Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 22:06

 

 

Cette légende a été recueillie de la bouche de Buali Suwannakhot le 21 novembre 2014. Elle provient du site Mekong watch que nous avons déjà rencontré (1). Le narrateur était alors âgé de 98 ans et résidait dans un village du sous-district de Tha Sa-at (ท่าสะอาด) dans le district de Seka (เซกา) dans la province de Bungkan (บึงกาฬ). C’est l’histoire de son village d’origine. Ses parents avaient émigré d’Attapeu (อัตตะปือ) « une ville du sud du pays, parce que la vie y avait été très dure » (2). Sa mère s'appelait Pong. Son père était probablement de l'ethnie So. Voyageant sur un bateau, ses parents entrèrent dans l’embouchure de la rivière Songkhram (แม่น้ำ  ศรีสงคราม) à Tha Uthen (ท่าอุเทน) et ont remonté la rivière (3). Ils ont ensuite trouvé un étang dans un village où la famille s’est installée et a commencé à faire du sel (4).

 

 

 

Cette légende raconte l’étonnante histoire de la découverte par les habitants de l’Isan de l’une des propriétés essentielle du sel, la conservation des aliments. Elle nous donne par ailleurs quelques précisions sur la vie de ces sauniers il y a probablement un siècle ou un siècle et demi.

 

 

 

PRÉSENTATION

 

 

Nous savons qu’il y avait beaucoup de rhinocéros au Siam.

 

 

 

 

Ses cornes, en dehors de leurs vertus magiques lorsqu’elles sont réduites en poudre de perlimpinpin (elle passe pour un révélateur de poison censée noircir à son contact)...

 

 

 

...   sont appréciées pour la qualité de leur ivoire destiné à la sculpture, estimés dans les travaux de tabletterie.

 

 

 

Son cuir est d’une telle dureté qu’il est réfractaire aux griffes des plus redoutables prédateurs, tigres en particulier (5). Sa viande est ou serait parfaitement comestible (6).

 

 

 

 

Cornes et cuirs faisaient l’objet d’importantes exportations du temps de Monseigneur Pallegoix. Le trésor envoyé par le roi de Siam à celui de France en 1681 et englouti en mer comportait deux bébés rhinocéros (7). Parmi les présents que le roi de Siam envoya en France en 1686, il y avait six cornes de rhinocéros. Ils étaient toujours présents en Thaïlande jusqu’à il y a peu et le peu qui resterait continue à être les victimes des braconniers, surtout pour leur corne à laquelle il est prêté des vertus imaginaires (8).

 

 

 

L’histoire contée par ce vieillard, probablement recueillie de la bouche de ses parents producteurs de sel, ne nous éclaire pas sur l’origine de ces dépôts de chlorure de sodium mais sur la découverte par les anciens des vertus conservatrices du sel. Nous savons que les Thaïs ne sont pas coutumiers de l’utilisation du sel pour améliorer la sapidité de leurs aliments. Ils préfèrent pour cela quelques sauces explosives et putrides à base de piment, de poissons ou de crevettes pourries.

 

 

 

Par contre ses qualités pour assurer la conservation des aliments frais fut et reste fondamentale. Cette découverte fut le fruit de constatations effectuées probablement au fil des siècles grâce au cadavre du rhinocéros !

 

 

 

 

 

LA TÊTE DU RHINOCÉROS DANS L’ÉTANG SALÉ

 

 

Il y a bien longtemps, avant même que les villageois ne se réunissent en communauté, un rhinocéros vivait dans une forêt au bord d’un étang près de la rivière Songkhram. L’animal se reposait sur la berge, buvait de l’eau et léchait du sel. Un jour, le roi qui régnait sur la région vint à passer et le vit se reposer sur la berge. Il prit une arme à feu, tira et le tua. La balle le traversa et finit sur la rive dans un ruisseau qui s'appela dès lors alors Huay Luk Puen (ห้วย  ลูก ปืน - le ruisseau à la balle de fusil).

 

 

 

 

Le roi partagea la chair et la peau de rhinocéros avec son peuple. Alors que s’effectuait le partage, survint un orage épouvantable. La pluie tomba sur la viande qui se transforma alors en une pierre rouge. Bien des années plus tard, les virent de l'eau qui suintait de la pierre. Ils se demandèrent alors si elle était potable ? Ils la récupérèrent, la firent bouillir et l’eau se transforma en sel. Ils l’utilisèrent alors pour leur cuisine et la confection du poisson fermenté dans la saumure. Cependant ils avaient aussi constaté qu’une partie de la viande du rhinocéros tombée dans l’étang ne s’était jamais dégradée et restait intacte ! Découvrant cette propriété jusqu’alors inconnue, ils utilisèrent massivement l’eau de l’étang pour en extraire le sel.

 

 

 

 

Cette richesse attira beaucoup de monde et il se créa une véritable industrie du sel. Les marchands venaient acheter le sel sur des embarcations de 25 à 40 mètres de long, 5 à 10 de large et 2 à 3 mètres de tirant d’eau. Chaque bateau comportait environ 20 membres d'équipage et pouvait transporter entre 6 et 10 tonnes de sel. Des embarcations plus petites pouvaient transporter 2 à 3 tonnes de sel. Les marchands venaient de Mukdahan, Khemmarat, Nongkhai, Vientiane, Luangprabang et le Champasak (จำปาสัก) (9).  Certains venaient par voie terrestre.

 

Les villageois travaillaient durement pendant la journée. Dans le village, ils étaient environ 300, hommes et femmes. Celles-ci tissaient les petits paniers contenant le sel.

 

 

 

 

Il n'y avait pas d'électricité. Les villageois gagnaient environ 10.000 baht par an en vendant leur sel et payaient environ 800 baht par an leurs ouvriers. Ils coupaient et préparaient le bois de chauffe en novembre et décembre. La récolte du sel s’effectuait de février à avril. Le sel était alors emballé et il fallait attendre la saison des hautes eaux en août pour pouvoir le transporter par voie d’eau.

 

 

 

 

QUELQUES OBSERVATIONS

 

 

 

Il ne semble pas techniquement impossible que la viande de ce rhinocéros tombée dans un étang saturé de sel ait ainsi pu se conserver dans cette saumure et ce pendant plusieurs années ?  La légende est, en tous cas, moins saugrenue que celle qui fit naître les sites de terre salée de la pisse de l’éléphant blanc.

 

 

 

 

Ces chiffres  nous permettent de penser que cette population de sauniers vivait alors beaucoup mieux que si elle s’était contentée de cultiver le riz sur ces terres arides  (10).

 

 

 

 

Mais il est difficile d’avoir une idée précise de l’importance économique de l’exploitation du sel de la terre. Seule La Loubère y fait une rapide allusion (11). Monseigneur Pallegoix ne parle que du sel de mer pour une raison très simple : la plus grande partie de la production de sel partait à l’exportation et, soumise à une taxe à l’exportation, elle était contrôlée au départ du port de Bangkok. La production du sel de terre échappait à tout contrôle (12).

 

 

Il en est de même aujourd’hui où cette activité subsiste en de nombreux points de l’Isan mais ce n’est pas de façon aussi spectaculaire que les marais salants du sud de Bangkok. Ce n’est pas à proprement parler une extraction industrielles, elle se fait toujours selon des procédés probablement multi séculaire et constitue à la fois un revenu d’appoint et une source d’approvisionnement familial. Le blog de notre ami Patrick a consacré deux articles à cette production familiale et semi-industrielle (13).

 

 

 

 

Cette activité marginale est loin de devoir être considérée comme en voie de disparition. Elle échappe totalement à l’industrie du sel qui en Thaïlande est sinon monopolistique du moins oligopolistique. Sur une production globale annuelle de 1,2 millions de tonnes, 600.000 tonnes sont destinées à l'exportation. Le marché de la consommation du sel alimentaire est de 76.000 tonnes par an. 30.000 tonnes seulement proviennent du sel dit « raffiné » (c’est-à-dire tout simplement de sel brut blanchi chimiquement et vendu 50 fois plus cher) distribués par ces structures oligopolistiques. Il y a donc 46.000 tonnes par année qui continuent à provenir de ces micro-producteurs. Ces chiffres sont de 2010 (14). Nous verrons donc probablement encore longtemps ces panneaux au bord de nos routes signalant la proximité d'un site familial de production de sel, échappant à toute statistique et aux grands circuits commerciaux,

 

 

Photo prises dans les environ de Kalasin, Roiet et Udon en 2019, le prix est de 10 bahts par kilogramme : 

LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE  DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)
LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE  DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)
LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE  DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

NOTES

 

 

(1) Voir notre article A 300 « LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) ».

Le site http://www.mekongwatch.org/english/ est bilingue japonais-anglais.

 

 

(2) Attapeu est aujourd’hui au sud du Laos. Cela situe cette émigration avant le traité franco-siamois de 1893 qui attribua le Laos à la France.

 

 

(3) Cette rivière est l’un des affluents principaux du Mékong dans la province de Nakonphanom (นครพนม) et dans le district du même nom à 50 kilomètres en aval de la capitale provinciale.

 

 

 

 

(4) Les zones à sel sont essentiellement disséminées dans le district de Na Wa (อำเภอนาวา)  à l’ouest de la province de Nakonphanom et le district d’Akat Amnuai (อำเภออากาศอำนวย) à l’est de la province de Sakonnakhon (สกลนคน).

 

 

 

 

(5) Les boucliers en cuir de rhinocéros étaient réputés chez les guerriers africains. Il leur fournissait d'excellents boucliers presque à l'épreuve des balles,

 

 

 

 

Il était en tous cas impénétrable aux balles des escopettes des temps anciens.

 

 

 

 

C’est Monseigneur Pallegoix qui nous décrit comment, faute d’armes à feu puissantes, il était chassé : « Les habitants des bois font la chasse aux tigres, ours, rhinocéros, buffles, vaches sauvages et aux cerfs. La manière dont ils viennent à bout du rhinocéros est fort curieuse quatre ou cinq hommes tiennent en main des bambous solides et dont la  pointe fort aiguë a été durcie au feu. Ils parcourent, ainsi armés, les lieux où se trouve cet animal, en  poussant des cris et frappant des mains pour le faire sortir de sa retraite. Quand ils voient l'animal furieux venir droit à eux, ouvrant et fermant alternativement sa large gueule, ils se tiennent prêts à le recevoir en dirigeant droit à sa gueule la pointe de leurs bambous, et, saisissant le moment favorable, ils lui enfoncent l'arme dans le gosier et jusque dans les entrailles avec une dextérité surprenante,  puis ils prennent la fuite à droite et à gauche. Le rhinocéros pousse un rugissement terrible, tombe et se roule dans la poussière avec des convulsions affreuses, tandis que les audacieux  chasseurs battent des mains et entonnent un chant de victoire, jusqu'à ce que le monstre soit épuisé par les flots de sang qu'il vomit; alors ils vont l'achever sans crainte ».

 

 

(6) « Sa chair est excellente au goût des Indiens et des Nègres » nous apprend Buffon (œuvres complètes, tome IV,  mammifères II, édition 1839 page 407). Jusqu’à sa peau qui faisait les délices de Monseigneur Pallegoix : « Chose singulière ! Sa peau, quelque épaisse et coriace qu'elle soit, est regardée comme un mets délicat et fortifiant pour les personnes faibles. On grille d'abord la peau, on la ratisse, on la coupe en morceaux et on la fait bouillir avec des épices assez longtemps pour la convertir  en matière gélatineuse et transparente. J'en ai mangé plusieurs fois avec plaisir, et je pense qu'on pourrait appliquer avec succès le même procédé aux peaux de quelques autres animaux ». Le rhinocéros du Jardin des plantes échappa de peu à la voracité des parisiens affamés pendant le siège de 1870.

 

 

 

 

 

(7) Voir notre article  R2. 84 « Le Trésor englouti de la 1ère ambassade du Roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681 ? » :

ttp://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

 

(8) Des cas de braconnage ont été signalés en particulier dans les montagnes de la province de Chayaphum en 1967, 1970 et 1972. Voir l’article « Rhinos in Thailand » par Jeffrey A. McNeely et Edward W. Cronin :  

https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/S0030605300010735

 

L’article est daté de 2019. Ses auteurs affirment avoir relevé des traces dans des forêts de la région de Petchabun ?

 

 

(9) La province alors siamoise est actuellement située au sud-ouest du Laos.

 

 

(10) Ces chiffres basés sur les souvenirs de l’auteur et de ses parents correspondent probablement à l’époque de la fin de XIXe et début du XXe siècle ? En admettant que ces comparaisons aient quelque valeur, il nous semble que ces sauniers étaient riches. Nous avons quelques idées des prix en consultant un guide touristique Madrolle de cette époque, le billet de chemin de fer en première classe de Bangkok à Ayuthaya en 1ère classe coûte 3 bahts, une journée de pension complète à l’hôtel Oriental à Bangkok ou au grand hôtel de Hua-Hin, 14 bahts. Une chambre dans un hôtel modeste coûte environ 2 bahts.

 

 

 

 

Selon le Bangkok Siam directory de 1914, la pension annuelle maximum des fonctionnaires au plus haut niveau est de 16.000 bahts par an après 30 ans de service. Le bath de cette époque représente alors 15 grammes d’argent fin.

 

 

(11) La Loubère : « Du royaume de Siam », Tome I, 1691  « le sel y est à vil prix. J’ai oui dire qu'ils en ont de roche : & ils en font de l'eau de la Mer : les uns m'ont dit avec le Soleil, d'autres m'ont dit avec le feu; & Peut-être que l'un & l'autre est véritable ».

 

(12) Monseigneur Pallegoix, tome I, 1854 « Description du royaume thaï ou Siam ».

 

 

(13) Ces articles concernent la production du sel de la terre dans le district de Ban Dung (อำเภอบ้านดุง) au nord-est de la province d’Udonthani.

http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-les-ouvriers-du-sel-125055009.html

http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-29006044.html

 

 

 

 

Dans leur article «  Idées et faits relatifs à la production des sels marins et terrestres en Europe, du VIe au IIIe millénaire »,  Serge Cassen et Olivier Weller  font référence à d’autres sites situés en Isan :

https://www.academia.edu/5373496/Idés_et_faits_relatifs_à_la_production_des_sels_marins_et_terrestres_en_Europe_du_VIe_au_IIIe_millenaire

 

 

 

 

(14) « Strategic Exploration of Salt International Company in Thailand: Can they have Sustainable Growth and Profits ? », article de Chidchai Muensriphu, Supree Vichvavichien, Sukanya Jinarach, Phanga Atthayuwat, tous de Ramkhamhaeng University et Bahaudin G. Mujtaba de Nova Southeastern University, in Journal of Business Studies Quarterly, 2010, Vol. 1, No. 3, pp. 68-81.

Partager cet article

Repost0
18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 22:09

 

 

PRÉSENTATION

 

 

Mekong Watch (« regarder le Mékong ») est une organisation non gouvernementale (ONG) japonaise basée à Tokyo  dont les activités se concentrent sur les problèmes environnementaux et sociaux résultant de projets de développement dans la région du Mékong. La plupart de ses travaux portent sur des projets impliquant un financement du gouvernement japonais. En rapport avec les communautés touchées par les projets de développement, elle s’intéresse aux problèmes auxquels elles sont confrontées (1). Elle considère non sans raisons que la préservation des contes et légendes populaires contribue à la sensibilisation à l'environnement le long du fleuve. Depuis 2014, elle a demandé à plusieurs communautés proches du Mékong d’enregistrer leurs histoires et leurs légendes avec l’aide d’un groupe de chercheurs qui explorent la manière dont ces récits peuvent aider à exposer l’impact destructeur de projets de grande envergure dans la région.

 

 

 

Mekong Watch estime que ces histoires ont joué un rôle important dans la protection de la nature en évitant la surexploitation des ressources naturelles. Elle affirme que si une partie du patrimoine commun doit être protégé, ce ne sont pas seulement les ressources naturelles, mais également le « patrimoine immatériel ». Ces histoires – ces légendes ou ces contes - doivent être considérées, reconnues et respectées comme des biens communs des populations riveraines du grand fleuve surtout à une époque où ils perdent leur place dans les communautés locales au profit de médias plus « modernes » sans être transmis aux générations suivantes. Le groupe a pu collecter un total de 102 histoires au Cambodge, au Laos et en Thaïlande. Elles ont été enregistrées, transcrites et traduites dans les langues nationales de la Thaïlande, du Laos et du Cambodge avant la production d’une version anglaise. Elles ont été ensuite publiées par Mekong Watch. Pour notre ONG et les communautés menacées de la région, la préservation de ces histoires fait partie intégrante de la campagne de lutte contre les projets qui déplaceraient des milliers de personnes vivant le long du Mékong qui cherchent à s’adapter et/ou à résister aux changements en cours dans le bassin du Mékong. Notre région, l’Isan, est évidemment partiellement concernée puisque 6 de ses 20 provinces sont riveraines du Mékong et les autres de ses affluents (2). La première de ces légendes que nous avons plaisir à vous faire découvrir concerne le sel.

 

 

 

Historiquement, l’alimentation humaine aurait découvert le sel ajouté il y a seulement quelques milliers d’années au moment du passage d’une civilisation de chasse et de cueillette à celle de l’agriculture et de l’élevage. L’expérience a alors démontré qu’il était indispensable à l’organisme et par ailleurs fondamental pour la conservation des denrées alimentaires avant – ou après – avoir été découvert comme « exhausteur » de goût, permettant de faire ressortir les saveurs d’un plat, même insipide, en dehors de ses autres propriétés notamment comme accessoire pour la cuisine sur feu de bois.

 

 

 

 

LES GISEMENTS DE SEL DE L’ISAN

 

Si la salinité du sol est néfaste aux cultures (3), ces gisements ne comportent qu’une végétation embryonnaire dans un paysage lunaire, la richesse de ces gisements supplée à cette stérilité.

 

 

 

Des gisements de sel gemme gigantesques et de haute qualité se trouvent sous terre et surtout à fleur de terre en Isan. D’une épaisseur qui serait parfois de près de 100 mètres, ils seraient parmi  les plus importants au monde ? Ces gisements viennent-ils d’une mer salée qui aurait disparu il y a quelques millions d’années ? (4). Ne nous attardons pas, nous ne sommes pas géologues. La production de sel à petite échelle selon des procédés traditionnels ne concernant que la croûte de surface est toujours pratiquée et les habitants appréhendent une exploitation industrielle qui plongerait des forages dans les tréfonds du sol. Vous ne verrez probablement pas ces sites à ciel ouvert. Leur présence n’est signalée que par celle, en bord de route, d’échoppes qui vendent des sacs de sel en provenant (5).

 

 

 

 

Mais notre propos n’est pas de faire de l’histoire ni de la géologie. L’apparition du sel en Isan a sa légende, c’est celle que nous allons vous conter telle que nous l’avons recueillie sur le site de Mekong Watch (6).

 

 

 

 

Elle a été recueillie par Thongsin Thonkannya en 2014. Âgé de 57 ans, il vivait dans un petit village du sous-district de Wang Luang (วังหลวง), district de Selaphum (เสลภูมิ), dans la province de Roiet (ร้อยเอ็ด). Elle lui avait été contée par un moine qui l’avait lue sur un très ancien manuscrit sur des feuilles de latanier.

 

 

 

 

Le titre de l'histoire, « Le sentier des éléphants blancs » (Thangchangphueak  -  ทางช้างเผือก), fait référence à la région qui comporte d’immenses réserves de sel de terre encore et toujours exploitées de façon traditionnelle. Elle ferait également l’objet de l’un des 547 jatakas narrant l’une des 500 vies antérieures de Bouddha. La voici :

 

 

 

 

LE SENTIER DES ÉLÉPHANTS BLANCS.

 

 

C’est l’histoire du premier couple humain. Phraya Thaen (พระยาแถน), maître du ciel,  qui avait créé la Terre. Il voulut aussi créer des êtres humains. Il créa donc un homme et une femme et les envoya sur terre (7).

 

 

 

 

Alors qu’ils descendaient du ciel, une tornade s’abattit et les sépara. Ils se retrouvèrent chacun sur la rive d’une grande rivière. L'homme s'appelait Grand-père Sang Ka Sa et la femme Grand-mère Sang Ka Si. Quand ils atteignirent le sol, ils s’interrogèrent sur la façon de se retrouver. Ils plantèrent des piquets et utilisèrent des ceps de vigne pour construire un pont. Ils parvinrent à se rencontrer et s’entraidèrent pour survivre sur terre. Vint un jour où Sang Ka Sa voulut que Sang Ka Si devienne son épouse. Il lui dit  « Nous vivons ensemble depuis longtemps. Tu es une femme. Je suis un homme. Nous devrions avoir des enfants car nous sommes déjà vieux ». Elle lui répondit « Nous pouvons certes nous marier mais un homme est aussi un chef de famille et doit être un sage, travailler ne suffit pas. Si tu réponds à mon énigme, cela montrera que tu es ce sage et je serai ta femme. Elle n'est pas difficile à résoudre, si tu possèdes la sagesse, tu peux y répondre ».

 

 

 

L'énigme était la suivante « Dans ce monde, qu'est-ce que l'obscurité et qu’est-ce qu’est la lumière ? » Il lui dit alors « Je peux répondre, ta question est facile : L’obscurité est une nuit sans lune. Le soleil se couche et ensuite c’est l’obscurité. C'est la nature, nous le voyons tous les jours. Cependant, par une nuit de pleine lune, le soleil se couche et il fait jour. N'est-ce pas ? ». Sang Ka Si fut déçue et lui dit : « Non, ta réponse est fausse. Je ne peux pas être ta femme. Tu es doué pour beaucoup de choses mais tu n’as pas pu répondre à mon énigme. Je te donne une autre chance. Vas chercher la réponse. Je t'attends ».

 

 

Sang Ka Sa voyagea pour trouver la réponse. Il voyagea dix mille ans mais ne la trouva pas. Il fut déçu et décida de retourner voir Sang Ka Si.

 

 

Ayant appris qu’il revenait, Phya Thaen se transforma en saint ermite et l’attendit sur son chemin. Sang Ka Sa  vit l'ermite et lui posa la question : « Aidez-moi à résoudre cette énigme, dans ce monde, qu'est-ce que l'obscurité et qu’est-ce que la lumière ? J’ai voyagé pendant dix mille ans mais je n'ai pas encore trouvé la bonne réponse ». L'ermite lui répondit : « C'est une question de Dharma.. Le monde existe à cause du Dharma, c’est-à-dire la loi de l'ordre cosmique. Les ténèbres et la lumière, c'est l'esprit humain. S'il fait noir, le monde ne prospérera pas. S'il fait jour, le monde prospérera. Les ténèbres sont l'esprit humain qui n'accepte pas le Dharma. Apparaissent alors la morosité et la cupidité. La lumière, c’est l'esprit humain qui accepte le Dharma ».

 

 

 

 

Ayant la réponse, Sang Ka Sa fut heureux, quitta l'ermite et se précipita pour revenir voir Sang Ka Si. Cela lui prit encore dix mille ans. Le pont en ceps de vigne était toujours là et il traversa la rivière. Il retrouva Sang Ka Si et lui donna la réponse.

 

 

Celle-ci lui dit alors: « La réponse est bonne mais il t’a fallu vingt mille ans. Cela fait trop longtemps, j’ai changé et je ne veux plus t'épouser ». Sang Ka Sa déçu retourna de l'autre côté de la rivière tout à sa tristesse. Il demanda alors l’aide de Phya Thaen, en disant: « J’ai essayé en vain. Je veux épouser cette femme mais ça ne marche pas. Elle est trop intelligente ». Phya Thaen voulut trouver un moyen de les réunir tous deux. Il apparut alors en rêve à Sang Ka Sa et lui dit : « Tu vas modeler deux statuettes de buffles d’eau en argile, un mâle et une femelle ». Ainsi fit Sang Ka Sa à son réveil. Il traversa précipitamment la rivière et alla voir Sang Ka Si.

 

 

 

 

 

Phya Thaen le vit et ordonna à des thewas (เทวา - créature célestes) de naître en tant que buffles d'eau. Ainsi, les deux buffles d’eau prirent-ils vie. Quand Sang Ka Si le vit elle comprit que Sang Ka Sa était un sage et lui dit « Tu es venu ici pour me guider. Tu vas m’aider à construire une communauté. Nous devons avoir des enfants et des petits-enfants. Les deux buffles d’eau que tu viens de créer peuvent nous y aider ».

 

 

Sang Ka Sa fut heureux. Peu de temps après, la femelle buffle donna naissance à des bébés buffles. Sang Ka Si accepta enfin d'épouser Sang Ka Sa. Ils vécurent alors ensemble et eurent de nombreux enfants et petits-enfants.

 

 

 

Il survient toutefois un problème : Ils avaient du riz, du poisson et des fruits à manger, mais ils n'étaient ni savoureux ni nourrissants. Leurs enfants et leurs petits-enfants étaient malingres, faibles et sans intelligence. Phya Thaen l’apprit et s’en inquiéta. Il se transforma en éléphant blanc (chang phueak - ช้างเผือก).

 

 

 

 

L’éléphant traversa alors les terres de Sang Ka Sa et de Sang Ka Si et urina partout. L'urine se  cristallisa en une croûte blanche et sèche à la surface du sol. Sang Ka Sa et Sang Ka Si y goûtèrent et connurent le goût du sel. Ils suivirent les traces de l’éléphant, mais celui-ci avait disparu.

 

 

 

 

Sang Ka Sa et Sang Ka Si conseillèrent alors à leurs enfants et petits-enfants d'utiliser cette croûte pour en tirer du sel, l’utiliser pour la cuisson ou la confection du poisson fermenté et la conservation des aliments. Il fut ajouté à la nourriture pour la rendre savoureuse, ce qui aida les enfants et les petits-enfants à devenir plus forts et en meilleure santé.

 

 

Les descendants de Sang Ka Sa et de Sang Ka Si augmentèrent. Leur village se développa. Cependant, la quantité de sel était limitée et les villageois commencèrent à se disputer. Alors Phya Thaen se transforma à nouveau en éléphant blanc. Il marcha dans la région en urinant, du fleuve à la montagne en passant par la forêt de Himmaphan  (Pa Himaphanป่าหิมพานต์) qui, selon les croyances des bouddhistes, est une forêt du paradis (8). Cela fit de la région une région riche. Les descendants de Sang Ka Sa et de Sang Ka Si restèrent forts et en bonne santé. Une fois la saison de la récolte du sel terminée, ils pouvaient le vendre et cela continue jusqu'à ce jour (9).

 

 

 

Cette légende est de toute évidence une réponse anticipée à des projets d’exploitation forcenée des sites salins du nord-est par des organismes dépendant de la « finance anonyme et vagabonde » par forages et injection d’eau sous pression dans les nappes souterraines à grande profondeur. Ces projets semblent ne pas avoir eu de suite et nos sauniers de l’Isan peuvent continuer allégrement à extraire le sel de surface en utilisant des procédés manifestement venus de la préhistoire : La terre salée est déposée sur un filtre sur lequel on verse de l’eau qui, en traversant le contenu, dissout le sel récupéré dans un récipient déposé sous le filtre. L’opération se répète jusqu’à ce que tout le sel ait été dissous. L’eau salée est ainsi récupérée et chauffée dans un récipient jusqu’à ce qu’il ne reste que le sel après évaporation.

 

 

 

 

Il est une autre légende locale toute aussi singulière pour expliquer l'origine différente des lacs d'eau salée, nombreux en Isan et faisant l'objet d'une exploitation similaire à celle des marais-salants, Nous lui consacrerons un prochain article.

 

 

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Le site http://www.mekongwatch.org/english/ est bilingue japonais-anglais.

 

 

(2) D’amont en aval : Loei, Nongkhai, Bungkan, Nakonphanom, Mukdahan et Ubon. La rivière Mun (แม่น้ำมูล)

 

 

 

 

 

et son affluent principal la rivière Chi (แม่น้ำชี) traversent l’Isan.

 

 

 

 

 

(3) Le seul arbre fruitier tropical, à notre connaissance du moins, qui pousse sans difficultés dans des terres gorgées de sel est le grenadier (thap thimทับทิม).

