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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 18:08
INSOLITE 18 -  LES « RUES DE SIAM » EN FRANCE ET AILLEURS.

LEUR HISTOIRE.

 

L’arrivée des Siamois à Brest en 1684 et 1686 et les deux ambassades françaises au Siam de 1685 et 1687 firent beaucoup de bruit en France où les esprits sont toujours émus des hommes et des choses qui viennent de loin même si elles furent une mystification pour Louis XIV.  

 

Les trois ambassadeurs de Siam devant le Roi en 1686, bas-relief de bronze se trouvant au Musée de Bretagne à Rennes  :

INSOLITE 18 -  LES « RUES DE SIAM » EN FRANCE ET AILLEURS.

Nous savons que le roi Naraï avait déjà, en 1681, envoyé une première ambassade perdue en mer dans des circonstances mystérieuses (1). Nous vous avons également parlé de la seconde ambassade siamoise arrivée à bon port (2). Après un voyage aussi long que pénible (3), les Ambassadeurs atteignirent Brest le 16 février 1685 et quittèrent ensuite la ville pour Paris. Une nouvelle ambassade siamoise revint en 1686. Cette fois, ils ne logèrent pas à Brest à l'Intendance, comme la première mais vraisemblablement à l'hôtel Saint-Pierre (hôtel de la Préfecture maritime), dans la rue qui portait alors ce nom, et qui, peu après, prit celui de « rue de Siam » (4).

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La rue de Siam à Brest.

 

C’est le résultat de ce qui fut tout à la fois un échec diplomatique mais devint « Le mythe du Siam » selon l’heureuse expression d’un érudit Brestois d’adoption, Gérard Cissé (5) dans un très bel article publié en 2009 « Le mythe de Siam, où, depuis quand, pourquoi la rue de Siam à Brest » (6).

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Son travail ne se limite toutefois pas à nous livrer ses recherches de bénédictin dans les archives locales sur le passé de cette rue que la littérature allait immortaliser, il nous livre aussi le résultat de ses recherches sur d’autres « rue de Siam » en France – toujours le mythe siamois. Brièvement devenue « Rue de la Loi » sous la révolution, la rue de Brest fut érigée dans le « quartier des sept saint », le cœur historique de Brest et fut totalement détruite en son état d’origine par les 165 bombardements anglo-américains entre 1941 et 1944.

Brest fut détruite à plus de 80 %. Les bombqrdements de 1944 furent les plus dévastateurs.

 

La vision de la presse de l'époque ....

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Nous en avons quelques photographies extraites de l’article de Georges Perhirin, un autre érudit breton, de 2006 (7).

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Quoiqu’érigée dans un quartier au nom respirant la piété (8), cette rue fut – au moins jusqu’à l’intervention de la Loi Marthe Richard en avril 1946 - la rue favorite des marins en bordée. Les Allemands dont on sait qu’ils ont un sens particulier de l’humour y établirent pendant l’occupation, dans un ancien lieu de culte israélite, un établissement réservé aux officiers.

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C’est un sujet sur lequel Gérard Cissé ne s’appesantit pas ; ce que l’on peut comprendre. Comme toutes les villes de port, Marseille, Toulon sans parler de Paris, Brest était un haut lieu de la prostitution « de rue » et « de maisons » (9). Reconstruite après la libération, la rue est aujourd’hui une artère sans âme.

 

Pour certains Brestois, le tramway est « le péril jaune » : 

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La rue de Siam à Marseille.

 

C’est un peu à ce même mythe que Marseille ne manqua pas d’avoir une « rue de Siam ». C’est un hommage au chevalier de Forbin bien que cette aventure ait été pour lui une déception amère dans son titre d'amiral et de général des armées du roi de Siam (10).

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On donna le nom de Siam en 1771 à la rue qui le porte encore, et sur laquelle la maison familiale des Forbin avait l'une de ses façades bien que le chevalier – né à Gardanne - n’y ait probablement jamais vécu et que ces ambassades furent une mystification pour lui autant que pour Louis XIV.  La rue se situe dans le 11ème arrondissement, dans le quartier de Saint Marcel. Elle était située à l'angle de la « rue de l'Aumône » et de la « Grand ‘rue » qui ont toutes deux disparu. Il ne subsiste plus rien de son état ancien....  

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... à la suite de travaux « Haussmaniens » entrepris sous le second empire pour le percement de l’ « avenue impériale » (aujourd’hui « de la république ») entre 1858 et 1862

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Le Chevalier mourut dans sa bastide de Saint Marcel, à quelques centaines de mètres de la « rue de Siam », à l’emplacement où se situe actuellement le château de Forbin  (12).

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Si l’on en croit Augustin Fabre (11), cette rue « ne fut jamais belle » Elle fut initialement connue sous le nom évocateur de « rue Fontaine du diable » (13). Elle porta aussi le nom de « rue de Pédas » du nom d’un Marseillais qui eut son heure de célébrité au XVIIème siècle (14). Lorsque l’institution plus ou moins graveleuse à l’origine de ce nom tomba en désuétude, la rue redevint un temps rue « Fontaine du diable » avant de devenir « rue de Siam ». Marseille devint très provisoirement « Ville sans nom » sous la terreur mais nous ignorons si la rue de Siam fut alors affublée d’un autre nom sur les rues de Marseille (15).

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La rue de Siam à Saint-Malo.

 

C’est à Gérard Cissé que nous devons aussi le peu que nous savons : située dans le quartier de Saint Servan, elle reçut officiellement ce nom le 15 juillet 1820, reprenant probablement une dénomination manifestement antérieure, car elle est déjà mentionnée sous ce nom le 7 novembre 1792. Le linteau de la porte de l'immeuble du n° 4 portait « jusqu'à il y a peu » – nous dit-il - le nom de la rue gravé  dans la pierre. Reçut-elle ce nom suite à l'échange d'ambassadeurs entre Louis XIV et le roi Naraï. C’est une hypothèse non vérifiée. L’urbanisation a fait que  seuls les numéros impairs ont subsisté. Faute d’historien, il n'y a plus aucune trace de son passé.

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La rue de Siam à Lorient.

 

Remercions une fois de plus Gérard Cissé pour ces recherches : La ville fut totalement rasée par les bombardements anglo-américains pendant la guerre.

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Le conseil municipal lors d’une réunion du 20 juin 1953 -la reconstruction était en cours- a adopté une délibération concernant 36 voies à dénommer ou renommer. Parmi les critères de motivations il fut entre autres demandé de grouper les noms par thème pour faciliter les recherches. C'est ainsi que pour l'ancien quartier Frébault, du nom du Général Charles, Victor Frébault qui, comme colonel, commanda à Lorient en 1856 le 1er Régiment d'Infanterie Coloniale, tous les noms choisis devraient  rappeler la colonisation. La rue de Siam est proche de la rue de Madagascar, de la rue du Tonkin, de la rue du Cambodge, de la rue Gallieni et de la rue Frébault bien sûr. La ville n’a apparemment pas honte de notre passé colonial bien qu’elle soit depuis longtemps entre les mains de la gauche socialiste ou communiste.

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La rue de Siam à Plougastel.

 

Ne quittons pas la Bretagne « profonde » : il y a une rue de Siam dans cette commune du Finistère. Nous en ignorons tout sauf qu’elle existe, faute d’avoir trouvé le moindre renseignement sur elle. La dénomination est probablement récente puisqu’elle se situe dans un quartier éloigné du centre et sans âme.

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La rue de Siam à Farebersviller.

 

Nous sommes loin de la Bretagne et du port de Marseille. Cette petite commune de Moselle dans la Lorraine germanophone, de quelques milliers d’habitants a été ravagée par les bombardements américains à partir de 1944 après avoir été farouchement défendue par un régiment de Waffen SS dont certains venaient de la région sinon de la ville (16). Elle ne dut de ressusciter et de survivre que par l’implantation d’une cité des Houillères du bassin de Lorraine abritant une forte population d’immigrés venue travailler à la mine au bénéfice desquels une cité « ouvrière » a été construite (17). Citons sans autre commentaire Gérard Cissé « L'ingénieur au Service Architecture de la Direction des Houillères de Lorraine, Monsieur Paul Marchalant, né à Brest/Recouvrance le 15 mai 1904, était chargé de suivre l'exécution des chantiers des cités construites avec le procédé de préfabrication lourde « Camus-Dietsh ». C'était un homme compétent, actif, avec un souci constant de bonne collaboration avec ses collègues et son personnel. Quand il prit sa retraite en 1966, lorsque les programmes de constructions industriels furent achevés, il avait construit plus de 10.000 logements dans le bassin houiller mosellan. La direction de la municipalité de Farebersvillers, et Monsieur François Belin, architecte en charge de l'opération, connaissant l'attachement que Monsieur Marchalant avait pour sa ville de naissance devait décider de dénommer « Rue de Siam » l'une des voies de cette nouvelle cité en son honneur ». Plutôt que de donner le nom d’une rue au responsable de ces horribles cages à poules préfabriquées, le très lointain rappel du mythe par le biais de ses origines bretonnes pouvait paraître très largement suffisant.

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La rue de Siam à Le Port (Réunion).

 

Il est dans cette ville de la France lointaine une « rue de Siam » dont on ne sait trop s’il faut la rattacher au mythe ou plus prosaïquement à l’inculture de ses édiles ? Cette commune est de création récente (fin du XIXème) et son port industriel n’a rien à voir avec celui où faisaient escale sur la « route des Indes » les navires venant ou allant au Siam lorsque l’ile s’appelait encore « Ile Bourbon ». D’où vient le choix de la dénomination d’une « rue de Siam » ? Notre infatigable Gérard Cissé nous donne un début de réponse « Aux dires des représentant municipaux contactés, cette dénomination remonte au milieu des années soixante sans pour cela qu'il ne soit donné de justification quant à ce choix. En effet, à cette époque la ville du Port s'étant considérablement et rapidement agrandie vers l'Est, les rues de ce nouveau territoire nouvellement urbanisé n'ont fait l'objet d'aucun arrêté de dénomination. C'est à la demande des PTT qu'un peu dans la précipitation ces voies ont alors reçu leurs noms, en général liés à l'histoire de la commune ou à celle de la France. Ce n'est par conséquent pas un hasard si cette petite rue de Siam prend naissance sur le Boulevard de Brest, artère importante de la ville ».

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Il y a effectivement la « rue de Siam » qui débouche sur le « rue de Brest », et, singulière conception de l’histoire de France, une artère importante est la « rue de la commune de Paris » et une autre l’ « avenue Lénine » non loin des « allées Pablo Neruda » aux côtés, il est vrai de gloires de notre littérature (Saint-Exupéry, Jules Verne, Paul Verlaine, etc…). N’oublions évidemment pas Raymond Vergès qui a sa très belle avenue. : La Ville fut entre les mains de la famille Vergès à partir de 1945 par le biais d’abord d’une délégation spéciale aux mains du Comité républicain d'action démocratique et sociale créé par le dit Raymond Vergès, ensuite par des membres du parti communiste de la Réunion ou apparentés pour arriver à Paul Vergès, maire de 1971 à 1989 et ensuite son fils Pierre de 1989 à 1994 (18). Gérard Cissé voit dans la dénomination de la « rue de Siam » une référence au mythe. Pourquoi pas ? Mais nous avons tendance à voir dans la nomenclature des rues de cette ville un annuaire des gloires du parti communiste réunionnais atténué par des présences moins agressives, fruit probable de l’imagination de quelque secrétaire de mairie plus ou moins instruit pour répondre aux exigences de P et T ?

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La rue de Siam à Paris.

 

Il faut la citer bien qu’elle ne se rattache pas directement au « mythe ». Ouverte en 1884 et située dans le 16ème arrondissement de Paris, elle débute au 43 rue de la Pompe et se termine au 1 rue Edmond-About. Son ouverture au 43 rue de la Pompe part de l'hôtel particulier qu'avait habité de 1877 à 1881, Don Carlos, prétendant à la couronne d'Espagne plus ou moins en résidence surveillée en France.

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Elle a été dénommée « rue de Siam » le 27 février 1889 pour la seule raison que l'Ambassade s'y était installée dès son ouverture.

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Lorsque le roi Rama V vint à Partis en 1897, il avait prévu d’y loger.  La république préféra lui attribuer après de fort onéreuses remises en état, l’hôtel du 35 avenue Hoche, à l’angle de la rue Beaujeu. Sa sécurité fut assurée par 50 agents de la sureté « des plus corrects » sous la direction du Préfet de police, alors le célèbre Lépine. Coût de la visite ? De 60.000 à 80.000 ou 90.000 francs : location et décoration de l’hôtel de l’Avenue Hoche : 20.000 francs, entretien du souverain (tables et voitures), aussi 20.000, le reste pour l’entretien de sa suite : L’hôtel du 35 avenue Hoche appartenait à un sieur Sabatier dont l’épouse était la sœur de la comtesse de Gramont et précédemment habité par l’ambassadeur des Etats-Unis, la république le lui loue pour recevoir ses hôtes les plus distingués, il est actuellement devenu le « Royal Monceau » (19). L’ambassade a présentement changé d’adresse, d’abord avenue d’Eylau dans le VIIIème arrondissement et présentement rue Greuze dans le XVIème.(20).

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Les rues de Siam oubliées.

 

En Indochine française :

 

Il y eut une « rue de Siam » en Indochine française dans la ville de Baria devenue aujourd’hui Bà-Ria dans le sud Vietnam.

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Nous l’avons découverte par hasard : Le seul plan que nous ayons de cette petite ville où se trouvait une garnison militaire ne nous donne pas de détail (21)

 

Symboles : H : Hôtel ; M : Marché ; T : Poste ;; A : Hôpital ou Ambulance ; R : Bureau de la Résidence :  

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Cette rue fait une apparition fugace dans un fait divers le 15 juin 1925, une mortelle querelle d’ivrognes ayant eu lieu « rue de Siam » (22). Nous n’avons pas pu en savoir plus. La rue a probablement changé de nom depuis longtemps !

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Sur mer :

 

Depuis 1912, il est de tradition dans la Marine que tous les navires écoles des officiers élèves portent le nom de « Jeanne d'Arc ». La première « Jeanne » eut une carrière relativement brève, écourtée par les débuts de la Première guerre mondiale qui la firent affecter au sein de l'escadre de l’'Atlantique puis de la Méditerranée, son rôle d'école d'application étant suspendu pour la durée du conflit. La deuxième « Jeanne » fut construite entre 1928 et 1931 et partit faire son premier tour du monde le 14 février 1930. Ainsi fera-t-elle jusqu’en 1964 avec une interruption en 1943 pour évacuer l’or de la Banque de France au Canada. Elle fit son ultime périple le 8 juin 1963.

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Une coursive-milieu, baptisée « rue de Siam » séparait les deux lignes de postes du pont supérieur, débouchant à l'arrière sur la vaste salle de conférences où se trouvait placée la promotion tout entière pour écouter les topos du directeur des études et des officiers-instructeurs. Souvenir de Brest bien sûr mais aussi des bordées ou ribotes des élèves officiers lors de leur séjour à l’école ! Nous ignorons si le porte hélicoptère « Jeanne d’arc » qui servit de navire école entre 1964 et 2011 avait repris cette tradition ? (23)

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LITTÉRATURE ET POÉSIE

 

Littérature.


La rue de Siam immortalisée par la littérature, c’est bien  celle de Brest et seulement celle de Brest et ses bastringues !

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Gustave Flaubert a visité Brest en 1847 (24).

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Pierre Loti  fut élève à l’école navale sous son véritable nom de  Louis Marie-Julien Viaud. Ses souvenirs en 1883 sont précis (25).  

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Pierre Mac Orlan, chroniqueur des gentilshommes de fortune, écrivain des ports et poète des bastringues rendit hommage à Brest en 1941 (26).

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Regrettons que Chateaubriand, bien que logé « rue de Siam », et rompu à la description, n’en laisse aucune, dans les Mémoires d’Outre-tombe publiés entre 1849 et 1850.

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Poésie.

 

Jacques Prévert est l’auteur de la poésie « Barbara » extraite de « Paroles », paru en 1946.  C’est un texte de circonstances qui se réfère aux 165 bombardements de la ville de Brest entre le 19 juin 1940 et le 18 septembre 1944. La destruction complète de la ville inspira à Prévert une réflexion pessimiste sur l’amour et la vie.

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Yves Montand a interprété ce poème dans une adaptation « poème parlé » en 1948 (27).

Edith Piaf  nous permet de terminer en chanson : Elle avait comme Mac Orlan un faible pour les bastringues. Jacques Larue a écrit pour elle une « rue de Siam » sur une musique de Guy Magenta en 1960. La chanson est ici interprétée par Lucienne Delyle (28).

NOTES

 

(1) Voir notre article R2. 84 « Le trésor englouti de la 1ère ambassade du Roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681 ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

Elle a donné lieu à toute une littérature de journalistes en mal de copie et a permis à quelques aigrefins d’exercer leur activité au détriment d’imbéciles croyant béatement à la légende de ce trésor qui n’a en réalité jamais existé.

 

(2) Voir notre article 97 « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-97-l-ambassade-siamoise-de-kosapan-a-la-cour-de-louis-xiv-en-1686-120151119.html

 

(3) Le naufrage du navire transportant la première ambassade démontre les difficultés de la navigation à cette époque. Nous les connaissons ainsi que leur longueur par le récit qu’en fit l’Abbé de Choisy lors du premier voyage de 1685 : le 3 mars 1685 départ de Brest, le 7 avril, passage de la ligne, le 31 mai, Le Cap,  le 5 septembre, Malacca, le 15 septembre Ligor (aujourd’hui Nakhon Srithammarat) et le 22 septembre, arrivée, 203 jours exactement !

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(4) Prosper Levot « Histoire de la ville et du port de Brest », 1865.

 

(5) Cet ancien policier voue une véritable passion à l'histoire de Brest, au point de passer une large partie de son temps à faire des recherches. Arrivé à Brest en 1963, en entrant à l'école des mousses et une carrière de marin de dix ans, il est entré dans la police, passa un certain nombre d'années à Paris et revint s'installer dans sa ville d'adoption (extrait d’un article du 11 août 2016 dans « Ouest-France »).

 

(6) Cet article est numérisé sur le site de l’Amicale des Anciens du Diplôme Universitaire « Langues et cultures de la Bretagne » - http://www.adu-brest.fr/

 

(7) « Les Rues et Quartiers de Brest avant-guerre » numérisé sur le site « Extrait de nos souvenirs d'hier » : http://lebouguen-lesbaraques.infini.fr/spip.php?article162

 

(8) Y-a-t-il des quartiers au nom prédestiné ? Cette activité que la morale réprouve s’exerçait à la même époque à Avignon dans le quartier des « Corps saints ».

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(9) Voir l’article d’un ancien de la Marine, Jacques Arnol « Brest, la ville aux 900 prostituées au XIXème siècle » in Ouest France du 11 février 2013 : 900 filles y racolaient pour une vingtaine de maisons closes dans ce quartier. L'activité de la Marine y était évidemment pour beaucoup : 25.000 militaires et beaucoup d'ouvriers de l'arsenal.

 

(10) Voir notre article « Le comte de Forbin » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-7-les-relations-franco-thaies-le-comte-de-forbin-63684945.html

 

(11) Les travaux ont commencé en 1858 après que l’Empereur ait donné son accord. Les expropriations ont commencé en 1862.  38 rues furent complétement détruites dont la rue de Siam et celle de l’aumône comprenant 935 maisons et 16.000 personnes furent déplacées.

 

Sur ce chantier pharaonique, lire : Anonyme . « Les anciennes rues de Marseille » 1862 - Augustin Fabre « Notice historique sur les anciennes rues de Marseille » à Marseille 1862 - Auguste Gassend « La rue impériale de Marseille – étude historique et archéologique » à Marseille 1867 - Claude et Denise Jasmin « Marseille : la rue Impériale » In : Revue de l'Art, 1994, n°106. pp. 11-22;

 

(12) Lors des travaux de démolition, le dernier des représentants de la famille de Forbin (de la branche d’Oppède) avait sollicité et obtenu la remise de croisées de style renaissance bien que les débris provenant de la démolition faisaient le profit de l’entrepreneur. Elles ont été déplacées avec le plus grand soin et se trouvent actuellement sur la façade Est du château de Forbin construit bien dans le style de la fin du XIXème à l’emplacement de l’ancienne bastide du chevalier au milieu d’un parc magnifique, au bénéfice des indemnités d’expropriation qui furent – parait-il – énorme. Cette branche de la famille conserva le château jusqu’en 1934 ou 35. Il est actuellement un établissement d’enseignement public.

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(13) Citons Augustin Fabre : « …. les croyances superstitieuses lui firent une grande célébrité. Après la condamnation de Gaufridi, curé des Accoules, à Marseille, brûlé à Aix comme sorcier eu 1611, toutes les imaginations, troublées par des rêves sinistres et par des chimères menaçantes, s'exaltèrent violemment, et il y eut une forte recrudescence dans la plus déplorable maladie de l'esprit humain. Les femmes surtout donnèrent un libre cours à l'extravagance de leurs visions. Les revenants, les démons, les magiciens, les loups garous, tous les êtres surnaturels et malfaisants surgirent de toutes parts, et quels récits n'en firent pas la peur et la sottise, dans cette contagion générale ?La rue, nommée Siam plus tard, fut celle qui, selon les rumeurs populaires, compta le plus d'actes de sorcellerie. Les démons prenaient plaisir à lui faire de fréquentes visites, et il semblait que plusieurs y avaient élu domicile. On en fit des récits  variés qui ne devinrent que plus effrayants en passant de bouche en bouche. Cette rue en porte encore un témoignage public. On y voit une fontaine qui n'est connue dans tout le quartier que sous le nom de Fontaine du Diable et l'on y appelle aussi Four du Diable un très-ancien four de boulangerie qui n’est fermé que depuis peu de temps ».

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(14) Il fut au centre d’une institution depuis longtemps disparue : Le conseil municipal de Marseille nommait chaque année, sous le titre de Subrestans (percepteur) du Curan peloux (un ancien droit que le Comte de Marseille percevait sur la prostitution) des commissaires chargés de l'exécution des règlements de police sur les prostituées. Cette désignation tourna rapidement en vaste rigolade et en mascarade : Ainsi les trois consuls désignèrent-ils en 1654 au seul vu de son nom un dénommé Torticolli au milieu de l'hilarité générale. Les choix ne furent pas plus sérieux les années suivantes, en 1657, ce fut le tour de François Pedas au seul vu de sa réputation, il était en effet surnommé « lou parpailloux » (paillard en langue provençale). Il donna provisoirement son nom à la rue qui était probablement celle où il habitait. Les choix faits les années suivantes ne furent pas plus sérieux. En1658 et 1659, on élit Roubaud que le peuple appelait « lou trompetaire » et que les gens se piquant de parler français nommaient « la trompette criminelle ». En jargon marseillais, l’expression n’est peut-être pas complétement tombée en désuétude, elle est aussi vulgaire que parlante, un « joueur de trompette » c’est ce que nous appellerions une tapette ! Après, on n'élit plus personne, car la farce était trop usée. On aimait rire dans les anciennes administrations de Marseille !

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(15) Augustin Fabre « les rues de Marseille » en 4 épais volumes, 1867.

 

(16) Il est des sujets sur lesquels il est séant de ne pas s’appesantir. Il est dans ces régions des monuments aux morts de deux guerres qui ne mentionnent pas sous quel uniforme leurs enfants sont tombés.

 

(17) Elle est d’ailleurs classée comme « Zone urbaine sensible ».

 

(18) Cette forme de transmission du pouvoir, si elle n’est pas strictement conforme à la tradition républicaines française l’est à la tradition siamoise. Nous la retrouverons plus tard en Corée du Nord.

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(19) Voir notre article 149  « La visite du Roi Chulalongkorn à Paris en 1897, vue par la presse française » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-149-la-visite-dur-roi-chulalongkorn-a-paris-en-1897-vue-par-la-presse-fran-aise-124067047.html

 

(20) Notons avec un certain sourire que la Thaïlande a par une courtoisie toute siamoise accepté en 2013 que la rue où se situe l’Ambassade de France devienne désormais la « rue de Brest » au 36 de Charoen Krung. Nous avons lu à cette occasion dans la presse francophone locale (papier ou virtuelle) un grand nombre de stupidité notamment que l’inauguration s’était déroulée « 300 ans après l’inauguration de la rue de Siam à Brest » … laquelle rue n’a jamais bénéficié de quelque cérémonie d’inauguration que ce soit notamment en 1713. Les discours échangés à cette occasion valent largement d’autres fariboles que l’on retrouve malheureusement sur le site officiel de l’Ambassade : voir notre article « Les relations franco-thaïes en 2016 » sur la vision consternante que donne l’Ambassade :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/les-relations-franco-thaies-en-2016.html

INSOLITE 18 -  LES « RUES DE SIAM » EN FRANCE ET AILLEURS.

(21) Nous l’avons trouvé sur le très beau site ami « belleindochine.free.fr ». Il provient d’un « guide du Touring-club » de 1930.

 

(22) « L’écho annamite » du 25 juin 1925.

 

(23) Sources: « La "Jeanne d'Arc" de Michel Bertrand » éditions Ouest-France 1985.

 

(24) « Par les champs et par les grèves »  1847 : « Un soir que la lune brillait entre les pavés, nous nous mîmes en devoir d’aller nous promener dans les rues dites infâmes. Elles sont nombreuses. La troupe de ligne, la marine, l’artillerie ont chacune la leur, sans compter le bagne qui, à lui seul, a tout un quartier de la ville. Sept ruelles parallèles, aboutissant derrière ses murs, composent ce que l’on appelle Keravel qui n’est rempli que par les maîtresses des gardes-chiourme et des forçats ».

 

(25) « Mon frère Yves », roman partiellement autobiographique de 1883. Le jeune élève-officier est certainement allé faire le joli cœur rue de Siam ; « La foule des matelots augmentait toujours; on les voyait surgir par bandes à l'entrée de la rue de Siam; ils remontaient du port et de la ville basse par les grands escaliers de granit et se répandaient  en chantant dans les rues... Puis ils entrèrent A la descente des navires, chez madame Creachcadec. « A la descente des navires », c'était un bouge de la rue de Siam ».

Voir aussi  Josette Gilberton « Sur les pas de Loti en Bretagne » 1994.

 

(26) « L'Ancre de miséricorde » : « C'est dans la rue de Siam entre midi et une heure et demie et, le soir, à partir de cinq heures que toute la vie brestoise s'épanouit à l'aise. Matelots de l'Etat, ouvriers du port, petits retraités revêtus d'un macfarlane et coiffés du chapeau melon, y coudoient les officiers de marine à galons d'or, ceux à galons d'argent, les grandes capotes bleu sombre des pompiers de la marine, les dactylos pimpantes et les gamines de boutiques gentiment écervelées. Rue de Siam se rencontrent encore tous les chiens de Brest, et parmi eux Toby, le fox de l' « Hôtel des Voyageurs », le plus « dessalé » de toute la ville.  Les chats, assis gravement devant des petits tas d'ordures, gardent les venelles de Keravel et n'abandonnent pas leur quartier. Les capotes des coloniaux s'associent aux jupes des Bigoudènes, à la hautaine et rigide élégance des filles de Plougastel, à la tragique fantaisie des Ouessantines, avec leur visage méditerranéen, rares et perdues dans la foule mouvante comme la mer. La rue de Siam est un fleuve aux eaux richement peuplées »

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 21:04
INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

DEUXIÈME PARTIE.

 

Notre premier article (1) était consacré à ces « peuples de la mer » abusivement qualifiés de « Gitans de la mer. Nous y avons, citant Jacques Ivanoff (2), parlé des bateaux des Moken (3) qui sont leur cadre de vie mais empreints aussi d’un symbolisme lié aux légendes sur leurs origines. Ils font également l’objet d’une littérature « à sensation » sur laquelle nous allons revenir.

 

Les embarcations

 

INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

Jacques Ivanoff, le premier à avoir analysé leur caractère sacré, nous dit « …Les marques de Ia condamnation, ce sont les échancrures des bateaux, toujours existantes de nos jours. Celle de l'avant symbolise Ia bouche et celle de l'arrière, l'anus. Le bateau est donc symboliquement un corps humain condamné au cycle infernal et éternel, ingestion/digestion ».

 

Quels sont-elles ou plutôt quelles étaient-elles encore dans le dernier quart du siècle dernier ? Nous en avons une ancienne mais brève description de Jacques de Bourges en 1688 (4) qui nous dit en tous cas qu’elles sont parfaitement adaptées au type de navigation de ces populations.

 

Il y a comme nous allons le voir une évidente contradiction entre le caractère « primitif » de ce peuple et son architecture navale. Nous avons un intéressant début d’explication en 1841 ; tout est dit ou presque : « Chez les peuples même les plus sauvages, ce qui a trait à la navigation dénote un degré d’intelligence que souvent on chercherait en vain dans la manière dont ils bâtissent leurs habitations ou subviennent à leurs propres besoins : cela se conçoit aisément car de misérables aliments et de pauvres cabanes leur suffisent tandis que, pour affronter les dangers de la mer d’où ils tirent leur subsistance, il leur faut des embarcations solides et capables de résister au mauvais temps » (5).

 

En 1884, nous avons la vision similaire d’un explorateur qui insiste sur cette contradiction pour ces peuples « … placés au dernier degré de l'échelle de la civilisation… »  (6). 

 

Nous avons plus de précisions sur la construction de ces embarcations par la description plus récente et surtout plus précise qu’en firent les auteurs que nous avons cité dans notre précédent article, Bernatzik, Hogan, White, Anderson et, bien sûr Ivanoff. D’une longueur de 25 pieds, environ 8 mètres, c’est pendant 9 ou 10 mois de l’année le lieu où les Moken, les vrais nomades, vivent leur vie. Le bateau appelé Kabang dans leur langue servira de véhicule, de maison, d’outil de pêche, de lieu où cuisiner, dormir - ils ont besoin du bruit des vagues pour bien dormir - donner naissance et, éventuellement, mourir.


La base de ce bateau est un tronc d'arbre creusé et étalé au milieu jusqu'à ce qu'il soit très large et presque plat, mais en remontant aux extrémités (double guibre) à l’avant et à la poupe pour y monter. Seules quelques espèces d’arbres conviennent à cette fonction, essentiellement le rakam (ระกำ -Salacca wallichiana),

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... une espèce de palmier fréquente sur les iles, dont de surcroît, le fruit est comestible.

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Si la forêt est un environnement moins familier que la mer, ils savent utiliser bois et plantes à des fins différentes, arbre pour construire le bateau, lames de bambou pour le caillebotis et le sol des huttes, feuilles de palmier pour les toits et les cloisons, feuilles de toeinam (เตยทะเล - pandanus) pour tresser les voiles et les nattes, rotin et lianes pour attacher ou lier les éléments de leur embarcation.

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Le tronc dûment choisi sera grossièrement taillé en forme de bateau puis immergé dans de l’eau et chauffé, afin qu’il s’élargisse. Il sera ensuite « grillé » sur un feu de bois d’une espèce de sapotaceæ,

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ce qui noircira la partie inférieure et la protègera des dégâts causés par les anatifes, une espèce de crustacé qui se fixe sur la coque des navires une fois en service.

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La voile est fabriquée à partir de feuilles de toei naam qu’ils utilisent également pour tisser des nattes et servir de toiture à leurs habitations provisoires. Ces kabangs ont un bordage en général de bambou ou en branches de salacca qui gonflent à l’humidité ce qui rend le calfatage souvent inutile. Mais si besoin est, le sapotaceae déjà utilisé fournit le gutta percha, une espèce de gomme. Tout est fixé et solidement assujetti avec des lianes de rotin. Le mat est un bambou et une toiture en pente de nattes amovibles est inclinée vers l’extérieur. Il n’y a pas de quille. Les noix de coco permettent d’écoper. Le foyer élémentaire est en pierres et les jarres de terre grossières contiennent l’eau douce. Ils se lavent à l’eau de mer. La voile ne permet de naviguer que vent arrière, à défaut ils utilisent les pagaies.

 

Ils ont donc su adapter leur construction à leurs ressources par des procédés ingénieux et des techniques transmises de génération en génération, perpétuant l’expérience et le savoir-faire ancestraux. Le résultat : un bateau très léger construit avec les produits de la jungle avec un minimum absolu d'outils. L’assemblage des pièces demande beaucoup d’ingéniosité, surtout là où le fer est sinon inconnu au moins plus rare que l’or : liens, perçage et emboitement.


Photographies de David Hogan (1971) en quatre étapes :

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INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

Rappelons que lorsqu’il voulut construire une embarcation pour quitter l’enfer de son ile, Robison Crusoë fit de même, creusant un tronc au feu tout simplement pour économiser les rares outils récupérés sur l’épave de son navire. Le feu est tout aussi gratuit que les lianes et le rotin. 

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Dans son ouvrage (note 5), Pâris démontre que continent par continent, des Kayaks des Eskimos, aux pirogues africaines ou aux pirogues à balancier des Polynésiens, toutes les populations dites « primitives » ont su adapter à partir d’un simple tronc d’arbre une embarcation conforme à leurs besoins.

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Cela ne permet évidemment pas comme on peut le lire dans de la littérature « à mystère » virtuelle ou non d’en faire des « génies » de l’architecture navale. Leurs embarcations, fruit d’une longue expérience, sont parfaitement adaptées à leurs nécessités. Toutefois celles de leurs « cousins » des Célèbes leur permettait d’aller jusque sur les côtes australiennes – 1.000 kilomètres – troquer les produits de la mer alors que leurs embarcations non quillées ne peuvent pas affronter la haute mer, une aventure qui ne les intéresse probablement pas, ni les grandes mers de mousson du sud-ouest.

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Ils naviguent soit en cabotant le long de la côte, soit à vue. Toutes les îles ou ils s’implantèrent sont plus ou moins montagneuses. N’oublions pas qu’en mer, si l’horizon à hauteur d’homme se limite à 4 ou 5 kilomètres, un sommet de 100 mètres est visible de 35 kilomètres, 50 kilomètres pour un sommet de 300 mètres et 80 pour un somme de 500 mètres. Leur installation le plus lointaine à l’ouest se situe dans les iles entourant Adang (เกาะอาดัง) à environ 70 kilomètres au large de Satun mais entre Adang et Satun, il y a Tarutao (เกาะตะรุเตา) au large mais à vue de Satun, ses sommets sont probablement visibles de la côte. De là jusqu’au chapelet d’iles entourant Adang,  il y a environ 30 kilomètres mais avec quelques îles au milieu, l’un au nom parlant, Ko Tangah ou Koh Klang (เกาะตังห์  - เกาะ กลาง) l’ « ile du milieu » également rocheuse et donc probablement visible de loin en mer. Ils se sont par ailleurs très certainement aperçus qu’il y avait la nuit dans le ciel une étoile autour de laquelle tournait toutes les autres et pour rejoindre la côte, il suffisait de pagayer dans la direction d’où se lève le soleil.

