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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 00:30
A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Nous avons rencontré à diverses reprises sir Francis-Henry Giles alias Phraya Indra Montri, officier de marine britannique contraint de quitter le service, devenu collaborateur actif de la Siam Society à qui nous devons, dans les années 30, d’avoir recueilli des rites et coutumes locales alors déjà en voie de disparition (1). Les cérémonies festives – et plus encore – de la pêche annuelle au plabuk ont été minutieusement décrites dans un article du journal de la Siam society (2).

 

Le poisson-chat géant du Mékong (ปลาบึก – plabuk - pangasianodon gigas) est un poisson d'eau douce de la famille des silures qui vit dans le Mékong, au Cambodge, en Chine, au Laos, au Myanmar et en Thaïlande, dans le fleuve et ses affluents, Nam Ngum (แม่น้ำงึม) et la rivière Moon (แม่น้ำมูล), mais pas dans le lit inférieur  ou l’eau est plus ou moins saumâtre. 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Les spécimens vivant dans le « grand lac » du Cambodge (« Thonlésap ») remontent le fleuve en à la fin de la saison des pluies sur plus de 300 kilomètres, les constatations ayant été effectuées sur des poissons bagués. D’après un ichtyologiste de renom, le Dr Hugh McCormick Smith consulté par Giles, le plabuk est semblable au plathepo (ปลาเทโพ, le « poisson chat aux oreilles noires » ou Pangasius larnaudii) 

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.... avec deux différences,  le plabuk n'a pas la tache noire sur les ouïes et il est dépourvu de dents. Ce poisson est d'une couleur gris clair sur le dos et blanc sur le ventre. Il n'a pas d’écailles, son cœur est très petit, deux pouces (5 cm) et est situé à proximité de la gorge. Il est facile à tuer d’un coup de masse sur la tête. Il peut atteindre 3 mètres avec une circonférence de 2 mètres. Le mâle est plus fin que la femelle qui est plus robuste et plus ventrue. Les œufs apparaissent en janvier et février, mais une femelle capturée à Chiangsen (เชียงแสน) un amphoe de la province de Chiangrai (เชียงราย) à la fin juillet portait encore ses œufs (3).

 

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Les rites décrits par Giles sont selon lui d'une grande antiquité, purement animistes avec une influence brahmaniste et bouddhiste. Une référence dans les incantations à Phraya Thorn (พยาธร) peut signifier tout simplement « les esprits » mais les spécialistes interrogés par Giles y voient une référence à Vishnu. Si le Brahmanisme a étendu son influence dans cette région il y a environ 2000 ans, il ne semble pas qu’il ait eu la moindre incidence sur la vie quotidienne de la population ce qui laisse à penser que ce cérémonial est bien antérieur et remonte à « plusieurs milliers d'années ».

 

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Les esprits favorables sont des Kha (ข่า) révélant des croyances bien antérieures au bouddhisme et Giles trouve des ressemblances troublantes en référence à des rites à la fois brahmanistes et bouddhistes observés par lui lors de chasses à l’éléphant dans l’actuelle province de Chumpon et de chasses au buffle dans notre province de Kalasin (4). Ces chasses et cette pèche ont été observées dans une même région, celle du plateau de Korat (โคราช) délimitée à l’est par le Mékong. Le peuple croit en l’existence de l’« esprit des eaux » qui occupe le corps de ses ancêtres, Ta Seng (ตา แสง) qui serait une réincarnation de l’esprit ancien, le kha.
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Giles a encore constaté la persistance de certains aspects des cérémonies qui auraient une connotation bachique, une grande liberté sexuelle tolérée pendant et après la période de pèche.

 

 

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Les lieux de pêche

 

Ces lieux de pêche sont nombreux sur des centaines de kilomètres depuis les chutes de Kemmarat en aval de Mukdahan jusque dans la province de ChiangraiGiles nous donne le détail des plus connus (5). Ce sont probablement les endroits où des siècles d’observations ont démontré que le fleuve était le plus poissonneux.

 

 

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Le rituel

 

Nous allons voir que, si le Mékong constituait depuis 1893 la frontière politique entre le Laos français et le Siam, il ne constituait alors pas une frontière naturelle puisque les cérémonies se déroulaient indifféremment et sans difficultés sur l’une ou l’autre rive et qu’il n’y avait aucun obstacle – du moins pendant ces dix jours de pêche – à sa traversée.

 

Chaque année, à la saison des basses eaux, les habitants du voisinage du « bassin d'or » se réunissent dans le but de commencer les opérations de pêche.

 

Le premier jour, elles commencent à la 8ème lune décroissante du 3ème mois et se continuent jusqu’à la 12ème. La journée de pêche commence à l’aube et se termine à la mi-journée. Les autorités des villages invoquent l’esprit des eaux et l’esprit de leur village. Sur la rive française, les autorités administratives françaises participaient à ces cérémonies sans probablement y rien comprendre. 

 

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C’est le début d’un cérémonial qui date de la nuit des temps. Pourquoi le choix d’une lune descendante ? Voilà bien un point sur lequel les avis, souvent péremptoires, divergent mais l’influence de la lune sur la pêche est mentionnée dans des écrits anciens, nombre d’habitudes en découlent et chaque pêcheur à ses secrets. Quant à l’influence des cycles de la lune sur le comportement des poissons, elle est certaine mais ne paraît pas avoir fait l’objet d’études sérieuses.

 

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Il y a plusieurs esprits qui veillent sur cette partie du fleuve, dont il faut se concilier les bonnes grâces par des offrandes de nourriture et de boissons. Il existe quatre sanctuaires importants où résident ces esprits, à proximité du « bassin d’or » :

 

Le premier esprit est connu sous le nom de Hongkham (ฮงคำ), en Isan-lao « le cygne d’or » qui réside dans la province de Vientiane, dans le village Kaoliao  Tasaeng, (เก้าเลี้ยว ตาแสง), district de  Sikai (สีไค) situé sur la rive gauche face aux villages siamois de Ban  Mo  (บ้านหม้อ) et  Donchingchu  (ดอนชิงชู้), situés dans le tambon de Si  Chiangmai (ศรีเชียงใหม่), amphoe de Tabo  (ท่าบ่อ), sur la rive droite.

 

 

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Un autre esprit appelé Chao Dan (เจ้า ด่าน) a son sanctuaire dans la province de Vientiane au village de Hinsiu (หินสิ้ว) sur la rive gauche. Ce village se trouve en face du village de Koksok (โคกซอก), également  dans le Tambon  de Si Chiangmai et l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ), sur la rive droite.

 

Le matin, au début de la saison, les villageois qui ont décidé de se rendre au « bassin d’or » avant de partir à la pêche doivent d’abord se rendre au village de Hom (ห้อม), à une quinzaine de kilomètres en amont de Vientiane. Le chef de village, nommé Taseng (ตาแสง) est la réincarnation actuelle de l’esprit des eaux anciennement Kha (ข่า). Il appelle tous les esprits de la rivière et quand ils sont arrivés commencent une fête pour nourrir ces esprits. Après cette fête, les esprits sont invités à accompagner les pêcheurs à la partie de pêche dans le « bassin d'or » pour protéger les pêcheurs de tous les dangers et leur assurer de bonnes prises.

 

Les offrandes se composent d'un pagne pour les esprits masculins et une jupe appelée sin (ซิ่น) pour les esprits féminins, cinq noix de bétel, douze coupes de fleurs, des bijoux et des sucreries.

 

 

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Les villageois se déplacent alors jusqu'à la rivière dans le village de Suanmon (บ้าน สวน มอน) où se trouve le jardin de Ta Seng, à environ cinq kilomètres en amont de Vientiane. Ce village est situé en face Huasai (หัวทราย) dans l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ) sur la rive siamoise. Les bateaux forment un cortège et descendent le fleuve jusqu'à Tana (ทะนา) et Paksai (ปากใส) pour y nourrir les esprits et puis s’en retournent à Ban Suanmon où une autre fête est préparée pour les esprits. On y passe la  nuit.

 

Le matin suivant les bateaux se déplacent jusqu'à Kokkham (โคกคำ) et Hadchaosaimun (หาด เจ้าทรายมูล) sur la rive gauche face à Ban Panprao sur la rive droite (บ้าน พานพร้าว) situé dans l’amphoe de Nongkhai. À chacun de ces endroits, des offrandes apaisent les esprits gardiens du fleuve. La procession se dirige alors vers Vientiane. À l'arrivée, elle se dirige vers le Sanctuaire de Siri Mangala (ศิริมงคล), un esprit favorable, où, après que lui ait été rendu un hommage respectueux, des offrandes lui sont présentées. Siri Mangala est un esprit très puissant qui entre parfois dans une enveloppe charnelle féminine, un medium connu sous le nom de Nang Thiam (นาง เทียม). L’équipe y passe la nuit. Ce sanctuaire est situé à l'embouchure de Huay Champasakdi (ห้วย จำปาศักดิ์). Le medium est vêtue d'une jupe rouge, d’un manteau rouge, et d’un turban rouge. Elle fait des offrandes de bougies, de cierges d'encens, de spiritueux et de sucreries, invitant l'Esprit à entrer en elle. Les musiciens jouent sur des khénes l'air de la chanson Sudsanen (สุดสะแนน)

 

 

... invitant l'esprit à pénétrer le médium. Nang Thiam allume une bougie et se tient assise tenant dans sa main un bol avec des bougies et des cierges d'encens, immobile. Lorsque la bougie faiblit et que sa flamme vacille, c’est la preuve que l'Esprit Siri Mangala est entré dans son enveloppe charnelle. Nang Thiam entre alors en transe, elle pose le bol, se lève et se met à danser. Intervient une deuxième personne, familière de l'Esprit qui veille sur lui et fournit ses besoins, connue sous le nom de Cham (จ้ำ).

 

 

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Cette personne demande à Siri Mangala, lorsqu'il est entré dans l’enveloppe charnelle du médium, d'accorder ses faveurs pour la pêche dans le « bassin d'or » et de lui révéler si la pêche sera bonne. Nang Thiam répond (en général) que la pêche sera bonne et plus abondante que l'année précédente à la condition que soient respectées les anciennes coutumes. Elle lui demande alors quelles sont ces coutumes. Le medium répond que la nourriture préparée ne doit avoir été touchée par aucune personne avant que l'Esprit Hongkham (ฮงคำ) ou « cygne d’or » ait été nourri. Après cela, les participants peuvent manger. Le familier de l'Esprit, Cham (จ้ำ) demande alors à Siri Mangala de quitter le corps du medium et l'invite à accompagner la partie de pêche dans le « bassin d'or ». Nang Thiam, le médium, est payée seize atts (un quart de tical) un pagne fleuri, deux noix de coco vertes, un régime de bananes, neuf couples de bougies et d'encens et des cierges pour ses services.

 

A l’aube du jour suivant, les bateaux quittent Vientiane partent en procession et remontent  le fleuve vers le « bassin d'or ». Sur le chemin en amont, il est nécessaire de faire une halte en faisant des offrandes à l' Esprit Yaya (ยายา), elle-même mère de l'Esprit de Hatmun (หาดมูล), situé dans le tambon de Sikai (สีไค) (à une quinzaine de kilomètres en amont de Nongkhai) et aussi au temple de Huay Vichaya (ห้วยวิไชย).

 

 

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À l'arrivée à Kao Liao (เก้าลี้ยว) les « neuf méandres » on fait de nouvelles offrandes à l'Esprit du Cygne d'or. Elles prennent la forme pendant deux années consécutives d'un cochon, et d’un buffle la troisième année, une rotation inchangée depuis des temps immémoriaux. Ces animaux sont abattus à une heure de l'après-midi. La tête, les pattes avant et la queue avec des fleurs de bois de santal, des bougies, des cierges et d'encens sont placées sur un plateau, et le familier de l’esprit, le Cham les lui offre à l’esprit en psalmodiant :

 

 

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« Nous tes humbles serviteurs, tous gens du pays, nous sommes réunis pour faire des offrandes à toi, Chao Pomhua (เจ้า ป้อมหัว) chef de tous les esprits, et respectueusement, nous t’invitons à participer à notre festin spécialement préparé pour toi. Le moment est venu pour nous de commencer cette activité  importante, la capture du poisson dans le « bassin d'or », et nous te demandons de nous accorder ta protection et ta faveur que nous puissions capturer de nombreux poissons ».

 

Plus tard, de nouvelles offrandes sont offertes à l'Esprit dans ce sanctuaire. Elles se composent de neuf types différents de nourriture, un plat de chacune est placé sur un plateau. Nous y trouvons du lap (ลาบ), de la viande crue mariné dans la sauce de poisson, de la viande grillée (เนื้อปิ้ง), un curry (แกง), des tripes bouillies (ต้ม เครื่อง ใน), des tripes frites, une sorte de bouillon (ต้มซั่ว), du foie grillé (ตับปิ้ง), une sorte de salade de crevettes (ก้อย), des spiritueux, un verre ou une bouteille.

 

 

 

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Ces offrandes sont connues pour être celles que prises le Cham. Elles sont placées sur l’autel du sanctuaire et le Cham psalmodie alors, à peu près dans les mêmes termes :

 

« Nous tes humbles serviteurs, tous gens du pays réunis, nous t’invitons toi à partager les bonnes choses préparées par nous. Le moment est venu pour nous de commencer cette activité  importante, la capture du poisson dans le « bassin d'or », nous te supplions de nous accorder ta protection et ta faveur que nous puissions capturer de nombreux poissons ».

 

Pendant l'acte de présentation des neuf offrandes Nang Thiam le médium, vêtue de sa robe rouge, allume des bougies et des bâtons d’encens et tenant le tous dans ses mains avec des fleurs de bois de santal, elle rend hommage devant le sanctuaire et invite l'esprit du cygne d’or à entrer en elle. Les musiciens jouent alors le même air de Sudsanen, sur leurs khénes.

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Le médium reste immobile avec le bol contenant les bougies et les cierges d'encens dans les mains. Elle commence bientôt à entrer en transe, elle place ensuite le bol sur le sol, se lève et danse. L'Esprit a maintenant pris possession de son corps.

Le Cham demande alors à l’Esprit seigneur de tous les esprits, ce que sera leur capture. L'Esprit répond que si les pêcheurs agissent d'une manière juste et approprié la capture sera abondante mais que si leur comportement est injuste la capture sera minime mais toutefois, vous ne pourrez pas retourner à la maison les mains complétement vides. Le Cham s’enquiert ensuite de ce qui constitue un comportement juste. La réponse est qu’il faut respecter les traditions de la cérémonie. La Cham invite alors l'Esprit à quitter le médium et à rejoindre la partie de pêche. Les mets préparés comme offrande à l'Esprit sont ensuite distribués à la foule qui va passer la nuit sur place.

 

A l'aube du jour suivant, les bateaux quittent les « neuf méandres » et remontent en amont en s’arrêtant à Pakmun (ปากมูล) et à Huayhom (ห้วยห้อม) où l’on fait des offrandes aux esprits locaux.

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Quand le cortège arrive là l’après-midi, le Cham, en prenant des offrandes de viande de porc, de canard et volaille les présente l'Esprit Chao Dan (เจ้า ด่าน), dont le sanctuaire est à Hinsiu (หินสิ้ว). Il n'y a pas là de cérémonie pour inviter l'Esprit à entrer dans le médium. Le Cham lui manifeste seulement son respect et l'informe que la troupe part pour le « Bassin d'or » pour la pêche annuelle. L'Esprit ayant la charge de garder le sanctuaire ne peut pas abandonner son poste. La troupe passe alors la nuit, elle a été rejointe par un grand nombre de personnes des districts environnants avec leurs bateaux qui attendaient la procession cérémoniale pour l’accompagner au « bassin d'or », n’osant pas y entrer avant que le Seigneur des Eaux n’ouvre la voie.

 

A l'aube du jour suivant, un chef Lao de Vientiane qui joue le rôle de maître des cérémonies rejoint la troupe qui s’arrête à Konsahua (ก้อนสระหัว) et à Kutkungli (กุดก้องลี) et fait des offrandes propitiatoires aux esprits des lieux.

 

De là les bateaux sont amarrés à un arbuste sur un banc de sable pour être au vu de tous. La Cham prend un peu de porc, de canard et de chair de volaille, et fait une offre sans aucun cérémonial aux esprits gardiens des lieux. Il lui manifeste simplement son respect et les informe de son intention de rejoindre le bassin d'or pour capturer le Pla Buk. Ces Esprits, également sur leurs gardes, ne peuvent pas accompagner la partie de pêche.

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À deux heures de l'après-midi le Cham prépare de la nourriture, des bougies, des cierges, de l’encens et des fleurs de bois de santal pour les présenter au temple de l'Esprit du « bassin d'or ». Ce sanctuaire, qui est situé dans un bâtiment appelé localement le Pamsai (ผามไซ). C’est une grande cérémonie. Une procession de bateaux se forme. Ils transportent deux épées, deux gourdes d'eau, deux plateaux avec des noix de bétel et des feuilles, neuf pièces d'argent, quatre morceaux de cire d'abeille, deux noix de coco vertes, deux plats de sucreries, neuf paires de bougies, des cierges d'encens et des fleurs de bois de santal ... 

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... un gong et deux flûtes. La Nang Thiam vêtue de rouge bat le gong et joue sur une flûte. Lorsque la procession arrive au sanctuaire, le Cham allume les bougies et cierges et d'encens, rendant hommage révérencieux, les place avec de la nourriture sur l'autel, en disant:

 

« Aujourd'hui, ton humble serviteur implore la permission de te rendre hommage à toi, Seigneur, de ce lieu, chef des Esprits. Je te prie de permettre à ces personnes d’attraper du poisson pour que leurs efforts soient récompensés par une prise abondante. Moi, ton humble serviteur, j’ai apporté des noix de coco, des bananes douces, des noix de bétel, de la viande de porc, de la chair de buffle chair et des spiritueux. Si nous prenons du poisson, je te présenterai de nouvelles offrandes ».

 

Durant la cérémonie, les musiciens jouent du khène et le Cham continue à parler à l'Esprit en disant : « Je viens accompagner le peuple et ses dirigeants dans le « bassin d'or » et maintenant je prie la mère et le père de l’esprit du bassin d’or dans le sanctuaire dans le Pam Sai. Lorsque les poissons auront été capturés, je viendrai te présenter du poisson, préparé pour manger avec des liqueurs spiritueuses pour ton repas du matin ».

 

Cette cérémonie ayant été effectuée, le peuple se met en procession accompagné par la musique. Au sanctuaire, tout a été préparé pour recevoir ces offrandes, des tapis ont été étendus, une estrade a été élevée sur laquelle est placé un oreiller, neuf nattes, couches, neuf pièces de soie, neuf jupes, neuf pièces de tissu blanc et une bouteille de spiritueux. Une lampe est allumée. Un grand concours de personnes s’est réuni pour attendre avec impatience l'arrivée de la procession.

 

L'activité réelle ne commencera que le lendemain (enfin !) avant l’aube. Nul n’ose jamais enfreindre ces règles fixant la période au cours de laquelle les poissons peuvent être capturés sous peine de s’attirer les plus grands malheurs. Il faut probablement voir là le fruit d’un bon sens millénaire, la pêche n’est « ouverte » qu’une semaine par an ce qui va éviter une disparition du gibier par une pêche massive !

 

Chaque pêcheur a un bateau creusé dans un tronc d'un arbre large d’un mètre et long de dix. De nombreuses chansons sont à leur répertoire. Les filets utilisés sont extrêmement solides, en corde d’un pouce avec des mailles de 50 cm de côté.

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Ces filets sont courts, d’une largeur de 6 mètres et d’une longueur de 10. Les cordes pour les manipuler ont 66 mètres de long. Ils sont lestés de pierres pesant environ 6 livres chacune.

 

L’équipage se compose de deux hommes, l'un à l'avant et l'autre à l'arrière. Toutefois, avant de pouvoir être utilisés, les bateaux sont soumis à une cérémonie de purification, qui inclut le nettoyage de la coque par le feu. On doit rendre hommage à la déesse du bateau, maechaonangrua (แม่เจ้านางเรือ) en lui présentant des fleurs fraîches et de l'encens.

 

Ces offres sont fixés à la proue des bateaux marqué du signe symbolique de la Sainte Trinité fait avec de la poudre parfumée. Ce signe de protection, joem (เจิม), consiste en trois points disposés en triangle. C’est toujours celui dont les moines ornent le plafond de nos automobiles !

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Des offrandes de nourriture doivent également être faites à l'Esprit du bateau : poules, œufs, pâte de poisson, grenouilles et douceurs. Certains bateaux sont purifiés par le propriétaire qui saisit une volaille vivante par les pattes et l’utilise pour frapper le bateau de la poupe à la proue jusqu'à ce qu’il  meurt.

 

Les gens croient que les bateaux et les filets sont doués de vie, qu’en en fait, ce sont des esprits, des êtres vivants, raison pour laquelle ils doivent être purifiés ainsi que les filets, les cordes et les pierres de lest, parfumés à l’encens avant de pouvoir être utilisés. Une incantation doit être utilisée : «  Om, que toutes choses de toutes sortes qui nous aiment, soient solidement attachées comme avec du ciment, liées étroitement à nous, attirées par ce pouvoir de provoquer l'amour, qui nous est inhérent et possédé par toutes les jeunes filles ».

 

Bien d’autres incantations peuvent encore utilisées, nous vous en faisons grâce, elles sont difficiles à comprendre pour un esprit occidental et peut-être même pour ceux qui les utilisaient. Nous y trouvons encore l’utilisation de « om » ou « aum », l’ « invocation suprême », la syllabe sacrée du sanscrit dont on ne connait en réalité ni l’origine ni le sens exact, laisse toutefois à penser que ces rituels sont venus de  l’hindouisme depuis la nuit des temps ? Ce son serait une mise en vibration en lien avec l'univers : Ce serait la personne toute entière qui va vibrer au sein de cet immense univers ?

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Lorsque ces incantations ont été prononcées, le maître de cérémonie doit ramasser le filet en tenant les quatre coins dans ses mains, deux coins lestés et deux coins non lestés, en retenant sa respiration avant de le jeter.

 

Comme certains poissons peuvent rompre le filet, les pêcheurs se réunissent à Ban Sampanna (บ้าน สามพันนา) près des rapides de Sinohat (สีโนหัด) sur le territoire de Vientiane où se trouve un banc de sable sur la rive gauche.  D’autres se regroupent à Hatmun (หาด มูล) face Huayhom (ห้วย ห้อม) sur la rive gauche, entre Ban Koksok (บ้าน โคกซอก) et Ban Taphrabat (บ้าน ท่าพระบาท) dans le district de Si Chiangmai (ศรีเชียงใหม่) et l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ).

 

Les pêcheurs utilisent aussi des filets constitués de sept filets ordinaires liés entre eux pour une longueur de  35 mètres mais les incantations utilisées pour les filets sont les mêmes que pour les filets courts.

 

Certains pêcheurs, mais pas tous, prononcent une nouvelle incantation avant de procéder à la capture des poissons.

 

A cinq heures du matin du jour suivant, chaque bateau pagaye vers l’amont dans le « bassin d'or ». Dans chacun d’eux hommes tiennent les coins supérieurs du filet plongé dans l'eau. Les bateaux naviguent aussi vers l’aval. Alors qu’ils sont en mouvement, de nouvelles incantations sont chantées. Nous retrouvons toujours le fameux « om ».

 

Pendant le processus de pêche proprement dit, c’est le tumulte entre les défis que se lancent les pêcheurs et leurs nouvelles incantations pour supplier les poissons de se précipiter dans les filets.

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Les habitants de la rive droite vivent ces quelques jours dans des huttes temporaires construites sur la rive et ceux de la rive gauche font de même. Mais ils ne se mélangent pas. Lorsque l’’un a pris un poisson et le perd en raison de la rupture du filet, il faut à nouveau accomplir toute la cérémonie de propitiation et subir en outre les quolibets des autres pêcheurs.

 

Le matin du jour suivant, une nouvelle cérémonie d’offrandes à l'Esprit propriétaire du Bassin doit être effectuée sur le banc de sable.

 

Lorsque ces offrandes ont été faites, un poisson, le premier à être pris, appelé le poisson Cham (ปลาจ้ำ) est tué, et sa tête et la queue sont présentés à l'Esprit du « bassin d'or ». Le poisson est préparé soit en lap (ลาบ) soit en salade soit grillé ou frit, soit en curry. Le foie est apprécié. Une partie de ces préparations est présentée à l’Esprit du bassin. Lorsqu’un second poisson est capturé, il est procédé de même, au son de la musique

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Le matin du jour suivant à l’aube, le maître de cérémonie demande au Cham de tuer un autre poisson et de faire des offrandes de sa chair à l'Esprit gardien des cavernes situées sur la falaise rocheuse de la rive droite de la rivière, car ces cavernes subaquatiques abritent des poissons. Le cérémonial des offrandes est toujours le même.

 

Dès l'instant où les filets sont abandonnés dans l'eau comme filets dormants ou traînés en chalutage, toutes les personnes, hommes, femmes, enfants et spectateurs se livrent à un « grand tournoi d’abus » sur lesquels Giles, anglais probablement pudibond, se garde de s’étendre et ce « tournois d’abus » se poursuit jusqu’à la fin de la pêche..