 

 

 

 

(4) Notons qu’il existe dans la région de Selaphum (เสลภูมิ), dans la province de Roiet (ร้อยเอ็ด) un grand lac salé appelé bungklua (บึงเกลือ le lac salé). Les habitants des environs l’appellent « la mer de l’Isan » (thalé isanทะเลอีสาน).

 

 

 

 

(5) Ce sel est de grande qualité, il a le mérite… de saler ! Son prix est dérisoire comparé à celui de la poussière blanche d’origine probablement chimique que l’on trouve dans les boutiques plus ou moins occidentalisées. La fabrication de sel de synthèse est une réaction chimique élémentaire à partir de sels de sodium (Na) et d’acide chlorhydrique (Hcl).

 

 

 

 

Il existe dans la province de Nan (mais nous ne sommes plus en Isan) un village appelé Bogklua (บ่อเกลือ - le puits du sel) qui offre une visite peut-être trop « touristiquement » organisée ? Il ne s’agit d’ailleurs pas de gisement à fleur de sol mais de puits alimentés par une nappe souterraine d’eau saturée en sel.

 

 

 

 

 

(6) La halite (du grec hals, « sel », et lithos, « pierre ») désigne le sel gemme. Les gisements d’halite proviennent de l'évaporation de mers ou de lacs salés. Ils sont composés de couches qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres d'épaisseur. Les gisements de l’Isan seraient parmi les plus riches et les plus épais au monde.

 

 

 

 

(7) Phraya Thaen (également appelé Phaya Thaen,  Phifa ou  Phi Thaenพญาแถนผีฟ้า, ผีแถน) est, dans les croyances des habitants de l’Isan, la plus élevée des créatures célestes.

 

 

 

 

(8) Pa Himaphan (ป่าหิมพานต์) dans la mythologie hindoue est une forêt légendaire entourant le mont Meru. Elle abrite de nombreuses créatures célestes.

 

 

 

 

(9) Si l’on en croit Internet, dans un litre d’urine humaine, il y aurait 10 grammes de sel ? Si l’on en croit certains scientifiques (?) qui n’ont rien de plus sérieux à faire, un éléphant pisserait 160 litres par jour ? Si la proportion de chlorure de sodium (NA Cl) dans l’urine et la même chez l’éléphant que chez nous, et il n’y a pas de raison qu’elle ne le soit pas (?), un éléphant pourrait donc lâcher dans la nature 1,6 kilo de sel de cuisine ?

 

 

 

Partager cet article

Repost0
7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 22:04

 

Nous nous sommes dans un précédent article intéressés à la singulière ethnie des Négritos (1). Nul ne sait s’il en subsiste encore sur le continent au XXIe siècle, se terrant en fuyant tout contact dans les jungles de l’extrême sud de la Thaïlande ou du nord de la Malaisie ? Nous évoquions alors leur possible présence dans les 204 îles ou îlots qui s’étalent du nord au sud le long de la côte birmane sur plus de 300 kilomètres sur le territoire birman peut-être en tout ou en partie submergés par le tsunami de 2004 

 

 

...et, s’il en subsiste encore, en passe de l’être par le tourisme de masse qui n’est qu’une forme plus insidieuse de tsunami. Le mystère de leur origine subsiste, qu’ils soient insulaires d’origine ou plus vraisemblablement premiers occupants de la péninsule indochinoise devenus insulaires pour fuir des populations voisines infiniment plus nombreuses et surtout prédatrices.

 

 

Une actualité récente vient de nous apprendre leur présence beaucoup plus loin à l’ouest dans au moins une des îles de l’archipel d’Andaman : Le 16 novembre 2018 en effet, un « touriste » ( ?) américain de 27 ans, John Chau, considérant parait-il l’île de Nord-Sentinel comme « dernier bastion de Satan » puisqu’il aurait été missionnaire – ce qui reste d’ailleurs à démontrer - a été tué par les habitants alors qu'il posait le pied sur la plage en brandissant une évangile alors que l’accès de l’île est formellement interdit par les autorités indiennes pour des raisons que nous allons découvrir.

 

 

Que font donc ces Négritos puisque ce sont des Négritos, dans l’archipel ? Il est à tout le moins étonnant qu’à l’occasion de ce triste événement, beaucoup de fariboles ont été écrites mais que nul n’ait pensé à rappeler que l’île était habitée par ceux qui sont probablement les derniers représentants des Négritos de la péninsule indochinoise.

 

 

L’archipel des Andaman et des Nicobar s’étend dans le golfe du Bengale sur près de 900 kilomètres du nord au sud depuis l’île la plus septentrionale, l’île de Préparis, jusque dans l’extrême sud la grande île Nicobar à 150 kilomètre au nord de Sumatra. Quoi qu’appartenant à l’Union indienne dont elles sont éloignées de plus de 1300 kilomètres, les îles de l’archipel, parallèles à la côte de Birmanie, n’en sont jamais éloignées de plus de 600 kilomètres, ce sont les hasards de la décolonisation.

 

 

Entre l’archipel d’Andaman au nord, 550 îles dont 26 sont habitées en permanence et celui des Nicobar au sud, 22 îles dont 12 sont habitées en permanence, il y a donc plus de 500 îles ou îlots qui sont vierges de toute présence humaine ou sont censés l’être. N’écrivons pas leur histoire, elle sort du cadre de notre blog. Après de vaines tentatives de colonisation par le Danemark, elles tombèrent dans le giron de l’Angleterre compte tenu de leur position stratégique entre leurs colonies malaises, l’empire des Indes et la Birmanie à partir de 1791. Les Anglais en firent essentiellement des colonies pénitentiaires

 

 

...  et les rattachèrent à l’empire des Indes. Les Japonais les occupèrent quelques temps sans coup férir dans leur course vers la Birmanie.

 

 

Elles revinrent ensuite à l’Union indienne.

 

 

Il y a dans l’archipel des Andaman deux îles Sentinel, Nord-Sentinel qui nous concerne et Sud-Sentinel à 60 kilomètres au sud qui est minuscule et est ou serait inhabitée. Nord-Sentinel est la plus occidentale de ces îles, située à environ 30 kilomètres à l’ouest du chapelet d’îles de l’archipel, la première peut-être qu’aperçurent les voyageurs ? C’est vraisemblablement en raison de cette position  avancée que les Anglais ont baptisé les deux îles « Sentinel », les plus occidentales de l’archipel et que l’on ignore toujours le nom que leur donne les habitants.

 

 

Ces chapelets d’îles n’ont évidemment pas pu échapper aux voyageurs qui filaient vers l’Est, depuis Ptolémée en passant par les arabes et ultérieurement les occidentaux. Sans nous arrêter à Ptolémée, l’archipel était connu des Arabes et des Perses sur la route qu’ils suivaient pour aller en Chine puis de Marco Polo (2).

 

 

L’île principale au nord a une superficie de 59,67 kilomètres carrés (5.967 hectares) à peine moins que l’île de Manhattan qui regroupe près de 2 millions d’habitants et un peu plus que l’île de Ré qui se contente de 15.000 habitants.

 

 

Elle est entourée de récifs coralliens et n’a pas de baie naturelle. A l'exception du rivage elle est entièrement boisée. Une plage  étroite l’entoure derrière laquelle le sol s'élève à 20 m. puis graduellement jusqu'à 46 m. et un peu moins de 100 m. au centre.

 

 

Les récifs s'étendent autour de l'île jusqu'à une distance de 1,5 km du rivage. Elle est inaccessible aux navires de fort tonnage, on ne peut l’approcher qu’en barque. Un îlot boisé appelé « Constance Islet » est situé à environ 600 mètres de la côte à la lisière du récif mais le tsunami de 2004 l’a agrégé à la côte. Celui-ci n’a pas fait disparaître la barrière corallienne contrairement à ce qu’a affirmé la presse avide de sensation (3).

 

 

De par son éloignement, les difficultés d’accès et sa petite taille l’île n’a suscité guère d’intérêt ni des colonisateurs ni des colons potentiels. Nous ignorons à peu près tout des populations des îles des deux archipels avant l’arrivée des Anglais. Elle reçut toutefois dès la fin du XVIIIe siècle la visite de scientifiques, zoologistes, anthropologues, ethnologues, biologistes, géographes, missionnaires bien sûr, avant de recevoir des visites purement administratives, qui nous apprendrons que certaines îles et pas seulement Sentinel sont peuplées de tribus appelées tantôt Jarawa tantôt Onge, ce sont tout simplement sous ce double vocable le nom qu’ils se donnent mais des Négritos, les mêmes assurément que nous avons rencontrés sur le continent (1). Nul n’a jamais eu le loisir d’appréhender leur langue. Si l’opinion des visiteurs les ayant rencontré au Siam n’était pas flatteuse allant jusqu’à les assimiler au chaînon manquant entre le singe et l’homme  elle ne le fut guère plus en ce qui concerne les habitants des îles de l’archipel dont Larousse dans son dictionnaire du XIXe en 1866 nous dit qu’elles sont peuplées de 3.000 habitants « complètement sauvages, inhospitaliers et stupides » (4).

 

 

Tous les visiteurs en effet ont été accueillis et pas seulement sur Nord-Sentinel, non seulement de façon inamicale mais souvent hostile.

 

 

Leur degré de civilisation tout comme ceux que nous avons rencontrés (1) tutoie le néant. Ils sont au plus bas dans l’échelle des populations primitives. Ils connaissent par exemple le feu mais il n’est pas certain, au moins au siècle dernier, qu’ils aient su le produire.

 

 

Il est probable aussi qu’ils ne connaissent pas la métallurgie et n’utilisent de métal que de récupération sur des navires échoués près de Nord-Sentinel. Nous avons d’eux une description saisissante du capitaine Thomas Mayne-Reid datée de 1864 (5) : « Il n'y a pas sur terre de sauvages plus primitifs…Ce n'est pas une déchéance; on les y a toujours vus, et il y a longtemps qu'on les connaît : Ptolémée les accusait d'anthropophagie ; les Arabes leur ont fait le même reproche, ainsi que Marco Polo… ». Pour notre auteur, ce ne peut être qu’occasionnel : « …ils ont pu manger de la chair humaine quand ils avaient trop faim; mais ce fait exceptionnel ne constitue pas le cannibalisme. Les Anglais, les Allemands, les Américains, les Français, toutes les nations de la terre ont fait de même en pareille circonstance… Les Andamans ne sont donc pas anthropophages. Les Arabes ont probablement répété ce qu'avait dit Ptolémée et Marco Polo et ce qu'avaient écrit les Arabes… Qu'est-ce que Ptolémée d'ailleurs pouvait savoir à cet égard? A peine avait-il quelques notions sur ces îles, peu connues à son époque ; et il est possible qu'il ne nous ait transmis qu'une hypothèse. Nous accueillons trop vite les erreurs des anciens, comme si les hommes étaient plus infaillibles dans ce temps-là qu'aujourd'hui, et nous repoussons leur témoignage avec la même promptitude, lorsqu'il pourrait nous être utile ». C’est au passage un rappel qui n’est pas inutile.

 

 

Rejoignons cette opinion puisque ceux de la péninsule qui ont fait l’objet d’études plus complètes n’ont jamais été taxés de cannibalisme (1). D’ailleurs, le cadavre du missionnaire américain a été enterré sur la plage et n’a pas fini à la broche.

 

 

Nous les retrouvons encore dans la description de Mayne-Reid : « …Mais s'il est faux que les Andamans soient cannibales, ils n'en sont pas moins tout ce qu'il y a de plus sauvage : la tribu n'existe pas chez eux, même à l'état primitif; ils composent des bandes comme les singes et autres animaux portés à se réunir ; mais les premiers éléments de la vie sociale leur sont inconnus. Fort mal de sa personne, l'Andaman n'a guère plus d'un mètre cinquante, sa femme a la tête de moins que lui ; et tous les deux seraient aussi noirs que la cheminée, si leur peau n'était pas couverte par un barbouillage qui nous occupera plus tard… Au lieu du visage d'un malais, d'un Chinois ou d'un Indou, ainsi qu'on pourrait s'y attendre chez un indigène de la baie du Bengale, on trouve chez l'Andaman la face d'un nègre, et de la plus vilaine espèce ; car au nez épaté, aux lèvres saillantes, au grand talon des peuplades inférieures de la race noire, il joint de petits yeux rouges, profondément enfoncés dans son énorme tête. Comme vous voyez, les Andamans ne sont pas beaux; et cependant ils constituent, pour l'ethnologue, une tribu des plus intéressantes. Peut-être n'y a-t-il pas sur terre deux autres milliers d'hommes (car ils ne sont pas davantage) qui aient été l'objet de discussions plus nombreuses ». Nous retrouvons très exactement la description que nous en fîmes pour ceux du continent (1).

 

 

D’où viennent-ils ?

 

Ne parlons pas d’une origine africaine à une époque pré ou proto historique les côtes africaines les plus proches sont à 6.000 kilomètres vers l’ouest et leur degré de technologie leur interdisait un tel périple (6). Les âneries lues sur Internet sur leur arrivée depuis l’Afrique il y a quelque dizaines de milliers d’années ne sont que des âneries. Il a été écrit qu’ils seraient apparus sur Nord-Sentinel il y a 50 ou 60.000 ans ? S’ils ne sont de toute évidence pas venus d’Afrique, ils ne sont pas non plus tombés du ciel et apparus par la miraculeuse opération du Saint-Esprit.

 

 

Mayne-Reid donne un début d’explication qui a à la fois le mérite du pittoresque et celui d’expliquer leur sauvagerie et leur agressivité : « Un négrier portugais faisait voile pour les Indes ; comme il arrivait à sa destination, il fut assailli par une tempête, et fit naufrage sur la côte des Andamans ; les Africains profitèrent de la circonstance pour égorger les Portugais, et se fixèrent dans les îles désertes où la mer les avait jetés. Le souvenir des maux qu'ils avaient soufferts à bord du négrier s'est transmis, dit-on, jusqu'à nos jours ; et la férocité des Andamans ne serait autre qu'un sentiment de vengeance, augmenté de la crainte de retomber en esclavage. Cette histoire, par elle-même n'a rien d'invraisemblable, et nous pourrions l'admettre si nous étions ignorants ; mais il faudrait ne pas savoir que Ptolémée est du deuxième siècle après Jésus-Christ; et ne tenir compte ni du voyage des Arabes, ni de celui de Marco Polo, puisqu'ils ont parlé des Andamans bien avant que les Portugais eussent pénétré dans les Indes. Suivant une autre version le navire charge d'esclaves était arabe, et non pas Portugais ; cela permettrait d'assigner une époque plus ancienne au peuplement de nos îles; mais le fait n'est pas prouvé, et nous ajouterons qu'il repose sur une erreur ».

 

 

Cette version, fut-elle erronée, ne situerait pas leur arrivée avant le 7e ou 8e siècle de notre ère lors de l’expansion arabe. Nous sommes donc fort éloignés d’une présence venue d’Afrique il y a 50 ou 60.000 ans ou d’une miraculeuse apparition comme nous avons pu le lire ces derniers temps, y compris des une presse que l’on considère comme sérieuse.

 

 

La conclusion de Mayne-Reid est sans équivoque : « Les Andamans ne sont point originaires d’Afrique ; je ne conteste pas que ce soient des nègres ; mais ils appartiennent à la race des Papous, non à celle des Éthiopiens; leur chevelure est crépue au lieu d'être laineuse, et nous trouvons dans leur caractère et dans leurs habitudes plus d'un point qui les rattache aux noirs de l'océan Pacifique. Très-bien, nous dit-on; mais comment sont-ils venus dans leurs îles? Comment les trouvons-nous seuls de leur race, au milieu de peuplades si différentes? Il n'y a pas de nègres chez les Birmans, non plus qu'à Sumatra, ou dans les îles Nicobar ».

 

 

Il y a une hypothèse plus certaine de leur présence : Mayne-Reid les rattache aux Sémang dont nous avons longuement parlé, nos Négritos du continent. Ils furent probablement les premiers occupants du sol de la péninsule indochinoise il y a plusieurs dizaines de milliers d’années. Sans industrie, et vivant dans des conditions frustes, fuyant les contacts, ils furent pourchassés comme des animaux sauvages et menèrent et mènent peut être encore pour ceux qui subsistent sur la péninsule une existence de bêtes traquées.

 

 

Par la suite, pourchassés par les ancêtres des Thaïs au nord et ceux des Malais au sud, victimes de persécutions et d'assimilation forcée, ils se réfugièrent dans les parties les plus inaccessibles de la jungle dans les montagnes. D’autres fuirent vers les îles longeant la côte birmane, faciles d’accès. D’autres encore s’éloignèrent plus avant vers l’ouest jusqu’à l’archipel des Andaman. Dans quelles conditions purent-ils naviguer sur 600 kilomètres dans des embarcations primitives ? « Combien ont disparu, dure et triste fortune, dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, sous l'aveugle océan à jamais enfouis ! ».

 

 

Combien sont-ils encore

 

Les chiffres qui sont donnés ne reposent que sur des estimations, nul n’ayant pu faire une visite approfondie, de Nord-Sentinel tout au moins.

 

 

M.V. Portmanm, premier gouverneur de la circonscription a pu visiter l’île en 1899 mais sans rencontrer les habitants, il a compté 14 huttes ce qui conduit sans autre précision à une estimation de quelques dizaines d’habitants (7).

 

 

Le recensement de 1901 s’est effectué dans des conditions difficiles se heurtant à l’hostilité des tribus. C’est un monumental travail de plus de 500 pages (8).  Nous trouvons 117 habitants sur l’île de Sentinel, pour les adultes 31 hommes et 36 femmes, pour les enfants, 23 garçons et 27 filles. Les Onges étaient 672, 153 hommes, 173 femmes, 178 garçons et 178 filles. Les Jarawas étaient 585, 126 hommes, 146 femmes, 162 garçons, 151 filles. Le total des Négritos dans les îles sur l’ensemble de l’archipel était donc estimé à 1374.

 

Selon l’ethnologue Alferd Radcliffe-Brown, il y aurait eu en 1858 1200 Jarawa et 700 habitants à Sentinel. Il estime à la date à laquelle il écrit (1922), le nombre des Jarawas à 630 et attribue 30 habitants seulement à Sentinel (9).

 

 

La dernière estimation officielle dont nous ayons connaissance fait état d’une population entre 50 et 100 habitants à Sentinel (10). En 2012, l’imprécision est pire, entre 50 et 400 !

 

Ne parlons plus que des habitants de Nord-Sentinel. Les Jarawas et les Onges, tout aussi Négritos qu’eux sont présentement en état d’intégration ou plutôt de totale désintégration.

 

 

Il n’y a plus comme représentant des Négritos dans la pureté de leur état d’origine que les habitants de Sentinel pour être les seuls à être restés isolés du monde non pas depuis des dizaines de milliers d’années mais plus prosaïquement depuis un siècle et demi ou au mieux quelques centaines d’années depuis que les Arabes ont constaté leur présence. Nous n’en savons guère plus sur eux que ce que nous savions déjà (1).

 

Il est toutefois une question qui mérite d’être posée et que ne se posent pas les anthropologues et les ethnologues. L’île sur plusieurs milliers d’hectares de forêt est riche en gibier, le lagon est poissonneux et tous les observateurs ont noté la grande habileté des Négritos à manier la lance pour harponner les poissons et leur extrême compétence dans le tir à l’arc. Il n’est pas plus difficile dans ces conditions de tuer un cochon sauvage qu’un missionnaire américain. N’y a-t-il pas place dans cet écosystème pour beaucoup plus que quelques dizaines d’habitants ? Des estimations ne sont  pas un décompte. Il y a bien là de quoi faire vivre quelques centaines de personnes se livrant à la cueillette, la chasse et la pèche.

 

 

Pour les étrangers, un arc et des flèches

 

 

Tous les contacts — moins d'une dizaine depuis un siècle et demi — ont eu lieu à une distance d'un tir de flèche. Ceux qui ont tenté d'approcher davantage ont été tués par les habitants. Lorsque le gouvernement indien a envoyé des anthropologues, en 1967 puis en 1970, les habitants se sont enfuis dans la jungle. En 1974, une équipe de tournage de la National Geographic Society vint sur l’île pour y réaliser un documentaire, Man in Search of Man. Lorsque leur bateau motorisé s’est approché de la plage, les habitants sont sortis de la jungle, armés d’arcs et arrosant l’équipe de flèches affûtées. Le bateau a accosté à l’abri de l’attaque et l’équipage a déposé des offrandes sur le sable : une voiture miniature en plastique, des noix de coco, un cochon vivant et une poupée. Cette démarche n’a fait que réveiller l’hostilité de la tribu qui leur adressa une nouvelle volée de flèches, dont l’une se ficha dans la cheville du réalisateur. L’homme ayant tiré cette flèche rit et dansa fièrement, avant d’enterrer le cochon et la poupée.

 

 

En 1996, le gouvernement indien annula officiellement ces tentatives de contact infructueuses.

 

Lorsqu’après le tsunami de 2004 le gouvernement indien envoya un hélicoptère pour évaluer les dégâts, il fut accueilli par une volée de flèches.

 

 

En 2006, ils ont tué deux braconniers qui pêchaient illégalement autour de l’île. Leurs corps furent enterrés dans une tombe de fortune sur la plage (et non rôtis). Un hélicoptère fut envoyé pour récupérer les corps mais a dû abandonner après avoir essuyé des tirs de flèches.

 

Actuellement, toute approche à moins de 3 miles nautiques (5,55 km) de l’île est interdite. John Chau l’a payé de sa vie et les pécheurs qui l’avaient accompagné ont été arrêtés. On peut au choix le considérer comme un martyr ou comme un fou. Sa dépouille restera inhumée sur la plage, le gouvernement indien ayant interdit toute tentative de récupération.

 

 

Quelle que soit les motifs de l’humeur farouche des habitants de Sentinel, quelle que soit l’étendue de l’hostilité qu’ils vouent au genre humain, ils paraissent bien résolus à maintenir leur isolement.

 

 

Un statut juridique aux limites de l’indépendance.

 

Formellement l’île appartient au district administratif du sud d’Andaman qui fait partie du territoire indien des îles Andaman et Nicobar. En pratique, les autorités indiennes reconnaissent le désir des insulaires de rester seuls et limitent leur rôle à la surveillance à distance. Ils ne posent pas un pied sur l’île. Ils ne poursuivent pas les habitants pour le meurtre de personnes étrangères à l’île. L'île est concrètement une zone souveraine sous protection indienne. Le gouvernement central a officiellement pris la décision de ne pas s’immiscer dans le style de vie des habitants et encore moins de s’occuper de la gestion de l'île. La marine indienne surveille les approches de l’île et ne pénètre pas dans la zone interdite.

 

 

C’est bien juridiquement une forme d’indépendance dont la survie est garantie par un véritable protectorat sous forme de protection militaire. Sur le terrain du droit international, il est permis de considérer l’île comme un véritable état indépendant. Elle mérite son inscription au Livre des records comme le plus petit au monde non pas pour la superficie, le Vatican recouvre moins de 45 hectares, mais pour la population puisque la cité pontificale dont l’indépendance est toute théorique abrite près d’un millier de porteurs de soutanes.

Les habitants ont néanmoins, comme nous avons pu le lire,  autre faribole journalistique, accepté l'installation d'une base secrète de la CIA....pour rajouter au "mystères"

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article : INSOLITE 9 - « LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-9-les-negritos-de-thailande-derniers-representants-des-hommes-du-paleolithique.html

 

(2) Voir Alfred Maury « Examen de la route  que suivaient, au IXe siècle de notre ère, les Arabes et les Persans pour aller en Chine : d'après la relation arabe traduite successivement par Renaudot et M. Reinaud », 1846).

 

(3) La capture d‘écran Google Earth est datée du 5 mars 2018.

 

(4) Les opinions sont moins négatives en ce qui concerne les habitants des Nicobar mais ils sont probablement venus du sud, d’origine malaise et n’ont rien à voir avec les Négritos.

 

(5) Capitaine Thomas Mayne-Reid « Les peuples étranges », traduction française, 1900. La première édition est de 1864. Mayne-Reid ne fut pas seulement un romancier dont la lecture a enchanté notre jeunesse, il fut aussi un infatigable voyageur.

 

(6) La comparaison ne peut être faite les populations pré colombiennes d’Amérique du sud qui avaient des connaissances astronomiques et mathématiques avancées et qui ont pu rejoindre la Polynésie comme l’a démontré l’expédition du Kon-Tiki en 1947.

 

 

(7) M.V. Portmanmm « A HISTORY OF OUR RELATIONS WITH THE ANDAMANESE » 

 

(8) « CENSUS OF INDIA, 1901.  Volume III -  THE ANDAMAN AND NICOBAR ISLANDS »  à Calcutta en 1903.

 

(9) A.R. Brown « The Andaman Islanders » 1922.

 

(10) The gazette of India du 13 mars 2010.

 

 

Partager cet article

Repost0
16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 22:14

 

 

 

L'année 2017 a connu une évolution importante, peut-être même une révolution, dans la reconnaissance légale et administrative du phénomène ethnique concernant  62 ethnies officiellement reconnues dans le pays.

 

La carte ethno linguistique de la Thaïlande, œuvre de l’Université Mahidol (édition de 2004) que nous avons utilisée d’abondance dans les divers articles que nous avons consacrés aux ethnies ne parle pas directement des « chattiphan – ชาติพันธุ์  » traduites indifféremment par « race » ou « ethnie », la langue ne différenciant pas les deux concepts. Le mot n’apparait que dans le titre « langues des groupes ethniques » (แผนทีภาษาของกลุ่มชาติพันธุ์ - phaenthiphasa khongklumchattiphan) et qui par la suite n’utilisera plus que le mot de « groupe » (กลุ่ม – kloum) au long de ses 236 pages. La dialectique siamoise est singulière qui ne parle pas des « races » mais de la « langue des races » dans une étrange mosaïque.

 

 

Ne citons que quelques chiffres : Nous y trouvons 20.000.000 de « Thaïs du centre » considérés comme une ethnie, probablement au grand dam des « bobos » de Bangkok,

 

 

14.000.000 de Laos-isan plus 500.000 autres sous-groupes également laos,

 

 

1.400.000 Cambodgiens,

 

 

4.500.000 Thaïs du sud : à partir de Chumpon, ils utilisent un dialecte spécifique que ne comprennent pas les Thaïs du centre,

 

et 900.000 Malais du sud aussi mais dont la langue n’a rien à voir avec celle des Thaïs du sud même si nombre d’entre eux sont musulmans quoique n’étant pas malais.

 

Quelques groupes qui deviennent tribaux de quelques centaines voire quelques dizaines de locuteurs font également partie du lot.

 

L'ethnie des Thaiya de l'extrème nord-ouest avait 300 locuteurs en 2004 :

 

Le pays comprenant environ 70.000.000 d’habitants, nous en déduisons que les deux tiers de la population n’a pas le « thaï standard » comme langue maternelle. Il faut toutefois moduler cette constatation purement statistique. La plupart de ces langages locaux sont de souche taï-kadaï, ont la même écriture, utilisent l’alphabet thaï et sont donc assez proches du thaï standard ainsi par exemple le lao-isan qui est du thaï à environ 70%. La scolarisation généralisée depuis plus d’un siècle fait que tous les habitants du pays comprennent et parlent le thaï standard – probablement 90 % de la population sauf peut-être encore quelques vieillards.

 

 

Ceci explique bien évidement que dans la longue théorie des constitutions dont la Thaïlande s’est doté depuis 1932 nous trouvions en première analyse un vide étonnant, l’absence d’une langue nationale : pas de reproduction du premier alinéa de l’article 2 de notre constitution du 4 octobre 1958 « La langue de la République est le français » !  Tel est le cas du dernier texte soumis à l’approbation populaire le 7 août 2016 et de toutes les constitutions antérieures. La langue qui devrait être officielle est oubliée. La lacune est singulière dans la mesure où, depuis la fin du XIXe siècle nous assistons à une politique de « thaïicisation » (« thainess ») tendant à renforcer l’unité nationale mais oubliant la langue nationale, qui reste dans les faits le thaï « du centre » (ภาษาไทยถิ่นกลาง) que l’on qualifie parfois un peu hâtivement du « thaï de Bangkok ».

