Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 22:05

 

 

Selon les  trois chapitres de la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest, intitulé  « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164).  (1) (2)

 

 

Cet article sera consacré au chapitre 4 : Du carrefour à l’écart (1660-1688). (pp. 83-104)

 

 

La préface de Georges Condominas ne pouvait que nous séduire :

 

 

 « L'ouvrage présenté ici reprend presque intégralement la thèse d'État ès-Lettres et Sciences humaines qu'Alain Forest a soutenu en 1997, sous le même intitulé. […] Le résultat est une œuvre de tout premier ordre qui deviendra très vite, à son tour, un ouvrage de référence pour les spécialistes de l'Asie du Sud-Est [...] l’énorme dépouillement des sources missionnaires » [lui a permis] « de tirer de celles-ci, d’interpréter et d’ordonner toutes les indications susceptibles d’aider à une meilleure connaissance des histoires (politique, administration, économie, société et, bien sûr, religion du Siam et du Tonkin […] Ainsi la contribution d’A. Forest à la compréhension des systèmes de pouvoir et de gouvernement, dans leur fonctionnement concret et dans leurs dysfonctionnements, s’avère-t-elle, désormais essentielle ».

 

 

 

Aussi, après avoir déjà traité dans un article (87) du « commerce du royaume du Siam au temps du roi Naraï (1656-1688). » (3), en présentant  une partie du chapitre 4 de A. Forest, il nous a paru intéressant cette-fois-ci  de vous proposer l'ensemble de la deuxième partie intitulée « ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX XVIIème-XVIIIème SIÈCLES. » (Cf. Table des matières (4))

 

 

I - Un « État commercial » ? ( Nous reprendrons en partie  notre article 87) (3)

 

 

Le point d'interrogation semble indiquer qu'Alain Forest va nous emmener contre un certain nombre d'idées reçues sur l'importance de ce commerce, surtout que  l’énorme majorité des relations officielles et des témoignages européens  qui arrivent à Ayutthaya sont étonnés à la fois par «  l’accueil reçu par les autorités siamoises, de la tolérance, et de la curiosité dont elles font preuve envers les étrangers »,  et par la multiplicité et la diversité des nations qui y font commerce, avec souvent une liste hétéroclite de produits disponibles au Siam. Ils attestent tous que le Siam est un des carrefours importants de l’Asie entre 1660 et 1680.

 

 

 

 

Ils sont nombreux à saluer l’importance de ce commerce, dûe à la politique d’ouverture du roi Naraï qui s'inscrit dans une longue tradition des souverains siamois, qui ont su utiliser les compétences militaires, commerciales et administratives des « étrangers » et n’ont pas hésité à les intégrer aux différents niveaux du Pouvoir siamois. (Nous avons largement évoqué ces relations avec les Perses,  le « commerce musulman », et ensuite avec les Portugais, les Hollandais, les Anglais et les Français.)  Ainsi Alain Forest nous apprend que le roi Naraï a été formé par des Perses et aidé par des Perses pendant la majeure partie de son règne. (Alors que les études françaises n’évoquent le plus souvent que le grec Phaulkon).

 

 

 

 

Quoi qu’il en soit, le roi  est le premier marchand du royaume.

 

 

Il est le maître de la terre  de Siam, dispose de milliers d’esclaves corvéables 6 mois par an, a ses propres plantations, s’arroge le monopole sur les produits « rentables », a le pouvoir de taxer les bateaux et les produits du Siam, et dispose de  toute une administration dirigée par le ministre, le phra klang, le barcalon, chargé entre autre, des magasins royaux, des ports et des étrangers … sans oublier les « étrangers »  qu’il a su intégrer dans la  bureaucratie royale. (Forest cite les phra klang persans comme Abdur Razzaq (1657), Aqua Muhammad Astarabali (1660-1679), le grec Phaulkon … d’autres sont nommés gouverneurs (les gouvernements de Tenasserim et de Mergui seront confiés pendant de nombreuses années à des « Mores », puis on se souvient de l’épisode anglais avec Barnaby et White (1683-1685), du Portugais de Coehlo, gouverneur en 1675 de Phitsalunok, d’un turc gouverneur de Bangkok dans les années 1680-1685), des Français nommés par Phaulkon comme René Charboneau, gouverneur de Thientong en 1683, de Phuket en 1684 (?) Jean Rival à Bangary (Phangna)….. bref, la liste est longue. )

 

 

 

 

Ainsi le roi a donc un important  revenu procuré par les taxes et par des prélèvements en nature sur des produits comme le paddy et l’arec par exemple. « Le roi vend tous les ans pour 70 000 écus de bétel, pour 100 000 écus d’arec vert et pour 50 000 écus d’arec sec » (Forest cite l’abbé de Choisy). Le roi a également « le monopole sur l’étain, le plomb, le salpêtre, les éléphants et leurs ivoires, l’arec, différentes sortes de bois appréciées  à l’étranger (aigle, sapan, calamba), et le cuivre que ses bateaux vont chercher au Japon ». Il bénéficie  également des taxes douanières, des loyers sur les magasins, sans compter les prises de guerre et de piratage.

 

 

 

Mais d’après Alain Forest, cela ne veut pas dire que le Siam puisse être considéré comme un « État commercial ».

 

 

En effet, les entreprises commerciales bénéficient essentiellement à l’entreprise royale, même  si certaines autorités siamoises en bénéficient à la marge par le truchement des étrangers qui en gèrent le quotidien ;  Les Siamois sont surtout impliqués dans les  tâches subalternes et manuelles comme les « chasseurs, récolteurs, agriculteurs, charretiers, piroguiers, gardiens et hommes de peine (…) esclaves pour dettes ».

 

 

« Les autorités  siamoises sont beaucoup plus portées vers l’investissement de leurs richesses en « capital religieux », en « mérites » pour les vies à venir, par  la construction de monastères, la dédicace de statues ou par le don aux moines, que vers le commerce ».

 

 

Ensuite, si Alain Forest nous propose une liste des produits importés et exportés du Siam (Cf. (La liste (5)), comme beaucoup avant lui, il constate que presque tous  les observateurs  ne nous disent rien sur les quantités importées et exportées, qui de plus varient selon les périodes.

 

 

 

 

Ainsi cite-t-il  Gervaise qui dans son  « Histoire politique et naturelle du Royaume de Siam », écrit que 15 à 20 jonques chinoises viennent tous les ans dans les années 1660-1680, « en presque aussi grand nombre que les Mores ». Ce qui, vous l’avouerez, fait bien peu pour un pays que l'on qualifie comme un carrefour commercial  important pour l’Asie.

 

 

 

D'ailleurs ce commerce sera  jugé trop concurrentiel par les Hollandais qui abandonneront leurs importations de tissus et de vêtements, ainsi que la plus grosse part de «  certaines exportations : benjoin, bois précieux, pharmacopées, ivoires, or et produits de Chine, cuivre ». Les Hollandais préféreront se concentrer « sur l’achat de peaux, dont le monopole leur a été renouvelé en 1664, pour les exporter au Japon ; ainsi que sur l’achat de bois de sapan et d’étain de la région de Ligor (Nakhon Si Thammarat), étain dont ils disposent depuis 1671 du droit d’acquisition, une fois prélevés le tribut et ce qui est nécessaire aux besoins du roi. Le bois de sapan et l’étain constituent alors les trois quarts de ce qu’ils exportent du Siam vers les Indes et l’Europe. ».

 

 

Forest, fort de sa lecture attentive des courriers missionnaires, tentera de  compter les passages des navires au Siam, et encore précisera-t-il honnêtement, que ce n’est que de « l’à-peu-près » :

 

 

« annuellement : trois ou quatre vaisseaux hollandais, un ou deux vaisseaux anglais, une vingtaine de jonques chinoises, peut-être autant de bateaux de Mores qui arrivent à Mergui, deux ou trois barques cochinchinoises dont certaines faites « sans clous ni cordes mais de vingt-cinq planches et deux perches pour servir de mât, et douze rotes […] de hauban avec une pierre  pour nacre », une dizaine de bateaux armés par le roi et des autorités marchandes du Siam. Occasionnellement : un vaisseau des Philippines ou de Macao, un vaisseau de la Compagnie ou de particuliers français, une barque tonkinoise … »

 

 

Et Forest de reconnaître : « Je ne sais s’il faut déduire de cette énumération à la Prévert, qui  ne signifie pas grand-chose en l’absence de toute indication de tonnage ou de valeur des marchandises transportées, que le Siam est une formidable place de commerce dans les années 1660-1680 ».

 

 

 

Forest suggère plusieurs pistes :

 

 

Le  grand nombre de petits bateaux privés mores ; La concentration de la population siamoise,  presque toute entière le long de la Menam Chao Phraya, se déplaçant  en pirogues et barques. De plus, « La saison de la venue des marchands est restreinte : elle dure cinq mois ; de février à juin. ». Cela est dû évidemment au climat, aux saisons, aux pluies, aux vents de mousson  (vents du sud-ouest de mai à octobre, vent du nord-est  de fin novembre à mars) , les contraintes de la route de Mergui … Ainsi les Mores « arrivent massivement en fin janvier et février à Ayutthaya » ; les Chinois à partir de mars, les Hollandais et les Malais vers mai ; 4-5 mois de fièvre « mais vents et pluies commandent : à la troisième semaine de juillet tout le monde est reparti. La capitale se vide ».

 

 

Même le roi du Siam n'envoyait  annuellement jusqu’à 1685, qu'un ou deux bateaux au Japon, « un ou deux vers la côte chinoise ou à Macao, peut-être deux ou trois font-ils la ligne  entre la côte de Coromandel et Mergui, et de même entre Ayutthaya et Batavia et plus épisodiquement , un bateau est envoyé aux Philippines ou ,à l’opposé jusque vers le golfe persique » (Forest citant le rapport  de G. White (1678), in John Anderson  ).  Même si Phaulkon, à partir de 1682, va donner une impulsion à ce commerce et fera « plus de négoce que tout le reste des marchands particuliers ensemble ».  En 1685, « au temps de sa plus grande splendeur, il ne dispose que de 5 à 6 vaisseaux qui lui appartiennent » (D'après de Choisy).

 

 

Le commerce avec le Siam était donc très limité au regard du commerce international de l’époque.

 

 

A la fin du XVIIe par exemple, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales  entretenait à la fin du XVIIe siècle 100 à 160 navires selon les estimations et 107 bateaux en 1680, 88 en 1689 au commerce d’Inde en Inde. (Wikipédia)

 

 

 

 

 

D’ailleurs, précise Forest, les responsables du comptoir anglais et de la Compagnie française estimaient qu’un comptoir à Ayutthaya n’était pas rentable, si on ne disposait pas comme les Hollandais d’un relais (Batavia  et Malacca) entre l’Inde et Ayutthaya, non seulement pour les raisons déjà évoquées, mais aussi à cause de la faiblesse du marché intérieur. On se souvient du chevalier de Forbin disant à Louis XIV : « Sire, le royaume de Siam ne produit rien, et ne consomme rien », et « Hors la Cour et quelques grands, la demande siamoise est plus que modeste ». (Forest)

 

 

 

 

D'ailleurs les Anglais ferment leur comptoir en 1682. En 1680, François Martin qui avait créé le comptoir français de Pondichery (1673) avait jugé sans intérêt la création d’un comptoir français à Mergui et Tenasserim.  Le responsable de la Cie française, Deslandes- Boureau, constatant qu’il n’y a aucun commerce à faire au Siam, quitte le pays au début de 1684.

 

 

 

Le golfe du Bengale et l’Inde deviennent le nouvel enjeu des Compagnies française et anglaise  et le golfe du Siam est marginalisé, avec de plus, une piraterie chinoise importante jusqu’aux années 1710. « A la fin de 1682, des pirates remontent même le Mékong saccageant Banam, Phnom Penh puis la capitale Oudong, dont ils brûlent le palais royal » (Forest citant M. Joret). Le commerce avec la Chine s’ouvre de nouveau.

 

 

 

 

De plus, la politique commerciale menée par Phaulkon à parti de 1682, avec la construction d’une petite flotte pour le roi et pour son propre compte, la nouvelle alliance avec les Français en 1685, va bouleverser les réseaux établis et va  entraîner le Siam vers sa mise à l’écart par rapport au monde extrême oriental et  le  repousser, « comme le reste de la péninsule Indochinoise, en marge des grands courants commerciaux du XVII ème siècle. »

 

 

La mort de Naraï, la « révolution » de 1688 et la prise du pouvoir par Petrâcha, sa décision de chasser les étrangers « européens », marqueront la fin d’une époque. Après le temps de l’ouverture viendra le temps du repliement.

 

 

 

 

II - Du carrefour à l’écart (1680-1700). (1/ Renversements de tendances. 2/ Fin d’époque.) (pp. 98-104)

 

 

Après 1680, le Siam va connaître un renversement de tendances qu'Alain Forest va tenter d'expliquer par une série d'événements internes et un contexte international qui va modifier un engouement qui ne sera que provisoire.

 

 

Si les marchands anglais tentent de redonner une impulsion en 1676-1679  à leur comptoir à Ayutthaya, ils vont vite préférer s'engager auprès des affaires du roi Naraï et de son phra klang Phaulkon, qui vont entreprendre  une nouvelle politique commerciale avec leurs propres flottes (Cf. Plus haut) , mais en multipliant les monopole royaux et en augmentant les taxes sur les bateaux et la plupart des productions du pays. Les Français qui installent un comptoir en 1680, se demandent très vite comment le rentabiliser, et les Anglais vont fermer le leur en 1682. Le responsable de la Compagnie française, quant-à lui, comme nous l'avons dit,  quittera le pays au début de 1684.

 

 

 

 

La nouvelle politique commerciale aura pour effet une raréfaction de l'offre et parallèlement de créer un engorgement de certains produits d'importation, comme par exemple les tissus de coton, que la demande  siamoise n'arrive plus à absorber.  De plus, les expéditions maritimes  menées par le roi et Phaulkon sont loin d'être rentables, surtout que Naraï se voulant l'égal des grands s'engage dans des travaux somptueux dans ses palais et dans sa résidence de Lopburi, et que Phaulkon s'endette à tout va. Les Hollandais supportent mal leurs concurrences, surtout quand ils contestent en 1686 leurs droits sur l'étain. Les Mores de même. Phaulkon va cristalliser sur lui tous les mécontentements.  (A. Forest n'évoque pas à ce stade le rôle des ambassades françaises et les manœuvres de Phaulkon, ni sa rivalité avec Petrâcha pour le Pouvoir)

 

 

 

Des événements extérieurs au Siam vont amplifier le recul du commerce siamois.

 

 

D'une part, la guerre franco-hollandais de 1672-1678 a ruiné le commerce français avec l'Inde et en 1682  les Hollandais prennent le contrôle de Banten et privent les compagnies anglaise et  française de leurs comptoirs dans la région des Détroits. Ce qui va les contraindre à changer de stratégie pour s'affronter dans le golfe du Bengale et l'Inde, marginalisant ainsi le golfe du Siam.

 

 

 

 

D'autre part, une mise à l'écart du Siam va s'opérer aussi avec le monde extrême oriental.

 

 

Dès le début des années 1680, une importante piraterie chinoise opère dans l'embouchure du Mékong. « A la fin de 1682, des pirates remontent même le Mékong saccageant Banam, Phnom Penh, puis la capitale du Cambodge, dont ils brûlent le palais royal. » (A. Forest ne donne pas l'ampleur de cette piraterie mais cite deux exemples en notes qui indique l'ampleur et la sauvagerie des attaques.)

 

 

« A cette piraterie qui affecte le commerce entre Siam et Chine, s'ajoute au même moment, avec la paix qui est revenue dans le sud de la Chine vers 1683, une relative réouverture de cette derniière région au commerce étranger. ».  Les bateaux des Anglais, des Français , des Danois, établis en Inde, pourront alors rejoindre directement Canton. A. Forest aurait pu ajouter qu' « en 1682, les Hollandais s'emparent du port britannique de Bantam sur l'île de Java et coupent la route indonésienne du thé aux Anglais. Ces derniers vont alors effectuer des voyages directs vers la Chine et y envoyer une quarantaine de navires marchands entre 1700 et 1715. Les Français s'engagent à leur tour dans ce nouveau trafic : une compagnie de Chine est même créée en 1698, qui ramène un premier chargement en 1700, en provenance de Canton. » (6)

 

 

 

 

On assiste bien à une fin d'époque. Mais A. Forest ne consacrera que deux pages pour évoquer  les relations entre les autorités siamoises et les Français et la fin du règne du roi Narai, en nous invitant  à lire son annexe 1 où il nous donne un « Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps du roi Naraï » en 103 pages  (pp.  325-428), que nous avons utilisé dans de nombreux articles. Il ne retient -ici-  que les relations diplomatiques entre le roi de France et Phra Narai qui ont été soutenus par les missionnaires notamment par Mgr Pallu l(27 mai 1673-26août 1674 et 4 juillet 1682-2 juillet 1683), relations qui étaient essentiellement de caractère religieux ; les missionnaires croyaient pouvoir convertir le roi du Siam (Le jésuite Tachard était le plus virulent).

 

 

 

 

Mais on constata un changement à partir de 1680 avec l'ascension et les ambitions de Phaulkon, et surtout en 1687 avec  l'envoi en 1687  d'un corps expéditionnaire français à Bangkok et à Mergui pour « protéger» le royaume d'une éventuelle agression hollandaise. L'installation de ce corps expéditionnaire provoqua des remous au sein des Français et des Siamois, surtout que cela eut lieu au milieu des manoœuvres successorales, dont A. Forest ne dit rien. Si ce n'est de façon laconique dans le paragraphe suivant  en évoquant la querelle de succession, que les  « relations » appelleront  la « révolution du Siam » mené par Phra Petrâcha -le chef du département des éléphants-  qui liquidera Phaulkon (mai-juin1688) pour devenir roi après la mort du roi Narai (13 juillet 1688) au début août 1688. Une lutte s'engagea qui aboutit au départ forcé du corps expéditionnaire français le 13 novembre 1688, accompagné de la plupart des Français. Seuls Mgr Laneau et quelques missionnaires et les élèves en partie vietnamien du Collège catholique restèrent. Ils furent jetés en prison pendant de longs mois.

 

 

Nota. Les « aspects » évoqués en trois paragraphes sont très laconiques, puisqu'ils n'évoquent même pas les deux ambassades françaises, ni la guerre de succession, ni la « guerre » qui aboutira au départ des Français. Mais A. Forest dans ce chapitre renvoie, nous l'avons dit- à son annexe de 103 pages sur un   « Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps du roi Naraï ».

 

 

 

 

A. Forest termine ce chapitre en indiquant que les courriers et relations françaises ont donné une image quelque peu trop flatteuse du régne du roi Narai, sur sa prospérité économique et sa grandeur. Seul de Forbin [dans ses « Mémoires »] avait signalé le contraste entre la magnificience extérieure, surtout autour du roi, et les existences miséreuses du peuple.(Cf. (7))

 

 

Pour A. Forest « la réalité » du royaume est « Un pays densément peuplé sur les rives du fleuve et autour des agglomérations ; le vide ailleurs. Partout, dans le pays peuplé, un peuple amphibie qui vit autour de l'eau et au-dessus des eaux que sur la terre et de ses produits. A Ayutthaya, hors deux trois rues vouées aux commerces, quelques bâtiments en dur tels le palais et les nombreux monastères dont la masse et la décoration tranchent sur l'entassement des cahutes de bambous et de feuilles, en bordure du fleuve toutefois, les maisons  en bois, recouvertes en tuiles, des personnages les plus  aisés, les comptoirs et les maisons des Européens, celles des grands mandarins.

 

 

Alors que la vie dans les campagnes semble être d'une frugale simplicité, il existe sans doute à Ayutthaya des poches d'assez grande pauvreté. Mais de manière générale, la ville se développe et profite du commerce dont elle est le centre jusque dans les années 1680. ».

 

 

 

Le chapitre suivant présente « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767). Ce sera l'objet de notre prochain article.(pp. 105-134)

 

 

 

 

Notes et références.

 

 

 

(1) Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec, préface de Georges Condominas, Livre I, Histoires du Siam, Livre II, Histoires du Tonkin, et  Livre III, Organiser une Église Convertir les infidèles »,  L’ Harmattan, 1998.

Les trois livres sont la reprise d’une thèse d’État.

 

Annexe 1 du Livre 1-  Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Narai. (pp. 325-428)

 

(2) Cf. « Les relations franco-thaïes », articles 1, 2, 3, 5, 18, et 19.

Et 88. L’échec des missionnaires français au Siam (XVIIe – XVIIIe siècles).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-87-l-echec-des-missionnaires-fran-ais-au-siam-xvii-et-xviii-emes-siecles-118521756.html

89. Le pouvoir siamois face aux missionnaires français aux XVII et XVIII èmes siècles.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-89-le-pouvoir-siamois-face-aux-missionnaires-fran-ais-aux-xvii-et-xviiiemes-siecles-118682905.html

 

 

(3) Nous avons déjà traité une partie du  chapitre 4  (Un État commercial ? ) in  : 87. Le commerce du royaume du Siam au temps du roi Naraï (1656-1688).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-87-le-commerce-du-royaume-de-siam-au-temps-du-roi-narai-1656-1688-118237885.html

 

(4) Table des matières de la 2ème Partie - ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX XVIIème-XVIII ème SIÈCLES. (pp.81-164)

 

Chap. 4 - Du carrefour à l’écart (1660-1688). (pp. 83-104)

- Un « État commercial » ?

- Du carrefour à l’écart (1680-1700).

 

Chap. 5 – De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767) (pp. 105-134)

- Les régnes : de Petrâcha à Ekathat.

- La crise, le repli et le ressourcement.

- La Chute d'Ayutthaya (1767).

- Aperçu sur l'après-Ayutthaya.

 

Chap. 6 – Pouvoir et société au Siam. (pp.135-164)

- La bonne administration.

- De l'absolutisme et de la faiblesse du roi.

- De la troupe à la clientèle.

 

 

(5) Produits arrivant au Siam :

 

« - d’Inde et d’Orient, des tissus et habits divers dont « la mousseline jaune destinée à confectionner l’habit des moines » et qui forment le gros des livraisons ; des tapis, des pierres précieuses taillées, des aromates et produits pour la pharmacopée – dont l’opium qui est alors une médecine. Il y aussi régulière importation d’esclaves par cette voie ». (Une note signale un trafic régulier au XVIII ème siècle et donne un exemple d’un navire du prince de Siam pillé par des Anglais en 1696 qui contenait une centaine d’esclaves).

 

  • « Du Japon : l’argent, ainsi que les navires hollandais apportent jusqu’en 1668, date à laquelle son exportation est interdite par les autorités japonaises ; le cuivre que vont chercher des bateaux royaux et quelques particuliers ainsi que des produits d’artisanat, de luxe et semiluxe : sabres, porcelaines, boîtes laquées, paravents, articles d’argenterie … » 

 

  •  De Chine, des porcelaines, soieries et brocarts, tapis et un peu d’or, ainsi du papier, des « confitures » (fruits et légumes confits, des médecines et du thé, boisson dont, selon La Loubère, « l’usage » se répand à Ayutthaya dans les années 1680 ;

 

  •  De Batavia, des pièces d’argent hollandaises après 1668, ainsi que quelques produits des Indes ».

 

Alain Forest cite ensuite d’autres produits provenant du Laos, du Cambodge, de Cochinchine, du Tonkin et des Philippines.

 

« Les Chinois assurent bien sûr avec leurs « sommes » (jonques) l’essentiel des échanges avec les pays d’extrême Orient, notamment le Sud de la Chine et le Japon où ils sont les seuls admis avec les Hollandais » ; les Chinois, quant à eux, retirent du Siam essentiellement des produits de ravitaillement pour le sud troublé de la Chine (riz, salpêtre, sel, plomb, étain, ivoires, médecines) et quelques produits de luxe venus d’ailleurs du continent indien.

 

(6) https://www.futura-sciences.com/sciences/questions-reponses/histoire-chine-japon-deux-empires-fermes-xviie-siecle-10914/

 

(7)  Les relations franco-thaïes : Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin.  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html

 

« La relation de voyage du Comte de Forbin publiée dans ses « Mémoires » nous apprend fort peu de choses sur le Siam, sur les objectifs de l » Ambassade mais beaucoup sur sa clairvoyance politique et sur son courage. Dès le début du livre, il tient à se démarquer de l’abbé de Choisy et du père Tachard « qui ont fait le même voyage, et qui ont vu les mêmes choses que moi, semblent s’être accordés pour donner au public, sur le royaume de Siam, des idées si brillantes et si peu conformes à la vérité ». Il confirme plus loin que même Céberet du Boulay de la 2e ambassade : « était si frappé de les avoir vu si pauvres, de la misère du royaume, qu’il ne comprenait pas comment, on avait eu la hardiesse d’en faire des relations  si magnifiques ». »

 

Pour la fin du règne et la « révolution » de 1688, Cf. :

99.  La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html

 

 

Partager cet article

Repost0
12 août 2019 1 12 /08 /août /2019 22:25

 

Au cours des trente premières années du XVIIe siècle, le Japon connut un âge d'or dans ses relations avec le monde extérieur : il s'ouvrit à de nouveaux marchés, découvrit de nouveaux modes de pensée et envoya ses marchands et ses aventuriers à travers toute l'Asie du Sud-Est. C’est l’ère de l’émergence du commerce maritime japonais avec l’Asie du Sud-Est.

 

Nous faisons référence dans cet article à des « sources japonaises » que nous n’avons pu consulter. Elles proviennent d’un remarquable article de Vu Duc Liem, lecteur à l’Université de Hanoï : « JAPANESE MILITARY INVOLVEMENT IN AYUTTHAYA, 1600 – 1630 » (1).

 

 

 

 

 

LES ORIGINES

 

 

C'est l’époque des navires japonais porteurs du « sceau vermillon », les « bateaux à licence vermillon » qui est pour l’essentiel à l’origine, de relations commerciales d’abord, mais aussi d’une intervention de l’armée japonaise dans la vie politique siamoise (2).

 

 

 

 

Ce fut la conséquence inéluctable de la présence dès le début du XVIIe de l’implantation de la communauté japonaise à Ayutthaya, l’une des premières communautés étrangères établies dans la capitale : marchands, guerriers, fonctionnaires japonais venus avec leur argent, leurs cargaisons, leurs armes et leurs domestiques alors que les influences européennes sur le Siam se situaient à l’extérieur de ses frontières, les Japonais furent en grande faveur aux yeux des rois siamois plus que n’importe quels autres étrangers dans le royaume. De nombreux ports, Hoian (au Vietnam), Manille, Ayutthaya, Patani virent l’installation de colonies japonaises, centres d’échanges économiques, mais aussi d’interactions culturelles et politiques avec la population et l'administration locales (3).

 

 

Parmi ces colonies, l'une des plus anciennes et des plus importantes fut Ban Yiipun, (บ้านญี่ปุ่น) la colonie japonaise située dans la banlieue sud d’Ayutthaya. On estime qu'il y eut au début du XVIIe siècle environ 800 colons japonais à Ayutthaya et leur nombre aurait atteint à son apogée dans les années 1620, le point culminant de leur prospérité, avec 1.500 personnes (4).

 

 

 

 

Ceux-ci eurent un rôle pendant plus de trois décennies et leur présence fut aussi un facteur important de l’intervention leur branche militaire dans la vie politique.

 

Les échanges militaires en Asie du Sud-Est à cette époque concernaient surtout le négoce des armes et des interactions entre technologies militaires dès avant l’arrivée des écrasantes influences européennes. Ayutthaya était alors la « Cosmopole » stratégique du siècle, la « Venise de l’Est ». L'engagement militaire japonais va, entre 1600 et 1630, dès avant la direction du remarquable et ambitieux Yamada Nagamasa (5), considéré comme un héros dans les deux pays, être essentiel.

 

 

 

 

Dans ce contexte régional, le Siam devint progressivement l’un des carrefours commerciaux de l’Asie du Sud-Est, accueillant marchands, missionnaires, guerriers étrangers ont été accueillis. Ayutthaya y a une position géographique stratégique lui permettant de devenir un important port maritime international en Asie du Sud-Est. Sa population varie selon les estimations mais comportait plusieurs centaines de milliers d’habitants (4). Port important et grand centre économique, l'Est et l'Ouest pouvaient s’y rencontrer au milieu d’étrangers cherchant leurs propres rêves de prospérité et de richesse.

 

 

 

]

Or, à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, Ayutthaya dut se défendre contre les attaques des Birmans dès 1549. En 1569, après une série de campagnes complexes, les Birmans réussirent à capturer et à piller la capitale siamoise avant de la quitter. En quelques décennies, les destructions furent réparées. Le pouvoir militaire d’Ayutthaya fut rétabli qui permit à la ville de retrouver son ancienne grandeur. Ce renouveau fut l’œuvre du roi Naresuan (1590-1605) qui vainquit les Birmans à l’aide d’un bataillon de japonais (6) et mit le Cambodge une nouvelle fois sous contrôle d’Ayutthaya.

 

 

 

 

Il reste l’une des rares figures de l’histoire siamoise qui, par son charisme, son courage personnel et son caractère incisif accomplit une tâche herculéenne. Contrôlant un vaste territoire et, rétablissant le commerce maritime d’Ayutthaya, le royaume retrouva pas à pas le chemin de la prospérité. Ekathosarot, qui lui succéda en 1605, avait profité du génie militaire de son frère et savait qu'un pays ne pourrait être fort qu’entouré de puissants amis. Ainsi, le nouveau roi non seulement cimenta les relations amicales avec les États étrangers, mais fit également tout ce qui était en son pouvoir pour promouvoir le commerce. Il accueillit avec bienveillance les commerçants étrangers, notamment japonais, portugais, néerlandais et anglais, en leur accordant des privilèges de résidence, de protection et de commerce.