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Mais il fallut attendre les travaux d’Ivanoff pour que le bateau ne soit plus considéré comme un simple objet constituant leur cadre de vie mais comme un objet lourd de symboles, liant symbolique et technologie (voir notre article précédent, note 14 bis).

 

Indépendamment des ouvrages signés de Jacques Ivanoff que nous détaillons dans nos sources, citons quelques sites Internet qui pourront intéresser ceux que l’architecture marine passionne (7).

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Leur vie

 

Elle se déroule 8 ou 9 mois de l’année sur l’eau dans les embarcations sur lesquelles vivent une famille, deux ou trois enfants et en général un chien plus ou moins apprivoisé. Les enfants qui y naissent savent probablement nager avant de savoir marcher. Les jeunes couples y restent le temps du moins de construire leur propre embarcation. L’amélioration de leur technologie navale au fil des siècles n’a pu qu’accroitre leur nomadisme. Ce n’est qu’en période de mousson qu’ils se réfugient sur la côte est de leurs iles pour se protéger des vents, procéder à l’entretien de leurs embarcations abrités dans de très sommaires cabanes de feuilles. Des flottes de cinq à dix bateaux s’unissent alors en groupe plus nombreux pour construire des huttes temporaires sur des baies protégées contre la tempête qui, après quelques mois, sont à nouveau abandonnées.

 

Photographies de David Hogan (1971)  :

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Bien qu'ils dépendent des produits de la mer, ils n'utilisent aucun des procédés de pêche pourtant les plus élémentaires : nasses, filets, hameçons, ignorant tout des méthodes de conservation du poisson. Ils en attrapent avec des harpons simples en eaux profondes et des tridents en eaux peu profondes. Pour le reste, oursins, escargots, coquillages ...

 

Hoïchaktin (หอยชักตีน – « oreilles de diane » - Strombus canarium) :

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... et moules, céphalopodes et tortues, tubercules, ignames et fruits de la forêt, algues de mer, miel sauvage, forment leurs principale sources de nourriture. Ils consomment, lorsqu’ils sont sur leurs iles, du petit gibier ou des cochons sauvages que leur rabattent leurs chiens. Réfractaires aux technologies extérieures, ils rejettent historiquement l’accumulation des possessions matérielles. Mais ils sont contraints à l’échange avec des Chinois appelés Taukés qui leur procurent le riz, le tabac, et outils. En contrepartie, ils leur fournissent des holothuries (pling thalé - ปลิงทะเล) ramassées dans la mer ...

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et des nids d’oiseau (rangnok - รังนก) collectés dans les grottes, dont les Chinois sont friands (8)

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ainsi que l’ambre gris (Khiplawan – ขี้ปลาวาฬ) (9),

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... les perles et les œufs des tortues de mer. C’est une singulière « indépendance dans l’interdépendance » que nous décrit longuement Ivanoff (10).

 

Ainsi vivaient-il dans une idéologie nomade poussée à son paroxysme en rejetant toute forme d’accumulation, refusant toute forme d’agriculture, s’organisant selon une structure dictée par les conditions climatiques, l’exogamie et les échanges économiques, pendant la saison sèche, sur les Kabang, leurs bateaux maisons, flottilles éparses et système d’interdépendance inégalitaire avec les Taukès. La mousson les poussait ensuite vers leurs îles de résidence temporaire abritant les esprits des ancêtres, époque des cérémonies rituelles décrites là aussi par Ivanoff.

 

Un choix de civilisation associé à des codes culturels révélés en partie par les mythes. Ils vivaient essentiellement sur la mer, de la mer et par la mer, elle suffisait à leurs besoins leur procurant de quoi se nourrir et de quoi se procurer par troc  quelques produits essentiels sans la moindre arrière-pensée de cupidité que l’on pouvait prêter non sans raisons à leurs intermédiaires chinois. Parler comme le fait une certaine littérature « à sensation » de souci de préserver l’équilibre naturel et écologique est un bien grand mot. Leur souci primordial était de vivre de la mer et sur la mer au jour le jour : ils trouvent au quotidien  les poissons frais et les fruits de mer (11), tout simplement, sans penser une seconde qu’elle pourrait être un jour saccagée par la pèche à la dynamite qui cause des dommages irrémédiables à la flore, à la faune et au récif corallien, par les chaluts dérivant, le raz de marée de 2004 et plus encore …le tourisme de masse.

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Toujours dans le cadre de cette littérature en sensation (« le mystère de Moken » « les extraordinaires Moken » etc…) nous avons pu consulter quelques textes qui nous font sourire par leur exagération sur « les enfants Moken qui voient mieux que les dauphins ». Que faut-il en penser ? Il est évident que les gamins nagent avant de marcher et plongent avec les adultes à la recherche des coquillages, des céphalopodes, des holothuries ou des petits poissons avec leur trident ou des gros avec leur lance, ils sont « comme des poissons dans l’eau ». Cela a suscité la curiosité d’une scientifique suédoise, Anna Gislen, qui a passé 15 ans de sa vie à constater – en dehors de tout « sensanionalisme » - que les enfants Moken avaient un « regard de dauphin » s’étonnant qu’ils puissent aller ramasser sans masque à plusieurs mètres de profondeur de minuscules coquillages. C’est faire trop peu de cas des comportements acquis progressivement. Faut-il rappeler l’existence depuis des centaines sinon des milliers d’années des pécheurs de perle (pas ceux de Bizet),

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... des pécheurs d’éponges ou des ramasseurs de corail : ils démontrent – tous et tout simplement - que la contraction de la pupille, chez les humains, peut s’apprendre et s’acquérir par entraînement. Lorsqu’on apprend à nager et plus encore à plonger, la première nécessité est d’apprendre à ouvrir les yeux, ce à quoi on s’habitue en constatant avec étonnement que l’on voit fort bien sous l’eau ! A l’usage évidemment, l’œil s’adapte, à fortiori quand on passe des heures sous l’eau tous les jours à la recherche de sa nourriture. Selon Albert Londres qui a vécu parmi les pécheurs de perle de la mer rouge, ils restent en général entre une minute 30 et deux minutes sous l’eau à une profondeur de 8 à 15 mètres (un immeuble de 5 étages), parfois plus (12). Leur seul outil est un pince-nez – nous allons voir pourquoi – qui leur laisse les mains libres pour vaquer à leur quête. Pourquoi le pince-nez ? Tous les 10 mètres sous l’eau, la pression augmente de 1 bar (1 kilo par centimètre carré). Les tympans sont soumis à cette pression. Il importe au plongeur d’équilibrer la pression à l’extérieure de l’oreille et à son intérieur. La manœuvre est simple : le plongeur a pris sa respiration, il se bouche le nez d’où le pince-nez qui lui permet de garder les mains libres, bouche fermée il fait monter la pression pulmonaire jusqu'à ce que les trompes d'eustache s'ouvrent et que les tympans se rééquilibrent, produisant un petit claquement dans les oreilles. Cette manœuvre probablement pratiquée instinctivement par tous les plongeurs depuis la nuit des temps est connue sous le nom de « manœuvre de Valsalva »

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... du nom du médecin italien qui l’a décrite à la fin du XVIIème siècle sans probablement l’avoir inventée la tenant probablement des pécheurs d’éponge de son pays.

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Enzo Maiorca a atteint son premier record de plongée libre en 1956 à 45 mètres sans lunettes et les yeux ouverts. Sicilien, fils d’un pécheur d’éponges, il plongeait depuis sa tendre enfance dans les eaux de son ile. Il en était de même de son « challenger », Jacques Mayol « le grand bleu ».

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Notre scientifique s’étonne par ailleurs que cette faculté diminue avec l’âge mais elle sera un jour payée pour voir qu’au fil des ans notre capacité visuelle diminue ! Il y a toutefois une différence fondamentale entre la plongée en apnée pour le plaisir qui est déjà un sport dangereux et celle pratiquée par nécessité qui use irrémédiablement l’organisme à terme sans parler des conséquences indirectes qui ont conduit Mayol au suicide. Les pécheurs de perle meurent jeunes si ce n’est d’accident. Quelle est l’espérance de vie des Moken – plongeurs ? Nous n’avons malheureusement trouvé aucun renseignement à ce sujet.

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Cette littérature parfois trop fantastique s’est étoffée après le raz-de-marée de 2004 appelé « Tsunami » qui a fait couler à leur sujet beaucoup d’encre. Ils auraient en effet le don de double vue depuis des millénaires ? On peut lire des fariboles sur les « liens secrets avec la nature que nous avons perdus » transcrivant de façon fantaisiste les déclarations de certains Moken de l’île de Surin Koh Surin (เกาะสุรินทร์) situé au large de la province de Ranong qui avaient échappé à la vague mortelle « ... C’était évident. L’un des petits garçons de la tribu avait été pris de vertiges. Le niveau du ruisseau près de leur village avait soudain baissé… Ils avaient remarqué une agitation inhabituelle chez les plus petits mammifères qui griffaient davantage, une légère altération dans les figures de nage des poissons »


Il faut être sérieux : Un signe immédiat de l'approche d'un tsunami est une diminution rapide et inattendue du niveau de l'eau bien en dessous de ce qui est normal à marée basse. C’est le seul signe observable près des côtes situées trop loin de l'épicentre du tremblement de terre à l’origine du fléau pour l'avoir ressenti. C’est ce qui est arrivé en particulier à Phuket sur la plage de Patong au petit matin du 26 décembre 2004 : Le retrait inhabituel de la mer a piqué la curiosité des touristes qui sont accouru en grand nombre sur la plage et celle des Thaïs qui y virent l’occasion de collecter tous les coquillages que l’on récolte dans le sable à marée basse. C’est alors qu’une vague gigantesque a surgi comme de nulle part et s’est abattue sur le rivage « à la vitesse d’un cheval au galop ».
 

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L’observation de ce signe naturel a permis aux Moken de détecter précocement le phénomène. Pas une personne n’a péri sur l’ile de Surin. Les Moken n’avaient jamais été témoins d’un tsunami mais lorsqu’ils ont vu les eaux se retirer du rivage de façon anormale, ils se sont immédiatement réfugiés sur les hauteurs. Selon des témoignages recueillis par S. Rungmanee cité par Narumon Arunotai (7) peu après la catastrophe auprès des Moken, chacun savait sans l’aide de la technologie moderne que lorsque l’eau se retire brusquement du rivage, il faut courir jusqu’à la montagne pour sauver sa vie. Nous savons aussi par ailleurs que le Tsunami de 2004 a été ressenti jusque sur les côtes de Madagascar et Mayotte. Les précédents dans l’océan indien n’avaient pas dix mille ans :

 

L’un des tsunamis les plus dévastateurs de l’histoire fut consécutif à l’explosion du Krakatoa, un volcan d’Indonésie, en août 1883.

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Il a suscité selon l’heureuse expression de Camille Flammarion (13) un « tremblement de mer » de force supérieure à celui de 2004, dont les effets ont été ressentis jusque dans l’isthme de Panama, aux Seychelles, à la Réunion, au Japon, à Ceylan, à Aden, les vagues arrivant en dehors des heures de marées et jusqu’aux côtes de France. On peut penser que les effets ont également été ressentis sur les côtes siamoises 121 ans avant le Tsunami de 2004 et restaient présents dans la tradition orale des Moken puisqu’il est survenu à l’époque de leurs arrières grands parents.

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Il y eut encore des « tremblements de mer » plus récents dans l’Océan indien, nous en avons l’inventaire publié par le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) en 2008 qui cite évidemment celui de 1883 et ceux de novembre 1945 sur la côte du Makran au Pakistan, de novembre 1983 dans l’archipel des Chagos (Diego Garcia) et de septembre 2007 à Sumatra. Ils étaient de force moindre et nous pouvons penser - mais n’avons pas d’éléments à ce sujet - que leurs effets ont été également été ressentis sur la côte occidentale de la Thaïlande, le BRGM ne s’intéressant qu’aux effets en territoire français.

 

N’oublions pas que la tradition orale est particulièrement forte dans les sociétés sans écriture.

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Quel avenir pour eux ?

 

Beaucoup ont échappé au Tsunami mais celui-ci a balayé leurs villages temporaires,  leurs embarcations et l’équilibre des fonds marins. Les aides déversées par les ONG ou les organismes « caritatifs » ont essentiellement été utilisées par les autorités thaïes pour les fixer sur le continent alors que beaucoup souhaitaient reprendre leur vie nomade en mer. Beaucoup cependant avaient déjà abandonné leur vie errante vers le milieu des années 90, pour survivre en marge alors que les bandes côtières avaient été investies par les promoteurs. Le franchissement de la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande entraînait des risques d'arrestation et, apatrides, ils n'avaient pas de papiers. Le gouvernement thaïlandais a tenté de s'attaquer à ce problème après le tsunami : environ 200 personnes qui purent prouver qu'elles étaient nées dans le pays obtinrent une identité légale. Ceux qui ne purent établir leur lieu de naissance reçurent des cartes d'identité restreignant leur mouvement et une peine de prison pour les nomades. Certains purent continuer à vivre péniblement sur les flots mais avec une liberté restreinte et plus de flottille. Ils finirent par s’établir à Surin suivis par un flot de travailleurs humanitaires, de touristes et de journalistes. Des équipes de cinéma vinrent leur faire organiser leurs cérémonies spirituelles sacrées et les vêtements traditionnels qu’ils ne portaient plus depuis des années ou les faire participer à une émission de « télé-réalité ». Les autorités du parc national de Surin les ont installés dans deux villages mais ils ne furent pas autorisés à suivre leur mode de vie traditionnelle dans des cabanes entre terre et mer. Les nouvelles huttes furent plus loin de la côte près de la jungle alors que selon eux les esprits résident dans la forêt. Pour leur donner une raison de rester et au bénéfice des aides, furent construit un système d'aqueduc, des toilettes publiques et l’installation électrique. Une fondation financée par la princesse Maha Chakri Sirindhorn a installé une école et payé les enseignants.

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Mais ils n’étaient pas habitués à vivre au sein d’une communauté importante et furent incapables de gérer le fonctionnement des installations publiques. La disponibilité soudaine de l'eau courante entraina des abus et des pénuries. Les toilettes, construites à peu de frais s’avérèrent vite insuffisantes. Le niveau des déchets et des eaux stagnantes créa un terrain fertile pour les moustiques, les mouches, les rats et les blattes. Joint à la surpopulation, ceci entraîna une augmentation des maladies comme le paludisme, la dysenterie et la tuberculose. Les organismes de bienfaisance échouèrent à répondre aux besoins éducatifs qui auraient aidé les Moken à s'adapter à leur nouvel environnement, les laissant vulnérables à la commercialisation et la désinformation. Certaines mères allaitaient leurs bébés avec du lait condensé et les enfants buvaient du nescafé comme de l’ovaltine. Ils commencèrent à consommer des produits saturés de sucres, de sel et de graisses ainsi que de l’alcool à bon marché. Il en résulta une recrudescence de maladies cardiaques, de diabète et d’hypertension mais sans possibilité d’accès suffisant aux soins. Exposés aux aléas de la vie moderne ils ne profitèrent pas de ses avantages. Les problèmes avaient déjà commencé lorsque les iles de Surin devinrent Parc national maritime en 1981. Seule alors l'intervention de la reine mère empêcha leur expulsion mais ils restèrent sans protection juridique ni titre de séjour. Au milieu des années 80, le personnel du parc s’établit sur leurs lieux funéraires. Une manifestation pacifique fut dispersée par les armes. Ils ne purent plus collecter les produits de la mer pendant que les chalutiers la vidaient. L'interdiction de l'exploitation forestière interdit l'abattage des arbres pour fabriquer les kabangs. Les compétences nécessaires disparurent au fil des décès des anciens. En réalité, les aides consécutives au tsunami ont accéléré l'érosion de leur culture.


Vint ensuite le tourisme de masse. Tous les jours de la haute saison, les « long tails » de touristes déferlent dans leurs villages. Les plages se remplissent de shorts et de bikinis tandis que les visiteurs se promènent caméras en mains, filmant les mères allaitant leurs bébés ou faisant un zoom sur le visage ravagé des vieillards. Certains villageois tentent de vendre de l'artisanat par exemple des bateaux miniatures, mais les touristes en maillot de bain ne portent pas beaucoup d'argent sur eux.

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L'école était rarement ouverte dans ses débuts, les enseignants thaïlandais passant plus de temps sur le continent bien que la situation semble s’améliorer. Mais pour les parents qui peinent pour nourrir leurs familles, l'école reste un luxe. Ils pensent qu'une fois que l'enfant est assez grand, il pourra les aider. Si les impacts négatifs du tourisme sont certains, une porte est ouverte vers ce que l’on appelle maintenant  l’ « écotourisme », guide de groupes dans la forêt ou conduite de nageurs avec masque et tubas dans leur univers en expliquant aux visiteurs ce que l’on peut prendre de la forêt et de la mer sans en perturber l'équilibre.

 

Le tsunami a néanmoins enseigné aux jeunes Moken une leçon importante : la supériorité des cultures écrites par rapport aux cultures orales, l’écrit permettant tout de même plus facilement la transmission des connaissances traditionnelles survivant encore avant qu’elles ne se perdent.

 

Ils furent longtemps leur propre maître, souhaitons-leur de ne pas devenir des esclaves ou, peut-être pire, des singes savants exhibés dans le cadre de voyages organisés.

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Quelques sources

 

Bernard Koechlin -  David E. Sopher « The Sea nomads. A Study based on the literature of the maritime boat people of Southeast Asia »  In : L'homme, 1967, tome 7 n°1. pp. 113-117.

 

Nous n’avons malheureusement pas pu consulter la thèse de doctorat de Jacques Ivanoff (1989) « Moken : les naufragés de l'histoire : une société de nomades marins de l'archipel Mergui ».

 

Jacques Ivanoff « The Moken Boat: Symbolic Technology », White Lotus, 1999.

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Hugo Adolf Bernatzik - Jacques Ivanoff « Moken and Semang: 1936-2004, Persistence and Change », White Lotus, 2005.

Annie Dupuis et Jacques Ivanoff « Ethnocentrisme et création » 2014 (ISBN-10 2-7351-1298-5).

Maxime Boutry & Olivier Ferrari « DES CATASTROPHES NATURELLES AU DÉSASTRE HUMAIN - CONSEQUENCES ET ENJEUX DE L’AIDE HUMANITAIRE APRES LE TSUNAMI ET LE CYCLONE NARGIS EN THAÏLANDE ET BIRMANIE », carnets de l’Irasec n° 10 de 2009 (numérisé)

http://www.courrierinternational.com/article/2012/11/22/des-nomades-des-mers-echoues-a-terre

Un vaste débat à France-Culture sur le thème « Quel avenir pour les peuples minoritaires et les nomades marins d'Asie du Sud-Est » avec l’intervention en particulier de Jacques Ivanoff sur les Moken que l’on peut réécouter avec intérêt sur le site :

https://www.franceculture.fr/emissions/planete-terre/quel-avenir-pour-les-peuples-minoritaires-et-les-nomades-marins-dasie-du-sud

Rappelons le site animé par Jacques Ivanoff « Moken spirit is alive » (« L'esprit moken est vivant ») : https://mokenspirit.com/ créé, nous disait-il « pour présenter les Moken du point de vue de la renaissance et du patrimoine, l'idée étant d'éviter de faire un musée stupide et quelque chose de plus subtil ». Il mérite la visite !

                                        

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NOTES

 

 

(1) INSOLITE 16 -  « LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS ».

 

(2) « LES MOKEN : Littérature orale et signes de reconnaissance culturelle » in Journal de la Siam society, volume 74 de 1986.

Avec Henri Guillaume « Des ignames au riz. La dialectique du nomade et du sédentaire chez les Moken » In: Études rurales, n°120, 1990 et « Équilibre paradoxal : sédentarité et sacralité chez les nomades marins moken » In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 79-II, 1992).

 

(3) Rappelons qu’ils s’appellent Selung en Birmanie, répandus dans les îles de l’archipel de Megui et Moken en Thaïlande, navigant dans les quelques centaines d’iles qui longent la côté occidentale sur environ 500 kilomètres entre Ranong à la frontière Birmane au nord et la Malaisie à la ponte sud de la province de Satun. Ils se distinguent des Moklen et des Urak-Lawoi, quoiqu’ethniquement très proches, plus au sud dont les embarcations sont construites avec moins d’ingéniosité.

 

(4) « Relation du voyage de Monseigneur l'Evêque de Beryte, vicaire apostolique du royaume de la Cochinchine, par la Turquie, la Perse, les Indes, jusqu'au royaume de Siam, autres lieux » par M. de Bourges, 1668.

 

(5) Edmond Pâris : « Essai sur la construction navale des peuples extra-européens, ou Collection des navires et pirogues construits par les habitants de l'Asie, de la  Malaisie, du grand Océan et de l'Amérique / dessinés et mesurés par M. Paris, pendant les voyages autour du monde de l'Astrolabe, la Favorite et l'Arté » 1841.

 

(6) Comte A. Mahé de La Bourdonnais « Un français en Birmanie : ouvrage rédigé sur ses notes de voyage » 1884 : « Placés au dernier degré de l'échelle de la civilisation, ils vivent presque continuellement dans leurs embarcations. Durant la saison de l'hivernage, on les voit, au nombre de plus de 200, réunis dans un camp; sur le rivage; mais la mobilité de leur caractère, le sentiment de crainte si bien invétéré depuis tant de générations qu'il est aujourd'hui irraisonné, les porter à ne pas demeurer plus d'une huitaine de jours dans le même endroit. Aussi, ne faut-il pas s'étonner que leurs habitations ne soient on ne peut plus primitives. Ces huttes temporaires sont, faites de quelques pieux coupés dans les bois qui garnissent toutes ces iles d'un fouillis presque inextricable; les nattes en feuilles de palmier qu'ils roulent et emportent avec eux leur servent de toit et de murailles. Souvent aussi, le pont mobile de leurs légères embarcations, est monté sur quelques piquets, et c'est là-dessus qu'ils passent la nuit, ayant pour murailles les branches des arbres voisins et pour toit la voûte étoilée du ciel. Leurs embarcations sont aussi simples que leurs demeures terrestres. Un tronc d'arbre de dix-huit à trente pieds de long en fait tous les frais. On place dessus un feu doux et on le creuse progressivement, en ayant soin de le maintenir ouvert au moyen de traverses. Une partie du bateau est recouverte d'un faux pont en feuilles de palmiers et les cordages sont en rotin. Rien de plus simple, n'est-ce-pas, rien qui dénote un puissant effort d'imagination ? Eh bien, ces embarcations dont rougirait le dernier des canotiers d'Argenteuil, sont admirablement adaptées aux besoins des Selungs et aux parages où ils naviguent. Très rapides, très légères, elles fuient devant la plus petite brise, leur peu de largeur et de tirant d'eau leur permet de circuler à travers les canaux et les hauts fonds qui séparent les petites iles … »

 

(7) En particulier :

http://www.moken-projects.com/site/boat-building/

http://www.moken-kabang.com/

https://tc.revues.org/310 et  https://tc.revues.org/290

https://www.cairn.info/revue-internationale-des-sciences-sociales-2006-1-page-145.htm : un article remarquable sous la signature de Narumon Arunotai, anthropologue de l’Université d’Hawaï : « Les savoirs traditionnels des Moken : une forme non reconnue de gestion et de préservation des ressources naturelles »

 

(8) Les holothuries connues en Méditerranée sous le nom aussi évocateur que vulgaire de « viers de mer » sont mises à sécher puis réhydratées. Elles ne sont utilisées chez nous que comme esches.

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Les nids d’oiseau que nous appelons « nids d’hirondelles » constituent également un sommet ( ?) de la gastronomie chinoise.

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Ni les Thaïs ni les Moken ne les consomment et on peut les comprendre. Vous ne les trouverez que dans les restaurants chinois (phattakhan - ภัดตาคาร) à des prix aussi dissuasifs que cette nourriture est repoussante mais les Chinois lui attribuent des vertus aphrodisiaques.

 

(9) Le mot thaï se traduit tout simplement par « merde de baleine » que l’on trouve peut-être encore flottant dans les vagues. C’est bien ce que dit le mot thaï. Il est utilisé en parfumerie comme fixateur et négocié en Europe plus cher que l’or.


 

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(10) « Chacune des flottilles a son taukè. Les Moken s'en plaignent toujours, mais ils y sont totalement attachés. Etre dépendant d'un taukè assure une certaine protection ; un bon taukè doit protéger ses nomades, les aider en cas de disette. La relation qui unit les deux parties est faite de concessions réciproques. Les taukès avancent riz, moteur, essence et laissent les nomades collecter dans leurs aires de déplacement traditionnelles. Les Moken en échange leur sont entièrement dévoués. Ces intermédiaires ont été longtemps présentés comme des maîtres sans scrupules que l'appât du gain poussait à exploiter le plus possible les minorités. En fait, ils participent à la sauvegarde de la discrétion nomade. En attirant les taukès parmi eux, les Moken préservent leur société de contacts trop dangereux et trop réguliers tout en s'assurant l'approvisionnement en riz, alcool, vêtements, etc. Ainsi le double problème du contact et du stockage est-il résolu…Les taukès se sont installés chez les Moken, ils ont épousé leurs femmes, une, deux ou trois selon les cas. En encastrant les relations économiques extérieures dans les réseaux de solidarité, les Moken pallient les conséquences sociales de l'échange ».

 

(11) Ils ont de la faune marine une connaissance approfondie : White écrit en 1922 « ils prennent soin de distinguer les nombreux petits coquillages et les minuscules créatures vivant dans la mer. Ils ont donc une nomenclature très détaillée, qui s’accompagne d’une connaissance intime des espèces. Pour un conchyliologiste, un tour de l’archipel en compagnie d’un Mawken comme Nbai (guide de White) serait aussi plaisant qu’instructif. Les scientifiques seraient bien avisés de faire appel aux services de gens comme Ngai avant qu’il ne soit trop tard ».

 

(12) Albert Londres « Pécheurs de perle », 1931.

 

 

 

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(13) Camille Flammarion « Les éruptions volcaniques et les tremblements de terre : Krakatoa, la Martinique, Espagne et Italie » 1902.

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 18:01
INSOLITE 16 -  LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

 PREMIÈRE PARTIE

 

Nous avons consacré plusieurs articles à ces minorités « ethniques » ou « tribales » en voie de probable disparition, Négritos des jungles du sud, Malabris du nord-ouest, Saek de Nakhonphanom, Chaobon ou Niakun des montagnes de Khorat et So de l’Isan intérieur. Certains fuient la civilisation pour se réfugier au plus profond de la forêt,  d’autre fuient malheureusement dans le suicide, toutes sont plus ou moins en passe d’être déculturées au contact de la « société de consommation » dont, il faut bien se l’avouer, il n’est pas toujours désagréable d’en être un maillon final (1).

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Nous trouvons une première et très brève trace des peuples de la mer en 1668 dans la relation du voyage de Monseigneur Lambert venu au Siam par la route et ayant emprunté une de leurs embarcations à Tenasserim : « …couverts de feuilles de palmier qui avaient chacun trois hommes pour les conduire ; ces bateaux sont fait  ordinairement tout d’une pièce, de gros et grands arbres creusés par le feu, qui ont  bien vingt pieds de long à laquelle on ajoute de chaque côté des ais (planches).. » (2).

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Ils sont alors connus sous le nom de « Orang-Laut », « les hommes de la mer », le mot est malais par opposition aux Orang-Utang, « les hommes de la forêt ».

 

Les anthropologues donnent d’eux une image négative de pirates et de pillards, possible confusion avec les pirates musulmans de Malaisie ou d’Indonésie ? (3)

 

Le grand Kipling les a rencontré et les qualifie férocement d’ « anthropoïdes de l’archipel malais » (4).

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Dispersés sur plus de 3.000 kilomètres de côtes, Archipel des Mergui, côtes occidentales du Siam et de la Malaisie, jusqu’aux Célèbes, les Birmans les appellent des « Selungs » (avec de nombreuses variantes orthographiques : Chalomes, Chillones, Seelongs, Salon, Salones, Selongs et Chelong). Ce sont des « Bajaus », des Bouguinais dans les Célèbes. Pour les Thaïs, ce sont des Chaothalé ou Chaolé (ชาวเลชาวทะเล « habitants de la mer »), des Chaonam (ชาวน้ำ « habitants de l’eau »), des Chaoko (ชาวเกาะ « habitants des iles » ou enfin des Thaïmaï (ไทยใหม่ « nouveau Thaï »), ce terme prenant peut-être la connotation méprisante de « Thaï de fraiche date ». Notons que le terme de Chaolé n’est pas un terme générique comme on peut souvent le lire mais du langage du sud de la péninsule où les Thaïs avalent volontiers la première syllabe des mots qui en comptent plusieurs.

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Eux-mêmes se qualifient – et se différencient- en trois groupes : Moken  (มอเก็น ou มอแกน), Moklen (มอเกล็น) – Mawken pour les anglophones - et Urak-Lawoï (อูรักละโว้ย). Il n’y a probablement pas d’autre différence que leur implantattion géographique encore que Moklen et Urak-Lawoï sont plus sédentaires que les Moken, seuls vrais nomades marins, et on peut supposer que s’ils ne sont pas tous frères, ils sont très proches cousins comme ils le sont avec les Selung de Birmanie et peut-être les Bajaus des Célèbes. La question de la sédentarité reste relative puisqu’il faut bien retourner sinon à terre du moins sur les côtes même quand on vit sur l’eau, faire provision de combustible pour leur réchaud, d’eau douce ( s’ils se lavent à l’eau de mer, ils ne la boivent pas),  de fruits ou de racines sauvages (ignames, bananes, noix de coco..), éventuelement faire quelque troc avec les habitants de la côte, riz contre produits de la mer, réparer le bateau ou en construire un nouveau, collecter les coquillages sur la place à marée basse et surtout s’y réfugier en période de moussons (5). Les universitaires thaïs ne différencient en tous cas plus les Moken des Moklen (6).

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Ne revenons pas sur la qualification de « gitans de la mer », elle est aussi fréquente que grotesque : « II faut s'efforcer de dépasser les images, jugements hâtifs et cliches colportés par des auteurs peu soucieux de vérité » écrit l’ethnologue Jacques Ivanoff dans le très bel article qu’il leur a consacré, l’une des dernières études sérieuse en date (7). Il n’y a dans leur vie – nous allons le voir - rien de romantique, ni Carmen ni Esméralda, ni Mérimée ni Victor Hugo, le terme de « naufragés de l’histoire » utilisé par Ivanoff est beaucoup plus approprié. Il serait tout aussi ridicule de qualifier les Touaregs de « Gitans du désert ».

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La littérature qui les concerne est squelétique en dehors des fariboles sur lesquelles  nous reviendrons. John Anderson, un missionaire anglais a étudié leur langue et nous dote d’un premier ouvrage en 1890, assorti d’un épais lexique (8). Nous devons les premières photographies à White, autre missionnaire et ethnologue en 1922, peut-être est-il à l’origine du choix malencontreux du qualificatif de « Gypsies » traduit par « gitans » » (9). L’anthropologue autrichien Hugo Bernatzik a  consacré plusieurs années à les étudier essentiellement en Birmanie avant que la guerre ne l’en chasse comme sujet allemand en 1939 (10). Malheureusement, ses archives et ses photographies, déposées au «  Bibliographisches Institut » de Leipzig ont été détruites dans les bombardements de 1943 – 1944. Son étude est d’autant plus précieuse qu’il ne baigne pas dans l’idéologie qui régnait alors chez les ethnologues austro-allemands, même si le titre de son article peut toutefois prêter à confusion (11).

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Christopher Court, un linguiste australien, les a découvert en 1970, et son article n’est pas simplement linguistique (12). David Hogan, missionnaire et linguiste leur a consacré sa vie pendant 13 ans depuis Phuket et nous donne en 1971 une analyse qui n’est pas non plus simplement linguistique (13). Il les a localisés de façon méticuleuse. Saluons au passage le travail de ces missionnaires qui pourtant, au niveau de l’évangélisation, ont purement et simplement labouré la mer.

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D’où viennent-ils ?

 

Hogan a constaté que peu d’entre eux avaient une connaissance précise de traditions orales en passe de se perdre. Ce ne fut toutefois pas l’essentiel de ses préoccupations et ce qu’il nous relate, peut-être cum grano salis, peut laisser à penser que si les missionnaires ont labouré la mer, ils ont tout de même laissé quelques traces ? Nous le citons en note (14).

 

Ces traditions orales ont été étudiées de façon plus approfondies par Ivanoff, lui-même détenteur des études et archives de son père. Elles ne coïncident pas avec ce que nous dit Hogan, aucune trace de christianisme bien au contraire (14 bis).

 

Cette légende ne nous éclaire guère sur leur lointaine origine, probablement malayo-polynésienne comme le démontrerait leur langue mais peut expliquer certains de leurs caractères.

 

La question de savoir si Moken et Urak-Lawoi ont une origine commune est discutée puisque l’article de Jacques Ivanoff a fait l’objet d’une (courtoise) critique de Stephen Pattemore et David Hogan (15)… querelles d’experts dans lesquelles nous nous garderons d’intervenir faute d’en avoir les compétences.

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Oú vivent-ils ?

 

La carte ethnolinguistique de la Thaïlande (6) situe les Moken (Moklen) en trois implantations : à Phuket (ภูเก็ต), Phannga (พังงา) et Krabi (กระบี่)

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... et les Urak-Lawoi à Phuket aussi, dans le groupe des iles de Koh Lanta (เกาะลันตา), province de Krabi, à Satun (สตูล) et « tout au long du bord de mer sur la côte occidentale ». Ces deux cartes concernent toutefois uniquement la Thaïlande.

 

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Combien sont-ils ?

 

La carte ethnolinguistique de la Thaïlande qui ne concerne que ce pays (6) nous indique pour 2004, 1.000 personnes pour les Moken-Moklen, donc nomades et semi nomades confondus, et 3.000 pour les Urak Lawoi.

 

Selon Anderson (8) le recensement britannique de 1880-1881 donne le chiffre de  883, lui-même l’estimant entre 3 et 4.000. White (9) n’est pas plus précis. Nous sommes certes en Birmanie mais les problèmes de recensement qu’ont rencontré les Anglais furent -  mutatis mutandis – les mêmes pour le Siam.

 

C’est Bernatzik (10) ensuite qui nous en parle : le recensement de l'Inde de l'année 1901 donne 1.325 personnes et celui de de 1911, 1.984.

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Le nombre au Siam est estimé à « quelques centaines ». Or, pour des raisons que nous n’allons pas tarder à comprendre, ces populations sont extrêmement craintives et fuyaient tout contact à l’approche d’un inconnu. Il y a « environ » 800 iles et ilots dans l’archipel des Mergui.