 

***

Cette (r)évolution résulte du douzième plan quadriennal national de développement économique et social pour les années 2017-2021 (แผนพัฒนาเศรษฐกิจและสังคมแห่งชาติ ฉบับที่ ๑๒  - พ.ศ. ๒๕๖๐๒๕๖๔  -   the twelfth national economic and social development plan - 2017-2021) du 1er octobre 2016

 

 

 

... provenant du Bureau du Conseil national de développement économique et social (สำนักงานคณะกรรมการพัฒนาการเศรษฐกิจและสังคมแห่งชาติoffice of the national economic and social dépomment bord) (1). Cet organisme officiel a été créé  le 15 février 1950 par le Premier ministre feld-maréchal Palekh Pibulsongkram pour fournir au gouvernement des idées et des recommandations sur les problèmes économiques nationaux. En 1959, le Premier ministre Feld-maréchal Sarit Dhanarajata lui a donné son nom actuel. En 1961, ce bureau a lancé le premier Plan de développement économique de la nation pour servir de cadre central au développement national de la Thaïlande sous l'égide du Cabinet du Premier ministre. Sa composition est réduite, 15 professionnels spécialisés dans  le domaine du développement économique et social comprenant en particulier  le Gouverneur de la Banque de Thaïlande.

 

 

Révolution ?

 

Pour la première fois en 2017 apparait officiellement le terme d’« ethnie » (chattiphan – ชาติพันธุ์). C’est évidemment et au moins en apparence contradictoire avec l’approche de la « thaïcité » (thainess) dont le but est d’inculquer les valeurs fondamentales» aux minorités ethniques en particulier du « Laos thaïlandais » du Nord-Est (que les Français appelaient autrefois « Laos siamois ») ou les « khon mueang » (คนเมือง) du nord.

 

 

Certes, presque toutes les minorités ethniques de la Thaïlande ont été reconnues en 2003 lors de l’adhésion officielle  et tardive de la Thaïlande à la Convention internationale pour l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale adoptée par les Nations Unies dans sa résolution 2106 du 21 décembre 1965. Mais elle n’est toutefois toujours pas allé jusqu’à appliquer les dispositions de l’article 14 sur la possibilité de dépôt de plaintes individuelles : « Tout État partie peut déclarer à tout moment qu'il reconnaît la compétence du Comité pour recevoir et examiner des communications émanant de personnes ou de groupes de personnes relevant de sa juridiction qui se plaignent d'être victimes d'une violation, par ledit Etat partie, de l'un quelconque des droits énoncés dans la présente Convention. Le Comité ne reçoit aucune communication intéressant un Etat partie qui n'a pas fait une telle déclaration ».

Dessin de Larissa Krassikova :

 

 

En 2011 toutefois, elle a présenté au Comité un rapport reconnaissant la diversité des 62 communautés ethniques selon un schéma de classification scientifique fondé sur l'ethnolinguistique développé par l'Institut de recherche sur les langues et cultures d'Asie de l'Université Mahidol dans le cadre de son projet de cartes ethnolinguistiques. L’intérêt majeur est que ce rapport national reconnaissait l’existence de groupes ethniques qui n'existaient pas officiellement depuis plus de cent ans, les plus significatifs étant le cas des Lao-Isan (nord-est) et celui des Malais du sud profond. Le paragraphe 44 de ce rapport précisait d’ailleurs « La Thaïlande n'a pas de politique ou de loi qui divise son peuple par classe, race ou nationalité dans le système démocratique et dans la société thaïlandaise ».

 

 

Mais elle n’avait fait l’objet d’aucune incorporation dans le droit positif à l’exception des dix minorités ethniques des « hill tribs » (ชาวเขาเผ่า – les tribus des hautes terres) officiellement reconnues comme telles par l'intermédiaire de l'Institut de recherche tribale de Chiangmaï (สถาบันวิจัยเผ่า) créé en 1965 mais dissout en 2002 après avoir été intégré au ministère du Travail et de la Prévoyance sociale (กรมสวัสดิการและคุม ครองแรงงาน).

 

 

Le fait pour l'État d’éviter soigneusement de mentionner ses ethnies a évidemment eu pour conséquence une absence de planification étatique qui leur soit spécifique : Ainsi, les onze premiers plans nationaux de développement économique et social élaborés par le Conseil national de développement économique et social évitaient de mentionner les groupes ethniques ou le terme d’ethnies (ชาติพันธุ์ – chatiphan) se référant essentiellement à des « groupes » (กลุ่ม – kloum) ou à des « tribus » (ชนเผ่า – Chonphao) . Tout change avec le douzième plan même s’il ne se réfère pas à des communautés ethniques spécifiques. Ne rentrons pas dans le détail, le texte officiel en thaï a 224 pages et sa version officieuse en anglais en a 268. Le mot apparait dans la section 4 (ส่วนที่ ๔) « Stratégie de développement » (ยุทธศาสตร์การพัฒนาประเทศ).

Il met l’accent sur les forêts communautaires en insistant sur les droits des ethnies, leur mode de vie, leur culture et la sagesse locale. Les moyens de subsistance des groupes ethniques vivant dans des zones de conservation devront être protégés en créant une harmonie durable entre les êtres humains et les forêts. Cette question intéresse au premier chef les ethnies montagnardes et dans une moindre mesure celles du nord-est. La mention suivante est comprise également dans la section 4. Elle concerne le « sud profond » et développe une stratégie pour y renforcer la sécurité nationale et le conduire vers le progrès. Il s’agit bien évidemment de prévenir et résoudre les troubles dans les provinces frontalières du sud par des moyens pacifiques avec une participation publique locale basée sur les différences d'identité et d'ethnicité pour éliminer les conflits et réduire la violence selon la stratégie royale préconisée par de Sa Majesté feu le Roi Bhumibol Adulyadej, Rama IX, suivant les principes rappelés dans la section 3.

 

 

Cette référence à l'ethnicité dans le contexte de l'insurrection du sud-est est véritablement révolutionnaire car la ligne officielle était que les Malais thaïlandais du Sud profond ne constituaient pas une ethnie séparée. La dénomination officielle était jusqu’alors « thai muslim » (ชาวไทยมุสลิม - musulmans thaïs), une catégorie simplement religieuse.

 

 

Cette reconnaissance officielle des considérations ethniques nous apparait avoir d'énormes implications potentielles pour les Malais de Thaïlande qui peuvent désormais s'identifier comme « Malais thaïs » (มลายูไทย). La troisième référence aux ethnies concerne le nord et se trouve également dans la section 4. Il développe les projets de tourisme culturel dans les 8 provinces du Lanna  (la région du  Nord-ouest) qui ont leur propre culture et leur sagesse locale. Le Lanna, ce n’est pas une réalité ethnique reconnue mais une région qui a sa spécificité et n’a été « thaïsée » qu’il n’y a guère plus d’un siècle. La mention d’un « tourisme ethnique » et d’autres références aux « identités » laisse à penser que le plan concerne également les diverses populations des montagnes pour lesquelles ce « tourisme ethnique » est un important potentiel même s’il peut être controversé. 

 

 

Historiquement, la raison de la disparition « administrative » de ces groupes fut étroitement liée à la construction de la nation à la fin du XIXe siècle dans le cas des Laos en particulier compte tenu de l’intégration dans le Royaume de grandes parties des États laotiens de Champassak et de Luangprabang ainsi que du plateau de Khorat. Le mot « Lao » fut alors effacé dans le nom des « cercles » (Monthon – มณฑล) sous les réformes administratives du prince Damrong Rajanubhab par la loi de 1897 sur l'administration locale. Ainsi naquit l’ « Isan » (อีสาน) qui signifie nord-est en sanscrit (mais c’est également le nom du Dieu Siva, au choix) et fut divisé en 1912 sous le règne de Rama VI en les deux provinces de Roiet et d’Ubonrachathani qui s’appelait autrefois Laokao (ลาวกาว). Makaeng (มะแกงdevint Udon-thani (อุดรธานิ) qui signifie « le pays du nord » en sanscrit  (le « Uttara » ou « Udan » sanscrit est devenu Udon).

 

Carte adminitrative de 1915 :

 

 

Il est une autre raison à la disparition des Laos dans l’administration qui apparait dans les recensements officiels. Ce fut une réaction au colonialisme français, selon lequel tous les ressortissants des états tributaires du Siam, en particulier ceux du Laos et du Cambodge, devaient être pris en compte pour devenir des « protégés français ». Tout ce qui alors appartenait à la famille ethnolinguistique des Taï-Kadai devint « thaïlandais » en termes de « race », dès le recensement de 1904. On peut penser que les consulats français chargés d’enregistrer nos protégés n’y virent que du feu ? La question des Malais de Thaïlande se présentait différemment puisque les Anglais n’avaient pas la politique expansive des Français en matière de protection. Leur langue est issue de la famille des langues austronésiennes qui n'est pas clairement liée au thaï, pas plus en termes de coutumes ou de religion. Le terme de Malais (มลายู – malayu) disparut et fut remplacé par l'ethnonyme inventé « Thai Musulman » (ชาวไทยมุสลิม) dans l’intention de réprimer toute tentative de lier la culture malaise de Thaïlande avec la culture de Malaisie. Il y avait en ce qui concerne le sud une décision compréhensible à l’époque où le communisme montait aux frontières du nord de la Malaisie.

 

 

Il en était de même du côté de toute une partie de l’Isan (Sakonnakhon - Nakonphanom) dont une frange « activiste » de la population n’aurait pas envisagé d’un mauvais œil un rattachement au Laos communiste.

 

*

**

 

La décision du Bureau du Conseil national de développement économique et social d’employer le terme d’ethnies est une petite révolution même si le plan ne mentionne pas les ethnies spécifiques. On peut toutefois faire référence à une décision antérieure du gouvernement Abhisit (อภิสิทธิ์) 2010 reconnaissant le droit des « peuples de la mer » (ชาวเล chalolé)  de rétablir leurs moyens de subsistance

 

 

et celui des Karens (กะเหรียง) de rétablir les leurs (agriculture de rotation).

 

 

 

Il n’est pas inutile de citer ici dans son intégralité l'article 27 de la constitution soumise au verdict des urnes le 7 août 2016 puisque le mot de « race » (ou d’ethnie si vous préférez) apparait pour la première fois dans la dernière de la longue série de nos constitutions depuis 1932.

« Toutes les personnes sont égales devant la loi et bénéficient de sa part de la même protection. Les hommes et les femmes doivent jouir des mêmes droits. Toute discrimination à l'égard d'une personne fondée sur une différence d'origine, de race, de langue, de sexe, d'âge, de handicap, d'état physique ou de santé, de statut personnel, de situation économique ou sociale, de croyance religieuse, d'éducation ou de vision politique ou de tout autre motif est interdit. Les mesures prises par l'État en vue d'éliminer un obstacle ou de promouvoir la capacité d'une personne à exercer ses droits ou ses libertés en tant qu'individu, ou dans le but de protéger ou de faciliter les enfants, femmes, personnes âgées, personnes handicapées, ou les personnes défavorisées ne doivent pas être considérées comme une discrimination injuste au sens du paragraphe trois. Les membres des forces armées et de la police, les fonctionnaires, les autres agents de l'État et employés des organisations d'État jouissent des mêmes droits et libertés que les autres personnes, à moins que la loi ne l'interdise spécifiquement pour des raisons d'efficacité, de discipline ou d'éthique ».

Ce texte garantit donc l'absence de toute discrimination ethnique.

 

 

Ces dispositions du douzième plan national de développement économique et social entreront-elles dans l’histoire comme la reconnaissance de la diversité ethnique ? Seul l’avenir nous le dira. Elles sont passées pratiquement sinon totalement inaperçues dans la Presse francophone alors que le quotidien bilingue Matichon  (มติชน) et le Prachathaï (ประชาไท) – pourtant fort peu suspects de sympathies pour le régime du général Prayut (ประยุทธ์ ) en place  depuis 2014 considérèrent lors de sa diffusion qu’il serait probablement l’acte le plus significatif du règne du Roi Rama IX (2). Les dispositions relatives aux ethnies semblent également ne pas avoir attiré l’attention d’autres organes de presse locaux qui ne font que signaler la publication du plan (3).

 

NOTES

 

(1) Le Bureau a un site Internet bilingue :

http://www.nesdb.go.th/main.php?filename=index

Il donne le texte des 12 plans, version thaï et version anglaise :

http://www.nesdb.go.th/main.php?filename=develop_issue

 

(2) Numéros du 16 décembre 2016.

 

(3) Quelques lignes seulement par exemple dans  le Thai tribune  (ไทยตริบูน) du 10 septembre 2016. Même chose dans le bulletin gouvernemental des relations publiques du 17 septembre 2016 (กรมประชาสัมพันธ์).

 

 

Partager cet article

Repost0
9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 22:03

 

Nous vous avons parlé du tambour de bronze situé à Dontan à une vingtaine de kilomètres au sud de Mukdahan sur les bords du Mékong (1). Si ces tambours de bronze sont nombreux dans les musées de Thaïlande, celui-ci nous a particulièrement intéressés puisqu’il se situe dans notre Isan d’adoption. Il semble être l’un des plus grands de tous ceux qui ont été trouvés en Thaïlande et peut-être aussi parmi les plus anciens (2.500 ? 3.000 ans ?)

 

Carte des tambours recensés enThaïlande (Jacques de Guerny) :

 

 

Nous savons que d’autres tambours de bronze ont été exhumés en Isan, l’un d’entre eux dans un petit sous district de la forêt de Phupan, Ban Kho, du district de Khamcha-I (.บ้านค้อ .คำชะอี) à 34 kilomètres dans la province de Mukdahan aussi, un autre dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์), un autre encore en triste état venant de Pakthongchai (ปักธงชัย) au sud de Khorat, sur lesquels nous n’avons aucune précision, et peut être d’autres ailleurs ? L’un d’entre eux présentement au Musée national de Khonkaen qui nous a semblé être de la même génération mais de plus petite taille (environ 40 cm de hauteur) provient (sans autres précisions) du district de Nakae (นาแก) riverain du Mékong dans la province de Nakhonphanom (นครพนม) mais peut-être lui aussi a-t-il été trouvé sur les rives du fleuve ? 

 

 

Notre propos n’est pas, nous n’en avons pas les compétences, d’écrire une encyclopédie de l’histoire des tambours rituels depuis ceux du Tibet jusqu’à ceux des Zoulous en passant par ceux des Apaches.

 

Mais diverses questions restent sans réponse :

 

D’où sont-ils venus puisqu’ils ont peut-être mais pas certainement été importés ? Et quelle était leur utilisation, utilitaire, religieuse, magique, chamanique ou guerrière ?

 

 

Nous avions remercié Monsieur Philippe Drillien, président de l’Association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos (Philao), pour sa contribution à notre précédent article (1). Sa revue Philao dans son numéro du 2e trimestre 2018 nous dote d’un très intéressant article de M. Jacques de Guerny ...

 

 

 

... qu’il nous a communiqué avec son obligeance coutumière : « Le tambour de bronze est le témoin modeste d’une belle aventure humaine » dont les conclusions, nous le verrons, vont nous ouvrir une porte vers une explication à ce jour inédite (2).

Il a par ailleurs eu l’obligeance de transmettre note précédent à Jacques de Guerny qui apporte quelques éclaircissements dans un courrier du 1er mai auquel nous ferons références avec leur autorisation, ce dont nous les remercions.

 

 

La première étude sur ces tambours, qui ne sont pas, et de loin, spécifiquement siamois, peut-être même pas asiatiques, est celle d’un ethnologue autrichien, Franz Heger qui, en 1902, en a connu et étudié 165 provenant de la Chine et de la péninsule indochinoise, quelques-uns du Siam, provenant d’achats, de cadeaux ou de découvertes fortuites dans des bonzeries ou des minorités ethniques (3). A partir de ces 165 tambours, il établit une classification en quatre types qui à ce jour fait toujours autorité et qui porte le nom de « Heger I, II, III et IV », classification établie en fonction de leurs caractéristiques extérieures, formes et décorations qui firent l’objet de deux volumes (Alte metaltrommeln aus Südostasien) publiés à Leipzig en 1902.

 

 

Elle a été complétée par une étude d’Henri Parmentier qui a porté ce nombre à 188 après avoir eu accès à de nombreuses collections privées. Il compléta cette étude quelques années plus tard à la suite d’autres découvertes (4). Dans la classification de Franz Heger le type I, fondamental, est le plus ancien, il est celui du Musée Guimet, il semble être celui de nos tambours Isan de Dontan et de Nakae. Il semble aussi être celui du tambour découvert sur l’île de Samui (เกาะสมุย) aujourd’hui sur le continent au musée de Chaiya (ไชยา)

 

 

et d’un autre découvert à Narathiwat (นราธิวาส) et présentement au musée de Chumphon (ชุมพร). Ils ne proviennent pas de l’Isan mais de la côte Est du golfe de Siam, ils dateraient tous des débuts de l’âge du bronze.

 

 

Les tambours de la nomenclature II, III et IV seraient plus récents. Jacques de Guerny qui, pendant trois ans en a examiné dans de nombreux musées, en Europe ou en Asie, exposés ou dans la poussière des réserves nous apprend que ceux qui proviennent du Siam sont en général du type III donc assez tardifs.

 

Heger III -  collection Philippe Drillien :

 

 

 

 

LA DATATION

 

On leur a pendant longtemps attribué une origine Vietnamienne :  à partir de 1924, l’Ecole Française d’Extrême-Orient de Hanoi a entrepris à Dongson un village de la province du Thanh Hoa au Nord-Viêt-Nam, sur la rive droite de la rivière Song Ma – une série de fouilles qui livrèrent une nécropole de 200 sépultures contenant de nombreux tambours de bronze, présentant une étroite parenté avec le tambour dit « Moulié » du nom du collectionneur son propriétaire (celui du Musée Guimet) et contemporain de celui-ci. Ils furent dès lors appelés « dongsoniens ».

 

 

Le lit du Song Ma aurait occupé l'emplacement d'un ancien village de fondeurs construit sur pilotis.

 

 

Cette découverte d’une culture jusqu’alors inconnue, tout comme celle du tambour de Dontan, fut fortuite. A l’occasion  de l’érosion, un villageois de Dongson récupéra un grand nombre d’objets parmi lesquels figuraient des tambours de bronze après l’érosion du sol par le cours d’eau du fleuve Ma. Il les revendit à l’archéologue Louis Pajot qui n’hésita pas à rapporter ce fait à l’Ecole Française d’Extrême Orient et demanda d’être de tous les travaux d’exhumation du site. Cette découverte avait été précédée de découverte ponctuelle de tambours à partir de 1902 et 1903 acquis par l’Ecole dans diverses bonzeries. Ils furent alors datés par certains du Ve au IIIe siècle avant J.C. et par d’autres du VIIe  au VIe siècle avant notre ère. Ils se seraient de là répandus par la voie du commerce maritime chinois ce qui explique leur présence sur les rives du golfe de Siam (Narathiwat) ou sur l’île de Samui, colonisée par les Chinois du Hainan à une époque indéterminée mais plus difficilement sur les rives du Mékong et plus encore à l’intérieur des terres.

 

 

L’âge du bronze marqua une innovation révolutionnaire marquant des connaissances technologiques de haut niveau : extraire et réduire le cuivre qui n’existe pas à l’état natif du minerai à une température de l’ordre de 1.100 degrés, la température étant activée en soufflant de l’air par des soufflets en peau, 10 kilos de minerai produisant 1 kilo de métal pur en utilisant une énorme quantité de charbon. L’opération est à peu près similaire pour l’étain qui n’existe pratiquement pas à l’état natif. Il fallut encore savoir  (comment l’apprirent-ils ?) que le mélange de cuivre et d’étain durcissait le cuivre, le mélange s’effectuant également dans une proportion (variable) d’environ 20% d’étain toujours à haute température. Les difficultés sont les mêmes lorsque le plomb remplace l’étain. La difficile  technique de la « cire perdue » permet alors la confection des objets en bronze. La métallurgie est alors devenue un art mais la distinction entre l’artisan et l’artiste est un concept essentiellement moderne.

 

 

Or, la civilisation  du bronze commence au Siam, en l’état actuel des recherches, à Ban Chiang (5). De nombreux objets en bronze, datés approximativement d’il y a 2.500 ou 3.000 ans, y ont été découvertes mais à ce jour pas de tambours de bronze. Est-ce à dire qu’ils étaient inconnus ? Le site protohistorique se situe à plusieurs mètres de profondeur en dessous du village actuel, habitations et rizières qu’il faudrait évidemment raser pour y effectuer d’autres hypothétiques découvertes ce qui est difficile à concevoir. Les mouvements du sol régurgitent régulièrement des vestiges de poteries qui suscitent un petit trafic de fragments de vaisselles probablement plus ou moins toléré tant qu’il ne s’agit pas de pièces exceptionnelles, il est difficile d’en dire plus (6). Disons – en première analyse – que nos tambours ne proviennent pas d’une fabrication locale mais c’est une affirmation qu’il nous faudra sérieusement moduler au vu des investigations de M. Jacques de Guerny comme nous le verrons en conclusions.

 

 

En ce qui concerne la datation de ces tambours, des questions se posent auxquelles nous n’avons pas la réponse : Elle se fait le plus souvent par références à la nomenclature Heger : si le tambour est du type « Heger I », il est le plus ancien. Il existe probablement des procédés scientifiques plus précis  pour déterminer avec une marge d’erreur de quelques centaines d’années, ce qui est largement suffisant en l’occurrence l’âge de ces pièces de musée : thermoluminescence (utilisée pour dater les poteries de Ban Chiang), analyse du degré d’oxydation ? Le carbone 14 utilisé pour les ossements est évidement inopérant en l’occurrence faute de corps organique dans le bronze. Ont-ils été utilisés pour analyser certains de ces tambours ? Nous n’en avons pas trouvé trace. Sur le site de Dongson, les datations au radiocarbone effectuées sur les tombes mais non sur les tambours indiquent que celles-ci dataient de 2.480 ans avec une marge d’erreur de plus ou moins 100 ans. Il faut noter chez les Dongsoniens une connaissance approfondie de la technique du bronze puisqu’ils savaient trouver un alliage approprié pour chaque type d'objets fabriqués. Dans les armes trouvées sur le site la teneur du plomb est moindre et celle d'étain plus importante ce qui leur confère un degré de dureté assez remarquable pour l’usage qu’ils en faisaient. Ces analyses n’ont pas à notre connaissance été effectuées sur nos tambours siamois ?

 

Pour Jacques de Guerny, le tambour de Mukdahan est bien du type « Heger I », « caractéristique de la culture dite de Dongson, avec ses "trous" et ses crapauds, née au sud du bassin du Fleuve Rouge (futur Vietnam/Tonkin) » (courrier du 1er mai).

 

Signalons une pomme de discorde entre les scientifiques vietnamiens et les chinois qui revendiquent la création des premiers tambours de bronze dans la Chine méridionale avant ceux de Dongson, paternité discutée qui ne présente pour nous guère d’intérêt dans la mesure où par la suite ils se répandirent dans une immense zone géographique comprenant la Thaïlande, le Cambodge, le Laos, la Birmanie, l’Indonésie jusqu’aux îles de la Sonde orientale mais relèvent des parentés culturelles certaines entre des populations protohistoriques à première vue très différentes mais quasi contemporaines (7). Ne discutons pas du point de savoir si la première civilisation du bronze en Asie du sud-est est celle de Dongson ? Elle pourrait tout aussi bien être celle de Banchiang qui l’a peut-être précédé ?

 

 

Nous restons donc à Heger. La facture de la pièce donne au moins de solides présomptions de datation mais ne nous indique malheureusement pas à quelle date elle a pu arriver sur le site si elle n’a pas été fondue sur place. Vietnamiens et Chinois continuent à y faire référence même si les uns et les autres ont défini des sous-catégories.

 

LEUR UTILISATION

 

En 1918, Parmentier (4) parlait du flou qui régnait à ce sujet. Il semble que nous n’avons guère évolué depuis un siècle. Jacques de Guerny parle des « mystères qui entourent l’odyssée de ces tambours, odyssée qui dure depuis 2500 ans, et qui n’a pas encore livré tous ses secrets ».

 

Quelques précisions vont peut-être nous éclairer. Leur première caractéristique est (évidemment) d’être creux. Ils sont ensuite, avons-nous vu, légers (1). Si l’on compare celui de Dontan dont les dimensions sont exceptionnelles par rapport à d’autres de mêmes dimensions expertisées par Heger, son poids ne doit pas dépasser 80 kilos et 15 pour celui du musée de Khonkaen.

 

 

Ils sont fins, jamais plus de 2,5 mm,  ce qui dénote de grandes difficultés d’exécution (8).  Ils portent tous des anses ce qui permet de les transporter sans difficultés soit en bandoulière, soit avec des brancards ou des chaines pour les plus lourds soit encore de les suspendre ou encore de les hisser sur un éléphant de guerre.

 

Photographie communiquée par Philippe Drillien :

 

 

Diverses hypothèses ont été émises, elles ne sont d’ailleurs pas forcément contradictoires entre elles.

 

Il est vraisemblable que l’on soit parti de l’utilitaire, une marmite dont les Dongsoniens s’aperçurent qu’elle résistait mieux au feu du charbon que les récipients en terre cuite ? Les anses permettent alors de retirer la soupe du feu sans se bruler les doigts. Cette utilisation pratique initiale n’est pas invraisemblables mais pose la question de savoir si les Dongsoniens prirent le souci de décorer méticuleusement le cul de leur marmite, la partie qui va au feu ? Peut-être un jour des fouilles laisseront apparaître un tambour-marmite portant encore des traces de noir de fumée ce qui aura le double avantage de confirmer cette hypothèse et de permettre une datation précise au carbone 14 ? (9).  Cette utilisation primaire n’est par ailleurs pas contredite par la présence de quatre grenouilles sur le tympan, elles ne s’y trouvent pas toujours et pourraient par ailleurs avoir été ajoutées plus tardivement en vue d’une autre utilisation ce qui est plausible (10).

 

 

Jacques de Guerny nous dévoile la suite avec une grande logique : « Au départ, il faut imaginer tout simplement un objet utilitaire ; peut-être même une sorte de récipient, on dirait aujourd’hui une marmite. Et puis, un jour, on a retourné cette marmite, on a frappé sur son métal pour en faire naître des sons. Et c’est cette fonction que l’on va petit à petit privilégier. La casserole s’est métamorphosée en instrument de musique. Et encore aujourd’hui, j’ai pu retrouver dans les montagnes proches du pays Shan, chez les ethnies Kayahs, (en Birmanie) des villageois qui jouaient encore de la musique sur cinq tambours, suspendus les uns à côté des autres ».

 

 

Nos Dongsoniens se sont alors vite aperçu que la sonorité de leur tambour variait en fonction de sa taille. S’ils utilisaient auparavant des tambours de bois et de cuir (Buffalo ou éléphant), les constatations furent rapides, plus solides et plus sonores, ils sont insensibles aux outrages du temps et aux pluies tropicales néfastes pour les peaux qu’ils distendent.

 

 

La marmite est devenue tambour. « Eh oui, le tambour de bronze, quoi que l’on en pense aujourd’hui, est un véritable instrument de musique » nous dit Jacques de Guerny. Voilà bien une réflexion frappée du bons sens, la chose du monde la moins partagée quoiqu’en ait dit Descartes. Un tambour sert donc à tambouriner ! Mais dans quelles conditions ? Il semble que l’utilisation militaire ait donc suivi en parallèle celle de la cuisine. Dans les armées, fussent-elles les plus primitives, la transmission des ordres est limitée par la perception de ceux qui les reçoivent. Le tambour avant le clairon permet donc de répercuter musicalement les ordres donnés, mieux que la voix humaine ou les gestes car les champs de bataille sont potentiellement bruyants. Utilisés sur les champs de bataille ils permettent de diriger et de galvaniser les troupes par des rythmes distincts, la marche, la charge, l’attaque, la retraite. Ils peuvent aussi servir de signal et de moyen de communication, l'on entend leur rythme sourd à 40 kilomètres à la ronde, de jour, de nuit, en dehors de toute considération climatique ou du barrage d’une jungle épaisse qui interdit les signaux optiques. Il faut bien évidemment faire référence à une utilisation légendaire que nous rapporte déjà Parmentier (4) : « Ces tambours, non étudiés en Europe avant 1883, étaient recueillis depuis longtemps dans les collections chinoises ; ils y sont d'habitude attribués à un général légendaire des Han, Ma Yuan, le Ma Vien des Annamites, qui vivait, vers le début de l'ère chrétienne. On rapporte qu'il installait ces tambours dans les cascades du Sud de la Chine, pour tenir en respect les montagnards rebelles; trompés par le bruit de l'eau qui frappait le métal, ils croyaient entendre les troupes chinoises et se tenaient cois ». Cette légende, mais en était-elle bien une, est rapportée par le roman de Jean Lartéguy qui fit découvrir les tambours de bronze au grand public il y a plus de 50 ans (11).

