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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 22:06

 

 

Cette légende a été recueillie de la bouche de Buali Suwannakhot le 21 novembre 2014. Elle provient du site Mekong watch que nous avons déjà rencontré (1). Le narrateur était alors âgé de 98 ans et résidait dans un village du sous-district de Tha Sa-at (ท่าสะอาด) dans le district de Seka (เซกา) dans la province de Bungkan (บึงกาฬ). C’est l’histoire de son village d’origine. Ses parents avaient émigré d’Attapeu (อัตตะปือ) « une ville du sud du pays, parce que la vie y avait été très dure » (2). Sa mère s'appelait Pong. Son père était probablement de l'ethnie So. Voyageant sur un bateau, ses parents entrèrent dans l’embouchure de la rivière Songkhram (แม่น้ำ  ศรีสงคราม) à Tha Uthen (ท่าอุเทน) et ont remonté la rivière (3). Ils ont ensuite trouvé un étang dans un village où la famille s’est installée et a commencé à faire du sel (4).

 

 

 

Cette légende raconte l’étonnante histoire de la découverte par les habitants de l’Isan de l’une des propriétés essentielle du sel, la conservation des aliments. Elle nous donne par ailleurs quelques précisions sur la vie de ces sauniers il y a probablement un siècle ou un siècle et demi.

 

 

 

PRÉSENTATION

 

 

Nous savons qu’il y avait beaucoup de rhinocéros au Siam.

 

 

 

 

Ses cornes, en dehors de leurs vertus magiques lorsqu’elles sont réduites en poudre de perlimpinpin (elle passe pour un révélateur de poison censée noircir à son contact)...

 

 

 

...   sont appréciées pour la qualité de leur ivoire destiné à la sculpture, estimés dans les travaux de tabletterie.

 

 

 

Son cuir est d’une telle dureté qu’il est réfractaire aux griffes des plus redoutables prédateurs, tigres en particulier (5). Sa viande est ou serait parfaitement comestible (6).

 

 

 

 

Cornes et cuirs faisaient l’objet d’importantes exportations du temps de Monseigneur Pallegoix. Le trésor envoyé par le roi de Siam à celui de France en 1681 et englouti en mer comportait deux bébés rhinocéros (7). Parmi les présents que le roi de Siam envoya en France en 1686, il y avait six cornes de rhinocéros. Ils étaient toujours présents en Thaïlande jusqu’à il y a peu et le peu qui resterait continue à être les victimes des braconniers, surtout pour leur corne à laquelle il est prêté des vertus imaginaires (8).

 

 

 

L’histoire contée par ce vieillard, probablement recueillie de la bouche de ses parents producteurs de sel, ne nous éclaire pas sur l’origine de ces dépôts de chlorure de sodium mais sur la découverte par les anciens des vertus conservatrices du sel. Nous savons que les Thaïs ne sont pas coutumiers de l’utilisation du sel pour améliorer la sapidité de leurs aliments. Ils préfèrent pour cela quelques sauces explosives et putrides à base de piment, de poissons ou de crevettes pourries.

 

 

 

Par contre ses qualités pour assurer la conservation des aliments frais fut et reste fondamentale. Cette découverte fut le fruit de constatations effectuées probablement au fil des siècles grâce au cadavre du rhinocéros !

 

 

 

 

 

LA TÊTE DU RHINOCÉROS DANS L’ÉTANG SALÉ

 

 

Il y a bien longtemps, avant même que les villageois ne se réunissent en communauté, un rhinocéros vivait dans une forêt au bord d’un étang près de la rivière Songkhram. L’animal se reposait sur la berge, buvait de l’eau et léchait du sel. Un jour, le roi qui régnait sur la région vint à passer et le vit se reposer sur la berge. Il prit une arme à feu, tira et le tua. La balle le traversa et finit sur la rive dans un ruisseau qui s'appela dès lors alors Huay Luk Puen (ห้วย  ลูก ปืน - le ruisseau à la balle de fusil).

 

 

 

 

Le roi partagea la chair et la peau de rhinocéros avec son peuple. Alors que s’effectuait le partage, survint un orage épouvantable. La pluie tomba sur la viande qui se transforma alors en une pierre rouge. Bien des années plus tard, les virent de l'eau qui suintait de la pierre. Ils se demandèrent alors si elle était potable ? Ils la récupérèrent, la firent bouillir et l’eau se transforma en sel. Ils l’utilisèrent alors pour leur cuisine et la confection du poisson fermenté dans la saumure. Cependant ils avaient aussi constaté qu’une partie de la viande du rhinocéros tombée dans l’étang ne s’était jamais dégradée et restait intacte ! Découvrant cette propriété jusqu’alors inconnue, ils utilisèrent massivement l’eau de l’étang pour en extraire le sel.

 

 

 

 

Cette richesse attira beaucoup de monde et il se créa une véritable industrie du sel. Les marchands venaient acheter le sel sur des embarcations de 25 à 40 mètres de long, 5 à 10 de large et 2 à 3 mètres de tirant d’eau. Chaque bateau comportait environ 20 membres d'équipage et pouvait transporter entre 6 et 10 tonnes de sel. Des embarcations plus petites pouvaient transporter 2 à 3 tonnes de sel. Les marchands venaient de Mukdahan, Khemmarat, Nongkhai, Vientiane, Luangprabang et le Champasak (จำปาสัก) (9).  Certains venaient par voie terrestre.

 

Les villageois travaillaient durement pendant la journée. Dans le village, ils étaient environ 300, hommes et femmes. Celles-ci tissaient les petits paniers contenant le sel.

 

 

 

 

Il n'y avait pas d'électricité. Les villageois gagnaient environ 10.000 baht par an en vendant leur sel et payaient environ 800 baht par an leurs ouvriers. Ils coupaient et préparaient le bois de chauffe en novembre et décembre. La récolte du sel s’effectuait de février à avril. Le sel était alors emballé et il fallait attendre la saison des hautes eaux en août pour pouvoir le transporter par voie d’eau.

 

 

 

 

QUELQUES OBSERVATIONS

 

 

 

Il ne semble pas techniquement impossible que la viande de ce rhinocéros tombée dans un étang saturé de sel ait ainsi pu se conserver dans cette saumure et ce pendant plusieurs années ?  La légende est, en tous cas, moins saugrenue que celle qui fit naître les sites de terre salée de la pisse de l’éléphant blanc.

 

 

 

 

Ces chiffres  nous permettent de penser que cette population de sauniers vivait alors beaucoup mieux que si elle s’était contentée de cultiver le riz sur ces terres arides  (10).

 

 

 

 

Mais il est difficile d’avoir une idée précise de l’importance économique de l’exploitation du sel de la terre. Seule La Loubère y fait une rapide allusion (11). Monseigneur Pallegoix ne parle que du sel de mer pour une raison très simple : la plus grande partie de la production de sel partait à l’exportation et, soumise à une taxe à l’exportation, elle était contrôlée au départ du port de Bangkok. La production du sel de terre échappait à tout contrôle (12).

 

 

Il en est de même aujourd’hui où cette activité subsiste en de nombreux points de l’Isan mais ce n’est pas de façon aussi spectaculaire que les marais salants du sud de Bangkok. Ce n’est pas à proprement parler une extraction industrielles, elle se fait toujours selon des procédés probablement multi séculaire et constitue à la fois un revenu d’appoint et une source d’approvisionnement familial. Le blog de notre ami Patrick a consacré deux articles à cette production familiale et semi-industrielle (13).

 

 

 

 

Cette activité marginale est loin de devoir être considérée comme en voie de disparition. Elle échappe totalement à l’industrie du sel qui en Thaïlande est sinon monopolistique du moins oligopolistique. Sur une production globale annuelle de 1,2 millions de tonnes, 600.000 tonnes sont destinées à l'exportation. Le marché de la consommation du sel alimentaire est de 76.000 tonnes par an. 30.000 tonnes seulement proviennent du sel dit « raffiné » (c’est-à-dire tout simplement de sel brut blanchi chimiquement et vendu 50 fois plus cher) distribués par ces structures oligopolistiques. Il y a donc 46.000 tonnes par année qui continuent à provenir de ces micro-producteurs. Ces chiffres sont de 2010 (14). Nous verrons donc probablement encore longtemps ces panneaux au bord de nos routes signalant la proximité d'un site familial de production de sel, échappant à toute statistique et aux grands circuits commerciaux,

 

 

Photo prises dans les environ de Kalasin, Roiet et Udon en 2019, le prix est de 10 bahts par kilogramme : 

LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE  DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)
LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE  DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)
LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE  DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

NOTES

 

 

(1) Voir notre article A 300 « LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) ».

Le site http://www.mekongwatch.org/english/ est bilingue japonais-anglais.

 

 

(2) Attapeu est aujourd’hui au sud du Laos. Cela situe cette émigration avant le traité franco-siamois de 1893 qui attribua le Laos à la France.

 

 

(3) Cette rivière est l’un des affluents principaux du Mékong dans la province de Nakonphanom (นครพนม) et dans le district du même nom à 50 kilomètres en aval de la capitale provinciale.

 

 

 

 

(4) Les zones à sel sont essentiellement disséminées dans le district de Na Wa (อำเภอนาวา)  à l’ouest de la province de Nakonphanom et le district d’Akat Amnuai (อำเภออากาศอำนวย) à l’est de la province de Sakonnakhon (สกลนคน).

 

 

 

 

(5) Les boucliers en cuir de rhinocéros étaient réputés chez les guerriers africains. Il leur fournissait d'excellents boucliers presque à l'épreuve des balles,

 

 

 

 

Il était en tous cas impénétrable aux balles des escopettes des temps anciens.

 

 

 

 

C’est Monseigneur Pallegoix qui nous décrit comment, faute d’armes à feu puissantes, il était chassé : « Les habitants des bois font la chasse aux tigres, ours, rhinocéros, buffles, vaches sauvages et aux cerfs. La manière dont ils viennent à bout du rhinocéros est fort curieuse quatre ou cinq hommes tiennent en main des bambous solides et dont la  pointe fort aiguë a été durcie au feu. Ils parcourent, ainsi armés, les lieux où se trouve cet animal, en  poussant des cris et frappant des mains pour le faire sortir de sa retraite. Quand ils voient l'animal furieux venir droit à eux, ouvrant et fermant alternativement sa large gueule, ils se tiennent prêts à le recevoir en dirigeant droit à sa gueule la pointe de leurs bambous, et, saisissant le moment favorable, ils lui enfoncent l'arme dans le gosier et jusque dans les entrailles avec une dextérité surprenante,  puis ils prennent la fuite à droite et à gauche. Le rhinocéros pousse un rugissement terrible, tombe et se roule dans la poussière avec des convulsions affreuses, tandis que les audacieux  chasseurs battent des mains et entonnent un chant de victoire, jusqu'à ce que le monstre soit épuisé par les flots de sang qu'il vomit; alors ils vont l'achever sans crainte ».

 

 

(6) « Sa chair est excellente au goût des Indiens et des Nègres » nous apprend Buffon (œuvres complètes, tome IV,  mammifères II, édition 1839 page 407). Jusqu’à sa peau qui faisait les délices de Monseigneur Pallegoix : « Chose singulière ! Sa peau, quelque épaisse et coriace qu'elle soit, est regardée comme un mets délicat et fortifiant pour les personnes faibles. On grille d'abord la peau, on la ratisse, on la coupe en morceaux et on la fait bouillir avec des épices assez longtemps pour la convertir  en matière gélatineuse et transparente. J'en ai mangé plusieurs fois avec plaisir, et je pense qu'on pourrait appliquer avec succès le même procédé aux peaux de quelques autres animaux ». Le rhinocéros du Jardin des plantes échappa de peu à la voracité des parisiens affamés pendant le siège de 1870.

 

 

 

 

 

(7) Voir notre article  R2. 84 « Le Trésor englouti de la 1ère ambassade du Roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681 ? » :

ttp://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

 

(8) Des cas de braconnage ont été signalés en particulier dans les montagnes de la province de Chayaphum en 1967, 1970 et 1972. Voir l’article « Rhinos in Thailand » par Jeffrey A. McNeely et Edward W. Cronin :  

https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/S0030605300010735

 

L’article est daté de 2019. Ses auteurs affirment avoir relevé des traces dans des forêts de la région de Petchabun ?

 

 

(9) La province alors siamoise est actuellement située au sud-ouest du Laos.

 

 

(10) Ces chiffres basés sur les souvenirs de l’auteur et de ses parents correspondent probablement à l’époque de la fin de XIXe et début du XXe siècle ? En admettant que ces comparaisons aient quelque valeur, il nous semble que ces sauniers étaient riches. Nous avons quelques idées des prix en consultant un guide touristique Madrolle de cette époque, le billet de chemin de fer en première classe de Bangkok à Ayuthaya en 1ère classe coûte 3 bahts, une journée de pension complète à l’hôtel Oriental à Bangkok ou au grand hôtel de Hua-Hin, 14 bahts. Une chambre dans un hôtel modeste coûte environ 2 bahts.

 

 

 

 

Selon le Bangkok Siam directory de 1914, la pension annuelle maximum des fonctionnaires au plus haut niveau est de 16.000 bahts par an après 30 ans de service. Le bath de cette époque représente alors 15 grammes d’argent fin.

 

 

(11) La Loubère : « Du royaume de Siam », Tome I, 1691  « le sel y est à vil prix. J’ai oui dire qu'ils en ont de roche : & ils en font de l'eau de la Mer : les uns m'ont dit avec le Soleil, d'autres m'ont dit avec le feu; & Peut-être que l'un & l'autre est véritable ».

 

(12) Monseigneur Pallegoix, tome I, 1854 « Description du royaume thaï ou Siam ».

 

 

(13) Ces articles concernent la production du sel de la terre dans le district de Ban Dung (อำเภอบ้านดุง) au nord-est de la province d’Udonthani.

http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-les-ouvriers-du-sel-125055009.html

http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-29006044.html

 

 

 

 

Dans leur article «  Idées et faits relatifs à la production des sels marins et terrestres en Europe, du VIe au IIIe millénaire »,  Serge Cassen et Olivier Weller  font référence à d’autres sites situés en Isan :

https://www.academia.edu/5373496/Idés_et_faits_relatifs_à_la_production_des_sels_marins_et_terrestres_en_Europe_du_VIe_au_IIIe_millenaire

 

 

 

 

(14) « Strategic Exploration of Salt International Company in Thailand: Can they have Sustainable Growth and Profits ? », article de Chidchai Muensriphu, Supree Vichvavichien, Sukanya Jinarach, Phanga Atthayuwat, tous de Ramkhamhaeng University et Bahaudin G. Mujtaba de Nova Southeastern University, in Journal of Business Studies Quarterly, 2010, Vol. 1, No. 3, pp. 68-81.

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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 22:09

 

 

PRÉSENTATION

 

 

Mekong Watch (« regarder le Mékong ») est une organisation non gouvernementale (ONG) japonaise basée à Tokyo  dont les activités se concentrent sur les problèmes environnementaux et sociaux résultant de projets de développement dans la région du Mékong. La plupart de ses travaux portent sur des projets impliquant un financement du gouvernement japonais. En rapport avec les communautés touchées par les projets de développement, elle s’intéresse aux problèmes auxquels elles sont confrontées (1). Elle considère non sans raisons que la préservation des contes et légendes populaires contribue à la sensibilisation à l'environnement le long du fleuve. Depuis 2014, elle a demandé à plusieurs communautés proches du Mékong d’enregistrer leurs histoires et leurs légendes avec l’aide d’un groupe de chercheurs qui explorent la manière dont ces récits peuvent aider à exposer l’impact destructeur de projets de grande envergure dans la région.

 

 

 

Mekong Watch estime que ces histoires ont joué un rôle important dans la protection de la nature en évitant la surexploitation des ressources naturelles. Elle affirme que si une partie du patrimoine commun doit être protégé, ce ne sont pas seulement les ressources naturelles, mais également le « patrimoine immatériel ». Ces histoires – ces légendes ou ces contes - doivent être considérées, reconnues et respectées comme des biens communs des populations riveraines du grand fleuve surtout à une époque où ils perdent leur place dans les communautés locales au profit de médias plus « modernes » sans être transmis aux générations suivantes. Le groupe a pu collecter un total de 102 histoires au Cambodge, au Laos et en Thaïlande. Elles ont été enregistrées, transcrites et traduites dans les langues nationales de la Thaïlande, du Laos et du Cambodge avant la production d’une version anglaise. Elles ont été ensuite publiées par Mekong Watch. Pour notre ONG et les communautés menacées de la région, la préservation de ces histoires fait partie intégrante de la campagne de lutte contre les projets qui déplaceraient des milliers de personnes vivant le long du Mékong qui cherchent à s’adapter et/ou à résister aux changements en cours dans le bassin du Mékong. Notre région, l’Isan, est évidemment partiellement concernée puisque 6 de ses 20 provinces sont riveraines du Mékong et les autres de ses affluents (2). La première de ces légendes que nous avons plaisir à vous faire découvrir concerne le sel.

 

 

 

Historiquement, l’alimentation humaine aurait découvert le sel ajouté il y a seulement quelques milliers d’années au moment du passage d’une civilisation de chasse et de cueillette à celle de l’agriculture et de l’élevage. L’expérience a alors démontré qu’il était indispensable à l’organisme et par ailleurs fondamental pour la conservation des denrées alimentaires avant – ou après – avoir été découvert comme « exhausteur » de goût, permettant de faire ressortir les saveurs d’un plat, même insipide, en dehors de ses autres propriétés notamment comme accessoire pour la cuisine sur feu de bois.

 

 

 

 

LES GISEMENTS DE SEL DE L’ISAN

 

Si la salinité du sol est néfaste aux cultures (3), ces gisements ne comportent qu’une végétation embryonnaire dans un paysage lunaire, la richesse de ces gisements supplée à cette stérilité.

 

 

 

Des gisements de sel gemme gigantesques et de haute qualité se trouvent sous terre et surtout à fleur de terre en Isan. D’une épaisseur qui serait parfois de près de 100 mètres, ils seraient parmi  les plus importants au monde ? Ces gisements viennent-ils d’une mer salée qui aurait disparu il y a quelques millions d’années ? (4). Ne nous attardons pas, nous ne sommes pas géologues. La production de sel à petite échelle selon des procédés traditionnels ne concernant que la croûte de surface est toujours pratiquée et les habitants appréhendent une exploitation industrielle qui plongerait des forages dans les tréfonds du sol. Vous ne verrez probablement pas ces sites à ciel ouvert. Leur présence n’est signalée que par celle, en bord de route, d’échoppes qui vendent des sacs de sel en provenant (5).

 

 

 

 

Mais notre propos n’est pas de faire de l’histoire ni de la géologie. L’apparition du sel en Isan a sa légende, c’est celle que nous allons vous conter telle que nous l’avons recueillie sur le site de Mekong Watch (6).

 

 

 

 

Elle a été recueillie par Thongsin Thonkannya en 2014. Âgé de 57 ans, il vivait dans un petit village du sous-district de Wang Luang (วังหลวง), district de Selaphum (เสลภูมิ), dans la province de Roiet (ร้อยเอ็ด). Elle lui avait été contée par un moine qui l’avait lue sur un très ancien manuscrit sur des feuilles de latanier.

 

 

 

 

Le titre de l'histoire, « Le sentier des éléphants blancs » (Thangchangphueak  -  ทางช้างเผือก), fait référence à la région qui comporte d’immenses réserves de sel de terre encore et toujours exploitées de façon traditionnelle. Elle ferait également l’objet de l’un des 547 jatakas narrant l’une des 500 vies antérieures de Bouddha. La voici :

 

 

 

 

LE SENTIER DES ÉLÉPHANTS BLANCS.

 

 

C’est l’histoire du premier couple humain. Phraya Thaen (พระยาแถน), maître du ciel,  qui avait créé la Terre. Il voulut aussi créer des êtres humains. Il créa donc un homme et une femme et les envoya sur terre (7).

 

 

 

 

Alors qu’ils descendaient du ciel, une tornade s’abattit et les sépara. Ils se retrouvèrent chacun sur la rive d’une grande rivière. L'homme s'appelait Grand-père Sang Ka Sa et la femme Grand-mère Sang Ka Si. Quand ils atteignirent le sol, ils s’interrogèrent sur la façon de se retrouver. Ils plantèrent des piquets et utilisèrent des ceps de vigne pour construire un pont. Ils parvinrent à se rencontrer et s’entraidèrent pour survivre sur terre. Vint un jour où Sang Ka Sa voulut que Sang Ka Si devienne son épouse. Il lui dit  « Nous vivons ensemble depuis longtemps. Tu es une femme. Je suis un homme. Nous devrions avoir des enfants car nous sommes déjà vieux ». Elle lui répondit « Nous pouvons certes nous marier mais un homme est aussi un chef de famille et doit être un sage, travailler ne suffit pas. Si tu réponds à mon énigme, cela montrera que tu es ce sage et je serai ta femme. Elle n'est pas difficile à résoudre, si tu possèdes la sagesse, tu peux y répondre ».

 

 

 

L'énigme était la suivante « Dans ce monde, qu'est-ce que l'obscurité et qu’est-ce qu’est la lumière ? » Il lui dit alors « Je peux répondre, ta question est facile : L’obscurité est une nuit sans lune. Le soleil se couche et ensuite c’est l’obscurité. C'est la nature, nous le voyons tous les jours. Cependant, par une nuit de pleine lune, le soleil se couche et il fait jour. N'est-ce pas ? ». Sang Ka Si fut déçue et lui dit : « Non, ta réponse est fausse. Je ne peux pas être ta femme. Tu es doué pour beaucoup de choses mais tu n’as pas pu répondre à mon énigme. Je te donne une autre chance. Vas chercher la réponse. Je t'attends ».

 

 

Sang Ka Sa voyagea pour trouver la réponse. Il voyagea dix mille ans mais ne la trouva pas. Il fut déçu et décida de retourner voir Sang Ka Si.

 

 

Ayant appris qu’il revenait, Phya Thaen se transforma en saint ermite et l’attendit sur son chemin. Sang Ka Sa  vit l'ermite et lui posa la question : « Aidez-moi à résoudre cette énigme, dans ce monde, qu'est-ce que l'obscurité et qu’est-ce que la lumière ? J’ai voyagé pendant dix mille ans mais je n'ai pas encore trouvé la bonne réponse ». L'ermite lui répondit : « C'est une question de Dharma.. Le monde existe à cause du Dharma, c’est-à-dire la loi de l'ordre cosmique. Les ténèbres et la lumière, c'est l'esprit humain. S'il fait noir, le monde ne prospérera pas. S'il fait jour, le monde prospérera. Les ténèbres sont l'esprit humain qui n'accepte pas le Dharma. Apparaissent alors la morosité et la cupidité. La lumière, c’est l'esprit humain qui accepte le Dharma ».

 

 

 

 

Ayant la réponse, Sang Ka Sa fut heureux, quitta l'ermite et se précipita pour revenir voir Sang Ka Si. Cela lui prit encore dix mille ans. Le pont en ceps de vigne était toujours là et il traversa la rivière. Il retrouva Sang Ka Si et lui donna la réponse.

 

 

Celle-ci lui dit alors: « La réponse est bonne mais il t’a fallu vingt mille ans. Cela fait trop longtemps, j’ai changé et je ne veux plus t'épouser ». Sang Ka Sa déçu retourna de l'autre côté de la rivière tout à sa tristesse. Il demanda alors l’aide de Phya Thaen, en disant: « J’ai essayé en vain. Je veux épouser cette femme mais ça ne marche pas. Elle est trop intelligente ». Phya Thaen voulut trouver un moyen de les réunir tous deux. Il apparut alors en rêve à Sang Ka Sa et lui dit : « Tu vas modeler deux statuettes de buffles d’eau en argile, un mâle et une femelle ». Ainsi fit Sang Ka Sa à son réveil. Il traversa précipitamment la rivière et alla voir Sang Ka Si.

 

 

 

 

 

Phya Thaen le vit et ordonna à des thewas (เทวา - créature célestes) de naître en tant que buffles d'eau. Ainsi, les deux buffles d’eau prirent-ils vie. Quand Sang Ka Si le vit elle comprit que Sang Ka Sa était un sage et lui dit « Tu es venu ici pour me guider. Tu vas m’aider à construire une communauté. Nous devons avoir des enfants et des petits-enfants. Les deux buffles d’eau que tu viens de créer peuvent nous y aider ».

 

 

Sang Ka Sa fut heureux. Peu de temps après, la femelle buffle donna naissance à des bébés buffles. Sang Ka Si accepta enfin d'épouser Sang Ka Sa. Ils vécurent alors ensemble et eurent de nombreux enfants et petits-enfants.

 

 

 

Il survient toutefois un problème : Ils avaient du riz, du poisson et des fruits à manger, mais ils n'étaient ni savoureux ni nourrissants. Leurs enfants et leurs petits-enfants étaient malingres, faibles et sans intelligence. Phya Thaen l’apprit et s’en inquiéta. Il se transforma en éléphant blanc (chang phueak - ช้างเผือก).

 

 

 

 

L’éléphant traversa alors les terres de Sang Ka Sa et de Sang Ka Si et urina partout. L'urine se  cristallisa en une croûte blanche et sèche à la surface du sol. Sang Ka Sa et Sang Ka Si y goûtèrent et connurent le goût du sel. Ils suivirent les traces de l’éléphant, mais celui-ci avait disparu.

 

 

 

 

Sang Ka Sa et Sang Ka Si conseillèrent alors à leurs enfants et petits-enfants d'utiliser cette croûte pour en tirer du sel, l’utiliser pour la cuisson ou la confection du poisson fermenté et la conservation des aliments. Il fut ajouté à la nourriture pour la rendre savoureuse, ce qui aida les enfants et les petits-enfants à devenir plus forts et en meilleure santé.

 

 

Les descendants de Sang Ka Sa et de Sang Ka Si augmentèrent. Leur village se développa. Cependant, la quantité de sel était limitée et les villageois commencèrent à se disputer. Alors Phya Thaen se transforma à nouveau en éléphant blanc. Il marcha dans la région en urinant, du fleuve à la montagne en passant par la forêt de Himmaphan  (Pa Himaphanป่าหิมพานต์) qui, selon les croyances des bouddhistes, est une forêt du paradis (8). Cela fit de la région une région riche. Les descendants de Sang Ka Sa et de Sang Ka Si restèrent forts et en bonne santé. Une fois la saison de la récolte du sel terminée, ils pouvaient le vendre et cela continue jusqu'à ce jour (9).

 

 

 

Cette légende est de toute évidence une réponse anticipée à des projets d’exploitation forcenée des sites salins du nord-est par des organismes dépendant de la « finance anonyme et vagabonde » par forages et injection d’eau sous pression dans les nappes souterraines à grande profondeur. Ces projets semblent ne pas avoir eu de suite et nos sauniers de l’Isan peuvent continuer allégrement à extraire le sel de surface en utilisant des procédés manifestement venus de la préhistoire : La terre salée est déposée sur un filtre sur lequel on verse de l’eau qui, en traversant le contenu, dissout le sel récupéré dans un récipient déposé sous le filtre. L’opération se répète jusqu’à ce que tout le sel ait été dissous. L’eau salée est ainsi récupérée et chauffée dans un récipient jusqu’à ce qu’il ne reste que le sel après évaporation.

 

 

 

 

Il est une autre légende locale toute aussi singulière pour expliquer l'origine différente des lacs d'eau salée, nombreux en Isan et faisant l'objet d'une exploitation similaire à celle des marais-salants, Nous lui consacrerons un prochain article.

 

 

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Le site http://www.mekongwatch.org/english/ est bilingue japonais-anglais.

 

 

(2) D’amont en aval : Loei, Nongkhai, Bungkan, Nakonphanom, Mukdahan et Ubon. La rivière Mun (แม่น้ำมูล)

 

 

 

 

 

et son affluent principal la rivière Chi (แม่น้ำชี) traversent l’Isan.

 

 

 

 

 

(3) Le seul arbre fruitier tropical, à notre connaissance du moins, qui pousse sans difficultés dans des terres gorgées de sel est le grenadier (thap thimทับทิม).

