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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 15:38

 

 

Nous avons déjà rencontré le roi Rama Ier, fondateur de la présente dynastie (1).

 

Thong Duang  (ทองด้ว)ง naquit le 20 mars 1736 et quitta sa vie terrestre le 7 septembre 1809.  Son père était Akson Sunthon Sat (อักษรสุนทรศาสตร์) ou Thong Dee (ทองดี). Celui-ci avait servi  à la cour royale d’Ayutthaya et aurait été descendant de l’ambassadeur Kosapan. Sa mère nommée Dao ruang (ดาว เรือง)  ou Yok  (หยก  « jade ») aurait été en partie chinoise.  Il fut considéré par Taksin comme l’un de ses meilleurs chefs de guerre

 

 

 

 

Lorsque Taksin se fit  couronner roi, il l’honora du titre de Chao Phraya Chakri Maha (เจ้าพระยาจักรีมหา). Il s’empara du trône à la date officielle de 6 avril 1782. Bénéficiant d’un incontestable soutien populaire, il fut immédiatement apprécié des catholiques puisqu’il avait rompu avec la politique brutale de son prédécesseur à leur égard (2).

 

Nous avions découvert un chef de guerre, un législateur,

 

 

 

 

un écrivain et enfin un théologien.

 

 

Le rénovateur du bouddhisme siamois

 

 

La révision des canons bouddhistes fut – pour les bouddhistes - le plus important des actes de son œuvre de reconstruction. Il commença par financer sur sa propre cassette une édition des canons bouddhistes du Tipitaka. Six ans après son accession au pouvoir, il réunit un concile comportant 250 moines ou hommes de loi qui travaillèrent pendant six mois à reconstituer les textes sacrés en langage sacré, le pali, un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages publié en 1788 dont le dernière réédition, celle de 1925, se trouve actuellement dans la bibliothèque du plus modeste des temples et les manuscrits originaux bibliothèque royale Vajiranana. Après avoir été surnommé par ses ennemis Birmans « le tigre », il reçût de ses sujets le titre de « défenseur de la religion » ou «  défenseur de la foi ». Ce qualificatif ne l’empêcha pas de manifester la plus grande tolérance à l’égard des chrétiens comme nous venons de le voir mais aussi des sectateurs de la religion du Bédouin et des hindouistes.

 

 

 

 

La révision des canons bouddhistes fut – pour les bouddhistes - le plus important des actes de son œuvre de reconstruction. Il commença par financer sur sa propre cassette une édition des canons bouddhistes du Tipitaka. Six ans après son accession au pouvoir, il réunit un concile comportant 250 moines ou hommes de loi qui travaillèrent pendant six mois à reconstituer les textes sacrés en langage sacré (le pali), un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages publié en 1788 dont le dernière réédition, celle de 1925, se trouve actuellement dans la bibliothèque du plus modeste des temples et les manuscrits originaux à la bibliothèque royale Vajrayana. Après avoir été surnommé par ses ennemis birmans « le tigre », il reçût de ses sujets le titre de « défenseur de la religion » ou «  défenseur de la foi ». Ce qualificatif ne l’empêcha pas de manifester la plus grande tolérance à l’égard des chrétiens comme nous venons de le voir pais aussi des sectateurs de la religion du Bédouin et des hindouistes.

 

Comment ce défenseur de la foi a-t-il pu être baptisé ?

 

 

 

Reçut-il le baptême secret ?

 

 

Cette question singulière à laquelle il faut probablement apporter une réponse positive fut en particulier probablement éludée par Monseigneur Pallegoix (pouvait-il l’ignorer ?) et W. A. R. WOOD, qui a consacré au roi une large partie de son ouvrage (3).

 

Nous en trouvons la trace dans les archives des Missions étrangères dans un courrier adressé par Monseigneur GARNAULT (4) à MM. BOIRET et DESCOUVRIERES  daté du 3 juillet 1802 :

 

« Je dirai en passant que le roi ayant été baptisé dans son enfance par le médecin Sixte Ribeiro, celui-ci, se trouvant bien malade, se crut obligé de déclarer au roi son baptême ce dernier n'en fit pas grand cas. Peu de temps  après, le roi se trouvant à son tour dangereusement malade envoya prier Monseigneur d'Adran de se rendre auprès de lui. Monseigneur était trop occupé. Le  roi se voyant mourant fit son testament eu deux mots. Il remettait son corps à son père nourricier, et son âme à Sixte Ribeiro » (5).

 

 

Statue aujourd'hui disparue de Monseigneur d'Adran à Saigon

 

 

La première question qui se pose est de savoir si la parole de Monseigneur GARNAULT qui ne donne aucune autre précision peut être mise en doute ? Cela nous semble difficile dans la mesure où pour lui il ne s’agit que d’un détail « au passage » dont il ne tire singulièrement aucune conséquence.

 

La suivante est de savoir qui était ce médecin portugais nommé Sixte Ribeiro. Nous n’avons strictement rien trouvé à son sujet. Tout ce que nous pouvons affirmer est qu’il appartenait à la colonie portugaise omniprésente depuis le début du XVIe siècle qui, en sus des mercenaires, des missionnaires et des commerçants comportait de nombreux médecins tous certainement bons catholiques. A cette époque, la médecine portugaise fortement arabisée jouit d’une solide réputation en Europe

 

 

 

La troisième est de savoir quelle fut la portée de ce baptême

 

Il importe de préciser le contexte dogmatique applicable à cette époque, nous ne sommes pas au XXIe siècle sous le règne du Concile Vatican II pour lequel les non croyants ne sont plus voués aux flammes de l'enfer.

 

 

 

Nous sommes dans le cadre du Concile de Trente dont le catéchisme date de 1566 (6), qui confirme la doctrine du péché originel déjà affirmée lors du concile de Carthage en 418,

 

 

 

C’est le sort des enfants non baptisés qui est directement en cause : Le limbus puerorum  (limbe des enfants) reçoit les âmes des enfants morts avant d'avoir reçu le baptême. Ces âmes ne sont pas destinées à souffrir dans l'au-delà, mais sans autre précision.  Dans  nos vieux catéchisme des diocèses, à la question « Où vont les enfants morts sans baptême ? » la réponse était « Les enfants morts sans baptême vont aux Limbes, où il n'y a ni récompense surnaturelle ni peine ; car, souillés du péché originel, et celui-là seul, ils ne méritent ni le paradis ni non plus l'enfer ou le purgatoire ». Sans faire formellement partie du dogme cette notion fut universellement admise au moins jusqu’à Vatican II en 1965. Elle entrainait donc l’impérieuse obligation de baptiser les enfants au plus vite dès leur naissance d’autant plus lorsqu’ils étaient en danger de mort.

 

 

 

C’est de toute évidence le dilemme qui se posa à ce médecin portugais lorsqu’il fut conduit à soigner – nous ne savons à quelle date – un enfant dont il était conduit à penser qu’il était en danger de mort. Nous sommes à une époque où la mortalité infantile était effrayante. Il avait donc non seulement la possibilité mais l’obligation – en conscience – de le baptiser, ce qu’il fit.

 

 

 

Si l’Église post-conciliaire ne croit plus guère aux Limbes, le droit canon en vigueur précise toujours  que si l'enfant se trouve en danger de mort, il sera baptisé sans aucun retard et que dans ce cas, l'enfant de parents catholiques, et même de non-catholiques, est licitement baptisé, même contre le gré de ses parents.

 

 

Avait-il la possibilité d’administrer le sacrement ?

 

 

Le Catéchisme du Concile de Trente précise que le baptême doit être conféré de plein droit par les Evêques et les Prêtres. Il peut ensuite l’être par les diacres mais seulement avec le consentement de l’Evêque, ou du Prêtre. En dernier lieu, dit toujours le catéchisme viennent ceux qui dans le cas de nécessité, peuvent administrer ce Sacrement, sans les cérémonies habituelles (7). Référence est faite à la haute autorité de Saint Augustin qui considère comme valides les baptêmes conférés par Judas lui-même (8). Une fois la formule sacramentelle prononcée « Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » pendant que le ministre fasse du pouce un signe de croix sur le front de l’enfant, celui-ci appartient de plein droit à l’Eglise catholique. Nous avons connu jusque dans la première moitié du siècle dernier la cérémonie de l'ondoiement, cérémonie simplifiée du baptême utilisée souvent par les sages-femmes en cas de risque imminent de décès et dans l’impossibilité de faire venir rapidement un prêtre.

 

 

 

Le rituel consistait à verser de l’eau sur la tête de l'enfant en prononçant les paroles sacramentelles : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Les registres de catholicité en sont pleins. En cas de survivance de l’enfant, une nouvelle cérémonie de réhabilitation était organisée selon les formes rituelles, en public avec présence d’un prêtre, d’un parrain et d’une marraine mais l’enfant ondoyé était d’ores et déjà affranchi de la tâche du péché originel (9). Les ricanements voltairiens sur le baptême in articulo mortis de ces enfants ne relève pas de l’ignorance des règles canoniques – Voltaire ne les ignorait pas – mais de la plus totale mauvaise foi.

 

 

 

Avait-il la possibilité d’administrer le sacrement « sub secreto » ?

 

 

Le « baptême sub secreto »  est un baptême gardé secret que n’ignore pas l’Eglise. Il est toujours fréquent : Cela peut se faire dans un pays dans lequel il y a des persécutions religieuses à l'égard des chrétiens ou pour d'autres raisons, ou encore dans certaines situations familiales extrêmes. En l’occurrence et en fonction du contexte  géo politique local, il ne pouvait en être autrement (10). Si l’existence de ce baptême avait été connue dans l’entourage royal, Sixte Ribeiro risquait sa tête.

 

 

Quelles furent les conséquences de ce baptême ?

 

C’est bien la question fondamentale qui, canoniquement, se pose. En effet, le sacrement du baptême était considéré comme définitif du moment que les conditions de validité énoncées par le droit canonique avaient été respectées et elles le furent (11).

 

Pour en détruire les effets, encore eut-il fallu que Rama Ier apostasie, ce qu’il ne pouvait faire étant resté ignorant de son baptême. Pour en conserver le bénéfice, il eut encore fallu qu’il se conduise en bon chrétien. Sa conduite ultérieure en défenseur de la foi bouddhiste peut-elle être considérée comme une apostasie implicite d’un baptême dont il ignorait l’existence ?

 

Il ne l’apprit en effet que lorsque le médecin qui l’avait baptisé, Sixte Ribeiro, avec lequel il devait avoir conservé des rapports de confiance, se trouvant bien malade, se crut obligé de déclarer au roi son baptême ce dernier n'en fit pas grand cas.   Nous ignorons à quelle date celui-ci lui fit cet aveu. Que le roi n‘en ait pas fait  grand cas ne signifie pas grand-chose mais il ne l’oublia pas puisque Peu de temps  après, le roi se trouvant à son tour dangereusement malade envoya prier Monseigneur d'Adran de se rendre auprès de lui.

 

Comment le Roi connaissait-il ce prélat qui se fit connaitre en Cochinchine et qui, sauf erreur, ne posa jamais sa soutane au Siam ? (12).

 

Monseigneur était trop occupé. Le roi se voyant mourant fit son testament eu deux mots. Il remettait son corps à son père nourricier, et son âme à Sixte Ribeiro » (5).

 

Tombe de Monseigneur d'Adran aujourd'hui disparue (province de  Gia-Dinh)

 

 

Si l’existence de ce baptême secret ne semble guère faire de doutes, un certain nombre de questions restent posées :

 

Pourquoi tout d’abord est-il passé inaperçu auprès des érudits qui se sont consacré à l’étude de cette période ?

 

La monumentale thèse du  R.P Paul Surachai Chumsriphan n’y faut qu’une allusion basée  sur les correspondances que nous avons citées mais il est vrai qu’elle concerne surtout l’œuvre de Monseigneur VEY(13). Il cite toutefois une source portugaise à laquelle nous n’avons pas eu accès (14).

 

 

 

 

A quelle date eut lieu cette cérémonie secrète ? Probablement dans la petite enfance du souverain (entre 1736 et 1740 ?). A cette date les persécutions frappaient les catholiques.

 

 

A quelle date Sixte Ribeiro, lui-même « bien malade » fit-il l’aveu de ce baptême au Roi ?

 

Pour quelles raisons le monarque sur son lit de mort souhaita—t-il faire venir Monseigneur d’Adran (Pigneau de Behaine) et à défaut « remit son âme à Sixte Ribeiro »  et qui était son « père nourricier »?

 

 

Si enfin ce baptême a été célébré, il n’a pas eu la portée de celui de Constantin sur son lit de mort

 

 

 

 

ou de celui de Clovis mais il méritait toutefois ces quelques lignes.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 116 « Rama 1er. (1782-1809) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-116-rama-1er-1782-1809-122265066.html

 

(2) Jean-Joseph DESCOURVIÈRES appartenait aux Missions Etrangères et était attaché à la mission de Siam. : Dans un volumineux document intitulé « JOURNALDE M. DE8COUVIERE » du 21 décembre 1782 et adressé aux Missions étrangères celui-ci nous dit « On a écrit directement à Monseigneur Coudé de Bangkok à Jongselang, que le  nouveau roi de Siam, dès la première audience qu’il a donnée aux chrétiens de Siam, a commencé par leur dire qu'il voulait qu'ils rappelassent à Siam l'évèque et les missionnaires que l'ancien roi en avait chassés ce qu'il leur a répété fort souvent dans la suite », cité par Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – 1662-1811 – documents historiques » 1920, page 315 s.

 

Joseph-Louis COUDÉ, évêque in partibus de Rhési et vicaire apostolique du Siam avait refusé comme de nombreux de se rendre à la pagode pour y boire l'eau lustrale préparée par les bonzes. Le roi Taksin se vengea sur les missionnaires. Coudé eut les fers aux pieds et aux mains, la cangue au cou et subit la bastonnade. Au bout de quelques mois, le roi le fit délivrer ainsi que l'évêque et son compagnon ; mais trois ans plus tard, en 1779, sa colère se ralluma contre les missionnaires et il les fit expulser. Joseph-Louis Coudé se réfugia à Jongselang (Phuket), où il reçut la bulle datée du 20 janvier 1782, qui le nommait évêque de Rhési et vicaire apostolique du Siam.

 

(3) W. A. R. WOOD, CONSUL-GENERA, CHIENGMAI : « A HISTORY OF SIAM FROM THE EARLIEST TIMES TO THE A.D. 1781, WITH A SUPPLEMENT DEALING WITH MORE RECENT EVENT », 1924.

 

 

(4) Arnaud-Antoine GARNAULT subit les mêmes persécutions que Monseigneur Coudé et se réfugia à Kedah. Il fut en 1786 nommé évêque de Métellopolis  et vicaire apostolique du Siam. Denis Boiret, également des Missions étrangères, appartenait à la mission de Cochinchine.

 

(5) Ce courrier est cité par Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – 1662-1811 – documents historiques », volume II, 1920, page 335 s.

 

(6) Le concile de Trente fut convoqué par le pape Paul III le 22 mai 1542, en réponse aux demandes formulées par Martin Luther dans le cadre de la réforme protestante. Il débuta le 13 décembre 1545 et se termina le 4 décembre 1563. Il se déroula sous cinq pontificats étalés sur dix-huit ans en vingt-cinq sessions (Paul IIIJules IIIMarcel IIPaul IV et Pie IV).

 

 

(7) Le Catéchisme précise : « De ce nombre sont tous les humains, hommes ou femmes, même les derniers du peuple et de quelque religion qu’ils soient. En effet, Juifs, infidèles, hérétiques, quand la nécessité l’exige, tous peuvent baptiser, pourvu qu’ils aient l’intention de faire ce que fait l’Eglise, en administrant ce Sacrement. Ainsi l’avaient déjà décidé plusieurs fois les Pères et les anciens Conciles. Mais la sainte Assemblée de Trente vient au surplus de prononcer l’anathème contre tous ceux qui oseraient soutenir que le Baptême donné par les hérétiques au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, avec l’intention de faire ce que fait l’Eglise, n’est pas un Baptême valide et véritable. Cependant les sages-femmes qui sont accoutumées à baptiser ne sont nullement répréhensibles, si dans certains cas, et en présence d’un homme qui ne sait pas conférer ce Sacrement, elles se chargent elles-mêmes de cette fonction, qui dans d’autres circonstances semble convenir beaucoup mieux à l’homme ».

 

 

 

(8) Saint Augustin eut ces paroles remarquables : « Dédit  baptismum Judas, et non baptizatum  est post Judam : dédit Joannes, et baptizatum est post Joannem : quia,  si datum est à Juda, baptisma Christi erat : quod autem à Joanne datum  est, Joannis erat non Judam Joanni, sed baptismum Christi etiam per Judae manus datum, baptismo Joannis, etiam per manus Joannis dato, rectè prseponimus.

 

 

 

 

Judas a donné le Baptême, et l’on n’a point baptisé après Judas. Jean l’a donné aussi, et l’on a baptisé après Jean. C’est que le Baptême que donnait Judas était le Baptême de Jésus-Christ, tandis que celui que donnait Jean était le baptême de Jean. Certes, nous ne préférons point Judas à Jean, mais nous préférons à bon droit le Baptême de Jésus-Christ, donné par Judas, au baptême de Jean donné par les mains de Jean lui-même.

 

 

 

(9) Dans les deux volumes de son recueil de documents relatifs aux missions, Adrien Launay cite de très nombreuses correspondances  adressées par les missionnaires Nous n’en citons qu’un seul (volume II page 329), C’est un courrier du père Liot adressé aux pères Boinet et Descouvières le 10 novembre 1788 : 

« ....452 enfants Siamois et Laotiens baptisés à Bangkok par deux femmes Portugaises de Siam. Il s'y trouve 4 à .5 adultes baptises à l'article de la mort.  1.933 enfants Siamois, Malais, Laotiens et Barmas baptisés deux par Portugais-Cambodgiens, médecins du roi de Siam, dans les différentes guerres que tes Siamois ont faites aux  Barmas et aux Malais depuis 1785 jusqu'en 1788 : TOTAL 2.481. Baptêmes faits depuis le commencement de septembre 1788 que je suis arrivé à Bangkok, jusqu'en novembre de la même année : 2 Siamois adultes. 4 Cochinchinois adultes. 179 enfants Siamois, Laotiens et Pégous baptisés dans Bangkok  par deux Portugaises de Siam. 1.346 enfants Cambodgiens baptisés par deux médecins Portugais-Cambodgiens dont il est parlé ci-dessus, et par les autres  Portugais du Cambodge. TOTAL 1531 ».

 

Jacques Liot opéra d’abord en Cochinchine d’où il fut chassé par les persécutions et navigua ensuite entre Chantaboun et Bangkok.

 

(10) Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a assisté une messe du Noël orthodoxe à Saint Petersburg, révélant à cette occasion qu'il y avait été baptisé secrètement du temps de Staline et confia aux journalistes présents : « Cette cathédrale est spéciale pour moi, car j'y ai été baptisé. Accompagnée d'un voisin, ma mère m'a emmené secrètement me faire baptiser, craignant l'opposition de mon  père, inscrit au Parti communiste, officiellement athée. Mon père était membre du PC, et c'était quelqu'un de strict et de cohérent. Ils l'ont fait en secret -- ou au moins ont-ils cru que c'était en secret », Cela se passait en 1952, un an avant la mort de Staline.

 

 

 

Des cérémonies similaires se déroulent au quotidien dans les pays en proie à des dirigeants mahométans forcenés.

 

(11) Tous les théologiens et père de l’Eglise s’accordent à reconnaître les effets perpétuels du baptême sauf hérésie ou apostasie.

 

(12)   Pierre Joseph-Georges Pigneau de Behaine martyrisé en Cochinchine pour y avoir donné l'hospitalité à un prince siamois se réfugia à Malacca puis à Pondichery. Il fut nommé vicaire apostolique de la Cochinchine en 1774.

 

 

 

(13) Surachai Chumsriphan « THE GREAT ROLE OF JEAN-LOUIS VEY, APOSTOLIC VICAR OF SIAM (1875-1909), IN THE CHURCH HISTORY OF THAILAND DURING THE REFORMATION PERIOD OF KING RAMA V, THE GREAT (1868-1910) » publiée à Rome en 1990 par la faculté d’histoire ecclésiastique (Facultate Historiae Ecclesiasticae Pontificiae Universitatis Gregorianae) ».

 

 

 

 

(14) Père Manuel TEIXEIRA « Portugal na Tailândia », Macau, Imprensa Nacional de Macau, 1983, p. 110.

 

SOURCES

 

 

La seule version canonique du Catéchisme du Concile de Trente est en latin. Les traductions françaises doivent avoir fait l’objet d’un visa de la hiérarchie (« Nihil obstat » et « imprimatur ». Nous avons utilisé la version bilingue de l’abbé Gagey de 1903 dument visée par la hiérarchie.

 

 

 

Le second volume de l’ouvrage d’Adrien Launay Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – 1662-1811 – documents historiques », contient des centaines de correspondances des Missionnaires à leur hiérarchie parisienne ou locale concernant cette époque.

 

 

 

L’Institut de recherche France-Asie est celui des archives des Missions étrangères.

 

Il contient de très précises notices biographies sur chacun des participants à l’œuvre de mission (https://www.irfa.paris/fr). La thèse du R.P. Surachai Chumsriphan (13) y fait de perpétuelles références.

 

 

 

 

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 22:49

 

 

La venue du Souverain Pontife en Thaïlande en novembre 2019 nous est l’occasion de raconter en quelques pages l’histoire de cette petite communauté catholique forte aujourd’hui d’environ 600.000 fidèles dans ce pays de 70 millions d’habitants. Elle avait été précédée par celle au mois de mai du cardinal Fernando Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, comme s’intitule aujourd’hui l’ancienne congrégation pour la propagation de la foi  à l’occasion du 350e anniversaire de la  création du premier vicariat apostolique du Siam en 1669 (1).

 

 

 

 

LES PRÉMICES : LES NESTORIENS

 

 

Le moine Cosma Indicopleustès, probablement égyptien, est allé en évangélisation jusqu'aux Indes dans les années 520-525.

 

 

 

 

Lui-même appartenant à l’église nestorienne a signalé la présence de communautés nestoriennes aux Indes, au Pegu, en Cochinchine, au Siam et au Tonkin.

 

 

 

 

L’Église nestorienne s’étant incontestablement répandue jusqu’en Chine, les jésuites à leur arrivée au XVIe siècle en trouvèrent des traces à leur immense stupéfaction ; Il est plausible que ses missionnaires aient essaimé au passage. Notons que lors du périple de Cosma Indicopleustès le nestorianisme n’avait pas été condamné comme doctrine hérétique, il ne le fut qu’en 533.

 

 

 

 

 

D’autres sources font état de communautés chrétiennes au IVe siècle au Champa et au Tenasserim, et aux XIV-XV siècles, encore au Champa, au Tonkin, et au Siam.

 

 

Lodovico di Varthima, négociant de Bologne, dit  avoir rencontré en 1503 au Bengale des Nestoriens négociants à Ayuthaya.

 

 

 

 

Il faut croire en  la présence probablement ponctuelle d’une petite communauté de marchands nestoriens hérétiques à Ayuthaya en 1503 sur laquelle on ne sait rien. Ils venaient probablement du Moyen-Orient oú cette hérésie était largement répandue. Les Nestoriens ayant l’esprit évangélique missionnaire, cette expansion vers l’Est avant celle des explorateurs européens est plausible même s’il n’en reste aucune trace tangible (2). Il est une explication possible à cette disparition comme nous le verrons plus bas.

 

 

 

 

LES DÉBUTS DE L’ÉVANGÉLISATION CATHOLIQUE : LE MONOPOLE PORTUGAIS.

 

 

Les missions du « Padroado »

 

 

Le régime du Padroado ou Patronage est tout à la fois une forme de patronage royal et un contrat entre l'Église et État qui permet à celui-ci de jouer un rôle actif dans l'administration et le soutien aux missions.

 

 

 

 

Il s'est largement développé dans les empires coloniaux du Portugal et de l'Espagne. C’était un système complexe de droits et obligations concédés, ou formellement imposés par les papes aux souverains des deux pays dans le cadre de l'évangélisation des territoires nouvellement découverts et colonisés. Né au XVIe siècle l'Église catholique y mit fin au XIXe siècle. Formellement, le Portugal accepta sa disparition seulement au XXe siècle. Ses origines plus lointaines remontent au XIVe siècle lorsque, après la suppression de l'ordre des Templiers, ses biens furent transférés à un ordre portugais de substitution, l’ordre de la « Militia Christi » par le Pape Jean XXII en 1319  chargé de lutter contre les Maures  et les hérétiques.

 

 

 

Le Padroado comprenait à la fois le Jus Praesentandi  et le Jus Honorifica résumé dans la formule Patrono debetur  honos, onus, emolumentum, praesentet, praesit, defendat, alatur egenus. Concrètement le roi avait l’obligation de construire et d’entretenir les églises, couvents et oratoires pour ce qui concerne le ministère des âmes ; Il avait le droit de présenter des candidats aux bénéfices ecclésiastiques ;  il prenait charge les frais du culte et soutenait financièrement tous ceux qui y étaient employés, de l’évêque au bedeau;  il devait enfin fournir un nombre suffisant de prêtres pour le serivce divin et le ministère pastoral et missionnaire . Une longue série d’encycliques ou de lettres pastorales confirmèrent ces privilèges.

 

 

 

 

Le 3 mai 1493, le Pape Alexandre VI

 

 

 

 

...publia la Bulle Inter Caetera organisant en quelque sorte le partage des empires coloniaux entre l’Espagne et le Portugal dans la plénitude du pouvoir apostolique, de toutes les terres découvertes, ou à découvrir ultérieurement par eux. L’Est appartenait donc au Portugal. Par le traité de Tordesillas du 7 juin 1494, la ligne fut déplacée de 370 lieues à l’ouest pour inclure le Brésil dans la zone portugaise.

 

 

 

Espagne et Portugal devinrent ainsi les instruments de l'expansion de l'Église dans les pays récemment découverts. En 1580, le Portugal tomba sous la couronne espagnole et le resta jusqu'en 1640.

 

 

 

Mais au cours de cette période  la congrégation pour la propagation de la foi avait été créée en 1622, prenant la direction de toutes les tâches missionnaires en ordonnant aux prêtres d’évangéliser les terres autres que celles appartenant déjà au Padroado ce qui n’empêcha pas les relations entre les deux corps de missionnaires d’être sérieusement minées.

L’établissement d’évêques portugais en Asie

 

 

Les Portugais furent donc les porteurs de la flamme pour apporter « la lumière de la foi à des millions de païens ». Goa, Malacca et Macao devinrent les trois grands centres de l’évangélisation de l’Asie. Goa est l'une des régions de l'Inde où il y a toujours un grand nombre de chrétiens,  dû au fait qu’elle est restée colonie portugaise de 1510 à 1961 et fut longtemps Rome de l'Est. Le pape Clément VII

 

 

 

 

. ..érigea Goa en diocèse le 31 janvier 1533 et sa bulle fut confirmée par Paul III la même année.

 

 

 

 

Auparavant,  la métropole devait envoyer des évêques à l'Est afin de conférer les sacrements qui leur étaient réservés (confirmation et ordination), mais sans pouvoir prendre de décision. Le diocèse de Goa devint ainsi évêché In perpetuum.

 

 

 

 

Le nouveau diocèse s’étendait du cap de Bonne Espérance à la Chine. Il fut élevé au rang d’archevêché par Paul IV le 4 février 1557 et  les deux évêchés de Cochin et de Malacca devinrent ses suffrageans.

 

 

 

 

La juridiction de celui de Malacca s’étendait  aux royaumes de Malaisie, du Siam, du Tonkin, de la Cochinchine, du Cambodge, de Champa et des îles d'Acheh, ainsi que des Mollusques et d'autres îles voisines.

 

 

 Malacca devint donc le centre de la diffusion du catholicisme au Cambodge, au Siam, à l'Indochine, à l'Indonésie, aux Moluques, à Timor, à la Chine et au Japon.  Le diocèse de Macao reçut juridiction sur la Chine et le Japon dont l’évangélisation avait été réservée aux Jésuites par le pape Grégoire XIII  par bref du 28 janvier 1585. 

 

 

 

 

 

Au Siam, au moment de l'accession du roi Phra Chairacha en 1533  le nombre des Portugais s’était accru  - commerçants et mercenaires -  et, en 1538, le roi en engagea 120 pour former une sorte de garde du corps et instruire le siamois à la mousqueterie. Ils assistèrent le roi dans la guerre contre la Birmanie et reçurent divers avantages en contrepartie. Ces Portugais avaient leurs aumôniers ou leurs chapelains, probablement les aumôniers des navires envoyés à Bayreuth portant les plénipotentiaires lusitaniens. Il a été dit que le roi se serait fait secrètement baptiser ce qui expliquerait son  assassinat. (?) (3)

 

 

 

 

Les dominicains.

 

 

Les deux premiers missionnaires catholiques dont le nom nous soit connu furent les pères Jéronimo da Cruz et Sebastião da Canto, tous deux dominicains. Venus de Malacca en 1567, ils furent envoyés par leur supérieur le père Fernando di Santa Maria, qui était également vicaire général à Malacca pour s’occuper des nombreux Portugais alors présents à Bayreuth Ils furent tous deux assassinés par des Maures mais avant d’expirer, le père Sebastião da Canto demanda au roi de ne pas exercer de représailles car il ne voulait pas être la cause d’une effusion de sang. Il bénéficiait en effet de l’amitié du roi et obtint de lui l’autorisation d’aller à Malacca pour y ramener des missionnaires dont les noms restent inconnus. Ils purent commencer à prêcher l'évangile ouvertement non seulement auprès de leurs compatriotes mais aussi des Siamois. Le succès fut néanmoins limité compte tenu du fait que le peuple n'osait pas embrasser la foi chrétienne sans l'autorisation du roi. Pendant la guerre avec la Birmanie en 1569 qui devait aboutir à la chute d’Ayutthaya, les Birmans trouvèrent trois missionnaires priant dans l’église et les décapitèrent le 11 février 1569.

 

 

 

Les franciscains

 

avaient également ouvert une mission au Siam : le père Antonio da Madalena de 1585 à 1588, le père Gregorio Ruiz de 1593 à 1603, le père  André do Espírito Santo de 1606 à1611, le père André de Santa Maria de 1610  à 1616 et le père  Luis da Madre de Deos de 1673 à1689 et encore en 1755 Agostinho de Santa Mónica et Francisco de San Bonaventura. Ils durent quitter Ayuthaya après la chute de 1767 et il n’y a pas trace de leurs œuvres.

 

 

 

Il est une question qui reste sans réponse concernant l’inquisition qui s’était installée au Portugal tout autant qu’en Espagne et s’est exportée outre-mer. Elle fut confiée aux dominicains et accessoirement aux franciscains. La présence de ces deux ordres aux débuts de la mission explique-t-elle la disparition des nestoriens hérétiques qui étaient encore signalés en 1503 ? C’est un sujet sur lequel l’histoire de ces deux ordres garde un silence pudique.

 

 

 

 

Si ce fut les inquisiteurs locaux qui firent disparaître les nestoriens, ils n’eurent aucun succès avec les Mauresques probablement trop bien implantés. Si le Siam a échappé à l’islamisation, ce n’est pas aux inquisiteurs dominicains qu’il le doit mais à un corsaire provençal, le Chevalier de Forbin (4).

 

 

 

Les jésuites sont également présents, le premier jésuite venu au Siam, était le père. Balthasar Sequeira cité en 1606-1607. Ils s’y établirent  une première fois entre 1626 et 1632, avec les pères espagnols  Pedro Morejon et  António Francisco Cardim, et le père Romão Nixi, japonais plus spécialement affecté à la colonie japonaise d’Ayutthaya.  Ils s’y établirent à nouveau entre 1655 et 1709 avec les pères João Maria Leria, Giovanni Filippo de Marini et Thom Vals Valguarnera.

 

 

 

 

La première période de l’évangélisation qui dura un siècle se déroula sous la seule procédure du Padroado portugais, avec des missionnaires en majorité portugais. N’oublions pas que la langue portugaise fut à cette époque la lingua franca de la région

 

 

 

Mais le système devint très rapidement un obstacle : Les missionnaires d'autres pays, membres de divers ordres religieux, n'étaient autorisés à travailler que dans les conditions du Padroado et en nombre limité.  Après le Concile de Trente, le Saint-Siège prit de plus en plus conscience de son devoir de diriger le travail missionnaire au lieu de le laisser au Padroado espagnol ou portugais. La congrégation pour la propagation de la foi créée en 1622

 

 

 

 

et l'institut des Missions Étrangère de Paris (M.E.P.)

 

 

 

 

co-fondé en 1658 par Monseigneur Pallu, vont  changer fondamentalement les données du problème.

 

 

 

 

L’échec de la christianisation s’est alors heurté à des obstacles fondamentaux dont il est délicat de donner un ordre de priorité.

 

 

Le système du Padroado tout d’abord était en fait d’essence purement et simplement coloniale puisque la menace d’un soutien armé de la mère patrie, qu’elle soit espagnole ou portugaise était toujours sous-jacente. Les prêtres venus d’Espagne ou du Portugal étaient étroitement liés à la politique de leur nation et en outre n’entretenaient pas entre eux des rapports cordiaux. La découverte inattendue de populations jusqu’alors inconnues par les marins portugais et espagnols, exigeait de l’Eglise un nouvel effort d’évangélisation. Au XVIe siècle elle n’était pas préparée à assumer cette tâche. C’est pourquoi les papes, imprudemment, confièrent au Portugal et à l’Espagne la charge de faire connaître l’Évangile aux populations récemment découvertes. En retour, ils leur octroyèrent un certain nombre de droits sur l’administration de l’Eglise. De ce fait, les papes n’avaient plus qu’un pouvoir indirect et très limité sur les territoires portugais et espagnols hors d’Europe. Au commencement, la collaboration des rois fut satisfaisante mais aboutit à des déceptions. La faible population du Portugal en effet ne lui permettait pas d’assurer l’envoi de nombreux missionnaires dans toutes les directions de la planète. Au milieu du 17e siècle, l'empire portugais de l'Est, était en déclin. La plupart de ses possessions avaient été perdues au profit des Hollandais et des Britanniques. De nombreuses régions conquises par les Portugais avaient alors recouvré leur indépendance et il était pratiquement impossible pour le Portugal d'exercer un patronage effectif dans les territoires occupés. La Congrégation pour la propagation de la foi refusera donc par la suite de reconnaître le droit de patronage dans les terres qui n'avaient jamais été conquis par les Portugais, dans des terres qui avaient recouvré leur indépendance et étaient sous souverains autochtones, et dans les territoires occupés par les Hollandais et les Britanniques.

