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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 22:52

 

Toutes les sociétés ont leur mythe fondateur précédant leur histoire. Nous avons déjà parlé de cette légende qui attribue aux Thaïs et aux Lao une même origine, celle de la courge de Dien Bien Phu (1). Khoun Bourôm  fut l'unificateur des Thai et l'ancêtre fondateur du royaume de Luang Prabang, il dirigea la migration des Thaï de la Chine vers les plaines du Siam et du Mékong, Ce héros est associé à un mythe lié à la cosmogonie lao retraçant la naissance du monde. Envoyé sur terre par le roi du Ciel, son père, pour gouverner les hommes, il y est présenté comme un organisateur, un éducateur et un dispensateur de la prospérité. Devenu vieux après avoir dispersé  son peuple, il partage ses biens et son domaine entre ses sept fils qui, après sa mort, partent chacun fonder un royaume dans la péninsule indochinoise.

 

 

Pas plus que pour le Siam ancien, nous ne sommes dans l’Histoire. Paul Le Boulanger qui connait le mythe écrivait en 1930 « La présente étude n'a pas la prétention de dissiper l'épais brouillard qui voile et qui voilera longtemps le passé du Lan-Xang, aussi longtemps que les chroniques laotiennes n'auront pu être dépouillées de leurs légendes et de leurs invraisemblances chaotiques » (2).

 

Il est fort bien connu des Thaïs sous le nom de nithan khun borom  (นิทานขุณบรม) « la légende de Khun Borom » qui fait tout à la fois l’objet d’ouvrages d’éruditions...

 

 

et d’éditions illustrées à destination des enfants.

 

 

Précisons qu’en thaï contemporain, notre source est le Dictionnaire de l’Académie royale, khun est un « haut personnage » et borom, un adjectif, « le meilleur ».

Nous avons par ailleurs accueilli dans nos pages nos amis de l’Association Internationale des collectionneurs de timbres du Laos, Jean-Michel Strobino et Philippe Drillien dont la revue Philao enlève à la philatélie son caractère de marotte pour en faire une revue d’érudition illustrée sur le Laos.

 

 

Sa présidente, Dominique Geay-Drillen, épouse de Philippe a rédigé pour la revue une série d’articles sous le titre « Les liens entre rites et mythe d’origine » (3). Dans le premier elle nous dit « Le mythe de Khoun Bourôm, après l’épisode du déluge, retrace la venue sur terre du héros éponyme, fils du roi du Ciel. De trois courges sorties des narines d’un buffle va naître le peuple Lao. Avec les différents thên (dieux) envoyés par son père, il aménage et civilise le territoire, le Muang Thên. Une liane surgie d’un étang vient perturber la prospérité du royaume et les deux vieillards Pou Gneu et Gna Gneu vont couper cette liane. Par leur geste, ils font le sacrifice de leur vie. Un culte aux ancêtres va naître de ce fait. Avant sa mort, Khoun Bourôm lègue son territoire à ses sept fils, l’aîné Khoun Lô hérite du territoire de Louang Prabang, future capitale royale du pays »

 

Nous lui sommes redevables d’un mémoire de master intitulé

 

« COMMENTAIRE SUR LE MYTHE LAO DE KHOUN BOURÔM »

 

Nous avons tenté avec son amicale autorisation d’en faire une synthèse. Il est d’une grande densité, appuyé sur une impressionnante bibliographie et de multiples références textuelles. Ceux d’entre vous qui souhaiteraient approfondir le sujet en trouveront le texte intégral numérisé sur le site :

https://www.academia.edu/37834606/Commentaire_sur_le_mythe_Lao_de_Khoun_Bour%C3%B4m

 

 

QUELQUES OBSERVATIONS PREALABLES :

 

Dominique Geay-Drillien nous donne des explications sur la transcription qu’elle a choisie parmi beaucoup d’autres (Khoun Bourôm - Khoun Boulôm ou dans des écrits anglais Khun Bulôm ou Khun Burôm). Ces divergences tiennent à l’absence de système de romanisation officiel du lao. Si nous utilisons en principe le système de romanisation officiel du thaï qui donne khun borom c’est parce que nous sommes en Thailande, mais il est en phonétique anglaise. Les textes originaux sont écrits en lao ou en écriture ancienne appelée tham (4).  

 

 

En écriture lao contemporaine :

est transcrit par elle Khoun Bourôm qui a le mérite de ne pas être une transcription à l’anglaise et d’être une excellente transcription française.

 

De même encore, l’auteure nous indique préférer le terme Lao plutôt que celui de Laotiens pour nommer les habitants du Laos. Le mot « laotien » est une création des français du XIXe siècle, n’est utilisé ni par les chercheurs ni par les habitants du Laos (5).  Conformément à la règle, les noms et noms propres Lao seront écrits sans « s » au pluriel.   

 

Avant de parler de "laotiens", on parla d'abord de "laociens" !

 

Carte de la collection Drilien  :

 

 

EN INTRODUCTION

 

Dominique Geay-Drillien  nous rappelle encore  que « l’histoire  ancienne du Laos repose sur peu de documents, la plupart ayant disparu en raison de détériorations dues au climat, aux incendies ou encore aux conflits. En effet, plusieurs grandes villes ont été pillées voire rasées par les peuples voisins. Un épais brouillard voile donc encore le passé lointain du pays, laissant une place privilégiée aux récits mythiques. La période légendaire de l’histoire du Laos débute par le mythe de Khoun Bourôm. Ce mythe ne contredit pas l’histoire de la péninsule indochinoise, il constitue même une allusion à l’arrivée des envahisseurs dans le Laos oriental. Le point de départ de cette étude repose sur le fait que les mythes Lao ont été très peu étudiés en histoire des religions. Déconsidérés par les historiens, ils sont pourtant riches d’enseignements et servent de support à la culture Lao. S’intéresser à la mythologie du Laos, c’est aussi tenter de comprendre les comportements religieux de son peuple ».

 

 

C’est bien là l’originalité et l’intérêt de son étude qui est à notre connaissance la seule étude universitaire contemporaine – au moins en français –, il en est d’autres en anglais (6) - sur la légende de ce mythique ancêtre.

 

LES SOURCES

 

Citons Dominique Geay-Drillien  « L’histoire de Khoun Bourôm est connue à travers deux sources distinctes. D’une part, les Annales du royaume de Louang Prabang et d’autre part le Nithan Khoun Bourôm, dont il existe autant de versions que de provinces du Laos. Le texte des Annales est traduit par Charles Archaimbault. Les travaux d’Archaimbault sont reconnus par la majorité des spécialistes...Parlant des versions des Annales et de celle du Nithan, Archaimbault relève qu’aucun de ces textes ne peut être daté précisément (7).

 

« Cette séquence (celle du déluge)  est spécifique au texte des Annales. On ne parle pas du déluge dans les Nithan ».

 

« Le texte est référencé E 11 et se trouvait dans la Bibliothèque du Vat Prakêo à Vientiane. Les travaux d’Archaimbault sont reconnus par la majorité des spécialistes ; le texte est visiblement le plus ancien et sa traduction est considérée comme fiable par ces mêmes spécialistes. De plus le texte est le plus complet même s’il est par endroits parcellaire ; Archaimbault l’a reconstruit en s’appuyant sur d’autres textes plus récents »

 

 

LE TEXTE

 

Avant de nous pencher sur l’analyse qu’en fait  Dominique Geay-Drillien lisons-donc le texte de cette légende dans une version qui semble la plus solide. Elle est celle donnée par C. Archaimbault en 1973 (8). Elle est plus longue que celle de Paul Le Boulanger qui ignore l’épisode du déluge (2). Il faut évidemment lire ce texte en faisant abstraction si faire se peut de nos esprits trop cartésiens comme nous le ferions en lisant la « Chanson de Roland » :

 

 

«  O disciples, fils et frères ! Dans les temps passés, les anciens Lao, les vieux qui connaissaient la tradition, racontaient une légende qu’ils nous ont transmise ainsi : Dans les temps reculés, terre, herbe, ciel et thên existaient. Tous les phi et les hommes se rendaient sans cesse visite. Il existait alors trois grands khun nommés : Pu Lang S’oeung, Khun K’an et Khun K’et, qui régnaient en ce bas monde, vivant de la pêche et des travaux de la rizière. Les thên firent savoir à tous les hommes que, lorsque les habitants du monde d’en bas prendraient leur repas, ils devraient avertir les thên, leur faire signe. Au moment de déjeuner et de dîner, ils devraient avertir les thên. S’ils mangeaient de la viande, ils devraient offrir une partie de l’animal aux thên. S’ils mangeaient des poissons, ils devraient leur en offrir une brochette. Mais les hommes n’écoutèrent pas les thên. Malgré trois avertissements, les hommes désobéirent. Les thên alors provoquèrent une inondation qui submergea le monde d’en bas et détruisit tout ; le sable vola jusqu’au ciel, tous les hommes disparurent. Pu Lang S’oeung, Khun K’et et Khun K’an comprirent que les thên étaient furieux à leur égard. Ils construisirent un radeau à l’aide de perches sur lequel ils élevèrent une maison en bois, un toit. Sur ce radeau, ils firent monter leurs femmes et leurs enfants, et l’eau les entraîna vers le haut, vers le royaume céleste, là-bas. Ils allèrent rendre hommage au roi des thên qui leur demanda : « Que venez-vous faire ici dans mon royaume ? En détail, ils relatèrent au thên les événements qui étaient survenus.  A deux ou trois reprises, déclara le roi des divinités, je vous ai avertis de respecter le ciel, les thên. Respectez-les, vous ai-je dit, et vous vivrez vieux, respectez vos maîtres et vous vivrez longtemps. Vous ne m’avez pas écouté, tant pis pour vous !  Sur ce, le roi des thên leur donna l’ordre d’aller demeurer avec Thên Lo.

 

 

 

A partir de ce moment, les eaux diminuèrent puis laissèrent place à la terre ferme. Les trois khun allèrent rendre visite au roi des thên et lui déclarèrent : Nous ne pouvons vivre dans le monde d’en haut, nous ne pouvons courir dans le ciel, nous demandons à aller demeurer dans le monde d’en bas, dans le monde dont le sol est plat, là-bas. Le roi des thên leur fit don d’un buffle aux cornes courtes, émoussées, et les renvoya dans le monde d’en bas. Ils vinrent s’établir à Na Noi Oi Nu et dès lors, pour vivre, cultivèrent les rizières avec leur buffle. Trois ans plus tard, ce buffle creva. Ils laissèrent la dépouille de l’animal à Na Noi Oi Nu.  Peu de temps après, une liane surgit des naseaux du buffle crevé. Quand elle se fut développée, elle donna naissance à trois fruits qui étaient gros comme ces paniers où l’on dépose le riz des semences. Quand les courges furent mûres, les hommes naquirent en leur sein, telle la Nang Asangno qui naquit dans le calice d’un lotus et fut élevée par un ermite. Tous ces hommes se mirent à pousser des cris stridents à l’intérieur des courges. A ce moment, Pu lang S’oeung fit rougir un foret à l’aide duquel il perça les cucurbitacées. Par le trou ainsi foré, des hommes sortirent en se bousculant. Comme, par cette ouverture, serrés les uns contre les autres, ils s’échappaient avec peine, Khun K’an, avec un ciseau, perça un second trou grand et large par où, durant trois jours et trois nuits, un flot humain s’écoula. Les courges demeurèrent vides.

 

 

Les hommes qui étaient sortis par le trou foré se répartirent en deux groupes : les T’ai Lom et les T’ai li ; ceux qui étaient sortis par le trou pratiqué au moyen du ciseau constituèrent trois groupes : les T’ai Loeung, les T’ai Lo et les T’ai K’wang. Dès lors Pu Lang S’oeung leur apprit à cultiver les raïs, les rizières et à tisser pour vivre. Il les apparia en maris et femmes et leur indiqua comment construire leurs demeures. Ces hommes et ces femmes engendrèrent une multitude de garçons et de filles. Pu Lang S’oeung conseilla aux enfants de chérir leurs parents, de les nourrir, de respecter les vieillards, les personnes âgées. Longtemps plus tard, quand leurs parents moururent, ils les pleurèrent et leur firent des obsèques, conformément aux indications de Pu Lang S’oeung. « Ceux qui sont issus de l’ouverture pratiquée au moyen du ciseau, incinérez-les, leur dit ce dernier, élevez ensuite une maisonnette dans laquelle vous déposerez leurs ossements lavés et polis et où, chaque jour, vous irez leur offrir des mets. Ceux qui sont issus du trou foré, enterrez-les et recouvrez leur tombe d’une maisonnette où, quotidiennement, vous leur présenterez des offrandes. Si vous ne pouvez pas y aller, déposez riz et alcool sur un autel en bambou tressé, dans la pièce d’honneur de votre domicile, et conviez vos parents défunts au repas. Tous ceux qui, nés dans les courges, étaient sortis par le trou percé au moyen du ciseau étaient des T’ai, tandis que ceux qui étaient sortis par le trou foré étaient des Kha. Les uns et les autres n’étaient que les serviteurs et les sujets des trois khun.

 

 

Tous ces hommes alors proliférèrent, ils devinrent nombreux comme les grains de sable, comme les gouttes d’eau, mais ils ne pouvaient être gouvernés. C’est en vain que Pu Lang S’oeung et Khun K’an leur donnaient des conseils, ils n’obéissaient point. Les trois khun montèrent alors demander un roi au grand thên qui chargea Khun K’lu et Khun K’ong de cette fonction. Ces khun ne firent pas régner la prospérité, car chaque jour ils buvaient et s’enivraient. Le peuple était malheureux mais ils ne s’en souciaient point. Khun K’et et Khun K’an rapportèrent ces faits au roi des thên qui rappela les deux khun dans le royaume céleste. Le roi des thên nomma alors un monarque vertueux Khun Bulom, (son fils). Quand Khun Bulom eut reçu l’ordre du roi des thên, il descendit avec une multitude de personnes dans le monde d’en bas, le monde dont la surface est bien unie, et s’installa à Na Noi Oi Nu dans le Muang Thên. Parmi les hommes sortis des courges, les savants devinrent les courtisans de Khun Bulom, les niais et les ignorants constituèrent la masse qui vécut du travail des champs. S’entretenant avec les khun qui l’avaient accompagné, Khun Bulom leur dit : « Comment ferons-nous pour nourrir et vêtir tous ces êtres ? Auparavant, le roi des thên délégua Khun K’ong et Khun K’lu pour gouverner tous les hommes, mais les deux khun ne purent régner et le thên les rappela dans le monde d’en haut, les fit revenir dans le monde céleste. C’est alors qu’il nous donna l’ordre de descendre gouverner, mais, à la vue de ces hommes nombreux comme les grains de sable, comme les gouttes d’eau, nous nous prenons à songer : « Comment ferons-nous pour les vêtir, pour les nourrir ? Envoyons Khun S’oeung auprès du roi des thên ! »  Khun S’oeung alla saluer le roi des thên et lui exposa la situation. Le roi des thên envoya alors Thên têng et P’its’anukukan procéder à l’aménagement du territoire. Thên Têng indiqua aux hommes les époques où ils devaient cultiver les raïs, les rizières, cultiver le riz, les légumes, les fruits et tous les tubercules comestibles ... Quant à P’its’anukukan, il enseigna aux hommes à forger des coupe-coupe, des couteaux, des pioches, des bêches et toutes sortes d’instruments ; il leur apprit à tisser cotonnades et soieries, à s’habiller et il leur indiqua les mets qu’ils devaient manger. Thên Têng donna alors à Khun Bulom, roi du monde d’en bas les conseils suivants : « il faut que les T’ai K’wang dépendent de Khun K’wang, que les T’ai Li dépendent de Khun Li, que les T’ai Loeung dépendent de Khun Loeung, que les T’ai Lom dépendent de Khun Lom, que les T’ai Lô dépendent de Khun Lô. Désormais, si les habitants du monde d’en bas mangent de la viande, qu’ils offrent une patte de l’animal aux thên. S’ils mangent du poisson, qu’ils en offrent une brochette aux thên […]. Le jour h’uang,  les hommes ne doivent pas travailler. Les jours kot et kap du premier mois, les jours tao et h’uai du deuxième mois, tous les êtres humains doivent interrompre leurs travaux : ils ne doivent pas couper les branches des arbres avec des coupe-coupe, ni abattre les arbres à la hache, ils ne doivent pas aller chercher du bois de chauffage, ni puiser de l’eau. Ils ne doivent ni piler, ni vanner. Si ces prescriptions sont observées, vous régnerez en paix. » Après avoir donné ces conseils à Khun Bulom, à ses ministres et à tous les hommes, Thên Têng, en compagnie de P’its’anukukan, partit faire son rapport au roi des thên : « Nous avons tous deux, déclara-t-il, terminé l’aménagement du monde terrestre et inculqué notre enseignement aux hommes. » « Leur avez-vous procuré tous les instruments qui leur permettront de se divertir, les chants et les danses ? » demanda le grand thên. « Nous ne leur avons point enseigné ces techniques, répondit Thên Têng. Le roi des thên chargea alors Sik’ant’ap’at’evadalas’a de descendre en ce monde apprendre aux hommes à fabriquer des gongs, des tambours, des cymbales, des flûtes, des orgues à bouche et tous les instruments de l’orchestre. Après qu’il eut enseigné aux hommes le chant et toutes les variétés de danses, Sik’ant-ap’at’evadalas’a regagna le monde d’en haut et fit un rapport au roi des thên qui déclara :  Dorénavant, il ne faut plus que les hommes nous rendent visite. De notre côté, nous ne devons plus leur rendre visite.  Sur l’ordre du roi des thên, le grand et solide pont qui faisait communiquer les deux mondes fut coupé. Désormais les phi et les hommes ne purent plus se rendre visite. Khun Bulom qui gouvernait ce royaume terrestre n’était point encore parvenu à faire régner la prospérité quand une liane nommée Khao Kat jaillit, funeste présage, d’un étang nommé « Kuwa » et s’éleva à une hauteur de [cent mille yojanas. Elle couvrait de son feuillage tout le territoire qu’elle plongeait dans l’ombre. A Muang Thên, le soleil demeurant invisible, le froid régnait. Les travaux des champs étaient voués à l’échec. Khun Bulom donna l’ordre aux habitants de couper cette liane, mais ils lui répondirent qu’il s’agissait là d’une plante extrêmement maléfique qu’ils ne pouvaient couper. Deux vieux époux, nommés Thao Nyoeu et Thaon ya, s’engagèrent alors à couper cette liane.

 

 

Si nous périssons, dirent-ils, que tous les hommes nous fassent des offrandes. Avant de faire quoi que ce soit, avant de manger quoi que ce soit, qu’ils nous appellent, ensuite qu’ils agissent, qu’ils mangent ! » Tous les hommes promirent de respecter cette prescription : « C’est parfait, dirent-ils, nous vous appellerons avant d’agir, avant de manger. » Sur ce, les deux vieux, une hache sur l’épaule, allèrent couper la liane. Ils travaillèrent durant trois mois, trois jours. La liane alors s’abattit et les deux vieux périrent victimes de leur acte. Toutes les personnes leur présentèrent des offrandes et les invitèrent en disant : «  Nyoeu kin ». Devenus « Phi Seua Muang », c'est-à-dire génies protecteurs, les deux vieux mangèrent les mets sacrificiels ainsi qu’ont coutume de le faire tous les génies et, dès lors, tous les habitants du Lan S’ang, comme marque distinctive, employèrent cette interjection « Nyoeu » avant toute tâche et tout repas. Le territoire devint un grand et vaste royaume auquel les hommes donnèrent le nom de Muang thên car il avait été fondé par les thên descendus du ciel. Khun Bulom fit régner la prospérité dans le pays. Les Lao labouraient les rizières et semaient le riz tandis que dans les montagnes les Kha faisaient des brûlis. Les uns et les autres gagnaient bien leur vie. Longtemps après Khun Bulom eut sept fils. De Nang Et Khêng, il eut d’abord Khun Lô, Nyi Phalan, Chu Song ; ensuite il eut trois fils de Nang Nyommap’ala : Sai Phong, Ngua In,  Luk Kom. Nang Et Khêng lui donna un septième fils : Chet Chuang.  Quand ses sept fils furent en âge de régner, Khun Bulom remit à chacun d’eux un fragment des défenses de l’éléphant précieux qui venait de périr, ainsi qu’une partie du trésor que lui avait donné son père le roi des thên avant qu’il ne quittât les cieux. Après avoir partagé ainsi ses biens, Khun Bulom indiqua à ses enfants les royaumes qu’ils devaient fonder : Khun Lô régnerait sur Muang S’va, Nyi Phalan sur le pays des Ho, Chu Song sur l’Annam, Sai Phong gouvernerait le pays de Nyeun, Ngua In serait roi du Siam, Chet Chuang enfin monterait sur le trône du pays P’uon. Le partage des territoires ainsi effectué, il exhorta ses fils au respect des frontières tracées. « Si l’un d’entre vous, poussé par la cupidité, l’envie, fait franchir à ses soldats, à ses éléphants, à ses chevaux, les frontières du souverain voisin, s’il porte le fer dans le territoire d’autrui, conquérant villes et villages, qu’il périsse et ne puisse réaliser ses desseins ! S’il plante des arbres, qu’il meure avant l’apparition des fruits ! S’il plante du rotin, qu’il meure avant que les tiges n’aient jauni ! Que sa vie soit terne et malheureuse ! S’il cultive la rizière, que la foudre le frappe ! S’il regagne sa demeure, que le tigre le dévore ! S’il voyage par eau, que les génies ophidiens de la grandeur d’une pirogue le dévorent ! S’il voyage par voie de terre, que les tigres de la grandeur d’un cheval le dévorent ! Que le royaume du frère aîné demeure celui du frère aîné, que le royaume du cadet demeure celui du cadet. Ne cherchez pas à vous nuire les uns les autres, à vous tourmenter. Ne vous querellez point… Peu de temps après avoir donné ces conseils à ses fils, Khun Bulom et ses deux épouses décédèrent. Les sept fils, après avoir juré de respecter les prescriptions de leur père, se dirent adieu et partirent fonder, chacun de leur côté, un royaume. Khun Lô l’aîné, descendant les eaux vertes de la Nam U, parvint à Muang S’va que gouvernait un prince Kha descendant de Khun S’va, l’ancêtre de la dynastie qui avait donné son nom au territoire. Khun Lô chassa l’aborigène, monta sur le trône et fonda une chefferie qui devait durer jusqu’à nos jours sur le royaume de Luang Prabang.

