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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 03:01

SANY0756 L’ école à Ban Pangkhan, village d’Isan. 

Après notre article sur « L’éducation en Isan», il nous a paru intéressant de connaître les sentiments de Jeff, notre ami blogueur, http://isan-farang.eklablog.com/, sur les  deux écoles de son village de Pangkhan en Isan.


Ce matin, avec le fiston Tangmoo, nous sommes partis à l’école. Nous y allons tous les deux en vélo. Elle n'est pas loin, juste à l’entrée du village lorsque l'on arrive de Sélaphum, à l' opposé du temple. Tangmoo a quitté la maternelle depuis le mois d'avril de cette année ; adieu la maternelle qui se trouvait juste à côté de notre maison !

SANY0758Il se retrouve désormais au premier échelon du premier cycle de l’école primaire. Si on cherche une équivalence avec l’école française, il est au niveau de la fin de grande section maternelle et au  début du cours préparatoire. Tangmoo n'est pas dépaysé, toutes ses copines et ses potes ont suivi. Seul son 'instit' n'a pas suivi, mais son nouvel instituteur est tout simplement le père de son ancien instituteur de maternelle. Alors !

Serait-ce héréditaire, comme la royauté? Franchement je ne sais pas, mais à première vue, je trouvais le fils plus prompt à enseigner que son vieux père...Je dis ça, mais comment se fait-il que je puisse juger l’enseignement prodigué sur les bancs de l’école de Ban Pangkhan?

Ce matin la mousson nous a rattrapés. Il s'est mis à pleuvoir des trombes d'eau, à peine avais-je laissé le fiston dans la cour de son école. J'ai dû  rebrousser chemin, abandonner ma ballade quotidienne dans les rizières et me mettre à l'abri. A mon retour précipité, il n'y avait toujours pas d'enseignants, comme d'habitude, (ma mauvaise langue toujours bien aiguisée !). Eh ! Ce n'est pas parce que l'on est instituteur que l'on doit être à l'heure en Thaïlande, évidemment ! La fonction ne devrait-elle pas s'honorer du devoir de ponctualité, du moins d'exemple, oserai-je dire.

Je me suis donc mis à l'abri avec les enfants, livrés à eux-mêmes, enfin presque, car les plus âgés, ceux des classes de sixième (l’équivalent du CM2), s'occupent des plus petits, et ce que j'ai pu voir m'a paru intéressant. Au village, c'est une grande famille et ce sont aussi d'autres valeurs qui valent la peine d’être préservées.

L’année dernière à la maternelle, les enseignants, lorsqu'ils arrivaient, ouvraient les grilles de l’école et alors seulement les enfants franchissaient les portes (enfin presque car la clôture de l’école était plus que poreuse, mais cela est une autre histoire), et pouvaient commencer à s'amuser sous leur regard , pas forcément très assidu ,mais sous leur regard tout de même.

SANY1694Les classes par contre sont bien équipées, peut-être un peu moins qu'en France mais il y a une salle pour toutes les classes avec ordinateurs, télévision pédagogique par satellite, possibilité aussi de passer des films, etc...

Pour les plus petits il y a des jouets.

Un réfectoire est aussi à la disposition des écoliers qui sont nourris gratuitement par les autorités de la province. On est alors sûr qu'ils ont au moins un repas chaud et complet tous les jours mais en « échange »le vendredi il faudra mettre l'uniforme au couleur de la province, ici celle de Roi-Et, le mauve est de rigueur.

SANY1119Le mercredi, la tenue de sport, maillot jaune et bas de survêtement noir ( le sport n'est pas leur fort, mais chaque école a un terrain de foot, un terrain de volley et de basket mais surtout un terrain de « tako »,grand comme un terrain de badminton. (C'est une sorte de foot-volley qui se joue à trois contre trois à l'aide d'un petit ballon creux et fabriqué en écorce de bambou). On continue dans la panoplie des uniformes, avec le lundi mardi et jeudi, le short bleu et chemise blanche.

Je posais, un jour,  une question à un professeur pour comprendre quel était l’intérêt des uniformes puisqu'aucune tradition colonialiste voire très « british » n'avait perturbé l’histoire de la Thaïlande. La réponse fut très vague. En fait cela semblait être une question qui ne travaillait que l'esprit d'un farang qui trouvait que les sommes allouées pour ces uniformes devaient être un sacrifice pour de nombreuses familles en ISAN. Souvent cela représente plus d'un mois de revenu pour équiper un seul enfant, quand on sait que ces familles ont souvent beaucoup plus d'enfants que les autres !

Heureusement la solidarité villageoise fait que les uniformes encore en état sont redistribués aux plus démunies.

La conversation fut la même en ce qui concerne la coupe de cheveux mais peut-être que l'explication était plus simple. Le pou, vil et vicieux ne devrait sûrement pas gagner la partie dans les écoles thaïlandaises. Donc « boule à zéro » pour les garçons et « petit carré »propret pour les filles. Malgré tout, Tangmoo avait réussi à garder sa coupe « rock'n'roll »jusqu'à la semaine dernière mais son vieux prof ' se montra intransigeant : « A la tondeuse comme tout le monde», ordonna t-il.


Pour terminer avec certains clichés que je pensais d'un autre temps, mon fils est gaucher et...Non non, le fait d’être gaucher n'est plus considéré comme une tare ,même en Thaïlande. Tangmoo a essayé d’écrire de la main droite comme la majorité de ses camarades (je pensais que le vieux prof l'avait obligé à écrire avec sa main droite et avant de « gueuler » (il est vraiment c...ce farang) l'instit' m'a dit que le fiston voulut écrire de cette main tout simplement par mimétisme) . Tangmoo l'a tenté mais il y a des choses qui sont tout bonnement impossibles. Il est et restera gaucher au-dessus comme en-dessous des hanches, comme son père et sa mère.

Bon, il était 8 heures… les couleurs montent au ciel, même les plus petits tentent d'entonner l'hymne mais ils ne le chantent pas à huit heures comme (presque) partout en Thaïlande, comme ils devraient le faire mais le chantent lorsque tout le monde est là, c'est-à-dire ? C'est-à-dire que c'est très fluctuant, en fait lorsque tous les instituteurs sont enfin là. Dirons-nous entre huit et neuf heures. Les instits' n’étaient donc toujours pas arrivés, il pleuvait toujours alors une grande conversation a pu commencer avec les « jeunes étudiants ». Je leur posais des questions.

L'avantage est que mon fils parle français et a pu intervenir lorsque je ne comprenais pas ce que certains voulaient me dire. Encore une différence du farang noï (noï=petit) et ce matin-là, il s'en est fait une fierté.


Tout d'abord les enfants apprennent à parler le thaï car ils pratiquent tous l’Isan, leur langue maternelle, puis apprennent à l’écrire. Les lettres de l'alphabet thaï sont très compliquées. On compte tout de même 44 consonnes et 32 voyelles. Pas mal non ? On apprend souvent par le système de répétition orale et en faisant des lignes et des lignes de lettres et ça rentre au bout d'un moment.

Désormais quasiment tous parlent et comprennent le thaï. Les anciens ont encore besoin des crieurs, tradition qui perdure par les hauts-parleurs des villages et petites villes, car ils sont encore très souvent analphabètes malgré tout. Ils apprennent à compter et là c'est comme partout, bien que le programme mathématique soit le même qu'en Europe, il y en a qui ont la fibre et d'autres, beaucoup d'autres, l'ont moins.

Pour les petits, ils apprennent le B. A. BA. en anglais et plus ils grandiront, plus cette langue étrangère deviendra quelque chose d'abstrait qu'ils sauront peut-être lire et écrire, mais rarement parler.

Les enfants apprennent aussi toutes les bienséances : le respect dû aux anciens et aux adultes et donc aux autorités. On pourrait appeler ça du civisme, mais on pourrait dire aussi qu'on les habitue à être asservi?

Vaste question ?

 

SANY0752La grande fille de ma femme (TAN, que je considère comme ma fille puisque je m 'en occupe depuis qu'elle a l'âge de trois ans) continue sa scolarité.

Elle a seize ans aujourd'hui et rentre dans le dernier cycle d'enseignement basique c'est-à-dire la route vers le bac, et à la vue de ce qu’elle apprend cela me rappelle largement ce que j'ai pu apprendre à son âge dans mon lycée, en France(j'ai aussi la mémoire qui flanche, d'où le terme « je pense »). Pour les sciences, elle m'a dit qu'ils avaient des classes laboratoires et aussi des ordinateurs. L’Histoire est à l'image des politiques du pays. Très subjective mais cela s'améliore. La géo, ça va mieux aussi. Je me souviens de profs d'histoire-géo ne sachant pas où se trouvait l'Afrique et ne connaissant qu'essentiellement Louis XIV parce que le premier ambassadeur thaïlandais rejoignant l'Europe, le fut à la cour du Roi Soleil. Cette anecdote date de moins de dix ans, eh eh !

Aujourd’hui, les profs qui avaient un diplôme de complaisance ont disparu avec indemnités et ceci depuis le premier mandat de Taksin Shinawatra, entre 2000 et 2004  ;ceux qui continuent d'enseigner, ont pendant cette même période et durant deux ans de suite, suivi une remise à niveau draconienne avec un examen à la clé ! Ceux qui ont échoué à ce diplôme intermédiaire, ont raccroché la charrette des premiers qui furent limogés. Taksin pensait, et je pense à juste titre, que l'enrichissement du pays passait par un enseignement de qualité, une élévation du niveau général d'éducation, pour transformer une économie de type « chinoise » pour aller vers une économie de type « singapourienne ». Une classe ouvrière et paysanne pauvre serait à terme remplacée  par une classe moyenne, un peu comme cela est arrivé en Malaisie.

Désormais, le niveau paraît correct, par contre on ne pousse pas les élèves, loin de là. Si on veut réussir dans un lycée de district il faut bosser et ne pas succomber à la facilité et se laisser distraire par l'argent facilement acquis. Mais si un Thaïlandais est déterminé, on peut lui faire confiance, il réussira. Par contre ne rien faire et on se retrouve vite être une future main d’œuvre malléable sans diplôme pour les usines de Bangkok ou les bars de Pattaya. Mais n'est-ce pas la même histoire partout sur la planète ? Motivé, motivé...

L’école est gratuite mais elle coûte chère tout de même. Les uniformes, les livres, les outils pour le jardinage entre autre. Travailler la terre est d'ailleurs une chose que je trouve très bien. Ils apprennent à planter, faire pousser, récolter. Ils sont tous enfants ou petits-enfants de paysans et ces travaux liés à leurs racines me paraissent primordiaux, juste pour ne pas oublier d’où ils viennent et pouvoir être fier d’être ISAN, belles provinces du nord-est où pour réussir dans les études il faut en avoir vraiment envie et ne pas attendre des profs, voire même de votre entourage, en général, qu'ils vous poussent à étudier. On peut très vite finir à la ferme pour les garçons ou au bordel très jeunes pour les filles et rapporter de l'argent rapidement à la famille. Les mentalités changent, les paysans s'enrichissent aussi et peuvent pour nombre d'entre eux se permettre de payer des études à leurs enfants. Trois de mes voisins ont des enfants professeurs ou ingénieurs. Bien-sûr, tous ne peuvent pas, d'autres ne veulent pas.

On peut même décourager certains étudiants de continuer à apprendre. Les autorités s'en occupent ou délaissent l'affaire pour garder sous le coude de la main d’œuvre ouvrière servile et respectueuse des aînées. En voici d 'ailleurs deux exemples que j'ai pu vivre de très près.


Ma grande fille voulait gagner l’école de la grande ville, mais il fallait payer (que l'on soit bon ou mauvais d'ailleurs) juste pour sortir major de promotion scolaire. Un peu de magie et le mauvais pour qui l'on paye se retrouve premier. Seulement les dix premiers du collège de Ban Kwao peuvent se rendre gratuitement et officiellement dans le lycée de Sélaphum à la fin du cycle obligatoire scolaire, l’équivalent de la troisième en France. Sur près de 1000 élèves, pas facile. Finalité, même si l'on est bon, on doit payer ! Pourtant,  c'est l’école publique mais certains administrateurs font payer certaines prestations qui se trouvent ne pas être légales, être totalement illicites . Le programme reste le même et les enseignants sont (j'en connais certains) comme ceux de la petite ville à côté de chez nous.


Ces écoles sont « réputées » bien-sûr, parce qu'elles sont surtout payantes et offrent plutôt un statut aux parents qu'un véritable enseignement de qualité. La plupart des parents, je ne parle pas des hautes classes, pensent-ils, crédules, que si l'on paye, c'est forcément bien. Ces écoles sont à peu de chose près les mêmes que les « communales ».

J’ai alors dit à TAN : « Si tu veux, tu peux » et je peux vous dire qu'elle est motivée pour réussir. Je lui paye des cours de soutien pour certaines matières si nécessaire mais jamais je ne contribuerais à un système corrompu. Sa mère, ma femme, aurait été tentée de succomber, mais elle a finalement accepté mon refus de jouer le jeu des corrompus. 


Il y eu aussi un fait divers retentissant, il y a quelques semaines. Cela a défrayé la chronique des journaux thaïlandais. On a retrouvé plus de deux milles fœtus dans un temple de Bangkok, dans une chambre froide en attente de la crémation rédemptrice ;le four était en panne. Cela a mis à la lumière cet état de fait. L’avortement est interdit au pays du sourire sauf cas exceptionnels (viol, malformation). Plus de 100 000 jeunes filles ( je crois) accouchent avant l'âge de seize ans et la double peine peut alors tomber. Une fille enceinte doit quitter l’école, elle doit même stopper définitivement sa scolarité, dans le public comme le privé d’ailleurs. Donc cela procurera de la future main d’œuvre non diplômée pour les usines voire les bordels .Les enfants, cela coûte cher et les pères sont souvent inexistants. Il ne restera plus alors pour la brillante élève que l'avortement. Chez les bouddhistes, toutes les vies sont sacrées, c'est donc un douloureux cas de conscience !


Pour conclure, je pense que vivre au village est une chance, et rien n’empêche de s'ouvrir sur le monde autrement. Tangmoo a gôuté aussi à l’école française pendant deux mois, il m'a alors dit: « papa, moi j'aime l’école de Ban Pangkhan, tous les jours j'apprends ko kaï et kho khwaï, etc...Je suis libre d'aller où je veux dans le village avec mes copains ».

 

Jeff de Ban Pangkhan, village d’Isan, à 30km de Roï- Et. 

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 03:03

prénom Le choix du prénom : Une tradition Isan venue de la nuit des temps 

 

C’est une tradition de l’Isan « qui vient de le nuit des temps » et qui est ou serait encore parfois respectée. Le choix du prénom appartient au moine bouddhiste ou à l’astrologue et permet à l’enfant de bénéficier des bienfaits du ciel.

Il obéit à des règles précises :

 

• Le nom de l’enfant né le dimanche (sous la protection du Garuda)

garuda beezy

doit commencer par la consonne (il s’agit d’une consonne dite muette, qui n’a donc aucun son sinon celui de la voyelle qui lui est assortie) et contenir l’une des voyelles อะ อา อิ อี อึ อื อุ อู เอ โอ c’est à dire a bref, a long, i bref,i long, u bref, u long, ou bref, ou long, é long et ô long.

 

• Le nom de l’enfant né le lundi (sous la protection du tigre)

tigre

doit commencer par l’une des consonnes ก ข ค c’est à dire k, kh, autre kh, autre kh et ng

• Le nom de l’enfant né le mardi (sous la protection du lion)

lion

doit commencer par l’une des consonnes จ ฉ ช ฌ ญ c’est à dire dj, tch, autre tch, th et y

• Le nom de l’enfant né le mercredi (sous la protection du chien)

fond-ecran-chien-plisse

doit commencer par l’une des consonnes ฎ ฏ ฐ ฒ c’est à dire d, t, autre th, autre th et n.

 

• Le nom de l’enfant né le jeudi (sous la protection du serpent) doit commencer par l’une des consonnes ป ผ พ c’est à dire p, ph, autre ph, autre ph et m.

 serpent

• Le nom de l’enfant né le vendredi (sous la protection de l’éléphant)

 

eleph

doit commencer par l’une des consonnes ส ห ศ ฬ c’est à dire s, h, autre s et l.

 

• Le nom de l’enfant né le samedi (sous la protection de la chèvre)

zodiac-chevre

doit commencer par l’une des consonnes c’est à dire t, autre th, autre th, autre th et n.

 

Un mécanisme routinier ? Que non pas.

Je remarque dans le choix des consonnes imposées de nombreuses consonnes dites « irrégulières ». Qu’est-ce à dire ? Il existe dans les 44 consonnes de l’alphabet une quinzaine de consonnes (en réalité treize) que la grammaire considère comme « irrégulière ». Elles sont toutes là (en rouge). Les deux qui manquent sont actuellement obsolètes. Pourquoi ces consonnes irrégulières ? La raison en est simple, elles viennent en droite ligne du sanscrit via le pali (dont le thaï est un patois) et permettent (pour autant que les thaïs s’intéressent à l’etymologie) de connaître l’origine du mot, tout comme en français par exemple le y ou le w indiquent le plus souvent un mot d’origine anglaise et le th un mot venu du grec ancien.