 

 

 

La situation conflictuelle de guerres permanentes à cette époque dans la région ne favorisait pas la stabilisation de l’installation des missionnaires qui n’avaient dès lors guère le loisir d’apprendre la langue alors que l’on ne peut pas prêcher l’évangile en portugais et encore moins en latin.

 

 

 

 

Les Maures mahométans, omniprésents et puissants à Atythaya ne favorisaient pas non plus l’installation des chrétiens « polythéistes » qu’ils haïssent.

 

 

Il est encore un problème qui fut peut-être le problème fondamental : la liberté de conscience n’existait pas, le monarque devant lequel on doit ramper est bouddhiste et le peuple doit suivre la religion de son roi. C’est en tous cas un argument développé tout au long des décennies par les missionnaires pour expliquer sinon leur échec du moins leur peu de succès et qui justifiera les projets de conversion avortés du roi Narai.

 

 

Le roi Narai ne fut pas le Constantin du Siam

 

 

 

L’arrivée vers l’année 1600 marqua l’entrée en lice de deux principaux rivaux des Portugais : les Anglais et les Hollandais protestants, marchands sans visée missionnaire mais qui mirent les Siamois en garde contre les missionnaires catholiques ; les protestants haïssant  plus encore les catholiques « papistes » que ne le font les mahométans. Les Européens avaient donc réussi à exporter leurs querelles religieuses en Asie, ce qui évidemment contribua à l’échec de la mission siamoise.

 

 

 

LA CONGRÉGATION POUR LA PROPAGATION DE LA FOI ET LES MISSIONS ETRANGÈRES DE PARIS.

 

 

Rappelons que Les Missions étrangères de Paris  sont un institut de catholique dont le but est de réaliser un travail d'évangélisation dans les pays non chrétiens, spécialement en Asie. À ce titre, elles ne constituent, au sens canonique du terme, ni une congrégation ni un ordre, pas plus que ses membres ne sont considérés comme des religieux. Ce sont des prêtres séculiers spécialement formés par l’Institut à la vie missionnaire.

 

 

 

Le 22 juin 1622, l’acte fondateur de Acta Sacrae Congregationis de Propaganda Fide commence par ces mots  In Christi nomine, Amen. Anno ab ejusdem Nativitate 1622, die 6. Januarii. Acta Sacrae Congregationis Cardinalium de Propaganda Fide. Sub Gregorio XV PontificeMaximo.

 

 

 

 

 

Les tâches assignées à la nouvelle congrégation consistaient à faire tout ce qui pouvait aider à répandre la foi catholique. Son domaine d'activité était le monde entier face aux deux événements les plus importants du XVIe siècle, l'expansion du monde à travers les découvertes géographiques et la réforme protestante.

 

 

 

Une première difficulté opposa le Portugal à la Congrégation, l’institution de vicaires apostoliques puisqu’elle envoya des prélats dotés du caractère épiscopal et consacrés au titre de diocèse In partibus infidélium. Ils n’avaient de comptes à rendre qu’à Rome. 

 

 

Le premier devoir de l’Eglise est de proposer l’Évangile à toutes les nations (« Allez évangéliser les nations » - Marc, XVI, 15). 

 

 

 

 

La Congrégation pour la propagation de la foi eut donc pour mission de prendre l’évangélisation en main, malgré l’opposition du Portugal et de l’Espagne qui ne voulaient pas abandonner leurs droits acquis. Elle passa outre et à partir de 1660 et envoya des Vicaires apostoliques en Asie. Leur rôle était essentiel puisqu’ils pouvaient conférer les sacrements que ne peuvent pas conférer les simples prêtres. Ils étaient en fait des évêques sans en avoir le nom établis dans les régions en voie de christianisation et qui n'ont pas encore de diocèse en attendant que la région puisse engendrer un nombre suffisant de catholiques pour permettre l'érection d'un diocèse « à part entière ». L’Assemblée des évêques de France mit à la disposition du Pape ses propres ecclésiastiques  soutenue en cela par de nombreuses et pieuses associations de prêtres et de laïcs.

 

 

Les instructions données aux premiers Vicaires envoyés par le Pape étaient claires et  résultaient d’une instruction de 1659 destinée aux vicaires apostoliques d'Indochine, intitulée Instruction variorum Apostolicorum ad regna Sinarum Tonchini et Cocincinae proficiscentium  et donnée par la congrégation à Monseigneur François Pallu, évêque d'Héliopolis, Monseigneur Pierre Lambert de la Motte, évêque de Bérythe

 

 

 

 

et Monseigneur Ignatius Cotolendi, évêque de Métellopolis.

 

 

 

 

Nous pouvons la résumer  en trois parties :

 

 

1) Antequam discernant (« avant de partir ») concerne le choix des hommes.

 

2) In ipso itinere (« sur le voyage lui-même ») : Il fallait éviter les régions et les lieux portugais, et la direction et la route qu'ils devaient emprunter étaient celles qui passe par la Syrie et la Mésopotamie et non celles de l'océan Atlantique et du cap de Bonne-Espérance, et donc par la Perse et les royaumes mongols. Pendant le voyage, il leur faudrait faire une brève description du voyage et des régions qu’ils traversaient et  observer également ce qui pourrait être intéressant pour la propagation de la foi. Ils devaient l’écrire et l'envoyer à la Congrégation.

 

3) In Ipsa Missione (« dans la mission ») : Les points importants concernent la nécessité de former un clergé local autonome, l’interdit aux missionnaires de participer à la vie politique et au commerce, l’obligation de se tenir à l'écart des questions politiques et commerciales et l’obligation de ne pas s’immiscer dans des affaires civiles, sous  peine de renvoi immédiat de la mission. Les Missionnaires doivent s'adapter à la culture et aux coutumes du peuple, en privé et en public, et ils ne doivent pas les critiquer.

 

 

 

La tâche principale reste de former des prêtres autochtones dans chaque pays, tâche délibérément négligée par les religieux missionnaires. Les nouveaux missionnaires devaient également s’adapter aux coutumes des pays auxquels ils étaient chargés d’annoncer l’Évangile et non de répandre la civilisation européenne. L’apprentissage de la langue était donc un préalable. Ces instructions furent rappelées en 1920 encore (était-ce nécessaire ?) par la lettre pastorale du Pape Benoît XV Maximum illud dont quelques extraits sont significatifs : « Bannir tout exclusivisme national et tout esprit de corps religieux » « Oublie ton pays et la maison de ton père, souvenez-vous que vous avez un royaume à étendre, non celui des hommes mais celui du Christ; une patrie à peupler, non celle de la terre mais celle du ciel » « Donner une formation complète au clergé indigène ». L’anticolonialisme de ce pape qui fut considéré comme progressif est sous-jacent.

 

 

 

Nous avons un bon exemple des effets néfastes de l’esprit de corps profondément ancré  dans les ordres missionnaires rivaux avec la controverse entre les Jésuites et les vicaires apostoliques. Le 22 février 1633, le pape Urbain VIII,

 

 

 

 

dans sa lettre apostolique Ex debito pastoralis officii, interdisait sous peine de mort aux missionnaires des Indes orientales de traiter dans les affaires et le commerce avec pour conséquence l’expulsion de l’ordre missionnaire du pays.  En 1663, Monseigneur Pallu arriva à Tenasserim en route vers le Siam. Il rencontra un jésuite, John Cardoso et discuta ouvertement avec lui de la question. Celui-ci connaissait le sujet puisque présent depuis 3 ans à Macao. Cette province – dit-il -  négociait et il était impossible qu'elle subsistât par autre voie. Monseigneur Lambert et Monseigneur Pallu furent scandalisés, car il était clair que les Jésuites enfreignaient la règle pontificale.

 

 

La guerre fut déclarée entre les Jésuites essentiellement portugais et les vicaires apostoliques, sur ordre du gouverneur de Goa, qui donna ordre d’arrêter les vicaires apostoliques  au cas où ils traverseraient les territoires du Portugal. Le résultat de ce conflit a été la publication d’une lettre pastorale de Monseigneur Lambert de la Motte du 15 octobre 1667, dans laquelle il accusa formellement les Jésuites d’être impliqués dans le commerce et de détruire l’œuvre missionnaire. La contestation des Jésuites fut virulente. Ils prétendirent – casuistique jésuite – que l’ordre avait reçu un énorme héritage d’un Portugais nommé Sebastião Andres, que cet héritage consistait en une grande quantité de marchandises qu’il fallait bien les vendre. Le Père Manuel Rodrigues, provincial du Japon, avait également protesté de l’innocence  de ses frères jésuites du Siam. Il est évidemment difficile de savoir où se situe la vérité .  Le 17 juin 1669 en tous cas, le pape Clément IX

 

 

 

 

publia la Constitution Sollicitudo pastoralis dans laquelle il réitèra l'interdiction du commerce et ordonna aux missionnaires religieux de se soumettre aux vicaires apostoliques. La tension diminua d’autant que la présence des Jésuites au Siam ne fut pas continue, mais cet événement fut significatif. Pas plus que les  historiens des dominicains ne s’appesantissent sur leur rôle néfaste d’inquisiteurs, pas plus ceux des jésuites ne s’appesantissent sur leur rôle allégué de mercantis (5).

Le premier Vicaire apostolique à partir pour l’Asie fut Monseigneur Lambert de la Motte.  Le 29 juillet 1658, il avait été nommé évêque in partibus de Bérythe, et, le 9 septembre 1659, vicaire apostolique de la Cochinchine. Comme les navires portugais n’acceptaient pas à leur bord des prêtres qui n’auraient pas fait allégeance au roi du Portugal, et que les Anglais et Hollandais protestants refusaient d’embarquer des missionnaires catholiques, force fut de voyager par voie terrestre et en secret, selon les directives de ses supérieurs. L'évêque quitta Marseille le 27 novembre 1660 accompagné de deux missionnaires,  les Pères de Bourges et Deydier, tous deux des missions étrangères. Il débarqua à Alexandrette le 11 janvier 1661, traversa l’Égypte, la Perse, partit de Gameron le 29 novembre, et arriva le 23 décembre à Surate. Il reprit la route de terre, et le 6 mars, il entrait à Masulipatam, d'où, en trente-trois jours, sur un vaisseau musulman, il atteignit Mergui. Il était à Ayuthaya 22 août 1662, deux ans, deux mois et quelques jours après son départ de Paris.

 

 

 

Le Siam n'était pas sous sa juridiction, mais offrait à tous les missionnaires qui l'habitaient la paix religieuse. D'autre part, la mission de Cochinchine, où il devait se rendre, était en butte aux persécutions. L'évêque se fixa donc provisoirement à Bayreuth. Il y logea d'abord chez les religieux, puis s'installa dans la partie de la ville habitée par les Annamites, et qu'on appelait le camp des Cochinchinois. Puisqu'il était vicaire apostolique de Cochinchine, il s'occupa d'abord des indigènes de ce pays qu'il rencontra les premiers sur sa route. De là il examina, comme Rome le lui avait ordonné, la situation des missions. Celle du Siam lui parut attristante ; il trouvait que les missionnaires manquaient de zèle, faisaient « certaines choses défendues par le droit canonique », et en particulier le commerce. Il en avertit le Souverain Pontife et la Congrégation par lettres du 10 octobre 1662, du 6 mars et du 11 juillet 1663. En retour, il fut bientôt en butte à l'inimitié et aux vexations des Portugais civils et religieux, qui jugeaient sa présence et ses pouvoirs spirituels contraires aux droits de leur roi ; sa vie même fut menacée. Il informa le Pape de l'état des esprits, et dans une lettre du 3 octobre 1663 offrit sa démission. Il avait trouvé une petite communauté de 2.000 chrétiens portugais, métis, japonais, sous la direction de 11 prêtres en majorité portugais qui dépendaient du Padroado. Les Portugais apprirent bientôt que Monseigneur Lambert n’était pas passé par Lisbonne. Ils se préparaient à l’arrêter et à le renvoyer au roi du Portugal quand des chrétiens cochinchinois, réfugiés au Siam, vinrent l’enlever à main armée pour l’installer dans leur camp. Ce fut le début d’une lamentable rivalité entre les prêtres du Padroado et les prêtres envoyés par la congrégation sous les yeux des Siamois qui ne comprenaient rien à ces guerres de religion. L’ambiance fut-elle que les seuls Pères Jésuites non portugais acceptaient d’enterrer en terre chrétienne les Français alors que les Portugais proclamaient qu’il fallait les jeter dans la rivière.

 

 

 

Le 2 janvier 1662, Monseigneur Pallu, co-fondateur de la Société des Missions Étrangères avec Monseigneur Lambert de la Motte,  s'embarquaient à Marseille le 2 janvier 1662, avec 7 prêtres et 2 laïques ; mais 5 prêtres moururent dans le voyage et un des auxiliaires laïques abandonna à Tauris, et, à son arrivée à Bayreuth le 27 janvier 1664, l'évêque n'avait plus avec lui que deux missionnaires, les Pères Laneau et Brindeau. Monseigneur Pallu ne put rejoindre sa mission du Tonkin et de la Chine méridionale, les persécutions l’empêchant d’y pénétrer. Avec Monseigneur Lambert et les missionnaires présents, ils se réunirent en synode pour fixer les modalités d’application des directives romaines. Monseigneur  Pallu revint à Rome en 1665 pour faire approuver les décisions prises, tandis que Monseigneur Lambert, après avoir obtenu le rattachement du Siam à la mission de Cochinchine commençait à réaliser les fondations décidées au synode. Ce fut d’abord celle du séminaire Saint Joseph, l’ancêtre du Collège Général de Penang, qui ouvrit ses portes en 1665.

 

 

Les deux premières ordinations sacerdotales eurent lieu en 1668. Dans l’intention de se rendre utile au pays et de manifester la charité évangélique, Monseigneur Lambert ouvrit un hôpital à Ayuthaya vers 1671. Il institua également une congrégation de religieuses autochtones, les « Amantes de la Croix », d’abord au Tonkin en 1670, puis en Cochinchine et enfin à Ayuthaya en 1672.


 

 

 

Il pensait avoir recours à leurs services pour le soin des femmes malades et l’éducation des jeunes filles. Les premiers missionnaires des Missions Étrangères, à la différence des prêtres de Padroado en général cantonnés dans leur camp au service de leurs coreligionnaires, se répandirent à travers la capitale et les environs, et allèrent même jusqu’à Bangkok et à Phisanulok dans le nord mais sans grand succès auprès des Siamois, non par opposition de ces derniers mais à cause de l’encadrement de la population pour la corvée au service du pays et l’hostilité des autorités qui voyaient l’abandon du bouddhisme comme une trahison envers le pays et un facteur de division. Constatant que tous les Siamois vivaient dans une dépendance absolue de leur prince bouddhiste, Monseigneur Lambert pensa que tant que le roi ne serait pas chrétien, l’évangélisation du Siam serait impossible. C’est pourquoi il écrivit à Monseigneur Pallu, alors en Europe, pour lui suggérer l’établissement de relations diplomatiques entre Louis XIV et le roi Narai afin que le roi de France proposât à ce dernier de bien vouloir embrasser la religion catholique. Pour comble de malheur, l’aventurier grec Phaulkon avait réussi à devenir favori du roi au Siam. Il se fit catholique et protecteur de la religion catholique au Siam. Il encouragea les relations diplomatiques et militaires avec la France après avoir écarté Monseigneur Lambert. Il réussit à se faire haïr des mandarins et du même coup fit détester la religion catholique.  Le coup d’état qui fut consécutif à la fin de Narai en 1688  entraîna avec la mort de Phaulkon la répression des catholiques. Aux yeux des Siamois, la France et la religion catholique étaient liées à une tentative de colonisation du pays. Ce préjugé défavorable resta un obstacle à l’évangélisation. Le Siam avait été érigé en vicariat apostolique détaché de la Cochinchine en 1669. Son premier titulaire fut Monseigneur Laneau, ordonné évêque en 1674. Après la mort de Monseigneur Lambert en 1679, il devint responsable de la mission. C’est lui qui avec ses prêtres dut subir le contrecoup du coup d’état de 1688. Les vexations furent dures mais sans effusion de sang pendant 21 mois. Après cette persécution, Monseigneur Laneau rassembla son petit troupeau. Des 600 chrétiens siamois il en restait une centaine et la communauté des chrétiens cochinchinois. Lui et ses successeurs s’efforcèrent de renouer des relations amicales avec le palais. Il fallait également reconquérir la confiance des Siamois. Le nombre des chrétiens siamois alla toujours en diminuant. Monseigneur Laneau avait une bonne connaissance de la langue thaïe et du bouddhisme. Il écrivit 26 opuscules  pour expliquer les dogmes chrétiens et traduire les prières chrétiennes. L’un d’eux était une réfutation de la doctrine bouddhiste assez défavorable à la religion des Thaïs.

 

 

 

Trente-cinq ans après la mort de Monseigneur Laneau survenue en 1696, le palais eut connaissance de cet écrit. Le roi, les princes et les moines bouddhistes en conçurent une grande irritation.

 

Aussi, en 1731 fut proclamée l’interdiction faite à tous les Siamois, Laotiens, Mons de se faire chrétiens, et aux missionnaires de prêcher le christianisme aux Siamois ainsi que d’écrire des livres en caractères siamois. Bientôt les missionnaires n’eurent à s’occuper que de quelques centaines de Cochinchinois chrétiens réfugiés dans le pays. Les rares Siamois qui demandaient à se faire chrétiens étaient baptisés en secret. Les missionnaires dont le nombre s’élevait à une vingtaine à la fin du règne de Narai, n’étaient plus que quelques unités. Ils avaient la charge du séminaire régional fondé par Monseigneur Lambert. Par ailleurs les supérieurs de mission depuis le Père Brad successeur du Père Ferreux en 1698 jusqu’à Monseigneur Condé nommé en 1782 ne savaient pas parler le thaï. A certaines époques aucun missionnaire ne pouvait enseigner le catéchisme en siamois. L’invasion birmane, qui détruisit Ayuthaya en 1767, brûla la mission et le camp portugais. Monseigneur  Brigot, vicaire apostolique de l’époque, fut déporté à Rangoon avec quelques chrétiens tandis que le Père Corre et un Père jésuite du camp des Portugais avec 300 Portugais s’enfuyaient au Cambodge. Il ne restait en tout et pour tout qu’une petite communauté de Vietnamiens réfugiés à Chanthaburi, chrétienté fondée en 1707 et qui eut pour premier pasteur le Père Nicolas Tolentino, prêtre d’origine espagnole, venu des Philippines et ancien élève du séminaire d’Ayuthaya. La destruction d’Ayuthaya ne fut toutefois pas le signe de la disparition définitive de la mission catholique

 

 

.

En 1769, le Père Corre revint du Cambodge avec quelques chrétiens d’Ayuthaya. Le nouveau roi, Taksin, libérateur du pays, leur accorda un terrain, non loin du palais pour y élever une église. C’est l’actuelle paroisse de Sainte-Croix à Thonburi, nouvelle capitale du pays. On y regroupa les chrétiens dispersés, presque tous portugais du camp d’Ayuthaya. En 1771, arriva le nouveau Vicaire apostolique. Les rapports de l’évêque avec le roi furent d’abord excellents, mais  ne tardèrent pas à se dégrader. Le franc parler de l’évêque qui se refusait de croire aux phénomènes de lévitation dont se vantait le roi très adonné à la méditation bouddhique, le refus des prêtres catholiques de participer au serment de fidélité au roi selon le modèle bouddhiste irritèrent profondément le roi qui fit emprisonner et frapper à coup de bâtons l’évêque et les deux missionnaires présents à Thonburi. A l’instigation d’un ministre musulman, le roi chassa de son pays l’évêque et les deux missionnaires en 1779.

 

Le siècle suivant sera celui de l’apaisement marqué par l’amitié que le roi Mongkut porta à Monseigneur Pallegoix, vicaire apostolique

 

 

 

et les liens sinon d’amitié sinon d’estimes réciproques de Monseigneur Vey et du roi Chulalongkorn.  L’œuvre immense accomplie par le prélat alors même qu’il vécut la période de tension entre la France et le Siam en 1893 fut essentielle pour le maintien de rapports cordiaux entre le Siam et l’église catholique siamoise (6).

 

 

 

N’oublions pas un événement  significatif dont la portée ne fut peut-être pas soulignée : Lors de la première visite du Roi Rama V en Europe, il se rendit en particulier en Italie où il rencontra les souverains et ensuite se rendit au Vatican où il fut reçu par le Pape Léon XIII. Celui-ci, conformément à la ligne établie depuis 1870 par son prédécesseur, s'affirmait prisonnier au Vatican, revendiquant ainsi ses droits à la souveraineté temporelle sur les États pontificaux toujours considérés comme usurpée par Victor-Emmanuel II d'Italie, qui fut d'ailleurs avec  sa famille solennellement excommuniés. Il refusait en conséquence de recevoir tout chef d’État qui allait rendre visite aux souverains italiens. Il fit une notable exception pour le souverain siamois. (7)

 

 

 

A la mort du prélat en 1909, un an avant celle du roi Rama V, le Prince Thevavong Varoprakan, ministre des affaires étrangères, envoya une lettre au père Colombet, successeur de Monseigneur Vey dans les termes suivants : « Nous, Sa Majesté et ses Ministres, sentons que dans Sa Grandeur, le Siam a toujours eu un ami très sincère, dont le dévouement à l'avancement moral du pays fut  constant. Le regretté Monseigneur Vey ne fut jamais considéré comme un Étranger par Sa Majesté ni par son Gouvernement ». Le même ministre écrivit au Ministre Plénipotentiaire de la République Pierre de Margerie 

 

 

 

« Nous sommes tous particulièrement émus à la pensée que les fructueux et si  méritoires travaux de Sa Grandeur ont été contemporains de la période la plus marquante de l'histoire du peuple Siamois ».

 

 

Le 17 novembre 1896, Monseigneur Vey avait été élevé au rang de chevalier de la légion d’honneur au titre du ministère des affaires étrangères « pour services rendus à la cause française ». Ce fut un bel hommage de la république franc-maçonne et anticléricale.

 

 

 

 

La question de l’évangélisation de la Thaïlande n’est plus d’actualité. La congrégation pour la propagation de la foi est devenue Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Il n’est plus question pour l’Eglise catholique d’inculturation de la foi chrétienne dans de nouvelles cultures mais de « s’ouvrir à la relation aux autres, dans un esprit de dialogue et de partage », ce que souligne l’encyclique « Populorum progressio » de Paul VI en 1967.

 

 

 

 

Ces missionnaires partis au loin dans des pays où ils risquaient leur vie s’engageaient – pensaient-ils - dans un combat contre l’erreur et le mal destiné à sauver des populations vivant dans les ténèbres et le péché et risquant l’enfer. L’entreprise sûre d’elle-même se développa historiquement il est vrai dans un contexte de colonisation et d’expansion occidental. C’est peut-être ce qui explique son échec ?  Le changement de terminologie est fondamental, on ne parle plus de conversion des non-chrétiens – le mot païen avait été depuis longtemps abandonné - mais de dialogue avec des  croyants d’autres traditions religieuses. Gardons-nous de juger.

 

 

SOURCES CONSULTÉES

 

 

Nous avons abordé ce sujet dans une optique différente en 2013 : Notre article 88. « L'échec des Missionnaires français au Siam (XVII et XVIII èmes Siècles) »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-87-l-echec-des-missionnaires-fran-ais-au-siam-xvii-et-xviii-emes-siecles-118521756.html

 

Nous y citons d’abondance la thèse d’Etat d’Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec », préface de Georges Condominas, publiée en trois volumes  en 1998, L’ Harmattan.

 

 

La thèse de Surachai Chumsriphan (1) est précieuse et repose en particulier sur de nombreux documents provenant les Archives des missions étrangères dont beaucoup non publiés ni numérisés, les archives des Jésuites, celles de l’archidiocèse de Bangkok, celle de la congrégation pour la propagation de la foi, celles des sœurs de Saint-Paul de Chartres ainsi que le texte des bulles pontificales concernant l’évangélisation portugaise comportant 5 énormes volumes publiés à Lisbonne entre 1868 et 1879. Il a le mérite dans sa bibliographie de ventiler systématiquement les sources primaires des secondaires.

 

 

Le site des dites Archives (https://missionsetrangeres.com/archives/) donne une bibliographie aussi complète que précieuse sur chacun des membres de la mission.

 

 

Adrien Launay a publié en deux volumes en 1920  une « Histoire de la mission de Siam » contenant la reproduction d’une foule de documents d’archives. 

 

 

Il avait publié en 1896 « Siam et les missionnaires français ».

 

 

 

Monseigneur Pallegoix dans le second volume de sa « Description du Siam » décrit longuement l’histoire de la mission.

 

 

Monseigneur Vey, s’il n’a pas fait d’étude synthétique sur l’histoire du catholicisme siamois a remanié le dictionnaire de Monsieur Pallegoix, traduit de nombreux textes religieux en thaï et adressé une volumineuse correspondance reproduites dans le Bulletin de la MEP.

 

 

 

NOTES

 

(1) L’histoire de l’implantation du catholicisme en Thaïlande fait l’objet d’une thèse monumental de Surachai Chumsriphan « THE GREAT ROLE OF JEAN-LOUIS VEY, APOSTOLIC VICAR OF SIAM (1875-1909), IN THE CHURCH HISTORY OF THAILAND DURING THE REFORMATION PERIOD OF KING RAMA V, THE GREAT (1868-1910) » publiée à Rome en 1990 par la faculté d’histoire ecclésiastique (Facultate Historiae Ecclesiasticae Pontificiae Universitatis Gregorianae). Son contenu  excède largement les limites que le titre pouvait laisser envisager.

 

 

(2) Voir, cité par Surachai Chumsriphan

B.C. Colless, « The Trades of the Pearl: The mercantile and Missionary Activities of Persian and Armenian Christians in South East Asia » 1973. Et Wanda Wolska  « La topographie chrétienne de Cosmas Indicopleustès » in Revue belge de Philologie et d'Histoire,  Année 1963  41-2  pp. 525-526

 

 

(3) Nous avons consacré de nombreux articles aux Portugais qui furent les premiers visiteurs occidentaux au Siam. Voir en particulier :

H 33 - 508 ANS D’AMITIÉ ENTRE LA THAÏLANDE ET LE PORTUGAL - มิตรภาพ ๕๐๘ ปี ระหว่างประเทศไทยกับโปรตุเกส

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/h-33-508-ans-d-amitie-entre-la-thailande-et-le-portugal.html

 

 

(4) Voir notre article H 45 – « UNE TENTATIVE D'ISLAMISATION DU SIAM DU 15 AOÛT AU 24 SEPTEMBRE 1686 ÉRADIQUÉE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/h-45-une-tentative-d-islamisation-du-siam-du-15-aout-au-24-septembre-1686-eradiquee-avec-l-aide-majeure-d-un-noble-provencal-le-chev

 

 

(5) Il n’y en a aucune trace dans la monumentale « Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus »  en 6 épais volumes dont le 5e concerne le Siam de Jacques Crétineau-Joly en 1851.

 

 

(6) Voir notre article A140  « 1898. Saint Louis, le premier hôpital français catholique à Bangkok ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a140-1898-le-premier-hopital-fran-ais-catholique-a-bangkok-12148.1

 

 

(7) Voir notre article « Le Premier  voyage en Europe du Roi Chulalongkorn en 1897 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-148-1-le-premier-voyage-en-europe-du-roi-chulalongkorn-en-1897-124232693.html

 

 

 

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 22:22

 

 

 

In la 2e partie intitulée « Aspects de l’histoire du Siam aux XVIIe-XVIIIe siècles », livre 1 d'Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164).  (1)

 

Nous poursuivons notre lecture  de la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest, en terminant cette fois-ci avec le chapitre 6 d'une trentaine de pages (pp. 135-164), intitulé « Pouvoir et société au Siam » qui se présente sous la forme de 3 sections : La bonne administration ; De l'absolutisme et de la faiblesse du roi ; De la troupe à la clientèle.

 

 (En sachant que nous avons déjà écrit sur le sujet en reprenant des études d'auteurs éminents tels  que Georges Condominas, Suthavadee Nunbhakdi,  Andrew Turton et bien d'autres, que nous vous invitons à lire ou relire pour confronter leurs points de vue avec celui de A. Forest.) (Cf. Nos articles (2) )

 

 

 

A. Forest d'entrée souligne le problème des sources très insuffisantes sur le  Siam pour appréhender  le fonctionnement « réel » des principales institutions. Elles s'arrêtent  le plus souvent à une description  « idéale » de l'administration. Aussi, A. Forest n'hésitera pas à souligner que les données qu'il avance pour décrire les compétences de chaque niveau et de chacun sont à prendre pour des hypothèses, des extrapolations. De plus, il n'hésite pas à indiquer certaines contradictions qu'il peut y avoir entre certaines représentations, ou bien encore de nombreuses variations sur l'organisation de base de la société par exemple. Mais il nous aide à la comprendre en proposant certains grands traits, que nous essayerons de retranscrire. Bref, nous avons là une étude qui a puisé aux meilleures sources disponibles, comme celles d' E. G. Quaritch-Wales, N. Gervaise, S. de la Loubère, G. Condominas,Y. Ishii, M. Braud, R. Lingat, etc., au moment où il écrit (1998).

 

 

I- LA BONNE ADMINISTRATION.

 

I- L'administration centrale.

 

Nous avons là une organisation qui se veut bonne et harmonieuse qui se diffuse à partir d'un centre, avec le pouvoir absolu du roi qui s'exerce “dans un cadre institutionnel précis, formé, d'une part, par un gouvernement de six ministres, quatre d'entre eux composant le groupe des « quatre tuteurs »  du royaume; d'autre part, par les Conseils du roi.

 

Les quatre ministres « tuteurs » sont :

 

Le vang, ministre du Palais royal. Il doit principalement assurer l'intendance au quotidien,   et faire respecter l'étiquette et rituels, l'ordre et l'entente. (Notamment dans les appartements des femmes).

 

Le yomrat (ou muang), ministre de la justice. Il est chargé évidemment de la justice, des enquêtes, et de la prison dans la capitale et  des villes autour qui relèvent du domaine royal. Les gouverneurs assurent la justice dans leur province.

 

Le na (Ou polethep, vorethep, pollatap, ou baladeba chez Quarich-Wales), ministre des terres. (na étant la rizière). Il est chargé de la mise valeur des domaines agricoles du roi, des esclaves qui y travaillent, et de la levée des corvées des hommes libres.

 

Le khlang, inexactement, nous dit A. Forest, qualifié ministre du Trésor et des affaires étrangères. Il administre les magasins et entrepôts royaux et il contrôle le gouvernement des provinces “d'en bas”. Il est responsable du commerce et de la levée des taxes, droits ...

 

Au-dessus (ou à côté) de ces 4 ministres tuteurs, les deux postes prestigieux : le chakri et le kalahom.

 

Le chakri, que l'on peut qualifier de 1er ministre. Il est le chef de l'administration civile, ministre de l'intérieur et de la police et de la sécurité hors de la capitale. Il contrôle également l'administration des provinces du nord.

 

Le  kalahom, est le ministre de la guerre. Il est le chef de l'administration militaire du royaume, en sachant qu'elle n'est pas une administration distincte. Les gouverneurs et les nai (maîtres d'hommes ou patrons) sont à la fois responsables civils et militaires. Il est le ministre de « l'extérieur », c'est-à-dire, le responsable de la défense du royaume face aux attaques extérieures et aux interventions militaires contre les pays tributaires. Il est évidemment responsable de l'armement (Artillerie, canons, munitions, galères).

Chaque ministre a donc une compétence centrale et une compétence territoriale « extérieure ».

 

Mais il ne s'agit ici, nous dit A. Forest, que d'un schéma « idéal », qui peut varier selon la période et les circonstances. Ainsi, sous Prasat Thong et Narai, le khlang avait plus d'influence que le chakri. Sous Petracha, les pouvoirs des ministres  sont captés par son fils Sorasak, le « roi tigre »

 

 

.

 

 

Les départements royaux.

 

Chaque ministère dispose de ses propres départements spécialisés, avec une relative autonomie financière (impôts, taxes, corvées, amendes), et  le roi a des départements  spécifiques, à savoir :

 

Le département des pages royaux (krom mahathlek); Le département des  scribes (Tous les ordres, actes, conversations sont notés, enregistrés et archivés);

Le département des Affaires ecclésiastiques, institution importante dans la mesure où le roi est le protecteur de la religion bouddhique. Il est chargé de l'administration et du tribunal de la sangha (La communauté des moines);

 

Et le département des éléphants. (Le responsable est appelé phra Petracha). Un département important qui a permis à Phra Petracha par exemple  d'accéder au sommet du pouvoir. (A. Forest rappelle l'importance des éléphants en termes de pouvoir, de force pendant la guerre, de prestige, avec la place particulière accordée à la possession des éléphants blancs, considérée comme présage de prospérité et de victoire). (Cf. Notre article 55. « Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs” pour comprendre ce que pouvait représenter un éléphant blanc. » (4))

 

 

 

Les ministres et leurs seconds ainsi que les chefs des départements royaux composent le conseil royal (luk khun sala), qui joue un rôle dans la décision royale. Mais il  est une autre instance dans un royaume 'sacré' qui joue un rôle important, une sorte de « conseil suprême » qui est composé de brahmanes et des supérieurs du sangha bouddhique. Il aide le roi à décider de l'opportunité et du moment où il faut agir (Surtout pour les grands événements (guerres par ex.)  ou à comprendre la signification de tel ou tel présage, de tel échec.