 

 

 

A cette époque, les guerres civiles perpétuelles qui avaient ravagé le Japon touchaient à leur fin et de nombreux seigneurs (daimyo) commencèrent à se consacrer au commerce extérieur. Le développement de l'économie nationale et la croissance des villes donnèrent naissance à une classe de négociants aisés qui commencèrent à investir dans le commerce international.

 

 

 

 

Le premier shogun Tokugawa Ieyasu au tout début du XVIIe siècle, encouragea le commerce extérieur comme moyen de renforcer les finances de son shogunat. Les navires japonais portant son sceau vermillon commencèrent à naviguer en Asie du Sud-Est, accueillis favorablement par les dirigeants locaux parce qu’ils portaient des lettres personnelles et des cadeaux du shogun lui-même.

 

 

 

 

Entre 1600 et 1635, plus de 350 navires japonais partirent outre-mer porteur du sceau vermillon, leur « permis de naviguer ». On les trouve au Vietnam, au Cambodge, dans les îles de l'archipel malais-indonésien et l’île de Luzon aux Philippines. Une part importante de leur commerce était l’exportation d'argent. Entre 1615 et 1625, selon les estimations, 130.000 à 160.000 kilogrammes d'argent ont été vendus, ce qui représenterait 30 à 40% de la production mondiale de ce métal hors production japonaise. À la suite de ces navires porteurs du sceau vermillon, un afflux de colons japonais s’établit dans la région et en particulier à Ayutthaya en raison de sa position centrale à mi-chemin sur la route entre la Chine et l'Inde. De son côté, faisant régner la paix dans son pays Tokugawa persuada ses daimyo et autres chiens de guerre à se diriger vers le commerce. L’accueil des souverains siamois fut alors bienveillant aux marchands, aux aventuriers, aux guerriers et aux mercenaires étrangers, assurant ainsi tout à la fois les revenus de l'État et renforçant leurs forces armées et leur armement. Les historiens discutent de la date exacte de l’arrivée des Japonais à Ayutthaya. N’entrons pas dans ces spéculations. Notons toutefois qu’en 1570, lorsque les Espagnols prirent possession de Manille, vingt Japonais y vivaient et faisaient du commerce et d’autres étaient établis à Malacca au début des années 1580. Ils auraient été particulièrement bienvenus au Siam à cette époque, compte tenu du dépeuplement partiel du royaume d'Ayutthaya et du manque de main-d'œuvre après la conquête de 1569 par les Birmans et la déportation forcée d’une partie de ses habitants.

 

 

 

 

 

Les relations commerciales entre le Japon et le Siam auraient commencé entre 1600 et 1635, encouragées par l'administration Shogun. Il est probable qu'à la fin des années 1620, le commerce entre le Siam et le Japon était le plus important que celui avec les autres nations. Des sources japonaises indiquent qu'entre 1604 et 1635, cinquante-six navires japonais dotés du Sceau rouge parvinrent à Ayutthaya (7). Les récits de l’arrivée de ce Japonais partis en général du port d’Edo pour gagner le Siam sont malheureusement inexistants. Ce qui n’est ne sera pas le cas pour les sources néerlandaises, françaises et portugaises postérieures

 

 

 

 

Selon des sources japonaises, une première vague serait arrivée entre 1573 et 1591. Elle fit découvrir le Japon aux Siamois. Ce serait sous le règne du roi Maha Thammaracha entre 1569 et 1590 (?).

 

 

 

Elle fut suivie par plusieurs vagues de samouraïs ayant perdu leur statut et leur emploi après leurs défaites dans les batailles de Sekigahara (1590 ?)

 

 

 

et d'Osaka (1615),

 

 

 

 

cherchant l’aventure et la fortune dans des lieux aussi lointains que le Siam. Sous le règne du roi Ekathosarot (1605-1610), parmi les colons japonais, certains lui servaient de gardes du corps et appuyaient ses propres forces. Cette participation continua sous le règne du roi Songtham (1610-1628).

 

 

 

 

La nouvelle de la carrière glorieuse et réussie de Yamada Nagamasa entre 1614 et 1630 fit l’objet d’une large diffusion au Japon. Et n’a pas manqué de susciter une inflation de migrants en quête d’aventures (5).

 

 

 

À la différence des colonies néerlandaise, portugaise et anglaise d'Ayutthaya, dont on trouve facilement les traces matérielles de nos jours, il est difficile d'identifier exactement le lieu où la communauté japonaise s'était installée. Elle aurait été située dans des villages construits sur des terres attribuées par les rois siamois et situés à l'extérieur des remparts afin de réduire le risque de rébellion latente et de créer une zone tampon entre les envahisseurs potentiels et la ville. Nous n’avons d’autres sources que les cartes datées de 1686 et 1693 (4)

 

 

 

 

On y trouvait naturellement les entrepôts pour stocker et collecter les marchandises d'importation du Japon (essentiellement des produits de luxe, l’argent métal tout d’abord ainsi que des produits d’artisanat, de luxe et semi-luxe : sabres, porcelaines, boîtes laquées, paravents, articles d’argenterie) et d’exportation vers le Japon (soies venues de Chine, peaux de cerfs, de raies et de requins utilisées par les Japonais pour les poignées de leurs sabres).

 

 

 

 

Tout fut détruit lors de l’invasion birmane en 1767.

 

En 1633 le Japonais Tokugawa lança sa politique de « porte fermée » et les colons japonais perdirent le soutien du roi Prasat Thong (1629-1656).

 

 

 

Après des massacres perpétrés au sein de la colonie japonaise, il reprit une politique plus clémente à l’égard des Japonais pour les inciter au retour. En fait, 70 ou 80 personnes répondirent et furent autorisées à s’installer à Ayutthaya, recevant des terres et des privilèges notamment celui de nommer leurs propres chefs, dans un effort visant à promouvoir les échanges commerciaux et à encourager le retour des commerçants. Il envoya ainsi une ambassade au Japon en 1635 qui fut un échec cuisant puisque le Shogun refusa de la recevoir. Plus tard, le roi Fachai (1655-1656), et plus particulièrement le roi Narai (1656-1688), firent plusieurs tentatives qui échouèrent également. La communauté japonaise n'avait plus aucun rôle à jouer à nouveau comme au cours des dernières décennies.

 

Cette communauté comportait essentiellement deux catégories, les marchands et les guerriers.

 

 

 

MARCHANDS ET GUERRIERS

 

Pendant 29 ans avons-nous dit, de 1606 à 1635, 56 navires japonais se rendirent à Ayutthaya, soit en moyenne deux navires par an. Cela peut sembler peu de choses ? Que non pas ! Il ne faut pas oublier que ces voyages étaient soumis au régime des deux moussons, que ces embarcations étaient énormes, parfois plus de 100 mètres de long et capables de transporter des centaines de tonnes de marchandises essentiellement précieuses : Les jonques de haute mer passent pour avoir pu transporter 5 ou 600 tonnes de marchandises, peut-être plus.

 

 

 

Il était évidemment plus intéressant de transporter une cargaison de lingots d’argent qu’une cargaison de paille de riz. N’oubliez pas que les premières caravelles de l’époque Christophe Colomb, 20 ou 30mètres, semblaient auprès des jonques asiatiques à des canots de sauvetage. Il n’existe malheureusement pas la moindre trace de la nature et du montant des mouvements de marchandises, toutes archives ayant disparues lors du sac d’Ayutthaya par les Birmans. 130 à 160 tonnes d’argent parvenues au Siam ne sont qu’une estimation. Pour autant que cette comparaison valle ce qu’elle vaut, cela représenterait en 2019 au cours de l’argent fin une valeur d’environ 70 millions d’euros.

 

Lingot d'argent japonais de cette époque :

 

 

De même, bon nombre de jonques siamoises se rendirent au Japon. L’immigration vers le Siam fut en outre facilitée par les persécutions religieuses contre les chrétiens au Japon alors que les chrétiens japonais convertis jouissaient d'une grande liberté de religion à Ayutthaya. En 1627, un jésuite portugais d'Ayutthaya déclarait que sa communauté chrétienne comportait 400 fidèles. En 1628, il y aurait également eu 600 chrétiens tous soldats.

 

 

 

 

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » font état de la présence de 500 japonais en 1593 (8) pour la plupart aventuriers et mercenaires, gardes du corps du roi ou auxiliaires dans l’armée siamoise.

 

 

 

 

S’agissant essentiellement de rônins (samouraïs errants et sans maître),

 

 

 

 

il leur fallut bien émigrer pour retrouver ailleurs leur honneur perdu ou, peut-être de manière plus réaliste, pour gagner leur vie. Leurs exceptionnelles compétences guerrières en firent des recrues de choix pour aider Ayutthaya à remporter la victoire dans les guerres sans fin de la fin du XVIe au début du XVIIe siècle. Leur première implication significative dans l'armée siamoise est celle de la bataille de Nong Sarai en 1593, sous la direction du roi Naresuan et de son frère Ekathotsarot. Plusieurs centaines de Japonais avaient rejoint l'armée siamoise. Les Chroniques royales décrivent en détail comment une armée de 100.000 hommes prêts à affronter les Birmans comprenait Phra Sena Phimuk (titre siamois attribué au chef de l'armée japonaise) monté sur l'éléphant taureau Phop Trai et commandant un corps de cinq cent Japonais (6). Toutes les sources s’accordent à louer leur intrépidité, leur audace et la qualité de leurs armes blanches, semant la terreur chez leurs ennemis en poussant des hurlements. Même si la question de savoir s’ils ont joué un rôle clé dans ces combats, il est certain qu’il fut en tous cas important. Sans entrer dans les légendes des sources japonaises, il est en tous cas assuré qu'un groupe de guerriers japonais, composé d'environ 500 à 600 hommes a formé la troupe des gardes du corps du roi et joué un rôle important dans les événements qui suivirent la mort du roi Songtham en 1628. L’instabilité chronique à cette époque explique facilement le choix de troupes étrangères, unique d’ailleurs dans l’histoire des autres pays d’Asie qui considéraient les étrangers comme peu fiables. Il n’est pas inutile de rappeler qu’au début du XVIe siècle, par exemple, le roi Phra Ramathibodi II (Chettathirat I) avait été témoin de la supériorité de l’armement portugais en 1516, quelques années seulement après la prise de la ville de Malacca et avait avec eux signé un traité concernant les armes à feu. Le roi Chairacha, en 1534, embaucha cent vingt Portugais qui servirent de gardes du corps au palais. Au cours des décennies suivantes, les gardes du corps étrangers furent une constante au Siam. Après les Portugais, ce furent les Japonais : En plus des gardes du corps, l'armée d'Ayutthaya comprenait des escadrons de troupes auxiliaires formées de Japonais avec aussi de Portugais et de Hollandais.

 

 

 

 

Bien que leur tâche fût de protéger les rois, ils s’impliquèrent dans les conflits au sein du Palais royal, engagés dans les trois successions épineuses caractérisées par des coups d'État et la violence en 1612-1628-30 et 1648.

 

En dehors de leurs remarquables aptitudes au combat, le fait qu’ils soient immigrés sans le plus souvent espoir de retour dans leur pays d’origine ajouta à leur détermination. Les Européens présents au Siam au début du XVIIe siècle en furent les témoins et rapportèrent leurs exploits en particulier Van Vliet qui décrivit le soulagement des Siamois lorsque la plupart de ces hommes « audacieux et perfides quittèrent Ayutthaya. À mesure que l'influence des Japonais augmentait, leur fierté et leur impudence naturelles devinrent si grandes qu'ils ont finalement osé attaquer le palais et s'emparer du roi jusque dans sa chambre ».

 

 

 

 

L’amiral Hollandais, Cornelis Matelief de Jonge les considérait comme « une race très déterminée, capables de se suicider plutôt que de tomber vivants dans la main de leurs ennemis et être torturés à mort ». Dans le même style, le gouverneur général espagnol des Philippines, Don Pedro Bravo de Acuna, écrivit en 1605 à son roi que les Japonais «  étaient des hommes courageux qui craignent peu la mort et aiment aller à la guerre, leur caractère est cruel et féroce, ce sont par nature des bandits ». Nous trouvons des réflexions aussi peu amènes chez La Loubère.

 

 

 

 

LE COUP DE FORCE DE 1611

 

L'émeute au palais royal d'Ayutthaya en 1611 fut probablement le tout premier trouble militaire que les Japonais causèrent à Ayutthaya. Il en est deux versions dont vous ne serez pas étonnés qu’elles soient contradictoires, une hollandaise et une siamoise.

 

La première est celle d’un marchand néerlandais Peter Floris, employé de la Compagnie anglaise des Indes orientales arrivé à Ayutthaya en août 1612 dont le manuscrit qui dormait au British Museum a été transcrit et publié une première fois en 1934 (9). Selon lui, un groupe de 280 « esclaves » japonais aurait pris d'assaut le Palais royal pour se venger de quatre seigneurs siamois qui avaient tué leur maître. Après que les coupables présumés aient été massacrés sur place, les Japonais auraient obtenu une promesse d’immunité du « jeune roi » contraint de signer un document avec son sang. Une fois cette immunité certifiée, les Japonais commirent d’autres violences au hasard et repartirent du palais avec de grandes richesses.

 

 

Il existe également une source thaïe tardive qui semble avoir été répandue dans la vision populaire de l’histoire d’Ayutthaya (1). Dans ce récit, le roi Songtham est appelé «Tilokkanat ». Il est décrit comme un homme érudit et voué à l'étude du bouddhisme. À cette époque, un groupe de commerçants japonais arriva à Ayutthaya avec des marchandises à vendre. Un haut responsable (Ammat), qui était un homme malhonnête, avait prétendu à tort que le roi lui avait ordonné d'acheter diverses denrées. Lorsque l’affaire fut faite, il les paya avec de la monnaie de cuivre argenté qu’ils reçurent sans prendre soin de l'examiner. Après le payement, ils constatèrent qu'il s'agissait non pas d'argent mais de cuivre ce qui les rendit furieux. Ils pensèrent que le roi les avait trompés. Ils envoyèrent quatre domestiques dans le palais avec des armes dissimulées. Le roi Tilokkanat (Songtham) tenait audience et expliquait des sculptures bouddhistes aux moines. Quand les Japonais entrèrent, ils sortirent leurs armes. Les fonctionnaires présents purent les désarmer. Le roi leur demanda pourquoi ils cachaient des armes et venaient avec des intentions hostiles. Ils lui expliquèrent qu’un haut responsable les avait payés en monnaie de cuivre et que leur maître, furieux, faisait peser la responsabilité de cette escroquerie sur le roi. Celui-ci ordonna alors une enquête, arrêta le responsable et découvrit la vérité. Il fit alors payer les Japonais avec du bon argent et les fit libérer. Les Japonais ont évidemment le beau rôle de victimes. Il est évidemment difficile de savoir où se situe la vérité historique. Les différentes versions des Chroniques sont nébuleuses et nous apprennent simplement que 500 Japonais ont pénétré dans les appartements royaux et furent en définitive massacrés (8). Dans la mesure où les Chroniques royales existantes sont des reconstitutions tardives d'événements antérieurs et pas toujours fiables, il est permis de penser que la version de Peter Floris écrite « à chaud » est la plus vraisemblable.

 

 

 

L’ARRIVÉE DE YAMADA

 

L’arrivée de Yamada au cours de cette période d'instabilité causée par certains de ses compatriotes est postérieure. Il n’est cependant mentionné dans aucun document contemporain au cours des dix premières années qu'il a passées à Ayutthaya, il est en particulier inconnu des Chroniques. On suppose seulement que durant cette période, il a appris la langue et monté pas à pas dans la hiérarchie de la communauté japonaise. Nous le trouvons en 1621 comme chef officiel des Japonais d’Ayutthaya. Engagé dans les affaires diplomatiques, commerciales et militaires, il joua un rôle de plus en plus important dans les relations diplomatiques entre Ayutthaya et les Shoguns japonais. En échange de ses services, il reçut le titre officiel d’okphra, intermédiaire indispensable entre la cour d’Ayutthaya et la diplomatie japonaise qui le reconnut comme tel.

 

 

 

 

Joost Schouten, responsable de la société de négoce néerlandaise à Ayutthaya, exprima son inquiétude dans une lettre de 1629 adressée au gouverneur général néerlandais de Batavia sur le rôle du chef des résidents japonais. Commandant en chef du corps des japonais gardes du corps du roi et des soldats japonais de l’armée siamoise, nous avons trace de sa première action militaire en 1624, lorsqu'il mena un groupe de soldats siamois et japonais attaquer un navire espagnol sur la Chao Phraya qui s’attaquait à des bâtiments néerlandais alors que le roi Songtham avait une dilection particulière pour les Bataves. Celui-ci envoya un émissaire pour demander aux Espagnols de libérer les captifs et la cargaison. Don Fernando de Silva, le capitaine espagnol, refusa. Songtham lança alors de nombreux bateaux pour attaquer sa flotte dont l’artillerie castillane ne put venir à bout. Les Japonais partirent à l’attaque, prirent d’assaut les navires espagnols, Don Fernando de Silva fut massacré avec la plupart de ses compatriotes.

 

 

Après cet épisode, Yamada fut conforté dans la faveur du roi Songtham qui lui proposa de devenir ministre et chef militaire de sa cour. Toujours selon une source japonaise, il commandait 800 soldats japonais et 20.000 soldats siamois. En raison de sa position Yamada était tenu de jurer fidélité au roi mourant et de lui promettre de faire tout ce qui était nécessaire pour permettre à son fils de monter sur le trône. Dans ce contexte, il était cependant subordonné à Phya Sriworawong choisi par Songtham pour devenir régent et tuteur du jeune prince et de ce fait le deuxième homme le plus puissant du Siam. Ce fut le début d’un conflit qui dura deux ans et dont l’issue eut de lourdes conséquences, non seulement pour Yamada mais pour l’ensemble de la communauté japonaise.

 

 

 

Nous avons des manigances de Yamada entre 1628 et 1630 la longue description de Van Vliet. Le roi Songtham mourut le 12 décembre 1628, fut remplacé par son fils âgé de quinze ans qui prit le nom de Chetthathirat. Comme dans toutes les successions à cette période, le changement de titulaire au trône fut l'occasion de règlements de compte. Phya Sriworawong en profita pour se débarrasser de ceux qui constituaient des obstacles à son éventuelle ascension au trône. Un massacre généralisé suivit l'intronisation du jeune roi. Yamada passe pour avoir été hostile à ces bains de sang (?). Van Vliet nous appprend que peu après la montée sur le trône de Chetthathirat, Phya Sriworawong fut promu au rang de Chao Phya Kalahom Suryawong. Il pouvait contrôler complètement le jeune roi et éventuellement accéder au pouvoir à tout moment. Il avait toutefois deux puissants rivaux. L’un était le frère de Songtham appelé Sri Sin, alors moine et l’autre, bien sûr, Yamada. Sriworawong qui fit preuve d’habile fourberie en opposant les deux hommes. Il réussit à convaincre Yamada que, pour tenir une promesse faite à Songtham sur son lit de mort, Sri Sin devait être éliminé comme usurpateur potentiel du trône que feu le roi voulait réserver à Chetthathirat. Yamada fit alors le nécessaire mais en devint le seul obstacle entre  Sriworawong et le trône.

 

 

 

Pour ce dernier, tuer Yamada à Ayutthaya était hors de question, car il aurait dû faire face à la colère des Japonais dont le soutien lui était toujours nécessaire. Sriworawong lui offrit alors la vice-royauté de Pattani pour le tenir à l'écart, lui et son armée, d'Ayutthaya. Les Japonais quittèrent Ayutthaya en août ou en septembre 1629. En janvier 1630, Yamada s'était installé à Ligor avec 300 soldats japonais et 3 à 4000 soldats siamois. Entre-temps, Sriworawong avait fort rapidement fait déposer et tuer le jeune roi et était monté sur le trône sous le nom de Prasat Thong. Yamada pour sa part mourut rapidement soit des blessures reçues lors de la conquète de Pattani soit sur instructions de Prasat Thong qui aurait ordonné de l’empoisonner.

 

 

La mort de Yamada marqua un point final à l’influence des Japonais à Ayutthaya. Leur communauté fut alors anéantie et ses membres massacrés par le nouveau roi. La Loubère résume cette fin comme suit : « Autrefois les Rois de Siam avoient une Garde Japonaise composée de six-cent hommes : mais parce que ces plus de six cent hommes seuls faisaient trembler quand ils voulaient, tout le Royaume, le Roy père du Roy d'aujourd’hui après s'être servi d'eux pour envahir la Couronne, trouva le moyen de s'en défaire plus par adresse que par force » (10).

 

 

 

LA FIN.

 

Arrivés à Ayutthaya probablement avant 1600, au bénéfice de l’ère du « sceau vermillon », les Japonais dominèrent les autres communautés étrangères d’Ayutthaya. Prenant part aux campagnes militaires siamoises et agissant comme gardes du corps du roi entre 1600 et 1630, ils intervinrent dans certains des événements les plus importants du royaume, capturèrent même probablement le roi siamois et participèrent à l’instabilité politique de cette époque. Van Vliet observa que le roi Prasat Thong les avait chassé du pays « au grand bonheur des habitants… les grands hommes du pays et les nobles en furent très heureux, car ils craignaient depuis toujours les Japonais pour leur audace et leur tentative perfide pour faire du roi un prisonnier ».

 

 

 

 

Après avoir dominé le commerce international siamois et participé activement à la vie politique pendant trente ans, ils en disparurent jusqu’au traité d’amitié de 1887 entre le Roi Chulalongkorn et l'empereur Meiji. Le chemin entre le Capitole et la roche tarpéienne est court : « Arx tarpeia capitoli proxima ».


Cet épisode fulgurant de 30 ans de l’année dans l’histoire du Siam nous conduit à poser deux questions, le pourquoi et ses suites.

 

 


 

POURQUOI DES MERCENAIRES ?


 

Des observateurs français des ambassades de Louis XIV, le plus serein et le plus précieux est le Chevalier de La Loubère, entre le père Tachard qui n’est que flagornerie et le chevalier de Forbin qui n’est que mépris. Ses considérations sur les armées siamoises qui datent de 1695, 65 ans plus tard, sont consternantes (10) : Les Siamois ignorent tout de l’art de la guerre, ni tactique ni à fortiori stratégie. Ils ignorent tout de la fabrication des armes (armes à feu (affaire portugaise) ou armes blanches (affaire japonaise)). Ils ignorent tout de la stratégie de l’investissement d’une place (guerre de siège) et encore moins de sa défense. Leur attitude au combat enfin est désolante de veulerie. L’utilisation de guerriers de profession s’impose alors et alors les meilleurs sont les Japonais ! L’histoire récente a démontré leur pugnacité, leur courage, leur mépris de la mort et leur férocité lors du dernier conflit mondial.


 

 

LES CONSÉQUENCES ?


 

Pour autant que l’histoire puisse se répéter, il est une leçon à en tirer, l’exemple le plus caractéristique est celui de la garde prétorienne de l’Empire romain. Garde personnelle et rapprochée du divin Empereur, composée initialement et exclusivement de latins, le fut très rapidement par de véritables mercenaires illyriens. L’Illyrie c’est l’actuelle Albanie, réservoir de farouches et impitoyables guerriers au sein desquels des siècles plus tard les Turcs recrutèrent l’élite de leurs janissaires. Les cohortes prétoriennes intervinrent à plusieurs reprises dans les luttes pour la succession impériale, et devinrent rapidement maîtres du choix du successeur. Le nouvel empereur était toujours acclamé par les prétoriens avant même de l’être par le Sénat et les légions des provinces. Le prix à payer était le «  donativum », le « don de joyeux avènement ». Ils n’étaient que quelques milliers mais faisaient trembler un empire de 50 millions d’habitants.

 

 

 

 

Il ne devait pas y avoir au Siam à cette époque plus de 3 millions d’habitants, qui tremblaient devant 5 ou 600 mercenaires !

H 44 - LES JAPONAIS AU SIAM, GRANDEUR (1600) ET DÉCADENCE (1635).

NOTES


 

(1) C’est une publication de « Southeast Asian Studies Program, Chulalongkorn University » numérisée : http://arcmthailand.com/documents/documentcenter/JAPANESE%20MILITARY%20INVOLVEMENT%20IN%20AYUTTHAYA,%201600%20%E2%80%93%201630.pdf

 

(2) Appelé en japonais le shuinsen  ce sceau vermillon est tout simplement une licence d’exportation autorisant les navires à se rendre dans les ports d’Asie d- Sud-Est depuis le shogunat Tokugawa entre 1600 et 1635 jusqu’à la fermeture du pays.

 

(3) Au sujet du commerce avec le Japon, voir nos articles :

 

87 : «  Le Commerce du royaume de Siam au temps du Roi Naraï (1656-1688) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-87-le-commerce-du-royaume-de-siam-au-temps-du-roi-narai-1656-1688-118237885.html

H 42 « ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX XVIIe-XVIIIe SIÈCLES. 1. »

 

 

(4) Au sujet de la ville d’Ayutthaya, voir nos deux articles

H 36 « AYUTTHAYA AVANT LA CHUTE DE 1767, LA POPULATION ET SES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES - PREMIÈRE PARTIE »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/ayutthaya-avant-la-chute-de-1767-la-population-et-ses-activites-economiques-premiere-partie.html

 

H 37 « AYUTTHAYA AVANT LA CHUTE DE 1767, LA POPULATION ET SES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES - SECONDE PARTIE »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/h-37-ayutthaya-avant-la-chute-de-1767-la-population-et-ses-activites-economiques-seconde-partie.html

 

(5) Voir notre article 73 «  Yamada Nagamasa, le Japonais qui devint Vice-Roi au Siam au XVIIème Siècle ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-73-yamada-nagamasa-le-japonais-qui-devint-roi-au-siam-au-xviieme-siecle-115599893.html


 

(6) La bataille est relatée dans « The royal chronicle of Ayutthaya » de Cushman et Wyatt, p. 128.


 

(7) Sur les 350 navires autorisés, nous avons pour la région 14 pour l’Annam, 36 pour le Tonkin, 70 pour la Cochinchine, 5 pour le Champa, 44 pour le Cambodge, 56 pour le siam et 53 pour Luzon. Les autres partaient probablement vers la Chine et la Corée ?

 

 

 

(8) « The royal chronicle of Ayutthaya » de Cushman et Wyatt, p. 208-209.

 

(9) « Peter Floris –His voyage to the East Indies in « the Globe » - 1611 6 1615  - The contemparory translation of his journal »

 

(10) La Loubère consacre tout un chapitre du premier volume de son ouvrage « Du royaume de Siam », chapitre intitulé « De l'art de la guerre chez, les Siamois, et de leurs forces de mer et de terre » et un autre intitulé « du Palais et de la garde du roi »

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 03:42

 

In chapitre 3 du livre « L'Espace social. À propos de l'Asie du Sud-Est », (pp. 259-316) (1)

 

 

Il faut connaître le prestige et l'œuvre de Georges Condominas pour comprendre l'intérêt que nous avions de savoir ce qu'il avait écrit sur l'évolution des systèmes politiques thaïs, certes écrit en 1976 ; Un article du chapitre 3 de son livre « L'Espace social. À propos de l'Asie du Sud-Est », (pp. 259-316). (Pour le concept d'espace social, Cf. (2)) Mais il ne s'agissait pas d'en faire un compte-rendu (3), vu que Georges Condominas dans cet article précise (p. 304) que son étude est surtout consacrée aux müöng  (ou muang ou mueang) accrochés aux montagnes et vallées d'Indochine septentrionale (Le Vietnam du nord actuel). Nous n'avons donc relevé que ce qui concerne les relations des müöng  dans  l'État siamois,  en renvoyant nos lecteurs  à nos  articles que nous avons déjà publiés sur les sujets qu'il aborde, en sachant, dit-il, que la documentation concernant les systèmes politiques créés par les Thaïs est assez abondante, mais qu'elle se limite au roi et à la cour, et que  le peuple y est peu mentionné.

 

 

 

Georges Condaminas constate « la remarquable unité de la langue thaïe, à travers cet immense territoire que constitue l'Asie du Sud-Est continentale » et la rapidité avec laquelle ces peuples ont réalisé cette expansion. (Il clarifie en note les différentes orthographes du mot thaï, qui est la famille de langues et l'ensemble des locuteurs, tandis que tay, est employé pour les dialectes des groupes ethniques qui les parlent (« tay blanc, tay noir, etc))

 

 

Une expansion qui s'est concrétisée par différents royaumes thaïs « dans la région où se rencontrent actuellement la Chine, le Laos, la Thaïlande et la Birmanie ». Toutefois les Tai se constituèrent en petites communautés autonomes et seul le Siam put se constituer en  un grand État. (Nous en avons étudié les étapes dans « Notre Histoire »  en commençant avec la création des royaumes indépendants de Sukhotai et du Lanna.)

