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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 22:14

 

Nous avons parlé  d’abondance des réformes du Roi Chulalongkorn qui, au cours de ses 42 années de règne, conduisit son pays aux portes de la modernité avec le concours de son remarquable demi-frère, le prince Damrong (1). Comme tout réformateur, il dut se heurter à des résistances en profondeur, révolte de privilégiés ou d’illuminés pour les plus spectaculaires au premier chef (2). Il y eut aussi, ce dont on ne parle jamais, des réactions populaires de résistance passive assez vives: Ainsi lorsqu’il voulut imposer aux femmes de son pays de ne plus se promener les seins nus (3). Ainsi lorsqu’il voulut organiser une politique sanitaire à Bangkok : les habitants de Bangkok avaient la répugnante coutume de  jeter leurs morts en pâture aux chiens et aux vautours dans l’enceinte du Wat Saket

 

 

...et par ailleurs de pisser et de déféquer partout, au bord des rues, dans les klongs, de véritables cloaques et jusqu’aux portes de temples ou aux marches du Palais (4).

Peinture murale du temple de Suthat (photographie de Chittawadi Chitrabongs) :

 

 

Il nous a intéressé de savoir ce que pouvait être l’organisation administrative du pays avant que le monarque et son demi-frère ne s’attachent à ces travaux d’Hercule de transformer le vieux Siam - guère plus qu’une expression géographique - en État moderne.  Nous avons bénéficiée en particulier d’une analyse universitaire de l’historien Tej Bunnag assez significative de ce qui n’était pas une « organisation » malgré une apparente complexité mais une véritable absence d’organisation (5). La situation était en réalité proprement effarante.

 

 

Au sommet de la hiérarchie se trouve le monarque absolu et maître de la vie,  sanctifié en tant que dieu et Phrabodhisattva (พระโพธิสัตว์selon le culte du Devaraja (เทวราช, littéralement « le dieu roi ») et les croyances du bouddhisme Mahayana. La relation entre le roi et son peuple est symbolisée par la « langue du palais » (rachasap – ราชาศัพท์) utilisée à la cour. Une fois monté sur le trône, ses édits seront considérés comme le rugissement du lion.

 

 

Il est assisté de deux premiers ministres, Akkramahasenabodi (อัครมหาเสนาบดี), l’un pour les affaires civiles, Mahatthai (มหาดไทย) et l’autre à la fois pour l’armée et l’administration du pays, Kalahom (กลาโหม). Ils sont assistés de quatre « ministres de soutien » (Senabodi Chatusadom - สนาบดี จตุสดมภ์) : l’un pour la métropole (Wiang – เวียง), l’autre pour le palais (Wang –วัง), un autre pour les finances  (Khlang – คลัง) et le dernier pour l'agriculture (Na – นา). Le premier, ministre de la métropole, percevait les taxes et les amendes pour les infractions mineures dans la zone métropolitaine de Bangkok. Le ministre du Palais était chargé des juridictions civiles et pénales et nommait les magistrats dans tout le pays, il était le plus proche du roi, source de toute justice. Le ministre des Finances contrôlait l'administration fiscale du pays, mais l'un de ses départements, le Krommatha (กรมท่า) était chargé des affaires étrangères, parce qu’il était fréquemment en contact avec les étrangers, le commerce extérieur étant en grande partie monopole royal à cette époque (6). Le ministère de l'agriculture s'assurait que les labours commençaient au bon moment de l'année et attribuait les titres de propriété assurant la sécurité de la paysannerie. Il existait plus bas dans la hiérarchie six conseillers, (Montri – มนตรี) ayant respectivement en charge la défense du palais, les scribes royaux,  l'enregistrement des personnes (embryon d’état civil), la dépense des revenus, la garde-robe royale, et les affaires religieuses.

Deux généraux commandaient respectivement les forces terrestres et les forces maritimes.

 

 

L'administration de la justice était d’une effroyable complexité : Un tribunal de douze brahmanes « instruits des lois » décidait d'abord devant quelle juridiction une affaire devait être distribuée. Une fois la cause entendue, elle revenait devant les brahmanes qui rendaient leur jugement. Un appel contre leur verdict pourrait être fait devant le roi.

 

 

L'administration provinciale était partagée entre  trois ministres.

Le nord était sous l’autorité du premier ministre chargé de l'administration civile, le Mahatthai (มหาดไทย),

 

 

le sud était sous l’autorité de l’autre premier ministre chargé de  l'administration militaire, le Kalahom (กลาโหม),

 

 

les provinces côtières près de Bangkok, impliquées dans le commerce, relevaient du département du ministère des affaires étrangères, le Krommatha (กรมท่า).

 

 

Tous ces postes étaient occupés par des princes membres de la famille royale. Mais, paramètre majeur, il n'y avait pas surabondance de princes et la raison en était simple. Certes, le roi est  autorisé à avoir quatre reines et « un certain nombre de consorts » mais il n’y a que cinq rangs différents de princes : L'enfant d'une reine est un Chao Fa (เจ้าฟ้า), l'un d'eux est un Phra-ong Chao (พระองค์เจ้า) et le petit-fils du roi est un Mom Chao (หม่อมเจ้า).

 

 

 

En voilà trois, mais il est de règle que seuls les membres des deux premières générations sont considérés comme des princes : Après le Mom Chao vient le Mon Ratchawong (หม่อมราชวงศ์) dont le fils est Mom Luang (หม่อมหลวง).Ils sont encore considérés comme des princes. Le fils du Mom Luang par contre devient un Nai (นาย), tout simplement un croquant.

La noblesse siamoise n'est donc que très partiellement héréditaire au sens européen du terme car son existence, en théorie, ne dépend que des services qu’elle est susceptible de rendre au gouvernement royal. Lorsqu’un individu du commun, Naï, Mom ou Mom Luang, commence son ascension dans les rangs de la noblesse en entrant au service du gouvernement, la hiérarchie en partant du bas est alors Khun (ขุน), Luang (หลวง), Phra (พระ), Phraya (พระยา), Chao Phraya (จ้าพระยา) et au sommet Somdet Chao Phraya (สมเด็จเจ้าพระยา). Par exemple le premier ministre de l'administration civile et ministre du Nord avait droit au titre de Chao Phraya (7).

 

 

Le rang de la noblesse devait encore être mesuré par le nombre des marques de Sakdina (ศักดินา) attachées à sa position. La noblesse est fondamentalement attachée à la terre (8). Il n’y a pas de noble de quelque rang qu’il soit sans terres (9). Ainsi le prince le plus proche du roi qui commandait traditionnellement l'avant-garde de l'armée reçut le grade de second roi ou Kromphraratchawang Bowonsathanmongkhon (กรม พระราชวัง บวรสถานมงคล). Le premier rang donné à un Momchao est Phraongchao (พระองค์เจ้า). S’il l’est de naissance, il pourra commencer à monter dans l'échelle des rangs au niveau supérieur, Krommamuen (กรมหมื่น) puis à Krommakhun (กรม ขุนข), Krommaluang (กรมหลวง), Krom Phra (กรม พระ), Kromphraya (กรมพระยา) et enfin, Somdet Kromphraya (สมเด็จ กรมพระยา).

 

 

Les titres donnés aux princes au service du gouvernement, contrairement à ceux de la noblesse, n'étaient pas liés à leurs fonctions, mais étaient plutôt l'expression des espoirs et des égards du roi pour eux. Lorsque le Phraongchao Ditsaworakuman (พระองค์เจ้าดิศวรกุมาร) se fut montré digne des services rendus il reçut le grade de Krommamuen et le titre de Damrong Rachanuphap (ดำรงราชานุภาพ) qui signifie « le porte-parole du pouvoir royal ». Il  garda ce titre toute sa vie et son rang fut celui de Somdet Kromphraya.

 

 

Dans certains États tributaires, les rangs princiers, Phra Chao (พระเจ้า) et Chao (เจ้า) et les titres des dirigeants et des grands officiers des États de Chiangmai (เชียงใหม่), Lampang (ลำปาง), Lamphun (ลำพูน), Phrae (แพร่), Nan (น่าน) et Bassac (ຈຳປາສັກ) avaient tous été créés par le gouvernement central en reconnaissance de leurs services et de leur loyauté envers la couronne. Dans la première moitié du dix-neuvième siècle, seuls les souverains particulièrement favorisés de Chiangmai, Lampang et Lamphun furent faits princes. Ce n'est qu'à partir de 1856 que le grade princier fut régulièrement donné aux gouvernants et aux grands officiers de ces États. Le rang n'était pas héréditaire, et le fils d'un prince n’était qu’un nai (นาย). Il n'y avait pas de marques  de sakdina attachées au grade. Les souverains de Nan et Phrae ne furent pas faits princes que respectivement en 1888 et 1896.

 

 

Les membres du gouvernement et de l'administration de Bangkok n'étaient pas censés être de grands propriétaires fonciers et leurs ressources dépendaient de la générosité du roi. Les ministres étaient toutefois autorisés à conserver les taxes qu’ils percevaient de par leurs fonctions. Les deux premiers ministres, par exemple, recevaient des honoraires lorsqu'ils procédaient à des nominations en provinces. Le roi leur distribuait des récompenses, bia wat (เบี้ยหวัด) en théorie, si et quand il le jugeait bon mais en pratique annuellement en novembre. Les Princes recevaient ainsi 1600 bahts, les Phraya entre 160 et 960, les Phra et les Luang entre 60 et 120 et les officiels de moindre rang entre 12 et 40 bahts.

 

 

Les hommes nobles bénéficiant de plus de 400 « marques de sakdina » avaient le privilège de ne pas comparaître à la cour lorsqu'ils y étaient été convoqués et étaient autorisés à y envoyer des représentants. Tous les Nai, quoique roturiers, avaient un autre privilège contrairement aux gens du commun, n'être ni tatoués ni inscrits au service du gouvernement.

 

La source essentielle des revenus du gouvernement, en dehors du produit de l'impôt, résidait dans le travail du peuple, des phrai (ไพร่).

 

 

Quelle était la population du pays dans la seconde moitié du XIXe siècle ? En 1910, lors du premier recensement national, le royaume comptait un peu plus de huit millions d'habitants. En tenant compte du fait qu’à cette époque le Siam avait été dépouillée de la plupart de ses États tributaires et de certaines de ses provinces dont la population cumulée dépassait à peine le million, et que le taux annuel global de croissance était alors d’un peu plus de 3%, sa population en 1892 était probablement d’environ quatre millions (10).

Au début de chaque règne, tous les hommes valides âgés de dix-huit à soixante ans étaient tatoués au poignet et enregistrés dans les divers départements de l'administration. Ceux entre dix-huit et vingt ans devaient travailler pour le gouvernement pendant un mois de l'année, ou bien commuer leur service en payant une taxe de six bahts. De l'âge de vingt à soixante ans, ils devaient travailler pour le gouvernement pendant trois mois de l'année ou bien payer une « taxe de Commutation » dite kharatchakan (ค่าราชการ) de dix-huit bahts. Le gouvernement bénéficiait de ce système à quatre niveaux : Les gens du peuple lui fournissaient une abondante main-d'œuvre gratuite, ensuite ils pouvaient tous être appelés aux armes rapidement en cas de guerre, ceux qui payaient leur taxe de conversion en nature le faisaient avec des biens de valeur et enfin ceux qui la payaient en espèces procuraient des liquidités au gouvernement.

 

 

Les gens du commun fournissaient également à la noblesse de fructueuses sources de revenus. Le titulaire d’un poste dans un service du gouvernement avait le droit d'avoir sous sa juridiction un certain nombre d'hommes dont il pouvait exiger soit une taxe de service, soit une taxe de mutation. Il pouvait aussi les utiliser sous sa responsabilité pour faire des travaux qui n'avaient rien à voir avec le service gouvernemental. Le Prince Damrong confirma qu’ils donnaient « volontairement » des cadeaux à ces fonctionnaires qui étaient en mesure de leur rendre la vie heureuse ou misérable en fonction du type de travail qu’ils leur impartissaient.

 

 

La noblesse avait un autre moyen de subsistance : l'esclavage.

 

Il y en avait deux sortes, les esclaves de guerre et les esclaves pour dette. Les premiers ne pouvaient pas racheter leur liberté mais les autres le pouvaient. Tous pouvaient être vendus sur le marché. En dehors du travail pour leurs maîtres ils devaient également travailler pour le gouvernement pendant huit jours de l'année mais le maître pouvait payer une « taxe de conversion » d'un baht cinquante satangs. Il est difficile d'estimer le nombre d'esclaves au Siam dans la seconde moitié du XIXe siècle. Monseigneur Pallegoix estime leur nombre à un tiers de la population ? Le chiffre n’a jamais pu être validé mais il le tenait probablement du roi Rama IV son ami. Il affirme en tous cas, ce qui n’a jamais été contredit, qu’ils travaillaient fort peu et étaient traités beaucoup mieux que les domestiques en France.

 

 

Il est une certitude, au cours du dix-neuvième siècle, le roi n'avait pas les ressources qui lui auraient permis d'être un monarque absolu. « Maître de la vie » certes mais sans ressources.

 

 

La plus grande partie des revenus restait entre les mains de ses ministres et il y n’avait que peu de moyens de les extraire. La plupart des ministères et départements les plus importants avaient été accaparés par une famille, la famille Bunnag (บุนนาค) par exemple. Celle-ci était liée à la dynastie des Chakri au pouvoir depuis 1782 par de nombreuses alliances et avait commencé à dominer la politique siamoise à partir des années 1820 lorsque le roi Rama III obtint son appui contre d’autres cousins ​​princiers. Au cours du demi-siècle suivant sur une période qui s'étend sur trois règnes, ceux du roi Nang Klao (1824-1851), du roi Mongkut (1851-1868) et du règne du roi Chulalongkorn (1868-1910), les membres de la famille tinrent sans interruption, le poste de premier ministre pour l'administration militaire (Kalahom - กลาโหม) et le ministère des Finances (Khlang - คลัง). Le ministère de la Métropole (Wiang - เวียง) fut également entre leurs mains pendant de longues périodes. Des mariages judicieux leur permirent d’accroître leur contrôle sur le gouvernement d'année en année. Lorsque le roi Chulalongkorn monta sur le trône en 1868, la famille Bunnag sous la direction de Chao Phraya Sisuriyawong (สมเด็จเจ้าพระยาบรมมหาศรีสุริยวงศ์), était au sommet du pouvoir.

 

 

La perte de contrôle de la monarchie sur certaines des plus importantes administrations de l'État signifiait tout simplement qu’elle était pauvre. Pour le roi Rama V à sa montée sur le trône, les ressources avaient diminué d'année en année, jusqu'à ce que le royaume doive vivre au jour le jour et de mois en mois : entre 1868 et 1873, les recettes annuelles passèrent de 4.800.000 baths à environ 1.600.000 baths. Dans de telles circonstances, il était impossible de construire des palais et des temples, de financer des cérémonies royales et religieuses, d’accorder à ses fidèles des récompenses annuelles et encore moins de financer un train de réformes ou se lancer dans une politique de grands travaux.

 

Le gouvernement central avait peu sinon aucun choix dans la nomination des gouverneurs. Il dut souvent en conférer le titre à des  aventuriers ou des chefs tribaux : Par exemple, en 1793, 4.000 personnes qui avaient quitté la Principauté de Vientiane on ne sait pourquoi décidèrent de s'installer dans un petit village du nord-est appelé Ban Kaengsamrong (บ้าน แก้งสำโรง), leur chef en fut nommé gouverneur et cette ville devint le centre de la province de Kalasin (กาฬสินธุ์). En période de guerre le chef local que le gouvernement devait reconnaître en tant que gouverneur était généralement un chef militaire.

 

 

En 1772, alors que le pays était en état d'anarchie après le sac de l'ancienne capitale Ayutthya (อยุธยา) par les Birmans en 1767, le roi Taksin (ตากสิน) dut désigner un chef de guerre local, nouveau gouverneur de la ville de Phatthalung au sud (พัทลุง). Le choix des gouverneurs se limitait en réalité à des hommes localement puissants dont le pouvoir était ainsi reconnu et légitimé.

La monarchie avait perdu une autre facette du pouvoir puisque les ministres tenaient l'appareil administratif en mains, organisaient les rendez-vous et les promotions au sein de leur propre réseau de relations. Elle a également perdu le contrôle direct sur le peuple, les phrai. Elle ne pouvait réclamer ni obtenir les listes des hommes valides dans les différents départements qui permettaient aux ministres d’avoir en mais le service annuel de trois mois et la taxe de conversion. N’ayant pas de contrôle effectif sur les gens du commun, elle ne pouvait connaître le nombre d'esclaves et par conséquent ne percevait presque rien de la taxe de conversion des dits esclaves. Mais la Couronne n’était pas la seule à être relativement pauvre et faible. Le gouvernement central subissait le même sort. Le rendement du revenu n'avait aucun rapport avec la richesse réelle du pays : Il y avait peu de perception directe des impôts, et quand c'était le cas, cela ne s'étendait pas loin dans les provinces. Le ministère de l'Agriculture, le Na (นา) ne percevait la taxe sur le riz que dans quatre provinces proches de Bangkok. La ville de Kamalasai (actuellement district de la province de Kalasin) n’envoya qu’en 1891 les redevances perçues pour les années 1875-1880.

 

 

La plupart des taxes étaient recouvrées sous un système de fermage, ce système des « fermiers généraux » qui causa en partie la chute de la monarchie française. Le gouvernement recevait une somme fixe pendant plusieurs années tandis que les fermiers fiscaux collectaient autant que faire se pouvait et empochaient les bénéfices. Les fermes d'impôts étaient rarement à l'échelle nationale et la plupart d'entre elles ne couvraient qu’une petite région du pays. En 1856, par exemple, il existait une taxe sur le tabac dans les provinces de Sawankhalok (สวรรคโลก) et de Sukhothai (สุโขทัย). Le fait qu'il y ait une multitude de fermes d'impôts effectuant toutes leurs paiements en plusieurs versements signifiait que la tenue de livres était extrêmement difficile, embrouilles, retards, et évidemment de multiples occasions de corruption.

 

 

Qui dit absence de ressources dit bien évidemment absence d’une fonction publique professionnelle. Comme il n'y a pas assez d'argent pour permettre au gouvernement de payer des salaires réguliers, les fonctionnaires, à part les récompenses annuelles du roi, devaient chercher leur propre gagne-pain. Ils furent dès lors autorisés à conserver les frais de justice, privilège qui a conduit à beaucoup d'abus de l'administration de la justice. Les procédures judiciaires ne devaient durer que trois jours, mais les fonctionnaires les faisaient  trainer deux ou trois ans, de sorte que le demandeur ou le défendeur se voyaient contraints d’offrir des pots-de-vin pour influencer la décision. La Justice en effet n’était pas séparée de l’administration civile. Selon Monseigneur Pallegoix, la pratique était que « Le meilleur moyen de gagner un procès est de promettre une grosse somme à une personnalité publique influente, qui s'occupera alors de vos affaires ».

 

 

Le territoire du royaume était divisé en trois catégories administratives, l'intérieur, les provinces extérieures (เมือง) et les états tributaires.

Les provinces intérieures étaient celles qui avaient constitué le cœur du royaume à partir du XVe siècle. Elles étaient initialement subdivisées en quatre classes. : Les provinces de quatrième classe étaient celles situées à proximité de la capitale. Les provinces de première et de seconde classe étaient soit celles des frontières, soit celles qui, une fois, avaient eu leurs propres maisons princières. Les provinces de troisième classe étaient de nouvelles unités administratives, formées lorsque certaines régions du pays, en raison de leur développement, avaient dépassé la capacité administrative de leurs anciens administrateurs, qui pouvaient être des provinces de première ou deuxième classe.

Les provinces extérieures se situaient entre les provinces intérieures et les États tributaires du Laos. Leurs relations avec le royaume étaient d'une date relativement récente, car elles ne remontaient qu'à la seconde moitié du dix-huitième siècle.

En 1892, les États tributaires du nord et du nord-est étaient le royaume de Luang Prabang  et les principautés de Chiangmai (เชียงใหม่), Lampang (ลำปาง), Lamphun (ลำพูน), Phrae (แพร่), Nan (น่าน) et Bassac. Le Royaume du Cambodge avait été (par intermittence) un état tributaire de la fin du XVIIIe siècle jusqu'en 1867. Les états tributaires du sud étaient les sultanats de Trengganu, Kelantan et Kedah.  

 

 

Concrètement, le gouvernement central ne contrôlait qu’une petite partie du pays appelé le Wang Ratchathani (วัง ราชธานี) qui s’étendait à Lopburi (ลพบุรี) au nord, Nakhonnayok (นครนายก) à l'est, Suphanburi (สุพรรณบุรี) et Phrapradaeng (พระประแดง) à l'ouest. Au sud en 1891, le gouvernement administrait directement seulement Prathumthani (ปทุมธานี) et Nonthaburi (นนทบุรี)  au nord et Phrapradaeng (พระประแดง) et Samutprakan (สมุทรปราการ).

Dépourvu de ressources le gouvernement ne pouvant nommer directement les fonctionnaires provinciaux perdait tout contrôle sur les ressources de ses provinces.

 

 

La faiblesse du gouvernement central était telle que le gouvernement dut même accepter des ennemis comme gouverneurs. En 1776, ayant chassé la famille régnante de Nakhonsithammarat (นครศรีธรรมราช) pour avoir déclaré la ville indépendante du Royaume, le roi Taksin dut immédiatement la réintégrer dans sa position. Il dut en outre élever le chef de famille au rang de Prince et admettre que la ville était un État tributaire et non une province sous son gouvernement. Ces concessions furent la conséquence de la puissance de cette famille et aussi de la position stratégique de la ville située entre les provinces intérieures et les états tributaires malais.

 

 

Tej Bunnag nous donne d’autres exemples de l’incommensurable faiblesse du pouvoir central. La force  militaire n'était pas le seul moyen de devenir un chef provincial. Le gouvernement tenait également compte de la situation financière. L'ascension des familles chinoises de Songkhla (สงขลา) et de Ranong (ระนอง) aux gouvernorats de ces provinces et la prise du pouvoir de Phetchaburi (เพชรบุรี) par la famille Bunnag  (la sienne) démontrent comment la puissance économique a conduit à l’obtention du pouvoir politique. En 1769 et 1844, lorsque les grandes fermes d'impôts de Songkhla et de Ranong, celles des nids d'oiseaux, furent vendues aux enchères, elles furent toutes deux gagnées par les Chinois. En 1859, la famille Bunnag a repris la ferme de la taxe sur le sucre qui était la principale ferme d'impôts de Phetchaburi. Dans les deux premiers cas, les nouveaux fermiers fiscaux devinrent gouverneurs de leurs provinces dans les dix années qui suivirent la signature de leurs contrats. Dans le troisième cas, un membre de la famille Bunnag devint gouverneur de Phetchaburi à la même époque.

 

 

Le gouvernement doit donc s’incliner devant la puissance financière qui devient synonyme de pouvoir politique. Il officialise alors ses relations avec le chef provincial qu’il reconnait en lui donnant un bref de nomination ou sanyabat (สัญญาบัตร). En obtenant ce document signé du roi lui-même, le chef local devint le représentant légitime du gouvernement. Mais comme le poste était lucratif et conférait beaucoup de pouvoir à son titulaire, le gouvernement imposait un taux fixe pour la délivrance du bref de nomination. Le sanyabat d'un gouverneur de province de première classe coûtait 560 baht en 1892.

Les gouverneurs des provinces de deuxième, troisième et quatrième classes étaient respectivement Phraya (พระยา), Phra (พระ) et Luang (หลวง). Les gouverneurs des trois provinces de première classe, Nakhonsithammarat (นครศรีธรรมราช), Nakhonratchasima (นครราชสีมา) et Phitsanulok (พิษณุโลก) étaient soit Phraya, soit Chao Phraya.

Par ailleurs incapable de centraliser l’administration provinciale, le gouvernement devait aussi permettre au gouverneur de choisir ses propres fonctionnaires.

 

 

Le prince Thewawong (กรมพระยาเทวะวงศ์วโรปการ) qui fut ministre des affaires étrangères décrit sans ambages la situation dans les provinces maritimes sous la tutelle de son ministère : « J’ai toujours nommé des fonctionnaires qui m'avaient été recommandés par les gouverneurs. Les gouverneurs sont totalement responsables de leurs provinces, et la nomination de personnes qui leur sont désagréables n'a pas donné de bons résultats ».

 

 

Le gouverneur recommandait évidemment ses relations pour des postes dans l'administration locale, les plus importants étant ceux de vice-gouverneur (palat  -ปลัด), de juge  (yokkrabat – ยกกระบัตร) et d'assistant  (phu chuai -  ผู้ช่วย). Ces postes étant tout aussi lucratifs que celui de gouverneur donc les futurs titulaires devaient payer des sanyabats qui légitimaient leurs positions. Si les sanyabats des hauts fonctionnaires étaient signés par le roi, ceux des postes moins importants dépendaient du mahatthai (มหาดไทย).

 

 

Le gouvernement n'intervenait pas dans l'administration financière des provinces et les autorités locales décidaient elles-mêmes de leur budget. Comme le gouvernement central ne payait pas de salaires, les revenus de toutes sources étaient partagés entre les fonctionnaires afin de leur assurer un moyen de subsistance. Les gouverneurs se voyaient attribuer un certain nombre d'hommes  à qui il pouvait demander soit une taxe de service soit une taxe de mutation.

Le gouverneur détenait également le pouvoir judiciaire. On le désignait volontiers sous le nom de Chao Muang (เจ้า เมือง), seigneur de la province, car il rendait la justice aussi arbitrairement qu’il le voulait. Henri Mouhot en 1859 et 1860 parlant du Gouverneur de Nakhonratchasima (นครราชสีมา) le décrit comme « très sévère, coupant une tête ou une main sans trop de scrupule ».

 

 

Laissant aux gouverneurs le contrôle des ressources, le gouvernement devait  supporter le fait qu'ils se lançaient parfois dans une véritable politique d'expansion territoriale ce qui fut le cas en particulier de celui de la province de première classe de Nakhonsithammarat (นครศรีธรรมราช) qui menait une politique de puissance provinciale. De plus, une fois une famille établie dans une province, le gouvernement par souci de stabilité et de continuité ne lui retirait pas sa position. Sans être totalement héréditaire, le poste passait ensuite au membre le plus influent de la famille.

 

 

Si le gouvernement avait formellement le droit d'envoyer de temps en temps des commissaires (khaluang – ข้าหลวง), dans les provinces, cette prérogative n’était que très rarement exercée.

La situation était pire encore dans les Etats tributaires totalement indépendants dans leur administration financière. Leur seule contrainte était d’envoyer un tribut d’or (l'arbre d'or) ou d’argent tous les ans ou tous les trois ans variant en fonction de la richesse des états. Le roi Chulalongkorn méprisait ces hommages scintillants considérant qu’ils ne représentaient pas le huitième ou un neuvième de l'impôt prélevé sur les populations.

 

 

Il n’y avait en réalité pas d’Etat, le pays était une féodalité au-dessus de laquelle régnait un monarque déifié mais dépourvu du plus important des pouvoirs, celui de se procurer des ressources. Nous avons cité le chiffre des revenus annuels l’année où le roi est monté formellement sur le trône, 1868, soit 4.800.000 baths et celle où il exerça effectivement ses prérogatives, 1873, 1.600.000 baths. Ceci se passe de tout commentaire. Quelques années auparavant Monseigneur Pallegoix qui écrit en 1854 donne un chiffre global de 26 millions de baths pour l’ensemble des ressources du trésor dont le poste le plus important est le « rachat des corvées » pour 12 millions. Sans précision de date, il est possible que ce chiffre concerne le règne de son ami Rama IV ? Pour le règne de Rama III sur lequel nous nous sommes penchés, il subsiste bien des incertitudes (11).

Quel fut le résultat de la politique de réformes engagée par le roi ?

Nous n’avons jusqu’en 1890 que des approximations issues de sources françaises Selon les années, l’Almanach de Gotha dans la partie administratives nous dit tantôt « Les employés qui n’ont aucune solde nominale s’approprient frauduleusement la plus grande partie des revenus » et tantôt « Une analyse spéciale des finances n’est pas possible faute de renseignements ».

Nous avons des chiffres précis à partir de 1892-1893 seulement (n’oublions pas que les années thaïes ne commençaient pas le 1er janvier). Nous nous arrêtons à la fin du Ve règne et ne donnons que les millions (de baths évidemment). N’oublions pas surtout pas les chiffres susvisés de 1868 et 1873 (4.800.000 baths - 1.600.000 baths).

1892-1893    15 millions - 1893-1894      17 millions - 1894-1895      17 millions - 1895-1896    18 millions - 1896-1897      20 millions - 1897-1898      24 millions - 1898-1899    28 millions - 1899-1900      29 millions - 1900-1901      35 millions - 1901-1902    36 millions - 1902-1903      39 millions - 1903-1904      43 millions - 1904-1905    46 millions - 1905-1906      51 millions - 1906-1907      57 millions - 1907-1908    55 millions - 1908-1909      60 millions - 1909-1910      62 millions - 1910-1911    63 millions.

4.800.000 baths en début de règne, 63 millions en fin de règne, c’est une multiplication par plus de 13 !

 

 

Notons – bien que ce ne soit pas notre sujet de ce jour – que les recettes couvraient très largement les dépenses. Par ailleurs et surtout, il ne semble pas que la population ait eu à se plaindre d’une pression fiscale devenue excessive ? (12) En dehors des privilégiés, le petit peuple fut beaucoup plus marqué par l’interdiction de pisser dans les rues pour les hommes ou de montrer ses seins pour les femmes que par la fiscalité.

 

Photographie prise en Isan au début du siècle dernier : 

 

 

De 1868 à 1910, 42 ans d’un règne pour changer le pays de fonds en comble et le doter d’un véritable système fiscal qui permit de financer cette phénoménale série de réformes… séparation de la justice et de l’administration, création d’un système fiscal cohérent, réforme des rouages centraux de l’administration et efforts pour en briser la vénalité, création d’un réseau de voie ferré brisant l’isolement du centre par rapport aux provinces éloignées et permettant à une administration centralisée de joindre les provinces lointaines du nord ou des rives du Mékong et instrument décisif de cette œuvre polymorphe de centralisation, création d’une gendarmerie – véritable armée du Siam -  dirigée par des officiers danois, développement de l’instruction, tout cela fut le fruit d’une politique résolument menée sous la direction du prince Damrong. Le roi mourut malheureusement jeune, à 57 ans et tous ses projets ne purent être conduits à terme. Le Prince Damrong dont les relations avec Rama VI n’étaient pas au beau fixe résigna son dernier poste ministériel en 1915 et se consacra à sa passion pour l’histoire, l’archéologie et les arts. Exilé en 1932, il ne revint à Bangkok qu’en 1942 pour y mourir l’année suivante.

 

 

Il est permis de penser sans faire de « politique fiction » que son maintien aurait pu conduire – n’était-ce le caractère pusillanime du roi Rama VI – aux projets de réforme constitutionnelle élaborés par le roi et ses « jeunes turcs » dès 1885 ignorés de la quasi-totalité des historiens du Siam (14). Le chaos constitutionnel consécutif au coup d’état de 1932 en aurait-il été évité ?

 

 

Nous faisons une comparaison qui vaut ce qu’elle vaut : Hugues Capet monte sur le trône en 987.

 

 

Il règne dans un état féodal sur des barons qui lui doivent hommage certes mais souvent plus nobles que lui, plus riches et plus puissants, qui battent monnaie et s’arrogent le droit de faire la guerre privée. Il y a d’étranges similitudes avec le Siam féodal dont hérita Rama V. Philippe Le Bel meurt en 1314. Il fallut une douzaine de rois capétiens sur plus de trois siècles pour faire de la France un état centralisé et cohérent.

 

 

NOTES

 

(1) Notre liste n’est peut-être pas exhaustive :

139. « LA NOUVELLE ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU ROI CHULALONGKORN ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-139-la-nouvelle-organisation-administrative-du-roi-chulalongkorn-123663672.html

141. « L'ESCLAVAGE EST ABOLI DÉFINITIVEMENT AU SIAM EN 1905 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-141-l-esclavage-est-aboli-definitivement-au-siam-en-1905-123721727.html

142. « LA SUPPRESSION DE LA CORVEE ROYALE AU SIAM ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-142-la-suppression-de-la-corvee-royale-au-siam-123823027.html

143. « LE CODE PÉNAL SIAMOIS DE 1908 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-143-le-code-penal-siamois-de-1908-123864695.html

147. « LA CRÉATION DE L’ÉDUCATION NATIONALE PAR LE ROI CHULALONGKORN  (1868-1910) »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-147-la-creation-de-l-education-nationale-par-le-roi-chulalongkorn-1868-1910-124067077.html

 

(2) Voir notre article 140  « LA RESISTANCE À LA REFORME ADMINISTRATIVE DU ROI CHULALONGKORN. LA RÉVOLTE DES "SAINTS » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-140-la-resistance-a-la-reforme-administrative-du-roi-chulalongkorn-la-revolte-des-saints-123663694.html

 

 

(3) Il est possible qu’il ait ramené de ses voyages en Europe des notions de pudeur royale à l’occidentale ? On conçoit évidemment mal que la Reine Victoria ait pu exhiber ses mamelles lors des chaleurs de l’été londonien ?

 

 

Les femmes du peuple et même celles du palais se promenaient torse nu. La raison en est d’évidence compte tenu de la chaleur épouvantable qui règne en raison chaude à Bangkok et même en saison dite froide qui ne l’est pas, les gens du peuple vivaient donc torse nu tout simplement

 

Photographie prise à Bangkok en 1900 : 

 

 

... et le roi lui-même dans une gravure répandue partout cuisine sans chemise (en tête de notre article.

Il prit un décret ordonnant aux femmes de porter des corsages « à l’européenne » qui dut être rapporté devant la résistance passive des intéressées : conduites au poste, elles remplissaient les geôles mais refusaient de revêtir un vêtement intolérable sous ce climat et il fallait bien les relâcher toujours seins nus. Voir à ce sujet le très amusant article du journaliste Robert de Caix « La réorganisation siamoise » in Journal des débats politiques et littéraires du 1er mars 1903.  

