Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur blogthailande@yahoo.fr

6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 18:09
A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Le « Festival des fusées » (Bun Bangfai - บุญบั้งไฟ) qui se déroule en mai ou en juin selon les régions, au Laos et en Isan, Nongkhai et Yasothon en particulier, devenu attraction touristique, a une origine controversée.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Offrande au Dieu de la pluie, Phraya Thaen (พระยาแถน) maître du ciel, rites propitiatoires en fin de saison sèche, la cérémonie est-elle animiste et pré bouddhiste ? Elle a fait l’objet de très savantes études, la plus récente, assortie d’une volumineuse bibliographie, de Wang Huiying, professeur à la Faculté des sciences humaines de Khonkaen en mars 2017 (1). Ce professeur a scrupuleusement et pendant six ans analysé le rituel dans le village de  Wiang Khuk (เวียงคุก) à quelques kilomètres à l’ouest de Nongkhaï. Il a soigneusement interrogé les participants, notamment les anciens alors que les jeunes n’y voient plus qu’un symbole et une occasion de faire la fête. Selon lui, mais sans la moindre certitude, le rituel pour appeler la pluie existe depuis longtemps et ses caractéristiques spécifiquement animistes font que son histoire est probablement plus ancienne que l'apparition du Festival lui-même?

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Nous avons été « interpelés » sur  un  rôle possible des fusées dans ce cérémonial que notre ami Jeff a effleuré  (2) : « Depuis l'invention de la poudre, les fusées sont lancées plus haut vers le ciel. Le but est de le percer pour déclencher la pluie ». Ce n’est donc pas un jeu-concours comme on pourrait le penser à la lecture de sites touristiques !

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Les conditions atmosphériques, l'ensoleillement, la pluie jouent un rôle de premier plan dans la vie pastorale et agricole et l'eau tombée du ciel est un facteur de fertilité, autant que celle des ruisseaux et des rivières. Dans une société de pasteurs et de paysans, le système religieux est dans un lien de dépendance étroit avec le climat, la faune, la flore. Le prêtre qui est également souvent le roi, médiateur privilégié entre les puissances extra-terrestres et les hommes, dépositaire d'observations patiemment recueillies, surveille les phases de la lune, la formation et la direction des nuages, les précipitations atmosphériques. Il interprète les humeurs et les cris des animaux particulièrement sensibles aux changements qui se préparent et règle en conséquence les activités de la tribu ou du groupe dont il a la direction. La vie sociale et religieuse s'organise autour du point d'où il peut le plus efficacement exercer sa surveillance. Les ethnologues, les voyageurs qui ont étudié le comportement des sociétés à caractère archaïque, sont unanimes à rapporter que la maîtrise de la pluie constitue une des prérogatives de la classe sacerdotale (3).

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Combien de nos agriculteurs de l’Isan salueraient la réalisation de leur rêve : « Faire à volonté la pluie et le beau temps ».

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Intervient alors le rituel des fusées et ses cérémonies décrites avec souvent une certaine condescendance pour ces survivances incontestablement animistes qui fut complété, à on ne sait quelle époque, par ces tirs de fusée vers le ciel. Quelle en est l’origine ? Cela reste un mystère mais elle est de toute évidence d’importation chinoise. Nous n’avons malheureusement aucune référence à ce sujet. Les Chinois sont à l’origine de nombreuses inventions, la poudre explosive en est une, au XIème siècle probablement, peut-être avant, « flèches de feu » d’abord utilisée pour des tirs d’artifices puis à usage militaire.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Les Chinois de cette époque constatèrent-ils un lien entre leurs tirs vers le ciel et une influence sur les éléments, nous n’avons pas la réponse mais il nous semble bien la trouver dans des sources occidentales. Peut-être se trouve-t-elle dans des Annales chinoises ?

 

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

L'idée de bombarder les nuages pour les transformer en pluie apparaît tout à la fois comme une idée baroque et grandiose. A première vue, il semble en effet bien difficile d'admettre que des faibles détonations terrestres puissent exercer une influence quelconque sur les nuages placés si haut. Et, d'autre part, c'est une entreprise grandiose d'entrer en lutte avec les éléments.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Et pourtant, il y a longtemps déjà qu'une influence des tirs a été signalée sur l'état de l'atmosphère.

 

S’il est sans doute un peu osé de remonter pour cela avant  l'invention de l'artillerie, nous citerons néanmoins Plutarque qui chevauche le premier et le second siècle de notre ère. Les bruits terrestres ont une répercussion là-haut. Il rapporte qu'en son temps les grandes batailles étaient communément suivies de pluie et il attribue ceci au choc des deux armées, au fracas de la lutte, aux coups sur les boucliers, aux cris, aux insultes, aux chants de guerre (4).

 

« Ne croyez-vous pas que cette observation de Plutarque puisse faire douter du rôle du canon sur le temps ? » écrit en 1917, lorsque tonne partout le canon en Europe, un lecteur qui aimait feuilleter les vieux livres, au Figaro (5). L’information n’est pourtant relayée en quelques lignes qu’en page intérieure sans autre commentaires. Elle méritait mieux.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

A la bataille de Crécy en 1346, où pour la première fois parut l'artillerie, il y eut le soir un grand orage et une si furieuse pluie que les cordes des arbalètes se relâchèrent.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

À Dresde, Marengo, Eylau, Hohenlinden, Inkerman, Trafalgar, la canonnade de Waterloo, Puebla, Magenta, Solferino, lors de la terrible bataille de Gravelotte, etc., etc., de violentes pluies suivirent la bataille. On l'observa de même dans les nombreux combats de la guerre de la Sécession : chacune des 198 batailles livrées a été ou aurait été suivie d'une chute de pluie (6). Le débarquement de juin 1944 précédé par une formidable préparation d’artillerie dut être repoussé pour cause de véritables tempêtes dans le nord.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Etaient- ce de simples coïncidences ? Oubliant les prières et incantations divines, dans plusieurs pays touchés par la sécheresse, des scientifiques cherchèrent un moyen d'intensifier les pluies et de contraindre les nuages à libérer leurs gouttes. Ce furent d’abord - si on peut appeler cela de la science - les archers qui, vers le milieu du XVème, lançaient leurs flèches vers les nuages pour essayer de crever ce que l’on pensait être des sortes d’outres remplies d’eau. Plus tard, et toujours dans le même but, ce furent des tirs de mousqueterie, et même le canon. Dès leurs premières tentatives à caractère scientifique pour essayer d’agir sur les éléments, les hommes semblent, en effet, avoir attribué une grande importance au bruit de la poudre noire, qu’ils devaient apparenter au bruit du tonnerre. Un des plus célèbres marins du siècle de Louis XIV, le chef d’escadre Claude de Forbin, raconte avoir vu l’amiral d’Estrées au cours d’une croisière aux îles d’Amérique, dissiper à coups de canon les nuages ou les trombes qui se formaient trop près de son navire. En 1837, le savant Arago prouva dans sa « Notice sur le tonnerre » que le tir du canon devait, au contraire, augmenter les chances de précipitations et non pas, comme le pensait l’amiral d’Estrées, les diminuer.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

En Amérique dans les années 1891, des essais très importants furent tentés, sous la direction du général Robert Saint George Dyrenforth, le « rain maker », pour provoquer des pluies artificielles dans les régions arides du Texas, tirs au canon et explosifs portés par des cerfs-volants ou des ballons ; expériences qui parurent dans certains cas réussir et qui eurent un grand retentissement, le général obtient même des subventions du Congrès, tout en donnant lieu à controverse. Les crédits pour de coûteux tirs aux canons sont utilisés pour faire la guerre et non la pluie et lui furent coupés.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Alors ? Ou y a-t-il eu réellement dans ces divers cas un effet sur les nuages ou un ciel nuageux ?  La pluie est-elle tombée à El paso ? Y a-t-il une action positive des tirs sur les nuages ?

 

« Tout ce qui cause du bruit et ébranle l'air, provoque la pluie » écrivait le naturaliste français Le Maout dans les années 1870.

 

« On croit dans la plupart des localités belges que la déflagration des armes à feu provoque la pluie » écrit la Revue des traditions populaires » en juin 1899.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Il semble donc qu’au rituel purement religieux de la cérémonie se soit adjoint à une époque indéterminée ces tirs de fusée, surtout dans une région où, même en saison sèche, le degré d’hygrométrie avoisine les 70 %, tirs qui pouvaient avoir un résultat concret tout autant que les prières des dévots ?

 

Sommes-nous entrés dans l’ère de la pluie provoquée dont les fusées de l’Isan seraient les précurseurs ? Les sarcasmes suscités par les recherches et les expériences au début du XXème siècle ne sont peut-être plus de mise ?

 

Les Emirats arabes unis, l'un des pays les plus arides du monde sont en première ligne dans ce domaine, les Chinois aussi. N’entrons pas dans des détails techniques qui nous dépassent.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Il s’agit donc de répandre dans les nuages de l’iodure d’argent, du chlorate de soude ou du chlorate de potasse par fusée ou par avion, pour  provoquer la pluie (7). On peut penser que le même rôle est joué par le salpêtre utilisé dans la confection de la poudre de nos fusées (charbon plus salpêtre plus souffre) ou à défaut de salpêtre par le chlorate de soude ou le chlorate de potasse que l’on trouve partout comme désherbants et qui permettent la confection facile d’une poudre dite « blanche » largement suffisante pour propulser une fusée vers les cieux  ?

 

La pluie ne deviendra peut-être plus un caprice des dieux (7).

 

La question que l’on se pose, de toute évidence, est : « Est-ce que ça marche » ? Il faudrait pour y répondre en dehors de notre propre conviction que soient effectuées des études sérieuses d’abord sur les fusées elles-mêmes (composition de la poudre, altitude atteinte, altitude et nature des nuages…) et sur la météorologie de Yasothon ou d’ailleurs pendant quelques dizaines d’années pour vérifier si les périodes de tirs des fusées coïncident avec l’apparition soudaine de la pluie, une recherche à laquelle ne se sont livrés ni Wang Huiying ni aucun des érudits cités dans sa bibliographie.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Le défunt roi Bhumibol Adulyadej a inventé en 1999 un procédé qui repose sur des principes différents, et breveté en 2005 auprès de l’Office Européen des Brevets (n° 1.491.088).

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

On ne part plus du sol vers le haut par l’intermédiaire de tirs de fusées mais du haut vers le bas par avion ce qui existait déjà avec le survol de nuages sur lesquels on bombarde de l’iodure d’argent. Le caractère innovant et inédit (ce qui explique que l’invention a été considérée comme « brevetable ») est que cette technique propose de créer la pluie sans aucun nuage au départ. Une seule condition : avoir une atmosphère chargée au moins de 60% d’humidité ce qui est banal ici. Le procédé se déroule en quatre étapes : le « déclenchement » qui consiste à activer la formation d’un nuage, « l’épaississement » pour augmenter le volume du nuage, l’ « attaque » pour déclencher l’averse et enfin le « renforcement » permettant de maintenir l’averse. A chaque étape, des produits chimiques sont dispersés dans l’atmosphère tels que le chlorure de sodium, le chlorure de calcium, l’urée et la glace sèche (CO2 solidifié). Ces produits se mélangent aux gouttelettes d’eau composant le nuage. Ces gouttelettes grossissent, s’alourdissent et finissent par tomber. Chacune des étapes a fait isolément l’objet de recherches antérieures, mais le brevet royal est le seul à rassembler les quatre phases ajoutant en plus des variantes, notamment sur la nature des produits utilisés, avec pour objectif de provoquer de la pluie au moment et à l’endroit désirés. Cette invention « devrait être l’une des technologies les plus accomplies de l’espèce humaine pour surmonter les désastres naturels et pour aider le peuple de la Thaïlande ». Lors des premières opérations de création de pluie en 2009, les forces aériennes thaïlandaises avaient effectué 618 vols, soit 770 heures de mission, et déversé pas loin de 900 tonnes de produits chimiques dans le ciel thaïlandais. Le taux de succès de l’opération de fabrication de pluie avait alors été de 85% à 95%.  La seule question qui se pose est celle de son coût par apport aux tirs de fusées parties du sol.

 

« Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » serait, d'après un passage du Discours de la méthode publié par René Descartes en 1637, ce que les hommes parviendront à faire lorsqu'ils auront développé leur savoir par la connaissance de la science.

 

Sauront-ils la maitriser tout en la respectant ???

SOURCES

 

Toutes les recherches sur la pluie provoquée sont étroitement liées à celles sur la lutte contre la grêle et la transformation des nuages porteurs de grêle en nuages de pluie : L'intervention humaine en matière de pluies provoquées – au moins chez nous - a eu pour premier but la protection des cultures contre les intempéries, en particulier la grêle avec le canon ou les fusées anti grêle. Si la grêle ne frappe que très rarement la Thaïlande, elle ravage nos vignobles et nos vergers ce qui explique l’origine géographique de ces études qui toutes portent peu ou prou sur l’efficacité des tirs de canons. Des dizaines de brevets de canons ont été déposés au début du XXème siècle et sont ensuite tombés dans le domaine public.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Repris, améliorés et réactivés dans les années 70 par une société de Manosque, dans la vallée de la Durance, ils font toujours l’objet d’une exploitation commerciale intensive. Chassés par les contraintes administratives, ses promoteurs sont présentement en Espagne et les canons installés dans de nombreux pays, notamment au Mexique où le gouvernement subventionne leur activité.

« Bulletin mensuel de l’Association météorologique, climatologique du Sud-Ouest de la France », juin 1899 et juillet 1899.

 

« Revue des traditions populaires » juin 1899 et novembre 1909

 

F. Houdaille  « Les orages à grêle et le tir des canons » 1901.

 

« Bulletin de la société vigneronne de l’arrondissement de Beaune », janvier- février 1901, mars-avril 1901, novembre-décembre 1901, juillet-août 1903,

Quatre articles du Lieutenant-Colonel pour Général F. Ruby :

« La protection contre la grêle » In Les Études rhodaniennes, vol. 11, n°2, 1935. pp. 155-178 – «  La défense contre la grêle ». In Les Études rhodaniennes, vol. 12, n°1, 1936. pp. 3-24 – « Nouvelles études sur la grêle »  In Les Études rhodaniennes, vol. 14, n°2-3, 1938. pp. 107-184 – « Les chutes de grêle en 1965 et la défense paragrêle » In  Revue de géographie de Lyon, vol. 41, n°2, 1966. pp. 167- 174.

 

« Annales de la société d’horticulture de Haute-Garonne », avril-mai 1950

« La grêle et la lutte contre la grêle » par Pierre Estienne In  Revue de géographie alpine, tome 42, n°1, 1954. pp. 185-189;

 

«  Bulletin de Société des amis du Musée pyrénéen », article d’Edouard Peyrouzet : « la maitrise magique de la pluie » avril-juin 1978.

.

« Recherches sur la faisabilité économique d'une prévention efficace de la grêle » par B. Levadoux  In  Économie rurale. N°149, 1982. pp. 51-53;

 

 « La question du risque climatique en agriculture : le cas de la grêle en France » par Freddy Vinet In  Annales de Géographie, t.111, n°627-628, 2002. pp. 592-613;

 

NOTES

 

(1)  « From Praying for Rain to Rocket Festival : Reconstructing Social Memory among Villagers in Northeast Thailand » in Journal of the Mekong societies, volume 13 n°1, janvier-avril 2017.

 

(2) http://www.comptoir-thailande.com/boun-bang-fai-le-festival-des-fusees/       

 

(3) Si nous n’avons rien trouvé de spécifiques sur l’ancien Siam, nous avons l’exemple d’un roi-prêtre bouddhiste thaumaturge : Le roi faiseur de pluie : une nouvelle version de la légende d'Avalokiteśvara Rouge au Népal » par Vergati Stahl In Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 74, 1985. pp. 287-304;

 

(4) « Vie des Hommes illustres – Marius XXII »

 

(5) Numéro du 14 octobre 1917.

 

(6) Voir Edward Powers « War and the Weather or the Artificial Production of Rain », Chicago, 1871 qui cite toutes ces batailles, justificatifs à l’appui.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

(7) Voir l’étude « La pluie provoquée - Techniques opératoires et contrôle des résultats » par Louis SERRA, Conseiller scientifique à la Direction des Etudes et Recherches de l’Electricité de France in cahiers de l’ORSTOM, 1978 (Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, organisme aujourd'hui remplacé par l'IRD, Institut de recherche pour le développement).

 

Voir également « Les pluies provoquées, l'expérience de Ouagadougou (1974 et 1975) » par Jacques Bougère . In Bulletin de l'Association des géographes français, N°439-440, Janvier-février 1977 pp. 43-50;

 

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article
23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 18:01
A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Nous avons consacré plusieurs articles à ce qu’il est convenu (par courtoisie) d’appeler « la gastronomie en Isan », portant sur des sujets aussi divers que singuliers (1). L’actualité en ce début d’été nous rappelle l’existence de ce plat encore plus singulier, le koï pla.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Cette époque est toujours une époque néfaste pour la presse. La moitié de la rédaction est en congés, l’autre moitié en rêve, la qualité de l’information s’en ressent durement. Nous avons droit aux perpétuelles tartes à la crème et lieux communs, copier-coller des années précédentes : « les routes seront surchargées pour le pont du 15 août », nous n’y aurions pas pensé ! « L’été sera chaud », comme c’est bizarre ! « Sur la plage, ne restez pas exposés trop longtemps au soleil » Ah bon, vous croyez ? Certains donnent toutefois dans l’originalité (répétitive), il n’est pas exclu que nous voyions ressurgir cet été le bout de la queue du monstre du Loch Ness ? (2).

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Rassurez-vous, la Thaïlande n’est pas épargnée, revoilà notre poisson qui tue, ce n’est de loin pas la première année et ce ne sera pas – n’en doutez-pas- la dernière : C’est cette année 2017 la BBC qui lance les opérations le 13 juin, suivie par « The Nation » le 14, « France-Info » le 28 et « L’Express » le même jour (3). Le lendemain « Ouest-France » prend le relais, un article qui aura intéressé au plus haut point ses lecteurs bretons. Cette année, « le petit journal de Bangkok » est en retard, il ne lance le « scoop » que le 3 juillet mais il reprend mot pour mot son article de 2015 tout comme d’ailleurs la BBC. N’allons pas plus loin dans les années antérieures. Tous ces articles se copient plus ou moins servilement entre eux, photographies comprises, mais de quoi s’agit-il ? Quelques citations prises chez les uns et les autres s’imposent :

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

« Des millions d'habitants de l'Isan, région rurale du Nord-Est de la Thaïlande, cuisinent régulièrement du « Koi Pla » (ก้อยปลา), plat traditionnel à base de poisson cru, de jus de citron et d'épices ».

 

Relevons une première erreur sinon un oubli : la question concerne également et surtout le Laos, le Cambodge et au moins partiellement le Viêt-Nam et une petite partie de la Chine. Nous reviendrons sur le détail de la composition autrement complexe de cette singulière salade.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

« Ce plat à l'odeur et au goût puissants se prépare rapidement et ne coûte pas cher ».

 

Pour le goût, question tout à fait personnelle, de gustibus et coleribus non disputandum est  mais il faut essayer pour être certain de ne plus jamais récidiver si on n’a pas déjà été dissuadé par l’odeur qui n’est pas « puissante » mais fétide. Quant à la préparation, première erreur, elle est loin d’être rapide et pas forcément économique.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

« Certains habitants estiment que la cuisson altère le goût du plat »

 

C’est une stupidité, nous y reviendrons.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

« Mais le poisson utilisé est souvent porteur d'un parasite, le Opisthorchis viverrini, à l'origine d'un cancer du foie agressif, le cholangiocarcinome ».

 

C’est le seul point positif de ces articles répétitifs : Ce cancer est effectivement ravageur mais son origine n’est pas à ce jour déterminée avec certitude, la médecine n’a jamais prétendu être une science exacte.  Si cette maladie est rare dans le monde, elle ne l’est pas en Thaïlande et encore moins en Isan, au Laos et au Cambodge. Le parasite n’est pas seulement fréquent dans les eaux du bassin de Mékong mais dans toutes les eaux douces.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Un dernier flou journalistique « Les chercheurs estiment qu'environ 8 millions de Thaïlandais sont infectées par Opisthorchis viverrini »…

 

Les sources seraient les bienvenues !

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Ceci dit, nous n’avons aucune prétention à la qualité d’experts en maladies tropicales, et nous nous sommes contentés d’obtenir quelques précisions sur cette maladie, connue comme le loup blanc depuis des dizaines d’années de la médecine coloniale française et anglaise, en nous penchant sur des sources compétentes. Les articles de la presse à grand tirage laissent à penser que cette découverte est celle du XXIème siècle, comme si les médecins thaïs, stupide Diafoirus, venaient de s’apercevoir, tel Galilée il y a près de 400 ans, que la terre tournait. (Nous donnons nos sources en annexe.)

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Le poisson le plus généralement utilisé est le ปลานิล (pla nin), pour les savants il est Oreochromis niloticus de la famille des Cichlidae, mais en bon français le Tilapia. On peut également agrémenter le poisson de crevettes ou de crabes d’eau douce.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Il est fréquent dans les eaux douces et fait l’objet d’un élevage forcené dans de vastes cages installées dans les grands lacs de la région. La question que l’on se garde d’aborder est que ce poisson lorsqu’il est d’élevage, tout comme les crevettes, est nourri on ne sait trop comment (mieux vaut ne pas savoir), bourré d’antibiotiques et de pesticides. Il en est de même des crevettes d’élevage. Est-ce que le tilapia sauvage est parasité et pas celui d’élevage ou vice-versa ou les deux ? La tâche de véritables journalistes d’investigation aurait été de savoir si des précautions étaient prises dans ces élevages pour éradiquer le parasite dont le poisson est incontestablement souvent porteur. La question est d’importance puisque la quasi-totalité des pla nin que l’on trouve sur les marchés provient d’élevages.

 

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

La cuisson altère le goût ?

 

Sa chair n’est pas truffée d’arêtes, elle est blanche et un peu grasse. Par contre, comme la plupart des poissons d’eau douce, elle est fade. Dire que certains Isan-Lao le mangent cru car « la cuisson altérerait le goût » est une stupidité dans la mesure où sa fadeur doit être au contraire être rehaussée ne serait-ce que d’un filet de citron. Goûter avant de parler est une précaution inconnue des journalistes ! La trilogie gastronomique asiatique, c’est poulet-cochon-poisson. Nous n’avons cependant jamais entendu dire que les Thaïs consommaient les pattes de poulet ou le foie de cochon crus « pour en préserver le goût ». Les poissons, généralement pla nin, que l’on voit griller dans les nombreuses petites échoppes de bord de route sont enrobés de gros sel et farcis d’herbes

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Tous les restaurants servent le pla nin d’une façon ou d’une autre, grillé, bouilli, cuit à la vapeur ou au court-bouillon, mais toujours agrémenté de sauces plus ou moins épicées. Les épices et les aromates ont pour but d’exhaler le goût des aliments et non de la détruire, la façon massive dont les Thaïs en général et les Isan-Lao en particulier les utilisent a la conséquence évidente de le dénaturer totalement.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Cette « salade » est facile à préparer ?

 

Soyons précis, nous traduisons koï par salade mais ce n’est pas une salade au sens où nous l’entendons,  comme une belle laitue, avec une bonne huile d’olive du moulin, une giclée de bon vinaigre, une pincée de sel, une autre de poivre et une pointe d’ail. Ce koï est une salade de poisson tout comme un steak tartare est une salade de bœuf. Ne pensez pas qu’il suffit pour notre gourmet, une fois son poisson écaillé et vidé, d’en découper un filet et de le croquer après l’avoir agrémenté de chili en poudre. Vous pourrez juger de visu la simplicité de la recette, (4).

 

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Nous vous donnons la liste des ingrédients nécessaires comme nous l’avons trouvé sur un site local, ce que nos journalistes de l’été n’ont pas pris la peine de faire.

 

La base en est évidemment du poisson blanc et frais (on s’en doute, l’utilisation d’un poisson un peu avancé peut être améliorée par un excès d’épices mais avoir des effets néfastes sur l’organisme !).

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Il faut ensuite de l’ail, des oignons verts (cébettes) et des oignons doux (échalotes), de la coriandre, de la coriandre du Mexique qui porte en latin le nom caractéristique de Eryngium foetidum

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

.... et des feuilles de menthe. Le nam pla s’impose évidemment sous sa forme habituelle (น้ำปลา), mais également du nam pla daek (น้ำปลาแดก) dont la recette est différente mais ces deux sauces sont à base de poisson fermenté sinon pourri dont l’odeur est persuasive.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

N’oublions évidemment pas le sel au cas où ce ragout serait trop fade. Nous sommes en Isan ou au Laos, il faut donc rajouter des grains de riz gluant grillés. Arrivent ensuite les œufs de fourmis rouges.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

En ce qui concerne les épices qui vont agrémenter ce rata, commençons par le poivre noir (Cayenne), le piment rouge séché, le piment rouge frais et le piment vert que les Thaïs considèrent comme doux.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Nous terminons bien évidemment par du laokhao ou du whisky, thaï comme il se doit. D’autres recettes donnent une composition plus ou moins similaire mais rajoutent à la fois du citron vert haché menu et du jus de citron comme celle que nous donnons en note (5). Il est probable que chaque maitresse de maison a sa recette propre et ses secrets ? Nous n’avons pas pu savoir si le citron vert, beaucoup plus agressif que nos citrons jaunes et qui est un bactéricide puissant a une quelconque efficacité contre le parasite ? Les parasites intestinaux dont nous souffrions gamins (ascaris ou oxyures) s’éliminaient traditionnellement par du jus de citron adouci de miel, remède de bonne femme. Ce n’est qu’une question en ce qui concerne ce parasite asiatique. Il eut encore été intéressant que nous journalistes s’inquiètent de savoir si le citron vert était en l’occurrence un vermifuge efficace.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Toutes ces précisions vous permettront d’apprécier la simplicité alléguée par la presse de la préparation de ce plat et de supposer ce qu’il va rester en bout de course de ce bon goût de poisson !

 

La complexité de la recette explique grandement le fait que l’on ne la trouve pratiquement jamais sur la carte des restaurants locaux (sauf peut-être encore au Laos) d’autant que les vapeurs nauséabondes qui se détachent de cette préparation ne sont pas faites pour encourager les clients les moins difficiles.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Le point de vue médical

 

Les premiers médecins coloniaux pensaient se trouver en présence de la douve du foie qui parasite les animaux (ovins en particulier) et plus rarement les humains,  mais très vite, dans les années 20 du siècle dernier, il est apparu le ver parasitaire Opisthorchis viverrini, une espèce différente de douve, se trouvait initialement dans un mollusque d’eau douce, le bithynia et pénétrait ensuite dans 18 espèces de poissons (cyprinidées) et de là infestait l’homme par l’ingestion de poisson pas ou mal cuit. Nous vous épargnons la description des symptômes qui pourraient vous couper tout appétit. Ne parlons que des troubles digestifs, des nausées, douleurs abdominales, fièvre sévère, diarrhées et amaigrissement pouvant conduire à une cirrhose biliaire.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Des mesures préventives en Thaïlande depuis près de quarante ans ont fait disparaitre le mal qui touchait 34 % de la population en 1992 et 10 % en 2002 mais avec des variations pouvant aller de 2 % à 71 % selon les régions. (Chiffres 2009, il eut été intéressant que les journalistes poursuivent leurs investigations jusqu’en 2017). Toutes les recherches médicales réalisées initialement dans les colonies ont continué lors de l’afflux des réfugiés d’Asie du Sud-est dans les années 70. Le danger de la consommation de poisson cru ou mal cuit, de crevettes ou de crabes d’eau douce parasités est donc connu depuis près d’un siècle. La maladie toutefois n’apparait que lorsque la « charge parasitaire » est élevée ce qui peut rassurer le consommateur occasionnel. Les Japonais, autres grands consommateurs de poissons crus, les sushis, connaissent également une autre forme de douve parasitaire par l’intermédiaire d’un autre parasite plus ou moins similaire appelé anisakiasis. Par ailleurs, si les douves sont résistantes, aucune ne l’est pas à un produit, le praziquantel découvert dans les années 1970 et qui permet une cure radicale. Si les érudits l’appellent anthelminthique, pour nous, c’est tout simplement un vermifuge.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Vers le cancer du foie ?