 

Si les 13 consonnes sanscrites sont là, je ne pense pas que ce soit un effet du hasard. Il y a une science du symbolisme des lettres de l'alphabet sanscrite, chacune ayant sa propre divinité. La « découverte » du sanscrit par les érudits occidentaux a mis en lumière son génie. Cette méthode indienne rigoureusement scientifique contraste d'une manière éclatante avec l'alphabet romain, anarchique et arbitraire. L'une des plus remarquables réalisations de l'Inde est son extraordinaire alphabet. Les lettres sanscrites ne sont pas les descendantes de pictogrammes ou d'idéogrammes. Elles sont le résultat de dessins schématiques délibérés basés sur les phénomènes védiques bien classifiés. Elles représentent la transcription rationnelle des sons en formes de lettres.

 

Sa forme actuelle, le Devanagari « écriture de la cité divine », est l'alphabet actuellement utilisé dans l'Inde du Nord pour le sanscrit (Il y aurait encore un milion d’érudits qui le connaissant ?) et l’alphabet thaï est directement issu de cette écriture qui date du troisième millénaire environ avant notre ère.

devanagari_manuscript.jpg

La symbolique de l’écriture sanscrite a été approfondie par des philosophes français, notamment René Guénon, (Symboles de la Science sacrée, coll. « Tradition », Éditions Gallimard, 1962) et donne malheureusement lieu aussi à une littérature pseudo ésotérique de bas de gamme. Mais les moines ou les sorciers qui choisissent le nom de l’enfant la connaissent-ils encore ? Voilà qui m’étonnerait bien.

Je n’ai aucune connaissance en la matière et ne peut vous donner qu’un petit exemple : les chiffres thaïs dont l’utilisation n’est pas perdue, viennent directement du sanscrit et portent eux aussi leur symbolique, le zéro, est comme le nôtre mais c’est aussi le néant au sens philosophie du terme. Le 1, est le début de la spirale de l’infini…

 

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Extrait d’un ouvrage dont on peut traduire le titre par « Les traditions magiques de l’Isan », sans date ni références ISBN, mais datant apparemment d’une quarantaine d’années.

 

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 03:01

ecoliereLe sujet est vaste, complexe, mais déterminant dans la formation d’une Nation, sa langue, son identité, sa culture, son développement économique, la promotion de ses valeurs fondamentales (avec en priorité pour la Thaïlande les 3 piliers : son roi, son drapeau, son bouddhisme) … Chacun sait que ses missions  sont multiples : du « apprendre à lire, écrire, compter », à la transmission des savoirs techniques et scientifiques, à la préparation d’une vie professionnelle, d’une formation citoyenne, d’une aptitude à la tolérance, au respect du vivre ensemble… Mais les missions sont une chose, la réalité est bien souvent autre. De plus, ce « système » scolaire s’inscrit dans une histoire, dans des disparités régionales, des inégalités socio-économiques…


On se doute que « l’école » n’est pas  la même selon que nous sommes à Bangkok ou en Isan, en ville ou dans un petit village, dans une école privée ou publique, selon que l’on soit riche ou pauvre … mais le système scolaire s’applique partout.

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1/Le système scolaire thaïlandais

Une éducation de base gratuite de douze ans est garantie par la constitution, et un minimum de fréquentation scolaire de neuf ans est obligatoire.  L'éducation de base est divisée en six ans d'enseignement primaire et six années de d'enseignement secondaire.

 On distingue trois niveaux.

1/Les trois premières années de maternelleKG1 à KG3 – âge: 3 à 5 ans.(non obligatoire).

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2/: École primaire ou élémentaire (Prathomsuksa ou Prathom) P1 à P6 – âge: 6 à 11 ans.

3/: École secondaire (Mattayomsuksa ou Mattayom) M1 à M6 – âge: 12 à 18 ans.. Les enfants thaïlandais sont obligés de suivre le cycle de P1 à M3 (soit 6 ans de primaires et 3 ans de secondaire)

A la fin de chaque année scolaire, l’élève doit passer un examen pour passer au niveau supérieur. S’il échoue, il devra redoubler son année et on lui proposera un programme de soutien durant les vacances scolaires. Les élèves M3 souhaitant poursuivre leurs études au-delà du cycle obligatoire (jusqu’à M6 donc) devront passer l’examen O-NET. A la fin de leur année M6, ils passeront le A-NET, diplôme équivalent au baccalauréat international.

Les élèves M6 désireux de s’engager dans un cursus universitaire devront passer le CUAS qui leur ouvrir les portes des études supérieures.


Presque tous les villages ont une école primaire, la plupart des sous-districts (tambon) assure une éducation scolaire de 6 à 14ans, et tous les districts (amphoe) des écoles secondaires pour les élèves de 12 à 17 ans, et beaucoup ont des écoles professionnelles.

Le système universitaire est plus complexe et comprend :


«  166 établissements : 69 universités privées et 97 établissements publics, dont 14 universités, 11 universités autonomes, 40 Universités Rajabhats (anciens Instituts de formation des Maîtres promus au rang d’université), 9 Universités Technologiques Rajamangala, 2 universités pour les bonzes, 19 Community Colleges, l’Institut Pathumwan de Technologie et l’Institut de Développement de l’Administration. En 2009, le pays compte 2558 800 étudiants (90% dans des structures publiques et 10% dans des institutions privées), dont 37% sont à un niveau Master et 5% à un niveau PhD. (2009) » (site de l’Ambassade de France).

Universite-d-Udon

Ailleurs (wikipédia )les données sont quelque peu différentes : 16 universités et collèges publics (4 en Isan), 15 universités autonomes (1 à Korat), 40 universités système Rajabhat (10 en Isan) , 9 universités de technologies système Rajamangala (1 en Isan), 12 collèges and Instituts (police et armée)(aucun en Isan), universités et collèges privés : 39 universités (5 en Isan), 10 instituts( aucun en Isan), 22 collèges (5 en Isan) .


La Thaïlande a consacré, en 2009, 3,4% de son PIB à l’éducation, soit 18% du budget national. Près de 22% du budget de l’éducation est alloué à l’enseignement supérieur.

On  peut aisément comprendre que l’on ne peut expliquer ici ce système universitaire à plusieurs vitesses : public, autonome, privé  et le système Rajabhat et rajamangala ?

Mais on peut signaler que  le système « se mercantilise »  de plus en plus pour les élites et les classes aisées qui  envoient leurs enfants dans les écoles privées ( près de 30% des établissements en Thaïlande. Parmi les écoles privées, il faut distinguer celles qui suivent le programme thaïlandais et les écoles dites internationales qui suivent plus souvent un programme anglo-saxon ou même français (Lycée français de Bangkok). Les frais de scolarité varient énormément. La scolarisation dans une école privée thaïe de qualité correcte coûte environ 30 000 Baths - 700 Euros (chiffres 2009) par année, cantine scolaire incluse. À titre comparatif, l'ISB (International School of Bangkok), l'une des plus prestigieuses écoles internationales de Thaïlande affiche des frais de scolarité de l'ordre du million de Baths (22 000 Euros) par an. Au niveau universitaire le privé est désormais plus du double du public et de ce fait pénalise les classes défavorisées.

On peut se douter qu’une famille rurale avec un revenu de 70 000 baths /an ne peut y envoyer aucun de ses enfants.


2/ Le système scolaire en Isan 

Mais ce système scolaire, si aisé à décrire dans ses structures et ses intentions va se heurter aux « réalités » de l’Isan. 

A ce stade de notre « enquête », nous abordons l’éducation en Isan avec dèjà des données essentielles que nous avons relatées dans nos derniers articles.


Nous savons que

2.1 Notre Isan a une Histoire : Elle  n’a pas toujours été thaïe, et a subi des rapports de vassalité, d’annexion, une thaïfication “efficace” qui lui a faire perdre ses racines, interdit à l’école l’usage de ses langues, mis dans un rapport d’infériorité par rapport à l’ethnie siamoise...


2.2 Notre Isan est la région la plus pauvre de la Thaïlande, avec une agriculture comme principal secteur d’activité. Cette pauvreté signifie lesalaire moyen le plus bas du pays, moins d’infrastructures, moins d’ouvertures aux nouvelles technologies, moins de travail, une forte immigration dans les villes et surtout à Bangkok, une forte proportion à «immigrer» ses filles vers les principaux centres touristiques…  et pour notre sujet, moins de bonnes écoles et lycées, moins de bons  professeurs, un lien évident  entre zone rurale, pauvreté, et bas niveau  d’ éducation. (Tout en reconnaissant que la Thaïlande possède l'un des meilleurs taux d'alphabétisation d'Asie du Sud-Est : 98 % de la population adulte sait lire et écrire).


2.3 Notre ISAN, comporte 20 provinces :

1.Amnat Charoen (อำนาจเจริญ) 2. Bung Kan 3. Buri Ram (บุรีรัมย์) 4. Chaiyaphum (ชัยภูมิ) 5. Kalasin (กาฬสินธุ์) 6. Khon Kaen (ขอนแก่น) 7. Loei (เลย) 8. Maha Sarakham (มหาสารคาม) 9. Mukdahan (มุกดาหาร) 10. Nakhon Phanom (นครพนม) 11. Nakhon Ratchasima (นครราชสีมา) 12. Nong Bua Lamphu (หนองบัวลำภู) 13. Nong Khai (หนองคาย) 14. Roi Et (ร้อยเอ็ด) 15. Sakon Nakhon (สกลนคร) 16. Si Sa Ket (ศรีสะเกษ) 17. Surin (สุรินทร์) 18. Ubon Ratchathani (อุบลราชธานี) 19. Udon Thani (อุดรธานี) 20. Yasothon (ยโสธร)

327 amphoe (arrondissements), 2.602 tambon (communes) et 27.440 villages (sur environ 75 ou 80.000 villages en Thaïlande), et  environ 22 millions d’habitants  entre 15 et 23 millions de locuteurs parlant le thaï du Nord-Est ou l’Isan et de nombreux dialectes (Cf. notre article 18 sur ce sujet), soit environ 31 % de la population totale. Quelque 11 % d’entre eux sont bilingues et parlent le thaï du Nord-Est et le thaï siamois. 

Ces trois grandes composantes, administratives, historiques et économiques sont déterminantes dans la compréhension de la complexité  du sujet, surtout si on y ajoute le paramètre politique, et le choix « offert » entre le public et le privé.


On se doute que l’offre scolaire n’est pas la même si on habite à Khon Kaen, Kalasin ou Surin, dans la capitale de la Province, une grande commune  ou dans un petit village rural…le niveau scolaire ne sera pas le même si  l’élève est issu de parents riches et cultivés ou s’il vient d’une famille rurale pauvre, dont l’enfant est nécessaire pour participer aux travaux agricoles. Aussi dans le cadre de cet article qui ne peut qu’être modeste faut-il se résigner à souligner les principales caractéristiques qui touchent le plus grand nombre.

Eric Tollens (Université catholique de Laval) dans son étude sur les indicateurs sociaux de la pauvreté en Thaïlande nous donne un cadre assez éloquent :

Il est considéré qu’un tiers de la population est sous le seuil de pauvreté  (on peut imaginer cette misère quand le salaire minimum moyen sur l'ensemble du pays est de 176,3 bahts (4 euros) par jour en 2011), et 45 % de la population de l’Isan.


Si 98 % de la population rurale est alphabétisée, et 64% ont réussi le système d’éducation obligatoire,  seuls 6 % suivent le niveau secondaire et 1,13 % vont jusqu’ à l’ équivalent du bac . Une relation étroite s’établit entre la zone rurale, la production agricole et le bas niveau d’éducation .


En effet, la pauvreté et la spécificité du travail agricole obligent les élèves ayant terminé  l’école obligatoire à aider la famille aux travaux des champs ou à rechercher un petit pécule dans le secteur informel. De nombreuses filles ont de plus une grossesse prématurée". («  La part des moins de 20 ans dans le nombre total des femmes ayant un enfant est passée de 5,6% en 1958 à 15,5% en 2008, un chiffre qui s'explique notamment par la très forte augmentation du nombre de mères âgées entre 10 et 14 ans, rapportait samedi The Nation… » in Le petit Journal du 13 juin 2011) De plus, on sait bien que les dotations dans ces écoles de village  sont limitées et que ce ne sont pas les meilleurs instituteurs qui y sont nommés. (« Alors que près de 21.000 établissements ont passés les tests de qualité de l'éducation, 4.885 écoles, principalement en milieu rural et pauvre, ne répondent pas aux critères de qualité. Les principales raisons de cet échec sont le manque de professeurs et un budget limité qui force les établissements à recruter des enseignants n'ayant pas l'expérience nécessaire pour éduquer correctement les jeunes enfants » in Le Petit Journal, 25 mai 2011

.

3/ Le faible niveau des enseignants, donc de l’enseignement dispensé.

A la  pénurie d'enseignants s’ajoute  le surpeuplement des classes (avec souvent jusqu'à une soixantaine d'élèves dans une classe),  dans les écoles publiques et aussi le faible niveau des instituteurs qui vont en zone rurale. Les connaissances acquises et les compétences des enseignants nouvellement diplômés des universités  Rajaphat équivaut à un baccalauréat français. Il est vrai que la méthode de l’enseignement  « par cœur » enseignée et utilisée dans les classe, est bien  ancrée dans la culture thaïlandaise comme la seule méthode possible et  n’ encourage pas la réflexion critique, l’initiative et la créativité. Le Premier ministre Thaksin Shinawatra , le 18 août 2002, disait déjà de façon pessimiste : "les enseignants doivent changer radicalement leur façon de penser - je ne suis pas sûr qu'ils peuvent le faire » .

Pire en 2011, un article du Bangkok Post révélait que 80% des enseignants de niveau secondaire supérieur, avaient  échoué aux tests proposés à leurs élèves, selon  le Bureau de la Commission d’éducation de base (Office of the Basic Education Commission, OBEC). Le ministre de l’Éducation Chinnaworn Boonyakiat, désabusé, reconnaissait : « Même les enseignants ne parviennent pas à avoir le niveau, alors comment pouvons-nous améliorer la qualité des étudiants ? ».

En effet la  Commission   révélait que  88% des 3.973 enseignants en sciences informatiques avaient échoué au test. Un grand nombre d’enseignants avait également échoué en biologie (86% de 2846), maths (84% de 5498), et science physique (71% de 3.487), en  chimie (64% de 3088) et astronomie et sciences de la terre (63% des 529).

Bref, le peuple Isan subissait, outre la pauvreté ( revenu insuffisant, endettement, immigration économique forcée, « prostitution » d’une partie ses filles , l’échec scolaire de ses enfants avec ce chiffre terrible de 1,13 % au niveau bac, et une formation dévaluée pour ses meilleurs.


4/ L’Histoire 

Un retard qui s’explique aussi par l’Histoire ( refus de reconnaisance de la langue et de leur culture, thaïfication et thaïness), que nous avons déjà abordé dans notre article 13 intitulé « Le nationalisme et l’école ? » inspiré de l’étude de Waruni OSATHAROM,  « Thaïlande : le complexe de l’altérité » (chercheur au Thai Khadi Research Institute, Thammasat University, Bangkok). Nous y disions entre autres :

Le monde extérieur continue d’être perçu à travers le prisme de l’idéologie nationaliste enseignée à l’école : «  Les manuels scolaires thaïs ne se sont pas départis de leur fibre nationaliste. Ils n’ont d’autre choix que de se conformer à la politique déterminée par le ministère de l’Éducation.» […]« La Thaïness a servi aux «aristocrates» et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, paysannes ».  Son « efficacité » s’appuyait sur le caractère «sacré» du roi, le bouddhisme, et les médias. »[…] « En août 1997, l'historien Michael Wright (décédé en 2009) écrivait dans The Nation : « En ce qui concerne l’histoire et la culture, la Thaïlande ressemble fort aux pays communistes en ce sens que ces deux matières y sont propriétés de l'État. On ne peut que déplorer une telle situation qui voit toute recherche originale ignorée ou rejetée si elle n'avalise pas la version officielle »(cité par Xavier Galland, in Gavroche).

Une école où les Isans donc  (comme les autres minorités) n’avaient pas le droit de parler leur langue, d’apprendre leur culture, mais devaient écouter, sagement,  le Discours du Maître reproduire l’idéologie « nationaliste  » et recevoir un enseignement dont nous avons dénoncé le niveau plus que primaire.  Arnaud Dubus dans un livre récent sur la Thaïlande  (« Le guides de l’ Etat du monde, La découverte) confirmait la médiocrité de système éducatif et signalait qu’ « En 2002, 70% de la force du travail n’avait pas dépassé les six années primaires de l’enseignement obligatoire » !  Il notait aussi que les autorités étaient conscientes de cette situation préjudiciable pour une économie toujours plus sophistiquée, et que les multiples réformes entreprises n’avaient pas réussi à bousculer le conformisme « des 400 000 enseignants pour qui il est urgent que rien ne change ».

