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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 04:26

KingRama5 Le grand roi bien aimé (1853-1910).

 Rama V  régna de 1868 à 1910. Il est le cinquième roi de la dynastie Chakri fondée en 1782. Il est surtout connu sous son nom de Chulalongkorn.

Fils ainé et héritier du grand roi Mongkut (Rama IV) et de la reine Debsirindra, il est né à Bangkok le 20 Septembre 1853 et va recevoir une éducation traditionnelle et moderne. Il eut notamment la gouvernante anglaise Anna Leonowens comme tutrice. En 1866 (il a alors 13 ans) il devint moine selon la tradition royale. Il reviendra à la vie civile en 1867. Son père Rama IV mourut en laissant à son frère, à son fils, à son beau fils et à tous les officiels, le soin de choisir le futur roi. Ce sera Chulalongkorn qui sera couronné le 11 Novembre 1868. Mais il sera mis sous régence, car il n’avait que 15 ans ; le régent qui est choisi, Sri Suriyawongse, est l’ancien premier ministre du roi Rama IV.


 Le règne d’un réformateur.

images (3) Ce roi  va régner 42 ans ; il mourut le 23 Octobre 1910 après avoir eu 77 enfants, de 36 de ses 92 femmes. C’est le grand père de l’actuel roi de Thaïlande Rama IX. Son règne sera marqué par de grandes réformes et une volonté, déjà affichée chez son père Rama IV de moderniser le Siam. Enfin il aura marqué l’histoire de son pays en négociant avec les puissances coloniales que sont la France et l’Angleterre, en cédant des parts importantes du territoire - au Laos, Cambodge avec la France - en Malaisie et Birmanie avec les Anglais.

 

Premiers voyages

 Ce qui est sür c’est que Chulalongkorn voulut faire des réformes dès son arrivée au pouvoir. Il avait compris que les autres pays pouvaient l’inspirer et il entreprit avant même son sacre définitif de grands voyages.

En 1870, il visite Singapour et Java. Puis l’Inde anglaise entre 1870 et 1872 afin de comprendre l’administration anglaise – Calcutta, Delhi, Bombay, puis retour à Calcutta en 1872. Ce voyage sera plus tard sa grande source d’inspiration. Ses idées, ses méthodes pour moderniser l’administration du Siam en tiendront compte

Le régent Sri Suriyawongse eut aussi une grande influence. Il poursuivit l’œuvre du roi Mongkut, Rama IV. C’est notamment lui qui ordonna le creusement d’importants klongs,  notamment le célèbre Damnoen Saduak,  et fit paver de grands axes comme Silom et Charoen Krung, faisant de Bangkok, la Venise de l’Asie. Au début de 1873, Chulalongkorn se refit moine et ne revint que pour son couronnement en 1873. Sri Suriyawongse se retira alors. Chulalongkorn se maria alors avec quatre de ses dernières sœurs, toutes des filles de Mongkut. Il eut 55 enfants !

 

Première mesures.

 

Ses premières mesures vont modifier le protocole et notamment l’obligation de se prosterner devant le roi. Cela ne fut pas du goût des conservateurs qui vont pousser le prince Wichaichan (son frère) à prendre le pouvoir. Cette tentative se soldera par un échec mais les réformes durent attendre un peu. Elles vont reprendre après la mort de Sri Suriyawongse (1883) et Wichaichan (1886) et il nommera ses propres frères aux postes clés.

Il va créer un bureau « d’audit » pour remplacer l’ancien organisme corrompu qui levait les taxes. C’était une atteinte au « palais de devant » (Front palace) dont le prince titulaire était depuis le roi Mongkut considéré comme un second roi. Un tiers des recettes ainsi prélevées revenait au prince Yingyot du « palais de devant-Front office » La crise était inévitable.

 

Il va transformer le conseil d’Etat en un organisme législatif de 10 à 20 personnes choisies parmi ses fidèles et appointées par lui, et créa un conseil privé entièrement consultatif. Chulalongkorn, ne l’oublions pas, est un monarque absolu et tient à le rester. Il va embaucher de nombreux conseillers étrangers.

 

Réformes de l’Etat

 

Dès 1875, le département des finances et des affaires étrangères seront séparés. En 1887 sera crée un ministère de la défense, en 1890 un ministère des travaux publics et un de l’éducation, en 1891 un ministère de la justice. Mais la grande réforme sera d’abolir le rôle des deux premiers ministres l’un qui dirigeait le nord et l’autre qui dirigeait le sud, et les tâches seront confiées au ministère de l’intérieur. Un conseil de 12 membres, sorte de conseil des ministres sera nommé.