 

Les articles des journaux que nous avons cités titrent tous peu ou prou « Le parasite d'un poisson consommé cru en Thaïlande à l'origine de nombreux cas de cancer » mais que faut-il en penser ? C’est de toute évidence faire du « catastrophisme » journalistique à bon compte. La maladie se caractérise par ses symptômes et une banale analyse des selles, car le parasite qui mesure environ un millimètre est visible à l’œil. Nous savons qu’elle est immédiatement guérissable par un farouche vermifuge. La question est toutefois tristement simple, la maladie non soignée peut effectivement conduire à long terme à un cancer du foie dans la mesure où le parasite peut -parait-il- vivre plusieurs dizaines d’années dans l’organisme et les patients arrivent trop tard. Le système médical actuellement en place depuis 2001 donne à tous les Thaïs la possibilité de soins dans les hôpitaux publics pour 30 baths. Dans tous les hôpitaux de tous les amphœ du pays sont systématiquement organisées des réunions publiques pour informer les habitants des nécessités d’une bonne hygiène et d’habitudes alimentaires saines.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Le programme « Cholangiocarcinoma Screening and Care Program » (Programme de dépistage et de soins du cholangiocarcinome) créé par la section médicale de l’Université de Khonkaen est une bonne chose, et ce n’est en rien une nouveauté.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

La consommation du poisson cru n’est pas le seul fléau alimentaire, le diabète (que les Thaïs appellent du joli nom de baohouanเบาหวาน – pisser sucré) est un fléau qui touche plus de 10 % de la population, conséquence d’une alimentation souvent détestable qui transforme souvent les petits Thaïs en petits cochons.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Ne parlons ni de l’alcoolisme ni du tabagisme qui peuvent aussi être à l’origine de cirrhose puis de cancer du foie en particulier et encore moins de l’excès de piment susceptible de générer des cancers de l’estomac ou du foie. Quelle est dans tous ces cancers la part respective du poisson cru, du piment, du tabac et de l’alcool ?

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Il est cependant d’autre fléaux d’origine alimentaire  dont on se garde de parler tant les intérêts financiers en jeu sont énormes. Une boisson dont les Thaïs abusent et que nous utilisons comme décapant a la réputation méritée de favoriser le diabète et le cancer.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Une chaine de restauration rapide dont la seule présence pollue tous les jours de plus en plus les villes et les bourgs thaïs est la reine de la « malbouffe » cancérigène.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

On ne touche ni à Coca ni à Pepsi ni à Macdo ni à Starbucks.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Il est une autre maladie, la ciguatera qui existe en Thaïlande à l’état endémique. Elle est due à la consommation de la chair de poisson vivant sur des zones coralliennes contaminées par une toxine contenue dans des algues qui se fixent sur le squelette calcaire du corail détruit par la pollution. Ces algues sont broutées par des poissons herbivores eux-mêmes ingérés par des poissons omnivores eux-mêmes ingérés par des poissons carnivores dans le foie desquels la toxine se fixe et s’accumule. La toxine, à l’inverse de notre Opisthorchis viverrini n’est pas détruite par la cuisson. Les poissons carnivores prédateurs sont les plus dangereux, barracudas, requins, murènes, mérous.  Elle est la plus importante des intoxications par produits de la mer. Elle est omni présente en Thaïlande. Oser parler de ce risque serait conduire à la ruine les dizaines de milliers de pécheurs et de restaurants locaux sur le golfe ou sur la mer d’Andaman, plus de 3.200 kilomètres de côtes, le long desquelles le récif corallien est détruit ou en passe de l’être. Tous les français ayant fréquenté les Antilles ou nos territoires du Pacifique, Polynésie et Calédonie françaises, connaissent bien ce problème. Quand un touriste est victime de la ciguatera dont les symptômes sont connus, l’hôpital local le soignera pour un « food poisoning », une intoxication alimentaire. Une intoxication passagère n’est pas dangereuse, le mal vient de l’accumulation. Si les symptômes persistent encore à son retour chez lui, notre touriste apprendra qu’il a été atteint par la ciguatera mais s’en remettra, heureusement pour lui car il n’existe pas à cette heure de traitement spécifique. Faut-il parler de ce mal endémique ? L’un de nous deux résidait alors sur l’île « paradisiaque » de Samui où des dizaines sinon des centaines de restaurant nous régalent des produits de la mer, requin ou barracuda en particulier. Il participait à la rédaction d’un mensuel depuis disparu, « Archipel » et décidait avec son rédacteur des articles à rédiger. Proposition : « un article sur la ciguatera ? ». Réponse « tu veux nous faire perdre tous nos annonceurs restaurateurs et nous faire lyncher par les pécheurs ? ». Dont acte, nous n’en avons pas parlé ! Ainsi va la presse qui vit de publicités.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Si vous voulez tenter l’expérience pour ne pas mourir idiot, vous ne pourrez probablement la réaliser que dans une famille Isan-Lao. Si vous surmontez l’odeur, si vous surmontez l’aspect repoussant du plat, une bouchée suffira pour vous dissuader de continuer. Le lendemain et les jours suivants, il vous faudra surveiller avec attention vos selles pour y chercher la présence de ce minuscule asticot et éventuellement vous précipiter à l’hôpital ou au dispensaire le plus proche demander un traitement au praziquantel, ils connaissent certainement, et vous ne recommencerez plus. En définitive, le koï pla, ce n’est pas le plat qui tue mais tout simplement le plat qui pue.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Sources

 

« Médecine tropicale » revue de l’Institut de médecine tropicale du Service de santé des armées (Marseille), numéros de novembre-décembre 1979, septembre-octobre 1982, novembre-décembre 1982, juillet-août 1983, avril-juin 1986, février 2006, avril 2006, juin 2009, décembre 2009.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

« Korean J Parasitol » de juin 2012, juin 2013, trois numéros de décembre 2013, janvier 2014, et juillet 2014.

 

Docteur Armand Prunac « Note sur la grande douve du foie ("Distorna hepaticum") », 1884.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

NOTES

 

(1) Sur un plan général, voir notre article « Gastronomie en Isan ? » assorti d’un point d’interrogation qui n’est pas innocent :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-27-notre-isan-gastronomie-en-isan-80673180.html

 

Sur un met singulier et plus encore dont il faut réprouver la consommation :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a66-le-limule-un-philtre-d-amour-en-thailande-106061051.html

 

Sur des nourritures spécifiques à l’Isan-Laos, les algues d’eau douce :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-8.khai-phaen-specialite-gastronomique-de-luang-prabang-et-delice-sur-les-deux-rives-du-mekong.html

 

…et naturellement le riz gluant, notre pain quotidien :

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

 

Pour les amoureux, la boisson aphrodisiaque de Renunakon : http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-39-un-aphrodisiaque-pour-femmes-de-thailande-81582982.html

 

Pour les amateurs de sensations fortes enfin, le Mékong, singulière boisson locale :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a199-mekong-le-whisky-de-la-victoire-vous-connaissez.html

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

(2) Ce n’est pas par hasard qu’un OVNI dont sont sortis deux petits martiens tout verts a atterri sur le plateau de Valensole (AHP) le 1er juillet 1965,

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

celle-là, ça fait maintenant 52 ans qu’on nous la ressort tous les étés, providence des journalistes en mal de copie.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

(3) « … elle l’a lu dans l’Express, c’est vous dire si elle lit… » Chantait Renaud Séchan (« Dans mon HLM », 1980) en parlant de la c…asse du troisième.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

(5) La procédure commence dans le wok dans lequel doivent mijoter à feu doux dans une bonne huile l’ail et l’oignon. Il faut surveiller avec attention pour éviter que cela ne brule. On met alors de côté. Entretemps, on a levé les filets de poisson en conservant la peau, le tout haché menu après avoir enlevé les arêtes. Dans un autre wok, on a mis de l’eau à bouillir avec le citron haché. Le poisson haché est placé dans une passoire et légèrement blanchi à la vapeur de ce wok. On mélange alors le poisson avec les herbes bouillies. On le mélange ensuite dans un bol avec ail et oignon doux. On rajoute poivre et piments puis les grains de riz grillés puis les deux nam pla puis les oignons verts, puis les deux coriandres puis les feuilles de menthe. Il ne reste plus qu’à mélanger et à consommer accompagné comme il se doit de riz gluant.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?
Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article
5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 18:00
A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Nous connaissons l’importance du riz dans la culture siamoise, nourriture de base ici mais pas seulement. Le rôle sacré du premier labour de printemps est magnifié dans la très symbolique cérémonie du labour royal, célébrée cette année 2017 le 12 mai par le nouveau roi (1).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Nous connaissons aussi, puisque nous vivons au cœur de l’Isan, ce riz dit « gluant » (khaoniao ข้าวเหนียว) servi dans des petits paniers en lattes de bambou tressées (kratipกระติบ, kongkhao en langage Isan – ก่องข้าว) soit individuels soit volumineux pour la table familiale (2).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Après trempage une nuit pour éliminer la plus grande partie de l’amidon, il est cuit à la vapeur une bonne heure dans un panier également en lattes de bambou (nguat nuengงวดนึ่ง) placé au-dessus d’une marmite à la forme caractéristique (mo nuengหม้อนึ่ง). Il est traditionnellement consommé des trois doigts de la main droite même d’ailleurs par les nombreux Thaïs qui sont gauchers.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Nous n’avons pas les compétences pour vous infliger un cours magistral de botanique ou de riziculture, mais  nous pouvons  constater que peu de choses ont été écrites sur le riz gluant (3). Aussi  nous vous proposons simplement quelques éléments qui pourront vous être utiles dans la découverte de la gastronomie locale avec en note quelques solides références techniques et scientifiques, toutes numérisées (4).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Les céréales sont à l’origine de l’alimentation de l’homme, riz en Asie, maïs sur le continent américain, blé et seigle en Europe, mil, ou sorgho en Afrique. Elles sont en concurrence mais concurrence ne signifie pas rivalité. En l'état du développement des échanges tout au long du siècle dernier et de la mondialisation les contrées les plus reculées du monde participent au grand mouvement des échanges. Et si l'Europe accepte les riz asiatiques, l'Asie n'est pas indifférente au pain de froment des Européens.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

La production annuelle de riz dans le monde est très approximativement de 500 millions de tonnes, moins que celle de maïs (environ 800 millions) et de blé (environ 750 millions). Ne cherchons pas à savoir combien, parmi les milliards d’êtres humains qui peuplent la planète, sont les mangeurs de riz, les mangeurs de pain ou les mangeurs de bouillies de maïs. Les mangeurs de riz sont probablement 4 milliards, soit plus de la moitié de la population de la planète.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le mot « riz » vient du sanscrit, urihi qui a donné le nom grec oρύζά (oruza) et le latin oryza. Il se cultive sur tous les continents, en Europe, en Asie, en Afrique et en Océanie ; Son origine est très probablement asiatique, peut-être de Chine depuis des milliers d’années. De là, il serait passé sur le continent, aux Indes puis vers l’ouest jusqu’au proche orient. Il aurait été ramené des Indes par les soldats d’Alexandre-le-grand, introduit par les Arabes en Afrique du nord et en Espagne et par les croisés en France (5), l’Afrique continentale ayant sa propre variété originaire, Oryza glaberrima, le « riz d’Afrique ». Cultivé partout, la plaine a pourtant ses préférences, mais — ses variétés étant innombrables — ni la colline ni la montagne ne lui déplaisent, pourvu que les précipitations atmosphériques lui apportent sa ration d'eau. Son avidité pour l'aqua simplex lui fait préférer les marécages, plante à ce point vaseuse qu'on s'efforce toujours de lui procurer par irrigations artificielles les boues favorables à sa vie aquatique. Les grands fleuves de l'Asie aux crues fécondantes et les deltas enrichis de limons fertiles devaient donc nécessairement se révéler comme l'habitat préféré de la blanche variété Oryza sativa, le « riz d’Asie » qui par ailleurs ne supporte pas le froid. L'Asie est donc devenue un grenier à riz.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Quelle y est la place du « riz gluant » ?

 

Le riz gluant a été cultivé en Asie du Sud-Est, essentiellement par des ethnies thaïes qui ont migré dans la région il y a environ 1.000 à 1.500 ans. Il est une sous-variété du riz blanc Oryza sativa var. glutinosa. Il était alors cultivé dans la partie sud de la Chine aux populations thaïes, dans la partie nord-est du Myanmar, dans la partie nord-ouest du Vietnam, dans la partie nord du Cambodge et dans le nord et le haut du nord-est de la Thaïlande. Son origine géographique est incertaine. Elle n’apparait pas clairement dans les recherches archéologiques. Faisons-fi des légendes. Il est consommé dans tout le Laos, dans la petite partie du Vietnam comportant des populations d’origine thaïe et constitue en Thaïlande l’aliment de base dans le nord et le nord-est, les régions économiquement les plus pauvres du pays, entre 20 et 30 millions de personnes. C’est beaucoup mais c’est peu par rapport aux milliards de mangeurs de riz blanc et explique que la littérature à son sujet soit squelettique.

 

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Notons que la traduction du mot thaï khaoniao (ข้าวเหนียว) par « riz gluant » est inappropriée même si nous la conservons ; ce riz n’étant pas gluant, mais légèrement collant. La traduction anglaise « glutinous rice » est tout aussi inappropriée mais traduit son nom latin, puisque l’une de ses caractéristiques est justement de ne pas contenir du gluten. Dans le nord (Lanna) il est plus volontiers khaonung (ข้าวนึ่ง  simplement « riz cuit à la vapeur »)  Il n'est pas seulement un aliment de base, il fait également partie intégrante de la sécurité alimentaire des petits agriculteurs de la « sous-région du Grand Mékong » (Greater Mekong Sub-region - GMS) (6). Les échantillons conservées dans la « banque internationale de riz » (International Rice Genebank - IRGC) -dont le siège central est aux Philippines- comprend 120.000 espèces de riz dont quelques milliers de sauvage. 6.530 variétés de riz gluant y ont été collectées et conservées. Le plus grand nombre d'échantillons provient d’Asie – 6.484 variétés - dont 4.802 du GMS. Au sein du GMS, ce sont les groupes ethniques thaïs, surtout ceux du Laos, du Vietnam et du sud de la Chine qui sont les principaux producteurs de riz gluant. Au sein du GMS, la plus grande collection de variétés provient du Laos – 2.475 variétés - puis de la Thaïlande – 1.289 variétés - puis de la Chine - 374 variétés.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Il n’y a toutefois guère que trois variétés qui soient cultivées, le blanc le plus courant, khaoniao ubon (ข้าวเหนียวอุบล)

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

puis le khaoniao sanpatong (ข้าวเหนียวสันป่าตอง) et le khaoniao kam (ข้าวเหนียวก่ำ). Ces deux derniers sont des riz gluants noir ou violet de couleur plus ou moins sombre (riz noir en français, purple rice en anglais) distincts du riz gluant blanc.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Mais tous sont riches en amidon (amylopectine) qui lui donne son aspect caractéristique : les grains bruts du blanc ont une couleur blanche opaque qui devient translucide après la cuisson, à l’inverse du riz blanc ordinaire, blanc cassé et légèrement translucide en tant que grain brut, devient blanc opaque après cuisson (7).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Il y a en Asie une superficie d'environ 135 millions d'hectares de rizières qui fournit des emplois à temps plein à plus de 300 millions de personnes et qui bénéficie  à environ 7 milliards de consommateurs de riz dans le monde. Le riz gluant, avons-nous dit, est une variété du riz blanc d’Asie. Il y aurait en Thaïlande 16 millions de riziculteurs cultivant environ 11 millions d’hectares de rizières dont 2.240.000 (20 %) consacrées au riz gluant, essentiellement dans le nord-ouest et surtout le nord-est, l’Isan. Au Laos siamois, plus de 85 % de la superficie des rizières est consacrée au riz gluant. Le rendement moyen, 20 quintaux à l’hectare, est inférieur à celui du riz blanc, 22 quintaux (8). Cependant, les statistiques sur le riz gluant sont rares et incertaines : Alors que la Thaïlande est l’un des principaux exportateurs de riz, la production de riz gluant ne représenterait que 16 % de la production totale et son exportation seulement entre 0,2 et 0,5 million de tonnes pour une production totale d’environ 4 millions de tonnes. (9)

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

C'est l'aliment de base pour les groupes ethniques de Thaïs au Laos, dans le nord et le nord-est de la Thaïlande et le nord du Vietnam. Il est généralement servi avec des sauces locales pratiquement incomestibles pour un gosier occidental. Mais il a bien d’autres utilisations, utilisations non alimentaires,  comme la confection de boissons alcoolisées et un grand nombre de desserts.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Nous n’écrivons certes pas un livre de recettes mais nous vous donnons quelques éléments vous permettant, à la lecture d’une carte de restaurant ou des étiquettes dans les marchés, de savoir ce que vous allez consommer.

 

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Utilisation non alimentaire.

 

Elle est évidemment la conséquence de sa forte teneur en amidon. Le riz blanc et notamment les nouvelles variétés génétiquement créées en Europe et en Amérique en sont dépourvue, d’où le fameux slogan « le riz qui ne colle pas » !

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Une légende voudrait que les pierres et les moellons qui ont servi à la construction de la Grande muraille de Chine aient été liés par un mortier à base de riz gluant.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Il entrait avec certitude dans la confection de la colle de riz qui servait jusqu’à il y a peu à tapisser les murailles. Les cols et manchettes de chemise étaient amidonnés au très célèbre « Amidon Remy » mais nul n’amidonne plus ses cols ni ses manchettes de chemise. Mais au XXIème siècle, les relieurs de luxe, il en reste, utilisent encore la colle de riz.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Si les belles ne se blanchissent plus le teint à la farine de riz, tel n’est pas le cas des Geishas qui doivent toujours la blancheur de leur visage à celle-ci.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Et tout comme pour le riz blanc, les déchets par ailleurs sont vendus pour être utilisés soit comme engrais, soit comme combustible, ainsi d’ailleurs qu'il est fait des déchets de maïs. Les farines résiduelles des moulins trouvent leur application dans l'engraissement des porcs et les brisures vont à la nourriture du bétail. Rien ne doit se perdre.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Charcuterie.

 

Vous trouverez des naemmu (แหนมหมู), littéralement « porc aigre », qui n’ont rien à voir avec les Nems des restaurants vietnamiens. Ce sont des saucisses fermentées à base de porc, de riz gluant, d'ail, de sel, de sucre et de petits piments rouges. La saucisse est enveloppée dans des feuilles de bananier et doit fermenter pendant quelques jours à environ 30° sous humidité ambiante (10). On le sert comme naem khluk (แหนมคลุก) ou yam naem khao thot  (แหนมข้าวทอด) accompagnant une salade volcanique et des croquettes de riz blanc au curry.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Moins agressive, est la saïkrok isan (ไส้กรอก อีสาน), une saucisse tout simplement - que l’on trouve plus facilement sur les marchés ou les cartes de restaurant, de confection plus ou moins similaire mais sous boyaux de porc et hors le piment.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Boissons alcoolisées

 

Richissime en amidon, donc en glucides, donc en glucose (sucre), le riz gluant se prête parfaitement à la transformation du sucre en alcool.

 

La simple fermentation produit ce que l’on appelle abusivement le « vin de riz », le sato (สาโท), la présence d’amidon permet la fermentation sans utilisation de levures. Il est consommable « avec modération », bien entendu. Ça ressemble à du « vin » comme la production du Biterrois des années 60 ressemblait à du Romanée-Conti. Le terme « bière » serait plus approprié. Titrant entre 10 et 13 °, il faut, avant de le critiquer, l’essayer. Il sert par ailleurs à confectionner par macération des « vins de fruits », qui n’ont rien à voir avec les vins de pèche, de noix ou d’orange de nos grands-mères, mais c’est tout aussi surprenant que buvable.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

La deuxième technique pour fabriquer non plus du « vin » mais de l’alcool de riz, le laokhao (เหลาข้าว) est évidemment la distillation. Le riz gluant fermente dans une marmite, seul les paresseux ajoutent de la levure pour l’accélérer. Il est alors distillé dans l’alambic qui fera ressortir un alcool entre 35° et 60°.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Ce délicieux et bienfaisant nectar est ensuite mis en bouteille, on peut y ajouter cobra, scolopendre ou baies aromatiques. Il vieillit ensuite plusieurs mois avant sa commercialisation ce qui lui permettra d'exalter tous ses parfums et de se charger de tous les éléments actifs contenus dans les baies, reptiles et insectes qui sont excellents pour la santé. Il est indispensable, pour que ces vertus soient efficaces, que ces animaux malfaisants soient plongés vivants dans le récipient. Une seule rasade de celui qui provient de distilleries artisanales et plus ou moins clandestines, suffira à envoyer dans les vignes dionysiaques les plus intrépides buveurs.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Défiez-vous des critiques des « experts » en œnologie : Il vaut ni plus ni moins que les alcools de patate, kartoffelschnaps des Allemands qui deviennent dans les plaines de l’Est de la vodka (le plus souvent alcool de pomme de terre) ou l’aquavit chez les descendants des Vikings, qui parfois ressemblent plus à de l’antigel qu’à de la Fine-Champagne.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Les macérations : nous vous avons parlé de l’ « alcool en pot » de la région de Renunakhon (เรณุนคน) sur les rives du Mékong, lao-ou ou lao-haï (เหล้าอุ - เหลาไห). Il passe pour avoir des vertus aphrodisiaques (11). L’essayer, ce n’est pas obligatoirement l’adopter. 

 

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Nous n’oublierons évidemment pas le fameux Mékong, un mélange d’alcool de canne, d’alcool de riz et de plantes aromatiques, beaucoup moins agressif et qui se prête à merveille à la confection de cocktails. On trouve de temps à autre quelques établissements thaïs qui servent des Whiskies sours (whisky + jus de citron + sucre) à base de Mékong, parfaitement honorables (12).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Il est probable que le riz gluant qui part à l’exportation va pour partie au Laos dont la production locale n’est pas suffisante pour nourrir ses 6 millions d’habitants et pour une autre au Japon, qui n’est pas producteur, pour la confection de son propre alcool, le saké qui n’est rien autre que notre sato. La Chine et le Vietnam, eux-mêmes producteurs de riz gluant n’ont pas besoin du nôtre pour distiller leurs propres alcools de riz.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Les desserts.

 

Si un repas thaï ne se déroule pas selon le schéma classique de notre gastronomie française, il se termine à tout le moins par un dessert, khongwan (ของหวาน), littéralement « chose douce » mais cette notion est tout à fait évanescente dans la mesure où l’on pourra vous servir d’appétissantes tranches d’ananas ou de juteuses fraises de Chiangmai  agrémentés d’une coupelle de ce que vous pensez être du sucre et qui est du sel parsemé de minuscules grains rouges qui sont du piment rouge pilé, le pire, et à l’inverse, si vous trouvez devant vous un petit pot que vous pensez être du sel destiné à agrémenter votre cuisse de poulet, ce ne sera pas du chlorure de sodium mais du glutamate de sodium dont abuse la cuisine asiatique et sur les dangers duquel les « experts » ne sont évidemment pas d’accord !

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Ceci dit, nous avons relevé dans un livre de recette thaï-isan un certain nombre de desserts à base de riz gluant -de vrais desserts- . Nous vous en proposons une douzaine, qui sont de vraies douceurs que vous pourrez affronter sans risques. Vous les trouverez souvent sur les cartes de nos restaurants. Parmi les desserts dont les Isans sont friands, citons en priorité le khao niao mamuang (ข้าวเหนียว มะม่วง) qui est du riz gluant semé de cacahuètes grillées, servi avec du lait de coco et de la mangue.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le khao niao tat (ข้าวเหนียว ตัด) est du riz gluant arrosé de lait de coco et accompagné de haricots noirs.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le khao niao na krachik (ข้าวเหนียว หน้ากระฉีก) est recouvert de chair de noix de coco râpée, grillée et caramélisée,

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le khao niao kaeo (ข้าวเหนียว แก้ว) est du riz gluant cuit dans du lait de coco abondamment sucré et recouvert de graines de sésame grillées.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le khao tom hua ngok (ข้าวต้มหัวหงอก), plus spécifique au Lanna est du riz gluant cuit à la vapeur avec de la banane, de la noix de coco râpée, du sucre ...

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

... et servi arrosé avec du jus très amer de Pandan (Pandanus amaryllifolius).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le khao Lam (ข้าวหลาม) est du riz gluant avec du sucre et du lait de coco cuit dans des sections de bambou de différents diamètres et différentes longueurs. Il peut être préparé avec la variété violette (khao niao kam - ข้าวเหนียว ก่ำา) de riz gluant.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le khao chi (ข้าวจี่) : voilà des galettes de riz gluant salé, recouvert d’œuf battu et grillé au feu de bois. Il sert traditionnellement à accommoder les restes. Dessert ou pas ? À vous de juger.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le khao pong (ข้าวโป่ง) : voilà encore des galettes croquantes de riz gluant cuit à la vapeur et pressé sous forme de crêpe avant d'être grillé.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le khao tom mat (ข้าวต้ม มัด) est du riz gluant cuit à la vapeur, mélangé à de la banane et enveloppé d’une feuille de bananier.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le khao niao ping (ข้าวเหนียว ปิ้ง) est du riz gluant mélangé avec du lait de coco et du taro (khao niao ping pheuak - ข้าวเหนียว ปิ้งเผือก), de la banane (khao niao ping kluai - ข้าวเหนียว ปิ้งกล้วย) ou des haricots noirs (khao niao ping tua - ข้าวเหนียว ปิ้งถั่ว), enveloppé dans une feuille de banane et grillé lentement sur le feu de charbon de bois.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Bon appétit !

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

La vision des historiens, des chroniqueurs et des voyageurs ? Voyez notre note (13).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

NOTES

 

(1) Voir notre article INSOLITE 7 « LA CÉRÉMONIE DU LABOUR ROYAL EN THAÏLANDE, HIER ET AUJOURD’HUI ? » :

 http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-7-la-ceremonie-du-labour-royal-en-thailande-hier-et-aujourd-hui.html

 

(2) Les combattants du Viêt-Cong qui déambulaient tout au long de la piste Ho-Chi-Minh avaient tous leur panier en bandoulière, leur seul casse-croute.

 

(3) Notons un article bien ficelé avec de solides références sur Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/ข้าวเหนียว

et une version anglaise :  https://en.wikipedia.org/wiki/Glutinous_rice.

 

(4)

Anonyme « Riz – Superficie, production et rendement par hectare » In: L'information géographique, volume 2, n°5, 1937. p. 212.

Anonyme « Riz – Commerce » In: L'information géographique, volume 2, n°5, 1937. pp. 213-214.

Francis Ruellan « Le riz » In L'information géographique, volume 2, n°5, 1937. pp. 207-210.

Jules Vidal « Les plantes utiles du Laos (Suite) »  In Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 8, n°8-9, août-septembre 1961. pp. 356-385.

Yoshio Abe « Quelques considérations sur les riz gluants (Oryza sativa L. var. glutinosa), étude préliminaire » In Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 32 année,1985. pp. 43-59.

« Support for the Association of Southeast Asian Nations Plus Three
Integrated Food Security Framework (Financed by the Japan Fund for Poverty Reduction) The Rice Situation in Thailand
», janvier 2012 par Boonjit Titapiwatanakun, professeur à l’Université agricole de Bangkok.

« An analysis of the efficiency of the glutinous rice », ouvrage collectif de 2012 in Asian journal of agricultural research.

