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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 04:05

220px-WaterBuffaloLopburiThailand2300BCEUne chasse au buffle dans la région de Kalasin il y a cent ans...


Nous devons à Sir Francis Henry Gilles, qui écrivait sous le nom de « Phraya Indra Montri » (1) la description, en 1933 (2) d’une chasse au buffle « à courre », à dos de cheval et à la lance, qui ne se pratiquait que dans quelques amphoes de la province d’Ubon et, ce qui nous intéresse plus directement, dans une région très limitée de notre province de Kalasin (3).Vous remarquerez que cette chasse répondait à des règles précises, une « déontologie stricte » et était alors très ritualisée. Elle nécessitait un savoir-faire, mais aussi l’appui des esprits.

Ces précieux renseignements lui ont été confiés par un fonctionnaire siamois, Satok Suphakit (สาธคสุภกิจ).


Nous ne sommes pas à l’époque de la guerre du feu, nous ne sommes pas à celle où les chasseurs de la grotte Chauvet  partaient il y a 20 ou 30.000 ans, chasser le bison et l’auroch après s’être livré à des cérémonies magiques, et pourtant … cela se passait dans la région de Kalasin il y a moins d’un siècle.

***

Où ?


La localisation des hordes de ces buffles sauvages (โคป่า khopa) est limitée dans des zones alors forestières. Cette chasse ne se pratique que dans les village de Ban Chot (บ้านโจด) et de Ban Nat djarya (บ้านนาจรย์) (tambon de Phaï ตำบล ไผ่), dans les tambons de Khok khrua (ตำบลโดกเครือ), de Mahachaï (ตำบล มหาไชย มหาชัย), de Phon (ตำบล โพ้น ) et de Moumon (ตำบล หมู่ม้น) dépendant de  Sahatsakhan (สหัสขันธ์), où les dinosaures ont remplacé les buffles, dans les tambons de Chène Lèn (ตำบล แจนแลน) et de Phulènechang (ตำบล  ภู่แล่นช้าง) dépendant du district de kouchinaraï (กุฉินารายณ์).Une partie de cette aire est actuellement submergée par les eaux du gigantesque lac artificiel de Lam Pao. Les forêts ont disparu et les hordes chassées par la construction des routes et les véhicules à moteur, nous dit Gilles.

 

carte


Ne nous étonnons pas de la présence de troupeaux de buffles sauvages à cette époque. L’une de nos amies thaïes, âgée d’une cinquantaine d’années, se souvient parfaitement avoir vu, toute enfant, dans cette région des crocodiles dans les rivières et des éléphants dans les forêts présentement diisparues.

 

220px-Flickr - Rainbirder - Bull Water Buffalo


Quand ?


La chasse doit avoir lieu le quatrième mois de la saison sêche (février - mars). Y a-t-il une raison à cette période d’ouverture de la chasse ? Tout simplement peut-être parce que le riz vient d’être coupé et que l’agriculture tourne au ralenti. Il ne pleut pas, pas de champignons dans les forêts.


Comment ?


Les chevaux (dont le mors est constituée de fer en trois parties, connu sous le nom de Yaï – ไห้ย -) et leurs cavaliers doivent passer par une période de formation dans la forêt, y prendre l'habitude d'éviter les obstacles, apprendre à sauter par-dessus les ruisseaux et les lieux peu profonds. Un bon chasseur se doit de connaître le terrain, un permis de chasser en quelque sorte.

L’équipage comprend un chef de chasse (une espèce de grand veneur), หมอเฌ่า, des chasseurs หมอม้า et des serviteurs แหล่ง (des espèces de rabateurs ou de  piqueurs ?).


ll y a une stricte déontologie :


a) les chasseurs ne doivent pas se quereller ;

b) ils ne doivent pas s'asseoir sur un tronc d’arbre abattu ou sur la souche d'un arbre, (mais allez savoir pourquoi ?) ;

c) ils ne doivent s’occuper en tissant des bandes de bambou (tout simplement, être attentif à la chasse !) ;

d) ils ne doivent pas jeter des objets n’importe où (écologie avant la lettre) ;

e) ils ne doivent pas appeler quand quelque chose les étonne ou les effraie (les cris font fuir le gibier) ;

f) ils ne doivent faire confiance qu’à leur lance et ne s’intéresser à aucun animal autre que le boeuf sauvage et toutes espèces de cerfs et cochons sauvages.

g) ils ne doivent pas monter sur un autre animal que leur propre cheval.


Ces règles doivent être fidèlement observées sinon le malheur va tomber sur celui qui les viole.


La chasse doit commencer dans l'après midi du mardi ou du vendredi. Tous les autres jours portent maheur.


Le jour faste ayant ainsi été choisi par le chef de chasse, chasseurs et serviteurs se rendent à la maison des esprits pour y faire des offrandes et obtenir faveur et protections du plus grands des esprits.


Chacun prend trois plateaux, de préférence en métal mais à défaut il est permis de prendre un plat, un plateau ou une coupe faite d’une feuille. Un oeuf bouilli, quatre paires de feuilles en forme de cône remplies de fleurs et une paire de bougies en cire sont placés sur chacun des plateaux. Les coupes remplies de fleur sont placées sur chacun des plateaux. Elles ont le pouvoir d’inviter le chef des esprits d’user de sa juridiction et de son autorité sur chacun des membres de la chasse. Chacun apporte encore une bouteille d’alcool et l’offre aux esprits qui ainsi les accompagneront favorablement dans leur chasse.

Chaque chasseur apporte sa lance au sanctuaire où elles sont disposées avec leur fer dirigé vers le haut autour de l'autel. Les selles sont placées au pied de la lance, la selle de chaque homme doit jouxter sa lance.

Les chevaux sont ensuite tout autour pour former un cercle extérieur.

Deux paires de feuilles en forme de cône remplis de fleurs sont placés par le chasseur sur le pommeau de sa selle. Elles sont connues sous le nom de « souéïphisnou » (สวยพิศหนู). Elles passent pour avoir le pouvoir de conjurer le mal et écarter les dangers. Les chasseurs y ont une croyance absolue et racontent volontiers de nombreuses anecdotes d’amis ou de connaissanes ainsi sauvés d’un coup de corne ou d’autres accidents.

Toutes ces offrandes étant placées devant la maison des esprits, le chef de la chasse s’adresse ensuite à eux en de très longues incantations et autres oraisons jaculatoires pour demander leur protection et celle des dieux sur les chasseurs, leurs chevaux et leurs chiens.


Une fois ces prières terminées, le chef de la chasse présente ensuite les unes après les autres les offrandes des chasseurs en répétant à chaque fois les mêmes oraisons.


Cette longue cérémonie n’est qu’un début : Le chef de la chasse doit ensuite prendre au hasard l’un des oeufs bouillis et en briser la coquille. Si le jaune apparait au travers du blanc, le sort sera favorable à la chasse. L’un de ces oeufs doit alors être coupé en six morceaux et posé sur une feuille en nouvelle offrande, quelque fois deux. Mais cette fois, ni discours ni prières ne sont prononcées.


La cérémonie au sanctuaire étant terminée, la chasse va-t-elle commencer ?


Si les hommes ont dû venir passer la nuit, il est nécessaire qu’ils plantent leurs lances autour d'un arbre. La poignée est plantée dans le sol, chaque homme y place sa selle et la nuit il doit dormir à même le sol en face de sa lance.

Chaque troisième nuit à compter du début de la chasse, le chasseur en chef doit effectuer, toujours la nuit, avant d'aller dormir, une cérémonie propritiatoire en invoquant l’âme du fer des lances pour demander abondance de gibier.


Les hommes, chasseurs ou serviteurs, peuvent alors s’amuser et rire sans contraintes. Ils utilisent le langage ordinaire, sans utiliser la langue sacrée.

Lors de leur installation dans le camp de la forêt, le chef des chasseurs doit encore faire une offrande, mais sans œuf bouilli, à l'esprit des fers de lance de la même manière que plus haut. Des bougies sont fixées à la pointe des lances et allumées et le chef de la chasse adresse alors et encore les mêmes prières et incantations aux esprits.

***

Les chasseurs peuvent alors enfourcher leur monture et partir à la recherche des boeufs sauvages.


Lorsque qu’ils ont trouvé un troupeau, ils placent  le bout de la lance sous l’aisselle et le fer à la hauteur de l’oreille du cheval avant de charger.

Si un bœuf les charge, les chasseurs sautent du cheval et s’abritent derrière un arbre ou fourmilière, et attendent la charge.

Si le boeuf sauvage ne ​​les a pas vu, ils crient pour attirer son attention et quand le bœuf est assez proche ils enfonçent la lance à un endroit sensible pour le dépécher. Les hommes ne peuvent compter que sur leur courage et leur habileté.

Si le troupeau prend peur et s’enfuit, les chasseurs les poursuivent à pleine vitesse, dépassent un animal particulier et le tuent d’un coup de lance sans descendre de selle.

S’il est un autre animal dont la chasse n’est pas interdite, le chasseur le tuera de la même manière.


Buffle

Quand la chasse est terminée, les serviteurs se rendent là ou gisent les animaux tués, dépouillent la carcasse de sa peau, enlèvent les cornes, coupent la viende et ramènent le tout au campement.

Le matin suivant, chacun des chasseurs prélève une partie de la chair de l’animal qu’il a tué et en fait offrande aux esprits de son arme et aux esprits de la forêt. Cette offrande est placée dans sept coupes faites de feuilles.

Ces offres sont prises par le chasseur en chef et six d'entre elles sont placées près de la hampe de la lance appartenant à l'homme qui a préparé l'offrande, et une tasse ou un plat est offert à l'esprit de la forêt. Le chef répète alors les mêmes incantations en remerciant les esprits de la forêt. Ce rituel doit être accompli par chacun de ceux qui a tué un animal, et ce, jour après jour. 


De retour au village, il est habituel pour un chasseur heureux de faire une offrande à l'esprit qui veille sur le temple.

 

retour de chasse


Cette offre se compose d'une poule bouillie, d’alcool, de riz, de fleurs et de bougies ou éventuellement toute autre offrande. C’est le chasseur lui même qui doit y procéder et non le chef de la chasse. Il répète alors toujours les mêmes incantations et prières.

***

Ce rituel, entièrement différent de celui de la province d’Ubon, venu du fonds des âges et n’ayant strictement rien à voir avec le bouddhisme est manifestement plus important que l’aspect cynégétique : Une seule précison technique en effet, la lance utilisée comporte un fer à double tranchant de quelques centimètres de large et de 50 centimètres de long, fixé sur un bois d’environ deux mètres. Ces chasses sont inconnues de nos premiers observateurs (Mgr Pallegoix en particulier), les chasseurs utilisant alors des arbalètes ou des armes à feu, les javelots n’étant utilisés que pour harponner les poissons.

 

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***

Déontologie de la chasse ? Depuis un arrêté du 1er août 2006, nos nemrods français peuvent utiliser les viseurs à point rouge, des techniques de repérage de leurs chiens (colliers GPS) et des viseurs à amplification de lumière. Cet arrêté a été pris (sous l’influence de quel lobby ?) quelques jours seulement après le départ de Huguette Bouchardeau à laquelle la protection de notre environnement doit beaucoup.

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(1) Né à Plymouth en 1869, officier de la marine royale britanique, il entre ensuite dans le service civil en Birmanie puis au Siam. En 1897, il entre au service du gouvernement siamois, branche fiscale. Il est convaincu qu’une bonne fiscalité passe par une connaissance approfondie des populations que l’on doit taxer ! Il parle, en sus du thaï, du pali et du sanscrit, toutes espèces de langues locales. Ami du Prince Damrong, il fut honoré du titre de Phraya Indra Montri  et devant quitter le service pour avoir perdu la vue, il collabore activement à la Siam society. Nous lui devons d’avoir recueilli des traditions locales alors en voie de disparition. Il reçut un vibrant éloge funèbre de ses amis de la Siam Society  à sa mort en 1952 (journal de la même année).


(2) «  An account of the hunting of the wild ox on horse back in the provinces of Ubol Rajadhani and Kalasindhu and the rites and ceremonies which have to be observed ”  date de 1933 et publié dans le journal de la Siam Society de 1935. »


(3) Il ne resterait plus en Thaïlande qu’une quarantaine de buffles sauvages probablement d’ailleurs issus de croisement avec des buffles domestiques : voir en particilier de Chaiyarat, R., Lauhachinda, V., Kutintara, U., Bhumpakphan, N., Prayurasiddhi, T. (2004) «  Population de Wild Water buffles (Bubalus bubalis) à Huai Kha Khaeng Wildlife Sanctuary, Thaïlande. » Bulletin d'Histoire Naturelle de la Siam Society 52 (2): 151-162


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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 03:09

carte-de-voeux-alsace-hansi-heureuse-retraite-les-oiesAlain a proposé un récit de ses 6 premiers mois dans un village d’Isan (Cf. A59). Ce n’est sans un certain humour que je présente un « Droit de réponse » : 3 ans en Isan « contre » 6 mois en Isan. Ce n’est pas vraiment un « droit de réponse » au sens journalistique du terme mais plutôt quelques compléments qui ne sont pas en contradiction avec ce que vous a dit Alain, surtout que  je souscris entièrement à ses propos. 

Bien. Comme j’ai un peu de temps libre - privilège de la retraite - je  viens de pianoter sur Internet quatre questions à Google sous quatre formes différentes :

  • « Comment occuper sa retraite ? » ; pas moins de 4.206.000 résultats.
  • «  Comment occuper sa retraite quand on est expatrié ? » ; encore 1.320.000 résultats.
  • « How to sped his retirement ?»; 131.000.000, je dis bien, j’ai vérifié plusieurs fois  ce matin !
  • J’ai tenté le coup en albanais : « se sit ë shpenzojnë tërheqjen e tij ? » ;  26.000 résultats encore pour une langue qui ne doit guère comporter que 10.000.001 locuteurs (un dans la Province de Kalasin).

J’en suis resté là, voilà qui est bien significatif. Je ne suis évidemment pas allé ouvrir le moindre de ces sites.


Que faire à la retraite ?


Les retraités français, anglais ou albanais qui ont la chance de ne pas mourir dans l’année qui suit leur départ, disent souvent qu’ils ne savent pas que faire ? Et ne pas savoir que faire c’est la porte ouverte à Altzeimer (dans ma jeunesse, on disait « devenir gâteux » « radoter » ou « être dans ses bottes »). Bigre !


J’ai déjà répondu à la question « Mais tu vas t’e.......der, Bernard ? ».


Pour le reste, quelques constatations nécessaires en sus des reflexions d’Alain, moins terre-à- terre que les miennes (disons que les miennes sont  plus terre-à- terre que les siennes) mais sur le fonds, rien ne nous sépare.


1) le Temps ?

Nous ne sommes pas loin des tropiques, le jour se lève 365 jours par an à 6 heures du matin et tombe à 6 heures du soir avec une variation d’environ 30 minutes tout au plus selon la saison, ce qui explique grandement le système horaire traditionnel qui est utlisé systématiquement ici, il faut s’y faire. Il y a belle lurette que je n’ai plus besoin de montre au poignet. Ce qui est insensible dans les villes ou sur l’île touristique où j’ai vécu 10 ans ne l’est plus ici. Si vous voulez des pathongko au petit déjeuner, allez les chercher avant 7 heures. Si vous voulez faire le marché, faites-le avant la nuit. Ne comptez- pas sur les boutiques « de chaîne » ouvertes 24 heures si vous êtes à court de bière au milieu de la nuit, ils respectent à la lettre les horaires de vente des alcools. On se demande donc pourquoi ils ouvrent 24 heures sur 24 ? Les horaires de vente d’alcool, les boutiques locales s’en contrefichent, à condition d’être ouvertes, mais elles ferment « à la tombée de la nuit ».


2) Les bêtes. « Mais tu vis au milieu des bêtes féroces ? » m’a dit une de mes nièces française adolescente ?

Bonne question, mais nous ne sommes plus au temps de Pavie. C’est peut-être mieux que de vivre au milieu des cons ? Une amie thaïe âgée d’une cinquantaine d’années a encore vu des crocodiles (sauvages évidemment) dans l’une des rivières qui alimente au nord le réservoir de Lampaodam (qui n’existait pas à l’époque) lorsqu’elle était toute petite.


croco

 

Vous ne verrez de crocodiles que dans les spectacles et dans le rayon surgelé des grandes surfaces, sans grand intérêt gastronomique au demeurant. Les serpents, il y en a, bien sûr, n’allez pas marcher pieds nus dans une rizière ou dans la forêt. SI vous êtes matinal, vous pourrez en voir serpenter sur les routes au petit jour. S’il en est qui se camouflent dans votre jardin, ils ont certainement plus peur de vous que vous d’eux. Le meilleur moyen d’en voir, c’est encore le spectacle.


Sans titre-2

 

Celui du « King cobra village » à 40 kilomètres de chez moi vaut la visite. J’en ai coupé deux ou trois à la machette dans mon petit jardin (en trois ans), ils étaient inoffensifs paraît-il, mais mieux vaut prévenir que guérir.