 

 

S’agit-il bien d’une « histoire légendaire » comme le dit Parmentier ? A défaut de chutes d’eau, le son lancinant des tambours (tams-tams) martelés des nuits entières par les Zoulous du grand Chaka, créateur d’un immense royaume, était destiné à harceler et angoisser les ennemis en leur faisant perdre le sommeil.

 

 

Les Apaches de Géronimo utilisaient la même stratégie de harcèlem ent nerveux et  auditif à l’encontre des tuniques bleues.

 

 

La seule marche des lansquenets au son de leurs hauts tambours suffisaient à faire fuir les populations.

 

 

Le seul son des tambours des dragons de Turenne suffirent à terroriser le Palatinat.

 

 

En dehors de leur utilisation peut-être initialement comme marmites et ensuite comme tambours probablement de guerre, Parmentier nous semble être le premier à s’y être intéressé sans faire allusion à ces deux premiers paramètre. Que nous dit-il ? « Suivant une autre version moins fantaisiste, ces tambours auraient été donnés aux chefs des tribus en signe d'investiture, et peut-être doit-on rapprocher de cette tradition l'importance considérable des gongs de cuivre chez les sauvages de la Montagne annamitique, en particulier chez les Bahnars ; le nombre des tam-tams y est en certains lieux le signe extérieur de la richesse et de la puissance » (12). Il s’agirait alors en quelques sortes de « régalia » sur lesquels nous allons y revenir. Parmentier ajoute car il n’aime pas les légendes : « Pour avoir écarté ces histoires légendaires, les Européens ne sont pas arrivés cependant à des présomptions bien solides sur l'origine de ces tambours et leur fonction même est inconnue. La présence de grenouilles sur le plateau fait supposer que ces objets ont pu jouer le rôle de tambours de pluie et leur bruit, comparable aux roulements du tonnerre, peut avoir été utilisé pour tenter de mettre fin aux sécheresses ». Cette utilisation qui nous fait passer du matériel au rituel est signalée pour la première fois en 1902 par l’orientaliste batave Jacob Maria De Groot (3).

 

 

Sommes-nous plus éclairés un siècle plus tard ? Il est une réalité qui ne doit pas nous échapper, il s’agit encore de faire appel non pas à notre bien modeste science mais au bon sens : L’aire d’expansion des tambours de Dongson est immense, elle s’étend sur plus de 2.500 kilomètres du nord au sud, depuis les Etats shans en Birmanie jusqu’aux Indes-orientales en passant par le Tonkin, le Siam et la Malaisie. Il n’y a pas de contradiction entre les différentes hypothèses qui peuvent recouvrir des utilisations différentes mais non contradictoires sur plusieurs centaines d’années. Pour autant que les tambours soient bien nés à Dongson, ils se sont de là  répandus dans toute la péninsule indochinoise jusqu’à l’Insulinde pendant des siècles. « Une conquête qui durera des siècles et des siècles, jusqu’à aujourd’hui, puisque l’on fabrique encore maintenant, des tambours à Java » nous apprend Jacques de Guerny (2). Le rôle des navigateurs marchands du sud de la Chine et des échanges commerciaux y a contribué.

 

 

Il nous précise encore  « Comme la plupart des tambours retrouvés dans les (futurs) Laos et Thaïlande aux abords du Mékong, principale artère fluviale de leur dispersion dans toute la péninsule Indochinoise entre la fin de l’ère précédant la nôtre et le début de la nôtre. La culture dite Banchiang est bien antérieure et distincte, celle dite Isan plutôt postérieure » (courrier du 1er mai).

.

Tambours de pluie ? Ce rôle est privilégié par Jacques de Guerny : la destination première de ces tambours est leur rapport avec la pluie. Les battements des tambours, s’ils faisaient fuir les ennemis, suscitaient également le coassement des batraciens dont toutes les civilisations agricoles savent qu’ils sont annonciateurs de la pluie, précieuse dans une civilisation essentiellement rizicole. La question de savoir si les frappes des mailloches sur les tambours suscitent ces coassements reste posée. Ils auraient donc été utilisés pour les cérémonies primordiales d'invocation à la pluie. Les utilisations rituelles, parallèles ou postérieures ou antérieures les auraient mobilisés pour les naissances, les mariages et les cérémonies funéraires ? Ce sujet a été développé par l’ethnologue Yves Goudineau, nous nous contentons de le citer car il nous semble qu’il n’a pas toujours assimilé le conseil de Boileau « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement … »  vers lequel devrait tendre tous ceux qui écrivent sur des sujets arides (14).

 

 

Leur dispersion géographique a été expliquée par une autre fonction, celle d’instruments du culte chamanique (15). La définition du chamanisme que donne Pierre Larousse nous a quelque peu interpelée (16) : « Le chamanisme est la religion idolâtrique des Tatars, des Mongols, des Samoïèdes, et de quelques autres peuples septentrionaux de l’Europe et de l’Asie russe. Les chamanistes adorent un être suprême habitant le soleil mais qui  indifférent aux actions des hommes et abandonne le gouvernement de l’univers à une multitude de divinités secondaires divisées en bons et en mauvais génie. Le plus puissant d’entre ces derniers est Chaïlan (Satang). Sa méchanceté est excessive et ne peut que difficilement par des chamans ou prêtres qui ont le pouvoir d’appeler ou de chasser les démons au moyen de diverse jongleries et surtout au son d’une espèce de tambourins sacrés qui ne les quitte jamais. Ces prêtres connaissent l’avenir, rendent des oracles, expliquent les songes, etc… Seuls avec les héros, ils deviennent après la mort les conseillers des dieux. Pour les autres hommes, l’autre vie est pleine de misères et d’amertume. Les sectateurs de ce culte grossier n’ont point de temples.  Ils accomplissent leurs rites sauvages et bizarres la nuit dans la campagne et autour d’un grand feu. Ils croient que la femme est impure et que le monde ne finira point ».

 

 

Mais si l’origine des tambours est chamaniste, elle soulève un autre problème que Looft-Wissowa n’aborde que sur la pointe des pieds, c’est que le chamanisme n’est probablement pas né dans le nord de la péninsule indochinoise et y aurait été importé avec ses instruments rituels mais d’où ? Looft-Wissowa a le mérite, même s’il considère cette théorie comme « presque infâme » (almost infamous) de citer la version de l’ethnologue autrichien Robert von Heine-Geldern qui fait référence à des vagues successives de la « migration pontique », les migrations indo-européennes à partir de la fin de deuxième millénaire avant notre ère en direction de l’Est, venues de l’Europe de l'Est, des Balkans voire de la Scandinavie (19). « Scandinavie, matrice des nations – scandinavia vagina gentium » écrivait l’historien Jordanès au VIe siècle. Nous retrouverions ainsi les Vikings dans la péninsule à une date bien antérieure à celle que nous supposions (20) ?

 

 

Looft-Wissowa conteste avec force cette interprétation au vu d’une argumentation fondée essentiellement sur l’interprétation des décorations gravées sur les tambours. Elle nous dépasse même si elle nous a semblé quelque peu fuligineuse ? Nous allons toutefois voir qu’elle va peut-être dans le sens d’un « politiquement correct » explicable mais mal venu dans ce cadre purement historique ?

 

 

Looft-Wissowa nous donne une autre explication non dépourvue d’intérêt sur le rôle de régalia de ces tambours qui rejoint celle de Parmentier. Ils auraient été initialement utilisés pour l'investiture d'un roi et ceux trouvés dans toute la péninsule n’auraient pas été fabriqués localement mais quelque part dans le nord de l'Indochine. Ils sont en quelque sorte des regalia, signes du pouvoir royal et probablement charismatique qu’explique le désir de chefs du tribus lointains de devenir rois en obtenant un grand tambour de bronze de l'autorité rituelle mais non politique située quelque part dans le nord de la péninsule indochinoise (21). Celle-ci, sans être à la tête d’un empire au sens où nous l’entendons aujourd’hui auraient eu le pouvoir de distribuer des regalia … Il faut supposer l'existence d'un réseau de connexions socio-rituelles en Asie du Sud-Est, centré autour d'une autorité, quelque part dans le nord de la péninsule indochinoise, comme celui de la papauté en Occident qui pendant des siècles accordait des couronnes du haut de son pouvoir spirituel sans avoir de pouvoir temporel. Notre auteur imagine alors un va-et-vient d’ambassades de chefs tribaux venus de toute les parties d'Asie du Sud-Est cherchant par l'obtention d'un tambour à devenir rois et s'intégrer dans un une structure mystique plus large transcendant leurs propres limites temporelles et, à l’inverse, le « Saint-Siège » pouvait aller distribuer ces tambours en des endroits lointains dans le même but (22). Lorsque les Chinois envahirent le nord du Vietnam à de multiples reprises dès avant le début de notre ère, leur premier souci fut de confisquer et de  détruire les tambours de bronze des chefs locaux pour les priver des signes de leur pouvoir politique nous apprend  Looft-Wissowa.

 

 

Il est significatif de relever l'utilisation par les dirigeants vietnamiens de tambours, de toute évidence pour légitimer leur pouvoir au moins à l’égard des lettrés qu’ils n’ont pas massacrés en 1975. Looft-Wissowa nous offre ainsi une reproduction de la succulente affiche célébrant le 50e anniversaire du Parti Communiste Indochinois montrant le tympan d'un tambour de Dongson sur lequel certains motifs de décoration ont été changés, l’étoile centrale étant remplacée par le marteau et la faucille !

 

 

Il est suave d’imaginer que l’un des palladiums du Vietnam national communiste aurait pu être importé il y a trois mille ans par des « barbares blancs » venus de l’Ouest dans le cadre des grandes migrations des Indo-européens il y a quelques milliers d’années ! L’hypothèse est évidemment provocatrice et l’on conçoit que Looft-Wissowa ne l’aborde que sur la pointe des pieds.

 

 

Ces trop longs prolégomènes nous ont permis d’analyser de façon très sommaire ce qui ne sont jusqu’à ce jour que des hypothèses et des incertitudes. La littérature au sujet des tambours est surabondante. Ceux qui sont intéressés trouveront  dans la lecture des ouvrages cités en note et la liste de nos sources en fin d’article, tous ouvrages numérisés, de quoi satisfaire leur curiosité.

 

Jacques de Guerny nous permets toutefois d’entrer dans le concret. Il nous parle évidemment du passage de l’usuel au rituel tout en privilégiant, avons-nous dit, les rapports des tambours (parfois appelés « les tambours aux grenouilles »). Mais il nous rappelle que les tambours ne sont pas seulement des reliques conservées dans les musées thaïs ou plus religieusement dans le temple central de Dontan : Nous avons parlé de leur utilisation rituelle toujours présente en Thaïlande au XXIe siècle dans le cadre des « cérémonies d’état » longuement analysées en 1931 par Horace Geoffrey Quaritch Wales, conseiller des rois Rama VI et Rama VII dans une étude qui fait toujours autorité (23).

 

 

Mais – noblesse oblige – les tambours ne sont plus seulement de bronze, ils sont également d’or et d’argent. Jacques de Guerny nous dit : « Il paraît cependant important de noter le caractère sacré qu’a pris le tambour en Thaïlande. Utilisé comme instrument de musique, il rythme toutes les grandes cérémonies royales. Tous les souverains ont accompli les rites sacrés, soutenus par leurs sons graves. Les tambours étaient au premier rang du cortège funéraire lors des cérémonies de la crémation du roi Rama IX, en octobre dernier (2017).

 

Notre ami Philippe Drillien nous écrit « En 1972, j'ai visité le Wat Phra Kéo de Bangkok. A un moment, des « officiels » Thaïs ont apporté des tambours en or (5, si je ne me trompe pas) et les ont déposés à quelques mètres de moi. Puis le Roi est arrivé (accompagné de la Reine, si j'ai bonne mémoire); il a discuté un peu avec des touristes Français. Je me suis rendu compte qu'il parlait très bien notre langue (je ne savais pas alors qu'il avait suivi des études en Suisse). Je ne me souviens plus de la suite et ne suis pas sûr d'avoir entendu le roulement des tambours. Peut-être suis-je parti trop tôt ??? »

 

Ces tambours sont-ils toutefois bien d’or et d’argent ? Jacques de Guerny est dubitatif : Les « tambours en or ou en argent sont de bronze d'origine Birmane/Heger III), peints en partie par les Siamois adorant ce clinquant (à voir au Musée National de Bangkok en particulier) » (courrier du 1er mai).

 

Nous les verrons de toute évidence lors du sacre du Roi Rama X dont la date n’a pas encore été fixée.

 

 

Jacques de Guerny va nous permette d’avoir enfin une certitude quant à l’origine de nos tambours de l’Isan ou tout au moins une certitude à 999,99 ‰ qui balaye nos hypothèses antérieures : « Mais peut-être ma découverte la plus intéressante, a été, d’abord à Savannakhet, où le musée conserve six tambours, puis, ayant remonté la route 9 qui se dirige vers le Vietnam, j’ai pu retrouver la trace de très anciens tambours autour du village de Villabouly.

 

 

En 2005, lors de recherches minières dans la région, deux très beaux tambours anciens, furent mis au jour, accompagnés de lingots de cuivre ou de bronze, le tout datant de la fin de l’ère précédant la nôtre. Donc une découverte pleine d’espoir, qui pourrait révéler une fabrication locale de tambours.

Or, les mines d’étain sont connues au Laos depuis les premières explorations, repérées en 1867 par la mission Doudard de Lagrée : les mines de la vallée du Nam Patène sont situées dans la région de Thakkhek dans la province de Kammouan, sur les rives du Mékong (24). Les recherches minières auxquelles fait référence Jacques de Guerny à Vilabouly dans la province de Savannakhet, sont celles des mines de Sepon, mines de cuivre (et également d’or) à ciel ouvert. Elles sont exploitées ou plus vraisemblablement remise en exploitation en 2003. S’agissant de mines à ciel ouvert, la présence de minerait de cuivre était de toute évidence connue depuis des temps immémoriaux. Les tambours du musée de Savannakhet ont été découverts pour partie en 2001 dans le district de Sépon et partie en 2008 le long des berges du Mékong. Comme nous le savons, cuivre + étain = bronze. Nous parlions d’une certitude à 999,99 ‰ ? Le tambour de Dontan-Mukdahan a été découvert sur les rives du Mékong …face à Savannakhet, celui de Nakae sur les rives du Mékong dans la province de Nakonphanom… face à Thakkhek. Le long du Mékong, les deux sites ne sont distants que l’environ une cinquantaine de kilomètres.

 

 

Si nous constatons enfin que l’un des tambours de Vilabouly présentement au musée de Vientiane, dont Jacques de Guerny nous donne la photographie nous semble bien être du type Heger I, le plus ancien, il nous semble évident que nos tambours de l’Isan ne proviennent ni de Dongson et encore moins de Scandinavie. Il y avait donc à l’époque protohistorique des ateliers locaux de fabrication de tambours destinés aux deux rives du Mékong en parallèles (en concurence ?)  à ceux de Dongson. Si nous restons sur des hypothèses en ce qui concerne l’utilisation de ces tambours de l’Isan, nous avons notre certitude sur leur origine… à 999,99 ‰ (25). 

 

Photogrqphie de Jacques de Guerny :

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 255 - LE MYSTÉRIEUX  GRAND TAMBOUR DE BRONZE DE MUKDAHAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

 

(2) Cet article est la présentation de son ouvrage « Les tambours de bronze de l’Asie du Sud-Est » (octobre 2017 - 978-2-37701-007-3) que la revue nous présente comme suit « Philao l’a rencontré à Bangkok, à la Librairie du Siam et des Colonies. Avec son enthousiasme habituel, l’écrivain, qui est également adhérent de notre Association, nous a présenté son très bel ouvrage de 224 pages, agrémenté d’une superbe et rare iconographie en couleurs, dans lequel il révèle les mystères qui entourent l’odyssée de ces tambours, odyssée qui dure depuis 2500 ans, et qui n’a pas encore livré tous ses secrets ».

 

(3) Cette étude a été publiée à Leipzig chez K. W. Hiersemann  sous le titre « ALTE METALLTROMMELN AUS SÜDOST-ASIEN » (« Les anciens tambours de métal de l’Asie-du sud-est »). Elle fait toujours autorité bien qu’elle date de 1902.

Les tambours de bronze étaient toutefois déjà connus dans les « cabinets » des collectionneurs. Le premier signalé en Europe semble avoir été celui ramené des Indes-orientales par l’explorateur et naturaliste Georg Everhard Rumphius en 1683 et offert au grand-duc de Toscane. Il en fait la description ainsi que d’un autre découvert à Bali dans son ouvrage de 1705 : « DAMBOINSCHE RARITEITKAMER, OF EENE BESCRYVINGE VAN ALLERHANDE SCHAALVISSCHEN; BENEVENS DE VOORNAAMSTE HOORNTJES en SCHULPEN, ALS OOK ZOMMIGE, MINERAALEN, GESTEENTEN, ENZ ». L’ouvrage est remarquablement illustré de nombreuses gravures sur bois mais malheureusement les tambours y sont absents. Le jargon utilisé à Amsterdam à cette époque nous est complétement inaccessible.

 

 

Il semble que ce tambour soit celui connu sous le nom de « tambour de Vienne » qui se trouvait en 1940 au Musée des Arts et Métiers de cette ville et longuement décrit par Victor  Goloubew (« Le tambour métallique de Hoàng-ha ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient.  Tome 40, n°2, pp. 383-409).

 

 

Quelques études ponctuelles portent sur les tambours de bronze avant celle d’Heger, par exemple celle de l’Allemand J. M. De Groot « Die antiken Bronzepauken im ostindischen Archipel und auf dem Fesllande von Sùdoslasien » (Les anciens tambours de bronze des Indes-orientales et de l’Asie du sud-est) publiée en 1901 et analysée dans le Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. tome 2, 1902. pp. 215-218;

 

(4) « Anciens tambours de bronze » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 18, 1918. pp. 1-30 et « Notes d'archéologie indochinoise. IX, Nouveaux tambours de bronze » .In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 32, 1932. pp. 171-182.

 

(5) Voir notre article 9 « La Civilisation est-elle née en Isan ? » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

 

(6) Les villes actuelles d’Aix-en- Provence, Vaison-la-Romaine et Arles par exemple se situent sur l’emplacement des anciennes villes romaines. On ne peut les défoncer pour complaire aux archéologues même si les découvertes en sous-sol y sont fréquentes.

 

 

(7) Sur tout cette histoire, le site d’un chercheur au CNRS d’origine vietnamienne datée d’octobre 2016 est fondamental :

https://www.vietnammonpaysnatal.fr/trong_dongson/

Voir aussi Pham Tran Han : « Vietnam, my father land », 2014, le chapitre Dongson culture  pp. 171-188.

On connait en réalité peu de choses sur la culture Dongsonienne nous apprend-t-il : les recherches entamées au début du XXe siècle par les Français, ont été suspendues les longues années de guerre entre 1945 et 1975. Les recherches et les fouilles n’ont été reprises qu’à partir de 1980. L’ouvrage de H. R. VAN HEEKEREN « THE BRONZE- IRON AGE OF INDONESIA » de 1958 ne se limite pas à la seule Indonésie et nous dote d’un intéressant chapitre sur la culture dongson.

 

 

(8) Les contrefaçons probablement venues de Chine sont beaucoup plus épaisses donc plus faciles à travailler- les tambours anciens n’ont jamais une épaisseur supérieur à 3 mm - et beaucoup plus lourdes – toujours 30 kilogrammes au minimum - pour utiliser massivement le plomb au lieu de l’étain.. La raison en est doublement simple : Si le plomb fond à  peu près à la même température que l’étain, environ 300 degrés, sa densité est environ de 11,5 alors que celle de l’étain est d’environ 7,3. Par ailleurs, au cours du marché au début de l’année 2018, le cours de l’étain était à 21.000 dollars la tonne et celui du plomb à 2.500. Le vieillissement artificiel se fait aux vapeurs d’ammoniaque. L’œil d’un expert ne s’y trompe parait-il pas ? On trouve d’ailleurs sur Internet des « produits pour vieillir le bronze » mais pas encore de produits pour rajeunir les faussaires. Imitation ou contrefaçons ? Ce n’est pas nouveau puisque P.P écrit en 1903 : « Les tambours provenant de Chine se sont beaucoup multipliés dans ces dernières années. Peut-être faut-il faire à leur sujet quelques réserves. Alors que je n'avais sur cette question qu'une information très superficielle, je me rappelle avoir vu à Pékin dans certaines famille mandarinales des spécimens si beaux et si abondants qu'à défaut des sauvages les Chinois doivent aujourd'hui se charger de la fabrication » (Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 3, 1903. pp. 356-357).

 

 

(9) Les Anglais d’ailleurs parlent plus volontiers de « Bronze kettle-drum » c’est-à-dire de « timbale en bronze » plus volontiers de « Bronze drum » (« tambour de bronze »).

 

 

(10) Voir en ce sens Sylvia Fraser-Lu « Frog drums and their importance in Karen culture » in Arts of Asia,  septembre-octobre 1983 in :

http://www.lasieexotique.com/page/LasieExotique-mag_frogdrums.html

(11) Jean Lartéguy « Les tambours de bronze », presse de la cité, 1965.

(12) Rappelons qu’il s’agit de la région de « territoires sans maîtres » de la chaine annamitique dans laquelle l’aventurier français Marie David dit « de Mayrena » avait cherché à se tailler un royaume : voir notre article « UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/un-francais-marie-ier-roi-in-partibus-des-mois-et-des-sedangs-gloria-in-excelsis-maria.html

(13) Sur ce sujet, voir Bérénice Bellina « Development of maritime Trade Polities and diffusion of the “South China Sea Sphere of Interaction pan-regional culture”: The Khao Sek excavations and industries », 2017 :  https://hal-univ-paris10.archives-ouvertes.fr/hal-01655724.

 

(14)  Yves Goudineau :  « Tambours de bronze et circumambulations cérémonielles [Notes à partir d'un rituel kantou (Chaîne annamitique) »  In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient.,  tome 87 - 2, 2000. pp. 553-578 :  « Non seulement des caractéristiques morphologiques comparables apparaissent entre ceux-ci et l'organisation sociale et symbolique kantou, mais une « orientation » commune se révèle, marquée par le sens des circumambulations qui précèdent tout sacrifice collectif de buffles. Du reste, quand ils en possèdent, les villageois kantou perçoivent les tambours de bronze comme l'expression de la mise en place d'une totalité organisée. Mais, loin d'être l'image inerte d'une structure, une capacité dynamique y est inscrite qui se révèle dans un cadre sacrificiel. Placés au centre de l'aire sacrée, ce sont eux qui règlent le pas des circumambulations nécessaires à toute refondation cosmogonique rituelle ».

 

(15) Voir Helmut Herman Ernest  Looft-Wissowa « Dongson Drums : Instruments of Shamanism or Regalia ? »  In: Arts asiatiques, tome 46, 1991. pp. 39-49;

 

(16) « Grand dictionnaire universel du XIXe siècle », tome III, V° chamanisme.

 

(17) La grande migration des Hmongs vers les pays occidentaux fut une mine d’or pour les ethnologues et linguistes en mal de sujet de thèse : Voir ainsi « ALLONS FAlRE LE TOUR DU ClEL ET DE LA TERRE - Le chamanisme des Hrnong vu dans les textes » (1981) par Jean Mottin, qui nous a été communiqué par notre fidèle lecteurs, M. Jean-Michel Fournier précédé par un très érudit article de l’ethnologue Guy Moréchand  « Le Chamanisme des Hmong »  in : Bulletin de I ‘École Française d'Extrême-Orient, Tome LIV, Paris, 1968, pp. 53-294. Ces deux auteurs ont le mérite de parler couramment la (ou les) langues Hmongs. Nous ne connaissons évidemment rencontré aucun érudit que sache le langage des Dongsoniens qui n’a laissé aucune trace écrite.

 

 

(18) H. G. Quaritch Wales « Prehistory and Religion in South-East Asia » Londres, 1952, pp. 65-108.

 

(19) Robert Heine-Geldern « Bedeutung und Herkunft der âltesten hinterindischen Metalltrommeln (Kesselgongs) » (Signification et origine des plus anciens tambours métalliques (tambours de bronze). Ce texte a été publié en 1933. La date ne doit pas nous tromper. L’auteur ne répand pas des idées à la mode à cette époque sur la race aryenne : professeur à l’Université de Vienne, il se réfugia aux États-Unis en 1938 pour fuir le régime qui venait de s’y instaurer. Nous n’avons malheureusement pas pu avoir accès à cette source.

 

 

(20) Voir notre article A 53 « Histoire mystérieuse de la Thaïlande : Les Vikings au Siam ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-53-histoire-mysterieuse-de-la-thaialnde-les-vikings-au-siam-97571778.html

 

(21) Il semble acquis qu’à l’âge du bronze, le structure politique de base, la tribu, ne comportait que quelques petites centaines de personnes, une famille au sens large.

 

(22) N’évoquons pas dans notre pays le pouvoir de la papauté puisque le roi de France s’est toujours considéré comme « empereur en son royaume ». La formule est attribuée à Philippe-Auguste qui avait toujours refusé de se soumettre à l’autorité pontificale. Nous préférons faire référence à notre histoire et à celle de Clovis, chez de guerre d’une tribu barbare, celle des Francs-saliens, obtenant sa légitimité non pas de ses victoires militaires, non pas du Pape mais de l’onction de l’Empereur de Constantinople et de l’envoi des regalia : Monté sur le pavois à Tournai à l’âge de 15 ans, après avoir vaincu les Francs-ripuaires puis les Wisigoths, après avoir reçu le baptême, Clovis demanda et reçut de l'empereur d'Orient Anastase Ier les « tablettes consulaires », de véritable régalia lui conférant le titre de consul honoraire avec les ornements y afférant. Rome défaite en 476 avait renvoyé les insignes impériaux transférés à Constantinople. Ce titre fut pour lui très certainement beaucoup plus important que celui de « roi des Francs » qui ne représentait rien à l’époque.

 

 

(23) Dans « SIAMESE STATE CEREMONIES THEIR HISTORY AND FUNCTION » (1931) Quaritch Wales fait état de tambours de métal, d’or et d’argent au cours des diverses cérémonies, funérailles, tonsure et couronnement en particulier, en les distinguant des tambours de guerre. Heger (note 3) disait déjà en 1902  (volume I page 84) : « … Dans la capitale du Siam, selon l'ancienne coutume, le « Mahoratuk » est considéré comme l'un des instruments royaux, il est joué, accompagné d'une fanfare de trompettes, pour annoncer l'apparition de Sa Majesté au public, et il est frappé avant l’arrivée du roi lors de sa participation aux grandes processions d'état. Il est également utilisé lors des cérémonies religieuses dans les grands temples. Certains instruments sont d'un grand âge bien qu'ils soient encore fabriqués par les Karens rouges. Ceux que l'on voit à Bangkok sont, pour la plupart, la propriété du roi ».

 

(24) Voir l’article « Au Laos, les mines d’étain du Nam Paténe » in L’éveil économique de l’Indochine du 4 juin 1922. Le même journal dans son numéro du 28 janvier 1923 annonce la création d’une société destinée à exploiter les « riches mines de cuivre du Laos »

 

(25)  Cette constatation purement locale n’est nullement en contradiction avec la possibilité plus plausible pour les tambours découverts sur les rives du golfe de Thaïlande – Samui et Narathiwat – d’être arrivés sur le site par voie de mer depuis le nord du Vietnam par le commerce chinois.