 

Depuis en effet les temps les plus anciens, l’esprit qui pénètre le medium a toujours été un Kha (ข่า), esprit connu pour posséder une nature lascive accordant une place de choix aux relations sexuelles. En agissant ainsi, les gens croient que cette forme de plaisirs une musique douce aux oreilles de l'Esprit, lui donne à son tour du plaisir et leur permettront de gagner ses  faveurs pour qu’il fasse se précipiter le poisson dans ses filets.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Lorsque la rive gauche était territoire siamois, il n’était perçu ni taxes ni redevances en espèces sur les prises, ce que l’on appelle « le prix de la queue du poisson » (kha hangpla ค่า หางปลา), mais un paiement en nature selon le tarif suivant : Si le pêcheur n’avait pris que un ou deux poissons, il était exonéré. Mais à partir de trois prises, il fallait en donner une et deux au cas de six prises. Un poisson était réservé à la nourriture de l’Esprit, le premier poisson péché. Lorsque la rive gauche est devenue territoire français, une redevant de dix piastres (probablement des atts ?) était prélevée, dix piastres par poisson (« le prix de la queue du poisson »).  Lorsque les siamois de la rive droite attrapaient un poisson et le conservaient sur la rive siamoise, il devait néanmoins s’acquitter de la taxe de 10 piastres au profit du chef laotien pour couvrir les dépenses engagées dans le cadre des cérémonies de pêche qui se déroulent essentiellement sur la rive gauche.

 

Le nombre maximum de prises dans le « bassin d'or » dans une saison ne dépasse pas une centaine de poissons, et le minimum est d'environ trente. Le poids d'un poisson de taille moyenne est d'environ 125 kilos et les œufs environ 3 kilos. Les poissons entiers sont vendus à des prix variant entre 40 et 80 piastres. Lorsque la redevance sur un poisson a été payée, le propriétaire est libre de le mener à son domicile ou il le tue et vend en général sa chair au détail, 1 tical la livre de chair et 1 tical les 150 grammes d’œufs qui sont considérés comme succulents.

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Il y a environ tous les ans un millier de pêcheurs sur 200 bateaux mais au moins 7.000 spectateurs. Les autorités françaises autorisent les jeux de hasard et la consommation d’opium. Des baraques de vente de nourriture et de boissons sont installées tout au long des rives du fleuve.

 

Il est probable que ce festival va complétement disparaitre dans quelques années, aussi ajoute-t-il – il écrit en 1935 - « ai-je cru bon d’enregistrer les détails de la cérémonie et le texte des incantations avant qu’ils n’aient complétement disparu ».

 

Notre « géant du Mékong » ne se trouve que dans le Mékong et quelques affluents. Avant qu’il ne soit identifié comme une espèce spécifique par d’éminents ichtyologues, on a effectivement pu le confondre avec des espèces plus ou moins similaires d’autres siluridés géants que l’on trouve dans d’autres eaux douces d’Asie du sud-est, également en voie de disparition. C’est le cas du plaloem (ปลาเลิม - pangasius sanitwongsei), carnivore lui, dont l’habitat est beaucoup plus vaste puisqu’aussi bien on le trouve dans la Chaopraya, dans les eaux douces du Laos et dans le Mékong aussi. C'est le poisson royal du Cambodge, le« trey  réach».

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Le rituel de sa pêche au Laos a fait l’objet d’une très érudite étude de l’ethnologue Charles Archaimbault, il ne ressemble que de loin à celui de la pêche au Plabuk mais il est tout aussi complexe. Relevons simplement que nous y retrouvons « om », l’ « invocation suprême ». Il écrivait en 1958, il est permis de penser que ce rituel n’était pas encore devenu obsolète. Le changement de régime de 1975 y a probablement mis fin.

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NOTES

 

(1) Voir nos articles A 93 – «  Une chasse au buffle dans la région de Kalasin ») et A 207 -  « La recette du philtre d’amour révélée par le roi Rama VI ».

 

(2) « An account of the ceremonies and rites performed when catching the pla buk, a species of catfish inhabiting the waters of the river Mekhong on the Northern and Eastern frontier of Siam » in Journal de la Siam society , volume 28-II, 1935. p.91-113.

 

(3) La tradition locale, parmi d’autres légendes, voulait que les femelles allaitent les petits ! Des études sérieuses sur cet animal qui prospérait dans les eaux du Cambodge ont été menées au début du siècle dernier seulement par le professeur Vaillant, du Muséum de Paris.  Il a eu la surprise de constater que cet animal  en réalité appartenait non seulement à une espèce, mais à un genre nouveau pour la science :

Voir « RAPPORTS AU GRAND CONSEIL DES INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS ET AU CONSEIL DE GOUVERNEMENT SESSION ORDINAIRE DE 1931 - Fonctionnement des divers Services Indochinois », Imprimerie d’Extrême-Orient, Hanoï – 1931)

Voir « Sur un nouveau Silure géant du bassin du Mékong, Pangasianodon gigas » par Chevey in Bulletin de la société de zoologie française – 1931. p 536)

Voir enfin une très belle étude datée d’août 2005 « Mekong Wetlands Biodiversity - Conservation and Sustainable Use Programme Mekong Giant Catfish (Pangasianodon gigas) - Observation and Comments about Handling and Suggestions for Improvement » numérisée sur le site :

http://www.mekongwetlands.org/assets/BIODIVERSITY/Regional/Giant%20Catfish/R.B.2-9.%20GiantCatfishseries_HoganZ.pdf.

 

Dépourvu de dents, c’est un poisson herbivore. L’espèce est en danger d'extinction en raison d’une pêche excessive. Tout prise est interdite en Thaïlande depuis 1992 Un individu a été capturé dans le nord le 1er mai 2005 bien après l’interdiction ! Près de 2 mois après la prise, une fois qu’il avait été pesé, photographié et débité en darnes, les pêcheurs ont rapporté à la presse qu'il pesait 293 kg pour 2 m 75 de long (très exactement 9 pieds et 646 livres). C'est le plus grand poisson capturé depuis la tenue de registres, commencée en 1981, mais aussi le plus grand poisson-chat jamais pêché en eau douce.

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Espèce encore mal étudiée, il est donc probable, pensent les spécialistes, qu'il puisse atteindre des proportions supérieures. Compte tenu de la profondeur du fleuve dans les lieux de pêche (60 mètres selon Giles) et de l’existence de cavernes subaquatiques, il est probable que des géants s’y terrent ou se terrent dans les profondeurs. Nul plongeur expérimenté n’est à notre connaissance à ce jour allé effectuer des plongées dans le fleuve et ses cavernes. Tous les pêcheurs d’eau douce savent bien que le plus gros spécimen d’une espèce n’est pas celui qu’ils ont attrapé mais celui qui leur a échappé.

 

Un énorme mensonge : « Le plus gros silure du monde et de tous les temps, il mesure 112 kilos pour 2,58 mètres !!! Record homologué »… et il se trouve toujours un huissier pour en faire le constat : 

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(4) « An Account of the Rites and Ceremonies observed at Elephant Driving Operations in the seaboard province of Lang Suan, Southern Siam » in journal de la Siam society, volume 25-II de 1932  et « An Account of the Hunting of the Wild Ox on Horse Back in the Provinces of Ubol Rajadhani and Kalasindhu, and the Rites and Ceremonies which have to be observed » in journal de la Siam society, volume 27-I de 1935 et notre article A 93 – «  Une chasse au buffle dans la région de Kalasin ».

 

(5) Ses observations ont été effectuées entre Vientiane (เวียงจันทร์) sur la rive gauche et l’amphoe de Thabo (ท่าบ่อ) dans la province de Nongkhaï (หนองคาย)  sur la rive droite, plus précisément aux environs du village siamois de Sæmpa (แซมผา) et de celui de Angtaseng (อ่างตาแสง) sur la rive alors française dans des méandres du Mékong réputés pour ses rassemblements de poissons-chats. Cet endroit est honoré du nom de Nong Angtongchao (หนอง อ่างทองเจ้า) que l’on peut traduire par « le bassin d'or, le lac du Seigneur ». Il est entouré de collines rocheuses, Phan sur la rive siamoise, (พาน) et sur la rive gauche Panang (พนัง). Pendant les mois de juillet à Septembre, la navigation est impossible en raison de dangereux tourbillons Pendant les mois de février et mars, le fleuve est calme et atteint en cet endroit une profondeur de soixante mètres. La tradition veut que les poissons vivent en permanence dans le « bassin d'or » mais que leur nombre augmente par une migration venue de l'aval aux mois de mai-juin, en provenance du grand lac du Cambodge. Giles a constaté la présence de ce géant partout dans le Mékong, à l’embouchure de la rivière Moon près de Suwanwari (สุวรรณวารี)  dans la province d’Ubon (อุบล), mais aussi beaucoup plus en amont à Chiangsen (dans la province de Chiangrai) dans la rivière Maenamkok (แม่น้ำก๊ก). Ils sont également abondants dans les rapides de Kemarat (แขมราฐ) situés en aval de Mukdahan (มุกดาหาร) mais difficiles à prendre en raison des tourbillons permanents. En remontant le fleuve, ils passent pour abonder à partir du mois de mai à Dontamngoen (ดอนถ้ำเงิน) dans l’amphoe de Mukdahan qui n’était alors qu’un amphoe de la province de Nakonpanom (นครพนม); Lieu de pèche réputé aussi, le village de Nongkung (หนองกุ้ง) situé en face de l'embouchure de la rivière Namngum (แม่น้ำ งืม) dans l’amphoe de Phonphisai (โพนพิไศย) province de Nakonpanom où il est péché au mois de mars. On le pèche encore dans les rapides de Kaeng  Ahong  (แก่ง อาฮง) dans l’amphoe de Chaiburi (ไชย บุรี) dans la province de Nongkhai  et près du village de Ban Tatsem (บ้าน ตาดเสริม) dans l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ), toujours dans la province de Nongkhai, à environ 20 kilomètres en amont du célèbre « bassin d'or ».  Lieu de pèche encore, le village de Ban  Nong  (บ้านหนอง) où se trouve un lac appelé Nongchiangsan (หนองเชียงสัน) dans un bras secondaire du Mékong. Nous ne citons pas les lieux de pêche réputés situés actuellement au Laos, dans les environs de Vientiane ou de Luangprabang.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.
(6) « Les techniques rituelles de la pêche du palŏ'm au Laos » par Charles Archaimbault InBulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 49 N°1, 1958. pp. 297-335. Cet ethnologue, mort en 2001, est le premier à avoir étudié dès le début des années 50 les traditions rituelles surtout orales et encore vivantes du Laos.
 
 
A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Les esprits favorables sont des Kha (ข่า) révélant des croyances bien antérieures au bouddhisme et Giles trouve des ressemblances troublantes en référence à des rites à la fois brahmanistes et bouddhistes observés par lui lors de chasses à l’éléphant dans l’actuelle province de Chumpon et de chasses au buffle dans notre province de Kalasin (4). Ces chasses et cette pèche ont été observées dans une même région, celle du plateau de Korat (โคราช) délimitée à l’est par le Mékong. Le peuple croit en l’existence de l’« esprit des eaux » qui occupe le corps de ses ancêtres, Ta Seng (ตา แสง) qui serait une réincarnation de l’esprit ancien, le kha.

 

Giles a encore constaté la persistance de certains aspects des cérémonies qui auraient une connotation bachique, une grande liberté sexuelle tolérée pendant et après la période de pèche.

 

Les lieux de pêche

Ces lieux de pêche sont nombreux sur des centaines de kilomètres depuis les chutes de Kemmarat en aval de Mukdahan jusque dans la province de ChiangraiGiles nous donne le détail des plus connus (5). Ce sont probablement les endroits où des siècles d’observations ont démontré que le fleuve était le plus poissonneux.

 

Le rituel

 

Nous allons voir sur, si le Mékong constituait depuis 1893 la frontière politique entre le Laos français et le Siam, il ne constituait alors pas une frontière naturelle puisque les cérémonies se déroulaient indifféremment et sans difficultés sur l’une ou l’autre rive et qu’il n’y avait aucun obstacle – du moins pendant ces dix jours de pêche – à sa traversée.

 

Chaque année, à la saison des basses eaux, les habitants du voisinage du « bassin d'or » se réunissent dans le but de commencer les opérations de pêche.

 

Le premier jour, elles commencent à la 8ème lune décroissante du 3ème mois et se continuent jusqu’à la 12ème. La journée de pêche commence à l’aube et se termine à la mi-journée. Les autorités des villages invoquent l’esprit des eaux et l’esprit de leur village. Sur la rive française, les autorités administratives françaises participaient à ces cérémonies sans probablement y rien comprendre. C’est le début d’un cérémonial qui date de la nuit des temps. Pourquoi le choix d’une lune descendante ? Voilà bien un point sur lequel les avis, souvent péremptoires, divergent mais l’influence de la lune sur la pêche est mentionnée dans des écrits anciens, nombre d’habitudes en découlent et chaque pêcheur à ses secrets. Quant à l’influence des cycles de la lune sur le comportement des poissons, elle est certaine mais ne paraît pas avoir fait l’objet d’études sérieuses.

 

Il y a plusieurs esprits qui veillent sur cette partie du fleuve, dont il faut se concilier les bonnes grâces par des offrandes de nourriture et de boissons. Il existe quatre sanctuaires importants où résident ces esprits, à proximité du « bassin d’or » :

 

Le premier esprit est connu sous le nom de Hongkham (ฮงคำ), en Isan-lao « le cygne d’or » qui réside dans la province de Vientiane, dans le village Kaoliao  Tasaeng, (เก้าเลี้ยว ตาแสง), district de  Sikai (สีไค) situé sur la rive gauche face aux villages siamois de Ban  Mo  (บ้านหม้อ) et  Donchingchu  (ดอนชิงชู้), situés dans le tambon de Si  Chiangmai (ศรีเชียงใหม่), amphoe de Tabo  (ท่าบ่อ), sur la rive droite.

 

Un autre esprit appelé Chao Dan (เจ้า ด่าน) a son sanctuaire dans la province de Vientiane au village de Hinsiu (หินสิ้ว) sur la rive gauche. Ce village se trouve en face du village de Koksok (โคกซอก), également  dans le Tambon  de Si Chiangmai et l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ), sur la rive droite.

 

Le matin, au début de la saison, les villageois qui ont décidé de se rendre au « bassin d’or » avant de partir à la pêche doivent d’abord se rendre au village de Hom (ห้อม), à une quinzaine de kilomètres en amont de Vientiane. Le chef de village, nommé Taseng (ตาแสง) est la réincarnation actuelle de l’esprit des eaux anciennement Kha (ข่า). Il appelle tous les esprits de la rivière et quand ils sont arrivés commencent une fête pour nourrir ces esprits. Après cette fête, les esprits sont invités à accompagner les pêcheurs à la partie de pêche dans le « bassin d'or » pour protéger les pêcheurs de tous les dangers et leur assurer de bonnes prises.

 

Les offrandes se composent d'un pagne pour les esprits masculins et une jupe appelée sin (ซิ่น) pour les esprits féminins, cinq noix de bétel, douze coupes de fleurs, des bijoux et des sucreries.

 

Les villageois se déplacent alors jusqu'à la rivière dans le village de Suanmon (บ้าน สวน มอน) où se trouve le jardin de Ta Seng, à environ cinq kilomètres en amont de Vientiane. Ce village est situé en face Huasai (หัวทราย) dans l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ) sur la rive siamoise. Les bateaux forment un cortège et descendent le fleuve jusqu'à Tana (ทะนา) et Paksai (ปากใส) pour y nourrir les esprits et puis s’en retournent à Ban Suanmon où une autre fête est préparée pour les esprits. On y passe la  nuit.

 

Le matin suivant les bateaux se déplacent jusqu'à Kokkham (โคกคำ) et Hadchaosaimun (หาด เจ้าทรายมูล) sur la rive gauche face à Ban Panprao sur la rive droite (บ้าน พานพร้าว) situé dans l’amphoe de Nongkhai. À chacun de ces endroits, des offrandes apaisent les esprits gardiens du fleuve. La procession se dirige alors vers Vientiane. À l'arrivée, elle se dirige vers le Sanctuaire de Siri Mangala (ศิริมงคล), un esprit favorable, où, après que lui ait été rendu un hommage respectueux, des offrandes lui sont présentées. Siri Mangala est un esprit très puissant qui entre parfois dans une enveloppe charnelle féminine, un medium connu sous le nom de Nang Thiam (นาง เทียม). L’équipe y passe la nuit. Ce sanctuaire est situé à l'embouchure de Huay Champasakdi (ห้วย จำปาศักดิ์). Le medium est vêtue d'une jupe rouge, d’un manteau rouge, et d’un turban rouge. Elle fait des offrandes de bougies, de cierges d'encens, de spiritueux et de sucreries, invitant l'Esprit à entrer en elle. Les musiciens jouent sur des khénes l'air de la chanson Sudsanen (สุดสะแนน) (https://www.youtube.com/watch?v=kT4jIlcOtcE) invitant l'esprit à pénétrer le médium. Nang Thiam allume une bougie et se tient assise tenant dans sa main un bol avec des bougies et des cierges d'encens, immobile. Lorsque la bougie faiblit et que sa flamme vacille, c’est la preuve que l'Esprit Siri Mangala est entré dans son enveloppe charnelle. Nang Thiam entre alors en transe, elle pose le bol, se lève et se met à danser. Intervient une deuxième personne, familière de l'Esprit qui veille sur lui et fournit ses besoins, connue sous le nom de Cham (จ้ำ). Cette personne demande à Siri Mangala, lorsqu'il est entré dans l’enveloppe charnelle du médium, d'accorder ses faveurs pour la pêche dans le « bassin d'or » et de lui révéler si la pêche sera bonne. Nang Thiam répond (en général) que la pêche sera bonne et plus abondante que l'année précédente à la condition que soient respectées les anciennes coutumes. Elle lui demande alors quelles sont ces coutumes. Le medium répond que la nourriture préparée ne doit avoir été touchée par aucune personne avant que l'Esprit Hongkham (ฮงคำ) ou « cygne d’or » ait été nourri. Après cela, les participants peuvent manger. Le familier de l'Esprit, Cham (จ้ำ) demande alors à Siri Mangala de quitter le corps du medium et l'invite à accompagner la partie de pêche dans le « bassin d'or ». Nang Thiam, le médium, est payée seize atts (un quart de tical) un pagne fleuri, deux noix de coco vertes, un régime de bananes, neuf couples de bougies et d'encens et des cierges pour ses services.

 

A l’aube du jour suivant, les bateaux quittent Vientiane partent en procession et remontent  le fleuve vers le « bassin d'or ». Sur le chemin en amont, il est nécessaire de faire une halte en faisant des offrandes à l' Esprit Yaya (ยายา), elle-même mère de l'Esprit de Hatmun (หาดมูล), situé dans le tambon de Sikai (สีไค) (à une quinzaine de kilomètres en amont de Nongkhai) et aussi au temple de Huay Vichaya (ห้วยวิไชย). À l'arrivée à Kao Liao (เก้าลี้ยว) les « neuf méandres » on fait de nouvelles offrandes à l'Esprit du Cygne d'or. Elles prennent la forme pendant deux années consécutives d'un cochon, et d’un buffle la troisième année, une rotation inchangée depuis des temps immémoriaux. Ces animaux sont abattus à une heure de l'après-midi. La tête, les pattes avant et la queue avec des fleurs de bois de santal, des bougies, des cierges et d'encens sont placées sur un plateau, et le familier de l’esprit, le Cham les lui offre à l’esprit en psalmodiant :

 

« Nous tes humbles serviteurs, tous gens du pays, nous sommes réunis pour faire des offrandes à toi, Chao Pomhua (เจ้า ป้อมหัว) chef de tous les esprits, et respectueusement, nous t’invitons à participer à notre festin spécialement préparé pour toi. Le moment est venu pour nous de commencer cette activité  importante, la capture du poisson dans le « bassin d'or », et nous te demandons de nous accorder ta protection et ta faveur que nous puissions capturer de nombreux poissons ».

 

Plus tard, de nouvelles offrandes sont offertes à l'Esprit dans ce sanctuaire. Elles se composent de neuf types différents de nourriture, un plat de chacune est placé sur un plateau. Nous y trouvons du lap (ลาบ), de la viande crue mariné dans la sauce de poisson, de la viande grillée (เนื้อปิ้ง), un curry (แกง), des tripes bouillies (ต้ม เครื่อง ใน), des tripes frites, une sorte de bouillon (ต้มซั่ว), du foie grillé (ตับปิ้ง), une sorte de salade de crevettes (ก้อย), des spiritueux, un verre ou une bouteille. Ces offrandes sont connues pour être celles que prises le Cham. Elles sont placées sur l’autel du sanctuaire et le Cham psalmodie alors, à peu près dans les mêmes termes :

 

« Nous tes humbles serviteurs, tous gens du pays réunis, nous t’invitons toi à partager les bonnes choses préparées par nous. Le moment est venu pour nous de commencer cette activité  importante, la capture du poisson dans le « bassin d'or », nous te supplions de nous accorder ta protection et ta faveur que nous puissions capturer de nombreux poissons ».

 

Pendant l'acte de présentation des neuf offrandes Nang Thiam le médium, vêtue de sa robe rouge, allume des bougies et des bâtons d’encens et tenant le tous dans ses mains avec des fleurs de bois de santal, elle rend hommage devant le sanctuaire et invite l'esprit du cygne d’or à entrer en elle. Les musiciens jouent alors le même air de Sudsanen, sur leurs khénes. Le médium reste immobile avec le bol contenant les bougies et les cierges d'encens dans les mains. Elle commence bientôt à entrer en transe, elle place ensuite le bol sur le sol, se lève et danse. L'Esprit a maintenant pris possession de son corps.

 

Le Cham demande alors à l’Esprit seigneur de tous les esprits, ce que sera leur capture. L'Esprit répond que si les pêcheurs agissent d'une manière juste et approprié la capture sera abondante mais que si leur comportement est injuste la capture sera minime mais toutefois, vous ne pourrez pas retourner à la maison les mains complétement vides. Le Cham s’enquiert ensuite de ce qui constitue un comportement juste. La réponse est qu’il faut respecter les traditions de la cérémonie. La Cham invite alors l'Esprit à quitter le médium et à rejoindre la partie de pêche. Les mets préparés comme offrande à l'Esprit sont ensuite distribués à la foule qui va passer la nuit sur place.

 

A l'aube du jour suivant, les bateaux quittent les « neuf méandres » et remontent en amont en s’arrêtant à Pakmun (ปากมูล) et à Huayhom (ห้วยห้อม) où l’on fait des offrandes aux esprits locaux.

 

Quand le cortège arrive là l’après-midi, le Cham, en prenant des offrandes de viande de porc, de canard et volaille les présente l'Esprit Chao Dan (เจ้า ด่าน), dont le sanctuaire est à Hinsiu (หินสิ้ว). Il n'y a pas là de cérémonie pour inviter l'Esprit à entrer dans le médium. Le Cham lui manifeste seulement son respect et l'informe que la troupe part pour le « Bassin d'or » pour la pêche annuelle. L'Esprit ayant la charge de garder le sanctuaire ne peut pas abandonner son poste. La troupe passe alors la nuit, elle a été rejointe par un grand nombre de personnes des districts environnants avec leurs bateaux qui attendaient la procession cérémoniale pour l’accompagner au « bassin d'or », n’osant pas y entrer avant que le Seigneur des Eaux n’ouvre la voie.

 

A l'aube du jour suivant, un chef Lao de Vientiane qui joue le rôle de maître des cérémonies rejoint la troupe qui s’arrête à Konsahua (ก้อนสระหัว) et à Kutkungli (กุดก้องลี) et fait des offrandes propitiatoires aux esprits des lieux.

 

De là les bateaux sont amarrés à un arbuste sur un banc de sable pour être au vu de tous. La Cham prend un peu de porc, de canard et de chair de volaille, et fait une offre sans aucun cérémonial aux esprits gardiens des lieux. Il lui manifeste simplement son respect et les informe de son intention de rejoindre le bassin d'or pour capturer le Pla Buk. Ces Esprits, également sur leurs gardes, ne peuvent pas accompagner la partie de pêche.

 

À deux heures de l'après-midi le Cham prépare de la nourriture, des bougies, des cierges, de l’encens et des fleurs de bois de santal pour les présenter au temple de l'Esprit du « bassin d'or ». Ce sanctuaire, qui est situé dans un bâtiment appelé localement le Pamsai (ผามไซ). C’est une grande cérémonie. Une procession de bateaux se forme. Ils transportent deux épées, deux gourdes d'eau, deux plateaux avec des noix de bétel et des feuilles, neuf pièces d'argent, quatre morceaux de cire d'abeille, deux noix de coco vertes, deux plats de sucreries, neuf paires de bougies, des cierges d'encens et des fleurs de bois de santal, un gong et deux flûtes. La Nang Thiam vêtue de rouge bat le gong et joue sur une flûte. Lorsque la procession arrive au sanctuaire, le Cham allume les bougies et cierges et d'encens, rendant hommage révérencieux, les place avec de la nourriture sur l'autel, en disant:

 

« Aujourd'hui, ton humble serviteur implore la permission de te rendre hommage à toi, Seigneur, de ce lieu, chef des Esprits. Je te prie de permettre à ces personnes d’attraper du poisson pour que leurs efforts soient récompensés par une prise abondante. Moi, ton humble serviteur, j’ai apporté des noix de coco, des bananes douces, des noix de bétel, de la viande de porc, de la chair de buffle chair et des spiritueux. Si nous prenons du poisson, je te présenterai de nouvelles offrandes ».