 

Ces cartes de Paul Le Boulanger (6)  montent l'expansion des principautés laos :

 

 

Dominique Geay-Drillien pose la question de savoir s’il s’agit d’un mythe, d’un récit ou d’un discours étiologique ?

 

« Le texte de Khoun Bourôm est bien un récit qui raconte une histoire cohérente mettant en scène des êtres surnaturels (les thên) et des hommes »

« Le texte de Khoun Bourôm raconte et justifie une situation nouvelle, le monde a été modifié par les dieux pour faire naître une nouvelle humanité, une civilisation et un royaume. ....

 

Comme l’explique B. Malinowski, « le mythe n’est pas une explication destinée à satisfaire une curiosité scientifique, mais un récit qui fait revivre une réalité originelle » (9).

« En ce sens, le texte de Khoun Bourôm est bien un discours étiologique ».

 

Notre auteure décompose cette histoire mythique en plusieurs étapes :

« La première humanité et le déluge »     

 

 « Dans cette première section, une communication entre le ciel et la terre montre que les hommes et les dieux se rendent visite mutuellement. Le ciel et la terre ne sont pas encore des espaces disjoints et peuvent communiquer. Les dieux et les hommes franchissent les domaines au moyen d’un lien cosmique qui est un pont ; dans d’autres légendes, il s’agit d’un arbre, d’une échelle ou encore d’un pilier.... Le thème du déluge se retrouve dans de nombreux mythes de l’Asie Orientale et de l’Asie du Sud-est » (10). Le déluge est suivi d’un assèchement des sols, une régénération en quelque sorte. Les trois khoun retrouvent la terre ferme avec un buffle cadeau du roi des thên. Le roi des thên est souvent appelé Phagna Thên (roi du ciel).  Les khoun pourront à nouveau cultiver la terre et vivre de la culture du riz. Une deuxième chance leur est donnée ».

 

 

« La seconde humanité et l’échec de la mise en œuvre d’une organisation sociale ».

 

Après l’apparition de la courge magique et celle des trois Khun,  ceux-ci se révélèrent incapables de gérer l’humanité nouvelle, l’organisation sociale est un échec.

 

 

« Le don d’un roi et l’organisation politique du territoire »

 

« Le roi du ciel délègue divers dieux pour aider de nouveau à l’aménagement et à la civilisation du territoire. Ils transmettent leurs savoirs aux hommes pour leur apprendre à vivre ensemble et en autarcie grâce à l’apprentissage graduel de techniques et de connaissances spécifiques. On assiste de ce fait à un transfert de compétences. Tout ce que possède l’humanité est donc considéré comme un don des dieux.  Comme pour la séquence précédente, il semblerait que la civilisation sur terre ne puisse être que la réplique de la civilisation céleste puisqu’elle est initiée par les dieux eux-mêmes.

 

 

« Les ancêtres mythiques  - La succession de Khoun Bourôm et l’assise d’une dynastie royale d’origine divine»

 

Nous retrouvons l’aménagement du monde, sujet que nous avons abordé et probablement l’origine du culte des ancêtres largement répandu sur les deux rives du Mékong. (1).

 

 

« Khoun Bourôm aménage le monde et attribue un territoire à chacun de ses fils, ce qui contribue à faire des Lao des héritiers. Il envoie ses fils fonder des royaumes dans les régions où vivent des T’aï (les hauts plateaux t’aï du Vietnam, les Sip Song Pan Na dans le sud de la Chine, l’Etat chan en Birmanie, la Thaïlande et le Laos ce qui correspondrait aux frontières d’un très ancien royaume T’aï). Alors que son plus jeune fils fonde le royaume de Xieng Khouang dans la Plaine des Jarres, l’aîné, Khoun Lô, descend la Nam Ou, ravit la principauté de Meuang Sua à son souverain Kha et l’appele Xieng Dong Xieng Thong, qui deviendra plus tard Louang Prabang... »

 

 

Les conclusions de l’auteure :

 

Celle-ci nous indique que le « mythe de Khoun Bourôm s’insère dans une tradition de légendes communes à l’Asie du Sud-est dans lesquelles il a puisé de nombreux éléments : Il a intégré le déluge, clé du contrat social, présent dans presque toutes les sociétés de l’Asie orientale et de l’Asie du Sud-est. » ... Il inclut « la conception d’un âge d’or aux origines ; l’accident comme rupture et comme dégradation de l’harmonie originelle ; l’explication de la condition humaine actuelle »... « Le mythe de Khoun Bourôm se rapporte plus spécifiquement à l’origine de l’homme en société et à la fondation du premier royaume Lao. De cette fondation va naître la chaîne de filiation ininterrompue reliant le héros civilisateur Khoun Bourôm jusqu’aux derniers souverains du Laos... Le mythe de Khoun Bourôm se pose parfois en concurrent du récit historique : le présent du narrateur est consigné dans les Annales historiques de Louang Prabang. Il est probable que le mythe de Khoun Bourôm a été récupéré pour créer l’Histoire des origines du Laos... Il détermine l’identité ethnique du peuple Lao.

 

Mais quittons la légende pour entrer de plein pied dans l’histoire commune des peuples Thaïs et Lao.

 

Le mythe de Khoun Bourôm donne de précieuses indications sur la qualité de la structure politique des sociétés prébouddhiques d’Asie du Sud-est. Au sujet de la migration des T’aï, G. Coedès précise : « On parle parfois de « l’invasion des T’aïs », conséquence de « la poussée mongole » au XIIIème siècle. En réalité, il s’est agi plutôt d’une infiltration lente et sans doute fort ancienne, le long des rivières relevant de ce glissement général des populations du nord vers le sud, qui caractérise le peuplement de la péninsule indochinoise. Mais il est de fait que les environs de l’année 1220, peut-être à la suite de la mort de Jayavarman VII qu’on peut placer peu avant cette date, ont vu se produire une grande effervescence aux confins méridionaux du Yunnan. C’est vraisemblablement de la même époque que date la descente légendaire de Khoun Bourôm, l’arrivée massive des T’aïs par le par le Nam U sur le site de Louang Prabang » (11).

A 363 - LE MYTHE DE KHOUN BOURÔM OU L’ORIGINE COMMUNE DES THAÏS ET DES LAO.

Ce passé transfiguré échappe à la mémoire et le mythe restitue à travers une image folklorique les thèmes historiques de la naissance de l'organisation sociale des Lao, de leur migration vers le Laos et de l'établissement de leurs principautés le long du Mékong.

 

 

Mais sans entrer dans des considérations qui pourraient rapidement devenir d’un ésotérisme fuligineux sur la « tradition primordiale », comment ne pas faire le rapprochement entre le récit biblique de l’expansion de l’humanité après le déluge et le mythe de Khoun Bourôm ?

 

NOTES

 

(1)  Voir nos articles article  11 : « Origines des Thaïs ? Une courge de Dien-Bien-Phu ?» :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-origines-des-thais-une-courge-de-dien-bien-phu-97767868.html   

Et (article du Capitaine Achard et de Philippe Drillien) :

A 358 « L’ARRIVÉE DU BOUDDHISME DE PART ET D’AUTRE DU MÉKONG ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/a-358-l-arrivee-du-bouddhisme-de-part-et-d-autre-du-mekong.html

 

(2) Sous le titre réducteur « Histoire du Laos français » il a écrit en réalité l’histoire du Laos après avoir étudié  en particulier les manuscrits laotiens de la  Bibliothèque royale de Luang-Prabang,

 

Auguste Pavie donne une très longue description de l’histoire mythique du Laos mais elle ignore l’épisode du déluge (« HISTOIRE  DU PAYS DE LAN-CHHANG, HOM KHAO (MILLIONS D'ÉLÉPHANTS ET PARASOL BLANC) Luang-Prabang et Vieng-Chang  - RECHERCHES SUR L'HISTOIRE DU CAMBODGE, DU LAOS ET DU SIAM » 1898

 

 

 (3) Le premier publié dans le numéro 113 de la revue au 4e trimestre 2018 concerne « Le rituel associé à la fête des fusées ». Il est numérisé :

https://www.academia.edu/37789270/Les_liens_entre_rites_et_mythe_dorigine

 

 

Le suivant dans le numéro 114 du 1er trimestre 2019 sous le titre « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé à la course des pirogues», également numérisé :

https://www.academia.edu/38131919/rites_et_mythe_la_course_des_pirogues_au_Laos_.pdf 

 

 

 

suivant dans le numéro 115 du 2e trimestre 2019 sous le titre « Les liens entre rites et mythe d’origine  - Le rituel associé à la fête du T’at » également numérisé :

 

https://www.academia.edu/38962017/Rites_et_mythe_dorigine_le_rituel_associ%C3%A9_%C3%A0_la_f%C3%AAte_du_Tat?auto=download

 

 

 

La suivant dans le numéro 116 du 3 trimestre 2019 sous le titre  « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé au jeu de Ti-K’i » est aussi numérisé :

https://www.academia.edu/39766885/Le_jeu_de_Ti-Ki_et_ses_rites

 

 

Le suivant dans le numéro 117 du 4e trimestre 2019 sous le titre « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé aux Devata Luang : Pou Gneu et Gna Gneu » également accessible :

https://www.academia.edu/40559767/Le_rituel_associ%C3%A9_au_Devata_Luang_Pou_Gneu_Gna_Gneu

 

 

(4) Cette écriture qui était celle de l’Isan connaît un  certain renouveau ainsi que nous l’avons étudié !

A 304 « VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ECRITURE ISAN ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-304-vers-une-renaissance-de-l-ancienne-ecriture-isan.html

 

 

(5) D’ailleurs en thaï, « laotien » se traduit par « khon lao » (คน ลาวpersonne lao) et en langue lao par le même mot. Initialement, il fut écrit « laocien » dans le Larousse du XIXe, dans les « Notes sur le Laos » d’Aymonier en 1885 ou dans sons « Voyage dans le Laos » de 1897 et dans le « dictionnaire français-laocien » de Monseigneur Cuaz de 1904)

 

 

(6) Citons en particulier celle - que nous n’avons pas consultée - d’un universitaire de Khonkaen, Souneth Phothisane, « The Nidan Khun Borom – translation et analysis » publiée en 1996.

 

(7) Charles Archaimbault mort en 2001 fut un pan entier de l'érudition sur l'Asie du Sud-Est incontournable pour quiconque s'intéresse à l'histoire du Laos ou à la culture lao. Un bel hommage lui a été rendu par Yves Goudineau in: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 88, 2001. pp. 6-16; La première rédaction écrite daterait selon Michel Lorillard du début du XVIe siècle (« Quelques données relatives à l'historiographie lao ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome  86, 1999. pp. 219-232;

 

(8) « Structures religieuses Lao (Rites et Mythes) », Vientiane, Ed. Vithagna, 1973.

 

(9) Référence de Dominique Geay-Drillien ;  « Cité par M. ELIADE dans Aspects du mythe, Paris, Ed Folio Essais n°100, 2001, p.34 ».

 

(10) Le déluge est effectivement un mythe répandu dans de nombreuses cultures autres qu’asiatiques. C’est aussi un des plus anciens. Ce mythe étiologique relate généralement des pluies catastrophiques et des inondations consécutives et a pour visée d'expliquer souvent l'origine de la violence. Il symbolise la colère, l'anéantissement et le chaos, mais aussi la survie et la renaissance. Ces phénomènes évoquent la colère divine. Toutefois cette gigantesque destruction n'est qu’une étape car elle inclut toujours la survie. C’est la fin d'une humanité, suivie de l’apparition d’une humanité nouvelle, symbole de la renaissance. Le meilleur exemple pour nous est celui de la Bible.

 

Comment ne pas constater l’étrange similitude entre le récit biblique et celui du déluge déclenché par les créatures célestes ?

 

 « Yaweh vit que la méchanceté des hommes était grande  sur la terre et que toutes les imagination s et les tendances de leur cœur n'étaient que mauvaises constamment; Et Yaweh se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre et fut affligé en son cœur. Yaweh dit j’exterminerais de la face de la terre l'homme que j'ai créé depuis l'homme jusqu'aux animaux domestiques, jusqu’aux reptiles et jusqu'aux oiseux des cieux et je me repends de les avoir faits. Mais Noé trouvé grâce aux yeux de Yaweh ...»  (Genèse VI-5-8).

 

 

« Les fils de Noé qui sortirent de l’arche étaient Sem, Cham et Japhet...et c’est d’eux que vient la population de la terre.. » (Genèse VIII-18). Le premier serait considéré comme le père des Sémites, le second comme celui des Africains et le dernier celui des populations d’Eurasie.

 

 

Nous retrouvons le même récit dans le Coran (sourate XI, versets 25 à 48)

 

 

Les mythes du déluge sont-ils la mémoire d’un événement réel ? La question reste sans réponse. Une lecture littéraliste de la Genèse (7-6) date le Déluge de l'an 600 de la vie de Noé, soit, toujours selon la Bible, 1.656 ans après la création d'Adam et 2.348 ans avant la naissance du Christ.

 

(11) G. COEDES « Les Etats hindouisés d’Indochine et d’Indonésie », Paris, E de Broccard, 1964, pp. 346-347.

 

 

 

 

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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 22:02

 

Philippe Drillien dans son article «Le bouddhisme au Laos à travers la philatélie» consacre un chapitre aux légendes relatives au bouddhisme, illustré par les timbres-poste. Nous nous sommes intéressés à l’une d’entre elles qui concerne une déité fondamentale du bouddhisme théravada, Nang Thorani, la déesse-mère. Laissons-lui la parole:

 

 

LA LÉGENDE DE NANG THORANI

 

Mâra, le diable, se rendant compte que Bouddha échappait à son contrôle, voulut lui enlever son trône d’émeraude. Il envoya ses cinq filles (trois selon d’autres versions), magnifiquement parées et parfumées, afin de le séduire, mais celles-ci se retirèrent, confuses et honteuses, soudainement vieillies et ridées. C’est alors que Mâra prépara cinq armées pour vaincre Bouddha, l’accusant de s’être emparé du trône d’émeraude. Nang Thorani, déesse de la Terre, se présenta alors devant Mâra, sur un signe de Bouddha. Tordant ses cheveux tressés, elle en fit sortir l’eau, goutte à goutte, sur la terre. Cette eau se transforma en mers et océans qui engendrèrent toutes sortes de monstres et de reptiles : les armées de Mâra furent décimées et détruites. Grâce à Nang Thorani, Bouddha put se maintenir sur son trône d’émeraude.


 

 

Cette attitude de Nang Thorani est un geste d’entraide et de lutte contre le mal. C’est pourquoi elle a été choisie pour figurer sur un timbre-poste célébrant le vingt-cinquième anniversaire de l’ONU: Ce timbre représente le Palais de l’ONU surmonté également de l’emblème des Nations unies et Nang Thorani, déesse de la Terre. Il s’agirait de la reproduction de la statue en ciment du  Vat Khily de Luang Prabang.

 

 

 

Des statues de Nang Thorani sont souvent représentées dans les cours de pagode laotienne… Rien qu’à Luang prabang, il en existe au moins cinq autres, au vat Aphay, au vat Ho Xieng, au Vat Maha That, au Vat Meun Na et au Vat That Luang. Le Vat Chom Kao de Houey Say en possède également une. J’ai même appris récemment que deux autres (au moins) ont été construites au Texas (1), mais cette liste est loin d’être exhaustive.

 

 

Par ailleurs, dans le chapitre de son opuscule qu’il consacre à «LA REPRESENTATION DU BOUDDHA DANS L’ART LAO»   il nous parle de cet épisode de la vie de Bouddha à l’occasion de la représentation de cet événement:

 

 

Le Bouddha en Bhûmisparsa mudrâ, ce qui signifie « le sceau de toucher la terre ». Cela veut dire que le Bouddha prend la terre à témoin. On dit encore que le Bouddha fait le geste de Mâravijaya (en lao, Mâravixay , victoire sur Mâra, le roi des Enfers). Il s’agit d’une allusion au prodige consacrant la défaite de Mâra. Quatre semaines après l’Illumination de Bouddha, Mâra voulut le tenter et le ramener aux réalités terrestres. Il lui dépêcha donc ses trois filles Concupiscence, Volupté   et Inquiétude. Mais, sous le regard de l’Illuminé, elles perdirent leur attrait. Mâra montra alors à Bouddha, pour le  décourager, l’immensité de la tâche qu’il s’était fixée : jamais Bouddha ne parviendrait à communiquer aux humains la science qu’il venait d’acquérir. Mais, la foi de Bouddha était si forte qu’il toucha la terre de sa main droite afin d’avoir un témoignage. Selon la légende, la Terre apparut, éloigna Mâra et repoussa les démons. La victoire sur Mâra est  un geste qui implique une idée d’imperturbabilité. La main droite, allongée vers le bas sur sa cuisse droite, effleure le siège de l’extrémité de ses doigts tandis que la main gauche repose dans le giron. C’est sans doute la position du Bouddha la plus répandue dans l’iconographie lao (2).

 

 

L’utilisation de cette divinité bienveillante singulièrement assimilée par la philatélie lao à l’organisation des Nations Unies (mais c’était en 1970!) nous a conduit à rechercher qui était Nang Thorani (นาง ธรณี) pour les Thaïs, plus volontiers appelé Phra Mae Thorani (พระแม่ธรณี)Dharani dans la forme pali et Dharana dans la forme sanskrite puisqu’elle vient de la mythologie hindouiste. Dans son premier dictionnaire thaï – latin – français – anglais, Monseigneur Pallegoix traduit «Ange femelle qui préside à la terre». Dans l’édition de 1896, la traduction devient «la terre». Dans le dictionnaire pali-anglais de T W Rhys Davids elle est tout simplement « la terre ». Le dictionnaire sanskrit –français de l’École française d’extrême orient nous donne incontestablement la meilleure définition : « la terre personnifiée ».

 

 

Elle est la déesse mère, vierge mère de toutes les divinités  que nous retrouvons dans toutes les mythologies antiques, indiennes bien sûr d’où elle est passée au bouddhisme, égyptienne. Nous la retrouvons dans la mythologie grecque en la personne de Gaïa, déesse primordiale et déesse mère,  ancêtre maternelle des races divines, qui enfanta de nombreuses créatures célestes.

 

 

Nous retrouvons la Vierge mère chez les chrétiens faisant l’objet d’un culte aux bornes de la déification  (3).

 

 

Son histoire telle qu’elle résulte des Vessantara Jatakas,

 

 

...mais les versions en sont multiples,  est celle de la déesse de la terre ou de la déesse terre.  Au moment où le Bouddha s’engagea dans sa méditation finale avant d'atteindre le Nirvana, le Démon Mara qui incarne l’esprit du mal se présenta au Bouddha avec son armée et lui demanda de quel droit il se tenait assis à cet endroit. Le Bouddha toucha alors le sol de sa main droite pour prendre la terre à témoin, et la tradition dit que la Déesse Mae Thorani se manifesta et fit sortir de sa tresse l'eau qui symbolisait les mérites accumulés par le Bouddha dans ses vies passées. Cette  eau coula en telle abondance qu’elle noya l'armée de Mara et que le Bouddha mit ensuite poursuivre sa méditation en paix. Déesse mère, elle est la mère sans intervention d’un père biologique de toutes les déités de la tradition hindo-bouddhiste. Mère du monde, son culte  remonte à au moins 3 000 ans bien avant le Bouddha historique.

 

 

Elle est la seule divinité à laquelle le Bouddha fit jamais appel quand il était en grand danger, seul, désarmé et attaqué par une armée de démons. Il lui suffisait de se sécher les cheveux pour anéantir cette armée de démons ... 

 

Un fervent bouddhiste suivant l'exemple du Bouddha lui-même ne peut donc faire appel qu’à elle et subsidiairement à Indra.

 

C’est un aspect du bouddhisme qui a frappé les Missionaires. Il n’y a qu’elle et Pha Indra que les laotiens pensent pouvoir leur être secourables (4).

 

Les représentations de Phra Mae Thorani sont omni présentes dans les sanctuaires et les temples bouddhistes du Laos, de Birmanie, du Cambodge et de Thaïlande, statues ou peintures murales. Elle est toujours personnifiée comme une jeune femme qui, en essorant ses cheveux, en fit sortir de l'eau pour noyer Māra.

 

 

Pour ne parler que de Thaïlande, le parc de Suan Thurian Laen (สวนทุเรียนแลนด์) dans la province de Chantaburi vit l’édification de ce qui serait sa plus grande statue au monde.

 

 

A la fontaine de Mae Thorani située à côté de Sanam Luang à Bangkok, on voit parfois des femmes y prendre de l'eau bénie sortant de sa tresse dans l'espoir que cette eau les aidera à tomber enceintes.

 

 

Médailles et amulettes se vendent en grand nombre.

 

 

 

Elle n’et naturellement pas oubliée de la philatélie locale, en 1968 à l'occasion de la décennie hydrologique internationale

 

 

en 2015 pour le 100e anniversaire de la création du service des eaux, mère de la terre, elle est aussi mère des eaux

 

 

 ... et en 2018 pour une série relative au patrimoine artistique

A 361- LE BOUDDHISME DE PART ET D’AUTRE DU MÉKONG. 4- LES LÉGENDES LIÉES AU BOUDDHISME LAO, LA LÉGENDE DE NANG THORANI (Philippe Drillien)

NOTES

 

(1) Probablement à Houston.

 

 

(2) Nous avons longuement parlé de cette posture de Bouddha qui est effectivement l’une des plus représentées dans le monde bouddhiste théravada :

 

Mara (มาร) est l’esprit du mal, la mort, le démon, le malin. C’est le plus grand dieu du domaine des désirs. Vasavarti Mara, le mal personnifié, intervient avec sa horde de démons. Le Bodhisattva appela alors Dharani, la déesse de la terre comme témoin des vertus de ses vies précédentes : elle noya Mara et sa troupe en tordant sa chevelure.

 

 

Cette posture est la 9e. Bouddha est assis la main gauche ouverte, dans son giron la main droite posée sur le genou, les doigts dirigés vers la terre.

