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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 03:01

musiqueA La musique traditionnelle thaïlandaise ?  La musique en Isan ? 

Nous avons vu dans l’article précédent, La musique traditionnelle vue par les voyageurs des siècles précédents. Beaucoup y présentaient surtout leur préjugé et leur difficulté à appréhender une musique différente. Il est vrai que la plupart n’était resté que peu de temps au Siam. Ce qui n’est pas le cas de Dubus, qui récemment (2011)  dans son livre sur la Thaïlande rappelait  la popularité toujours présente de la  « Musique des rizières, (et du) théâtre des campagnes » qui « Face à la culture royale et urbaine, (demeure) une culture rurale, vivace et enracinée dans le folklore local, (qui) a engendré un sentiment communautaire entre les habitants des différentes régions» et de citer le succès du mor lam et du louk thoung (enfants des rizières » et « plus prisé par l’ancienne génération que le mor lam et le louk thoung, le liké ou théâtre comique » « parent du lakone, plus populaire et moins affecté ».


rizières


Il est vrai que la musique traditionnelle est diverse, variée, … et présente dans les moments importants de la vie des Isans, comme les mariages, les funérailles, les « foires» au temple, et autres festivals. Elle présente principalement 3 types d’ensemble : le piphat (composé d’instruments à vent et de percussions),  le kreung sai (constitué d’instruments à cordes) et le mahori

mahori

 

(qui associe la flûte à des instruments à cordes et à des instruments de percussion mélodiques) » et est riche de ses  50 sortes d’instruments   de musique dont les cordes, flûtes, des tambours et des gongs ….(Cf. en note le site de la médiathèque de Louvain).

Tous les informateurs consultés  s’accordent pour donner le mor lam comme la principale musique traditionnelle d’Isan ;  certains précisent que de nombreux chanteurs de mor lam chantent également le louk thoung du Centre et qu’une autre forme traditionnelle, le kantrum est populaire chez les Kmers isan.

(Cf. notre article sur les dialectes d’Isan :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-18-langues-et-dialectes-en-isan-76545278.html).


Nous avons pu constater que les  multiples manifestations  culturelles et concerts donnaient aussi à entendre  d’autres formes de musique (Cf. le blog de Patrick et d’Alain d’Udon Thani et de Jeff) que l’on pouvait reconnaître par exemple  comme le groupe Carabao ou le pleng luuk thung (musique country thaïe).De plus, il fallait être aveugle pour ne pas voir à la télévision, dans les écoles ou sur les places publiques, que les ados  des villes  adoraient se produire dansant en groupe et en tenue souvent « sexy » sur les airs « à la mode » de leurs vedettes favorites :  le string !


De plus, on remarque que dans les années 1990, il y a eu de nombreuses interactions entre le luk thung, le string et le mor lam… voire la pop. Le mor lam produisit un nouveau genre appelé luk thung Isan ou luk thung Prayuk, qui incorpore les rythmes les plus rapides du mor lam. Il faudrait aussi aller du côté des minorités ethniques comme les  Hmongs, Akha, Mien, Lisu, Karens, Lahu …qui ont aussi leur musique traditionnelle.


La musique folklorique forme donc  une mosaïque de styles et de langues comme par exemple, les danses du Nouvel an des tribus des montagnes du Nord, les joutes chantantes des mor lam glawn, les vocalises musulmanes de likay wolou dans le Sud, le très ancien bong lang du Nord-Est (très dansant) et la musique vocale mae tae des Pwo Karen du Nord (très poétique et liée aux activités humaines).

karen

Et il faudrait aussi être capable de distinguer le  piphat mahori khruang sai, et le won pong lang (un ensemble musical de l’isan construit autour du xylophone pong lang avec un orgue à bouche khène, un luth et des percussions).ou bien encore le saw  qui est une musique régionale du nord (comprenant trois clarinettes en bambou (pi saw), une vièle (saw law) et un luth qui accompagnent un chanteur de ballades épiques improvisées). Avec pour chacun, l’association de leur instruments spécifiques comme : la flûte khlui, les cymbales ching, le cercle de gongs khong wong, les tambours thon et ramana, le xylophone renatek, le luth grajabpi, les vièles saw sam sai et saw u, et la cithare jakhe ; bien que les associations d'instruments puissent changer…Autant dire qu’il y a de quoi être perdu !


Le mor lam 

Le mor lam ou mo lam est donc, on l’aura compris,  la musique traditionnelle de l’Isan lao. Il a en commun avec le luk thung (la musique traditionnelle du Centre), son intérêt pour la vie des pauvres des régions rurales, les problèmes sentimentaux, la tristesse de quitter le village, les difficultés de vivre en ville, mais aussi ses « lumières » inaccessibles …

Molan

Il se caractérise par la rapidité de ses vocalises rythmiques, des cris, un rythme très entrainant ... Le chanteur, aussi appelé un mor lam, est souvent accompagné par un joueur de khên, le mor khen. Le groupe joue de quatre principales composantes comme le  "Talk"(un chanteur récite et ralentit ainsi l'accompagnement musical), le  "Gern" ( une introduction lente chantée qui dure environ soixante secondes, le plus souvent accompagné de Khaen); le «Lam», un chœur de rap-like, et le  «Pleng », la chanson proprement dite  avec un chœur dynamisant avec ses "o-ey, o-ey, o-ey" par exemple. Les vêtements « traditionnels » sont un élément aussi essentiel pour nous captiver.

Il comporte plusieurs variantes régionales et des formes modernes comme la version électrifiée du mor lam sing, que certains récusent comme « commerciales ». Il a dépassé son cadre régional avec les migrants ruraux de l’Isan s’installant à Bangkok. Les chanteurs les plus populaires sont Banyen Rakgan , Chalermphol Malaikham , Jintara Poonlarp et Siriporn Ampaipong


Le kantrum 

Une autre forme de musique traditionnelle de l’Isan est donc le kantrum,populaire chez la minorité kmer, habitant près de la frontière. C'est une musique de danse très rapide. Dans sa forme la plus pure, cho kantrum, les chanteurs, percussions et vielles traditionnels, dominent. Une forme plus moderne utilisant les instruments électroniques se développa dans le milieu des années 1980. Un peu plus tard dans cette décennie, Darkie devint la première vedette du genre, avant de rejoindre le marché commercial à la fin des années 1990.

kantrum

 

Le louk thoung du Centre

Le « Pleng Luuk Thung »  est une sorte de combinaison de Mor Lum et de la musique country américaine et est très populaire à la radio thaïlandaise (il a aussi sa propre radio). Il témoigne du labeur des champs et des épreuves rencontrés par les paysans du Centre. Il incorpore des influences latines américaines, indonésiennes et malaises et même japonaise. Les artistes les plus réputés viennent de la ville de Suphanburi comme la star Pumpuang Duangjan, pionnière du luk thung électronique.  Il développe un tempo lent sur lequel les interprètes font usage d’un chant expressif à base de nombreux vibratos (qui ne sont pas sans évoquer le yodel) (Cf. site de Louvain en note)

Lukthoung 

Le string ? 

La musique populaire thaïlandaise actuelle est essentiellement le fruit d’un important métissage des styles traditionnels et occidentaux. Outre les versions électroniques modernes du morlam (le morlam sing), du kantrum et du lukthung (le luktung électronique) dont il a été question ci-dessus, il existe un important mouvement rock inspiré directement de la scène américaine des années 1960 : le wong shadow (en référence à The Shadows) qui évoluera rapidement en ce que l’on appelle la musique string. Ce terme désigne aujourd’hui la pop thaïlandaise dans son acception la plus large : rock, danse, hip hop… bref, toutes les musiques thaïlandaises influencées par l’Occident. C'est la musique des adolescents thaïlandais.

pop

Le pleng phua cheewit ? 

« La période de libéralisation politique, entre octobre 1973 et octobre 1976, a vu l’éclosion de plusieurs groupes dont les chansons avaient un contenu  ouvertement politique et social » (Arnaud Dubus). On s’ inspire alors de la protest song américaine comme Joan Baez, Bob Dylan. On commence aussi à chanter le rock en thaï comme Rewat Buddhinan.

Plusieurs groupes de pleng phua cheewit  (l’Art pour la vie, l’Art pour le peuple), dont les plus connus sont Caravan


plengpuachiwit

 

et Carabao (Cf. les articles qui leur sont consacrés dans ce blog) s’engagèrent alors, non sans courage, dans le mouvement pour la démocratie.

Les « événements » de 1976, qui virent les mouvements ultranationalistes attaquer le 5 octobre, avec une extrême violence (46 étudiants tués), les étudiants de l’université de Thammasat aboutirent à un coup d’Etat.  Caravan, ainsi que d'autres groupes et activistes, prirent alors le maquis avec les communistes. Une chanson « L’Homme et son buffle »  traduite par  Arnaud Dubus, est sans équivoque :


            « Mais quelles que soient les difficultés, nous n’aurons pas peur …

            Les riches dévorent notre travail,

            Nous jettent les uns contre les autres,

            Et nous, paysans, nous nous enfonçons dans les  dettes …

Nous devons détruire ce système » (extrait).


En 1981, avec l’amnistie accordée aux dissidents, le pleng pua cheewit put de nouveau s’exprimer. Le groupe Carabao devint même  numéro un des ventes sans renier ses  critiques sociales.

K

Mais la société de consommation aidant, la musique string (la pop thaïlandaise) est devenue plus populaire dans les années 1990, et les vedettes  pop comme Tata Young, Bird McIntyre et Asanee & Wasan, voire ensuite Modem Dog sont devenues numéro un des ventes… On peut encore citer les groupes de rock thaïlandais comme Big Ass, Bodyslam Silly Fools… 

 

Il y en a donc pour tous les goûts, mais la musique traditionnelle a su se « moderniser » en adoptant instruments et rythmes nouveaux et continue d’exprimer la culture « rurale » des peuples de l’Isan et des autres minorités de Thaïlande.

 

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« Les guides de l’Etat du monde », « Thailande », Arnaud Dubus, La Découverte, 2011

 Si vous voulez entendre des chansons thaïes : Le Blog de la Médiathèque de Louvain-la-Neuve :

http://mediathecaire.wordpress.com/2009/11/27/pays-a-lhonneur-thailande/


télécharger en Mp3 la Musique thaïlandaise : thebestofthailand.com


Miller, Terry E. (1985) Musique traditionnelle du Laos, Kaen et chant Mawlam dans le Nord-Est de la Thaïlande. Greenwood Press. ISBN 0-313-24765-X

 

Tout aussi voire plus intéressant : le blog de Jeff


http://isan-farang.eklablog.com/les-band-de-pangkhan-made-in-isan-a5406231


http://isan-farang.eklablog.com/le-molam-sing-a2978880


musiqueJ

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 03:03

Joeur de khène La musique traditionnelle thaïlandaise ?  La musique en Isan ? 

La musique traditionnelle vue par les voyageurs des siècles précédents 

Là encore, comme pour de nombreux sujets, il faut avouer notre incompétence « musicale » même si nous avons pu écouter Caravan et Carabao et assister à quelques fêtes villageoises où se jouait la musique traditionnelle d’Isan, le mor lam, nous disait-on, ou bien encore entendu ces petits orchestres composés d'un hautbois, d'un tambour et d'une cymbale, lors des combats de boxe de muay thaï… Toutefois, nous essayerons en présentant quelques pistes de ne pas venir avec les préjugés de nos illustres aînés comme le montre quelques-uns de nos exemples, dans cet article :  La musique traditionnelle vue par les voyageurs des siècles précédents :


Nous avons été frappé par les opinions divergentes de ces voyageurs sur la musique « traditionnelle », ainsi :

 

Pour Bock, Consul du royaume de Suède-Norvège, elle est monotone et bizarre mais paraît exercer son charme sur ces hommes sans culture.

(Carl Bock « le royaume de l’éléphant blanc. 14 mois au pays et à la cour du Roi du Siam » 1889)

 

La Reveillère n’est pas plus tendre : La musique commence, un peu criarde, c’est bien de l’art cependant, de l’art véritable  mais avorté ... Telle devait être la musique des ménestrels dans les cours d’amour au Xème et Xième siècle, arts et artistes devaient se valoir à l’Occident et à l’extrême Orient... Je crois entendre psalmodier les vêpres comme  dans la méchante chapelle d’un coin perdu de la Bretagne, c’est désagréable et fastidieux comme de  détestable musique religieuse... Airs siamois, airs étranges qui plaisent sans impressionner...

(Contre Amiral Reveillère « ça et là, Cochinchine et Cambodge » 1892).

 

Lemire n’est pas moins critique : Leurs instruments de musique sont fort bien travaillés, souvent ornementés et incrustés de nacre mais ne rendent que des sons nasillards et aigus ... La musique est mélancolique et monotone ... leur sentiment artistique est très imparfait .....

(Ch. Lemire « l’Indochine » 1894)

 

Monseigneur Laneau n’a pas la moindre charité chrétienne : à peine ai-je encore vu une voix passable : je ne sais si dans tous ces royaumes ici on en trouverait une qui pût être admise à la musique de Notre Dame de Paris, surtout pour y servir de basse. Toutefois, quoique leurs voix et leurs chants nous paraissent avoir si peu d’agrément, ils leur plaisent encore plus que les nôtres.

(Cité Par Monseigneur Pallegoix « Histoire de la mission de Siam » )

 

Le jésuite Joseph Delaporte n’est pas plus tendre : Les Siamois font des airs sans avoir aucun principe de musique, ils ne savent pas même les noter ....

(Abbé Delaporte « le voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde » 1770)

 

L’opinion du RP Guy Tachard sent son jésuite :  La musique et les voix n'avaient rien de fort beau, mais la nouveauté et la diversité leur donnait de l'agrément et les faisait entendre sans ennui la première fois.

(Guy Tachard « Relation du voyage à Siam » 1688)

 

Mgr Pallegoix, mais est-ce par charité chrétienne ? est moins critique : leur musique est très douce, harmonieuse et sentimentale »

(Monseigneur Pallegoix « Description du royaume thaï ou Siam » 1854)

 

Beaucoup plus nuancée et surtout plus didactique est l’opinion de du Hailly Je ne sais comment certains voyageurs ont pu insister sur l’absence d’harmonie et sur le caractère discordant de la musique siamoise. Ils n’ont probablement pas réfléchi que la différence de tonalité dont ils étaient choqués provenait d’une gamme inconnue à leur oreille assez analogue à celle de l’ancien monde éolien chez les grecs et que par la même raison, les instruments qui leur semblaient faux étaient construits sur une échelle d’intervalles nouvelle pour eux. La vérité est que les siamois et plus encore les laotiens ont l’oreille remarquablement juste et s’ils ignorent l’art de noter leur musique, il est impossible, avec un peu d’habitude, de ne pas être frappé du sentiment harmonique de leurs orchestres.

Edmond du Hailly (« Revue des deux mondes » «  Une campagne dans l’extrême Orient » - 1866)

 

François-Joseph Fétis le rejoint sous d’autres formes : la musique des siamois est mélancolique et plaintive tandis que les airs joués par les instruments sont vifs et gais. Musicien de profession, il est maître de chapelle du Roi des Belges, il donne des précisons plus techniques : L’ échelle ne présente pas une justesse absolue de l’intervalle des sons. Pour déterminer avec exactitude les différences minimes de ces intervalles de cette échelle avec ceux de la nôtre, il faudrait employer le calcul et comparer un des instruments avec notre tempérament égal. Nous pouvons en donner l’échelle approximative sous cette forme

 

 gamme

(François-Joseph Fétis  « Histoire générale de la musique depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours » 1869 ).

 

De la première ambassade, le premier à donner de plus sérieuse précisions à la fois critiques et théoriques sur la musique siamoise est Simon de la Loubère. Pas plus que les chinois, ils ne connaissent l’harmonie (« le chant en partie ») et toute la musique est à l’unisson.

Il s’étonne naïvement que les Siamois ne chantassent pas selon les goûts de son temps, Lambert et son gendre Lully ! Il s’étonne tout aussi naïvement qu’ils chantent comme nous sans paroles  à la place des paroles, ils ne disent que noï, noï , en fait nos trala-la-la-lère ! Il a le mérite (sans connaître la langue) de publier la mélodie de l’une de ces chansons :

 

 la loubere

 

en rajoutant que les Siamois font parfois entendre des intonations douteuses

(Simon de la Loubère « Du Royaume de Siam » 1691)

 

Gréhan donne une description flatteuse des instruments de musique exposés au pavillon du Siam lors de l’exposition universelle de 1867, nous n’avons malheureusement pu en trouver une reproduction au titre « musique - instruments divers ».

(Amédé  Gréhan «Le royaumle de Siam » 1868)

 

Oscar Comettant rejoint, mutatis mutandis, l’opinion de du Hailly : Leur musique est très douce, harmonieuse et sentimentale. Il a lui aussi vu et admiré les instruments exposés au pavillon de Siam en 1867.