 

Durant la cérémonie, les musiciens jouent du khène et le Cham continue à parler à l'Esprit en disant : « Je viens accompagner le peuple et ses dirigeants dans le « bassin d'or » et maintenant je prie la mère et le père de l’esprit du bassin d’or dans le sanctuaire dans le Pam Sai. Lorsque les poissons auront été capturés, je viendrai te présenter du poisson, préparé pour manger avec des liqueurs spiritueuses pour ton repas du matin ».

 

Cette cérémonie ayant été effectuée, le peuple se met en procession accompagné par la musique. Au sanctuaire, tout a été préparé pour recevoir ces offrandes, des tapis ont été étendus, une estrade a été élevée sur laquelle est placé un oreiller, neuf nattes, couches, neuf pièces de soie, neuf jupes, neuf pièces de tissu blanc et une bouteille de spiritueux. Une lampe est allumée. Un grand concours de personnes s’est réuni pour attendre avec impatience l'arrivée de la procession.

 

L'activité réelle ne commencera que le lendemain (enfin !) avant l’aube. Nul n’ose jamais enfreindre ces règles fixant la période au cours de laquelle les poissons peuvent être capturés sous peine de s’attirer les plus grands malheurs. Il faut probablement voir là le fruit d’un bon sens millénaire, la pêche n’est « ouverte » qu’une semaine par an ce qui va éviter une disparition du gibier par une pêche massive !

 

Chaque pêcheur a un bateau creusé dans un tronc d'un arbre large d’un mètre et long de dix. De nombreuses chansons sont à leur répertoire. Les filets utilisés sont extrêmement solides, en corde d’un pouce avec des mailles de 50 cm de côté.

 

Ces filets sont courts, d’une largeur de 6 mètres et d’une longueur de 10. Les cordes pour les manipuler ont 66 mètres de long. Ils sont lestés de pierres pesant environ 6 livres chacune.

 

L’équipage se compose de deux hommes, l'un à l'avant et l'autre à l'arrière. Toutefois, avant de pouvoir être utilisés, les bateaux sont soumis à une cérémonie de purification, qui inclut le nettoyage de la coque par le feu. On doit rendre hommage à la déesse du bateau, maechaonangrua (แม่เจ้านางเรือ) en lui présentant des fleurs fraîches et de l'encens.

 

Ces offres sont fixés à la proue des bateaux marqué du signe symbolique de la Sainte Trinité fait avec de la poudre parfumée. Ce signe de protection, joem (เจิม), consiste en trois points disposés en triangle. C’est toujours celui dont les moines ornent le plafond de nos automobiles ! Des offrandes de nourriture doivent également être faites à l'Esprit du bateau : poules, œufs, pâte de poisson, grenouilles et douceurs. Certains bateaux sont purifiés par le propriétaire qui saisit une volaille vivante par les pattes et l’utilise pour frapper le bateau de la poupe à la proue jusqu'à ce qu’il  meurt.

 

Les gens croient que les bateaux et les filets sont doués de vie, qu’en en fait, ce sont des esprits, des êtres vivants, raison pour laquelle ils doivent être purifiés ainsi que les filets, les cordes et les pierres de lest, parfumés à l’encens avant de pouvoir être utilisés. Une incantation doit être utilisée : «  Om, que toutes choses de toutes sortes qui nous aiment, soient solidement attachées comme avec du ciment, liées étroitement à nous, attirées par ce pouvoir de provoquer l'amour, qui nous est inhérent et possédé par toutes les jeunes filles ».

 

Bien d’autres incantations peuvent encore utilisées, nous vous en faisons grâce, elles sont difficiles à comprendre pour un esprit occidental et peut-être même pour ceux qui les utilisaient. Nous y trouvons encore l’utilisation de « om » ou « aum », l’ « invocation suprême », la syllabe sacrée du sanscrit dont on ne connait en réalité ni l’origine ni le sens exact, laisse toutefois à penser que ces rituels sont venus de  l’hindouisme depuis la nuit des temps ? Ce son serait une mise en vibration en lien avec l'univers : Ce serait la personne toute entière qui va vibrer au sein de cet immense univers ?

 

Lorsque ces incantations ont été prononcées, le maître de cérémonie doit ramasser le filet en tenant les quatre coins dans ses mains, deux coins lestés et deux coins non lestés, en retenant sa respiration avant de le jeter.

 

Comme certains poissons peuvent rompre le filet, les pêcheurs se réunissent à Ban Sampanna (บ้าน สามพันนา) près des rapides de Sinohat (สีโนหัด) sur le territoire de Vientiane où se trouve un banc de sable sur la rive gauche.  D’autres se regroupent à Hatmun (หาด มูล) face Huayhom (ห้วย ห้อม) sur la rive gauche, entre Ban Koksok (บ้าน โคกซอก) et Ban Taphrabat (บ้าน ท่าพระบาท) dans le district de Si Chiangmai (ศรีเชียงใหม่) et l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ).

 

Les pêcheurs utilisent aussi des filets constitués de sept filets ordinaires liés entre eux pour une longueur de  35 mètres mais les incantations utilisées pour les filets sont les mêmes que pour les filets courts.

 

Certains pêcheurs, mais pas tous, prononcent une nouvelle incantation avant de procéder à la capture des poissons.

 

A cinq heures du matin du jour suivant, chaque bateau pagaye vers l’amont dans le « bassin d'or ». Dans chacun d’eux hommes tiennent les coins supérieurs du filet plongé dans l'eau. Les bateaux naviguent aussi vers l’aval. Alors qu’ils sont en mouvement, de nouvelles incantations sont chantées. Nous retrouvons toujours le fameux « om ».

 

Pendant le processus de pêche proprement dit, c’est le tumulte entre les défis que se lancent les pêcheurs et leurs nouvelles incantations pour supplier les poissons de se précipiter dans les filets.

 

Les habitants de la rive droite vivent ces quelques jours dans des huttes temporaires construites sur la rive et ceux de la rive gauche font de même. Mais ils ne se mélangent pas. Lorsque l’’un a pris un poisson et le perd en raison de la rupture du filet, il faut à nouveau accomplir toute la cérémonie de propitiation et subir en outre les quolibets des autres pêcheurs.

 

Le matin du jour suivant, une nouvelle cérémonie d’offrandes à l'Esprit propriétaire du Bassin doit être effectuée sur le banc de sable.

 

Lorsque ces offrandes ont été faites, un poisson, le premier à être pris, appelé le poisson Cham (ปลาจ้ำ) est tué, et sa tête et la queue sont présentés à l'Esprit du « bassin d'or ». Le poisson est préparé soit en lap (ลาบ) soit en salade soit grillé ou frit, soit en curry. Le foie est apprécié. Une partie de ces préparations est présentée à l’Esprit du bassin. Lorsqu’un second poisson est capturé, il est procédé de même, au son de la musique

 

Le matin du jour suivant à l’aube, le maître de cérémonie demande au Cham de tuer un autre poisson et de faire des offrandes de sa chair à l'Esprit gardien des cavernes situées sur la falaise rocheuse de la rive droite de la rivière, car ces cavernes subaquatiques abritent des poissons. Le cérémonial des offrandes est toujours le même.

 

Dès l'instant où les filets sont abandonnés dans l'eau comme filets dormants ou traînés en chalutage, toutes les personnes, hommes, femmes, enfants et spectateurs se livrent à un « grand tournoi d’abus » sur lesquels Giles, anglais probablement pudibond, se garde de s’étendre et ce « tournois d’abus » se poursuit jusqu’à la fin de la pêche..

 

Depuis en effet les temps les plus anciens, l’esprit qui pénètre le medium a toujours été un Kha (ข่า), esprit connu pour posséder une nature lascive accordant une place de choix aux relations sexuelles. En agissant ainsi, les gens croient que cette forme de plaisirs une musique douce aux oreilles de l'Esprit, lui donne à son tour du plaisir et leur permettront de gagner ses  faveurs pour qu’il fasse se précipiter le poisson dans ses filets.

 

Lorsque la rive gauche était territoire siamois, il n’était perçu ni taxes ni redevances en espèces sur les prises, ce que l’on appelle « le prix de la queue du poisson » (kha hangpla ค่า หางปลา), mais un paiement en nature selon le tarif suivant : Si le pêcheur n’avait pris que un ou deux poissons, il était exonéré. Mais à partir de trois prises, il fallait en donner une et deux au cas de six prises. Un poisson était réservé à la nourriture de l’Esprit, le premier poisson péché. Lorsque la rive gauche est devenue territoire français, une redevant de dix piastres (probablement des atts ?) était prélevée, dix piastres par poisson (« le prix de la queue du poisson »).  Lorsque les siamois de la rive droite attrapaient un poisson et le conservaient sur la rive siamoise, il devait néanmoins s’acquitter de la taxe de 10 piastres au profit du chef laotien pour couvrir les dépenses engagées dans le cadre des cérémonies de pêche qui se déroulent essentiellement sur la rive gauche.

 

Le nombre maximum de prises dans le « bassin d'or » dans une saison ne dépasse pas une centaine de poissons, et le minimum est d'environ trente. Le poids d'un poisson de taille moyenne est d'environ 125 kilos et les œufs environ 3 kilos. Les poissons entiers sont vendus à des prix variant entre 40 et 80 piastres. Lorsque la redevance sur un poisson a été payée, le propriétaire est libre de le mener à son domicile ou il le tue et vend en général sa chair au détail, 1 tical la livre de chair et 1 tical les 150 grammes d’œufs qui sont considérés comme succulents. Il y a environ tous les ans un millier de pêcheurs sur 200 bateaux mais au moins 7.000 spectateurs. Les autorités françaises autorisent les jeux de hasard et la consommation d’opium. Des baraques de vente de nourriture et de boissons sont installées tout au long des rives du fleuve.

 

Il est probable que ce festival va complétement disparaitre dans quelques années, aussi ajoute-t-il – il écrit en 1935 - « ai-je cru bon d’enregistrer les détails de la cérémonie et le texte des incantations avant qu’ils n’aient complétement disparu ».

 

Notre « géant du Mékong » ne se trouve que dans le Mékong et quelques affluents. Avant qu’il ne soit identifié comme une espèce spécifique par d’éminents ichtyologues, on a effectivement pu le confondre avec des espèces plus ou moins similaires d’autres siluridés géants que l’on trouve dans d’autres eaux douces d’Asie du sud-est, également en voie de disparition. C’est le cas du plaloem (ปลาเลิม - pangasius sanitwongsei), carnivore lui, dont l’habitat est beaucoup plus vaste puisqu’aussi bien on le trouve dans la Chaopraya, dans les eaux douces du Laos et dans le Mékong aussi. Le rituel de sa pêche au Laos a fait l’objet d’une très érudite étude de l’ethnologue Charles Archaimbault, il ne ressemble que de loin à celui de la pêche au Plabuk mais il est tout aussi complexe. Relevons simplement que nous y retrouvons « om », l’ « invocation suprême ». Il écrivait en 1958, il est permis de penser que ce rituel n’était pas encore devenu obsolète. Le changement de régime de 1975 y a probablement mis fin.

 

NOTES

 

(1) Voir nos articles A 93 – «  Une chasse au buffle dans la région de Kalasin ») et A 207 -  « La recette du philtre d’amour révélée par le roi Rama VI ».

 

(2) « An account of the ceremonies and rites performed when catching the pla buk, a species of catfish inhabiting the waters of the river Mekhong on the Northern and Eastern frontier of Siam » in Journal de la Siam society , volume 28-II, 1935. p.91-113.

 

(3) La tradition locale, parmi d’autres légendes, voulait que les femelles allaitent les petits ! Des études sérieuses sur cet animal qui prospérait dans les eaux du Cambodge ont été menées au début du siècle dernier seulement par le professeur Vaillant, du Muséum de Paris.  Il a eu la surprise de constater que cet animal  en réalité appartenait non seulement à une espèce, mais à un genre nouveau pour la science :

Voir « RAPPORTS AU GRAND CONSEIL DES INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS ET AU CONSEIL DE GOUVERNEMENT SESSION ORDINAIRE DE 1931 - Fonctionnement des divers Services Indochinois », Imprimerie d’Extrême-Orient, Hanoï – 1931)

Voir « Sur un nouveau Silure géant du bassin du Mékong, Pangasianodon gigas » par Chevey in Bulletin de la société de zoologie française – 1931. p 536)

Voir enfin une très belle étude datée d’août 2005 « Mekong Wetlands Biodiversity - Conservation and Sustainable Use Programme Mekong Giant Catfish (Pangasianodon gigas) - Observation and Comments about Handling and Suggestions for Improvement » numérisée sur le site :

http://www.mekongwetlands.org/assets/BIODIVERSITY/Regional/Giant%20Catfish/R.B.2-9.%20GiantCatfishseries_HoganZ.pdf.

 

Dépourvu de dents, c’est un poisson herbivore. L’espèce est en danger d'extinction en raison d’une pêche excessive. Tout prise est interdite en Thaïlande depuis 1992 Un individu a été capturé dans le nord le 1er mai 2005 bien après l’interdiction ! Près de 2 mois après la prise, une fois qu’il avait été pesé, photographié et débité en darnes, les pêcheurs ont rapporté à la presse qu'il pesait 293 kg pour 3 m de long. C'est le plus grand poisson capturé depuis la tenue de registres, commencée en 1981, mais aussi le plus grand poisson-chat jamais pêché en eau douce. Espèce encore mal étudiée, il est donc probable, pensent les spécialistes, qu'il puisse atteindre des proportions supérieures. Compte tenu de la profondeur du fleuve dans les lieux de pêche (60 mètres selon Giles) et de l’existence de cavernes subaquatiques, il est probable que des géants s’y terrent ou se terrent dans les profondeurs. Nul plongeur expérimenté n’est à notre connaissance à ce jour allé effectuer des plongées dans le fleuve et ses cavernes. Tous les pêcheurs d’eau douce savent bien que le plus gros spécimen d’une espèce n’est pas celui qu’ils ont attrapé mais celui qui leur a échappé.

 

(4) « An Account of the Rites and Ceremonies observed at Elephant Driving Operations in the seaboard province of Lang Suan, Southern Siam » in journal de la Siam society, volume 25-II de 1932  et « An Account of the Hunting of the Wild Ox on Horse Back in the Provinces of Ubol Rajadhani and Kalasindhu, and the Rites and Ceremonies which have to be observed » in journal de la Siam society, volume 27-I de 1935 et notre article A 93 – «  Une chasse au buffle dans la région de Kalasin ».

 

(5) Ses observations ont été effectuées entre Vientiane (เวียงจันทร์) sur la rive gauche et l’amphoe de Thabo (ท่าบ่อ) dans la province de Nongkhaï (หนองคาย)  sur la rive droite, plus précisément aux environs du village siamois de Sæmpa (แซมผา) et de celui de Angtaseng (อ่างตาแสง) sur la rive alors française dans des méandres du Mékong réputés pour ses rassemblements de poissons-chats. Cet endroit est honoré du nom de Nong Angtongchao (หนอง อ่างทองเจ้า) que l’on peut traduire par « le bassin d'or, le lac du Seigneur ». Il est entouré de collines rocheuses, Phan sur la rive siamoise, (พาน) et sur la rive gauche Panang (พนัง). Pendant les mois de juillet à Septembre, la navigation est impossible en raison de dangereux tourbillons Pendant les mois de février et mars, le fleuve est calme et atteint en cet endroit une profondeur de soixante mètres. La tradition veut que les poissons vivent en permanence dans le « bassin d'or » mais que leur nombre augmente par une migration venue de l'aval aux mois de mai-juin, en provenance du grand lac du Cambodge. Giles a constaté la présence de ce géant partout dans le Mékong, à l’embouchure de la rivière Moon près de Suwanwari (สุวรรณวารี)  dans la province d’Ubon (อุบล), mais aussi beaucoup plus en amont à Chiangsen (dans la province de Chiangrai) dans la rivière Maenamkok (แม่น้ำก๊ก). Ils sont également abondants dans les rapides de Kemarat (แขมราฐ) situés en aval de Mukdahan (มุกดาหาร) mais difficiles à prendre en raison des tourbillons permanents. En remontant le fleuve, ils passent pour abonder à partir du mois de mai à Dontamngoen (ดอนถ้ำเงิน) dans l’amphoe de Mukdahan qui n’était alors qu’un amphoe de la province de Nakonpanom (นครพนม); Lieu de pèche réputé aussi, le village de Nongkung (หนองกุ้ง) situé en face de l'embouchure de la rivière Namngum (แม่น้ำ งืม) dans l’amphoe de Phonphisai (โพนพิไศย) province de Nakonpanom où il est péché au mois de mars. On le pèche encore dans les rapides de Kaeng  Ahong  (แก่ง อาฮง) dans l’amphoe de Chaiburi (ไชย บุรี) dans la province de Nongkhai  et près du village de Ban Tatsem (บ้าน ตาดเสริม) dans l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ), toujours dans la province de Nongkhai, à environ 20 kilomètres en amont du célèbre « bassin d'or ».  Lieu de pèche encore, le village de Ban  Nong  (บ้านหนอง) où se trouve un lac appelé Nongchiangsan (หนองเชียงสัน) dans un bras secondaire du Mékong. Nous ne citons pas les lieux de pêche réputés situés actuellement au Laos, dans les environs de Vientiane ou de Luangprabang.

 

(6) « Les techniques rituelles de la pêche du palŏ'm au Laos » par Charles Archaimbault InBulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 49 N°1, 1958. pp. 297-335. Cet ethnologue, mort en 2001, est le premier à avoir étudié dès le début des années 50 les traditions rituelles surtout orales et encore vivantes du Laos.

 
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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 18:01
A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Certains  temples  de l’Isan recèlent des trésors totalement méconnus, des fresques murales sur lesquelles les renseignements sont pratiquement inexistants. Ils sont spécifiques à l’Isan. 

Quelques passionnés toutefois en ont fait la description, Alain Bottu pour la province de Khonkaen et Mahasarakham, dont le site comporte de magnifiques photographies (1). 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Une jeune et belle passionnée, Aurore Lejosne-Bougaud, consacre une thèse au temple Wat Phochai situé dans la province de Loei (le wat Phochaïnaphung (วัด โพธิ์ชัยนาพึง) situé dans le village de Ban naphung (บ้านนาพึง) amphoe de Na Haeo (นาแห้ว) - Son site comporte de magnifiques photographies (2). 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Le guide vert Michelin lui consacre quelques lignes. Le Wat Pumin à Nan (วัดภูมินทร์) est moins mal loti puisque Michelin lui consacre deux étoiles (« vaut le détour) » et quelques lignes flatteuses. 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

La dernière livraison du journal de la Siam society (3) ...

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

consacre un  très bel article de Madame Brereton sur le Wat Chaisi (วัดไชยศรี) situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Khonkaen auquel une section de l’Université de cette ville consacre une activité d’étude et de sauvegarde. La même avait consacré un article à trois de ces temples (4).  

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

La Siam society a par ailleurs engagé un programme de rénovation sur le temple de Wat Sa Bua Kaeo (วัด สระบัวแกว) (5). 

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Pimwadee Eomthurapote leur a consacré une étude plus synthétique (6). Nous avons encore consulté l’article de Thawat Trachoo, Sastra Laoakka et Sisikka Wannajun (7). Madame Brereton a inventorié 74 de ces temples sur l’ensemble des provinces de l’Isan surtout dans les provinces de Khonkaen, Mahasarakham et Roiet (3), le cœur de l’Isan, mais il en est dans les provinces de Kalasin, Amnat Charoen, Ubonrachatani, Nakhon Phanomm Loei et Mukdahan. Il est probable qu’il en est beaucoup d’autres comportant ces fresques, à l’écart de tout circuit touristiques, méconnus des proches voisins eux-mêmes (8), moribonds, occupés par de vieux moines sans ressources financières.

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Comment les trouver ?

 

Ce peut-être un calvaire. N’espérez pas trouver des panneaux indicatifs. Allain Bottu a pris la peine de donner les coordonnées GPS des temples qu’il a visité. Ceux que l’utilisation de cet instrument rebute trouverons sans difficultés la carte (bilingue) de Thinknet à une bonne échelle (1/550.000ème) beaucoup plus utile que la carte Michelin au 1/1.3700.000ème. Certains de ces temples sont mentionnés. Mais Thinknet diffuse par ailleurs un carte (bilingue) sous forme de CD qui atteint un grossissement d’une précision diabolique puisqu’il part d’une échelle de 1.4.000.000 ème pour descendre, mieux que le cadastre français, au 1/1000ème. Il n’y a plus de problèmes puisque tous ces temples s’y trouvent et les coordonnées GPS permettent de les rejoindre sans trop de problèmes. Les habitants proches vous renseigneront volontiers à condition de leur montrer le nom du temple en thaï.

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Les fresques :

 

Leur caractéristique est de se trouver sur les murs extérieurs et intérieurs, ce que l’on ne trouve nulle part ailleurs en Thaïlande. Pourquoi à l’extérieur ? Il n’y a qu’un bâtiment, souvent fort modeste, décoré, la chapelle d’ordination, ce qu’on appelle en langue locale le sim (ou sima สิม) qui est l’équivalent local (Lao et Isan) de l’ubosot (อุโบสถ), le hall d’ordination, un lieu sacré (9) qui était par définition interdit aux femmes. Mais comme les fresques ont – au moins partiellement un but didactique – l’instruction religieuse des femmes par les images se fait donc à l’extérieur. « Politiquement incorrect » ? Peut-être pour certains mais ce panneau photographié en 2010 à l’entrée d’une chapelle d’ordination mentionne toujours « Interdit aux femmes d’entrer » (10). 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Ce sont le plus souvent de petits bâtiments aux côtés desquels (lorsqu’ils n’ont pas été détruits ou laissés à l’abandon) ont été construits de nouveaux bâtiments, de vastes Viharn (ou Vihara  วิหาร) en béton et à l’arrogante ferticalité, aux standards des autorités religieuses nationales dans la droite ligne des tentatives gouvernementales du 19ème et du 20ème siècle d'éradiquer les cultures locales, les traditions, les langues et les écritures (11) pour imposer la mode de Bangkok selon le standard du Département des affaires religieuses (กรมการศาสนา kromkansatsana). 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Lorsque vous entrez dans l’enceinte du monastère, cherchez le bâtiment le plus modeste et le plus souvent en triste état !  

 

Ainsi la très modeste chapelle du Wat Klangkhokkho de Yangtalat (วัดกลางโคดค้อ  -ยางตลาด) est datée de 1889 : petit bâtiment typique porté vers des poteaux en bois orienté vers une statue de Bouddha dont les murs sont restés blancs faute de moyens financiers : 

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Par exemple, le sim du temple de Phra Si Maha Pho (วัดพระศรีมหาโพธิ์) au bord du Mékong à une vingtaine de kilomètres en amont de Mukdahan est une modeste cahute ...

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... située au pied d’un bâtiment conventuel daté de 1916, d’architecture élégante mais incongrue, de toute évidence française, œuvre d’un architecte vietnamien ayant appris son métier en Indochine coloniale, dont l’abbé est beaucoup plus fier que les fresques intérieure de sa chapelle ! 

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Les sim sont en général construits de brique et de mortier avec des caractéristiques architecturales plus ou moins similaires, une seule porte d'entrée à partir d'un petit escalier flanqué d’animaux mythiques (Nagas).  Les parois latérales sont constituées de trois panneaux, dont deux ont des fenêtres. Les toits ont de larges pignons qui se prolongent vers l'extérieur pour abriter les peintures murales de la pluie et du soleil. Les toitures, à l'origine couvertes de bardeaux de bois sculptés à trois niveaux avec une partie étendue qui ressemble à une aile d'oiseau soutenue par une rangée de colonnes autour de la salle, sont actuellement en plaques de métal galvanisé ou en tuiles vernissées. 

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Les peintures représentent évidemment le plus souvent des scènes clefs de la vie de Bouddha, le Vessantara Jataka (เวสสันดรชาดก), l’une des vies antérieures de Bouddha, alors prince Vessantara, qui donne tout ce qu'il possède, affichant ainsi la vertu de la charité parfaite ; 

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ou encore des épisodes du Sangsinchai (สังข์สินไชย) un poème épique religieux spécifiquement lao, Sin Chai est un héros qui a mené ses troupes à la bataille contre le roi-démon : Notons que ce sont des figures de cette épopée qui ornent les superbes lampadaires de Khonkaen, 200 dans la ville, érigés en 2005. 

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Lorsque les peintures contiennent du texte – ce qui est rare -  il est en dialecte Isan pour avoir plus d’impact auprès des communautés locales. Ces chapelles datent en général du premier quart du siècle dernier.

 

Les artisans utilisaient des couleurs naturelles, végétales en général (écorces et feuilles de plantes telles que l'indigo et le cinabre) et évidemment pas de colorants chimiques bien qu’ils aient pu être utilisés pour faire des retouches. La palette comporte diverses nuances d’indigo, de marron, et d’aigue-marine avec des touches de blanc et de noir. Le bleu, le blanc, le jaune vif et le noir dominent parce que les artistes locaux ont un choix très limité de couleurs, explique Wittaya Wutthaisong, maître de conférences en histoire de l'art à l'Université de Khon Kaen.