 

AUTRES SOURCES CONSULTÉES

 

« Bulletin des musées de France », n° 9 de novembre 1934.

 

Henri Cordier « RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTREME ORIENT DU MOIS DE JUILLET 1917 AU MOIS D'AVRIL 1918 », in : Comptes rendus  des séances de Académie des inscriptions et belles-lettres, 1918.

 

Pierre Corboud et Martine Piguet :  DE L'OR ? NON DU BRONZE… La métallurgie du bronze dans la préhistoire » 10e Nuit de la science, 5-6 juillet 2014, Faculté des sciences de l’Université de Genève.

 

Henri Deydier « Introduction à la connaissance du Laos », 1952.

 

 

Sylvia Fraser-Lu : « Frog-drums and their importance in Karen culture » in :  Arts of Asia – septembre-octobre 1983 sur :

http://www.lasieexotique.com/page/LasieExotique-mag_frogdrums.html

 

Victor Goloubew «  L'âge du bronze au Tonkin et dans le Nord-Annam ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 29, 1929. pp. 1-46.

 

Victor Goloubew « Art et archéologie de l’Indochine » in : Exposition coloniale internationale de Paris, 1931, pp. 202-230.

 

R. Lantier : article dans « L’anthropologie », mars 1931, pp.356-357.

John W. Olsen « Dong Son Culture », janvier 2012, in : https://www.researchgate.net/publication/276919420

 

Etienne Patte  « L’Indochine préhistorique » in : Revue anthropologique, octobre-décembre 1936, pp.277-314.

 

Michèle Pirazzoli Serstevens :  « International Conference of Ancient Bronze Drums and Bronze Cultures in Southern China and Southeast Asia » . In: Arts asiatiques, tome 44, 1989. pp. 134-136.

 

« Revue des arts asiatiques » de 1937 (publication du Musée Guimet)

 

Pierre Rossion « Tambours de Bronze, une énigme millénaire » in : Archéologia 474  de février 2010

 

Wilhelm G. Solheim II : « MOLDS FOR BRONZE CASTING FOUND IN NORTHEASTERN THAILAND » in : Journal of the Siam society, volume 55 de 1967, pp. 87-93.

 

Van Huong Pham et  Ngoc-Du Thai-Thi : « Les tambours de bronze du Sud-Est asiatique : un symbole fascinant »  in : Cahiers d'outre-mer. n° 196 - 49e année, octobre-décembre 1996, pp. 423-426.

 

Hiram Woordward « THE ART AND ARCHITECTURE OF THAILAND », volume 14 de 2003 (ISBN 90 04 14440 4) à Leiden.

 

ธีระวัฒน์ แสนคำ : « กลองมโหระทึก: ภาพสะท้อนเส้นทางโขง–สาละวินยุคแรก » de 2010 (Réflexions sur les tambours de bronze de la région du Mékong et de la Salween) numérisé sur https://www.tci-thaijo.org/index.php/jnuks/article/view/55951. L’auteur est professeur à l’Université Naresuan de Phitsanulok.

Partager cet article

Repost0
11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 22:07

 

Les tambours de bronze que l’on peut admirer en particulier dans divers musées de notre pays d’adoption, sans parler en France de la magnifique collection du Musée Guimet ...

 

Tambour du Musée Guimet, premier millénaire avant Jésus-Christ, origine ? :

 

 

... ne sont pas spécifiquement d’origine thaïe puisqu’on les retrouve dans tous les pays d’Asie, de la Mongolie à la Nouvelle Guinée mais le plus souvent en Chine et dans la péninsule indochinoise.

 

Nous pouvons toutefois en donner une description générale : « Leur forme est simple : ils sont composés comme une boîte cylindrique à un seul fond ; c'est sur la surface extérieure de ce fond que l'on frappait; aussi est-elle toujours en son milieu munie d'une étoile, d'ordinaire à centre lisse, qui recevait le coup de mailloche. Quatre anses en deux groupes opposés permettaient de soutenir et sans doute de transporter l'instrument au moyen de chaînes ou de liens. La matière dont ces tambours sont faits est une sorte de bronze où entre une proportion importante de plomb. Ils paraissent fondus d'une seule pièce et les contours du moule, visibles seulement sur la caisse circulaire, sont au nombre de deux entre les groupes d'anses dans les pièces anciennes, de quatre dans les pièces récentes. Composée de trois parties distinctes : celle du milieu est droite ; en haut, une surface fortement bombée unit le plateau au cylindre et se termine à sa rencontre par une arête ; un tronc de cône forme le bas. La seconde série perd l'arête creuse qui sépare les deux premiers éléments et le haut de la caisse prend alors un profil en S qui vient finir nettement sur le tronc de cône terminal. Dans les deux formes les anses sont importantes ; des grenouilles souvent, et parfois des cavaliers sont posés sur le plateau. D'ordinaire ces sujets tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre » (1).

 

 

Leur poids est en général d’une quinzaine de kilos (2).

ils ont donc tous une forme caractéristique, constituée d'un tympan circulaire d’environ 70 cm de diamètre en moyenne, parfois plus et d'un tronc sans fond d’une hauteur variant de 35 à 70 cm, parfois plus, munis de petites anses afin de permettre probablement au tambour d'être suspendu et de résonner en l'air ou d’être transporté pour les plus lourds.

 

 

Celui de Mukdahan présente toutefois un intérêt particulier en dehors de celui de se trouver en Isan  :  c’est en premier lieu parce que nous connaissons les conditions très précises dans lesquelles il a été découvert :

 

Nous sommes en 1938 dans l’enceinte du temple de Wenchaimongkhon  (วัด เวนไชยมงคล)

 

situé sur les rives du Mékong à quelques kilomètres en aval de l’important district de Dontan (ดอนตาล) une trentaine de kilomètres au sud de Mukdahan.

 

 

Le temple est toujours vénéré pour un très ancien chédi ...

 

 

... entouré de quelques non moins anciennes « bai séma » (ใบเสมา), ces pierres sacrées dont nous avons déjà parlé (3).

 

 

Il est l’un des plus anciens de la région, autrefois connu sous le nom de Wat Sibunrueang (วัดศรีบุญเรือง) tout simplement parce qu’il se situait dans le sous-district du même nom. Il aurait été construit entre 1757 et 1774 et aurait abrité de saints moines dont le nom est à ce jour perdu. Il fut restauré en 1775 par le premier  gouverneur de Mukdahan, Phraya Chansiupracha  (พระยาจันทร์ศรีอุปราชา). La ville actuelle s’étendait alors à ses immédiats alentours. En son état actuel, il date de 1970 et est en cours de réfection.

 

 

Nous sommes en octobre, époque des hautes eaux et saison des pluies, le jeudi du 15e mois lunaire de la 11e année du tigre c’est-à-dire le 6 octobre. Trois habitants du village, Lek Paripurana (เหล็ก ปริปุรณะ), Paeng Silasak (แปง ศรืลาศักดิ์) et Lap (ลับ ศรืลาศักดิ์) se rendent sur leur bateau de pêche situé dans l’enceinte du temple sur les rives du fleuve. Face au temple, sur la rive française (laotienne) se trouve un village, Ban Natham (บ้าน นาทาม), sur le territoire duquel a probablement sinon certainement été faite la découverte. La rive est rongée par l’érosion.

 

 

Les trois amis voient alors un objet métallique partiellement sorti du sol et prennent la décision de le déterrer. C’est le tambour de bronze qu’ils mènent à l’abbé du temple Matnimawat (มัชณิมาวาส) au centre du village actuel de Dontan. Celui-ci le mesure, 86 centimètres de diamètre, 90 centimètres de hauteur et 66 dans la partie étroite.

Il est toujours à ce jour le plus grand des tambours de bronze trouvés à ce jour en Thaïlande.

 

 

Il a la forme d’une boite portant sur la partie supérieure une étoile (soleil ou lune ?) à 14 branches par ailleurs ornée de 4 grenouilles tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, celui de la rotation de la terre, pour les thaïs, le « navire des morts » (Ruea Songwinyan - เรือส่งวิญญาณ).

 

 

Il est remarquablement et étrangement similaire à celui trouvé sur l’île de Koh Samui dans le début des années 30, à environ 1.000 kilomètres à vol d’oiseau (aujourd’hui au musée de Chaiya – ไชยา). Les spécialistes le datent d’approximativement 3.000 ans, 5 ou 600 ans avant Bouddha.

 

 

C’est l’âge du bronze. Il est composé d’un mélange de cuivre, d’étain et de plomb. Comme celui de Koh Samui il n’a pas été fondu sur place . Les habitants du pays l’appellent le « tambour d’or » (khlong thong – กลองทอง) mais le nom classique des tambours de bronze est Klong Mahorathuek (กลองมโหระทึก). Le mot khlong est thaï. Le suffixe Mahorathuek ne l’est pas mais il ne nous a pas été possible d’en déterminer l’origine, il n’est en tous cas ni sanscrit, ni pali, ni viet.

 

 

La seconde raison de nous y intéresser est qu’il n’est pas dans un musée. Il est – probablement le seul, de Thaïlande tout au moins – dans l’enceinte d’un temple présenté à la vénération des fidèles, une destination qui nous paraît mieux adaptée à l’exposition d’un objet par définition sacré quelle qu’elle ait pu être son utilisation originaire (querelles d’experts) il y a trois mille ans (autres querelles d’experts). Initialement placé au temple Wenchaimongkhon dans « la tour de la cloche » (Ho Rakang  - หอระฆัง) (4) probablement trop vulnérable (5), qui n'existe plus aujourd'hui.

 

 

... il fut en 2006 transféré au temple Matnimawat appelé encore « temple du milieu » (Wat klang – วัดกลาง) au centre de Dontan dans une chapelle dument grillagée.

 

 

D’autres rares tambours de bronze ont été exhumés en Isan, présentement dans les musées de Bangkok : l’un d’entre eux dans un petit sous district de la forêt de Phupan, Ban Kho, du district de Khamcha-I (.บ้านค้อ .คำชะอี) à 34 kilomètres dans la province de Mukdahan aussi,

 

 

un autre dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) sur lequel nous n’avons aucune précision, peut-être au musée de Khonkaen,

 

 

... un autre encore en triste état venant de Pakthongchai (ปักธงชัย) au sud de Khorat et peut être d’autres ailleurs ?

 

 

Mais diverses questions restent sans réponse : Ces tambours se retrouvent partout en Asie du sud-est mais sont inconnus de la première civilisation du bronze connue en Thaïlande, celle de Ban Chiang qui connaissait pourtant la technique de la fonte du bronze par la cire perdue et la métallurgie du fer probablement 1.000 ans avant qu’elle ne le soit au Proche-Orient (6). L'examen révèle une technologie avancée, moulage en « cire perdue » de grandes pièces de faible épaisseur comportant des reliefs variés, jusqu'à la composition de l'alliage ainsi que l'usage des compas pour le traçage des cercles concentriques sur le tympan et le tournage cylindrique des corps creux de grandes dimensions. D’où sont-ils venus puisqu’ils ont été importés ? De très loin probablement.

 

Collection de Mr. Philippe Drillien :

 

 

 

Comment sont-ils venus jusque sur les rives du Mékong, dans un minuscule village du Siam (ou du Laos) ou dans le golfe de Thaïlande sur une île perdue et à quelle date ? Sur tous ces tambours, quel que soit le lieu de leur découverte, nous trouvons la même décoration rayonnante sur le tympan. Comment cela peut-il se produire sur des aires géographiques aussi éloignées ? Enfin et surtout quelle était leur utilisation, religieuse, magique, chamanique ou guerrière ?

 

Doit-on voir dans l’utilisation de tambours métalliques d’argent et d’or lors des cérémonies royales une survivance de rites brahmaniques ou chamaniques venus également des fins fonds de l’âge du bronze ? (7)

 

 

Voilà bien des questions auxquelles nous tenterons avec plus ou moins de succès de répondre dans un prochain article.

 

 

 

SOURCES

 

Nous remercions tout particulièrement Monsieur Philippe Drillien, président de l’Association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos (Philao), pour les renseignements qu’il nous a fournis et sa participation à l’illustration de cet article.

 

 

Les précisions sur l’histoire de la découverte du tambour de Mukdahan proviennent d’un petit fascicule en thaï distribué dans l’enceinte du temple central par ailleurs repris sur divers sites Internet également en thaï.
 

Seul (à notre connaissance tout au moins) le Guide vert Michelin lui consacre quelques lignes.

 

Le « musée des arts primitifs » devenu « Musée Chirac » quai Branly contient un exceptionnel tambour venu de Java daté d’entre le 4e et le 2d siècle avant Jésus-Christ d’une hauteur de 113 cm, le diamètre du plateau est de 148 cm et le poids de 382 kilogrammes.

 

 

 

(3) Voir notre article A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE » : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html)

 

(4) Nous avons déjà parlé de ces tours présents dans la plupart des temples, le premier étage contient le tambour émettant le son grave thoum et l’étage supérieur les clochettes émettant le son aigu ti : « Ti » sonne les heures de la prière du matin et « Thoum » celle de la soirée. Voir notre article A 214.3 – « L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS » : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-3-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-iii-les-autres-batiments.html

 

(5) Ceci s’explique de toute évidence par les prix considérables atteints par ces tambours dans les ventes aux enchères sur des pièces qui ne datent le plus souvent pas de l’âge du bronze mais des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.

 

3.200 euros 2017  (source Mr. Philiipe Drillien) :

 

 

 

1.800 euros 2017  (source Mr. Philiipe Drillien) :

 

 

(6) Voir notre article 9 « La Civilisation est-elle née en Isan ? » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

 

(7) Dans « SIAMESE STATE CEREMONIES THEIR HISTORY AND FUNCTION » (1931) Quaritch Wales fait état de tambours d’or et d’argent au cours des diverses cérémonies, funérailles, tonsure et couronnement en particulier, en les distinguant des tambours de guerre.

Heger (note 2) nous dit (volume I page 84) : « Les « Mahoratuk » sont de différentes tailles, certaines très grandes et d'autres plutôt petites. Ils sont habituellement ornés d'une, deux ou trois figures en relief audacieux de grenouilles. L'instrument est très prisé dans la plupart des races de la péninsule indochinoise pour une utilisation cérémonielle en particulier chez les Karens, les Ka et d'autres tribus montagnardes habitant le pays au nord du Siam. Dans la capitale du Siam, selon l'ancienne coutume, le « Mahoratuk » est considéré comme l'un des instruments royaux, il est joué, accompagné d'une fanfare de trompettes, pour annoncer l'apparition de Sa Majesté au public, et il est frappé avant l’arrivée du roi lors de sa participation aux grandes processions d'état. Il est également utilisé lors des cérémonies religieuses dans les grands temples. Certains instruments sont d'un grand âge bien qu'ils soient encore fabriqués par les Karens rouges. Ceux que l'on voit à Bangkok sont, pour la plupart, la propriété du roi ».

 

 

Partager cet article

Repost0
27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 22:10

 

Nous avons consacré – déjà - une douzaine d’articles aux ethnies de notre pays d’adoption, rectifiant nos erreurs ou complétant nos renseignements au fil des mois et des années. Nous vous en donnons en tant que de besoin la liste détaillée en fin d’article. Beaucoup d’études les concernant se focalisent sur les groupes les plus importants ou les plus atypiques, les Thaïs-isan qui sont probablement plus de 15 millions dans les 20 provinces de notre région ou les Phutaï dont la présence est toujours vivante. Certains sont probablement en voie de disparition… : disparition pure et simple comme c’est probablement le cas pour les Négritos, quelques centaines encore mais où et pour combien de temps ?

 

 

Disparition par sédentarisation et les effets néfastes du tourisme de masse auquel les groupes de l’Isan ont à ce jour la chance d’avoir échappé et comme pour les « peuples de la mer »…

 

 

Disparition par osmose tout simplement comme c’est le cas pour toutes ces ethnies vivant au milieu de l’écrasante majorité des Lao-Isan, leurs cousins proches par les origines au sein duquel ils s’intègrent progressivement. Certains groupes « mineurs » sont souvent oubliés même si quelques études les sauvent, comme celle citée à de nombreuses reprises du Major Erik Seidenfaden, ce gendarme danois au service du Siam qui nous a livré de nombreuses études ethnographiques, anthropologiques, archéologiques et historiques.

 

 

Ce sont par ailleurs de nombreuses et récentes études purement linguistiques qui nous ont mis sur la trace de ces ethnies dont certaines ne méritent peut-être que le nom de « tribus », de leur histoire et de leurs coutumes même si la linguistique est une discipline à laquelle nous sommes totalement étrangers. Tel est le cas de la tribu des Kalœng (กะเลิง). Pour eux, les Thaïs emploient le terme de « tribu » (ชนเผ่ากะเลิง - Chonphao Kaloeng) et non celui de « groupe ethnique » (ชาติพันธุ์ – Chatiphan).

 

 

Oú SONT-ILS ? COMBIEN SONT-ILS ?

 

La carte ethnolinguistique de la Thaïlande, source précieuse à laquelle nous avons souvent puisé ne nous a pas été toutefois d’un grand secours, évaluant leur nombre à environ 70.000 et signalant leur présence dans les provinces de Sakonnakhon (près de 40.000), Nakhonphanom (20.000), Mukdahan (quelques milliers) et Bungkhan (quelques milliers).

 

 

C’est une fois encore la linguistique qui nous a conduits en premier lieu à la découverte de cette ethnie. Manifestement inconnue des premiers explorateurs français du Laos et du Laos siamois, le premier à en avoir signé l’existence semble avoir été le prince Damrong lors de son périple dans les provinces siamoises en 1907. Il les a en tous cas distingués de leurs frères de race. Le compte rendu de ses pérégrinations a été publié en 1923 et n’a malheureusement pas été traduit (1). Il les a rencontrés « en grand nombre » dans la province de Sakonnakhon.

 

Le voyage du prince Damrong en Isan en 1907 : peinture murale de la chapelle d'ordination du temple de  Phra sri maha po  (วัดพระศรีมหาโพธิ์) près de Mukdahan :

 

 

Leur patrie d’origine se serait située à Muang Katak sans qu’ils sachent où se situait cette ville mais dans la province de Lan Chang  (จังหวัดลานช้าง) alors tributaire du royaume de Luang Prabang et ce depuis de « nombreuses générations ».

 

 

En 1985, Madame Ariluck Tisaphong (อรีลักซณ์  ทิสาพงศ์), une spécialiste thaïe de la linguistique, originaire d’Udonthani, nous a dotés d’une monumentale thèse (en anglais) dans le cadre de l’université Mahidol (2). Cette thèse est le fruit de quatre années de travail sur place et de minutieuses enquêtes auprès des populations les plus âgées d’un village appelé Bandongmafai (บ้านดงมาไฟ).

 

 

Vous aurez quelques peines à le trouver sur la carte Michelin ; il est situé à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Sakonnakhon. Il dépend du tambon de Dongmafai (ตำบล ดงมาไฟ - เมืองสกลนคร) qui à ce jour comprend 11 villages et moins de 10.000 habitants pour un peu moins de 2.200 habitations. Lors des recherches de notre érudite, le village comportait 294 familles, 1.380 habitants, 660 hommes et 720 femmes. Neuf villages environnants désignés par Madame Ariluck Tisaphong semblent également regrouper des communautés kalœng, ainsi nous pouvons citer Ban Nai-a,  Ban Namon,  Ban Phonngam (บ้านนายอ  บ้านนามน  บ้านโพนงาม) et Ban Bua dans le district de Kut Bak (บ้านบัว อำเภอกุดบาก).

 

 

Dans la province de Nakonphanom, ils sont essentiellement regroupés dans plusieurs districts (tambon) : Kurukhu (ตำบลกุรุคุ)  avec 13 villages dont 7 de Kalœng  - Khathao (ตำบลขามเฒ่า) avec une quarantaine de villages dont  3 Kalœng  - Nasaï (ตำบลนาทราย) avec 6 villages probablement tous Kalœng.

Dans celle de Mukdahan, nous allons les rencontrer dans le district de Na Sa Meng (ตำบลนาสะเม็ง) moins de 5.000 habitants et une dizaine de villages, dans l’amphoe de Dontan (อำเภอดอนตาล), bien connu du tourisme érudit pour son très ancien tambour de bronze (klong mahorathuek – กลอง มโฆระทืก),

 

 

 

 

... dans quelques villages, au sein de l’amphoe de Khamcha-i (อำเภอคำชะอี), dans le district de Ban Songbang (ตำบลบ้านซ่งบาง) et dans le district de Laosangtho (ตำบลเหล่าสร้างถ่อ).

 

 

 

Il y aurait, sans que nous ayons pu les situer, un village Kalœng dans l’amphoe de Kuchinarai (กุฉินารายณ์) dans la province de Kalasin probablement très étroitement imbriqué avec les communautés Phutaï qui y sont nombreuses. Nous n’avons pas pu situer les zones kalœng marginales dans la province de Bungkan, mais nous pouvons facilement les dénombrer.

 

Nous disposons d’une étude plus récente de novembre 2008, (ce ne sont plus des linguistes cette fois), qui provient de deux universitaires japonais de l’Université de Shiga (The University of Shiga Prefecture) sur un sujet plus ponctuel mais tout aussi érudit, celui de leur habitat (3). D’après ses auteurs, ce sous-groupe de l’ethnie Tai-Kadai ne comporterait plus que 8.000 personnes. Nous sommes donc loin du chiffre de 70.000 que nous donne l’étude de l’Université Mahidol datée de 2004 (4).

 

 

Oú se situe la réalité ?

 

Nous avons peut être un embryon de réponse, au moins sur le terrain du langage. Une étude linguistique (en thaï) récente – 2010 – porte sur les dialectes tai de la province de Sakonnakhon, étude comparative portant sur le langage des ethnies rencontrées, leurs dialectes (Phasa Thin - ภาษาถิ่น) : celui des Yo que nous avons rencontrés (ภาษาญ้อ), celui des Phutai que nous connaissons déjà (ภาษาผู้ไท), celui des Yoy que nous ne connaissons pas encore (ภาษาโย้ย), celui des Kalœng (ภาษากะเลิง), le So (ภาษาโส้) et, bien sûr, celui que nous entendons au quotidien, le Lao-Isan (ภาษาลาว อีสาน) (5). Dans une province de 1.200.000 habitants, en dehors du thaï central, l’auteur inventorie 6 dialectes...dont toutefois les locuteurs ont peu ou prou le même vocabulaire. Que pouvons-nous en déduire ? Cousin-cousine ils sont par leurs origines ethniques (pour ne pas dire raciales ce qui serait politiquement incorrect), cousins-cousines. Ils le sont par leurs dialectes (pour ne pas dire patois ce qui serait tout aussi politiquement incorrect), la différence ne peut se faire qu’à une oreille exercée ce que ne sont pas les nôtres – différences subtiles de tonalités et d’accent tonique, comment la ventilation peut-elle sérieusement s’effectuer ? Ils se comprennent sans difficultés entre eux mais ils se reconnaissent. Cette distinction qui n’a apparemment pas échappé à nos universitaires nippons, peut échapper à un universitaire de Bangkok qui, du haut de sa suffisance, ne verra qu’un patois utilisé par des « bannok » (บ้านนอก en gros des bouseux).

 

 

Raisonnons par analogie, pourquoi pas ?

La langue provençale a fait l’objet d’une remarquable synthèse de Frédéric Mistral dans son « Trésor du Félibrige » (Lou Tresor dóu Felibrige) dans les années 1880 embrassant les divers dialectes de la langue d'oc moderne. Ce dictionnaire mentionne pour chaque mot, transcrit selon une norme mistralienne, les différentes variantes de vocabulaire et d’intonation (accent tonique), dialectales, ou sub-dialectale. Entre le gapian (Gap), le gavot (Basses-alpes), le comtadin (Avignon), le nissart (Nice), le bel accent du bon provençal d’Arles ou d’Aix en Provence, celui de Marseille à faire hurler les loups, les variantes sont nombreuses mais tous se comprennent et une oreille tant soit peu exercée reconnaître sans difficultés le Marseillais de l’Avignonnais.

 

 

Et ces nuances échapperont totalement aux esprits distingués de la ville qui donnent le « la » du diapason légal, si tant est qu'il y en ait un et considèrent les patois avec une ironie narquoise. C’est peut-être au bénéfice de ces observations que nous trouvons une explication au moins partielle à cette discordance entre 8.000 (sur place) qui nous semple plus plausible et 70.000  (vu de Bangkok) ! Selon l’étude de deux autres universitaires japonais datée de 1996, ils auraient alors été de « quelques milliers » dans 175 villages (6) et peut-être quelques-uns encore au Laos dans la province de Kammouane (คำม่วน) face à Nakhonphanom. Les sources universitaires que nous avons consultées constatent que leur langage continue à être utilisé dans leurs villages et dans les familles.

 

 

LES ORIGINES

 

Les ouvrages universitaires portent sur des sujets de très haute technicité – la thèse linguistique s’étale sur plus de 300 pages et l’étude des Japonais, si elle est plus brève relève de la technique architecturale – domaines qui nous sont étrangers. Mais leurs intéressantes introductions fourmillent des précisions que nous cherchions. Nous les retrouverons d’ailleurs dans les sites thaïs dont nous vous donnons une liste en fin d’article. Nos universitaires ont les uns et les autres interrogé les « vieux » porteurs d’une tradition orale.

Pour Madame Ariluck Tisaphong, ils seraient originaires du Laos, une première vague d’immigration descendit vers le sud le long  du Mékong après la révolte du roi Anouvong contre les Siamois et la défaite cuisante de ses armées à la suite de laquelle le Roi Rama III ordonna à des troupes sous la direction du général Bondindécha de mettre à sac la ville de Vientiane en 1828.

 

 

Une deuxième vague fut consécutive à la rébellion des Chinois Ho (กบฎจีนฮ่อ) dans le nord-ouest en particulier entre 1884 et 1886 sous le règne du Roi Rama V dans la région de Chiangkham (เชียงคำ) et Chiangkhwang (เชียงขวาง). A cette occasion, la province de Sakonnakhon fut mise à contribution pour lutter contre les rebelles, 25 éléphants de guerre, 300 seaux de riz et 1.000 hommes de troupe.

 

 

Les vieillards interrogés entre 1981 et 1984 pouvaient parfaitement se souvenir du règne de Rama V -  il mourut en 1910 – et avoir recueilli la tradition orale de leurs parents qui avaient participé à l’exode. Ils se seraient alors établis sur la rive droite du Mékong à Nakonphanom et à Sakonnakhon. Une vieille dame de 66 ans indiqua à Madame Ariluck Tisaphong qu’ils avaient été chassés autant par la peur que par la pauvreté. Un autre vieillard raconta que son père avait combattu à Chiangkham.

Pour nos universitaires nippons, il fait chercher leur origine dans la cité légendaire de Muang Thaeng, région fertile peuplée d’ethnies taï, que les érudits situent au moderne Dien-Bien-Phu au Vietnam. Des conflits tribaux les contraignirent à immigrer au XVIIe siècle vers le sud du Laos, notamment vers Savannaket. De là, ils traversèrent le Mékong pour se trouver dans les actuelles provinces de Nakonphanom, Mukdahan et Sakonnakhon. Comme toujours, nous nageons dans l’incertitude !

LEURS MŒURS

 

Nous devons essentiellement cette description au travail de Madame Ariluck Tisaphong. D’après eux, leur nom de Kalœng proviendrait de ce que – de petite taille - ils ont la peau sombre ? Ils portent des vêtements sombres, tissent le coton et le colore en noir ou en bleu à l’indigo.

 

 

Les boutons des vêtements féminins sont faits de pièces d’argent. Ils portent aussi des anneaux d’oreille et des bracelets d’argent aux poignets et aux chevilles ainsi que ces ceintures en argent. Ils perforent les pièces en argent pour en faire des colliers. Les chemises des hommes ferment par de simples boutons. Leurs pantalons s’arrêtent au genou. Les vêtements de soie sont réservés aux jours de cérémonies. Ils font de la poudre pour le visage avec des racines de taro. Ils utilisent également des racines pour se colorer les lèvres en rouge. Hommes et femme mâchent le bétel.