 

237 – « LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html

 

 

(3)  Devant ces excès, dès 431 le concile œcuménique d'Éphèse a défini le rôle de Marie de Nazareth, mère de Jésus, comme « Mère de Dieu » ce qui n'en fait pas l'égale de Dieu. La Réforme mit en question les excès du culte des saints et de la Vierge-Marie en particulier. Au concile de Trente au XVIe siècle, l'Église catholique dut introduire une distinction entre les cultes, culte rendu à la Vierge Marie, supérieur au simple culte rendu aux saints et aux anges et adoration qui ne convient que pour Dieu. Le concile Vatican II pour répondre à des excès a rappelé que pour le christianisme, le rédempteur unique est Jésus-Christ, fils de Dieu et de Marie.

 

 

(4) Voir « Les sorciers laociens » in Annales des missions étrangères de janvier 1923.

 

 

 

 

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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 22:49

 

LE DRAPEAU BOUDDHIQUE 

 

C'est au Sri-Lanka, à la fin du XIXe siècle, que le drapeau bouddhique fut inventé. Il est l'œuvre d'un Occidental, le colonel Henry Steel Olcott. Colonel en retraite de l'armée américaine, il avait découvert le bouddhisme lors du premier « Parlement International des Religions » qui s'était tenu à San Francisco. Profondément impressionné par la doctrine bouddhiste, il se rendit à Ceylan (actuel Sri-Lanka) dans les années 1880. Il y développa une intense activité pro-bouddhique, aidant les laïcs cinghalais dans leur lutte contre la tutelle coloniale des Britanniques...  Le drapeau bouddhique joua ainsi un rôle non négligeable comme signe de reconnaissance de la nouvelle communauté bouddhiste cinghalaise nationaliste !

 

 

Ce n'est que le 26 mai 1950 qu'il sera finalement adopté à l'unanimité par vingt-six délégations représentant l'ensemble des communautés bouddhistes asiatiques, lors d'un rassemblement œcuménique à Colombo (capitale du Sri-Lanka). Il est depuis lors largement utilisé dans tous les pays bouddhistes.

 

 

Les six couleurs qui le composent rappellent la symbolique de l'arc-en-ciel... L'arc-en-ciel, pont entre le monde terrestre et céleste, est aussi une représentation symbolique de l'unité dans la diversité et, par là-même, symbole de tolérance. Les couleurs des six bandes qui le composent, cependant, ne reprennent pas les tonalités de l'arc-en-ciel mais celles traditionnellement associées à l'aura du Bouddha : bleu, jaune clair, rouge, blanc et orangé, la sixième bande étant la réunion des cinq couleurs précédentes.

Suivant les enseignements Bouddhiques ces cinq couleurs représentent cinq sources de perfectionnement indispensables à la pratique bouddhique :

 

- la couleur bleue est le symbole de la méditation

- la couleur jaune clair symbolise la « pensée juste »

- la couleur rouge représente l'énergie spirituelle

- la couleur blanche est celle de la « foi sereine »

- la couleur orangée, symbole de l'intelligence, est un composé des quatre couleurs précédentes, tout comme l'intelligence est considérée comme la synthèse des qualités que ces couleurs symbolisent.

- la sixième bande, enfin, est l'association des cinq précédentes et symbolise ainsi la non-discrimination.

Chaque couleur correspond également à un fait des vies antérieures du Bienheureux.

 

- Le Bleu : le Boddhisattva (futur Bouddha) naquit en tant que roi Sri Bhirah et fit don  de ses yeux à Indra (Dieu Suprême) qui prit l'aspect d'un brahmane (1ère caste dans la hiérarchie hindouiste).

- Le Jaune : le Boddhisattva nommé Vini Pandita, sacrifia sa propre chair à Indra qui avait pris l'aspect d'un géant orfèvre, afin qu'il en fasse des feuilles d'or pour couvrir la statue du Bouddha.

- Le Rouge : un jour, un serpent venimeux mordit la mère du Boddhisattva, Botum Manob. Alors, le Boddhisattva s'arracha le cœur et en fit des médicaments pour la guérir.

- Le Blanc : le Boddhisattva, Sri Vessantara (Phra Vêt), donna son éléphant blanc aux habitants d'un autre pays pour les soulager de la famine, car la présence de cet éléphant apporta la pluie.

- L'Orange : le Boddhisattva, Vicathara, fit don de sa chair à un géant en échange de la     vie de sa mère.

- L'Eclat du diamant (mélange des cinq précédents couleurs) : parmi ses vies antérieures,  le Boddhisattva incarna la vie d'un lapin, Soma Pandita, et éprouva le besoin de faire un grand don. Alors, Indra l'aida à réaliser son vœu. Il se transforma en un vieux brahmane affamé ; ce qui permit au Boddhisattva de faire don de sa vie comme nourriture à l'attention du vieux brahmane.

 

Curieusement, le drapeau bouddhique ne figure sur aucun timbre du Laos et sur aucune carte postale ancienne. J’ai cependant trouvé dans mes photos personnelles ce drapeau représenté, en compagnie de celui de la RDPL, sur la pancarte d’entrée du Vat Manorom à Luang Prabang (1).

 

 

 

LA ROUE DE LA LOI  

 

 

La roue est un symbole solaire particulièrement présent dans les images  Bouddhiques. Bien avant de s’illustrer dans ce contexte, elle fut en Inde associée au dieu Vishnu, garant de la stabilité et de  la continuité de l’ordre cosmique. Elle fut aussi très tôt désignée comme l’emblème le plus précieux du monarque universel, s’imposant comme symbole de gloire et d’autorité, de puissance liée une fois encore à la pérennité de l’ordre et du mouvement du monde. Le dharma-cakra (ธรรมจัก) est la roue de la Loi, la roue du Dharma.

 

Le Dharma désigne communément pour les bouddhistes l’ensemble des enseignements du Bouddha. Il désigne ainsi ce qu’est la sagesse, la discipline mentale et la conduite éthique. La notion de dharma recouvre aussi l’ensemble des phénomènes et la chaîne des causes et des effets qui régit leurs interactions dans le cycle du samsâra : le cycle ininterrompu des renaissances. Plus largement encore, le Dharma désigne la notion de réalité ultime qui s’impose par-delà l’erreur des perceptions coutumières. Lorsqu’après avoir atteint l’Eveil Shakyâmuni décida de transmettre son expérience, d’enseigner les vérités qu’il avait formulées, il mit en marche la roue de la Loi. Il initia une nouvelle dynamique spirituelle et transmit les Quatre nobles vérités lors du sermon de Sârnâth. Ces quatre nobles vérités concernent la vérité de la souffrance et le rejet de l’idée d’un soi permanent ; la vérité des désirs comme origine de la souffrance ; la vérité du nirvâna comme extinction des désirs et de l’illusion d’un soi permanent ; la vérité du chemin à huit branches comme huit prescriptions relatives à l’éthique, la discipline mentale et la sagesse. Dans l’iconographie bouddhique, la roue compte parmi les huit symboles de bon augure. Flanquée de deux gazelles, elle commémore le sermon de Sârnâth, et devient ainsi un des symboles les plus glorieux du bouddhisme. On rencontre souvent la roue de la Loi sur la paume des mains ou sur la plante des pieds des images de Bouddha comme on peut le voir,  sur la photo que m'a communiquée Sengdeuane Rattanasamay.

 

 

La roue de la Loi a peu de place dans la philatélie lao. Je l’ai cependant trouvée sur le cachet premier jour d’une série de timbres sur Pravet Sandone et sur un timbre de la RDPL  (2).

« Ce paragraphe a été presque entièrement copié sur le site du Musée Guimet » nous dit Philippe Drillien.

 

LES TAMBOURS

              

Au Laos, il existe plusieurs sortes de tambours, mais, à ma connaissance, deux, seulement, ont une  fonction religieuse, un peu comme celle de nos églises (3) :

 

Le tambour de midi (Kong Phène) est monoxyle, comme tous les tambours de pagode. C’est une portion de tronc d’arbre cylindrique, d’environ un mètre de diamètre, évidée intérieurement  et pourvue, à ses deux extrémités, d’une peau de buffle tendue sur lesquelles les moines frappent  avec un maillet de bois à tête recouverte d’étoffe pour annoncer l’heure de la prière. Suivant  la tradition, les matériaux servant à sa fabrication ainsi que le jour où l’on doit se mettre à le fabriquer doivent être le résultat d’une longue étude faite par le hora (astronome)

                                       

Le tambour de bois (Pong) est également façonné dans un tronc d’arbre et sculpté de  différents sujets artistiques. Normalement, il sert à annoncer le lever du jour et également à sonner l’équivalent de notre angélus vers 18 heures (4).

 

 

LE HANG LIN

 

Le hang lin est une gouttière servant à l’arrosage des statues de Bouddha, du Roi

 

 

...ou des bonzes. Le hang lin comprend trois parties :

-  un réceptacle dans lequel les fidèles versent l’eau de l’ondoiement. Ce réceptacle représente un oiseau mythique. Son dos est creusé en forme d’entonnoir et ses longues ailes dissimulent la cavité.

- un canal figurant le corps couvert d’écailles d’un makara (Terme sanscrit désignant un animal marin mythique dont la tête est souvent munie d’une trompe mais évoque celle d’un crocodile dont l’extrémité crache un naga (génie ophidien à tête de serpent. Son culte est en relation avec l’eau)  parfois polycéphale, qui constitue…

- …le déversoir placé au-dessus de l’autel d’ondoiement.

 

 

LES PARCHEMINS    

 

Au Laos, dès le XVème siècle, les textes religieux sont écrits sur des feuilles de may lan  (ไม้ ลาน - latanier). La feuille est d’abord gravée au stylet, puis, avec un  chiffon, elle est enduite d’une encre grasse qui pénètre dans la gravure. Il suffit alors d’essuyer avec un chiffon et les lettres gravées apparaissent en noir sur la feuille qui a repris sa couleur d’origine. De nombreux ouvrages ont survécu au passé, certains grâce aux moines qui les ont restaurés ou recopiés.

 

Les manuscrits sont stockés dans des coffres en bois qui les protègent de la poussière et  de l’humidité.

 

 

Leur valeur étant souvent inestimable, ils sont placés sous la protection des bonzes qui gardent précieusement les manuscrits et les coffres en bois (ตู้หนังสือธรรม - runangsuetham  - coffre aux livres sacrées)  dans des ho tray (หอไตร -bibliothèques) (5).

 

Ces coffres datées du XIXe siècle se trouvent au Musée du temple de That Phanom

 

 

Remercions Philippe Drillen de cette érudite contribution à notre blog. Faisant suite aux deux précédents articles de la plume du Capitaine Achard, ce sont de forts utiles compléments aux articles que nous avons consacré à l’architecture religieuse traditionnelle (6).

 

 

NOTES

 

(1) Cette absence totale du « drapeau bouddhique » dans la philatélie lao et également thaïe n’a rien pour nous surprendre,  mais Philippe Drillien fait bien d’en signaler l’existence car il est possible quoique peu probable que nous puissiez le rencontrer un jour au Laos ou en Thaïlande car il n’a rien d’universel.

 

 

Ce colonel peut-être autoproclamé- on ne sait trop où il aurait gagné ses galons dont la réalité fut contestée par ses détracteurs - était clerc dans une étude d’avoué, plongé tout à la fois dans les milieux spirites où l’on fait tourner les tables, occultistes où l’on fait parler les morts et maçonniques. Il fut le fondateur de la société théosophique qui exerça un temps une certains séduction dans les cercles intellectuels ou prétendus tels souvent plongés dans le syncrétisme. Son histoire fait partie des curiosités et des excentricités de l’esprit humain.

 

 

Ce drapeau est - sur le plan de l’art de la vexillologie - une abomination. Un drapeau se doit d’être simple et compris par tous, y compris les enfants et non une accumulation de couleurs représentant des symboles complexes. Tous les petits thaïs savent que dans leur drapeau le blanc représente la foi bouddhiste, le rouge la nation et le bleu le roi.

 

 

Tous les petits Laos savent que dans leur drapeau le rouge représente le sang versé pour l’indépendance, le bleu le Mékong et la lune qui surmonte le bleu, l’unité du pays

 

 

Si vous cherchez sur Internet « drapeau bouddhiste » (ธงพุทธ)  vous serez renvoyé au Drapeau de la roue de la loi (ธงธรรมจัก) qui flotte souvent aux côtés du drapeau national dans les temples bouddhistes.

 

 

Les églises catholiques les jours de fête remplacent le fanion bouddhiste par celui du Vatican.

 

 

Il en est peut  être autrement au Sri Lanka oú l’invention d’un drapeau bouddhique est un élément de la lutte anti colonialiste qui fut violente et souvent animée par un mouvement théosophe. Le pays a d’ailleurs consacré une vignette postale à Olcott en 1967 pour le 60e anniversaire de sa mort

 

 

et un autre en 1980 pour le 100e anniversaire de son arrivée à Ceylan ne portant d‘ailleurs pas son drapeau mais la roue de la Loi.

 

 

Il est l’auteur d’un ouvrage assez puéril traduit en français « Le bouddhisme selon le canon de l'Église du Sud et sous forme de catéchisme » qui se présente comme « Approuvé et recommandé pour l'usage dans les Ecoles Bouddhistes PAR H. SUMANGALA, Grand-Prêtre de Sripada, Pic d'Adam, et de Galles, Principal du Widyôdaya Parivena, Ecole de théologie bouddhiste »,

 

un titre impressionnant mais que l’on chercherait en vain dans les sutras primitifs, pour le fondateur de la théosophie à Ceylan qui se distingua en célébrant des cérémonies religieuses pour célébrer l’entrée de Darwin au Nirvana

 

 

(2) Elle apparait dans la philatélie thaïe dans la série de vignettes émises en 1957, accompagnant d’autres symboles, à l’occasion du 2500e anniversaire du bouddhisme.

 

 

(3) Nous avons consacré deux articles aux antiques tambours de bronze sur le rôle desquels planent des incertitudes

 

Insolite 23 - LE MYSTÉRIEUX GRAND TAMBOUR DE BRONZE DE MUKDAHAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/03/a-255-le-mysterieux-grand-tambour-de-bronze-de-mukdahan-nord-est-de-la-thailande.html

 

INSOLITE 24- LE MYSTÉRIEUX GRAND TAMBOUR DE BRONZE DE MUKDAHAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)… SUITE ET FIN

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/a-257-le-mysterieux-grand-tambour-de-bronze-de-mukdahan-nord-est-de-la-thailande-suite-et-fin.html

 

 

(4) Dans tous les temples sur les deux rives du Mékong on trouve une Ho Rakang  (หอระฆัง « la tour de la cloche »). C’est un échafaudage qui comporte deux étages, le premier étage contient le tambour (หลอง) et l’étage supérieur, accessible par une échelle de perroquet les petits tambours ou les cloches.

Voir notre article : 

A 214.3 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-3-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-iii-les-autres-batiments.html

Le tambour donne le son grave thoum et les cloches  le son aigu ti. Nous vous avons parlé du système horaire traditionnel siamois. « Ti » sonne les heures de la prière du matin et « Thoum » celle de la soirée.

Nous avons parlé du système traditionnel de computation du temps encore utilisé au quotidien en Isan et probablement au Laos, pas dans les halls de garde évidemment : Il repose sur des constatations de bon sens : notre latitude nous situe entre tropique nord et équateur, la durée de la journée entre lever et coucher du soleil y est donc d’une remarquable constance, de 6 heures du matin (lever du soleil) à 6 heures du soir (son coucher) avec évidemment des décalages de jamais plus d’une heure en fonction des saisons, mais quelle importance ?  C’était un peu le ding din dong du clocher de nos églises ou du beffroi de nos mairies que donnait l’heure à nos anciens qui n’avaient ni montre ni horloge et n’en avaient nul besoin.

 Voir notre article

 

A33. Le système horaire traditionnel thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/search/heure%20traditionnelle/

 

 

(5)  Ho Trai (หอไตร), littéralement « la tour triple », c’est la bibliothèque des saintes écritures (phratraipitaka - พระไตรปิฏก) qui sont triples (mais en quelques centaines de volumes)  d’où le nom (ไตร, c’est trois en sanscrit-pali d’où vient notre chiffre trois). Les plus anciennes sont des constructions en bois sur pilotis sur une pièce d’eau pour éviter les attaques des insectes auxquels les manuscrits traditionnellement sur feuilles de latanier sont sensibles.

 

Ces manuscrits firent l’objet de deux articles de François de Grailly dans les numéros 112 et 113 de la revue Philao (3e  et 4e  trimestres 2018) « Les manuscrits traditionnels laotiens ». Ils sont le résumé d’un mémoire publié en 2019.

 

 

(6)

A 214.1 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-1-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-i-les-saints-chedis.html

A 214.2 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-2-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-ii-les-chapelles-d-ordination.html

A 214.3 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-3-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-iii-les-autres-batiments.html

                                

 

 

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 02:12

 

Nous avons dans un précédent article A 358 parlé de « l’arrivée du  bouddhisme de part et d’autre du Mékong » au vu d’un article portant la signature du  Capitaine Achard et la présentation de Philippe Drillien, portant le titre « Le Bouddhisme au Laos à travers la philatélie» publié dans un numéro spécial de la revue Philao, le bulletin de l’Association Internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos.  Nous vous disions que ce titre n’était qu’en apparence réducteur puisque la philatélie n’est que l’illustration d’un texte qui ne concerne pas seulement le Laos mais également pour une immense partie, l’Isan et pour une grande partie l’ancien Siam. Nous continuons la publication de la suite de la synthèse du Capitaine Achard, une description vivante du bouddhisme en deux chapitres, ses fêtes religieuses et les bonzes et les fidèles. Tout cela date de plus de 60 ans, et depuis, il a coulé beaucoup d’eau dans le Mékong et nous allons portant retrouver des descriptions qui sont toujours au moins partiellement valables au XXIe siècle.

 

 

Tout a donc changé au Laos?

 

Le pays est devenu indépendant en 1954 et a basculé dans le communisme il y a 45 ans. Les gouvernements communistes ont la mauvaise habitude de ratifier des constitutions qui garantissent la liberté des religions avant de les ignorer. Le 5 juillet 2002, le gouvernement lao a publié un décret intitulé «Sur le contrôle et la protection des activités religieuses». Le statut des religions dans la société y est clairement défini dans le texte : «L'unique but des activités d'une religion en République démocratique du Laos ne peut être que d'appuyer et servir le développement du pays» dans la ligne des politiques religieuses chinoise et vietnamienne qui subordonnent les religions aux objectifs définis par l'Etat. Le  bouddhisme toutefois qui représente entre 55 et 60 % de la population ne semble pas pâtir de ces mesures contraignantes. Les Laos dominent la vie politique nationale, et les dirigeants politiques laos appartiennent de fait, au moins sur le plan culturel, au bouddhisme theravada. En pratique, cela signifie que les moines bouddhistes et les pagodes ne sont pas soumis aux mêmes restrictions que les membres d’autres religions et autres lieux de culte. Au niveau national, cette proximité entre le bouddhisme et l’État signifie que Sangkharat, le patriarche suprême du bouddhisme au Laos, entretient des relations étroites avec les dirigeants politiques du pays. De même, dans les provinces, il n’est pas rare que des représentants du gouvernement invitent des moines bouddhistes pour bénir de nouveaux bâtiments. Il y aurait dans un pays de 7 millions d’habitants 22.000 moines et plus de 6.000 temples en activité. En dehors de communautés très marginales de chrétiens et de musulmans, les populations des ethnies – nombreuses au Laos sont pour l’essentiel animistes pratiquent des cultes tribaux. Bouddhisme et animisme font bon ménage comme en Isan.

 

 

En comparaison, dans la Thaïlande de 70 millions d’habitants et selon l’office national du  bouddhisme (สำนักงานพระพุทธศาสนาแห่งชาติ) il y a 41.205 temples bouddhistes dont 33.902 ayant une activité monastique. En 2014 elle comptait 290.015 moines et 58.418 novices. Dans la province de Mahasarakham qui passe pour être la plus profonde de l’Isan profond et qui comporte un moins de 1 million d’habitants répartis dans 1804 villages, il y a 873 temples inventoriés pour 4.679 moines et 701 novices.

 

 

Tout a donc changé en Isan?             

 

Région déshéritée il y a 60 ans, dépourvue de moyens de communication, le chemin de fer ne l’a jamais atteinte, les chemins de terre étaient impraticables en saison des pluies, l’électrification n’a commencé que dans le début des années 80, la région vivait en économie de subsistance. Ne la décrivons pas aujourd’hui oú les moindres villages ont accès au Wi-Fi rapide, oú tous pianotent sur leur tablette et tous ont accès pratiquement gratuitement à des dizaines de chaînes de télévision. Cela ne les empêche pas de croire aux fantômes.

 

Et pourtant, nous retrouvons il y a 60 ans cet aspect du bouddhisme comme nous le connaissons.

 

Cette omniprésence du bouddhisme explique au moins pour partie même s’il y a d’autres causes,  l’échec cuisant de l’insurrection communiste en Isan entre 1965 et 1980 (1) et en corollaire la bienveillance manifestée par les dirigeants communistes du Laos à l’égard du bouddhisme.

 

 

Et tout comme au Laos, coexistent deux structures religieuses différentes, l'une animiste ancienne, l'autre bouddhiste.

 

Reprenons le texte du  Capitaine Achard

 

LES FÊTES RELIGIEUSES

 

Aujourd’hui, le calme et la prospérité revenus, le villageois tranquille règle sa vie sur le calendrier bouddhique. Qu’il me soit permis de montrer, sur la période d’une année, la vie d’un bon Lao. Commençons à le prendre le jour du Boun Pi May, le nouvel An lao qui se situe entre le 6e jour de la lune décroissante du 5ème mois et le 5ème jour de la lune croissante du 6e mois, c’est-à-dire, aux environs du 14 avril. Grande fête, s’il en est, puisqu’elle dure trois  jours en province et huit jours à Luang Prabang. Le Lao l’inaugure en accomplissant, avant toute chose, l’œuvre  pie et ardemment souhaitée de laver, nettoyer et parfumer les innombrables statues du Bouddha dans les maisons et  les pagodes ; ensuite, se joignant au village, il va au fleuve proche, transporter du sable et édifier des that, geste propitiatoire entre tous puisque chaque grain lave un péché et exauce un vœu (2).