 

 

Le müöng. (Orthographe de Georges Condominas) (Ou muang  ou müang  ou meuang – la transcription officielle - ou moeuong (Aymonier))>

 

 

Nous avions remarqué dans « Notre Histoire » que le muang était une clé essentielle, reconnue par tous, pertinente depuis l’origine jusqu’ à nos jours, couvrant tous les Territoires des Taï, pour comprendre leur identité, leur organisation territoriale, politique et religieuse.  Nous avions alors signalé que  de nombreux auteurs citaient la notion « de système à emboîtement » de Georges Condominas, pour expliquer le modèle pyramidal d’intégration des territoires conquis et de hiérarchie des catégories sociales :

 

 

« On a ainsi une société « englobante » et hiérarchisée : le phi müöng, le génie tutélaire de la principauté « couvre » les différents phi ban, les génies tutélaires de chacun des villages que contient le müöng. » 

 

 

 

Georges Condominas rappelle donc cette notion qui confirme que « le müöng comporte un ensemble de traits communs aux populations de langue thaïe », précisant qu'il  « désigne d'une part à la fois le chef-lieu et la principauté, mais d'autre part et surtout, des circonscriptions de tailles différentes dont les plus larges englobent les plus petites (…) Il désigne [aussi bien] un État puissant comme la Thaïlande qu'une principauté sur laquelle cet État exerce son autorité. (Cf. Notre article (4)). Mais il évoque d'autres traits caractéristiques comme les chefs apparentés et la cohésion dont font preuve ces chefs de guerre dans leur expansion. Les chefs apparentés entre eux, se sont lancés à l'aide de petites troupes à la conquête des vallées et ou de terres basses  aménageables en rizières  avec leurs mythes d'origine. (Il signale l'histoire de Khun Borom, sur lequel il reviendra au cours de l'article. (Cf. Notre article « Les origines mythiques de la Thaïlande ? » (5))

 

 

 

Il donne l'exemple de Pha Müöng, chef de Müöng Rat et Bang Klang Thao, chef de Ban Yang, qui se sont associés pour combattre et vaincre le Résident cambodgien de Sukhotai. Bang Klang Thao fondera le premier royaume indépendant thaï. Son troisième fils Rama Khamheng « fera figure de véritable créateur du Royaume thaï ». Ce qui n'empêchera pas ensuite des ruptures, des guerres, un müöng réussissant à imposer sa suzeraineté à d'autres müöng, reposant sur « un système d'emboîtements » pour aboutir à des États comme le Lanna autour de Chiangmai, le Lane Xang autour de Luang Prabang, puis de Vientiane et le Siam autour d'Ayutthaya. Ces guerres ont constitué d'ailleurs l'essentiel de notre histoire d'Ayutthaya relaté abondamment dans les « Chroniques royales d'Ayutthaya ». (Cf. Notre article « La conquête du « Siam » par les muang. »)(6)

 

 

 

Les Thaïs ont formé leurs royaumes sur les débris des États de haute civilisation à leur déclin, ainsi en a-t-il été pour le royaume de Sukhotai qui a été fortement influencé par l'organisation de l'Empire khmer, mais aussi rajoute Georges Condominas, par celle des Môns notamment pour l'introduction du bouddhisme (Cf. Le royaume môn d'Haripünjaya). Ils  avaient d'ailleurs, avant leurs migrations déjà été influencé par les  systèmes étatiques  de l'empire des Hans et du Nan-tchao. Mais l'histoire écrite, dit-il, ignore totalement les Proto-Indochinois qui ont aussi constitués des espaces sociaux conséquents comme par exemple les Lawas du Nord-Thaïlande.

 

 

 

 

« Les Thaïs ont [ensuite] consolidé leurs pouvoirs par une politique concertée de thaïsation des populations assujetties dont Rama Khamheng a fourni une excellente illustration », en prescrivant par exemple un système d'écriture notant les tons pour renforcer l'utilisation du siamois chez les sujets non-Tai qui parlaient des langues dépourvues de tons. Ce qui ne les a pas empêchés de pratiquer leur langue et leurs coutumes.

 

 

(Il faudra attendre l'année 2017 pour que la Thaïlande reconnaisse officiellement, légalement  et administrativement  62 ethnies. Cf. Notre article sur le sujet qui indique, tout en modulant,  que les deux tiers de la population n’ont pas le « thaï standard » comme langue maternelle. ) (7)

 

 

 

De plus, il faut considérer que les populations soumises (ou du moins les classes dirigeantes), que ce soit au niveau des espaces sociaux des villages, chefferies, ou même des principautés, durent adopter la langue du vainqueur et son système de valeurs pour sortir de leur état servile, et gravir ensuite les différents niveaux du système hiérarchique des müöng, sans oublier que même les royaumes puissants étaient eux-mêmes dans un état d'allégeance avec des États plus puissants. (On peut penser à la Chine pour les  royaumes de Sukhotai et d'Ayutthaya). Mais le plus souvent, « les anciens chefs gouvernaient toujours leurs compatriotes. » (Nous l'avions vu  de façon plus explicite en lisant les « NOTES SUR LE LAOS », d’Etienne Aymonier, qui décrivaient  le Laos siamois (L'Isan) de 1885.) (8)

 

 

La puissance et le pouvoir.

 

 

Comme nous l'avons maintes fois rappelé, les frontières bien délimitées n'ont été un enjeu pour le Siam qu’à partir de la colonisation anglaise et française (Cf. Traité franco-siamois de 1893), auparavant ce qui était essentiel était le contrôle de la main-d'œuvre  contrairement à l'Occident. Les guerres perdues se payaient par des déplacements de population que le roi distribuait pour récompenser ses subordonnées et exploiter de nouvelles terres.(Cf. Le Laos siamois (8)) Georges Condominas ne peut que confirmer que « C'est en effet le nombre de « main-d'œuvre qu'il a sous son contrôle qui donne tout son poids au chef tay. ». Il signale que certains déplacements de population furent parfois catastrophiques, comme par exemple, « la déportation par les Siamois, après la victoire sur Chang Anou, de toute la population de la plaine de Vientiane », expliquant « une importante implantation lao dans la province de Phetchaburi, au nord de l'isthme de Kra, a près de 1.000 kilomètres de leur lieu d'origine ».

 

 

 

 

 

Cette main-d'œuvre va s'inscrire dans une organisation hiérarchique du royaume basée sur un système de grades appelé « sakdina ». Georges Condominas va citer  H. G. Wales qui dans Lois sur les hiérarchies civiles, militaires et provinciales de 1454, nous donne quelques exemples.  « Un homme libre ayant le grade de 25 voulait dire qu'un individu de cette condition ne pouvait posséder plus de 25 rai.  (Un rai équivaut à 1.600 m2). Cela permettait de déterminer le nombre de « clients » qu' « un patron » pouvait mettre à la disposition du service gouvernemental régi par un système de corvées civiles et militaires. « Ainsi, en supposant que chacun de ses clients possédait 25 rai, un patron de 400 en sakdina contrôlait 16 hommes tandis qu'un ministre de grade 10.000 en sakdina contrôlait 400 clients. » » La puissance se comprend donc aussi bien par une évaluation territoriale que par le nombre d'hommes qui lui correspond.

 

 

Mais nous avions vu avec l' « Etude sur le système de sakdina  en Thaïlande » de Suthavadee Nunbhakdi, paru dans le livre « Formes extrêmes de dépendance », Contributions à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-est »,(1998) sous la direction justement de Georges Condominas,  que le système de la sakdina est plus complexe.

 

 

 

 

Il  est effectivement un système hiérarchique qui attribue un rang, un grade donnant droit à une surface donnée et un nombre de paysans (Phraï ou hommes libres et That ou esclaves) correspondant, mais il régule aussi  le système foncier et gère le système « politique » qui permet de s’attacher les guerriers valeureux, méritants ou de « punir » les hommes ayant failli ou « dangereux ».

 

 

 

La sakdina est donc un des moyens qui permet au chef du mueang d’assurer son pouvoir en gérant  son territoire (son foncier), son « pouvoir économique », « ses subordonnées », de répondre aux « exigences « impôts et corvées) du muang supérieur. Elle constitue l’un des moyens d’organisation et d’exercice du pouvoir, avec les mariages les alliances, les « vassalisations » et les guerres …  En sachant  que « Le roi à  Ayutthaya, est  en sa qualité de Devarâja, le dieu-roi hérité de la tradition khmère, le « Seigneur de la Vie » (Chao Chiwit), et commande en principe à tous les êtres, humains et autres, du royaume. Il est  aussi Chao Phendin, « le Maître de la Terre ». Autrement dit,  la terre du royaume appartient au souverain, et ses sujets qui l’exploitent et n’en ont que l’usufruit. Le souverain  dispose donc  en maître absolu des biens fonciers, de son droit d’octroyer ou de confisquer les terres, de son droit de percevoir l’impôt sur toutes les terres. Il incarne l’Etat. » (In notre article «  La sakdina, le système féodal du Siam ? » et 3 autres articles sur la place du peuple et l'esclavage) (9)

 

 

 

 

Ensuite, après avoir indiqué que la rizière (irriguée ou pluviale) est l'élément essentiel de l'économie des Tay, tant dans leurs mythes que dans leur organisation sociale, Georges Condominas nous rappelle que la forêt joue un rôle important d'appoint avec la cueillette, la chasse, et la pêche dans ses cours d'eau. Mais si au début des migrations, les ban (villages) furent autonomes, tout changea » lorsque des chefs thaïs atteignirent les espaces ouverts, tel le moyen Mékong, le bassin de Chiangmai, Lamphun ou celui de Sukhotai, non pas tant pour le contrôle de plus vastes régions, ainsi parce qu'ils rencontrèrent avec les Môns et les Khmers, des États hiérarchisés et centralisés, « un système politique  et une organisation de l'espace qui relèvent de ce que Marx a appelé le mode de production asiatique » .

 

 

Georges Condominas se contentera  de relever quelques écarts qui apparaissent entre les sociétés thaïes à petits espaces sociaux (les müöng « tribaux ») à celles qui sont formés par les États (Les müöng  États), où les relations personnelles ont disparu avec le souverain thaï « isolé de ses sujets par un système hiérarchique rigide et une étiquette extrêmement stricte qui ne permettent qu'à quelques dignitaires de haut rang de l'approcher ». Un dieu roi qui a un pouvoir absolu sur ses sujets, encadré par le système de sakdina. Il est « Le Maître de la Vie » (Chao Chivit) (Georges Condominas rappelle le décret du roi Taksin (1767-1782) qui avait imposé à chaque phray d'être marqué des noms de son maître et de la ville où il réside). 

 

 

 

Toutefois ce pouvoir absolu ne s'exerçait que fort peu sur les minorités intégrées aux müöng éloignés de la capitale de l'État, ou certains müöng vaincus qui sauvegarderont leur indépendance en payant un tribut annuel [Ou tri-annuel].

 

 

 

 

(Nous avions appris par Etienne Aymonier dans ses  « NOTES SUR LE LAOS » (De fait le Laos siamois) que « Le pouvoir siamois n’intervient pas pour imposer ses mœurs, ses coutumes, ses  valeurs et laissent les Laociens  vivre en Laociens. ». (8)  De même, dans notre article sur « La nouvelle organisation administrative du roi Chulalongkorn », nous disions : « Certains mueangs dépendaient donc directement de la capitale, mais d’autres, d’un plus grand mueang  et d’autres enfin de royaumes tributaires. Plus précisément, le territoire était divisé en plusieurs catégories en fonction de l’éloignement de Bangkok, les « provinces de l’intérieur », celles de l’extérieur et au-delà, les états tributaires. Si les provinces de l’intérieur, proches de Bangkok, étaient administrées directement par la capitale, les « provinces extérieures » et les états tributaires étaient relativement indépendants dans la gestion de leurs affaires internes et avaient pour obligation de payer un tribut annuel à la capitale tous les trois ans et de prêter assistance en cas de guerre.

 

 

Avant les réformes, les postes de gouverneur des mueangs étaient devenus, de façon plus ou moins informelle, héréditaires et les dits gouverneurs vivaient des taxes perçues dans leur mueang, retransmises plus ou moins fidèlement à Bangkok. Sur d’autres, régnaient comme monarques tributaires de véritables monarques et non des « chaos mueang » comme au Lanna par exemple, des Rajahs dans les principautés malaises du sud.  Le premier souci de la réforme fut de supprimer cette féodalité au profit de fonctionnaires du gouvernement désignés par le pouvoir central, dépendant de lui et rémunérés par lui. » (10)

 

 

 

Georges Condominas terminera son article en rappelant  que si le roi est le « Maître de la vie » , il est aussi « le Maître de la terre », rappelant que « Toute la terre du royaume appartient au souverain, et ses sujets qui l'exploitent n'en ont que l'usufruit », ce qui signifie que le produit du surtravail lui revient de droit, et que les princes et  les nobles ne prélèvent leur part que par délégation, sans oublier la paie des artisans, l'entretien  de la bureaucratie de lettrés et le clergé bouddhique, dont une partie sera prise en charge par les villages,  sur lesquels il ne donnera aucune information.

 

                                                       

-

 

 

Il faut avouer que nous n'avons rien appris de nouveau dans cet article sur  « l'évolution des systèmes politiques thaïs » concernant l'État thaï, avec ce qui le caractérise comme les  pouvoirs du roi, le müöng, la sakdina, etc, surtout que Georges Condominas n'évoque même pas le pouvoir du sacré et du religieux. Mais il nous a permis de relire et de vous renvoyer à quelques-uns de nos articles qui abordent les sujets suscités avec d'autres auteurs aussi pertinents. Mais Georges Condominas  nous avait avertis que son étude était surtout consacrée aux müöng accrochés aux montagnes et vallées d'Indochine septentrionale [Nord du Vietnam], dont il est l'un des plus grands spécialistes. Claude Lévi-Strauss ne le décrivit-il pas comme le « Proust de l'ethnologie ».

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

Quelques éléments biographiques et bibliographiques :

 

D'après Wikipédia :

 

Georges Condominas (abrégé en « Condo » pour ses intimes et ses étudiants), né le 29 juin 1921 à Hai Phong et mort le 16 juillet 2011.  Il  est l'ethnologue français  considéré comme le spécialiste incontesté de  l'Asie du Sud-Est et en particulier des sociétés traditionnelles de cette aire, ainsi que de Madagascar. Il est surtout connu pour ses travaux sur les Mnong notamment via son ouvrage Nous avons mangé la forêt qui fut  dès sa sortie, en 1957, considéré comme un chef-d'œuvre, renouvelant totalement le genre de la littérature ethnographique, absolument nouvelle à son époque, au point que Claude Lévi-Strauss le décrivit comme le « Proust de l'ethnologie ».

 

Il résulte du terrain de Sar Luk une œuvre scientifique abondante d'où se dégagent deux livres au fort retentissement : Nous avons mangé la forêt de la pierre-génie Gôo (1957) et L'exotique est quotidien (1965).

 

 

 

Georges Condominas poursuit sa carrière d'ethnographe à travers plusieurs séjours de recherche entre 1957 et 1960. Il est successivement :

Il est nommé en 1960 directeur d’études à l'École des hautes études en sciences sociales où il crée en 1962, avec André-Georges Haudricourt et Lucien Bernot, le Centre de documentation et de recherche sur l'Asie du Sud-Est et le monde insulindien (CeDRASEMI). Le CeDRASEMI est un lieu d'accueil pour de nombreux chercheurs français et internationaux travaillant sur cette aire géographique.

 

 

Pour Georges Condominas l'ethnologie est un genre de vie à part entière qui justifie ses engagements :

Une œuvre reconnue à travers le monde

Le rayonnement de l'œuvre de Georges Condominas dépasse l'Hexagone. Ancien vice-président de l'Union internationale des sciences anthropologiques et ethnologiques, il est plusieurs fois visiting professor aux universités Columbia et Yale entre 1963 et 1969 puis Fellow du Center for Advanced Studies in the Behavioral Sciences de Palo Alto en 1971. En 1972, à Toronto, il a eu l'honneur d'être le premier ethnologue étranger invité à prononcer le discours inaugural ou « distinguished lecture » de l'American Anthropological Association (AAA). Au Japon, il est considéré comme un maître de l'ethnologie et il est le premier étranger à prononcer un discours au 50e anniversaire du Nihon Minzoku Gakkai (Association japonaise d’ethnologie) à Tokyo en 1983. Il est également invité à l’Australian National University en 1987 et à l’université japonaise de Sophia en 1992.

 

 Cf. L'Hommage à Georges Condominas de Yves Goudineau. (Cet article est paru dans Le Monde du 24 juillet 2011 )

 http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.reseau-asie.com%2Fmedia3%2Finformations-diverses%2Fcondominas-deces-hommage-1%2F_mot_cle_show%3DCONDOMINAS%2F

 

 

(1)  Georges Condominas,  « L'Espace social. À propos de l'Asie du Sud-Est », Les Indes savantes, 2006.

 

(2) Le concept d' « espace social »  répond à tant de définitions, selon les auteurs et la taille des espaces sociaux étudiés (restreints, larges), les relations retenues (espace, temps, environnement, échanges de biens, communications (langues et écritures), parentés et de voisinage) que Georges Condominas consacre son introduction de plus de 60 pages  (pp. 11-73) à en faire le point, pour finalement proposer une définition pragmatique : « L'espace social est l'espace déterminé par l'ensemble des systèmes de relations , caractéristiques du groupe considéré »

 

Wikipédia le rappelle :

 

« Il est le créateur du concept d' « ethnocide ». Georges Condominas l'a défini comme une volonté de détruire ou au moins d'amoindrir la culture d'un peuple minoritaire en vue d'assimilation au peuplement principal ; il est également l'inventeur du concept d'« espace social » défini comme « espace déterminé par l'ensemble des systèmes de relations, caractéristique du groupe considéré » en lieu et place du mot « ethnie », trop vague et inopérant à refléter la complexité de la réalité ethnographique dans de nombreuses sociétés d'Asie du Sud-Est (et ailleurs), sans doute son apport conceptuel le plus important ; il est enfin l'auteur de celui de « technologie rituelle » exprimant la réelle symbiose entre technologie, croyances et rites dans la plupart des sociétés traditionnelles. » (Wikipédia)

 

(3) Cf. Le compte-rendu de Pierre Brocheux sur ce livre :

ttps://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1983_num_38_2_410978_t1_0305_0000_002?q=georeges+condominas

Pierre Brocheux se demande « si l'espace social n'est pas un substitut ou une alternative à la notion de mode de production ».

 

Et celui de Robert Creswel :

https://www.persee.fr/doc/hom_0439-4216_1983_num_23_2_368377?q=georeges+condominas

 

(4) Notre Histoire. Le  muang ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-notre-histoire-de-la-thailande-le-muang-99007801.html

Un concept essentiel pour comprendre l’Histoire de la Thaïlande. Nous avions alors tenté une définition : « Un muang est un système pyramidal politico-religieux hiérarchisé, de type féodal et esclavagiste, exerçant son pouvoir sur tous les sous-systèmes connus définissant la représentation de l’espace des Tai, à savoir : le cosmos, la Nature, le Royaume (et/ou l’Etat), région, le district, le village … sans oublier les « marges », et les  nouveaux « territoires et peuples conquis » sur lesquels s’exercera une « intégration » ou un rapport de vassalité … »

 

(5) 13. Notre Histoire. Les origines mythiques de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-13-les-origines-mythiques-de-la-thailande-98283503.html

 

(6) La conquête du « Siam » par les muang.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-notre-histoire-la-conquete-du-siam-par-les-muang-99006690.html

 

(7) INSOLITE 25 -  LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/insolite-25-les-ethnies-officiellement-reconnues-en-thailande-pour-la-premiere-fois-en-2017.html

Nous vous avons présenté une quinzaine d'ethnies. Cf. La catégorie insolite.

 

(8) Lecture de  « NOTES SUR LE LAOS », d’Etienne Aymonier (Saïgon, Imprimerie du Gouverneur, 1885), In 11. L’Isan  était lao au XIXe siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-l-isan-etait-lao-au-xix-eme-siecle-72198847.html

« L’Isan de 1885 se vit bien comme un pays lao , mais un pays éclaté sans roi reconnu, sans pouvoir central. Tous les clans, Moeungs (province, districts) et villages  reconnaissent leur vassalité auprès du roi de Siam. Elle prend la forme de capitation / tribut, reconnaissance des pouvoirs des chefs lao selon une hiérarchie et un cérémonial  siamois, de recours à la justice siamoise  pour les conflits majeurs. Le pouvoir siamois n’intervient pas pour imposer ses mœurs, ses coutumes, ses  valeurs et laissent les Laociens  vivre en Laociens. »

 

(9) Le livre « Formes extrêmes de dépendance », Contributions à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-est »,1998, sous la direction de Georges Condominas, propose en 20 articles, d’en cerner toutes les composantes. Nous vous présenté deux de ses articles. L'un de  Andrew Turton intitulé  « Thai institutions of slavery ». (Où Il reconnait au début sa dette au travail monumental de Lingat, qui a recensé entre autre, toutes les lois ayant trait à l’esclavage de 1805 (« L’esclavage privé dans le vieux droit siamois », publié en 1931, qu’il considère comme la source étrangère la plus importante) et l'autre de Suthavadee Nunbhakdi consacré à l' « Etude sur le système de sakdina  en Thaïlande ». (pp. 460- 481).

Cf. Nos articles : 48. La sakdina, le système féodal du Siam ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-48-la-sakdina-le-systeme-feodal-du-siam-110214155.html

 

 

 

110. La place du  peuple et des esclaves au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-110-la-place-du-peuple-et-des-esclaves-au-siam-121390588.htm

 

111. L’esclavage au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-111-l-esclavage-au-siam-121488465.html

 

141. L’esclavage est aboli définitivement au Siam en 1905.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-141-l-esclavage-est-aboli-definitivement-au-siam-en-1905-123721727.html

 

(10) 139. La nouvelle organisation administrative du roi Chulalongkorn.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-139-la-nouvelle-organisation-administrative-du-roi-chulalongkorn-123663672.html

 

 

Partager cet article

Repost0
29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 22:07

 

La région fut peuplée depuis des temps reculés comme l’atteste le site archéologique de Ban Chiang daté de l’âge du bronze (1).

 

 

La présence massive de gisements de sel notamment à proximité de Ban Chiang l’explique pour partie (2)

 

Mine à ciel ouvert proche de Ban Chiang :

 

 

Elle devint définitivement siamoise en 1826 lorsque le roi Anouvong (เจ้าอนุวงศ์) dernier roi de Wieng Chang (Vientiane) d‘abord allié avec le Siam dans ses guerres avec la Birmanie puis rebellé dans le but d'obtenir une plus grande indépendance de son royaume. Ses tentatives d’invasion du Nord-Est furent alors repoussées.

 

 

En 1885, le prince Prachak (Chao Borom Wong Thoe Kromluang Prachak Sinlapakhom เจ้าบรมวงศ์เธอกรมหลวงประจักษ์ศิลปาคม), l’un des fils de Rama IV doit batailler avec un seigneur de guerre chinois qui sévissait dans le Nord-Est.

 

 

À la suite de sa victoire, il fut nommé gouverneur du Nord et installa son administration à Nong Khai (หนองคาย) sur les rives du Mékong avant de devoir l’installer plus au sud.

 

 

On néglige le plus souvent de parler de ce que la ville « doit » à la France au profit de ce qu’elle doit aux Américains !


Udonthani n'a jamais existé : 

 

 

LES FRANÇAIS À L’ORIGINE DE LA CRÉATION D’UDONTHANI

 

C’est en effet - aussi paradoxal que ce soit - la politique coloniale de la France qui fut à l’origine bien involontaire de la transformation d’un petit village en une gigantesque métropole :

 


La prise de contrôle des Français sur la rive gauche du Mékong en 1893 va changer la donne. Non seulement le traité de cette année-là dépossède le Siam des territoires de la rive gauche (Laos) et même d’une province de la rive droite aujourd’hui lao sous le nom de Xayabuli mais crée sur une largeur de 25 kilomètres sur la rive droite une zone démilitarisée ce qui rend sa gestion par le Siam pratiquement impossible. C’était une annexion déguisée du cours du Mékong et de la bande démilitarisée. Le Prince dut alors déplacer ses troupes et son administration à 50 kilomètres vers le sud. Il s’installa dans un petit village qu’il repeupla, nommé Banduea Makkhaeng (บ้านเดื่อหมากแข้ง) aujourd’hui le quartier de Makkhaeng au centre de la ville (3).

 

 

Elle devient pour les Thaïs Udonthani (อุดรธานี) « la Cité du Nord » et resta Makeng pour les Français qui y installèrent un vice-consul à partir de 1897, un dénommé Caillat qui n’a pas laissé la moindre trace dans l’histoire de notre diplomatie. En 1899 enfin fut créé le monthon (cercle) d’Udonthani aussi appelé monthon Laophuan (มณฑลอุดร ou มณฑลลาวพวน) mais ce dernier qualificatif semble aujourd’hui tombé en désuétude (4). Notre propos n’est toutefois pas d’écrire l’histoire d’Udonthani (5).

 

 

 

LES AMÉRICAINS Á L’ORIGINE DE LA PROSPÉRITÉ D’UDONTHANI


 

L’arrivée des Américains dans les années 60 va de plus changer la donne. (6) Leur implantation géographique y fut double :

 

 

Sur le site de l’aéroport au premier chef, situé sur l’emplacement de l’aéroport actuel, existant d’ailleurs depuis le début des années 20 (7). Il fut au demeurant copieusement arrosé des bombes françaises lors de la guerre de 1941 entre la France et le Siam le 28 novembre 1940..

 

 

Un autre site plus confidentiel sinon secret fut créé en 1964 à une dizaine de kilomètres au sud de la ville au bord de la route nationale, appelé camp Ramasun (ค่ายรามสูร) à Nong Sung (อำเภอโนนสูง) (8).


 

 

Le nom est symbolique, Ramasun est dans la mythologie du Ramakian le dieu de la foudre armé d’une hache volante qu’il jette pour frapper ses ennemis.

 

 

Il est au demeurant difficile de savoir ce qu’y s’y tramait exactement : Si le président Obama a déclassé les archives de la CIA, usant des mêmes manœuvres que son prédécesseur, à savoir que tout ce qui peut intéresser les activités tant de la base aérienne que de la base secrète fut systématiquement caviardé.

 

 

Cette station était probablement une station radar, une station d'écoute radio, une station de brouillage des émissions ennemies et une station d’émission des propagandes de « the voice of america » au profit de l’Agence de sécurité nationale (NSA), de la C.I.A, de l’armée de terre et l'armée de l'air américaine tout au long des années 1966-1976. (9)

 

 

Au lendemain des attaques terroristes du 11 septembre, le camp fut soupçonné de loger l’une des prisons secrètes de la CIA, ou « sites noirs », bien que le gouvernement thaïlandais et les dirigeants militaires aient démenti ces accusations. Implantée au milieu des champs avec son cercle d’antennes radio Wullenweber spectaculaire elle fut surnommé par les Thaïs « la cage à éléphants » en raison de sa taille et de son apparence (10).

 

 

Dotée de structures permanentes entièrement climatisées, équipée de son propre cinéma, d'une piscine

 

 

... d'installations sportives intérieures et extérieures,

 

 

.... d'une centrale électrique et d'un réseau d'alimentation en eau, la station Ramasun a été conçue et construite pour être autonome et permettre au personnel américain de se sentir aussi bien que chez lui.

 

 

En 1976, un an après la fin de la guerre du Vietnam, la station fut cédée au gouvernement thaï, qui ne parvint pas à en trouver un usage immédiat. Le camp fut laissé à l’abandon aux mains de la nature, livré aux chauves-souris et surtout à la rapacité des habitants qui ont rapidement récupéré tout ce qui pouvait être enlevé et vendu.

 

 

L'armée royale thaïe a finalement pris possession du terrain et tout ce qui restait des bâtiments, transformant l'essentiel en base du bataillon d’un régiment d'infanterie. Des passionnés d’histoire et des artistes locaux ont pu convaincre le commandant du régiment de transformer certaines parties de la base en musée ouvert au public depuis 2018. Un groupe artistique nommé « espace noir » (noir row art space) y a organisé en juin de cette année une exposition des œuvres de ses membres.

 

 

L’actuel musée est associé aux souvenirs et à l'histoire associée de la base à l'époque de la guerre du Vietnam conservés en vie à travers les vestiges du camp. Deux artistes locaux, Chavalit Phiangphor et Nithiwit Thaninsurawut, qui furent contemporains de la station Ramasun lorsqu’elle était opérationnelle sont venus parler de leurs souvenirs dans un entretien de juin 2019 baptisé « Souvenirs du camp Ramasun: la vie avec les GI d'Udonthani » (11).

 

 

Le premier est maintenant âgé de 70 ans et magistrat à la retraite. Il venait juste de terminer ses études secondaires lorsqu’il fut embauché comme assistant personnel du directeur du programme d’enseignement à distance de l’Université du Maryland à la station Ramasun. Il devint ainsi le seul thaï à obtenir un baccalauréat de l’Université du Maryland alors qu’il travaillait dans cet établissement. Le second était un jeune adolescent grandi dans un quartier du centre-ville d'Udonthani fréquenté par les Américains. Les films projetés en anglais pour les Américains dans les cinémas de la ville suscitèrent sa passion pour la celluloïde et le vinyle et le conduisirent à créer une entreprise de matériel photographique et à devenir animateur de radio.

 

 

Leur aperçu de la manière dont cet avant-poste américain avait touché la vie des habitants et avaient mis la ville sur la voie de ce qu'elle est aujourd'hui mérite d’être rappelée. Nous avons non plus une vision chiffrée et statique mais tout simplement humaine.

 

 

Nous sommes loin du G.I. angélique défenseur en terre d’Asie de la civilisation occidentale et chrétienne, ce qui ne nous les rend d’ailleurs pas antipathiques. Ils viennent d’un pays où tout s’achète et tout se vend.

 

 

Le plus jeune, Nithiwit Thaninsurawut, actuellement âgé de 60 ans, nous dit : « Je n'étais qu'un gamin à l'époque. Ma mère possédait une pharmacie qui, pour une raison quelconque, était populaire auprès des GI ». Il ajoute «Je me souviens de la ville animée par des colporteurs de nourriture, des gens vendant toutes sortes de choses et des taxis tricycles qui allaient et venaient à toutes les heures de la journée». « Il y avait 1.200 membres du personnel militaire et de la NSA en poste à la station Ramasun. Ils faisaient les « trois huit » ce qui signifiait qu’à tout moment il y avait des Américains en vadrouille prêts à se rendre en ville pour se reposer et se détendre. Cela a eu pour effet de transformer certaines parties de la ville en fête ouverte 24h / 24 ». « De nombreux bars à bière ont ainsi été ouverts. Ils vendaient la boisson dans les petites bouteilles préférées des Américains (les boites métalliques), jouaient de la musique qui leur était familière et permettaient à de nombreux soldats américains de rencontrer leurs amies, parfois appelées familièrement en thaï « mia chao » ou « épouses de location » (เมียเช่าmiachao).