 

 

Ils vivent de la culture du riz, du coton, de la canne à sucre et de la pèche. Ils pêchent au moyen de filets et de nasses en bambou. Ils le font uniquement pour satisfaire aux besoins de la famille, jamais pour la vente. Ils se nourrissent de riz gluant, de poisson séché, de crabes de rizières et de crevettes d’eau douce, de pousses de bambou et des fruits de la forêt. Ils sont pauvres – en l’an 2000 le revenu annuel par ménage était de 3.900 baths -  mais sont propriétaires de leur habitation et de leur champs de riz.

 

 

 

En 1981 encore, ils n’avaient que l’eau du ciel dans leurs citernes

 

 

 

... et l’électricité commençait tout juste à être installée à Ban Dongmafai

 

 

 

mais il est permis de penser que les choses ont bien évolué depuis trente-cinq ans ! Aujourd’hui, les villages les plus reculés de l’Isan bénéficient de l’eau courante (nam prapa – นำ้ประปา).

 

 

 

L’homme est chef de famille. Une fois marié, il quitte la maison pour construire sa propre habitation à côté de celle de ses parents. En attendant, ils résident soit chez les parents du mari soit chez celui de l’épouse sans règle bien précise. Leurs femmes sont timides mais ardentes à la tâche.

 

 

 

Ils sont pacifiques, courtois, amicaux et satisfaits de leur modeste sort. Incapables de voler, ils empruntent en cas de besoin mais s’empressent de rembourser effrayés de faire le mal. Ils font le bien pour avoir une vie heureuse. Ils croient aux esprits, les phi, auxquels ils font des offrandes pour les apaiser. Il en est de nombreux. Il y a l’esprit de village, ancêtre et protecteur de la communauté. Hommage lui est rendu par l’offrande d’un poulet, de menue monnaie ou d’alcool à l’occasion d’un mariage. Il y a aussi l’esprit de la forêt auquel curieusement ils adressent des prières en langage So ou en Khmer. Ils connaissent également l’esprit des eaux qui vit dans le grand lac de Nonghan près de Sakon (หนองหาน).

 

 

Il est encore l’esprit de la forêt que nous trouvons non loin du village central dans la forêt de Phuphan (ภูพาน).

 

 

Bouddhistes aussi, chaque village a son temple, ils participent aux fêtes bouddhistes que nous connaissons tous. Ils partagent les jours entre les fastes et les néfastes. Ils présentent de grandes analogies avec les Phutaï avec lesquels ils se mêlent volontiers. Quelques anciens connaissaient encore leur histoire et de leurs lentes migrations. Ils parlaient avec l’accent kalœng que les jeunes étaient toutefois dans les années 80 en passe de perdre.

 

 

En 1984, dans le village étudié par Madame Ariluck Tisaphong, 77 d’entre eux suivaient des études entre le prathom 3 (ประถม) et le prathom 5 qui correspondent au secondaire chez nous.

 

 

Nous retrouvons les mêmes constatations dans une autre monographie universitaire en thaï consacrée à un village kaloeng en 1994 (7).

Les constatations des universitaires japonais, dans quelques villages du district de Dontan sont similaires et ce qu’ils nous disent de leurs habitations ne diffère en rien de celles des Phutai ou des Taiyo.

Tout cela en définitive nous semble fort proche des autres groupes de l’Isan que nous avons déjà décrits, Phutaï, Saek, Yo, So… d’autant que les mariages entre personnes de ces groupes ethniques sont fréquents.

 

 

 

 

SOURCES

 

Ces sites sont tous en thaï. Le dernier donne une abondante bibliographie d’ouvrages universitaires également tous en thaï.

http://www.isangate.com/isan/paothai_kalearng.html

http://province.m-culture.go.th/sakonnakhon/thaikaleang.html

https://www.baanjomyut.com/library/2552/indigenous_nakhonphanom/03.html

http://mukdahanlive.com/?p=131

http://nakhonphanom.cdd.go.th/services/ไทกะเลิง-จังหวัดนครพนม

http://www.sac.or.th/databases/ethnic-groups/ethnicGroups/47

 

 

NOTES

 

 

(1) ดำรงราชานุภาพ - เทียวที่ ตาง ๆภาค ทิ่ 4 : Damrong Rachanuphap : Thiao thi  tangtang phak  thi  4 -  (Voyage dans toutes les provinces, volume 4) publié à Bangkok en 1923.

 

 

 

(2) « A phonological description of the kaloeng language at Ban Dong Ma Fai – Sakon nakhon » (ระบบเสียงภาษา กะเลิง ที่ บ้านดงมาไฟ).

 

(3) « Consideration on spatial formation and transformation of Kaloeng house in Mukdahan province – Thailand ». Le sujet de cette étude déborde bien évidemment la cadre de notre bien modeste blog : « … clarifier la formation et la transformation des maisons de Kaloeng dans la province du nord-est de la Thaïlande. Les Kaloeng sont un sous-groupe des tribus ethniques Tai qui habitent quelques villages dans les provinces de Mukdahan et Sakonnakorn. Cet article étudie les maisons Kaloeng dans la province de Mukdahan, discute la typologie des maisons et révèle le processus de transformation par l'analyse de la relation entre les types de maisons. Basé sur l'analyse du processus de transformation, cet article vise à révéler les principes de base de la formation spatiale d'une maison ». Ouf !

(4) « Ethnolinguistic maps of Thailand », 2004.

(5) มุจลินทร์ ลักษณะวงษ์ : « การศึกษาเปรียบเทียบคำ ศัพท์ภาษาไทถิ่นในจังหวัดสกลนคร » (Mudjalin Luksanawong : Une étude lexicale comparative des dialectes tai dans la province de Sakon Nakhon). L’auteur est doctorant en langue thaïe à la faculté des sciences humaines et sociales de l’Université de Mahasarakham.

(6) Premsrirat Suwilai et  Pisitpanporn, Naraset « Language and Ethnicity on the Korat Plateau », publication de l’Université de Kyoto de novembre 1996.

(7) บุญช่วย เทอำรุง : « วัฒนธรรมชาวบ้านกุรุคุ อำเภอเมืองนครพนม จังหวัดนครพนม » (Boonchuay Thaumroong : « La culture des villageois à Kurukhu - Amphoe Muang Nakhon Phanom,  province  de NakhonPhanom »). L’auteur est enseignant à l’Université de Mahasarakham.

 

 

NOS ARTICLES SUR LES ETHNIES

 

18. Notre Isan : Langues et dialectes en Isan

http://www.alainbernardenthailande.com/article-18-langues-et-dialectes-en-isan-76545278.html

A.56 Isan : Le Crépuscule Des Ethnies ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-56-isan-le-crepuscule-des-ethnies-99202030.html

A145. Les "Minorités Ethniques" Du Nord-Ouest De La Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a145-les-minorites-ethniques-du-nord-ouest-de-la-thailande-123213089.html

A147. Les "Minorités Ethniques" Du Nord-Ouest De La Thaïlande. 2

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a147-les-minorites-etniques-ou-les-populations-montagnardes-du-nord-ouest-de-la-thailande-2-123281023.html

INSOLITE 9 - LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-9-les-negritos-de-thailande-derniers-representants-des-hommes-du-paleolithique.html

INSOLITE 10. LA MYSTÉRIEUSE TRIBU DES MALABRI, LES « HOMMES NUS » DU NORD-OUEST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-10.la-mysterieuse-tribu-des-malabri-les-hommes-nus-du-nord-ouest.html

INSOLITE 11 - LES « PEUPLES DES MONTAGNES » DE LA RÉGION DE KHORAT, DERNIERS REPRÉSENTANTS DU DVARAVATI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-11-les-peuples-des-montagnes-de-la-region-de-khorat-derniers-representants-du-dvaravati.html

INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-12-la-langue-des-saek-de-nakhon-phanom-un-vestige-de-la-protohistoire.html

INSOLITE 13 - L’ETHNIE SO DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-13-l-ethnie-so-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

INSOLITE 16 - LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-16-les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/02/insolite-17.les-peuples-de-la-mer-de-la-c-te-ouest-de-la-thailande-mythes-et-realites.html

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/insolite-20-les-phutai-une-ethnie-descendue-du-ciel.html

INSOLITE 21- LES THAI YO, UNE ETHNIE DE COUPEURS DE TÊTES (?)

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/8d797dc7fff3d6e6690300f5ba46460473f720d7

 

 

 

Partager cet article

Repost0
21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 22:01

 

Nous avons consacré de nombreux articles à ces ethnies ou minorités tribales, nombreuses en Isan. L’une des plus nombreuses, les Phutaï à laquelle nous avons consacré un article (1)  – probablement un demi-million de membres dans le nord-est voisine dans cette étonnante mosaïque avec une autre ethnie, les Yo à peine moins nombreux sur exactement la même aire géographique. Alors que pour leurs voisins, les sources sont nombreuses, les Yo semblent avoir intéressé plus volontiers les linguistes que les ethnologues. Nous donnons nos sources en fin d’article.

 

Carte d'implantation des Thai Yo (source : Ethnolinguistic maps of Thailand)

 

 

Carte d'implantation des Phutai (source : Ethnolinguistic maps of Thailand) :

 

 

Ils sont appelés  ไทญ้อ ou encore ไทย้อ -ไทญ่อ, une orthographe variable mais une même prononciation et une même transcription « YO ». La transcription « nyaw » que l’on retrouve sur certains sites anglophones est spécifiquement lao et non thaïe. Nous avons aussi trouvé la transcription « nyo » ou « nio ».

 

 

LA LOCALISATION (2)

 

Nous les trouvons sur les deux rives du Mékong, les provinces de Khammuan (คำม่วน) et Bolikhamsai (บอลิคำไซ) situées sur la rive gauche face à Nakhonphanom et côté thaï dans les provinces de Sakonnakhon (160.000), Nakhonphanom (près de 60.000), Mukdahan (quelques milliers), Yasothon (une centaine), Bungkan (environ 25.000), Kalasin (environ 20.000), Sakaeo, Nongbualamphu (environ 1.500), Amnatcharoen (une centaine) et Udonthani (environ 20.000). Ils seraient moins de 400.000 mais comme nous le verrons beaucoup moins de locuteurs. D’autres sources donnent une population native tantôt de 50.000 tantôt de 60.000, tantôt de 76.000 tantôt de 80.000 sur les deux rives du Mékong mais en tous cas les trois quarts en Thaïlande ? Cette localisation est – mutatis mutandis – confirmée par les sites thaïs que nous avons consultés.

La distinction qui est effectuée essentiellement sur des critères linguistiques est loin d’être évidente. Leur langue est proche de celle d’autres ethnies imbriquées dans une mosaïque linguistique, Phutai ou Saek en particulier et rien physiquement ne les différencie de leurs « cousins » Isan-lao … comme pourrait l’être un Suédois à Zanzibar.

Si à l’intérieur d’une province, ils se situent en général dans des districts et des villages bien précis, nous y rencontrons également d’autres ethnies. Dans la province de Kalasin par exemple -qui est la nôtre- la mosaïque est la même que dans tout l’Isan, et nous les rencontrons aux côtés de Phutaï, de So, de Kaloeng et de Thaïs du centre bien sûr, mais dans quatre districts seulement, celui de Huaymek, celui de Yangtalat, celui de Thakantho et celui de Naku, la province comprenant 18 districts.

 

Implantation dans la province de Kalasin (en jaune) - (source : Ethnolinguistic maps of Thailand)

 

 

Cette caractéristique est toutefois moins marquée dans la province de Sakonnakhon où ils sont aussi nombreux que les Phutaï. Ils font à eux deux le tiers de la population et nous les trouvons dans pratiquement tous les districts (15 sur 18).

 

Implantation dans la province de Sakonnakhon (en jaune) - (source : Ethnolinguistic maps of Thailand)

 

 

Dans la province de Nakonphanom, la seconde en peuplement, nous trouvons leurs villages dans 9 districts sur 12. Moins nombreux que les Phutaï, mais les deux groupes représentent également le tiers de la population.

 

Implantation dans la province de  Nakhonphanom (en jaune) - (source : Ethnolinguistic maps of Thailand)

 

 

LES ORIGINES ?

 

Elles restent incertaines et nous sommes dans le domaine des hypothèses ou des légendes. Nous en avons trouvé plusieurs plus ou moins similaires mais quelque peu contradictoires. Ils seraient originaires de la partie la plus septentrionale du Laos et du Tonkin et viendraient d'immigrés durant les migrations taï. Une légende voudrait qu’ils descendent  de la garde  personnelle d’ « un vieux roi du Laos  et de sa famille »  qui aurait émigré après avoir été chassé de son trône et forcé de se réfugier dans les régions voisines. Noble origine comme il se doit !

La Chine, plus précisément le Yunnan, est-elle leur patrie originelle, ayant progressivement migré vers le sud en raison de la pression exercée par les Chinois et soumettant en voyageant de de nombreux peuples tout au long du chemin ? Au dixième siècle, ils auraient déjà été installés en Thaïlande ? Cette hypothèse est moins incertaine.  

 

 

Leur implantation initiale après leur migration se serait située sur la rive gauche dans le muang lao de Chaiburi (ไชยบุรี) dans le district de Bolikhamsai

 

 

... et ensuite se seraient  réfugiés sur la rive droite d’abord dans le district de Tha Uthen (ท่าอุเทน) dans la province de Nakonphanom et ce sous le troisième règne qui a duré, rappelons-le, de 1824 à 1851.

 

 

C’est le règne d’Anouvong au Laos. Ils viendraient de la région de Hongsa (หงสา) au nord-ouest du Laos non loin de la frontière chinoise

 

 

... et de l’ancienne province de Lan Chang (จังหวัดล้านช้าง) anciennement tributaire du royaume de Luang-Prabang présentement lao et qui ne fut siamoise que de 1940 à 1946.

La première migration le long du Mékong daterait de 1808 sous le premier règne. Une première vague aurait descendu le Mékong et trouvé à Chaiburi un lieu où la terre était riche et les eaux fécondes. Après le sac de Vientiane par le général Bondindécha (บดินทรเดชา) en 1828, beaucoup quittèrent les muang du Laos ou ils vivaient – muang khamket  et muang Khammuan (เมืองคำเกิด - เมืองคำม่วน) pour traverser le Mékong et se réfugier sur la rive droite.

 

 

Les linguistes ont une autre version, apparemment plus vraisemblable au vu d’arguments purement linguistiques assez convaincants qui les font venir de la province de Nghé An sur la  côte centrale du nord du Viêt Nam sans plus de précisions sur une origine antérieure et sur une migration vers le sud le long du Mékong. Nous en dirons quelques mots en parlant de leur langage.

 

 

 

LEUR ASPECT PHYSIQUE

 

Bien que rien ne semble les distinguer de leurs voisins, un site Internet cite « un explorateur français » qui, le 23 janvier 2425 (1882), les aurait rencontré, probablement sur la rive gauche et nous apprend que leurs femmes sont les plus belles du Laos, portent des bracelets en argent et des jupes à carreaux de couleur rouge.

 

 

Les hommes ont une courte barbe et portent chemise en  soie ou en coton. Le site ne donne malheureusement ni le nom de cet explorateur ni l’ouvrage d’où est puisé cette citation ! De nos jours, les habits traditionnels que l’on ne voit plus guère que pour les fêtes sont pour les hommes une chemise verte, un sarong bleu foncé, une ceinture de soie rouge et des bracelets en argent et pour les femmes, une chemise rose ou rouge à parements noirs ou bleu foncé, une robe en soie bleue  et des colliers et bracelets en argent.

 

 

LEURS COUTUMES

 

Leurs activités

 

Leur économie est principalement agricole, riz, bananes, canne à sucre, ananas, tabac et cultures saisonnières ainsi que l'élevage. Pécheurs aussi, ils s’établissent volontiers près des cours d’eau, le Mékong bien sûr et deux affluents, la rivière Songkram et la rivière Chi (แม่น้ำสงคราม แม่น้ำชี). Ils sont en tous cas essentiellement agriculteurs et pour certains, orfèvres travaillant l’argent et l’or ce qui laisse à penser que certains pratiquent l’orpaillage dans les affluents du Mékong ?

 

 

Vie de famille

 

Les familles sont essentiellement monoparentales et vivent séparément tout en restant solidaires notamment en cas de maladie ou en festoyant ensemble. L’influence du père y est prépondérante. L’endogamie est la règle. Les héritages sont essentiellement transmis aux enfants mâles. Les femmes s’occupent de la maison et des enfants. Très structurée, leur société classe strictement les individus en fonctions de leur âge, de leur profession, de leur richesse.

 

 

Habitat

 

Ils installent de préférence leur habitat près d’une rivière. Le village prend alors un nom précédé de « tha » (ท่า) qui est un port. Nous pouvons citer Tha Uthen (ท่าอุเทน) sur les rives du Mékong dont nous avons parlé, lieu de leur implantation d’origine en Thaïlande, Tha Khonyang (ท่าขอนยาง) qui dépend de la province de Mahasarakham mais tout proche de Yangtalat oú l’implantation Yo est nombreuse, Tha Khantho (ท่าคันโท)  dans la province de Kalasin, Tha Lat  (ท่าลาด) près de Renu Nakhon (เรณูนคร) où ils sont aussi nombreux que les Phutaï de la province de Nakhon Phanom. Il y a plusieurs dizaines de « Tha » en Isan, nous ne les avons pas tous « expertisés » (3).

Leurs maisons ne différent pas de celles des Phutaï, un avant-toit adjacent à la cuisine et le grenier à riz sur pilotis derrière la maison. La toiture est en général de paille de vétiver (หญ้าแฝก) et aussi de tuiles ou de tôle ondulée ! Les murs sont en bambou ou en bois. Si plusieurs maisons se regroupent, cela devient un village appelé par eux « khoum » (คุ่ม le mot est intraduisible en thaï standard) et dès que possible y sera construit un temple qui va devenir le centre social de la communauté.

 

 

Croyances

 

Comme tous les Isan, ils pratiquent le bouddhisme Theravada agrémenté d’incontestables traces d’animisme. Les Phi sont évidemment omniprésents ! Leurs villages sont encore placés sous la protection d’un « esprit tutélaire » connu sous le nom de Phu Chao (ผู้เจ้า) que l’on pourrait traduire par « seigneur et maître ». Jusqu’à une date indéterminée, ils auraient conservé la coutume de récupérer les têtes des membres des tribus rivales comme un trophée et en conserver les crânes coupés comme des charmes pour une utilisation dans la magie noire. Ces pratiques, pour autant qu’elles aient existé,  ont heureusement disparu ! Il est d’ailleurs difficile de savoir d’où vient cette légende puisqu’un site Internet qui leur est consacré les caractérise par « l'honnêteté, l'amour, la paix et l'harmonie ». Voilà qui fait mentir le titre un peu provocateur donné à cet article !

 

 

LE LANGAGE

 

Il est un peu sommairement assimilé, sur de nombreux sites Internet, à celui des Phutaï, des Saek ou du Lao-Isan même s’il en est proche. Nous avons évoqué – en nous gardant n’étant linguistes ni l’un ni l’autre de doctes considérations celui des Puhtaï toujours bien vivant chez peut-être plus d’un demi-million de personnes sur les deux rives du Mékong (4). En ce qui concerne le langage Saek auquel nous avions également consacré un article (5), nous l’avions peut être enterré un peu rapidement puisque le professeur Jacques Pacquement (voir note 4) nous fit remarquer dans un commentaire à notre article que cette langue « justement est encore parlée ailleurs, par exemple dans de nombreuses localités du Laos et dans quelques villages de deux autres amphoe de Nakhon Phanom. S'il est exact qu'à Ban Atsamat, seuls quelques locuteurs de plus de 70 parlent encore le saek décrit par Gedney, en revanche dans certains villages au Laos et même dans le village de Ban Bawa Saek (amphoe Na Wa, Nakhon Phanom) la langue continue d'être parlée par toutes les générations, avec les traits mentionnés par le même Gedney… ». Nous l’en avons remercié et faisons ici amende honorable.

Mais d’évidence, la question se pose de la même façon pour le langage Yo parlé sur les deux rives du grand fleuve : le Laos par le biais de son Front lao d’édification nationale a une politique marquée de reconnaissance des minorités ethniques et de leur langage à l’inverse de la politique d’assimilation de la Thaïlande.

 

 

On ne peut toutefois pas faire de comparaison utile dans la mesure où presque la moitié de la population du Laos est composée de minorités ethniques. En 1894, le roi  Chulalongkorn a demandé à chaque citoyen du royaume de se qualifier de « thaï » lors du recensement et interdit l’utilisation d’une autre désignation ethnique. Lors du recensement de 1904 au demeurant, tout le nord-est a échappé aux investigations officielles (6). La balle est dans le camp des Universitaires.

En ce qui concerne le langage Yo, nous bénéficions d’une étude relativement récente  du professeur James R. Chamberlain de l’Université Chlalongkorn publié dans le Journal de la Siam society en 1991 (7). Le terme « Méne » utilisé dans son article est synonyme de « Niaw », il n’est pas thaï mais vietnamien. Il est étroitement lié au langage Tai Pao du Vietnam, d'où il vient peut-être.

 

L’étude du professeur Chamberlain a commencé au Laos par l’étude de tous les dialectes taï parlés dans la province de Kharnrnouan. Il a par la suite trouvé dans un camp de réfugiés proche de Vientiane des locuteurs du dialecte méne originaires du Vietnam et reconnu des éléments issus de la branche nord de la famille ethnolinguistique Taï, situés beaucoup plus au nord dans les provinces du Guizhou et du Guangxi dans le sud-est de la Chine. Certains de ses interlocuteurs lui ont indiqué avoir leur patrie ancestrale dans la province de Nghe An au Vietnam dont la capitale, Vinh, fut le point de départ de l’une des missions Pavie. Poursuivant ses recherches, notre universitaire trouve des analogies troublantes entre le dialecte nyaw de Tha Uthen et la dialecte mène Tai Pao de cette région du Vietnam. Il navigue alors dans la région de Nakonphanom ou coexistent des villages yo et des villages saek et constate entre les deux dialectes quelque similitudes mais de très nettes distinctions phonologiques. Par contre le Yo parlé dans le district de Tha Uthen est étroitement lié au Mène et au Tai Pao, qu’il démontre à l’aide de nombreux exemples. Il nous est difficile de pas béer d’admiration devant ce linguiste susceptible de maitriser au milieu de tous ces dialectes de subtiles nuances de tonalités et de non moins subtiles nuances dans la longueur de la prononciation des voyelles, les deux paramètres qui sont essentiels dans les langages thaïs (8). En tous cas la linguistique nous apporte quelques éclaircissements sur la possible origine des Yo du nord-est de la Thaïlande et de la rive gauche du Mékong.

 

 

Le langage reste probablement vivant chez les Yo tout au moins dans les villages où ils sont majoritaires, probablement plus au Laos, pouvant parler leur dialecte en dehors du contexte familial, et, pour les enfants en dehors des cours à l’école.

Ceci dit, n’oublions pas que le texte de Chamberlain a présentement plus de 25 ans, que l’étude de l’Université Mahidol Ethnolinguistic maps of Thailand  en a près de 15 et que nous n’avons pas trouvé de sources statistiques plus récentes. Depuis le pays a connu une évolution fulgurante. Il est permis de penser qu’en raison de l’influence des médias, télévision, et Internet accessible dans les villages les plus reculés, ce groupe linguistique s'intègrera de plus en plus dans la langue traditionnelle de l’Isan.  La plupart des membres plus jeunes de ce groupe tribal préfèrent être appelés Thai plutôt que par leur nom de groupe traditionnel. Si les Yo étaient et sont peut-être encore 4 ou 500.000 il y a 15 ans, le nombre de ses locuteurs semble devoir naviguer aux environs de 50.000. Leur langue est-elle en danger ?

Le mouvement pour protéger de l’extinction les langues dites « en voie de disparition » repose sur des métaphores trompeuses et une fausse sentimentalité. Les linguistes ont raison de les étudier mais que les locuteurs continuent à les utiliser ou qu’ils adoptent des langues plus utilisées est une décision dont ils sont seuls responsables. Les individus qui la parlaient cessent simplement de le faire, c’est un abandon de la langue et non sa mort. Les langues menacées ne sont pas des espèces en voie de disparition, elles sont abandonnées.

Les locuteurs constituent-ils un apport à la « diversité culturelle » ? On peut légitimement penser que parents et enfants préfèreraient apprendre la langue nationale du mieux qu’ils peuvent plutôt que d’errer éternellement dans leur langue maternelle. N’oublions pas que les communautés linguistiques peuvent être extrêmement restrictives et étouffantes. Devons-nous rappeler le rejet du breton par les paysannes bretonnes touchées par le travail ingrat de la ferme et cherchant une échappatoire à leur asservissante « identité bretonne ».

 

 

Et leurs frères ou leurs maris de retour en Bretagne après la Première Guerre mondiale furent aussi impatients de se défaire de leur patois breton qui leur ôtait toute perspectives d’avenir dans le monde extérieur. Quel sont celles des membres de ces minorités qui ne parleraient pas le « Thaï standard » appris à l’école ? Peut-on sérieusement parler d’ « apport culturel » pour ces ethnies dont la plupart des membres ne connaissent – malheureusement pour eux – d’autre culture que celle du riz ?

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article « Les Phutaï, une ethnie descendue du ciel » : http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/insolite-20-les-phutai-une-ethnie-descendue-du-ciel.html

 

(2) Au moins bénéficions-nous sur ce point d’une étude universitaire scientifique récente « Ethnolinguistic maps of Thailand » une publication en thaï mise à jour de façon  relativement récente (2004), de l’Université Mahidol assortie de nombreuses cartes. Une précédente édition a fait l’objet d’une analyse de Annick Levy-Ward et Sophie and Pierre Clement  « SOME OBSERVATIONS ON THE MAP OF THE ETHNIC GROUPS SPEAKING THAI LANGUAGES » publiée dans le Journal de la Siam Society, volume 76 de 1988.

 

(3) Le site https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_tambon_in_Thailand qui donne la liste de tous les sous-districts de Thaïlande est précieux d’autant qu’il est bilingue.

 

(4) Voir deux très intéressantes et solides études du grammairien, le professeur Jacques Pacquement, du département des sciences humaines et sociales de l’Université Ratchaphat de Roi-et (Mahawitthayalai Ratchaphat - มหาวิทยาลัยราชภัฏ) : «  Multilinguisme, plurilinguisme et compétence linguistique chez les Phu Thaï du centre du Laos et du nord-est de la Thaïlande : le cas des étudiants phu thaï de l’Université de Savannakhet » in SynergiesPays Riverains du Mékong n°4 - 2012 pp. 129-139 et « About some linguistic variations in Phu tai » in Journal of the Mekong societies (ความหลากหลายทางภาษาศาสตร์ของภาษาผู้ไท) volume 1 de 2011.

 

(5) Voir notre article « INSOLITE 12- LA LANGUE DES SAEK DE NAKHON PHANOM, UN VESTIGE DE LA PROTOHISTOIRE ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-12-la-langue-des-saek-de-nakhon-phanom-un-vestige-de-la-protohistoire.html

 

(6) Voir notre article 195 « LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/195-la-population-du-siam-en-1904-le-premier-recensement-de-1904.html

 

(7) « MENE: A TAl DIALECT ORIGINALLY SPOKEN IN NGHÊ AN (NGHÊ TINH), VIETNAM - Preliminary Linguistic Observations and Historical Implication », numéro 79-2 de 1991, pages 104-123.

 

(8) Notons pour la curiosité que si nous avons quelques difficultés avec les 5 tons de la langue de notre pays d’adoption, il y a beaucoup mieux dans les langues à tons, 7, 8 et jusqu’à 11 pour un dialecte des Hmongs : voir « La langue Hmong », thèse de Barbara Niederer in Amerindia n° 26-27 de 2011-2012…. Difficile de comprendre la différence entre le « murmuré-chuchoté » et le « chuchoté- murmuré » !