 

 

 

 

(4) Notons qu’il existe dans la région de Selaphum (เสลภูมิ), dans la province de Roiet (ร้อยเอ็ด) un grand lac salé appelé bungklua (บึงเกลือ le lac salé). Les habitants des environs l’appellent « la mer de l’Isan » (thalé isanทะเลอีสาน).

 

 

 

 

(5) Ce sel est de grande qualité, il a le mérite… de saler ! Son prix est dérisoire comparé à celui de la poussière blanche d’origine probablement chimique que l’on trouve dans les boutiques plus ou moins occidentalisées. La fabrication de sel de synthèse est une réaction chimique élémentaire à partir de sels de sodium (Na) et d’acide chlorhydrique (Hcl).

 

 

 

 

Il existe dans la province de Nan (mais nous ne sommes plus en Isan) un village appelé Bogklua (บ่อเกลือ - le puits du sel) qui offre une visite peut-être trop « touristiquement » organisée ? Il ne s’agit d’ailleurs pas de gisement à fleur de sol mais de puits alimentés par une nappe souterraine d’eau saturée en sel.

 

 

 

 

 

(6) La halite (du grec hals, « sel », et lithos, « pierre ») désigne le sel gemme. Les gisements d’halite proviennent de l'évaporation de mers ou de lacs salés. Ils sont composés de couches qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres d'épaisseur. Les gisements de l’Isan seraient parmi les plus riches et les plus épais au monde.

 

 

 

 

(7) Phraya Thaen (également appelé Phaya Thaen,  Phifa ou  Phi Thaenพญาแถนผีฟ้า, ผีแถน) est, dans les croyances des habitants de l’Isan, la plus élevée des créatures célestes.

 

 

 

 

(8) Pa Himaphan (ป่าหิมพานต์) dans la mythologie hindoue est une forêt légendaire entourant le mont Meru. Elle abrite de nombreuses créatures célestes.

 

 

 

 

(9) Si l’on en croit Internet, dans un litre d’urine humaine, il y aurait 10 grammes de sel ? Si l’on en croit certains scientifiques (?) qui n’ont rien de plus sérieux à faire, un éléphant pisserait 160 litres par jour ? Si la proportion de chlorure de sodium (NA Cl) dans l’urine et la même chez l’éléphant que chez nous, et il n’y a pas de raison qu’elle ne le soit pas (?), un éléphant pourrait donc lâcher dans la nature 1,6 kilo de sel de cuisine ?

 

 

 

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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 22:05

 

 

QUELQUES CHIFFRES

 

La ville de Khonkaen au sein de la province du même nom qui n’en était alors pas une était incluse lors de l’organisation administrative de Rama V dans le cercle d’Udonthani (มณฑล monthon). Ce cercle recouvrait quatre mueang (เมอืง), Udonthani proprement dit qui s’appelait Makhaeng (หมากแข้ง), Sakonnakhon, Khonkaen et Loei. La province de Khonkaen fut créée en 1917.

Le district actuel de Khonkaen (อำเภอ) se nommait alors Phralap (พระลับ) et retrouva son nom actuel de Khonkaen en 1938.

 

 

La région du nord-est fut ignorée du premier recensement de 1904 sauf la province de Korat (1). Nous connaissons le recensement de 1909 qui attribue au cercle d’Udon, 630.681 habitants. Au recensement de 1947, il y avait dans la province de Khonkaen, 590.368 habitants répartis entre 7 amphoe  (compris celui de Khonkaen) et 58 tambon (ตำบล) mais nous n’en avons pas la ventilation. Au recensement de 2014, elle comprenait 1.790.914 habitants répartis en 29 amphoe et 198 tambon. Le district de Khonkaen proprement dit (เมืองขอนแก่น) était peuplé de 396.510 habitants. La ville proprement dite (ในเมือง) en comprenait 118.203. C’est encore une ville à l’échelle humaine.

 

 

LES ORIGINES

 

Revenons rapidement sur l’histoire de la ville. En dehors d’établissements sporadiques de tribus à l’époque pré ou protohistorique ...

 

 

et d’une présence khmère aux XIe et XIIe siècles (2), sa fondation est attribuée à  Chaoratchakhruluang (เจ้าราชครูหลวงเอง) désigné premier gouverneur de la ville  qui aurait accueilli et installé 330 personnes conduite par un moine nommé Phraratsarathammuni ou Luangphokanha (พระราชสารธรรมมุนี - หลวงพ่อกัณหา).

 

 

Le pilier fondateur se situe au cœur de la ville (ศาลเจ้าพ่อเทพารักษ์หลักเมือง). L’étymologie nous explique peut-être d’où venaient ces premiers « migrants ». Est-ce une légende ?

 

 

Nous vous avons parlé du chedi de Khamkaen  (Phrathat Khamkaen - พระธาตุ ขามแก่น) situé à une quinzaine de kilomètres  à vol d’oiseau au nord-est de Khonkaen, ville  district de Namphong (น้ำพอง) dans l’enceinte du wat chediphum (วัดเจดีย็ภูมิ) où de saintes reliques de Bouddha furent ensevelies à l’emplacement d’un tamarinier miraculeux (3).

 

 

Kham (ขาม) est une abréviation fréquente dans le langage parlé de makham (มะขาม) comme nous l’indique le dictionnaire de l’Académie royale, le tamarin et kaen (แก่น) c’est le cœur de l’arbre. Khamkhaen qui est donc tout simplement un tamarinier. Le village qui aurait été construit autour du temple au XIIIe siècle en portât donc le nom (2). Au fil des siècles, il est possible et même probable que kham (ขาม) soit devenu par déformation khon (ขอน). La tonalité des deux syllabes est la même (neutre) et la différence à l’oreille entre le A long et le O ouvert long est loin d’être évidente pas plus que la prononciation finale du M que l’on peut confondre avec un N. Que khon signifie « tronc d’arbre » enlève tout sens au nom actuel de la ville, ce qui ne perturbe pas les Thaïs qui sont réfractaires à la pratique de l’étymologie. On trouve parfois dans quelques guides touristiques et élémentaires une référence à la flûte de pan siamoise, le khaen (แคน), c’est pure fantaisie, la prononciation de แก่น n’est pas celle de แคน. Toujours est-il que c’est le Phrathat Khamkaen  sur le tronc d'un tamarinier  qui symbolise la province sur son sceau officiel et son drapeau.

 

 

LA RAISON DE CETTE MIGRATION ?

 

Elle nous parait simple, la recherche tout simplement d’une implantation en un lieu favorable, ce qui était évidemment le cas du site. Il y a deux lacs naturels dans la ville actuelle, le bung thungsang (บึงทุ่งสร้าง) au nord qui s’étend sur 270 hectares

 

 

et le bung kaennakhon (บึงแก่นนคร) qui fait près de 100 hectares à deux kilomètres seulement au sud. Nous savons que la présence de l’eau, source de vie était essentielle  dans le choix de l’implantation des villages (4). Selon Pranom Tansukanun et Monsicha Bejarananda (ปรานอม ตันสุขานันท์ - มนสิชา เพชรานนท) le premier établissement était situé sur les rives du lac sud et fut promu en 1797 au rang de « mueang khonkaen » (5). Déplacée plusieurs fois en raison d’épidémies ou de pénuries alimentaires, elle trouva son emplacement définitif en 1899 près du grand lac du sud.

 

 

UN LONG SOMMEIL

 

Faute de la moindre photographie de l’époque, nous avons une description de Khonkaen en 1927 « Khon Kaen, siège d'un Ampheu, a l'allure d'un grand village, bâti des deux côtés d'une large avenue plantée d'arbres. Les bâtiments administratifs sont tous eu bois, les anciens sont couverts en tôles ondulées ou en tuiles de  bois, les nouveaux en tuiles de ciment confectionnées sur place » (6). Il s’agit probablement de l’avenue Maliwan (ถนนมะลีวรรณ) qui traverse la ville d’ouest en Est en son milieu. Nous reviendrons plus bas sur le désenclavement mais nous savons déjà que ce village est relié par câble avec Korat sur la ligne télégraphique qui pousse jusqu’à Nongkhai, le téléphone s’arrêtant à Khonkaen et qu’il disposait d’un « aéroport » en réalité d’une modeste piste, depuis 1914 (5).

 

Khonkaen ressemblait probablement à Sakonkhon (photograhie des années 20)

 

 

Mais la ville fut longtemps ignorée des visiteurs et explorateurs.

 

Pour Aymonier en 1897, ce n’est qu’un point sur une carte (7).

 

 

Nous avons trace d’un passage des missionnaires en 1907, simple signalement d’un passage sur la route de la mission du Laos, un long voyage en char à bœufs depuis Korat  (8).

 

 

Dans son monumental ouvrage de la même année, Lunet de Lajonquière décrivant les monuments khmers du cercle d’Udon ignore les monuments cambodgiens du district de Khonkaen. Il est d’ailleurs possible qu’ils étaient à cette époque envahis par la jungle ou aient été utilisés comme carrière de pierres par les habitants (9).

 

Pour Madrolle  en 1925, la ville est simplement citée comme point de passage sur la route en direction du Laos (10). Nous en avons la description deux ans plus tard ci-dessus. Il n’y a évidemment pour le voyageur curieux « rien à voir » et surtout pas la moindre possibilité d’hébergement.

 

Nous savons aussi qu’au cours de la période 1893-1907 la France créa des consulats en sus de celui de Bangkok mais essentiellement dans les villes proches de l’Indochine ou du Laos pour y enregistrer nos protégés. Dans l’Isan ce furent Makhaeng (Udon), Korat et Ubonrachathani. Il n’y avait probablement pas de protégés potentiels dans le village et aucun Français n’y apparaît au moins en 1913 (11).

 

Le vice-consulat de Korat

 

 

 VERS LE DÉSENCLAVEMENT

 

Ce n’est pas dire que les Français se désintéressaient de Khonkaen ,mais tous n’étaient pas des voyageurs curieux ou des archéologues. Et pourtant Khonkaen a une position stratégique, située à vol d’oiseau à 150 kilomètres de Nongkhai aux portes du Laos et face à la capitale, à 200 kilomètres de Mukdahan face à Savannakhet sur l’autre rive du Mékong et à 250 kilomètres de Nakonphanom face à Thakkek également sur l’autre rive du Mékong et à 200 kilomètres de Korat, alors la ville la plus importante de l’Isan. Les Français y sont fortement (et militairement) implantés depuis 1893. Mais  Khonkaen est littéralement enclavée, reliée par des pistes impraticables en saison des pluies, que ce soit vers Korat puis Bangkok au sud, vers Nongkhai au nord et vers Nakonphanom ou Mukdahan à l’est (12).

 

Rama V entreprit des travaux gigantesques pour créer le réseau ferroviaire du Siam à partir de 1887 dans le souci évident et centralisateur de relier la capitale aux provinces. Pour ne parler que de l’Isan, Korat sera ainsi reliée à Bangkok en novembre 1900 et la liaison ferroviaire en restera longtemps là. La prolongation vers le nord et l’est, en dehors du coût financier, entraînait, au moins jusqu’en 1914, le risque évident et immédiat d’une invasion militaire de la France réclamée plus ou moins ouvertement  à cor et à cri par le parti colonial. Rama V savait l’importance majeure des chemins de fer dans une logistique guerrière (13). La question d’un risque d’invasion militaire du pays disparut après la guerre mais demeurait celle du coût des travaux de construction des voies ferrées.

 

 

Le transport aérien commencé probablement dès la fin de la grande guerre reposait sur des aéroports dont le coût de construction était dérisoire compte tenu des exigences des appareils de l’époque (14). Il y eut ainsi des aéroports à  NongkhaiLoessSakhonakhonNakhonphanomKhonkaen,  Mahasarakham, Kalasin, RoïétChayaphum, BuriramSisaket, KhoratSurin et Ubon.

 

Les transports aériens ne concernaient que des services internes au Siam  (courriers et éventuellement médicaments) et non  le transport des marchandises et des personnes.

 

 

Hors tout souci d’invasion militaire, les Français avaient le souci d’exporter leur production du Laos. Or la voie du Mékong était capricieuse et  insuffisante. La solution la plus commode s'avérait celle par voie de terre via une voie ferrée rejoignant le Siam via Nongkhai, Khonkaen, Korat et Bangkok et éventuellement Thakkek ou Savannakhet et Khonkaen.. Mais le financement ne  pouvait se faire comme avant-guerre par les Anglais et encore moins par les Allemands et les Français que le conflit avait rendu exsangue. La balle était donc du côté siamois, qui  avait besoin  d’un service de transport des marchandises et des personnes.

 

Il fallut attendre le mois de mars 1930 pour qu’un décret royal autorise l'extension de la ligne de Korat à Khonkaen sur Nongkhai  d'une part et Nakhon Panom : 140 km de Khonkaen à Nongkhai par Udon et 215 de Khonkaen à Nakhon Panom.  Les travaux devaient se terminer en 1937-38 (15). Huit ans de travaux furent ensuite annoncés pour les deux voies (16).

 

En réalité, la ligne de Korat à Khonkaen fut ouverte le 1er avril 1933,  celle de Khonkaen à Udon le 24 juin 1941. Le déroutement ultérieur fut plus lent, le 13 septembre 1955 Udon est reliée à Natha (นาทา) à l’extrême sud de la province de Nongkhai et le 31 juillet 1958 la ligne depuis Natha rejoint Nong Khai.

 

 

Les lignes projetées vers l’est, Nakhon Panom, ne furent jamais réalisées probablement faute de moyens financiers. Le sujet revient de temps à autre à l’ordre du jour. A cette date, il semble que le réseau routier, tout au moins les routes principales, celle qui traverse Khonkaen du nord au sud, de Bangkok à Nongkhaï et celle qui la traverse d’ouest en Est de la frontière birmane aux rives du Mékong étaient d’ores et déjà macadamisées.

 

 

LE RȎLE DU MARÉCHAL SARIT  THANARAT 

 

 

Nous avons longuement parlé du Maréchal Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์), premier ministre du 9 février 1959 jusqu’à sa mort prématurée le 8 décembre 1963. Personnage controversé, adulé ou vilipendé, il reste toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier non sorti du sérail dans l’histoire de l’armée thaïe. Il est encore à ce jour le seul premier ministre de sang partiellement Isan-Lao par sa mère. Il se considère comme Isan, il parle la langue dont il a conservé l’accent et il s’en flatte. Il bénéficie enfin d’une incontestable amitié de la part du couple royal et très certainement de l’ « oreille » du monarque (17). Il est à l’origine de la création de l’Université de Khonkaen, qui ne vit le jour qu’un an après sa mort en 1964. Elle fut la toute première Université d’état créée en dehors de Bangkok.  Le choix de l’Isan fut un choix de passion, le choix de Khonkaen en raison de sa position centrale fut un choix de raison. Khonkaen lui doit son surnom de « porte d’accès à l’Isan » (ปสระตูสู่อีสาน). 

 

 

Un premier projet datant de 1941 avait été arrêté par la guerre. Sarit reprit l’idée en 1962. En 1963, la décision fut prise d’établir le campus à environ quatre kilomètres du centre au nord-ouest de la ville environ sur environ 300 hectares. Il en occupe actuellement 900 et regroupe 40.000 étudiants et enseignants dans une ville de moins de 120.000 habitants. La création de l’Université avait été précédée de la transformation de la piste d’atterrissage en un véritable aéroport en 1962.

 

Le sceau de l'Université porte le chedi de That Phanom

 

 

L’Université est une véritable ville dans la ville.

 

Plan de Pranom Tansukanun et Monsicha Bejarananda  (5)

 

 

Les démarches entreprises avant sa mort par Sarit pour obtenir des subventions du Conseil International des musées permirent en 1966 le déblocage de fonds pour la construction du Musée national de Khonkaen (พิพิธภัณฑสถานแห่งชาติ ขอนแก่น) qui fut inauguré par le Roi en 1972 (18).

 

 

La création de l’Université fut pour l’essentiel à l’origine de l’expansion exponentielle de la ville à partir des années 60, elle est due en grande partie à Sarit. Sa statue, toujours fleurie, est érigée  au centre du « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์).

 

 

NOTES

 

(1) voir notre article

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/195-la-population-du-siam-en-1904-le-premier-recensement-de-1904.html)

 

(2) La  présence khmère dans la région est attestée par la présence du temple de Ku Prapachai (กู่ประภัชัย) à 5 kilomètres au nord de Khamkaen

 

 

et du Ku Puainoi  (กู่เปือยน้อย) à 60 kilomètres au sud de Khonkaen.

 

 

Voir :  Roger Billard  et J. C. Eade « Dates des inscriptions du pays khmer » in: Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient, Tome 93,  2006. pp. 395-428. - Claude Jacques « Le pays Khmer avant Angkor » in : Journal des savants, 1986, n° pp. 59-95* - Du même « Épigraphie de l'Inde et de l'Asie du Sud-Est » In: École pratique des hautes études. 4e section, sciences  historiques et philologiques, Livret 3. Rapports sur les conférences des années 1983-1984 et 1984-1985-1987 pp. 169-170 – Du même «  Recherches archéologiques franco-thaï dans la Thaïlande du Nord-Est. Les fouilles de Muang-Champasi » In : Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 138 année, N. 1, 1994. pp. 43-67;

 

(3) Voir notre article

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-253-des-reliques-de-buddha-et-de-leur-bon-usage.html

Le souverain Khmer de Nakhon Phanom y fit étape en compagnie de « neuf moines éclairés » porteurs de reliques de Bouddha (qu’il était probablement allé quérir aux Indes ?) en route vers le Phra That Phanom pour les y ensevelir. Arrivés à destination, la dernière pierre du sanctuaire avait déjà été posée. Sur le chemin du retour, un tamarinier qu’ils avaient vu mort avait miraculeusement repris vie. Ils décidèrent d’y bâtir un stupa pour y enfermer les reliques entourées d’un trésor. Le nom de la ville construite ultérieurement dans les environs au XVIIIe siècle, Kham Kaen devint par la suite Khon Kaen. Telle est la légende dont nous n’avons trouvé trace en particulier sur les panneaux explicatifs à l’intérieur du temple, il en est peut-être des sources écrites ? En tous cas, le lieu reçoit de longues théories de pèlerins des environs pour lesquels il est plus facile d’accès que That Phanom. 

 

(4) Voir notre article A 278  - « LES MAISONS TRADITIONNELLES DU NORD-EST DE LA THAILANDE– UN ASPECT DE LA VIE DANS NOS VILLAGES EN 1950. (บ้านแบบดั้งเดิมของอีสาน   - ปี 2493) »

 

(5) « The Life of Khon Kaen – Cognition or Morphology ? Lessons from a Regional City of Thailand » (ชีวิตเมืองขอนแก่น: การเรียนรู้สภาพแวดล้อมหรือ สัณฐานวิทยา ? บทเรียนจากเมืองหลักของภาคในประเทศไทย) in : Journal of Mekong Societies, Vol.8 n° 1, janvier – avril 2012, pp. 19-46

 

(6) « Le constructeur de routes du Laos français sur les pistes du Laos siamois en 1927 », article signé Mariage in « Éveil économique de l’Indochine » du 11 septembre 1932.

 

(7) « VOYAGE DANS LE LAOS », tome II, 1.897  p.13

 

(8) « SOCIÉTÉ  DES  MISSIONS-ÉTRANGÈRES Compte rendu des travaux de l'année 1907 ».

 

(9) « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » tome II, p.97s.

 

(10)  « Indochine du Nord :  Tonkin, Annam, Laos, Yunnan, Kouang- Tchéou Wan » (2e édition, 1925)

 

(11) Le « Directory for Bangkok and Siam  » nous donne la liste (noms et adresses) des Français enregistrés dans nos divers consulats, ils sont 240, aucun à Khonkaen et pour l’Isan, trois missionnaires dans la province d’Udon et le district de Sakonnakhon. Il s’agit des prêtres des missions étrangères implantés dans le diocèse de Tharae (ท่าแร่) créé en 1899. Le district de Tharae situé à une vingtaine de kilomètres de Sakon comprend une très forte minorité catholique.

 

Inauguration de la cathédralle en 1899  :

 

 

(12) Nous avons un aperçu de ces difficultés de transports dans les années 20 dans notre article :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-44-chemin-de-fer-et-service-aerien-dans-les-annees-20-en-isan-83836332.html

 

(13) La guerre de Sécession a mis en exergue le rôle déterminant des chemins de fer dans le domaine des transport de troupes : Un réseau bien développé au Nord face à une quasi absence dans les États sécessionnistes contribuera pour une grande partie à la défaite du sud. Les transports massifs de troupes par voie ferroviaire avaient déjà joué un rôle capital lors de la guerre de Crimée.

 

(14) Les services officiels utilisaient des Puss Moth De Haviland

 

 

et des Fairchild.

 

 

Les services étaient utilisés de façon massive, courriers postaux (les premiers timbres-poste de la pose aérienne ont été imprimés en 1925), courriers officiels, transports de médicaments. Voir les « Annales de philatélie » de 1939.

Emission du 1er janvier 1925

 

 

(15) « Éveil économique de l’Indochine » du 20 avril 1930.

 

(16) « Éveil économique de l’Indochine » du 28 janvier 1934.

 

(17) Nous lui avons consacré trois articles :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/03/222-1-le-gouvernement-du-field-marshal-sarit-9-fevrier-1959-8-decembre-1963.html

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/03/222-2-quelques-reflexions-sur-le-regime-du-field-marshal-sarit-premiere-partie.html

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/03/222-2-quelques-reflexions-sur-le-regime-du-field-marshal-sarit-fin.html

Les liens d’amitié entre Sarit et le roi étaient si étroits que le monarque ordonna 21 jours de deuil officiel, et fit conserver sa dépouille sous patronage royal pendant cent jours et qu’il assista avec son épouse à sa crémation le 17 mars 1964.

 

 

(18) « Bulletin  d'information du Conseil  international des musées », numéros 5-6 de 1966 et 1 de 1973.

 

 

 

 

  

 

 

 

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7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 22:06

 

La littérature érudite sur l’architecture de l’Isan (Nord-est) est abondante. Nous lui avons consacré plusieurs rubriques, concernant l'architecture religieuse, l'architecture khmère ou les vestiges de la civilisation perdue du Dvaravati. Mais l’architecture populaire est oubliée, née et développée avec un type d'économie et de civilisation qui disparaît à chaque instant, à travers le monde. De nouvelles formes d'économie ont imposé un autre type d'habitat et de villages. Les vieilles maisons traditionnelles sont abandonnées. Leurs matériaux, pauvres et périssables souvent, ont facilité leur rapide disparition. Or, si l’histoire de nos manuels et aussi celle de notre blog est toujours une chronique des grands événements, l'histoire racontée par cette architecture populaire est une histoire mineure certes mais essentielle pour comprendre l'évolution culturelle des populations de notre région.

 

 

Sur un plan général l’architecture populaire n’a pas attiré grande attention des chroniqueurs. Il faut toutefois noter un renouveau récent depuis le début de ce siècle mais manifeste des habitants de l’Isan pour leur passé, leurs ethnies et leurs culture en voie de perdition. Le site Isangate créé en 1998 pour préserver les trésors de l’Isan a consacré une très belle monographie (en thaï) aux maisons traditionnelles superbement illustrée (1).

 

 

LES PREMIÈRES DESCRIPTIONS

 

La Loubère ne néglige toutefois pas le sujet, il écrit en 1695 « Si les Siamois font simples dans leurs habits, ils ne le sont pas moins dans leurs logements, dans leurs meubles et dans leur nourriture parce qu'ils savent se contenter de peu de chose ». La suite est plus précise (2).

 

Monseigneur Pallegoix écrit un siècle et demi plus tard, rien n’a changé ni dans la simplicité de la construction ni celle du mobilier en ce qui concerne les « habitations des pauvres » c’est-à-dire l’immense majorité de la population (3).

 

Lorsque le Capitaine de Malglaive écrit en 1902 dans le cadre de la Mission Pavie, dans un village de l’ethnie Phuthai sur les bords du Mékong sa description de l’habitat est brève mais il nous donne une belle gravure des constructions d’un village Phuthaï (4). Rappelons les quelques lignes que nous avons consacré aux habitations de l’ethnie Phuthai en ajoutant : « L’architecture, maisons en bois sur pilotis, ne diffère guère de celles des ethnies voisines. Elle reste encore (pour combien de temps) telle que Malglaive l’a photographiée » (5).

 

 

EN 1950, QU’Y AVAIT-IL DE CHANGÉ ?

 

 

Nous bénéficions maintenant d’une étude effectuée sur le terrain pendant deux ans (1948-1949) presqu’un siècle après Monseigneur Pallegoix et il n’y a guère plus de 60 ans, par un anthropologue américain, John De Young, de l’Université de Berkeley (6). Concernant au moins pour partie le nord-est, l’auteur consacre un chapitre à l’architecture vernaculaire. Il y a décrit méticuleusement ce qu’étaient alors les constructions traditionnelles dont par ailleurs la disparition lui semblait inéluctable, dans des unités villageoises compactes, établies de longue date, pratiquant une économie rizicole autonome et dépendant de cultures secondaires et d’autres sources pour équilibrer leurs faibles revenus.

 

 

L’ISAN EN 1950

 

Lors de ses recherches sur le terrain, il bénéficiait du dernier recensement de 1947 évaluant la population du pays à 17.343.714 habitants mais compte tenu de son augmentation annuelle de 1,9%, il l’évalue lorsqu’il écrit à 20.000.000 dont environ 80 % de paysans. Les 15 provinces du nord-est (7) comportent alors 5.850.010 habitants que nous pouvons dans les mêmes conditions arrondir à 6 millions. C’est la plus grande des quatre régions de la Thaïlande, d’une superficie de 167.000 km2, un tiers de la superficie totale du pays. Ce sont 6 millions d’habitants soit 35% de la population du pays qui y gagne difficilement leur vie.

 

 

La donne est aujourd’hui en 2018 complètement différente puisque la population du pays est de plus de 69 millions d’habitants, celle de l’Isan d’environ 25 millions et il n’y a plus de 48 % de paysans.

 

Divers paramètres ont de toute évidence joué un rôle essentiels dans l’architecture vernaculaire, celle des « pauvres » comme le dit Mgr Pallegoix sans connotation négative.

 

La topographie du nord-est affecte considérablement la température pendant la saison fraîche : bien que les journées soient chaudes, les températures nocturnes peuvent descendre jusqu’à 10 degrés Celsius, parfois moins dans la province de Loei, à la limite du gel. Pendant la saison chaude, entre mars et mai, les températures peuvent atteindre une température supérieure à 38 degrés Celsius. La saison des pluies tombe principalement entre mai et novembre, diminuant à fin septembre. La région reçoit moins de précipitations que le reste du pays car les montagnes situées au sud-ouest et à l'ouest agissent en partie comme une barrière anti-pluie mais les inondations y sont fréquentes.

 

Carte De Young :

 

 

L’EAU A DÉTERMINÉ L’EMPLACEMENT DES VILLAGES

 

Les villages (banบ้าน en isan) sont composés de maisons (huan เฮือน en isan) regroupées, il n’y a pas d’habitat dispersé dans nos 20 provinces comme il peut y en avoir dans la Thaïlande centrale, au centre de vastes propriétés dans les régions de culture intensive du riz. Le choix de l’emplacement répond à un impératif d’évidence, tellement que nul n’en parle, la présence de l’eau tout simplement. Sur les 20 provinces, seules celles de Loei (pour partie), Nongkhai, Bungkan, Nakonphanom, Mukdahan et Ubonrachathani sont riveraines du Mékong. Les villages s’y alignent tout en longueur sur la rive droite. Dans l’intérieur, soumis aux aléas climatiques dont le pire est la sécheresse, De Young note plusieurs types de regroupement : un groupe de maisons le long d'une voie navigable ou d'une route, ou un groupe de maisons parmi des arbres fruitiers, des cocotiers et des rizières ou le long d'une large rivière, des maisons construites sur une seule rive, le long d'une rivière étroite, d'un canal ou d'une route, des maisons peuvent être situées des deux côtés; le village peut s’étendre sur un ou plusieurs kilomètres.

