amon Rattanakosin  Mahin Thra Yut Yam Ha Dilok Phop Noppharat  Ratchathani Buri Rom  Udom Rat Niwet  Maha Sathan  Amon Phiman  Awatan Sathit  Sakka That Ti Ya  Witsanukam Prasit. Ce nom signifie : « La ville des anges, grande ville, résidence du précieux joyau,  ville imprenable du Dieu Indra, grande capitale du monde ciselée de neuf pierres précieuses, ville heureuse, riche dans l’énorme Palais royal pareil à la demeure céleste, règne du dieu réincarné, ville offerte à Indra et construite par Vishnukarn ».

 

(3) « Le tour du monde » volume LXVIII, 2ème semestre 1894, article « Bangkok ».

 

(4) http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a-la-decouverte-du-siam-par-madame-massieu-une-aventuriere-francaise-de-la-fin-du-XIXème.html

 

(5) Isabelle Massieu « Comment j'ai parcouru l'Indo-Chine : Birmanie, États shans, Siam, Tonkin, Laos » 1901.

 

(6) Claudius Madrolle « De Marseille à Canton, guide du voyageur, par Cl. Madrolle, publié par le Comité de l'Asie française : Indo-Chine, canal de Suez, Djibouti et Harar, Indes, Ceylan, Siam, Chine méridionale » 1902.

 

(7) « Voyage d'une Suissesse autour du monde » 1904. 

 

(8) « Histoire du Laos français ».

 

(9) Duangsay Luangphasy « Histoire du Phra Keo Morakot » Vientiane 1996.

 

(10) Equivalent probable et approximatif de 3 millions d’euros 2016.

 

(11) « Description du royaume thaï  ou Siam » volume I, 1854.

 

(12) « The Kingdom and people of Siam », Londres 1857. Ce qui nous fait douter de l’authenticité de la correspondance du roi, c’est tout simplement que celle-ci ne fait aucune référence aux origines quasi miraculeuses de la figurine et que le roi, observateur privilégié, ne fasse pas la différence entre le  jade, le jaspe et l’émeraude ? Lorsque Bowring écrit à Londres en 1857, il n’est plus au Siam et ne risque pas d’encourir la colère du monarque qui tient justement tout ou partie de ses pouvoirs charismatiques de la possession de cette statuette. Le mérite toutefois de l’ouvrage de Bowring, qu’il ait ou non « arrangé » la correspondance royale à sa façon, est d’avoir publié une photographie datée de 1857, assurément la première, de la statuette parée de tous ses atours et coloriée par ses soins. La qualité n’est malheureusement pas au rendez-vous. 

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On peut aussi supposer que le monarque, connaissant la légendaire cupidité des Britanniques qui pillaient systématiquement les trésors des potentats indous, célèbres pour l’énormité de leurs joyaux, a délibérément induit l’anglais en erreur pour éviter que ce pillage n’atteigne son royaume alors qu’il avait probablement une grande confiance en l’évêque qui était son ami ?  Les Indiens sont conscients de ces pillages « Rapatrier le fabuleux et légendaire Koh-i-Noor, diamant de 105 carats... qui orne une couronne fabriquée pour la mère de la reine Elizabeth II d'Angleterre: tel est le projet de personnalités du spectacle et des affaires en Inde qui entendent porter l'affaire devant la justice. Stars de Bollywood et hommes d'affaires se sont regroupés pour demander à des avocats de lancer une action en justice devant la Haute Cour de Londres »,  Voir Le Figaro du 9 novembre 2015 et The Independent de la veille.

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

(13) « Le culte du Bouddha d’émeraude » in journal de la Siam society, volume XXVII de 1935, pages 8-38.

 

Celui de la saison chaude et celui de la saison des pluies sont antérieurs à la présente dynastie et ont  été offerts par Phra Phuttha Yot Fa qui régna de 1546 à 1548. Celui de la saison froide, est beaucoup plus récent, offert par Phra Nang Klao (Rama III) qui régna de 1824 à 1851. Le vêtement de la saison chaude est une parure, collier, pendentif, sautoir, bracelet, ceinture, épaulières, genouillères, bijoux d’or, diamants et pierres précieuses, la tête recouverte d’une couronne pointue semblable à la couronne royale en  or, sertie de pierres précieuses à la pointe  ornée d’un gros diamant. C’est le costume d’apparat. Pendant la saison des pluies, la statue est habillée plus sobrement, à la manière des bonzes. Le vêtement consiste en une plaque d’or portant des dessins en relief ornée de rubis, le tout laissant l’épaule et le bras droit découverts. La tête est coiffée d’une perruque d’or émaillée de couleur bleue. Chacune des spirales figurant les boucles des cheveux est sertie d’un saphir. La flamme qui pointe sur le somme de la tête est faite d’or recouverts de divers émaux  colorés. Le vêtement de la saison froide est un « simple » filet de perles d’or posée sur les épaules avec la même coiffure que pour la saison des pluies.

 

 

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

(14) Voir l’article de Paul Mus «  Etudes indiennes et indochinoises »  In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 28 N°1, 1928. pp. 153 s. « LE BUDDHA PARÉ : SON ORIGINE INDIENNE. ÇÂKTAMUNI DANS LE MAHÀYÀNISME MOYEN ».

 

(15) http://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddha-daemeraude-le-13 http://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddha-daemeraude-le-23 http://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddha-daemeraude-le-33

 

(16) Georges Coedès « Documents sur l'histoire politique et religieuse du Laos occidental ». In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 25, 1925. pp. 1-201.

 

(17) « The Chronicle of the Emerald Buddha » Bangkok Times Press, 1932 et un article de Linat « Notton : The Chronicle of the Emerald Buddha » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, Tome 32, 1932. pp. 526-530;

 

(18) « Note sur les ouvrages palis composés en pays thaï » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 15, 1915. pp. 39-46.

 

(19) Trois évangiles évènementiels, Saints Marc, Mathieu et Luc, écrivent sous une forme et dans un style différents, les mêmes événements, nul ne songe à parler d’une source unique ?

 

(20) Traduction de Coedès «  Documents sur l'histoire politique et religieuse du Laos occidental » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 25, 1925. pp. 1-201;

 

(21)  Sur ces pérégrinations voir en particulier François Lagirarde « Un pèlerinage bouddhique au Lanna entre le XVIe et le XVIIe siècle d'après le Khlong Nirat Hariphunchai »in Aséanie 14, 2004. pp. 69-107.

 

(22) Louis Finot  « Recherches sur la littérature laotienne »  In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 17, 1917. pp. 1-218;  Un article du site « MerveilleuseChiangmaï » (15) évoque l’hypothétique possibilité d’un retour de la statue à Vientiane entre 1787 et 1828 ?

 

(23) Voir le site des amis du Musée Cernuschi « le Musée des arts de la ville de Paris » qui ne le cède qu’au musée Guimet :

http://blog-comptes.rendus.amis-musee-cernuschi.org/2013/12/05/limage-du-bouddha-dans-linde-ancienne-et-classique-iiie-s-av-j-c-vie-s-apr-j-c-2/

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(24) http://www.buddha-images.com/chiangsaen.asp

 

(25) Relevons simplement que lorsqu’un vénérable moine en 1987, Phra Wiriya décida après une vision céleste de faire tailler un Bouddha dans l’un des matériaux les plus précieux, le jade, il dut faire venir le bloc  d’une mine du Canada et les artistes de Carrare. La statue se trouve au wat Thammamongkon (วัด ธรรมมงคล) à Bangkok.Source : http://pierres-cristaux-mineraux.over-blog.org/article-le-bouddha-de-jade-de-wat-dhammamongkol-bangkok-thailande-56683574.html

H 5 – A PROPOS DU BOUDHA D’ÉMERAUDE DU WAT PHRA KEO.

(26) http://www.natgeotv.com/fr/emeraude-plus-grande-monde/description

 

(27) http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/la-plus-grosse-emeraude-du-monde-pomme-de-discorde-entre-etats-unis-et-bresil-890962.html

 

(28) http://www.geoforum.fr/topic/22540-la-plus-grosse-emeraude-au-monde/

(29) « Description de l'Egypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant l'expédition de l’armée française », tome IV à Paris en  1821.

 

(30) G. Hagemans « Notices archéologiques et description raisonnée de quelques monuments de haute antiquité : un cabinet d'amateur », Paris 1865 – Bossi « Observations sur le vase que l’on conservait à Gênes sous le nom de sacro catino », Turin 1807 – « Procès-verbaux des séances de l‘académie des sciences », tome III, Paris 1804-1807.

 

(31) Alexandre  Dumas « le Comte de Monte-cristo », chapitre XL.

 

(32) La densité varie  de 2,67 à 2,78 pour l’émeraude, de 3,30 à 3,38 pour le jade et de 2,58 à 2,91 pour le jaspe. La densité, c’est le poids d’un centimètre cube par rapport à un volume d’eau équivalent. Elle est  facile à déterminer, il suffit de peser la pierre, c’est l’affaire d’une balance de précision, ensuite de la plonger dans un récipient gradué d’eau pure dont la densité est de 1 à 4 degrés et de trouver le volume d’eau déplacé. C’est de la physique élémentaire mais on conçoit difficilement une pesée de la statue (passe encore) et surtout sa plongée dans une quelconque lessiveuse graduée. Comme il peut y avoir coïncidence entre la densité de l’émeraude et celle du jaspe, ce ne sera qu’une première étape.

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(33) Lorsque le rayon lumineux quitte le milieu naturel (l’air) pour pénétrer dans un autre (eau, diamant, émeraude) il subit une légère déviation, le rayon lumineux entre sous un angle et  sort sous un angle différent. Il joue un rôle décisif dans le processus d’identification des pierres gemmes. Il permet d’en mesurer la brillance. Il y  a une échelle d’identification, celui de l‘émeraude varie de 1,565 à 1,602, le jade de 1,652 à 1,688 et celui du jaspe est de 1,54. Il n’y a plus de confusion possible. Comme nous ne sommes plus au temps de l’optique de Descartes, cet indice se mesure facilement à l’aide d’un appareil appelé  réfractomètre.

 

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(34) Mohs est un minéralogiste viennois du 19ème siècle. L’indice qui porte  son nom indique la capacité d’une pierre gemme à résister aux rayures sur sa surface. La dureté s’évalue sur une échelle de 1 à 10, 10 correspond à la dureté la plus forte (diamant) et 1 à la dureté la plus faible (talc). Les degrés de dureté dépendent du minéral choisi. Il ne s’agit donc pas d’une échelle relative, mais bien d’une échelle comparative. Le matériau naturel le plus dur est le diamant, suivi du corindon (rubis et saphir) et de la topaze. Celle de l‘émeraude varie de 7,5 à 8, celle du jade et du jaspe de 6,5 à 7. Pour mesurer la dureté, il faudrait, en principe, disposer d'au moins un échantillon de chacun des dix minéraux de l'échelle de Mohs, ce qui n'est pas forcément très pratique, et, surtout, pas très facile, puisque tout le monde ne peut pas se procurer facilement un échantillon de diamant. Mais le corindon, le numéro neuf sur cette échelle, est le deuxième minéral le plus dur sur terre : il n'existe aucun minéral dont la dureté soit comprise entre 9 et 10, c'est-à-dire un minéral capable de rayer le corindon, et d'être rayé par le diamant : si un minéral raye le corindon, c'est forcément un diamant, et cela ne peut rien être d'autre. Le diamant n'est donc pas absolument nécessaire pour mesurer la dureté d'un minéral. Il existe aussi des pointes de métal numérotées créées spécialement pour cela : chacune a une dureté égale à l’un des minéraux de l'échelle de Mohs. Elles sont très pratiques pour mesurer la dureté, surtout quand le scientifique travaille sur le terrain.            

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(35) Voir parmi d’autres sites : http://www.juwelo.fr/guide-des-pierres/faits-et-chiffres/

 

(32) Voir notre article 151 «  En Thaïlande, nous vivons au milieu des « Phi ».

 

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 18:07
H4- « SUPHASIT PHRA RUANG » OU LES PRÉCEPTES DU ROI RUANG (LITHAÏ) (1347-1368 ENV.)

On connait cet ouvrage sous le nom de « Suphasit Phra Ruang » (สุภาสิต พระร่วง « les proverbes du roi Ruang ») ou encore de « Bannat Phra Ruang » (บัญญติ พระร่วง « les préceptes du roi Ruang ») attribués au potentat de ce nom qui régnait à Sukhothai, la première capitale d'un Siam uni et indépendant pendant la seconde moitié du XIIIème siècle, un vaste empire autonome s’étendant de la partie supérieure de la Maenam à la mer des détroit et de la Salwin au Moyen Mekong.

H4- « SUPHASIT PHRA RUANG » OU LES PRÉCEPTES DU ROI RUANG (LITHAÏ) (1347-1368 ENV.)

Ce recueil est, par les érudits actuels, attribué à Mahathammaracha Ier (มหาธรรมราชาที่ ๑) ou Lithai (ลิไทย) mort en 1368, petit fils de Ramkhamhaeng. Si celui-ci est ou serait le créateur du premier alphabet thaï, le règne de Lithaï voit la naissance d'une littérature nationale (1).

 

 

H4- « SUPHASIT PHRA RUANG » OU LES PRÉCEPTES DU ROI RUANG (LITHAÏ) (1347-1368 ENV.)

Quelques mots sur la littérature de l’époque de Sukhothai  (1238-1377) :

 

Il nous en reste peu de choses mais les œuvres littéraires de cette période ont été conçues pour réaffirmer l'identité culturelle nationale, la stabilité politique et les valeurs spirituelles, les monarques prenant les devants dans la promotion des arts, de la religion et de l'administration. Ainsi, l'inscription du roi Ramkhamhaeng et d’autres plus ou moins contemporaines rapportent le mode de vie de la population à cette époque dans une société agricole régie par une sorte de système de caste. 

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La plupart des œuvres littéraires ont été écrits en prose simple. Les œuvres principales sont l’inscription lapidaire du roi Ramkhamhaeng, l’inscription du  Wat Sichum ...

H4- « SUPHASIT PHRA RUANG » OU LES PRÉCEPTES DU ROI RUANG (LITHAÏ) (1347-1368 ENV.)

et celle du Wat Pa Mamuang

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... le livre des proverbes de Phra Ruang et le Traiphummikatha.

 

La première est considérée comme la première œuvre littéraire thaïe en écriture thaï. Elle rend compte de la vie du roi Ramkhamhaeng le Grand, du mode de vie de la population, de ses lois, sa religion, son économie et la politique générale (2). 

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L'inscription lapidaire du Wat Sichum à Sukhothai est attribuée au Vénérable Phra Maha Sisattha Ratchachulamani, qui, venu de Ceylan, prêchait le bouddhisme à Sukhothai. Gravée entre 1347 et 1374 sous le règne du roi Lithai, elle rend compte de l'origine de la décision de la dynastie de la construction des villes jumelles de Sukhothai et Sisatchanalai, de la construction du stupa contenant les reliques de Bouddha, et de la plantation des arbres sacrés en hommage aux reliques. L’alphabet utilisé est pratiquement similaire à celui de la précédente.