 

 

Aussitôt après, c’est la pleine lune du 6e mois, date importante entre toutes, puisqu’elle vit la  naissance, l’illumination et la mort du Bouddha. C’est la fête du Boun Bang Faï ou fête des fusées (3). Qui n’a assisté au défilé des fusées et aux danses carnavalesques, frisant, il faut le dire, la pornographie, ne se doute pas de la ferveur qui, alors, transporte les esprits. Il faut, en ce même jour, voir les pieuses processions, conduisant des Naga à l’ordination ou des bonzes à l’ondoiement.  (Les Nak ou naga sont des génies ophidiens. Les Lao leur ont consacré de nombreuses légendes et, dans le calendrier Lao, l’Année du Naga remplace celle du Dragon. Le naga est souvent utilisé comme élément décoratif, notamment dans les rampes d’escalier de pagode, dans les hang lin et dans les faitières de toits de pagode) (4).

 

 

Il faut regarder à l’intérieur des pagodes les hommes et les femmes accroupis, répéter les Saints Commandements et se prosterner dévotement après chaque péroraison du bonze qui prêche. Dehors, certes, la foule crie et les fusées partent dans des explosions de joie populaire, mais il faut comprendre que ce furent ces fusées qui mirent le feu au bûcher du Très Saint, qu’elles sont signe de joie, car aussi bien la mort est la délivrance et le Bouddha ne fut véritablement paravirvané qu’en se consumant dans le feu. Peu après, c’est le début de la saison des pluies, rappelant aux hommes le prochain recommencement des travaux du cycle agricole.

 

 

Par égard pour mes amis Lao, je voudrais rectifier ici la croyance répandue du « dolce farniente » laotien (5). Au Laos, l’industrie est encore inexistante ; chacun doit subvenir à tous ses besoins et dans les campagnes, où les villages vivent en pleine autarcie, la division du travail et la spécialisation sont inconnus. Le Lao forge ou rétame le soc de sa charrue ; c’est lui-même qui en redresse le manche, qui  confectionne les brancards et les jougs ; c’est lui qui répare la charrette héritée directement des Khmers d’Angkor et dont la forme n’a pas varié depuis le IIIe siècle ; c’est lui qui fabrique herses et couteaux ; c’est lui qui va dans la forêt chercher les fibres si solides et dont seul il connaît l’essence – dont il fera des cordes pour ses bœufs ou ses buffles ; c’est lui qui en vue des poissons que la pluie rappelle à la vie, doit fabriquer des engins de pêche en bambou, chanvre et ramie. Et c’est encore lui qui répare la toiture qui s’effrite, qui va chercher la paillote de remplacement nécessaire, qui répare le métier à tisser et soigne le buffle malade… Cependant qu’il faut chercher les repas de chaque jour, qu’il faut encore nourrir les enfants et les  bonzes.

 

 

Or, il n’y a pas de marché au village lao, et domestiques et ouvriers y sont inconnus ; chacun ne peut compter que sur soi-même, tant pour son entretien que pour sa subsistance. J’ajoute que le Lao considérerait comme un péché de manquer de servir un repas à son bonze ou de ne pas lui offrir le padèk (saumure de poisson) des ordinaires misérables (6).

 

 

Pour le bonze, il élèvera des poulets et des canards ; les meilleurs fruits et primeurs sont pour le représentant du Bouddha, pour celui qui est la source de tous les mérites entre les morts et les vivants. Faut-il enfin, parodiant La Fontaine, pour faire du Laotien une peinture achevée, outre sa femme, ses enfants et ses moines, invoquer les impôts, les corvées et les travaux de route, les  coups de main à donner aux voisins en toutes circonstances, dans l’érection d’une maison comme dans les actes importants des travaux agricoles ? Voilà bien des travaux dont ne se doutent guère ceux qui accusent notre homme de paresse. Toujours avec le sourire le Lao en vient à bout, se levant avec le coq et rentrant à la nuit. N’a-t-il pas, en compensation, le droit, ainsi qu’il l’affirme, de rester à contempler son riz qui pousse au souffle de la brise, en prenant mille coloris suivant les heures du jour ? N’a-t-il pas, non plus, le droit de rêver parfois à la lune ou de musarder au soleil quand ses provisions sont faites, sa maison réparée et son grenier rempli ?

 

 

Mais voici le retour des fêtes des disparus, précédé par une cérémonie grandiose qui met tout le village en émoi. Les hommes en pérégrination ont réintégré les pagodes ; celles-ci sont nettoyées, et aussi les maisons et les ruelles des villages. En ce début de saison au cours de laquelle, empêché par la pluie, le Bouddha s’était retiré dans le jardin de Jétavana, chacun tient à faire un retour sur soi-même et, comme les Bonzes qui vont hebdomadairement se livrer à la confession générale, ainsi chaque habitant veille sur sa conscience et travaille à son salut. Je passe sous silence le jour solennel - la pleine lune du 8ème mois - du défilé des cierges et des habits d’offrandes, à l’achat desquels tout le monde a contribué ; mais j’insisterai sur les trois mois de ce carême, ou Vatna, pendant lesquels régulièrement, toutes les semaines, chacun vient faire ses offrandes à la pagode, écouter les prônes et pratiquer les huit Commandements :

• ne tuer ni homme ni bête.

• ne pas prendre ce qui est à autrui.

• ne pas toucher à la femme d’un autre.

• ne pas dire ce qui n’est pas vérité.

• ne pas abuser de ce qui peut enivrer.

• ne pas se nourrir l’après-midi.

• ne pas s’orner ni se parfumer.

• ne pas se coucher sur des matelas ou des lits trop hauts.

 

 

C’est au cours du carême qu’ont lieu les deux fêtes des morts, le Ho Khao Pachap Dinh (fin du 9e mois) et le Ho Khao Slak, à la pleine lune du 10e mois.

 

C’est aussi la période la plus digne, celle où les Lao gardent le plus de retenue. C’est le moment des défilés hebdomadaires des hommes et des femmes de tous âges se rendant à la pagode pour entendre le récit monotone des leçons de morale et la relation des vies du Boddhisatva. Fête des morts, débauche d’offrandes ; cigarettes et chiques de bétel, gâteaux et fruits ; depuis longtemps on est allé chercher les uns, depuis longtemps on a confectionné les autres. En vain la gourmandise des enfants pleure-t-elle après tant de bonnes choses. Leurs mères répondant qu’il ne faut pas se servir avant les bonzes et que toutes ces choses excellentes sont destinées à la soeur ou au frère disparu, aux grands oncles et aux grands-pères qui ne sont plus. Pour comprendre la joie des enfants et la liesse générale de ces deux jours mémorables, il faut se reporter au calendrier chrétien, à Pâques et à Noël. Partout friandises et gâteaux de toutes sortes  sont accrochés dans un poudroiement de poussière, il y en a à l’entrée des maisons, dans les pagodes, sur les barrières et même jusque sur les tombeaux…Le Lao en ces deux jours a suspendu tous les travaux champêtres et, mettant en pratique les Commandements du Parfait, médite sur le sens profond de la vie en se livrant à des occupations anodines (7).

 

Puis c’est la sortie du Carême marqué surtout à Vientiane par les courses de pirogues sur le Mékong (8).

 

 

Ensuite vient la fête des reliquaires qui marque l’époque heureuse de la moisson, c’est la fête du 3e mois enfin, pendant laquelle l’homme, libre de tous travaux urgents, se livre sans réserve au plaisir et à la dévotion. Et le quatrième mois arrive, qui ouvre l’époque de la grande charité, les fêtes du Phra Vêt (ou Pravet) le Boddhisatva qui abandonna sa  femme, ses enfants et son cheval.

 

 

A son exemple, chacun se dépouille et ces fêtes  de village n’ont d’équivalent que le Kan Thin, au cours duquel on offre aux bonzes  des effets d’habillement. Le Bouddha l’a dit : « La richesse sur terre  ne doit être recherchée que juste pour la nourriture de l’individu et les aumônes à faire… à la mort, nul n’emporte avec soi ces biens matériels qu’il serait déraisonnable de trop rechercher ». Fidèle pratiquant, le Lao se contente de peu et fait beaucoup d’aumônes ; à l’envi,  il cite des exemples de justice immanente  prouvant que le bien mal acquis ne profite jamais.

 

 

LES BONZES ET LES FIDÈLES

 

Mais qui sont donc ces bonzes, si vénérés au Laos ? Ce n’est ni plus ni moins qu’une confrérie de moines ou religieux, vivant selon les règles du Sangha (ou Communauté) qui furent établies au Concile bouddhique de Rajagriha, tenu sitôt après la mort du Maître, Concile qui fut présidé par son disciple favori Ananda, lequel a, par ailleurs, de nombreux traits de ressemblance, avec le saint Jean de l’Evangile. Ces bonzes ne se distinguent des laïcs que par leur tête entièrement rasée ainsi que les sourcils.

 

 

Leur costume est composé de trois pièces de cotonnade jaune vif. La première est nouée à la ceinture en long pagne, la deuxième tendue en écharpe sur une épaule, la troisième drapée en toge sur la même épaule tandis que l’autre épaule reste nue. Si les plus vieux, les Chao houa samret ont choisi de rester moine jusqu’à la fin de leurs jours, la plupart n’ont pris l’habit que pour un temps plus ou moins long : de tradition, tout Lao se doit de porter la robe jaune au moins quelques mois. Il s’ensuit qu’un Lao, environ sur dix, est moine. Si l’on met à part une élite qui s’adonne à l’étude des textes en pali, la langue sacrée, celle-là même que, paraît-il, parlaient le Bouddha et quelques bons maîtres d’école, la majorité reste formée d’honnêtes campagnards, qui ont de l’instruction. Pour ce qui est des bonzes temporaires, l’échelle des valeurs vaut à peu près celle des militaires du contingent. Il y a un peu de tout : des princes, des fonctionnaires grands ou petits, des paysans, des citadins et des coolies ; il y en a qui sont munis de titres ou de diplômes européens, d’autres qui ne lisent pas sans peine les paroles du Maître. Il y en a qui s’efforcent d’observer strictement la règle, d’autres qui se contentent de ne pas enfreindre les grandes défenses. Il y a même de doux rêveurs qui, dans les régions riches, se tournent les pouces en attendant qu’on les nourrisse. Le monastère ou Vat  est parfois le refuge de pauvres campagnards qui n’ont même pas un lopin de terre - et il n’est pas d’usage au Laos que le paysan se loue, il sert aussi d’abri au citadin chômeur. Nourri, logé, ne payant pas l’impôt, celui-ci attend, pour quitter la robe, de trouver un emploi de  gratte-papier ou de planton. S’il a la possibilité de travailler la terre, il croirait déchoir en le faisant ; il attend une place de bureaucrate, poussant à l’extrême la patience bouddhique, satisfait s’il  mange à sa faim. Etant donné le nombre accru des monastères et leur encombrement depuis quelques années, il en est, en effet beaucoup où, malgré la générosité des fidèles, le bonze se serre un peu la ceinture.

 

Il s’agit donc, en ce qui concerne les bonzes, de savoir distinguer non seulement les moines temporaires mais aussi moines volontaires et moines par nécessité. De toute façon il faut reconnaître qu’une fois rentré à la pagode chacun s’efforce de respecter pour le mieux les règles bouddhiques.

 

 

Il est vrai aussi que si le Lao a le plus grand respect pour ses bonzes et assure leur subsistance, il les surveille aussi fort étroitement et n’admettrait pas de leur part le moindre manquement à la règle. Le Code Lao est également fort sévère pour les religieux puisque en cas de crime ou délit de leur part, la peine est double de celle d’un laïc et entraîne obligatoirement le dépouillement de l’habit religieux et l’expulsion de la pagode. Pour ne citer qu’un exemple, tout bonze qui aura eu des rapports sexuels avec une femme ou une jeune fille est puni de cinq ans de prison ferme avec la même peine pour sa partenaire. Le clergé est fortement hiérarchisé. Chaque monastère est sous l’autorité d’un supérieur, le chao vat ou chao atikan lequel relève d’un chef provincial, le chao lasakhana lequel relève à son tour d’un chef suprême, dont le siège est à Vientiane. Il existe au Laos deux sectes distinctes : la grande secte Mahanikay et la petite secte Thammayut.

 

 

Cette dernière, d’origine siamoise et aristocratique, qui prétend revenir à la lettre des vieux textes sacrés au détriment des spéculations métaphysiques se distingue surtout par une admiration sans borne de tout ce qui vient du Siam, une grande vénération de quiconque porte un titre de noblesse  et un parfait mépris de la secte traditionnelle Mahanikay, « le grand tas », la secte du vulgaire, celle du peuple. A l’heure actuelle, il faut reconnaître que la grande masse est restée fidèle à la secte Mahanikay qui constitue la grande masse des bouddhistes Lao.

 

La religion imprègne entièrement la vie quotidienne du Lao. Tous les jours il se lève au chant du coq. Son riz est cuit à l’appel des gongs annonçant la prochaine quête des bonzes et quand ceux-ci arrivent au village, tout le monde est prêt à remplir leur écuelle de riz bien chaud. Cependant que ceux qui viennent faire leur première aumône de la journée, font des libations pour attester la déesse de la terre et formuler leur souhait, les domestiques, les vieilles personnes ou la jeune fille de la maison portent à la pagode le  repas matinal des bonzes. Sur ces sentiers uniques des villages lao, ils partent en file, s’appelant les  uns les autres, le fléau sur l’épaule, ayant accroché, derrière la corbeille de vivres et devant, les paniers de riz. Eux aussi, font acte méritoire et recevront peu après la quotidienne bénédiction traduite ainsi pour Thao Nhouy Abhay (9) :

 

Gna’Tha : « Les fleuves sont pleins, ils alimentent et remplissent les océans. Ainsi les aumônes que vous faites en ce moment parviendront à ceux qui ne sont plus.

Les récompenses que vous souhaitez, puissent-elles vous être accordées rapidement. Puissent tous vos désirs être exaucés – pleins comme la lune du quinzième jour. Et puissent-ils briller comme la pierre précieuse qui resplendit toujours de son plus brillant éclat ».

Sapphi : « Disparaissent toutes les malignités. Disparaissent les maladies et les fièvres. Disparaissent  les dangers. Ayez une longue vie. Seront votre apanage les quatre joyaux de l’enseignement : vieillesse, santé, bonheur, force, à vous qui avez toujours agi avec humilité et douceur à l’égard   des vieillards ».

Phavatou Sab : « De par la puissance du Bouddha, de son enseignement et de la Communauté,  puissent tous les bonheurs vous échoir. Puissent les divinités vous protéger et puissiez-vous être toujours en bonne santé ».

 

 

Alors, eux aussi font la libation, attestant Nang Thorani, la déesse Terre. Ils transmettent leur aumône à ceux qui ne sont plus, leurs morts et les morts errants, sans famille et sans entretien ; ils  leur souhaitent de bientôt renaître, demandant pour eux-mêmes une meilleure vie humaine à défaut de la condition suprême d’arahat, la condition du Bienheureux qui ne renaîtra qu’avec le  futur Bouddha.

 

 

 

Alors, et alors seulement, le laotien prend son petit déjeuner et se rend à ses occupations. Le soir, à nouveau, avant de se coucher, tout seul ou réuni avec les membres de sa famille, il va fleurir les statues du Maître, sur l’autel placé au haut de sa couche, et réciter la prière par laquelle il place sa confiance et son salut dans le Bouddha, sa doctrine (Dharma) et sa Communauté (Sangha). Une fois tous les huit jours, il observe, suivant ses possibilités, les cinq ou huit Commandements que nous avons vus plus haut. Ainsi s’écoule la vie du fidèle pratiquant, mais sa ferveur religieuse saisit encore toutes les circonstances pour se manifester : à la naissance, à l’adolescence, au mariage et à la mort. Si le bonze ne se rend pas dans les maisons aux premiers vagissements d’une vie nouvelle, s’il n’y a pas, chez les Lao, de cérémonies semblables au baptême chrétien, c’est le plus souvent le bonze qui est consulté pour le nom donné à l’enfant. Car le bonze est presque seul à savoir combiner et à  faire correspondre les conjonctions des astres, les jours et les heures de la naissance avec les lettres et les syllabes. Comme les fées des contes européens, seul il sait lire l’avenir dans les menottes et insuffler l’optimisme dans les cœurs des mères ; seul il sait indiquer les remèdes et les mesures à prendre pour assurer bonheur et longévité à l’être nouveau-né. Avec les petits bijoux offerts par les parents, et que l’on accroche au cou de l’enfant, ou à son poignet, il y a toujours une plaque d’or ou d’argent enroulée, où le bonze a tracé quelques caractères sacrés ou même un gatha entier. (Un gatha est un texte religieux, écrit en pâli, réputé porte bonheur. Ce texte est souvent tracé sur une plaque d’or ou d’argent enroulée) L’enfant appartient au bonze.

 

 

Dès qu’il peut se rendre utile, c’est lui le compagnon de sa mère,  lorsque celle-ci s’entretient avec l’image du Bouddha ; c’est lui le lat qui présente eau, cigarettes et chiques de bétel, et quand il atteint environ dix ans, il quitte ses parents pour vivre à la pagode au service du bonze devenu son instituteur. En cette occasion, le père dit toujours au Maître : « Faites de lui ce que vous voudrez. Traitez-le (entendez : maltraitez-le) comme il vous plaira,  pourvu toutefois que vous ne le rendiez pas infirme ».

 

 

Et, en même temps que les lettres de l’alphabet, l’enfant fait son apprentissage de domestique et,  inconsciemment ou non, connaît par cœur les sutra (ou versets) élémentaires.  L’enfant placé entre les mains du bonze, les parents sont tranquilles, non seulement pour son avenir proche, mais encore pour ses vies futures.

 

Au Laos, l’honnête homme est celui qui écoute les conseils des bonzes. Le bonze est en effet le gourou dont la parole fait autorité, dont l’avis, même novateur est préféré à la tradition. Chaque Lao, ainsi, grandit sous le contrôle d’un bonze, son khrou  qui restera pour lui, même quand il aura quitté la pagode, le guide et l’ami, le consolateur et parfois le confident. Car il ne faut pas oublier que le bonze – et tout Lao l’a été – a servi trois maîtres : le bonze (oupaja) qui présida la cérémonie de son ordination et les deux témoins (kammavacha) qui répondirent de lui en la même circonstance.

 

 

Je passerai sous silence la participation des bonzes au mariage et à la mort, car cela constituerait la  matière d’un autre exposé.  Je crois avoir montré comment le Bouddhisme imprègne entièrement le peuple lao, et comme tout  gravite dans ce doux pays autour de l’enseignement du Maître, cela se manifeste même dans la conversation. Le mot qu’emploie le Laotien pour se désigner, quand il converse avec un égal est khoy et khanoy (petit esclave) quand il s’adresse à un supérieur. Dans le langage administratif ou quand il parle à la foule, le Lao emploie le terme kha phra chao qui signifie « esclave du Bouddha ».

 

Le Laotien est profondément pieux. De tout son cœur et de toute son âme, il s’est livré au Bouddha  et croit très sincèrement que, tous les jours, il conforme tous les actes de sa vie aux préceptes de  celui qui plus jamais ne renaîtra. Mais le Laotien s’est fait un Bouddhisme à son image. Le climat du Laos, la nature aimable et facile, inclinant à la douceur et à la paix, et l’histoire ont conduit le peuple lao à chercher réconfort et consolation au sein d’un bouddhisme tranquille et bon enfant. Je ne terminerai pas cet exposé sans mentionner, à côté du  Bouddhisme orthodoxe, les croyances héritées de l’ancien fonds  thaï et qui gravitent autour du culte des phi ou esprits divers de la terre, de l’eau, des rivières et des montagnes… et que le laotien voit partout. Il entremêle d’ailleurs inconsciemment ses croyances avec le Bouddhisme. Il n’est qu’à voir à Luang Prabang,  au moment des fêtes du nouvel an la participation des Phou Gneu Gna Gneu accompagnés du lion Sing, énormes mannequins grotesques représentant les Ho Tévada Luang (les grands ancêtres) ou encore les  cultes rendus à tous les Ho phi ou maisons de génies que l’on  trouve partout au Laos. Cela mériterait aussi un exposé particulier, sinon un livre entier. Le sujet a d’ailleurs été traité par  Henri Deydier, de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, en ce qui concerne le Nord Laos (10).

 

 

Ce mélange de Bouddhisme et de superstitions animistes ne choque nullement le bon peuple lao qui continue et continuera sans doute encore longtemps à pratiquer la bonne doctrine et le Dharmaçakraparvatana du sermon de Bénarès quand, pour la première fois, le Bouddha Gautama fit « tourner la roue de la Loi » pour sauver le monde de la douleur (11) (12).

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir nos deux articles

H 28 « LA GUÉRILLA COMMUNISTE DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) DU 7 AOÛT 1965 AU 23 AVRIL 1980 - PREMIÈRE PARTIE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/h-28-la-guerilla-communiste-dans-le-nord-est-de-la-thailande-isan-du-7-aout-1965-au-23-avril-1980-premiere-partie-4.html

H 29 « LA GUÉRILLA COMMUNISTE DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) DU 7 AOÛT 1965 AU 23 AVRIL 1980. LA FIN ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/h-29-la-guerilla-communiste-dans-le-nord-est-de-la-thailande-isan-du-7-aout-1965-au-23-avril-1980.la-fin.html

 

(2) Nous avons traité à plusieurs reprises le sujet des fêtes de nouvel an (pi maï) que nous connaissons aussi sous le nom de Songkran, la fête de l’eau. Il intervient en fonction du calendrier lunaire traditionnel, il est le jour le plus chaud de la saison sèche et varie selon les années du 12 au 15 avril, 5e mois du calendrier lunaire. Il est également le jour de passage du soleil dans le signe zodiacal du bélier.