 

Le maximum est fait à partir de matériaux locaux. Le blanc par exemple est fait à partir de coquilles de palourdes et le bleu vient de l'usine d’indigo locale. Ils utilisaient des pinceaux faits de bâtons de bambou (12). Les artistes devaient d'abord marquer les contours sur les murs au crayon, et on peut parfois en regardant de près voir le brouillon à travers la couleur. Ils peignaient ensuite directement sur le ciment blanchi à la chaux en respectant un ordre hiérarchique : La partie supérieure de la paroi était réservée aux anges, aux objets sacrés, et aux figures religieuses, la partie est celle de l’histoire et la partie inférieure à l’aspect humain et à l'enfer.

 

Les contours sont en général de couleur bleue et la base est blanche ou ivoire. Le dessin des figures humaines et divines suivent des conventions typiques des marionnettes d'ombre que l’on trouve dans toute l'Asie du Sud-Est.

 

Les visages des personnages masculins sont dessinés de profil, ce qui donne une impression de mouvement et d’énergie (technique de nos bandes dessinées !). En revanche, les femmes et les mâles spirituellement supérieurs, tels que le Bouddha, sont dessinés de face ou de trois-quarts face ce qui leur donne une attitude paisible. On trouve souvent hommes et femmes dessinés dans des poses similaires au « tribhanga » de la sculpture traditionnelle indienne. 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Mais aussi – nous allions dire surtout, pour nous occidentaux – nous allons admirer de nombreuses scènes de la vie quotidienne, hommes et femmes au travail, courbés en deux pour travailler la terre avec des houes, hommes pataugeant dans l'eau pour retirer les pièges à poissons, femmes portant des fagots de bois, hommes labourant derrière des buffles, vieilles glanant les champs de riz, avec leurs mamelles tombantes, scènes de processions, scènes de fêtes avec les joueurs de khènes et les danseurs, prisonniers de guerre revenant du Laos, éléphants au travail, architecture traditionnelle. L'érotisme de certaines scènes est parfois déconcertant, hommes caressant les seins de leurs compagnes, à tel point que certaines scènes ont été censurées ultérieurement (caviardage des organes génitaux !). Au Wat Ban Lan en particulier, certains détails semblent avoir été délibérément endommagés par grattage de la surface des parois pour effacer certaines parties de la région pelvienne. 

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Il faut évidemment considérer le contexte socio-historique, ce qui peut sembler choquant pour un thaï du 20ème ou du du 21ème siècle pouvait ne pas nécessairement l’être pour un villageois Isan 100 ans plus tôt.

 

« La sim, à bien des égards, est l'âme de l'Isan » dit Wittaya Wutthaisong. « Les petites et humbles sim sont un témoignage de la simplicité, de la beauté, de l'honnêteté et de la fidélité » (12). Les peintures extérieures, peintures à l’eau, subissent mal les outrages de l’humidité permanente. Peu ont résisté à l'épreuve du temps, mais attirent encore l'attention des villageois et de rares visiteurs. Rendons hommage aux étudiants en histoire de l’art et à quelques universitaires de Khonkaen, Wittaya Wutthaisong, Udorn Buasri, Chob Disuankok et l’architecte Wiroj Srisuro, dont les efforts évitent à la « fierté de l'Isan » de tomber en poussière.

 

Le Wat Chaisi est en effet un exemple, il y a 25 ans, nous apprends Madame Brereton (en 1990 donc) il était à l’abandon faute de moines permanents depuis 30 ans. Il doit sa résurrection au Prakru Bunchayakorn, un moine natif du village de Sawatthi (สะวะถิ), retourné au village avec sa famille avec une aide tardive de « Tourisme autority of Thailand » et du département des beaux-arts. Nous devons avoir présent à l’esprit qu’il y a une quarantaine d’années, le temple était le centre  et le cœur de la communauté villageoisen centre spirituel, lieu de rassemblement, école, dispensaire médical, champs de foire. La plupart des hommes  était ordonnés moines « temporaires » après avoir reçu leur éducation au temple. Mais depuis 40 ans, le nombre de moines a diminué de moitié… Et les communautés villageoises ont été par le pouvoir central conditionnées pour penser que s’ils construisaient les temples comme leurs aïeux, ils auraient l’air de provinciaux c’est-à-dire de bouseux, alors place aux modèles de Bangkok.

 

Il faut aussi citer l’exemple des temples de Wat Photharam ....

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

et le  Wat Parelainakho ...

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Ifaisant l’objet d’un programme de rénovation sous l’égide de l’université de Mahasarakham, toujours en cours faute probablement de secours financiers, l’université étant – parait-il – moins riche que celle de Khonkaen.

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.
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A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.
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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 18:00
A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Nous avons fait il y a 4 ans l’éloge dans notre blog (1) du guide édité ou plutôt autoédité par Patrick (2) concernant essentiellement la province d’Udonthani et très accessoirement quatre autres provinces.

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Déjà infatigable animateur d’un forum (3) et d’un blog (4) fort intéressants, il s’est attelé à la tâche difficile de renouveler cet exploit pour la province de Nongkhaï (5), marquant, du moins nous le souhaitons, le début d’une autre tâche, cyclopéenne, une suite pour les 18 autres provinces de l’Isan ?

Ce petit volume (distribué gratuitement) de près de 60 pages, fort bien illustré, nous donne, après quelques pages de présentation sur la province, un bon aperçu de sa richesse touristique. Regrettons l’absence d’une carte développée, due essentiellement à des considérations techniques, mais Patrick y supplée en nous donnant les coordonnées GPS. Ceux que l’utilisation de cet instrument rebute trouverons sans difficultés la carte (bilingue) de Thinknet à une bonne échelle (1/550.000 ème) beaucoup plus utile que la carte Michelin au 1/1.3700.000 ème. Thinknet diffuse par ailleurs un carte (bilingue) sous forme de CD qui atteint un grossissement d’une précision diabolique puisqu’il part d’une échelle de 1.4.000.000 ème pour descendre, mieux que le cadastre français, au 1/1000ème.

Il y a, bien sûr, d’autres guides, celui de la collection de เทียวทัวไทยกับ นายรอบรู้ (« se promener partout en Thaïlande avec Monsieur Robroo », un fascicule pour toutes les provinces du pays) consacré à la province est évidemment en langue locale donc d’accès difficile, une petite centaine de pages, il ne nous a pas semblé plus utile que celui de notre ami. 

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Les guides francophones, ne citons que les plus sérieux, le Guide vert Michelin et le Lonely Planet ne nous parlent que de ce qui est considéré comme « incontournable », de quoi occuper un jour ou deux de visites, les rives du Mékong et le Pont de l’amitié qui conduit depuis 1994 au Laos (et dont il est permis de se demander qu’elle amitié il célèbre ?), le Wat Pochaï (วัดโพธิ์ชัย), ses peintures murales et ses reliques, le Phrathatnongkhaï (พระธาตุหนองคาย) immergé par le Mékong en période de hautes eaux, un cruel hommage à l’incompétence de ses architectes et bien sûr, le Salakaeokou (ศาลาแก็วกู่), situé à quelques kilomètres du centre, œuvre débridée d’un illuminé syncrétiste, tout à la fois yogi, prêtre, shaman brahmanique, chassé du Laos par les communistes, ensemble surréaliste sinon délirant de gigantesques statues en ciment que sa mort l’a empêché de terminer et naturellement le Marché indochinois au bord du fleuve, où l’on trouve tout et le contraire de tout, de la contrefaçon évidemment, dans l’antiquaille en particulier et beaucoup de camelote « made in China », pittoresque en diable mais il faut beaucoup d’optimisme pour espérer y faire de bonnes affaires.

La province, tout en longueur et en forme de saucisse (Isan), longe la rive droite du Mékong sur plus de 200 km et jamais plus de 30 km du nord au sud. De façon très méthodique, Patrick nous fait visiter les curiosités du centre ville et sa proximité, puis en suivant la route 211 qui longe le Mékong vers l’ouest, jusqu’à la province de Loeï, en continuant sur la 212 qui longe également le Mékong en direction de la province de Bungkan et enfin vers le sud par la grande route 2 qui rejoint Udonthani.

 

Extrait de la carte Thinknet au 1/550.000 ème  :

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Laissez-vous donc guider.

 

Son guide contient en outre une foule de renseignements pratiques en ce compris un petit lexique franco-thaï bien ficelé qui ne vous permettra pas d’engager une discussion métaphysique avec un Thaï mais pourra vous rendre de grands services.

Il se garde de se livrer au sport, bien dangereux en Thaïlande, de donner quelques conseils que ce soit en matière d’hôtels et de restaurant. Le seul qu’il nous suggère, un bateau-restaurant sur le Mékong, le Nagarina, est digne de louanges, nous en avons plusieurs fois fait l’expérience après diverses déconvenues gastronomiques ailleurs, il est constant que les grands esprits se rencontrent à table.

Un regret enfin, mais il reste amical, la richesse architecturale de ce pays, ce sont essentiellement ses temples. On trouve dans les temples thaïs des trésors insoupçonnés, fréquentés par leurs seules ouailles et ignorées souvent des responsables eux-mêmes. Combien de précieuses archives sur feuille de latanier y dorment encore avant d’être utilisées pour allumer le feu ou rouler une cigarette ? Combien de précieuses peintures murales ou de vénérables statues inconnues de tous ? L’inventaire n’en a malheureusement pas été fait. Le Bouddha de l’un des 23 temples de Samui, visité et remarqué par le roi Rama V, serait selon lui (lettre à son épouse principale), venu à dos d’homme depuis Ceylan au XIIème, il est resté très longtemps totalement inconnu, il l’était en tous cas lorsque nous l’avons photographié il y a 10 ans :

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Tous les jours aussi on construit de nouveaux temples, des artisans anonymes qui n’ont pas la prétention de se qualifier d’artistes mais ils le sont, s’escriment à peindre, décorer et sculpter, on construit tous les jours des temples ici, nous avons photographié de magnifiques exemples de peintures murales toutes fraiches, temples à l’écart de toutes visites guidées, il y a également 10 ans :

 

Temple Chinois (Maenam) :

 

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

L'artiste devant son oeuvre (Temple de Plaïlaem à Samui) :

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Patrick nous en fait visiter une bonne vingtaine. Il reste encore beaucoup de travail, Si nos comptes sont bons, et ils le sont, il y a dans la province de Nongkhaï très exactement 507 temples, un challenge pour une province qui comporte quelque chose comme un peu plus de 900.000 habitants… probablement beaucoup de trésors cachés (6) en train de se perdre et d’autres en train de se construire … de quoi occuper la vie d’un homme.  

Notes :

 

(1) Article 6 du 12 mai 2011,  lien :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-notre-isan-le-guide-de-l-isan-de-patrick-71450203.html

(2) « Isan du nord – les provinces d’Udonthani, de Nongkhaï, de Bungkan, de Nongbualamphu et de Loeï – le guide touristique en français »  2011.

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

(5) « L’Isan, tome 13, la province de Nongkhaï – Le guide touristique en français » –édition 2015. Diffusé gratuitement, ce guide est disponible ici :

Province d’Udonthani :

-Restaurant « I’M Souk » de Roland Paysse

-Restaurant « Country Grill » d’Alain Defossez

-Café « Symphonie-Udon Délices » d’Alain Cahen

-Office du tourisme d’Udonthani.

-Centre de langage « Khamkling et Banlao » d’Yves Mambanza

  Chez les particuliers suivants :

- Patrick Dieuze

- Yvon Autret

- Jean-Pierre Pochon

- Maurice Braunshausen

Province de Nong Khai

-   Au « Centre d’entrainement de boxe Thaïlandaise, Ban Na Hi Muay Thai Gym » de Marc

-   Chez « Isan Rhum » de David

Province d’Ubon Ratchatani

-  Chez Alain Guttermann.

(6) Pour connaître la liste détaillée des temples d’une province, il suffit de consulter le site http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัด... suivi du nom de la province, en l’occurrence http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดหนองคาย. Ce n’est pas propre à Nongkhaï, toutes les autres provinces sont également bien loties.

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 23:04

titre 2Nous avons longuement parlé de nos installations respectives dans un petit village de l’Isan, un choix de vie qui a conduit l’un d’entre nous à rejoindre la ville après une « expérience » de deux ans (1). Je ne reviendrai pas sur ma propre installation depuis près de 6 ans maintenant, (2) mais moi, j’y suis, j’y reste.

L’article d’Alain, mon ami « rat des villes »

 

rat

a suscité des commentaires qui m’ont à tout le moins amusé.

C’est l’éternel débat décrit par La Fontaine entre « le rat des villes et le rat des champs » (3).

Mais curieusement, il n’y a pour une fois pas de morale à la fable, le poète se contente de nous décrire la différence entre les gens des villes plus tracassés que ceux de la campagne plus calmes et plus sereins. Le fabuliste manifeste une préférence marquée pour la vie des champs, mais c’est la manifestation probable de sa rancœur d’avoir été écarté de la vie fastueuse de la Cour de Louis XIV ensuite de ses amitiés avec Fouquet, débat théorique puisqu’il n’a probablement jamais vécu qu’à Paris et jamais connu la vie des champs.

La fontaine

Ce débat est vieux comme le monde. La Fontaine a puisé l’inspiration de la presque totalité de ses fables dans celles d’Esope qui nous a, 6 ou 700 ans avant Jésus Christ, conté la même histoire (4). Quelques centaines d’années plus tard, elle a été reprise en latin par Horace (5).

Ne nous cantonnons pas à l’antiquité gréco-romaine : Il existe dans notre Thaïlande d’aujourd’hui une foule de fables d’Esope

 

Aesop pushkin01

 

traduites du grec en thaï à l’usage de la jeunesse, sans passer par l’intermédiaire d’Horace ou celui de la Fontaine. (6).


rat

 

Ne discutons pas sur les mérites respectifs de la vie à la ville et sur ceux de la vie à la campagne, c’est un vain et interminable débat.

L’article d’Alain, mal interprété à mon très humble avis, a suscité un commentaire de l’un de nos fidèles lecteurs. Celui-ci, encore plus rat des champs qu’un rat des champs, a quitté son village, nous dit-il, pour vivre une vie érémitique dans la campagne profonde où il parle aux oiseaux,

 

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sa passion tout à fait respectable, pour devenir en quelque sorte « rat sur une île déserte ». Il nous dit ne pas s’intéresser à l’espèce humaine et ne plus supporter les contacts avec les expatriés et les interminables discussions sur les sujets toujours récurrents se terminant en beuveries.

Comme le lui a répondu fort justement Alain, il existe des expatriés avec lesquels nous pouvons avoir de fort intéressantes discussions en dehors des histoires de fesse et qui ont des occupations éclectiques correspondant à leurs passions (7). 

J’ai exercé pendant trente ans une profession qui me mettait en rapport direct avec la clientèle et je vous affirme que des stupidités, des fariboles et des couillonades, j’en ai entendu beaucoup, beaucoup, beaucoup, que je devais alors supporter, nécessité faisant loi, au milieu de conversations ou de contacts parfois passionnants.

Quelle proportion ? La même très exactement que partout dans le monde, chez les expatriés de Thaïlande, dans le secret d’un cabinet d’avocat, dans la salle d’attente d’un salon de coiffure ou dans les loges du stade vélodrome de Marseille (Là aussi, j’en ai entendu de solides !). Restons-en pour être charitables à X %. Notre lecteur ne supporte plus les « conneries » que profèrent certains résidents mais ne cherche pas plus avant et se réfugie sur une île déserte ? Ce n’est plus de la sauvagerie, je le comprendrai, ce me semble de la misanthropie et Alceste, le misanthrope de Molière, a eu tort de croire que sa conscience était la mesure du monde, incapable d’accepter le monde tel qu’il est.

Se réfugier sur une île déserte, tel Robinson Crusoé, celui de notre enfance ? D’indignes traductions édulcorées à l’usage de la jeunesse présentent le séjour de 28 ans, 2 mois et 19 jours sur son île comme une anticipation du paradis terrestre, pure utopie et trahison honteuse de la pensée de l’auteur. Robinson considère son naufrage comme une punition du ciel dont il ne cesse de se lamenter, surtout lorsqu’il n’avait, avant l’arrivée providentielle de Vendredi, que son perroquet avec lequel dialoguer et qui ne cessait de lui répéter –dialogue un peu sommaire - « pauvre Robinson » (8) !

 

crusoe

 

L’engouement pour les robinsonnades a ensuite tourné à une vague de délires mythiques lancés par Rousseau dans « L’Emile » trahissant ce que Robinson considérait comme une anticipation de l’enfer et non comme un paradis retrouvé.

Alors, moi aussi, qui suis casanier (9), je reste dans mon village qui n’est pas une île déserte, loin de la civilisation ce qui n’est qu’une façon toute relative  de parler.

 

civilisation

 

Il m’arrive d’aller à la ville : on peut critiquer la « société de consommation » mais il n’est tout de même pas toujours désagréable d’en être le maillon final, pour effectuer des achats que je ne peux faire nulle part faire ailleurs (puisqu’il n’y a qu’à la ville que je trouve de la bonne huile d’olive, chacun ses goûts), même si l’ambiance des marchés de mon village (un petit quotidien, un moyen les vendredi et un grand une fois par mois) fait ma joie.

 

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A la ville, je rencontre quelques amis dont la conversation ne m’indispose pas en sus de quelques autres qui naviguent dans les alentours de ma campagne. Nos conversations roulent parfois mais évidemment pas toujours sur d’austères sujets de métaphysique transcendantale.

Si je vous dis que je ne bois pas et que je ne fume pas, mes amis vont rigoler, et donc  je ne disconviens pas qu’une bonne chope de bière avec Alain ou avec d’autres, ça fait plaisir ; et si je vous dis que je n’ai jamais donné un léger coup de canif au contrat conjugal de temps à autre, ils vont hurler de rire même si je n’aurai bientôt plus trop l’âge pour cela. Je me contenterai de citer le grand Saint Jean  (que je relis de temps à autre dans ma thébaïde, parfois même en thaï) dans la plus belles de ses paraboles (10).

Alors, et j’en termine, je ne finirai pas ma vie ici ermite comme Saint Antoine le grand,

 

antoine

 

je reste au village, y suis-je intégré ? Probablement un peu. Assimilé ? c’est une autre histoire (11). Intégration par la gastronomie locale (un bien grand mot) ? J’ai dit ce que j’en pensais sans aucune malice (12) considérant qu’est vrai cet aphorisme selon lequel la meilleure cuisine est celle de sa mère. La mienne, paix à ses cendres, n’était pas Isan mais lyonnaise. Je ne manifeste donc qu’un goût modéré pour les œufs de fourmis

 

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ou les têtards grillés, même s’il m’arrive souvent de ne pas utiliser ma cuisinière à gaz ou mon four électrique mais le bon vieux récipient local en terre fonctionnant au charbon de bois.

 

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Je me suis toutefois trouvé un parfait sujet d’ « intégration » avec mes voisins : Les petits oiseaux, je ne suis malheureusement pas en état de leur parler comme Saint François d’Assise,


 

Saint-François-dAssise

 

 

même si j’aime les entendre chanter (ce qui ne m’arriverait pas en ville !) alors, je fais comme les thaïs qui les braconnent

 

piège

 

de la même façon que je les braconnais

 

mode de chasse tendelles 2

 

et je les mange comme eux rôtis à leur façon, une façon qui ressemble étrangement à celle dont nous faisons en Provence griller les « rigaus »,

 

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braconnés avec l’incomparable goût du fruit défendu (13).

 

Voilà nos choix respectifs, il n'y a pas à conclure !

 

yakafokon 

... mais pas nous !

___________________________________________________________________________

Notes


(1) Voir notre article A160 « Le retour en ville, après deux ans un village isan (Thaïlande). »


(2) Voir notre article A 60 « Trois ans à la retraite dans un village Isan » publié en 2012.

 

(3) Je cite La Fontaine :

Autrefois le Rat de ville 
invita le Rat des champs,
 
d'une façon fort civile,
 
à des reliefs d'Ortolans.
 
Sur un tapis de Turquie
 
le couvert se trouva mis.
 
Je laisse à penser la vie
 
que firent ces deux amis.
 
Le régal fut fort honnête,
 
rien ne manquait au festin ;
 
mais quelqu'un troubla la fête
 
pendant qu'ils étaient en train.
 
A la porte de la salle
 
ils entendirent du bruit :
 
le Rat de ville détale ;
 
Son camarade le suit.
 
Le bruit cesse, on se retire :
 
Rats en campagne aussitôt ;
 
Et le citadin de dire :
 
Achevons tout notre rôt.
 
- C'est assez, dit le rustique ;
 
Demain vous viendrez chez moi :
 
Ce n'est pas que je me pique
 
de tous vos festins de Roi ;
 
Mais rien ne vient m'interrompre :
 
Je mange tout à loisir.
 
Adieu donc ; fi du plaisir
 
que la crainte peut corrompre.
 

(4) Μῦς ἀρουραῖος καὶ μῦς ἀστικός ce qui me semble signifier « le rat des champs et le rat de la ville ».

 

(5)  Rusticus mus et urbanus mus, ce dernier, urbanus,  se moque de la médiocrité de la vie à la campagne et invite le rusticus à savourer chez lui les plaisirs de la ville.


(6) Un petit opuscule délicieusement illustré que j’ai retrouvé chez moi :  นิทานอีสป หนูเมืองกับหนูนา « Fable d’Esope, le rat des villes et le rat des champs ».

 

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Voilà la traduction que j’en avais faite :

« Un rat des champs vivait à la campagne. Il aimait manger des fruits et vivait heureux. Un jour, son cousin rat vint de la ville.  Le rat des champs cueillit pour lui de nombreux fruits. Mais le rat des villes n’aimait pas les fruits ! « Cette nourriture n’est pas bonne ! » Dit-il. «Venez donc à la ville avec moi, la vie y est beaucoup plus amusante ». Le rat des champs suivit donc son cousin de la ville. Ils arrivèrent devant une vaste maison où ils entrèrent par la porte arrière. Le rat des villes conduisit son cousin dans une belle salle à manger. La table était couverte de toutes sortes de mets délicieux, le rat des champs était heureux : « Cette nourriture est délicieuse ! » Dit-il. Tout à coup, on entendit un grand bruit. Les souris se précipitèrent se cacher. « Ne bougez surtout pas » dit le rat des villes. Le rat des champs eut grand peur, en effet un chat était entré dans la pièce.

 

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Il examina la salle et sauta sur la table. « Fuyons » s’écria le rat des villes. Et nos deux cousins se réfugièrent dans un trou de souris. « Adieu, mon cousin » dit alors le rat des champs en s’enfuyant « Je rentre dans ma campagne où je vit au calme et en sécurité ».

« Une vie simple est préférable à une vie riche mais dangereuse ! »


(7) Je connais un retraité largement septuagénaire qui partage son temps entre Samui et une petite ville du nord-ouest et qui s’astreint pour entretenir sa mémoire à apprendre tous les jours une fable de La Fontaine, encore lui !


(8) Ces traductions traitresses ne parlent évidement pas du trafic d’esclaves que pratiquait le héros entre les côtes africaines et le Brésil où il avait une plantation de tabac et moins encore du trafic d’opium auquel il s’est livré entre le Siam et la Chine, dont nous vous parlerons un jour.


(9) Casanier « qui aime à demeurer chez lui » sens premier du mot selon Littré.


(10) VIII-7 «  Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ».

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(11) Pour ne pas entrer dans une actualité plus brulante, voilà qui me rappelle les débats passionnés d’il y a plus de 50 ans entre les partisans de l’ « Algérie française », intégration avec ou sans assimilation, que De Gaulle a résolu en tranchant dans le vif.


(12) Voir notre article 27 « Gastronomie en Isan ? »


(13) Sans les vider évidemment, il faut être rat des villes pour commettre cette hérésie. Mes voisins ne les vident pas non plus.

 

 

 
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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 23:01

exodeDe plus en plus d’expatriés francophones s’installent en Thaïlande. La majorité vit dans les « fameuses » stations balnéaires comme Phuket, Ko Samui, Pattaya, d’autres choisissent de vivre dans d’autres régions comme l’Isan, espérant y trouver une vie plus « authentique », plus thaïe. Parmi ceux-ci, certains tentent l’aventure de quitter la ville pour s’installer dans le village de leur compagne ou femme. J’ai déjà raconté ces différentes étapes dans trois articles qui s’intitulent : « 1. S’installer en isan », « 40. S’installer dans un village d’Isan ? », « A.59.  6 mois dans un  village d’Isan ? », sans oublier les 53 articles consacrés à l’Isan, réalisés avec Bernard. (Cf. Les liens en note*)


Aujourd’hui, alors que nous avons décidé (ma femme et moi) de retrouver la ville d’Udon Thani après 2 ans passés au village de Ban Sawang (Kalasin),

 

cartre

 

il m’apparaît intéressant de revenir sur cette « expérience », sur cette « aventure » que beaucoup estimaient vouée à l’échec dès le début.


Et pourtant ce n’est pas ainsi que je considère ces deux ans passés au village, même si le retour à la ville est vécu comme une décision positive, un retour plus centré sur nous-mêmes et sur l’accessibilité aux autres expatriés et « lumières « de la ville.

 

Lumières de la ville

 

Rappelez-vous. (Cf. « 40. S’installer dans un village d’Isan ? »)


Avant de partir au village, il y avait eu certes certaines appréhensions alimentées par les pronostics amicaux. « Ils s’inquiétaient d’avance, assurés qu’ils étaient de «  mon ennui », de mon « inadaptation », de me trouver loin de la « civilisation » , des « hôpitaux », des « amis » … et aussi,  de  me faire « manger » par la famille !