 

Les inscriptions lapidaires du Wat Pa Mamuang à Sukhothai sont probablement les premières œuvres littéraires traduites. Les quatre tables comportent le même message en trois langues différentes: thaï, khmer et pali. Elles ont été gravées autour de 1362. Elles décrivent la construction de monuments religieux et la construction d'un monastère dans la forêt pour le roi Lithai, une retraite pour sa pratique religieuse et l'étude du Tripitaka.

 

Les « préceptes de Phra Ruang » attribués à Lithaï sont une collection de dictons traditionnels siamois nés sous la dynastie Phra Ruang dont Lithaï fut le dernier représentant. Ils reflètent la manière idéale de la vie de l'ancienne société siamoise. Ils sont l’objet de cet article.

 
H4- « SUPHASIT PHRA RUANG » OU LES PRÉCEPTES DU ROI RUANG (LITHAÏ) (1347-1368 ENV.)

Citons enfin le « Traiphummikatha » ou « Traiphum Phra Ruang » (ไตรภูมิกถา / ไตรภูมิrพระร่วง) écrit en 1345 par le roi Lithai. C’est un traité de cosmologie et de philosophie bouddhiste basée sur une étude approfondie de plus de 30 textes sacrés. Il a été écrit en une belle prose riche en allusions et en métaphores. Il n’est pas d’un accès facile. 

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Revenons donc à nos dictons.

 

Un sujet négligé

 

Bien que la langue siamoise ne soit pas moins riche en traditions proverbiale que les autres, il est surprenant de constater combien peu d'attention a jusqu'ici été accordée à ce sujet alors que son intérêt est immense pour le philologue, l’ethnologue l'historien ou le simple curieux qui s’intéresse aux mœurs, opinions, et croyances de ce peuple. Ces cristallisations de la pensée populaire sont des témoignages précieux. L'étude de la gnomique d'un peuple est un moyen d’en appréhender la mentalité dans ses aspects les plus intimes. Fragments négligés de la sagesse locale et précieux documents sur les traditions locales, ils sont l’indice du génie et de l'esprit d'une nation permettant  de découvrir le caractère du peuple, ses modes de pensée et ses façons particulières de vivre, permettant une meilleure compréhension de leurs mœurs et de leurs coutumes, une image que l’on trouve difficilement ailleurs.

H4- « SUPHASIT PHRA RUANG » OU LES PRÉCEPTES DU ROI RUANG (LITHAÏ) (1347-1368 ENV.)

Personne avant Mgr Pallegoix n’avait jamais tenté de présenter une liste de proverbes siamois communs. Mais les proverbes que le prélat nous cite dans sa « Grammatica Linguae thai », dans son dictionnaire, et dans sa description du Siam, peu nombreux, ne semblent pas avoir été toujours choisis parmi les meilleurs (3). Les proverbes siamois ont fait l'objet d'un essai du professeur Lorgeou, consul de France à Bangkok mais nous n’avons pas pu consulter cette monographie (4). Le travail le plus exhaustif, toujours inégalé à ce jour, est celui du colonel Gerolamo Emilio Gerini (5). Son étude volumineuse déborde très largement la question des « préceptes de Phra Ruang » à laquelle nous nous limiterons.

H4- « SUPHASIT PHRA RUANG » OU LES PRÉCEPTES DU ROI RUANG (LITHAÏ) (1347-1368 ENV.)

Ils sont la plus ancienne collection siamoise de proverbes qui a traversé les âges depuis 650 ans. Nous allons y trouver laconisme, esprit caustique, concision, sagesse, perspicacité, bon sens. Elle comporte selon les versions 160 aphorismes, nous n’en citerons qu’une partie mais en suivant la classification de Gerini (6).

 

L’introduction que l’on retrouve sous une forme ou sous un autre est la suivante :

 

« Lorsque le roi Ruang régnait sur le royaume de Sukhothai, il eut une vision claire de l’avenir et a alors donné ses instructions destinée à la terre entière. Chacun doit faire l’effort de les apprendre pour son propre bénéfice et son profit personnel et ne jamais se départir du respect qui leur est dû. Le souverain qui aspirait à l’omniscience a consacré une partie de ses vastes connaissances  à l'instruction de l'humanité ».

 

 

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Quelques dizaines de citations suggestives suffiront à donner en quelques lignes une idée de la morale qu'elles inculquent.

 

Mettons en exergue un aphorisme que Gerini assimile au très orgueilleux « Civis Romanus sum » de Cicéron, caractéristique de cette époque ou le mot « thaï » a le sens de « libre » dans une société hiérarchisée (7) :

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คนเป็นไทยอย่าคนทาส

Khon pen thai ya khon that

« Un homme libre n’est pas un esclave »

 

A cette époque de guerres fréquentes, le monarque énonce une série de préceptes exhortant à une nécessaire vigilance pendant le temps des hostilités et en temps de paix

 

La guerre

น่าศึกอย่านอนใจ

Na suek ya nonchai

« Dans la guerre sois sans pitié ».

เมือเข้าศึกระวางตน

Muea kha suek rawang ton

« Quand tu entres en guerre prends garde à toi »

ที่ทัพจงมีไฟที่ไปจงมีเพือน

Thi thap chong mi fai thi pai chong mi phuean

« A l’armée tu dois avoir le feu sacré et au retour, des amis »

H4- « SUPHASIT PHRA RUANG » OU LES PRÉCEPTES DU ROI RUANG (LITHAÏ) (1347-1368 ENV.)

La fierté et l’honneur

 

รักตนกว่ารักทรัพย์

Rak ton kwa rak sap

« Aime-toi-toi même plus que les trésors »

สู้เสียสินอย่าเสียศักด์

Su sia sinya sia sak

« Sacrifie tes richesses mais pas ton honneur »

H4- « SUPHASIT PHRA RUANG » OU LES PRÉCEPTES DU ROI RUANG (LITHAÏ) (1347-1368 ENV.)

La loyauté et dévotion aux supérieurs

 

อาษาเจ้าตนจนตัวตาย

Asa chao ton chon tua tai

« Sois fidèle à ton prince jusqu’à la mort »

อาษานายจงแรง

Asa nai chong raeng

« Sois fidèle à tes supérieurs avec constance »

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L’obéissance et le respect

 

จงนบนอบผุ้ใหญ่

Chong nop nop phu yai

« Tu dois respecter tes supérieurs »

ตระกูลตนจงค่านัย

Trakun ton chong khanai

« Honneur à ta famille »

ที่รัก อย่า ดูถูก

Thi rak ya du thuk

« Ne condamnes pas ceux que tu aimes »

คนจนอย่า ดูถูก

Khon chon ya du thuk

« Ne méprise pas les pauvres »

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La bonté envers les autres

 

โอบอ้อนเอาใจคน

Op on aochai khon

« Gagne le cœur des autres »

คนโหดให้เอนดู

Khon hot hai en du

« Sois miséricordieux avec les méchants »

ข้าเการ้ายอดเอา

Kha kao ray ot ao

« Pardonne les fautes des vieux esclaves »

อย่า ขุดคนด้วยปาก

Ya  Khut khon duai pak

« N’enterre pas les autres avec ta langue »

อย่าถากคนด้วยตา

Ya thak khon duai ta

« Ne les blesse pas par tes regards »

อย่านินทาท่านผู้อืน

Ya nin tha than phu uen

« Ne calomnie pas les autres »

อย่าไฟ่เอาทรัพย์ท่าน

Ya fai ao sap than

« Ne convoite pas le bien d’autrui »

ได้ส่วนมักมาก

Dai suan mak mak

« Ne convoite pas plus que ta part »

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L’humilité

 

มีสินอย่าอวดมั่ง

Mi sin ya uat mang

« Si tu es riche, ne t’en vantes pas »

อย่าใฝ่สูงให้พ้นศักดิ์

Ya fai sung hai phon sak 

« Ne cherche pas à accéder à de plus grands honneurs »

อย่าตื่นยกยอตน

Ya tuen yok yo ton

« Ne cherche pas à faire tes propres louanges »

ท่านสอนอย่าสอนตอบ

Than son ya son top

« Ne donne pas de leçons à tes professeurs »

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La piété et les vertus

 

สร้างกุสลอย่ารู้โรย

Sang kusonla ya ru roi

« Accomplissez des bonnes œuvres sans relâche »

ปลูกไมตรีอย่ารู้ร้าง

Pluk maitri ya ru rang

« Construisez des amitiés indissolubles »

ท่านรักตนจงรักตอบ

Than rak ton chong rak top

« Réponds à l’amour par l’amour »

ท่านนอบตนจงนอบแทน

Than nop ton chong nop thaen

« Réponds au respect par le respect »

เอาแต่ชอบเสียผิด

Ao tae chop sia phit

« Adopte le bien et rejette le mal »

โทษตนผิดรำพึงอย่าคะนึงถึงโทษท่าน

Thot ton phit ram phueng ya kha nueng thuengthot than

« Blâme tes fautes avant de blâmer celles des autres » (8)

หว่านพืชจักเอาผลเลี้ยงคนจักกินแรง

Wan phuet chak ao phon liang khon chak kin raeng

« Semez et vous récolterez » (9);

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La fermeté dans les projets

 

ผิจะจับจับจงมั่น

Phi cha chap chap chong man

« Ce que tu tiens, tiens le avec force »

ผิจะคั้นคั้นจงตาย

Phi cha khan khan chong tai

« Ce que tu serres, serres le jusqu’à la mort »

ผิจะหมายหมายจงแท้

Phi cha mai mai chong thae

« Quand tu as un but, vas jusqu’au bout » (10).

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La prudence

 

คิดแล้วจึงเจรจา

Khit laeo chueng cheracha

« Réfléchis avant de parler »

อย่าเข้าแบกงาช้าง

Ya khao baek nga chang

« Ne cherches pas à remplacer l’éléphant dans sa tâche »

น้ำเชี่ยวอย่างขวางเรือ

Nam chiao yang khwang ruea

« Quand la rivière est turbulente, ne mets pas ton esquif en travers » (11)

เผ่ากษัตริย์เพลิงงูอย่าดูถูกว่าน้อย

Phao kasatri phloeng ngu ya du thuk wanoi

« Le sang royal, c’est le feu et le serpent, ne le sous-estime pas »

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La frugalité

 

ของแพงอย่ามักกิน

Khong phaeng yamak kin

« Ne convoite pas des nourritures couteuses »

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iLa concorde

 

อย่ายลเยี่ยงถ้วยแตกมิติด จงยลเยี่ยงสัมฤทธิ์แตกมิเสีย

Ya yon yiang thuai taek mitit  chong yon yiang samrit taek mi sia

« N’imite pas la tasse en porcelaine qui, une fois cassée ne peut être recollée mais suis l'exemple de la tasse en  bronze, une fois brisé, elle n’a pas disparu ».

ยลเยี่ยงไก่นกกระทาพาลูกหลานมากิน

Yon yiang kai nokkratha pha luklan ma kin

« Imite la poule et la perdrix qui, lorsqu’elles découvrent de la nourriture, la partagent avec leur progéniture ».

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La politique et la diplomatie

 

หิ่งห้อยอย่าแข่งไฟ

Hing hoi ya khaeng fai

« Quand il y a le feu, ne lutte pas avec le feu »

พบศัตรูปากปราศรัย

Phop sattru pak prasai

« Quand tu rencontres l’ennemi, tiens un discours de paix »

อย่าตีปลาหน้าไซ

Ya ti pla nasai     

« Ne frappe pas le poisson qui va entrer dans la nasse »

อย่าตีสุนัขห้ามเห่า

Ya ti sunak kham hao

« Ne frappe pas le chien qui aboie »

อย่าตีงูให้แก่กา

Ya ti ngu hai kae ka

« Ne frappe pas le serpent pour le compte du corbeau »

อย่ารักลมกว่าน้ำ

Ya rak lom kwa nam

« Ne préfère pas le vent à l’eau »

อย่ารักเดือนกว่าตะวัน

Ya rak duean kwa tawan

« Ne préfère pas la lune au soleil » (12).

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Lorsque des différences se produisent entre un proverbe siamois et son homologue européen, il est intéressant et instructif d'observer comment la même idée a été élaborée et exprimée dans des nations ethniquement si éloignées. Gerini se plaît à tirer la conclusion que la gnomique siamoise, loin d'être  foncièrement divergente de la gnomique européenne, se rencontre plus d'une fois avec elle : dans beaucoup de cas, le sens est le même, l'expression seule diffère ; dans d'autres, le texte siamois est très voisin du texte européen. Proverbes, sentences, aphorismes, adages, apophtegmes, maximes, dictons, maximes des sept sages de la Grèce gravés sur tous les monuments publics d’Athènes, maximes de La Rochefoucaud, proverbes du roi Salomon (le plus ancien collecteur de proverbes !), exprimés en peu de mots sous une forme facile à retenir, furent pendant des siècles l’unique fond intellectuel sur lequel vivait la société. S’ils se ressemblent de façon souvent étrange n’est-ce pas simplement que les règles fondamentales de la sagesse humaine et de la vie en société étaient les mêmes à Rome au temps de Cicéron : « Ne puero gladium dederis » (13) ou à Sukhothaï 1400 ans plus tard : « อย่าให้เด็กเล่นมีดเล่นพร้ » (14).

 

 

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Les origines

 

Plusieurs recensions des dictons attribués au roi Ruang existent avec de nombreuses variantes la plupart du temps insignifiantes. L’une des plus connues a été rédigée lors de la fondation de Wat Pho aux débuts du premier règne de la dynastie actuelle. Cette recension a été gravée, comme beaucoup d'autres textes, sur des dalles de marbre et encastrées dans les murs et les piliers de l'un des nombreux salas qui ornent les cours intérieures de ce monastère célèbre. C’est probablement celle utilisée par Gérini même s’il donne de nombreuses sources imprimées en général du XIXème siècle.

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Certains experts de la littérature soutiennent que cette œuvre littéraire appartient à l'ère Rattanakosin et a ou aurait été améliorée sinon créée dans les débuts de cette époque. Cette contestation qui semble n’être que de morosité iconoclaste a été démontée scientifiquement et au vu d’arguments linguistiques (en thaï) par Madame Chosita Maneesai (โชษิตา มณีใส) professeur de linguistique à l’Université Chulalongkorn (15). 

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Ces contestations relèvent d’ailleurs – ignorance ou mauvaise foi - de l’oubli d’un paramètre essentiel, nous sommes à une époque où la transmission du savoir est orale et peut passer imperturbablement les siècles. Homère a ou aurait vécu au VIIIème siècle avant Jésus-Christ. Les textes homériques ont été transmis par voie orale, chantés par les aèdes. Les premiers fragments écrits les plus anciens datent de la fin du IIIème siècle avant Jésus-Christ, postérieurs de 500 ans, le premier texte complet du Ier siècle après Jésus-Christ.