« Geographical Distribution of Glutinous Rice in the Greater Mekong Sub-region » par Patcha Sattakam, 2016.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

(5) Pour la France, cette culture ne fut qu'accidentelle avant l’introduction massive en Camargue de l’Oryza sativa après la perte de nos colonies d’Asie et de Madagascar. On peut citer 20 hectares de rizières créées dans la banlieue de Thiers (Puy-de-Dôme) en 1740. Une épidémie de fièvre ayant éclaté qui emporta des milliers de personnes, les rizières furent incriminées et finalement détruites, ce qui n'empêcha pas la fièvre de faire à nouveau son apparition quelques années plus tard. « On a plus d'une fois tenté de l'introduire dans nos départements voisins de la Méditerranée, où les terrains sont très-bas et fort humides, même dans celui du Puy-de-Dôme en la belle vallée de la Limagne vers 1740. Mais la crainte de compromettre la santé publique par l'adoption d'une plante aussi marécageuse, a fait abandonner ces essais, qui sont demeurés stériles » (Tome VIII du « DICTIONNAIRE PITTORESQUE D’HISTOIRE NATURELLE ET DES PHÉNOMÈNES DE LA NATURE ». de F.E. Guérin, 1839). « Il y a une cinquantaine d'années une compagnie se forma dans le Bas-Dauphiné à Livrone près de la Drôme, pour essayer la culture du riz; elle réussit, le riz fut aussi bon que celui du Levant : mais des divisions parmi les intéressés firent bientôt abandonner l'entreprise. On remarqua que pendant le temps que cette culture eut lieu , il y eut une quantité surprenante de toutes sortes de gibiers, même d'espèces que l'on n'avait jamais vues dans le pays , à ce qu'on prétend, et qui disparurent dès que la rizière fut détruite. On ajoute qu'il régna des maladies, comme on l'a observé assez généralement, ce qui devrait en rejeter la culture à quelque distance des lieux peuplés. Ces considérations méritent d'être pesées par ceux qui, pour retenir les sommes que nous versons dans le Levant et le Piémont pour nous procurer cette denrée, désireraient naturaliser en France une culture qui fournirait une subsistance fort utile en cas de disette de bled » (« Dictionnaire Universel de la géographie commerçante » Tome III de l’an VIII i.e 1800).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

(6) Cette zone économique naturelle baignée par le Mékong couvre 2,6 millions de kilomètres carrés et regroupe environ 326 millions d'habitants répartis entre le Cambodge, la République populaire de Chine (en particulier la province du Yunnan et la région autonome du Guangxi Zhuang), le Laos, le Myanmar, la Thaïlande et le Viet Nam. En 1992, avec l'aide de l’ « Asian developpement Bank »  (ABD) ces pays ont participé à un programme de coopération économique visant à renforcer les relations économiques entre eux.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

(7) Le R.P. Théodore Guignard, des Missions étrangères, dans son « dictionnaire laotien-français » de 1912 ne cite pas moins de 22 noms de riz gluants et 5 de riz dur. Les riz colorés que l’on trouve sur les marchés – qui ne sont pas gluants - le sont (ou devraient l’être) avec des colorants végétaux, n’en citons que deux, il y a en a d’autres : le riz bleu coloré avec les fleurs à la forme oh combien caractéristique de l’anchan (อัญชัน), clitorie de ternate ou clitoria ternatea,

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

... le riz rouge coloré avec des fleurs d’hibiscus roselle, krachiap (กระเจี๊ยบ).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

(8) Nous sommes très loin des rendements en Camargue et plus encore de ceux d’Amérique du nord (« le riz qui ne colle pas ») mais les cultures y sont forcées, et plus encore, par la seule recherche du rendement donc du profit. Dans son remarquable ouvrage sur la Laos « Les tambours de bronze » Jean Larteguy raconte l’histoire des premiers ingénieurs agronomes français arrivés dans le pays qui expliquèrent aux paysans locaux qu’en utilisant des techniques plus élaborées, ils pourraient multiplier le rendement de leur parcelle par deux. Ils suivirent donc les conseils … et ne cultivèrent plus que la moitié de leurs terres. À quoi bon se fatiguer puisqu’ils cherchaient simplement à assurer leur nourriture pour l’année ? Il circulait à l’époque coloniale un brocard disant « Les Vietnamiens cultivent le riz, les Siamois le regardent pousser, les Laos l’écoutent pousser … et les Chinois le mangent ». La nonchalance des Laos est légendaire, n’oublions pas que les Isan en sont.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

(9) L’incertitude des statistiques tient au moins pour partie au fait que, culture essentiellement de subsistance, les petits producteurs, exerçant souvent une profession annexe, cultivent leur propre parcelle pour assurer leurs réserves annuelles. Il est fréquent en saison de trouver dans des petites boutiques porte close, la famille est partie « couper le riz ». Une petite parcelle de 1 raï (1.600 m2) a un rendement de plus de 300 kilos qui assurent le « pain quotidien » pendant de longs mois. Tout ceci échappe à la fois au commerce de gros et aux statistiques.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

(10) Pour la recette :

https://thaifoodmaster.com/preparation/fermentation/155#.WSebfpKGN0w

 

(11) Voir notre article http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-39-un-aphrodisiaque-pour-femmes-de-thailande-81582982.html

 

(12) Voir notre article http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a199-mekong-le-whisky-de-la-victoire-vous-connaissez.html

 

(13) La relativement faible diffusion géographique des mangeurs de riz gluant l’a fait négliger des premiers scientifiques et des visiteurs notamment ceux des ambassades de Louis XIV. Linné dans son encyclopédique inventaire ne cite que l’oryza sans distinguer les variétés (« Linné français ou tableau du règne végétal », traduction française de 1809, tome II, page 78).

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Monseigneur Pallegoix est – à notre connaissance – le premier à lui avoir consacré un paragraphe significatif : … « On compte au moins quarante espèces de riz qui se réduisent à quatre espèces principales le riz commun, le riz gluant, le riz des montagnes et le riz rouge. Le riz gluant est l'aliment favori des Lao mais les Siamois et les Chinois ne l'emploient que pour faire des gâteaux et surtout pour obtenir l'arac ou l'eau-de-vie de riz. On l'emploie à l'état de farine ou en grains. Voici comment on fait les gâteaux de riz fermenté : le riz gluant se cuits sans eau dans un bain de vapeur, après quoi on le saupoudre d'un peu de ferment sec composé de gingembre et autres épices on l'enveloppe par petites portions dans des feuilles de bananier, et au bout de vingt-quatre heures tous ces petits gâteaux de riz suintent une liqueur sucrée et vineuse fort agréable; c'est le moment de les manger quand on les garde plus longtemps, ils deviennent enivrants comme le vin, et, distillés dans un alambic, ils donnent l'arac a neuf ou dix degrés en distillant de nouveau cet arac, qui a un goût empyreumatique, (goût spécifique aux alcools pas toujours apprécié quoiqu’en pense le prélat) on obtient une très-bonne eau-de-vie ». In Description du royaume Thai ou Siam. Tome 1, pages 122 s.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Pour d’autres, il est le plus souvent simplement destiné à la distillerie : Par exemple Louis Cros, auteur de très nombreux ouvrages pratiques sur la colonisation :
« L’Indochine française pour tous » 1931.

 

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.
Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article
28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 18:08
A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Nous avons longuement parlé des peintures murales décorant traditionnellement l’intérieur et l’extérieur des chapelles d’ordination traditionnelles en Isan. Ces chapelles – Ubosot (อุโบสถ) ou Sim (สิม) en langue locale - sont le local le plus sacré dans l’enceinte du temple. Elles ne sont ouvertes qu’à l’occasion des cérémonies rituelles et l’intérieur est en principe interdit aux femmes auxquelles toutefois sont destinées, pour leur édification, les fresques de l’extérieur (1). Elles font l’objet d’articles passionnés d’une universitaire américaine partagée entre l’Université de Khonkaen et celle du Michigan, Madame Bonnie Pascala Brereton (2). Elle nous a livré il y a peu un article au titre délibérément provocateur que nous lui empruntons avec le sourire : « On the « 7-Elevenization » of Buddhist Murals in Thailand: Preventing Further Loss of Local Cultural Heritage in Isan » - « Sur la « 7-Élevenisation » des peintures bouddhistes en Thaïlande : Prévenir de nouvelles pertes du patrimoine culturel local en Isan » (3). La référence aux boutiques de la chaine « Seven Eleven » (7/11) toutes construites sur un modèle tristement similaire n’est pas innocente même si elle est un tantinet agressive (4).

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Le patrimoine culturel de l’Isan comprend ces peintures du début du XXème siècle peintes sur les murs extérieurs et intérieurs des salles d'ordination, notamment, mais pas seulement, dans les provinces de Khonkaen, Mahasarakham et Roi-Et. Toutes présentent des caractéristiques distinctes. Chaque ensemble est unique par sa composition, l’imagination narrative et les compétences artistiques de son auteur. L'état de ces peintures murales est variable : le meilleur exemple est le temple de Wat Chaisi (วัดไชยศรี) à quelques kilomètres à l’ouest de Khonkaen. Il est encore souvent utilisé à l’occasion de festivals et dans le cadre d’activités éducatives destinées à la communauté du village, aux professeurs d'université, aux étudiants et à la municipalité de Khonkaen.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Certaines sont dans un total état d’abandon comme la chapelle du Wat Buddha Sayaram (วัดพระพุทธไสยาราม สกลนคร) proche de Sakhonnakon

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

... ou presque comme celle du Wat Phra Simahapho (วัดพระศรีมหาโพธิ์) sur les rives du Mékong en amont de Mukdahan.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Le souhait de Madame Bonnie Pascala Brereton dans son article au titre provocateur est que les peintures murales encore restantes soient préservées sous l’égide des autorités locales administratives ou religieuses et des universitaires de l'Isan sur le territoire desquelles elles se trouvent encore, le Wat Chaisi devant servir de modèle.

 

Elles ont cessé d'être peintes après 1957, lorsque les notions de construction de la nation, la fameuse « Thainess », ont remplacé les cultures locales, leur expression artistique et littéraire. Les salles d'ordination construites depuis lors sont généralement basées sur des conceptions génériques du Département des affaires religieuses de Bangkok (kromkansatsana - กรมการศาสนา). En outre, les peintures sont maintenant peintes sur les parois des salles de réunion (ho jaek - หอแจก) ou des salles de prière (wihan – วิหาร) plutôt que sur celles des salles d'ordination et reflètent une esthétique religieuse thaïe centralisée depuis Bangkok.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

La préservation du patrimoine culturel - en particulier du patrimoine culturel local - est ouvertement négligée dans le climat d'urbanisation, de mondialisation et de développement technologique dans lequel baigne la Thaïlande aujourd'hui.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Au cours des dernières décennies, d'innombrables édifices religieux reflétant l’âme des divers groupes ethniques du pays et leurs expériences historiques ont été détruits ou simplement laissés à l’abandon. Les bâtiments qui les remplacent sont le plus souvent basés sur des conceptions génériques du Département des affaires religieuses, entraînant la prolifération de bâtiments homogènes de style « Bangkok » dans tout le pays.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Ces destructions sont la suite de la politique du gouvernement fondée sur la construction de la nation et l’imposition plus ou moins arbitraire de la notion de « Thainess » tout au long du siècle dernier conduisant à une « homogénéisation culturelle » et à des constructions monotones et sans âme, à l’aspect souvent agressif faisant fi des traditions locales.

 

Les habitants des régions éloignées de la capitale ont été conditionnés à penser que s’ils construisaient leurs temples dans le même style que celui de leurs ancêtres, ils seraient considérés comme des « provinciaux » (บ้านนอก - bannok que l’on peut traduire par « plouks » ou bouseux ») pour mieux leur imposer le style de Bangkok.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Cette situation résulte d’un manque d’intérêt des habitants pour leur propre culture et d’un manque généralisé d'intérêt pour connaître leur passé. Les moines bouddhistes ont en général fait peu de choses pour modifier l’attitude qui préside à la construction d’une nouvelle chapelle d’ordination au vu de l'idée répandue qu’elle présenterait un plus grand mérite que le maintien d'un style traditionnel. Madame Brerereton met de façon assez réaliste ce phénomène en parallèle à la croissance exponentielle des 7-Eleven (7/11) dans le pays, dont l’architecture est tristement la même dans le monde entier.  Dans les deux cas, ils sont fonctionnels tout autant que monotones ce qui pourrait convenir à un petit supermarché mais pas à un bâtiment sacré du bouddhisme.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Les temples des villages et leurs peintures murales appartiennent au patrimoine culturel.

 

À une époque donnée,  ce terme de « patrimoine culturel » a été appliqué uniquement à l'étude des monuments anciens pour chercher à établir une identité nationale et un passé glorieux souvent mythifié. On a pu le constater dans les travaux de rénovation des sites historiques et archéologiques par le Département des Beaux-Arts. Sukhothai, par exemple, qui est devenu associé à un « âge d'or », celui de la prospérité sous un monarque sage, juste et paternaliste.

 

Cependant ce patrimoine culturel comprend non seulement les monuments anciens, mais aussi la culture vernaculaire, « la sagesse locale » qui ne sont pas le privilège exclusif des élites. En Isan, le patrimoine culturel ne comprend pas seulement les grands monuments khmers, Puay Noï (กู่เปือยน้อย)

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

... et Ku Praphachai (กู่ประภาชัย) près de Khonkaen,

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Prasat Phimai (ประวัติศาสตร์พิมาย) près de Korat,

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Phanom Rung (พนมรุ้ง) près de Buriram,

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

... Prang Ku (ปรางค์กู่) près de Roi-et

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

... ou encore Ku Mahattat (กู่มหาธาตุ) près de Mahasarakham.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Il comprend aussi, moins bien connus, des objets modestes, éphémères comme les pièces de tissus anciens ou les objets de ce qu’il est convenu d’appeler les « arts et traditions populaires » comme on en trouve exposés au Musée national de Khonkaen

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

ou dans celui, beaucoup plus modeste, consacré à l’ethnie So dans le village de Kusuman (กุสุมาลย์) dans la province de Sakhonnakon (5).

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Nous y incluons aussi les représentations de Bouddha en bois - souvent maladroites - comme celles pieusement conservées dans la chapelle du Wat Phochaï (วัดโพธิ์ชัย) proche de Kuchinarai (กุฉินารายณ์) dans la province de Kalasin.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Il comprend enfin les peintures murales des chapelles d’ordination dans nos villages.

 

Elles datent de la première moitié du 20ème siècle et décorent principalement les murs des petites salles d’ordination. On les trouve aussi parfois, plus rarement, dans le Wihan (วิหาร), la salle de réunion, dont l’intérieur est ouvert aux femmes, ce qui n’est en principe pas le cas des salles d’ordination, au moins en Isan.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Toutes sont différentes, avec une diversité des idées, des styles et des pratiques, avant la centralisation des politiques imposées par le gouvernement de Bangkok et la Sangha au cours du siècle dernier, et chacune représente un élément significatif du patrimoine culturel local, forme architecturale vernaculaire, expression de dévotion jamais reproduite.

 

Ces peintures, ils faut le souligner, ne sont jamais de pales imitations des peintures murales  classiques de la région centrale mais des compositions à base de versions locales d'histoires bouddhistes et des interprétations locales manifestant la créativité des artistes.

 

Elles se composent de plusieurs registres qui serpentent sur le mur, en particulier celles à l'extérieur. Tout ceci exige d’ailleurs pour le spectateur qui n’est pas un spécialiste de l’histoire du bouddhisme et de ses légendes un effort considérable. Une autre caractéristique est la présence de scènes du quotidien, de scènes de débauche ou de détails à connotation sexuelle, ce qui peut choquer des occidentaux à l’esprit chagrin. Mais elles ont souvent été grattées !

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

On peut y trouver des représentations singulières de la vie quotidienne comme une naissance aux forceps sur le mur extérieur du Wat Chaisi

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

... ou une référence à l’actualité, comme la visite du prince Damrong en automobile au début du siècle dernier dans la province de Mukdahan à l’intérieur de la chapelle du Wat Phra Si Maha Pho (วัดพระศรีมหาโพธิ์) près de Mukdahan.

 

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Leur totale disparition à partir de 1957 coïncide exactement avec les changements dans les priorités du gouvernement du feld-maréchal Sarit Thanarat, qui a pris le pouvoir comme premier ministre après avoir organisé un Nième coup d'état. La loi martiale a eu pour effet d'imposer la conformité et l’uniformité dans tous les aspects de la vie, y compris le bouddhisme. Au demeurant, la construction d’une chapelle d’ordination n’est pas laissée à l’appréciation du clergé local puisqu’elle nécessite une autorisation préalable royale qui passe par le Département des affaires religieuses.

 

Ce fut particulièrement vrai dans le Nord-est en raison de la proximité du Laos et d’une culture commune avec les populations du Laos. En vertu de cette loi martiale, tout moine dans une ville, dans un village ou dans la forêt qui se conformait à la tradition courrait le risque d'être qualifié de communiste et emprisonné. Le simple fait d’être originaire du Nord-est pouvait faire peser sur quiconque un soupçon de communisme. Cette attitude des autorités centrales a alors certainement joué un rôle dans la disparition des peintures traditionnelles.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Celles qui ont été peintes après 1957 ont radicalement changé dans leur emplacement, leur composition et leur conception. Elles sont présentes à l'intérieur de la salle de réunion mais plus dans la chapelle d’ordination. Elles ont été remplacées par des scènes individuelles, chacune enfermée dans un cadre ...

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

.... avec la mention identifiant celui qui l’a financé et le montant de sa contribution.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

 Les compositions prennent une tournure occidentale avec montagnes et routes en arrière-plan. La peinture acrylique de couleur vive remplace les pigments naturels et surtout la composition dans tous les temples est pratiquement le même, inspirée sinon copiée à partir d'impressions produites par une société d'édition religieuse de Bangkok.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Madame Brerereton nous donne un exemple significatif de la même scène tirée du Vessantara (มหาเวสสันดรชาดก) – l’histoire du bouddhisme theravada, en version du début du siècle dernier et en version moderne. Dans le vieil Ubosot du Wat Na Khwai (วัดนาควาย) à Ubonrachathani, la scène se situe dans le vaste paysage de la forêt,

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

... dans la seconde, au Wat Ban Lan (วัดบ้านลาน) à Khonkaen, la scène est isolée et placée dans un cadre.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Le but est de créer des images simplifiées d'histoires traditionnelles bouddhistes en intégrant des perspectives occidentales et des formes humaines réalistes qui peuvent facilement être comprises des laïcs.

 

Ce réalisme favoriserait la force et l'unité de la nation comme on le retrouve dans les scènes sculptées sur le monument de la démocratie lui-même lourd de symboles : une identité thaïe partagée par tous dans le pays (6). Or, la vie de Bouddha, le Phra Malai et le Vessantara Jataka ont tous des versions régionales sensiblement différentes.

 

Les modèles sont désormais peints à travers le pays par des artisans travaillant à la copie ou pour les plus habiles de mémoire. Ils portent des photocopies des modèles pour que les populations locales puissent choisir l'image qu'ils souhaitent parrainer.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

La quasi-totalité de ces modèles provient de la « So. Thammaphakdi postcard » qui diffuse une immense quantité de cartes postales ou de posters. Les dessins sont pour la plupart et toujours de Phra Thewaphinimmit (พระเทวาภินิมมิต), dessinateur mort en 1942. Une comparaison des peintures murales ne révèle plus dès lors que des variations mineures résultant des différences dans les talents des peintres.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

 Que faire pour préserver les salles d’ordination locales et leurs peintures murales?

 

Ces nouvelles peintures murales sont toutefois très populaires parmi les Thaïs dans tout le pays, source de fierté pour une communauté. Mais les peintures murales anciennes et les « Sims » sur les parois desquels elles sont peintes sont aussi un patrimoine culturel précieux qui doit être préservé. De nombreuses chapelles anciennes non encore peintes – probablement faute de moyens financiers – font l’objet d’une conservation attentive de la part des autorités religieuses du temple. Citons par exemple la chapelle du Wat Sittikharan (วัด สิทธิการาม) à Nongrua (หนองเรือ) près de Khonkaen,

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

celle du Wat Phochaï (วัดโพธิ์ชัย) proche de Kuchinarai (กุฉินารายณ์) déjà cité

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

 ou celle du Wat Nonwararam (วัดนรวราราม) non loin de Mukdahan.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Dans ces temples dont la chapelle est placée sous la « protection » d’une université voisine, les responsables – nous en avons rencontré – se plaignent de l’absence réelle d’aide. L’entretien des toitures en tuiles de bois ou la préservation du blanc éclatant des murailles qui n’ont pas eu le temps d’être décorées sont une lourde charge.

 

Mais d’autres sont dans un état d’abandon lamentable comme on peut le voir au Wat Klang (วัดกลาง) à Huaymek (ห้วยเม็ก) dans la province de Kalasin ou la chapelle ancienne complétement délabrée est mitoyenne à la nouvelle construite au début du siècle.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Au Wat Chaisi à Ban Sawatthi, non loin de Khonkaen la conservation des peintures murales alignées sur les murs intérieurs et extérieurs de la chapelle, est due aux efforts conjoints de l'abbé, de la communauté villageoise locale, et quelques professeurs de l'Université de Khonkaen. D’autres temples ont pu bénéficier d’un généreux soutien financier mais curieusement l'incitation à la conservation et à la préservation vient de l'extérieur, contrairement à Wat Chaisi, où elle fut l’œuvre de l'abbé.

 

Que conclure ?

 

Depuis le milieu du siècle dernier, de nombreux aspects du patrimoine culturel local dans tout le pays sont tombés en ruine ou ont été détruits, y compris les salles d’ordination et leurs peintures murales. Nous pouvons toutefois constater – affirme Madame Brereton - un « intérêt croissant » pour la préservation des peintures murales venant d’universitaires, d’artistes, d’historiens de l'art et du grand public, comme en témoignerait le nombre de pages Facebook et des sites Web consacrés à la culture du Laos / Isan.

 

Cette quantité « considérable » d'échange est en cours mais est-elle suffisante ?  La question est de savoir comment cet intérêt, ce partage et cette recherche peuvent être canalisées dans un mouvement qui favorisera la préservation durable des peintures murales ? Madame Brereton préconise la création d’associations composées d'abbés et d’universitaires des universités des provinces où se trouvent les Sim sur le modèle de Wat Chaisi. Il faudrait aussi, dit-elle, apprendre aux habitants à identifier des fresques. La chose n’est pas toujours évidente d’autant que les inscriptions explicatives sont souvent en écriture traditionnelle (อักษรธรรมอีสาน) dont la connaissance et la pratique sont presque perdues (7). Il faut, dit-elle, encourager les habitants à participer à des visites guidées pour leur faire comprendre la spécificité de leur culture isan-lao dont ils ont tout lieu d’être fiers. Par ailleurs, si le tourisme pouvait apporter des ressources financières, il entraînerait les inévitables dégradations qui en sont le corollaire. Il n’y a à ce jour aucun danger compte tenu de l’extrême difficulté à localiser ces temples en raison en particulier de l’absence systématique (peut-être voulue ?) de panneaux indicateurs bilingues.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Mais les habitants eux-mêmes participent-ils vraiment à cette renaissance de la culture locale ? Il est permis d’avoir une vision tout à fait relative de cette affirmation peut-être trop péremptoire. Elle cite d’abondantes sources bibliographiques. 22 références d’ouvrages ou d’articles d’érudition certes, mais des auteurs japonais, australiens et américains pour la plupart. Nous y trouvons quelques érudits locaux, mais tous (sauf deux !) écrivent en thaï. La revue dans laquelle écrit notre américaine, le Journal of Mekong Societies refuse tout article écrits dans une autre langue que l’anglais alors qu’il s’agit d’une publication éditée sous l’égide l’Université de Khonkaen.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

D’autres références proviennent d’articles publiés dans le Journal of the Siam Society qui regroupe les écrits de tout ce que le pays compte d’érudits. Les Thaïs ont pourtant le droit de préférer leur langue. Le pire est un article publié en 2012 dans le Journal of the Siam Society sous le titre « Siam’s Threatened Cultural Heritage » « Le patrimoine culturel du Siam menacé » écrit en anglais, c’est proprement consternant alors que l’une des plus graves menaces qui pèse sur ce patrimoine culturel, est justement sa langue !

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

La langue vernaculaire de la Thaïlande reste le thaï et celle de l’Isan est l’isan-lao. Nous avons vu au sujet de l’écriture locale traditionnelle et sacrée (7) virtuellement perdue que sa « renaissance » ne concernait en réalité que quelques centaines d’intéressés alors qu’il y a quelques 25 millions de Thaïs-isan.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Critiquer l’invasion tentaculaire de la « 7-elevenisation » est une bonne chose et la formule est heureuse mais encore faut-il ne pas aller faire ses emplettes au 7/11 du coin.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Sources Internet :

Une intéressante visite guidée du Wat Chaisi par des étudiants de l’Université de Khonkaen sur Youtube :

Le temple a aussi sa page Facebook tout comme le Wat Nonwararam. La mention du nombre de visiteurs ou les « j’aime » laisse toutefois à penser que l’intérêt manifesté par les Thaïs pour ce patrimoine culturel reste tout à fait relatif.

 

Le Wat Chasi a sa propre page Internet (en thaï), il semble qu’il soit le seul :

https://sites.google.com/site/watchaisri/home/prawati-wad-chiy-sri-2

 

Le site http://isan.tiewrussia.com/ consacré à la sauvegarde de la culture isan consacre de très belles pages (en thaï) aux vieilles chapelles d’ordination avec de nombreuses photographies et de précieuses indications pour leur localisation.

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Citons en particulier à la suite de Madame Brereton :

 

http://isan.tiewrussia.com/wat_sanaunwari/

http://isan.tiewrussia.com/wat_bannakai/

http://isan.tiewrussia.com/wat_photharam/

http://isan.tiewrussia.com/wat_palalai/

http://isan.tiewrussia.com/wat_srabauwkaew/

http://isan.tiewrussia.com/wat_chaisri/

http://isan.tiewrussia.com/wat_yangchuang/

 

Notons toutefois qu’un inventaire exhaustif des chapelles d’ordination dans les temples de nos villages n’est pas une tâche à l’échelle humaine. Dans notre seule province de Kalasin, il y a un total de 670 temples. Dans l’un des amphoe où réside l’un d’entre nous, il y a 27 temples pour 84 villages et dans l’autre, il y en a 67 pour 111 villages. Tous n’ont pas de chapelle d’ordination, car il est nécessaire qu’il y ait un nombre minimum de moines permanents. Mais si nous avons l’inventaire des temples en activité, nous n’avons pas celui des chapelles.

NOTES

 

(1) Voir notre article A 196 « LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a-196-les-peintures-murales-l-ame-des-temples-du-coeur-de-l-isan.html.

 

(2) Voir en particulier « Towards a Definition of Isan Mural Painting: Focus on the Heartland » in Journal of the Siam Society, volume 98 de 2010  et « Preserving Temple Mural in Isan : Wat Chaisi, Sawatti Village, Khonkaen, a Sustainable model » in Journal of the Siam Society, Volume 103 – 2015.

 

(3) In Journal of Mekong Societies, Volume 11 n° 1 de janvier - avril 2015 pp. 1-20.

 

(4) Cette chaine a été fondée au Texas en 1946. Initialement, ces petites boutiques de proximité étaient ouvertes de 7 heures à 23 heures d’où leur nom. Elles ont littéralement envahi la Thaïlande à partir de 1989. Le premier magasin a ouvert en 1989 sur Patpong Road à Bangkok. En septembre 2016, il y avait 9.400 magasins 7-Eleven en Thaïlande dont environ la moitié à Bangkok. La société mère a prévu pour 2017 l’ouverture de 500 nouveaux points de vente. Les boutiques en Thaïlande sont ouvertes 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. C’est leur seul avantage puisque toutes les denrées de première nécessité que l’on y trouve, du dentifrice et des préservatifs aux bouteilles de bière sont systématiquement plus chères que dans le petit commerce local ce qui n’empêche pas les Thaïs de s’y précipiter.