(4) Le roi avait également ramené d’Europe des louables habitudes sanitaires, installant en particulier dans ses palais des toilettes à l’intention de tous et des bidets à l’intention du personnel féminin de son sérail auquel il dut expliquer le mode d’emploi ainsi que des toilettes publiques dans toute la ville. Malgré cela, les habitants continuèrent à pisser et déféquer où leur en prenait l’envie et jusqu’aux portes du palais probablement par provocation. Bangkok resta l’une des villes les plus puantes au monde. Voir à ce sujet l’article de M. L. Chittawadi Chitrabongs « The Politics of Defecation in Bangkok of the Fifth Reign » in Journal of the Siam Society, volume 99 de 2011.

Plan des toilettes publiques installées en 1900 à Bangkok (dessin de Chittawadi Chitrabongs ) :

 

 

(5) Tet Bunnak  (เตช บุนนาค) qui fut en 2008 Ministre des affaires étrangères de son pays : « The provincial administration of Siam from 1892 to 1915 : a study off the creation, the growth, the achievements, and the implications for modern Siam, of the ministry of the interior under prince Damrong Rachanuphap », thèse de philosophie soutenue à Oxford en 1968  (ISBN 0-19-580343-4).

 

(6) Phaulkon, le Grec favori du roi Naraï avait titre de Phraklang que les français ont plus ou moins bien transcrit en « Barcalon ».

 

(7) Sur cette question qui est dans le détail encore plus complexe, voir Eugène Gibert « La famille royale de Siam, les princes Chaofa, Phra-Ong-Chao, Mom-Chao, les kroms : d'après des documents siamois inédits », à Paris, 1884.

La présence de quatre reines n’était pas inutile pour assurer la survivance d’une descendance princière male en l’état d’une mortalité infantile effrayante et de l’état sanitaire du pays qui ne l’était pas moins. L’usage sinon la loi voulait qu’elles soient de noble lignée. « Les rois ne font de princes qu’avec les reines leurs épouses » rappela le Parlement de Paris en annulant le testament de Louis XIV qui dans son incommensurable orgueil avait prétendu transmettre à ses batards le droit d’accéder au trône. Prince Mahidol Adulyadej, père du regretté Rama IX avait certes épousé une modeste autant que ravissante infirmière mais rien à la date de son mariage en 1926 ne pouvait laisser penser que sa lignée accéderait sur le trône à l’abdication de son frère Rama VII.

 

 

La roi Rama IX avait lui-même épousé une descendante directe de Rama V, la reine Sirikit.

 

 

Le roi actuel a lui-même épousé la Princesse Soamsawali également de sang royal. Nous ne parlerons pas des suites de sa vie privée.

 

 

Lorsque fut promulguée la Loi successorale de 1924, des 38 fils de Rama V (qui eut par ailleurs 39 filles) il ne restait en vie de cette descendance mâle que six de ses fils et la descendance d’un septième (qui n’était que le 69ème des enfants de Rama V), qui monta sur le trône. La dégradation des titres au fil des générations était une autre nécessité pour éviter la multiplication des Princes et leur descendance princière. Rama IV eut 82 enfants, son père en eut 51, Rama II en eut 73 et le premier de la lignée 42. Même en tenant compte de la mortalité infantile ou des épidémies (de choléra en particulier) qui faisaient des ravages dans la population, leur descendance, si elle était restée princière aurait couvert la Thaïlande de princes. La question des enfants des concubines ne se posait évidemment pas. 

 

(8) Voir à ce sujet notre article 48 « LA SAKDINA, LE SYSTÈME FÉODAL DU SIAM » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-48-la-sakdina-le-systeme-feodal-du-siam-110214155.html

 

(9) La France à la fin de l’ancien régime fut polluée par ses ducs sans duché, ses marquis sans marquisats, ses comtes sans comtés et ses barons sans baronnies ce qui ne leur enlevait rien de leur morgue et de leurs prétentions. Lorsque Napoléon créa sa propre noblesse en attribuant à ses chiens de guerre des titres gagnés au fil de l’épée, il en exclut le titre de marquis tant celui-ci avait été galvaudé  (Les « petits marquis » ridiculisés par Molière : « Paris abonde de ces marquis qui reçoivent l’investiture de leur laquais en s’en faisant donner par eux le titre » écrit Primi Visconti en 1673 dans ses « lettres sur la cour de Louis XIV »). A la fin de l’ancien régime et lors des états-généraux à laquelle la population participa, il y avait dans les états pontificaux (actuel département de Vaucluse) comme fiefs même minuscules 9 duchés et 13 marquisats outre deux bonnes douzaines de marquis sans marquisats.

 

(10) Le premier recensement de 1883 ne concerne que la ville de Bangkok : voir notre article 152. « LE PREMIER RECENSEMENT EFFECTUÉ AU SIAM EN 1883 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-152-le-premier-recensement-effectue-au-siam-en-1883-124510064.html

Le second de 1904 ne recouvra qu’une partie du pays, Bangkok, le Nord-ouest, l’Isan et l’extrême sud en furent exclus faute de moyens : voir notre article 195 – « LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/195-la-population-du-siam-en-1904-le-premier-recensement-de-1904.html

 

(11) Voir notre article 121 « LES REVENUS DU ROI RAMA III ? (1824-1851) »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-121-les-revenus-du-roi-rama-iii-1824-1851-122846466.html

 

(12) Nous n’en connaissons pas les taux. Si nous en jugeons par les taux actuels (2018) de l’impôt progressif sur le revenu : exonération pour les revenus annuels de moins de 150.000 baths et ensuite tranches allant de 5 à 35%, on peut penser que les chiffres sous le 5e règne ne devaient pas écraser les petits revenus.

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 22:25
H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Le langage diplomatique est un langage fleuri qui prend souvent quelques libertés avec la réalité historique.   Notre excellent ancien ambassadeur, S.E. Laurent Billi, lors d’une allocution en 2009 au « camp Taksin » à Chanthaburi (1), là même oú stationnèrent les troupes d’occupation française pendant près de 12 ans, y affirma le plus sérieusement du monde  - mais sans probablement être dupe - que cette visite était « un témoignage de notre longue histoire commune. Une histoire d’amitié profonde, malgré les tensions liées à l’expansion coloniale des puissances européennes ».

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

« Camp Taksin », le nom que les Thaïs donnèrent à ce camp lors du départ des Français en 1905 est celui du libérateur de leur pays du joug birman.  Il est donc lourd de symbole et peut-être destiné à égratigner leurs amis français, les Thaïs ayant aussi parfois le sens de l’humour au second degré. Il ne fut à cette occasion,  dans la presse francophone locale, que  d’une « occupation » qui n’avait causé que des « incidents mineurs » comme si une occupation, quelle qu’en soit les justifications, bonne ou mauvaise, ne pouvait être autre chose en elle-même qu’un incident …  majeur.

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Sans tenter le moins du monde de faire quelque acte de repentance que ce soit, nous avons cherché à avoir quelques précisions sur cette longue occupation, recherches qui nous paraissent justifier  le titre de cet article, surtout qu’on le retrouve dans tous les livres d’histoire scolaires !

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Nous avons de cette occupation une première vision, due au très bel article de l'historien français Amable Sablon du Corail qui a puisé dans les archives militaires jusque-là inexplorées (2). Ses recherches nous ont déjà permis de découvrir un personnage hors du commun, à savoir le Capitaine Adam de Villiers dont nous avons parlé il y a peu (3). Si ces recherches ont malheureusement la sécheresse des rapports militaires, elles nous apportent quelques précisions précieuses sur l’occupation de Chanthaburi. La vision siamoise repose –quant-à-elle- sur d’autres recherches à ce jour inédites, et fera l’objet de la deuxième partie de cet article.

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Un retour en arrière.

 

Le traité du 3 octobre 1893 aux termes duquel le Siam s’est purement et simplement incliné devant l’ultimatum français comporte en réalité plusieurs chapitres. Le traité proprement dit, dont le préambule évoque sans rire « les relations d’amitié qui existent depuis des siècles entre le Siam et la France », en son article 1er consacre l’abandon de la rive gauche du Mékong par la France : « ARTICLE I — Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l'ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les iles du fleuve ». On ne prit même pas la peine alors d’invoquer une hypothétique suzeraineté des souverains annamites sur ces territoires comme on le fit dans les années antérieures.

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Il est un article VIII qui passa en général inaperçu dans les analyses de l’époque ainsi d’ailleurs que dans les analyses contemporaines : « ARTICLE VIII — Le Gouvernement français se réserve d'établir des consuls où il le jugera convenable dans l'intérêt de ses ressortissants, et notamment à Korat et à Muang-Nan ». L’importance souterraine de ce texte a très certainement échappé aux négociateurs siamois qui ne pouvaient préjuger de l’utilisation perverse qui en serait faite ultérieurement puisqu’il ne devait guère y avoir à cette date guère plus de cent Français ressortissants au Siam, pour la plupart d’ailleurs étant des missionnaires avec  un seul à Chanthaburi, le père Marie-Joseph Cuaz, curé de la paroisse.

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Le même jour est signé une « Convention concernant l’exécution du Traité du Paix et de l'ultimatum » (accepté le 5 août). Elle rajoute diverses contraintes par rapport aux conditions de l’ultimatum et précise « ARTICLE VI — Le Gouvernement français continuera à occuper Chantabon jusqu'à l’exécution des stipulations de la présente convention, et notamment jusqu'à la complète évacuation et pacification, tant de la rive gauche que des zones visées à l'article III du traité en date de ce jour ». L’article III visé concerne la démilitarisation de la rive droite du fleuve sur une largeur de 25 kilomètres.

Quant à l’occupation de Chanthabouri, elle avait été prévue non pas dans l’ultimatum du 20 juillet mais dans un additif du 30 rédigé en parfait langage diplomatique :

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

« Désireux de donner une nouvelle preuve des sentiments de modération qui l'ont constamment inspiré, le Gouvernement français se contentera, comme garantie indispensable de l'exécution pratique des clauses de l’ultimatum, d'occuper la rivière et le port de Chantaboun jusqu'à la complète et pacifique évacuation des postes établis par les Siamois sur la rive gauche du Mékong ».

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Sans entrer dans le détail de ce que va être l’exécution complète des obligations siamoises née du traité susvisé, il est de tout de même une disposition singulière -et point n’est besoin d’être un esprit juridiquement éclairé pour comprendre, qu’elle ne pourra être que source de difficultés-  concerne la zone démilitarisée :

 

« ARTICLE IV — Dans les zones visées par l’article III, la police sera exercée selon l'usage, par les autorités locales, avec les contingents strictement nécessaires. II n'y sera entretenu aucune force armée régulière ou irrégulière ». Il faut tout simplement en déduire que sur un territoire de 25 kilomètres de largeur sur 700 ou 800 kilomètres de frontières communes, le Siam n’aura aucun moyen d’assurer le simple maintien de l’ordre autrement qu’avec les contingents strictement nécessaires, ce qui ne veut rien dire, et de surcroît désarmés ! La création d’une véritable zone de non droit  où l’intervention de forces siamoises armées est interdite va de toute évidence entraîner son invasion par tout ce que la rive gauche français compte de voyoucratie : Il faut évidemment sourire lorsqu’on lit sous une plume française « En outre cette zone de 25 kilomètres était le refuge de tous les voleurs de la rive gauche. Là, les malandrins jouissaient d'une impunité certaine, la police n'étant pas faite dans la zone et les autorités siamoises opposant la plus grande force d'inertie aux demandes des autorités françaises » (5).

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Cette occupation sera effective à partir du 9 août 1893 et se prolongera près de douze ans jusqu’au 12 janvier 1905. Dans un procès-verbal annexe à l’additif du 30 juillet, il avait été noté que, répondant à une préoccupation du prince Dewawongsee, « M. Le Myre de Vilers répond que le Gouvernement français n'a pas l’intention de conserver Chantaboon ; que son propre intérêt est de hâter l'évacuation pour éviter de lourdes dépenses ; que, du reste, c'est une question de bonne foi ». Dont acte !

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Pourquoi Chanthaburi ?

 

Pour les Français tout d’abord, il s’agit tout simplement du port le plus proche de leurs  bases arrières au Cambodge, située à une centaine de kilomètres. Elle a la réputation d’être une base stratégique et économique essentielle, ainsi qu’il apparait des constations des visiteurs  successifs (6).

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Or nous n’avons pas de compétence particulière en matière de stratégie mais ce point est litigieux et plus encore. Lors des discussions relatives au traité (avorté) de 1902, Paul Doumer, que nous dotons de quelques compétences en la matière, le conteste formellement (7). Un argument nous parait frappé du sceau du bon sens : « A la vérité ce point était fort mal choisi, car il était situé à 16 heures de mer de Bang Kok et n'était relié à la capitale par aucune route praticable. Il eût mieux valu créer la même installation à l’île de Ko Si Chang, située à l’embouchure même de la Mae Nam (à environ 50 kilomètres), d'où on aurait pu surveiller l'entrée de la rivière et menacer plus directement le cœur du pays » (8).

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

L’importance économique essentielle, c’est, en dehors d’une région d’agriculture et de pèche prospère, la présence aux environs de la ville de mines d’or et de pierres précieuses. La presse coloniale (en particulier Le Figaro) a reproché avec virulence à Le Myre de Vilers notre diplomate négociateur de 1893 de n’avoir exigé que l’occupation de la ville et de son port et non de toute la province (voire même de tout le pays) beaucoup plus vaste que l’actuelle province de Chanthaburi puisqu’elle recouvrait alors celle de Trat et celle de Rayong. Ces fameuses mines se trouvaient donc hors zone d’occupation. Etienne Aymonier, qui connait bien le pays, a toutefois une opinion mitigée sur la qualité des filons aurifères médiocres et des pierres précieuses qu’il nous dit « de qualité inférieure » (9). Si la présence de ces trésors a pu susciter la cupidité du parti colonial et son irritation lorsqu’il a vu qu’ils lui échappaient, l’argument est sans portée de par les termes mêmes des conditions de l’occupation.

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Du côté Siamois, et il est permis de s’étonner de la négligence par Le Myre de Vilers d’un paramètre qui n’aurait pas dû lui échapper de par sa culture et son instruction – à moins que ce ne fut volontaire, ce dont on peut douter– : cette occupation fut inutilement injurieuse pour le Siam. Tous les petits Thaïs ont appris et apprennent encore qu’en 1767, après s’être emparé de Chanthaburi par vive force, le roi Taksin y établit un camp afin d’y préparer la libération du Siam de l’invasion birmane. La dynastie d'alors n'avait jamais reconquis son trône perdu : Phya Tak, un général de fortune, se mit à la tête des vaincus, ranima leur courage et les conduisit devant Chanthaburi tombé au pouvoir de l'ennemi.  La tradition rapporte que, campé devant ses murs, Phya Tak fit briser jusqu'au dernier tous les pots à riz de ses soldats : « Maintenant, leur dit-il, vous n'avez plus de pots pour cuire votre riz; si vous ne reprenez pas Chanthaburi vous mourrez de faim » ! Les Siamois se battirent alors comme des forcenés pour reconquérir Chanthaburi et ses pots à riz. Phya Tak devint roi du Siam et son successeur fonda la dynastie actuelle.

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Cette humiliation qui n’était peut-être pas nécessaire (mais la presse coloniale hurla Vae Victis) explique bien des éléments dans les rapports franco-siamois et des rancœurs dont nous trouverons des traces jusque bien après la guerre franco-thaï de 1941 et le contentieux relatif au temple de Praeh Vihar attribué dans des conditions douteuses par la Cour Internationale de Justice de La Haye au Cambodge, considérée, côté thaï, comme ayant purement et simplement chaussé les bottes de la France coloniale. Les Siamois furent d’autant plus amers qu’ils furent « lâchés » par les Anglais qui firent semblant de s’irriter de l’occupation de Chantaboun mais en définitive fut validée par le traité franco-anglais de 1896 délimitant les zones d’influence respective au Siam. L’histoire d’une amitié profonde ?

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Ceci explique pour quelles raisons le roi Chulalongkorn était prêt à tous les sacrifices pour retrouver cette ville symbolique. Ce fut en 1904 une province entière, celle de Sayaburi située sur la rive droite du Mékong et en 1907 les provinces (plus ou moins) siamoises de Battambang, Siemreap et Sisophon.

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La ville de Chanthaburi de l’époque.

 

Nous en savons en réalité peu de choses. A l’époque de Montigny, elle abritait 6.000 habitants, Siamois, Annamites et Chinois, dont un cinquième, les Annamites, étaient catholiques (6). Selon Pavie qui l’a visitée en 1885, elle était habitée par 4.000 annamites dont 2.000 chrétiens et 1.000 chinois qui en tenaient le commerce (6). D’après une autre source qui n’est pas spécifiquement cléricale, les Annamites sont groupés autour du père Cuaz, « un brave homme s'il en fut, tout jeune, possédant toutes les langues du pays, qu'il parle et écrit avec une facilité surprenante. Ce prêtre est certainement dans la ville une autorité avec laquelle il faut compter, vu sa grande connaissance du siamois; il est souvent pris comme arbitre, dans les litiges que les indigènes ont entre eux. Presque tous les Annamites sont catholiques et par suite lui sont dévoués corps et âme, et de plus, il a su gagner à sa cause un grand nombre de Chinois et de Siamois » (10). Pour Charles Lemire (6) c'est un « gros bourg » de 10.000 habitants dont la population indigène est composée de Siamois, de Chinois, d’Annamites et de Birmans. C’est au moins partiellement une colonie d’Annamites catholiques.

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Le déroulement de l’occupation.

 

Ce sont les rapports dépouillés par Sablon du Corail dans les archives militaires qui nous donnent ces précisions un peu sèches. Après que les Siamois se soient inclinés devant l'ultimatum du 20 juillet 1893 et des garanties complémentaires exigées par le gouvernement français le 30 juillet 1893, une force d'occupation fut réunie le 9 août 1893 pour occuper le port de Chanthaburi. Commandée par le capitaine Gérard, elle comprenait la 11e compagnie du régiment de fusiliers annamites, une section du 9e régiment d'infanterie de marine, 196 hommes, dont 54 Européens, comprenant quatre officiers et un médecin.

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Parmi eux, le Capitaine Augustin Gérard eut une carrière exceptionnelle (11).

Il a alors 36 ans. Saint-cyrien à 18 ans, nous le trouvons capitaine à 30 ans dans le 3e régiment d’infanterie de marine au Tonkin. Embarqués depuis Saigon sur un bateau à vapeur à double pont, lui-même et ses hommes sont arrivés le 17 août à l'embouchure de la rivière menant à Chanthaburi proprement dite, 20 km à l’intérieur. Le 18, Il demande au gouverneur siamois d’évacuer de la ville les 600 ou 800 soldats siamois encore présents ainsi que la fourniture de dix jonques pour transporter ses troupes. Celui-ci refuse non sans raisons au motif que seul le port de Chanthaburi devait être occupé par les Français. Après deux jours de vaines discussions, au matin du 20 août, Gérard a embarqué son détachement sur une flotte hétéroclite, une douzaine de baleinières, des canots pneumatiques et des canots puisque les Siamois refusaient de lui fournir seulement deux jonques. À la fin de l'après-midi, il prit possession de la citadelle de Chanthaburi, remise par le gouverneur qui avait tenté d'échapper à une cérémonie humiliante en prétendant être malade. Il lui avait fait savoir que s'il ne venait pas, le commandant du détachement n'aurait aucun contact avec lui et le considérerait comme un ennemi.

 

La marche sur Chantaburi : croquis du Capitaine Gérard (source : Sablon du Corail)  :

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Les Français ont alors dressé un inventaire des armes présentes dans la citadelle qu'ils reconnurent avoir accepté de prendre en garde et de les restituer quand l'occupation prendrait fin. Ils trouvèrent huit canons Broadwell de 80 mm (fabrication Krupp) en parfait état, des munitions

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et un millier de fusils obsolètes. La citadelle dominait d'environ 20 mètres la ville de Chanthaburi alors totalement inondée pendant la saison des pluies. Elle avait la forme générale d'un carré de 450 mètres de côté, entourée d'un rempart de terre d’environ 6 à 10 mètres avec des douves extérieures. En plusieurs endroits, le rempart était en mauvais état, surtout à l'est et au sud. Les douves étaient remplies d’une épaisse végétation constituant même au nord une véritable petite forêt. Dans l’angle nord-est, où se trouvent les casernes, le rempart était encore en bon état, là où il était le plus haut et le plus large. Les Français ont alors entrepris d’approfondir les fouilles dans le secteur nord-ouest et d'y installer des casernements adaptés à la taille de leur petit détachement. Au centre de la citadelle se trouvait la résidence royale entourée d'un jardin « à la française magnifiquement entretenu ». A la demande des mandarins, cette résidence ne fut pas occupée et le capitaine Gérard accepta d'inclure tout le jardin dans le périmètre de la protection française pour éviter qu’il ne soit endommagé. Le capitaine rédigea son rapport 10 jours après son arrivée, estima que sa position était sûre mais qu'il aurait besoin de 500 hommes au maximum et 350 au minimum et de trois canons de montagne de 80 mm.

 

Plan de la forteresse : croquis du Capitaine Gérard (source : Sablon du Corail)  :

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L'hygiène était considérée par le capitaine comme satisfaisante, le nombre d'hommes malades ne dépassant pas 15 à 25 par jour, un taux de 10% malgré les pluies continuelles. Les soldats mangeaient de la viande fraîche un jour sur trois et du pain frais un jour sur deux. Il n’y eut pendant la durée de l’occupation chez les Français que 18 morts dont un officier, mais il ne nous reste d’eux guère que leurs noms et 83 soldats annamites dont il ne reste même pas le nom… et un oublié, ce qui est tout de même honteux puisque son décès a de toute évidence été transcrit sur les registres du Consulat (12).

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Il sembla au capitaine que le quartier était majoritairement peuplé de catholiques vietnamiens. Un missionnaire français, le père Cuaz, vivait dans la ville. Mais pour le Capitaine, Siamois, Chinois et Birmans étaient suspects. Ils lui semblèrent hostiles, ou plutôt craintifs et surpris. Les Annamites, au contraire, étaient plus détendus. Presque tous catholiques et formés par le missionnaire français ils étaient tous dévoués à la cause française. Les Annamites parlant la même langue que les fusiliers sympathisèrent avec eux. Ils venaient facilement au fort, mais, observés de près par les mandarins, ils n’osaient pas servir les Français autant qu'ils l’auraient souhaité par crainte de représailles si l'occupation cessait. Les relations entre le capitaine Gérard et les mandarins siamois étaient bonnes, mais non dépourvues d'ambiguïté : « les autorités siamoises ont jusqu'à présent été accommodantes, presque obséquieux ... Pour obtenir quelque chose de leur part, mieux vaut les dire très fermement, mais sans jamais s'éloigner de la courtoisie la plus correcte ».

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Le capitaine Gérard reste toutefois soupçonneux : Il entretient un réseau d’espions qui l’avaient informé que les soldats siamois qui avaient évacué la citadelle s'étaient dispersés en petits groupes dans les villages situés à moins de trois heures de marche de la ville. Ils avaient laissé leur artillerie sur Chanthaburi mais avaient emporté avec eux tous les fusils à répétition Mannlicher. En outre, dans les montagnes, à une heure et demie de marche vers le nord, se trouvaient des villages armés, mines d'or, d'étain, et de pierres précieuses comportant une population flottante de Chinois, de Birmans et de Malais qu'il était sage de surveiller à cause d’un commerce illégal d’armes.

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Le commandement central suivant ses recommandations avait envisagé de renforcer considérablement la garnison de Chanthaburi par l’envoi éventuel d’un bataillon supplémentaire de légionnaires dont le noyau, 1er et 2e régiment d'infanterie étrangère, étaient stationnés en Algérie depuis le début de la conquête mais seulement quelques bataillons étaient présents au Tonkin. Cette troupe d'élite, soumise à des règles strictes de discipline, était souvent appelé à prendre part aux expéditions coloniales les plus lointaines. Lorsque le besoin s'en faisait sentir, des bataillons de marche provisoires étaient constitués. Les bataillons envoyés au Tonkin en 1883 y étaient restés et constituaient une sorte de réserve permanente d’autant plus appréciée du Gouvernement général que leur paye relevait du ministère de la Guerre et non des autorités coloniales.

 

Un bataillon provisoire de la Légion étrangère pour le Siam (« bataillon de marche du Siam ») fut donc embarqué en deux épisodes les 13 et 21 juillet 1893 à Oran. Ils arrivèrent après les combats mais à temps pour être envoyés en occupation à Chanthaburi. Il comprenait 715 hommes, répartis en quatre compagnies, sous le commandement du chef de bataillon Tournier. Chaque régiment fournissait la moitié des hommes du bataillon. Deux compagnies (probablement une centaine d’hommes chacune ?) furent  envoyées à Chanthaburi, les autres partirent renforcer les garnisons sur le Mékong.

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Les premiers mois de l'occupation française se déroulèrent sans difficultés majeures à en croire les appréciations portées sur le capitaine par les autorités civiles. En octobre 1893, le gouverneur envoya un télégramme au commandant général des forces françaises en Indochine faisant l'éloge de sa capacité « notant la prudence et la fermeté qu'il avait montré dans sa mission à Chantaboun, assumant une occupation tranquille et s’assurant de la sympathie pour la population civile en difficulté ». Pavie depuis Bangkok fut plus explicite : « J'ai été particulièrement satisfait des services du capitaine Gérard. Cet excellent officier, par sa conduite prudente, a pu contrecarrer les intrigues des Siamois qui souhaitaient établir des forces d'occupation sur la plage malsaine de Paknam; les mesures militaires qu'il a prises dans la marche sur Chantaboun et la mise en place du camp ont démontré une grande prévoyance et une capacité exceptionnelle chez un officier de ce rang. J'ajouterais que, même pendant la période des négociations les plus difficiles, il a réussi, malgré toutes sortes de provocations, à maintenir des relations amicales avec les autorités locales et éviter que le gouvernement de la République ne soit sérieusement mis en difficultés et en  complications avec le Siam ou avec l'Angleterre ».

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Il y a évidemment beaucoup de « non-dit » dans cette note de Pavie inédite jusqu’à ce que Sablon du Corail la déniche dans les archives du ministère de la guerre, et on peut se demander ce que furent ces « intrigues des Siamois » et ces « provocations » ? L’appréciation de Pavie ne fut évidemment pas étrangère à la promotion fulgurante dont bénéficia le Capitaine.

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Augustin Gérard était contemporain de Pierre Thoreux et d'Adam de Villiers, de la même promotion que celui-ci à Saint-Cyr. Il entra dans l'armée coloniale en 1885 à 28 ans et fut immédiatement envoyé au Tonkin, rejoignant le 3e régiment de tirailleurs tonkinois. Après trois ans passés au ministère de la Marine à Paris, il retourna en Indochine en 1892 comme aide de camp du général Albert Duchemin, commandant des troupes françaises.

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Compte tenu de son succès à Chanthaburi, Lanessan demanda plus directement que Pavie son avancement. Le capitaine Gérard parvint le 1er septembre 1894 au grade de chef de bataillon, une promotion sans précédent dans la mesure où elle n'était pas le résultat d'une action exceptionnelle au combat. Il fut le modèle d’un officier non seulement entraineur d’hommes mais administrateur diligent attentif aux différences ethniques et culturelles des peuples de notre Empire colonial. Tandis que Villiers végétait dans les maisons de plaisir de la Cochinchine, Gérard eut un destin brillant. En 1894, il devient chef d'état-major du général Gallieni à Madagascar. Celui-ci le prit en protection et le poussa aux plus hauts niveaux de la hiérarchie tout en lui reprochant d’être « trop absolu dans ses idées » et de « manquer de flexibilité ».

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Son appartenance maçonnique (tout comme Pavie. S’étaient-ils connus dans les loges ?) que nous signale Sablon du Corail ne fut bien évidemment pas inutile à son avancement. Promu général de brigade en 1909, général de corps d’armée en 1912 et général d’armée en 1916 : 1ère armée en 1916, puis 8e armée en 1917-1918 sur le front en Lorraine.

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C’est probablement son inflexibilité – militaire jusqu’au bout des ongles et non diplomate – qui lui interdit d’obtenir un bâton de Maréchal. Il fut tout de même élevé à la dignité exceptionnelle de Grand-croix de la Légion d’honneur le 16 mai 1917. Revenons à notre histoire.

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Après le départ du capitaine Gérard, la composition de la force d’occupation a été fluctuante et il fut impossible à Sablon du Corail de suivre avec précision les mouvements des unités. La présence de tout un bataillon de la Légion étrangère pour surveiller la frontière avec le Siam parut en tous cas vite superflu. Deux cents hommes furent alors renvoyés au Tonkin pour y compléter les quatre bataillons.

 

Les problèmes de santé habituels dans les unités européennes aux colonies furent évidemment inévitables. En juin 1894, le bataillon manquait d’hommes y compris quatre officiers malades. Lorsque le gouverneur de l'Indochine demanda au ministère de la guerre d’envoyer 235 hommes au Siam, celui-ci protesta en indiquant que lorsque ce bataillon avait été envoyé au Siam, il avait été convenu que son séjour en Extrême-Orient serait seulement temporaire… Un «  temporaire » de près de 12 ans.

 

Le ministère souhaita alors que les troupes d’occupation de Chanthaburi soient remplacées le plus rapidement possible par l’infanterie de marine. Le gouverneur général soutenu par le général commandant en chef fit remarquer que la présence de ces bataillons à pied au Siam était essentielle à la sécurité de la frontière et que, de plus, le budget de la colonie était si serré qu'il ne pouvait payer les frais de voyage des légionnaires.

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Après d'âpres négociations interministérielles, le ministère de la Guerre envoya 280 hommes de secours en juillet 1894, mais cinq mois plus tard, deux des quatre compagnies du bataillon repartirent pour l'Algérie. Seuls 315 hommes et 4 officiers restèrent alors en Indochine, probablement une moitié à Chanthaburi et une moitié à Khone et à Stung-Treng. En 1897, la sécurité des frontières semblait suffisante pour que les deux dernières compagnies retournent à leurs régiments d'origine à la fin de l'année. La garnison de Chanthaburi fut réduite après le départ de la compagnie de légionnaires. Une compagnie de fusiliers annamites y restera en permanence, ainsi que, selon toute probabilité, une compagnie ou au moins une section du 11e Régiment d'infanterie de marine. Il prit le nom de 11e régiment d’Infanterie coloniale en 1900 et  comme toutes les autres unités marines, fut rattaché administrativement au ministère de la Guerre et à celui des Colonies. La composition de la garnison de Chanthaburi après septembre 1903 est mieux connue.

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Le 12e Régiment d'infanterie coloniale et un nouveau régiment de fusil annamite furent constitués, tous deux en poste en Cochinchine. La défense de Chanthaburi et son port de Paknam fut alors assurée par une compagnie du 12e Régiment d'infanterie coloniale et trois compagnies du 2e régiment de tirailleurs annamites, soit environ 700 hommes. Ils y restèrent jusqu'à l'évacuation de Chanthaburi et de Paknam les 5 et 8 janvier 1905, conformément à la convention franco-siamoise de février 1904. La garnison de Chanthaburi comptait à cette date entre 200 et 300 hommes, la plupart des fusiliers étant annamites. Ce n'est qu'au début de l'occupation, à partir de Septembre 1893 à novembre 1894, puis de nouveau de septembre 1903 à janvier 1905, lors des négociations sur la mise en œuvre de la convention franco-siamoise que la garnison dépassa ces chiffres.

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Le quotidien de la garnison.

 

Nous en savons malheureusement fort peu de choses. Gérard se plaignit du coût élevé des fournitures et de la main d'œuvre, ainsi que du fonctionnement spasmodique des lignes télégraphiques reliant Chanthaburi à Bangkok et Battambang, coupées un jour sur deux. Un bateau à vapeur reliait Chanthaburi à Bangkok une fois par semaine.  Les chemins de terre jusqu’à Bangkok, étaient impraticables en saison des pluies. Notons toutefois qu’un service postal fut organisé dont il subsiste quelques vestiges qui font le bonheur des philatélistes (13).

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Rien non plus sur les rapports entre les militaires et le Consulat ou sur leurs rapports avec le R.P. Marie-Joseph Cuaz qui fut chargé de la paroisse de Chanthaburi de 1886 à 1899. Il n’a pas écrit ses mémoires et les seuls œuvres que nous lui connaissions sont ses études sur la langue laotienne. Nous avons trace d’une épidémie de béribéri en 1902 qui est le signe de carences alimentaires (14).

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Ces quelques centaines d’hommes plus ou moins désœuvrés dans un bourg de 10.000 habitants tout au plus n’avaient pas fait vœu de chasteté, et on peut se demander  comment était organisé le repos du guerrier ? On peut penser que les Chinois de la ville ne les avaient pas vus arriver sans déplaisir. La documentation sur ce sujet est malheureusement inexistante. Pouvaient-ils trouver l’assouvissement de leur libido auprès de prostituées régulières, de prostituées clandestines, de pensionnaires des BMC s’ils existaient et auprès des congay ? Y eut-il des relations suivies avec des autochtones ? La généralisation des « BMC » surveillés par l’armée en Indochine lors de la guerre de 1945-1954 fut essentiellement destinée à mettre un frein aux maladies vénériennes. Qu’en fut-il à cette époque ? Ce fut - parait-il – Saint Louis qui organisa les premiers établissements destinés à l’assouvissement de la libido de ses Croisés non tant pour leur éviter le « mal d’amour » que pour les dissuader des rapports sodomites. Le Capitaine Gérard avait-il organisé des maisons closes pour ses troupes ou laissait-il ce soin aux Chinois de la ville ? (15). Des Français et des Annamites morts à Chanthaburi, combien le furent-ils de la vérole ou du béribéri ?

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Un désagrément de cette vie de garnison est évidemment à signaler, celui du climat qui ne frappe évidemment pas les Annamites mais les Français. La province est l’une des plus arrosée du Siam, la moyenne des précipitations annuelles y est de 3 mètres, deux fois plus qu’à Bangkok, un record qu’elle dispute d’ailleurs à la province de Ranong sur la côte ouest.

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Notons enfin, appréciable contrepartie, ils ont le « bénéfice de la double campagne » c’est-à-dire le droit à une retraite majorée alors qu’ils n’appartiennent pas à une unité combattante ce qui est signe – peut-être -  qu’ils se trouvent dans une zone à risques (16). Les chefs de corps (en l’occurrence le Capitaine) bénéficiaient en outre d’une « indemnité de cherté de vie » qui sera toutefois supprimée le 1er janvier 1904 (17).