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Conclusion 

Nous avons vu que l ’éducation en Isan avait subi les effets de l’Histoire, à travers surtout la thaïfication de son enseignement, le rejet de sa langue et de sa culture, le faible niveau et le conformisme des enseignants, la « mercantilisation » de l’école, et son  système universitaire à plusieurs vitesses : public, autonome, privé  (avec  le système Rajabhat et rajamangala). Nous avons vu le lien qui existait entre la pauvreté et le bas niveau d’éducation, surtout pour  45 % de cette population vivant en-dessous du seuil de pauvreté.


Il ne s’agit pas ici de dénigrer systématiquement le système scolaire thaïlandais  alors que la Thaïlande possède l'un des meilleurs taux d'alphabétisation d'Asie du Sud-Est : 98 % de la population adulte sait lire et écrire, et que le programme PISA (enquête de l’OCDE) d’évaluation internationale, en lecture ,  mathématiques et sciences situaient les jeunes Thaïlandais dans une moyenne inférieure à la moyenne internationale : « En lecture, le score des élèves thaïlandais est de 422 points pour une moyenne internationale de 493. Le pays se place au 50 ème rang en mathématiques, le score est 419,77 points, en dessous de la  moyenne internationale de 496. En sciences, les élèves thaïlandais obtiennent une moyenne  de 422, au 48 ème rang avec une moyenne internationale de 501 points. La France se place au 22 ème rang pour la  lecture avec 497 points,  elle chute au 27 ème rang avec 498 points en sciences »  

La Thaïlande a adopté en 2001 une loi relative à la décentralisation qui donne à chaque établissement d'enseignement la liberté de donner l’un ou les trois types d’enseignement (formel, non-formel et informel) et qui autorise de consacrer 1/3 du temps scolaire aux réalités locales.


Mais la pression de la « mondialisation », la prise de conscience politique des masses rurales, la révolution internet et la fréquentation quotidienne de la télévision, est en train de bousculer ce que l’on peut considérer comme le monde d’hier.   

 université

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Chacun a son style , aussi   il nous a paru intéressant de connaître les sentiments de Jeff, notre ami blogueur, http://isan-farang.eklablog.com/, sur les  deux écoles de son village de Pangkhan en Isan.


A paraître lundi 18 juillet.

 

 

 

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 03:02

babel tour118. Notre Isan : Langues et dialectes en Isan.

Les langages en Isan constituent-ils une tour de Babel linguistique ? On pourrait le penser... en première analyse, en faisant en quelque sorte un inventaire «  à la Prévert » (dialectes parlés, nombre de locuteurs).

La langue thaïe n’utilise pas de vocable spécifique tel que « patois », à la connotation négative sinon péjorative. Il y a une « langue » ภาษา phasa et des « langues utilisées dans la région de.... » ภาษามถิ่น phasathin. La différence entre une « langue », un « patois » et un « dialecte » repose sur des critères disctutables. Ne parlons pas du «ไทยกลาง » « thaï klang »« thaï du milieu », celui de Bangkok, le beau langage qui est sinon parlé, du moins compris partout et par tout le monde. 

Vient ensuite, bien sûr, le ภาษาถิ่นอีสาน, le langage de l’Isan, très proche du lao - du thaï à 70 ou 80 % - mais écrit en caractères thaïs, parlé par la quasi- totalité des habitants de nos 20 provinces et par le gros million d’Isans expatriés pour aller chercher fortune à Bangkok ou ailleurs. C’est une langue vivante que l’on parle partout au quotidien, qui a sa chaine de télévision « E-San discovery » et sa littérature propre. Le site en thaï :

http://www.esansawang.in.th/esanweb/es0_home/index_esan.html

en donne un bon aperçu.

 

 les mots que nous allons oublier

Si l’Isan a son langage, il a aussi sa bière, เบียร์อีสานเบียร์ของเฮา « la bière isan est notre bière » dit la publicité, en isan naturellement.

 bière

Le Cambodgien, qui n’a rien à voir avec le thaï, ภาษาเขมร serait parlé par  2.000.000 de locuteurs en Thaïlande dont la plus grande partie se trouve dans les provinces de Surin, Sisakét, Buriram, Roïét et Nakhonratchasima.

Le ภาษาไทยโคราช, langage de Khorat, serait parlé par environ 2.000.000 de personnes qui gitent évidemment à Nakhonratchasima (Khorat) et à Buriram.

Le ภาษากุย ou ภาษาส่วย, koui ou souaï (quel joli nom !) est encore parlé par 300.000 personnes, à Surin, Buriram, Sisakét, Khorat et Roïét. Il comprendrait - pour simplifier - trois sous-dialectes différents.

Le Phouthaï, ภาษาผู้ไท a plus de 150.000 locuteurs centrés autour de Kalasin, Nakhonphanom, Mukdahan, Sakhonnakhon, Khorat et Udonthani.

Le ภาษามอญ, le Mon, la langue des premiers habitants du pays aurait encore plus de 100.000 locuteurs dont une grande partie sur Khorat. Ils utilisent l’alphabet thaï.

Le Phouan, ภาษาพวน est parlé par environ 100.000 (dont certaines fort jolies...) personnes en Thaïlande, à Loeï, Kalasin et Sakhonnakhon.

thaipaon2

Le ภาษาโส้, le , est connu de 60.000 personnes environ à Nakhonphanom, Sakhonnakhon, Nongkhai et Kalasin.

Le ภาษาไทญ้อ, thaïyô, se parle à Sakhonnakhon, Nongkhai et Nakhonphanom, 50.000 locuteurs environ.

20.000 personnes parlent le ภาษาบรูตะวันตก, Brou du couchant à Mukdahan.

Quant au Brou du levant, ภาษาบรูตะวันออก, il n’est pas celui du couchant et a 5.000 fidèles à Sakhonnakhon.

Dans cette même province, 5.000 personnes connaissent encore le Yoï, ภาษาโย้ย.

A Nakhonphanom, on trouve 11.000 locuteurs du ภาษาแสก, le Sék, proche du lao et pour cette raison en voie de disparition soit au profit du lao soit au profit de l’isan.

Le ภาษาญัฮกุ้ร, Yokoun a encore 10.000 fidèles en partie à Khorat. 

Il resterait 700 habitants d’un amphoe de Loeï qui connaissent le ภาษาไทดำ, Thaïdam (thaï noir) et peut-être encore quelques-uns son écriture spécifique (qui ressemble tout de même beaucoup au thaï).

thai dam

C’est la langue des thaïs du Vietnam. Ils sont plusieurs centaines de milliers, mais ils l’écrivent en utilisant l’alphabet vietnamien romanisé.

Quelques 300 initiés de la province de Loeï connaissent le Malabri, ภาษามลาบรี et  encore 200 de Sisakét, le Yeu (ภาษาเยอ).

Naturellement, des colonies éparses ça et là, chinoises, khmers, vietnamiennes, laos, musulmans du sud, hmongs, réfugiés ou pas, continuent de parler leur langue maternelle, et peut-être encore des dialectes très locaux pratiquement en voie de disparition. Et même des colonies de farangs qui parlent leurs divers dialectes, français, wallon, suisse, canadien voire même marseillais.

La principale et très érudite source qui fut la mienne donne des chiffres de 2006, et il se passe bien des choses en quelques années. Quel avenir aurait alors un dialecte encore parlé par 100 personnes ?

Mais est-ce vraiment une « tour de Babel » ? Je suis persuadé que non ! Chacun de ces dialectes, miracle de la technologie moderne, a son site Internet (en thaï évidemment !) d’autant plus complet, mais pas toujours, que le nombre de locuteurs est important (évidemment). Tous ces dialectes (sauf le khmer et le malais) ont la même base que le thaï, langue monosyllabique à tons et tous utilisent l’alphabet thaï. L’alphabet Isan est perdu dans la mémoire des hommes et l’alphabet thaï-noir est peu ou prou fortement inspiré de l’alphabet thaï.

Que ces dialectes présentent entre eux des différences plus ou moins sensibles est une chose, que les locuteurs ne se comprennent pas entre eux en est une autre. Je raisonne par analogie (bien ou mal ?) avec le Provençal codifié alors qu’il était en train de disparaître, par Frédéric Mistral dans son « Trésor du Félibrige », chaque mot dans notre langue d’oc a selon la région une forme variée, provençal pur d’Arles ou d’Aix, provençal de Forcalquier, la capitale de la haute-Provence, gavot (provençal des montagnes, celui des plouks), nissart (celui de Nice), gapian (celui de Gap), comtadin, auvergnat, catalan, toulonnais, marseillais, béarnais, forézien, et j’en oublie mais l’origine (le bas-latin) est la même et tous se ressemblent.

Je rigole – bélèu - quand j’entends dire «bessaï  » (« peut-être » en provençal de plouk), alors que moi je dis «bélèu » mais j’ai compris comme je comprends le « gapian » qui me dit « dillèu ». Mistral recense 14 façons de dire ce « peut-être » !


La politique de « thaïfication » a imposé à tous l’utilisation du thaï standard. Qu’ils conservent précieusement leur dialecte local est une bonne chose et Internet est un magnifique outil pour cela, mais dans la mesure où il existe une « Nation thaï », la necessité d’un langage vernaculaire commun s’impose.

Lorsque Jules Ferry a créé l’école primaire « laïque, gratuite et obligatoire », il a aussi créé les écoles normales destinées à former les instituteurs de la république. Issus des meilleurs éléments de l’école primaire, nommés ensuite généralement dans leur région d’origine, ils connaissaient tous le patois local que l’on parlait au quotidien chez eux. Aussi, Jules Ferry les bombarda en permanence de circulaires rappelant l’interdiction formelle d’utiliser le patois dans les écoles !

Grace à Jules Ferry, en 1914, tous les petits Français qui sont partis mourir dans la merde des tranchées parlaient et comprenaient le français. A l’inverse, la piétaille belge, essentiellement les paysans flamands commandés par des officiers wallons ne parlaient que leur patois flamand et leurs officiers, que le français. Les siciliens, napolitains et autres calabrais massacrés à Caporetto ne comprenaient pas mieux les ordres de leurs officiers toscans ou piémontais. Le bilinguisme n’existait pas en Belgique à cette époque pas plus qu’en Italie ! Etonnez-vous que les Flamands aient aujourd’hui quelques rancoeurs et que Mussolini (qui avait connu la grande guerre de l’intérieur) ait exigé à coup de pieds au derrière que ses compatriotes parlent tous le bon toscan ! Mais, je sais, la guerre de 14 n’est pas le meilleur exemple !

Par contre, si tous les locuteurs de ces dialectes se comprenent pour l’essentiel entre eux, ce dont je suis persuadé, vous, si vous parlez thaï, vous aurez des difficultés à les comprendre, ne vous leurrez pas.

________________________________________________________

Références 

Généralités

http://www.ethnologue.com/show_country.asp?name=TH

Une référence fondamentale à laquelle font référence tous les sites thaïs cités plus bas et une source considérable de références linguistiques, en anglais malheureusement.

http://www.asiamaya.com/thai/ภาษาไทยถิ่นอื่น.htm

Un bon site (en thaï).

Isan : Il existe un dictionnaire thaï-Isan-lao et, bien sûr et toujours, l’énorme « dictionnaire de l’académie royale thaïe » qui est riche de vocabulaire isan.

Sur le site (celui de l’Université Chulalongkorn) en thaï :

http://www.isan.clubs.chula.ac.th/lang/list.php?transaction=list.php&start=0&page=1

vous trouverez un remarquable lexique en ligne, près de 2.000 mots avec indication de leur province d’origine, mais aussi la sécheresse d’un lexique !

Vous trouverez sur le site (Université d’Ubon)

http://www.isangate.com/word/isandict.html

un petit lexique en ligne, isan-anglais, beaucoup moins bien fourni.

Tous les sites qui suivent donnent des précisions sur le langage concerné, parfois un lexique sommaire et pour certains d’entre eux, d’intéressants renseignements sur les populations locutrices. Tous enfin, ce qui n’est pas fréquent sur Wikipédia, donnent de solides références, provenant le plus souvent du département de linguistique de l’université Mahidon de Bangkok. Ils sont évidemment en thaï.

Khorat : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทยโคราช

Il n’existe pas (à ma connaissance du moins) de lexique du thaï de Khorat mais il s’agit essentiellement de décalages de tonalités par rapport au thaï standard.

Koui : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษากุย 

Le site est très complet, apparemment fort actif et contient un bon lexique.

Phouthaï : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาผู้ไท 

Le site est  aussi très complet et très didactique.

Mon : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษามอญ 

Phouan : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาพวน 

Le site contient un petit lexique.

 : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาโส้

Thaïyo : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทญ้อ 

Brou du couchant : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาบรูตะวันตก 

Sék : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาแสก 

Yokoun . http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาญัฮกุ้ร 

Brou du levant : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาบรูตะวันออก

Yoï : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาโย้ย 

Thaï dam :  http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาไทดำ  - http://www.omniglot.com/writing/taidam.htm

Ces deux sites sont aussi très complets, aussi faible que soit le nombre des  locuteurs en Thaïlande, et apparemment fort actifs.

Malabri : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาสามลาบรี 

Yeu : http://th.wikipedia.org/wiki/ภาษาเยอ 

Un bon aperçu de cette mosaïque (http://www.ethnologue.com/) :

Cartes langages

 

 

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 03:07

Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique.

cv prostitution 1006Il ne s’agit pas ici de traiter de la prostitution ou du tourisme sexuel en Thaïlande, mais d’essayer de mesurer l’importance de l’apport « économique » des « filles tarifées » pour les familles et la Région d’Isan, de comprendre cette nouvelle industrie : l’industrie du sexe.

 

PARTIE 1 – de la prostitution en Thaïlande 

 

1/Un peu d’ Histoire, quand même.


(En s’appuyant, une fois de plus, sur une excellente étude de Jean Baffie, La prostitution féminine en Thaïlande, Ancrage historique ou phénomène importé) 

Simon de La Loubère, envoyé du roi Louis XIV au Siam en 1687, est le premier Européen à mentionner la prostitution dans le pays. Le Chevalier Claude de Forbin, décrivit d'ailleurs ces unions arrangées en ces termes: « les missionnaires contractent certains mariages assez usités dans le pays et qui ont cela de commode qu'ils ne durent qu'autant qu'ils peuvent faire plaisir ». Certes autrefois, au temps du royaume d’Ayutthaya au 16ème et 17 ème siècle,  au même titre que d'autres commerces, la prostitution  représentait une source de revenus pour le pouvoir en place.

Les prostituées étaient le plus souvent des esclaves d'origine khmère, laotienne, birmane, shan et plus rarement thaïe. Elles officiaient dans les maisons closes des quartiers populaires ou encore dans les ports fréquentés par les nombreux étrangers commerçant avec le Siam. D’autres  prostituées, apparentées à des concubines, concluaient des mariages temporaires avec les voyageurs. Ces pratiques furent interdites pour les femmes thaïes par le roi Prasat Thong en 1657, après un scandale de Cour, et ne furent plus réservées par la suite qu'aux femmes d'origines étrangères.


Toutefois, jusqu’au XIX ème siècle, les maîtres mettaient parfois leurs esclaves à la disposition de leurs amis et autres « clients », contre paiement ( Thongthammachat et Aphaphirom, 2520 ( 1977 ). « A cette époque, la prostitution devait cependant être encore un phénomène très limité. Selon Mgr Pallegoix, dans son ouvrage publié en 1854, l'impôt sur les femmes publiques  ne rapportait que 50 000 bahts par an et arrivait en 26e position comme source de profit pour l'état, loin derrière les tripots ( 500 000 bahts ), les loteries ( 200 000 bahts ), et même les nids d'hirondelles ( 100 000 bahts) . 

En 1905, le roi Chulalongkorn libére les esclaves et  promulgue la première loi sur la prostitution, connue sous le nom de Phraratchabanyat pongkan sanchon rok r.s. 127 ( loi sur le contrôle des maladies transmissibles). Les maisons de prostitution et les prostituées étaient enregistrées. Une taxe d'autorisation de 30 bahts par établissement et de 12 bahts par fille sont dûes tous les trois mois. (En 1908, 77 maisons et 594 prostituées furent enregistrées ( Mettarikanon, 2527 ( 1984 ).

 

mafia chinoiseMais l’arrivée massive d’immigrants chinois  dans la seconde moitié du règne du roi Rama V ( 1868-1910 ) change radicalement la nature et le nombre de prostituées.( De 1893 à 1905, 455 100 Chinois arrivèrent en Thaïlande). Les triades chinoises s'assurèrent le contrôle de la prostitution, avec le jeu et l’opium. En  1933, sur 151 maisons enregistrées, 126 avaient des propriétaires chinois, 22 Thaïs et 3 vietnamiens ( Mettarikanon, 2526 ( 1983 ).