 

(5) Voir notre article « L’ethnie So du nord-est de la Thaïlande » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-13-l-ethnie-so-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

 

(6) Voir notre article A 205 « Le monument de la démocratie le mal nommé » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/12/a-205-le-monument-de-la-democratie-le-mal-nomme.html

 

(7) Voir notre article « Vers une renaissance de l’ancienne écriture isan » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/vers-une-renaissance-de-l-ancienne-ecriture-isan.html

 

 

 

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article
10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 23:21
ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

EST-CE SIMPLEMENT POUR DE L’ARGENT ?

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Les mariages mixtes entre des femmes de l’Isan et des Occidentaux sont devenus un phénomène social dans la société thaïlandaise contemporaine (1). Opposition binaire ? Mariages fondés sur l’argent ou sur un amour romantique ? Ils n’étaient toutefois pas inconnus à l’époque coloniale en Asie, dans l’Indochine française et les Indes néerlandaises, mariages ou unions durables, mais ils se situaient dans un contexte colonial différent, s’ils n’étaient pas formellement interdits, ils étaient plus ou moins réprouvés dans le microcosme colonial. Ils n’ont pas, à notre connaissance tout au moins, fait l’objet d’études spécifiques. Ce sont surtout les métis qui ont fait l’objet de nombreuses monographies (2). Nous y reviendrons dans la mesure où parler de ces unions mixtes en Thaïlande nous conduira à parler de leurs fruits.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

L’ampleur du phénomène en Thaïlande nous vaut une toute récente étude (2012 et 2013) d’une anthropologue et sociologue thaïe, professeur à l’Université de Khonkaen, Isan qui plus est (elle est née à Nakhon Phanom), Madame Patcharin Lapanun (นางสาว พัชรินทร์ ลาภานันท์), une volumineuse thèse de doctorat (3) précédée d’un article qui en est le résumé (4).

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

L’intérêt de ce travail est qu’il est le fruit de recherches entreprises pendant plusieurs années sur le terrain auprès de toutes les parties prenantes dans les 20 provinces de l’Isan et plus spécifiquement dans un groupe de villages Isan au cours desquelles elle a recherché quelles étaient les motivations autant diverses que complexes qui propulsaient les femmes du village et les occidentaux à s'engager dans ces mariages mixtes, au vu de paramètres multiples, raisons économiques, normes,  pratiques locales et occidentales en matière de mariage et de famille, fantasmes aussi sur la modernité, stéréotypes « sexo-spécifique », rôle des épouses domestiques, relations entre les sexes dans les sociétés occidentales influencées par des idées féministes : Il est essentiel en effet de s’écarter d’une vision simpliste et dichotomique qui ne saisirait pas la multiplicité des facteurs qui façonnent les décisions du mariage tant pour les femmes que pour les hommes concernés

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Ces constatations ont ainsi été effectuées pendant plusieurs années sur le terrain, en particulier un village à une quarantaine de kilomètres au sud d’Udonthani. Il est par elle baptisé du nom (fictif) de Nadokmai, en réalité un groupe de villages comprenant 1.045 ménages pour une population de 4.229 habitants, le rapport homme-femme y est presque équilibré (49 - 51).

 

Dessin de Madame Patcharin Lapanun :

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Nadokmai est un village prospère doté d'une infrastructure bien développée. Les maisons ont été construites l'une à côté de l'autre sur les deux côtés de la route pavée qui traverse le village en le reliant à la route principale jusqu'à Udon.

 

Photogrqphie de Madame Patcharin Lapanun :

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Certaines maisons sont vastes, bordées de pelouses ou de jardins, avec garages, antennes paraboliques et de belles clôtures. Les plus belles appartiennent à des « mia farang » (เมียฝรั่ง) littéralement « femme de Farang », la femme thaïe d'un occidental.

 

Photogrqphie de Madame Patcharin Lapanun :

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Pour les villageois  ce sont celles qui vivent avec le soutien financier de leurs partenaires, qu'elles soient officiellement mariées ou non. Le terme plus recherché de « Phanraya Farang » (ภรรยาฝรั่ง) – « épouse de Farang » est plus courtois mais rarement utilisé. Il y avait lors de l’enquête 159 femmes qui étaient mariées ou avaient vécu avec des hommes étrangers et 22 dont les relations avaient pris fin.  Ces femmes représentaient 18% des femmes du village âgées de 20 à 59 ans. Leurs partenaires étrangers étaient des hommes de 21 nationalités différentes (4).  

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Les deux tiers des femmes étaient divorcées ou séparées d'un ancien partenaire thaïlandais avant de se marier avec un occidental. La moitié d’entre elles avaient des enfants nés d’un père local. Environ les trois quarts d’entre elles avaient quitté leurs maisons dans le village pour s'installer avec leur mari dans divers pays, tandis qu'un quart restaient avec leurs maris en Thaïlande, dans leurs villages ou ailleurs.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Madame Patcharin Lapanun fait référence dans une énorme bibliographie à des études universitaires sur les mariages et les rencontres sexuelles dans le contexte asiatique de l'Indochine française et des Indes néerlandaises. Le colonialisme a incontestablement généré des fantasmes sexuels chez les colonisateurs et les colonisés mais suscite alors le rejet du métis comme catégorie juridique distincte, totalement inconnu dans la situation présente. Pour les colonisateurs, ces femmes étaient perçues comme des épouses idéales porteuses de valeurs familiales traditionnelles, des considérations qui transcendent la notion d'opposition binaire entre l’amour romantique et les incitations matérielles.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Alors que les hommes sont attirés par les femmes asiatiques, indépendamment de l’attrait sexuel qui est certain, par la promesse du respect des « valeurs traditionnelles », celles-ci le sont souvent en raison de leurs hypothèses (ou rêves) sur un mode de vie plus « moderne » et des relations plus « flexibles » dans les pays occidentaux que dans leur pays d’origine. D'autres y voient le moyen d’échapper à des mariages limités à la maison, en particulier les divorcées ou celles qui bénéficient d’un niveau de scolarité élevé. Le mari occidental leur offre alors le moyen de sortir des contraintes locales et d'échapper aux inégalités entre les sexes sensibles dans les villages. Mais certaines aussi considèrent la passion comme la force motrice dans leur décision d'épouser un occidental.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Nombre de touristes masculins occidentaux se rendent certes d’abord le plus souvent - mais pas toujours exclusivement en Asie - pour consommer les fantasmes de l'Orient érotisé mais ces fantasmes peuvent aussi inspirer le désir d’une relation à long terme.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Si les hommes réalisent alors le rêve exotique d'avoir une épouse orientale, les femmes d'Isan trouvent dans cette union le moyen d'échapper à la pauvreté et d'avoir une vie heureuse dans un mariage réussi.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Madame Patcharin Lapanun souhaite éviter la dichotomie entre les raisons économiques et l’amour romantique. Pour elle c'est la combinaison de ces diverses motivations qui façonnent les choix de mariage. En dehors de ces considérations d’ordre général, elle nous cite en particulier ses entretiens avec plusieurs « mia farang » de Nadokmai, leurs expériences et leurs perspectives ainsi que les motivations de leurs partenaires occidentaux. Ces quelques exemples détaillés dans l’article de la revue Journal of Mekong Societies (3) ne sont pas isolés, ils sont confortés par tous ceux que détaillent sa thèse (2), trop volumineuse (près de 300 pages denses et plus encore) pour que nous en fassions même un bref résumé.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Quelques cas particuliers

 

Sa a 43 ans, elle est divorcée avec deux fils adultes. Elle  a rencontré Sven, 70 ans,  lui-même divorcé avec trois enfants adultes, pendant ses vacances à Pattaya, où leur relation a débuté. Ils ont vécu ensemble près de deux ans à Pattaya avant de rejoindre le village où le couple a décidé de s'installer après avoir acheté une maison où ils vivent. Elle avait quitté le village pour Pattaya après que son ex-mari l'ait abandonnée en lui laissant des dettes et deux fils à élever. Les dettes avaient été générées par le mari qui souhaitait aller travailler à l’étranger. La maison avait alors été hypothéquée à cette fin. Un premier contrat s’est bien déroulé et son mari lui envoyait régulièrement des subsides. Un deuxième contrat se passa mal, le mari n’envoyant plus d’argent. Sa travaillait pour éponger les dettes et conserver la maison sans parvenir à joindre les deux bouts. Elle décida alors de suivre une amie à Pattaya pour travailler dans un bar.

 

Photogrqphie de Madame Patcharin Lapanun :

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Au bout de deux mois, elle  rencontra Sven, ils vécurent ensemble et il lui proposa rapidement de l’épouser. Comme d'autres couples, ils connurent des nuages. Vivant à Pattaya, les conflits ont souvent été déclenchés par des malentendus basés principalement sur des ragots relatifs à son mariage antérieur venant des amies de Sa – non encore divorcée officiellement - qui travaillaient au bar. Ils déménagèrent alors à Nadokmai où ils furent confrontés à d’autres difficultés, les demandes fréquentes de soutien financier de la famille auxquelles le couple pu faire face vaille que vaille. Mais après 10 ans de vie commune, Sa conclut qu'elle connait « l'amour réel » (rakthae – รักแท) né au fil des années sur la base de soins, de compréhension, d'aide et de confiance. Elle admet qu’au début, elle ne sentait guère d'affection pour Sven, de la sympathie simplement. La passion est venue au fil des années. Elle a apprécié la gestion financière de Sven faisant par ailleurs preuve de gentillesse avec ses frères, sœurs avec lesquels ils s’entendaient bien, et ses parents. De son côté, Sven affirme que Sa a toujours pris soin de lui. Au cours des dernières années, il eut des problèmes de santé, au cours desquels les soins de son épouse et son soutien affectueux lui ont été d’un grand secours, toutes choses qui lui manquaient dans son précédent mariage. « Je ne peux pas imaginer vivre sans elle ... sans elle, je mourrais ». Cette histoire nous éclaire sur les diverses motivations ayant influencé Sa et Sven.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Notre universitaire cite d’autres exemples : Celui – oh combien significatif même s’il est terre-à-terre - de Thomas, un Anglais qui vit au village : « Lorsque, fatigué de mon travail, je rentrais à la maison et que je disais à ma femme « je suis fatigué, j’ai mal à la tête », elle me répondait « Il y a une boite de pilules sur l'étagère; Va la chercher » ». Ma femme thaïe, elle, va me chercher les pilules et un verre d’eau ! Et il continue  «... Les femmes thaïes savent prendre soin de leurs maris ». Citons encore Mike, un Anglais, de 42 ans marié à une fille du village : Pour lui, son précédent mariage a pris fin parce que lui et son ex-femme avaient une vie professionnelle trépidante, sortaient rarement ensemble, ne se voyaient même pas pendant plusieurs jours, vivant dans la même maison avec des vies différentes. Il considère que les idées féministes des sociétés occidentales sont beaucoup moins fortes en Thaïlande et, comme d’autres compatriotes, nous retrouvons le même leitmotiv : « les femmes thaïlandaises savent comment s'occuper de leurs maris ».

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Telle est donc l’image des femmes thaïes (et asiatiques) dans l’esprit des occidentaux : Elles savent prendre soin de leur mari (occidentaux ou locaux), une image qui n’est pas toujours associées aux épouses occidentales.

 

Comme avec Sa, beaucoup de « mia farang » ont admis que leurs relations intimes n’avaient  pas commencé par l'amour romantique et que la passion n'était entré en jeu qu'au bout d’un certain temps.

 

Jin a 47 ans. Elle vit dans un village proche de Nadokmai. Elle a épousé un Allemand et vécu en Allemagne pendant 10 ans. Elle écarte les liens passionnés mais considère que ses relations conjugales ont été fondées sur un soutien réciproque, la confiance, les soins et la sexualité dans lesquels s'élargit l'attachement émotionnel.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Nisa a 33 ans, elle est divorcée avec une fille de 7 ans. Elle a rencontré Carsten, un Danois de 50 ans lors de ses vacances à Phuket en 2004. Il travaille pour une société de construction familiale et réussit à venir et rester avec elle au village deux ou trois fois par an. Ils ont eu un fils âgé actuellement de 2 ans qui  reste avec sa mère au village. Nisa est diplômée d'un collège professionnel et est allée  travailler à Bangkok dans une usine textile où elle a rencontré son ex-partenaire, un thaï, le père de sa fille. La relation s'est bien déroulée jusqu'à ce qu'elle découvre « qu'il voyait une autre femme ». La situation a empirée lorsqu’elle est tombée enceinte et qu’il s’est désintéressé d’elle. Elle l’a quitté ainsi que son travail pour revenir au village chez ses parents sans le moindre soutien de son mari.  Elle a lutté seule et déclare  « Les hommes thaïs n’ont aucun sens des responsabilités à l’égard de la famille et des enfants. Ce que j'ai traversé ne pouvait être pire et rien ne me fera changer d’avis. Croyez-moi, beaucoup de femmes (mia farang) ont connu les mêmes expériences ». En 2004, elle avait suivi une femme du village à Phuket et trouvé un emploi dans le même bar.

 

Photogrqphie de Madame Patcharin Lapanun :

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

C’est là où elle avait rencontré Carsten. Elle est restée avec lui pendant ses vacances. Ils ont continué leur relation et correspondu après qu’il soit rentré au pays. Il lui envoyait un secours financier pour elle et sa fille. Elle a ainsi pu envoyer la gamine dans une école privée à Udon. Il a également rénové la maison où elle vit. Il appelle tous les jours par Internet et a toujours essayé de planifier ses visites au village pour coïncider avec les anniversaires des enfants. Nisa déclare que, en tant que père et mari, il ne l'a jamais déçue, même s'ils ont parfois rencontré des conflits semblables à ceux des autres couples. Elle insiste sur son expérience comparative avec son ex-partenaire thaï et son mari danois, en termes de fiabilité et de responsabilité en tant que maris et pères. Le partenaire thaï n’a jamais assumé ses responsabilités et en outre, ses performances sexuelles étaient déplorables. Son expérience est similaire à celles d’autres  « mia farang » du village, entendues par Madame Patcharin Lapanun, qui soulignent par ailleurs l’addiction de leurs maris thaïs aux jeux de hasard et à l’alcool. C’est probablement la pudeur qui leur interdit de parler de leurs visites au bordel local.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Tous ces récits féminins concordent à considérer les « locaux » comme totalement irresponsables face aux responsabilités familiales ce qui légitime le choix des femmes pour le mariage mixte. « La famille n'est pas leur priorité. Les femmes doivent accepter ces comportements masculins » dit Lita, une autre « mia farang ». « Le mariage mixte est pour nous la seule manière d’échapper à ces conditions ». Celle-ci, 37 ans, après quatre ans de communication par internet a épousé Peter un Anglais de 42 ans. Elle était enseignante dans une école primaire d’un village proche. Ses parents et ses deux sœurs sont également enseignants. La famille est riche, au sommet dans la hiérarchie du village. Sa famille avait bien tenté de la marier localement mais ces tentatives furent des échecs. Après ces dialogues sur Internet, Peter est venu à Nadokmai. Il a reçu de la famille un accueil chaleureux. Ils se sont mariés l'année suivante. Peter lui avait dit qu'il n'était pas riche, mais qu’il pouvait s'occuper d'elle. De toute évidence, l'histoire de Lita va à l’encontre de la vision normative selon laquelle les femmes des régions déshéritées de la Thaïlande épousent les hommes des pays riches uniquement pour des raisons économiques.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Certaines femmes ont encore mentionné leur préférence pour un enfant métis (luk kreung – ลูกครึ่ง – littéralement « enfant- demi ») dans le cadre de leurs motivations pour épouser un Farang. Khwan, 27 ans, était assistante dentaire à Pattaya Elle venait de divorcer d’un mari anglais après trois ans de mariage, elle déclare : « Si j'ai des enfants, je veux un enfant mignon avec un nez droit comme un Occidental, pas le mien. C'est mon complexe. Lors de les études dans le cadre de l'éducation sexuelle à l'école, j'ai appris que si je me mariais avec un asiatique, je n'obtiendrais jamais un enfant avec un nez droit ». Bien que son mariage n'ait pas marché, le désir de Khwan d'avoir un « demi » n'a pas changé. Cette passion est partagée par son amie Kanda. Pour elles, ces enfants sont beaux et représentent la « modernité » (khwam thansamai - ความทันสมัย). Ils peuvent espérer devenir acteur ou actrice. Cette passion a motivé Kanda à chercher des liens avec un occidental par Internet. Elle a épousé un anglais titulaire d’un doctorat en technologie de l'information fin 2009.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Ce fantasme n’est pas innocent car les métis ont acquis un espace privilégié dans la société, en particulier dans les médias depuis les années 1990. Acteurs, actrices, chanteurs ou super modèles dans les concours de beauté, aux antipodes des métis de l’époque coloniale ou des enfants souvent marginalisés à l’époque de la guerre du Vietnam.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Voilà bien des femmes de l’Isan qui se sont engagées dans l’aventure d’un mariage mixte en dehors des incitations matérielles. Le résultat est que ces couples résistent au poids des années et à’ l’usure de la routine : le taux de divorce ne serait que de 15 % (6). Les conclusions de Madame Patcharin Lapanun – il est important de la préciser – ne sont pas tirées seulement de ces quelques exemples mais d’un travail de fourmi effectués pendant plusieurs années dans les 20 provinces de l’Isan et non seulement dans ce canton. D’autres exemples strictement similaires sont cités tout au long des 300 pages de sa thèse (3).

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Et les hommes thaïs ?

 

Madame Patcharin Lapanun fait-elle preuve de misandrie à leur égard ? Ce n’est ni une pétroleuse ni une suffragette ; c’est une scientifique. Elle a donc recueilli l’avis des hommes thaïs. Il s’est avéré que les hommes de l’Isan sont tous conscients de la mauvaise image qu’ils donnent d'eux-mêmes. Mais ils considèrent ces comportements masculins comme des réactions aux pressions créées par les conditions de leur vie professionnelle, échecs de la production agricole et autres contraintes, sans parler de l’obligation de vivre loin du village pour trouver du travail, en particulier ceux qui trouvent un emploi à l'étranger. Par ailleurs, leur comportement, jeu, alcool, adultère, est pour eux chose normale (ruang thammada – เรือง ธามาดา) qui ne constitue nullement des signes d’irresponsabilité à l’égard de leur famille.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Les points de vue sont totalement différents. Les différenciations de genre sont renforcées par des normes culturelles en Thaïlande, c’est une certitude. En général, les garçons ont beaucoup plus de liberté que les filles qui sont astreintes à plus de tâches ménagères et font l'objet d'une surveillance plus sévère en termes de mobilité spatiale et d'activités sexuelles. Les « sorties de groupe masculin » offrent les occasions pour se regrouper, boire de l'alcool, visiter divers lieux de divertissement sinon de débauche. Ces comportements sont considérés comme constituant la masculinité et la sexualité des hommes comme un moyen de libération physique et de relaxation. Ils sont intégrés au tissu social de la société thaïe. Quant à l’expliquer par la pression exercée par les hommes ou l'échec professionnel, ce n'est qu'une partie de l'histoire. Ils ne mettent toutefois en avant, pour expliquer les préférences de leurs anciennes épouses pour les mariages mixtes, que la seule cupidité.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

N’oublions pas que traditionnellement, les relations polygames étaient généralement acceptées, surtout chez les hommes de classe supérieure. Si la polygamie est actuellement interdite, elle se manifeste habituellement en sus de l’épouse principale (mia luang – เมียหลวง) sous forme d'une « petite femme » (mia noi  - เมียน้อย), d’une femme cachée (mia  lap  -เมีย ลับ) et pour le samedi d’une épouse de location c’est à dire une pute (mia tchaô  - เมีย เช่า). L’évolution des moeurs est telle que les femmes thaïes ne se sont pas encore affublées – au moins dans nos campagnes - de phoua noï (ผัว น้อย) strict équivalent pour elles des mia noï !

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Contrairement à cette représentation plutôt « négative » des locaux, les femmes du village imaginent (pas toujours à juste titre il est vrai !) les occidentaux comme attachés à la famille, insusceptibles de boire, jouer, dormir ou s'impliquer dans des aventures extraconjugales : manger ensemble, se promener ou faire les courses de concert, participer à des activités communautaires ou associatives, telle est du moins la vision qu’en a eu notre universitaire au terme des centaines de contacts.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Une vision occidentale ?

 

Rares sinon inexistants sont les écrits sérieux à ce sujet : Le plus souvent sur Internet – qui est comme la langue d’Esope parfois la meilleure mais le plus souvent la pire des choses - souvent sinon toujours, sur blogs et forums ce ne sont le plus souvent que des récits déprimants d’occidentaux victimes de gourgandines assortis d’une littérature de hall de gare toujours égrillarde, parfois fétide et souvent nauséabonde du niveau des propos de bar.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Ceux qui vivent une relation de couple normale ne vont pas, jamais, répandre leurs états d’âme sur la toile. Nous sommes deux à animer ce blog, deux mariages à cette heure réussis, ce n’est pas pour autant que – allant du particulier au général - nous allons en induire que ces unions sont à 100 % des succès. Les victimes des Vénus des gogos de Pattaya, ils existent n’en disconvenons pas, font comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, de la philosophie sans le savoir même si ce n’est que de la philosophie de comptoir (7)

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Conclusions ?

 

Madame Patcharin Lapanun réprouve l’affirmation trop répandue selon laquelle ces mariages mixtes auraient du côté des femmes Isan pour seule motivation celle des avantages matériels. La simplification ne saisit pas la multiplicité des facteurs constituant ce qu’elle appelle la « logique du désir ». La question des avantages matériels n’est pas plus étrangère aux femmes Isan que les intérêts que savent manifester les occidentales avoisinant parfois la cupidité lorsqu’elles s’évertuent à presser le citron que devient le mari dans un divorce à la française (les prestations compensatoires) ou à l’américaine (les dommages-intérêts pharaoniques).

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Il est toutefois un paramètre qui échappe totalement à notre universitaire thaïe-isan et qui peut expliquer au moins en partie pourquoi les Farangs continueront de plus fort  à préférer se réfugier dans les bras d’une Thaïe.  Ne le lui reprochons pas, elle n’a manifestement pas été en contact étroit avec des occidentales : Les femmes sont philosophiquement et métaphysiquement nos égales même si nous sommes physiquement différents. Elles se sont battus à juste titre pour faire reconnaître ce droit, soit. Elles ont d’ailleurs bénéficié du droit de vote en Thaïlande bien avant les Françaises.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Là où le bat commence à blesser, ce n’est plus lorsqu’elles prétendent à cette reconnaissance égalitaire qui leur est acquise dans tous les pays civilisés (hors pays musulmans), c’est lorsqu’elles prétendent être des hommes ce que physiologiquement elles ne sont pas. Participer comme membres des forces spéciales de la police à des commandos du Raid ou de la Bac, pourquoi pas ? S’engager dans les commandos de marine pour aller saborder quelque navire de « Green peace », pourquoi pas ? Elles savent parfaitement utiliser une arme de poing, pratiquer la plongé sous-marine et sont d’ailleurs plus féroces au combat que les hommes.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Elles sont passionnées par les métiers du bâtiment, quel beau métier que de faire surgir une maison du sol ? Mais il a fallu pour elles modifier la législation et imposer des sacs de ciment de 35 kilos alors que tous les maçons français, italiens, siciliens, espagnols, arabes ou portugais que nous avons connus portaient un sac de 50 kilos sur chaque épaule.

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Passe encore. Mais allez donc demander aux femmes Isan (ne parlons pas des esclaves birmanes) – employées des entreprises de Travaux publics - que nous voyons sur les routes répandre du goudron brulant par 45° à l’ombre si elles ne préféreraient pas être choyées dans leur village par un mari farang, même vieux, même cacochyme et même vilain (8) ?

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

Devenir des hommes ? Les projets de la législation européenne en cours d’étude prévoient de permettre aux femmes de bénéficier de congés maladie lorsqu’elles ont des « règles douloureuses » ce qui permettra à ces « hommes » d’être en congé deux ou trois jours à chaque lunaison. Citons simplement pour mémoire les projets délirants de certains suédois ou de certaines suédoises qui voulaient interdire aux hommes de pisser debout …et restons-en là.

 

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

NOTES

 

(1) Nous n’avons pas trouvé de statistiques fiables : il y aurait 11.000 occidentaux vivant dans les 20 provinces du nord-est dont la plupart – évidemment - sont en couples avec des autochtones. Une autre source (« Courrier International » de 2004) parle de 15.000 femmes de l’Isan mariées à des occidentaux mais ne vivant pas toutes dans la région. La statistique la plus récente que nous ayons concerne le nombre de mariages en Isan en 2013, 83.249 mais elle ne donne pas de ventilation ethnique :

https://www.happywedding.life/en/tips/wiki/international/23156.

 

(2) Voir par exemple l’étude relativement récente de Pierre Guillaume « Les métis en Indochine ». In : Annales de démographie historique, 1995. Les réseaux de parenté. pp. 185-195. Nous avons quelques éléments sur les mariages mixtes sur le site « Belle Indochine » :

http://belleindochine.free.fr/images/statistiques/122MariagesDivorces.JPG

 

(3) « Logics of Desire and Transnational Marriage Practices in a Northeastern Thai Village », thèse soutenue à l’Université d’Amsterdam en 2013 et numérisée sur le site de l’Université : https://research.vu.nl/en/publications/logics-of-desire-and-transnational-marriage-practices-in-a-northe.

 

(4) « It’s Not Just About Money: Transnational Marriages of Isan Women » in
Journal of Mekong Societies, Vol. 8 No. 3 (Sep.-Dec. 2012 ) p. 1-28 numérisé sur le site https://www.tci-thaijo.org/index.php/mekongjournal

 

(5) 30 Allemands, 20 Suédois, 18 Anglais, 12 Norvégiens, 10 Italiens, 7 Français, 6 Danois, 6 Autrichiens, 5 Néerlandais, 4 Suisses, 4 Belges, 3 Finlandais, 2 Islandais, 1 Luxembourgeois, 1 Grec,  14 Américains, 4 Australiens et 11 Asiatiques (Japon, Hong-Kong, Singapour et Corée).

 

(6) Par comparaison, de façon approximative, 45 % des mariages en France et un peu plus de la moitié aux États-Unis se terminent en divorce.

 

(7) L’induction est un mode de raisonnement philosophique qui consiste à la généralisation d'un fait; induire, c'est ériger un phénomène en loi; c'est présumer une série de faits inconnus, à raison d'un fait connu, c'est affirmer comme universel un rapport particulier révélé par l’expérience. Si ces vérités particulières ont été constatées à de nombreuses reprises, expériences répétées, elles peuvent devenir une loi. Stuart Mill cite l’exemple du corbeau : Lorsque j’ai vu des centaines fois des corbeaux noirs, je peux affirmer que tous les corbeaux sont noirs. Si le hasard me fait rencontrer un rarissime corbeau albinos, je dois tout simplement considérer qu’il s’agit de l’exception qui confirme la règle. Un simple fait ne peut pas servir de preuve à un autre fait et encore moins prouver un nombre illimité de faits semblables. Or, ce que nous trouvons dans ces jérémiades, c’est une répétition du syllogisme caricaturé par Ionesco : « Tous les chats sont mortels, or Socrate est mortel donc Socrate est un chat » qui deviendra « J’ai épousé une garce, or cette garce est Thaïe dont toutes les Thaïes sont des garces ».


 

 

ISAN  43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

(8) C’est d’ailleurs ainsi que les hommes thaïs – fort peu charitablement – nous considèrent, il faut bien l’admettre.

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 00:30
A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Nous avons rencontré à diverses reprises sir Francis-Henry Giles alias Phraya Indra Montri, officier de marine britannique contraint de quitter le service, devenu collaborateur actif de la Siam Society à qui nous devons, dans les années 30, d’avoir recueilli des rites et coutumes locales alors déjà en voie de disparition (1). Les cérémonies festives – et plus encore – de la pêche annuelle au plabuk ont été minutieusement décrites dans un article du journal de la Siam society (2).