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Les incidents « mineurs ».

 

Les archives analysées par Sablon du Corail n’en font pas mention, mais  nous en avons trouvé quelques vestiges : En 1896 : « les journaux du Tonkin signalent de graves désordres qui se sont produits, à Chantaboun et à Battanbang, entre les sociétés secrètes chinoises et annamites. Les autorités siamoises, perdant l'espoir de réprimer ce soulèvement, ont demandé aux Français de leur prêter assistance mais ceux-ci ont refusé d’intervenir ». Les incidents se sont produits en zone démilitarisée oú les Siamois ne peuvent pas intervenir. Nous ignorons la suite de cet incident qui n’avait rien de mineur (18).

 

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Six ans plus tard, en 1902 « Au Siam d'après une dépêche de Bangkok, une contestation au sujet d'un terrain se serait élevée, à Klung, à 32 kilomètres au sud de Chantaboun, entre des Chinois et un missionnaire catholique. Le commandant français de Chantaboun aurait insisté pour faire expulser les Chinois. Le gouvernement siamois, de son côté, soutenait que le différend devait être tranché par les tribunaux civils. 150 soldats français auraient été envoyés » (19). Nous sommes à la pleine époque de la république anti cléricale et franc-maçonne. Dans les colonies, elle envoie l’armée au secours des curés qu’elle martyrise en France. Encore un incident mineur ?

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D’une façon plus générale si l’on en croit Isabelle Massieu qui écrit en 1901 : « Ils sont sans cesse sur le qui-vive, car on leur envoie des coups de fusil toutes les nuits, et le télégraphe est presque toujours coupé. Des bandes siamoises et chinoises les entourent et les menacent sans répit, et lorsqu'on se plaint à la cour de Bangkok, celle-ci se contente de répondre que ce ne sont que quelques pillards dont le gouvernement siamois ne peut être responsable » (20).

 

A suivre.

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NOTES

 

(1) Le nom de la ville – จันทบุรีทท – se transcrit officiellement par Chanthaburi, c’est l’orthographe que nous utiliserons même si on trouve Chantaburi, Chantaboun ou Chantaboon.

 

 (2) « The French Army and Siam, 1893–1914 » par Amable Sablon du Corail, traduit par Michael Smithies in Journal de la Siam Society, volume 99 de 2011.

 

(3) Voir notre article H16 - LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893.

(4) Nous savons simplement qu’ils étaient à la veille de la mobilisation du 1er août 1914 240  français, 146 hommes, 63 femmes et 31 enfants selon le Bangkok Siam Directory de 1914.

(5) U. Malpuech, « Historique de la province de Savannakhet » 1920.

 

(6) C’est ce qui ressort de la visite de Montigny  en 1858 : longuement cité par  Charles Meyniard, « Le second Empire en Indo-Chine (Siam, Cambodge, Annam) : l'ouverture de Siam au commerce et la convention du Cambodge », 1891. C’est l’opinion de Charles Lemire « Les cinq Pays de l'Indo-Chine française, l'établissement de Kouang-Tchéou, le Siam (leur situation économique) » 1899 ou encore d’Auguste Pavie « Exposé des travaux de la mission » 1901 et « Exposé des travaux de la mission - Atlas et cartes » 1903.

 

(7) Voir l’article « FRANCE ET SIAM » dans « La quinzaine », numéro de 1902.

 

(8) Article du colonel Edouard Diguet « Rôle de la France en Indochine » in Revue coloniale, 1907).

 

(9) Etienne Aymonier « Le Cambodge », 1904.

 

(10) Revue Coloniale de 1895.

 

(11) Elle apparait dans son dossier à la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur (dossier LH/1117/47)

http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/NOMS/nom_00.htm -

 

(12) Leurs noms apparaissent sur la plaque apposée sur le site du l’ancien camp (aujourd’hui camp Taksin) aux diligences de l’Ambassade de France : Capitaine François DUMESTRE, mort le 3 avril 1903 à 41 ans, engagé dans l’infanterie de marine à 19 ans, un ancien des campagnes du Tonkin ce qui lui avait valu la légion d’honneur en 1897, VASEL Maxime, LAUPRERE Philippe, MARCAULT Abraham, GRATADOUR Jean, GUERIN Pierre, CHAUVINAU, BERNARD Celestin, BLEE Elie, MANSENO Joseph, CAVILLAC Edmond, CASANOVA Antoine, BRINSARD Pierre, JOURDEN Etienne, ECOIFFIER Claude, MONNERET Jean, JACQUET Benjamin, BUAILLON Theodore, dont nous ignorons d’eux et plus encore des 83 soldats annamites dont nous ignorons même le nom. L’oublié bien injustement est le Lieutenant M.C. Jeanmaire, Saint-cyrien de la promotion 1881-1883, « mort à Chantaboun le 29 mai 1899 » ainsi que nous l’indique l’ « Annuaire de la Saint-cyrienne » de 1903, page 222. Il n’était évidemment pas à Chantaboun en excursion.

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(13) « Les annales de philatélie », volume I, 1935, article « contribution à l’histoire postale de l’Indochine française » et un monumental article de J.Desrousseaux « BUREAUX de POSTE et CACHETS du LAOS (Première partie) » dans Philao de 1974, la revue de nos amis philatélistes Philippe Drillien et Jean-Michel Strobino que nous avons rencontrés à diverses reprises (numérisée http://aictpl2.pagesperso-orange.fr/cachets1.htm). Les militaires bénéficiaient depuis 1886 de la franchise postale à la condition que soit apposé sur leur correspondance la mention ou un cachet « corps expéditionnaire du Siam ».

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(14) « Étiologie et prophylaxie des maladies transmissibles » 1912.

 

(15) L’ouvrage de Michel Bodin de 2006 «  LE PLAISIR DU SOLDAT EN INDOCHINE (1945-1954) » est muet sur la période antérieure.

 

(16) Note ministérielle n° 31 du 1er février 1894, « Journal militaire officiel » de 1894.

 

(17) « Bulletin administratif du gouvernement général » d’avril 1904

 

(18) « La dépêche tunisienne » du 28 mai 1896.

 

(19) « Bulletin des congrégations » du 1er juin1902.

 

(20) Isabelle Massieu « Comment j’ai parcouru l’Indochine », 1901.

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 22:04
H16 - LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893.

L'on a beaucoup écrit sur la crise franco-siamoise de 1893, sur l'incident dit « de Pak Nam » et sur le traité du 3 octobre 1893 qui a donné la rive gauche du Mékong à la France, il n'en est pas de même des opérations terrestres qui ont précédé, qui furent ni plus ni moins qu'une véritable guerre entre les armées respectives dans la région des chutes Khone pendant quelques mois, de mars-avril à juillet 1893. Un très bel article de l'historien français Amable Sablon du Corail qui a puisé dans les archives militaires jusque-là inexplorées, répare en partie cet oubli (1).

H16 - LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893.

Nous ne ferons qu'un bref retour en arrière aux sources du conflit.

 

Nous en trouvons la trace dans une déclaration à Chambre des Députés du ministre français des Affaires étrangères, Alexandre Ribot, le 26 octobre 1891, reposant sur cette affirmation vague qu'à une époque « antérieure », la région de la rive gauche du Mékong entre le fleuve et la chaîne Annamitique, alors sous tutelle siamoise, aurait été soumise à la suzeraineté des souverains annamites.  Nous avons dit quelques mots de ces prétentions géographiquement, historiquement et juridiquement fuligineuses (2). 

H16 - LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893.

Ainsi furent révélées au monde les intentions françaises : contrôler le Bassin du Mékong et s'approprier une route d'accès vers le sud de la Chine au mépris des réalités. Les royaumes laotiens établis sur les deux rives du Mékong étaient pourtant liés au Siam par des liens plutôt lâches mais qui constituaient une évidente sujétion. Les Français ont donc dû trouver à la fois une base juridique et morale pour justifier leur expansionnisme. Il fut donc soutenu que le royaume de Siam aurait usurpé aux Annamites et aux Cambodgiens les régions situées à l'ouest de la cordillère vietnamienne. Auguste Pavie lui-même avait pourtant eu des difficultés à rassembler des preuves suffisantes pour justifier ces prétentions. Il y avait plus au sud, entre le 14° et le 15° parallèle toute une zone dont le statut était plus flou, même si ses roitelets payaient de temps à autre tribut au Siam mais dont un aventurier français, considérant qu'il s'agissait de « territoires sans maîtres » parvint à se constituer un royaume de fantaisie à la fin des années 1880 (3).

H16 - LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893.

Le parti colonial invoqua alors d'autres raisons : l'aspect humanitaire, l'inflexibilité et la dureté de l'administration siamoise à l'égard de ces population et ce malgré le bon accueil, reconnu par tous, qu'elle avait réservé aux explorateurs français. Le gouvernement pu ainsi vendre à son opinion publique un thème simple pouvant faire oublier le traumatisme né de la perte de  l'Alsace-Lorraine encore bien présent dans les esprits.

H16 - LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893.

Le gouvernement siamois réagit énergiquement en soulignant – non  sans raisons –  l'incontestable ancienneté de la domination siamoise sur les royaumes du Laos. Il marqua alors son territoire en installant des postes permanents à l'est du Mékong  dès la fin des années 1880.  En 1888, Pavie avait soumis des rebelles chinois dans le nord-ouest du Tonkin et en avait profité pour repousser des troupes siamoises qui s'étaient avancé jusqu'à Dien Bien Phu. Au cours des années 1892 et 1893, une série d'incidents frontaliers surgirent, surexploités par la presse coloniale française qui en fit quotidiennement ses choux gras. A qui en incombait la responsabilité ? La presse siamoise la fait évidemment retomber sur les Français. Quand par exemple les Siamois expulsent de la rive droite du Mékong un Français trafiquant d'opium, il devient pour les Français un « honnête commerçant victime de la tyrannie locale ». Ces incidents furent pour le gouvernement français une bénédiction. Point ne fut besoin d'aller fouiller dans de vieux grimoires pour établir la souveraineté de l'Empire annamitique sur les royaumes du Laos, la preuve de la mauvaise volonté des Siamois était ainsi rapportée ! Le 12 mars 1893 Auguste Pavie, devenu entre-temps ministre plénipotentiaire à Bangkok, demanda officiellement au roi la cession de la rive gauche du Mékong, qui refusa. Nous avons longuement parlé de l'affaire Grosgurin, tué en juin 1893 qui donna – hélas –l'occasion à la Justice coloniale française de se couvrir de honte (2).

H16 - LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893.

 

Le malheureux Grosgurin ne fut qu'un prétexte.

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Parlons donc de cet « incident de Khone » qui fut une véritable guerre aujourd'hui presque oubliée.

 

Il fit alors la « Une » de toute la presse française. En dehors de l'étude de Sablon du Corail, nous avons utilisé des études plus tardives, soit parce qu'elles étaient illustrées, ce qui n'est pas courant dans la presse de cette époque (4), soit parce qu’elles échappèrent à la passion du moment (5).

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Le gouvernement de l'Indochine avait occupé au début de 1893 des postes établis par les Siamois sur la rive gauche du Mékong. Les Siamois tentèrent de les reprendre par la force et assiégèrent le fort de Khone en mai 1893. Ils furent repoussés et les Français poussèrent leur avantage aux alentours en s'emparant de la forteresse siamoise de Don Som au début juillet 1893. Au même moment la modeste démonstration navale de deux canonnières à Bangkok avait dégénéré lorsque les forts siamois situés à l'embouchure du Chao Praya tirèrent sur les navires français le 14 juillet 1893 tuant trois malheureux marins. Nous ne connaissons que leurs noms, François Guéguen, François Allongue et François Jaouen. Ils furent enterrés dans le terrain du Consulat général dans la nuit du 13 au 14 juillet avant que leurs dépouilles ne soit ultérieurement rapatriées en France.

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Nous connaissons la suite. Les canonnières forcèrent le chenal et s'ancrèrent devant le consulat français. Le 20 juillet, le gouvernement français exigea la reconnaissance immédiate des droits de l'Empire annamitique sur la rive gauche du Mékong et l'évacuation de ce territoire dans le mois. Le 29 juillet 1893, le roi Chulalongkorn céda devant l'ultimatum, prélude à l'annexion du Laos par l'Indochine française confirmé par le traité du 3 octobre 1893, un modèle parmi les traités inégaux imposés par les puissances coloniales. La garantie de l'exécution des clauses de l'ultimatum sera l'occupation « temporaire » du port de Chanthaburi dont nous reparlerons.

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Les opérations terrestres le long du Mékong de mars-avril à juillet 1893 sont pourtant négligées en faveur de la canonnade du 14 juillet. La défaite des Siamois fut écrasante, due partie à une organisation encore féodale de leur armée en dépit d'un armement moderne et d'une énorme supériorité numérique et partie à la compétence de nos officiers.

 

Du côté français, la nomination de Jean-Louis de Lanessan comme gouverneur de l'Indochine en 1891 avait été le prélude à une nouvelle stratégie coloniale civile et militaire intelligente et pragmatique dont Gallieni et Lyautey furent par la suite les plus illustres exemples, La nouvelle doctrine coloniale était fondée sur l'idée que l'action militaire ne pouvait pas être dissociée de l'administration civile. Les deux devaient être placés sous la responsabilité d'une seule personne qui, selon le contexte local, pourrait être un civil ou un militaire ce qui va expliquer au moins pour partie le succès des troupes coloniales dans les opérations terrestres.

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En mars 1893, Lanessan décida d'expulser les Siamois de la rive orientale du Mékong en envoyant trois troupes de 100 hommes chacune venus d'Annam et de Cochinchine composées de fusiliers annamites sous la conduite d'officiers français et sous-officiers français ou autochtones, sous les ordres du vice-résident Bastard, un civil. La compagnie quitta secrètement ses bases de Sa-Dec dans la nuit du 25 au 26 mars par bateau à vapeur puis par 30 pirogues. Elle atteint Stung-treng qu'elle prit par surprise. Le gouverneur Siamois accepta rapidement de passer sur la rive droite. Quatre jours plus tard, le même scenario se répéta à Khone où le drapeau français flotta le 5 avril.

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Les troupes commencèrent alors à fortifier les lieux en creusant des tranchées. Un mois plus tard, le 23 avril, une deuxième colonne quitta Hué conduite par le Capitaine Dufrénil. Elle s'empara sans difficultés de Kémmarat à 300 km au nord de Khone sur la rive droite du Mékong le 26 mai 1893, après avoir parcouru plus de 250 km à travers la cordillère annamitique. A la fin mai, les Français sans coup férir s'étaient rendus maitres de la rive gauche du Mékong sur près de 650 km. Les Siamois mirent près d'un mois à réagir. En l'absence d'une armée permanente, les autorités durent lever à la hâte plusieurs milliers d'hommes, recrutés de force, à peine entrainés et sans formation.

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Leur peu d'enthousiasme pour le combat était d'autant plus marqué qu'ils étaient la plupart du temps laotiens, et peu enclins à mourir pour le roi de Siam. Ils étaient pourtant supérieurement armés de canons de 80 et 120mm de fabrication européenne et surtout des fusils autrichiens à tir rapide Mannlicher ...

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Largement supérieurs aux vieux fusils Gras modèle 1874 des Français.

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Si les officiers siamois firent preuve de détermination, leur courage dissimulait à peine les carences de leur formation, tantôt retranchés derrière leurs fortifications, tantôt lançant des assauts désordonnés contre les postes français. Ils ne furent jamais en mesure de prendre l'initiative. Le 6 mai, le capitaine Pierre Thoreux fut capturé sur le Mékong alors qu'il transportait des provisions de Stung-Treng à Khone en pirogue.

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Sa captivité dura trois mois dont le compte rendu détaillé destiné à susciter la compassion de sa hiérarchie est un condensé des préjugés occidentaux concernant « la race jaune » perfide et cruelle, imaginant des tortures raffinées que la presse coloniale se complut à répandre.  

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Sa capture – qui ne fut peut-être pas un martyr -  fut le fruit de son imprudence ainsi que nous le dit Reinach (5) : « laissant un détachement dans l'île de Kône, revint, presque seul, dans la direction de Stung-Treng où il devait établir un service d'approvisionnements. Pendant qu'il longeait la rive droite du fleuve, il fut fait prisonnier par une petite troupe siamoise qui l'emmena jusqu'à Oubone, où le prince Prit-Chit, favorable aux Français, adoucit sa captivité ».

 

Le 1er juillet 1893, alors que Thoreux était toujours aux mains des Siamois, le commandant du régiment de fusiliers annamites le gratifia d'une évaluation semestrielle dépourvue d'aménité « Le Capitaine Thoreux est un individu extrêmement faible; son désir de satisfaire une ambition n'est justifié par rien, il a abandonné son autorité de chef d'un détachement du Haut Mékong à un résident civil. Son insouciance a conduit à sa capture avec celle de son escorte et des approvisionnements ».  Six mois plus tard, les choses s'améliorèrent mais encore faut-il probablement lire entre les lignes « un officier d'intelligence moyenne qui consciencieusement et avec zèle remplit les fonctions de commandant de compagnie ». Dix ans plus tard, il devint « un savant officier intelligent et travailleur, calme et réfléchi  ». Pierre Thoreux, né en 1856, entra dans la marine en 1884 et avait déjà sept ans années de service actif en Indochine en 1893. Il maitrisait parfaitement la langue, probablement sa seule qualité. Il prit sa retraite en 1905 comme chef de bataillon (commandant) et mourut deux ans plus tard le 8 janvier 1907. Un officier des troupes coloniales d'intelligence moyenne sorti du rang ne pouvait guère espérer mieux. Il fut malgré son faux-pas, honoré de quelques joujoux, comme  la médaille du Tonkin, celle de l'ordre impérial du dragon de  l'Annam, celle de l'ordre royal du Cambodge et – tout de même enfin mais à l'usure – de la croix de chevalier de la Légion d'honneur  en 1897. Il devint surtout pour la presse coloniale française un martyr.

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La veille de la capture du capitaine Thoreux, 1.000 Siamois avaient déjà assiégé le poste français de Khone, défendu par le lieutenant Paul Pourchot, six sous-officiers français et 98 fusiliers annamites. Ce fut un blocus plutôt qu'un siège, car les Siamois ne purent s'emparer du fort. Ils avaient plusieurs pièces d'artillerie dans les forts qu'ils avaient construits sur les îles dans le Mékong, au nord de Khone, mais elles étaient beaucoup trop lourdes pour être transporté en canot. Les Siamois se contentèrent de bombarder le fort sans grands dommages. Les pertes furent très légères des deux côtés, quelques hommes chez les Siamois et un blessé léger chez les Français. Nous savons peu de choses de ce lieutenant sinon  qu'il est comme Thoreux sorti du rang et mourut en 1908 au terme d'une terne carrière, toujours sous son grade de lieutenant après avoir reçu les mêmes décorations.

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Une colonne de secours vint alors pour dégager le fort, commandée par un officier d'exception, le capitaine Luc Adam de Villiers, le héros de cette mission du Mékong, personnage coloré, l'opposé complet du terne Capitaine Thoreux et du falot Lieutenant Pourchot.  Né le 11 juillet 1856 à Saint-Denis de la Réunion, sorti de Saint-Cyr en 1879 ; il choisit d'entrer l'infanterie navale et passa la plus grande partie de sa carrière en Indochine.

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Turbulent, querelleur, méprisant les tâches administratives, il fut aussi un joueur endurci. Sanctionné une première fois en 1880 pour de criardes dettes de jeu, il le fut ensuite à de multiples reprises  tout au long de sa carrière sous les drapeaux de 163 jours d'arrêts de rigueur pour motifs disciplinaires.

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Il fut cependant un excellent officier habile dans les manœuvres, courageux et audacieux, qui devait remporter des succès remarquables en opérations. Après avoir levé le blocus de la compagnie du lieutenant Pourchot  le 23 mars 1893, les Français construisirent deux autres postes au nord et au sud de l'île de Khone en attendant des renforts et les instructions du commandement central avant de pousser en amont sur le Mékong. Les Siamois restèrent aux commandes des îles au nord des chutes Khone. Ils avaient établi deux forts sur la rive gauche, à 3 et 4 km au nord-est de Khone,  un fort sur une île entre Khone et la rive gauche, et quelques petits avant-postes sur une douzaine d'îles et d'îlots, et sur la partie sud-est de l'île de Don-Som, à quelque 4 km au nord-est du petit fort de Khone. Ils avaient construit d'imposantes fortifications, comprenant des tranchées et des abris casematés protégés par des palissades susceptibles de résister aux tirs d'artillerie de campagne, défendus par une garnison de plus de 1000 hommes et cinq canons. Le capitaine Adam de Villiers reçut l'ordre de s'en emparer au début du mois de juillet.

 

Plan de la prise de la forteresse de Don Som de la main de Villiers provenant des archives militaires (article de Sablon du Corail) :

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Il disposait de trois compagnies de fusiliers annamites, d'un peloton de troupes de l'infanterie de marine et surtout d'un bon armement, deux canons de montagne Bange de 80mm

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et deux redoutables canons revolver de 40mm (6).

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Ces pièces d'artillerie étaient très légères, les tubes de canon de 80mm pesant moins de 100 kg. Ils pourraient être transportés sur des pirogues, mais avec seulement un stock limité d'obus - 35 pour les canons de montagne et 960 pour les canons revolver. La colonne expéditionnaire comptait 406 hommes, commandés par 10 officiers français, accompagné de 280 coolies, porteurs ou rameurs. Seul le peloton naval, commandé par le lieutenant Karl Chastenet de Puységur était équipé de modernes fusils Lebel de 1886 (7).

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Le Capitaine Adam de Villiers avait laissé 77 hommes pour garder les postes de Khone. Il divisa ses forces en deux colonnes. La première, sous le commandement du capitaine Simon, devait s'emparer par l'arrière des forts siamois construits sur la rive gauche. La seconde, commandée par lui-même avait reçu la tâche la plus dangereuse qu'il s'était réservée, devait s'emparer des îles à l'ouest et au nord de Khone. Son intention était d'atteindre Don-Som et d'attaquer les fortifications siamoises par l'arrière. La manœuvre, simple et sensée, n'était pas sans risques, car les Français pouvaient être attaqués par les Siamois de Don-Som tout au long des opérations, parfois stationnés à moins de 800 mètres des Français soumis à leurs tirs. La navigation était difficile, compte tenu des récifs et de la force du courant contre laquelle les canots devaient se déplacer. Ces canots étaient équipés d'un blindage de 15 à 20 cm de haut, protégeant les hommes du feu ennemi. Des fusils rotatifs avaient été placés à l'avant de deux canots et pouvaient tirer quand ils se déplaçaient.

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L'espoir du Capitaine était que les Siamois ne seraient pas en mesure d'ajuster le feu de leur artillerie et que leurs petites embarcations chavireraient, précipitant hommes et matériel dans les eaux déchaînées du Mékong. Le 14 juillet 1893 au matin, la colonne du Capitaine Simon s'empara sans difficulté des forts de la rive gauche. Menacés d'encerclement, les garnisons qui les occupaient s'enfuirent dans la forêt environnante laissant plusieurs prisonniers aux mains des Français. Retranchés à 800 m de la forteresse de Don-Som, les hommes du capitaine Simon subirent un tir de barrage auquel ils ne purent répondre que difficilement compte tenu de la portée limitée de leurs armes à feu. Pendant ce temps, le capitaine Adam de Villiers, qui avait quitté Khone au milieu de la nuit sous un orage torrentiel, était arrivé à l'aube à Don-Det, une grand île située entre Don-Som et Khone. Pour créer une diversion, il envoya un détachement au nord de l'île, à seulement 300 m de Don-Som. Vers huit heures du matin, Villiers traversa difficilement une rivière gonflée par les pluies de la nuit précédente. Vers onze heures, il débarqua sur Don-Taphum, une petite île entre Don-Som et Don-Than, dont la garnison était alors isolée. Don-Than était tombé en début d'après-midi. Les hommes de la colonne de Simon occupaient les forts qu'ils avaient pris et repoussaient plusieurs attaques des Siamois qui s'étaient enfuis dans la forêt le matin. Au soir du 14 juillet, tous les forts siamois étaient tombés à l'exception de Don Som. Les Siamois avaient perdu 250 hommes, une centaine d'entre eux furent tués, les autres blessés et 38 avaient été faits prisonniers. Les Français avaient eu un fusilier tué et sept autres blessés. L'artillerie siamoise de Don-Som avait seulement répondu au tir des canons de 80mm, sans tenter d'attaquer les canots  qu'ils avaient remarqué trop tard. Les garnisons des autres forts, incapables de s'entraider, furent attaquées l'une après l'autre, et n'offrirent aucune résistance sérieuse. Le 15 juillet, les Français prirent trois petites îles et se firent envoyer des munitions depuis Stung-Treng, car il ne leur restait que quelques dizaines  d'obus pour l'artillerie. Le 17 juillet, le commandant du fort de Don-Som indiqua que la France et le Siam étaient parvenus à un accord et demanda au capitaine Adam de Villiers de cesser le feu. Le capitaine  refusa  et donna aux Siamois jusqu'au 19 Juillet dans la matinée pour évacuer Don-Som. A deux heures du matin une provision massive d'obus arriva de Stung-Treng ce qui permit au Capitaine d'envoyer un déluge de feu sur les dernières îles encore occupées par les Siamois. Dans la matinée du 20 juillet, Villiers débarqua sur le flanc du côté est de la forteresse, à la tête d'une colonne d'assaut de 210 hommes, comprenant des Français de l'infanterie de marine et une compagnie et demie de fusiliers annamites.

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L'artillerie française, regroupée sur l'île Taphum, tira ses derniers obus. Le commandant siamois fut tué. Quand le capitaine ordonna l'assaut, la garnison s'était enfuie. Ainsi se termina cette campagne de sept jours, qui avait opposé entre 1500 et 2000 Siamois et Lao contre 400 Français et Annamites. 

 

Les Siamois perdirent 500 hommes dont 300 tués selon les estimations du capitaine Adam de Villiers; les Français perdirent un seul homme et eurent moins de dix blessés. La prise de Don-Som fut l'épisode le plus sanglant de la crise franco-siamoise de 1893.  Seul un petit nombre d'hommes furent impliqué dans une zone de guerre d'à peine 100 kilomètres carrés. Les deux parties étaient soucieuses de limiter l'usage de la force, les Siamois en raison de leur faiblesse militaire, les Français afin de ne pas aggraver une  crise internationale qui aurait été suscitée par leurs revendications territoriales. Le succès de la campagne a démontré le haut niveau des troupes indigènes. Le régiment de tirailleurs annamites, l'un des plus récemment formés,  avait fourni les neuf dixièmes des soldats de la colonne expéditionnaire.

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Les troupes siamoises n'avaient pas opposé de sérieuse résistance. Composées de Laotiens pacifiques enrôlés à la hâte, mal encadrés par de faibles détachements réguliers mal commandés, elles démontrèrent au Roi  le néant de son organisation militaire que la cour de Bangkok aidée par de nombreux aventuriers cosmopolites (l'amiral « de Richelieu » en fut un exemple) préparait depuis quelques années. L'on peut élever des fortifications et les garnir de canons Krupp, l'on peut avoir des régiments armés de fusils Mauser et des officiers instruits dans une École de cadets, qui feront bonne figure sur la place d'exercices ; mais la résistance au feu, l'utilisation judicieuse du terrain, la discipline et la cohésion ne s'improvisent pas. La belle apparence des troupes de parade ne peut remplacer d'anciennes traditions que le Siam ne possédait pas.

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Le capitaine Adam de Villiers, unanimement encensé par la presse, reçut immédiatement sa promotion au grade de chef de bataillon et fut cité à l'ordre du jour des troupes d'Indochine le 26 août 1893 « pour l'intelligence et l'habileté qu'il avait démontré dans les opérations… ». Déjà chevalier de la légion d'honneur en 1884, il devint officier en 1904 et commandeur le 1er avril 1917.

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Il devint lieutenant-colonel en 1899 à l'âge de 42 ans, un âge où de nombreux diplômés de Saint-Cyr et de l'école de Guerre, capitaines, battaient des talons dans les casernes françaises de la métropole. Il devient colonel, commandant un régiment colonial nouvellement créé en 1904 mais une année suffit à ruiner sa carrière. Il fut accusé d'avoir vendu le riz de son régiment et détourné l'argent alloué pour les salaires de ses coolies. La réglementation interdit formellement la création de caisses noires au profit des unités, même lorsqu'elles étaient utilisées pour défrayer des dépenses communes. Or, il avait utilisé ces fonds non à son profit personnel mais pour acheter des livres destinés à la bibliothèque du régiment. Il fut alors dénoncé par l'un de ses officiers qui préférait probablement à la lecture se délasser dans les bordels de Saigon (8).

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Ces négligences comptables lui coûtèrent assurément ses étoiles de général. Les opinions de ses supérieurs furent divergentes. Son commandant direct le décrivit comme « un très bon officier supérieur, éduqué, intelligent, sain dans ses jugements, zélé, vigoureux, actif, bon cavalier et même un "cycliste" ». Le général commandant les troupes en Indochine lui reprocha plus tard d'être « obèse, paresseux et aigri ». Il prit sa retraite du service actif en juillet 1914. Quand la Première Guerre mondiale éclata un mois plus tard, il voulut se réengager et fut placé dans le service territorial. Il commanda alors comme Colonel le 131e régiment d'infanterie territoriale, un régiment de volontaires étrangers à Orléans puis envoyé au front de juillet 1917 à octobre 1918 lorsque le besoin de troupes fraiches se fit cruellement sentir (9). Il mourut de la grippe le 17 mars 1919 à l'hôpital militaire de Paris.

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Malheureusement pour lui, Adam de Villiers n'avait pas perdu ses défauts. Sympathique comme officier subalterne, il devint détestable comme officier supérieur ce qui explique probablement la dénonciation de l'un de ses subordonnés. Toujours joueur invétéré, en 1909, un huissier vendit ses meubles sur demande de ses créanciers.

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En 1912 un cordonnier militaire de Toulon dut faire saisir sa solde pour récupérer de l'argent prêté. Quelques jours après sa mort, sa veuve, probablement aux abois, du faire une réclamation à la Grande Chancellerie de légion d'honneur pour récupérer la modeste redevance de son titre de commandeur, impayée depuis deux ans.

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Notre propos n'est pas de tenir un site généalogique mais la pittoresque descendance de notre Colonel joueur invétéré mérite d'être signalée. Marié le 2 décembre 1884 à Toulon à Hombeline Dupin de Saint-André, issue d'une dynastie de marins, il en eut un fils mort des suites de ses blessures à la guerre de 1914 et une fille, Marie Léone Valentine Hombeline Adam de Villiers qui eut une « liaison » avec le dramaturge Jacques Boularan alias Jacques Deval. Elle en eut un fils, Gérard, plus tard légitimé par le mariage postérieur de sa mère avec un cousin de la Réunion, Jacques Adam de Villiers, qui lui donna son nom. Ignoré sinon méprisé par la chronique littéraire, qui osera dire qu'il n'a jamais lu un « S.A.S » signé Gérard de Villiers ? L'élite française auto proclamée prétend ne pas le lire, mais ils le lisent tous. Il commença sa carrière comme baroudeur,  officier en Algérie… probablement dans les SAS, suivant les traces de son grand-père maternel avant de s'enrichir dans la littérature. 200 millions d'exemplaires de ses S.A.S, à peine moins que les 250 millions d'albums de Tintin.

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SOURCES

 

En dehors de celles que nous avons citées, nous avons consulté avec profit les dossiers de la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur numérisés sur le site :

http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/recherche.htm

Luc Adam de Villiers, dossier LH/7/38 – Pierre Thoreux, dossier 19800035/898/5109 – Paul Pourchot, dossier LH/2214/32 – Colonel François Barrand (cité note 8), dossier LH/119/72

 

NOTES

 

(1) « The French Army and Siam, 1893–1914 » par Amable Sablon du Corail, traduit par Michael Smithies in Journal de la Siam Society, volume 99 de 2011.

 

(2) Voir notre article H 1- « L'INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :  I - LES PRÉMICES : « L'AFFAIRE GROSGURIN »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/h-1-l-incident-de-paknam-du-13-juillet-1893-i-les-premices-l-affaire-grosgurin.html

H 2 – « L'INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE DE CONCUSSIONAIRES ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/h-2-l-incident-de-paknam-du-13-juillet-1893.html

 

(3) Voir notre article UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

 

(4) « le Monde illustré » des 5 août 1893 et 16 mai 1896

 

(5)  Lucien de Reinach « Laos »  Édition posthume, préface de M. Paul Doumer, 1911.

« Histoire militaire de l'Indochine française des débuts à nos jours (juillet 1930). Établie par des officiers de l'état-major du général de division Aubert, commandant supérieur des troupes du groupe de l'Indochine », volume II de  1930.

 

(6) Le Canon Bange connu ses heures de gloire lors des guerres coloniales. Le canon revolver Hotchkiss était également une redoutable bouche à feu.

 

(7) Le jeune Puységur périt noyé dans les rapides du Mékong quelques jours plus tard en compagnie de 7 de ses hommes : lettre écrite par Adam de Villiers au Comte de Pyuségur son père in  Annuaire du Petit séminaire de Saint-Pé, 1894.