Des vermines, il y en a, bien sûr ! Les moustiques en saison, les fameux « maringouins » qui ont laissé un souvenir cuisant au Chevalier de Forbin et que nos amis canadiens appellent toujours des « maringouins ». Personnellement, ils ne me font ni chaud ni froid mais j’ai probablement été vacciné sinon mithridatisé en faisant plusieurs années de suite les vendanges en Camargue. Il y a cent mille moyens de les éloigner, la climatisation dans la chambre, l’ampoule ultra violète, les produits naturels (citronnelle, ça pousse ici mieux que du chiendent), aérosols chimiques (ça pue), fumer la pipe (ça pue), néons jaunes (ils n’aiment pas), etc... Mieux vaut s’en défier, ils sont tout de même le vecteur de la dengue.


mous



Les scolopendres que les thaïs appelent « takhap » et les anglais « centipèdes », sont une véritable vermine. Attention pendant la saison des pluies dans la salle d’eau ou les coins humides. Il faut tuer sans pitié, c’est rapide, coriace, une carcasse de langouste (je massacre au marteau et il faut cogner), dangeureux sans être mortel, très douloureux parait-il et ça court aussi vite qu’un lapin. Le problème, c’est de marcher pieds nus dans les intérieurs au risque de poser l’orteil sur un minuscule que vous n’avez pas vu. Les Thaïs les redoutent plus que les cobras.


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Les petites fourmis qui ne sont apparemment pas dangereuses sont en tous cas exaspérantes. Faites tomber une miette de pain sur le sol, 10 secondes après, il y en a des millions. Mettez le pied sur un de leur refuge dans votre jardin, vous saurez rapidement de quoi il s’agit, 20 secondes après elles sont dans votre moustache, et hop : à poil sous la douche dans les plus brefs délais. Il est un produit miracle, le « Chaindrite » (efficace aussi contre les termites), un petit « pschitt » dans une procession et c’est le massacre.


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3) La nourriture ?


Nous avons déjà dit ce que nous pensions de la « gastronomie » locale. Nous sommes quelque peu privés de « bonnes tables » dans nos campagnes, mais les petites échoppes sont souvent bien sympathiques.

Je ne dédaigne pas de temps à autre un lap aux oeufs de fourmis. Il est pour moi deux produits « de première nécessité », le café et l’huile d’olive que nous ne trouvons guère que dans les grandes surfaces (hélas !) que j’évite autant que faire se peut. L’amphoe comprend (en gros) 50.000 habitants répartis dans 14 villages sur environ 300 kilomètres carrés.

Nous avons un marché quotidien le soir, un autre plus étoffé le vendredi et encore un mensuel à l’amphoe proprement dit et encore ceux des amphoes environnants, et une foule de petits vendeurs au coin des rues où je peux trouver en tant que de besoin et en cas d’urgence de l’ail ou des oignons. Il est difficile de sortir de la trilogie poulet-poisson-cochon mais une incroyable variétés de fruits et légumes (où est la différence ?) qui nécessitent toutefois quelques efforts, je ne mange crus ni les haricots verts ni les asperges ni les aubergines et je hais les concombres. Ceux que je commence tout juste à connaître, comment s’appellent-ils ?

Ma femme me donne et m’écrit le nom. Rapide recherche dans le gros dictionnaire de l’académie qui inclut (heureusement) le vocabulaire isan et surtout donne le nom dans la nomenclature latine de Linné et Internet. Et souvent, très souvent, des recettes pour accommoder tout cela provenant de sites de nos départements d’outremer !

Mon village porte ainsi le nom de la « rivière du syzygium gratum ». Vous saurez que l’on peut faire avec des papayes vertes autre chose qu’un immangeable somtan au crabe de rizière pourri et de liserons d’eau douce de succulentes omelettes ! Quand j’ai le courage, je fais mon pain et quand je ne l’ai pas, le riz gluant sur feu de bois a une saveur incomparable. Il passe tout au long du jour les petits commerçants ambulants qui vendent les trois carottes et les quatre aubergines de leur jardin et nous avons la chance, pas souvent malheureusement, de voir passer une camionnette qui nous amène des moules de Rayong (600 ou 700 kilomètres) qui n’ont pas la bouche béante et puante de celles des grandes surfaces. Je suis souvent donc « aux fourneaux ». Mais pour ce, il m’a fallu du matériel.

 

4) Le matériel ?

Moins de choix que dans les grandes surfaces peut-être mais un meilleur service chez les petits vendeurs locaux, matériel de cuisine ou mobilier à des prix qui souffrent largement la comparaison, livraison sans difficultés à domicile et service après vente meilleur que chez Darty, un coup de téléphone et un petit billet de « tip ». Même chose pour le matériel informatique, j’ai à 20 kilomètres de chez moi une boutique qui a un bon choix et à quelques centaines de mètres un jeune qui tient une boutique Internet infame de crasse mais qui joue de l’informatique aussi bien que moi à la belote contrée, capable de vous installer pour 300 baths le dernier Photoshop à 1.500 dollars (mais ça, naturellement, je ne fais pas !). Avantage incontestable (essayez–donc à Lotus), le vendeur est compétent et la discussion sur le prix est toujours possible (même pour le farang) à la condition de rester dans le raisonnable et de ne pas les prendre pour des c...s


5) Alain nous a dit  «  laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes »...


Il est vrai, nous sommes parfois contraints de penser que « l’enfer, c’est les autres » ! S’il n’y a pas de bêtes féroces, il y a des bêtes idiotes. Je suis donc au milieu des Thaïs, les amis européens les plus proches sont à quelques dizaines de kilomètres, ce qui ne m’empèche pas de les rencontrer avec plaisir. Ma porte est toujours ouverte au sens propre et au sens figuré et la leur aussi, je pense. Seul farang permanent du village, je suis en tous cas celui qui baragouine le thaï et surtout qui le lit et l’écrit ce qui me rend d’inappréciables services. Dans le village, il y a des riches, qui le manifestent extérieurement par des constructions d’un luxe tapageur et des véhicules de haut de gamme et des pauvres qui vivent dans leurs chaumières, roulent sur des motos à crédit et vont acheter leurs cigarettes à la pièce (interdit en France depuis longtemps !) en ayant leur ardoise chez l’épicier du coin.


Ne revenons pas sur cette « vie sociale » festive dont nous a parlé Alain, mariages bien sûr, obsèques, sont occasion de fêtes, de retrouvailles et évidemment de beuveries au laokhao ou au mékong. Pauvres peut-être, mais j’ai été stupéfait à l’occasion d’événements familiaux récents, de voir tomber les billets de 1.000 comme à Gravelotte !


Les inondations récentes ne nous ont pas frappés directement (le village est hors d’eau et le seul cataclysme connu de mon beau-père disparu il y a peu à 76 ans fut un orage de grêle il y a une quarantaine d’années) mais fut pour moi occasion de découvrir un sympathique débrouillard : une route secondaire est coupée par les eaux, impossible de passer en moto, il prend son motoculteur avec remorque et organise un passage avec péage, deux motos plus leurs passagers ! Crafeuteuteu .... 20 baths par personne et 20 pour la moto. Système D ou "demerden sie sich", bravo mon gaillard. Je lui allongé un aller-retour pour le seul plaisir.


DSC01595.JPG


6) La politique locale ne me regarde pas et je ne m’y intéresse (par épouse interposée) que dans la mesure où il y a des questions matérielles à régler, voirie, distribution chancelante de la « namprapa », l’eau de la ville ... Intéressant, intéressant, moi ça ne me choque pas, c’est la distribution des billets par les candidats. Bonne affaire (pour ma femme), deux élections succesives pour je ne sais quel poste, la première à coup de billets de 500 et la seconde des billets rouge, hélas ! Moi, ça me fait rigoler, tout simplement et je regrette qu’il ne soit pas avant et après le 22 avril distribué à l’électeur que je suis quelques bons billets de 500 (euros, bien sûr). Mais une question sans réponse, comment le distributeur de billet peut-il savoir si le récipiendaire va bien voter pour lui ? Les isoloirs sont bien clos et la police surveille !


7) Alain a été étonné de la « mécanisation » et a « cru devoir » mettre ma photo au volant d’un « John Deere » qui doit valoir quelque chose comme 50.000 euros (ça fait deux millions de baths). Lors des moissons, on voit les petites moissonneuses mais encore beaucoup de champs moissonnés au « daioun » (ça m’a échappé, en français c’est une faucille), toute une rangée qui rigole et jacasse, au travail avec la musique de la radio portable à tue-tête. Je n’ai ni l’âge (ni l’envie) de participer, mais j’ai eu l’occasion de participer à la mise à feu des chaumes d’un champ de riz cultivé par un beau-frère. J’avoue que si j’ai des doutes sur l’efficacité de la culture sur brulis, je me suis au moins bien amusé. Il doit y avoir en moi un pyromane qui sommeille ?


8) Eh bien, non, je ne m’embête pas, entre la journée qui commence au lever du jour par les informations sur RFI,


radio 

le dépouillement du courrier électronique (actuellement beaucoup de temps passé à fiche à la poubelle des « spams » les courriers des candidats - je ne peux les éviter puisque je suis inscrit sur les listes électorales), les réponses au courrier, la lecture de la presse « numérisée » (presse locale, essentiellement « la Provence », « Le progrès » et « le Petit journal de Bangkok »), le rituel de la cuisine, le pétrissage du pain, la sieste sacrée,


sieste

 

le marché de fin d’après-midi, les visites de mon turbulent et adorable petit neveu (deux ans, baptisé « Satang », il faut le faire mais ce prénom fait ma joie),

 

DSC01546

 

l’entretien du jardinet (les mauvaises herbes poussent plus vite que les tomates), un peu de vélo à la fraicheur du matin, le nécessaire bricolage dans une maisonnette, la bière du soir (sacrée elle aussi) au bistrot du coin

 

demi

 

jusqu’au repas du soir. Je n’ai pas la « boite à m..... » i.e. TV 5 mais le téléviseur me sert de temps à autre à regarder quelque bon film. Et du temps, beaucoup, pour trouver et lire ce qui m’est nécessaire pour écrire sur notre blog, le trier et écrire.


ecr


9) Et le dimanche, visite à (ou des) amis et du tourisme, la province est ignorée des guides, à part ses deux « attractions » principales, le spectaculaire musée des dinosaures et les environs du Lac artificiel de Lampaodam (beaucoup d’aménagements en cours, essentiellement du tourisme local). Elle est pourtant d’une grande richesse et il faudra que je me décide un jour à traduire un excellent petit guide « touristique » qui nous dévoile ses ressources, amphoe par amphoe.

 

guide

 

La difficulté majeure est de se retrouver dans les routes secondaires, pas de carte routière fiable, aucune signalisation en caractères romains évidemment, des indications fantaisistes sur les bornes et le GPS bafouille et cafouille lamentablement dès que l’on sort des grands axes ou des grandes villes, sauf à indiquer la route de Kalasin ou de Khonkaen (et encore). J’ai arpenté en moto des milliers de kilomètres dans un périmètre de quelques dizaines de kilomètres autour de chez moi  pour découvrir des itinéraires secondaires qui me sont bien utiles. C’est là où la lecture du thaï m’est d’un grand secours.


Un aveu, si nous n’avions pas accès à Internet, si nous n’avions pas un exceptionnel réseau routier, un non moins exceptionnel système de transports en commun, l’eau de la ville même si elle cafouille de temps à autre, (installée au village il y a quatre ou cinq ans, avant c’étaient les citernes et l’eau du ciel), une distribution d’électricité fiable (plus qu’à Koh Samui, j’en témoigne), un réseau téléphonique surdimensionné (il y a 4 ou 5 ans, le portable GSM ne « passait » pas chez moi), un solide réseau bancaire (il y a quatre ou cinq ans toujours, la banque la plus proche était à 30 km de chez moi, aujourd’hui, il y a une agence et quatre postes ATM au village) mon propos aurait été différent.

 

NB

  •  avant de clôturer, je viens de regarder ce monument du cinéma français, « les vieux de la vieille » qui doit avoir 50 ans bien sonnés. Le trio Jean Gabin, Pierre Fresnay et Noël-noël nous donne à nous retraités, une belle leçon de vie.
  • Entre le ghetto de « la Gouyette » et le retour au village, Alain, nous avons fait le bon choix.

 

 photo-Les-Vieux-de-la-vieille-1960-1


  • J’avais  déjà donné ma version de mon installation* 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-41-s-installer-en-isan-une-autre-version-87048382.html

 

 

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 03:05

expat 2 1/ S’ installer dans un village d’Isan ……….à la retraite, faudrait-il rajouter. 

J’avais déjà dans un article intitulé «  S’installer en Isan ? »  proposé un récit, une histoire possible basée sur mon « vécu » et quelques « expériences » d’ « amis »,  vues, entendues, commentées … Cette histoire racontait, entre autre : qu’  On ne s’installe  pas en Isan par hasard. Chacun a son histoire, son récit. En effet, que de chemins pris parmi les 2,5 millions d’ expatriés français, que d’ étapes, d’ « aventures »…


Auparavant, il avait fallu visiter la Thaïlande ! et puis, un jour, décider de s’y installer.

On avait alors pensé et  relaté que ce choix s’était souvent fait, pour les hommes, en fonction de la  renommée  sulfureuse  des « filles » de Thaïlande. Qui n’avait pas entendu parler de ces « fameux massages »,  de ces « gogos » ? Qui n’avait pas un ami qui lui avait raconté son « voyage  ». Des forums, des émissions TV françaises, des films, des livres en parlaient …   en condamnant  souvent .  Alors, forcément, un jour, on avait fait le « voyage » pour « voir » …


On avait alors évoqué les principaux cas de figure, qui là comme ailleurs, étaient divers : de l’échec à la « réussite », de l’arnaque

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à la belle histoire d’Amour.

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Et on en avait entendu des « histoires ». Chacun avait même la sienne à raconter, une  « expérience » unique qui était donc forcément LA Vérité. Il y avait aussi « ceux qui débinent, décrient, réprouvent, condamnent, éreintent (les femmes thaïes)… la voix des déçus,  le chant des acrimonieux, le chœur des « lamentations » de ceux qui savent  […] : « Elles ne pensent qu’à l’argent. Elles ne savent pas ce qu’est l’Amour. Elles ont toutes un petit ami thaï. Elles sont vendues, envoyées par leur famille. Ce sont toutes des « putes »… »
Il suffisait  bien souvent que vous passiez vous même par un échec, une « escroquerie » pour partager ces sentences qui se voulaient générales, définitives.

Alors, j’avais raconté ma modeste expérience de vie : le premier échec à Pattaya, la rencontre de ma femme, le mariage, les inquiétudes et les  espoirs, l’installation en pays Isan, à Udon Thani.


Un article  du 22 avril 2010 du «  Petit journal » (avec AFP) confirmait que nous étions nombreux à avoir tenté « l’aventure » (Cf. en note : quelque 60 à 70.000 couples interculturels recensés dans la région, selon Buapan Promphakping, professeur associé dans le développement social à l'université de Khon Kaen).

 

carte-mondial-expatriation-france-expatrie-francais


Mais il avait fallu auparavant quitter la France, décider de s’installer en Thaïlande, vivre pour beaucoup une première expérience dans les principaux lieux touristiques comme Phuket, Ko Samui, Pattaya… et un jour, opter pour  une vie plus « thaïlandaise », plus  « authentique », et de choisir de s’installer dans la région de leur femme, en ville ou au village, pour rester entre compatriotes pour certains , pour partager la vie des Thaïlandais pour d’autres, pour rester avec la langue française  ou en passant par l’apprentissage de la langue thaïe… en voulant en tous cas, en savoir un peu plus sur leur Région d’adoption , et pour nous sur l’ISAN, cette province particulière de Thaïlande.


J’avais rencontré Bernard et nous avions  décidé de créer un blog, ce blog,  qui prenait jour le 1er janvier 2011. Nous avions voulu rendre –compte des premiers contacts de nos compatriotes avec les Siamois  et  relaté les relations franco-thaïes depuis l’arrivée des premiers missionnaires, les ambassades dites de Louis XIV  … jusqu’à la visite de Jacques Chirac. En chemin, nous avions « découvert » des personnages hors du commun.

Et puis nous nous sommes dit qu’il faudrait quand même en savoir un peu plus sur notre Région d’adoption : l’Isan et nous vous avons proposé : NOTRE Isan, en pensant à notre cher Montaigne : 


 "Le voyager me semble un exercice profitable; L’ âme y a une continuelle exercitation(sic) à remarquer les choses inconnues et nouvelles; et je ne sache point meilleure école, comme je l’ ai dit souvent, à former la vie, que de lui proposer incessamment la diversité de tant d’ autre vies, fantaisies et usances, et lui faire goûter une si perpétuelle variété de  formes."

 

2/ Et puis, il y eut cette décision : s’installer dans le village isan de ma femme. 

Il y avait eu sur plus de 10 ans :   un séjour à Bangkok, à Pattaya, à Udon Thani  et en août 2011 une installation dans un petit village  d’Isan … au milieu des rizières !