 

Dessins De Young :

 

 

Rien n’a d’ailleurs changé à ce jour. L'observateur occasionnel ne peut souvent pas dire où un village s'arrête et où commence le suivant bien qu’il y ait une démarcation administrative entre les limites. Leur taille varie avec en général un minimum de cinquante foyers, le plus souvent une centaine et parfois deux cents. Le village moyen comprend une centaine de foyers et 450 à 500 habitants.

 

 

Toute la vie tourne autour de l’eau. Il est permis de penser que cette implantation autour d’un point d’eau suffisait aux besoins quotidiens puisque l’absence de gouttières destinées à recevoir les eaux de pluie de la toiture est alors constante. Leur apparition sur les toitures en matériaux modernes destinées à alimenter les énormes cuves en ciment constituant de précieuses réserves d’eau avant l’apparition de l’eau au robinet doit donc dater de la seconde moitié du XXe siècle ?

 

 

De Young relève encore les difficultés de circulation pendant la saison des pluies malgré une expansion constante du réseau routier. En saison des pluies, une grande partie du transport se fait toujours par voie d’eau.

 

 

Nous voyons deux éléments ponctuels qui justifient cette importance de l’eau dans une région qui subit durement la sécheresse :

 

- Lorsque les hasards de la climatologie ou de la géologie font surgir une source, elle devient volontiers immédiatement « Bonam Saksit » (บ่อน้ำศักด์สิทธิ์) en quelque sorte, traduction libre, « source miraculeuse » et se trouve aussi vite placée sous la protection des moines.

 

 

- Plus généralement sur le plan de l’onomastique, quatre de nos vingt provinces font référence à l’eau : Kalasin (กาฬสินธุ์) « les eaux noires », Buengkan (บึงกาฬ) « l’étang noir », Nongbualamphu (หนองบัวลำภู) « le lac des lotus » et Nongkhai (หนองคาย) « le lac qui crache » (?). Nous le retrouvons dans tout le pays, puisque sur les 7.500 districts de la Thaïlande, 652 portent le nom de huay (ห้วย) « le ruisseau », 33 celui de bo (บ่อ) « la source », 70 celui de nam (น้ำ) « l’eau », 42 celui de bueng (บึง) « l’étang », 501 celui de nong (หนอง) « le lac » et 145 celui de klong (คลอง) « le canal » (8).

 

Il y a aujourd’hui environ 75.000 villages en Thaïlande, 49.832 lorsqu’écrivait De Young,. Nous ne bénéficions pas (à notre connaissance) de l’équivalent français du « dictionnaire des communes » !

 

En dehors des besoins domestiques et de ceux de l’irrigation, c’est l’eau qui fournit également partie de la nourriture, les poissons et les grenouilles au premier chef, et diverses espèces végétales de nos jours en voie de presque disparition en Isan du fait de la pollution des cours d’eau. Nous avons parlé des algues d’eau douce, une gourmandise appréciée (9).

 

Photographies J.M. Strobino :

 

La forêt était proche partout et omniprésente. En dehors de compléments alimentaires appréciés, champignons, fruits sauvages et bien sur le gibier, elle était la source principale des matériaux servant à la construction.

 

La construction du barrage de Lampaodam sur la province de Kalasin terminée en 1968 a créé un plan d’eau qui ferait avec toutes ses ramifications et en pleines eaux près de 7.000 kilomètres carrés, plus vaste que la plupart des départements français et probablement la plus grande pièce d’eau artificielle du pays. Il est d’ailleurs oublié dans le palmarès des plus grands lacs artificiels du monde.

 

 

La construction du barrage d’Ubonrat dans la province de Khonkaen en 1964 a créé un lac artificiel dont les riverains sont très fiers de dire qu’il est plus grand que le lac Léman (ou de Genève si vous préférez), la belle affaire ! Il n’est par rapport au précédent qu’une mare à crapauds de 580 kilomètres carrés.

 

Si ces superficies ne sont pas parlantes, le total de la superficie de ces deux lacs représente 758.000 hectares soit pour parler thaï 4.737.500 raïs.

 

Il ne s’agit -bien évidemment- pas de nier de quelque façon que ce soit l’utilité de ces travaux pharaoniques qui ont permis tout à la fois de procurer l’électricité à une région qui en était dépourvue (Ubonrat) et de réguler les caprices des eaux en faveur des paysans.

 

Mais l’immersion de 7 milliards 580 millions de mètres carrés essentiellement de surfaces boisées a coupé l’accès à une immense source d’approvisionnement en matériaux essentiels pour la construction de la maison traditionnelle, le bois dur qui est le premier composant de l’architecture traditionnelle. Nous ne parlons évidemment pas du bambou qui pousse partout comme et aussi vite que du chiendent

 

 

LES CONSTRUCTIONS

 

Il y avait en réalité plusieurs styles de construction des maisons (huanเฮือน) en Isan en fonction de leur utilisation : les constructions temporaires, en réalité des abris (chuakhrao - ชั่วคราว), les constructions semi – permanentes (kuengthawonกึ่งถาวร) et les constructions permanentes (thawon กึ่งถาวร).

 

Les constructions temporaires

 

C’étaient et ce sont d’ailleurs toujours des constructions sommaires que les Isans appellent rueanyao (เรือนเหย้า) ou  hueanyao (เฮือนย้าว). Elles peuvent aussi constituer la construction de départ d’un jeune ménage  pauvre avant d’en faire par améliorations successives leur foyer permanent. La construction en est sommaire. Elles sont le plus souvent édifiées pour des besoins temporaires ou saisonniers comme le « thiangna » (เถียงนา) ou le « thianghai » (เถียงไฮ่) des mots spécifiquement isan que l’on peut traduire par « travail des champs » Elle utilise du bois de récupération ou des matériaux abondant, le bambou essentiellement (maipai - ไม้ไผ่), des piliers (sao - เสา) en bambou, une plate-forme en lattes de bambou et parfois des parois en lattes de bambou tressées. La toiture est en herbe. Facilement démontable, les matériaux peuvent être réutilisés pour une plus grande construction.

 

On en voit encore souvent au milieu de champs un peu éloignés du village servant à la fois de lieu de repos - il y en général un hamac suspendu - et d’entreposage du petit matériel agricole.

 

 

Elles ne résistent pas plus de deux ou trois ans aux outrages des éléments. Elles ont actuellement une utilisation fréquente puisque implantés dans les jardins de nombreux restaurants locaux ou comme lieu de repos dans les cours des grandes maisons, devenues « sala » (ศาลา).

 

 

Les constructions semi-permanentes

 

Ce n’est guère qu’une amélioration du modèle précédent. Un peu mieux ancrée au sol, elles peuvent servir de construction de début de vie ou souvent d’annexe à une maison principale pour le stockage du riz en particulier et elles sont cloisonnées.

 

 

Les constructions permanentes

 

Nous avons une longue description de De Young, en 1950, rien de bien différent des descriptions de La Loubère et Monseigneur Pallegoix. Leur construction ne fait intervenir que du bois, la brique ou la pierre sont réservées aux temples.

 

Elles sont construites en tenant compte des contraintes climatiques (chaud et froid) accompagnée souvent du grenier à riz à proximité. Elles sont élevées sur des poteaux de bois situés à cinq ou six pieds du sol, éventuellement plus hauts dans les zones inondables. Deux des piliers ont une signification religieuse essentiellement animiste : La construction de la maison commence toujours par leur pose, le premier c’est le saomongkhon (เสามงคล) que l’on peut traduire par « pilier de bonne augure » appelé aussi saoék (เสาเอก ou เสาแฮก), « le premier pilier ». Le second est le saonang (เสานาง) que l’on peut traduire par « le pilier féminin ». Le premier abrite l’esprit qui protège les mâles de la famille et le second celui qui protège les femmes. Lors de la construction le propriétaire choisit impérativement une paire de poteaux neufs, exempts de taches et ne provenant ni d'un cimetière ni de récupération dans une maison abandonné. Le plus grand des deux abritera l’esprit mâle et l’autre l’esprit femelle.

 

 

La construction sur pilotis est en particulier une protection contre les animaux. Il parait que les serpents ne montent pas les escaliers ? L’accès se fait parfois par une échelle amovible rentrée la nuit dans la maison et souvent par des escaliers fixes. En générale, elle comprend trois pièces oblongues séparées le long de trois côtés d'une plate-forme centrale en bambou ou en teck. De Young nous donne une intéressante précision : Les chambres devaient être en nombre impair, un nombre pair étant considéré comme maléfique. Normalement, la maison était donc divisée en trois parties ou pièces : la véranda ouverte, les chambres à coucher et la cuisine. Même le modeste abri en bambou devait suivre cette règle et à défaut de cloison, c’est un chiffon qui faisait marque ! De même encore le nombre de marches de l’escalier ou de l’échelle devait être impair ainsi que le nombre des portes et des fenêtres. Celles-ci ont une taille réduite au maximum pour éviter l’entrée du soleil brûlant en saison chaude et du vent pénétrant en saison froide. L’intérieur est souvent sombre mais on vit sur la terrasse. Cette véranda est une véritable pièce à vivre, elle longe les trois côtés de la plate-forme centrale. Pour des raisons cérémonielles, le sol des pièces donnant sur la véranda est légèrement plus élevé que la véranda elle-même.

 

Maison semi permanente en bambou et maison permanente en teck photographiés par De Young :

 

Beaucoup de vieilles maisons en bois de teck qui subsistaient encore du temps de De Young étaient de ce type. Il a également constaté des constructions selon d’autres schémas (10).

 

Cependant, il y avait toujours un coin de la véranda sous auvent servant à y faire la cuisine sur un foyer en terre cuite. Il est essentiel qu’elle soit éloignée des pièces à vivre ne serait-ce que pour éviter l’odeur pénétrante des épices et des assaisonnements fétides (même pour les Thaïs !) comme la pâte de crevettes pourries ou la sauce de poisson fermenté et tout aussi pourri. Elle doit donc être ouverte et aérée. Sa situation extérieure élimine en outre les risques d’incendie comme le signalait déjà La Loubère (2)

 

 

Les maisons de village reflétaient dans une large mesure le statut économique et social du propriétaire. Le teck lorsqu’il était abondant et peu coûteux était utilisé massivement pour les piliers, les poutres et les planchers. La toiture était couverte de tuiles en bois de teck ou de tuiles en argile. Si elle était en feuillage ou en chaume, elle ne résiste pas plus de 3 ans mais la réfection du toit ne coûtait quasiment rien. Les pièces étaient séparées par des cloisons en bambou tressé.

 

 Toiture en tuiles de teck (maison de Jim Thomson) :

 

 

La maison était située en général au milieu d’une enceinte clôturée où l’on trouvait un potager et quelques arbres fruitiers, cocotier, bananier, papayer, palmier à bétel ainsi que le grenier à riz. Il s’y trouvait également un petit lieu de baignade sans toiture mais avec une enceinte en bambou tressé atteignant la hauteur des épaules.

 

La volaille (poulets et canards) caquète et roucoule en jouissant des bienfaits de la vie au grand air en cherchant sa nourriture au hasard des épluchures accumulées par le balais des ménagères et ne regagnent leur abri dans l’enclos que le soir tombé.   

 

 

Si le village était éloigné d’une voie d’eau ou d’un étang, ils se trouvaient des puits à utilisation collective le plus souvent dans l’enceinte du temple. C’était cependant toujours là que l’on allait chercher à dos d’homme (ou de femme) l’eau à boire et pour la cuisine (11).

 

Dans les régions mieux desservies en eau, une cour de ferme contenait souvent un petit étang servant à la fois d'approvisionnement en eau pour irriguer le potager et de vivier à poissons pour la nourriture et les canards.

 

 

On trouvait parfois mais rarement des latrines en terre, probablement ce que nous appelons des feuillées, nous apprend De Young. Si l’on sait que Rama V s’est escrimé tout au long de son règne à organiser une politique de défécation à Bangkok, il est permis de se demandent ce qu’il en était dans nos campagnes… Un coin du champ un peu éloigné de la maison. Nous savons en effet que les habitants de Bangkok pissaient et déféquaient partout, y compris aux portes du palais ou des temples, y compris dans les canaux de la ville où ils se baignaient et se lavaient. Nous en avons une description illustrée assez saisissante (12).

 

Peinture murale du temple de Suthat à Bangok représentant les Thaîs déféquant dans les klongs (souce 12) 

 

 

La zone ouverte sous la maison était utilisée de plusieurs façons, emplacement du moulin à riz, métier à tisser, stockage du matériel agricole, séchage des récoltes, terrain de jeu pour les enfants en cas de pluie, ils y avaient leur balançoire, ou lieu de détente sur un hamac aux côtés de l’enclos où on élevait le cochon.

 

 Moulin à riz (photo De Young) :

 

 

 N’ayons garde d’oublier la « maison des esprits » présente dans tous les enclos et l’autel domestique à l’intérieur de la maison sur une étagère placée en façade nord.

  

Maison des esprits typique du nord-est (photo De Young) :

 

C’est sur la véranda que sont pris les repas ou reçus les invités.

LA CONSTRUCTION

 

Traditionnellement, la construction des logements était affaire de coopération villageoise, la vie sociale y était intense : Amis et voisins, ceux qui aidaient également aux plantations et aux récoltes, se réunissaient à la famille pour couper les bambous ou les arbres de teck (maisak - ไม้สัก) dans la forêt ou pour tisser les nattes et les cloisons. Toutes ces constructions sont faites par emboîtage et chevillage sans utilisation de clous. Ceci explique la présence d’un important outillage constaté déjà par Monseigneur Pallegoix (3). Elles sont en outre parfaitement démontables, transportables et reconstructibles. De nombreuses maisons de bois dans la région ont été démontées et vendues vers d’autres régions, ainsi le propriétaire se donnait les moyens de construire une nouvelle maison « moderne » :

 

 Mais lorsque De Young écrit, cette pratique était en voie de disparition et l’intervention d’artisans professionnels commençait à se généraliser. Les autorités locales se battaient alors pour interdire les coupes sauvages de bois dans les forêts. La première loi destinée à lutter contre la déforestation et les abattages sauvages date de 1941 (13). Il ne restait plus guère que la possibilité de construire une simple maison en bambou au toit de chaume ce qui ne prenait jamais plus de deux jours, les matériaux étant abondants et sinon gratuits du moins peu onéreux.

 


 Il nous donne un chiffre assez significatif : en 1949, un chef de village qui est l’un des hommes les plus riches construisit une nouvelle maison dans laquelle il incorpora la moitié du bois de teck de son ancienne maison. Le travail et les nouveaux matériaux lui coûtèrent 9.000 baths, le coût aurait été bien supérieur si tous les matériaux avaient été neufs. Si l’on considère mais sous toutes réserves un taux d’inflation approximatif de 2000 % donc un facteur multiplicateur de 20, cela représenterait aujourd’hui une somme de 180.000 baths 2018 ?

 

  

Notons, encore une comparaison qui vaut ce qu’elle vaut : des constructeurs proposent toujours la construction de maisons en teck livrées « clefs en mains », la plus petite, 30 m2, un cabanon, à un million de bahts. 

http://thailannahome.com/pricesF.html

 

 

 

Dans la catégorie des vraies maisons, 3 pièces et 83 m2 dont 20 de terrasse, nous sommes à trois et dix pour une maison de 5 pièces sur deux niveaux et 250 m2.

 

 

La consultation de plusieurs sites Internet nous amène à des résultats similaires mais il s’agit de teck qui est devenu une denrée précieuse. Le prix du teck (maisak) sous forme de grumes est difficile à connaître d’autant que sa provenance n’est pas toujours bien régulière serait de l’ordre de 90.000 baths le mètre cube pour le teck de forêt, beaucoup moins pour celui de culture utilisé pour le mobilier et qui ne serait pas apprécié des puristes ? Il faut évidemment rajouter le prix du traitement et de la coupe. Nous pouvons rencontrer quelques fois de ces superbes et spectaculaires constructions traditionnelles au hasard de nos pérégrinations dans le nord-est.

 

 

LE MOBILIER

 

Il y avait peu de meubles même dans les ménages aisés. L’ameublement ordinaire comprenait des matelas ou des nattes pour dormir, roulés ou pliés pendant la journée, des nattes pour s’asseoir, des plateaux-repas, quelques oreillers, des boîtes à bétel et des crachoirs. Un ménage agricole aisé pouvait avoir un placard ou deux et une machine à coudre pour les femmes. Habituellement, les seules tables et chaises du village se trouvaient dans le dortoir du temple et dans la maison du chef.

 

 

Même les familles les plus pauvres avaient un miroir et les familles riches de plus grands bien en évidence, les plus grands là où il y avait des filles célibataires. On trouvait aussi des lithographies colorées bon marché représentant des scènes bouddhistes avec l’animal représentant l’année de naissance de l’individu. On trouvait alors souvent une lithographie en couleur du jeune roi Ananda, décédé dans des circonstances mystérieuses en 1946, ainsi qu’une photographie de Phibun, le premier ministre de l’époque.

 

 

Ces images furent imprimées en grand nombre et vendues à bas prix ou distribuées dans les campagnes. On trouvait parfois en décoration des bois de cerfs ou une tête de cerf moulée en plâtre. Souvent aussi étaient collés au mur les billets de loterie nationale conservés en souvenirs. On coupait également souvent les images des magazines pour les coller au mur. Il n’y avait ni placard ni armoires, un clou sert à suspendre les vêtements qui sont par ailleurs conservés dans des coffres en bois.

 

 

L’électrification en 1950 est inexistante dans nos campagnes. Le premier plan d’électrification dans le nord-est date des années 1977-1980, des efforts énormes d’investissements ayant été effectués par PEA (Provincial electricity authority kanfaifasuanphumiphak การไฟฟ้าส่วนภูมิภาค). Actuellement (2018), 99,98 % des villages en bénéficient. Elle n’a atteint nos deux villages respectifs qu’aux environs de 1980. On s’éclairait à la lanterne à pétrole (takiang –  ตะเกียง

 

 

. ..  ce qui n’est pas dramatique puisque l’on vivait essentiellement dehors, dans les champs ou sur la véranda mais les jours tombent vite en Isan, on se couche avec le soleil et on se lève avec lui. Avec l’arrivée de l’électricité (9) va suivre celle de l’eau courante avec l’édification des châteaux d’eau. Les premiers châteaux d’eau sont le plus souvent édifiés dans l’enceinte du temple où se situait le puits collectif.

A 278  - LES MAISONS TRADITIONNELLES DU NORD-EST DE LA THAILANDE– UN ASPECT DE LA VIE DANS NOS VILLAGES EN 1950. (บ้านแบบดั้งเดิมของอีสาน   - ปี 2493)

Selon le site de PEA en 1972, seulement 10 % des villages bénéficiaient de l’électricité, 21 % en 1976, 73 % en 1986 et 95 % en 1996. Il y en a actuellement 99,98 %. L’électrification systématique du nord-est a commencé en 1977. Les 148 villages qui ne sont pas électrifiés (sur un total de 73.348) se situent probablement dans des zones inaccessibles.

 

Relevons simplement que jusque dans les années 80, il n’y avait dans la plupart de nos villages ni électricité ni eau courante. Dans les villages respectifs de nos épouses dans leurs villages de la province de Kalasin, l’électricité fut installée dans les années 80 et l’eau « au robinet » a rapidement suivi.

 

 

Pour avoir un bon aperçu de cette architecture traditionnelle, une visite au Musée de la maison isan dans l’enceinte de l’Université de Mahasarakham est instructive. (Ban isan museum พิพิธภัณฑ์บ้านอีสาน). Les constructions d’un hameau proviennent de récupération de belles maisons en teck démontées et remontrées sur le site. L’entretien laisse toutefois sérieusement à désirer.

 

 

 

 

De belles maisons traditionnelles sont plus soigneusement entretenues dans un petit musée de la ville de Renunakhon dans la province de Nakonphanom.

 

 

Le musée national de Khonkaen abrite dans une salle consacrée à la culture traditionnelle de l’Isan la reconstitution d’une modeste maison paysanne.

 

 

Le petit musée consacré à l’ethnie So dans le petit village de Kusuman (กุสุมาลย์) dans la province de Sakonnakhon nous offre la reconstitution effectuée par un artisan local d’une petite maison semi permanente en bambou

 

 

... et à l’intérieur des maquettes réalisées par les enfants du village.

 

 

Aujourd’hui, le coût excessif du bois et aussi la nécessité d’un entretien méticuleux entraîne l’utilisation systématique de matériaux classiques : piliers en béton ferraillé, parpaings ou briques, charpentes métalliques et tuiles industrielles mais nous retrouvons quelques constantes :

- De nombreuses constructions sont en quelque sorte semi-traditionnelles puisque le rez-de-chaussée est en  maçonnerie et l’étage supérieur en bois qui n’est évidemment plus en teck. L’état dans lequel se trouvent souvent les parois de bois établit l’impérieuse nécessité de cet entretien méticuleux, ce qui ne semble pas être la règle.

 

 

- La construction commence toujours par la pose des piliers au cours de cérémonies purement et simplement animistes. Les murs viennent ensuite mais ne sont pas porteurs.

 

 

- Si elle est édifiée en étage sur piliers, le niveau du sol a toujours son utilité pour garer les véhicules et souvent abriter le métier à tisser le coton ou les nattes en paille.

- Pour autant que les Thaïs ne veuillent pas toujours singer le schéma des constructions européennes, le plan général est orienté sur la vie à l’extérieur, vaste terrasse couverte, coin cuisine et buanderie également à l’’extérieur sous auvent abrité.

- Le mobilier intérieur reste toujours aussi modeste et pour la décoration, c’est le portrait du roi actuel qui remplace celui du roi Ananda mais la maison des ancêtres et les autels domestiques restent omniprésents.

 

 

Que penser de la construction fréquente dans nos campagnes de spectaculaires maisons répondant plus ou moins aux standards occidentaux ? Tout simplement qu’une maison de Pompéi est charmante sous le ciel de Naples et pour des gens qui vivaient il y a deux mille ans, ce n'est pas une raison pour qu'elle convienne à notre temps et à notre climat.

 

 

NOTES

 

(1) Le site : www.isangate.com et la page consacrée aux maisons traditionnelles : http://www.isangate.com/new/32-art-culture/knowledge/538-huan-tiang-na.html

 

 

(2) La Loubère « Du royaume de Siam » tome I, p.107s : Leurs maisons font petites, mais accompagnées d'assez grands espaces. Des claies de bambou fendu souvent peu serrées en sont les planchers, les murs et les combles. Les piliers, fur lesquels elles sont élevées pour éviter l'inondation, sont des bambous plus gros que la jambe et d'environ treize pieds de haut sur parce que les eaux montent quelquefois autant que cela. Il n'y en a jamais que quatre ou six, sur lesquels ils mettent en travers d'autres bambous au lieu de poutres. L'escalier est une vraie échelle aussi de bambou, qui pend en dehors comme l’échelle d'un moulin à vent. Et parce que les étables font aussi en l'air, elles ont des rampes faites de claies par où les animaux y montent. Si donc chaque maison est isolée c’est plutôt pour le secret du domestique, qui serait trahi par des murs si minces, que par aucune crainte du feu : car outre qu'ils font leur petit feu dans les cours et non pas dans les maisons, il ne leur saurait en tout cas consumer grand-chose. Trois cent maisons brûlèrent à Siam de notre temps, qui furent rebâties en deux jours. Leur foyer est une corbeille pleine de terre et appuyée sur trois bâtons comme un trépied…. La plupart n’ont d’autre lit qu’une natte de jonc. Leur table est un plateau sans pied, ils n’ont ni nappes ni serviettes ni cuillères ni fourchettes ni couteaux, Ils n’ont point de sièges que des nattes de jonc… »

 

(3) Monseigneur Pallegoix « Description du royaume thaï ou Siam » 1854 tome I p. 208s. : « Les habitations des Siamois sont très-propres, très-saines et bien appropriées au climat, parce qu'elles donnent passager un air rafraîchissant. Celles des pauvres sont extrêmement simples; elles sont de plain-pied, les colonnes sont en bambous ainsi que les parois, et le toit est composé de feuilles de palmier nain entrelacées et liées à une charpente également de bambou. Dans la chambre à coucher il y a toujours un plancher à la hauteur d'un mètre environ la plupart du temps, ces maisonnettes ont un étage, auquel on monte par une échelle de bambou, qui est divisé en trois petites chambres, séparées par des cloisons de feuilles ou de lattes entrelacées. Le dessous sert d'entrepôt pour le riz, l'eau et les ustensiles de ménage… Les meubles qu'on rencontre dans les maisons des Thai sont des nattes de jonc ou de rotin plus ou moins fines et délicates, selon la condition ensuite une estrade en planches, qui ordinairement sert de lit. Ajoutez à cela quelques bancs, des corbeilles, des paniers, quelques bassins et vases en cuivre , un arc, des couteaux de différentes formes, des coussins, une moustiquaire, des cruches de terre et quelques vases de porcelaine grossière, voilà tout ce qui compose l'ameublement des gens du peuple. Comme les Siamois font eux-mêmes leurs maisons et emploient leurs esclaves à toute sorte d'ouvrages, ils ont besoin de divers instruments ainsi, dans presque toutes les maisons, vous trouverez de gros marteaux, des couperets, une scie, des ciseaux, un rabot, un vilebrequin, une pioche, une bêche, une hache, etc. »

 

(4) Voir notre article : « INSOLITE 20 - LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/insolite-20-les-phutai-une-ethnie-descendue-du-ciel.html

 

(5) MISSION PAVIE, INDO-CHINE, 1879-1895, GÉOGRAPHIE ET VOYAGES – IV - VOYAGES AU CENTRE DE L'ANNAM ET DU LAOS ET DANS LES RÉGIONS SAUVAGES DE L'EST DE L'INDOCHINE » par le capitaine de Malglaive, 1902. : « Les habitants sont des Thaï Lao purs et leurs maisons affectent la forme classique des cases du Mékong : toit à deux pans aigus, formant auvent d'un côté. Elles sont fermées, en bout à deux petits pans coupés surmontés d'une paillote triangulaire en bambous. Les cases ont souvent accolées deux à deux et réunies ».


 

(6) John E. De Young : «Village life in modern Thailand », Institute of East Asiatic Studies - University of California, publiée tardivement en 1955.

 

(7) Le province de Mukdahan était alors amphore dans celle de Monophosphate, celle de Yasothon dans celle d’Ubonrachathani, celle de Nongbualamphu dans celle d’Udonthani, celle de Amnatcharoen dans celle d’Ubonrachathani et enfin celle de Buengkan la dernière créée dans celle de Nongkhai.

 

(8) Source : https://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อตำบลในประเทศไทย

 

(9) Voir notre article INSOLITE 8 – « KHAÏ PHAEN : SPÉCIALITÉ GASTRONOMIQUE DE LUANG-PRABANG ET DÉLICE SUR LES DEUX RIVES DU MÉKONG » : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-8.khai-phaen-specialite-gastronomique-de-luang-prabang-et-delice-sur-les-deux-rives-du-mekong.html

Ces kaipaen (ไคแผ่น) ne coûtent que la peine de les ramasser dans les cours d’eau et de les préparer mais elles ne prospèrent que dans des eaux claires et aérées et que tel n’est – hélas ! – plus le cas des rivières de l’Isan intérieur. On la trouve encore difficilement sur les marchés locaux.

 

(10) Des constructions de forme à peu près oblongue avec une véranda ouverte sur toute la largeur de la maison à l'avant. En ouvrant sur cette véranda se trouvaient deux ou trois pièces légèrement surélevées. Les maisons les plus pauvres étaient exclusivement en bambou avec une toiture en herbes ou en feuilles de palmier et ne comporter qu’une véranda, une chambre à coucher avec des intervalles séparés par des moustiquaires et à l’arrière de la maison une pièce partiellement ouverte servant de cuisine.