 

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Qu’y a-t-il alors d’extraordinaire à ce que les textes de Lithaï aient été psalmodiés pendant des siècles avant de trouver un support écrit ?

 

…Et concluons avec Gerini (et Horace !) « Si quid novisti rectius istis, Candidus imperti. Si non, his utere mecum » (15).

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NOTES

 

(1) Voir notre article 30 « Le déclin de Sukhotai sous le règne du roi Lithai ».

(2) Voir l’article de Georges Coédès « Notes critiques sur l’inscription de Ramakhamheng », en réalité une traduction complète in Journal de la Siam society, volume 10 de 1913, pp 1-28

(3) Dans sa « Description du royaume thaï ou Siam » volume I, et dans da grammaire, nous avons relevé, qui ne viennent pas du recueil à une exception près (le premier de cette liste) :

« Ne mettez pas votre barque au travers du courant du fleuve ».

« Quand vous irez dans les bois n’oubliez pas votre couteau ».

 «L’éléphant quoiqu’il ait quatre pattes peut faire un faux pas, ainsi le docteur peut se tromper »version siamoise de « errare humanum est ».

«Celui qui nourrit l’éléphant se nourrit de la fiente de l’éléphant ».

«Si vous montez à terre, vous rencontrerez le tigre, si vous descendez dans une «barque, vous rencontrerez le crocodile ».

«La noblesse dénote l’origine, les mœurs dénotent la personne ».

«Si un chien vous mord, ne mordez pas le chien ».

«Celui qui est sous le ciel, comment peut-il craindre la pluie ? ».

« Un femme sans mari, c’est un cheval sans frein, une maison sans toit, un barque sans gouvernail ».

 « Va lentement et tu arriveras au but ».

« Pour sortir une épine du pied, il faut user un autre épine ».

« Les bonzes font les champs sur le dos de leurs ouailles  (glissé non sans malice).

(4)  E. Lorgeou, « Suphasit Siamois » in Bulletin de l'Athénée oriental, 1881·82. L’année n’est pas malheureusement pas numérisée à la BNF.

(5) « On Siamese Proverbs and Idiomatic Expressions » in Journal de la Siam society, pp 1-158.

Né en 1860, Gerolamo Emilio Gerini rejoint l’armée siamoise en 1861 avec le grade de Lieutenant. Il quitte l’armée en 1863 et devient secrétaire du Ministre des provinces du nord. Il voyage et visite le pays. Il acquiert une parfaite maîtrise de la langue thaï et aussi d'autres langues comme le malais, le birman, le khmer et de nombreux dialectes locaux ainsi que du sanskrit et du pali. Il est l’un des fondateurs de la Siam society. Il meurt en 1913 comblé d’honneur sous le titre de พระสารสาสน์พลขันธ์ (Phra Sarasat Phonlakhan). En 2010, le Commandement de l'Armée de Bangkok, au cours d’une cérémonie solennelle, a érigé son buste à l'entrée de son siège, deuxième italien ainsi honoré, le premier était Corrado Feroci alias Silpa Bhirasri, fondateur de l'Université Silpakorn de Bangkok.

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(6) Le site de Madame Sri Chatsudhi en fait un inventaire probablement complet, en thaï évidemment :

http://www.st.ac.th/bhatips/su_praroung.html

(7) Les matrones du temps de la république romaine se baignaient sans fausse honte nues devant les esclaves qu’elles ne considéraient pas comme des hommes. Le juriste Linguet dans sa « théorie des lois civiles » écrit en 1767 « excepté qu’il ne sait ni mugir ni hennir et qu’à sa mort on ne tire parti ni de sa chair ni de sa peau, il n’y a aucune sorte de différence entre lui et un bœuf ou un cheval ».

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(8) « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Saint Mathieu – VII – 3)

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(9) « Ut sementem feceris, ita et metes  « comme vous semez vous récolterez » a dit  Cicéron.

(10) « Certum pete finem » « Viser son but » a dit encore Cicéron.

(11) «Ne mettez pas votre barque au travers du courant du fleuve » a traduit Mgr Pallegoix (3).

(12) « Se il sol mi splende, non curo la luna » « si le soleil brille, je ne me soucie pas de la lune » disent les Italiens. « Il vaut mieux manger des puces que de faire bouillir la lune quand son image se réfléchit dans la marmite » disent les Arabes.

(13) « Pas d’épée aux enfants »

(14) Ya hai dek len mit len phra « Ne laissez pas les enfants jouer avec un couteau ou une machette ».

(15) « สุภาษิตพระร่วง : การศึกษาแง่ประวัติวรรณคดี » (« Étude historique sur Suphasit Phra Ruang ») in วารสารมนุษยศาสตร์และสังคมศาสตร์ (Journal des sciences humaines et sociales) vol. 3.

(16) « si vous pouvez améliorer ces principes, dites-le moi; sinon, joignez-vous à moi pour les suivre ».

 
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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 18:13
H3. LE CALENDRIER DES JOURS FÉRIÉS, FÊTES CIVILES ET FÊTES RELIGIEUSES EN THAÏLANDE.

Vous trouverez facilement des articles donnant la liste des jours fériés et des fêtes en Thaïlande*, qui permettent à de nombreux Thaïlandais de prévoir leur visite au village des parents, ou aux touristes, leurs vacances, mais peu s’attardent sur leur signification. Un exercice pourtant nécessaire pour ceux qui veulent savoir ce que le roi et la nation thaïlandaise ont retenu comme des « événements majeurs » de leur Histoire.

 

En effet, chaque pays a sa fête nationale,  ses fêtes civiles et religieuses, fériées ou non, à date fixe ou variable, et qui peuvent changer au fil de son histoire.

H3. LE CALENDRIER DES JOURS FÉRIÉS, FÊTES CIVILES ET FÊTES RELIGIEUSES EN THAÏLANDE.

Ainsi en France en 2016, on célèbre 5 fêtes civiles :  le 1er janvier, Jour de l’an, le 1er mai, fête du travail, le 8 mai, fête de la Victoire mettant fin à la seconde guerre mondiale, le 14 juillet, fête nationale commémorant la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 qui célébrait la prise de la Bastille l'année précédente, le 11 novembre, jour anniversaire de l’armistice célébrant la fin de la 1ère guerre mondiale ; et 6 fêtes religieuses : le lundi de Pâques (date variable), le jeudi de l’ascension (40 jours après Pâques), le lundi de Pentecôte (50 jours après Pâques), le 15 août, l’Assomption (fête célébrant Marie), le 1er novembre, la Toussaint et le 25 décembre, Noël. On peut aussi ajouter une vingtaine d’autres fêtes civiles non-fériées, auxquelles on pourrait ajouter les fêtes religieuses des différentes religions (Plus d’une vingtaine pour la religion catholique).

 

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Evidemment chaque fête a une origine historique et une histoire particulière et peut être sujette à discussion voire à contestation. Ainsi par exemple pour les fêtes chrétiennes, qui certes ont rythmé la vie en Europe depuis le Moyen Age, au temps où l’Eglise fixait le temps social et où la France était sa « fille ainée »,  mais aujourd’hui le sens se perd (ou est perdu), surtout dans une République qui revendique la laïcité comme une de ses valeurs fondamentales.
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Quant-à la fête nationale du 14 juillet, si elle commémore en France, le passage de la monarchie à la République et symbolise l'union fraternelle de l’ensemble des citoyens français dans la liberté et l'égalité,  elle varie – évidemment - selon l’histoire des différents pays.  Mais pour la majorité, elle marque la naissance de la nation (Cf. le 4 juillet est aux Etats‐Unis «The Independance Day» (Le jour de l’indépendance), le 27 juin  à Djibouti, le 6 décembre en  Finlande, etc.),  mais on peut aussi trouver par exemple la Saint Patrick en Irlande le 17 mars, Saint Georges en Angleterre le 23 avril,  la mort du poète Luis de Camões (1580)  au Portugal le 10 juin, le retour au pouvoir de Khomeini et la chute du Chah en Iran le 11 février (Remplaçant la fête du 1er jour du printemps (Norouz) du 21 mars), etc, 

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... ou le 5 décembre en Thaïlande pour fêter à la fois l’anniversaire de feu le roi et tous les pères du royaume.

H3. LE CALENDRIER DES JOURS FÉRIÉS, FÊTES CIVILES ET FÊTES RELIGIEUSES EN THAÏLANDE.

Chacun a donc sa façon particulière ou insolite de fêter l’Histoire de sa nation. Mais outre la fête nationale, chaque nation a d‘autres fêtes civiles ou religieuses. La Thaïlande – elle - a  les fêtes « internationales » comme le nouvel An et la fin de l’année, le 1er mai, la fête du travail,

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... mais surtout celles liées à l’Histoire du pays.

 

Ainsi le 6 avril, célèbre le roi Rama Ier, fondateur de la dynastie Chakri ; le 5 mai, est la Journée du couronnement de feu le roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX) ;  le 12 août ; célèbre l’anniversaire de la reine et la Fête des mères ; le 23 octobre, l’anniversaire de la mort du roi Chulalongkorn (Rama V) ; le 5 décembre, l’anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej et la Fête des pères ; et le 10 décembre, Journée de la Constitution célèbre le changement de la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle en 1932.

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Les autres fêtes officielles sont religieuses et sont liées à Bouddha et au bouddhisme : Makha Bucha (le 22 février 2016) pour rappeler le jour où 1250 disciples de Bouddha se réunirent afin d'écouter ses enseignements ;  

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Le Festival de Songkran est la célébration du nouvel an du calendrier bouddhique. Normalement basé sur le calendrier lunaire, les dates de la fête de Songkran sont aujourd’hui fixes, elle a lieu tous les ans du 12 au 15 avril, et sont des jours fériés. Pour certaines villes, les dates peuvent variées. A Chiang Maï, le festival de Songkran peut commencer plus tôt, mais il dure également plus longtemps que dans les autres villes. Visakha Bucha, au mois de mai (20 mai 2016), fête l'anniversaire de la naissance, de l'illumination et de la mort de Bouddha

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Asana Bucha fêté lors de la pleine lune du 7ème mois (le 19 juillet en 2016) commémore le premier sermon de Bouddha et marque le début du carême. 

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Khao Phansa  commence le lendemain de la fête Asalha Pucha, et se termine le lendemain de la pleine lune du onzième mois. Cette tradition  remonte à l’interdiction faite aux moines par Bouddha de voyager durant la saison des pluies, par peur qu’ils nuisent involontairement à la végétation et aux insectesPendant trois mois, les moines sont en retraite. De nombreuses ordinations sont célébrées à cette occasion.

H3. LE CALENDRIER DES JOURS FÉRIÉS, FÊTES CIVILES ET FÊTES RELIGIEUSES EN THAÏLANDE.

Les fêtes religieuses revendiquent donc que la nation thaïlandaise est bouddhiste, même si les différentes constitutions n’ont jamais voulu la déclarer comme « la religion nationale du pays ».**

 

 

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Il y a évidemment beaucoup d’autres fêtes dont les plus populaires sont le  Nouvel an chinois, fin janvier ou février, selon le calendrier lunaire, célébré tous les ans en Thaïlande par la majorité de la population et le Loy Krathong,  pour la pleine lune de novembre, et à la fin de la saison des pluies, événement durant lequel les Thaïlandais remercient Mae Konkha, la déesse des eaux, pour sa générosité pendant la mousson…

 

H3. LE CALENDRIER DES JOURS FÉRIÉS, FÊTES CIVILES ET FÊTES RELIGIEUSES EN THAÏLANDE.

Pour célébrer tous ces évènements, les Thaïlandais suivent trois calendriers : le calendrier bouddhique, le calendrier chinois, le calendrier chrétien et le calendrier musulman dans les provinces musulmanes du sud. 

H3. LE CALENDRIER DES JOURS FÉRIÉS, FÊTES CIVILES ET FÊTES RELIGIEUSES EN THAÏLANDE.

De manière générale, les fêtes populaires et religieuses sont basées sur le calendrier lunaire, alors que les fêtes officielles ont lieu à des dates fixes.

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On peut donc constater que les fêtes civiles de Thaïlande ont pour objectifs de légitimer la dynastie Chakri avec son fondateur Rama Ier, le roi Chulalongkoron (Rama V),  le père de la nation, et feu le roi actuel, Rama IX, dont on fêtait le 5 mai, son couronnement, le 5 décembre son anniversaire, sans oublier la reine dont on fête également l’anniversaire le 12 août. Par contre, la fête du 10 décembre rappelle qu’en ce jour de 1932, la monarchie absolue devenait une monarchie constitutionnelle.

H3. LE CALENDRIER DES JOURS FÉRIÉS, FÊTES CIVILES ET FÊTES RELIGIEUSES EN THAÏLANDE.

Certes, l’histoire du royaume de Siam ne commence pas avec la dynastie Chakri, mais la « nation » thaïlandaise est née sous son ère, et le roi actuel, Rama IX, en est le 9ème représentant.

 

Rama Ier, le fondateur de la dynastie.

 

Il a fallu évidemment des circonstances « exceptionnelles » pour qu’un homme nommé par le roi d’Ayutthaya gouverneur de Ratchaburi en 1758  devienne le fondateur d’une dynastie le 6 avril 1782.

 

Il a fallu pour cela que les Birmans rasent la capitale d’Ayutthaya en avril 1767, qui allait mettre fin au royaume qui avait vu 34 rois se succéder depuis 1351. Il  a fallu que Praya Chakri  devienne l’un des deux généraux les plus proches de Taksin, qui de gouverneur de Tak allait reconquérir Ayutthaya le 7 novembre 1767, soit  8 mois après sa chute, fonder une nouvelle capitale à Thonburi, se faire couronner roi de Siam le 28 décembre 1768, réunifier le pays et  reproduire la cour d’antan, avec son protocole, sa hiérarchie, son étiquette, son administration.  Il a fallu  que le général Praya Chakri, se distingue lors de nombreux combats, tout en restant proche du roi, jusqu’à devenir l’homme le plus puissant du royaume. Il a fallu qu’il  « profite » d’un coup d’Etat  organisé par Phra Sun, pour prendre le pouvoir en éliminant  le roi Taksin le 6 avril 1782 et se faire couronner le 7 avril 1782 et régner jusqu’à sa mort  le 7 septembre 1809. Nous vous avons raconté son règne et les règnes des rois suivants de la dynastie Chakri dans « notre » histoire de Thaïlande.

H3. LE CALENDRIER DES JOURS FÉRIÉS, FÊTES CIVILES ET FÊTES RELIGIEUSES EN THAÏLANDE.

Le roi Chulalongkorn (Rama V) (1868-1910), le Père de la Nation.

 

 Nous avons consacré plus de 15 articles au long règne du roi Chulalongkorn (46 ans !) qui nous ont permis de comprendre pourquoi il fait l’objet d’un véritable culte en Thaïlande et est considéré comme le père de la Nation.