(Oscar Comettant « La musique, les musiciens et les instruments de musique chez les différents peuples du monde » 1869)

 14954-1

Reinach est plus nuancé, le souvenir et la routine seuls guident les exécutants .... Les chants animés de gestes gracieux forment avec la musique un ensemble poétique pour leur esthétique spéciale ..

(Lucien de Reinach « le Laos » édition posthume 1911)

 

Coussot est également plus nuancé : Malgré son peu de variété, leur musique n’est pas réellement désagréable

(Alfred Coussot « Douze mois chez les sauvages du Laos » 1898)

 

Le Boulanger est plus tendre à l’égard de la musique et surtout plus technique dans ses explications : La gamme telle que nous la concevons, n’existe pas dans la musique laotienne. Néanmoins, on a la sensation de trois modes distincts, l’un dépourvu de tierce et de septième, un autre auquel manque seulement la septième, un troisième agrémenté d’une appogiature diatopnique en quinte.

(Paul Le Boulanger « Histoire du Laos français » 1931)

                                               ------------------------------------

De gustibus et coloribus non disputandum ... Il en est en musique comme en gastronomie isan. Certains sont en extase devant Oum Kalsoum la plus grande chanteuse du monde arabe et le Bronx frémit en entendant un air de rap. Notre musique est aussi désagréable aux Siamois que la leur est exaspérante pour nous. L’effet produit est un agacement insupportable, une irritation profonde du système nerveux.  Laissons au Marquis de Dangeau la responsabilité de ce jugement péremptoire.

 

Faute de pouvoir, comme Comettant ou Gréhan visiter le pavillon de Siam lors de l’exposition de 1867, nous avons tenté de reconstituer une toute partie de la superbe collection des instruments traditionnels, le plaisir des yeux et non celui des oreilles, toutes photographies illustrant le « dictionnaire de l’académie royale » :


Klong that กลองทัด

Klong that 

Mahorathuk มโหระทีก

 Mahorathuk

Ranat thoum ระนาดทุ้ม

ranatthoum 

Khim ขิม

khim 

Djaké จะเข้

 

djakhé 

Khèn แคน

khén 

Khongwông ฃ้องวง

khongwong    

Pông lang โปงลาง

 

 

 pong lang

 

 

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 03:05

CucheroussetLe projet et le combat de Cucherousset pour désenclaver l'Isan dans les années  20, vous connaissez ?

L'existence d'un service postal en Isan dans les années 20, vous saviez?

Qui était Henri Cucherousset ?

Henri Cucherousset est né dans le Doubs en 1879 et est mort à Hanoï le 30 septembre 1934. Il commence sa carrière en Chine à Changhaï comme avocat dans le cabinet de Me d’Auxion de Ruffé. Mais il prend très vite goût au journalisme au sein de l’équipe de « l’écho de Chine » et y  fera carrière après avoir abandonné le barreau. Grand voyageur, curieux de tout, il visite la Corée, le Siam et la Chine puis décide de se fixer en Indochine à Hanoï. Libre de voler de ses propres ailes, il fonde en 1917 « l’éveil économique de l’Indochine » devenu « éveil de l'Indochine » qui déborde perpétuellement sur le Siam et le Laos siamois, omniprésent.


journal

 

Il est l’auteur d’un ouvrage estimable « Quelques observations sur le Siam » publié à Hanoï en 1925 reprenant pour l’essentiel un numéro de sa revue consacré au Siam. Le journal ne lui survécut que de quelques numéros

 

Perpétuel frondeur, raleur, talentueux, connaissant l’Indochine comme le fond de sa poche, il mène des combats incessants contre les empiétements d’une administration coloniale tatillonne, la stupidité des douanes, le trafic des animaux sauvages et surtout la politique coloniale incohérente de la France. Défenseur des « indigènes », il proteste avec véhémence contre l’usage colonial de les tutoyer, un article au vitriol qui serait peut-être encore d’actualité dans certains commissariats de police ou brigades de gendarmerie. Défenseur acharné de la la langue annamite que d’aucun baptisaient de « patois » ! « Les ânes qui braient l‘anglais ... » nous rappelle-t-il lorsque certains préconisaient froidement la suppression de l’étude de la langue locale dans les écoles au profit du seul français et de l’anglais en seconde langue. Son franc-parler lui vaudra d’ailleurs quelques désagréables rencontres avec le juge d’instruction de Hanoï.

 

Paradoxal et émouvant, ce « bon » colonialiste français qui, au début du 20ème siècle, des années 1917 à 1934, est entré en guerre, Don Quichotte contre les moulins à vents, avec l’administration indochinoise et l’Etat colonial français.

Son souci incessant est le bon developpement de la colonie, il passe par celui des transports et la nécessité de désenclaver (« débloquer » dit-il) le Laos au sud et à l’ouest par le Siam, et le Cambodge vers l’ouest par le Siam aussi. 

N’oublions pas que l’Indochine n’était pas une colonie de peuplement comme le furent l’Algérie ou la Calédonie, mais une « colonie d’affaires » où le colon en réalité n’est pas le blanc mais l’indigène ! Coloniser, c’est « mettre en valeur ». Les préoccupations mercantiles ne sont probablement pas absentes de l’idée fixe de Cucherousset, le journal vit de publicité et de bric et de broc ; des difficultés financières en interrompent parfois la publication. La puissante « Banque de l’Indochine », son principal publicitaire, se fait peut-être tirer l’oreile ? Et « mettre en valeur » c’est aussi favoriser les échanges commerciaux de nos deux colonies frontalières avec le Siam.

 

Les transports à l’époque ? 

 

On à peine à s’imaginer ce qu’étaient les transports à cette époque. Cucherousset nous décrit le difficile voyage d’un vaillant journaliste belge, Monsieur de Schliers, depuis Bangkok jusqu’à la frontière du Cambodge en 1922 :

Le premier jour, il emprunte le chemin de fer embryonaire sur la ligne qui conduit aujourd’hui à Aranyaprathét, aujourd'hui, 255 kilomètres et 5 heures et demi de voyage.


fisrttimetrain

 

Il s’arrête à Chachoengsao, le terminus, après deux heures et demi. Brisé de fatigue, il s’y attarde quelque peu en beuveries et parties de billard dans un hôtel tenu par un chinois francophone et en manque la « correspondance ».

La journée du lendemain, deuxième jour, six heures de chaloupe à vapeur jusqu’à Prachinburi (une soixantaine de kilomètres).

Le troisième jour, jusqu’à Kabinburi, une quarantaine de kilomètres,  en char à boeufs, tel un roi fainéant. Six heures de pistes cahotiques.

Encore une journée de char à boeuf jusqu’à Phromsaeng, toujours une quarantaine de kilomètres. Il n’y trouve qu’un Sala pour passer la nuit.

Il est à vingt-cinq kilomètres de Sakèo, encore une journée, il doit loger à l’école. Et encore une journée jusqu’à Wattana et une dernière encore pour arriver à la ville frontière ! Nous vous épargnons la description de la suite du voyage jusqu’à Saigon ! Naturellement, tout ceci est impossible en saison des pluies, laquelle dure ce que vous savez et rend les pistes impraticables.


Le seul moyen de pratiquer les « échanges commerciaux », ce sont donc les chars à boeuf sur piste boueuse. Sachant qu’un boeuf peut tracter environ deux quintaux, on s’imagine aisément qu’il est plus facile de véhiculer un journaliste belge peu soucieux de son confort que quelques tonnes de sacs de riz.


Il y évidemment d’autres moyens de communications, la voie fluviale ou maritime. Bangkok est relié à Saïgon en une journée et demie. Il y a le Mékong, plus ou moins « navigale et flottable ». Voila bien où le bât blesse ! Politique coloniale oblige, la navigation sur le Mékong est sous le quasi-monopole d’une société française.


Cucherousset a trouvé sa bête noire en la personne du représentant de cette compagnie, le Colonel Bernard. Polytechnicien brillant, affecté dans l’artillerie de Marine, Il l’est ensuite au Tonkin en 1898. Il est, ensuite de 1904 à 1906, le chef de la commission de délimitation de la frontière du Siam et obtient la rétrocession des trois provinces cambodgiennes conquises par le Siam 50 ans plus tôt, dont celle d’Angkor. Promu lieutenant-colonel, il est admis à la retraite, « pantoufle » et devient directeur de la « Compagnie des Messageries fluviales » de Cochinchine. Cucherousset taille des croupières, pas toujours courtoises, toujours féroces, avec celui qui défend les intérêts de ses puissants mandants. Les difficultés financières que Cucherousset éprouve pour mener son combat me laissent à penser que s’ils défendait des intérêts, ils ne pesaient guère face à ceux que défendait le Colonel.

 

La solution ? Le développement du chemin de fer au Laos (où il n’existe toujours pas, peut-être le projet de liaison avec la Chine verra-t-il le jour en cette décennie ?) ou au Cambodge (où il n’existe toujours qu’à l’état embryonnaire), est lié à son développement au Siam.

Si le développement des chemins de fer siamois vers la Laos a été freiné, c’est tout simplement, nous explique et martèle Cucherousset, du fait du lobby anti-ferroviaire, mais aussi parce que les Siamois avaient des raisons (bonnes ou mauvaises) de penser qu’ils pourraient servir à une invasion ferroviaire française par le nord, Nongkhai, et l’est, Nakohnphanom, Mukdahan et Aranya, sans oublier le souvenir cuisant des canonières françaises braquées en 1893 sur le palais royal face à une dérisoire marine de guerre thaïe. Ces motifs légitimes ont disparu, la question frontalière est réglée (la guerre franco-thaïe de 1941 et le conflit frontalier actuel avec le Cambodge successeur de la France démontrèrent que non). Aujourd’hui, les Siamois sont devenus nos amis en effectuant un bon choix en 1917 nous dit-il. Un seul chiffre disponible, sur la piste de Nongkhai à Khorat transitaient annuellement 184.000 charettes à boeufs de 200 kg.Il n’existe toujours aujourd’hui en Isan vers le nord que la ligne de Bangkok à Nongkhaï et vers l’est, celles de Bangkok à Aranya et celle de Bangkok à Ubonrachathani.

 

Nous sommes dans le courant des années 30, la grande idée de Cucherousset, la ligne de chemin de fer de Singapour à Hanoï en passant par Khorat, Roïét, Kalasin, Sakhonnakhon, Nakhonphanom pour rejoindre la Laos français à Thakhek, déviation vers Mukdahan puis Savanaket, Hanoï jusqu’à la Chine n’a pas vu le jour, le « lobby » des transports fluviaux du Colonel Bernard a triomphé. La construction d’une ligne de chemin de fer entre l’Indo-Chine et Savanakhet (face à Mukdahan) était inscrit en « projet d’urgence » en France en 1899 et a été bloqué par le parlement (français) en 1907 (à l’instigation de quel lobby ?). Le projet de liaison depuis Udonthani jusqu’à Nakhonphanom puis Thakkek (Laos) a subi le même sort. Oublié aussi le projet Hanoï –  VientianeUdonthaniNongbualamphuChumphae - PitsanulokRangoon.  

Puis vint la guerre et le rève de Cucherousset ne verra jamais le jour :

carte 3

Depuis 1922 un service aérien postal et sanitaire hebdomadaire en Isan ? 

 

Une information nous a surpris. Répondant en 1924 à une stupide agression épistolaire du Colonel Bernard, prétendant que cette région (le « Laos siamois ») était un « désert inconnu des Siamois», Cucherousset lui rappelle vertement qu’il existe dans ce que le Colonel appelle un « désert » un tiers de la population siamoise, nous le savions, et, ce que nous ne savions pas, depuis 1922 un service aérien postal et sanitaire hebdomadaire avec atterrissages (peut-on parler d’aérodromes ?) à Nongkhaï, Loeï, Sakhonakhon, Nakhonphanom, KhonkaenMahasarakham, Kalasin, Roïét, Chayaphum, Buriram, Sisaket, Khorat, Surin et Ubon (seul aéroport international).

 

Le service postal, ce sont lettres, colis et journaux.

 

postal

 

Le service médical ?

 

sanitaire

 

Il y eut en 1921 une épidémie dans la Province d’Ubon et l’on manqua rapidement de médicaments. Médecins et médicaments y arrivèrent en trois heures, il aurait fallu deux semaines par terre. Le service médical conduit les malades des régions dépourvues de bons soins là où ils peuvent être mieux soignés. Compte tenu des difficultés d’effectuer des levées topograpohiques sur le terrain, il est utilisé pour la confection des cartes géographiques, le plan aérien de Bangkok est établi en 1920. Il est assuré par des Spad,


spad 2

 

le biplan emblématique de la guerre de 14, celui de Guynemer, Nieuport-Delage,

 

nieuport

celui de Nungesser et Breguet, celui de l’épopée de l’aéropsotale (Saint-Exupéry).

Si les aristocrates siamois partis se former au pilotage des avions chez les Français avant, pendant et après la grande guerre ont ensuite profité de leurs connaissances pour les utiliser plus civilement,  c’est bien que le besoin s’en faisait sentir.

aviateurs

 

Le matériel de l’époque ne necessitait pas, dans notre plat pays, d’énormes investissements pour y construire les pistes d’atterissages. Combien en subsiste-t-il ? Sauf erreur, Udonthani,  Khonkaen, Sakonnakhon, Buriram, Nakhonphanom, Nan et Loei. Pour chatouiller un peu plus le Colonel, Cucherousset lance le projet de bases aéronavales sur le Mékong parfaitement capable (paraît-il) d’accueillir les Nieuoport « à flotteurs », mais il crie une fois de plus dans le désert.

Il est complètement oublié des Français, je crains même que sa commune natale (Maiche) n’ait oublié de l’honorer du nom d’une modeste rue ou par l’apposition d’une plaque sur sa maison natale ? Il ne l’est pas des Vietnamiens qui le connaissent bien, « un bon colon » ! Historien et géographe compétent, il est toujours la référence fondamentale : ses innombrables articles sur les îles géographiquement et historiquement indochinoises de Paracels dont la Chine s’est emparé par la force en 1974 sont la source principale de la justification des droits toujours revendiqués par son ancienne colonie d’adoption.

 

hoang-sa-truong-sa

 

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Sources :

625 numéros de « L’éveil économique de l’Indochine » (1917-1935) disponibles sur le site de la Bibliothèque nationale... pas toujours bien numérisés ce qui explique la médiocre qualité de la plupart des photographies ci-dessus. La collection est malheureusement incomplète.

Article du Colonel Phra Chalemhakas, commandant l’aviation siamoise (numéro du 8 juillet 1923)...

et tous les sites vietnamiens qui font de Cucherousset leur prophète, il n’est pas un site irrédentiste vietnamien qui ne le cite (par exemple

http://www.nguyenthaihocfoundation.org/lichsuVN/hsts5.htm).

 

Cucherousset 2

 

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 03:04

m3 L’ « aphrodisiaque pour femmes » de Renunakhon en Isan.

Nous connaissons le สาโท (Satô), qualifié abusivement de « vin de riz », c’est un distillat de ข้าวเหนียว (khaônïaô), ce riz gluant cher aux populations industrieuses de chez nous. Ça ressemble à du « vin » comme la production du Bittérois des années 60 ressemblait à du Romanée Conti.

sato

Vous pouvez essayer, ça ne coûte rien ou presque, une expérience comme une autre.

Nous connaissons aussi le เห้ลาข้าว (laôkhaô) que l’on trouve partout. Il y a celui du commerce officiel, aux alentours de 30° et le « vrai », de la distillation plus ou moins clandestine, de l’alcool « pour homme » dont une seule rasade suffit à envoyer dans les vignes dionysiaques les plus intrépides buveurs.

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Nous avons découvert une production spécifique traditionnelle de l’amphoe de  Renunakhon (เรณุนคน), dans la province de Nakhonphanom. Il se situe sur les rives du Mékong à une quarantaine de kilomètres au sud de Nakhonphanom et une soixantaine à l’est de Sakhonnakhon. C’est le lao-ou (เหล้าอุ) ou lao-haï (เหล้าไห) ce qui signifie tout simplement « alcool en pot »

Il vaut d’être connu.

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La présentation d’abord est agréable, dans des vases en terre de taille plus ou moins grande, placées dans un panier en paille, un bouchon de plâtre et à l’intérieur une macération dont nous allons vous donner la composition. Il faut, une fois sauté le bouchon, rajouter de l’eau jusqu’à raz bord, laisser macérer une dizaine de minutes et ensuite le déguster avec une paille en roseau biseautée pour pouvoir percer sans difficultés le magma que contient le pot. On peut recommencer l’opération cinq fois. On doit le déguster en couple, nous allons voir pourquoi.