 

Le poisson-chat géant du Mékong (ปลาบึก – plabuk - pangasianodon gigas) est un poisson d'eau douce de la famille des silures qui vit dans le Mékong, au Cambodge, en Chine, au Laos, au Myanmar et en Thaïlande, dans le fleuve et ses affluents, Nam Ngum (แม่น้ำงึม) et la rivière Moon (แม่น้ำมูล), mais pas dans le lit inférieur  ou l’eau est plus ou moins saumâtre. 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Les spécimens vivant dans le « grand lac » du Cambodge (« Thonlésap ») remontent le fleuve en à la fin de la saison des pluies sur plus de 300 kilomètres, les constatations ayant été effectuées sur des poissons bagués. D’après un ichtyologiste de renom, le Dr Hugh McCormick Smith consulté par Giles, le plabuk est semblable au plathepo (ปลาเทโพ, le « poisson chat aux oreilles noires » ou Pangasius larnaudii) 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

.... avec deux différences,  le plabuk n'a pas la tache noire sur les ouïes et il est dépourvu de dents. Ce poisson est d'une couleur gris clair sur le dos et blanc sur le ventre. Il n'a pas d’écailles, son cœur est très petit, deux pouces (5 cm) et est situé à proximité de la gorge. Il est facile à tuer d’un coup de masse sur la tête. Il peut atteindre 3 mètres avec une circonférence de 2 mètres. Le mâle est plus fin que la femelle qui est plus robuste et plus ventrue. Les œufs apparaissent en janvier et février, mais une femelle capturée à Chiangsen (เชียงแสน) un amphoe de la province de Chiangrai (เชียงราย) à la fin juillet portait encore ses œufs (3).

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Les rites décrits par Giles sont selon lui d'une grande antiquité, purement animistes avec une influence brahmaniste et bouddhiste. Une référence dans les incantations à Phraya Thorn (พยาธร) peut signifier tout simplement « les esprits » mais les spécialistes interrogés par Giles y voient une référence à Vishnu. Si le Brahmanisme a étendu son influence dans cette région il y a environ 2000 ans, il ne semble pas qu’il ait eu la moindre incidence sur la vie quotidienne de la population ce qui laisse à penser que ce cérémonial est bien antérieur et remonte à « plusieurs milliers d'années ».

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.
Les esprits favorables sont des Kha (ข่า) révélant des croyances bien antérieures au bouddhisme et Giles trouve des ressemblances troublantes en référence à des rites à la fois brahmanistes et bouddhistes observés par lui lors de chasses à l’éléphant dans l’actuelle province de Chumpon et de chasses au buffle dans notre province de Kalasin (4). Ces chasses et cette pèche ont été observées dans une même région, celle du plateau de Korat (โคราช) délimitée à l’est par le Mékong. Le peuple croit en l’existence de l’« esprit des eaux » qui occupe le corps de ses ancêtres, Ta Seng (ตา แสง) qui serait une réincarnation de l’esprit ancien, le kha.
A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Giles a encore constaté la persistance de certains aspects des cérémonies qui auraient une connotation bachique, une grande liberté sexuelle tolérée pendant et après la période de pèche.

 

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Les lieux de pêche

 

Ces lieux de pêche sont nombreux sur des centaines de kilomètres depuis les chutes de Kemmarat en aval de Mukdahan jusque dans la province de ChiangraiGiles nous donne le détail des plus connus (5). Ce sont probablement les endroits où des siècles d’observations ont démontré que le fleuve était le plus poissonneux.

 

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Le rituel

 

Nous allons voir que, si le Mékong constituait depuis 1893 la frontière politique entre le Laos français et le Siam, il ne constituait alors pas une frontière naturelle puisque les cérémonies se déroulaient indifféremment et sans difficultés sur l’une ou l’autre rive et qu’il n’y avait aucun obstacle – du moins pendant ces dix jours de pêche – à sa traversée.

 

Chaque année, à la saison des basses eaux, les habitants du voisinage du « bassin d'or » se réunissent dans le but de commencer les opérations de pêche.

 

Le premier jour, elles commencent à la 8ème lune décroissante du 3ème mois et se continuent jusqu’à la 12ème. La journée de pêche commence à l’aube et se termine à la mi-journée. Les autorités des villages invoquent l’esprit des eaux et l’esprit de leur village. Sur la rive française, les autorités administratives françaises participaient à ces cérémonies sans probablement y rien comprendre. 

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

C’est le début d’un cérémonial qui date de la nuit des temps. Pourquoi le choix d’une lune descendante ? Voilà bien un point sur lequel les avis, souvent péremptoires, divergent mais l’influence de la lune sur la pêche est mentionnée dans des écrits anciens, nombre d’habitudes en découlent et chaque pêcheur à ses secrets. Quant à l’influence des cycles de la lune sur le comportement des poissons, elle est certaine mais ne paraît pas avoir fait l’objet d’études sérieuses.

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Il y a plusieurs esprits qui veillent sur cette partie du fleuve, dont il faut se concilier les bonnes grâces par des offrandes de nourriture et de boissons. Il existe quatre sanctuaires importants où résident ces esprits, à proximité du « bassin d’or » :

 

Le premier esprit est connu sous le nom de Hongkham (ฮงคำ), en Isan-lao « le cygne d’or » qui réside dans la province de Vientiane, dans le village Kaoliao  Tasaeng, (เก้าเลี้ยว ตาแสง), district de  Sikai (สีไค) situé sur la rive gauche face aux villages siamois de Ban  Mo  (บ้านหม้อ) et  Donchingchu  (ดอนชิงชู้), situés dans le tambon de Si  Chiangmai (ศรีเชียงใหม่), amphoe de Tabo  (ท่าบ่อ), sur la rive droite.

 

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Un autre esprit appelé Chao Dan (เจ้า ด่าน) a son sanctuaire dans la province de Vientiane au village de Hinsiu (หินสิ้ว) sur la rive gauche. Ce village se trouve en face du village de Koksok (โคกซอก), également  dans le Tambon  de Si Chiangmai et l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ), sur la rive droite.

 

Le matin, au début de la saison, les villageois qui ont décidé de se rendre au « bassin d’or » avant de partir à la pêche doivent d’abord se rendre au village de Hom (ห้อม), à une quinzaine de kilomètres en amont de Vientiane. Le chef de village, nommé Taseng (ตาแสง) est la réincarnation actuelle de l’esprit des eaux anciennement Kha (ข่า). Il appelle tous les esprits de la rivière et quand ils sont arrivés commencent une fête pour nourrir ces esprits. Après cette fête, les esprits sont invités à accompagner les pêcheurs à la partie de pêche dans le « bassin d'or » pour protéger les pêcheurs de tous les dangers et leur assurer de bonnes prises.

 

Les offrandes se composent d'un pagne pour les esprits masculins et une jupe appelée sin (ซิ่น) pour les esprits féminins, cinq noix de bétel, douze coupes de fleurs, des bijoux et des sucreries.

 

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Les villageois se déplacent alors jusqu'à la rivière dans le village de Suanmon (บ้าน สวน มอน) où se trouve le jardin de Ta Seng, à environ cinq kilomètres en amont de Vientiane. Ce village est situé en face Huasai (หัวทราย) dans l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ) sur la rive siamoise. Les bateaux forment un cortège et descendent le fleuve jusqu'à Tana (ทะนา) et Paksai (ปากใส) pour y nourrir les esprits et puis s’en retournent à Ban Suanmon où une autre fête est préparée pour les esprits. On y passe la  nuit.

 

Le matin suivant les bateaux se déplacent jusqu'à Kokkham (โคกคำ) et Hadchaosaimun (หาด เจ้าทรายมูล) sur la rive gauche face à Ban Panprao sur la rive droite (บ้าน พานพร้าว) situé dans l’amphoe de Nongkhai. À chacun de ces endroits, des offrandes apaisent les esprits gardiens du fleuve. La procession se dirige alors vers Vientiane. À l'arrivée, elle se dirige vers le Sanctuaire de Siri Mangala (ศิริมงคล), un esprit favorable, où, après que lui ait été rendu un hommage respectueux, des offrandes lui sont présentées. Siri Mangala est un esprit très puissant qui entre parfois dans une enveloppe charnelle féminine, un medium connu sous le nom de Nang Thiam (นาง เทียม). L’équipe y passe la nuit. Ce sanctuaire est situé à l'embouchure de Huay Champasakdi (ห้วย จำปาศักดิ์). Le medium est vêtue d'une jupe rouge, d’un manteau rouge, et d’un turban rouge. Elle fait des offrandes de bougies, de cierges d'encens, de spiritueux et de sucreries, invitant l'Esprit à entrer en elle. Les musiciens jouent sur des khénes l'air de la chanson Sudsanen (สุดสะแนน)

 

 

... invitant l'esprit à pénétrer le médium. Nang Thiam allume une bougie et se tient assise tenant dans sa main un bol avec des bougies et des cierges d'encens, immobile. Lorsque la bougie faiblit et que sa flamme vacille, c’est la preuve que l'Esprit Siri Mangala est entré dans son enveloppe charnelle. Nang Thiam entre alors en transe, elle pose le bol, se lève et se met à danser. Intervient une deuxième personne, familière de l'Esprit qui veille sur lui et fournit ses besoins, connue sous le nom de Cham (จ้ำ).

 

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.
Cette personne demande à Siri Mangala, lorsqu'il est entré dans l’enveloppe charnelle du médium, d'accorder ses faveurs pour la pêche dans le « bassin d'or » et de lui révéler si la pêche sera bonne. Nang Thiam répond (en général) que la pêche sera bonne et plus abondante que l'année précédente à la condition que soient respectées les anciennes coutumes. Elle lui demande alors quelles sont ces coutumes. Le medium répond que la nourriture préparée ne doit avoir été touchée par aucune personne avant que l'Esprit Hongkham (ฮงคำ) ou « cygne d’or » ait été nourri. Après cela, les participants peuvent manger. Le familier de l'Esprit, Cham (จ้ำ) demande alors à Siri Mangala de quitter le corps du medium et l'invite à accompagner la partie de pêche dans le « bassin d'or ». Nang Thiam, le médium, est payée seize atts (un quart de tical) un pagne fleuri, deux noix de coco vertes, un régime de bananes, neuf couples de bougies et d'encens et des cierges pour ses services.

 

A l’aube du jour suivant, les bateaux quittent Vientiane partent en procession et remontent  le fleuve vers le « bassin d'or ». Sur le chemin en amont, il est nécessaire de faire une halte en faisant des offrandes à l' Esprit Yaya (ยายา), elle-même mère de l'Esprit de Hatmun (หาดมูล), situé dans le tambon de Sikai (สีไค) (à une quinzaine de kilomètres en amont de Nongkhai) et aussi au temple de Huay Vichaya (ห้วยวิไชย).

 

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

À l'arrivée à Kao Liao (เก้าลี้ยว) les « neuf méandres » on fait de nouvelles offrandes à l'Esprit du Cygne d'or. Elles prennent la forme pendant deux années consécutives d'un cochon, et d’un buffle la troisième année, une rotation inchangée depuis des temps immémoriaux. Ces animaux sont abattus à une heure de l'après-midi. La tête, les pattes avant et la queue avec des fleurs de bois de santal, des bougies, des cierges et d'encens sont placées sur un plateau, et le familier de l’esprit, le Cham les lui offre à l’esprit en psalmodiant :

 

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

« Nous tes humbles serviteurs, tous gens du pays, nous sommes réunis pour faire des offrandes à toi, Chao Pomhua (เจ้า ป้อมหัว) chef de tous les esprits, et respectueusement, nous t’invitons à participer à notre festin spécialement préparé pour toi. Le moment est venu pour nous de commencer cette activité  importante, la capture du poisson dans le « bassin d'or », et nous te demandons de nous accorder ta protection et ta faveur que nous puissions capturer de nombreux poissons ».

 

Plus tard, de nouvelles offrandes sont offertes à l'Esprit dans ce sanctuaire. Elles se composent de neuf types différents de nourriture, un plat de chacune est placé sur un plateau. Nous y trouvons du lap (ลาบ), de la viande crue mariné dans la sauce de poisson, de la viande grillée (เนื้อปิ้ง), un curry (แกง), des tripes bouillies (ต้ม เครื่อง ใน), des tripes frites, une sorte de bouillon (ต้มซั่ว), du foie grillé (ตับปิ้ง), une sorte de salade de crevettes (ก้อย), des spiritueux, un verre ou une bouteille.

 

 

 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Ces offrandes sont connues pour être celles que prises le Cham. Elles sont placées sur l’autel du sanctuaire et le Cham psalmodie alors, à peu près dans les mêmes termes :

 

« Nous tes humbles serviteurs, tous gens du pays réunis, nous t’invitons toi à partager les bonnes choses préparées par nous. Le moment est venu pour nous de commencer cette activité  importante, la capture du poisson dans le « bassin d'or », nous te supplions de nous accorder ta protection et ta faveur que nous puissions capturer de nombreux poissons ».

 

Pendant l'acte de présentation des neuf offrandes Nang Thiam le médium, vêtue de sa robe rouge, allume des bougies et des bâtons d’encens et tenant le tous dans ses mains avec des fleurs de bois de santal, elle rend hommage devant le sanctuaire et invite l'esprit du cygne d’or à entrer en elle. Les musiciens jouent alors le même air de Sudsanen, sur leurs khénes.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Le médium reste immobile avec le bol contenant les bougies et les cierges d'encens dans les mains. Elle commence bientôt à entrer en transe, elle place ensuite le bol sur le sol, se lève et danse. L'Esprit a maintenant pris possession de son corps.

Le Cham demande alors à l’Esprit seigneur de tous les esprits, ce que sera leur capture. L'Esprit répond que si les pêcheurs agissent d'une manière juste et approprié la capture sera abondante mais que si leur comportement est injuste la capture sera minime mais toutefois, vous ne pourrez pas retourner à la maison les mains complétement vides. Le Cham s’enquiert ensuite de ce qui constitue un comportement juste. La réponse est qu’il faut respecter les traditions de la cérémonie. La Cham invite alors l'Esprit à quitter le médium et à rejoindre la partie de pêche. Les mets préparés comme offrande à l'Esprit sont ensuite distribués à la foule qui va passer la nuit sur place.

 

A l'aube du jour suivant, les bateaux quittent les « neuf méandres » et remontent en amont en s’arrêtant à Pakmun (ปากมูล) et à Huayhom (ห้วยห้อม) où l’on fait des offrandes aux esprits locaux.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Quand le cortège arrive là l’après-midi, le Cham, en prenant des offrandes de viande de porc, de canard et volaille les présente l'Esprit Chao Dan (เจ้า ด่าน), dont le sanctuaire est à Hinsiu (หินสิ้ว). Il n'y a pas là de cérémonie pour inviter l'Esprit à entrer dans le médium. Le Cham lui manifeste seulement son respect et l'informe que la troupe part pour le « Bassin d'or » pour la pêche annuelle. L'Esprit ayant la charge de garder le sanctuaire ne peut pas abandonner son poste. La troupe passe alors la nuit, elle a été rejointe par un grand nombre de personnes des districts environnants avec leurs bateaux qui attendaient la procession cérémoniale pour l’accompagner au « bassin d'or », n’osant pas y entrer avant que le Seigneur des Eaux n’ouvre la voie.

 

A l'aube du jour suivant, un chef Lao de Vientiane qui joue le rôle de maître des cérémonies rejoint la troupe qui s’arrête à Konsahua (ก้อนสระหัว) et à Kutkungli (กุดก้องลี) et fait des offrandes propitiatoires aux esprits des lieux.

 

De là les bateaux sont amarrés à un arbuste sur un banc de sable pour être au vu de tous. La Cham prend un peu de porc, de canard et de chair de volaille, et fait une offre sans aucun cérémonial aux esprits gardiens des lieux. Il lui manifeste simplement son respect et les informe de son intention de rejoindre le bassin d'or pour capturer le Pla Buk. Ces Esprits, également sur leurs gardes, ne peuvent pas accompagner la partie de pêche.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

À deux heures de l'après-midi le Cham prépare de la nourriture, des bougies, des cierges, de l’encens et des fleurs de bois de santal pour les présenter au temple de l'Esprit du « bassin d'or ». Ce sanctuaire, qui est situé dans un bâtiment appelé localement le Pamsai (ผามไซ). C’est une grande cérémonie. Une procession de bateaux se forme. Ils transportent deux épées, deux gourdes d'eau, deux plateaux avec des noix de bétel et des feuilles, neuf pièces d'argent, quatre morceaux de cire d'abeille, deux noix de coco vertes, deux plats de sucreries, neuf paires de bougies, des cierges d'encens et des fleurs de bois de santal ... 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

... un gong et deux flûtes. La Nang Thiam vêtue de rouge bat le gong et joue sur une flûte. Lorsque la procession arrive au sanctuaire, le Cham allume les bougies et cierges et d'encens, rendant hommage révérencieux, les place avec de la nourriture sur l'autel, en disant:

 

« Aujourd'hui, ton humble serviteur implore la permission de te rendre hommage à toi, Seigneur, de ce lieu, chef des Esprits. Je te prie de permettre à ces personnes d’attraper du poisson pour que leurs efforts soient récompensés par une prise abondante. Moi, ton humble serviteur, j’ai apporté des noix de coco, des bananes douces, des noix de bétel, de la viande de porc, de la chair de buffle chair et des spiritueux. Si nous prenons du poisson, je te présenterai de nouvelles offrandes ».

 

Durant la cérémonie, les musiciens jouent du khène et le Cham continue à parler à l'Esprit en disant : « Je viens accompagner le peuple et ses dirigeants dans le « bassin d'or » et maintenant je prie la mère et le père de l’esprit du bassin d’or dans le sanctuaire dans le Pam Sai. Lorsque les poissons auront été capturés, je viendrai te présenter du poisson, préparé pour manger avec des liqueurs spiritueuses pour ton repas du matin ».

 

Cette cérémonie ayant été effectuée, le peuple se met en procession accompagné par la musique. Au sanctuaire, tout a été préparé pour recevoir ces offrandes, des tapis ont été étendus, une estrade a été élevée sur laquelle est placé un oreiller, neuf nattes, couches, neuf pièces de soie, neuf jupes, neuf pièces de tissu blanc et une bouteille de spiritueux. Une lampe est allumée. Un grand concours de personnes s’est réuni pour attendre avec impatience l'arrivée de la procession.

 

L'activité réelle ne commencera que le lendemain (enfin !) avant l’aube. Nul n’ose jamais enfreindre ces règles fixant la période au cours de laquelle les poissons peuvent être capturés sous peine de s’attirer les plus grands malheurs. Il faut probablement voir là le fruit d’un bon sens millénaire, la pêche n’est « ouverte » qu’une semaine par an ce qui va éviter une disparition du gibier par une pêche massive !

 

Chaque pêcheur a un bateau creusé dans un tronc d'un arbre large d’un mètre et long de dix. De nombreuses chansons sont à leur répertoire. Les filets utilisés sont extrêmement solides, en corde d’un pouce avec des mailles de 50 cm de côté.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Ces filets sont courts, d’une largeur de 6 mètres et d’une longueur de 10. Les cordes pour les manipuler ont 66 mètres de long. Ils sont lestés de pierres pesant environ 6 livres chacune.

 

L’équipage se compose de deux hommes, l'un à l'avant et l'autre à l'arrière. Toutefois, avant de pouvoir être utilisés, les bateaux sont soumis à une cérémonie de purification, qui inclut le nettoyage de la coque par le feu. On doit rendre hommage à la déesse du bateau, maechaonangrua (แม่เจ้านางเรือ) en lui présentant des fleurs fraîches et de l'encens.

 

Ces offres sont fixés à la proue des bateaux marqué du signe symbolique de la Sainte Trinité fait avec de la poudre parfumée. Ce signe de protection, joem (เจิม), consiste en trois points disposés en triangle. C’est toujours celui dont les moines ornent le plafond de nos automobiles !

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.
Des offrandes de nourriture doivent également être faites à l'Esprit du bateau : poules, œufs, pâte de poisson, grenouilles et douceurs. Certains bateaux sont purifiés par le propriétaire qui saisit une volaille vivante par les pattes et l’utilise pour frapper le bateau de la poupe à la proue jusqu'à ce qu’il  meurt.

 

Les gens croient que les bateaux et les filets sont doués de vie, qu’en en fait, ce sont des esprits, des êtres vivants, raison pour laquelle ils doivent être purifiés ainsi que les filets, les cordes et les pierres de lest, parfumés à l’encens avant de pouvoir être utilisés. Une incantation doit être utilisée : «  Om, que toutes choses de toutes sortes qui nous aiment, soient solidement attachées comme avec du ciment, liées étroitement à nous, attirées par ce pouvoir de provoquer l'amour, qui nous est inhérent et possédé par toutes les jeunes filles ».

 

Bien d’autres incantations peuvent encore utilisées, nous vous en faisons grâce, elles sont difficiles à comprendre pour un esprit occidental et peut-être même pour ceux qui les utilisaient. Nous y trouvons encore l’utilisation de « om » ou « aum », l’ « invocation suprême », la syllabe sacrée du sanscrit dont on ne connait en réalité ni l’origine ni le sens exact, laisse toutefois à penser que ces rituels sont venus de  l’hindouisme depuis la nuit des temps ? Ce son serait une mise en vibration en lien avec l'univers : Ce serait la personne toute entière qui va vibrer au sein de cet immense univers ?

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Lorsque ces incantations ont été prononcées, le maître de cérémonie doit ramasser le filet en tenant les quatre coins dans ses mains, deux coins lestés et deux coins non lestés, en retenant sa respiration avant de le jeter.

 

Comme certains poissons peuvent rompre le filet, les pêcheurs se réunissent à Ban Sampanna (บ้าน สามพันนา) près des rapides de Sinohat (สีโนหัด) sur le territoire de Vientiane où se trouve un banc de sable sur la rive gauche.  D’autres se regroupent à Hatmun (หาด มูล) face Huayhom (ห้วย ห้อม) sur la rive gauche, entre Ban Koksok (บ้าน โคกซอก) et Ban Taphrabat (บ้าน ท่าพระบาท) dans le district de Si Chiangmai (ศรีเชียงใหม่) et l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ).

 

Les pêcheurs utilisent aussi des filets constitués de sept filets ordinaires liés entre eux pour une longueur de  35 mètres mais les incantations utilisées pour les filets sont les mêmes que pour les filets courts.

 

Certains pêcheurs, mais pas tous, prononcent une nouvelle incantation avant de procéder à la capture des poissons.

 

A cinq heures du matin du jour suivant, chaque bateau pagaye vers l’amont dans le « bassin d'or ». Dans chacun d’eux hommes tiennent les coins supérieurs du filet plongé dans l'eau. Les bateaux naviguent aussi vers l’aval. Alors qu’ils sont en mouvement, de nouvelles incantations sont chantées. Nous retrouvons toujours le fameux « om ».

 

Pendant le processus de pêche proprement dit, c’est le tumulte entre les défis que se lancent les pêcheurs et leurs nouvelles incantations pour supplier les poissons de se précipiter dans les filets.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Les habitants de la rive droite vivent ces quelques jours dans des huttes temporaires construites sur la rive et ceux de la rive gauche font de même. Mais ils ne se mélangent pas. Lorsque l’’un a pris un poisson et le perd en raison de la rupture du filet, il faut à nouveau accomplir toute la cérémonie de propitiation et subir en outre les quolibets des autres pêcheurs.

 

Le matin du jour suivant, une nouvelle cérémonie d’offrandes à l'Esprit propriétaire du Bassin doit être effectuée sur le banc de sable.

 

Lorsque ces offrandes ont été faites, un poisson, le premier à être pris, appelé le poisson Cham (ปลาจ้ำ) est tué, et sa tête et la queue sont présentés à l'Esprit du « bassin d'or ». Le poisson est préparé soit en lap (ลาบ) soit en salade soit grillé ou frit, soit en curry. Le foie est apprécié. Une partie de ces préparations est présentée à l’Esprit du bassin. Lorsqu’un second poisson est capturé, il est procédé de même, au son de la musique

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Le matin du jour suivant à l’aube, le maître de cérémonie demande au Cham de tuer un autre poisson et de faire des offrandes de sa chair à l'Esprit gardien des cavernes situées sur la falaise rocheuse de la rive droite de la rivière, car ces cavernes subaquatiques abritent des poissons. Le cérémonial des offrandes est toujours le même.

 

Dès l'instant où les filets sont abandonnés dans l'eau comme filets dormants ou traînés en chalutage, toutes les personnes, hommes, femmes, enfants et spectateurs se livrent à un « grand tournoi d’abus » sur lesquels Giles, anglais probablement pudibond, se garde de s’étendre et ce « tournois d’abus » se poursuit jusqu’à la fin de la pêche..

 

Depuis en effet les temps les plus anciens, l’esprit qui pénètre le medium a toujours été un Kha (ข่า), esprit connu pour posséder une nature lascive accordant une place de choix aux relations sexuelles. En agissant ainsi, les gens croient que cette forme de plaisirs une musique douce aux oreilles de l'Esprit, lui donne à son tour du plaisir et leur permettront de gagner ses  faveurs pour qu’il fasse se précipiter le poisson dans ses filets.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Lorsque la rive gauche était territoire siamois, il n’était perçu ni taxes ni redevances en espèces sur les prises, ce que l’on appelle « le prix de la queue du poisson » (kha hangpla ค่า หางปลา), mais un paiement en nature selon le tarif suivant : Si le pêcheur n’avait pris que un ou deux poissons, il était exonéré. Mais à partir de trois prises, il fallait en donner une et deux au cas de six prises. Un poisson était réservé à la nourriture de l’Esprit, le premier poisson péché. Lorsque la rive gauche est devenue territoire français, une redevant de dix piastres (probablement des atts ?) était prélevée, dix piastres par poisson (« le prix de la queue du poisson »).  Lorsque les siamois de la rive droite attrapaient un poisson et le conservaient sur la rive siamoise, il devait néanmoins s’acquitter de la taxe de 10 piastres au profit du chef laotien pour couvrir les dépenses engagées dans le cadre des cérémonies de pêche qui se déroulent essentiellement sur la rive gauche.

 

Le nombre maximum de prises dans le « bassin d'or » dans une saison ne dépasse pas une centaine de poissons, et le minimum est d'environ trente. Le poids d'un poisson de taille moyenne est d'environ 125 kilos et les œufs environ 3 kilos. Les poissons entiers sont vendus à des prix variant entre 40 et 80 piastres. Lorsque la redevance sur un poisson a été payée, le propriétaire est libre de le mener à son domicile ou il le tue et vend en général sa chair au détail, 1 tical la livre de chair et 1 tical les 150 grammes d’œufs qui sont considérés comme succulents.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Il y a environ tous les ans un millier de pêcheurs sur 200 bateaux mais au moins 7.000 spectateurs. Les autorités françaises autorisent les jeux de hasard et la consommation d’opium. Des baraques de vente de nourriture et de boissons sont installées tout au long des rives du fleuve.

 

Il est probable que ce festival va complétement disparaitre dans quelques années, aussi ajoute-t-il – il écrit en 1935 - « ai-je cru bon d’enregistrer les détails de la cérémonie et le texte des incantations avant qu’ils n’aient complétement disparu ».

 

Notre « géant du Mékong » ne se trouve que dans le Mékong et quelques affluents. Avant qu’il ne soit identifié comme une espèce spécifique par d’éminents ichtyologues, on a effectivement pu le confondre avec des espèces plus ou moins similaires d’autres siluridés géants que l’on trouve dans d’autres eaux douces d’Asie du sud-est, également en voie de disparition. C’est le cas du plaloem (ปลาเลิม - pangasius sanitwongsei), carnivore lui, dont l’habitat est beaucoup plus vaste puisqu’aussi bien on le trouve dans la Chaopraya, dans les eaux douces du Laos et dans le Mékong aussi. C'est le poisson royal du Cambodge, le« trey  réach».

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Le rituel de sa pêche au Laos a fait l’objet d’une très érudite étude de l’ethnologue Charles Archaimbault, il ne ressemble que de loin à celui de la pêche au Plabuk mais il est tout aussi complexe. Relevons simplement que nous y retrouvons « om », l’ « invocation suprême ». Il écrivait en 1958, il est permis de penser que ce rituel n’était pas encore devenu obsolète. Le changement de régime de 1975 y a probablement mis fin.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

NOTES

 

(1) Voir nos articles A 93 – «  Une chasse au buffle dans la région de Kalasin ») et A 207 -  « La recette du philtre d’amour révélée par le roi Rama VI ».