 

Il est déjà le roi qui a réformé et modernisé le royaume dans tous les domaines : l'administration unifiée et centralisée, le système d’impôts, la justice, les codes du pénal et du commerce, les travaux publics et les infrastructures (canaux, chemin de fer, lignes télégraphiques et téléphoniques, eau, etc.), la poste, l’éducation, les écoles primaire, secondaire, les écoles de droit, de médecine, des mines, de gendarmerie, de police, des arts et métiers, de commerce, etc. Il a de fait  transformé la société traditionnelle et posé les fondations d'un Etat moderne. Il est également toujours présenté comme le roi qui a mis fin à l’esclavage et qui a évité la colonisation de son pays. Le superlatifs ne manquent pas et sont fondés.

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Mais la fête fériée du 23 octobre, célèbre avant tout le « Père de la Nation ».

 

Nous avons maintes fois rappelé les circonstances historiques qui ont conduit le roi Mongkut (Rama IV. 1804-1868), puis ensuite le roi Chulalongkorn, son fils,  « à fonder la nation »  pour lutter contre les appétits coloniaux des Français et des Britanniques et préserver au mieux les territoires siamois.

 

Il fallut prouver que le Siam était une grande nation dont l’origine remontait à la fondation du royaume de Sukhothaï  en 1238 par le roi Si Intharathit. Le roi Mongkut – nous l’avons dit - découvrit « heureusement» la stèle de Ramkhamhaeng de 1292 qui  montrait aux occidentaux colonisateurs,  l'antiquité de la nation thaïe et celle des frontières du royaume, et  le haut degré d'organisation de la société thaï du XIIIème siècle sous l’autorité bienveillante du roi. (Cf. 19. Notre Histoire : La stèle de Ramakhamhèng (fin du XIIème ou début du XIIIème ?)**

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Il fallut « écrire » une histoire nationale, avec ses mythes, ses symboles, ses héros et  héroïnes, pour fonder la politique nationaliste.

 

« Rama IV et Rama V  durent  changer leur conception de leur pouvoir sur les provinces conquises du Laos et du Cambodge  face à la politique coloniale britannique et française. Il fallait désormais « moderniser » l’Etat, légitimer comme territoires siamois ce qui était hier des pays vassaux. Il fallut, face à la menace coloniale, faire reconnaître ses frontières. (Cf. Nos articles sur la question des frontières ***)

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Il fallut de fait établir et faire reconnaître une nouvelle souveraineté ;  créer une nation fondée sur une langue commune, des valeurs et une culture, promouvoir le nationalisme. Nous avions dans notre article sur le   «  nationalisme thaï ? » présenté quelques éléments de ce processus d’unification de la nation thaïlandaise engagé par le roi Chulalongkorn, basé sur l’appartenance ethnique thaïe et sur la fidélité et la soumission au Roi. « Cette politique fut intensifiée par son successeur le roi Rama VI (1910-1925) lui-même éduqué en Angleterre et conscient sinon imprégné des mouvances nationalistes européennes ou japonaise. Il donna au nationalisme thaïlandais une dimension culturelle et mis en avant le principe de « Thaï-ness » : modèle culturel issu des caractéristiques communes aux ethnies thaïes censées constituer le nationalisme. Les trois piliers du nationalisme thaï devenaient : « le roi, la nation et la religion bouddhiste» avec son idéologie, la Thainess. (Cf. Nos articles sur le sujet ****)

 

Après la révolution de 1932 qui établissait la monarchie constitutionnelle, de nombreux 1ers ministres poursuivirent l’œuvre du nationalisme siamois, pour laquelle  on peut distinguer le maréchal Phibun qui donnera une nouvelle couleur au nationalisme thaï. Il changera le nom du pays, pour faire du Siam le Prathétthaï, la Thaïlande ; instaurera le nouvel hymne national, etc. Le nationalisme sera ensuite un axe majeur de la politique du  militariste Sarit Thanarat (1957-1963), du  maréchal Thanom Kittikachorn (1963-1973) et du nationaliste virulent Thanin Kraivichien (1976-1978) et d’autres 1er ministres par la suite …

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La Nation est désormais pour ceux qui se considèrent Thaïlandais une valeur essentielle, une partie inaliénable de leur identité.  Elle est en tout cas pour le royaume l’occasion de le reconnaître officiellement le 23 octobre avec l’hommage rendu au roi Chulalongkorn.

 

Le roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX) et la reine. 

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Le royaume célèbrait donc officiellement le roi actuel, Rama IX,  le 5 mai pour rappeler la Journée de son couronnement (5 mai 1950) ; 

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et le 5 décembre son  anniversaire (5 décembre 1927).

 

Il est naturel que dans une royauté on puisse fêter solennellement le roi. Et cela est encore plus évident quand on connait un peu l’histoire de ce pays.

 

Jusqu’au 10 décembre 1932, la Thaïlande fut une monarchie absolue, où les rois devenaient lors de leur couronnement les maîtres absolus dans le monde des humains, « Le Saint Suprême Souverain Roi des Rois, Éminent Seigneur Rama, L'Unique Glorieux Omniscient, Shiva, le Suprême et Grandiose Conquérant du Monde, Rama Régnant, Éminent Seigneur des Lois et des Royaumes, Glorieux et Éminent Seigneur de la Création, Préservation et Conservation de la Montagne Cakkrawan, Éminent maître du Soleil Agni, Glorieux, Merveilleux et  Étendu Mérite, Agni le Génial et Brillant, Soleil des Trois Mondes, Puissance de Brahma, Maître des Dieux, Seigneur des Dieux sur Terre, Atmosphère Précieuse de la Race Humaine, etc… ». La liste est plus longue.

 

Mais s’il incarnait : Brahma, Shiva, Bouddha, Agni, etc, il avait effectivement tous les pouvoirs, « Le roi à  Ayutthaya, est  en sa qualité de devarâja, le dieu-roi hérité de la tradition khmère, le « Seigneur de la Vie » (Chao Chiwit), et commande en principe à tous les êtres, humains et autres, du royaume. Il est  aussi Chao Phendin, « le Maître de la Terre ». Autrement dit,  la terre du royaume appartient au souverain, et ses sujets qui l’exploitent n’en ont que l’usufruit. Le souverain  dispose donc  en maître absolu des biens fonciers, de son droit d’octroyer ou de confisquer les terres, de son droit de percevoir l’impôt sur toutes les terres. Il incarne l’Etat. » (In Notre 48. La sakdina, le système féodal du Siam ?)

 

S’il y eut une évolution, surtout avec les rois Mongkut et Chulalongkorn, rois plus éclairés, ils demeuraient néanmoins des monarques absolus et bénéficiaient encore du prestige ancien et des pouvoirs très importants. La coupure se fit avec la « révolution » de 1932 qui établira une monarchie constitutionnelle, mais néanmoins le 1er chapitre de la Constitution du 10 décembre 1932 déclarera que la personne du  roi était sacrée et inviolable, le mainteneur de la religion bouddhiste, le chef des forces siamoises, qu’il exerce le pouvoir législatif sur l'avis et avec le consentement de l'assemblée des représentants du peuple, le pouvoir exécutif par l’intermédiaire du Conseil d'Etat, le pouvoir judiciaire par l'intermédiaire des tribunaux dûment établis par la loi, etc.  (Cf. Son analyse in 189.1 et 189.2)

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Ce pouvoir sera maintenu dans les autres constitutions et  même dans celle approuvée par référendum le 7 août 2016, qui reprenait les articles de la Constitution « démocratique » de 1997, dans laquelle, la personne du roi  doit faire l’objet de vénération et est inviolable, qu’il est bouddhiste et défenseur des religions , chef des armées, etc. Mais aussi et ce n’est pas rien « qu’il est interdit de l’exposer à quelque accusation ou action (judiciaire) que ce soit », entendons le crime de lèse-majesté, largement utilisé par la junte actuelle.

 

Mais, si Rama VI signe la Constitution du 10 décembre  1932, qui instaure une monarchie constitutionnelle et parlementaire, il ne put supporter la perte de ses pouvoirs effectifs et abdique le 2 mars 1935 ; N’ayant pas d’héritier mâle,  

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l’assemblée désigne Ananda Mahidol comme le futur roi. Mais  il a alors 10 ans et vit en Suisse. La régence est instituée et désormais la politique du royaume est menée par les 1re ministres. Le roi Rama VIII ne reviendra au Siam que pour un séjour de deux mois du 15 novembre 1938 au 13 janvier 1939. Il a alors 13 ans.  Il y retourne en décembre 1945  pour décéder le 9 juin 1946 à l'âge de 21 ans. On le retrouve dans  sa chambre avec une balle dans la tête et une arme une arme dans la main.   Accident ? Suicide ? Crime ? Les circonstances sont encore très obscures à ce jour.

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Un Conseil de régence présidé par le prince Rangsit (พระองค์เจ้ารังสิต), le 52ème fils du roi Chulalongkorn, oncle du roi, nomme le frère cadet du roi défunt, le prince Bhumibol Adulyadej comme nouveau roi ; Celui-ci poursuit ses études en Suisse et ne revient en Thaïlande qu’en 1950. Il se marie le 28 avril avec celle qui deviendra donc la reine Sirikit le 5 mai 1950, lors de son couronnement.

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Mais il revient durant le « régime » autoritaire du maréchal Phibun, après le coup d’Etat pacifique du 8 avril 1948 et qui le gardera 9 ans et 5 mois jusqu’à un autre coup d’Etat le 16 septembre 1957. Une période durant laquelle Phibun va surtout promouvoir son propre culte et remplacer la photo du roi par la sienne. Aussi quand le maréchal Sarit s’empare du pouvoir le 16 septembre 1957, la position royale est sans équivoque :

 

« Compte tenu du fait que le gouvernement du maréchal P. Phibunsongkhram a été incapable de gouverner avec la confiance du peuple et  qu'il a été incapable de maintenir la paix et l'ordre, le Groupe militaire dirigé par le maréchal Sarit Thanarat a pris le pouvoir. Celui-ci a assumé les fonctions d’administrateur militaire spécial pour Bangkok. Nous demandons à la population de rester pacifiques et à tous les fonctionnaires du gouvernement de suivre désormais les instructions du maréchal Sarit Thanarat ». (Cf. Notre article 220).

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Dès lors le gouvernement du maréchal Sarit (9/02/59-08/12/63) va restaurer le culte monarchique, soutenu d’ailleurs financièrement par les Américains qui voyaient là un bon rempart contre la menace communiste et un facteur de stabilité pour le royaume. On organisa le culte du roi, les photos du roi furent mises au sein de chaque foyer ; l’éducation nationale et les médias purent  saluer quotidiennement les multiples talents du roi, toutes ses activités menées en faveur du développement des zones défavorisées du royaume, etc.  Il va non seulement acquérir une réelle popularité au sein de la population thaïlandaise et retrouver le prestige royal d’antan, jusqu’à être considéré pour beaucoup comme un demi-dieu.

 

De plus, aidé la loi contre le lèse-majesté, il a su passer pour un sage qui sait intervenir quand il le faut, lors des nombreux coups d’Etats qu’a connu le pays.

 

Dans notre article « A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande. » reprenant l’article de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » (in Thaïlande contemporaine)*****, nous nous étions déjà interrogé sur le pouvoir politique du roi et de son Conseil privé.

 

« Même si le roi est vénéré et a un réel prestige  personnel, il bénéficie de la loi du lèse-majesté (beaucoup utilisé depuis 2006) pour faire taire toute critique virulente ou toute analyse le mettant en cause.

 

On lui reconnait des interventions politiques essentielles à certaines périodes sombres de l’histoire politique thaïlandaise, comme  celle du 14 octobre 1973 : « le roi demanda et obtint la démission des maréchaux Thanom Kittikachorn et Praphas Charusathien, respectivement Premier ministre et ministre de l’Intérieur ». Il nomma comme premier ministre, un de ses conseillers royaux .Il interviendra de même le 8 octobre 1976, après un nouveau massacre d’étudiants en nommant Thanin. Mais nous dit Baffie, « l’action la plus marquante du souverain reste, dans l’esprit du peuple, la rencontre du 20 mai 1992 », où il sermonna le premier ministre et le leader des manifestants en public (Suchinda et Chamlong), responsable de la mort de nombreux manifestants, et mis en place deux de ses conseillers privés, Sanya et le général Prem,  au poste de Premier ministre. Il est dit que le général Prem, redevenu conseiller du roi,  joue actuellement un rôle essentiel depuis 2001, dans  la politique du pays. »

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Mais nous dit Baffie, si trois conseillers sont devenus premiers ministres ou que le général Surayud , premier ministre de 2006 à 2008, est devenu Conseiller royal, « Toute la question est de savoir si les conseillers royaux sont de simples représentants -des instruments- d’un souverain en principe « au-dessus de la politique », ou s’ils disposent d’une réelle part d’autonomie ». Eh oui, c’est une clé essentielle à saisir. Toutefois la « guerre  » ouverte entre le conseiller Prem (très proche de la reine) et l’ancien premier ministre Thaksin,  était de notoriété publique. (Etait-ce une lutte entre le pouvoir royal menacé et le nouveau pouvoir « démocratique »  issu des urnes de Thaksin ? En tout cas le coup d’Etat du 19 septembre 2006 mené par le général Sonthi contre Thaksin fut  légitimé dès le lendemain par un décret royal. (Un décret royal légitimant le renversement d'un gouvernement légitime !)

 

De toutes façons, le roi, de par la Constitution, doit faire l’objet de vénération et est inviolable, qu’il est bouddhiste et défenseur des religions, chef des armées, etc ; et  qu’il est -de fait- vénéré et le père de la Nation.

 

Les jours d’anniversaire de feu le roi (Le 5 décembre)  et de la reine (Le 12 août) coïncident également  avec la fête de tous les pères et de toutes les mères  du royaume.

 

C’est évidemment une idée politique géniale qui ne peut que renforcer le lien affectif qui unit le peuple à leur roi et reine. Mais cette décision a une histoire puisque la fête des mères liée à l’anniversaire de la reine ne  fut instituée qu’en 1976 et celui de la fête des pères liée à l’anniversaire du roi en 1980. (Cf. Un bref historique pour la reine sur le blog de Patrick******)

 

La fête du 10 décembre Journée de la constitution de 1932, qui célèbre le changement de la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle.

 

Cette date est si importante que nous lui avons déjà consacrée un article intitulé justement « Le 10 décembre, un jour férié pour « le jour de constitution » en Thaïlande.  (Cf. Nos articles consacrés aux constitutions en note *******)

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De même que  nous avons déjà – bien entendu - présenté cette « révolution » de 1932 dans «notre » histoire de la Thaïlande. Dans notre introduction de l’article intitulé « Le coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam. », nous disions :

 

« Nous avions vu dans un article précédent que la crise économique mondiale avait eu des effets importants sur la situation sociale des fonctionnaires, des militaires, des salariés et des masses rurales du Centre du Siam, mais que cette crise n’avait provoqué aucun mouvement collectif de mécontentement ou de protestation. Les cérémonies de célébration d’avril 1932, du 150ème anniversaire de la  fondation de Bangkok s’étaient bien déroulées au milieu de la liesse populaire.