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C’est le résultat de la macération de riz blanc dans du laokhao à 40°, avec un peu de bétel, un peu de sucre de palme, un peu de sucre de canne, un peu d’ail, un peu de tabac, un peu de piment, un peu de noix de coco, de la levure et surtout du กราชายดำ krachaïdam ou plus simplement ข่า kha, des rizhomes de galanga,

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scientifiquement de l’ « alpinia galanga », une épice qui est connue depuis la nuit des temps, il partait de Chine jusqu’à Rome et des « indes orientales » jusque chez nous.

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Il pousse ici comme du chiendent.

 

Il passe en médecine traditionnelle pour avoir des vertus souveraines, guérissant des coliques et du mal de mer mais aussi et surtout des vertus aphrodisiaques comme « excitant les humeurs des femmes ».

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Il est connu comme tel dans la médecine traditionnelle indienne, dans celle de la Chine et dans celle des arabes. Vous connaissez la pudeur des thaïs, les sites Internet consacrés à cette boisson sont discrets sur ces effets et parlent de « reconstituant ». Les arabes le sont beaucoup moins et une mixture à base de galanga est connue au Maroc sous le nom de « viagra du pauvre ».

Ces effets aphrodisiaques sont-ils réels ou supposés ? Il n’y a probablement pas de fumée sans feu.

Le Docteur Rauland, cite Théophraste, fondateur de la botanique (- 373 - 288) et le décrit comme l’ « herbe de Théophraste », cette plante a « une grandissime vertu d’échauffer à paillardise » et donne la recette d’une mixture à base de galanda pour guérir les « paralysies de la matrice ». («  Le livre des époux- Guide pour la guérison de l’impuissance, de la stérilité et de toutes les maladies des organes génitaux » à Paris, 1859 )

 

En tous cas des pillules de galanga sont vendues fort cher en europe (9 euros ce flacon) comme « aphrodisiaque pour femme ».

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Détroné en occident par le gingembre, il subsiste ici et ce produit pittoresque a connu une belle promotion au travers du programme OTOP (« one tambon, one product ») qui est à mettre à l’actif de Thaksin ! Vous le trouverez partout dans toutes les boutiques de bord de route autour de Sakonnakhon et de Nakhonphanom, et bien sûr dans tous les marchés et les magasins « OTOP ».

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Un goût à la fois doux et amer et un taux d’alcool qui doit se situer aux environs de 15°. Pour moi, c’est un apéritif agréable à consommer frais. Il n'a pourtant pas enthousiasmé le Capitaine Baudesson (voir notre article sur la "gastronomie en Isan") ?

 

Pour quelques dizaines de baths, vous aurez goutté une boisson estimable et si vous n’avez pas aimé ou si les effets ne sont pas ceux que vous attendiez, vous aurez au moins gagné un joli vase.

 

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Vous trouverez tous les renseignements relatifs à la confection de cette boisson sur le site de l’amphoe de Renunakhon.

http://renunakhon.nakhonphanom.police.go.th/moa.HTM 

Charb - Maurice et Patapon - Cachet bleu

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 03:08
27.Gastronomie en Isan ?

« Gastronomie » en Isan ?

 

Je pratiquais peu ou prou la « cuisine » Isan, avant même d’y vivre puisqu’il y a partout dans le pays des restaurants Isan. Je trouve aussi sur une foule de site Internet des pages de louanges (de la flagornerie ?) sur les mérites et les vertus de la cuisine Isan. La meilleure preuve en est, lit-on souvent, que cette cuisine s’est répandue dans tout le pays. Voilà bien un argument qui ne pèse pas lourd. Il y a des échoppes Isan partout tout simplement parce que les Isans se trouvent partout dans le pays et qu’ils ont le souhait légitime de manger à peu de frais la cuisine de leur pays. Il y a aussi des restaurants « muslims » à peu près partout parce qu’il y a partout des musulmans en Thaïlande qui souhaitent manger la cuisine apprétée selon les préceptes du Prophète. Ne parlons pas des sites Internet qui affichent péremptoirement la liste des « meilleurs cuisines du monde », en cherchant bien, vous aurez même connaissances des goûts « gastronomiques » de Madame G.W. Bush, ils ne valent pas d’être cités.

 

Je suis profondément attaché à la notion de terroir.

 

terroir

 

Dans un pays pauvre comme l’Isan, on mange ce que l’on trouve que ce soient des tétards, des chauves-souris, du chien (encore en vente sur les marchés de la province de Sakhon, mais un peu cher), des oeufs de fourmis,

 

oeufs de fourmis

 

toutes sortes d’insectes et naturellement les produits de la terre, de la cueillette et de l’élevage. Quand on est pauvre, il faut s’en contenter comme le faisaient nos ancêtres, il y a seulement deux siècles.

 

N’oubliez jamais que ce qui fait le charme de notre cuisine vient essentiellement d’ailleurs, les tomates des Amériques, ail, aubergines, concombres, pommes de terre d’Amérique encore, oignons d’Asie, abricots ou agrumes d’Asie. Sans parler des épices pour lesquelles de hardis navigateurs sont partis à la conquête du monde. Il y a peu encore, participer à cette cuisine « métissée » nécessitait d’être riche. La Bruyère parle avec émotion des paysans de son temps contraints de se nourrir de « racines », à l’époque, carottes et raves, à peu près les seuls légumes d’origine gauloise quand ce n’étaient pas de glands. Faute de pouvoir les saler en raison de l’ignoble gabelle (la TVA de l’époque), ils utilisaient de la cendre de bois !

 

On fait la cueillette des champignons ici : Il fut un temps, il y a seulement 150 ans, où la truffe était en Provence une denrée commune, alors les paysans se gavaient de truffes en saison. C’est d’ailleurs le même mot chez nous qui désigne la truffe et la pomme de terre et le mot « truffe » est une insulte gentille. 

 

truffes

 

 

Pour le reste, chacun ses goûts, qui nous sont dictés par la cuisine de notre mère.

On ne trouve plus dans la province de Kalasin les chauves-souris dont la saveur était réputée, il y a 50 ans ... elles ont probablement toutes été avalées ? Au début du siècle dernier, le capitaine Baudesson fit un séjour de deux ans au bas-Laos. On lui sert du serpent de bananier auquel il trouve un « goût inconnu » et se régale de chauve-souris  « cette bestiole a la saveur d’une caille très à point et offre l’avantage d’une capture facile »

 

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mais il recule devant les rats passés simplement à la braise et le salmis de limace.

 

limace

 

Des goûts asiatiques, il ne faut jamais discuter, vouloir sur ce point comme quelques autres s’accorder entre jaunes et blancs est aussi vain que de marier l’huile et le feu. Nous sommes en Asie où tout reste et restera à jamais une cruelle énigme, gastronomie comprise.

 

Le cuisinier du grand Frédéric plaçait en tête de ses aphorismes précédant ses talentueuses recettes cet axiome de l’art culinaire, il n’est pire animal qui ne s’accommode au goût d’un chacun. C’est vrai : insectes savoureux, rats passés à la braise, œufs malodorants, gros vers de cocotier, molles holothuries, lap d’araignées, oeufs de limule….  Les grecs mangeaient bien des limaces à la vinaigrette, Pythagore se régalait de salades de museau de verrat et detestait les fèves (pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec son théorème) et l’Empereur Tibère se régalait de murènes qu’il nourrissait de la chair de ses esclaves les plus gras. Pour les chinois, une tranche de chien fumé constitue « à dire d’expert » un régal capable de le disputer à une côtelette de porc. Mon expérience de brochette de toutou en Polynésie ne m’incite plus à essayer.

 

Je préfère encore une sauce au poisson délibérément volcanique autour de cuisses de poulet au piment agrémentées de riz gluant. Ici au moins la volaille caquète et roucoule en jouissant des bienfaits de la vie au grand air en cherchant sa nourriture au hasard des épluchures accumulées par le balais des ménagères et ses maîtres ignorent le gavage réparateur qui les acheminerait vers le martyr de l’obèse.

 

Mais après tout, dit un proverbe arabe il vaut mieux manger des puces que de faire bouillir la lune quand son image se réfléchit dans la marmite.

 

Le trinôme ici, comme dans toute l’Asie, c’est poulet-cochon-poisson. Nous trouvons des légumes locaux délicieux, les mêmes d’ailleurs que ceux dont se régalent nos compatriotes d’outre-mer et des fruits qui ne le sont pas moins.

 

Ce que je réprouve dans la cuisine locale est tout simplement l’utilisation abusive des épices, essentiellement du piment. Pourquoi cette passion est-elle partagée par la plupart des habitants des pays chauds ? Voilà bien une question à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante. Nous connaissons le piment d’Espelette du pays Basque mais il n’a pas le caractère corrosif du piment local (dans son « grand livre de cuisine », Ducasse n’utilise de piment que d’Espelette), et de façon raisonnable dans la cuisine méditerranéenne.

 

piment d'espelette

 

Point de bonne bouillabaisse sans bonne « sauce rouille », chaque famille marseillaise a sa recette mais le piment doux y est indispensable. De tous temps les épices ont tenu un rôle capital pour parfumer les mets. Il est singulier de noter que le piment est inconnu dans les artistiques recettes de nos plus illustres gastronomes, Grimod La Reynière, Alexandre Dumas ou Brillat-Savarin. Certains comparent son âcreté à celle du tabac. Le tabac, je le fume, je ne le mange pas.

 

Dans une revue gastronomique du XIXème, un chroniqueur conclut péremptoirement en disant que les poivres sont l’épice des gens civilisés et le piment, celle des « nègres », je cite en lui laissant la responsabilité de cette affirmation.

 

Alors, quand je lis (souvent) que le sommet de la gastronomie Isan est le fameux « somtam », je m’interroge.

 

Somtam

 

Le piment utilisé à la façon locale ne parfume pas les mets, il en fait disparaître tout simplement la saveur. Poulet au piment, soit, piment au poulet, ça ne va plus.

 

Le sommet de l’incomestible (pour un œsophage farang) est atteint lorsque les Thaïs mélangent les œufs de cette petite bête sympathique qu’est le limule avec un bon vieux somtam. A faire essayer à un touriste qui fanfaronne en prétendant qu’il ne craint pas la nourriture épicée. Le limule est un animal internationalement protégé comme le Saint-Sacrement, on le trouve pourtant partout dans le rayon congelé des grandes surfaces.

 

cuisine thaïe (5)

 

Alors, lorsque je me fais rôtir un poulet  ou que je mijote un poisson au gros sel, je préfère encore l’accompagner d’une bonne mayonnaise, dont Brillat-Savarin a dit que l’on pouvait tout en faire sauf s’asseoir dessus. Lorsque ma femme taille ses lanières de papayes vertes, j’en prends une poignée que j’accompagne d’une sauce rémoulade tout simplement.

 

L’utilisation des épices, ce n’est plus de la simple cuisine, c’est un art culinaire qui nous plonge au coeur de la vraie gastronomie.

 

Les épices ont un spécialiste en France, le seul peut-être, Gérard Vives dont j’ai eu l’inoubliable plaisir de goûter la cuisine lorsqu’il tenait restaurant en haute-Provence. Il est le créateur d'un mélange "piment apprivoisé".

 

 

piment

Allez donc sur ses sites, vous en aurez l’eau à la bouche !

http://www.lecomptoirdespoivres.com/lesepices.html

http://www.gerardvives.com/index.html

 

Pour moi, la cuisine de ma mère (qui était lyonnaise) reste la meilleure du monde autant que celle de ma Provence natale, mais il me plait que mon épouse pense la même chose de la sienne derrière son somtam quotidien. Sa cuisine a des racines millénaires et échappe encore à la cuisine industrielle et mondialisée que l’on trouve hélas de plus en plus dans les 7/11, pizzas ou nems aseptisés et dont l’abus est en train de faire  des petits thaïs obèses "américanisés". Qu’elle continue de « saler » au « nampla », sauce au poisson pourri dont la recette est exactement la même que celle du « garum » dont se regalaient les romains, et du « pissalat » dont se régalent les niçois, je continue de saler au bon sel des salines du sud de Bangkok mais j’ai surtout formellement interdit l’introduction du ketchup chez moi. « Ça pue » lui dis-je quand elle ouvre son pot de kapi, (espèce de pâte de crevettes faisandées), « ça pue » me répond-elle lorsque je confectionne une anchoïade ou une vraie aïoli (ail + sel + huille d'olive et RIEN d'autre).

 

Mais tout n’est pas négatif, loin de là. En matière de boissons locales alcoolisées, j’ai fait (après d’ailleurs le Capitaine Baudesson qui s’en est régalé) d’agréables découvertes dont nous parlerons bientôt.

 

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Le blog de notre ami Titi

http://www.titiudon.com/article-thailande-la-cuisine-de-l-isan-65564135.html

m’ a permis de découvrir le site passionné et passionnant : http://bottu.org/recettes_ndx.htm

Consultez-le tout à loisir, vous y trouverez de nombreuses recettes précédées d’une analyse des épices qui font ou sont censées faire la saveur de la cuisine locale.

 

     Quelques bonnes références bibliographiques :

 

Capitaine Baudesson « deux ans chez les Moïs », in «  Le Tour du Monde », Paris, 1906 page 337 s

«  Le gourmet » du 1er août 1858 « le poivre et le piment » par le docteur Briois

Alain Ducasse « le grand livre de cuisine » tome I

Brillat-Savarin « physiologie du goût » 1825

Grimaud La Reynière « Almanach des gourmands » 1802

Alexandre Dumas « petit dictionnaire de cuisine » 1882

Gérard Vives « Poivres »  février 2011 (Rouergue)

 

Poivres de GV

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 03:07

Terre-de-moussonPira Sudham,  « Terre de mousson », encore ! pourriez-vous dire. En effet, nous avions découvert précédemment, ensemble, un petit roman de 84 pages intitulé aussi  « Terre de mousson », issu du livre « Enfances thaïlandaises ». L’explication est simple.

Nous étions restés, dans notre roman,  en février 1965, Pira Suddham va écrire la suite 5 ans après, pour terminer l’histoire de Prem qui s’achèvera  en juillet 1980. Il réécrira la partie, qui était parue dans « Enfances thaïlandaises », dans un style plus élaboré, tout en gardant la même structure. Mais nous avons désormais un autre écrivain, un grand roman de 270 pages.  « Terre de mousson » donc.


Nous n’allons pas reprendre la partie du roman déjà étudiée qui raconte donc la vie d’ un village de l’Isan de mars 1954 à février 1965 et les « rêves » de l’instituteur Kumjai pour vaincre l’ignorance et améliorer le sort des paysans du village de Napo. Cette partie se terminait sur un bilan d’échec et de découragement, et « son projet » d’aider le jeune écolier Prem à poursuivre ses études à Bangkok.


L’histoire reprend donc en août 1972, et va se poursuivre selon le même procédé chronologique en 10 dates jusqu’en juillet 1980. C’est un roman d’apprentissage, le roman de Prem, que l’on va suivre dans ses études et sa vie en Angleterre jusqu’ à son retour en Thaïlande et dans son village de Napo, huit ans plus tard. On se doute que nous pourrions avoir droit au sentiment de l’exil, à la confrontation de deux cultures, à ses « découvertes », ses interrogations, ses « expériences », ses « rencontres » marquantes, son évolution « intellectuelle », ses « projets » pour l’avenir…


On le retrouve donc en août 1972. Il est toujours au temple et vient de réussir brillamment l’examen d’entrée à l’Université. On apprend que son instituteur Kumjai l’a toujours soutenu et suivi, mais  qu’il vient de partir de « façon inattendue ». Son moine tuteur prend le relais pour l’aider en s’assurant qu’il respecte les 8 préceptes qui font un bon bouddhiste.

Après la 1ére année, il obtient une bourse pour aller étudier en Angleterre. Lors de l’entretien, il est interrogé sur sa participation ou non à la « révolte du 14 octobre 1973 ». Il se souvient alors que le moine tuteur l’avait protégé et que son ami Nit y avait été tué avec des centaines d’autres «  par des soldats et des tanks et des hélicoptères ». De retour au village pour annoncer son départ pour l’Angleterre, il apprend que Kumjai s’en était pris au chef du village et aux « autorités » pour un détournement de fond pour « son » école, et qu’il aurait rejoint les « communistes «  dans la jungle

 

maquis-communiste

Mais Prem ne comprend pas ce combat et estime que Kumjaï ne pouvait pas « s’élever contre les forces de ce pays »  et il avoue : « Kumjai m’effrayait avec sa lutte tenace contre la corruption, l’injustice et l’ignorance ».


En novembre 1974, il est en Angleterre. Il vient de recevoir une lettre de son frère Kiang qui lui transmet des nouvelles de la famille, qui désire sa présence, et qu’il va marier sa sœur Piang, et l’informe que sa « fiancée » Toon l’attend toujours. Pour l’heure, Prem apprécie la liberté vécue : « personne n’était là pour le surveiller, pour limiter ses lectures, contrôler ses pensées ». Il apprécie la liberté de parole des orateurs de Hyde Park, inimaginable sous la loi martiale thaïlandaise. Est-ce un début de conscience politique ? On peut en douter au seul sentiment exprimé d’être resté en vie lors du 14 octobre 1973, alors qu’il sait et dit  que les manifestations des étudiants avaient pour buts de « demander une constitution, le droit de vote, la liberté et l’abrogation de la loi martiale, en vigueur depuis 20 ans ». 