 

 

 

2. L'organisation provinciale. (pp. 141-149)

 

Il s'agit nous dit A. Forest, de comprendre l'organisation de l'espace  du pays hors de la capitale en terme de ville (muang) (ou müang  ou meuang), en distinguant les villes qui relèvent de la capitale et donc du domaine royal (vang ratchathani) et celles qui relèvent de 12 grands mueang  qui chacun exerce leur autorité sur d'autres villes secondaires. (Sur le mueang, Cf.(5))

 

 Ce chiffre 12 pourrait correspondre à un chiffre idéal de 12 principautés gouvernées par des princes, qui au long du XVIIe siècle se seraient transformées en « mueang-province » administrées par des gouverneurs (Et des fonctionnaires), les uns, les mueang du nord, du haut ou de gauche, relevant du chakri, les autres, les mueang du sud, de bas ou de droite relevant du khlang. En sachant que chaque gouverneur est supervisé  par des commissaires royaux, ou par des « délégations » du ministre de tutelle (chakri ou khlang) voire du yomrat  pour une affaire de justice.

 

Quels sont ces mueang ?

 

A. Forest va nous révéler l'étonnante source  « Instructions données aux mandarins siamois pour le Portugal » (s. d.  mais ca fin 1684. AME 854, fo721-727), sorte de manuel destiné aux diplomates et aux missionnaires, qu'il retranscrit dans son annexe 2. Ses instructions  donnent le nom des 12 mueang avec les villes qui en dépendent, et les villes  du domaine royal (van râtchathâni),  tout en mettant en garde sur les erreurs et la difficile lisibilité de ce document utilisé par les missionnaires de l'époque.

 

On y voit la liste des 7 mueang du nord avec le nombre de villes qui dépend de chaque (Ici entre parenthèses) : Phitsalunok (10), Sawankhalok (5), Sukhotai (7), Kampheang Phet (9), Nakhon Ratchasima (Korat) (5), Petchabun (2), Pichai (7) et des 5 principaux mueang du sud : Phatthalung (8), Nakhon Si Thammarat ( Ligor) (20), Chaya (2), Tenasserim (12 dont Mergui), au sud-est Chantabun (7) (de Ban Lamung à Trat). Les instructions intègrent la principauté de Pattani tributaire (8) et le royaume de Johore. Entre le nord et le sud, s'étendent au centre les 34 villes du domaine royal, toutes placées selon le rang modeste de 4e classe, en sachant que certaines sont plus prestigieuses que d'autres. (Il faut noter que cette énumération est a-historique et donc ne dit rien des conflits et des révoltes contre Ayutthaya

 

Les gouverneurs des mueang sont soumis aux mêmes obligations. On peut citer : Doivent  deux fois par an aller à la capitale pour rendre compte auprès de leurs administrations centrale, de leur ministre de tutelle  et du ministre du Palais, entre autres, de l' état des habitants et de leur statut avec la liste des hommes valides pour la guerre; signaler les abandons de  maison et de « patrons » et en donner les raisons; la liste des éléphants avec leur signalement. (A. Forest ne dit rien sur les finances!) Bien entendu, les gouverneurs doivent assurer la paix, l'ordre et la justice; veiller à la régularité des passeports, demandés à chaque douane, signaler les rassemblements et leur cause. Un fonctionnaire nommé par le Palais contrôle l'action du gouverneur. Il y a peu de dénonciations de la corruption des juges et des fonctionnaires, du simple fait que la justice coûte cher, qu'elle est tatillonne, que toute plainte jugée infondée est sanctionnée, et que le plus souvent le plus offrant l'emporte. Aussi préfère-t-on régler les conflits à l'amiable. Mais note A. Forest, la situation des gouverneurs n'est pas aisée, car ils subissent des plaintes et des dénonciations adressées à la Cour, par des fonctionnaires qui désirent rejoindre la capitale où les carrières sont plus assurées. D'ailleurs la place de gouverneur n'est pas enviée par tous si l'on en juge par un édit royal de 1727 qui stipule qu’ils doivent avoir une autorisation royale pour se rendre à la capitale. Surtout au sud où la situation politique est souvent troublée. Certains phra khlang ont vu leurs intérêts à nommer des gouverneurs étrangers. A l'inverse, A. Forest donne des exemples dans lesquels des gouverneurs sont sévèrement punis par des phra khlang qui viennent sur place régler le problème sérieux. Si une affaire est jugée importante, elle peut être réglée par le roi lui-même. A. Forest donne l'exemple de brigands voleurs qui dans la nuit du 1er mars 1699 entrent au séminaire d'Ayutthaya, provoquent des bagarres et tuent le vieux cuisinier et un jeune garçon. Une procédure est rapidement engagée : le lendemain des officiers de police dépendant du yomrat viennent enquêter; Le soir même, le procès-verbal des fonctionnaires est présenté au roi Petracha; Le 3 mars l'enquête prend de l'ampleur, avec la venue de mandarins du Palais et du prince Surasak qui s'informent, interrogent, inspectent, notent, envoient des ordres à toutes les douanes. Un édit royal est publié promettant « 25 écus » de récompense à tous ceux qui découvriront les voleurs, une perquisition de tous les quartiers est faite. Le 3 mars au soir, les enquêteurs envoient un récit au roi. L'enquête dure 9 jours, pendant laquelle on continue les perquisitions, on interroge tous les suspects et finalement on arrête les coupables, des gens de Ligor, des Malais, des esclaves et leurs “maîtres” condamnés, selon les lois, à une amende de 160 écus en dédommagement des blessures et des morts. On peut deviner que cela ne se passe pas toujours ainsi, surtout que les contrôles de l'administration sont suivis de sanctions expéditives.

 

Toutefois, les gouverneurs qui reçoivent des instructions de la capitale doivent s'assurer, qu’elles soient légales, dans le respect des coutumes, lois et décrets. S'ils ont des doutes, ils les expriment et renvoient le porteur du document. L'exigence de vigilance et d'exactitude se traduit également par un lourd et formel système de transmission des ordres : ordre du roi, chambellan, département des pages, « gardien de la porte », département de la garde, département des scribes, chacun les recopiant, puis les archives. Les scribes par ailleurs notent tout ce que fait et décide le roi, et ces documents sont conservés aux archives. Chacun devant se conformer à la procédure, dans le respect des appellations et des titres sous peine de sanctions lourdes et parfois disproportionnées. Un système qui n'encourage aucune initiative personnelle, et qui ne manque pas de blocages et de faiblesses, d'où le titre du sous-chapitre suivant :

 

 

 

II- DE L'ABSOLUTISME ET DE LA FAIBLESSE DU ROI. (pp. 149-158)

 

 

1- Représentation du souverain: un pouvoir limité.

 

 

Les récits des occidentaux de l'époque ont surtout remarqué le pouvoir absolu du roi, qui peut nommer, rétrograder, destituer tous les hauts personnages et les officiers du royaume à son gré. La Loubère note que le roi peut même faire bastonner ses ministres sous le moindre prétexte. Quel que soit le rang, on peut non seulement être bastonné, mais mis à la cangue, mutilé, exécuté. Mais de façon paradoxale, une fois la sanction donnée, la faute est effacée, et le souverain peut redonner au fautif des charges importantes.

 

 

 

 

Le roi d'Ayutthaya est « le maître des existences ». Tout est fait pour  rappeler sa puissance à ses sujets: des rites, une étiquette, des gestes, un langage particulier, des interdits. Le roi, dans le faste,  est toujours en position élevée, ses sujets sont quasi allongés devant lui et ne peuvent croiser son regard. 

 

 

 

 

Mais A. Forest estime que l'assimilation du roi à un dieu n'est qu'une projection occidentale, même si lors du sacre sa représentation en « souverain universel » joue un rôle pour sa légitimité. (Cf. (6) nos articles sur les légitimations du pouvoir du roi Naraï.) Par contre, beaucoup sont convaincus que le roi est roi en vertu de son kamma (ou karma), des mérites acquis dans les vies antérieures, et qu'il est appelé à devenir un futur bouddha. Le populaire cycle des 550  vies antérieures de bouddha, les jataka, donnent d'ailleurs espoir à tous. Ces mêmes jataka imposent aussi un modèle de conduite des rois.

 

 

 

 

Toutefois ensuite, de façon un peu contradictoire, A. Forest nous dit qu'il s'apparente aux dieux et en premier lieu à l'Indra bouddhique, juge suprême et impartial, celui qui doit incarner la cohésion, établir la justice, garantir  la paix, le calme et la prospérité, etc. (comme le rappelle la stèle de Rama Kamheng de 1292, précise-t-il en note). Mais l'incarnation est une chose, les rapports que le roi entretient avec le clergé, la sangha, en est une autre.  (Cf. Les purges de moines,  in H 43. Les souverains bouddhiques.)

 

 

 

 

Les rois bénéficient aussi des mythes, contes, légendes, récits populaires oraux  qui racontent les extraordinaires aventures, les exploits des princes, l'usage de pouvoirs magiques. Mais les actions du roi peuvent faire germer le doute, que son kamma a changé de cours, que d'autres  sont devenus plus “méritants”. Mais on ne doit pas négliger, nous dit A. Forest, que l'histoire des rois d'Ayutthaya du XVIIe et XVIIIe siècle ont montré que certains rois ont mis en œuvre leurs propres desseins. (Aucun exemple n'est donné) Bref, de nombreuses représentations sont liées à la personne du souverain et elles sont souvent malmenées, surtout dans celles qui concernent la succession sur le trône qui, nous l'avons vu, sont souvent sanglantes.

 

2- Un souverain isolé.

 

Toutes les représentations semblent confirmer l'absolutisme, le pouvoir absolu du roi, mais celui-ci s'exerce à travers une organisation, des structures qui en limitent quelque peu la puissance. Ainsi l'appareil rituel, ou la nécessité, comme l'avons dit de passer par des ministres “tuteurs”, le conseil du roi, celui des brahmanes, les hauts dignitaires du clergé bouddhique... Le roi est certes puissant, il peut sanctionner lourdement à chaque instant de façon imprévue, aléatoire. Il est de plus informé par  des espions secrets qu'il interroge séparément.  Mais cette puissance l'isole, car elle  implique pour  les hauts personnages de l'État d'avoir un  profil bas: ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire sont de rigueur. On s'épie, on dénonce mais par la rumeur. Il vaut mieux flatter le souverain, les favoris s'y emploient. On est dans le consensus apparent.

 

 

Mais chaque roi aura une attitude différente dans l'exercice du pouvoir. Narai par exemple va mettre en place deux pôles du pouvoir.  A  Ayutthaya, il l'exerce de façon traditionnelle en faisant sentir sa toute puissance et à Lopburi, il s'entoure de gens à sa convenance, s'intéresse au commerce et s'ouvre aux étrangers tel Phaulkon, qui lui donnent l'impression de vivre comme les grands souverains du monde.

 

 

 

 

Petracha par contre, va opérer un retour sur la tradition, surveillant étroitement sa haute administration, “l'épurant” même sérieusement en 1699-1700, puis impulsant une nouvelle ferveur bouddhique en  reprenant en main  le clergé. Son fils Sorasak poursuivra cette politique. Le pouvoir absolu s'exerce donc selon la personnalité du roi, le contexte politique, et les contraintes de l'appareil d'Etat, et dans les limites de ce qu'il sait (On ne lui dit pas tout), et du respect de ses ordres par son administration et des autorités provinciales.

 

 

III. DE LA TROUPE À LA CLIENTÈLE. (pp. 159-163)

 

 

 Une organisation de la société hiérarchisée, mais dont l'organisation de base, bien que variable selon les moments et les lieux, est fondée sur le système de patronat, à savoir que «  Tous les Siamois et assimilés  -  Pégouans, Laos et Khmers- s'ils sont « libres » sont organisés en krom, en troupes, et placés sous l'autorité de nai, les patrons. » Ceux-ci sont placés sous la juridiction de fonctionnaires locaux, les nai amphoe, relevant du gouverneur. On attend  de celui-ci avant tout un rôle de surveillance et de comptage des habitants. Il doit donc tenir la liste des habitants, celle des krom sous la direction  des nai.

 

 

Le nai est en effet la dernière courroie de transmission de l'administration. Il  procède au recrutement pour la guerre et les corvées (6 mois par an), et est chargée de la levée des taxes et des impôts, organise les gardes de nuit, met en œuvre les mesures de protection contre le brigandage, surveille les allées et venues, etc. Il est responsable de ses « clients » devant l'administration. Il peut donc être condamné au même titre que les fautifs. On comprend que dans ces conditions, il veillera à ce que les conflits se règlent à l'amiable. Une organisation similaire se retrouve pour les quartiers étrangers.

Par contre les moines et les « engagés » (Ceux qui se mettent au service d'un maître et qui peuvent retrouver la liberté s'ils remboursent leur dette) échappent à cette organisation, ainsi que les esclaves.

 

 

Les informations données par A. Forest sur les esclaves sont assez sommaires. Il nous dit qu'ils sont  en grand nombre sans donner une idée de ce nombre. Il distingue les Siamois punis des esclaves qui proviennent surtout des guerres et  sont attribués aux domaines royaux, aux princes, aux grands fonctionnaires, aux monastères, ou regroupés en communautés ethniques. On apprend qu'il existe aussi des esclaves achetés sur les marchés étrangers, notamment en Inde, dit-il. Ils alimentent surtout la domesticité des palais  (Importance du trafic ?).

 

 

 

 (Si vous voulez en savoir plus sur l'esclavage nous ne pouvons que vous inviter à lire l'article de   Suthavadee Nunbhakdi,  « Etude sur le système de sakdina  en Thaïlande » (pp. 460- 481). qui nous indique que pour comprendre l’esclavage au Siam, il est  nécessaire d’étudier le système de sakdina; et celle d'Andrew Turton « Thai institutions of slavery », in le livre « Formes extrêmes de dépendance, Contributions à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-est »,  sous la direction de Georges Condominas, dont nous avons rendu compte dans nos articles 110 et 111.) (2)

 

 

 

 

Toutefois A. Forest consacre 22 lignes au sakdina. Il indique le grade et le degré de puissance. Il s'exprime en nombre de rai (1600 m2 env.) revenant au titulaire de telle ou telle fonction, mais surtout ce qui compte, ce qui donne prestige et pouvoir,  est le nombre d'hommes nécessaire pour cultiver la superficie attribuée. La puissance se mesurant en nombre de clients et d'esclaves. Mais A. Forest ne donne aucun chiffre et se demande même s'il y avait sur ce point des règles précises. Il ne donne comme exemple de la hiérarchie que celle des ministres “tuteurs” qui avaient un sakdina de 10 000 rai et ceux qui avaient un sakdina de 400 rai, ligne de partage avec les gens du commun.

 

Suthavadee Nunbhakdi nous apprend que « le système est complexe car il s’applique selon une grille hiérarchique, distinguant les titres, les grades, et cinq classes sociales (ou catégories); les Princes, les fonctionnaires civils, les militaires, les moines et les ascètes et le peuple connu sous le nom de phrat. Chaque classe ayant son propre système hiérarchique ». On peut observer 9 grades pour les Princes, 8 pour les fonctionnaires civils, 7 pour les militaires, 10 pour les moines, et 5 pour le peuple (phrat), la dernière étant celle des mendiants et des esclaves (les that), qui eux-mêmes se distinguent aussi en 7 statuts différents. Cf. Notre article 110) (2))

 

 

Mais ce qui est important pour A. Forest est de mettre en évidence la relation clients/patrons, avec ses réseaux qui doublent l'organisation administrative du royaume. Chacun, à sa place, selon les circonstances,  cherchent des protections. Il cite la grande épuration des fonctionnaires opérée par le roi Petracha en 1699-1700, pour reprendre le pouvoir sur ses subordonnées et aussi pour casser des réseaux qui étaient devenus trop puissants. Sous le règne suivant on observera des groupes recherchant la protection de grands princes et du phra khlang, tant il est nécessaire d'avoir des relations personnelles avec des puissants, qui reposent sur des obligations réciproques,  pour se ”protéger” de l'administration. On peut dire que « tout le système siamois tend à s'organiser en un vaste réseau de réseaux de relations personnelles se conciliant plus ou moins bien avec l'administration ».  Une administration qui contraint l'individu à se soumettre à son patron.

 

 

A. Forest nous avait prévenus. Au vu des sources disponibles, il est difficile d'appréhender  le fonctionnement “réel” des principales institutions du Siam  aux XVII-XVIII siècles. Les représentations, les variations, les contradictions sont multiples selon les auteurs, aussi -modestement- nous a-t-il présenté quelques traits essentiels. Qu'il en soit remercié.

 

 

Notes et références.

 

 

(1) Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec », préface de Georges Condominas, Livre I, Histoires du Siam, Livre II, Histoires du Tonkin, et  Livre III, Organiser une Église Convertir les infidèles »,  L’ Harmattan, 1998.

Annexe 1 du Livre 1-  Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Narai. (pp. 325-428)

 

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » ne s’arrêtent jamais sur les conditions de vie des Siamois, encore moins sur celles des esclaves, qui furent présents dès la fondation du 1er royaume thaï de Sukhothai en 1238 jusqu’au règne du roi Chulalongkorn (Rama V, 1868-1910). Son étude est complexe car elle nécessite d’en connaître les aspects historiques, politiques, juridiques, économiques, sociales et même idéologiques. Le livre « Formes extrêmes de dépendance », Contributions à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-est »*, sous la direction de Georges Condominas, ((Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Science sociales, (EHESS), Paris 1998.) propose en 20 articles, d’en cerner toutes les composantes, dont deux études écrites par Andrew Turton et Suthavadee Nunbhakdi consacrées spécifiquement au Siam**.

 

Nous vous avons présenté ces deux études. Cf. (2) et (3)

 

(2) Notre lecture de l'article de  Suthavadee Nunbhakdi, Etude sur le système de sakdina en Thaïlande, pp. 459-482.

110. La place du  peuple et des esclaves au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-110-la-place-du-peuple-et-des-esclaves-au-siam-121390588.html

L’étude de Suthavadee Nunbhakdi indique que pour comprendre l’esclavage au Siam, il est nécessaire d’étudier le système de sakdina,

 

(3) Notre lecture de l'article d'Andrew Turton, Thai institutions of slavery, pp. 411-458.

111. L’esclavage au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-111-l-esclavage-au-siam-121488465.html

 

A. Turton reconnait au début sa dette au travail monumental de Lingat, qui a recensé entre autres, toutes les lois ayant trait à l’esclavage de 1805 (« L’esclavage privé dans le vieux droit siamois », publié en 1931), qu’il considère comme la source étrangère la plus importante. Mais Lingat dit-il, a surtout considéré les esclaves achetés, en omettant les esclaves acquis par le commerce, la capture, la donation, la naissance, la décision judiciaire. Turton ensuite signale que de nombreux auteurs travaillant sur le XIXe siècle ne considèrent pas comme esclaves ceux que l’on classe dans la catégorie des esclaves pour dette. Cette nécessaire distinction implique  d’examiner l’esclavage, non pas seulement en terme de légalité et de politique, mais davantage en terme économique, social et idéologique … et historique, pourrait-on rajouter.

 

Cf. Encore :141. « L'esclavage est aboli définitivement au Siam en 1905 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-141-l-esclavage-est-aboli-definitivement-au-siam-en-1905-123721727.html

142. « La suppression de la corvée royale au Siam ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-142-la-suppression-de-la-corvee-royale-au-siam-123823027.html

 

Ou encore :

 H 23- L’ESCLAVAGE AU SIAM AU XIXe SIÈCLE JUSQU’À  SON  ABOLITION EN 1905.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/09/h-23-l-esclavage-au-siam-au-xixe-siecle-jusqu-a-son-aboliton-en-1905.htmlH

SECONDE PARTIE

24- L’ESCLAVAGE AU SIAM AU XIXe SIÈCLE JUSQU’À  SON  ABOLITION  EN 1905.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/09/h-24-l-esclavage-au-siam-au-xixe-siecle-jusqu-a-son-abolition-en-1905.html

 

 A 324. NOTES DE LECTURE DE L' « ESSAI SUR L'ÉVOLUTION DES SYSTÈMES POLITIQUES THAIS », DE GEORGES CONDOMINAS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-324.notes-de-lecture-de-l-essai-sur-l-evolution-des-systemes-politiques-thais-de-georges-condominas.html

In chapitre 3 du livre « L'Espace social. À propos de l'Asie du Sud-Est », (pp. 259-316)

 (Les Indes savantes, 2006.)

 

Et pour les XXe et XXI  siècles : A 298. « LE SYSTÈME ROYAL »  DU POUVOIR EN THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-298.le-systeme-royal-du-pouvoir-en-thailande.html

D'après le livre de Marie-Sybille de Vienne, « Thaïlande, une royauté bouddhique aux XXe et XXIe siècles. »  Les Indes Savantes, 2008.

 

(4) Cf. 55. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-55-ayutthaya-en-guerre-pour-deux-elephants-blancs-1568-112218606.html

 

Article dans lequel, nous proposons une interprétation  pour comprendre ce que pouvait représenter (et représente encore) un éléphant blanc.

 

(5) Sur le  mueang, maintes fois rappelé, voir :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-notre-histoire-de-la-thailande-le-muang-99007801.html

Un concept essentiel pour comprendre l’Histoire de la Thaïlande. Nous avions alors tenté une définition : « Un mueang est un système pyramidal politico-religieux hiérarchisé, de type féodal et esclavagiste, exerçant son pouvoir sur tous les sous-systèmes connus définissant la représentation de l’espace des Tai, à savoir : le cosmos, la Nature, le Royaume (et/ou l’Etat), région, le district, le village … sans oublier les « marges », et les  nouveaux « territoires et peuples conquis » sur lesquels s’exercera une « intégration » ou un rapport de vassalité … »

La conquête du « Siam » par les mueang.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-notre-histoire-la-conquete-du-siam-par-les-muang-99006690.html

 

(6) 92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-92-le-processus-de-legitimation-du-pouvoir-du-roi-narai-in-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-119264251.html

93. Les légitimations du pouvoir du roi Naraï, in « Les chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-93-les-legitimations-du-pouvoir-du-roi-narai-119264382.html

L. Gabaude, in  « 1.3. Les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale », in  « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173) nous apprend que :

« La légitimation bouddhiste des dirigeants politiques d’Asie du Sud-Est ne passait pas simplement par l’acceptation du fait accompli expliqué par la commune loi du karma et par des traités plus ou moins savants relayés par la prédication populaire. Elle était de surcroît visualisée, matérialisée, cristallisée par » ; et il évoque : la « grande relique », le grand stupa ou maha-dhatu, les statues de Bouddha que l’on fait sculpter et que l’on  pare d’habits royaux, ou que l’on va « prendre » chez l’ennemi, pour ses pouvoirs. Une liste non limitative, dit-il, car  toute action royale participe d’un tel processus de légitimation et de citer : « découverte d’une trace de pied de Bouddha, d’un éléphant blanc, copie ou impression du Canon bouddhique, œuvres de bienfaisance, paix – mais aussi guerre victorieuse -, tout peut concourir à la grandeur d’un prince ».

 

 

 

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 22:04


Fernão Mendez-Pinto fut tout à la fois marin, un peu corsaire, naufragé, esclave, trafiquant, mercenaire, un peu picaro, presque jésuite, diplomate puis écrivain sur la fin de sa vie. Il a consigné ses mémoires dans son « pèlerinage » (Peregrinacam de Fernam Mendez Pinto) publié post mortem en 1614, traduit en français en 1645 sous le titre « Les voyages adventureux de Fernand Mendez-Pinto »

 

 

Bien que la partie siamoise de ses aventures ne concerne que 9 des 229 chapitres de cet ouvrage (2) un bref rappel de ses pérégrinations s’impose.

 

De sa naissance, la date en est incertaine, vers 1509 à sa mort le 8 juillet 1583 à Almada, près de Lisbonne nous savons qu’il était issu d’une famille pauvre de souche rurale probablement d’origine juive venue d’Espagne après les persécutions d’Isabelle la Catholique en 1492 ce qui ne facilitait pas l’ascension sociale.
 

Il écrit en tête de ses mémoires « Toutes les fois que je me suis représenté les grands et continuels travaux qui m’ont accompagné depuis ma naissance, et parmi lesquels j’ai passé mes premières années, je trouve que j’ai beaucoup de raisons de me plaindre de la fortune ..

 

Statue de Mendez-Pinto à Almada :

 

 

Nous le trouvons à 12 ans engagé comme domestique dans une famille noble de Lisbonne puis embauché comme mousse. Le navire est attaqué par des corsaires français, il se retrouve abandonné sur la plage. Il entre alors au service d’un chevalier de Santiago puis part à l’aventure  le 11 mars 1537

 

 

Les Indes portugaises via le Mozambique puis l’Éthiopie, esclave des turcs, il devient gouverneur de la forteresse d’Hormuz. Esclave d’un musulman grec puis d’un juif qui le conduit à Hormuz, retour à Goa, passage à Malacca, Patani et Ligor, capturé en mer par des Chinois, libéré par des Tatars, il part au Japon. Compagnon de Saint François Xavier,  il devient temporairement jésuite. Retour à Malacca puis à Martaban, passage au Siam et retour au Japon avant le retour définitif au Portugal. Nous vous donnons un récit plus détaillé de ces aventures en note (3).

 

 

Parti de chez lui à peine adolescent, Il n’a reçu aucune formation classique et littéraire. Son style est souvent emphatique, le texte probablement plein d’exagérations et donne des informations souvent de seconde main. Il est généralement boudé par les historiens qui considèrent que le livre ne mérite pas d’être compté comme source historique. En 1926 un article de W.A.R. Wood concernant les informations sur le Siam souligne de nombreuses exagérations, des noms de lieux non identifiables, et certaines incohérences lorsqu'il compare l'histoire de ces aventures au Siam avec la plus ancienne chronique siamoise connue à cette époque (4). Effectivement, ne parlons pas des souvenirs de Chine ou de Tartarie, Pinto donne pour les noms propres des transcriptions fantaisistes, par exemple Ayutthaya devient Odiaa, Ligor devient Lugor et Patani devient Patane, la belle affaire dans la mesure oú nous trouvons systématiquement des transcriptions à l’oreille, par exemple Ayutthaya qui devient Judia et que la transcription pourtant officielle du thaï adoptée par l’Académie royale n’est en réalité respectée par presque personne.

 

Plan  de "Judia " du début du XVIIe siècle :

 

 

Pinto ne mérite pas ce regard condescendant.

Il ne faut tout de même pas oublier qu’il fut le seul auteur européen du XVIe siècle écrivant sur le Siam à avoir passé quelque temps dans la capitale, Ayutthaya, sous le règne du roi Chairacha à la fin des années 1540 et peut-être jusqu’en 1549.

 

 

 

Par ailleurs et depuis l’article de Wood, d’autres sources ont été diffusées notamment les écrits de Van Vliet.

 

 

Il ne faut pas non plus oublier que les récits de voyage du seizième siècle doivent être compris dans leur contexte contemporain, leur style étant en grande partie déterminé par les modèles existants de l’époque. Quand, par exemple, Pinto dit que la capitale siamoise, Ayutthaya, compte 400.000 ménages, que 100.000 étrangers y résident et que l’on y rencontre 10 000 jonques, il est assez facile de contester ces chiffres fautes de statistiques fiables. Il semble plus logique de les interpréter en utilisant des mots comme « nombreux » et « beaucoup », la population d’Ayutthaya était donc importante, un grand nombre d’étrangers y résidaient et un commerce animé utilisant de nombreux navires était présent.

 

S’il est vrai enfin que Pinto ne ventile pas entre ses constatations personnelles et le ouï-dire ce n’est pas une raison pour le discréditer. Il appartient plutôt à l'historien de tamiser. Il écrivait à la manière d’un voyageur de la fin du Moyen Âge dont le lecteur s’attache plus à l’exotisme qu’à un récit scientifique et rationaliste. Ce n’est pas une œuvre de Descartes et il ne faut pas le mesurer avec une équerre à 90°.

 

 

Si nous négligeons ses fanfaronnades et ses embellissements, nous tombons dans le concret par exemple dans la manière dont il décrit la vie à bord d'un voilier à une époque où ceux-ci faisaient naufrage un voyage sur trois. Quand il nous donne des degrés de latitude, il sait ce qu'ils signifient et ne se trompe pas.

 

 

Pour ne nous en tenir qu’au Siam, sa version a fait l’objet d’une analyse assez serrée de Terwiel en 1997 (5) qui réconcilie peu ou prou Mendez-Pinto avec la vérité historique.

 

Terwiel analyse ainsi quelques épisodes de l’histoire du Siam vue par Mendez-Pinto.

 

Si Sudachan, la reine adultère.

 

Cet épisode intervient après une description de la campagne victorieuse menée à Chiangmai par le roi aidé des Portugais, le premier chapitre de ses aventures au Siam.

 

Mendez-Pinto narre avec complaisance comment la principale concubine du roi siamois avait pris un amant et comment elle était tombée enceinte pendant une absence de son mari. Dans ces circonstances difficiles elle empoisonna le roi et plus tard le fils du roi, aidant ainsi son amant à usurper le trône. Peu de temps après, elle et son amant ont été assassinés. Cette infernale mégère est évidemment Si Sudachan. Selon les Chroniques siamoises, le roi Chairacha mourut d’une « maladie soudaine ». Si Sudachan devint régente en 1547 alors que le fils aîné du roi, Yotfa, n’avait alors que onze ans. Les Chroniques confirment que la régente éleva son amant à un rang élevé puis réussit à le faire monter jusqu’au trône. Peu de temps après, des nobles siamois s'emparèrent de l'usurpateur et le tuèrent ainsi que Si Sudachan et un proche parent du roi Chairacha fut désigné comme nouveau roi. Il y a divergence entre les Chroniques et Pinto puisque les premières décrivent le mort du roi comme naturelle alors que la version de Pinto reflète probablement les ragots qui circulaient probablement à l’époque mais où se situe la vérité ? Van Vliet s’associe à la version officielle des Chroniques, mentionnant une mort naturelle de Chairacha, l’usurpation du trône par Si Sudachan et sa mort subséquente (6).

 

« ... Au retour du Roy elle se trouva enceinte de 4 mois, la crainte qu'elle eut que cela ne se découvrit, fit que pour se sauver du danger qui la menaçait, elle se résolut d'empoisonner le Roy son mari. Comme en effet sans différer davantage sa pernicieuse intention, elle lui donna du poison dans un vase de porcelaine tout plein de lait, dont l'effet fut tel qu'il en mourut dans cinq jours, durant lequel temps il donna ordre par son testament aux plus importantes affaires de son Royaume, et s'acquitta de ce qu'i devait aux étrangers qui l'avoient servi en cette guerre de Chiammay, d'où il n'y avait que vingt jours qu'il était venu. En ce testament comme il vint à faire mention de tous nous autres Portugais, il voulut que cette clause y fut ajoutée : C'est mon intention que les six vingt Portugais qui ont toujours veillé fidèlement à la garde de ma personne, reçoivent pour récompense de leurs bons services demie année du tribut que me donne la Reine de Tybem, et qu'en mes douanes leurs marchandises ne » payent aucun tribut par l'espace de trois années ».

 

 

Les cérémonies funéraires du monarque défunt font l’objet d’une description détaillée qui est naturellement faite pour impressionner les lecteurs européens, il n’y a rien qui nous ait choqué et il est plausible que Mendez-Pinto y ait assisté.

 

Si Mendez-Pinto se complaît dans les ragots, ses informations d’ordre militaire nous ont intéressés puisque l’implication des Portugais au Siam à cette époque fut pour l’essentiel militaire : Conseillers techniques, mercenaires, constructeur de forteresse, fondeurs de canon et de mousquets. Mendez-Pinto Pinto a probablement été le témoin direct des événements qu’il décrit en 8 chapitres, le dernier étant consacré à la description du Siam (2)

 

 

La campagne de 1547.

 

Bien que beaucoup de noms de lieux soient déformés, le récit de Pinto est parallèle à ce qui a été décrit dans les Chroniques comme la conquête de Lamphun. Pinto attribue un rôle de premier plan aux étrangers : Lors de la préparation des combats, trois commandants généraux étaient un Portugais et deux « Turcs ». Il mentionne en outre un groupe de 1.200 « Turcs » dans l'armée birmane, parmi lesquels des « Abessyniens » et des « Janizaries ». Parlait-il de Persans, d'Indiens ou de Janissaires ? Le Roi ordonna la mobilisation générale. Une fois mobilisés, les Siamois se dirigent rapidement vers le nord en direction de la région où « Quitiruan » ( ?) est assiégé en utilisant une multitude de bateaux. Arrivé là, il faut encore une semaine aux éléphants pour arriver. Pendant ce temps, des informations sont recueillies sur l'ennemi et sur la taille de son armée.

 

Le jour où les Siamois décident d'attaquer, avant le lever du soleil, l'armée est mise en ordre de bataille mais survient un assaut surprise de la cavalerie ennemie susceptible de provoquer une panique générale. Le roi Chairacha décide de changer son plan d’action, et sauva ainsi son armée d’une déroute coûteuse et ignominieuse mais lorsque l'ennemi se retira dans sa forteresse, le roi ne tira pas parti de son avantage.

 

La description de la campagne par Mendez-Pinto contient des éléments qui sonnent juste. C'est ainsi que l'armée d’Ayutthaya tenta d'abord d'intimider l'ennemi en se déplaçant lentement et en montrant ses forces. La description de la bataille donnée met également en lumière le rôle des chevaux et des éléphants dans les guerres continentales en Asie du Sud-Est. Selon Mendez-Pinto, l'armée de Chiangmai possédait une importante cavalerie, mais aucun éléphant de combat alors que l'armée d'Ayutthaya en avait un grand nombre. Dans la description de la bataille, il confirme que les éléphants de guerre furent le facteur décisif... masse invincible de centaines d’animaux se déplaçant en bloc.

 

Cette supériorité pourrait bien avoir été un facteur clé pour conserver l'avantage militaire d'Ayutthaya sur tous ses vassaux.