 

(8) Ce « scandale colonial  » fit les gros titre de la presse de l'époque. Nous avons consulté en particulier « La Croix » du 21 septembre 1905, « L'Aurore » des 18 et 19 septembre, le « Journal des débats politiques et parlementaires » du 19 septembre, « Le petit journal » du 21 septembre… et beaucoup d'autres. On peut la résumer comme suit : Il se serait agi d'irrégularités dans la comptabilité de son régiment qui furent dénoncées à l'inspection par le rapport d'un officier, le commandant Husson-Raison, lequel n'a pas laissé la plus infime trace dans l'histoire de nos guerres coloniales si ce n'est qu'il était à la tête  d'un bataillon sous les ordres de Villiers en 1890, nous perdons ensuite sa trace. Il était d'usage aux colonies d'adjoindre aux régiments européens, un certain nombre de coolies, quatre par compagnie qui étaient chargés des grosses corvées (corvées d'eau, d'ordures, de déblayage, de tinettes évidemment, etc.) que le climat ne permettait pas de confier aux nationaux. Une somme de 1 fr. 50 par coolie était allouée quotidiennement à chaque chef de corps ou de poste. Or, cette somme n'était jamais employée dans sa totalité et il en résultait un petit bénéfice, de 70 centimes à 1 fr. par jour et  par homme, qui était versé à une sorte de caisse occulte, la masse noire, qui ne figurait pas, par suite de son irrégularité, dans la comptabilité du régiment. Cette masse noire devait servir à améliorer l'ordinaire des hommes. C'était une habitude courante dans toutes nos colonies et les autorités militaires ou civiles fermaient les yeux à son sujet. C'est donc au sujet de ces « errements de comptabilité » que le colonel de Villiers fut appelé à fournir des explications, mais aussi pour avoir, disait-on, employé une partie de la masse noire de son régiment à des besoins personnels ? Ses explications furent claires : « Depuis dix ou douze ans au moins, il est d'usage dans les régiments coloniaux de traiter de gré à gré la solde des coolies, qui acceptent volontiers de faire le travail à un prix moindre que celui fixé par les règlements. Il en résulte donc un boni touché par les commandants de  chaque compagnie, et qui sert uniquement à améliorer l'ordinaire des hommes. Jusqu'à présent, cette opération, qui est portée sur les feuilles de prêt, n'avait donné lieu à aucune réclamation. Cependant, un de mes officiers, dans un but que je ne comprends pas, adressa directement à M. Picquié, inspecteur général des colonies, une dénonciation contre moi, signalant et amplifiant les faits. Cette plainte transmise au ministre, ce dernier ordonna une enquête que M. Picquié fit à Saigon, enquête qui donna naissance à ces déplorables soupçons contre lesquels je ne pourrai trop m'élever. C'est à la suite de cette enquête que M. Clémentèl me fit prier de venir à Paris lui donner des explications: ce que j'ai fait. J'ajoutai que j'ai par devers moi un rapport de mes généraux constatant que pas un centime des différences payées ne m'a profité et que je reste au-dessus de tout soupçon ». Clémentel était alors le ministre des colonies, Piquié inspecteur général des colonies et le Colonel François Barrand, un brillant polytechnicien, chef du bureau militaire au ministère des colonies. Cette affaire  n'a jamais eu aucune suite, du moins dont la presse se soit emparé.  Voilà bien de quoi nous faire sourire. Nous avons vu qu'un jeune et naïf diplomate au Siam à la même époque avoue ouvertement (mais dans des correspondances privés publiées quelques dizaines d'années plus tard) qu'il y avait une caisse noire au consulat qui n'était pas destinée à améliorer la culture livresque de ses employés mais à les engraisser (voir notre article A 200 –«  QUELQUES COMMENTAIRES Á PROPOS DE « RAPHAËL RÉAU, JEUNE DIPLOMATE AU SIAM (1894-1900» que nous aurions pu tout aussi bien intituler « Un ripou au consulat de France à Bangkok ». http://www.alainbernardenthailande.com/2015/12/a-200-quelques-commentaires-a-propos-de-raphael-reau-jeune-diplomate-au-siam-1894-1900.html)

 

(9) Voir Charles Maffeo Poinsot « Les Volontaires étrangers enrôlés au service de la France en 1914-1915 », Paris 1915.

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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 04:54
H15 -  LE 13 JANVIER 1810, L’ÎLE DE PHUKET EST INVESTIE PAR UNE FLOTTE BIRMANE SOUS COMMANDEMENT FRANÇAIS.

Nous avons rapporté dans un précédent article l’édifiante histoire des deux héroïnes de Phuket parfois un peu abusivement comparées à notre Sainte Jeanne d’Arc telles qu’elles résultant de textes siamois traduits par le Colonel Gérini (1).

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Ce n’est qu’un épisode parmi tant d’autres au cours de la longue théorie des guerres entre le Siam à la Birmanie depuis les premières au XVIe siècle jusqu’à ce que l’occupation définitive de la Birmanie par les Britanniques y mette un terme sans probablement que le Siam y ait trouvé son compte cerné désormais par les Anglais à l’ouest (Birmanie) et au sud (Malaisie) et les Français à l’est (Indochine) et bientôt au nord (Laos).

 

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Pourquoi ces guerres ?

 

 

La première guerre de la présente dynastie toujours en place depuis 1782 s’est déroulée sous le règne de Rama Ier et se termina par une déroute des Birmans mis en fuite par une armée conduite par deux femmes, des héroïnes peut-être, des furies certainement.

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Elle présente une caractéristique majeure que n’ont peut-être pas approfondie les historiens que nous avons consultés : alors que les conflits précédents se déroulaient essentiellement par voie terrestre, la première attaque birmane se fait en 1785-86 par voie de mer. Il faut y voir le signe évident que les Birmans ont désormais une marine de guerre.

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Mais que savons-nous de la marine de guerre birmane ? Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle la branche navale des forces armées royales consistait principalement en des bateaux fluviaux à faible tirant d'eau. Ses seules missions consistaient à contrôler la rivière Irrawaddy et accessoirement de protéger les navires transportant l'armée. Il s’agissait essentiellement d’une flotte de 500 galères maniées par deux douzaines de rameurs que l’on voit mal affronter la haute mer sur plus de 500 kilomètres...

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... et armées de ce que l’on appelait des jingals une espèce de mousquet primitif (2).

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Mais les Birmans ignoraient  tout de l’art de la guerre maritime. Aussi, au milieu du XVIIIe siècle, leur marine avait fait l'acquisition de quelques navires européens avec équipage européen qui commencèrent à être utilisés pour transporter les troupes dans le sud de la péninsule. Nous n’en savons malheureusement pas plus (3).

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Y avait-il par ailleurs une raison particulière à ces tentatives d’invasion de la côte occidentale siamoise autrement que d’incontestables visées expansionniste et l’intention de s’assurer de places stratégiquement importantes comme Phuket et la côte jusqu’au nord de l’île de Penang que le sultan de Kedah avait cédé aux Anglais en 1786 d’autant plus volontiers que l’île était alors déserte de tout habitant ?

 

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Il en est une autre qui nous a semblé d’évidence bien que n’ayant pas à notre connaissance fait non plus l’objet d’études approfondies. Ces campagnes furent en réalité la guerre de l’étain. Ce métal était alors plus précieux que l’or puisque, mélangé au cuivre, il entre dans la composition du bronze, une technique connue depuis l’âge du bronze bien avant notre ère. Si les armes blanches furent remplacées (pas toujours avantageusement) par les armes de fer, le bronze continua au moins jusqu’au milieu du XIXe siècle à être utilisé pour fondre les armes à feu et les canons de préférence à la fonte, mélange de fer et de charbon, pour obtenir une véritable force de frappe décisive.

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 Or, s’il n’y a pas de fer en Birmanie, il y a du cuivre et quelques gisements d’étain aux environs de Mergui mais l’essentiel de la production d’étain se trouve alors au Siam, aux environs de Ranong, à la hauteur de l’isthme de Kra et surtout à Phuket. La Thaïlande fut longtemps l’un des principaux producteurs mondiaux d’étain, après la Malaisie certes, mais la Malaisie n’est pas accessible aux Birmans de par la présence anglaise. Ces campagnes birmanes vers le sud étaient donc incontestablement et au moins pour partie la recherche de ce métal, la route de l’étain (4).

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La campagne birmane de juin-juillet 1809.

 

Nous en devons le récit au Colonel Gerini qui l’a puisé dans les Annales du second règne.

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En juin-juillet 1809, le roi de Birmanie n’avait certainement pas oublié la défaite humiliante subie par ses troupes face à une armée de femmes. Ayant appris la maladie du souverain siamois qui mourut le 7 septembre 1809, il ordonna au gouverneur birman de Tavoy d'équiper une flottille et de partir en exploration sur la côte ouest de la péninsule malaise pour y recueillir des nouvelles fiables sur les affaires siamoises. Celui-ci pris la mer avec 60 bateaux de guerre et 3.000 hommes. Il poussa jusqu'à Junkceylon, y jeta l’ancre et débarqua ses troupes pour s’emparer des principaux villages de la côte. Elles installèrent leur camp à environ 50 milles de la ville de Thalang. Les habitants furent pris par surprise mais le gouverneur put rassembler des hommes pour protéger les remparts. Les Birmans investirent la ville de trois côtés en se préparant à l'attaque. Les approches de la mer étaient surveillées pour interdire l’arrivée de tout secours extérieur.

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Le 7 août, l'ennemi ouvrit le feu. Le combat dura huit jours, les Siamois se trouvèrent rapidement démunis de munitions. Les Birmans prirent la ville d'assaut le mardi 15 août, massacrèrent les habitants et pillèrent tout ce qui pouvait l’être. Ils mirent ensuite le feu aux habitations et emmenèrent avec eux tous les survivants avant de faire route pour Tavoy. Le commandant en second de l’expédition resta toutefois en mer en arrière garde. L’anarchie la plus totale régnait dans le district. Le gouverneur de Thalang, dès avant la chute de la ville, avait réussi à fuir avec de nombreux habitants et s'était réfugié dans la jungle. Croyant l'ennemi parti il retourna avec les survivants dans la ville mais craignant de nouvelles attaques il rassembla des hommes, tenta de réparer les dégâts et renforça les palissades.

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Pendant ce temps, la flotte birmane subit une violente tempête venue de l’est qui précipita ses navires sur la côte où les forces siamoises, apprenant ce coup de chance, s'étaient rassemblées. Ils purent s’emparer de tous les navires et du commandant birman après avoir (probablement) massacré la plupart des ennemis survivants. Le Birman fut envoyé enchainé sous escorte à Bangkok. Le roi estima alors que le gouverneur de Thalang avait fait preuve de négligence devant l’ennemi, infraction grave punie de la peine de morte selon les lois siamoises. Mais il lui donna acte qu’il avait par ailleurs partiellement réparé sa faute en réorganisant la défense et réussissant à capturer de nombreux ennemis, y compris l'un de leurs chefs, ce qui  devrait lui éviter la peine capitale. Il le fit donc conduire à Bangkok avant de prendre une décision définitive à son égard. Il fut condamné à recevoir soixante coups de rotin et à être emprisonné en compagnie du chef birman. Ce dernier fut décapité au cimetière de Vat Saket, une mort ignominieuse puisqu’il s’agit du champ où l’on donnait les cadavres à manger aux vautours mais ainsi étaient les lois de la guerre à cette époque.

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Ses quelques compagnons d’armes par contre furent épargnés et simplement envoyés en prison. Par ailleurs, le roi siamois constatant que la défense de Thalang était difficile, considéra que son gouverneur avait subi une punition suffisante en restant trois mois en prison après les coups de rotin et considéra que par sa connaissance de l’île, il était le mieux à même de se charger de sa défense.

 

Nous ne cherchons plus comme nous l’avons fait dans notre précédent article (1) à situer géographiquement la capitale, tout ce que nous savons est qu’elle se situe sur la côte Est puisque les navires birmans y furent envoyés par une tempère venue de l’est.

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La campagne birmane de novembre 1809 à janvier 1810


Cette campagne est intéressante à plus d’un titre, tout d’abord parce que nous en avons une vision française de première main sous la plume du missionnaire, Jean-Baptiste Rabeau qui avait en charge la petite communauté chrétienne de l’île. Nous lui devons de savoir que la flottille birmane était cette fois conduite par un amiral français ce qui explique de toute évidence que nous allons voir apparaître un début de stratégie dans cette nouvelle attaque, ce dont jusqu’alors les Birmans étaient dépourvus (3). Il n’est pas inutile de souligner que dans aucune de ces guerres birmanes depuis trois siècles n’apparaissent la moindre notion de stratégie ou de tactiques. Ce ne sont que des chocs frontaux, la force physique et le courage affrontent la force physique et le courage, c’est le combat d’ Achille et d’Hector,

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celui des guerriers grecs qui commence par un échange d’injures dont Homère ne nous a pas fait grâce. C’est celui du roi Naresuan qui tue aux environs de 1591 ou 92 le vice-roi birman au cours d’un combat singulier.

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Mais nous allons ici assister à un début de stratégie probablement dû à la présence à la tête de l’armada d’un amiral français, Jean Barthel dont nous ne connaissons l’existence que par une lettre de J.B. Rabeau et probablement de nombreux marins français dans la flottille. Que venaient-ils faire en cette galère ? Ils étaient de toute évidence tous issus de l’émigration qui jeta entre 150.000 et 500.000 français – le chiffre reste discuté - dans tous les pays du monde pour échapper au massacre, à la noyade, à la pendaison ou à la guillotine … tout comme le père Rabeau (5). 

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La version siamoise.

 

Elle est celle des Annales du second règne que nous a traduit le Colonel Gerini. Le roi Birman avait envoyé le général Atong-wun (dont nous ignorons tout) à Tavoy dans le but de faire des raids sur Chumphon, Takuapa, Takuathung et Thalang. Vers la fin d'octobre 1809, cet officier ayant fait tous les préparatifs nécessaires par terre et par mer, dépêcha Ye-khong (dont nous ignorons également tout ? S’agissait-il du nom birman de Barthel comme c’est probable ?) à la tête d'un corps de quelque 4.000 hommes dans des bateaux de guerre pour attaquer Thalang et une force similaire de 3.000 hommes pour attaquer par voie de terre Ranong, Krabi, et Chumphon. Ye-khong s’empara de Takuapa le 17 octobre puis fondit sur Takuathung qui n'offrit aucune résistance, la population s’étant enfuie dans la jungle. Il se prépara donc à attaquer Thalang et, à cette fin, établit son quartier général à Pak-Phra. Le gouverneur de Thalang envoya aussi en toute hâte un message à Bangkok pour informer le roi du péril grave qui menaçait l'île et fit ensuite de son mieux pour assurer sa défense et fit entrer les habitants à l'intérieur des palissades. Les Birmans ayant débarqué et pris position, s'avancèrent pour attaquer la palissade à l'extérieur de la ville. Ils investirent la ville de Thalang en la cernant par des glacis reliés entre eux par des retranchements et des palissades construits avec beaucoup de soins... 

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et protégés par des chausse-trapes.

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Nous avons l’impression de relire la description de l’investissement d’Alésia par Jules César mais il est difficile de penser qu’un général birman ait pu lire la Guerre des Gaules.

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Cependant, rencontrant une résistance opiniâtre de la part des assiégés, l’amiral Birman décida de recourir à un stratagème et de feindre la retraite. Ainsi, après avoir mis le feu à ses palissades, il se retira avec les assiégeants et ils montèrent dans leurs bateaux faignant de s’enfuir vers la fin de novembre. Ce n’est plus Jules César que nous relisons mais Homère nous contant comment, après dix ans de siège et de vains combats devant la ville de Troie, l’ingénieux Ulysse, seul stratège de l’armée grecque, imagina le stratagème du cheval qui permit la chute de la ville.

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Le gouverneur siamois qui n’avait pas non plus lu Homère envoya des observateurs pour vérifier si les Birmans étaient bien hors de vue de l’île. Il laissa alors sottement les habitants quitter la ville pour vaquer à leurs occupations.

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L’amiral après avoir musardé sur la mer pendant quelques jours, s'imaginant bien que le peuple de Thalang avait dû abandonner ses fortifications, fit alors un retour précipité et débarqua en force dans le district de Phuket à la pointe de Yamu au nord de l’île. Il investit la ville de Thalang le dimanche 17 décembre 1809. Le gouverneur mobilisa alors ses troupes pour défendre ses palissades mais le temps lui manqua pour organiser une force suffisante pour assurer une défense efficace. Après diverses péripéties, les Birmans apprirent que des troupes siamoises étaient en route depuis Bangkok pour assister Junkceylon. Ils hâtèrent leurs opérations et prirent d'assaut Phuket qui tomba en un seul jour et envoyèrent les troupes disponibles assister celles qui étaient engagées devant Thalang. Le siège dura 27 jours et la ville tomba entre les mains des Birmans le samedi 13 janvier 1810. Ils la mirent au pillage et emmenèrent la population captive à Tavoy.

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La version française.

 

Le colonel Gerini a puisé – nous dit-il – dans les Annales du deuxième règne. Mais, continue-t-il, nous avons plus de détails sur ce siège fournis par Monseigneur Pallegoix (6). Celui-ci écrit en 1854. Il a eu accès aux archives des Missions étrangères de Paris où il a puisé le détail de sa narration, archives compilées par la suite dans des publications dont Gerini n’a pas eu connaissance et qui ne contredisent en rien la narration du prélat pas plus que celle-ci ne contredit celle des Annales siamoises (7).

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Ce récit provient essentiellement des correspondances du missionnaire Jean-Baptiste-René Rabeau (8). Nous n’en dirons que quelques mots : Devenu prêtre en 1789, il refusa de prêter serment à la constitution civile du clergé en 1792.

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Il fut emprisonné et déporté à Jersey puis réussit à rejoindre l’Angleterre en 1796. Il y prit en charge la paroisse des Toulonnais ayant rejoint l’Angleterre après la chute de Toulon en 1793, paroisse qui devait comporter de nombreux marins entrés au service de la marine anglaise et restés fidèles au drapeau blanc avec lesquels il s’est très certainement liés d’amitié. Il sollicite très vite son admission au sein des Missions étrangères. Il est Immédiatement agréé en 1800. Nous le trouvons à Saigon, Calcutta, Malacca, Bangkok puis en 1809 à Phuket où il a charge des âmes des chrétiens de l’île. Il s’y trouve lors des quatre semaines du siège. Avant que les Birmans n’entrent dans l’île, beaucoup de ses ouailles avaient réussi à prendre la fuite et se réfugier dans la forêt. Il y resta tout le temps du siège s’occupant à soigner les blessés, à baptiser et à évangéliser les païens. Lors de l’assaut final, les chrétiens restés voulurent alors sortir de la citadelle avec leur pasteur à leur tête. Ils rencontrèrent les Birmans, lance ou épée à la main. Rabeau s’avança vers eux, tenant de la main droite le crucifix, et de la gauche une image de la Sainte-Vierge, et leur dit « Je suis un prêtre du Dieu vivant, je n'ai fait de mal à personne ». Dieu toucha-t-il le cœur des Birmans ou se trouvait-il parmi eux des marins émigrés chrétiens ce qui est plus probable ? Laissons aux écrits des Missions Etrangères l’hypothèse du miracle, renouvellement de celui du Pape Saint Léon chassant Attila aux portes de Rome en brandissant la croix.

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Ils mirent leurs mains sur la tête du missionnaire et sur celle des chrétiens qui le suivaient et ils les firent asseoir. Ils les lièrent ensuite, et prirent à M. Rabeau sa soutane et son bréviaire. Peu après ils les délièrent, et par la protection d'un des chefs, ils les conduisirent dans le camp, leur mirent des liens aux pieds et fermèrent l'enceinte. Ce chef était probablement Jean Barthel, l’amiral Birman français dont parle Rabeau dans une correspondance du 22 janvier 1810 (8). Plus tard, un officier probablement chrétien les envoya chercher tous et les fit passer dans un autre camp où il demeurait avec le général (Barthel ?). Il leur procura toutes sortes de soulagements et de consolations. Les Birmans, après avoir tout saccagé dans l’île, s'embarquèrent pour aller dans un lieu voisin. M. Rabeau monta sur un des meilleurs vaisseaux. Le capitaine du vaisseau était chrétien et son ami. Peu de temps après qu'il fut en mer, les matelots, qui étaient originaires du Bengale ou des Maures, saisirent le capitaine et le lièrent pour le jeter à la mer. M. Rabeau leur parla avec force pour les détourner de cet homicide, mais ils le lièrent aussi et les jetèrent tous les deux à la mer; ainsi ce saint missionnaire mourut victime de sa charité. Ces scélérats massacrèrent: encore quelques autres personnes. Une tempête violente les empêcha d'aborder à l'endroit où ils voulaient aller. Ils furent jetés du côté de Madras où on les mit en prison et on instruisit leur procès. On peut se douter du sort qui leur fut réservé par la Justice anglaise ! Jean-Baptiste Rabeau et ses ouailles ne furent pas victimes des Birmans mais des mahométans.

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Nous pouvons, sans nous livrer à des extrapolations fuligineuses, raisonnablement penser que si l’île de Phuket est tombée aux mains des Birmans au début de l’année 1810 c’est avec l’aide stratégique d’un officier de marine français issu de l’émigration et probablement avec l’aide d’une armée comportant nombre de marins français également issus aussi de l’émigration. N’oublions pas que si de nombreux émigrés répugnèrent à s’engager dans des armées étrangères européennes qui combattaient leur pays d’origine même porteur du drapeau tricolore (5), il ne pouvait plus y avoir aucune angoisse métaphysique ni aucun scrupule à s’enrôler sous une bannière exotique à 3.000 lieux de leur patrie pour combattre des Siamois.

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Par ailleurs, l’épisode du sauvetage temporaire du père Rabeau et de ses chrétiens en brandissant la croix du Christ et une image de la Vierge-Marie, ce qui leur a évité le massacre, n’est pas innocent. Présent depuis près de 10 ans dans la région, le missionnaire ne pouvait ignorer qu’il y avait des chrétiens dans la marine birmane et que ce n’étaient pas des Birmans, les missionnaires catholiques n’ayant pas eu plus de succès en Birmanie qu’au Siam. Beaucoup étaient probablement de ces marins de Toulon qu’il avait connu à Londres et pour partie retrouvé aux Indes. Si nous ignorons à peu près tout de ces émigrés dans la lointaine Asie-du-Sud-Est, nous pouvons par analogie comparer avec ce qui s’est passé lors de la retraite de Russie en 1812 : De nombreux soldats de l’armée napoléonienne fait prisonniers par les régiments russes ne durent leur salut qu’à la présence d’officiers français issus de l’émigration qui réussirent à leur épargner le triste sort que réservaient les cosaques à leurs prisonniers qui finissaient en général brulés vifs, empalés ou enterrés tout vivants, des procédés dignes des Birmans de l’époque (9). 

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Des centaines de milliers d’émigrés, combien rejoignirent-ils l’Asie ? Probablement pas plus de quelques centaines qui ne nous ont laissé aucun souvenir, aucun mémoire, aucune correspondance à moins qu’il n’en dorme dans des archives privées. La moitié des émigrés ne revint jamais en France ayant trouvé une nouvelle vie et un nouveau pays. Combien reste-t-il de descendants de ces marins français en Birmanie, s’il en reste ? Combien sont morts sur le terrain dans la violence des combats ?

 

Devons-nous oublier ces quelques dizaines ou peut-être quelques centaines d’émigrés français venus se perdre dans la marine birmane ? Si l’on doit rendre hommage aux militaires français ou aux auxiliaires tonkinois morts de la vérole entre 1893 et 1895  et glorifier nos trois compatriotes tués par des projectiles siamois, doit-on pour autant oublier un missionnaire incontestablement martyr de la foi mort assassiné par des marins mahométans peut-être siamois et une poignée de ces Français, fussent-ils émigrés à la cocarde noire, (10) mais la portaient-ils ? probablement marins venus de Toulon qui contribuèrent à la chute de Phuket ?

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NOTES

 

(1) Voir notre article H14 – « LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

 

(2) Voir « The story of Burma » par Ernest Georges Harmer, Londres, 1901.

 

(3)  Voir « Europe and Burma » par D.G.E. Hall, Londres, 1945).

 

(4) Voir L.-V.  Vasseur « L'étain dans le monde » In: Cahiers d'outre-mer. N° 54 - 14e année, avril-juin 1961. pp. 121-156.

 

(5) On considère trop souvent que les émigrés rejoignirent tous l’armée des princes à Coblence. Nous allons en retrouver dans tous les pays du monde, Europe bien sûr et États-Unis mais également en Asie. Nous avons trace d’un régiment de hussards qui s’est embarqué en 1795 pour les « Indes-orientales » comme on appelle alors la partie des Indes déjà occupée par les Anglais et au Bengale. En ce qui concerne la marine, rappelons que Toulon avait arboré le drapeau blanc et ouvert son port aux Anglais. Lors de la chute de la ville sous les canons de Bonaparte en 1793, la flotte anglaise réussi à évacuer 14.000 habitants dont probablement tout ce que le port comportait de marins expérimentés qui se retrouvèrent volontaires dans la marine anglaise où leur expérience fut appréciée. Beaucoup se trouvèrent probablement dispersés dans les possessions anglaises dont nul n’a conservé le souvenir. Sur ce sujet, voir « Histoire des émigrés français » par Antoine de Saint-Gervais, trois volumes, Paris, 1828 et  « Histoire de l’émigration, 1789 - 1825 » par F. de Monstrol, Paris, 1877.

H15 -  LE 13 JANVIER 1810, L’ÎLE DE PHUKET EST INVESTIE PAR UNE FLOTTE BIRMANE SOUS COMMANDEMENT FRANÇAIS.

(6) « Description du royaume thaï ou Siam » volume II, pages 284-285.

 

(7) Adrien Launay «  Nos missionnaires, précédés d'une étude historique sur la Société des missions étrangères » 1886 et du même « Histoire générale de la société des missions étrangères » volume II de 1894.

 

(8) La vie du R.P. Rabeau a fait l’objet d’une importante étude « Un prêtre déporté en 1892 » par l’abbé Meignan, Paris, 1862 avec de multiples références aux archives des Missions étrangères.

 

(9) Le bicentenaire de cette désastreuse campagne en 1812 au cours de laquelle Napoléon lâcha 4 ou 500.000 hommes en Russie dont moins d’un quart revint a suscité une surabondante littérature, par exemple de Marie-Pierre Rey « l’effroyable tragédie », 2012. Les exemples de souvenirs de rescapés relatant leur sauvetage par des officiers français y sont nombreux.

 

(10) Beaucoup d’émigrés qui participèrent effectivement à la lutte contre les armées de la république puis de celles de Bonaparte sous un uniforme étranger auraient eu la coquetterie de porter sur leur bicorne une cocarde noire au lieu de la fameuse cocarde blanche qui n’était – selon eux- portée que par des bavards dans les salons de Londres et de Saint-Pétersbourg. Cette mode serait née à Toulon lorsque la ville était encore sous contrôle royaliste ? L’ouvrage de René Bittard des Portes « Les émigrés à cocarde noire » (1908) est un  classique de l’histoire de ces combattants perdus. Il est malheureusement muet sur ceux qui se seraient perdus en Asie.

H15 -  LE 13 JANVIER 1810, L’ÎLE DE PHUKET EST INVESTIE PAR UNE FLOTTE BIRMANE SOUS COMMANDEMENT FRANÇAIS.

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16 décembre 2017 6 16 /12 /décembre /2017 22:20
H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

Dans un précédent article concernant le personnage d’exception que fut le Colonel Gerini (1), nous disions qu’il n’avait pu achever ce qui aurait dû être l’œuvre de sa vie, une Histoire du Siam (2) dont il n’a écrit que deux chapitres, l’un sur les rapports entre le Siam ancien et la Chine que nous n’avons pu consulter (3). L’autre est un article concernant l’histoire d’une île qui ne s’appelait pas encore Phuket dont la qualité et la densité nous laisse augurer la qualité de ce qu’aurait pu être son histoire s’il l’avait terminée (4) ! Notre propos n’est pas de revenir sur l’histoire de l’île détaillée en 150 pages mais sur un épisode historique, celui des deux héroïnes de Pukhet  que l’on trouve narré partout, non pas amplifiée et exagérée comme sur de nombreux sites Internet ou dans les Guides touristiques usuels mais au vu des seules sources dignes de foi dénichées et surtout traduite par le Colonel.

Celui-ci commence son histoire de l’île de Junkceylon (จังซีลอน) comme on l’appelait (5) alors en citant ses nombreuses sources. Elles commencent par des Annales de Kedah du XIIIe siècle en malais archaïque et nous y trouvons tour à tour des textes portugais, espagnols, français, allemand, arabes et évidemment thaïs. Nous le savions polyglotte. Il continue – doit-on s’en étonner – par égratigner quelque peu ses confrères en érudition « la médiocrité ostentatoire de la matière fournie sous cette rubrique dans les ouvrages les plus soigneusement compilés, tout ce qui concerne le passé de cette importante possession siamoise est, en règle générale, rejeté avec deux ou trois lignes pas toujours exemptes de quelques erreurs très grossières ». Il est également très critique avec les récits récents des voyageurs européens devenus écrivains ou des écrivains modernes qui n’ont pas pris la peine de se référer aux sources anciennes y compris manuscrites qui sont selon lui loin d’être toutes inaccessibles et de se reporter à la tradition orale alors encore bien présente. L’histoire de nos deux héroïnes qu’il compare à notre Jeanne d’Arc (« The Junkceylon Jeanna d'Arc ») se trouve donc, et nulle par ailleurs, dans une double source, tout d’abord un texte de 1841, presque contemporain dont le colonel donne le texte intégral en thaï, un texte abrégé également en thaï et une traduction. Il émane d’officiels ou de fils d’officiels dont on peut penser qu’ils ont eu une connaissance directe ou une transmission orale de première main (6). Le colonel utilise ensuite les « Annales du premier règne » qui sont de 1869, rédigées en thaï (7).

***

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

Nous sommes à la fin de l’année 1785 ou au tout début de 1786. Les guerres avec la Birmanie qui avaient fait rage presque sans interruption depuis le milieu du dix-huitième siècle, avaient jusqu'alors pour théâtre le centre et le nord du Siam. Mais en 1785, les Birmans, à la suite des revers continus qu'ils avaient subi modifièrent leur plan de campagne et résolurent d'envahir simultanément le Siam au Nord, à l'Ouest et au Sud où ils espéraient en arracher la péninsule malaise. Ils équipèrent une flottille de guerre qui devait conquérir les provinces siamoises sur la côte ouest. La flottille birmane, sous le commandement d’un certain Yi-wun, partit de Mergui au début de décembre 1785 et attaqua Takuapa (ตกั่วป่า)

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

et Takuathung (ตกั่วทุ่ง) que, faute de préparation siamoise, elle prit facilement. Il s’agit des deux districts côtiers de la province de Pangga (พังงา), le second n’étant séparé de l’île que par un bras de mer qui ne fait jamais plus un kilomètre de largeur, actuellement relié à l’ile depuis 1967 par un pont.

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

Les administrateurs siamois vaincus furent tués ou prirent la fuite. Les Birmans se dirigèrent alors vers Junkceylon, où une force armée fut débarquée pour investir la capitale Chalang.

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

Où la bataille eut-elle lieu ?

 

Nous nous sommes évidemment posé la question de la localisation de ces lieux. Junkceylon, est-ce seulement le terme générique qui désigne l’île ou (et) celui du port de débarquement ?

 

Nous disposons de plusieurs cartes contemporaines :

 

L’une datée de 1745 de Jean-Baptiste-Nicolas-Denis de Mannevillette, « de l'Isle Junkseilon, et de son port » semble situer le dit port (Junkseilon) à l’emplacement actuel de la baie de Patong qui semble effectivement un endroit privilégié pour y débarquer des troupes.

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

Une autre carte de Guillaume Dheulland qui daterait des années 1770 « Plan de l'Isle Junkseilon et de son port situés à la coste de Queda » nous éclaire encore moins, notamment en ce qui concerne le port où aurait pu avoir lieu le débarquement ?

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

Si enfin l’île était connue de longue date de nombreux navigateurs ou aventuriers partis exploiter ses mines d’étain, le premier à l’avoir sinon visité, du moins décrite avec un souci scientifique est le capitaine anglais Thomas Forrest dans son ouvrage publié en 1792 (8).

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

La carte qu’il dessine ne nous est malheureusement d’aucun secours.

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Se pose ensuite la question de situer la capitale Chalang (ฉลาง). Il plane la même incertitude. Le Colonel Gerini va-t-il venir à notre secours ? Selon lui, l’ouvrage le plus ancien faisant référence explicite à l’île est de 1512, de Antonio Galvano, un voyageur portugais qui la nomme Iunsalam ou Iunsalan ou Insalao qui serait en langue locale Chalang (ฉลาง), la forme siamoise la plus ancienne devenue ultérieurement Thalang (ถลาง) dans des annales locales de 1841.

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Comme le fait remarquer Gerini, les habitants sont mieux placés que les voyageurs étrangers pour connaître le nom de leur île. Le nom serait devenu Salang lors de l’occupation de l’île par les Malais au XIIIe siècle. Au cours de leurs premiers voyages de reconnaissance et de leurs raids le long des côtes de la péninsule malaise, ces aventuriers avaient sans doute remarqué l'île et son apparence de promontoire sortant du continent. Ils l’auraient alors considérée comme partie intégrante de ce dernier, le nommant Ujong Salang, la Pointe de Salang. Gerini connait parfaitement la langue malaise dans laquelle le Ch initial n’existe pas et devient plus volontiers S, Sh, ou Z, lettres qui se rapprochent le plus du son siamois. Si la nature alors insulaire du promontoire a sans doute été ultérieurement remarquée, le nom a subsisté puis a été transféré au promontoire sud de l'île elle-même. Ujong Salang fut ensuite raccourci en Jong-Salang. Les formes européennes de Iunsalam, Iunsalan, Junsulan, Junsalan ont été dérivées à l’oreille. Ujong Salang ou Jong Salang sont donc bien les formes malaises du nom de l’île mais Gerini se plait à étriller les auteurs anglais qui en font le nom d’origine, erreur due « aux prétentions anglo-malaises qui créditent les émigrants malais de toute forme de civilisation existant dans la péninsule ».

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Doit-on assimiler Chalang à Thalang (ถลาง) actuellement district qui recouvre toute la partie nord de l’île ?

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Gerini note opportunément en parallèle que le nom de la baie à l'extrémité sud-est de l'île est originairement Kelung, Kilung ou Khelung mais prononcé Chalong (ฉลอง) par les indigènes. L’argument ne nous semble pas dépourvu de pertinence puisque la différence en thaï à l’oreille entre le O ouvert (ออ) et le A (อา) est loin d’être évidente. Gerini nous apprend que les Môns (il connait leur langage) appellent l’île « Dong Khalang » ce qui signifie « la Ville Khalang », le nom de leur capitale historique dans l’île. S’agit-il de l’actuel Chalong dont la baie est située sur la côte sud-est et pouvait aussi être susceptible de recevoir un débarquement ? Restons donc sur notre incertitude, aucune recherche archéologique n’a à notre connaissance jamais été entreprise en vue de retrouver le site (9). 