Je ne sais si leurs inquiétudes étaient justifiées, mais du moins, elles m’incitaient à chercher et à leur donner les raisons de ce choix de vie.

Je savais qu’il y avait les raisons conscientes et  inconscientes, les « belles » raisons  et les « inavouables ». On pouvait craindre la « posture » ! Les forums en étaient truffés : vivre loin des centres touristiques, vivre de façon plus authentique, vivre dans la « vraie » Thaïlande, connaître enfin les Thaïlandais. Certains  même parlaient d’ « intégration », diable ! »


food-drink-immigration-immigrants-integrated-multiculturali.jpg

 

J’avais alors demandé conseils à quelques-uns de mes auteurs favoris. Mon cher Montaigne


Montaigne

 

me rappelait que : "Le voyager me semble un exercice profitable; L’âme y a une continuelle exercitation (sic) à remarquer les choses inconnues et nouvelles; et je ne sache point meilleure école, comme je l’ai dit souvent, à former la vie, que de lui proposer incessamment la diversité de tant d’ autre vies, fantaisies et usances, et lui faire goûter une si perpétuelle variété de  formes" .


Alors que Levi Strauss,

 

Levistrauss

dans « Tristes Tropiques » s’interrogeait sur le bien-fondé de vouloir vivre et étudier d’autres sociétés que la nôtre :


« il tient à sa disposition une société : la sienne ; pourquoi décide-t-il de la dédaigner et de réserver à d’autres sociétés (…) une patience et une dévotion que sa détermination refuse à ses concitoyens ».


La contradiction était donc présente, et comme à chacun, on avait entendu tellement « d’histoires » parmi tous « ceux qui débinent, décrient, réprouvent, condamnent, éreintent (les femmes thaïes)… la voix des déçus,  le chant des acrimonieux, le chœur des  lamentations  de ceux qui « savent ». »


Aussi avais-je donné des raisons plus prosaïques : «  Je n’allais quand même pas chez les Bororo, les Nambikwara, ou les Tupi- kawahib, même si l’inquiétude des « amis » semblaient le faire accroire.

 

 

Bororos

 

Je voulais plus simplement, à la fois laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes », découvrir un autre « environnement », une autre culture, vivre une autre « aventure », et surtout permettre à ma femme de retrouver son milieu, sa famille, aider la mère (le père était décédé), et assurer l’éducation des deux enfants d’un frère décédé. » La sentir « heureuse » de ce retour n’était pas rien.


Et puis, il y avait eu ce blog créé avec Bernard début 2011, qui lui, vivait déjà dans un village isan. On avait commencé à écrire sur l’Isan ; et j’avais le sentiment que la vie au village me mettrait au plus près des traditions, du mode de vie isan. J’avais lu Pira Sudham**, le grand écrivain de l’Isan, à qui nous avions confié le soin « de nous « initier » à la vie d’un village d’ Isan des années 60,  (avec) ses dures conditions de vie, « le travail des rizières, le monde des esprits, le temple, les rites, ses valeurs, sa « culture », mais aussi la pauvreté, l’ignorance et la corruption  … et les transformations qu’il observait … sentant qu’« à la frontière, un autre changement, brutal, soudain, est en attente ».


Mon passé m’avait fait « rencontrer les Tarahumaras au Mexique, les Tchadiens, les Canaques (avec un doctorat sur la représentation du monde canaque).

 

Canaque

 

Pourquoi pas les Isans ?


Et puis prévenu, malgré le désir de vivre dans un petit village,  de connaître l’autre, de respecter sa culture, ses usages, ses règles dites et non-dites, je savais que je ne devais pas me « perdre »,  et conserver mon « identité» dans ce qu’elle a de fondamentale, ma part de « décision », de liberté de choix, d’ « autonomie » qui me permettraient d’ harmoniser  le « vivre ensemble ».


Je n’oubliais pas que : je ne parlais pas lao ; Je n’étais ni bouddhiste ni animiste ; Je n’étais pas paysan ; Je ne connaissais  pas la géographie sacrée connu de tous, les esprits du village, le temps sacré, les histoires des relations familiales, les traditions orales …


                             ____________________

 

 

Finalement, je ne m’étais pas trompé et avais dans l’article « 6 mois dans un  village d’Isan ? »* rendu compte positivement de ce séjour au village, avec sa vie sociale active, ses rites du quotidien (« avec le lever, la préparation du riz gluant, le repas pris en commun, les manifestations bruyantes des coqs, des chiens, les annonces du haut-parleur (publiques et religieuses), le passage des moines avec leur « bath » sur le ventre pour recevoir les offrandes, le départ des enfants à l’école », etc, les « événements » du village qui ne manquent pas (les mariages,

 

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les funérailles),


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les cérémonies au temple, les « fêtes »,

 

Fête

 

les divers festivals des villages environnants, et les célébrations royales et religieuses nationales … toutes les occasions pour honorer Bouddha, le roi, les défunts, demander la prospérité pour soi et la famille, sous la protection des phis,

 

phi

 

« s’assurer » pour l’avenir … et ensuite prendre les repas en commun, sous un mode festif, où le rire et l’alcool ne manquent pas.


J’avais constaté comment le temple restait le centre religieux et social de la vie du village, comme le décrit Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak  ». J’avais été surpris  et impressionné par la société festive, solidaire, et de partage.

 

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J’en avais donné de multiples exemples. J’avais pu constater que l’Isan, depuis le matin, depuis la naissance jusqu’à la mort, vit dans le sacré et a un esprit profondément religieux et animiste. L’Isan vit avec Bouddha et ses phis au quotidien. « Il sait les gestes qu’il faut accomplir pour prier, remercier, demander, se protéger … vivre ici et ensuite dans une autre vie, selon le karma … J’avais  été étonné d’apprendre que le plus important pour ma femme, était d’honorer ses morts, ses proches, par une « belle » cérémonie. 


Evidemment j’avais remarqué que l’Isan vit aussi au rythme de la nature. Certes l’Isan est pauvre financièrement, sa rizière souvent ne suffit pas,

rizière

 

mais Il sait cueillir ce que la nature lui offre, et il en a fait un savoir, un art, un plaisir partagé avec la famille et les voisins. C’est incroyable ce sens du partage. Si on vous donne qui des fruits, qui des légumes, des plantes ; spontanément vous redonnerez le peu que vous avez. Le don, contre-don, si bien analysé par Marcel Mauss fonctionne ici au  jour le jour.


Bref, j’appréciais cette société qui bien que pauvre, était riche de social, d’échanges, de fêtes, de « sacré » ; une société qui avait su préserver une bonne partie de sa culture traditionnelle, même si elle était en train de changer, d’intégrer les valeurs de la société de consommation, de s’ouvrir aux nouveaux outils informatiques. Le village était en effet connecté et la majorité des jeunes aspiraient plus  à goûter à la ville que de rester paysan au village.


Certes comme toute société, elle avait aussi ses riches et ses pauvres, ses problèmes, ses rivalités, ses travers … Nous avions déjà évoqué le sort de nombreuses familles dépendantes du mandat de leurs  enfants***, présenté le sort des vieux paysans. **** Nous savions que ce n’était pas une société idéale, mais c’était une société attachante, certes ébranlée par la « modernité », le yaba, l’alcool,

alcool et jeunes

 

les dettes …  mais encore riche de sa culture, de ses traditions séculaires, de ses esprits tutélaires, -« vivante »-.

 

                                                ___________________________

 

 

Mais alors pourquoi avoir quitté le village pour rejoindre la « ville » ?


ville

 

L’observation d’une société aussi vivante soit-elle, fut-elle isan, reste une autre culture, une culture étrangère. Vous avez beau vouloir vous « immerger », et/ou participer à différentes de ses manifestations, vous restez toujours à la marge et n’en comprenez qu’une partie, sans profiter pleinement du sens des cérémonies et des rites.


Bref, vous êtes d’une autre culture et comme eux, vous avez besoin qu’elle vous vivifie ; vous êtes d’un autre pays, et bien « qu’ex-patrié » vous avez besoin d’avoir de ses nouvelles, partager ses richesses, ses débats, son présent … vous avez une autre langue et savez qu’elle est plus qu’un médium … vous êtes « français », quoi.


Certes, au village, connecté comme la majorité des villages, vous pouvez via internet, vous informer, communiquer, échanger, profiter de films, documents, magazines, journaux, mails, écrire vos articles pour le blog … en français. Mais vous êtes seul devant votre ordinateur.


Et pourtant, j’avais écrit : « la vie au village est reliée à de nombreux « mondes » ; « j’aime cet « univers », ces différents réseaux simultanés. Vous êtes là au village, mais aussi ailleurs … au milieu du virtuel, du fictionnel, du rêve … du local et du global … de l’Isan et de la culture française …une vie en train de  s’écrire … ».


Mais un beau jour, tout en continuant à apprécier votre vie au village, vous avez le sentiment que vous en avez fait le tour, et vous commencez à ressentir une forme de solitude. Vous vous sentez loin de vos amis, des rencontres inopinées, des restaurants, des supermarchés, etc, des « distractions » de la ville. Vous songez à deux amis qui habitent aussi dans des villages aux environs, mais vous constatez « votre » différence ; ils « bougent » beaucoup, et vous, vous êtes casanier. Ils ont trouvé un équilibre qui vous fait défaut.

 

rats des champs

 

 

Alors, un jour, vous envisagez un retour à la ville.

 

Une occasion se présente ; la décision est prise. Le retour à Udon Thani s’opère. L’aventure au village s’achève. Une nouvelle commence …

 

Sans titre-1

_______________________________________________________________ 

 

*S’installer en Isan ?


http://www.alainbernardenthailande.com/article-1-s-installer-en-isan-71317147.html


40. S’ installer dans un village d’Isan ?


http://www.alainbernardenthailande.com/article-40-s-installer-dans-un-village-d-isan-87047943.html


A.59.  6 mois dans un  village d’Isan ?


 http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-59-6-mois-dans-un-village-isan-en-thailande-1ere-partie-101090230.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a59-6-mois-dans-un-village-isan-en-thailande-2eme-partie-101091142.html


L’article de Bernard : A60. 3 ans à la retraite dans un village d’Isan. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-60-3-ans-a-la-retraite-dans-un-village-isan-102595649.html


**25 . Notre Isan :  « Pira Sudham, un écrivain de l’Isan. »

Enfances thaïlandaises, coll. Les enfants du fleuve, Fayard, 1983, 1990 pour la traduction française.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-pira-suddham-un-ecrivain-de-l-isan-79537662.html 

26. Un écrivain d’Isan : « Pira Suddham, « Terre de mousson ». »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-26-un-ecrivain-d-isan-pira-sudham-terre-de-mousson-79884217.html


***17. Notre Isan : « les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html


****A127. La situation des  vieux paysans de Thaïlande.


 

 
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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 23:02

EntraillesPerdue en Thaïlande, aujourd’hui, c’est probable, la divination à l'aide des entrailles de poulet subsistait encore il y a soixante ans seulement en Isan et probablement aussi au Laos (1).

En quoi consistait-elle ? Elle avait une utilisation bien spécifique, les Thaïs, nous le savons, ne sont pas des sanguinaires mais parfois, nécessité fait loi.

Tous les ans lorsque commençait la période de plantation du riz, le propriétaire du champ devait tout d’abord construire un sanctuaire sommaire

 

sanctuaire

 

et invoquer solennellement l'esprit du gardien de la rizière nommé Phitahaec (ผีตาแหก ou ผีตาแฮก)

 

01-450x251

 

que nous pouvons traduire de façon tout à fait approximative par « l’esprit qui voit » (2). Il doit alors ouvrir la tête de la bête (vivante évidemment) par le menton et en retirer les tissus tendineux. S’il trouve de longs tendons, la saison sera pluvieuse lorsque la nécessité s’en fera sentir.Si ces tendons sont suffisamment graisseux et de la bonne longueur, la pluie sera abondante. Dans le cas contraire, une période de sécheresse est à craindre et le dépérissement des jeunes plants de riz probable. C’est alors seulement que la plantation peut commencer.

Ces opérations magiques ont été longuement décrites, source principale de Phya Anuman Rajathon (1), dans une étude datant de l’année « Rathanakosin » 105, c’est-à-dire 1897 (3).


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Lorsque Phya Anuman Rajathon écrit, il y a soixante ans, il nous dit que cette coutume sanguinaire, probablement pratiquée dans tout le nord-est,  se perd ou est en passe de se perdre en raison des « progrès culturels » des populations ? La cérémonie (พิธี phithi) est toujours pratiquée, religieuse ou magique certes, mais sans que subsiste cet aspect désagréable. La photographie placée en tête a été prise à Sumatra et non en Isan !

                                                                      

Une autre forme de divination était aussi pratiqués à l’époque, moins sanglante mais mettant encore une poule à contribution : Lorsqu’une personne décédait, il fallait choisir le lieu de la crémation, loin des endroits habités pour des raisons évidentes. Où aller ? Il fallait d’abord choisir un endroit désert, mais tous ne conviennent pas. Un membre de la famille devait alors jeter sur le terrain choisi un œuf et un morceau de riz gluant cuit au petit bonheur. Si l'œuf se cassait, le lieu était approprié puisque l'esprit gardien des lieux avait donné sa bénédiction autorisation et que le mort lui-même le souhaitait aussi.


Il est évident que ces crémations à ciel ouvert ont actuellement totalement disparu, puisque, auprès de chaque temple, même le plus modeste, il y a actuellement un crématorium pour d’évidentes raisons d’hygiène


DSC01857

 

mais probablement depuis peu. Cette photographie d’une crémation provient de la « missions Fournereau » en 1892

 

CREMATION

 

mais l’un de nos amis se souvient (souvenir plus ou moins agréable) avoir assisté à une crémation sur bucher dans un petit village proche de Manchakhiri en 1985 (4).

                                                                      

Devons-nous sourire de ces rituels ? Les haruspices romains ne pouvaient – parait-il – pas se regarder entre eux sans rire.

 

HARUSPICES

 

Mais les sacrifices d’animaux perdurent, à Haïti, à Saint-Domingue et en Afrique selon le rituel Vaudou ;

 

VAUDOU

 

et ne parlons pas de tous ceux qui lisent fidèlement leur horoscope dans leur quotidien, qui redoutent le chiffre 13 (combien d’hôtels n’ont pas de chambre 13 ?) ou consultent des voyantes, marc de café ou boule de cristal ?

 

VOYANTE

 

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Notes 

 

(1) Voir l’article de Phya Anuman Rajathon dans le numéro du journal de la Siam society de 1955.


(2) Encore un phi que nous n’avions pas encore rencontré, mais il y en a beaucoup d’autres : voir notre article A 151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des phi ».


(3) เรืองการนับถือเจ้าและผีขุนมหาวิชัย จันทร์ แต่ง วชิรญาณรยเตือน ตอน ๒๗ ร.ศ ๑๑๔ dont nous n’avons malheureusement pas pu trouver trace.

 

(4) Nous ne trouvons aucune trace de ces rituels ni dans Monseigneur Pallegoix ni dans la Loubère, ni dans les voyageurs du XIXème qui ont arpenté le « Laos siamois », Aymonier et Mouhot en particulier, tous portant qui furent des observateurs attentifs. Citons deux lignes seulement de Monseigneur Pallegoix : « Le cadavre étant mis sur le bucher, on allume le feu ; les nerfs étant contractés, le mort semble s’agiter et se rouler au milieu des flammes, c’est un spectacle horrible à voir … ». Ceux qui n'ont pas l'âme sensible trouverons sans trop de difficultés sur Internet le film de la crémation de Pol Pot.

 

 

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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 00:02

Republication de l'article : A60. 3 ans à la retraite dans un village d’Isan.


carte-de-voeux-alsace-hansi-heureuse-retraite-les-oiesAlain a proposé un récit de ses 6 premiers mois dans un village d’Isan (Cf. A59). Ce n’est sans un certain humour que je présente un « Droit de réponse » : 3 ans en Isan « contre » 6 mois en Isan. Ce n’est pas vraiment un « droit de réponse » au sens journalistique du terme mais plutôt quelques compléments qui ne sont pas en contradiction avec ce que vous a dit Alain, surtout que  je souscris entièrement à ses propos. 

Bien. Comme j’ai un peu de temps libre -privilège de la retraite- je viens de pianoter sur Internet quatre questions à Google sous quatre formes différentes :

  • « Comment occuper sa retraite ? » ; pas moins de 4.206.000 résultats.
  • «  Comment occuper sa retraite quand on est expatrié ? » ; encore 1.320.000 résultats.
  • « How to sped his retirement ?»; 131.000.000, je dis bien, j’ai vérifié plusieurs fois  ce matin !
  • J’ai tenté le coup en albanais : « se sit ë shpenzojnë tërheqjen e tij ? » ;  26.000 résultats encore pour une langue qui ne doit guère comporter que 10.000.001 locuteurs (un dans la Province de Kalasin).

J’en suis resté là, voilà qui est bien significatif. Je ne suis évidemment pas allé ouvrir le moindre de ces sites.


Que faire à la retraite ?


Les retraités français, anglais ou albanais qui ont la chance de ne pas mourir dans l’année qui suit leur départ, disent souvent qu’ils ne savent pas que faire ? Et ne pas savoir que faire c’est la porte ouverte à Altzeimer (dans ma jeunesse, on disait « devenir gâteux » « radoter » ou « être dans ses bottes »). Bigre !

J’ai déjà répondu à la question « Mais tu vas t’e.......der, Bernard ? ».

Pour le reste, quelques constatations nécessaires en sus des reflexions d’Alain, moins terre-à- terre que les miennes (disons que les miennes sont  plus terre-à- terre que les siennes) mais sur le fonds, rien ne nous sépare.


1)      le Temps ?


Nous ne sommes pas loin des tropiques, le jour se lève 365 jours par an à 6 heures du matin et tombe à 6 heures du soir avec une variation d’environ 30 minutes tout au plus selon la saison, ce qui explique grandement le système horaire traditionnel qui est utilisé systématiquement ici, il faut s’y faire. Il y a belle lurette que je n’ai plus besoin de montre au poignet. Ce qui est insensible dans les villes ou sur l’île touristique où j’ai vécu 10 ans ne l’est plus ici.

Si vous voulez des pathongko au petit déjeuner, allez les chercher avant 7 heures. Si vous voulez faire le marché, faites-le avant la nuit. Ne comptez- pas sur les boutiques « de chaîne » ouvertes 24 heures si vous êtes à court de bière au milieu de la nuit, ils respectent à la lettre les horaires de vente des alcools. On se demande donc pourquoi ils ouvrent 24 heures sur 24 ? Les horaires de vente d’alcool, les boutiques locales s’en contrefichent, à condition d’être ouvertes, mais elles ferment « à la tombée de la nuit ».


2)  Les bêtes.


« Mais tu vis au milieu des bêtes féroces ? » m’a dit une de mes nièces française adolescente ?

Bonne question, mais nous ne sommes plus au temps de Pavie. C’est peut-être mieux que de vivre au milieu des cons ? Une amie thaïe âgée d’une cinquantaine d’années a encore vu des crocodiles (sauvages évidemment) dans l’une des rivières qui alimente au nord le réservoir de Lampaodam (qui n’existait pas à l’époque) lorsqu’elle était toute petite.


croco

 

Vous ne verrez de crocodiles que dans les spectacles et dans le rayon surgelé des grandes surfaces, sans grand intérêt gastronomique au demeurant. Les serpents, il y en a, bien sûr, n’allez pas marcher pieds nus dans une rizière ou dans la forêt. SI vous êtes matinal, vous pourrez en voir serpenter sur les routes au petit jour. S’il en est qui se camouflent dans votre jardin, ils ont certainement plus peur de vous que vous d’eux.

 

Sans titre-2

 

Le meilleur moyen d’en voir, c’est encore le spectacle.

Celui du « King cobra village » à 40 kilomètres de chez moi vaut la visite. J’en ai coupé deux ou trois à la machette dans mon petit jardin (en trois ans), ils étaient inoffensifs paraît-il, mais mieux vaut prévenir que guérir.


Des vermines, il y en a, bien sûr ! Les moustiques en saison, les fameux « maringouins » qui ont laissé un souvenir cuisant au Chevalier de Forbin et que nos amis canadiens appellent toujours des « maringouins ». Personnellement, ils ne me font ni chaud ni froid mais j’ai probablement été vacciné sinon mithridatisé en faisant plusieurs années de suite les vendanges en Camargue. Il y a cent mille moyens de les éloigner, la climatisation dans la chambre, l’ampoule ultra violète, les produits naturels (citronnelle, ça pousse ici mieux que du chiendent), aérosols chimiques (ça pue), fumer la pipe (ça pue), néons jaunes (ils n’aiment pas), etc... Mieux vaut s’en défier, ils sont tout de même le vecteur de la dengue.


mous


Les scolopendres que les thaïs appelent « takhap » et les anglais « centipèdes », sont une véritable vermine. Attention pendant la saison des pluies dans la salle d’eau ou les coins humides. Il faut tuer sans pitié, c’est rapide, coriace, une carcasse de langouste (je massacre au marteau et il faut cogner), dangeureux sans être mortel, très douloureux parait-il et ça court aussi vite qu’un lapin. Le problème, c’est de marcher pieds nus dans les intérieurs au risque de poser l’orteil sur un minuscule que vous n’avez pas vu. Les Thaïs les redoutent plus que les cobras.


scolopendre-3


Les petites fourmis qui ne sont apparemment pas dangereuses sont en tous cas exaspérantes. Faites tomber une miette de pain sur le sol, 10 secondes après, il y en a des millions. Mettez le pied sur un de leur refuge dans votre jardin, vous saurez rapidement de quoi il s’agit, 20 secondes après elles sont dans votre moustache, et hop : à poil sous la douche dans les plus brefs délais. Il est un produit miracle, le « Chaindrite » (efficace aussi contre les termites), un petit « pschitt » dans une procession et c’est le massacre.


weber 01

 

3) La nourriture ?


Nous avons déjà dit ce que nous pensions de la « gastronomie » locale. Nous sommes quelque peu privés de « bonnes tables » dans nos campagnes, mais les petites échoppes sont souvent bien sympathiques.


Je ne dédaigne pas de temps à autre un lap aux oeufs de fourmis. Il est pour moi deux produits « de première nécessité », le café et l’huile d’olive que nous ne trouvons guère que dans les grandes surfaces (hélas !) que j’évite autant que faire se peut. L’amphoe comprend (en gros) 50.000 habitants répartis dans 14 villages sur environ 300 kilomètres carrés.


Nous avons un marché quotidien le soir, un autre plus étoffé le vendredi et encore un mensuel à l’amphoe proprement dit et encore ceux des amphoes environnants, et une foule de petits vendeurs au coin des rues où je peux trouver en tant que de besoin et en cas d’urgence de l’ail ou des oignons. Il est difficile de sortir de la trilogie poulet-poisson-cochon mais une incroyable variétés de fruits et légumes (où est la différence ?) qui nécessitent toutefois quelques efforts, je ne mange crus ni les haricots verts ni les asperges ni les aubergines et je hais les concombres. Ceux que je commence tout juste à connaître, comment s’appellent-ils ?


Ma femme me donne et m’écrit le nom. Rapide recherche dans le gros dictionnaire de l’académie qui inclut (heureusement) le vocabulaire isan et surtout donne le nom dans la nomenclature latine de Linné et Internet. Et souvent, très souvent, des recettes pour accommoder tout cela provenant de sites de nos départements d’outremer !

Mon village porte ainsi le nom de la « rivière du syzygium gratum ». Vous saurez que l’on peut faire avec des papayes vertes autre chose qu’un immangeable somtan au crabe de rizière pourri et de liserons d’eau douce de succulentes omelettes ! Quand j’ai le courage, je fais mon pain et quand je ne l’ai pas, le riz gluant sur feu de bois a une saveur incomparable. Il passe tout au long du jour les petits commerçants ambulants qui vendent les trois carottes et les quatre aubergines de leur jardin et nous avons la chance, pas souvent malheureusement, de voir passer une camionnette qui nous amène des moules de Rayong (600 ou 700 kilomètres) qui n’ont pas la bouche béante et puante de celles des grandes surfaces. Je suis souvent donc « aux fourneaux ». Mais pour ce, il m’a fallu du matériel.


4) Le matériel ?


Moins de choix que dans les grandes surfaces peut-être mais un meilleur service chez les petits vendeurs locaux, matériel de cuisine ou mobilier à des prix qui souffrent largement la comparaison, livraison sans difficultés à domicile et service après vente meilleur que chez Darty, un coup de téléphone et un petit billet de « tip ». Même chose pour le matériel informatique, j’ai à 20 kilomètres de chez moi une boutique qui a un bon choix et à quelques centaines de mètres un jeune qui tient une boutique Internet infame de crasse mais qui joue de l’informatique aussi bien que moi à la belote contrée, capable de vous installer pour 300 baths le dernier Photoshop à 1.500 dollars (mais ça, naturellement, je ne fais pas !). Avantage incontestable (essayez–donc à Lotus), le vendeur est compétent et la discussion sur le prix est toujours possible (même pour le farang) à la condition de rester dans le raisonnable et de ne pas les prendre pour des c...s


5) Alain nous a dit  «  laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes »...