Quand le prince Yingyot mourut en 1885, Chulalongkorn en profita pour abolir le titre du « Palais de devant-Front office,  et créer celui de « prince couronné » dans un style occidental. C’est le fils de Chulalongkorn, Vajirunhis qui en fut le premier titulaire. Mais en 1895, il va mourir subitement à l’âge de 17 ans et c’est son demi-frère, Vajiravudh, qui va lui succéder (à son retour d’Angleterre où il était allé étudier).

En 1887, Rama V établit l’Académie militaire royale pour entrainer les troupes à la façon occidentale. Ces forces modernisées donneront plus de force au roi pour centraliser le pays. Le roi prendra soin de nommer aux postes militaires supérieurs ses propres fils qui avaient eu une formation militaire en Europe.

La plus grande réforme administrative sera la réforme provinciale en 1894. Les provinces étaient jusqu’à présent réparties en 4 classes. Chulalongkorn divisa le pays en 18 cercles (monthon) divisés en provinces (changwat) et ces provinces en districts. En 1897 chaque village sera représenté par un chef élu, représentant de l’administration. C’est le prince Damrong qui va se charger de cette réforme.

 

 

Abolition de l’esclavage.

Parmi les multiples réformes de Rama V, l’abolition de l’esclavage est la plus spectaculaire. Cette réforme a commencé en 1874 en accordant la retraite aux esclaves les plus âgés. Cette loi a été mise an application petit à petit jusqu’en 1905 et sans verser de sang.

Sur le plan de la justice, il abolit les méthodes de tortures pour les procès alors en cours, et jugée comme archaïques par les occidentaux et les modernes. Il introduit le code judiciaire occidental et notamment français et il s’entoure d’un juriste belge, Rolin-Jaequemyns qui va aider le roi à mettre sur pied un système judiciaire, cohérent et moderne.

 

r 5Assainissement des finances de l’Etat.

L’une des réformes dont le pays de Siam avait le plus besoin était celle des finances publiques. Le secteur était gangrené par la corruption à son plus haut niveau. Pendant son règne, le roi a contrôlé les revenus du royaume en créant le bureau des revenus publics qui devint le ministère des finances. Quelques conseillers anglais l’avaient soutenu dans cette réforme. Un budget d’Etat sera établi pour la première fois en 1909 séparant la propriété royale et l’Etat.

Les grandes étapes financières seront la création d’une grande banque : la « Siam commercial bank » et la simplification de la monnaie (apparition du bath).

 

Rebellion Heo jugulée.

Pendant ce temps Rama V dû faire face dans le Nord de la Thaïlande à l’agression de bandes de pillards chinois, eux même issus de la grande révolte des Taiping. En 1875, il envoya des troupes pour écraser les bandits Heos, qui étaient arrivés à Vientiane. Mais ceux-ci opposèrent une farouche résistance et il fallut en 1885 envoyer d’autres troupes pour mater la révolte.

Une fois  la révolte matée des Heos en Isan, et débarrassé sur le plan politique du Palais de devant –Front palace, il put se consacrer aux réformes essentielles qui furent nombreuses et qui visaient à sortir le pays de la féodalité.

 

L’Education, une priorité.

 

Rama V avait bien compris que le pays ne pouvait progresser sans une instruction poussée des élites, à commencer par les princes et les enfants de l’aristocratie. Deux écoles ont été crées pour eux dans l’enceinte du palais. Puis en 1884 l’éducation fut étendue à tout le peuple. Ceux qui à l’issue de leurs études en avaient les capacités furent envoyés en Europe. En même temps on créait des écoles « supérieures » en médecine, en droit , pour l’administration, des collèges militaires, des écoles normales… Ce n’est pas par hasard que la plus grande université de Bangkok aujourd’hui s’appelle « Chulalongkorn ». Rama V fonda la première bibliothèque nationale, le musée de Bangkok et le club d’archéologie.