En 1941-1944, pendant la 2ème guerre mondiale, la présence des troupes japonaises (100 000 à 150 000 Japonais, selon les années, augmentent considérablement le nombre d’établissements et de prostituées. Des dœn sawan ou " zones paradisiaques ", véritables quartiers de prostitution, furent créées pour elles dans les provinces ( Bangkok Post, 15 mars 1989).

En 1949, le ministère de l'intérieur interdit l'enregistrement de nouvelles maisons de prostitution. Mais, il est fort probable que le nombre de maisons de prostitution déguisées sous forme de restaurants, d'hôtels, de rong nam cha ( " salons de thé " ), de salons de coiffure, etc. commença à croitre à ce moment-là. En décembre 1949, l'ONU demande à ses États membres de rendre la prostitution illégale.

 Le gouvernement thaï promulgue en 1960, une loi pour interdire le commerce du sexe,   la phraratchabanyat pram kankha praweni ph.s.2503). Des amendes et des peines d'emprisonnement étaient prévues pour les prostituées, les souteneurs et les propriétaires de maisons closes ( Sutphaisan, 1989).

Mais en fait, avec le développement économique, la prostitution continua de connaître une extension considérable en raison d'une part, de la migration, d'abord largement masculine, de paysans vers Bangkok, et d'autre part, avec l’arrivée des soldats US en Thaïlande en 1961  durant la guerre du Viêt-Nam (Cf. notre article sur les bases US en Isan)

Bangkok, devenait la " ville aux 30 000 call-girls " ( Nouvelle Agence de Presse, 1973  ), et la prostitution prospérait à  Pattaya, et autour des  grandes bases militaires, où séjournaient près de 50 000 soldats US, auxquels il faut ajouter les 2 000 permissionnaires américains du Viêt-Nam qui arrivaient en Thaïlande tous les dix jours.  

 En 1976, les soldats américains quittèrent la Thaïlande,  mais le secteur privé avait déjà assuré la relève avec l’arrivée d’une nouvelle espèce : les touristes.

Entre 1962 et 1976, un peu plus de 700 000 militaires américains étaient  venus se prélasser sur les plages du Land of Smiles. (Turshen et Biravel, 1993, cité par Poulin, 2004 ) De retour à la maison, les soldats ont répandu la bonne nouvelle et les touristes ont vite fait de les remplacer. Si en 1970, la Thaïlande accueillait environ 630 000 visiteurs, ce chiffre s’élevait, en 1998, à 7,8 millions (Formoso, 2001).

En 1975, Newsweek était étonné que 100 000 touristes allemands se pressaient déjà pour découvrir les 500 salons de massage que laissaient les Américains à Bangkok (Newsweek : 1er décembre 1975).

Sans titre-3 Le tourisme sexuel était né. Et la création d’une nouvelle industrie : l’industrie du sexe, avec l’arrivée des touristes occidentaux et asiatiques, et avec le développement économique, une urbanisation de ruraux et le développement des « lieux » de plaisir pour les locaux.


2/Du tourisme sexuel à l’industrie du sexe

L’industrie du sexe est donc liée de la  conjonction et de la synergie de nombreuses composantes : 

 Jeremy Seabrook dénonce avec force et raison les concomitances évidentes entre l'industrie du sexe et l'ensemble du secteur économique (auquel participe fortement le tourisme), l’industrialisation et l’ouverture de la Thaïlande  au marché mondial qui a nécessité un apport de main d’oeuvre bon marché, la croissance du pays avec ses disparités régionales et la pauvreté qui demeure en Isan. Ces éléments  incitent ses populations rurales à tenter l’aventure vers les grands chantiers d'Asie et du Moyen-orient et aussi, naturellement, vers Bangkok où ils constituent les gros bataillons des ouvriers de chantier, des chauffeurs de taxi et de tuk-tuk et hélas, de la prostitution. (Cf.Michel Deverge Menues chroniques d'un séjour en Thaïlande, 1989-1992).

En effet, si les médias « occidentaux «  aiment traiter et dénoncer le tourisme sexuel, ils oublient bien souvent, l’industrie locale du sexe, toujours bien présente sous la forme de bordels, karaokés, massages et autres établissements nocturnes  La société de consommation et les modèles « publicitaires » des médias qui poussent les lycéennes et étudiantes à se prostituer occasionnellement pour s’offrir les derniers gadgets. L’utilisation de plus en plus courante d’internet pour des rencontres « tarifées » et la recherche de maris farangs.


revenusTous influent sur l’industrie du sexe et montrent la complexité de cette réalité et la difficulté de l’analyser, surtout si on y ajoute la corruption , l’hypocrisie des Autorités, la « complicité » de la police avec les milieux mafieux, l’action des ONG, les multiples forums, livres de confessions, émissions de télévision « occidentales » « moralisatrices », et le sentiment de beaucoup de bien connaître le sujet et de vouloir partager leur opinion (critique à laquelle je n’échappe pas. ).

S’il est aisé pour chacun de « discuter » de la prostitution, et de la prostitution thaïlandaise en particulier, il est plus difficile d’en approcher sa réalité économique. Surtout que cette industrie du sexe s’inscrit dans un agrégat d’autres industries comme les agences de voyage, l’industrie hôtelière, centres commerciaux, restaurants,  bars …

Ainsi Jean Baffie in , Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande, montre bien par exemple, le  lien qui existe entre le développement économique et la prostitution :

« Quatre grandes familles chinoises sont à l’origine du développement de Hat Yai : 1. La

famille Sukhum, descendant de phra Sanehamontri, un ancien chef de district de Hat Yai, qui

a construit l’hôtel Sukhontha. 2. La famille de khun Niphat Chinnakhon, dont l’héritier est

propriétaire de mines et fut président du Conseil municipal de Hat Yai. 3. La famille de M. Si

Kimyong – devenu M. Kimyong Chayakul – qui possède des centres commerciaux. 4. La

famille de phraya At Kalisunthon, qui a vendu ses affaires locales pour s’installer à Bangkok.

Hat Yai est parfois surnommée par les Thaïs mueang setthi ou « ville des millionnaires ». Une publication de 1987 donne un aperçu des secteurs d’activités porteurs de Hat Yai en donnant la liste des dix personnes les plus riches de la ville (anonyme ) 

 

imagesOn voit que presque tous les membres de cette élite locale des affaires sont liés à l’industrie touristique : hôtels, restaurants, centres commerciaux, et cimenterie pour la construction des précédents. » …et bien sûr aux  nombreux  lieux de prostitution.

 

Je suppose que l’on doit pouvoir retrouver ce schéma dans toutes les Régions et surtout les capitales régionales.

 

3/Une industrie qui touche toute la Thaïlande, toutes les provinces, villes, gros bourgs :

Le tableau que donne Jean Baffie, (IRASEC  n° 6 ) peut être un indicateur, même si ici, le nombre des prostituées est fortement minoré, déjà en 1992, au-delà des principaux centres touristiques connus de Bangkok,  Phuket, Ko Samui, et Pattaya … :

 

Province

Nb d’établissements

Nb de prostituées

Bangkok

  688

20 366

Sud

1378

17 598

Nord

1008

   8 880

Centre

1581

 22 600 

Nord-Est

  917

   7 79

 

Buriram                   64                                          362

Chaiyaphum          36                                          190

Kalasin                 39                                           590

Khon Kaen            123                                      1 378

Maha Sarakham    38                                            185

Mukdahan             13                                           70

Nakhon Phanom   48                                            235

Nakhon Ratchasima 110                                    1 382

Nong Khai              50                                         297

Roi Et                      82                                         497

Sakon Nakhon            31                                       205

Sisaket                        36                                        270

Surin                          37                                         313

Ubon Ratchathani     91                                        923

Udon Thani                 91                                     796

Yasothon                   28                                       105

 

Tableau n°5 : Nombre d’établissements de prostitution et de prostituées dans les provinces de Thaïlande en 1992. Source : Anonyme 2535 [1992] pp. 26-27.

 

Ce tableau  montre encore que les régions qui fournissent les plus forts contingents de

prostituées sont celles qui comptent le moins d’établissements de prostitution

et de prostituées. Ainsi, le Nord-Est, avec 7 798 prostituées, et le Nord, avec 8 880, sont loin

derrière le Sud (17 598 prostituées) et le Centre, sans Bangkok mais avec Pattaya (22 600 prostituées).

 

On peut se douter qu’avec 15 millions de touristes, le nombre de prostituées et d’établissements ont considérablement augmenté. 

 

 

4/ Une industrie « consommée » aussi bien par les occidentaux que les  asiatiques, les étrangers que les Thaïs.


Les chiffres 

 

Sur les 15,84 millions d’arrivées de visiteurs internationaux en Thaïlande en 2010, 4.341.447 arrivées sont  en provenance d’Europe, soit seulement 27,41%.

L. Brown peut donc rapporté à juste titre que la majorité des clients de prostitués femmes ou enfants sont avant tout des hommes asiatiques, si l’on en juge par une ratio selon le nombre de touristes  (60% d’asiatiques, dont la Malaisie est le premier pays  avec 771 000 visiteurs, suivie par la Chine avec 429 000 touristes et le Japon avec 420 000 voyageurs. En quatrième position viennent les touristes britanniques qui ont été 353 000 suivi de près par les touristes venant de Corée du Sud qui ont été 335 000), puis les Américains …

 Cela n'absout en rien évidemment les abuseurs occidentaux des enfants et des filles asiatiques, mais cela permet de rétablir une vérité tragique, bien loin de la gestion de notre culpabilité judéo-chrétienne caractéristique du débat en Occident. Et Louise Brown a le mérite de démolir des pans entiers de ce qui est à la base des trop fameuses " valeurs asiatiques ", tout en montrant aussi que l'industrie du sexe est essentiellement le résultat d'une société intensément dominée par les hommes (Brown, 2000). Sans oublier les clients locaux.

Richard Poulin (2005) signale que, par exemple, au milieu des années quatre-vingt-dix, pour 5,4 millions de touristes sexuels par an en Thaïlande, on comptait 450 000 clients locaux par jour. Quelques 75% des hommes de ce pays auraient eu des contacts sexuels vénaux avec une personne prostituée ".

 



Le nombre de prostitué(e)s ?

Les chiffres  sont difficiles à obtenir et ne peuvent qu’être une estimation, tant pour le nombre de prostituées que pour leur apport économique (Le secteur du tourisme en Thaïlande concerne plus de 1,5 million d’emplois), surtout dans une société où la prostitution est interdite « officiellement »  et où « l’activité » est surtout informelle et/ou clandestine.   «   Illégale depuis 1960, la prostitution est, en Thaïlande, une activité très largement répandue, même si le nombre de prostitué(e)s est l'objet d'une controverse.
Au milieu des années 1990, des ONG œuvrant pour la protection des enfants ont avancé des chiffres extrêmes: 2,5 ou même 2,8 millions de prostitué(e)s.

Le nombre exact importe finalement assez peu. Il suffit de noter que 200 000 ou 300 000 femmes prostituées, chiffres minimaux que l'on rencontre aujourd'hui, font de cette occupation un fait social de première importance. ». Loin des exagérations récurrentes, et citant notamment les travaux de Boonchalaksi et Guest (1994), Bernard Formoso avance, lui aussi, le chiffre total de prostituées de " 200.000 à 300.000, soit tout de même de 8,3 à 12,5% des femmes de la tranche des 15-29 ans résidant en ville ; auxquelles s'ajouteraient de 25.000 à 30.000 filles de moins de 15 ans et de 30 à 50.000 garçons ou jeunes hommes qui satisfont la clientèle pédophile ou homosexuelle. Si l'on s'en tient à cette hypothèse basse, il y aurait au milieu des années 1990 de 250 à 380.000 travailleurs du sexe opérant en même temps " (Formoso, 2001).

Selon d'autres estimations, plus de 200.000 enfants seraient aujourd'hui exploités dans l'industrie du sexe en Thaïlande, et la crise entamée en 1997 n'a fait qu'aggraver dramatiquement une situation déjà tragique depuis deux décennies : certains n'hésitent pas à avancer le chiffre de 600 000 enfants prostitués, en grande majorité des filles, pour la seule Thaïlande (Murthy, Sankaran, 2003 ). (L'essor du tourisme sexuel et la misère du monde en Thaïlande et ailleurs par Franck Michel)


Les revenus de la prostitution 

Or, la prostitution est une source considérable de revenus : peut-être une centaine de milliards de bahts par an ( 20 milliards de francs ) pour 300 000 prostituées). (Jean Baffie)

Les gouvernements eux-mêmes en bénéficient : en 1995, on a évalué que les revenus de la prostitution en Thaïlande constituaient entre 59 et 60% du budget du gouvernement. Ce n’est pas sans raison que ce gouvernement faisait, en 1987, la promotion du tourisme sexuel en ces termes : « The one fruit of Thailand more delicious than durian (un fruit local), its young women.  » (Santos, 1999).

En 1998, l’Organisation internationale du travail (OIT) a estimé que la prostitution représentait entre 2 et 14% (quelle précision !) de l’ensemble des activités économiques de la Thaïlande, de l’Indonésie, de la Malaisie et des Philippines (Lim, 1998).

L’attrait que suscite la Thaïlande, le « pays du sourire », pour les étrangers n’a cessé de croître au cours des trois dernières décennies. En 1970, on comptabilisait 630 000 visiteurs par an, en 1998, 7,8 millions. En 1995, le tourisme engendrait 7,1 milliards de dollars américains de recettes ; il était la première source de devises étrangères et comptait pour 13% du PIB de la Thaïlande. Le pays était la première destination récréative d’Asie du Sud-Est. (Poulin). Avec 15 millions de touristes  en 2010, soit 2 fois plus, on peut imaginer  la somme et la part dûe  à l’industrie du sexe.


Où en est-on aujourd'hui ?

Une économie donc qui rapporte 

Le fléau semble se répandre et même se développer à une échelle beaucoup plus rapide. Certains vont même jusqu’ à dire  que l'industrie du sexe rapporte à la Thaïlande (cinq à six fois plus que les recettes de la drogue, soit entre 18 et 21 milliards de dollars américains en 1996. Dans ces conditions, comment croire que les 60.000 bordels que compterait le Royaume pourraient disparaître dans un futur proche (Frank Michel, 1998)).

On peut toutefois en douter si on en juge les chiffres de l’ ONU (rapport 2005) : Rapports annuels de la prostitution : 7 milliards de dollars, Rapports annuels de la drogue : 325 milliards de dollars.  On peut aussi se demander pourquoi les trafiquants de drogue prendraient un tel risque au vu des peines  sévères encourues.

Le Courrier du Vietnam, 1998 confirme : « Economie en plein essor, l'industrie du sexe s'enrichit sur la misère du monde et représente en Thaïlande la plus importante économie souterraine : le revenu annuel de ce secteur est évalué, en 1998, entre 22,5 et 27 milliards de dollars américains, soit 10 à 14 % du PNB »

Le quotidien Libération du 27 novembre 1998 rapporte qu'une étude du Bureau International du Travail (BIT) considère qu' " en Thaïlande les femmes qui se prostituent dans les villes rapatrient près de 300 millions de dollars, par an, dans les zones rurales : un montant souvent supérieur aux budgets de développement financés par le gouvernement»

Une industrie qui profite à beaucoup. " Par ailleurs, les revenus du tourisme sexuel profitent à une série de personnes, des managers de bars et de cabarets aux intermédiaires, des guides touristiques au personnel hôtelier et aux chauffeurs de taxi, etc., et à un nombre très important d'entreprises comme les chaînes d'hôtels, les compagnies de transports, les restaurants, sans compter le fisc " (Poulin, 2005 : 47-48), certains policiers, hommes d’affaires …et bien sûr les groupes maffieux.


Partie 2. NOTRE ISAN


6/ Les « filles »en Isan ?


Histoire


Nous avons déjà relaté dans notre article 11 sur l’ Isan lao qu’ Aymonier , en 1885, avait noté que chez les Laos de l’Isan, l’indulgence était générale pour « les péchés de la chair », et que  les filles étaient aussi sources de revenus.

La coutume des « cours d’ amour » était  souvent détournée.  On accepte les réunions  de jeunes le soir dans les cases. Mais si la jeune fille dénonce la « faute » commise, « Tout est tarifé : tant pour la prise de main, tant pour la prise de taille et des seins, et tant …pour les dernières faveurs ». Le garçon doit payer ou épouser. La somme dépend de la Province et de la situation des parents. Mais non sans humour, Aymonier précise que les Laotiens ne sont pas à l’abri des idées novatrices  et que certains mandarins demandent à leur fille de garder « leur capital intact ».

Mais l’évocation de l’Histoire, des « coutumes locales »,  n’expliquent en rien ce passage de la « coutume » à l’industrie du sexe. On pourrait aussi se demander pourquoi les filles tarifées sont essentiellement originaires des zones rurales du Nord et du Nord-est de la Thaïlande.