 

(2) « An account of the ceremonies and rites performed when catching the pla buk, a species of catfish inhabiting the waters of the river Mekhong on the Northern and Eastern frontier of Siam » in Journal de la Siam society , volume 28-II, 1935. p.91-113.

 

(3) La tradition locale, parmi d’autres légendes, voulait que les femelles allaitent les petits ! Des études sérieuses sur cet animal qui prospérait dans les eaux du Cambodge ont été menées au début du siècle dernier seulement par le professeur Vaillant, du Muséum de Paris.  Il a eu la surprise de constater que cet animal  en réalité appartenait non seulement à une espèce, mais à un genre nouveau pour la science :

Voir « RAPPORTS AU GRAND CONSEIL DES INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS ET AU CONSEIL DE GOUVERNEMENT SESSION ORDINAIRE DE 1931 - Fonctionnement des divers Services Indochinois », Imprimerie d’Extrême-Orient, Hanoï – 1931)

Voir « Sur un nouveau Silure géant du bassin du Mékong, Pangasianodon gigas » par Chevey in Bulletin de la société de zoologie française – 1931. p 536)

Voir enfin une très belle étude datée d’août 2005 « Mekong Wetlands Biodiversity - Conservation and Sustainable Use Programme Mekong Giant Catfish (Pangasianodon gigas) - Observation and Comments about Handling and Suggestions for Improvement » numérisée sur le site :

http://www.mekongwetlands.org/assets/BIODIVERSITY/Regional/Giant%20Catfish/R.B.2-9.%20GiantCatfishseries_HoganZ.pdf.

 

Dépourvu de dents, c’est un poisson herbivore. L’espèce est en danger d'extinction en raison d’une pêche excessive. Tout prise est interdite en Thaïlande depuis 1992 Un individu a été capturé dans le nord le 1er mai 2005 bien après l’interdiction ! Près de 2 mois après la prise, une fois qu’il avait été pesé, photographié et débité en darnes, les pêcheurs ont rapporté à la presse qu'il pesait 293 kg pour 2 m 75 de long (très exactement 9 pieds et 646 livres). C'est le plus grand poisson capturé depuis la tenue de registres, commencée en 1981, mais aussi le plus grand poisson-chat jamais pêché en eau douce.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Espèce encore mal étudiée, il est donc probable, pensent les spécialistes, qu'il puisse atteindre des proportions supérieures. Compte tenu de la profondeur du fleuve dans les lieux de pêche (60 mètres selon Giles) et de l’existence de cavernes subaquatiques, il est probable que des géants s’y terrent ou se terrent dans les profondeurs. Nul plongeur expérimenté n’est à notre connaissance à ce jour allé effectuer des plongées dans le fleuve et ses cavernes. Tous les pêcheurs d’eau douce savent bien que le plus gros spécimen d’une espèce n’est pas celui qu’ils ont attrapé mais celui qui leur a échappé.

 

Un énorme mensonge : « Le plus gros silure du monde et de tous les temps, il mesure 112 kilos pour 2,58 mètres !!! Record homologué »… et il se trouve toujours un huissier pour en faire le constat : 

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

(4) « An Account of the Rites and Ceremonies observed at Elephant Driving Operations in the seaboard province of Lang Suan, Southern Siam » in journal de la Siam society, volume 25-II de 1932  et « An Account of the Hunting of the Wild Ox on Horse Back in the Provinces of Ubol Rajadhani and Kalasindhu, and the Rites and Ceremonies which have to be observed » in journal de la Siam society, volume 27-I de 1935 et notre article A 93 – «  Une chasse au buffle dans la région de Kalasin ».

 

(5) Ses observations ont été effectuées entre Vientiane (เวียงจันทร์) sur la rive gauche et l’amphoe de Thabo (ท่าบ่อ) dans la province de Nongkhaï (หนองคาย)  sur la rive droite, plus précisément aux environs du village siamois de Sæmpa (แซมผา) et de celui de Angtaseng (อ่างตาแสง) sur la rive alors française dans des méandres du Mékong réputés pour ses rassemblements de poissons-chats. Cet endroit est honoré du nom de Nong Angtongchao (หนอง อ่างทองเจ้า) que l’on peut traduire par « le bassin d'or, le lac du Seigneur ». Il est entouré de collines rocheuses, Phan sur la rive siamoise, (พาน) et sur la rive gauche Panang (พนัง). Pendant les mois de juillet à Septembre, la navigation est impossible en raison de dangereux tourbillons Pendant les mois de février et mars, le fleuve est calme et atteint en cet endroit une profondeur de soixante mètres. La tradition veut que les poissons vivent en permanence dans le « bassin d'or » mais que leur nombre augmente par une migration venue de l'aval aux mois de mai-juin, en provenance du grand lac du Cambodge. Giles a constaté la présence de ce géant partout dans le Mékong, à l’embouchure de la rivière Moon près de Suwanwari (สุวรรณวารี)  dans la province d’Ubon (อุบล), mais aussi beaucoup plus en amont à Chiangsen (dans la province de Chiangrai) dans la rivière Maenamkok (แม่น้ำก๊ก). Ils sont également abondants dans les rapides de Kemarat (แขมราฐ) situés en aval de Mukdahan (มุกดาหาร) mais difficiles à prendre en raison des tourbillons permanents. En remontant le fleuve, ils passent pour abonder à partir du mois de mai à Dontamngoen (ดอนถ้ำเงิน) dans l’amphoe de Mukdahan qui n’était alors qu’un amphoe de la province de Nakonpanom (นครพนม); Lieu de pèche réputé aussi, le village de Nongkung (หนองกุ้ง) situé en face de l'embouchure de la rivière Namngum (แม่น้ำ งืม) dans l’amphoe de Phonphisai (โพนพิไศย) province de Nakonpanom où il est péché au mois de mars. On le pèche encore dans les rapides de Kaeng  Ahong  (แก่ง อาฮง) dans l’amphoe de Chaiburi (ไชย บุรี) dans la province de Nongkhai  et près du village de Ban Tatsem (บ้าน ตาดเสริม) dans l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ), toujours dans la province de Nongkhai, à environ 20 kilomètres en amont du célèbre « bassin d'or ».  Lieu de pèche encore, le village de Ban  Nong  (บ้านหนอง) où se trouve un lac appelé Nongchiangsan (หนองเชียงสัน) dans un bras secondaire du Mékong. Nous ne citons pas les lieux de pêche réputés situés actuellement au Laos, dans les environs de Vientiane ou de Luangprabang.

A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.
(6) « Les techniques rituelles de la pêche du palŏ'm au Laos » par Charles Archaimbault InBulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 49 N°1, 1958. pp. 297-335. Cet ethnologue, mort en 2001, est le premier à avoir étudié dès le début des années 50 les traditions rituelles surtout orales et encore vivantes du Laos.
 
 
A 208 - LE  RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

Les esprits favorables sont des Kha (ข่า) révélant des croyances bien antérieures au bouddhisme et Giles trouve des ressemblances troublantes en référence à des rites à la fois brahmanistes et bouddhistes observés par lui lors de chasses à l’éléphant dans l’actuelle province de Chumpon et de chasses au buffle dans notre province de Kalasin (4). Ces chasses et cette pèche ont été observées dans une même région, celle du plateau de Korat (โคราช) délimitée à l’est par le Mékong. Le peuple croit en l’existence de l’« esprit des eaux » qui occupe le corps de ses ancêtres, Ta Seng (ตา แสง) qui serait une réincarnation de l’esprit ancien, le kha.

 

Giles a encore constaté la persistance de certains aspects des cérémonies qui auraient une connotation bachique, une grande liberté sexuelle tolérée pendant et après la période de pèche.

 

Les lieux de pêche

Ces lieux de pêche sont nombreux sur des centaines de kilomètres depuis les chutes de Kemmarat en aval de Mukdahan jusque dans la province de ChiangraiGiles nous donne le détail des plus connus (5). Ce sont probablement les endroits où des siècles d’observations ont démontré que le fleuve était le plus poissonneux.

 

Le rituel

 

Nous allons voir sur, si le Mékong constituait depuis 1893 la frontière politique entre le Laos français et le Siam, il ne constituait alors pas une frontière naturelle puisque les cérémonies se déroulaient indifféremment et sans difficultés sur l’une ou l’autre rive et qu’il n’y avait aucun obstacle – du moins pendant ces dix jours de pêche – à sa traversée.

 

Chaque année, à la saison des basses eaux, les habitants du voisinage du « bassin d'or » se réunissent dans le but de commencer les opérations de pêche.

 

Le premier jour, elles commencent à la 8ème lune décroissante du 3ème mois et se continuent jusqu’à la 12ème. La journée de pêche commence à l’aube et se termine à la mi-journée. Les autorités des villages invoquent l’esprit des eaux et l’esprit de leur village. Sur la rive française, les autorités administratives françaises participaient à ces cérémonies sans probablement y rien comprendre. C’est le début d’un cérémonial qui date de la nuit des temps. Pourquoi le choix d’une lune descendante ? Voilà bien un point sur lequel les avis, souvent péremptoires, divergent mais l’influence de la lune sur la pêche est mentionnée dans des écrits anciens, nombre d’habitudes en découlent et chaque pêcheur à ses secrets. Quant à l’influence des cycles de la lune sur le comportement des poissons, elle est certaine mais ne paraît pas avoir fait l’objet d’études sérieuses.

 

Il y a plusieurs esprits qui veillent sur cette partie du fleuve, dont il faut se concilier les bonnes grâces par des offrandes de nourriture et de boissons. Il existe quatre sanctuaires importants où résident ces esprits, à proximité du « bassin d’or » :

 

Le premier esprit est connu sous le nom de Hongkham (ฮงคำ), en Isan-lao « le cygne d’or » qui réside dans la province de Vientiane, dans le village Kaoliao  Tasaeng, (เก้าเลี้ยว ตาแสง), district de  Sikai (สีไค) situé sur la rive gauche face aux villages siamois de Ban  Mo  (บ้านหม้อ) et  Donchingchu  (ดอนชิงชู้), situés dans le tambon de Si  Chiangmai (ศรีเชียงใหม่), amphoe de Tabo  (ท่าบ่อ), sur la rive droite.

 

Un autre esprit appelé Chao Dan (เจ้า ด่าน) a son sanctuaire dans la province de Vientiane au village de Hinsiu (หินสิ้ว) sur la rive gauche. Ce village se trouve en face du village de Koksok (โคกซอก), également  dans le Tambon  de Si Chiangmai et l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ), sur la rive droite.

 

Le matin, au début de la saison, les villageois qui ont décidé de se rendre au « bassin d’or » avant de partir à la pêche doivent d’abord se rendre au village de Hom (ห้อม), à une quinzaine de kilomètres en amont de Vientiane. Le chef de village, nommé Taseng (ตาแสง) est la réincarnation actuelle de l’esprit des eaux anciennement Kha (ข่า). Il appelle tous les esprits de la rivière et quand ils sont arrivés commencent une fête pour nourrir ces esprits. Après cette fête, les esprits sont invités à accompagner les pêcheurs à la partie de pêche dans le « bassin d'or » pour protéger les pêcheurs de tous les dangers et leur assurer de bonnes prises.

 

Les offrandes se composent d'un pagne pour les esprits masculins et une jupe appelée sin (ซิ่น) pour les esprits féminins, cinq noix de bétel, douze coupes de fleurs, des bijoux et des sucreries.

 

Les villageois se déplacent alors jusqu'à la rivière dans le village de Suanmon (บ้าน สวน มอน) où se trouve le jardin de Ta Seng, à environ cinq kilomètres en amont de Vientiane. Ce village est situé en face Huasai (หัวทราย) dans l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ) sur la rive siamoise. Les bateaux forment un cortège et descendent le fleuve jusqu'à Tana (ทะนา) et Paksai (ปากใส) pour y nourrir les esprits et puis s’en retournent à Ban Suanmon où une autre fête est préparée pour les esprits. On y passe la  nuit.

 

Le matin suivant les bateaux se déplacent jusqu'à Kokkham (โคกคำ) et Hadchaosaimun (หาด เจ้าทรายมูล) sur la rive gauche face à Ban Panprao sur la rive droite (บ้าน พานพร้าว) situé dans l’amphoe de Nongkhai. À chacun de ces endroits, des offrandes apaisent les esprits gardiens du fleuve. La procession se dirige alors vers Vientiane. À l'arrivée, elle se dirige vers le Sanctuaire de Siri Mangala (ศิริมงคล), un esprit favorable, où, après que lui ait été rendu un hommage respectueux, des offrandes lui sont présentées. Siri Mangala est un esprit très puissant qui entre parfois dans une enveloppe charnelle féminine, un medium connu sous le nom de Nang Thiam (นาง เทียม). L’équipe y passe la nuit. Ce sanctuaire est situé à l'embouchure de Huay Champasakdi (ห้วย จำปาศักดิ์). Le medium est vêtue d'une jupe rouge, d’un manteau rouge, et d’un turban rouge. Elle fait des offrandes de bougies, de cierges d'encens, de spiritueux et de sucreries, invitant l'Esprit à entrer en elle. Les musiciens jouent sur des khénes l'air de la chanson Sudsanen (สุดสะแนน) (https://www.youtube.com/watch?v=kT4jIlcOtcE) invitant l'esprit à pénétrer le médium. Nang Thiam allume une bougie et se tient assise tenant dans sa main un bol avec des bougies et des cierges d'encens, immobile. Lorsque la bougie faiblit et que sa flamme vacille, c’est la preuve que l'Esprit Siri Mangala est entré dans son enveloppe charnelle. Nang Thiam entre alors en transe, elle pose le bol, se lève et se met à danser. Intervient une deuxième personne, familière de l'Esprit qui veille sur lui et fournit ses besoins, connue sous le nom de Cham (จ้ำ). Cette personne demande à Siri Mangala, lorsqu'il est entré dans l’enveloppe charnelle du médium, d'accorder ses faveurs pour la pêche dans le « bassin d'or » et de lui révéler si la pêche sera bonne. Nang Thiam répond (en général) que la pêche sera bonne et plus abondante que l'année précédente à la condition que soient respectées les anciennes coutumes. Elle lui demande alors quelles sont ces coutumes. Le medium répond que la nourriture préparée ne doit avoir été touchée par aucune personne avant que l'Esprit Hongkham (ฮงคำ) ou « cygne d’or » ait été nourri. Après cela, les participants peuvent manger. Le familier de l'Esprit, Cham (จ้ำ) demande alors à Siri Mangala de quitter le corps du medium et l'invite à accompagner la partie de pêche dans le « bassin d'or ». Nang Thiam, le médium, est payée seize atts (un quart de tical) un pagne fleuri, deux noix de coco vertes, un régime de bananes, neuf couples de bougies et d'encens et des cierges pour ses services.

 

A l’aube du jour suivant, les bateaux quittent Vientiane partent en procession et remontent  le fleuve vers le « bassin d'or ». Sur le chemin en amont, il est nécessaire de faire une halte en faisant des offrandes à l' Esprit Yaya (ยายา), elle-même mère de l'Esprit de Hatmun (หาดมูล), situé dans le tambon de Sikai (สีไค) (à une quinzaine de kilomètres en amont de Nongkhai) et aussi au temple de Huay Vichaya (ห้วยวิไชย). À l'arrivée à Kao Liao (เก้าลี้ยว) les « neuf méandres » on fait de nouvelles offrandes à l'Esprit du Cygne d'or. Elles prennent la forme pendant deux années consécutives d'un cochon, et d’un buffle la troisième année, une rotation inchangée depuis des temps immémoriaux. Ces animaux sont abattus à une heure de l'après-midi. La tête, les pattes avant et la queue avec des fleurs de bois de santal, des bougies, des cierges et d'encens sont placées sur un plateau, et le familier de l’esprit, le Cham les lui offre à l’esprit en psalmodiant :

 

« Nous tes humbles serviteurs, tous gens du pays, nous sommes réunis pour faire des offrandes à toi, Chao Pomhua (เจ้า ป้อมหัว) chef de tous les esprits, et respectueusement, nous t’invitons à participer à notre festin spécialement préparé pour toi. Le moment est venu pour nous de commencer cette activité  importante, la capture du poisson dans le « bassin d'or », et nous te demandons de nous accorder ta protection et ta faveur que nous puissions capturer de nombreux poissons ».

 

Plus tard, de nouvelles offrandes sont offertes à l'Esprit dans ce sanctuaire. Elles se composent de neuf types différents de nourriture, un plat de chacune est placé sur un plateau. Nous y trouvons du lap (ลาบ), de la viande crue mariné dans la sauce de poisson, de la viande grillée (เนื้อปิ้ง), un curry (แกง), des tripes bouillies (ต้ม เครื่อง ใน), des tripes frites, une sorte de bouillon (ต้มซั่ว), du foie grillé (ตับปิ้ง), une sorte de salade de crevettes (ก้อย), des spiritueux, un verre ou une bouteille. Ces offrandes sont connues pour être celles que prises le Cham. Elles sont placées sur l’autel du sanctuaire et le Cham psalmodie alors, à peu près dans les mêmes termes :

 

« Nous tes humbles serviteurs, tous gens du pays réunis, nous t’invitons toi à partager les bonnes choses préparées par nous. Le moment est venu pour nous de commencer cette activité  importante, la capture du poisson dans le « bassin d'or », nous te supplions de nous accorder ta protection et ta faveur que nous puissions capturer de nombreux poissons ».

 

Pendant l'acte de présentation des neuf offrandes Nang Thiam le médium, vêtue de sa robe rouge, allume des bougies et des bâtons d’encens et tenant le tous dans ses mains avec des fleurs de bois de santal, elle rend hommage devant le sanctuaire et invite l'esprit du cygne d’or à entrer en elle. Les musiciens jouent alors le même air de Sudsanen, sur leurs khénes. Le médium reste immobile avec le bol contenant les bougies et les cierges d'encens dans les mains. Elle commence bientôt à entrer en transe, elle place ensuite le bol sur le sol, se lève et danse. L'Esprit a maintenant pris possession de son corps.

 

Le Cham demande alors à l’Esprit seigneur de tous les esprits, ce que sera leur capture. L'Esprit répond que si les pêcheurs agissent d'une manière juste et approprié la capture sera abondante mais que si leur comportement est injuste la capture sera minime mais toutefois, vous ne pourrez pas retourner à la maison les mains complétement vides. Le Cham s’enquiert ensuite de ce qui constitue un comportement juste. La réponse est qu’il faut respecter les traditions de la cérémonie. La Cham invite alors l'Esprit à quitter le médium et à rejoindre la partie de pêche. Les mets préparés comme offrande à l'Esprit sont ensuite distribués à la foule qui va passer la nuit sur place.

 

A l'aube du jour suivant, les bateaux quittent les « neuf méandres » et remontent en amont en s’arrêtant à Pakmun (ปากมูล) et à Huayhom (ห้วยห้อม) où l’on fait des offrandes aux esprits locaux.

 

Quand le cortège arrive là l’après-midi, le Cham, en prenant des offrandes de viande de porc, de canard et volaille les présente l'Esprit Chao Dan (เจ้า ด่าน), dont le sanctuaire est à Hinsiu (หินสิ้ว). Il n'y a pas là de cérémonie pour inviter l'Esprit à entrer dans le médium. Le Cham lui manifeste seulement son respect et l'informe que la troupe part pour le « Bassin d'or » pour la pêche annuelle. L'Esprit ayant la charge de garder le sanctuaire ne peut pas abandonner son poste. La troupe passe alors la nuit, elle a été rejointe par un grand nombre de personnes des districts environnants avec leurs bateaux qui attendaient la procession cérémoniale pour l’accompagner au « bassin d'or », n’osant pas y entrer avant que le Seigneur des Eaux n’ouvre la voie.

 

A l'aube du jour suivant, un chef Lao de Vientiane qui joue le rôle de maître des cérémonies rejoint la troupe qui s’arrête à Konsahua (ก้อนสระหัว) et à Kutkungli (กุดก้องลี) et fait des offrandes propitiatoires aux esprits des lieux.

 

De là les bateaux sont amarrés à un arbuste sur un banc de sable pour être au vu de tous. La Cham prend un peu de porc, de canard et de chair de volaille, et fait une offre sans aucun cérémonial aux esprits gardiens des lieux. Il lui manifeste simplement son respect et les informe de son intention de rejoindre le bassin d'or pour capturer le Pla Buk. Ces Esprits, également sur leurs gardes, ne peuvent pas accompagner la partie de pêche.

 

À deux heures de l'après-midi le Cham prépare de la nourriture, des bougies, des cierges, de l’encens et des fleurs de bois de santal pour les présenter au temple de l'Esprit du « bassin d'or ». Ce sanctuaire, qui est situé dans un bâtiment appelé localement le Pamsai (ผามไซ). C’est une grande cérémonie. Une procession de bateaux se forme. Ils transportent deux épées, deux gourdes d'eau, deux plateaux avec des noix de bétel et des feuilles, neuf pièces d'argent, quatre morceaux de cire d'abeille, deux noix de coco vertes, deux plats de sucreries, neuf paires de bougies, des cierges d'encens et des fleurs de bois de santal, un gong et deux flûtes. La Nang Thiam vêtue de rouge bat le gong et joue sur une flûte. Lorsque la procession arrive au sanctuaire, le Cham allume les bougies et cierges et d'encens, rendant hommage révérencieux, les place avec de la nourriture sur l'autel, en disant:

 

« Aujourd'hui, ton humble serviteur implore la permission de te rendre hommage à toi, Seigneur, de ce lieu, chef des Esprits. Je te prie de permettre à ces personnes d’attraper du poisson pour que leurs efforts soient récompensés par une prise abondante. Moi, ton humble serviteur, j’ai apporté des noix de coco, des bananes douces, des noix de bétel, de la viande de porc, de la chair de buffle chair et des spiritueux. Si nous prenons du poisson, je te présenterai de nouvelles offrandes ».

 

Durant la cérémonie, les musiciens jouent du khène et le Cham continue à parler à l'Esprit en disant : « Je viens accompagner le peuple et ses dirigeants dans le « bassin d'or » et maintenant je prie la mère et le père de l’esprit du bassin d’or dans le sanctuaire dans le Pam Sai. Lorsque les poissons auront été capturés, je viendrai te présenter du poisson, préparé pour manger avec des liqueurs spiritueuses pour ton repas du matin ».

 

Cette cérémonie ayant été effectuée, le peuple se met en procession accompagné par la musique. Au sanctuaire, tout a été préparé pour recevoir ces offrandes, des tapis ont été étendus, une estrade a été élevée sur laquelle est placé un oreiller, neuf nattes, couches, neuf pièces de soie, neuf jupes, neuf pièces de tissu blanc et une bouteille de spiritueux. Une lampe est allumée. Un grand concours de personnes s’est réuni pour attendre avec impatience l'arrivée de la procession.

 

L'activité réelle ne commencera que le lendemain (enfin !) avant l’aube. Nul n’ose jamais enfreindre ces règles fixant la période au cours de laquelle les poissons peuvent être capturés sous peine de s’attirer les plus grands malheurs. Il faut probablement voir là le fruit d’un bon sens millénaire, la pêche n’est « ouverte » qu’une semaine par an ce qui va éviter une disparition du gibier par une pêche massive !

 

Chaque pêcheur a un bateau creusé dans un tronc d'un arbre large d’un mètre et long de dix. De nombreuses chansons sont à leur répertoire. Les filets utilisés sont extrêmement solides, en corde d’un pouce avec des mailles de 50 cm de côté.

 

Ces filets sont courts, d’une largeur de 6 mètres et d’une longueur de 10. Les cordes pour les manipuler ont 66 mètres de long. Ils sont lestés de pierres pesant environ 6 livres chacune.

 

L’équipage se compose de deux hommes, l'un à l'avant et l'autre à l'arrière. Toutefois, avant de pouvoir être utilisés, les bateaux sont soumis à une cérémonie de purification, qui inclut le nettoyage de la coque par le feu. On doit rendre hommage à la déesse du bateau, maechaonangrua (แม่เจ้านางเรือ) en lui présentant des fleurs fraîches et de l'encens.

 

Ces offres sont fixés à la proue des bateaux marqué du signe symbolique de la Sainte Trinité fait avec de la poudre parfumée. Ce signe de protection, joem (เจิม), consiste en trois points disposés en triangle. C’est toujours celui dont les moines ornent le plafond de nos automobiles ! Des offrandes de nourriture doivent également être faites à l'Esprit du bateau : poules, œufs, pâte de poisson, grenouilles et douceurs. Certains bateaux sont purifiés par le propriétaire qui saisit une volaille vivante par les pattes et l’utilise pour frapper le bateau de la poupe à la proue jusqu'à ce qu’il  meurt.

 

Les gens croient que les bateaux et les filets sont doués de vie, qu’en en fait, ce sont des esprits, des êtres vivants, raison pour laquelle ils doivent être purifiés ainsi que les filets, les cordes et les pierres de lest, parfumés à l’encens avant de pouvoir être utilisés. Une incantation doit être utilisée : «  Om, que toutes choses de toutes sortes qui nous aiment, soient solidement attachées comme avec du ciment, liées étroitement à nous, attirées par ce pouvoir de provoquer l'amour, qui nous est inhérent et possédé par toutes les jeunes filles ».

 

Bien d’autres incantations peuvent encore utilisées, nous vous en faisons grâce, elles sont difficiles à comprendre pour un esprit occidental et peut-être même pour ceux qui les utilisaient. Nous y trouvons encore l’utilisation de « om » ou « aum », l’ « invocation suprême », la syllabe sacrée du sanscrit dont on ne connait en réalité ni l’origine ni le sens exact, laisse toutefois à penser que ces rituels sont venus de  l’hindouisme depuis la nuit des temps ? Ce son serait une mise en vibration en lien avec l'univers : Ce serait la personne toute entière qui va vibrer au sein de cet immense univers ?

 

Lorsque ces incantations ont été prononcées, le maître de cérémonie doit ramasser le filet en tenant les quatre coins dans ses mains, deux coins lestés et deux coins non lestés, en retenant sa respiration avant de le jeter.

 

Comme certains poissons peuvent rompre le filet, les pêcheurs se réunissent à Ban Sampanna (บ้าน สามพันนา) près des rapides de Sinohat (สีโนหัด) sur le territoire de Vientiane où se trouve un banc de sable sur la rive gauche.  D’autres se regroupent à Hatmun (หาด มูล) face Huayhom (ห้วย ห้อม) sur la rive gauche, entre Ban Koksok (บ้าน โคกซอก) et Ban Taphrabat (บ้าน ท่าพระบาท) dans le district de Si Chiangmai (ศรีเชียงใหม่) et l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ).

 

Les pêcheurs utilisent aussi des filets constitués de sept filets ordinaires liés entre eux pour une longueur de  35 mètres mais les incantations utilisées pour les filets sont les mêmes que pour les filets courts.

 

Certains pêcheurs, mais pas tous, prononcent une nouvelle incantation avant de procéder à la capture des poissons.

 

A cinq heures du matin du jour suivant, chaque bateau pagaye vers l’amont dans le « bassin d'or ». Dans chacun d’eux hommes tiennent les coins supérieurs du filet plongé dans l'eau. Les bateaux naviguent aussi vers l’aval. Alors qu’ils sont en mouvement, de nouvelles incantations sont chantées. Nous retrouvons toujours le fameux « om ».

 

Pendant le processus de pêche proprement dit, c’est le tumulte entre les défis que se lancent les pêcheurs et leurs nouvelles incantations pour supplier les poissons de se précipiter dans les filets.

 

Les habitants de la rive droite vivent ces quelques jours dans des huttes temporaires construites sur la rive et ceux de la rive gauche font de même. Mais ils ne se mélangent pas. Lorsque l’’un a pris un poisson et le perd en raison de la rupture du filet, il faut à nouveau accomplir toute la cérémonie de propitiation et subir en outre les quolibets des autres pêcheurs.