 

 

 

Le premier siège birman d'Ayutthaya.

 

La campagne conduisant au siège de 1548 est largement relatée dans les annales birmanes. Les Birmans se sont mis en route avec quatre divisions, totalisant 480 éléphants, 16.800 chevaux et 120.000 fantassins. Pour la première fois l'armée birmane pénétra jusqu’à Ayutthaya le cœur même du pays. Ils ont trouvé la capitale, difficile à attaquer et fortement défendue avec des canons servis par des étrangers. Après environ un mois, ils décidèrent de se retirer.

 

La description de l’investissement de la ville par les Birmans, tranchées et palissades correspond parfaitement à ce que l’on sait de la guerre de siège et de l’investissement d’une place depuis Jules César !

 

Investissement d'une place (Dessin de Viollet Le Duc) :

 

Dans la version thaïe classique les Birmans s’étaient beaucoup trop avancés en s’aventurant aussi profondément sur le territoire siamois.

 

Pour les chroniques birmanes la campagne réussit à soumettre le Siam à la vassalité, tandis alors que les chroniques siamoises affirment que le pays fut satisfait d’échapper de ce sort qui devait d’ailleurs arriver plus tard.

 

Le récit du siège par Mendez-Pinto.

 

Mendez-Pinto dit qu'il fut l'un des étrangers qui ont contribué à la défense d'Ayutthaya. Vrai ou pas, sa version est digne d’intérêt. Lorsqu’ils pénétrèrent en territoire siamois, les Birmans tombèrent sur la forteresse de « Tapurau » ( ?) solidement défendue. Trois fois, les Birmans montèrent à l’assaut. Diego Suarez, conseiller militaire en chef du roi de Birmanie, fit ouvrir une brèche dans la muraille de ses quarante canons et tous les habitants ont été massacrés.

 

Canons du XVIe siècle au Musée de l'artillerie de Lisbonne :

 

 

Les Birmans attaquèrent ensuite avec leur troupes d’éléphants « Oyaa Passilico » (le seigneur de Phitsanulok) qui lui-même se précipita à leur rencontre avec 15.000 hommes, principalement des « Luzons » (Philippines), des « Borneos » et des « Champaas » (Chams) et quelques « Menancabos » (des Minangkabau de Sumatra).

 

 

Arrivés à Ayutthaya, les Birmans purent ouvrir une brèche dans les murailles mais furent repoussés par le roi siamois conduisant 30.000 hommes.

 

Les Birmans tentèrent de nouveaux assauts, jusqu’à six au cours d'une même journée, en utilisant de stratégies différentes, conseillés par un groupe d’ingénieurs grecs.

 

Au bout de dix-sept jours, ils construisirent des tours d’assaut en solides madriers chacune reposant sur 26 roues en fer, chaque tour avait 50 pieds de large, 65 de long, 25 de haut, renforcées par des doubles poutres et couvertes de feuilles de plomb. Les défenseurs réussirent à incendier celles qui s’étaient approchés des murailles. Après une bataille nocturne de quatre heures, le roi Birman mit fin à l'assaut à la demande des mercenaires étrangers. Par la suite, ceux-ci construisirent une tour d’assaut plus haute que les murs du haut de laquelle ils pouvaient tirer au canon sur la ville. Mais quand la tour fut terminée, les Birmans reçurent la nouvelle d'une rébellion en Birmanie et levèrent le camp.

 

Tour de siège du XVIe (Dessin de Viollet Le Duc) :

 

 

La question est évidemment posée de savoir si Mendez-Pinto a assisté réellement au siège ou s’il nous donne des renseignements recueillis auprès de témoins, en tous cas à chaud. Les chiffres des combattants sont probablement fantaisistes, les Chroniques nous y ont d’ailleurs depuis longtemps habitués.

 

Les historiens qui considèrent Mendez-Pinto comme un fantaisiste affirment que la machinerie de guerre, échelles, tours d’assaut montées sur routes est pure invention, affirmant que tous ceux qui ont déjà vu d'anciennes cartes d'Ayutthaya savent que toute la ville était pratiquement imprenable, car elle était entièrement entourée de rivières. Il aurait été impossible de transporter des machines de cette taille sur l'eau à la vue des défenseurs.

 

On croit réver ! Tout la machinerie de guerre ainsi décrite était déjà connue au temps de l’architecte Vitruve qui lui consacre tout un chapitre de son ouvrage, il vivait au premuier siècle de notre ère. Nul n’a oublié le siège d’Alésia par Jules César

 

 

..... ni celui de Constantinople beaucoup plus tard par les Turcs. La présence d’un fleuve qui ne fait guère que quelques dizaines de mètres de large n’est pas un obstacle aux ponts mobiles que connaissaient tous les spécialistes de la guerre de siège.

 

Pont mobile (Dessin de Viollet Le Duc):

 

 

La ville quoiqu’imprenable fut tout de même prise !

 

Nul par ailleurs n’a décrit la ville d’Ayutthaya à cette époque et les gravures que nous en connaissons datent d’un siècle plus tard. Or, Van Vliet nous le rappelle, c’est Thammaracha qui régna de 1560 à 1590 qui fit agrandir la ville en lui donnant la forme d’aujourd’hui et fit értiger un mur de pierre autour d’elle.

 

Les fortifications d’Ayutthaya ont donc été construites ou reconstruites dans la seconde motié du XVIe siècle. L’image de cette attaque est parfaitement plausible , comme il est plausible qu’au milieu du XVIe siècle, la ville ait présenté une apparence beaucoup moins sophistiquée et une structure de défense beaucoup plus simple qu’on ne le supposait jusqu’à présent. Si les tours de siège birmanes avaient 25 pieds de haut, environ 7 métres, il est permis de penser que la muraille était moins élevée mais nous n’en savons pas plus.

 

 Le plan de La Loubère :

 

 

La description du pays.

 

Voilà un aspect dont Terwiel ne nous parle pas; ce qui est dommage car cette descripotion sonne incontestablement vrai. Mendez-Pinto n’était pas un ethnologue ni un anthropologue ni géographe ni un explorateur, ni un missionnaire ni un scientifique. Il est parti à la recherche de l’aventure qu’il a trouvée et de la richesse qu’il a également trouvée. Il consacre néamoins un chapiitre de ses souvenirs à la description de ce pays, il y a tout de même passé probablement 8 ans, intitulé « De la grande fertilité du Royaume de Siam, et de plusieurs autres particularitez touchant ce pays » (2).

 

« Ayant traité ci-devant du succès qu'eut ce voyage du Roy Brama au Royaume de Siam, et de la mutinerie du Royaume de Pegu, il me semble qu'il ne sera point hors de propos de parler ici succinctement de la situation, étendue, abondance, richesse et fertilité que Je vis en ce Royaume de Siam, et en cet Empire de Sornau, pour montrer que la conquète nous en eut été beaucoup plus utile que ne sont aujourd’huy tous les états que nous avons dans l'Inde, joint que nous la pouvions faire avec beaucoup moins de frais. Ce Royaume, comme l'on peut voir dans la carte (il ne nous dit pas laquelle il utilise.), a par son élévation près de sept cent lieues de côté, et cent soixante de largeur, en traversant le pays. La plupart consiste en grandes plaines, où l'on voit quantité de labourages et de rivières d'eau douce, à cause de quoi le pays est grandement fertile, et pourvu en abondance de bétail et de vivres. Aux contrées les plus éminentes il y a d'épaisses forêts de bois d'angelin dont se peuvent faire à milliers des navires de toutes sortes, il y a plusieurs mines d'argent, de fer, d'acier, de plomb, d'étain, de salpêtre, et de souffre, comme aussi de la soie, de l'aloès, du benjoin, du nacre, de l'indigo, du coton, des rubis, des saphirs, de l'ivoire, de l'or, et le tout en grande abondance. Il se trouve aussi dans le bois quantité de bois de brésil et de bois d'ébène, dont l'on charge tous les ans plus de cent Iuncos ( jonques) pour en transporter à la Chine, à Hainan, aux Lequios (au Japon) à Camboya (Cambodge), et à Champaa, sans y comprendre la cire, le miel, et le sucre qu'on y recueille en divers endroits. Le Roy reçoit ordinairement de ses droits chaque année douze millions d'or, outre les présents que lui font les Seigneurs du pays, qui sont en grande abondance. En la juridiction de ses terres il a deux mille six cent Peuplades, qu'ils appellent prodon ( ?), comme parmi nous les villes et les citez, laissant à part les petits hameaux et les villages dont je ne fais point d'état. La plupart de ces peuples n'ont point d'autres fortifications ou murailles en leurs bourgs que des palissades de bois, tellement qu'il serait facile à quiconque les attaquerait de s'en faire maître. D'ailleurs avec ce que les habitants de ces villes sont naturellement efféminés, ils n'ont pas accoutumés d'avoir des armes défensives. La cote de ce Royaume joint les deux mers du Nord et du Sud; celle de l'Inde par Juncalo (Phuket) et Tanauçarim (Tenasserim), et celle de la Chine par Monpolocata (?), Guy ( ?), Lugor (Ligor), Chuintante (Chanta bun), et Berdio ( ?). La capitale de tout cet Empire c'est la ville d'Odiaa (Ayutthaya), dont j‘ai parlé ci-devant; elle est fortifiée de murailles de brique et de mortier, et peuplée, selon quelques-uns, de quatre cent mille feux, dont il y en a cent mille d'étrangers de diverses contrées du monde: car comme ce Royaume est fort riche de soie, et d'un grand trafic, il ne se passe point d'année que de toutes les Provinces et île de laoa ( ?), Baie ( ?), Madoura ( ?), Angenio ( ?), Bornéo et Solor ( ?), il n'y navigue pour le moins dix mille Iuncos (jonques), sans y comprendre les autres petits vaisseaux, dont toutes les rivières et tous les ports sont toujours pleins. Le Roy de son naturel n'est nullement porté à la tyrannie. Les douanes de tous les Royaumes sont destinées charitablement pour l'entretien de certains Pagodes, où l’on a fort bon marché des droits qui s'y payent : Car comme il est défendu aux Religieux de faire trafic d'argent. Ils ne prennent des marchands que cela seulement qu'ils leur veulent donner d'aumône. Il y a dans le pays douze sectes de Gentils (Bouddhistes ?), comme au Royaume de Pegu, et le Roy par un souverain titre se fait appeler Prechau (Phrachao) Saleu ( ?) qui en notre langue signifie « saint membre de Dieu ». Il ne se fait voir au peuple que deux fois l'année tant seulement, mais c'est avec autant de richesse et de majesté, qu'il témoigne avoir de grandeur, et de puissance; et néanmoins avec tout ce que je dis, il ne laisse pas de se dire vassal, et se rendre tributaire au Roy de la Chine, afin que par ce moyen les Iuncos (jonques) de ses sujets puissent aborder au port de Combay ( ?), où ils font ordinairement leur commerce. Il y a encore en ce Royaume une grande quantité de poivre, de gingembre, de cannelle, de camphre, d'alun, de casse, de tamarin, de cardamome; de manière qu'on peut affirmer sans mentir, ce que j’ai souvent ouï dire en ces contrées, à savoir que ce Royaume est un des meilleurs pays qui soient au monde, et plus facile à prendre que toute autre Province pour petite qu'elle puisse être. Je pourrais rapporter ici bien plus de particularités des choses que j’ai vues dans la ville d’Odiaa seulement, que je n'en ai raconté de tout le Royaume: mais je ne suis pas d'avis d'en faire mention, pour ne causer à ceux-là qui liront ceci la même douleur que j’ai de la perte que nous en avons faite pour nos péchés et du gain que nous pouvions faire en conquérant ce Royaume.

 

 

 

La lecture de ce texte est significative des préoccupations de Mendez-Pinto. Nous y voyons un aventurier que la religion du pays n’intéresse pas sinon pour avoir décrit un rituel funéraire royal tout à fait inconnu de ses lecteurs européens et signaler que le commerce y est interdit au clergé. Elle démontre qu’il connaissait parfaitement le pays tout au moins en ce qui étaient ses préoccupations. Il est riche, facile à conquérir puisque la population en est pacifique et efféminée. Était-ce un appel au roi à partir à la conquète du Siam ? (7).

 

Cette description ne contredit en rien celles que ferons nos visiteurs français un siècle et demi plus tard avec un esprit plus scientifique même si leurs préoccupations étaient d’un tout autre ordre.

 

 

Il a été fait grief à Mendez-Pinto d’avoir prétendu être le premier européen à avoir mis les pieds au Japon ? Lorsqu’en tous cas il débarqua sur l’île de Kyushu, il put le penser même s’il avait été précédé par d’autres.

 

 

Il lui a également fait grief d’avoir prétendu faire découvrir l’arquebuserie au Japon ? Elle était certes alors connue depuis peu sur l’île principale, mais peut-être pas sur cette île et il a pu penser l’y avoir introduite ?

 

Arquebuses du XVI au Musée de l'artillerie de Lisbonne :

 

 

Ce sont là des querelles d’Allemands.

 

Il faut évidemment le lire avec prudence mais pour ce qui est du Siam, il est difficile de lui reprocher quoi que ce soit. Il n’est pas question de le discréditer mais tout au plus de tamiser.

 

Compte tenu de la diffusion européenne de son ouvrage, il est permis de penser qu’il fut connu de nos premiers visiteurs du siècle de Louis XIV.

 

 

 

Le Portugal enfin le considère comme l’un de ses héros.

 

Le lycée d’Almeda a été baptisé de son nom en 1965.

 

 

En 1976, l’Union astronomique Internationale a baptisé de son nom un cratère de la planète Mercure de 214 kilomètres de diamètre.

 

 

En 2011, pour le 500e anniversaire présumé de sa naissance, le Portugal a frappé une pièce de deux euros.

 

 

 

En 2014, il a été honoré par la philatélie pour le 400e anniversaire de la publication de ses mémoires.

 

 

Les navigations portugaises du XVIe siècle constituent l'une des pages les plus prodigieuses de l'histoire de l'expansion européenne. D’un petit pays, probablement un million d’habitants à cette époque, les Lusitaniens ont ouvert le monde oriental de façon définitive à l'homme occidental. Les relations établies par les Musulmans,

 

 

les voyages de Marco Polo,

 

 

ceux d'Odoric de Pornenone

 

 

et de tant d'autres avaient été sans lendemain et laissé aucuns liens permanents. Ceux que les Portugais tissèrent entre les deux extrémités du monde seront, eux, indestructibles. Affrontant des connaissances nouvelles difficiles à intégrer, il faut comprendre dans leurs récits les aspects mythiques et même les erreurs. L'immensité du monde par rapport à leur Portugal natal, les forces hostiles fleuves, montagnes, désert, naufrages, esclavage outre les maladies, ne les découragea cependant pas.

 

 

Mendez-Pinto fut en raison d’évidentes exagérations traité d’affabulateur et reçut le surnom de Fernão « Mentez-Minto » (Vous mentez ? Je mens), mais du moins du moins en ce qui concerne le Siam, une réhabilitation s’imposait.

 

NOTES

 

(1) « Les voyages advantureux de Fernand Mendez Pinto, fidellement traduits de portugais en françois par le sieur Bernard Figuier, gentilhomme portugais » à Paris 1645. Une version en trois volumes en français un peu modernisé a été publiée en 1830

 

(2) Nous donnons les titres de la version de 1645 :

Chapitre 181 : « Comme de ce port de Zunda ( ?) , je passay a Siam, d'où je m’en allay à la guerre de Chyarnmay (Chiangmai) en la compagnie des Portugais ».

Chapitre 182 : « Continuation de ce que fit le Roy de Siam jusques à ce qu'il soit de retour en son Royaume où la Reyne sa femme l’empoisonna ».

Chapitre 183 : « De la triste mort de ce Roy de Siam, & de quelques choses illustres et mémorables par luy faites durant sa vie ». 

Chapitre 184 : « Comme le corps de de Roy fut brûlé & les cendres portées à une Pagode, ensemble de quelques autres nouveautés qui arrivèrent en ce Royaume ».

Chapitre 185 : « De l'entreprise que fit le Roy de Brama sur le Royaume de Siam, et des choses qui se passèrent à son arrivée en la ville d’ Odiaa ».

Chapitre 186 : « Du premier assaut que le Roi de Brama donna à la ville d’Odiaa & quel en fut le succès ».

Chapitre 187 : « Du dernier assaut donné à la ville d'Odiaa & quel en fut le succès ».

Chapitre 188 : « Comment le Roy de Brama fut contraint de lever le siege de devant la uille d'Odiaa pour les nouuelles qui luy vinrent d'une mutinerie qui s’était faite au Royaume de Pegu & de ce qui arriva là-dessus ».

Chapitre 189 : « De la grande fertilité du Royaume de Siam & de plusieurs autres  particularitez touchant ce pais ».

(3) Voici un très bref résumé de ses pérégrinations qui occupent les 229 chapitres de ses souvenirs : Il naquit, la date est incertaine, vers 1509, dans une famille pauvre de Montemor-o-Velho, près de Coïmbre  au Portugal.

 

 

L’un de ses frères, Alvaro, était enregistré à Malacca en 1551. Un autre y serait mort martyr en 1557. Il décrit son enfance comme difficile. En 1521 (à 12 ans), il devint domestique dans une famille noble de Lisbonne. Il s’enfuit. Sur les quais, il fut embauché comme mousse sur un cargo en partance pour Setúbal. Le navire est capturé par des pirates français qui jettent les passagers sur le rivage à Alentejo. Il rejoint Setúbal et entre au service de Francisco de Faria, chevalier de Santiago. Il y resta quatre ans et rejoignit ensuite le service de Jorge de Lencastre, maître de l'ordre de Santiago et fils illégitime du roi Jean II du Portugal.

 

 

Il y resta plusieurs années mais pris par le goût de l’aventure et à vingt-huit ans il va rejoindre les Armadas pour l'Inde portugaise le 11 mars 1537 via le Mozambique. Le 5 septembre, il arriva à Diu, une île fortifiée au nord-ouest de Bombay et portugaise depuis 1535.


 

 

De là, il rejoint une mission de reconnaissance portugaise en mer Rouge via l’Éthiopie dont la mission était de délivrer un message aux soldats portugais protégeant une forteresse de montagne. Après avoir quitté Massawa « la perle de la mer rouge »,

 

 

la troupe rencontre trois galères turques de combat. Les Portugais sont été défaits et emmenés à Mocha pour être vendus comme esclaves. Pinto fut vendu à un musulman grec cruel. Celui-ci le vend à un marchand juif pour une trentaine de dattes. Il accompagne son nouveau maître sur la route des caravanes pour se rendre à Hormuz dans le golfe Persique. Là, Pinto a été libéré moyennant le paiement de trois cents ducats de la couronne portugaise provenant probablement des mercenaires portugais. Il fut alors nommé capitaine de la forteresse d'Hormuz et magistrat spécial du roi portugais pour les affaires indiennes.

 

I

l ne le reste que peu de temps. Il s’embarque sur un vaisseau portugais à destination de Goa mais en cours de route, le navire change de destination pour se retrouver à Karachi. Après un combat naval contre des ottomans, Pinto finit par atteindre Goa.

 

 

Nous allons le retrouver en 1539 à Malacca sous la direction de Pedro de Faria, le nouveau gouverneur qui l’envoie établir des contacts diplomatiques, en particulier avec de petits royaumes alliés des Portugais contre les musulmans du nord de Sumatra.

 

 

Il est ensuite envoyé à Patani, sur la côte est de la péninsule malaise en mission commerciale. En compagnie d’Antonio de Faria, un aventurier de son espèce, il poursuit des opérations commerciales en mer de Chine méridionale et dans le golfe du Tonkin. Sur la mer jaune il fait naufrage. Capturé par des Chinois pour avoir pillé la tombe d’un empereur, il est condamné à avoir les pouces coupés et à un an de travaux forcés sur la Grande Muraille.

 

Toutefois, avant de purger sa peine, il est fait prisonnier par des envahisseurs tatars. Il devient leur agent et voyage avec eux jusqu'en Cochinchine. En compagnie de deux compagnons portugais, ils font naufrage sur l'île japonaise de Tanegashima, au sud de Kyushu ce qui le conduira plus tard à prétendre à avoir le premier occidental à entrer au Japon. Il y est en tous cas en 1543 et prétend y avoir introduit l’arquebuse. Après un nouveau naufrage, nous le retrouvons en compagnie de Saint Francis Xavier.

 

 

En 1554 il rejoignit la Compagnie de Jésus et donna une partie importante de sa fortune commerciale. Il devint ensuite ambassadeur du Portugal auprès du daimyo de Bungo, sur l'île de Kyushu. Puis il quitte les jésuites en 1557. Il revient ensuite à Malacca et est envoyé à Martaban.

 

 

Il y arrive au milieu d'un siège, se réfugie dans un camp portugais de mercenaires qui avaient trahi le vice-roi. Lui-même trahi par un mercenaire il est capturé par les Birmans, réussit à s’enfuir et se retrouve à Goa. Faria l'envoie alors à Java pour aller acheter du poivre en Chine. A la suite d’un nouveau naufrage, il se trouve à nouveau esclave acheté par un marchand des Célèbes.

 

 

Après d’autres péripéties et avec de l'argent emprunté, il achète un passage pour le Siam où il a rencontré le roi en guerre. Les écrits de Pinto contribuent au compte rendu historique de la guerre. Après son séjour au Siam, il retourne au Japon et le 22 septembre 1558, rentre au Portugal 37 ans après l’avoir quitté. Sa renommée l’y avait précédé grâce à l'une de ses lettres publiée par la Compagnie de Jésus en 1555. Il s’évertue de 1562-1566 à réclamer une récompense ou une compensation pour ses années passées au service à la Couronne mais, de ses aventures, il a ramené une fortune considérable. Marié et père de famille, il achète une propriété en 1562 et y décède le 8 juillet 1583 à Almada, près de Lisbonne. Il avait commencé la rédaction de ses souvenirs de 1569 jusqu’en 1578, onze ans après son retour. Ils ne furent publiés qu’en 1614 en portugais archaïque et une première fois en français en 1645.

 

 

(4) « FERNAO. MENDEZ PINTO'S ACCOUNT OF EVENTS IN SIAM » in Journal de la Siam society, volume 20-I de 1926-27.

 

(5) « Mendez Pinto and Thai History » (update of a paper, first presented at the 107th meeting of the American Oriental Society, Miami, March 23-26, 1997) sur :

https://www.academia.edu/9999360/Mendez_Pinto_and_Thai_History_update_of_a_paper_first_presented_at_the_107th_meeting_of_the_American_Oriental_Society_Miami_March_23-26_1997_

 

(6) voir notre article RH 26 « La période de 1529 à 1548 du royaume d’Ayutthaya »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/rh-26.la-periode-de-1529-a-1548-du-royaume-d-ayutthaya.html

 

(7) Si tel était le cas, il tombait à un très mauvais moment. Lors de la publication du livre en 1614, le roi du Portugal était Philippe III d’Espagne et de Portugal, les deux monarchies avaient été réunies en 1580. Il était le fils du grand Philippe II d'Espagne qui aurait déclaré que Dieu ne lui avait pas donné un fils capable de régir ses vastes domaines. L'empire Portugais allait alors des Indes au Brésil. À la mort de Philippe II, le 13 septembre 1598  son fils fut effectivement incapable de régner, ne s’intéressant qu’à la chasse.

 

 

Il laissa l’intégralité du pouvoir entre les mains du Duc de Lerme son favori qui gouvernait à sa place et qui n’était qu’une avide et vénale crapule se contentant de vendre les titres et les privilèges sans se soucier le moins du monde de la gestion de l’immense empire de son maître. Ayant réussi à se faire nommer cardinal par le Pape Paul V la pourpre  lui évita la corde  auquel le destinait Philippe IV.

 

 

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 22:05
Monument du souvenir à Nong Sarai

Monument du souvenir à Nong Sarai

Le duel à dos d’éléphants (สงครามยุทธหัตถี - Songkram Yuddhahatthi) qui s’est déroulé à Nong Sarai dans le district de Donchedi (อำเภอดอนเจดีย์) et la province de Suphanburi  (จังหวัดสุพรรณบุ) en 1592 ou 1593 entre Naresuan alors âgé d’un peu moins de quarante ans et le prince héritier birman (อุปราชา- Uparat) ,  est l'un des épisodes les plus célèbres de l'histoire thaïe. Nous en avons parlé dans le cadre de l'un des nombreux articles que nous avons consacré à Naresuan (1).

 

 

Il n'est d'ailleurs pas spécifique à cette guerre puisqu'il s'agit d'une forme de combat connue de tous temps en Asie : Alexandre le grand dut déjà affronter des éléphants de guerre.

 

 

Cette tradition était venue des Indes. Ce duel était réservé aux rois ou aux grands de ce monde. De tous les épisodes de l'histoire du Siam, celui de ce duel est assurément le plus connu. Il se trouve pourtant qu'il en est diverses versions différant quelque peu de la version « officielle », différentes évidemment selon les sources, qu'elles soient siamoises, birmanes, perses ou européennes. On s'en serait évidemment douté ! Barend Jan Terwiel en a fait l'inventaire dans un article publié en 2013 dans le Journal de la Siam society (2).

Le sceau de la provi nce de Suphan buri

Le sceau de la provi nce de Suphan buri

Nous connaissons les difficultés des historiens à se procurer des sources fiables  dans l'histoire ancienne du Siam au moins avant le XVIe siècle marqué par l'arrivée des Perses, des Portugais, des Français, des Hollandais, des Anglais et des Espagnols. Ils laissèrent souvent des souvenirs de leur passage au Siam, qu'ils aient été diplomates, aventuriers, mercenaires, commerçants, missionnaires ou marins. Certains ont rédigé leurs écrits une fois de retour au pays, d'autres ne nous ont transmis que des impressions éphémères, de la simple note sur le  prix du riz aux spéculations plus raffinées. Ils n'étaient pas tous des observateurs scrupuleux.

 

 

Terwiel fait remarquer à fort juste titre qu'il faut se pencher sur les intentions de leurs auteurs. Les préoccupations d'un missionnaire catholique ou celles d'un marchand batave luthérien sont aux antipodes. Écrivait-on pour informer, divertir, flagorner ou distraire ? Terwiel cite un exemple qui reste d'ailleurs d'actualité : Quand certains (ce fut le cas du beau Forbin) constatèrent le laxisme sexuel des siamoises qu'ils considéraient comme faciles, était-ce le fruit de la réalité ou tout simplement parce qu'ils baignaient dans la prostitution qui a existé de tous temps sur toutes les routes maritimes.

 

 

 

Ces à priori ne concernent pas seulement les étrangers, mais  également les sources locales qui sont plus proches de préoccupations hagiographiques que de soucis de la vérité historique, comme c'est le cas des   Chroniques écrites et récrites dans un but précis : glorifier le pouvoir central ce qui explique – nous l'avons constaté à de multiples reprises - que des actes cérémoniels ou religieux qui ne présentent aujourd'hui guère d'intérêt sont racontés à longueur de pages et que d'autres événements moins glorieux sont passés sous silence.

 

 

Tel est le cas de cette fameuse bataille dont à vrai dire on ignore même la date exacte si l'on connait à peu près sa localisation.

 

L’événement est en tous cas célébré chaque année le 18 janvier en tant que Journée des forces armées thaïes (Wan Kongthapthai - วันกองทัพไทย). Pour d'autres ce serait une semaine plus tard (3).

 

 

 

 

Tout au plus saurons-nous avec certitude qu'en 1593 probablement une bataille décisive permit au Siam vassal de recouvrer son indépendance par rapport à l'occupant birman (4).

 

Les manuels scolaires locaux relatent l’histoire de la libération, tous inspirés des Chroniques royales d’Ayutthaya. Résumons rapidement : Le roi birman  avait envoyé une armée pour réprimer la rébellion des Siamois. Les armées se rencontrèrent non loin de la capitale,  des centaines de milliers d'hommes se préparaient à s'affronter lorsque  Naresuan, chef des rebelles siamois et monté sur son éléphant de guerre, a lancé noblement un grand défi aux Birmans tel que rapporté dans les Chroniques (5) « Qu'est-ce que notre royal frère fait debout à l'ombre d'un arbre? Viens et allons-nous battre dans un duel d'éléphants pour l'honneur de nos royaumes ! ». Le Birman, Uparat ne pouvait reculer devant ce défi.

 

 

Le combat s’engagea, Naresuan échappa à ses coups,  il frappa et blessa le Birman de son épée puis le tua de sa lance avant que son éléphant ne soit tué d'un coup de feu birman.  Ce duel fut doublé ou l'aurait été d'un autre duel également en éléphant entre son frère -le futur roi Ekathotsarot- et le général birman Mangcacharo demi-frère de l’Uparat. Le Siamois triompha aussi. L'armée siamoise chargea alors les Birmans qui se replièrent, poursuivis et massacrés jusqu'à ce qu’ils quittent le territoire siamois.

 

 

Cette version est reprise mot pour mot par Wood  dans son  « a history of Siam » publiée tardivement en 1924. Il est permis de penser qu’il tenait cette version du Prince Damrong dont il était proche et que celui-ci connaissant parfaitement les Chroniques non encore traduites en anglais..

 

Cette version pose toutefois quelques questions. La première, purement technique a échappé à Terwiel qui se complaît pourtant à trouver des incohérences dans le récit des Chromiques : Il y avait incontestablement des mercenaires portugais dans l’armée birmane mais une escopette portugaise du XVIe avait-elle la puissance nécessaire pour tuer un éléphant de combat ?

 

 

La seconde concerne  la nature même de ce duel au sommet. Terwiel fait remarquer que ce duel était issu d'une très longue tradition, remplacer un combat meurtrier par un simple duel des chefs de haut rang à dos d'éléphant, les chefs entourés de quelques gardes du corps en sus du cornac qui guide et excite sa bête . Appelé yutthahatthi (ยุทธหัตถี)  nous trouvons dans l’histoire un duel mené par le Dieu Indra,

 

 

un autre par Ramkhamhaeng le grand

 

 

et un autre avec Suriyothai en 1548 (6).

 

 

Ces combats de chefs auraient été régis par une sorte  de déontologie dont nous n’avons toutefois trouvé trace nulle part : Il aurait été convenu qu’il réglait une fois pour toutes le sort de la bataille en évitant des combats meurtriers. Or, une fois la défaite des Birmans consacrée et malgré ce, les Siamois ont continué la poursuite en l'achevant par un massacre massif. Mais faut-il vraiment s’en étonner comme le fait Terwiel  pour autant que cette tradition ancienne ait vraiment existé. Les Siamois étaient certainement ivres de vengeance après les humiliations et exactions commises par les occupants Birmans depuis quelques dizaines d’années.

 

 

Nous avons toutefois un récit étranger, celui écrit en 1640 par Van Vliet, 47 ou 48 ans après la bataille. Il fait effectivement référence à un duel de chefs entre l'héritier birman monté sur le plus fort des deux éléphants contre Naresuan qui se précipita néanmoins contre le Birman et le tua. Les gardes du corps montés derrière Naresuan massacrèrent à leur tour les Portugais montés sur l'éléphant Birman. L'armée Birmane dépourvue de chef, désemparée, se retira poursuivie par les Siamois qui en firent grand massacre. Ce récit ne fait pas référence au défi originel  ni à un second duel.  Il est toutefois permis de penser que cette conception singulière de la guerre était totalement étrangère à un commerçant hollandais qui n'en a retenu que l'essentiel.

 

 

Terwiel cite également une source thaïe à laquelle nous n'avons pas eu accès, la Chronique de Luang Prasert, un document écrit en 1690 par un astrologue de haut rang de la cour et traduit en anglais en 1963 (7). L’objectif de l’auteur aurait été de conserver une trace précise d’événements exceptionnels. Ce récit rejoint peu ou prou celui de Van Vliet. Il débute par un présage qui donna confiance à Naresuan, le Birman avait perdu son casque. Il y eut effectivement défi et le Birman aurait alors dit « je n'ai qu'un sepli avec moi mais je ne l'utiliserai pas ». Le combat se termina par la mort du Birman et le retour de son armée  à Hanthawaddy.  Pour Terwiel, ce « sepli » serait une arme non conventionnelle dans ce genre de duel, probablement une arme à feu, fusil ou pistolet.

 

 

 

Terwiel cite ensuite les annales birmanes d'U Kala qui seraient fiables mais leur version va évidemment diverger avec celle des Siamois. Les armées birmanes avaient atteint les environs d'Ayutthaya en février 1593. Les éléphants jouèrent dans la bataille un rôle décisif. L'un des généraux birmans montait un éléphant de guerre ; Il faut préciser que les éléphants avaient les yeux bandés pour ne pas voir leurs congénères de l'autre camp et étaient guidés et excités par le seul aiguillon du cornac. Naresuan s'apercevant que l'éléphant birman était immobilisé s'en approcha et tua le prince héritier d'un coup de feu. Les annales birmanes ne font pas référence à un duel d'honneur et accusent la lâcheté de Naresuan qui aurait utilisé une arme à feu. C'est un grief bien singulier car on ne faisait pas à cette époque la guerre en dentelle et si les combattants utilisaient des armes à feu, ce n'était pas pour tirer les bécasses. Par contre ces Annales ne portent pas trace de massacre de leur armée par les Siamois, leurs généraux auraient tout simplement pris la décision de rebrousser chemin et de rentrer chez eux.

 

 

 

Terwiel cite encore Jacques de Coutre, un négociant et diamantaire flamand qui a visité Ayutthaya en 1595. Il est un témoin très ancien dont le récit des voyages ont été publiés pour la première fois en 1640 par son fils Estebàn et récemment traduits en anglais. 

 

 

 

Pour lui comme pour Van Vliet, Naresuan était un personnage cruel – mais quel monarque ne l'était pas à l'époque? Monseigneur Pallegoix ne parle pas du duel mais lui prête la réputation d'être allé se laver les pieds dans le sang des Cambodgiens. Il est ici permis de se demander si nous ne sommes pas dans la fiction  pure et simple ? Naresuan aurait fait frire (vivant!) l'un de ses frères et fait brûler vifs huit cents hommes sur un feu de joie parce qu’ils n’étaient pas venus à la rescousse à l’époque où il était en guerre avec Pegu.

