Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 22:09

 

Nous connaissons le rôle important que jouent les nagas (นาค), ces serpents  infernaux dans la religion des peuples bouddhistes. Ils habitent un monde souterrain, gardent les trésors de la nature, sont attachés à l'eau et apportent la prospérité. Le naga a sa forme féminine, ce sont les nakhis (นาคี), le génie des eaux, représentés comme un serpent à tête humaine. Ils peuvent aussi prendre forme humaine, voyager sous terre, nager dans l'eau et voler dans les airs. On leur doit la fertilité du sol et la fécondité des femmes.

 

 

Plusieurs fois, les femmes de cette race, prenant forme humaine, contractèrent des unions avec les fils des hommes. L’un de ces nagas devint même, selon la légende roi du Siam et  voici à quelle occasion. L’histoire est un classique dans le folklore thaï. Elle nous est contée par Monseigneur Pallegoix en particulier (1). Il l’a puisée des Annales des royaumes du nord  (pongsavada mueang nuaพงศาวดาร เมือง เหนือ). Elles sont un abrégé de l’histoire avant la fondation d’Ayutthaya. « Cette première partie est pleine de fables, et présente peu de faits historiques » nous dit-il mais il se complet manifestement à nous narrer ces fables.

 

 

Nous retrouvons l’histoire chez d’autres érudits, Charles Lemire (2) ou l’explorateur Raoul Postel qui en donne une version cambodgienne plus ou moins similaire (3). Cette légende a connu  de nombreuses adaptations modernes, l'une des plus connues est une pièce de théâtre de 1917 du roi Vajiravudh (Rama VI) dont nous connaissons les goûts et les talents littéraires.

 

 

Elle est l’histoire de Phra Ruang (พระร่วง), figure légendaire de l'histoire thaïe et fondateur du premier royaume thaï qui a libéré le peuple du joug de l'ancien empire khmer et ce bien avant que ne commence l’histoire officielle qui débute avec Si Inthrathit (ศรีอินทราทิตย์) qui régna sur le royaume de Sukhothai entre 1238 et 1270,

 

 

fondateur de la dynastie qui porte le nom de Phra Ruang au sein de laquelle nous trouvons en troisième position Rama Khamhaeng (รามคำแหง), inventeur de l’écriture thaïe.  Cette légende est considérée avec une condescendance par les érudits (4). C’est pourtant lui qui a donné son nom à la dynastie (ราชวงศ์พระร่วง - ratchawong Phra Ruang

 

 

La légende commence à l’époque de Bouddha. Il était à prendre son repas, près du village sur l’emplacement duquel fut construite plus tard, la ville de Haripunchai (หริภุญชัย) l’actuelle Lamphun (ลำพูน). 

 

 

Cependant, le saint homme ne pouvait trouver d’eau pour faire ses ablutions et se désaltérer, un naga vint lui en apporter. D’autres sources affirment que sur l’ordre de ce reptile, l’eau jaillit aux pieds de Bouddha. C'est pourquoi il lui prédit, qu'en récompense de cette charitable action, au bout de mille ans, il établirait un empire qui embrasserait toute la contrée arrosée par la rivière qu'il venait de faire jaillir, et que les rois des pays voisins lui rendraient hommage, et que jamais l’eau ne manquerait dans les limites de son royaume. Il le posséderait comme prince indépendant, ne reconnaissant la suprématie de personne. Le feu et l’eau constituent une aumône aussi efficace que les autres, lorsqu’ils sont donnés avec cette grâce qui découle des services rendus. Au nombre des avantages promis par Bouddha, au reptile charitable se trouvait celui de recevoir les hommages de tous les princes des régions transgangétiques.

 

 

Environ neuf siècles et demi plus tard, régnait à Haripunchai dans le pays de Sayam ou Siam, un roi d’une grande piété nommé Phraya-Aphayakha-Munirat ou plus simplement Aphayakha-Muni. Fidèle observateur de tous les préceptes de la religion bouddhiste, il se retirait de temps à autre, sur une montagne très élevée pour y faire ses méditations et mener la vie d’un anachorète. Une reine des nagas, Nang, avait l’habitude de se rendre au même endroit pour s’y divertir ou pour y accomplir des actes de dévotion. Attirée par la renommée du prince siamois, elle passa trois jours et trois nuits en sa compagnie et eut commerce avec lui.

 

 

Avant de reprendre le chemin de ses états et de se séparer de son amante, Aphayakha-Muni donna à cette dernière son manteau royal richement orné et un anneau précieux. Cependant la princesse des nagas se retrouva enceinte dans son royaume souterrain. Elle pensa bien que son fils ne naîtrait point d’un œuf, ainsi que cela a lieu d’ordinaire chez les nagas, mais qu’elle allait donner le jour à un être vivant. Un sentiment de pudeur lui fit craindre que son aventure ne se trouvât divulguée parmi ses sujets, et elle se rendit de nouveau sur la montagne. L’enfant vint au jour dans l’ermitage même où elle avait rencontré le monarque siamois. La mère le revêtit du riche costume laissé par celui-ci, plaça l’anneau à son doigt, puis regagna son palais sous terre. Un chasseur qui passait non loin de là, entendit les cris poussés par le nourrisson.

 

 

Il l’emporta chez lui, ainsi que les objets destinés à le faire  reconnaître, puis, il le confia à sa femme, lui recommandant de le nourrir comme son propre fils. Le jeune prince fut élevé dans la pratique de toutes les vertus commandées par la loi. Quelque temps après, il arriva que le roi Aphayakha fit expédier à ses ministres et à sa noblesse, l’ordre de lui élever un palais. Par toute l’étendue du royaume, le peuple siamois se trouva mis en réquisition. Chaque maison fut conviée à fournir son contingent de travailleurs corvéables. Le chasseur, lui aussi, se trouva appelé. Il prit son fils adoptif avec lui, et comme il faisait une chaleur accablante, le jeune homme fut placé à l’ombre, dans l’intérieur même du palais. Cependant l’édifice se mit à trembler, le dôme s’inclina comme pour rendre hommage au fils de la nakhi et l’ombre du palais, elle-même, paraissait voltiger. Le palais semblait avoir reconnu son futur maître légitime. Informé de ce prodige, le roi demanda au chasseur, quel était le père de l’enfant trouvé au milieu de la forêt qu’il avait élevé comme son fils. Puis, sur la demande du monarque, il lui remit les objets déposés auprès du jeune enfant. Le roi, éclairé sur sa question de paternité, retint l’enfant après avoir fait donner une récompense au chasseur. Le fils de la naga reçut alors le nom de Arunnarat et Aphayakha le fit élever avec un autre de ses enfants.

 

 

 

Ce jeune prince si miraculeusement reconnu avait vu le jour en l’an 950 de l’ère Bouddhiste,  soit au quatrième siècle de notre ère. Il n’était autre qu’une incarnation du serpent charitable dont Bouddha avait prophétisé la gloire future.  Son père qui l’aimait beaucoup lui donna pour épouse la reine de Satchanalai (ศรีสัชนาลัย). Elle était  la dernière de sa lignée et son mari devint ainsi gouverneur ou plutôt prince feudataire du pays en question. C’est alors que son père lui donné le nom de Phra Ruang ou Phraya-Luang dont Monseigneur Pallegoix nous donne deux traductions possibles, il s’agit de thaï archaïque « l’auguste prince » mais aussi « le moine serpent » L’histoire même du personnage prouve à quel point cette dénomination lui convenait.

 

 

On lui attribue la fondation d’un grand nombre de pagodes et de temples. On lui doit notamment un édifice religieux construit à Satchanalai, en un endroit où jadis avaient été déposées des reliques de Bouddha.

 

 

En ce temps-là, l’état de Sayam (ce qui signifierait « peuples bruns ») se trouvait sous la domination du roi du Cambodge et lui payait tribut. Phra Ruang alla en personne, présenter ses hommages et porter des présents au monarque cambodgien. Les cadeaux étaient splendides : Boîtes, corbeilles, plateaux en or  massif  aux délicates sculptures, ceintures, bijoux enrichis de pierreries, langouti de soie, vêtements richement brodés soulevèrent l’admiration de tous. L'offre de deux éléphants blancs accrut encore l'enthousiasme général. Mais ce qui attira principalement les regards du roi cambodgien et des mandarins de sa cour fut un panier rempli d'eau lustrale, laquelle ne coulait point par les fentes. Les Siamois devaient en effet fournir de l'eau à la capitale khmère à titre de taxe, une eau sacrée puisée dans un lac non loin de Lopburi. En effet, les cérémonies khmères exigeaient l'emploi d'eaux sacrées provenant de toutes les parties de l'empire. Phra Ruang avait utilisé ses pouvoirs pour rendre les paniers en bambou imperméables afin qu'ils puissent être utilisés pour transporter l'eau au lieu de lourds pots en argile. Tous les trois ans en effet le tribut d'eau, contenu dans de grandes jarres en terre cuite, était acheminé par chariots tirés par des bœufs. Bien évidemment des jarres se brisaient en cours de route ce qui obligeait les tributaires à faire un second voire un troisième voyage pour honorer les demandes du souverain.


Surpris de ce prodige extraordinaire, le roi consulta du regard ses prêtres mais ceux-ci tinrent leurs yeux obstinément baissés, n'ayant trouvé aucune explication d'une telle merveille.

 

Le soir, la reine dit à son époux : « Sire, avez-vous donc oublié que l'aïeul de Phra-Ruang fit à votre aïeul don d'une épée à poignée d'ivoire et d'or, ce glaive étincelant indiquait aux rois khmers qu'ils eussent à se garder des princes Siamois. Aujourd'hui, votre vassal relève la tête ; ses présents ne sont qu'un prétexte. Il veut étudier par lui-même les dispositions de vos sujets et les ressources de vos états, Par bonheur, le Ciel a daigné vous avertir par un nouveau prodige : il vous fait entendre que, si vous laissez vivre cet homme, il ne tardera pas à vous surpasser en mérite et en vertu ». 

 

Au point du jour, les soldats du roi  entourèrent traîtreusement le monarque siamois, mirent à mort son escorte, puis, l'ayant chargé de chaînes, le traînèrent au palais ou le roi ordonna qu'on lui  tranchât la tête.

 

Mais, au moment où les gardes allaient exécuter cet ordre, Phra Ruang, qui appartenait par sa mère à la race des nagas, disparut tout à coup dans les entrailles de la terre qui s'entrouvrît. Et une voix terrible retentit dans la salle : « O roi, parce que tu as été avide, parce que tu n'as pas redouté le mensonge,  parce que ton âme s'est montrée aveugle pour le crime et que tu as insulté au vœu sacré de tes ancêtres, le Roi des Anges te condamne ! Les chiens et les vautours dévoreront implacablement tes chairs ! ».

 

 

A partir de cette heure fatale, l'étoile du Cambodge s'obscurcit. Quelques jours après, Phra Ruang, de retour dans sa capitale, déclara la guerre au roi cambodgien. Depuis lors, non  seulement le Siam ne paya plus de tribut, mais encore il contraignit le Cambodge à reconnaître son indépendance et à lui payer tribut.

 

C'est alors en effet que le Siam s'affranchit de la domination cambodgienne et se constitua en pays libre. Les Siamois victorieux commencèrent à prendre le titre de Thaïs, c’est-à-dire « libres ». Phra Ruang inventa ensuite l’alphabet thaï pour ne plus avoir à utiliser les caractères cambodgiens qu’il modifia dans la forme, ou l’antique écriture tham (ธรรม) des livres bouddhistes qui ne fut plus utilisée que pour les ouvrages religieux. Il aurait donc précédé Rama Khamhaeng de plusieurs siècles !

 

 

Il est de cette libération une version différente : Grâce à sa connaissance approfondie des textes sacrés  Phra Ruang avait rendu son corps invulnérable et acquis le pouvoir de donner la vie ou la mort par de simples paroles, en sorte que ce qu’il commandait devait nécessairement avoir lieu. Le roi Cambodgien le considérant comme un rebelle qui refusait le tribut d’une certaine quantité d’eau qui lui était due. Il envoya alors contre son vassal insoumis l’un des seigneurs de sa cour qui creusa une galerie souterraine allant du Cambodge qui jusqu’au Siam, débouchant dans le couvent oú Phra Ruang s’était retiré après avoir été ordonné moine pour y placer une sorte de poudre explosive. A peine l’émissaire sortant de sa cachette se fut-il présenté aux regards du prince Siamois que celui-ci, d’un seul mot, le changea en pierre ainsi que les troupes qui l’accompagnaient, que l’on reconnaît dans les « pierres levées » de Sukhothai ! C’est l’explication qui a le mérite du pittoresque de l’origine qui reste mystérieuse  des bornes sacrées que l’on retrouve essentiellement dans la Lanna (nord-ouest) et l’Isan (nord-est) dont on ne sait si elles sont des mégalithes pré-bouddhistes. Nous leur avons consacré un article ignorant alors cette interprétation probablement fantaisiste (5). Restons-en là !

 

 

 

 

LA MIGRATION DU MYTHE CHEZ LES AMÉRINDIENS ?

 

Cette légende par contre a été analysée par des érudits, le premier fut l’abbé Brasseur de Bourbourg en 1857 (6) 

 

 

et par le comte Hyacinthe de Charencey en 1871, ethnologue et linguiste   qui connaissait à peu près toutes les langues de la création (7).

 

 

L’abbé pour sa part connaissait parfaitement (ignorants que nous sommes !) le quiché, le cackchiquèle, le tzendalc, le maya, le nahualt et avait vécu pendant plus de 15 ans en Amérique centrale. Il put y découvrir, déchiffrer et traduire des manuscrits qui avaient échappé à la rage destructrice des Espagnols.

 

 

L’histoire primitive de l’Amérique centrale avant la découverte de Christophe Colomb est attachée au personnage légendaire de Votan (autre nom de Quetzalcoatl) sur lequel nous devons une étude à cet autre érudit que fut Léon de Rosny (8). Votan était le dieu-serpent des Aztèques. Personnage évidemment mythique et fils d’une serpente, il arriva en Amérique centrale venant on ne sait d’où, on ne sait quand (9).

 

Ne nous penchons par sur le mythe de Votan qui excède le cadre de ce blog. Nos érudits trouvent la trace du mythe de Phra Ruang en terre de Nouvelle Espagne par des coïncidences certes troublantes mais sans  en déterminer la filiation.

 

 

Il est au moins actuellement une certitude, c’est que ces civilisations amérindiennes  n’étaient pas d’origine autochtone mais incontestablement d’origine asiatique. Il suffit de regarder les portraits de ces amérindiens pour se convaincre que ce ne sont ni des Bantous ni des Caucasiens !

 

 

Venus d’Asie quand ? Nul ne le sait. Comment ? Probablement par voie de terre via le détroit de Béring (10).  Ce qui est devenu une certitude avec les analyses ADN effectuées par des généticiens américains au début de ce siècle n’était à l’époque de l’abbé Brasseur de Bourbourg et du comte Hyacinthe de Charencey qu’une hypothèse hardie mais séduisante. Elle valut au premier quelques sarcasmes (11).

 

Nous savons en tous cas que les Chinois avaient ou auraient découvert l’Amérique bien avant Christophe Colomb mais mille ans après l’existence de Phra Ruang , ce ne sont donc pas eux qui ont importé de mythe (12).

 

 

Y-a-t-il une communauté d’origine du mythe ? Votan et Phra Ruang sont tous deux considérés comme des sortes de demi-dieux bienfaisants, de véritables civilisateurs et des réformateurs. Tous deux sont donnés comme appartenant à la race des serpents et ce qui est plus significatif encore, c’est en cette qualité qu’ils peuvent pénétrer dans les entrailles de la terre même si nous ne connaissons pas les raisons pour lesquelles Votan se rattache à la race des reptiles. Ce culte du serpent n’a probablement pas été de toutes pièces, enseigné aux Américains par des colons d’origine Asiatique. Il faut évidemment faire sa part aux tendances naturelles de l’esprit humain.

 

Doit-on s’étonner de retrouver ainsi une légende égarée au fond du Siam ancien jusqu’en Amérique ?  Les découvertes utiles ont parfois bien de la peine à faire leur chemin, elles rencontrent souvent sur leur route d’insurmontables obstacles, mais rien en revanche n’est plus contagieux qu’un conte de nourrice qui finit toujours par se répandre au loin, en dépit des différences de langue, de race, de climat. Les symboles et les mythes voyagent plus vite que les inventions

 

Notons enfin que ce mythe du serpent, en dehors de son interprétation  freudienne se retrouve en d’autres lieux : pour ne parler que de l’Europe, le serpent souterrain des Celtes et des Gaulois

 

 

ou la Vouivre, selon les régions tantôt femme-serpent tantôt femme dragon.

 

 

NOTES

 

(1) « Histoire du royaume thaï ou Siam », volume 2, pages 58 s.

(2) « Exposé chronologique des relations du Cambodge avec le Siam, l’Annam et la France », 1879.

(3) « Sur les bords du Mékong », 1884.

(4) « THE ORIGINS OF THE SUKHODAYA DYNASTY » par Georges Coédès dans un article du Journal de la Siam Society de 1921, volume 14-1.

(5)  A 213- LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

(6) « Histoire des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale,, durant les siècles antérieurs à Christophe Colomb, écrite sur des documents originaux et entièrement inédits, puisés aux anciennes archives des indigènes  - Tome premier, comprenant les temps héroïques et l'histoire de l'empire des Toltèques ». L’ouvrage a été réédité en 2010

(7) « LE MYTHE DE VOTAN - ÉTUDE SUR LES ORIGINES ASIATIQUES DE LÀ CIVILISATION AMÉRICAINE ». L’ouvrage a été réédité en 2014.

(8)  « Le Mythe de Quetzalcoatl » 1888.

(9) Voir l’article de l’abbé Domenech (« L’Amérique avant sa découverte » dans la Revue de Léon de Rosny « Revue orientale et américaine » en 1860.

(10) En mars 2006, Karl Bushby et l'aventurier français Dimitri Kieffer ont franchi le détroit à pied. Ils ont traversé une section gelée de 90 kilomètres de long en 15 jours. Pendant la dernière ère glaciaire, le niveau de la mer était suffisamment bas pour permettre le passage à pied entre l'Asie et l'Amérique du Nord à l'emplacement de l'actuel détroit. Cette voie aurait été empruntée par les premiers hommes ayant peuplé  le continent américain. Il y a entre 12 000 et 30 000 ans ?

 

 

(11) Voir l’article de l’historien, géographe et ethnologue Ernest Desjardins  dans la « Revue de l'instruction publique en France et dans les pays étrangers » du 11 février 1858.

(12) L'hypothèse de la circumnavigation chinoise fut soutenue en 2002 par un auteur britannique Gavin Menzies, marin de formation mais non historien. Selon lui, en 1421 sous le règne de l'empereur chinois Ming Yongle, la flotte de l'amiral Zheng He, un eunuque musulman, aurait contourné le sud du continent africain pour remonter l'Atlantique jusqu'aux Antilles. Une autre partie de l'expédition aurait franchi le détroit de Magellan pour explorer la côte ouest de l'Amérique et une troisième aurait navigué dans les eaux froides de l'Antarctique. Son ouvrage « Who discovered America » a été traduit en français en 2007 sous le titre « 1421, l'année où la Chine a découvert l'Amérique ». Il fit l’objet de critiques virulentes. S’il ne semble pas y avoir de traces concrètes de cette découverte, il ne faut pas oublier – et c’est une certitude – que bien  avant lui les Vikings avaient mis les pieds en Amérique

 

 

 

Partager cet article

Repost0
8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 22:42
 Terror Antiquus, peint vers 1908 par le peintre russe Léon Bakst

Terror Antiquus, peint vers 1908 par le peintre russe Léon Bakst

La littérature sur l’Atlantide est un abîme aussi profond que celui dans lequel elle aurait été engloutie sous les eaux ou sous le sable. C’est le plus souvent un Inextricable fouillis, fatras philosophique et bric-à-brac pour occultistes de foire, ou merveilleux pandémonium ? L’érudit de la fin du XVIe, Loys le Roy qui fut le premier à traduire le Timée de Platon en français en 1551, fut aussi le premier à la considérer comme un mythe. Mais par la suite les savants, vrais ou faux, se mirent en quête de ce continent disparu et le situèrent pour les uns aux bouches occidentales de la Méditerranée au voisinage du Portugal ou du Maroc, les autres dans les eaux lointaines de l’Atlantique Nord-Ouest ou au coeur de la Méditerranée ...

 

 

... et autres encore dans les parages des Amériques ou dans les glaces du pôle. Bailly, le futur maire de Paris le situait dans le centre de l’Asie sur les plateaux de la Tartarie. Citons par simple curiosité la version de l’Encyclopédie de d’Alembert qui parle d’île atlantique et non d’Atlantide comme le fait d’ailleurs Larousse dans son dictionnaire du XIXe siècle qui ne mettent ni l’un ni l’autre son existence  en doute (1).

 

 

Ne parlons pas des romans,  un lieu secret, caché ou ignoré,  l’inoubliable Pierre Benoît le situe enfoui sous les sables du Sahara
 

 

Jules Verne avant lui dans une fantastique descente dans les abysses que le Capitaine Nemo fait découvrir à  Aronnax dans Vingt mille lieues sous les mers. Dans son roman posthume, l’éternel Adam, il devint plus philosophique : un archéologue du futur retrouve le journal d'un groupe de survivants à un cataclysme ayant entièrement submergé le globe et retombés dans la barbarie.