 

Transports, communications, hôpitaux

Continuant l’œuvre de ses prédécesseurs, il a créé de nouvelles artères à Bangkok pour faciliter le passage des automobiles de plus en plus nombreuses. Il a continué à faire creuser de grands canaux au service de l’agriculture et construire de nombreux ponts. Dix sept ponts ont été édifiés à partir de 1895. Chaque anniversaire du roi voyait la naissance d’un nouveau pont. Puis de 1893 à 1909, le monarque a voulu développer le chemin de fer. Une première ligne de 25 kms (Bangkok/Paknam) verra le jour en 1893 avec l’aide des Britanniques et des Allemands. Cette voie ferrée n’atteignit Ayutthaya qu’en 1896 et Korat en 1900. Vers le sud la voie ferrée n’arriva à Phetchaburi qu’en 1903.

Le département des postes et télécommunication voit le jour en 1883 et les premières lignes téléphoniques à la même époque.

Quant à la santé publique le premier hôpital moderne, voit le jour en 1888  c’est l’hôpital Siriraj

 

Ce roi déjà si prolixe en matière de réforme se préoccupa aussi de la culture et sous son règne on assista à de nombreuses créations. Lui-même se révéla comme un bon écrivain et il laissa quelques œuvres, romans et poèmes de haut niveau.

 

chula-haakon1897Roi voyageur

Rama V fut un grand roi voyageur, non seulement vers d’autres pays que le sien, mais aussi à l’intérieur de son propre pays. Il a visité presque toutes les provinces du pays, en se déguisant en homme du peuple, logeant en incognito. Il voulait se rendre compte par lui-même de la vie dans les villages et du travail des fonctionnaires. Deux voyages privés de ce type sont restés dans les annales, en 1904 et en 1906. Et puis il entreprit des voyages à l’étranger, en 1871, 1896, 1901 à Java et Singapour, en 1871 en Inde et en Birmanie et en 1897 et 1907 en Europe.

Son premier voyage devait lui permettre de visiter la Grande Bretagne et la France, mais aussi la Russie et l’Allemagne. La manoeuvre était habile car il voulait contrebalancer le pouvoir de la France et de la Grande Bretagne en sollicitant l’aide de la Russie et de l’Allemagne, mais en vain. Puis le second voyage fut l’occasion d’assister à la signature du traité franco-thaï, le 23 Mars 1907, et de poser pour sa statue équestre.

 

La guerre franco-thaïe.

 

A partir de 1863 (quand le Cambodge devient un protectorat français). La pression de deux puissances coloniales, la France et l’Angleterre va s’accentuer. Des parties du territoire cambodgien, Battambang, Siem Reap étaient toujours sous le contrôle du Siam. La Birmanie, la Malaisie étaient sous le contrôle  britannique. En 1887 l’Indochine française était constituée du Vietnam et du Cambodge. Cette année là pour chasser les bandits Heo, les troupes françaises envahissent le Laos. En 1893, Auguste Pavie, le vice consul de France à Luang Prabang demandera la cession de toutes les terres laotiennes à l’Est du Mékong et qui étaient sous suzeraineté du Siam. Ce bras de fer a été longuement traité dans notre article précédent, « traité de 1893 ». Après une guerre rapide perdue par le Siam, Chulalongkorn parvint à conserver l’indépendance du Siam au prix d’une perte importante de souveraineté et de territoires. Il abandonna en effet la partie du Cambodge qui lui restait,  (Battambang,et Siam Reap- Angkor) et le Laos à la France. Quant aux Etats de Malaisie et de Birmanie (notamment Mergui, ils revinrent au Royaume Uni (en 1909).

Au terme d’un long règne, quand le roi mourut, le 23 Octobre 1910, la Thaïlande n’était pas devenue un pays colonisé. Le prix à payer avait été lourd (la perte d’un demi million de km2 aux frontières avec la Birmanie, le Cambodge, le Laos, la Malaisie ; la perte de nombreuses taxes afférentes aux territoires mais aussi pour les exemptions des droits européens).

 

Un roi toujours vénéré

Le roi, Chulalongkorn a été très aimé de son peuple de son vivant. Ses sujets ont bénéficié de nombreuses mesures sociales, l’essor économique a été très spectaculaire. Cette reconnaissance fait que ce roi est l’objet encore aujourd’hui d’un culte actif, et de très nombreuses maisons thaïes sont ornées de son portrait.