 

(11) L’eau de la ville (namprapa - น้ำประปา – « l’eau publique » ou namkok -  น้ำก๊อก - « l’eau du robinet ») existait dans les villes dès le début du XXe siècle, elle ne s’est répandu dans nos campagnes que dans le dernier quart du siècle dernier consécutive à celle de l’électricité. Le château d’eau (honam - หอน้ำ) se situe souvent dans l’enceinte du temple à l’emplacement de l’ancien puits.

 

(12) Voir l’article de M. L. Chittawadi Chitrabongs « The Politics of Defecation in Bangkok of the Fifth Reign » in Journal de la Siam Society, volume 99 de 2011.

 

(13) La loi a été promulguée le 14 octobre 1941.

 

 

 

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3 septembre 2018 1 03 /09 /septembre /2018 22:03

 

Ignorée du « tourisme de masse », la province un peu assoupie n’attire guère que les voyageurs intéressés par le plus grand site de dinosaures du pays  - des sauropodes  de 120 millions d'années - à Phu Kum Khao (ภูกุมข้าว) dans le district de Sahatsakhan (สหัสขันธ์) (1).

 

D’autres plus curieux se rendront sur le site de Muang Fadaetsongyang (เมืองฟ้าแดดสงยาง) proche de Kamalasai (กมลาไสย) où se trouvent à la fois un très ancien et très vénéré chédi, lieu de pèlerinage bouddhiste, le Phrathat Yakhu (พระธาตุยวคู)

 

 

situé au centre des vestiges de la cité légendaire de Kanok Nakhon (กนกนคร) qui fut probablement l’un des sites majeurs de l’empire du Dvaravati (ทวารวดี), ignoré longtemps de tous les explorateurs, dont l’existence n’a été signalée qu’en 1922 et la sauvegarde n’a commencé qu’en 1938 (2).

 

 

Notre voyageur se contentera le plus souvent de traverser la ville mais aura son attention attirée, face à la grande poste, par la statue de Phraya Chaisunthon (พระยาไชยสุนทร), fondateur de la cité et premier gouverneur

 

 

et 800 mètres plus loin sur la grande avenue de l’hôpital par un étrange et gigantesque xylophone en bois massif, le Ponglang (โปงลาง) devenu le symbole de la province.

 

 

L’histoire de cet instrument est singulière, il ne fut « découvert » par les érudits mélomanes thaïs de Bangkok et de la Siam Society qu’à partir de 1970, ils commencèrent à s’y intéresser ce qui nous permet d’écrire son histoire (3) sur laquelle plane des zones d’ombre, une suite en quelque sorte aux deux articles que nous avons consacré à la musique traditionnelle du nord-est (4). Toutefois l’histoire de cette province longtemps à l’écart par son enclavement et l’absence de moyens de communication explique cette méconnaissance. Rappelons qu’il y a moins de 100 ans, pour se rendre à Phimai (พิมาย), site majeur de la présence khmère en Thaïlande, il fallait plus d’une semaine depuis Bangkok (5).
 

 

LA PROVINCE

 

Aujourd’hui, selon le recensement de 2015, elle est peuplée d’un peu moins d’un million d’habitants, la capitale proprement dite de moins de 50.000. Elle comprend  18 amphoe (อำเภอ) 134 tambon (ตำบล) et 1509 villages (หมู่บ้าน) sur près de 7000 kilomètres carrés. Elle est enclavée par les provinces qui sont en partant du nord dans le sens des aiguilles d'une montre Sakonnakhon (สกลนคร), Mukdahan (มุกดาหาร), Roiet (ร้อยเอ็ด), Mahasarakham (มหาสารคาม), Khonkaen (ขอนแก่น) et Udonthani (อุดรธานี). Si les liaisons routières sont bien assurées aujourd’hui, la construction d’une ligne de chemin de fer depuis Khonkaen jusqu’au Mékong reste à l’état de projet pieux.

 

 

 

La construction du barrage de Lampao (เขื่อนลำปาว) construit entre 1963 et 1968 stocke près de 2 millions de m³ d'eau pour la prévention des inondations et les besoins de l'agriculture. Il a enseveli le village originel de Sahatsakhan. Le lac artificiel s’étend du nord au sud sur plus de 20 kilomètres

 

 

Il a toutefois coupé la moitié nord de la province, rendant les communications avec le chef-lieu difficile. Il fallut attendre le 20 novembre 2006 pour que soit inauguré le pharaonique pont Thepsuda (สะพานเทพสุดา) qui relie le district de Sahatsakhan à l'est à celui de Nong Kung Si (หนองกุงศรี) à l'ouest

 

 

remplaçant des ferries brinquebalants et transformés en restaurants flottants,

 

 

économisant plus d’une heure de route. Il en a été de même vers le nord-ouest où un pont plus modeste construit à la même époque permet de rejoindre au nord le district de Wangsammo (วังศามหมอ) au sud de la province d’Udonthani.

 

 

La chaîne de montagnes de Phuphan (ทิวเขาภูพาน) marque la frontière avec la province de Sakhonnakhon, dont une partie est préservée en tant que parc national

 

 

C’est une région sauvage s’il en fut et s’il en est encore ? Les habitants chassaient encore le buffle sauvage, une espèce qui a totalement disparu, en 1933 (6).

 

 

Il existait encore à cette époque des crocodiles tout aussi sauvages dans les rivières Huai Yang (ห้วยยาง) et Lampao qui alimente le lac artificiel du même nom. Une partie du parc de Phuphan dans le district de Somdet (สมเด็จ), les falaises de Sawoei Phuphan (ผา เสวยภูกุม), est interdite d’accès compte tenu de la dangereuse présence d’éléphants sauvages (7).

 

 

La région aurait été initialement peuplée de l’ethnie Lawa (ลัวะ ou ละว้า) il y a 1600 ans.

 

 

Son histoire prend corps en 1793 seulement quand un groupe de 4.000 personnes ayant quitté la Principauté de Vientiane pour on ne sait quelles raisons décidèrent de s'installer dans un petit village du nord-est appelé Ban Kaengsamrong (บ้าน แก้งสำโรง), leur chef en fut nommé gouverneur (8).

 

 

C’est l’homme de la statue à la posture fort martiale et cette ville devint le centre de C’est l’homme de la statue à la posture fort martiale et cette ville devint le centre de la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) dont le nom signifie « eaux noires » (9).  Elle est actuellement peuplée de plusieurs ethnies, nous avons étudié la plus nombreuse, les Phuthai (ผู้ไท) qui forment probablement 10 % de la population (10).

 

 

Devenue province en 1932 (changwat - จังหวัด) elle fut ensuite rétrogradée en simple district du monthon (มณฑล) de Roiet puis de Mahasarakham mais retrouva son rang de province le 1er octobre 1947.  

 

 

Province essentiellement agricole, la population vit de la canne à sucre (oy – อ้อย),

 

 

de l’hévéa (yangpara - ยางพารา),

 


du manioc (mansampalang  - มันสำปะหลัง),

 

 

de la pisciculture (liang pla – การเลี้ยงปลา) sur les rives du lac de Lampao,
 

 

et bien évidement du riz auquel nous avons consacré un article (11).
 

 

N’oublions pas une activité de vannerie (khrueang chaksan – เครื่องจักสาน) spécifique aux villages Phuthai

 

 

et enfin la soie (phraewa - แพรวา), spécialité incontestée de la province dont le centre de production se trouve aux alentours du village de Banphon (บ้าน โพน).

 

 

Et pour en venir – enfin – aux Ponglang il y a de nombreux centres de fabrication artisanale, plus particulièrement Ban Kutwa (บ้านกุดหว้า) dans le district de Kuchinarai (กุฉินารายณ์), Ban Nong So (บ้านหนองสอ) dans le sous-district de Lampao (ลำปาว), district de Muang (เมือง), Ban Phonthong (บ้านโพนทอง) dans le sous-district de Phonthong (โพนทอง), district de Muang (เมือง) et ce en dehors d’un savoir transmis de famille en famille à l’origine de l’élaboration d’instruments n’entrant pas dans le circuit commercial.

 

 

LE PONGLANG

 

Il est parfois aussi appelé kholo (ขอลอ) ce  qui va probablement nous expliquer son origine. N’épiloguons pas sur l’étymologie du mot ponglang (โปงลาง), il n’est pas thaï  Nous y voyons, à tort ou à raison, tout simplement une double onomatopée, pong étant le son grave et lang le son aigu (11). Les  érudits de Bangkok ont découvert dans les années 1970 l’existence de ce xylophone vertical inconnu dans toutes les autres régions du pays, Isan compris. Un orchestre traditionnel isan organisa un concert à la Siam Society à Bangkok en 1972.

 

 

À la fin des années 1970 déjà le ponglang avait suscité un regain d'intérêt, un film à succès Khru Bannok (ครูบ้านนอก – « instituteur à la campagne ») faisant intervenir un orchestre traditionnel de l’Isan.

 

 

Nous érudits ont envisagé l’hypothèse qu’il pourrait être l’ancêtre du xylophone horizontal présent dans tous les orchestres traditionnels, le ranat (ระนาด) dont on connait deux sortes, ranat-ek (ระนาดเอก) et ranat-thum (ระนาดทุ้ม), conçus probablement sous le règne de Rama III (1824-1854) mais construits sur une caisse de résonnance ce qui change totalement la qualité des sons.

 

 

L’incontestable isolement de la province rendait toutefois cette hypothèse douteuse. Par ailleurs, le ponglang est de confection beaucoup plus rustique que les ranat souvent fait de fort belle ébénisterie. Ils se sont alors rendus en 1973 à Ban Najan (บ้าน นาจารย์) dans le district de Muang qui est toujours le centre de l’activité bong-lang, en y interrogeant à la fois les musiciens et les personnes les plus âgées qu’ils purent trouver.

 

Il apparut que l’instrument semble avoir été pratiquement inconnu en dehors du district de Muang, dans la province de Kalasin, jusqu'à une date alors récente. En 1974, un sieur Tawng-si Hawirot alors âgé de 71 ans (1974) de Ban Jaeng (บ้าน แจง) dans le sous-district de Muanglat (มวงลาด), district de Muang dans la province de Roi-et, limitrophe du sud de la province de Kalasin déclara qu’il avait découvert  le kolo aux environs de 1969 quand un homme d’un village du district de Muang de la province de Kalasin était venu au village jouer du kolo à sept barres. Il avait alors supposé à l'époque qu'il s'agissait d'un instrument nouvellement inventé puisqu'il ne l'avait jamais vu auparavant. Une informatrice la plus âgée de Ban Najan alors âgée de 94 ans n’avait pas souvenir d’avoir jamais vu cet instrument. Prado, un moine de quatre-vingt-un ans, se souvenait en avoir vu dès 1904 comportant entre douze et quatorze touches. Ils auraient alors été gardés dans les abris au milieu des rizières et l’on en jouait pour repousser les tigres et les éléphants sauvages aujourd’hui disparus. Par contre, il connaissait les ranat pour en avoir entendu jouer dans des ensembles thaïs centraux venus jouer pour un gouverneur qui n'était pas de naissance locale. Une autre vieille dame, Pao Gaeo-saat, âgée de 75 ans et née dans le district de Selaphum (เสลภูมิ) dans la province de Roiet se souvenait avoir entendu des kolo pour la première fois quand elle était âgée d'environ dix-sept ans donc vers 1915 dans le sud de la province de Roi-et. Un joueur de kolo de Ban Najan enfin dit qu'on en jouait en solo dans les abris de campagne quand il était jeune, vers 1936, et qu'ils comportaient entre sept et neuf rondins. On en trouvait alors dans de nombreux villages  mais d’après lui ils étaient limités au district de Muang dans la province de Kalasin. Des informations supplémentaires et aux conclusions similaires avaient été recueillies lors d'entretiens menés ailleurs dans la province. Il est donc à peu près certain que cet instrument de musique n’existait pas au-delà du début du XXe siècle et qu'il était pratiquement inconnu en dehors du district de Muang dans la province de Kalasin jusque dans les années récentes. Les deux articles de nos auteurs sont de 1979 et 1981.

 

 

Les xylophones horizontaux, ranat-ek (ระนาดเอก) au son haut 

et ranat-thum au son plus bas, ne sont pas, avons-nous dit, antérieurs au règne de Rama III. ​​​​​​​

Ils n’apparaissent dans aucune des descriptions du Siam par les Européens sur les instruments de musique utilisés à Ayutthaya au XVIIe et dans une certaine mesure au début du XVIIIe siècle. Nicolas Gervaise  écrit en 1688, Simon de La Loubère en 1693 et François Henri Turpin en 1771. Ce dernier ne décrit que le kongwong (ฃ้องวง) qui est effectivement un xylophone circulaire dont la conception est entièrement différente de celle des ranat et à fortiori ponglang.

 

 

Nous ne trouverons les ranat que dans les descriptions de John Crawford en 1828, celles d'Edmund Robert en 1837 et celles de Monseigneur Pallegoix 20 ans plus tard.

 

Il ne semble pas qu’il y ait de connexion possible entre le modeste ponglang et les ranat et plus encore le kongwong tous beaucoup plus élaborés.

Comment alors serait né ce xylophone dans l’une des régions les plus isolées du Siam ?

 

Les instruments actuels se composent en général de douze rondins (louk – ลูก) en bois dur, parfois jusqu’à quinze, tendus à partir d'un poteau ou d'un tronc d'arbre par une boucle de corde (chuak-roi -เชือก ร้อย) qui traverse les rondins de chaque côté de haut en bas. Il y a un nœud dans le cordon et un petit espace entre chaque bûche.

 

 

A l'origine, cependant, le cordon était enroulé autour des bûches comme c’est le cas dans la reproduction géante dans la ville, probablement la forme initiale. La boucle basse de la corde peut être fixée à une cheville enfoncée dans le sol ou autour de la cheville du joueur. La taille est variable mais le rondin supérieur a en général environ de six à dix centimètres de diamètre et soixante centimètres de long, les rondins inférieurs vont en se dégradant dans leur taille et leur diamètre. Pour faciliter le jeu, la face de chaque rondin est aplanie en son milieu.

 

 

L'instrument peut être joué par un joueur qui utilise alors deux mailloches en bois (maitiponglang – ไม้ตีโปงลาง – « bois pour frapper le ponglang ») ou par deux interprètes chacun utilisant un batteur, tous deux assis ou accroupis

Bien qu’il puisse être joué en solo, il fait le plus souvent partie d’un ensemble combinant d’autres instruments traditionnels, en général le pin (พิณ), une espèce de guitare à cordes pincées à trois ou quatre cordes et le khaenwong (แคนวง) version isan de la flute de Pan.

 

 

Son origine très probablement récente viendrait d’une espèce de sonnaille en bois pour les vaches connue sous le nom de kolo ou également de ponglang ou mak ponglang (หมากโปงลาง).

 

 

Il en est une autre possible qui n’est pas incompatible avec la précédente : Le terme kolo désignait aussi le gong fait d’une buche pleine ou d’un bambou fendu par lequel un chef de village procédait à ses annonces en le frappant d’une mailloche. On l’appelle aussi kro (เกราะ).

 

 

Si ces instruments ne sont plus utilisés par les chefs de village qui bénéficient présentement de haut-parleurs, on les trouve encore souvent suspendus dans les restaurants traditionnels pour appeler le personnel de service.

 

 

L’expérience, les observations et le bons sens démontrèrent de toute évidence à nos bons paysans de l’Isan qu’en modifiant le diamètre et la longueur de l’instrument, le son variait ce qui permit d’en faire des instruments de musique ne nécessitant qu’une matière première à moindre coût, un peu de travail sans nécessiter les compétences d’un luthier de Crémone. C’est tout simplement ce que Choderlos de Laclos appelait « le bon sens du maraud » qui a créé cet instrument il y a probablement moins d’un siècle dans la province de Kalasin où il est resté confiné quelques dizaines d’années.

 

 

La popularité de l’instrument a alors franchi les frontières de notre province à la vitesse de la poudre. Il est devenu omniprésent dans les provinces du nord-est. Nous allons le retrouver – ce n’est qu’un amusant détail - dans le logo de l’équipe de joueurs de ballon rond de Kalasin.

 

 

Plus sérieusement, le collège des arts dramatiques de Kalasin (Witthayalainattasinlapa Kalasin - วิทยาลัยนาฏศิลปกาฬสินธุ์a été créé en 1981 sous l’égide de S.A.R la princesse  Maha Chakri Sirindhorn.

 

 

Depuis 1990, il organise tous les ans entre le 26 février et le 6 ou 7 mars la grande fête du ponglang associé à la soie (nganmahathamom ponglang phrae wa – งานมหาธมมโปงลางแพรวา).

 

 

Lors de la cérémonie d’ouverture, on put y voir la princesse absorbée dans la contemplation d’un ponglang.

 

 

 

SOURCES INTERNET

 

http://kanchanapisek.or.th/kp8/krs/krs304.html (en thaï)

http://www.thaiheritage.net/nation/oldcity/kalasin7.htm (en thaï)

 

SOURCES IMPRIMÉES

 

กาฬสินธุ์ ISBN 9789744841872

กาฬสินธุ์ ISBN  9742775214

เที่ยวทั่วไปใน 76 จังหวัด, sans date ni référence ISBN, ouvrage datant d’une dizaine d’années.

David Morton : « The Traditional Music of Thailand », Bangkok, 1971.

Le « guide vert » de Michelin est le seul à donner quelques précisions sur les richesses culturelles de la province

NOTES

 

(1) Voir notre article 8. « NOTRE ISAN : AU TEMPS DES DINOSAURES » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-notre-isan-au-temps-des-dinosaures-71522507.html

 

(2) Voir notre article INSOLITE 6 – « AU CŒUR DE LA PROVINCE DE KALASIN, LA CITÉ MYSTÉRIEUSE DE KANOK NAKHON (กนกนคร) « LA VILLE D’OR », CITÉ MAJEURE DU DVARAVATI. » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-6-au-coeur-de-la-province-de-kalasin-la-cite-mysterieuse-de-kanok-nakhon-la-ville-d-or-cite-majeure-du-dvaravati.html

 

(3) Voir les articles de Terry E. Miller et Jarernchai Chonpalrot « THE MUSICAL TRADITIONS OF NORTHEAST THAILAND » in Journal de la Siam society, volume

67-1 de 1979 et « THE RAN AT AND BONG-LANG: THE QUESTION OF ORIGIN OF THE THAI XYLOPHONES » in Journal de la Siam society, volume 69 de 1981.

 

(4) Voir nos deux articles : ISAN 30. « LA MUSIQUE TRADITIONNELLE THAÏLANDAISE VUE PAR LES VOYAGEURS » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-is-30-la-musique-traditionnelle-thailandaise-vue-par-les-voyageurs-85320934.html

et

ISAN 31. « LA MUSIQUE TRADITIONNELLE THAÏLANDAISE. LA MUSIQUE EN ISAN » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-isan-31-la-musique-traditionnelle-thailandaise-la-musique-en-isan-85321059.html

 

(5) Voir notre article  INSOLITE 15 « UNE EXCURSION A PHIMAI … IL Y A UN SIÈCLE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-15-une-excursion-a-phimai-il-y-a-un-siecle.html

 

(6) Voir notre article A 93. « UNE CHASSE AU BUFFLE DANS LA REGION DE KALASIN EN THAÏLANDE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a9-une-chasse-au-buffle-dans-la-region-de-kalasin-en-thailande-114713457.html

 

(7)  Le 17 novembre 1976, à 4 kilomètres à l'est du barrage de Lam Pao, sur une zone de 225 hectares, les autorités ont constitué une réserve zoologique ouverte abritant de nombreuses espèces d’oiseaux et de singes, la « Station de conservation et de développement de la faune de Lam Paeo » (Sathanisueksathammachat lae sat lampao  - suansan - สถานีศึกษาธรรมชาติและสัดว์ลำปาว สวนสะออน).

 

 

Elles ont lancé à partir de 1980 un programme de réhabilitation du buffle sauvage, « la vache rouge »  (wuadaeng – วัวแดง  - bos javaniucus) probablement à partir de croisements avec des animaux domestiques ? Le parc est situé à peu de distances de la plage aménagée de la plage de Hat Dokket  (หาดดอกเกด la plage des fleurs) surabondamment fréquenté par les Thaïs.

 

 

Lorsque la plage est déserté, les animaux viennent y brouter paisiblement.

 

 

(8) Voir notre article H 19  -  « LE ROI CHULALONGKORN (RAMA V), MONARQUE ABSOLU MAIS AU POUVOIR LIMITÉ ET SANS RESSOURCES AU DÉBUT DE SON RÈGNE ».

 

(9) กาฬ (kan), = noir et สินธุ์ (sin) = eau. Le mot se lit par euphonie non pas Kan-sin mais Kalasin. Le sceau actuel et officiel de la province montre un étang aux eaux noires devant les montagnes Phu Phan qui forment la frontière de la province. Les nuages ainsi que l'eau symbolisent la fertilité de la province.

 

 

 (10) Voir notre article INSOLITE 20 – « LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/insolite-20-les-phutai-une-ethnie-descendue-du-ciel.html

 

(11) Voir notre article A 226 – « DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/05/a-226-decouvrons-le-riz-gluant-de-thailande-et-de-l-isan-en-particulier.html

 

(12) La langue locale en est riche et plus encore, ne citons que le « miaou » du chat (แมว - maeo) ou le croassement du corbeau  (กา – ka) 

 

 

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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 22:07
A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Nous avons découvert par un article de notre ami et fidèle collaborateur occasionnel, Jean-Michel Strobino le site religieux de Phrathatphanom (พระธาตุพนม), situé sur les rives du Mékong dans la province de Nakhonphanom, entre la ville de Nakhonphanom et celle de Mukdahan (1). Le temple jouxtant la pagode contenant ou censée contenir des reliques de Bouddha comportait avant son effondrement en 1975 des fresques représentant probablement des voyageurs hollandais du XVIIe siècle. Il ne nous en reste malheureusement que la représentation gravée sur bois que nous en a donné Francis Garnier dans son ouvrage sur lequel nous allons revenir.

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Disons toutefois quelques mots de ce Stupa qui est probablement le plus ancien monument du pays contenant des reliques de Bouddha qui y furent placées il y a plus de 26 siècles,  ceci expliquant qu’il est le lieu le plus sacré pour les bouddhistes du nord-est, et l’un des monuments les plus célèbres de la Thaïlande et aussi du Laos.

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Qu’elle est son histoire ou tout au moins son histoire légendaire ? Nous en devons le récit – ou tout au moins sa traduction - à Francis Garnier, non pas d’un texte siamois mais  de la « Chronique royale du Cambodge du lettré Nong » et apparemment de nulle autre source. (2)  (3)

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Cette chronique commence en 1346 et s'arrête en 1737. « Le Capitaine de frégate de Lagrée, chef regretté de la mission scientifique, en avait entrepris la traduction avec le concours de quelques interprètes indigènes, espérant trouver quelques renseignements historiques sur les monuments d'Angkor qu'il avait étudiés pendant deux années consécutives avec toute la passion d'un archéologue » (F. Garnier).

 

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Nous reviendrons dans un autre article sur l’histoire tumultueuse des reliques de Bouddha qui furent, après son incinération et malgré ses désirs formels, partagées entre huit de ses disciples et dispersées dans les pays bouddhistes. Elles comprenaient des os restés intacts, des dents canines, des cheveux et encore des os détériorés par le feu réduits à la grosseur de grains de moutarde ou de graines de riz en sus de ses objets personnels.

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Que nous apprend la chronique sur la venue de ces reliques sur les rives du Mékong ? En voici le résumé : Huit années sept mois douze jours après l'entrée de Bouddha dans le Nirvana, Maha Phacasop et cinq cents saints accompagnant Phra Mahakassapa l'un des disciples du Bouddha apportèrent des Indes une relique de Sammonocodon, un os de sa poitrine, qu'ils déposèrent sous un Pouchrey (Ficus religiosa) avant de la placer dans un stupa.

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Nous sommes donc, Bouddha ayant quitté son enveloppe terrestre en 543 A.J.C en 536 avant notre ère, il y a plus de 2.500 ans.

 

Les princes de Souvana, Phikarat, Khamdeng, Enthapat, Chounrakni Phoumatat, et Nanthasin convoquèrent leurs peuples pour élever aussitôt un monument. Chacun d'eux fit dans la terre un trou de 2 coudées de profondeur et de 2 brasses de côté. Les mandarins et le peuple vinrent creuser à leur tour. On fit ensuite des briques de la grandeur de la main de Phacasop.

Phya Chounrakni plaça sous la relique 5.550 barres d'argent; chacune d'elles pesait 64 ticaux; il y ajouta 550 barres d'or dont chacune avait le poids de 48 ticaux. Ces barres furent mises à l'ouest. Phya Enthapat donna 9.999.900 phé d'argent et de 33.300 phé d'or (1 phé = 1 gramme selon Garnier ?). Avec cet or on fit une petite barque. Le tout fut placé au sud. Phya Kham Deng plaça au milieu un crachoir, une couronne et une boîte en or pesant  140  livres, neuf plateaux en or pesant 38 livres, neuf  plateaux et un vase en argent pesant 200 livres.

Phacasop ordonna aux cinq princes de faire trois fois le tour du monument en répandant une eau parfumée. Chacun d'eux, de son côté dut ensuite élever d'une brasse, le monument. Phacasop l'éleva ensuite de deux brasses, et l'on fit brûler tout autour pendant trois jours et trois nuits des bois odorants pour durcir les briques. On étendit alors des étoffes appelées kampala sur les objets d'or et d'argent, et les reliques vinrent s'y placer d'elles-mêmes. Les cinq princes envoyèrent chercher une pierre au pays de Kousinara (Kousinaragaï où mourut Sammonocodon), destinée au côté nord du monument; une autre à Purean Nosey (Bénarès), destinée au côté sud; une autre à Lanka, destinée au côté sud-ouest; une dernière à Takasila, destinée au côté nord-ouest. Phacasop et les cinq cents saints firent ensuite trois fois le tour du monument; les cinq princes répétèrent après eux la même cérémonie. Ils prièrent pour que leurs présents fussent agréés et restassent cinq mille ans à la même place. Phya Souvana et Phya Khamdeng demandèrent en outre de devenir après leur mort deux bonzes unis comme deux frères; et, comme Phya Enthapat et Phya Chounrakni s'étonnaient de cette prière, ils leur répondirent que chacun était libre de les imiter. Phacasop et les saints bénirent les princes et partirent pour le pays de Reacheacru. Les cinq princes préposèrent cinq cents hommes à la garde du monument.

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Quels sont ces royaumes dont il vient d’être parlé ? Enthapat serait – selon Garnier - le Cambodge; la tradition voudrait que Chounrakni Phoumatat soit un pays annamite. La Chronique se continue par la liste des princes qui ont contribué à l'entretien ou à l'embellissement du monument ou qui ont régné sur le pays de « Peu Nom ».

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Nous savons peu de chose sur l’évolution des constructions. Si la légende rend cet édifice contemporain de Bouddha, l’étude qu’en fit Garnier n’en fit pas remonter les parties les plus anciennes au-delà de la première moitié du seizième siècle : à cette époque une princesse cambodgienne épousa le roi de Vien Chan. La chronique lui  attribue la réédification du « Tât » mais bien avant et bien après le monument avait subi un grand nombre de restaurations, nécessitées par la fragilité des matériaux qui le composaient, par les guerres et les révolutions qui avaient amené à plusieurs reprises sa destruction ou son abandon sans que l’on sache si la présence des reliques de Bouddha ait empêché un pillage sacrilège de l’immense trésor d’or et d’argent qui se trouveraient dans les fondations ou s’il est resté protégé par les nagas du Mékong ?

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Nous avons toutefois un schéma de l’évolution depuis un simple tertre à l’origine. Au fil des années, des constructions étaient édifiées en superposition. Ce dessin montre l’état du Chedi avant l’effondrement de 1975 construit par-dessus celui édifié entre 1690 et 1692 lui-même pesant de tout son poids sur les constructions antérieures.

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI  DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

Il fut encore rehaussé de 10 mètres en 1940.