 

 

Avant lui Turpin qui écrit en 1771 son « Histoire civile et naturelle du royaume de Siam », dans son tome 2  ne parle pas du défi  mais  d’un combat singulier entre le « prince noir » et le prince Birman. Au milieu du combat, ils se cherchèrent et le Birman expira au cours du duel.

 

 

En 1603, Pedro Sevil de Guarga, un espagnol signala dans un mémorial à son roi comme l'un des nombreux crimes horribles commis par le roi de Siam d'avoir ordonné que vingt Portugais soient frits dans de l'huile de noix de coco. Nous ignorons totalement d’où il tenait cette horrible histoire de friture.

 

 

 

L'indignation d'un Espagnol pour l'utilisation de cette torture prête à sourire quand l'on sait que ses compatriotes la pratiquèrent à grande échelle lors de la conquète de l'Amérique !

 

 

 

 

En 1595 en tous cas, Jacques  de Coutre assista en témoin direct à la cérémonie funèbre du très glorieux  éléphant qui sauva le Siam à Nong Sarai : le roi siamois le cœur brisé avait  organisée des funérailles d'État.

 

 

Terwiel se pose toutefois la question de savoir si cet auteur n'avait pas pour seul but de choquer ses lecteurs tant en parlant de la friture de Portugais que d'un rituel funéraire essentiellement païen probablement choquant pour le roi d’Espagne.

Les funérailles de l’éléphant établissement au moins avec certitude que Naresuan avait  le sentiment qu'il lui devait non seulement sa vie mais la défaite des Birmans en 1593. Il est en tous cas le seul animal de l’histoire siamoise à avoir jamais reçu le rang de Chaophraya.

 

Passons à une source anglaise. Dans le récit de ses voyages publiés en 1613, Samuel Purchase, vingt ans à peine après l'événement, mentionne la bataille au cours de laquelle les Siamois se sont affranchis de la tutelle birman et au cours de laquelle l'uparat birman aurait été tué par arme à feu.

 

 

 

 

Terwiel cite encore un  voyageur portugais  Antonio Bocarro, qui se rendit à Goa en 1615. En 1631, il devint chroniqueur et conservateur des archives de Goa.  Il est le rédacteur en 1615 des « Decada 13 da Historia da India », qui couvre principalement les années 1613 à 1617, mais qui mentionne les événements marquants survenus à la fin du XVIe siècle comme la bataille de Nong Sarai.  Il cite un message de Naresuan au prince birman, lui suggérant d'organiser un duel d'éléphants afin d'empêcher un massacre. Celui-ci eut la sottise, sans consulter ses généraux, d'accepter le défi.  En se battant vaillamment, le prince birman blessa son adversaire avec une hache. Mais lorsque le  « prince noir » (Naresuan) était en passe d’avoir le dessous, il fit appel à deux Portugais qui se trouvaient dans son voisinage pour qu’ils tirent de leurs armes à feu et tuent le Birman. Le Prince Noir jeta ensuite son armée contre les soldats birmans, qui ayant perdu leur chef, étaient désemparés.

 

 

 

Terwiel cite enfin une source persane importante, nous en avons longuement parlé, elle est connue sous le titre anglais de «  The ship of Sulaiman » (Le navire de Sulaiman) (8). Il est le récit d’une mission diplomatique perse à Ayutthaya sous le règne du roi Narai en 1657-1658. Il fut écrit par le secrétaire de l’ambassade, Ibn Muhammad Ibrahim. L'ambassade s'est rendue à Ayutthaya en réponse à une lettre que le roi Narai avait envoyée à la cour de Shah Sulaiman Isfahan  à l’époque du point culminant de l’influence perse au Siam.  L’ouvrage a été traduit en anglais pour la première fois en 1972 par John O'Kane. Deux ans plus tard, il a été porté à l'attention du monde savant par la publication d’un article de David Wyatt publié en 1974 dans le Journal of the Siam Society intitulé « Une mission perse au Siam sous le règne du roi Narai » (9). Pour Wyatt ce manuscrit est l’une des sources principales de l’histoire du Siam sous le règne du roi Narai. SI nous n’avons pas accès à  la traduction de John O'Kane, en dehors de l’analyse circonstanciée de Wyatt nous bénéficions de celle de Peter Hourdequin, un universitaire américain d’Hawaï, datée de 2007 (10). Les informateurs siamois du persan lui ont parlé d'événements  qui s’étaient produites plus de 90 ans auparavant : Naresuan, craignant la force de son adversaire, aurait lié une arme à feu sous sa lance et tua d'un coup de feu le birman qui ne s'était aperçu de rien.

 

 

 

Toutes ses sources proviennent – faut-il le préciser – de récits transmis par ouï-dire.

 

De ces versions plus ou moins contradictoires, il faut déduire qu'en 1593 les Siamois ont réussi à se débarrasser du joug  birman.

 

Y a-t-il eu un duel officiel ? Terwiel en doute mais ses arguments n'emportent pas notre conviction. Que les Annales birmanes n'en parlent pas ne nous étonnent guère, elles arrangent la vérité tout autant que les siamoises. D'après lui pour l'héritier birman, accepter le défi aurait été reconnaître que Naresuan était son égal ce qui n'étais pas admissible. Conception bien occidentale du duel codifié autour du point d'honneur :

 

 

 

 

Il est dans notre tradition française de reconnaître au provoqué le droit de refuser le cartel pour cause d'infériorité sociale, Voltaire l'a payé de coups de bâtons, mais nous ne sommes pas dans la France du XVIIIe siècle !

 

Pour Terwiel, le récit de Bocarro ne serait qu'une invention poétique ? Pourquoi cette suspicion ?

 

Il reste certain que le moment crucial fut une confrontation physique entre le prince héritier birman et Naresuan, chacun monté sur un éléphant de guerre et que le comportement des éléphants a joué un rôle déterminant. L’éléphant du prince héritier birman était plus imposant, plus grand et apparemment plus fort que celui de Naresuan. L'éléphant de Naresuan a pourtant joué un rôle majeur, ce qui explique son chagrin à sa mort.

 

La mort de l’héritier birman a brisé l’esprit des envahisseurs et les a poussés à abandonner la campagne. Il n'y a pas d'accord sur le déroulement de la retraite. Les Birmans affirment qu'ils sont partis de leur plein gré, les Siamois sont divisés, mais qu'ils aient harcelé les Birmans  ou les aient laissé se retirer en paix ne change rien à la certitude de l'existence d'un duel et de la défaite des envahisseurs.

 

En tout état de cause, personne n’était présent pour enregistrer les conversations ou photographier le déroulement du combat. Il n'en fut qu'un qui assista aux cérémonies funéraires du prince-éléphant.

 

 

 

 

NOTES

 

(1) voir notre article 65 « Naresuan 2. La première victoire contre les Birmans (1591-1593) » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-65-naresuan-2-la-premiere-victoire-contre-les-biramans-1591-1593-115118551.html

 

(2) Barend Jan Terwiel « What Happened at Nong Sarai ? Comparing Indigenous and European Sources for Late 16th Century Siam ». Journal de la Siam; society – volume 101 de 2013.

 

(3)  https://th.wikipedia.org/wiki/วันกองทัพไทย

 

(4) ... ou 1592 selon Wikipédia en thaï : https://th.wikipedia.org/wiki/สงครามยุทธหัตถี

 

(5)  Traduction de Cushman, édition de la Siam society, 2000, pages 130-131. 

 

(6)  Voir  https://th.wikipedia.org/wiki/ยุทธหัตถี

(7) « Phraratchaphongsawadan Krungsi’ayutthaya chabap Luang Prasoet » (พระราชพงศาวดารกรุงเก่า ฉบับหลวงประเสริฐ).  Bangkok : Khurusapha, 1963.

(8) Voir notre article H 45 «  UNE TENTATIVE D'ISLAMISATION DU SIAM DU 15 AOÛT AU 24 SEPTEMBRE 1686 ÉRADIQUÉE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/h-45-une-tentative-d-islamisation-du-siam-du-15-aout-au-24-septembre-1686-eradiquee-avec-l-aide-majeure-d-un-noble-provencal-le-chev

(9) David K. Wiatt « A PERSIAN MISSION TO SIAM IN THE REIGN. OF KING NARAI », volume 62-1 de 1974.

(10) Peter Hourdequin « Muslim Influences in Seventeenth Century Ayutthaya: A Review Essay »  in  EXPLORATIONS a graduate student journal of southeast asian studies, Volume 7, Issue 2, Spring 2007.

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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 22:04

Nous avons consacré il y a peu un article aux deux rois qui régnèrent à Ayutthaya de 1610 à 1628, le roi Si Saowaphak et le roi Song Tham (1), rappelant que B.J. Terwiel dans une simple note d’un ouvrage de 2011 (2)

 

 

 

 

nous apprenait que de « nombreux historiens » remettaient en cause l'existence même de Saowaphak : Le court règne de Saowaphak est clairement décrit dans les « Chroniques royales » et a donné lieu à un débat animé entre historiens. La plupart ont décidé que, faute de récits de témoins oculaires étrangers, Saowaphak devait être un roi fictif (Wyatt l'appelle un fantôme). Cependant, personne n'a été en mesure d'expliquer pourquoi les « Chroniques royales » inventeraient un personnage. Le fait que des étrangers ont ignoré les détails sur la façon dont Songtham est arrivé sur le trône n'a guère de poids, compte tenu du fait que les étrangers connaissaient relativement peu ce qui s'était passé à la cour d'Ayutthaya en 1610 ».

 

 

Ajoutons que Saowaphak a régné trop peu de temps pour avoir pu marquer l’histoire.

 

 

UN ROI FANTME ?

 

 

B.J. Terwiel s’était toutefois déjà penché sur cette singulière histoire d’un « roi fantôme » à l’occasion d’une conférence tenue à Hambourg le 8 mai 2010 et ensuite dans un article en publié l’année suivante (3). Ses conclusions sont d’un vif intérêt car elles sont une leçon sur la manière dont nous devons comprendre l’histoire de ce pays et une leçon sur la manière de l'écrire.

 

 

Rappelons ce que disait Monseigneur Pallegoix, nous l’avons souvent cité, dans le second volume de son ouvrage fondamental  (4) : « L'abrégé de l'histoire de Siam, qui fait la matière de ce chapitre, est tiré des annales de ce pays. Ces annales se divisent en deux parties; la première partie, composée de trois volumes seulement, ou histoire du royaume du Nord, donne l'origine des Thai, et un abrégé de leur histoire jusqu'à la fondation de Juthia. Cette première partie est pleine de fables, et présente peu de faits historiques. La seconde partie, qui commence à la fondation de Juthia, forme quarante volumes, et donne l'histoire bien suivie de la nation thai jusqu'à nos jours ».s.

 

 

Bien qu’il ne cite pas ses sources, il est permis de penser que sa profonde amitié avec le roi Rama IV et sa parfaite connaissance de la langue thaïe et du pali font que les propos qu’il tient sur ce « fantôme » qui ne l'était pas pour lui ne sont pas sorti de son imagination dans le chapitre qu’il consacre à la chronologie des rois d’Ayutthaya : « Eka Thotsarot étant mort après un règne paisible de six ans seulement, son fils Chao-Fa, le Borgne, lui succéda; mais, l'année suivante, il périt victime d'une conjuration ourdie contre lui. Son oncle Phra-Si-Sin fut élu roi sous le nom de Phra  Chao Songthtam ». Cette qualité (si l’on peut dire) de « roi borgne »  va nous conforter,  nous le verrons plus loin, dans la croyance en son existence.

 

 

 

Mais le prélat ne fut pas le premier à déplorer le peu d’intérêt que les Siamois portaient à leur histoire et leur totale absence de curiosité historique chez les lettrés. Jeremias van Vliet qui fut le chef du comptoir hollandais à Ayutthaya de 1636 à 1641 ne fut pas le premier européen à avoir visité le Siam mais le premier à s’être consacré à la description scrupuleuse du pays et le premier à s’être intéressé à son histoire  bien avant l’arrivée des Français un demi-siècle plus tard.

 

Jeremias van Vliet vu par les Thaïs : 

 

 

Dans le texte de sa description du royaume, souvenirs de son passage au Siam entre 1633 et 1642, publiés pour la première fois en 1647, il écrit :

 

 

« Si de nombreuses chroniques anciennes et des histoires sérieuses du passé sont les témoins de leur époque et contiennent des conseils pour le présent et des repères pour l’avenir, les Siamois en ont peu de connaissance. Leur position géographique, leur gouvernement, le pouvoir, la religion, les mœurs et leurs coutumes et de biens d’autres éléments remarquables des nationalités étrangères ne leur sont pas inconnus, mais ils n'ont pas la curiosité d'enquêter sur eux ni  sur les antiquités de leur pays,  ni sur les dates du début des guerre et de la conclusion de la paix, de la perte d’une région ou d’une ville, des victoires ou des défaites, de leurs héros célèbres ou de leurs personnalités exceptionnelles en vertu et en savoir, etc.. Ils ne font peu de descriptions, de sorte que leurs descriptions principales consistent en  leurs lois, les fondements de leur religion, les vies, les actes et les louanges de certains rois morts dont la renommée était moins fondée sur le respect royal que sur le service rendu aux dieux, aux temples et aux prêtres. Ces descriptions étaient principalement confiées aux soins des prêtres, par lesquels sont également décrits leurs cérémonies, les punitions, les exhortations, les consolations et les instructions religieuses. Ainsi, pour la noblesse, la population riche ou la population ordinaire, il existe peu de chroniques ou de témoignages historiques connus, à l'exception de ceux qui sont rapportés verbalement ou qui sont rapportés dans des discours »  (5).  

 

 

 

L’expression de « roi fantôme » (Phantom-King)  est tirée de la plume (inspirée ?) de David K.Wyatt (6). Que faut-il en penser ?

 

 

 

 

LA « DÉFANTMISATION » DE SI SAOWAPHAK

 

 

Terwiel nous fait remarquer à très juste titre que la conception locale de l’histoire siamoise pour la période antérieure au XIXe siècle, diffère essentiellement de celle des historiens occidentaux. Il n’existe que peu de documents anciens en dehors de quelques documents légaux, aucun recensement des populations, aucune généalogie des personnages des hautes sphères de la société, aucun registre des naissances, des mariages ou des décès, aucun registre foncier, et pour les archives des particuliers, aucun testament, aucun contrat, aucun journal, nul n’y écrit son « livre de raison ».

 

 

Avant 1800, il n’existe que peu d’écrits en thaï. En dehors des Chroniques royales et de peut-être une centaine d’inscriptions épigraphiques, les historiens disposent seulement de quelques textes anciens au contenu religieux ou magique, de quelques fragments de textes légaux.

 

Bien sûr les Chroniques royales doivent être lues avec circonspection. Les exploits martiaux y sont le plus souvent exagérés, les liens de famille et les dates mentionnées sont presque tous fantaisistes sinon inexacts même si la publication  en 2000 de Richard Cushman a ouvert de nouvelles perspectives aux historiens traitant de l'histoire thaïe (7). Il faut donc pour la période antérieure à 1800 s’appuyer sur des sources étrangères, les plus importantes étant chinoises, japonaises, birmanes, portugaises, néerlandaises, françaises et anglaises, chacune de ces sources devant  doit être lue et comprise dans son propre contexte.

 

 

 

Qu’en est-il donc de cette période de 1610 à 1612 ? Il s’agit d’un roi, Si Saowaphak, dont l'existence est mentionnée dans les Chroniques royales mais dont le règne fait l'objet de controverses depuis le début de l'écriture de l'histoire thaïe. Deux points de vue diamétralement opposés s’affrontent, Terwiel nous cite tous les historiens qui considèrent Si Saowaphak comme une invention ou qui se contentent de l’ignorer. D'autres, tout aussi nombreux, acceptent ce règne tel qu'il a été rapporté dans les Chroniques royales et sont également unanimes à dire que ce malheureux roi a été déposé par son demi-frère Songtham. Maintenant, laquelle de ces histoires peut-on croire ? 

 

 

Terwiel pose la bonne question :   Comment pouvons-nous arriver à un jugement ?

 

Il est donc nécessaire de déterminer quelles sources les historiens ont utilisées pour tirer leurs conclusions.

 

Les Annales chinoises (Mina Shi Lu) ne mentionnent pas le Siam dans la période 1610-1612.

 

 

Il y avait beaucoup de Japonais à l'époque  à Ayutthaya. Cependant, mis à part une lettre de Shogun Leyasu qui remercie le roi Ekathotsarot en 1610 pour une lettre des Phrakhlangs et l'arrivée d'un navire de commerce en 1612 sous le règne du roi Songtham, Terwiel nous dit n’avoir trouvé aucune autre information  (8). Les Annales de Phattalung, Pattani, Nakhon Si Thammarat, Chiangmai, Nan  n’évoquent que très rarement le début du 17e siècle et ne mentionnent pas plus Ayutthaya que Si Saowaphak. 

 

 

 

 

Les Anglais sont arrivés trop tard à Ayutthaya pour avoir été des témoins oculaires des événements politiques à cette époque: Terwiel cite l’arrivée du navire « Le Globe » à Pattani le 23 juin 1612 et par la suite la rencontre de  cinq Anglais dans la capitale avec le roi Songtham le 17 septembre 1612.

 

 

Jérémias Van Vliet enfin est l’auteur de la première chronologie royale écrite en 1647 dans laquelle il ignore Si Saowaphak mais nous y trouvons confirmation au moins indirecte de son existence : Il mentionne qu'après la mort du roi Songtham en 1628, l'usurpateur, le roi Prasatthong a ordonné l'exécution de la progéniture de Songtham et qu'il ne restait que « le fils de l'aveugle ou du demi roi aveugle » (9).  Il précise par ailleurs que le roi pendant la courte période oú il régna, tomba malade et fut délibérément tenu à l’écart par Siworrawong pour l'isoler de tous : « Oya Siworrawongh faisait si bien garder toutes les avenues du palais pendant la maladie du roi que personne n'en pouvait approcher sans sa permission, et il n'y eut pas un mandarin qui, pendant ce temps-là, pût voir Sa Majesté ». 

 

 

 

Si Saowaphak est par contre présent dans les Chroniques royales en presque toutes leurs versions.  Ne revenons pas sur son histoire (1).

 

Terwiel note que de nombreux historiens qui pensent que Si Saowaphak n’a jamais été roi mais ne donnent aucune information sur les raisons de leur choix, et aucun ne semble s'être demandé pourquoi un roi fantôme et borgne aurait été inventé par les auteurs des Chroniques et, après l'avoir inventé, pourquoi un personnage aussi singulier puisqu’il était borgne. Or, si les chroniques siamoises ont tendance à omettre, embellir ou exagérer, nul n’y a jamais relevé d’inventions pures et simples. Si Saowaphak, dont la présence dans l’histoire d’Ayutthaya fut fugace, est signalé dans cinq d’entre elles. Il est impossible de penser que les rédacteurs de ces textes dont la rédaction s’étend sur deux cent ans à partir de 1680 aient pu se concerter pour inventer et faire perdurer la légende du roi borgne. 

 

La manière dont on écrit l'histoire peut être ravageuse. N'en citons qu'un exemple tiré de notre propre histoire et de la manière dont on nous enseignait à l'école primaire quand on y enseignait encore l'histoire, pour démontrer le symbole de la courtoisie française et le panache de nos militaires au temps de Louis XV à la bataille de Fontenoy : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers » aurait dit le Duc de Biron qui commandait nos troupes. Il aurait en réalité dit « Messieurs, les Anglais, tirez les premiers ». Cette première salve fit tomber les premiers rangs des ennemis anglo-hollandais comme des mouches. La vérité historique tient à l'emplacement  d 'une virgule.

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir notre article RH 42  « LES ROIS SI SAOWAPAK (1610) ET SONG THAM (1610-1628) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/rh-42-les-rois-si-saowapak-1610-et-song-tham-1610-1628.html

 

(2) « Thailand's Political History, from the 13th century to recent times »  

 

(3) « Si Saowaphak: The ‘Phantom King’ in Thailand’s History » in, Indian Journal of Tai Studies, Vol. 11, 2011, pp. 131-6.

 

 

 

(4) « Description du royaume Thaï ou Siam », 1854, tome II, pp. 86.s

 

 

 

(5) Nous avons traduit de l’anglais au français (bien ou mal ?) le texte de Van Vliet (Beschryving van het Koningryk Siam  - description du royaume de siam) dans une première traduction en anglais : «  TRANSLATON of Jeremias van Vliet's DESCRIPTION OF THE KINGDOM OF SIAM » par L. F. Van Ravenswaay effectuée à la demande du Prince Damrong et publiée en 1910 dans le journal de la Siam Society (volume 7).

 

 

Le texte original en néerlandais archaïque a été traduit dans une version de 1692  par François Lagirarde d’une façon qui n’en est pas contradictoire dans laquelle il souligne l'absence de curiosité historique chez les lettrés siamois: « Bien que les chroniques anciennes et les histoires dignes de foi soient les annonciateurs du passé, les témoins des siècles, les conseillers du présent et les présages de l'avenir, les Siamois n'en ont que peu de connaissance. La situation, le gouvernement, le pouvoir, la religion, les coutumes, le commerce et les autres aspects remarquables des nations étrangères leur sont totalement inconnus et ils n'en ont aucune curiosité. Aussi ont-ils peu de descriptions des antiquités de leur pays, comme les causes des guerres, les traités de paix, les conquêtes ou les pertes de provinces et de villes, la victoire ou les défaites, les batailles, les héros intrépides, les personnages qui ont excellé par leurs exploits ou par leur science, etc. Il se trouve peu de gens parmi la noblesse ou les riches bourgeois qui ont d'autres connaissances des chroniques ou de l'histoire relatée que ce qui se transmet oralement  » : Voir  François Lagirarde « Temps et lieux d'histoires bouddhiques. À propos de quelques « chroniques » inédites du Lanna »  In Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 94, 2007. pp. 59-94. Lagirarde utilise la version néerlandaise publiée en 1692.

 

(6) In « Van Vliet's Siam »  de Chris Baker, Dhivarat Na Pombejra, Alfons van der Kraan et David K.Wyatt  qui, un siècle plus tard se sont contentés de reproduire la traduction de 1910 sans en proposer une nouvelle soit du texte anglais soit de l’original hollandais. 

 

 

(7) Terwiel est par ailleurs l’auteur d’un très intéressant article de 2002 : « TESTING THE VERACITY OF THAI ANNALS » :

https://www.academia.edu/12556035/Testing_the_Veracity_of_Thai_Annals

Il distingue plusieurs périodes, celle antérieure à 1351 qui n’est que légendes, une autre de mélanges d’histoires et de légendes et enfin une autre plus narrative. Dans ces deux dernières, il existe une histoire européenne corroborant peu ou prou la partie narrative des annales avec certitude des événements qui ont eu lieu. Dans un article précédent « Richard D. Cushman, The Royal Chronicles of Ayutthaya edited by David K. Wyatt » In : Aséanie 7, 2001. pp. 220-221, il souligne que diverses traductions seraient à revoir et que l’index final des noms cités en fin d'ouvrage  comporte de nombreuses insuffisances. Si Saowaphak en est d’ailleurs absent. Pour la traduction, il est permis de penser que l’anglais d’Amérique n’est pas l’anglais d’Oxford ?

 

(8)  Cette correspondance est citée dans un article de  Yoneo Ishii  « Seventeenth Century Japanese Documents about Siam », Journal of the Siam Society, Vol 59 -2 de juillet 1971.

 

(9) Van Vliet est l’auteur d’un autre document, une correspondance de 1647 qui relate l’usurpation de Prasat Thong. Ce manuscrit, après on ne sait quelles péripéties fut traduit en français par le diplomate Néerlandais Abraham de Wicquefort et publié à Paris par Jean du Puis en 1663. Cette traduction française fut  ensuite traduite en anglais par W. H. Mundie, à la demande du prince Damrong et publiée en 1938 dans le Journal of the Siam Society  (volume 30-2). La traduction de 1663 porte le titre bien almabiqué de « Relation historique de la maladie et de la mort de Pra-Inter-Va-Tsia-Thiant-Siang Pheeugk, ou du grand et juste roi de l'éléphant blanc, et des révolutions arrivées au royaume de Siam jusqu'à l'avènement à la Couronne de Pra Ongly, qui y règne aujourd'hui, et qui prend la qualité de Pra Tiauw, Prasat Hough, Pra Tiauw Tsangh, Pra Tiavw Isiangh Ihon Dengh – Pra Thiangh Choboa, c'est-à-dire Roi du trône d'or, comme aussi du rouge et blanc éléphant à la queue entortillée Ecrit en l'an 1647  par Jérémie van Vliet et dédié à Antoine van Diemen, Gouverneur général de l'État des Provinces Unies des Pays-Bas dans les Indes orientales ».

 

 

Il existe toutefois un autre manuscrit daté de 1640 découvert en 1934 aux Archives Royales de La Haye par Seiichi Iwao, un chercheur japonais, Alfons van der Kraan a récemment réalisé une nouvelle traduction anglaise, publiée aux éditions Silkworm Books en 4, 2005.

La version française de 1633 écrite en français contemporain avec de judicieux commentaires, est disponible sur le site

http://memoires-de-siam.net/relations/vanvliet/vanvliet_presentation.html

 

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26 août 2019 1 26 /08 /août /2019 22:06

 

Lorsque nous quittâmes le chevalier de Forbin après sa sanglante victoire sur les Macassars- Malais (1) et relisant ses mémoires dans lesquelles il s’étonnait de cette résistance farouche, nous pûmes lire : « J'étais si frappé de tout ce que j'avais vu faire à ces hommes qui me paraissaient si différents de tous les autres, que je souhaitai d'apprendre d'où pouvait venir à ces peuples tant de courage, ou pour mieux dire tant de férocité. Des Portugais qui demeuraient dans les Indes depuis l'enfance et que je questionnai sur ce point me dirent ces peuples étaient habitants de l'île de Calebos, ou Macassar, qu'ils étaient mahométans schismatiques et très superstitieux ; que leurs prêtres leur donnaient des lettres écrites en caractères magiques qu'ils leur attachaient eux-mêmes au bras, en les assurant que tant qu'ils les porteraient sur eux, ils seraient invulnérables; qu'un point particulier de leur créance ne contribuait pas peu à les rendre cruels et intrépides. Ce point consiste à être fortement persuadé que tous ceux qu'ils pourront tuer sur la terre, hors les mahométans, seront tout autant d'esclaves qui les serviront dans l'autre monde. Enfin, ils ajoutèrent qu'on leur imprimait si fortement dès l'enfance ce qu'on appelle le point d'honneur, qui se réduit parmi eux à ne se rendre jamais, qu'il était encore hors d'exemple qu'un seul y eût contrevenu ».

 

 

Nous sommes évidemment loin de la brève et négative description que donne Dumont d’Urville  (2) !

 

 

 

Nous avons lu avec un certain amusement une description toute aussi singulière de ces Malais dans un article de 1845 de la Revue de l’Orient sur Sumatra sous la plume du Capitaine de Corvette Leconte : « Je n'ai jamais vu de peuple aussi craintif, et je dirai même aussi poltron, que m'a paru t'être celui de Sumatra. Pendant le temps que j'ai passé parmi ces Malais, je les ai trouvés les mêmes sur tous les points de la côte. On les dit fourbes et dissimulés ... » (3).

 

Cet article suscita une réponse :

 

« Nous avons reçu de Bordeaux la lettre suivante : « Monsieur le Rédacteur, je lis avec beaucoup d'intérêt la Revue de l'Orient, et j'y ai remarqué avec chagrin le jugement que M. le capitaine de corvette Leconte a cru devoir porter sur le caractère des Matais (tome VII, « page 252). Je n'ai jamais vu écrit cet officier, de peuple aussi craintif, je dirai même aussi poltron que celui de Sumatra. C'est la première fois que je vois mes compatriotes taxés de poltronnerie. Permettez-moi, en qualité de fils d'Européen et de Malaise, de faire appel de ce jugement mal fondé, et de vous envoyer, à l'appui de ma réclamation, un extrait des « mémoires peu connues qu'a laissé un des plus illustres marins du siècle de  Louis XIV. Vous ne pouvez ignorer que le comte de Forbin avait été envoyé « dans sa jeunesse auprès du roi de Siam, et qu'il fut chargé, en 1685 et a 1686, d'organiser à l'européenne la flotte et l'armée siamoise; le récit suivant de la lutte qu'il eut à soutenir contre une poignée de Malais de l'île de Célèbes, sujets du royaume de Macassar, aujourd'hui détruit, prouve « que, quelle que soit la fatalité qui ait pesé depuis sur la race malaise, ce « n'est ni par la hardiesse ni par le courage que les Malais ont failli. Je suis, monsieur le Rédacteur, etc. Adrien Van Sinkel » (4).

 

Notre lecteur cite alors le récit intégral de la campagne de Forbin contre les Macassars tel que celui-ci l’a narrée dans ses mémoires.

 

 

En écrivant ses souvenirs en 1851, le capitaine Leconte ne reprendra d’ailleurs pas ses propos désobligeants dans le chapitre qu’il consacre à Sumatra (5).

 

 

Nous intéressant à notre tour aux Célèbes, nous retrouvons Christian Pelras, ethnologue ayant consacré sa vie à la péninsule indonésienne. Nous l’avons cité dans notre précédent article (6).

 

 

 

Il était l’auteur d’un autre article qui concerne plus directement notre intérêt pour le Siam, les Célèbes tout d’abord et surtout le sort des deux jeunes princes Macassars envoyés en France pour y servir le roi de France ! (7).

 

 

LE ROYAUME DES MACAÇAR

 

La première description des Célèbes est celle deChristian Pelrasparue en 1688 après qu’il eut passé quatre ans comme missionnaire au Siam et qui connut de nombreuses rééditions ultérieures. Nous en faisions un jésuite (1), faisons amende honorable et donnons sa biographie de prêtre des Missions étrangères de Paris (8). Il nous intéresse car il y est signé comme celui qui avait accompagné en France les deux fils du roi des Macassars, épisode sur lequel nous reviendrons (9).

 

 

 

Nicolas Gervaise cite un certain Daeng Ma-allé qui aurait été frère du sultan régnant à Macassar et qui aurait pris une part active à la lutte contre les Hollandais, opposé à la paix signée avec eux en 1660, victime de leurs machinations et contraint de s'exiler, d'abord à Java, où il aurait épousé une princesse javanaise. Poursuivi par la vindicte des Hollandais, il aurait été contraint en 1664 à s'exiler à nouveau, avec 200 des siens, cette fois pour le Siam dont le souverain, le roi Narai, le reçut fort bien, lui accordant à lui et à ses compagnons le droit de s'installer dans un faubourg de sa capitale Ayuthia, ainsi que des terres et de l'outillage agricole (10). Gervaise précise Néanmoins, ces Makassar participèrent en 1686 à un soulèvement armé contre le roi et furent tous exterminés, à l'exception de ses deux fils, qui se trouvent maintenant en France et sont élèves au collège de Clermont.

 

 

 

Ce collège des Jésuites, devenu par la suite collège puis lycée Louis-le-Grand, à Paris était celui ou étaient élevés tous les princes des diverses branches de la famille royale et ceux de la haute noblesse française et souvent étrangère.

 

La question de savoir si Nicolas Gervaise a été le témoin direct de tous les renseignements dont son ouvrage fourmille est soulevée par Christian Pelras. Elle excède le cadre de notre blog.

 

Le royaume n’est toutefois pas totalement inconnu des érudits de l’époque.

 

Le père Alexandre de Rhodes ...

 

 

 

...a séjourné cinq mois aux Célèbes probablement dans les années 1650. Le royaume avait déjà basculé dans l’Islam. Notre jésuite nous dit « Je rencontrais à mon arrivée le grand gouverneur que je trouvais fort sage et fort raisonnable à la réserve de sa mauvaise religion ». C’était certainement avant l’exode du prince Macassar avec sa famille et ses féaux vers le Siam (11).

 

 

Le Grand dictionnaire historique de Moreri dit de Gervaise, sans parler de l’épisode des deux jeunes princes, « Le jeune abbé Gervaise ne fut pas spectateur oisif de tout ce qu'il eut occasion de voir dans son voyage dans le royaume de Siam, où il fit un séjour de quatre ans. Il apprit exactement la langue de ce peuple; il lut les livres écrits en cette langue ; il conversa souvent avec les plus habiles du pays ; il se mit au fait, autant qu’il fut en lui de tout ce qui concerne ce royaume... » (12).

 

 

 

 

La monumentale Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours de Hoeffer (13) nous relate cet épisode comme suit : « ... Il se destina à l'état ecclésiastique, et avant l'âge de vingt ans fut attaché à la mission de Siam. Il resta quatre ans dans ce royaume, y apprit parfaitement la langue des indigènes, s'instruisit dans leur religion, leurs mœurs, leur littérature, leur législation et leur histoire. A son retour, il publia le résultat de ses observations. Il avait amené en France deux fils du roi de Macassar, et, après les avoir présenté à la Cour il leur donna autant qu’il fut possible, une éducation française ».

 

 

La question de savoir quelles furent les sources de Gervaise a été finement analysée par Christian Pelras. ( N’y revenons pas ce qui nous conduirait hors les limites géographiques de notre blog). Ce ne fut de toute évidence pas au contact des musulmans macassars ou malais alors présents à Ayutthaya, nous connaissons ce qu’il en a écrit : « On voudrait bien encore aujourd'huy les exterminer tous et en purger le royaume ;

 

Mais ils se sont rendus si redoutables par leur nombre, par leur férocité et par leur magie à laquelle ils sont adonnés que l'on n'ose plus l'entreprendre ».

 

 

 

 

 

 

LES DEUX PRINCES MACASSAR

 

Les sources vont être plus nombreuses.