 


Et immédiatement le besoin de se justifier, tant les « amis » considéraient comme un exploit, au moins une « aventure » risquée le fait de s’établir dans un village rural de Thaïlande !

Ils s’inquiétaient d’avance, assurés qu’ils étaient de «  mon ennui », de mon « inadaptation », de me trouver loin de la « civilisation » , des « hôpitaux », des « amis » … et aussi,  de  me faire « manger » par la famille !

Je ne sais si leurs inquiétudes étaient justifiées, mais du moins, elles m’incitaient à chercher et à leur donner les raisons de ce choix de vie.


Je savais qu’ il y avait les raisons conscientes et  inconscientes, les « belles » raisons  et les « inavouables ». On pouvait craindre la « posture » !

Les forums en étaient truffés : vivre loin des centres touristiques, vivre de façon plus authentique, vivre dans la « vraie »  Thaïlande, connaître enfin les Thaïlandais. Certains  même parlaient d’ « intégration », diable ! 


Et chacun arrive avec  ses « bagages ».

Je « voyais » les miens chargés déjà de « vie » à « l’étranger » : de nombreux voyages avec la visite d’une cinquantaine de pays dont 10 mois en Amérique latine, des séjours au Tchad ( 4 ans), en Mauritanie, en Nlle Calédonie (16 ans) et en Thaïlande ...

Il y avait eu aussi une maîtrise sur le voyage d’ Antonin Artaud au pays des Tarahumaras,

 

tarahumara-615

 

et un doctorat sur la représentation du monde canaque dans une oeuvre d’un auteur calédonien. On ne pouvait pas dire que j’arrivais en toute « innocence ».

 

Et puis j’avais lu « Tristes tropiques » de Levi Strauss,

 

 

tristes tropiques

 

l’un des meilleurs, sinon le meilleur des  « voyages philosophiques ». Certes, je n’étais pas ethnologue, mais je pouvais entendre :


-          « Je hais les voyages et les explorateurs. Et voici que je m’apprête à raconter mes expéditions »

-          « des bribes d’information délavées, traînant depuis un demi-siècle dans tous les manuels, et qu’une dose d’ impudence peu commune, mais en juste rapport avec la naïveté et l’ignorance des consommateurs, ne craint pas de présenter comme un témoignage, que dis-je, une découverte originale » .

-          « il tient à sa disposition une société : la sienne ; pourquoi décide-t-il de la dédaigner et de réserver à d’autres sociétés (…) une patience et une dévotion que sa détermination refuse à ses concitoyens ».


Eh oui, les questions, les interrogations, les contradictions et les doutes étaient là, même chez l’un des  plus grands.


3/ Après cette « envolée » il fallait revenir sur terre, sur mon « sol » ; je n’allais quand même pas chez les Bororo, les Nambikwara, ou les Tupi- kawahib, même si l’inquiétude des « amis » semblaient le faire accroire.

Je voulais plus simplement, à la fois laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes » , découvrir un autre « environnement », et surtout permettre à ma femme de « vivre », de retrouver  pleinement sa  vie : aider la mère, assurer l’éducation des deux enfants d’un frère décédé, et participer aux activités de la famille et du village, vivre au plus près de la culture traditionnelle d’ Isan.


4/ Certes un tel « programme » nécessitait pour MOI une préparation :

Le désir de connaître l’autre, de vivre dans un petit village, de respecter sa culture, ses usages, ses règles dites et non-dites, nécessitaient aussi que je ne m’y « perde » pas, que je puisse conserver mon « identité» dans ce qu’elle a de fondamentale, ma part de « décision », ma part de liberté de choix, une forme d’ « autonomie » qui me permette d’ « harmoniser » le « vivre ensemble ».  


En effet, il y avait un certain nombre d’obstacles

Notre travail pour le blog m’aidait quelque peu. N’avait-on pas cherché à déterminer ce que pouvait signifier l’Isan, « marqué » surtout, comme disent les ethnologues, par son histoire, sa langue,  « sa » religion, ses mythes,  sa condition socio-économique …  


Mais à l’évidence :


Je ne parlais pas lao

Je n’étais ni bouddhiste ni animiste

Je n’étais pas paysan


Je ne connaissais  pas la géographie sacrée connu de tous, les esprits du village, le temps sacré, les histoires des relations familiales, les traditions orales …


 Bref, on pouvait  dire que je ne connaissais pas grand chose de mes hôtes. Mais au moins, avais-je ma singularité : j’étais le seul farang du village ! une aspiration : devenir un farang isan (comme le dit mon ami Jeff) !

 Et puis, la connaissance n’était pas tout,  il y avait : le village, ma femme, la famille isan, ma famille (au loin), les « amis » (au loin) et moi  … des relations « différentes » à établir, à conforter et surtout  à « vivre ». Eh oui, le plus important était le « VECU ».


Et je pensais (encore !) à la fin admirable  de « Tristes tropiques » :

« cette faveur que toute société convoite, quels que soient ses croyances, son régime politique et son niveau de civilisation; où elle place son loisir, son plaisir, son repos et sa liberté; chance, vitale pour la vie, de se déprendreet qui consiste – adieu sauvages ! adieu voyages ! – pendant les brefs intervalles où notre espèce supporte d’interrompre son labeur de ruche, à saisir l’essence de ce qu’elle fut et continue d’être, en deçà de la pensée et au-delà de la société : dans la contemplation d’un minéral plus beau que toutes nos œuvres ; dans le parfum, plus savant que nos livres, respiré au creux d’un lis ; ou dans le clin d’œil alourdi de patience, de sérénité et de pardon réciproque, qu’une entente involontaire permet parfois d’échanger avec un chat ».


A chacun, bien sûr, ses moments « heureux », « magiques », de  « communion », de complicité avec le monde, où on a le sentiment de vivre pleinement. Moments rares, bien sûr mais O combien réconfortants.


 Ces moments ne manqueraient pas au village : avec les ballades dans les rizières, le travail des buffles, les retours des champs avec les cueillettes du jour, les nouveaux plats dégustés, les visites inattendues, les fêtes du temple …  Ou moins lyrique : les bonnes bières, et divers alcools de riz partagés !


ou plus vrai :  le sourire de ma femme…HEU REU SE d’être revenue, avec le sentiment d’avoir « réussi » (que chacun peut interpréter selon son état d’esprit), de pouvoir, de nouveau, renouer les « liens » avec sa « terre », avec sa mère, d’assurer la vie de la maisonnée, avec quelques assurances pour l’avenir.… avec mon aide (mais n’est-ce pas une des missions du mari).

____________________________

 Le « vécu » donc, et une autre réalité que beaucoup utilisent sans avoir le sentiment de la « révolution » qu’il représente : INTERNET ! Eh oui, les villages d’Isan  ont (presque) tous accès à internet. Et cela change tout.


internet


Nous sommes « connectés » au monde, et on doit se « connecter » au monde « Isan ».   

Nous avions rendu-compte des craintes de Pira Sudham (le grand écrivain d’Isan) sur les changements qu’il observait dans la société traditionnelle de son village. Il ne pouvait pas prévoir internet et la « révolution » qu’il opère.


Il nous faudrait donc modifier le titre de cet article et de notre projet pour :

 S’installer dans un village d’ Isan ( qui a internet) à la retraite.

Eh oui, j’arrivai dans un village isan, chez ma belle-famille, mais avec une autre ouverture au monde, une autre « réalité » fut-elle « virtuelle » : mon coin « internet ».


5/ Il fallait d’ailleurs s’organiser,  marquer son territoire.

Outre le coin internet, il fallait établir des règles de vie, qui prenaient la forme d’un territoire -mon territoire- à partir duquel je pouvais découvrir la vie du village, des villageois, et de son « environnement », partager en « invité » leurs activités, leurs « fêtes »,


 

fete

 

eurs joies et leurs peines …


Oui, il me semblait fondamental d’établir un « Territoire » que je pouvais « contrôler ».

 

marquer son territoire 

 

Il allait prendre la forme d’un espace plus « confortable », « décoré » avec mes « choses », mes livres....

Il était entendu (assez facilement) que je pouvais aménager  le rez-de-chaussée (le 1er étage restait en l’état). Ainsi, j’investissais (un peu) dans la création d ‘une chambre fermée, un petit salon avec un coin TV (français) et un coin internet, une belle salle de bain (avec chauffe-eau !), une cuisine extérieure de style farang, avec remise fermée ( pour le contrôle du frigo, des bières et autres "friandises" …) et une  belle terrasse (100 m2) qui serait le lieu de vie COMMUN (avec coin cuisine isan). Et, et …….. ??????????? le contrôle du coffre, de  la « banque ».


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  Oui, aujourd'hui comme hier, il fallait être clair sur l'argent donné par semaine. (C'était tant par semaine. Chacun en fonction de ses moyens ). Un argent que votre "dame" doit gérer pour contribuer au bien-être de la famille (Vous êtes là aussi pour cela !) et non pour s'enrichir, et en considérant que l'on ne doit ensuite jamais discuter d'argent.(une clé de la réussite du couple). 

 

5/ Voilà trois  mois que je suis installé (nous sommes fin octobre 2011) !!!

Vous pouvez vous douter que j’ai beaucoup à dire et j’ai noté ce qui m’a marqué, étonné, surpris, éberlué, frappé, ébahi … conforté dans ce choix de vie.

Oui, la vie peut être belle dans un village d’Isan, même pour un farang marié à une Isan.


amour

A suivre.    

 

 

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Un article  du 22 avril 2010 du «  Petit journal » (avec AFP) confirmait que nous étions nombreux à avoir tenté « l’aventure » :« Les vacanciers en Thaïlande s'aventurent rarement en Isan, l'une des régions les moins prospères du royaume, et où les exploitations fermières sont plus communes que les hôtels fastueux et les plages paradisiaques du sud. Pourtant, beaucoup d'étrangers semblent partager l'enthousiasme de Justin. Lui et Eve font partie des quelque 60 à 70.000 couples interculturels recensés dans la région, selon Buapan Promphakping, professeur associé dans le développement social à l'université de Khon Kaen. La tendance a commencé dans les années 60 lorsque plusieurs milliers de soldats américains ont été stationnés dans la région durant la guerre du Vietnam. Mais elle a ensuite continué au même rythme, d'autant que beaucoup de femmes pauvres d'Isan ont quitté leur foyer pour trouver du travail dans les zones touristiques – souvent en tant que fille de bar – où elles peuvent rencontrer des hommes étrangers et les pousser à s'installer dans le nord-est. »  

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 03:01

titre4/ le rituel de mon quotidien.

Evidemment, l’intérêt de vivre dans un village isan est d’être au plus près de la vie des Isans, de leur culture : une autre langue, une autre religion, un mode de vie et de travail inédits …


On se lève tôt au village. Certains partent à la rizière alors que le soleil n’est pas encore levé. Ma femme (comme les autres femmes du village) prépare au feu de bois le fameux riz gluant, le kao neaw (thaï ข้าวเหนียว). Les enfants se lèvent. Les gestes du matin … et on va s’asseoir sur la natte, pour prendre le « petit déjeuner », avec souvent les restes de la veille. On peut entendre, de façon irrégulière, au haut-parleur les annonces publiques ou du temple  suivis de prières. Ma femme me prépare ensuite mon petit déjeuner (café, toast/ jambon/fromage), pendant que je consulte les mails arrivés et lis les premières informations du monde et de Thaïlande.


petit déjeuner

 

Les bonzes passent dans leur belle robe safran  …


Je ne suis pas de ceux qui veulent « s’intégrer ». Je pense même que cela n’a aucun sens et est souvent brandi en étendard par ceux qui n’ont même pas commencé à comprendre l’Histoire et la culture des peuples de Thaïlande. De plus, quand vous êtes le seul farang du village, vous avez au contraire un sérieux équilibre à trouver entre ce qu’ils sont et ce que vous êtes, entre l’intérêt que vous pouvez manifester pour leur culture et l’expression de votre propre culture, entre le respect  que vous leur devez et celui qu’ils vous doivent. Votre femme est chez elle, et peut oublier que vous n’avez pas forcément le même point de vue qu’elle sur la vie à mener, l’éducation des enfants, vos besoins spécifiques … Des mises au point sont parfois nécessaires, vous avez un « territoire » à défendre. (le contraire de « l’intégration », non ?)


intégration


Le farang apprendra que la « douce » femme qu’il a rencontrée est une « maîtresse » femme qui a du caractère. Souvent son ex-mari thaï résolvait autrefois les querelles par un coup de poing. Et vous n’utilisez pas cet « argument » …


colère


Bref, on peut comprendre que mon mode de vie ne sera jamais celui d’un paysan d’Isan. Surtout que je suis retraité et que je vais passer ma matinée avec mon ordinateur.


Il n’empêche que pendant le petit déjeuner, les vaches et les buffles  passent devant le portail. Les enfants partent à l’école au village voisin (notre village n’a qu’une maternelle au temple), avec leur uniforme du jour (ils en ont 5 dont le célèbre scout ) qui à pied, qui en bicyclette, qui derrière la petite moto de la famille. Les plus grands vont prendre le « taxi » pour aller au lycée de la petite ville proche…….La mère, dès 7h30 est déjà partie à la rizière, avec son chapeau conique (différent du chapeau chinois) et  ses deux paniers d’osier qu’elle porte avec un bâton sur l’épaule. (mae’kan et le  ka-ta ???). Elle va nettoyer les bords de rizière, faire du jardinage, préparer du poisson sèché  et tisser parfois.

chapeau pointu

 

Elle reviendra à 18h 30 avec sa « récolte » du jour (légumes, fruits,  poisson séché, escargots …). Ma femme l’accompagnera parfois ou va vaquer à ses « occupations ». Assez souvent, on a déjà des visiteurs : une facture à payer, un geste de solidarité à accomplir, un présent de nourriture apporté …


Moi je vais « tisser » sur la toile.


La vie dans un village d’Isan pour un farang implique bien sûr, là comme ailleurs, une activité. J’ai pu remarquer que cette évidence n’est pas perçue par tous. ( Il est vrai que pour un certain nombre, se retrouver entre compatriotes, fréquenter les bars, trouver une fille et se ballader dans les grandes surfaces suffisent à leur bonheur).


Mon quotidien matinal est donc réservé à tout ce qu’on peut faire sur internet : lire et répondre aux mails des amis, partager les pièces jointes (certains deviennent de vrais spécialistes et offrent infos et surtout originalités), s’informer (les sites sont nombreux et permet de se faire une idée du monde : de l’international, de la France, de la Thaïlande), appeler et répondre aux appels skype (un vrai plaisir de pouvoir échanger des nouvelles avec la famille, discuter et voir vos amis du bout du monde et échanger des fichiers), vérifier les téléchargements de films, lire les articles des blogs amis … et commencer ou poursuivre l’écriture de votre article pour votre blog consacré justement à la Thaïlande (aujourd’hui 6 mois dans un village d’Isan). Il y aurait beaucoup à dire sur ce travail d’écriture !

 

ecriture


Mais sauf que ce « travail » d’information, de recherche (merci google), d’écriture, de partage, cet exercice de « curiosité » s’opère depuis ma maison, et donc au milieu de cette « ambiance » bien caractéristique d’un village d’Isan. Je suis persuadé que sans internet, sans  cette « ouverture au monde » je n’aurais pas pu tenir 6 mois. L’isolement que l’on pouvait craindre est ici évité.


Je suis à la fois branché sur « le monde  » et branché sur la vie du village.

Souvent l’après-midi, je vais me promener le long des rizières et des canaux d’irrigation.(je suis pantois devant ce formidable réseau de canaux qui alimentent les rizières des villages).


chien

 

Vous prenez un bol de quiétude et de vert, y rencontrer les gens au travail. Vous vous interrogez parfois sur les restes de chédi au milieu des rizières et pensez au passé, sur ces vagues d’immigrants venus du Laos. L’un des chédis est du XIII ème siècle ! il serait de la période Môn ! On est en train de le restaurer.


djedi


Les enfants reviennent de l’école. Un autre rituel commence. Ils se débrouillent et vont voir ce qu’ils peuvent manger. Ensuite ils regardent un peu la  télévision et/ou vont voir leurs copains. Trois fois par semaine, je leur donne des cours d’anglais (je commencerai l’année prochaine des cours de français) …

 

scouts

 

Parfois, on prend la voiture et nous allons nous promener et/ou faire les courses. Si les grandes surfaces sont à 30/40mn de chez vous, elles ne sont pas inaccessibles. Nous allons parfois aux petits marchés des petites villes voisines situées à 15 mn de chez nous.  Eh oui, la vie au village n’empêche pas d’en sortir.


Après quelques mois, vous avez constitué un autre « réseau amical ». Je ne suis évidemment pas le seul farang à vivre dans le village de sa femme ... J’en connais plusieurs (dont le co-auteur de ce blog) qui vivent là depuis des années, chacun avec son style. J’ai même trouvé un autre Français sympathique de 35 ans installé dans un autre village près de chez moi. Un petit coup de fil et vous pouvez savourer ces petits moments sympathiques entre « amis ». Au moins, vous évitez les « cons ». Le relatif éloignement peut avoir du bon.