 

Ils étaient peu nombreux alors à penser à un renversement de régime et encore moins à savoir qu’un coup d’Etat aurait lieu le 24 juin 1932, qui allait mettre fin à la monarchie absolue et instaurer une monarchie constitutionnelle.

 

Les sources sont nombreuses qui racontent cette date historique, et nous en  avons déjà maintes fois donné les éléments importants. (…) Mais il nous fallait bien – en abordant le règne de Rama VII (1925-1935) -  revenir sur cet événement capital qui a changé le cours de l’Histoire de la Thaïlande.

 

Il nous a paru intéressant de vous présenter deux versions différentes, voire deux récits de ce Coup d’Etat de 1932. Le premier est de Pierre Fistié relaté dans son livre « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », et le second sera une version remaniée de l’article intitulé alors  « A.68  Il y a 80 ans en Thaïlande,  le 24 juin 1932, coup d’Etat ou  complot ? » ; un récit qui s’inspire de l’article de Robert Lingat, correspondant de l'Ecole française d'Extrême-Orient au Siam, intitulé « Instauration du régime constitutionnel ».

 

Il en est de même pour la Constitution  du 10 décembre 1932, que nous vous avons présentée en deux articles : 189.1 et 189.2  « La constitution du 10 décembre 1932. 

 

Depuis, il semble que les coups d’Etat  soient devenus  le moyen « démocratique » de gérer le pays et les constitutions, une tradition thaïe, puisque le pays a déjà vu 19 coups d’Etat (au moins), avec le dernier en date le 22 mai 2014 et 16 constitutions (ou 18 chartes selon certaines sources), dont la dernière a été approuvée par référendum le 7 août 2016. (Cf. Notre article A219. « Que penser du référendum du 7 août 2016 et A.5 : Une tradition thaïe : chartes et coups d’Etat ?)*******

 

Cela valait bien une fête nationale !

 

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Notes et références.

*Le Petit Journal du lundi 29 août 2016 : « CONGES - La Thaïlande 3éme pays au rang des jours fériés!,  C.V. » (http://www.lepetitjournal.com/bangkok)   

http://www.guidethailande.fr/activites/festivals-et-evenements/#asalha-puja

**Cf. par exemple http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Monde/Le-bouddhisme-ne-sera-pas-la-religion-nationale-en-Thailande-2016-02-09-1200738735

***http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html

 « Le Siam et ses frontières. (http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-le-siam-l-isan-et-ses-frontieres-72124773.html).

Voir comment nous avions été surpris en lisant les « NOTES SUR LE LAOS », d’Etienne Aymonier qu’il décrivait en fait en 1885 notre Isan comme un territoire lao..

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-l-isan-etait-lao-au-xix-eme-siecle-72198847.html

14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux.

.http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html

****http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html)  

Pour la Thainess : Cf. notre article 36. « La thainess ? « LA » clé pour comprendre la Thaïlande moderne »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-36-decouvrir-l-isan-la-thainess-la-cle-pour-comprendre-la-thailande-85398764.html)

*****http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

 ****** Blog de Patrick : « Le 12 août, jour anniversaire de la Reine Sikirit, coïncide aussi avec la fête de toutes les mères du Royaume.

 

Les Thaïlandais offriront à leur maman un bouquet de jasmin.  La blancheur de la fleur de jasmin rappelle la pureté de l'amour d’une mère pour son enfant, l’intensité du parfum en illustre la force, et le fait que cette fleur s’épanouie toute l’année suggère l’éternité de cet amour. Cette fête est aussi commémorée dans les écoles où l’on ressent beaucoup d’émotion entre l’enfant et la mère

 

Des débuts difficiles avant que la reine n'y soit associée

 

La fête des mères est apparue pour la première fois en Thaïlande le 10 mars 1943. Elle avait alors été instaurée par le ministre de la Santé publique qui se serait inspiré de la fête de mères aux Etats-Unis. Mais le contexte de la seconde guerre mondiale rend difficile l’adoption par le peuple de cette nouvelle fête qui tombe aussitôt aux oubliettes.

 

En 1950, le gouvernement thaïlandais cherche à nouveau à promouvoir la fête de mères et la place sur le calendrier au 15 avril. Mais là encore, c’est un échec. C’est finalement en 1976 que le Conseil national de l’Assistance Sociale de Thaïlande, sous le patronage du Palais Royal, déclare le 12 août, jour de l'anniversaire de Sa Majesté la reine Sirikit, comme la journée de toutes les mères.

 

L’année suivante, le ministère de l'Education publie un livre intitulé « La mère de tous les Thaïlandais », démontrant que  la reine Sirikit agit telle la mère du peuple thaïlandais. L’ouvrage passe en revue les actions menées par la reine pour venir en aide aux Thaïlandais, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé, aux côtés de l’amour et de la tendresse maternelle qu’elle manifeste pour ses propres enfants. La reine Sirikit s’attache également à ce qui touche à la préservation des arts et de la culture thaïlandaise pour cultiver la fierté nationale de ses sujets.» http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-34853408.html

 

 

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 18:05

Peinture murale du temple de Wat Phumin (วัดภูมินทร์) à Nan : 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

 

II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

L'année 1892 a marqué un tournant dans l’histoire du colonialisme français. On constate  l'émergence d'un électorat français de plus en plus préoccupé par les questions coloniales. Le parti colonial s’agite pour envoyer des forces de police occuper les territoires laos tributaires du Siam. La doctrine qui finit par triompher fut celle de Charles Le Myre lui-même conseillé par le Comte de Kergaradec, Consul à Bangkok : nous ne pouvions étendre notre domination sur l'ensemble de la rive gauche du Mékong, «  occupée » par les Siamois soutenus par l'Angleterre, qu'en nous référant aux droits de l'Annam sur lequel notre protectorat était déjà reconnu. 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

Une fiction à laquelle d’ailleurs Pavie ne croyait pas un mot.

 

La campagne prend une tournure inattendue quand l’Inspecteur de la Garde Civile Gustave Grosgurin est tué à Kham Muon. Cette disparition fouette le parti colonialiste pris d’une frénésie nationaliste, l’incident fait pendant un mois la « une » de toute la presse française, si bien qu’un article spécifiquement liés à l'incident fut inséré dans l'un des deux traités d’octobre 1893 qui ont marqué la fin des hostilités entre la France et le Siam, l’article III : « Les auteurs des attentats de Tong-Xieng-Kham et de Kammuon [Khammuan] seront jugés par les autorités siamoises; un représentant de la France assistera au jugement et veillera à l'exécution des peines prononcées. Le Gouvernement français se réserve le droit d’apprécier si les condamnations sont suffisantes, et, le cas échéant, de réclamer un nouveau jugement devant un tribunal mixte dont il fixera la composition ».

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

Dispositions singulière : si le territoire sur lequel Grosgurin a été tué le 5 juin 1893 était tributaire de l’Annam, c’était la procédure applicable à l’Annam qui devait jouer, l’affaire devant être examinée par la Cour d’appel de Saigon statuant comme Cour criminelle de façon à peu près similaire à une Cour d’assises de métropole avec toutes sortes de garanties procédurales, dont les décisions sont soumises à un pourvoi en cassation et éventuellement au droit de grâce du Président de la république.

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

Si Grosgurin a été tué sur un territoire siamois, c’est bien la justice siamoise qui est compétente, celle-là même dont les Français cherchaient à tout prix à éviter à leurs « protégés » compte tenu de son caractère alors archaïque et brutal ?

 

Les négociations sont conduites par Le Myre auquel le ministre Develle a enjoint d’éviter  « une attitude de bienveillance » pendant les négociations. Le Myre ne fait aucun secret de son intention d'imposer des mesures « très dures » aux Siamois, considérant que toute négociation est une perte de temps. Comment va-t-on régler la question de l’affaire de Kham Muon ? Les discussions furent âpres avec le Prince Devawongse. Le Myre propose de traduire le mandarin devant une commission mixte franco-siamoise à prépondérance français. Les Siamois, sans illusions, suggèrent la création d’une « Cour mixte internationale » présidée un juge neutre, américains ou néerlandais et des magistrats anglais de Singapour en présentant toutes garanties d'impartialité. Devant l’intransigeance française, il ne resta plus au roi qu’à signer un arrêté créant un « Tribunal spécial et temporaire » pour juger Phra Yot.

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

Tout en étant persuadés que celui-ci finirait devant des Juges français, les Siamois font alors des efforts considérables pour concevoir une cour de justice devant appliquer la législation siamoise mais au vu de règles de procédure inspirées de l'Angleterre. Le Tribunal sera composé de six juges et d’un président ayant tous pouvoirs pour convoquer des sujets nationaux ou étrangers, contraindre les sujets siamois à témoigner ou produire des documents, et en général à prendre les mesures appropriées pour éclairer la conscience de la Cour. L'accusé avait droit à l'assistance d'un ou plusieurs avocats, ainsi que celui de fournir une réponse complète aux accusations, de contre-interroger les témoins de l'accusation, de produire des témoins et des preuves pour sa défense, et d'avoir « le droit au dernier mot ». 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

Il aura également droit à un interprète pour tout élément de toute preuve portée contre lui dans une langue qu'il ne comprendrait pas. L’arrêté royal autorise également un représentant désigné par le gouvernement français à conférer avec le procureur siamois sur le contenu de l'acte d'accusation, demander qu'un témoin soit entendu, bref à participer au bon déroulement de la procédure.

 

Le Dr John MacGregor, un officier anglais du Service médical indien, de passage au Siam a assisté  au procès et le décrit dans ses mémoires.

 

« La salle du tribunal, où l'affaire a été jugée, était l'un des grands bâtiments publics dans l'enceinte de la ville fortifiée mais une relativement petite chambre pour une  si grande épreuve. Sur une  estrade élevée sont assis les six juges siamois, présidé SAR le Prince Bitchit. A droite de la Cour sous un dais est assis l'avocat français, le consul français, et un expert juridique français venu de Saigon. A gauche de la cour et faisant face à la partie française sont assis les plaideurs, consistant en un anglais et un avocat Cinghalais, tandis que l'ex-précepteur du prince héritier jouait le rôle d'interprète. Derrière les juges était le Bureau des greffiers avec trois ou quatre personnes. Face à la table se trouve Phra Yott jugé pour tous ces crimes mentionnés. Il est inutile de dire qu'il est observé par tous. Il est vêtu d'un manteau et un gilet bleu, et une jupe ayant quelque lointaine ressemblance avec un kilt mais pliée à la mode siamoise, tandis qu’aux pieds, il porte de mignonnes chaussures et de longues chaussettes blanches ».

 

« Après une exception préliminaire due à la présence d'un témoin clé de l'accusation dans la salle d'audience et une demande de renvoi du procès (rejetée) pour permettre aux avocats de préparer leur défense,  il est procédé à la lecture de l’acte d’accusation » (1).

 

« Phra Yot est accusé d'avoir ordonné l'assassinat volontaire et prémédité de Grosgurin et d’un nombre inconnu de soldats annamites, de vol, d’incendie criminel, et d’avoir infligé des blessures graves à Boon Chan, interprète cambodgienne de Grosgurin et à Nguen van Khan, soldat annamite ».

 

« Malgré la gravité des accusations portées contre lui et la sévérité des peines encourues, Phra Yot affiche un grand sang-froid lors de la lecture, une réaction qui a fait une très forte impression sur le public. Le correspondant du Bangkok Times, couvrant le procès a noté « ses ressources et une maîtrise de soi considérable » tout comme James G. Scott, chargé d’affaires britannique à Bangkok chargé de suivre  le procès ».

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

« L'accusé était aussi frais qu’un concombre (« cool as a cucumber » est une expression typiquement anglaise) et mâche son bétel. Il n’a rien de sanguinaire ou de féroce et n'a rien dans son apparence qui le distingue comme un criminel ou un héros ».

 

« Après les préliminaires habituels Phra Yott annonce qu’il plaidera « non coupable »  à toutes ces accusations. Il va ensuite s'asseoir à côté de son avocat à  gauche de la cour, sous la garde d'un soldat siamois, qui se tenait toujours derrière lui. Quand il eut fini de mâcher son bétel, il sort calmement de sa poche un gros cigare et  commence à fumer. La scène frappe tous les européens, si étrangère  à nos coutumes de voir un prisonnier qui risque sa vie fumer son cigare. J’aurais aimé avoir le talent d’un artiste pour peindre la scène ».

 

L'attitude et la conduite des deux représentants français, M. Pavie et M. Ducos, président de la Cour d'appel à Saigon  a laissé une impression tout aussi indélébile à ceux qui ont assisté au procès (2)Dans son compte-rendu officiel de la procédure pour le Foreign Office, Scott a pris soin de signaler que les représentants « se moquaient ouvertement de la procédure, arrivaient en retard tout en sachant que  la Cour ne pouvait pas opérer sans eux, et n’hésitaient pas à répéter tous les jours que le procès était une simple perte de temps, puisque l'affaire devait nécessairement être jugée à nouveau devant un Cour française… Ces représentants devaient sans doute penser que par leur attitude, ils pourraient perturber le déroulement du procès et contrecarrer les efforts siamois pour légitimer le Tribunal spécial aux yeux du public européen. En fait, les juges, en se fondant tirant sur le témoignage du seul témoin à charge (Boon Chan) et de sept témoins de la défense en sus de Phra Yot,  entendus pendant huit jours de séance publique a réussi à reconstituer le premier récit complet et convaincant des événements de Kieng Chek.

 

Selon le verdict d’acquittement du 17 Mars 1894, à la mi-mai 1893 une colonne armée de soldats français et annamites commandés par le capitaine Luce a été envoyé à Kham Muon avec ordre de déposer le commissaire siamois de la province. Le commissaire (Phra Yot) a résisté pendant plusieurs jours, mais le 23 mai 1893 il a accepté d'être escorté jusqu'à Kieng Chek, (3) par un petit contingent de troupes annamites sous le commandement de l'inspecteur Grosgurin. Les protestations de Phra Yot ont été enregistrées dans une lettre adressée au capitaine Luce, dans laquelle le commissaire a insisté sur les « droits absolus et continus » du Siam sur le territoire, de Kham Muon  et a exigé que la lettre soit transmise au gouvernement siamois. Il a ensuite envoyé une seconde au commissaire de Uthene, Luang Vichit, dans laquelle il a fait appel à l'aide, sous la forme d’hommes et d’armes, en renfort de son escorte

 

Lorsque le convoi a atteint Kieng Chek, l’inspecteur Grosgurin a été informé que le second de Phra Yot, Luang Anurak, avait été vu prônant en public la résistance armée contre les Français. 

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Luang Anurak a été rapidement arrêté et conduit à la maison de Grosgurin, où il fut placé en garde à vue. Phra Yot, conscient de faire face à un « acte de violence » rencontra secrètement les commandants des troupes mobilisés par le commissaire de Uthene pour chasser les soldats étrangers du pays.