Il est vrai, nous sommes parfois contraints de penser que « l’enfer, c’est les autres » ! S’il n’y a pas de bêtes féroces, il y a des bêtes idiotes. Je suis donc au milieu des Thaïs, les amis européens les plus proches sont à quelques dizaines de kilomètres, ce qui ne m’empèche pas de les rencontrer avec plaisir. Ma porte est toujours ouverte au sens propre et au sens figuré et la leur aussi, je pense. Seul farang permanent du village, je suis en tous cas celui qui baragouine le thaï et surtout qui le lit et l’écrit ce qui me rend d’inappréciables services. Dans le village, il y a des riches, qui le manifestent extérieurement par des constructions d’un luxe tapageur et des véhicules de haut de gamme et des pauvres qui vivent dans leurs chaumières, roulent sur des motos à crédit et vont acheter leurs cigarettes à la pièce (interdit en France depuis longtemps !) en ayant leur ardoise chez l’épicier du coin.

Ne revenons pas sur cette « vie sociale » festive dont nous a parlé Alain, mariages bien sûr, obsèques, sont occasion de fêtes, de retrouvailles et évidemment de beuveries au laokhao ou au mékong. Pauvres peut-être, mais j’ai été stupéfait à l’occasion d’événements familiaux récents, de voir tomber les billets de 1.000 comme à Gravelotte !


Les inondations récentes ne nous ont pas frappés directement (le village est hors d’eau et le seul cataclysme connu de mon beau-père disparu il y a peu à 76 ans fut un orage de grêle il y a une quarantaine d’années) mais fut pour moi occasion de découvrir un sympathique débrouillard : une route secondaire est coupée par les eaux, impossible de passer en moto, il prend son motoculteur avec remorque et organise un passage avec péage, deux motos plus leurs passagers ! Crafeuteuteu .... 20 baths par personne et 20 pour la moto. Système D ou demerden sie sich, bravo mon gaillard. Je lui allongé un aller-retour pour le seul plaisir.


DSC01595


6) La politique locale ne me regarde pas et je ne m’y intéresse (par épouse interposée) que dans la mesure où il y a des questions matérielles à régler, voirie, distribution chancelante de la « namprapa », l’eau de la ville ... Intéressant, intéressant, moi ça ne me choque pas, c’est la distribution des billets par les candidats. Bonne affaire (pour ma femme), deux élections succesives pour je ne sais quel poste, la première à coup de billets de 500 et la seconde des billets rouge, hélas ! Moi, ça me fait rigoler, tout simplement et je regrette qu’il ne soit pas avant et après le 22 avril distribué à l’électeur que je suis quelques bons billets de 500 (euros, bien sûr). Mais une question sans réponse, comment le distributeur de billet peut-il savoir si le récipiendaire va bien voter pour lui ? Les isoloirs sont bien clos et la police surveille !


7) Alain a été étonné de la « mécanisation » et a « cru devoir » mettre ma photo au volant d’un « John Deere » qui doit valoir quelque chose comme 50.000 euros (ça fait deux millions de baths). Lors des moissons, on voit les petites moissonneuses mais encore beaucoup de champs moissonnés au « daioun » (ça m’a échappé, en français c’est une faucille), toute une rangée qui rigole et jacasse, au travail avec la musique de la radio portable à tue-tête. Je n’ai ni l’âge (ni l’envie) de participer, mais j’ai eu l’occasion de participer à la mise à feu des chaumes d’un champ de riz cultivé par un beau-frère. J’avoue que si j’ai des doutes sur l’efficacité de la culture sur brulis, je me suis au moins bien amusé. Il doit y avoir en moi un pyromane qui sommeille ?


8) Eh bien, non, je ne m’embête pas, entre la journée qui commence au lever du jour par les informations sur RFI,

 

radio

 

le dépouillement du courrier électronique (actuellement beaucoup de temps passé à fiche à la poubelle des « spams » les courriers des candidats - je ne peux les éviter puisque je suis inscrit sur les listes électorales), les réponses au courrier, la lecture de la presse « numérisée » (presse locale, essentiellement « la Provence », « Le progrès » et « le Petit journal de Bangkok »), le rituel de la cuisine, le pétrissage du pain, la sieste sacrée,

 

sieste

le marché de fin d’après-midi, les visites de mon turbulent et adorable petit neveu (deux ans, baptisé « Satang »,

 

 DSC01546

 

il faut le faire mais ce prénom fait ma joie), l’entretien du jardinet (les mauvaises herbes poussent plus vite que les tomates), un peu de vélo à la fraicheur du matin, le nécessaire bricolage dans une maisonnette, la bière du soir (sacrée elle aussi) au bistrot du coin jusqu’au repas du soir.

 

demi

 

Je n’ai pas la « boite à m..... » i.e. TV 5 mais le téléviseur me sert de temps à autre à regarder quelque bon film. Et du temps, beaucoup, pour trouver et lire ce qui m’est nécessaire pour écrire sur notre blog, le trier et écrire.


ecr


9) Et le dimanche, visite à (ou des) amis et du tourisme, la province est ignorée des guides, à part ses deux « attractions » principales, le spectaculaire musée des dinosaures et les environs du Lac artificiel de Lampaodam (beaucoup d’aménagements en cours, essentiellement du tourisme local). Elle est pourtant d’une grande richesse et il faudra que je me décide un jour à traduire un excellent petit guide « touristique » qui nous dévoile ses ressources, amphoe par amphoe.

 

guide

 

La difficulté majeure est de se retrouver dans les routes secondaires, pas de carte routière fiable, aucune signalisation en caractères romains évidemment, des indications fantaisistes sur les bornes et le GPS bafouille et cafouille lamentablement dès que l’on sort des grands axes ou des grandes villes, sauf à indiquer la route de Kalasin ou de Khonkaen (et encore). J’ai arpenté en moto des milliers de kilomètres dans un périmètre de quelques dizaines de kilomètres autour de chez moi  pour découvrir des itinéraires secondaires qui me sont bien utiles. C’est là où la lecture du thaï m’est d’un grand secours.


Un aveu, si nous n’avions pas accès à Internet, si nous n’avions pas un exceptionnel réseau routier, un non moins exceptionnel système de transports en commun, l’eau de la ville même si elle cafouille de temps à autre, (installée au village il y a quatre ou cinq ans, avant c’étaient les citernes et l’eau du ciel), une distribution d’électricité fiable (plus qu’à Koh Samui, j’en témoigne), un réseau téléphonique surdimensionné (il y a 4 ou 5 ans, le portable GSM ne « passait » pas chez moi), un solide réseau bancaire (il y a quatre ou cinq ans toujours, la banque la plus proche était à 30 km de chez moi, aujourd’hui, il y a une agence et quatre poste ATM au village) mon propos aurait été différent.


 

NB

  •  avant de clôturer, je viens de regarder ce monument du cinéma français, « les vieux de la vieille » qui doit avoir 50 ans bien sonnés. Le trio Jean Gabin, Pierre Fresnay et Noël-noël nous donne à nous retraités, une belle leçon de vie.
  • Entre le ghetto de « la Gouyette » et le retour au village, Alain, nous avons fait le bon choix.

 

 photo-Les-Vieux-de-la-vieille-1960-1

  • J’avais  déjà donné ma version de mon installation* 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-41-s-installer-en-isan-une-autre-version-87048382.html

 

 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 00:02

Republication de A.59.  6 mois dans un  village d’Isan ? 

a 1Il y a 6 mois j’avais proposé un article intitulé « S’installer dans un village d’Isan à la retraite », comme si cela était une aventure. Je m’étais même senti obligé de donner les raisons de ce choix de vie, de me justifier, tant les craintes étaient grandes chez mes amis installés à Pattaya et à Udon Thani … je ne parle pas de ceux de France.


Je leur avais dit que «  je n’allais quand même pas chez les Bororo, les Nambikwara, ou les Tupi- kawahib, même si l’inquiétude des « amis » semblaient le faire accroire ». Je leur avais dit aussi qu’il ne s’agissait pas de vivre de façon plus authentique, de vivre dans la « vraie »  Thaïlande*, connaître enfin les Thaïlandais, mais plus simplement de  «  laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes », de découvrir un autre « environnement », et surtout de permettre à ma femme de « vivre », de retrouver  pleinement sa  vie : aider la mère, assurer l’éducation des deux enfants d’un frère décédé, et de participer aux activités de la famille et du village, de vivre au plus près de sa culture traditionnelle Isan. ».

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Il pouvait être intéressant de savoir ce qu’il en était après 6 mois, de savoir ce que j’avais vu, entendu, retenu, ce qui m’avait intéressé, étonné, choqué … à Ban Sawang, dans ce village d’Isan, au milieu des rizières, situé vers Kalasin. 

 

Votre installation au village vous renvoie tout d’abord  à votre position de farang. Vous ne pouvez pas  l’oublier, quand vous êtes le seul farang du village et quand tous les jours, les gosses vous interpellent avec un sourire gêné : « Farang, farang ! », qu’ils transforment en rire quand vous leur répondez. Ils semblent « soulager », avoir remporté une victoire. Les adultes réagissent, c’est selon … l’âge, le lieu, l’heure (pour les éméchés), leur individualité (là comme ailleurs, il y a des intro et des extravertis),  les relations qu’ils entretiennent avec notre famille… Quoi qu’il arrive, vous serez toujours le farang.


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Il faut assumer. Mais ils ne savent pas que je me vois effectivement comme un farang, mais comme un farang ……… français, qui les « appréhende » avec sa culture, son « expérience », son « passé »… Un farang curieux, intéressé par leur mode de vie séculaire et la « modernité » qui transforme peu à peu ces villages d’Isan.


J’arrivais donc, il y a six mois, avec déjà un travail de recherche sur ce que pouvait « représenter » l’Isan (Cf. dans ce blog, une quarantaine d’articles sur l’Isan avec mon ami Bernard), des lectures d’écrivains thaïlandais, comme Pira Sudham**, le grand écrivain de l’Isan, à qui nous avions confié le soin « de nous « initier » à la vie d’un village d’ Isan des années 60,  (avec) ses dures conditions de vie, « le travail des rizières, le monde des esprits, le temple, les rites, ses valeurs, sa « culture », mais aussi la pauvreté, l’ignorance et la corruption  … et les transformations qu’il observait … sentant qu’« à la frontière, un autre changement, brutal, soudain, est en attente ».


Il fallait ici ne rester qu’au stade du « vécu », de quelques notes prises au hasard. Plus tard viendra peut-être le temps des analyses. Il me fallait quand même un ordre de présentation pour que cela demeure lisible. Ainsi je retenais :

  • Une riche vie sociale. La vie au village.
  • La confirmation du temple comme centre religieux et social du village.

 

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  • Le travail des rizières. Tradition et modernité. La pauvreté et l’aide des enfants.
  • Le rite de mon quotidien.
  • Un autre monde, sa culture, ses valeurs …

J’ai vraiment été étonné par la « vie » du village, rythmé par le rite du quotidien (l’école, le travail, le temple), les célébrations royales et religieuses nationales, et les « événements » du village qui ne manquent pas ( les mariages,


 

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les funérailles, le temple, les « fêtes », les divers festivals des villages et petites villes environnantes), et cette année les terribles inondations qui ont aussi marqué le village …Oui, une vie sociale intense et « festive » !


1/ Une vie sociale intense.


Beaucoup sont pauvres, et doivent se bouger pour survivre, et/ou compter sur les enfants qui  ont « réussi », mais ils ne s’ennuient pas. Le village a son rituel du quotidien, avec le lever, la préparation du riz gluant, le repas pris en commun, les manifestations bruyantes des coqs, des chiens, les annonces du haut-parleur (publiques et religieuses), le passage des moines avec leur « bath » sur le ventre pour recevoir les offrandes, le départ des enfants à l’école, les quelques vaches et buffles qui passent devant chez vous,


 

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le départ des « travailleurs » vers leurs différentes activités (quand ils en ont). Les matins de 6h à 8h sont très animés.

 Et il y a le défilé bruyant des marchands ambulants tout au long de la journée; une occasion de discuter pour ceux qui sont restés au village, d’examiner les produits du jour, de faire une affaire… et il y a le retour des enfants de l’école … les visites chez les copains … les retours des champs … Le soir tombant : les allées et venues des ados, leurs « loisirs »…  Après le « travail », les adultes bricolent parfois et/ou vont voir un ami, il y a toujours un petit coup à boire, un plat à réchauffer, un petit plat à emporter, des histoires du village à raconter …

Evidemment le samedi et dimanche seront différents, avec les enfants restés au village. L’animation sera assurée.


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Et puis, il y a toujours un « événement »  individuel et/ou collectif.  Une préparation très matinale si on a décidé de faire ce jour-là une offrande aux moines, ou bien un  mariage, des funérailles, une fête à l’école, une cérémonie au temple, une fête nationale à fêter, un festival,

 

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une grande manifestation politique dans la ville voisine, une visite de la famille lors des jours fériés, ou bien même une monk party (organisé à l’occasion d’une future retraite bouddhiste d’un membre du village par exemple)…

 

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toujours une occasion de se réunir, de partager, de prier, de manger et de boire ensemble, de se réjouir…ou bien un conflit à résoudre avec le voisin, ou un membre de la famille, une discussion à avoir à propos du dit conflit avec d’autres….


Et bien sûr les moments forts des semis et des moissons. Et parfois, une catastrophe à « gérer ».comme la terrible inondation du pays fin 2011.

 

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Bref, on ne peut pas  s’ennuyer.


On est toujours, c’est selon, dans un réseau de don, de contre-don, de solidarité ou de compétition ou  de rivalité … d’admiration et de jalousie, de haine parfois. Mais toujours dans  un formidable  sens du partage. Si on n’a pas été convié  au mariage ou aux funérailles,


 

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on aura donné  quelques baths  quand même, et on recevra d’une  voisine invitée, un petit encas en retour. Si vous venez offrir un petit surplus du jardin ou d’ailleurs, vous repartirez souvent avec un autre petit sac plastique (Ah ! les sacs plastiques)…


Nota. Le farang qui a peur d’être volé, qu’on en veut à son argent, doit savoir que c’est ici, une source de prestige qui s’applique à tous. Si on a, on doit donner, partager. Et si on veut monter qu’on a réussi, on a des obligations, un statut à assumer. J’y reviendrais.

Mais ce qui donne sens, ce qui relie le village a son Histoire, a son « sacré »,  est son temple.


2/ Le temple. Centre religieux et social de la vie du village.


Ban Sawang est un petit village au milieu des rizières, avec  1000 habitants environ, qui habitent dans un petit carré avec le temple « au centre de la vie du village » comme le décrit Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak  ». En effet, notre villageois va vivre individuellement et collectivement au rythme sacré du temple.

Chaque matin, on voit quatre, cinq moines passés devant chez nous, en ligne, silencieux. On donnera en fonction d’un événement particulier de la famille (anniversaire, demande, remerciement…) ou évidemment s’il y a une fête « officielle » ou du village. Alors, la mère et ma femme auront prévu des achats la veille et se  seront levés tôt pour préparer l’offrande.

Ainsi, pour la fin du carême d’Asanha Bucha (la retraite de la saison des pluies), ai-je vu  tout le monde  se rendre au temple, pour offrir ses multiples plats préparés (on n’oublie pas les « douceurs ») aux moines. Il est de bon ton que les plus riches offrent davantage. Ils ont un statut à défendre, même ici (surtout ici ?). Mais, je fus surpris de constater que cette offrande se transformait en partage, en redistribution. Chacun repartant avec un petit plat savoureux

 

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préparé par un autre et mis dans un  sac plastique. (Ah ! les sacs plastiques !)

Que dire de la cérémonie agraire du 12 septembre pour obtenir une bonne récolte, honorer les défunts et demander la protection des Phis, comme me l’a expliqué simplement ma femme. Ce jour-là tout me monde était au temple et ensuite s’est rendu dans sa rizière.

Evidemment, je pourrais expliquer ce rite si important dans toutes les sociétés agraires, mais il s’agissait ce jour-là pour moi, d’observer, de suivre ma femme dans ce rituel : la voir préparer ce fameux pala ( l’Isan se lêche les babines, rien qu’en disant son nom), le beef, le riz, les bananes cueillies la veille à la rizière …aller au temple … les prières … l’offrande aux moines …les prières … l’eau, la nourriture à bénir… et puis ma petite famille allant à la rizière… la prière, le waï, l’offrande jetée à différents endroits de la rizière, le waï, et puis le choix d’un arbre et l’eau bénite déposée à sa base… la pensée pour les défunts…la protection demandée aux Phis du coin …le waï……. Et le retour.

Je pourrais m’attarder, revenir à mes pensées de ce jour, mais le mois suivant, le 12 octobre, on devait de nouveau fêter le AUK PHANSA ; La sortie du carême bouddhique et la  fête des Eaux pour le dire simplement, qui clôturait la retraite de trois mois des bonzes, commencé lors du Khao PhansaAuk »signifie «Sortir» comme «Khao » veut dire «entrer »).C’est une fête importante dans tout le royaume et elle peut prendre des formes différentes. (Cf. nos articles).

Ici, je retrouvais ma famille qui la veille préparait de nouveau les plats.

 

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La mère passait beaucoup de temps pour préparer une gâterie (khao-tom ( ?) : patatoes, coconut, sucre enroulé dans une feuille de bananier (fameux. Il fallait bien que je goûte). Je n’étais pas allé au temple cette fois-ci, mais ma femme m’a raconté la scène qui ressemblait à celle que j’avais vue le mois précédent, avec cette offrande/partage de nourriture. (Ah ! la nourriture pour les Isan !).

 

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On avait dû aussi en profiter pour faire des demandes « privées » (santé, argent, good luck).

Il avait fallu attendre trois semaines pour la fête des eaux, qui se manifestait au village voisin, Non-si-la-Long, par une course de pirogues (Elles sont organisées en l'honneur des naga et des génies tutélaires pour qu'ils accordent aux habitants santé, bonheur et prospérité). Une course spectaculaire où quatre pirogues effilées de 40 rameurs représentaient quatre villages.

 

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Vous pouvez imaginer l’ambiance. (C’est toujours l’occasion de partager la bonne humeur certes, l’alcool aidant parfois, mais aussi les plats des marchands ambulants).

Depuis plus d’un mois, ils s’entraînaient. Je les voyais le matin en faisant ma promenade matinale avec mon chien. Ils se donnaient rendez-vous le matin à 6 heures à 50m de chez moi. Parfois, je les suivais. J’ajoute cela, car le plus souvent, on apprécie davantage ces moments partagés, inattendus, dans la relative fraîcheur et belles couleurs du soleil levant.


ET il y en a des « fêtes » religieuses, et des mariages, et  des funérailles (eh oui, beaucoup de vieux au village ! ) … cela mériterait un article spécifique.


Je pouvais constater que leur culture était vraiment imprégnée par Bouddha (enfin « leur » Bouddha et leur animisme) et les Phis (dont on parle constamment) et qu’ils avaient toujours besoin de faire les actes qu’il fallait pour conjurer la chance. Que de fois à une demande d’explication, ma femme me répond : « c’est pour good luck » En disant cela, elle pense « argent » ou « santé ». Eh oui, on pense au karma (parfois) mais toujours au profit immédiat que l’on espère.


Les villageois se rendent au temple à tous les moments importants de leur vie et aussi bien sûr et surtout lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru.  Mais on se rend au temple pour toutes sortes de raisons. Il y a déjà la « maternelle » pour les petits, deux mini-marchés dans la semaine … le temple sert aussi d’aire de jeu aux enfants …

 Bref, le vrai  centre religieux et social de la vie du village.

 

3/ Le travail.


Le village est au milieu des rizières.

 

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Vous pouvez vous douter que je suis impressionné par le travail des rizières, l’observation des gestes, la poussée des épis au jour le jour, la beauté et le jeu des lumières sur ces étendues vertes, le vol des aigrettes au petit matin ! Il y a là une véritable émotion esthétique ressentie. Je vois souvent des villageois venir jeter aussi un petit coup d’œil. Ils regardent sûrement si tout va bien. Je ne peux m’empêcher de penser qu’ils viennent aussi prendre la « force » de cette Terre; Elle est celle qui donne sens à leur vie. Ma belle-mère qui n’a plus besoin de travailler est heureuse de partir chaque matin faire son potager, ses préparations de poisson séché, sa cueillette, le  tissage d’une natte  parfois et de revenir à la nuit tombée. C’est sa « vie ».


Si chaque famille a sa rizière, elle n’est pour beaucoup,  pas suffisante pour en vivre. On a besoin de trouver un autre job et/ou d’espérer une aide des enfants. Ainsi pour aménager notre maison, mon beau-frère avait « engagé » quatre habitants du village, devenus carreleurs et maçons pour l’occasion. J’étais presque honteux de verser leur salaire : 200 baths/jour (5 euros). C’était le prix. Heureusement, je pouvais partager des bières, le travail quotidien fini, et aussi l’humour de mes hôtes. L’Isan aime rire et apprécie l’humour.


J’ai été étonné par la mécanisation.

 

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On sème au vent à la main et on récolte désormais avec des moissonneuses-batteuses. C’est un moment fort que de voir ces véritables ballets de moissonneuses et leur redoutable efficacité. Plus personne ne le fait ici à la faux. L’époque de Pira Sudham est désormais du passé. On se rend ensuite à la coopérative qui achète le riz selon des prix fixes et selon la qualité (ici, on était de 12 à 15 baths/kilo). Ensuite vient ce moment fabuleux où on met le feu aux foins restants des rizières. Vous pouvez imaginer le spectacle grandiose. Mais c’est aussi parfois des drames. Eh oui, le vent peut se lever, le feu sauter la route …

Le rêve est désormais d’avoir sa propre moissonneuse-batteuse. Le monde change, le village aussi. Leurs enfants veulent un téléphone portable, les plus grands un ordinateur. On a eu ce « problème » à régler au sein de notre famille. C’est ce qui m’a étonné : ce mélange du coutumier et de  « modernité ». On vit avec les Phis, mais ils devront aussi s’adapter.

 

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 Je viens d’apprendre que le gouvernement a commandé 860 000 tablettes pour équiper les écoles. Le petit village voisin a déjà son petit cybercafé devant l’école (il a été installé par un instituteur à la retraite). Notre village a accès à internet. Les villageois ne se doutent pas encore que cela va révolutionner aussi la vie du village à moyen terme.

Mais il est un « travail », venu du fond des âges, un savoir millénaire qui demeure et qui constitue un apport fondamental dans la vie de chaque famille : la cueillette.


La cueillette.

J’ai déjà évoqué la mère revenant chaque soir avec la cueillette du jour. C’est à la fois un art, un savoir, une expérience, une nécessité pour les familles pauvres. C’est aussi un plaisir partagé. La Nature est généreuse pour qui la connaît, et les Isans la connaissent bien. Certains ont planté des arbres fruitiers, mais partout on trouve le tamarin, des plantes qui parfument les soupes, des petits potagers aux légumes nourrissants (sada-o, ki-lei, ka-tin…), des mares d’eau sauvage qui apporteront un appoint de poissons, des escargots …


 

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les hommes se réserveront la chasse de rats (pour certains), oiseaux, sorte de lézards (  kin-kaa ?)…

J’aime évidemment goûter certains fruits et légumes que je ne connaissais pas. J’en avais déjà vu certains, mais ici, offerts, on ne peut résister.

De plus, c’est aussi l’occasion de partager avec les voisins, la famille. C’est incroyable ce sens du partage. C’est, je l’ai déjà dit, une valeur essentielle.

L’art de la cueillette, cette connaissance de la nature, mais aussi la précarité, a développé aussi des aptitudes que l’on qualifie aujourd’hui d’ « écologiques ». Rien ne se perd ici, tout se transforme ou se vend, comme mes bouteilles de bières par exemple, que l’on va vendre.


L’aide des enfants.

On est surpris par l’âge des habitants. Il manque les jeunes adultes et on voit beaucoup de vieux et les jeunes. La plupart des adultes ont dû aller chercher un travail à Bangkok et dans les villes. Certaines filles « chasser » le farang … on en parle ici. Lors des grandes fêtes fériées, ils reviennent, plein de cadeaux. Il faut montrer la réussite. Jusqu’au bout, on cachera la réalité si celle-ci est mauvaise. Mais le signe de prestige sera toujours la maison, la « belle maison » que l’on fera construire (une dizaine dans le village). Mais tous mettront leur « honneur » à envoyer chaque mois ou chaque trimestre un peu d’argent à la famille (5 000-10 000 baths). Il faut aussi contribuer aux frais du jeune enfant laissé parfois (souvent ?) aux grands parents. Nous avons une « économie rurale » mais sous la dépendance des envois  d’argent « irréguliers » des enfants partis travailler à l’extérieur.


Là encore le farang doit donc savoir que l’argent demandé par sa femme pour la famille du village n’est pas une « extorsion » réservé au farang, mais un signe « naturel » d’aide et de partage.

 

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4/ le rituel de mon quotidien.