Puis le soleil se couche. Chacun aura son rituel du soir.  Il commence avec une bière bien fraiche  prise avec ma femme (avec parfois  les « visiteurs » du soir), les salutations et/ou les discussions qui s’engagent avec ceux qui passent devant la maison.


Sans titre-4


Le retour de la mère et la préparation du repas. Ah, les repas ! La mère, je vous l’ai dit, arrive tous les jours avec sa « récolte » du jour (fruits, légumes, douceurs (riz sucré parfumé au coco et mis dans une feuille de bananier par ex.), la sœur qui vit au village apporte tous les deux jours des produits du marché (elle y travaille) … Ah, la cuisine pour un Isan. Tout un art de vivre. Je pourrais, vous vous en doutez, décrire des légumes, des fruits, des herbes, que certains ne connaissent pas, des plats typiques, des manières de cuisiner, des manières de table (ou plutôt de natte. Hi hi)… mais je ne peux éviter de vous rappeler leur sens du partage là aussi. Si quelqu’un arrive au moment du repas, il sera convié à goûter, si le repas était copieux, on pensera à en offrir à l’une des vieilles du coin ou à la famille.(et op dans un sac  plastique et l’enfant envoyé)


riz gluant


Je ne vais pas vous cacher que je préfère mes petits plats que j’aime me cuisiner, et savourer avec une bonne bouteille. Là comme ailleurs, je sais estimer leur cuisine et leurs valeurs, mais je continue d’ apprécier nos plats « français ». L’un n’empêche pas l’autre, et je me « métisse » de plus en plus.


Ensuite vient la soirée, traditionnellement réservée à l’audiovisuel télé ou web, quand il n'y a pas d'invités.

télé


Aujourd’hui, même dans un village d’Isan, vous avez la télé satellitaire et internet et pouvez ainsi faire votre programme. J’ai toujours un film conseillé et envoyé par un ami, une émission télé d’information ou culturelle (j’aime « La grande librairie » par ex.) ou un programme TV5, un événement sportif à suivre … bref, le choix est grand. Et puis, il y aura toujours un ami du bout du monde  qui vous appellera via skype ou un ami d’Udon qui vous fera un petit coucou et vous proposera parfois un film ou une émission TV (Hein Alain ?).


Et puis, et puis … tout au long de la journée, en fonction des « temps libres », un autre monde : le monde de mes livres. Après le « monde dit virtuel », le monde de  la fiction (je viens de relire Jack London ; Les pieds dans la rizière et la tête dans les aventures du Grand Nord canadien !), de la réflexion (avec Onfray), de la poésie (récemment, je relisais Paul Verlaine…) Lire comme « une recherche de la vie » comme dirait Charles Juliet.


lecture


Eh oui, la vie au village est reliée à de nombreux « mondes », de nombreux « réseaux ». Il y en a tellement, que je m’aperçois que je n’ai même pas encore parlé de mon ami Titi, avec qui chaque matin et soir, on commente les « événements » politiques du jour, les résultats sportifs, les films à voir … on trinque même via skype.


Je sais bien qu’il y a d’autres rituels possibles, mais j’aime cet « univers », ces différents réseaux simultanés. Vous êtes là au village, mais aussi ailleurs. En fait, je m’aperçois que mon titre est fallacieux, que derrière « 6 mois dans un village d’Isan » il y a tant de « réalités » : du virtuel, du fictionnel, du rêve … du local et du global … de l’Isan et de la culture française …une vie en train de  s’écrire …

Je sais bien que les villes existent avec leurs « lumières », mais je préfère la pénombre de mon village. J’aime ce « cocon »  audiovisuel du soir … au milieu des rizières. Je suis « là », ils sont « là » tout près. Ma femme m’embrasse … ah oui, vraiment tout près ! Chut ! le village s’endort……….. chacun avec ses rêves.


Le rituel du quotidien est peut-être là pour nous donner l’impression de vivre « réellement » dans un village d’Isan. 


5/ Un autre monde, sa culture, ses valeurs ...


Je peux dire ce que je veux sur les « réseaux …etc », mais je suis bien installé dans un village d’Isan, dans la maison de ma femme Isan, et je ne vois et n’entends essentiellement que des Isans. Je suis dans un autre monde qu’il me faut appréhender.

J’ai beau être le matin avec  mon ordi, la « vie extérieure » arrive jusqu’ à moi ; je ne parle pas du reste de la journée. J’ai beau avoir un rituel propre, un « territoire »,  la « vie dehors » n’en a que faire. Je suis marqué par cette autre culture qui se manifeste à tout moment et de façon plus éclatante lors des «  événements » familiaux et villageois. Je peux donc aisément noter ce qui saute aux yeux, même si je ne sais pas ce qui se passe dans les alcôves :

  • Un esprit « religieux » et animiste

Depuis le matin, depuis la naissance jusqu’à la mort, l’Isan vit dans le sacré. Il sait les gestes qu’il faut accomplir pour prier, remercier, demander, se protéger … vivre ici et ensuite dans une autre vie, selon le karma. … J’ai été surpris d’apprendre par ma femme que le plus important pour elle était d’honorer ses morts, ses proches, par une « belle » cérémonie, enfin la deuxième cérémonie, précisa-t-elle. ( Les funérailles ont lieu en deux temps. Généralement la deuxième a lieu 100 jours après, mais le plus souvent ici, en fonction des ressources de la famille, elle peut avoir lieu  plusieurs années après. Elle nécessite en effet un apport d’argent important)

 

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Je  suis conscient qu’un autre m’aurait peut-être donné une autre réponse. Toutefois, au moment où j’écris ses lignes, deux cérémonies ont lieu dans le village et chacun se doit de passer, par respect pour le défunt et la famille, en offrant enveloppe et met préparé. Car c’est une fête également. Demain dit-elle, il y aura une grande procession de moines.


Evidemment, on pourrait dire qu’il ne peut pas l’oublier, avec le temple au centre du village, les moines qui passent tous les jours, les fêtes religieuses fêtées sur tout le territoire … mais ce ne  serait qu’une profonde méconnaissance qui s’exprimerait. Il évoque souvent les Phis, les esprits. Il doit s’en protéger. L’Isan vit avec Bouddha et ses phis au quotidien. Chaque jour vous en verrez une manifestation.


fantome


Il est vrai qu’on est « sous le regard de tous ». Si vous sortez, les gens rencontrés vous salueront toujours par un « Koun ja pay nay ? «  (Où vas-tu ?). Mais ma femme me précisera que c’est une marque de respect.

  • Un esprit « religieux » et … festif.

Chaque cérémonie, et il y en a beaucoup, est aussi une fête avec musique, repas, boissons et rires (même aux funérailles). Chaque « événement » familial que l’on veut fêter est aussi l’occasion d’inviter des amis et de partager un repas bien « arrosé » avec même ceux qui ne sont pas invités. Chaque période à l’école se termine par une fête avec chants et danses, avec cette particularité du costume et du maquillage appuyé et de transformer les petites et jeunes filles en lolitas sexy. C’est incroyable le temps consacré aux danses à l’école et à  ce goût du maquillage bien souvent outrancier. (On peut être surpris de voir convoquer les petites filles de 7/8 ans à 5h du matin à l’école pour le maquillage qui peut durer deux heures). Même le moine le plus célèbre du village vivant dans un temple important de Bangkok fête son anniversaire en offrant un show de chants, danses et musique, sur une énorme tribune avec force lumières, digne des plus grands artistes, installé sur le terrain de foot de l’école. (Les gens disent avec admiration qu’il aurait payé 1 000 000 de baths !).

  • Un esprit « religieux », festif, et  … mercantile. Un ensemble contradictoire ?

C’est le paradoxe. Ils sont pauvres, mais toujours dans l’espoir de trouver de l’argent, dans le rêve de montrer qu’on a réussi. On compte beaucoup sur Bouddha, qui doit souvent recevoir des  prières et des offrandes dans ce sens. On joue, on parie, on prend des billets à la loterie. On espère toujours.  On en parle beaucoup tout en s’en défendant. « Je ne suis pas comme le voisin, je n’aime pas montrer ». Il est vrai que l’argent fait défaut. On est, nous l’avons déjà dit, dans l’attente constante de l’aide des enfants. De nombreuses filles ayant eu un mariage malheureux ont souvent laissé leur enfant à la mère et savent qu’il faut envoyer de l’argent. Elles le ressentent aussi comme un devoir et une valeur. Ma femme qui soutient sa fille à l’Université d’ Udon Thani m’a souvent dit qu’elle le faisait aussi pour qu’elle puisse assurer ses vieux jours. (Les vieux ne recoivent mensuellement  que 700 baths du gouvernement !).

 

L’argent est aussi un moyen de manifester son respect. Lors d’une visite chez des « vieux » un « cadeau » est apprécié et un billet encore plus. Il en sera de même avec l’Administration, où un « papier » demandé nécessite souvent une petite « offrande » monétaire, avec la politique où les candidats offrent souvent un petit billet (encore hier pour des élections locales ma femme m’a dit qu’un candidat avait donné 100 bats à ses « futurs électeurs ». Nous, nous appelons cela de la corruption.


Et puis les « riches « ont un statut au village. Les enfants qui  ont « réussi » sont connus et ont construit une « belle » maison au village. Les « riches » du village se doivent de donner plus aux cérémonies ou projets du village. Ma belle-sœur vient de donner 100 000 baths  ( 2500 euros) pour la construction d’un   crématorium au village alors qu’il est demandé 500 baths  aux familles.

 

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Ainsi une femme Isan ayant « accroché » un farang sera considérée comme chanceuse, car nous avons la « chance » d’ être considéré comme des « riches ». Ce statut implique des obligations pour les Thaïs comme pour les farangs.


Ainsi faut-il voir l’argent différemment. Il permet d’assurer le karma,  d’honorer Bouddha, les moines, les morts dignement, d’aider la famille, d’être à la hauteur dans les cérémonies et les fêtes. Il procure prestige, statut … 

  • Un esprit « religieux », festif, mercantile … mais toujours dans la solidarité et le partage.

Nous l’avons maintes fois dit, la vie dans un village d’Isan, est basée sur le don et le contre-don, sur le partage. J’en vois tous les jours la manifestation, tant au niveau religieux que social. La semaine dernière, une délégation du village était allée manifester pour les « Rouges »… Avant avant hier, le chef du village venait à la maison pour solliciter un don pour le crématorium à construire,  avant-hier, il y avait deux funérailles et des élections provinciales. Hier, il y avait quatre jeunes habitants qui allaient faire leur retraite dans le temple. On a eu droit à une procession avec orchestre et le soir une monk/party au temple (comme me dit ma femme). Dans trois jours, il y a une autre grande fête religieuse au temple (***Makha Bucha, le sermon du Bouddha). Le lendemain, je vais dans un autre village situé à 40mn de chez moi pour assister aux funérailles d’un beau-père d’un ami farang. Bref, toutes les semaines, les familles sont mobilisées pour un don de nourriture et d’argent et en retour recoivent une petite partie des plats préparés. Toutes les semaines, on vit un « événement »  en commun, on partage une fête, un repas, on fait un  petit geste pour un déshérité, une offrande aux moines … Et vous avez la chance de vivre cette valeur fondamentale et d’y participer, si vous le désirez. On est loin de l’anonymat des grandes villes, on est loin de la solitude…


Et vous allez encore me demander si je m’ennuie ???

  • Mais une autre culture…

Il est évident que vous ne comprenez pas tout, que vous pouvez avoir le sentiment d’être « extérieur », qu’ « ils » vous énervent parfois. Je  ne supporte pas de voir les « fêtes » se terminer souvent dans une ivresse généralisée. Les Isans du village ont aussi leurs querelles, leurs rivalités, leurs jalousies … la drogue, le sida touchent des familles … On s’en doute.

Je ne suis pas Isan, pas Thaï, pas bouddhiste, pas animiste, pas paysan … je n’ai pas le même rapport avec  leur langue, leur Terre, leurs Phis, leurs traditions,  leur Temps…

 (Aller demander un rendez-vous précis à un Isan par exemple ! aller demander à quelle heure vont arriver les invités. Une anecdote. Pour Noël, j’avais invité les familles du frère et de la sœur de ma femme. Evidemment, ils ne pouvaient pas attendre 20 h, j’avais « négocié » pour 17h ; ils sont arrivés à 11h du matin !!! Sans commentaire)


Mais vous aurez compris que cette culture est suffisamment riche pour me donner le sentiment qu’ici, en village Isan, avec ma femme, je peux y vivre heureux.

 

Mais le "bonheur" est fragile ........

 

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__________________________________________________________________________________________

 

Une question revient très souvent au cours de ces conversations : « Nous aimerions découvrir la vraie Thaïlande, rencontrer des vrais thaïs, la vraie vie quoi ! Où faut-il aller ? »

Si je réponds : « La vraie vie est partout, autant dans les rizières d’Isan que dans les bars de Pattaya, dans les champs de potirons des montagnes et dans les « malls » luxueux de la capitale » Cette réponse semble ne jamais satisfaire pleinement mes interlocuteurs. C’est vrai qu’on débarque souvent dans un pays avec des aprioris, des clichés plein la tête, des idées reçues dont certaines sont probablement justes – ou l’étaient il y a 6 mois ou 20 ans – dont certaines sont fausses ou plus exactement sont « faussées » par la lecture de dépliants touristiques.

Est-ce que la vraie Thaïlande est celle de la pauvreté, celle des filles à la peau diaphane hésitant entre un sac Hermès et une robe Vivienne Westwood au magasin Central, celle des policiers arrondissant leur fin de mois aux carrefours des villes, celle des lady boys dans les boites de nuit, celle des conducteurs de tuk-tuk ou des business men d’origine chinoise essayant de fourguer leur marchandise à mon « chéri » avec promesse de bénéfices faramineux, dans un système pyramidal  interdit en France ?

Voyageurs curieux, la vraie Thaïlande est partout où vous posez le regard, les vrais thaïs sont ceux que vous croisez. La vraie Thaïlande est un pays changeant qui vous semblera différent à chaque visite.

http://michjuly.typepad.com/blog/


**25 . Notre Isan :  Pira Sudham, un écrivain de l’Isan

Enfances thaïlandaises, , coll. Les enfants du fleuve, Fayard, 1983, 1990 pour la traduction française.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-pira-suddham-un-ecrivain-de-l-isan-79537662.html


26. Un écrivain d’Isan : Pira Suddham, « Terre de mousson »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-26-un-ecrivain-d-isan-pira-sudham-terre-de-mousson-79884217.html


Extrait : Que dire pour conclure ? On avait eu le sentiment, au vu du prologue d’ « Enfances thaïlandaises », que Pira Sudham avait voulu nous faire « découvrir » les réalités physiques et spirituelles du village de Napo, un village d’Isan : le travail des rizières, le monde des esprits, le temple, les rites, la pauvreté, l’ignorance et la corruption… Il avait voulu partager l’amour qu’il portait à ses paysans, à  leurs valeurs… mais aussi son désir de changement. Le 1er « Terre de mousson », avec la figure de l’instituteur Kumjai incarnait ce désir d’éducation, ce projet de lutter contre   «  la pauvreté, l’ignorance, et la corruption », même s’il décrira, par la suite, son échec et ses désillusions et comment il fut conduit à prendre les armes et à rejoindre les « communistes ».


*** Cf. « Le petit Journal » : Les bouddhistes célèbreront mercredi Makha Bucha. 

http://www.lepetitjournal.com/societe/actu-societe/97838-tradition--les-thailandais-celebrent-cette-semaine-le-sermon-du-bouddha.html 

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 04:03

Sans titre-26 mois dans un  village d’Isan ? 

Il y a 6 mois j’avais proposé un article intitulé « S’installer dans un village d’Isan à la retraite », comme si cela était une aventure. Je m’étais même senti obligé de donner les raisons de ce choix de vie, de me justifier, tant les craintes étaient grandes chez mes amis installés à Pattaya et à Udon Thani … je ne parle pas de ceux de France.

Je leur avais dit que «  je n’allais quand même pas chez les Bororo, les Nambikwara, ou les Tupi- kawahib,même si l’inquiétude des « amis » semblaient le faire accroire ». Je leur avais dit aussi qu’il ne s’agissait pas de vivre de façon plus authentique, de vivre dans la « vraie »  Thaïlande*, connaître enfin les Thaïlandais, mais plus simplement de  «  laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes », de découvrir un autre « environnement », et surtout de permettre à ma femme de « vivre », de retrouver  pleinement sa  vie : aider la mère, assurer l’éducation des deux enfants d’un frère décédé, et de participer aux activités de la famille et du village, de vivre au plus près de sa culture traditionnelle Isan. ».

 

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Il pouvait être intéressant de savoir ce qu’il en était après 6 mois, de savoir ce que j’avais vu, entendu, retenu, ce qui m’avait intéressé, étonné, choqué … à Ban Sawang, dans ce village d’Isan, au milieu des rizières, situé vers Kalasin.