 

 

Platon est au centre du mythe de l’Atlantide.

 

Nous connaissons peu de choses sur le philosophe. Né en 428 ou 427 avant Jésus Christ et mort en 348 ou 347 ; il fut l’élève de Socrate. Ce que nous savons de sa vie provient d’écrivains qui lui sont postérieurs de  plusieurs centaines d’années après sa mort.

 

 

Aucun original de ses écrits n’a été conservé. Il ne subsiste que des fragments sur papyrus des IIIe - IVe siècles. Les originaux, aujourd'hui perdus, ont été recopiés sur parchemin par des moines à partir de la renaissance carolingienne, mais la grosse majorité des manuscrits datent des XII-XIII-XIV-XVe siècles. -

 

 

Les manuscrits ne s'accordent que rarement entre eux du fait que les copies antiques présentaient déjà des variantes et que les moines ont souvent fait des fautes. Il arrive parfois aussi qu'ils ajoutent du leur pour combler une lacune du texte qu'ils copient ou pour placer un commentaire (glose). Certains moines connaissent mal le grec ; ils déforment les mots, leur en substituent d'autres... D’autres l’ignorent et ajoutaient simplement la mention « grecum est, non legitur ». Les textes que nous utilisons sont des reconstitutions dont la fiabilité peut être douteuse. En outre, l’authenticité de certains textes est parfois contestée dans le monde érudit (2). Quoi qu’il en soit, les deux dialogues concernant l’Atlantide sont Le Timée et le Critias – ce dernier n’est connu que partiellement. Il se serait agi d’une trilogie, le troisième volet Hermocrate, est perdu. Ils sont le point de départ de la légende. Les exemplaires traduits en français dont nous disposons proviennent des Classiques Garnier qui font autorité. La traduction est celle du grand helléniste Emile Chambry.

 

 

Les premières pages du Timée ont une coloration politique. Nous apprenons que Socrate s’était entretenu la veille avec trois de ses invités : Timée, Critias, et Hermocrate. L’entretien avait porté sur la politique : Socrate leur avait exposé quelle était, d’après  lui, la constitution la plus parfaite. Il leur avait demandé ensuite si l’État qu’il avait décrit la veille correspondait à quelque chose ou si ce n’était qu’utopie. Chacun des trois interlocuteurs (Timée, Critias et Hermocrate) est invité à répondre à Socrate. Le premier est Critias. Cet état de rêve avait existé autrefois à Athènes. Il tenait l’information de l’un de ses ancêtres alors âgé de 90 ans, ami du grand Solon (3).

 

 

Celui-ci, revenu d’Égypte lui raconta qu’un vieux prêtre égyptien lui avait appris qu’Athènes avait eu neuf mille ans auparavant les plus belles institutions politiques. La cité avait produit des hommes héroïques qui défendirent l’Europe et l’Asie contre les rois de l’Atlantide, grande île qui émergeait au-delà des colonnes d’Héraclès (les montagnes qui bordent le détroit de Gibraltar ?). 

 

 

Ces rois entreprirent de soumettre à leur domination tous les peuples riverains de la Méditerranée. Ils furent battus par les seuls Athéniens, et leur défaite fut suivie d’un cataclysme qui engloutit subitement leur île, et avec elle l’armée des Athéniens (4).

 

 

Critias promet de compléter son récit, mais le lendemain, le dialogue prenant un tour philosophique. Il reviendra au mythe de l’Atlantide et dépeindra la civilisation des Atlantes et leur bonheur, tant qu’ils restèrent fidèles à la justice. Mais le jour vint où ils abandonnèrent la vertu de leurs ancêtres. Zeus, résolu de les châtier, assembla les dieux et leur dit : L’ouvrage finit à ces derniers mots. Le reste devait être le récit de la guerre, contre les Atlantes, dont Athènes sortit victorieuse. La trilogie n’est pas terminée, la suite étant perdue. Le texte est évocateur mais interrompu ce qui crée un immense sentiment de frustration, suspendu sur la parole de condamnation de Zeus, alors qu’il a encore la bouche ouverte pour prononcer sa sentence. Le Critias ne satisfait que très partiellement l’attente créée dans le Timée comme brisé dans son moment décisif, coupé exactement à l’instant du cataclysme.

 

 

 

La question de l’historicité de l’existence d’une civilisation avancée détruite par un  cataclysme géologique 9000 ans auparavant, 11000 ans aujourd’hui (mais s’agissait-il bien d’années solaires ?) reste bien évidemment posée. Les explications du Critias vont peut-être nous apporter une réponse en situant la localisation de ce continent perdu non pas à l’ouest de Gibraltar mais peut-être au cœur de l’Asie.

 

Dans une correspondance entre Voltaire et Bailly, faisant référence à Diodore de Sicile – historien du premier siècle avant Jésus-Christ – Bailly fait des Siamois qui adorent le ciel éternel sous le nom de Sommona Kodom les disciples des Atlantes et des adorateurs d’Uranus sous un autre nom.

 

 

Pour lui, l’Asie est le berceau du monde, le centre de l’antiquité, et c’est là que nous aurions d’abord cherché les Atlantes. Si l’on a nommé Atlantique la mer où font les Canaries, d’où l’on a voulu faire sortir les Atlantes, cette dénomination est moderne ; l’Asie nous offre aussi une mer atlantique revêtue de ce nom depuis un teins qui remonte à Hérodote, il y a près de 2.200 ans (5). Cette hypothèse asiatique  - non encore exactement située semble peu ou prou dans un article de l’anthropologue et paléontologue René Verneau (6). Pour des motifs tirés de constatations géologiques, celui-ci conclut à l’impossibilité de situer le continent perdu dans une zone dont les Canaries et les Açores seraient les restes non engloutis. Il est une question purement sémantique. Il faudrait encre savoir de quel Océan Atlantique parlait Platon, le grand Océan de la géographie de Ptolémée correspond-t-il à ce que nous appelons l’Océan Atlantique ce n’est pas certain puisqu’il correspondrait plutôt à l’Océan Indien ou à une grande mer située à l’Est, celle que chercha à atteindre Alexandre le macédonien. Pour les Grecs, l'océan atlantique était celui qui cernait les terres, ne faisant pas de distinction comme aujourd'hui entre l'océan atlantique, l'océan indien et l'océan pacifique.

 

 

Dans un contexte moderne, les « piliers d’Héraclès » correspondent au détroit de Gibraltar mais Ptolémée a vraisemblablement décrit d’autres détroits qui semblent être celui d’Ormuz

 

 

et le Bab-el-Mandeb, au sud de la mer rouge. Par ailleurs, comment faut-il comprendre « devant » ou « au-delà » qui peut tout simplement signifier « loin de »... Il nous faudrait pour cela avoir l’une ou l’autre des différentes versions du texte grec sous les yeux et des connaissances profondes de la langue ce qui n’est pas le cas. Toutes les hypothèses sont alors permises

 

 

Nous voilà donc conduits à nous poser la question de savoir si une localisation de l’Atlantide en Asie est possible. Y situer l’Atlantide relève d’une simple hypothèse, nous ne franchirons pas le pas. Y situer un continent englouti relève actuellement d’une certitude. fut-il l’Atlantide ?

 

 

 

La plaque de la Sonde

 

Ce que les scientifiques appellent le Sundaland est une région de l'Asie du Sud-Est qui englobe la plateforme de la Sonde et une partie du plateau continental asiatique. Il comprend la péninsule malaise, les îles de Kalimantan (Bornéo), Java et Sumatra.  Elle inclut la péninsule indochinoise et le sud de la Chine (le Hainan).

 

 

Il semble actuellement acquis que cette région qui constituait une vaste plaine a été submergée il y a environ 12.000 ans par une brutale montée des eaux de plus de 150 mètres consécutive à la fin de l’une des périodes glaciaires. Cette question a fait en 2019 l’objet d’une étude de Dhani Irwanto, un indonésien ingénieur civil spécialiste incontestable en hydrologie, en structures hydraulique, en barrages et en hydroélectricité. Cet ouvrage ne relève pas de la fantaisie mais de recherches approfondies. Le titre en est évocateur « Sundaland, tracing the cradle of civilizations » (Sundaland, traçant le berceau des civilisations ») (7).

 

 

Cette hypothèse avait été avancée avant lui mais à mettre au rang des affirmations douteuses et gratuites, celle de l’origine extraterrestre par exemple qui est pourtant répandue.

 

 

 

Elle fait toutefois  l’objet d’une simple allusion dans l’ouvrage de Sir Thomas Stramford Raffles, ancien gouverneur de Java, daté de 1817 (8).

 

 

L’intérêt de la thèse de Dhani Irwanto est qu’il étudie méticuleusement les coïncidences troublantes entre la grande île décrite dans le Critias et le riche pays tropical que devait être le Sundaland à cette époque.

 

Il situe le cataclysme entre les années 12800 et 11600 avant notre ère ce qui correspond peu ou prou aux dates indiquées par Platon (9000 ans + 200)

 

Il s’est agi d’un déluge comme on en trouve la trace dans de multiples traditions conservées dans la mémoire humaine, à commencer par celui de la bible, déluges dont l’historicité est  difficile à mettre en doute, sans qu’ils soient des mythes étiologiques causés par  une pluviométrie exceptionnelle et catastrophiques, fonte subite d’énormes glaciers due à un dérèglement climatique, agrémenté dans cette région par les risques sismiques comme ce fut le cas en 2004.

 

 

Faisons donc référence au Critias :

 

L’Atlantide aurait donc été plus grande que la Libye et l'Asie réunies, a été perdue en un seul jour et une nuit de malheur. A l’époque de Platon, l'Asie était simplement l'Asie Mineure (la Turquie actuelle), et la Libye la côte nord-méditerranéenne de l'Afrique. C’était évidemment une masse considérable susceptible de soutenir un continent antédiluvien perdu.

 

Cette île était un chemin vers les autres îles; et de celles-ci, vous pouviez passer au continent opposé, qui englobe le véritable océan. Faut-il y voir une référence à l’Australie la Tasmanie et la Nouvelle-Guinée  dans compter le chapelet d’îles polynésiennes et le continent opposé était-il une référence au continent américain ?

 

 

La date de l’effondrement selon Critias cadre avec les recherches de l’Indonésien qui situe en réalité trois cataclysmes, une première inondation il y a 14000 ans suivie d’une deuxième il y a environ 11000 ans et encore une troisième il y a environ 7 500 ans qui aurait marqué l'ouverture du détroit de Malacca entre la Malaisie et Sumatra. Plusieurs cataclysmes ? « Vous ne vous souvenez que d'un seul déluge, mais il y en a eu de nombreux précédents » dit encore Critias !

Le déluge de la Bible ;

 

 

Et il ajoute «… La mer dans ces parties est infranchissable et impénétrable, car il y a un banc de boue sur le chemin; et cela a été causé par l'affaissement de l'île ». Or, la mer de Chine méridionale actuelle à proximité du plateau de Sunda est peu profonde quoique d’une grande étendue, jamais plus de 50 à 60 mètres C’est un contraste avec les profondeurs de l'Atlantique ou du Pacifique.

 

Le déluge de l'épopée de Gilgamesh

 

 

 

« L'île elle-même fournissait tout ce qui est utile à la vie explique » dit encore le Critias. Un paradis, fruits, légumes et épices.

 

« Deux fois dans l'année, ils récoltaient les fruits de la terre - en hiver bénéficiant des pluies des cieux, et en été l'eau que la terre fournissait en construisant  des ruisseaux et des canaux ».

 

 

C’est évidemment là la description d’un climat marqué par une mousson saisonnière, comme c'est le cas dans une grande partie de l'Asie du Sud-Est et du Sud, une saison des pluies en « hiver »  et une saison des pluies en « été ». Les Atlantes avaient conçu des systèmes d'irrigation efficaces.

 

Apparemment, l'Atlantide était largement boisée :

 

« Il y avait en abondance des bois pour les charpentes .... et il y avait beaucoup de bois de toutes sortes, abondant pour chaque type de travail et même dans un bosquet» de la capitale ... il y avait toutes sortes d'arbres d'une hauteur et d'une beauté merveilleuses en raison de l'excellence du sol ».

 

 

Voilà bien l’image d’une forêt tropicale. Les forêts des îles indonésiennes et les forêts tropicales de Malaisie recouvrent encore malgré une surexploitation intensive des millions d’hectares. Qui sait ce qu’il en était avent le cataclysme ?

 

La faune est abondante : « Il y avait un grand nombre d'éléphants sur l'île; car il y avait suffisamment de nourriture pour toutes sortes d'animaux, à la fois pour ceux qui vivent dans les lacs, les marais et les rivières, et aussi ceux qui vivent dans les montagnes et dans les plaines, il y en avait donc pour l'animal qui est le plus grand et le plus vorace de tous».

 

 

La description géographique du pays est précise « Tout le pays était élevé et escarpé du côté de la mer, mais les terres qui l’entourait et entouraient immédiatement la ville étaient  une plaine plate».

 

Nous retrouvons probablement les montagnes qui subsistent le long de la côte sud, dans les îles actuelles de Sumatra et Java, et à l'est, à Bornéo. Ces trois régions auraient été délimitées par l'océan principal, mais la partie centrale, formant maintenant le plateau immergé de la Sunda, aurait en effet été une plaine plate.

 

« Près de la plaine à nouveau, au centre de l'île… .il y avait une montagne pas très élevée » 

 

Dhani Irwanto y voit une référence à l'île indonésienne actuelle de Natuna Besar, à mi-chemin entre l’ouest de la péninsule malaise et le nord de Bornéo. Le point le plus élevé de l'île se situe à 959 mètres au-dessus du niveau de la mer en fait une montagne d’environ 1100 mètres ?

 

 

 

Le Critias fait encore référence à un vaste réseau commercial dans la région:

 

« ... Car à cause de la grandeur de leur empire, beaucoup de choses leur ont été apportées de pays étrangers…. Pendant ce temps, ils ont continué à construire leurs ports et leurs quais». Existe-t-il des preuves que l'Asie du Sud-Est fut une plaque tournante du commerce océanique dans l'antiquité la plus profonde ?  Il devait donc exister le type de navires capables de traverser l'océan Indien puisque nous savons – à minima – que la population de Madagascar est intimement liée à celle de l’Asie  du sud Est (9).

 

 

 

Le pays connaît encore une métallurgie avancée : « Ils ont creusé de la terre tout ce qui s'y trouvait, solide et fusible ».

 

Les murs de la citadelle de la capitale relevant d’une architecture élabore étaient recouverts de divers types de métaux:

 

« L'ensemble des murs extérieurs étaient recouverts d'une couche de bronze, et le mur suivant, ils étaient recouverts d'étain, et le troisième, qui englobait la citadelle, brillait de la lumière rouge de l’orichalque ».

 

 

On a beaucoup discuté sur la nature de  l’orichalque, probablement  une sorte de laiton (un alliage de cuivre et de zinc ou de bronze (un alliage de cuivre et d'étain). Les Atlantes disposaient d'une quantité considérable de cuivre et d'étain puisqu’ils en  couvraient des murs entiers. L’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande sont de grands producteurs d’étain, pays riches en cuivre et en d’autres métaux. D’après Dhani Irwanto de gigantesques réserves potentielles d’étain se trouvent au large, sur le plateau de la Sunda.

 

 

Nous en resterons là de ces explications pour évite de renter dans un ésotérisme de plus ou moins mauvais aloi.

 

Dhani Irwanto établit une liste impressionnante (plus de 60) de points de comparaison  tous justifiés entre ce que l'on peut savoir de cette région incontestable tropicale et celle du Critias. Si son ouvrage qui fait près de 400 pages n’avait été sérieusement argumenté, nous l’aurions lu qu’avec un certain sourire comme on peut lire Pierre Benoît ou Jules Verne. Il nous a intéressés car il place l’île mystérieuse dans un territoire qui inclut l’actuelle Thaïlande ainsi d’ailleurs que le Vietnam, le Cambodge et le Laos.

 

 

Quelques conclusions s’imposent.

 

Dhani Irwanto est indonésien. Situer la cité perdue – la plus vieille civilisation connue par les écrits d’un philosophe prestigieux - au cœur de la péninsule indonésienne est évidemment flatteur pour le prestige de l’histoire de son pays, mais il n’apparaît dans ses écrits aucun sentiment irrédentiste. Il est d’ailleurs permis de s’étonner que les Thaïs à la recherche de leurs racines historiques sans parler des Cambodgiens et des Viets aient laissé passer un tel sujet d’orgueil ?

 

L’historicité de l’Atlantide ?

 

La question reste évidemment posée et déchire toujours les hellénistes spécialistes de Platon. S’agit-il d’une parabole morale et  instructive pour décrire une cité idéale et imaginaire – un paradis perdu – détruite par la faute des hommes ou repose-t-elle sur une réalité historique transmise par une longue tradition orale pendant des millénaires ? La question de savoir si les 9000 ans dont parlait Solon et les sages de l’Égypte étaient des années solaires ou si elle signifie simplement « il était une fois, il y a très longtemps » ?

 

Si l'ethnographie et la préhistoire nous montrent l'efficacité de la tradition orale chez les peuples sans écritures – il n’y a aucune trace d’écriture chez les Atlantes - et l'aptitude à transmettre sur des millénaires le souvenir d'événements naturels catastrophiques, alors pourquoi refuserons-nous cette possibilité aux peuples antiques ?

 

La Bible écrite aux environs du VIIe siècle avant Jésus-Christ a transcrit des traditions orales, échos d’événements historiques vérifiables et probablement des faits géologiques très anciens comme le déluge. L’utilisation d’un style hyperbolique comme l’âge de Mathusalem mort à 969 ans signifie tout au plus que ce patriarche est mort très vieux pour autant qu’il s’agisse encore d’années solaires.

 

Platon fut un voyageur mais dans le pourtour Méditerranéen, Sicile et l’Égypte oú il a pu prendre connaissance de légendes et de faits historiques sur le bassin occidental et peut être sur les régions océanes. Pourquoi une tradition de ce type n'aurait-elle pas pu parvenir aux premiers scribes égyptiens pour être ensuite lui être transmise ? Peut-être faut-il croire le philosophe grec quand il affirme la véracité de son histoire !

 

Retenons en tous cas de ses écrits comme de la Bible que leur chronologie n'a aucune  intention historique au sens moderne.

 

La question se pose évidemment de savoir comme il a pu dans le Critias décrire un pays tropical, dans sa flore, dans sa faune et dans son climat – pays qu’il n’a jamais visité – sans en avoir eu connaissance par des descriptions directes ou indirectes ?

 

Ne parlons pas des merveilles hydrologiques, architecturales et commerciales qui par contre relèvent probablement d’une hyperbolique exagération.

 

 

La localisation dans le Sundaland ?

 

L’affirmation classique d’une localisation dans l’Océan Atlantique à l’ouest du détroit de Gibraltar ne peut, avons-nous dit, devenir une certitude. Dans la mesure où le Critias nous apporte la preuve par 9 que l’Atlantide – si elle a existé bien sûr - était un pays tropical, la localisation dans ce périmètre de l’Asie du Sud-est, dans un vaste « far east  » devient la plus plausible. Il n’y a pas de climat tropical ni aux Canaries ni dans les glaces du pôle. Il est tout de même singulier que les milliers ou les dizaines de milliers d’ouvrages qui se sont évertué à situer l’Atlantide ne se soient jamais soucié de ce paramètre fondamental : l’île était en pays tropical.

 

L’archéologie sous-marine pourrait-elle nous éclairer ? Les mers qui entourent les terres et îles de la plateforme de la Sonde ont peu de profondeur,  quelques dizaines de mètres, les fonds sont donc accessibles. Si les vestiges de la grande capitale gisent au fond des mers depuis quelques milliers d’années, ils ont depuis lors été noyés sous les sédiments. En outre, la région est soumise à des éruptions volcaniques fréquentes. Celle du  Samala en 1257 est considérée comme la plus importante de notre ère. Elle aurait déposé 10 kilomètres cubes de roches et de cendres au fond des mers aux alentours de Lombok. Celle du Tambora en 1815 sur l’île de Sumbawa est considérée comme la seconde plus importante. Elle aurait envoyé dans les airs 45 kilomètres  cubes de roches et cendres ?  Celle du Kratakoa de 1883 sur l’île du même nom fut la mieux connue même si elle fut moins importante que les précédentes.

 

 

Elles ont contribué à  accroître la couche de sédiments qui recouvrent les ruines de la grande cité pour autant qu’elle se trouve dans les environs.

 

 

Or, et à ce jour, en dehors de fuligineuses considérations dont nous faisons grâce,  l’hypothèse de la localisation dans le Sundaland au cœur duquel se trouve la Thaïlande nous a semblé à tout le moins troublante. C’est la raison pour laquelle nous vous avons livré ces observations cum grano salis. 