 

Le 3 Juin 1893 en compagnie de Phra Yot et d’environ environ vingt soldats siamois, ils se rendirent  à la résidence de Grosgurin à Kieng Chek oú il se trouvait en mauvaise santé. Luang Anurak a couru hors de la maison, ce qui a conduit les soldats annamites à tirer sur les Siamois. Phra Yot après discussions avec les chefs de sa troupe a donné l’ordre de riposter. L’Inspecteur Grosgurin, environ douze soldats annamites, six soldats siamois et un traducteur siamois ont été tués au cours de cet échange.

 

La décision a été prise à l’unanimité le 25 mai 1894 au bénéfice d’une argumentation circonstanciée en réponse notamment à un évident acharnement du Procureur siamois mais sans évoquer explicitement la référence au droit de la guerre soulevé par les avocats de Phra Yot. 

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Cette réticence est compréhensible, une telle décision rendue par un tribunal siamois aurait mis en danger la fragile détente qui avait prévalu depuis octobre 1893. Mais tout au long du jugement, les juges qualifient à plusieurs reprises les forces françaises et annamites d’ « envahisseurs armés ».

 

L'opinion publique fut évidemment divisée, la communauté des expatriés non français et les Siamois ont considéré ce verdict comme raisonnable et la procédure comme fondamentalement juste. Il n’en fut évidemment pas de même des Français du Siam et à Paris ou la presse se déchaîne en hurlant à la mort. Le Myre et de hauts fonctionnaires français affirment alors que de toute façon Phra Yot serait condamné par le tribunal mixte.

 

Ducos fait immédiatement connaître le 26 mai 1894 son intention de constituer le Tribunal mixte selon l'article III de la convention. La Cour mixte (mais non paritaire !) devait être composée de deux juges français, deux juges siamois et un président français, chacun autorisé à faire toutes démarches nécessaire pour découvrir la vérité.

 

L'accusé avait droit à :

 

1) recevoir une copie de l'acte d'accusation au moins trois jours avant l’ouverture de son procès;

2) comparaître  libre;

3) l'assistance d'un avocat;

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4) recevoir une traduction fidèle de la procédure;

5) répondre aux dépositions des témoins à charge;

6) faire poser des questions à un témoin à charge par le Président;

7) apporter tous éléments à décharge portant atteinte à la crédibilité des poursuites.

 

L’acte d’accusation avec une remarquable diligence est établi le 27 mai 1894. Nous vous en épargnons la longue lecture.

 

Il faut ajouter, compte tenu des chefs d’accusation,  que les règles prévoient la peine capitale pour un accusé reconnu coupable d'assassinat, de vol ou d'incendie, mais qu’il sera permis aux juges d'exercer leur pouvoir discrétionnaire et de réduire la peine de mort à entre cinq et vingt ans de travaux forcés si, à leur avis, il existe des circonstances atténuantes.

 

Le procès débute le 4 Juin 1894, c’est une mascarade. 

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Il a lieu à l'ambassade de France dans une chambre pièce gardée par des marins armés de fusils chargés baïonnette au canon. Pour être admis, il est impératif d’avoir une autorisation de la légation française.  L’accusé comparait devant la cour « libre » mais enchainé. 

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Le Tribunal est composé du Président Paul-Etienne Mondot (Président de la Cour d'appel de Hanoi), du juge Joseph Cammatte (conseiller à la Cour d'appel de Saigon), du juge René Fuynel (Procureur de la république à Mytho), et pour les siamois du juge Maha Thibodia et du juge Phya Sukari. Le siège de l’avocat général est tenu par Louis-Georges Durwell, procureur de la république à Saigon. 

 

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L’accusé est assisté d’un dénommé Duval « de Saigon » sur lequel nous ne savons rien et de William Alfred Tilleke, avocat siamois à Bangkok dont l’énorme cabinet est toujours en activité.

 

Nous y constatons avec stupéfaction la présence au siège du magistrat du parquet (le procureur de la république Fuynll, ce qui est une monumentale hérésie procédurale puisque les magistrats « du siège » (juges) sont inamovibles et indépendants ou censés l’être et que ceux du parquet (procureurs) sont soumis à la hiérarchie de la chancellerie. Autre monumentale hérésie évidemment, l’absence de référence à toute possibilité d’une voie de recours est une atteinte fondamentale aux principes généraux du droit français. Mais si l’on aime bien faire référence en France à la déclaration des droits de l’homme c’est à la seule condition qu’elle ne déborde pas dans les colonies.

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Mais quelques mots sur la magistrature coloniale des débuts de la troisième république s’imposent sur un plan général et en Indochine en particulier :

 

Tout d’abord, ce que l’on peut concevoir, c’est que dès la consolidation du pouvoir républicain en 1879, le gouvernement a commencé à effectuer un « nettoyage » dans la magistrature en s’assurant la fidélité des « chefs de cour », présidents des cours d’appel qui ont pouvoir disciplinaire sur tous les magistrats de leur ressort et des procureurs, magistrats du parquet sur lesquels il exerce directement son pouvoir hiérarchique. Mais la Loi « Jules Ferry » du 30 août 1883 organise l’épuration en supprimant purement et simplement l’inamovibilité des magistrats du siège. Il y a environ à cette époque 7000 magistrats en France, plus de 2000 ont alors été éliminés qu’il a fallu remplacer. 

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Le problème se pose évidemment dans les colonies. Le sujet est peut-être sensible mais, sous les réserve d’usage, il apparait que les colonies ont été un exutoire pour les magistrats « à problèmes » évacués pour des motifs pas toujours avouables (dettes criardes, désordre des mœurs, parfois pire), refuge des déclassés et des indésirables de la métropole … Le problème s’aggrave en Indochine oú une véritable organisation judiciaire ne fut mise en place que dans les années 80 d’oú difficultés de recrutement et obligation d’aller chercher des fonctionnaires d’autres corps sans la moindre formation. Ne citons qu’un exemple, Paul-Etienne Mondot, président du Tribunal mixte, avant de se retrouver en Indochine avec un premier poste de conseiller à la Cour d’appel de Saigon en 1886 exerçait les très nobles mais très modestes fonctions de procureur de la république à Embrun puisqu’il y avait à cette époque un Tribunal civil à Embrun. Une promotion fulgurante qui s’explique évidement par le talent dont il fit preuve dans la poursuite des voleurs de pommes dans le Queyras… ou autrement ?
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La Cour entend le témoignage de l'accusé et les témoins de la défense, il n’y a rien de nouveau par rapport aux débats devant le Tribunal siamois. Ce que signal notre observateur, c’est l’attitude du Président Mondot qui se révèle particulièrement agressif en procédant à un interrogatoire agressif de l’accusé, « interrogatoire à charge » disent les praticiens qui ne correspond guère à ce que la déontologie des magistrats impose à un président de juridiction.

 

Le 7 juin, la Cour entend la plaidoirie de Duval, nous n’avons malheureusement pas celle de Tilleke. Elle commence en exergue par une citation de La Fontaine (« Le paysan du Danube ») qui nous laisser à penser qu’il savait fort bien qu’il plaiderait dans le vide :

 

 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

«  Je supplie avant tout les Dieux de m'assister,

«  Veuillent les immortels conducteurs de ma langue,

« Que je ne dise rien qui doive être repris »

 

Plaidoirie très technique, trop peut-être alors qu’un peu d’agressivité n’aurait pas été superflue mais la mode n’est pas alors aux défenses de rupture qui n’ont pourtant pas été inaugurés par Jacques Vergès : « Je suis ici pour accuser, non pour me défendre » (Karl Liebkncht à Berlin en 1916).

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Le 13 juin 1894, l’affaire est terminée, l'accusé a été reconnu coupable à la majorité, les deux juges siamois ont refusé de signer le verdict, non pas comme assassin  mais complice de l'assassinat de Grosgurin et de quinze soldats annamites, mais acquittés de toutes les accusations de vols et  incendies qui ont eu lieu pendant ou après les combats.

 

Phra Yot est donc  condamné à mort pour l'assassinat, mais sa peine commuée en vingt ans de travaux forcés au motif qu'il n'a pas agi dans le but « de satisfaire ... la cupidité ou des sentiments de haine ou de vengeance personnelle» qui caractérisent les assassins ordinaires ».

 

Nous apprenons par un article de « La Lanterne » du 17 juin 1894 que sur l’indemnité de 3 millions versée par le Siam, il reviendra 150.000 francs à sa mère, veuve et receveur des postes à Sucy-en-Brie, ce qui correspond à environ 375.000 euros 2016 somme importante puisqu’un magistrat colonial chef de Cour gagne alors en moyenne 13.000 francs par an (4). Il ne revint rien aux Annamites, oubliés sans nom. Le 17 juin 1894 est le dimanche de la Pentecôte. L’arrêt a été rendu le 13. Quand on connait les délais de règlement en matière de comptabilité publique, il est ÉVIDENT que la dépense avait été ordonnancée bien avant mais il fallait attendre que la décision soit rendue pour officialiser la dette !

 

Des difficultés vont ensuite s’élever sur l’exécution de la peine ! Les Français voulaient envoyer le mandarin dans « une colonie pénitentiaire française » et se heurtent à une opposition farouche des Siamois qui ne veulent pas l’envoyer « en un lieu où les langues, le climat, les idées lui  seraient totalement inconnu et où il perdrait, dès le premier instant toute perspective de jamais revoir son pays, ses amis et sa propre famille ». C’est sur une intervention opportune du Foreign office que Phra Yot a pu purger sa peine dans une prison siamoise (nous n’avons pu savoir laquelle) où un membre de la légation française lui rendait visite périodiquement pour vérifier que sa punition était dûment effectuée.

 

 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

Ce procès n’a en réalité rien éclairci. Le bilan de la cour est douteux et les insuffisances de procédure flagrantes, les plus évidentes étant le peu de temps (une semaine, en réalité trois jours) laissé à la défense pour préparer le dossier, l’attitude au moins agressive du président lors de l’interrogatoire de l’accusé et une analyse partielle et partiale de la Cour en ce qui concerne à l'inapplicabilité des lois de la guerre. Le chargé britannique James G. Scott a rapporté que le président avait ouvertement bafoué les témoins de la défense avant même qu'ils aient commencé à témoigner. Peut-on considérer comme impartiale une Cour qui a pris un peu plus d'une heure pour interroger tous les témoins de la défense ? Un toute petite partie de l’opinion française n’est pas dupe, consciente qu’il pèse un nuage de suspicion sur ce procès : Nous lisons dans la très sérieuse « revue de Géographie » en juillet 1899  « …Grosgurin fut assassiné en exécutant sa mission dans des circonstances assez mystérieuses » (5);

 

Grosgurin n’intéresse en réalité personne. Une condamnation s’imposait, aussi inique soit-elle, faute de quoi l’opération de Pak Nam perdait tout justification et devenait ni plus ni moins qu’un acte de piraterie.

 

Il n’y a guère que dans « La lanterne », journal atypique et souvent iconoclaste que nous trouvons le 19 juin 1893 cette analyse qui nous semble bien proche de la vérité : Les marins brulaient d’en découdre avec les Siamois, ils vont être servis, ils ont enfin leur casus belli : « Depuis hier on est en liesse à la rue royale (NB siège du ministère de la marine). Jamais pareille aubaine n’était échue à la marine dans de pareilles conditions. Sans doute, il est fâcheux qu’il y ait eu mort d’homme et ce pauvre Grogurin mérite bien un regret quoiqu’après tout il n’appartint pas à la marine ni même au corps des marsouins, ce qui diminue évidemment la gravité de la perte. Mais après avoir versé le pleur obligatoire, il est impossible de ne pas apprécier à sa juste valeur l’occasion sans pareille qui se présente pour la marine de manger l’herbe sur le dos des colonies et même d’entamer un peu la peau ».

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

Grosgurin n’intéresse en réalité personne : alors que les dépouilles des trois marins morts lors du blocage de Pak Nam ont été rapatriées en France et qu’ils sont considérés comme « morts pour la France », il a été enterré sur les lieux de son décès oú sa tombe existait encore en 1932, sans la moindre médaille à titre posthume (6).

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

Grosgurin n’intéresse en réalité personne : Dans un courrier au Consulat de Bangkok du 25 octobre 1897, Hanotaux, ministre des affaires étrangères écrit  « Le Roi m'a … de son côté, exprimé le désir que des mesures de clémence fussent prises en faveur du Siamois Phra Yot, emprisonné depuis quatre ans à la suite du meurtre de l'inspecteur Grosgurin » (7). Nous ignorons les suites exactes qui furent donnés à cette requête mais toujours est-il que Phra Yot fut très rapidement libéré le 6 novembre 1898, le roi lui accorda immédiatement comme « patriote héroïque » une pension de 500 baths par mois et le droit de porter les deux surnoms de « yot phet » et « Kritnamit »  (ยอดเพ็ชร์ – กฤษณมิต – « le héros de diamant » et « l’ami de Krishna »). La presse française, probablement satisfaite de l’occupation du Laos ne dit pas un mot sur la libération de celui qui, quelques années auparavant, était considéré comme un assassin sanguinaire, un pillard et un incendiaire et se retrouve soudain couvert d’honneurs.

 

Grosgurin n’intéresse en réalité personne : Le seul renseignement trouvé sur lui relève de l’éloge funèbre d’un sous-chef de bureau par un sous-préfet de province : « M. Grosgurin était un fonctionnaire de grand avenir et le sous-secrétariat des colonies perd en lui un de ses agents les plus distingués, qui joignait à une grande expérience un grand esprit de décision » (8). Pas même une photographie, la seule que nous vous livrons provient d’un site thaï concernant Phra Yot !

 

 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

Ne parlons pas des tirailleurs annamites tombés dans cet échange, ils sont inexistants, on n’en connait pas le nom et pas même le nombre exact.

 

Nous aurions pu limiter nos explications à ce qui fut, probablement pour la première fois en France, « La Justice des vainqueurs ». 

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Mais d’autres éléments nous permettent d’affirmer en pesant nos mots qu’il s’agit également et au moins pour partie d’une justice de crapules. Nous avons quatre magistrats français, Paul-Etienne Mondot, Joseph Cammatte, Fuynel et Durwell. Il est évident qu’ils n’ont pas été désignés  à ce poste pour rendre la Justice mais pour rendre des services, ce qu’ils ont fait.

 

Le 6 septembre 1894, Camatte avait présenté de concert avec un Sieur X au « Conseil colonial » une demande de concession gratuite de terrains dans l’arrondissement de Mytho où Fuynell est procureur portant sur 2000 hectares. Il leur en fut tout de même alloué 600 à chacun le même jour. Peu de temps avant sa désignation pour siéger à la Commission, le 28 avril, Fuynell de son côté avait reçu une concession gratuite de 850 hectares. Il recevra une nouvelle concession gratuite en 1896 pour 430 hectares et encore en 1898 pour 205 hectares…. L’attribution de concessions gratuites d’énormes superficies de terraine domaniaux à deux magistrats dans le ressort territorial où ils exercent leurs fonctions ne relevait pas de l’indélicatesse, elle relevait de la concussion ou de la corruption passive (7).