Votre installation au village vous renvoie tout d’abord  à votre position de farang. Vous ne pouvez pas  l’oublier, quand vous êtes le seul farang du village et quand tous les jours, les gosses vous interpellent avec un sourire gêné : « Farang, farang ! », qu’ils transforment en rire quand vous leur répondez. Ils semblent « soulager », avoir remporté une victoire. Les adultes réagissent, c’est selon … l’ âge, le lieu, l’heure (pour les éméchés), leur individualité (là comme ailleurs, il y a des intro et des extra-vertis)  les relations qu’ils entretiennent avec notre famille… Quoi qu’il arrive, vous serez toujours le farang.


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Il faut assumer. Mais ils ne savent pas que je me vois effectivement comme un farang, mais comme un farang ……… français, qui les « appréhende » avec sa culture, son « expérience », son « passé »… un farang curieux, intéressé par leur mode de vie séculaire et la « modernité » qui transforme peu à peu ces villages d’Isan.

J’arrivais donc, il y a six mois, avec déjà un travail de recherche sur ce que pouvait « représenter » l’Isan (Cf. dans ce blog, une quarantaine d’articles sur l’Isan avec mon ami Bernard), des lectures d’écrivains thaïlandais, comme Pira Sudham**, le grand écrivain de l’Isan, à qui nous avions confié le soin « de nous « initier » à la vie d’un village d’ Isan des années 60,  (avec) ses dures conditions de vie, « le travail des rizières, le monde des esprits, le temple, les rites, ses valeurs, sa « culture », mais aussi la pauvreté, l’ignorance et la corruption  … et les transformations qu’il observait … sentant qu’« à la frontière, un autre changement, brutal, soudain, est en attente ».


Il fallait ici ne rester qu’au stade du « vécu », de quelques notes prises au hasard. Plus tard viendra peut-être le temps des analyses. Il me fallait quand même un ordre de présentation pour que cela demeure lisible. Ainsi je retenais :

  • Une riche vie sociale. La vie au village.
  • La confirmation du temple comme centre religieux et social du village.

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  • Le travail des rizières. Tradition et modernité. La pauvreté et l’aide des enfants.
  • Le rite de mon quotidien.
  • Un autre monde, sa culture, ses valeurs …

J’ai vraiment été étonné par la « vie » du village, rythmé par le rite du quotidien (l’école, le travail, le temple), les célébrations royales et religieuses nationales, et les « événements » du village qui ne manquent pas ( les mariages,


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les funérailles, le temple, les « fêtes », les divers festivals des villages et petites villes environnantes), et cette année les terribles inondations qui ont aussi marqué le village …Oui, une vie sociale intense et « festive » !


1/Une vie sociale intense.


Beaucoup sont pauvres, et doivent se bouger pour survivre, et/ou compter sur les enfants qui  ont « réussi », mais ils ne s’ennuient pas. Le village a son rituel du quotidien, avec le lever, la préparation du riz gluant, le repas pris en commun, les manifestations bruyantes des coqs, des chiens, les annonces du haut-parleur (publiques et religieuses), le passage des moines avec leur « bath » sur le ventre pour recevoir les offrandes, le départ des enfants à l’école, les quelques vaches et buffles qui passent devant chez vous,


 

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le départ des « travailleurs » vers leurs différentes activités (quand ils en ont). Les matins de 6h à 8h sont très animés.

Et il y a le défilé bruyant des marchands ambulants tout au long de la journée; une occasion de discuter pour ceux qui sont restés au village, d’examiner les produits du jour, de faire une affaire… et il y a le retour des enfants de l’école … les visites chez les copains … les retours des champs … Le soir tombant : les allées et venues des ados, leurs « loisirs »…  Après le « travail », les adultes bricolent parfois et/ou vont voir un ami, il y a toujours un petit coup à boire, un plat à réchauffer, un petit plat à emporter, des histoires du village à raconter …

Evidemment le samedi et dimanche seront différents, avec les enfants restés au village. L’animation sera assurée.


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Et puis, il y a toujours un « événement »  individuel et/ou collectif :  une préparation très matinale si on a décidé de faire ce jour-là une offrande aux moines, ou bien un  mariage, des funérailles, une fête à l’école, une cérémonie au temple, une fête nationale à fêter, un festival,

 

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une grande manifestation politique dans la ville voisine, une visite de la famille lors des jours fériés, ou bien même une monk party (organisé à l’occasion d’une future retraite bouddhiste d’un membre du village par exemple)…

 

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toujours une occasion de se réunir , de partager, de prier, de manger et de boire ensemble, de se réjouir…ou bien un conflit à résoudre avec le voisin, ou un membre de la famille, une discussion à avoir à propos du dit conflit avec d’autres….


Et bien sûr les moments forts des semis et des moissons.

Et parfois, une catastrophe à « gérer ».comme la terrible inondation du pays fin 2011.

 

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Bref, on ne peut pas  s’ennuyer.

On est toujours, c’est selon, dans un réseau de don, de contre-don, de solidarité ou de compétition ou  de rivalité … d’admiration et de jalousie, de haine parfois. Mais toujours dans  un formidable  sens du partage. Si on n’a pas été convié  au mariage ou aux funérailles,

 

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on aura donné  quelques baths  quand même, et on recevra d’une  voisine invitée, un petit encas en retour. Si vous venez offrir un petit surplus du jardin ou d’ailleurs, vous repartirez souvent avec un autre petit sac plastique (Ah ! les sacs plastiques)…

Nota. Le farang qui a peur d’être volé, qu’on en veut à son argent, doit savoir que c’est ici, une source de prestige qui s’applique à tous. Si on a, on doit donner, partager. Et si on veut monter qu’on a réussi, on a des obligations, un statut à assumer. J’y reviendrais.

Mais ce qui donne sens, ce qui relie le village a son Histoire, a son « sacré »,  est son temple.

 

2/ Le temple. Centre religieux et social de la vie du village.


Ban Sawang est un petit village au milieu des rizières, avec  1000 habitants environ, qui habitent dans un petit carré avec le temple « au centre de la vie du village » comme le décrit Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak  ». En effet, notre villageois va vivre individuellement et collectivement au rythme sacré du temple.

Chaque matin, on voit quatre, cinq moines passés devant chez nous, en ligne, silencieux. On donnera en fonction d’un événement particulier de la famille (anniversaire, demande, remerciement…) ou évidemment s’il y a une fête « officielle » ou du village. Alors, la mère et ma femme auront prévu des achats la veille et se  seront levés tôt pour préparer l’offrande.

Ainsi, pour la fin du carême d’Asanha Bucha (la retraite de la saison des pluies), ai-je vu  tout le monde  se rendre au temple, pour offrir ses multiples plats préparés (on n’oublie pas les « douceurs ») aux moines. Il est de bon ton que les plus riches offrent davantage. Ils ont un statut à défendre, même ici (surtout ici ?). Mais, je fus surpris de constater que cette offrande se transformait en partage, en redistribution. Chacun repartant avec un petit plat savoureux préparé par un autre et mis dans un  sac plastique. (Ah ! les sacs plastiques !)


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Que dire de la cérémonie agraire du 12 septembre pour obtenir une bonne récolte, honorer les défunts et demander la protection des Phis, comme me l’a expliqué simplement ma femme. Ce jour-là tout me monde était au temple et ensuite s’est rendu dans sa rizière.

Evidemment, je pourrais expliquer ce rite si important dans toutes les sociétés agraires, mais il s’agissait ce jour-là pour moi, d’observer, de suivre ma femme dans ce rituel : la voir préparer ce fameux pala ( l’Isan se lêche les babines , rien qu’en disant son nom), le beef, le riz, les bananes cueillies la veille à la rizière …aller au temple … les prières … l’offrande aux moines …les prières … l’eau, la nourriture à bénir… et puis ma petite famille allant à la rizière… la prière, le waï, l’offrande jetée à différents endroits de la rizière, le waï, et puis le choix d’un arbre et l’eau bénite déposée à sa base… la pensée pour les défunts…la protection demandée aux Phis du coin …le waï……. Et le retour.

Je pourrais m’attarder, revenir à mes pensées de ce jour, mais le mois suivant, le 12 octobre, on devait de nouveau fêter le AUK PHANSA ; La sortie du carême bouddhique et la  fête des Eaux pour le dire simplement, qui clôturait la retraite de trois mois des bonzes, commencé lors du Khao Phansa Auk »signifie «Sortir» comme «Khao » veut dire «entrer »).C’est une fête importante dans tout le royaume et elle peut prendre des formes différentes. (Cf. nos articles).


Ici, je retrouvais ma famille qui la veille préparait de nouveau les plats.

limace

 

La mère passait beaucoup de temps pour préparer une gâterie (khao-tom ( ?) : patatoes, coconut, sucre enroulé dans une feuille de bananier (fameux. Il fallait bien que je goûte). Je n’étais pas allé au temple cette fois-ci, mais ma femme m’a raconté la scène qui ressemblait à celle que j’avais vue le mois précédent, avec cette offrande/partage de nourriture. (Ah ! la nourriture pour les Isan !).

 

oeufs de fourmis

 

On avait dû aussi en profiter pour faire des demandes « privées » (santé, argent, good luck).

Il avait fallu attendre trois semaines pour la fête des eaux, qui se manifestait au village voisin, Non-si-la-Long, par une course de pirogues (Elles sont organisées en l'honneur des naga et des génies tutélaires pour qu'ils accordent aux habitants santé, bonheur et prospérité). Une course spectaculaire où quatre pirogues effilées de 40 rameurs représentaient quatre villages.

 

courses

 

Vous pouvez imaginer l’ambiance. (C’est toujours l’occasion de partager la bonne humeur certes, l’alcool aidant parfois, mais aussi les plats des marchands ambulants).

Depuis plus d’un mois, ils s’entraînaient. Je les voyais le matin en faisant ma promenade matinale avec mon chien. Ils se donnaient rendez-vous le matin à 6 heures à 50m de chez moi. Parfois, je les suivais. J’ajoute cela, car le plus souvent, on apprécie davantage ces moments partagés, inattendus, dans la relative fraîcheur et belles couleurs du soleil levant.


ET il y en a des « fêtes » religieuses, et des mariages, et  des funérailles (eh oui, beaucoup de vieux au village ! ) … cela mériterait un article spécifique.


Je pouvais constater que leur culture était vraiment imprégnée par Bouddha (enfin « leur » Bouddha et leur animisme) et les Phis (dont on parle constamment) et qu’ils avaient toujours besoin de faire les actes qu’il fallait pour conjurer la chance. Que de fois à une demande d’explication, ma femme me répond : « c’est pour good luck » En disant cela, elle pense « argent » ou « santé ». Eh oui, on pense au karma (parfois) mais toujours au profit immédiat que l’on espère.


Les villageois se rendent au temple à tous les moments importants de leur vie et aussi bien sûr et surtout lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru.  Mais on se rend au temple pour toutes sortes de raisons. Il y a déjà la « maternelle » pour les petits, deux mini-marchés dans la semaine … le temple sert aussi d’aire de jeu aux enfants …


Bref, le vrai  centre religieux et social de la vie du village 

 

3/ Le travail.


Le village est au milieu des rizières.


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Vous pouvez vous douter que je suis impressionné par le travail des rizières, l’observation des gestes, la poussée des épis au jour le jour, la beauté et le jeu des lumières sur ces étendues vertes, le vol des aigrettes au petit matin ! Il y a là une véritable émotion esthétique ressentie. Je vois souvent des villageois venir jeter aussi un petit coup d’œil. Ils regardent sûrement si tout va bien. Je ne peux m’empêcher de penser qu’ils viennent aussi prendre la « force » de cette Terre; Elle est celle qui donne sens à leur vie. Ma belle-mère qui n’a plus besoin de travailler est heureuse de partir chaque matin faire son potager, ses préparations de poisson séché, sa cueillette, le  tissage d’une natte  parfois et de revenir à la nuit tombée. C’est sa « vie ».


Si chaque famille a sa rizière, elle n’est pour beaucoup,  pas suffisante pour en vivre. On a besoin de trouver un autre job et/ou d’espérer une aide des enfants. Ainsi pour aménager notre maison, mon beau-frère avait « engagé » quatre habitants du village, devenus carreleurs et maçons pour l’occasion. J’étais presque honteux de verser leur salaire : 200 baths/jour (5 euros). C’était le prix. Heureusement, je pouvais partager des bières, le travail quotidien fini, et aussi l’humour de mes hôtes. L’Isan aime rire et apprécie l’humour.


J’ai été étonné par la mécanisation.


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On sème au vent à la main et on récolte désormais avec des moissonneuses-batteuses. C’est un moment fort que de voir ces véritables ballets de moissonneuses et leur redoutable efficacité. Plus personne ne le fait ici à la faux. L’époque de Pira Sudham est désormais du passé. On se rend ensuite à la coopérative qui achète le riz selon des prix fixes et selon la qualité (ici, on était de 12 à 15 baths/kilo). Ensuite vient ce moment fabuleux où on met le feu aux foins restants des rizières. Vous pouvez imaginer le spectacle grandiose. Mais c’est aussi parfois des drames. Eh oui, le vent peut se lever, le feu sauter la route …


Le rêve est désormais d’avoir sa propre moissonneuse-batteuse. Le monde change, le village aussi. Leurs enfants veulent un téléphone portable, les plus grands un ordinateur. On a eu ce « problème » à régler au sein de notre famille. C’est ce qui m’a étonné : ce mélange du coutumier et de  « modernité ». On vit avec les Phis, mais ils devront aussi s’adapter.

 

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Je viens d’apprendre que le gouvernement a commandé 860 000 tablettes pour équiper les écoles. Le petit village voisin a déjà son petit cybercafé devant l’école (il a été installé par un instituteur à la retraite). Notre village a accès à internet. Les villageois ne se doutent pas encore que cela va révolutionner aussi la vie du village à moyen terme.

Mais il est un « travail », venu du fond des âges, un savoir millénaire qui demeure et qui constitue un apport fondamental dans la vie de chaque famille : la cueillette.


La cueillette.


J’ai déjà évoqué la mère revenant chaque soir avec la cueillette du jour. C’est à la fois un art, un savoir, une expérience, une nécessité pour les familles pauvres. C’est aussi un plaisir partagé. La Nature est généreuse pour qui la connaît, et les Isans la connaissent bien. Certains ont planté des arbres fruitiers, mais partout on trouve le tamarin, des plantes qui parfument les soupes, des petits potagers aux légumes nourrissants (sada-o, ki-lei, ka-tin…), des mares d’eau sauvage qui apporteront un appoint de poissons, des escargots …

 

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les hommes se réserveront la chasse de rats (pour certains), oiseaux, sorte de lézards (  kin-kaa ?)…

J’aime évidemment goûter certains fruits et légumes que je ne connaissais pas. J’en avais déjà vu certains, mais ici, offerts, on ne peut résister.

De plus, c’est aussi l’occasion de partager avec les voisins, la famille. C’est incroyable ce sens du partage. C’est, je l’ai déjà dit, une valeur essentielle.

L’art de la cueillette, cette connaissance de la nature, mais aussi la précarité, a développé aussi des aptitudes que l’on qualifie aujourd’hui d’ « écologiques ». Rien ne se perd ici, tout se transforme ou se vend, comme mes bouteilles de bières par exemple, que l’on va vendre.


L’aide des enfants.

On est surpris par l’âge des habitants. Il manque les jeunes adultes et on voit beaucoup de vieux et les jeunes. La plupart des adultes ont dû aller chercher un travail à Bangkok et dans les villes. Certaines filles « chasser » le farang … on en parle ici. Lors des grandes fêtes fériées, ils reviennent, plein de cadeaux. Il faut montrer la réussite. Jusqu’au bout, on cachera la réalité si celle-ci est mauvaise. Mais le signe de prestige sera toujours la maison, la « belle maison » que l’on fera construire (une dizaine dans le village). Mais tous mettront leur « honneur » à envoyer chaque mois ou chaque trimestre un peu d’argent à la famille (5 000-10 000 baths). Il faut aussi contribuer aux frais du jeune enfant laissé parfois (souvent ?) aux grands parents. Nous avons une « économie rurale » mais sous la dépendance des envois  d’argent « irréguliers » des enfants partis travailler à l’extérieur.


Là encore le farang doit donc savoir que l’argent demandé par sa femme pour la famille du village n’est pas une « extorsion » réservé au farang, mais un signe « naturel » d’aide et de partage.


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FIn de la 1ère partie

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 04:01

thai4Nous nous sommes penchés il y a quelques mois sur les dialectes parlés en Isan* : Nos sources étaient essentiellement linguistiques.

Les ethnologues pour leur part inventorient plus de 70 « minorités ethniques » en Thaïlande et  considérent qu’elles couvrent environ 10% de la population,  à la fois de très fortes minorités et de minuscules minorités (quelques dizaines ou quelques centaines d’individus) en voie probable de disparitions, tels les malheureux ngos, les négritos, dont il est possible que les ancêtres aient peuplé l’Australie et dont le Tsunami a probablement balayés les quelques survivants qui subsistaient encore dans les îles de la mer d’Andaman ?


negritos


Les chiffres que nous donnons proviennent d’une solide étude du « département d’études des civilisations » de l’Université Mahidol de Bangkok (ils sont probablement approximatifs). Dans cette mosaïque, l’Isan n’est pas en reste, puisque deux douzaines de ces minorités regroupant environ 5 millions d’habitants subsistent encore, probablement le quart de la population, en conservant ou tentant de conserver leur particularisme, leur langage, leurs traditions et leurs coutumes.