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

La bataille

 

Le gouverneur de la capitale dont le nom n’est pas assuré vient de décéder sans qu’un successeur lui ait été désigné. Plusieurs palissades avaient toutefois été déjà érigées autour de la ville. Chan (จันทน์) la veuve du défunt gouverneur assistée de Muk (มุก) sa sœur cadette, célibataire, consultèrent les autorités locales pour la défense de la ville. Notons que Gerini va encore s’amuser – est-il un autre mot - aux dépens de nombre de ses collègues. Si Muk est tout simplement le joli prénom de perle,

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

Chan  ne signifie nullement (comme on le lit d’ailleurs encore partout) la Lune. D’après lui, ce nom n’est jamais donné à une femme au Siam où la lune est considérée comme une divinité masculine comme le Deus Lunus des Romains.

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En siamois, จันทร์ c’est aussi un fruit, luk chan (ลูก จันทร์), Diospyros decandra, le plaqueminier dont le fruit est le kaki. D’après le colonel, c’est un surnom donné volontiers aux enfants de faible complexion ! Une leçon de sémantique ne fait de mal à personne !

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Les deux sœurs rassemblèrent les hommes, firent construire encore deux palissades pour protéger la ville. Elles firent preuve d’un grand courage, affrontant sans crainte l'ennemi après avoir obligé les fonctionnaires et le peuple, hommes et femmes, à utiliser les mousquets et effectuer des sorties hors des palissades pour harceler les Birmans. Après un mois de vains efforts, les provisions leur manquèrent et ceux-ci durent se retirer en janvier 1786. Ainsi Chalang fut sauvé grâce à l'héroïsme des deux sœurs.

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Telle est l’histoire en définitive assez brève de nos deux héroïnes telle que narrée par les sources siamoises. Que disent les sources sinon birmanes, du moins anglo-birmanes ? Gerini nous renvoie à Sir Arthur Phayre qui écrit en 1883 (10).

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Gerini lui reproche (comme il se doit) des erreurs de chronologie puisqu’il a fait allusion à cette attaque birmane sur Junkceylon qu'il situe au début de l’année 1885. « Une expédition préliminaire fut envoyée par mer, qui prit possession de Junk Seylon, mais après quelques semaines la force fut chassée par les Siamois et obligée de retourner à Mergui ». L'expédition aurait été trop couteuse et causé une grande perte d’hommes ? Elle ne prit effectivement pas possession de l’île mais simplement attaqua Chalang sa capitale. Ceci dit, une fois que Gerini se soit donné la satisfaction de relever ces erreurs, il faut évidemment constater que cette brève version ne contredit nullement celle des Siamois. Peut-être aussi les Birmans éprouvaient-ils quelque honte à reconnaître qu’ils avaient du lever un siège face à une armée commandée par deux femmes et composée en partie de femmes. Contrairement à ce que disent toutes les versions contemporaines, jamais les deux héroïnes ne s’étaient travesties en guerriers masculins avant de prendre les armes et pas plus brandi des armes fictives ce qui aurait suffi à effrayer l’ennemi. Ne revenons pas sur les suites de cette Nième guerre siamo-birmane. Les Birmans furent défaits et le Siam y gagna d’occuper une partie du Lanna (Chiang Saen).

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Dès après le repli des Birmans, les fonctionnaires de Chalang envoyèrent un rapport au Second Roi alors à Singora (aujourd’hui Songkhla) et un au quartier général de Bangkok. L'ordre était revenu dans la péninsule malaise, le second roi retourna dans la capitale. Le premier roi envoya une lettre à Chalang, nommant gouverneur l'un des fonctionnaires locaux qui s'était distingué (Phraya Phimon - พระยาพิมล) et conférant à la veuve du défunt gouverneur qui avait si bien organisé la défense, le titre de princesse Devakrasattri (เท้าเทพ กระสัตรี) et à sa jeune sœur celui de princesse Sri Sundara (เท้า ศรีสุนทร). Ces titres sont ceux des aînées des princesses de la maison royale. Il semble que ce soit le seul exemple dans l'histoire siamoise où ils aient été conférés à des femmes sans lien avec le palais royal. Notons une hiérarchie, le titre de la première Thaothep (เท้าเทพ) peut se traduire par angélique princesse, et celui de la seconde Thep plus modestement par princesse.

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Que devinrent les princesses ?

 

Gerini qui sait tout de même rendre à César ce qui appartient à César nous apprend via Forrest que Phraya Phimon, d’abord gouverneur de Kra résidant à Chumphon et par la suite, depuis 1782 environ, commissaire intérimaire dans l'île, devint enfin nouveau gouverneur à Chalang et qu’il avait à une date indéterminée épousé l’angélique princesse. Elle en eut cinq enfants, dont l'aînée, une fille nommée Thong, (ทอง), fut ensuite envoyée à Bangkok pour y être présentée à la cour. De là, elle devint la mère de la princesse Ubon (พระองค์เจ้าหญิง อุบล). Voilà bien une manière singulière d’écrire l’histoire ! Cette princesse apparait dans la nomenclature officielle comme la 31ème enfant du roi Phra Buddha Yotfa  alias Rama Ier dont sa mère, fille de l’angélique princesse fut donc l’une des épouses secondaires (11). Toujours méticuleux, Gerini fait naître Thong entre 1800 et 1809 et situe le remariage de l’angélique princesse au début de 1786 peu après le siège de Chalang. Nous n’avons trouvé aucune trace d’une éventuelle descendance de sang royal ?

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Nous savons encore qu’un dénommé Thien, fils de Chan (Kaki) et de son défunt premier mari intenta une action contre son parâtre Phraya Phimol, à la suite de quoi ce dernier fut déplacé à Phatthalung sans que nous sachions les motifs de ses récriminations ? Son successeur ayant encouru le « mécontentement royal pour quelque escapade » fut ensuite arrêté et conduit à Bangkok où il mourut dans les fers. C’est alors Thien qui fut nommé pour lui succéder et qui reçut le surnom parlant de « gouverneur asthmatique de Thalang » (phraya thalang hut - พระยาถาลาง หืด). Naï Ruang (นาย เรือง), frère cadet du gouverneur déchu fut désigné comme vice-gouverneur (Palat).

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Quant à la princesse non angélique, la perle, les écrits sont silencieux après la description de ses exploits. Est-celle restée jeune fille (auquel cas elle seule mériterait le nom de Jeanne d’Arc siamoise), a-t-elle quitté la scène peu de temps après ? Sans refaire l’histoire du monde, Gerini nous cite Boadicea, la reine plus ou moins légendaire des Bretons dont Tacite nous a appris qu’elle lutta vaillamment contre les Romains dont elle se plaisait à empaler ceux qu’elle faisait prisonniers.

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C’est probablement dans le seul but de titiller ses confrères français en érudition qu’il cite la pucelle de Saragosse  connue comme Augustine d'Aragon qui lutta contre les français en 1808, sanguinaire certainement autant que la précédente, elle n’empalait pas ses prisonniers français mais – parait-il – les émasculait tout vifs. Elle n’était assurément pas pucelle.

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On peut se douter – n’en déplaise au Colonel Gerini - que fort peu des membres de la Siam Society avaient traduit Tacite, que fort peu s’intéressaient à la lutte des Celtes contre les Romains ou à celle des Espagnols contre les troupes de Bonaparte et que fort peu se souciaient du pucelage d’une belle catalane (12) ? L’intérêt d’une référence à ces deux infernales sorcières nous semble donc limité.

 

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Il se trouve dans les annales du Siam bien assez d’exemples d'amazones patriotes qui ont sacrifié leur vie et leur sang pour la défense de leur pays. Nous connaissons évidement la reine Suriyothai (ศรีสุริโยทัย) dont le combat lors du siège d’Ayutthaya en 1563-64 fut immortalisé par le film de Copolla.

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Citons encore la princesse Mo Thao Suranari (ท่านผู้หญิงโม้ ท้าวสุรนารี) dont l’historicité est moins chancelante, épouse du Palat (vice-gouverneur) de Korat qui, en 1826, à la tête d’une troupe de 460 femmes défit les troupes du roi lao Anu de Wieng Chan.

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Le colonel Gerini regrette qu’aucun monument n'ait jamais été élevé aux deux héroïnes de Chalang. Il écrit en 1906. Ce fut fait dans les années 60.

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Le bicentenaire de la bataille a par ailleurs été marqué par la construction du Musée de Thalang qui consacre une de ses salles à la bataille (composée essentiellement de dioramas) et situe évidement sans plus de précisions la bataille à Thalang (13).

 

 

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NOTES

 

 

(1) A 245 – « G. E. GERINI, OFFICIER DANS L’ARMÉE ITALIENNE,  COLONEL DANS L’ARMÉE SIAMOISE, CHERCHEUR D’OR, GÉOGRAPHE, ARCHÉOLOGUE, ETHNOLOGUE, LINGUISTE, COLLECTIONNEUR ET HISTORIEN ».

 

(2) Elle devait être publiée sous l’égide de la Royal Asiatic Society, il n'a pas eu le temps de l'écrire.

 

(3) II a traité des relations entre le Siam et la Chine dans une série d'articles de la londonienne Imperial and Asiatic Quarterly Review réunis ensuite en un tirage à part en 1906  : Siam's Intercourse with China (Les relations du Siam avec la Chine).

 

(4) « HISTORICAL RETROSPECT OF JUNKCEYLON ISLAND » in Journal of the Siam society, volume II- 2 de 1905.

 

(5) L’île semble n’être devenue Phuket que lorsqu’elle est devenue province (จังหวาด) en 1933. Totalement à l’écart des circuits touristiques jusqu’à la construction du pont en 1967 elle est encore Junkceylon dans un article de l’Eveil économique de l’Indochine du 19 janvier 1930 (« Un vieux rêve ravivé : le port de l’Isthme de Kra »).

 

(6) « เรือง พงษาวดาร เมือง ถลาง เมือง ตกั่วป่า เมือง ตกั่วทุ่ง เมือง พังงา เมือง ภูเก็จ » que Gerini traduit « Relation written by Juceylon officials in 1841 » mais il aurait dû être plus complet : « Histoire des districts de Thalang, Takuapa, Takuathung, Phuket ». Ces officiels sont Naï Rok (นายฤกษ) fils du Chao Phraya Surindrraja Changwang (เจ้าพระยา สุรินท์ราชางางวาง), Naï Suk (นายศึก) et Naï Sua (นายเสือ), fils du gouverneur de Thalang, Phraya Thalang (พระยะ ถลาง) et Luang Phetkhiri  Sisamutwi Sutthisongkhram (หลวง เพ็ชรคีรีศรีสมุดวิสุทธิสงคราม) Vice-Gouverneur (Palat - ปลัด) de Thalang. Le terme de Naï aujourd’hui un Monsieur formel et administratif est à cette époque placé devant le nom d’un fonctionnaire de haut rang.

 

(7) Publiées en 1869 par le prince Chao Phraya Dibakarawongse qui fut Ministre des affaires étrangères jusqu’à sa mort en 1870, la première partie est la suite de celles d’Ayutthaya que nous connaissons bien et concernent le règne du roi Taksin et de son successeur. Elles s’arrêtent en 1792. Elles ont été rééditées en 1935 mais non traduites par les soins du prince Damrong Rajanubhab, le « père de l’histoire thaï ».

 

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

(8)  « A Voyage from Calcutta to the Mergui Archipelago ».

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

(9) Ce n’est pas dire que des recherches archéologiques n’ont pas été entreprises dans l’île. Nous en avons une première trace dans l’article W.Walter Bourke « Some archeological notes on monthon Phuket » in Journal of the Siam society, volume 2 de 1905. Il faut toutefois noter qu’à cette date le monthon (มณฑล) de Phuket, résultant des réformes administratives de Rama V en 1897 et créé en 1898, dont Phuket-ville est le chef-lieu est beaucoup plus vaste que l’actuelle province qui est l’île. Il s’étend depuis Ranong au nord jusqu’à Satun à la frontière malaise, plus de 500 kilomètres du nord au sud. En ce qui concerne l’île proprement dire, les découvertes consistent essentiellement en des vestiges préhistoriques. Ils se trouvent dans les 6 ou 7 musées de l’île.

 

(10) « History of Burma INCLUDING BURMA PROPER, PEGU, TAUNGU, TENASSERIM, AND ARAKAN » (London, 1883, p. 215)

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

(11) Notons avec amusement une erreur de Forrest que malheureusement Gerini n’a pas relevée : Elle n’est pas l’enfant numéro 32 du roi mais le numéro 31. A tout péché miséricorde ! Voir พระราชาประวัติ ๙ ราชากาล แห่งราชวงศ์จักรี (« liste des neuf rois de la dynastie Chakri »).

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».

(12) La fausse pucelle de Saragosse était en effet née à Barcelone.

 

(13) https://thalangmuseum.wordpress.com/

H14 - LA VÉRITABLE HISTOIRE DES « DEUX HÉROÏNES DE PHUKET ».
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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 22:11
H13 - IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM

La philatélie vient souvent au secours de l’histoire. La Thaïlande et la Russie viennent de célébrer par l’émission d’un timbre-poste en juillet 2017 l’anniversaire de « 120 ans de relations entre la Russie et la Thaïlande »

H13 - IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM

...comme elles avaient célébré le centenaire de la même façon en 1997. 

H13 - IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM

Notre propos n’est pas de nous pencher sur la politique de l’Empire Russe en Asie de l’est et au Siam jusqu’à l’écroulement de 1917 mais de rappeler brièvement ce en quoi la France fut concernée et  le fut en première ligne.

H13 - IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM

L’histoire de ces rapports est essentiellement celle d’une amitié personnelle entre le Tsar et le Roi Chulalongkorn, entre deux souverains que tout n’oppose pas. Elle est aussi celle du premier Ambassadeur Siamois à Bangkok, Alexandre Olarovski qui, de 1897 à 1906 joua un rôle déterminant autant que difficile dans les rapports franco-siamois. Inconnu à notre connaissance de tous ceux qui ont écrit sur l’histoire tumultueuse de ces rapports, il fait l’objet d’une longue étude de Madame Karen Snow en 2007 dans les « Cahiers du monde russe » fondée pour l’essentiel sur des sources russes qui nous sont totalement inaccessibles et sur des archives nouvellement mises en ligne qui ne nous le sont pas moins (1).

H13 - IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM

Elle a été précédée d’une étude de Yevgeny D. Ostrovenko dans le journal de la Siam society  tourné plus volontiers sur l’aspect culturel et sur les liens personnels à l’origine de l’amitié russo-siamoise (2).

H13 - IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM

Nous savons ce qu’était le Siam sous les règnes successifs de Rama IV (1851 – 1868) et de Rama V, le Roi Chulalongorn, né en 1853 dont le règne s’étend  de 1870 à 1910 mais effectif depuis sa majorité en 1868. Nous avons consacré plusieurs articles à son ouverture vers l’Europe (3).

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En Russie, le Tsar Alexandre III règne de 1881 à 1894.

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Son fils, le futur Nicolas II est né en 1868 et régnera de 1894 jusqu’à son assassinat en 1917. L’Empire va s’ouvrir à la modernisation, Alexandre II a déjà aboli le servage de ses Moujiks en 1861, bien avant que le Siam n’abolisse l’esclavage.

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L’homme politique marquant est Sergei Witte qui occupa divers postes ministériels ou diplomatiques de premier plan à partir de 1888. 

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Alexandre III favorisa une industrialisation fulgurante. Il commença en 1891 la construction du chemin de fer transsibérien de Moscou à Vladivostok. Ne citons que quelques chiffres, entre 1890 et 1913, la production minerai de fer est multiplié par cinq et celle de charbon par huit. Entre 1897 et 1907, les 3.000 puits de pétrole de Bakou, forés à partir de 1873, font de l’Empire russe le premier producteur de pétrole dans le monde. Entre 1899 et 1901, Bakou produisait 50 % de la production mondiale de pétrole. 

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Alexandre III va par ailleurs être le moteur de l’alliance franco-russe qui débuta par un geste significatif de sa part lorsqu’il accepta bien à contre cœur que son pays participe à l’exposition universelle de Paris en 1889 célébrant le centenaire de notre révolution (4).

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Conclue de façon secrète en 1891 et formalisée en décembre 1893, elle fut accueillie avec enthousiasme par les Français, ce qui va permettre à Witte de financer un ambitieux programme économique en ponctionnant les économies des épargnants français – des milliards de franc-or par les fameux emprunts russes à partir de 1888.

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La Russie à cette époque a sa capitale à Saint-Pétersbourg. Son territoire est immense, près de 22 millions de kilomètres carrés, elle est et elle l’est resté, le plus grand pays du monde, 1/6ème des terres émergées du globe.

Les trois quart de ce territoire se situent en Asie de l’Est.

C’est aussi le pays le plus peuplé du monde avec 130 millions d’habitants recouvrant une foule d’ethnies. Elle n’a pas à proprement parler de vocation coloniale comme la France et l’Angleterre. Son extension vers l’ouest (Finlande, Pays baltes, Pologne, Ukraine) est destinée à constituer un glacis, Charles XII de Suède et Napoléon ont laissé un mauvais souvenir. Son expansion vers l’Est s’est arrêtée à Vladivostok sur l’océan pacifique. Point n’est besoin d’aller chercher ses matières premières en Afrique comme les Français et les Anglais. La gigantesque Sibérie abonde en ressources minières qui ne sont encore pas toutes mises à jour au XXIe siècle. Elle possède les gigantesques gisements de kérosène (comme on dit alors) de Bakou en Azerbaïdjan.

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Elle a abandonné sans regrets l’ « Amérique russe », l’Alaska, en 1867 aux Américains, alors une terre stérile.

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Son expansion continue vers l’est, la Mongolie, la Corée, mais elle n’a pas la vocation conquérante des Français et des Anglais et elle ne se soucie pas d’apporter aux peuplades asiates « les bienfaits de la civilisation occidentale ». L’église catholique orthodoxe russe enfin n’a jamais cherché à évangéliser les populations de l’Empire, bouddhistes musulmans, animistes à l’inverse de la France et de l’Angleterre dont les missionnaires catholiques ou protestants sont présents partout. La gestion de cet immense empire, objet de multiples mouvements centrifuges est une tâche surhumaine qui s’accommoderait mal de la gestion de territoire coloniaux comme  en Afrique ou ailleurs.

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Elle n’est pas un danger pour le Siam.

 

Par ailleurs, l’âme et la spiritualité russes sont autant asiatiques qu’orientales. Tous les nobles du pays ont du sang asiatique dans les veines, probablement même la dynastie régnante des Romanov. On se flatte volontiers dans la haute noblesse russe de porter du sang de Gengis Khan. Le Prince Esper Esperovich Ukhtomsky, précepteur puis confident de Nicolas II, pensait que la Russie avait un destin spécial en Asie centrale et en Extrême-Orient en raison de son affinité géographique, culturelle et historique avec l'Asie et une compréhension profonde des Asiatiques qui dépassait celle de toute autre puissance occidentale cherchant à se développer dans la région. Pour lui, lorsque les Européens rencontraient des indigènes, ils leurs apparaissaient comme des habitants d’une autre planète, alors que les Russes connaissaient les coutumes de l’Est de l’Asie de par leur histoire et leur géographie. Les Asiatiques comprenaient de leur côté les fondements d’un pouvoir autocratique et d’une société patriarcale (5). Sergei Witte était lui aussi imprégnés de l’idée d'affinités entre l’âme russe et l’âme asiatique, cette « énigmatique âme russe » faite d’irrationalité, de mysticisme et de démesure.

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Le Pamiat Azova, tout neuf croiseur et fleuron de la marine russe arrive dans le golfe de Siam au printemps de 1891 avec à son bord le Tsarévitch alors âgé de 23 ans, le  futur Tsar Nicholas II

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...accompagné du prince Ukhtomsky.

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Cette visite va marquer une étape essentielle dans la politique étrangère russe en Asie du Sud-Est. Au cours de cette tournée commencée en 1890 et 1891, le Tsarévitch fit escale à Batavia et Singapour avant Bangkok. A son retour, elle se termina par l'inauguration du chemin de fer transsibérien. Le seul mauvais souvenir du futur Tsar fut la chaleur excessive qui le contraignit à passer son temps en bras de chemise.

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Le Roi Chulalongkorn, une fois sa minorité et la régence ayant pris fin, règne effectivement depuis 1873. Dès la fin des années 1870, il avait à de nombreuses reprises exprimé le souhait d'établir des relations diplomatiques permanentes avec la Russie. Les officiers de marine russe dont les navires venaient périodiquement faire escale à Bangkok portèrent au Tsar russe les premières lettres royales contenant ses intentions de développer une coopération commerciale, diplomatique et culturelle avec la Russie. Ils furent aussi les premiers à faire connaître le Siam au public russe.

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La visite de l'héritier, dont ce n’était qu’une partie du voyage, son « grand tour », va permettre l’envol de ces relations bilatérales bien qu’elle n’ait pas le statut de visite officielle. Elle va ouvrir une période de rapports bilatéraux qui seront moins des rapports de chef d’état à chef d’état, de pays à pays que des rapports personnels et amicaux comme le monarque siamois n’entretint avec nul autre chef d’état.

Autocrates tous deux, l’un est « Tsar et autocrate de toutes les Russies » et l’autre « maître de la vie », et ils considèrent que leurs pays ne sont pas mûrs pour le passage immédiat et sans heurt à un régime représentatif (6). Il sera imposé à Nicolas II pour son malheur en 1906 et au Siam en 1932.

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Le prince héritier russe et son entourage furent accueillis fastueusement. Le Prince Ukhtomsky, poète et géographe, son mentor qui devint plus tard le confident du Tsar écrit « des livres, nous connaissions vaguement l'hospitalité de la Cour de Siam. Ce que nous voyons aujourd'hui surpasse l'imagination » (5).

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Le Roi Chulalongkorn accueillit personnellement le jeune héritier, le logea à l’Hôtel Oriental.... 

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le décora de l’ordre de Chakri

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et organisa en son honneur de fastueuses festivités à Bangkok et au Bang Pa In Palace.

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Quelques mois plus tard, un capitaine de la marine russe fit remettre au roi une lettre de remerciement d'Alexandre III accompagné de la grande croix de l'Ordre de St André, le plus prestigieux des ordres russes et la première décoration russe reçue par un membre de la famille royale siamoise.

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Une visite plus protocolaire fut effectuée en Russie en novembre 1891 par le prince Damrong, frère du roi Chulalongkorn alors directeur général du Département national de l'éducation du Siam. Il fut accueilli par le Tsar à Livadia, la somptueuse résidence impériale d'été sur la mer Noire.

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Le prince remit au Tsar l'Ordre de Chakri et une lettre de son roi confirmant l'intention de développer des relations amicales entre les deux pays. À partir de 1891, les visites officielles et les contacts personnels ou les correspondances entre la famille impériale et la famille royale vont se multiplier. Par ailleurs, à la même époque, la Russie étend ses intérêts essentiellement commerciaux en Chine et en Extrême-Orient et avait nommé des consuls dans les ports les plus importants de l’Asie du Sud-Est – Singapour et Indes orientales néerlandaises en particulier - dont la mission était de protéger les intérêts commerciaux et maritimes de la Russie tout en entretenant des relations diplomatiques avec les puissances coloniales en place. Selon les périodes, ils étaient surtout chargés de prospecter la région pour rechercher des zones de stockage du charbon pour approvisionner les navires, de nouveaux marchés et observer de près les dirigeants coloniaux mais en aucune façon se mêler de leurs affaires. La seule exception à cette règle fut la nomination d’Alexandre Olarovski (7). L’activité de ce diplomate sera le signe d’une nouvelle approche des rêves tsaristes en Asie au tournant du siècle, des ambitions impériales en Asie du Sud-Est et en Chine et de l’établissement de relations avec l’Empire colonial français en Indochine comme nous allons le voir.

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A la mort de son père Alexandre III, Nicolas II monte sur le trône en 1894. En 1896, le Gouvernement impérial invite un représentant siamois à participer aux festivités du couronnement du nouveau Tsar. Un an plus tard, le Roi Chulalongkorn effectue une visite en Russie. Les plus fastueux honneurs et la plus fastueuse hospitalité lui sont réservés. Il est reçu en souverain égal aux monarques européens. Il arrive à Saint-Pétersbourg le 19 juin 1897 par le train impérial spécial, il a été accueilli à la station New Peterhof par les membres de la famille impériale et une escorte militaire de la garde. De la gare, le roi se dirigea vers le palais Peterhof, la résidence d'été impériale, où il est accueilli par le Tsar.

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Les dix jours suivants, il visite Saint-Pétersbourg, Moscou et la grande base navale russe à Kronstadt sur la mer noire.

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Cette visite fit la une de la presse moscovite tout autant que celle de la presse française lors du passage à Paris notamment de la Gazette de Saint-Petersbourg qui appartient alors au Prince Ukhtomsky.

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Il y découvrira au passage le prestigieux Fabergé, joailler du Tsar qui deviendra le sien (8). Ses acquisitions seront – avec celles qu’il fit chez Cartier à Paris – à l’origine de sa réputation d’homme de goût … et  de la fabuleuse collection de joyaux de l’actuelle famille royale

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Nicolas II et le Roi Chulalongkorn décidèrent alors de l’établissement de relations diplomatiques et de la préparation d’un Traité d’'amitié et de navigation maritime, qui sera signée les 11 et 23 juin 1899 accordant à la Russie le bénéfice de la nation privilégié. Il est curieux de constater que ce traité fut rédigé en trois langues, siamois, russe et français toutes trois ayant même valeur. Ceci est dit pour rappeler que tout ce que la Russie compte de distingués depuis la Cour jusqu’à ses élites intellectuelles, parlent français peut-être plus volontiers que le Russe (9).

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Les monarques convinrent également que le prince Chakrabongse, deuxième fils du roi Chulalongkorn, viendrait en Russie poursuivre ses études et un entraînement militaire. Ce choix est significatif, car le prince était le préféré de son père qui le destinait à lui succéder. D’autres fils avaient été dispersés dans les Universités ou écoles militaires européennes, Prusse ou Angleterre en particulier mais le préféré va à Moscou. Ce fut son intempestif mariage à Constantinople avec une Russe de religion catholique orthodoxe qui lui fit perdre les droits à sa lignée (10).

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Suite à la décision des deux souverains, l'échange de représentants diplomatiques a eu lieu en 1897 et 1898. Phraya Suriya Nuvat, ministre siamois du roi Chulalongkorn en Europe en résidence à Paris, fut invité à la Cour impériale de Saint-Petersbourg. Il avait d’ailleurs accompagné le roi lors de son voyage en Russie et avait été présenté à Nicolas II.

En 1898, Alexander Olarovski, diplomate confirmé, alors consul général de Russie à New York, officiellement transféré au Siam, est nommé chargé d'affaires et consul général puis rapidement ministre résident.

Ses instructions, personnellement approuvé par le tsar, étaient claires de la part du ministre russe des Affaires étrangères, le Comte Mikhaïl Nikolaïevitch Mouraviov. Ce sont des indications concernant la politique russe envers Siam « Votre conduite doit intégralement porter l'empreinte de l'attention favorable que notre monarque d'augure est disposée à étendre à la personne du roi du Siam ainsi qu'à la fortune de son peuple; Vous devrez respecter la sincérité et la chaleur qui sont à la base de nos relationsVotre conduite devra répondre aux attentes de ce pays de la part de la Russie pour la sauvegarde de ses intérêts et lui apporter le soutien moral nécessaire dans une lutte inégale avec ses puissants voisins ».

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Ce dernier alinéa nous rapproche évidemment des rapports entre la France et le Siam. Il va susciter de sérieuses préoccupations britanniques quant à son influence à la cour.

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Un rôle diplomatique capital entre le Siam et la France

 

Ne nous attardons pas au rôle qu’il joua dans le commerce international entre les deux pays. Il a acquis de son passage aux Etats-Unis la certitude de l’importance sinon de la prédominance de l’économique sur le politique. Les résultats ne furent pas à la hauteur de ses espérances, de celle de Witte et de celle du Tsar. Les exportations russes de kérosène vers le Siam n'étaient pas compétitives par rapport au kérosène américain, et l'importation de teck et de riz continuaient à passer par les ports britanniques. L’implantation de  sociétés russes ne fut pas un succès. L’ambassadeur le mit sur le compte d’un système fiscal trop lourd qui décourageait les investissements à l’étranger et sur la concurrence farouche des Japonais, des Américains et des Allemands qui avaient obtenu le marché de la construction des chemins de fer dans les années 1890.

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Entre 1898 et 1902, Olarovski eu des contacts étroits avec le roi Chulalongkorn, mêlé aux négociations délicates entre les Français et les Siamois. Son influence diminuera toutefois avec les négociations franco-siamoises en 1904 et la défaite de la Russie dans la guerre russo-japonaise de 1904-1905 au cours de laquelle le monde découvrit avec stupéfaction que le colosse était un « colosse aux pieds d’argile ».

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Effectuons un bref retour en arrière.  L’un des initiateurs et organisateur du voyage du Tsarévitch en Asie avait été le premier consul de Russie à Singapour, A.M. Vyvodtsev, nommé en 1890. Le Tsarévitch le rencontra lors de son périple asiatique. Celui-ci lui souligna le potentiel de Siam pour le commerce russe mais aussi comme une base de collecte d'informations sur les affaires asiatiques. Vyvodtsev avait été chargé par le ministère des Affaires étrangères d'accorder une attention toute particulière aux actions des Français et des Britanniques au Siam. Dans ses rapports au ministère dans la première moitié des années 1890, il rapporta en détail les efforts du Siam pour maintenir son indépendance entre les empiétements de la Grande-Bretagne et de la France et, en 1893, il avait envisagé la possibilité que dans les trois ans, le Siam puisse devenir une colonie britannique ! Pour lui il était essentiel qu’un Siam indépendant constitue une zone tampon entre l'Empire britannique des Indes et de la Birmanie et l'Indochine française. En 1893, le Roi Chulalongkorn avait envoyé un télégramme au Tsar Alexandre III lui demandant son intervention dans son différend avec les Français. Le Tsar ne put alors intervenir puisqu’il était en cours de négociation avec la France pour une alliance vitale pour son pays dans le contexte européen.

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Mais ce furent les difficultés du roi Chulalongkorn avec la France qui permirent à Olarovski agissant comme médiateur de tenter d'étendre l'influence politique de la Russie au Siam. Le tsar et son ministère des Affaires étrangères l'avaient expressément chargé de procurer « assistance bienfaisante » et un « soutien moral » dans « la lutte inégale de Siam contre ses puissants voisins » qui «doit être exempt de tous motifs égoïstes pour en tirer profit. »

Nous savons que dans les années 1890, la France déclencha ses opérations pour obtenir son contrôle sur le Laos, traditionnellement sous contrôle Siamois. En 1893 éclata l’incident de Paknam et l’envoi des canonnières sur le Chaophraya. Le Siam dû céder aux exigences des Français, une indemnité de trois millions avec cession de l'ensemble du Laos à l'est du Mékong, création d'une zone démilitarisée de vingt-cinq kilomètres sur la rive ouest du Mékong et occupation des provinces côtières de Chanthaburi et Trat. Alarmée par les actions françaises en 1893, la Grande-Bretagne avait conclu un accord avec la France en 1896 sur leurs zones d’influence respectives.

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Mais le parti colonial français agissait de plus fort en vue de l’extension des droits de ses « protégés » et d’une révision du traité de 1893. Face à la France, les Britanniques voulaient conserver un Siam indépendant comme état tampon sans surtout risquer une confrontation militaire en intervenant dans le différend franco-siamois. La Russie alliée des Français et rivale de la Grande-Bretagne y vit une ouverture diplomatique pour contribuer à l'indépendance de Siam. En 1897, lors de sa visite en Europe, le roi avait été satisfait de sa réception officielle par le gouvernement français et certaines tensions avaient été atténuées, mais il restait encore plusieurs problèmes non résolus : la question de la zone démilitarisée de 25 kilomètres sur la rive droite du Mékong, celle de Battambang et Siem Reap, celle de Luang Prabang sur la rive gauche et l'enregistrement massifs des protégés bénéficiant de privilèges d'extraterritorialité. Sur ces questions, Albert Defrance, ambassadeur à Bangkok de 1895 à 1907 avait adopté une approche « rigoureuse ». Le gouvernement russe pense alors que la médiation de la Russie dans ce conflit pourrait conforter sa position au Siam. Olarovski craignait par ailleurs qu’une attaque française donne prétexte aux Britanniques d’une expansion vers la Chine par la Haute-Birmanie. La connaissance d'Olarovski des problèmes régionaux ne pouvait que renforcer cette approche impériale.

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De 1898 à 1901, il va tenter de résoudre les problèmes entre la France et le Siam. Au cours de l'été 1898, le roi Chulalongkorn était préoccupé par les exigences françaises au sujet de ses protégés. Olarovski proposa qu'un recensement des sujets français soit mené de concert par la Russie, la France et le Siam sur la rive droite du Mékong. Ce fut refusé par les Français. Or Olarovski avait craint que l’intransigeance française ne conduise les Siamois à chercher le soutien de l’Angleterre qui saisirait alors l'occasion de faire du Siam un protectorat. En décembre 1898 des incidents frontaliers éclatent à Battambang à l'est du Mékong dans la zone occupée par le Siam. Olarovski suggère alors au ministère russe des Affaires étrangères d’intervenir personnellement et d’entamer des négociations avec Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine. Il savait que Doumer était désireux à la fois de construire le chemin de fer du Tonkin-Yunnan et de calmer les tensions entre les deux pays. Son ministre fut réticent mais Olarovski au cours de plusieurs réunions avec le prince Dewavongse réussit à le convaincre que Doumer était ouvert à la négociation et à accepter une rencontre personnelle entre le Roi Chulalongkorn et Doumer. Les efforts d'Olarovski pour convaincre à la fois Doumer et les Siamois de négocier sont amplement décrits dans les mémoires de Kalmykow qui fut son attaché d’Ambassade et dans celles de Paul Doumert (11). Celui-ci, accompagné de Madame Olarovski, va à Saigon rencontrer Doumer pour le convaincre de la sincérité des Siamois et préparer l'arrivée des plénipotentiaires siamois à Saigon.  En retour, Doumer se rend au Siam en avril et Olarovski a organisé des rencontres secrètes entre lui et le roi auxquels il assiste. En fin de compte, le roi Chulalongkorn considère les résultats comme satisfaisants et Doumer va plus tard annoncer, le 21 avril 1899, qu'il avait résolu tous les problèmes avec le roi, de petites concessions territoriales, des concessions aussi sur l'enregistrement protégés français, et l’engagement de conseillers militaires civils dans le gouvernement siamois. Pour Olarovski, c’est un succès. Mais il apparut ensuite que Doumer avait exagéré le succès des négociations puisque Olarovski  confirma plus tard que le roi n'avait pas accepté la désignation de conseillers militaires français. En tout cas, le gouvernement français ne tint pas compte de ces discussions. Il désigne alors Albert Defrance comme négociateur principal et les réunions furent organisées à Paris, ce qui fit perdre à Olarovski une partie de sa crédibilité auprès du gouvernement siamois. En septembre 1899, une nouvelle série de discussions se déroula à Bangkok sous l’égide de Defrance. Olarovski intervient toujours comme médiateur.  A la fin d'octobre 1899, les pourparlers sont au point mort. La correspondance de l’ambassadeur russe à son ministre des affaires étrangères fait état de sa colère face  à l'attitude intransigeante des Français.