Il ne prend conscience en fait que de ses manques culturels et regrette de n’avoir que de vagues notions du  théâtre et de l’opéra. Par contre, il lit « tous » les auteurs anglais.

 

En décembre 1974, l’ambassade thaïe propose à Prem, malade, d’être hébergé chez Dhani, un autre thaï qui représente l’opposé de son milieu et de sa condition sociale. Il  appartient à l’élite politique  (son père a été ambassadeur aux USA et ministre des affaires étrangères), est issu d’une famille riche, cultivée, aux relations importantes. Dhani a quitté la Thaïlande à l’âge de 10 ans, a étudié à Lausanne, a passé une licence de maths à Oxford, étudie actuellement l’économie  dans une grande école prestigieuse. Prem est reçu cordialement dans un appartement raffiné, où tout respire le luxe ( meubles, costumes, et la voiture Mercédes devant l’immeuble). Dhani reçoit de nombreux amis thaïs issus de son milieu et  qui profitent de son standard de vie. Prem est même reçu avec Dhani par l’Ambassadeur thaï, un « ami » de son père.

Prem est alors loin des 8 préceptes bouddhistes qu’il avait promis de respecter. On attendait des questions, des interrogations, une critique même de ce style de vie luxueux et raffiné. On a un Prem appréciant sa chance d’avoir échappé au massacre d’octobre 1973, et limitant finalement  sa réflexion à la crainte de « devenir un érudit occidentalisé », à des contradictions qui n’ont comme inquiétudes que de « ne pas réussir à écrire des chansons » ! Car Prem ambitionne de devenir écrivain. « Il avait un rêve bien à lui, et c’était de devenir poète ».

poete

Il est certes un peu  gêné par les  pique-assiettes qui envahissent parfois l’appartement de Dhani, par leur aisance et leur cynisme, mais il oublie vite.

Il sera invité par Dani à Munich et va rencontrer Von Regnitz, un grand compositeur allemand, et Hofenbach, un grand chef d’orchestre mondialement connu. Nous n’allons pas ici  raconter les circonstances et la teneur  de ses rencontres, mais Prem est  si profondément marqué par ces deux grands artistes qu’il se demande s’il peut les garder « comme références pour essayer de créer des œuvres d’art en Thaïlande ». Il avouera : « Il faudra que j’invente un modèle de référence plus réaliste en quittant l’ Europe ».  On est bien dans des questions que peut se poser un étudiant qui a décidé de devenir écrivain


En avril 1976 (un an et demi plus tard), les contradictions, « les conflits et les tensions au contact de l’Occident » sont trop grands. Sa mauvaise conscience l’incite à écrire à son moine tuteur pour lui « confesser ses fautes », la trahison de l’engagement pris sur le respect des 8 Préceptes bouddhistes :


«  J’ai désobéi à la plupart des règles des Préceptes. Je mens, j’éprouve du désir, et je m’adonne à la luxure ; je me délecte du confort et du luxe (…) et je consomme des boissons alcoolisées ». Il se sent entre les deux mondes . « La tentation de se laisser dériver vers l’occident devient trop forte pour résister ». Un occident qu’il définit, à l’inverse du bouddhisme, par « l’engagement personnel, le désir, la conviction, l’individualisme et la consommation », « un besoin effréné de produire et de conquérir ».

Ses talents de poète  sont confirmés par le 1er prix d’un concours de poésie, même s’il rêve encore de devenir maître d’école dans un village de  l’Isan, mais précise-t-il, « avec un projet de survie » pour ne pas mourir comme Khumjai.


En octobre  1976, Prem est fortement marqué (traumatisé ?) par 2 événements majeurs. Il apprend par sa soeur, que Khumjai a été tué dans un accrochage avec l’armée ( « si Kumjai est mort, alors ils ont assassiné un innocent, un rêveur ») et que le 6 octobre 1976 « un nouveau soulèvement sanglant et un changement de gouvernement avaient eu lieu » à Bangkok.

bangkok 1976

Il se demande alors ce qu’il peut faire ? comment se rebeller ?


Il invoque alors l’éloignement, ses responsabilités au village (revoir sa mère malade, éviter un mariage à Toon, sa « fiancé »). Mais le réalisme, (l’égoîsme  ?)  reprend vite le dessus, pour reconnaître son aspiration « à devenir un universitaire et un poète » et  ses « fanfaronnades » sur ses désirs d’aider les pauvres, sa crainte d’avoir désormais « une mentalité anglo-saxonne ». Il est choqué par l’attitude de Dhani qui affiche son indifférence aux « évènements du 6 octobre », mais que fait-il ?  


Il décide d’arrêter ses études, de ne pas passer sa licence, de lire les livres qui l’intéressent…de voyager à Paris, à Berlin (en décembre 1978)…  et de se lamenter sur son sort  (septembre 1977) : il repense à la « malédiction » prononcée pas sa mère (« Tu seras misérable et apeuré, comme les petits oiseaux que tu as enlevés de leur nid »), de geindre : « il payait pour ses méfaits, il était destiné à mener la vie d’un exilé, même dans son propre pays », de se consoler, se racheter ( ?) en pensant retourner au village, à mener une vie de paysan et à écrire l’histoire de Khumjai, de Rit, et des « vieilles gens  sans nom ».

Il est perdu au milieu de ses pensées contradictoires. Il sait qu’il n’a pas le courage, la force, la détermination de Khumjai et de Rit, mais qu’il a besoin de retourner au Pays, au village. Voilà plus de 2 ans qu’il a arrêté ses études ! Il est temps.


En juin 1979, il est de retour à Bangkok. Il va directement au temple de Boropopit, mais son moine tuteur n’est plus là. « Il se retrouvait étranger dans cette ville lumière ». Désoeuvré, il ira boire dans des gogos. Mais le lendemain, il était de retour au village

On peut l’imaginer prendre des nouvelles de  la famille (de Toon), visiter sa sœur, son frère, le chef du village (sur les conseils de la mère), revoir les lieux de son enfance, repenser à ses amis d’alors, à l’école , entendre encore la voix de Khumjai  lui dire, une fois de plus :  « Il fallait que tu partes …pour apprendre… pour que tu saches que la pauvreté, l’ignorance et la corruption sont des données humaines qui peuvent être corrigées » .


Mais en fait on le revoit  au village sans trop savoir ce qu’il a décidé, ce qu’il veut entreprendre pour répondre au vœu de Khumjai ou de  Rit dont il se rappelait la mort, le 14 octobre 1973, comme de l’humiliation subie pas son père. Il était peut-être devenu un érudit « anglo-saxon », mais on ne l’avait jamais vu analyser ses journées de « révoltes » qui  avaient marqué l’histoire du pays, on ne l’avait jamais vu s’interroger sur l’engagement de Khumjai auprès des « communistes », ni même émettre la moindre idée pour « corriger » «  la pauvreté, l’ignorance, et la corruption ». Sa décision de jeter ses « oripeaux d’Occident », ses chaussures, sa montre et ses habits, paraissait bien dérisoire.


En juillet 1980, on était quand même surpris d ‘apprendre qu’il avait finalement décidé de se faire moine et d’assister à son ordination.   Mais un moine qui n’était pas encore « détaché » comme le veut le bouddhisme.

Il était encore dans le ressassement de son échec, dans le repentir du chemin pris, dans les regrets d’avoir choisi de continuer ses études, son désir d’être artiste, de ne pas voir « sauvé » Toon, et … « de n’avoir réalisé aucun des rêves de Kumjai ».

Il avait au moins la lucidité de reconnaître qu’il était « devenu un étranger dans sa propre maison ».


Que dire pour conclure ?

On avait eu le sentiment, au vu du prologue d’ « Enfances thaïlandaises », que Pira Sudham avait voulu nous faire « découvrir » les réalités physiques et spirituelles du village de Napo, un village d’Isan : le travail des rizières, le monde des esprits, le temple, les rites, la pauvreté, l’ignorance et la corruption… Il avait voulu partager l’amour qu’il portait à ses paysans, à  leurs valeurs… mais aussi son désir de changement. Le 1er « Terre de mousson », avec la figure de l’instituteur Kumjai incarnait ce désir d’éducation, ce projet de lutter contre   «  la pauvreté, l’ignorance, et la corruption », même s’il décrira, par la suite, son échec et ses désillusions et comment il fut conduit à prendre les armes et à rejoindre les « communistes ».


Mais on peut se demander pourquoi Pira Sudham a poursuivi son roman avec Prem, celui auquel Kumjai croyait. A moins, peut-être, qu’il se retrouvait dans ce personnage; qu’il avait eu le sentiment de fuir les réalités historiques et politiques de son pays, pour aller étudier en « Occident », qu’il avait eu le sentiment d’avoir abandonné sa famille, sa « fiancée », d’avoir trahi Kumjai, son ami Nit, et même l’engagement qu’il avait pris avec son moine tuteur de respecter les 8 préceptes.


Certes un personnage de fiction reste un personnage de fiction, mais j’ai le sentiment que Pira Sudham a dû se retrouver dans ce Prem, car comme lui, il aime « son peuple et sa terre », comme lui, il a été « arraché à la pauvreté grâce à son instituteur, puis à l’octroi d’une bourse » (Cf. préface d’ « Enfances thaïlandaises »). Mais à l’inverse de Prem, il s’est engagé concrètement pour aider les enfants à poursuivre leur études (Cf. par exemple son action au sein des « Enfants du Mékong »), et réussi à devenir un grand écrivain.       

 

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----------------------------------------------------------------------------------------------------------------Pira Sudham, Terre de mousson, 1998, Editions Philippe Picquier pour l’édition de poche.

1988, Shire Books pour l’édition originale.

1990, pour l’édition Olizane S A, Genève pour l’édition française.

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 03:04

enfance thaieLa littérature de l’Isan  : Enfances thaïlandaises, de Pira Sudham, coll. Les enfants du fleuve, Fayard, 1983, 1990 pour la traduction française.

Nous savons que la littérature n’a pas pour principale fonction de nous informer, mais elle le fait aussi. Elle est même parfois la seule à nous révéler les « réalités » que nous ne voulons pas voir, et même « l’invisible ». Ici, nous avons pensé que le grand écrivain de l’Isan, Pira Suddham, était le mieux à même de nous « initier » à la vie d’un village d’ Isan des années 60, ses dures conditions de vie, ses rituels, ses valeurs, enfin sa « culture ».

 

Le livre propose un prologue, cinq nouvelles : La pluie, En terre étrangère, Drame, La semaine, La propriété et l’honneur), et un petit roman (84 p.), Terre de mousson.

 

1/Le prologue donne le ton et nous plonge dans les dures réalités des villages de l’Isan, avec ses attentes inquiètes de la  mousson, ses périodes de chaleur intense, de disette, de combat pour survivre, de pauvreté,  auxquels  s’ajoutent l’ignorance et la corruption. Le narrateur regrette amèrement que cette vie misérable, ce cercle vicieux,  soit acceptée comme le prix du karma. Il aimerait tant que « la pauvreté, l’ignorance, la disette et la corruption soient considérées « comme des contingences qui peuvent être amendées ou surmontées ». Mais malheureusement le changement qu’il voit  à l’œuvre  : les jeans, le plastique, l’électricité avec les télévisions, les réfrigérateurs, la société changée avec l’entre- aide qu’il faut désormais payer, les migrants du Moyen Orient qui reviennent au village avec leur argent , des idées et des visions nouvelles, le style dit « moderne », ne semble pas inaugurer une période plus heureuse. Surtout qu’« à la frontière, un autre changement, brutal, soudain, est en attente ».

 

2/ La pluie illustre à travers les yeux de deux enfants, Kum et Dan, l’apprentissage du rituel pour faire arriver la pluie « Pourquoi est-ce que les grands font toutes ces choses ? ». Dan voudrait tant comprendre, du haut de ces 6 ans,  pourquoi les moines, les villageois accomplissent tous ces rites magiques pour faire venir la pluie. Dan voudrait tant soulager la souffrance de ses grands-parents, qu il tentera, en vain, de faire un sacrifice aux esprits avec son sang, dans l’attente de la pluie, qui ne vient pas… 

 

3/ En terre étrangère, relate la séparation de deux frères, l’un resté au village et l’autre parti vivre à l’étranger, à travers des lettres qu’ils échangent.

Le frère du village lui donne des nouvelles, du travail des champs, de la nouvelle récolte, des nouveaux buffles, de la famille qui espère son retour ; il lui transmet aussi le sentiment heureux d’accomplir son devoir. Tandis que son frère se lamente :

« Vivre à l’étranger signifie plus qu’être exclu : c’est se souvenir du passé, et pleurer sur les êtres aimés laissés derrière soi »
Alors renter au village ?

Il dit qu’il ne peut plus vivre comme ses parents même s’il sait que son frère «  a trouvé le sens de l’existence » , en reprenant le rôle des parents désormais âgés, en les aidant, et en étant fier de son travail. Il ne peut qu’exprimer ses regrets, et se rappeler avec nostalgie des moments heureux du passé.

 

4/Drame raconte un autre chemin possible pour s’en sortir à travers le parcours de deux femmes Nipa et Salee. Mais là encore le départ du village ne leur apportera pas le  bonheur, loin de là.

 On assistera au parcours hélas bien connu : Une femme de la ville, bien habillée, recherche des domestiques pour Bangkok … et on se retrouve femme « louée » (mia noï) ; puis dans un bordel, et ensuite à chercher le farang à Pattaya … Salee, déçue retourne au village et peut croire encore au bonheur après avoir croisé le regard et le sourire « innocent » d’un jeune villageois juvénile. Nipa sera assassinée en dehors du village par des bandits après avoir tenté de recruter des jeunes filles pour son nouveau projet de bordel. 


On se rend compte avec ces trois nouvelles que la vie est difficile dans le village d’Isan avec sa pauvreté, sa disette périodique, auxquelles s’ajoute la corruption venue de l’extérieur (les grands projets de développement détournés, les autorités de la ville) et l’exploitation de son ignorance (avec les marchands passant au village, le Chinois achetant la récolte).


Mais cette vie est aimée, est sujet de fierté, d’héritage « culturel » qu’il faut transmettre, mais qu’il faudrait aussi changer. Le narrateur estime que  la croyance bouddhiste au Karma empêche toute prise de conscience, toute révolte, tout moyen de bouleverser cette misère. Il montre que les moyens  individuels choisis pour s’en sortir, le départ à l’étranger, les filles « tarifées » n’apportent que désillusions ou malheur aux intéressés. Il estime que les migrants au Moyen-Orient qui reviennent au village n’apportent pas le changement souhaitable avec la monétarisation des relations, et leurs idées dites nouvelles  (les maisons en dur « modernes » n’ont pas le charme des maisons  d’autrefois).


Et pourtant il constate, (il regrette ?)  qu’au fil du temps, le changement, les transformations sont à l’œuvre et modifient la vie traditionnelle des villages d’Isan ( le jeans, plastique, électricité, réfrigérateur, télévision, l’argent qui arrive de l’extérieur, les maisons  en dur …). 

 

5/ La semaine, nous montre une autre réalité  des « Lumières de la ville », à travers l’anecdote de la facture d’électricité que l’on ne peut pas payer. Cette nouvelle présente à travers quelques traits,  la vie de ces migrants qui quittent le village pour Bangkok, pour  ne trouver finalement  que des petits boulots (marchande ambulante de gâteaux pour la mère ou chauffeur de taxi et l’aventure du travail en Arabie saoudite pour le père, et l’espoir de s’en sortir), et une autre forme de misère. Cette nouvelle est racontée par le regard d’un enfant qui apprécie cette nouvelle vie, le monde de la rue, mais qui doit aussi apprendre le prix de la misère, sans perdre sa dignité « si importante pour sa maman ».

Les valeurs

En effet, ces nouvelles nous décrivent les « misères » des paysans de l’Isan au village ou en ville, mais insistent sur l’héritage des valeurs, qui donnent sens au travail des rizières, qui relient les familles, qui constituent la « richesse » de ces déshérités. Nous avons déjà vu la fierté exprimée du travail du paysan, son devoir d’aider les parents vieillissants, et de  s’entre-aider, sa relation privilégiée avec la nature, son attention aux autres vivants, aux  buffles qui l’aident dans son travail, à sa dignité qu’il faut défendre, et son « honneur » dans la nouvelle qui suit. 