 

 

 

Comme toutes les installations militaires américaines d'une certaine taille, la station Ramasun possédait ce que les Américains appellent un Post Exchange (P.X.) qui leur vendait une grande variété de produits américains importés et exempts de taxe, nourriture, articles de papeterie vêtements, électronique et appareils ménagers. Beaucoup de Thaïs pouvaient y acheter ce qu’ils voulaient en demandant à un Américain (désintéressé ?) de le faire pour eux. Commerce illicite ?

 

 

Si l’un d’entre eux, lorsqu’on lui pose la question, joue les vertus effarouchées, l’autre nous dit « J’ai commencé ma collection de disques et de films grâce au PX. La grande majorité des gens se moquait bien de l'illégalité, et je ne sais pas ce que les autorités américaines en ont pensé, mais nous avons toujours réussi à obtenir les marchandises ». Selon lui les magasins de matériel audiovisuel et de caméras ne fonctionnaient qu’à travers le PX leur permettant de disposer de matériel plus récent et moins chers qu’à Bangkok.

 

 

S’il y avait 1.200 Américains travaillant au sein de la station, il y avait 1.400 Thaïs travaillant dans des fonctions subalternes. L’un des deux travaillait en col blanc à la dactylographie et percevait alors un salaire de 8.000 bahts par mois. À cette époque, les Thaïs occupant des emplois similaires à Udon touchaient environ 1.000 bahts par mois. Pour donner une comparaison significative, un bol de nouilles coûtait alors 5 bahts. Actuellement (2019) le salaire moyen est de 250 à 300 baths par jour.

 

 

Le fait que la plupart des membres du personnel américain n’effectuait des tournées que d'un an – même si d’autres prolongeaient leur séjour d'un ou deux ans de plus – cela assurait un roulement constant de jeunes étrangers insouciants qui venaient de quitter l'avion avec de l'argent à dépenser.

 

 

Tous deux s’accordent à dire que l’on pouvait vendre « n'importe quoi aux G.I ». « C'était comme s'ils étaient en vacances ». Par ailleurs, ce roulement d’Américains en va et vient alimenta le marché des biens d’occasion à Udon, effets personnels trop volumineux pour être emportés aux États-Unis, matériel audio, collections de disques, instruments de musique et objets personnels jusqu’aux véhicules personnels et même leurs armes qui continuent encore à alimenter le marché parallèle !.

 

 

 

Les réactions des locaux furent pragmatiques ; faut-il s’en étonner ? Désintéressés ou simplement assez mal informés sur la politique de la guerre pour avoir une opinion à ce sujet, l’un d’entre eux nous dit « Ma grand-mère m'a toujours dit que la politique n'était pas notre affaire, elle a transformé la maison qu’elle possédait en ville en un petit hôtel avec des chambres individuelles louées à des Américains qui souhaitaient avoir un point de chute en ville ».

 

 

Le souvenir laissé à ses deux « survivants » reste positif : « Grâce aux films hollywoodiens destinés à divertir le personnel américain, tant dans le cinéma du camp que dans la ville, nous avions l’occasion de regarder les derniers films en anglais et de nous tenir au courant des dernières tendances occidentales mieux qu’à Bangkok ». « Nous étions fous d’Amérique. Les lunettes de soleil aviateur (les Ray-Ban),

 

 

les jeans, les chaussures (les rangers),

 

 

la musique, nous étions tellement branchés !. Nous avions de meilleurs équipements sonores que partout ailleurs. Nos musiciens avaient de vraies guitares et des amplificateurs américains. Nous avions une musique meilleure que celle que l'on pouvait entendre dans d'autres villes. Udon était un endroit extraordinaire pour les jeunes lorsque les Américains étaient ici ».

 

 

Cette présence américaine à Udonthani a donné aux habitants une vision d'un autre monde. Elle les a confrontés à une autre culture. Ceux qui travaillaient dans le camp ou à la base aérienne connurent un lieu de travail occidental. Ceux de l'extérieur apprirent à commercer et à travailler avec des « farangs ».

 

Le premier complexe hotelier pour Américains terminé en 1968, Charoen hotel avec ses annexes (salles dee réunion, salles de massage, bars et  karaokés, dancings) est toujours en place   

 

 

La plupart y ont acquis quelques connaissances en langue anglaise. Le départ des Américains fut à l’origine d’un marasme économique au moins local. Beaucoup durent partir à la recherche de travail et de moyens de subsistance adaptés à leurs horizons ainsi élargis, ne pouvant plus jamais revenir en arrière. Nous les retrouverons à Pattaya, dans la province balnéaire de Chonburi qui continua à être une plaque tournante pour divers types d’activités militaires américaines après la fin de la guerre du Vietnam.

 

 

D'autres mirent à profit leurs connaissances pour faire partie de la diaspora thaïlandaise au cours des booms de la construction en Arabie saoudite et à Singapour dans les années qui suivirent. Actuellement, les familles les plus riches d’Udonthani et les entreprises les mieux établies doivent leur succès actuel aux dépenses de guerre américaines. Mais quarante-trois ans après le départ des Américains, leur présence à Udonthani n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut. Elle ne dirige plus l'économie ni la culture populaire ni l'imagination des jeunes et à la mode comme il fut autrefois.

 

 

Mais même controversée, « la cage à éléphants » reste un symbole de la ville tout autant que les canards géants en caoutchouc du lac Nong Prajak (หนอง ประจักษ์)

 

 

ou la faïence de Ban Chiang.

 

 

Si la ville doit en grande partie sa prospérité à la présence militaire américaine pendant la guerre du Vietnam, il est juste de rappeler d’abord qu’elle dut sa seule existence à la France.

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir notre article 9 « La civilisation est-elle née en Isan ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html


 

(2) Voir nos deux articles

« LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/la-legende-insolite-de-la-decouverte-des-vertus-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

A 300 « LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-300-la-legende-insolite-de-la-decouverte-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

L’exploitation de gisements de potasse découverts depuis le début du siècle se heurte à des préoccupations environnementales. La potasse (KCl) voisine souvent avec le sel (NaCl).

 

(3) หมากแข้ง est la forme Isan-lao de มะแข้ง une espèce de petite aubergine.


 

(4) Il vise l’ethnie Laophuan des rives du Mékong et dont une partie de la population suivit le prince dans son départ vers le sud.

 

 

(5) Notre vocation n’est pas d’être guides touristiques mais ne manquons pas de signaler les très belles salles consacrées à l’histoire de la région dans le Musée de l’histoire du pays d’Udon (Udonthani City Museum – พิพิธภัณฑ์เมืองอุดรธานี). Les salles consacrées à la fondation de la ville par le prince se distingue par une curieuse particularité : il n’affiche pas comme dans beaucoup d’autres deux tarifs, celui destiné aux êtres humains (les Thaïs) et les autres (nous) puisque l’entrée y est gratuite.

 

 

(6) Voir nos articles :

 

15 « Le débarquement des Américains en Isan ! » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-le-debarquement-des-americains-en-isan-73255213.html

 

37 « Découvrir l'Isan. Les Américains débarquent en Isan ! » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-37-decouvrir-l-isan-les-americains-debarquent-en-isan-85622786.html

 

225 « L’AIDE AMÉRICAINE À LA THAÏLANDE DANS LES ANNÉES 1960-1970 ».

 

Nous n’en avons pas écarté un aspect moins sympathique :

 

R 14 (A 46) « L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE) PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/r-14-a-46-l-agent-orange-en-isan-thailande-pendant-la-guerre-du-vietnam.html

 

 

Le blog de notre ami Patrick en fait une rapide synthèse notamment à la suite de la découverte en 2013 du mystérieux tunnel  qui aurait abrité la prison secrète de la CIA :

http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-thailande-histoire-la-presence-americaine-a-udonthani-118517997.html

 

 

La version la plus plausible est que ce monde souterrain abritait le gigantesque réseau de câbles nécessaires au fonctionnement du système Wullenweber. Ils firent probablement le bonheur des « pilleurs d’épave » qui mirent le site à sac après le départ des Américains et avant sa reprise par l’armée thaïe. Ces schémas extraits d’un manuel d’utilisation vous en démontrent la complexité.

 

 

Les progrès technologiques ont rendu ce système né de la technologie allemande pendant la dernière guerre (39-45) complétement obsolète et toutes les installations ont été démantelées depuis le début de ce siècle.

 

(7) Le service aérien postal et médical tournait à plein à partir de 1922, la ligne KoratNongkhai passait par les escales de Roiet et Makeng, nous sommes au temps de l’aéropostale (voir « Éveil économique de l’Indochine » du 15 novembre 1925 et notre article Isan 29 « Chemin de Fer et service aérien dans les années 20 en Isan » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-44-chemin-de-fer-et-service-aerien-dans-les-annees-20-en-isan-83836332.html

 


 

(8) Sa localisation actuelle est 17° 17’ 30’’ nord et 102° 52’ 26’’ est, très exactement à 10 kilomètres de l’entrée sud de la ville


 

 

(9) Au lendemain des attaques terroristes du 11 septembre 2001, le camp fut soupçonné de loger l’une des prisons secrètes de la CIA comme beaucoup de « sites noirs » bien que le gouvernement thaï et les dirigeants militaires aient démenti ces accusations.

 

(10) Le système Wullenweber d’origine allemande est un type de réseau d'antennes circulaires ou dipôles circulaires utilisé pour la radiogoniométrie, la triangulation, la radionavigation, la collecte de renseignements, la recherche et le sauvetage.

 

 

(11) Ces entretiens sont disponibles sur le site :

https://isaanrecord.com/2019/06/22/recollections-camp-ramasun-udon-thani-gis/


Le sceau de la province représente le Prince Prachak : 

 

 

Partager cet article

Repost0
17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 22:17

Carte manuscrite de la côte depuis Ligor jusqu'à Pahang (circa 1650)

 

L’histoire de Nakon Si Thammarat - Nagara Sri Dhammaraja en sanscrit (La cité du roi vertueux)  – que les Européens appelèrent Ligor pour des raisons mystérieuses nous est connu par ses Annales (จดหมายหลวงอุดมสมบัติ - ภาค๑ - และพงศาวดารเมืองนครศรีธรรมราช - Chotmailuang-udomsombat – Phaknueng - laephongsawadanmueangnakhonsithammarat). Dans la recension des chroniques locales ordonnée par le prince Damrong, elle porte le numéro 53 (ประชุมพงศาวดาร ภาคที่ ๕๓ - Prachumphongsawadan  Phakthi  53). Elles n’ont pas été traduites mais sont numérisées (1).

 

 

Le document le plus ancien concernant ce royaume est épigraphique, avec une stèle qui porte le nom de « stèle de Chaya » (ไชยา) datée de 1230, probablement parce qu’elle se trouve actuellement dans le musée de cette ville située au bord du golfe à environ 150 kilomètres au nord bien qu’elle ait été découverte à Nakon Si Thammarat. Sa traduction et son interprétation font l’objet de doctes querelles mais laissent toutefois à penser qu’il existait déjà en 775 de notre ère en cet endroit une ville importante, centre d’un royaume (2).

 

 

 

 

Ce royaume de la mer, entretint des rapports étroits avec le royaume khmer d’Angkor.

 

 

Contrairement à Kedah et Pattani, le royaume ne se convertit jamais à l’Islam et resta principalement bouddhiste jusqu'à ce qu'il soit finalement soumis par le royaume de Sukhotai.

 

 

 

Peut-être en est-il une raison fondamentale qui mériterait une analyse historique en profondeur.

 

 

Mahomet, mort  à Médine en 632 inaugura sa propagande par le sabre. Elle coûta fort cher aux pacifiques disciples de Bouddha qui eux ne répandait leur religion que par leurs missionnaires. Sans en faire l’histoire, rappelons que les conquêtes musulmanes des Indes  commencèrent en 711-712, par l'invasion du Sind  (aujourd’hui au Pakistan) par les Arabes, se poursuivirent au XIe siècle et au XIIe siècle avec par celle des Turcs et des Afghans attirés par les richesses des Hindous  et s'achèvent avec l'empire moghol au XVIe siècle. Elles se caractérisèrent essentiellement par des massacres de grande ampleur de la population indienne indigène alors considérée comme mécréante (« kafir »)

 

 

 

 

... et la destruction systématique des édifices religieux bouddhistesjaïns et hindous. Le sultanat de Delhi poursuivit conquêtes et massacres de 1211 à 1414. Cela fut véritablement génocidaire.

 

 

 

 

Or, les rapports des Bouddhistes de la péninsule avec ceux des Indes et de Ceylan étaient permanents. Au VIIe siècle, le royaume de Srivijaya (ศรีวิชัย) au centre duquel se trouvait notre royaume était le siège d'une véritable université bouddhique dont l’influence s’étendait de l’Inde à la Chine. L’influence bouddhiste persista à Java en particulier jusqu’au Xe siècle et vint alors l’Islam qui la terrassa comme il l’avait fait aux Indes dans une poussée souvent marquée par un fanatisme destructeur (3). Si l’Islam s’est également répandu plus pacifiquement par ses marchands, cet aspect ravageur ne dut évidemment pas manquer  d’inspirer la terreur à  tout le monde bouddhiste.

 

H 41- NAKON SI THAMMARAT, UN ROYAUME TRIBUTAIRE DU SIAM QUI NE DEVINT JAMAIS MAHOMÉTAN.

Nous avons une autre trace, écrite celle-là qui provient d’une chronique de Ceylan, le Culavamsa qui relate l’arrivée d’envahisseurs probablement venus de Java et se prétendant sournoisement bouddhistes au XIIIe siècle : « Quand la onzième année du règne de ce roi Parakramabahu II fut arrivé, un roi des Javakas connu sous le nom de Chandrabhanu débarqua avec une terrible armée de Javaka sous le prétexte perfide qu'ils étaient eux aussi des disciples du Bouddha. Tous ces soldats javaka méchants qui envahissaient tous les lieux de débarquement et qui, avec leurs flèches empoisonnées, ressemblaient à de terribles serpents, continuaient sans relâche à harceler les personnes qu’ils voyaient, dévastaient, déchaînant avec fureur, tous les Lanka » (4). Ce fut au demeurant un échec et les musulmans représentent actuellement moins de 10% de la population.

 

 

 

Il est des souvenirs qui restent présents dans la mémoire collective pendant des siècles. Celui des massacres commis par les Arabes aux Indes et les Javanais à Ceylan a supplanté les souvenirs d’une islamisation plus pacifique par les marchands-missionnaires.

 

 

 

TAMBRALINGA (ตามพรลิงค์)

 

 

 

Extension supposée du royaume

Extension supposée du royaume

L’ancien royaume de Tambralinga antérieurement sous l'influence de Srivijaya est reconnu par les érudits être Nagara Sri Dharmaraja déjà connu des chroniques chinoises. À la fin du XIIe siècle, Tambralinga se détacha de Srivijaya dont l’empire tombait en puissance. 

 

 

 

 

À son apogée, entre le XIIIe siècle et le début du XIVe siècle, Tambralinga avait occupé la majeure partie de la péninsule malaise et était devenu l'un des États dominants de l'Asie du Sud-Est. À la fin du XIVe siècle, Tambralinga entre dans l'histoire du Siam comme le royaume de Nagara Sri Dharmaraja.

 

 

 

(Nous savons qu’il rendit d’abord hommage aux empereurs de la dynastie Tang en 616. Les annales chinoises laissent la trace d’un premier contact avec le monde musulman : à la fin du Xe siècle, un ambassadeur de Srivijaya  fut envoyé à la cour de Chine a pour demander protection contre Java. C’est à cette époque que l’Islam s’y répand.)

 

 

 

 

Plus tard,  lorsqu’un roi du royaume dvaravati-môn de Haripunchai attaqua Lavo où régnait un monarque probablement Khmer. Il fut secouru par celui de de Sri Dhammanagara avec une armée et une flotte considérables. Il épousa ensuite la reine et se proclama roi. Bien que les érudits se disputent entr eux, il semble bien que Lavo ne fut pas conquis par les Khmers mais par Ligor ?

 

 

Cet épisode ne provient pas des Annales de Nakon si Thammarat  mais  de deux chroniques pali composées à Chiangmai, le Jinakalamali et le Chamadevivamsa, écrites au début du XVe siècle.

 

 

 

Deux sites archéologiques datés du IXe siècle, celui de Laem Pho (แหลมโพธิ์) sur la côte orientale aux environs de Chaya  et celui de Ko Kho Khao (เกาะคอเขา) sur la mer d’Andaman semblent démontrer l’existence d’une État essentiellement maritime au centre d’un réseau de transports internationaux entre l’archipel indonésien, le moyen-orient, l’Inde et la Chine ? Il est donc assuré que ce royaume, avant de tomber dans l’escarcelle du Siam, fut le centre de ce qui fut une « thalassocratie » (5).

 

 

En 1290, à l’époque de Sukhothaï, Tambralinga fut absorbé par les royaumes thaïs voisins.

 

 

Cette expansion du puissant royaume siamois n’a pas laissé traces de violences ou de sang répandu.

 

 

 

LES CHRONIQUES ROYALES D’AYUTTHAYA

 

 

Ce que nous y lisons, ce ne sont pas des rapports de pays occupant à pays occupé, mais des rapports de pays suzerain à pays vassal ce qui entraîne des doubles rapports : le vassal doit l’ « hommage » et le suzerain doit sa protection (6).

 

 

Les  annales d’Ayutthaya nous apprennent que sous le règne de Ramathibodi Ier,  (1314 – 1399) seize Phraya (พระยา) – c’est à dire des princes  - dépendaient du royaume dont celui de Nakon SI Thammarat. Lorsqu’il fut vainqueur dans le nord  avec leur aide – Chiangmai et Phitsanulok - le roi remercia ses royaumes tributaires en leur envoyant de nombreux prisonniers Laos.

 

 

 

 

Après la défaite d’Ayuttaya contre les Birmans, en 1564, de nombreux habitants des royaumes tributaires, Nakon Si Thammarat en particulier sont déportés par les Birmans vers Ayutthaya.

 

 

Sous le règne de Naresuan, en 1569, un noble nommé Khun Inthorathep est désigné comme « vice-roi » (เจ้าพระยา  - Chaophraya, titre supérieure à celui de Phraya  de Nakon Si Thammarat sous le nom de Chaophraya Thammasokarat. C’est évidemment le signe de dépendance presque égalitaire du royaume par rapport au pouvoir central. Après la chute d’Ayutthaya. Lors de la guerre contre le Lawek, Nakon Si Thammarat participera en fournissant des chars et des vaisseaux.

 

 

 

 

Sous le règne de Borommakot (1733-1758) le royaume fait hommage à Ayutthaya d’un éléphant blanc découvert sur son territoire.

 

 

 

 

Sous le règne de Pettracha, une révolte éclata à Nakon Ratchasima et Nakon Si Thammarat peut-être dirigée par des Phraya restés fidèles au roi Narai .

 

 

Lors de la dernière attaque des Birmans contre Ayutthaya enfin, Nakon Si Thammarat envoie un contingent pour défendre la ville. Après la chute d'Ayutthaya en 1767, la ville est brièvement indépendante sans être soumis par les Birmans. Elle est reprise en 1769 par le roi Taksin, qui accorde à son gouverneur le titre de Chao Nakhon Si Thammarat (ce qui en fait l'équivalent d'un roi, le titre de Chao – เจ้า étant encore supérieur aux précédents).

 

 

 

 

À la fin du XIXe siècle, la principauté de Nakhon Si Thammarat est finalement intégrée dans le royaume de Siam, dont elle devient un monthon (région).  Avec la réforme du prince Damrong cette nouvelle entité administrative créée en 1896 inclut l’actuelle province de Nakhon Si Thammarat et celles  situées sur la côte Est de la péninsule, Songkhla et Phatthalung.

 

 Avec l'abolition des monthon en 1932, la ville devient simple capitale provinciale.

 

 

 

C’est entre les XVIIe et XIXe siècles que la ville connaîtra sa plus grande prospérité sous le règne de la même famille royale Sithammasokrat (ศรีธรรมาโศกราช). Le souvenir en est toujours vivace marqué par la présence de la statue de plusieurs d’entre eux dans la ville.

 

 

 

 

 

Sa situation géographique en fait une  station de commerce importante  et un haut lieu de la foi bouddhiste. Elle était alors entourée des 12 naksattra (นักษัตร) les 12 « constellations », les cités ou mueang environnantes qui lui étaient soumises, chacune portant le nom d’une constellation se référant au calendrier lunaire. Les fortifications de la ville dont il ne reste que des vestiges, seraient datées de l’année 1098 de notre ère ? Ce glacis protecteur comprenait ainsi le mueang de Saiburi (เมืองสายบุรี) symbolisé par le rat, celui de Pattani (เมืองปัตตานี) associé au bœuf, celui de Kelantan (เมืองกลันตัน) qui a pour emblème le tigre, celui de Pahang (เมืองปาหัง) représenté par l’écureuil, celui d’un autre Saiburi, mais l’orthographe thaïe est différente (เมืองไทรบุรี), c’est le nom siamois de Kedah, dont le symbole est le cobra, celui de Pathalung  (เมืองพัทลุง) associé au serpent, celui de Trang (เมืองตรัง) et le cheval, celui de Chumpon (เมืองชุมพร) et sa chèvre, celui de Panthaisamo ou Krabi (เมืองปันทายสมอ  - กระบี่avec le singe, celui de Sa-Ulao ou Songkhla (เมืองสระอุเลา - สงขลา)  où règne le coq, celui de Takuapa (เมืองตะกั่วป่า)  et son chien et enfin celui de Kraburi (เมืองกระบุรี), pays du cochon.

 

 

 

 

Ces cités qui entouraient la capitale constituaient, selon les annales,  l’ancien royaume de Tambralinga et étaient reliées entre elles par voies terrestres.

 

 

Des mueang les plus au nord, Kraburi et Chumpon, jusqu’à ceux du sud, Songkla le pays s’étend dans la Thaïlande actuelle sur plus de 600 kilomètres entre les rives de la mer d’Andaman et celles du golfe de Siam et dans la partie actuelle de la fédération malaise, Kelantan, Pahang et Kedah sur plus de 200 kilomètres, toute la partie de l’actuelle Thaïlande au sud de l’isthme de Kra et trois sultanats malais.

 

 

Si ce royaume ne sombra pas dans la religion du Bédouin, il en est plusieurs raisons que nous citons sans leur donner un ordre hiérarchique :

 

1) Incontestablement furent transmis par la tradition bouddhiste pendant des siècles, les souvenirs de l’islamisation des Indes par les arabes et les tentatives d’Islamisation de Ceylan par les Javanais accompagnées de leur cortège de massacres. Cette méfiance ne dut pas s’atténuer avec les tentatives des musulmans Macassar de s’emparer du pouvoir sus le règne du roi Naraï (7).

 

 

 

 

2) L’imprégnation du bouddhisme y est profonde. Le haut lieu en est le Wat Phra Mahathat (วัดพระมหาธาตุ). Ce temple abrite des reliques de Bouddha dans un  stupa qui en son état actuel  a  été édifié en 1176 par Phra Chao Si Thammasokkarat, lointain ancêtre allégué de la famille royale dont nous venons de parler sur les fondements d’un stupa plus ancien (8). Il est l’un des centres spirituels parmi les plus importants du bouddhisme thaï, équivalent à tout le moins de ce qu’est le That Phanom pour le nord-est même s’il ne peut pas comme lui arguer d’une fondation par Bouddha lui-même.

 

 

 

 

3) Puissant par lui-même, les vestiges de ses fortifications en témoignent....

 

 

 

 

... le royaume bénéficie de la protection suzeraine du puissant voisin du nord, Sukhothai d’abord, Ayutthaya ensuite. Sa fidélité au royaume central ne s’est jamais démentie : Nous l’avons vu lorsque Kedah voulu s’affranchir de la tutelle siamoise en 1821, ce furent pour l’essentiel des troupes du gouverneur de Nakon Si Thammarat qui furent chargées de la reprise en mai du sultanat (9). Le Chao Phraya de Nakhon Si Thammarat avait par ailleurs était chargé des négociations avec l’Angleterre sur les rapports avec les districts malais en passe d’être anglicisés. Sous le règne du roi Rama IV, celui-ci désigna comme vice-roi des provinces du sud (อุปราชปักษ์ใต้ - Uparat Paktai) un prince de sang royal probablement descendant de Rama II, avec le titre de Somdet Chaofa (สมเด็จเจ้า) supérieur à celui de Chao Fa, le prince Yuktikhamphon (เจ้าฟ้ายุคลทิฆัมพร), ancien gouverneur de Lopburi. Celui-ci offrit au palais de Bangkok en hommage de son vice-royaume une statue de Bouddha en or massif. C’est dire l’importance que le monarque accordait à la protection et à l’intégrité du sud de son royaume.

NOTES

 

(1)

http://www.finearts.go.th/nakhonsithammaratlibrary/2015-05-30-15-26-04/book/37-1/2-2013-01-26-21-11-08.html

https://th.wikisource.org/wiki/ประชุมพงศาวดาร ภาคที่ ๕๓

 

(2 ) Nous connaissons l’interprétation et l’analyse de Cœdès  qui l’appelle « stèle de Ligor » en 1952 dans son article « L’interprétation de la stèle de Ligor »

In : http://oriens-extremus.org/wp-content/uploads/2016/07/OE-6-3.pdf

 

(3  Voir l’article du grand indianiste que fut Sylvain Lévi « L’Inde et le monde » dans la Revus de Paris de janvier 1925.

 

(4) Le Culavamsa  est une chronique de Ceylan traduite en 1871 et 1929 en anglais. L’extrait cité est du chapitre LXXXIII, 36-51.

 

(5) Voir son article qui fait toujours autorité : « Le royaume de Çrivijaya »  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 18, 1918. pp. 1-36. Son article fait l’objet de discussions serrées de R.C. Majumdar « Les rois Sailendra de Suvarnadvipa »  In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 33, 1933. pp. 121-141 et plus récemment de Hermann Kulke «  Srivijaya Revisited : Reflections on State  Formation of a Southeast Asian Thalassocracy »  In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 102, 2016. pp. 45-95;

 

(6) Voir « The royal chronicles of Ayuttaya » de Cushman et Wyatt, édité par la Siam society en 2006.

 

(7) Will Durant écrit dans son livre de 1935 : L’histoire de la Civilisation : Notre héritage oriental (Page 459) : « La conquête de l’Inde par les Mahométans est probablement l’histoire la plus sanglante de toute l’histoire. Les historiens islamiques, les érudits, ont écrit avec la plus grande joie et fierté le massacre des Hindous, les conversions forcées, l’enlèvement des femmes et des enfants vers les marchés d’esclaves ainsi que la destruction des temples menés par les guerriers de l’islam entre les années 800 et 1700 après J.-C. Des millions d’Hindous furent convertis à l’islam par l’épée durant cette période.»

 

 

 

 

(8) Le Chedi  Wat Kaeo (เจดีย์วัดแก้ว) à l’extérieur de Chaya est daté par les spécialistes du VIIIe siècle, de l’époque Srivijaya et serait le plus ancien monument bouddhiste du sud.

 

 

 

 

(9) Voir notre article H 39 « KEDAH, ÉTAT TRIBUTAIRE DU SIAM JUSQU’Á 1909  -  DEUXIÈME PARTIE »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/h-39-kedah-etat-tributaire-du-siam-jusqu-a-1909-deuxieme-partie.html

 

 

 

Partager cet article

Repost0
15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 22:07

 

 

La victoire inattendue de la coalition d'opposition (appelée Pakatan Harapan, (L’Alliance de l’espoir) ...

 

 

 

...aux 14e élections générales en Malaisie, le 9 mai 2018, a ramené le chef de la coalition et ancien Premier ministre, Mahathir Ibn Mohamed, âgé de 92 ans, un fondamentaliste virulent au poste de premier ministre.

 

 

 

 

Ce changement n’a entraîné aucun progrès du processus de paix dans les provinces malaises frontalières de la Thaïlande au sein desquelles opèrent des groupes d’insurgés que la presse appelle « les bandits du sud » (โจรใต้). Le dialogue de paix n'a pas repris après les élections législatives thaïes du 24 mars 2019.

 

 

 

Nous ne  reviendrons pas sur cette actualité brûlante, mais il nous a paru intéressant  d'évoquer quelques pages du  passé de Pattani (ปัตตานี en thai) ou Patani. Deux orthographes indifféremment utilisées alors que leur choix peut, comme nous le verrons, devenir lourd de sens ! Nous choisissons – sauf citations -  la graphie thaïe romanisée la plus utilisée même si elle n’est pas totalement orthodoxe. 

 

 

L’histoire ancienne de Pattani est nébuleuse et empreinte de légendes tout autant que celle du Siam. Elle est essentiellement connue par les annales locales, Hikayat Patanil’histoire de Patani.

 

 

 

 

Ce document est d’un vif intérêt puisque, de source locale donc malaise (ou jawi) il donne une vision historique qui contredit formellement celle des irrédentistes du sud pour lesquels leur histoire est celle d’une longue et lente expansion de type colonial vers le sud commencée dès le règne de Ramakhamhaeng (1).

 

 

 

Elles remonteraient à une tradition orale datant de la fin du XVe siècle puis écrites entre 1690 et 1730 par six auteurs différents en langue jawi et en alphabet jawi (arabe) (2).