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Plus tard, lors d’une visite en Russie en 1900, il y présente une proposition acceptée par le Siam : céder Battambang à la France en échange de l’évacuation de Chanthaburi. En février 1900, le gouvernement français ordonne à Defrance de mettre fin aux négociations sans aucune raison apparente, même si la rédaction d'une convention était en cours.

Le roi Chulalongkorn écrit alors à Nicolas II à l'été 1900 pour lui faire part de sa déception face aux négociations sur les questions relatives à l'enregistrement des protégés français, à la cession de la rive-est du Mékong et à l'évacuation de Chanthaburi : « Nous étions prêt à donner à la France, qui a tout à gagner, autant qu'il est possible de donner, alors que sa part de la France ne nous donne rien ».

Finalement, en septembre 1901, la France a envoyé un nouveau négociateur en la personne d’Antony Klobukowski, nouvel ambassadeur à Bangkok, qui demande à Olarovski d’intervenir encore comme médiateur dans les entretiens. Parallèlement, Olarovski continue à discuter à Saigon avec Doumer qui était apparemment en bons termes avec Klobukowski. Il est indubitable que les connexions de Olarovski au sein du gouvernement siamois se sont révélées utiles aux Français. Mais la France n’assouplit pas ses exigences, ce que le roi siamois considère comme une limite à sa souveraineté. Il est de plus en plus méfiant face aux intentions de la France d'évacuer Chathaburi. Olarovski va alors tenter de convaincre les Siamois d'accepter les conditions françaises. À la fin de novembre 1901, Olarovski remet au roi un télégramme du tsar lui suggérant de régler au plus vite son différend avec la France. Le roi de Siam s’alarme. Lorsque son ministre rencontre le ministre des Affaires étrangères de la Russie, le comte Wladimir Lamsdorf, il accuse Olarovski de l’inefficacité de sa médiation au nom de Siam.

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Le diplomate reçoit alors l’ordre de quitter la table des négociations. En mai 1902, les Français envoient des troupes à Chanthaburi.  Le roi Chulalongkorn appelle le Tsar à l’aide. Olarovski fait part à son ministre de la conviction du roi Chulalongkorn que la France ne négocie pas de bonne foi. Ce seront les négociations ultérieures entre la France et le Siam en 1904, menées par un négociateur américain, qui aboutiront au règlement au moins partiel de la question des protégés. En 1907 les Français abandonnèrent complètement les revendications de juridiction sur leurs protégés. Chanthaburi est évacué en 1906, en contrepartie de la cession par le Siam des provinces de Battambang, Siem Reap et Sisophen dans le Cambodge de l'Ouest. A cette époque, les Français se tournaient plus volontiers vers l’Afrique ce qui facilita les négociations.

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Dès 1901 ou 1902, Olarovski avait peut être atteint ses limites ?  Le roi a pu penser que sa médiation était motivée par l'opportunisme et non par une préoccupation réelle de la situation du Siam. En 1902, la déception du roi Chulalongkorn lui a fait penser que le diplomate russe était peut-être disposé à sacrifier les intérêts de Siam si c'était dans les intérêts de la Russie. Certes, Olarovski a pu rêver d'une prédominance russe en Asie de l'Est avec l'aide des Français en Indochine. Les historiens russes considèrent qu’il fut en tous cas sincère dans ses efforts pour aider les Siamois face aux tentatives de l'expansionnisme peut-être imprudent des Français et leur manque de lucidité sur la nécessité de laisser au Siam son rôle d’état tampon. Lucide, il voyait  le danger pour la France de risquer un autre incident de Fachoda avec la Grande-Bretagne.

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Le roi Chulalongkorn avait cru à la sincérité d'Olarovski et espérait que le gouvernement russe se révélerait utile dans son combat. En 1902, il va se tourner vers d'autres soutiens pour s’opposer aux incursions coloniales sur ses territoires. À la fin de 1901, Olarovski se plaignit de sa difficulté à rencontrer le roi et à l'influence des Japonais sur des ministres comme les princes Damrong et Devawongse qui tentaient de limiter l'implication du roi dans les négociations avec les Français. De 1901 à 1904, il décrit l'influence politique croissante du Japon au sein des ministères des affaires étrangères, des affaires intérieures et de la justice. Il est alors convaincu que le Japon cherche à attiser l'antagonisme entre l'Angleterre, la France et l'Allemagne. À l'époque, la Russie était en concurrence avec le Japon en Mandchourie et en Corée et considérait les Japonais avec autant d’envie que de méfiance. En 1902, le ministre-résident japonais Inagaki  commence à jouer un rôle important dans les milieux politiques et économiques siamois. La même année, le Japon conclut une alliance avec l'Angleterre et, à l'époque, douze citoyens japonais sur un total de cent trente étrangers au Siam travaillent pour le gouvernement siamois dans presque toutes les branches du gouvernement. Le prince Damrong, alors ministre de l'Intérieur, la plus haute position politique dans le gouvernement, est ouvertement favorable au Japon. En 1904, Olarovski s’alarme d’apprendre que Inagaki avait proposé au Siam la signature d’une convention pour un bail de vingt-cinq ans sur l'île Ko Khram, au large de Chantaburi probablement pour y mettre en place une station de charbon. Il y vit non sans raisons la recherche par les Nippons d’une base pour leurs patrouilleurs pour surveiller la flotte russe du Pacifique. La proposition fut finalement refusée par le Prince Devawongse mais les tensions croissantes de la Russie avec le Japon se terminèrent par la guerre de 1904-1905 et la fin des ambitions russes dans cette région du globe.

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De leur côté, les Britanniques intensifièrent leur campagne contre l'influence russe au Siam, inquiets des contacts étroits d'Olarovski avec le palais, de sa participation aux négociations françaises et de l’association avec les Danois, qui constituaient une éventuelle menace économique pour leur commerce.

La mort de Prabporapak en 1899 avait déjà sérieusement diminué l'influence de la Russie à la cour. La signature de l'alliance anglo-japonaise en 1902 consolida la position de la Grande-Bretagne et réduisit encore l'influence de la Russie.

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Olarovski fut un intermédiaire utile au roi Chulalongkorn pour faire face aux revendications françaises entre 1898 et 1902. Il travailla à l'avantage du Siam. Son contact personnel avec le roi et ses fonctionnaires lui ont également permis de transmettre utilement à son ministre des renseignements sur les attitudes respectives des Siamois et des Français. Sur le front européen, le tsar et le ministère russe des Affaires étrangères sont également intervenus au nom de Chulalongkorn par l'intermédiaire de l'envoyé russe à Paris pour modérer ou tenter de modérer les exigences de la France dans les négociations entre 1898 et 1902. Bien qu'ils n'aient pas réussi à maintenir au Siam les territoires du Laos et du Cambodge, cela permit de maintenir vaille que vaille son existence en tant qu'état tampon et aida à freiner d'autres ambitions françaises. Mais à partir de 1902, le roi Chulalongkorn dut chercher d'autres soutiens pour résoudre ses problèmes avec les Français, et plus encore après que l'image de la Russie eut encore été ternie par sa perte de la guerre de 1904-1905 contre le Japon. Bien que Siam ait adopté une position de stricte neutralité, le gouvernement était généralement favorable aux Japonais. La débâcle militaire de la Russie fit disparaître la foi du roi Chulalongkorn dans son influence internationale. Il décida alors de ne plus en envoyer aucun de ses fils étudier en Russie. Le retour du prince Chakrabongse de sa formation militaire en Russie en 1906 n'avait pas permis d'améliorer les relations car son mariage avec une femme russe orthodoxe avait causé à Chulalongkorn une peine et une colère immenses.

A la mort du roi Chulalongkorn en 1910 l'apogée de l’influence politique russe au Siam avait définitivement disparu.

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Olarovski quitta le Siam en 1907 pour le Maroc et mourut à Saint-Pétersbourg en 1910.

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Un rôle culturel de premier plan

 

Si son rôle économique ne fut pas à la hauteur des espérances, il reste au moins de lui de prestigieux souvenirs artistiques. Profondément attaché à la culture siamoise, il organisa en 1900 le déplacement des Ballets royaux du Siam à Saint-Pétersbourg qui donnèrent en particulier une représentation du Ramakian à laquelle avait déjà assisté le futur Nicolas II lors de sa visite au Siam.

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L’engouement du public russe cultivé à l’égard du Siam fut alors au moins égal à celui du public et de la presse française lors de l’épopée Louis XIVème. La mode s’en mêla même puisque le célèbre Karl Fabergé, fondateur de la Maison de Fabergé et bijoutier impérial, dont le roi Chulalongkorn fut toujours un fidèle client créa une riche collection de bijoux aux motifs siamois.

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L’art siamois va  ainsi entrer dans les Musées russes essentiellement à son instigation.

En 1906, un officiel du « musée russe d’anthropologie et d'ethnographie » («  Kunstkamera »), l'un des plus grands musées ethnographiques d'Europe à Saint-Pétersbourg furent envoyés à Bangkok et Ayutthaya pour réunir échantillons de sculpture et d’art siamois :

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144 objets, sculpture, armes traditionnelles, instruments de musique, céramique, vêtements, pièces de monnaie et billets de banque, masques utilisés par les danseurs de ballet royal siamois qui ont joué en 1900,

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outils de pêche traditionnels, modèles de bateaux de pêche et de chantiers navals. Y figurent encore les cadeaux royaux offerts par le roi Chulalongkorn au futur Tsar Nicolas II lors de sa visite de 1891 : un sabre, une épée

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et une dague siamoise, tous décorés avec pierres et métaux précieux.

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Les Tsars savaient choisir des Ambassadeurs d’une grande culture. Notons enfin, quitte à nous égarer en dehors de notre sujet, que dans le très célèbre Musée de l’Ermitage,

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on trouve encore quelques centaines d’objets d’art collectés par l’ambassadeur Georges de Plançon de Rigny, successeur d’Olarovsi entre 1911 et 1914 :

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sculptures religieuses en bois, en bronze et en argile, objets religieux et œuvres d'art datant du XIVe au XIXe siècle. Les pièces maitresses en sont un rarissime « Pachekabuddha » du XVIe siècle venu du Lanna

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et un  « Bouddha aravidjaya » du XVIIe siècle venu aussi du Lanna. S’y trouvent également d’autres cadeaux offerts par le roi au Tsarévitch en 1891, une paire de défenses d'éléphant, une paire de chandeliers et une épergne (dessus de table). Les chandeliers à trois branches ont été fabriqués spécialement pour la visite de l'héritier russe et offerts au Tsarévitch par le roi de Siam lors d'un dîner au Bang Pa In Palace  le 22 mars 1891.

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NOTES

 

(1) Référence électronique KAREN SNOW, « St. Petersburg's Man in Siam », Cahiers du monde russe mis en ligne le 01 janvier 2007 :

 http://monderusse.revues.org/9032

 

(2) « RUSSIAN-THAI RELATIONS : HISTORICAL AND CULTURAL ASPECTS » in Journal of the Siam society volume 92 de 2004.

 

(3) Voir en particulier nos articles 148.1, 148.2 et 153 « Le premier voyage en Europe du Roi Chulalongkorn en 1897 » :

htmlhttp://www.alainbernardenthailande.com/article-148-1-le-premier-voyage-en-europe-du-roi-chulalongkorn-en-1897-124232693.htmlhttp://www.alainbernardenthailande.com/article-148-2-le-premier-voyage-en-europe-du-roi-chulalongkorn-en-1897-124244720.html http://www.alainbernardenthailande.com/article-153-le-roi-chulalongkorn-en-guise-de-conclusion-124549116.html

 

(4) Voir Laurence Aubain « La Russie à l'exposition universelle de 1889 » In  Cahiers du monde russe, vol. 37, n°3, juillet-septembre 1996.

 

(5) Prince E. Ukhtomski, Travels in the East of Nicholas II, Emperor of Russia When Cesarewitch 1890–1891, traduction anglaise, 2 volumes, Londres, 1896. 

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(6) Voir notre article A – 194 « LE PREMIER PROJET DE CONSTITUTION DE 1885 » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/le-premier-projet-de-constitution-de-1885.html

 

(7) Le nom peut-être orthographié Olorovski, Olorowski ou Olarowski.

 

(8) Voir le très bel article de Christel Ludewig McCanless et Annemiek Wintraecken « FABERGÉ IN THE COURT OF SIAM » présenté au Symposium In Search of Empire: The 400th Anniversary of the House of Romanov Columbia University, février 2013.

 

(9) Pour la haute société de Saint-Pétersbourg, parler français était devenu plus naturel que parler russe. Paul Ier qui régna la seconde moitié » du XVIIIe siècle communiquait lui-même presque exclusivement en français.

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Pouchkine, par exemple, parlait mieux français que russe.

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(10) Voir notre article 175 « La « Loi du Palais » pour la succession royale en 1924 ». Sur cette belle romance, lire Eileen HUNTER et Narisa CHAKRABRONGSE, « Katya and The Prince of Siam », River Books, Bangkok, 1994.

 

(11) Andrew D. Kalmykow, « Memoirs of a Russian Diplomat: Outposts of the Empire, 1893-1917 », New Haven: Yale University Press, 1971. –

Paul Doumer « Indo-Chinefançaise (souvenirs) », 1905.

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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 22:02
H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

La princesse Sudawadi (สุดาวดี) devenue princesse - ou plutôt kromluang - Yotathep (กรมหลวงโยธาเทพ), fille unique du roi Naraï, a intrigué sinon fasciné les étrangers français et hollandais. Auréolée d'un grand mystère, cruelle et autoritaire, peut-être avec un tempérament de Messaline, cette princesse qu'aucun occidental ne vit jamais, fit l'objet de toutes les rumeurs et de tous les fantasmes. Elle est l’une des rares femmes de sang royal qui ont marqué l’histoire d’Ayutthaya. Elle vécut sous quatre règnes, fille de roi, reine et mère de roi mais pourtant elle reste presque ignorée des chroniques siamoises. Seul un médecin Franco-batave du Palais eut le privilège de la rencontrer … et peut-être quelques soldats portugais « de rencontre » pour des motifs que la morale réprouve. Le seul homme qu’elle rencontrait était le roi Naraï son père. 

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Son favori Phauklon lui-même ne put jamais la rencontrer, elle lui ferma toujours sa porte.

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Nous avons parlé à de multiples reprises des « Chroniques royales d’Ayutthaya » traduites par Richard D. Cushman pendant 20 ans et publiées en 2006. Elles sont une source importante sinon fondamentale pour écrire l’histoire du royaume d’Ayutthaya (1351-1767) mais au vu d’une conception siamoise de l’histoire avant que le prince Damrong (1862 –1943), fils du roi Mongkut, le « père de l’histoire siamoise » fit sortir cette discipline du domaine des chroniques à la chronologie incertaine sinon fantaisiste pour la faire entrer dans le domaine moderne de la science historique. Dans notre article RH 21 (1) nous en avons détaillé certaines limites sur des règnes qui ont pourtant marqué l’histoire du Siam, traités « en coup de vent » (2). Les Chroniques seront beaucoup plus prolixes sur les périodes  - 4 règnes - qui intéressent la vie de « notre » princesse de 1656 à 1735 (3).

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La princesse a joué pendant cette période un rôle capital dans l’histoire du pays à l’époque d’Ayutthaya, comparable en importance quoique sous des formes différentes, politiques et non guerrières, à celui de Suriyothaï un siècle auparavant … deux femmes exceptionnelles qui ont marqué l’histoire du Siam, presque Reines « à part entière ». N’oublions pas que c’est au XXe siècle seulement que l’une des multiples lois constitutionnelles admit la possibilité pour les femmes d’accéder au trône (4). Et pourtant, cette position capitale, pratiquement inconnue des Chroniques, ne nous est connue que par les auteurs français et dans une moindre mesure hollandais. Il a été remarquablement souligné dans un article récent de Bhawan Ruandsilp (5) tout autant que l’impéritie, l’incohérence et les contradictions  des Chroniques en particulier en ce qui concerne la princesse.

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Sous le règne de Naraï

 

Sous le règne de Naraï, où elle acquit pourtant une position exceptionnelle, nous apprenons fort peu de choses en moins de 10 lignes concernant les membres chéris du roi dans sa famille (6) : Il avait un fils appelé le prince Noï. Après sa cérémonie de tonsure, le roi lui conféra le nom de prince Aphaitot et l’installa dans l’enceinte arrière du palais. Il avait encore une fille qu’il éleva au titre de princesse de troisième rang sous le nom de Yothathep. Il avait également une sœur qu’il éleva également au rang de princesse de troisième rang sous le nom de Yothathip (กรมหลวงโยธาทิพ) et qu’il invita à demeurer dans une autre enceinte du palais royal.

 

Naraï sur son éléphant de parade (dessin du R.P. Tachard) :

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Les Chroniques ne nous apprennent pas le nom de sa mère, épouse ou concubine de Naraï. Elle était de sang royal, princesse Suriyong Ratsami (สุริยงรัศมี). Elle aurait également été sœur ou demi-sœur de son royal époux ? L’histoire ne nous dit pas si Naraï eut à l’égard de Yothathip sa soeur les mêmes « bonnes manières » qu’à l’égard de Suriyong Ratsami ?

Ce titre de kromluang, Yothathep pour l’une, Yothathip pour l’autre (กรมหลวงโยธาเทพกรมหลวงโยธาทิพ) ne semble pas avoir été simplement honorifique. Le vocable « Luang - หลวง » est réservé aux personnes de sang royal. Les « Krom -  กรม » sont à la tête d’un département administratif. Ce sont en quelque sorte des ministres. Ces titres aujourd’hui partiellement tombés en désuétude sont nés de l’étiquette issue d’un décret du Roi Ramathobodi Ier qui est d’une effroyable complexité (7). Les chroniques ne nous en apprennent pas plus sur son rôle au cours du règne du roi son père. On la suppose née en 1656 sous le nom de Sudawadi (สุดาวดี) puisque, selon une correspondance diplomatique citée par Wikipédia (8), elle avait 25 ans en 1681.

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Que nous en disent les chroniqueurs français ?

 

 Ils l’appellent tous « la princesse-reine », ils l’ont « rencontrée » sans jamais la rencontrer puisque nul homme ne l’a jamais vue, hormis le roi bien sûr et son médecin français dont nous reparlerons compte non tenu, bien sûr, de son futur époux Petracha.

A tout seigneur, tout honneur, le chevalier de Chaumont, s’il fut un médiocre ambassadeur n’est pas un mauvais narrateur tant du moins qu’il ne cherche pas à mettre son rôle en avant (9) : Il nous décrit une princesse hautement consciente de son rang, jouissant d’un pouvoir absolu et d’une férocité certaine « il (Naraï) n'a d'enfants qu'une fille, que l'on appelle la Princesse Reine, agrée d'environ vingt-sept ou vingt-huit ans, le roi l'aime beaucoup, on m'a dit qu'elle était bien faite ; mais jamais les hommes ne la voient, elle mange dans le même lieu et à même temps que le roi, mais à une table séparée, et ce sont des femmes qui les servent qui sont toujours prosternées. Cette princesse a sa cour composée des femmes des mandarins qui la voient tous les jours, et elle tient conseil avec ses femmes de toutes ses affaires, elle rend justice à ceux qui lui appartiennent, et le roi lui ayant donné des provinces dont elle tire le revenu et en entretient sa maison, elle a ses châtiments et exerce la justice. Il y est arrivé quelquefois que lorsque quelques femmes de sa maison ont été convaincues de médisances d'extrême considération, ou d'avoir révélé des secrets de très grande importance, elle leur a fait coudre la bouche. Avant la mort de la reine sa mère, elle avait à ce que l'on dit du penchant à faire punir avec plus de sévérité ; mais depuis qu'elle l'a perdue elle en use avec beaucoup plus de douceur ; elle va quelquefois à la chasse avec le roi, mais c'est dans une fort belle chaise placée sur un éléphant et où quoi qu'on ne la voie point elle voit néanmoins tout ce qui s'y passe. Il y a des cavaliers qui marchent devant elle pour faire retirer le monde, et si par hasard il se trouvait quelque homme sur son chemin qui ne pût pas se retirer, il se prosterne en terre et lui tourne le dos. Elle est tout le jour enfermée avec les femmes ne se divertissant à faire aucun ouvrage, son habillement est assez simple et fort léger, elle est nu jambe, elle a à ses pieds des petites mules sans talons d'une autre façon que celles de France ; ce qui lui sert de jupe est une pièce d'étoffe de soie ou de coton qu'on appelle pagne, qui l'enveloppe depuis la ceinture en bas et s'attache par les deux bouts, qui n'est point plissée, de la ceinture en haut elle n'a rien qu'une chemise de mousseline qui lui tombe dessus cette manière de jupe, et qui est faite de même que celle des hommes, elle a une écharpe sur la gorge qui lui couvre le col et qui passe par-dessous les bras, elle est toujours nu-tête, et n'a pas les cheveux plus longs que de quatre ou cinq doigts, ils lui font comme une tête naissante ; elle aime fort les odeurs, elle se met de l'huile à la tête ; car il faut en ces lieux là que les cheveux soient luisants, pour être beaux, elle se baigne tous les jours même plus d'une fois qui est la coutume de toutes les Indes, tant à l'égard des hommes que des femmes ; j'ai appris tout ceci de Madame Constance qui va souvent lui faire sa cour. Toutes les femmes qui sont dans sa chambre sont toujours prosternées et par rang, c'est-à-dire les plus vieilles sont les plus proches d'elle, et elles ont la liberté de regarder la princesse, ce que les hommes n'ont point avec le roi de quelque qualité qu'ils soient, car tant qu'ils sont devant lui, ils sont prosternés et même en lui parlant » (10).

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Elle bénéficie de grandes richesses puisque le même Chaumont nous donne en annexe de son ouvrage la liste des, somptueux cadeaux qu’elle lui remit à l’attention de Madame la Dauphine, de Monseigneur le duc de Bourgogne et de Monseigneur le Duc d’Anjou (11).

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?
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H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

L’abbé de Choisy nous confirme tout à la fois sa puissance, son influence sur le roi et sa férocité : « Nous avons salué en passant l'appartement de la princesse, qui assurément nous voyait par quelque jalousie. Il ne faut pas songer à la voir. M. Constance ministre, qui est à tout moment dans le palais, ne l'a jamais vue. Voici ce qu'il m'en a conté. Elle est fille unique, et depuis la mort de sa mère elle est traitée comme la reine. Elle a ses terres, ses rentes, ses sujets, ses soldats, ses officiers ; tout cela indépendamment du roi. Tous les jours elle donne audience le matin et le soir à toutes les femmes des grands mandarins, qui n'oseraient manquer à s'y trouver l'une après l'autre. Elle est dans son trône, et toutes ces pauvres femmes sont couchées par terre, la tête baissée, dans la même posture que leurs maris font devant le roi. Sa justice est très sévère. Quand quelque dame a trop parlé, elle lui fait coudre la bouche, et quand elle n'a pas assez parlé, elle lui fait fendre la bouche jusqu'aux oreilles. Ce n'est point une plaisanterie. M. Constance m'a protesté aujourd'hui que cela est vrai ; mais vous pouvez bien croire qu'on ne fait pas tous les jours cette justice. Tous les jours elle va voir le roi deux fois, et dîne avec lui. Il est arrivé plusieurs fois que M. Constance, pour des affaires pressées, a demandé à parler au roi pendant son dîner ; on l'a fait entrer : la princesse était à table avec un petit paravent devant elle, et il ne l'a point vue. Il a pourtant souvent des affaires à démêler avec elle. Il prit l'année passée deux mille hommes dans les terres de son apanage pour les faire marcher à Cambodge ; elle gronda fort, et fut longtemps sans vouloir écouter les raisons que Madame Constance lui disait pour excuser son mari. » (12).

Qu’elle bénéficie d’une armée privée de 2.000 hommes est signe de sa puissance.

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Nicolas Gervaise insiste moins sur sa férocité que ses capacités à assumer la succession de son royal père : « L'Appartement de la Princesse Reine sa fille et de ses femmes, qui en effet le plus proche, parait par les dehors assez magnifique ; il a vue, aussi bien que celui du Roy, sur de grands jardins bien plantés ; les allées y font de petits ruisseaux qui y donnent de la fraîcheur, et qui par le doux murmure qu'ils font en coulant invitent au sommeil ceux qui se reposent sur l'herbe toujours verte, dont ils font bordés. La Princesse qui est issue de son Mariage n'a point dégénéré de la vertu et des grandes qualités de sa mère, si j'en croie ceux qui l'ont vue avant qu'elle eût atteint l'âge de quatorze ans ; car sitôt que les Princesses ont passé cet âge elles ne se font plus voir aux hommes, et leurs frères mêmes ne leur parlent plus, qu'au travers d'un rideau : Sa taille passe la médiocre ; elle a la bouche assez belle, les yeux noirs & bien fendus, le teint plus blanc que les autres ; fon nez est un peu trop plat pour être bien fait, mais il y a dans tout ce qu’elle fait un certain je ne sais quoi de fort engageant et de fort agréable. Cet art qu'elle a de plaire à toutes les femmes qui la peuvent voir, est soutenu par une solidité de jugement et par une vivacité d'esprit dont l'heureux et juste assemblage n'est pas toujours le partage de celles de fon sexe. Le Roi qui connait mieux que qui que ce soit les bonnes qualités de cette Princesse, voulut il y a trois ou quatre ans les mettre à l'épreuve. Comme elle est l'héritière présomptive de sa couronne, un jour il se fit un plaisir de la lui mettre sur la tête, et de lui donner pour deux fois vingt-quatre heures seulement le gouvernement de son royaume. Elle y surpassa ses espérances, car elle raisonna fur les affaires les plus difficiles qu'il lui fit proposer par son Conseil, comme si elle y eût été élevée toute fa vie ; et sa pénétration naturelle suppléant au défaut  d’expérience, elle fit connaitre qu'elle était née pour le Trône, et qu'elle saurait fort bien le remplir quand elle y serait appelée. Il n'y a qu'une chose qu'on lui puisse justement reprocher, c'est que sa vertu est un peu trop austère; car on l'a vue pour les moindres fautes, & pour de simples médisances  dont ses filles d'honneur s'étaient rendues coupables envers leurs compagnes les faire raser en sa présence, & par ce châtiment les déshonorer pour le reste de leurs jours (13).

 

Il est par ailleurs le seul à nous en donner une description physique dont la valeur est probablement toute relative.

 

Son portait  ci-dessus (cabinet des estampes de la bibliothèque nationale) est évidcemment de pure fantaisie :

Le Père Tachard (14) est plus bref : « La princesse, fille unique du roi, a pareillement sa cour et son conseil composés des femmes des principaux mandarins. Elle a de l'esprit et de la vivacité, et elle fait paraître dans le gouvernement des provinces, que le roi lui a données, beaucoup de sagesse et de modération, elle n'est servie que par des femmes, et nul homme ne l'a jamais vue ni en public ni en particulier ».

Il nous donne de son coup de crayon assez malhabile un dessin de la chaise sur laquelle elle monte son éléphant : « Quand elle sort sur un éléphant elle est enfermée dans une espèce de chaise qui l'empêche d'être vue comme vous le pouvez voir dans cette figure ».

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

La question de pose évidemment de savoir si le Roi Naraï l’envisageait comme son héritière ?

 

Pouvait-elle succéder à son père ?

 

Pour La Loubère, la réponse ne fait aucun doute, elle est négative mais il est réaliste, c’est tout simplement la loi de la jungle : « Les filles ne succèdent point à la couronne. A peine y font elles regardées comme libres. Ce serait le fils aîné de la reine qui y devrait toujours succéder par la Loi. Néanmoins parce que les Siamois ont de la peine à concevoir qu’entre des princes à peu près de même rang, le plus âgé se prosterne devant le plus jeune, il arrive souvent qu’entre frères, quoiqu’ils ne soient pas tous fils de la reine, et qu’entre oncles et neveux, le plus avancé en âge est préféré ou plutôt c’est la force qui en décide presque toujours. Les Rois mêmes contribuent à rendre la succession royale incertaine ; parce qu'au lieu de choisir constamment pour leur successeur le fils aîné de la Reine, ils suivent le plus souvent l'inclination qu'ils auront pour le fils de quelqu'une de leurs Dames dont ils seront amoureux » (15).

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Nous avons également à ce sujet la version de l’ingénieur Vollans de Verquains qui introduit un fils adoptif comme héritier potentiel (16) : « Le roi n'avait point d'autres enfants qu'une seule princesse, à qui le doit de régner n'appartenait pas immédiatement, parce que selon la coutume du pays les frères du roi succèdent à la couronne préférablement à ses enfants, auxquels néanmoins elle revient après la mort de leurs oncles ; il y avait deux princes frères du roi, tous deux d'une humeur inquiète, et qu'il était obligé de tenir sous bonne garde dans ses palais. L'un était impotent, l'autre plus jeune était bien fait et sans aucun défaut naturel en sa personne, quoique quelques-uns disent qu'il était muet, et d'autres qu'il affectait de le paraître. La mauvaise conduite de ces princes ayant plusieurs fois désobligé le roi, il avait conçu beaucoup d'aversion pour tous deux ; et quelques-uns avoient tellement pris foin d'augmenter les soupçons qu'il en pouvait avoir, qu'ils avoient entièrement éloigné d'eux la bonne volonté du Prince; c'est pourquoi il faisait élever un fils adoptif nommé Mompy, lequel apparemment il destinait, pour être un jour son successeur. »

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Que nous dit l’abbé de Choisy (17) ? « Le roi n’a qu’une fille unique qui a vingt-sept ans. Elle a le rang et les revenus de la reine depuis que sa mère est morte et les aura jusqu’à ce que son père se remarie. Il y a deux frères du roi : l’un qui a trente-sept ans et est impotent, fier et capable de remuer, si son corps lui permettait d’agir ; l’autre qui n’a que vingt-sept ans est bien fait et muet. Il est vrai que l’on dit qu’il fait le muet par politique. Ils ont chacun un palais, des jardins, des concubines, des esclaves, et ne sortent presque jamais. La sœur du roi et ses tantes sont fort vieilles ».  

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Deux frères héritiers potentiels, l’un impotent, l’autre imbécile ou jouant les imbéciles et un fils adoptif chéri du roi ? Ces deux frères étaient en réalité des demi-frères du roi Naraï. Tous deux seront exécutés par précaution lors de la révolution de 1688, donné à manger aux tigres ou plus probablement enfermées dans un sac de soie et frappés à mort à coups de bâton de santal ?  Le fils adoptif fut élevé par la sœur du roi Naraï. Lors de la révolution de 1688, il fut arrêté dans la chambre même du roi Naraï et décapité. Sa tête aurait été attachée pendant plusieurs jours au cou de Phaulkon soumis à la torture.  

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Nous avons toutefois une version plus précise des intentions secrètes du roi Naraï à l’égard de sa fille. Elle nous vient du père jésuite de Bèze qui accompagnait la mission. Ses mémoires manuscrites conservées aux archives nationales restèrent très longtemps inédites (18). Pour lui, le roi Narai aurait été disposé à faire épouser Yothathep à son plus jeune frère, le prince Noi, l’imbécile, qui « en fait possédait toutes les prétentions à l'affection du peuple, était en faveur du roi, populaire chez les gens, de bonne mine et gracieux » Faire épouser par sa fille son frère débile était alors le moyen le plus sûr de la voir monter sur le trône ? S’agissait-il de ragots ? Ceux-ci étaient fréquents à la Cour d’Ayutthaya, les Chroniques nous en donnent quelques exemples (19). Pour Desfarges, un mariage secret aurait même été célébré ? (20).

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Le père de Bèze conte à ce sujet une autre histoire (ragot ?). La princesse se serait infligé une blessure à la jambe pour lui servir d'excuse et lui permettre de quitter le palais intérieur pour visiter un médecin qui travaillait à la VOC (Compagnie hollandaise des Indes orientales) et à la cour, Daniel Brochebourde. Celui-ci l’aurait aidée à garder la blessure fraîche, alors qu'en réalité elle allait « voir » des soldats Portugais. Cette histoire aurait été la risée de la ville. Finalement, le roi s’aperçût du manège et ordonna au médecin de guérir la blessure à l’intérieur du palais. C’est alors que la Princesse aurait tenté avec succès de séduire le prince Noï ? (21). D’après le père de Bèze, Naraï aurait souhaité lui voir épouser son fils adoptif, Monpi, ce qu’elle aurait refusé en raison de la bassesse de son extraction ?

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Le roi Naraï voulut-il en faire son héritière directe ce qui ne s’était jamais vu à Ayutthaya ? Lorsqu’il tomba gravement malade en mars 1688 dans son palais de Lopburi, conscient des problèmes de succession à venir, il aurait convoqué ses proches ; Phaulkon, Phetracha et Mompy pour proposer sa fille, Kromluang Yothathep, pour lui succéder. Eux trois devaient se retrouver comme régents jusqu'à ce que la princesse prenne un époux à sa convenance. Cette décision mit probablement le feu aux poudres.

Une chose est alors certaine à la veille de la révolution, c’est que Yothathep détestait Phauklon tout autant que son épouse portugaise à la suite, en particulier, du prélèvement fait par le Grec en 1684 de 2.000 hommes dans les terres de son apanage pour les envoyer guerroyer au Cambodge, ce dont nous a parlé l’abbé de Choisy. Sa détestation du favori s’est évidemment reportée sur les Français et leur présence au Siam, haine attisée par son médecin. Selon le père de Bèze, cette haine aurait également eu pour origine une demande faire au favori de prendre à son service (ou de la placer auprès de lui comme maitresse et espionne ?) l’une des femmes de sa suite ce à quoi s’opposa Maria Guimar son épouse légitime, jalouse comme une tigresse et habituée aux incartades de son mari dont elle obtint qu’elle soit envoyée en exil à Pitsanulok.