( Nous incluons la province de Phetchabun, rattachée à l’Isan, par l’histoire et la langue.. A Phetchabun aussi, on ne dit pas « maï pén raï » mais « bo pén yang »). Il nous a étonné de constater que beaucoup d’entre elles, sinon toutes, fussent-elles composées de quelques milliers de personnes, survivent par l’intermédiaire d’Internet (sites ou même revue).


L’Isan est probablement la seule région de Thaïlande où les « arts et traditions populaires » ne se sont pas encore transformés en « Folklore », horrible anglicisme ne recouvrant plus guère – ou que ce soit dans le monde - que des spectacles à usage touristique. Nous les apprécions en particulier dans nos villages lors des cérémonies traditionnelles, familiales comme un mariage traditionnel ou des obsèques, ou religieuses comme Loïkratong ou Sôngkran. On y porte le costume traditionnel et non un déguisement.


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Nous ne ferons pas un inventaire à la Prévert de ces minorités mais, chacune d’elle le méritant, essayerons de vous en faire découvrir la richesse en quelques lignes. Nous devons beaucoup à Aymonier, qui a arpenté le « Laos siamois » (en réalité, les provinces qui constituent aujourd’hui l’Isan) à une époque où il lui fallu six jours de voyage pour aller de Khonkaen (composé à l’époque de 150 cases) à Nonghan (30 kilomètres à l’est d’Udonthani) et un mois d’Oubon à Khorat et, bien sûr, au travail de fourmis auquel se livrent les étudiants de l’Université Mahidol.


Les Kouis ou encore Souèï ou Köï  ouKwèï  กูย (ส่วย – โกย - กวย) dont l’origine ethnique est incertaine (probablement Khmer) sont centrés sur Buriram – Ubon – Khorat – Mahasarakham - Surin – Sisakét  et seraient actuellement 400.000 en Isan, dans les régions de l’ancien « Cambodge siamois ». Chers au coeur d’Aymonier, il leur consacre un chapitre (pas toujours bien positif) de ses « Notes sur le Laos ».


kouis


Les Khamous  ขมุ  seraient venus du Laos et – en Isan - se trouvent en particulier à Nan où une quarantaine de villages spécifiquement Khamous regrouperaient environ 12.000 personnes.

khamous


Les Yahakous ou Chaôbôns  ญัฮกูร (ชาวบน) sont des Khmers d’origine parfois musulmane actuellement  centrés sur Khorat  - Chayaphum  et Phetchabun et sont actuellement environ  6.000. Aymonier les considère comme une tribu « aussi sauvage que misérable ».


 yahakou

 

Les Thins ถิ่น viennent du Laos et on en trouve actuellement 40.000 répartis dans les provinces de Nan, Phetchabun et Loeï.


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Les Thaïs lus ไทยลือ seraient originaires de Chine et se sont répandus au Laos, en Birmanie et dans toute la Thaïlande où ils seraient 100.000 principalement à Nan. Ils ont un site Internet fort bien ficelé, http://www.tailue.org/, évidemment en thaï.

 

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Les Phouans พวน qui seraient 200 ou 300.000 dans la region d’Udon ont eux aussi leur site Internet http://www.thaipuan-bannsile.com/ et sont ou seraient d’origine lao.


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Mais qui sont ces Malaboris ou Malabris, มลาบรี prononciation incertaine, même pour les Thaïs dont il subsisterait 200 individus dans la Province de Nan ? Une tribu de la jungle dont l’origine est incertaine et qui se meurt.


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Tout le monde connaît le sort des malheureux Môngs ม้ง, héros des guerres perdues, trahis par les Français puis les Américains, ils sont dans les regions de  Loei, Nan et Phetchabun environ 150.000. Les plus heureux d’entre eux sont actuellement en France ou en Guyane française. Ils ont de nombreux sites dont http://www.hmongseo.com/


 

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Les Mïans เมยีน une tribu qui revendique une origine chinoise en passant la le Laos, était spécialisée autrefois et peut-être encore dans la culture de l’opium dans la région de  Phetchabun, il y aurait  45.000 représentants ?

 

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Les Laoskhrangs ลาวครัง appartiennent à un groupe ethnique importé du Laos par la force. Beaucoup de chrétiens dans une population, en particulier à Loei, aux environs de 90.000 personnes.

 

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Les Louas ลัวะ une tribu originaire qui pretend à une ascendance mythique et qui aurait actuellement encore sur la province de Nan  22.000 représentants ?


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Les Sèks แสก seraient une tribu originaire de Chine, représentée à Nakhonphanom par encore  3.500 personnes regroupées dans quatre villages.

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Les Yos () ญ้อ โซ, originaires du Laos, sont actuellement 70.000 dans les provinces de Nongkhaï, Sakhonnakhon, Nakhonphanom, et Kalasin.

 

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Si l’essentiel de la population d’origine malaise มาลายู (probablement 4 millions de personnes dans le pays) vit dans le sud, soit qu’elle y ait été importé de force soit qu’elle en soit originaire (pour les provinces sécessionistes du sud), elle comporterait, en particulier dans la région de Khorat, de nombreux foyers qui pratiquent la religion de leurs pères. S’il est un domaine où les statistiques peuvent blesser, c’est bien celui-là.


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Les Kaloengs กะเลิง seraient issus d’une tribu originaire et sont répandus dans les provinces de  Nongkhai, Sakhonnakhon, Nakhonphanom, Kalasin, Mukdahan, ils sont ou seraient  70.000.

 

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Les Yoïs โย้ย sont issus d’une tribu originaire et représentent 50.000 personnes dans les provinces de Nongkhai et Sakhonnakon.  

 

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Les Yeus เญอ sont apparentés aux kouis et, dans les provinces de Buriram, Surin, Sisakét environ 150.000.

 

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Les Sôngs โซ้ง originaires du Laos sont 120 000 en particulier à Loei.


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Les Phouthaïs ผู้ไท, noirs ou blancs, seraient originaires de Dien-Bien-Phu, « le pays de la courge » et se retrouvent 470.000 dans les provinces de  Kalasin, Sakonnakhon, Nakhonphanom, Mukdahan. Aymonier leur attribue une origine similaire. Apparemment fort actifs, ils animent un sympathique site Internet http://www.puthai.net/


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Les Khmers thinthaïs เขมรถินไทย installés à Surin, Sisakét, Buriram, Khorat, Oubon, Mahasarakham, Loeï sont tout simplement les habitants de ce que l’on appelait le « Cambodge siamois » ou les descendants de Khmers importés de force. Ils représentent 1.400.000 personnes.

 

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Les Khas encore appelés Brou ou So ชาวข่า  บรู  (บรุ) โซ่ issus d’une tribu probablement d’origine khmer ne sont plus dans les provinces d’Oubon et  Mukdahan que 500.


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Les Vietnamiens เวยีดนาม que les thaïs appellent Yuan ญวน sont de tout temps venus au Siam, plus industrieux que les Thaïs ou les Laos assurément, pour y exercer le négoce, pratiquer la culture du riz dans laquelle ils excellent ou tout simplement, selon Aymonier, pour échapper à la misère. De fortes colonies (20.000 personnes) sont présentes à Nakhonphanom, Sakhonnakhon, Mukdahan, Nongkhai, Oubon, Loei, Oudonthani où foisonnent les clochers des églises catholiques.  Présents de tout temps ou réfugiés en Thaïlande lors de la chute de Saïgon en 1975, ils avaient précédé leurs compatriotes, thaïs originaires de l’importante minorité thaïe de Dien-Bien-Phu. A l’instigation probable des « chefs de villages », par anti-communisme aussi, parce qu’ils étaient catholiques enfin, quelques milliers d’entre eux- 6 ou 7.000 - s’engagèrent sous nos drapeaux et furent incorporés dans trois bataillons de l’infanterie coloniale de la Légion étrangère dont l’un mis sur pied par le général Bigeard. Leur démarche n’était en tous cas pas dictée par la cupidité des mercenaires puisqu’ils n’avaient pas droit, comme supplétifs, à la (modeste) prime à l’engagement dont bénéficiaient leurs compagnons de combat. Leur engagement s’enracinait dans une rencontre au pays Thaï à la fin du XIXème siècle : celle de Deo Van Tri,

 

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le chef des Thaï de Laï Chau et de Son La, et du grand Pavie. Leur tenue au combat suscita des opinions chaleureuses du général Salan et du commandant Hélie Denoix de Saint-Mars. Le premier bataillon fut d’ailleurs honoré de la fourragère. Quelle que fut leur vertu guerrière, ils se refugièrent avec famille, armes et bagages en Thaïlande après la chute de Dien-Bien-Phu, tout au moins pour ceux qui purent échapper au massacre. Le monument aux morts édifié sur le site honore-t-il aussi ces « étrangers devenus fils de France non pas le sang reçu mais par le sang versé » ? Espérons-le, car ces malheureux sont bien oubliés de notre histoire de France.


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La tribu des Umpis อึมปี   ne comporte plus que quelques centaines de représentants dans la province de Nan, en voie de disparition nous dit l’étude l’universtié Mahidol, tout comme celle des Sôs (thawung) โซ่ (ทะวืง) dans la province de Sakhonakhon (Ce ne sont pas les Sôs โซ !) 


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Nous ne sommes plus à l’époque de Pavie, d’Aymonier et de Francis Garnier où il fallait une journée de marche hors saison des pluies pour aller de Kalasin à Khonkaen, et où l’endogamie était la règle. Il est probable qu’alors, on ne se comprenait pas d’une province à l’autre et que les caractéristiques physiques de ces ethnies étaient beaucoup plus apparentes que de nos jours ...


Tous les habitants de l’Isan ont un jour ou l’autre posé les pieds à Bangkok pour y découvrir les « bienfaits » de la société de consommation, tous parlent, bien ou mal, le thaï de Bangkok et tous regardent la télévision thaïe aussi affligeante soit-elle. Ces ethnies conservent ou tentent de conserver leur spécificité par l’Intermédiaire d’Internet. Le département linguistique de l’Université Mahidol recueille et préserve précieusement les éléments linguistiques dans son département « projet de restauration des langues et des coutumes locales ». Elle édite sur chacune d’entre elles après enquète approfondie auprès des « vieux », village après village, province après province,  une belle brochure (en thaï) remarquablement illustrée de quelques dizaines de pages, selon le même plan : histoire – statistiques – localisation – architecture -  langue – habillement – religion – métiers – croyances – fête de l’eau – mérites –  traditions – nourriture (et même des recettes dont je vous défie de goûter à moins que celle du rat bouilli ne vous attire !) – médecine traditionnelle.

Phuan


Il est permis de s’interroger sur l’avenir de ces ethnies ?

 

Faire des parcs plus ou moins limités de ces villages consiste à en faire des espèces de zoos dignes de l’exposition coloniale de 1931,

 

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où les indigènes étaient exposés telles des bêtes. Dans ces magnifiques paysages, le pilier en béton et l’antenne de la télévision brisent un équilibre, mais leur absence prive les populations du confort minimum et de l’ouverture vers le monde extérieur auxquels elles ont droit comme les autres.

Les ethnies avec leurs beaux costumes, c’est très joli quand l’on passe quelques heures dans un de ces villages perdus de nos plaines, mais lequel d’entre nous accepterait d’y passer sa vie ?

Peu importe  que le magnifique costume Phouthaï (importé d’une usine chinoise) soit porté par une Lue, le plus important est la photo que l’on va prendre avec les rizières en arrière plan mais n’oubliez pas de vous demander s’il est possible de passer avec 18 heures par jour les pieds dans l’eau en plein soleil ?


Leur culture ne se définit pas au travers de quelques bouts de tissus ou d’un niveau de vie n’ayant guère évolué depuis des siècles. Une spécificité ethnique, c’est une façon de vivre, une manière de penser et d’agir qui ne changent pas par le seul fait d’avoir accès à un minimum de confort ou de quitter des habits qui par le passé n’étaient que des signes visibles d’appartenance à ces peuples minoritaires. Une espérance de vie plus longue, des maladies, dont certaines mortelles, plus rares, une éducation plus poussée sont des éléments positifs jugés par beaucoup comme une normalité, qui n’ont pas forcément un aspect pervers lorsque ces progrès viennent « embellir » une vie déjà rendue difficile par le simple fait de naître dans des lieux souvent inhospitaliers.


Saluons, en espérant qu’elle ne soit pas  un nième voeux pieux, la conférence générale de l’UNESCO qui, le 20 octobre 2005, après des années de discussions abscondes s’est décidée  à approuver la « Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles »

 

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Références :

Site de l’Université Mahidol :

http://www.langrevival.mahidol.ac.th/Research/website/mb.html

« Encyclopedia of ethnic groups in Thailand » (Université Mahidol) 20 fascicules (en thaï)  publiés à ce jour dont 10 concernent nos ethnies de l’Isan disponibles via :

http://rilca.mahidol.ac.th/e-resources/en/encyclopedia.php

Aymonier  «  notes sur le Laos » (1885).

Aymonier  «  la société du Laos siamois au XIXème » (Reprint 2003)

Mouhot « Voyage dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos » (1868)

Lucien de Reinach «  le Laos » (édition posthume 1911)

Edouard Petit «  Francis Garnier, sa vie, ses voyages, son oeuvre » 1894.

ความรู้รอบตัว ฉบับ ทันโลก 2003 sans référence ISBN

Regnier et Lt Cl David «  les bataillons thaïs en Indochine » 2010 Editions « le Pays de Dinand.


Bataillon-thai


Et bien évidemment toutes celles que vous trouverez dans notre article précédent :

http://www.alainbernardenthailande.com/18-categorie-11720702.html

Notamment la liste des sites propres à chacune de ces ethnies où vous trouverez de précieux renseignements en sus de la question linguistique.

 

 touriste

 

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 04:07

 

 expat L’un des objectifs des blogs est de susciter des commentaires, des autres points de vue. Il nous a paru intéressant de publier la lettre de notre ami Titi (Cf. son blog en lien ami), qui, entre autre, met en garde contre toute précipitation d’installation dans un village de l’Isan pour les « nouveaux » expatriés. Cette « aventure » exige effectivement qu’un certain nombre de conditions soient remplies. Il en donne quelques-unes ; il y en d’autres …


Cher  Alain,


Je réagis à ton bon article sur ton installation au village en Isan.


Chacun est libre de s’installer où bon lui semble et le fait d’être au milieu d’une grande ville n’empêche pas la solitude ou l’ennui.


Je pense être objectif car je te connais ainsi que ta façon de vivre.  L’âge venant doucement et ayant profité de la vie de Bangkok, Pattaya et Udon tu as fait le choix de migrer au village de ton épouse.


Tu aimes être au calme, entouré de tes livres et de ton internet pour travailler tes articles et continuer ta quête du savoir. Tu sais cuisiner de bons petits plats, les restaurants ne te manquent donc pas. Tu aimes ton confort ce qui est normal et les travaux dans la maison en ont fait un petit cocon douillet et fonctionnel. Tu as tout pour être heureux avec ta charmante épouse et ton chien.


C’est ton choix. ll n’est pas irréversible. On a le droit de se tromper mais on n’a pas le droit de ne pas essayer. La vie est faite d’aventures plus ou moins réussies.

Bonne chance


Il est vrai que l’expatriation a changé avec  l’apparition d’internet :

 

 

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l’ouverture au monde, aux médias était possible. Avec Skype par exemple nous sommes en contact chaque jour  afin d’échanger sur l’info  ou d’autres sujets. On peut être loin en ayant jamais été aussi près  des siens ou de ses amis s’ils le veulent …

 

 

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Mais tout le monde ne peut pas être expatrié et encore moins comme toi, faire le choix d’une vie rurale. Tu n’es pas non plus dans la jungle  entouré de pygmées anthropophages ; la ville la plus proche n’est qu’ à 30 minutes.


Je ne conseillerais pas à un nouvel arrivant d’aller se jeter dans le village de sa promise sans avoir vécu loin du village et des siens. Il est fort utile de bien connaitre son épouse ou au moins de voir si elle n’est pas trop tordue avant de franchir le pas. Quelques visites au village vous permettent de voir si sa famille est sympa et équilibrée…

Tu as choisi de partir mais si cela est une figure imposée par la compagne (ou la belle-famille), ce n’est plus la même chose. 