 

 

 

NOTES

 

(1) Ile atlantique : île célèbre dans l'antiquité dont Platon et d'autres écrivains ont parlé et dont ils ont dit des choses  extraordinaires. Cette île est fameuse aujourd'hui par la dispute qu'il y a entre les modernes sur son  existence ce fur le lieu où elle êtoit située : L’île Atlantique prit son nom d'Atlas, fils aîné de Neptune, qui succéda à fon père dans le gouvernement de cette île.  Platon est de tous les anciens auteurs qui nous restent, celui qui a parlé le plus clairement de cette île. Voici en substance ce qu on lit dans son Timée et dans son Critias. Certains la situent en Suède et en Norvège comme le scientifique suédois, Olaus Rudbeck, professeur à l’Université d’Upssala. Pour d’autres, ce serait une île située entre l’Europe et l’Amérique que connaissaient donc les anciens. Le père Kircher dans son Mundus subterraneus ...

 

 

...et Beckmann dans son Histoire des îles le situent sur une grande ile qui s’étendait des Canaries jusqu’aux Açores dont ces îles sont les vestiges non engloutis par les eaux. L’île atlantique êtoit une grande île dans l'Océan occidental  située vis-à-vis du détroit de Gades (Cadix). De cette île on pouvait aisément en gagner d'autres, qui étaient proche d’un grand continent plus vaste que l'Europe et l'Asie. Neptune régnait dans l'Atlantique, qu'il distribua à ses dix enfants. Le plus jeune eut en partage l'extrémité de cette île appelée Gades, qui en langue du pays signifie fertile  ou abondant en moutons. Les descendants de Neptune y régnèrent de père en fils durant l'espace de 9000 ans. Ils possédaient aussi différentes autres îles et ayant passé en Europe et en Afrique ils subjuguèrent toute la Lybie et l’Égypte, et toute l'Europe jusqu’à l'Asie mineure. Enfin l’ile Atlantique fut engloutie sous les eaux et longtemps après la mer était encore pleine de bas-fonds et de bancs de fable à l'endroit où cette île avait été.

 

(2) Voir de Ladevi-Roche, professeur de philosophie « LE VRAI ET LE FAUX PLATON OU LE TIMÉE DÉMONTRÉ APOCRYPHE » en 1867 et A. Vieira Pinto « Note sur la traduction de Platon, Timée 43 b ». In: Revue des Études Grecques, tome 65, fascicule 306-308, Juillet-décembre 1952. pp. 469-473;

 

(3)  Solon , le législateur, a vécu de 630 à 560 avant Jésus-Christ.

 

(4) Le géologue Pierre Termier avait  prouvé qu’un vaste effondrement s’était produit à la fin de l’âge quaternaire à l’ouest du détroit de Gibraltar. L’antiquité ne s’en était évidemment pas doutée et Platon lui-même n’aurait pu le deviner. Il se trouve qu’il y aurait jadis existé une terre là où Platon a placé son mythe et que son invention n’est pas dénuée de fondement, du moins en ce qui concerne l’existence d’un continent en face des côtes du Maroc et du Portugal. Mais Platon a pu tomber juste par un pur hasard ?

 

(5) « LETTRES  SUR L’ATLANTIDE DE PLATON ET SUR L’ANCIENNE  HISTOIRE DE L’ASIE. Pour servir de suites aux Lettres sur  l’origine des Sciences adressées à M. de Voltaire  par M. Bailly » de 1779.

 

 

(6) René Verneau «  A propos de l'Atlantide » In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, IV° Série. Tome 9, 1898. pp. 166-171;

 

(7) Le texte de plusieurs centaines de pages a été publié en 2019 en Indonésie par Indonesia hydro media

 

(8) « The History of Java » publié à Londres en deux volumes en 1817.

 

 

(9) Voir notre article INSOLITE 27 « LES « PEUPLES DE LA MER » D'ASIE DU SUD-EST SONT-ILS VENUS SUR L'ÎLE DE MADAGASCAR ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/insolite-27-les-peuples-de-la-mer-d-asie-du-sud-est-sont-ils-venus-sur-l-ile-de-madagascar.html

 

Partager cet article

Repost0
2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 22:03

 

Un amusant article publié il y a un peu plus d’un an sur le site isaanrecord sous le titre « Depuis quand le pla ra est-il une nourriture thaïe » sous la signature de Paul Bierman a attiré notre attention avec un certain sourire (1). Le pla ra est originairement un condiment spécifique à la cuisine isan mais il vient – nous allons le voir – de beaucoup plus loin, probablement du pourtour méditerranéen. Nous avons déjà dit quelques mots de ce que certains appellent « la gastronomie » en Isan sans méchanceté mais toujours au second degré (2). Le titre de l’article susvisé vient simplement du fait que, depuis l’Isan, le pla ra ou pla daek (ปลาร้า  - ปลา แดก) qui est, avant le kapi puant (กะปี) à base de chair de crevettes fermentées ...

 

 

ou le nam pla (นำปลา) moins puant, le roi des condiments de la cuisine isan, s’est répandu dans tout le pays.

 

 

Il en est probablement deux raisons, la première est que la capitale et le reste du pays abritent nombre d’habitants de notre région, venus y chercher fortune. La suivante est probablement née d’un certain snobisme des bourgeois de Bangkok qui viennent s’encanailler dans les échoppes des bords de rues, les Ranahan rimthang (ร้านอาหารริมทาง), souvent tenues pas des habitants de l’Isan et fréquentés par leurs compatriotes compte tenu de la modicité des prix pratiqués, au milieu des vapeurs méphitiques des gaz d’échappement des véhicules et en général réfractaires à toute hygiène. Ils sont ou prétendent être à la recherche de mets authentiques et exotiques, à la fois de nouvelles expériences gustatives et aussi de nouvelles façons de se faire valoir sur les réseaux sociaux !

 

 

 

L’importance du pla ra dans la cuisine isan - généralement relevée - est essentielle pour relever la fadeur de certains aliments comme le riz gluant ou les poissons de rivière. Un proverbe local dit (en dialecte local) « Si une femme sait bien cuisiner avec le pla daek, alors même si elle était esclave, elle doit être libérée »

 

(ญิงใด เฮ็ดกินพร้อมพอเกลือทั้งปลาแดกแมนเป็นข้อยเพิ่นฮ้อยชั้นควรให้ไถ่เอา

Yingdai hetkinphromphoklueathangpladaek  maenpenkhoiphoenhoichan  khuanhaithai-ao ).

 

 

 

Passons sur la trop sèche définition du Dictionnaire de l’Académie royale : « Nom d’un condiment à base de sel et de poisson fermenté » (ชื่ออาหารชนิดหนึ่งทำด้วยปลาหมักเกลือ)

 

Le pla ra qui devient pla daek au Laos est depuis longtemps – mais depuis quand ? – un condiment de base en Asie du sud-est et spécifiquement en Isan même s’il a fait son chemin au travers du pays. On le trouve le plus souvent agrémentant le somtam (ส้มตำ), cette salade de papaye verte chère au cœur des Isan-Laos.

 

 

 

L’article de Paul Bierman fait référence à une émission de télévision faisant intervenir un chef de cuisine de Bangkok, un paysan de Mahasarakham et divers consommateurs. Certains étaient dégoûtés puisque le pla ra a effectivement une odeur fétide plus encore que le kapi et n’est par ailleurs peut-être pas mauvais pour la santé Mais il ne s’agit pas là d’un argument gastronomique : il est permis de se régaler d’une bécasse fortement avancée, 


 

 

 

d’un camembert ou d’un munster aux senteurs persuasives ou tout simplement d’un malodorant durian. Pour d’autres, il s’agissait du meilleur aliment qu’ils n’avaient jamais goûté. Une odeur puissante n’est pas incompatible avec une saveur suave. 

 

 

D’autres intervenants ont fait référence au phatthaï (ผัดไทย) : Nous apprenons que le Maréchal Phibun Songkhram en avait promu la consommation pour en faire en quelque sorte le plat national du pays dans le cadre de ses efforts pour promouvoir la Thainess en marginalisant tout ce qui ne cadrait pas avec la vision de ce à quoi devait ressembler la Thaïlande. Ceux-là, fervents du pla ra reprochèrent au plat préféré du Maréchal d’être trop fade !

 

 

Mais Paul Bierman ne nous éclaire pas sur l’origine de ce condiment, peut-être venu avec les groupes Taïs du sud de la Chine mais l’origine des Taïs se perd dans les brumes des légendes. Si toutefois cette hypothèse est exacte, l’arrivée du pla ra se situerait aux environs de l’an 1000. Nous allons tenter de démontrer en plusieurs étapes qu’elle est beaucoup plus ancienne et surtout beaucoup plus lointaine.

 

 

 

LES RECETTES

 

Il est confectionné en faisant fermenter du poisson avec du son de riz ou de la poudre de riz grillé et du sel dans un récipient clos pendant au moins six mois.  Il en est plusieurs espèces que les amateurs distinguent fort bien : Le pla ra fermenté avec de la poudre de riz grillé devient jaune avec une texture molle et une odeur caractéristique (parait-il ?).

 

 

 

 

L’ingrédient principal en est des têtes de poisson-chat. Il se présente sous forme de pâte. Celui constitué de petits poissons fermentés avec du son de riz  est d'un noir franc et a une odeur plus volcanique. Celui confectionné à base de de poisson frais est appelé pla ra sot (ปลาร้าสด). L’autre, le pla ra lom (ปลาร้าลม) utilise des poissons morts ayant subi une réaction d'autolyse jusqu'à avoir une odeur pénétrante ou des poissons qui ont trempé dans l'eau pendant 12 à 24 heures jusqu'à devenir plus tendre. La préparation en est, en tous cas, longue et se fait en plusieurs étapes.

 

 

 

 

La première étape consiste à faire fermenter le poisson coupé en petits morceaux avec du sel jusqu'à ce qu'il soit ramolli. La suivante consiste à le faire fermenter avec du son de riz ou de la poudre de riz grillé pour le parfumer et lui donner de la saveur . Après 24 heures, le poisson est soigneusement rangé bien serré dans un récipient (généralement un bocal) qui est ensuite rempli avec de la saumure. Le récipient est scellé pendant trois mois. Après cela, le pla ra est mélangé avec du son de riz ou de la poudre de riz grillé. Puis, il sera replacé dans son contenant et conservé fermé pour deux mois ou plus encore. Si nous vous donnons les bases de cette recette, ce n’est pas pour vous suggérer de cuisiner du pla ra chez vous .

 

C’est tout simplement parce qu’elle est exactement similaire à celle du nuoc-mâm que nous ont fait découvrir les Vietnamiens ; ce qui va nous permettre de remonter aux sources.

 

 

 

 

Notons l’existence dans le commerce local l’existence d’un pla ra végétarien (pla ra  che -  ปลาร้า เจ) à base de pourriture non pas de poissons mais de soja, de champignons ou de haricots locaux fermentés avec les mêmes conséquences olfactives. La saveur  très salée est un peu acide est similaire au condiment traditionnel et n’a pas non plus l’agressivité du piment local qui est absent.

 

 

 

 LE  NUOC NÂM

 

 

 

 

Les Français s’y sont intéressés dès leur installation en Indochine française. La similitude avec le pla ra est évidente et troublante :

 

Atelier  artisanal dans les années 30 :

 

 

 

 

Nous avons entre de multiples descriptions celle d’un missionnaire, le père Legrand-de-la-Liraye qui écrivait le 25 octobre 1869 en en vantant les vertus : « Le nuoc-mâm est pris généralement en horreur par tout Européen arrivant dans le pays. Au bout d'un certain temps d'existence au milieu de ce peuple pauvre et rustique, on s'aperçoit, si on n'y met pas d'entêtement, que le nuoc-mâm n'a au fond contre lui que  son odeur et qu'on peut se faire à cette odeur comme on se fait à celle du fromage et du dourian quand on y a pris goût. Il est facile d'apprécier que sa saveur proprement dite n'est pas désagréable, qu'elle rend certains mets excellents et qu'il faudrait peu d'industrie pour la rendre, en tous points, exquise. Cette liqueur, très forte et très substantielle, est parfaitement appropriée aux besoins d'un peuple qui n'a que riz pour nourriture « et qui n'use pas d'alcool ou de vin dans l'usage ordinaire de la vie. Le nuoc-mâm est précieux pour l'hygiène : on est très heureux de  le trouver souvent comme excitant de l'appétit dans les dégoûts de toute nature auxquels l'anémie nous expose, comme digestif dans certains embarras gastriques, comme sudorique très puissant dans les coliques et refroidissements ». Il est présenté comme la macération de poissons (Clupéidés et aussi Scombridés) liquéfiés  dans une saumure fermentée. Rien d’étonnant à cela à la différence que la recette indochinoise utilise des poissons de mer et la recette de chez nous des poissons de rivière. Mais ces mêmes observateurs coloniaux, tous pétris de culture classique, vont nous faire remonter dans le temps jusqu’à l’antiquité gréco-romaine ce qui nous permet d’y trouver l’origine du pla ra en constatant la parfaite similitude entre le nuoc-mâm et le garum des anciens !

 

Atelier contemporain : 

 

 

 

LE GARUM

 

 

 

 

Si la littérature siamoise ignore totalement la description au quotidien de la population et notamment de ses goûts culinaires, il n’en est pas de même chez les anciens oú elle est surabondante. Nous en connaissons l’existence depuis au moins Eschyle qui vivait au cinquième siècle avant Jésus-Christ, par Pline qui vécut au début de notre ère et un édit de Dioclétien qui régna de 284 à 305  pour en régler le négoce. Nombreux sont ceux qui nous en ont transmis la recette : on salait jusqu'à un certain point les intestins des poissons et même plusieurs petits poissons tels qu'athérines, anchois, mules, etc.. On les mettait dans un vase, on les exposait au soleil et on y favorisait une fermentation ; quand le moment convenable était venu, on faisait entrer dans le vase qui contenait ces matières à demi corrompues un panier long et d’un tissu serré, la portion liquide était la garum. Il y en avait de toutes sortes, Le garum préparé avec des scombres (essentiellement des maquereaux) était le plus réputé et atteignait des prix exorbitants. Apicius, le célèbre gastronome de l’antiquité et auteur de nombreux ouvrages de cuisine avait imaginé d’y noyer vivant les petits rougets de roche – le meilleur des poissons de la Méditerranée - pour les manger dans toute la perfection possible. On peut voir ici dans des restaurants locaux servir une coupe d’alevins de crevettes d’eau douce que l’on noie vivantes dans le pla ra avant de les déguster.

 

 

 

En dehors des goûts raffinés d’Apicius, nous savons que l'alimentation des anciens reposait essentiellement sur le pain, c'est-à-dire les  glucides, et même si la ration de pain que consommait l'esclave était suffisante pour un travailleur de force, elle entraînait des carences alimentaires si elle n'était pas accompagnée des protides qu'offrent les poissons. L'absorption de garum était nécessaire et générale : les maîtres, soucieux d'entretenir leur main-d’œuvre servile ou libre, prévoyaient un tel accompagnement salé.

 

Or, ce garum qui avait une longue conservation, était gardé dans des amphores scellées et pouvait donc accompagner les romains dans leurs pérégrinations.

 

On trouve à Pompéi une mosaïque représentant une amphore contenant du meilleur garum dans l'atrium dans la villa d'Aulus Umbricius Scaurus. Celui-ci vendait, du garum de maquereau. Elle est marquée : G(ari) F(los) SCOM(bri) SCAURI EX OFFICINA SCAUR. 

 

 

 

 

Le garum le plus réputé, dit garum des alliés (garum sociorum), était fabriqué en Bétique dans le sud de l'Espagne actuelle, à partir du thon rouge qui migre de l'Atlantique à la Méditerranée. Il s'en faisait une grande pêche, dont le produit était commercialisé salé. Le garum lui, était élaboré avec le sang, les œufs et le système digestif des poissons, mélangés à une grande quantité de sel (au moins 50 % du volume total). La présence de sel inhibant la décomposition naturelle, la macération se produisait probablement sous l'action des sucs digestifs du thon. Il ne s'agit donc pas d'une putréfaction.

 

 

Des garums de moindre qualité, préparés directement à partir de la chair du thon, ou d'un autre poisson (comme le maquereau) étaient fabriqués dans tout le bassin méditerranéen. Tous ces garums étaient commercialisés dans des amphores de petite taille, en raison du prix du contenu (4).

 

La Loubère qui savait certainement ce qu’était le garum ne fait toutefois pas le lien avec cette mixture (5). Il en a ramené un bocal en France mais ne nous dit pas l’avoir goûté.

 

Monseigneur Pallegoix nous en fait aussi la description mais ne fait pas non plus le lien avec le condiment romain. (6)

 

Cuves de macératiuon de garum à Pompéi  :

 

 

 

LE GARUM EST-IL PARVENU JUSQU’Á LA PÉNINSULE INDOCHINOISE ?

 

Les romains, nous le savons, voyageaient. Ils allèrent jusqu’en Chine par voie de terre probablement, chercher la soie pour les élégantes et les épices pour les gourmands. Ils voyagèrent aussi très probablement par mer au moins jusqu’à Ceylan et probablement jusqu’en Chine aussi en passant par le Siam (7). Ces voyages duraient plusieurs mois. De toute évidence par mer, ils emportaient leur eau potable et de la nourriture qui se conservait longtemps dans leurs amphores, très certainement leur garum. L’ont-ils fait découvrir aux populations qu’ils rencontrèrent ? C’est plausible. C’était peut-être inutile en Chine à cette époque oú elle plongeait déjà dans une civilisation multi séculaire mais ce n’était très certainement pas le cas de la péninsule indochinoise d’alors tout au moins sur le plan de la gastronomie.

 

 

 

 

AUJOURD’HUI ?

 

Sans parler de l’Asie-du sud-est, il s’est perpétué pendant des siècles en Europe   sous forme de ce que certains esprits délicats considéraient comme une pourriture répugnante, bonne tout au plus pour des palais barbares évoquant au mieux les sauces d'anchois chères aux marins provençaux, une perversion du goût, générale dans tout le monde méditerranéen et continuée sur des siècles. Cette opinion était purement et simplement rhétorique telle celle de Sénèque le stoïcien, qui considérait que l’utilisation de ce genre de condiment prouvait la corruption d’une époque qui ne savait pas se contenter des simples présents de la nature. Il subsiste toujours en Provence et en pays niçois sous le nom de pèis sala (poisson salé), peissala à Nice,  peissara dans le  Var ou peissarouet en Marseillais. Dans son « Lou Tresor dou Felibrige » qui date de 1878, Frédéric Mistral le décrit : « une conserve de petits poissons broyés et salés ; sauce piquante provenant de la macération du poisson salé ». Il subsiste incontestablement dans la gastronomie niçoise sous le nom actuel de pissalat.

 

 

 

Il est tout simplement le garum des Romains ! C’est une sauce obtenue par macération dans le sel de têtes et d’intestins de maquereauxsardinesanchois et plantes aromatiques. La sauce ainsi obtenue, passée au tamis fin, était récupérée à la louche et vendue au prix du parfum. Consommée pendant des siècles dans le Comté de Nice, elle semble avoir disparue depuis le début de ce siècle, remplacée par la purée d’anchois. Elle était élaborée à bas de sardines et d’anchois. Dans une grande terrine de terre, on disposait successivement une couche de poisson, du sel, du poivre, de la cannelle et des clous de girofle moulus ensemble en terminant par une couche de sel. Le mélange, conservé dans un endroit frais, devait être remué tous les jours et formait rapidement une pâte. Toutes les semaines, il fallait écumer l'huile qui remontait à la surface. Un mois après, le mélange était passé au tamis le plus fin de la moulinette, mis dans des bocaux en verre et recouvert d'huile. Il n’est pas certain que cette vieille recette traditionnelle soit strictement conforme aux normes drastiques des communautés européennes.

 

 

 

Notre ami et contributeur niçois Jean-Michel Strobino est responsable du patrimoine de la ville de Nice, ce qui inclut le patrimoine immatériel en ce compris les vieilles recettes de la gastronomie locale. Voilà ce qu’il nous dit : « L'authentique pissalat, fabriqué selon la recette traditionnelle qui consiste à faire macérer pendant des mois des anchois, sardines et viscères de poissons dans le sel, n'est malheureusement plus commercialisé à Nice pour des raisons évidentes de normes d'hygiène (l'Europe est passée par là...). Aujourd'hui le pissalat est donc très souvent remplacé par de la simple pâte d'anchois. Il y a encore quelques rares familles qui le fabriquent sous le manteau pour leur propre consommation, mais je n'ai pas la chance d'en connaître... Une antique et réputée poissonnerie de Nice commercialise un pissalat qui serait celui qui se rapprocherait le plus de l'antique recette. (8)

 

Il nous écrit ce 20 décembre :

 

En complément de mon message précédent, je vous envoie ces quelques photos (en plusieurs envois) prises ce matin au marché aux poissons de la place Saint-François, en plein coeur du vieux-Nice. Pour la petite histoire, la brave dame au bonnet blanc est la poissonnière la plus célèbre du marché, où elle officie depuis plus de 50 ans, connue et appréciée de tous les vrais Niçois. Elle fabrique un pissalat maison qu'elle vend dans de vieux pots de confitures ou sauces tomate recyclés. La conversation que j'ai eue avec elle, mi en français, mi en niçois, m'a appris que c'était le meilleur pissalat au monde ! Of course...

 

 

 

 

Garum, nuoc mân, pla ra, pissalat, une même recette, il nous était difficile de ne pas faire le lien.