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Á l’époque où Bernatzik les a rencontrés, toutes n’étaient pas cartographiées, et  il n’est pas certain qu’elles le soient toutes à ce jour. Ils ont réussi à décourager non seulement les fonctionnaires britanniques mais également les missionnaires. Sur la côte siamoise, les iles et les ilots se chiffrent à « plus de 400 »  selon Ivanoff et elles ne sont probablement pas cartographiées depuis longtemps.

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Un haut fonctionnaire du gouvernement britannique avoua à Bernatzik « Pourquoi me déranger avec les Moken ? J'ai souvent essayé d'approcher ces gens, mais ils ont toujours fui loin de moi ».

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Le problème était évidemment similaire avec les fonctionnaires siamois d’autant que les Thaïs sont de piètres marins n’ayant aucun gout pour s’aventurer en mer à l’inverse de nos nomades qui sont plus audacieux. Court (12) et cette fois nous sommes en Thaïlande, n’est pas  plus précis. Hogan (13) estime que les Moken sont « quelques centaines », les Moklen un millier et les Urak-Lawoi 2.000 ou 2.500.

 

Pour Ivanoff, au vu de sérieuses extrapolations effectuées à partir des groupes rencontrés (7) « II est difficile d’évaluer le nombre des Moken vivant encore sur leurs bateaux. Leur vie même de nomade ne se prête guère au recensement et l'impossibilité de pénétrer en Birmanie ne facilite guère Ia tâche du chercheur. Les premiers contacts furent établis par un officiel anglais, en 1826, chargé de recenser les habitants pour l'impôt. Cette tâche n'eut pas de suite avec les Moken et leur recensement ne fut pas terminé. Depuis lors, les auteurs s'accordent autour d'un chiffre proche de 5.000 individus. Pour rna part, j'estime le nombre de Moken nomades marins actuellement à 2.000 environ.».

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Comme ils se marient volontiers non seulement en dehors de leur tribu dans une tribu sœur, mais aussi avec de « vrais » Thaïs, des Malais ou des Chinois, ainsi il est évident qu’un décompte précis est impossible. (17).

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Leur caractère

 

Tous ceux qui les ont rencontré décrivent un caractère pacifique, ils n’ont pas d’armes offensives et pas même défensives. Et pourtant ils sont décrits universellement par les anthropologues du XIXème - nous n’en avons donné que de très brefs extraits - comme des sauvages, des nomades pirates soumis à aucune forme de gouvernement, errant en vivant de vols, de pillages, d’assassinats, de prises d'esclaves. S’ils rendaient hommage à un souverain local ce n’était que pour utiliser ses côtes comme base pour leurs opérations pirates. On dit que c'est grâce à l'aide de quelques-uns que Parameswarra, premier souverain de Malacca, réputé pour avoir fondé son royaume au début du XVème siècle,  qui les aurait récompensés en les faisant des nobles héréditaires.

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S’agissait-il bien des mêmes ou des Bouguinais, habitants des Célèbes, hardis navigateurs, proches cousins des Moken et aussi des Macassar qui furent un temps près à s’emparer du Siam ? Sans l’heureuse et énergique intervention du chevalier de Forbin, nous vivrions probablement aujourd’hui dans une Thaïlande musulmane.

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Timides et facilement effarouchés, ils fuyaient tout contact. L’expérience  du Docteur Benatzik est significative. Equipé à Mergui d’un voilier à moteur, son couple a visité différentes îles et fut rapidement convaincu que les déclarations sur la difficulté d'une approche n'étaient pas exagérées. Bien qu’accompagnés d’un Moken au service d'un commerçant chinois qui servait d'interprète, ils ne réussirent pas à approcher les occupants des divers navires Moken qu’ils voyaient. Dans tous les cas, les indigènes s'enfuyaient et disparaissaient dans les mangroves ou sur les flots. Un jour, ils surprirent douze bateaux sur la plage qui n'avaient pas le temps de fuir, les occupants abandonnèrent leurs bateaux, s'emparèrent de leurs enfants et de tout ce contenait les bâtiments et disparurent dans la jungle. Des tentatives avec l'aide de l’interprète sont restées vaines. Ils décidèrent alors de tenter leur chance avec l'aide d'un  commerçant malais qui leur achetait les produits de la mer. Sur l'île de Lampi, au large de Kawthung face à Ranong, ils réussirent à rencontrer un groupe d’environ cent vingt occupant vingt et un bateaux et avaient comme de coutume, érigé avant la saison des pluies, des huttes temporaires sur la plage. Le commerçant leur acheta du minerai d'étain qu'ils extrayaient « de la manière la plus primitive » non loin de la plage et des plaines riveraines, et d'autres produits de la mer, ils reçurent en échange de l'opium et des provisions, principalement du riz et du sucre. Avec l'aide de ce Malais, ils purent convaincre les Moken qu’ils ne présentaient aucun danger d’autant que Bernatzig réussit à guérir plusieurs malades et gagner ainsi leur confiance et visiter de nombreuses « colonies temporaires » sans qu’ils s’enfuient.

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Au vu de leurs narrations, ils étaient depuis toujours victimes du vol de leurs maigres ressources de l’enlèvement de leurs femmes et de leurs enfants par les Malais, les Chinois, les Thaïs et les Birmans. Sans armes, ils ne se défendaient pas et cherchaient uniquement leur salut dans la fuite. Bernatzig leur demanda pourquoi ils ne sollicitaient pas l’aide du gouvernement anglo-indien. La réponse était simple, ils craignaient que ce gouvernement ne les emprisonne et ne les vende comme esclaves. On peut supposer, puisque l’esclavage avait été aboli en Angleterre en 1833, qu’il s’agissait tout simplement de les recruter comme auxiliaires forcés dans l’armée des Indes ?

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Mais si cette collecte d’esclaves était terminée à cette époque, ils étaient victimes d’une autre forme de piraterie essentiellement de la part des commerçants chinois de Mergui ou de Ranong. Ceux-ci agissaient habilement en commençant par prendre une épouse Moken qu'ils traitaient fort bien,  un leurre pour le reste de sa tribu, les liens familiaux étant très forts chez eux. Puis il accoutumait sa nouvelle famille aux plaisirs de l'opium en affirmant que s'ils essayaient de s’en libérer, ils en mourraient. Etant fort crédules ils pensaient que si l’un d’entre eux était en état de « manque » et en ressentait les symptômes, ils pourraient en mourir. Dès lors, habitués à l'opium, ils étaient soumis à ce commerçant pour lequel ils travaillaient comme plongeurs ou collecteurs de nids d'oiseaux recevant un salaire misérable le plus souvent payé en opium, dix à quinze fois le prix qu'ils devraient le payer dans les magasins d'opium autorisés par le gouvernement. Comme ils ne connaissaient ni chiffres, ni calculs, ni normes de valeurs, il était facile pour les commerçants d’obtenir d’eux des produits précieux tels que les perles et l'ambre gris pour une fraction minime de leur valeur. Les sources de la richesse des chinois de Mergui et de Ranong – les  Chinois  y sont toujours omniprésents - sont là ! Cette anecdote ne nous fait pas sortir de notre sujet puisqu’elle explique d’abondance la virulence des sentiments antichinois qui régnaient à cette époque dans l’opinion siamoise. On peut supposer ou espérer que ces pratiques sont devenues obsolètes. ( ?)

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Par ailleurs Bernatzik s’est livré à des examens psychologiques qui ont mis en évidence un développement précoce de leur sensibilité, un excellent contrôle du corps ainsi que des qualités sociales exceptionnelles. Par contre leur capacité à apprendre  est faible tout autant que les possibilités d'imitation comme par exemple dans l'utilisation d’outils. D'après une enquête approfondie, Bertnazik conclut que la majorité des Moken des deux sexes ne réussirait pas à passer le test de qualification pour l'admission dans les écoles, la capacité des femmes étant un peu inférieure à celle des hommes. En d’autres termes - il n’utilise pas la langue de bois- il estima qu’ une grande partie des Moken n'atteindrait pas la norme de qualification présumée être celle d’un enfant européen de six ans qui fréquente la première classe d'une école primaire publique. On peut toutefois penser que la situation a évolué depuis que la Thaïlande a réalisé des efforts énormes pour l’éducation de ses enfants ? Mais encore en 1972, Hogan écrit « …beaucoup d'entre eux semblent vivre dans un vide culturel ». Il a constaté chez eux non seulement de la timidité mais de la peur face à la civilisation moderne et un environnement hostile auquel ils ne peuvent pas faire face. Ceux qui se sont mélangés le manifestent moins mais restent réservés en la présence de personnes d'autres cultures. Ils semblent se considérer non seulement comme pauvres, mais aussi comme tout à fait incapable d'améliorer leur position. Fondamentalement, la majorité d'entre eux sont bons et respectueux des lois des citoyens et ceux qui les emploient sont frappés de leur  débrouillardise et leur ingéniosité dans tous les problèmes liés à  la mer. On ne leur connait ni danses ni musiques propres, ni arts décoratifs ni artisanat sauf celui qui est directement lié à leur gagne-pain, leurs maisons des esprits sont sommairement façonnées.

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Religion

 

Ils sont animistes. Les rapports pathologiques qu’ils entretinrent avec les Thaïs et les Malais ou les Chinois bouddhistes, ne les incitèrent évidemment pas à devenir bouddhistes ou à choisir la religion du Prophète. Il ne semble pas qu’ils aient été seulement contactés par les missionnaires catholiques, il n’y en a en tous cas aucunes traces dans les archives de Missions étrangères de Paris, et les protestants (dont nos auteurs) ont fait chou blanc.

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Les Urak-Lawoi n'ont pas de maisons des esprits individuelles mais une commune au village. Il semble toutefois qu’ils ne la vénèrent que lors des fêtes longuement décrites par Ivanoff et Hogan qui en ont traduit les incantations (7-2). Curieusement, elles incluent des croix de bois dont nul n’a été mesure d’indiquer l’origine (source chrétienne ?) à Hogan.

 

Les cérémonies funèbres sont sommaires, ils enterrent leurs morts le jour même ou le lendemain de la mort à une extrémité du village (parfois dans des cavernes ?) avec un pieu ou une pierre à la tête et aux pieds et une couverture de tôle ondulée ou de feuilles de palmier pour les protéger de la pluie. Il est possible que les Moken nomades fassent de même dans les cimetières Urak-Lawoi ?

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On peut imaginer que cette coutume déroutait les Thaïs d’autant que ces cimetières sommaires pouvaient être établis près des rares sources d’eau douce : Les Thaïs jusqu’à une époque récente et peut-être encore de nos jours incinèrent leurs morts mais inhumaient ceux qui étaient morts « de mauvaise mort » (accidenté, assassiné, femme en couche etc…). Nous en avons eu un exemple récent – 2015 - en Isan profond à l’occasion d’un mort d’accident, les bonzes hésitèrent longtemps avant d’accepter l’incinération. A cette pratique, nos nomades en ajoutaient une autre évidement détestable, aujourd’hui obsolète mais constatée par Benatzik : Quand une tribu était victime d’une épidémie, choléra ou variole, ils pensaient que seule une fuite rapide pouvait les protéger de la colère des dieux outragés. Les cadavres étaient enterrés en toute hâte et dans leur fuite, ils se dispersaient dans toute la région, emmenant avec eux les malades, répandant ainsi la mort et la désolation dont on leur imputait alors la responsabilité.

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Ils ne semblent pas avoir de notions précises sur l’existence d’une âme ou de sa survie après la mort ou sur celle de l'existence d’un « ciel » ou d’un « enfer», concepts qui leur sont inconnus.

 

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Nous nous intéresserons dans un prochain article à l’existence quotidienne singulière de ces peuples de la mer et à balayer quelques stupidités écrites à leur sujet, en rappelant  ce qu’écrit Ivanoff - il faut l’en remercier - : « …Le monde Moken ne se limite pas à Phuket et Ies iles environnantes, leur présence dans ces iles n'est pas un mystère et ils sont beaucoup plus que des pécheurs de langoustes destines à illustrer d'une touche folklorique les dépliants touristiques ».

 

Signalons le blog qu’il anime « Moken spirit is alive » (« L'esprit moken est vivant ») : https://mokenspirit.com/ créé, nous disait-il « pour présenter les Moken du point de vue de la renaissance et du patrimoine, l'idée étant d'éviter de faire un musée stupide et quelque chose de plus subtil ». Il mérite de longues visites !

 

A SUIVRE ….

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NOTES

 

(1) Voir nos articles  successifs : INSOLITE 9 – « LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE », INSOLITE 10 – « LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST », INSOLITE 11 « LES « PEUPLES DES MONTAGNES » DE LA RÉGION DE KHORAT, DERNIERS REPRÉSENTANTS DU DVARAVATI », INSOLITE 12 « LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ? », INSOLITE  13 « L’ETHNIE SO DE  L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

(2) « Relation du voyage de Monseigneur l'Evêque de Beryte, vicaire apostolique du royaume de la Cochinchine, par la Turquie, la Perse, les Indes, jusqu'au royaume de Siam, autres lieux » par M. de Bourges, 1668.

 

(3) « Les Orang-Laut du détroit de Malacca,  sont tous plus à l'aise sur l'eau que sur terre. Tous également attachés à une industrie qu’ils ont reçue de leurs ancêtres. on perdrait son temps à vouloir les convaincre de ce qu'il y a de misérable et de criminel dans une existence à laquelle leur race a, depuis si longtemps, trouvé son avantage ». (« Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l'histoire : ou Recueil des relations originales inédites » 1855 p. 197).

 

« L'aspect extérieur de ces indigènes est très variable : les Orang-Laut ont une figure bestiale, au menton proéminent …Les Laut sont brutaux et stupides; ils ne connaissent que les besoins du moment; lorsque ceux-ci sont satisfaits, ils passent leurs journées dans l'apathie la plus complète. En revanche, ils sont beaucoup plus propres que les Diakoun : ils se lavent et se baignent fréquemment. Pour se nettoyer la tête, ils se servent d'une pince de homard ou d'un arc branchial de poisson garni de petites dents en fer comme un peigne... » (« L’anthropologie » 1898 p.472)

 

(4) « La plus belle histoire du monde » traduction française publiée en 1900.

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(5) Il y a deux moussons sur la côte ouest que les embarcations moken ne peuvent affronter. Ranong (ระนอง) est la plus petite mais la plus arrosée des provinces thaïes, 8000 millimètres par an contre par exemple 1000 à Tak, par comparaison, moins de 600 millimètres à Paris ou Marseille.

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(6) แผนที่ภาษาของกลู่มชาติในประเทศไทย (« Carte ethnolinguistique de la Thaïlande »), publication de l’université Mahidol par Philippe Dill et Lyons Greg, 2004.

 

(7) « LES MOKEN : Littérature orale et signes de reconnaissance culturelle » in Journal de la Siam society, volume 74 de 1986.

Il est également l’auteur de nombreux ouvrages sur les moken et de deux articles sur leur univers culturel :

(7-1) Essentiellement sur la sédentarisation avec Henri Guillaume « Des ignames au riz. La dialectique du nomade et du sédentaire chez les Moken » In: Études rurales, n°120, 1990.

(7-2) Sur leurs rites et « Équilibre paradoxal : sédentarité et sacralité chez les nomades marins moken » In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 79-II, 1992.

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(8) « THE SELUNGS OF THE MERGUI AECHIPELAGO » à Londres, 1890

 

(9) Walter Grainge White « THE SEA GYPSIES OF MALAYA AN ACCOUNT OF THE NOMADIC MAWKEN PEOPLE OF THE MERGUI ARCHIPELAGO WITH A DESCRIPTION OF THEIR WAYS OF LIVING, CUSTOMS, HABITS, BOATS, OCCUPATIONS » à Londres, 1922. Nous n’avons pas pu consulter deux autres ouvrages consacré à leur langue, dont il est  l’auteur : 1911 « An introduction to the Mawken language » et 1913 « St Mark in Mawken » (cités par Ivanoff).

 

(10) «The Colonization of Primitive Peoples with special Consideration of the Problem of the Selung » in Journal de la Siam society, 1939, volume 31-I.

(11) « L'ethnologie qui étudie les peuples de cette terre se consacre surtout à une étude des peuples dits primitifs, ou plutôt des peuples vivant dans un état de nature. Car ceux-ci sont seuls capables, au moins dans une certaine mesure, d’éclaircir l'obscurité de l'histoire des développements de la race humaine, de ses associations et de ses migrations; pour nous trouvons ici encore des restes d'autrefois qui, par suite de la pénétration de la civilisation européenne - américaine, ces peuples sont partout sont en passe de disparaître ».

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(12) « A FLEETING ENCOUNTER WITH THE MOKEN (THE SEA GYPSIES) IN SOUTHERN THAILAND : SOME LINGUISTIC AND GENERAL NOTES » in Journal de la Siam Society, volume 59-I de 1971.

 

(13) « MEN OF THE SEA : COASTAL TRIBES OF SOUTH THAILAND'S WEST COAST » in Journal de la Siam Society, volume 60-I de 1972.

 

(14) Tout ce que la plupart d'entre eux savaient – nous dit-il - c'est qu’il y a un dieu créateur et que « Adap » et « Hawa » (Adam et Eve ?) ont été le premier homme et la femme qui ont mangé les fruits défendus qui les empoisonnèrent. En outre la plupart des anciens Urak-Lawoi lui ont dit Koh Lanta (เกาะลันตา) au large de Krabi (กระบี่) était leur lieu d’origine. Il apprit des Moken de Rawai (ราไวย์) – au sud de Phuket - qu'il y avait un vieux Moken sur une île au large de Victoria Point (pointe sud extrême de la Birmanie que nous préférons appeler Kawthung) face à Ranong (ระนอง), appelé Kaseh, qui connaissait les légendes de son peuple et pouvait parler trois jours et des nuits sans s'arrêter. Il ne put s’y rendre car c’était en territoire birman. D’autres lui ont parlé d’un autre vieillard connaissant leurs légendes mais quand il partir à sa recherche, il apprit qu'il était mort depuis quelques années. En visitant Koh Adang (เกาะอาดัง), groupe d’iles au large de Satun (สตูล) à l’extrême sud de la côte, il rencontra un vieillard qui lui apprit que son grand-père était un Bouguinais (tribu des Célèbes) venu en groupe jusqu'à Ranong et redescendu pour s’installer en divers endroits le long de la côte. L’origine de la tribu serait le Mont Jaraï (au nord de l’ile de Penang) avant Koh Lanta. Le vieillard a ensuite continué en lui contant l’histoire de « Nabi Noh » (le prophète Noé ?). Il était un serviteur de Dieu qui habitait ni sur la terre ni dans le ciel, mais au milieu. Dieu l'envoya demander aux hommes s'ils se soumettaient à lui, mais les hommes refusèrent. Alors Noh fut frappé par une maladie de peau qui le rendit sale, malodorante et horrible à voir. Noh maudit alors les hommes. Ils prirent la fuite, certains dans la jungle oú une partie devint hommes de la jungle et une autre des singes. Certains devinrent écureuils et d’autres Urak-Lawoi… une légende d’origine partiellement musulmane pense Hogan ? Celui-ci a encore recueilli une autre légende de la  bouche d’un chef de village proche de Rawaï.  Il y a bien longtemps, un homme merveilleux fut envoyé par Dieu porteur du livre de Dieu. Il avait douze disciples auxquels il enseigna tout sur Dieu afin qu'ils puissent enseigner les autres. Quand ils eurent fini d'étudier, les douze disciples partirent en bateau avec le livre pour le porter aux autres. Une tempête se leva, le bateau coula, les douze disciples furent noyés et le livre perdu. Sept ans et sept jours plus tard, un garçon thaï au bord de la mer vit quelque chose balayé par les vagues. C’était l'un des douze disciples recouvert de coquillages, de bernacles et de fruits de mer, il était toujours vivant, sa mais sa langue paralysée et il ne pouvait pas parler. Les habitants le conduisirent au temple où les moines essayèrent de lui enseigner le bouddhisme et comment cultiver le riz. Comme il ne parlait pas thaï et voulait simplement revenir à la mer, les Thaïs s’en désintéressèrent. Alors quelques Malais le conduisirent à la mosquée et essayèrent de lui enseigner le malais et leur religion. Ils  ne réussirent pas mieux et compriment qu’il voulait revenir à la mer. Il retourna alors en bord  de mer et devint un Urak-Lawoi à l’origine de la tribu des Urak-Lawoi. C'est pourquoi les Urak-Lawoi n'aiment ni les Thaïs ni les Malais, ils s'y soumettent, mais ne les aiment pas. Si un instituteur thaï frappe leur enfant à l'école, ils l’en font sortir pour qu'il puisse vivre comme un vrai Urak-Lawoi. Malheureusement, Hogan n’avait pas enregistré ce récit sur magnétophone et lorsqu’il voulut le faire, le récitant a toujours refusé et nul autre n’a pu la  lui répéter.

 

(14 bis) Résumons-le : avant l'arrivée des Malais, les Moken vivaient sous la domination d'une reine. Celle-ci demeurait sur la montagne alors que son peuple demeurait dans les champs, en haut des plages. Cette reine aux cheveux blonds dispensait ses bienfaits à son peuple. C'était l’âge d'or de l'abondance. C'est alors que surgit un bateau dirige par un jeune musulman. Celui-ci enseigna aux Moken, le feu, puis le riz, qu'ils adoptèrent immédiatement. Ce jeune Malais tombe éperdument amoureux de Ia reine. Ils se déclarèrent leur amour réciproque et vont passèrent leur nuit de noces dans le bateau du père de la reine. Sur Ie bateau se trouvaient ses deux jeunes sœurs. Le jeune marié, au milieu de la nuit, se tourna vers la cadette, Ken, et fit l'amour avec elle. La jeune sœur, Ken, provoqua alors Ia colère de Ia reine qui chassa son peuple hors de son territoire, le condamnant à travailler pour vivre et à vivre sur ses embarcations. Pour marquer cette condamnation, la reine déclara que chaque bateau porterait deux échancrures. Elle condamna ensuite sa jeune sœur à être immergée dans l'eau de mer. Chassés de leur territoire, les Moken partirent après que le Malais soit revenu vivre définitivement avec eux. Confrontés à d'autres peuples, ils furent forcés de se sédentariser. Mais réfractaires à toute tentative de scolarisation, ils seront « donnés » à un prince birman qui les conduira, esclaves, vers le sud de Ia Thaïlande où ils pensaient s'installer. C'est en vue de Phuket, alors que le prince repartait vers la Birmanie que le groupe de Ken et son mari s’enfuiront. Ils s'installèrent à Koh Siré (เกาะสิเหร่) sur la côte sud-est de Phuket. Des groupes de Moken s'enfuiront peuplant ainsi l'archipel. Comment Ivanoff interprète-t-il cette légende ? Les Malais sont les premiers à être entrés en contact avec ces nomades. Ils jouent le rôle de héros civilisateurs apportant à la fois le feu et le riz, faisant pénétrer les Moken dans le monde dit « civilisé ». Auparavant les Moken n'étaient que des collecteurs sur les plages où l'on trouve des tubercules,) et l'estran (partie du littoral située entre les limites extrêmes des plus hautes et des plus basses marées) était leur domaine. Voici la fin de l'autosubsistance et le début de l'ère du troc. Il fallut désormais trouver une monnaie d'échange pour le riz. Mais les Malais se transformèrent par Ia suite en chasseurs d’esclaves, dont les Moken furent les victimes. Le souvenir était encore vif et contribua à renforcer le caractère fuyant de ces nomades. La reine dont nous parle ce récit, vivait à terre. Elle symbolise l'appartenance terrestre de l'ethnie. Bien que nomades marins, les Moken ne s'éloignent jamais en haute mer et sont toujours liés à Ia terre. Les cheveux de Ia reine sont blonds car brulés par le soleil. Cette reine demeurait dans un lieu presque interdit : Ia montagne. C'est par sa parole et ses invocations qu’elle distribuait ses biens. Elle est Ia puissance magique de la parole qui fait apparaitre, qui ordonne, qui émeut, elle symbolise Ia force de Ia parole agissante. En allant vivre sur le bateau de ses beaux-parents, le Malais respecte la règle Ia matri localité, toujours en vigueur, qui veut que le jeune homme aille vivre chez sa femme. Le Malais qui fait l'amour avec Ia jeune sœur, n'est pas choqué par son action, mais provoque Ia colère de sa femme dont Ia jeune sœur vient de transgresser le tabou du cadet du conjoint. En chassant les Moken sur Ia mer, elle coupe ceux-ci de façon irrémédiable de leur attache terrestre. L'opposition entre royaume, abondance, terre et mer, pauvreté, est réelle depuis ce moment-là. Les Moken ne se départirent plus de cette image de pauvres hères chassés, à Ia merci des caprices des éléments. Les marques de Ia condamnation, ce sont les échancrures des bateaux, toujours existantes de nos jours. Celle de l'avant symbolise Ia bouche et celle de l'arrière, l'anus. Le bateau est doc symboliquement un corps humain condamné au cycle infernal et éternel, ingestion/digestion. Ken doit être immergée dans l'eau, marquant ainsi Ie nouveau mode de vie nomade marin. Immerger Ken se dit lemo Ken. L'affixe le utilise dans Ies chants et certains récits est facultatif; nous obtenons alors moken et nous découvrons I'origine du nom Moken. Les mystérieux étrangers qui, apparaissant soudainement, forcent les Moken à Ia scolarisation, sont vraisemblablement des Anglais. Devant l'impossibilité de Ies soumettre à l'impôt et de les scolariser, les Moken furent alors donnés comme esclaves. Ken et son mari s'enfuyant à Ko Siré sont certainement les ancêtres des chaolé de Koh Siré actuellement présents. Le mari de Ken était malais et Ies chaolé de Ko Siré parlent Ie malais. Certains comprennent le Moken. Les Moken s'enfuyant en vue des cotes thaïlandaises deviendront Ies Moklen.

 

(15) « ON THE ORIGINS OF THE URAKLAWOI - A response to J. Ivanoff » in Journal de la Siam society volume 77-II de 1989.

 

(16) Leur habitat d’origine se situe dans l’archipel des Mergui en Birmanie du sud, en particulier sur l’ile de Saint Mathieu (aujourd’hui Zadetkyi Kyun) et celle de Tavoy (aujourd’hui Mali Kyun) à Bokpyin et Mergui puis Victoria Point, extrême sud de la Birmanie (aujourd’hui Kawthung). De là certains descendent dans les eaux thaïlandaises  dans leurs errances nomades. Leur aire de répartition se situe alors à Koh Phrathong (เกาะพระทอง) à la hauteur du district de Khuraburi (คุระบุรี) dans la province de Phangnga (พังงา) et à Koh Surin (เกาะสุรินทร์) et les îles adjacentes, à 30 miles au large de Phrathong dans la mer d'Andaman. De temps à autre leurs bateaux se dirigent vers le sud jusqu'à Koh Phuket (เกาะภูเก็ต), n’oublions pas que c’est une ile, Koh Pipi (เกาะพีพี) entre Phuket et Krabi, Koh Siré (เกาะสิเหร่) au sud-est  de Phuket jusque plus au sud encore à la frontière malaise  Koh Adang (เกาะอาดัง) et les iles voisines de Rawi (เกาะระวี), Koh Lipé (เกาะหลีเป๊ะ) et Tarutao (เกาะตะรุเตา) à environ 40 miles au large de la côte. Il y a encore de petites colonies de Moken sur Koh Sinhai (เกาะสินไห) et Koh Lukplay (เกาะลูกปลาย) au large de Ranong, les iles les plus méridionales de l’archipel des Mergui. Nous trouvons encore des implantations Urak-Lawoi à Rawai (ราไวย์) au sud-est de l‘ile de Phuket et à Koh Phiphi, province de Krabi. Ceux de Koh Phiphi occupent occasionnellement Koh Ngai (เกาะไหง) au sud de Koh Lanta (เกาะลันตา).

 

Les tribus Moklen occupent des villages voisins de Koh Phrathong (เกาะพระทอง) et  des villages côtiers dans  le district de Takuapa (ตะกั่วป่า) dans la province de Phannga ainsi que deux villages au nord de Phuket.

 

Des tribus Urak-Lawoi se trouvent à Koh Siré (เกาะสิเหร่)  et Rawai (ราไวย์) dans la province de Phuket, sur Koh Phiphi, Koh Pu (เกาะปู) et quatre villages sur Koh Lantayai (เกาะลันตาใหญ่) dans la province de Krabi et sur Koh Bulon (เกาะบูโหลน) et les iles voisines dans la province de Satun, Koh Adang (เกาะอาดัง)  elle-même, Koh Lipe (เกาะหลีเป๊ะ) et Koh Rawi (เกาะระวี).

 

(17) Rappelons la fable de Florian, Le grillon : un grillon se lamentait en comparant son sort à celui d'un superbe papillon paradant dans les airs : « Dame Nature pour lui fit tout et pour moi rien ». Mais lorsqu'il voit des enfants poursuivre le papillon et « déchirer la pauvre bête », le grillon change d'avis : « Oh! Oh! Dit le grillon, je ne suis plus fâché, Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. ... »

INSOLITE 16 -  LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.
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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 18:19
INSOLITE 15 - UNE EXCURSION A  PHIMAI … IL Y A UN SIÈCLE.

L’une des plus belles œuvres de l’architecture cambodgienne, la plus belle peut-être, quoique moins spectaculaire qu’Angkor, est constituée par les vestiges de Phimai (พิมาย) qui ne sont pas au Cambodge mais proches de Khorat, au cœur de l’Isan, dans ce qui fut le « Cambodge siamois », cette partie du Siam autrefois placée sous le joug des Khmers. On s’y rend aujourd’hui sans difficultés depuis Khorat en quelques dizaines de minutes, et en trois ou quatre heures depuis Bangkok par train ou par autobus. Les ressources hôtelières sont surabondantes. On peine à imaginer qu’il y a un siècle, cette excursion depuis Bangkok nécessitait plus d’une semaine.

 

Le site a été longuement décrit et inventorié par les Français au début du siècle dernier, Etienne Aymonier d’abord en 1901 (1) 

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et le Commandant Lunet de la Jonquière en 1907 (2).

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Leurs descriptions assorties de plan, de croquis, de photographies, de références aux inscriptions, aux moulages et aux estampages (essentiellement d’Aymonier), sont l‘œuvre de savants érudits mais laissent le voyageur curieux un peu sur sa faim. Toutes précieuses qu’elles soient, elles manquent un tant soit peu de chaleur humaine pour ne pas répondre à une question primordiale « Comment fait-on pour aller visiter Phimai ? ». Comment y sont-ils allés puisqu’ils y sont allés, quelles furent leurs difficultés, leurs aventures ou leurs mésaventures ?

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Le voyageur curieux – et argenté – qui parcourait le monde dans les premières décennies du siècle dernier et au siècle précédent n’était pas sans ressources. Il avait naturellement en poche l’incontournable guide Baedeker le plus souvent en anglais ou en allemand, parfois en français. On ne part pas alors visiter le monde sans son Baedeker en poche. Malheureusement pour celui qui voulait visiter le Siam et ne parlait pas langue de Goethe, la seule édition concernant le pays, « Indien » incluant les Indes, la Birmanie, la Malaisie, Java et le Siam a été publiée à Leipzig en 1914 en allemand et nous n’avons pas pu la consulter (3).

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Mais nous avons notre « Baedeker » français, Claudius Madrolle, qui concurrençait avec avantage Baedeker puisqu’il le faisait en français.

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Trois de ses publications concernent le Siam mais seule celle de 1926 nous concerne (4). Il a pour nous un avantage exceptionnel par rapport aux guides allemands, c’est que – indépendamment des précisions historiques, linguistiques et culturelles puisées aux meilleures sources, les érudits de l’Ecole française d’extrême orient, Georges Coédès en particulier – et d’une  solide  bibliographie, Madrolle a systématiquement arpenté lui-même les sites qu’il nous décrit, dans des conditions inconcevables aujourd’hui comme nous allons le voir (5) (6).

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Si le Siam possède d’exceptionnels vestiges khmers souvent couchés au milieu de la forêt vierge, Phimai était alors l’un des plus faciles à visiter. Mais comment faire il y a cent ans ? En automobile ? Que nous dit Madrolle en 1926 ? « Routes : Le Siam ne possède pas encore de routes comparables à celles de l'Indochine ou de la Malaisie : il n'est même pas possible de sortir de Bangkok en automobile. Cependant, quelques voies routières ont été aménagées dans certaines provinces. Dans l'est, Khorat est le point de départ d'une série de pistes routières rayonnant vers le nord-est où il serait imprudent de s'aventurer avec une automobile ». Dont acte !

 

Nous avons par bonheur le récit que nous donne le major danois Erik Seidenfaden d’une excursion qu’il fit à Phimai il y a environ un siècle, un peu avant 1920, son Baedeker en poche naturellement, qu’il ne prit pas en défaut (7). Phimai est situé à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Khorat. Seidenfaden nous donne quelques conseils préalables alors utiles : pour l'équipement prenez avec vous un lit de camps, une table et des chaises pliantes, des ustensiles de cuisine, quelques provisions de bouche, un cuisinier et un domestique. Une petite tente sera également utile. La meilleure époque pour faire le voyage est la saison froide c’est à  dire décembre - février.

 

Première étape : Le train quitte la gare centrale de Bangkok tous les jours à 9 heures 48 et arrive à Khorat à 18 heures 08, un trajet de plus de huit heures pour couvrir 263,80 kilomètres (c’est Madrolle qui nous donne cette précision hectométrique).

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La moyenne horaire n’atteint pas des records mais le train est un omnibus qui s’arrête dans toutes les stations pour remplir les chaudières (8).  Si Seidenfaden ne se soucie pas du coût du voyage, Madrolle nous donne les précisions suivantes : de Bangkok à Khorat en première classe, 17,20 ticals (baths), en seconde 10,30 et en troisième 6,80. Pour qui a connu la troisième classe des chemins de fer thaïs on peut s’imaginer ce qu’elles étaient au siècle dernier et supposer que Seidenfaden utilisait les premières. Ce voyage se déroule sans incident particulier mais à Kaeng Khoi (แก่งคอย) – nous sommes à 125 kilomètres de Bangkok – le train aborde les collines du plateau de Khorat et il faut atteler une deuxième locomotive au convoi pour lui permettre de les franchir.

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En 1920, c’est alors la pleine et impénétrable jungle. La construction de la ligne depuis Kaeng Khoi jusqu’à Khorat, commencée en 1897 ne s’est terminée que trois ans plus tard.