Le 23 Octobre, est un jour férié et des rassemblements ont lieu partout et en particulier au pied de sa statue équestre de Bangkok.

statue Rama V parisProfitant de son second voyage en France, il en avait profité pour poser pour une statue équestre en plomb, œuvre d’artisans français symbole de modernité et de traditions. Cette statue toujours sur une place devant le Palais royal à Bangkok, Elle est le  prétexte chaque année pour lui rendre hommage.

 La Thaïlande d’aujourd’hui n’a pas oublié le roi qui l’a fait entrer dans la modernité transformant un petit royaume traditionnel en une nation moderne, au cœur des affaires asiatiques.

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 04:10

Pavie auto portrait Pavie : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » 


Pavie écrivain


A partir des notes accumulées au cours de ses expéditions, Pavie décide de se consacrer à la publication de ses recherches. Une véritable encyclopédie de la Région : littéraire, géographique, ethnographique, anthropologique, botanique et zoologique...


Nous lui devons entre 1898 et 1911 : Un délicieux « Contes populaires  du Cambodge, du Laos et du Siam », textes originaux et traduction, qui se seraient peut-être perdus sans lui.

Mission Pavie – Indochine – exposé de la mission  I ,exposé de la mission II ,– Indochine – passage du Mékong au Tonkin, – Indochine – Etudes diverses, recherches sur la littérature du Cambodge, du Laos et du Siam, Voyage au centre de l’Anna, et du Laos, –  Recherches sur l’histoire du Cambodge, du Laos et du Siam, –  Journal de marche – événements du Siam 1891 – 1893, Recherches sur l’histoire du Cambodge, du Laos et du Siam, Voyage dans le haut Laos et sur les frontières de Chine et de Birmanie, Recherches sur l’histoire naturelle de l’Indo-Chine orientale, Voyages au Laos et chez les sauvages du sud-est de l’Indo-Chine. Il publie encore un lexique laotien avec l’aide d’un collaborateur, qui vaut largement ce que l’on trouve au XXIème siècle. (Tous ces ouvrages sont accompagnés de nombreuses cartes et illustrations, gravures sur bois comme on pratiquait à l’époque).


le mangeurQue saurions-nous de la Gaule et de « nos ancêtres les gaulois » si Jules César qui l’a conquise brutalement ne nous avait narré le résultat de ses observations pendant 10 ans ? Nous avons oublié sa férocité pour ne retenir que ses « Commentaires ».

Il mérite, beaucoup plus que Jules Ferry d’avoir son attaché à des écoles, des avenues, et sa statue. Son buste dans sa ville natale demeure. Il n’y est fait mention que de ses qualités d’explorateur ...Il a légué à la ville l’immense collection de ses notes et écrits, confiés à la bibliothèque municipale qui a constitué un fonds « Auguste Pavie ». Un officier de marine, E. Aymonier, un autre grand explorateur et « inventeur d’Angkor » a collaboré avec la mission Pavie au Cambodge et en Annam. Il y a recueilli de nombreuses inscriptions khmères et de nombreux spécimens de sculptures actuellement au musée Guimet, à Paris.Tout cela eut certainement été perdu sans eux. À l’heure où les débats suscités par la colonisation sont encore passionnés, n’oublions pas ce « colonisateur » qui est un des rares à pouvoir dire : « Je connus la joie d’être aimé des peuples chez qui je passai. » Il appartient à ceux qui, tels Savorgnan de Brazza (qui a donné à la France le Congo dont l’Italie ne voulait pas), ont constitué notre Empire colonial et dont la mémoire est pure de sang humain.Il n’a guère sur la conscience que le sang d’un couple de chat siamois qu’il a(urait) donné au jardin des plantes et qui n’a pas survécu. Ses seules autres victimes demeurent les merveilleux papillons et autres insectes qu’il a collectionnés là-bas.


Les Thaïs ? 

Le traumatisme consécutif à la perte d’immenses territoires a été immense. Comparable probablement à celui qu’ont subi les français en 1870 avec la perte de l’Alsace-Lorraine. N’épiloguons pas sur la valeur des raisons historiques (plus ou moins fuligineuses) qui conduisaient les Siamois à considérer le Laos comme leur. Il n’a pas laissé un bon souvenir aux Thaïs pour lesquels (c’est l’opinion que l’on retrouve sur la quasi totalité des sites Internet relatif l’histoire de la Thaïlande) ses activités d’explorateur, ethnologue, géographe et quelles que soient ses talents, camouflaient en réalité celle d’un agent du colonialisme français, dont les agissements diplomatiques étaient la répétition de la vieille fable d’Esope reprise par La Fontaine du loup et de l’agneau. Je lis dans un tout récent manuel d’histoire à l’usage des petits thaïs « Il ne faut pas oublier l’année 1893, année de lamentation et de tristesse ». 