 

Nicolas Gervaise lui-même dans la dédicace de son livre au Père de la Chaise nous y apprend que ces deux princes, dénommés Daéng Rouruu (Ruru) et Daéng Toulolo (Tulolo) étaient les fils de ce « Daéng Ma-allé » mort les armes à la main pour n'avoir pas voulu faire soumission au roi de Siam. Assiégés dans leur camp le 20 septembre 1686 les Macassar se défendirent âprement mais succombèrent devant le nombre et l’armement. Ceux qui ne furent pas tués au combat furent tous exécutés, à l'exception des femmes et des enfants survivants et des deux jeunes princes, bien que l'aîné ait combattu aux côtés de son père. Le père Tachard était présent lors de ces événements, raconte leur capture :

 

« Un des fils du Prince âgé de douze ans ou environ se vint rendre de lui-même, on lui fit voir le corps de son Père qu'il reconnût, il dit qu'il était cause de la perte de sa nation, mais qu'il était pourtant bien fâché de le voir en cet état, blâmant fort ceux qui l'avoient tué, Monsieur Constance ordonna à un chrétien de Constantinople, qui est au service du Roy de Siam de s'en charger » (14).

 

 

 

 

 

Le chef du comptoir français, Verret dans son mémoire écrit le 5 novembre 1686 à destination de ses directeurs de la Compagnie des Indes, conservé aux archives nationales et consulté par Christian Pelras (7) : « Mr Constance envois en France les deux fils du Prince de Macasar c'est une histoire qui serait trop longue et même inutile parce que Mr Constance vous envois, Messieurs une relation de ce qui leur est arrivé ».

 

Dans un courrier de Phaulkon du 26 novembre 1686 et découvert par Christian Pelras, adressé à François Martin, responsable de la Compagnie des Indes à Pondichéry, annonçant l’envoi de ses deux fils en France il ajoute : « ... les deux fils du Prince des Macassars que j'envoie en France à sa majesté très Chrétienne pour en disposer comme il plaira à sa Majesté » (15). C’est en effet probablement Verret qui fut à l’origine de cet envoi.

 

 

 

Nous avons également de François Martin un courrier de janvier 1687 qui nous dit «  Nous reçûmes des lettres de M. Constance ; elles étaient remplies de plaintes sur la conduite de M. le chevalier de Forbin ; il envoyait des copies des lettres que ce gentilhomme lui avait écrites ainsi que des réponses qu’il y avait faites par où il prétendait le condamner, il paraissait extrêmement outré contre lui. M. Constance envoyait des marchandises sur le « Coche » pour son compte ; il en faisait espérer davantage qui devaient être apportées à Pondichéry sur un navire que l’on chargeait à Mergui au départ du Coche, et par la même voie d’autres lettres où il nous informerait de ses intentions. Les deux fils du prince de Macassar qui avait été tué à Siam au soulèvement que j’ai marqué étaient sur le navire « le Coche ». M. Constance écrivait de les faire passer en France ; on appréhendait, les laissant à Siam, qu’ils ne se fissent avec le temps chefs de parti pour venger la mort de leur père » (16).

 

 

 

On se demande quels ont été les motifs qui ont conduit Phaulkon et Forbin à épargner les enfants du monarque défunt . De toute évidence la solution choisie par Forbin, tuer tout ce qui était musulman même ceux qui s’étaient rendus, aurait éradiqué leur désir éventuel d’une vengeance future. Avaient-ils l’un et l’autre quelques scrupules tardifs de bons chrétiens ? Fut-ce une initiative de Verret ? Forbin eut-il un respect inné pour un homme de sa caste face à des personnes de sang royal.

 

 

 

La presse française de l’époque était tenue au courant des événements de Siam.

 

« On a envoyée de Siam à Paris un détail de la conspiration qu’un Prince Macassar a faite .... Je vous dirai seulement que ce Prince était frère ou proche parent du Roy qui gouvernait le Macassar lorsque les Hollandais s'en rendirent maitres et qu'il vint chercher asile à Siam, ou je l'ai vu et où il vivait en personne privée... ».

 

 

Nous n’apprenons rien de nouveau dans cet article sinon que le roi fut tué d’un coup de mousquet provenant d’un Français, probablement Verret qui sauva ainsi la vie à Phaulkon (17).

 

Son auteur continu « Mr du Hautmesnil emmène avec lui les deux fils de ce Prince Macassar. On les envoie au Roy. Je croie que ce sont les Pères jésuites qui font chargés de les présenter ».

 

 

Embarqués fin novembre 1686 sur le navire Le Coche dont le capitaine était ce Monsieur du Hautmesnil (dont nous ignorons tout), ils touchèrent donc Brest le 5 août 1687, oú ils ont probablement été confiés à Nicolas Gervaise mais ne débarquèrent que le 31 août à Port-Louis et arrivèrent à Paris le 10 septembre (18).

 

 

Nous allons avoir des nouvelles fraîches en mars 1688 toujours dans la presse (19) :

 

« Je vous ai appris il y a quelques mois l'arrivée des deux Princes de Macassar en France et je vous fis un détail de ce qui avait obligé le roi de Siam chez qui ils étaient à les envoyer à cette Cour. L'aîné qui est âgé de quinze ans s'appelle Daen Bourou et l'autre qui n'en a que treize s'appelle Daen Troulolo. Ils sont Mahométans et fils de Daen Maalle, frère du feu Roy de Macassar ».

 

Suit la longue histoire des mésaventures du Prince des Macassar et son arrivée au Siam.

 

La cérémonie de leur baptême après leur passage au Collège de Clermont devenu Collège Louis le Grand » et aujourd’hui Lycée Louis le grand, collège de l’élite, fut digne de membres d’une famille royale.

 

«  Daen Bourou et Daen Troulolo étant arrivés en France, sa majesté qui connaissait le talent et le zèle qu'ont les Jésuites pour l'instruction de la jeunesse tant pour ce qui regarde le culte de Dieu que pour les lettres, les mit pensionnaires chez eux, afin qu'ils eussent soin de leur éducation et ils y ont si bien réussi surtout à l'égard de la Religion catholique, que leur en ayant enseigné les vérités, ils les ont mis en état de recevoir le Baptême. La cérémonie s'en fit le 7 de ce mois dans l’Église de leur Maison Professe, par M. l’Évêque du Mans Premier Aumônier de Monsieur, en présence du sieur Hameau Curé de S. Paul qui était en surplis et en étole. Un fort grand nombre de jeunes gens de la première qualité dont le Collège de Louis le Grand est rempli et qui y sont en pension les accompagnèrent. Le Roy fut parrain de l’aîné de ces deux Frères et madame la Dauphine la Marraine. Il fut nommé Louis, par le Marquis de la Sale, pour le Roy et par Madame la Marquise de Belfons, pour Madame la Dauphine, et le cadet fut nommé Louis-Dauphin par le Comte de Matignon, au nom de Monseigneur le Dauphin et par Madame la Comtesse de Mare, au nom de Madame ».

 

 

 

Que devinrent-ils ?

 

Le dictionnaire de Moreri que nous avons déjà cité (V° Macaçar) en fait des mousquetaires dans le régiment d'infanterie de sa Majesté.

 

Selon des propos attribués indirectement à Forbin « ...Aussi ne sauva-t-on la vie qu’à deux jeunes fils du prince qui furent amenés à Louvo. On les a vus depuis en France servir dans la marine ayant été amenés dans le royaume par le père Tachard » (20).

 

 

 

Les recherches méticuleuses entreprises par Christian Pelras auprès des Archives de la marine aux archives nationales confirment la version du chevalier de Forbin. Un document intitulé Liste générale alphabétique des officiers militaires de la marine morts ou retirés, 1250-1750, que les historiens de la marine appellent Alphabet Lafilard nous donne la carrière de l’aîné Daeng Ruru ;

 

Macassart (Louis Pierre de), Indien

Nouveau Garde-Marine : Brest 1er mai 1690

 

Enseigne de vaisseau : 1er janvier 1691

 

Lieutenant de vaisseau : 1er janvier 1692

 

 

S'est tué lui-même à La Havane : 19 mai 1708

 

 

 

 

Après un passage au très prestigieux Collège Louis le Grand, nous le trouvons dans le non moins prestigieux corps des Gardes-marine de Brest, ancêtre de l’École navale, pépinière d’officiers de marine triés sur le volet. Il faut pour y être admis être de bonne noblesse et avoir 18 ans. La considération de Louis XIV pour ces princes fut donc grande. La réputation des officiers passés dans ce corps en fait des marins imbus de leur noblesse ce qui convenait probablement parfaitement à ce prince venu de l’Insulinde.

 

Les recherches de Christian Pelras aux Archives nationales et aux Archives de Brest nous apprennent peu de chose sur son service sinon qu’il finit par être embarqué à bord du navire Grand, destiné à faire partie de l'escadre de l'Amiral Ducasse. Celle-ci fit voile en octobre en direction de La Havane pour aider les Espagnols contre les Anglais. Le 19 mai 1708, au large de La Havane, Daeng Ruru se donna la mort dans des circonstances qui ne sont pas éclaircies. Tout ce que nous savons, nous apprend Christian Pelras, est qu’il était perclus de dettes bien que bénéficiant d’une pension royale. Suicidé, il ne reçut évidemment pas de sépulture chrétienne.

 

 

 

Le sort du cadet fut différent. Le Dictionnaire de Moreri déjà cité nous dit : «  L'un d’eux fut tué au service du roi; celui qui restait ayant appris la mort de son cousin partit de France pour aller prendre possession du trône de ses pères et le roi le fit conduire sur ses vaisseaux. Il avait paru fort zélé pour la religion catholique et même avant de partir de Paris, il fit faire un tableau, où il semblait s'offrir à la Ste Vierge, et institua un ordre dit « de l’Étoile » dont les chevaliers devaient porter un cordon blanc, qu'il mit sous la protection de Notre Dame. Ce tableau fut placé dans la cathédrale, mais quelques années après on le fit ôter, ayant appris que ce prince avait embrassé la religion de ses pères, poussé à cela par le dogme de la pluralité des femmes ».

 

Or cette version est battue en brèche par les recherches de Christian Pelras dans le fameux Alphabet Lafilard qui nous indiquent que sa carrière dans la marine fut moins fulgurante que celle de son frère :

 

Macassart, Indien

Nouveau Garde-Marine Brest : 18 mai 1699

Contrôlé : 23 juin 1699

Enseigne de Vaisseau : 25 novembre 1712

Mort à Brest : 30 novembre 1736

 

Il attendit 13 ans avant d'être nommé, à l'âge approximatif de 38 ans, Garde-Marine puisque nous le supposons né en 1674 ? Fit-il une tentative infructueuse pour retourner dans son pays ? Au moment de sa mort (à plus de 60 ans) Daéng Tulolo était affecté à bord du vaisseau L'Indien. Il est mort à Brest : Christian Pelras a retrouvé son acte de décès aux Archives Municipales qui conservent encore les « registres de catholicité » :

 

« Le trentième novembre mil sept cent trente-six Louis prince de mascassa âgé d’environ soixante ans, enseigne des vaisseaux du Roy mort le jour précèdent a été transporté dans l’église des carmes de cette ville pour y être inhumé en présence de plusieurs officiers de la marine. Signé : J.G. Perrot curé de Brest ».

 

L’église où il fut inhumé ...

 

 

...fut détruite par les bombardements anglo-américains.

 

 

Nous n’en saurons malheureusement pas plus sur nos deux princes. Passons la parole à Christian Pelras : « On peut s'étonner que ces deux Princes, dont l'arrivée en France fut loin de passer inaperçue, n'y aient pas laissé plus de traces de leur existence. Assimilés à la noblesse française au point d'être admis dans deux des institutions les plus réputées et les plus « sélectes » du royaume - le Collège de Clermont et la Compagnie des Gardes-Marine - pourvus d'un commandement, dotés d'une pension royale, ils pouvaient être considérés comme de bons partis ; pourtant, je n'ai trouvé aucune mention d'un éventuel mariage, aucune trace d'une éventuelle descendance. Même si, lorsqu'ils étaient à Paris, on aurait pu espérer que l'un des grands Mémorialistes de cette époque eût écrit quelques lignes sur eux, on peut cependant comprendre que dans cette ville où, déjà, un événement chassait l'autre, l'intérêt qu'ils avaient suscité se soit émoussé après la sensation que provoqua leur arrivée.  A Brest, en revanche, on aurait pu s'attendre à ce que leur présence fût davantage remarquée ; or je n'y ai trouvé nulle mention à leur sujet dans aucun écrit contemporain. Et une note que j'ai publiée à ce sujet dans les Cahiers de l'Iroise n'a suscité aucune réaction. Un lecteur du présent article pourra-t-il contribuer à éclairer les zones d'ombre de la vie de ces deux personnages, remarquables non seulement par leur destinée extraordinaire, mais en tant que coauteurs probables de l'une des monographies ethnographiques parmi les plus anciennes, et remarquable à plus d'un titre? Je ne manquerai pas de tenir le public d’Archipel informé d'éventuels nouveaux éclaircissements à leur sujet. Il n’y aura pas de réponse et Christian Pelras mourut en 2014.

 

 

Mais la question avait déjà était posée en vain quelques dizaines d’années  auparavant, en 1927, dans la très érudite revue « Intermédiaire des chercheurs et des curieux » :

«Prince de Macassar – Que peut bien être ce personnage lieutenant de vaisseau de la marine royale désigné en 1697 pour service au Port-Louis dont dépendait alors la ville alors naissante de Lorient. Macassar, villes des Indes hollandaises aurait-elle fourni un de ses potentats à notre marine ? On ne connaissait Macassar que par une huile jadis fameuse dans la parfumerie et que célébra un poète (peut-être Musset ?) dans un ver dont voici la fin. « ... ton huile, ô Macassar » ... ».

 

 

 

La question ne reçut non plus jamais de réponse (21).

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article H 45 « UNE TENTATIVE D'ISLAMISATION DU SIAM DU 15 AOÛT AU 24 SEPTEMBRE 1686 ÉRADIQUÉE. L'AIDE MAJEURE D'UN NOBLE PROVENÇAL, LE CHEVALIER DE FORBIN ».

 

(2) Article ci-dessus, note 8.

 

(3) Revue de l’Orient - Bulletin de la société orientale, tome 7 de 1843 p. 252.

 

(4) Revue de l’Orient - Bulletin de la société orientale, tome 8 de 1845 p. 333.

 

(5) Ce François Leconte, officier de marine est l'auteur d'un seul ouvrage, Mémoires pittoresques d'un officier de marine, publié à Brest en 2 tomes.

 

(6) Christian Pelras « La conspiration des Makassar à Ayuthia en 1686 : ses dessous, son échec, son leader malchanceux - Témoignages européens et asiatiques » In : Archipel, volume 56, 1998.

 

(7) Christian Pelras « La première description de Célèbes-sud en français et la destinée remarquable de deux jeunes princes makassar dans la France de Louis XIV  - Destins croisés entre l'Insulinde et la France » In : Archipel, volume 54, 1997. Il nous indique que son article a été publié en juin 1982 dans une revue indonésienne sous le titre « Beberapa penjelasan mengenai dua anak bangsawan Makassar yang pernah ke Perancis pada abad ke  XVI » (Quelques explications sur deux nobles enfants Makassar venus en France au XVIe siècle).

 

(8) Voir le site des missions étrangères

https://archives.mepasie.org/fr/fiches-individuelles/gervaise

« Nicolas GERVAISE, né vers 1662 ou 1663 à Paris, était le fils du médecin de Fouquet, surintendant des finances. Lié de bonne heure avec Laurent de Brisacier et Louis Tiberge, (deux prêtres des Missions étrangères) il exprima le désir de se consacrer aux missions, et partit fort jeune encore pour le Siam, le 19 janvier 1681. Il étudia la théologie au Collège général et apprit en même temps la langue siamoise. Une de ses lettres, datée du 20 novembre 1684, demande l'envoi de son titre clérical pour être ordonné prêtre. Nous croyons cependant qu'il ne reçut pas le sacerdoce au Siam. En 1685, il quitta la Société des M.-E. et revint en France avec deux fils du roi de Macassar ».

 

(9) Description historique du royaume de Macaçar » dont la première édition fut publié en 1688.

 

(10) Pour Christian Pelras, il devait en réalité s'appeler Daéng Mangallé et il n'était probablement pas un frère mais un cousin du souverain.

 

(11) Alexandre de Rhodes « Divers voyages et missions du P. Alexandre de Rhodes en la Chine et autres royaumes de l'Orient, avec son retour en Europe par la Perse et l'Arménie.... 1653 » : Troisième partie, chapitre 8 «  Comment nous allâmes au royaume des Macassars et le séjour que nous y fîmes » et 9 « Du grand gouverneur du royaume de Macassar et des discours que j’eus avec lui ».

 

(12) Le Grand Dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane de Louis Moreri fut le premier grand dictionnaire français des noms propres. La dernière édition de 1759 de 10 volumes est celle que nous utilisons ; Tome 5 (V° Gervaise) et 7 de la même édition (V° Macaçar).

 

 

 

(13) Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours de Hoeffer : Les 46 volumes ont été écrits entre 1852 et 1866 sous la direction de Jean-Chrétien-Ferdinand Hœfer, et édités par Ambroise Firmin-Didot. C’est un « incontournable ».

 

 

 

(14) Père Guy Tachard « Second voyage du P. Tachard et des Jésuites envoyés par le Roi au Royaume

de Siam », Paris, 1689, p. 124 s.

 

(15) Lettre du 26 novembre 1686 de Phaulkon à François Martin, Directeur Général de la Compagnie des Indes à Pondichéry, Archives Nationales, Cl 23, 114 à 115.31. Archives des Missions-Étrangères, Séminaires, 10, 1686/87, p. 516.

 

(16) François Martin «  Mémoires de François Martin, fondateur de Pondichéry » publiés par A. Martineau ; avec une introduction de Henri Froidevaux ; imprimé avec le concours du gouvernement de l'Inde française. 1931-1934.

 

(17) C’est la version de l’ « Histoire abrégée de l’Europe pour le mois de juillet 1687 ». La revue n’était pas française comme le Mercure galant mais hollandaise.

 

(18) Mercure galant, livraison d’octobre 1687. Le Mercure galant est l’ancêtre du Mercure de France.

 

(19) Mercure galant, livraison de mars 1688.

 

(20) Claude de Forbin, « Voyage du Comte à Siam, suivi de quelques détails extraits des Mémoires de l'abbé de Choisy (1665-1688) », Paris, 1853, p. 100.

 

(21) « Intermédiaire des chercheurs et des curieux », 1927, 716.

Cette huile fut un cosmétique célèbre tout au long du 19e et le début du 20e siècle, censé être celui qu’utilisaient les femmes macassar pour embellir leur chevelure. Elle était tirée d’un fruit exotique, le kosum (Schleichera trijuga).

 

Eextrait du bulletin économique de l'Indochine de janvier 1922 :

 

 

Elle semble revenir à la mode.

 

 

L’annexion de la Hollande par Napoléon pour punir son frère Louis qui en était le roi fit brièvement des possessions hollandaises en Indonésie des colonies françaises. L’occupation française fut effective jusqu’en 1811. C’est évidemment de là que vint le nom au parfum exotique de cette huile. Voir Joël. Eymeret « L'administration napoléonienne en Indonésie » In: Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 60, n.218, 1er trimestre 1973, pp. 27-44. Le vers est de Byron « Rien ne pouvait sur la terre te surpasser en vertus excepté ton huile, ô Macassar »

 

Il ne semble pas que la  présence coloniale française en Insulinde y  ait laissé un bon souvenir ?

 

 

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21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 22:10
H 43 - ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX  XVIIe-XVIIIe SIÈCLES. 2.

 

De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya. (1688-1767) 

 

 

In la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest,  « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164).  (1)

 

 

Nous poursuivons notre lecture  de la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest, en abordant cette fois-ci le chapitre d'une trentaine de pages (pp. 105-134), intitulé « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767) » qui  se présente sous  la forme de 4 sous-chapitres : En 1er,  il présente les règnes des rois Petracha (1688-1703), Sorasak, le « roi-tigre » (1703-1709) et Phra Chao Thai Sa (1709-1733),  Borommakot (1733-1758), le roi lépreux (Ekkatat) et le prince talapoin (Uthumpon) (1758-1767), pour ensuite exposer quelques aspects  de cette période vue comme un Siam en  crise et de repli, mais où les souverains vont essayer de revitaliser le bouddhisme, de reprendre en main  les moines, ce qui ne se fera pas  sans purges, conflits, rivalités ; Et en 3, de proposer une description de la chute d'Ayutthaya en 1767, qui se fera en deux temps avec la première attaque des Birmans en 1760, puis une seconde de 1765 à 1767 ; pour terminer sur un aperçu d'après Ayutthaya en deux pages et demie. (Cf. Les sous-chapitres (2))

 

 

 

Il faut préciser que notre lecture suppose un pacte. Elle n'est pas un résumé et reprend souvent les mots d'A. Forest, sans que nous le précisions, sauf quand il s'agit de phrases entières. Elle n'est pas non plus une lecture critique, même si parfois elle s'accompagne de commentaires, que nous avons mis en italiques. Elle invite à prolonger votre lecture en vous proposant en notes nos propres articles sur cette période que nous avons traitée en une dizaine d'articles dans « Notre Histoire de la Thaïlande », incluant notre lecture des 213 pages des « Chroniques royales d'Ayutthaya », traduites par Cushman . (3)

 

 

 

A. Forest commence donc avec le règne de Petracha (1688-1703), en précisant que si le règne du roi Narai a bénéficié de nombreuses études, il n'en fut pas de même pour les règnes suivants. Son livre étant sur les missionnaires, il ne peut qu'évoquer le désenchantement des missionnaires qui après la «révolution» de 1688 sont placés dans l'incapacité de convertir les Siamois et en 1730 dans l'interdiction de prosélytisme, ce  qui les mènera à se désintéresser des affaires du royaume.

 

 

 

 

D'ailleurs, estime-t-il, seuls les successions royales sont matières à relation. Toute succession est le « moment de tous les dangers » où s'affrontent les prétendants « dans un combat qui s'annonce à mort ». (Il va consacrer 2 pages sur 3 et demie à cette question. Cf. Nos deux articles sur ce sujet (4)))

 

 

Il n'y a de fait pas de règle de succession qui s'impose dans le bouddhisme theravada, mais une croyance qui donne le trône en vertu du karma, des mérites accumulés dans les renaissances antérieures auxquels s'ajoute, selon le peuple, des puissances particulières (individuelles, clientèle, magiques).

 

 

 

 

(Cf. Son étude in « Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravada » , cité dans notre article 92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ». (5) 

 

 

 

 

En principe, dit-il, (jusqu'à la loi successorale de 1924 (4)), le roi désigne son frère comme son successeur (l'uparat), mais si le règne durait les préférences du roi pouvait se fixer sur un autre prétendant, soutenu par une puissante faction, au milieu des intrigues, qui se traduisaient par des luttes, qui dans leur phase finale se concrétisaient en des combats brefs et sanglants.

 

 

(Petracha fera exécuter, entre autres,  les deux frères du roi Narai, comme celui-ci  avait pris la couronne, après avoir aidé son oncle Phra Si Sutham Racha (frère de Phrasat Thong) à prendre le pouvoir en exécutant le roi Chao Fa Nai, et en l’exécutant deux mois et vingt jours plus tard.)

 

 

Toutefois  un héritier possible qui se sent en danger a la possibilité de prendre l'habit de moine et d'intégrer un monastère, se mettant ainsi  à  l'abri du vainqueur et pouvant éventuellement devenir un recours. (Il y reviendra en évoquant l'accession sanglante au trône de Borommakot (1733-1758) pendant laquelle la vie du fils aîné de Phra Chao Thai Sa fut épargné en prenant l'habit de moine.)

 

 

 

 

Les changements de règne  sont souvent accompagnés de révoltes. (Soit par des mueang  qui veulent rompre leur vassalité, soit par d'autres prétendants qui se déclarent)

 

 

Ainsi A. Forest signale que Phra Petracha est confronté à ne série de révoltes fin 1688-début 1689 initiées par « un moine qui se présente comme l'un des deux frères du défunt souverain -frère que Petracha a fait exécuter juste avant la la mort de Narai-  qui ont lieu dans les provinces de Ligor et Tenasserim. Révoltes qui seront mâtées avec la capture et l'exécution du moine.  Phra Petracha pourra alors le 19 février 1690 procéder aux funérailles solennelles de son prédécesseur.

 

 

Ensuite, A. Forest évoque un événement marquant du règne de Petracha: la révolte de Korat en 1699. (Cf. Notre article 100 sur Petrâcha.(3) )

 

 

 

Nous la connaissons,  par la relation qu’en fait le père Braud alors au Siam. Il faut savoir que Korat était à l’époque une place stratégique, la « frontière » avec le Cambodge et le Laos.

 

 

 

 

Le révolté (Laotien pour certains, frère du roi Naraï pour d’autres) était parvenu à convaincre le gouverneur de Korat d’entrer en dissidence et de s’armer en vue d’attaquer Ayutthaya. Mais il fut assiégé par les troupes royales pendant 10 mois. Il put s’enfuir et sévir encore dans la région avant d’être capturé après juin 1700.

 

 

Petracha croit à la trahison et opère  une terrible épuration. « Six mois après le début du siège, les mandarins qui opèrent devant Korat sont rappelés à la cour où ils se dénoncent les uns les autres et sont atrocement exécutés. Quelques-unes des plus hautes personnalités du royaume, quelques « grands Malais », « deux premiers chefs des Japonais, se voient ainsi appliqués « les cruautés de l’enfer telles que  se les représentent les gens du pays » ». Leurs femmes et leurs enfants sont réduits en esclavage.

 

 

 

 

 

 

Deux mois auparavant, le fameux Kosapan, l’ancien premier ambassadeur thai en France en 1686-1687, et qui était devenu le phra klang de Petracha disparait. Braud, nous dit Forest, relate les circonstances de sa mort, comment il fut suspecté par le roi, vu ses biens confisqués et conduit à se suicider ou fut empoisonné. Il nous apprend également que c’est son successeur au poste, le Chinois Oya Sombat Thiban, qui « serait rentré dans la faveur de Petracha en interceptant des lettres adressées par les révoltés de Korat à de « grands talapoins ». Curieux, non ?

 

 

 

Surtout qu’à la mort de Petracha, ce phra klang sera soupçonné par Sorasak de soutenir l’aîné des fils -le petit-fils de Naraï- et le fera exécuter et le remplacera par un Malais.

 

 

 

 

Les courriers des missionnaires des années 1702-1703, nous dit Forest, nous apprennent que le roi sera touché par la sénilité. Il occupait, par exemple « ses mandarins à vider et à nettoyer l’étang du palais, en leur faisant donner de la « rote » le cas échéant, pour y organiser des régates de jeunes gens, garçons et filles ; leur apprenant à ramer et se faisant gloire de tenir lui-même le gouvernail ; ou encore, à l’instar de son fils Sorasak, il ordonne qu’on lui cherche des filles qui sachent danser et chanter … ».


 

 

 

(Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » décrivent en 11 pages  la rébellion et la prise de Nakhon Ratchasima (Korat), qui se poursuit avec la  rébellion et la prise de  Nakhon Si Thammarat (Ligor). (pp. 344- 354). )

 

 

Sorasak, le « roi-tigre » (1703-1709)

 

 

(pp. 108-110) Phetracha meurt le 5 février 1703. On va retrouver le schéma d'une nouvelle succession sanglante, suivie de révoltes.

 

 

 

 

 

 

Sorasak, le fils de Petracha, laisse courir la rumeur pendant un mois qu'il va se contenter d'être le tuteur des petits-fils de Phra Narai, afin que ses concurrents se dévoilent. Il fera exécuter l'aîné de ces princes -et, peut-être le second- et leurs partisans (le phra klang et une vingtaine de mandarins).  Un autre prince survivra en prenant l'habit de moine jusqu'à sa mort (Pas de noms donnés). Sorasak reprend pour épouse en tant que « reine de gauche » la fille de Phra Narai. Son pouvoir sera contesté par les gouverneurs du Sud et le gouverneur de Ligor refusera de le reconnaître, et se révoltera  jusqu'en juin 1704. Nous n'en saurons pas plus sur les événements de son règne.

 

 

 

 

 

 

A.  Forest expliquera néanmoins  que son surnom de « roi-tigre »  est dû à la crainte qu'il inspire, sa brutalité, ses exigences en jeunes filles et garçons qu'il fait enlever, ses incessantes réquisitions  de main-d’œuvre. (A. Forest est ici un peu court, car  les Chroniques le critiquent durement en 10 pages, comme  « « D’esprit vulgaire et incivil, égoïste et tyrannique, sauvage et cruel, il n’avait jamais le moindre geste charitable contrairement à la tradition royale. Il était coutumier de l’abus d’alcool », voire comme  un  assassin et un pédophile, elles consacrent également 20 pages à son courage. (Cf. Notre article 101 de « Notre Histoire ». (6))

 

 

Et il terminera en mettant en doute  le fait qu'il soit le fils inavoué de Phra Narai et d'une princesse de Chiangmai que Petracha aurait adopté. Interprétation, dit-il, qui a été créé pour établir une continuité  dynastique.

 

 

(Cette mission manichéenne de ce « roi tigre », si elle est celle des Chroniques, est sérieusement mise en doute par les Thaïs eux-mêmes sur la foi de sources qui proviennent probablement des Annales régionales, celles de Phichit en particulier, oú  il est censé être né.  Ces Annales locales ont été imprimées à l’initiative du Prince Damrong à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, mais jamais traduites.

 

 

 

 

Incontestablement « père de la boxe thaïe » dont il a normalisé les règles. Le Ministère de la culture a défini la date du 6 février, le jour de sa naissance, comme « le jour de la boxe thaïe » ("วันมวยไทย").

 

 

 

 

Sa férocité valait largement celle de ses prédécesseurs et de ses successeurs, les écarts de sa vie privée avait certes de quoi choquer Monseigneur Pallegoix  mais cependant pas ses contemporains. Roi tigre pour sa férocité  ou roi tigre pour son courage ? Mérite-il d’être réhabilité ? Dans l’article que nous lui avons consacré nous avons tenté de donner quelques éléments de réponse que nous résumons en fin de note.) (6).

 

 

 

Phra Thai Sa (1709-1733)

 

 

 

 

 

 

Sorasak meurt en février 1709. Son fils Phra Thai Sa lui succède, cette fois-ci, sans problème. A. Forest lui consacrera 17 lignes. (Pour un règne de 24 ans!) Il est vrai que les sources missionnaires sont très laconiques sur son règne. Il signale les inévitables troubles dans le Sud en 1712, avec Mergui attaqué par la ville de Tavoy. Son règne fut marqué « à la fin des années 1710 et au début des années 20 » par son implication dans la lutte des prétendants au royaume du Cambodge (Là encore aucun nom n'est donné). Les uns  soutenu par Ayutthaya et les autres par les Annamites, les seigneurs Nguyen. A. Forest ne dit même pas que le roi  Phra Chao  Thai  Sa envoya en 1717 au Cambodge, une puissante armée. (Les Chroniques nous disent une armée de terre de  50 000 hommes sous les ordres du Phraya Chakri et une  flotte sous les ordres d’un amiral chinois nommé Phra Khosathibodi à la tête de 20.000 combattants). Les Annamites furent vainqueurs sur mer, mais finalement vaincus sur terre et durent quitter le pays. Le nouveau roi reconnut alors sa vassalité. (Est-ce Satha II ? (1722-1729 )).

 

 

 

 

 

Les courriers des missionnaires lui attribuent un caractère doux et paisible. A la fin du règne, son frère Phra Pon - le futur roi Borommakot - est  nommé comme son successeur (uparat). Mais de fait il se comporte comme un second roi, avec sa cour, édictant des ordres, et à partir de 1730, il aurait dirigé les affaires du royaume.  Phra Chao  Thai  Sa décède au début de janvier 1733.

 

 

 

 

Borommakot (1733-1758)

 

 

De nouveau, nous avons une succession mouvementée et sanglante.

 

 

 

 

Deux versions. La 1ère nous apprend que le fils aîné de  Phra Chao  Thai  Sa est épargné, car il a pris l'habit de moine, mais le cadet et le phra klang sont éliminés. Les sources missionnaires divergent. M. Lemaire écrit que les partisans de Borommakot étaient moins nombreux (4 000) que ceux d'Aphai et du phra klang (20 à 30 000), mais la mort de celui-ci dû à un cancer renversa le rapport de force. Mgr Tessier confirme que les  forces d'Aphai étaient plus nombreuses (40 000 contre 5 000), et de plus, soutenues  par quatre grands ministres, mais qui  ensuite se sont ralliés à Boromakot. Le phra khlang se serait réfugié dans un monastère et aurait été sauvé pat les Malais. (Les Chroniques quant-à-elles ne nous épargnent pas les détails sanglants d'une guerre civile, pendant laquelle les vaincus furent massacrés.) (8)

 

 

Le trait suivant révèle que le roi ne s'installera pas dans le palais royal croyant à la prédiction qu'il mourrait aussitôt qu'il y entrerait. Et même en novembre 1744 quand son palais brûlera, il préférera se réfugier dans un monastère avec sa cour installée sous des tentes. (Ceci dit, tous les Siamois croyaient (Et croient encore) aux présages et prédictions

 

 

 

 

Il régnera 25 ans laissant un souvenir de grandeur dans les mémoires siamoises, avec un règne marqué par « une apogée de l'influence bouddhique sur le gouvernement du royaume. »  (Forest fera un sous-chapitre (pp. 119-124) plus loin sur  « les souverains bouddhiques.) Un seul événement marquant durant ce règne fut la révolte des Chinois en 1735 (?). Forest ne nous dit rien sur cette révolte. [Les annales de même,  nous en disent peu, si ce n'est que  300 chinois voulurent s’emparer du palais royal, qu’ils furent dispersés, et les meneurs exécutés.) Il meurt le 24 avril 1758.

 

 

Entre roi lépreux et prince talapoin (1758-1767)

 

 

La succession sera de nouveau confuse et sanglante.