 

Les problèmes sociaux et économiques 

Tout d’abord, bien souvent, une triste réalité sociale et économique, avec un schéma hélas bien connu :   

Dans un contexte mondial de capitalisme agressif néolibéral, on observe  au Sud, le bouleversement des structures sociales qui affecte grandement les zones rurales, et pousse aux migrations vers les villes, favorise l’économie informelle, notamment les industries du sexe, et les déstructurations sociales.

Au niveau local, les structures traditionnelles sont ébranlées.

 On observe une forte proportion de jeunes maris violents, « alcooliques » et infidèles. De plus beaucoup de femmes sont abandonnées par leur ami ou mari à la naissance de leur enfant. Les filles ont  peu d’opportunités d’emploi dans leurs villages. La pression des dettes ?  la facilité de laisser  l’enfant aux grands parents pendant des années, incitent les jeunes femmes à tenter leur chance en ville. Même si certaines ont la « chance » de trouver un emploi, celui-ci est peu rémunéré, et ne peut suffire à subvenir aux besoins essentiels et à rembourser les dettes de la famille. Une restructuration, une mise au chômage, un coup dur, les conseils avisés d’une copine, les promesses de l’argent facile et conséquent, incitent certaines à tenter « l’aventure » … avec une tradition et une idéologie « permissive » et une adaptation  à l’offre du tourisme sexuel ?

« Sans trop élaborer, on peut dire que le grand courant migratoire du Nord-Est est passé et que l’afflux vient plutôt d’une ressourcelongtemps ignorée et pourtant essentielle : […] Le sacrifice des filles, une tradition bien ancrée en Thaïlande, ne va pas contre la culture locale et reste rentable. Les filles restent donc un bien meilleur investissement que les projets touristiques ou l’agriculture. Travailler la terre donne aux gens de l’Isan une respectabilité face aux citoyens urbains éduqués, mais les gens du Nord-Est eux-mêmes déconsidèrent leur travail et veulent autre chose pour leurs enfants (le miroir aux alouettes du développement et la prise de conscience d’avoir été abandonnés). Alors, nombreux sont les parents à faire semblant de ne pas voir la réalité et (…)on accepte que les filles isan soient associées à la prostitution et qu’elles se sacrifient en se mariant avec des Occidentaux pour le bien de leur famille »,dans le meilleur des cas, ou aillent «  travailler » en ville ou dans les centres touristiques. (Jacques Ivanoff, in  Construction ethnique et ethnorégionalisme en Thaïlande, in Carnet de l’IRASEC n°13, 2010).


Il a donc  fallu à la fois une tradition qui « sacrifiait » souvent la cadette pour aider la famille, et une idéologie  qui acceptait cette pratique pour les farangs dans la mesure où elle ne touchait que les « filles « de l’Isan (et du Nord), non « concurrentiels » pour les Thaïs Siamois.
Depuis, cette « pratique «  s’est développée et est devenue un apport économique conséquent. Elle est aussi le plus souvent un signe de réussite et de prestige.

Toutefois , il n’est nul besoin d’être un « expert » pour savoir que les pratiques tarifées sont multiples selon les gogos, bars, massages , discos, bordels, rencontres internet, sponsoring, freelance …, voire complexes . En effet , à l’intérieur même de chacun, des statuts différents opèrent, comme par ex. dans les gogos, les « artistes » et les autres , dans les massages , les body et les autres , celles qui choisissent le fixe et celles qui viennent à leur convenance ; dans les bars , celles qui ont des horaires  et les freelances, dans les discos,  celles qui sont déjà sponsorisées (pour certaines par plusieurs) et celles qui doivent absolument assurer leur quotidien… Il y a celles qui sont « libres » et celles qui sont « prisonnières » dans les bordels  … celles qui vont avec les farangs, celles qui vont avec des asiatiques ou des Thaïs …

Certes, les filles soutiennent leur famille, mais la majorité garde l’essentiel pour elles ou pour leurs copains thaïs (A Pattaya, il se dit que plus de 50% seraient dans ce cas). Il est difficile de ne pas croire que la recherche de l’argent ne soit pas  le principal moteur, et qu’elles ne  recherchent pas celui qui lui donnera sécurité et les signes évidents de sa « réussite ». L’ « amour » sans doute joue aussi un rôle parfois.

 

Bref, beaucoup de familles d’Isan ne doivent leur survie « économique » qu’au mandat envoyé par leur fille.  Et beaucoup espèrent que leur fille trouvera un mari farang  capable de les aider de façon plus « substantielle ». 

 « En attendant les bienfaits du développement, une illusion entretenue par tous les politiciens qui voient dans le Nord-Est surtout un réservoir de voix, les habitants comptent sur

leurs filles. D’ailleurs Buapan Promphaking, un professeur associé à l’université

de Khon Kaen, estime que le nombre actuel de couples transculturels dans les

dix-neuf provinces (20 aujourd’hui)  est proche des 100 000, c’est-à-dire 3 % des foyers de la région « (cité par Ivanoff)

De plus, un nombre conséquent de filles Isan se sont mariés et vivent à l’étranger et envoient chaque mois des devises à leur famille.


On peut voir aussi de plus en plus de retraités qui s’installent dans les villes de l’Isan  et villages avec leur compagnes ou femmes, avec la dot, la maison que l’on construit, la retraite qui est virée   …De  plus,  internet va considérablement faciliter et augmenter leur nombre dans les années à venir.

 

Au niveau local, le consumérisme fait de ravages et incitent de plus en plus  des lycéennes et étudiantes à se prostituer occasionnellement pour  suivre la mode et s’offrir  les  téléphones portables  ou gadgets électroniques récents. Déjà en 1995, Sakayaphan, coordonnateur du Réseau pour les enfants, les femmes et les familles à Udon Thani, déclarait que « le problème de la prostitution d'écolières est devenue un problème grave à Udon Thani, et que des milliers d'élèves du secondaire sont impliqués dans le commerce de la chair. » (7000, précisait-il !).

 

En guise de conclusion 

On aimerait croire que le tourisme sexuel ne soit pas une fatalité, mais il est devenu en Thaïlande, une industrie puissante et florissante, présente partout en Thaïlande, une destination pour des millions de touristes asiatiques et occidentaux. Pire, un lieu de détente « normale » pour de nombreux Thaïs.

Il est devenu pour de nombreuses filles d’Isan, le seul moyen pour vivre  décemment et subvenir aux  besoins essentiels de leurs familles. Et « trouver un farang » devient un rêve,  pour afficher les signes de la réussite matérielle. En 1854,  si Mgr Pallegoix constatait que  l' impôt sur les femmes publiques ne rapportait que 50 000 bahts par an et arrivait en 26e position comme source de profit pour l'état », il est fort probable, que ces revenus occupent une meilleure place aujourd’hui et jouent un rôle important dans l’économie locale. Pire, il est même à craindre que le consumérisme et l’utilisation généralisée d’internet va faciliter les rencontres « tarifées » et multiplier les couples mixtes (fondés sur l’argent ?). ( Cette réalité existe aussi en Occident , évidemment)

Mais il ne faut pas oublier, nous dit Poulin, que « L’industrie du sexe est de plus en plus considérée comme une industrie du divertissement, et la prostitution comme un travail légitime. Elle est pourtant basée sur une violation systémique des droits humains et une oppression renforcée des femmes. »


Cette triste réalité n’empêche pas de s'atteler aux vrais problèmes de la population locale : lutter contre la paupérisation criante (avec des salaires digne de ce nom),  moderniser l’agriculture, entreprendre des projets de développement ambitieux, aider à  la création de PME,  donner accès aux droits politiques et syndicaux, à une meilleure éducation et scolarisation, à l’accès aux nouvelles technologies, à la démocratie,  au partage du pouvoir …  

Qui prendra l'initiative pour conduire ce changement ?

 Les gens au pouvoir ou les gens dans la rue ? se demandait Sudham, le grand écrivain de l’Isan, en 2002, dans un  pays, " qui accepte la corruption comme un mode de vie. » ! le gouvernement ou les Rouges ?

Les principaux analystes de la situation sociale sont unanimes pour considérer que l'avenir paraît pour le moins morose pour ce changement, , comme le constataient déjà  par exemple R. Bishop et L. Robinson en 1998, dans leur étude sur les interactions entre culture sexuelle et miracle économique : " Si le tourisme doit effectivement être aussi central pour la renaissance économique thaïlandaise qu'il l'a été pour l'ère du développement rapide - et il peut difficilement en aller autrement puisque les projets en cours ne conçoivent pas de nouvelle orientation en matière de politique industrielle ou agricole -, le sexe continuera à être essentiel pour le tourisme ainsi que pour le redressement économique de la nation "  (Cité par Michel Deverge).

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. Michel Deverge Menues chroniques d'un séjour en Thaïlande (1989-1992)

. Jean Baffie,, Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande – IRASEC  n° 6, 2008.

. Jacques Ivanoff , Construction ethnique et ethnorégionalisme en Thaïlande, in Carnet de l’IRASEC n°13, 2010.

. Alexander Horstmann, Class, Culture and Space. The Construction and Shaping of Communal

. Jean Baffie, La prostitution féminine en Thaïlande,Ancrage historique ou phénomène importé,  

.Richard Poulin, 15 thèses sur le capitalisme et le système prostitutionnel mondial

 

Un « lecteur ami «  à qui j’ avais envoyé ce « post » me répondit , entre autre :

« Le post est très bien documenté. Après il faudrait y mettre peut-être un exemple concret pour être crédible?  voir une famille et évaluer l'apport de ce commerce dans cette famille, ce que cela représente vraiment? ... »

Qu’en pensez-vous ?

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 03:06

16 01Notre Isan 16 : Economie en Isan.

Après avoir fait notre enquête sur le passé historique de  l’Isan depuis les « dinosaures ! », la préhistoire, les différents empires et royaumes qui l’ont marqué, façonné, vassalisé et finalement annexé au royaume de Thaïlande avec une  thaïfication opérée par un nationalisme militant. Après avoir relaté comment l’Isan  a fait  son entrée dans le monde moderne avec et après l’installation des bases US, il est nécessaire de chercher à comprendre sa place et son rôle économiques. Chacun a déjà sa petite idée : région pauvre d’agriculture, mais dans quelle mesure, région des « rouges », mais pourquoi ? région « pourvoyeuse » de filles tarifées, mais dans quelle mesure ? (traité dans notre prochain article).


Il n’est pas inutile de rappeler les principales composantes de l’économie thaïlandaise, ne serait-ce que pour situer ensuite les principales caractéristiques économiques de l’Isan .

L'économie de la Thaïlande est une économie de pays émergent, fortement dépendante de ses exportations qui représentent plus des deux tiers du PIB, qui est, en PPA, de 627 milliards de $. Le redressement de la Thaïlande depuis la crise économique asiatique de 1997, s'expriment notamment par une spécialisation dans certains secteurs exportateurs comme la construction automobile, l'industrie agroalimentaire, l'électronique ou qui permettent de faire rentrer d'importantes quantités de devises comme le tourisme et ce bien que la majorité de la population active de la Thaïlande travaille encore dans l'agriculture. On peut envier sa croissance qui tourne autour de 7/8 %.

La population active la Thaïlande a donc  été estimée à 36,9 millions en 2007, située à 59 % dans l'agriculture, à 37 % dans les services, et à 14 % dans l'industrie. En 2005, les femmes représentaient 48 % de la population active. Moins de 4 % de la population active est syndiquée, mais elle l'est à 11 % dans l'industrie et 50 % dans les entreprises publiques.

« La Thaïlande est un grand pays agricole.


maniocL'agriculture est donc  le principal secteur économique de la Thaïlande employant 59 % de la population active, et contribuant à 8,4 % du PIB en 2008 contre 18 % entre 1980 et 1986. Elle vient au premier rang mondial pour la production de riz et de caoutchouc naturel, pour lesquels elle est aussi le premier exportateur. La production d'ananas occupe également le premier rang mondial, et l'on trouve dans les cinq premières places, le manioc, l'huile de palme, la canne à sucre et les mangues. S'y ajoutent le maïs, le coton, le café, le jute et la soie. L'agriculture, dominée par les petites et moyennes exploitations, est majoritairement extensive. » (Larousse)

Mais le riz ne représente plus que 20 % des cultures, pêche/aquaculture 23%, élevage 19% ( poulet, porcins),  les fruits et légumes 17%, culture de rente  21% (orchidées 2%, hévéa (850 000 petits planteurs), canne à sucre (bp en Isan) , manioc , maïs, palmier à huile, cocotiers …).8 produits constituent 2/3 des exportations agro-alimentaires (sucre 6%, manioc 2%, poulet 4%, crevettes 11%, ananas 2 % , Riz 12 %, Hévéa 3.5 %, thon 5% ) .

« Ce développement agricole a eu pour revers une diminution excessive de la forêt (55 % du territoire en 1965, 26 % en 1995) ainsi qu'une érosion et un appauvrissement croissant des sols ; ainsi, d'exportatrice, la Thaïlande est devenue importatrice de bois. […] Les inégalités se sont accrues dans le monde agricole et le nombre de paysans sans terre travaillant comme journaliers a augmenté ; la réforme agraire de 1975 n'a pas remédié à cette situation, bien au contraire » (Larousse).

La pêche est très développée : poissons, mollusques et crustacés sont la principale source de protéines des Thaïlandais. Le développement d'une flotte moderne a provoqué la surexploitation des zones de pêche tandis que l'aquaculture s'est installée, alimentant une industrie de transformation (conserves et surgelés), exportatrice.


ELECTRONIQUEIndustries

Alors que la part de l'agriculture dans le produit intérieur brut diminuait, celle de l'industrie a rapidement augmenté : en 2009, elle représente 44 % du PIB et emploie 20 % de la population active, en raison notamment des industries manufacturières d'exportation, notamment dans l'industrie agroalimentaire, l'industrie textile et l'électronique. Ensuite vient la construction automobile, la production de ciment, de cigarettes ainsi que divers produits chimiques et pétroliers. En 2004, la production automobile a ainsi atteint 930 000 unités, soit deux fois plus qu'en 2001. 

 Les ressources minières sont essentiellement l'étain (Sud-Ouest), le gypse, la potasse, le zinc, le tungstène et les pierres précieuses (industrie de la taille). Pauvre en énergie, la Thaïlande utilise ses réserves de lignite (centrale électrique de Mae Moh, dans le Nord), mais la découverte de pétrole et, surtout, de gaz naturel dans le golfe de Thaïlande, exploité à partir des années 1980, lui a permis de réduire quelque peu sa dépendance énergétique. Toutefois, l'industrialisation fait augmenter régulièrement sa consommation d'électricité.


Services.

En 2007, le secteur tertiaire a contribué 44,7 % du PIB et emploie 37 % de la population active.


Tourisme.

Le secteur du tourisme représenterait près de 6 % du PIB, un taux très élevé par rapport aux autres pays de l'Asie du Sud Est. En 2001, le pays connait un trafic touristique de l'ordre de 10,1 millions de visiteurs qui augmente en 2002 de 7,3 %, à 10,9 millions et env. 15 millions en 2010.


Mais l’Isan ? 

 

Région                             Revenus en 2000                                            Revenus en 2001

 

 Bangkok                    234 398                                                                  239 207

Bangkok et alentours    208 631                                                             213 565

Région Centre            75 075                                                                    78 588

Région Nord-Est          26 755                                                                 27 381 

Région Nord              39 402                                                                       40 352

Région Ouest             59 021                                                                      63 937

Région Est              166 916                                                                        175 292

Région Sud              53 966                                                                          54 176

 

Pays tout entier         78 783                                                                        81 435

 

Tableau n°1 : revenus des régions (en millions de baht)

Source : Anonyme 2547

16 02

Nous venons de voir que la Thaïlande est un pays émergent, avec une forte croissance et de bons résultats économiques. Mais  si la pauvreté absolue a reculé dans les statistiques nationales, les contrastes régionaux sont frappants, le Nord-Est et le Nord restant les régions les plus pauvres.


L'Isan est la région la plus pauvre de la Thaïlande : en 2002, le salaire moyen était le plus bas du pays, à 3928 baht par mois (env. 90 euros) (moyenne nationale de 6445). La pauvreté de la région transparaît aussi dans ses infrastructures : huit des dix provinces ayant le moins de médecins per capita sont en Isan (Si Saket a le plus faible ratio, un par 14 661 en 2001, contre une moyenne nationale de 3289). L'Isan a aussi huit des dix provinces ayant le moins de lits d'hôpitaux per capita (Chaiyaphum a le plus bas ratio, un par 1131 en 2001 ; moyenne nationale de 453). La région est en retard dans les nouvelles technologies : il n'y avait qu'une connexion Internet par 75 ménages en 2002 (moyenne nationale d'une par 22 ménages).  Mais depuis j’imagine que les connexions ont fortement progressé.