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Vers la fin du règne l’écart se serait creusé entre le père et la fille, celle-ci étant attachée à sa religion et aux traditions ? Elle aurait alors quitté Lopburi la capitale ou aurait été exilée. Naraï mourut le 11 juillet 1988 sans avoir pu sauver son favori Phaulkon ni réglé la question de sa succession. Il n’est pas exclu que dès avant son couronnement, Petracha ait épousé la princesse dans les derniers jours de juillet et que celle-ci ait intrigué avec lui ?

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

La révolution de 1688

 

Ne revenons pas sur cette révolution qui conduisit à un changement de dynastie (22). L’ouvrage le plus complet qui lui est consacré est celui de Vollant des Verquains (16). Si, comme le dit La Loubère (15) en parlant de la succession « c’est la force qui en décide presque toujours » Petracha a nécessité de bénéficier, non pas auprès du peuple dont nul ne se soucie mais des notables, famille princières, mandarins et clergé omni présent et omni puissant, d’une certaine légitimé. Ses qualités de frère de lait du défunt roi sont insuffisantes.

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Quel fut le rôle de la princesse ? Il est possible qu’avant sa mort Naraï lui ait confié le sceptre royal, symbole du droit de régner (24). Pour le père de Bèze, Petracha l’aurait fait enfermer. Pour d’autres, elle aurait embrassé la cause de l’usurpateur pour autant qu’elle ne l’ait pas déjà épousé ? (25). Toujours est-il qu’une fois réglé par le sang le sort des membres de la famille royale qui lui disconvenaient, celui de Phaulkon de la même façon, et s’être débarrassé des Français, Petracha va asseoir sa légitimité en épousant la princesse Yothathep. Pour reste de besoin, il épouse également Yothathip la tante. La première devient « première reine du côté gauche », la seconde « première reine du côté droit » et sa précédente épouse « première reine du centre » ce dont elle aurait été fort marrie. Nous ne savons pas s’il y avait une hiérarchie entre ces trois titres singuliers. En tous cas ce sont trois reines consort (26). Nos deux princesses furent parait-il fort irritées de l’assassinat des frères et fils adoptif du roi défunt. Lorsque le roi se présenta au palais de l’une et de l’autre pour les raisons que l’on devine, il fut accueilli par des bordées d’injures de l’une, l’épée à la main par l’autre. Il régla la question en leur faisant absorber des « philtres d’amour » et elles restèrent reines !

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Sept ou huit mois plus tard Yothathep se retrouva grosse (27). Etait-ce des œuvres de son royal époux ou un souvenir du Portugal ? Il en fut de même de Yothathip. La première donna naissance à un petit prince appelé Trat Noï et la seconde à un autre petit prince appelé Phra Kwan (28). Ils jouirent tous deux d’une grande faveur comme neveux du grand Naraï.

Petracha mourut en 1703. Sorasak son fils aîné voulut régler le sort des autres fils de son père. Il fit tuer l’un des deux, on ne sait si ce fut Trat Noï ou plus probablement Phra Kwan… ou tous les deux ou aucun des deux (29).

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Les deux reines de gauche et de droite et Trat Noï auraient demandé à Sorasak devenu le malfaisant « roi tigre » (30) l’autorisation de quitter la cour pour s’installer au Wat Phutthaisawan (วัดพุทไธศวรรย์) (31). Trat Noï y devint moine respecté par l’étendue de ses connaissances et sa sagesse (32) et en tous cas le moyen assuré de ne pas finir ses jours dans un sac de soie

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Toutefois, selon une source batave citée par Madame Bhawan Ruandsilp (5), Yothathip serait restée à la Cour ou elle aurait eu une grande influence politique et aurait donné naissance à un autre enfant. Sous le règne de Petracha, et toujours de source batave, le pays avait un gouvernement à trois têtes en sus du roi, Sorasak son fils, Yothathep la reine consort et Phra Kwan qui n’aurait donc pas été assassiné ? Yothathep aurait bénéficié du soutien sans faille de l’ancien ambassadeur Kosapan devenu lui-même ministre de Petracha.

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Mais lorsque Petracha se débarrassa dudit Kosapan selon la procédure habituelle en 1699, le sort de la reine de gauche devint incertain. Quel devait être l’héritier légitime, le fils de Yothathep ou Sorasak ? Circula alors une rumeur (encore) selon laquelle Sorasak n’était pas le fils de son père mais un fils caché de Naraï ? Quoiqu’il en soit, à la mort de Petracha, Sorasak se fit reconnaître par la reine Yothathip au moins jusqu’à ce que Phra Kwan soit en âge de ceindre la couronne. Yothathip se retira alors dans un couvent. Mais, toujours selon une source hollandaise, Yothathep de son côté complotait pour faire assassiner le roi. Sorasak pour sa part s’empressa de faire assassiner Phra Kwan. Yothathep alla alors se réfugier auprès de sa tante Yothathip au Wat Phutthaisawan. Celle-ci obtint du roi la grâce de sa nièce à la condition qu’elle perde tous ses privilèges et que l’accès au palais royal lui soit interdit. Elle retourna au temple. Yothathip mourut sous le règne du « roi tigre » et eut droit à des funérailles royales. Yothathep mourut en 1736, elle avait  80 ans, dans les premières années du règne de Borommakot, lui-même fils aîné du « Roi Tigre » et aussi malfaisant que son père. Elle eut droit aux honneurs royaux.

H12- LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ?

Il y a beaucoup de contradiction non seulement entre les différentes versions des Chroniques mais avec le récit qu’en font les Français ou les Bataves. Il est en tous cas une certitude, c’est que depuis probablement l’âge de 14 ans, 1670 et pendant encore 30 ans, elle avait joué un rôle important dans le royaume.  Il est une autre certitude : Yothathip lui aurait dit, avant d’obtenir sa grâce de Sorasak, que ses malheurs, mort des frères de Naraï ses oncles, mort de leurs enfants, et sa disgrâce étaient le résultat de ses intrigues et de ses malfaisantes actions

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NOTES

 

(1) « LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI AMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA ».

(2)  Par exemple une seule page sur Ramathibodi, 15 lignes sur le roi Ramesuan, 32 sur Boromacha Ier et 10 sur Thong Lan avant le retour de Ramesuan en 72 lignes  et 11 pour son successeur. Intharacha  n’aura droit qu’à 14 lignes.

(3) Le règne de Naraï, de 1656 jusqu’à la révolution de 1688 est traité en deux longs chapitres, pages 232-277 et 278-318. Celui de Petracha « l’usurpateur » est concerné par un chapitre, pages 319-378. Sorasak son fils et successeur, le néfaste « roi tigre » sont bien traités, pages 379-414 ainsi que Borommakot, pages 415-462.

(4) Voir notre article 175. «  La « Loi du Palais » pour la succession royale en 1924 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/175-la-loi-du-palais-pour-la-succession-royale-en-1924.html

(5) « Kromluang Yothathep : King Naraï’s daughter and Ayutthaya court intrigue » in Journal of the Siam society, volume 114 de 2016. Cette historienne, formée à l’histoire dans la rigueur germanique a obtenu une maîtrise en histoire européenne et littérature allemande à l'Université de Tübingen en 1999 et un doctorat en histoire à l'Université de Leiden en 2007. Elle est enseignante à l'Université Chulalongkorn, à Bangkok.

(6) Page 303.

(7) Voir Eugène Gibert «  La famille royale de Siam, les princes Chaofa, Phra-Ong-Chao, Mom-Chao, les kroms : d'après des documents siamois inédits » 1884.

(8) https://th.wikipedia.org/wiki/กรมหลวงโยธาเทพ

(9) Alexandre de Chaumont « Relation de l’ambassade de Mr le Chevalier de Chaumont à la Cour du Roy de Siam avec ce qui s’est passé de plus remarquable durant son voyage ». 1733.

(10) Pages 112-114.

(11) Pages 164-167. Le duc de Bourgogne est le petit fils de Louis XIV alors Dauphin, la Dauphine étant Marie-Anne de Bavière. Le duc d’Anjou est le futur roi d’Espagne, ancêtre direct du monarque actuel.

(12) « Journal de voyage », 1685, lettre du 30 octobre 1685 

(13) « Histoire naturelle du royaume de Siam », 1688, pages 44-45 et 248-249.

(14) « Voyage de Siam », première relation, 1688 pages 281 et 284.

(15) « Du royaume de Siam » 1695, page 390.

(16) « Histoire de la révolution de Siam arrivée en 1688 », 1691.

(17) Lettre du 12 novembre 1685.

(18) « Mémoire du Père de Bèze sur la vie de Constance Phaulcon, Premier Ministre du Roi de Siam, Phra Narai et sa triste fin » est un manuscrit conservé à la bibliothèque nationale. Publié en français en 1947 à Tokio aux Presses salésiennes, l’ouvrage n’a pas été déposé à la Bibliothèque nationale et, de tirage probablement confidentiel, est actuellement introuvable ailleurs que sur les sites de vente de livres précieux pour quelques centaines d’euros. La seule version actuellement accessible a été publiée en 1990 … en anglais aux éditions White Lotus. Les citations que nous donnons proviennent de l’article de Madame Bhawan Ruandsilp en anglais traduit et ne correspondent peut-être pas au texte français original ?

(19) Par exemple « malicious rumors » page 234. Il y en a d’autres.

(20) « FOUR UNPUBLISHED LETTERS FROM DESFARGES, BEAUCHAMP, AND VOLLANT, SURVIVORS OF THE SIEGE OF BANGKOK IN 1688 » in Journal of the Siam society, volume 92, 2004.

(21) Ce médecin, Daniel Brochebourde, était formellement français puisque né à Sedan autrefois terre d’Empire mais devenus française quelques années auparavant seulement. Au service comme médecin chez les Hollandais, le roi Naraï en avait fait depuis 1672 le médecin du Palais. Seul homme à pouvoir approcher la princesse Yothathep, Veret, représentant la Compagnie français des Indes l'accusait d'avoir intrigué contre les intérêts de la France, conduisant cette princesse à refuser d'accepter les présents de madame la Dauphine en 1687 ? Ceci n’est d’ailleurs pas forcément en contradiction avec le fait qu’elle ait elle-même envoyé de somptueux cadeaux à la Dauphine, probablement à l’instigation de son père.

 

Voir « AYUTIHAYA AS A COSMOPOLITAN SOCIETY: A CASE STUDY OF DANIEL BROCHEBOORDE AND HIS DESCENDANTS » par Dhiravat na Pombejra, à  Surabaya, Indonesie, 9 - 14 janvier 1991.

 

Voir également « UNE LETTRE DE VERET SUR LA REVOLUTION SIAMOISE DE 1688 » par Robert LINGAT in T’oung Pao, 1934, I-II.

 

(22)  Voir notre article 13 « Les relations franco- thaïes : La "révolution" de Pitracha de 1688 » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-13-les-relations-franco-thaies-la-revolution-de-pitracha-de-1688-64176423.html

(23) « Histoire de la révolution de Siam arrivée en l’année 1688 », 1691.

(24) Source batave citée par Madame Bhawan Ruandsilp  (note 5).

(25) Source anglaise citée par Madame Bhawan Ruandsilp  (note 5).

(26) « Chroniques » de Cushman, pages 337-338.

(27) « Chroniques » de Cushman, page 323.

(28) « Chroniques » de Cushman, pages 347 et 355.

(29) « Chroniques » de Cushman, pages 367 et 374.

(30) Voir notre article « Le Roi Thai Sa ou le roi tigre » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-102-le-roi-thai-sa-1709-1733-120631771.html

(31) Ce temple fondé par Ramathibodi Ier est situé à l’écart d’Ayutthaya à une soixantaine de kilomètres de Lopburi alors la capitale. Compte tenu des moyens de transport de l’époque, c’était un sérieux exil.

(32) « Chroniques » de Cushman, pages 382 et 427.

(33) « Chroniques » de Cushman, page 407.

 

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 22:01
H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

L’ordre (ธรรมยุติกนิกาย) fut fondé en 1833 par le prince Mongkut. Ce dernier, futur Rama IV, fut d'abord Bhikshu (ภิกษุสงฆ์) pendant 27 ans, de 1824 à 1851. Il devint également le premier supérieur du  Wat Bowonniwet rachavihara (วัด บวรนิเวศราชวรวิหาร) en 1836.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Le temple est alors devenu le siège de la confrérie. Il eut ultérieurement des pensionnaires distingués, feu le roi Rama IX y passa 15 jours en 1956 après son ordination au temple du Bouddha d’émeraude.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Il en fut de même en 1979 pour son fils, le prince Vajiralongkorn (วชิราลงกรณ) actuellement Rama X.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

En octobre 1976, le dictateur exilé et ancien Premier ministre, le maréchal Thanom Kittikachorn, était revenu en Thaïlande et y entrait comme novice ce qui fut diversement apprécié.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Durant ces années, le prince Mongkut avait voulu réformer les règles de discipline monastique et les rendre plus proches de celles des canons Palis enseignés dans les pagodes. L’exemple des missionnaires catholiques qu’il avait longtemps côtoyés et qui faisaient vœu d’obéissance à leurs supérieurs « perinde ac cadaver » ne fut peut-être pas étranger à cette exigence.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Il voulait aussi supprimer les différentes pratiques superstitieuses qui avec le temps étaient devenues parties intégrantes du bouddhisme siamois. Sans entrer dans des discussions théologiques sur la discipline bouddhiste, disons simplement que, plus que le bouddhisme traditionnel Mahanikaya (มหานิกาย), le Thammayut met davantage l’accent sur la discipline et la méditation.

 

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Le conflit éclata au début de mars 1932 au Wat Pathum Wanaram (วัด ปทุมวนาราม) fondé par Rama IV en 1857 à Bangkok : Un groupe de novices et de jeunes moines de la confrérie Thammayut se sont révoltés contre l'autorité de l'abbé. Était-elle trop pesante ?  Ils essayèrent de forcer l'abbé à leur remettre le pouvoir.

 

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Le patriarche suprême, alors Chin Wonsiriwat (ชินวรสิริวัฒน์), pour désamorcer la bombe au plus vite convoqua cinq abbés de la confrérie Thammayut :

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Somdet Wachirayanwong (วชิรญาณวงศ์) qui avait qualité de « Momratchawong » (หม่อมราชวงศ์ - ม.ร.ว) i.e. arrière-petit-fils de roi ce qui lui confèrait la primauté,

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

abbé du Wat Bowonniwet (วัดบวรนิเวศวิหาร);

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Somdet Phuthakhosajan – Jaroen (พุทธโฆสาจารย์ - เจริญ),

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

abbé du Wat Thepsirin (วัดเทพศิริน) de Bangkok;

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Phra Maha Wirawong - Uan (พระมหาวีรวงศ์  อ้วน)),

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

abbé du Wat Boromniwat (วัดบรมนิวาส) à Bangkok;

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Satsanasophon  - Jam (พระศาสนโศภน - แจ่ม),

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

abbé du Wat Makutkasat (วัดมกุฎกษัตริยาราม) à Bangkok et enfin

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Thamwarodom  - Seng (ธรรมวโรดม - เซ่ง),

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

abbé du Wat Rachathiwat (วัดราชาธิวาสวิหาร) à Bangkok.

 

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Les moines dissidents et les novices furent bannis du temple. Uan fut désigné pour l’administrer jusqu'à ce que les choses se soient calmées. L'incident a incité la hiérarchie à adopter un décret durcissant les règles de discipline, interdisant aux moines de contester l'autorité de leurs aînés. Tous les moines qui se révolteraient contre l'autorité d'un abbé seraient punis sévèrement et éventuellement défroqués. Après avoir été expulsés de leur temple les révoltés furent reçus dans un autre temple Thammayut dans le même district, Wat Duangkhae (วัด ดวงแข) toujours à Bangkok.

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Le décret ne les empêcha pas d'organiser un autre « coup d'Etat » qui semble avoir tourné court : Uan refusant cette fois de le gérer, la Sangha (สังฆะ) en décida la fermeture. On ne sait ce que devinrent les contestataires ?

 

H11- LA RÉVOLTE DES JEUNES MOINES ET DES NOVICES DE L’ORDRE DU THAMMAYUT NIKAYA EN MARS 1932, PRÉLUDE AU COUP D’ÉTAT DU 24  JUIN ?

Il est significatif que relever que ces « révoltés » tous jeunes moines venus du Nord-est contestaient la pesanteur de la hiérarchie. Trois mois plus tard un pronunciamiento, réussi celui-là, renversait la monarchie absolue. Les deux mouvements relevaient – semble-t-il – de la même philosophie ? Ces incidents indiquent que la jeune génération de moines Thammayut venus d’Isan pour la plupart voulait des changements dans la hiérarchie de la Sangha et en finir avec le pouvoir autoritaire de ses fonctionnaires ;  Conflit de générations ? Querelle « des anciens et des modernes » ?

 

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La source essentielle sinon la seule de cette révolte ecclésiastique est un chapitre de l’ouvrage de Kamala Tiyavanich « Forest  recollections : wandering monks in twentieth-century Thailand » Honolulu, 1997.

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L’auteur y fait référence à d’autres mouvements sporadiques à l’intérieur de Thammayut dans les années d’avant-guerre, à Khorat en particulier en 1934 et à Thonburi en 1938.

 

L’incident de 1934 est significatif et fut alors considéré comme mouvement de révolte insidieux à l’égard de la Sangha : Un responsable de Thammayut venu de Bangkok se rendit à Nakhon Ratchasima (นครราชสีมา) en « visite pastoirale ». Il arriva dans un village pendant le festival de Bun Phawet (บุญ ผะเหวด) qui se tient en Isan la pleine lune du quatrième mois lunaire vers la mi mars. Il y remarqua alors que presque tous les habitants parlaient lao (en réalité isan). Un après-midi, il entra dans le temple du village

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et entendit le moine racontait l'histoire du Vessantara (มหาเวสสันดรา) d’une façon fort appréciée de ses ouailles. Furieux, il n’en comprend qu’une petite partie et décide de retourner à Bangkok.

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Mais avant de s’en aller, il ordonne au moine de répéter son sermon en thaï de Bangkok pour déterminer si sa version était bien orthodoxe… Résister au centralisme de la Sangha par l’utilisation de la langue vernaculaire était aussi une forme de résistance.

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L’ouvrage de Kamala Tiyavanich est une analyse très complète des rapports particulièrement complexes entre le bouddhisme Thammakut et le bouddhisme Mahanikaya, leurs formes provinciales et les divergences théologiques qui – à tort ou à raison – nous rappellent les discussions des Byzantins sur le sexe des anges.

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 22:10
H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

A la mort du président nord-vietnamien Ho Chi Minh le 2 (ou le 3 ?) septembre 1969, la guerre du Vietnam à laquelle la Thaïlande participait encore avait atteint son point culminant. Ho Chi Minh était alors considéré comme un individu malfaisant auquel il n’était bien évidemment pas question de rendre le moindre hommage.

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L’heure était d’autant moins aux « guili guili » que les maquis communistes sévissaient de façon plus ou moins endémique dans diverses régions du pays.

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Les relations entre la Thaïlande et le Vietnam ont été sinusoïdales. Pendant la guerre froide, l'élite thaïlandaise considérait Ho Chi Minh comme l'un des pires types de communistes qui représentait une menace pour la sécurité nationale, pour la paix et la stabilité dans la région. Mais après la fin de la guerre froide, que l’on peut situer entre 1985 et 1990, la perception de l’homme a pu changer en fonction de ce nouveau contexte comme on l’a vu lors des cérémonies célébrant en 2004 la réhabilitation de la maison qu’il a – ou aurait - occupée lors de son séjour au Siam à des dates qui restent imprécises, dans le groupe de villages vietnamiens de Ban Nachok (หมู่บ้านนาจอก) à quelques kilomètres à l’ouest de Nakhonphanom (นครพนม) dans le tambon de Nongyat et l’amphoe de Muang (ตำบลหนองญาติ อำเภอเมือง) devenu le site de l’ « amitié entre la Thaïlande et le Vietnam » ou celles célébrées cette année 2017.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Notre propos n’est pas d’écrire sa vie mais d’essayer de déterminer rapidement ce qu’elle fut avant et surtout pendant son séjour au Siam. Tout n’y est que contradictions en raison de deux paramètres d’évidence :

 

Ce fut d’abord une perpétuelle clandestinité. Quand on est surveillé et recherché par la « Sureté » française, son équivalent anglais et la police siamoise, on n’écrit pas son journal de voyage et lorsqu’il retrouve le pays et son indépendance de 1945 jusqu’à sa mort en 1969, il avait bien d’autres soucis à résoudre que de rassembler ses souvenirs et conservait l’habitude invétérée d'envelop­per de mystère son identité et ses actions (1).

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Lui-même a toujours entretenu sur sa vie un flou qui n’a rien d’artistique pour conforter l’image qu’il a toujours voulu se donner de « père du peuple vietnamien » qui a exclusivement consacré sa vie à son pays, image confortée ultérieurement par l’histoire officielle qui condamne tout ce qui pourrait ternir cette image.

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Il existe en Thaïlande un crime de lèse-majesté, et il plane toujours sur le Vietnam l’ombre du crime de sacrilège peut-être encore plus sévèrement puni.

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Nos sources sont dans ces conditions souvent contradictoires, nous vous en donnons quelques-unes en annexe. Il est toutefois remarquable que l’ouvrage le plus sérieux publié sur son séjour au Siam, tout au moins dans une langue qui nous est accessible, l’ait été sous forme en grande partie de roman (2).

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Sa naissance

 

D’abord, et si étrange que cela puisse paraî­tre, une confusion totale règne sur la date de l'ir­ruption de Ho sur la planète, qu’il s’agisse du jour, du mois ou de l'année. Elle reste un mystère (3).

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Son enfance

 

Les informations sur sa jeunesse sont tout aussi invérifiables et des affirmations contra­dic­toires ont été avancées sur son entourage fami­lial (4).

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Sa vie sentimentale

 

Elle reste également un mystère, notamment sur deux mariages qu’il a ou aurait contractés (5). Il a toujours cultivé sa répu­tation de céliba­taire ascétique, et la question de savoir s’il a aimé des femmes ne paraît pas de mise.  La vérité fut sans doute différente. Lui-même interrogé sur cette question affirmait qu’il ne fonderait un foyer qu’après la réunification de son pays et le départ de l’occupant ce qu’il n’eut pas le bonheur de voir (6). Ces deux mariages furent tenus secrets par les communistes vietnamiens parce qu'ils correspondaient mal à l'image idéalisée du « père de la nation ». Dans les biographies officielles, ils n’existent pas.

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Sa mort

 

Jusqu’à sa mort sur la date et les conditions de laquelle place un mystère pesant (7).

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Nous n’avons pas – avons-nous dit – l’intention de réécrire l’histoire de sa vie mais de souligner ces incertitudes, ces contradictions et ces libertés prises avec la chronologie que nous allons retrouver dans le récit de ses pérégrinations avant et pendant son périple siamois.

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L’abrégé chronologique publié à la fin des diffé­rents volumes de ses œuvres complètes indique avec une précision mathématique le jour de son embarquement sur l’Amiral Latouche­-Tréville  ....

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pour s’exiler afin de « trouver une voie de salut pour sa patrie », ses débarquements dans divers ports de France et d’Afrique, son passage à New York, son séjour à Londres au début de la première guerre mondiale simultanément comme balayeur de rues et apprenti pâtissier à l’hôtel Carlton... 

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... avant son établissement à Paris à partir du 3 décembre 1917. Sa demande d’admission à l’Eco­le coloniale écrite à Marseil­le le 15 septembre 1911, est l’unique document attestant pour toute cette période la présence maté­rielle en Occident de celui qui s’appelait alors Nguyen Tat Thanh. Les preuves concrètes man­quent pour permettre d’accepter sans discussion les anecdotes accré­ditées sur la partie de sa vie au cours de laquelle il aurait été un véri­table prolétaire, accomplis­sant divers métiers pé­nibles. Il est probable que l’épi­sode d’apprenti pâtissier a été emprunté à celle du dirigeant communiste français Jacques Duclos, qui a commencé sa carrière en cette qualité.

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Mystères encore sur son périple mais à partir de 1919, il y a moins d’incertitudes puisqu’il était suivi par les services secrets français. C’est en effet à Paris qu’il se politise en rejoignant le Parti socialiste. Lors de la division des socialistes en une aile modérée (Léon Blum) et une aile radicale (Marcel Cachin), devenu Nguyen Ai Quoc il sympathise avec les radicaux 

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Il est présent au Congrès de Tours en décembre 1920. Sur cette photographie reproduite un peu partout, nous avons cru reconnaître Marcel Cachin (a) et Léon Blum (b).

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Le discours qu’il tient alors est d’un anti colonialisme virulent et ouvre les yeux de certains délégués français. C’est alors que l’un des plus jeunes, Jacques Doriot qui vient des jeunesses socialistes, lui aurait attribué le surnom de « Nguyen Ai Quoc » qui signifie « Nguyen le patriote » (8).

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Il aurait alors écrit à diverses reprises dans le journal L'Humanité mais nous n’avons, en feuilletant cet estimable quotidien, consulté qu’un article assez véhément signé Nguyen Ai Quoc, le 6 juillet 1924 décrivant « l’exploitation de l’Indochine par l’impérialisme ». D’autres articles ont probablement été publiés sous d’autres pseudonymes, Phan Van Truong ou Ulysse Leriche pour dérouter la police française ?

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Lorsque la faction radicale en 1920 fonde sous la direction de Cachin le premier Parti communiste français, Nguyen Ai Quoc fut l'un des membres fondateurs.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

Il disparaît de Paris dans la seconde quinzaine de juin 1923 et il est pisté  à Moscou, suite à une invitation du Kominterm. Il est présent au cinquième congrès du Kominterm en juin 1924. Il pèse son poids en Union soviétique et rencontre Boukharine, Ernst Thälmann, Chou Enlai, Chiang Kai-Shek et des communistes indiens. Sa rencontre alléguée avec Lénine reste douteuse, il en aurait été fort dépité ? Après avoir vécu avec les communistes à Moscou, reçu la formation de l'Internationale communiste, il devient tout simplement un agent du Kominterm.

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L’épisode siamois

 

Il a vécu sous divers pseudonymes (9) à Bangkok et dans le nord-est au milieu des Viets Kieu, les vietnamiens d’outre-mer ayant quitté leur pays dès l’arrivée des français surtout à la fin du XIXème. C’est encore une période mystérieuse de sa vie. Il fuyait son pays et la police secrète française (« la Sureté ») qui faisait la chasse aux révolutionnaires établis au-delà des frontières de l’Indochine française. C’est un caméléon, changeant de costume, de nom, de déguisement. On le retrouve médecin, commerçant chinois, moine bouddhiste cachant soigneusement ses déplacements. Il apparait et disparait. Où réside-t-il ? Ses adresses sont des mystères. Comment dès lors trouver sa trace ? Que valent ses biographies officielles ? Que valent des témoignages recueillis avec un recul de 50 ans ? Il serait devenu au Siam un « maître de la jungle »  dont il se servit plus tard de base pour lutter contre les « envahisseurs » japonais, français et américains ? Arrivé en juillet 1928, il a quitté Moscou au début de l’été, et jusqu’en 1930, il aurait alterné les visites à Hong Kong et en Malaisie où il aurait participé à la fondation du parti communiste local (10). Il navigue, « maître de la jungle » entre Nongkhai, Udon, Sakhon et Mukdahan, On le retrouvera à Phitsanulok, sous le nom de « Old Chin » mais son « camp de base » est effectivement à Nachok près de la base aérienne où se trouvent de nombreux Viets. Travail de propagande évidemment, mais aussi d’éducation pratique, il aurait appris aux paysans de nouvelles méthodes de pêche et aurait volontiers manié la pelle et la pioche. Il est toutefois permis d’en sourire à moins que la discipline halieutique et celle du labourage n’aient aussi fait partie de l’enseignement de l’école des cadres du Kominterm, à Moscou ?

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Envoyé au Siam pour y prêcher la bonne – ou la mauvaise – parole, il préside comme délégué de l’Internationale communiste. à la naissance du Parti commu­niste siamois le 20 avril 1930 au congrès de Bangkok tenu dans le plus grand secret à l’hôtel Tun Ki (โรงแรมตุ้นกี่) situé en face de la gare centrale (Aujourd’hui disparu en raison de l’élargissement des chaussées sous le pseudonyme de Sahai Sung.) Composé essentiellement de Chinois et de Viet­namiens, ce nouveau parti n’a cependant jamais eu ni statuts, ni programme, et, en dépit de son nom, va fonctionner comme une organisation dont l’objec­tif principal était d’aider à la révolution dans les pays de l’Indochine. Un dénommé Li alias Ngo Ching Kuak est désigné comme premier secrétaire du parti et deux autres dirigeants sont  Tang alias Choen Wan Choen et Lao Ngow - U Chue Chue

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Il était entretemps passé par Hong Kong où il avait fondé le 3 février 1930 le Parti communiste Indochinois avec l’aide de Mao-Tsé-Tung. Il quitte le Siam à une date indéterminée mais est arrêté à Hong Kong, le 6 juin 1931, sous le nom de « Sung Man-Cho ». Nous en resterons là de sa vie d’agent du Kominterm.

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Les renseignements sur ces trois ans passés au Siam sont maigres et plus encore. Il y a certainement des découvertes à faire dans les archives du Kominterm qui ont été ouvertes mais n’ont pas à ce jour été – et de loin – dépouillées. Il n’en reste pas moins vrai que la Thaïlande a joué un rôle important dans la lutte pour l'indépendance du Vietnam jusqu'en 1932 : Le Siam ne fut pas hostile à la cause de Ho (anti française), et Rama VI et Rama VII ont volontairement autorisé le libre passage des indépendantistes Vietnamiens à travers leur pays, tant du moins qu’ils ne se livraient pas à des activités favorables au Kominterm ce qui explique évidemment  qu’ils étaient partiellement contraints à la clandestinité. Lorsqu’en 1933, la propagation de la doctrine communiste devint un crime contre l'État, Ho Chi Minh était parti du Siam depuis longtemps.

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Les années cachées et la grande réconciliation

 

À la suite de la mort de Ho Chi Minh, Suthichai Yoon, journaliste du Bangkok le considérait comme une « figure maléfique » et estimait que toute expression de chagrin sur sa mort dans les rues d'une ville thaïe serait insupportable (Bangkok Post du 4 octobre 1970) (11). Jusqu'à la fin des années 1990, les Viet Kieu craignaient toujours de parler en public de leur défunt héros. Lorsque les autorités thaïes prirent l’initiative de reconstruire la demeure de « Oncle Ho », ils restaient encore muets devant les questions des journalistes. 

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Elle connut son point d’orgue le 21 février 2004, lors de l’inauguration du « site historique » par les premiers ministres des deux pays. L’initiative de cette reconstruction revint au général Chavalit Yongchaiyudh … qui avait participé avec un zèle brutal et plus encore à l’éradication physique des maquis communistes.

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Au cœur du village de Ban Nachok se trouve un petit musée sur deux étages, ouvert à tous vents, où sont exposés la vie d'Ho Chi Minh et l'histoire de l'amitié thaï-vietnamienne (indéfectible et éternelle évidemment).

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Il ne contient pas, contrairement à ce que l’on peut lire dans certains guides de « précieux souvenirs » (12). Indépendamment de quelques objets qui auraient appartenu à Ho, mais qu’est ce qui ressemble plus à un casque colonial jauni par le soleil tropical qu’un autre casque colonial et à une pipe en bambou qu’une autre pipe en bambou ? Ce sont surtout une longue série de photographies concernant sa vie depuis des photographies de sa maison natale jusqu’à sa chambre dans le palais où il mourut ainsi que quelques maquettes. Il n’en est malheureusement aucune sur la période siamoise. Elles sont toutes sous verre en passe d’être détruites par la moisissure. En voici un bon exemple : 

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Sur de très nombreuses d’entre elles, nous voyons le président tenant de jeunes enfants dans ses bras ce qui peut venir à l’appui des accusations proférées par certains esprits malveillants (voir notre note 5 in fine) ?

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Non loin de là se trouve une modeste maison restaurée sinon reconstruite en 2001. Elle se situe dans un agréable nid de verdure au milieu des rizières, l’accès au site en général n’est pas facile compte tenu d’une signalisation déficiente et devait bien évidemment être pratiquement impossible aux agents de la sureté française qui aurait envisagé de le traquer depuis la base de Thakhek (ทาแขก) sur l’autre rive du Mékong côté Laos français.

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La maison est modeste, un bâtiment principal en bois bien entretenu, comprend une grande pièce à vivre et deux chambrettes, modestement meublées, un grenier à riz sur pilotis   et une petite pièce à usage de bureau.

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De nombreux reproches peuvent être fait à Ho, mais certainement pas celui de la cupidité. Le propriétaire des lieux – qui serait le petit fils de celui qui accueillit Ho dans les années 20 - exhibe avec une certaine fierté des objets ou ustensiles qui lui auraient appartenu et affirme que le président a lui-même planté les cocotiers, on le voit même photographié un arrosoir à la main mais la photographie n’est pas datée. Nous n’échappons pas au « petit commerce local » mais il reste discret et sympathique (casques coloniaux, casquettes, tee-shirts, ouvrages en vietnamien).

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Le tout, comme le petit musée, est évidemment une belle image du « culte de la personnalité » mais il est difficile de ne pas ressentir une certaine émotion quels que soient les sentiments que peut inspirer le personnage.

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C'est là que « Thau Chin », pseudo souvent utilisé pendant son séjour au Siam, a vécu et conduit ses activités révolutionnaires de 1928 à 1930. Les leaders thaïlandais et vietnamiens ont salué dans des discours parfaitement angéliques le site comme un symbole de relations bilatérales amicales destinées à améliorer la compréhension et les liens entre les deux peuples. Il est permis d’en sourire, du moins du côté thaï dans la mesure où les élites de Bangkok, avec un soutien politique, économique et militaire des États-Unis, avaient défini la Thaïlande comme bastion pour empêcher le communisme de se répandre dans la région et considéraient les Viet Kieu comme la cinquième colonne.