Tu parles de ‘’marquer ton territoire’’, c’est le nerf de la guerre. Si tu ne fais pas cela ton frigo va être dévalisé et tu pourrais retrouver la famille vautrée sur ton canapé. Ce n’est pas du racisme ou du sectarisme mais les familles sont vites envahissantes et pour certaines sans gènes. Il faut se protéger et marquer son territoire et définir dès le départ les règles de la vie commune. Cela est valable partout…


 

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Tu as pensé aussi à l’avenir de ton épouse qui devrait te survivre si dame nature est logique... Les travaux effectués dans la maison sont un plus pour elle et une marque de réussite indéniable auprès des villageois et cela la remet en bonne place auprès des siens. Par expérience je connais pas mal de filles qui sont revenues sans argent au village. Elles ont été mises au rancard et considérée comme des pestiférées alors qu’elles avaient nourri la famille pendant des années souvent avec leur corps. En effet, il est impossible de rentrer au village plus pauvre qu’en partant.


Pour ma part, j’aime la campagne

 

 

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mais au bout d’une semaine je m’ennuie fermement et la ville me manque. J’ai besoin de savoir que j’ai tout à portée de mains même si je n’y vais pas. Cela me fait penser à mes amis de Phuket qui ne peuvent pas s’éloigner de la mer sans jamais y tremper les fesses…

Sois heureux mon ami !


Thierry

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 04:08

expatriation-conseils-partir-serein 0Une version puis une autre ...

Alain, plus citadin que moi, nous a narré l’histoire de son installation dans un petit amphoe de la province bien assoupie de Kalasin. Un choix que j’ai fait quelques temps avant lui après plusieurs années passées à Koh Samui, où m’avaient conduit les hasards de l’existence. Expatriés, où que ce soit, nous avons « fui » au moins au sens figuré, parfois au sens propre. Ne racontons pas notre vie.

 

Pour moi, la Thaïlande ce fut un choix nécessité par l’éclatement de la guerre dans le pays où j’avais initialement envisagé de m’installer avec un ami d’origine, le « pays des aigles », l’Albanie suivi d'un projet cafouilleux sur l'Espagne.


 

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« J’aurai une petite maison rustique » a écrit J.J. Rousseau, le grand Virgile ayant écrit avant lui « parva domus, magna quies  - petite maison, grande tranquillité ».

Dans la campagne ? Mais oui, en pleine campagne, dans le village de ma femme où nous avions construit année après année cette « petite maison » en vue de notre retraite future. La Maison est petite mais la porte toujours ouverte et puis, comme le disait Cicéron (cher à Alain), « ce n’est pas la maison qui embellit le maître mais le maître qui embellit la maison ! »

maison


L’un de mes amis qui n’avait pas honte de se qualifier de « paysan » avait inscrit en tête de son papier à lettre ce vers du même Virgile « O fortunatos agricolas, nimium sua si bona norint – Heureux les agriculteurs, si au moins ils connaissaient leur bonheur ». Ils sont autour de moi ces paysans qui suent dans leur rizière ou leurs champs de cannes à sucre, mais savent s’arrêter quand il leur plait pour aller aux champignons après la pluie ou jeter leur épervier dans le lac tout proche.


Alain nous a dit « Je voulais plus simplement, à la fois laisser un milieu francophone dont les us et coutumes n’étaient pas à la hauteur de mes « attentes... »

Voilà qui m’a bien amusé ! Ce qu’il a fui ? Sa vie privée ne me regarde en rien, mais allez-donc consulter le site de l’excellent Raymond Vergé

http://thailande-fauxreveur.blog4ever.com/blog/lire-article-184799-727083-les_mythomanes_de_pattaya.html

et peut-être comprendrez-vous ?


Quand nous avons annoncé à nos amis notre intention de quitter lui sa mégalopole et moi mon île, la première et sempiternelle réflexion a été « mais tu vas t’em....der ». La belle affaire ! L’ami dont je viens de parler avait pendant son adolescence et plusieurs années de suite conduit en transhumance les troupeaux de son père, à l’époque où la transhumance se faisait à pied par la route jusqu’aux pâturages des hautes vallées des Alpes du sud. Vous avez idée de ce qu’est la solitude du berger avec ses centaines de moutons (il les connaissait tous un par un !) et ses chiens, la nuit à la belle étoile (il les connaissait toutes) ? La première (et idiote) question qui me vint à l’esprit « Mais Jean, tu ne t’em....dais pas ? » Réponse : « Mais Bernard, JAMAIS un berger ne s’ennuie ».


Ce que nous avons « fui », Alain probablement autant que moi : le phénomène de « ghettoïsation » propre à toutes les communautés de migrants (nous sommes des migrants) de toutes les nationalités où que ce soit dans le monde. Les ghettos au sens strict se sont initialement constitués de façon plus ou moins volontaires avant de devenir une relégation obligatoire, ce qui est une autre histoire,


 

ghetto

 

ici, les ghettos, qu’ils soient français, anglais, germaniques ou scandinaves sont volontaires.


« Au temps béni des colonies » on trouvait deux spécimens de « coloniaux » : les grands blancs et les petits blancs. Les premiers tentaient de reproduire sous les tropiques ou dans le djebel, leur style de vie aristocratique (lire ou relire Pierre Benoît ou Marguerite Duras). Les seconds, la piétaille, nous en sommes, en contact direct avec les indigènes, avaient quitté la France pour des raisons multiples. Si le petit blanc était resté dans son trou de Majastres ou de Bécon-les-Bruyères, il aurait été un individu quelconque dont personne n’aurait jamais entendu parler. Ici, expatrié, on peut trop facilement acquérir la mentalité (hélas ! contagieuse) de se croire « quelqu’un » comme le faisait le pied-noir misérable de Bab-el-oued

 

 

Rue de Bab El Oued - Alger

 

ou le non moins misérable espagnol de l’armée en déroute installé dans l’Oranais qui avaient la chance d’avoir à leurs côtés un « bougnoule » plus misérable qu’eux. Raymond a dit de fort bonnes choses au sujet de ces farangs qui cherchent à nous convaincre qu’ils étaient chez eux ce qu’ils n’étaient pas.

 

 

bougnoule

On entend dans ces ghettos toutes sortes de choses (fariboles ?) la première concernant la barrière fondamentale d’une installation dans le pays « profond », la barrière linguistique. Si, dans les lieux « touristiques » les thaïs croient qu’ils parlent anglais, c’est ici une autre paire de manches. Alors, se mettre à la langue locale ? J’ai (trop) longuement dit ce que j’en pensais sur le forum de l’ami Patrick

http://udonthani.les-forums.com/forum/35/apprendre-le-thailandais/

 

barrier linguistique


J’ai (trop) souvent entendu « Inutile d’apprendre le thaï, les thaïs détestent qu’on puisse comprendre ce qu’ils disent ». C’est tout simplement et rien autre qu’un alibi de paresse car l’apprentissage du thaï parlé et plus encore écrit est moins facile que celui de l’espagnol évidemment et en tous cas plus déconcertant.

Les Thaïs ne veulent pas que l’on comprenne ce qu’ils disent ? Deux observations :

• Je me trouvais un jour dans un restaurant français aux côtés d’une tablée de vieux teutons bien caractéristiques et caricaturaux, nous en ricanions en provençal avec l’ami qui m’accompagnait.

 

boches

 

A la fin de leur repas, la tablée se lève et l’un d’entre eux nous dit (en provençal) « Au revoir messieurs, je vous souhaite un bon appétit. A propos, je suis resté 2 ans dans votre belle région et j’ai eu tout loisir d’apprendre votre beau dialecte ». Et pan sur le bec, mais tomber sur un Allemand (ils sont venus des millions chez nous), probablement le seul qui avait appris le provençal pendant l’occupation, le hasard était malheureux !

• Si les Thaïs veulent se ficher de vous sans que vous les compreniez, que vous parliez couramment le thaï ou pas, ils sont parfaitement capables de le faire en utilisant un de leurs multiples dialectes locaux. Peu ou prou, s’ils parlent tous le langage de Bangkok, ils conservent aussi l’usage de leur patois. Un couple de belges amis peut discourir en wallon devant moi sans que j’en comprenne un tiers d’un traitre mot. Par contre, je peux leur tenir des discours en « parler marseillais », ils n’en comprendront pas tripette.


Une autre bêtise, celle-là, c’est l’ « érudit » du ghetto qui le sortira volontiers, je l’ai même lu plusieurs fois je ne sais où, elle vient de me traverser l’esprit : «  Comment, mais tu ne sais pas que Bangkok, ça veut dire « le village des oliviers » ? ». Entendre ça quand on est né au milieu des oliviers (ce qui nous conduit parfois à penser qu’en Europe la civilisation s’arrête à la limite nord des oliviers), c’est un comble !


Bangkok, c’est « Ban makok », le village du makok.


 

spondias

 

Allez-donc voir au marché ce que sont les fruits du makok (votre épouse en met dans le somtam et en fait cuire les feuilles) ! Ne goûtez pas, c’est effectivement aussi incomestible et astringent qu’une olive cueillie sur l’arbre. Je ne suis pas savant botaniste, le makok (cf Dictionnaire de l’académie royale), est le nom vulgaire du « spondias pinata » (même famille que le prunier !) et l’olivier est le nom vulgaire de l’ « olea europaea folium »,

 

 

olivier

 

deux arbres qui se ressemblent comme Alain et moi ressemblons à Clark Gable ! 

 

 

clark gable


Une dernière et nous arrêterons de médire...

Une expérience désastreuse (féminine en général) – cas particulier - doit-elle conduire à la généralisation hâtive et péremptoire ? Un méchant divorce en France permettra-il de dire « toutes des putes » ? ou « todas putas » si c’est avec une espagnole ? Aller du particulier au général dénote une absence totale d’esprit critique (je ne dis pas DE critique), aucun sens de la synthèse, c’est la quintessence de l'étroitesse d'esprit. « Je suis venu ici pour le cul, or, je suis farang, donc tous les farangs vinnent pour le cul » . C'est le syllogisme de Ionesco :  « tous les chats sont mortels, or Socrate est mortel, donc Socrate est un chat  ». Hélas, une déviance intellectuelle trop et universellement répandue !


 

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Mais sortons du ghetto. Matériellement enfin, il est facile de critiquer la « société de consommation » mais souvent bien agréable d’en être le maillon final. S’il est parfois un peu difficile de se procurer ce que nous considérons comme l’indispensable (pour moi, c’est le bon café !) nous ne sommes en réalité privés de rien.


Tous nos villages sont peu ou prou desservis par la « nam prapa », l’eau de la ville. Si elle manque de pression, rajoutons un surpresseur, si elle est coupée, rajoutons une réserve. J’ai moins de coupures d’électricité (mauvais pour l’informatique !) qu’il n’y en a - toujours - à Samui. Le réseau téléphonique passe pratiquement partout, il y a des antennes à tous les coins de rizières et Internet (qui est de grande ressource sinon indispensable pour les paysans que nous sommes) de la même façon même si ça trainaille parfois un peu.

 

 

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Si j’ai une panne, ça arrive, il y a à l’amphoe (quelques milliers d’habitants éparpillés dans une dizaine de villages) quatre boutiques Internet à 16 baths de l’heure. Le réseau routier est surdimensionné, les transports en commun (pas toujours bien confortables) pléthoriques, et les marchés omniprésents pour les produits frais autrement plus conviviaux que les grandes surfaces de la « finance anonyme et vagabonde ». Et comme dans les campagnes françaises il y a encore quelques dizaines d’années, on entend la trompette du marchand ambulant. Mon préféré, il nous amène de temps à autre après une nuit de route d’excellentes moules de Rayong.


Si vous êtes friand de la « boite à merde » (i.e TV 5), moi pas, vous aurez une parabole qui la capte sans difficultés. Personnellement je préfère grandement RFI (Radio France International) qui donne du monde une vision parfois partiale mais avec beaucoup plus de recul. Le téléviseur personnel, il me sert à regarder les films que je ne dois pas à Hadopi.

Et comme vous pourriez croire que je suis misanthrope, et bien, non, je ne le suis pas, je rencontre souvent avec plaisir ceux de mes compatriotes francophones dont je me suis éloigné géographiquement mais pas amicalement.


Il y a nécessité, Alain l’a dit, de « marquer son territoire » par rapport à l’environnement familial,

 

marquer

 

 

ils sont tous cousins (Yat) mais ne savent pas comment, il n’y a pas de généalogistes en Isan. Mais cela n’interdit pas de partager la vie de la famille, du village, ses fêtes, ses joies et ses peines.

 

Mais je constate en me relisant que mon propos n’est pas contradictoire de celui d’Alain et pas non plus de celui de Titi (à venir) . Et sans avoir connu les aventures picaresques de Gil Blas, j’en aime la conclusion lorsqu’il rejoint enfin sa « petite maison »

 

gil blas

« Je veux, en y arrivant, écrire sur la porte de ma maison ces deux vers latins en lettres d'or :
Inveni portum. Spes et Fortuna, valete ! 
Sat me lusistis ; ludite nunc alios »


J’ai trouvé le port. Espérance et fortune, adieu ! Vous m’avez assez joué, jouez-en d’autres maintenant !

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 03:05

Sans titre-2Musique d’ Isan : un groupe incontournable : Caravan ! 

Nous avions signalé dans notre présentation de la musique thaïlandaise que les années 70 virent l'émergence des chansons engagées appelées pleng phua cheewit (chansons de la vie) (et du rock thaïlandais) avec son groupe le plus célèbre : Caravan, un groupe d’Isan,  qui se distingua par son engagement dans le mouvement pour la démocratie.  


Et depuis plus de trente ans, le Groupe Caravan reste fidèle à lui même. « Nga » Surachai, son leader conserve son look d’instituteur ébourrifé et souriant.


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Il maintient en compagnie de ses quatre complices, tous originaires de l’ Isan, leur style musical « chanson pour la vie », folk thaï à contenu social et politique. Le groupe ne s'est jamais désintégré malgré les orages traversés. Il fait exception dans un univers pollué par des chanteurs choisis en fonction de leur apparence et leur talent de danseurs mondains plus que pour leur voix et plus encore pour ce qu’ils ont à dire. En Thaïlande comme ailleurs, les firmes musicales inventent les vedettes de toutes pièces, mais la « chanson business » ne les intéresse pas.


Le phlèng phua chiwit เพลงเพื่อชีวิต « Chant pour la vie » surgit en Thaïlande au début des années 1970. Chansons contestaires, leur parenté avec le « protest song » américain, ou de façon plus lointaine avec le blues des esclaves est certaine, les chants des opprimés ont partout le même accent.


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Ne revenons pas sur l’histoire de la Thaïlande moderne. Dictature militaire en 1958, renforcement du pouvoir militaire en 1963. 250.000 policiers, une armée privée est dirigée d’une main de fer par le ministre de l’intérieur.

Ouvriers et paysans, « le grand parti des travailleurs » sont exploités jusqu’à la moëlle et la censure frappe toute forme d’expression littéraire ou artistique.


C’est du monde étudiant que partira le mouvement de protestation pour tenter d’en faire un mouvement de masse. L’ échec était prévisible !

La grande crise énergétique des années 70 est prétexte (justifié ou pas) d’augmenter de façon exponentielle le prix des transports publics (le prix du ticket de bus passe de 1 à 2 bahts alors que le salaire moyen est alors de 10 bahts par jour. Rassemblements, affichages, tracts sont interdits. Toute forme de protestation doit se faire dans la clandestinité.


Le mouvement étudiant organise en 1972 un boycott des marchandises japonaises (voilà qui nous rappelle « made in Thailand » de Carabao ! Les matières premières thaïes partent au Japon où elles sont manufacturées et reviennent en Thaïlande avec l’étiquette « made in Japan »). C’est une redoutable menace pour les emplois et le petit artisanat. Cette réalité bien concrête passe par la campagne étudiante « achetez thaï » et tend à attirer à un mouvement très (trop ?) « intellectuel » au départ, la sympathie du monde du travail, ouvriers, paysans, petits bourgeois.

La réponse sera immédiate : à la critique contre la dictature militaire de Thanom Kittakachorn : expulsion des étudiants « fauteurs de troubles » par la hiérarchie universitaire. Le mouvement étudiant a alors l’audace d’exiger en réponse le départ du doyen qui a sanctionné les contestataires.


Parmi eux, Surachai et Virasak, les fondateurs du groupe คาราวาน Caravan. En quelques jours, le mouvement prend de l’ampleur. 


Les étudiants quittent les Universités et vont dans les campagnes aider les paysans dans les travaux des champs, et tenter d’y semer leur idéalisme plus solide que leur énergie physique. Une expérience inédite pour tous, qui n’avaient jamais sali leurs mains qu’avec l’encre de leurs stylos. Il n’est parfois pas mauvais que les « travailleurs intellectuels » attrapent des ampoules en se frottant au « travail manuel » !

Les étudiants ont-ils appris aux paysans la différence entre démocratie et dictature militaire ? Leur ont-ils appris à connaître les évènements qui secouent le monde ? Le fossé entre étudiants et paysans s’est-il comblé ? Nous n’avons pas la prétention de répondre à cette vaste question. La méfiance des « révolutionnaires » de terrain à l’égard des « intellectuels » a connu son épouvantable paroxisme au Cambodge.

Si les paysans n’étaient peut-être pas accessibles à l’apect théorique de la critique du sytème économique en place, ils le sont au moins à la musique !