 

 

 

 

Thammathibet, le fils ainé, avait été désigné uparât en 1741 par son père, mais en 1757 il est accusé par des demi-frères d'avoir couché avec une des premières concubines dur roi, ce qui lui valut  la mort et d'être enterré sans cérémonies. Uthumpon, -un fils « légitime »- qui a toujours été élevé dans les pagodes, sort de son monastére et s'impose face à son frère aîné Ekathat, qu'on dit être lépreux. Après avoir fait exécuter les trois demi-frères responsables de l'élimination de Thammathiket, et procédé à des « épurations », il reprend l'habit de moine le 1er juin 1758, en cédant son trône à  son frère aîné Ekathat. Celui-ci fin 1759 fait châtier tous les grands officiers du royaume qui avaient tenté de rétablir le « moine ». Mais curieusement, rajoute-t-il, le moine  Uthumpon revint sur le trône du 24 mars au 17 juillet 1760 (Quelle précision!) pour céder le pouvoir de nouveau à son frère et regagner son monastère, une fois les Birmans repartis. (9) (En fait  le roi est dépassé par l'attaque des Birmans et cède aux pressions. Uthumphon est rappelé pour reprendre les rênes du pouvoir, mais il était trop tard pour faire quoi que ce soit sinon des préparatifs hâtifs pour préparer la ville à un siège.)

 

 

 

 

 

De fait le règne d'Ekathat fut surtout marqué par les attaques birmanes de 1760 et de 1765-1567. (Qu' il abordera ensuite en 5 pages dans le sous-chapitre, « III-  LA CHUTE D'AYUTTHAYA  (1767).  (pp. 125-133))(Cf. Infra

 

 

 

 II- LA CRISE, LE REPLI ET LE RESSOURCEMENT.

 

 

(Aspects de la crise et les souverains bouddhiques)

A. Forest, souligne le point de vue différent voire opposé des Siamois et des courriers des missionnaires sur la période de 1688 jusqu'à la chute d'Ayuutthaya en 1767, la présentant comme une période sans grandeur, vivotante au jour le jour.  Les Siamois ont gardé quant-à eux de bons souvenirs du roi Borommakot qui a su exalter le bouddhisme et mettre à l'honneur la littérature, fixant ainsi « certains traits de l'identité culturelle siamoise ». Mais un dynamisme culturel et religieux n'exclut pas, dit-il,  une crise économique, qu'il va présenter dans le sous-chapitre suivant.

 

 

 

 

« Aspects de la crise ».

 

 

Pour les missionnaires, le principal indicateur de la crise est le fait que les navires occidentaux et particulièrement français ne viennent plus au Siam. A. Forest rappelle alors le contexte en un paragraphe, renvoyant à son  chapitre précédent (Traité dans notre article H 42-  Du carrefour à l’écart (1660-1688)) Pourtant, dit-il, le roi Sorasak fit des efforts pour relancer le commerce mais en vain, et « Seule la Compagnie hollandaise maintiendra un établissement à Ayutthaya jusqu'en 1765 », tout en cédant en grande partie dès 1740 la ligne Batavia-Siam aux Chinois.

 

 

 

 

Les Anglais se contenteront de passer à Mergui et les Français jusque dans les années 1750 n'enverront qu'un bateau annuel surtout d'ailleurs pour approvisionner la mission. Dèjà, dès la fin du règne du roi Narai, on observe que la présence accrue des Anglais et des Français en Inde entraine une restriction du commerce entre le monde indo-persan et le Siam pour se faire désormais avec la Malaisie, même si celui-ci est souvent conflictuel (Avec les principautés vassales malaises). Les « Malais » d'ailleurs occupent toujours une place importante dans le dispositif militaire siamois et certains ont des charges officielles, remplaçant les Indo-Persans, ainsi un  phra khlang sous Sorasak et dans  les gouvernements  de Mergui et de Tenasserim en alternance avec une famille chinoise. (Aucun nom n'est donné) Mais à l'influence  indo-persane du XVIIe siècle succède surtout au XVIIIe siècle la présence et l'influence chinoise au niveau politique et économique. Pourtant dans les années 1690-1710, le commerce entre Chine et Siam plonge dans le marasme avec une piraterie chinoise importante sur les côtes du Cambodge, entre bouches du Mékong et Chantabun. Le Siam connait la disette à la fin du XVIIe siècle, avec des troubles intérieurs comme ceux de Korat  qui n'arrangent rien. Ainsi en juin 1700, 3 ou 4 sommes chinoises sont arrivés au Siam et ont peine à vendre leurs produits. En juin 1702, aucun navire chinois n'est encore venu, seule l'unique somme du roi de Siam va partir pour Canton.

 

 

 

 

 

Toutefois la situation va s'améliorer quand le « maître des pirates» (Mac Cuu?) va pouvoir créé sa compagnie de commerce dans l'île de Ha-tiên (Au Cambodge). Quand exactement? On sait que  ce fut après un « accord » obtenu avec  la Cour Nguyêne de Phu-xuân dans les années 1710 et vers 1706-1707, quand le « maître des pirates » fut envoyé par le roi du Cambodge à Ayutthaya pour négocier et que  celui-ci fut d'abord emprisonné puis relâché par des protections chinoises à la cour, repartant, on suppose, avec une garantie du roi.

 

 

Le parti chinois est en effet puissant à la cour. En 1690, le ministre de la justice qui  administre également la capitale est chinois ; Après les événements de Korat en 1699-1700, un phra klang chinois est nommé ; Des sources indiquent un autre phra klang chinois sous Phra Chao Thai Sa, et plus tard des Chinois deviendront gouverneurs de Mergui ou de Tenasserim (Quand?). Mgr de Circé constate que les Chinois font tout le commerce du royaume. D'ailleurs, à cette époque, le commerce entre le sud de la Chine et le Siam semble se rétablir peu à peu. Et dans les années 1740, les Chinois contrôlent les principales voies d'échanges entre l'extérieur et le Siam. Leur implantation dans le royaume est croissante ; On estime leur nombre à 20 000 lors de la révolte chinoise de 1735. Le missionnaire Corre leur attribue l'essor d'Ayutthaya après la chute d'Ayutthaya en 1767, dû en partie au pillage systématique des monastères et des chédis. (Cf. Notre article sur ce sujet (10))

 

 

 

Mais les crises du commerce extérieur ne doit pas faire oublier la situation concrète du peuple. Malheureusement, nous dit A. Forest, les sources sont presque inexistantes sur ce sujet. Ce n'est qu'incidemment, qu'on apprend par exemple, l'existence de la petite vérole en 1681 ; De La Loubère en signalera les ravages effroyables. En 1696, elle fera plus de 40 000 morts rien qu'entre janvier et mai. Les courriers missionnaires  évoquent des catastrophes comme la sécheresse de 1695-1696 qui se prolonge jusqu'en 1713, les réquisitions royales, la famine de 1707 ; une autre épidémie en 1712. Ils constatent en ces années le triste état du royaume. En 1759, on signale encore une grande sécheresse à la veille de l'attaque birmane de 1760. Bref, du début du siècle à la chute d'Ayutthaya en 1767, on a l'impression que « le Siam est entré dans une situation d'endémie- où la petite vérole opère régulièrement ses ponctions en hommes-, favorisée par disette et famine  chroniques », ce qui entraîne une sévère chute démographique.

On peut voir un autre facteur d'affaiblissement d'Ayutthaya en faveur de Bangkok et sa région, qui va bénéficier de nouveaux projets agricoles royaux s'ouvrant à une intensive riziculture avec des creusements de canaux et d'endiguement, et donc d'une main-d’œuvre corvéable, et d'une forte installation de commerçants chinois. Le choix de Bangkok comme nouvelle capitale après 1767 « suggère » (Le mot est de Forest) une telle évolution.

 

 

 

Les souverains bouddhiques. (sic)

 

 

Des années 1720 à la chute d'Ayutthaya, les Siamois se replient sur les affaires intérieures. Dès l'avènement de Petracha en 1688, les rois siamois ne sont plus fascinés par le modèle des rois étrangers pour affirmer un retour énergique au bouddhisme. Ce qui ne veut pas dire, nous dit A. Forest que le roi Narai ait été un mauvais souverain bouddhiste, si l'on en juge par « les importants examens et épurations de clergé, avec renvoi de plusieurs milliers de moines à la vie laïque, en 1675 et 1687 ». « En 1687, l'examinateur des moines, qui en fait sortir 3 ou 4 000 des monastères, est d'ailleurs Sorasak, le fils de Petracha », qui affichera un bouddhisme militant en obligeant les moines à approfondir l'étude des textes sacrés et d'avoir une attitude exemplaire. Il multiplie les dons, les tambons, fait visiter les malades par ses médecins.  A l'occasion des terribles sécheresses et épidémies de 1695-1696, les missionnaires vont louer le soin paternel et la bonté avec lesquels il vient en aide à son peuple. Une ferveur nouvelle arrive sous le règne du roi Phra Chao Thai Sa (1709-1733) qui se consacre à édifier et restaurer des monastères. Une ferveur qui va se prolonger  sous le règne de Borommakot (1733-1758) qui veut apparaître comme un nouveau Bouddha. Ce qui leur vaudra de  garder un certain prestige auprès des Siamois. Ce rayonnement du bouddhisme siamois se manifestera par exemple par « les  demandes du roi Kirti Sri Rajasimha (1747-1782) de Kandy à Ceylan, patrie du bouddhisme theravada, pour que des moines du Siam soient envoyés dans son royaume afin d'y régénérer la religion bouddhique ». (Il y aurait eu au moins  4 missions).

 

 

 

 

A cette identité religieuse affirmée se manifestera aussi une identité culturelle marquée par une forte activité de création littéraire, poursuivant en cela les goûts de la cour et du roi Narai lui-même pour la poésie en particulier. (Et de signaler  l'œuvre de Sri Prat, poète majeur de l'histoire littéraire siamoise)) La poésie sera toujours à l'honneur à la cour. Borommakot et le prince héritier Thammathithet s'y essayeront, ainsi que ses filles Kunthon et Mongkut qui composeront deux célèbres pièces de théâtre. Le thème du voyage et de la séparation avec les êtres aimés, inspiré par le Ramayana, avec les récits des vies antérieures de Bouddha  fourniront l'essentiel des trames des  récits produits. (Il faut reconnaître que cette page « littéraire » d'A. Forest est trop laconique pour être informative )

 

 

 

III-  LA CHUTE D'AYUTTHAYA (1767).

 

 

(La première attaque (1760). La deuxième attaque d'Ayutthaya (1765-1767).  La fin d'Ayutthaya) (pp. 125-130)   (Cf. Nos articles sur ces événements (11))

 

 

 La première attaque (1760).

 

 

En 1754, le chef birman Alaungpraya chasse d'Ava les Môns du Pégou qui avaient investi le royaume birman d'Ava et occupé la capitale en 1752.

 

 

 

 

Il va poursuivre sa conquête au Sud, prendre ville après ville, pour détruire Pégou en mai 1757. Il peut désormais contourner la principauté thaïe de Chiengmai. En 1760, il s'empare au sud de la petite prinicpauté de Tavoy, et détruit ensuite  Mergui et Tenanasserim et se dirige vers le golfe du Siam, pendant qu'une partie de l'armée birmane attaque au nord, du côté de Tak et Kamphaeng mettant en déroute une armée siamoise de 15 000 hommes. Fin mars, le troupes birmanes sont à Ayutthaya, c'est la panique. On cherche des responsables., la consternation règne alors. On rappelle le prêtre-roi, Uthumphon depuis son temple pour reprendre les rênes du pouvoir. L'attaque birmane est déclenchée le 8 avril 1760. « Les 14-16 avril, les Birmans « battent à coups de canons » les fortifications qui défendaient l'île centrale. Mais ils lèvent brusquement le siège, le 16 avril 1760, non sans brûler derrière eux nombre des villages des alentours. ». Le roi birman est malade et la saison des pluies approche. Ils laissent une garnison dans la ville de Kamphaeng qui contrôle la route de Pégou. Sur le retour vers Ava, le roi birman meurt. Le roi Ekhatat retrouve son trône le 17 juillet et  Uthumphon retourne à son monastère.

 

 

On aurait pu s'attendre à une autre attaque birmane l'année d'après, mais les Birmans doivent faire face à de sérieux problèmes intérieurs depuis la mort d' Alaungpraya. Ekhatat quant-à-lui, doit faire face  à une révolte des réfugiés pégouans vers février 1761, et régler le retour de son demi-frère Tep Pipit qui avait été exilé à Ceylan en 1759. Il  a débarqué à Mergui et a demandé au roi la permission de rentrer à la capitale. Le cour s'y oppose. Le gouverneur de Phetchaburi, qui aurait pris le parti de Tep Pipit, se révolte. (A. Forest ne dit pas comment et quand elle fut mâtée. Pour les détails, Cf. Nos articles (11))

 

 

 

 

 

La deuxième attaque d'Ayutthaya (1765-1767).

 

 

(Naungdawgyi, après des conflits succède à Alaungpaya, mais il meurt à 29 ans en novembre 1763 après avoir difficilement repris le contrôle de son royaume à l’exception de Tavoy resté en dissidence. Son frère cadet Hsinbyushin lui succéde, bien décidé à reprendre les velléités conquérantes de son père. )

 

 

Hsinbyushin fin 1764 a planifié de prendre le royaume d'Ayutthaya et procède aux préparatifs en tirant les leçons de l'attaque de 1760. (Déjà cette même année, il avait lançé une première expédition à l'est, au cours de laquelle il pilla Chiengmai et Vientiane et s'empara de Luang Prabang. » In Notre article 115.) Les Birmans investissent Mergui et Tenasserim les 10-11 janvier 1765 ; les populations sont déportées vers le Pégou. Les réactions à Ayutthaya sont confuses,  où un petit clan de favoris dirigent le pays. On publie même un édit dans lequel on écrit que les Siamois n'ont rien à craindre des Birmans et on renvoie même les milices.

 

 

 

 

Pendant ce temps les Birmans, durant la saison des pluies s'implantent solidement au Sud, renforcent leurs fortifications à Tenasserim et édifient une « ville » garnison  à Chactret (Près de Kanchanaburi). En avril-mai 1765, des troupes birmanes font quelques apparitions dans les environs immédiats d'Ayutthaya , mais surtout sur le sud et sur la région de Bangkok obligeant la population à se réfugier à Ayutthaya. Les Hollandais -quant-à eux- quittent Ayutthaya le 1er novembre 1765, malgré l'interdiction. En décembre 1765, les Birmans s'emparent de Bangkok. En 1766, de Kuiburi à Chantabun toutes les provinces côtières sont investies. Au cours du 3e trimestre 1766, les Birmans coupent les digues afin d'inonder le pays. Ils resserrent leur étau et s'installent à proximité d'Ayutthaya en transformant trois monastères en forts.

 

 

Ils lancent leur attaque finale en mars 1767. Une résistance va s'organiser dans certains quartiers. Il leur faudra 18 jours pour réduire les 2 000 Chinois et Malais, pour obtenir la reddition du quartier portugais le 21 mars et prendre, piller, incendier le 23 mars 1767, le quartier du séminaire.

 

 

 

La fin d'Ayutthaya.

 

 

« Ayutthaya est prise et incendiée les 7-8 avril 1767. La plupart des habitants faits prisonniers à Ayutthaya, dont l'évêque, les missionnaires et leurs chrétiens, sont emmenés vers Pégou et la Birmanie. » « Les rois Uthumphon et Ekatat disparaissent dans la tourmente », nous dit A. Forest. (Les Chroniques royales sont plus précises . Cf. 12) Leur repli est précipité, «sans doute motivé par des menaces chinoises sur Ava.». Mais ils s'installent solidement à Mergui et Tenasserim et confient à des auxiliaires siamois la garde de quelques  places fortes. Certaines n'hésiteront pas à se rebelller comme celle de Ban Xang (Kanchanaburi?) en octobre 1767.

 

 

 

 

« Si les incendies allumés par les Birmans ont ravagé Ayutthaya », A. Forest tient  à préciser qu'ils ne furent pas les seuls à la piller. Les habitants restants et les Chinois vont fouiller les palais, monastères, chédis, statues de Bouddha, jardins, tous les lieux où de l'argent et de l'or étaient susceptibles d'être présents. A. Forest terminera avec « Du malheur peut sortir un bien. M. Corre attribue aux richesses retirées de ce pillage, le rapide relèvement des affaires des Chinois (et) la reprise du commerce. »

 (Cf. Notre article « Qui a  détruit Ayutthaya en 1767, les Birmans mais pas qu'eux. (10))

 

 

Enfin A. Forest  termine sun survol  « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya. (1688-1767) » par un  APERÇU SUR L'APRÈS-AYUTTHAYA.  (pp. 130-133)  Il consacre une petite page à Phya Tak (ou Taksin) qui va restaurer le royaume. Phya Tak, un général (Métis de père chinois et de mère siamoise) qui va avec quelques centaines hommes après la chute d'Ayutthaya se réfugier dans la province de Chantabun et remonter vers Chonburi, puis Bangkok (Actuelle Thonburi).

 

 

 

 

(Il faut reconnaître qu'A. Forest est un peu court sur cette reconquête, sur les batailles que Phya Tak a  dû mener, depuis  la prise de la citadelle siamoise de Chantabun, qui était la clé de la côte et son port le plus sûr, pour  se sentir suffisamment fort pour se proclamer roi fin mai 1767, en annonçant à ses  troupes son projet de former une immense armée,  et de reprendre la capitale, ; ce qu'il fera le 7 novembre 1767, après seulement 2 jours de combat. Cf. Nos 2 articles (13))

 

 

Si A. Forest dit peu sur la reconquête, il signale que Tak dût combattre pour instaurer son autorité sur tout le royaume. Il fera exécuter Tep Pipit, un  prétendant à la couronne qui s'était réfugié à Korat. Il en poursuivra un autre, le fils de l'uparât Thammathibet, intervenant à Ha -tiên  (fin1768 début 1769) et au Cambodge (mars 1769). Il dut réduire des révoltes : Phetchaburi, Ligor, et Jongselan (Phuket) qui ont fait sécession avec le soutien du sultan de Queddha. Vers Phitsalunok en 1770, où un moine bouddhique aux visions millénaristes a des velléités royales. 

 

 

 

 

 

Les expéditions guerrières répondaient aussi à la nécessité de repeupler le royaume par des transferts de prisonniers.  Ainsi en fut-il après la prise de  Ha -tiên en 1771 ; En 1775, contre les Birmans (Où ? Circonstances?) ; En 1778, contre le royaume de Vientiane qui permit de répartir 3 000 prisonniers dans la région de Bangkok . 6 lignes pour signaler que le général Phya Chakri, le vainqueur de Vientiane, en route de nouveau vers le Cambodge, retourne rapidement vers Bangkok où des troubles ont éclaté contre Tak, qu'il fera exécuter le 7 avril 1782, et montera sur le trône le 13 juin 1782. Une nouvelle dynastie était fondée, qui règne encore à ce jour.

 

 

 

 

Toutefois A. Forest reviendra et terminera sur Phya Tak « hanté par les questions religieuses ». S'il eut soin,  de rechercher et de faire recopier tous les écrits bouddhiques détruits lors du sac d'Ayutthaya, il eut le tort (A. Forest ajoute « semble-t-il ») de s'instaurer en chef absolu de la communauté des moines en n'hésitant pas en 1769, à emprisonner et remplacer le Patriarche ; puis plus tard, en exigeant que les moines s'inclinent devant lui. Une opposition se forma, le  Patriarche fut remplacé et  500 moines furent défroqués et réduits en esclavage.

 

 

Il est vrai que sa santé mentale s'altéra, au point qu'il se prit pour Bouddha, exigea qu'on l'appelle ainsi, prétendit qu'avec des exercices mystiques, il pouvait s'élever au-dessus de la terre et  voler dans les airs. A. Forest rapporte un extrait de lettre de Mgr Le Bon « C'est alors un homme qui n'est plus de ce monde ; malheur à tout profane qui vient se présenter devant lui dans ces moments mystérieux. ». (Il est vrai, qu'A. Forest s'appuie essentiellement sur les courriers des missionnaires, mais il aurait pu rajouter bien des crises de folie de Tak qui s'accompagnaient de  mesures extrêmes et de décapitations. Cf. Notre  article 115.2 (13)) A. Forest se contente de dire «que « les interventions de Tak  dans le domaine religieux ont été pour beaucoup dans sa chute », là où il aurait fallu donner des exemples de sa folie.

 

 

Il faut avouer que nous avons été déçus par ce chapitre d'A.Forest laissant de côté trop d'événements. Mais en voulant évoquer une période aussi grande qui va « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767) », et les  règnes de  7 rois en une trentaine de pages, il s'aventurait dans une mission impossible. Nous aborderons dans le prochain article son chapitre 6, intitulé « Pouvoir et société ».

 

 

 

Notes et références.

 

(1) Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec », préface de Georges Condominas, Livre I, Histoires du Siam, Livre II, Histoires du Tonkin, et  Livre III, Organiser une Église Convertir les infidèles »,  L’ Harmattan, 1998.

Annexe 1 du Livre 1-  Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Narai. (pp. 325-428)

 

(2) Chap. 5 – De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767) (pp. 105-134)

 

I- LES RÈGNES DE PETRÂCHA  À   EKHATHAT

1.1 Petrâcha (1688-1703)

1.2 Suraçak, le « roi-tigre » (1703-1709) et Phra Chao Thai Sa (1709-1733)

1.3 Borommokot (1733-1758)

1.4 Entre roi lépreux et prince talapoin (1758-1767)

 

II- LA CRISE, LE REPLI ET LE RESSOURCEMENT   

2.1 Aspects de la crise

2.2 Les souverains bouddhiques

 

III-  LA CHUTE D'AYUTTHAYA  (1767).

3.1 La première attaque (1760)

3.2 La deuxième attaque d'Ayutthaya (1765-1767)

3.3 La fin d'Ayutthaya

 

IV- APERÇU SUR L'APRÈS-AYUTTHAYA

 

(3)  Table des matières :  des « Chroniques royales d'Ayutthaya » :

 

Ch. 8. Le roi Phetracha, 1688-1703, 59p., 75 s/sc, 15 ans

Ch. 9.  Luang Sorasak (le roi Süa) et le roi Thai Sa. Le roi Süa, « le roi tigre »1703-1709, et le roi Sa 1709- 1733, 35p., 53s/c, 30ans

Ch. 10 Le roi Borommakot, 1733-1758. 59p., 51s/c, 25 ans

Ch11. Les derniers rois d’Ayutthaya, 1758-1767. Le roi Uthumphon (13 avril-mai 1758), roi Suriyamarin (mai 1758- 7 avril 1767), 60p., 76s/c, 19 ans.

 

 

(3) 41. LA RÉFÉRENCE.  Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » de Richard D. Cushman.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-41-la-reference-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-de-richard-cushman-107938358.html

 

Cf. par exemple  env. 30 pages pour le  Le roi Phetracha. (1688-1703)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-100-le-roi-phetracha-1688-1703-120558749.html

100. Suite.  Le règne de Phetracha. (1688-1703).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-100-suite-le-regne-de-phetracha-1688-1703-120596112.html

 

(4) Cf. 175. La « loi du palais » pour la succession royale en 1924.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/175-la-loi-du-palais-pour-la-succession-royale-en-1924.html

Et

RH 44 - EN 1656, NARAI PREND LE POUVOIR APRÈS DEUX RÉGICIDES. http://www.alainbernardenthailande.com/2019/04/rh-44-en-1656-narai-prend-le-pouvoir-apres-deux-regicides.html

« Quid de ces successions sanglantes.

Nous avions dans notre article « 175. La « loi du palais » pour la succession royale en 1924. » indiqué qu'il avait fallu attendre le 10 novembre 1924, pour que le roi Rama VI  (Vajiravudh) promulgue la loi de succession du Palais applicable dès le lendemain.

Auparavant  aucun système clair n’existait  pour déterminer qui devait  être le successeur du roi défunt. Le nouveau roi pouvait être le fils du roi défunt né d'une reine principale ou consort, ou l’un de ses frères ou encore une personne qui n'était ni fils ni frère du roi défunt, si la situation ou les « circonstances » l'exigeaient, comme nous venons de le voir. Ainsi une dizaine de successions furent sanglantes lors des 34 successions du royaume d'Ayutthaya (1351-1767), qui n'ont manqué ni d'usurpations, ni  de coups d'État. »

 

(5) 92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-92-le-processus-de-legitimation-du-pouvoir-du-roi-narai-in-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-119264251.html

 

Nous y citions déjà Alain Forest in Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravada :

« Dans le Siam des XVIIe-XVIIIe siècles, le moment de la succession est particulièrement périlleux et il n’est pas rare que les habitants, notamment les commerçants, quittent la capitale d’Ayutthaya au moment où s’annonce la mort du roi. Les combats ne durent généralement pas mais ils sont d’une terrible violence, se terminant fréquemment par l’élimination de tous ceux qui peuvent constituer un danger pour le vainqueur : autres princes et chefs (ministres notamment) de leur parti ».

 

Mais une fois la victoire acquise, le nouveau pouvoir doit légitimer son accession au trône en suivant un processus traditionnel qui ne peut se comprendre  que dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravada, (avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva) avec la cérémonie d’intronisation du nouveau roi et les funérailles solennelles du roi précédent.

 

 

 

 

Ainsi les Chroniques royales vont commencer le récit du règne du roi  Naraï, en justifiant le  nouveau titre royal de Naraï,  par sa victoire acquise contre ses royaux adversaires et par les mérites acquis, et en donnant une date exacte pour le début de son règne, pour la cérémonie du couronnement. »

 

 

Alors que les successions sont souvent sanglantes (5 voire 6 rois exécutés de 1605 à 1656). Le roi Naraï lui-même disions-nous, avait pris la couronne, après avoir aidé son oncle Phra Si Sutham Racha (frère de Phrasat Thong) à prendre le pouvoir en exécutant le roi Chao Fa Nai, et en l’exécutant deux mois et vingt jours plus tard.

 

(6) 101. Le roi Luang Sorasak. (1703-1709)

 

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-101-le-roi-luang-sorasak-1703-1709-120614322.html

« Il se complaisait à avoir des rapports sexuels avec des enfants de sexe féminin impubères. Si l’une d’entre elle ne supportait pas ses assauts et se tordait de douleur, furieux, il la punissait en la piétinant jusqu’à la mort. Mais celles qui le satisfaisaient étaient comblées de riches présents. Il pratiquait également le péché contre nature. En outre, lorsqu’il voyageait sur des canaux, des rivières ou en mer, sur des eaux peuplées de poissons féroces, de requins, de poisson-scie ou d’autres créatures aquatiques, qu’il était sous le coup d’un excès de boisson, et qu’un passager quelconque de sa barge royale (concubine, dame, page, fonctionnaire) faisait un mouvement quelconque et l’irritait, furieux et sans la moindre pitié, il ordonnait qu’il – ou elle - soit liée à un crochet accroché par une corde à son embarcation, jetée dans l'eau pour servir de pâture aux requins, crocodiles, poissons scies ou autres créatures aquatiques féroces. Peu soucieux de respecter les cinq préceptes, il avait des relations sexuelles avec les femmes de ses fonctionnaires. Tous les jours des cercueils quittaient le palais royal en passant par ce que peuple appelait « la porte des fantômes ». C’est à partir de là qu’il fut surnommé « le roi tigre ».

 

 

Toutefois ses  exploits sont toujours exaltés et glorifiés dans une littérature populaire, des bandes dessinées à l’usage des enfants (et pas seulement) que l’on trouve dans les rayons de toutes les librairies. Son titre de « roi tigre » ne nous y semble pas alors utilisé de façon négative, bien au contraire. Il lui fallait une force certaine et non moins de courage pour attaquer le gibier avec les moyens de l’époque. Et n’oublions pas que la boxe thaïe alors  n’était pas un jeu d’enfant, elle était une technique de combat faite pour tuer.

 

 

 

 

Nous savons qu’il se déguisait en homme ordinaire pour se rendre dans les villages et s’inquiéter des besoins de son peuple. Il s’y rendait aussi pour participer de façon anonyme à des combats de boxe et affronter les champions locaux qu’il couvrait de richesses quand il ne pouvait les vaincre. Il est une histoire que connaissent tous les petits thaïs et qu'oublient les historiens : Vaincu par un modeste boxeur de village phanthai norasing (พันท้ายนรสิงห์) il en fit le pilote de sa barge royale.

 

 

 

 

Survint un jour un incident imprévu, un courant inhabituel et un écueil, les occupants de la barge tombent à l’eau. La Loi était cruelle, le pilote de la barge était  passible de la peine mort. Le roi, dans sa « grande compassion » lui fit grâce de la vie. Mais l’héroïque timonier préféra le respect de la loi et de la tradition à sa propre vie. Il supplia le roi de se conformer à cette tradition, faute de quoi, dans l’avenir, tous se permettraient de la transgresser.  Le roi dut céder à ses objurgations et le fit décapiter.

 

 

 

 
Mais il entreprit immédiatement des travaux pharaoniques pour améliorer la navigation sur le khlong et lui en donna s
ymboliquement le nom. C’est aujourd’hui le khlongmahachaï (คลองมหาชัย) qui relie l’embouchure de la rivière Tha Chin à la  Chaophraya. Il lui fit faire des funérailles royales, il couvrit d’or sa famille, et fit construire sur les lieux de son exécution un temple et un monument à sa gloire,

 

 

 

(7) 103. Les rois Borommakot (1733 – 1758) et Uthumphon. (13 avril 1758 – mai 1758)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-103-les-rois-borommakot-1733-1758-et-uthumphon-1758-120704153.html105. Le dernier roi d’Ayutthaya. Ekkathat (mai 1758-7 avril 1767)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-105-le-dernier-roi-d-ayutthaya-le-roi-ekkatat-mai-1758-avril-1767-120770682.html

 

(8) « Elle se termine par le triomphe de l’oncle, l’Uparat, héritier « légitime ». Celui-ci fait allégrement massacrer la famille de son jeune neveu mais si du sang a coulé, nous dit toujours Turpin « c’est moins dans les combats que sous le glaive des bourreaux ».  La poursuite fut longue avant que ses troupes ne les appréhendent, nous disent les annales. De rage, le roi voulut les faire périr par où ils avaient péché : amateurs de pêche à la ligne (tradition familiale ?), c’est-à-dire les accrocher par le menton avec un hameçon et les pendre à une branche jusqu’à ce que mort s’ensuive. Heureusement pour eux, les poursuivants se contentèrent de les massacrer de façon plus traditionnelle. » (In notre article 103 de « notre Histoire »)

 

(9)105. Le dernier roi d’Ayutthaya. Ekkathat (mai 1758-7 avril 1767)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-105-le-dernier-roi-d-ayutthaya-le-roi-ekkatat-mai-1758-avril-1767-120770682.html

 

(10) H 35- QUI A DÉTRUIT AYUTTHAYA  EN 1767 ? LES BIRMANS,    MAIS PAS QU'EUX ? http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/h-35-qui-a-detruit-ayutthaya-en-1767-les-birmans-mais-pas-qu-eux.html

 

(11) Cf. Notre récit sur ces événements in « 105. Le dernier roi d’Ayutthaya. Ekkathat (mai 1758-7 avril 1767) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-105-le-dernier-roi-d-ayutthaya-le-roi-ekkatat-mai-1758-avril-1767-120770682.html

 

Et : 109. La chute d’Ayutthaya vue par Monseigneur Brigot et racontée par M. Turpin.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-109-la-chute-d-ayutthaya-de-1767-121330085.html

 

Et encore :Prince Damrong Rajanubhab, « Our Wars with the Burmese. Thai-Burmese Conflicts 1539-1767 », White Lotus, 2001.

Sa presentation: 107. “Le Prince Damrong explique les guerres entre les Siamois et les Birmans, entre 1539 et 1767.”

http://www.alainbernardenthailande.com/article-107-le-prince-damrong-explique-les-guerres-entre-les-siamois-et-les-birmans-entre-1539-et-1767-121187300.html

 

(12) In 105. Le roi réussit à s’échapper sur un petit bateau, mais, nous apprennent les annales, mourut de faim quelques jours plus tard, caché dans la forêt de Ban Chik (ป่าบ้านจิก), à côté du temple de Sangkhawat (วัด สังฆาวาส). Son cadavre y fut alors découvert par un moine et aurait été incinéré au sommet d’une colline appelée « Khok Phramen » (โคก พระเมรุ), face à un temple vénéré appelé «Phra Wihan Phra Mongkhonlabophit » (พระวิหาร พระมงคลบพิตร) dans les environs d’Ayutthaya. Une fin misérable pour le successeur même indigne de tant de grands rois.

 

De rage de n’avoir pu le capturer, le roi birman se vengea indignement : L'ex-roi Uthumphon fut arraché du refuge de l'abri de son temple et déporté en Birmanie, où il finit ses jours en captivité en 1796. Le Birman s’empara de tous les membres de la famille royale, de centaines de militaires, de fonctionnaires et de 20 ou 30.000 « gens du commun ». »

 

(13) 113. Le roi Taksin, « Taksin le Grand ». (1768-1782).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-113-le-roi-taksin-taksin-le-grand-1768-1782-122163306.html

Et 114. Le roi Taksin , le chef d'Etat. (1768-1782)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-114-le-roi-taksin-le-chef-d-etat-1768-1782-122246092.html

 

115.1 et 115.2 : La représentation romanesque du règne du roi Taksin  (1768-1782).

Selon le roman « Le roi des rizières » de Claire Keefe-Fox.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-115-1-la-representation-romanesque-du-regne-du-roi-taksin-1768-1782-122246116.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-115-2-la-representation-romanesque-du-regne-du-roi-taksin-1768-1782-122246151.html

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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 22:34

 

 

 

L'AIDE MAJEURE D'UN NOBLE PROVENÇAL, LE CHEVALIER DE FORBIN.

 

 

 

LES PRÉMICES : LES PERSES CHIITES

 

Nous avons déjà longuement parlé de l’arrivée des Persans au Siam (1). Longtemps omniprésents à Ayutthaya avec une  communauté  composée de commerçants et de nombreux lettrés issus des classes aristocratiques de Perse, intellectuels, poètes,  philosophes, architectes et artisans consultés pour leur érudition et leur savoir-faire et omniprésents dans les rouages du pouvoir royal bien au-delà de leur poids numérique.