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Le 12 août 1975, à la suite d’inondations catastrophiques, le monument s’effondra ce qui fut considéré comme un drame national ....

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... et aussi comme un sinistre présage laissant supposer à beaucoup une victoire des communistes au Laos qui survint au mois de décembre de la même année.

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La reconstruction a immédiatement commencée dès après le sinistre et s’est terminée en 1979, toujours plus haut puisque le chédi actuel est haut de 53,40 mètres et sa flèche porterait un quintal d’or.

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Nous n’avons malheureusement que peu de photographies de l’ouvrage avant la catastrophe de 1975 et encore moins en couleur, en dehors des gravures de l’ouvrage de Francis Garnier de l’ensemble proprement dit et aucune des fresques de l’intérieur de la pagode.

 

1889 :

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1906 :

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Il nous en fait une remarquable description : « Le monument de Peu Nom est un de ces Dagobas si communs dans tous les pays bouddhistes et qui reçoivent au Laos le nom de Tât; il consiste en une pyramide massive dont la base carrée mesure environ 10 mètres de côté et dont la flèche dorée atteint une hauteur de 45 mètres. Elle porte cinq Thés ou ombrelles de dimension décroissante et garnis de clochettes à leur circonférence. Cette pyramide est construite en briques, et sa surface est couverte de moulures et d'arabesques, qui ne manquent ni d'art ni d'une certaine grâce. Les parties supérieures de la pyramide sont d'une construction récente; la base, plus ancienne, accuse une ornementation et une architecture d'inspiration birmane. Le Tât de Peu Nom est entouré de trois enceintes, entre lesquelles se trouvent intercalées une foule de petites pyramides en bois ou en briques qui indiquent, ordinairement, le lieu de sépulture de quelque grand personnage. Une grande et riche pagode, de construction récente, plusieurs oratoires et de nombreuses bonzeries s'élèvent à quelque distance. La pagode est construite dans le style des temples siamois modernes, et les murailles sont couvertes de fresques représentant les sujets les plus variés. De chaque côté de la porte d'entrée est une figure représentant un seigneur européen du seizième siècle; l'original de ce dessin aurait été offert à une ancienne pagode, jadis construite sur l'emplacement de celle-ci, par l'ambassadeur hollandais Wusthofl. (5)

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That Phanom est pour les bouddhistes une ville sainte, la plus sainte de l’Isan et peut-être même de la Thaïlande actuelle. Ce monument est l'un des plus célèbres du pays. Il jouit également d'une haute réputation au Laos et la vénération dont il fait l'objet de la part des populations lao est attestée depuis le XVIe siècle au moins. Bien que le fleuve délimite la frontière entre la Thaïlande et le Laos, les habitants des deux rives partagent ces croyances qui sont restées inchangées jusqu'à nos jours.

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Ceci s’explique bien évidemment par l’ancienneté de la venue des reliques – les plus anciennes de toute l’histoire du Siam – et sur leur mise en place miraculeuse, légendes qu’aucun bouddhiste ne met une seconde en doute. Francis Garnier nous donne un exemple significatif de cette « foi qui déplace des montagnes » : « J'ai déjà dit que le sanctuaire de Peu Nom est en grande vénération dans tout le Laos. Les dévotions qu'on y accomplit ou les pénitences qu'on s'y impose ont aux yeux des fidèles une valeur toute particulière. Notre interprète Alévy, à qui la vue de ce lieu sacré rappelait la vie pieuse et errante qu'il avait menée comme bonze dans le Laos, et reprochait la vie coupable et mondaine à laquelle il s'était ensuite abandonné au Cambodge, se résolut à une expiation méritoire. Après quelques jours passés en prières, M. de Lagrée le vit revenir à lui, pâle, fatigué, mais la physionomie rayonnante : il s'était coupé en l'honneur de Bouddha la première phalange de l'index de la main gauche ».

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S’agissant non pas d’un respectable vestige archéologique mais d’un espace spirituel, le centre de la foi pour les habitants de l’Isan et du Laos, il s’est créé une longue tradition de construction de répliques dans le nord-est … et au-delà.

 

Le Phrathat Bua Bok (พระธาตุบัวบก) dans la province d'Udon Thani a été construit entre 1920 et 1934 dans l’enceinte d’un temple (Wat phrathat buabok - วัดพระพุทธบาทบัวบก) contenant une très vénérée « empreinte du pied de Bouddha ».

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Le Phrathat Tha U-Then (พระธาตุท่าอุเทน) dans la province de Nakhon Phanom est construit sur les bords du Mékong à une trentaine de kilomètres en aval de la capitale. Il a été construit en 1912 pour abriter des reliques de Bouddha provenant de Birmanie.

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Le Phrathat de Renu Nakhon (พระธาตุเรณูนคร) dans le district de Renu Nakhon, province de Nakhon Phanom à une dizaine de kilomètres en nord-ouest de That Phanom, a été construit en 1918.

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Le Phrathat du Wat Pa Sakdaram (พระธาตุ วัดป่าสักดาราม) district de Selaphum dans la province de Roi-et, plus récent, date de 1977.

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Le Phrathat du wat phrathat bang puang (วัดพระธาตุบังพวน) dans la province de Nongkhai date également de 1977.

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La construction du  Phratthat Phanomchamlong (พระธาตุ พนมจำลง) dans l’enceinte du temple Wat Thampithak (วัดธรรมพิทักษ์) dans le village de Huaymek, province de Kalasin, a commencée en 1983 et ne s’est terminé qu’il y a quelques années, le coût de l’opération – 15 millions de baths affichés soit environ 375.000 euros - expliquant ce délai.

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En nous éloignant, nous arrivons dans la province de Loei ou nous trouvons le Phrathat Satcha (พระธาตุสัจจะ) construit en 1979 dans l’enceinte du Wat Ladpusongtham (วัดลาดปูทรงธรรม)…

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Et il nous faut quitter l’Isan pour traverser l’Atlantique et découvrir en Californie – oú les réfugiés laos sont nombreux -  le  Wat Phra That Phanom d'Amérique fondé par un moine venu de That Phanom (6).

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La construction de ces répliques repose sur un concept significatif, la même foi et la même croyance dans les vertus charismatiques de la relique, évitant aux habitants de l’Isan aux ressources le plus souvent modestes, avec des déplacements alors difficiles, pour pouvoir vénérer une réplique du Phrathat Phanom plutôt que de devoir se rendre plus ou moins facilement sur les bords du Mékong. Si ce motif purement conjoncturel n’a plus guère de raisons d’être aujourd’hui, il explique à tout le moins la construction d’une réplique sur les rives de l’Océan pacifique. Il n’était évidemment pas celui de S.M le roi Rama IX et de la reine Sirikit lorsqu’ils sont allés visiter le nord-est et ont participé alors à une cérémonie traditionnelle.

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Nous ne vous donnons pas ici une liste de guide touristique mais celle des « descendants » de That Phanom » modelés d’après le That Phanom, mais tous moins élevés et moins dorés, centre historique de la foi et de la croyance des bouddhistes Isan-lao. Lorsque se déroule dans l’un ou l’autre de ces tempes la fête annuelle du culte des reliques (ngan waï phrathat – งานไหว้พระธาตุ), les plus âgés parlent non pas de « ngan waï phrathat » mais de « ngan wai phrathat phanom » un symbole majeur du bouddhisme… Les Thaïs ne prient pas devant une pyramide dorée mais devant ce qu’elle représente.

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C’est d’ailleurs la même démarche qui justifie la construction dans de nombreuses églises catholiques d’une reconstitution à l’identique de la Grotte de Lourdes. Ce n’est nullement dans un but décoratif mais pour permettre aux catholiques thaïs de prier l’Immaculée conception et Sainte Bernadette Soubirous sans devoir s’astreindre à accomplir un long et couteux périple jusqu’aux rives du Gave de Pau.

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La permanence, le renouveau et la modernisation des traditions (7)

 

Les cérémonies traditionnelles qui concernaient jusqu’à il y a quelques dizaines d’années essentiellement l’ethnie Phutaï (8) s’est étendue aux autres minorités ethniques des provinces de Nakhon Phanom et de Sakon Nakhon, en particulier des cérémonies de danse rituelle pratiquées par de jeunes femmes portant le costume traditionnel des Phutaï et transmises de génération en génération.

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De nouvelles cérémonies rituelles ont vu le jour. Nous n’en citerons que deux qui nous ont paru significatives :

Le Sukhwan (สุขวัน) de l’Université de Khonkaen. Cette université créée en 1966 est la plus ancienne de l’Isan. Une représentation du Phrathat Phanom sert d'emblème à cet établissement. Le stupa est placé sur un bloc de bois, et il y a deux « thewada » (เทวดา que l’on peut traduire par « créatures célestes ») invitant l'esprit des vertus de Phrathat Phanom à se répandre sur l'université. Les trois sections de cet emblème représentent la connaissance, la vertu et la sagesse.

 

 

La cérémonie est destinée à accueillir les étudiants de première année au cours d’activités nocturnes, processions, emmaillotages autour du stupa, offrandes de robes aux moines, danses traditionnelles des étudiants vêtus de les vêtements traditionnels, différents selon les groupes ethniques, écoute d’homélies et une procession aux chandelles autour du stupa. Un spectacle de « son et lumières » raconte l'histoire de Phrathat Phanom.

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De même l'Université Nakhon Phanom, créée en 2005, utilise également l'image de Phrathat Phanom comme emblème.

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Depuis 2013, comme celle de Khon Kaen, elle organise une nouvelle tradition d'accueil des étudiants de première année. Ceux-ci viennent en procession sur la pelouse du temple du Wat Phrathat Phanom Woramahawiharn (วัดพระธาตุพนมวรมหาวิหาร). Ils y pratiquent la méditation, écoutent des sermons, effectuent la danse rituelle du bai si sukhwan (บายศรีสู่ขวัญ) spécifique aux Phutaï...

 ...emballent également le stupa en chantant l'hymne de l'université (เพลงชาติมหาวิทยาลัยนครพนม).

Une autre tradition nouvelle s’est instaurée à l’initiative du TAT (Tourism autority of Thailand – การท่องเที่ยวแห่งประเทศไทย), celle de faire correspondre à chacun des jours de naissance l’un de ces Phrathat fils de celui de That Phanom, dont nous avons parlé plus haut.

 

Ces nouvelles traditions sont le signe évident d'une culture en évolution, de la tradition à la modernité même si l’aspect de « produits » pour le tourisme n’y est peut-être pas étranger.

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Que faut-il penser de cet immense trésor ?

 

 

La fascination des Siamois pour l’or a déjà frappé La Loubère en 1695 :

NU

« Nul  autre pays n'a plus la réputation d’être riche en mines, que le pays de Siam, et la grande quantité d'Idoles et d'autres ouvrages de fonte qu'on y voit, persuade qu'elles y ont été mieux cultivées en d'autres temps, qu'elles ne le font maintenant. On croit même qu'ils en tiraient cette grande quantité d'or, dont leur superstition a orné non seulement leurs idoles, presque sans nombre, mais les lambris et les combles de leurs temples. Ils découvrent encore tous les jours des puits creusés autrefois, & les restes de quantité de fourneaux, qu'on croit avoir été abandonnés pendant les anciennes guerres du Pegu… » (9)

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Pour autant que le chroniqueur du début du XIXe siècle, rapportant une très ancienne tradition orale, utilise les mesures de poids que nous connaissons toujours, un tical (bath) en matière de métaux précieux pesant 15,20 grammes et une livre de 500 grammes, nous aboutissons à cette addition spectaculaire d’environ 10 tonnes d’argent et 60 kilos d’or :

5.550 barres d'argent chacune de 64 ticaux auraient pesé 84,36 kilogrammes.

550 barres d'or chacune de 48 ticaux auraient pesé 26,40 kilos.

9.999.900 phé (grammes) d'argent équivalent à 9.999,90 kilos (9 tonnes, 999)

33.300 phé d'or équivalent à 33,3 kilos.

Tout cet or et tout cet argent, en partie façonnés, permirent de construire en or divers objets de 140 livres soit 70 kilos, 9 plateaux de 38 livres soit 19 kilos et en argent un vase de 200 livres soit un quintal.

 

 

D’oú provenait cet or ?

 

Ne parlons pas de la mythique Chersonèse d’Or de Ptolémée

 

 

… et de la non moins mythique Suwanaphum des textes bouddhistes du début de notre ère, décrivant ces terres d’Asie du Sud-Est censée renfermer des ressources minières fabuleuses mais toujours non situées à ce jour. Ne parlons pas non plus des « fourmis chercheuses d’or » d’Hérodote (10).

 

 

Nous connaissons par un mémoire de Marc Mouscadet publié en 2013, dont le contenu déborde largement du titre (limité au Laos) un peu de l’histoire des mines d’or siamoises (11). N’oublions pas que le Laos fut longtemps tributaire du Siam et que le Mékong, s’il est une frontière politique artificielle, n’était pas une frontière naturelle. Il nous apprend que des sites aurifères ont été attestés entre 1750 et 1425 avant Jésus-Christ dans la région de Loei ainsi que du cuivre argentifère. On orpaillait, du temps de Mouhot et de Pavie, nous apprend-t-il, dans les affluents de la rive gauche du Mékong. Si nos voyageurs ont mieux décrit la rive gauche sur laquelle la France jetait un œil avide, il en était de toute évidence de même sur la rive droite, la nôtre.

 

 

L’or d’Attopeu, région qui fut sous souveraineté siamoise avant de tomber dans le giron de la France, suscita la convoitise des colons qui créèrent la Société des mines d’Attopeu. Nous avons rencontré l’éphémère royaume des Sédangs (12). Les chefs de ces tribus, situées au sud d’Attopeu, entre la chaine annamitique et le Siam, payaient plus ou moins régulièrement tribu en or au monarque siamois. Cet argument servit à notre roi « in partibus » à chercher des commanditaires européens rêvant d’El Dorado en les appâtant en leur conférant de prestigieux titres de noblesse et par la promesse de concessions sur « ses » mines d’or.

 

 

Il ne nous semble donc pas que l’accumulation d’une telle quantité de métaux précieux amassée par cinq monarques légendaires plus ou moins contemporains de la mort de Bouddha, provenant de royaumes probablement situés de part et d’autre du Mékong dans lequel se jettent des affluents aurifères, soit invraisemblable.

 

 

Il y avait, il y a toujours, une immense quantité d’or en Thaïlande. Il n’y a rien d’étonnant dès lors à ce que l’or thésaurisé par les fidèles et offert au temple dans les « boites à donation » ait permis d’enduire le sommet du stupa d’un quintal d’or. Le grand Stupa du Wat Phra Mahathat Vihan (วัดพระมหาธาตุวรมหาวิหาร) de Nakhon Si Thammarat qui est pour le sud de la Thaïlande ce que Phra That Phanom est au nord-est, est également recouvert d’un quintal d’or.

 

 

 

Mais il faut évidemment se poser la question de savoir si la légende de ce trésor enfoui a quelque réalité, reposant sur un témoignage quelque peu tardif ?

 

 

Il faut aussi se poser une autre question qui nous conduit à examiner cette légende de façon sereine. Si le trésor a été enfoui à deux coudées de profondeur et quelle que soit la coudée dont il est question, elle ne fera jamais plus d’un mètre, on peut penser que lors des travaux de reconstruction commencés en 1975, la nouvelle construction a été édifiée sur des fondations plus résistantes donc plus profondes que les précédentes. Or, sauf erreur, rien n’a été alors découvert. Il faut donc en déduire soit que ce trésor n’a jamais existé soit – s’il a existé – qu’il a été depuis des siècles pillé.

 

 

 

S’il dort un trésor dans l’enceinte du temple, c’est beaucoup plus vraisemblablement celui des trois pierres précieuses du bouddhisme sur lesquelles veillent les nagas.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article « DES HOLLANDAIS DU WAT PA KE DE LUANG PRABANG AUX HOLLANDAIS DU TEMPLE DE THAT PHANOM EN ISAN (NORD-EST) ».

(2) Nous avons utilisé « Voyage d'exploration en Indo-Chine : effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de Lagrée : relation empruntée au journal "le Tour du monde" » publié en 1885.

(3) Garnier en avait publié la traduction en 1871 volume 18 (pages 336 s.) et 1872 volume 20 (pages 112 s.) dans le « Journal Asiatique ». Ces documents font partie de la Collection des « Papiers Doudart de Lagrée  » offerts à la Bibliothèque Nationale de Paris en 1877. Le manuscrit qui avait servi de base aux travaux historiques de la mission Doudart de Lagrée, avait été recopié en 1866 par un secrétaire-interprète du roi Norodom, Col de Monteiro. Ce manuscrit était transcrit en caractères latins sans que l’on sache s’il est une copie fidèle du manuscrit original : voir à ce sujet Mak Phoeun : « L'introduction de la Chronique royale du Cambodge du lettré Nong » In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 67, 1980. pp. 135-145 : « C'est en espérant trouver des renseignements historiques sur les monuments d'Angkor que Doudart de Lagrée avait étudié les Chroniques royales du Cambodge. En même temps que la liste chronologique des rois considérée en quelque sorte comme officielle par le palais d'Oudong, il avait pu se procurer la version des Chroniques royales du Cambodge dont la rédaction est attribuée au lettré Nong et, avec le concours de quelques interprètes cambodgiens, il en avait entrepris la traduction. Par la suite, après avoir collationné le texte français de cette traduction avec la transcription en caractères latins du texte cambodgien, Francis Garnier l'avait publié en 1871-1872 dans le « Journal Asiatique

 

(4) Ces croquis ont été établis en 1999 par le Docteur Suporn Winpan et sont disponibles sur le site http://www.watpamahachai.net/Document12_1.htm

(5) Nous avons également une description plus succincte du monument par Etienne Aymonier in « Cambodge siamois », 1901, page 144 et de  Lunet de la Jonquères in « Monuments du Cambodge » II, 1902, pages 99-100. Celle de Garnier est la plus ancienne. Une étude méthodique des vestiges de l’effondrement pour en déterminer l’origine exacte – ce qui dépasse le cadre de notre travail et a donné lieu à d’interminables querelles d’experts – a été effectuée par Michel Lorrillard : « Par-delà Vat Phu. Données nouvelles sur l'expansion des espaces khmer et môn anciens au Laos » In Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, Tome 97-98, 2010. pp. 205-270;

 

(6) Site Internet http://www.watPhrathat Phanom-usa.org/

 

(7) Cette question a fait l’objet d’un récent article de Pathom Hongsuwan, professeur à la Faculté des sciences humaines et sociales de l’Université de Mahasarakham « That Phanom Stupa: Spiritual Space and Invented Traditions in Present-Day Northeastern Thailand » publié dans le Journal of Mekong societies, volume XIII n° 3, septembre-décembre 2017, pages 19-39.

 

(8) Voir notre article INSOLITE 20 « LES PHUTAÏ, UNE ETHNIE DESCENDUE DU CIEL ? ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/insolite-20-les-phutai-une-ethnie-descendue-du-ciel.html

 

(9) « Du royaume de Siam », 1695, premier volume, pages 45-46.

 

(10) Voir notre article R6 « LES FOURMIS CHERCHEUSES D’OR AU SIAM, MYTHE OU REALITE ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/r6-les-fourmis-chercheuses-d-or-au-siam-mythe-ou-realite.html

 

(11) « L’EXPLOITATION DU SOUS-SOL AU LAOS (1893-1940) », Mini-mémoire sous la direction du professeur Jean-François KLEIN, INALCO, 30 juin 2013.

 

(12) Voir notre article « UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/un-francais-marie-ier-roi-in-partibus-des-mois-et-des-sedangs-gloria-in-excelsis-maria.html

 

 

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18 janvier 2018 4 18 /01 /janvier /2018 03:09
A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

Nous avons consacré plusieurs articles à l’architecture religieuse de « notre » Isan (1) en insistant en particulier sur l’orientation du lieu le plus sacré des temples, la chapelle d’ordination dont l’orientation est en général dirigée ou devrait l’être vers l’Est, les huit points cardinaux étant marqués par des « bornes sacrées ». La porte principale s’ouvre donc vers le soleil levant qui illumine la statue de Bouddha dressée à l’intérieur. Point n’est besoin de chercher des raisons ésotériques, c’est de l’Est que nait la lumière, tout simplement. Nous avons constaté la réalité de cette orientation au cours de multiples visites des temples de notre province sans avoir l’outrecuidance de prétendre les avoir tous visité puisqu’il y a – sauf erreur – 670 temples bouddhistes dans la province de Kalasin, 76 dans le district de l’un d’entre nous (Kamalasai) et 27 dans l’autre (Huaymek). Par ailleurs, nous avons constaté lors d’un parcours rapide de nombreux  édifices religieux que nous ont laissé les Khmers lors de leur occupation du Siam, dont ceux de l’Isan, que l’entrée principale était presque systématiquement dirigée en direction du soleil levant.

 

Chapelle d'ordination du Wat Klang de Huaymek au lever du soleil :

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

Nous avons toutefois été interpelés par un article récent concernant l’orientation des temples khmers en Thaïlande publié en 2011 dans le très docte journal de la Siam Society sur un sujet qui semble avoir été fort peu exploré (2). Il porte la signature de six érudits japonais tous spécialistes du géomagnétisme, la science qui étudie l'ensemble des phénomènes liés au champ magnétique de la Terre (3). Cet impressionnant panel d’érudits nous a conduit à effectuer quelques investigations complémentaires sur l’orientation de ces temples khmers, étant précisé que nous ne nous intéresserons qu’au seul Isan et que, sans mettre en doute les compétences de ces très estimables nippons, nous ne partagerons pas totalement leurs conclusions.

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

Les temples khmers de l’Isan, un bref rappel :

 

C’est essentiellement dans le Sud que l’on a retrouvé de nombreux vestiges qui témoignent de la présence pluriséculaire de la culture khmer au Siam même si on en trouve dans des provinces plus septentrionales (Khonkaen – Sakon Nakhon – That Phanom).

 

Carte de Jacques Gaucher in Bulletin de l'école française d'extrème orient (1992) :

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

A l’époque de son apogée, entre 1113 et 1279, l’empire khmer s’étendait de l’Est de la Birmanie à Viang Chan (Vientiane au Laos) et à la vallée du Mékong; il englobait d’importantes parties du territoire de l’actuelle Thaïlande, où l’on a retrouvé les restes de nombreux prasat (temples) khmer.

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

L’intérêt pour l’archéologie khmer présente au Siam ne se manifesta qu’à  partir de la seconde moitié du XIXe siècle marqué par la présence française au Cambodge qui ne se manifesta pas par ses seuls tirailleurs annamites mais par celle de nombreux érudits, archéologues en particulier.

A ce jour, les plus anciennes traces des origines de l’empire khmer ont été découvertes sur le site du temple de Sadok Kok Thom (ปราสาทสด๊กก๊อกธม) dans la province de Sa Kaeo.  Une stèle, datée de 1052, actuellement au Musée national de Bangkok, énonce la chronologie d’une dynastie de brahmanes et d’anciens souverains khmers depuis l’accession au trône de Jayavarman II, fondateur de l’empire en 802 de notre ère, jusqu’à Udayadityavarman II (1050-1066). Encore et toujours mal connue, l’histoire de l’empire khmer en Thaïlande est surtout liée aux noms de quatre rois conquérants, Indravarman Ier (887-889), Suryavarman Ier (1002-1050), Suryavarman II (1113-1150) et Jayavarman VII (1181-1219).

 

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

Indravarman Ier déjà, qui règne de 870 à 890, conquit le plateau de Khorat, au Nord de la chaîne des Dangrek, au préjudice des cités Dvaravati, fait attesté par une inscription datée de 886 découverte près d’Ubon Ratchathani. Suryavarman Ier conquit la vallée du Chao Phraya, dans la Thaïlande centrale. Le temple de Preah Vihar fut construit sous son règne. Suryavarman II, grand conquérant et bâtisseur d’Angkor Vat, étendit l’influence khmère au détriment des Môns et poussa de vaines attaques contre l’Etat môn de Hariphunchai (actuellement Lamphun). Une inscription de 1022-25 confirme l’emprise de Suryavarman II sur cette région. Sur le plateau de Khorat, cette époque a laissé en particulier les prasat de Phimai et  de Phanom Rung. La construction de Phimai précéda de peu celle d’Angkor Vat et il est possible que ses tours aient inspiré celles de la capitale khmer. A la mort de Suryavarman II, vers 1150, les révoltes et luttes de pouvoir reprirent et amorcèrent le déclin de l’empire. Les provinces d’outre-Dangrek semblent s’être alors plus ou moins affranchies de la tutelle d’Angkor. Le déclin de l’Empire fut retardé par l’arrivée de Jayavarman VII (1125–1218) dernier grand roi khmer qui généralisa dans son empire le bouddhisme mahayana. Au cours de son règne de 37 ans, de 1181 jusqu’à sa mort, il fut un immense bâtisseur notamment sur le plateau de Khorat. Son empire, qui ne lui survécut pas, s’étendait jusqu’à Vientiane au Nord, à la frontière birmane (près des actuelles Kanchanaburi et Phetchaburi) à l’Ouest et une partie de la presqu’île malaise au Sud.

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En 1238, nous entrons dans l’histoire siamoise, deux princes vassaux des Khmers proclamèrent leur indépendance. Dans la vallée du Chao Phraya, les seigneurs Sri Intharathit et Pha Muang fondèrent respectivement les royaumes siamois de Sukhothai et Sri Satchanalai, signant par-là la fin de l’influence khmer dans la plaine Centrale. Plus tard, Sukhothai et Si Satchanalai furent absorbés par le royaume siamois d’Ayutthaya, situé plus au Sud.  Après avoir consolidé leur pouvoir, les rois siamois commencèrent à harceler les Khmers : Ayutthaya aurait conquis Angkor en 1352 et 1394, et mis la ville à sac en 1431; à cette occasion, le roi khmer fut tué et la cité vraisemblablement abandonnée. A partir du XIIIe siècle,  le plateau de Khorat fut dominé par le royaume laotien de Lan Xang. Au XIXe siècle, la région fut conquise par le Siam de Bangkok et les traités franco-siamois de 1893, 1904 et 1907 fixèrent les frontières entre le royaume du Siam et l’Indochine française. 

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L’héritage khmer sur près de quatre siècles d’occupation a laissé en Isan de nombreuses traces architecturales. Les prasat  édifiés dans un but religieux, étaient construits en matériaux durables (brique, gré, latérite et limonite). Mais les superstructures en bois, charpentes, planchers, plafonds et les revêtements intérieurs et extérieurs n’ont pas résisté aux moussons et aux outrages du temps. Il en fut de même des bâtiments civils et des palais royaux également bâtis en bois dont il ne subsiste pas le moindre vestige. Les prasat  construits jusqu’au XIIIe siècle étaient consacrés au culte hindouiste et à partir du XIIe siècle, sous Jayavarman VII, au culte  bouddhiste mahayana déjà introduit sur le plateau de Khorat avant son règne.

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Henri Mouhot fut l’un des premiers français à s’intéresser aux monuments khmers (4),

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... mais il avait été précédé par Doudart de Lagrée (5). 

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En 1901, Etienne Aymonier va nous livrer une étude plus circonstanciée des temples khmers de l’Isan (6).

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Mais la source majeure reste Etienne Lunet de La Jonquière qui fut investi de la mission officielle de faire l’inventaire des monuments du Cambodge. Le deuxième volume du résultat de ses investigations, publié en 1907 (7) est une source précieuse pour l’étude des temples khmers de l’Isan.

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Pour ne parler que de l’Isan, il a repéré, le plus souvent visité et toujours décrit au vu de renseignements souvent donnés par des missionnaires, temples ou sites, parfois de simples tertres, des tas de pierre éboulées en milieu d’une végétation étouffante, dans la région de Chayaphum, 6 sites, 34 dans la région de Khorat, 20 dans celle de Buriram, 28 dans la région de Surin, 4 dans celle de Sisaket, 11 dans celle de Suwannaphum, 2 dans celle de Roiét, 2 dans celle de Yasothon, 3 dans celle d’Ubon et 4 dans celle d’Udon, ce qui sauf erreur fait un total de 114 édifices religieux ou de vestiges d’édifices religieux.