Evidemment, l’intérêt de vivre dans un village isan est d’être au plus près de la vie des Isans, de leur culture : une autre langue, une autre religion, un mode de vie et de travail inédits …


On se lève tôt au village. Certains partent à la rizière alors que le soleil n’est pas encore levé. Ma femme (comme les autres femmes du village) prépare au feu de bois le fameux riz gluant, le kao neaw (thaï ข้าวเหนียว). Les enfants se lèvent. Les gestes du matin … et on va s’asseoir sur la natte, pour prendre le « petit déjeuner », avec souvent les restes de la veille. On peut entendre, de façon irrégulière, au haut-parleur les annonces publiques ou du temple  suivis de prières. Ma femme me prépare ensuite mon petit déjeuner (café, toast/ jambon/fromage), pendant que je consulte les mails arrivés et lis les premières informations du monde et de Thaïlande.

 

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Les bonzes passent dans leur belle robe safran  …


Je ne suis pas de ceux qui veulent « s’intégrer ».Je pense même que cela n’a aucun sens et est souvent brandi en étendard par ceux qui n’ont même pas commencé à comprendre l’Histoire et la culture des peuples de Thaïlande. De plus, quand vous êtes le seul farang du village, vous avez au contraire un sérieux équilibre à trouver entre ce qu’ils sont et ce que vous êtes, entre l’intérêt que vous pouvez manifester pour leur culture et l’expression de votre propre culture, entre le respect  que vous leur devez et celui qu’ils vous doivent. Votre femme est chez elle, et peut oublier que vous n’avez pas forcément le même point de vue qu’elle sur la vie à mener, l’éducation des enfants, vos besoins spécifiques … Des mises au point sont parfois nécessaires, vous avez un « territoire » à défendre. ( le contraire de « l’intégration », non ?)


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Le farang apprendra que la « douce » femme qu’il a rencontrée est une « maîtresse » femme qui a du caractère. Souvent son ex-mari thaï résolvait autrefois les querelles par un coup de poing. Et vous n’utilisez pas cet « argument », non ?

 

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Bref, on peut comprendre que mon mode de vie ne sera jamais celui d’un paysan d’Isan. Surtout que je suis retraité et que je vais passer ma matinée avec mon ordinateur.


Il n’empêche que pendant le petit déjeuner, les vaches et les buffles  passent devant le portail. Les enfants partent à l’école au village voisin (notre village n’a qu’une maternelle au temple), avec leur uniforme du jour (ils en ont 5 dont le célèbre scout ) qui à pied, qui en bicyclette, qui derrière la petite moto de la famille. Les plus grands vont prendre le « taxi » pour aller au lycée de la petite ville proche…….La mère, dès 7h30 est déjà partie à la rizière, avec son chapeau conique (différent du chapeau chinois) et  ses deux paniers d’osier qu’elle porte avec un bâton sur l’épaule. (mae’kan et le  ka-ta ???). Elle va nettoyer les bords de rizière, faire du jardinage, préparer du poisson sèché et tisser parfois.

 

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Elle reviendra à 18h 30 avec sa « récolte » du jour (légumes, fruits,  poisson séché, escargots …). Ma femme l’accompagnera parfois ou va vaquer à ses « occupations ». Assez souvent, on a déjà des visiteurs : une facture à payer, un geste de solidarité à accomplir, un présent de nourriture apporté …


Moi je vais « tisser » sur la toile.

La vie dans un village d’Isan pour un farang implique bien sûr, là comme ailleurs, une activité. J’ai pu remarquer que cette évidence n’est pas perçue par tous. ( Il est vrai que pour un certain nombre, se retrouver entre compatriotes, fréquenter les bars, trouver une fille et se ballader dans les grandes surfaces suffisent à leur bonheur).


Mon quotidien matinal est donc réservé à tout ce qu’on peut faire sur internet : lire et répondre aux mails des amis, partager les pièces jointes (certains deviennent de vrais spécialistes et offrent infos et surtout originalités), s’informer ( les sites sont nombreux et permet de se faire une idée du monde : de l’international, de la France, de la Thaïlande), appeler et répondre aux appels skype (un vrai plaisir de pouvoir échanger des nouvelles avec la famille, discuter et voir vos amis du bout du monde et échanger des fichiers), vérifier les téléchargements de films, lire les articles des blogs amis … et commencer ou poursuivre l’écriture de votre article pour votre blog consacré justement à la Thaïlande (aujourd’hui 6 mois dans un village d’Isan). Il y aurait beaucoup à dire sur ce travail d’écriture !

 

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Mais sauf que ce « travail » d’information, de recherche, d’écriture, de partage, cet exercice de « curiosité » s’opère depuis ma maison, et donc au milieu de cette « ambiance » bien caractéristique d’un village d’Isan. Je suis persuadé que sans internet, sans  cette « ouverture au monde » je n’aurais pas pu tenir 6 mois. L’isolement que l’on pouvait craindre est ici évité.


Je suis à la fois branché sur « le monde  » et branché sur la vie du village.


Souvent l’après-midi, je vais me promener le long des rizières et des canaux d’irrigation.(je suis pantois devant ce formidable réseau de canaux qui alimentent les rizières des villages).


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Vous prenez un bol de quiétude et de vert, y rencontrer les gens au travail. Vous vous interrogez parfois sur les restes de chédi au milieu des rizières et pensez au passé, sur ces vagues d’immigrants venus du Laos. L’un des chédis est du XIII ème siècle ! Il serait de la période Môn ! On est en train de le restaurer.


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Les enfants reviennent de l’école. Un autre rituel commence. Ils se débrouillent et vont voir ce qu’ils peuvent manger. Ensuite ils regardent un peu la  télévision et/ou vont voir leurs copains. Trois fois par semaine, je leur donne des cours d’anglais (je commencerai l’année prochaine des cours de français) …

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Parfois, on prend la voiture et nous allons nous promener et/ou faire les courses. Si les grandes surfaces sont à 30/40mn de chez vous, elles ne sont pas inaccessibles. Nous allons parfois aux petits marchés des petites villes voisines situées à 15 mn de chez nous.  Eh oui, la vie au village n’empêche pas d’en sortir.


Après quelques mois, vous avez constitué un autre « réseau amical ». Je ne suis évidemment pas le seul farang à vivre dans le village de sa femme ... J’en connais plusieurs (dont le co-auteur de ce blog) qui vivent là depuis des années, chacun avec son style. J’ai même trouvé un autre Français sympathique de 35 ans installé dans un autre village près de chez moi. Un petit coup de fil et vous pouvez savourer ces petits moments sympathiques entre « amis ». Au moins, vous évitez les « cons ». Le relatif éloignement peut avoir du bon.


Puis le soleil se couche. Chacun aura son rituel du soir.  Il commence avec une bière bien fraiche  prise avec ma femme (avec parfois  les « visiteurs » du soir), les salutations et/ou les discussions qui s’engagent avec ceux qui passent devant la maison.

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Le retour de la mère et la préparation du repas. Ah, les repas ! La mère, je vous l’ai dit, arrive tous les jours avec sa « récolte » du jour (fruits, légumes, douceurs (riz sucré parfumé au coco et mis dans une feuille de bananier par ex.), la sœur qui vit au village apporte tous les deux jours des produits du marché (elle y travaille) … Ah, la cuisine pour un Isan. Tout un art de vivre. Je pourrais, vous vous en doutez, décrire des légumes, des fruits, des herbes, que certains  ne connaissent pas, des plats typiques, des manières de cuisiner, des manières de table (ou plutôt de natte. Hi hi)… mais je ne peux éviter de vous rappeler leur sens du partage là aussi. Si quelqu’un arrive au moment du repas, il sera convié à goûter, si le repas était copieux, on pensera à en offrir à l’une des vieilles du coin ou à la famille.(et op dans un sac  plastique et l’enfant envoyé)


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Je ne vais pas vous cacher que je préfère mes petits plats que j’aime me cuisiner, et savourer avec une bonne bouteille. Là comme ailleurs, je sais estimer leur cuisine et leurs valeurs, mais je continue d’apprécier nos plats « français ». L’un n’empêche pas l’autre, et je me « métisse » de plus en plus.


Ensuite vient la soirée, traditionnellement réservée à l’audiovisuel télé ou web. Aujourd’hui, même dans un village d’Isan, vous avez la télé satellitaire et internet et pouvez ainsi faire votre programme. J’ai toujours un film conseillé et envoyé par un ami, une émission télé d’information ou culturelle (j’aime « La grande librairie » par ex.) ou un programme TV5, un événement sportif à suivre … bref, le choix est grand. Et puis, il y aura toujours un ami du bout du monde  qui vous appellera via skype ou un ami d’Udon qui vous fera un petit coucou et vous proposera parfois un film ou une émission TV (Hein Alain ?Hein Titi ?hein Robert ?).

 

télé


Et puis, et puis … tout au long de la journée, en fonction des « temps libres », un autre monde : le monde de mes livres. Après le « monde dit virtuel », le monde de  la fiction (je viens de relire Jack London ; Les pieds dans la rizière et la tête dans les aventures du Grand Nord canadien !), de la réflexion (avec Onfray), de la poésie (récemment, je relisais Paul Verlaine…) Lire comme « une recherche de la vie » comme dirait Charles Juliet.


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Eh oui, la vie au village est reliée à de nombreux « mondes », de nombreux « réseaux ». Il y en a tellement, que je m’aperçois que je n’ai même pas encore parlé de mon ami Titi, avec qui chaque matin et soir, on commente les « événements » politiques du jour, les résultats sportifs, les films à voir … on trinque même.


Je sais bien qu’il y a d’autres rituels possibles, mais j’aime cet « univers », ces différents réseaux simultanés. Vous êtes là au village, mais aussi ailleurs. En fait, je m’aperçois que mon titre est fallacieux, que derrière « 6 mois dans un village d’Isan » il y a tant de « réalités » : du virtuel, du fictionnel, du rêve … du local et du global … de l’Isan et de la culture française …une vie en train de  s’écrire …


Je sais bien que les villes existent avec leurs « lumières », mais je préfère la pénombre de mon village. J’aime ce « cocon »  audiovisuel du soir … au milieu des rizières. Je suis « là », ils sont « là » tout près. Ma femme m’embrasse … ah oui, vraiment tout près ! Chut ! le village s’endort……….. chacun avec ses rêves.


Le rituel du quotidien est peut-être là pour nous donner l’impression de vivre « réellement » dans un village d’Isan. 


5/ Un autre monde, sa culture, ses valeurs ... 


Je peux dire ce que je veux sur les « réseaux », mais je suis bien installé dans un village d’Isan, dans la maison de ma femme Isan, et je ne vois et n’entends essentiellement que des Isans. Je suis dans un autre monde qu’il me faut appréhender.


J’ai beau être le matin avec  mon ordi, la « vie extérieure » arrive jusqu’ à moi ; je ne parle pas du reste de la journée. J’ai beau avoir un rituel propre, un « territoire »,  la « vie dehors » n’en a que faire. Je suis marqué par cette autre culture qui se manifeste à tout moment et de façon plus éclatante lors des «  événements » familiaux et villageois. Je peux donc aisément noter ce qui saute aux yeux, même si je ne sais pas ce qui se passe dans les alcôves :


  • Un esprit « religieux » et animiste

Depuis le matin, depuis la naissance jusqu’à la mort, l’Isan vit dans le sacré. Il sait les gestes qu’il faut accomplir pour prier, remercier, demander, se protéger … vivre ici et ensuite dans une autre vie, selon le karma. … J’ai été surpris d’apprendre par ma femme que le plus important pour elle était d’honorer ses morts, ses proches, par une « belle » cérémonie, enfin la deuxième cérémonie, précisa-t-elle. ( Les funérailles ont lieu en deux temps. Généralement la deuxième a lieu 100 jours après, mais le plus souvent ici, en fonction des ressources de la famille, elle peut avoir lieu  plusieurs années après. Elle nécessite en effet un apport d’argent important)


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Je suis conscient qu’un autre m’aurait peut-être donné une autre réponse. Toutefois, au moment où j’écris ses lignes, deux cérémonies ont lieu dans le village et chacun se doit de passer, par respect pour le défunt et la famille, en offrant enveloppe et mets préparés. Car c’est une fête également. Demain dit-elle, il y aura une grande procession de moines.

Evidemment, on pourrait dire qu’il ne peut pas l’oublier, avec le temple au centre du village, les moines qui passent tous les jours, les fêtes religieuses fêtées sur tout le territoire … mais ce ne  serait qu’une profonde méconnaissance qui s’exprimerait. Il évoque souvent les Phis, les esprits. Il doit s’en protéger. L’Isan vit avec Bouddha et ses phis au quotidien. Chaque jour vous en verrez une manifestation.

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Il est vrai qu’on est « sous le regard de tous ». Si vous sortez, les gens rencontrés vous salueront toujours par un « Koun ja pay nay ? «  (Où vas-tu ?). Mais ma femme me précisera que c’est une marque de respect.

  • Un esprit « religieux » et … festif.

Chaque cérémonie, et il y en a beaucoup, est aussi une fête avec musique, repas, boissons et rires (même aux funérailles). Chaque « événement » familial que l’on veut fêter est aussi l’occasion d’inviter des amis et de partager un repas bien « arrosé » avec même ceux qui ne sont pas invités. Chaque période à l’école se termine par une fête avec chants et danses, avec cette particularité du costume et du maquillage appuyé et de transformer les petites et jeunes filles en lolitas sexy. C’est incroyable le temps consacré aux danses à l’école et à  ce goût du maquillage bien souvent outrancier. (On peut être surpris de voir convoquer les petites filles de 7/8 ans à 5h du matin à l’école pour le maquillage qui peut durer deux heures). Même le moine le plus célèbre du village vivant dans un temple important de Bangkok fête son anniversaire en offrant un show de chants, danses et musique, sur une énorme tribune avec force lumières, digne des plus grands artistes, installé sur le terrain de foot de l’école. (Les gens disent avec admiration qu’il aurait payé 1 000 000 de baths !).

  • Un esprit « religieux », festif, et  … mercantile. Un ensemble.

C’est le paradoxe. Ils sont pauvres, mais toujours dans l’espoir de trouver de l’argent, dans le rêve de montrer qu’on a réussi. On compte beaucoup sur Bouddha, qui doit souvent recevoir des  prières et des offrandes dans ce sens. On joue, on parie, on prend des billets à la loterie. On espère toujours.  On en parle beaucoup tout en s’en défendant. « Je ne suis pas comme le voisin, je n’aime pas montrer ». Il est vrai que l’argent fait défaut. On est, nous l’avons déjà dit, dans l’attente constante de l’aide des enfants. De nombreuses filles ayant eu un mariage malheureux ont souvent laissé leur enfant à la mère et savent qu’il faut envoyer de l’argent. Elles le ressentent aussi comme un devoir et une valeur. Ma femme qui soutient sa fille à l’Université d’ Udon Thani m’a souvent dit qu’elle le faisait aussi pour qu’elle puisse assurer ses vieux jours. (Les vieux ne reçoivent mensuellement  que 700 baths du gouvernement !).


L’argent est aussi un moyen de manifester son respect. Lors d’une visite chez des « vieux » un « cadeau » est apprécié et un billet encore plus. Il en sera de même avec l’Administration, où un « papier » demandé nécessite souvent une petite « offrande » monétaire, avec la politique où les candidats offrent souvent un petit billet (encore hier pour des élections locales ma femme m’a dit qu’un candidat avait donné 100 baths à ses « futurs électeurs »). Nous, nous appelons cela de la corruption.


Et puis les « riches « ont un statut au village. Les enfants qui  ont « réussi » sont connus et ont construit une « belle » maison au village. Les « riches » du village se doivent de donner plus aux cérémonies ou projets du village. Ma belle-sœur vient de donner 100 000 baths  ( 2500 euros) pour la construction d’un   crématorium au village alors qu’il est demandé 500 baths  aux familles.


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Ainsi une femme Isan ayant « accroché » un farang sera considérée comme chanceuse, car nous avons la « chance » d’être considéré comme des « riches ». Ce statut implique des obligations pour les Thaïs comme pour les farangs.


Ainsi faut-il voir l’argent différemment. Il permet d’assurer le karma,  d’honorer Bouddha, les moines, les morts dignement, d’aider la famille, d’être à la hauteur dans les cérémonies et les fêtes. Il procure prestige, statut … 

  • Un esprit « religieux », festif, mercantile … mais toujours dans la solidarité et le partage.

Nous l’avons maintes fois dit, la vie dans un village d’Isan, est basée sur le don et le contre-don, sur le partage. J’en vois tous les jours la manifestation, tant au niveau religieux que social. La semaine dernière, une délégation du village était allée manifester pour les « Rouges »… Avant avant-hier, le chef du village venait à la maison pour solliciter un don pour le crématorium à construire,  avant-hier, il y avait deux funérailles et des élections provinciales. Hier, il y avait quatre jeunes habitants qui allaient faire leur retraite dans le temple. On a eu droit à une procession avec orchestre et le soir une monk/party au temple (comme me dit ma femme). Dans trois jours, il y a une autre grande fête religieuse au temple (***Makha Bucha, le sermon du Bouddha). Le lendemain, j’irai dans un autre village situé à 40 mn de chez moi pour assister aux funérailles d’un beau-père d’un ami farang. Bref, toutes les semaines, les familles sont mobilisées pour un don de nourriture et d’argent et en retour reçoivent une petite partie des plats préparés. Toutes les semaines, on vit un « événement »  en commun, on partage une fête, un repas, on fait un  petit geste pour un déshérité, une offrande aux moines … Et vous avez la chance de vivre cette valeur fondamentale et d’y participer, si vous le désirez. On est loin de l’anonymat des grandes villes, on est loin de la solitude…


Et vous allez encore me demander si je m’ennuie ???

  • Mais une autre culture…

Il est évident que vous ne comprenez pas tout, que vous pouvez avoir le sentiment d’être « extérieur », qu’ « ils » vous énervent parfois. Je  ne supporte pas de voir les « fêtes » se terminer souvent dans une ivresse généralisée. Les Isans du village ont aussi leurs querelles, leurs rivalités, leurs jalousies … la drogue, le sida touchent des familles … On s’en doute.

Je ne suis pas Isan, pas Thaï, pas bouddhiste, pas animiste, pas paysan … je n’ai pas le même rapport avec  leur langue, leur Terre, leurs Phis, leurs traditions,  leur Temps…

 (Aller demander un rendez-vous précis à un Isan par exemple ! aller demander à quelle heure vont arriver les invités. Une anecdote. Pour Noël, j’avais invité les familles du frère et de la sœur de ma femme. Evidemment, ils ne pouvaient pas attendre 20 h, j’avais « négocié » pour 17h ; ils sont arrivés à 11h du matin !!! Sans commentaire)


Mais vous aurez compris que cette culture est suffisamment riche pour me donner le sentiment qu’ici, en village Isan, avec ma femme, je peux y vivre heureux.

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__________________________________________________________

 

 Notes.

Une question revient très souvent au cours de ces conversations : « Nous aimerions découvrir la vraie Thaïlande, rencontrer des vrais thaïs, la vraievie quoi ! Où faut-il aller ? »

Si je réponds : « La vraie vie est partout, autant dans les rizières d’Isan que dans les bars de Pattaya, dans les champs de potirons des montagnes et dans les « malls » luxueux de la capitale » Cette réponse semble ne jamais satisfaire pleinement mes interlocuteurs. C’est vrai qu’on débarque souvent dans un pays avec des aprioris, des clichés plein la tête, des idées reçues dont certaines sont probablement justes – ou l’étaient il y a 6 mois ou 20 ans – dont certaines sont fausses ou plus exactement sont « faussées » par la lecture de dépliants touristiques.

Est-ce que la vraie Thaïlande est celle de la pauvreté, celle des filles à la peau diaphane hésitant entre un sac Hermès et une robe Vivienne Westwood au magasin Central, celle des policiers arrondissant leur fin de mois aux carrefours des villes, celle des lady boys dans les boites de nuit, celle des conducteurs de tuk-tuk ou des business men d’origine chinoise essayant de fourguer leur marchandise à mon « chéri » avec promesse de bénéfices faramineux, dans un système pyramidal  interdit en France ?

Voyageurs curieux, la vraie Thaïlande est partout où vous posez le regard, les vrais thaïs sont ceux que vous croisez. La vraie Thaïlande est un pays changeant qui vous semblera différent à chaque visite.

http://michjuly.typepad.com/blog/


**25 . Notre Isan :  Pira Sudham, un écrivain de l’Isan

Enfances thaïlandaises, , coll. Les enfants du fleuve, Fayard, 1983, 1990 pour la traduction française.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-pira-suddham-un-ecrivain-de-l-isan-79537662.html


26. Un écrivain d’Isan : Pira Suddham, « Terre de mousson »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-26-un-ecrivain-d-isan-pira-sudham-terre-de-mousson-79884217.html


Extrait : Que dire pour conclure ? On avait eu le sentiment, au vu du prologue d’ « Enfances thaïlandaises », que Pira Sudham avait voulu nous faire « découvrir » les réalités physiques et spirituelles du village de Napo, un village d’Isan : le travail des rizières, le monde des esprits, le temple, les rites, la pauvreté, l’ignorance et la corruption… Il avait voulu partager l’amour qu’il portait à ses paysans, à  leurs valeurs… mais aussi son désir de changement. Le 1er « Terre de mousson », avec la figure de l’instituteur Kumjai incarnait ce désir d’éducation, ce projet de lutter contre   «  la pauvreté, l’ignorance, et la corruption », même s’il décrira, par la suite, son échec et ses désillusions et comment il fut conduit à prendre les armes et à rejoindre les « communistes ».


*** Cf. « Le petit Journal » : Les bouddhistes célèbreront mercredi Makha Bucha. 

http://www.lepetitjournal.com/societe/actu-societe/97838-tradition--les-thailandais-celebrent-cette-semaine-le-sermon-du-bouddha.html 


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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 00:05

220px-WaterBuffaloLopburiThailand2300BCEUne chasse au buffle dans la région de Kalasin il y a cent ans...


Nous devons à Sir Francis Henry Gilles, qui écrivait sous le nom de « Phraya Indra Montri » (1) la description, en 1933 (2) d’une chasse au buffle « à courre », à dos de cheval et à la lance, qui ne se pratiquait que dans quelques amphoes de la province d’Ubon et, ce qui nous intéresse plus directement, dans une région très limitée de notre province de Kalasin (3).Vous remarquerez que cette chasse répondait à des règles précises, une « déontologie stricte » et était alors très ritualisée. Elle nécessitait un savoir-faire, mais aussi l’appui des esprits.

Ces précieux renseignements lui ont été confiés par un fonctionnaire siamois, Satok Suphakit (สาธคสุภกิจ).


Nous ne sommes pas à l’époque de la guerre du feu, nous ne sommes pas à celle où les chasseurs de la grotte Chauvet  partaient il y a 20 ou 30.000 ans, chasser le bison et l’auroch après s’être livré à des cérémonies magiques, et pourtant … cela se passait dans la région de Kalasin il y a moins d’un siècle.

***

Où ?


La localisation des hordes de ces buffles sauvages (โคป่า khopa) est limitée dans des zones alors forestières. Cette chasse ne se pratique que dans les village de Ban Chot (บ้านโจด) et de Ban Nat djarya (บ้านนาจรย์) (tambon de Phaï ตำบล ไผ่), dans les tambons de Khok khrua (ตำบลโดกเครือ), de Mahachaï (ตำบล มหาไชย มหาชัย), de Phon (ตำบล โพ้น ) et de Moumon (ตำบล หมู่ม้น) dépendant de  Sahatsakhan (สหัสขันธ์), où les dinosaures ont remplacé les buffles, dans les tambons de Chène Lèn (ตำบล แจนแลน) et de Phulènechang (ตำบล  ภู่แล่นช้าง) dépendant du district de kouchinaraï (กุฉินารายณ์).Une partie de cette aire est actuellement submergée par les eaux du gigantesque lac artificiel de Lam Pao. Les forêts ont disparu et les hordes chassées par la construction des routes et les véhicules à moteur, nous dit Gilles.

 

carte


Ne nous étonnons pas de la présence de troupeaux de buffles sauvages à cette époque. L’une de nos amies thaïes, âgée d’une cinquantaine d’années, se souvient parfaitement avoir vu, toute enfant, dans cette région des crocodiles dans les rivières et des éléphants dans les forêts présentement diisparues.

 

220px-Flickr - Rainbirder - Bull Water Buffalo


Quand ?


La chasse doit avoir lieu le quatrième mois de la saison sêche (février - mars). Y a-t-il une raison à cette période d’ouverture de la chasse ? Tout simplement peut-être parce que le riz vient d’être coupé et que l’agriculture tourne au ralenti. Il ne pleut pas, pas de champignons dans les forêts.


Comment ?


Les chevaux (dont le mors est constituée de fer en trois parties, connu sous le nom de Yaï – ไห้ย -) et leurs cavaliers doivent passer par une période de formation dans la forêt, y prendre l'habitude d'éviter les obstacles, apprendre à sauter par-dessus les ruisseaux et les lieux peu profonds. Un bon chasseur se doit de connaître le terrain, un permis de chasser en quelque sorte.

L’équipage comprend un chef de chasse (une espèce de grand veneur), หมอเฌ่า, des chasseurs หมอม้า et des serviteurs แหล่ง (des espèces de rabateurs ou de  piqueurs ?).


ll y a une stricte déontologie :


a) les chasseurs ne doivent pas se quereller ;

b) ils ne doivent pas s'asseoir sur un tronc d’arbre abattu ou sur la souche d'un arbre, (mais allez savoir pourquoi ?) ;

c) ils ne doivent s’occuper en tissant des bandes de bambou (tout simplement, être attentif à la chasse !) ;

d) ils ne doivent pas jeter des objets n’importe où (écologie avant la lettre) ;

e) ils ne doivent pas appeler quand quelque chose les étonne ou les effraie (les cris font fuir le gibier) ;

f) ils ne doivent faire confiance qu’à leur lance et ne s’intéresser à aucun animal autre que le boeuf sauvage et toutes espèces de cerfs et cochons sauvages.

g) ils ne doivent pas monter sur un autre animal que leur propre cheval.