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Elle a coûté la vie à plus de huit mille coolies chinois et à trente-huit ingénieurs ou techniciens européens. En outre, le devis initial de 10 millions de ticals est passé à 17 millions et demi. Seidenfaden signale la présence à proximité de Muak Lek (มวกเหล็ก)  la tombe d'un jeune ingénieur danois, K. L. Rahbek, « mort de fièvre ».

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C’est le domaine de la forêt vierge, Dong Phraya Fai (ทิวเขาดงพญาไฟ), « la forêt du Seigneur du Feu ». Le passage dans cette zone rend Seidenfaden lyrique : « Il ne fait aucun doute que dans les mystérieuses profondeurs de la forêt se trouvent les hôtes de gros gibier, éléphants sauvages, tigres, léopards, cerfs sauvages, bovins sauvages et même rhinocéros. Dong Phraya Fai est le paradis des chasseurs de gros gibier ».   

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De là, enfin, le chemin de fer descend en pente douce vers Khorat. Mais avant la construction de la ligne de chemin de fer en 1900, nous apprend Seidenfaden, le voyage de Bangkok à Khorat était une redoutable épreuve : la première partie de Bangkok à Saraburi ou Kaeng Khoi – à mi-chemin entre la capitale et Khorat - se faisait sans trop de difficultés par bateau, mais par la suite par éléphant, poney ou à pied, bagages ou marchandises transportées en char à bœuf.

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Le voyage prenait environ onze jours. C’est pourtant l’épreuve subie par Aymonier et Lunet de la Jonquière qui ne nous en parlent pas. L’arrivée à Khorat (il est un peu plus de 18 heures, au crépuscule) ne met toutefois pas le voyageur au bout de ses peines. On peut évidemment coucher à la gare « à la fortune du pot » mais le voyageur avisé qui a pris contact avec la légation de France à Bangkok pourra dormir dans les bâtiments du vice-consulat situés non loin de la gare et qui sont « tout à fait confortables » (9). « Vice-Consulat de France : où les touristes peuvent loger, avec autorisation de la Légation de France à Bangkok » nous dit Madrolle. Le vice-consul semblant disposer de nombreux loisirs, on peut penser que l’accueil de voyageurs distingués n’était pas pour lui déplaire.

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Par ailleurs, toujours selon Seidenfaden qui ne mâche pas ses mots, la ville ne présente aucun intérêt étant trop sale et les voies dans un état déplorable de délabrement. La population semble principalement se composer de chinois dans les mains desquels est l'ensemble du commerce. Ceci explique probablement son état de saleté à cette époque, la crasse étant toujours la caractéristique principale des quartiers chinois comme on le voit toujours à Bangkok !

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Il ne reste plus alors au convoi que 11 kilomètres pour atteindre Phimai au petit matin du troisième jour. N’entrons pas dans la description du site et de son histoire. Seidenfaden fait référence à un ouvrage du Prince Damrong que nous n’avons pas pu nous procurer « Voyage en train jusqu’à la ville de Nakhon Ratchasima » (เที่ยว ตามทางรถไฟ เมือง นคร ราชสีมา). Il faut naturellement camper la nuit dans les ruines.

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Seidenfaden note que les différents chefs de districts et la population, fière des réalisations de ses ancêtres, ont un vif intérêt à la protection des ruines qui sont à l’abri des pillards. Il est vrai aussi que les difficultés d’accès étaient suffisantes pour décourager les émules de Malraux ....

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et plus tard, la présence du site au milieu de la ville de Phimai actuelle était suffisamment dissuasive pour d’éventuels pillards américains de la  base aérienne.

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Si le récit de Seidenfaden fut publié en 1923, sa visite datait de « quelques années auparavant ». La situation s’est ensuite améliorée - de façon tout de même relative -par la poursuite de la construction de la ligne de chemin de fer vers l’est en direction d’Ubon. La voie ferrée passe alors à une vingtaine de kilomètres au sud du site. Le train quitte Khorat à 18 heures 30, attendant l’arrivée de celui de Bangkok et s’arrête à Tha Chang une petite heure plus tard. Voilà donc une journée pénible en char à bœuf épargnée au voyageur !  N’oublions pas que sur un terrain plat, le char à bœuf se déplace beaucoup moins vite qu’un homme au pas, probablement 2 ou 3 km/h.

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Le retour impose encore au voyageur deux jours pour rejoindre Tha Chang et y passer une nuit. Le train pour Khorat part à 6 heures et atteint la ville à 6 heures 49. Changement de train pour prendre celui à destination de Bangkok à 7 heures et arrivée dans la capitale peu après 15  heures.

 

Quelques années plus tard - Madrolle écrit en 1926 - la situation s’est encore améliorée : Phimai est devenu accessible depuis Khorat par une route de 57 kilomètres praticable à cheval bien sûr et en « autochenille ». Compte tenu de ce que devait être l’état de cette route, on peut penser que l’autochenille n’allait pas plus vite que le char à bœufs et que l’aller-retour dans la journée n’était pas possible.

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La vitesse d’un cheval au pas est d’environ 6 km/h, 10 heures de trajet, il n’y a que dans les westerns que les chevaux galopent en permanence ! Il faut donc coucher sur le site mais c’est devenu facile puisque des bungalows ont été construits au bord de la rivière Mun.

 

… Et Phimai était alors le site khmer le plus facilement accessible du pays.

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NOTES

 

(1) Etienne Aymonier « Le Cambodge - les provinces siamoises », 1901, p.278 – 298.

 

(2) Étienne Lunet de La Jonquière « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge ». 1907, tome II, p. 118 124.

 

(3) Cette dynastie d’éditeurs allemands fondée par Karl du même nom en 1830 et poursuivie par ses fils et petits-fils a publié un nombre incalculable de guides à l’usage des voyageurs. Bénéficiant d’un immense réseau d’informateurs, d’historiens, de dessinateurs et de cartographes, ces guides sont une telle mine de renseignements qu’ils étaient utilisés par tous les officiers allemands qui partaient en campagne, Belgique et France en 1914, Russie en 1941 notamment  pour la qualité de sa cartographie. 

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Ce fut à tel point qu’en 1914, la maison d’édition fut accusée peut-être un peu rapidement d’être au service de l’espionnage « Boche ».

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(4) La première de 1902 à l’occasion de l’exposition universelle de Hanoï : « Indo-Chine, canal de Suez, Djibouti et Harar, Indes, Ceylan, Siam, Chine méridionale », puis en 1916 « Chine du Sud. Java. Japon. Presqu'île malaise. Siam. Indo-Chine. Philippines. Ports américains », en 1916 : « De Marseille à Saïgon ; Djibouti, Ethiopie, Ceylan, Malaisie, Cochinchine, Cambodge, Bas-Laos, Sud-Annam, Siam. Cartes et plans » qui limite toutes les découvertes du voyageur à Bangkok, Ayuthyaya, Lopburi et Chiangmai et enfin 1926 : « Indochine du Sud. De Marseille à Saïgon ; Djibouti, Ethiopie, Ceylan, Malaisie, Cochinchine, Cambodge, Bas-Laos, Sud-Annam, Siam. Cartes et plans ». Nous ne citons que ceux de ses guides qui concernent le Siam.

 

(5) Claudius Madrolle est oublié de la mémoire historique des Français hormis quelques allusions à ses guides.

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D'autres personnages de sa trempe ont pourtant été élevés au rang de héros : Henri Mouhot, « découvreur » d’Angkor, Auguste Pavie pour ses « exploits » au Laos ou Lunet de la Jonquière qui se bâtirent de solides réputations par leurs expéditions et pourtant Madrolle a foulé les mêmes sols qu’eux. Il est le pionnier du « tourisme colonial » mais reste absent du patrimoine colonial.

 

Il naquit en Seine-Inférieure, à Dieppe, le 22 juillet 1870. Nous savons très peu de choses de son enfance, sinon qu'elle dut être dorée.

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Nous ne connaissons que le nom de son père, Jean-Paul Madrolle (1821-1893). Son grand père Antoine Madrolle, docteur en droit, était un publiciste conservateur défendant l' « ordre traditionnel » au début du XIXème siècle.

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La famille est une famille notable de la Côte d'Or. Sa mère Gabrielle Émilie Antoinette Couret de Villeneuve (1849-1871) est issue d'une famille d’excellente noblesse. Le jeune homme avant même d'avoir atteint 18 ans avait visité la moitié des pays d'Europe et ne va pas tarder à arpenter l’Afrique trois ans plus tard. Cet intérêt pour l'étranger s'aiguise aussi dans la cavalerie où il effectue son service militaire tel que son rang social pouvait le suggérer. Une fois sorti de l'armée, il devient étroitement lié à l'entreprise coloniale française par intermédiaire du voyage. Il épouse la fille d'une des plus nobles familles de Normandie, les Maguerye, dont le père, Paul de Maguerye, est officier de  marine. Claudius Madrolle est riche, il devient « Touriste international » avant l'heure. Pourquoi alla-t-il en Asie? Il avait lu Pavie; essayait-il de le suivre ? Est-ce l'exotisme de l'époque, très présent en France vers la fin du 19ème siècle qui explique ce choix ? Son voyage va prendre une dimension inattendue, amorçant sa carrière indochinoise : Au lieu des six mois qu'il avait prévu, le voyage se prolonge pendant 18 mois. Madrolle passe par Aden, Karachi, Bombay et Ceylan. Il voyage comme simple touriste jusqu'à son arrivée en Indochine mais prend le titre d'explorateur une fois arrivé dans la péninsule. Il parcourut en profondeur le Siam, la Cochinchine et l'Annam. Il y a jeté les bases d'un tourisme moderne. Arrivé peut-être trop tard en Indochine pour servir d'explorateur au même titre qu'un Pavie ou un Garnier, il a fait découvrir aux Français les pays d'Indochine, leurs peuples, leurs cultures, leurs langues et les ressources. Les guides touristiques qu'il rédige incarnent précisément la nouveauté du tourisme dans la péninsule indochinoise. Une seule monographie lui a été consacrée : « CLAUDIUS MADROLLE ET L'INTRODUCTION DU TOURISME COLONIAL EN INDOCHINE FRANÇAISE 1898-1914 : ENTRE PROPAGANDE ÉCONOMIQUE ET LÉGITIMATION POLITIQUE », « MÉMOIRE PRÉSENTÉ COMME EXIGENCE PARTIELLE À LA MAITRISE EN HISTOIRE »  PAR NICOLAS LEMAIRE, AVRIL 2010,  UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL. Elle a le mérite d’être la seule mais malheureusement de véhiculer des considérations plus ou moins fuligineuses sur le tourisme qui serait grâce à Madrolle « au service de la propagande coloniale ».

 

 

(6) Présentation de Guide 1926 dans « l’éveil économique de l’Indochine » : « Notre Guide prend le voyageur à Marseille et l'accompagne pendant la traversée. Le passager, désireux d'étendre le cercle de ses excursions, pourra descendre à Djibouti, gravir les hauteurs de l'Ethiopie, débarquer à Colombo, séjourner dans les stations d'altitude de Ceylan, étudier les sites religieux afin d'essayer de comprendre les cultes Indochinois, enfin s'arrêter à Singapour, parcourir les mines et les plantations de la Malaisie et de Sumatra, Après trois semaines d'un agréable et vivifiant séjour en mer, le passager quittera l'hôtel flottant qui l'avait accueilli. Saigon, port de débarquement en Indochine du Sud, est au carrefour des routes, des civilisations, des espèces biologiques des mondes hindou, insulindien et sino-khmèr. C'est de ce point que le touriste rayonnera pour se rendre aux remarquables temples brahmaniques et bouddhiques, dont la visite constitue souvent le but du voyage, aux plantations de  cultures tropicales, aux stations d'altitude ou aux zones de grande chasse. Pour le voyageur pressé, c'est un déplacement de trois à quatre mois. L'habituel visiteur de la Côte d'Azur ou de l'Egypte, qui dispose de ce temps, pourrait, pendant un hiver, entreprendre cette croisière ; il connaîtrait la « France d'Asie », terre prometteuse et pleine d'attraits. Avec le « Guide de l'Indochine du Sud », il  parcourra la Cochinchine, le Cambodge, le Siam et l’Annam jusqu'à Tourane. Cet ouvrage, sans doute, n'est pas parfait, mais il serait très difficile de faire  mieux. Ce serait en tout cas un travail considérable et une grosse dépense. En attendant voici ce qu'en pense M. Jean Brunhes (un éminent mais atypique géographe de  l’époque) : « Je dois dire quelle admiration réelle est la mienne pour celui qui a eu la patience opiniâtre et qui a pris la peine de noter, en lieu et place, et avec leur vrai sens, tant d'informations, dont les sources sont aussi dispersées  que disparates. » Les Guides Madrolle constituent en tout cas une base solide. C'est une véritable institution ; on sent une bonne et importante organisation. Encore quelques progrès et nous aurons un vrai Baedecker Extrême Oriental, Pourquoi chercher à faire autre chose ? C'est cette entreprise qu'il faut encourager ; c’est à elle que doivent aller les subventions pour des guides,  car pour faire un bon guide et le tenir à jour il faut de gros frais ; toute nouvelle édition rend la précédente invendable ».

 

(7) « AN EXCURSION TO PHIMAI »  Journal de la Siam Society, volume 17-I de 1923.p.1-19.

 

(8) Toujours selon le guide Madrolle, les stations sont les suivantes : départ de Bangkok à la gare centrale – Ayuthaya - Ban Phachi  (บ้านภาชี) - Nong Khwai (หนองควาย) - Nong Seng (หนองซแง) -  Nong Sida (หนองสีดา) – Saraburi – Pak Priao (ปากเปรียว) - Nong Bua (หนองบัว) - Kaeng Khoi (แก่งคอย) - Thap Kwang (ทับกวาง) - Hin Lap (หินลบ) - Muak Lek (มวกเหล็ก) - Pak chong (ปากช่อง) – Chanthuk (จันทุก)- Lat Bua Khao (ลาดบัวขาว) - Nong Nam Khun (หนองน้ำขุ่น) - Si Khiu (สีค้ว) - Sung Noen (สูงเนิน) - Kut Chik (กุดจิก) - Khok Kruat (โคกกรวศ) et enfin Phu Khao Lat (ภูเขาลาด).

 

(9) À Korat, alors qu’il n’y avait ni citoyens français ni commerce français ni protégés français à part quelques missionnaires dans la ville, un consulat somptueux fut construit en 1895 pour la somme énorme alors de 30.000 francs. Il fut  rasé en 1965. Visité par un voyageur anglais, H. Warrington Smith qui eut l’occasion de discuter avec le vice-consul M. Rochet, nous en avons la description :

 

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L'innovation la plus frappante à Korat était le consulat français. Il n'y avait pas de protégés français, et il n'y avait pas de commerce français ; mais un très charmant consulat a été construit pour remplacer le précédent bâtiment occupé par le consul et son interprète, où nous étions reçus avec hospitalité…La vie du consul doit être singulièrement solitaire, car il n'a pas la distraction du travail pour occuper son esprit… (Herbert Warrington SMYTH « Five Years in Siam from 1891 to 1896 », Vol. 1, John Murray, London, 1898 p. 249). L’Anglais, soit dit en passant, insiste lui aussi sur la saleté repoussante de la ville de Khorat.

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 18:43
INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI  (FANTÔMES).

Nous avons souvent rencontré ces « Phi » en l’existence desquels la plupart des Thaïs continuent, encore au XXIème siècle, à croire dur comme fer. Fantômes, esprits, fées, sorcières ou démons, bon(ne)s ou mauvais(es) tour à tour, nous en avons donné une liste non exhaustive au vu essentiellement de l’article de Phya Anumam Rajathon écrit en 1954, non sans une certaine ironie parfois dubitative mais néanmoins publié dans la très docte revue de la Siam sociéty (1).

INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI  (FANTÔMES).

C’est encore un Phi que nous vîmes intervenir activement dans la confection d’une mixture magique, un philtre d’amour auquel s’est intéressé le roi Rama VI lui-même commenté par le savant anglais sir Francis Gilles toujours dans la même savante revue en 1938 (2).

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Nous avons rencontré à nouveau un Phi malfaisant spécifique à notre région du nord-est, le Phipop (ผีปอบ) dont nous allons reparler, dans un article de l’érudit danois Eric Seidenfaden, toujours dans notre même revue savante  (3).

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Mais nous avons appris avec curiosité et amusement quelques anecdotes ou aventures concernant ces Phi, par exemple la rencontre étonnante d’un diplomate et d’un Phi il y a un peu plus d’un siècle, non pas sous une signature fantaisiste mais sous celle de A. J. IRWIN, un contributeur fidèle de la revue de la Siam society (4).  Ces histoires valent d’être contées car si nous entendons parler des Phi, si nous lisons beaucoup sur eux, il s’agit ici de témoignages probablement fiables provenant de personnes tout aussi dignes de foi. Ce sont ces anecdotes qui ont conduit IRWIN à s’intéresser aux Phi d’une façon assez cartésienne.

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Ses recherches se sont heurté à des difficultés, comme celle des personnes possédant certaines croyances et ne voulant pas  en parler, surtout si elles pensent que le Phi en question est dans le voisinage ; ou encore celle  de personnes qui ont rencontré le même Phi et peuvent donner des versions entièrement différentes de son apparence et de ses attributs ; en sachant que le même Phi peut avoir différentes facultés qui lui sont assignées dans les différentes parties du pays.

 

La littérature siamoise sur le sujet – sérieuse entendons-nous - est squelettique. IRWIN a toutefois déniché une brochure de 60 pages de la plume de feu le prince Si Saowaphang (พระองค์เจ้า ศรีเสาวภางค์), intitulée « Propos sur les pouvoirs des Phi et des Philok » (ว่าด้วยอำนาจผีและผีหลอก - Wa duaiamnat Phi lae Phillok), petit ouvrage confidentiel, réédité une seule fois en 1921 (5).

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Le prince s’attache à commenter certains effets attribués par les ignorants à certains Phi précisant qu’ils proviendraient parfois (mais pas toujours) de causes purement naturelles. IRWIN s’est fondé sur la liste de Phi que donne le prince. Celle de Phya Anumam Rajathon n’est pas exactement similaire ; ce qui nous laisse à penser qu’il n’a pas eu connaissance de cet opuscule.

 

Il en existe trois classes :

 

• Ceux qui, liés aux êtres humains, sont des fantômes au sens propre, fantômes de morts ou « corps astral » de vivants.

• Ceux qui ne proviennent pas d’êtres humains ayant leur existence propre mais qui, dans certains cas peuvent être sous contrôle d'un être humain.

• Et enfin les Phi d’un autre monde que l’on ne voit ni n’entend mais dont l’existence est assurée (dans une certaine mesure !).

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Les Phi de la première espèce

 

Dans la première classe, nous devons inclure les Phi Lok (ผี หลอก), curieusement inconnus de Rajathon.

 

Jules, inoubliable fantôme, ami de Fernandel (François Ier - 1937)

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Ce sont ceux que nous pouvons inclure sous le terme générique de « fantômes » en français ou « ghost » en anglais. Ce sont les esprits de morts qui hantent une localité ou une habitation, ils apparaissent dans certaines maisons, principalement anciennes et abandonnées, ou dans des ruines anciennes dans l’intention d’effrayer soit par une présence visible soit par un simple « ressenti ». Un Phi Lok pourrait ainsi s'asseoir sur le bout de votre lit et vous tirer les orteils.

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Le Phi et le diplomate.

 

Voici l’histoire du diplomate. « Se non è vero, è ben trovato » : Il y a quelques années, nous dit IRWIN (quand ?) un fonctionnaire du service consulaire d'une puissance étrangère (laquelle ?) est allé s’installer dans une ville de l'intérieur (laquelle ?).

 

Il fut logé dans une maison vide proche de celle occupée par le Haut-Commissaire siamois. Ses serviteurs dormaient au rez-de-chaussée, une sentinelle était postée à l’entrée de la maison. L’étage était complètement fermé, à l'exception d'une porte donnant sur la terrasse-véranda dans la chambre où il dormait. La cage d'escalier se trouvait à l'intérieur de la maison, le rez-de-chaussée était complètement fermé la nuit. Personne ne pouvait donc de l’extérieur pénétrer dans la maison. La première nuit après avoir soigneusement fermé les fenêtres et les portes de sa chambre à coucher, il se retira et se mit au lit. Au milieu de la nuit, il fut brutalement réveillé et jeté au sol. Un examen attentif montra que toutes les fenêtres et la porte principale étaient bien fermées. Il soupçonna une plaisanterie  d’un goût douteux et alla porte plainte à la police. Une enquête fut ouverte qui ne donna aucun résultat. Mais c’était un homme ingénieux qui avait résolu de mettre la main au collet de son assaillant. La nuit suivante, avant de se coucher, il répandit de la farine sur le plancher de sa chambre. Il souffla la bougie et se mit au lit en restant éveillé. Vers minuit, il entendit un léger bruit, sentit ce qui semblait être des mains humaines saisir ses chevilles et le jeter au bas du lit sur le plancher. Il se leva et saisit son assaillant qui s'enfuit probablement par la porte. Il appela les domestiques qui apportèrent de la lumière. On vit les traces de l’intrus, clairement des traces de Phi. Elles avaient la forme d'un cercle presque parfait d'environ deux pouces de diamètre (5 centimètres), avec de petites marques apparemment humaines sur un côté. La piste conduisant à la porte montrait des marques telles qu’elles auraient pu être faites par les ondulations de la peau d'un pied humain mais toujours aucun autres indices quels qu’ils soient sur le propriétaire du pied. L’employé du consulat et le commissaire son voisin convinrent que la seule chose à faire était de lui trouver une autre résidence où il put rester sans souci le reste de son séjour. Les voisins qui avaient vu les traces dans la farine étaient tous convaincus qu'un Phi Lok l'avait chassé de son ancien logement.

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Mais,  acharné, de sa nouvelle résidence, il revint une nuit suivante  une lampe à la main et tenant de l’autre la laisse d’un chien féroce appelé « Haw » (« aubépine »). Arrivé au pied du perron conduisant à la maison, le chien refusa de continuer et lui échappa. Il se retourna pour le rattraper quand il s'aperçut que l’animal regardait quelque chose derrière lui. Il vit alors assis sur ses talons à quelques pas un petit garçon d'environ un demi-mètre de haut absolument blanc comme neige de la tête aux pieds. Il se rendit compte que c'était quelque chose d'extraordinaire, son cœur cessa de battre, il se contenta de se tenir debout et de regarder le garçon pendant environ trois minutes. Malheureusement, dans sa frayeur, il fit un pas malencontreux et se cogna la tête contre un mur. Il s’évanouit, ses amis en entendant le bruit sortirent et le relevèrent. Il ne se remit pas de sa frayeur  pendant six mois au cours desquels tous ses cheveux tombèrent : Il avait vu un Phi Lok.

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Il existe un autre Phi dont ne parle pas Rajathon, le Phi Am (ผีอำ) qui intervient de la même façon pour chasser les êtres humains qui le dérangent. Il s’assied sur leur poitrine ou leur foie dès qu’ils  se sont endormis dans un endroit inhabituel, sala ou temple. Il ne reste plus alors à la victime qu’à gémir et émettre de sons inarticulés avant que le Phi Am  ne s’en aille.  Mais nous n’avons pas d’histoire à son sujet.

 

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Le Phi  et  le fonctionnaire.

 

En ce qui concerne d’autre Phi fantômes, Phi Prêt (ผี เปรต), Phi Krasu (ผี กระ สื อ) – le plus malfaisant -  Phi krahang (ผีกระหัง)   et Phi Taïhong  (ผีตายโหง) nous en avons déjà parlé (1). Citons simplement une anecdote que nous conte IRWIN concernant un malfaisant Phi Taïhong : Un fonctionnaire d’un service gouvernemental, deux heures après avoir mangé son repas du soir, se leva et commença à parler de façon incohérente et absurde, menaçant de détruite la maison et se comportant comme un fou. Ses amis ne pouvant la raisonner allèrent alors chercher le sorcier pour chasser ce qui était incontestablement une possession par un Phi Taïhong. Celui-ci au cours d’une longue cérémonie prit un clou dont il lui perça un l’ongle du gros orteil jusqu’à la peau non sans prononcer des formules incantatoires, le Phi s’échappa au travers de ce trou et l’homme retrouva immédiatement ses esprits.

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Les Phi de la deuxième espèce.

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Ils existent par eux-mêmes ne provenant pas par leur origine de corps humains, morts ou vivants. Le premier parmi eux est le Phi Ruan  (ผีเรือน) l' « ange gardien » attaché à chaque maison. Nous le connaissons (1). Il a son autel dans toutes nos maisons,  hommages aux ancêtres. IRWIN nous cite l’existence d’autres Phi, le plus souvent maléfique qu’ignore Rajathon :

 

Le  Phi qui égare les voyageurs.

 

Le Phi Khamot (ผี ขโมด) qui apparaît sous forme d'une étoile sur les plaines la nuit qu’aperçoivent les promeneurs. Dans la saison des pluies, les bateliers qui perdent leur route se dirigent vers lui en pensant qu'il s'agit d'une maison mais il les induit en erreur et les conduit à  leur perte

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Quant au Phi Pungtaï (ผีพุ่งไต้) il s’agit d’une sorte d'étoile filante qui va et vient dans le ciel  la nuit ....

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... et qu’il ne faut pas confondre avec les étoiles filantes qui  sont pour les Thaïs des « thewada chuti » (เทวดา จุติ), c'est-à-dire des créatures célestes (anges) descendant des cieux pour devenir des mortels !

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Il y a plusieurs Phi dans la jungle, dont le  Phi Chakla (ผีจะกลา) en particulier, dont nous avons une anecdote :

 

Le Phi qui tue.

 

IRWIN a rencontré un vieillard ancien chef de village qui habitait à l'ombre de la jungle. Il n'avait eu qu'une seule épouse avec laquelle il était marié depuis près de cinquante ans, et il disait que sa vie avait été heureuse, et qu'il n'avait jamais connu de peine. Ils avaient eu neuf enfants dont seulement cinq survivaient. Lorsqu’il lui demanda s’il ne considérait pas la perte de quatre enfants comme un malheur, il lui répondit  que trois étaient nés triplés  sans aucune chance de survie et qu’on ne pouvait se plaindre de la mort du quatrième qui était le fait d’un Phi Chakla : Il était parti trois jours dans la jungle avec des garçons de son âge pour chercher des endroits susceptibles de nourrir leur bétail. Ils choisirent un mauvais endroit ennuyés par des Phis prenant forme d’animaux chats ou autres dont on ne pouvait expliquer la présence en cet endroit, qui apparaissaient et disparaissaient autour du camp. Ils curent bon alors de retourner chez  eux. Mais le fils du vieillard n'était plus  le même et, en deux mois, il tomba malade et mourut de dysenterie. Le vieil homme savait qu’Il existait des Phi Pa qui hantent certains endroits de la jungle, où ceux qui tentent d’y vivre ou seulement de dormir ne serait-ce qu’une nuit sont frappés par une maladie mortelle. Ces Phis sont des démons invisibles certes mais bien présents, ils occupent la jungle et même s’ils ne sont pas toujours malveillants, il est bon de rester en bons termes avec eux.

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L’hommage payé par le chasseur au Phi.

 

IRWIN cite encore l’exemple d’un chasseur qu’il avait rencontré et qui, dans la forêt, avait tué un cerf auquel il avait alors coupé un petit morceau du pied, de la lèvre, de la langue, de la paupière et de  l’oreille. Il l’interroge sur le sens de ce rituel : C’est le pen sin (เป็น สี้น) tout simplement « le prix à payer »… Oui mais le prix de quoi ? Est-ce une offrande au Phi ? Bien sûr, bien qu’il ne faille pas mentionner le mot de « Phi » dans l’offrande : C’est pour compenser la perte du cerf tué dans son domaine.

INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI  (FANTÔMES).

Le chasseur et le Phi – tigresse.

 

Il est encore de ces Phi de la forêt qui peuvent prendre la forme de divers animaux tout en pouvant étrangement se rendre invisibles ou disparaître à volonté. IRWIN a encore recueilli le récit d’un vieux « phran » (พราน - chasseur ou  bucheron) : Le Phi, avant de devenir tigre, prend la forme d'une jeune et belle femme et apparaît à la recherche de gibier à l’affut dans un arbre. Ce chasseur était assis avec un compagnon à l’affut dans un arbre au clair de lune. Apparait alors une créature  de rêve au pied de l’arbre, qui engage la discussion et engage le plus jeune à la rejoindre. Mais son compagnon plus âgé et plus expérimenté se méfiait. Après avoir tenté de dissuader son compagnon de descendre, il lui dit qu'il pensait qu'il serait plus à l'aise si lui et la jeune fille avaient un canapé pour s'asseoir, qu'il couperait des branches pour en faire un et les jetterait à la jeune fille, et quand elle les aurait arrangées, il pourrait descendre. C’est ce qu’il fait, il coupe des branches et les jette  à la  jeune fille qui, au lieu de les ramasser à la main se penche et les saisit avec les dents. Les soupçons sont confirmés, le chasseur tire un coup de feu et quand la fumée s'éclaircit, ils virent un tigre mort là où la jeune fille se trouvait. L’auteur est plus  ou moins dubitatif mais cette anecdote n’est-elle pas le reflet d’une réalité, les femmes siamoises peuvent devenir de véritables tigresses ?

INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI  (FANTÔMES).

Un  village des Phi Pop se trouve-t-il à Tharae ?

 

IRWIN évoque ensuite un  Phi bien de chez nous, le Phi  Pop (ผี ปอบ)  tenu dans le  plus grand respect dans notre région du nord-est, qui n’a pas de corps mais est sous contrôle de son propriétaire. Comment obtient-il  un tel contrôle, ou comment sait-on qu'il a un Pop sous contrôle reste un mystère. Ce que nous savons, c’est que cette personne quand elle peut échapper à  la vindicte de son village, c’est à dire à un massacre pur et simple, trouve refuge ailleurs : Nous écrivions (1) « Nous savons en outre que lorsqu’une personne est soupçonnée d’être Phi Pop, elle ne finit pas sur le  bucher mais est bannie du village avec sa famille. Il arrive que ces expulsions concernent plusieurs personnes qui vont alors au loin former un village de phipop. Existe-t-il encore des villages de phipop (บ้าน ผีปอบ) ? Certains le croient ». Seidenfaden nous a donné un début de réponse  qui nous avait permis d’écrire (3) :  « Seindenfaden avait appris qu’en 1909 un assez grand nombre de ces personnes innocentes avaient trouvé un asile dans le grand village catholique romain de Tharae (ท่าแร่) sur la rive nord du lac de Nonghan ». Charité chrétienne oblige, mais nous avons traversé à de multiples reprises ce petit village qui serait un repaire de Phi Pop sans la moindre appréhension.

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Le Phi du bananier.

 

Il est un autre Phi tout à fait singulier dont ne parle pas Rajathon, le Phi Nangthani  (ผี นางตะนี), c’est un Phi féminin qui habite le bananier connu sous le nom de Kluai Tani (กล้วยตานี) ou Musa balbisiana. C’est un fruit curieux puisqu’il comporte des  pépins (plus ou moins) comestibles, mais sa fleur pour qui a les connaissances suffisantes peut s’ouvrir et dévoiler un Phi sous forme d’une belle jeune femme fort utile pour donner de judicieux conseils en matière de jeux, en particulier les nombres  fastes de la loterie. Mais tous ces Phi femelles ne sont pas toujours bienveillants, et la culture de ces bananiers est donc vivement déconseillée. Pourtant toutes les Thaïes ne sont pas des tigresses et toutes ne nous apportent pas que des pépins.

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Les Phi de la troisième espèce.

 

Ceux des deux premières ont leur domaine sur terre. Ceux-là viennent d’ailleurs, du ciel ou de l’enfer, même si ces croyances ne sont pas strictement conformes à l’enseignement de Bouddha. Le plus grand est le «Thao Wetsuwan» (ท้าว เวศ สุวรรณ์) « connu de toutes les personnes instruites » nous dit IRWIN. C‘est un géant (Yak – ยักษ์) féroce portant un gourdin de métal. Sa demeure est au ciel et il est porteur de pouvoirs maléfiques, notamment celui d’infliger la variole aux enfants. Nous avons toutefois tendance à partager l’opinion du prince Si Saowaphang et à attribuer à ce fléau une origine virale et non infernale ?

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Il faut lui  adjoindre Phraya Matchurat (พระยามัจจุราช), le « maître de la mort » qui, lui siège aux enfers dont il est le maître sous la direction de Thao Wetsuwan. Il est le juge qui inflige des sanctions aux Phi qui font le mal. Il tient des registres sur lesquels il inscrit les mauvaises actions des êtres humains pour que puisse leur être infligée une punition appropriée.

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Il a sous ses ordres Nai Ariyaban (นาย ริยบาล), plus  connu sous le nom de Phra Yompraban (พระโยมพระบาล), son geôlier en chef, son bras séculier en quelque sorte ou son bourreau qui inflige les punitions selon ses ordres.

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Prakan (พระกา) enfin est le Phi qui prend les décisions sur la mort des êtres humains. Il serait noir vêtu de rouge.

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L’article que nous venons d’analyser de façon sereine a fait ensuite l’objet d’une discussion devant l’assemblée générale de la SIam society le 3 octobre 1907, alors présidée par un éminent érudit allemand, le Docteur Oswald Frankfurter. Tous les assistants manifestèrent leur intérêt pour une étude sur un sujet alors pratiquement inviolé. Il est rappelé par un intervenant, ce qui est moins connu, que « les anciennes lois du Siam » reconnaissaient l'existence de ces démons et prévoyaient leur mise à mort et la confiscation des biens en cas de preuve.  Le Docteur Bradley, autre érudit rappelle que dès le début de la dynastie Chakri, tous les cas de démonologie devaient être soumis à la juridiction de Bangkok de peur du manque d’impartialité des juges locaux mais toujours selon lui, cette législation serait devenue plus ou moins obsolète. Monsieur R. Belhomme (nous ignorons tout de lui) rappelle que tous les intervenants ont eu un jour connaissance de faits similaires concernant des fantômes, des génies et des démons ce qui sera largement confirmé par d’autres participants. Le président rappelle que des faits similaires ont  été dument constatés dans l’Indochine française par le Commandant Lunet de la Jonquière tout en faisant une longue description des Phi tonkinois. Un intervenant pose la question de savoir si des cas récents sont connus où la peine de mort a été infligée. Le Major Erik Seidenfaden n’est malheureusement pas là pour préciser qu’il a eu à la même époque à enquêter sur des cas de meurtres collectifs survenus dans des villages de sa circonscription (3).

 

Nous n’en tirons qu’une conclusion, la croyance aux Phi ne se réfute pas, elle se constate. Mais une question mérite d’être posée. Si une telle conférence avait été tenue à l’Académie des sciences ....

INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI  (FANTÔMES).

ou une docte Académie de province, en 1907 ou en 2017, combien de sarcasmes et de hurlements de rire aurait-elle suscité ?

INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI  (FANTÔMES).

Et pourtant à en croire divers sondages ou enquêtes (plus ou moins sérieux ?),  il  y aurait peut-être plus ou moins de la moitié des Français qui croiraient aux fantômes ? Sur le moteur de recherches Google, « phénomènes  occultes » suscite  445.000 réponses, en anglais (« Occult phenomena ») 457.000 et en thaï (ปรากฏการณ์ลึกลับ) 342.000.

 

INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI  (FANTÔMES).

NOTES

 

 

(1) A151 « EN THAÏLANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHI" »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

(2) A 207 « LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/a-207-la-recette-du-philtre-d-amour-revelee-par-le-roi-rama-vi.html

 

(3) INSOLITE  13 « L’ETHNIE SO DE  L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

 

(4) « Some Siamese Ghost-lore and demonology » in Journal de la Siam society volume 4-II de 1907. Ses contributions concernent plus volontiers les sciences naturelles : « Notes on the Races of Serow, or Goat-antelope, found in Siam » (1914 volume 1-I du bulletin « sciences naturelles » de la Siam society) – « Distribution Distribution of the " Lamang" Deer (Cervus eldi platyceros.) » et « Occurrence of the Chinese Francolin (Francolinus chinensis) in Bangkok » (1914 volume 1-II) – « Sore Neck in Sambar (Cervus unicolor) » (1918 volume 3-I).

 

(5) 60ème fils du roi Mongkut, né le 18 juillet 1862, ce prince érudit est mort prématurément le 11 octobre 1889 sans avoir pu mener à bien tous ses projets littéraires. (Voir https://th.wikipedia.org/wiki/พระเจ้าบรมวงศ์เธอ_พระองค์เจ้าศรีเสาวภางค์)

INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI  (FANTÔMES).
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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 18:01
INSOLITE  13 - L’ETHNIE SO DE  L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

Les représentants de cette ethnie s’appellent eux-mêmes So (โซ่ ou โส่, seule change la tonalité), les Thaïs les appellent Sokha, Khaso, Kaso ou encore Khakaso (โซ่ข่า - ข่าโซ่ - กะโซ่ ข่ากะโซ่).

INSOLITE  13 - L’ETHNIE SO DE  L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

Il est difficile de les dénombrer puisqu’ils se sont mélangés à la population locale dont ils ont plus ou moins adopté la langue, thaï standard appris à l’école, lao-isan avec les voisins ou à la maison et éventuellement So avec les anciens. Ils seraient néanmoins encore 2000 répartis dans quatre villages, dont entre 800 et 1000 à parler leur langue à cheval sur les deux provinces de Sakhonnakhon entre le district de Kusuman (กุสุมาลย์) (province de Sakhon) et celui voisin de Plappak (ปลาปาก) dans la province de Nakhonphanom selon un site officiel (1).

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Dans le petit district de Kusuman à une quinzaine de kilomètres de Tharae (ท่าแร่) (2), ils ont constitué un petit musée très convivial ....

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... avec des reconstitutions « à l’identique » de leurs habitations d’origine.

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Y sont exposés des objets souvenirs, arcs et arbalètes ...

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... vieilles escopettes, vieux outils avec de belles reconstitutions effectuées par les enfants du village de toutes sortes de pièges construits avec les moyens du bord le plus souvent en bambou sans le moindre métal, souvent très ingénieux et utilisés pour s’emparer du poisson et du petit gibier.

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Ils ont conservé leur tradition de vannerie et de forge, ils en tirent profit : tout au long des routes nous voyons des échoppes sommaires où ils vendent les objets tressés en rotin ou en bambou parfois sous vos yeux, nasses pour le pèche, bourriches, paniers, cages à poule, trappes à oiseaux, etc… (3) ainsi que des outils forgés dans de la ferraille de récupération à des prix qui sont très loin d’atteindre ceux des boutiques de souvenirs le facteur étant en général de 1 à 5 sinon de 1 à 10 !

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Sans s’être mises au tissage, les femmes se sont mises à la couture et cousent des vêtements traditionnels sur de vieilles machines à coudre à pédales.

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Le premier à leur avoir consacré une étude est notre sempiternel gendarme danois, le major Erik Seidenfaden en 1943 (4).

 

Quelques sites Internet nous en parlent brièvement et en thaï, à vocation plus folklorique que culturelle certains comportent de très rares photographies anciennes (5).

 

Mais la seule référence bibliographique qui est donnée reste toujours au XXIème siècle l’article de Seidendafen.

 

20 ans avant d’écrire son article, il y a donc un peu moins d’un siècle, Seidenfaden pour le compte de la Thailand research society (Revue de la Siam sociéty), avait, adressé un questionnaire aux autorités de la province de Kalasin dont le résultat était tombé dans les oubliettes de ses archives d’où il l’avait exhumé. Ce sont les résultats de cette enquête qu’il a traduits et publiés.

INSOLITE  13 - L’ETHNIE SO DE  L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

Contenant de précieuses données technologiques et ethnographiques, il y a ajouté ses propres commentaires. Nous nous sommes penchés à la fois sur les résultats du questionnaire, étonnants, sur son interprétation des résultats du questionnaire, tout aussi étonnante  et sur les renseignements que nous tirons des quelques sites Internet consacrés aux ethnies, tous en thaï, et de nos propres constatations en ce qui concerne ces So.

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Les résultats de l’enquête :

 

Leur aspect physique et leur vie quotidienne :

 

Ils sont de petite taille et plutôt boulots, entre 1,40 à 1,60 mètres, ni gros ni maigre et plutôt boulots. Leurs visages sont ovales, le nez  est petit et aplati. Leurs lèvres sont de couleur bleuâtre foncé, mais de taille égale. Certains hommes ont une barbe clairsemée ou une mince moustache. Leurs cheveux n’ont pas plus d’un demi-pouce de longueur et sont d'une couleur jaunâtre. Leur poil est court, doux et jaunâtre. Leurs cheveux sont parfois naturellement frisés. La pupille des yeux est d’un noir jaunâtre, tandis que le blanc est de couleur blanche tendant vers le jaune. Leurs yeux sont horizontaux, le coin externe de la paupière supérieure étant un peu plus bas que le coin interne de l'œil. La couleur de leur peau est rougeâtre dans les parties protégées par des vêtements, mais plus sombre dans les parties non protégées.

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« La tache congénitale (tache mongolienne) dans la région sacro-lombaire se retrouve chez tous les nourrissons mais disparaît complètement après 30 jours »  (6).

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Les déformations du crâne, du visage, des dents ou des organes génitaux sont inconnues. Les hommes se tatouent les jambes au-dessus des genoux sur les cuisses. Certaines femmes se tatouent l’estomac et les poignets avec des motifs de fleurs de riz ou d'autres fleur mais elles ne se maquillent pas.

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Les hommes portent généralement un pagne de coton et une capuche de coton noir à manches longues. Les femmes portent un phasin (ผ้าซิ่น - jupe) et un manteau en coton noir à manches longues mais à la maison elles ne mettent pas leurs bras dans les manches qui sont jetées sur leurs épaules.

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Les jours de fête, les hommes portent un phanung de soie (ผ้านึง pièce de tissus) et un foulard traversant la partie supérieure du corps au lieu du manteau. Les femmes portent un phasin de soie et une écharpe (tissu de poitrine) au lieu du manteau. Les hommes se sont tous coupé les cheveux; Les femmes les portent longs enroulés en chignon. Les jours ordinaires, les femmes portent un fichu sur la tête mais l’enlèvent les jours de fête. Les hommes ne portent pas de bijoux, les femmes portent des bracelets et des boucles d’oreille d’argent, de cuivre ou de laiton. Elles portent aussi des colliers de perles ou de pièces d’argent de un ou deux salungs. Les hommes ont quatre sortes de vêtements, phanung, écharpe, manteau et pantalon. Les femmes n’en ont que trois, phasin, écharpe et manteau.

 

Ils se nourrissent de riz, de légumes et de sauces pimentées. Ils ne boivent pas d’alcool et ne consomment pas d’opium mais tous mâchent du bétel.

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Leurs ustensiles de cuisine se composent de pots d'argile, de poêles en fer et de tasses pour la sauce poivre et le curry et d’une sorte de réceptacle en bois percé dans le fond pour cuire le riz à la vapeur (huat nungkhao - หวด นึ่งข้าว).  

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Ils fabriquent également une boîte en bambou dans laquelle ils placent le riz au moment des repas (klongkhao - กล่องข้าว récipient à riz). Nos enquêteurs, probablement des fonctionnaires de Bangkok semblent surpris de découvrir ce que nous voyons tous les jours dans les cuisines de nos épouses pour la cuisson, la conservation et le transport  non pas du riz mais du riz gluant (khaoniao – ข้าวเหนียว).

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Les hommes chassent et pèchent. Pour la chasse, ils utilisent des fusils et des arcs de bois. Ils pêchent avec des filets et des nasses. Ils chassent le bœuf et le cochon sauvages, le cerf, le cerf sambar, l'ours et diverses sortes d'oiseaux. Le fruit de leur chasse et de leur pèche répond à leurs besoins, sans plus.

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Ils n’ont aucune espèce de véhicules, leur seul moyen est le portage. Ils ont des champs de riz et des pans de forêt. Pour la culture ils utilisent des charrues et des herses tirées par des buffles; Pour dégager les terres dans la forêt ils utilisent la hache, le couteau, la houe et la bêche. Ils cultivent le riz, les courges, les melons, le maïs, les haricots, le sésame, le poivre et les tomates.

 

Où vivaient-ils il y a un siècle ?

 

Les enquêteurs les ont trouvés dans la forêt de Phuphan (ภูพาน) qui chevauche la province de Kalasin et celle de Sakhon Nakhon, dans l‘amphoe montagneux de Khao Pha Daeng (เขาพาแดง), dans  celui de That Choengchum (ธาตุเชิงชุม) situé près du grand lac Nong Han (หนองหาน) sur les rives duquel se trouve la ville  de Sakhon Nakhon. S’agissant du plus grand lac naturel du pays – 125 km2 – il procurait de toute évidence d’inépuisables ressources pour la pèche.

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Nous les trouvions encore dans la région de Nakae (นาแก) au sud-ouest de la province de Sakhon, frontalière avec celle de Mukdahan et enfin, sur le territoire de la province de Kalasin, à Kuchinarai (กุฉินารายณ์) mais avec une possible confusion des enquêteurs avec un village Phuthaï et encore dans le district de Nonghang (หนองห้าง) situé à proximité de Kuchinarai. Nous ignorons malheureusement leur nombre.

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Leur « culture » :

 

« Ils sont extrêmement stupides et s’appellent eux-mêmes So (โซ่) » nous disent les enquêteurs mais nous voyons mal le lien avec leur stupidité (dument constatée) et le mot « So » à moins qu’il n’ait un sens particulier dans un jargon qui nous échappe ?

 

Leur comportement n'est pas ordinaire, leur coutume est de marcher rapidement; Ils ne savent pas comment s'asseoir de bonne façon et « leur discours est grossier et indigne » (7).

 

Leurs villages sont construits dans la forêt vierge sur les crêtes. Ils se composent de nombreuses maisons individuelles chacune ayant une clôture de bois. Elles sont construites sur poteaux avec des murs en bois et divisé en petites pièces juste assez grandes pour le couchage. Elles n’ont qu’un étage. Les ustensiles domestiques, les vêtements ainsi que les outils sont tous à l’intérieur. Leurs maisons sont en désordre et d’une saleté repoussante (8).

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Ils n’ont ni magasins ni marchés, ils ne vendent et n’achètent qu’en petite quantité. D’une espèce de bambou, ils tressent des nattes de couchage et les troquent contre des vêtements étant eux-mêmes totalement incapables de tisser le coton et la soie.

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Pour l’artisanat, ils ne connaissent que la forge et la vannerie. La poterie, la menuiserie, le tissage, la couture, la broderie, la teinture et le sel leur sont totalement inconnus. Leurs armes consistent en fusils, arbalètes, lances et couteaux.

 

Leur  religion :

 

Ils sont bouddhistes. Tous les ans en mars ou avril ils vont en pèlerinage au That Phanom (ธาตุพนม) sur les bords du Mékong (9).

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Ils ne sacrifient pas aux esprits. Il n’y a aucun moine chez eux mais ils possèdent de petites images de Bouddha placées sur le mur sud de leur maison. Il n'y a pas de cérémonies à la naissance des enfants mais ils encerclent la maison avec un fil sacré pour préserver le bébé contre les mauvaises influences, avec le rasage des cheveux du nouveau-né. Il n’y a pas de cérémonies au décès, la dépouille est incinérée sans la moindre intervention des moines. Il n’y a pas de cérémonies non plus lors de la construction d’une maison.

 

Les parents et les frères aînés sont respectés mais pas les sœurs ; Une fois mariées, elles doivent aller vivre avec leurs maris. Dans tous les foyers, tous doivent obéir mais le chef de famille ne doit pas fouetter ou frapper quiconque, pas même sa propre femme ou ses enfants. Si quelqu'un commet une faute, toute la famille est convoquée pour admonester le coupable. Les petits enfants sont bien nourris, en particulier s’ils sont malades mais on ne leur donne aucune espèce de soins. Dans le cas d’adoption, on attend des parents qu’ils aiment et élèvent les enfants comme les leurs, et ceux-ci leurs doivent le respect plus encore qu’à des parents par le sang. Il y a trois sortes d’adoption ; adoption à la naissance de l'enfant dont la mère est morte ; adoption à la naissance si la mère est malade et ne peut pas donner le sein ; au cas où les parents sont trop pauvres pour subvenir aux besoins de leur enfant, ils peuvent laisser les autres les adopter. Dans tous ces cas tout lien entre les enfants et leurs parents naturels sont définitivement rompus. Les enfants adoptés doivent dorénavant considérer leurs parents adoptifs comme leurs véritables parents.

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Le mariage est affaire d’inclination réciproque. Quand le couple a pris sa décision, le jeune homme offre à sa future des présents, vêtements en général, on appelle cela le khongfak (ของฝาก), tout simplement « un souvenir ». Si la jeune fille l’accepte, elle l’autorise à cohabiter avec elle cette nuit-là. Le lendemain, la jeune fille apporte les cadeaux à ses parents et leur dit qu’ils viennent d’un jeune homme dont elle veut devenir l’épouse. Les parents prennent alors contact avec ceux du jeune homme pour les arrangements. En cas de désaccord, la jeune fille doit restituer les cadeaux. Si elle ne le faisait pas, elle ne trouverait jamais aucun autre mari. Une fois les cadeaux retournés, tous les liens sont rompus. En cas d’accord, les parents conviennent de la date du mariage. Au jour choisi, l'époux envoie un messager avec deux bougies et cinq baths pour demander officiellement la fille à ses parents. Lorsqu’ils ont accepté les bougies et l'argent, leur fille accompagne le messager jusqu’à la maison du marié. Arrivée là, elle mange et dort avec lui, ils sont considérés comme mariés. Au bout d'un mois l'homme envoie à ses beaux-parents du bétel avec cinq tasses, deux bracelets de cuivre ou de laiton, deux colliers de perles et une tête de cochon bouilli sur un plateau. Si on n’a pas de tête de cochon, on la remplace par huit poules, deux bouillies et six au curry ainsi que vingt baths mais l’argent n’est pas le plus important. Le mari doit rendre visite à ses beaux-parents et les saluer avec deux bougies dans les mains, la femme fait de même auprès de ses beaux-parents. Dans les trois ans qui suivent, l’époux doit faire les mêmes cadeaux à ses beaux-parents. Quand cette coutume a été pratiquée deux fois, le mariage est considéré comme définitif. Les parents conservent pleine autorité sur leurs enfants et une fille ne peut aller vivre chez un homme en dehors de cette procédure.

 

Nous notons que cette procédure de mariage temporaire et de mariage à l’essai est inconnue du reste du pays.

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En ce qui concerne l’héritage, seuls les garçons héritent ; ou les filles s’il n’y a pas de garçons. Les filles jouissent d'une certaine liberté, tant du moins qu’un jeune homme n'a pas proposé le don et qu’il a été accepté. L’époux qui demande le divorce doit tout simplement payer à l’autre une compensation de vingt baths (10) !

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À la naissance, le nouveau-né est lavé et langé et sa mère va l’allaiter. Au bout de de sept jours on commence à lui donner du riz. Au bout d’un an, l'enfant recevra la nourriture ordinaire. L'âge de 18 ans est considéré comme le bon âge pour le mariage.

 

Ils n'ont donc pas de lois, criminelles ou civiles, qui leur soient propres. Ils suivent leurs coutumes et obéissent aux lois actuelles du royaume. Ils connaissent très bien la différence entre le bien et le mal. Les crimes violents chez eux sont inconnus.

 

Ils n’ont aucune connaissance artistique, dessin ou sculpture. Ils ignorent le théâtre et pour instrument de musique ne connaissent que le Khaen (แคน)

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... et la flute - Khlui (ขลุ่ย).

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Danse, chant, poésie ou contes de fées leur sont inconnus. Ils n’ont pas de littérature non plus.

 

Leur computation du temps n’est pas celle des Thaïs puisqu’ils divisent la journée en six fractions et non quatre.

 

Il leur arrive d’utiliser certaines racines comme médicaments mais leurs connaissances médicales sont nulles.

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Les constatations d’Erik Seidenfaden en 1943

 

Elles ne furent guère plus flatteuses.

 

Ils appartiennent au groupe Mon-Khmer de la race austro asiatique, alors que les Phuthai sont des « thaïs purs » même si leur dialecte est légèrement différent de ce que Seidenfaden appelle avec élégance « la langue de notre roi ». Leur habitat  d’origine se situait dans le district de Thakkek (ท่าแขก), dans la province de Kammouan (คม่วน) où ils vivaient sur des collines dans la jungle. Ils ont traversé le Mékong, probablement déportés, lors de la grande guerre entre l’Annam et le Siam (1841-1845).

 

Il n’y a aucune légende sur leur origine comme pour les Saek (11).

  

Ils sont regroupés en petites communautés dans la région de Kusuman (กุสุมาลย์), un district à une vingtaine de kilomètres au nord-est de la province de Sakhon au bord du grand lac Nong Han, dans le district de Wanonniwat (วานรนิวาส) également dans la province de Sakhon à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest. Ils y ont en 1915 été comptés pour 4.250 âmes. Nous les trouvons encore dans le district de Tha Uthen (ท่าอุเทน) à une vingtaine de kilomètres au nord de Nakhon Phanom sur les rives du Mékong, non loin de At Samat ou nous avons rencontré les Saek, une autre ethnie en probable voie de disparition (11). Ils s’y sont largement croisés avec des Phuthaï. Seidenfaden n’est guère précis sur les chiffres, trente ans auparavant (1913) ils auraient été moins de 7.000 sur les deux provinces. On en rencontre encore dans le district de Warichaphum (วาริชภูมิ) situé à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Sakhon dans ce qui est aujourd’hui le gigantesque parc national de Phuphan (ภูพานอุทยานแห่งชาติ). Dans le district de Kuchinarai, dans la province de Kalasin, ils étaient, en 1915, 900 à parler leur langue. Seidenfaden évalue globalement leur nombre total à moins de 10.000.

 

Il nous confirme – d’expérience - qu’ils ont la peau très foncée, presque noire parfois et les cheveux très frisés ce qui signifie, conclut-il, qu’il y a une forte souche de sang négroïde chez eux mais on rencontre parfois des individus qui ont des traits réguliers (12).

INSOLITE  13 - L’ETHNIE SO DE  L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

Toutefois, les « filles ne manquent pas de charme, sont souvent bien formées et gracieuses dans leurs mouvements ».

INSOLITE  13 - L’ETHNIE SO DE  L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

Ceux et celles rencontrés par Seidenfaden n’ont aucune notion de propreté et la chasse à la vermine dans les cheveux est leur sport favori (8). Cependant, à l'heure actuelle – nous dit-il - la campagne énergique pour la propreté et l’hygiène du corps, des vêtements et des habitations, engagée par les autorités gouvernementales a eu un succès marqué et a notablement amélioré les mœurs de ce peuple.

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Mais Seidenfanden va compléter par un détail fort peu sympathique, un oubli des enquêteurs, relatif aux fortes superstitions qui, autrefois au moins, étaient si fréquentes chez eux, souvent avec des résultats mortels. Ils croient ou croyaient en effet aux Phipop (ผีปอบ), des esprits malfaisants spécifiques au nord-est dont nous avons déjà parlé (13) ce qui contredit formellement les constatations des enquêteurs sur leur  caractère pacifique !

 

Certains individus des deux sexes étaient (sont ?) censés être capables, par la sorcellerie, de tuer toute personne détestée par eux, Le processus consistait à insérer un minuscule morceau de peau de buffle dans la nourriture de la victime. Après avoir pénétré dans l'estomac, le morceau de peau de buffle se gonflait à un tel point que la malheureuse victime allait mourir. Curieusement, les individus soupçonnés d'être Phipop étaient toujours parmi les hommes les plus intelligents ou les filles les plus belles. Une fois qu’une personne était convaincue d’être un Phipop, toute la population du village se réunissait et très souvent décidait de la mort du coupable s’il ne s’était pas déjà enfui. Seindenfaden avait appris qu’en 1909 un assez grand nombre de ces personnes innocentes avaient trouvé un asile dans le grand village catholique romain de Tharae (ท่าแร่) sur la rive nord du lac de Nonghan  (2). Compte tenu de la responsabilité collective des villageois dans la décision de tuer le Phipop, il est toujours très difficile aux autorités de trouver le meurtrier réel. En service dans la Gendarmerie provinciale de 1909 à 1910, Seidenfaden a rencontré plusieurs de ces cas de meurtres collectifs. Dans un cas il fut nécessaire d'arrêter presque toute la population du village pour savoir la vérité concernant le ou les meurtriers. « Nous espérons », continue-t-il, « que les progrès de l’instruction et de l’enseignement vont faire disparaître ces croyances ».

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En ce qui concerne leur langue d’origine mon-khmer de la grande branche Katuic, une première fois étudiée par Monseigneur Cuaz en 1904, elle était alors encore pratiquée à Kuchinarai. Seidenfaden nous en donne un lexique quadrilingue d’environ 400 mots, anglais, thaï, So, So selon Monseigneur Cuaz (dont la transcription est différente de la sienne avec le même résultat) et Phuthaï. Ne parlons pas du Phuthaï qui ne nous concerne pas aujourd’hui, le vocabulaire So est totalement différent du Thaï et du Phuthaï dans tous ces mots d’utilisation courante. Il nous est difficile d’en dire plus. Il ne semble pas qu’elle ait fait depuis lors l’objet d’études plus approfondies.

 

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Aujourd’hui ?

 

Aujourd’hui, ils sont paysans, qui ne l’est pas en Isan ?

 

Ils ont quitté les montagnes devenues parc nationaux qu’ils occupaient autrefois d’où les bœufs sauvages, les ours et les cerfs-sambar ont depuis longtemps disparu. Il ne semble pas qu’il y subsiste d’autres communautés ailleurs que dans les deux districts de Kusuman et Plapak. Ils ne s’expriment plus par grognements comme l’avait constaté Monseigneur Cuaz en 1904. Ils sont devenus propres et civilisés, les habitations sont coquettes, ils savent lire et écrire, tous les districts ont leur site Internet (14), ils ont des écoles, des hôpitaux et des dispensaires et des temples bouddhistes (15) tout autant que dans le reste du pays.

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S’il se commettait encore des meurtres rituels, on peut être certain que la presse nationale friande de ces anecdotes s’en ferait friande de ces anecdotes s’en ferait l’écho.

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Il est évidemment difficile de dire qu’ils ont été « acculturés » ou « déculturés » puisqu’il y a moins d’un siècle ils ne possédaient qu’une culture embryonnaire caractérisée il est vrai par une certaine habileté technologique qu’ils ont su conserver, un langage qui se perd, des rituels primitifs qui ont disparu, mais une absence totale de traditions et de pratiques de quelque art que ce soit.

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NOTES

 

(1) Selon un site dépendant du ministère de la culture, la langue est encore parlée dans quatre villages regroupant 2.000 habitants par entre 800 et 1.000 personnes seulement mais beaucoup hésitent à le faire « par honte des voisins » :

http://www.thaiculture.go.th/script/test.php?pageID=107&table_d=language&s_type=

Wikipédia, la reine des fausses encyclopédies, ne craint pas de faire état de 102.000 So en Thaïlande (chiffres 2001) mais ne parle pas du nombre de locuteurs (https://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาโซ่). La seule source qu’elle cite est une étude des missionnaires Pilipp Dill et Greg Lyons sur les locuteurs mais elle est totalement fantaisiste puisqu’ils confondent les So avec les Bru (บรุ), une ethnie totalement distincte mais géographiquement voisine, beaucoup plus nombreuse et répartie dans de nombreux districts thaïs, avec laquelle ils se sont probablement étroitement mélangés (« Ethnolinguistic map of Thailand » de 2004, ISBN 974-7103-58-3).

 

(2) Tharae est le centre de l’archidiocèse catholique romain qui a juridiction sur les provinces de Kalasin, Mukdahan, Nakhon Phanom et Sakon Nakhon où se trouve la cathédrale Saint-Michel construite modestement en 1884 et reconstruite somptueusement il y a une dizaine d’années.

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(3) Voir une étude exhaustive de H.B.Garrett « NOTES ON SOME TRAPS MADE BY THE HILL PEOPLES OF SIAM » Journal de la Siam society, supplément d’histoire naturelle, volume VIII- 1 de 1929.

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(4) « REGARDING THE CUSTOMS, MANNERS, ECONOMICS AND LANGUAGES OF THE KHA (SO) AND PHUTHAI LIVING IN AMPHOE  KUTCHINARAI กุฉินารายน์ (CHANGVAT- KALASINDHU, MONTHON ROI ET) » in Journal de la Siam society, volume 34-II de 1943.

 

(5) En particulier :

http://www.isangate.com/isan/paothai_kaso.html

http://www.sakonnakhonguide.com/index.php?name=knowledge&file=readknowledge&id=20#.WGsGZNJ950w

http://thaisokusuman.blogspot.com/p/blog-page.html

http://www.sac.or.th/databases/ethnicredb/en/research_detail.php?id=218 qui est le site du « Princess Maha Chakri Sirindhorn Anthropology Centre ».

 

(6) Ces constatations sont évidemment à relier à celle de la présence de la tache bleue mongolique chez les nouveaux nés dont Seidenfaden ne nous parlera plus, 20 ans après que sa présence systématique eut été constatée. On sait que, dans certaines races, on observe avec une grande fréquence, au moment de la naissance, une tache bleuâtre, en général située au niveau de la région sacrée, qui s'efface peu à peu avec l'âge. Il ne semble pas que l’on retrouve cette particularité chez les Thaïs originaires ce qui explique qu’elle ait été signalée ? La signification en est toujours obscure. Peut-on la considérer comme un rudiment atavique qui nous reporte vers des ancêtres éloignés; ou bien comme un indice de la descendance d'une race depuis longtemps disparue ? Elle a en tous cas donné lieu à une littérature surabondante à connotation parfois plus ou moins raciste ou tout au moins « non politiquement correcte » : J. Deniker « Les taches congénitales dans la région sacro-lombaire considérées comme caractère de race » In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série. Tome 2, 1901. pp. 274-281; ou Paul Rivet « La tache bleue mongolique » In : Journal de la Société des Américanistes. Tome 7, 1910. pp. 335-336;

 

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(7) Monseigneur Cuaz qui a étudié ceux du Laos n’est pas plus flatteur : « leur prononciation est rude et saccadée, avec des roulements d’r qui rappellent le malais et le cambodgien ; ils n’ont aucune écriture connue ;  pour communiquer entre eux, ils se contentent de graver grossièrement sur des lamelles de bois ou de bambou quelques signes conventionnels ; et ceux-ci leur suffisent pour se transmettre un mot d’ordre ou une mauvaise nouvelle » (« Lexique franco-laocien » de 1904 et « Etude sur la langue laocienne » de la même année.

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(8) Rappelons que La Loubère en 1691 insiste sur la propreté des Siamois « Les Siamois sont fort propres » (« Du royaume de Siam » volume I, 1691) et Mgr Pallegoix sur celles de leurs maisons « les habitations des Thaïs sont très propre » Description du royaume Thaï ou Siam » volume I, 1854). 

 

(9) Le chedi de That Panom situé sur les rives du Mékong à 25 km au nord de Nakhon Phanom est l’un des lieux les plus sacrés du bouddhisme thaï et assurément le plus sacré de l’Isan.

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(10) Une comparaison plus ou moins aléatoire peut-être titrée d’un « Guide Madrolles » des années 20, un baths de l’époque vaut 1,65 francs, qui vaut environ 0,70 euros 2016 ce qui mettait le divorce au prix tout à fait abordable de 15 euros ?

 

(11) voir notre article Insolite 12 « LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ? ».

 

(12) Seidenfaden ne s’est pas préoccupé de la présence de la « tâche bleue » - voir note 6.

 

(13) Sur ces Phipop, les pires de tous les phis, voir notre article « A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES PHI »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

(14) Pour Kusuman : http://www.amphoe.com/menu.php?am=599&pv=55&mid=1 et pour Plapak http://www.plapak.net/?page_id=29

 

(15) 6 pour le seul district (tambon - ตำบล) de Kusuman qui comprend 7000 habitants : http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดสกลนคร et 11 pour celui de Plapak qui comprend moins de 9000 habitants : http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดนครพนม

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 18:07
INSOLITE 11 - LES « PEUPLES DES MONTAGNES » DE LA RÉGION DE KHORAT, DERNIERS REPRÉSENTANTS DU DVARAVATI.

Nous vous avons parlé d’eux dans un article précédent (1) en quelques lignes qui méritent à la fois une rectification et quelques précisions, rectification car ces peuples  ne sont apparemment ni khmers ni musulmans.

 

En 1882 et six mois de 1883, Etienne Aymonier a exploré le Cambodge, la partie du Cambodge alors siamoise et le Laos siamois au point de vue épigraphique. Si ses travaux archéologiques ont fait l’objet de volumineuses publications (2), il nous livre plus familièrement les souvenirs de ce long voyage (3).

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Sur le trajet entre Khorat, Phrakonchaï et Buriram, il entendit parler de cette peuplade par un vieux « Kamman » (probablement un chaman ?).  

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Citons-le :

 

« Le bon vieux Kamnan me dit que, droit au sud du Ban Chhêh et à une journée de marche environ, sont trois villages dépendant aussi de l'amphœ de Kathup : Ban Pongro, Ban Yok Phika, Ban Ram Khliek, habités par une peuplade aborigène qu'on appelle Chhao Bon, (prononcez Tchao Bonne) et qui possède encore son dialecte propre. Les hommes ont adopté les usages siamois en ce qui concerne le pagne et la chevelure ; mais les femmes ont gardé la vieille coutume des oreilles largement percées. Elles sont vêtues d'une pièce d'étoffe nouée à la ceinture en forme de jupe dont les deux bouts ne sont pas cousus ensemble. Ce vêtement diffère donc à la fois du langouti siamois et de la jupe laotienne ou cambodgienne.

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De même que la plupart des femmes sauvages elles portent leurs fardeaux dans une hotte sur le dos et en même temps leur enfant en bandoulière sur le côté assis sur la hanche el se cramponnant aux vêtements maternels. Elles vont puiser l'eau en balance à double fardeau comme les femmes annamites.

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Ces sauvages n'ont pas de rizières, ils brûlent les pans de forêts, y plantant le riz une saison seulement et déplaçant ensuite, avec leurs cultures, leurs misérables cases qui sont faites par ménage, par  famille ; ce ne sont pas de grandes constructions communes à tout le village comme chez d'autres peuplades.

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Le mariage a lieu avec festins, rasades d'eau-de-vie de riz et offrandes aux ancêtres que l’on informe de l’événement. Les parents des mariés remplissent un bol de riz, un autre de viandes, les placent sur un plateau de bambous tressés et invitent les nouveaux époux à manger en commun ce repas avant de se retirer dans la case ».

 

Nous savons que Ban Chhêh est à « deux bonnes journées de marche de Khorat »  mais nous n’avons pu le situer sur aucune carte pas plus que les trois autres villages. En ce qui concerne le canton de « Khatup », il s’agit probablement de Khao Kabut (เขา กะบุด) situé à 20 km sud-sud-ouest de Pakthongchai et une cinquantaine de Khorat ?

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Il est possible que ces villages aient depuis lors disparu et par ailleurs la transcription faite par Aymonier des noms thaïs, faite à l’oreille, est souvent difficile à interpréter. Notre explorateur ne prétend pas les avoir visités mais il est le premier à en signaler l’existence et il faudra attendre plus de trente-cinq ans pour mieux connaître ces aborigènes (4) alors même qu’ils étaient déjà en passe d’être assimilés et « siamisés ».

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C’est Erik Seidenfaden, notre infatigable gendarme danois, explorateur, ethnologue philologue et archéologue à ses heures qui aura le premier l’occasion de les rencontrer lors d'une visite d'inspection dans l’amphœ de Pakthongchai (ปักธงไชย์) au mois de mars 1918. Pakthongchai est à environ 25 km plein sud de Khorat.

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Il aura de longues conversations avec deux « anciens » et nous livre ses conclusions (5) : Les « Chaubon », ou comme ils s'appellent, Niakon (6), vivaient jusqu'à il y a environ 60 ans, principalement en tant que chasseurs et nomades errant dans les grandes forêts vierges sur les versants nord des collines de  la  chaine des Dangrek (ดงรัก), qui forment la frontière entre le Korat et la province de Prachinburi. Les limites de leur itinérance étaient à l'ouest la chaine des Dongphayafai (ดงพญาไฟ) et à l'est le district de  Lamplaymat  (ลำปลายมาศ) dans la province de Buriram.

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Cette partie de la chaîne des Dangrek, généralement appelée Phukhaokhamphaeng Muang (ภูเขากำแพงเมือง – le nom est significatif « la montagne – mur du pays »), représente la partie la plus haute et la plus sauvage de toute la chaîne. Elle est revêtue de forêts vierges luxuriantes. Il existe des cols ou des passes praticables aux seuls piétons et animaux de bât conduisant vers les plaines du plateau de Korat, le plus connu état celui de Sakaerat (ชง สะแกราช) au sud de Pakthungchai. Avant la construction du chemin de fer Korat cette passe connaissait un trafic intense de bœufs de charge entre Khorat et Prachinburi en direction de Bangkok. De nos jours, ces montagnes sont rarement visitées par l’homme à l'exception de voleurs de bétail ou de patrouilles de gendarmerie. Dans la forêt abondent le tigre et l’éléphant, le sambar,

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... le cerf aboyeur, le bœuf sauvage et parfois avec de la chance comme cela est arrivé à Seidenfaden, un rhinocéros. On y trouve le  précieux bois de rose (maï phayoung – ไม้พยุง ou ไม้พะยู)...