 

L’histoire contemporaine de l’Iran marquée par l’emprise d’un clergé rétrograde sur la société,  donne une triste image de ce qu’était réellement la Perse

 

 

 

 

... pays porteur d’une histoire glorieuse datant de plus de deux mille cinq cent ans

 

 

 

 

et d’une civilisation marquée par ses philosophes ...

 

 

 

 

...et ses poètes.

 

 

 

Musulmans certes mais ils n’ont retenu des Arabes que leur religion et leur alphabet actuel. D’origine Indo-européenne les Perses portent encore dans leur langage des souvenirs du sanskrit (1). Au IIIe siècle, sous la dynastie sassanide, apparut le mot Eran ou Eransahr, qui signifie « pays des Aryens », traduit aussi par « pays des Iraniens ».

 

 

 

Au VIIe siècle,  après la chute des Sassanides, le pays reprit le nom de « Perse », qui fut utilisé jusqu'en 1935, date à laquelle Reza Pahlavi  remplaça par décret le nom de « Perse » par « Iran ». Ce dernier Chah était dans ses titulatures qualifié de « Aryamehr » (« Lumière des Aryens »).

 

Chiite pour la plupart pour avoir choisi Ali, le gendre du prophète, Il ne semble pas pour autant que cette communauté se soit livrée à un prosélytisme, les conversions s’effectuant principalement par mariage.

 

 

 

Religion d’une communauté puissante et influente, l’islam ne s’adresse guère à la masse du peuple siamois et ne touche que les couches dirigeantes attirées par la profonde culture que véhicule la Perse. Leur influence à la Cour du roi Narai était telle que Nicolas Gervaise s’en est effrayé : « Depuis quelques années le dogme impie de  Mahomet  y a jeté de profondes racines, et on a beaucoup appréhendé qu'il ne devint la Religion dominante; au commencement le Roy  le favorisait extrêmement, et  souvent il a contribué aux dépenses nécessaires pour célébrer  honorablement les fêtes  des Mahométans » (2). 

 

 

 

 

Les constatations du Chevalier de La Loubère rejoignent les siennes en dehors de toute considération religieuse (3). Notons que lorsque Gervaise et La Loubère parlent de « Mores », il s’agit bien évidemment de nos persans chiites.

 

 

 

 

Compte tenu par ailleurs de la profonde imbrication de la Perse chiite avec le soufisme notamment dans ses élites, il est permis de penser  mais  rien ne nous permette de l’affirmer, que le communauté perse d’Ayutthaya ou son élite était composée de soufis. (4). Ceux-ci mettent toujours en exergue cette sourate de Mahomet écrite dans un probable éclair de lucidité au milieu d’appels multiples au meurtre : « nous n'avons envoyé de prophète qu'avec la langue de son peuple afin qu'il l'éclaire » dont l’interprétation est limpide, chacun doit trouver la vérité dans la forme religieuse que la providence lui a donnée (5). Cette forme de tolérance très proche du bouddhisme vaut aux quelques millions de soufis probablement encore survivant en Iran de faire l’objet de persécutions systématiques.

 

 

 

LES AUTRES RÉSAUX MAHOMÉTANS

 

 

Il est certain aussi que la colonie musulmane d’Ayutthaya comportait également des sectateurs du bédouin venus des sultanats musulmans du sud et du Champa. Des Malais semblent avoir été présents à Ayutthaya dès le milieu du XVe siècle du fait de l'intervention siamoise dans les affaires de la péninsule malaise : c'est en effet à cette époque qu'Ayutthaya établit sa suzeraineté sur les États malais de Patani, Kelantan et Kedah. Leur nombre ne fit que s'accroître par la suite, d'autant que sous le roi Narai cette suzeraineté avait été réaffirmée. 

 

 

 

 

Ces Malais ne sont pas absent des souvenirs de Nicolas Gervaise « Les Malais qui font une partie considérable de ses Sujets (du roi) font Mahométans, mais quoi qu’ils  soient circoncis comme les Mores, qu’ils admettent les mêmes principes, et qu’ils croient les mêmes mystères, ils n’ont pourtant aucune communication avec eux ; la cause de cette séparation vient de ce qu’ils ont été instruits par un autre disciple de Mahomet » (2). Sunnites et Chiites se haïssaient déjà.

 

 

 

L’opinion de Gervaise à leur sujet est tout particulièrement négative et plus encore,, elle est de l’ « islamophobie » bien avant la lettre  (6).      

 

 

 

  

 

Reste évidemment à savoir si, lorsqu’il parle de ces « Malais » qui n’ont aucun contact avec l’élite persane, Gervaise n’y inclut pas les Macassars, également musulmans venus non pas de Malaisie mais de la péninsule indonésienne.

 

 

 

 

LES MACASSARS

 

 

Il est nécessaire de parler de cette « minorité agissante » essentiellement car leur action néfaste fut à l’origine indirecte de l’éradication de l’influence musulmane à Ayutthaya sous le règne du roi Naraï.

 

 

Nicolas Gervaise a écrit leur histoire en 1700 (7). Il ne fait pas de la population des Célèbes, cet archipel des Moluques, une bien flatteuse description. Nous en avons une autre encore moins flatteuse, celle de Dumont d’Urville en 1846

 

 

 

 

«  Les habitants de Célèbes étaient autre fois anthropophages, idolâtres et pirates, et allaient tout nus, hormis les parties naturelles, qu'ils couvraient. Quand quelqu'un, aux Moluques, était condamné à la mort, le roi l'envoyait à Célèbes, afin que ces hommes sauvages le tuassent et le mangeassent » (8).

 

 

 

 

 

La présence d'une communauté macassar à Ayutthaya en 1686 n'a rien pour surprendre,  en dehors de ces considérations peu amènes, il s’agissait d’un peuple de marins et de marchands qui avait, depuis le début du XVIIe siècle étendu son activité commerciale sur toutes les côtes de l'Asie du Sud-Est.

 

 

Il est permis de penser qu’ils s’étaient civilisés et étaient déjà islamisés en arrivant à Ayutthaya vers 1664 formant une groupe d'environ 250 exilés avec femmes et enfants venus via Java sous la conduite d’un  prince nommé Daeng Mangalle en désaccord selon Gervaise avec le Sultan Hasanuddin sur sa politique à l'égard des Hollandais. Ils furent bien accueillis  et se livrèrent à des activités agricoles et commerciales (9).

 

 

 

 

 

LE RÔLE MAJEUR DES MUSULMANS DANS LA VIE POLITIQUE Á AYUTTHAYA AU XVIIe SIÈCLE

 

 

 

Pendant de nombreuses années au XVIIe siècle en effet, musulmans et bouddhistes ont travaillé côte à côte sous le même gouvernement et en parfaite harmonie dans la ville-État d’Ayutthaya. Les Chroniques royales ne sont pas une source fondamentale à ce sujet puisque les étrangers islamiques sont désignés non pas par leur ethnonyme ou lieu d'origine, mais par leurs titres gouvernementaux siamois simplement par le terme générique « kaek », terme qui aujourd’hui signifie « Invité » et qui sert à désigner les étrangers non farangs.

 

 

En dehors des considérations de Nicolas Gervaise et de Simon de la Loubère sur les activités musulmanes dans la capitale, il est une autre source essentielle, celle de Tome Pires, un explorateur  portugais qui a écrit un récit de ses voyages dans le sud-est asiatique au début du XVIe siècle et raconte l'histoire de musulmans d'origines diverses dans la capitale siamoise d'Ayutthaya (10).

 

 

 

 

Les écrits de Jeremias Van Vliet, chef du comptoir néerlandais d’Ayutthaya arrivé en 1638, publiés en traduction française en 1683,

 

 

 

 

et ceux de son successeur Joost Schouten, écrit en 1636 et traduits en français en 1725 font parfois référence aux musulmans qui détenaient un pouvoir considérable à Ayutthaya.

 

 

 

Il est enfin un récit essentiel, connu sous le titre anglais de «  The ship of Sulaiman » (Le navire de Sulaiman). Il est le récit d’une mission diplomatique perse à Ayutthaya sous le règne du roi Narai en 1657-1658. Il fut écrit par le secrétaire de l’ambassade, Ibn Muhammad Ibrahim. L'ambassade s'est rendue à Ayutthaya en réponse à une lettre que le roi Narai avait envoyée à la cour de Shah Sulaiman Isfahan  à l’époque du point culminant de l’influence perse au Siam. 

 

 

 

 

L’ouvrage a été traduit en anglais pour la première fois en 1972 par John O'Kane. Deux ans plus tard, il a été porté à l'attention du monde savant par la publication d’un article de David Wyatt publié en 1974 dans le Journal of the Siam Society intitulé « Une mission perse au Siam sous le règne du roi Narai » (11). Pour Wyatt ce manuscrit l’une des sources principales de l’histoire du Siam sous le règne du roi Narai. SI nous n’avons pas accès à  la traduction de John O'Kane, en dehors de l’analyse circonstanciée de Wyatt nous bénéficions de celle de Peter Hourdequin, un universitaire américain d’Hawai, datée de 2007 (12).

 

 

 

Au sein du royaume dans une population majoritairement bouddhiste, plusieurs groupes minoritaires musulmans vivaient  à Ayutthaya au XVIIe siècle : L’expansion du commerce avait déjà amené des négociants indiens musulmans dans la région, en particulier dans les villes portuaires, Mergui, Tennasserim et Ayutthaya. Il y avait aussi des musulmans influents venus d'Inde pour occuper de hautes fonctions dans l'administration siamoise du XVIIe siècle. Ces musulmans avaient amené avec eux des marchands du sud de l'Inde qui, au début des années 1600, avaient établi des magasins à Ayutthaya et sous le patronage royal, établi un baan kaek (บ้าน แขก - ville indienne), comprenant une mosquée et un cimetière. On y trouvait également des musulmans cham composé de réfugiés arrivés par le Cambodge, Malacca et Java, où ils s'étaient réfugiés en 1491 après la chute de l'empire du Champa et une autre minorité musulmane importante qu’il convient de mentionner est celle des Chinois Haw, du nord de la Thaïlande, négociants en transit de soieries chinoises et d'autres produits dans le sud du Yunnan, du nord de la Thaïlande et dans d'autres régions situées le long de la frontière entre le Yunnan et l'Asie du Sud-Est.

 

 

 

 

Malacca sous relation tributaire du Siam  n'est officiellement devenue un royaume musulman qu'au milieu du XVe siècle et certains de ses musulmans sont probablement venus s'établir à Ayutthaya lorsque les Portugais s'en emparèrent de Malacca en 1511 et imposèrent de sérieuses restrictions au commerce musulman. Patani aux XVIe et XVIIe siècles, était un partenaire commercial et un lien important entre les commerçants musulmans et Ayutthaya.

 

 

 

Mais, en dehors des activités commerciales, ce fut l’immense culture de l'empire perse safavide, présentant des analogies avec la renaissance italienne, qui exerça une influence considérable sur Ayutthaya, probablement à partir du règne de Prasat-Thong (1629-1636), et ensuite sous celui du roi Narai qui manifestait une dilection particulière pour la culture persane. Quand il était jeune homme, il  avait l'habitude de rendre régulièrement  visite aux Perses prenant plaisir à leur conversation et à leurs manières. Le récit du voyageur persan est confirmé par Jeremias Van Vliet.

 

 

 

De toute évidence, les relations de jeunesse de Narai avec la communauté musulmane persane l’incitèrent à la favoriser une fois devenu roi en 1656. Nous connaissons la grande culture du roi et sa curiosité à l’égard des civilisations étrangères. Pendant une grande partie de son règne, il céda à ses ministres musulmans le contrôle exclusif des échanges avec des États situés au sud et à l'ouest. Le plus influent de ceux-ci était Aqa Muhammad, appelé dans les registres thaïlandais Okphra Sinaowarat.

 

 

 

 

Tout ce que nous savons de lui provient du « navire de Sulaiman » qui lui consacre un paragraphe : marchand musulman prospère, il gravit  les échelons jusqu’à devenir un ministre de haut rang après avoir appris la langue et les coutumes locales et aurait fait des efforts soutenus auprès du roi pour le convertir à la religion du Bédouin.

 

 

 

 

« Le navire de Sulaiman »  détaille ensuite la profondeur de l’influence musulmane sur le Siam pendant la vie de Aqa Muhammad  et ensuite  son déclin rapide dans les années qui ont suivi sa mort à une date que nous ignorons.  Celui-ci avait constitué une garde d’honneur de 200 Persans principalement des hommes originaires d’Astararabad et de Mazandaran, sa région d’origine.  Nous savons qu’au début du dix-septième siècle, les guerriers japonais servirent plusieurs rois siamois en particulier pour leur défense contre l'invasion birmane (13).  Cependant, vers le milieu du dix-septième siècle, le Japon était entré dans sa phase de « Sakoku » (pays fermé) et son influence avait diminué à Ayutthaya. Ce vide politique fut apparemment occupé par les musulmans dont l’étoile montait.

 

 

 

Ils se trouvèrent en position de force dans le système des Entrepôts royaux qui permettait au monarque de tirer profit du commerce intérieur et extérieur.  Les ministres responsables tant pour les importations que pour les exportations furent traditionnellement musulmans.

 

 

Commencée sous la direction du roi Narai, la « ligne persane » a continué à exercer son influence pesante jusqu’au 19e siècle bien qu'avec le temps, les membres de ces familles favorisées se soient convertis au bouddhisme et oublié leurs racines musulmanes.

 

 

 

 

Cette communauté musulmane essentiellement persane eut donc un pouvoir politique essentiel à Ayutthaya au XVIIe siècle, plus que celui des Européens, des Chinois et des Japonais.  C’est d’ailleurs cet équilibre des influences étrangères au Siam qui permit au pays de s’épanouir au XVIIe siècle sans pénétration coloniale indue (14).

 

 

Au plus fort de l'influence musulmane à la cour d'Ayutthaya, le roi Narai avait également amené un Européen de talent - le Grec Constance Phaulkon - à une haute position de pouvoir ayant atteint le rang de Premier ministre. Quelles qu’aient été les défauts de ce Grec que nous avons rencontré à de nombreuses reprises, il est à l’origine première de la découverte du complot ourdi par la communauté mahométane, Macassars et Malais, mais probablement pas Persane, pour s’emparer du pouvoir. L’analyse de Gervaise est difficile à contredire, elle est le résumé de l’islamisation de tous les pays du monde musulman (2) : « Les Mores qui font aussi un assez grand commerce dans le Pays ne sont guère moins (s.e. que les Hollandais) à craindre car si Monsieur Constance Premier Ministre d’État n’eût point découvert leur conspiration, et s’il n’eût point eu l'adresse d’en empêcher l'exécution, c’était fait du Roi et du Royaume de Siam. Ces misérables s'en seraient rendus infailliblement les maîtres: et comme ils sont de tous les Mahométans ceux qui ont le plus de zèle pour leur religion, il est sur qu'ils n’en auraient point souffert d’autre dans toute l'étendue de ce Royaume ».

 

 

 

LA RÉVOLTE DES MACASSARS

 

 

Par son échec cuisant, elle marqua la fin des ambitions mahométanes de conversion  du Siam à la religion du bédouin. La version de Nicolas Gervaise que nous venons de citer est percutante mais n’est contredite en rien par des études historiques circonstanciées, ne citons que celle de Christian Pelras qui nous a paru la plus complète (15). Nous allons retrouver la trame des luttes pour le pouvoir qui marquèrent le règne de Narai comme elle avait marqué celui de plusieurs de ses prédécesseurs immédiats. L'histoire du Siam au XVIIe siècle. est en effet remplie d'intrigues. Depuis la mort du roi Songtham (1628) jusqu’à l'avènement de Narai (1657), sur cinq rois qui se sont succédé, quatre sont morts assassinés, Narai lui-même étant le fils de l'usurpateur, Prasat Thong. Dès sa prise de pouvoir en 1657, il se savait à la merci des intrigues de ses nombreux ennemis potentiels et s'appuyait-il sur la présence de diverses communautés étrangères, donnant des fonctions officielles, tantôt à l’un, tantôt à l’autre, un subtil jeu d’équilibre, Anglais, Hollandais, Français, Chinois, Japonais ... A l’époque qui nous concerne, le rôle éminent a été confié à Phaulkon qui accorda une  faveur grandissante aux Français. Il se heurta  à la crainte, sans doute illusoire, qu'entretenaient à la fois le clergé bouddhiste et les communautés musulmanes de voir le roi embrasser la foi catholique, une conjonction de mécontentements.

 

 

 

Du côté Siamois parmi les principaux figuraient en premier lieu Phetracha, frère adoptif de Narai et commandant en chef des éléphants royaux depuis toujours hostile aux Français, ainsi que du clergé bouddhiste qui craignait de perdre son statut privilégié.  En outre deux demi-frères du roi avaient des griefs personnels à faire valoir à son encontre, l'aîné, Chao Fa Aphai,  infirme, accusé de lui avoir manqué publiquement de respect, avait été par lui assigné à résidence et en avait reçu un traitement jugé humiliant. Le cadet  Chao Fa Noi avait eu « une affaire »  avec l'une des concubines de Narai, sœur de Phetracha. La concubine avait été suppliciée et lui-même avait été condamné à une flagellation au rotin qui l'avait laissé à moitié mort.

 

 

 

 

Les musulmans n’étaient pas en reste. Leur influence politique, autrefois dominants, avaient depuis le retrait en 1677 du ministre persan Astarabadi et la montée en grâce de Constance Phaulkon, connu un déclin inverse à l'importance grandissante prise par les Européens, et surtout par les Français catholiques. Ces derniers, pour leur part, se réjouissaient de ce que le ministre grec ait « établi sa fortune sur la ruine des mahométans, qu'il a convaincus de concussions, et à qui il a fait rendre de grandes sommes d'argent » (16).

 

 

 

 

Concrètement, Phaulkon avait enlevé aux musulmans le lucratif commerce avec la Perse, dont tout le bénéfice devait revenir exclusivement au  roi. Or, selon le père de Bèze « les Mores obligeaient le roy de Siam à leur donner les marchandises au prix qu'ils voulaient et y faisaient ensuite de gros gains en Perse (...); comme Phaulkon ne cherchait qu'à bien faire les affaires du roy  de Siam (...) le gain qu'il rapporta sur les marchandises dont on l'avait chargé se trouva au double de celui que les Mores donnaient  » (17). Phetracha sut exploiter à son avantage ce mécontentement des musulmans sans toutefois trop se compromettre avec eux, étant lui-même très lié au clergé bouddhiste.

 

 

 

 

Une première conspiration de Malais auxquels s’étaient probablement associé des Macassars avait été déjouée en 1682. Nicolas Gervaise ne mâché pas ses mots « On voudrait bien encore aujourd'huy les exterminer et en  purger le royaume ; mais ils se sont rendus si redoutables par leur nombre, par leur férocité et par leur magie à laquelle ils sont adonnés, qu'on n'ose plus l'entreprendre  »

 

 

 

 

La rébellion proprement dite se déroula à partir du 15 août 1686. Les sources la concernant sont multiples, françaises (Tachard, Gervaise, Turpin, Claude de Bèze), anglaises (18) et hollandaises. Les sources siamoises  contemporaines ont brûlé les archives royales lors du sac de la ville par les Birmans en 1767. Celui du chevalier Claude de Forbin qui fut au cœur des événements est évidemment capital (19). Ne parlons pas des relations de seconde main qui sont également nombreuses, Christian  Pelras  nous en donne un long inventaire (9). Si  ces sources peuvent être contradictoires, elles sont  en tout cas, toutes d’accord pour révéler une entente conclue entre les Makassar et les autres musulmans de la ville, Cham et Malais qui avaient programmé le soulèvement pour le jeudi 15 août 1686 à 11 heures du soir.  

 

 

 

 

Le complot cependant, fut éventé. On ne sait sur quels éléments, trahison probablement ?  Le  roi et Phaulkon furent informés de la date et de l'heure prévues. Phaulkon prit les mesures défensives qui s’imposaient en mettant sur pieds une troupe siamoise de 3000 hommes et une compagnie portugaise. Les Malais, les Cham et les Makassar avaient toutefois été prévenus par leurs espions. Un groupe de Malais fit défection suivi par la plupart de ses compatriotes. Phaulkon fit savoir aux conjurés qu'il leur donnait quatre jours pour venir faire soumission au roi, faute de quoi ils recevraient un châtiment rigoureux. Tous les Malais et les Cham allèrent donc demander leur pardon et la plupart le reçurent après que quelques-uns aient été décapités pour l’exemple. Seul Daéng Mangallé le chef makassar refusa avec une hauteur méprisante.  On fit encercler le quartier des Makassar par les troupes Siamoises.

 

 

 

 

Forbin avait reçu de Phaulkon des ordres très clairs, il fit construire une prison dans le fort de Bangkok. Les opérations militaires proprement dites sont longuement détaillées par lui.

 

 

 

L'écrasement des Makassar  (23-24 septembre)

 

 

L’armée siamoise conduite par Okpra Chula, composée de probablement un peu plus de 5000 hommes mais les chiffres divergent, Forbin parle de 20.000, lui-même à la tête de 40 Français de la « royale compagnie des Indes » se prépara à l’assaut final du camp retranché des Makassar dans la nuit du 23 au 24 septembre. Beaucoup d’entre eux se suicidèrent avec femme et enfants. Les combats furent sanglants. Il y avait 200 Makassars armés seulement de lances et de kriss contre quelques milliers de Siamois et surtout des Français armés de mousquets et surentraînés. Forbin fut blessé et Phaulkon échappa de peu à la mort. Le rôle du chevalier, probablement le seul à avoir par sa formation des connaissances stratégiques et tactiques sur l’art de conduire l’investissement d’une place, fut essentiel. Les survivants des Makassar furent massacrés, pas de quartier pour les prisonniers. Nous vous ferons grâce de la description des tortures qu’ils subirent avent d’être jetés aux tigres. Les rares femmes et les enfants qui survécurent furent vendus comme esclaves.

 

 

 

On peut se poser des questions sur l’absence dans la révolte des Persans implantés de longue date à Ayutthaya ? Il est fort probable que ceux-ci, aux antipodes du rigorisme sunnite, s’étaient « siamisés » depuis longtemps,  intégrés par les mariages mixtes et convertis au bouddhisme. Tel est le cas en particulier de la très puissante et très aristocratique famille persane des Bunnag issue du Sheik Ahmad venu de Perse au service de Narai en 1656, devenu Chao Praya Bavorn Rajanayok et dont les descendants mêlèrent leur sang à celui de princesses siamoises.

 

 

 

 

La famille joua et joue toujours un rôle important dans la vie politique et intellectuelle de la Thaïlande (20).

 

 

Tombe (présumée) du  Sheik à Ayutthaya :

 

 

 

 

Ils restèrent totalement étrangers à ce réseau malais probablement essentiellement sunnite visant à une politique d’islamisation forcée comme il le firent à Java, au Champa et dans toute l’Insulinde. Nous rejoignons sur ce point l’opinion de Gervaise.

 

 

Peras note fort justement qu’ « à cette occasion,  Français, Anglais et Portugais sauront mettre entre parenthèses leurs inimitiés politico-commerciales et leurs différences religieuses pour se retrouver ensemble à lutter contre une conspiration qui ne mettait pas seulement en cause le pouvoir du roi de Siam mais leur position au sein du royaume. On peut voir apparaître là, à Ayuthia comme ailleurs à cette époque, les indices de nouvelles tendances dans ce qu'on appellera plus tard l'« aventure coloniale » européenne ».

 

 

Si la Thaïlande n'est pas de nos jours un état sunnite, elle le doit au moins pour partie à un provençal devenu Comte de Forbin dont les ancêtres avaient donné la Provence à la France.

 

 

Palamède  de Forbin a donné  la Provence à la France

 

 

NOTES]

 

 

(1)   voir notre article 76  « Avant les Européens, les Perses »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-76-avant-les-europeens-les-perses-117277686.html)

 

 

(2) Missionaires jésuite, Nicolas Gervaise resta au Siam de 1681 à 1685. Nous lui devons, datée de 1690, une « Histoire naturelle et politique du Siam  » dans laquelle il continue (p. 270) « Leurs Mosquées font fort belles ; ils font la prédication et la prière aussi librement et  aussi régulièrement que dans les pays où ils font les maîtres : tous les ans ils vont en procession  dans la campagne & dans les villes, accompagnés  d'une grande multitude de peuple, que la pompe & la singularité de ce spectacle attire de tous côtés  et  véritablement cette cérémonie a beaucoup d’apparence, et  serait capable de gagner les Siamois , qui aiment le faste et  l’ostentation. Cependant à la réserve  de quelques misérables qui se sont laissés corrompre par argent, ou qui se font Vendus, il  y en a très peu qui aient pris parti avec les Mahométans ; les honnêtes gens ne veulent  pas feulement en entendre parler, à cause des maximes pernicieuses donc l’Alcoran est rempli.  Si de l'aversion naturelle qu'ils ont pour les Mores. Le Roy même n’a plus pour eux les mêmes égards qu’il avait autrefois désabusé par leur propre conduite , qui n’est pas moins déréglée que leur Loi est brutale et sensuelle, if a cessé de les assister, et présentement, il ne leur fait pont d’autre grâce que de les souffrir ». 

 

 

(3) La Loubère « Du royaume de Siam », 1691, tome I : « … Parmi ces diverse Nations celle des Mores a été la mieux établie sous  ce règne. Il a été un temps que le Barcalon était More, vraisemblablement parce que le Roy de Siam croyait mieux établir par son moyen son commerce; chez les plus puissants des Princes ses voisins, qui font tous profession du Mahométisme. Les principales  Charges de la Cour et des Provinces étaient alors entre les mains des Mores : le Roy de Siam leur fit bâtir plusieurs Moquées à ses dépens, et  encore aujourd'huy il fait les frais de leur principale fête  qu'ils célèbrent durant plusieurs jours de fuite à la mémoire de la mort d'Haly, ou de celle de ses enfants. Les Siamois qui embrassaient la religion des Mores avaient le privilège d'être exempts du service personnel : mais bientôt le Barcalon More éprouva l'inconstance des fortunes de Siam, il tomba en disgrâce, et le crédit de ceux de la Nation alla toujours  depuis en décadence. On leur ôta les Charges et les emplois considérables et  l'on fit payer en argent comptant aux Siamois, qui s'étaient faits Mahométans, les corvées, dont ils avoient été exemptés. Leurs Mosquées néanmoins leur sont demeurées, ainsi que la protection publique que le Roy de Siam donne à leur religion, comme à toutes les religions étrangères. Il y a donc encore trois ou quatre mille Mores à Siam …. »

 

(4) Le soufisme, forme mystique, ésotérique, intellectuelle et probablement initiatique de l’Islam, est né en Perse dès son islamisation venant probablement de traditions pré islamiques de l'ancien culte de Mithra et de la tradition zoroastrienne (première religion de l'Iran avant l'arrivée de l'Islam) en réaction contre le dogmatisme et le formalisme des successeurs de la tribu de Mahomet. Il est basé sur la « tariqa », la voie  intérieure

 

 

 

 

et non sur « sharia », la loi islamique.

 

 

 

 

(5)  Coran, sourate XIV -  4. Notre traduction est celle que diffuse la Mosquée de Paris que l’on suppose orthodoxe !

 

 

 

 

(6) « Les Malais s’y trouvent aussi établis en plus grand nombre qu’il ne serait à souhaiter, car  ils font Mahométans,  et  reconnus pour les plus  méchantes gens qui se puisent trouver dans  les Indes, aussi ne manque-t-on pas de leur imputer tous les crimes qui s'y commettent,  Si souvent ils s’en trouvent coupables, car ils font d’un naturel farouche et cruel : quand ils se croient en sûreté, ils ne font aucune difficulté de tuer un homme de sang froid et de lui  ouvrir le ventre pour en tirer le fiel, qu’ils vendent jusqu’à cinquante écus aux Mores qui s’en font un remède pour la guérison d’une  certaine maladie à laquelle ils font fort sujets. Tous les jours ils exciteraient des séditions dans l’État, s’ils n’étaient retenus dans leur devoir  par la crainte des châtiments ».

 

 

(7) « Description historique du royaume de Macaçar » publié en 1688.

 

 

 

 

(8) Dumont d’Urville : « Voyage au pôle sud et en Océanie » volume II de 1846.

 

 

(9) Voir Christian  Pelras  « La conspiration des Makassar à Ayuthia en 1686 : ses dessous, son échec, son leader malchanceux - Témoignages européens et asiatiques ». In: Archipel, volume 56, 1998.

 

 

(10) Le manuscrit de Pirés conservé au British Museum a été traduit et publié pour la première fois en 1934 en deux volumes sous le titre « The suma oriental ot Tome Pires – an account of the east from the red sea to Japan, written in Malacca and India in 1512 – 1515 ».

 

 

 

 

(11) David K. Wiatt  « A PERSIAN MISSION TO SIAM IN THE REIGN. OF KING NARAI », volume 62-1 de 1974.

 

 

(12)  Peter Hourdequin « Muslim Influences in Seventeenth Century Ayutthaya: A Review Essay »  in  EXPLORATIONS a graduate student journal of southeast asian studies, Volume 7, Issue 2, Spring 2007.

 

 

(13) Voir notre article H 44 «  LES JAPONAIS AU SIAM, GRANDEUR (1600) ET DÉCADENCE (1635) ».

 

 

(14) Voir l’article de Muhammad Ismail Marcinkowski « Persian Religious and Cultural Influences in Siam/Thailand and Maritime Southeast Asia in Historical Perspective : A Plea for a Concerted Interdisciplinary Approach » in Journal of the Siam Society, n. 88 – I et II  de 2000.

Et ponctuellement celui de Julispong Chularatana  «  THE SHI’ITE MUSLIMS IN THAILAND FROM AYUTTHAYA PERIOD TO THE PRESENT » in MANUSYA: Journal of Humanities, Special Issue No.16, 2008

 

 

(15) Christian Pelras « La conspiration des Makassar à Ayuthia en 1686 : ses dessous, son échec, son leader malchanceux - Témoignages européens et asiatiques »  In : Archipel, volume 56, 1998.

 

 

(16) Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam (1662-1811) ». Paris, 1920.

 

 

 

 

(17)  Claude de Bèze «  Mémoire du P. de Bèze sur la vie de Constance Phaulkon, Premier Ministre du roi de Siam, Phra Narai, et sa triste fin ; suivi de lettres et de documents d'archives de Constance Phaulkon , reprint de l’édition de 1688  par les Presses Salésiennes, Tokyo, 1947.

 

 

(18) Voir de John Anderson « English intercourse with Siam in the seventeeth century » publié à Londres en 1888.

 

 

 

 

(19) « Mémoires du Comte de Forbin », tomes I et II publié en 1730.

 

 

 

 

(20) Voir le site généalogique

 http://www.soravij.com/aristocracy/Bunnag/bunnag.html

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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 22:05

 

 

Selon les  trois chapitres de la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest, intitulé  « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164).  (1) (2)

 

 

Cet article sera consacré au chapitre 4 : Du carrefour à l’écart (1660-1688). (pp. 83-104)

 

 

La préface de Georges Condominas ne pouvait que nous séduire :

 

 

 « L'ouvrage présenté ici reprend presque intégralement la thèse d'État ès-Lettres et Sciences humaines qu'Alain Forest a soutenu en 1997, sous le même intitulé. […] Le résultat est une œuvre de tout premier ordre qui deviendra très vite, à son tour, un ouvrage de référence pour les spécialistes de l'Asie du Sud-Est [...] l’énorme dépouillement des sources missionnaires » [lui a permis] « de tirer de celles-ci, d’interpréter et d’ordonner toutes les indications susceptibles d’aider à une meilleure connaissance des histoires (politique, administration, économie, société et, bien sûr, religion du Siam et du Tonkin […] Ainsi la contribution d’A. Forest à la compréhension des systèmes de pouvoir et de gouvernement, dans leur fonctionnement concret et dans leurs dysfonctionnements, s’avère-t-elle, désormais essentielle ».

 

 

 

Aussi, après avoir déjà traité dans un article (87) du « commerce du royaume du Siam au temps du roi Naraï (1656-1688). » (3), en présentant  une partie du chapitre 4 de A. Forest, il nous a paru intéressant cette-fois-ci  de vous proposer l'ensemble de la deuxième partie intitulée « ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX XVIIème-XVIIIème SIÈCLES. » (Cf. Table des matières (4))

 

 

I - Un « État commercial » ? ( Nous reprendrons en partie  notre article 87) (3)

 

 

Le point d'interrogation semble indiquer qu'Alain Forest va nous emmener contre un certain nombre d'idées reçues sur l'importance de ce commerce, surtout que  l’énorme majorité des relations officielles et des témoignages européens  qui arrivent à Ayutthaya sont étonnés à la fois par «  l’accueil reçu par les autorités siamoises, de la tolérance, et de la curiosité dont elles font preuve envers les étrangers »,  et par la multiplicité et la diversité des nations qui y font commerce, avec souvent une liste hétéroclite de produits disponibles au Siam. Ils attestent tous que le Siam est un des carrefours importants de l’Asie entre 1660 et 1680.

 

 

 

 

Ils sont nombreux à saluer l’importance de ce commerce, dûe à la politique d’ouverture du roi Naraï qui s'inscrit dans une longue tradition des souverains siamois, qui ont su utiliser les compétences militaires, commerciales et administratives des « étrangers » et n’ont pas hésité à les intégrer aux différents niveaux du Pouvoir siamois. (Nous avons largement évoqué ces relations avec les Perses,  le « commerce musulman », et ensuite avec les Portugais, les Hollandais, les Anglais et les Français.)  Ainsi Alain Forest nous apprend que le roi Naraï a été formé par des Perses et aidé par des Perses pendant la majeure partie de son règne. (Alors que les études françaises n’évoquent le plus souvent que le grec Phaulkon).

 

 

 

 

Quoi qu’il en soit, le roi  est le premier marchand du royaume.