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Le Président Mondot a été moins vorace, il s’est contenté d’un congé « de convalescence » dès le mois de juillet. Ne parlons pas des légions d’honneur qui sont tombés comme à Gravelotte, rien de bien méchant mais un détail mérite d’être  souligné, elles ne venaient pas du Ministère de la Justice mais de celui des colonies, ne le reprochons-donc pas à Durwell.

 

 

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Particulièrement mal venu, mal et scandaleusement conduit par au moins deux crapules sur quatre, ce procès inutile puisque le parti colonial avait obtenu satisfaction, a eu un effet retentissant au Siam, il a créé un martyr ce dont les rapports franco-siamois n’avaient nul besoin. 

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Il y a au moins deux camps militaires qui portent le nom de Phrayot et au sein desquels un mémorial lui est consacré, le camp du 3ème régiment d’infanterie à Nakhon Phanom dans le village qui porte désormais le nom de Ban Phrayot, et celui de la 3ème  division de la police des frontières dans la province de Nakhonrachasima.

 

 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

La défaite du Siam n’a pas suffi, les Siamois n’étaient pas seulement des vaincus, ils n'étaient pas des vaincus ordinaires. Il ne s’agit pas de prendre la défense du Siam mais simplement la défense de la vérité. Existe-t-elle ? Ce que nous savons c’est que la déformation systématique des faits existe.

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SOURCES

 

Sur les deux procès :

 

Kevin Heller et Gerry Simpson « The Hidden Histories of War Crimes Trials  » Published to Oxford Scholarship Online : Janvier 2014 sur le site :

http://www.oxfordscholarship.com/view/10.1093/acprof:oso/9780199671144.001.0001/acprof-9780199671144-chapter-3

 

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

« The Case of Kieng Chek Kham Muon before the Franco-Siamese Mixed Court. Constitution of the Mixed Court and rules of procedure Paperback », 1923, reprint 2010.

 

Sur l’organisation judiciaire en Indochine :

 

A. Arnaud et H. Méliay « Colonies françaises - Organisation administrative, judiciaire, politique et financière », 1900.

 « L'Organisation de la justice en Indochine »,  HANOI, IMPRIMERIE D'EXTRÊME-ORIENT, 1930.

 

Sur la magistrature coloniale :

 

Jean-Claude FARCY « Les carrières des magistrats (XIXème - XXème siècles) -  Annuaire rétrospectif de la magistrature », juillet 2009.

Jean-Claude FARCY «  Quelques données statistiques sur la magistrature coloniale française (1837-1987) » Clio@Thémis - n°4, 2011.

 

Sur l’épuration dans la magistrature :

 

« La magistrature épurée de 1878 à 1884 : documents parlementaires et législatifs », Publication de la Gazette de France, 1884.

 

Sur les concessions en Indochine :

 

Louis Cros « L’Indochine française pour tous », 1931.

 

Sur les carrières professionnelles des magistrats :

 

« Agenda et annuaire de la magistrature, du barreau et des officiers publics » (qui existe toujours) depuis 1887 et les dossiers de la Légion d’honneur sur le site « base léonore » : http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/recherche.htm

 

Sur les attributions de concessions gratuites à Camatte et Fuynell :

 

Procès-verbaux du Conseil colonial dans le « Bulletin officiel de l’Indochine française » essentiellement 1895.

 

Sur Phra Yot :

 

Il n’existe rien ni en français ni en anglais. La littérature et les sites Internet à son sujet sont surabondants, par exemple :

http://www.oknation.net/blog/voranai/2008/07/01/entry-1

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

NOTES

 

(1) Il est de règle absolue qu’un témoin ne peut pas assister aux débats avant d’avoir été entendu.

 

(2) Antoine Alexandre Etienne Gustave Ducos finira sa carrière comme résident supérieur au Cambodge.

 

(3) Le village est situé  sur la rive droite dans l’amphoe de Tha Uthen, amphoe de Nakhon Phanom à environ 30 kilomètres en amont.

 

(4) « Agenda et annuaire de la magistrature, du barreau et des officiers publics » 1894.

 

(5) TOME XLV de juillet – décembre 1899, page 391.

 

(6) Guide Madrolle édition 1932 : «  Indochine du Nord : Tonkin, Annam, Laos, Yunnan, Kouang-Tcheou Wan », page 295.

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

(7)  « Archives diplomatiques 1901-1902 » – 3ème série, tomes XXIX et XXX, page 81.

 

(8) «  Journal des voyages et des aventures de terre et de mer », décembre 1893 page 31.

 

(7) La question des concessions de terrains domaniaux aux colons en Indochine a posé de graves problèmes : Elles pouvaient être payantes ce que l’on peut concevoir ou gratuites à la condition que cette gratuité ait une justification, au profit des missions en particulier. Elles ont incontestablement profité au développement économique de l’Indochine pour les plantations d’hévéas en particulier mais elles portaient sur des terrains censés « sans maîtres » sur lesquels vivaient des autochtones en vertu de droits coutumiers qui n’avaient rien à voir avec notre code civil et qui durent prendre la poudre d’escampette.

H 2 - L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ?

La question a donné lieu à tant de scandales qu’en 1925, le gouvernement général a limité les concessions à 50 hectares appliquant un arrêté du ministre des colonies du 30 octobre 1924. Nous sommes loin des 100.000 hectares de Michelin. On considère alors qu’une parcelle de 50 hectares complantée en hévéas permet à un colon de prospérer.

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 18:01
H 1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :  I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN.

Au soir du 13 juillet 1893, quelques coups de canon furent échangés près de l'embouchure du Ménam entre les batteries siamoises qui la gardent et deux canonnières françaises, l’ « Inconstant » et la « Comète ». Celles-ci ont forcé le passage et ont remonté le fleuve jusqu'à Bangkok. Une autre canonnière française, le « Lutin », s'y trouvait déjà depuis quelques semaines du consentement du gouvernement siamois et conformément aux dispositions sans équivoque du traité franco-siamois du 15 août 1856 (1).

H 1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :  I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN.

Cet engagement n'a eu en fait, militairement, que peu d'importance. Rapporté dans les journaux d'Europe, nous apprenons qu’une bombe française a tué dix Siamois et en a blessé douze autres. Les canonnières françaises n'ont pas souffert du feu siamois grâce à la protection de leurs cuirasses et n’ont perdu que trois hommes. Seul un steamer de la Compagnie des Messageries fluviales de Cochinchine, le « J.-B. Say », qui servait de guide aux canonnières françaises, a été atteint par l'artillerie siamoise et a dû s'échouer.

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Ces quelques coups de canon relativement inoffensifs ont eu néanmoins en Europe un écho considérable et immédiat. Non seulement les journaux français, mais la presse européenne, celle de Londres surtout, se sont emparés de l'événement, le commentant, l'expliquant, en recherchant les causes, les circonstances et les suites possibles. En même temps, cette affaire occupait immédiatement les Parlements de Paris et de Londres, celui de Paris se déchainant.

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La situation du Siam explique évidemment ce vif intérêt, seul état indigène (relativement) indépendant entre les colonies anglaises, Birmanie, qui le bornent à l'ouest, et les colonies et protectorats français de Cochinchine, du Cambodge, de l'Annam et du Tonkin qui l'enserrent vers l’est. On comprend, dès lors, l'importance exceptionnelle de tout événement qui pouvait influer sur l'indépendance ou sur l'intégrité de ce royaume assez étendu pour faire utilement l'office de tampon entre ses puissants voisins, assez riche et opulent pour être une proie sinon facile du moins tentante.

 

Incontestablement, cette tension des relations entre la France et le Siam résultait au premier chef de l'absence de tout traité de délimitation entre le Siam et l'empire d'Annam sous protectorat français depuis le traité de Hué de 1884. Il ne semble pas que les dispositions de l’article IV du traité du 15 juillet 1857 « réglant la position du Cambodge » et prévoyant une procédure de délimitation frontalière contradictoire qui aurait régler au moins partiellement cette question au carrefour entre la Cochinchine, la partie sud du Laos (Siam) et le Cambodge. Aucun allusion n’y a en tous cas été  faite lors du procès fleuve devant la Cour de Justice internationale de La Haye relatif au temple de Preah Vihar (2).

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Il faut probablement y voir la raison expliquant que la France ou tout au moins le « parti colonial » se soit mis en devoir d’obtenir la cession de gré ou de force de la rive gauche du Mékong qui, au dire des Siamois, était alors soumise à leur autorité depuis plus d'un siècle. Il est au moins un fait certain, en 1875 et de nouveau en 1883 et en 1886, quand les fameux « Pavillons-Noirs », dont la France n'avait pas alors réussi à débarrasser le Tonkin, envahirent un moment la rive gauche du Mékong, l'ordre et la paix furent rétablis, dans cette région plus étendue à elle seule que tout l'Annam, par les soldats du roi de Siam. 

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C’est alors, après 1886 et jusqu'en 1888, qu’une commission franco-siamoise parcourut cette région en vue de la délimitation des fonctions, les commissaires français voyagèrent sous la protection et avec l'assistance des autorités siamoises. Enfin, le fait de l'occupation actuelle de la région par les Siamois est indéniable; il est notamment reconnu en termes exprès par le prince d'Orléans dans la relation d'un long voyage effectué en 1892 (3).

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Si cette commission a  établi un rapport, il est, assez remarquable que celui des commissaires français n'ait jamais vu le jour ou du moins n’ait jamais été publié. Mais dès 1890, les journaux français, spécialement les journaux coloniaux, commencèrent à reprocher aux Siamois leurs empiétements sur le territoire « annamite ». A l'appui de cette grave accusation, on se bornait à produire cette affirmation vague qu'à une époque antérieure, cette région, aujourd'hui occupée par le Siam qui s'étend entre le Mékong et la chaîne Annamitique, aurait été soumise à la suzeraineté des souverains annamites. Des députés suivirent bientôt ce mouvement et prononcèrent, à la Chambre française, des discours violents dans la forme et dans le fond. L'un d'eux, François Deloncle, se montra particulièrement virulent (4). 

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Le ministère français était vivement pressé, par ces députés et par la presse, de prendre en mains ce qu'on appela dès lors, sans preuve aucune, les droits absolus de l'Annam sur la frontière du Mékong - et même sur une partie de la rive droite (ouest) de ce fleuve. En 1887 et 1888, Ernest Constans, gouverneur de l’Indochine est conseillé par Charles Lemire, ardent colonialiste préoccupé de la délimitation de la frontière siamoise auquel il a consacré six ouvrages entre 1879 et 1903 (5)Mais tous deux estiment plus prudent d’arguer d’un supposée sinon imaginaire suzeraineté des empereurs de Hué sur un hinterland qui sera donc englobé de jure dans un territoire sous protectorat français. Constans demande  à un historien annamite francophile, Petrus Ky, de trouver des éléments permettant de soutenir que « l’hinterland » appartient à l’Annam (6).

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 « La France paraît croire que l'Indochine française a le droit de s'emparer de la rive gauche du Mékong. Il faudrait  expliquer en vertu de quels titres cette contrée se trouverait avoir passé du Siam au Cambodge ou à l'Annam » (7).

 

Les ouvrages de géographie antérieurs tout au moins aux incidents de la fin des années 80 sont dépourvus d’équivoque :

 

Une carte établie en 1869 par le grand géographe Malte-Brun fait de la région de Luang-Prabang un état tributaire de la Birmanie mais tout le reste de l’actuel Laos jusqu’à la chaine annamitique est tributaire du Siam :

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Ainsi une carte du Ministère de la marine de 1886 concernant la partie sud place la partie située entre « Cambodia river » (Mékong) et la chaine annamitique dans l’aire siamoise :

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Il en est encore d'une carte française de 1885 :

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Il en est de même encore d’une carte allemande de 1886 :

 

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Le juriste Belge Edouard Rolin dans un remarquable article de 1893 en donne de nombreux exemples (8).

 

En 1891, Alexandre Ribot, alors ministre des affaires étrangères, avait déclaré à la Chambre des députés que « la rive gauche du Mékong était le minimum des revendications de la France ». Le gouvernement siamois aurait alors bien inspiré de demander par l'organe de son ministre à Paris l'explication de ce langage.

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Sur ces entrefaites, une série d'incidents de frontières se produisirent entre le Siam et l'Annam. Sans aucune enquête, quant à la réalité des griefs, ils furent aussitôt représentés par la majorité de la presse française comme autant d'atteintes aux droits de la France et de l'Annam. Nous n’avons malheureusement pas la version de la presse siamoise probablement tout aussi manichéenne. La presse française s’indigne que le Siam ait établi de nouveaux postes militaires sur la rive gauche du Mékong et de s'être ainsi rendu coupable de ce qu'elle appelle sans hésitation une « violation des droits de l'Annam ». Ce reproche est étrange quand l’on sait que ces incidents se sont tous produits dans une région que la France revendique mais où le Siam avait établi son autorité plus ou moins solide bien avant que l'Annam ne fût soumis au protectorat français.

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 De son côté les Français établirent des postes militaires annamites sur divers points de la zone frontière qui ne relevaient pas de l’Annam mais bien du Siam. Les Siamois soutinrent que les deux pays étaient en pleine paix et que, pour neutraliser les effets de l’attitude française, ils avaient de leur côté établi de nouveaux postes sur les mêmes territoires sous domination siamoise.

 

La question va se corser lorsque, le 14 mars 1893, Pavie fit savoir officiellement au ministre des affaires étrangères que, suivant les instructions formelles qu'il avait reçues de Paris, il devait .....:

 

Caricature siamoise :

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« 1° Affirmer les droits du protectorat franco-annamite sur la rive gauche du Mékong « « 2° Insister pour l'évacuation immédiate des postes militaires siamois récemment établis;

« 3° Presser la solution de certaines questions pendantes entre la France et le Siam, au sujet de mauvais traitements dont auraient été victimes des sujets français ou annamites. »

 

Le même jour le ministre des affaires étrangères, le prince Dewawongse, fit réponse sur-le-champ à M. Pavie, au nom de son gouvernement :

 

 

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« 1° Quant à la demande concernant la rive gauche du Mékong, que cette communication verbale de M. Pavie était le premier avis officiel que le gouvernement siamois eût reçu de cette prétention et qu'il saisissait, ainsi que c'était son devoir, cette occasion de protester contre toute affirmation de droits appartenant à la France ou à l'Annam sur cette portion considérable du royaume de Siam ; que ce n'était plus là une simple proposition de régularisation des frontières, mais une demande d'annexion d'un territoire plus étendu que l'Annam même; que toutefois, le gouvernement siamois se refusait à admettre que la France voudrait, soutenir cette prétention, ou plutôt celle de l'Annam, sans la fonder sur aucun droit, et qu'il attendrait donc avec confiance que la preuve du droit allégué fût produite; qu'au surplus, le gouvernement siamois maintenait et renouvelait sa proposition de prendre pour base de la régularisation des frontières l'état actuel d'occupation, modifié éventuellement dans telle mesure où il serait prouvé qu'une partie quelconque du territoire occupé par le Siam appartient, en réalité, à l'Annam, tous dissentiments devant être tranchés par un arbitrage international;

 

« 2° Quant à la demande d'évacuation des postes, que le gouvernement siamois était prêt à agir conformément à ses déclarations de février dans lesquelles il avait mis en avant l'idée d'un modus vivendi;

 

« 3° Quant aux prétendus mauvais traitements infligés à des sujets français ou annamites, qu'une longue correspondance avait déjà été échangée à ce sujet; que les dernières lettres de M. Pavie à ce propos étaient de date toute récente et que le gouvernement siamois y répondrait aussitôt qu'il aurait recueilli les renseignements nécessaires. »

 

A l'heure même où ces déclarations étaient échangées entre les deux gouvernements, la canonnière française « le Lutin » arrivait à Bangkok. Démonstration menaçante ? Le gouvernement siamois ne mit en tous cas aucun obstacle à son arrivé autorisée par les traités. Mais de nouveaux incidents vont alors se produire aux frontières, à l'est du Mékong, et il ne pouvait en être autrement, la réponse du Prince Dewawongse étant restée sans suite.