NOTES

 

 

(1) https://isaanrecord.com/2018/04/28/since-when-is-pla-ra-thai-food/

 

(2) Voir notre article 27 «Gastronomie en Isan ? » http://www.alainbernardenthailande.com/article-27-notre-isan-gastronomie-en-isan-80673180.html

 

(3) J. Guillerm : « L'Industrie du Nuoc-Mam en Indochine » - Section scientifique. Instituts Pasteur d'Indochine. 1931.

 

(4) Voir en particulier :

P. Grimal  et Théodore  Monod  «  Sur la véritable nature du  garum ». In: Revue des Études Anciennes. Tome 54, 1952, n°1- 2. pp. 27-38;

Robert Etienne et Françoise Mayet : « Le garum à Pompéi. Production et commerce ». In: Revue des Études Anciennes, Tome 100, 1998, n°1-2. pp. 199-215.

 

(5) « Entre les poissons  d'eau-douce ils ont de petits de deux sortes, qui méritent que l’on en fasse mention. Ils les appellent pla cut  (?) et pla  cadi  (?). L'on m'a assuré, à ne me permettre pas d'en douter, qu'après qu'on les a salés  ensemble, comme les Siamois ont coutume de faire, si on les laisser dans une cruche de terre en leur saumure, où ils pourrissent bientôt, parce qu'on sale mal à Siam, alors,  c'est à dire quand ils sont pourri  et comme en pâte fort liquide , ils suivent exactement le flux et le reflux de la mer, haussant et baissant dans la cruche à mesure que la mer croît, ou décroît ». (« Du royaume de Siam », volume I, 1691, page 130).

 

(6 ) « Un mets qui est fort du goût des Siamois, c'est  du poisson à demi pourri qu'ils préparent de la manière  suivante ils attendent que le poisson sente mauvais, puis ils l'entassent dans une cruche de terre qu'ils finissent de remplir d'eau salée; quand on cuit ce poisson, il se résout en pâte liquide,  qu'ils mangent alors en y trempant des gousses de poivre-long, des sommités de menthe, des quartiers de melongène (aubergine) crus ou des pousses tendres de manguier, d'oranger et d'autres arbres ». (« Description du royaume thaï ou Siam », volume 1, 1854, page 214).

 

(7) Voir notre article « Des commerçants romains sont-ils venus au Siam au début de notre ère ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a189-des-commercants-romains-sont-ils-venus-au-siam-au-debut-de-notre-ere.html

 

(8) http://www.deloye-maree.com/pissalat-deloye-maree/ 

Partager cet article

Repost0
21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 22:21
A 333- LES VIETNAMIENS (« VIÊT  KIÊU »)  DE THAÏLANDE.

Les Vietnamiens appartiennent aux ethnies aujourd’hui officiellement reconnues en Thaïlande depuis 2017 aux côtés de 61 autres (1). Le terme « Viêt kiêu » est utilisé par le gouvernement vietnamien et les Vietnamiens de la métropole, pour désigner cette diaspora dont l'histoire dans notre pays est multiséculaire.

 

 

OÚ SONT-ILS  ÉTABLIS ?

 

Ils sont essentiellement répandus sur la rive droite du Mékong, dans les provinces de Nakonphanom – Sakonnakhon – Mukdahan – Nongkhai – Ubonrachathani – Loei – Uttaradit  - Chantaburi  - Sakaeo  et bien sûr à Bangkok.

 

 

COMBIEN SONT-ILS ?

 

Il est bien évident que, de par leur assimilation progressive pour certains depuis des siècles au sein de la population locale et les mariages mixtes, les chiffres restent aléatoires.  La carte ethnolinguistique du pays nous donne une estimation de 20.000 en 2004 mais il s’agit des locuteurs alors que tous n’ont pas conservé la pratique de la langue de leurs aïeux. Une estimation plus récente (2011) donne le chiffre de 50.000 (3).

UNE QUESTION DE TERMINOLOGIE

 

L’utilisation du terme « Vietnam » est récente, tant chez les Thaïs (Wiatnam – เวียดนาม) que chez les Français. Les Thaïs utilisaient et utilisent encore deux termes : Yuan (ญวน) et Kaeo (แกว) que dans son dictionnaire de 1854, Monseigneur Pallegoix traduit l’un et l’autre par « Annam, Annamite » et lorsqu’il en parle – beaucoup sont catholiques et lui sont chers - c’est toujours sous le terme d’ « Annamites ».

 

 

Ho Chi Minh lui-même, lorsqu’il se lança dans la lutte anti colonialiste écrivit divers articles dans le journal l’Humanité – le 6 juillet 1924 par exemple – et parle des « revendications du Peuple annamite » et de « l’exploitation de l’Indochine par l’impérialisme » signé de son nom de Nguyen Ai Quâc se disant représentant « le groupe des patriotes annamites ».

 

 

C’est en réalité le terme générique qui recouvre les trois parties du Vietnam national, le Tonkin au nord, l’Annam au centre et la Cochinchine au sud.

 

 

Si les deux termes de Tonkin et d’Annam sont issus du langage local, celui de Cochinchine aurait été utilisé par les Portugais pour désigner une région du Vietnam  pour la distinguer de la ville de Cochin en Inde  (4).

 

Carte d'Ortellius de la fin du XVI°

 

 

Dans son « Grand Larousse Universel du XIXe siècle », Pierre Larousse nous apprend que l’Empire d’Annam est appelé dans beaucoup de géographie « Cochinchine » mais que la première désignation prévaut.

 

Plus précisément le nom officiel du pays avait été Viêt Nam  de 1804 à 1838, en remplacement de l'ancien nom  Đại Việt. En 1838, le pays a été rebaptisé  Đại Nam. L'appellation Annam, du nom de l'ancien protectorat chinois, continuait d'être utilisée par la Chine pour désigner le Viêt Nam : l'usage a été repris par les Occidentaux, et notamment par les Français, pour désigner le pays dans son ensemble, puis à partir de 1884 pour désigner le seul  Protectorat d'Annam.

 

C’est qu’à partir des années 1900, que l’on observa une résurgence du mot « Viet Nam » qui devient un cri de ralliement national et l’emblème commun à tous les partis révolutionnaires et nationalistes à travers tout le pays avant 1945. Hô Chi Minh inclut l’appellation « Viet Nam » dans sa déclaration d’indépendance en août 1945, puisque la révolution en proclamant l’indépendance nationale décida de rejeter le nom d’Annam considéré comme péjoratif.

 

Le choix des mots a un sens, celui de Viet Nam au lieu d’Annam est éminemment politique.

 

 

LES DIFFÉRENTES VAGUES D’IMMIGRATION

 

Nous pourrions avec un certain sourire parler de l’arrivée légendaire de populations venues du nord du Tonkin qui seraient alors les premiers représentants d’une immigration vietnamienne à l’époque protohistorique (5).

 

 

Ces vagues d’immigration successives se sont déroulées sur plusieurs siècles en fonction des  situations géopolitiques de leur époque.

 

Époque de Sukhotai

 

Peut-être déjà des Vietnamiens vivaient-ils au Siam depuis la création de l'État de Sukhothai au XIIIe siècle. N’oublions pas que le territoire siamois était vaste et sous-peuplé et qu’il put voir arriver des familles à la recherche de meilleures opportunités économiques transfrontalières ou des déplacements forcés suivant la vieille tradition. Ce n’est qu’une hypothèse abordée par Walsh (3)

 

 

Époque d’Ayutthaya

 

Si les chroniques royales d’Ayutthaya sont muettes à ce sujet, les annales vietnamiennes relatives au royaume Dai Viêt nous apprennent qu’il existait à cette époque entre les deux pays des relations commerciales et diplomatiques. Si nous  n’en avons pas accès, elles ont fait l’étude d’une universitaire de Chulalongkorn, Madame Thanyathip Sripana  (6).

 

 

Il y est fait mention de la présence de Vietnamiens sur la terre de Siam. Le roi Narai  les avait autorisé à s'établir dans un quartier situé hors de la ville. Certains étaient sans doute venus s'installer dans le royaume pour commercer, d'autres pour échapper à la répression des empereurs annamites contre les catholiques. La terre d’Annam a été plus accueillante pour les catholiques que le Siam et les conversions y furent nombreuses. Principalement originaires du Sud du Viêt-Nam, paysans et non commerçants, possédant un savoir-faire dans les domaines de la navigation, que n’avaient pas les Siamois, de la pêche et du travail d'artisanat utiles au développement de ces activités dans le royaume. C'est à ces catholiques chers à Monseigneur Pallegoix que l’on doit la construction de la cathédrale de Chantaburi. Cet apport eut son prix lorsque le Siam se trouva confronté à la guerre contre les Birmans dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Ils furent  à cette époque bien accueillis mais toujours soumis à un statut d'étranger.

 

 

Époque Rattanakosin

 

En 1783, sous le règne de Rama Ier,

 

 

 

Nguyên Ành, fuyant la rébellion Tây Son, se réfugia au Siam avec sa famille.  Le général Châu Vàn Tiê'p, proches de Nguyên Ânh avait de bonnes relations avec Rama Ier, ce qui a permis à l'entourage vietnamien de Nguyên Ành de s'installer dans de bonnes conditions.  Après une deuxième défaite face à la rébellion Tây Son en février 1784,  Nguyên Ành se réfugia à nouveau au Siam, emmenant avec lui un grand nombre de compatriotes.  Rama Ier l’a alors autorisé à s'installer avec ses troupes dans un quartier limitrophe de la capitale appelé « Sam Sen » (สามเสน)  d'où le nom de « Vietnamiens de Sam Sen » (yuan Sam sen - ญวนสามเสน) qui leur fut donné.

 

 

Leur descendance se trouve toujours dans le quartier. Cette deuxième vague de réfugiés fut bien accueillie, car nombre d'entre eux étaient de la famille de Nguyên Ânh ou de son entourage et parce que leur savoir-faire dans tous les domaines pouvait contribuer à la reconstruction du pays.

 

 

Dans les luttes contre les Birmans, un certain nombre d'officiers vietnamiens servirent dans les armées siamoises en gardant leur ancien grade ou furent promus à des postes de commandement dans les forces royales tandis que d'autres furent  nommés chefs de village. Lorsque Nguyën Ânh décida de quitter Bangkok en 1786 pour aller demander secours à la France, certains Vietnamiens obtinrent de Rama Ier l’autorisation de  rester au Siam et s’installèrent à Bangkok.

 

Ils résidèrent dans le quartier de Bang Pho (บางโพ) d'où leur nom de « Vietnamiens de Bang Pho » (yuan bang pho - ญวน บางโพ). Il y ont d’ailleurs toujours leur temple appelé Wat Anam Nikayaram (วัดอนัมนิกายาราม)  ce qui signifie « temple annamite du bouddhisme Hinayana » ou plus simplement  Wat Bang Pho (วัดบางโพ).

 

 

De nombreux temples sont disséminés dans tout le pays témoignant de ces afflux incessants (7).

 

Après sa victoire sur la rébellion Tây Son et son couronnement en 1802 à Hué, Nguyên Ânh devint l'empereur Gia Long et régna jusqu’en 1820.

 

 

Il continua d'entretenir de bonnes relations avec Rama Ier et son successeur Rama II qui lui-même régna de 1809 à 1824. 

 

 

Minh Mang succéda à son père Gia Long. Le Siam de Rama III et l’empire annamite entèrent alors en conflit ouvert à propos du Cambodge, l’un et l’autre ayant ou prétendant y avoir des droits de suzeraineté. Les prétentions de Minh Mang se portait également sur le Laos.

 

 

Rama III engagea contre les Vietnamiens les hostilités sur le territoire cambodgien.

 

 

De nombreux Vietnamiens fuirent la guerre via le Laos et s’établirent  sur les rives du Mékong en particulier à Sakon Nakhon ou Nakhon Phanom. La cathédrale catholique du village de Ban Tha Rae (บ้านท่าแร่) ...

 

 

 

... dans la province de Sakon Nakhon – haut lieu du catholicisme thaï -  est le signe tangible de cette migration accélérée du fait de Minh Mang qui avait engagé des persécutions sanglantes contre les catholiques. 

 

 

Par ailleurs, pendant les quinze années que dura cette guerre, un grand nombre des Vietnamiens résidant dans les provinces cambodgiennes de Battambang et Siem Riep, furent faits prisonniers et déportés en terre de Siam essentiellement à Aranyaprathet et Surin et employés à des travaux de construction. Les persécutions contre les catholiques se poursuivirent sous le règne de l'empereur Tu Duc et l'immigration vietnamienne se poursuivit  de façon sporadique sous le règne du Rama IV.

 

Celui-ci avait adopté une politique étrangère ouverte accueillant tous les réfugiés vietnamiens quelle que soit la façon dont ils étaient entrés dans le pays et quelles que soient les raisons pour lesquelles ils venaient s'y établir. C'est ainsi qu'à la suite de ces dernières persécutions, 4000 Vietnamiens arrivèrent au Siam via le Laos et s’installèrent sur les rives du Mékong.

 

La plupart des Vietnamiens de ces premières vagues nous apprend Madame Thanyathip Sripana (6), ont obtenu la nationalité siamoise et ont abandonné leurs prénom et nom de famille vietnamiens au profit d'un patronyme siamois.

Époque coloniale (fin du XIXe et début du XXe siècle).

 

La colonisation française de la péninsule commença en 1858  sous le Second Empire à l’instigation de l’Impératrice, confite en dévotions et indignée contre les persécutions dont les catholiques faisaient l’objet. Elle débuta par l'invasion de la Cochinchine annexée en 1862, suivie de l'instauration d'un protectorat sur le Cambodge en 1863 .

 

 

Elle reprit à partir de 1883 sous la Troisième République avec l'expédition du Tonkin, corollaire de la guerre franco-chinoise, qui conduit la même année à l'instauration de deux protectorats distincts sur le reste du Viêt Nam.

 

 

En 1887, l'administration de ces territoires est centralisée avec la création de l'Union indochinoise. Deux autres entités lui sont rattachées par la suite : en 1899  le protectorat laotien, instauré six ans auparavant, et en 1900 Kouang-Tchéou-Wan, que la France avait commencé d'occuper deux ans plus tôt.

 

 

La colonisation suscita rapidement la naissance de mouvements nationalistes en Indochine, certains fidèles à la monarchie, d’autres ouvertement républicains.

 

La victoire éclatante des Japonais sur les Russes en 1905 leur démontra que les puissances colonisatrices n’étaient pas invincibles.

 


 

La répression de ces mouvements  fut féroce et les désintégra. Nombre de militants cherchèrent refuge au Siam.

 

Cette nouvelle vague s’installa dans le Nord-Est, toujours dans les provinces riveraines du Laos où elle reçut bon accueil des familles vietnamiennes déjà installées dans la région et de la population siamoise qui leur apportèrent aide et soutien, sans hostilités des autorités qui n’avaient pas oublié l’humiliation du traité de 1893 avec la France.  C’est dans cette région que naquit le noyau du mouvement nationaliste révolutionnaire vietnamien. Le traité de 1893 fut confirmé en 1925 par un accord franco-siamois confirmant que tout au long de la rive droite du Mékong et à l’intérieur de la zone démilitarisée de 25 kilomètres, les populations des deux rives pouvaient se déplacer et commercer librement moyennant une taxe d'immigration de 4 bahts. Beaucoup de réfugiés vietnamiens sont encore venus s'installer dans cette région en passant par le Laos et y vécurent en bonne entente avec la population locale.

 

 

La création de la République démocratique du Viêt-nam en août 1945.

 

 

 

Le gouvernement Pridi Banomyong après la deuxième guerre mondiale soutint ouvertement les mouvements de libération nationale en Asie du Sud-Est, y compris le mouvement vietnamien et établit des liens avec le gouvernement dès la déclaration d'indépendance. Après la défaite japonaise, la France entreprit la reconquête du Laos.  L’offensive culmina le 21 mars à la bataille de Tha Khaek (ท่าแขก - face à Nakhon Phanom contre les forces laotiennes et vietnamiennes du prince « rouge » Souphanuvong.

 

 

Après leur victoire, les Français, furent accusés à tort ou à raison d’avoir à titre de représailles rasé le quartier vietnamien de Tha Khaek. Dans les mois qui suivirent, 60 ou 70.000 Vietnamiens installés parfois de longue date sur la rive gauche du Mékong, franchirent le fleuve pour chercher refuge dans les provinces thaïlandaises du Nord-Est, Nongkhai, Nakhon Phanom, Loei ou Mukdahan. Le gouvernement de Pridi et  les autorités provinciales leur prodiguèrent une aide active, soins médicaux, logement, emploi, voire même des terres cultivables. Mais, venus chercher seulement un refuge temporaire, ils n’eurent droit qu’au statut d’immigrants, phu opphayop (ผู้อพยพ). Eux et leurs descendants devaient le conserver jusqu'à la fin des années 80. Beaucoup retournèrent dans leur pays natal bien avant

 

 

Une politique siamoise sinusoïdale à l’égard des Viêt kiêu.

 

En dehors de l’intermède guerrier sous Rama III, ces premières vagues de migration n’avaient pas été mal accueillies. Pridi, farouche anticolonialiste, soutenait la subversion indochinoise installée au Siam. 

 

 

Lorsque la résistance dans les trois pays indochinois éclata au milieu des années 40, des milliers de jeunes Vietnamiens  rejoignirent l'armée au Laos et au Cambodge. Le territoire thaïlandais constitua alors une véritable base arrière du mouvement de libération nationale vietnamien. Les provinces thaïes frontalières avec le Laos et le Cambodge devinrent pour l'armée de libération un lieu d'entraînement, de réparation du matériel, voire de refuge et de repos après les opérations militaires. La République démocratique du Viêt-Nam créa un bureau de représentation à Bangkok en 1946. Le Viêt-Nam marqua par la suite sa reconnaissance en donnant à l’une de ses divisions le nom de « Division Siam » et par la suite en remettant une décoration à la famille de Pridi.

 

Ainsi, dans un premier temps, avec Pridi au pouvoir, les Viêt kiêu - qu'ils aient ou non appartenu au mouvement de résistance  - jouirent d’une grande liberté.

 

Mais cette situation devait radicalement changer avec le coup d'État de 1947 qui allait réinstaller le maréchal Phibunsongkram à la tête du pays.

 

 

Résolument anticommuniste, ce gouvernement adopta dès la fin de 1947 une politique très restrictive vis-à-vis des Viêt kiêu : droit de résidence et de déplacement limité à un nombre restreint de provinces du Nord-Est, surveillance stricte de la part des autorités, interdiction de toute activité culturelle, interdiction de l'enseignement du vietnamien et fermeture des écoles vietnamiennes, incarcération sans procès et rapatriement forcé. Il fut interdit aux femmes de s'habiller à la vietnamienne avec le pantalon aux jambes larges et de porter le chignon. La fermeture des écoles et l'interdiction de l'enseignement du vietnamien - mesure similaire aux mesures qui touchaient la communauté chinoise - obligèrent les familles à enseigner leur langue en secret à leurs enfants. La photo de Hô Chi Minh, symbole du communisme, était interdite même à l’intérieur des maisons.

 

 

 

Toute famille en possession de cette photo s'exposait à être interrogée voire mise en prison car soupçonnée d'appartenir aux services secrets du Viêt-nam du Nord ou de coopérer avec eux dans leur entreprise de diffusion de l'idéologie communiste et de nuire ainsi à la sécurité nationale. Originellement fixé à 12, le nombre de provinces dans lesquelles les réfugiés étaient autorisés à résider et à se déplacer fut réduit à 8 dès 1950, à savoir les provinces de Nongkhai, Udonthani, Sakonnakhon, Nakhonphanom, Khonkaen, Ubonrachathani, Sisakhet et Prachinburi. De même une procédure d'immatriculation obligatoire des Viêt kiêu fut instaurée dans le but de surveiller de près leurs activités. Certains d'entre eux, soupçonnés de complicité avec le Viêt-Nam du Nord furent arrêtés et incarcérés sans procès. En juin 1951, le gouvernement de Phibunsongkram, ayant reconnu la légitimité du gouvernement de Bào Dai, ordonna au représentant spécial de la République démocratique du Viêt-Nam de quitter le territoire thaïlandais et le bureau de représentation fut fermé.

 

 

Cette politique fut poursuivie par les gouvernements militaires suivants.  Il pesa sur les Viêt kiéu une suspicion de subversion mettant en danger le régime thaï. Après la chute de Saigon et la réunification du Viet Nam cette politique s’accrut sous le gouvernement Thanin Kraivichien qui visait à éradiquer l'influence communiste.

 

 

La situation des Viêt kiêu en devint d'autant plus précaire et la propagande à leur encontre virulente jusqu’à l’arrivée de la normalisation.

 

La Thaïlande opéra une révolution en matière de politique étrangère en prenant ses distances vis à vis des Etats-Unis. En prenant le pouvoir en avril 1975, Kukrit Pramoj avait reconnu la légitimité du gouvernement de la République populaire de Chine et enclenché le processus de retrait des forces militaires américaines du territoire thaï.

 

 

Cette politique étrangère indépendante devait aboutir à la normalisation des relations diplomatiques avec le Viêt-Nam en août 1976 sous le gouvernement de Seni Pramoj, ...