 

6/ La propriété et l’honneur. Cette nouvelle nous présente à la fois, comment la ville étend ses tentacules, mange les vergers, élimine le travail bien fait de ses paysans, et  le combat d’un vieillard face au « progrès », face à un projet qui prévoit de transformer des riches vergers en lotissements industriels. Il est le dernier à résister aux propositions et aux menaces des « spéculateurs» et promoteurs. Il le payera de sa vie, le prix de son « honneur ».  Là encore, on va assister à ce déni de justice à travers la relation d’un enfant avec ce vieillard qui lui apprend à respecter la « propriété et ce qui appartient à autrui. », à partager les fruits et légumes du jardin avec les nécessiteux, et à résister à tout « envahisseur », même au prix de sa vie.

Le livre va donc se terminer par un petit roman qui va présenter la vie d’un village d’Isan pendant 11 ans, de mars 1954 à février 1965.

 

7/ Terre de mousson, en 84 pages, raconte à la fois, la vie du village de Napo en Isan sur 11 ans, à travers 5 chapitres chronologiques : mars 1954, juin 1958, mars 1961, janvier 1963, et février 1965 et surtout l’enfance de Prem et sa rencontre avec un instituteur hors du commun, Kumjai, qui a le projet « fou », non seulement d’apprendre à lire et écrire aux élèves du village,  de « développer l’esprit » mais aussi  de croire, comme le dit le prologue,  que  « la pauvreté, l’ignorance, la disette et la corruption » puissent être « amendées et  surmontées ». 

terre de mousson

Mars 1954. (La naissance de Prem au village de Napo)

Le roman s’ouvre avec la naissance de Prem Surin, le 6 ème enfant de Booliang Surin, que le père va de suite enregistrer, avec respect,  chez le chef du village. Kiang, l’ainé, va le  prendre sous son aile, le surnommer le têtard, et très jeune l’initier aux us et coutumes  que doit savoir tout jeune paysan. Il lui apprendra à monter sur un buffle par exemple. Très tôt, malgré la défense de sa sœur Piang, on le nomme « le muet ».


Juin 1958. (Prem découvre le monde)

Kiang poursuit « l’éducation » de son jeune frère, lui apprend à lire les présages pour la venue de la pluie « inscrits dans la forme et le mouvement des nuages » et les tabous à respecter (ne pas défier le ciel, ne pas s’opposer aux puissances des ténèbres, ne pas faire de commentaires sur les nuages, ne pas montrer du doigt l’arc-en-ciel), mais aussi le « piégeage des oiseaux »... Et puis un jour, Prem tomba dans un étang, faillit se noyer et fut sauver par le devin du village, qui réussit à éloigner l’esprit qui voulait le capter, avec l’aide des parents qui suivirent le rituel avec force de  promesses de repas, de dons fait aux moines. Le muet, miraculeusement se mit à parler. Beaucoup, dès lors le craignirent, pensant que l’esprit l’avait adopté et donné des pouvoirs surnaturels. Le nouveau chef, franchement élu, ne put supporter son regard et lui lança même un jour une pierre à la tête.

 Prem ne dit rien, comme il ne dit rien sur la façon que le nouveau chef avait été  élu en achetant chaque voix 10 baths, alors qu’il savait déjà même si jeune, que « dès que l’homme fut installé dans une position qui l’investissait du pouvoir des maîtres, avec la policiers et la loi de son côté, il l’utilisa à son profit ».

A ce stade, le début du roman nous introduit dans un village d’Isan, à travers le regard d’une famille et l’arrivée de Prem dans ce monde, qui découvre  la vie de jeune paysan, les riziéres et la vie animale,  le monde surnaturel et des esprits, les tabous, et les rituels à accomplir en certaines occasions, le respect dû aux moines et au chef du village. Il découvre aussi  l’amour de sa famille  et la « méchanceté »  humaine et la corruption.

 

Mai 1961.(L’école et l’instituteur)

Prem a 7 ans et son frère Kiang lui apprend qu’ « à partir de maintenant », il va devoir aller à l’école car dit-il, « Tous les garçons et les filles entre 7 et 14 ans doivent apprendre à lire et à écrire ».  Et on va découvrir un autre univers, l’école, et un nouveau personnage, Kumjai l’instituteur, sa mission et ses projets.

Prem va découvrir le salut au drapeau et l’hymne national, que l’instituteur lui parle avec « des paroles étranges et obscures » dans une autre langue que la sienne, le thaï, qu’il devra apprendre, ses premières leçons, l’alphabet,  les rejets et affinités, les bagarres en cours de récréation…

On va aussi avoir le 1er portrait de Kumjai, qui, le premier a ouvert la 1ère école primaire du village de Napo, en dehors du temple, ses difficultés pour convaincre les parents que l’école était aussi pour les filles. On apprend ses efforts pour s’intégrer aux villageois, mais comment réussir quand on ne joue pas et qu’on ne boit pas…et qu’on ne s’intéresse pas aux filles à marier du village. Il est aussi touché par la mort du vieux chef qui le soutenait et « les dessous » de l’élection du jeune chef.


Janvier 1963 (L’humiliation subie lors de la vente de la moisson, Les valeurs des parents)

Prem à bientôt 9 ans va découvrir en ce mois de janvier, comment son père est volé lors de la vente de sa moisson, à  la ville de Muang, située à 60 km. Le narrateur précisant « Le propriétaire du moulin, les grossistes, les revendeurs et les boutiquiers, en majorité des Chinois, s’étaient considérablement enrichis en commerçant avec les paysans illettrés ». En fait Prem est traumatisé, à la  fois parce que son père fait appel à lui pour savoir si le montant est correct, mais surtout par l’humiliation qu’il subit sans  broncher.

Elle est aussi pour lui l’occasion de se remémorer les valeurs défendues par ses parents : « la richesse de la vie spirituelle »  comme lui disait sa mère, le respect dû aux moines, les offrandes pour obtenir des « mérites », ou comme son père qui trouvait « son bonheur dans une  saison favorable, dans le respect des jeunes pour les vieux, dans l’affection et les égards des voisins les uns envers les autres ».

Prem rappelle aussi la nécessité et l’ humiliation subie quand il fallait mendier le riz en temps de disette . Prem ressent alors le désir de protéger son père des insultes et de l’indignité.

 

Février 1965. ( Khumjai, sa mission d’améliorer le sort des paysans et de leurs enfants, sa solitude, ses « rêves », ses désillusions… son désir d’aider Prem à poursuivre ses études. )

La dernière partie  est la plus longue et voit l’instituteur Khumjaï établir en quelque sorte un bilan de sa vie après 10 ans passés parmi les villageois de Napo. Il est conscient qu’il a partagé à la fois leur dure existence (connu la disette, la famine,  l’eau manquante….) mais qu’il a une « position » différente  et qu’il est vu comme un « dingue » pire, « un étranger ». Il est le seul à posséder des toilettes, à prêter de l’argent sans intérêt, à penser, à rêver (? ) au développement du village ( des toilettes pour tous, une paire de chaussures pour chaque enfant, des médicaments et des soins au village, une digue et surtout combattre l’ignorance pour les empêcher d’être victimes de ceux qui s’enrichissent sur leurs dos. Il ressent profondément sa solitude, comme lorsqu’ il a construit cette école primaire en dépensant une partie de son salaire, et en mettant en œuvre des quantités d’actions pour l’améliorer, année après année. 

Il se rend compte qu’après 10 ans, il est seul à porter  ces rêves,  ces aspirations d’éducation et d’amélioration du sort de  tous. Il se sent découragé et voit les limites de son pouvoir et de ses actions. Il ne peut rien en cette nouvelle fin d’année scolaire pour  empêcher ses élèves  de « retrouver le cours naturel de leur vie », « dominée par la pénurie, les superstitions, les inondations et les  sècheresses, par la maladie et l’implacable pauvreté ».


Il est désenchanté et pense alors à un nouveau projet, plus limité mais peut être plus solide : former une  personne. Il pense naturellement à Prem qui a fini premier et qu’il voit ensuite lire le livre de poésie qu’il lui a offert. Il va présenter son projet aux parents, et chercher les moyens pour le soutenir. Il trouve un ami moine qui accepte au temple de Borombophit de l’accueillir comme servant.

On voit ensuite Prem, rapidement,  dans sa nouvelle vie au temple, dans la découverte  de ses premiers farangs en visite touristique, de la rencontre de Nit,  rejeté par les autres moinillons comme « rouge » parce qu’il sert un moine réputé « dangereux pour ses idées ». Prem écrit alors à Kumjaî pour savoir ce que sont ces idées « dangereuses ».

Le roman se termine sur Kumjai voulant rendre visite à Prem et qui une fois de plus, en chemin,  se sent impuissant devant une situation de misère (un couple de vieux, humiliés, car  n’ayant pas les moyens de se faire soigner).

 Il se rappelle alors les moments difficiles, «  le toit de l’école qui rendit l’âme », les murs soufflés, les refus  pour l’aider, ses efforts inutiles pour changer les mentalités, vaincre l’ignorance. Une fois de plus, « Le temps paraissait avoir perdu sa signification et sa valeur. Ce n’était que souffrance, maladie et mort».

 

Le roman  se termine donc sur l’incertitude du sort de Prem parti étudier à la ville et sur le désarroi et le découragement profond de Kumjaï conscient de son échec.

 

 

Le prologue avait tenu ses promesses.

Nous avions partagé, le temps d’une lecture, la vie des paysans de l’Isan : leur vie difficile avec l’attente inquiète de la mousson, les moments de sècheresse et d’inondation, leur fierté du travail des rizières, leur pauvreté. Nous avons aussi avec eux accompli les rituels, fait les offrandes au temple, pour «se protéger » des esprits ou demander leur aide.

Nous avons aussi compris avec le narrateur de Pira Sudham qu’ils avaient des valeurs importantes, une « richesse spirituelle » comme disait la mère de Prem, une culture « authentique » que le « changement » venu de l’extérieur commençait à miner.

 Mais Pira Suddham  ne cachait pas les tristes réalités avec l’ignorance, la corruption, la disette souvent, et son désir, vain, de voir ces frères d’Isan prendre en charge leur changement, l’amélioration de leur vie. Il aurait voulu qu’ils suivent les « idéaux » de l’instituteur Kumjai.  

 

Il voulait que « la pauvreté, l’ignorance, la disette et la corruption soient considérées « comme des contingences qui peuvent être amendées ou surmontées ». 

 

 pira-sudham-book-signing

Vous pouvez aussi lire le petit article que Gérard a consacré à Pira Sudham :

 

http://gerard.pissamai.over-blog.com/article-pira-sudham-un-ecrivain-d-isan-66365523.html 

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 03:04

  photo guide dubusLa vision de l’Isan selon Arnaud Dubus  :« journaliste indépendant, vit en Thaïlande depuis 1989. Il travaille pour RFI, Libération, Le temps, Marianne et TV5. (…) Parlant couramment le thaï, il se passionne pour l’histoire, la politique et la culture de ce pays ». Il vient de publier en 2011 un « guide » présentant la Thaïlande ( Histoire, Société, Culture).


 Il nous a paru  intéressant de présenter sa vision de l’Isan, qui apparaît spécifiquement dans le chapitre 2 : « le Nord-Est, cœur rural du royaume » (p.43) et au chapitre 5 «  Le poids de l’Isan » (p.103) et dans d’autres pages disséminées surtout au dernier chapitre où il présente la « Musique des rizières, théâtre des campagnes ».


1.      Le Nord-Est, cœur rural du royaume (3p.)


La première phrase est explicite et justifie notre curiosité : « Le pays isaan possède sans doute l’identité culturelle la plus prononcée.Tout ici, de la musique à la nourriture, de la langue à l’artisanat, porte la marque spécifique de l’ Isaan, qui le distingue nettement de la culture nationale thaïlandaise, telle que définie par la bureaucratie de Bangkok ».

DubusUne spécificité qu’il explique rapidement par l’origine du  peuplement (khmer au XI ème siècle et lao au cours des siècles suivants) (Il y en a d’autres. (Cf. Notre article « Langues et dialectes en Isan) ayant composée une culture populaire vivante, qu’il nous invite à apprécier à travers la tradition musicale (Cf. ch. 11), le tissage de la soierie, la cuisine, sa langue…


Toutefois, cette spécificité culturelle n’est pas ici présentée dans sa dimension « historique », dans la lutte idéologique et violente que les Thaïs siamois ont imposé au pays d’Isan, depuis le roi Chulalongkorn, mais surtout  le régime fascisant du dictateur Phibun dès 1938 et que l’on peut appréhender sous le concept de Thaïness (thaïfication).  (Cf. notre article http://www.alainbernardenthailande.com/article-pour-comprendre-la-crise-actuelle-la-thainess-63516349.html )


Dubus ne l’ignore pas et traite cet épisode de l’Histoire dans le chapitre 5 « Le Nationalisme thaïlandais » Ce n’est donc pas «  la bureaucratie de Bangkok »  qui a défini cette culture. De même, quand il évoque les guerres civiles pour expliquer  l’installation des Lao en Isan,  il oublie  ici, ce qu’il reprendra dans le chapitre 5 : comment après avoir rasé Vientiane en 1828, « des dizaines de milliers de Lao, prisonniers de guerre, ont été déportés dans le Nord-Est ».  

Ce qui peut aussi expliquer pourquoi « La région a été périodiquement secouée par des rebellions contre l’autorité centrale » et de citer les maquis communistes et les bases US en Isan pendant la guerre du Viet Nam. En fait, beaucoup d ‘informations sont données mais sans  réelle explication historique et  politique récente (rien sur ce que représente les « rouges»  si essentiels pour comprendre le présent).


RizieresEnsuite Dubus traite ce qui évidemment marque tous les observateurs, à savoir la pauvreté, qu’il explique par le peu de ressources naturelles, les conditions climatiques (sécheresse et inondation), une ruralité peu urbanisée, et donc des conditions de vie très difficiles (11 815 baths de revenu mensuel contre 17 786 au niveau national  en 2006. (Sic) (J’ai trouvé en 2002, le salaire moyen à 3928 baht par mois (env. 90 euros) et une moyenne nationale de 6445 baths ).  


Une fois de plus, on ne trouve pas  le rôle du pouvoir politique et économique des familles royales, des militaires et des « Chinois » aisées de la capitale. On ne dit pas pourquoi cette Région a été délaissée par les élites politiques et économiques.


Il sera plus facile de dire que les Isan se caractérisent par leur joie de vivre et leur insouciance, « pendant de  leur endurance », ce qui est d’ailleurs vrai. 


Il en donnera 3 exemples :


une  capacité de survie dans la cueillette  (dénicher fourmis et lézards), une migration annuelle pour chercher des petits boulots à Bangkok et, dit-il sans aucune précaution morale, le travail des filles dans les « célèbres massages érotiques ou dans les gogos bars de quartiers chauds de la capitale » (Chacun sait qu’elles ne sont que dans la capitale !!!).

Il cite le célèbre écrivain  Pira Suddham  pour justifier cette présentation : « Avec endurance, nous acceptons notre destin comme quelque chose auquel on ne peut pas s’opposer » ; Mais le hic est que ce livre « Terre de mousson »  date de 1988, et que justement depuis 1997, la nouvelle Constitution, et  en 2001 tout a changé… L’Isan a pris conscience qu’elle pouvait désormais participer au pouvoir politique et donc économique.


Jaune et rougeD’ailleurs Dubus n’ignore rien de la vie politique du pays  (Cf. ch. 2006-2010 : Chemise rouges contre Chemises jaunes. p. 158 et son encadré sur le PAD ( chemises jaunes) p. 159). Il écrit sur « Le phénomène Thaksin » (p. 153) et note aussi page 176 : « L’arrivée au pouvoir de Thaksin Shinawatra, en 2001, marqua un changement radical ». Mais son sujet étant la Thaïlande, il n’a peut-être pas voulu se répéter et appliquer cete grille politique pour comprendre l’Isan.


Le poids de l’Isan ( pp.103-105). 


Après avoir rappelé brièvement les 3 événements majeurs historiques qui ont marqué cette terre d’Isan à savoir : Baan Chiang (qu’il situe entre 2000 et 4000 ans avant J.-C. (Cf. notre article

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html et notre  désaccord sur cette datation), le royaume khmer (dès le IX, X ème siécle), et l’immigration et les déportations lao (surtout au XIX ème), Dubus va nous donner 2 caractéristiques qui seraient donc sensées nous donner le « poids de l’Isan » :


La 1ère est incontestable :


-          23 millions d’habitants, un tiers de la population thaïlandaise (majorité de Lao et une minorité de Khmers) et ajoute-t-il, non sans sous-entendu, « un poids électoral important » !