 

Voir nos articles :

 

A103 « SONGKRAN, LE NOUVEL AN THAÏ ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a103-songhran-le-nouvel-an-thailandais-entre-tradition-et-modernite-117050328.html

 

A146 « Les fêtes de Songkran ... Il Y A 100 Ans ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html

 

A 215 « เจ็ดนางสงกรานต์ : LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-215-la-legende-des-sept-deesses-de-songkran.html

 

A 308 « LES DESSERTS DE SONGKRAN (NOUVEL AN BOUDDHISTE) EN THAÏLANDE ET AU LAOS - ขนมส่งความสุขรับขวัญปีใหม่ »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-308-les-desserts-de-songkran-nouvel-an-bouddhiste-en-thailande-et-au-laos.html

 

(3) Nous avons également parlé de cette fête traditionnelle en Isan

 

Madame Dominique Geay-Drillien, épouse de Philippe, a consacré un article à ce rituel dans le numéro 113 du 4e trimestre 2018 de la revue Philao : « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé à la fête des fusées » numérisé : https://www.academia.edu/37789270/Les_liens_entre_rites_et_mythe_dorigine

 

 

 

Voir nos articles

 

A 233 « LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/07/a-233-le-festival-des-fusees-en-isan-rituel-magique-ou-technologie-d-avant-garde.html

 

A 299 « LES RITES D’OBTENTION DE LA PLUIE EN ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-299-les-rites-d-obtention-de-la-pluie-en-isan-nord-est-de-la-thailande.html

 

(4) Nous avons consacré un article à ces mystérieux nagas reprenant un article de Philippe Drillien « Les nâgas et les boules de feu » dans le numéro 106 du Ier trimestre 2017 de la revue Philao. Nous disions en introduction : Enfin ! Un article sérieux que nous reproduisons avec son amiable autorisation d’autant plus volontiers qu’il concerne tout autant la partie nord de l’Isan que le Laos, qu’il en soit remercié.

 

A 240 « LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-240-les-mysterieux-nagas-du-mekong-cracheurs-de-boules-de-feu.html

 

(5) Il faut remercier le capitaine Achard qui répond à suffisance a tout ce qui a été écrit – souvent dans la littérature coloniale – sur la nonchalance des thaï-lao comparée aux industrieux chinois et vietnamiens. Il circulait chez les coloniaux le brocard « Les Laos écoutent pousser le riz, les Siamois le regardent pousser, les Vietnamiens le cultivent et les Chinois le mangent ».

 

Nous avons un tableau de ce qu’était l’Isan en 1950 à l’époque où le capitaine Achard écrivait sur le Laos. Elle est l’œuvre d’un ethnologue américain, John E. de Young « Village life in modern Thailand ».

 

 

Voir notre article

 

A 278 « LES MAISONS TRADITIONNELLES DU NORD-EST DE LA THAILANDE– UN ASPECT DE LA VIE DANS NOS VILLAGES EN 1950. (บ้านแบบดั้งเดิมของอีสาน - ปี 2493) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/10/a-278-les-maisons-traditionnelles-du-nord-est-de-la-thailande-un-aspect-de-la-vie-dans-nos-villages-en-1950.2493.html

 

Nous retrouvons les mêmes constatations dans l’article de Georges Condominas daté de 1968 : « Notes sur le Bouddhisme populaire en milieu rural lao ». In: Archives de sociologie des religions, n°25, 1968. pp. 81-110;

 

(6) Nous avons consacré un article à ce condiment volcanique qui est – nous avait confirmé notre ami Jean-Michel Strobino - toujours un élément essentiel de la gastronomie traditionnelle de Nice

 

A 339 « LE « PLA RA » (ปลาร้า) DE L’ISAN, UN CONDIMENT VENU DE L’ANTIQUITÉ GRÉCO-ROMAINE? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/11/a-339-le-pla-ra-de-l-isan-un-condiment-venu-de-l-antiquite-greco-romaine.html

 

(7) Voir au sujet des commandements bouddhistes notre article :

 

A 320 « LES CINQ PRÉCEPTES BOUDDHISTES DANS LES PROVINCES RURALES DU NORD-EST ET LEUR INCIDENCE SUR LA VIE EN SOCIÉTÉ. (ปัญจ ศีล - Pancasila) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/a-320-les-cinq-preceptes-bouddhistes-dans-les-provinces-rurales-du-nord-est-et-leur-incidence-sur-la-vie-en-societe.pancasila.html

 

(8) Madame Dominique Geay-Drillien, a consacré un article à ce rituel dans le numéro 114 du 1er trimestre 2019 de la revue Philao : « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé à la course des pirogues», numérisé

https://www.academia.edu/38131919/rites_et_mythe_la_course_des_pirogues_au_Laos_.pdf 

 

 

 

](9)  Cet écrivain et homme d’état né en 1909 fut  Président du Comité littéraire lao (en 1943). - Ministre des affaires étrangères (1951-1954), Ministre de l'éducation dans le gouvernement de Souvanna Phouma en 1960. Il mourut en 1963. Nous connaissons de lui une brochure ronéotypée datée de 1958 « Buddhism in Laos »

 

 

(10) Cet érudit a passé une quinzaine de mois au Laos. Auteur de nombreux ouvrages d’érudition, nous lui devons, publié en 1954, année de sa mort « Lokapâla : Génies totems et sorciers du Nord Laos ». Parlant la langue et la lisant, il a décrit un « bouddhisme particulier » ; « Au Laos, on nage encore dans le merveilleux ».

 

 

(11)  Georges Condominas écrit en 1968 (4)

« Au déclin du bouddhisme a correspondu une recrudescence du culte des Phi des Génies que la religion du Sage avait jamais réussi à faire entièrement disparaître malgré édit pris par le roi Pothisarath en 1527 Celui-ci proscrivait leur culte et ordonnait la destruction de tous leurs sanctuaires compris celui du génie tutélaire de la capitale alors Louang-Prabang sur emplacement duquel il fit construire une pagode. On a affaire dans ce culte des Phi au vieux fonds animiste thaï enrichi de celui des premiers occupants proto-indochinois et assimilé par leurs conquérants. Non seulement ces Phi sont communs aux populations de langue thaï et correspondent aux Yang des Proto-Indochinois orientaux) mais on retrouve leurs équivalents chez les Vietnamiens les Cambodgiens les Birmans »

 

(12) Vivant en Isan, c’est un sujet que  nous avons abordé à diverses reprises

 

A151 « EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHi" »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

INSOLITE 4 « THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES » …

 

INSOLITE 14 «  QUELQUES HISTOIRES DE PHI (FANTÔMES) ». http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-14.quelques-histoires-de-phi-fantomes.html

A 331 « LE CHAMANISME TOUJOURS PRÉSENT DANS LE BOUDDHISME DE L’ISAN ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-331-le-chamanisme-toujours-present-dans-le-bouddhime-de-l-isan.html

 

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 22:51

 

1- L’ORIGINE DU BOUDDHISME ET SES DÉBUTS AU LAOS

 

Nous avons accueilli à diverses reprises dans nos colonnes nos amis de l’Association Internationale des Collectionneurs de Timbres-Poste du Laos, Jean-Michel Strobino et Philippe Drillien dont Philao, la revue trimestrielle ne fait pas de la philatélie, la « timbromanie » comme on disait il y a encore un siècle, une passion monomaniaque mais surtout l’occasion d’une découverte érudite de la culture et de l’histoire de ce pays qui est si proche du Nord-est, « notre Isan ».

 

 

Rappelons une fois de plus si besoin était que le Mékong qui nous en sépare n’est qu’une frontière politique et que tout au long du XIXe siècle et au début du XXe on ne parlait pas d’Isan  mais de Laos siamois, les principautés ou états de la rive droite du Mékong.

 

L’association a publié en 2011 un numéro hors-série numéro 3 de son bulletin Philao sous la signature du Capitaine Achard et de Philippe Drillien portant  le titre « Le Bouddhisme au Laos à travers la philatélie ». Ce titre n’est réducteur qu’en apparence puisque la philatélie n’est que l’illustration d’un texte qui ne concerne pas seulement le Laos mais également pour une immense partie, l’Isan et pour une grande partie l’ancien Siam. C’est la raison pour laquelle nous vous en présentons la première partie avec l’aimable autorisation de Jean Achard, fils du capitaine et de Philippe Drillien.

 

 

EN GUISE D’INTRODUCTION PAR PHILIPPE DRILLIEN

 

Né en 1916 à Béziers, Henri Achard est lieutenant de l’infanterie coloniale lorsqu’il est affecté en  Cochinchine en 1946. Puis, grâce à un capitaine féru de bouddhisme laotien, il est nommé au Laos où il passe le concours de gendarmerie mobile. Vers 1950, il est l’un des principaux acteurs de la mise en place de l’Ecole de Gendarmerie Royale qu’il dirige pendant un certain temps. Le capitaine Achard était un homme d’une grande culture. Il maîtrisait la langue lao, ce qui lui a permis, entre autre, de rédiger un cours bilingue de droit pénal. Il s’est également profondément intéressé au bouddhisme. Il n’est donc pas étonnant qu’en mars 1959, il ait pu donner à Drancy une conférence magistrale sur le « Bouddhisme Laotien ». Lorsque son fils, Jean Achard, membre de l’AICTPL, m’en a communiqué le texte, j’ai pensé qu’il pourrait servir de base à un hors-série de notre association.  Avec l’accord de Jean, et sous son contrôle, j’ai décomposé cette conférence en quatre chapitres et apporté quelques légères modifications pour introduire des illustrations philatéliques (peu de timbres lao existaient au moment de la conférence). Quelques remarques complémentaires ont également été ajoutées à l’intention des lecteurs qui connaitraient peu le Laos. Enfin, il m’a semblé intéressant  de compléter le texte de cette conférence par une étude succincte de l’image du Bouddha dans l’art lao et de décrire certains lieux de culte. Ce hors-série se termine par quelques légendes et quelques objets liés à Bouddha et au Bouddhisme.

 

 

Mes remerciements s’adressent à Hervé Lebette qui m’a fourni la photo du bonzillon - il s’agit d’un tableau de Leguay(1) illustrant la page de couverture et à Jean Achard qui m’a encouragé à réaliser ce document et m’a apporté son aide tout au long de son élaboration. J’espère vivement que ce hors-série de l’AICTPL, le troisième, intéressera tous ses lecteurs et je souhaite qu’il soit suivi par de nombreux autres.

 

Bonne lecture à tous !

 

Philippe DRILLIEN - Président de l’AICTPL

 

 

L’ORIGINE DU BOUDDHISME ET SES DÉBUTS AU LAOS

 

Avant d’entamer cette étude sur le Bouddhisme laotien, il est bon de faire tout d’abord un exposé à  la foi historique et géographique et de replacer cette étude dans une cadre plus étendu. Je voudrais tout d’abord traiter de l’origine du Bouddhisme et de ses débuts au Laos avant de parler du Bouddhisme au Laos aujourd’hui. Je décrirai ensuite les fêtes religieuses et, enfin, je montrerai les relations qui existent entre les bonzes et les fidèles. Je voudrais d’abord ouvrir une parenthèse au sujet de ce mot « lao » que j’emploierai ici de préférence à « laotien » Il s’agit, en effet, d’une mauvaise transcription du nom du pays et de ses habitants. Au XVIIe siècle, les cartes, bien incomplètes, de l’Asie, portaient à l’emplacement de cette région : « Pays des Laos » car, en langue « laotienne », les habitants se nomment « Lao » et le pays est le pathet lao ou muong lao, le nom officiel étant Lan Xang Hom Khao, ce qui, traduit littéralement, donne : « Pays du Million d’Eléphants et du Parasol Blanc » (2).

 

Carte de 1646 (2) : 

 

 

 

Avec la manie française de dénaturer tous les noms géographiques étrangers sont sortis les termes « Laos » et « Laotiens », termes qui par ailleurs ne sont plus guère employés, même dans les textes officiels, au Laos même.

 

 

 

Le Bouddhisme est né, voici vingt-cinq siècles, au cœur de l’Inde gangétique, entre Bénarès et Patna, dans un pays qui s’appelait alors Maghada. Le Brahmanisme y était le culte national. Religion assez touffue, purement matérialiste, bizarre pour nos esprits occidentaux épris de logique. Avec ses deux millions de dieux et son absence de morale, elle ne satisfaisait pas non plus les esprits inquiets, jeunes gens et hommes qui, par milliers, quittaient leur famille ou abandonnaient leurs foyers à la recherche d’une condition d’immortalité que ne leur donnaient pas les cadres traditionnels.

 

 

L’Inde n’a d’ailleurs jamais manqué de ces Baghavatas ou pèlerins, perpétuels errants qui la parcoururent du Sud au Nord et dont a si bien parlé Kipling, dans son conte « Le miracle de Purun Baghat » du Second livre de la Jungle. Le Bouddha, de son vrai nom Siddarta auquel on ajoute l’épithète de Sakyamuni (le sage des Sakya), naquit donc en 543 avant Jésus-Christ au temps qui était à peu près celui de Zoroastre et de Confucius, cent ans avant Socrate, dans un coin perdu du Téraï népalais encore marqué par un pilier inscrit de l’empereur Açoka, le Constantin du Bouddhisme.

 

 

Son père, Soutthotana, roi de Kappilavastou, était une espèce de seigneur féodal. Sa mère, que les Lao appellent, d’après son nom pali, Nang Siri Maya, mourut sept jours après sa naissance.

 

Le Royaume du Laos a commémoré le 2500e anniversaire de cette naissance en 1957 (543+1957=2500) par l’émission d’une belle série de cinq timbres à motif unique (3).

 

 

Il fut élevé par une tante maternelle, seconde épouse de son père, reçut l’éducation convenable à sa caste, se maria et eut à son tour un fils ; mais, à ce moment, il fut pris d’un invincible dégoût du monde. Un beau jour, ou plutôt une belle nuit, il avait alors vingt-neuf ans, l’âge critique pour les prophètes, il abandonne tout, maison, famille, épouse, enfant et quitte à cheval sa ville natale. Au matin, il renvoie sa monture et son écuyer avec ses parures princières, échange ses vêtements de soie contre les grossiers habits d’un chasseur, homme de la plus basse caste et même hors caste, et, devenu moine mendiant, se met en quête d’une solution à l’éternel problème de la Destinée. Tout d’abord, il entre à l’école d’ascètes réputés ; mais l’enseignement de ses maîtres ne le satisfait pas et il se retire dans la solitude.

 

 

Enfin, après six ans de pénibles recherches, comme il était assis sous un arbre, dont le rejeton existe encore près de Gaya, dans le Bihâr, il croit sentir à l’aube du jour la vérité se lever en lui en même temps que le soleil et il découvre le remède à la douleur du monde. Il commence par se rendre à Bénarès pour prêcher la nouvelle voie du salut à cinq de ses anciens compagnons d’étude ; mais bientôt le nombre des convertis se multiplie et sa doctrine se propage. Le Maître lui-même, quarante-cinq années durant promène sa prédicante mendicité à travers tout le bassin moyen du Gange. Enfin la mort le surprend, au cours de ses incessantes tournées, dans la petite bourgade de Koushinagara, au bord de la rivière Irranavati, située dans la même région, mais plus  à l’est que celle où il avait vu le jour et il rend le dernier soupir, vers 477 avant l’ère chrétienne.

 

 

Je ne traiterai pas ici de façon détaillée, de la doctrine bouddhique. Cela m’entraînerait en de longues digressions philosophiques et devrait faire l’objet d’un exposé particulier, j’aurai d’ailleurs l’occasion d’en parler plus loin, en traitant du Bouddhisme au Laos. Il suffit de savoir que la religion  du Bouddha, c’est-à-dire l’Eveillé, ou comme on traduit d’ordinaire, l’Illuminé, ou plutôt le Clairvoyant, pour enlever au mot illuminé le sens un peu péjoratif qu’il a en français, se propagea rapidement dans les Indes et, par la suite, en Extrême-Orient.

 

Au milieu du IIIe siècle avant Jésus-Christ, l’Empereur Açoka, le plus pieux des rois bouddhistes du Maghada, porta la Doctrine jusqu’aux confins de son empire et la répandit au Pendjab, à l’ouest, et à Ceylan, au sud. Au second siècle de l’ère chrétienne sous le règne et les auspices du scythe barbu Paniskha, dont l’autorité s’étendit de l’Inde propre et du Pendjab en Bactriane et dans les bassins de l’Oxus, du Yaxarte et du Tarim, le Bouddhisme s’ouvrit les portes de la haute Asie. Par les Turkestans, il gagna la Chine, le Tibet et, plus tard, les steppes du nord et le Japon. Il s’agit là du Bouddhisme Mahayana (ou Bouddhisme du Grand Véhicule) dont la langue sacrée est le sanskrit et dont je ne traiterai pas non plus la doctrine philosophique, ces subtilités rappelant les discussions scolastiques du Moyen Age.

 

Parallèlement à cette diffusion du Bouddhisme Mahayana, se propageait vers Ceylan, la Birmanie, le Cambodge et l’Insulinde ainsi que dans les pays Thaïs des bassins de la Ménam et du Mékong, une deuxième forme de la doctrine du Maître. Il s’agit du Bouddhisme Hinayana (ou  Bouddhisme du Petit Véhicule) dont la langue sacrée est le pali.

 

Sa propagation fut surtout due à des motifs d’ordre commercial. De nombreux contacts avaient été établis entre l’Inde et l’Occident après les campagnes d’Alexandre. La formation de l’Empire romain donna un nouvel essor à la recherche des denrées de luxe (épices, bois de senteur, santal, bois d’aigle…), essor que déploraient déjà les moralistes latins du Ier siècle.

 

 

D’autre part, l’Inde à la même époque avait été coupée de sa source principale de ravitaillement en or. Elle le faisait venir de Sibérie à travers la Bactriane et, en raison des grandes migrations de peuples d’Asie centrale aux deux derniers siècles avant l’ère chrétienne, cette route avait été coupée.

 

 

C’est pour cette raison que les commerçants indiens cherchèrent à importer de l’empire romain cet or qui leur faisait défaut. L’empereur Vespasien ayant réussi à juguler cette fuite du numéraire qui portait un grave préjudice à l’économie impériale, les Indiens se tournèrent alors vers l’est. Selon Georges Coedès, une autre cause fut le développement des marines indiennes et chinoises avec la construction des jonques de haute mer, pouvant transporter de 6 à 700 passagers, et enfin le développement même du Bouddhisme aux Indes, qui, abolissant les castes sociales, permirent aux Indiens de commercer librement sans crainte de pollution au contact des étrangers. Beaucoup fondèrent des comptoirs et le processus de leur influence culturelle et religieuse a été parfaitement décrit par le sinologue Gabriel Ferrand, s’appliquant à Java ;

 

 

il dut être le même dans les autres  pays. La réalité a dû être à peu près ceci : deux ou trois navires de l’Inde naviguant de conserve arrivent de proche en proche jusqu’à Java. Les nouveaux venus entrent en relation avec les chefs du pays, se les rendent favorables par des présents, par des soins donnés aux malades et  par des amulettes. Dans tous les pays de civilisation primitive où j’ai vécu, du golfe d’Aden et de la côte orientale d’Afrique à la Chine, les seuls moyens efficaces de pénétration pacifique restent partout les mêmes : cadeaux de bienvenue, distribution de médicaments curatifs et de charmes préventifs contre tous les maux et les dangers, réels et imaginaires. L’étranger doit être et passer pour riche, guérisseur ou magicien. Personne n’est à même d’employer de tels procédés aussi adroitement qu’un Hindou. Celui-ci se prétendra sans doute d’extraction royale ou princière, ce dont son hôte ne peut qu’être favorablement impressionné. Immigrés en cette terra incognita, les Hindous ne disposent pas d’interprètes. Il leur faut donc apprendre la langue indigène qui est si différente de la leur et surmonter ce premier obstacle pour  avoir droit de cité chez les Sleech’a. L’union avec des filles de chef vient ensuite et c’est alors que l’influence civilisatrice et religieuse des étrangers peut s’exercer avec quelque chance de succès. Leurs femmes instruites à cet effet, deviennent les meilleurs agents de propagande des idées et de la foi nouvelles : princesses ou filles de nobles, si elles affirment leur supériorité sur les mœurs, coutumes et religions héritées de leurs ancêtres, leurs compatriotes ne pourront guère y contredire. Après ces marchands arrivèrent dans leurs villages des éléments plus instruits appartenant aux deux premières castes, ce qui explique l’éclosion de ces civilisations de l’Inde extérieure, Khmère,  Chame, Indo-Javanaise, si profondément imprégnées de littérature hindoue et de langue sanscrite. J’ai dit langue sanscrite car très rapidement les royaumes extérieurs à l’Inde ne tardèrent pas à adopter la conception çivaïte de la royauté fondée sur le couple brahmane - Kshatrya (prêtre-guerrier) et exprimée dans le culte du linga royal. La religion bouddhique disparut donc peu à peu de ces divers royaumes. Dans l’Inde même, le Bouddhisme fleurit jusque vers la fin du VIe siècle après Jésus-Christ ; mais à partir de cette date, sous la poussée du Brahmanisme renaissant et ensuite de l’Islamisme, à partir du VIIIe siècle, la Doctrine céda du terrain et sombra dans une disparition graduelle. A titre indicatif, il ne reste plus dans ce qui constituait l’Inde continentale, que quatre cent mille bouddhistes environ, ce qui est infime dans un pays de quelque trois cent cinquante millions d’habitants (4). Son refuge fut et resta la seule île de Ceylan. Détruit dans les Indes, c’est sur les bords du Mékong et de la Ménam que le Bouddhisme devait trouver un de ses plus sûrs asiles, parmi les aréquiers et les cocoteraies, au sein de ce peuple thaï qui, descendu des montagnes du nord, avait enfin, dans ces plaines et ces vallées, trouvé le site de  sa nature et de ses rêves. Il existe, entre Ceylan et le peuple lao, plus d’une similitude physique et de profondes affinités morales. L’origine du peuple thaï, dont le peuple lao est une branche, est encore controversée à l’heure actuelle. Un seul fait est certain, c’est son occupation du Yunnan chinois vers le VIe siècle de notre ère. Ils descendirent de leurs montagnes vers le sud après l’annexion de leur pays, le « Nan Chao », à l’empire mongol vers 1253. Poussés par les cavaliers de Koubilaï, petit-fils de Gengis Khan, ils débordèrent rapidement les rois Khmers qui cédèrent progressivement à la pression des petits seigneurs thaïs.

 

 

Ceux-ci, à la faveur des troubles de l’invasion, constituèrent des états nouveaux dans la haute vallée de la Ménam. La genèse de l’établissement des Thaïs dans la vallée du Mékong est infiniment plus obscure, les documents faisant complètement défaut si l’on néglige les légendes laotiennes, en vérité charmantes de verve et de naïveté mais ne présentant aucun caractère d’authenticité ni même, le plus souvent, de vraisemblance. La plus connue fait partir les peuples thaïs de Dien Bien Phu, appelé Muong Theng (pays des anges) en langue thaï. C’est là que l’ancêtre de tous les Thaïs, Khoun Borom, fit sortir de deux courges gigantesques, poussées au centre de l’étang Kouva, hommes, femmes, animaux divers, graines de plantes, or, argent, étoffes, parfums… qui se répandirent sur le  monde (5). Et comme ses deux femmes lui avaient donné sept fils, Khoun Borom sépara les peuples et leur partagea le pays :

 

 

Khoun Lo eut Muong Soua, le pays des Millions d’Eléphants et du Parasol Blanc (Lan Xang Hom Khao). Ce royaume occupe la rive droite du Mékong, l’actuelle Isan.