 

 

...dans lequel Bhichai Rattakul, partisan de la politique du rapprochement avec les pays communistes indochinois, était ministre des Affaires étrangères.

 

Cette politique de rapprochement fut toutefois brutalement interrompue par le gouvernement militaire de Thanin Kraivichien.

 

 

Mais la faction militaire qui l’avait mis en place choisit de le déposer  en novembre 1977, et le général Kriangsak Chomanand devint Premier ministre.

 

 

Or celui-ci appartenait à la faction de l'armée qui avait soutenu le gouvernement Kukrit et était favorable au rapprochement avec les pays de l'ex-Indochine française. Les relations prirent alors un tour presque chaleureux concrétisé par la signature d'un accord de coopération technique et économique entre les deux pays le 1er janvier 1978.

 

L’invasion du Cambodge par l'armée vietnamienne fin 1978 changea une fois de plus la donne.

 

 

De 1980 à 1988, sous les trois gouvernements du général Prem Tinnasulanonda, les militaires maitres de la politique arguaient d’accrochages les opposant aux forces militaires vietnamiennes le long de la frontière cambodgienne et considéraient l'occupation vietnamienne du Cambodge comme une menace pour la sécurité nationale. Il fut fait état à tort ou à raison de possibles opérations de sabotage avec la complicité des Viêt kiêu du Nord-Est du pays.

 

 

Nouveau tournant, le processus de normalisation reprend à la suite des élections de 1988  et l'arrivée au pouvoir du général Chatchai Choonhawanque. La politique de « transformation du champ de bataille en zone de commerce » fut alors adoptée conduisant à la résolution du problème des Viêt kiêu.

 

 

Les efforts pour améliorer les relations entre la Thaïlande et Viêt-Nam commencèrent par des envois de délégations. Ce changement d'attitude fut  consécutif à l’annonce par le Viêt-Nam du retrait de ses troupes du Cambodge au plus tard en septembre 1989. Cette politique d’entente cordiale persista sous le gouvernement d'Anand Panyarachun.

 

 

Celui-ci prit la décision d'accorder la nationalité thaïe aux Viêt kiêu de troisième et deuxième générations, à savoir les petits-enfants et enfants des Vietnamiens arrivés sur le territoire thaïlandais au milieu des années 40.  La situation de ceux de la première génération devait être régularisée le 26 août 1997.

 

Ces (probablement) 50000 Vietnamiens implantés en Isan et environ 2.000 à Bangkok sont pour l’essentiel plus ou moins intégrés à la communauté thaïe bien qu’il existe des groupes qui maintiennent leur identité et l’usage de leur langue,  tendant à rester fermés sur eux-mêmes probablement beaucoup plus que dans les autres ethnies dont nous avons parlé par ailleurs. Ceci s'explique facilement par l'ostracisme dont ils firent l'objet pendant un demi siècle.

Nous trouvons un rappel de ce souci à ne pas oublier leurs racines dans un discours prononcé le 20 juillet 2019 par le président de l’Association générale des Vietnamiens en Thaïlande, lors du congrès tenu (comme il se devait) à Nakhon Phanom où vivent un grand nombre de Viêt kiêu (8).

 

 

Il est permis de penser que ce congrès s’est terminé par un pèlerinage à la maison toute proche de Ho-Chi-Min , le site lui consacre un culte le rapprochant de la déification, ce qui peut prêter à sourire(9).

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article INSOLITE 25 «  LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/insolite-25-les-ethnies-officiellement-reconnues-en-thailande-pour-la-premiere-fois-en-2017.html

(2) « Ethnolinguistic Maps of Thailand » 2004 – ISBN 974-710365863

 

(3) « The Vietnamese in Thailand: a History of Work, Struggle and Acceptance » par

John Christopher Walsh de luniversité Shinawatra.

(4) Voir  « Sur le nom de Cochinchine » par Léonard Aurousseau in : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient,  tome 24, 1924, pp. 563s.

 

(5) Voir notre article 11 « Origines des Thaïs ? Une courge de Dien-Bien-Phu ? » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-origines-des-thais-une-courge-de-dien-bien-phu-97767868.html

 

(6) « Les « Việt kiểu » du Nord-Est de la Thaïlande dans le contexte des relations entre la Thaïlande et le Viêt-nam au cours de la seconde moitié du XXe siècle » in Aséanie 9, 2002. pp. 61-73)

 

(7) Le site  https://th.wikipedia.org/wiki/คณะสงฆ์อนัมนิกายแห่งประเทศไทย

Inventorie 22 temples annamites dont 7 à Bangkok, un seul en Isan (Udonthani), les autres éparpillés dans tout le pays ce qui laisse à penser que les Viets, implantés essentiellement en Isan, fréquentent plus assidûment les églises catholiques que les temples bouddhistes.

 

(8)  « Le  courrier du Viet Nam » du 5 octobre 2019.

 

(9) Voir notre article H 10 « LA « MAISON D’HO-CHI-MINH » PRÈS DE NAKHON PHANOM, MYTHE OU RÉALITÉ ? DU CULTE DE LA PERSONNALITE À LA DÉIFICATION ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/h-10-la-maison-d-ho-chi-minh-pres-de-nakhon-phanom-mythe-ou-realite-du-culte-de-la-personnalite-a-la-deification.html

 

 

 

Partager cet article

Repost0
23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 22:06

 

 

En feuilletant par pure nostalgie un ancien catalogue de « Manufrance », l’un de nous a eu la surprise d’y découvrir avec émotion une trace de l’implantation de cette société à Bangkok. Sans conter l’histoire de ce fleuron de l’arquebuserie française, on pouvait s'interroger sur cette présence depuis Saint -Étienne jusqu’à l’autre bout du monde.

 

 

 

LA FONDATION ET LA CHUTE

 

 

Le 10 novembre 1887, Étienne Mimard  ...

 

 

 

 

....   et Pierre Blanchon qui avaient déposé le 27 octobre 1887 plusieurs brevets concernant le fusil Idéal, achètent la « Manufacture Française d’Armes et de Tir » à un certain Martinier-Collin pour 50.000 pièces-or. Deux ans auparavant, en 1885, ils avaient créé le mensuel « Le Chasseur français »,  un périodique sur le monde rural.

 

 

En 1892, ils ouvrent leur premier magasin de vente à Paris au 42 rue du Louvre. Peu de temps après le développement de la bicyclette, l'entreprise lance sa marque sous le nom d'Hirondelle et devient en 1901 Manufacture française d'armes et de cycles de Saint-Étienne.

 

 

Elle sera la première entreprise française de vente par correspondance sur catalogue. Des années de gloire vont suivre, en particulier avec la multiplication de la création d’armes nouvelles, l'attribution du marché pour la construction du revolver réglementaire de 8mm pour nos officiers et encore de cycles d’avant-garde pour l’époque. En 1900, elle a déjà ouvert 80 succursales dans nos colonies, 367 agences ou points de vente à l’étranger, bientôt au Siam et de nombreux points de vente en France (1),

 

 

Survient la crise du début des années 30 qui rendit les affaires difficiles. L’un des fondateurs transfère la moitié des actions à la ville de Saint-Étienne après des grèves sauvages en 1937 alors qu’il voulait les transférer à ses ouvriers. La guerre de 1939 a un lourd impact, les dirigeants refusent de collaborer et sont privés de matières premières. Le durcissement de la législation sur les armes par Daladier en 1939 lui avait déjà causé un choc.

 

 

 

Elle atteint toutefois son apogée en 1970. A cette date elle fabrique plus de 70 % des armes de chasse françaises. Elle dispose de 125.000 m2 d'usines à Saint-Étienne et expédie chaque année 20.000 tonnes de marchandises en France et dans le monde entier. 48 puis 64 magasins sont répartis dans toute la France. 1.500.000 foyers reçoivent le catalogue. Le Chasseur Français est vendu à plus de 815.000 exemplaires. Manufrance a une dimension internationale produisant plus de 80.000 fusils par an, avec plus de 4.000 salariés. De lourdes difficultés la conduisent toutefois à la liquidation judiciaire en 1979. La municipalité communiste de Saint-Étienne a hérité d’un cadeau devenu empoisonné et ne réussit pas à créer une Coopérative ouvrière. Si elle a bénéficié de reprises partielles, elle n’est plus qu’une modeste PME de Province. Elle a au moins échappé à la cupidité de Bernard Tapie mais disparut par la totale incurie de deux ministres de l’époque, Barre et Durafour dans le seul but de mettre en difficulté le Maire de la Commune qui avait TOUT fait pour sauver 4.000 emplois.

 

 

 

Tout Saint-Étienne se souvient probablement encore du mot inopportun de Raymond Barre « Manufrance, c’est fini ».

 

 

LE MYTHIQUE CATALOGUE

 

 

 

Dans notre France rurale et au moins jusque dans les années 50, il était le livre de chevet dans nos campagnes, le seul de la maison et la seule littérature, tiré à 700.000 exemplaires. Comme le fait Fernandel devenu Jules, modeste berger des collines des Basses-Alpes, on le feuilletait le soir devant la cheminée.

 

 

 

 

Certaines familles se regroupaient pour s’abonner collectivement au Chasseur Français. Il faisait évidemment rêver car beaucoup de choses était hors de portée des paysans mais leur donnait souvent des idées pour fabriquer les choses soit même. Plus modestement et après avoir rêvé devant des chefs d’œuvre d’armurerie, les agriculteurs, les vignerons, apiculteurs, chasseurs, campeurs, pécheurs, jardiniers, couturières, coiffeurs, trouvaient tout le matériel nécessaire à leurs besoins. Les achats se faisaient soit sur commande, soit en se présentant au moins de vente le plus proche pour y trouver ce qui était en stock et commander ce qui ne l’était pas.

 

 

 

LA VENUE DE MANUFRANCE AU SIAM

 

 

Nous sources sont malheureusement restreintes, provenant essentiellement des catalogues actuellement numérisés par la Bibliothèque nationale (2). Le premier point de vente se situe en 1901 à Bangkok. En 1909, il se crée un autre à Korat jusqu’en 1914, avec temporairement un point de vente à Lakhon en 1911. Vient la guerre, les concessionnaires sont probablement partis au front. Un  point de vente revient en 1922 à Bangkok jusqu’en 1925 avec une création temporaire à Ubon en 1924. Nous n’en savons malheureusement pas plus. Ce fut probablement les vente de ses armes qui constituèrent le gros du chiffre d’affaire de Manufrance au Siam. On peut penser que le chapitre des vêtements coloniaux était marginal !

 

 

 

 

La première législation siamoise sur les armes résulte d’une loi tardive dite RS 131 du 15 juillet 1913, certes contraignante mais applicable seulement à Bangkok. L’importation est soumise à autorisation et la détention accordée sans difficultés aux personnes honorables sans restrictions à l’égard des étrangers soit pour le sport, c’est-à-dire la chasse soit pour assurer leur défense. Elle resta sauf erreur en vigueur jusqu’en 1947

 

 

 

Les armes de chasse.

 

 

Voici donc bien évidemment une double raison de la présence de Manufrance au Siam. Le sport, c’est évidemment la chasse. Nous avons rencontré Camille Notton, le très érudit vice-consul de Chiangmaï qui occupait ses loisirs à chasser le lièvre et la bécasse,  chasse difficile qui nécessite une arme parfaite (3). Manufrance tient sur le marché des armes de chasse une position exceptionnelle avec ses armes « Hammerless » (sans chiens extérieurs). A partir de 450 francs en 1925 pour son Robust « Hammerless » le moins onéreux et à partir de 1.000 pour le fameux Idéal, jusqu’à 6.000 pour le plus luxueusement décoré et damasquiné ce qui n’a jamais aidé personne à plomber une grive.

 

 

 

 

Si l’on en  croit les statistiques de l’INSEE, un franc de cette époque  (1925) correspond à 0,873 euros 2018, faites donc le compte. Manufrance n’était pas à cette époque la seule entreprise européenne à fabriquer des fusils hammerless, loin de là, les Anglais étaient aussi réputés mais le premier créateur du fusil sans chiens « Hammerless » Anson et Deeley avait des difficultés avec la sécurité et leur pérennité. Le fin du fin était la possession d’un célèbre Purdey  qui atteint, comme l’Idéal  la perfection, mais elle se paye au prix exorbitant d’une signature, elle est l’arme des têtes couronnées et de l‘élite de la chambre des Lords. (On roule aussi bien en Mercédès qu’en Rolls et l’on joue aussi bien du piano sur un Yamaha  que sur un Steinway !)  En outre Manufrance avait coiffé les Anglais au poteau sur un certain nombre de perfectionnements. Nos compatriotes étaient donc en excellent position au Siam pour les armes de chasse du petit et du moyen gibier. Pour la chasse au gros gibier et aux grands fauves, elle avait aussi créé une carabine Rival tirant des munitions de gros calibre, comme celle du fusil militaire Lebel  susceptible d’arrêter la charge d’un éléphant, le tout pour 630 francs.

 

 

 

Les armes de défense

 

 

Pour la défense, Manufrance diffusait un certain nombre d’armes de poing. Si son pistolet à répétition automatique Le Français, créé en 1913 ne passa pas le cap de l’homologation pour être l’arme réglementaire de nos officiers, le calibre étant jugé insuffisant (6,35 mm) son modèle dit Policeman fut en tous cas choisi pour ses remarquables qualités et sa fiabilité qui firent l’objet de nombreux brevets, par l’Office national des forêts pour équiper les gardes forestiers et les gardes fédéraux et par de nombreuses municipalités à destination des gardes champêtres pour un prix variant de 120 francs à 265.

 

 

 

Le fleuron de la production d’armes de poing reste le revolver  « 8 réglementaire » (« 8 réglo » pour les amateurs) arme réglementaire des officiers de l’armée française depuis 1892 jusqu’en 1935, d’autant plus séduisante que son prix catalogue n’était que de 220 francs de l’époque ! Elle  commercialise également une version civile de cette belle arme sous le nom de « revolver le municipal » qui n’en diffère que par les marques gravées et le prix qui n’est de de 150 francs !

 

 

 

Arme de poing favorite des révolutionnaires indochinois, il est possible qu’un grand nombre soient passé par le Siam puisqu’il leur était difficile d’en fait l’emplette dans les points de vente Manufrance du Laos ou de l’Indochine. On la retrouvera tout au long de la première guerre du Vietnam et encore de celle des Américains !

 

Extrait de "Voyage au bout de l'enfer"

 

 

Dans son bel ouvrage, le bollénois spécialiste incontesté, Raymond Carenta, signale la présence de contrefaçons (ou reproductions ?) de fabrication « locale » sans autres précisions.  Contrefaçons siamoises ou Viets ?  Connaissant l’incontestable talent des Thaïs pour la reproduction, la question doit être posée. Il se pose encore une dernière question, in cauda venenum, sur la présence à Ubon d’une agence de Manufrance pour la seule année de 1924. A cette date il est une coïncidence au moins troublante : le docteur Raymond Vergès, le père de l’avocat Jacques et du politicien Paul, était à la fois médecin à Savannakhet au Laos et vice-consul de France à Ubon. Nous savons qu’il a très probablement falsifié – comme vice-consul - les actes de naissance de ses deux garçons au détriment de son épouse légitime et au profit de sa maîtresse en exercice (5). Il fut un militant communiste et anti colonialiste de la première heure. A-t-il profité de ses qualités consulaires pour faire franchir le Mékong à quelques caisses de ce bijou de l’armurerie française ?

 

 

 

Bien que nos informations sont évidemment parcellaires,  on peut s'interroger sur  l’importance  réelle de la présence de Manufrance au Siam ? La réponse dort encore dans les Archives de la Loire qui ont récupéré 150 mètres cubes d’archives représentant 2 kilomètres linéaires de cartons. Le tout est en cours d’investigations, de classement et plus tard de numérisation. (Mais pour quand ?) Dans l’immédiat, elle est responsable d’une analyse très complète « Manufrance, histoire et archives » qui insiste sur l’importance des exportations de la société stéphanoise dans le monde et les colonies.  Mais que nous apprendra-t-elle sur son implantation au Siam ? (6).

 

 

 

NOTES

 

(1)  à  Paris, un très grand magasin 42 rue du Louvre,  à Aix-en-Provence, Avignon, Bordeaux, Cannes, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Nantes, Nice, Rouen, Saint-Étienne, Toulon, Toulouse, Tours, Troyes, Valence pour ne citer que les plus importants.

 

 

 

 

(2)  26 seulement sont numérisés entre 1890 et 1925.

 

(3) Voir notre article A 249  « LA VIE DE CAMILLE NOTTON, L’ÉRUDIT CONSUL DE FRANCE AU SIAM IL Y A 100 ANS …VUE DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/01/a-249-la-vie-de-camille-notton-l-erudit-consul-de-france-au-siam-il-y-a-100-ans-vue-de-l-autre-cote-du-miroir.html

 

(4)  Raymond Caranta et  Yves Cadiou « Le guide du collectionneur d’armes de poing », 1971.

 

 

 

(5) Voir notre article A126 « Jacques Vergés et l’état civil siamois ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a126-jacques-verges-et-l-etat-civil-siamois-119724616.html

 

(6) https://www.loire.fr/jcms/c_819765/manufrance-nous-devoile-ses-archives

 

Partager cet article

Repost0
16 septembre 2019 1 16 /09 /septembre /2019 22:40

 

 

Nous avons parlé de la possibilité certes singulière  mais cependant plausible de la venue des Vikings au Siam, un singulier rapprochement entre l’Asie du sud-est et le nord extrême de notre Europe. (1). Il en est un autre non moins singulier qui n’est plus une hypothèse même appuyée sur des éléments sérieux mais une presque certitude, le peuplement au moins partiel de la grande île de Madagascar par nos « peuples de la mer » et peut-être les Négritos de la péninsule.

 

 

 

LES PEUPLES DE LA MER

 

 

 

Nous avons consacré deux articles à ces singuliers « peuples de la mer » vivant traditionnellement sur leurs embarcations (2). Ils vivent sur environ 3000 kilomètre le long de la côte ouest de la péninsule, dans les îles de l’archipel des Mergui, la côte occidentale de la Thaïlande et de la Malaisie et jusqu’aux Célèbes dans la péninsule indonésienne. Les Birmans les appellent des Selungs avec de nombreuses variantes orthographiques, pour les Thaïs, ce sont des Chaolé ou Chaothalé (peuples de la mer), encore Chaoko (habitants des îles) ou Chaonam (habitants de l’eau), Orang-Laut (habitants de la mer) ou Semang pour les Malais, Bajaus (Bouginais) aux Célèbes. Eux-mêmes en Thaïlande se baptisent – et se différencient- en trois groupes : Moken , Moklen et Urak-Lawoï. On peut supposer que s’ils ne sont pas tous frères, ils sont très proches cousins comme ils le sont avec les Selungs de Birmanie et peut-être les Bajaus des Célèbes. La question de leur origine commune est un sujet de discussion entre experts anthropologues et ethnologues. Craintifs, ils ont toujours fui le contact, martyrisés par les commerçants chinois qui les pillaient, les pirates malais et les Siamois qui les réduisaient en esclavage qui n’a toutefois pas atteint en profondeur les centaines d’îles du golfe dont la souveraineté est partagée en la Birmanie, la Thaïlande et la Malaisie. Ils le sont aujourd’hui par le tourisme de masse. Peuples de la mer, leurs embarcations, fruit d’une longue expérience, sont parfaitement adaptées à leurs nécessités. Celles de leurs « cousins » des Célèbes leur permettaient d’aller jusque sur les côtes australiennes – 1000 kilomètres – troquer les produits de la mer, ne craignant pas d’affronter la haute mer.  

 

 

 

Nous avons cité (2)  l’un  des premiers ethnologues à les avoir visités, tout est dit ou presque : « Chez les peuples même les plus sauvages, ce qui a trait à la navigation dénote un degré d’intelligence que souvent on chercherait en vain dans la manière dont ils bâtissent leurs habitations ou subviennent à leurs propres besoins : cela se conçoit aisément car de misérables aliments et de pauvres cabanes leur suffisent tandis que, pour affronter les dangers de la mer d’où ils tirent leur subsistance, il leur faut des embarcations solides et capables de résister au mauvais temps ».

 

Ces peuples de la mer sont-ils donc allés au-delà vers l’ouest ? C’est une question sur laquelle nous allons revenir.

 

 

 

 

LES NÉGRITOS

 

 

 

 

Nous avons consacré un  premier article aux Négritos du continent qui furent probablement les premiers occupants du sol de la péninsule indochinoise il y a plusieurs dizaines de milliers d’années. Sans industrie, et vivant dans des conditions frustes, fuyant les contacts, ils furent pourchassés comme des animaux sauvages et menèrent et mènent peut être encore pour ceux qui subsisteraient sur la péninsule  dans les jungles du sud de la Thaïlande et du nord de la Malaisie une existence de bêtes traquées (3).