L'agriculture est le principal secteur de l'économie, générant environ 22 % du produit régional brut (comparé à 8,5 % pour l'ensemble de la Thaïlande). Le riz est la culture principale (comptant pour environ 60 % des terres cultivées), mais une diversification s'opère vers le manioc, le maïs, le coton, la canne à sucre et d'autres cultures. Beaucoup de fermiers utilisent encore le buffle plutôt que le tracteur. Les principaux animaux d'élevage sont les bœufs, les porcs, les poulets, les canards et les poissons.

Malgré son importance dans l'économie, l'agriculture de la région est très problématique. Le climat est porté à la sécheresse, alors que le terrain plat du plateau est souvent inondé durant la saison des pluies. La propension aux inondations rend une grande partie des terres impropres à l'agriculture. De plus, le sol est très acide, salin et rendu infertile par épuisement. La déforestation accélérée de ces trente dernières années n'a rien arrangé : en 1970, la forêt tropicale couvrait 60 % de la région, elle n'en occupe plus que 10 % : «Une détérioration très sérieuse de notre écosystème», selon Nipon Tangtham, un spécialiste de la gestion des bassins versants.

riz gluantDevant ces difficultés, les agriculteurs font preuve d'une étonnante faculté. Beaucoup ont abandonné le riz pour se tourner vers des légumineuses à cycle court, par exemple le soja, qui nécessite beaucoup moins d'eau qu'un second cycle de riz.

Le gouvernement lance aussi des programmes  comme  le développement de l’hévéaculture par exemple dans le Nord et le Nord-Est, en estimant que cette culture à forte rentabilité potentielle peut être un facteur de développement de ces zones rurales défavorisées. Mais ils sont toujours insuffisants et ne créent pas de pôle économique de développement.


Autres secteurs économiques ? Industries ? services ?


Nous avons vu que l’agriculture ne génererait que  22 % de l’économie régionale et pourtant nous n’avons pas encore trouvé une étude sectorielle de l’économie de l’Isan.

Certes, chacun pourrait citer le secteur public, avec ses services, son administration , sa police, ses universités et ses écoles, ses hôpitaux et dispensaires, ses postes, ses services d’eau et d’électricité…Dans chaque ville et villages , chacun pourrait évoquer ses grands et petits magasins, ses grands et petits marchés, ses échoppes, ses restaurants, ses petites cliniques, ses garages, ses hôtels et multiples guesthouse, ses programmes de construction qui sont en train de changer le paysage de l’Isan, ses petites entreprises qu’on voit le long des routes…

HEVEAPourquoi ces données économiques sont si peu accessibles ? Pourquoi ce désintérêt ? N’est-ce pas une autre forme de pauvreté ? une « volonté » politique qui empêche ou freine toute prise de conscience. Et l’Isan se compose de 31% des habitants de la Thaïlande. On dit que la terre d’Isan est la terre des « rouges ». N’y aurait-il pas là une cause à effet ?  Mais si depuis la victoire de Thaksin aux élections, beaucoup ont estimé que les choses peuvent bouger, s’améliorer, on sait aussi  qu’il va falloir lutter, s’engager. Les « événements » d’avril et de mai 2010 de Bangkok sont dans toutes les têtes. Les manifestations, les émissions de télévision se multiplient. La répression des opposants aussi. 


La prise de conscience croissante de la pauvreté par les jeunes générations d’agriculteurs, intervient surtout, avec la baisse du nombre d’exploitation et l’intégration croissante de la production dans les marchés mondiaux. Ils n’acceptent plus les inégalités régionales relevées par tous les observateurs (par exemple Parnwell et Arghiros, 1996). Le revenu moyen à Bangkok est égal à trois fois celui du Nord-Est, et à près de 5 fois le revenu moyen en milieu rural dans cette même région.

D'autres ouvrent des petites échoppes ou partent à Bangkok travailler pendant les longs mois de la saison sèche où ils occupent beaucoup des emplois les moins considérés et les moins payés. Plusieurs se sont établis de façon permanente dans la capitale tandis que d'autres migrent au gré des saisons. Et il ne faut pas oublier le rôle « économique » des filles d’Isan allant chercher « fortune » auprès des farangs dans les stations touristiques..

Les nouveaux visages de la pauvreté

« La pauvreté en Thaïlande n’est plus un phénomène exclusivement rural. La moitié des pauvres actuellement sont en milieu urbain (ADB, 2005) et les pauvres en milieu rural ne sont pas tous agriculteurs. La faible hausse des salaires minima depuis quinze ans a ramené les travailleurs non qualifiés de l’industrie à un niveau de revenu que de nombreux observateurs estiment être des niveaux de pauvreté (Bent, 2002 ; Jitsuchon, 2001). »

Avec l’urbanisation et l’industrialisation, la question de la pauvreté s’est déplacée progressivement. Elle devient de plus en plus liée au statut d’ouvrier ou d’employé des industries et services, modernes et informels. Maintenant à tout prix une main-d'œuvre à bon marché pour rester compétitives sur le marché mondial, les entreprises thaïlandaises (ou étrangères en Thaïlande) ont, pour la plupart, continué sur le modèle  à l’origine de la croissance dans les années 1970 : main-d'œuvre abondante, bon marché, faiblement qualifiée et docile. L’ouverture sur le marché mondial n’a pas changé fondamentalement ces bases.


Là aussi, il serait intéressant de connaître la réalité de ces « nouveaux pauvres », ces agriculteurs qui émigrent dans les villes d’Isan , et qui perdent la richesse  sociale et les saveurs du village , dont   le blog de Jeff nous donne le goût ( http://isan-farang.eklablog.com/).

 

_________________________________________________________________________________________


N’hésiter pas à nous communiquer vos données , si vous en disposez. MERCI

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 03:06

bases americaines cartes15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan !


 Nous avons appris au cours de notre enquête, comment la terre d’Isan a, au cours de l’ Histoire, vu les dinosaures, connu l’une des premières civilisations de l’humanité (Ban Chiang), les invasions successives de Dvâravati, de l’Empire kmer, puis les royaumes thaïs de Sukkothaï, d’ Ayuttaya,  des royaumes laos du Lan Xang et de Vientiane, du royaume du Siam , pour devenir une province de la Thaïlande au XX ème siècle et … en 1961 voir « débarquer » les Américains !


Il est nécessaire de resituer dans quel contexte va s’effectuer le « débarquement » américain en Isan.

 

1. La guerre froide est le concept essentiel pour comprendre la situation .

 

La guerre froide est la période de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre les deux super puissances ,les Etats-Unis et l’URSS et leurs alliés entre 1947 et 1991, année de l'implosion de l'URSS et de la dissolution du pacte de Varsovie.

Ainsi la guerre froide s’ « exprimera»  dans de nombreux conflits, comme la crise irano-soviétique, la première crise de Berlin (1948-1949), la guerre de Corée (1950-1953) , dans le cadre de la « Coexistence pacifique » avec les  nouvelles crises (1953-1962) comme l’insurrection de Budapest (1956), la crise de Suez (1956), la deuxième crise de Berlin (1961), le conflit Indonésie/Pays-Bas (1962), la crise des missiles cubains (1962) et…. la guerre du Vietnam. 

Il faut savoir que  « l'appui militaire et économique des Etats-Unis, de par son ampleur, a constitué l'équivalent d'un plan Marshall pour l'Asie. La croissance dans les années 1950-70 a été soutenue par l'aide extérieure américaine qui crevait tous les plafonds imaginables (elle n'est dépassée, en terme relatifs, que par l'aide reçue par Israël, pour des raisons stratégiques analogues). De 1945 à 1978, la Corée du Sud a reçu quelques 13 milliards de dollars, soit 600 par tête, et Taiwan 5,6 milliards, soit 425 par tête. Entre 1953 et 1960, l'aide étrangère contribue pour environ 90 % à la formation du capital fixe de la Corée du Sud. L'aide fournie par les Etats-Unis atteignait 14 % du PNB. en 1957. A Taiwan entre 1951 et 1965, l'aide « civile » américaine s'élevait à 6 % du PNB. et l'aide militaire à 10 % ».

2. La Thaïlande dans le camp occidental – les conséquences sur le royaume.

En 1948, le maréchal Pibul Songgram, revient au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat. La constitution est suspendue. Il va promouvoir une politique proaméricaine,  et anti-communiste.  La Thaïlande va participer, aux côtés des Américains, à la force multinationale des Nations Unies lors de la guerre de Corée (1950-1953. Contre la Corée du Nord communiste soutenue par la Chine et l’Union soviétique).

En 1954, la Thaïlande devient un allié officiel des Etats-Unis avec la signature de l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE, SEATO dans son sigle anglais). L'OTASE a été créée à l'initiative des Etats-Unis, dans le contexte de la guerre froide. L'organisation devient l'une des dimensions de la politique de « containment » face au développement du communisme en Asie du Sud suite à la guerre d’Indochine. Le siège de l'OTASE sera même  à Bangkok. 

La Thaïlande,  a ainsi pu bénéficier d’un appui considérable des Américains pour son économie et soutenir un processus d’industrialisation accélérée avec de nombreux déséquilibres cependant. Si les entreprises d’Etat ou privés étaient dirigés par des sino-Thaïs, les généraux, participant aux conseils d’administration bénéficiaient de larges « redistributions ». (Le général Phin, vice-1er ministre de Phibun, sera considéré comme  l’homme le plus riche d’Asie du Sud-Est à sa mort). En 1957, le général Sarit prend le pouvoir, dissout le parlement et interdit toute opposition.

La Thaïlande passe un accord secret avec les Etats-Unis en 1961. Toutefois, Sarit utilisera l’aide américaine pour un grand programme d’infrastructures (routes, électricité, irrigation). Près de 3 milliards de dollars seront investis chaque année, pour atteindre jusqu’à 8 % du PNB au moment où plus de 40 000 soldats américains sont  sur le sol thaïlandais.

La politique libérale choisie et l’aide américaine vont initier une nouvelle croissance industrielle et le pays va connaître une profonde mutation socio-économique

« Entre 1963 et 1996, la Thaïlande connut une croissance industrielle de 13% en moyenne, avec une forte activité dans le secteur manufacturier. La Thaïlande devint l’atelier des Dragons qui délocalisaient leurs usines vers des pays avec des coûts de production inférieurs. Ce mouvement fut encouragé par le gouvernement qui mis de l’avant des politiques fortement libérales afin d’ouvrir le pays à la mondialisation et faciliter l’entrée d’investissements étrangers. » L’adaptation de l’économie thaïlandaise au marché mondial », par Aurélien Clément, juillet 2008) 

La ville de Bangkok s’occidentalisa. On y construisit des hôtels internationaux, de grands centres commerciaux, sans oublier les activités liées au tourisme sexuel, avec l’arrivée des bars de nuit, des discothèques et des salons de massage. L’usage de la langue anglaise se développa considérablement.


3. La guerre du Viêt Nam (aussi appelée la deuxième guerre d’Indochine) va opposer de 1964 à 1975 , d' une part la République démocratique du Viêt Nam (ou Nord-Vietnam) et son armée populaire vietnamiennesoutenue matériellement par le bloc de l'Est et la Chine — et le Front national pour la libération du Sud Viêt Nam (ou Viet Cong), face à, d'autre part, la République du Viêt Nam (ou Sud-Vietnam), militairement soutenue par l'armée des États-Unis appuyée par plusieurs alliés (Australie, Corée du Sud, Thaïlande, Philippines).

La guerre du Viêt Nam aura aussi   un impact décisif sur la guerre civile laotienne et la guerre civile cambodgienne.

4. La place de la Thaïlande dans la guerre du Viet Nam 

L’installation des bases américaines

La Thaïlande donc, alliée « officielle »des Etats-Unis depuis la Guerre de Corée, membre de l’OTASE en 1954, pour contrer le développement du communisme en Asie du Sud-Est, recevant une aide économique importante du gouvernement américain, ne pouvait pas refuser en 1961 l’autorisation d’installer des bases militaires «  américaines » et des troupes US sur son sol.

otaseSurtout que, dès décembre 1960, le gouvernement thaïlandais avait commencé des missions de reconnaissance photos sur le Laos, et qu’en avril 1961, un détachement précurseur de l'US Air Force tactique 6010e (TAC) était arrivé à l’aéroport de Don Muang.

Le gouvernement autorise donc l'établissement de 8 bases américaines dont Khorat, Nakhom Phanom, Udon Thani et Ubon en Isan.

insigne epaule En 1969, on comptera quelque 49 000 soldats américains en Thaïlande (510 000 au Sud Viet Nam), dont 36 000 dans l’aviation, 10 000 dans l’armée de terre et près de 1000 conseillers militaires. Près de 11 000 soldats thaïlandais participeront aux combats avec les Américains et  leurs alliés sur le terrain (1965).volontaires RTAVF 5

La participation aux opérations de guerre.

Le 2 mars 1965, le premier raid aérien sur le Nord-Vietnam  fut lancé par les USA dans le cadre de l'opération "Rolling Thunder" : 40 chasseurs F100 (basés à Da Nang), 40 chasseurs F105 (basés en Thaïlande) et 20 bombardiers B17 (basés à Saïgon) convergèrent sur le dépôt de munitions de Xom Bang, situé à une soixantaine de kilomètres au nord de la zone démilitarisée. 120 tonnes de bombes furent larguées sur la cible mais au prix fort : 6 appareils US furent abattus.

La stratégie américaine visant à économiser la vie des soldats américains s’appuiera donc surtout sur le bombardement des territoires « ennemis ». De 1967 à 1972 : plus de 13 millions de tonnes de bombes sont lâchés, soit 5 fois le total allié de la Seconde guerre mondiale. 80% de toutes les frappes aériennes de l’ US Air Force sur le Vietnam du Nord  proviendront des bases US aériennes de Thaïlande. 

Patrick D., le blogueurd’Udon Thani, nous  signale que :

« L’Udorn Royal Thaï Air Force Base » a joué un rôle de premier plan dans la réalisation des objectifs et dans l'accomplissement de la politique des Etats-Unis en Asie du Sud.. L' « US Air Force » était installé à Udorn de 1964 à 1976 mais les premiers hélicoptères sont arrivés en mars 1961. La base comprenait par ailleurs le siège d’Air America, compagnie aérienne cargo secrètement détenue et exploitée par la CIA. Air America a été en fait impliquée dans des dispositions visant à assurer le soutien des opérations secrètes en Asie du S-E au Laos. 

Bien avant Air America, le CAT (transport aérien civil) a commencé ses opérations à partir d’Udorn le 11 septembre 1955 avec trois C-46 dans la livraison de nourriture et d’aide d’urgence en Indochine. Plus de 200 missions ont été effectuées pour livrer 1000 tonnes de nourriture d’urgence. Pendant la guerre au Laos, Air America a été appelé à effectuer des tâches de paramilitaires présentant de grands risques pour les équipages concernés » 

 

. 5/ L’ Isan et  les Américains ?

L’aide économique massive américaine, les 8 bases US, les milliers d’américains présents sur le sol thaï pendant plus de 10 ans, les milliers de soldats thaïs travaillant avec les américains et luttant à leur côté jusqu’au Sud Viet-Nam, les milliers de rencontres tarifées ou non avec les femmes thaïes, les milliers de couples mixtes… ont bouleversé, non seulement l’Isan, mais toute la société thaïlandaise.

Les bases US et la rébellion communiste :

Bien que les bases fussent   destinées à bombarder le Laos, le Cambodge et le Vietnam, les infrastructures créées et les moyens en place ont eu un effet indirect sur le développement de la Province et la lutte contre les communistes de l’Isan.

Nous disposons de peu de données sur cette lutte et la menace qu’ont pu présenter les insurgés communistes dans cette région.

maquis communiste

Un secret défense pèse sur ces informations.  Une grande partie n'est toujours pas disponible, et est toujours considérée comme sensible par le gouvernement thaïlandais. Toutefois, l’histoire même de l’Isan, la politique gouvernementale ouvertement anti- communiste, l’éloignement avec Bangkok, la pauvreté, la proximité avec le Laos…la base US d’Udon Thani … laissent présager une répression conséquente contre les « opposants » politiques.

L’étude de Monsieur Pierre Fistié, in Communisme et indépendance nationale : le cas thaïlandais (1928-1968), In: Revue française de science politique, 18e année, n°4, 1968. pp. 685-714, montre bien la réalité de cette « menace » :

« On peut en juger sur pièce par le texte en six points donné par Pékin Information du 15 février 1965 sous le titre « L'appel du Front patriotique thailandais »

L'appel proprement dit qui accompagnait le programme du Front,

justifiait sa création en faisant vibrer la corde nationaliste :

« Au cours de ces dernières années, particulièrement sous le régime

de Sarit et de Thanom, l'impérialisme américain a aggravé son

emprise sur la Thaïlande dans les domaines économique, politique,

militaire et culturel et l'a totalement réduite à l'état de colonie amér

icaine de type nouveau 34... La situation actuelle exige que tous les

patriotes s'unissent comme un seul homme pour former une puissante

organisation unifiée et mener une lutte radicale contre les ennemis

en vue de sauvegarder l'indépendance nationale et d'améliorer le

niveau de vie du peuple ... C'est seulement quand tous nos compat

riotes, toutes les communautés, tous les groupes et partis politiques

s'uniront, conjugueront leurs efforts et, sous des formes diverses, lutte

ront sans relâche contre nos ennemis que nous pourrons chasser de

Thaïlande l'impérialisme américain, renverser le gouvernement fan

toche de trahison et de dictature impopulaire et que naîtra une Thaï

lande indépendante, démocratique, pacifique, neutre et prospère. »

II est clair que le Front patriotique entendait mettre à profit la pré

sence américaine en Thaïlande pour exciter contre les Américains et

le gouvernement le sentiment nationaliste et obtenir ainsi à son profit

le dépassement de l'opposition particulariste qui se manifestait dans le

Nord-Est depuis 1949, et sur laquelle il lui fallait s'appuyer au départ 35.