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le rotin, les lianes et de superbes orchidées en abondance. Entre d’énormes roches couvertes de mousse jaillissent des myriades de ruisselets de cristal pur ...

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... qui descendent vers la plaine alimenter au loin la rivière Mun (แม่น้ำมูล).

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C’est dans cet environnement que vivaient et chassaient les Niakon, plantant le riz, le maïs, le tabac et les courges, vivant dans des abris primitifs en feuillage jusqu'à il y a environ 60 ans, quand ils ont été contraints de descendre dans les plaines et s’installer dans des villages. On les trouve actuellement à environ 15 kilomètres au sud-ouest de Pakthungchai dans cinq villages regroupant environ 700 âmes parlant encore leur langue, dans le district de Chae (เชะ) – amphoe de Khon Buri (ครบุรี) et dans l’amphoe de Kratok (กระทอก). Ils sont assimilés par les Thaïs environnants, perdent leur spécificité et seuls 500 connaissant encore leur langue. La plupart des enfants l’ignorent. Ils préfèrent d’ailleurs être appelés « thaïs » de peur d’être pris pour des sauvages.

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Seidenfaden n’a pas plus que nous pu identifier les villages cités par Aymonier. Partout  la langue se mélange de Taiicismes. Le nom Chaubon (ชาว บน) que leur donnent les Thaïs signifient « les gens d’en haut ». Dans leur langue, « kun » signifie « la montagne » et « nia » « les gens ». Seidenfaden tente de trouver quelques lumières sur leurs origines. Ils ont – nous dit-il -  la peau noire ou brun chocolat, certains encore plus sombre. Ils présentent des ressemblances avec les Kui (กูย - autre population des montagnes) de la région d’Ubon (กูย). Certains d'entre eux sont nettement négroïdes avec des bouches lourdes, des narines dilatées et les cheveux frisés (7).

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Leur taille est de taille moyenne et leur langue, ressemble en partie à celle des Mon, en partie au Khmer et en partie au Kui.

 

Seidenfaden en conclut qu'ils appartiennent à la grande famille mon-khmer.

 

Il y a peu à dire sur leur mode de  vie actuel, ils cultivent le sol, élèvent des buffles et pratiquent la même religion que leurs voisins thaïs et laos. Sa description des femmes ne diffère en rien de celle d’Aymonier. Mais, belles et travailleuses, elles sont généralement convoitées par les jeunes Thaïs des villages voisins. Ces mariages permettent l'assimilation rapide de toute la tribu.

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Leur disparition et celle de leur langue n'est désormais qu'une question de temps. Seidenfaden va joindre à cette première description un lexique anglais- niakun - talaing (langage des Mons toujours parlé en Birmanie) du vocabulaire qu’ils utilisent, deux cent cinquante mots, en soulignant les ressemblances avec les mots mons, khmers ou kui. Nous n’avons malheureusement  aucune photographie.

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Nous étions, rappelons-le, en 1918.

 

L’année suivante, après d’’autres rencontres et d’autres investigations, Seidenfaden va nous donner de plus amples précisions.

 

En mars 1919, il est conduit à effectuer une visite d'inspection dans la province de Chaiyaphum (ไชย์ภูมิ์) et de visiter plusieurs villages peuplés entièrement ou en partie de Chaobon enregistrés Lawa (ลวา) dans le recensement ? C’est à leur langue qu’il les identifie. Mais ceux-ci ne se revendiquent pas comme aborigènes, lui prétendant avoir émigré depuis Phetchabun, où, selon leurs déclarations, vivraient encore un grand nombre de leurs frères ? Est-ce à dire, se demande Seidenfaden que la région occidentale de Khorat était autrefois peuplée par la même population ethnique que Phetchabun, Lopburi, Supanburi et Nakon Sawan ? Comme le démontre la liste des mots et des expressions de Niakun publiée dans son premier article la langue des Chaobon montre beaucoup de similitudes avec le langage mon et le Khmer. Cette langue représente-elle un ancien langage commun dont plus tard ont été issus le mon et le cambodgien ? Les habitants de la vallée de la Maenam étaient-ils des Mon-Khmer probablement plus proche des Mon que des Khmer ?

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Seidenfaden rappelle qu'à Lopburi, on a trouvé une stèle portant une inscription du VIème siècle non traduite à cette heure (elle le fut plus  tard par Coédès) mais d’une langue qui représenterait un lien entre le Mon et le Khmer ? Ce langage est-il celui du Lawa dont la forme primitive pourrait différer de celle de l'inscription, ce que Seidenfaden explique par l'influence des colons hindous dans la vallée de la Maeam ? Celui-ci a cherché en vain à obtenir des précisions sur la langue lawa jusqu’à la Bibliothèque nationale. Le type racial, les habitations et les modes de vie des Chaobun de Chaiyapum ressemblent à ceux des Chaobon méridionaux. Ces villages peuplés par les Chaobon au Nord-Ouest de Khorat se trouvent en partie dans l’amphoe de Chaturat (จตุรัศ), en partie dans celui de Kingamp Ban Chūan (ชวน), anciennement appelé Kingamp Bamnet-narong (บำเหนจนรงค์).

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Mais les questions que se pose Seidenfaden sur les liens éventuels entre les Chaobon de Khorat et ceux de Phetchabun ne vont pas rester sans réponse.

 

Deux ans plus tard le gouverneur de cette dernière province, Phra Phetchabunburi (พระเพ็ชร์บูรณ์บุรี) adresse une communication à la  Siam Society traduite en anglais par notre Danois (8). Le gouverneur, orfèvre en la matière, nous décrit ses administrés Chaobon :

 

« Ces personnes sont d'une couleur rouge-brun, plutôt sombre, mais pas très différent du peuple thaï, de taille moyenne, tendant plus à la corpulence qu'à la misère. Le visage vu de face est rond, en profil le menton est proéminent, mais le nez, qui est grand, est généralement plat. Les oreilles sont grandes, mais pas épaisses, et sont bien collées. Les lèvres sont épaisses, mais la bouche n'est pas plus grande que celle des thaïs de Phetchabun. Les hommes n'ont pas de moustaches, les cheveux sont épais et de couleur noire, jamais bouclés. Le corps est aussi de couleur noire. Les yeux sont de couleur jaunâtre, les pupilles rondes; La partie de la peau exposée au soleil est beaucoup plus foncé. Les bébés ont une tache bleu foncé sur le dos qui disparaît lorsque l'enfant est environ un an. A l'origine, ces gens habitaient la jungle sur les collines et les pentes des montagnes le long des ruisseaux, actuellement dans des villages. Ils se disent Lawa et sont appelé par le voisinage Chaobon mais administrativement ce sont des Lawa. Ils sont présents dans trois districts de la province de Phetchabun, Ban Khok (บ้านโคก), 95 hommes et  94 femmes et deux autres (que nous n’avons pu situer), 71 hommes et 69 femmes et 109 hommes et 90 femmes soit un total de 528 individus… À l'origine, ils vivaient dans des huttes temporaires – krathom (กระท่อม) faites de feuillages et tous les trois ans ils allaient vivre dans un autre endroit, mais maintenant ils sont installés en permanence. Leurs ustensiles sont en partie faits de bambou, en partie en rotin; Leurs vêtements se compose du panung mais les hommes portent souvent des pantalons; Ils achètent tous leurs vêtements, ne sachant pas à tisser; Pour les bijoux, ils utilisent de l'or et des anneaux d'argent comme les Thaï. Les deux sexes coupent les cheveux selon une coupe particulière, les cheveux coupés près du crane en laissant une touffe sur le dessus...Ils se nourrissent essentiellement de riz et de maïs, boivent parfois de l’alcool, connaissent le tabac et le chanvre (กัญชา- Kancha) mais ignorent l’usage de l’opium.

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Ce sont des chasseurs et des pêcheurs; Ils utilisent comme armes des pièges, des fusils et des arcs; ils pêchent avec des filets. Ils chassent le cerf, le porc sauvage, le cerf aboyeur et le bœuf sauvage. Ils ne possèdent pas de véhicules. Ils cultivent leurs champs sur les pentes des collines où ils plantent aussi des citrouilles; Ils ne labourent, tout le travail est fait à la main, leurs outils sont la houe, la bêche, la hache et le couteau. Ils n’ont pas d'animaux domestiques; Ils commencent à comprendre l'utilisation de l'argent ce qui leur permets de vendre des feuilles de bétel, des tapis de rotin ou de bambou tressé, ils sont en effet très habiles pour la vannerie…Depuis 1897, ils sont soumis aux lois ordinaires du royaume… Lorsqu’ils vivaient dans la jungle, ils faisaient des sacrifices à l'esprit du riz et à ceux de la forêt; Ces cérémonies se déroulaient en novembre-décembre et en mai-juin ».  

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Le gouverneur ajoute enfin à son article un très long lexique (plus de 400 mots) thaï, anglais, lawa en écriture thaïe et en transcription romanisée présentant de troublantes analogies avec le lexique anglais-niakun dont nous venons de parler.

 

La conclusion de Seidenfaden est simple, les Lawa qui vivent à Phetchabun et ceux qui vivent dans la province de Khorat appartiennent évidemment au même groupe  ethnique et parlent le même langage même s’il existe des différences consécutives aux taiicismes qui,  par osmose,  ont pénétré les deux groupes : la majorité des mots - y compris presque tous les mots « capitaux » - sont identiques. Pour Seidenfaden, les Lawa-Chaobon sont les vestiges épars d'une nation autrefois puissante occupant, selon toute vraisemblance, l'ensemble de la vallée de la Maenam et le nord du Siam, ainsi que la partie supérieure des rivières Salween et Mekong.

 

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Que sait-on un siècle plus tard de ces minorités et le lien entre les  communautés de Khorat et de Phetchabun, affirmé par Seidenfaden est-il assuré ? Les recherches actuelles confirment de façon éclatante ses hypothèses : Il est aujourd’hui communément admis que les Chaobon sont étroitement liés au peuple Mon, descendants des Mons du Dvaravati qui ont fui vers l’ouest ou ont été assimilés lorsque leur empire est tombé sous l'influence Khmère sous le règne de Suryavarman Ier monté sur le trône au début du 11ème siècle.

INSOLITE 11 - LES « PEUPLES DES MONTAGNES » DE LA RÉGION DE KHORAT, DERNIERS REPRÉSENTANTS DU DVARAVATI.

Les Mons sont considérés comme l'un des premiers peuples de l'Asie du Sud-Est continentale et sont à l’origine en particulier de la civilisation du Dvaravati dans le centre de la Thaïlande, Sri Gotapura au Laos, Hariphunchai dans le nord de la Thaïlande et du royaume de Thuwunnabumi en Birmanie. Ils reçurent les missionnaires Theravada du Sri Lanka et adoptèrent l’écriture Pallava venue des Indes à leur langage.

 

Au tournant du premier millénaire, les Mons sous la pression constante des  migrations thaïes venues du nord et des invasions Khmères venues de l‘est lorsque Suryavarman Ier devint maître de l’empire Khmer ont fui à la recherche d’autres terres vers l'ouest ou ont été capturés comme esclaves et assimilés à la culture des envahisseurs. Certains se réfugièrent dans les forêts les plus reculées de la région de Khorat. Leur histoire est mal connue puisqu’ils n’ont été découverts qu’à la fin du XIXème. S’ils ont été alors plus ou moins assimilés aux groupes techniques Lawa ou Kuy, Seidenfaden qui avait une connaissance encyclopédique des langues et dialectes  de l’Asie du sud-est, notamment du talaing, le mon moderne, a immédiatement fait le lien entre la langue des Chaobon et celle des anciens Mons et envisagé l’existence d’un empire unique, celui du Dvaravati dont on ignorait totalement l’existence en 1918.

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Isolés dans les montagnes plus ou moins inaccessibles du centre (Phetchabun) ou de la chaine des Dangrek, ils ont pu longtemps maintenir leur identité ethnique. Aujourd'hui, ils sont descendus de leurs montagnes et vivent dans quelques petits villages d’une bande nord-sud qui traverse Phetchabun, Nakhon Ratchasima et Chaiyaphum, la plupart vivant dans la province de Chaiyaphum.

 

Ainsi donc, ils parlent la langue qu’utilisaient les Mons du Dvaravati.  Une estimation administrative de 2006 évalue leur nombre à « environ » 1.500 et celui des locuteurs à moins de 500 personnes qui utilisent l’alphabet thaï, toutes bilingues (9). Ce sont essentiellement les plus vieux, certains en effet, de crainte de passer pour des sauvages comme nous l’avons dit, préfèrent s’identifier aux Thaïs en parlant le thaï et l’isan. Les jeunes se contentent de porter des tee-shirts plus ou moins provocateurs vantant (en anglais !) les mérites d’une langue qu’ils ne parlent probablement pas

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...  et de participer à des fêtes plus ou moins folkloriques à l’usage de rares circuits touristiques organisés depuis Khorat.

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Il a tout de même fallu attendre 1984 pour que soit publié un dictionnaire (10).

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Les contacts obligés avec la population thaïe, modernisation, migration, intégration et acculturation font peu à peu disparaître leur spécificité. Tous pratiquent le bouddhisme theravada teinté d’animisme.

 

Tout ceci est confirmé dans une longue étude ponctuelle été effectuée en 2014 par deux universitaires dans un village ethnique, Ban Rai, amphœ de Thepsathit (หมู่บ้านไร่เทพสถิต) choisi à la fois parce qu’il  y avait des assistants de recherche qui en étaient originaires et que le village, très ancien, abritait  encore quelques vieillards qui avaient vécu dans les collines, parlaient la langue et avaient connaissance des anciennes légendes (11).

 

Notons que si de nombreux sites Internet, essentiellement en thaï, sont consacrés à cette ethnie en voie de disparition, les  articles de Seidenfaden constituent toujours leur référence de base.

 

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NOTES

 

 (1) A 56 « Isan, le crépuscule des ethnies » « Les  Yahakous ou Chabons (ญัฮกูร ชาวบน) sont des Khmers d’origine parfois musulmane actuellement centrés sur Khorat - Chayaphum et Phetchabun et sont actuellement environ 6.000. Aymonier les considère comme une tribu « aussi sauvage que misérable », http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-56-isan-le-crepuscule-des-ethnies-99202030.html

 

(2) « Le Cambodge » en 3 épais volumes, 1901. Ses descriptions couvrent les provinces cambodgiennes alors siamoises et tout ce qu’il est alors convenu d’appeler « le Laos siamois » c’est-à-dire l’actuel Isan.

 

(3) « Notes sur le Laos » en 1885 et, beaucoup plus détaillé « Voyage dans le Laos » en deux volumes, 1897.

 

(4) …au sens de « premiers occupants du pays » ce qu’ils étaient.

 

(5) « SOME NOTES ABOUT THE CHAUBUN. A DISAPPEARING TRIBE IN THE KORAT PROVINCE » In journal de la Siam Society, volume 12-III de 1918 et « FURTHER NOTES ABOUT THE CHAUBUN, Etc. » in journal de la Siam Society, volume 13-III de 1919.

 

 

(6) Ils se nomment eux-mêmes เนียะกูร (Nia Kun), มะนิ่ฮ ญัฮกุร (Mani Yakun) ou ญัฮกุร (Ya Kun ou Ya Kura) .

 

 

(7) N’étant pas généticiens, nous n’aborderons pas le fond d’un sujet  « sensible ». Nous nous bornons à constater que la statuaire du Dvaravati laisse parfois apparaître d’évidents signes de négritude, lesquels étant  selon les généticien, des caractères récessifs ont pu disparaitre au fil des siècles sinon des années au profit des signes dits « mongoloïdes ».

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(8) « THE LAWA OR CHAUBUN IN CHANGVAD PETCHABUN » in journal de la Siam Society, volume14-1 de 1921.

 

(9) https://www.ethnologue.com/language/cbn

(10) Theraphan L. Thongkum : « Nyah Kur (Chao bon)–Thai–English dictionary » en 2 volumes, Bangkok, Université Chulalongkorn, ISBN 974-563-785-8.

 

(11) « จาก มะนิ่ฮ ญัฮกุร” (ชาวญัฮกุร) สู่การเป็นมอญทวารวดี และกระบวนการคืนความรู้สู่ชุมชนบ้านไร่ » « From “Manih Nyakur” (Nyakur People) to Mon Dvaravati and the Process of Bringing Historical Knowledge Back to Ban Rai Villlage par พิพัฒน์ กระแจะจันทร์ และคณะ (Pipad Krajaejun et Et Al) in วารสารอารยธรรมศึกษา โขง-สาละวิน « Mekong-Salween Civilization Studies Journal » Vol 5, No 1 (2014): มกราคม-มิถุนายน 2557

 

 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 18:07
INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ?

Erik Seidendafen, l’omniscient gendarme Danois, n’a malheureusement étudié cette ethnie des Saek que superficiellement dans les années 30. Ne le lui reprochons pas, en dehors de ses activités d’ethnologue, linguiste et archéologue amateur éclairé, il se devait à ses fonctions officielles probablement fort absorbantes dans la gendarmerie siamoise (1).

 

Les premières études en profondeur sont celles d’un français, André-Georges Haudricourt dans les années 50 (2).

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C’est un américain William J. Gedney qui a effectué pendant plusieurs années à la suite de Haudricourt, un travail de bénédictin sur cette ethnie et essentiellement son langage (3). Son article de 1970 « THE SAEK LANGUAGE OF NAKHON PHANOM PROVINCE » dans lequel il donne un bref et trop modeste aperçu de ses travaux nous a permis de découvrir cet « ilot ethnique et linguistique » proche de chez nous, dans la province de Nakhon Phanom (4).

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Ce sera ensuite James R. Chamberlain, linguiste et ethnologue américain qui vit actuellement au Laos qui reprendra le flambeau (5).

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Le langage saek (phasa saek – ภาษาแสก) est un dialecte (phasa thin – ภาษา ถิน) parlé peut-être encore par quelques centaines d’habitants dans de rares villages du Laos dans la région de Thakhèk (ท่าแขก), province de Kammouan (คม่วน). Son  existence a été signalée dès 1883 – mais non étudiée – en particulier par Doudard de Lagrée (6)

INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ?

et en 1904 par Monseigneur Cuaz qui l’appelle « sêk » (7).

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Mais elle est essentiellement parlée sur la rive droite du Mékong – là où Gedney l’a étudiée en profondeur - dans l’amphœ de Muang à quelques kilomètres au nord de Nakhonphanom dans le seul tambon de At Samat (อาจสามารถ) et à  l’intérieur de ce tambon qui comporte 10 villages, au sein de trois seulement, At Samat nord (moo 5 - หมู่ 5), At Samat sud (moo 6 - หมู่ 6) et Phaï lom (ไผ่ ล้อม). La superficie de ce tambon est de moins de 3.000 hectares.

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Il est situé sur la rive droite du Mékong très exactement à la hauteur du troisième « pont de l’amitié » à l’ouest de la route 212 qui longe le Mékong et conduit à Tha Uthen (ท่าอุเทน) face à Thakhèk.

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Gedney ne nous donne pas la population de ces villages, mais elle était probablement à l’époque (il écrit en 1970) de beaucoup moins de 10.000 habitants. Les chiffres actuels, (Nous n’avons pas la ventilation par villages), au vu de sites plus ou moins officiels (8) avec de petites différences nous donnent approximativement 1.300 familles pour un peu plus de 6.000 habitants.

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Gedney nous explique l’origine de sa passion : En 1964-65, il a passé un an dans le cops des « volontaires pour la paix », à étudier plusieurs langues de la famille Taï, travaillant principalement avec des réfugiés vivant à Taiwan, à Hongkong, au Vietnam du Sud, à Vientiane et dans le nord de la Thaïlande. Des linguistes l’ont alors poussé à étudier la langue Saek. En mars 1995, il s’est rendu à Nakhon Phanom et a interrogé les fonctionnaires des services de l'éducation pour savoir où était parlé le Saek. Ils le conduisirent à At Samat et le mirent en rapport avec des locuteurs qui lui permirent, en deux journées entières passées dans les locaux de l’école, d’enregistrer « environ trois mille mots ». Il fut après ce premier et studieux contact en mesure d’analyser le système des tonalités, différent de celui du Thaï comme  nous le verrons. Mais, incertain de son travail, il revint un mois plus tard y travailler trois jours pleins pour corriger ses erreurs. Il y revint en juillet 1966 pendant une semaine entière et se consacra en particulier à l’enregistrement de textes, de chansons et de traditions. Travaillant à nouveau sur les langues Taï en 1968-69, il fit encore trois séjours à At Samat pour y terminer son dictionnaire et retourner travailler aux Etats-Unis, collationner les textes et les publier après des années de travail dans le cadre du département de linguistique de l’Université du Michigan et de sa participation à diverses sociétés savantes de son pays en sus de la Siam society.

 

L’ensemble de ses travaux de 1965 à 1982 a abouti à la publication en 1993 d’un ensemble de textes et d’un glossaire de plus de 9.000 mots, un épais volume de 989 pages (9), un volume impressionnant, résultat de ses études de terrain intensives à At Samat.

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Pour lui « Ce village d'At Samat est un lieu agréable et prospère. Il y a une grande école et un assez grand monastère.

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En fait administrativement Ban At Samat compte comme deux villages, avec un chef pour le nord et un autre pour le sud. Les Saek sont économiquement  favorisés, ils cultivent de beaux vergers et pratiquent la pêche dans le Mekhong à grande échelle.

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En ce qui concerne les caractéristiques ethniques de la population proprement dite, Gedney ne signale pas de traits physiques particuliers. Il n’en apparait en tous cas pas sur les  photographies récentes. Mais c’est essentiellement les caractéristiques de cette langue qui passionnent Gedney.

 

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« La plupart des Saek parlent non seulement Saek mais aussi la variété locale de Lao (il s’agit évidemment de l’isan) et également le thaï de Bangkok. Beaucoup d'entre eux se rendent souvent à Nakhon Phanom à vélo ou en autobus pour faire  leurs courses. Certains y sont employés comme fonctionnaires du gouvernement et  d’autres sont enseignants dans leur propre village ou ailleurs. Aujourd'hui, bon nombre travaillent à la base militaire américaine en dehors de la ville de Nakhon Phanom.

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(La base américaine se situait à l’emplacement de l’actuel aéroport à 15 kilomètres à  l’ouest de la ville).

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« Quelques-uns vivent  à Bangkok. Leur niveau de vie n'est pas inférieur à celui des autres villages de la province. En fait, leurs maisons ont tendance à être plus grandes et plus robustes que celles des autres régions. Ce sont de pieux bouddhistes, et autant que j'ai pu observer ce sont de loyaux citoyens thaïs.

 

Leur culture est en réalité presque entièrement identique à  celle des autres peuples du nord-est, seule la langue est différente ».

 

« Les habitants de Ban At Samat rapportent qu'il y a quelques autres villages de Saek dispersés ici et là en divers endroits dans la province de Nakhon Phanom. Ils disent que la langue qui y est parlée diffère quelque peu de la leur à la fois en prononciation et dans le vocabulaire. J'ai moi-même jusqu'ici étudié seulement la variété de Saek parlé à Ban At Samat ».

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Faisant référence probablement à Haudricourt, Gedney rappelle que des savants français ont étudié le Saek parlé sur l’autre rive du Mékong en particulier à Thakkék et que la langue qui y est parlée est très semblable à celle de Ban At Samat, avec quelques différences de prononciation et de vocabulaire.

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En ce qui concerne l’estimation du nombre des locuteurs, l’Américain est probablement optimiste : « Personne n'a estimé combien il y a de locuteurs. J'imagine qu'ils se chiffrent par milliers, mais probablement pas par dizaines de milliers ». Mais sa conclusion est sans faille : « Je ne sais ce qui se passe du côté lao du fleuve, mais dans la province de Nakhon Phanom il semble probable que dans une ou deux générations cette langue peut disparaître, parce que les enfants aujourd'hui même quand à la maison ils comprennent le Saek parlé par leurs parents et Grands-parents, ils  répondent en lao (Isan évidemment) quand on leur parle ». Les jeunes parlent l’isan et le Thai standard et oublient le Saek. Le plus souvent quand Gedney les interroge sur le nom  de telle ou telle chose, ils doivent le demander aux personnes âgées : « J'ai parfois demandé aux personnes âgées si elles n'ont pas peur que leur langue disparaisse dans trente, quarante ou cinquante ans, ils répondent qu'ils en sont sûrs parce que les enfants n'aiment pas parler Saek mais qu’il n’y a rien à faire ».

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D’où viennent-ils ?

 

Nul ne le sait avec certitude mais leur tradition – recueillie par Gedney – les fait venir du Vietnam, il y a peut-être « cent ou deux cents ans ». La légende est belle : Ils y vivaient dans deux villages mais victimes d’une famine, ils tuèrent et mangèrent un éléphant blanc appartenant au roi. Ils furent condamnés à une amende énorme qu’ils ne purent payer. Alors un fonctionnaire vietnamien nommé Ong Mou (โองมู้) les prit en pitié et leur prêta l'argent pour payer l'amende, de sorte qu'ils sont venus  à le considérer comme leur patron. Ils s'enfuirent et vinrent s'établir à Nakhon Phanom sans avoir pu rembourser leur dette. Mais l’âme de Ong Mou les poursuivit jusqu’à Ban At Samat où un sanctuaire (sala Ong Mou - ศาล โองมู้) fut construit en son honneur comme protecteur du village et où les habitants lui font, toujours encore au XXIème siècle, une cérémonie annuelle la première pleine lune du mois de février pour lui rendre hommage.

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Il s’agit d’une tradition orale recueillie auprès de quelques vieillards par Gedney qui a l’honnêteté de dire qu’il n’a pas eu loisir d’approfondir cette question. Pour Chamberlain, plus prosaïquement, ils auraient été déportés depuis le Vietnam par les armées siamoises entre les années 1828 et 1860 environ. Les Saek sont arrivés en Thaïlande avec leur langage au début du XIXème depuis le Vietnam, peut-être du sud de la Chine, nous n’en savons pas plus. 

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Avant Gedney, la langue n’avait pas fait l’objet d’études exhaustives. Le premier était Seidenfaden qui n’avait pas noté des mots mais avait considéré qu’elle était une langue de la famille Mon-Khmer ce qui était une erreur que Gedney explique par une confusion faite avec un autre groupe minoritaire voisin, les So, dont la langue est en effet une langue Mon-Khmer (10).

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Par la suite, les Français, essentiellement Haudricourt à partir de 1904 avaient établi des listes de 100 ou 200 mots sans analyser les tonalités, peu de choses mais néanmoins déjà l’enregistrement de données réelles. Cette étude avait permis à Haudricourt, sans avoir élucidé la question des tonalités, d’être assuré que le Saek était une langue de la famille Taï (11), origine qui ne fait actuellement plus aucun doute ni pour Gedney ni pour Chamberlain ni pour Michel Ferlus...

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...ni pour le linguiste thaï Pittayawat Pittayaporn (12).

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Quelques  détails sur la langue Saek

 

Nous n’entrerons évidemment pas dans le détail mais signalons quelques singularités compréhensibles même pour ceux qui ne connaissent pas la langue thaïe contemporaine.

 

1) Comme le Thaï, la langue est tonale mais comporte six tons au lieu de cinq ce qui ne facilite pas les choses pour sa retranscription en caractères thaïs (13).

 

2) Le système des voyelles, brèves ou longues, est plus ou moins le même qu’en Thaï ainsi que celui des consonnes mais l’une d’entre elle dont Gedney situe le son entre le « c » et le« ch » est inconnue du thaï, il utilise pour la reproduire le gamma grec (γ ).

 

3) Á l’inverse des Thaïs, les anciens Saek – mais plus les jeunes(15) – font nettement la distinction entre le « r » et le « l ».

 

 

4) Á l’inverse du Thaï, il existe un son nasalisé que Gedney représente par le « n tildé » espagnol (ñ)

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Les conclusions que tirent Gedney et Chamberlain, à la suite de celles de Haudricourt sont que la langue Saek représente une forme archaïque dans les langues de la  famille Taï, elle est, conclut-t-il « la langue maternelle du Taï », probablement celle qui était parlée dans les temps préhistoriques.

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Le professeur Fang Kuei Li, un universitaire professeur de Chinois à l’Université de Washington, parle de « Proto-taï » (16).

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Pittayawat Pittayaporn met avec humour en exergue de son article un cœlacanthe, ce n’est pas dire que le Saek est la langue que l’on parlait au temps de la « guerre du feu » mais qu’elle est à la lointaine origine du thaï actuel comme ce poisson serait à l’origine de l’espèce humaine et que, comme ce poisson, elle est un fossile survivant.

 

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Elle est en tous cas en voie de disparition et il est permis de penser qu’à l’heure où nous écrivons (2017) elle n’est plus guère pratiquée que dans une Université américaine.

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NOTES :

 

(1) « A Note on the Reverend father Savina » et « Ethnic groups of Northern Southeast Asia » in Bulletin de la Siam Society , volume 40-I de 1952.

 

(2) Disparu en 1996, ce français était tout à la fois ethnologue et ethnographe, botaniste, anthropologue et linguiste. Il avait une connaissance approfondie des dialectes de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie, de Pitcairn, de la Guyane et de l’Inini en sus de ceux de la péninsule indochinoise etc…. Ses publications sont innombrables. Voir l’article que lui a consacré le Bulletin de l’école française d’Extrême-Orient, tome 84 de 1997 et l’article de François Jacquesson « Propos de André-Georges Haudricourt - Dialogues avec André-Georges Haudricourt » In : Médiévales, n°16-17, 1989).


(3) Il avait une connaissance approfondie de 22 dialectes de la péninsule et de leur  histoire. Voir son obituaire dans le  journal de la Siam society, volume 87 de 1999.

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(4) In : Journal de la Siam society, volume 58- I de 1970.

 

(5) Voir « THE ORIGIN OF THE SEK: IMPLICATIONS FOR TAl AND VIETNAMESE HISTORY » in Journal de la Siam society, volume 86 de 1998).

 

(6) Ernest Doudart de Lagrée « Exploration et missions de Doudart de Lagrée  - Extraits de ses manuscrits, mis en ordre par M. A.-B. de Villemereuil » 1883)

 

(7) « Lexique Français-Laoçien » 1904)

 

(8) http://www.tambonatsamart.go.th/web/ et

http://www.thaitambon.com/tambon/480107)

 

(9) William J. Gedney « The Saek Language Glossary, Texts, and Translation ». Edité par Thomas John Hudak par le « Center for South and Southeast Asian Studies » de l’Université du Michigan, 1993 et une édition plus complète en 1997.

 

(10) Le pays des Thaïs So (ไทโส็) se situe dans le village de Kusuman (กุสุมาลย์) dans la province de Sakhon Nakhon à une vingtaine de kilomètres sur la route 22 qui conduit à Nakhon Phanom. Un petit musée leur est consacré.

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Ethniquement, ils semblent fort différent des Saek si l'on en croit la statuaire du musée ?

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(11) Les langues taï sont un sous-groupe de la famille des langues taï-kadaï auquel appartiennent le shan en Birmanie, le zhuang au sud de la Chine, le lao, les langues tay des régions montagneuses du nord du Viêt Nam et bien sûr, le thaï, langue nationale qui en est le spécimen le plus cultivé et le plus connu.

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Les langues môn-khmer sont un ensemble discontinu de langues parlées en Asie du Sud-Est dont – en particulier le khmer et le môn de Birmanie qui à l’inverse du thaï ne sont pas des langues tonales.

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(12) Voir Michel Ferlus « Phonétique et écriture du Tai de Qui Châu (Vietnam) ». In: Cahiers de linguistique - Asie orientale, vol. 22 1, 1993, pp. 87-106.  –  Pittayawat Pittayaporn « Saek as a not-so-aberrant Tai language », publication du département de linguistique de l’Université Chulalongkorn.

 

(13) Aux cinq tons thaïs (neutre, bas, descendant, haut, montant), Gedney en ajoute un en subdivisant le ton descendant en  « descendant haut et descendant bas ». Si l’écriture actuelle issue de celle imaginée par les lettrés de Ramakhamhaeng est un outil magnifique pour traduire la diversité des sons et des tons, elle est  conçue pour 5 tons en non pour 6. Les divers dialectes de Hmongs qui n’ont jamais eu d’écriture comportent en général de 6 à 8 tonalités, parfois jusqu’à 11 ce qui rend pratiquement impossible la création d’un système d’écriture cohérent : voir Barbara Niederer « La langue Hmong » in : Amerindia n°26-27, 2001-2002.

 

(14) C’est le « n » à la fin d’une syllabe : Le son nasal français, c’est celui du pain, du vin ou du nouvel an… « ane » pour un Thaï et non « an ».

 

(15) Voir ศรินยา จิบรรจ « การแปรการใช้คำศัพท์ของคนสามระดับอายุในภาษาแสก » (Sarinya Jitbanjong  « A Variation of Lexicon Usage in Saek Language among Three Generation »), une étude de 2008 dans laquelle  l’auteur étudie la manière  dont 275 mots de la langue Saek pure (celle de Gedney dans son premier  glossaire de 1993) varie en fonction des générations, 55-65 ans, 35-45 ans et 15-25 ans. Selon lui, les plus âgés utilisent encore 62,90 % de la langue pure, les jeunes de façon épisodique et 8,37 % du vocabulaire a complétement disparu. De 1993 à 2008, 15 ans ont passé, beaucoup moins qu’une génération.

 

(16) Cité par Gedney : Fang Kuei Li « A Handbook of Comparative Tai », 1978, Hawaii : University of Hawaii Press.

La danse sacrificielle (février 2013) :

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 18:04
INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

Nous vous parlé à diverses reprises des ethnies (1), de leur disparition progressive en Isan (2). Nous nous sommes intéressés à celles du nord-ouest (3) et à celle des Négritos du sud, en voie de totale disparition et vestige de l‘époque préhistorique ; ce  qui leur vaut une surabondante littérature (4). En parlant des ethnies du nord-ouest, nous écrivions « …qui sont ces « Mlabri, Malabori ou Malabri - มลาบรี - prononciation incertaine, même pour les Thaïs dont il subsisterait 200 individus dans la Province de Nan ? Une tribu de la jungle dont l’origine est incertaine et qui se meurt et plus loin « Et les Mlabri ? Les auteurs n’en disent rien ».

 

Voilà qui a suscité notre curiosité.

INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

Ils sont resté cachés – probablement pour vivre heureux - jusqu’à il y a moins de cent ans, inconnus des ethnologues et des missionnaires. Nous avons rencontré cet infatigable gendarme danois, Eric Seidenfaden (5), passionné d’archéologie et observateur attentif des minorités, le premier à avoir signalé leur existence alors à l’ouest de l’Isan.

INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

Les investigations d’Eric Seidenfaden et la rencontre avec le forestier.


En 1918, à l’occasion d’une tournée professionnelle dans l’amphœ de Phu Khiao (อำเภอภูเขียว) et dans le district de Phakpang (ตบลพักปัง) au nord de la province de Chayaphum (ชัยภูมิ), Eric Seidenfaden rencontra des chasseurs qui lui apprirent l’existence d’une tribu appelée Khatongluang (ข้าตองเหสือง) ou Phitongluang (ผีตองเหสือง), « les hommes aux feuilles jaunes » ou « les fantômes aux  feuilles jaunes », des fantômes car ils ont la capacité de se rendre invisibles des feuilles jaunes ou plutôt flétries qui vivraient dans la jungle montagneuse de phukhiao (ภูเขียว) non loin de la province de Phetchabun (เพชรบูรณ์).

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Ces hommes ont une taille inférieure à la moyenne, sont bien constitués mais très sombres de peau. Leurs cheveux ne sont pas bouclés comme ceux des négroïdes mais droits comme ceux des races mongoloïdes. Hommes et femmes vivent entièrement nus; Ils ne construisent pas de maisons, mais vivent sous des abris de feuilles érigés à la hâte comme les Semang, qu’ils abandonnent au bout de quelques jours lorsqu’elles sont jaunies, d’où leur nom. Leur seule arme est une sorte de javelot de bois dont le point est durci dans le feu. Ce sont des chasseurs courageux capables de tuer les rhinocéros, les bœufs sauvages, les cerfs, les cochons sauvages et le « cerf de Schomburgk » dont les derniers vivaient encore dans cette région.

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Ils ne cultivent rien, se contentant de fruits sauvages, bananes, litchis, ignames et champignons. Ils sont d’une saleté repoussante et leur mode de vie est cause d’une mortalité infantile très élevée. Ils sont farouches et timides, redoutent les contacts extérieurs à leur tribu mais ils sont contraint au troc pour obtenir des denrées comme le tabac, le sel et un morceau de coton uniquement pour envelopper les enfants. Pour éviter les contacts, dans un endroit bien connu des Laos ils placent les différentes denrées recherchées, cornes de rhinocéros, bois, peaux, etc. Les trafiquants laos déposent à leur tour les denrées données en échange. Il est rare qu’ils puissent les voir puisqu’ils surveillent le bon déroulement de l’échange en restant cachés dans la jungle. Notre danois les situe selon les dire de ces chasseurs dans le district de Kut Lo (กุดเลาะ) dans l’amphœ de Kaset Sombun (เกษตรสมบูรณ์) et dans celui de Nong Bua Daeng (หนองบัวแดง) dans l’amphœ du même nom,  toujours dans la province de Chayaphum ce qui lui fut confirmé par le gouverneur  de la province. Notre érudit français Petit-Huguenin lui apprit qu’il avait lui-même eu connaissance de l’existence de ces tribus quelques années auparavant plus au nord à l’est de la province de Phrae (แพร่) limitrophe de celle de Nan (น่าน). Ni lui ni le danois ne les ont toutefois rencontrées autrement que par ouï-dire. Seidenfaden en conclut qu’ils errent dans les jungles montagneuses de l’extrême nord de la province de Phetchabun, qu’ils représentant le stade le plus élémentaire et le moins civilisé de l’humanité tout autant sinon pire que les Sémang-Négritos du sud (4).

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Il rédigera alors immédiatement au vu de ces renseignements indirects une première communication dans le  journal de  la Siam society (6) dans un article relatif à d’autres minorités.

 

En 1924, cinq ans plus tard, un ethnologue irlandais, Arthur Francis George Kerr, nous apprend que personnes n’a jamais rencontré un membre de ces tribus mais, toujours par ouï-dire et de seconde main, nous apprend qu’ils connaissaient la recette pour empoisonner l’extrémité de leurs javelots ce qui leur aurait permis de tuer des éléphants (7).

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En 1926 : Erik Seidenfaden est conscient de l’insuffisance de ces deux premières communications  de seconde main, y compris la sienne, mais il a discuté en 1924 le premier européen à avoir lui-même rencontré longuement ces farouches sauvages. Il  n’est pas un scientifique, et se nomme Mr. T. Wergeni et appartient à la « East  Asiatic Company's forest ».

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C’est un observateur attentif et remarquable dont la description  méticuleuse est longuement rapportée par son interlocuteur (8). Dans un hameau situé sur la route Phrae à Nan, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est, M. Wergeni, il aurait réussi à gagner la confiance de ces personnes au milieu desquelles il a vécu. Il les décrit à notre danois, citons le intégralement, c’est en définitive la meilleur description que nous en avons à ce jour : 

 

« Physiquement les Khatongluang comme on les appelle dans la région de Phrae-Nan, se caractérisent par leurs jambes musclées et fortement développées tandis que les parties supérieures de leur corps sont proportionnellement moins bien développées, en raison de leur vie d'escalade. Leur expression faciale rappelle celle des Lapons du nord de la Suède, leurs fronts penchant fortement en arrière et leurs visages longs et ovales.

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Le nez est déprimé à la racine mais a une pointe distincte, avec les narines plutôt larges. La bouche est grande, mais avec des lèvres minces, la lèvre supérieure étant assez courte. Le menton est faible ... ils ne sont pas velus. Les cheveux sont droits, d’un noir profond, mais, en raison de l'exposition à toutes sortes de conditions météorologiques, souvent blancs. Les cheveux gris sont fréquents même chez les plus jeunes. Ils semblent poussiéreux sous  l'influence de la pluie et du soleil. Les hommes les portent jusqu'aux épaules, les femmes à la taille ». (Toutefois Wergeni n'a pu rencontrer que des hommes). « Leurs yeux sont petits et brun, le blanc de teinte jaunâtre. Leur vue est extraordinairement acéré comme celle des races de chasseurs. Mais l'expression de leurs yeux est quelque peu terne et inintelligente comme celle d'un rêveur ou plutôt comme celle d'un fumeur d'opium. Leur peau est d'une belle teinte, plus que celle du lao, plus jaune en raison de leur vie dans l'ombre des profondeurs de la jungle. Ils ne pratiquent aucune déformation artificielle de quelque nature que ce soit sauf le perçage des lobes de l'oreille, dans lesquels ils portent souvent des  morceaux de bois ou de bambou. Cette pratique a tendance à élargir le trou tandis que le lobe de l'oreille, de plus en plus allongé, s'abaisse vers l'épaule. Quelques-uns sont tatoués à l’imitation des Laos, mais ces tatouages sont grossiers, quelques traits horizontaux ou des lignes pointillées. Le percement des oreilles est le tatouage sont uniquement décoratifs et n’ont aucun sans rituel. Leurs dents sont fortes et assez longues et  même les personnes âgées les gardent intactes; Les mâchoires sont lourdes et fortement développées. Leur habitat se situe au nord-est et au nord-ouest de Phrae. Ils préfèrent vivre aux sommets des collines où l'on trouve des sources…

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Mentalement, ils sont faiblement développés et très peu d'entre eux se situent au-dessus d'un niveau d'intelligence généralement faible. Ils sont appelés Phitongluang par les Laos ce qui signifie littéralement « les esprits des feuilles fanées» en allusion à leur manière de vivre et à leurs abris primitifs de feuille. A ce nom ils s'opposent fortement; Celui par lequel ils se nomment eux-mêmes est « Khon Pa » (คนป่า), c'est-à-dire les hommes de la jungle. Ils sont très timides et facilement effrayés, ayant autrefois été maltraités par les Laos qui les chassaient et les tuaient comme des animaux sauvages. Extrêmement crédules mais simples et honnêtes, ce sont de vrais enfants très superstitieux; Pour eux le monde entier est peuplé de mauvais esprits, chaque colline, rocher et ruisseau, même les arbres, sont habités par des esprits dont ils ont une peur panique. La tribu est divisée en plusieurs groupes dont aucun n’a une demeure fixe, ce sont des nomades de la forêt. Ils ne campent dans un endroit que pour une durée aussi longue qu’ils trouvent de la nourriture, leur vie en fait étant une lutte incessante contre la faim. Lorsqu'ils s’arrêtent pour camper, ils ne construisent aucune structure ressemblant à des huttes, mais seulement des abris de feuilles, un pour chaque famille, une sorte d'écran contre le vent  rarement de plus d'un mètre de hauteur; Il est constitué d'un écran tressé de rameaux à larges feuilles reposant un bord sur le sol, l'autre étant soutenu avec un bâton qui le maintien à un angle d'environ 45 degrés. Lorsque leurs abris de feuilles se fanent ils partent à la recherche de ressources nouvelles. Ils ne possèdent ni meubles ni ustensiles pour cuisiner.

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Ils ne possèdent ni meubles ni ustensiles pour cuisiner. Quand ils réussissent, rarement, à se procurer un peu de riz, ils le font cuire dans des tubes de bambou coupés dans la forêt. L'eau et le miel sont pour leurs bébés, ils le gardent aussi dans des tubes de bambou. Les deux sexes vont généralement nus, les femmes toujours. Les hommes, cependant, portent parfois un pagne sommaire quand ils visitent les villages Khamu aux fins de troc (9). Leur nourriture se compose de tout ce qui est comestible, rats, serpents, asticots  et vers; Les pousses de bambous constituent l’essentiel de leur menu. Ils ne mâchent pas le bétel, mais fument parfois du tabac quand ils peuvent s'en procurer et ignorent l'usage de l'opium. Ils mangent d’une façon primitive et répugnante : ni fourchettes, cuillères ou baguettes. Lorsqu'un animal a été tué, ils le mettent sur le feu sans avoir d'abord enlevé la peau ni même l’avoir vidé.  A mesure que la viande est plus ou moins rôtie, ils en arrachent des morceaux avec les doigts et s’en repaissent.

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Leur principal moyen de subsistance est naturellement la chasse et la collecte de racines comestibles et parfois de miel. Lors de la chasse, ils utilisent rarement les chiens; Leur seule arme est une longue lance munie d'une tête de fer à une extrémité, L'acier provient du Laos ou des Khamu, mais il est façonné. Quelques-uns d'entre eux connaissant le fonctionnement d’une forge. Ces lances atteignent souvent une longueur de 11 pieds (3,30 mètres). M. Wergeni m’a présenté une de ces lances dont la longueur était de 9 pieds 7 ½ pouces ou 2,93 m et la tête de la lance est de 11 pouces ou 0,28 m. La tête est fixée solidement avec une bande de fer circulaire et une corde. Les lances sont souvent empoisonnées, le poison végétal est obtenu à partir d'un buisson poussant uniquement sur certains sommets de colline. Ils ignorent l'utilisation des arcs et des flèches et ne possèdent que quelques vieux couteaux obtenus par troc des Khamu. Le poison utilisé est virulent et entraine la mort même sur  une simple égratignure. Il tuera un éléphant ou un rhinocéros en peu de temps. Le poison se propage rapidement dans tous les organes de l'animal blessé qui rarement échappe aux chasseurs. Lorsqu'un animal a été tué, les chasseurs coupent la chair la plus proche de la plaie, dangereuse  cause du poison, si cela n'est pas fait rapidement, le poison se propage et gâche tout l’animal, les chasseurs l’auront alors tué en vain. Le poison n'est donc utilisé que lorsqu'il est absolument nécessaire, c’est-à-dire quand le garde-manger du clan est vide. Ces fils de la jungle sont très courageux et ne craignent de s’attaquer à aucun animal à l'exception du tigre qu'ils craignent. Leur spécialité est la chasse au rhinocéros que l’on trouve encore dans ces régions en nombre raisonnable. 

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Ils ne connaissent pas l'utilisation des pièges et la pêche est également inconnue, car ils descendent rarement dans les vallées. Ils sont, bien sûr nés pisteurs et peuvent suivre à l’odeur un animal sur des miles. Ils ne possèdent pas d'animaux domestiques à l'exception des chiens donnés par les Khamu, et ne connaissent aucun autre moyen de transport que leurs pieds; Canots ou radeaux sont également inconnus. Ils ne cultivent pas le sol ayant renoncé à le faire par crainte des esprits qui autrement seraient offensés. Leur seule forme de commerce est le troc et l’argent est inconnu. Ils chantent une sorte de chanson monotone ressemblant aux chansons Khamu, ignorant les instruments de musique. Ils ignorent toute forme de médecine, pour guérir la maladie, ils ont recours à des offrandes aux esprits et aux exorcismes. On connait peu de choses de leurs idées religieuses : animistes, ils croient en des esprits malins qui peuplent la forêt, la colline et la vallée, les rochers, les ruisseaux et même les arbres. Des sacrifices leurs sont offerts, en général un cochon; Lorsqu'un membre du clan meurt, il est enterré dans un tombe profonde pour éviter qu’il soit déterré et mangé par les tigres. Si cela arrivait, ils croient en un esprit malchanceux, le cadavre, devient un méchant qui va alors hanter les camps et tourmenter les vivants. La magie est inexistante et il n’y a ni prêtres ni sorciers. Nous ignorons s’ils croient en un être suprême mais ils croient en une âme et une existence future.

 

En ce qui concerne la langue, nous en savons peu de choses mais ils utilisent un mélange de Lao et de Khamu pour le troc.

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Le récit de M. Wergeni nous apprend en définitive énormément de choses sur ce peuple étrange, la vision d’un homme de terrain valant celle d’un scientifique, peut-être seul peuple d’Asie dont les membres allaient complètement nus. Notre danois souhaite que celui-ci continue ses observations pour obtenir des informations supplémentaires, situation sociale, organisation et idées religieuses ainsi qu'un vocabulaire qui seraient particulièrement bienvenus à la science. Malheureusement à cette date, nous n’avons pas de photographies. Pendant quelques dizaines d’années nos hommes des bois vont être oubliés des chercheurs et tout ce que nous savons d’eux est la longue description qu’en a fait un forestier à un gendarme.

 

Certes, en 1936/7 un ethnologue autrichien, A. H. Bernatzik, les aurait rencontré et vécu chez eux plus d’un an mais nos visiteurs de la Siam society semblent dubitatifs sur la réalité de ce séjour très controversé. Entre 1954 et 1956, deux anthropologues américains, Weaver et Goodman, se sont également rendus dans la région de Nan et ont rapporté avoir trouvé un petit groupe de Phitongluang. En dehors de cela et de quelques brèves rencontres par M. Garland Bare, un missionnaire travaillant dans la région de Nan à l'heure actuelle, il n'y a pas eu d’autres preuves sérieuses de ces rencontres. En tous cas il apparut de sérieuses divergences entre  leurs  constatations et celles de l’expédition de la Siam society effectuées in situ dont nous  allons maintenant parler.

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Les deux expéditions de la Siam  society.

 

En 1962, le major Seidenfaden est depuis longtemps retourné dans sa Scandinavie natale. La Siam society décide d’une expédition pour enquêter sur les Phitongluang alors repérés dans la province de Nan.

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L'expédition doit être en petit nombre pour pouvoir rencontrer la tribu sans effrayer ses membres, elle se compose de trois membres de la Société sous la direction de M. Kraisri Nirnmanahaeminda, son secrétaire, un photographe et un certain nombre de porteurs. Aucun des membres de l'expédition n'était qualifié comme anthropologue ou d'ethnologue ce qui n’enlèvera rien à la présentation factuelle de ses conclusions qui seront longuement détaillées dans le journal de la revue qui les commandite. C’est uniquement dans le domaine linguistique que seront élaborées quelques définitions, essentiellement dues à la présence de Julian Hartland-Swann linguiste de formation. Ce que savaient les membres  de l’expédition c’est qu’il existait dans le nord du pays une tribu de nomade primitifs et timides, rarement sinon jamais rencontrés, qui ne pratiquaient aucune forme d'agriculture, se promenaient presque nus et vivaient d'un régime de baies, de noix et de petits animaux. Tout ce qu’ils savaient d’eux est ce qu’en avait rapporté la major Seidenfaden et au bénéfice d’un doute pesant l’Autrichien et les deux Américains.

 

Nous savons qu’ils répudient avec force le nom Phitongluang qui serait  incontestablement un qualificatif siamois plus ou moins négatifs Le groupe qu’aurait examiné Bernatzik se nommait yumbri ( ?), ceux qu’ont rencontré nos érudits de la Siam society se nommaient, nous l’avons vu, Khon Pa, les habitants de la jungle ce qui dans leur langue se traduit par malabri (มลาบรี : มลา = habitant et บรี = jungle, traduction confirmée par Condominas). Bernatzik les aurait rencontrés dans une vallée située à environ 20 milles (32 km) à l’est de Nan. Nos hommes les ont rencontrés dans une vallée située à environ 30 miles (48 km) à l‘ouest de Nan après avoir marché dans la jungle en longeant la route de Nan à Phrae. Installés dans un camp ils rencontrèrent un chef de village qui connaissait bien un groupe de Khonpa. Celui-ci, après deux jours de recherches, pu entrer en contact avec ce groupe et avait alors arrangé une rencontre dans un village abandonné. Chacun des  visiteurs avait pris sont de sa vêtir de la blouse bleue et du pantalon porté par les villageois locaux afin que les Khonpa ne soient pas effrayés de cette intrusion de farangs et de citadins. Ils avaient également emmenés avec eux plusieurs des jeunes filles du village comme leurs épouses. Et soudain apparut le groupe de Khonpa. Il était environ 11 heures du matin et presque immédiatement la conversation s’engagea pendant sept heures dans la bonne humeur, la spontanéité et la gaieté ce qui contredit expressément les affirmations de Bernatzik.

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En dépit du fait que cinq des membres de l’expédition portaient des appareils photographiques, deux magnétophones et une caméra, ils n’y firent pas attention et se laissèrent photographier sans jamais poser une seule question pour savoir qui ils  étaient, ce qu’ils faisaient et pourquoi ils étaient venu sans s’étonner de la présence de deux farangs dans l’expédition, Velder and Hartland-Swann. Pour nos observateurs, il est incontestable qu’ils appartenaient au groupe mongoloïde et non négroïde. Ne revenons pas sur la description physique qu’’ils nous en font, elle ne change pas de celle de notre observateur forestier datée de 1926. Notons qu’ils semblaient en bonne santé sans signe de sous-alimentation mais d’une saleté repoussante et répandant une odeur pestilentielle.

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Pudiques, ils arrivèrent au lieu de rendez-vous vêtus de guenilles crasseuses et en lambeau probablement par égard pour leurs visiteurs. Contrairement aux dires de l’autrichien, ils semblent avoir quelques dons pour un artisanat élémentaire, portant tous une sorte de sac fait de fibres nouées pour transporter le tabac et des feuilles de banane séchées pour rouler des cigarettes qu’ils fument en permanence dans des tuyaux de racine, du silex pour le feu et de la cire d'abeilles utilisée pour le commerce. Presque tous portaient au moins un couteau dans leur pagne à la poignée recouverte de rotin tressé. L‘un d’entre eux portait une lance d'environ 2 mètres de long avec une lame forgée qui fut notre cadeau.

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Ils portaient également, roulée dans un tapis, une lance plus courte qui ressemblait plutôt à  une pelle. Plusieurs d'entre eux avaient sur le dos des paniers à couvercle en rotin qu’ils utilisent comme produit commercial de base avec les  populations des vallées thaïes. Ils affirmèrent  qu’ils savaient travailler le fer et obtinrent d’un membre du groupe le cadeau d’une barre de fer. En ce qui concerne leur alimentation, rien que nous ne sachions déjà. Leurs visiteurs leur offrirent du café (probablement soluble ?) qu’ils burent en pensant que c’était un produit aphrodisiaque. A cette époque de l‘année, l‘essentiel de leur alimentation consistait en une espèce de noix, Pittosporopsis Kerrii Craib, abondante dans cette région, amère et désagréable,

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.. mangue sauvage, racines, fruits, miel sauvage et petits animaux comme les porcs épics, les rats de bambou et les serpents. Nous savions  déjà qu'ils chassaient occasionnellement les cerfs, les porcs et les ours sans avoir aucune connaissance sur les pièges. N’essayant pas de conserver la nourriture,  ils vivent simplement de au jour le jour. L’idée de culture agricole leur répugne.

 

Leurs femmes et leurs enfants fuient à l'approche d'un étranger, avertis par les chiens. Aucun étranger n'a jamais été autorisé à les voir ou à les rencontrer. Le groupe rencontré comportait une cinquantaine de personnes vivant dans les  « habitations » que nous avons décrites entourées d’une enceinte végétale, seule défense contre les tigres leur plus grand ennemi et les incursions de villageois thaïs ou laos qui viennent piller leur misérable patrimoine, essentiellement leurs provisions de rotin. Ils déplacent aussi leur village, quand il n’y a plus de nourriture.

 

Il fut impossible à nos  érudits d’obtenir des détails sur leur organisation tribale, leurs coutumes sociales ou leurs tabous. Il n’y aurait toutefois que peu de cohésion à l’intérieur bien qu'ils considèrent l'aîné comme leur chef.

 

Tout ce  que nos  explorateurs purent savoir c’est qu’ils croyaient en des esprits qui régentaient leur vie.

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Ce sont surtout leur langue et leurs chants qui ont passionné nos visiteurs ! Les dialogues se déroulaient sans trop de difficultés en thaï yuan, dialecte local ou dans le dialecte des Khamou que parlait un membre du groupe. Mais il apparut qu'ils avaient une langue propre, si vieille  qu’elle  n’était plus utilisée et que les anciens avaient peine à se souvenir. Nos  explorateurs réussirent ainsi non sans peine à établir une liste sommaire de leur vocabulaire dont  il est impossible de dire s’il est d’origine mon-khmer.

 

Les origines de leurs chants se trouveraient dans les anciens airs de Chiengmai (จ๊อยทำนองเชียงใหม่โบราณ) alors encore chantés dans  les  campagnes autour de cette ville.

 

Il est enfin un aspect singulier que soulignent nos explorateurs : la plupart de ces chansons auraient ont été apprises de populations plus évoluées avec lesquelles ils auraient  été en contact, ou seraient une sorte d'héritage d'une période précédente plus civilisée ? Dans la plupart de ces chants en effet, il y avait beaucoup de paroles totalement étrangères à leur culture de la jungle : l'or, l'argent, les livres, et des mots aussi abstraits que la pauvreté, l'amitié, la reconnaissance et le commerce. Il fut impossible de déterminer s'ils comprenaient le sens de ces mots. Les récits propres à leur passé étaient tout aussi déconcertants qu’incohérents.

 

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En 1963 (21 janvier) la Siam society  organise une seconde expédition plus étoffée. Elle est dirigée par Kraisri Nimanahaeminda et est composée de C. Flatz M.D. un ethnologue de Bonn, un  capitaine de la police des  frontières et ses hommes et trois photographes outre une cinquantaine de membres. Elle se rend dans une montagne de 1260 mètres d’altitude dans la région de Nan. Dans un village elle retrouve les mêmes 9 hommes rencontrés l’année précédente. Ils se retrouvent avec plaisir. La conversation va s’engager en Yuan et en Khamu. Nos Khas sont stupéfaits de se reconnaitre sur les photographies prises l’année précédente. Ils s’étaient vêtu de vieilles guenilles restant des tissus apportés l’année précédente.

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Dans un village elle retrouve les mêmes 9 hommes rencontrés l’année précédente. Ils se retrouvent avec plaisir. La conversation va s’engager en Yuan et en Khamu. Nos Khas sont stupéfaits de se reconnaitre sur les photographies prises l’année précédente. Ils s’étaient vêtu de vieilles guenilles restant des tissus apportés l’année précédente. Il est toujours impossible de rencontrer les femmes et les enfants. De nombreuses photographies sont prises. L’expédition leur distribue du tissu, du tabac, des couteaux, des couvertures de coton  (la température est de 5 °) et « autres choses utiles ». Ils sont remerciés par des danses.

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Ils réussirent toutefois à faire venir une vielle femme malade et son petit-fils.

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Les Khas leur font une démonstration de tissage... 

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... de gravure sur bambous,

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... de leur technique de forge. Nous approchons un peu mieux leur culture ou plutôt leur totale absence de culture : terreur panique du monde extérieur, aucune notion sur les couleurs autres que le noir et le blanc, numérotation limitée à 20… (11).

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La conclusion de l’article de Christian Velder (12), intéressant car il comporte de nombreuses photographies, fut de tenter de déterminer la place de la culture du Mrabri dans l’échelle de l'évolution de l'homme. Il se heurte à une contradiction : il sera difficile de trouver dans ce monde des groupes d'êtres humains qui vivent encore dans des conditions aussi primitives mais à l’inverse, certaines de leurs réalisations sont impressionnantes : habileté extrême dans le tissage, le vannage  et la forge, capacité à manier plusieurs dialectes et enfin, nous l’avons vu, utilisation dans leurs chants de  concepts qui leur sont inconnus.

 

La question de  leurs origines reste un mystère. Sont-ils les derniers survivants de la race paléo mongoloïde qui a parcouru l’Asie du Sud-Est longtemps avant l'arrivée des Thaïlandais. Velder établit un lien avec ce passé par la photographie d’une faïence de l’époque néolithique et un motif hachuré des Khas actuels.

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Il était alors possible et même probable qu'il y ait encore eu à cette date d’autres groupes dans des poches montagneuses éloignées des groupes isolés, probablement  au Laos, dans la région de Sayaburi entre le Mékong et la frontière thaïe. Mais, conclut à juste titre Velder « leur avenir est  sombre ».

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L’expédition donna l’occasion aux linguistes de s’en donner à cœur joie (13) mais ce domaine nous est complétement étranger. Rendons toutefois hommages à ces hommes qui sont restés plusieurs mois dans la jungle pour recueillir les vestiges d’une langue qui n’était probablement pas parlée par plus de 400 personnes dans le monde.

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Anthropologues et ethnologues eurent également la parole ayant eu tout loisir de procéder à de multiples mensurations et de prendre de nombreuses photographies (14).

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Retenons leurs conclusions « La vie paradisiaque du Mrabri, on peut le voir d'abord avec sa liberté, ni réglementation ni fiscalité mais en vérité elle est menacée par de nombreuses forces. Les maladies qui affectent l'homme des plaines sont également présentes chez le Mrabri : paludisme, bactéries et parasites intestinaux. Les maladies héréditaires sont présentes mais pas (encore) les maladies vénériennes. Ils sont menacés par des forces extérieures comme le feu et les bêtes sauvages.  Mais nous ne savons presque rien de l'état de santé des enfants et nourrissons, mais nous pouvons supposer que la sélection par maladie est  rigoureuse, et que seuls les plus aptes survivent. Les Mrabri sont bien adaptés à un environnement rigoureux; Vigueur physique et résistance à la maladie sont essentiels ». Mais leur isolement favorise l’endogamie et un degré nocif de consanguinité. Nous avons constaté un phénomène similaire chez les Négritos.

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La fin.

 

Eugène et Mary Mong sont un couple de missionnaires qui vit, adoptés par eux, vivent chez mes Mlabri depuis 1980. Tony Water est un « volontaire de la paix » qui les a côtoyés dans la région de Phrae.

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Nous leur devons l’histoire d’une bien triste fin (15). Il en aurait subsisté encore 400 l’an 2012. Ils étaient établis de façon semi-permanente dans la région de Phrae et celle de Nan. Il y en aurait eu encore quelques-uns au Laos sur la rive droite du Mékong dans la province de Sayaburi qui est mitoyenne de celle de Nan. Ils restèrent nomades selon la description que nous venons d’en faire jusqu’en 1993, se déplaçant en fonction des disponibilités de la chasse et de la cueillette. C’est à cette date que débute leur semi-sédentarisation sous l’égide du gouvernement qui leur construit des habitations, des  écoles et des dispensaires, plus ou moins chassés de leur habitat traditionnel par l’exploitation déraisonnée de la forêt. Dès le début du siècle, leurs enfants sont scolarisés, connaissent la radio et la télévision.

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Quelques-uns, encore dispersés cherchent toutefois à maintenir leur culture, leurs traditions et leur langue et à sa marier au sein de la tribu.

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C’est alors qu’une sorte de malédiction – c’est du moins l’opinion des missionnaires - généra une dramatique épidémie de suicides. Le couple Long les a tous étudiés, 15 entre 1980 et 2012 dans un groupe de 400 personnes, le plus souvent par poison, rarement par arme à feu. Ces chiffres sont effarants et encore ne s’agit-il que des suicides constatés et le chiffre de 400 est l’évaluation la plus haute : On décompte en général le taux des suicides pour 100.000 personnes par année. Nous atteignons ici en moyenne sur les 32 ans un taux de 117 pour 100.000 alors que celui de la Thaïlande serait de 12 pour 100.000 selon les chiffres de l’OMS.

INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

Si nous ne savons pas d’où ils viennent, si nous savons ce qu’ils ont été, nous savons en tous cas qu’ils courent inéluctablement à la disparition.

 

Leur conclusion nous semble d’évidence : un changement social fulgurant et la rencontre forcée avec le monde moderne a généré ce que Durkheim, étudiant les causes du suicide, appelle l’ « anomie », concept fondamental en sociologie. Il caractérise l'état d'une société dont les normes réglant la conduite de l'humain et assurant l'ordre social apparaissent inefficientes. Une même vague de suicides a été constatée de même chez les Hmongs réfugiés aux États-Unis.

INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

Si nous ne savons pas d’où ils viennent, si nous savons ce qu’ils ont été, nous savons en tous cas qu’ils courent inéluctablement à la disparition.

 

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NOTES

 

(1) Il est actuellement plus séant de parle d’ « ethnies » que de « races ». Les Thaïs ne s’astreignent pas à la langue de bois et parlent de « chuachat » (เชื้อชาติ – race) comme par exemple dans le petit ouvrage ความรู้รอตัว ฉบับทันโลก de 2543 (2000) qui en donne une liste non exhaustive.

 

 

(2) Notre article  A.56 « Isan : Le crépuscule des ethnies ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-56-isan-le-crepuscule-des-ethnies-99202030.html

 

(3) Nos articles

A145 « Les " minorités ethniques" du nord-ouest de la Thaïlande » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a145-les-minorites-ethniques-du-nord-ouest-de-la-thailande-123213089.html.

et

A147 « Les " minorités ethniques" du nord-ouest de la Thaïlande - 2 » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a147-les-minorites-etniques-ou-les-populations-montagnardes-du-nord-ouest-de-la-thailande-2-123281023.html

 

(4) Voir notre article INSOLITE 9  « LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE ».

 

(5) Voir notre article « LA « LONGUE MARCHE » D’ERIK SEIDENFADEN, DANOIS GENDARME ET ÉRUDIT AU SERVICE DU SIAM ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/la-longue-marche-d-erik-seidenfaden-danois-gendarme-et-erudit-au-service-du-siam.html

 

(6) « Some Notes about the Chaubun; a Disappearing Tribe in the Korat Province », in journal de la Siam Society, volume 12-III de 1918.

 

(7) « ETHNOLOGIC NOTES » in journal de la Siam society, volume, volume 18-II de 1924.

 

(8) « THE KHA TONG LU'ANG - COMPILED BY MAJOR E. SEIDENFADEN » in journal de la Siam society, volume 20-I de 1926.

 

(9) Les Khamou (ขมุ) venus du Laos se trouvent en particulier dans la région de Nan où une quarantaine de villages spécifiquement Khamou regrouperaient encore environ 12.000 personnes.


 

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(10) « EXPEDITION TO THE KHON PA (OR PHI TONG LUANG) » par Kraisri Nirnmanahaeminda et Julian Hartland-Swann in journal de la Siam society, 1962 Vol. 50 – II.

 

(11) « Second Expedition to the Mrabri of North Thailand (Khon Pa) » par J.J. Boeles in journal de la Siam society , 1963 Vol. 51 – III.

 

(12) « Note: A Description of the Mrabri Camp » in journal de la Siam society , 1963 Vol. 51 – III.

 

(13) « Notes on Kraisri's and Bernatzik's word lists » par  William A Smalley – « The Mrabri Language » par Kraisri Nimmanahaeminda in journal de la Siam society , 1963 Vol. 51 – III.

Sur cette question voir aussi « The enigmatic ethnolects of  the Mlabri  (yellow-leaf) tribe » par Jürgen Rischel sur le site :

http//sealang.net/sala/archives/pdf8/rischel2000enigmatic.pdf

 

(14) « The Mrabri: Anthropometric Genetic, and Medical Examinations » par Gebhard Flatz in journal de la Siam society , 1963 Vol. 51 – III.

 

(15) « Suicide among the Mla Bri hunter-gatherers of northern Thailand » in Journal de la Siam society 2013m Vol. 101.

 

 

 

 

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 18:07
INSOLITE 9 -  LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE.

Qui sont-ils - Oú sont-ils ?

 

Pour les Thaïs, ce sont des Sémang (เซมัง) et des Sénoï ou Sakaï (เซนอย - ซาไก) mais familièrement des Ngopa, Ngo de la forêt (เงาะป่า) par analogie avec leur  apparence extérieure et le rambutan (เงาะ) sans que l’on sache si le fruit a donné son nom à l’homme ou vice-versa.

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Eux-mêmes se nomment Mani (มันนิ) ce qui signifierait tout simplement « être humain ». Il n’en subsisterait encore guère plus de 200 en Thaïlande et à peine le double en Malaisie, à cheval sur l’extrême sud du pays et l’extrême nord de la Malaisie dont on peut penser, s’il en subsiste encore, qu’ils se terrent, disséminés en petits clans se fondant peu à peu avec le reste de la population. Ils sont répartis entre le petit district de Thanto dans la province de Yala (อำเภอธารโต – จังหวัดยะลา) à l’extrême sud, aux environs du village de Yahai (ยะฮาย) district de Waeng dans la province frontalière de Narathiwat (อำเภอแว้ง – จังหวัดนราธิวาส), dans les hauteurs de la montagne de Kalakhiri (ภูเขากาลาคีรี) entre la  province de Yala et le district de Rangae (อำเภอระแงะ) dans la province de Narathiwat, le long de la rivière Tong (คลองตง), de la rivière Hindaeng (คลองหินแดง) et une petite centaine dans des villages des provinces de Trang ( จังหวัดตรัง), Phathallung (จังหวัดพัทลุง) et Satun (จังหวัดสตูล). Ils ne sont probablement pas plus nombreux dans le nord de la Malaisie. Il en aurait subsisté en 1992 environ 400 dans quelques-uns des dizaines et des dizaines d’îles et îlots birmans de la mer d’Andaman (204 îles ou ilots sur le seul territoire birman), s’ils n’ont pas été submergés par le tsunami de 2004, ce qui est probable. 

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Mais le gouvernement birman n’a jamais donné la moindre précision à ce sujet, et on peut penser qu’ils étaient en passe de l’être par le tourisme de masse qui n’est qu’une forme plus insidieuse de tsunami.