 

D’autres fuirent vers les îles longeant la côte birmane, faciles d’accès et d’autres encore s’éloignèrent plus avant vers l’ouest jusqu’à l’archipel des Andaman. Dans quelles conditions purent-ils naviguer sur 700 kilomètres dans des embarcations primitives ?  Une actualité récente nous a fait trouver probablement leur dernier refuge sur l‘île de Nord-Sentinelle située à 700 kilomètres à l’ouest de la côte. Il appartient à l’Union Indienne et  l’accès en est strictement interdit et militairement  protégé. Un missionnaire américain voulut y débarquer bible en mains et fut tué par les indigènes, ce qui fit surgir cette petite île dans l’actualité. Nous savons simplement par des ethnologues qui ont pu y accéder au temps de la colonisation anglaise qu’ils appartiennent à la même ethnie que les Négritos du continent (4). Comment ont-ils atteint cette île autrement que par la mer ? D’autres sont-ils allés plus loin vers l’ouest ?

 

 

 

 

MADAGASCAR

 

 

Cette double question nous a conduits à nous intéresser à la grande île sans en écrire l’histoire. Le peu que l’on en sait est qu’elle ne fut occupée que très tardivement dans l’histoire,  aux environs probablement du VIIe ou IXe siècle après Jésus-Christ, mais par qui ? Dès avant la colonisation française, les visiteurs furent intrigués du fait qu’une partie au moins de la population n’avait pas le type négroïde africain.

 

 

Un missionnaire évangéliste, James Sibree y passa quatre ans entre 1863 et 1867. Ses souvenirs, une description méticuleuse de l’île, ont été traduits en français en 1873 (5). Citons-le :

 

 

 

 

« Bien que Madagascar ne soit qu'à une faible distance  de l'Afrique, dont elle est séparée ou plutôt rapprochée par le canal de Mozambique, il n'y a point d'analogie entre l'île et le continent, sauf toutefois pour la conformation du sol. (6) .... La question de l'origine des habitants de Madagascar attend encore une solution définitive.  Mais nous savons déjà que les Malgaches, pris dans leur ensemble, semblent plutôt provenir de l'Asie que de l'Afrique, bien qu'ils se trouvent à 720 lieues de Ceylan et à 1200 lieues de l'extrémité sud-est de l'Asie, alors qu'ils sont proches voisins du continent africain. D'après bien des observations, ils paraissent appartenir à cette grande famille humaine qui, de la presqu'île de Malacca, s'étend, en passant par Sumatra, Bornéo et l'archipel Asiatique, jusque dans les îles du Pacifique, et peut-être même jusqu'à certaines parties de la côte de l'Amérique du Sud. On peut alléguer  à l'appui de cette conclusion, l'aspect physique et les capacités intellectuelle des habitants, leurs mœurs et coutumes sociales, leur industrie et enfin leur langue, qui est peut-être le témoignage le plus décisif en faveur de notre hypothèse. Non-seulement elle contient plusieurs mots absolument identiques à ceux qu'on trouve dans la presqu'île de Malacca ; mais, ce qui est bien plus important, la construction de la langue, et spécialement le mode de formation des mots, sont les mêmes dans l'un et l'autre pays. Par suite de l'absence de toute littérature, et de la pauvreté des traditions orales sur l'état primitif de l'île, il est difficile d'obtenir des Malgaches quelque renseignement digne de confiance sur leur origine. On ne possède à cet égard que des données vagues et incertaines; mais elles confirment, dans la limite de leur étendue, celles qui résultent de l'étude de la langue. Les habitants disent que leurs ancêtres sont venus du sud-est dans les provinces du centre ; or, d'après toutes les particularités physiques et morales qui les rapprochent des tribus du sud-est de l' Asie, on est porté à croire qu'en effet une immigration doit avoir eu lieu  depuis les îles malaisiennes par la côte orientale de Madagascar. Les vents alizés du sud-est soufflent une moitié de l'année, sans variation sensible, sur une grande partie de Madagascar et de l'océan Indien; et si l'on songe aux immenses distances qu'ont traversées sur l'océan Pacifique des groupes d'insulaires de la mer du Sud, on admettra sans difficultés que les ancêtres de la race malgache ont dû venir de la presqu'île de Malacca. Les tribus malaiso-polynésiennes ont toujours compté des navigateurs experts et audacieux; leur habileté dans la construction de grands bateaux doit remonter à une date très ancienne.... Il y a lieu de croire que l'île a reçu deux ou trois immigrations distinctes à des époques peut-être fort éloignées l'une de l'autre; mais aucune tradition ne donne d'indices sur la date de ces arrivées, et il n'existe ni livres ni monuments qui puissent fournir des renseignements à cet égard.

 

 

 

Le missionnaire brise alors deux idées reçues :

 

 

A l’époque où il écrivait, l'opinion qui attribuait à l'Afrique l'origine de la population de Madagascar n'avait pas trouvé de contradicteur.

 

 

 

La question de ce long périple par voie de mer fit sourire à l’époque, comment pouvait-on naviguer sur 6000 kilomètres dans des embarcations primitives ?  Il fallut pourtant attendre 1947 pour en avoir la démonstration éclatante avec l’expédition du Kon Tiki con duite par Thor Heyerdahl.  Sur son primitif radeau en balsa, il parcourut pendant 103 jours non pas 6000 kilomètres mais 4300 miles nautiques c’est-à-dire près de 8000 kilomètres.

 

 

 

 

En 2006, une autre expédition confirma cette démonstration. Conduite par son petit-fils Olav, au  bout de 83 jours elle atteint la Polynésie.

 

 

 

L’explorateur et naturaliste français, Alfred Grandidier, découvrit Madagascar en 1865. Il y consacra sa vie.

 

 

 

 

Il réalisa le vaste projet, de 30 volumes, sur Madagascar : L'Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar dont son fils assuma la fin de la parution.  Il partit de la constatation  que l’origine  malayo-polynésienne de la langue commune n’était pas douteuse. « Ce fait ne s'explique que par une communauté d'origine des populations malgaches. Les témoignages anthropologiques et ethnographiques s'ajoutent à celui de la langue. Ces Malgaches, à volumineuse chevelure, ressemblent par ce signe et plusieurs autres bien moins aux nègres d'Afrique qu'aux nègres orientaux, que nous  appelons Negritos ou Mélanésiens. Ces Negritos, autrefois très répandus dans le Sud du continent asiatique, ne s'y montrent plus qu'à, l'état de débris dans les montagnes ou sur les plateaux reculés; mais ils composant l'élément essentiel de  la population dans les Andaman et autres archipels d'Asie et d'Océanie  » (7)

 

 

 

Relevons simplement une assimilation trop hâtive entre les peuples de la mer d’Andaman qui ne sont pas de type négroïde et les Négritos qui le sont. S’il y a eu plusieurs vagues d’immigration, des peuples de la mer d’une part, des Négritos d’autre part, elles ne furent probablement pas simultanées.

 

 

Cette opinion sur une origine asiatique fut reprise par le grand géographe Paul Vidal de la Blache  l’année suivante (8) qui souligne toutefois l’existence d’un métissage à peu près généralisé dû à des vagues de population venues d’Afrique dont on ne sait d’ailleurs si elles furent antérieures ou postérieures à la venue des asiatiques et ensuite des Européens (10).

 

 

 

 

Ce qui est certain, c'est que la population actuelle de la Grande-Ile présente un tel mélange d'éléments ethniques différents que, dans un clan, socialement et politiquement homogène, on rencontre des caractères somatologiques nettement distincts. Un examen superficiel des caractères physiques des indigènes démontre la présence à Madagascar de deux principaux éléments  de population bien tranchés : un élément africain et un élément asiatique. Le premier est importé d’Afrique.  Le second élément est bien caractérisé et asiatique. Le problème se complique car tous ces habitants parlent une même langue qui appartient sans conteste à la famille des langues malayo-polynésiennes (11).

 

 

 

LA LANGUE EST ASIATIQUE

 

 

Le langage en effet vient précisément de la péninsule malaise. En dehors de James Sibree qui la connaissait parfaitement, l’existence d’une langue unique favorisant naturellement l’évangélisation dans les différents groupes ethniques bien qu’il existe des dialectes locaux.

 

 

Nous bénéficions d’une très intéressante étude comparative de Gabriel Ferrand,  qui fut longtemps en poste sur l’île, publiée en 1909 et qui relève des analogies frappantes entre le malais et la langue malgache. Il ne s’agit pas d’un ouvrage de fantaisie mais d’une volumineuse thèse de doctorat (12).

 

 

 

LES ÉRUDITS MALGACHES

 

 

Depuis que Madagascar a trouvé son indépendance...

 

 

 

... des érudits locaux de plus en plus nombreux d’intéressant à son histoire à la recherche de leurs racines. Ils font en général remonter leurs origines à des émigrants venus l’empire du Srivijaya aux environs de 830 après Jésus-Christ. Cet empire recouvrait toute l’actuelle fédération de Malaisie et la partie du Siam située au sud de l’isthme de kra, l’île de Java et une partie de l’île de Bornéo entre le 7e et le 13e siècle après Jésus Christ. Ils disposent évidemment de moyens scientifiques dont ne disposaient pas nos érudits du temps de la colonisation notamment des études génétiques.

 

 

L'empire du Srivijaya en sa plus grande extension :

 

 

 

 

Chantal Radimilahy est la directrice de l’Institut des civilisations et du Musée d’art et d’archéologie de l’Université d’Antananarivo, supervise les recherches en cours. Les recherches génétiques qui ont été réalisées l’ont été uniquement à Borné et nulle part ailleurs alors qu’il eut été intéressant de les réaliser auprès des populations de la mer depuis les îles indiennes de la mer d’Andaman, les îles birmanes, la côte ouest de la Thaïlande et de la Malaisie.  Des études comparatives entre les langages des peuples de la mer et le malgache seraient évidemment à faire.  Ne parlons pas des derniers Négritos de l’île nord-sentinelle qui n’ont probablement pas été métissés mais l’interdiction d’accès à l’île ne le permettra pas et nul à cette heure ne connaît leur langue.

 

 

 

 

Le mystère de ces origines n’est pas encore résolu. Manquant de moyens, les chercheurs sont aussi confrontés  aux mythes, aux traditions et tabous de la société malgache. Des farfelus sont allés jusqu’à trouver des liens entre les juifs du temps du Roi Salomon et les premiers individus qui ont peuplé la grande île. Si éliminer les légendes et autres histoires incongrues semble facile aux premiers abords, il devient plus difficile d’appuyer ses théories avec des faits et des preuves matérielles. Les scientifiques – elle est elle-même archéologue - ont relevé des traces d’activités humaines datant du 15ème siècle dans le sud du pays.

 

Elégantes de Tananarive au temps de la colonisation :
 

 

 

 

Les recherches n’en sont qu’au début. De plus, selon la culture malgache, certains sites sont inviolables par respect des ancêtres, empêchant toute fouille archéologique. Elle explique que l’origine du peuple malgache est compliquée à définir, étant donné que l’île se trouvait sur la route des Indes. Ainsi, africains, malais, indiens, arabes,

 

 

Famille musulmane (photo Gallica 1909)

 

 

 

 

...européens ont participé au métissage de l’île pour constituer une population à part : les malgaches. Des recherches génétiques ont été menées qui confirment et confirment que les malgaches sont à demi africains et à demi malais. Si l’origine africaine ne fait pas de doute vu la proximité géographique, elle l’attribue au moins pour partie non pas à des migrations volontaires mais aux razzias effectuées par les Malgaches aux Comores et au Mozambique pour capturer des esclaves dont certains ont fini par se mêler à la population (13).

 

Groupe de Comoriens (photo Gallica 1909)

 

 

 

 

Comme sur beaucoup de sites malgaches que nous avons consultés, elle écrit en bon français, ce qui n’est évidemment pas pour nous déplaire, le français est langue officielle autant que le malgache. Mais cela irrite aussi une partie plus irrédentiste de la population qui se plaint non sans raison que beaucoup maintenant ignorent jusqu’à leur langue et plus encore ses origines asiatiques.  Effet pervers de la mondialisation : la plupart des Malgaches ne  maîtrisent même plus la langue malgache alors pourtant qu’ils devraient être fiers d’avoir leur propre langue car elle représente la spécificité d’un pays. Malheureusement, beaucoup d’entre eux choisissent d’apprendre d’autres langue  sans maîtriser la leur  (14).

 

 

 

 

Nous pourrions leur rétorquer que les sites locaux sont écrits en meilleur et plus pur français que ce que nous pouvons constater au quotidien dans la presse francophone et plus encore sur Internet.

 

 

NOTES

 

 

(1)  Voir notre article A.53 « Histoire Mystérieuse de la Thaïlande : Les Vikings au Siam ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-53-histoire-mysterieuse-de-la-thaialnde-les-vikings-au-siam-97571778.html

 

(2) Voir  nos deux articles :

INSOLITE 16 « LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-16-les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

INSOLITE 17 « LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-17.les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

 

(3) Voir notre article  INSOLITE 9 « LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-9-les-negritos-de-thailande-derniers-representants-des-hommes-du-paleolithique.html

 

(4) INSOLITE 26 « L’ÎLE DE NORD-SENTINEL, DERNIER REFUGE DES NÉGRITOS DE LA PÉNINSULE DANS L'ARCHIPEL DES ANDAMAN »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/insolite-26-l-ile-de-nord-sentinel-dernier-refuge-des-negritos-de-la-peninsule-dans-l-archipel-des-andaman.html

 

 

 

 

(5) James Sibree « Madagascar et ses habitants, journal d'un séjour de quatre ans dans l'île », traduit de l'anglais, 1873.

 

 

(5)  Le canal a une largeur qui varie entre 400 et 800 kilomètres. La navigation y est dans des flots souvent tumultueux.

 

 

 

 

(6) IL y a environ 6000 kilomètres entre Madagascar et les îles de la mer d’Andaman et autant entre l’île et la côte de la péninsule.

 

 (7)  Alfred Grandidier « Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar. Ethnographie. Livre 1, L'origine des Malgaches »  Paris, 1901.

 

 

 

 

(8) Paul Vidal de la Blache « L’origine des Malgaches » in Annales de Géographie, 1902.

 

 

(9) Pour  Henry  D’Escamps«  les premiers hommes qui peuplèrent Madagascar vinrent naturellement de l'Afrique dont elle est voisine » in  « Histoire et géographie de Madagascar ».

 

 

 

 

(10) Voir l’article de J. Moret « Les indigènes de Madagascar » in : La dépêche coloniale illustrée du 28 février 1911.

 

 

 

 

(11) Voir l’article de Jacques Dez « La linguistique malgache, bref aperçu historique » in  Archives et documents de la Société d'histoire et d'épistémologie des sciences du langage, Seconde série, n°5, 1991.

 

(12) « Essai de phonétique  comparée du malais et des dialectes malgaches » : thèse pour le doctorat d'université, présentée à la Faculté des lettres de l'Université de Paris en 1909.

 

(13) Voir son article sur le site  https://madahoax.com/dou-viennent-les-malgaches/

 

(14) Voir en particulier le site https://stileex.xyz/origine-langue-malgache/

Partager cet article

Repost0
7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 22:53

 

ESANIA SECTOR  9 –  นครที่สาบสูย (nakhonthisapsoui La cité perdue)   est un étrange et apocalyptique roman de science-fiction qui va nous conduire en isan dans 5000 ans. Il est sans conteste le premier roman de science-fiction exclusivement d’origine Isan.

 

Atypique dans sa forme, faisant abstraction du « support papier », il n’a été publié que sur le site Web du Club d’art et de culture Isan de l’Université Chulalongkorn entre 2010 et 2017 en 38 chapitres (1).

 

 

Son auteur porte le pseudonyme de Pinlom Phrommachan (ปิ่นลม พรหมจรรย์) mais nous ignorons tout de lui (ou d’elle ?) sinon qu’il se déclare natif de Sakon Nakhon, le plus profond de l’Isan que les beaux esprits (autoproclamés) de Bangkok considèrent comme la région des « mangeurs de chien » (2). En guise de photographie, il nous livre celle d’un scarabée (แมงคาม - Maeng Kham). S’agit-il d’une provocation ou d’un clin d’œil ? Cet Heliocopris bucephalus Fabricius est  le roi des insectes dans les champs et actuellement (comme en France !) en voie de disparition. C’est l’entrée dans l’ère Esania. Cette bestiole que les provençaux appellent tout simplement « rhinocéros » est difficile à dénicher mais constitue – parait-il – un mets de choix ? Il nous en donne d’ailleurs la recette sur une autre page du site Web de l’Université (3). 

 

 

La lecture de ces livraisons est ardue et difficile : mélangeant allégrement le thaï et le lao-isan, y compris des mots de l’isan archaïque, l’auteur est en outre amateur de néologisme que nous sommes évidemment dans la totale incapacité de traduire.

 

L'aspect le plus singulier de ce roman est sa nature interactive, les pages principales étant parsemées de commentaires, de compliments ou de critiques de lecteurs réguliers dans une ambiance très décontractée. Les lecteurs finissent souvent avec des jeux de mots, des digressions humoristiques ou des calembours qui nous sont totalement inaccessibles. Le texte est ouvert, si l’un des lecteurs n’a pas compris une blague ou un néologisme dans un chapitre donné, un post le lui expliquera dans un chapitre suivant.

 

Si Pilom intervient 58 fois,  se réservant les illustrations, ses lecteurs le font plus de 300 fois. Les illustrations proviennent de sources diverses, des films de science-fiction (il nous a semblé reconnaître des extraits de « 2001 – Odyssée de l’espace » 

 

 

et d’autres de « Mad Max II » ?),

 

 

des dessins « steampunk » et des photographies de l’Isan d’aujourd’hui. 

 

 

L’œuvre pourrait être critiquée pour son défaut manifeste de composition mais cela tient à sa forme même, probablement écrite au fil des semaines sans ligne directrice préalable.

 

Soyons francs et ne fanfaronnons pas, nous ne serions certainement pas allé jusqu’au bout de ce roman à plusieurs mains si nous avions été guidés dans sa lecture par l’analyse fort subtile qu’en fait Madame  Peera Songkünnatham (พีระ ส่องคืนอธรรม), elle-même originaire de l’Isan, dans un article publié en bon anglais et en bon thaï sur le site « Isaan record » dont elle est une contributrice régulière (4).

 

 

En Esania (อีซาเนีย) dans 5.000 ans, les modifications climatiques ont rendu la planète hostile à l’homme, à la faune et à la flore. Les émissions de carbones ont dépassé un nouveau critique en acidifiant les océans. Seule une petite partie de la population a survécu et ce qui était l’Isan est devenu un désert. Pilom nous livre – c’est bien la meilleure des preuves – une photo satellite de cette terre ravagée par une sur  exploitation capitaliste dont l’atmosphère est opacifiée par des nuages acides.

 

 

Le héros principal de l’aventure, Pinsak, est un pilote spécialiste de la culture et des langue anciennes de la Chine. Il est accompagné d’une jeune pilote moins familiarisée avec la culture ancienne, elle s'appelle Eve et naquit in vitro. Leurs prénoms correspondant à des jeux de mots qui nous échappent. Un logiciel à la voix féminine parlant lao les conduit tous deux dans le désert d'Esania. Leur mission est de retrouver les traces d’une ancienne civilisation dans le secteur 9 du désert esanien. En chemin, ils vont trouver un DVD de musique traditionnelle molam,

 

une ville cachée dans une oasis,

 

 

un musée de la culture de l'Isan : « Un groupe d'étranges immeubles ressemblant à une pagode dont les murs étaient décorés de vignes et de lierre en cascade et dont les parois extérieures étaient des panneaux solaire, ressemblant à une ruche géante, une innovation de haute technologie qui associe le sol à l'environnement et à l'énergie solaire ».

 

 

Ils sont accompagnés de deux insectes robots qui remplacent le mythique scarabée

 

 

et rencontrent une foule de créatures hostiles appartenant à une tribu cyborg de « capitalistes euro-américaine ».  Ce sont tous des images de « steampunk ».

 

 

Nos explorateurs viennent d’une plate-forme pétrolière située au milieu de l’océan, les réserves de combustibles fossiles étant épuisées depuis longtemps. Les cyanobactéries constituent leur principale source de nourriture. Partis à la recherche de leurs racines, nous les retrouverons au pôle Nord pour y trouver des connaissances écologiques perdues qui y seraient encore stockées.

 

La vision de Pilom est pessimiste en ce qu’il considère Esania comme notre avenir. Il nous donne une triste vision de la façon dont il considère la jeunesse d’Isan aujourd’hui :

 

« J’ai un Ipad et je suis Isan. Vous connaissez Ipad ? C’est un artiste indépendant de l’Isan  qui vient de sortir un nouvel album intitulé «  Ngu-ngu ngi-ngi ». Réponse « Et tu connais le nom de l’herbe qui est coincée dans ta chaussure ? ». Réponse « Je ne sais pas ».  Cette inculture fait selon Pilom de l’Isan l’Esania !

 

 

Pilom  cite un autre exemple que d’ailleurs Madame Peera Songkünnatham mets en exergue. Il nous a interpelés car il concerne un plat traditionnel dont nous vous avons parlé à base de ces algues d’eau douce dont la pollution des cours d’eau rend la présence de plus en plus aléatoire (5). Connu en Isan sous le nom de Lab thao (ลาบเทา), Pilom en est probablement amateur puisqu‘il nous décrit très longuement par ailleurs mais toujours sur le site Web de l’université la recette et les délices (6). Ces algues poussent deux fois par an dans les étangs et les cours d'eau.