 

 

QUELQUES SOURCES

 

 

L’ouvrage de Joachim Schliesinger « ethnic groups of laos volume 3  - Profile of Austro-Thai-Speaking Peoples » (édité en 2003, réédité en 2014) consacre aux « Tai Mene » du Laos deux pages (170-171) qui recoupent peu ou prou ce que nous avons dit sur leurs coutumes. Il estime le nombre de ceux du Laos à environ 30.000 sur la base du recensement de 1995. Le recensement de 2015 est à environ 50.000 (« Result of population and housing census – The 4th Population and Housing census »). Il situe leur implantation essentiellement dans les provinces de Khammuan et Bolikhamsai.

Ninjinda, Nantaporn a consacré en 1989 une thèse (en thaï) sur leur langage : « การศึกษาเรื่องศัพท์ภาษาญ้อในจังหวัดสกลนคร นครพนม และปราจีนบุรี » (Étude du vocabulaire linguistique yo à Sakon Nakhon, Nakhon Phanom et Prachin Buri). Elle est accessible en ligne et difficile d’accès :

http://www.thapra.lib.su.ac.th/thesis/showthesis_th.asp?id=0000000259

L’ouvrage de Michel Ferlus « Les dialectes tai du Nghệ An, Vietnam (Tay Daeng, ay Yo, Tay Muong) » de 2017 donne également une origine vietnamienne depuis la province Vietnamienne de Nghe An, peut-être la même que les Phu taï ?

 

Sources Internet

 

http://khmerling.blogspot.com/2008/02/nya-dialect-collecting-data.html

https://joshuaproject.net/people_groups/16148/TH

http://e3partners.org/blog/the-thai-nyaw-people/

http://www.globalprayerdigest.org/index.php/issue/day/Nyaw-People-of-Laos-and-Thailand/

https://www.revolvy.com/main/index.php?s=Nyaw%20people&item_type=topic

http://enacademic.com/dic.nsf/enwiki/1400761

https://en.wikipedia.org/wiki/Tai_Yo_language

https://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาญ้อ (en thaï)

https://sites.google.com/site/thiyoy/phasa (en thaï)

https://www.baanmaha.com/community/threads/49024-ชนพื้นเมืองดั้งเดิม-จังหวัดนครพนม (en thaï)

 

Partager cet article

Repost0
8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 22:09
A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

La philatélie est souvent une source d’enrichissement historique et culturel. Nos amis Philippe Drillien  et Jean-Michel Strobino – que nous avons rencontré à plusieurs reprises – sont les infatigables animateurs de l’Association Internationale des Collectionneurs de Timbres-poste du Laos dont le revue trimestrielle Philao se donne pour objectifs de « faire parler les timbres ».

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Dans le numéro du Ier trimestre 2017, la philatélie laotienne a conduit Philippe Drillien à la découverte de ce qui reste un mystère partiellement inexpliqué, celui des nâgas du Mékong qui crachent des  boules de feu dans une partie bien déterminée du fleuve et à une époque tout aussi précise, celle de la pleine lune du mois d’octobre. Cette question a donné lieu et donne lieu à toute une littérature souvent délirante et absconse du style « ce que l’on nous cache » ou « les mystères de la nature ». Enfin ! Un article sérieux que nous reproduisons avec son amiable autorisation d’autant plus volontiers qu’il concerne tout autant la partie nord de l’Isan que le Laos, qu’il en soit remercié.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

CULTURE LAO - Les nâgas et les boules de feu

 

C’est le thème d’une série de quatre timbres  émis par les Postes Lao le 29 octobre 2004. Dans le numéro 59 de PHILAO, Dominique Tallet avait commenté succinctement cette émission en se basant sur la notice philatélique des PTT. Notre adhérent Daniel Gilbert vient de me faire parvenir deux documents fournissant des renseignements complémentaires.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Nong Khai :  La tradition millénaire des boules de feu Naga sur le Mékong

 

Ce paragraphe a été rédigé à partir d’un article paru en 2012 dans le journal «  The Nation » de Bangkok

Les boules de feu Naga (บั้งไฟพญานาค - Bangfai Phayanak littéralement les fusées du roi des Nagas) sont très célèbres en Thaïlande et au Laos. Le Mékong est l’endroit où la magie s’opère, et l’une des parties les plus intéressantes de ce phénomène est qu’il semble se produire à un moment donné de l’année… juste au bon moment. Quoi qu’il en soit, les boules de feu ont été observées par beaucoup de gens pendant des années, certains en ont compté parfois plus d’un millier en une seule nuit. Elles sont rougeâtres et varient considérablement en taille. Selon certains observateurs elles peuvent atteindre la taille d’un ballon de basketball même si la plupart d’entre elles sont plus petites. Elles s’élèvent apparemment de la rivière dans le ciel et parcourent une distance de 100 à 200 mètres avant de disparaître. Ce phénomène n’est pas nouveau ; les habitants disent qu’ils l’ont constaté tout au long de leur vie, et les histoires signalant leur présence ont traversé les générations depuis des millénaires. Personne n’a jamais été blessé par les boules de feu ; il n’y a jamais eu non plus de dommages matériels. Les boules de feu arrivent seulement vers la fin du mois d’octobre de chaque année.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Les scientifiques ont admis récemment qu’ils n’ont aucune explication fiable pour les boules de feu Nâga, mais il existe plusieurs théories :

La première rappelle nos farfadets. Les sédiments dans la rivière fermentent avec la décomposition des restes d’animaux et des bulles de déchets remonteraient à la surface. Théoriquement, les bulles portent tellement d’énergie qu’elles sont capables de voyager quelques centaines de mètres dans le ciel. Bien que cette théorie soit séduisante, la plupart des scientifiques s’accordent pour dire qu’il n’y a aucune raison de croire que le Mékong est la seule cause de la production de bulles de gaz avec des choses particulières autour de ce phénomène car toute rivière sur terre produirait le même phénomène. En outre, le problème de ce qui se passe à un moment particulier de l’année invalide également cette théorie.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Il a été suggéré que les boules de feu sont un complot mis en place et que le feu des traceurs de soldats du côté laotien de la rivière sont la véritable cause des boules de feu. Si tel est le cas, alors ils ont fait de grands efforts pour que ça arrive en octobre, pendant des décennies. Il semble tout à fait difficile d’accepter un tel canular, et là aussi le problème est que des coups de feu n’ont jamais accompagné les boules de feu.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Une autre théorie est avancée par la population locale: un énorme serpent dans la rivière, qu’on a appelé Nâga (นาค), incidemment, crache les boules de feu quand il vient à la surface. Remarquablement, la théorie du serpent pourrait être la meilleure explication que nous ayons en ce moment de ce phénomène. C’est pourquoi le serpent Naga, est déifié depuis l’ancienne tradition dans tout le détroit du Mékong. C’est le dieu Nâga La

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Nâga et la tradition divine

 

Ce paragraphe a été rédigé à partir de Wikipédia (daté du 10 juillet 2013).

Le mystère qui entoure l’apparition des boules de feu Naga sur le Mékong a été finalement résolu en partie par des scientifiques « rationalistes ». Selon le Ministère de la Science, il s’agit d’un phénomène naturel causé par le gaz phosphine inflammable (1). Le ministère a lancé une expédition scientifique, dernièrement, pour mesurer et observer la manifestation annuelle dans la province de Nong Khai et celle de Bungkan tout au long du Mékong sur environ 20 kilomètres.

 

 

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Un thermo-scanner a été installé près de la berge dans le sous-district de Rattana Wapi (อำเภอรัตนวาปี) et cinq équipes de spécialistes étaient stationnés à différents points d’observation le long de la rivière, y compris au Temple thaïlandais dans le district de Phon Phisai (โพนพิสัย), où des milliers de curieux s’étaient rassemblés pour assister à l’événement. Les boules de feu Naga apparaissent à la fin du carême bouddhique, ce qui conduit beaucoup de témoins à croire que ce n’est pas le résultat de causes naturelles, mais quelque chose de plus mystique. Mais Saksit a déclaré que le matériel de numérisation avait détecté le mouvement du gaz flottant sur la surface de l’eau avant que les gens puissent capter avec leurs yeux les bulles orange éclatant lors de l’allumage en boules de feu. Leur « timing » dépend de l’accumulation du gaz des marais sur le lit de la rivière, qui souvent atteint un sommet en octobre. Des boules de feu ont été aperçues à plusieurs reprises tout au long de l’année dans le Mékong et ses environs avec une forte concentration de phosphine, a-t-il dit.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

La mythologie du Nâga

 

Le nâga (ou serpent en sanskrit) est un être fabuleux de l’hindouisme, à corps de serpent habituellement représenté avec plusieurs têtes, souvent chimériques et effrayantes : capuchon de cobra, gueule de chien, yeux exorbités et parfois humains.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Dans les légendes de l’Inde et de tout le Sud-Est asiatique, les nâgas sont des habitants du monde souterrain où ils gardent jalousement les trésors de la terre. Ils ont pour ennemi naturel l’aigle géant Garuda (การูดา),

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

mais nâgas et Garuda ne sont en fait que deux incarnations de Vishnou (พระวิษณุ), les deux aspects de la substance divine, en qui ils se réconcilient.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Le nâga le plus célèbre est Ananta (อนันต), sur lequel se repose Vishnou dans l’intervalle entre la fin d’un monde et la création d’un nouveau.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Le nâga comme sa forme féminine (nagi ou nagini นาคิน) est un génie des eaux, représenté comme un serpent à tête humaine. Considérés comme étant de grands poètes, ils gardent les trésors de la terre.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Le nâga est donc gardien et protecteur, médiateur entre ciel et terre, intercesseur entre ce monde et l’au-delà, parfois associé à l’arc-en-ciel (Bouddha descend du ciel sur un escalier qui est un arc-en-ciel, dont les rampes sont deux nâgas). À Angkor (Angkor-Thom, Prah Khan, Banteai Chmar), des chaussées à balustrades en forme de nâga symboliseraient cet arc-en-ciel, avec Indra (อินทร์) à leur extrémité (Dieu de la foudre et de la pluie).

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Dans l’iconographie khmère, le nâga mâle a un nombre impair de têtes, tandis que les femelles en ont un nombre pair. Sur certains linteaux d’Angkor, pouvant symboliser la porte du ciel sont figurés Indra et la Makara (าการา) crachant deux nâgas.

 

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Le Nagaraja  (นาคราช), mot sanscrit formé de nâga (« serpent ») et de raja (roi), désigne le Roi des serpents. Ce terme s’applique à trois déités majeures Ananda Sheshanaga  (อนันตา เชชานาค),  Takshaka (ตากจากา)  et Vasuki (วาสุกรี). Ananda, Vasuki et Takshaka sont frères, fils de Kashyapa (กาชิยาม่าet Kadru (กาตรุญ์), qui sont les parents de tous les serpents.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Dans les contes et légendes cambodgiens, les nâgas peuvent prendre forme humaine, voyager sous terre, nager dans l’eau et voler dans les airs. C’est aussi au nâga qu’on doit la fertilité du sol et la fécondité des femmes.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Le Nâga, le lien entre le monde divin et le monde humain

 

On trouve des légendes à propos du nâga ou serpent dans les mythologies hindoues et bouddhistes. Sa fréquence dans l’art khmer est extraordinaire. Le royaume des nâgas est constitué par les rivières, les lacs et les mers et c’est là que ces créatures royales demeurent dans des palais luxueux, décorés de perles et de pierres précieuses. Le nâga n’est pas seulement le gardien de l’énergie vitale des eaux, mais également celui des coraux, des coquillages et des perles. Il porte un joyau sur la tête. Les formes sinueuses du nâga créent des arches autour des frontons, des balustrades autour des bassins et des chaussées. Ces chaussées sont souvent appelées « ponts de nâgas », mais dans tous ces cas, le corps allongé du nâga symbolise l’arc-en-ciel qui relie le monde divin au monde humain.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

La généalogie légendaire de nombreux souverains khmers est arrivée jusqu’à nous grâce à des panégyriques en sanskrit gravés sur de grandes stèles. Beaucoup de ces souverains se réclament de la descendance de l’union d’un brahmine indien et d’une nagini à moitié serpent, à moitié femme, elle-même descendante d’un roi serpent. Ayant planté sa lance pour marquer sa prise de possession de la terre, il avait d’autre part la maitrise des eaux à travers son ascendance nâga.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Le cycle du monde

 

Dans la mythologie hindoue, le cycle du monde est divisé en quatre kalpa ou âges. Après la création, 14 périodes mènent inéluctablement vers la destruction. Pendant la sixième période de l’âge actuel, les dieux et les démons combattaient pour la domination du monde, quand une trêve fut conclue pour extraire de l’océan l’amrita, l’élixir d’immortalité. Cet épisode est connu sous le nom de « barattage de l’océan de lait », où le mont Mandara est utilisé comme axe. Le corps du nâga Vasuki est enroulé autour du mont Mandara, les dieux et les démons tirent chacun de leur côté pour baratter l’océan de lait et extraire l’élixir

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

À la fin d’un âge, survient la destruction. L’énergie de Vishnou prend d’abord la forme du soleil, et assèche la terre de toute vie. Il prend ensuite la forme du vent, aspire tout l’air met le feu et réduit tout en cendres. Puis, se transformant en nuage, Vishnou déverse sous forme de pluie le lait sucré de l’océan cosmique. Les cendres de la création y sont gardées, et tout est dissous, y compris la lune et les étoiles, dans une immense étendue d’eau. C’est alors l’âge de la nuit, qui dure aussi longtemps qu’a duré le jour. Prenant une forme humaine, Vishnou dort sur le nâga à cinq têtes Ananta (« sans fin ») ou Sesha (« le reste »).  Le nâga apparaît également dans la vie du Bouddha historique. Durant la méditation du Bouddha, s’éleva un orage violent qui fit monter les eaux. Le roi serpent à sept têtes Muchalinda, surgissant d’entre les racines de l’arbre sous lequel Bouddha méditait, s’enroula en sept anneaux et déploya le capuchon de ses sept têtes pour protéger le seigneur Bouddha jusqu’à ce que les flots se retirent. Le Bouddha obtint ainsi la dévotion du nâga et les eaux sur lequel il régnait. Des représentations du Bouddha assis sur le nâga deviennent communes dans l’art khmer à partir du XIe siècle, et surtout à la fin du XIIe siècle, avec l’adoption du bouddhisme par les souverains d’Angkor.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Dans les autres traditions

 

Le nâga représente le cycle du temps, tout comme l’Ouroboros des Grecs. Il serait peut-être à rapprocher de l’Uraeus, ou cobra en colère, qui orne le front de Pharaon, concentrant en lui les propriétés du soleil, vivifiant et fécondant, mais capables aussi de tuer, en desséchant ou brûlant.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

De nombreux mythes évoquent un serpent légendaire, du monde souterrain (la Vouivre, puissant serpent souterrain des celtes ou le dieu serpent-oiseau fréquent en Amérique du sud), qui peut aussi évoquer les interprétations freudiennes du serpent.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

En résumé

 

L’histoire du Nâga est en quelque sorte similaire à celle du monstre du Loch Ness, dans la mesure où il s’agit d’une créature mythique qui vit sous les eaux.

Le 15e jour du 11e mois dans le calendrier lunaire Lao, à la fin du carême bouddhique, un événement extraordinaire se produit, inexpliqué, surtout sur un tronçon de 20 km entre le fleuve Mékong Pak-Ngeum côté lao (ปากเงิน) et Phonphisai côté thaï (โพนพิสัย) dans la province de Nong Khai débordant vers l’est sur celle de Bungkan.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

En ce jour chaque année (c’est le cas depuis plus de 100 ans), une boule de feu rose–rouge, connue sous le nom Bung Fai Paya Nak  (บั้งไฟพญานาค) , s’élève de la rivière Mékong dans le ciel à une hauteur d’environ 20 mètres, puis disparaît. Beaucoup croient que c’est un événement naturel et spirituel qui n’est pas mis en scène par l’homme. L’événement est appelé » l’aérolithe du Nâga ». Beaucoup croient que le Nâga tire ces balles en l’air pour célébrer la fin du carême bouddhique.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Le Nâga était un serviteur du Seigneur Bouddha dans sa dernière vie, et est représenté dans les sculptures et les images sous la fonction Nâga dans de nombreux temples bouddhistes. Beaucoup d’entre eux représentent Bouddha méditant sous l’ombre de la tête du Nâga, indiquant que le Nâga était le garde du corps de Bouddha.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

NOTES

 

(1) La phosphine est le nom commun d’un gaz constitué d’hydrure de phosphore (dont le nom officiel et international (Code IUPAC) est phosphane. Il s’agit d’un gaz incolore, très toxique et inflammable (utilisé pour ces raisons comme agent de fumigation à des fins biocides). Son point d’ébullition est de -88 °C sous la pression atmosphérique. La phosphine pure est inodore, mais la « phosphine technique » a une odeur extrêmement déplaisante évoquant l’ail ou le poisson pourri, à cause de la présence de « phosphine substituée » et de diphosphine (P2H4). Sa formule est PH3. Elle peut par exemple résulter de l’action d’un acide sur un sel d’aluminium (phosphure d’aluminium) ou de magnésium (phosphure de magnésium) ou tout simplement d’une réaction de ces sels avec l’eau où le sel est hydrolysé.

 

Philippe DRILLIEN

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Cet article, publié dans le N° 106 de la revue Philao a suscité le commentaire suivant paru dans le N° 107 :

 

« C'est très étrange ! Dans l'article de Philippe Drillien concernant « les Nâgas et les boules de feu du Mékong »…il est mentionné une explication scientifique. Mais pas très concluante, et, je souhaiterais y apporter quelques réflexions complémentaires.
Si le phénomène de combustion spontanée de gaz inflammables, d'origine naturelle, (On ne tiendra donc pas compte de l'auto-inflammation des gaz émanant des  terrils, -voire de l'auto-combustion de ceux-là même- notamment observée  dans les années 50 aux alentours des mines de Decazeville) sous certaines conditions physiques (en particulier de température), n'est pas courant, il est néanmoins connu (même sur le territoire français) La production de ces gaz inflammables a principalement deux origines :

- L'émission de gaz au travers de fissures dans l'écorce terrestre, à partir de  réservoirs profonds, souvent dans des zones d'activité sismique et/ou volcanique.


- Et celle provenant de la putréfaction de cadavres d’animaux et/ou de la décomposition de végétaux enfouis sous des vases et boues superficielles (Ou également dans de plus en plus rares tourbières : Jura, Auvergne, Bretagne).


Dans le premier cas, on peut signaler l'une des « Sept Merveilles du Dauphiné », la « Fontaine Ardente » du Col de l'Arzelier, sur la commune du Gua.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

On peut aussi y ranger la flamme permanente qui jaillit au milieu d'une  source, au sanctuaire de Muktinath, dans l'ancien royaume du Mustang, au Népal (Zone de population et civilisation tibétaine au nord du Népal, et, jusqu'à  récemment, politiquement un « sous royaume » à l'intérieur même du royaume du Népal.

 

Dans le deuxième cas, ce phénomène semble identique à celui que l'on connait sous le nom de flammerole, ou bien de feu follet, (et non de « farfadet », qui est une sorte de lutin provençal), et dû à des exhalaisons d'hydrogène sulfuré à l'odeur méphitique, ainsi que de méthane, anciennement connu sous le nom de « gaz des marais ».

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

La libération de composés phosphorés (phosphines et phosphanes) par la décomposition des cadavres, associée à la production de méthane, permet donc sous certaines conditions, l'auto-inflammation. Ces émanations de gaz auto-inflammables sont assez documentées en France, et notamment au-dessus d'anciens cimetières ou bien de marécages pestilentiels. Mais dans les deux cas, il ne s'agit que de phénomènes lumineux (et réellement flambants, et visibles), au ras du sol ! Ca ne s'envole pas à 100 m de hauteur ! Impossible à confondre avec les « lampions volants » lancés lors de la Fête des Lumières, la date ne correspond pas….

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Alors, quant au Mékong ? Oui, il doit charrier bien des cadavres d'animaux, entre autres, susceptibles de produire du méthane CH4, de l'hydrogène sulfuré H2S, ainsi que des composés phosphorés, et donc de produire, des gaz auto-inflammables. Ces exhalaisons devraient logiquement se passer en « eaux basses » du Mékong (avril). Mais le phénomène se passe en octobre, alors que les eaux (du Mékong) ne sont certes pas à l'étiage (avril), mais plutôt encore très hautes après les crues maximales d'Aout et de Septembre. Alors ? Concernant ces fameuses « Boules de Feu » s'élevant jusqu'à 100 ou 200 m d'altitude, cette réflexion n'aura finalement rien apporté de décisif ! Aux scientifiques de faire des forages à l'étiage et autres prélèvements dans le lit du Mékong, afin d'essayer de déterminer de quoi il s'agit ". 

 

Edmond WEISSBERG

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

QUELQUES COMMENTAIRES …

 

Nous n’avons rien à ajouter à cet article et ne ferons que quelques observations :

 

Sur le phénomène

 

1) Si le phénomène date pour les riverains du fleuve, Laos et Thaïs, de siècles sinon de millénaires, il est inconnu des premiers visiteurs attentifs dès le milieu du XIXe siècle, notamment des « pionniers du Mékong » qui ont arpenté le fleuve partant à sa découverte tout au long de l’année. Ils ne l’ont pas constaté et n’en ont pas entendu parler. Ce n’est d’ailleurs guère que depuis le début du siècle qu’il est l’occasion de gigantesques kermesses aussi commerciales que pieuses…

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

... et de quelques coquineries qui trouvent tout de même des dupes comme la vente des « yeux du Naga » qui ne sont que des pierres apparemment granitiques de forme plus ou moins sphérique.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

2) On peut lire sans la moindre précision que le phénomène aurait été constaté ailleurs sur le fleuve et à d’autres époques de l’année, où ? Quand ? ce qui est à mettre au chapitre des affirmations gratuites, un cancer qui ronge Internet hélas !

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

3) Explication chimique, c’est probable sinon certain, mais pourquoi cette réaction se produit-elle uniquement sur un parcours limité du fleuve, en gros depuis en amont de Nongkhaï jusqu’en aval de Bungkan, à une époque précise de l’année (aux alentours de la pleine lune d’octobre) tout au long de la nuit ? Existe-t-il un catalyseur propre à cette zone et à cette époque ? Température, hygrométrie, pression atmosphérique ? Pourquoi pas ? Souhaitons que les études scientifiques se poursuivent au fils des années et que des plongeurs courageux aillent étudier ce qui se passe au fond du fleuve.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

4) Nous n’avons enfin guère trouvé de photographies ou de films vraiment significatifs ce qui est singulier compte tenu de la perfection actuelle du matérielle notamment pour les prises de vue en conditions défavorables. Ils sont en tous cas assez troublants. Nous sommes – sans jouer les Saint Thomas -  à la recherche d’un témoin visuel digne de foi. Les videos diffusées sur Internet à l'occasion de l'"événement" qui s'est déroulé cette année les 5, 6 et 7 octobre, ne sont pas plus significatives.

 

17 octobre 2016, on notera des feux d'artifice sur la rive laotienne : 

Sur les « monstres du Mékong »

 

Existe-t-il des créatures monstrueuses dans le fleuve ? Bien évidemment si l’on considère comme « monstre » ce gigantesque siluridé qu’est le « plabuk » auquel nous avons consacré un article (A 208 « LE RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE ».). Le record à ce jour est de 293 kg pour 2 m 75 de long (très exactement 9 pieds et 646 livres).

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Lorsque cet animal a été capturé, les villageois en avait fait un festin avant que les scientifiques venus de Bangkok puissent l’étudier pour savoir s’il était en particulier parvenu au terme de sa croissance. Il est possible que de plus gros se terrent dans les profondeurs du Mékong au fond de leurs grottes dont ils ne sortent que rarement.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Mais peut-on qualifier de « monstre » ce pacifique animal herbivore qui ne ressemble en rien à un serpent ? Il y aussi des anguilles mais leur taille record ne passe jamais les 2 mètres pour moins de 20 kilogrammes pour une espèce spécifique à la Nouvelle-Zélande.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Ce sont d’ailleurs probablement des anguilles (ou des serpents terrestres ?) et non les Nagas qui laissent la nuit des traces serpentines dans le sable des rives du Mékong. L’anguille s’accommode de vivre quelques temps à l’air libre comme d’ailleurs d’autres poissons d’eau douce y compris tous les siluridés.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Elle quitte donc parfois son habitat aquatique pour en chercher un plus favorable par voie terrestre, de nuit évidemment pour éviter de se faire harponner par les pécheurs. Tous nos braconniers qui partent, de nuit, traquer la truite l’ont constaté.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

On voit de temps en temps apparaître dans la presse la photographie, toujours floue, d’un Naga nageant à la surface du Mékong. Celle-ci, prise en 2016 à la hauteur de Mukdahan a été présentée comme « significative ».

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

La biodiversité subaquatique du Mékong, est d’une étonnante richesse et toutes les espèces sont loin d’avoir été inventoriées (Voir l’article de John Valbo-Jorgensen « Fish diversity in the Mekong » dans la revue « Catch and culture » de juin 2003 – que nous a aimablement signalée Philippe Drillien numérisée sur le site : http://www.mrcmekong.org/assets/Publications/Catch-and- Culture/Catchjun03vol9.1.pdf).

 

Salamandre d'une espèce  inconnue découverte en 2015 :

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

L’histoire nous apprend par ailleurs que le subconscient populaire a souvent tendance à exagérer la taille des « monstres » pour les faire entrer ans la légende comme ce fut le cas de la bête du Gévaudan qui était probablement un loup d’une taille supérieure à la moyenne.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

La revue susvisée narre ainsi la légende du poisson-chat géant du Mékong à l’époque du grand roi King Souriyavongsa qui régna à Luangprabang de 1637 à 1695. La légende voulait que le poisson chat géant se terrait dans une grotte subaquatique appelée Tham Plabuek (ถ้ำปลาบึก). Pour permettre sa capture, le roi devait sacrifier chaque année un homme et une femme aux esprits des grottes, ces Phi (ผี) que nous connaissons bien. Ces esprits vivaient dans un réseau souterrain relié au fleuve dans la province de Sayabouri attribuée au Laos français par le traité de 1893 mais situé sur la rive droite – siamoise – du fleuve. Le rite nécessitait 100 hommes et femmes de préférence volontaires entrant dans une grotte, 50 hommes dans l’une et 50 femmes dans une autre. Un tambour leur demandait de revenir, il manquait un homme et une femme. Le sacrifice était terminé et le roi pouvait commencer sa partie de pêche.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Une autre légende d’une époque moins sanguinaire est relatée dans un article du Capitaine Belloc « Croquis laotiens – la pêche au pabeuk » qui semble dater des années 30 et que nous a également communiqué Philippe Drillien. Les poisons géants vivent dans des grottes en aval des rapides fermées par des portes de bronze, nul n’a l’audace de s’en approcher. Mais des Phis sont chargés de les autoriser une fois dans l’année  à prendre une bouffée de liberté. Tout cela se passe trois jours avant la pleine lune de février, les Phis vont alors déverrouiller les portes.

                                                     

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Ce sont des légendes mais elles confirment l’hypothèse que quelques monstres sont peut-être encore cachés dans des profondeurs inaccessibles du fleuve, parfois entre 50 et 70 mètres entre les falaises.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

On trouve par ailleurs partout sur les rives du Mékong une photographie (enfin !) d e la reine des Nagas qui n’est qu’une tromperie. Elle est affichée depuis le début du siècle dans tous les bars, restaurants, hôtels des deux rives du fleuve et même ailleurs. La légende mentionne qu’il s’agit du roi des Nagas capturé par l'armée américaine dans le Mékong  près d’une base militaire du Laos le 27 juin 1973, d’une longueur de 7,80 mètres. Diverses légendes ou explications ont circulé à la fin du siècle dernier. Photomontage ? Crash d’un avion venu des États-Unis transportant cet étrange animal ? Rumeur aussi : tous seraient mort d’avoir consommé sa chair ? Ou une autre, tous sont morts d’avoir tué le roi des Nagas. Nul ne sait quel est l’auteur de ce faux qui a été vendu à d'innombrables touristes crédules et de non moins crédules habitants. Ce qui est évidemment singulier est qu’à cette date il n’y avait pas de base américaine sur les rives du Mékong au Laos. 