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Pour nous, ce sont les Négritos, « les petits nègres » du nom que leur ont donné les  Espagnols qui les premiers les ont rencontré lors que la conquête des Philippines « negritos del monte » « les petits nègres de la montagne, qui les identifièrent dès le XVIème siècle avant que l‘on découvrit leur existence dans les iles Andaman et en Malaisie,appellation fort juste qui rappelle les deux caractères frappants de cette race sa petite taille et la couleur de sa peau. appellation fort juste qui rappelle les deux caractères frappants de cette race sa petite taille et la couleur de sa peau.

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La première vision des ethnologues et des anthropologues

 

Ils n’ont pas fait l’objet de descriptions très positives : citons par exemple Jules Verne critiquant les théories de Darwin qui les rapproche du singe, occasion de s'interroger sur le fameux « chaînon manquant » entre le grand singe et l'être humain, débat brûlant à cette époque (1).

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Les pères jésuites dans leur très érudite revue « Les Études » ne les présentèrent pas sous un jour bien flatteur (2).


Nous pouvons citer encore l’opinion de quelques anthropologues ou ethnologues à une époque où ils n’étaient pas bridés par le « politiquement correct » et la langue de bois (3).

 

Une autre opinion singulière a été émise, qui dit qu’ils ne sont pas des singes, car il suffit de regarder leurs pieds,  mais qui ajoute qu’ il est possible qu’ils soient les traces de copulations entre des anthropoïdes et l’ours des cavernes (4).

 

Laissons de côté ces commentaires qui en réalité les assimilent plus ou moins directement au fameux « chainon manquant » et contentons-nous de la définition plus modérée du sociologue  Levy-Bruhl : « Ils sont à juste titre considérés comme étant parmi les populations les plus attardées du globe » (5). 

 

L’imagerie non plus ne nous a pas semblée très positive ainsi qu’il apparaît de ce portrait daté de 1889 – nous sommes assez loin de l’apollon du Belvédère - dans un ouvrage qui ne parle pas d’anthropologie mais de zoologie ! (6)

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Retenons une description plus marquée par la « charité chrétienne » qui explique largement pourquoi ils fuient ce qu’il est convenu d’appeler « la civilisation » et que nous n’aurons, surtout au XXIème siècle pas la moindre chance de les rencontrer (7).  Nous trouvons aussi ce qui rappelle la vision tout autant idyllique que fantaisiste du « bon sauvage » cher à J.J. Rousseau, dont ils seraient les derniers représentants sur terre (8) dans une société idéale (9). C’est bien pourquoi leur disparition et leur extinction étaient inéluctables (10).

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Leur histoire et leur origine

 

Ils furent sans conteste les premiers occupants du sol de la péninsule indochinoise il y a plusieurs dizaines de milliers d’années. Ils  frappèrent les explorateurs et les missionnaires par leur petite taille, leurs membres inférieurs graciles qui faisaient paraître leurs pieds et leur tête gros et larges. Sans industrie, et vivant dans des conditions frustes, fuyant les contacts, ils furent pourchassés comme des animaux sauvages et menèrent et mènent peut être encore une existence de bêtes traquées.

 

D’où venaient-ils ? Furent-ils des lilliputiens ? Cela a été écrit  le plus sérieusement du monde (11) certains pensent toujours que le célèbre roman de Jonathan Swift n’est pas une métaphore ?

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On a pu encore leur donner une origine légendaire : ils seraient les descendants des singes verts, les « hommes singes » de  l’armée d’Hanuman, le dieu des singes et l’ami de Rama (12).

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C’est aussi une version recueillie par l’anthropologue britannique Ivor Hugh Norman Evan qui avait interrogé une femme négrito entre Pattalung et Trang : Selon elle, l’origine de sa race se trouvait à Langkawa (ancien nom de Ceylan) dans l’armée des  singes qui avait permis à Rama  de sauver son épouse Sita (13).

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Ni Lilliputiens ni singes verts, qui sont-ils ou plutôt qui étaient-ils ? La question d’une origine commune avec les pygmées d’Afrique est du domaine de la spéculation.

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Ces Negritos occupaient aux temps préhistoriques un territoire très étendu et sont probablement les plus anciens habitants de l'Asie du Sud-Est (14).

 

Ces petites bandes de nègres pygmoïdes nomades primitifs représentaient sans doute les derniers groupes survivants de la population indigène de cette région. Ils jouissaient autrefois d'une distribution beaucoup plus large et plus étendue comme semble le  consigner les premiers écrits (15).

 

Le pèlerin chinois, I-Tsing, qui vivait à cheval sur le 7ème et le 8ème siècle de retour en Chine après avoir visité la péninsule pensait que les habitants de l’île de Poulo Condore au large des côtes indochinoises étaient des négritos et déclarait qu’il y avait en Chine à cette époque  de nombreux esclaves négritos.

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Dans la grotte néolithique de Ninh-Cam en Annam fut trouvé un crane identifié comme négrito daté de 40 ou 50.000 ans (16). Le géographe Maurice Abadie aurait constaté la présence de Négritos dans le haut Tonkin en 1924. Pour le  Dr. Jean Brengues au début du siècle dernier, la minorité Chong vivant à la frontière cambodgienne (aux environs du temple de Preah Vihar) présentait pour environ 20% des caractères de Négritos. Par la suite, pourchassés par les ancêtres des Thaïs au nord et ceux des Malais au sud, victimes de persécutions et d'assimilation forcée, ils se réfugièrent dans les parties les plus inaccessibles de la jungle dans les montagnes quand on ne les retrouvait pas réduits en esclavages  comme par exemple en 1878 chez le Rajah de Singor (Songkhla) (17).

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Antérieurement ils auraient servi comme mercenaires par les Malais de Pérak au XVIIIème siècle  compte tenu de leur science à utiliser des flèches empoisonnées sur des pointes métalliques que leur fournissait leur employeur (18), mais ceci coïncide  assez mal avec le caractère éminemment pacifique que leur ont reconnu tous les observateurs.

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Ce que nous savons d’eux est à mettre à l’actif des premiers explorateurs des régions où ils étaient réfugiés, deux Autrichiens, le Père Paul Joachim Schebesta, missionnaire et anthropologue qui, dans les années 1924-1925, a arpenté les jungles entre Malaisie et Siam en quête de matériel pour ses nombreuses publications sur les Négritos (19) et l’anthropologue Hugo Bernatzik qui les a visités en 1924 (20).

 

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N’oublions pas le roi Chulalongkorn qui a visité les Négritos de Pattalung-Trang en 1906-1907. Il adopta  un jeune orphelin nommé Khanung, et vit dans cette adoption une expérience personnelle pour civiliser un sauvage. Nous ignorons ce que devint ce  gamin dont il ne reste que des photographies prises par le roi lui-même.

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Il écrivit lui-même un conte illustré (bothlakonruangngopa บท ละครเรื่องเงาะป่า) sur la vie tribale imaginée du garçon, décrivant l'apparence physique des Semang, leur mode de vie, leurs croyances religieuses, leurs habitudes alimentaires (21). 

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Actuellement, les anthropologues et ethnologues qui s’intéressent à eux ont les plus grandes difficultés à les localiser et plus encore à entrer en contact. Timides, les bandes sont composées d'un petit nombre d'individus  vivant dans la crainte de persécution et d’exploitation et souhaitent le moins de contact avec l'extérieur ce qui en réalité les rend inaccessibles. Il semblerait en outre qu’ils n’aient pas eu à se féliciter du contact avec les maquis communistes malais et thaïs.

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Brandt les divise en plusieurs branches d’une façon qu’il indique lui-même arbitraire  puisque leur localisation de par leurs déplacements permanents est difficile sinon impossible ; surtout  si un groupe disparait. (13)  Combien en restait-il alors en 1960 ?

 

Peut-être 300 en Thaïlande et 2.000 en Malaisie vivant de façon semi-sédentaire par petits groupes de 5 couples avec les enfants ; ce qui correspond à des bandes d’une vingtaine d’individus et déplacements plus ou moins continuels contactant de façon occasionnelle les villages thaïs pour y échanger leur miel sauvage, leurs objets en rotin et les peaux d’animaux contre du tabac et des objets métalliques car ils semblent ignorer la métallurgie et souvent hélas pour mendier  de la nourriture ? Ils sont probablement plus ou  moins acculturés nous apprend Brandt qui les a rencontrés baragouinant le thaï ou le malais selon leur emplacement et pratiquant le  « waï » tout comme les Thaïs.

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Les caractèristiques physiques

 

Physiquement, ce sont des négroïdes de petite taille, 1.496 mm pour les  hommes et 1.408 mm pour les femmes. Les femmes ont un poids moyen de 43,4 kg et les hommes de 39,5 kg. Ces précisions restent toutefois très aléatoires faute de trouver ce que Brandt appelle un « stock racial pur ». Certaines femmes mais uniquement dans les groupes des iles de la mer d'Andaman, pas toutes et très rarement les hommes offrent la caractéristique connue sous le nom de stéatopygie ou « gros fondement ».

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Une moderne « Vénus de Willendorf » ? La stéatopygie a été répandue, peut-être même universelle, dans la préhistoire et se retrouve dans les fameuses figurines de Vénus de l'âge glaciaire. Seules deux populations subsistantes présentent encore aujourd'hui cette caractéristique, les Hottentots d’Afrique du Sud et les Négritos de la mer d’Andaman. Elle ne répond probablement pas à des considérations esthétiques mais fournit des réserves de matières grasses et augmente les chances de survie dans des environnements imprévisibles.

 

Une moderne « Vénus de Willendorf » ? La stéatopygie a été répandue, peut-être même universelle, dans la préhistoire et se retrouve dans les fameuses figurines de Vénus de l'âge glaciaire. Seules deux populations subsistantes présentent encore aujourd'hui cette caractéristique, les Hottentots d’Afrique du Sud et les Négritos de la mer d’Andaman. Elle ne répond probablement pas à des considérations esthétiques mais fournit des réserves de matières grasses et augmente les chances de survie dans des environnements imprévisibles.

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Leur chevelure, caractéristique, est laineuse. La couleur de leur peau est chocolat noir chez les adultes, mais jamais brillant, plus clairs pour les enfants. Ils sont brachycéphale et beaucoup ont le front saillant avec parfois un prognathisme. Tous les observateurs sont frappés par la nature de leurs yeux : « un regard d'animal sauvage ». Tous aussi ont noté une grande séparation entre l'hallux (gros orteil) et le deuxième orteil et remarqué qu’ils se déplaçaient avec un mouvement particulier, levant les pieds au-dessus du sol comme s'il franchissait des obstacles invisibles. C’est peut-être caractéristique de la marche de jungle ?

Photographie de John Brandt :

 

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Leurs langages

 

Les Négritos sont évidemment un sujet intéressant pour la linguistique dans la mesure où leur langage d’origine pourrait être celui des hommes de la préhistoire il y a 50 ou 60.000 ans. Les Sénoï utiliseraient un langage proche du mon-khmer dont est issu le thaï, largement utilisé en Asie du Sud-Est par des cultures plus avancées mais qui n’est probablement pas celui utilisé par les groupes tribaux primitifs. Il plane de toute évidence une incertitude sur la langue originale. Ils utilisent des mots à racines monosyllabiques et une méthode de composition de préfixes comme dans le mon-khmer, mais beaucoup de ses mots ne sont pas  d’origine mon-khmer. Mais les contacts avec les « envahisseurs » ont fait qu’ils utilisent beaucoup de mots thaïs, malais ou birmans.

 

Brandt a été frappé du fait qu’ils utilisent des mots pour compter jusqu’à quatre et qu’après, ils utilisent le mot « beaucoup ». Ce ne sont manifestement pas des calculateurs ! Laissons les linguistes à leurs discussions, notamment le Père Paul Joachim Schebesta qui a consacré de très doctes ouvrages à ce sujet. Leur langue est en tous cas assurément l’une des moins bien connue de toutes celles qui sont parlées dans le vaste monde.

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Leur mode de vie

 

Bien que nomade, les Négritos n’errent pas de façon erratique. Ils se déplacent dans une zone définie en fonction de la disponibilité des aliments mais aussi d’autres facteurs, tels que les visiteurs indésirables, un tigre, une mort ou un phénomène naturel interprété de façon magico-mystique. Ils vont par exemple camper aux  environs d'un arbre durian jusqu'à ce que les fruits aient disparu.

 

Ils ne construisent qu’un maigre pare-vent en bambou brut couverte de feuillages, une plateforme en bambou pour le sommeil et un abri adjacent pour le feu qu’ils obtiennent sans difficultés par friction du bois. Le tout est abandonné sans le moindre sentiment d’attachement.

 

Photographie de John Brandt : un abri temporaire et un abri semi-temporaire :

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Ces abris pare-brise peuvent être disposés en cercle ou parfois en rangées parallèles formant une sorte de  tunnel dont les bords se rejoignent comme une longue hutte sans toit. Au sein de cet abri sont suspendues leurs maigres possessions, arc et sarbacanes, carquois, paniers et instruments de cuisine réduits au minimum : coques de noix de coco comme bols, grattoirs en rotin, bâton de bois pour le mortier et couteau toujours utile. Parce qu'ils sont nomades, ils  sont évidemment limités dans la quantité et la nature de leurs biens matériels qui doivent être petits, légers et peu nombreux pour être transportés le long de leurs pérégrinations. Quand ils le peuvent, ils se contentent  d’une grotte ou d’un abri sous roche.

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Des feuilles servent d’assiettes et le riz est cuit dans des bambous : ceux-ci sont bouchés et maintenus au-dessus du feu à mijoter. Les viandes sont broyées et rôties sur une flamme nue. Les feuilles servent aussi à boire dans les points d’eau et l'eau est consommée directement à partir des bambous de stockage. Les petits mammifères sont éviscérés et enterrés dans les cendres pour être cuits dans leur peau. Préparés ainsi, ils retiennent tous les sucs naturels et sont tout à fait agréables au goût mais d’aspect un peu répugnant. Les aliments non consommés sont conservés jusqu'au lendemain et les mères réservent souvent de petites quantités de nourriture dans des bambous pour que les enfants puissent avoir une collation froide le lendemain matin. Il ne semble pas qu’il y  ait de véritables efforts organisés pour conserver la nourriture. Les repas sont pris en groupe.

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Ce sont les femmes qui ramassent les racines comestibles et les fruits et les hommes qui chassent ou pèchent. Dans un passé proche  - écrit Brandt en 1960 - ils utilisaient encore des arcs et des flèches empoisonnées pour chasser le gros gibier aidés par des chiens.

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Ils ne consomment toutefois ni chien, ni chat, ni serpent, ni éléphant, ni ours, ni cochon sauvage, ni cerf, ni rhinocéros, ni tigre, mais par contre toutes les espèces de singes. Précisons pour les éléphants et les ours, ils croient que ce sont des personnes réincarnées.

 

Mais leur nourriture est variée, tortues, grenouilles, mollusques, termites et larves d'insectes en dehors des produits de la chasse, de la pèche – les hameçons sont une esquille de bois ou un éclat d’os - et de la cueillette.

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Ils ont toutefois des tabous en matière de nourriture : ainsi pendant la grossesse les femmes évitent de manger le lézard, le gibbon, le rat de bambou ou le faisan-argus. Certains croient que la viande de poulet est taboue après la naissance d'un enfant.

 

Avec l'introduction des armes à feu lorsqu’ils peuvent s’en procurer, la chasse devient de plus en plus facile. Pour Brandt, des histoires de Négritos tuant des éléphants ou des rhinocéros à l’aide de leurs arcs et de leurs flèches empoisonnées relèvent de la légende.

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Les arts

 

Si les Négritos ne sont plus à l’âge de la pierre, ils sont à celui du bambou ! Leur conception de la décoration se limite à des dessins incisés sur du bambou, une décoration purement linéaire, pour la confection de paniers et de quelques talismans.

 

Photographie de John Brandt : panier et blagues à  tabac :

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Seuls les enfants sont nus, les femmes ont en général la poitrine découverte, les hommes portent un sarong court. Le tissu est fabriqué à partir d'écorce d'Atocarpus pilée, doux et souple. Un tissu d'écorce fin est fabriqué à partir de l’écorce de l'arbre d'ipoh dont le suc violement toxique est utilisé pour empoisonner les flèches.

 

Photographie de John Brandt :

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Certains portent des tatouages sommaires ou ont la cloison nasale perforée pour porter  une plume dans le nez et portent des dispositifs décoratifs comme colliers. Seules les femmes portent des boucles d'oreilles.

 

L’essentiel de leur art est constitué par les peignes des femmes incisées en bambou qui auraient une signification magique....

 

Photographie de John Brandt :

INSOLITE 9 -  LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE.

...ou leurs carquois décorés également en bambou.

 

Dessin de John Brandt :

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Leurs instruments de  musique semblent limités à des tambours de peau et des guitares en bambou à deux cordes.

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Les armes

 

Leur premier armement aurait été un simple casse-tête, un bâton de jet ou une lance en bambou mais ils utilisaient généralement un arc assez long, entre 1,80 et 2 mètres, soit en bambou soit en bois dur. Seuls les carquois étaient décorés. Lorsque Brandt écrit, plus un seul ne savait les confectionner. La pointe de flèche était en général en fer probablement de récupération. Leur poids rendait l’empennage inutile ce qui relève d’une certaine habileté, mais peut-être aussi parce qu’ils attribuaient aux plumes un caractère magique. Les pointes de flèche étaient empoisonnées ce qui permettait avec certitude d’abattre de gros animaux. Mais leur arme originale était la sarbacane dont la longueur variait selon les groupes, jusqu’à plus de deux mètres.

 

Dessin de John Brandt :

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Elles étaient confectionnés de deux sections de bambou alésées collées entre elles, de référence bambou de l'espèce wrayi qui a de  très longues sections dépourvues de nœuds.

 

Dessin de John Brandt : décorations sur sarbacanes :

 

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Une embouchure était fixe à l’extrémité. Elles étaient décorées de motifs linéaires.

 

Dessin de John Brandt :

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Le carquois contenant les flèches également empoisonnées était en bambou toujours décoré de motifs linéaires probablement magiques. Les flèches étaient faites d’une espèce de rotin d’une vingtaine de centimètres de long. La portée aurait été de plus de 50 mètres selon évidemment la capacité pulmonaire de l’utilisateur ?

 

Photographie de John Brandt :

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Mais l’arme aurait été inoffensive sur des animaux importants sans l’empoisonnement des flèches. Brandt nous en donne la « recette » : du venin de scorpion, de serpent ou de scolopendre, la sève de l’ipoh dont nous venons de parler (Antiaris toxicaria), du fruit du vomiquier (Strychnos nux-vomica) dont l’on extrait directement la strychnine ou d’un mélange des deux ou du tout.

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Le poison de l'arbre ipoh est recueilli incisant le tronc et en récupérant attraper les gouttes de sève dans un petit récipient en bambou. La sève fraîche est alors étalée sur une petite spatule en bois et mise à  feu doux pour sécher. Elle change de  couleur sous l’effet de la chaleur passant d’un gris laiteux à un brun chocolat profond. À ce stade,  elle est dure et fragile mais peut être ramollie de nouveau par réchauffement.

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Les pointes de flèche sont alors plongées dans la mixture et ensuite mise à sécher. Le  poison du vomiquier doit être cuit avant utilisation. Habituellement, les poisons ne sont pas mélangés mais certaines tribus le font en les combinant avec d'autres plantes. Le poison est plus efficace quand il est frais mais conserve sa nocivité longtemps. Les Négritos connaissaient les recettes de mélanges à nocivité variable et peignait les flèches de bandes de couleur différentes selon un code leur permettant d’utiliser la fléchette appropriée en fonction de la cible. L’antiarine contenue dans la sève de l’ipoh arrête le cœur des mammifères blessés qui entrent en diastole. Le cœur des vertébrés à sang froid s'arrête en systole. En clair, cela signifie qu’avec du poison frais des animaux de la taille d’un gros singe meurent en quelques minutes mais après avoir perdu tout contrôle et s’être affalé sur terre. Les oiseaux meurent plus lentement et échappent souvent aux chasseurs en s'envolant hors de leur vue. On peut se demander comment les Négritos ont eu connaissance des vertus diaboliques de ces plantes dont le principe nocif n’a été extrait que dans le courant du XIXème siècle ? Pacifiques, ils n’utilisaient leurs armes que pour la chasse et jamais contre leurs semblables. L’affirmation doit toutefois être modulée : lorsque les maquis communistes se sont installés dans leurs aires d’implantation, essentiellement dans les jungles montagneuses entre Phattalung et Trang il n’est pas certain que quelques-uns de ces intrus n’en aient fait les frais.

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L’organisation sociale      

 

Les groupe négritos ignorent le système des castes et fonctionnent selon un système « démocratique » assez lâche. Ils n’ont pas de chef sauf pour faire face à des situations exceptionnelles. Ce sont alors les hommes les plus âgés du groupe qui prennent les décisions, parfois une femme bien qu’elles soient en général exclues des délibérations.

 

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Le Négrito est ordinairement monogame et bien que ni la polyandrie ni la polygamie ne semblent être interdites, elles ne semblent être la règle. Ils pratiquent systématiquement l’endogamie ce qui a probablement favorisé par la multiplication forcée des mariages consanguins à l’intérieur de groupe faiblement peuplés la multiplication des tares congénitales et  une inéluctable dégénérescence.

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Les jeunes hommes choisissent leurs propres mariées et c’est la troupe qui doit payer une dote symbolique sous forme de tissu, de tabac, d'un couteau, etc. Mais les mariages sont le plus souvent affaire d’inclinaison et non de convenances. Il semble n'y avoir aucune cérémonie spécifique de mariage. La fidélité est généralement la règle mais le divorce se déroule simplement, la plupart des couples ont eu plus d'un conjoint avant de s'établir avec un compagnon final.

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Ils connaissent les aspects physiques de la conception ainsi que des procédés contraceptifs et abortifs. Mais cela ne les empêche pas de croire que l'âme ou l'esprit d'un enfant est  apporté par un oiseau. Pour certains, il s’agit du faisan- argus ce qui explique le tabou : il apporte en effet l'âme d'un mâle et un autre oiseau celle des femmes.

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Les pratiques d'inhumation varient considérablement selon les groupes : cadavres jetés dans les rivières, plus rarement laissés sur le sol ou placés dans des arbres mais en général enterrés. Mais le groupe fuit alors immédiatement la région par peur des fantômes et des tigres qui se nourrissaient des corps.

 

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La  religion

 

Ils croient en une vie après la mort mais pas en une réincarnation. Cependant, le roi Chulalongkorn pensait que certains groupes croient en une âme qui attend cette réincarnation. Si elle n'intervient pas dans les six mois, elle devient un fantôme. D’autres croient en une réincarnation dans l'ours et l'éléphant, ce qui explique le tabou. Ils croient tous en un paradis paisible sans tigres ni éléphants, sans tonnerre ni maladie où les enfants seront réunis avec les défunts parents.

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Les Négritos sont ou étaient le dernier vestige d’un type primitif répandu dans toute la péninsule bien avant que la civilisation ne naisse à Ban Chiang. Les travaux de recherche sont difficiles en raison d’une timidité maladive et de leurs habitudes. Ils n’ont de toute évidence aucune vocation à devenir des « singes savants »  spectacles pour touristes comme d’autres minorités tribales telles les « femmes-girafe ». La présence des communistes dans les années 60 les a conduit à se rapprocher des routes et des postes de  police pour se protéger et  se sédentariser partiellement ou à l'inverse à se réfugier au plus profond de jungles impénétrables.

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Le travail de Brandt est l’inestimable fruit de ses observations personnelles – il a vécu chez les Négritos  - et d’une énorme bibliographie. Officier de carrière au Département d'État des États-Unis, pendant huit ans il a poursuivi les observations en Asie du Sud-Est en recueillant des documents ethnologiques avec probablement le but d’avoir des informations sur la possibilité de lutte contre les maquis communistes. Ses immenses collections comprenant de nombreuses photographies qui ne sont malheureusement pas intégralement numérisées à ce jour et des objets de l’artisanat négrito sont dispersées entre le musée de Milwaukee, celui de Kenosha, le musée d'anthropologie du Mexique et le Musée royal de l'Ontario. Nous lui devons d’avoir une vision de la manière dont vivait ces hommes il y a plusieurs dizaines de milliers d’années de la même et exacte façon dont ils le faisaient il y a seulement un demi-siècle et peut-être encore aujourd’hui.

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NOTES

 

(1) « l'orang, type brachycéphale au long pelage brun, serait d'après lui l'ancêtre des négritos; le chimpanzé, type dolichocéphale, aux mâchoires moins massives, serait  l’ancêtre des nègres; enfin, du gorille, spécialisé par le développement du thorax, la forme du pied, la démarche qui lui est propre, le caractère ostéologique du tronc et des extrémités, descendrait l'homme blanc » In « Le voyage aérien, les histoires de Jean-Marie Cabidoulin », 1901.

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Il est ailleurs guère plus élogieux « … race intermédiaire entre les Malais et les nègres… ni agriculteurs ni pasteurs.. : ils n’habitent que es huttes misérables. Ils sont à peine vêtus de peaux de bêtes ou de pagnes en écorce… »In « Les frères Kip » de 1902.

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(2) «Primitifs parmi les primitifs »  in « Les études » du 5 juillet 1909, p. 724). Mais évidemment tout est relatif, comme chacun sait, au pays des aveugles… : « Pour certains, ce sont à peine des hommes, intermédiaires entre l'homme et le singe, tout au plus des dégénérés. Or il se trouve que, étudiés de près dans leurs croyances religieuses, ces pauvres pygmées sont très supérieurs aux peuples  bantous… » (Idem 1946).

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(3) « Chez certains négritos, la stupidité est telle que, s'ils doivent faire quelque effort pour comprendre, ils tombent de sommeil ; insiste-t-on par trop, ils sont malades », Clodius Piat « Destinée de l'homme » 1898.

 « Chez les sauvages les plus  inférieurs, l'inertie intellectuelle entraîne le manque de curiosité rien ne les étonne, ou, s'ils s'étonnent, ce n'est que pour quelques instants », Alfred Fouillée « Tempérament et caractère selon les individus, les sexes et les races » 1902.

«… les négritos et les nègres et, d'une façon générale, il y a lieu de n'admettre qu'une seule race nègre, ayant possédé autrefois un habitat continu de l'Afrique à l'Océanie; les négritos restent les témoins d’une dégénérescence physiologique » in « Larousse mensuel illustré » de 1923.

« Aux côtés des Malais plus ou moins évolués socialement et intellectuellement, les Negritos, au type négroïde très accusé, représentent un stade de civilisation extrêmement arriéré », « La  revue du Pacifique » du 15  janvier 1933.

« Races très différentes de types et de mœurs. La gradation va du négrito aborigène dont l'air de famille avec la race simiesque est plutôt prononcé, dont les enfants jusqu'à douze ans ne connaissent d'autres costumes que ceux des chérubins et des séraphins, jusqu'au Guianga de formes admirables, sveltes, et fines, aux traits ariens rappelant les plus pures races de l'Inde » in « Le Petit Français illustré. Journal des écoliers et des écolières » du 29  septembre 1900.
 

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(4)… « Les Negritos n'étant pas des spécimens descendant des singes actuellement vivants, puisqu'ils en sont toujours séparés par la forme si caractéristique du pied … « C'est ainsi que la dernière étape de l'animalité de l'Homme a pu être franchie, à l'époque des grands cataclysmes du Quaternaire, quand les bêtes affolées, blotties dans les cavernes, exacerbées par de longues et dures privations, s'uniront au hasard des gîtes, comme les Anthropoïdes et l'Ours des cavernes furent si souvent exposés à le faire durant celte longue période de fièvre géologique. De ces unions hasardées est sorti le Primate, souche de l'espèce humaine » L. Baudrit in « L'évolution des forces psychiques » 1914.

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(5) Lévy-Bruhl « L'expérience mystique et les symboles chez les primitifs » In Revue des Sciences Religieuses, tome 19, fascicule 4, 1939. pp. 527-530.

 

(6) Auguste Daguillon « Notions de zoologie, à l'usage de l'enseignement secondaire classique (classe de sixième) et de l'enseignement secondaire spécial (première année) », p. 100, 1887.

 

(7) « …c'est toujours et partout la chasse, la cueillette du miel, la récolte des fruits sauvages, la vie nomade, la hutte provisoire, la caverne de rencontre, les ustensiles rudimentaires, la même absence d'animaux domestiques, la même conception de la vie, la même organisation de la famille et du campement, la même idée enfin d'être voués par la Divinité à cette existence errante. Leur théologie est bien simple, mais elle est en même temps plus dégagée de superstitions bizarres, immorales ou cruelles que celles des peuples plus avancés en civilisation matérielle. Un autre  caractère commun les signale à notre attention : On dirait qu'ils se sentent toujours poursuivis et recherchés, et c'est pourquoi aucun privilège ne leur est plus précieux que celui de se rendre invisibles. Quand on les regarde, ils disparaissent, et eux-mêmes ne vous regardent jamais en face. Pour peu qu'ils aient des soupçons contre une tribu voisine, un village, une famille, ils s'en vont. Une branche verte qui se  retourne sur le feu suffit à les faire changer de campement comme une brindille étrangère tombée dans le nid d'un oiseau le lui fait « enhaïr». Quand la mort s'abat parmi eux, ils n'ont rien  de plus pressé que d'aller chercher un gîte ailleurs. Pourquoi? « Parce que Dieu les a vus! » Jamais, ils n'oseraient tuer un étranger, encore moins un frère. Tracassés, provoqués, volés, ils s'échappent. Et cette crainte de verser le sang humain, cette honte d'eux-mêmes, cet instinct de se toujours cacher aux yeux des hommes et aux yeux de Dieu rappellent involontairement la parole de la Bible qui poursuit le premier assassin et le premier maudit »… In « Les Missions catholiques -Échos d'Orient » tome 1, n°1, 1897. p. 31;

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(8) « 0 indépendance ! Il faut que tu offres bien des charmes à tes enfants, pour que, sans abri et à demi morts de faim, les Négritos te préfèrent à l'édénisme dont jouissent d’autres  peuples sous la domination des blancs ! 0 indépendance ! Dans la forêt, leur lit est le pied d'un arbre ; leur nourriture,  le produit incertain de la chasse. Cette vie toute d'éventualités doit rendre l'homme le jouet des caprices du sort : aussi les Négritos sont-ils les êtres les plus superstitieux du monde ; ils craignent les mauvais sorts, l'esprit de la plaine, et que sais-je encore? » Jules Itier « Journal d'un voyage en Chine en 1843, 1844, 1845, 1846 » 1848)

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(9) « les Négritos, pauvres petits nègres de la Malaisie, qui, traqués et persécutés, donnent l'exemple des plus rares vertus, les Andamans et mille autres races dont un voyageur, après les avoir vus de près si longtemps, nous vante la mansuétude, la bienveillance réciproque, l'esprit d'égalité et d'équité ». Gabriel Tarde in « La   philosophie pénale »1900.

 

(10) « Les sociétés les plus civilisées elles-mêmes ne peuvent soustraire à cette dure loi des populations trop arriérées qui n'ont pu s'adapter aux milieux nouveaux créés par l'expansion active. Les Peaux-Rouges, les Australiens, les Canaques, les Négritos, les Boshimans, les Weddahs, toutes les tribus barbares de l'Inde, de l'Indochine ou de la Chine sont de par cette loi condamnées à l'extinction directement ou par  métissage progressif. Enserrées de tous côtés par leurs voisins, pour n'avoir pu s'accommoder ni au sol qui leur avait été laissé ni à des circonstances qui dépassent leurs moyens, devenues inutilisables ou dangereuses par suite pour la race supérieure, ces malheureuses populations sont fatalement vouées à l'anéantissement, dans un avenir plus ou moins lointain », Jules Harmand in  « Domination et colonisation ».

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(11) « L'Empire de Lilliput a-t-il existé ? » par Boris Adé In : « Le Globe - Revue genevoise de géographie », tome 91, 1952. pp. 23-29 : « Aurait-il existé au temps jadis une nation d'homoncules dont les survivants essaimés auraient nom Negritos aux îles Andaman, Semang en Malaisie…? Les Lilliputiens de Gulliver auraient-ils vécu ? Faute de matériel, de points de comparaison solides, le problème est resté irrésolu ».

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(12) « …Il y a en Afrique, en Asie et en Océanie des races d'hommes, de stature inférieure à la noire, c'est-à-dire des Pygmées, et il croit (après M. de Quatrefages) reconnaître dans les singes d'Hanuman (dans le Ramayana) » in  Mélusine - Revue de mythologie, littérature populaire, traditions et usages. Tome VII - 1894-1895. L’ouvrage monumental d’Armand de Quatrefages « Histoire générale des races humaines. Introduction à l'étude des races humaines », daté de 1887 fait effectivement descendre les négritos des « quadrumanes » d’Hanuman. Considéré comme politiquement incorrecte il est malséant de citer son œuvre immense en zoologie et ethonologie

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(13) Voir les articles de John Brandt « THE NEGRITO OF PENINSULAR THAILAND » dans le journal  de la Siam society, volume 49 de 1961, p.123-160 et « The Southeast Asian Negrito » dans la même revue, volume 53-1 de 1965 p. 38-43.

 

(14) « La préhistoire du Siam est encore peu connue, mais l'existence de négritos (Semangs) sur les collines de la presqu'île laisse supposer qu'ils étaient les aborigènes de ces pays » in « LE STATUT INTERNATIONAL DU SIAM » par  le Prince VARANAIDYA, Ministre Plénipotentiaire du Siam, Membre de l'Académie, Académie diplomatique internationale in «  Séances et travaux de l’académie diplomatique internationale ». 1933/01-1933/03. Et « Revue critique d'histoire et de littérature », avril 1933.

 

(15) Sur tout ce qui suit, voir les articles de Brandt note 13.

 

(16) Etienne Patte « La Grotte sépulcrale néolithique de Ninh-Cam (Annam) » In : « Bulletin de la Société préhistorique de France », tome 19, n°11, 1922. pp. 240-243;

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(17) Rapporté par le « Straits Branch Journal » du 1er juillet 1878 : « The Semang and Sakei Tribes of the Districts of Kedah and Perak bordering on Province Wellesle » (pp. 111-113).

 

(18) « THE ADVENTURES OF JOHN SMITH IN MALAYA, 1600 -1605 », récit d’une historicité douteuse d’un aventurier anglais au service de la reine de Pattani, publié  à Leyden en 1909.

 

(19) Toutes en allemand et citées d’abondance dans la bibliographie de Brandt, note 13.

 

(20) Même observation que dessus.

 

(21) Cette œuvre fait l’objet de multiples rééditions à l’usage des enfants.

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