Chet Chuong eut Muong Phouan (plateau du Tran-Ninh et vallée de la Nam Nhiep jusqu’aux  environs de Borikhane).

Nhi Fa Lane eut Muong Ho (Sip Song Pan Na, le pays des douze mille rizières).

Chu Song eut Prakan (pays thaï du haut Mékong et de la Rivière Noire).

Saya Phong eut Muong Nioun (Xieng Mai ou Lan Na, le pays des Millions de rizières).

Kham In eut Muong Louvo (Siam) ou Lan Piyea, (le pays des Millions de greniers à riz).

Louk Poun eut enfin Hongsavadi (Pégou et Pagan en Birmanie).

 

Ce partage correspond à peu de choses près aux principautés qui se constituèrent à la fin du XIIIe siècle (6).

 

Ces cartes de Paul Le Boulanger (6)  montent l'expansion des principautés laos :

 

 

 

Revenons à notre sujet. Comment les Thaïs sont-ils devenus bouddhistes ? Là aussi, la question est des plus controversées. D’aucuns, comme P. Le Boulanger, s’appuyant sur la chronique du Vat Gnot Kéo de Luang Prabang affirment que le Bouddhisme fut introduit au Laos au XIVe siècle peu de temps après que Chao Fa Ngun, un des plus grands rois Lao, eut réalisé l’unité  du pays.

 

 

Une autre version veut que le Bouddhisme se soit épanoui bien des siècles auparavant, tant au Cambodge qu’au Siam et en Birmanie. Le Laos, entouré de ces territoires, ne pouvait donc rester fermé à la bonne Doctrine. D’autre part, M. Paul Levy, ancien directeur de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, découvrit à Luang Prabang, il y a quelques années, des Bouddhas d’une facture antérieure au XIIIe siècle. Il est donc permis de penser que le Bouddhisme était connu et pratiqué au Laos avant que l’histoire ait jeté ses lumières sur le passé du pays.

 

 

LE BOUDDHISME AU LAOS

 

On admet officiellement que le Bouddhisme triomphant des génies et des croyances superstitieuses, parvint à son apogée dans la vallée du Mékong au XVIe siècle de l’ère chrétienne. A cette époque, sous le règne du meilleur des rois du Lan Xang, Chao Settathirat  quelque soixante-dix pagodes, sans parler du Vat Pra Kéo et du That Luang dont il sera question plus loin, furent édifiées à Vientiane à la gloire du Bouddha et de son enseignement. Le Roi Settathirat a régné sur le Lan Xang de 1548 à 1571. C’est lui qui transporta la capitale de ce royaume de Luang Prabang à Vientiane. C’est pourquoi une statue le représente à Vientiane  sur l’esplanade du That Luang.

 

 

Un that (ou stupa) est un monument funéraire contenant des reliques. Sa forme est souvent celle d’une pyramide. Le That Luang est un des monuments emblématiques du Laos et figure sur plusieurs dizaines de timbres, aussi bien du Royaume que de la République.

 

 

Un de ses successeurs immédiats, Souligna Vongsa, prit en main l’organisation de ces lieux de culte qui devinrent, du témoignage même de Van Wustoff, voyageur hollandais qui visita  Vientiane en 1641, des écoles de culture bouddhique en même temps que d’art. Les bonzes étaient respectés et choyés à l’envi, leurs mœurs étaient pures, et rigoureuse  leur observance des règles de la communauté. « Matin et soir, dans les moindres villages, les gongs marquaient les heures de la journée et tous les sept jours, le peuple en foule se rendait aux pagodes. Chacun aspirait au mérite de donner et les bonzes recevaient l’aumône de mains pures et de cœurs droits. Ils connaissaient les textes  et les rites, la vie du Bouddha et le Dogme. Une précieuse émulation les animait ; les savants et les saints formaient école et leurs noms étaient dans toutes les bouches. Ils étaient consultés aux moindres événements de la vie domestique ;  sur la naissance, sur la maladie, sur la mort, sur les rêves et sur les augures du Ciel. Ils répondaient par des anecdotes ou citaient les paroles du Maître et leurs conseils étaient scrupuleusement suivis et respectés. Bref, ils consolaient et encourageaient, exerçant sur tous, rois et princes, bourgeois et paysans, une influence bienfaisante ».

 

 

Deux monuments célèbres datent de cette époque. Tout d’abord, le Vat Pra Kéo (Pagode du Bouddha d’Emeraude), palladium du royaume et insigne de la puissance et du commandement. Ce Bouddha taillé dans un bloc de jade vert fut enlevé par les Siamois en 1778 et emmené à Bangkok  dont il devint le dieu tutélaire et où lui fut édifié, en 1785, le temple somptueux qui se dresse  aujourd’hui dans la première cour du Palais Royal.

 

 

Les Siamois l’ont chargé de chaînes d’or de peur qu’il ne s’envole et rejoigne Vientiane. La pagode du Phra Kéo elle-même, détruite par les Siamois, fut restaurée par l’Ecole Française d’Extrême-Orient et sert aujourd’hui de musée archéologique L’autre monument est le That Luang qui se dresse à trois kilomètres environ du centre actuel de Vientiane mais était situé autrefois au centre de l’ancienne ville. Cet édifice pyramidal dénommé « aigrette du monde » par son fondateur, était le reliquaire du royaume.

 

 

D’après la légende, le That renfermerait en son centre un cheveu du Bouddha et des trésors fabuleux. Pillé en 1778 et en 1828 par les Siamois, il fut, en 1873, presque entièrement anéanti par des pirates Yunnanais. Il fut aussi restauré en 1929, par l’Ecole Française d’Extrême-Orient et, en 1931, les Lao  pouvaient contempler, émerveillés, le That de leurs ancêtres, aussi beau et aussi élancé qu’aux premiers jours de son érection. La mort de Souligna Vongsa, en 1694, en permettant le développement et les dissensions intestines, livra le pays à l’anarchie et à l’invasion.

 

 

Le Bouddhisme en subit le contrecoup fatal. Le royaume de Vientiane, vaincu et ravagé une première fois en 1778 par le général siamois Chao Mahakrassad « Souk » (Chulalok) perdit cette fois son Bouddha d’Emeraude ainsi que le Phra Bang, qui y avait été transporté en 1707. Un peu plus tard Chao Anou, ayant voulu secouer le joug siamois, fut vaincu en 1828 et le royaume, à nouveau, fut mis à sac, à feu et à sang. Enfin, vers 1873, des Yunnanais, les fameux Pavillons Noirs, détruisirent les pagodes et éventrèrent les that qui avaient échappé à la cupidité des vandales de 1828. Toutes les pagodes disparurent : le Vat Phra Kéo et le Vat Phiavat5  merveilles de la capitale et jusqu’au That Luang.

 

 

Les bonzes, dans le sentiment de l’inexorable fatalité qui s’était alors abattue sur le Lan Xang, récitaient les prières sans les comprendre et les fidèles n’allaient plus dans les pagodes que mus par un inconscient atavisme. Enfin, et pour parachever ce désastre, le plus farouche adversaire du Bouddha, le Phi ou génie, renaquit et se mit à reconquérir le terrain perdu car, à la vérité, « son culte n’était jamais mort ». Le Phi était partout, bon ou mauvais, se confondant avec les divinités et le Bouddha, gîtant jusque dans les statues mêmes. Une inextricable mythologie s’empara alors des esprits, mythologie faite de superstition et de foi religieuse, qui mêlait dans la confusion toutes les créatures de l’Enfer et du Paradis, du Ciel et de l’Interciel. Sur le pays Lao ruiné, planaient l’ignorance, l’inquiétude et la peur. Sous l’influence de la paix française, un renouveau allait se manifester et peu à peu les Lao allaient revenir à la vraie Doctrine. Comme jadis leurs ancêtres, aux époques heureuses du Lan Xang, ils purent connaître et apprendre la vie du Bouddha et ses principales réincarnations, le Dharma (ou Doctrine) et les règles du Sangha (ou communauté bouddhique). Ce  n’est d’ailleurs pas par la lecture ou l’écriture que le Laotien est initié à la vie du Très Sage, mais par la tradition orale, « car les vies du Bouddha sont lues et commentées dans les pagodes ; mises en vers, elles sont chantées  par les jongleurs que, les soirs de fête, l’on voit gesticulant au son du khène  sur des estrades haut perchées ».

 

Le khène est un instrument de musique propre aux Lao. Cet instrument à vent est constitué de plusieurs tubes de bambou de longueurs différentes.

 

 

Une des chansons débute ainsi : « Dans une ville de l’Inde appelée Kabilaphat (Kapilavastu) vivait un prince magnifique et opulent Sisoutho (Soudhotana). Son épouse, plus belle qu’un dessin, s’appelait Maya ». Naissance fabuleuse et vie magnifique sont connues des Lao. Ils savent le songe de la reine Maya et les prédictions qui annoncèrent la naissance de celui qui devait devenir le plus puissant empereur de la Terre, le Bouddha. Ils connaissent sa naissance miraculeuse au fond de la forêt de Loumbini, cependant que les divinités des quatre points cardinaux venaient le recevoir dans un réseau d’or et que deux torrents d’eau divine se déversaient sur eux pour les laver, lui et sa mère. Ils savent que celle-ci était morte quelques jours après sa naissance et qu’on avait donné au Prince nouveau-né le nom de Sithad (Sidharta). Ils savent qu’il était marié à l’âge de seize ans ; qu’il avait eu un fils et que, le soir même de la naissance de ce dernier, dégoûté du désordre des femmes du palais, il avait quitté ses trésors, son épouse et son enfant pour prendre l’habit du moine et le nom de Gautama ; il avait vingt-neuf ans ». Tous connaissent les circonstances qui avaient précédé ce départ : les quatre rencontres qu’il avait faites d’un vieillard, d’un malade, d’un mort, d’un moine, qui lui avaient donné, les premières, le sentiment de la décrépitude et de la douleur humaine, la dernière celui de la sérénité de quiconque a tout abandonné et ne désire plus rien. Ils admirent l’ascète Gautama jeûnant des années et des années, se meurtrissant le corps et se privant du nécessaire jusqu’à ne plus être qu’un squelette. Ils comprennent alors l’excellence de la Juste Mesure et du Juste Milieu lorsqu’ils voient Indra venir prouver au Boddhisatva qu’un violon ne peut donner de sons justes que lorsque ses cordes ne sont ni trop tendues ni trop lâches ; ils se sentent délivrés de leurs angoisses et heureux lorsqu’enfin, déjouant les tentations et les menaces de Mara, le Boddhisatva prend la déesse Terre à témoin de son droit et qu’il entend celle-ci répondre d’une voix qui met en déroute l’armée du Mal. Avec quelle ferveur alors, le Lao adore et vénère la déesse Terre au point que, s’il lui arrive de verser de l’eau chaude par terre, il invite la précieuse déesse à s’écarter. Images incohérentes, peut-être, mais si douces et si attachantes pour un cœur lao. Sans se demander qui était Bouddha ni ce qu’était l’Inde, il adore l’Homme dont un peu partout on dit qu’il avait trouvé des traces de ses pas ; il faut d’ailleurs voir le nombre d’empreintes du pied du Bouddha vénérées au Laos (7); l’Homme le plus grand et le plus sage de la terre - celui dont les statues et dont les leçons emplissent les âmes. Le bouddhiste lao se répète à longueur de journée que la vie est douleur, que rien ne nous appartient, que cette existence n’est qu’une entre mille autres, que nous ne récoltons que le fruit des actions de nos existences passées, que la mort peut nous surprendre à tout moment et que notre salut ne dépend que de nous-mêmes. Les vertus à pratiquer parmi les plus importantes sont l’humilité et la mansuétude, la bonté, la justice et la charité. Faire la charité se dit en laotien : het boun (faire le bien, donner l’aumône), c’est-à-dire acquérir des mérites pour la vie future et, si possible, atteindre  le Nirvâna final. Et à qui faire l’aumône, sinon aux bonzes, ces représentants directs du Bouddha, ses images vivantes sur la terre ; car le Bouddha lui-même l’a dit et conseillé

 

 

Le culte du Bouddha défunt est aussi utile, aussi méritoire, aussi obligatoire que le culte du Bouddha vivant. Le Bouddha, quoique nirvana est une source vive de mérites. Aussi la meilleure des bonnes actions est-elle l’œuvre de culte ...

 

Le Bouddhisme a deux sortes d’adeptes, clercs et laïcs et ouvre ainsi deux voies différentes de salut : le chemin du Nirvâna aux abstinents et aux contemplatifs, celui des bonnes renaissances aux gens de bien attachés aux plaisirs de la terre, mais qui font l’aumône et vénèrent les reliques.

 

 

Les boun procèdent de cette dernière foi. Faire un boun c’est donner un disciple au Bouddha, en organisant une ordination ou un ondoiement de bonze, faire un boun c’est participer aux offrandes des fêtes du Parāvana - sortie du carême, c’est faire des dons de nourriture et d’habits ; c’est aux principales dates de la  vie du Bouddha, méditer ses notes, suivre les processions  - qui sont des pèlerinages - autour des reliquaires, c’est, pieusement, en formulant des souhaits, offrir des cierges et des fleurs aux that et aux statues élevés à la gloire du Parfait. Mais de même que les fêtes chrétiennes sont accompagnées de réjouissances profanes - à Noël ou à la Mi-carême, par exemple, de même les cérémonies célébrées dans les pagodes sont précédées ou suivies de manifestations qui sont des sacrifices à la vie : chansons et cours d’amour, musique et, parfois, festins. Qui ne voit que cet aspect de ces fêtes commet une grande erreur : la grande piété du peuple lao préside aux réjouissances les plus profanes comme aux cérémonies les plus hautement religieuses. Le Bouddhisme a si profondément imprégné le Lao qu’il le rend absolument imperméable à toute autre doctrine religieuse. Cela explique d’ailleurs le peu de succès que rencontrent les missionnaires, tant catholiques que protestants. Le Lao est tolérant, d’une tolérance qui confine parfois à l’indifférence. C’est ainsi, et la chose est courante, que les pasteurs pour la plupart américains ou suisses, font leurs tournées de propagande en s’arrêtant dans les pagodes. Les bonzes eux-mêmes les aident à rassembler les villageois. Mais ceux-ci, après avoir profité des auditions de disques et des distributions de brochures, s’en vont paisiblement préparer le repas de leurs bonzes, disant, Normands sans le savoir : « Ils ont peut-être raison, mais avons-nous tort ? » Le Lao s’est donné corps et âme à sa bonne Loi et celle-ci est pour lui représentée par le bonze. Image du Bouddha, le bonze est respecté et vénéré ; tous se prosternent devant lui et nul n’ose suspecter sa bonne foi. Nul n’ose l’accuser ni même le critiquer, car aucun, au fond, n’est sûr de ce qu’il peut savoir. Le bonze règne et l’habitant l’écoute.

 

Aux époques heureuses du Lan Xang, on consultait le bonze sur les moindres notes de la vie (8).

 

 

Le très bel article du capitaine Achard ne se termine pas là. Le numéro spécial de la revue comprend encore d’autres chapitres qui concernent également au moins pour partie notre région du nord-est, certains du capitaine Achard, d’autres de Philippe Drillien. Nous lui consacrerons d’autres articles (9)

NOTES

 

(1) Marc Leguay, né le 10 janvier 1910 à Charleville et mort le 22 mai 2001 à Ban Kô Nong Saeng dans la province d’Udonthani, est un peintre français qui a vécu au Laos de 1936 à 1975. Ses peintures sont connues en France et en dehors de son pays d'adoption principalement par l'intermédiaire des timbres-poste laotiens qu'elles ont illustrés à partir de 1951. Il est considéré comme le « Gauguin du Laos »

 

 

Le site de l’ambassade de France au Laos lui consacre une petite biographie :

https://la.ambafrance.org/Biographie

Philippe Drillien a rédigé un « Hommage à Marc Leguay », article publié dans « Timbres magazine » n°29, novembre 2002. Un bel article contenant de nombreuses reproductions de ses toiles lui est consacré sur un site ami :

http://belleindochine.free.fr/MarcLegay.htm

 

 

(2)  Voir l’article de J. M. Strobino A 336 « LE LAOS, CARTES SUR TABLE. UN ARTICLE DE JEAN-MICHEL STROBINO »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/10/a-336-le-laos-cartes-sur-table.article-de-jean-michel-strobino.html

 

(3) Des vignettes furent également émises au Cambodge,

 

 

à Ceylan,

 

 

aux Indes

 

 

et en Thaïlande (source « Thai Stamp Catalogue » de Somchai Saeng-Ngern)

 

 

(4)  Le capitaine Achard écrit  dans les années 50.  Le pays contient actuellement plus de 1 milliard 300 millions d’habitants et selon Wikipédia ne comprendrait que 1% de bouddhistes.

 

(5) Nous avons consacré plusieurs articles à l’origine des Thaïs

Voir en particulier notre article  11. «Origines des Thaïs ? Une courge de Dien-Bien-Phu ?». La légende attribue aux Thaïs et aux Laos la même origine.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-origines-des-thais-une-courge-de-dien-bien-phu-97767868.html

 

(6) Dans son « Histoire du Laos français  - essai d’une étude chronologiques des principautés laotiennes » de 1930, Paul Le Boulanger  ajoute   « Avant de les mettre en route, Khoun-Borom dit aux sept rois, ses enfants : « Vous vivrez paisiblement en bons voisins, les aînés ne querellant pas leurs cadets... Partez et souvenez-vous que vous êtes nés du même sein. »

 

(7) Nous connaissons ces saintes empreintes : voir notre article A 228 « QU’EN EST-IL DES 108 SIGNES PROPITIATOIRES ET DE BONNE AUGURE GRAVÉS SUR LES EMPREINTES SACRÉS DU PIED DE BOUDDHA »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-qu-en-est-il-des-108-signes-propitiatoires-et-de-bonne-augure-graves-sur-les-empreintes-sacres-du-pied-de-bouddha.html

 

 

(8) La législation thaïe contemporaine – en est-il de même au Laos - donne un exemple significatif du respect que tous doivent aux bonzes : Chacun sait que les motocyclistes et leurs passagers doivent porter un casque. Notre code de la route thaï dispense toutefois de cette obligation les moines et les novices.

 

(9) En voici le détail :

Capitaine Achard : LES FÊTES RELIGIEUSES -  LES BONZES ET LES FIDÈLES.-

Philippe Drillien : LA REPRÉSENTATION DU BOUDDHA DANS L’ART LAO  - QUELQUES LIEUX DE CULTE - LES LÉGENDES LIÉEES AU BOUDDHISME LAO -  LES OBJETS LIÉS AU CULTE.

 

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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 22:50
Carte du monde connu, reconstituée d’après la Géographie de Ptolémée (Ulm, 1482)

Carte du monde connu, reconstituée d’après la Géographie de Ptolémée (Ulm, 1482)

Nous avons parlé des premières cartes du Siam, œuvre des Portugais partis sur les mers à la conquète du monde au début du XVIe siècle (1).

 

 

Destinés aux navigateurs plus qu’aux explorateurs ces documents appelés portulans sont plutôt des instructions nautiques utilisées jusqu’au XVIIIe siècle, servant essentiellement à repérer les ports et connaître les dangers qui peuvent les entourer (courants, hauts fonds). Ils comportent des caractères graphiques spécifiques : les lignes de vents (rhumb qui représentent les caps à suivre avec la boussole) qui quadrillent les surfaces, l'alignement perpendiculaire des noms de lieux colorés différemment selon leur importance et des roses des vents permettent en outre de repérer la route et de déterminer le cap. Ils sont considérés par les royaumes du Portugal et d'Espagne comme des secrets d'État.

 

 

La première « carte » répertoriée est datée de 1517

La première « carte » répertoriée est datée de 1517

La cartographie des zones non côtières interviendra dans les décennies suivantes, œuvres des explorateurs et des missionnaires, nous en avons également parlé (2).  

 

 

Celle du pays que nous appelons actuellement le Laos en dehors des routes maritimes, fut plus tardive. Elle a fait l’objet d’un très bel article au titre évocateur de notre contributeur Jean Michel Strobino publié dans la revue Philao (Bulletin de l’association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos) du 4e trimestre 2019 (3). Nous le reproduisons avec son amicale autorisation et celle de Madame Dominique Geay-Drillien, rédactrice en chef. Nous les en remercions.

 

 

 

Le Laos tel que nous le connaissons aujourd’hui ne s’est pas toujours appelé ainsi ni limité au territoire qu’il occupe actuellement. Le pays est apparu assez tard sur les cartes du monde et a porté différents noms au fil du temps et au gré des vicissitudes de l’histoire.   Lorsque les cartes géographiques dites « modernes » font leur apparition entre le XIIIe et le XVe siècle, la connaissance de notre monde est encore très limitée. La plupart d’entre elles ont toujours pour modèle la carte générale du monde établie à l’Antiquité par le Grec Ptolémée vers 150 après J.-C.

 

 

 

 

A partir du XVème siècle la cartographie gagne en précision et en étendue de surface couverte, au rythme des grandes explorations maritimes du monde. Chaque découverte de nouveaux territoires est l’occasion de repousser toujours plus loin les limites du monde connu : Amérique en 1492, franchissement du cap de Bonne Espérance en 1498, Brésil en 1500, Japon en 1543. La première circumnavigation du globe est accomplie en 1530 par l’expédition maritime de Magellan. Ainsi, atlas et planisphères s’enrichissent régulièrement de nouveaux noms de contrées et localités, toujours plus lointaines, qui remplacent progressivement le terme Terra incognita qui désignait les régions encore inexplorées.

 

Les quatre cartes qui suivent donnent un aperçu des progrès continus apportés dans la manière de représenter notre Terre, au fur et à mesure du développement des connaissances géographiques.