Cet ouvrage a été publié à Bangkok en 2551 (2007) est une critique assez féroce de son rôle :

 

 

caricatureUne caricature se passe de commentaires :

 

Le titre peut se traduire « L’homme qui a mangé le Mékong ».  

Tout comme les français ont gardé pendant 44 ans « les yeux fixés sur la ligne bleue des Vosges », le dépècement du Siam en 1893 explique sa politique étrangère dans les années qui suivirent et son intervention dans les deux conflits mondiaux.

 

Les Laotiens ? 

L’un de ses collaborateurs, le Capitaine Cupet écrit en exergue du tome III des documents : « Coin de terre privilégié où les mœurs ont gardé une simplicité exquise, si rare chez les asiatiques, dont la caractéristique dominante est la duplicité. Mon affection est allé tout naturellement à cette population laotienne, si douce, si paisible et si confiante, que la gaité n’abandonne jamais même dans les pires malheurs ». C’est le sentiment que l’on ressent profondément tout au long de ses écrits. Le choix de cet homme assurément simple et bon, de ce charmeur de peuples avait influé profondément le cours des événements. Lors de son passage en Indochine, le Général Salan voulut en vain répéter (trop tard ?) le choix de conquérir les cœurs comme il voulut le répéter (encore beaucoup trop tard) en Algérie !

Le Laos après Pavie – que n’y est-il resté ! C’est assurément le colonialisme le plus agressif au service de la finance anonyme et vagabonde que l’on peut résumer en deux lignes «  C’est bien ici que les capitaux manœuvrés par la technique sont assurés de travailler avec les plus grandes chances de réussite » (Louis CROS, l’Indochine française 1930). Il y a des mots qui tuent.

statue vientianeUne première statue édifiée à Vientiane dans les années 30, après diverses péripéties, se trouve actuellement dans les jardins de l’ambassade de France après que le gouvernement lao eut exigé qu’elle soit invisible de l’extérieur.

 

Devant cette statue était posé un groupe de deux offrants, statue lourde de symbole !

 

 

Point trop ne fallait demander aux autorités de la République démocratique et populaire des peuples du Laos. Il est à l'heure actuelle l'une des pièces du Musée de la révolution devenu depuis quelques années Musée du Laos national. Les deux offrants y sont présentés comme les génies protecteurs des amoureux. Garçons et filles leur font des offrandes de colliers de fleurs après s'être fait photographier en leur compagnie. Ainsi écrit-on l' histoire. Statue de la hontePour les rares Laotiens qui en connaissent la véritable origine, elle est la statue de la honte.

 

 

 

statue luangUne  autre à Luangprabang a disparu et il n' en existe qu'une reproduction dans une propriété privée appartenant problablement à un admirateur ! Ne demandons pas aux anciens colonisés de se faire les apologistes des anciens colonisateurs  !

 

 

Un écrivain lao avec lequel j'ai fait quelques années d'étude à Aix en Provence il ya bien longtemps m' avait dit  "Il était un agent de l'impérialisme colonial, mais il n'était pas aussi brutal que les  autres".

 


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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 04:03

Timbre France Pavie,  employé des postes et télégraphe, vice-consul, explorateur, écrivain et ministre-résident de France au Siam, ambassadeur de France.


Pavie, « pionnier de la France au Laos ». C’est sous ce titre que la France lui rendit hommage en éditant en 1947 un timbre à son effigie.

Nous sommes à l’époque faste de la colonisation « à la Jules Ferry ». Nos élus radicaux socialistes et franc-maçons ont entendu sans frémir ces propos tenu par Ferry en juillet 1885 : « Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder (...) : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. (...) Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (...) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (...) Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation.»


territoires perdusUne seule et sévère réplique de Clémenceau  à ces propos qui vaudraient aujourd’hui à leur auteur quelques difficultés avec la Justice pénale :

« Je ne comprends pas que nous n'ayons pas été unanimes ici à nous lever d'un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n'y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu'à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n'essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c'est l'abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s'approprier l'homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. »


Mais qui était-il donc ?