 

 

Un grand nombre sont  totalement ignorés des guides ou des circuits touristiques :

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Nous avons pu collationner tout ce que la superbe carte « Thinknet » en sa version informatisée qui descend à l’échelle du 1/1000e mentionne comme édifices khmers, que ce soient des prasat, des prang ou des ku (ปราสาทปรางค์กู่). Cette carte détaillée situe systématiquement TOUS les temples du pays ;

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Et il faut bien évidemment saluer le travail de notre capitaine si l’on connait les difficultés matérielles considérables qu’il y avait à joindre Phimai, le plus connu des temples khmers du pays il y a à peine 100 ans… 11 jours A.R de train et de char à bœufs… hors saison des pluies (8).

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Ces investigations portent sur ce qu’on appelait alors les monthon, recouvrant les provinces ou districts actuels de Udon, Kalasin, Kamalasaï, Roiet, Yasothon, Mahasarakham, Ubonrachathani, Suvannaphum, Sisaket, Surin, Khonkaen, Sakon nakhon, Nakhon Phanom, Khorat et Buriram. Nous avons remarqué qu’il inclut dans la région de Sisaket des temples situés sur la chaine des Dangrek qui se trouvent actuellement du côté cambodgien, la délimitation frontalière de 1907 n’avait pas été effectuée lorsqu’il les visita.

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La comparaison de la carte actuelle avec la description qu’en fait Lunet n’est pas toujours facile, la transcription en caractères romains des noms de village est fantaisiste, certains ont pu changer de nom depuis lors (« thaïcisation » des noms propres du maréchal Phibun, les noms cambodgiens utilisés par Lunet sont devenus des noms thaïs), d’autres ont pu purement et simplement disparaître. Les localisations  ne sont pas toujours précises (« à environ 25 km N – NO »). Lorsqu’il fait référence à Aymonier, celui-ci donne des coordonnées qui sont rarement exactes : un temple situé dans la région de Nakonphanom, que nous avons bien situé, se trouve à une latitude et une longitude qui le situeraient à la frontière birmane !

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Il nous a été en outre impossible de situer un certain nombre de vestiges modestes qui ont probablement purement et simplement disparu depuis un siècle, envahis par la jungle ou les pillages des khmers rouges et de la guérilla des khmers séreï (libres) dans la zone frontalière, qui ont perduré jusqu’au milieu des années 60. Mais son travail reste inestimable dans la mesure où il décrit des monuments dont les vestiges subsistaient encore et d’autres qui sont actuellement dans un total état d’abandon. Peut-être y –a-t-il des omissions, il est difficile de lui en faire grief (9).

 

Contentons-nous de préciser que les investigations – au demeurant fort intéressantes  –  de nos scientifiques nippons, portent sur neuf temples dont trois seulement sont en Isan.

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Mais que savons-nous de l’orientation de ces édifices ?

 

Pour Doudart de Lagrée (5) « DISPOSITIONS GÉNÉRALES DES ÉDIFICES. La façade principale regarde l’est ».

 

Lunet de la Jonquères est plus précis  « La règle est toujours que la façade soit tournée vers l'Est et elle est assez rigoureusement observée dans les temples de moindre développement. Les exceptions se rencontrent surtout dans les grands temples, comme le Preah Vihear (Prasat Phrawihan ปราสาทพระวิหาร) actuellement à l’extrême sud de la province de Surin à la frontière du Cambodge exactement orienté nord-sud, ou encore Phimai (พิมาย) et le Prasat Ta Mean Thom (ปราสาทตาเมือนธม),  dans la province de Surin à 1.500 mètres au nord de la frontière cambodgienne, qui sont orientés aussi vers le Sud vers la grande plaine du TonleSap où s'élevait Angkor Thom, la merveilleuse capitale du royaume » (7).

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La description de Lunet, parfois assortie de plans mais malheureusement pas toujours, fait systématiquement état d’une entrée principale dirigée vers l’Est.

 

« Les édifices ne comprenaient qu'une seule salle cubique éclairée uniquement par la porte toujours ouverte vers l'Est, et qui était quelquefois précédée d‘un avant-corps sombre, ce qui rendait encore plus obscur le mystérieux sanctuaire »(10).

 

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Or, nos savants venus du « pays du soleil levant » émettant quelques doutes sur cette généralisation, nous avons tout de même cherché à savoir ce que pesaient des dizaines de constatations sur le site avec une étude portant sur 9 sites sur beaucoup plus de 100 en Isan.

 

Le Commandant Lunet de la Jonquères restait probablement à cette date l’érudit qui avait étudié la plus grande quantités de sites des anciens Khmers au Cambodge ou au Siam (11).

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L’orientation

 

La question se pose bien évidemment de la manière dont ces temples étaient orientés. On peut penser que le lieu choisi pour les édifier faisait l’objet de cérémonies rituelles brahmanistes puis bouddhistes comme on le fait toujours en Isan pour la construction de la plus modeste des maisons. Les anciens khmers connaissaient bien évidement la direction dans laquelle le soleil surgissait au matin et celle où il disparaissait le soir, c’est déjà une première approximation qui nécessite toutefois une vue bien dégagée sur une ligne d’horizon, c’est une procédure sommaire mais qui peut ne pas être possible au milieu de la forêt.

 

Que sait-on de leurs connaissances astronomiques ? D’un passé brillant, ce peuple n'a pu conserver aucun document authentique et ce qu’on en connait est tiré de l’histoire d’autres pays d’Asie, la Chine en particulier. Ce que nous savons est qu’ils connaissaient l’étoile polaire, qui marque le Nord et les points cardinaux (12). La détermination de l’Est est alors moins précaire, le regard fixé vers l’étoile polaire, l’observateur tend les deux bras à l’horizontale, le soleil va surgir de la direction  indiquée par le bras droit.

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Les Khmers ont-ils utilisés des procédés moins empiriques ?

 

C’est sur ce point que les observations de nos savants japonais sont précieuses et inédites :

 

Selon eux le climat entrainant une humidité permanente de l’atmosphère et la hauteur de l’étoile polaire dans le ciel sous nos latitudes rend extrêmement difficile ce procédé d’observation. Il leur semble alors certain que l’orientation était effectuée à la boussole, la question étant bien évidemment de savoir s’ils connaissaient la boussole !

 

Quand et comment la boussole magnétique a-t-elle ou aurait-elle été introduite au Siam ? Pour eux, s’il est fréquemment admis qu’elle aurait été introduite pour la navigation au début du 14e siècle, elle aurait été en fait introduite plus tôt, non par la voie maritime mais par voie de terre accompagnant la migration des Taï du sud de la Chine du milieu du 8e au 9e siècle.

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Mais l’utilisation de la boussole pose à son tour un problème, celui de la déclinaison géomagnétique.

 

Qu’est-ce à dire ? Tout simplement, le Nord géographique (indiqué par l’étoile polaire avec une bonne précision) et le Nord magnétique (indiqué par la boussole), ne coïncident pas, c’est ce qu’on appelle la déclinaison géomagnétique, l'angle entre le nord astronomique et le nord géomagnétique.

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Il n’est pas certain qu’il eut été connu des anciens chinois ? Elle ne fut probablement connue en Occident que par Christophe Colomb ? Elle fut pendant des siècles le plus délicat problème à régler par les navigateurs.

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Or, l’existence de ce phénomène peut à lui seul expliquer les discordances plus ou moins importantes que l’on peut observer entre l’orientation du monument et l’Est véritable.

 

Mais, nouvelle difficulté, sur un site particulier, la déclinaison qui est en  général de 0,15° d’angle par an, ce qui est insensible, varie non seulement en fonction du lieu mais en fonction des années pouvant entraîner des discordances sur plusieurs centaines d’années de quelques dizaines de degrés ce qui, là, n’est plus du tout insensible. Le décalage le plus important constaté en France à Bordeaux par 45° fut de 21,80° vers l’ouest alors qu’elle était en 2015 de 0,27° et qu’elle était en 1600 de 9,25° (13). Il est plus difficile d’étudier ce phénomène dans les zones tropicales en l’absence de documents ou d’études précises sur plusieurs centaines d’années en arrière. Nos auteurs nous donnent toutefois un graphique (avec références) assez significations pour la Thaïlande, 15 ° vers l’Est en l’an 300, un peu plus de 15° vers l’Ouest en l’an 600, encore 15 ° vers l’est en l’an 1300 et insensible aujourd’hui.

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Malheureusement, dans les zones tropicales, ces données – qui ont fait l’objet des relevés attentifs des astronomes occidentaux dès le XVIe siècle - restent aléatoires faute de documents. S’il en était autrement et en admettant, bien sûr, que l’alignement ait été effectué à la boussole, cette orientation pourrait permettre au vu de la déclinaison de déterminer à contrario la date à laquelle le temple a été construit.

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Trois cas « pathologiques »

 

Le commandant Lunet de la Jonquères en cite deux, Phimai (พิมาย) et le Prasat Ta Mean Thom (ปราสาทตาเมือนธม),  dont il nous dit  que situés « dans la province de Surin à 1.500 mètres au nord de la frontière cambodgienne, qui sont orientés aussi vers le Sud vers la grande plaine du TonleSap où s'élevait Angkor Thom, la merveilleuse capitale du royaume ». N’éludons pas la difficulté et ajoutons-y une autre pour le temple de Phreah Vihear (Phra Vihan - พระวิหาร) que nous persistons contre vents et marées à considérer comme siamois (14).

 

Phimai est assurément le plus spectaculaire des temples khmers de tout le pays. Il est effectivement orienté de 20° en direction du Sud-est.

 

Le croquis de nos Japonais :

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Si l’emplacement, comme il est permis de le supposer, a été déterminé par des devins, des chamans ou des brahmanes selon des cérémonies et des rites depuis des siècles perdus, il se situe le long de la rivière et c’est le long de la rivière qu’il a été édifié en suivant la direction de la rivière. C’est donc l’emplacement qui a très certainement déterminé son plan.

 

Capture d'écran Google earth :

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Regarde-t-il vraiment « en direction d’Angkor » - qui est à environ 250 kilomètres à vol d’oiseau en direction du Sud-est – comme on le lit trop souvent et malheureusement sous la plume de Lunet de la Jonquères qui ne disposait pas de Google earth ? La direction n’est plus de 20° mais au moins de quarante ! Il est donc certain qu’il ne « regarde » pas Angkor.

 

Capture d'écran Google earth :

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

Vise-t-il alors le « grand lac » ? Pourquoi pas puisque celui-ci s’étend sur plus de 150 kilomètres de largeur, il est donc difficile de le manquer en tirant un trait depuis Phimai, ce qui n’a rien de significatif.

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Prasat Ta Mean Thom est construit sur une butte rocheuse des Danrek et orienté vers le sud. Ce serait encore la topographie et des considérations stratégiques qui auraient déterminé sa construction et son emplacement.

 

Plan Lunet de la Jonquères montrant l'orientation nord-sud en bord de falaise :

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Phra Vihan, donnons-lui son nom thaï, c’est de toute évidence la topographie qui a déterminé sa construction et son orientation du nord au sud. Construit sur une étroite butte rocheuse qui descend vers la nord en pente douce vers la Thaïlande à travers la jungle et vers le sud par une falaise abrupte vers le Cambodge, il est facile de constater que, vu sa taille, la construction de l’ouverture principale vers le soleil levant aurait posé d’insurmontable difficultés.

 

Capture d'écran Google earth :

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Ce dessin de Lunet de la Jonquères est significatif : 

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On a souvent l’impression en lisant tout ce qui s’écrit sur ces civilisations mal connues, qu’au contraire de ce que pensait Descartes, le bon sens est la chose du monde la moins bien partagée.

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Des explications ésotériques délirantes

 

Toute civilisation mal connue génère toute une « littérature à mystère » qui, à défaut de sérieux, a le seul mérite de frapper l’imagination.

 

Nous avons appris que le grand mystère de la quadrature du cercle qui a remué l’imagination des géomètres pendant 3.500 ans avait été résolu par les anciens khmers.

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Point n’est besoin d’être un géomètre de profession pour trouver en utilisant un modeste décamètre dans un temple tout en lignes droites et en angles droits une proportion de 22/7. C’est donc le nombre π .  C’était évident, non ? (15) 

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N’en restons évidemment pas là, toujours en farfouillant un peu avec notre double décamètre, nous trouverons sans difficultés la proportion de 1 / 1,6, proportion non point magique mais tout simplement agréable à l’œil. Toujours évident, il s’agit du fameux « nombre d’or » connu depuis la nuit des temps comme la proportion sinon idéale du moins harmonieuse (16).

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Le nombre d’or et le nombre π  sont à la base de toutes les élucubrations des pseudosciences qui sévissent  de plus en plus fort avec l’arrivée d’Internet depuis déjà les délires de Nostradamus il y a 600 ans (dont tout le monde sait qu’il avait tout prédit sauf la date de sa mort). En torturant un peu les mesures et avec un petit effort, nous allons les retrouver tour à tour dans la pyramide de Chéops (dont tout le monde sait qu’elle indique avec une précision de pied à coulisse la distance de la terre à la lune ou au soleil), la guérite d’une marchande de ticket de loterie, la date de la bataille de Poitiers, la formule de la naphtaline ou le Parthénon. Comme nous vivons de bonne soupe, nous nous contentons de rester chez nous où nous les découvrirons bien évidemment dans nos tabourets de cuisine.

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Il fait bien évidemment assaisonner ce salmigondis d’un langage ésotérique qui n’impressionnera que les nigauds bien qu’il soit aussi clair que du jus de chique, donnons un bref exemple « …. nos ancêtres maîtrisaient des connaissances scientifiques et ésotériques. Scientifiques car ils connaissaient les énergies cosmotelluriques. Ésotériques car ils maîtrisaient l'art de mettre en valeur ces énergies subtiles réservées qu'a ceux qui sont disposés à les recevoir.  Un lieu, tel que Angkor Vat, ou le Bayon, a une diffusion qui lui est propre, qui rayonne sur notre mental. On sait que l'organisme humain, (entres-autres) est capable d'enregistrer l'ultrason, bien que celui-ci ne soit pas perceptible, il enregistre également ces énergies. L'être humain a d'innombrables facultés de perception, bien au-delà des cinq sens… ». Evident,  non ? Continuons : «  Comme pour tous les lieux sacrés à travers le monde, Angkor Vat et le Bayon ont été construit sur des vortex, et ils servent d'amplificateurs rayonnants une énergie considérable en leur centre et en certains points de la construction ». Restons-en là !

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Il faut bien naturellement ne pas oublier ce grand classique, l’éternel complot, « on nous cache la vérité » :

 

« Et surtout ouvrons notre cœur et notre esprit pour comprendre ce merveilleux message transmis par les ancêtres Khmers, qui utilisèrent la pierre pour nous révéler les secrets de l'univers et de l'humanité ! Car malheureusement, au fil des siècles, nous avons occulté énormément d'informations, probablement gênantes pour certaines religions, pouvant remettre en cause les fondements même de leur doctrine... ». Qui est ce « on » mystérieux »,

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... quel message, quels secrets gênant quelles religions ? Contrairement à notre habitude, nous ne donnerons pas de sources pour nous épargner un hommage à des sites Internet qui ne le méritent pas.

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Une étude scientifique

 

Si nous quittons la pseudo science, nous allons trouver encore un vrai scientifique qui s’est livré à de vraies et sérieuses études qui ne contredisent pas nos précédentes conclusions. Le professeur Giulio Magli est un jeune astrophysicien qui enseigne à la prestigieuse Ecole polytechnique de Milan et qui s’est spécialisé dans l’archéologie astronomique.

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Il est l’auteur d’une étude « Archaeoastronomy in the Khmer Heartland » (« Archéoastronomie au cœur du pays khmer ») publié en février 2017 sur le site de  l’Université Cornell . Nous voilà loin des fariboles du genre  « Da Vinci code », même si elle fut diffusée (en résumé mais non traduite) en France sous le titre peut-être un peu trop volontairement accrocheur de « Le génie astrologique des temples d’Angkor enfin révélé ». Son étude porte sur 31 monuments, dont malheureusement aucun n’est situé en Isan (19). 19 d’entre eux sont orientés vers l’Est mais pas parfaitement puisqu’il relève des erreurs de 1 ou 2°. Pour lui, compte tenu de l’extrême précision des constructeurs khmers, cette déviation ne résulte pas d’une erreur mais serait volontaire ?

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Mais elle serait aussi parfaitement compréhensible si, comme l’indiquent nos Japonais, l’orientation s’effectuait à la boussole et résulterait de la déviation magnétique ? Quels moyens auraient utilisé les anciens khmers pour obtenir une précision à 1°, cela reste évidemment à découvrir.

 

Pour Magli en tous cas, la méthode utilisée pour trouver les directions cardinales était probablement basée sur le soleil. Déviations résultant d’une petite erreur de mesure ou déviation délibérée ?

 

Son étude repose sur des considérations très techniques dont il faut avouer qu’elles nous dépassent quelque peu. Disons pour en terminer, que Magli est particulièrement sceptique sur les allusions (des pseudo-scientifiques) prétendant que les temples servaient d’observatoires astronomiques et déclare qu’il n’a pas vu la preuve de lignes « d’interconnexion, presque ésotérique » entre les temples.

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La construction de ces temples s’étant étalée sur plusieurs siècles, de toute évidence les procédures utilisées pour leur orientation, soleil, lune ou boussole ont pu varier dans le temps.

 

Quant au but même de cette orientation, faute d’études plus poussées qui devraient porter non pas sur quelques unités ou quelques dizaines de construction mais sur les centaines connues à ce jour compte tenu des découvertes quotidiennes qui permettent actuellement les procédés d’investigation du sous-sol.

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Elle saute aux yeux du visiteur émerveillé mais attentif, au moins pour nos temples de l’Isan et, nous le verrons, pour ceux d’Angkor. Les Khmers étaient de merveilleux sculpteurs dont les œuvres tiennent à la perfection (20).

 

Scène du Ramayana au Musée Guilmet :

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De même encore les techniques qui ont présidé à la composition des temples, plans carrés ou rectangulaires et angles parfaitement droits remarquablement symétriques de part et d’autre d’un axe central et dans l’espace ; la superposition des volumes dans une perspective d’élévation dénotent assurément de soldes connaissances géométriques et ce jusque dans les plus modestes. Ne parlons pas de leur orientation, c’est chose faite.

 

Plan de Lunet de la Jonquères (Phanom Rung) :

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Paradoxalement ces temples magnifiques et souvent grandioses sont d’une facture technique médiocre. Les blocs utilisés sont irréguliers et ne s’emboitent plus ou moins parfaitement que par frottement sur ceux de l’assise sous-jacente. Les blocs des murs ne sont pas solidaires et mal jointoyés entrainant des glissements de pans de murs (21).

 

 

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Cela tient probablement aussi à une insuffisance des fondations malgré le poids énorme qu’elles doivent supporter (22).

Le chedi de That Phanom, dirigé vers l'Est, était incontestablement  et partiellenent  de facture khmère :

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

Construit sur des fondations insuffisantes, il s'est effondré en 1975 :

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

Il a été reconstruit depuis : 

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

Roland Dorgelès a bien été frappé, après l’émerveillement de sa première vision d’Angkor, par cette dichotomie : « Dans tous les temples d'Angkor, sur un ensemble amoncelé des blocs de grès sur des hectares, dressé des murs, multiplié les terrasses en gradins, et quand on est parvenu au cœur du monument on trouve un couloir si étroit que les deux murs se touchent à la fois des mains, une salle au plafond bas où vingt hommes ne pourraient s'assembler, un sanctuaire à la voûte si mal agencée que le poids seul des pierres suffire à l'affaisser. Ces artistes de génie ne savaient pas construire » (23).

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L’écrivain suisse spécialiste de l’histoire de l’architecture, Henri Stierlin écrit plus sobrement «... l'architecture khmère s'est contentée d'un appareillage dont la cohésion est purement statique et ne se fonde que sur l'inertie. Cette particularité est certainement l’une des causes de l’absence de vastes espaces internes » (24).

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Cette absence pratiquement systématique d’espaces intérieurs reste – tout au moins pour nos esprits occidentaux – un épais mystère.

 

Nous n’irons pas comme Paul Claudel à n’y voir que des « tourelles flanquées d’ananas maléfiques » (25) !

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NOTES

 

(1) En particulier :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-2-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-ii-les-chapelles-d-ordination.html

 

(2) « Geomagnetism and the Orientation of Temples in Thailand », Journal of the Siam society, n° 99 de 2011.

 

(3) Toshihiko Iyemori est docteur de l’Université de Kyoto où il enseigne le géomagnétisme, Michio Hashizume enseigne la géologie à la même université et  à la faculté de sciences de l’Université Chulalongkorn, Akinori Saito est docteur de l’Université de Kyoto où il enseigne les sciences de la terre et de la planète, Masahito Nose est lui docteur de l’Université de Kyoto où il enseigne le géomagnétisme, Nithiwatthn Choosakul, titulaire du même doctorat enseigne la physique à la Faculté des sciences et de technologie à l’Université Rajamangala de Thanyaburi, Toshitaka Tsuda est chercheur en énergies durables à l’Université de Kyoto et Yoko Odagi enfin enseigne le géomagnétisme à l’Université de Kyoto.

 

(4) « Etudes archéologiques faites dans le Cambodge de 1863 à 1866 - Monuments khmers - Archéologie du Cambodge » 1883.

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

(5) « Exploration et missions de Doudart de Lagrée,... Extraits de ses manuscrits, mis en ordre par M. A.-B. de Villemereuil » 1883.

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(6)  « Le Cambodge II – les provinces siamoises » est de 1901.  Son « Voyage dans le Laos – I » de 1895 débordait alors largement sur ce que l’on appelait le « Laos Siamois ».

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

(7) « INVENTAIRE ARCHEOLOGIQUE DE L'INDO – CHINE – I - MONUMENTS DU CAMBODGE TOME DEUXIEME ».

 

(8) Voir notre article sur le voyage à Phimai du Major Seidenfaden : http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-15-une-excursion-a-phimai-il-y-a-un-siecle.html.

 

(9)  Par exemple deux temples situés dans la proximité de Khonkaen, Ku Puaynoy (กู่เปือยน้อย)

A 248 - L’ORIENTATION DES TEMPLES KHMERS DE L’ISAN.

et Ku Praphachaï (กู่ประภาชัย).

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(10) Conférence faite le 3 février 1906 à la Société archéologique de Bordeaux, in Bulletin, tome XXVIII de 1906.

 

(11) Le premier volume de son « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » porte sur 290 sites anciens situés dans l’actuel Cambodge. Le second volume (7) en concerne 470 dont 114 seulement concernent l’Isan. Il ne néglige pas le moindre tertre ou les moindres vestiges enfouis dans la jungle. Notre ami Loris Curtenaz nous a adressé une liste mise à jour (en thaï) des temples khmers de l’Isan, peut-être incomplète, qui en comprend 130.

 

Carte communiquée par Loris Curtenaz :

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(12) Félix Gaspard Faraut « Astronomie cambodgienne », 1910.

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(13) http://www.geomag.nrcan.gc.ca/mag_fld/sec-fr.php

 

(14) Sur ces trois temples, voir « Thai-cambodian culture – relations ship through arts » par Charuwan Phungtian, thèse de l’Université Magadh (aux Indes), 2000, numérisée

http://www.buddhanet.net/pdf_file/thai_cambodian_art.pdf

 

(15) Le problème posé est simple à poser ; comment à l’aide des seuls instruments de la géométrie, une équerre et un compas, construire un cercle dont la superficie soit égale à celle d’un carré. Il est géométriquement insoluble et il faut faire intervenir le nombre π  dons nous avons appris à l’école primaire qu’il était d’ « environ » 3,14159 et dont les mathématiciens du XVIIIe ont rapidement démonté qu’il était incommensurable c’est-à-dire qu’on ne peut pas l’exprimer comme un rapport de nombres entiers. Pour les calculs physiques les plus fréquents, point n’est besoin d’utiliser les quelques millions de décimales derrière la virgule connues à ce jour grâce à de puissants programmes informatiques et on peut se contenter de la fraction 22/7 (3,142857142857143… et on arrête).

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(16) Les mathématiciens grecs s’étaient aperçu que cette proportion qui peut retrouver dans la nature et que l’on peut construire sans difficultés avec des procédés géométriques correspond à l’équation  (1 + √5 ) / 2 soit  1,6180 etc…etc… Il a – mais c’est le cas de nombreux autres nombres irrationnels - des propriétés qui sont connues depuis au moins Euclide qui a vécu 1200 ou 1300 ans avant les constructions d’Angkor, il faut par exemple lui ajouter 1 pour connaître son carré et lui retrancher 1 pour connaître son inverse.  Au contraire  du nombre π  il se construit aisément à l’aide de l’équerre et du compas en application du théorème de Pythagore qui vécut deux siècles avant Euclide.

 

Théorème de Pythagore : dans un triangle rectangle, la somme des carrés des deux côtés est égale au carré de l'hypothénuse. Il suffit de dessiner un triangle dont les côtés de l'angle droit sont respectivement 2 et 1, dont la somme des carrés est 5. L'hypothénuse représente donc notre racine de 5.:

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(17) https:doi.org/10.14434/sdh.v1i1.22846

 

(18) Cette prestigieuse Université américaine se flatte d’avoir dans eu dans ses rangs  50 lauréats du prix Nobel, 1 médaille Fields (équivalent du prix Nobel en mathématiques), 18 Prix Pulitzer, 5 chefs d'Etats, 21 médaillés olympiques et 8 astronautes de la NASA .

 

(19) Rappelons tout de même que Lunet de la Jonquères a inventorié un total de 760 monuments ou vestiges de monuments khmers dont 114 en Isan.

 

(20) Voir le Musée de Phimai qui regroupe de merveilleuses sculptures provenant du Prasat proprement dit et de Phanomrung.

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(21) Quelques points du Prasat de Phimai sont interdits d’accès et en cours de consolidation.

 

(22) Les vestiges situés à une vingtaine de kilomètres de Yasothon de Muang Toei (เมืองเตย) actuellement dans un lamentable état d’abandonm soit dit en passant remarquablement orientés sur l’axe Est-Ouest, semble bien démontrer par une singulière absence d’horizontalité et une sensible inclinaison vers le sud l’insuffisance des fondations.

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(23) « Sur la route Mandarine » 1925.

 

(24) « Angkor » 1970.

 

(25) Dans son « journal » cahier IV de 1921.

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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 22:09
A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Le « Festival des fusées » (Bun Bangfai - บุญบั้งไฟ) qui se déroule en mai ou en juin selon les régions, au Laos et en Isan, Nongkhai et Yasothon en particulier, devenu attraction touristique, a une origine controversée.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Offrande au Dieu de la pluie, Phraya Thaen (พระยาแถน) maître du ciel, rites propitiatoires en fin de saison sèche, la cérémonie est-elle animiste et pré bouddhiste ? Elle a fait l’objet de très savantes études, la plus récente, assortie d’une volumineuse bibliographie, de Wang Huiying, professeur à la Faculté des sciences humaines de Khonkaen en mars 2017 (1). Ce professeur a scrupuleusement et pendant six ans analysé le rituel dans le village de  Wiang Khuk (เวียงคุก) à quelques kilomètres à l’ouest de Nongkhaï. Il a soigneusement interrogé les participants, notamment les anciens alors que les jeunes n’y voient plus qu’un symbole et une occasion de faire la fête. Selon lui, mais sans la moindre certitude, le rituel pour appeler la pluie existe depuis longtemps et ses caractéristiques spécifiquement animistes font que son histoire est probablement plus ancienne que l'apparition du Festival lui-même?

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Nous avons été « interpelés » sur  un  rôle possible des fusées dans ce cérémonial que notre ami Jeff a effleuré  (2) : « Depuis l'invention de la poudre, les fusées sont lancées plus haut vers le ciel. Le but est de le percer pour déclencher la pluie ». Ce n’est donc pas un jeu-concours comme on pourrait le penser à la lecture de sites touristiques !