Alors, à la veillée, un étudiant chante :

« Ce village est à vous, il est vieux, il est ici depuis longtemps, très longtemps »

Les autres reprennent

 « Vous n’avez pas vu beaucoup de choses, vous n’êtes jamais allés à l’école, vous n’avez jamais appris à lire et à écrire, mais vous avez travaillé, travaillé.... ».

«  Vos champs de riz sont pleins de sable, vous manquez de poissons et de riz, combien souffrent comme vous ? ».

Un paysan remarque « Voilà des mots que nous comprenons, vous parlez de nous ». Les paysans avaient de la difficulté à comprendre le langage des étudiants, ces chansons brisent la glace.

A la tête de ces actions nous trouvons Surachai et Virasak. Ce sont des citadins issus de la bourgeoisie aisée. Surachai est étudiant et vient de Surin où son père est enseignant, Virasak vient de Nakhoratchasima, étudiant en quatrième année de droit, tout aussi citadin. La musique, ils l’ont apprise dans les films, les juke-box, les chansons des boîtes de nuit. Une partie du répertoire est importé par les militaires américains, la guerre est aux frontières, Laos, Cambodge et Vietnam. Une préférence, bien sûr, pour les chansons pacifistes, Bob Dylan ou Joan Baez, que les G.Is ne sont pas les derniers à fredonner.

Le groupe est dès lors inséparable de tous les rassemblements politiques et s’engage plus encore lorsque la repression se durçit en 74. Caravan devient le groupe phare des étudiants les plus radicaux.

En octobre 1976 à l'université de Thammasat, les étudiants protestent contre le retour au pays de l'ancien dictateur Thanom Kittikachorn. 100 morts et 3.000 arrestations. Le soir, le gouvernement civil est renversé et la loi martiale est déclarée.

Sont désormais interdits « tous les documents et tous les moyens de diffusion qui appellent à la désunion, mènent le peuple au communisme et menacent la sécurité nationale. » Le jour du coup d’état, Caravan chantait à l'université de Khonkaen. Le soir du 6 octobre 1976, ils apprirent la nouvelle du massacre. Sitôt le concert terminé, ils disparaissent avec leurs guitares et leurs convictions. Le groupe a pris le maquis à la frontière du Laos, dans les rangs du parti communiste thaï et ne réapparaîtra qu’après l’amnistie.

 

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Toutes leurs chansons sont alors interdites à la radio officielle. 

Ils vécurent cinq ans  dans la clandestinité, faisant peut-être parfois le coup de feu mais animant surtout de leurs guitares les festivals du parti. Mais ces bourgeois-étudiants ont du mal à accepter la discipline de fer imposée par les cadres du parti entre les mains des communistes chinois. La vie des maquis est rude.

La politique d’amnistie en 1981 entraîne le ralliement de nombreux étudiants mais Surachai persiste encore un an. Lorsque le parti communiste est militairement mis en déroute, il jette l’éponge. Le groupe se reforme en 1982, à l'occasion d'un concert organisé par l'UNICEF sous le slogan « le retour de Caravan ».

Leur inspiration puisée dans la « protest song » reste enracinée dans la tradition populaire locale. Les guitares et les arrangements occidentaux sont mélés d'instruments traditionnels (flûte de bambou, violon a trois cordes) et produit une musique originale et de qualité. Les textes sont des poèmes, rien à voir avec les chansons sirupeuses et mièvres qui constituent l’essentiel de la production locale.

Leur tournure intellectuelle les destine plus à un public étudiant et citadin. Ce public reste circonscrit à ce cercle intéressé par la politique et point par les errements de la mode.

Ils ont ouvert la voie à d’autres groupes dont le célèbre Carabao, mais à l'inverse de Carabao, Caravan n'a jamais percé auprès du grand public, peut-être parce qu'il n'a jamais cherché à le faire. « Pour moi, vendre beaucoup de disques n'est pas important. Je veux juste vivre de ma musique sans être endetté », dit Surachai.

Laissons de côté les paroles de « Américain, danger ! » (Carabao a fait de même) et finissons sur une prière

 

Prière pour la Birmanie

Depuis les montagnes de Katchin,

Depuis les cabanes de Kothoulé

Du haut des falaises du pays Chan,

Depuis la plaine d’Arachan,

Depuis les montagnes de souffrance

Jusqu’à la vallée de Jaban,

Nous parviennent les gémissements de la Birmanie.

Mais d’où, mais d’où ?

Ils nous crient leur espoir dans le lendemain ....

 


Et une partition pour les musiciens :

 

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Leur site officiel (en thaï)

http://www.caravanonzon.com/

Les écouter ?

Beaucoup moins piratés que Carabo mais beaucoup de spectables disponibles sur l’incontournable « youtube »


Une trentaine d’albums depuis le premier, « l’homme et le buffle » (1975),


Karavan

 

Américains, danger (1976), Concert pour l’Unicef (1982),  Le chemin de la maison (1986), Concert donné au Japon (1988), Concert pour le 15ème anniversaire (1989), Concert pour le 20ème anniversaire (1994), Concert pour le 25ème anniversaire (1999), jusqu’au dernier sur le « réchauffement climatique »…

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 03:02

Sans titre-1Un groupe rock thaï "identitaire" ?

Ils se produisent partout en Thaïlande et dans le monde ; un concert mémorable à Paris en 2008 en particulier, un triomphe l’année précédente à Stockholm.

Qui sont-ils ?

Le groupe est créé en 1976 aux Philippines par trois étudiants amateurs de rock. En effet, คาราบาว, « kharabao », ce n’est pas du thaï, mais du tagalog. Le mot signifie « buffle », symbole de ténacité lit-on partout ? Peut-être aussi un tantinet de provocation ? Le « buffle », pour les habitants des villes, c’est aussi le symbole des paysans arriérés et méprisés, notamment ceux du Nord-Est... tout simplement un « bouseux ». Dans la hiérarchie des termes thaïs insultants, priorité est donnée au buffle et au chien, avant le cochon. Un clin d’oeil provocateur aux populations déshéritées dont ils sont les infatigables défenseurs, c’est plus probable.

Situés dans la droite ligne des chanteurs « de protestation » face aux vicissitudes de la politique thaïe, notamment du groupe คาราวาน (Caravan) qui avait plus ou moins flirté avec le parti communiste.

Un premier succès avec « Chanson pour la vie » phléng phua tchiwit, เพลงเพื่อชีวิต, qui se singularise par un mélange de musique traditionnelle, de rock, de « country », de reggae et de musique latine.  Ils sont d’ores et déjà qualifiés de « Rolling stones thaïs ».

S’attaquant systématiquement aux questions sociales,  chantant les « thaïs d’en bas » mais aussi chansons d’amour, chansons philosophiques, lutte contre les multinationales, pour la défense de l’environnement, critique des politiciens corrompus, dans une langue qui n’est pas la langue de bois, ironie, férocité, tendresse. Ils connaîtront d’ailleurs des interdictions d’antenne dans le courant des années 90.

La composition du groupe a évidemment, depuis 35 ans, été fluctuante, seul Lék, le chanteur, est l’élément permanent pratiquement depuis les débuts.

En 1981, le premier de leurs 25 albums, « le vieil ivrogne » (loungkhimao ลุงขี้เมา) ne connait pas un grand succès.

Lék apparait dans le second album en 1982, แป๊ะขายขวด phékhaikhwat, « la chanson du ramasseur de bouteilles », แป๊ะ, c’est un air traditionnel thaï. Les « ramasseurs de bouteilles »  sont ces petites gens qui vivent de la récupération des bouteilles vides, ces « chiffonniers » que l’on rencontrait encore dans les rues de nos villes françaises il y a quelques dizaines d’années. Beaucoup d’émotion encore.

En 1983, troisième album, qui les place sous les projecteurs, Wanipok วณิพก littéralement un « mendiant chanteur des rues », conte avec beaucoup d’émotion l’histoire d’un pauvre chanteur aveugle.

En 1984, c’est le triomphe เมดอินไทยแลนด์ « made in Thaïland », musicalement, mélange de musique traditionnelle et de rock. L’album est vendu entre 4 et 5 millions d’exemplaires.

 

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« La Thaïlande produit ce dont elle a besoin, nous avons nos chants et nos danses que les farangs admirent en secret mais les Thaïs ignorent leur propre culture » ... « Nous tissons nos vêtements, ils partent au Japon à l’exportation et nous reviennent avec l’étiquette « fabriqué au Japon ».. « les Thaïs ont leur orgueil mais les farangs ont l’argent... » « Ils ne nous déçoivent pas mais ne nous décevons pas nous même »

L’année suivante, อเมริโกย ameri-koï , un jeu de mot (america-koi) « l’Amérique vorace » mais aussi une protestation contre des accords commerciaux conclus à cette époque avec les Américains. Il est possible que beaucoup de Thaïs encore, en parlant de nos « amis » d’outre-Atlantique, n’emploient pas le mot « american » mais « amerikoï » ?


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En 1987 เวลคัมทูไทยแลนด์  « welcome to Thailand » nous raconte avec  férocité les aventures de Tom, « touriste sexuel » à Pattaya et Patpong. « Tom, Tom, where you go last night », ce refrain, combien de ces farangs l’ont entendu ou l’entendent encore siffloter par des Thaïs ironiques sans comprendre ?


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En 1988, c’est ทับหลัthap lang « le linteau », l’aboutissement d’une longue et triste histoire : c’est celle du linteau du Dieu Naraï à à Phanomkrung.

 

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Il est sacré pour les Thaïs. Naraï est l’un des dieux du paradis bouddhiste qui est descendu sur terre sous la  « forme » de Rama pour combattre le mal. Au début des années 60, le linteau disparait, enlevé de nuit par un mystérieux hélicoptère. Un scandale inouï ! Imaginons un hélicoptère  enlevant de nuit à Marseille la statue de « Notre Dame de la garde ! On finit par le retrouver à l' « Art Institute de Chicago » ; Il a été donné par un certain James Alsdorf, ami du président Reagan, l’un de ces richissimes hommes d’affaire américains qui pratiquent le mécénat fiscal  de préférence lorsqu’il ne leur coûte rien. S’il n’y a pas de pétrole à piller en Thaïlande, il y a des oeuvres d’art. Pendant des années, le gouvernement thaï et de nombreuses associations ou fondations tentent d’obtenir le retour de l’œuvre volée.

 

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Tollé général en Thaïlande ... Manifestations violentes devant le musée de résidents thaïs aux USA.  Menace de rupture des relations diplomatiques ..... En Décembre 1988, la Fondation Alsdorf se décide à retourner le linteau en Thaïlande à l’instigation pressante de l’UNESCO ... La rumeur court encore en Thaïlande que des sept Thaïs impliqués dans le vol, six seraient morts de mort violente ?

Le groupe Carabao s’est mis de la partie avec une chanson coïncidant avec la visite de Michael Jackson en Thaïlande. Cela ne fait qu’ajouter à leur popularité. Vous en trouverez la traduction en annexe.

Encore un album pratiquement toutes les années et en 1998, อเมริกันอันธพาล « amerikan anthaphaan », nous pouvons nous tromper en traduisant par « salopards d’américains » (mais nous ne nous trompons pas), la chanson n’oublie pas, au passage, le FMI.

 

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Jusqu’au 25ème et dernier album, en 2009, โฮะ « ho » chanson dans laquelle Lék vante d’un air gourmand les mérites du « ho », une sauce volcanique, partiellement en dialecte lanna, l’une des nombreuses langues locales du Nord-Est.


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Ils subissent de nombreuses attaques frontales, il leur est reproché de faire beaucoup d’ « alimentaire » et d’utiliser leur « logo » pour des promotions commerciales, c’est exact. Une boisson réconfortante, le « carabao », et en 2001, l’album สาวเบียร์ช้าง « sao bia Chang » « Mademoiselle la bière Chang », dont le refrain « sawatdi, sawatdi bia Chang » n’est effectivement pas du Lamartine !


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Ne leur jetons pas la pierre, nous avons bien vu et entendu il y a quelques années un très grand poète, Charles Trenet, vantant à la télévision française les mérites d’un produit à parfumer les chiottes


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et un peintre génial et farfelu, Salvador Dali, louer ceux d’un chocolat suisse !

 

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Ils répondent non sans raisons que l’incommensurable piratage dont ils sont l’objet y trouve sa contrepartie.

Ils chantent la ganja mais chantent bénévolement pour les victimes du Tsunami. Ils préfèrent la bière Chang au Coca-cola mais ont pleuré sur les victimes de l’effondrement des tours du « World center ». Peut-on être riche à la fois et défendre les pauvres et les opprimés ? Que Voltaire ait été multi-millionaires en livres et en écus de l’époque ne l’a pas empêché d’entrer au Panthéon. Eternel débat dans lequel nous ne nous lancerons pas.

« Faites ce que je dis et ne faites pas ce que je fais » avons-nous lu sur un site thaï.

 

La politique ?

En 1986 avec l’album ประชาธิปไตย « prachathippatai », ils ont annoncé la couleur pour  « le parti démocratique ». Cela a pertubé beaucoup de leur supporters « rouges ». Mais c’est aussi leur droit. C’est d’ailleurs plus un hymne à la démocratie qu’à la gloire du parti du même nom. Ils protesteront ensuite avec énergie contre la politique de Thaksin sur les restrictions en matière de fermeture des établissements nocturnes et des heures de vente des boissons alcoolisées.


Nous avons même lu sur un site francophone ces stupidités :

Le chanteur du groupe Carabao est bien connu comme étant un sympathisant actif des Chemises jaunes d'extrême droite... et ce depuis que Thaksin a interdit la circulation des poulets en 2004 pour cause de grippe aviaire. Le chanteur, qui possède certains des plus beaux coqs de combats du Royaume, l'a très mal pris. Depuis, il a supporté les manifestations du PAD en 2006, le coup d'état en septembre de cette même année et même le massacre des Chemises rouges en avril/mai 2010. Les Chemises rouges demandent donc à leurs sympathisants de boycotter Carabao...

Il ne semble pas que cet appel au boycoot ait eu la moindre portée lors du concert donné il y a un an et demi à Udonthani, en plein pays rouge et plus que rouge ! dont notre ami Patrick a donné sur son blog un excellent compte rendu. (http://udonthani-en-isan.over-blog.com/article-31-mars-karabao-en-concert-a-udonthani-47788945.html)

 

Le terme d’ « extrême droite » a-t-il un sens en Thaïlande ? Rien n’est moins sûr. Et si nous comprenons ce que parler veut dire, extrême droite + musique de rock =(rait) « rock identitaire » ? Le « rock identitaire » français ou anglais est effectivement lié à la « droite la plus extrême ». Soyez rassurés, Carabao, même si vous n’en comprenez pas les paroles, ce ne sont pas Ian Stuart, et vous ne trouverez pas, si vous traduisez les titres de leurs chansons, des provocations du rock identitaire français du style « pute à nègre » ou « nettoyage ethnik » !

 

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Chanteurs « engagés » c’est une certitude, mais engagés dans des combats qui attirent la sympathie.

 

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25 albums, des dizaines et des dizaines de chansons, nous n’en traduirons qu’une même si traduire c’est trahir  un peu !

 

Le linteau

 

Ce bloc de pierre, c'est le linteau que les Thaïs réclament aux États Unis.
Nous désirons récupérer ce bien qu'ils nous ont pris.
Pourquoi l'ont- ils pris aux Thaïs?
Leurs hélicoptères étaient basés en Thaïlande pendant la guerre du Viet-Nam.
Quand ils sont partis ils ont tout pris avec eux, même notre linteau.
Et ils désirent garder un pied en Thaïlande.
Ils nous demandent maintenant d'ouvrir des bases militaires ici.
La ville de Phra Narai a disparu avec le linteau, entouré d'un prestige que les Thaïs n'ont jamais oublié.
Narai Narai Narai, le linteau de Narai.
Le linteau de Narai couché, c'est l'orgueil de notre peuple.
Le linteau de Narai couché, les Thailandais sont fiers de l'histoire de ce pays en forme de hache d'or.
Elle a uni toutes les générations, toutes les familles, toutes les cultures.
Le linteau de Narai est maintenant dans un musée à Chicago.
C'est un bloc de mille kilos.
Les enfants demandent d'où il vient.
Ils se fichent de Phra Narai, ce n'est pas Michael Jackson.
Reprenez votre Michael Jackson, rendez nous notre Phra Narai!
Parce que nous ne ressentons pas les mêmes choses.
Parce que nous ne comprenons pas les mêmes choses.
Le linteau de Narai est chargé de vertus pour les Thaïs, alors que vous le conservez simplement par goût.
Nous ne pensons pas la même chose, il n'y a pas moyen de faire la paix.
Nous ne pensons pas la même chose, il n'y a pas moyen, pas moyen...
A quoi sert votre statue de la liberté puisque vous refusez de rendre le linteau de Narai aux Thaïs.

 

 

Maintenant à vous de jouer et de chanter. « Télécharger Carabao », vous trouverez 474.000 réponses !

 

google


Leur site carabao.net, en thaï et en mauvais anglais vaut d’être consulté.

 

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