 

Le matin du jour suivant, une nouvelle cérémonie d’offrandes à l'Esprit propriétaire du Bassin doit être effectuée sur le banc de sable.

 

Lorsque ces offrandes ont été faites, un poisson, le premier à être pris, appelé le poisson Cham (ปลาจ้ำ) est tué, et sa tête et la queue sont présentés à l'Esprit du « bassin d'or ». Le poisson est préparé soit en lap (ลาบ) soit en salade soit grillé ou frit, soit en curry. Le foie est apprécié. Une partie de ces préparations est présentée à l’Esprit du bassin. Lorsqu’un second poisson est capturé, il est procédé de même, au son de la musique

 

Le matin du jour suivant à l’aube, le maître de cérémonie demande au Cham de tuer un autre poisson et de faire des offrandes de sa chair à l'Esprit gardien des cavernes situées sur la falaise rocheuse de la rive droite de la rivière, car ces cavernes subaquatiques abritent des poissons. Le cérémonial des offrandes est toujours le même.

 

Dès l'instant où les filets sont abandonnés dans l'eau comme filets dormants ou traînés en chalutage, toutes les personnes, hommes, femmes, enfants et spectateurs se livrent à un « grand tournoi d’abus » sur lesquels Giles, anglais probablement pudibond, se garde de s’étendre et ce « tournois d’abus » se poursuit jusqu’à la fin de la pêche..

 

Depuis en effet les temps les plus anciens, l’esprit qui pénètre le medium a toujours été un Kha (ข่า), esprit connu pour posséder une nature lascive accordant une place de choix aux relations sexuelles. En agissant ainsi, les gens croient que cette forme de plaisirs une musique douce aux oreilles de l'Esprit, lui donne à son tour du plaisir et leur permettront de gagner ses  faveurs pour qu’il fasse se précipiter le poisson dans ses filets.

 

Lorsque la rive gauche était territoire siamois, il n’était perçu ni taxes ni redevances en espèces sur les prises, ce que l’on appelle « le prix de la queue du poisson » (kha hangpla ค่า หางปลา), mais un paiement en nature selon le tarif suivant : Si le pêcheur n’avait pris que un ou deux poissons, il était exonéré. Mais à partir de trois prises, il fallait en donner une et deux au cas de six prises. Un poisson était réservé à la nourriture de l’Esprit, le premier poisson péché. Lorsque la rive gauche est devenue territoire français, une redevant de dix piastres (probablement des atts ?) était prélevée, dix piastres par poisson (« le prix de la queue du poisson »).  Lorsque les siamois de la rive droite attrapaient un poisson et le conservaient sur la rive siamoise, il devait néanmoins s’acquitter de la taxe de 10 piastres au profit du chef laotien pour couvrir les dépenses engagées dans le cadre des cérémonies de pêche qui se déroulent essentiellement sur la rive gauche.

 

Le nombre maximum de prises dans le « bassin d'or » dans une saison ne dépasse pas une centaine de poissons, et le minimum est d'environ trente. Le poids d'un poisson de taille moyenne est d'environ 125 kilos et les œufs environ 3 kilos. Les poissons entiers sont vendus à des prix variant entre 40 et 80 piastres. Lorsque la redevance sur un poisson a été payée, le propriétaire est libre de le mener à son domicile ou il le tue et vend en général sa chair au détail, 1 tical la livre de chair et 1 tical les 150 grammes d’œufs qui sont considérés comme succulents. Il y a environ tous les ans un millier de pêcheurs sur 200 bateaux mais au moins 7.000 spectateurs. Les autorités françaises autorisent les jeux de hasard et la consommation d’opium. Des baraques de vente de nourriture et de boissons sont installées tout au long des rives du fleuve.

 

Il est probable que ce festival va complétement disparaitre dans quelques années, aussi ajoute-t-il – il écrit en 1935 - « ai-je cru bon d’enregistrer les détails de la cérémonie et le texte des incantations avant qu’ils n’aient complétement disparu ».

 

Notre « géant du Mékong » ne se trouve que dans le Mékong et quelques affluents. Avant qu’il ne soit identifié comme une espèce spécifique par d’éminents ichtyologues, on a effectivement pu le confondre avec des espèces plus ou moins similaires d’autres siluridés géants que l’on trouve dans d’autres eaux douces d’Asie du sud-est, également en voie de disparition. C’est le cas du plaloem (ปลาเลิม - pangasius sanitwongsei), carnivore lui, dont l’habitat est beaucoup plus vaste puisqu’aussi bien on le trouve dans la Chaopraya, dans les eaux douces du Laos et dans le Mékong aussi. Le rituel de sa pêche au Laos a fait l’objet d’une très érudite étude de l’ethnologue Charles Archaimbault, il ne ressemble que de loin à celui de la pêche au Plabuk mais il est tout aussi complexe. Relevons simplement que nous y retrouvons « om », l’ « invocation suprême ». Il écrivait en 1958, il est permis de penser que ce rituel n’était pas encore devenu obsolète. Le changement de régime de 1975 y a probablement mis fin.

 

NOTES

 

(1) Voir nos articles A 93 – «  Une chasse au buffle dans la région de Kalasin ») et A 207 -  « La recette du philtre d’amour révélée par le roi Rama VI ».

 

(2) « An account of the ceremonies and rites performed when catching the pla buk, a species of catfish inhabiting the waters of the river Mekhong on the Northern and Eastern frontier of Siam » in Journal de la Siam society , volume 28-II, 1935. p.91-113.

 

(3) La tradition locale, parmi d’autres légendes, voulait que les femelles allaitent les petits ! Des études sérieuses sur cet animal qui prospérait dans les eaux du Cambodge ont été menées au début du siècle dernier seulement par le professeur Vaillant, du Muséum de Paris.  Il a eu la surprise de constater que cet animal  en réalité appartenait non seulement à une espèce, mais à un genre nouveau pour la science :

Voir « RAPPORTS AU GRAND CONSEIL DES INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS ET AU CONSEIL DE GOUVERNEMENT SESSION ORDINAIRE DE 1931 - Fonctionnement des divers Services Indochinois », Imprimerie d’Extrême-Orient, Hanoï – 1931)

Voir « Sur un nouveau Silure géant du bassin du Mékong, Pangasianodon gigas » par Chevey in Bulletin de la société de zoologie française – 1931. p 536)

Voir enfin une très belle étude datée d’août 2005 « Mekong Wetlands Biodiversity - Conservation and Sustainable Use Programme Mekong Giant Catfish (Pangasianodon gigas) - Observation and Comments about Handling and Suggestions for Improvement » numérisée sur le site :

http://www.mekongwetlands.org/assets/BIODIVERSITY/Regional/Giant%20Catfish/R.B.2-9.%20GiantCatfishseries_HoganZ.pdf.

 

Dépourvu de dents, c’est un poisson herbivore. L’espèce est en danger d'extinction en raison d’une pêche excessive. Tout prise est interdite en Thaïlande depuis 1992 Un individu a été capturé dans le nord le 1er mai 2005 bien après l’interdiction ! Près de 2 mois après la prise, une fois qu’il avait été pesé, photographié et débité en darnes, les pêcheurs ont rapporté à la presse qu'il pesait 293 kg pour 3 m de long. C'est le plus grand poisson capturé depuis la tenue de registres, commencée en 1981, mais aussi le plus grand poisson-chat jamais pêché en eau douce. Espèce encore mal étudiée, il est donc probable, pensent les spécialistes, qu'il puisse atteindre des proportions supérieures. Compte tenu de la profondeur du fleuve dans les lieux de pêche (60 mètres selon Giles) et de l’existence de cavernes subaquatiques, il est probable que des géants s’y terrent ou se terrent dans les profondeurs. Nul plongeur expérimenté n’est à notre connaissance à ce jour allé effectuer des plongées dans le fleuve et ses cavernes. Tous les pêcheurs d’eau douce savent bien que le plus gros spécimen d’une espèce n’est pas celui qu’ils ont attrapé mais celui qui leur a échappé.

 

(4) « An Account of the Rites and Ceremonies observed at Elephant Driving Operations in the seaboard province of Lang Suan, Southern Siam » in journal de la Siam society, volume 25-II de 1932  et « An Account of the Hunting of the Wild Ox on Horse Back in the Provinces of Ubol Rajadhani and Kalasindhu, and the Rites and Ceremonies which have to be observed » in journal de la Siam society, volume 27-I de 1935 et notre article A 93 – «  Une chasse au buffle dans la région de Kalasin ».

 

(5) Ses observations ont été effectuées entre Vientiane (เวียงจันทร์) sur la rive gauche et l’amphoe de Thabo (ท่าบ่อ) dans la province de Nongkhaï (หนองคาย)  sur la rive droite, plus précisément aux environs du village siamois de Sæmpa (แซมผา) et de celui de Angtaseng (อ่างตาแสง) sur la rive alors française dans des méandres du Mékong réputés pour ses rassemblements de poissons-chats. Cet endroit est honoré du nom de Nong Angtongchao (หนอง อ่างทองเจ้า) que l’on peut traduire par « le bassin d'or, le lac du Seigneur ». Il est entouré de collines rocheuses, Phan sur la rive siamoise, (พาน) et sur la rive gauche Panang (พนัง). Pendant les mois de juillet à Septembre, la navigation est impossible en raison de dangereux tourbillons Pendant les mois de février et mars, le fleuve est calme et atteint en cet endroit une profondeur de soixante mètres. La tradition veut que les poissons vivent en permanence dans le « bassin d'or » mais que leur nombre augmente par une migration venue de l'aval aux mois de mai-juin, en provenance du grand lac du Cambodge. Giles a constaté la présence de ce géant partout dans le Mékong, à l’embouchure de la rivière Moon près de Suwanwari (สุวรรณวารี)  dans la province d’Ubon (อุบล), mais aussi beaucoup plus en amont à Chiangsen (dans la province de Chiangrai) dans la rivière Maenamkok (แม่น้ำก๊ก). Ils sont également abondants dans les rapides de Kemarat (แขมราฐ) situés en aval de Mukdahan (มุกดาหาร) mais difficiles à prendre en raison des tourbillons permanents. En remontant le fleuve, ils passent pour abonder à partir du mois de mai à Dontamngoen (ดอนถ้ำเงิน) dans l’amphoe de Mukdahan qui n’était alors qu’un amphoe de la province de Nakonpanom (นครพนม); Lieu de pèche réputé aussi, le village de Nongkung (หนองกุ้ง) situé en face de l'embouchure de la rivière Namngum (แม่น้ำ งืม) dans l’amphoe de Phonphisai (โพนพิไศย) province de Nakonpanom où il est péché au mois de mars. On le pèche encore dans les rapides de Kaeng  Ahong  (แก่ง อาฮง) dans l’amphoe de Chaiburi (ไชย บุรี) dans la province de Nongkhai  et près du village de Ban Tatsem (บ้าน ตาดเสริม) dans l’amphoe de Tabo (ท่าบ่อ), toujours dans la province de Nongkhai, à environ 20 kilomètres en amont du célèbre « bassin d'or ».  Lieu de pèche encore, le village de Ban  Nong  (บ้านหนอง) où se trouve un lac appelé Nongchiangsan (หนองเชียงสัน) dans un bras secondaire du Mékong. Nous ne citons pas les lieux de pêche réputés situés actuellement au Laos, dans les environs de Vientiane ou de Luangprabang.

 

(6) « Les techniques rituelles de la pêche du palŏ'm au Laos » par Charles Archaimbault InBulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 49 N°1, 1958. pp. 297-335. Cet ethnologue, mort en 2001, est le premier à avoir étudié dès le début des années 50 les traditions rituelles surtout orales et encore vivantes du Laos.

 
Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article
31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 18:01
A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Certains  temples  de l’Isan recèlent des trésors totalement méconnus, des fresques murales sur lesquelles les renseignements sont pratiquement inexistants. Ils sont spécifiques à l’Isan. 

Quelques passionnés toutefois en ont fait la description, Alain Bottu pour la province de Khonkaen et Mahasarakham, dont le site comporte de magnifiques photographies (1). 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Une jeune et belle passionnée, Aurore Lejosne-Bougaud, consacre une thèse au temple Wat Phochai situé dans la province de Loei (le wat Phochaïnaphung (วัด โพธิ์ชัยนาพึง) situé dans le village de Ban naphung (บ้านนาพึง) amphoe de Na Haeo (นาแห้ว) - Son site comporte de magnifiques photographies (2). 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Le guide vert Michelin lui consacre quelques lignes. Le Wat Pumin à Nan (วัดภูมินทร์) est moins mal loti puisque Michelin lui consacre deux étoiles (« vaut le détour) » et quelques lignes flatteuses. 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

La dernière livraison du journal de la Siam society (3) ...

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

consacre un  très bel article de Madame Brereton sur le Wat Chaisi (วัดไชยศรี) situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Khonkaen auquel une section de l’Université de cette ville consacre une activité d’étude et de sauvegarde. La même avait consacré un article à trois de ces temples (4).  

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

La Siam society a par ailleurs engagé un programme de rénovation sur le temple de Wat Sa Bua Kaeo (วัด สระบัวแกว) (5). 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Pimwadee Eomthurapote leur a consacré une étude plus synthétique (6). Nous avons encore consulté l’article de Thawat Trachoo, Sastra Laoakka et Sisikka Wannajun (7). Madame Brereton a inventorié 74 de ces temples sur l’ensemble des provinces de l’Isan surtout dans les provinces de Khonkaen, Mahasarakham et Roiet (3), le cœur de l’Isan, mais il en est dans les provinces de Kalasin, Amnat Charoen, Ubonrachatani, Nakhon Phanomm Loei et Mukdahan. Il est probable qu’il en est beaucoup d’autres comportant ces fresques, à l’écart de tout circuit touristiques, méconnus des proches voisins eux-mêmes (8), moribonds, occupés par de vieux moines sans ressources financières.

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Comment les trouver ?

 

Ce peut-être un calvaire. N’espérez pas trouver des panneaux indicatifs. Allain Bottu a pris la peine de donner les coordonnées GPS des temples qu’il a visité. Ceux que l’utilisation de cet instrument rebute trouverons sans difficultés la carte (bilingue) de Thinknet à une bonne échelle (1/550.000ème) beaucoup plus utile que la carte Michelin au 1/1.3700.000ème. Certains de ces temples sont mentionnés. Mais Thinknet diffuse par ailleurs un carte (bilingue) sous forme de CD qui atteint un grossissement d’une précision diabolique puisqu’il part d’une échelle de 1.4.000.000 ème pour descendre, mieux que le cadastre français, au 1/1000ème. Il n’y a plus de problèmes puisque tous ces temples s’y trouvent et les coordonnées GPS permettent de les rejoindre sans trop de problèmes. Les habitants proches vous renseigneront volontiers à condition de leur montrer le nom du temple en thaï.

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Les fresques :

 

Leur caractéristique est de se trouver sur les murs extérieurs et intérieurs, ce que l’on ne trouve nulle part ailleurs en Thaïlande. Pourquoi à l’extérieur ? Il n’y a qu’un bâtiment, souvent fort modeste, décoré, la chapelle d’ordination, ce qu’on appelle en langue locale le sim (ou sima สิม) qui est l’équivalent local (Lao et Isan) de l’ubosot (อุโบสถ), le hall d’ordination, un lieu sacré (9) qui était par définition interdit aux femmes. Mais comme les fresques ont – au moins partiellement un but didactique – l’instruction religieuse des femmes par les images se fait donc à l’extérieur. « Politiquement incorrect » ? Peut-être pour certains mais ce panneau photographié en 2010 à l’entrée d’une chapelle d’ordination mentionne toujours « Interdit aux femmes d’entrer » (10). 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Ce sont le plus souvent de petits bâtiments aux côtés desquels (lorsqu’ils n’ont pas été détruits ou laissés à l’abandon) ont été construits de nouveaux bâtiments, de vastes Viharn (ou Vihara  วิหาร) en béton et à l’arrogante ferticalité, aux standards des autorités religieuses nationales dans la droite ligne des tentatives gouvernementales du 19ème et du 20ème siècle d'éradiquer les cultures locales, les traditions, les langues et les écritures (11) pour imposer la mode de Bangkok selon le standard du Département des affaires religieuses (กรมการศาสนา kromkansatsana). 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Lorsque vous entrez dans l’enceinte du monastère, cherchez le bâtiment le plus modeste et le plus souvent en triste état !  

 

Ainsi la très modeste chapelle du Wat Klangkhokkho de Yangtalat (วัดกลางโคดค้อ  -ยางตลาด) est datée de 1889 : petit bâtiment typique porté vers des poteaux en bois orienté vers une statue de Bouddha dont les murs sont restés blancs faute de moyens financiers : 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Par exemple, le sim du temple de Phra Si Maha Pho (วัดพระศรีมหาโพธิ์) au bord du Mékong à une vingtaine de kilomètres en amont de Mukdahan est une modeste cahute ...

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

... située au pied d’un bâtiment conventuel daté de 1916, d’architecture élégante mais incongrue, de toute évidence française, œuvre d’un architecte vietnamien ayant appris son métier en Indochine coloniale, dont l’abbé est beaucoup plus fier que les fresques intérieure de sa chapelle ! 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Les sim sont en général construits de brique et de mortier avec des caractéristiques architecturales plus ou moins similaires, une seule porte d'entrée à partir d'un petit escalier flanqué d’animaux mythiques (Nagas).  Les parois latérales sont constituées de trois panneaux, dont deux ont des fenêtres. Les toits ont de larges pignons qui se prolongent vers l'extérieur pour abriter les peintures murales de la pluie et du soleil. Les toitures, à l'origine couvertes de bardeaux de bois sculptés à trois niveaux avec une partie étendue qui ressemble à une aile d'oiseau soutenue par une rangée de colonnes autour de la salle, sont actuellement en plaques de métal galvanisé ou en tuiles vernissées. 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Les peintures représentent évidemment le plus souvent des scènes clefs de la vie de Bouddha, le Vessantara Jataka (เวสสันดรชาดก), l’une des vies antérieures de Bouddha, alors prince Vessantara, qui donne tout ce qu'il possède, affichant ainsi la vertu de la charité parfaite ; 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

ou encore des épisodes du Sangsinchai (สังข์สินไชย) un poème épique religieux spécifiquement lao, Sin Chai est un héros qui a mené ses troupes à la bataille contre le roi-démon : Notons que ce sont des figures de cette épopée qui ornent les superbes lampadaires de Khonkaen, 200 dans la ville, érigés en 2005. 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Lorsque les peintures contiennent du texte – ce qui est rare -  il est en dialecte Isan pour avoir plus d’impact auprès des communautés locales. Ces chapelles datent en général du premier quart du siècle dernier.

 

Les artisans utilisaient des couleurs naturelles, végétales en général (écorces et feuilles de plantes telles que l'indigo et le cinabre) et évidemment pas de colorants chimiques bien qu’ils aient pu être utilisés pour faire des retouches. La palette comporte diverses nuances d’indigo, de marron, et d’aigue-marine avec des touches de blanc et de noir. Le bleu, le blanc, le jaune vif et le noir dominent parce que les artistes locaux ont un choix très limité de couleurs, explique Wittaya Wutthaisong, maître de conférences en histoire de l'art à l'Université de Khon Kaen.

 

Le maximum est fait à partir de matériaux locaux. Le blanc par exemple est fait à partir de coquilles de palourdes et le bleu vient de l'usine d’indigo locale. Ils utilisaient des pinceaux faits de bâtons de bambou (12). Les artistes devaient d'abord marquer les contours sur les murs au crayon, et on peut parfois en regardant de près voir le brouillon à travers la couleur. Ils peignaient ensuite directement sur le ciment blanchi à la chaux en respectant un ordre hiérarchique : La partie supérieure de la paroi était réservée aux anges, aux objets sacrés, et aux figures religieuses, la partie est celle de l’histoire et la partie inférieure à l’aspect humain et à l'enfer.

 

Les contours sont en général de couleur bleue et la base est blanche ou ivoire. Le dessin des figures humaines et divines suivent des conventions typiques des marionnettes d'ombre que l’on trouve dans toute l'Asie du Sud-Est.

 

Les visages des personnages masculins sont dessinés de profil, ce qui donne une impression de mouvement et d’énergie (technique de nos bandes dessinées !). En revanche, les femmes et les mâles spirituellement supérieurs, tels que le Bouddha, sont dessinés de face ou de trois-quarts face ce qui leur donne une attitude paisible. On trouve souvent hommes et femmes dessinés dans des poses similaires au « tribhanga » de la sculpture traditionnelle indienne. 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Mais aussi – nous allions dire surtout, pour nous occidentaux – nous allons admirer de nombreuses scènes de la vie quotidienne, hommes et femmes au travail, courbés en deux pour travailler la terre avec des houes, hommes pataugeant dans l'eau pour retirer les pièges à poissons, femmes portant des fagots de bois, hommes labourant derrière des buffles, vieilles glanant les champs de riz, avec leurs mamelles tombantes, scènes de processions, scènes de fêtes avec les joueurs de khènes et les danseurs, prisonniers de guerre revenant du Laos, éléphants au travail, architecture traditionnelle. L'érotisme de certaines scènes est parfois déconcertant, hommes caressant les seins de leurs compagnes, à tel point que certaines scènes ont été censurées ultérieurement (caviardage des organes génitaux !). Au Wat Ban Lan en particulier, certains détails semblent avoir été délibérément endommagés par grattage de la surface des parois pour effacer certaines parties de la région pelvienne. 

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Il faut évidemment considérer le contexte socio-historique, ce qui peut sembler choquant pour un thaï du 20ème ou du du 21ème siècle pouvait ne pas nécessairement l’être pour un villageois Isan 100 ans plus tôt.

 

« La sim, à bien des égards, est l'âme de l'Isan » dit Wittaya Wutthaisong. « Les petites et humbles sim sont un témoignage de la simplicité, de la beauté, de l'honnêteté et de la fidélité » (12). Les peintures extérieures, peintures à l’eau, subissent mal les outrages de l’humidité permanente. Peu ont résisté à l'épreuve du temps, mais attirent encore l'attention des villageois et de rares visiteurs. Rendons hommage aux étudiants en histoire de l’art et à quelques universitaires de Khonkaen, Wittaya Wutthaisong, Udorn Buasri, Chob Disuankok et l’architecte Wiroj Srisuro, dont les efforts évitent à la « fierté de l'Isan » de tomber en poussière.

 

Le Wat Chaisi est en effet un exemple, il y a 25 ans, nous apprends Madame Brereton (en 1990 donc) il était à l’abandon faute de moines permanents depuis 30 ans. Il doit sa résurrection au Prakru Bunchayakorn, un moine natif du village de Sawatthi (สะวะถิ), retourné au village avec sa famille avec une aide tardive de « Tourisme autority of Thailand » et du département des beaux-arts. Nous devons avoir présent à l’esprit qu’il y a une quarantaine d’années, le temple était le centre  et le cœur de la communauté villageoisen centre spirituel, lieu de rassemblement, école, dispensaire médical, champs de foire. La plupart des hommes  était ordonnés moines « temporaires » après avoir reçu leur éducation au temple. Mais depuis 40 ans, le nombre de moines a diminué de moitié… Et les communautés villageoises ont été par le pouvoir central conditionnées pour penser que s’ils construisaient les temples comme leurs aïeux, ils auraient l’air de provinciaux c’est-à-dire de bouseux, alors place aux modèles de Bangkok.

 

Il faut aussi citer l’exemple des temples de Wat Photharam ....

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

et le  Wat Parelainakho ...

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.

Ifaisant l’objet d’un programme de rénovation sous l’égide de l’université de Mahasarakham, toujours en cours faute probablement de secours financiers, l’université étant – parait-il – moins riche que celle de Khonkaen.

A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.
A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.
A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.
A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.
A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.
A 196 – LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.
Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article
18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 18:00
A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Nous avons fait il y a 4 ans l’éloge dans notre blog (1) du guide édité ou plutôt autoédité par Patrick (2) concernant essentiellement la province d’Udonthani et très accessoirement quatre autres provinces.

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Déjà infatigable animateur d’un forum (3) et d’un blog (4) fort intéressants, il s’est attelé à la tâche difficile de renouveler cet exploit pour la province de Nongkhaï (5), marquant, du moins nous le souhaitons, le début d’une autre tâche, cyclopéenne, une suite pour les 18 autres provinces de l’Isan ?

Ce petit volume (distribué gratuitement) de près de 60 pages, fort bien illustré, nous donne, après quelques pages de présentation sur la province, un bon aperçu de sa richesse touristique. Regrettons l’absence d’une carte développée, due essentiellement à des considérations techniques, mais Patrick y supplée en nous donnant les coordonnées GPS. Ceux que l’utilisation de cet instrument rebute trouverons sans difficultés la carte (bilingue) de Thinknet à une bonne échelle (1/550.000 ème) beaucoup plus utile que la carte Michelin au 1/1.3700.000 ème. Thinknet diffuse par ailleurs un carte (bilingue) sous forme de CD qui atteint un grossissement d’une précision diabolique puisqu’il part d’une échelle de 1.4.000.000 ème pour descendre, mieux que le cadastre français, au 1/1000ème.

Il y a, bien sûr, d’autres guides, celui de la collection de เทียวทัวไทยกับ นายรอบรู้ (« se promener partout en Thaïlande avec Monsieur Robroo », un fascicule pour toutes les provinces du pays) consacré à la province est évidemment en langue locale donc d’accès difficile, une petite centaine de pages, il ne nous a pas semblé plus utile que celui de notre ami. 

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Les guides francophones, ne citons que les plus sérieux, le Guide vert Michelin et le Lonely Planet ne nous parlent que de ce qui est considéré comme « incontournable », de quoi occuper un jour ou deux de visites, les rives du Mékong et le Pont de l’amitié qui conduit depuis 1994 au Laos (et dont il est permis de se demander qu’elle amitié il célèbre ?), le Wat Pochaï (วัดโพธิ์ชัย), ses peintures murales et ses reliques, le Phrathatnongkhaï (พระธาตุหนองคาย) immergé par le Mékong en période de hautes eaux, un cruel hommage à l’incompétence de ses architectes et bien sûr, le Salakaeokou (ศาลาแก็วกู่), situé à quelques kilomètres du centre, œuvre débridée d’un illuminé syncrétiste, tout à la fois yogi, prêtre, shaman brahmanique, chassé du Laos par les communistes, ensemble surréaliste sinon délirant de gigantesques statues en ciment que sa mort l’a empêché de terminer et naturellement le Marché indochinois au bord du fleuve, où l’on trouve tout et le contraire de tout, de la contrefaçon évidemment, dans l’antiquaille en particulier et beaucoup de camelote « made in China », pittoresque en diable mais il faut beaucoup d’optimisme pour espérer y faire de bonnes affaires.

La province, tout en longueur et en forme de saucisse (Isan), longe la rive droite du Mékong sur plus de 200 km et jamais plus de 30 km du nord au sud. De façon très méthodique, Patrick nous fait visiter les curiosités du centre ville et sa proximité, puis en suivant la route 211 qui longe le Mékong vers l’ouest, jusqu’à la province de Loeï, en continuant sur la 212 qui longe également le Mékong en direction de la province de Bungkan et enfin vers le sud par la grande route 2 qui rejoint Udonthani.

 

Extrait de la carte Thinknet au 1/550.000 ème  :

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Laissez-vous donc guider.

 

Son guide contient en outre une foule de renseignements pratiques en ce compris un petit lexique franco-thaï bien ficelé qui ne vous permettra pas d’engager une discussion métaphysique avec un Thaï mais pourra vous rendre de grands services.

Il se garde de se livrer au sport, bien dangereux en Thaïlande, de donner quelques conseils que ce soit en matière d’hôtels et de restaurant. Le seul qu’il nous suggère, un bateau-restaurant sur le Mékong, le Nagarina, est digne de louanges, nous en avons plusieurs fois fait l’expérience après diverses déconvenues gastronomiques ailleurs, il est constant que les grands esprits se rencontrent à table.