 

Deux d’entre eux ont eu un énorme retentissement en France : l'affaire de Khone et l'affaire Grosgurin.

 

L’affaire de Khone est de la plus extrême simplicité. Khone est une île du Mékong faisant partie du territoire dont la France exigeait l'abandon, mais qui dépendait alors en fait du Siam. Les Français s'y sont établis et retranchés. Or, le 3 mai, une troupe française, commandée par le capitaine Thoreux, a été surprise aux environs de Khone en territoire siamois par les Siamois et a été complètement battue; le capitaine Thoreux a été fait prisonnier au cours de cet engagement. Sa situation juridique était celle d'un étranger arrêté en temps de paix à la tête d'une troupe armée sur territoire siamois. Il obtint la faveur d'être considéré par les Siamois comme prisonnier de guerre - quoiqu'il n'y eût pas de guerre -  et d'être traité comme tel. A ce titre, il a été l'objet des plus grands égards pendant toute la durée de son séjour forcé au Siam et fut très rapidement remis aux autorités françaises à Bangkok.

H 1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :  I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN.

L'affaire Grosgurin est un peu moins claire et il y eut mort d’homme. La presse s’en empara avec avidité. Il eut lieu dans la province (aujourd’hui laotienne) de Khammouane (คำม่วน) située sur la rive gauche du Mékong face à Nakhonphanom. 

H 1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :  I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN.

La première nouvelle de cet incident semble avoir été apportée à Saigon et de là à Paris et à Bangkok par une dépêche du résident Luce au gouverneur général de Lanessan. Une correspondance de Saigon, adressée au Figaro et publiée dans ce journal le 18 juillet, donne comme suit le texte de ce télégramme :

 

« Cammon, le 9 juin 1893.

 

« Le mandarin siamois de Cammon, après avoir abandonné ce poste sur notre injonction, nous avoir remis ses fusils et avoir déclaré être résolu à ne pas résister et laisser les deux gouvernements régler la question, avait été reconduit au Mékong par l’inspecteur de la milice Grosgurin, pour le protéger contre les habitants. Arrivé à Ken-Kiec, Grosgurin étant tombé gravement malade, le mandarin siamois a fait venir secrètement d'Houten une bande de 200 Siamois ou Laotiens armés, a entouré, le 5 juin, la maison où Grosgurin était couché malade et l'a assassiné lui-même avec revolver, pendant que bande massacrait son escorte. Dix-sept miliciens et un interprète cambodgien tués; trois miliciens ont pu échapper ».

 

Cette version, bien faite pour indigner l’opinion, fut reproduite dans toute la presse française de façon quasi unanime entrainant une véritable frénésie nationaliste.  Elle devint même une image d’Epinal où l’on affuble ce malheureux Grosgurin d’un costume de militaire alors qu’il n’était que civil.

H 1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :  I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN.

Mais la presse française n’est pas entièrement aux mains du « parti colonial ».

 

Nous trouvons dans « La Lanterne » du 19 juin 1893 un article plein de fiel mais qui explique beaucoup de choses, le « parti colonial » a enfin son casus belli : « Depuis hier on est en liesse à la rue royale (NB siège du ministère de la marine). Jamais pareille aubaine n’était échue à la marine dans de pareilles conditions. Sans doute, il est fâcheux qu’il y ait eu mort d’homme et ce pauvre Grogurin mérite bien un regret quoiqu’après tout il n’appartint pas à la marine ni même au corps des marsouins, ce qui diminue évidemment la gravité de la perte. Mais après avoir versé le pleur obligatoire, il est impossible de ne pas apprécier à sa juste valeur l’occasion sans pareille qui se présente pour la marine de manger l’herbe sur le dos des colonies et même d’entamer un peu la peau ».

 

L'acte du mandarin siamois Phrayot (Phantri  Phrayot Mueang Khwang พันตรี พระยอดเมืองขวาง) tel qu’exposé dans cette dépêche méritait de sévères sanctions y compris l'envahissement du territoire siamois.

H 1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :  I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN.

HLe seul point à éclairer était de savoir si les faits s’étaient vraiment passés de la manière dont les exposait le résident Luce et si Grosgurin avait été vraiment tué par trahison ou s'il était tombé dans un engagement régulier. Immédiatement, le gouvernement siamois se déclara prêt à une réparation, pour le cas où les faits se seraient passés de la manière indiquée dans la dépêche, mais il reçut des renseignements contraires : L'inspecteur Grosgurin aurait été tué dans un engagement régulier entre troupes siamoises et franco-annamites.

 

C'est sur ces entrefaites qu'intervint alors à l'embouchure de la Ménam, la canonnade du 13 juillet. Le gouvernement français ne voulut plus en rester là puisqu’il tint – enfin – un casus belli - D’ailleurs, dans les premiers jours de juillet, une escadre du contre-amiral Humann s’était déjà emparé du cap Samit et des îles alors inoccupées situés face au cap, à l'extrémité sud du Siam, pendant que les canonnières françaises ne tardèrent pas à paraître devant les bouches de la Ménam. Le 8 juillet, le gouvernement français adressait à Pavie, son représentant à Bangkok, la dépêche suivante :

 

« Le gouvernement anglais ayant résolu d'envoyer plusieurs bâtiments de guerre à Bangkok en vue de protéger ses nationaux, nous avons décidé de renforcer nos forces navales. Veuillez annoncer au gouvernement de Siam l'arrivée des navires qui rejoindront le Lutin, en précisant qu'il s'agit exclusivement d'une mesure identique aux dispositions dont l'Angleterre et d'autres puissances ont pris l'initiative. « Il est d'ailleurs entendu qu'on ne devra engager aucune hostilité sans qu'il nous en ait été référé, sauf le cas où nos bâtiments seraient, attaqués et forcés ainsi de répondre au feu de l'ennemi. »

 

Deux jours après, le gouvernement siamois fit savoir qu'il était décidé à ne tolérer devant Bangkok la présence que d'un seul navire par puissance. Aux termes en effet du traité de 1856, le gouvernement siamois ne pouvait s'opposer à l'entrée de navires de guerre français dans la Ménam et jusqu'à Paknam mais il ne pouvait tolérer l'arrivée à Bangkok de plus d'un seul navire de guerre. Néanmoins le 13 au soir les canonnières françaises guidées par le vapeur le « J.-B. Say » franchirent la barre, dépassèrent Paknam sous le feu des batteries siamoises auxquelles elles répondirent énergiquement, et arrivèrent à Bangkok.

 

Le 19 juillet, ensuite d'une question de Deloncle, transformée en interpellation par le député Camille Dreyfus, Jules Develle, ministre des affaires étrangères s'expliquait à son tour devant la Chambre :

H 1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :  I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN.

 « Messieurs, avant de donner à la Chambre les explications qu'elle attend de moi, je tiens à rappeler brièvement quelle politique a été suivie dans ces derniers temps par le gouvernement vis-à-vis du Siam. Vous n'avez pas oublié l'origine et les causes du conflit qui nous divise; plusieurs fois on a rappelé à celte tribune nos justes griefs contre le gouvernement siamois, non seulement à raison des retards qu'il apportait à accorder à nos nationaux les réparations qui leur étaient dues, mais surtout à raison de ses empiétements successifs sur nos dépendances du Cambodge et de l'Annam.

 

Je ne puis dire depuis quand ces empiétements se sont produits, mais il est certain que le silence, l'inaction, peut-être une indifférence trop prolongée à cet égard, avaient enhardi le Siam à ce point qu'un poste de ses soldats s'était installé à 40 kilomètres de Hué, et que d'autres postes avancés menaçaient de couper le Tonkin de l'AnnamLe gouvernement ne pouvait tolérer plus longtemps ces empiétements. Il a toujours dit que la rive gauche du Mékong devait être considérée comme la limite de nos possessions d'Indochine; M. Delcassé, sous-secrétaire d'État aux colonies, l'avait déclaré à la Chambre dans le courant du mois de février, et les applaudissements qui ont accueilli ses déclarations ont suffisamment prouvé que le Parlement pensait comme nous. 

H 1- L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :  I - LES PRÉMICES : L’AFFAIRE GROSGURIN.

Forts de votre assentiment et de votre confiance, nous avons jugé que le temps était venu de faire valoir les droits de la France, et nous avons résolu de reprendre la rive gauche du Mékong. »

 

La personnalité la plus autorisée, le ministre des affaires étrangères de la République française lui-même, expose la politique et surtout les prétentions de la France au Siam. Aussi l'ordre du jour suivant, proposé par MM. Dreyfus et Deloncle et accepté par le ministère, fut-il voté à l'unanimité :

 

« La Chambre, comptant que le gouvernement prendra les mesures nécessaires pour faire reconnaître et respecter les droits de la France en Indochine et exiger les garantie indispensables, passe à l'ordre du jour. »

 

Le Sénat adopta ensuite un ordre du jour identique.

 

A la suite de cette approbation des Chambres, le gouvernement français adressa le 30 juillet un ultimatum à Bangkok exigeant :

 

« 1° Reconnaissance formelle des droits de l'empire d'Annam et du royaume de

Cambodge sur la rive gauche de Mékong et sur les iles;

« 2° Evacuation des postes siamois sur la rive gauche du Mékong dans un délai maximum d'un mois ;

« 3° Satisfaction que comportent les incidents du Mékong et les agressions dont nos navires et nos marins ont été l'objet dans la montée du Ménam;

« 4° Châtiment des coupables et indemnités pécuniaires aux familles des victimes ;

« 5° Indemnité de 2 millions de francs pour les divers dommages causés à nos nationaux ;

« 6° Dépôt immédiat de 3 millions de francs en piastres pour garantir ces réparations pécuniaires et ces indemnités. Ou, à défaut, à titre de gage, la perception des fermes et des revenus des provinces de Battambang et d'Angkor ».

 

Il renferme la revendication d'un territoire immense et l'exigence d'une indemnité pécuniaire. La revendication territoriale de la France ne se fonde sur aucun argument de droit. C'est le « sic tolo, sic jubeo, sic pro ratione voluntas » (« je le veux, je l’ordonne, que ma volonté tienne lieu de raison ») dans sa simplicité; Jamais, à aucun moment, le ministre de France n'a remis au gouvernement siamois un mémorandum ayant pour but d'établir le fondement de ses prétentions.

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Réponse devait être donnée dans les quarante-huit heures. Fière de sa force et imbue de l'idée de sa grandeur, la France n'a pas eu, dans les diverses phases de cette affaire, le sentiment bien net des égards auquel avait droit, dans les relations internationales, tout État indépendant. Convaincue de la légitimité de ses revendications, elle a toujours négligé d'en établir la justification, comme si elle ignorait que ces territoires étaient occupés et administrés, tout au moins à titre traditionnel, par l'autorité siamoise.

 

Le fonds de l’affaire semble simple : la France éprouvait la nécessité impérieuse et stratégique au point de vue de la solidité de son empire d'Indochine d'élargir la bande relativement étroite de l'Annam, pas plus de 50 kilomètres, resserrée entre les montagnes et la mer. Des fautes évidentes ont donc été commises dont la première responsabilité remonte à ceux qui ont affirmé les droits territoriaux de la France et de l'Annam, sans prendre la peine de les justifier ni même de les déterminer. Les années 1880 sont celles où les Siamois s’engagent entre le Mékong et la cordillère annamitique pour y asseoir leur domination, au moins nominale. Ces deux incidents ont été précédés de biens d’autres dans lesquels la responsabilité siamoise est probablement à mettre en cause. Ils sont symptomatiques de la poussée simultanée des deux impérialismes siamois et français dans les hautes terres.

 

Ceci dit et cédant à la pression des circonstances, le gouvernement siamois accepta toutes les conditions de l'ultimatum français le 5 août. Ne revenons pas sur les termes du traité 3 octobre 1893. Nous savons que le Siam a abandonné à la France tous les territoires soumis plus ou moins directement à sa souveraineté sur la rive gauche du Mékong, parti de la rive droite et les iles. C’est le début de l’histoire du « Laos français »… La naissance d’un état-nation qui n’avait auparavant jamais existé !

 

La question de la justification de l’action française par les droits qu’elle tenait comme héritière légitime de l’empereur de Hué relève de la fantaisie historique. Dans son histoire chaotique, le Laos, nous devrions plutôt parler des trois Laos, le royaume de Luang Prabang au Nord, le royaume de Vientiane autour de la capitale actuelle, et le royaume de Champassak au sud autour de l'actuelle Paksé, est sous l’emprise siamoise même si à une époque plus reculé, le nord-est du Laos a pu dépendre plus ou moins directement non pas de l’Annam mais du Tonkin voisin. La partie sud du pays au sud de la province de Savannakhet entre Mékong et chaîne annamitique est constitué de hauts plateaux faiblement peuplés de minorités ethniques, Bahnars, Sedangs, Jaraïs, Rhés qui n’étaient soumises nominalement au Siam que de fort loin, certainement jamais aux Annamites qu’ils haïssaient. Il fallut la déferlante de la piste Ho Chi Minh en 1975 pour qu’ils se laissent approcher. Mais l’implantation siamoise était si ténue qu’en 1888-1889, un aventurier qui se faisait appeler baron Marie de Mayrena devenu Marie Ier, roi des Sédangs, crée, au nez et à la barbe des Français et des Siamois une confédération bahnar-sedang dont il devient le souverain, avec l’aide de la mission catholique de Kontum, province frontalière peuplée de Bahnars convertis. Désavoué, il ne put rentrer dans son royaume après un séjour en Europe où il avait distribué à grands renforts de « droits de chancellerie » les concessions, décorations et titres nobiliaires mais nous vous conterons un jour son histoire ! (6).

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Cet argument est si peu convaincant qu’une fois le Laos arraché à la domination du Siam ces territoires seront englobés dans le Laos français ! La création en 1886 d’un Consulat de France à Luang-Prabang prouve par A + B que la France considérait alors cett