 

 

Pilom déplore que les jeunes générations l’ignorent au profit de malsaines nouilles instantanées à base d’algues de Corée ou de Chine vendues en 7/11.  Il nous donne l’image d’un sachet de lab thao instantané et préemballé ! « Je suis resté sans voix ! Il est incroyable que la culture du peuple de l’Isan ait été effacée par les vagues de cultures étrangères. Finis les codes alimentaires, les codes de conduite, les idées de suffisance et de simplicité. Les arts et la culture reculent de jour en jour.  Je suis dégouté de ma propre culture. Je vois Esania de loin ».

 

 

Si Pilom idéalise quelque peu la sagesse traditionnelle, il ne faut pas y voir un plaidoyer pour une économie de pré-suffisance préindustrielle avec un rejet total de la technologie moderne ou un retour à l’éclairage à la chandelle. Il utilise d’abondance le Web qui ne fonctionne pas au charbon de bois.  Bien au contraire, les nouvelles technologies ont un rôle crucial qui peut préserver cette sagesse traditionnelle. Ce sont les insectes-robot qui ont transmis aux visiteurs d’Esania les connaissances perdues. « Cette exploration d'Esania n'a pas pour objectif la renaissance et la restauration de la culture perdue. Nous sommes arrivés à la conclusion que chaque culture humaine est adaptée à chaque époque, et qu’elle se déplace et se transforme au gré des courants d’idées, des croyances et de l’environnement ». « On ne doit pas investir dans la reconstruction du passé ! Le monde futur doit se situer en une synthèse entre la technologie moderne et la sagesse traditionnelle et éviter la perte d’authenticité culturelle du jeune peuple de l’Isan face aux ravages de la modernité capitaliste. On peut manger des algues d’eau douce sans appartenir à un passé révolu plutôt que de se nourrir des cyanobactéries qui sont la nourriture du futur !

 

En se rapprochant des arts et de la culture traditionnelle de façon durable, la tribu cyborg euro-américaine s’effondrera sous ses propres contradictions et ouvrira la voie à l’émancipation de la classe inférieure non cyborg ».

 

 

L’intention de Pilom est évidemment didactique  en dehors de ses néologismes et de ses jeux de mots que nous sommes incapables d’apprécier. Il est évidemment « partisan » dans la mesure où il dénonce les méfaits d’une surexploitation forcenée des ressources de la planète qui est incontestablement le fait de la tournure prise par le capitalisme de la fin du XXe et du XXIe siècle. « La société industrielle initialement charbonnière a fait grossir d’immenses métropoles et entraîné la destruction cynique des zones forestières de de nombreux espaces naturels pour produire de la nourriture, de l'énergie et nourrir le système. La plupart des forêts tropicales ont disparu à cette époque. La plus grande zone forestière du monde s'appelait l'Amazonie. Elle a été envahie au profit de la monoculture  l’implantation de puits de pétrole ou la construction de barrages et de voies routières. Les peuples autochtones qui y vivaient paisiblement dans la forêt ont été tués dans les années 1970-1980 ». Ainsi se termine l’une de ses dernières publications.

 

 

Il a l’intelligence et de toute évidence les connaissances suffisantes pour nous épargner – lui et ses correspondants d’ailleurs – des considérations sur la tarte à la crème de ce siècle, le « réchauffement climatique ».  Le  climat dans ce bas monde n’obéit pas à des règles linéaires ou mathématiques. Il varie incontestablement de façon irrégulière en fonction de paramètres dont nous ignorons tout à ce jour. La destruction de la planète qui devrait nous conduite à Esania est peut-être aussi fonction de son exploitation forcenée dans un esprit mercantile que Pilom  dénonce à juste titre. Les habitants de l’Isan savent bien qu’en saison froide (tout étant relatif ici) il fait froid, qu’en saison chaude, il fait chaud et qu’en saison des pluies il pleut, la belle affaire ! Nous en avons parlé il y a trois ans (7).

 

 

Évidemment, tout cela ne nous n’empêchera pas de dire ce que tout le monde sait déjà : quand il fait froid, c’est de la météo, et quand il fait chaud, c’est le climat qui se dérègle. Froid en hiver, chaud en été, vraiment, rien ne va plus !

 

 

NOTES

 

(1) ชมรมศิลปวัฒนธรรมอีสาน จุฬาลงกรณ์มหาวิทยาลัย - ChomromsSinlapawatthanathamIsan  Chulalongkon Mahawitthayalai)

http://www.isan.clubs.chula.ac.th/para_norkhai/index.php?transaction=post_view.php&cat_main=2&id_main=300&star=0

 

 

(2) Ceux à quoi certains répondent qu’ils se considèrent comme secrètement vengés en sachant que Bangkok sera certainement submergée sous les eaux, si ce n'est bientôt, du moins bien avant que les mers ne viennent submerger l’Isan.

 

 

(3)  http://www.isan.clubs.chula.ac.th/insect_sara/index.php?transaction=insect_1.php&id_m=17803

 

(4) Version thaïe : https://isaanrecord.com/2017/11/03/esania-sector-nine/

Version anglaise : https://isaanrecord.com/2017/11/03/climate-change-fosters-new-isaan-writing/
 

(5) Voir notre article INSOLITE 8 « KHAÏ PHAEN : SPÉCIALITÉ GASTRONOMIQUE DE LUANG-PRABANG ET DÉLICE SUR LES DEUX RIVES DU MÉKONG ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-8.khai-phaen-specialite-gastronomique-de-luang-prabang-et-delice-sur-les-deux-rives-du-mekong.html

 

(6)  http://www.isan.clubs.chula.ac.th/food_sara/index.php?transaction=food_1.php&id_m=26512

 

(7) Voir notre article   A141 «  Une découverte étonnante : En saison froide en Isan, il fait froid » :  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a141-une-decouverte-etonnante-en-saison-froide-en-isan-il-fait-froid-122311968.html

Des journalistes imbéciles nous ont appris ces jours-ci qu’il n’y avait jamais fait aussi chaud à Paris depuis 2000 ans ! On croit rêver  (8). Il n’y avait pas de thermomètres à Lutèce à l’époque de Saint-Geneviève.  Lorsque Paris suffoque, le monde entier ne suffoque pas et les records qui y ont été battus trouvent des explications avec, en particulier, le phénomène connu de « l’effet d’îlot de chaleur urbain » : le béton, la pierre et le bitume emmagasinent de la chaleur, qu’ils restituent, ce qui est sensible la nuit en particulier, amplifiant par rayonnement les températures mesurées. Cet effet participe aussi de l’augmentation globale des températures depuis le début du XXe siècle. Avant l’invention du thermomètre à mercure et du baromètre aux environs de 1750, on ne connaît notre climat que par les historiens. Jules César traversait le Rhône entièrement pris par les glaces, période refroidissement climatique. Nous connaissons ensuite tout au long de l’histoire les limites nord de la culture de l’olivier et de la vigne. Lors de l’incontestable réchauffement de l’an mil, on cultivait la vigne à Stockholm nous apprennent les archives monastiques. C’est à cette date que les Vikings se sont emparés du Groenland,  terre fertile aujourd’hui recouverte par les glaces.

 

 

Partager cet article

Repost0
4 mars 2019 1 04 /03 /mars /2019 22:29

 

 

Nous connaissons l’histoire tumultueuse du Bouddha d’émeraude, palladium de la Thaïlande, ramené de la ville de Vientiane par le général Chao Phraya Chakri  dont il s’empara en 1778 avant de mettre la ville à sac et de devenir 4 ans plus tard fondateur de l’actuelle dynastie. Une légende lui attribue aussi la prise de trois autres précieuses statues de Bouddha. D’autres sources non moins légendaires attribuent toutefois cette prise de guerre au sac de Vientiane en 1827 sous le règne de Rama III. Nous sommes une fois de plus aux confins de l’histoire et de la légende. (Nous reviendrons in fine sur ces sources que nous avons utilisées)

 

 

« Il était une fois, il y a bien longtemps », un roi au Laos avait trois très belles filles. Toutes trois adoraient leur père et voulurent marquer leur affection de façon durable.

 

 

 

 

Selon certaines sources, ce roi aurait été Chaiyachetthathirat (ไชยเชษฐาธิราช) des l’un des plus grands monarque du Lan Chang (Laos)  de 1548 à 1571, année de sa mort et qui régnait également sur le Lanna (Chiangmaï).

 

 

 

 

Chacune fit sculpter une statue du Bouddha. Elles étaient superbes et pendant de longues années, on vint de tout le Laos pour les admirer.

 

 

 

De nombreuses années plus tard, le Laos entra en guerre contre le Siam sous le règne de Setthathirat III. Le Siam triompha. Quand le vainqueur parvint à Vientiane, il vit les trois statues et les trouva si belles qu’il décida de les ramener dans son pays. Il les fit mettre dans des chars à bœufs jusque sur les rives du Mékong pour leur faire traverser la rivière en barque.

 

Lors de ce passage, il s’éleva une violente tempête et une barque chavira avec une  statue.

 

 

 

 

Les deux autres parvinrent jusqu’à Nongkhai où elles furent conservées et vénérées pendant de longues années.

 

 

 

Elles portent le nom de chacune des trois filles, Phra Sœm l’aînée (พระเสริม), Phra Suk (พระสุก) pour la seconde et Phra Sai (พระสายน์) pour la dernière. La statue de Phra Suk est perdue à jamais au fond du fleuve jalousement gardée par les Nagas qui souhaitaient le conserver. Pour certains en effet, les Nagas avaient voulu retrouver Suk qui aurait été elle-même  Naga dans une précédente existence ! Nul ne s’est jamais avisé d’aller la rechercher.

 

 

 

UN PREMIER TEMPLE CONSTRUIT À NONGKHAI POUR ACCUEILLIR LES STATUES

 

 

Un temple fut construit sur l’emplacement d’un ancien temple abandonné connu sous le nom de Wat Phi Phio (วัดผีผิว) : La date exacte de sa construction est inconnue mais elle est attribuée au prince Thao Suwuthatham alias Boonma (ท้าวสุวอธรรมา  - บุญมา), gouverneur de la ville à l’époque du sac de Vientiane sous le règne du roi Lao Anuwong ,donc non pas lors du pillage de 1778 mais de celui de 39 ans postérieur.

 

 

 

Les statues auraient été placées initialement dans le temple Wat Hokong (วัดหอก่อง) mais durent être déplacées lors d’un séisme qui endommagea le bâtiment. Elles ne furent pas endommagées, et certains considérèrent que ce fut un miracle et d’autres qu’elles avaient provoqué le séisme pour montrer qu’elles souhaitaient aller dans un autre temple, Wat Hokong étant trop modeste pour les accueillir. Il fut décidé de la construction d’un nouveau temple à l’emplacement du Wat Phi Phio qui était abandonné des moines mais où se trouvait encore un très vénéré chedi. Il fut donc décidé de le restaurer et de la rebaptiser Wat Phochai.

 

 

 

La décision définitive du gouverneur fut prise après consultation du moine le plus ancien de la ville Thanya khrulakkham (ท่านญาครูหลักคำ). La consécration du temple aurait eu lieu le 21 février 1828. Quelque temps après, survint ce qui fut considéré comme un miracle consécutif à cette consécration, une éclipse solaire le 4 mars 1829. Le temple abritait alors les deux statues, Phra Sœm  et Phra Sai et connut un grand essor.

 

 

 

Le Wat Hokong  est aujourd’hui le Wat  Praditthammakhun  (วัดประดิษฐ์ธรรมคุณ).

 

 

En raison de sa position stratégique au bord de Mékong, il fut le premier à accueillir sur les terres siamoises les deux Bouddhas sacrés avant d’être transférés au Wat Phochai Wat Pho Chai tout proche. De ce récit historique (ou de ces légendes) et de ses suites, la chapelle d’ordination, l’Ubosot  garde un souvenir précieux, avec des peintures relatant cet événement.

 

 

Elles se trouvent sous le porche d’entrée, mais aussi sous un pavillon ouvert à côté de l’Ubosot qui fait face au Mékong. Un pavillon accueille les répliques des trois bouddhas y compris le dernier des trois ayant disparu dans les tréfonds du Mékong lors de son acheminement vers Nong Khai.

 

 

Il s’agit certes de copies mais qui ont le mérite d’être beaucoup plus faciles à admirer que les deux originaux de Nongkhai et de Bangkok dont l’approche est pratiquement impossible.

 

 

UN NOUVEAU MIRACLE

 

Lorsque Mongkut devint roi du Siam en 1851 après de longues années passées sous la robe de moine, il désira que les deux statues dont il connaissait l’existence  soient conduites à Bangkok.

 

 

 

Elles furent placées sur deux chars à bœuf et commençèrent le long voyage vers Bangkok. Elles n’avaient pas quitté la ville que l’essieu de l’un des chars se brisa et que la statue tomba sur le sol. Les spectateurs et les habitants s’opposèrent alors avec vigueur à ce qu’elle soit chargée sur un autre véhicule : « Phrasai a manifesté sa volonté de rester à Nongkhai, il a accompli un miracle en brisant l’essieu pour montrer qu’il ne veut pas aller à Bangkok ». Ne sachant que faire, les serviteurs du roi s’empressèrent d’aller raconter cette aventure à Rama IV. Celui-ci convint alors que la statue avait manifesté  miraculeusement son désir de reste à Nongkhai et s’inclina devant ce signe du ciel.

 

 

 

Phrasai : La statue est actuellement connue sous le nom de Luang Pho Phra Sai (หลวงพ่อพระสายน์). Située dans la chapelle d’ordination du Wat Phochai  (วัดโพธิ์ชัย) qui a rang de temple royal  (พระอารามหลวง), elle serait partiellement de bronze doré sinon totalement en or massif avec un chef en or massif orné de rubis. Les peintures murales relatent en particulier son périple. Elle a des pouvoirs miraculeux essentiellement celui de faire tomber la pluie. Chaque année, le jour de la pleine lune du septième mois lunaire, les habitants de Nong Khai organisent comme en bien d’autres endroits de l’Isan le festival des fusées (Bunbangfai - บุญ บั้งไฟ) pour vénérer   Phra Sai au Wat Pho Chai.

 

 

 

PHRA SŒM À BANGKOK

 

La dernière statue,

 

 

...celle de la sœur aînée, a donc atteint Bangkok et se trouve au Wat Pathum Wanaram (วัดปทุมวนาราม).

 

 

Ce temple fut fondé en 1857 par le roi Mongkut. Les cendres des membres de la famille royale thaïlandaise dans la lignée du prince Mahidol Adulyadej y sont inhumées. Curieusement, il ne s’y attache aucune légende, aucune vision prémonitoire, aucun miracle. Est-ce bien sûr ? En 2010, lors de la répression sanglante des manifestations des Chemises rouges, il fut considéré comme une « zone de sécurité » permettant aux blessés de recevoir les premiers soins en échappant à la mitraille, un miracle en quelque sorte !

 

 

QUE CONCLURE ?

 

Nous nous trouvons une fois encore entre une histoire vraie et la légende dont les versions varient en fonction des mémoires. Deux de ces trois statues existent, elles sont bien du style du Lan Chang du XVIe, l’existence d’une troisième reste aléatoire  et si elle a existé elle était probablement similaire aux deux autres, à savoir: environ 70 centimètres de haut composée en tout ou en partie d’or avec des incrustations de pierres précieuses.

 

La date de la venue de ces statues au Siam reste incertaine ;  Firent-elles partie du butin du premier sac de 1778 ou du second de 1827 ? La chronologie n’est pas le souci essentiel des narrateurs thaïs. Il n’y a pourtant qu’un peu plus ou un peu moins de 200 ans, ce qui est dérisoire à l’échelle de l’histoire. Et comme toujours, nous trouvons une tempête miraculeuse due à l’intervention des Nagas pour accueillir l’une de leurs sœurs, un accident providentiel survenu à l’un des chars, un tremblement de terre et éclipse de soleil, comme toujours  le merveilleux mêlé au réel.

 

     NOS SOURCES

 

Nous avons puisé dans le récit que notre Américain volontaire du Corps de la Paix  Kermit Krueger a recueilli auprès de ses élèves du Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 (4). Il a été publié sur le site

https://isaanrecord.com/

 

D’autres sources plus précises mais souvent plus ou moins contradictoires sont essentiellement en thaï, citons en quelques-unes :

https://th.wikipedia.org/wiki/พระเสริ

https://th.wikipedia.org/wiki/พระใส

https://board.postjung.com/748899

https://www.posttoday.com/dhamma/35116

http://www.dhammajak.net/forums/viewtopic.php?f=24&t=47732

https://www.thairath.co.th/content/84624

https://www.dmc.tv/pages/scoop/bangfai_payanaka4.html

https://talk.mthai.com/inbox/2039.html

Et une page « facebook » également en thaï intitulée ตำนาน  (« légendes »)

Partager cet article

Repost0
27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 22:07

 

 

Kantarawichai (กันทรวิชัย) est un district (amphoe) de la province de Mahasarakham dont le centre est une petite ville sur la route de Kalasin. Il comprend 10 sous-districts (tambon) et 183 villages. Peuplé d’environ 85.000 habitants (chiffres de 2018), la région nous semble d’une grande piété puisque nous y relevons 78 temples ce qui est largement supérieur à la moyenne nationale (1).

 

 

 

Deux d’entre eux, en dehors de tout circuit touristique sont particulièrement vénérés des populations de la région pour abriter l’un et l’autre chacun une très ancienne statue de Bouddha debout en grès rouge de l’ère Dvaravati, toutes deux invoquées par les dévots pour avoir la vertu d’écarter la sécheresse (2). La première est celle du Phra Phutta Mingmuang (พระพุทธมิ่งเมือง) ou Phraphuttharup Suwanmali พระพุทธรูปสุวรรมาลี)

 

 

 

 

dans l’enceinte du wat Suwannas (วัดสุวรรณาวาส) au cœur du chef–lieu de district, dont la construction ne semble pas avoir plus d’un siècle.

 

 

 

 

L’autre représentation est appelée le Phra Phutta Mongkon (พระพุทธมงคล Bouddha de bon augure) ou Phra yun (พระยืน Bouddha debout) au sud, en direction de Mahasarakham dans le village de Ban Sa (บ้านสระ)

 

 

 

 

et dans l’enceinte du temple appelé wat Phrayun (วัดพระยืน) ou wat Phra Phutta Mongkon (วัดพระพุทธมงคล), également de construction beaucoup plus récente que la statue qu’il abrite.

 

 

 

Nous savons en réalité peu de choses de l’histoire de ce district. L’histoire de l’Isan n’a été écrite que tardivement, elle n’est pas en contradiction avec les traditions orales  transmises par ses habitants qui la complètent.

 

 

LES CHRONIQUES DES PROVINCES DU NORD-EST

(พงษาวดารหัวเมืองมณฑลอิสาณ).

 

Elles furent publiées en 1916 (3) : Le district aurait été créé en 1328 de l’ère bouddhiste soit 785 de notre ère sous le nom de Khanthathirat (คันธาธิราช). Elles furent dirigées alors par un seigneur malfaisant appelé Thao Linjong (ท้าวลินจง le seigneur Linjong) qui fit périr son père Thao Linthong  (ท้าวลินทอง le seigneur Linthong) sous la torture mais ne put prendre sa place et conserver le pouvoir. La ville fut alors désertée pendant 1089 ans (ce qui nous conduit en 1874) et reconstruite et repeuplée sous le règne de Rama V sous le nom de « mueang Khanthawichai » (เมืองคันธาวิชัย) devenue Khantarawichai. La chronique est malheureusement muette sur l’histoire de ces deux vénérables statues et plus encore sur celle de la mystérieuse troisième.

 

 

 

 

LES TRADITIONS LOCALES

Elles ont été recueillies auprès de ses élèves par Kermit Krueger, ce volontaire bénévole du Corps de la paix américain (Peace corps volonteer) qui enseigna au Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 (4).  Elles ont été publiées sur le site https://isaanrecord.com/

 

Elles complètent ce que nous a appris la Chronique en y ajoutant peut-être l’histoire de ce merveilleux trésor que serait la  troisième statue de Bouddha.

 

 

 

Il y a des centaines d'années, le nord-est était dirigé par des princes cambodgiens  avant que les Thaïlandais ne viennent s’y installer (5). Kantarawichai était alors une ville très importante dirigée par le prince Phranong Phratumman qui avait de l’une de ses épouses un fils appelé Tao Singh Toh aussi méchant que cruel. Son père  connaissant sa malfaisance voulait éviter qu’il ne prenne sa suite. Sachant cela, Tao Singh Toh ordonna à ses hommes de s’emparer de son père et de le jeter en prison. Les soldats, craignant sa férocité, lui obéirent. Tao Singh Toh se proclama alors prince de Kantarawichai en affirmant que son père avait été enfermé en raison de sa perversité.