Ces données apparemment données dans leur évidence suggèrent en fait le principal problème (avec l’ intégration du Sud) de la Thaïlande, surtout qu’il ajoute  « souvent ostracisés par les habitants de Bangkok qui les considèrent comme  rustres et arriérés ». Il n’est pas sûr que le choix, une fois de plus,  de cette présentation a-politique soit la plus pertinente pour aider à comprendre la situation actuelle de la Thaïlande et cela d’autant plus que notre auteur n’est pas dupe de l’exploitation éhontée de la main- d’œuvre des migrants de l’Isan, à qui il attribue la construction, «  à la sueur de leur front, des immenses complexes commerciaux et les gratte-ciel de Bangkok ( …) où les gens du Nord-Est ne se rendront plus jamais plus une fois le chantier terminé ».

 

La 2 ème est la transformation de l’Isan.


Dubus nous donne quelques exemples de « cette évolution économique et sociale », comme les hôtels de luxe, centres commerciaux et discothèques de Korat, le jean à la place du sarong, « l’ omniprésence des motos et des véhicules utilitaires ». Certes !


Il aurait pu évoquer les nouveaux modèles de la société de consommation, le développement d’internet et des cybers cafés, et le rôle des médias …

 

Il estime surtout que la transformation est due à l’éducation («l’énorme majorité des jeunes terminent leurs études secondaires et poursuivent leur éducation dans une  école professionnelle » avec ce constat ou ce sentiment : « aucun ne reprendra la charrue de ses parents ».


Notre article sur l’éducation relativise quelque peu cette présentation optimiste (« seuls 6 % suivent le niveau secondaire et 1,13 % vont jusqu’ à l’ équivalent du bac ». Dubus, ailleurs (pp.144-146), dénonce « la médiocrité du système éducatif », le conservatisme du corps professoral, le manque de sélectivité et la multiplication des diplômes généralistes, la « massification » de l’enseignement supérieur… et ce chiffre « terrible » : « En 2002, 70% de la force du travail n’avait pas dépassé les six années primaire »

 

Mais nous pouvons aussi penser  que la société capitaliste avec son modèle consumériste, relayé par la télévision et ses valeurs de la bourgeoisie thaïe et de la classe moyenne, et la nouvelle civilisation d’internet jouent un rôle plus déterminant.

On peut aisément croire que les 37%  des moins de 25 ans (soit env. 8 millions de personnes) ne désirent plus aller aux champs, mais désirent-ils aussi continuer d’alimenter la main-d’œuvre sous-payée de Bangkok ou des villes. Les filles rurales d’Isan n’auront-elles toujours comme choix de promotion que les salons de massage, les gogos ou les bars des villes ou le mariage avec les farangs.

 

Enfin, dans son dernier chapitre (ch. 11), dans un beau  titre  «  Culture, entre le village et le palais », Arnaud Dubus, n’oublie pas une bonne présentation de la « musique des rizières, théâtre des campagnes », « une culture rurale vivace et enracinée dans le folklore local ».

 

Pour conclure, nous estimons qu’en 7/8 pages consacrées à l’ Isan, Arnaud Dubus nous donne un maximun d’informations utiles pour comprendre cette région de Thaïlande, même s’il n’applique pas suffisamment à l’Isan, les données politiques qu’il nous livre ailleurs dans le livre.


Un des meilleurs livres pour découvrir la Thaïlande.

 

 

Arnaud Dubus, « Les Guides de l’état du monde », « Thaïlande, histoire, société, culture », Ed. La Découverte, 2011

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 03:16

amulettes siamoises-60 Notre Isan,  bouddhiste ou animiste ? 

Nous terminions notre article précédent en suggérant que les Isans (comme la grande majorité des Thaïs ?) étaient avant tout animistes avant d’être bouddhistes. Ce sentiment éprouvé, qui n’a rien ici de sûr, s’appuie sur les pratiques observées dans la vie de tous les jours, d’autant plus difficile à démontrer, que cet animisme est « imbriqué » dans  le calendrier et le rituel bouddhiste.

Certes tout le monde reconnait comme par exemple Pornpimol Senawong, dans « Les liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture », que l’animisme avec sa croyance aux  esprits constitue le socle culturel fondamental  commun à tous les Thaïs : « Bien que la majorité des Thaïlandais soit bouddhiste, l’animisme a une grande influence sur leur vie ».


On ne peut nier l’évidence.

Tout dépend donc du « degré  d’influence » que l’on accorde, et de la place et du statut que l’on a au sein d’une société « officielle » qui associe le roi, le drapeau et le bouddhisme.

 En effet, le culte des esprits avec  leur interaction sur le monde du vivant est bien plus ancestral que les autres grandes religions connues dans le monde. La population asiatique croyait aux esprits des défunts, des esprits maléfiques ou de bienveillance et aux génies avant  la propagation du bouddhisme.

Le bouddhisme a certes  implanté profondément la croyance au karma, qui promet une vie future meilleure et plus heureuse à ceux qui accomplissent des actes méritoires  et un sort misérable à ceux qui accomplissent des mauvaises actions.


Aussi les Isans ont bien compris que faire des dons à la sangha, offrir de la nourriture aux moines, entretenir les temples, participer aux cérémonies bouddhistes, et offrir l’aumône, sous forme de bougies, fleurs et encens,  passer une période de sa vie dans la sangha  sont considérés comme actions méritoires. La plupart des fidèles espèrent s'assurer le bonheur et les plaisirs dans la vie future, soit au cours d'une nouvelle existence terrestre, soit dans le monde céleste.

Si l’accumulation de mérite – bun en thaï, du terme Punna en Pali – est censé exercer une puissante influence sur la vie future et les renaissances futures (voir le proverbe : tham dii, ddi dii ; tham chûa, ddi chûa : « les bonnes actions mènent à de bons résultats ; les mauvaises actions à de mauvais résultats »), nous pensons que la majorité préfère ne pas attendre la « béatitude » et espère plus simplement devenir riches ou obtenir plus d’aisance dans le futur proche.


Tout est ici question d’interprétation.

On peut par exemple signaler que « Les mérites gagnés peuvent également être transférés à des proches ou d’autres personnes que nous aimons, y compris ceux qui nous ont quittés. » et déclarer : «  Un tel partage du mérite, qui reflète l’esprit thaïlandais de générosité et la fidélité à la famille, peut être demandé officiellement au moment du don aux moines et aux monastères ». On peut aussi y voir un  détournement du « bun ».  


Bref, nous pensons que Bouddha en Isan a été déifié et considéré comme l’esprit le plus grand et donc le plus efficace pour parvenir à une vie meilleure. Bien qu’au sommet du Panthéon, il  prend place parmi les autres esprits, qu’il faut savoir amadouer, « prier », pour obtenir un gain immédiat. Il est bien sûr possible que certains puissent faire co-exister les deux « religions », pourtant si contradictoires.

L’Isan croit aux esprits, aux divinités résidant dans certains objets ou éléments de la nature, à de nombreux êtres spirituels qui contrôlent et agissent dans  différents aspects de l'environnement naturel et social. Il  vit dans le sacré, dans un temps et un espace social et géographique sacrés. Il sait ce qu’il faut faire pour vivre ce sacré. Il connait le rituel à suivre dans le calendrier, les cérémonies qui marquent  les étapes de sa vie et de ses activités. Il ne peut accomplir aucun acte important de sa vie sans demander au préalable à un moine, s’il doit le faire ou quand il doit le faire (se marier, construire une maison,faire un voyage, etc …). Il doit être en harmonie avec le cosmos.   Il connait les endroits sacrés, qu’il faut honorer. Chaque village ou chaque province a son arbre sacré, séjour d’un esprit, auquel on offre des sacrifices lorsque les pluies tardent par exemple. On a peut-être oublié qu’en Gaule avant le christianisme, le culte des arbres était très populaire. On préfère de nos jours parler de superstitions.


En effet, il  n’est pas de journaux, de magazines thaïlandais, de guides  qui ne signaleront ces « croyances », ces « superstitions » : « La Thaïlande, ses esprits et ses fantômes  (Thailander, 16 juin 2008), ou « Croyances : À la chasse aux fantômes ! » Patrick Aventurier (Gavroche, juin 2011).

Récemment, Michèle Jullian dans son blog http://michjuly.typepad.com/blog/udon-thani/ était plus courageuse : « Prédictions, astrologie, rituels, pouvoirs surnaturels, croyances, formules magiques…. Ces pratiques, pour moi, n’ont rien à voir avec le Bouddhisme tel que je le conçois, mais ont tout à voir avec la superstition, donc à une forme primitive d’animisme »…et de donner des exemples.

« Cette pratique (passer sous le ventre d’un éléphant qui vient d’avoir un petit, porte chance) est courante en Thaïlande et Thaksin l’ex Premier Ministre s’y serait plié par deux fois parait-il (dixit Pasuk Phongpaichit et Chris Baker : « The spirits, the stars and thaï politics ») » et d’évoquer aussi l’utilisation de  l’astrologie en politique. « Au-delà de la lecture des astres et de leur influence sur les événements, il existe bien d’autres pratiques en Thailande » qui veulent prédire le futur, changer le cours du destin ou « inverser le karma »… ou « plus simplement « faire venir l’ argent ».


Tous reconnaissent que les Thaïs ne sont pas avares de divinités mêmes hindoues, de multiples esprits qui jalonnent leur espace et leur temps,  de croyances animistes, de superstitions.  

Et si on inversait, et si comme je le crois, les Isans (et les autres Thaïs ? ) étaient avant tout animistes et avaient aussi des croyances bouddhistes qui leur permettaient de vivre en paix, avec le Pouvoir en place. Ou, si l’on veut être plus prudent :

« Loin de rentrée en conflit avec le bouddhisme, ces croyances y ont été assimilées, ainsi les esprits se placent à un niveau intermédiaire entre les hommes et les divinités hindoues, et sont des serviteurs de Bouddha. »


Si la « thaïfication » a réussi  à faire oublier leur origine lao ou kmer aux Isans, il semble qu’elle n’a pas réussi à éradiquer les « superstitions »  ancestrales, leur religion animiste. Et là encore, à l’inverse,  si ces « superstitions », ce culte des esprits et cette pensée magique  étaient encore ce qui donne sens aux villageois de l’Isan, leur religion. Et s’ils avaient détourné le bouddhisme en l’intégrant à leur religion ? Curieuse hypothèse ?


 Le Culte des esprits 

Le culte des esprits est une croyance animiste très ancienne, on parle de "chai thé" génie, gardiens du sol, des champs, des arbres, des maisons...Ils sont chargés de tenir éloignés les « Phi », les esprits malveillants.

Ainsi par exemple, chacun peut voir, en circulant, devant presque toutes les maisons, les maisons des esprits (san phra phum), ses maisons thaïes traditionnelles miniatures, destinées à abriter les Seigneurs des lieux, les pra phum (langue formelle) ou chao thi (langue populaire) chargés d’éloigner les mauvais esprits. On a soin (presque) tous les jours d’y offrir nourritures, boissons, encens et fleurs.

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Certains n’hésitent pas à se protéger aussi en demandant aux moines de dessiner des symboles protecteurs  sur les murs de leur maison (ou le plafond de leur voiture). 

Il existe aussi des esprits diaboliques (phii) qui entrent en possession de personnes, surtout les fantômes issus d’une mort violente (phii thai hong) ou inexpliquée. On redoute surtout les femmes enceintes (phii tai hong tong klom) mortes  avec leurs foetus.

Patrick Aventurier dans le Gavroche de juin 2011, « Croyances : À la chasse aux fantômes ! » relate que : 

« A Takhianran, au coeur de la province de Sisaket, le chagrin et le deuil ont laissé place à l’incompréhension et à la peur. Le décès d’une jeune femme de 25 ans, morte dans des circonstances inexpliquées, a plongé la communauté dans la psychose.

Convaincus qu’un fantôme est responsable de cette tragédie, les villageois vivent dans la crainte d’un nouveau drame. On redoute de marcher seul dans la rue à la nuit tombée, on jure l’avoir aperçu au détour d’une ruelle ou près de chez soi, on sent sa présence à chaque instant.
 » [ …] «  Pour parer à la menace et chasser leur fantôme, les habitants de Takhianran ont commencé à confectionner des épouvantails avec les moyens du bord et à les installer devant leurs maisons. ». Il nous décrit la cérémonie spectaculaire des femmes en transe, qui avec leur chamane, vont combattre le démon invisible, parfois pendant des jours,

Il nous certifie que « Dans cette région extrêmement pauvre et rurale, composer avec les esprits conditionne et rythme le quotidien. »

Rien n’arrivant au hasard, le moindre incident, maladie inexpliquée, mauvaise récolte seront atttibués à la malveillance d’un Phi,  nécessitera une « cérémonie » adaptée à la menace. A l’inverse, il n’est pas inutile de s’en protéger.

Le culte des « amulettes »

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Pour se protéger des mauvais esprits et pour avoir de la chance, les Thaïs portent des amulettes (phra kreuang), ou se font tatouer des symboles protecteurs. Le site « Thaïlander » http://thailande-fr.com/author/bangkoknews propose en date du 16 mai 2011 un  article très intéressant de Loris-Alexandre Oviatto : 

« Une belle-mère récalcitrante, des examens à passer, une petite amie qui vous a quitté, des problèmes d’argent ou encore une récolte de riz qui s’annonce incertaine: il y a surement une amulette qui convient à votre situation.
La Thaïlande est le pays des amulettes. Accrochées au rétroviseur dans les taxis, dans les maisons ou portées en bracelet ou collier par les habitants du Royaume, on en trouve partout. Chaque Thaï en posséderait, d’une seule à plusieurs dizaines. Tradition séculaire, une amulette peut servir à se protéger des mauvaises choses de la vie, provoquer la chance, être invulnérable aux coups, augmenter sa force physique, ou bien encore attirer les personnes du sexe opposé… Si la croyance est là, on comprend pourquoi tant de personnes cherchent à en posséder.
 »

Il décrit ensuite comment se crée la valeur spirituelle et commerciale du marché des amulettes. . « Une étude du Kasikorn Research Center en 2008 estime que le marché des amulettes représente 40 milliards de bahts par an. » C’est énorme ! Il conclut, non sans ironie :

« Loin de l’aspect spirituel, les plus pragmatiques trouvent un autre type de protection dans l’achat d’une amulette : la sécurité de l’investissement. En effet, l’amulette est une valeur refuge typiquement locale, plus rentable et sécurisé qu’un placement bancaire, qui ne subit pas le cours de l’inflation et des troubles politiques, tout en étant soumise à aucune taxe, autant dire que le marché aux amulettes thaïlandais a de l’avenir. »


Superstition ? magie ? religion ?

C’est un vieux débat dans l’histoire, et les définitions varient selon les  spécialités et selon les croyances que l’on a.  

Il existe différentes façons de penser et de mettre en parallèle des pratiques rituelles similaires au sein de différents peuples, et à différentes périodes de l'histoire - y compris de la préhistoire - que la plupart des anthropologues considèrent comme magiques. Ainsi par exemple pour les « forces » :

Dans certains systèmes de croyances, les "forces" et "l'énergie" semblent fusionner, par exemple, dans le concept de la "force vitale" dont il existe une foison de formes : le mana Polynésien ou Mélanésien, l'orenda Iroquois, le manitou, le wakan Sioux, le kramat Malais, le brahma indien, le dynamis grec, le qi chinois, le karma et les chakras des pratiques Hindous et bouddhistes, les prétendues "énergies" dans le toucher thérapeutique et le Reiki, etc... Les idées de flux d'énergies circulants sur la Terre sont monnaie courante tels ceux des énergies terrestres que l'on retrouve dans le système chinois du Feng Shui.


Les Isans ne sont donc pas seuls, même s’ils semblent avoir « oublié ?» les grands principes explicatifs.

On peut continuer à ne voir que des superstitions, là où d’autres verront une religion. On peut les considérer comme bouddhistes et rejeter leurs pratiques animistes. On peut aussi  avancer leur syncrétisme religieux qui, au fil de l’Histoire, a su mêler des croyances parfois contradictoires.


Mais nous, nous avons voulu suggérer ici que leurs croyances dominantes étaient avant tout animistes, même si la  thaïfication  (la « thaïness ») avait réussi à ce qu’ils ne reconnaissent que le bouddhisme (en interdisant toutefois certaines de leurs pratiques), qui d’ailleurs, comme pourrait le dire Bouddha,  n’est pas une religion.  Mais cela est une autre histoire.


Maintenant, vous pourriez aussi objecter que tous les Thaïs sont ainsi. Pourquoi pas ?

 

 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 03:04

 akh011221. Notre Isan : le bouddhisme thaïlandais et d’Isan ?

Chacun sait en arrivant en Thaïlande qu’il arrive dans un pays bouddhiste ( 94,7% des Thaïlandais sont bouddhistes de la tradition Theravada. Les musulmans sont le deuxième groupe religieux en Thaïlande avec  4,6% .2000).