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Une partie de l’opinion thaïe considère toujours Ho Chi Minh comme un communiste indésirable. Jusque dans les années 1980, ceux qui affichaient dans leur maison un portrait de Ho pouvaient être accusées de communisme. Dans une interview donnée à La Nation, Vo Trong Tieu, propriétaire de la maison où Ho avait l'habitude de se réfugier pendant ses séjours à Nakhon Phanom, déclara qu'il n'avait jamais osé le dire à personne (The Nation le 6 août 1996). Les « conservateurs » sont toujours hantés par la confrontation idéologique de l'ère de la guerre froide. Pour eux, Ho Chi Minh est encore considéré comme un communiste indésirable. Dans les années 1980, on pouvait être accusé en tant que communiste si on trouvait des images de Ho dans votre maison Lors de la rénovation d’un temple bouddhiste dans le village en 1969, la photo de Ho Chi Minh, qui se trouvait au centre du temple, dut être remplacée par une image du soleil. Même les médias au cours des années 1980 évitaient de publier une photo de Ho.

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Lorsque les projets de construction du site de Nakhon Phanom ont été initiés, les plans ont été incendiés au motif que Ho Chi Minh était un représentant du monde communiste. Lorsque les travaux ont commencé en 1999, plusieurs chefs de village du Tambon de Nongyat, où se trouve le site, de nombreux Thaïs s'y opposèrent farouchement. Il pèse toujours sur le site le risque d’une utilisation non plus historique, mais de propagande politique. Il est discret mais transparent sur le site.

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Mais la confrontation idéologique de la guerre froide a été remplacée par la coopération et l'amitié en particulier dans le cadre de l'ASEAN. Mentionnant Ho Chi Minh lors de l'inauguration du village le 21 février 2004, le vice-premier ministre, le général Chavalit Yongchaiyudh déclara : « Le président Ho Chi Minh ne fut  pas seulement un grand chef pour les Vietnamiens ... il fut aussi un grand homme connu du monde entier ».Le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawat  dit pour sa part froidement et sans rire : « Je souhaite que les Thaïlandais suivent les enseignements du Président Ho Chi Minh, qui est également oncle Ho de Ban Na Chok. Vous devriez prendre ces exemples typiques dans la vie. Vous vous souvenez sûrement que notre Oncle Ho, en restant ici, a éduqué les Thaïs en élevant du poisson frais de manière technique et a toujours affirmé que les gens devraient être reconnaissants envers le pays qui les abritait. Oncle Ho a toujours enseigné que l'amitié thaïlandaise et vietnamienne passait par le Mekong. Les pensées d'Oncle Ho doivent nous servir à développer les relations entre la Thaïlande et le Vietnam ».

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Vo Trong Tieu, propriétaire du site, affirme que de nombreux de hauts fonctionnaires thaïlandais, y compris des royalistes et des généraux, auraient visité le site et exprimé leur admiration pour la cause de libération nationale vietnamienne menée par Ho Chi Minh ainsi que ses qualités personnelles

 

La presse thaïe s’est à son tour lancée dans la flagornerie : « Ho est le père fondateur du Vietnam » (The Nation le 6 août 1996),  « un grand combattant de la liberté » (Bangkok Post, le 24 avril 2000), « le père du Vietnam » (Bangkok Post, 18 juillet 2000), « un héros national vietnamien » (Bangkok Post, 20 février 2004). « Malgré ce, il faut admettre que chaque nation a ses héros. Les méthodes de combat peuvent différer en fonction des époques historiques au cours desquelles se sont déroulées les conflits dans lesquels ils se sont distingués. Une chose est certaine, Ho Chi Minh bénéficie du statut exalté d'un héros qui a lutté pour le pays qu'il aimait et reste l'un des plus grands héros nationaux de Vietnam » (Bangkok Post, 23 juin 2003).

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Mais d’autres considèrent plus prosaïquement que ce site est un moyen de propagande pour Hanoi.

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Toutefois, rien dans tout cela ne nous a éclairés avec précision sur la présence et le parcours d'Ho Chi Minh en Thaïlande.

 

Mais le style de ce qui n’était jusque-là qu’une manifestation pas forcément antipathique du culte porté à Ho vient de changer par la construction d’un pharaonique « mémorial du président Ho Chi Minh » (อนุสรณ์สถานประธานโฮจิมินห์) qui occulte (peut-être est-ce voulu ?) la modestie du petit musée et de la maisonnette.

H 10 - LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION.

La construction a commencé en mars 2004  sur une superficie de près de 12.000 mètres carrés.

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Après des années de travaux, le site a été inauguré et ouvert aux visiteurs le 19 mai 2016, date officielle de son 126ème anniversaire du Président. Non encore entièrement terminé, il archiverait de « nombreux documents précieux » et les bâtiments non encore utilisés sont destinés à une massive exploitation touristique. Une reproduction exactement à l’identique de la maison d’origine et de ses annexes est édifiée sur une butte, soigneusement ripolinée et vernie.

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Un projet aussi grandiose que similaire serait en cours entre Phitsanulok et Phichit.

 

Voilà bien une manifestation éclatante de ce culte stalinien de la personnalité dénoncé par Khrouchtchev lors du XXème Congrès du Parti communiste de l'Union Soviétique !

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Lorsque le temple bouddhiste qui est en position centrale sur le site .....

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... contient, surmontant l’autel, une statue du Président sur un trôner doré, là où les fervents bouddhistes placent une reproduction de Bouddha et les chrétiens la croix du Christ, ce n’est plus de culte de la personnalité qu’il faut parler mais de déification.

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Les Viet Kieu, descendants de ceux qui avaient fui la colonisation française, peuvent légitimement considérer Ho comme le père de la décolonisation (mais il ne fut pas le seul) et celui de la réunification (qui se fit après sa mort). Considéré comme le « père de la Nation », il faut se rappeler que le Vietnam national existait bien avant lui et bien avant l’occupation française. Il n’a toutefois pas évité ce que nous appellerons pudiquement les « excès de la révolution prolétarienne », élimination de ses adversaires politiques nationalistes non communistes ou communistes qui n’était pas dans sa ligne et politique antireligieuse forcenée qui se poursuit toujours, essentiellement contre les catholiques. Les chrétiens qui les ont fui et se sont souvent réfugiés dans les provinces riveraines du Mékong où l’on trouve autant de clochers surmontés de la croix que de temples bouddhistes ne placent pas son portrait dans leurs églises.

 

Ce n’est pas à nous de le juger.

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Cette modeste maison de bois fut-elle vraiment la sienne ? Elle n’est évidemment pas la maison d’origine qui a dû depuis longtemps être mangée des vers et des termites. Reconstruction « à l’identique » probablement dans le style de toutes les maisons de bois de l’Isan. Il est une règle d’or dans la clandestinité que nous ont appris de tous ceux qui l’ont subie, en France notamment, c’est de ne jamais dormir deux nuits de suite au même endroit :

 

« …Mon père ne couchait guère jamais deux nuitsde suite au même endroit, dans la même cabane… » (13).

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Ho a navigué entre Mukdahan et Phitsanulok, il y a déjà 500 kilomètres à vol d’oiseau entre ces deux villes et les chemins ne devaient pas être faciles à cette époque, tout en faisant apparemment des incursions en Malaisie et à Hong Kong. Ce village, sinon cette maison, lui servit certainement de refuge au milieu d’une colonie de ses compatriotes. Il en eut aussi avec non moins de certitude beaucoup d’autres. Restons-en là. Il est des statues qu’il n’est pas séant de déboulonner.

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NOTES

 

(1) Dans un docu­ment écrit de sa main en 1911, il déclare être né en 1892. Un rapport des services de la Sûreté française corro­bore cette affirmation en plaçant la naissance de Ho au 24 janvier 1892; un autre par contre l’infirme en établissant qu’ « originaire du Huyn de Nam-dan, province de Vinh, « Nguyen Tat Thanh », dit « Nguyen ai Quoc », est né le 15 janvier 1894 au village de Kim-lien ». Mais, sur le visa délivré en 1923 à Nguyen Ai Quoc pour lui permettre de se rendre en Union soviétique, figure la mention du 15 janvier 1895. Quant à la date du 19 mai 1890, anniver­saire officiel, elle n’a été arrêtée qu’en 1946, semble-t-il, choisie selon toute vraisemblance pour correspondre à l’anniversaire de la fon­dation du Viet-Minh le 19 mai 1941. Il est probable qu’il ne connaissait pas lui-même sa date de naissance. Si un acte de naissance officiel a été établi par l’autorité coloniale, il dort probablement aux Archives de la France d’Outre-mer à Aix en Provence ou dans les deux  Centres des Archives nationales du Viêt-Nam à Hanoi  et à Hô-Chi-Minh Ville. Mais rien de moins assuré puisque, jusque même à la fin de l’époque coloniale, l’organisation des services d’état civil était incomplète : voir à ce sujet l’article de  Magali Barbieri, « De l'utilité des statistiques démographiques de l'Indochine française (1862-1954) », Annales de démographie historique 2007/1 (n° 113), p. 85-126). 70 % des Vietnamiens s’appelleraient Nguyen, on se doute que les recherches ne sont pas faciles.

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(2) « The Siamese trail of Ho Chi Minh » par Tedy Spha Palasthiram Bangkok, 2015.

 

(3) Il a publié lui-même deux autobiographies, signées du pseudonyme de Tran Dan Tien, d'abord en chinois (Hu Zhi-ming zhuan) à Shanghai en 1949, et publiée à Hanoï en 1958 sous le titre Những mẩu chuyện về đời hoạt động của Hồ chủ tịchLes anecdotes sur les activités du président Hô »). La seconde, Vừa đi đường vừa kể chuyện (Récits faits en chemin), publiée en 1963, est signée T. Lan, un des noms sous lesquels Ho Chi Minh écrit ses articles après 1951. Nous n’avons pu les consulter d’autant que les deux langues nous sont parfaitement étrangères. Elles ne manifesteraient que des préoccupations d'ordre hagiographique ou des soucis de propagande politique.

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(4) Ses biographies officielles prétendent que son père abandonna le mandarinat par hostilité à la présence française, mais d’autres sources d'archives signaleraient qu'il fut révoqué en 1910 de ses fonctions de sous-préfet pour cause d'ivrognerie et de brutalité… ce qui cadre assez mal avec ce que le personnage fut ou prétendit être ? La vérité se trouve peut-être dans les Archives de la France d’Outre-mer à Aix en Provence ? Curieusement, il n'y a nulle part trace ni de sa mère ni d'éventuels frères et soeurs ????

 

(5) Il aurait eu en France une relation amoureuse et peut-être même épousé une militante socialiste, Marie Brière. Si cela était, la réponse se trouve dans un registre d’état civil de l’un des arrondissements de Paris.

 

Il l'aurait retrouvée tardivement ???

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Il a eu une épouse chinoise épousée à Canton avant son arrivée au Siam, une ravissante sage-femme catholique, Tang Tuyêt Minh qui lui aurait peut-être donné un enfant. La présence de Nguyen Ai Quoc à Canton est signalée le 8 janvier 1925 par la Sûreté générale d’Indochine. Ils furent très rapidement déparés par la force du destin. Morte en 1991, elle s’est toujours refusée – avec prudence – à toutes confidences aux journalistes qui avaient déniché son existence.

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Cependant, cette continence risquait de choquer par son rigorisme, elle fut donc contrebalancée par l'image débonnaire de l'oncle Ho chérissant tendrement les enfants. Ses ennemis l’ont évidemment taxé de pédophilie.

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(6) Confidence faite le 31 mai 1946 au général Raoul Salan, rapportée par celui-ci dans ses « Mémoires. Fin d'un empire. Le sens d'un engagement » Paris, 1970, p. 383.

 

(7) Elle intervient officiellement le 3 septembre 1969, alors que le conflit fait toujours rage au Viet Nam. Selon certains dissidents, il se serait donné la mort en arrachant ses perfusions, choisissant ainsi le jour de sa mort pour qu’elle n’ait pas lieu le jour de la fête nationale de l’Indépendance le 2, mais le lendemain (proclamation de l’indépendance le 5 septembre 1945). Pour d’autres esprits malveillants, ce sont ses adversaires politiques – nombreux, le Vietnam était au contre des querelles entre les prochinois et les prosoviétiques – qui auraient eux-mêmes arraché les tuyaux et attendu le lendemain pour l’annonce officielle afin qu'elle ne coïncidât pas avec la fête nationale alors qu’il était en « phase terminale » ?

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(8) Selon les biographies « politiquement correctes », ce pseudonyme lui a été attribué par « ses amis français ». La référence à Doriot provient de la monumentale biographie signée de l’historien allemand Dieter Wolf : « Doriot, du communisme à la collaboration » publié en 1969. Le personnage est trop controversé pour en faire, en quelque sorte, son « parrain » en communisme : Après avoir été évincé par Staline de la direction du parti communiste français au profit de Maurice Thorez, Doriot suivit un parcours politique « atypique » qui le conduisit à combattre sur le Front de l’Est sous l’uniforme allemand et y être décoré de la croix de fer. Ho est probablement resté longtemps en rapport avec lui. Son dossier de police aux archives de la France d’Outre-mer à Aix en Provence contient des centaines de références à Doriot, malheureusement pratiquement inaccessibles (voir nos SOURCES).

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(9) Il en aurait utilisé plus de cent, n’en citons que quelques-uns : Nguyen Sinh Cung, Nguyen Tat Thanh, Nguyen Ai Quoc, Ho Chi Minh, Bac Ho etc ….

 

(10) Mais Pierre Fistié n’en touche pas mot dans son article « La Fédération de Malaisie et Singapour : État des travaux »  In: Revue française de science politique, 11 année, n°1, 1961. pp. 155-185.

 

(11) A la même époque, un journal français avait titré de façon assez provocatrice « L’inhumanité en deuil ». Le titre a par la suite été plagié dans d’autres circonstances

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(12) Une « certaine pratique » de ce pays nous a appris à nous défier de ces guides qui conseillent des restaurants où leurs inspecteurs n’ont jamais mangé, des hôtels où ils n’ont jamais couché et des sites qu’ils n’ont jamais visités.

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(13) Eugène Le Roy « Jacquou le croquant ».

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SOURCES

 

Les archives de la France d’Outre-mer à Aix en Provence contiennent un dossier de « surveillance » de  9.000 feuillets (pas moins) concernant Nguyen That Thanh alias Nguyen Ai Quoc alias Ho Chi Minh entre 1919 et 1955, on peut penser que ses activités siamoises y sont abordées. Nous n’y avons évidemment pas eu accès, ce qui d’ailleurs n’aurait pas été facile puisqu’une partie est en français, une autre en anglais, une autre en vietnamien romanisé et la dernière en idéogrammes :
 

http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/ph999nlnn.

 

Ces archives sont numérisées mais l’accès aux dossiers est quasiment impossible.

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Il est annoncé la « mise en ligne » des archives de l’état civil pour une date indéterminée.

 

La plus importante est l’article (en anglais) de Nguyen Quoc Toan « Ho Chi Minh Sites in Thailand: Their Significance and Potential Problems for Thai-Vietnamese Relations » publiée dans The Journal of Mekong societies en 2009. Nous en avons extrait les citations de la Presse anglophone de Bangkok. Publication de l’Université de Khonkaen :

https://mekongjournal.kku.ac.th/

 

En allemand :

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1967.htm

 

Sur la fondation du parti communiste siamois (en thaï) :

 

https://th.wikipedia.org/wiki/พรรคคอมมิวนิสต์แห่งประเทศไทย

 

Sarakdee Magazine (สารคดี) numéro 232 de juin 2004 sur le site de la revue (en thaï)  

http://www.sarakadee.com/

 

Sur le séjour siamois

 

http://paiduaykan.com/province/Northeast/nakhonphanom/hochimin-house.html

http://www.postbooksonline.com/ค้นหา/ค้นหา /430-The-Siamese-Trail-Of-Ho-Chi-Minh

https://www.travelfish.org/sight_profile/thailand/northeast_thailand/nakhon_phanom/nakhon_phanom/3398

https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4_Chi_Minh#cite_note-9

 

Sur son épouse (en Vietnamien) :

 

https://vi.wikipedia.org/wiki/Tăng_Tuyết_Minh

 

Et quelques autres références d’ordre général :

 

Jean Lacouture « Cinq hommes et la France ». Paris, 1961 – Pierre Rousset « Communisme et nationalisme vietnamien ». Paris, 1978, pp. 67-83 –   Alain Ruscio, « Le monde politique français et la révolu­tion vietnamienne » (août-décembre 1945) » in: Les chemins de la décolonisation de l’empire colonial français. Paris, 1986.

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 22:09
H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

Ils s’appellent Môns (หมอญ) ou Raman (รามัญ) ; pour les occidentaux, ce sont des Pégouans (เพกวน) ou des Talaing (ตะเลง). Ils seraient « environ » 8 millions en Birmanie. Combien sont-ils en Thaïlande ? De façon curieuse, la carte ethnolinguistique de la Thaïlande que nous avons souvent citée dans nos articles sur les minorités ethniques reste dans le flou, « entre 45.000 et 400.000 » et les situe géographiquement en des endroits précis, Kanchanaburi, Nonthaburi, Pathomthani, Lopburi, Nakhonrachasima, Samutsakhon, Rachaburi, Petchaburi, Chiangmaï, Lampun, Nakhonphathom, Chachoengsao, Suphanburi, Ayuthaya, Prachinburi et Bangkok. Elle laisse apparaître une présence massive à la frontière avec la Birmanie et plus discrète dans quatre provinces du sud (1). Dispersion géographique et imprécision numérique ? C’est en réalité leur histoire chaotique qui l’explique.

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D’où viennent-ils ?

 

Les Môns constituaient le fond de la population de l'ancienne civilisation Dvaravati à cheval sur la Birmanie et le Siam, centrés dans la région de Pégou, aujourd’hui Bago en actuelle Birmanie,  d’où leur nom de Pégouans, de Suddamavati, ancien nom de la ville de Thaton à l’embouchure de la rivière Sittaung et dans le bassin de la Chaopraya où les vestiges archéologiques et les inscriptions en langue Mône archaïque y sont les plus nombreux (2). Le nom de Talaing leur vient de Télangana, région de l'Inde d'où ils auraient reçu la civilisation indienne et le bouddhisme.

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Les origines légendaires

 

Les anciennes traditions orales mônes ont été pieusement recueillies par le capitaine C.J.F.S Forbes, auteur de très nombreux ouvrages sur l’histoire et la langue de la Birmanie (3). Un mélange de fables et peut-être de faits réels (4). Retenons que l’implantation d’origine des Môns se situe à Thaton entre 700 et 600 avant Jésus-Christ, ils furent civilisés par des populations venues des Indes et sont à l’origine de la première introduction du bouddhisme dans ces pays de l'est des Indes à une époque peu ou prou contemporaine de la vie de Bouddha. Leur pays devint un centre majeur du bouddhisme theravada en Asie du Sud-Est (5).

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Leur histoire et leurs errances

 

Le premier véritable historien de la Birmanie est encore un officier supérieur anglais, le lieutenant General Sir Arthur Purves Phayre, premier gouverneur de la Birmanie britannique entre 1862–1867. Nous lui devons une fondamentale « History of Burma » (6). Notre propos n’est pas de réécrire cette histoire mais de nous interroger sur la présence de ces « colonies » mônes éparses dans le pays et massives à la frontière.

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Robert Halliday, un fonctionnaire du gouvernement britannique en Birmanie s’est livré en 1913 à une étude serrée de leurs migrations (7).

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Thaton fut historiquement le siège d’un royaume môn dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Cet empire s’étendait au moins du Pegu jusqu’à Nakhonphatom en passant par Lopburi ou de nombreuses inscriptions mônes ont été découvertes et déchiffrées par Georges Coédès. Leur roi Bana Ram avait érigé de nombreux édifices religieux. Son fils Smin Dhaw fut le dernier roi de race mône à régner à Pegu. Daka Rat Pi, autre fils et successeur de Bana Ram passait son temps  à la chasse et à la pêche plutôt que de gouverner le pays.

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C'est alors que Tabeng Shwe Thi, roi du petit État de Taungu, profita de l’occasion et après de nombreuses tentatives, finit en 1540 par prendre Pegu et déposer son roi. Devenu suprême roi du Pegu, il manifesta l’intention de soumettre les états voisins. Il est l’auteur de la première grande invasion des Peguan au Siam. Cherchant toutefois à se concilier le peuple mon, il se soumit à leurs coutumes. Le frère de Tabeng Shwe Thi, Bureng Naung, lui succèda sur le trône de Pegu et continua alors ses guerres de conquêtes en vue de créer une « grande Birmanie » en direction du Siam, du Laos et des états Shan. Ces guerres imposèrent aux Môns un devoir militaire qui leur devint un fardeau insupportable.

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Nanda Bureng, le fils et successeur de Bureng Naung, nous sommes en 1583, va se heurter à des problèmes avec ses voisins siamois : le célèbre Phra Naret (พระนเรศวร) alias Naresuan (นเรศวร) (Sanphet II : 590-1605) engage des campagnes victorieuses contre les Birmans. Il aurait alors selon Phayre déporté un certain nombre des habitants au Siam, apparemment comme prisonniers de guerre. Quelques années plus tard, à la suite d'une attaque infructueuse d'Ayuthia par les Birmans, une tentative infructueuse sur le Pegu suscite toutefois probablement la première véritable immigration des Môns au Siam.

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En 1660 sous le règne de Naraï-le-grand (1657-1688), les Môns immigrèrent de façon passive au Siam probablement pour fuir le roi d’Ava qui les fit désarmer. Phayre parle de cet événement et précise que les Siamois avaient alors de nombreux partisans à Martaban.  Ces événements eurent lieu juste après l'invasion d'Ava par les Chinois en 1658. Les Môns ont alors volontairement cherché refuge au Siam même si à d’autres époques certains y ont été ramenés comme prisonniers de guerre. Robert Halliday cite une lettre de l’évêque de Martaban (probablement anglican ?) datée de 1633 envoyée au roi de Siam en 1633 dans lequel il déclarait que « le Seigneur et roi juste d'Ayuthia, était le havre de la race Mône puisqu’il leur avait en diverses occasions sauvé la vie ».

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Lors des campagnes engagées par les Birmans au Siam, les Môns, voisins les plus proches des Siamois, étaient toujours prêts à s’opposer aux envahisseurs. Ce fut vrai à l’époque de Naresuan et plus encore de Phra Narai : les troupes mônes d'Ayuthia formaient l'avant-garde de son armée et furent les premières à s’opposer aux Birmans. Lorsqu’Alaungphra envahit le Pegu en 1757, la fuite des Môns fut moins massive mais pour Robert Halliday c’est le fruit du régime de terreur qui régna alors. Des moines rassemblés autour de Pegu ont été massacrés et d'autres ont pu fuir jusqu’à Chiangmai conduits par un général Môn. Une nouvelle fuite massive eut lieu en 1774, sous le règne de Hsinbyushin (1763-1776), quelques années après la chute d'Ayuthia. Hsinbyushin était déterminé à récupérer ce qu'il considérait comme des territoires perdus.

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Une armée fut envoyée pour opérer dans le Nord. Le gouverneur de Martaban avait engagé une force composée principalement de Môns pour entrer au Siam par la route de Tavoy. Les troupes Mônes se sont alors mutinées. Poursuivis par le général birman, ils furent obligés de fuir vers le Siam avec leurs femmes et leurs familles. Ceux qui restèrent dans la forêt furent purement et simplement massacrés. En 1814 éclata encore une rébellion des Môns à Martaban, un grand nombre se réfugia au Siam, probablement plus de 100.000. Ce fut probablement le plus grand exode de leur histoire. Ils y furent bien accueillis et furent conduit en divers endroits où on leur attribua des terres et les biens nécessaires à leurs besoins immédiats notamment dans un village proche de Pathomthani visité par Halliday. Quelques années plus tard, le Prince Phra Chom Klao, qui devint plus tard roi sous le nom de Maha Mongkut, fut désigné par le roi son père pour retrouver des immigrés Môns à Kanchanaburi, et les conduire à Bangkok sur trois bateaux de guerre avec une garde d’honneur conduite par lui.

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Il faut toutefois, selon Halliday, relativiser ce désir des Birmans d’éradiquer la culture Mône puisque leurs rois s’efforcèrent de gagner leur confiance comme Tabeng Shwe Thi qui adopta plusieurs de leurs coutumes jusqu’à devenir un « vrai môn » et Alaungphra qui s’établit à Pegu, leur ancienne capitale. Mais ils ne les  gouvernaient pas moins comme un peuple conquis ce qui explique aisément les fuites répétées vers le Siam : ils devinrent un peuple sans pays.

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Lors de l’arrivée des britanniques en Birmanie, en 1824–26, en 1852 et en 1885, un millier de Môns (seulement) prirent encore la fuite vers le Siam.

La colonisation anglaise a eu au moins la vertu de les laisser à l’abri des exactions et massacres des Birmans, tout au plus de survivre tout simplement, bien que l’utilisation de leur langue ait été « vigoureusement découragée » puis « absolument proscrite ».

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Lorsque Halliday écrit, en 1913, les Môns qui se retrouvaient au Siam vivaient encore dans leurs villages en gardant leur langue et leurs traditions.

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Le point en 1973, soixante ans plus tard :

 

Le professeur Brian Foster de l’Université du Missouri-Columbia a effectué dans les villages môns de la Thaïlande de longues recherches dans le début des années 70 (8) rappelant qu’ils existaient en Birmanie du Sud et en Thaïlande bien avant la montée des états thaïs et birman, qu’ils ont été les premiers bouddhistes Theravada d’Asie du Sud-Est et qu’ils ont enseigné aux birmans l’essentiel de leur civilisation, y compris leur système d'écriture (9).

 

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A la date à laquelle écrit Forster, ils ont été « depuis longtemps » assimilés, descendants de réfugiés politiques ou de groupe de prisonniers de guerre, entrés dans le pays à partir du XVIème siècle. Combien étaient-ils alors ? L’auteur avoue son ignorance. Tous devenus citoyens thaïs, tous assimilés : ceux qui seraient généalogiquement des Mons seraient probablement moins de 100.000, beaucoup plus si on comptait ceux qui auraient une ascendance mône (y compris dans la famille royale) et « beaucoup moins » si l’on compte ceux qui connaissent parfaitement leur langue. Dans un article d’Emmanuel Guillon en 1971 nous lisons « l'enseignement de la langue n'existe plus en Birmanie, et elle est mourante en Thaïlande » (10). Leur localisation géographique correspond alors – mutatis mutandis – à celle de 2004 que nous avons citée en tête de cet article. Forster cite avec plus de précision comme les plus peuplés des villages dans le district de Pakkret (ปากเกร็ด) dans la province de Nonthaburi,

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dans celui de Ban Pong (บ้านโป่ง) dans la province de Rachaburi,

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et dans celui de Phrapadaeng (พระประแดง) dans la province de Samut Songkhram mais pas d’implantation marquante dans les grandes villes, notamment Bangkok.

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Ils cultivent en général le riz mais dans le district de Sam Khok (สามโคก), ils moulaient des briques rouges toujours connues sous le nom de « briques môns » (It-mon – อิฐหมอน) lorsqu’ils n’étaient pas occupés dans les champs ...

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... ainsi que les jarres destinées à recueillir l’eau de pluie, activité devenue probablement obsolète depuis la généralisation de l’eau de la ville (nam prapa – น้ำประปา) dans pratiquement tout le pays.

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On trouvait encore de nombreux Môns bateliers dans la province de Pathumthani : une grande partie des matériaux de construction utilisés à Bangkok arrivait  dans des péniches des Môns. Dans un village du district d’Ayuthaya, ils confectionnaient des plaques en chaume provenant du palmier nypa mais cette activité est en voie de totale disparition. 

 

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A Samut Sakhon, ils récoltaient le sel de mer.

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Forster souligne que leur proximité ethnique et religieuse avec les Thaïs et une exogamie courante (plus de 70 % des mariages sont exogames nous dit Forster) les ont rendu potentiellement très assimilables à l’inverse d’autres comme les tribus de la montagne, les Malais, les Chinois ou les Indiens.

 

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 La langue était le trait distinctif. Bien que comportant plusieurs dialectes, ils se comprenaient tous entre eux. L’alphabétisation avait lieu en langue môn dans les écoles des temples môns par des moines môns avec des livres écrits en môn dont Forster n’a trouvé que de rares exemplaires chez des personnes âgées. Dans les temples, les prières étaient chantées en môn, incompréhensible pour les Thaïs. Mais dès le début du XXème siècle, ils étaient déjà pratiquement tous bilingues môn-thaï. Le système scolaire a remplacé les écoles des temples par celles du gouvernement. Forster a encore constaté la disparition totale de la langue en particulier dans les villages de Pakret et Pathumthani,  seuls les vieux pouvant encore la parler. La langue écrite n’était alors plus enseignée et seuls les vieux parvenaient à la lire. Il n’y a plus de « Môn-ness » conclut Forster en 1973… il y a plus de quarante ans !

H 9 - LES MȎNS DE THAÏLANDE.

Aujourd’hui en 2017.                              

 

Pour en venir à 2017, peut-on parvenir à retenir un chiffre précis de leurs descendants ? Citons – pour l’anecdote – le premier recensement effectué dans le pays, celui de Bangkok en 1883, il nous apprend qu’ils étaient 2 môns à Bangkok (11). Le premier recensement effectué à l’échelle nationale est celui de 1904. Nous avons souligné dans un précédent article (12) la totale incohérence des estimations des populations mônes effectuées par les auteurs : ainsi pour Crawfurd, ils sont 42.000 en 1822, pour Monseigneur Pallegoix, ils sont 50.000 en 1854, pour Aymonier, ils sont 100.000 en 1901 et pour Lunet de la Jonquières en 1904, ils sont 130.000. Le « Census » de 1904 a fait l’objet d’une étude complète de Volker Grabowsky d’où nous pouvons enfin extraire des précisions chiffrées (13). Certaines provinces ont échappé aux opérations mais elles ne sont pas de celles où la présence de Môns a été constatée, Isan, nord-ouest et extrême sud musulman. La question de la répartition par ethnies posa quelques difficultés : Bien des habitants du royaume étaient d’origines mixtes et difficiles sinon impossibles à classer selon des critères raciaux. Pour les Chinois, le critère fut la natte pour les hommes et les vêtements pour les femmes...

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... pour les Malais également, en sus de la religion, barbe des hommes et voile des femmes,

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pour les Khmers, ce fut le critère linguistique, celui qui fut retenu également pour les Môns.

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Pouvait-il en être autrement ? Ils ne présentent pas de différence physique fondamentale avec les Thaïs et pratiquent la même religion. Le résultat est précis à l’unité : 29.077 répartis comme suit :

Ratchaburi : 12.806

Nakhon Chaisi : 6.822

Nakhon Sawan : 2.943

Krung Kao : 2.532

Nakhon Ratchasima : 2.259

Prachin Buri : 1.715.

 

Ce décompte effectué selon une procédure méticuleuse est précieux puisqu’il est le dernier à avoir retenu les critères ethniques : Les recensements suivants à partir de 1911 ne donneront plus de données ethniques mais seulement religieuses. La raison en est simple, conséquence directe de la montée du nationalisme sous le règne du roi Vajiravudh (1910-1925), visant à unir tous les citoyens sous la bannière «nation – religion - roi », création du sentiment de « thainess » au sein d’une population pluriethnique, une notion qui n’apparait pas encore dans le recensement de 1904.

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Volker Grabowsky considère que les résultats sont sous-estimés de 25% et nous devrions donc avoir une population de 29.077 soit environ 36.000 locuteurs considérés comme des Môns.

 

Ils sont certes arrivés probablement à plus de 100.000 en 1814, pendant près de cent ans, jusqu’en 1913 (date de l’étude de Halliday) c’est-à-dire de trois à quatre générations, ils se sont mélangés aux Thaïs dont ils pratiquement la même religion et au fil des ans étudient dans les écoles du gouvernement et non plus celles des temples môns. De 1904 à 2017, 113 années se sont écoulées, quatre ou cinq générations. A qui reconnaître la « qualité » de Môn aujourd’hui ? La pratique d’une langue pratiquement disparue ? Un ancêtre môn mais à quel degré ? Grands-parents ? Arrières grands-parents ? En l’absence totale en outre d’état civil avant sa mise en place très progressive à partir de 1913 (14), il serait vain d’essayer d’être plus précis. 36.000 en 1904 ?

 

Combien parlent encore la langue ? Une source contemporaine (15) donne pour tous les pays du monde qu’ils occupent un total de 851.000 locuteurs, compris la Birmanie où ils sont environ 800.000 , mais leur langue s’éteint.

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Si l’on suit encore l’estimation de Forster on peut supposer que, compte tenu de l’assimilation progressive et des mariages mixtes, le chiffre de 45.000 est un maximum même s’ils perpétuent encore peu ou prou en certains endroits leurs traditions folkloriques.

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La carte ethnolinguistique reproduite en tête de cet article fait par ailleurs apparaître quatre zones d’implantation dans le sud hors leurs zones d’implantation ancienne et historique, Prachuapkirikhan, Ranong, Phannga et Chumpon et donne une évaluation chiffrée entre « 45.000 et 400.000 ». Il n’y a qu’apparente contradiction : Nous avons abordé la question de la présence des Birmans en Thaïlande, pour la plupart illégaux et en nombre indéterminé dans et hors les camps de réfugiés (16). Il y a évidemment des Môns parmi eux.

 

Mais être réfugié ou travailleurs clandestin môn-birman en Thaïlande ne signifie pas être Môns de Thaïlande. 

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Ils méritent toutefois quelques lignes.

 

L’exode des Môns de Birmanie dans les années 90.

 

Un bref retour en arrière s’impose : Il est de bon ton de dire que les Môns ont activement participé à la résistance contre les Japonais. Ce n’est pas notre sujet. Admettons donc que 8 millions de Môns en Birmanie aient participé à la résistance tout comme il y eut 40 millions de résistants en France. Il n’est toutefois pas certain que lorsque l’armée thaïe est entrée en Birmanie, elle ait été mal accueillie par les populations locales ? (17).

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Il est plus assuré qu’ils se soient lancés dans la lutte contre le colonialisme britannique dans le but avoué d’obtenir un référendum d’autodétermination en vue de la création d’un état môn ce qui leur fut refusé par l’ONU.

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La première constitution de 1947 établit une pesante prééminence des Birmans sur les ethnies minoritaires (18).

 

Réprimés par le gouvernement central ils organisèrent plusieurs révoltes armées plus ou moins liées à celles des Karen sous l’égide d’abord du « Mon People's Front » et à partir de 1962 du « New Mon State Party