Un regret enfin, mais il reste amical, la richesse architecturale de ce pays, ce sont essentiellement ses temples. On trouve dans les temples thaïs des trésors insoupçonnés, fréquentés par leurs seules ouailles et ignorées souvent des responsables eux-mêmes. Combien de précieuses archives sur feuille de latanier y dorment encore avant d’être utilisées pour allumer le feu ou rouler une cigarette ? Combien de précieuses peintures murales ou de vénérables statues inconnues de tous ? L’inventaire n’en a malheureusement pas été fait. Le Bouddha de l’un des 23 temples de Samui, visité et remarqué par le roi Rama V, serait selon lui (lettre à son épouse principale), venu à dos d’homme depuis Ceylan au XIIème, il est resté très longtemps totalement inconnu, il l’était en tous cas lorsque nous l’avons photographié il y a 10 ans :

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Tous les jours aussi on construit de nouveaux temples, des artisans anonymes qui n’ont pas la prétention de se qualifier d’artistes mais ils le sont, s’escriment à peindre, décorer et sculpter, on construit tous les jours des temples ici, nous avons photographié de magnifiques exemples de peintures murales toutes fraiches, temples à l’écart de toutes visites guidées, il y a également 10 ans :

 

Temple Chinois (Maenam) :

 

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

L'artiste devant son oeuvre (Temple de Plaïlaem à Samui) :

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

Patrick nous en fait visiter une bonne vingtaine. Il reste encore beaucoup de travail, Si nos comptes sont bons, et ils le sont, il y a dans la province de Nongkhaï très exactement 507 temples, un challenge pour une province qui comporte quelque chose comme un peu plus de 900.000 habitants… probablement beaucoup de trésors cachés (6) en train de se perdre et d’autres en train de se construire … de quoi occuper la vie d’un homme.  

Notes :

 

(1) Article 6 du 12 mai 2011,  lien :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-notre-isan-le-guide-de-l-isan-de-patrick-71450203.html

(2) « Isan du nord – les provinces d’Udonthani, de Nongkhaï, de Bungkan, de Nongbualamphu et de Loeï – le guide touristique en français »  2011.

A 183 - Le Guide touristique de la province de Nongkhaï par Patrick

(5) « L’Isan, tome 13, la province de Nongkhaï – Le guide touristique en français » –édition 2015. Diffusé gratuitement, ce guide est disponible ici :

Province d’Udonthani :

-Restaurant « I’M Souk » de Roland Paysse

-Restaurant « Country Grill » d’Alain Defossez

-Café « Symphonie-Udon Délices » d’Alain Cahen

-Office du tourisme d’Udonthani.

-Centre de langage « Khamkling et Banlao » d’Yves Mambanza

  Chez les particuliers suivants :

- Patrick Dieuze

- Yvon Autret

- Jean-Pierre Pochon

- Maurice Braunshausen

Province de Nong Khai

-   Au « Centre d’entrainement de boxe Thaïlandaise, Ban Na Hi Muay Thai Gym » de Marc

-   Chez « Isan Rhum » de David

Province d’Ubon Ratchatani

-  Chez Alain Guttermann.

(6) Pour connaître la liste détaillée des temples d’une province, il suffit de consulter le site http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัด... suivi du nom de la province, en l’occurrence http://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดหนองคาย. Ce n’est pas propre à Nongkhaï, toutes les autres provinces sont également bien loties.

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article
6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 23:04

titre 2Nous avons longuement parlé de nos installations respectives dans un petit village de l’Isan, un choix de vie qui a conduit l’un d’entre nous à rejoindre la ville après une « expérience » de deux ans (1). Je ne reviendrai pas sur ma propre installation depuis près de 6 ans maintenant, (2) mais moi, j’y suis, j’y reste.

L’article d’Alain, mon ami « rat des villes »

 

rat

a suscité des commentaires qui m’ont à tout le moins amusé.

C’est l’éternel débat décrit par La Fontaine entre « le rat des villes et le rat des champs » (3).

Mais curieusement, il n’y a pour une fois pas de morale à la fable, le poète se contente de nous décrire la différence entre les gens des villes plus tracassés que ceux de la campagne plus calmes et plus sereins. Le fabuliste manifeste une préférence marquée pour la vie des champs, mais c’est la manifestation probable de sa rancœur d’avoir été écarté de la vie fastueuse de la Cour de Louis XIV ensuite de ses amitiés avec Fouquet, débat théorique puisqu’il n’a probablement jamais vécu qu’à Paris et jamais connu la vie des champs.

La fontaine

Ce débat est vieux comme le monde. La Fontaine a puisé l’inspiration de la presque totalité de ses fables dans celles d’Esope qui nous a, 6 ou 700 ans avant Jésus Christ, conté la même histoire (4). Quelques centaines d’années plus tard, elle a été reprise en latin par Horace (5).

Ne nous cantonnons pas à l’antiquité gréco-romaine : Il existe dans notre Thaïlande d’aujourd’hui une foule de fables d’Esope

 

Aesop pushkin01

 

traduites du grec en thaï à l’usage de la jeunesse, sans passer par l’intermédiaire d’Horace ou celui de la Fontaine. (6).


rat

 

Ne discutons pas sur les mérites respectifs de la vie à la ville et sur ceux de la vie à la campagne, c’est un vain et interminable débat.

L’article d’Alain, mal interprété à mon très humble avis, a suscité un commentaire de l’un de nos fidèles lecteurs. Celui-ci, encore plus rat des champs qu’un rat des champs, a quitté son village, nous dit-il, pour vivre une vie érémitique dans la campagne profonde où il parle aux oiseaux,

 

cvt Il-parlait-avec-les-mammiferes-les-oiseaux-et-les- 948

 

sa passion tout à fait respectable, pour devenir en quelque sorte « rat sur une île déserte ». Il nous dit ne pas s’intéresser à l’espèce humaine et ne plus supporter les contacts avec les expatriés et les interminables discussions sur les sujets toujours récurrents se terminant en beuveries.

Comme le lui a répondu fort justement Alain, il existe des expatriés avec lesquels nous pouvons avoir de fort intéressantes discussions en dehors des histoires de fesse et qui ont des occupations éclectiques correspondant à leurs passions (7). 

J’ai exercé pendant trente ans une profession qui me mettait en rapport direct avec la clientèle et je vous affirme que des stupidités, des fariboles et des couillonades, j’en ai entendu beaucoup, beaucoup, beaucoup, que je devais alors supporter, nécessité faisant loi, au milieu de conversations ou de contacts parfois passionnants.

Quelle proportion ? La même très exactement que partout dans le monde, chez les expatriés de Thaïlande, dans le secret d’un cabinet d’avocat, dans la salle d’attente d’un salon de coiffure ou dans les loges du stade vélodrome de Marseille (Là aussi, j’en ai entendu de solides !). Restons-en pour être charitables à X %. Notre lecteur ne supporte plus les « conneries » que profèrent certains résidents mais ne cherche pas plus avant et se réfugie sur une île déserte ? Ce n’est plus de la sauvagerie, je le comprendrai, ce me semble de la misanthropie et Alceste, le misanthrope de Molière, a eu tort de croire que sa conscience était la mesure du monde, incapable d’accepter le monde tel qu’il est.

Se réfugier sur une île déserte, tel Robinson Crusoé, celui de notre enfance ? D’indignes traductions édulcorées à l’usage de la jeunesse présentent le séjour de 28 ans, 2 mois et 19 jours sur son île comme une anticipation du paradis terrestre, pure utopie et trahison honteuse de la pensée de l’auteur. Robinson considère son naufrage comme une punition du ciel dont il ne cesse de se lamenter, surtout lorsqu’il n’avait, avant l’arrivée providentielle de Vendredi, que son perroquet avec lequel dialoguer et qui ne cessait de lui répéter –dialogue un peu sommaire - « pauvre Robinson » (8) !

 

crusoe

 

L’engouement pour les robinsonnades a ensuite tourné à une vague de délires mythiques lancés par Rousseau dans « L’Emile » trahissant ce que Robinson considérait comme une anticipation de l’enfer et non comme un paradis retrouvé.

Alors, moi aussi, qui suis casanier (9), je reste dans mon village qui n’est pas une île déserte, loin de la civilisation ce qui n’est qu’une façon toute relative  de parler.

 

civilisation

 

Il m’arrive d’aller à la ville : on peut critiquer la « société de consommation » mais il n’est tout de même pas toujours désagréable d’en être le maillon final, pour effectuer des achats que je ne peux faire nulle part faire ailleurs (puisqu’il n’y a qu’à la ville que je trouve de la bonne huile d’olive, chacun ses goûts), même si l’ambiance des marchés de mon village (un petit quotidien, un moyen les vendredi et un grand une fois par mois) fait ma joie.

 

DSC01137

 

A la ville, je rencontre quelques amis dont la conversation ne m’indispose pas en sus de quelques autres qui naviguent dans les alentours de ma campagne. Nos conversations roulent parfois mais évidemment pas toujours sur d’austères sujets de métaphysique transcendantale.

Si je vous dis que je ne bois pas et que je ne fume pas, mes amis vont rigoler, et donc  je ne disconviens pas qu’une bonne chope de bière avec Alain ou avec d’autres, ça fait plaisir ; et si je vous dis que je n’ai jamais donné un léger coup de canif au contrat conjugal de temps à autre, ils vont hurler de rire même si je n’aurai bientôt plus trop l’âge pour cela. Je me contenterai de citer le grand Saint Jean  (que je relis de temps à autre dans ma thébaïde, parfois même en thaï) dans la plus belles de ses paraboles (10).

Alors, et j’en termine, je ne finirai pas ma vie ici ermite comme Saint Antoine le grand,

 

antoine

 

je reste au village, y suis-je intégré ? Probablement un peu. Assimilé ? c’est une autre histoire (11). Intégration par la gastronomie locale (un bien grand mot) ? J’ai dit ce que j’en pensais sans aucune malice (12) considérant qu’est vrai cet aphorisme selon lequel la meilleure cuisine est celle de sa mère. La mienne, paix à ses cendres, n’était pas Isan mais lyonnaise. Je ne manifeste donc qu’un goût modéré pour les œufs de fourmis

 

oeufs.jpg

 

ou les têtards grillés, même s’il m’arrive souvent de ne pas utiliser ma cuisinière à gaz ou mon four électrique mais le bon vieux récipient local en terre fonctionnant au charbon de bois.

 

แรหรื

 

Je me suis toutefois trouvé un parfait sujet d’ « intégration » avec mes voisins : Les petits oiseaux, je ne suis malheureusement pas en état de leur parler comme Saint François d’Assise,


 

Saint-François-dAssise

 

 

même si j’aime les entendre chanter (ce qui ne m’arriverait pas en ville !) alors, je fais comme les thaïs qui les braconnent

 

piège

 

de la même façon que je les braconnais

 

mode de chasse tendelles 2

 

et je les mange comme eux rôtis à leur façon, une façon qui ressemble étrangement à celle dont nous faisons en Provence griller les « rigaus »,

 

barbecue-c3a0-charbon-de-bois-via-radins-com.jpeg

 

braconnés avec l’incomparable goût du fruit défendu (13).

 

Voilà nos choix respectifs, il n'y a pas à conclure !

 

yakafokon 

... mais pas nous !

___________________________________________________________________________

Notes


(1) Voir notre article A160 « Le retour en ville, après deux ans un village isan (Thaïlande). »


(2) Voir notre article A 60 « Trois ans à la retraite dans un village Isan » publié en 2012.

 

(3) Je cite La Fontaine :

Autrefois le Rat de ville 
invita le Rat des champs,
 
d'une façon fort civile,
 
à des reliefs d'Ortolans.
 
Sur un tapis de Turquie
 
le couvert se trouva mis.
 
Je laisse à penser la vie
 
que firent ces deux amis.
 
Le régal fut fort honnête,
 
rien ne manquait au festin ;
 
mais quelqu'un troubla la fête
 
pendant qu'ils étaient en train.
 
A la porte de la salle
 
ils entendirent du bruit :
 
le Rat de ville détale ;
 
Son camarade le suit.
 
Le bruit cesse, on se retire :
 
Rats en campagne aussitôt ;
 
Et le citadin de dire :
 
Achevons tout notre rôt.
 
- C'est assez, dit le rustique ;
 
Demain vous viendrez chez moi :
 
Ce n'est pas que je me pique
 
de tous vos festins de Roi ;
 
Mais rien ne vient m'interrompre :
 
Je mange tout à loisir.
 
Adieu donc ; fi du plaisir
 
que la crainte peut corrompre.
 

(4) Μῦς ἀρουραῖος καὶ μῦς ἀστικός ce qui me semble signifier « le rat des champs et le rat de la ville ».

 

(5)  Rusticus mus et urbanus mus, ce dernier, urbanus,  se moque de la médiocrité de la vie à la campagne et invite le rusticus à savourer chez lui les plaisirs de la ville.


(6) Un petit opuscule délicieusement illustré que j’ai retrouvé chez moi :  นิทานอีสป หนูเมืองกับหนูนา « Fable d’Esope, le rat des villes et le rat des champs ».

 

product-20110510-111020-2

 

Voilà la traduction que j’en avais faite :

« Un rat des champs vivait à la campagne. Il aimait manger des fruits et vivait heureux. Un jour, son cousin rat vint de la ville.  Le rat des champs cueillit pour lui de nombreux fruits. Mais le rat des villes n’aimait pas les fruits ! « Cette nourriture n’est pas bonne ! » Dit-il. «Venez donc à la ville avec moi, la vie y est beaucoup plus amusante ». Le rat des champs suivit donc son cousin de la ville. Ils arrivèrent devant une vaste maison où ils entrèrent par la porte arrière. Le rat des villes conduisit son cousin dans une belle salle à manger. La table était couverte de toutes sortes de mets délicieux, le rat des champs était heureux : « Cette nourriture est délicieuse ! » Dit-il. Tout à coup, on entendit un grand bruit. Les souris se précipitèrent se cacher. « Ne bougez surtout pas » dit le rat des villes. Le rat des champs eut grand peur, en effet un chat était entré dans la pièce.

 

chat 2

Il examina la salle et sauta sur la table. « Fuyons » s’écria le rat des villes. Et nos deux cousins se réfugièrent dans un trou de souris. « Adieu, mon cousin » dit alors le rat des champs en s’enfuyant « Je rentre dans ma campagne où je vit au calme et en sécurité ».

« Une vie simple est préférable à une vie riche mais dangereuse ! »


(7) Je connais un retraité largement septuagénaire qui partage son temps entre Samui et une petite ville du nord-ouest et qui s’astreint pour entretenir sa mémoire à apprendre tous les jours une fable de La Fontaine, encore lui !


(8) Ces traductions traitresses ne parlent évidement pas du trafic d’esclaves que pratiquait le héros entre les côtes africaines et le Brésil où il avait une plantation de tabac et moins encore du trafic d’opium auquel il s’est livré entre le Siam et la Chine, dont nous vous parlerons un jour.


(9) Casanier « qui aime à demeurer chez lui » sens premier du mot selon Littré.


(10) VIII-7 «  Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ».

Femme_adultere_0011.jpg

 

(11) Pour ne pas entrer dans une actualité plus brulante, voilà qui me rappelle les débats passionnés d’il y a plus de 50 ans entre les partisans de l’ « Algérie française », intégration avec ou sans assimilation, que De Gaulle a résolu en tranchant dans le vif.


(12) Voir notre article 27 « Gastronomie en Isan ? »


(13) Sans les vider évidemment, il faut être rat des villes pour commettre cette hérésie. Mes voisins ne les vident pas non plus.

 

 

 
Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article
30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 23:01

exodeDe plus en plus d’expatriés francophones s’installent en Thaïlande. La majorité vit dans les « fameuses » stations balnéaires comme Phuket, Ko Samui, Pattaya, d’autres choisissent de vivre dans d’autres régions comme l’Isan, espérant y trouver une vie plus « authentique », plus thaïe. Parmi ceux-ci, certains tentent l’aventure de quitter la ville pour s’installer dans le village de leur compagne ou femme. J’ai déjà raconté ces différentes étapes dans trois articles qui s’intitulent : « 1. S’installer en isan », « 40. S’installer dans un village d’Isan ? », « A.59.  6 mois dans un  village d’Isan ? », sans oublier les 53 articles consacrés à l’Isan, réalisés avec Bernard. (Cf. Les liens en note*)


Aujourd’hui, alors que nous avons décidé (ma femme et moi) de retrouver la ville d’Udon Thani après 2 ans passés au village de Ban Sawang (Kalasin),

 

cartre

 

il m’apparaît intéressant de revenir sur cette « expérience », sur cette « aventure » que beaucoup estimaient vouée à l’échec dès le début.


Et pourtant ce n’est pas ainsi que je considère ces deux ans passés au village, même si le retour à la ville est vécu comme une décision positive, un retour plus centré sur nous-mêmes et sur l’accessibilité aux autres expatriés et « lumières « de la ville.

 

Lumières de la ville

 

Rappelez-vous. (Cf. « 40. S’installer dans un village d’Isan ? »)


Avant de partir au village, il y avait eu certes certaines appréhensions alimentées par les pronostics amicaux. « Ils s’inquiétaient d’avance, assurés qu’ils étaient de «  mon ennui », de mon « inadaptation », de me trouver loin de la « civilisation » , des « hôpitaux », des « amis » … et aussi,  de  me faire « manger » par la famille !

Je ne sais si leurs inquiétudes étaient justifiées, mais du moins, elles m’incitaient à chercher et à leur donner les raisons de ce choix de vie.

Je savais qu’il y avait les raisons conscientes et  inconscientes, les « belles » raisons  et les « inavouables ». On pouvait craindre la « posture » ! Les forums en étaient truffés : vivre loin des centres touristiques, vivre de façon plus authentique, vivre dans la « vraie » Thaïlande, connaître enfin les Thaïlandais. Certains  même parlaient d’ « intégration », diable ! »


food-drink-immigration-immigrants-integrated-multiculturali.jpg

 

J’avais alors demandé conseils à quelques-uns de mes auteurs favoris. Mon cher Montaigne


Montaigne

 

me rappelait que : "Le voyager me semble un exercice profitable; L’âme y a une continuelle exercitation (sic) à remarquer les choses inconnues et nouvelles; et je ne sache point meilleure école, comme je l’ai dit souvent, à former la vie, que de lui proposer incessamment la diversité de tant d’ autre vies, fantaisies et usances, et lui faire goûter une si perpétuelle variété de  formes" .


Alors que Levi Strauss,

 

Levistrauss

dans « Tristes Tropiques » s’interrogeait sur le bien-fondé de vouloir vivre et étudier d’autres sociétés que la nôtre :


« il tient à sa disposition une société : la sienne ; pourquoi décide-t-il de la dédaigner et de réserver à d’autres sociétés (…) une patience et une dévotion que sa détermination refuse à ses concitoyens ».


La contradiction était donc présente, et comme à chacun, on avait entendu tellement « d’histoires » parmi tous « ceux qui débinent, décrient, réprouvent, condamnent, éreintent (les femmes thaïes)… la voix des déçus,  le chant des acrimonieux, le chœur des  lamentations  de ceux qui « savent ». »


Aussi avais-je donné des raisons plus prosaïques : «  Je n’allais quand même pas chez les Bororo, les Nambikwara, ou les Tupi- kawahib, même si l’inquiétude des « amis » semblaient le faire accroire.

 

 

Bororos

 

Je voulais plus simplement, à la fois laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes », découvrir un autre « environnement », une autre culture, vivre une autre « aventure », et surtout permettre à ma femme de retrouver son milieu, sa famille, aider la mère (le père était décédé), et assurer l’éducation des deux enfants d’un frère décédé. » La sentir « heureuse » de ce retour n’était pas rien.


Et puis, il y avait eu ce blog créé avec Bernard début 2011, qui lui, vivait déjà dans un village isan. On avait commencé à écrire sur l’Isan ; et j’avais le sentiment que la vie au village me mettrait au plus près des traditions, du mode de vie isan. J’avais lu Pira Sudham**, le grand écrivain de l’Isan, à qui nous avions confié le soin « de nous « initier » à la vie d’un village d’ Isan des années 60,  (avec) ses dures conditions de vie, « le travail des rizières, le monde des esprits, le temple, les rites, ses valeurs, sa « culture », mais aussi la pauvreté, l’ignorance et la corruption  … et les transformations qu’il observait … sentant qu’« à la frontière, un autre changement, brutal, soudain, est en attente ».


Mon passé m’avait fait « rencontrer les Tarahumaras au Mexique, les Tchadiens, les Canaques (avec un doctorat sur la représentation du monde canaque).

 

Canaque

 

Pourquoi pas les Isans ?


Et puis prévenu, malgré le désir de vivre dans un petit village,  de connaître l’autre, de respecter sa culture, ses usages, ses règles dites et non-dites, je savais que je ne devais pas me « perdre »,  et conserver mon « identité» dans ce qu’elle a de fondamentale, ma part de « décision », de liberté de choix, d’ « autonomie » qui me permettraient d’ harmoniser  le « vivre ensemble ».


Je n’oubliais pas que : je ne parlais pas lao ; Je n’étais ni bouddhiste ni animiste ; Je n’étais pas paysan ; Je ne connaissais  pas la géographie sacrée connu de tous, les esprits du village, le temps sacré, les histoires des relations familiales, les traditions orales …


                             ____________________

 

 

Finalement, je ne m’étais pas trompé et avais dans l’article « 6 mois dans un  village d’Isan ? »* rendu compte positivement de ce séjour au village, avec sa vie sociale active, ses rites du quotidien (« avec le lever, la préparation du riz gluant, le repas pris en commun, les manifestations bruyantes des coqs, des chiens, les annonces du haut-parleur (publiques et religieuses), le passage des moines avec leur « bath » sur le ventre pour recevoir les offrandes, le départ des enfants à l’école », etc, les « événements » du village qui ne manquent pas (les mariages,

 

mariage.JPG

 

les funérailles),


funerailles.JPG

 

les cérémonies au temple, les « fêtes »,

 

Fête

 

les divers festivals des villages environnants, et les célébrations royales et religieuses nationales … toutes les occasions pour honorer Bouddha, le roi, les défunts, demander la prospérité pour soi et la famille, sous la protection des phis,

 

phi

 

« s’assurer » pour l’avenir … et ensuite prendre les repas en commun, sous un mode festif, où le rire et l’alcool ne manquent pas.


J’avais constaté comment le temple restait le centre religieux et social de la vie du village, comme le décrit Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak  ». J’avais été surpris  et impressionné par la société festive, solidaire, et de partage.

 

DSC00290

 

J’en avais donné de multiples exemples. J’avais pu constater que l’Isan, depuis le matin, depuis la naissance jusqu’à la mort, vit dans le sacré et a un esprit profondément religieux et animiste. L’Isan vit avec Bouddha et ses phis au quotidien. « Il sait les gestes qu’il faut accomplir pour prier, remercier, demander, se protéger … vivre ici et ensuite dans une autre vie, selon le karma … J’avais  été étonné d’apprendre que le plus important pour ma femme, était d’honorer ses morts, ses proches, par une « belle » cérémonie. 


Evidemment j’avais remarqué que l’Isan vit aussi au rythme de la nature. Certes l’Isan est pauvre financièrement, sa rizière souvent ne suffit pas,

rizière

 

mais Il sait cueillir ce que la nature lui offre, et il en a fait un savoir, un art, un plaisir partagé avec la famille et les voisins. C’est incroyable ce sens du partage. Si on vous donne qui des fruits, qui des légumes, des plantes ; spontanément vous redonnerez le peu que vous avez. Le don, contre-don, si bien analysé par Marcel Mauss fonctionne ici au  jour le jour.


Bref, j’appréciais cette société qui bien que pauvre, était riche de social, d’échanges, de fêtes, de « sacré » ; une société qui avait su préserver une bonne partie de sa culture traditionnelle, même si elle était en train de changer, d’intégrer les valeurs de la société de consommation, de s’ouvrir aux nouveaux outils informatiques. Le village était en effet connecté et la majorité des jeunes aspiraient plus  à goûter à la ville que de rester paysan au village.


Certes comme toute société, elle avait aussi ses riches et ses pauvres, ses problèmes, ses rivalités, ses travers … Nous avions déjà évoqué le sort de nombreuses familles dépendantes du mandat de leurs  enfants***, présenté le sort des vieux paysans. **** Nous savions que ce n’était pas une société idéale, mais c’était une société attachante, certes ébranlée par la « modernité », le yaba, l’alcool,

alcool et jeunes

 

les dettes …  mais encore riche de sa culture, de ses traditions séculaires, de ses esprits tutélaires, -« vivante »-.

 

                                                ___________________________

 

 

Mais alors pourquoi avoir quitté le village pour rejoindre la « ville » ?


ville

 

L’observation d’une société aussi vivante soit-elle, fut-elle isan, reste une autre culture, une culture étrangère. Vous avez beau vouloir vous « immerger », et/ou participer à différentes de ses manifestations, vous restez toujours à la marge et n’en comprenez qu’une partie, sans profiter pleinement du sens des cérémonies et des rites.


Bref, vous êtes d’une autre culture et comme eux, vous avez besoin qu’elle vous vivifie ; vous êtes d’un autre pays, et bien « qu’ex-patrié » vous avez besoin d’avoir de ses nouvelles, partager ses richesses, ses débats, son présent … vous avez une autre langue et savez qu’elle est plus qu’un médium … vous êtes « français », quoi.


Certes, au village, connecté comme la majorité des villages, vous pouvez via internet, vous informer, communiquer, échanger, profiter de films, documents, magazines, journaux, mails, écrire vos articles pour le blog … en français. Mais vous êtes seul devant votre ordinateur.


Et pourtant, j’avais écrit : « la vie au village est reliée à de nombreux « mondes » ; « j’aime cet « univers », ces différents réseaux simultanés. Vous êtes là au village, mais aussi ailleurs … au milieu du virtuel, du fictionnel, du rêve … du local et du global … de l’Isan et de la culture française …une vie en train de  s’écrire … ».


Mais un beau jour, tout en continuant à apprécier votre vie au village, vous avez le sentiment que vous en avez fait le tour, et vous commencez à ressentir une forme de solitude. Vous vous sentez loin de vos amis, des rencontres inopinées, des restaurants, des supermarchés, etc, des « distractions » de la ville. Vous songez à deux amis qui habitent aussi dans des villages aux environs, mais vous constatez « votre » différence ; ils « bougent » beaucoup, et vous, vous êtes casanier. Ils ont trouvé un équilibre qui vous fait défaut.

 

rats des champs

 

 

Alors, un jour, vous envisagez un retour à la ville.

 

Une occasion se présente ; la décision est prise. Le retour à Udon Thani s’opère. L’aventure au village s’achève. Une nouvelle commence …

 

Sans titre-1

_______________________________________________________________ 

 

*S’installer en Isan ?


http://www.alainbernardenthailande.com/article-1-s-installer-en-isan-71317147.html


40. S’ installer dans un village d’Isan ?


http://www.alainbernardenthailande.com/article-40-s-installer-dans-un-village-d-isan-87047943.html


A.59.  6 mois dans un  village d’Isan ?


 http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-59-6-mois-dans-un-village-isan-en-thailande-1ere-partie-101090230.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a59-6-mois-dans-un-village-isan-en-thailande-2eme-partie-101091142.html


L’article de Bernard : A60. 3 ans à la retraite dans un village d’Isan. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-60-3-ans-a-la-retraite-dans-un-village-isan-102595649.html


**25 . Notre Isan :  « Pira Sudham, un écrivain de l’Isan. »

Enfances thaïlandaises, coll. Les enfants du fleuve, Fayard, 1983, 1990 pour la traduction française.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-pira-suddham-un-ecrivain-de-l-isan-79537662.html 

26. Un écrivain d’Isan : « Pira Suddham, « Terre de mousson ». »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-26-un-ecrivain-d-isan-pira-sudham-terre-de-mousson-79884217.html


***17. Notre Isan : « les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html


****A127. La situation des  vieux paysans de Thaïlande.


 

 
Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
commenter cet article