Ses premiers pas  le confirment : la beauté des pagodes rencontrées à chaque promenade , la vision des bonzes dans leurs belle robes  safran , les petits autels avec leurs offrandes  devant les maisons et même les grands hôtels , les Thaïs marquant par un waï de respect  les statues de bouddha rencontrés ,( et même depuis le métro aérien à Bangkok). Les touristes  comme tous les farangs qui séjournent en Thaïlande vivent tous cette évidence d’un pays profondément bouddhiste (à l’exception du Sud). Il représente pour les Thaïlandais l’un des 3 « piliers » du Pays avec  le Roi et le drapeau.


En effet, le bouddhisme  marque profondément  l’espace et le temps, la vie  de chaque Thaïlandais. Il n’est donc pas inutile d’en savoir un peu plus sur cette « religion » qui donne sens aux pensées, aux moeurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais.

On se doute que le sujet est vaste. Nous avons donc choisi de chercher à comprendre l’origine et l’implantation historique du bouddhisme dans ce Pays, ce qu’on entendait par le bouddhisme thérâvéda, et dans  le cadre de notre « enquête » comment il se vivait en Isan. Il nous a aussi paru intéressant de ne pas cacher le rôle qu’il joue dans la conduite de l’Etat, les « crises » qui le traversent, les contradictions les plus visibles, dans une société de plus en plus  consumériste. D’où notre plan proposé :

1/Origine et implantation du bouddhisme en Thaïlande et en Isan en particulier.  

2/ Le bouddhisme Thérâvéda ?

3/ Le bouddhisme d’Isan ?

4/ Animisme et superstitions en Isan ou un « bouddhisme » particulier ?

5/ Le bouddhisme et l’ Etat (nationalisme) ; Le bouddhisme et la société de consommation  , les  « crises » et les « contradictions …

 

1/ Origine et implantation du bouddhisme en Thaïlande et en Isan en particulier

 1.1

Grâce à la conversion et au zèle de l'empereur Açoka (milieu du IIIème siècle av. J.-C.), le bouddhisme se répandit dans le sous-continent indien et à Ceylan. Plus tard, il atteignit le Sud-Est asiatique et l'Insulinde par la mer, l'Asie centrale, la Chine (IIème siècle après J.-C.), la Corée, le Japon (religion d'État en 587), le Tibet (VIIème siècle et la Mongolie (XIIIème siècle par voie de terre). Partout, il sut s'adapter aux cultures et mentalités, et souvent devint dans les pays une religion que l'on pouvait pratiquer en plus de la religion autochtone. En Inde, il fleurit jusqu'au VIIIème siècle, puis déclina et disparut après le XIIIème siècle.

« Au Cambodge le Grand Véhicule apparu à la fin du VIIIème siècle. Le Cambodge adopta le petit véhicule au moment où le bouddhisme cingalais arriva. Celui-ci de langue pali, se réclame des anciens, Théravâda. Il fut rénové au XIIème siècle. De la Birmanie le bouddhisme cingalais gagna la Thaïlande où les Thaïs (venus de Chine du Sud au XIIIème siècle) s'étaient ralliés au bouddhisme. Il gagna ensuite le Laos puis le Cambodge. Il est religion d'état dans ces quatre pays. » Jean-Laurent Turbet.


1.2 Arrivée des Thaïs sur le futur territoire du Siam.

Les Thaïs ont commencé  leur migration du Sud de la Chine vers l’Asie du Sud-Est au VIII ème siècle ; ils rencontrèrent, bien sûr,  d’autres peuples et même des royaumes déjà installés.

 Nous avons déjà relaté dans notre article « 10.1 Notre ISAN : Empires et royaumes sur la terre d’Isan,  comment cette terre a été placée successivement sous le joug ou la direction de multiples empires et cultures qui l’ont modelé avec d’abord l’influence de la culture du Funan, de  Dvâravatî et de Tchen La, puis de  l’empire Khmer, pour être  dominé  ensuite progressivement à partir du XIIIème par Sukkothaï puis d’Ayuttaya, puis ensuite  le Royaume laotien du Lan Xang ( jusqu’à son effrondement en 1707) et les royaumes de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak. , et enfin par le Royaume  du Siam. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-empires-et-royaumes-en-terre-d-isan-72126761.html 

 

1.2.1 Les Môns.

 

Les Thaïs rencontrent la civilisation de Dvaravati des Môns, et découvrent le bouddhisme hinayana (petit véhicule), alors qu’ils pratiquaient déjà (certes avec l’animisme) le bouddhisme mahayana (grand véhicule) implanté en Chine.

(Les Môns entre les VIe et IXe siècle, avaient une influence sur un territoire situé dans le centre de la Thaïlande (voir Indianisation de la péninsule indochinoise) et  une région allant de la basse Birmanie au nord de la péninsule malaise. Au VIIIe ou IXe siècle, les Môns fondent sur le site de la ville actuelle de Lamphun le royaume de Haripunjaya qui se maintient jusqu'au XIIIe siècle.)

 

1.2.3 Les Khmers 

 

Au IX ème siècle, les premiers groupes de Thaïs, provenant de la Chine méridionale, commencent à s'établir dans les marches septentrionales de l'empire khmer (qui à partir du IXe siècle avaient établi leur capitale à Angkor, et pris  progressivement le contrôle de l'ensemble de l'Asie du Sud-Est continentale, imposant leur domination à leurs cousins les Môns au nord des monts Dangrek.).

 

Les Thaïs donc vont s’établir dans différentes régions au Nord au centre, en suivant fleuves et rivières, et au fil des années, après les premières implantations, former des petits villages, puis des villages plus importants, dans des rapports d’allégeance et de vassalité avec les autorités Kmèr et devenir dominants démographiquement .

Chacun dans sa région va créer un syncrétisme entre l’hindouisme, le bouddhisme et le culte des  dieux et des ancêtres, et les multiples influences (chinoise, birmane, lao, Iava …) selon la propre histoire de sa Région. 

 

Ainsi  du premier royaume thaï au Nord, le Lan Na, constitué avec les « Muangs »  de Chiang Maï, Lamphun , Lampang, Chiang Raï, Phayao, Phrae, Nan et Mae Hong Son. . Cet État a émergé à la même période que Sukhothaï, mais a survécu plus longtemps. Son histoire indépendante s’est terminée en 1558, quand il est tombé aux mains des Birmans et vassalisé pendant deux  siècles, pour étre dominé ensuite   alternativement avec Ayutthaya. Il deviendra définitivement  siamois en 1775 avec la victoire du nouveau roi Taksin).

 

En 1238 les sujets thaïs vont se rebeller, chasser les  khmers et fonder le premier Royaume de Sukkhotaï.

 

Toutefois le fils du 1er roi de Sukkhotaï, Ramkhamhaeng, c'est-à-dire « Rama le Hardi », (connu par une inscription datée de 1292 considérée comme l'acte fondateur de leur nation) met en place un système de gouvernement nouveau, résolument thaï, qu'il semble s'ingénier à rendre le plus dissemblable possible du modèle angkorien. Même la créativité des artistes thaïs de cette époque s'écarte de la plastique khmère pour créer des  sculptures aux  traits physiques assurément siamois.

Son fils Lu Thai, auteur d'un traité de cosmologie intitulé Les Trois Mondes (1345), s'absorbe dans les études religieuses au détriment du gouvernement et doit finalement reconnaître la suzeraineté du prince d'U Thong, fondateur d'Ayutthaya. Les rois de Sukhothai ne sont dès lors plus que de simples gouverneurs de provinces, vassaux d'Ayutthaya qui soumet militairement le royaume en 1378 et l'annexe définitivement en 1438.  

 

1.2.5 Le royaume d'Ayutthaya (1350 - 1767) 

 

Le premier souverain d'Ayutthaya, le roi Ramathibodi I, apporte deux contributions importantes à l'histoire de la Thaïlande : l'établissement et la promotion du bouddhisme theravāda comme religion officielle, pour différencier son royaume du royaume hindou voisin d'Angkor, et la compilation du Dharmashastra, un code légal basé sur des sources hindoues et des coutumes thaïes traditionnelles. Le Dharmashastra est demeuré un instrument de la loi thaïe jusqu’à la fin du XIXe siècle.

 

Nous avons déjà évoqué dans nos relations franco-thaïes la place et l’importance  du bouddhisme à travers les témoignages des premiers  missionnaires et ambassadeurs de Louis X1V, au temps du roi Naraï.

 http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-les-relations-franco-thaies-le-bouddhisme-vu-par-les-missionnaires-du-xvii-eme-siecle-64650528.html 

 

Ces différents royaumes « thaïs » vont en fait co-exister et vont aménager leur bouddhisme  avec leur histoire locale, aux multiples influences.

 

.1.2.6 La période de Bangkok, Thonburi (1768-1932)

Après plus de 400 ans de puissance, en 1767, le royaume d'Ayutthaya est conquis par les armées birmanes, sa capitale incendiée et son territoire démembré. Le général Taksin parvient à réunifier le royaume du Siam à partir de sa nouvelle capitale de Thonburi et se fait proclamer roi en 1769.

Cependant, le roi Taksin est déclaré prétendument fou, dépossédé de son titre, fait prisonnier et exécuté en 1782. Le général Chakri lui succède en 1782 avec le titre de roi Rama I, premier roi de la dynastie Chakri. La même année, il fonde la nouvelle capitale de Bangkok.

 

Certes, chaque roi de la dynastie Chakri aura sa façon particulière d’appréhender la religion.si importante dans la vie des Siamois, mais  le roi Mongkut, Rama IV et l’un de ses fils, le prince Vajiranana, vont particulièrement marqué l’histoire du bouddhisme du royaume de Siam. 

Vasana Chinvarakorn, dans «  L'ETAT DU BOUDDHISME THERAVADA EN THAILANDE » [ Bulletin EDA n° 397 ] 16/05/2004 -) nous signale les travaux de  Phra Phaisan « découvrant  une version séculière et plus scientifique du bouddhisme du roi Mongkut (Rama IV) qui passa près de trente ans sous la robe safran, et l'un de ses fils, le prince Vajiranana, qui devint le patriarche suprême sous le règne de Rama VI.  

« Le roi Rama IV fut le fondateur de la secte Thammayut, une secte nouvelle qui critiquait et défiait la secte Maha Nikaya, alors prépondérante dans la Sangha. Le prince Vajiranana soutenait l'unification du bouddhisme Theravada thaï et son incorporation dans le discours plus large de la nation.

A en juger par les divers commentaires faits par la Cour, le statut des moines ainsi que les modes traditionnels de pratique étaient tombés bien bas. Rama IV commentait à qui voulait bien l'entendre le sort des hommes en jaune : ils étaient « démodés» et jouissaient d'un style de vie indûment confortable. Le prince Vajiranana lui-même exprima son embarras quand il prit la décision de se faire moine : une vie que les autres considéraient pleine de futilités et d'oisiveté.

Son demi-frère, le roi Chukalongkorn (Rama V), alla plus loin : il considérait les moines qui passaient leur temps à méditer comme "les plus paresseux comparés à ceux qui étudiaient les textes bouddhiques ou priaient. (Le monarque fit plus tard amende honorable pour sa "mauvaise compréhension »  .

Le prince Vajiranana écrivit des centaines de manuels et de commentaires qui continuent d'être employés dans les écoles de pagodes et les universités bouddhistes.

« La direction de la Sangha fut divisée et catégorisée par strates, depuis la pagode de village jusqu'aux états-majors régionaux. La seule autorité fut confiée au roi et, plus tard, au patriarche suprême qui, à la longue cependant, ne garda qu'un rôle nominal. On créa aussi toute une série de décorations et de récompenses financières comme incitations ; le prince Vajiranana fut à l'origine de vingt et un grades différents (sammanasakdi) pour récompenser les moines qui adoptaient les nouvelles règles et avaient de bonnes relations avec les pouvoirs en place. […] La religion devait être citée en tête dans les discours nationalistes pour justifier l'existence de l'Etat. Peu à peu, cependant, les croyances et le personnel bouddhistes devaient être considérés comme subordonnés aux intérêts de la nation. Une nouvelle religion prenait naissance : celle du nationalisme. »

Phra Phaisan remarque même  comment la montée de la prospérité matérielle des pagodes a été parallèle à l'expansion de l'économie capitaliste fondée sur l'argent, spécialement depuis le règne de Rama V.

Mais, jusqu'à il y a un siècle, le pouvoir de l'Etat était restreint à la capitale et à quelques grandes villes. La centralisation du pouvoir politique s'est finalement réalisée au détriment de l'autonomie des communautés locales et de leur participation aux affaires des pagodes.

(Une religion d’Etat. En Thaïlande, le Roi nomme un patriarche pour diriger la Sangha, organisation religieuse fondée par Bouddha. Ce patriarche choisit quarante-cinq moines de haut rang qui nommés à vie forment un conseil qui légifère en matière religieuse. Neuf autres moines assument pour 4 ans l'exécutif.)(Cf. article infra)


1.3 Influence de l'hindouisme sur le bouddhisme et réciproquement 

Rappel : Historiquement, le mot « hindouisme » ne faisait pas référence à un système de croyances religieuses ; le terme, d’origine persane se rapportait aux personnes qui vivaient de l’autre côté. Après la colonisation britannique, le terme fut employé pour désigner un ensemble flou de faits religieux.Selon un point de vue plus récent, un hindou est celui qui croit à la philosophie exposée dans les Vedas (Le mot Veda peut être traduit par savoir).

L'hindouisme ou sanâtana dharma s'apparente davantage à un mode de vie ou de pensée qu’à une religion organisée. Ce qu'on appelle « hindouisme » aujourd'hui est la tentative de rassembler les croyances disparates issues de l'ancien panthéon védique éclipsé par la popularité d'un Shiva, d'un Vishnou ou d'un Krishna.

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Les Vedas sont peut-être les écritures religieuses les plus anciennes du monde. Leur enseignement de base est que la vraie nature de l’homme est divine. Dieu, ou le Brahman comme il est généralement nommé, existe en chaque être vivant. La religion est donc une recherche de la connaissance de soi, une recherche du divin présent en chaque individu. Le Védanta déclare que personne n’a besoin « d’être sauvé », car personne n’est jamais perdu. Dans le pire des cas, on vit dans l’ignorance de sa vraie nature divine

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Les croyances hindoues provenant du Cambodge, en particulier pendant la période de Sukhothaï sont la deuxième influence majeure sur le Bouddhisme thaïlandais.

L’Hindouisme védique a joué un rôle important dans l'instauration de la royauté thaïlandaise, tout comme il l'a fait au Cambodge, et a exercé une influence dans la création des lois et de l'ordre pour la société ainsi que la religion thaïlandaise.  

Certains rites pratiqués dans la Thaïlande moderne, que ce soit par des moines ou par des spécialistes des rituels hindous, sont explicitement reconnus comme étant d’origine hindoue ou sont facilement considérés comme ayant été dérivés des pratiques hindoues. 

Bien que la visibilité de l'hindouisme dans la société thaïlandaise ait diminué considérablement au cours de la dynastie Chakri, les influences hindoues, en particulier les sanctuaires du dieu Brahma, continuent à être vues dans les institutions bouddhistes et autour des cérémonies.


1.4 Mais ce qu’on entend par bouddhisme thaïlandais ne peut être compris sans la pensée d’un syncrétisme religieux qui a intégré les traditions « religieuses » orales, les croyances ancestrales aux esprits, aux « Phis » bénéfiques et maléfiques, dont il faut demander l’aide ou se protéger, tout un monde « invisible » qui influe sur nos destinées, sur notre espace et notre temps, et qu’il faut appréhender par des rituels , des pratiques dans  tous les aspects de la vie ; un culte intégré au bouddhisme , et que certains rejettent en évoquant l’animisme, les superstitions, la magie …

Il est plus facile de faire référence aux textes sacrés, ce qui ne veut pas dire que l’on expliquera ce qui est, ce qui se vit, ce qui donne sens à la vie des Thaïs et des Isans siamois.


2/ Le bouddhisme thérâvada ?

A l'origine, le bouddhisme Theravada est une école plus ancienne et, selon ses adeptes, plus authentique que le Mahayana pratiqué dans l'est de l'Asie et dans l'Himalaya. Le Theravada ("doctrine des anciens") est également connu sous le nom d'école du Sud car il s'est propagé jusqu'en Asie du Sud-Est (Myanmar, Thailande, Laos et Cambodge) par la route du Sud, tandis que le Mahayana, ou école du Nord, s'est développé au Népal, au Tibet, en Chine, en Corée, en Mongolie, au Vietnam et au Japon.

Comme l'école du Sud s'est efforcée de préserver le Theravada ou de limiter ses doctrines aux seuls canons codifiés par les premiers bouddhistes, le nom d'Hinayana ou Petit Véhicule lui a été donné. L'école du Nord, Mahayana ou Grand Véhicule, respecte les premiers enseignements, mais considère sa doctrine comme plus complète car mieux adaptée aux besoins des fidèles.