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Les conditions atmosphériques, l'ensoleillement, la pluie jouent un rôle de premier plan dans la vie pastorale et agricole et l'eau tombée du ciel est un facteur de fertilité, autant que celle des ruisseaux et des rivières. Dans une société de pasteurs et de paysans, le système religieux est dans un lien de dépendance étroit avec le climat, la faune, la flore. Le prêtre qui est également souvent le roi, médiateur privilégié entre les puissances extra-terrestres et les hommes, dépositaire d'observations patiemment recueillies, surveille les phases de la lune, la formation et la direction des nuages, les précipitations atmosphériques. Il interprète les humeurs et les cris des animaux particulièrement sensibles aux changements qui se préparent et règle en conséquence les activités de la tribu ou du groupe dont il a la direction. La vie sociale et religieuse s'organise autour du point d'où il peut le plus efficacement exercer sa surveillance. Les ethnologues, les voyageurs qui ont étudié le comportement des sociétés à caractère archaïque, sont unanimes à rapporter que la maîtrise de la pluie constitue une des prérogatives de la classe sacerdotale (3).

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Combien de nos agriculteurs de l’Isan salueraient la réalisation de leur rêve : « Faire à volonté la pluie et le beau temps ».

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Intervient alors le rituel des fusées et ses cérémonies décrites avec souvent une certaine condescendance pour ces survivances incontestablement animistes qui fut complété, à on ne sait quelle époque, par ces tirs de fusée vers le ciel. Quelle en est l’origine ? Cela reste un mystère mais elle est de toute évidence d’importation chinoise. Nous n’avons malheureusement aucune référence à ce sujet. Les Chinois sont à l’origine de nombreuses inventions, la poudre explosive en est une, au XIème siècle probablement, peut-être avant, « flèches de feu » d’abord utilisée pour des tirs d’artifices puis à usage militaire.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Les Chinois de cette époque constatèrent-ils un lien entre leurs tirs vers le ciel et une influence sur les éléments, nous n’avons pas la réponse mais il nous semble bien la trouver dans des sources occidentales. Peut-être se trouve-t-elle dans des Annales chinoises ?

 

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

L'idée de bombarder les nuages pour les transformer en pluie apparaît tout à la fois comme une idée baroque et grandiose. A première vue, il semble en effet bien difficile d'admettre que des faibles détonations terrestres puissent exercer une influence quelconque sur les nuages placés si haut. Et, d'autre part, c'est une entreprise grandiose d'entrer en lutte avec les éléments.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Et pourtant, il y a longtemps déjà qu'une influence des tirs a été signalée sur l'état de l'atmosphère.

 

S’il est sans doute un peu osé de remonter pour cela avant  l'invention de l'artillerie, nous citerons néanmoins Plutarque qui chevauche le premier et le second siècle de notre ère. Les bruits terrestres ont une répercussion là-haut. Il rapporte qu'en son temps les grandes batailles étaient communément suivies de pluie et il attribue ceci au choc des deux armées, au fracas de la lutte, aux coups sur les boucliers, aux cris, aux insultes, aux chants de guerre (4).

 

« Ne croyez-vous pas que cette observation de Plutarque puisse faire douter du rôle du canon sur le temps ? » écrit en 1917, lorsque tonne partout le canon en Europe, un lecteur qui aimait feuilleter les vieux livres, au Figaro (5). L’information n’est pourtant relayée en quelques lignes qu’en page intérieure sans autre commentaires. Elle méritait mieux.

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A la bataille de Crécy en 1346, où pour la première fois parut l'artillerie, il y eut le soir un grand orage et une si furieuse pluie que les cordes des arbalètes se relâchèrent.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

À Dresde, Marengo, Eylau, Hohenlinden, Inkerman, Trafalgar, la canonnade de Waterloo, Puebla, Magenta, Solferino, lors de la terrible bataille de Gravelotte, etc., etc., de violentes pluies suivirent la bataille. On l'observa de même dans les nombreux combats de la guerre de la Sécession : chacune des 198 batailles livrées a été ou aurait été suivie d'une chute de pluie (6). Le débarquement de juin 1944 précédé par une formidable préparation d’artillerie dut être repoussé pour cause de véritables tempêtes dans le nord.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Etaient- ce de simples coïncidences ? Oubliant les prières et incantations divines, dans plusieurs pays touchés par la sécheresse, des scientifiques cherchèrent un moyen d'intensifier les pluies et de contraindre les nuages à libérer leurs gouttes. Ce furent d’abord - si on peut appeler cela de la science - les archers qui, vers le milieu du XVème, lançaient leurs flèches vers les nuages pour essayer de crever ce que l’on pensait être des sortes d’outres remplies d’eau. Plus tard, et toujours dans le même but, ce furent des tirs de mousqueterie, et même le canon. Dès leurs premières tentatives à caractère scientifique pour essayer d’agir sur les éléments, les hommes semblent, en effet, avoir attribué une grande importance au bruit de la poudre noire, qu’ils devaient apparenter au bruit du tonnerre. Un des plus célèbres marins du siècle de Louis XIV, le chef d’escadre Claude de Forbin, raconte avoir vu l’amiral d’Estrées au cours d’une croisière aux îles d’Amérique, dissiper à coups de canon les nuages ou les trombes qui se formaient trop près de son navire. En 1837, le savant Arago prouva dans sa « Notice sur le tonnerre » que le tir du canon devait, au contraire, augmenter les chances de précipitations et non pas, comme le pensait l’amiral d’Estrées, les diminuer.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

En Amérique dans les années 1891, des essais très importants furent tentés, sous la direction du général Robert Saint George Dyrenforth, le « rain maker », pour provoquer des pluies artificielles dans les régions arides du Texas, tirs au canon et explosifs portés par des cerfs-volants ou des ballons ; expériences qui parurent dans certains cas réussir et qui eurent un grand retentissement, le général obtient même des subventions du Congrès, tout en donnant lieu à controverse. Les crédits pour de coûteux tirs aux canons sont utilisés pour faire la guerre et non la pluie et lui furent coupés.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Alors ? Ou y a-t-il eu réellement dans ces divers cas un effet sur les nuages ou un ciel nuageux ?  La pluie est-elle tombée à El paso ? Y a-t-il une action positive des tirs sur les nuages ?

 

« Tout ce qui cause du bruit et ébranle l'air, provoque la pluie » écrivait le naturaliste français Le Maout dans les années 1870.

 

« On croit dans la plupart des localités belges que la déflagration des armes à feu provoque la pluie » écrit la Revue des traditions populaires » en juin 1899.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

Il semble donc qu’au rituel purement religieux de la cérémonie se soit adjoint à une époque indéterminée ces tirs de fusée, surtout dans une région où, même en saison sèche, le degré d’hygrométrie avoisine les 70 %, tirs qui pouvaient avoir un résultat concret tout autant que les prières des dévots ?

 

Sommes-nous entrés dans l’ère de la pluie provoquée dont les fusées de l’Isan seraient les précurseurs ? Les sarcasmes suscités par les recherches et les expériences au début du XXème siècle ne sont peut-être plus de mise ?

 

Les Emirats arabes unis, l'un des pays les plus arides du monde sont en première ligne dans ce domaine, les Chinois aussi. N’entrons pas dans des détails techniques qui nous dépassent.

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Il s’agit donc de répandre dans les nuages de l’iodure d’argent, du chlorate de soude ou du chlorate de potasse par fusée ou par avion, pour  provoquer la pluie (7). On peut penser que le même rôle est joué par le salpêtre utilisé dans la confection de la poudre de nos fusées (charbon plus salpêtre plus souffre) ou à défaut de salpêtre par le chlorate de soude ou le chlorate de potasse que l’on trouve partout comme désherbants et qui permettent la confection facile d’une poudre dite « blanche » largement suffisante pour propulser une fusée vers les cieux  ?

 

La pluie ne deviendra peut-être plus un caprice des dieux (7).

 

La question que l’on se pose, de toute évidence, est : « Est-ce que ça marche » ? Il faudrait pour y répondre en dehors de notre propre conviction que soient effectuées des études sérieuses d’abord sur les fusées elles-mêmes (composition de la poudre, altitude atteinte, altitude et nature des nuages…) et sur la météorologie de Yasothon ou d’ailleurs pendant quelques dizaines d’années pour vérifier si les périodes de tirs des fusées coïncident avec l’apparition soudaine de la pluie, une recherche à laquelle ne se sont livrés ni Wang Huiying ni aucun des érudits cités dans sa bibliographie.

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Le défunt roi Bhumibol Adulyadej a inventé en 1999 un procédé qui repose sur des principes différents, et breveté en 2005 auprès de l’Office Européen des Brevets (n° 1.491.088).

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On ne part plus du sol vers le haut par l’intermédiaire de tirs de fusées mais du haut vers le bas par avion ce qui existait déjà avec le survol de nuages sur lesquels on bombarde de l’iodure d’argent. Le caractère innovant et inédit (ce qui explique que l’invention a été considérée comme « brevetable ») est que cette technique propose de créer la pluie sans aucun nuage au départ. Une seule condition : avoir une atmosphère chargée au moins de 60% d’humidité ce qui est banal ici. Le procédé se déroule en quatre étapes : le « déclenchement » qui consiste à activer la formation d’un nuage, « l’épaississement » pour augmenter le volume du nuage, l’ « attaque » pour déclencher l’averse et enfin le « renforcement » permettant de maintenir l’averse. A chaque étape, des produits chimiques sont dispersés dans l’atmosphère tels que le chlorure de sodium, le chlorure de calcium, l’urée et la glace sèche (CO2 solidifié). Ces produits se mélangent aux gouttelettes d’eau composant le nuage. Ces gouttelettes grossissent, s’alourdissent et finissent par tomber. Chacune des étapes a fait isolément l’objet de recherches antérieures, mais le brevet royal est le seul à rassembler les quatre phases ajoutant en plus des variantes, notamment sur la nature des produits utilisés, avec pour objectif de provoquer de la pluie au moment et à l’endroit désirés. Cette invention « devrait être l’une des technologies les plus accomplies de l’espèce humaine pour surmonter les désastres naturels et pour aider le peuple de la Thaïlande ». Lors des premières opérations de création de pluie en 2009, les forces aériennes thaïlandaises avaient effectué 618 vols, soit 770 heures de mission, et déversé pas loin de 900 tonnes de produits chimiques dans le ciel thaïlandais. Le taux de succès de l’opération de fabrication de pluie avait alors été de 85% à 95%.  La seule question qui se pose est celle de son coût par apport aux tirs de fusées parties du sol.

 

« Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » serait, d'après un passage du Discours de la méthode publié par René Descartes en 1637, ce que les hommes parviendront à faire lorsqu'ils auront développé leur savoir par la connaissance de la science.

 

Sauront-ils la maitriser tout en la respectant ???

SOURCES

 

Toutes les recherches sur la pluie provoquée sont étroitement liées à celles sur la lutte contre la grêle et la transformation des nuages porteurs de grêle en nuages de pluie : L'intervention humaine en matière de pluies provoquées – au moins chez nous - a eu pour premier but la protection des cultures contre les intempéries, en particulier la grêle avec le canon ou les fusées anti grêle. Si la grêle ne frappe que très rarement la Thaïlande, elle ravage nos vignobles et nos vergers ce qui explique l’origine géographique de ces études qui toutes portent peu ou prou sur l’efficacité des tirs de canons. Des dizaines de brevets de canons ont été déposés au début du XXème siècle et sont ensuite tombés dans le domaine public.

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Repris, améliorés et réactivés dans les années 70 par une société de Manosque, dans la vallée de la Durance, ils font toujours l’objet d’une exploitation commerciale intensive. Chassés par les contraintes administratives, ses promoteurs sont présentement en Espagne et les canons installés dans de nombreux pays, notamment au Mexique où le gouvernement subventionne leur activité.

« Bulletin mensuel de l’Association météorologique, climatologique du Sud-Ouest de la France », juin 1899 et juillet 1899.

 

« Revue des traditions populaires » juin 1899 et novembre 1909

 

F. Houdaille  « Les orages à grêle et le tir des canons » 1901.

 

« Bulletin de la société vigneronne de l’arrondissement de Beaune », janvier- février 1901, mars-avril 1901, novembre-décembre 1901, juillet-août 1903,

Quatre articles du Lieutenant-Colonel pour Général F. Ruby :

« La protection contre la grêle » In Les Études rhodaniennes, vol. 11, n°2, 1935. pp. 155-178 – «  La défense contre la grêle ». In Les Études rhodaniennes, vol. 12, n°1, 1936. pp. 3-24 – « Nouvelles études sur la grêle »  In Les Études rhodaniennes, vol. 14, n°2-3, 1938. pp. 107-184 – « Les chutes de grêle en 1965 et la défense paragrêle » In  Revue de géographie de Lyon, vol. 41, n°2, 1966. pp. 167- 174.

 

« Annales de la société d’horticulture de Haute-Garonne », avril-mai 1950

« La grêle et la lutte contre la grêle » par Pierre Estienne In  Revue de géographie alpine, tome 42, n°1, 1954. pp. 185-189;

 

«  Bulletin de Société des amis du Musée pyrénéen », article d’Edouard Peyrouzet : « la maitrise magique de la pluie » avril-juin 1978.

.

« Recherches sur la faisabilité économique d'une prévention efficace de la grêle » par B. Levadoux  In  Économie rurale. N°149, 1982. pp. 51-53;

 

 « La question du risque climatique en agriculture : le cas de la grêle en France » par Freddy Vinet In  Annales de Géographie, t.111, n°627-628, 2002. pp. 592-613;

 

NOTES

 

(1)  « From Praying for Rain to Rocket Festival : Reconstructing Social Memory among Villagers in Northeast Thailand » in Journal of the Mekong societies, volume 13 n°1, janvier-avril 2017.

 

(2) http://www.comptoir-thailande.com/boun-bang-fai-le-festival-des-fusees/       

 

(3) Si nous n’avons rien trouvé de spécifiques sur l’ancien Siam, nous avons l’exemple d’un roi-prêtre bouddhiste thaumaturge : Le roi faiseur de pluie : une nouvelle version de la légende d'Avalokiteśvara Rouge au Népal » par Vergati Stahl In Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 74, 1985. pp. 287-304;

 

(4) « Vie des Hommes illustres – Marius XXII »

 

(5) Numéro du 14 octobre 1917.

 

(6) Voir Edward Powers « War and the Weather or the Artificial Production of Rain », Chicago, 1871 qui cite toutes ces batailles, justificatifs à l’appui.

A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE  ?

(7) Voir l’étude « La pluie provoquée - Techniques opératoires et contrôle des résultats » par Louis SERRA, Conseiller scientifique à la Direction des Etudes et Recherches de l’Electricité de France in cahiers de l’ORSTOM, 1978 (Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, organisme aujourd'hui remplacé par l'IRD, Institut de recherche pour le développement).

 

Voir également « Les pluies provoquées, l'expérience de Ouagadougou (1974 et 1975) » par Jacques Bougère . In Bulletin de l'Association des géographes français, N°439-440, Janvier-février 1977 pp. 43-50;

 

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 22:01
A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Nous avons consacré plusieurs articles à ce qu’il est convenu (par courtoisie) d’appeler « la gastronomie en Isan », portant sur des sujets aussi divers que singuliers (1). L’actualité en ce début d’été nous rappelle l’existence de ce plat encore plus singulier, le koï pla.

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Cette époque est toujours une époque néfaste pour la presse. La moitié de la rédaction est en congés, l’autre moitié en rêve, la qualité de l’information s’en ressent durement. Nous avons droit aux perpétuelles tartes à la crème et lieux communs, copier-coller des années précédentes : « les routes seront surchargées pour le pont du 15 août », nous n’y aurions pas pensé ! « L’été sera chaud », comme c’est bizarre ! « Sur la plage, ne restez pas exposés trop longtemps au soleil » Ah bon, vous croyez ? Certains donnent toutefois dans l’originalité (répétitive), il n’est pas exclu que nous voyions ressurgir cet été le bout de la queue du monstre du Loch Ness ? (2).

A 231- LE « KOÏ PLA » (ก้อยปลา), LA SALADE DE POISSON CRU DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE, LE PLAT QUI TUE ?

Rassurez-vous, la Thaïlande n’est pas épargnée, revoilà notre poisson qui tue, ce n’est de loin pas la première année et ce ne sera pas – n’en doutez-pas- la dernière : C’est cette année 2017 la BBC qui lance les opérations le 13 juin, suivie par « The Nation » le 14, « France-Info » le 28 et « L’Express » le même jour (3). Le lendemain « Ouest-France » prend le relais, un article qui aura intéressé au plus haut point ses lecteurs bretons. Cette année, « le petit journal de Bangkok » est en retard, il ne lance le « scoop » que le 3 juillet mais il reprend mot pour mot son article de 2015 tout comme d’ailleurs la BBC. N’allons pas plus loin dans les années antérieures. Tous ces articles se copient plus ou moins servilement entre eux, photographies comprises, mais de quoi s’agit-il ? Quelques citations prises chez les uns et les autres s’imposent :

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« Des millions d'habitants de l'Isan, région rurale du Nord-Est de la Thaïlande, cuisinent régulièrement du « Koi Pla » (ก้อยปลา), plat traditionnel à base de poisson cru, de jus de citron et d'épices ».

 

Relevons une première erreur sinon un oubli : la question concerne également et surtout le Laos, le Cambodge et au moins partiellement le Viêt-Nam et une petite partie de la Chine. Nous reviendrons sur le détail de la composition autrement complexe de cette singulière salade.

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« Ce plat à l'odeur et au goût puissants se prépare rapidement et ne coûte pas cher ».

 

Pour le goût, question tout à fait personnelle, de gustibus et coleribus non disputandum est  mais il faut essayer pour être certain de ne plus jamais récidiver si on n’a pas déjà été dissuadé par l’odeur qui n’est pas « puissante » mais fétide. Quant à la préparation, première erreur, elle est loin d’être rapide et pas forcément économique.

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« Certains habitants estiment que la cuisson altère le goût du plat »

 

C’est une stupidité, nous y reviendrons.

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« Mais le poisson utilisé est souvent porteur d'un parasite, le Opisthorchis viverrini, à l'origine d'un cancer du foie agressif, le cholangiocarcinome ».

 

C’est le seul point positif de ces articles répétitifs : Ce cancer est effectivement ravageur mais son origine n’est pas à ce jour déterminée avec certitude, la médecine n’a jamais prétendu être une science exacte.  Si cette maladie est rare dans le monde, elle ne l’est pas en Thaïlande et encore moins en Isan, au Laos et au Cambodge. Le parasite n’est pas seulement fréquent dans les eaux du bassin de Mékong mais dans toutes les eaux douces.

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Un dernier flou journalistique « Les chercheurs estiment qu'environ 8 millions de Thaïlandais sont infectées par Opisthorchis viverrini »…

 

Les sources seraient les bienvenues !

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Ceci dit, nous n’avons aucune prétention à la qualité d’experts en maladies tropicales, et nous nous sommes contentés d’obtenir quelques précisions sur cette maladie, connue comme le loup blanc depuis des dizaines d’années de la médecine coloniale française et anglaise, en nous penchant sur des sources compétentes. Les articles de la presse à grand tirage laissent à penser que cette découverte est celle du XXIème siècle, comme si les médecins thaïs, stupide Diafoirus, venaient de s’apercevoir, tel Galilée il y a près de 400 ans, que la terre tournait. (Nous donnons nos sources en annexe.)

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Le poisson le plus généralement utilisé est le ปลานิล (pla nin), pour les savants il est Oreochromis niloticus de la famille des Cichlidae, mais en bon français le Tilapia. On peut également agrémenter le poisson de crevettes ou de crabes d’eau douce.

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Il est fréquent dans les eaux douces et fait l’objet d’un élevage forcené dans de vastes cages installées dans les grands lacs de la région. La question que l’on se garde d’aborder est que ce poisson lorsqu’il est d’élevage, tout comme les crevettes, est nourri on ne sait trop comment (mieux vaut ne pas savoir), bourré d’antibiotiques et de pesticides. Il en est de même des crevettes d’élevage. Est-ce que le tilapia sauvage est parasité et pas celui d’élevage ou vice-versa ou les deux ? La tâche de véritables journalistes d’investigation aurait été de savoir si des précautions étaient prises dans ces élevages pour éradiquer le parasite dont le poisson est incontestablement souvent porteur. La question est d’importance puisque la quasi-totalité des pla nin que l’on trouve sur les marchés provient d’élevages.

 

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La cuisson altère le goût ?

 

Sa chair n’est pas truffée d’arêtes, elle est blanche et un peu grasse. Par contre, comme la plupart des poissons d’eau douce, elle est fade. Dire que certains Isan-Lao le mangent cru car « la cuisson altérerait le goût » est une stupidité dans la mesure où sa fadeur doit être au contraire être rehaussée ne serait-ce que d’un filet de citron. Goûter avant de parler est une précaution inconnue des journalistes ! La trilogie gastronomique asiatique, c’est poulet-cochon-poisson. Nous n’avons cependant jamais entendu dire que les Thaïs consommaient les pattes de poulet ou le foie de cochon crus « pour en préserver le goût ». Les poissons, généralement pla nin, que l’on voit griller dans les nombreuses petites échoppes de bord de route sont enrobés de gros sel et farcis d’herbes

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Tous les restaurants servent le pla nin d’une façon ou d’une autre, grillé, bouilli, cuit à la vapeur ou au court-bouillon, mais toujours agrémenté de sauces plus ou moins épicées. Les épices et les aromates ont pour but d’exhaler le goût des aliments et non de la détruire, la façon massive dont les Thaïs en général et les Isan-Lao en particulier les utilisent a la conséquence évidente de le dénaturer totalement.

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Cette « salade » est facile à préparer ?

 

Soyons précis, nous traduisons koï par salade mais ce n’est pas une salade au sens où nous l’entendons,  comme une belle laitue, avec une bonne huile d’olive du moulin, une giclée de bon vinaigre, une pincée de sel, une autre de poivre et une pointe d’ail. Ce koï est une salade de poisson tout comme un steak tartare est une salade de bœuf. Ne pensez pas qu’il suffit pour notre gourmet, une fois son poisson écaillé et vidé, d’en découper un filet et de le croquer après l’avoir agrémenté de chili en poudre. Vous pourrez juger de visu la simplicité de la recette, (4).

 

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Nous vous donnons la liste des ingrédients nécessaires comme nous l’avons trouvé sur un site local, ce que nos journalistes de l’été n’ont pas pris la peine de faire.

 

La base en est évidemment du poisson blanc et frais (on s’en doute, l’utilisation d’un poisson un peu avancé peut être améliorée par un excès d’épices mais avoir des effets néfastes sur l’organisme !).

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Il faut ensuite de l’ail, des oignons verts (cébettes) et des oignons doux (échalotes), de la coriandre, de la coriandre du Mexique qui porte en latin le nom caractéristique de Eryngium foetidum

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.... et des feuilles de menthe. Le nam pla s’impose évidemment sous sa forme habituelle (น้ำปลา), mais également du nam pla daek (น้ำปลาแดก) dont la recette est différente mais ces deux sauces sont à base de poisson fermenté sinon pourri dont l’odeur est persuasive.

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N’oublions évidemment pas le sel au cas où ce ragout serait trop fade. Nous sommes en Isan ou au Laos, il faut donc rajouter des grains de riz gluant grillés. Arrivent ensuite les œufs de fourmis rouges.

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En ce qui concerne les épices qui vont agrémenter ce rata, commençons par le poivre noir (Cayenne), le piment rouge séché, le piment rouge frais et le piment vert que les Thaïs considèrent comme doux.

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Nous terminons bien évidemment par du laokhao ou du whisky, thaï comme il se doit. D’autres recettes donnent une composition plus ou moins similaire mais rajoutent à la fois du citron vert haché menu et du jus de citron comme celle que nous donnons en note (5). Il est probable que chaque maitresse de maison a sa recette propre et ses secrets ? Nous n’avons pas pu savoir si le citron vert, beaucoup plus agressif que nos citrons jaunes et qui est un bactéricide puissant a une quelconque efficacité contre le parasite ? Les parasites intestinaux dont nous souffrions gamins (ascaris ou oxyures) s’éliminaient traditionnellement par du jus de citron adouci de miel, remède de bonne femme. Ce n’est qu’une question en ce qui concerne ce parasite asiatique. Il eut encore été intéressant que nous journalistes s’inquiètent de savoir si le citron vert était en l’occurrence un vermifuge efficace.

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Toutes ces précisions vous permettront d’apprécier la simplicité alléguée par la presse de la préparation de ce plat et de supposer ce qu’il va rester en bout de course de ce bon goût de poisson !

 

La complexité de la recette explique grandement le fait que l’on ne la trouve pratiquement jamais sur la carte des restaurants locaux (sauf peut-être encore au Laos) d’autant que les vapeurs nauséabondes qui se détachent de cette préparation ne sont pas faites pour encourager les clients les moins difficiles.

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Le point de vue médical

 

Les premiers médecins coloniaux pensaient se trouver en présence de la douve du foie qui parasite les animaux (ovins en particulier) et plus rarement les humains,  mais très vite, dans les années 20 du siècle dernier, il est apparu le ver parasitaire Opisthorchis viverrini, une espèce différente de douve, se trouvait initialement dans un mollusque d’eau douce, le bithynia et pénétrait ensuite dans 18 espèces de poissons (cyprinidées) et de là infestait l’homme par l’ingestion de poisson pas ou mal cuit. Nous vous épargnons la description des symptômes qui pourraient vous couper tout appétit. Ne parlons que des troubles digestifs, des nausées, douleurs abdominales, fièvre sévère, diarrhées et amaigrissement pouvant conduire à une cirrhose biliaire.

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Des mesures préventives en Thaïlande depuis près de quarante ans ont fait disparaitre le mal qui touchait 34 % de la population en 1992 et 10 % en 2002 mais avec des variations pouvant aller de 2 % à 71 % selon les régions. (Chiffres 2009, il eut été intéressant que les journalistes poursuivent leurs investigations jusqu’en 2017). Toutes les recherches médicales réalisées initialement dans les colonies ont continué lors de l’afflux des réfugiés d’Asie du Sud-est dans les années 70. Le danger de la consommation de poisson cru ou mal cuit, de crevettes ou de crabes d’eau douce parasités est donc connu depuis près d’un siècle. La maladie toutefois n’apparait que lorsque la « charge parasitaire » est élevée ce qui peut rassurer le consommateur occasionnel. Les Japonais, autres grands consommateurs de poissons crus, les sushis, connaissent également une autre forme de douve parasitaire par l’intermédiaire d’un autre parasite plus ou moins similaire appelé anisakiasis. Par ailleurs, si les douves sont résistantes, aucune ne l’est pas à un produit, le praziquantel découvert dans les années 1970 et qui permet une cure radicale. Si les érudits l’appellent anthelminthique, pour nous, c’est tout simplement un vermifuge.

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Vers le cancer du foie ?

 

Les articles des journaux que nous avons cités titrent tous peu ou prou « Le parasite d'un poisson consommé cru en Thaïlande à l'origine de nombreux cas de cancer » mais que faut-il en penser ? C’est de toute évidence faire du « catastrophisme » journalistique à bon compte. La maladie se caractérise par ses symptômes et une banale analyse des selles, car le parasite qui mesure environ un millimètre est visible à l’œil. Nous savons qu’elle est immédiatement guérissable par un farouche vermifuge. La question est toutefois tristement simple, la maladie non soignée peut effectivement conduire à long terme à un cancer du foie dans la mesure où le parasite peut -parait-il- vivre plusieurs dizaines d’années dans l’organisme et les patients arrivent trop tard. Le système médical actuellement en place depuis 2001 donne à tous les Thaïs la possibilité de soins dans les hôpitaux publics pour 30 baths. Dans tous les hôpitaux de tous les amphœ du pays sont systématiquement organisées des réunions publiques pour informer les habitants des nécessités d’une bonne hygiène et d’habitudes alimentaires saines.