 

 

 

 

Elles n’ont été transcrites en caractères romanisés et traduites qu’en 1970 sur une version manuscrite de 1839 composée par les scribes de la cour comportant six livres, par le linguiste néerlandais Andries Teeuw et l'historien David K. Wyatt. Le texte n'est pas simplement un texte historique, mais également un texte symboliquement politico-culturel. La partie historique, le Hikayat Patani recoupe d’une façon générale l’histoire du Siam écrite par Jérémias Van Vliet en 1647 à l’exception de quelques divergences assez compréhensibles dans la transcription des noms propres (3).

 

 

 

 

Pattani se trouve alors au milieu de deux puissants royaumes, Ayutthaya au nord et Johore au sud. (Actuellement le sultanat situé à la pointe sud de la fédération malaise).

 

 

 

 

Au plus fort de sa puissance, le royaume s’étendait jusqu’au sud en frontière avec les sultanats de Terengganu, Kedah, Perak et Kelantan incluant les actuelles provinces de Pattani bien sûr, Satun, Yala et Narathiwat.

 

 

 

LA LÉGENDE DES ORIGINES.

 

 

Le Hikayat Patani débute par des histoires légendaires avec  l'origine du royaume et de ses rajas et la conversion de ses dirigeants à l’islam.

 

 

Les rajas fondateurs du royaume étaient originaires d'une capitale située à l'intérieur des terres appelée Kota Maligai (la citadelle). Le roi nommé Phaya Tu Nakpa le seigneur qui aime aller dans la forêt ») pourchassait dans la forêt un cerf-souris  (chevrotain) albinos.

 

 

 

 

Il vit une cabane de pêcheur à proximité de la mer et demanda aux occupants qui ils étaient et quel était cet endroit. Un vieil homme lui répondit qu’ils étaient originaires de Kota Maligai et qu’ils avaient accompagné le grand-père du roi à Ayutthaya oú ils avaient reçu des instructions pour y construire une colonie. Le pécheur et son épouse avaient contracté une maladie de peau et avaient été abandonnés sur la plage où ils vivaient. Le roi demanda alors le nom de l’homme qui lui répondit Encik Tani. Le roi décida alors de construire une colonie à cet endroit, « sur cette plage » (pada pantai ini) et ce fut son nom devenu Patani. Cette légende est évidement singulière puisqu’elle rattache en profondeur Pattani à Ayutthaya, l’éloignant de Johore. Elle reconnait le fait que le prestige de ce royaume par rapport à la puissance émergente du Johore est né de sa relation avec Ayutthaya pour laquelle elle est un royaume indien.

 

 

 

Le hikayat Patani raconte ensuite la conversion du Raja à l'islam. Le roi Phaya Tu Nakpa eut une maladie qui lui fit tomber la peau de tout son corps. Il ordonna alors à son Premier ministre de sonner le gong dans tout le pays en proclamant que celui qui pourrait le guérir recevrait sa fille en mariage. Un marchand musulman, Shaykh Said originaire de Pasai (au nord de Java)...

 

 

 

 

...releva le défi à la condition que le raja  se convertisse à l'islam s'il guérissait. Le raja fut guéri mais revint sur sa parole et subit une rechute. Á la troisième rechute et à la guérison qui suivit il se convertit à l’islam et prit le nom de sultan Ismail Syah Zillullah Fil-Alam.

 

 

 

 

La date du passage à l’Islam est incertaine, alors que Pattani était à l'origine un royaume bouddhiste. Certains auteurs donnent la date de 1457 après la conversion du Raja de Malacca. D’autres pieux auteurs la repoussent plus avant dans le temps sans le moindre élément de preuve. Sans plus de précisions, les visiteurs portugais du XVIe pensaient également que le peuple était musulman « depuis bien longtemps ». Teeuw  et Wyatt la situent à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle. Il est important de faire la distinction entre l’existence de communautés musulmanes vivant dans un village réservé (Kampung) à Pattani – tout comme à Ayutthaya – venue de Pasai à Aceh - en tant que minorité religieuse dans un royaume-état bouddhiste et la conversion effective du raja puis l'expansion de l'islam au sein de son territoire. La position de cette communauté était quelque peu similaire à celle de la communauté musulmane d’Ayutthaya sous le règne du roi Narai.

 

 

Il semble qu'au XIIIe siècle, Pattani était encore un royaume bouddhiste tributaire de Nakon si Thammarat, mais que, dès avant l'arrivée des Portugais au début du XVIe siècle, il était un sultanat dont la foi islamique fondait l’unité du royaume ?

 

 

 

 

Le hikayat Patani nous apprend encore qu’après la conversion du roi, seuls les habitants de la ville suivirent son exemple et adoptèrent la religion du Bédouin. Ceux qui se trouvaient à l’extérieur de la ville persistèrent dans leurs pratiques dont on peut penser qu’elles étaient un mélange de bouddhisme et d’animisme. Quant au roi lui-même, s’il cessa de « vénérer des idoles et de manger du porc », il ne modifia pas « une seule de ses habitudes païennes », on n’ose penser ce qu’elles étaient ? Culturellement il est permis de penser qu’il était resté un roi indien.

 

 

 

 

Les exégètes donnent une portée symbolique à cette histoire légendaire faisant référence à deux maladies de peau (la lèpre ?), celle d’Encik Tani et celle du roi converti. Elle serait la métaphore d'un contrat social entre le roi et son royaume, la femme symbolisant le peuple, elle est symboliquement associée au royaume et la maladie symbolise la rupture d’une relation entre le roi et ses sujets. La guérison symbolise le rétablissement de cette relation. Ces maladies feraient alors référence  à des périodes de transition correspondant à la montée ou au déclin d'une dynastie.

 

 

L’archéologie en tous cas corrobore plus ou moins une origine depuis l’intérieur des terres à la suite des découvertes à Yarang, en amont et à l'intérieur de la province actuelle (4).

 

 

 

Il existait donc dans la région de Langkasuka un royaume décrit dans des sources chinoises et dont on n’entendit plus parler à la fin du XIVe ou au début du XVe siècle. De nombreux érudits supposent que Pattani était la continuation de Langkasuka. Les rajas de Kota Maligai se seraient déplacés vers la côte et créé Pattani, une nouvelle entité politique.

 

 

 

Dans un vieux poème javanais, Desawarnana, achevé en 1365 et analysé par un érudit anglais S. Robson  (5),

 

 

 

 

Pattani n'est pas  mentionné, mais Langkasuka et Saiburi (qui se trouvait sur la côte),

 

 

 

 

... ainsi que Kelantan et Terengganu y sont. Le poème, qui identifie clairement les villes siamoises connues, laisse donc à penser que le royaume de Pattani n'avait peut-être pas été encore fondé à cette époque. Langkasuka et Sai ainsi que Kelantan auraient été des entités politiques distinctes ? Pattani aurait été créé à cette époque à partir de Langkasuka ou après que Langkasuka ait cessé d’exister. La dynastie déplaça sa capitale sur la côte et l’appela Pattani en consolidant sa mainmise sur Saiburi  tout en consolant son Raja en le faisant premier ministre. De nombreux conflits s’élevèrent entre les rajas de Sai et les sultans de Pattani qui atteignirent leur paroxysme lors de la révolte de Raja Kayu Kelat contre la première reine de Pattani, Raja Hijau dont l’historicité est assurée entre 1584 et 1616.

 

 

 

 

D’autres difficultés surgirent avec les souverains de Kelantan qui s’irritèrent lorsque les rois de l'intérieur des terres s’établirent sur la côte qui était leur domaine. L’histoire retient l’existence d’une première dynastie de Kelantan qui aurait déposé la reine. Elle entraîna le déclin de Pattani et – nous dit hikayat Patani  - « la disparition continuelle des anciennes règles et coutumes » et la « perte des anciennes traditions ».

 

 

Sans que nous sachions quelles étaient ces  coutumes et ces traditions, nous pouvons au moins en déduire que la situation dans cette région, faite de querelles entre Rajas ou Sultans ou Sultanes était chaotique. C’est en tous cas pour Pattani une période de total déclin autant politique que culturel. Les prétentions du sultanat de Johore vont alors tenter de s’affirmer. Les tambours de Johore n’avaient pas le même son que ceux de Pattani.

 

 

 

LES RAPPORTS AVEC AYUTTHAYA

 

 

Nous retrouvons notre royaume d’Ayutthaya présent dans le Hikayat Patani  dès ses débuts lorsqu'il mentionne la fondation du royaume. L'ancien roi de Kota Maligai  y était parti en mission. Les relations existaient donc dès avant la fondation du royaume de Pattani. De plus, le roi fondateur et ses enfants reçurent tous des titres siamois avant de se convertir à l'islam. Ce n’est pas seulement le Hikayat qui place la région dans l’orbite des relations politiques d’Ayutthaya; Le premier Européen à avoir mentionné le royaume de « Patania » est le  Batave van Vliet (3).

 

 

 

Il nous en dit peu de choses sinon que le gouvernement en est monarchique et que son roi ou se reine se font descendre d’un certain roi païen de Delly, lequel ayant conquis Patania y laissa son fils en qualité de vice-roi dont descendent la dernière reine et « le roi d’aujourd’hui ». Il ne nous parle peu de la religion de ses habitants mais nous dit qu' « Ils sont tous mahométans ou païens, les uns adorent Dieu dans leur superstition, les autres les idoles » (païen = bouddhiste dans son esprit) et « l’on y voit quelques temples idolâtres remplis de dieux en bois » ce qui n’est certes pas la description d’une mosquée. Il nous donne quelques informations intéressantes : qu'on y parle trois langues, celle de Malacca (donc le Jawi ?), celle du Siam et celle de Chine ce qui donne lieu à trois écritures, le malais qui s’écrit en caractères arabes de droite à gauche, le siamois qui s’écrit de gauche à droite et le chinois qui s’écrit en idéogrammes de haut en bas ! Il signale, ce qui nous éloigne de la religion du prophète, leurs mœurs déréglées : ils se font un point d’honneur à donner leurs filles aux étrangers, leur luxure et leur ivrognerie. Il est donc certain que l’influence d’Ayutthaya depuis U-Tong son fondateur, s’est étendue jusque-là. Cette influence est confirmée par les Annales Malaises (Sejarah Melayu) relatant l’histoire de Malacca, et le fait que Pattani à la fin du XVe siècle avait participé à l’attaque de Malacca par les armées siamoises.

 

 

 

La première rébellion.

 

 

Le Hikayat Patani fait référence à une première rébellion de Pattani contre Ayutthaya. Le sultan Mudhaffar Syah, roi de Pattani de 1530 à 1564, décida d'effectuer une visite amicale à Ayutthaya. Le roi d'Ayutthaya, alors Maha Chakkraphat  le reçut fastueusement et le couvrit d’honneurs. Il l'invita même à rester dans l'enceinte du palais et lui offrit la main d'une princesse, une offre que déclina le sultan. Toutefois, lorsque celui-ci quitta Ayutthaya, le roi lui offrit  des prisonniers de guerre de Pegu et du Lanchang. Le sultan revint avec eux et les établit dans le village de Kedi (Kampung Kedi). Le sultan ensuite revenu à Pattani réunit ses ministres, son frère, 1.500 soldats et 100 femmes, et mit le cap sur Ayutthaya en visite amicale. C’était en réalité, fourberie dont les mahométans sont friands tant qu’elles concernent les infidèles, un complot pour s’emparer d’Ayutthaya !

 

 

 

 

Le sultan et ses hommes entrèrent dans le palais un vendredi matin à l’ouverture des portes. Le roi siamois dut s’enfuir. Toutefois l’un de ses serviteurs frappa le tambour royal pour appeler les gardes siamois et de violents combats éclatèrent. La bataille était perdue, le sultan ordonna à son frère de fuir et lui-même combattit jusqu’à la mort.

 

 

L’attaque du sultan contre le palais d’Ayutthaya est confirmée par les chroniques d’Ayutthaya et Van Vliet. Le sultan profita-t-il du contexte géopolitique local et des difficultés d’Ayutthaya avec les Birmans ? Juste avant son départ le sultan Mudhaffar Syah aurait dit à ses ministres : « Que diriez-vous si Nous allions à Ayutthaya le roi ne nous est pas étranger et, après tout, deux pays valent mieux qu'un ». Il aurait ajouté « ce roi n'est pas différent de nous » ce qui signifiait qu’il le considèrait tout au plus comme son égal. Il est évidement possible d’interpréter ses propos comme l'expression du désir d'une alliance avec Ayutthaya, deux pays étant plus forts qu'un seul, mais on ne rend pas visite à un ami accompagné d’une garde prétorienne !

 

 

En 1548, le roi birman Tabinshweti de Pegu monta en puissance et décida de profiter de la tourmente politique à Ayuttaya pour l'attaquer. 

 

 

 

Il ne réussit pas devant la détermination du roi Chakkraphat. Après l'assassinat de Tabinshweti, Bayinnaung (qui régna de 1551 à 1581) rétablit l'ordre et, en 1563, il se dirigea sur Ayutthaya. Les chroniques d'Ayutthaya font de deux éléphants blancs le déclencheur de la guerre !

 

 

 

 

Quinze ans après la chute d'Ayutthaya en 1568, le prince Naresuan se révolta contre la Birmanie.

 

 

 

Mais la version la plus plausible est que, devant la faiblesse d’Ayutthaya le sultan tenta de s’emparer du trône, une rébellion qui fut en réalité l’échec d’une tentative d’usurpation.

 

 

À son retour, le sultan Manzur Syah succéda à son frère sur le trône de Pattani. Lors de l’attaque de Pattani par le sultan de Palembang (au sud de Java) les relations avec Ayutthaya redevinrent harmonieuses. Le nouveau sultan envoya un émissaire, Wan Muhammad pour préparer les  conditions dans lesquelles l’hommage serait rendu au Phrachao. Cette mission aurait eu lieu entre 1569 (date de la chute d'Ayutthaya) et 1572 et le roi en question aurait été Maha Thammaracha qui régna de 1569 et 1590), le sultan Manzur Syah étant décédé en 1572.

 

 

 

 

La description de la mission de Wan Muhammad alias Seri Agar auprès de la cour d'Ayutthaya symbolise la restauration de l'ordre hiérarchique entre Ayutthaya et Pattani et fut considérée comme telle par les observateurs européens dont par exemple le père Tachard.

 

 

 

 

Une nouvelle rébellion.

 

 

Une nouvelle rébellion se produisit environ soixante ans après la première, au début du XVIIe siècle, sous le règne de la troisième reine de Pattani, Raja Ungu. Elle se termina en 1636, la première année du règne de sa fille Raja Kuning. Ayutthaya avait réussi à se libérer du joug birman et Pattani était à présent gouverné par une succession de reines, filles du défunt sultan Manzur Syah.

 

 

Le pouvoir politique effectif était en réalité tombé dans les mains des ministres et des riches marchands, Pattani tout comme Ayutthaya avait reçu la visite des premiers visiteurs mercantis néerlandais et anglais. L'âge du commerce avait atteint l’Asie du Sud-Est, une période d’or dont bénéficièrent les deux royaumes.

 

 

Cette rébellion intervint dans des circonstances assez troubles. La reine Ungu avait une fille, Raja Kuning, qui avait été promise en mariage à un noble de 12 ans appelé Okphaya Deca, originaire de Ligor (Nakon Si Thammarat), dont il était probablement gouverneur. Ce garçon partit pour le Siam. Entre-temps, le sultan de Johore demanda à la reine de Pattani l'autorisation d'épouser Raja Kuning. En bonne mahométane, peu soucieuse du respect dû à la parole donnée à Okphaya Deca qui n’était probablement pas mahométan, celle-ci accepta. Okphaya Deca enragé et jouissant probablement de moyens importants retourna à Ayutthaya et demanda au roi de faire la guerre à Pattani. Le roi de Siam acquiesça à sa demande. Okphaya Deca  se mit à la tête de l’armée qui attaqua Pattani.

 

 

En 1629, Ayutthaya était en pleine tourmente politique connaissant de sanglants conflits de succession. Okya Kalahom Suriwong par la ruse, le meurtre et l’intrigue avait privé Ayutthaya des trois héritiers légitimes du trône. Il devint roi sous le nom de Prasat Thong (le roi du palais d'or) se heurtant à l’indignation de nombreux monarques étrangers. Le shogun du Japon interrompit tout rapport avec lui. Le petit royaume de Lampang cessa d'envoyer son tribut. Ligor au sud se rebella également.

 

 

 

 

La reine de Pattani, Raja Ungu fit savoir publiquement que le roi du Siam n’avait pas le droit de porter la couronne puisqu’il avait tué les vrais rois et leurs héritiers. Pour cette raison, son royaume n’avait plus  à lui rendre hommage. Elle répudia les titres royaux siamois reçus du roi d'Ayutthaya, celui de Phra Nang Chao Ying (พระนางเจ้าหญิง), tout simplement sa majesté la reine. Ce titre, de la part de la cour d'Ayutthaya était signe d'honneur et de respect et était celui utilisé dans les correspondances officielles. Il fallait pour en bénéficier être de sang royal ce qui était son cas puisque descendante directe des monarques de la dynastie de l'intérieur des terres  fondateurs du royaume de Pattani. Comment une personne de son rang – affirmait-elle du haut de sa suffisance – pouvait-elle accepter d’être titrée par un misérable, usurpateur, coquin, meurtrier et traître ?

 

 

Ces considérations légitimistes sont évidemment suaves dans la bouche d’une sultane mahométane alors que toutes les successions dans les sultanats de la région  se réglaient à coup de kriss ou de poison.

 

 

 

Toujours est-il que sa hautesse se donna le titre islamique malais de Paduka Syah Alam, modestement « majestueuse souveraine du monde ». Elle rompt ainsi les liens entre Pattani et Ayutthaya en rejetant la légitimité du roi Prasat Thong. Elle reçut ce faisant le soutien d’un « certain nombre » de mandarins et de nobles marchands. Cette prise de position ne sembla pas avoir fait l’unanimité à Pattani oú les riches commerçants considérèrent que la guerre avec Ayutthaya  perturberait le commerce et surtout leurs profits. Il est toutefois possible que la guerre n’ait pas été déclenchée par l’orgueil de la reine mais par les commerçants de Sai qui auraient été à l‘origine de l’arraisonnement de deux navires du roi Prasat thong qui se rendaient à Batavia pour commercer avec la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.

 

 

 

En 1632, le roi Prasat Thong dirigea lui-même une armée pour attaquer Lampang, l'un des petits royaumes qui avaient cessé de lui rendre hommage et qui avait donné l’exemple à Pattani. Mais la même année il envoya un ambassadeur pour tenter de rétablir les relations entre Ayutthaya et Pattani. La reine le traita avec mépris. Le roi mobilisa 60.000 hommes pour constituer une armée dirigée par le gouverneur de Ligor, Okya Kalahom, le Pra Klang et Rabisit, ce dernier étant l’un de ses fonctionnaires musulmans. Les Hollandais de Batavia acceptèrent d'envoyer un certain nombre de navires armés qui arrivèrent trop tard.

 

 

 

 

Pattani pu vaincre l’armée siamoise par une stratégie simple consistant à les laisser épuiser les stocks de vivres qu’ils transportaient avec eux. Les soldats de Pattani se seraient également mêlés aux soldats siamois. Ceci établit à tout le moins la similitude entre le peuple de Pattani et le peuple siamois, nul ne pouvant distinguer l’un de l'autre. Il est essentiel aussi de noter que l’armée siamoise envoyée pour lutter contre Pattani ne comprenait pas seulement des recrues de Ligor et des régions environnantes, mais de nombreux Malais originaires de Pattani…musulmans contre musulmans. Bien que l'islam n'ait pas joué le moindre rôle dans ces premières rébellions, il n’en reste pas moins qu’à la fin du seizième siècle, les frontières entre les croyants et les non croyants avaient déjà été tracées en Asie du Sud-Est.

 

 

Le royaume de Pattani avait-il le potentiel était de devenir un grand royaume ? Ses querelles avec Ayutthaya lui donnèrent en tous cas l'arrogance dont il avait besoin vis-à-vis des royaumes malais plus au sud.

 

 

Le  lien était désormais rompu et le resta jusqu’à ce jour. Nous ne parlerons pas des rapports postérieurs du Siam avec le sud majoritairement musulman, que nous avons déjà traités. (6)

 

 

Sans porter le moindre jugement de valeur, force est de constater que les deux première rébellions de Pattani relevaient plus du mensonge et de la fourberie que de la volonté expansionniste des Siamois. Nous aurions hésité à l’écrire si cela ne résultait de la tradition orale transcrite dans les annales jawi.

 

 

L’avenir nous dira ce que deviendra dans l’avenir de ce mouvement irrédentiste qui revendique le rattachement des provinces du sud à la Malaisie (7).

 

PATTANI OU PATANI ?  INUTILE CHOC DES MOTS !

 

 

Si la situation dans les provinces du sud a fait couler des flots de sang, elle a aussi suscité des querelles sémantiques qui nous semblent quelque peu dérisoires :

 

 

« Patani » est devenu depuis peu un terme controversé utilisé pour désigner la région englobant les provinces de Pattani (avec 2 t,), Yala, Narathiwat et Songkhla, principalement habitées par des musulmans malais qui considèreraient le terme Pattani comme infamant. L'utilisation croissante du terme Patani préoccupe les non-musulmans quant à savoir s'ils sont inclus en tant que « Patani » et s'ils auront le droit de décider de leur futur dans la région.

 

 

Quand il est écrit en thaï, « Patani » (ปาตานี) sonne nettement différent de « Pattani » (ปัตตานี), le premier étant prononcé comme « Paa-ta-ni » et le dernier comme « Pat-ta-ni ». En malais on dit « P’tani » (ตานี), prononcé « Pa-ta-ni » avec une très brève premières syllabes très brève. « P'tani », le mot malais d'origine pour la région est utilisé depuis longtemps et n'est généralement jamais écrit en thaï. Ainsi, tout en étant techniquement le même mot que « P'tani », « Patani » prend une connotation politique d’utilisation récente.

 

 

Pour les autorités et un certain nombre de Thaïs, le terme « Patani » est une épine dans le pied car ils sont conscients de ces connotations politiques ouvertement  séparatistes. Au cours des dernières années, les mouvements associatifs plus ou moins irrédentistes l’ont largement répandu. Il est utilisé par le groupe  « Mara Patani », l'organisation faîtière du mouvement séparatiste.

 

 

 

 

Certains, pour apaiser le débat ont signalé que « p’tani » provenait du mot malais « petani » qui signifie «  agriculteur ».

 

 

 

 

Selon une enquête effectuée auprès de 2104 résidents du « Grand Sud », il apparut que 63,3% utilisaient le terme « provinces les plus au sud », 15% choisissaient « Fatoni » (nom arabe de Patani) et que seulement 11,4% étaient d'accord avec l'utilisation de « Patani » ! Une enquête a été effectuée en 2015 par le journal Prachatai auprès de distingués universitaires ou érudits du sud (8).

 

Le responsable de « Mara Patani » n’a manifestement pas la moindre notion historique. Pour lui le pays a été occupé par les Siamois en 1786, raccourci saisissant, et l’utilisation de ce mot est un combat pour la liberté. Pour un autre de la même farine, l’utilisation est une réponse au « colonialisme siamois ».  Compte tenu de ce que nous savons de l’islam malais qu’ils aspirent de rejoindre (7) il est amusant de lire de ces deux gaillards qu’ils préconisent la coexistence entre les ethnies et les religions. Pour Zakariya Amatayam un poéte de Narathiwat ... 

 

 

 

 

...le mot « Patani » n’est utilisé que par les militants politiques. Il nous dit n’utiliser le mot « P'tani » que pour désigner les agriculteurs. Quand il parle de sa région, il utilise le mot jawi-arabe « Fatoni ». Pour le journaliste Romadon Panjor,

 

 

 

 

l’utilisation des trois termes « Patani », « Fatoni » et « Pattani » est indifférente, le troisième étant même utilisé par des mouvements séparatistes. Pour Najib Arwaebuesam, un universitaire, il y a des problèmes plus sérieux à résoudre.

 

 

 

C’est en réalité un faux débat et nos militants feraient parfois mieux d’étudier leur langue avant de se lancer dans la politique.  Grammaticalement la graphie Patani désigne l'ensemble des trois provinces issues de l'ancien sultanat de Patani dont le nom est d'origine malaise. Cet ancien sultanat était beaucoup plus vaste que l'actuelle province de Pattani dont le nom est noté avec deux T : Du fait de la tonalisation en effet la graphie en thaï prend deux T, forme conservée dans la transcription romanisée officielle de l'académie royale.

 

La province de Pattani est une partie de l’ancien sultanat de Patani tout simplement, il n’y a pas là de quoi polémiquer !

 

Il y a, c’est une évidence, une situation difficile  dans les provinces du sud. Elle a fait couler du sang, beaucoup trop de sang. On ne résoudra pas leurs problèmes en réinventant leur histoire et encore moins en jouant sur les mots.

NOTES

 

 

(1) Nous en avons une remarquable synthèse dans un article de Nathan Porath, un universitaire et anthropologiste de Leiden : « The Hikayat Patani: The Kingdom of Patani in the Malay and Thai Political World » publié dans le Journal of the Malaysian Branch of the Royal Asiatic Society, volume 84 -  2 de 2011, pp. 45–65.

 

 

(2) Le Jawi est utilisé comme écrit alternatif en Malaisie même s’il a été remplacé par un alphabet latin. Il est dorénavant non pas oublié mais relégué à des fins religieuses, culturelles et à certaines fins administratives. Il ne doit pas y avoir plus de Malais qui le connaissent que de Thaïs le pâli.

 

 

(3) Jérémias van Vliet, employé à la  Compagnie néerlandaise des Indes orientales, rédigea dans sa langue plusieurs textes précieux pour la connaissance du Siam : Beschrijving van het Koningryjk Siam (Description du Royaume de Siam) tardivement imprimée à Leiden en 1692. 

 

 

Ayant appris le thaï rapidement, marié à une Thaïe, il fut mêlé aux élites siamoises, aux moines bouddhistes et à la société siamoise. Il eut accès aux archives officielles, notamment celles qui furent détruites par les Birmans lors du sac d’Ayutthaya en 1767.  Nous lui devons, publié peu de temps après une « Relation du voyage de Perse et des Indes Orientales. Traduite de l'anglois de Thomas Herbert. Avec les Revolutions arrivées au royaume de Siam l'an mil six cens quarante-sept ». Traduites du flamand de Jeremie Van Vliet. 1693. Pp 494.s. Une description de sa description du royaume de Siam fut traduite en anglais par L.F. Ravenswaay et publiée dans le journal de la Siam society  (volume 7-1 de 1910). Il est également l’auteur d’une Relation historique du roi Prasat Thong, parti d’un manuscrit  qui  fut traduit en français et publié à Paris en 1663 sous le titre « Relation historique de la maladie et de la mort de Pra-Inter-Va-Tsia-Thiant-Siangh Pheevgk, ou Du grand & juste roy de l'Elephant blanc, & des revolutions arrivées au royaume de Siam, jusqu'à l'advenement à la couronne de Pra Ongly, qui y regne aujourd'hu».  W. H. Mundie, à la demande du prince Damrong en fit une traduction anglaise publiée en 1938 dans le Journal of the Siam Society  sous le titre « VAN VLIET'S HISTORICAL ACCOUNT OF SIAM IN THE 17TH CENTUHY » Printed for H. R. H. Prince Damrong Rajanubhab, and Translated in 1904 by W. H. Mundie volumes 30-2 et 30-3. Nous le retrouvons enfin dans l’ouvrage de Chris Baker, Dhivarat Na Pombejra, Alfons van der Kraan et David K.Wyatt publié à Chiang Mai en 2005.

 

 

 

Voir à son sujet l’article de Sven Trakulhun « The widening of the world and the realm of history: early European approaches to the beginnings of Siamese history, c. 1500–1700 » in Renaissance Studies Vol. 17 No. 3.

 

C’est à cette époque la plus importante contribution européenne à l’histoire du Siam.

 

 

(4) Voir : Daniel Perret, Amara Srisuchat et Sombatyanuchit Amnat : « Thaïlande. La Mission -  Sites urbains anciens de la région de Pattani » ». In: Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient. Tome 86, 1999,. pp. 387-393.

 

 

(5)  S. Robson (1997), « Thailand in an Old Javanese Source », 1997. Bijdragen tot de Taal-, Land- en Volkenkunde, 153/3: 431–5)

 

 

(6) Voir :

Notre article 12 : « Terrorisme ou insurrection séparatiste dans le Sud ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-12-terrorisme-ou-insurrection-separatiste-dans-le-sud-68166091.html

Notre article  16 : « Pourquoi y-a-t-il terrorisme Islamiste ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-16-pourquoi-y-a-t-il-un-terrorisme-islamiste-69415988.html

Notre article A 234 « QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/07/a-234.qu-en-est-il-de-l-insurrection-au-sud-de-la-thailande-en-2017.html

 

(7) La Malaisie est un pays majoritairement musulman oú l’islam sunnite (celui de l’Arabie saoudite) est vécu de manière assez répressive et soumis à la charia.  L'ancien premier ministre malaisien Mahathir ibn Mohamad revenu au pouvoir et probablement gâteux avait lui-même défini en juin 2002 la Malaisie comme étant un État : « Fondamentaliste, et non un État islamique modéré ». Cela frise parfois le délire puisque certains termes islamiques, comme le mot Allah, sont interdits aux non-musulmans à l’oral et à l’écrit. N'épiloguons pas sur l'obligation de porter le voile ou l'interdiction faite aux femmes de sa maquiller. Mieux vaut en rester là !