 

Globe Erdapfel de Martin BEHAIM, entre 1492 et 1493 (Musée de Nuremberg) : c’est le plus vieux globe connu et la dernière représentation cartographique du monde tel qu’on le connaissait avant la découverte de l’Amérique. On notera que le Japon (Cipangu) est placé à la longitude actuelle de la Nouvelle-Orléans aux Etats-Unis et séparé de l’Europe seulement par l’Océan Atlantique. Cette erreur fut capitale car, en montrant que la distance à parcourir pour atteindre l’Asie par l’ouest était assez faible, elle encouragea Christophe Colomb à tenter le voyage, sans imaginer qu’il allait découvrir un nouveau continent.

Globe Erdapfel de Martin BEHAIM, entre 1492 et 1493 (Musée de Nuremberg) : c’est le plus vieux globe connu et la dernière représentation cartographique du monde tel qu’on le connaissait avant la découverte de l’Amérique. On notera que le Japon (Cipangu) est placé à la longitude actuelle de la Nouvelle-Orléans aux Etats-Unis et séparé de l’Europe seulement par l’Océan Atlantique. Cette erreur fut capitale car, en montrant que la distance à parcourir pour atteindre l’Asie par l’ouest était assez faible, elle encouragea Christophe Colomb à tenter le voyage, sans imaginer qu’il allait découvrir un nouveau continent.

Planisphère de WALDSEEMULLER, Saint-Dié 1507 : c’est la première carte sur laquelle apparaissent le continent américain et le terme America pour le désigner. C’est aussi la première carte réalisée grâce à la technique de l’imprimerie.

Planisphère de WALDSEEMULLER, Saint-Dié 1507 : c’est la première carte sur laquelle apparaissent le continent américain et le terme America pour le désigner. C’est aussi la première carte réalisée grâce à la technique de l’imprimerie.

 Planisphère d’Abraham ORTELIUS, Anvers 1570 : considéré comme le premier atlas moderne. Tous les continents sont désormais représentés bien que leurs contours ne soient pas encore très précis.

Planisphère d’Abraham ORTELIUS, Anvers 1570 : considéré comme le premier atlas moderne. Tous les continents sont désormais représentés bien que leurs contours ne soient pas encore très précis.

Planisphère de V.-A. Malte-Brun, Paris 1875 : au XIXème siècle, grâce à l’évolution rapide des connaissances géographiques, la représentation de notre monde prend enfin une forme définitive (à noter l’originalité de cette représentation inhabituelle centrée sur le Pacifique).

Planisphère de V.-A. Malte-Brun, Paris 1875 : au XIXème siècle, grâce à l’évolution rapide des connaissances géographiques, la représentation de notre monde prend enfin une forme définitive (à noter l’originalité de cette représentation inhabituelle centrée sur le Pacifique).

Au cours du XVIe siècle, les grandes explorations menées par les royaumes de Portugal et d’Espagne sont principalement maritimes, se limitant à décrire le littoral des continents qu’elles longent. Une fois accomplie la reconnaissance des zones côtières, l’étape suivante consiste à pénétrer au cœur des continents pour en étudier la géographie exacte mais aussi y propager la foi chrétienne, conquérir militairement de nouveaux territoires ou rechercher de nouveaux débouchés commerciaux. Ainsi à partir du XVIIe siècle d’intrépides explorateurs, missionnaires, militaires ou marchands vont s’aventurer loin à l’intérieur des terres et découvrir des contrées et peuples encore inconnus, donnant l’occasion aux cartographes de compléter sans cesse leurs travaux.

 

Les régions de l’Asie centrale et orientale, situées en dehors des routes maritimes classiques, vont donc faire leur apparition plus tardivement sur les cartes du monde, à mesure de leurs découvertes par les Occidentaux. Pour mémoire, c’est en 1572 seulement que le Mékong est décrit pour la première fois dans Les Lusiades, récit épique du grand écrivain portugais Camões, suite à son naufrage dans le fleuve en 1560 (4).

Carte des Indes orientales tirée de l’atlas d’Abraham ORTELIUS, Anvers édition de 1592. Le Laos, qui n’a pas encore été exploré à cette époque, ne figure pas sur la carte.

Carte des Indes orientales tirée de l’atlas d’Abraham ORTELIUS, Anvers édition de 1592. Le Laos, qui n’a pas encore été exploré à cette époque, ne figure pas sur la carte.

Le Laos quant à lui, petit royaume enclavé et difficile d’accès, n’apparaît pas avant le milieu du XVIIème siècle sur les planisphères et ce n’est qu’à la fin du XVIIIème siècle qu’il figure enfin sous son appellation définitive.

 

Cette sélection de documents donne un aperçu de l’évolution de la cartographie du Laos et des différents termes qui ont été utilisés pour désigner le pays, depuis les plus anciennes représentations.

Carte de l’Annam, Rome 1646

Carte de l’Annam, Rome 1646

Cette intéressante Carte de l’Annam est l’une des toutes premières à mentionner le Laos.   

 

Elle provient de l’ouvrage du père jésuite Alexandre DE RHODES intitulé Relazione de' felici successi della Santa Fede predicata da' Padri della Compa-gnia di Giesu nel regno di Tunchino (Rome, 1646) qui contient un volume traduit en français en 1651 dont elle est tirée : Histoire du Royaume de Tunquin et des grandes progrez que la prédication de l’évangile y a faits en la conversion des infidèles, depuis l’année 1627 jusques à l’année 1646.    

 

 

 

Alexandre DE RHODES, missionnaire de la Compagnie de Jésus, a séjourné à plusieurs reprises en Cochinchine et au Tonkin entre 1624 et 1645 et a décrit avec beaucoup de précision dans sa relation de voyage ces régions encore peu explorées. C’est au cours d’une rencontre faite à la cour de Tonkin avec un «ambassadeur du Roy de Laos» qu’il apprend l’existence du Laos. Ainsi, sans s’y être lui-même rendu, il situe approximativement le pays dans sa Carte de l’Annam. Curieusement orientée vers l’ouest et rédigée en latin, celle-ci indique au sud (donc à gauche) la Cocincina, au nord (à droite) le Tvnkin et à l’ouest (dans la partie supérieure) le LAORUM PARS qui signifie «pays, contrée des Laos».

 

Le père Alexandre DE RHODES est surtout connu pour avoir mis au point la première transcription phonétique et romanisée de la langue vietnamienne appelée Quốc ngữ (écriture nationale). Il porta un amour passionné pour l’Indochine comme il l’avoue lui-même dans son récit : «Je quitterai de corps la Cochinchine mais, certes, pas de cœur, aussi peu que le Tonkin. A la vérité, mon cœur est tout entier en tous les deux et je ne crois pas qu'il en puisse jamais sortir».

Carte du Royaume d’Annam, comprenant les Royaumes de Tvmkin et de la Cocinchine, par SANSON D’ABBEVILLE, Paris 1653.

Carte du Royaume d’Annam, comprenant les Royaumes de Tvmkin et de la Cocinchine, par SANSON D’ABBEVILLE, Paris 1653.

Cette carte, éditée à Paris chez Pierre MARIETTE, a été réalisée par Nicolas SANSON D’ABBEVILLE, célèbre cartographe et géographe royal, sur la base des informations et documents fournis par les missionnaires Jésuites. Son auteur s’est apparemment inspiré de la carte d’Alexandre DE RHODES qu’il a enrichie de nombreuses nouvelles contrées. Elle gagne en précision et en facilité de lecture grâce à une orientation au nord (comme le veut l’usage) et à l’emploi du français.

 

Comme pour la carte de DE RHODES, celle de SANSON D’ABBEVILLE désigne le Laos par le nom de ses habitants, retranscrit sous deux formes francisées assez proches : LES LAOS (pluriel de LAO) et LES LAYES.

 

A l’époque, ces transcriptions étaient couramment employées l’une comme l’autre et c’est sans doute pour cette raison que le cartographe les a fait apparaître simultanément sur sa carte, séparée seulement par un «ou».

En agrandissant la carte on remarque, en regard des deux transcriptions, des mentions complémentaires sur le pays empruntées certainement au récit du père Alexandre DE RHODES.  Légende de gauche : LES LAYES ce fut en ce désert que mourut le Père Jean-Baptiste Bonel de la Compagnie de Iesus allant porter la foy aux Laos ou Layes. Légende de droite : LES LAOS qui sont un grand Royaume.

En agrandissant la carte on remarque, en regard des deux transcriptions, des mentions complémentaires sur le pays empruntées certainement au récit du père Alexandre DE RHODES. Légende de gauche : LES LAYES ce fut en ce désert que mourut le Père Jean-Baptiste Bonel de la Compagnie de Iesus allant porter la foy aux Laos ou Layes. Légende de droite : LES LAOS qui sont un grand Royaume.

A l’exception de ce rare document dans lequel les deux transcriptions figurent côte à côte, SANSON D’ABBEVILLE utilisera le terme Layes plutôt que Laos dans les nombreuses cartes de l’Asie qu’il réalisera tout au long de sa carrière, comme on peut le constater dans les deux exemples suivants :

Mention «Layes», détail de la carte Partie Méridionale de l’Inde en deux presqu’isles, l’une deçà et l’autre delà le Gange, par SANSON D’ABBEVILLE, Paris 1654.

Mention «Layes», détail de la carte Partie Méridionale de l’Inde en deux presqu’isles, l’une deçà et l’autre delà le Gange, par SANSON D’ABBEVILLE, Paris 1654.

 Mention «Layes», détail de la carte Asie, par SANSON D’ABBEVILLE, Paris 1650.

Mention «Layes», détail de la carte Asie, par SANSON D’ABBEVILLE, Paris 1650.

A la fin du XVIIème siècle, le terme Layes va progressivement disparaître au profit de Laos, transcription phonétiquement la plus proche du mot laotien désignant les habitants du pays. Cependant son orthographe est encore variable et tout au long du XVIIIème siècle le mot figurera dans les cartes d’Asie tantôt sous une forme substantive au pluriel, Laos, tantôt sous une forme adjective au singulier, Lao, selon que le cartographe fait référence au Royaume des Laos (les habitants) ou au Royaume Lao (c'est-à-dire laotien).

 

Les exemples de cartes qui suivent montrent ces différences de terminologie

Mention «Lao Royaume» dans la Carte du Royaume de Siam et des pays circumvoisins, par P. DU VAL, Paris 1686.

Mention «Lao Royaume» dans la Carte du Royaume de Siam et des pays circumvoisins, par P. DU VAL, Paris 1686.

 Mention «Royaume des Laos» dans la carte Les Isles Philippines, celle de Formose, le sud de la Chine, les Royaumes de Tunkin, de Cochinchine, de Cambodge, de Siam, des Laos, par Rigobert BONNE hydrographe du Roi, Paris (milieu du XVIIIème siècle).   Cette carte est une des premières à faire apparaître la capitale Luang-Prabang sous l’appellation Lan-tchang, du nom du premier royaume laotien, le Lane Xang ou Million d’éléphants (1353 - 1707).

Mention «Royaume des Laos» dans la carte Les Isles Philippines, celle de Formose, le sud de la Chine, les Royaumes de Tunkin, de Cochinchine, de Cambodge, de Siam, des Laos, par Rigobert BONNE hydrographe du Roi, Paris (milieu du XVIIIème siècle). Cette carte est une des premières à faire apparaître la capitale Luang-Prabang sous l’appellation Lan-tchang, du nom du premier royaume laotien, le Lane Xang ou Million d’éléphants (1353 - 1707).

Si la forme adjective est peu utilisée, la forme substantive Royaume des Laos se retrouve dans la plupart des cartes du XVIIIème siècle, avec quelques variantes selon les documents : Royaume de Laos et même Royaume de Lao.

Le cartographe Rigobert BONNE utilisera même deux orthographes différentes (voir ci-dessus et ci-dessous).

 Mention «Royaume de Laos», détail de la Carte Hydro-Géo-Graphique des Indes Orientales en deçà et au-delà du Gange avec leur Archipel, de Rigobert BONNE hydrographe du Roi, Paris chez Lattré graveur, 1771.

Mention «Royaume de Laos», détail de la Carte Hydro-Géo-Graphique des Indes Orientales en deçà et au-delà du Gange avec leur Archipel, de Rigobert BONNE hydrographe du Roi, Paris chez Lattré graveur, 1771.

Autant la forme Royaume des Laos est grammaticalement correcte puisqu’elle correspond au «Royaume dont les habitants sont les Laos», autant les deux autres le sont moins. Le remplacement de l’article pluriel «des» par «de» rend en effet l’expression Royaume de Laos incompréhensible, et encore plus si Laos est écrit au singulier comme c’est le cas dans Royaume de Lao ! (voir les exemples ci-dessous)

Mention «Royaume de Laos», détail de la Carte des Royaumes de Siam, de Tunquin, Pegu, Ava, Aracan de Jacques-Nicolas BELLIN, tirée de l’Atlas en 20 volumes de l’Histoire générale des Voyages de l’abbé Alexandre François PREVOST D’EXILES, Paris chez Didot, 1757. Luang-Prabang est ici orthographiée Lan-chang

Mention «Royaume de Laos», détail de la Carte des Royaumes de Siam, de Tunquin, Pegu, Ava, Aracan de Jacques-Nicolas BELLIN, tirée de l’Atlas en 20 volumes de l’Histoire générale des Voyages de l’abbé Alexandre François PREVOST D’EXILES, Paris chez Didot, 1757. Luang-Prabang est ici orthographiée Lan-chang

Mention «Royaume de Lao», détail d’une carte du milieu du XVIIIème siècle. On notera avec intérêt qu’au regard de Lan-tchang, le cartographe a rajouté la mention «Capitale des Layes ou Laos» (comme sur la carte précédente

Mention «Royaume de Lao», détail d’une carte du milieu du XVIIIème siècle. On notera avec intérêt qu’au regard de Lan-tchang, le cartographe a rajouté la mention «Capitale des Layes ou Laos» (comme sur la carte précédente

 

La diversité de formulations, plus ou moins incorrectes, utilisées par les cartographes au cours du XVIIIème siècle pour désigner le Laos, devient vite une source de malentendu. Dans cette confusion étymologique on assiste à un glissement progressif du sens de Laos qui, en plus des habitants, va aussi désigner par extension le territoire qu’ils peuplent.

 

A partir du XIXème siècle les cartographes utilisent ce nouveau sens et la forme Royaume du Laos (le pays) remplace désormais Royaume des Laos (les habitants) dans la plupart des documents géographiques.

 

Laos est ainsi définitivement adopté comme appellation officielle du pays, cette dernière étant toujours en vigueur de nos jours.

Mention «Laos», dans la carte Les Indes Oriental et leur archipel, issue de l'Atlas général à l'usage des collèges et maisons d'éducation de Jean-Baptiste NOLIN, Paris 1791.

Mention «Laos», dans la carte Les Indes Oriental et leur archipel, issue de l'Atlas général à l'usage des collèges et maisons d'éducation de Jean-Baptiste NOLIN, Paris 1791.

 

NOTES

 

 

(1)  Voir notre article H 7 « LES PORTUGAIS, PREMIERS CARTOGRAPHES DU SIAM » : 

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/h-7-les-portugais-premiers-cartographes-du-siam.html

 

 

(2) Voir notre article H  8 « Les cartographes français du Siam »

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/h8-les-cartographes-francais-du-siam.html).

 

(3) Les contributions de Jean-Michel Strobino à notre blog :

Invité 1- LAOS : LE CHEMIN DE FER DES CANONNIÈRES. Un Article De Jean-Michel STROBINO.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/invite-1-laos-le-chemin-de-fer-des-canonnieres-un-article-de-jean-michel-strobino.html

INVITÉ 2 - HISTOIRE DE LA SÉPULTURE D’HENRI MOUHOT ET DE SON MONUMENT FUNÉRAIRE 1861-1990

 

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/cf568b79340400caf89c9c9b98a4887d4d018bae

INVITÉ 2 (SUITE) - LE MONUMENT FUNÉRAIRE D’HENRI MOUHIOT VU PAR LE « BANGKOK POST »… RENDONS DONC Á CÉSAR CE QUI APPARTIENT A CÉSAR

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/93c78282bdd082f3e387f117681e1105d8b4e2b9

DES HOLLANDAIS DU WAT PA KE DE LUANG PRABANG AUX HOLLANDAIS DU TEMPLE DE THAT PHANOM EN ISAN (NORD-EST)

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/12f6ba1082f1180ad6990a16622649a38133cf2d

NOUVELLES TROUVAILLES AU FIL DU MEKONG - PAR JEAN-MICHEL STROBINO

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/532921619e12136b61e9e7cd574076c5f6812d9b

A 191 – LE COMMANDANT JULES DIACRE (1864 – 1903) UN HÉROS OUBLIÉ DU MÉKONG.

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/427fa76639f758ab42ee6ffc2c378f0f0473566a

(4) Nous reviendrons dans un autre article sur cette première et poétique description du grand fleuve que nous devons à Jean-Michel Strobino qui lui a consacré un article « Camões, Les Lusiades et le Mékong «portugais» » in  Philao n° 96 que l’on peut consulter sur le site

https://www.academia.edu/11781164/CAMOES_les_Lusiades_et_le_Mékong_portugais_

 

 

(5) Issu d’une famille marrane originaire non de l’île de Rhodes mais de Rueda en Navarre, réfugiée à Avignon lors des persécutions espagnoles contre les juifs, Alexandre de Rhodes est né à 1591 et entra dans la Compagnie de Jésus dans le but de participer à l’évangélisation de l’Asie.

 

 

Il s’est distingué pour avoir mis au point la première transcription phonétique et romanisée de la langue vietnamienne: le quôc-ngu  qui est toujours l’écriture nationale et avoir rédigé le Dictionarium Annamiticum Lusitanum et Latinum, dictionnaire trilingue vietnamien-portugais-latin édité à Rome en 1651 par la Congrégation pour la propagation de la foi. N’oublions pas que le portugais était à cette époque la lingua franca de la région.

 

 

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12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 03:32

 

 

Nous vous avons dans un précédent article entretenu des rapports privilégiés que le Roi Chulalongkorn entretint avec le Tsar Nicolas II, histoire d’une amitié personnelle entre deux souverains autocrates que tout rapprochait : l’un était « Tsar et autocrate de toutes les Russies » et l’autre « maître de la vie ». Nous rappelions que les trois quart de l’Empire russe se situaient en Asie et que bien avant ces liens personnels, il fut marqué par un tropisme asiatique depuis l’Empire des Tsars à celui des Soviets et à la fédération actuelle.

Nous avons par ailleurs découvert dans un très bel article de Philippe de Lustrac et Sylvie Dancre le Collège des Arts Dramatiques de Bangkok et ses « Apprentis danseurs ».

Nous vous livrons avec leur toujours aimable autorisation deux articles sur le même sujet, l’un publié en français dans la revue « Danser » (n° 259 de 2006) : UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI, l’autre en thaï à l’attention de nos lecteurs thaïs ou thaïophones dans la revue « ดีฉัน » (n° 664 du 31 octobre 2547 – 2004) « วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม » et tous deux consacrés à Nijinski, ce danseur et chorégraphe de bondissante mémoire qui fit découvrir à Paris les Ballets Russes en 1910. « Il dansait avec son âme » dit-on de lui. Attaché à notre pays, son suprême désir fut d’être inhumé au Cimetière nord (Montmartre).

A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม

La chorégraphie rejoint notre affection pour l’histoire puisque Philippe de Lustrac et Sylvie Dancre nous ont fait découvrir, ce qui était resté inédit, que ces Ballets russes étaient en réalité des ballets siamois !

***

H13- IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/10/h13-il-y-a-120-ans-1897-le-premer-ambassadeur-du-tsar-a-bangkok-alexandre-olarovski-mediateur-entre-la-france-et-le-siam.html

A 290 - APPRENTIS DANSEURS À BANGKOK :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/a-290-apprentis-danseurs-a-bangkok.html

***

A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม
A  296 - UN DANSEUR SIAMOIS : VASLAV NIJINSKI –  วาสลาฟ นิจินสกี้ นักระบำสยาม

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28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 22:18

 

Le numéro 112 de Philao, troisième trimestre 2018, la revue de l’Association Internationale des Collectionneurs de timbres-poste du Laos (AICTPL) a publié un article de Sengdad Chantapanya  sous le double titre « Une ville et un roi – Un roi et une ville » concernant la construction de ce monument dans le parc du Denantou au bord du Lac Léman. Nous le reproduisons avec l’autorisation de Philippe Drillien et son épouse  Dominique Geay-Drillien, infatigables animateurs de l’association et de son auteur, architecte laotien vivant à Lausanne. Nous les remercions de leur accord ainsi que l’auteur pour sa relecture (1).

 

 

UNE VILLE ET UN ROI

 

Basée sur des personnages, des pays et des faits réels, cette histoire d'amitié entre une ville et un roi est si belle et si peu commune qu'elle est racontée ici comme un « conte populaire ». Le lecteur pourra découvrir quels sont ces pays et qui sont ces protagonistes.

 

L’ENFANCE  DES ROIS

 

 

Il était une fois une mère qui, après la mort de son prince, vint avec ces trois enfants s'installer au bord d'un grand lac dans un lointain pays montagneux. Le plus jeune avait six ans, son frère huit et sa sœur dix.

 

 

 

A l'abdication de leur oncle, l'aîné des deux frères devint roi. Le jeune monarque visita son pays trois ans plus tard et ne revint s’y installer qu'après la grande guerre. Il mourut tragiquement à l’âge de vingt ans avant d'avoir pu être couronné,

 

 

 

 

Suite à cette disparition, le prince cadet lui succéda et, pour lui permettre de poursuivre ses études, un proche de la famille fut nommé régent. Après son mariage et son couronnement, et au terme de presque dix-huit années passées dans cette lointaine et accueillante contrée, il rentra définitivement dans son royaume.

 

 

Le couple eut quatre enfants et vécut un long règne de plus de soixante-dix ans. Adulé par son peuple et considéré comme un demi-dieu tout au long de cette période, le monarque s’éteignit dans sa quatre-vingt neuvième année.

 

 

 

 

UNE VILLE ET UN ROI

 

Pour commémorer son 6e cycle de douze ans de vie et en souvenir de ses jeunes années passées dans cette terre d’accueil, le roi souhaita remercier la ville et sa population en leur offrant une Sala (2) de style Jaturamuk (3).

 

 

Mais dans cette contrée où la démocratie directe est érigée en dogme, rien n'est simple.  Quand on veut construire dans un site sensible, il faut s’attendre à quelques oppositions de la part des citoyens. Et là, on frôla l’incident diplomatique.