 

 

 

Mais la population qui connaissait la bonté de son père, ne le crut pas. Tao Singh Toh souhaitait la mort de son père mais il avait peur de le tuer. Il imagina alors de le priver de nourriture pour qu’il meure de faim sans être lui-même responsable de sa mort. Il interdit donc toute visite autre que celle sa mère, épouse du prisonnier. Lorsque celle-ci rendit visite à son mari, elle lui apporta de la nourriture. Sachant cela, Tao Singh Toh lui interdit de rendre visite à son père avant trente jours. Son père, déjà affaibli, sentit la mort approcher. Il fit alors appeler son fils et lui dit « Je vais bientôt mourir et tu seras prince de Kantarawichai. Mais tout ce que tu feras sera maudit ». Trois jours plus tard le prince mourut. Tao Sing Toh triomphait mais il était furieux contre sa mère et ordonna à se troupes de la tuer. Mais par la suite, toutes ses actions, même bonnes se transformaient en catastrophes  ou en échec comme le lui avait promis son père. La population se gaussait de lui constatant qu’il ne pouvait rien faire de  bien ou de bon ou de beau. Tao Singh Toh eut alors honte de lui-même et regretta sa cruauté envers ses parents. Il n’eut pas d’autre solution que de consulter un astrologue

 

 

 

 

Celui-ci lui dit «Tu as été mauvais et tu es puni. Tu dois construire deux statues du Bouddha. L'un sera pour ton père, et l'autre sera pour ta mère. Elles devront être superbes et installées en deux  endroits différents. Quand tu les auras construites, tu auras démontré que tu aimais tes parents et ta malédiction disparaîtra ». Tao Singh Toh le crut et fit construire les deux statues avec beaucoup de soin. Celle destinée à son père fut installée au cœur de la ville et celle destinée à sa mère à la périphérie. Cela ne suffit toutefois pas à rendre Tao Singh Toh heureux car il était conscient qu’il avait mené une vie infâme. Il demanda alors à son peuple, lorsqu’il mourrait, de l'ensevelir dans une forêt éloignée de la ville et sur sa tombe, de construire une autre statue du Bouddha. C’est ce qu’ils firent en l’enterrant dans la forêt et en édifiant sur sa tombe une statue d'un Bouddha couché. La forêt reçut le nom de « forêt du Bouddha couché » mais son emplacement s’est perdu. Beaucoup croient que la statue est en or mais tous redoutent de la rechercher car elle recouvre la malédiction de l’esprit malfaisant et diabolique de Tao Singh Toh qui vit toujours dans la tombe. La légende veut que celui qui verrait la statue doive mourir le jour même. Il y a quelques années à peine (6) trois ou quatre hommes de Bangkok se sont rendus dans la forêt pour trouver la statue. Revenus le soir, ils dirent « Nous avons trouvé la statue du Bouddha couché. Elle est en or. Nous vous conduirons la voir demain ». Ils moururent dans la nuit.

 

 

 

Que devons-nous penser ? Les Chroniques rédigées au début du siècle dernier par un haut fonctionnaire n’ont pu l’être, faute du moindre document écrit, autrement qu’au vu des souvenirs recueillis auprès des populations locales. L’auteur ne donne pas ses sources. Les souvenirs recueillis par l’Américain auprès de ses élèves 60 ans plus tard ont la même portée même s’ils sont beaucoup plus précis. Les Chroniques s‘étalent sur 164 pages mais toutes ne sont pas consacrées à notre modeste district. Les chronologies ne sont pas contradictoires avec la légende. L’existence d’un prince malfaisant capable de faire assassiner ses parents ne dénote pas avec les mœurs de l’époque. La similitude entre les deux statues de Bouddha qui sont de toute évidence de la même facture rend plausible l’hypothèse d’une commande unique. La crainte référentielle manifestée par les habitants pour rechercher une sépulture génératrice de maléfices est en tout conforme avec les croyances locales animistes générales en Isan. La disparition de cette sépulture dans la végétation tropicale après des siècles d’oubli ne nous parait pas non plus originale. Quant à savoir si la statue du Bouddha couché qui la recouvrait était d’or, laissons les chercheurs de trésor rêver.

 

 

 

NOTES

 

(1) https://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดมหาสารคาม

Il y a environ 34.000 temples en activité dans le pays pour une population d’environ 70 millions d’habitants, selon les chiffres de l’Office nationale du Bouddhisme (https://en.wikipedia.org/wiki/National_Office_of_Buddhism)

 

(2) N’oublions pas la présence d’une très importante cité Dvaravati à moins de 25 kilomètres à vol d’oiseau, Muang Fa Daet dans le district de Kamalasai. Voir notre article INSOLITE 6 « AU CŒUR DE LA PROVINCE DE KALASIN, LA CITÉ MYSTÉRIEUSE DE KANOK NAKHON (กนกนคร) « LA VILLE D’OR », CITÉ MAJEURE DU DVARAVATI » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-6-au-coeur-de-la-province-de-kalasin-la-cite-mysterieuse-de-kanok-nakhon-la-ville-d-or-cite-majeure-du-dvaravati.html

 

 

 

 

(3) Pathom Khanechon (ปฐม คเนจร) plus tard anobli sous le nom de Mom Amonwongwichit  (หม่อมอมรวงษ์วิจิตร) était fonctionnaire du ministère de l'Intérieur sous le règne du roi Rama V, gouverneur du monthon isan, il rédigea ces chroniques probablement à l’instigation du prince Damrong. Elles sont la seule source siamoise sur l’histoire de l’Isan. Elles n’ont jamais été traduites mais plusieurs fois rééditées, une dernière fois en 1996. Elles sont (toutefois assez péniblement) accessibles en ligne sur le site :

http://www.finearts.go.th/songkhlalibraryhm/component/smilebook/book/307-2017-02-04-15-49-19/2-2013-01-26-21-11-08.html

Cette « invention » de l’histoire de l’Isan à l’instigation du Prince Damrong dans un but « nationaliste » a fait l’objet d’une critique assez féroce d’un Japonais, Akiko Lijima dans le journal de la Siam society : « The invention of « Isan » History », numéro 116 de 2018, pages 172-200. Il faut encore s’entendre sur le sens que l’on donne au mot « invention » qui, en bon français, signifie aussi « découverte ».

 

(4) Voir notre article A 295 « LES SOUVENIRS D’UN VOLONTAIRE DE LA PAIX AMÉRICAIN À MAHASARAKHAM… ET LE PASSAGE DE LA CIA EN 1963 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-295-les-souvenirs-d-un-volontaire-de-la-paix-americain-a-mahasarakham-et-le-passage-de-la-cia-en-1963.html

 

(5) Les traces de l’implantation khmère dans les environs sont encore présentes : à quelques kilomètres de Mahasarakham, le site Ku Mahathat  Prang Ban Khwa  (กู่มหาธาตปรางค์บ้านขวา) daté des 11e ou 12e siècles

 

 

 

ou encore non loin de Khonkaen, le site Ku Phrapachai (กู่ประภาชัย) daté du 13e.

 

 

 

 

(6) Nous sommes donc au début des années 60.

 

Dessin de Kermit Krueger :

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 22:06

 

 

Cette légende a été recueillie de la bouche de Buali Suwannakhot le 21 novembre 2014. Elle provient du site Mekong watch que nous avons déjà rencontré (1). Le narrateur était alors âgé de 98 ans et résidait dans un village du sous-district de Tha Sa-at (ท่าสะอาด) dans le district de Seka (เซกา) dans la province de Bungkan (บึงกาฬ). C’est l’histoire de son village d’origine. Ses parents avaient émigré d’Attapeu (อัตตะปือ) « une ville du sud du pays, parce que la vie y avait été très dure » (2). Sa mère s'appelait Pong. Son père était probablement de l'ethnie So. Voyageant sur un bateau, ses parents entrèrent dans l’embouchure de la rivière Songkhram (แม่น้ำ  ศรีสงคราม) à Tha Uthen (ท่าอุเทน) et ont remonté la rivière (3). Ils ont ensuite trouvé un étang dans un village où la famille s’est installée et a commencé à faire du sel (4).

 

 

 

Cette légende raconte l’étonnante histoire de la découverte par les habitants de l’Isan de l’une des propriétés essentielle du sel, la conservation des aliments. Elle nous donne par ailleurs quelques précisions sur la vie de ces sauniers il y a probablement un siècle ou un siècle et demi.

 

 

 

PRÉSENTATION

 

 

Nous savons qu’il y avait beaucoup de rhinocéros au Siam.

 

 

 

 

Ses cornes, en dehors de leurs vertus magiques lorsqu’elles sont réduites en poudre de perlimpinpin (elle passe pour un révélateur de poison censée noircir à son contact)...

 

 

 

...   sont appréciées pour la qualité de leur ivoire destiné à la sculpture, estimés dans les travaux de tabletterie.

 

 

 

Son cuir est d’une telle dureté qu’il est réfractaire aux griffes des plus redoutables prédateurs, tigres en particulier (5). Sa viande est ou serait parfaitement comestible (6).

 

 

 

 

Cornes et cuirs faisaient l’objet d’importantes exportations du temps de Monseigneur Pallegoix. Le trésor envoyé par le roi de Siam à celui de France en 1681 et englouti en mer comportait deux bébés rhinocéros (7). Parmi les présents que le roi de Siam envoya en France en 1686, il y avait six cornes de rhinocéros. Ils étaient toujours présents en Thaïlande jusqu’à il y a peu et le peu qui resterait continue à être les victimes des braconniers, surtout pour leur corne à laquelle il est prêté des vertus imaginaires (8).

 

 

 

L’histoire contée par ce vieillard, probablement recueillie de la bouche de ses parents producteurs de sel, ne nous éclaire pas sur l’origine de ces dépôts de chlorure de sodium mais sur la découverte par les anciens des vertus conservatrices du sel. Nous savons que les Thaïs ne sont pas coutumiers de l’utilisation du sel pour améliorer la sapidité de leurs aliments. Ils préfèrent pour cela quelques sauces explosives et putrides à base de piment, de poissons ou de crevettes pourries.

 

 

 

Par contre ses qualités pour assurer la conservation des aliments frais fut et reste fondamentale. Cette découverte fut le fruit de constatations effectuées probablement au fil des siècles grâce au cadavre du rhinocéros !

 

 

 

 

 

LA TÊTE DU RHINOCÉROS DANS L’ÉTANG SALÉ

 

 

Il y a bien longtemps, avant même que les villageois ne se réunissent en communauté, un rhinocéros vivait dans une forêt au bord d’un étang près de la rivière Songkhram. L’animal se reposait sur la berge, buvait de l’eau et léchait du sel. Un jour, le roi qui régnait sur la région vint à passer et le vit se reposer sur la berge. Il prit une arme à feu, tira et le tua. La balle le traversa et finit sur la rive dans un ruisseau qui s'appela dès lors alors Huay Luk Puen (ห้วย  ลูก ปืน - le ruisseau à la balle de fusil).

 

 

 

 

Le roi partagea la chair et la peau de rhinocéros avec son peuple. Alors que s’effectuait le partage, survint un orage épouvantable. La pluie tomba sur la viande qui se transforma alors en une pierre rouge. Bien des années plus tard, les virent de l'eau qui suintait de la pierre. Ils se demandèrent alors si elle était potable ? Ils la récupérèrent, la firent bouillir et l’eau se transforma en sel. Ils l’utilisèrent alors pour leur cuisine et la confection du poisson fermenté dans la saumure. Cependant ils avaient aussi constaté qu’une partie de la viande du rhinocéros tombée dans l’étang ne s’était jamais dégradée et restait intacte ! Découvrant cette propriété jusqu’alors inconnue, ils utilisèrent massivement l’eau de l’étang pour en extraire le sel.

 

 

 

 

Cette richesse attira beaucoup de monde et il se créa une véritable industrie du sel. Les marchands venaient acheter le sel sur des embarcations de 25 à 40 mètres de long, 5 à 10 de large et 2 à 3 mètres de tirant d’eau. Chaque bateau comportait environ 20 membres d'équipage et pouvait transporter entre 6 et 10 tonnes de sel. Des embarcations plus petites pouvaient transporter 2 à 3 tonnes de sel. Les marchands venaient de Mukdahan, Khemmarat, Nongkhai, Vientiane, Luangprabang et le Champasak (จำปาสัก) (9).  Certains venaient par voie terrestre.

 

Les villageois travaillaient durement pendant la journée. Dans le village, ils étaient environ 300, hommes et femmes. Celles-ci tissaient les petits paniers contenant le sel.

 

 

 

 

Il n'y avait pas d'électricité. Les villageois gagnaient environ 10.000 baht par an en vendant leur sel et payaient environ 800 baht par an leurs ouvriers. Ils coupaient et préparaient le bois de chauffe en novembre et décembre. La récolte du sel s’effectuait de février à avril. Le sel était alors emballé et il fallait attendre la saison des hautes eaux en août pour pouvoir le transporter par voie d’eau.

 

 

 

 

QUELQUES OBSERVATIONS

 

 

 

Il ne semble pas techniquement impossible que la viande de ce rhinocéros tombée dans un étang saturé de sel ait ainsi pu se conserver dans cette saumure et ce pendant plusieurs années ?  La légende est, en tous cas, moins saugrenue que celle qui fit naître les sites de terre salée de la pisse de l’éléphant blanc.

 

 

 

 

Ces chiffres  nous permettent de penser que cette population de sauniers vivait alors beaucoup mieux que si elle s’était contentée de cultiver le riz sur ces terres arides  (10).

 

 

 

 

Mais il est difficile d’avoir une idée précise de l’importance économique de l’exploitation du sel de la terre. Seule La Loubère y fait une rapide allusion (11). Monseigneur Pallegoix ne parle que du sel de mer pour une raison très simple : la plus grande partie de la production de sel partait à l’exportation et, soumise à une taxe à l’exportation, elle était contrôlée au départ du port de Bangkok. La production du sel de terre échappait à tout contrôle (12).

 

 

Il en est de même aujourd’hui où cette activité subsiste en de nombreux points de l’Isan mais ce n’est pas de façon aussi spectaculaire que les marais salants du sud de Bangkok. Ce n’est pas à proprement parler une extraction industrielles, elle se fait toujours selon des procédés probablement multi séculaire et constitue à la fois un revenu d’appoint et une source d’approvisionnement familial. Le blog de notre ami Patrick a consacré deux articles à cette production familiale et semi-industrielle (13).

 

 

 

 

Cette activité marginale est loin de devoir être considérée comme en voie de disparition. Elle échappe totalement à l’industrie du sel qui en Thaïlande est sinon monopolistique du moins oligopolistique. Sur une production globale annuelle de 1,2 millions de tonnes, 600.000 tonnes sont destinées à l'exportation. Le marché de la consommation du sel alimentaire est de 76.000 tonnes par an. 30.000 tonnes seulement proviennent du sel dit « raffiné » (c’est-à-dire tout simplement de sel brut blanchi chimiquement et vendu 50 fois plus cher) distribués par ces structures oligopolistiques. Il y a donc 46.000 tonnes par année qui continuent à provenir de ces micro-producteurs. Ces chiffres sont de 2010 (14). Nous verrons donc probablement encore longtemps ces panneaux au bord de nos routes signalant la proximité d'un site familial de production de sel, échappant à toute statistique et aux grands circuits commerciaux,

 

 

Photo prises dans les environ de Kalasin, Roiet et Udon en 2019, le prix est de 10 bahts par kilogramme : 

LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE  DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)
LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE  DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)
LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE  DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

NOTES

 

 

(1) Voir notre article A 300 « LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) ».

Le site http://www.mekongwatch.org/english/ est bilingue japonais-anglais.

 

 

(2) Attapeu est aujourd’hui au sud du Laos. Cela situe cette émigration avant le traité franco-siamois de 1893 qui attribua le Laos à la France.

 

 

(3) Cette rivière est l’un des affluents principaux du Mékong dans la province de Nakonphanom (นครพนม) et dans le district du même nom à 50 kilomètres en aval de la capitale provinciale.

 

 

 

 

(4) Les zones à sel sont essentiellement disséminées dans le district de Na Wa (อำเภอนาวา)  à l’ouest de la province de Nakonphanom et le district d’Akat Amnuai (อำเภออากาศอำนวย) à l’est de la province de Sakonnakhon (สกลนคน).

 

 

 

 

(5) Les boucliers en cuir de rhinocéros étaient réputés chez les guerriers africains. Il leur fournissait d'excellents boucliers presque à l'épreuve des balles,

 

 

 

 

Il était en tous cas impénétrable aux balles des escopettes des temps anciens.

 

 

 

 

C’est Monseigneur Pallegoix qui nous décrit comment, faute d’armes à feu puissantes, il était chassé : « Les habitants des bois font la chasse aux tigres, ours, rhinocéros, buffles, vaches sauvages et aux cerfs. La manière dont ils viennent à bout du rhinocéros est fort curieuse quatre ou cinq hommes tiennent en main des bambous solides et dont la  pointe fort aiguë a été durcie au feu. Ils parcourent, ainsi armés, les lieux où se trouve cet animal, en  poussant des cris et frappant des mains pour le faire sortir de sa retraite. Quand ils voient l'animal furieux venir droit à eux, ouvrant et fermant alternativement sa large gueule, ils se tiennent prêts à le recevoir en dirigeant droit à sa gueule la pointe de leurs bambous, et, saisissant le moment favorable, ils lui enfoncent l'arme dans le gosier et jusque dans les entrailles avec une dextérité surprenante,  puis ils prennent la fuite à droite et à gauche. Le rhinocéros pousse un rugissement terrible, tombe et se roule dans la poussière avec des convulsions affreuses, tandis que les audacieux  chasseurs battent des mains et entonnent un chant de victoire, jusqu'à ce que le monstre soit épuisé par les flots de sang qu'il vomit; alors ils vont l'achever sans crainte ».

 

 

(6) « Sa chair est excellente au goût des Indiens et des Nègres » nous apprend Buffon (œuvres complètes, tome IV,  mammifères II, édition 1839 page 407). Jusqu’à sa peau qui faisait les délices de Monseigneur Pallegoix : « Chose singulière ! Sa peau, quelque épaisse et coriace qu'elle soit, est regardée comme un mets délicat et fortifiant pour les personnes faibles. On grille d'abord la peau, on la ratisse, on la coupe en morceaux et on la fait bouillir avec des épices assez longtemps pour la convertir  en matière gélatineuse et transparente. J'en ai mangé plusieurs fois avec plaisir, et je pense qu'on pourrait appliquer avec succès le même procédé aux peaux de quelques autres animaux ». Le rhinocéros du Jardin des plantes échappa de peu à la voracité des parisiens affamés pendant le siège de 1870.

 

 

 

 

 

(7) Voir notre article  R2. 84 « Le Trésor englouti de la 1ère ambassade du Roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681 ? » :

ttp://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

 

(8) Des cas de braconnage ont été signalés en particulier dans les montagnes de la province de Chayaphum en 1967, 1970 et 1972. Voir l’article « Rhinos in Thailand » par Jeffrey A. McNeely et Edward W. Cronin :  

https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/S0030605300010735

 

L’article est daté de 2019. Ses auteurs affirment avoir relevé des traces dans des forêts de la région de Petchabun ?

 

 

(9) La province alors siamoise est actuellement située au sud-ouest du Laos.

 

 

(10) Ces chiffres basés sur les souvenirs de l’auteur et de ses parents correspondent probablement à l’époque de la fin de XIXe et début du XXe siècle ? En admettant que ces comparaisons aient quelque valeur, il nous semble que ces sauniers étaient riches. Nous avons quelques idées des prix en consultant un guide touristique Madrolle de cette époque, le billet de chemin de fer en première classe de Bangkok à Ayuthaya en 1ère classe coûte 3 bahts, une journée de pension complète à l’hôtel Oriental à Bangkok ou au grand hôtel de Hua-Hin, 14 bahts. Une chambre dans un hôtel modeste coûte environ 2 bahts.

 

 

 

 

Selon le Bangkok Siam directory de 1914, la pension annuelle maximum des fonctionnaires au plus haut niveau est de 16.000 bahts par an après 30 ans de service. Le bath de cette époque représente alors 15 grammes d’argent fin.

 

 

(11) La Loubère : « Du royaume de Siam », Tome I, 1691  « le sel y est à vil prix. J’ai oui dire qu'ils en ont de roche : & ils en font de l'eau de la Mer : les uns m'ont dit avec le Soleil, d'autres m'ont dit avec le feu; & Peut-être que l'un & l'autre est véritable ».

 

(12) Monseigneur Pallegoix, tome I, 1854 « Description du royaume thaï ou Siam ».

 

 

(13) Ces articles concernent la production du sel de la terre dans le district de Ban Dung (อำเภอบ้านดุง) au nord-est de la province d’Udonthani.

http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-les-ouvriers-du-sel-125055009.html

http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-29006044.html

 

 

 

 

Dans leur article «  Idées et faits relatifs à la production des sels marins et terrestres en Europe, du VIe au IIIe millénaire »,  Serge Cassen et Olivier Weller  font référence à d’autres sites situés en Isan :

https://www.academia.edu/5373496/Idés_et_faits_relatifs_à_la_production_des_sels_marins_et_terrestres_en_Europe_du_VIe_au_IIIe_millenaire

 

 

 

 

(14) « Strategic Exploration of Salt International Company in Thailand: Can they have Sustainable Growth and Profits ? », article de Chidchai Muensriphu, Supree Vichvavichien, Sukanya Jinarach, Phanga Atthayuwat, tous de Ramkhamhaeng University et Bahaudin G. Mujtaba de Nova Southeastern University, in Journal of Business Studies Quarterly, 2010, Vol. 1, No. 3, pp. 68-81.

Partager cet article

Repost0