Ces règles doivent être fidèlement observées sinon le malheur va tomber sur celui qui les viole.


La chasse doit commencer dans l'après midi du mardi ou du vendredi. Tous les autres jours portent maheur.


Le jour faste ayant ainsi été choisi par le chef de chasse, chasseurs et serviteurs se rendent à la maison des esprits pour y faire des offrandes et obtenir faveur et protections du plus grands des esprits.


Chacun prend trois plateaux, de préférence en métal mais à défaut il est permis de prendre un plat, un plateau ou une coupe faite d’une feuille. Un oeuf bouilli, quatre paires de feuilles en forme de cône remplies de fleurs et une paire de bougies en cire sont placés sur chacun des plateaux. Les coupes remplies de fleur sont placées sur chacun des plateaux. Elles ont le pouvoir d’inviter le chef des esprits d’user de sa juridiction et de son autorité sur chacun des membres de la chasse. Chacun apporte encore une bouteille d’alcool et l’offre aux esprits qui ainsi les accompagneront favorablement dans leur chasse.

Chaque chasseur apporte sa lance au sanctuaire où elles sont disposées avec leur fer dirigé vers le haut autour de l'autel. Les selles sont placées au pied de la lance, la selle de chaque homme doit jouxter sa lance.

Les chevaux sont ensuite tout autour pour former un cercle extérieur.

Deux paires de feuilles en forme de cône remplis de fleurs sont placés par le chasseur sur le pommeau de sa selle. Elles sont connues sous le nom de « souéïphisnou » (สวยพิศหนู). Elles passent pour avoir le pouvoir de conjurer le mal et écarter les dangers. Les chasseurs y ont une croyance absolue et racontent volontiers de nombreuses anecdotes d’amis ou de connaissanes ainsi sauvés d’un coup de corne ou d’autres accidents.

Toutes ces offrandes étant placées devant la maison des esprits, le chef de la chasse s’adresse ensuite à eux en de très longues incantations et autres oraisons jaculatoires pour demander leur protection et celle des dieux sur les chasseurs, leurs chevaux et leurs chiens.


Une fois ces prières terminées, le chef de la chasse présente ensuite les unes après les autres les offrandes des chasseurs en répétant à chaque fois les mêmes oraisons.


Cette longue cérémonie n’est qu’un début : Le chef de la chasse doit ensuite prendre au hasard l’un des oeufs bouillis et en briser la coquille. Si le jaune apparait au travers du blanc, le sort sera favorable à la chasse. L’un de ces oeufs doit alors être coupé en six morceaux et posé sur une feuille en nouvelle offrande, quelque fois deux. Mais cette fois, ni discours ni prières ne sont prononcées.


La cérémonie au sanctuaire étant terminée, la chasse va-t-elle commencer ?


Si les hommes ont dû venir passer la nuit, il est nécessaire qu’ils plantent leurs lances autour d'un arbre. La poignée est plantée dans le sol, chaque homme y place sa selle et la nuit il doit dormir à même le sol en face de sa lance.

Chaque troisième nuit à compter du début de la chasse, le chasseur en chef doit effectuer, toujours la nuit, avant d'aller dormir, une cérémonie propritiatoire en invoquant l’âme du fer des lances pour demander abondance de gibier.


Les hommes, chasseurs ou serviteurs, peuvent alors s’amuser et rire sans contraintes. Ils utilisent le langage ordinaire, sans utiliser la langue sacrée.

Lors de leur installation dans le camp de la forêt, le chef des chasseurs doit encore faire une offrande, mais sans œuf bouilli, à l'esprit des fers de lance de la même manière que plus haut. Des bougies sont fixées à la pointe des lances et allumées et le chef de la chasse adresse alors et encore les mêmes prières et incantations aux esprits.

***

Les chasseurs peuvent alors enfourcher leur monture et partir à la recherche des boeufs sauvages.


Lorsque qu’ils ont trouvé un troupeau, ils placent  le bout de la lance sous l’aisselle et le fer à la hauteur de l’oreille du cheval avant de charger.

Si un bœuf les charge, les chasseurs sautent du cheval et s’abritent derrière un arbre ou fourmilière, et attendent la charge.

Si le boeuf sauvage ne ​​les a pas vu, ils crient pour attirer son attention et quand le bœuf est assez proche ils enfonçent la lance à un endroit sensible pour le dépécher. Les hommes ne peuvent compter que sur leur courage et leur habileté.

Si le troupeau prend peur et s’enfuit, les chasseurs les poursuivent à pleine vitesse, dépassent un animal particulier et le tuent d’un coup de lance sans descendre de selle.

S’il est un autre animal dont la chasse n’est pas interdite, le chasseur le tuera de la même manière.


Buffle

Quand la chasse est terminée, les serviteurs se rendent là ou gisent les animaux tués, dépouillent la carcasse de sa peau, enlèvent les cornes, coupent la viende et ramènent le tout au campement.

Le matin suivant, chacun des chasseurs prélève une partie de la chair de l’animal qu’il a tué et en fait offrande aux esprits de son arme et aux esprits de la forêt. Cette offrande est placée dans sept coupes faites de feuilles.

Ces offres sont prises par le chasseur en chef et six d'entre elles sont placées près de la hampe de la lance appartenant à l'homme qui a préparé l'offrande, et une tasse ou un plat est offert à l'esprit de la forêt. Le chef répète alors les mêmes incantations en remerciant les esprits de la forêt. Ce rituel doit être accompli par chacun de ceux qui a tué un animal, et ce, jour après jour. 


De retour au village, il est habituel pour un chasseur heureux de faire une offrande à l'esprit qui veille sur le temple.

 

retour de chasse


Cette offre se compose d'une poule bouillie, d’alcool, de riz, de fleurs et de bougies ou éventuellement toute autre offrande. C’est le chasseur lui même qui doit y procéder et non le chef de la chasse. Il répète alors toujours les mêmes incantations et prières.

***

Ce rituel, entièrement différent de celui de la province d’Ubon, venu du fonds des âges et n’ayant strictement rien à voir avec le bouddhisme est manifestement plus important que l’aspect cynégétique : Une seule précison technique en effet, la lance utilisée comporte un fer à double tranchant de quelques centimètres de large et de 50 centimètres de long, fixé sur un bois d’environ deux mètres. Ces chasses sont inconnues de nos premiers observateurs (Mgr Pallegoix en particulier), les chasseurs utilisant alors des arbalètes ou des armes à feu, les javelots n’étant utilisés que pour harponner les poissons.

 

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***

Déontologie de la chasse ? Depuis un arrêté du 1er août 2006, nos nemrods français peuvent utiliser les viseurs à point rouge, des techniques de repérage de leurs chiens (colliers GPS) et des viseurs à amplification de lumière. Cet arrêté a été pris (sous l’influence de quel lobby ?) quelques jours seulement après le départ de Huguette Bouchardeau à laquelle la protection de notre environnement doit beaucoup.

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(1) Né à Plymouth en 1869, officier de la marine royale britanique, il entre ensuite dans le service civil en Birmanie puis au Siam. En 1897, il entre au service du gouvernement siamois, branche fiscale. Il est convaincu qu’une bonne fiscalité passe par une connaissance approfondie des populations que l’on doit taxer ! Il parle, en sus du thaï, du pali et du sanscrit, toutes espèces de langues locales. Ami du Prince Damrong, il fut honoré du titre de Phraya Indra Montri  et devant quitter le service pour avoir perdu la vue, il collabore activement à la Siam society. Nous lui devons d’avoir recueilli des traditions locales alors en voie de disparition. Il reçut un vibrant éloge funèbre de ses amis de la Siam Society  à sa mort en 1952 (journal de la même année).


(2) «  An account of the hunting of the wild ox on horse back in the provinces of Ubol Rajadhani and Kalasindhu and the rites and ceremonies which have to be observed ”  date de 1933 et publié dans le journal de la Siam Society de 1935. »


(3) Il ne resterait plus en Thaïlande qu’une quarantaine de buffles sauvages probablement d’ailleurs issus de croisement avec des buffles domestiques : voir en particilier de Chaiyarat, R., Lauhachinda, V., Kutintara, U., Bhumpakphan, N., Prayurasiddhi, T. (2004) «  Population de Wild Water buffles (Bubalus bubalis) à Huai Kha Khaeng Wildlife Sanctuary, Thaïlande. » Bulletin d'Histoire Naturelle de la Siam Society 52 (2): 151-162


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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 23:09

carte-de-voeux-alsace-hansi-heureuse-retraite-les-oiesAlain a proposé un récit de ses 6 premiers mois dans un village d’Isan (Cf. A59). Ce n’est sans un certain humour que je présente un « Droit de réponse » : 3 ans en Isan « contre » 6 mois en Isan. Ce n’est pas vraiment un « droit de réponse » au sens journalistique du terme mais plutôt quelques compléments qui ne sont pas en contradiction avec ce que vous a dit Alain, surtout que  je souscris entièrement à ses propos. 

Bien. Comme j’ai un peu de temps libre - privilège de la retraite - je  viens de pianoter sur Internet quatre questions à Google sous quatre formes différentes :

  • « Comment occuper sa retraite ? » ; pas moins de 4.206.000 résultats.
  • «  Comment occuper sa retraite quand on est expatrié ? » ; encore 1.320.000 résultats.
  • « How to sped his retirement ?»; 131.000.000, je dis bien, j’ai vérifié plusieurs fois  ce matin !
  • J’ai tenté le coup en albanais : « se sit ë shpenzojnë tërheqjen e tij ? » ;  26.000 résultats encore pour une langue qui ne doit guère comporter que 10.000.001 locuteurs (un dans la Province de Kalasin).

J’en suis resté là, voilà qui est bien significatif. Je ne suis évidemment pas allé ouvrir le moindre de ces sites.


Que faire à la retraite ?


Les retraités français, anglais ou albanais qui ont la chance de ne pas mourir dans l’année qui suit leur départ, disent souvent qu’ils ne savent pas que faire ? Et ne pas savoir que faire c’est la porte ouverte à Altzeimer (dans ma jeunesse, on disait « devenir gâteux » « radoter » ou « être dans ses bottes »). Bigre !


J’ai déjà répondu à la question « Mais tu vas t’e.......der, Bernard ? ».


Pour le reste, quelques constatations nécessaires en sus des reflexions d’Alain, moins terre-à- terre que les miennes (disons que les miennes sont  plus terre-à- terre que les siennes) mais sur le fonds, rien ne nous sépare.


1) le Temps ?

Nous ne sommes pas loin des tropiques, le jour se lève 365 jours par an à 6 heures du matin et tombe à 6 heures du soir avec une variation d’environ 30 minutes tout au plus selon la saison, ce qui explique grandement le système horaire traditionnel qui est utlisé systématiquement ici, il faut s’y faire. Il y a belle lurette que je n’ai plus besoin de montre au poignet. Ce qui est insensible dans les villes ou sur l’île touristique où j’ai vécu 10 ans ne l’est plus ici. Si vous voulez des pathongko au petit déjeuner, allez les chercher avant 7 heures. Si vous voulez faire le marché, faites-le avant la nuit. Ne comptez- pas sur les boutiques « de chaîne » ouvertes 24 heures si vous êtes à court de bière au milieu de la nuit, ils respectent à la lettre les horaires de vente des alcools. On se demande donc pourquoi ils ouvrent 24 heures sur 24 ? Les horaires de vente d’alcool, les boutiques locales s’en contrefichent, à condition d’être ouvertes, mais elles ferment « à la tombée de la nuit ».


2) Les bêtes. « Mais tu vis au milieu des bêtes féroces ? » m’a dit une de mes nièces française adolescente ?

Bonne question, mais nous ne sommes plus au temps de Pavie. C’est peut-être mieux que de vivre au milieu des cons ? Une amie thaïe âgée d’une cinquantaine d’années a encore vu des crocodiles (sauvages évidemment) dans l’une des rivières qui alimente au nord le réservoir de Lampaodam (qui n’existait pas à l’époque) lorsqu’elle était toute petite.


croco

 

Vous ne verrez de crocodiles que dans les spectacles et dans le rayon surgelé des grandes surfaces, sans grand intérêt gastronomique au demeurant. Les serpents, il y en a, bien sûr, n’allez pas marcher pieds nus dans une rizière ou dans la forêt. SI vous êtes matinal, vous pourrez en voir serpenter sur les routes au petit jour. S’il en est qui se camouflent dans votre jardin, ils ont certainement plus peur de vous que vous d’eux. Le meilleur moyen d’en voir, c’est encore le spectacle.


Sans titre-2

 

Celui du « King cobra village » à 40 kilomètres de chez moi vaut la visite. J’en ai coupé deux ou trois à la machette dans mon petit jardin (en trois ans), ils étaient inoffensifs paraît-il, mais mieux vaut prévenir que guérir.


Des vermines, il y en a, bien sûr ! Les moustiques en saison, les fameux « maringouins » qui ont laissé un souvenir cuisant au Chevalier de Forbin et que nos amis canadiens appellent toujours des « maringouins ». Personnellement, ils ne me font ni chaud ni froid mais j’ai probablement été vacciné sinon mithridatisé en faisant plusieurs années de suite les vendanges en Camargue. Il y a cent mille moyens de les éloigner, la climatisation dans la chambre, l’ampoule ultra violète, les produits naturels (citronnelle, ça pousse ici mieux que du chiendent), aérosols chimiques (ça pue), fumer la pipe (ça pue), néons jaunes (ils n’aiment pas), etc... Mieux vaut s’en défier, ils sont tout de même le vecteur de la dengue.


mous



Les scolopendres que les thaïs appelent « takhap » et les anglais « centipèdes », sont une véritable vermine. Attention pendant la saison des pluies dans la salle d’eau ou les coins humides. Il faut tuer sans pitié, c’est rapide, coriace, une carcasse de langouste (je massacre au marteau et il faut cogner), dangeureux sans être mortel, très douloureux parait-il et ça court aussi vite qu’un lapin. Le problème, c’est de marcher pieds nus dans les intérieurs au risque de poser l’orteil sur un minuscule que vous n’avez pas vu. Les Thaïs les redoutent plus que les cobras.


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Les petites fourmis qui ne sont apparemment pas dangereuses sont en tous cas exaspérantes. Faites tomber une miette de pain sur le sol, 10 secondes après, il y en a des millions. Mettez le pied sur un de leur refuge dans votre jardin, vous saurez rapidement de quoi il s’agit, 20 secondes après elles sont dans votre moustache, et hop : à poil sous la douche dans les plus brefs délais. Il est un produit miracle, le « Chaindrite » (efficace aussi contre les termites), un petit « pschitt » dans une procession et c’est le massacre.


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3) La nourriture ?


Nous avons déjà dit ce que nous pensions de la « gastronomie » locale. Nous sommes quelque peu privés de « bonnes tables » dans nos campagnes, mais les petites échoppes sont souvent bien sympathiques.

Je ne dédaigne pas de temps à autre un lap aux oeufs de fourmis. Il est pour moi deux produits « de première nécessité », le café et l’huile d’olive que nous ne trouvons guère que dans les grandes surfaces (hélas !) que j’évite autant que faire se peut. L’amphoe comprend (en gros) 50.000 habitants répartis dans 14 villages sur environ 300 kilomètres carrés.

Nous avons un marché quotidien le soir, un autre plus étoffé le vendredi et encore un mensuel à l’amphoe proprement dit et encore ceux des amphoes environnants, et une foule de petits vendeurs au coin des rues où je peux trouver en tant que de besoin et en cas d’urgence de l’ail ou des oignons. Il est difficile de sortir de la trilogie poulet-poisson-cochon mais une incroyable variétés de fruits et légumes (où est la différence ?) qui nécessitent toutefois quelques efforts, je ne mange crus ni les haricots verts ni les asperges ni les aubergines et je hais les concombres. Ceux que je commence tout juste à connaître, comment s’appellent-ils ?

Ma femme me donne et m’écrit le nom. Rapide recherche dans le gros dictionnaire de l’académie qui inclut (heureusement) le vocabulaire isan et surtout donne le nom dans la nomenclature latine de Linné et Internet. Et souvent, très souvent, des recettes pour accommoder tout cela provenant de sites de nos départements d’outremer !

Mon village porte ainsi le nom de la « rivière du syzygium gratum ». Vous saurez que l’on peut faire avec des papayes vertes autre chose qu’un immangeable somtan au crabe de rizière pourri et de liserons d’eau douce de succulentes omelettes ! Quand j’ai le courage, je fais mon pain et quand je ne l’ai pas, le riz gluant sur feu de bois a une saveur incomparable. Il passe tout au long du jour les petits commerçants ambulants qui vendent les trois carottes et les quatre aubergines de leur jardin et nous avons la chance, pas souvent malheureusement, de voir passer une camionnette qui nous amène des moules de Rayong (600 ou 700 kilomètres) qui n’ont pas la bouche béante et puante de celles des grandes surfaces. Je suis souvent donc « aux fourneaux ». Mais pour ce, il m’a fallu du matériel.

 

4) Le matériel ?

Moins de choix que dans les grandes surfaces peut-être mais un meilleur service chez les petits vendeurs locaux, matériel de cuisine ou mobilier à des prix qui souffrent largement la comparaison, livraison sans difficultés à domicile et service après vente meilleur que chez Darty, un coup de téléphone et un petit billet de « tip ». Même chose pour le matériel informatique, j’ai à 20 kilomètres de chez moi une boutique qui a un bon choix et à quelques centaines de mètres un jeune qui tient une boutique Internet infame de crasse mais qui joue de l’informatique aussi bien que moi à la belote contrée, capable de vous installer pour 300 baths le dernier Photoshop à 1.500 dollars (mais ça, naturellement, je ne fais pas !). Avantage incontestable (essayez–donc à Lotus), le vendeur est compétent et la discussion sur le prix est toujours possible (même pour le farang) à la condition de rester dans le raisonnable et de ne pas les prendre pour des c...s


5) Alain nous a dit  «  laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes »...


Il est vrai, nous sommes parfois contraints de penser que « l’enfer, c’est les autres » ! S’il n’y a pas de bêtes féroces, il y a des bêtes idiotes. Je suis donc au milieu des Thaïs, les amis européens les plus proches sont à quelques dizaines de kilomètres, ce qui ne m’empèche pas de les rencontrer avec plaisir. Ma porte est toujours ouverte au sens propre et au sens figuré et la leur aussi, je pense. Seul farang permanent du village, je suis en tous cas celui qui baragouine le thaï et surtout qui le lit et l’écrit ce qui me rend d’inappréciables services. Dans le village, il y a des riches, qui le manifestent extérieurement par des constructions d’un luxe tapageur et des véhicules de haut de gamme et des pauvres qui vivent dans leurs chaumières, roulent sur des motos à crédit et vont acheter leurs cigarettes à la pièce (interdit en France depuis longtemps !) en ayant leur ardoise chez l’épicier du coin.


Ne revenons pas sur cette « vie sociale » festive dont nous a parlé Alain, mariages bien sûr, obsèques, sont occasion de fêtes, de retrouvailles et évidemment de beuveries au laokhao ou au mékong. Pauvres peut-être, mais j’ai été stupéfait à l’occasion d’événements familiaux récents, de voir tomber les billets de 1.000 comme à Gravelotte !


Les inondations récentes ne nous ont pas frappés directement (le village est hors d’eau et le seul cataclysme connu de mon beau-père disparu il y a peu à 76 ans fut un orage de grêle il y a une quarantaine d’années) mais fut pour moi occasion de découvrir un sympathique débrouillard : une route secondaire est coupée par les eaux, impossible de passer en moto, il prend son motoculteur avec remorque et organise un passage avec péage, deux motos plus leurs passagers ! Crafeuteuteu .... 20 baths par personne et 20 pour la moto. Système D ou "demerden sie sich", bravo mon gaillard. Je lui allongé un aller-retour pour le seul plaisir.


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6) La politique locale ne me regarde pas et je ne m’y intéresse (par épouse interposée) que dans la mesure où il y a des questions matérielles à régler, voirie, distribution chancelante de la « namprapa », l’eau de la ville ... Intéressant, intéressant, moi ça ne me choque pas, c’est la distribution des billets par les candidats. Bonne affaire (pour ma femme), deux élections succesives pour je ne sais quel poste, la première à coup de billets de 500 et la seconde des billets rouge, hélas ! Moi, ça me fait rigoler, tout simplement et je regrette qu’il ne soit pas avant et après le 22 avril distribué à l’électeur que je suis quelques bons billets de 500 (euros, bien sûr). Mais une question sans réponse, comment le distributeur de billet peut-il savoir si le récipiendaire va bien voter pour lui ? Les isoloirs sont bien clos et la police surveille !


7) Alain a été étonné de la « mécanisation » et a « cru devoir » mettre ma photo au volant d’un « John Deere » qui doit valoir quelque chose comme 50.000 euros (ça fait deux millions de baths). Lors des moissons, on voit les petites moissonneuses mais encore beaucoup de champs moissonnés au « daioun » (ça m’a échappé, en français c’est une faucille), toute une rangée qui rigole et jacasse, au travail avec la musique de la radio portable à tue-tête. Je n’ai ni l’âge (ni l’envie) de participer, mais j’ai eu l’occasion de participer à la mise à feu des chaumes d’un champ de riz cultivé par un beau-frère. J’avoue que si j’ai des doutes sur l’efficacité de la culture sur brulis, je me suis au moins bien amusé. Il doit y avoir en moi un pyromane qui sommeille ?


8) Eh bien, non, je ne m’embête pas, entre la journée qui commence au lever du jour par les informations sur RFI,


radio 

le dépouillement du courrier électronique (actuellement beaucoup de temps passé à fiche à la poubelle des « spams » les courriers des candidats - je ne peux les éviter puisque je suis inscrit sur les listes électorales), les réponses au courrier, la lecture de la presse « numérisée » (presse locale, essentiellement « la Provence », « Le progrès » et « le Petit journal de Bangkok »), le rituel de la cuisine, le pétrissage du pain, la sieste sacrée,


sieste

 

le marché de fin d’après-midi, les visites de mon turbulent et adorable petit neveu (deux ans, baptisé « Satang », il faut le faire mais ce prénom fait ma joie),

 

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l’entretien du jardinet (les mauvaises herbes poussent plus vite que les tomates), un peu de vélo à la fraicheur du matin, le nécessaire bricolage dans une maisonnette, la bière du soir (sacrée elle aussi) au bistrot du coin

 

demi

 

jusqu’au repas du soir. Je n’ai pas la « boite à m..... » i.e. TV 5 mais le téléviseur me sert de temps à autre à regarder quelque bon film. Et du temps, beaucoup, pour trouver et lire ce qui m’est nécessaire pour écrire sur notre blog, le trier et écrire.


ecr


9) Et le dimanche, visite à (ou des) amis et du tourisme, la province est ignorée des guides, à part ses deux « attractions » principales, le spectaculaire musée des dinosaures et les environs du Lac artificiel de Lampaodam (beaucoup d’aménagements en cours, essentiellement du tourisme local). Elle est pourtant d’une grande richesse et il faudra que je me décide un jour à traduire un excellent petit guide « touristique » qui nous dévoile ses ressources, amphoe par amphoe.

 

guide

 

La difficulté majeure est de se retrouver dans les routes secondaires, pas de carte routière fiable, aucune signalisation en caractères romains évidemment, des indications fantaisistes sur les bornes et le GPS bafouille et cafouille lamentablement dès que l’on sort des grands axes ou des grandes villes, sauf à indiquer la route de Kalasin ou de Khonkaen (et encore). J’ai arpenté en moto des milliers de kilomètres dans un périmètre de quelques dizaines de kilomètres autour de chez moi  pour découvrir des itinéraires secondaires qui me sont bien utiles. C’est là où la lecture du thaï m’est d’un grand secours.


Un aveu, si nous n’avions pas accès à Internet, si nous n’avions pas un exceptionnel réseau routier, un non moins exceptionnel système de transports en commun, l’eau de la ville même si elle cafouille de temps à autre, (installée au village il y a quatre ou cinq ans, avant c’étaient les citernes et l’eau du ciel), une distribution d’électricité fiable (plus qu’à Koh Samui, j’en témoigne), un réseau téléphonique surdimensionné (il y a 4 ou 5 ans, le portable GSM ne « passait » pas chez moi), un solide réseau bancaire (il y a quatre ou cinq ans toujours, la banque la plus proche était à 30 km de chez moi, aujourd’hui, il y a une agence et quatre postes ATM au village) mon propos aurait été différent.

 

NB

  •  avant de clôturer, je viens de regarder ce monument du cinéma français, « les vieux de la vieille » qui doit avoir 50 ans bien sonnés. Le trio Jean Gabin, Pierre Fresnay et Noël-noël nous donne à nous retraités, une belle leçon de vie.
  • Entre le ghetto de « la Gouyette » et le retour au village, Alain, nous avons fait le bon choix.

 

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  • J’avais  déjà donné ma version de mon installation* 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-41-s-installer-en-isan-une-autre-version-87048382.html

 

 

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