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Il ne s’agit pas en réalité d’un faux au sens propre du terme. La photographie a en réalité été prise le 19 septembre 1996 au « Naval Amphibious Base Coronado » en Californie par des militaires « SEAL » (sea, air and land). L’animal est un régalec géant retrouvé mort sur la plage par les militaires effectuant une course à pied. Il pesait 300 livres (soit 136 kilos) pour 7,80 mètres. De nombreuses photos ont été prises dont certaines ont connu cette diffusion mensongère ! Cet animal mystérieux a été peu étudié : Il vit dans les profondeurs des océans, jamais en eaux douces et surgit parfois en surface, à l’origine des multiples légendes sur les serpents de mer !

 

La photographie d'origine :

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Le journal officiel de la marine US (All Hands) numéro 960 d’avril 1997 relate cette découverte avec la classique photographie et surtout une autre de la tête de l’animal qui n’a rien de sympathique !

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Le mensonge fut d’autant plus facile à démontrer que la Revue est librement accessible sur Internet.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Sur les Nagas

 

Nous avons la chance d’avoir déniché  un très bel article « Exploring nagas images : textual analysis of Thailand’s narrative » (Exploration des images des nagas: analyse textuelle des récits de la Thaïlande) d’un universitaire de Taïwan,  Ya-Liang Chang qui a été publié en début d’année sur « Journal of Mekong societies », volume 13, pages 19-35 d’accès facile puisque numérisé sur le site dépendant de l’université de Khonkaen https://mekongjournal.kku.ac.th/all_volumes.html.

 

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

L’auteur a cherché les origines du mythe et des légendes des Nagas. Est-il venu des Indes et passé au Siam avec le Bouddhisme ? Celui-ci a-t-il intégré un très ancien et préhistorique culte au dieu-serpent comme pourraient le laisser supposer certaines représentations de serpent enroulé trouvées à Ban Chiang ? Mais dans toutes les recherches qu’il a effectuées dans les très anciens récits légendaires, il n’apparait en aucun endroit le mythe d’un Naga cracheur de feu.

A 240 - LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU

Partager cet article

Repost0
27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 22:05
INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

La Thaïlande comporte environ 70 groupes ethniques, dont 24 groupes de peuples Taï. Les communautés ethniques y sont officiellement reconnues. Le groupe Isan-Lao représentait au moins 20 millions d’habitants et environ 35 % de la population lors de l’achèvement de l’étude de la carte ethno linguistique de l’Université Mahidon en 1997 (1). Nous avons étudié quelques-unes de ces ethnies au vu des recherches d’ethnologues pour la plupart occidentaux. Les Phutaï seraient, en 2011, 470.000, soit beaucoup moins de 1 % de la population, il nous faudra toutefois revenir sur ces chiffres. Ils sont répandus essentiellement dans quelques-unes des provinces de l’Isan, mais qui sont-ils ?

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Centrés autour de la moyenne vallée du Mékong, ils sont souvent confondus avec des groupes ethniques Tai proches du Vietnam du Nord et du sud de la Chine. Le vocable même qui s’écrit tantôt ผัไทย, ผู้ไท, ภูไทย ou ภูไท se transcrit officiellement par Phuthaï. Confusion facile puisque ผัไทย est, en thaï standard « une personne thaï » mais dans leur langue, quelle qu’en soit l’orthographe, mais celle qu’ils utilisent en général est ภูไท, c’est un « habitant des collines ».

 

Cette utilisation ambiguë et confuse de Phutaï (groupe ethnique spécifique) et Phu-Thaï (en tant que Thaï en général) conduit à des équivoques alors que l’ethnie n’a pas d’écriture spécifique et que les « « marqueurs ethniques », religion, croyances, coutumes, architecture sont également parfois différent. Nous utiliserons l’orthographe Phutaï.

 

Leur langue, en Thaïlande, n’est parlée qu’en Isan où ils ont probablement été importés depuis le Laos lors des incursions siamoises. Elle appartient au groupe des langues Tai-Kadai, qui comprend près de 100 langues et compte près de 100 millions de locuteurs. Le berceau serait dans le sud de la Chine d’où la langue se serait répandue dans la région il y aurait 3.000 ans. Leur origine serait commune avec celle des groupes Taïs de Dien Bien Phu qui se qualifient eux-mêmes de Phutaï.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Des origines légendaires

 

Cette question fait l’objet d’une remarquable synthèse d’Asger Mollerup, ethnologue et archéologue anglais assortie de nombreuses références justificatives notamment de l’ethnologue anglais James R. Chamberlain (2).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

 La chronique de Khun Borom et la légende du fils perdu.

 

Celui-ci fait entrer leur histoire dans la légende de Khun Borom (ขุน บรม), le géniteur légendaire des personnes de  langage Taï et le père de leur race, qui a envoyé ses sept fils gouverner plusieurs mueang dans l’Asie du sud-est. L’un d’eux aurait gouverné la région de Khammuane (คำม่วน), actuelle province lao située sur la rive gauche du Mékong face à Nakon Phanom où vivent encore la majorité de Phutaï du Laos. On les trouve aussi à Savannakhet (สุวรรณเขต) sur la rive gauche au Mékong face à Mukdahan. De là ils auraient traversé le fleuve :

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Différents groupes ethniques sont descendus du ciel et se sont répandus dans différentes mueang. L’un d’entre eux n’en eut toutefois aucun et se retrouve dans une région que divers érudits situent à Khammuane. Il existe plusieurs versions de cette légende décrivant la migration de groupes Taï installés dans diverses parties de l’Asie du sud-est à la fin du premier millénaire mais toutes confirment la localisation de l’un des fils de Borom dans la région de Khammuane.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

La légende de l’archer

 

C’est une tradition orale qui se réfère à un mythe : Les Phutaï à la recherche de nouvelles terres seraient entrés en conflit avec des indigènes. Il fut convenu que le gagnant l’emporterait à la suite d’un concours de tir à l’arc. L'archer Phutaï a triomphé contre six archers locaux et les indigènes quittèrent leur terre ancestrale. Le fonds de cette histoire est que les Phutaï envahirent les terres d'une population indigène. L'emplacement de cette compétition dite « Compétition du Mérite » (การ แข่งขัน เสี่ยงบุญวาสนา – Kankan khansiangbunwatsana) se situerait à l’est de Savannakhet. Cette confrontation doit être datée après le déclin de l'Empire Khmer et pourrait remonter aux 8-9ème siècles. Le but de ce mythe est évidemment de légitimer la suzeraineté des Phutaï et leur supériorité morale sur des indigènes « non civilisés ».

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

La légende de la princesse venue de Vientiane (Nang Lao)

 

Dans cette version, l’épisode du concours de tir à l’arc est un prélude : Une femme de haut lignage, Nang Kham Phao, se rendit à l’emplacement de la future compétition avec un groupe de moines bouddhistes pour introduire le bouddhisme chez les Phutaï. La légende raconte que son éléphant s'est arrêté dans un lieu propice, où Lady Lao a choisi de construire un chédi dans un village nommé Ban That  (บ้านธาตุ), difficile à situer puisque de nombreux villages portent ce nom.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

La légende de la princesse Chofa (Xofa)

 

Une autre version ancienne se réfère aux traditions laos fut écrite par une fille de Rama IV et descendante de Chao Anou (le roi Anouwong) et imprimée en 1936. Dans cette légende, un chef Phutaï aida le roi de Vientiane Setthatirath II (aussi appelé Ong Lo), qui régna de 1698 à 1735) à réprimer une rébellion et, en récompense, lui donna sa fille Nang Xofa, en mariage. Leurs quatre fils régnèrent sur quatre mueang au sud du Royaume de Vientiane sans autres précisions. Cette version ne mentionne ni le tir à l’arc ni l'introduction du bouddhisme. Comme la précédente, cette légende légitime les prétentions des rois laos sur les mueang du sud de Vientiane.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

La légende de Mueang Wang

 

Peut-être cette légende rejoint-elle enfin l’histoire ? Elle se situe sous le règne de Ong Bun alias Siribunyasarn (1760-1778), successeur de Ong Lo dont on ne sait trop s’il était le fils ou le frère. Un prince rebelle du sud, Thao Kukeo, partit du Champassak, remonta le long de la rivière Xe Sebang-Fai dans la région de Khammuane pour reprendre le pouvoir qui lui aurait été du. Il incitait tous les habitants de mueang habités par des Phutaï, en particulier Mueang Wang, à la rejoindre. Une grande bataille eut lieu sur la rive gauche du Mékong à Tha Khaek (ท่าแขก), face à Nakon Phanom, entre 1730 et 1764 ? Où se trouve Mueang Wang ? Ce Mueang était ancien et se trouvait probablement entre Khammouane et Savannakhet, assez vaste puisqu’il y a plus de 100 kilomètres à vol d’oiseau entre les deux villes.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Mais les érudits se disputent sur sa localisation exacte. L'emplacement du Mueang Wang est contesté. Au cours des dernières années, le dernier signalé est en 2012, de nombreux groupes Phutaï d'Isan allaient encore en pèlerinage pour gagner leurs mérites (ทำบุญ ทอดผ้าป่า - Thambun  Thotphapa) dans un village appelé Ban Na Gnom (Ban Na Nyom) dans la province de Savannakhet. On y trouve tout proche un village appelé Ban Wang où est édifié un chédi appelé That Nang Lao. À 10 km au nord de Ban Na Gnom se trouve une colline « la falaise du mérite » (ผาบุญ). Nous retrouvons la légende de Nang Lao et l'emplacement légendaire de la patrie des Phutaï.

 

Photographies d’Asger Mollerup :

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?
INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?
INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Mais il existe dans cette région et sur les deux rives du Mékong de nombreux villages comportant le mot « wang » (วัง). Si ce mot en thaï standard signifie « palais », il n’y a aucun palais dans ces villages, en langage Phu Taï le mot a le sens de « réservoir » ou « étang ». Par exemple, le village de Wang Sammo (วังสามหมอ) dans le district du même nom, au sud de la province d’Udonthani est construit autour d’un étang et le village de Ban Wang Yaï (บ้านวังใหญ่) dans le même district à quelques kilomètres également construit autour d’un étang, est incontestable Phutaï.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Le Capitaine Malglaive dont nous allons parler note sur l’une de ses cartes un petit village Ban Wang (Banwang) situé à environ 130 kilomètres à l’ouest de Nongkhaï dans le district de Chiangkhan (เชียงคาน).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Le premier occidental à faire référence aux Phutaï est l’explorateur français François-Jules Harmand dans son ouvrage « Le Laos et les populations sauvages de l’Indochine » récit de son voyage de 1877 qui signale la présence de zones Phutaï sur les deux rives du Mékong (3).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Mais le premier à les avoir rencontrés, décrits, dessinés

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

et photographiés

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

est le capitaine de Malglaive dans le cadre de la mission Pavie en 1890 – 1891 (4).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Il constate alors une connexion entre le gouverneur de Mueang Vang (au Laos qui est alors encore siamois) et celui de Mueang Ve (Renu Nakon) aujourd’hui important centre Phutaï en Isan. Il situe leur centre à Wilaburi (วิละบูลีdans la province de Savannakhet, région à la fois favorable à la culture du riz et riche en or.

 

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Incontestablement originaires du Laos, nous n’avons malheureusement aucun élément précis sur les conditions dans lesquelles ils ont traversé le Mékong pour s’installer au Siam, exclusivement en Isan. Tout ce que nous savons c’est qu’ils étaient présents dans la région lorsque Malglaive qui a poussé sa remontée du Mékong jusqu’à se rendre jusqu’à Sakonnakhon en 1890, probablement ensuite des déportations de population effectuées par les Siamois ?

 

Carte des migrations selon Asger Mollerup :

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

C’est ce que confirme notre voyageur dans son ouvrage publié en 1902 décrivant son long périple de 6.000 kilomètres effectué de février 1890 à avril 1891 : « Arrachés aux territoires de la rive gauche par des razzias incessantes de Siamois » selon lui il y aurait « 25 ans » ce qui situe ces déportations aux environs de 1865 ? Ils ont encore, lorsque notre Capitaine les a rencontrés, une haine viscérale des Siamois : « gais, bons enfants; actifs et alertes, avec lesquels c'est plaisir de dauber sur les Siamois leurs ennemis nés et leurs maîtres du moment ».

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Le village Phutaï de Ban Non Hom (บ้านโนนหอม) situé à une quinzaine de kilomètres à l’est de Sakonnakhon à l’écart de la route 223 qui file vers le Mékong aurait, expliquent divers panneaux, été fondé aux environs de 1857 par un groupe de migrants venus du Laos sans que – pudiquement – le mot de « déportation » soit prononcé au profit de celui d’ « évacuation » !

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

La brochure que leur consacre, en 1999, le groupe qui se consacre à l’étude des ethnies (สารานุกรมกชาติพันธุ์ - Saranukonmok chattiphan) donne des dates plus anciennes : 1779, 1792-1795 et 1841-1845 en parlant d’ « arrivée » et non de déportation (5).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Mais si les mauvais souvenirs sont maintenant effacés depuis un siècle et demi, il est permis de se demander s’ils ne restent pas présent dans la mémoire profonde des Phutaï qui font le pèlerinage du Thambun Thotphapa (ทำบุญ ทอดผ้าป่า) dont nous venons de parler, « pèlerinage aux sources » ?

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Combien sont–ils et où se trouvent–ils ?

 

Combien sont-ils ?

 

Le chiffre de 470.000 donné plus haut est celui de la carte ethnolinguistique qui les détaille ensuite comme suit par ordre d’importance :

 

Environ 170.000 à Sakonnakhon, environ 150.000 à Nakonphanom, un peu plus de 80.000 dans la province de Kalasin, environ 55.000 à Mukdahan, environ 20.000 à Udonthani, environ 15.000 à Nongkhai, et une présence marginale ailleurs : un peu plus de 3.600 à Nongbualamphu, environ 2.500 à Roiet, environ 1.000 à Chayaphum, environ 1.000 à Amnatcharoen, un gros millier à Sisaket, environ 500 à Khonkaen, quelques petites centaines à Buriram, environ 500 à Yasothon et quelques centaines à Udonrachathani.

 

On est tout de même effaré de constater que l’addition du détail (500.000) est supérieur au total (470.000), ce qui est singulier dans une étude universitaire mais nous savons que les Thaïs n’ont pas l’esprit mathématique et, s’ils ont d’autres qualités, ils ne sont pas responsables de l’invention du calcul intégral.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Nous avons des chiffres divergents dans la brochure que leur consacre, en 1999, le groupe qui se consacre à l’étude des ethnies (5) : total 169.355, Kalasin 81.977, Nakonphanom 59.615, Mukdahan 56.349, Udonthani 35.564 et Yasothon 28.064, rien ne coïncide et une fois encore l’addition du détail ne donne pas le tout ? Il n’y a que les chiffres de Kalasin et Mukdahan qui correspondent ? Sur les environ 900.000 habitants de la province de Kalasin, la proportion est donc d’un peu plus de 8 %. Sur les 350.000 de celle de Mukdahan, elle est de 16 %. Ce chiffre nous semble le plus proche de la réalité, nous verrons pour quelles raisons plus bas.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Dernier chiffre, et nous en resterons là de ces errements mathématiques, l’organisation « Joshua project », émanation de missions chrétiennes américaines protestantes,  qui se consacre à l’étude des groupes ethniques du monde entier nous donne d’autres chiffres : « Environ 400.000 Phutai vivent dans trois pays d'Asie du Sud-Est : Laos (154.000), Vietnam (150.000) et  Thaïlande (70.000) »

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Comment expliquer ces distorsions ? Aucune de nos sources ne donne de détails sur sa computation. Peut-on faire confiance à celle – universitaire -  de la carte ethnolinguistique pourtant résultat d’études et d’enquêtes sur le terrain alors qu’elle comporte de singulières erreurs de calcul. Elles ne sont pas fondés sur des critères ethniques puisque les Phutaï ne présentent pas de caractéristiques physiques différentes de celles de leurs cousins Thaïs ou Laos. C’était le cas du temps de Malglaive, pour autant qu’il y en ait eu, les mélanges les ont fait disparaître et ils ont sans difficultés fusionné avec les communautés voisines. Il y a chez des universitaires mêmes une confusion avec d’autres ethnies proches cousines, les Taï Dam (Taï noirs), Taï Kao (Taï blancs) et Taï Deng (Taï rouges) et Taï Yo (Taï nyaw) dont les langues sont proches mais non similaires, et les origines probablement similaires.

 

Cette confusion a été signalée par nos missionnaires protestants (qui ont tout de même réussi à faire de quelques centaines réfugiés aux États-Unis de bons chrétiens pour lesquels une traduction de la bible en Phutaï est en cours)...

 

Temple protestant Phutaï aux USA :

 

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

...et l’ethnologue Asger Mollerup qui cite en fin de son article – in cauda venenum – trois sites universitaires (Sakonnakon, Khonkaen et Kalasin).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

La religion ne les différencie pas non plus.

​​​​​​​

Tous ceux de Thaïlande sont bouddhistes Theravada .....

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

mais conservent des rites animistes, avec la présence dans chaque village de un ou plusieurs chamans, culte des esprits et croyance en ces Phi dont nous avons longuement parlé.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Où se trouvent-ils ?

 

Disséminés dans quelques provinces de l’Isan, nous avons cités quelques-uns de leurs villages. Pour notre seul province de Kalasin ...

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

... les districts (amphoe) où on les situe : Khao Wong (เขาวง), Khammuang (คำม่วง), Somdet (สมเดจ), Naku (นาคู) et Samchai (สามชัย).

 

Dans celui de Kuchinaraï (กุฉินารายณ์) se trouve le groupe de villages Phuthaikokgong (Muban Watthanatham Thaikhokkong หมุ่บ้านวัฒนธรรมผู้ไทยโคกโก่ง) où ils conservent jalousement leurs particularismes et vivent de la vente de leur artisanat

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

... tout comme dans le village de Ban Non Hom (บ้านโนนหอม) proche de Sakonnakhon dont nous venons de parler. Un grand centre Phutaï se situe à Renunakhon (เรณูนคร) au nord de Mukdahan, un district que nous connaissions déjà pour être le lieu de production d’un singulier breuvage dont on ne sait s’il est issu de l’imagination des Phutaï (7).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Un sympathique petit musée et un grand centre de vente de leur production de vêtements se situe sur la grande place.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Omniprésents dans la province de Mukdahan, le musée installé au sommet de la tour qui domine la ville (หอมุกดาหาร) .....

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

... contient une exposition très didactique sur les ethnies de la province et notamment sur leurs vêtements traditionnels. Ce ne sont pas des endroits favoris du tourisme de masse.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Restons-en là, nous n’avons pas le loisir de rechercher tous les Banwang de nos 20 provinces !

 

Le langage

 

Si nous avons écrit plus haut que le chiffre de 150.000 Phutaï nous semblait correspondre à la réalité, c’est tout simplement parce que tous les sites, anglais, français et thaïs qui se consacrent à l’étude de leur langue donnent le chiffre de 150.000 locuteurs ce qui ne parait pas être le plus mauvais critère. Même s’ils sont probablement 470.000 à revendiquer cette identité, un authentique Phutaï ne doit-il pas parler la langue de ses pères ?

 

Il a fait l’objet d’études approfondies des érudits, notamment James Chamberlain. Sans entrer dans des explications qui – au demeurant – dépassent nos compétences, donnons quelques précisions.

 

Il s’agit tout d’abord d’un dialecte du Lao-Isan, donc de la famille Taï-kadaï. Il y aurait d’ailleurs deux variétés, celle de Renunakhon et une autre, très proche, de Nakae (นาแก), un district éloigné de …. 25 kilomètres seulement du précédent.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Une étude de Chamberlain de 1975 porte sur une trentaine de dialectes qu’il semble bien connaître à la perfection (8).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Si la langue est très proche du Lao-Isan qui finira irrémédiablement pas l’absorber par osmose, elle présente quelques caractéristiques, signalons celles qui nous sont facilement accessibles.

 

Les tonalités.

 

Comme d’autres dialectes locaux, le Phutaï utilise le mot thaï en changeant la tonalité mais d’une façon qui n’est pas celle des Thaïs blancs, noirs, rouges ou Yo. Prenons exemple sur un mot que tout le monde connait, le verbe aller, paï (ไป) dont la tonalité est neutre, il devient ไป๋ dont la tonalité est montante marquée dans l’écriture par le signe de tonalité sur la consonne ป. Admirons notre linguiste dont l’oreille est assez fine pour saisir ses nuances. Ces tonalités sont – mutatis mutandis – ce que sont nos accents provinciaux, et nous nous extasierions de même devant un Thaï susceptible de faire la différence pourtant bien réelle entre l’accent de Marseille, celui d’Avignon ou celui de Toulouse !

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Le vocabulaire.

 

Les Phutaï ont évidemment un vocabulaire propre. Ne citons que quelques exemples, le farang (le fruit – ฝรั่ง) devient un masida (มะซีดา) et le verbe aimer (chop – ชอบ) devient – tout comme d’ailleurs en isan-lao - mak (มัก) qui signifie « souvent » en thaï standard !

 

Réfractaires, comme les Thaïs à la prononciation du R (), ils ne le roulent pas mais le remplacent – tout comme les Isans - purement et simplement par un H () fortement expiré ainsi un véhicule, rot (รถ) deviendra hot (ฮถ).

 

Les consonnes avec expiration.

 

Quelques mots de grammaire à ce sujet : Il y a en thaï standard trois sons consonantiques, K, P et T (,et ) qui se prononcent comme en français et qui ont des « doublons » (ค ข, พ ผ ภ, ต ท ถ) que l’on transcrit unanimement KH, PH et TH pour indiquer que le son doit être suivi de ce que tous les manuels appellent une « aspiration » par analogie avec notre H « aspiré » ? Qu’est-ce donc que le H français ? Une lettre inutile ? (réforme de l’orthographe ?) Elle grève inutilement notre langue, tribut payé à l’étymologie. Il y a un H isolé et répulsif qui empêche les liaisons en début de mot mais ne marque pas comme on le lit partout (Littré, Larousse) une aspiration qui n’existe pas en français : les haricots et une lettre H muette (l’histoire).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

En thaï ? Il semble que les H isolés, les KH, PH et TH sont plus expirés qu’aspirés et qu’il vaille mieux, sans éructer, les prononcer à la limite du postillon.

 

Cette distinction est pour nous au quotidien loin d’être évidente à l’oreille et entre un pu (ปู) un « crabe » et un phutaï (ผู้ไท), il faut avoir une oreille bien  fine, ce qui est le cas de Chamberlain pour faire la différence. Elle disparait purement simplement dans le dialecte Phutaï. Le Capitaine de Malglaive ne s’y est pas trompé qui a de toute évidence transcrit à l’oreille « poutaï ».

 

Carte de la zône géographique de cette particularité en Thaïlande selon Chamberlain :

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Leur civilisation

 

L’architecture.

 

L’architecture, maisons en bois sur pilotis, ne diffère guère de celles des ethnies voisines. Elle reste encore (pour combien de temps) telle que Malglaive l’a photographiée.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Bois probablement pour les plus aisés, bambous et feuilles de latanier pour les plus modestes, l’élévation sur pilotis est destinée à la fois aux inondations et à interdire l’accès aux animaux malfaisants, il parait que les serpents ne gravissent  pas les escaliers. On la retrouve dans les villages actuels non encore bétonnés, mais les piliers en béton remplacent les piliers en bois et les tuiles en Eternit ou la tôle ondulée remplace les toitures végétales qui ne résistant guère plus de trois ans aux intempéries.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Le grenier à riz sur pilotis est à l’extérieur (1). L’escalier (une échelle de perroquet) débouche sur une petite terrasse non couverte avec les jarres pour recueillir l’eau du ciel (2). Nous y trouvons, un peu à l’écart, le coin cuisine ou le seul instrument de cuisson est le brasero traditionnel (3). Une vaste terrasse couverte sert le plus souvent de pièce à vivre (4). C’est là où est installé le métier à tisser. A l’intérieur, une autre grande pièce sert de lieu de couchage aux garçons (5) et la maison des ancêtres dans le coin, toujours vers le nord (6). Les parents ont leur petite chambrette (7) et une autre pour les filles lorsqu’elles deviennent nubiles (8).

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Les tinettes sur puits perdu sont « au fond du jardin ». Le mobilier est sommaire puisqu’on couche sur des nattes repliées au réveil avec les couvertures pour la saison froide et que l’on mange par terre. Même lorsque les matériaux modernes, béton, parpaings et moellons, remplacent les matériaux traditionnels, ces plans sont encore respectés et beaucoup mieux adaptés au climat et à l’habitude de vivre le plus souvent dehors que les constructions sur des standards européens que pourtant les Thaïs tendent de plus en plus à singer. Il n’y a par rapport à l’architecture de nord-est rien d’original.

 

La chambrette des jeunes filles (Musée de Renunakon) :

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Les métiers.

 

Les hommes sont évidemment aux champs pour y cultiver le riz

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

mais se livrent également à la vannerie ...

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Bel habillage d'une gourde en calebasse (artisan du district de Kuchinaraï) :

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

... et à la forge pour fabriquer dans des ateliers de fortune et de la ferraille de récupération des petits outils, machettes, coupecoupes, harpons pour la pèche.

 

Même provenance :

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Quelques poules, le cochon, la cueillette des champignons, la pèche (au harpon ou au filet) et la chasse encore à l’arbalète agrémentent le riz gluant quotidien.

 

Autrefois :

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Aujourd'hui :

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Les femmes se sont spécialisées dans le tissage essentiellement du coton, chaque maison a son métier à tisser et à la broderie de fils de couleurs pour les vêtements traditionnels encore portés au moins par les anciens. Si elles sont nombreuses à utiliser les mêmes machines à coudre que nos grands-mères, il n’est pas rare d’en voir travailler encore à l’aiguille.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Les produits de ces activités parallèles se trouvent dans tous les marchés des villages et des districts

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

Situés dans des régions hors circuits touristiques, les villages Phutaï ne sont pas encore transformés en parcs, espèces de zoos dignes de l’exposition coloniale de 1931, où les indigènes étaient exposés telles des bêtes. Dans ces magnifiques paysages, le pilier en béton et l’antenne de la télévision brisent un équilibre, mais leur absence prive les populations du confort minimum et de l’ouverture vers le monde extérieur auxquels elles ont droit comme les autres. Les ethnies avec leurs beaux costumes, c’est très joli quand l’on passe quelques heures dans un de ces villages perdus de nos plaines, mais lequel d’entre nous accepterait d’y passer sa vie ? Peu importe  que le magnifique costume Phouthaï  soit porté par une Lue, le plus important est la photo que l’on va prendre avec les rizières en arrière plan mais n’oubliez pas de vous demander si vous pourriez passer 18 heures par jour les pieds dans l’eau des rizières en plein soleil ? La société de consommation a des désagréments mais il n’est pas toujours désagréable d’en être le maillon final.

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

NOTES

 

(1) « Ethnolinguistic maps of Thailand » publication de l’Université Mahidol, 2012 en thaï)

INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ?

(2) « Phu Tai History », mars 2012, compte rendu d’une conférence présentée – en thaï – à Renunakhon le 11 mars 2012.

 

(3) Accessible en ligne via: http://ebooks.library.cornell.edu/s/sea/ et publié dans la revue semestrielle « Le Tour du Monde » volume XXXVIII de 1879.

 

(4) « MISSION PAVIE, INDO-CHINE, 1879-1895, GÉOGRAPHIE ET VOYAGES – IV - VOYAGES AU CENTRE DE L'ANNAM ET DU LAOS ET DANS LES RÉGIONS SAUVAGES DE L'EST DE L'INDOCHINE » par le capitaine de Malglaive, 1902.

 

(5) ผู้ไทย par Somjaï Kamrongsakun, 1999 (en thaï).

 

(6) https://joshuaproject.net/people_groups/14383/TH

 

(7) «  L’aphrodisiaque pour femmes de Renunakhon »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-39-un-aphrodisiaque-pour-femmes-de-thailande-81582982.html)

 

(8) « A new look at the history and classification of the taï languages » in http://sealang.net/sala/archives/pdf4/chamberlain1975new.pdf

Partager cet article

Repost0