 

Magnanimement, pour désamorcer une situation conflictuelle, le roi retira son offre. Estimant qu’un cadeau royal ne se refuse pas, le Syndic (maire) de la ville se mit patiemment à reconstruire le dossier.

 

 

Plusieurs années passèrent. L'œuvre finalement réalisée dans la lisière du bois de la partie nord du parc fut présentée comme un don du gouvernement royal pour commémorer le 60e anniversaire de l'accession au trône du monarque et le 75e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays.

 

 

Pour son inauguration, une des princesses vint couper le ruban garni de fleurs de jasmin avec le Syndic qui à cette occasion remplaça sa légendaire cravate « chat » ...

 

 

 

 

par une cravate jaune (4).

 

 

 

 

Tout est bien qui finit bien. La construction maintenant adoptée par les habitants de la ville fait partie intégrante du paysage du parc qui descend en pente douce vers le lac.

 

 

Laïc et accueillant, le pavillon offre aux promeneurs un espace de détente et de repos protégé de la pluie et du soleil.

 

 

 

Identiques, les quatre façades sont composées de colonnes et d'une toiture à pans multiples recouverte de tuiles en céramique, ornée d'animaux mythiques et surmontée en son milieu d’un pinacle symbolisant le mont Meru.

 

 

Basé sur un plan en croix de six mètres de côté le pavillon mesure au bout de sa flèche, seize mètres de haut et pèse vingt-sept tonnes.

 

 

Sa construction traditionnelle en bois durs repose sur la technique à queue fourchue de l'assemblage de boiserie, sur la sculpture sur bois et sur la décoration de verres incrustés, de laques et de feuilles d'or.

 

 

 

Construit, démonté, numéroté, transporté et assemblé dans un parc situé entre collines et lac par une équipe de treize artisans venus spécialement de leur pays, ce bijou éclairé la nuit et surveillé en permanence par des webcams, est une véritable démonstration de l’excellence de l’architecture et de l’art traditionnels de ce royaume.

Passés la surprise et le choc entre deux cultures si différentes (la retenue protestante et la précieuse exubérance), dans la quiétude et la beauté de ce lieu, le promeneur peut découvrir la force symbolique d'un témoignage d’amitié entre une ville et un roi.

 

 

SPATIALITÉ ET DIALOGUE

 

 

On regretterait presque que cette Sala royale soit si pudiquement placée dans la lisière du bois.

 

 

A l’image de « La Vendangeuse » de Casimir Reymond et compte tenu de sa typologie à quatre faces et quatre accès identiques, ce pavillon aurait pu trouver sa place plus au sud entre deux grands arbres (l'un feuillu et l'autre résineux) et se connecter au cheminement existant pour amorcer un dialogue rapproché entre dépouillement et préciosité.

 

 

 

UN ROI ET UNE VILLE

 

Voici quelques repères historiques ayant servi de trame de fond pour raconter « Une ville et un roi » :

 

 

En 1929 meurt à 37 ans le prince Mahidol Adulyadej, prince de Songkla, fils de Chulalongkorn (Rama V).

 

 

En 1932, après un coup d'état militaire, le royaume de Siam transite de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle.

 

En 1933, Srinagarindra, la veuve du prince de Songkla, s'exile avec ses trois enfants à Lausanne en Suisse.

 

 

 

Galyani Vadhana l'aînée avait dix ans, Ananda Mahidol en avait 8 et Bhumibol Adulyadej 6.

 

 

 

 

Suite à l'abdication de son oncle Rama VII,

 

 

 

... Ananda Mahidol est nommé roi le 2 mars 1935 et porte le nom dynastique de Rama VIII. Il ne retourne s'installer dans son pays qu'en décembre 1945. Il meurt tragiquement le 9 juin 1946 avant d'avoir pu être couronné.

 

 

 

Bhumibol Adulyadej succède à son frère sous le nom dynastique de Rama IX. Il reste en Suisse pour poursuivre ses études à l'université de Lausanne. En attendant son retour au pays, un demi-frère de son père est nommé régent. Couronné en 1950, adulé et considéré comme un demi-dieu par son peuple, il est resté sur le trône de 1946 à 2016.

 

 

 

En 1999, année coïncidant avec son 6e cycle de douze ans de vie, en souvenir de ses jeunes années passées à Lausanne et pour remercier cette ville et sa population, il leur offre un pavillon de style Jaturamuk. Mais pour désamorcer une situation conflictuelle générée par l'opposition de certains riverains du parc de Denantou où le pavillon devait être construit, l'offre sera retirée.

 

Le 17 mars 2009, la princesse Sirindhorn, une de ses filles,

 

 

 

 

inaugure avec Daniel Brélaz, syndic de Lausanne, le nouveau pavillon qui est présenté comme un don du gouvernement royal pour commémorer le 60e anniversaire de l'accession du roi au trône et le 75e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays.

 

 

 

 

Remarque : le lecteur aura certainement noté la ressemblance entre le pavillon de Lausanne et la bibliothèque du Vat Sisaket de Vientiane. Le Ho Tai (pavillon pour les manuscrits) s’inspire du style Jaturamuk thaï. A l’exception de l’escalier d’entrée, son plan carré possède quatre faces quasi identiques avec des colonnes supportant quatre pans de toiture surmontés en son milieu d’un pinacle composé de toitures étagées et d’une pointe en forme de stupa.

 

Son sanctuaire à nef unique placé au centre d’une galerie formant enceinte s’inspire également de l’architecture thaïe.

 

On raconte que c’est pour cette raison que, contrairement aux autres pagodes de la capitale du Lane Xang, cet ensemble avec ses Thats et son Kouti (logement des bonzes), a été préservé des saccages et des incendies lors du sac de la ville en 1827 par les armées siamoises.

 

 

 

NOTES

 

(1) Contacts Dominique Geay-Drillien - Présidente par intérim - dominiquegeay@wanadoo.fr  ET Philippe Drillien Chargé des relations publiques philippedrillien@yahoo.com

 

 

(2) Une sala est une construction constituée d'un toit soutenu par des poteaux qui sert de lieu de repos pour les voyageurs et/ou pour diverses activités extérieures.

 

 

 

 

(3) Selon Thailex Travel Encyclopedia « Jaturamuk (จตุรมุข) : Thai-Pali. « Four porticos » (les Quatre piliers) : « An architectural style in which a building has four gable ends or four entrances, sometimes with each one pointed to a direction of the compass, like the wihaan of  Nan. Also tetrahedron ».

 

 

Dans une parure plus simple et dépouillée, le Ho Tai (pavillon abritant les manuscrits) de Vat Sisaket à Vientiane s'inspire du style Jaturamuk. Son plan carré possède, à l'exception de l'escalier d'entrée, quatre faces identiques avec des colonnes supportant quatre pans de toiture surmontés en son milieu, d'un pinacle composé de toitures étagées se terminant par une pointe en forme de stupa.  Ce pavillon a servi plusieurs fois comme sujet philatélique lao.

 

 

(4) Daniel Brelaz, syndic « vert » de Lausanne de 2002 à 2016 porte très régulièrement une cravate avec, comme motif, une tête de chat. Le jaune était la couleur de feu le roi Rama IX.

 

 

 

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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 22:20

Nous avons le plaisir d’accueillir dans nos colonnes deux invités de talent, Philippe de Lustrac et Sylvie Dancre. Nous connaissions Philippe de Lustrac, historien « free-lance » de la danse et de la musique pour sa très belle biographie du compositeur franco-siamo-italien, Eugène Grassi « The Siamese Composer Eugène Cinda Grassi – Bangkok 1881 – Paris 1941 » publiée en 2010 dans le « Journal or urban culture research » de l’Université Chulalongkorn.

Sylvie Dancre est spécialiste de danse classique, qu’elle a pratiquée professionnellement et enseigne aujourd’hui à Paris (elle a aussi enseigné en 2008 au Bangkok City Ballet de Madame Hirata Masako)

Cet article consacré au collège des arts dramatiques de Bangkok a été publié dans le numéro 264 (avril 2007) de la revue mensuelle « Danser ». Fondée en 1983 cette revue fut pendant 30 ans l’unique référence française dédiée à l'ensemble des danses et chorégraphies. Dotée d’une petite dizaine de millier de lecteurs fidèles, elle a disparu en 2013 sous cette forme dans le cadre d’une procédure de liquidation consécutive au redressement judiciaire de son propriétaire Desclée De Brouwer. Nous publions l’intégralité de leur article consacré aux « apprentis danseurs à Bangkok », article remarquable dans la forme et passionnant sur le fond. Nous remercions bien chaleureusement ses auteurs de leur amicale autorisation

 

 

A côté du Théâtre national, le Collège des Arts dramatiques de Bangkok accueille plus de 1.500 élèves, qui après une première formation spécialisée durant leurs études primaires, vont étudier pendant dix ans, avec l'aide de 140 professeurs, danse et musique siamoises, et même quelques notions occidentales.

 

Texte et photos : Sylvie Dancre et Philippe de Lustrac

Apprentis danseurs à Bangkok

 

 

Parmi plus de Ia centaine de formes de danse  existant en Thaïlande, les plus prestigieuses  étaient celles données a Ia cour du roi et des princes par des troupes de ballerines et  de danseurs qui leur appartenaient, mais depuis une révolution au début des années  trente ces troupes (coûteuses) sont passées sous le contrôle du ministère de Ia Culture nouvellement créé, et l'enseignement est dispensé en particulier dans !'École nationale de danse et de musique fondée en 1934.

 

Tôt le matin, dans Ia chaleur déjà moite,  des élèves rieurs en uniforme impeccable  (panung rouge, chemise blanche et badge  avec leur nom), déjeunent ou révisent leurs  leçons dans les allées parfumées par les fleurs des frangipaniers- et surtout baignées dans Ia vibrante cacophonie qui s'échappe de toutes les portes ouvertes :  sonorité moelleuse des gamelans de bambou, fracas étincelant des gongs de métal, flûtes  stridentes, piano même, ou encore les  sons aigrelets que sous Ia direction d'une maîtresse digne et vénérable, une classe de jeunes filles assises sur le parquet de bois sombre, leurs doigts minces courant comme des araignées a longues pattes sur Ia corde  unique de leur instrument, tirent de leur violon traditionnel compose d'une demi-noix de coco ...

Dans une cour, au pied d'un temple à l'habituelle décoration ciselée, vestige du palais ancien sur l'emplacement duquel l'école a été édifiée, de jeunes garçons frappent  énergiquement et inlassablement lesol de ciment, au rythme sec des bâtons de  bambou frappés par le professeur, levant alternativement les jambes très haut sur le côté tout en effectuant des gestes un peu ridicules avec les mains: ce sont les Singes du théâtre masqué, le khon. Dans tous les  bâtiments, les élèves répètent ou travaillent  par petits groupes sous l'œil attentif des professeurs et des maîtresses de ballet. Cependant dans Ia plus grande salle, vaste  comme un hangar et ouverte sur plusieurs cotes, vient de commencer Ia classe de lakorn, Ia danse féminine lente et gracieuse, particulièrement représentative de Ia danse siamoise: sous les néons et le tournoiement  des ventilateurs, une centaine d’élèves, peut-être davantage, entament comme tous les  jours une sorte de lente « barre du milieu », récapitulation des quelque soixante-dix  figures de base, dont beaucoup dérivent des karanas indiens, mais dont elles offrent une sorte de version profondément épurée, minimaliste  et sereine, qu'elles déroulent dans  un ensemble parfait tout en psalmodiant les noms; une fois terminé cet exercice, les  ballerines s'assiéront sur le sol, et toujours  exactement ensemble et au rythme d'une sorte de litanie plaintive, vont exécuter lentement les exercices d'assouplissement des mains et des doigts.

 

 

Un miracle basé sur une confusion

 

Mais qu'est au juste Ia danse siamoise ? En 1906, lors d'une soirée organisée par le ministère des Colonies, Rodin découvrait avec extase les petites danseuses cambodgiennes du roi Sisowath, et le spécialiste de I'Asie, Louis Laloy, était « dépassé, ébloui, abasourdi par le miracle de cette danse qui  donne à une femme des souplesses de liane, des épanouissements de fleur, des palpitations de feuillage, de légers essors d'oiseau, ou des glissements de poissons dans l'eau  transparente ». En 1922, c'est avec un éblouissement comparable que le critique  de ballet André Levinson voit les danseuses cambodgiennes invitées sur Ia scène de I ‘Opéra par le directeur, Jacques Rouche. Or, à ces spectateurs émerveillés de jadis  tout comme à leurs successeurs actuels on  se gardera bien d'avouer que Ia danse cambodgienne ne provenait nullement du Cambodge, où Ia tradition en aurait été « miraculeusement préservée pendant neuf  siècles depuis l'époque d'Angkor », comme il est fallacieusement affirmé - mais du  Siam voisin (aujourd'hui Ia  Thaïlande).

 

En effet, après Ia prise d'Angkor en 1431 par les Thaïs, une part essentielle du butin consista dans les troupes de danseuses des  rois khmers que les vainqueurs ramenèrent dans leur capitale d'Ayuthia. Et tandis que Ia tradition de Ia danse royale khmère allait disparaître totalement du Cambodge même, c'est à Ia cour des rois du Siam qu'elle allait être préservée, pour après une évolution de presque cinq siècles, enrichie de bien d'autres  apports, indiens, javanais, etc. (Un musicologue du début du siècle était par exemple persuadé de reconnaître dans Ia danse siamoise certaines formes du menuet, qu'auraient rapportées selon lui les ambassadeurs siamois venus à Versailles en 1686) - et, bien entendu, siamois- devenir une tradition purement siamoise, avec les lourds et étincelants  costumes pailletés élaborés au XIXe siècle au Siam, avec des sujets, des livrets souvent écrits par les rois du Siam eux- mêmes.

 

Et finalement, au XIXe siècle, les rois d'un Cambodge singulièrement diminué voulant reconstituer leur patrimoine  chorégraphique disparu, c'est par centaines que leur sont envoyées de Ia cour de Bangkok,   maîtresses de ballet et danseuses: ce prétendu legs « touchant à l'identité même du  Cambodge » est donc en réalité une tradition  chorégraphique siamoise, avec des textes composés en siamois, chantés a Pnom Penh en siamois jusqu'à Ia Deuxième Guerre mondiale par des interprètes qui n'y comprenaient  pas grand-chose.

 

La danse siamoise est relativement peu connue - tout d'abord pour des raisons historiques : ayant échappé à Ia colonisation, Ia Thaïlande est demeurée de ce fait toujours un peu mystérieuse. Mais surtout parce que sa tradition chorégraphique, sans nul  doute l'une des plus riches de toutes les traditions théâtrales d'Asie, est basée sur une conception du geste exactement à l'opposé de celle du ballet occidental, et que cette  altérite radicale constitue un obstacle  presque insurmontable : on n'imaginera guère  en effet un danseur européen tentant l'apprentissage des gestes et des attitudes du khon et du lakorn, inscrits en profondeur depuis l'enfance dans le corps des danseurs   siamois par une pratique rigoureuse et, en  particulier, par d'extraordinaires exercices d'assouplissement- alors qu'il n'est pas rare  de voir des danseuses occidentales ayant  largement passé l'adolescence s'initier avec succès au bharata natyam.

 

 

Un registre de gestes extraordinaires

 

Pourtant, quoi qu'elle ne soit guère directement  assimilable par le corps occidental, Ia danse siamoise est susceptible de beaucoup apprendre au danseur ou au chorégraphe, en lui révélant un répertoire de possibilités scéniques ou dramatiques, mais surtout un registre de gestes extraordinaires dont il ne soupçonne même pas Ia possibilité de ces mouvements « inconnus ! jamais vus ! » qui avaient autrefois stupéfié Rodin.  Tels, par exemple, ces « micromouvements »  qui constituent d'ailleurs Ia base de l'apprentissage par Ia contraction d'un muscle immobile, n’entraînant pas de mouvement véritable mais seulement des sortes de sursauts presque imperceptibles, d'accents prodigieusement expressifs ...  Ou encore en découvrant que l’extrême souplesse des bras et des mains ne s'accompagne pas du relâchement de leurs articulations, mais qu'au contraire celles-ci sont raidies par une contraction intense, et qu'une tension sourde parcourt bras et phalanges qui vibrent parfois comme tétanisés ... Quant à Ia question du rôle de Ia pantomime, dont on oppose régulièrement dans le ballet le caractère mimétique et expressif a l'abstraction du mouvement pur dans une dialectique que l'on croit fondamentale et irréductible, on s'aviserait immédiatement en voyant du lakorn (et plus encore une scène de khon,  puisque les visages y sont masqués) , qu'en réalité des mouvements peuvent à Ia fois être totalement stylisés et totalement expressifs, totalement abstraits et totalement concrets, comme l'on pouvait s'en  rendre compte en regardant le danseur de khon, Pichet Klunchun dans Ia pièce récente  de Jérôme Bel, Pichet Klunchun and myself.

 

 

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 22:06

 

Nous avons avec cet article le plaisir d’accueillir une nouvelle invitée, Mademoiselle Sutida Tonlerd (สุธิดา ตันเลิศ). Maître de conférences en sciences humaines à la Faculté des arts libéraux au sein de l’Université d’Ubonratchathani, elle est l’auteur de nombreux articles d’une grande érudition publiés dans diverses revues de sociétés savantes.

 

 

Celui que nous reproduisons avec son accord et celui du Docteur Narong Ardsmiti (ดร. ณรงค์ อาจสมิติ),

 

 

responsable de la publication de la revue « Journal of language and culture » dépendant du « Research institut for language and culture of Asia » et de l’Université Mahidol de Bangkok vient d’être publié dans la dernière livraison de la revue, volume 36, n° 2 et numérisé :

http://www.lc.mahidol.ac.th/lcjournal/FullPaper/JLC36-2-Sutida-TL.pdf

 

 

Nous les remercions chaleureusement de leur agrément.

 

Mademoiselle Suthida Tonlerd y étudie le rôle des missionnaires français dans cette région et sur cette période qui couvre le règne du roi Chulalongkorn au cours de laquelle ils furent particulièrement actifs et introduisirent plusieurs projets fondés sur des concepts occidentaux. Faisant prévaloir la raison sur la superstition, ils y introduisirent, nous apprend-t-elle, la notion d’un état de droit avant qu’elle ne soit développée par le gouvernement central. Cet article est le fruit d’un important travail de recherches dans les archives thaïes nationales et locales, dans celles de l’archidiocèse de Bangkok et dans celles des Missions étrangères de Paris

 

 

… ainsi que de l’étude d’une énorme bibliographie, l’ayant conduite jusqu’à la Bibliothèque nationale de France. Ne vous étonnez pas de la publication dans nos pages d’un article en thaï. Mademoiselle Suthida écrit dans sa langue maternelle ce qui n’a rien de choquant, bien au contraire. Par ailleurs, nous avons des lecteurs thaïs francophones qui trouveront probablement chez nous avec plaisir un article écrit dans leur langue et ceux de nos lecteurs francophones qui savent le thaï y trouveront un excellent exercice.

 

L’Institut a été créé en 1974

 

 

…et se consacre à la recherche sur les langues et leur culture dans leur diversité tout en assurant des cours de langue. Il assure en particulier  également la délivrance de diplômes supérieurs en linguistique et études multiculturelles. En dehors de la revue qui nous intéresse, il publie d’autres revues, en particulier « THE MON-KHMER STUDIES JOURNAL »

 

 

et « Encyclopedia of ethnic groups in Thailand ».

 

 

Nous avons cité à de nombreuses reprises lors de nos études sur le groupe ethnique sa carte ethnolinguistique de la Thaïlande (แผนที่ภาษาของกลุ่มชาติพันธุ์ตางๆ ในประเทศไทย).

 

 

 

 

Il a également publié plusieurs dictionnaires bilingues sur les langues des minorités.

 

 

Enfin, le site http://www.lc.mahidol.ac.th/en/  est bilingue (thaï-anglais).

 

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A 275 - มิชชันนารีชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปี พ.ศ.2409-2453 (« Les missionnaires français dans le mueang d’Ubonrachathani de 1867 à 1910 »)

 

 

 

 

 

เชิงอรรถ

 

1 บันทึกการเดินทางของชาวฝรั่งเศสกับคณะมิชชันนารีชาวฝรั่งเศสเรียกเมืองอุบลราชธานีอย่าง สั้นๆ ว่า “เมืองอุบล” บทความนี้จะใช้คำว่า “เมืองอุบล” ตามสำนวนของชาวฝรั่งเศส แต่จะคง เรียกหรือใช้คำ “อุบลราชธานี” ตามสำนวนปัจจุบัน

2 ล้านช้างมีธรรมเนียมการเมืองการปกครองแบบอาญาสี่ ประกอบด้วยชนชั้นผู้ปกครอง 4 ตำแหน่ง กล่าวคือ เจ้าเมือง อุปฮาด ราชวงศ์ และราชบุตร

3 อาสนวิหารแม่พระนิรมลมีต้นกำเนิดมาจากอาสนวิหารแม่พระนฤมลทิน (ค.ศ.1881-1981) ตั้งแต่ปี ค.ศ. 1981 เป็นต้นมาได้เปลี่ยนชื่อเป็นอาสนวิหารแม่พระนิรมล (อาสนวิหารแม่พระ นิรมลอุบลราชธานี, 2554)

4 กลุ่มคาทอลิกบ้านคำเกิ้มหรือบ้านสองคอนมีจุดกำเนิดที่คล้ายคลึงกับกลุ่มคาทอลิกบุ่งกะแทว คือ บรรพชนสืบเชื้อสายมาจากกลุ่มทาส แต่ประเด็นที่แตกต่าง กล่าวคือ กลุ่มคาทอลิกบ้านสอง คอนถูกตีตราว่าเป็น “ผีปอบ” ดูรายละเอียดในชัยวิวัฒน์ วงศ์สวัสดิ์ (2559)

เอกสารอ้างอิง

A 275 - มิชชันนารีชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปี พ.ศ.2409-2453 (« Les missionnaires français dans le mueang d’Ubonrachathani de 1867 à 1910 »)
A 275 - มิชชันนารีชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปี พ.ศ.2409-2453 (« Les missionnaires français dans le mueang d’Ubonrachathani de 1867 à 1910 »)
A 275 - มิชชันนารีชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปี พ.ศ.2409-2453 (« Les missionnaires français dans le mueang d’Ubonrachathani de 1867 à 1910 »)

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