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Le programme « Cholangiocarcinoma Screening and Care Program » (Programme de dépistage et de soins du cholangiocarcinome) créé par la section médicale de l’Université de Khonkaen est une bonne chose, et ce n’est en rien une nouveauté.

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La consommation du poisson cru n’est pas le seul fléau alimentaire, le diabète (que les Thaïs appellent du joli nom de baohouanเบาหวาน – pisser sucré) est un fléau qui touche plus de 10 % de la population, conséquence d’une alimentation souvent détestable qui transforme souvent les petits Thaïs en petits cochons.

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Ne parlons ni de l’alcoolisme ni du tabagisme qui peuvent aussi être à l’origine de cirrhose puis de cancer du foie en particulier et encore moins de l’excès de piment susceptible de générer des cancers de l’estomac ou du foie. Quelle est dans tous ces cancers la part respective du poisson cru, du piment, du tabac et de l’alcool ?

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Il est cependant d’autre fléaux d’origine alimentaire  dont on se garde de parler tant les intérêts financiers en jeu sont énormes. Une boisson dont les Thaïs abusent et que nous utilisons comme décapant a la réputation méritée de favoriser le diabète et le cancer.

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Une chaine de restauration rapide dont la seule présence pollue tous les jours de plus en plus les villes et les bourgs thaïs est la reine de la « malbouffe » cancérigène.

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On ne touche ni à Coca ni à Pepsi ni à Macdo ni à Starbucks.

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Il est une autre maladie, la ciguatera qui existe en Thaïlande à l’état endémique. Elle est due à la consommation de la chair de poisson vivant sur des zones coralliennes contaminées par une toxine contenue dans des algues qui se fixent sur le squelette calcaire du corail détruit par la pollution. Ces algues sont broutées par des poissons herbivores eux-mêmes ingérés par des poissons omnivores eux-mêmes ingérés par des poissons carnivores dans le foie desquels la toxine se fixe et s’accumule. La toxine, à l’inverse de notre Opisthorchis viverrini n’est pas détruite par la cuisson. Les poissons carnivores prédateurs sont les plus dangereux, barracudas, requins, murènes, mérous.  Elle est la plus importante des intoxications par produits de la mer. Elle est omni présente en Thaïlande. Oser parler de ce risque serait conduire à la ruine les dizaines de milliers de pécheurs et de restaurants locaux sur le golfe ou sur la mer d’Andaman, plus de 3.200 kilomètres de côtes, le long desquelles le récif corallien est détruit ou en passe de l’être. Tous les français ayant fréquenté les Antilles ou nos territoires du Pacifique, Polynésie et Calédonie françaises, connaissent bien ce problème. Quand un touriste est victime de la ciguatera dont les symptômes sont connus, l’hôpital local le soignera pour un « food poisoning », une intoxication alimentaire. Une intoxication passagère n’est pas dangereuse, le mal vient de l’accumulation. Si les symptômes persistent encore à son retour chez lui, notre touriste apprendra qu’il a été atteint par la ciguatera mais s’en remettra, heureusement pour lui car il n’existe pas à cette heure de traitement spécifique. Faut-il parler de ce mal endémique ? L’un de nous deux résidait alors sur l’île « paradisiaque » de Samui où des dizaines sinon des centaines de restaurant nous régalent des produits de la mer, requin ou barracuda en particulier. Il participait à la rédaction d’un mensuel depuis disparu, « Archipel » et décidait avec son rédacteur des articles à rédiger. Proposition : « un article sur la ciguatera ? ». Réponse « tu veux nous faire perdre tous nos annonceurs restaurateurs et nous faire lyncher par les pécheurs ? ». Dont acte, nous n’en avons pas parlé ! Ainsi va la presse qui vit de publicités.

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Si vous voulez tenter l’expérience pour ne pas mourir idiot, vous ne pourrez probablement la réaliser que dans une famille Isan-Lao. Si vous surmontez l’odeur, si vous surmontez l’aspect repoussant du plat, une bouchée suffira pour vous dissuader de continuer. Le lendemain et les jours suivants, il vous faudra surveiller avec attention vos selles pour y chercher la présence de ce minuscule asticot et éventuellement vous précipiter à l’hôpital ou au dispensaire le plus proche demander un traitement au praziquantel, ils connaissent certainement, et vous ne recommencerez plus. En définitive, le koï pla, ce n’est pas le plat qui tue mais tout simplement le plat qui pue.

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Sources

 

« Médecine tropicale » revue de l’Institut de médecine tropicale du Service de santé des armées (Marseille), numéros de novembre-décembre 1979, septembre-octobre 1982, novembre-décembre 1982, juillet-août 1983, avril-juin 1986, février 2006, avril 2006, juin 2009, décembre 2009.

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« Korean J Parasitol » de juin 2012, juin 2013, trois numéros de décembre 2013, janvier 2014, et juillet 2014.

 

Docteur Armand Prunac « Note sur la grande douve du foie ("Distorna hepaticum") », 1884.

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NOTES

 

(1) Sur un plan général, voir notre article « Gastronomie en Isan ? » assorti d’un point d’interrogation qui n’est pas innocent :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-27-notre-isan-gastronomie-en-isan-80673180.html

 

Sur un met singulier et plus encore dont il faut réprouver la consommation :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a66-le-limule-un-philtre-d-amour-en-thailande-106061051.html

 

Sur des nourritures spécifiques à l’Isan-Laos, les algues d’eau douce :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-8.khai-phaen-specialite-gastronomique-de-luang-prabang-et-delice-sur-les-deux-rives-du-mekong.html

 

…et naturellement le riz gluant, notre pain quotidien :

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

 

Pour les amoureux, la boisson aphrodisiaque de Renunakon : http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-39-un-aphrodisiaque-pour-femmes-de-thailande-81582982.html

 

Pour les amateurs de sensations fortes enfin, le Mékong, singulière boisson locale :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a199-mekong-le-whisky-de-la-victoire-vous-connaissez.html

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(2) Ce n’est pas par hasard qu’un OVNI dont sont sortis deux petits martiens tout verts a atterri sur le plateau de Valensole (AHP) le 1er juillet 1965,

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celle-là, ça fait maintenant 52 ans qu’on nous la ressort tous les étés, providence des journalistes en mal de copie.

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(3) « … elle l’a lu dans l’Express, c’est vous dire si elle lit… » Chantait Renaud Séchan (« Dans mon HLM », 1980) en parlant de la c…asse du troisième.

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(5) La procédure commence dans le wok dans lequel doivent mijoter à feu doux dans une bonne huile l’ail et l’oignon. Il faut surveiller avec attention pour éviter que cela ne brule. On met alors de côté. Entretemps, on a levé les filets de poisson en conservant la peau, le tout haché menu après avoir enlevé les arêtes. Dans un autre wok, on a mis de l’eau à bouillir avec le citron haché. Le poisson haché est placé dans une passoire et légèrement blanchi à la vapeur de ce wok. On mélange alors le poisson avec les herbes bouillies. On le mélange ensuite dans un bol avec ail et oignon doux. On rajoute poivre et piments puis les grains de riz grillés puis les deux nam pla puis les oignons verts, puis les deux coriandres puis les feuilles de menthe. Il ne reste plus qu’à mélanger et à consommer accompagné comme il se doit de riz gluant.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 22:00
A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Nous connaissons l’importance du riz dans la culture siamoise, nourriture de base ici mais pas seulement. Le rôle sacré du premier labour de printemps est magnifié dans la très symbolique cérémonie du labour royal, célébrée cette année 2017 le 12 mai par le nouveau roi (1).

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Nous connaissons aussi, puisque nous vivons au cœur de l’Isan, ce riz dit « gluant » (khaoniao ข้าวเหนียว) servi dans des petits paniers en lattes de bambou tressées (kratipกระติบ, kongkhao en langage Isan – ก่องข้าว) soit individuels soit volumineux pour la table familiale (2).

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Après trempage une nuit pour éliminer la plus grande partie de l’amidon, il est cuit à la vapeur une bonne heure dans un panier également en lattes de bambou (nguat nuengงวดนึ่ง) placé au-dessus d’une marmite à la forme caractéristique (mo nuengหม้อนึ่ง). Il est traditionnellement consommé des trois doigts de la main droite même d’ailleurs par les nombreux Thaïs qui sont gauchers.

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Nous n’avons pas les compétences pour vous infliger un cours magistral de botanique ou de riziculture, mais  nous pouvons  constater que peu de choses ont été écrites sur le riz gluant (3). Aussi  nous vous proposons simplement quelques éléments qui pourront vous être utiles dans la découverte de la gastronomie locale avec en note quelques solides références techniques et scientifiques, toutes numérisées (4).

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Les céréales sont à l’origine de l’alimentation de l’homme, riz en Asie, maïs sur le continent américain, blé et seigle en Europe, mil, ou sorgho en Afrique. Elles sont en concurrence mais concurrence ne signifie pas rivalité. En l'état du développement des échanges tout au long du siècle dernier et de la mondialisation les contrées les plus reculées du monde participent au grand mouvement des échanges. Et si l'Europe accepte les riz asiatiques, l'Asie n'est pas indifférente au pain de froment des Européens.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

La production annuelle de riz dans le monde est très approximativement de 500 millions de tonnes, moins que celle de maïs (environ 800 millions) et de blé (environ 750 millions). Ne cherchons pas à savoir combien, parmi les milliards d’êtres humains qui peuplent la planète, sont les mangeurs de riz, les mangeurs de pain ou les mangeurs de bouillies de maïs. Les mangeurs de riz sont probablement 4 milliards, soit plus de la moitié de la population de la planète.

A  226  -   DÉCOUVRONS LE « RIZ GLUANT » DE THAÏLANDE ET DE L’ISAN EN PARTICULIER.

Le mot « riz » vient du sanscrit, urihi qui a donné le nom grec oρύζά (oruza) et le latin oryza. Il se cultive sur tous les continents, en Europe, en Asie, en Afrique et en Océanie ; Son origine est très probablement asiatique, peut-être de Chine depuis des milliers d’années. De là, il serait passé sur le continent, aux Indes puis vers l’ouest jusqu’au proche orient. Il aurait été ramené des Indes par les soldats d’Alexandre-le-grand, introduit par les Arabes en Afrique du nord et en Espagne et par les croisés en France (5), l’Afrique continentale ayant sa propre variété originaire, Oryza glaberrima, le « riz d’Afrique ». Cultivé partout, la plaine a pourtant ses préférences, mais — ses variétés étant innombrables — ni la colline ni la montagne ne lui déplaisent, pourvu que les précipitations atmosphériques lui apportent sa ration d'eau. Son avidité pour l'aqua simplex lui fait préférer les marécages, plante à ce point vaseuse qu'on s'efforce toujours de lui procurer par irrigations artificielles les boues favorables à sa vie aquatique. Les grands fleuves de l'Asie aux crues fécondantes et les deltas enrichis de limons fertiles devaient donc nécessairement se révéler comme l'habitat préféré de la blanche variété Oryza sativa, le « riz d’Asie » qui par ailleurs ne supporte pas le froid. L'Asie est donc devenue un grenier à riz.

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Quelle y est la place du « riz gluant » ?

 

Le riz gluant a été cultivé en Asie du Sud-Est, essentiellement par des ethnies thaïes qui ont migré dans la région il y a environ 1.000 à 1.500 ans. Il est une sous-variété du riz blanc Oryza sativa var. glutinosa. Il était alors cultivé dans la partie sud de la Chine aux populations thaïes, dans la partie nord-est du Myanmar, dans la partie nord-ouest du Vietnam, dans la partie nord du Cambodge et dans le nord et le haut du nord-est de la Thaïlande. Son origine géographique est incertaine. Elle n’apparait pas clairement dans les recherches archéologiques. Faisons-fi des légendes. Il est consommé dans tout le Laos, dans la petite partie du Vietnam comportant des populations d’origine thaïe et constitue en Thaïlande l’aliment de base dans le nord et le nord-est, les régions économiquement les plus pauvres du pays, entre 20 et 30 millions de personnes. C’est beaucoup mais c’est peu par rapport aux milliards de mangeurs de riz blanc et explique que la littérature à son sujet soit squelettique.

 

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Notons que la traduction du mot thaï khaoniao (ข้าวเหนียว) par « riz gluant » est inappropriée même si nous la conservons ; ce riz n’étant pas gluant, mais légèrement collant. La traduction anglaise « glutinous rice » est tout aussi inappropriée mais traduit son nom latin, puisque l’une de ses caractéristiques est justement de ne pas contenir du gluten. Dans le nord (Lanna) il est plus volontiers khaonung (ข้าวนึ่ง  simplement « riz cuit à la vapeur »)  Il n'est pas seulement un aliment de base, il fait également partie intégrante de la sécurité alimentaire des petits agriculteurs de la « sous-région du Grand Mékong » (Greater Mekong Sub-region - GMS) (6). Les échantillons conservées dans la « banque internationale de riz » (International Rice Genebank - IRGC) -dont le siège central est aux Philippines- comprend 120.000 espèces de riz dont quelques milliers de sauvage. 6.530 variétés de riz gluant y ont été collectées et conservées. Le plus grand nombre d'échantillons provient d’Asie – 6.484 variétés - dont 4.802 du GMS. Au sein du GMS, ce sont les groupes ethniques thaïs, surtout ceux du Laos, du Vietnam et du sud de la Chine qui sont les principaux producteurs de riz gluant. Au sein du GMS, la plus grande collection de variétés provient du Laos – 2.475 variétés - puis de la Thaïlande – 1.289 variétés - puis de la Chine - 374 variétés.

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Il n’y a toutefois guère que trois variétés qui soient cultivées, le blanc le plus courant, khaoniao ubon (ข้าวเหนียวอุบล)

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puis le khaoniao sanpatong (ข้าวเหนียวสันป่าตอง) et le khaoniao kam (ข้าวเหนียวก่ำ). Ces deux derniers sont des riz gluants noir ou violet de couleur plus ou moins sombre (riz noir en français, purple rice en anglais) distincts du riz gluant blanc.

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Mais tous sont riches en amidon (amylopectine) qui lui donne son aspect caractéristique : les grains bruts du blanc ont une couleur blanche opaque qui devient translucide après la cuisson, à l’inverse du riz blanc ordinaire, blanc cassé et légèrement translucide en tant que grain brut, devient blanc opaque après cuisson (7).

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Il y a en Asie une superficie d'environ 135 millions d'hectares de rizières qui fournit des emplois à temps plein à plus de 300 millions de personnes et qui bénéficie  à environ 7 milliards de consommateurs de riz dans le monde. Le riz gluant, avons-nous dit, est une variété du riz blanc d’Asie. Il y aurait en Thaïlande 16 millions de riziculteurs cultivant environ 11 millions d’hectares de rizières dont 2.240.000 (20 %) consacrées au riz gluant, essentiellement dans le nord-ouest et surtout le nord-est, l’Isan. Au Laos siamois, plus de 85 % de la superficie des rizières est consacrée au riz gluant. Le rendement moyen, 20 quintaux à l’hectare, est inférieur à celui du riz blanc, 22 quintaux (8). Cependant, les statistiques sur le riz gluant sont rares et incertaines : Alors que la Thaïlande est l’un des principaux exportateurs de riz, la production de riz gluant ne représenterait que 16 % de la production totale et son exportation seulement entre 0,2 et 0,5 million de tonnes pour une production totale d’environ 4 millions de tonnes. (9)

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C'est l'aliment de base pour les groupes ethniques de Thaïs au Laos, dans le nord et le nord-est de la Thaïlande et le nord du Vietnam. Il est généralement servi avec des sauces locales pratiquement incomestibles pour un gosier occidental. Mais il a bien d’autres utilisations, utilisations non alimentaires,  comme la confection de boissons alcoolisées et un grand nombre de desserts.

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Nous n’écrivons certes pas un livre de recettes mais nous vous donnons quelques éléments vous permettant, à la lecture d’une carte de restaurant ou des étiquettes dans les marchés, de savoir ce que vous allez consommer.

 

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Utilisation non alimentaire.

 

Elle est évidemment la conséquence de sa forte teneur en amidon. Le riz blanc et notamment les nouvelles variétés génétiquement créées en Europe et en Amérique en sont dépourvue, d’où le fameux slogan « le riz qui ne colle pas » !

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Une légende voudrait que les pierres et les moellons qui ont servi à la construction de la Grande muraille de Chine aient été liés par un mortier à base de riz gluant.

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Il entrait avec certitude dans la confection de la colle de riz qui servait jusqu’à il y a peu à tapisser les murailles. Les cols et manchettes de chemise étaient amidonnés au très célèbre « Amidon Remy » mais nul n’amidonne plus ses cols ni ses manchettes de chemise. Mais au XXIème siècle, les relieurs de luxe, il en reste, utilisent encore la colle de riz.

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Si les belles ne se blanchissent plus le teint à la farine de riz, tel n’est pas le cas des Geishas qui doivent toujours la blancheur de leur visage à celle-ci.

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Et tout comme pour le riz blanc, les déchets par ailleurs sont vendus pour être utilisés soit comme engrais, soit comme combustible, ainsi d’ailleurs qu'il est fait des déchets de maïs. Les farines résiduelles des moulins trouvent leur application dans l'engraissement des porcs et les brisures vont à la nourriture du bétail. Rien ne doit se perdre.

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Charcuterie.

 

Vous trouverez des naemmu (แหนมหมู), littéralement « porc aigre », qui n’ont rien à voir avec les Nems des restaurants vietnamiens. Ce sont des saucisses fermentées à base de porc, de riz gluant, d'ail, de sel, de sucre et de petits piments rouges. La saucisse est enveloppée dans des feuilles de bananier et doit fermenter pendant quelques jours à environ 30° sous humidité ambiante (10). On le sert comme naem khluk (แหนมคลุก) ou yam naem khao thot  (แหนมข้าวทอด) accompagnant une salade volcanique et des croquettes de riz blanc au curry.

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Moins agressive, est la saïkrok isan (ไส้กรอก อีสาน), une saucisse tout simplement - que l’on trouve plus facilement sur les marchés ou les cartes de restaurant, de confection plus ou moins similaire mais sous boyaux de porc et hors le piment.

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Boissons alcoolisées

 

Richissime en amidon, donc en glucides, donc en glucose (sucre), le riz gluant se prête parfaitement à la transformation du sucre en alcool.

 

La simple fermentation produit ce que l’on appelle abusivement le « vin de riz », le sato (สาโท), la présence d’amidon permet la fermentation sans utilisation de levures. Il est consommable « avec modération », bien entendu. Ça ressemble à du « vin » comme la production du Biterrois des années 60 ressemblait à du Romanée-Conti. Le terme « bière » serait plus approprié. Titrant entre 10 et 13 °, il faut, avant de le critiquer, l’essayer. Il sert par ailleurs à confectionner par macération des « vins de fruits », qui n’ont rien à voir avec les vins de pèche, de noix ou d’orange de nos grands-mères, mais c’est tout aussi surprenant que buvable.

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La deuxième technique pour fabriquer non plus du « vin » mais de l’alcool de riz, le laokhao (เหลาข้าว) est évidemment la distillation. Le riz gluant fermente dans une marmite, seul les paresseux ajoutent de la levure pour l’accélérer. Il est alors distillé dans l’alambic qui fera ressortir un alcool entre 35° et 60°.

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Ce délicieux et bienfaisant nectar est ensuite mis en bouteille, on peut y ajouter cobra, scolopendre ou baies aromatiques. Il vieillit ensuite plusieurs mois avant sa commercialisation ce qui lui permettra d'exalter tous ses parfums et de se charger de tous les éléments actifs contenus dans les baies, reptiles et insectes qui sont excellents pour la santé. Il est indispensable, pour que ces vertus soient efficaces, que ces animaux malfaisants soient plongés vivants dans le récipient. Une seule rasade de celui qui provient de distilleries artisanales et plus ou moins clandestines, suffira à envoyer dans les vignes dionysiaques les plus intrépides buveurs.

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Défiez-vous des critiques des « experts » en œnologie : Il vaut ni plus ni moins que les alcools de patate, kartoffelschnaps des Allemands qui deviennent dans les plaines de l’Est de la vodka (le plus souvent alcool de pomme de terre) ou l’aquavit chez les descendants des Vikings, qui parfois ressemblent plus à de l’antigel qu’à de la Fine-Champagne.

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Les macérations : nous vous avons parlé de l’ « alcool en pot » de la région de Renunakhon (เรณุนคน) sur les rives du Mékong, lao-ou ou lao-haï (เหล้าอุ - เหลาไห). Il passe pour avoir des vertus aphrodisiaques (11). L’essayer, ce n’est pas obligatoirement l’adopter. 

 

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Nous n’oublierons évidemment pas le fameux Mékong, un mélange d’alcool de canne, d’alcool de riz et de plantes aromatiques, beaucoup moins agressif et qui se prête à merveille à la confection de cocktails. On trouve de temps à autre quelques établissements thaïs qui servent des Whiskies sours (whisky + jus de citron + sucre) à base de Mékong, parfaitement honorables (12).

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Il est probable que le riz gluant qui part à l’exportation va pour partie au Laos dont la production locale n’est pas suffisante pour nourrir ses 6 millions d’habitants et pour une autre au Japon, qui n’est pas producteur, pour la confection de son propre alcool, le saké qui n’est rien autre que notre sato. La Chine et le Vietnam, eux-mêmes producteurs de riz gluant n’ont pas besoin du nôtre pour distiller leurs propres alcools de riz.

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Les desserts.

 

Si un repas thaï ne se déroule pas selon le schéma classique de notre gastronomie française, il se termine à tout le moins par un dessert, khongwan (ของหวาน), littéralement « chose douce » mais cette notion est tout à fait évanescente dans la mesure où l’on pourra vous servir d’appétissantes tranches d’ananas ou de juteuses fraises de Chiangmai  agrémentés d’une coupelle de ce que vous pensez être du sucre et qui est du sel parsemé de minuscules grains rouges qui sont du piment rouge pilé, le pire, et à l’inverse, si vous trouvez devant vous un petit pot que vous pensez être du sel destiné à agrémenter votre cuisse de poulet, ce ne sera pas du chlorure de sodium mais du glutamate de sodium dont abuse la cuisine asiatique et sur les dangers duquel les « experts » ne sont évidemment pas d’accord !

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Ceci dit, nous avons relevé dans un livre de recette thaï-isan un certain nombre de desserts à base de riz gluant -de vrais desserts- . Nous vous en proposons une douzaine, qui sont de vraies douceurs que vous pourrez affronter sans risques. Vous les trouverez souvent sur les cartes de nos restaurants. Parmi les desserts dont les Isans sont friands, citons en priorité le khao niao mamuang (ข้าวเหนียว มะม่วง) qui est du riz gluant semé de cacahuètes grillées, servi avec du lait de coco et de la mangue.

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Le khao niao tat (ข้าวเหนียว ตัด) est du riz gluant arrosé de lait de coco et accompagné de haricots noirs.

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Le khao niao na krachik (ข้าวเหนียว หน้ากระฉีก) est recouvert de chair de noix de coco râpée, grillée et caramélisée,

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Le khao niao kaeo (ข้าวเหนียว แก้ว) est du riz gluant cuit dans du lait de coco abondamment sucré et recouvert de graines de sésame grillées.

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Le khao tom hua ngok (ข้าวต้มหัวหงอก), plus spécifique au Lanna est du riz gluant cuit à la vapeur avec de la banane, de la noix de coco râpée, du sucre ...

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... et servi arrosé avec du jus très amer de Pandan (Pandanus amaryllifolius).

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Le khao Lam (ข้าวหลาม) est du riz gluant avec du sucre et du lait de coco cuit dans des sections de bambou de différents diamètres et différentes longueurs. Il peut être préparé avec la variété violette (khao niao kam - ข้าวเหนียว ก่ำา) de riz gluant.

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Le khao chi (ข้าวจี่) : voilà des galettes de riz gluant salé, recouvert d’œuf battu et grillé au feu de bois. Il sert traditionnellement à accommoder les restes. Dessert ou pas ? À vous de juger.

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Le khao pong (ข้าวโป่ง) : voilà encore des galettes croquantes de riz gluant cuit à la vapeur et pressé sous forme de crêpe avant d'être grillé.

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Le khao tom mat (ข้าวต้ม มัด) est du riz gluant cuit à la vapeur, mélangé à de la banane et enveloppé d’une feuille de bananier.

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Le khao niao ping (ข้าวเหนียว ปิ้ง) est du riz gluant mélangé avec du lait de coco et du taro (khao niao ping pheuak - ข้าวเหนียว ปิ้งเผือก), de la banane (khao niao ping kluai - ข้าวเหนียว ปิ้งกล้วย) ou des haricots noirs (khao niao ping tua - ข้าวเหนียว ปิ้งถั่ว), enveloppé dans une feuille de banane et grillé lentement sur le feu de charbon de bois.

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Bon appétit !

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La vision des historiens, des chroniqueurs et des voyageurs ? Voyez notre note (13).

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NOTES

 

(1) Voir notre article INSOLITE 7 « LA CÉRÉMONIE DU LABOUR ROYAL EN THAÏLANDE, HIER ET AUJOURD’HUI ? » :

 http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-7-la-ceremonie-du-labour-royal-en-thailande-hier-et-aujourd-hui.html

 

(2) Les combattants du Viêt-Cong qui déambulaient tout au long de la piste Ho-Chi-Minh avaient tous leur panier en bandoulière, leur seul casse-croute.

 

(3) Notons un article bien ficelé avec de solides références sur Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/ข้าวเหนียว

et une version anglaise :  https://en.wikipedia.org/wiki/Glutinous_rice.

 

(4)

Anonyme « Riz – Superficie, production et rendement par hectare » In: L'information géographique, volume 2, n°5, 1937. p. 212.

Anonyme « Riz – Commerce » In: L'information géographique, volume 2, n°5, 1937. pp. 213-214.

Francis Ruellan « Le riz » In L'information géographique, volume 2, n°5, 1937. pp. 207-210.

Jules Vidal « Les plantes utiles du Laos (Suite) »  In Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 8, n°8-9, août-septembre 1961. pp. 356-385.

Yoshio Abe « Quelques considérations sur les riz gluants (Oryza sativa L. var. glutinosa), étude préliminaire » In Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 32 année,1985. pp. 43-59.

« Support for the Association of Southeast Asian Nations Plus Three
Integrated Food Security Framework (Financed by the Japan Fund for Poverty Reduction) The Rice Situation in Thailand
», janvier 2012 par Boonjit Titapiwatanakun, professeur à l’Université agricole de Bangkok.

« An analysis of the efficiency of the glutinous rice », ouvrage collectif de 2012 in Asian journal of agricultural research.

« Geographical Distribution of Glutinous Rice in the Greater Mekong Sub-region » par Patcha Sattakam, 2016.

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(5) Pour la France, cette culture ne fut qu'accidentelle avant l’introduction massive en Camargue de l’Oryza sativa après la perte de nos colonies d’Asie et de Madagascar. On peut citer 20 hectares de rizières créées dans la banlieue de Thiers (Puy-de-Dôme) en 1740. Une épidémie de fièvre ayant éclaté qui emporta des milliers de personnes, les rizières furent incriminées et finalement détruites, ce qui n'empêcha pas la fièvre de faire à nouveau son apparition quelques années plus tard. « On a plus d'une fois tenté de l'introduire dans nos départements voisins de la Méditerranée, où les terrains sont très-bas et fort humides, même dans celui du Puy-de-Dôme en la belle vallée de la Limagne vers 1740. Mais la crainte de compromettre la santé publique par l'adoption d'une plante aussi marécageuse, a fait abandonner ces essais, qui sont demeurés stériles » (Tome VIII du « DICTIONNAIRE PITTORESQUE D’HISTOIRE NATURELLE ET DES PHÉNOMÈNES DE LA NATURE ». de F.E. Guérin, 1839). « Il y a une cinquantaine d'années une compagnie se forma dans le Bas-Dauphiné à Livrone près de la Drôme, pour essayer la culture du riz; elle réussit, le riz fut aussi bon que celui du Levant : mais des divisions parmi les intéressés firent bientôt