 

 

(8) https://prachatai.com/english/node/5482

Partager cet article

Repost0
10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 22:14

 

 

 

 

DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

 

 

En 1803, un nouveau sultan Ahmad Tajuddin Halim Shah règne à Kedah.  

 

 

 

 

Désigné comme héritier apparent (Uparaja) par le roi du Siam en 1799, il contraint son prédécesseur et oncle à l’abdication en 1803 et fut reconnu comme souverain par le Siam. Ayant vent d’une possible invasion du Siam par les Birmans en 1820, il préfère jouer double jeu et refusa d’envoyer l’hommage et négocia une alliance birmane. Bien mal lui prit. Le gouverneur de Ligor (Nakon Si Thammarat) envahit le pays le 12 novembre 1821 et le conquiert sans difficultés. Le sultan fuit en territoire britannique et le gouverneur de Ligor nomme son fils comme gouverneur intérimaire. Les autorités britanniques lui accordent généreusement  l'asile et une pension lui permettant de vivre en exil, d'abord à Penang, puis à Malacca.

 

 

La reprise du contrôle des Siamois sur Kedah a commencé.

 

 

Définitivement sorti de ses guerres avec la Birmanie, le Siam pouvait à nouveau tourner son attention vers la péninsule malaise. Ahmad se plaint constamment au gouvernement de Penang des exigences siamoises et refuse d'envoyer la fleur d’or. Après l’invasion siamoise des milliers de réfugiés fuient en territoire britannique. Des milliers de personnes furent tuées et de nombreuses autres déportées au Siam ainsi le fils préféré du sultan, Tengku Yaacob qui fut capturé et envoyé à Bangkok. Le pays est mis au pillage avec de nombreuses déportations,  les mœurs du temps.  Ainsi 1.000 Malais de Kedah furent envoyés à Bangkok pour servir d’esclaves au roi et à ses ministres. En 1826 et 1829, des tentatives de neveux du sultan, Tengku Mohamed Said et Tengku Kudin, furent brisées dans l’œuf, ainsi qu'en 1831, en 1836, et la dernière en 1838. Conscient qu’il ne pourrait pas reconquérir son trône par la force et qu’il ne bénéficierait d’aucun soutien anglais, le sultan a donc décidé d'envoyer son fils aîné, Tengku Dai, à Bangkok, pour demander pardon et en 1842, le sultan fut rétabli sur son trône avec ses prébendes évidemment.

 

 

L’Angleterre avait honteusement trahi son allié, cette attitude reçut dans l’opinion éclairée l’accueil qu’elle méritait (1).

 

 

 

Faut-il voir dans ce contexte singulier les prémices d’un combat de la Malaisie (qui n’existe pas alors) contre le colonialisme ?

 

 

Que cette opinion soit répandue chez les bien-pensants de la péninsule et dans les livres d’histoire à l’usage des petits malais est une chose, qu’elle corresponde à la réalité en est une autre. Il est difficile d’y voir autre chose que la lutte entre tous ceux qui veulent être "calife à la place du calife".

 

 

 

Il avait échappé aux successeurs du sultan que depuis bien avant 1874, les Britanniques avaient formellement marqué leur intervention d’intervenir directement dans les affaires des États  de la péninsule malaise . Le traité de Pangkor en fut toutefois la première manifestation formelle. Il fut signé le 20 janvier 1874 entre le Royaume-Uni et le prétendant au trône de Peraket le prince Raja  Ismail, sur l'île de Pangkor au large de Perak (Perak est le sultanat situé sur la côté malaise à l’ouest directement au sud de Kedah) .....

 

 

 

 

...dans les circonstances suivantes : En 1871 le sultan Ali mourut en laissant trois fils, les princes Abdullah (qui n’est pas le nôtre), Ismail et Yusuf. Selon le complexe système de succession, c'est Abdullah qui aurait dû être nommé son successeur, mais c'est Ismail qui est élu. Un autre intérêt, primordial, était en jeu : le contrôle des mines d’étain des énormes gisements de Perak. Abdullah fit alors appel à l'aide britannique pour résoudre ces deux problèmes, son droit au trône et (surtout ?) le contrôle des mines. Les Anglais saisirent cette occasion et organisèrent une conférence à Pangkor qui se conclut par la signature d'un traité par lequel Abdullah recouvrait ses droits mais en présence de la désignation, pour la première fois dans la péninsule, d’un résident britannique en la personne de James Wheeler Woodford Birch, Perak fut bel et bien colonisé.

 

 

La conquête était partie de Singapour en 1819, Malacca en 1824. Elle se concrétisa en 1826 lorsque Malacca, Penang et Singapour, sous le nom de Straits Settlements (« Établissements des détroits ») furent placés sous l'administration de la Compagnie britannique des Indes orientales, dont le siège était à Calcutta  dans les Indes britanniques. 

 

Notons que le Traité de Londres de 1824 par lequel les Hollandais cédèrent finalement Malacca aux Anglais consacrait la division du  monde malais en deux parties marquées par une détestation multi-séculaire, la future Malaisie et l'Indonésie. (Le président indonésien Soekarno déclarait volontiers que la Malaisie est une création fantoche de la colonisation britannique.)

Le rève de la grande Indonésie du Président Soekarno

Le rève de la grande Indonésie du Président Soekarno

L’HOMMAGE DE LA FLEUR D’OR

 

 

Quel était donc le sens de cette cérémonie d’allégeance symbolique appelée en malais Bunga Mas dan perak (l’arbre aux fleurs d’or et d’argent) et en thaï tonmai thongngoen  (ต้นไม้ทองเงิน) ?

 

 

Son origine viendrait du royaume d’Ayutthaya : C’est un hommage rendu tous les trois ans au roi d'Ayutthaya par ses États vassaux de la péninsule malaise, notamment Kedah. L’hommage consistait en deux petits arbres en or et en argent auxquels s’ajoutaient de coûteux dons d’armes, de biens et d’esclaves. Peut-être est-il d’origine bouddhiste ? Il semble que la première manifestation vienne de Kedah dont les dirigeants du 17ème siècle la considéraient comme un gage d'amitié : C’est de Kedah que serait partie cette première marque d’allégeance que les rois siamois maintinrent par la suite comme signe de reconnaissance de leur suzeraineté.

 

Quel était aussi sa portée ? Un article de l’universitaire malais Ahmat Sharom nous éclaire beaucoup plus largement que ne le fait le père Riboud (2).

 

 

 

Cette pratique d’ailleurs semble conforter les droits du roi de l’éléphant Blanc au sens du droit international, au moins comme on le concevait à l’époque (3).

 

La suzeraineté du Siam sur Kedah fut solennellement confirmée en 1826 dans le traité signé par le capitaine Burney. En dehors de dispositions purement commerciales toujours omni-présentes dans l’esprit mercantile des Anglais, il est précisé que lorsque le Rajah de Kedah avait précédemment conclu des traités avec la Compagnie des Indes orientales pour son propre compte et cédé Penang et la Province Wellesley,

 

 

 

....celle-ci ignorait qu'ils étaient tributaires du Siam. Dans l’art de la duplicité, il était difficile de faire mieux ! Il fut donc convenu que les Siamois resteraient à Kedah et prendraient soin de ce pays et de ses habitants. En sus de Kedah, le traité confirmait la suzeraineté du Siam sur les provinces de Perak, Tringganu et Kelantan.

 

Cette présence du Siam à Kedah fut-elle pesante sinon féroce comme le laisse entendre un article de Pierre Fistié (4) ? L’opinion divergente d’un universitaire malais (2) a évidemment suscité notre intérêt.

En 1842, lorsque les troubles furent apaisés, le roi Rama III décida d'envoyer Phya Si Phiphat (เจ้าพระยาพิพัฒน์) commandant en chef de l'armée de Bangkok à Kedah afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer une paix durable dans les provinces du sud.

 

 

 

 

Celui-ci estima qu’une réorganisation complète de l'administration était nécessaire et que tant que des fonctionnaires siamois gouverneraient directement Kedah, il y aurait inévitablement des ennuis. Il recommanda donc de désigner des parents du sultan acceptables par le Siam. En outre, il recommanda d'affaiblir la force potentielle de Kedah en divisant l'État en trois territoires distincts. Toutes ces recommandations furent suivies, trois circonscriptions administratives, confiées chacune à un rajah malais de la famille royale, furent créées jusqu’au retour du sultan sur le trône central en 1842. Cette politique de sagesse fut suivie tout au long du siècle, le Siam considérant qu'une implication directe dans les affaires internes de Kedah ne ferait qu'engendrer des difficultés d’autant que la répression coûteuse d’éventuelles révoltes aurait nécessité l'aide des Britanniques qui avaient clairement fait savoir qu'ils ne souhaitaient pas continuer à jouer ce rôle et que, dans le contexte de l'activité européenne dans la région à la fin du 19e siècle, le Siam se rendit compte qu'il ne pouvait pas se permettre de s'aliéner les Britanniques. Le résultat final fut une quasi-indépendance de Kedah par rapport à l'administration interne siamoise notamment celle de Nakon Si Thammarat. Kedah, pour sa part, avait retenu la leçon de 1821 et l'inutilité de la résistance contre un pays plus puissant.

 

 

Tengku Anum, parent éloigné du sultan Ahmad Tajuddin s’était joint au Rajah de Ligor (vice-roi de Nakon Si Thammarat) et, en 1826, il conduisit une délégation de notables de Kedah à la Cour de Bangkok, assurant au roi que la population malaise était heureuse sous ce régime. Cette période de coexistence pacifique fut renforcée par la  création de liens personnels étroits entre les deux familles royales. Le roi Mongkut aimait beaucoup le sultan Ahmad Tajuddin qu’il reçut souvent à la cour. Celui-ci comme son prédécesseur, prit part à la « Cérémonie d’allégeance de l’eau » (18). Il se rendit souvent à la cour du roi Chulalongkorn qui lui réservait un accueil fastueux. En 1897, dans le cadre des réformes administratives du Prince Damrong, fut créé le monthon de Saiburi (มณฑลไทรบุรี) ou monton de Kedah (มณฑลเกอดะฮ์) regroupant Kedah, le mueang Palit (เมืองปลิศ) aujourd’hui appelé Perlis (เปอร์ลิศ) et le mueang Satun (เมืองสตูล), passant sous contrôle du ministère de l’intérieur. Le sultan Abdul Hamid devint alors Chao Phraya et fut nommé haut-commissaire du nouveau Monthon. Il écrivit immédiatement au roi pour lui exprimer sa gratitude et réaffirmer qu'il se contentait d'être un sujet loyal pour cette génération et les générations futures. Ce poste passa ensuite à son successeur, le Raja Muda Abdul Aziz. Tous deux effectuaient de longs séjours à Bangkok oú ils étaient reçus fastueusement pour discuter de diverses questions intéressant la gestion de la région. De nombreux membres de la famille royale de Kedah vivaient en permanence à Bangkok, envoyés pour y être éduqués et formés. En dehors de brefs contrôles en matière fiscale, il n'y eut aucune ingérence des Siamois dans les affaires économiques de Kedah. Au contraire, les Siamois firent preuve de beaucoup de tolérance et de compréhension à l'égard de la politique économique du pays. Sir Frank Athelstane Swettenham premier résident général des états malais en 1896 qui détestait les Siamois et avait tendant à les regarder comme des seigneurs impitoyables dut admettre que Kedah n’était pas tenue d’envoyer la plus grande partie de ses revenus à Bangkok.

 

 

 

 

Le roi Chulalongkorn décréta que dans les provinces du sud, on devait distinguer deux catégories d'accords, ceux concernant le Siam, tels que l'exploitation forestière et minière et la fiscalité agricole, qui nécessitaient l’accord de Bangkok et les accords privés tels les concessions de terres qui pouvaient être conclus librement.

 

 

 

Il n’y a qu’en la matière des successions royales que le contrôle de Bangkok était absolu. Les sultans Zainal Rashid Muazzam Shah (1843-1854) et Ahmad Tajuddin Mukarram Shah (1854-1879)  furent nommés directement par le Siam. La question fut illustrée en 1879 : Cette année-là, le sultan Ahmad Tajuddin mourut, laissant derrière lui deux très jeunes fils, Tengku Putra, âgé de 16 ans, et Tengku Hamid, âgé de 12 ans. Il était prévu que l'un ou l'autre finirait par devenir Sultan et que l'un des frères du défunt jouerait le rôle de régent. Les membres de la maison royale jugèrent plus sage de laisser les Siamois régler cette question.

 

 

Il est un autre domaine où le contrôle siamois était absolu, celui des relations étrangères. Tel fut en particulier le cas lorsque fut rediscutée la question de la limite frontalière entre Kedah et Wellesley.  A l’occasion d’un conflit entre Kedah et Penang, le roi Mongkut écrivit au consul britannique à Bangkok pour l'informer que ses États malais bénéficieraient de la protection siamoise en cas de conflit.

 

 

 

 

En définitive, le plus souvent le Siam laissait Kedah libre de ses mouvements. Quand par exception, il intervenait, il est évident que le sultanat devait s’incliner. La raison que donne Ahmat Sharom à cette liberté qu’il qualifie d’ « énorme » tient au fait que les Siamois n’avaient que peu d’avantages tangibles à retirer de Kedah. L’opinion du roi Chulalongkorn est sans équivoque après sa visite dans les États malais siamois en 1891 : « nous n’avons aucun intérêt particulier pour ces États ... Si nous les perdions au profit de l’Angleterre, nous ne perdrions que le Bunga Mas, perte matérielle. Toutefois, c’est une atteinte à notre prestige, c’est pourquoi nous devons renforcer notre emprise sur cette partie du territoire ».

 

 

Nous étions – semble-t-il – loin d’un système d’oppression comme le répandait à plaisir la littérature et la presse coloniale anglaise (5).

 

 

Cette situation de quasi indépendance et la capacité de Kedah à survivre indépendamment de Siam n'était toutefois pas destinée à continuer sans entraves. La dernière décennie du XIXe siècle marqua le début de sa fin.

 

 

 En 1892, le roi Chulalongkorn instaura une politique de centralisation dans tout le pays dont l’axe central fut la réorganisation des monthon sous le contrôle direct du ministère de l'Intérieur. Ce fut en 1897 le schéma de l’intégration de Kedah, Perlis et Satun dans le monthon de Saiburi avec le sultan de Kedah en tant que haut-commissaire à la suite de laquelle il ne fut plus question de cérémonie d’envoi du Bunga Mas.

 

 

 

 

Le Siam a longtemps hésité à prendre d’autres mesures, de peur que cela ne provoque une réaction des Britanniques. Le politique britannique vis-à-vis des États du nord malais va changer suite à la déclaration anglo-française de 1896 qui avait convaincu le Royaume-Uni que la France ne constituerait pas une menace pour ses intérêts dans la péninsule.

 

 

Les Anglais intervinrent ouvertement en 1902 à Kelantan (envoi d’un régiment de 300 Sikhs sous le prétexte allégué de constituer la garde personnelle du sultan) et à Terengganu. Le Siam prit les devants avant que les Britanniques n’agissent de crainte que leur prochaine cible ne soit Kedah. La situation y fut alors critique, avec le sultan  à moitié fou, le pays en faillite virtuelle et tous ses revenus hypothéqués. Au terme de très longues discussions, le Siam souhaitait l’envoi à Kedah comme à Kelantan et Terenganu d’un résident ou conseiller britannique. Le Foreign Office considéra que Kedah était bien une dépendance du Siam, ce qui avait été reconnu par la Grande-Bretagne mais que si les Siamois voulaient installer un conseiller à Kedah, il serait très difficile aux Britanniques de s'y opposer. La situation prit un nouveau tournant en mars 1905 lorsque le Raja Muda Tengku Abdul Aziz se rendit à Bangkok avec une lettre du sultan accompagnée d'autres documents relatifs à la situation financière critique de Kedah. Tengku Abdul Aziz rencontra le prince Damrong auquel il demandant un prêt, et la nomination d'un conseiller financier et en outre, il suggéra de constituer un conseil pour administrer le pays, en raison de « la mauvaise santé » du sultan.

 

 

 

 

Il était dès lors difficile aux Anglais de s’opposer à la demande siamoise à une triple condition, que le gouvernement de Kedah soit laissé entre les mains des autorités locales, que le conseiller soit destitué une fois la situation financière assainie et que le conseiller et ses assistants soient de nationalité britannique, nommés et révoqués avec l'approbation britannique. Après de nouvelles discussions, l’affaire se termina le 16 juin 1905 en vertu d’un accord en vertu duquel le Siam s'engageait à prêter à Kedah un prêt de 2,6 millions de dollars à un taux d'intérêt de 6% par an. En contrepartie, Kedah accepterait, jusqu'au remboursement intégral de sa dette les services d'un conseiller, nommé par le gouvernement siamois, qui contribuerait à l'administration financière du pays. La signature de cet accord mit fin à la quasi-indépendance de Kedah qui, depuis 1842, dirigeait ses propres affaires pratiquement à sa guise et marqua également la fin du contrôle absolu du sultan sur les affaires de son État : Le pays se dota alors d'une constitution le 29 juillet 1905 créant un conseil d'État dirigé par les frères et les fils du sultan qui lui ôtait tous pouvoirs.

 

 

Le sort de Kedah fut définitivement réglé par le traité du 10 mars 1909 en son article premier :

« Le gouvernement siamois transfère au gouvernement britannique tous les droits de suzeraineté, de protection, d'administration et de contrôle qu'ils possèdent sur les États de  et les îles adjacentes. Les frontières de ces les territoires sont définis par le protocole de délimitation des frontières joint en annexe ».

 

 

 

La tache d’huile britannique s’est répandue. La vérité est que la Grande-Bretagne voulait la Malaisie qui lui permettait – en dehors du contrôle des mines d’étain – de contrôler le détroit de Malacca, voie maritime entre l'Inde et la Chine, après avoir soigneusement bloqué toute tentative de percement d’un canal entre les deux océans à la hauteur de l’isthme de Kra (6).

 

 

 

 

 

Notre propos n’est pas d’écrire l’histoire de la colonisation anglaise en Malaisie mais, pour en rester à Kedah, de citer deux épisodes dont nous nous garderons de tirer des conséquences générales, le premier se situe en 1915 qu cours de la première guerre mondiale et le suivant au cours de la seconde en 1941. Ils semblent toutefois démontrer que l’intégration des provinces siamoises ne se fit peut-être pas sans douleur.

 

1915, une guerre sainte.

 

Il faut noter que les ouvrages historiques consacrés à l’implication de la Malaisie dans la première guerre mondiale sont pratiquement inexistants.

 

Nous savons toutefois que la Grande-Bretagne dépensa des sommes énormes pour diffuser sa propagande de guerre en Malaisie (7).  Nous bénéficions toutefois à  ce sujet d’un article récent d’un universitaire malais Ahmad Kamal Ariffin Mohd Rus (8).

 

 

 

Nous sommes dans le sultanat voisin de Kelantan qui était le plus important en population et en superficie des sultanats siamois. En dehors des mouvements de protestations consécutifs à l’application d’une stricte fiscalité, ce que les historiens malais et tous les manuels scolaires considèrent comme une « guerre sainte » fut déclenchée en 1915 après l’entrée de la Grande-Bretagne en guerre contre la triple alliance, Allemagne, Autriche-Hongrie et Empire Ottoman. L’Empire ottoman, nation islamique, avait appelé tous les musulmans à soutenir ses efforts contre les Britanniques, les Français et les Russes. La Grande-Bretagne eut alors quelques difficultés à contrôler pleinement les ressources de ses colonies. Elle rencontra des problèmes au sein des rangs de ses armées où courut la rumeur chez les musulmans des régiments indiens selon laquelle ils seraient envoyés en Europe et combattraient les troupes ottomanes, leurs frères musulmans. Ils déclenchèrent alors une mutinerie contre les autorités britanniques à Singapour. Cet événement est connu sous le nom de mutinerie de Singapour (également connu sous le nom de mutinerie de Sepoys ou des Cipayes) qui dura de janvier à mars 1915, avant que les Britanniques ne soient en mesure de rétablir l'ordre et de faire exécuter les mutins.

 

 

 

 

Néanmoins, cette mutinerie vint au aux oreilles des dirigeants de Kelantan. Une révolte éclatât  peu de temps après sur Kalantan et probablement les sultanats limitrophes. Elle fut conduite par un homme saint (Hadj - il avait fait le pèlerinage de La Mecque) ...

 

 

 

 

nommé Tok Janggut. Elle fut réprimée dans le sang par  le régiment de Sikhs entré à Kelantan en 1902.

 

 

 

Par contre, si les statistiques précises sur les morts de cette guerre sont surabondantes, nous n’avons rien trouvé  sur les morts de Malaisie. Il dut pourtant y en avoir puisqu’il existe au moins deux monuments aux morts malais de la guerre de 1914-1918 (ne devrions-nous pas écrire « il n’existe que deux… » ?). Le premier, connu sous le nom de War Memorial  est à Kuala Lumpur et semble ne comporter que des noms anglais .

 

 

 

 

L’autre se trouve sur l’île de Penang, connu sous le nom de George-Town Cenotaph et  semble également ne comporter que les noms de marins anglais lors d’une bataille navale qui s’est déroulé le 28 octobre 1914 entre un navire français et un navire russe assistés de marins anglais et un navire allemand. La question de savoir si des Malais sont  allés combattre – ou ne sont pas allés combattre – sur le front de l’ouest reste un sujet inexploré.

 

 

 

1941, un sultan de Kedah « collaborateur »

 

Dans des circonstances que nous connaissons, le 21 décembre 1941 fut signé le traité entre le Siam et le Japon permettant au premier de récupérer les territoires perdus en 1909. Le 31 décembre de la même année, nous apprenons par la presse française  « le sultan de l’État de Kedah, en Malaisie, dans un discours radiodiffusé de Penang, a demandé à tous les musulmans malais de donner leur appui aux Japonais qui luttent pour le retour de l'Asie aux Asiatiques ». Celui-ci, Paduka Sri Sultan Abdul Hamid Halim Shah ibni Almarhum Sultan Ahmad Tajuddin Mukarram Shah, qui régna de 1881 à sa mort en 1943 avait connu toutes les vicissitudes de son royaume entre le Siam et l’Angleterre. Cet épisode de sa vie que l’on pourrait considérer comme « collaborationniste » est remarquablement absent de toutes ses biographies plus ou moins officielles que l’on trouve sur Internet. Le chant des sirènes nippones raisonna dans l’Indochine française, en Birmanie et  en Malaisie. S’il reçut au départ un accueil favorable, il fut rapidement anéanti par les multiples crimes et exactions dont se rendirent coupables les Nippons. La question est de savoir si, tout au moins dans les quatre provinces restituées à l’administration siamoise, la présence japonaise fut moins lourde, moins pesante et moins sanglante.

 

 

 

 

Nous manquons également du moindre élément, concernant les quatre provinces siamoises de Kelantan, Tringganu, Kedah et Perlis depuis 1941 jusqu’à leur retour dans le giron anglais. L’existence probable de collaborateurs des Japonais reste un sujet tabou. Les historiens malais ont du pain sur la planche.

 

LA PHILATÉLIE AU SECOURS DE L’HISTOIRE DE KEDAH

 

 

Cet aspect, quoique marginal, est révélateur de la situation géo-politique d’un pays à une époque donnée.

 

 

Penang, centre de tri postal

 

 

Le courrier dans la région était à l'origine traité en privé par des navires de passage; les plus anciennes marques postales connues datent d'environ 1806 et étaient utilisées par un bureau de poste situé sur l' « île du Prince de Galles » c’est-à-dire Penang.

 

 

Ultérieurement, en 1837 la réglementation interne de l’Empire des Indes accorda à la Compagnie des Indes orientales le monopole des services postaux. Tous les navires privés étaient tenus de transporter les lettres à des tarifs postaux imposés. Ultérieurement, les timbres-poste des Indes furent été utilisés à partir de 1854, les territoires de la péninsule étant considérées comme faisant partie du « cercle du Bengale », puis à partir de 1861, ils devinrent une partie du « cercle de la Birmanie ». Les affranchissements utilisés provenaient de Malacca, de Penang et de Singapour.

 

 

Timbre des Indes britanniques portant le cachet de Penqng (B 147) :

 

 

 

 

Lorsque les Etablissements des détroits devinrent colonie de la couronne en 1867, ils purent imprimés leurs propres timbres. À compter du 1er septembre 1867, les stocks de timbres indiens existants ont été surchargés avec une couronne et une nouvelle valeur en cents, les établissements ayant adopté une monnaie d’un dollar-argent de 96 cents. Ultérieurement arrivèrent les vignettes imprimées à Londres  pour les colonies portant le profil de Victoria.

 

 

 

 

Edouard VII succéda à sa mère en 1901 et apparurent les vignettes à son profit.

 

 

 

Penang resta alors centre de tri comme Singapour et Malacca.

 

 

Lettre pour les USA portant le cachet de Penang (21 avril 1900) :

 

 

 

 

Lettre pour Sumatra portant le cachet de Penang  (21 mars 1902) :

 

 

 

 

Kedah

 

Il est permis de penser qu’avant la création d’un véritable service postal au Siam en 1883, les correspondances – qui ne devaient pas être abondantes – et la correspondance officielle qui l’était peut-être plus, circulaient par voie de terre, à dos d’éléphant, ou par voie fluviale faute d’un service national organisé. La première correspondance connue en provenance de Kedah portant un timbre siamois est datée de 1887.

 

Document commémoratif de 1987, l'original du document  postal se trouve au musée phulatélique de Singapour :

 

 

 

On retrouve par ailleurs le portraire du roi Rama V estampillé de Perlis et de Battambang (au Cambodge siamois).

 

 

 

 

Après l’annexion de 1909, ce furent évidemment alors les timbres des Etablissements des détroits qui furent utilisés, les premiers  timbres spécifiques à Kédah n'apparurent qu'en 1972.

 

 

 

 

Auparavant les utilisateurs qui apposaient le timbre-poste sur l’enveloppe ne pouvaient donc pas être induits en erreur sur la personne de leur souverain !

 

 

Les philatélistes français, toujours à l’affut de la création de nouveaux pays ou de nouvelles colonies donnant lieu à l’émission de nouvelles pièces ne s’y trompèrent pas, les revues spécialisées annonçant que « le gouvernement anglais venait de se rendre acquéreur d’un territoire compris dans le royaume de Siam » ce qui donnerait évidemment lieu à de nouvelles émissions (9) !

 

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Tout fut dit par Cyrille Pierre Théodore Laplace : « L’Angleterre resta totalement et remarquablement passive devant les opérations siamoises. La terreur panique se répandit à Penang. L'alarme fut si vive à Georges-Town (capitale de l’île) qu'on arma jusqu'aux Chinois, et que toutes les richesses  de la ville, ainsi que le trésor du gouvernement, furent transportées dans le fort Cornwalis qui domine toujours la ville… L'affaire du roi de Kedah, indignement abandonné à la merci d'un ennemi puissant par des alliés qui avaient solennellement promis de le protéger, est sans doute en morale comme en politique, une mauvaise action  qui a grandement discrédité le nom britannique dans l’Indochine : mais empressons-nous d'ajouter qu'elle a été hautement blâmée par tous les Anglais établis  aux Indes, ainsi que dans les pays malais, et ceux de Singapour ont même adressé à ce sujet, à la chambre des communes, une pétition très énergique  qui, malheureusement, est restée sans effet : tant il est vrai que chez nos voisins, et cela  est une loi de la nécessité, les questions de commerce absorbent toutes les autres »  in  « Campagne de circumnavigation de la frégate l'Artémise, pendant  les années 1837, 1838, 1839 et 1840  sous le commandement de M. Laplace », tome IV. 

 

 

 

 

(2)  « KEDAH-SIAM RELATIONS, 1821-19053 » in Journal de la Siam Society, volume 5961 de 1971.

 

 

(3) Thomas John Newbold, militaire, voyageur et écrivain orientaliste dans son ouvrage de 1839  « Political and Statistical Account of the British Settlements inthe Straits of Malacca »  Vol. 2 p. 7. Puffendorf, Grotius,  juristes du XVIIe siècle et Vattel  du siècle suivant. Ils sont les pères fondateurs de ce que l’on appelait alors « le droit des gens »

 

 

 

(4) Pierre Fistié : « Les Malais en Thaïlande » . In: Revue française de science politique, n°4, 1967, pp. 749-760.

 

(5)  Voir H.G. Quaritch Wales : « Siamese State Ceremonies, Their History and function », Londres 1931.

 

 

(6) Voir notre article R 8 – « Pourquoi le Roi Chulalongkorn a refusé le projet du Canal de Kra ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-146-pourquoi-le-roi-chulalongkorn-a-refuse-le-projet-du-canal-de-kra-123981374.html

Cette obstruction est  l’une des conséquences des deux Conventions secrètes anglo siamoises des 31 mai 1896 et 6 avril 1897. Voir l’article de Thamsook Numnonda  « The Anglo-Siamese Secret Convention of 1897 » in Journal de la Siam Society, volume 53-1 de 1965.

 

 

(7) « Siam in the malay peninsula Tales of oppression » (1902) par R.D. Davies, un folliculaire anglais basé à Singapour. Ce fascicule est un recueil des articles de presse polémiques du Singapore Free Press.

 

 

(8)  Ahmad Kamal Ariffin Mohd Rus « The federated malays stat’s tacit involvment in the first world war, 1914-1918 » publié en anglais dans Jurnal sarjana jilid 24, Bilangan 1 de 2009.

 

 

(9) Voir en particulier « Le timbre-poste » du 10 octobre 1909

 

 

 

Partager cet article

Repost0
8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 22:19
H 38 - KEDAH, UN ROYAUME LÉGENDAIRE FONDÉ PAR UN DESCENDANT D’ALEXANDRE LE GRAND (?) AVANT DE DEVENIR TRIBUTAIRE DU SIAM -   PREMIÈRE PARTIE

 

LA LÉGENDE

 

 

Le petit sultanat de Kedah (ou Quedah) qui couvre 9.500 kilomètres carrés sur la côte nord-ouest de la fédération malaise et dont les Anglais dépossédèrent le Siam en 1909 a une histoire et une légende singulière.