Comment ces intentions allaient-elles se traduire sur le terrain ?

Tout d'abord on allait assister à une évolution rapide de la situa

tion dans le Nord-Est. Bien entendu, la base même de l'activité « sub

versive » restait la même. Les noms qui reviennent toujours étaient

ceux des provinces de Nakhon Phanom et de Sakon Nakhon qui, de

1950 à 1963, réapparaissaient périodiquement dans les communiqués

officiels relatifs aux complots « autonomistes ». Cette permanence

s'explique par la nature du terrain et, en particulier, par la proximité

des monts Phu-pan, zones de collines ne dépassant pas de plus de quel

ques centaines de mètres le niveau du plateau, mais couvertes de jungle

et truffées de grottes qui constituent autant de repaires possibles pour

des groupes de hors-la-loi. Le recrutement se faisait, avant tout, sur

place par un mélange de persuasion et d'intimidation d'autant plus

efficace que les agriculteurs lao de la région avaient souvent été les

victimes de la corruption et des abus de l'administration.

L'activité de ces guérillas allait d'abord consister dans une inten

sification des attentats contre les instituteurs ou les chefs de village

récalcitrants et contre les « informateurs de la police . Mais c'est le

7 août 1965, dans la province de Nakhon Phanom, qu'une embuscade

allait pour la première fois être montée contre une patrouille de la

police, faisant un tué et un blessé. C'est officiellement le premier coup

de feu de la lutte armée proprement dite . Depuis lors, le cycle de la

guérilla et des « opérations de nettoyage » entreprises par les forces

gouvernementales s'est élargi et, au cours des années 1966 et 1967… ».

 

Frank Vonder Wide (Sunday, 11 May 2008) ayant eu connaissance de documents déclassifiés nous dit aussi  que les forces communistes ont effectué 5 attaques dont 4 attaques contre la base d’Udon Thani :  la 1 ère le 26 juillet 1968 (environ 25 assaillants à partir de quatre endroits ont ouvert le feu avec des armes automatiques) , puis  le 28 juillet 1969,  le 13 janvier 1970, et le 4 juin  1972  et une  attaque de la base d’ Utapao RTNAF le 10 janvier 1972.

Nous avons pu lire aussi que 2 assaillants ont échangés des tirs d’armes automatiques et lancé des grenades contre les forces de sécurité thaïlandaise dans les premières heures du 3 Octobre, 1972. ? Mais il nous faut avouer que nous n’avons pas encore eu accès à des sources fiables et suffisamment informées.


Les conséquences sur le développement de la région

La présence américaine a  sûrement facilité une meilleure intégration de l’Isan  au reste du Pays. Elle a investi des sommes conséquentes  dans l'économie de la région, mais nous ne sommes pas (encore ?) en mesure de les chiffrer.

La « construction » des bases US a entrainé le développement des infrastructures nécessaires  comme par exemple les routes et les transports. Le plus important furent les Mitraphap Thanon ou "autoroutes de l'Amitié", qui reliaient les principales villes de la région l'un avec l'autre, à Bangkok et avec la côte Est. Le gouvernement thaïlandais fit construire aussi des routes secondaires qui ont désenclavé de nombreux villages ruraux.

Des petites entreprises locales ont bénéficié de petits contrats et de nouveaux savoir-faire. Un nouveau prolétariat prenait naissance. L’ « industrie » du sexe se développa. De nombreuses liaisons et mariages créèrent de nouvelles relations et développèrent une nouvelle économie. Le Farang américain devenait une valeur, un modèle  à suivre. L’élite de l’Isan allait envoyer ses meilleurs rejetons  suivre des études aux USA. L’anglo-américain devenait la 1ère langue étudiée dans les lycées et les nouvelles universités.


Un nouveau modèle de société venait bousculer les modèles traditionnels. L’Isan entrait dans la modernité, même si la société traditionnelle dominait encore dans les villages. Deux sociétés coexistaient désormais. 

Le  prince Kukrit Pramoj exigeait en 1976  l'arrêt immédiat de toute activité militaire dans les bases américaines du royaume et leur225px-Kukrit_Pramoj.jpg démantèlement complet, ainsi que le retrait total des troupes américaines de Thaïlande.

Fallait-il y voir comme  un appel à résister à la nouvelle « invasion » ? 

 

 

 

 5760691-symbole-de-l-imp-rialisme-am-ricain-t-rex-holding-s

.

 

 

 

 

 

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 03:07

carte12.2 Notre Isan : les frontières de l’Isan avec les pays voisins ?

 

Dix des vingt provinces de « notre » Isan sont frontalières avec le Laos puis avec le Cambodge sur des centaines et des centaines de kilomètres : En partant du nord-ouest et en allant vers le sud-est, la province de Loei retrouve le Mékong comme frontière, qui descend du nord à la hauteur de Chiangkhan. Le fleuve fait frontière avec la province de Nongkhai puis celle de Bungkan en allant au le levant. Il continue à faire frontière en descendant en direction est-sud-est avec la province de Nakhonphanom. Il descend ensuite plein sud et délimite la province de Mukdahan, puis la province d’Ubonratchathani encore au sud où il est rejoint par la rivière Moon, la plus grande rivière du pays à Khongchiam, c’est le « triangle d’émeraude » ainsi baptisé en raison de la couleur des eaux (Laos- Cambodge – Thaïlande : de mauvais esprits diraient « le triangle café au lait »). Nous quittons la Mékong qui file à l’est. La frontière n’est plus « naturelle », zone montagneuse. Nous revenons vers la couchant dans la province de Sisakét (où se trouve le fameux temple) puis Surin, Buriram, Khorat alias Udonratchathani, nous quittons l’Isan pour entrer à Saraburi à l’est ou à Nakhonanayok au sud.

 

Un élément essentiel, cette délimitation est probablement le fruit d’un travail de bénédictin des géographes français et siamois, puis ensuite des thaïs, regardez la carte à l’échelle de 1/125.000 en un lieu où le Mékong fait frontière :

carte 1

Jusqu’aux ilots du Mékong qui n’apparaissent qu’en période de basses-eaux !


Frontières enfin ou passoire ?

Tout cela part du travail conjoint des géographes et géomètres français et siamois du début du siècle dernier  dont voici un petit exemple :

oubon khorat 1

Au seul point de passage de Nongkhai sont enregistrés tous les ans (chiffres 2010 affiché au bureau d’immigration) 114.000 rentrées et 183.000 sorties de thaïs. Il entre 95.000 laos et 83.000 en ressortent en passant sur le « pont de l’amitié ». Pour les « autres », le chiffre est d’environ 35.000 seulement dans les deux sens. Au point de passage du deuxième « pont de l’amitié » à Mukdahan, les statistiques ne sont pas affichées mais les processions des deux côtés de la frontière sont interminables. On va faire les courses ou on va visiter les cousins ! Ne parlons pas des passages par le fleuve qu’effectuent régulièrement thaïs et laos (ils nous sont malheureusement interdits) et ne parlons pas non plus des passages « en fausse », du côté des montagnes du nord évidemment, par le Mékong aussi, des barcasses de pécheurs sillonnent le fleuve tout au long du jour et de la nuit sans probablement se soucier le moins du monde de la ligne de partage des eaux. Aucune difficulté pour aller se balader côté lao, ne vous y amusez toutefois pas, même si on vous le propose ! La Thaïlande a une conception pragmatique de ses frontières et le Laos faiblement peuplé, n’a pas le moindre moyen de les contrôler !

 

Il ne subsiste avec le Cambodge qu’un point chaud, explosif même, celui du temple de Preah Vihar. « La forêt de l’amour » tel serait le nom de cette région, mais le Dieu qui préside à sa destinée suscite plus de passion que de douceur. Pourquoi donc au vu de ces travaux géographiques de fourmis ?


La dispute frontalière entre le Cambodge et la Thaïlande autour de ce temple n’en finit plus, et menace de dégénérer en un véritable conflit armé. Même si jusqu’à présent la voie de la négociation reste privilégiée, la manière dont la tension monte entre les deux pays riverains, démontre que leurs relations sont encore marquées par de vieilles plaies mal cicatrisées. La France est partie à l’affaire pour des raisons historiques, pendant la seconde guerre mondiale, France et Thaïlande se sont retrouvées dans des camps opposés. A l’époque la France règne encore sur son empire colonial qui jouxte la Thaïlande en plusieurs endroits, l’Indochine française comprend le Laos, le Cambodge et le Vietnam. En 1940 la Thaïlande appuyée par le Japon considère que le déclenchement de la guerre en Europe crée des conditions favorables pour récupérer certaines provinces du Cambodge perdues entre 1900 et 1907 au profit de la France. La portion de territoire où se déroulent les accrochages d’aujourd’hui en fait partie.

La propriété du temple a été officiellement attribuée au Cambodge, il y a environ un siècle lors de la délimitation de 1907 dont voici le tracé à l’échelle du 1/200.000. Elle est suffisante pour se diriger (carte Michelin par exemple), l’est-elle pour effectuer un « bornage » alors que les « bornes » n’ont jamais été apposées sur le terrain ? Une erreur de 1 millimètre sur le papier, c’est 200 mètres sur le terrain.

 zone du temple

Et dont voici l’interprétation par la partie cambodgienne :

preah vihear dang rek

 

Concrètement, en 1954, peu de temps après l’indépendance du Cambodge, les forces thaïlandaises ont occupé le temple. En réponse, le Cambodge a porté l’affaire devant les tribunaux internationaux et a obtenu gain de cause. Les autorités thaïlandaises ont fait valoir que la frontière était censée suivre la ligne des bassins versants de la montagne, et que selon cette règle le temple leur appartenait. Le tribunal international de La Haye a finalement statué contre la Thaïlande en 1962, et la Thaïlande a retiré ses troupes. Un arrêt statue sur la seule compétence le 26 mai 1961. Sur cette seule question, la décision suscite 25 pages de doctes commentaires du spécialiste de droit international, Jean-Pierre Cot, c’est dire si elle était simple ! (Annuaire français de droit International, 1961, volume 7). Sur le fond, l’arrêt intervient le 15 juin 1962, clair comme du jus de chique pour un profane. Jean-Pierre Cot se fend alors de 30 pages de non moins doctes commentaires, dire là aussi si la situation était limpide. L’arrêt statue à une majorité de 9 contre 3 sur la propriété et à 7 contre 5 sur la restitution des sculptures qui auraient pu être emportées par la Thaïlande. Comment interpréter cette contradiction ? Pour moi, une seule interprétation possible ! Nous sommes 9 sur 12 à penser  que le temple ne vous appartient pas mais  nous sommes 5 sur 12 à penser que ce que vous y avez « pris » chez autrui vous appartient ! Le dossier des parties respectives représente des milliers de pièces, arguments et contre – arguments, dont je vous fais grâce. Le seul document technique soumis à la Cour est justement la carte ci-dessus, dont il a été alors démontré qu’elle n’avait pas été établie de façon contradictoire mais par les seuls français, et était loin d’être techniquement parfaite. L’argumentation relative aux « actes de possession » effectués par l’une ou l’autre des parties (Siam d’un côté, France de l’autre, ne l’oublions pas) ont à mon avis une valeur toute relative... Considérer le fait que le Prince Damrong (ouvertement francophile) soit allé en 1930 serrer la main du résident français à Saigon en visite dans le coin avec un archéologue dénommé Parmentier comme un « acquiescement tacite », je veux bien mais la raison du plus fort n’était alors pas du côté du Siam.

En apprenant la nouvelle de la décision, le Maréchal Sarit Thanarat donna en pleurant aux patrouilles frontalières l’ordre de tirer à vue sur tout cambodgien qui tenterait de pénétrer dans le temple. Sihanouk annonça son intention de se raser la tête et d’effectuer une retraite de sept jours pour remercier la providence. Jean-Pierre Cot conclut de façon bien imprudente que l’ « affaire du temple était close ».

La malédiction ne s’est en effet pas terminée. Avec sa situation au sommet d’un col, le temple maudit devient un des points d’observation privilégié pour les Khmers rouges entre 1975 et 1979. Quand l’invasion vietnamienne (1979) balaye le régime de Pol Pot, il a été l’un des derniers refuges des Khmers rouges. Historiquement, la Thaïlande s’appuie sur un passé glorieux, quoique un peu lointain, puisque ces territoires faisaient partie du royaume d’Ayutthaya (entre le 14ème et le 18ème siècle) et ensuite du royaume du Siam. Mais le Cambodge a lui aussi son passé glorieux qui lui sert de référence: avant la période d’Ayutthaya, la situation était inversée. A l’époque c’était l’empire khmer qui était à son apogée et dominait la province du Siam. Du 9ème au 14ème siècle, le Cambodge a connu un « âge d’or » dont l’apogée au 12ème siècle, sous les règnes de Suyavarman II (1113-1150) et Jayavarman VII (1181-1219), a été marquée par l’extension de l’empire angkorien sur une vaste région allant du Siam (actuelle Thaïlande) à la péninsule malaise. Chaque pays a conservé dans sa mémoire historique la trace d’une période où l’un a dominé l’autre.

Y-a-t-il, au delà de ces querelles historiques, géographiques et juridiques, une explication à la décision de la Cour Internationale de Justice ? Peut-être ?

Une hypothèse mais aussi une certitude !

Hypothèse :

A cette époque, Norodom Sihanouk, actuel « roi-père » du Cambodge n’est plus roi mais chef d’état à vie. Il est aussi le très charismatique chef de file des pays non engagés, il n’a pas avec lui la force militaire mais une incontestable aura internationale, méritée ou pas, dont ne bénéficie pas le pouvoir en place à Bangkok. Il est l’ « ami » tout autant de Léopold Senghor que du Général De Gaulle ou de Mao-sté-toung. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Sa personnalité puissante a-t-elle influencé la décision de la Cour ? Bien malin qui le dira. Au passage, je me contente de faire un peu de mauvais esprit. Mais il y a – peut-être - une explication qui ne cointredit nullement la précédente et là,

c’est  une certitude :

J’en étais resté au stade des suppositions (malveillantes) jusqu’à ce que je tombe par hasard sur les mémoires de Samdach Son-Sann ancien premier ministre du Cambodge de 67 à 69 qui indique froidement comment le procès a été « préparé discrétement » : promesse de soutien des juges issus du bloc communiste (il y avait deux polonais dont le président Winiarski qui a voix prépondérante), soutien d’un juge d’ « un grand pays asiatique » par l’intermédiaire d’un « banquier américain ami », promesse du Japon (en échange d’un vote favorable à l’ONU)... ce qu’il appelle une « longue et minutieuse préparation du dossier ». 3 des juges (au moins, et peut-être 4) avaient donc pris partie AVANT d’entendre les plaidoiries et d’étudier le dossier. Les avocats malicieux appellent cela « plaider dans les pissotières ». Reprenons le décompte des voix ci-dessus en faisant fictivement basculer trois voix de complaisance : 9 – 3 = 6 et 3 + 3 = 6, match nul sur la propriété du temple mais le Cambodge gagne par la voix prépondérante du Président. Sur le second problème, 7 – 3 = 4, 5 + 3 = 8, la Thaïlande gagne. Un aveu explicte du soutien du bloc communiste et de la finance américaine. Etonnant, non ?

Ces questions frontalières peuvent apparaître comme une question internationale de bornage et de mur mitoyen, querelles d’avocats, voila tout ! Mais les querelles de mur mitoyen ne donnent lieu qu’à des questions d’argent, les querelles de frontière ont fait couler autant de sang que le Mékong charrie d’eau dans l’année. Les frontières restent tracées à la pointe du sabre même si le droit international tente d’établir quelques règles.

 

Victor Hugo rêvait : « Un jour viendra où enfin les frontières disparaitront », on peut être un grand poète et un lamentable visionnaire. Le nombre des frontières ne disparait pas, singulier paradoxe, plus nous allons vers la « mondialisation » et plus il augmente, bientôt peut-être 200 pays souverains à l’ONU, il y en avait moins de 50 à sa création.