. Les trois principes de base du Bouddhisme théravada:

Selon la doctrine Theravada ou Hinayana, l'existence se caractérise par les trois aspects suivants :
- le dukkha (souffrance, insatisfaction, maladie)
- l'anicca (impermanence, caractère éphémère de toute chose)
- l'anatta (non-substantialité de la réalité : impermanence de "l'âme").

Qui a compris l'anicca sait qu'aucune expérience, aucun état d'esprit, aucun objet physique ne dure. S'accrocher à l'expérience, à l'état d'esprit et aux objets en changement constants ne sert qu'à créer le dukkha ( khouame thouk en lao ). L'anatta consiste à comprendre que, dans un monde en changement constant, on ne peut en désigner aucune partie en disant: "C'est moi", "c'est Dieu", "c'est l'âme".

Ces concepts, dégagés par Siddhartha Gautama au VIè siècle av. J.-C., s'opposaient directement à la croyance hindoue en un moi et très individualiste; c'est pourquoi le bouddhisme fut d'abord considéré comme une "hérésie" par rapport au brahmanisme indien. Pour parvenir à cette vision du monde, le prince indien Gautama s'est soumis à de longues années d'austérité.

. Quatre nobles vérités:

Ayant reçu le titre de Bouddha, "l'Illuminé" ou "l'éveillé", l'ascète a prêché les Quatre Nobles Vérités ayant le pouvoir de libérer l'être humain capable de les réaliser:
- La vérité du dukkha - 'Toute forme d'existence est sujette au dukkha (souffrance, insatisfaction, maladie, imperfection)".
- La vérité de la cause du dukkha - "Le dukkha est causé par le tanna (désir)".
- La vérité de la cessation du dukkha - "Eliminez la cause du dukkha (le désir) et le dukkha cessera".
- La vérité du sentier - "l'Octuple Sentier est le moyen de mettre fin au dukkha".

L'Octuple Sentier (atthangika-magga) comprend les huit éléments suivants :
- La compréhension juste - La pensée juste- La parole juste - La conduite corporelle juste - Le mode de vie juste- L'effort juste - L'attention juste- La concentration juste

Ces huit éléments font partie de trois "piliers" de pratique différents :
-la morale ou sila (3 à 5), la concentration ou samadhi (6 à 8) et la sagesse ou pañña (1 et 2). Egalement appelé Voie du Milieu, parce qu'il évite à la fois l'extrême austérité et l'extrême sensualité, le Sentier est censé être suivi par étapes successives selon certains, tandis que d'autres affirment que les piliers sont interdépendants.

But Ultime du Bouddhisme Théravada:

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Le but ultime du bouddhisme Theravada est le nibbana (en sanscrit, nirvana), signifiant littéralement "extinction" de toutes les causes du dukkha. Il s'agit concrètement de la fin de l'existence corporelle - le terme de ce qui est à jamais soumis à la souffrance et perpétuellement conditionné par le kamma (action). En réalité, la plupart des bouddhistes lao cherchent plus à atteindre la renaissance dans une existence "meilleure" que le nibbana, notion difficilement assimilée tant par les Asiatiques que par les Occidentaux.

6. Trilatna ou Trois Merveilles:

Le Tilatna ou Triratna ("Trois Merveilles"), hautement respecté par les bouddhistes, comprend le Bouddha, le Dhamma (enseignements) et le Sangha (communauté bouddhiste). On trouve le Bouddha sous forme de statue, non seulement dans les temples, mais aussi sur de hautes étagères ou les autels des maisons et des boutiques. Le Dhamma est psalmodié matin et soir dans chaque vat. Le Sangha se manifeste par la présence, dans les rues, de moines vétus de robes orange, notamment aux premières heures de la journée, lorsqu'ils font l'aumône.

 

      Les moines thaïlandais

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La Thaïlande pratique le bouddhisme Theravāda issu de l'école Hīnayāna, c'est une école traditionnelle qui insiste particulièrement sur la pratique d'une éthique personnelle rigoureuse,  cette forme de bouddhisme apparait au Vème siècle, il est aussi pratiqué au Sri Lanka, Birmanie, Laos, Cambodge et dans le sud du Vietnam.
Le but à atteindre selon le Bouddhisme, est appelé le nirvana, l'extinction de toute cupidité et donc de toute douleur. C’est aussi la fin du cycle de renaissances auquel croient les adeptes.

Les moines sont appelés Bhikkhu ou Bhiksu ce qui peut se traduire par "qui vit près de l'aumône", ils n'ont en effet le droit à aucune possession, et vivent des dons des fidèles. Les femmes monastiques s'appellent Bhikkhunis, et ont un statut inférieur aux hommes, elles sont généralement reléguées à des tâches subalternes.

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Les moines thaïlandais vivent sous la règle du Pātimokkha.

Le Pātimokkha est une règle de vie de 227 articles, qui regroupe et résume en fait le Vinaya. En plus d'être une série de 227 articles à respecter, qui sont d'ailleurs récités par la communauté à chaque nouvelle et pleine lune, il comprend aussi la classification des fautes en 8 catégories ainsi que les moyens de s'en purifier. La faute la moins importante demande le dosantā (texte de purification composé de deux ou trois strophes qui se récite à deux ou à trois) jusqu'aux fautes les plus graves qui entrainent la perte définitive et irrémédiable du statut de moine.
La journée type du moine commence à 4h et se termine à 22h avec le coucher. Les moines ne sont pas tenus à une vie recluse, ils doivent participer aux repas, aux prières et aux cours, ensuite ils sont libres de se promener, de rencontrer les laïcs et d'avoir diverses activités.

3/ Le bouddhisme d’Isan ?

Bien que le Bouddhisme soit la religion d'État, les Thaïlandais vénèrent plusieurs divinités hindoues et conservent plusieurs pratiques animistes et superstitieuses.

Un bouddhisme donc, le  thérâvada, revu et corrigé par le culte des esprits, des Phis, quelques divinités hindoues, quelques stèles ou chédis anciens dont on ne connait même plus l’origine,  la magie comme le démontre le commerce d'amulettes magiques, qui peuvent apporter la chance jusqu'à apporter l'invulnérabilité, et quelques  superstitions …

Un « bouddhisme »  où chacun peut se reconnaître dans le calendrier des cérémonies  et des fêtes officielles, mais  très différent selon la région de l’ Isan où on se trouve, si l’on en juge déjà par la quinzaine de langues et dialectes , que nous avons énumérer dans notre article (18.  Notre Isan : Langues et dialectes en Isan). Certes, de par l’histoire et le nombre de locuteurs, le bouddhisme « lao » et « kmer » sont largement majoritaires. 


Mais il  ne faut pas confondre la connaissance de la religion, et des textes sacrés et le vécu « spirituel » de l’ énorme majorité des Isans.

Dans les faits, nous l’avons dit et redit, leur bouddhisme est la " devanture " qui recouvre un mélange d'animisme, de brahmanisme et de bouddhisme. La croyance aux esprits, qui se logent dans les arbres, le sol, les sources …, impose que des offrandes leur soient faites pour qu'ils n'importunent pas les humains ou leur portent malheur.  Les petites pagodes devant les maisons, les arbres ceints de rubans de couleurs, les offrandes de fleurs ou de fruits sont l'expression de ce culte ancien et toujours très présent malgré des siècles de bouddhisme. (Ces pratiques sont communes à toute l’Asie) 

Certes les Isans croient en la réincarnation, la théorie du karma, mais si la majorité ne recherche pas l’accession au nirvana, tous croient améliorer leur sort  en accumulant « les « mérites », en nourrissant les moines par exemple, en apportant des offrandes aux temples et en se rendant régulièrement à la pagode, soit pour des demandes particulières ou lors des cérémonies qui jalonnent l’année et les grands moments de leur existence (naissance, mariage, décès) 

Cette recherche du mérite est une activité sociale et religieuse importante : "Faites le bien et vous recevrez le bien ; faites le mal et vous recevrez le mal ».


3.1 LES PAGODES : centre religieux et social de la vie des villages

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Chaque village a sa pagode, la Thaïlande compte environ 27.000 Wat.  Imaginons le nombre de pagodes dans les 20 provinces de l’Isan quand par exemple, la province d’Udon Thani comprend  déjà 1682 villages. Que d’images, de sentiments,  de réflexions provoqués par la vision de ces différentes architectures, des statuts de Bouddha honorés,  la vie paisible de ces monastères , où nous pouvons entendre  les prières des moines ,  voir les fidèles  se recueillir, ou tout simplement les bonzes balayer et entretenir les jardins. Parfois, on arrive au milieu de cérémonies, ou, plus curieusement, au milieu de  petits restaurants alignés, de petits  stands de boissons offertes  et d’autres points de vente de produits locaux et d’autres manifestations plus « récréatives » …

On apprend vite que  la pagode est aussi le lieu de réunion des villageois, l'aire de jeu des enfants, le centre des soins médicaux, l'hôtel des voyageurs et parfois l'école, l'orphelinat et l'asile du vieillard sans famille…


En effet, nous dit Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak » :

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portaità la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’ est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. Pour quiconque voulait faire des rencontres, c’est à la pagode qu’il fallait se rendre. C’est à la pagode que le chef du village réunissait les villageois, que les officiels du district venaient établir les cartes d’identité individuelles et les services sanitaires vacciner contre les épidémies. Les vieux allaient à la pagode faire leurs dévotions et les policiers à la poursuite de malfaiteurs s’arrétaient à la pagode pour prendre des renseignements. Individuellement et collectivement, tout le monde dépendait de la pagode. »

On aurait tous des « activités »   à rajouter : s’occuper des chiens abandonnés, élever des tigres ! bénir les maisons, les voitures  … bref, toute la société se retrouve à un moment ou à un autre associé à la pagode et aux directives ou  conseils des moines, à leur intercession avec Bouddha et toutes les divinités  particulières de chaque temple, ou tout simplement pour demander un conseil dans la conduite de leur vie.


Centre religieux

Le fidèle se rend au vat quand il le souhaite, mais surtout lors d'un wan pha (littéralement "excellent jour"), qui a lieu à la pleine lune (Les journées de pleine lune, de premier quartier, de nouvelle lune et de dernier quartier, sont des journées sacrées (Uposatha) pour les bouddhistes) ou à la lune rousse, soit tous les quatorze jours.

Nous avons tous assistés à ces offrandes de boutons de lotus, d'encens et de bougies devant divers autels et reliquaires, à ces temps forts où on offre aussi de la nourriture au Sangha du temple (moines, religieuses et résidents laïcs. On écoute les moines chanter des sutras, ou textes bouddhiques, et on assiste parfois à un thêt, ou conversation dhamma d'un abbé.

Les Isans se rendront au temple à tous les moments importants de leur vie et aussi bien sûr et surtout lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru. 

On peut par exemple citer :

Les habitants d'Isan célèbrent beaucoup de fêtes traditionnelles, comme le Bun Bungfai (fête des fusées) (Cf. Reportage photos dans le blog de Patrick d'Udon Thani). Ce rite de fertilité, remontant à la période pré-bouddhiste, est célébré dans beaucoup de lieux en Isan et au Laos, mais plus fortement et avec plus d'impact touristique dans la province de Yasothon. D'autres fêtes d'Isan incluent la fête des chandelles d'Ubon Ratchathani qui marque le début du vassa en juillet à Ubon et en d'autres lieux, le festival de la soie à Khon Kaen qui fait la promotion de l'artisanat local, le rassemblement des éléphants de Surin et le bangfai phayanak (boule de feu des Nâgas) de Nong Khai.

 

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 3.2 Le calendrier, les cérémonies  et les fêtes 

 

Tous les guides vont énumérer ces cérémonies. Prenons par exemple : «   Comprendre la Thaïlande », Guides de voyage Ulysse :

La principale cérémonie de la vie d'un homme est son entrée au temple pour une durée de trois mois à deux ans. Ce passage quasi obligatoire permet à l'enfant de gagner des " mérites " pour ses parents et leur assurer une vie meilleure lors de leur prochaine réincarnation. Il permet aussi de payer symboliquement son dû à la société et à la famille. Le jeune ne peut en principe pas se marier avant d'avoir souscrit à cette tradition.

 Makha Bucha. Célébrée le jour de la pleine lune du troisième mois lunaire, généralement en février, Makha Bucha commémore l’important sermon que donna le Bouddha à 1 250 de ses disciples à cette date.

Visakha Bucha est l’anniversaire commémorant simultanément la naissance, l’illumination et le décès du Bouddha. Cette fête est célébrée le jour de la pleine lune du sixième mois lunaire, généralement au mois de mai.

Asanha Bucha et la retraite de la saison des pluies, célébrée le jour de la pleine lune du huitième mois lunaire au mois de juillet, commémore le premier sermon du Bouddha au Parc des Cerfs à Bénarès et la fondation de la Sangha. Le lendemain de cette fête marque le début d’une période de retraite de trois mois lunaires pour les moines, la Pansa. Les laïcs célèbrent la première journée de cette période, Wan Kao Pansa, en offrant nourriture, robes et autres objets de première nécessité aux moines et aux monastères. En cette période de l’année, les supermarchés sont remplis de paniers d’offrandes prêts à être donnés, ce qui facilite la tâche des fidèles.

À la fin de la saison des pluies, les Thaïlandais célèbrent un festival dénommé « Kathina », dans lequel ils remettent à nouveau aux moines des robes afin de commémorer la fin de leur retraite.

Jours fériés et autres célébrations

Le calendrier thaïlandais est ponctué de nombreux jours fériés, qui constituent l’unique source de congés pour la plupart des Thaïlandais. La majorité des Isans « immigrés »  en profitent pour quitter  Bangkok ou les autres villes, pour revenir au village et revoir leur famille (et souvent leurs enfants laissés à la garde des grands parents). Chacune de ces « fêtes » est aussi l’occasion d’une cérémonie au wat.

  • Jour de l’an – 1er janvier. Nouvel An chinois – Janvier ou février. Makha Bucha – Février ou mars. Fête de la dynastie Chakri – 6 avril. Nouvel An thaïlandais (Songkran) – 13-15 avril. Fête du Travail – 1er mai. Fête du couronnement du Roi Bhumipol – 5 mai. Cérémonie du Labour Royal – Mai. Visakha Bucha – Mai. Asanha Bucha et Wan Kao Pansa (jours consécutifs) Juillet. Fête de Sa Majesté la Reine et fête des Mères – 12 août. Fête de Chulalongkorn (Rama V), commémorant son décès – 23 octobre. Fête de Sa Majesté le Roi Bhumipol (Rama IX), fête nationale et fête des Pères. - 5 décembre. Fête de la Constitution, la première du pays, promulguée en 1932 -10 décembre.

Nous ne pouvons dans le cadre de ce modeste article reprendre chacune de ces cérémonies et  fêtes importantes et en décrire le rituel particulier. De nombreux blogs, en commençant par nos blogs amis en décrivent les moments forts.


Mais, nous l’avons déjà dit, nous restons persuadés que la conscience religieuse quotidienne  de la majorité des Isans n’est pas essentiellement compréhensible à travers la doctrine bouddhiste, fut-elle, thérâvada, mais à travers le culte des esprits et la pensée magique, auquel il faudrait rajouter, surtout pour les jeunes générations, le culte  « consumériste » …pourtant loin de la philosophie bouddhiste.

Mais quel peuple ou individu ne doit pas vivre au milieu de ses contradictions ?  

 

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Les guides de l’état du monde , « Thaïlande, Histoire, Société, Culture, », par Arnaud Dubus, La découverte, 2011 

 Vasana Chinvarakorn, «  L'ETAT DU BOUDDHISME THERAVADA EN THAILANDE » [ Bulletin EDA n° 397 ] 16/05/2004

[NDLR - A plusieurs reprises ces dernières années, Eglises d'Asie a publié des documents au sujet de ce qui est perçu comme une certaine crise du bouddhisme en Thaïlande (voir, entre autres, les documents parus dans EDA 223 : "Bouddhisme en crise" ; EDA 289 : "Le malaise du bouddhisme thaïlandais" ; EDA 331 : "La crise du bouddhisme en Thaïlande" et "Le bouddhisme en Thaïlande : la robe safran disparaît du tissu moral"). Le Dossier publié en supplément de EDA 347, "Approche du bouddhisme thaï", rédigé par le chercheur Louis Gabaude, permettra à nos lecteurs d'aller plus loin dans l'analyse de cette crise du bouddhisme thaïlandais. Avec l'article ci-dessous, parus à quinze jours d'intervalle dans le magazine Outlook du Bangkok Post, en date des 24 novembre et 8 décembre 2003, nous publions une analyse complémentaire. Rédigée par Vasana Chinvarakorn, elle offre une analyse d'une étude du moine Phra Phaisan Visalo explorant les racines de la crise actuelle du bouddhisme Theravada en Thaïlande. La traduction est de la rédaction du P. Marcel Laouénan, MEP.]<br />, (EDA, Bangkok Post, mai 2004)

Chart Korbjitti, La chute de Fak, seuil. Il a reçu le SEA Write Award pour ce roman .

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