 

 

Il aurait été au cœur de l’ancien royaume hindou-bouddhiste de Langkasuka, le plus ancien de la péninsule, fondé au 2e siècle de notre ère par un monarque légendaire Merong Mahawangsan Hikayat, lointain descendant d’Alexandre le grand, qui adopta la foi bouddhiste et dont les héritiers rejoignirent ultérieurement celle du prophète.

 

 

Carte provenant d'un atlas chinois médiéval

 

 

 

 

Il se serait étendu de la partie sud de la Thaïlande actuelle jusqu’à la moitié de la péninsule malaise et aurait occupé une partie de la péninsule indonésienne. Telle est du moins la légende relatée par les Annales de Kedah dont l’historicité est quelque peu douteuse (1).

 

 

 

Quittons le mythe et les légendes pour retourner à la réalité historique dans la mesure du moins oú nos compétences nous le permettent.

 

 

 

L’HISTOIRE

 

L’histoire de Kedah a fait l’objet de très solides articles du R.P. Louis Marie Valentin Riboud des Avinières assortis d’énormes références bibliographies en 1938 et 1939. Quoique nécessitant quelques mises à jour, cette série d’articles constituent encore la référence la plus sérieuse (en français) en ce qui concerne Kedah  (2). Ils nous conduisent à la période oú, par l’hommage de la fleur d’or, Bunga Mas dan perak en malais, (l’arbre aux fleurs d’or et d’argent) et en thaï tonmai thongngoen (ต้นไม้ทองเงิน), Kedah devint vassal du Siam. Survolons-là rapidement.

 

Carte du R.P. Riboud :

 

 

 

LES TEMPS PRÉHISTORIQUES.

 

 

La presqu'île fut probablement habitée à l'époque quaternaire ce que confirment des découvertes archéologiques dévoilées à partir des années 1930 et toujours en cours.

 

 

 

LE PREMIER SIÈCLE  AVANT JÉSUS-CHRIST.

 

 

Pline le Jeune parle du grand trafic des Indes de l'au-delà et de l'en-deçà du Gange, du commerce des Scythes, de la Sérique, de l'Attan (Afghanistan ?) et de la Cattacoria avec les naturels du pays, les Girgassis, nom des premiers habitants de Kedah. Aux alentours de l’année 75 Kedah fait partie du royaume Madjapit de Java.

 

 

 

LE DEUXIÈME SIÈCLE.

 

 

Claude Ptolémée, astronome grec, né à ce que l'on croit à Ptolémaïs  en Thébaïde au début  du IIe siècle après Jésus-Christ, vécut longtemps à Alexandrie ou à Canope (en Égypte). Il en signale le rôle commercial  vers 163.

 

 

Le monde de Ptolémée :

 

 

 

LES SEPTIÈME  ET HUITIÈME SIÈCLES : LES CHINOIS ET LA CONVERSION Á L’ISLAM.

 

 

Sous la dynastie chinoise des Tang, un certain Yi-Tsing ou Tchang Woming fit de 671 à 673, un premier voyage depuis la Chine pour aller dans l'Inde. Il en décrit soigneusement les étapes et note qu'il passa par Kie-Tch'a identifié avec Kedah. De là, il se rendit à Aceh (Sumatra). L’article de Paul Pelliot de 1904  est à son sujet une source fondamentale. (3)

 

 

 

 

En 637, un Arabe, le  Sheikh Abdulla arriva à Kedah et y introduisit l 'Islam. Le roi de Kedah, se soumit à la religion du Bédouin.

 

 

 

LE NEUVIÈME SIÈCLE.

 

 

Pourquoi Kedah était-il alors recherché par les navigateurs et les voyageurs ? Sa situation géographique l’explique : par sa position entre l'Inde et la Chine, la presqu'île de Malacca sépare l'Océan Indien et la Mer de Chine, et ne laisse qu'un étroit passage au Sud entre Singapour et Sumatra.

 

 

Du VIIe, VIIIe et jusqu'au XVIIle siècle, le Sultan de Johore, État malais situé au Sud de la presqu'île, était très puissant.

 

 

 

 

Il possédait une flotte montée par des pirates qui pillaient les bateaux s'aventurant dans les détroits ; c'est pourquoi les marchands chinois et arabes trouvèrent la route Cambodge  - Kedah - Aceh – Inde - Arabie. Une pointe du Cambodge se situe à la hauteur de Pattani (Singora). On allait en bateau de cette pointe à l'un des ports de la côte Est de la presqu'île malaise ; on y déchargeait les marchandises qui étaient portées à dos d'éléphants jusqu'au Port de Kedah, où on les rechargeait sur un bateau qui partait pour Aceh. Ainsi l'on évitait les pirates et l'on gagnait du temps : En sus d’être infesté de pirates, le détroit de Singapour s'ouvrait à l'Est sur une mer, l'hiver battue par les typhons.

 

 

 

LES VOYAGE DES ARABES DANS L'INDE AU NEUVIÈME SIÈCLE

 

 

Soleyman, marchand arabe, décrivit ses voyages en 851 de notre ère et Kedah comme port où se faisait échange de produits venant de la Chine et de l'Arabie.

 

 

 

LES DIXIÈME ET ONZIÈME SIÈCLES : LES INDIENS : LE ROYAUME DE ÇRIVIJAYA. 

 

 

La colonie indienne de Sumatra constitua le royaume bouddhiste de Çrivijaya connue des géographes arabes, qui soumit la péninsule malaise.

 

 

 

 

LE TREZIÈME SIÈCLE : L’ARRIVÉE DES THAÏS.

 

 

Vers 1292, les Thaïs du Ménam enlevaient à Çrivijaya la presqu'île de Malacca. C’est un de leur chef, Praya U-thong (พระเจ้าอู่ทอง), qui fonda Ayutthaya  vers 1351. Un siècle plus tard, vers 1460, ils étaient alors maîtres de la péninsule (4).

 

 

 

LE QUATORZIÈME SIÈCLE.

 

 

Odoric de Pordenone, Missionnaire franciscain né en 1286 à Civitale dans le Frioul, mort le 14 janvier 1331, visita Ceylan et la Chine vers 1300.

 

 

 

 

Dans sa relation de voyage, il mentionne « Kalah », où il aurait abordé pendant sa traversée de Ceylan en Chine (5).

 

 

 

LE QUINZIÈME SIÈCLE.

 

 

Au commencement du XVIIe siècle, le Sultan Abdalla de Malacca rédigea les généalogies malaises (« Sedjarah Malayu »)

 

 

 

 

et nous apprend que le premier roi qui régna aux environs de 1252 répondait au nom de Raja Iskander Chah. Nous ne l’aurions pas signalé s’il ne s’agissait tout simplement de la transcription d’Alexandre (Remarque : Iskander = Alexandre) Une origine que les Gouverneurs de Sumatra ont toujours reprise – en toute modestie -  . Celui-ci régnait à Singapour depuis 32 ans lorsqu’il fut vaincu par les Javanais et s'enfuit ; il se réfugia sous un arbre dont il demanda le nom et, apprenant qu’il s'appelait « Malaka » : «  Eh bien, dit-il, ce sera le nom de la ville que je veux fonder ici-même ». En 1477, sous le Sultan Mahmoud Chah, le roi de Kedah lui rendit hommage comme son suzerain. Au XVe siècle, le rajah de Malacca régnait sur les autres princes de la péninsule et donc sur Kedah.

 

 

 

LE SEIZIÈME SIÈCLE : LES PORTUGAIS,

 

 

Les Portugais prirent Malacca en 1510 et s’y établirent définitivement en décembre 1511 par Alfonso de Albuquerque qui revint le 20 mai 1513 à Lisbonne. Selon la tradition malaise, le commerce de Port-Kedah avec les Portugais commença en 1511.

 

 

 

 

Nous retrouvons Fernando Mendez Pinto : Cet aventurier portugais, né vers 1510, qui parcourut avec des corsaires les mers de la Chine et du Japon, et fut plusieurs fois pris et vendu comme esclave ; Il  accompagna Saint François Xavier au Japon, revint dans son pays en 1558 et y rédigea le récit de ses voyages qui n'ont paru qu'après sa mort, à Lisbonne en 1614 et à Madrid en 1620 et ne furent traduits en français qu’en 1828. Il visita en particulier, une partie des îles « Sambillan » (Smilan), Jonsala (Phuket) et Kedah.

 

 

 

 

 

LE SEIZIÈME SIÈCLE, LES HOLLANDAIS.

 

 

La Compagnie  néerlandaise des Indes Orientales  fut fondée au XlVe  siècle. Un Hollandais nommé Corneille Houtman étant au Portugal, fit par pure curiosité plusieurs enquêtes touchant les Indes Orientales et sur la route qu'il fallait prendre pour y aller.

 

 

 

LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

 

 

Il faut rappeler ici que ce qui faisait l'importance de Kedah.  C’est d'une part le commerce du poivre, renommé comme l’un des meilleurs au monde et l’une des épices les plus précieuses. 

 

 

C’est aussi la quasi-nécessité de faire traverser les marchandises par voie de terre par la presqu'île, soit à Mergui, soit à Tenasserim, soit à Kedah de préférence, port le plus proche ou soit de Malacca, d'Aceh, dépendant de Sumatra, et qui permettait de rejoindre facilement la côte Est, Singora (Pattani), ports situés juste en face de la pointe du Cambodge  à cause des pirates qui infestaient les détroits en face de Johore. Le Chevalier de la Roque, commandant de l'Amphitrite, écrivait le 17 septembre 1698 « Peu de temps auparavant un vaisseau semblable avait pillé un bâtiment anglais qui quittait Johore (pillé par les Malais de Manicolo (?). Le roi de Johore protège ces gaillards parce qu'ils lui paient un tribut ».

 

 

 

 

Cette période voit des affrontements sanglants entre les Bataves et les Portugais. Louis Riboud  nous les décrit en détail, justificatifs à l’appui. Nous vous les épargnons.

 

 

Le Général Sébastien Auguste Pontault de Beaulieu, ingénieur et maréchal de camp sous Louis XIV  fit un voyage en 1621 dans les Indes Orientales pour le compte de la France, pour préparer la Compagnie des Indes Françaises. Il entendit vanter Kedah et Lankawi comme deux lieux où le poivre n'était pas moins abondant qu'à Sumatra et fit la résolution de prendre cette route (6).

 

 

 

 

Le Général nous explique les raisons pour lesquelles Kedah s’était depuis quelques années  placé sous la protection du roi du Siam :

 

 

Le royaume avait été attaqué par celui d’Aceh apparemment en 1603. Situé au nord de l’île de Java, ce sultanat s’était lancé depuis le XVIe siècle à la conquête de la péninsule malaise avec son apogée sous le règne du sultan Iskander Muda (qui régna de 1607 à 1636). 

 

 

 

 

Sans doute avait-il hérité des qualités guerrières de son ancêtre Alexandre le grand ? Le pays fut ravagé, le Roi même avec ses enfants et toute sa richesse fut emmené à Aceh. Faiblement peuplé, probablement pas plus de vingt-mille, Kedah n’avait pas la possibilité de résister à son puissant voisin et n’avait aucun secours à attendre des sultanats de la péninsule. La protection du puissant voisin du nord s’imposait.

 

 

Les descriptions ultérieures des voyageurs et observateurs font toutes références à cette allégeance. Ainsi dans les « Voyages » de Jean Struys datés de 1650 (7), 

 

 

 

 

ou le récit de son voyage aux Indes Orientales  entre 1658 et 1665.  Gautier Shouten écrit « plus au Nord par les 6°1/2, est le royaume de Queda, qui aussi bien que celui de Perach a été autrefois florissant par le commerce. Mais les guerres qu'il eut à soutenir contre les Rois d'Achin lui ont été préjudiciables et enfin il a été conquis par ce Prince » (8).

 

 

 

 

Nous avons donc une certitude : en 1685 le royaume de Kedah était définitivement tributaire de Siam qui lui devait sa protection contre Aceh depuis quelques dizaines d’années mais sans que nous puissions déterminer la date exacte du début de ce protectorat.

 

 

Carte française datée de 1650 :

 

 

 

 

En 1685, le  Chevalier de Chaumont cite Kedah parmi les royaumes tributaires (9) comme l'Abbé de Choisy (10) et Simon de la Loubère en 1700 (11).

 

 

 

 

 

LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE

 

 

Carte datée de 1750 :

 

 

 

 

Nous retrouvons la même constatation dans une correspondance de 1709 du Père Taillandier, Jésuite, au Père Willard à Pondichéry : « Le Roi est tributaire du Roi de Siam »  (12)

 

 

Après la brève période de soumission du Siam aux Birmans, le roi Taksin rétablit sa grandeur et confirma son installation au nord de la péninsule de Malacca.

 

 

 

L’ÉPISODE DE 1786 ET LA VENTE DE L’ÎLE DE PENANG

 

 

Carte anglaise de 1763 :

 

 

 

 

Cet épisode se situe à une époque difficile pour le Siam. En 1785 et 1786, les Birmans ont repris les hostilités. Alors que la guerre était en cours, Kedah avait arrêté la livraison de la fleur d’or. Mais le Siam retrouva rapidement sa puissance et exigea le payement du tribut.  Abdullah Mukarram Shah, le sultan se sentit-il menacé face aux exigences du Siam. ? Voulut-il préserver la souveraineté de Kedah et le bien-être de son peuple comme le dit l’histoire angélique locale ? Souhait-il se placer sous la protection anglaise ? Jouait-il double jeu entre les Birmans et les Siamois ? Etait-il tout simplement désargenté ? Ces deux dernières hypothèses sont les plus probables.

 

 

Toujours est-il qu’en 1786, le Sultan loue à un certain Capitaine Francis Light au nom de la « East India Company » l'île de Penang (ปูเลาปีนัง) pour la somme de 10.000 dollars pour huit ans.

 

 

 

 

Qui était-il ? Ayant quitté la marine anglaise en 1765, il partit chercher fortune dans l'Inde. En 1771, il était  agent à Kedah de la Maison Jourdan Sullivan et de Souza de Madras. Il aurait épousé une fille du Sultan de Kedah ce qui lui permit de traiter avec lui pour obtenir Penang aux fins d’y établir un magasin. Le traité fut signé le 11 juillet 1786 et la prise de possession devint effective le 11 août. Il réussit à attirer quelques européens commerçants à Kedah y compris de nombreux catholiques. Le roi Rama Ier qui n’avait pas été convié au traité ne s’en formalisa pas. Il avait probablement des soucis plus pressants que ses royaumes tributaires du sud et surtout, ce territoire ne présentait alors pas le moindre intérêt. L’île dont la superficie n’est que de 293 kilomètres carrés, était alors vierge et, sinon inhabitée, peuplée de tribus aborigènes et recouverte la jungle. On rapporte que lorsqu’il voulut défricher Penang, Light qui avait fait venir de la main-d’œuvre malaise sur l’île, pour la stimuler chargea un canon avec des pièces de monnaie et tira. Les indigènes se précipitèrent et nettoyèrent la place ! L’authenticité de l’anecdote reste douteuse.

 

 

Statue de Light à Georgetown, capitale de l'île :

 

 

 

 

Qui était Light ? Un vertueux serviteur de la couronne ayant pressenti l’importance stratégique sinon économique que prendrait l’île beaucoup plus tard ? Il semble qu’il faille le ranger tout simplement au rang de ces aventuriers cupides qui cherchaient à se tailler un royaume comme James Brook qui devint rajah de Sarawak quelques années plus tard ?

 

 

 

 

Il obtint en tous cas de son beau-père (?) en 1791 une modification du traité, la redevance étant abaissée à 6.000 dollars mais l’île concédée à perpétuité : Le bail de 8 ans devint donc concession perpétuelle. Light eut la malchance de mourir prématurément le 21 octobre 1794 emporté par la fièvre sans avoir eu le temps de faire fortune et encore moins de ceindre une couronne. Il mourut pauvre et repose dans une modeste tombe en briques dans le cimetière protestant de la capitale.

 

 

 

 

Combien de temps fut payée la rente de 6.000 dollars ? Elle l’était encore en tout cas en 1865 (13) mais semble avoir cessé en 1891.

 

 

Cet accord fut en réalité un marché de dupes. Le sultan Abdullah avait laissé Light occuper Penang, en dehors du versement de la redevance, à condition que l’East India Company  lui fournisse une assistance militaire en cas de besoin lorsque Kedah serait attaqué par des ennemis. Lorsqu’en 1786 le Siam conquit ou reconquit Pattani et menaça Kedah, le sultan demanda l'assistance militaire de l’East India Company  ce que celle-ci refusa au prétexte que le sultan avait contracté avec Light et non avec elle. Lorsque le sultan, après avoir expulsé Light de Penang envisagea une opération militaire pour reprendre l’île, Light demanda l'aide de l'armée britannique pour attaquer le fief du sultan Abdullah à Seberang Perai : Cette partie côtière du sultanat face à Penang était connue sous le nom anglais de Wellesley.

 

 

 

 

Le sultan Abdullah perdit la partie et le traité de paix du 1er mai 1791 fit tomber l’île directement dans l’escarcelle de l’East India Company donc de la couronne britannique et entraîna l’annulation du payement de la redevance : Light ne devint pas Rajah et Abdullah comme nous allons le voir, se retrouva le dindon de la farce.

 

 

Á peine d’ailleurs les Anglais eurent-ils fait celte acquisition qu'ils en comprirent toute l'importance non seulement économique alors que ce furent probablement des motifs essentiellement mercantiles qui animaient Light. Par sa position, leur nouvel établissement commandait les détroits; il possédait un bon port, pouvant servir de point de station aux escadres chargées de garder ce passage important, et devenir, moyennant la franchise de tous droits accordés au commerce indigène, un riche entrepôt de marchandises, où les caboteurs de tous les pays malais afflueraient inévitablement. Quelques temps plus tard, en 1800, Sir George Leith, premier lieutenant-gouverneur de l'île du Prince de Galles ainsi que les Anglais baptisèrent Penang, obtint du Sultan Abdullah  comme nous venons de le voir une bande minuscule de terre côtière à Seberang Perai de 189,3 km2 et le renomma Province Wellesley. C’était tout simplement sur ce petit territoire que se situaient de riches mines d’étain, or ce métal ne présente aucun intérêt pour les Siamois qui ne pratiquent aucune technologie l’utilisant. Divers accords frontaliers intervinrent alors non pas avec le Sultan mais directement avec le Siam (1831 – 1858 et 1874) qui se conduisit incontestablement en suzerain.

 

 

 

 

 

…  / … À suivre

 

NOTES

 

 

(1) Les Annales de Kedah sont une œuvre écrite à la fin du 18e siècle ou au 19e siècle qui conte l’histoire du royaume jusqu’à son entrée dans l’Islam et qui serait très populaire encore. Elles ont été traduites en anglais en 1908. La localisation de ce royaume fait l’objet de doctes querelles érudites. Des découvertes archéologiques récentes en situent le centre au sud de Pattani ainsi que le pense Michel Jacq-Hergoualc'h (voir l’article cosigné de Pakpadee Yukongdi, Pornthip Puntukowit et Thiva Supajanya « Une cité-état de la Péninsule malaise : le Langkasuka » in : Arts asiatiques, tome 50, 1995. pp. 47-68).  Des érudits malais pensent le contraire et le situe aux environs de Kedah.

 

 

 

Un très beau film thaï d’aventure qui est à l’histoire ce que Douanier Rousseau est à la peinture, intitulé Queens of Langkasuka  (ปืนใหญ่จอมสลัด) a été reçu avec intérêt au festival de Cannes en 2008

 

 

 

(2) Louis Marie Valentin Riboud des Avinières qui se contente de signer Louis Riboud  a été admis aux Missions étrangères en 1911 et, après la guerre, ordonnée prêtre le 12 mars 1921. Il partit pour la Malaisie le 26 septembre 1921. Il occupa divers postes dans le Kedah, de 1926 à 1935 et en 1936 fut chargé de la paroisse indienne de Penang. Il devait y passer le reste de sa vie missionnaire jusqu’à son décès qui survint le 23 septembre 1960. Il y est inhumé dans le cimetière catholique de la capitale ou ce qu’il en reste. Ses articles encyclopédiques occupent dix-sept livraisons du Bulletin de la société des Missions étrangères de Paris en 1938 et 1939.

 

 

 

 

(3) Paul Pelliot : « Deux itinéraires de Chine en Inde à la fin du VIIIe siècle » in : Bulletin de l'Ecole Française d'Extrême-Orient, IV 1904, p. 279.

 

 

(4) Georges Cœdès : « Le royaume de Çrīvijaya » In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 18, 1918. pp. 1-36;

 

 

(5) Henri Cordier « Les Voyages en Asie au XIVe siècle, du bienheureux frère Odoric de Pordenone, religieux de Saint-François »  Paris, Ernest Leroux, 1891 : introduction, notes, traduction, édition de la version en ancien français de Jean le Long d'Ypres, circa 1350.

 

 

(6)  « Histoire Générale des voyages », tome XXXIV. 

 

 

 

 

(7) Tome I de l’édition de  1650. Sur Jean Struys, voir notre article A 263 « JEAN STRUYS (JAN JANSZOON STRUYS), AVENTURIER HOLLANDAIS AU SIAM EN 1650 ET TÉMOIN DES MASSACRES DE LA MÊME ANNÉE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-263-jean-struys-jan-janszoon-struys-aventurier-hollandais-au-siam-en-1650-et-temoin-des-massacres-de-la-meme-annee.html

 

 

(8) « Voyage de Gautier Schouten aux Indes orientales, commencé  l’an 1958 et fini l’an 1665 », à Rouen, 1725.

 

 

 

 

(9)  « Relation de l'Ambassade de Mr le  Chevalier de Chaumont à la Cour du Roi de Siam » de 1685.

 

 

(10)  « Journal du voyage de Siam » de 1688.

 

 

(11) « Description du Royaume de Siam » de 1700.

 

 

(12) « Choix des lettres édifiantes écrites des missions étrangères » ; tome VIII, Mission de l’Inde, 1855

 

 

 

 

(13) H. Blerzy « Les Colonies anglaises de la Malaisie » in Revue des Deux Mondestome 66, 1866 p. 643 s.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 22:03

 

 

Nous devons à Chris Baker sinon la découverte du moins l’étude et surtout la traduction d’un document resté à ce jour relativement confidentiel. (1)


 

 

 

Il est intitulé Athibaiphaenthi Phranakhonsiayutthaya (อธิบายแผนที่พระนครศรีอยุธยา) que l’on peut traduire par explications sur la carte de la ville sainte d’Ayutthaya. Document intéressant s’il en est puisque, si nous bénéficions de nombreuses descriptions de la ville au temps du roi Narai, les sources ultérieures du temps de ses successeurs jusqu’à la chute de 1767 nous manquent.

 

 

Ce document, nous apprend Chris Baker, a été trouvé au début du XXe siècle et date probablement de la fin du XVIIIe siècle. Il contient une description détaillée d'Ayutthaya avant la chute en 1767, en particulier sa vie économique. Il nous montre qu’au cours de ce siècle Ayutthaya était une ville industrieuse et commerciale, avec une population probablement en augmentation constante. Au cours de ce siècle, Ayutthaya devint l'un des principaux ports maritimes d'Asie dont l’emplacement était stratégique, entre le commerce de l'océan Indien à l'ouest et celui de la mer de Chine méridionale à l'est. Les visiteurs européens de la ville furent impressionnés par la densité des rues et des canaux de l'île, par les peuplements riverains débordant au fil de l'eau et par ceux des camps de ses  proverbiales «  quarante nations » situés sur les rives opposées des cours d’eau. Mais si les visiteurs se sont attachés au pittoresque, au nombre invraisemblable des monastères et des lieux de culte et en partie sur l’’occupation des voies navigables, nous savons peu de choses sur l’intense activité économique, commerciale et artisanale pour ne pas dire industrielle de la ville. Ce document aurait établi à partir des souvenirs des habitants qui ont survécu au sac de 1767 et contient une carte dépliante de la ville avec l'emplacement des marchés et des ateliers artisanaux.

 

 

 

 

D’OÙ VIENT CE TEXTE ?

 

 

En 1925, une description détaillée de la ville d’Ayutthaya est découverte parmi les manuscrits légués à la bibliothèque de Wachirayan par le prince Naret Worarit (กรมพระนเรศรวรฤทธิ์), dix-septième fils du roi Mongkut, qui eut une brillante carrière administrative, en particulier comme ambassadeur à Londres et à Washington.

 

 

 

 

Ce texte comprend deux parties, la première est une version de Phlengphayakon krungsiayutthaya (เพลงยาวพยากรณ์กรุงศรีอยุธยา), prophéties de la ville sainte d'Ayutthaya, un poème prophétique souvent attribué au roi Narai (2).

 

 

 

Il fut imprimé en 1926 et en 1929 sous le titre Athibaiphaenthi photophosphorylation avec une préface du prince Damrong Rajanubhab (กรมพระยาดำรงราชานุภาพ)

 

 

 

 

contenant de nombreuses annotations du prince Boranaratchanhanin qui était depuis 1898 gouverneur d'Ayutthaya et fut à l’origine des premières recherches archéologiques et historiques sur l'ancienne capitale. Cette édition a été réimprimée à plusieurs reprises, notamment comme volume 63 des Prachum phongsawadan (ประชุมพงศาวดาร -Réunion des Chroniques) dont il constitue la seconde partie, plusieurs fois réédités.

 

 

 

 

En 1937, une autre version du manuscrit plus complète a été retrouvée dans l’ancien palais de Bangkok et  imprimée en 1939 sous le titre Phumisathan krungsiayutthaya (ภูมิสถานกรุงศรีอยุธยา géographie d’Ayutthaya) ainsi que d’autres versions soigneusement analysées par Chris Baker.

 

 

 

 

Selon la préface du prince Damrong, l’auteur est né à l'époque où Ayutthaya était capitale et a été écrit à l’époque de Bangkok. La carte d’origine a été ultérieurement mise à jour.

 

 

La seconde partie est une longue description de la ville, murailles, fortifications, portes, routes, ponts, postes de contrôle, postes de douane, temples et palais, marchés, zones de travail.

 

 

 

 

Ce sont ces deux derniers postes caractéristiques de l’économie de la ville, qui nous intéressent (3), après avoir abordé la question de la population dans la première partie de cet article (4).

 

 

Les documents étudiés par Chris Baker donnent la liste des marchés, des zones commerciales de la ville et ses faubourgs, marchés des produits frais, des produits importés intra et extra muros ainsi que des zones artisanales.

 

 

Chris Baker relève – par rapport aux plans du siècle précédent – une extension des voies navigables caractérisée par le creusement d’un réseau de canaux au sud-ouest de la ville, probablement des opérations de drainage, qui n’apparaissent pas sur les cartes européennes du XVIIe siècle sinon sur la carte de Kaempfer, où ils sont beaucoup moins étendus.

Il relève encore une certaine augmentation de la population sur l'eau, bateaux, radeaux ou barges, résidences d’habitation et (ou) magasins jalonnant les deux rives des rivières sur plusieurs rangées, déjà signalées par Kaempfer mais qui n’insiste pas sur leur densité et qui seraient – avons-nous dit (4) – probablement 20.000 . Nous savons que Chaumont, Choisy, Gervaise, Tachard, La Loubère,  souvent dans le lyrisme, ne parlent pas de cette vie sur l’eau. La difficulté à trouver des terres sur la terre ferme expliquent très certainement cette extension aquatique. Ne revenons pas sur nos extrapolations qui valent ce qu’elles valent sur la possibilité d’une population se situant entre 500.000 et 1 million d’habitants (4).

 

 

 

 

LES CAMPS ÉTRANGERS

 

 

Nous allons évidemment retrouver les camps étrangers comme au siècle précédent. Les cartes du XVIIe siècle, en particulier celle de Courtaulin (5) montrent de nombreuses colonies de non-siamois (Européens, Japonais, Chinois, Malais, cochinchinois) À l'exception d'un quartier chinois dans le sud-est de l'île, itous sont situés au dehors. Les Européens ne sont mentionnés que comme commerçants saisonniers, tandis que les Japonais apparaissent dans leur ancienne colonie située au sud de la ville. C’est évidemment,  avec sa périphérie   une ville cosmopolite. Apparaissent aussi des Laos, installés de longue date sur la rive opposée au nord-ouest, comme vendeurs d'oiseaux vivants. Des Môns sur les bateaux apportent  des noix de coco, du sel, du bois de mangrove (utilisé à la fois pour la confection du charbon de bois et la construction) et sont  aussi fondeurs de laiton ou d'autres métaux. Ils tiennent également un marché de produits frais. Les Cham (venus du Cambodge ou du Vietnam) tissent des nattes réputées pour leur qualité, et des vêtements et tiennent négoce dans la zone portuaire. Les Vietnamiens ont un village de yuan thale, (ญวนทะเล) vietnamiens de la mer peut-être parce qu’ils sont arrivés par la mer ? Plusieurs colonies de Khaek » (แขก)  sont mentionnées. Ce mot dont le sens premier et significatif est invité  désigne aujourd’hui les étrangers non occidentaux (farangs) venant alors probablement de Java ou d'autres parties de l'archipel et peut-être de Perse ou d’Arabie. On trouve encore  un autre grand village de Khaek, probablement des Indiens vendant des bracelets et autres colifichets. Il existe également un village de Khaek de Pattani, probablement des mahométans, tissant la soie et le coton,  un autre quartier de Khaek de Java et de Malaisie, fabricant des embarcations,  vendant du bétel, du rotin, de l’attap

 

 

 

 

et d’autres feuilles de chaume. Une autre colonie de Khaek non identifiés installée sous les remparts de la ville fabrique des cordes pour les bateaux d'ancre et d'autres objets en coque de noix de coco. D’autres Khaek non identifiés sont commerçants autour du port et d’autres vieux Khaek principaaux sont marchands d’oiseaux. Au nord de la ville, des Indiens fabriquent des bâtons d'encens et des produits cosmétiques parfumés. Nous trouvons encore les chao thale (ชาวทะเล), les habitants de la mer, probablement ces Moken que nous avons rencontrés (6) et qui naturellement vendent les produits de la mer.