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Toutes les pièces de procédure se trouvent sur le site de la Cour internationale, www.icj-cij.org/, des milliers de pages en allant sur  le dossier proprement dit :

http://www.icj cij.org/docket/index.php?sum=284&code=ct&p1=3&p2=3&case=45&k=46&p3=5&lang=fr&PHPSESSID=d97c62d76b31ec71c5d880754f52e040

 

 

Les mémoires de Samdach Son-Sann, (ancien premier ministre du Cambodge de 67 à 69), les dessous du procès du temple de Preah Vihear :

http://www.taansrokkhmer.com/temple_de_preah-vihear.ws

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 03:01

Frontieres 250 Notre Isan : Le Siam et ses frontières

  1/ Qu’est-ce donc qu’une « frontière » ?

C’est tout simplement une ligne qui délimite deux souverainetés, marquée surune carte, délimitée ensuite sur le terrain avec de part et d’autre des autorités, des lois, des organisations sociales différentes.

Notion récente, elle est née essentiellement au XIXème siècle. Au moyen-âge, le concept est incertain. Dans les steppes ou les forêts, on stagne pour se défendre, on bouge pour attaquer. Cette conception règne en Asie du sud-est jusqu’au début du siècle dernier. Les empires coloniaux français et britanniques imposent (de 1893 à 1909) des frontières linéaires (linéaire ne signifie pas ligne droite) au Siam resté formellement indépendant. La plus grande partie passe sur des lignes montagneuses, des lignes de crête, des lignes de partage des eaux. Or, les états du Siam sont anciens, établis autour de noyaux à forte densité de population travaillant sur les terres rizicoles séparées par des collines ou des montagnes, zone tampon avant que ne s’imposent les tracés linéaires. Dans ces zones, on trouve des minorités ethniques montagnardes qui n’ont aucune conscience de cette conception linéaire qui s’impose à la fin du XIXème et au début du XXème. Ils n’ont pas la moindre conscience de l’ « idée de nation ». Les frontières sont plus  des zones de contact que des lignes intangibles.
 
Au Siam régnait un monarque charismatique au pouvoir absolu, résidant au centre d’un espace agricole fortement peuplé, pas d’administration mais une aristocratie dépendant de son bon plaisir. La conception héréditaire de la noblesse qui a pollué l’aristocratie française n’a jamais existé au Siam. Pas de règle non plus de dévolution du pouvoir monarchique. Le successeur doit prouver sa puissance en éliminant les descendants du souverain qui pourraient prétendre à un droit quelconque. Le droit constitutionnel au sens où nous l’entendons depuis des siècles est inexistant. Le souverain entretient alors avec les groupes ethniques ou tribaux des montagnes des rapports de vassalité.


carte

 Une zone montagneuse peu peuplée, de Chiangmaï à Kra sépare le Siam, et leLan na (tributaire du Siam) de la Birmanie (Royaume de Ava). Nul ne se pressait de « borner » sur le terrain. Ces royaumes étaient un conglomérat de « muang » (villes) exerçant pouvoir sur un territoire. La ville la plus importante exerce sa suzeraineté sur les autres d’autant plus forte qu’elles sont moins éloignées. Entre des « muang » s’intercalent des espaces plus ou moins peuplés, il n’y a de limites que symboliques. Entre des royaumes rivaux, une zone de circulation et d’établissement libre entre des princes alliés ou ennemis, pas de stricte délimitation qui aurait été considérée comme inamicale, des zones fluctuantes et aucune notion d’intégrité territoriale !

La présence d’une ceinture d’états vassaux autour du Siam est donc un paramètre majeur pour la future délimitation des frontières.


Les problèmes de délimitation se sont posés d’abord lorsque les britanniques ont entrepris la conquête de la Birmanie (dans les années 1820). A la fin du XIXème, le Siam est cette fois en compétition avec les français et les britanniques pour absorber ces petits états et transformer ces zones territoriales floues en frontières délimitant mathématiquement des zones de souveraineté absolue. C’est ce qui conduit le Roi Chulalongkorn à engager ses réformes administratives pour incorporer entre 1880 et 1890 ces états tributaires aux statuts divers en un système de provinces dans un état centralisé. Les frontières seront ensuite établies par une série de traités entre la France et la Grande-Bretagne en 1893, 1899, 1902, 1904 et 1907 en utilisant des techniques de cartographie modernes.  Cela fait encore partie du processus de modernisation datant du règne du Roi Mongkut (1851-1868) et surtout de son successeur Chulalongkorn (1868-1910). Ainsi est créé en 1875 un groupe de cartographes au sein de la Garde royale. Une école de cartographie est créée en 1882 et le « Royal survey department » en 1885. Dans le cadre de la compétition entre la France et le Siam pour la cartographie des régions frontalières, la première carte moderne du Siam est établie en 1887 par un anglais. Pavie dessine sa propre carte en 1902. La délimitation du territoire national siamois au sens moderne (européen ?) du terme s’impose alors au Siam et aux puissances coloniales, le Siam étant l’état tampon entre les deux empires coloniaux. C’est au début du siècle dernier que, pour de seules raisons géographiques, l’académie royale (équivalent de notre académie française en moins poussiéreux) élabore la première romanisation officielle de la langue.


2/Ainsi donc, le passage d’un état ancien à l’état nation territorial avec des frontières linéaires cartographiquement définies s’est imposé sous la contrainte coloniale. Mais chacun des états (Thaïlande, Birmanie, Laos et Cambodge) conserve peu ou prou un comportement imprégné du système ancien. La Thaïlande est un état fort qui réussit à faire respecter sa souveraineté territoriale à ses frontières mais il est des états faibles (Myanmar, Laos, Cambodge) qui sont incapables d’établir un contrôle strict des leurs. La ceinture d’anciens états tributaires en Birmanie est peuplée d’ethnies non birmanes et de multiples mouvements armés (Karen, Mon, Shan ...) prirent les armes lors de l’indépendance et luttèrent avec plus ou moins de succès contre le pouvoir de Rangoun. La junte militaire contient efficacement et brutalement ces poussées, mais le succès est fragile. Le « Cambodge délaissé » est resté longtemps la base d’opposition armée au pouvoir central. L’armée vietnamienne est aussi longtemps restée maitresse d’une large bande frontalière qui échappait tout autant au pouvoir royal qu’à celui du communiste Sam neua.
Les Karens « kariang » comme disent les thaïs vivaient paisiblement en Birmanie... jusqu'à l'arrivée des Birmans. L'État Karen, est délimité dans la Constitution birmane de 1948, par deux fleuves, décrétés "frontière", mais n'abrite que la moitié de la population Karen de Birmanie, 6 millions d’entre eux se sont retrouvés birmans, les autres thaïs. Ils ont créé leur propre état en 1950. L’état birman les martyrise, la Thaïlande les ignore, les isole ou les refoule. La frontière birmano-thaï, matérialisée par la rivière Salween, est très perméable, elle est traversable à gué en saison sèche, les migrations de Karens d’un pays à l’autre sont incessantes. Ils sont plus de 100.000 à vivre dans les 8 camps de réfugiés ouverts en Thaïlande depuis 1984, attendant la solution politique qui leur permettra d'envisager un avenir. Les combats entre le gouvernement du Myanmar et les divers groupes de guérillas rebelles dégénèrent parfois à la frontière en thaïe : Ainsi en février 2001, au prétexte que l’armée birmane poursuivait des rebelles shans sur son territoire, l'armée thaïlandaise a répondu par des tirs d’artillerie, l'armée du Myanmar a riposté, les deux parties ont subi des pertes humaines. En mai 2001, les combats entre l'armée du Myanmar et encore l’état shan rebelles a encore donné lieu à des incursions en Thaïlande. Encore une fois, les Thaïlandais ont répondu à coups de canon. Les deux pays s'accusaient mutuellement de soutenir les groupes rebelles ethniques impliqués dans un trafic frontalier de médicaments de médicaments de la Croix Rouge !
Drôle de guerre en tous cas ! La pointe extrême du sud de la Birmanie, Kawthaung, jouxte la province thaïe de Ranong. Elle est célèbre pour son casino où se pressent en longue procession les thaïs aisés pour jouer en toute liberté et les « farangs » faisant leur « tour de frontière » à l’expiration de leur visa. Alors que les troupes se canonnaient allègrement à l’extrême nord, le poste frontière du sud est resté opérationnel comme si de rien n’était, après une brève fermeture de 24 heures !

La bande frontalière le long des frontières thaïes (sauf le Mékong) est étroite. Zones de relief mal desservies par les réseaux de communication, insécurité relative, trafic et contrebande, source de conflits potentiels, zones de minorités ethniques, mal intégrées politiquement et économiquement... C’est la zone frontalière montagneuse (provinces de Nan et Loei) qui abrite entre 1967 et 1983 la guérilla du parti communiste thaï impliquant des minorités ethniques dont les Hmong. L’armée Shan insurgée de Khun Sa établit son quartier général en Thaïlande jusqu’en 1982.

Des affrontements sporadiques avec l’armée de la junte se produisent encore, et encore le 14 mars dernier. Les troupes chinoises du Kouo-Min-Tang en déroute s’installent en Thaïlande à la frontière birmane et y sont encore plus ou moins bien assimilés depuis trois générations, devenus une catégorie de la minorité chinoise.
 L’armée birmane a calmé leurs velléités de pillage et de brigandage et les a contenu en Thaïlande. Malgré l'influence de la culture thaïe en particulier sur les jeunes, certains aspects de la tradition chinoise sont restés importants, l'éducation chinoise renforce la conservation des valeurs culturelles chinoises.


 3/ Il y a eu dans un passé récent de graves problèmes frontaliers entre la Thaïlande et le Laos en particulier en raison de l'exploitation de concessions forestières, à l'origine de tensions et d'incidents violents au cours de la décennie 1980, le plus grave étant la « guerre des collines » dans la province forestière de Sayaboury, entre décembre 1987 et février 1988, qui aurait fait environ un millier de morts de part et d'autre.

guerre des collines

 
 La délimitation frontalière avec la France n’était pas en cause. Depuis cette période, les deux États se sont rapprochés et le tracé de la frontière ne fait plus l'objet de contestations. Ils ont signé en 2006 un document de coopération, aux termes duquel  la Thaïlande aidera le Laos à établir la carte du Mékong selon les principes juridiques convenus par les deux parties. Travail en cours.... Actuellement, la démarcation de la frontière Thaïlande-lao se base, entre autres, sur la carte franco-siamoise sur la démarcation du Mékong de 1929-1931 et du procès-verbal de la 14e réunion du Comité mixte Laos-Thaïlande sur la coopération dans la gestion de la frontière. Il ne subsiste que des micros querelles de clocher sur les îlots du fleuve (qui sont censés appartenir au Laos), la frontière passe en son milieu, mais il y a « lit majeur » et « lit mineur ».


 Et les frontières de l’Isan avec les pays voisins ?, me direz-vous ? A suivre ...
 

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 03:03

Sans titre-2Peu savent quand l’Isan s’est appelé Isan et Makkhèng est devenue la capitale historique de l’Isan.

Le roi Rama VI qui ne s’occupait pas seulement de traduire Shakespeare et Agatha Christie en thaï, s’était engagé auparavant à bon escient, quoi que tardivement, après de très officielles déclarations de neutralité, aux côtés des alliés dans la grande guerre de 14-18. Le Siam est du côté des vainqueurs. Il n’a pas payé un lourd tribut, 19 morts, et en contrepartie a gagné  la récupération des avoirs allemands au Siam (qui étaient énormes) et la considération des puissances coloniales alliées.

Mais il reste peut-être encore à cette époque les souvenirs mal éteints d’événements vieux de trente ans qui avaient placé sous la protection de la France la rive gauche du grand fleuve. Les deux pays s’y touchent et les peuples s’y mêlent. Alors que la frontière avec le Cambodge est une zone de forêts désertes où races et langues sont différentes, la frontière du Mékong unit communauté de races et de langage.

Laos "français d'un côté ? oui. Laos "siamois" d'un autre , non !


C’est pourquoi, au début de l’année 1923, le Siam crée aux portes du Laos français une vice-royauté qui englobe, en en fusionnant les frontières, les provinces du « Laos siamois », alors Makkheng, Roiét et Ubon. Ce ne sera pas la vice- royauté du « Laos siamois », mais le « phak Isan ». Il existait déjà dans le langage commun mais pas dans le langage administratif. Le vocable n’est pas susceptible de froisser la susceptibilité des Français. La capitale ne pouvait en être Nongkhai, la rive droite du Mékong devant rester démilitarisée sur 25 kilomètres, (traité du 3 octobre 1893) mais Makkhèng. La ville ou plutôt le village située à un peu plus de 50 kilomètres au sud de la frontière, déjà capitale de la province puis création artificielle qui devient Udonthani, est destinée à fonder une capitale en dehors de notre zone d’influence et hors zone démilitarisée.

 

Jules Bosc, résident supérieur au Laos appliquait avec persévérance une politique d’entente cordiale avec le voisin siamois et il en était de même du côté siamois.

Prince PrachakLe Prince Devavongse, proche cousin du Roi, ministre des affaires étrangères pendant plus de trente ans était ouvertement francophile.

Elle est alors en construction, nous dit Jules Bosc, qui y est reçu en grandes pompes en 1924, « pauvre, sans ressources ni attraits, quelques villages groupant 4.000 habitants entourant l’emplacement du chef-lieu ». Ne cherchez pas หมากแข้ง Makkhèng sur la carte, qui est devenu Udonthani, capitale historique de l’Isan ! Le nom d’Udonthani อุดรธานี «  la grande cité du nord » sonne peut-être mieux pour une capitale que celui de Makkhèng (sauf erreur de ma part le « palmier à bétel »). Makkhèng est aujourd’hui un petit tambon – un quartier - de l’amphoe « Muang Undonthani » qui recouvre le territoire de la ville. Le nom d’Udonthani remplace à cette époque celui du palmier. Il ne restait plus qu’à « thaïfier » le Laos siamois qui est désormais l’Isan.

Calque 1Rappelons qu’il existait, à la fin du XIXème, quatre régions au Siam qui avaient pour nom le Siam (en gros le centre et le nord), le Laos siamois (compris Chiangmaï), le Cambodge siamois et le Malacca siamois), trois vocables susceptibles d’irriter la susceptibilité des Français, des Anglais et des sultans malais !

L’opinion communément diffusée chez les Thaïs est que le choix du mot Isan résulte tout simplement du fait qu’il est plus facile à prononcer que « province du côté du soleil levant » même si celui de « province du côté du soleil couchant » ne les perturbe pas ! Ainsi écrit-on l’histoire.

 

Notez – au passage -  que la France d’alors, soucieuse plus qu’aujourd’hui de sa représentation à l’étranger partout dans le monde, entretenait depuis 1895,  indépendamment du Consulat de Bangkok, un consulat honoraire à Nan, un à Chiangmai, un à Makkhèng (qui accueillit donc Bosc), un à Khorat et un dernier à Ubon. Plus que les Etats-Unis et que la Grande Bretagne, qui dominent alors encore la moitié du monde ! Le vice-consul de Khorat fut un temps Durousseau de Coulgeans, membre éminent  de la mission Pavie. 

Sans titre-1

Le consul d’Ubon a aussi laissé un nom dans l’histoire, Raymond Vergès, député communiste jusqu’en 1955, un nom, mais aussi de son épouse indochinoise, des jumeaux, fils de l’Isan, tous deux nés à Ubon en 1925, Jacques, l’atypique et sulfureux avocat et Paul le politicien réunionnais.

Vergès bébé-copie-1

Mais l’explication de cette pléthore de consuls français a une explication autre que celle de notre prestige, alors que les français proprement dits n’étaient que quelques centaines (environ 200 en 1900 - exactement 240 en 1912 dont 146 hommes, 63 femmes et 31 gamins mais 15.000 protégés). Le traité de 1893 créa à la France une énorme clientèle de « protégés », les milliers d’indigènes originaires des pays présentement soumis à notre souveraineté, Laos, Indochine et Cambodge et conduits à différentes époques de gré ou de force, au Siam par les Siamois ! Anciens prisonniers de guerre ou esclaves, ils sont devenus les protégés de la France. Les privilèges exorbitants accordés à nos nationaux (privilège de juridiction en particulier, c'est à dire ne pas être jugés par les tribunaux siamois dans quelque matière que ce soit) s’étendaient aussi à nos protégés.

Le traité franco-siamois de février 1925 mit fin à cette situation, on considéra alors que le Siam « avait bien mérité la restauration de sa souveraineté juridictionnelle ». Tout laisse donc à penser que les fonctions de ces consuls honoraires au moins jusqu’en 1925, étaient loin d’être honorifiques !

 

Et l’Isan devenait officiellement l’Isan pour tous.

 

 

Références

Revue générale de droit international public 1926.

Eveil économique de l’Indochine du 23 novembre 1924.

Conseil du gouvernement de l’Indochine, rapport au gouvernement 1923.

Almanach de Gotha, partie "représentation diplomatique" 1910

Directory for Bangkok and Siam 1914

Annaire général de l'Indo-Chine française 1908

 

 

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