 

 

 

La colonie la plus importante est celle des Chinois dont la présence était déjà signalée par Tachard, vendant les produits de leur pays ou en provenance du Japon. Ils ont déjà la maîtrise du commerce ! Au début du XVIIIe siècle, un Chinois occupait le poste de Phra Khlang (พระคลัง) chargé de surveiller le fonctionnement du négoce. C’est un titre attribué à Phaulkon dont les français firent le barcalon.

 

 

 

 

Les Chinois fomentèrent sans succès une révolte de palais en 1730. Au début de l’attaque birmane en 1765, c’est un Chinois ayant rang officiel de un Chinois du rang officiel de Luang (หลวง) qui conduisit une troupe de trois mille Chinois dans une sortie qui s’avéra un échec (7).  Un premier marché chinois s’étendait sur un demi-kilomètre dans une rue appelée la rue chinoise bordée de magasins construits en briques, vendant tout et le contraire de tout, des produits de Chine, de la nourriture et des fruits. Un deuxième établissement chinois important se trouvait dans un village purement chinois où se vendaient surtout des produits chinois dans des boutiques en briques. C’était également le quartier des lieux que la morale réprouve. En d’autres endroits, nous trouvons encore des Chinois affairés à toutes sortes d’occupations, distilleries d’alcool, élevage de porcs, fabriques de nouilles de riz, forges, teintureries à l’indigo, poteries, fabrique de meubles en rotin. Ils ont même leur marché aux puces et au moins trois sanctuaires.

 

 

 

L’ÉCONOMIE DE L’ARRIÈRE-PAYS.

 

 

La ville tire cette immense variété de produits de l'arrière-pays, notamment les denrées alimentaires, les matériaux de construction, les tissus et les métaux, ainsi que le bois des forêts destiné essentiellement à l’exportation.

 

 

Les produits alimentaires viennent pour la plupart de la région. Le riz vient par bateaux le long des voies navigables dans un périmètre de 60 kilomètres au maximum de la ville, au nord et à l’ouest. Le poisson et les autres fruits de mer, à la fois frais et secs, sont importés de Phetchaburi et de la côte ouest par les habitants de la mer  qui n’ont pas de camp spécifique. Ce sont les Môns qui importent les noix de coco et le sel probablement aussi de Phetchaburi et des salines de la côte

 

 

 

 

et d’autres zones côtières de la péninsule supérieure car ils apportent également un type de bois de mangrove qui pousse bien dans cette région. Les Chinois, les Khaek et les Cham apportent le sucre en provenance du sud, probablement de la côte supérieure du golf de Siam où les palmiers à sucre sont fréquents.

 

 

 

 

Les matériaux de construction proviennent en partie des mêmes régions. Les marchands de produits alimentaires de la côte du Golfe apportent également du bois, du rotin et des feuilles utilisées pour le chaume mais d'autres proviennent de régions plus éloignées. Les marchands qualifiés de Khaek de Java et Malaisie  apportent une forme particulièrement pliable de rotin, de cadjan  et de feuilles d'attap pour les couvertures de chaume, ainsi qu’une variété de bétel particulièrement appréciée provenant des « îles aux noix de bétel », probablement celles de l’archipel de Salomon valant la peine d'être transportée sur une telle distance. Tissus, produits forestiers, métaux et autres produits spécialisés viennent aussi de loin, amenés par deux groupes de commerçants saisonniers.

 

 

 

 

Les premiers arrivent par bateau sur les affluents du réseau de la Chaophraya. Les villes d'origine sont Phitsanulok, Phetchabun, Sawankhalok, Tak, Rahaeng toutes situées au nord de la plaine de Chaophraya, à proximité des collines. Les bateaux apportent principalement  les produits forestiers, la laque, la cire d’abeille, le benjoin, le bois, le rotin, le tabac, le cuir et l’huile. Phetchabun sert de point de concentration pour le fer et les autres métaux des mines de la chaîne de Dongphayafai (ดงพญาไฟ). Ces commerçants arrivent en haute saison (septembre à octobre) et opèrent à partir des mouillages autour de l'arc sud de la ville.

 

 

 

 

La deuxième série de commerçants saisonniers arrivent de l’Est en charrette, le troisième ou le quatrième mois, de février à mars Ils quittent leur région d’origine après les pluies et mettent quelques mois à atteindre la ville. Ce commerce est si bien établi qu’ils ont procédé à la construction d’un établissement permanent qui se situait à l’est de la ville. Les marchands venus en chariots de Khorat apportent de nombreuses sortes de textiles et  de tissus, divers produits dérivés du cerf et des produits forestiers. Khorat constituait probablement le point de transit pour les marchandises provenant de l’Isan. Les marchands venus également de Battambang apportent également des vêtements en tissu et des produits forestiers, mais aussi de l’étain et des pierres précieuses provenant probablement de la région de Pailin.

 

 

 

 

Battambang sert de point de transit pour les marchandises venant de plus loin, car les produits transportés incluent  la soie du Vietnam.

 

 

Les transports maritimes de longue distance arrivent également de façon saisonnière en fonction des moussons. Ce sont des navigateurs chinois, des farangs et des Khaek venant de Java et des îles de l'archipel et de l'Inde occidentale (Gujarat, Surat et la côte des Malabar). Parmi les Farangs nous trouvons des Français, des Néerlandais, des Espagnols et des Anglais, mais aussi de certaines colonies, probablement des Philippines, de Timor et de Ceylan.

 

 

Nous savons qu’ils ne vendent pas directement leurs marchandises mais louent ou achètent des magasins à l’intérieur des remparts. La seule précision que nous ayons est que les jonques chinoises apportent des vêtements et de petits articles ménagers tels que des carreaux, des pots, des bols, des ustensiles en laiton et des outils en métal.

 

 

 

LES PRODUCTIONS DE LA VILLE.

 

 

La ville produit une grande variété de produits finis,, avec  une quarantaine de colonies de peuplement artisanales situées à sa périphérie. Il y a également une dizaine de zones de production à l’intérieur décrites comme des rongs (โรง), probablement de petits ateliers.

 

 

La plus grande densité de ces colonies artisanales semble se situer au nord, les  quartiers étant spécialisés dans une activité particulière bien que l’on puisse trouver des forgerons, des scieries et des fabricants de nouilles dans divers quartiers tout comme des fabricants d’articles ménagers, des potiers, des fabricants de produits aromatiques ou cosmétiques disséminés.

 

 

La catégorie la plus importante au sein de ces activités est celle de la transformation des produits alimentaires : Moulins à riz, pressoirs d’huile à partir de diverses graines, brassage de la bière et distillation de l’alcool, fabriques des nouilles et de bonbons, spécialité chinoise. Une autre catégorie également importante est celle liée à la construction des maisons : poteaux en bois; poutres et solives, panneaux muraux en bois, en bambou tissé ou feuilles tissées, tuiles et clous.

 

 

 

 

De nombreux autres établissements fabriquent des articles ménagers pour le quotidien, meubles en rotin ou en bois, plateaux, tables, couteaux, haches et autres outils de métal,  pots et bocaux en terre cuite, bols et récipients en métal et en laiton. Plusieurs autres articles sont répertoriés comme vendus dans les marchés de la ville dont on ne sait s’ils sont de fabrication locale ou importés : matelas, articles de literie, berceaux, nattes tissées, vannerie, cireuses à dents, silex et lampes pour l'éclairage.

 

 

Des camps plus modestes fabriquent des jouets pour amuser les enfants, poissons et insectes fabriqués à partir de papier et de fibres, à suspendre au berceau du nourrisson, marionnettes et images en terre cuite de chevaux et d'éléphants.

 

 

Les tissus proviennent de diverses sources, notamment de Gujarat, de Surat, de Chine, du Japon, de Khorat, du Cambodge et du Vietnam en l’absence probable de production locale. Les Khaek de Pattani sont spécialisés dans le tissage d’étoffes à motifs floraux, les Chinois dans la teinture à l’indigo et éventuellement au tissage de la soie. En dehors du tissage proprement dit, deux localités sont spécialisées dans la vente du matériel nécessaire au métier à tisser, rouets, lisses, navettes et accessoirement des bobines de fil.

 

 

D’autres articles sont disponibles sur les marchés de la ville sans que l’origine locale ou extérieure en soit précisée, comme les bijoux et produits cosmétiques.

 

 

Divers autres articles d’ornements personnels sont vendus sur les marchés urbains, mais rien n’indique qu’ils soient fabriqués sur place ou ailleurs. Ils comprennent les bijoux, bracelets, gaines, ceintures et cosmétiques.

 

 

Les activités aquatiques et halieutiques sont évidemment présentes : un village s’est spécialisé dans la fabrique des filets, équipements pour la pèche et plombs de lestage. Les chantiers navals sont nombreux, tant pour la construction des embarcations et barges royales que pour celles des embarcations qui constituent le seul moyen de transport, coupe des bois de construction et produits de calfatage à base d’huiles, cordes et poteries pour le stockage des poissons.

 

 

Plusieurs camps produisent des articles liés à la religion et aux rituels : bâtons d’encens, cierges, cercueils, images de Bouddha, ateliers de laminage des feuilles de métaux précieux à apposer sur les images que l’on relâche pour gagner des mérites lors des cérémonies religieuses, feux d’artifice pour les cérémonies religieuses.

 

 

Un atelier fabrique même des howdahs (nacelles) d'éléphants.

 

 

 

 

Tout le matériel  nécessaire pour l’écriture, feuilles de latanier en accordéon et poudre d'argile blanche utilisée pour l’écrire est vendu dans la ville.

 

 

Un quartier est également spécialisé dans la vente des instruments de musique mais l’on ne sait pas s’ils sont de fabrication locale.

 

 

 

 

Tout ceci répond à plusieurs besoins :

 

 

-  La ville est portuaire donc il faut y trouver tout le matériel nécessaire en ce qui concerne la marine au sens large.

-  La ville est une capitale administrative, il faut donc y trouver tout le matériel nécessaire pour les écritures.

- La ville est une capitale religieuse, il fait donc y trouver tous les équipements nécessaires à  tous les rituels.

- La ville enfin et surtout comporte une importante population qu’il faut nourrir, habiller, abreuver et à laquelle il faut procurer tous les équipements domestiques.

 

 

 

 

Cette description un peu éclectique, appelle quelques observations :

 

 

1) Bien que nous ignorions totalement quel était le fonctionnement de ces ateliers et la part des Siamois qui y étaient occupés, elle semble démentir au moins partiellement les observations des visiteurs du siècle précédent suggérant une société où une grande partie de la main-d'œuvre était déviée vers le travail gouvernemental et les services personnels au profit de la noblesse, un despotisme oriental étouffant l’entreprise personnelle. Pour La Loubère « il n'y a personne dans ce pays qui  ose se distinguer dans n’importe quel art, de peur d’être obligé de travailler gratuitement toute sa vie pour le service de ce prince ». Cependant, ces visiteurs remarquaient aussi parfois le dynamisme des marchés. La Loubère lui-même constate qu’au Siam les occupations les plus fréquentes pour les habitants sont la pêche pour le peuple et le petit négoce pour les autres.

 

 

 

 

Pour Gervaise « Les natifs ne sont pas très industrieux par nature » mais il loue ensuite la qualité de leur travail dans les constructions, les arts décoratifs,  le travail des textiles et la médecine ( !).

 

 

2) L’inflation de courte durée des écrits européens sur le Siam dans les années 1680 a eu tendance à éradiquer l’histoire des huit dernières décennies de la vie de la ville (8).

 

 

3) Cette description d'Ayutthaya nous montre une ville qui est un centre de fabrication et de commerce, développée en taille et en activité au cours de cette période, en particulier par l’apport des Chinois important et travaillant de nouveaux produits.

 

 

4) Le nombre des marchés et la variété des produits allant des jouets pour enfants aux pierres à feu (silex) en passant par les palanquins à éléphants laissent à penser qu’une partie de la population participaient à une véritable économie de marché alimentée en partie par les importations. N’oublions pas que la Chao Praya est navigable jusqu’à la capitale et accessible, nous dit Kaempfer, jusqu’aux navires de 400 tonneaux, les caravelles qui ont fait le tour du monde n’en jaugeaient que 200. Les jonques chinoises en font entre 100 et 200.

 

 

5) Nous retrouvons mais non de façon systématique la tendance à regrouper la même activité dans le même quartier, ce que nous trouvons encore aujourd’hui de façon significative dans le quartier chinois de Bangkok.

 

 

6) Nous constatons enfin que les étrangers ont tendance à se regrouper par origines ethniques, un phénomène de ghettoïsation que nous retrouvons de façon systématique de nos jours.

 

 

C’est un sujet que nous avons abordé en d’autres temps de façon moins énumérative et plus synthétique ce qui n’est évidemment pas l’intention de l’auteur de ce récit siamois dont nous ignorions alors l’existence (9). Ce sont deux visions différentes.

 

NOTES

 

 

(1)  Chris Baker « Before Ayutthaya Fell: Economic Life in an Industrious Society  - Markets and Production in the City of Ayutthaya before 1767 : Translation and Analysis of Part of the Description of Ayutthaya » in Journal de la Siam society volume 99 de 2011.

 

 

(2) Ce texte, même traduit en anglais, est d’un accès difficile et plus encore. Voir Richard Cushman, traducteur et David K. Wyatt, éditeur « Translating Thai poetry: Cushman, and King Narai’s Long Song Prophecy for Ayutthaya » in Journal de la Siam Society, vol. 89, pp. 1–11 de 2001.

 

 

(3) Cette description est beaucoup plus longue et très différente dans ses détails de celle d’autres documents dont l’origine et les auteurs sont controversés,  analysés par Chris Baker dans un autre article suivant de la même revue : « Before Ayutthaya Fell : Economic Life in an Industrious Society - Note on the Testimonies and the Description of Ayutthaya » :

 

Khamhaikan chao krungkao (คำให้การชาวกรุงเก่า Témoignages des habitants de la ville capitale)

 

Khamhaikan khunluang ha wat (คำให้การขุนหลวงหาวัด Témoignage du Roi qui est entré au temple)

 

Khamhaikan khunluang wat pradusongtham (คำให้การขุนหลวงวัดประดู่ทรงธรรม Témoignage du roi du wat pradusongtham).

 

 

 

 

(4) Voir notre article « AYUTTHAYA AVANT LA CHUTE DE 1767, LA POPULATION ET SES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES  - PREMIÈRE PARTIE ».

 

 

(5) Jean de Courtaulin de Maguelonne  était un prêtre des Missions étrangères de Paris qui a séjourné au Siam de 1670 à 1672. Nous lui devons cette carte intitulée « Siam ou Iudia Capitalle (sic) du Royaume de Siam. Dessinée sur le lieu par M. Courtaulin, missionnaire apostolique de la Chine ». Source : archives des Missions étrangères de Paris :

https://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-biographiques/courtaulin-de-maguelonne

 

(6) Voir nos deux articles :

INSOLITE 16 - LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-16-les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

INSOLITE 17 - LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-17.les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

 

 

(7) Voir notre article H 35  -  QUI A DÉTRUIT AYUTTHAYA  EN 1767 ? … LES BIRMANS  MAIS PAS QU'EUX ?…. Les Chroniques royales traduites par Cushman (page 517) nous rappellent qu’en 1766 pendant le siège d’Ayutthaya, une troupe armée de Chinois envoyée contre les Birmans avait été surprise en train de piller aux alentours de la sainte empreinte de Bouddha à Saraburi. Ils y avaient enlevé des tapis d’argent et l’or qui recouvrait la flèche des toitures.

 

 

(8) Nous n’en voulons qu’un exemple : la monumentale « Histoire Universelle depuis le commencement du monde jusqu’à présent » publiée en 1783 sous la direction de Psalmanazar mais qui est un ouvrage collectif (il comprend 126 volumes) consacre 400 pages de son volume 52 au Siam.

 

C’est un monumental ouvrage de compilation d’à peu près tous les auteurs européens qui ont écrit sur le Siam. Aucun du XVIIIe n’est cité et l’auteur prend la précaution de rajouter souvent que la situation a pu évoluer alors qu’il poursuit l’historique jusqu’après le sac de 1767.

 

 

 

 

(9)  Voir notre article: 87 « Le commerce du royaume de Siam au temps du roi Naraï (1656-1688) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-87-le-commerce-du-royaume-de-siam-au-temps-du-roi-narai-1656-1688-118237885.html

 

Partager cet article

Repost0
24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 22:22
Représentation fantaisiste d'Ayuthaya au début du règne de Narai (1656) par Johannes Vingboons, peintre de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, Le tableau est au Riijk museum d'Amsterdam

Représentation fantaisiste d'Ayuthaya au début du règne de Narai (1656) par Johannes Vingboons, peintre de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, Le tableau est au Riijk museum d'Amsterdam

Nous avons longuement parlé d’Ayutthaya, l’ancienne capitale du Siam, avant sa destruction en 1767 unanimement attribuée aux Birmans (1). Notre propos est maintenant de nous intéresser à des sujets qui ne sont pas souvent abordés : Ayutthaya était l’un des ports principaux du pays et le centre d’une activité économique intense. Quelle était sa population et quelles étaient ces activités ?

Ses beautés et ses richesses ont suscité l’admiration des visiteurs français de l’ambassade de Louis XIV. Ne citons que l’abbé de Choisy : le 7 octobre 1685  « Notre chaloupe alla hier au soir à terre faire de l’eau. Elle a ramené M. Veret qui revient de Siam. Il dit que c’est une ville plus grande que Paris, les maisons fort vilaines, les pagodes ou temples des dieux fort magnifiques, la rivière admirable, un peuple infini, un nombre de bateaux qu’on n’oserait dire. Nous verrons bientôt, s’il plaît à Dieu, et en jugerons par nous-mêmes » et quelques jours plus tard le 24 octobre 1685 : « M. l’ambassadeur et moi avons été ce soir nous promener dans un petit balon (barque) tout simple, sans tout cet arroi d’ambassade. Nous avons eu beaucoup de plaisir à visiter les camps des Cochinchinois et des Pégouans. On se promène dans des allées d’eau à perte de vue, sous des arbres verts, au chant de mille oiseaux, entre deux rangs de maisons de bois sur pilotis, fort vilaines par dehors, fort propres par-dedans. On entre dans une maison où l’on s’attend de trouver des paysans bien gueux ; on trouve la propreté même, le plancher de nattes, des coffres de Japon, des paravents. Vous n’êtes pas dedans qu’on vous présente du thé dans des porcelaines ; et là tout fourmille d’enfants. Au retour de la promenade, je me suis jeté dans l’eau, ce qui m’arrive tous les jours et ce qui est nécessaire pour la santé. Il faut se baigner, manger peu de viande le soir, tant qu’on veut de poisson, il ne fait jamais de mal ; et il y en a tant dans la rivière, qu’en se baignant, il nous vient donner contre les jambes. Cela est exactement vrai » (2). Cette vision romantique doit tout de même être modulée avec les opinions divergentes, notamment du Chevalier de Forbin pour lequel tout de qui brillait n’était peut-être pas d’or (3).

 

 

Ces descriptions s’attardent surtout sur les beautés des innombrables temples et des bâtiments royaux en négligeant un aspect pourtant important, celui de la vie économique de la cité qui modulait le quotidien de ses habitants sur le nombre desquels d’ailleurs nul ne paraît d’être sérieusement penché : entre les descriptions de nos voyageurs de la fin du XVIIe et la chute de la ville en 1767, il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts de la Chaopraya et la population n’a fait que croître au cours de ce siècle, sur lequel les chroniqueurs sont  malheureusement absents.

 

LE NOMBRE DES HABITANTS

 

 

Les descriptions de la ville par les visiteurs européens sont décevantes et laconiques, elles nous laissent à ce sujet sur notre faim.

 

 

Nous avons tenté d’y voir clair : Située au confluent des rivières Chao Phraya et Pasak, la vieille ville se trouvait dans un méandre du fleuve, relié par un canal Est-Ouest pour en faire une île. « La plupart des rues font arrosées de canaux étroits, qui ont fait comparer Siam à Venise » écrit La  Loubère (4). Nous le savons observateur scrupuleux, il nous dote d’un plan de la ville fort précis.

 

L’échelle (dans la partie supérieure gauche) porte sur 800 toises, laquelle toise de Paris équivalait à 1,949 mètres dont 800 toises = 1,559 kilomètres. Sans nous livrer à une opération de calcul intégral, nous situons la superficie approximative de la ville intramuros entre 800 et 1000 de nos hectares, 8 ou 10 kilomètres carrés. Nous bénéficions également du plan de la ville établi par Engelbert Kaempfer, le premier étranger à avoir décrit la ville en 1690 après le départ des français (5).  

 

 

Ce plan rejoint celui de La Loubère et les légendes suivantes situant à la fois les quartiers étrangers en dehors de l’enceinte et l’intérieur de l’enceinte : A - Le Palais Royal . B - Le Palais du Prince Royal. C - Le Palais de l'Intendant des éléphants du Roi. D - L’Église et le Palais de Mr. Louis Évêque Métropolitain. E - Les Cours du Temple de Berklam. F - La Maison qui appartenait autrefois à Constantin Faulcon. G - Le Camp des Hollandais. H - Le Camp des Distillateurs d’Arak. K - Les Camps des Japonais , des Pégouans,& des Malais. L.- Bras de la Rivière qui coule vers la Pyramide Pukathon. M - Bras de la Rivière Klang Namja. N -  Bras de la Rivière Pakausan. O. Bras de la Rivière Klang Patnam Bija.  P - La grande Rivière de Meinam qui environne la Ville. Q - Le Camp des Chinois. R - Les Camps des Cochinchinois. S - Enclos des éléphants.

 

 

Il faut évidemment relever qu’en dehors des constructions en dur sur le sol, existent les bâtiments construits sur pilotis décrits par Kaempfer

 

et les bateaux habités qui errent sur les flots 

 

 

 

Notons l’existence d’une vue cavalière de la ville datée de 1693 due au crayon de Allain-Manesson Mallet, cartographe et ingénieur des armées de S. M. Louis XIV dans sa monumentale descriptions de l’Univers tome II.

 

 

 

 

Elle est amusante mais totalement fantaisiste, l’auteur prétend tirer sa description de la ville de trois auteurs que nous avons rencontrés, Schouten, Jean Struys et Tavernier (6). Elle est tout aussi fantaisiste que le tableau reproduit en tête de cet article, Cartographe et ingénieur des armées de S. M. Louis XIV, Mallet avait surtout une imagination débordante pour décrire et dessiner ce qu’il n’avait jamais vu en citant des sources qui n’en sont pas !

 

 

 

Mais de ces considérations cartographies ou géographiques, peut-on déduire on tenter de déduire le nombre des habitants de la ville, les bâtiments royaux ou princiers avec une horde de serviteurs et d’esclaves, les dizaines et les dizaines de temples avec leurs moines, leurs  novices et les serviteurs, les habitants des maisons construites en dur et ceux qui occupent les bateaux et les constructions sur pilotis en sus des « camps » étrangers extérieures à la ville ?

 

Nous connaissons la capacité des Thaïs à s’entasser dans des espaces de modeste superficie. Il suffit de compter le nombre de sandalettes qui s’alignent à l’extérieur des hôtels modestes pour savoir combien dorment dans 10 mètres carrés. Il n’y pas de raison pour ce qui se passe au XXIe siècle ne se soit pas passé il y a trois ou quatre siècles.

 

 

Peut-on faire la comparaison avec ce qui se passe aujourd’hui dans les villes les plus surpeuplées au monde, Dacca, Manille et Le Caire, toutes abritant plus de 40.000 habitants au kilomètre carré. 8 à 10 kilomètres carrés intramuros ici avec ces critères donneraient un population interne à la ville de 300 ou 400.000 compte non tenu des villages environnants peuplés de Siamois et bien sûr des enclaves étrangères.

 

Des chiffres, mais sont-ils fiables - nous sont donné par le jésuite Nicolas Gervaise en 1688 ? Il n’est pas un fantaisiste. Selon lui le roi pourrait mobiliser 60.000 habitants en âge de porter les armes à l'intérieur de la ville et 120.000 en faisant appel aux villages situés sur l’autre rive de la rivière, les faubourgs (7). Il y aurait autant de Siamois en dehors de la ville qu'à l'intérieur de ses murailles ? Si l'on enlève les enfants mâles qui ne portent pas les armes et les vieillards qui ne les portent plus et qu'on multiplie ces chiffres par deux pour compter ces dames nous dépasserons très certainement les 300 ou 400.000.

 

Pour Fernando Mendez-Pinto qui a visité Ayutthaya un siècle avant les Français, la capitale abritait 400,000 habitants et 100,000 étrangers (8),

 

Une partie de la population vit sur l’eau dans des bateaux et des barges qui servent tout autant de résidences que de magasins et jalonnent les deux rives des rivières sur plusieurs rangées autour de la moitié sud de l'île et à deux ou trois kilomètres au sud de la rivière Chaophraya jusqu'à l'île de Rian. Nous bénéficions d’une estimation donnée par Chris Baker dans un très bel article sur lequel nous reviendrons prochainement selon laquelle ces maisons flottantes seraient environ 20.000 (9). Curieusement, Gervaise décrit la rivière mais ne mentionne pas les établissements flottants. Kaempfer mentionne « les banlieues et les villages  dont certains sont constitués de navires habités ... contenant deux, trois familles ou plus » sans commenter leur nombre. Choisy reste dans le lyrique sans parler de résidences flottantes. La Loubère décrivit les maisons de manière assez détaillée mais ne mentionne pas les péniches aménagées. Forbin, Tachard et Chaumont sont muets. Aucun des visiteurs du dix-septième siècle ne note une occupation aussi dense des voies navigables même si la partie la plus dense se trouvait précisément autour du port et des colonies européennes ?

 

 

Ces considérations ne sont peut-être que des spéculations hasardeuses mais nous laissent supposer que la population du « grand Ayutthaya » en 1767 n’était pas loin du million d’habitants ? Par comparaison, peu avant le départ des Français du SIam en 1688, nous avons pour la population de Paris un chiffre de 500.000 habitants. En 1766, un an avant la chute d’Ayutthaya, nous avons pour Paris un chiffre de 600.000 habitants (10).

 

 

Quelles étaient les activités et les occupations de la population d’Ayutthaya, ce sera l’objet de notre prochain article.

 

Carte de Kaempfer

Carte de Kaempfer

NOTES

 

 

(1) Voir notre article H 35 « QUI A DÉTRUIT AYUTTHAYA  EN 1767 ? … LES BIRMANS  MAIS PAS QU'EUX ?…. »)

 

(2)  Abbé de Choisy « Journal ou suite du voyage de Siam » 1697.

 

(3) Voir notre article A 260 « L’ARCHITECTURE SIAMOISE À L’ÉPOQUE D’AYUTHAYA » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/05/a-260-l-architecture-siamoise-a-l-epoque-d-ayuthaya.html)

 

(4)  Chevalier de La Loubère « Du royaume de Siam » tome I, 1695.

 

(5) Engelbert Kaempfer, savant et naturaliste allemande a visité le Siam avant son exploration au Japon. Ses manuscrits n’ont été imprimés que post mortem en 1727. Nous avons utilisé une traduction française de 1729 remarquablement illustrée.

 

 

Sur ce sujet, voir l’article de B.J. Terwiel « The drawings of VOC chief surgeon Engelbert Kaempfer and the story  of Siam  de B.J Terwiel de 2004 » :

https://www.academia.edu/30803952/The_Drawings_of_Engelbert_Kaempfer_and_the_History_of_Siam

 

(6) Voir nos articles : A 263 « JEAN STRUYS (JAN JANSZOON STRUYS), AVENTURIER HOLLANDAIS AU SIAM EN 1650 ET TÉMOIN DES MASSACRES DE LA MÊME ANNÉE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-263-jean-struys-jan-janszoon-struys-aventurier-hollandais-au-siam-en-1650-et-temoin-des-massacres-de-la-meme-annee.html

H 34 « LE RÔLE MAJEUR DU NÉERLANDAIS JOOST SCHOUTEN À LA COUR D’AYUTTHAYA JUSQU’EN 1636 ET SA FIN SUR UN BÛCHER POUR CRIME DE SODOMIE ».

Jean-Baptiste Tavernier est l’auteur en 1717 d’un « Les six voyages de Jean Baptiste Tavernier » qui est de la plus totale fantaisie.

 

 

(7) « Histoire naturelle et politique du Siam » de 1688.

 

 

(8) « Les voyages aventureux de Fernando Mendez-Pinto », tome 3, traduction française de 1830. (photo 10)

 

(9)  Chris Baker « Before Ayutthaya Fell: Economic Life in an Industrious Society Markets and Production in the City of Ayutthaya before 1767: Translation and Analysis of Part of the Description of Ayutthaya » In Journal de la Siam society, volume 99 de 2011. Cet article est étayé sur des documents thaïs à ce jour sinon inédits, du moins restés confidentiels.

 

(10) Les divers sites Internet qui concernent la population de Paris ne sont pas tous concorants mais nous restons dans cette fourchette de chiffres.

 

 

Partager cet article

Repost0