Résumons brièvement sa vie d’ « explorateur aux pieds nus »

Il est né dans un milieu modeste en Bretagne, à Dinan, la patrie de du Guesclin, en 1847. Il est engagé volontaire à dix-sept ans dans un régiment de ligne. Vocation d’un breton pour les terres lointaines ? Sous officier de Marine, libéré en 1868, il n’était encore en 1880 qu’un simple petit employé des télégraphes, quand le gouverneur de la Cochinchine, le Myre de Vilers, à l’attention duquel il avait su s’imposer par son enthousiasme, lui donna l’occasion de prendre son envolée, pour reconnaître diverses régions de la Cochinchine et surtout étudier la création d’une ligne télégraphique entre Phnom-Penh et Bangkok. Sa voie était désormais tracée. Pendant 5 ans, il parcourt le Cambodge en rapportant de ses voyages une énorme documentation, les éléments d’une première carte des pays traversés...  

Il sut ainsi s’attirer l’amitié des « indigènes », étudia leur langue, se passionna pour l’étude du passé glorieux des anciens khmers. Peut-être crée-t-il volontairement son personnage, avec son grand chapeau de paille, (à l’époque la mode était au casque « colonial »), et sa barbe de missionnaire et pieds nus... A cela, rien d’étonnant, je ne suis pas convaincu qu’à Dinan au milieu de XIXème, tout le monde ait eu une paire de chaussures autrement que pour aller à la messe du dimanche et autre chose qu’une paire de sabots pour le quotidien. Mais en exergue de ses ouvrages, il préfère donner de lui un tout autre portrait plus conventionnel !


Nommé vice-consul 

Le désir perpétuellement renouvelé auprès de ses supérieurs de compléter ses recherches par l’exploration méthodique des régions laotiennes lui valut alors d’être nommé au poste de vice-consul de deuxième classe à Luang-Prabang, poste créé en 1885 avec l’accord du gouvernement siamois, avec pour mission officielle de « rechercher les voies de communication unissant à l’Annam et au Tonkin les pays dont nous revendiquions la possession ». Un bref séjour en France et il revient à Bangkok pour vivre son rêve sans avoir compté sur le mauvais vouloir des siamois. La création de son poste avait fait l’objet d’une convention provisoire du 7 mai 1886 contenant de façon plus ou moins claire la reconnaissance de la souveraineté du Siam sur les principautés laotiennes. L’exéquatur lui fut refusé par le gouvernement siamois et il dut rejoindre son poste de Luang Prabang dans des circonstances difficiles.

 

La première mission (1887-1889)


Arrivé à Luang Prabang en février 1887, il est accompagné de huit compagnons cambodgiens et d’un fonctionnaire siamois « chargé de l’assister dans ses rapports avec les autorités du pays ». Il tombe sous le charme du pays ! L’administration locale siamoise fait tout pour l’isoler du roi, des mandarins et de la population. Il réussira néanmoins malgré une étroite surveillance à causer avec les indigènes, gagner leur sympathie, s’attire de solides amitiés par l’intérêt qu’il manifeste pour l’histoire et les coutumes du pays et réussit à conquérir l’amitié d’un roi chéri de son peuple et sous tutelles des « agents de l’étranger siamois ». Il est dés lors convaincu que les Siamois n’ont rien à faire dans ce pays. Il en retient aussi la possibilité de se mettre en route pour réaliser le but principal de sa mission, trouver une voie pratique pour le Mékong au Tonkin.

En 1887, c’est le sac de Luang Prabang par le pirate Deo-Van-Tri. Pavie sauve la vie du vieux monarque. Il réussit à retrouver les vieux manuscrits royaux au complet qui lui permettront avec l’aide de traducteurs d'écrire l’histoire du « royaume du million d’éléphants » et il y acquiert en tous cas la certitude que la suzeraineté du Siam sur ce pays est toute récente et sans fondements historiques. Il est d’ores et déjà acquis à l’idée de donner le Laos à la France. Les cantons thaïs sont reconnus français en 1888. En janvier 1889, il est de retour à Luang Prabang et reçoit du vieux roi et de la population un accueil chaleureux. Il est de retour en France en 1889 avec la certitude que les prétentions de Bangkok sur le Laos sont éminemment discutables.

 

La deuxième mission (1889-1891) 

Après un bref retour en France, nul ne parut au gouvernement plus qualifié que Pavie pour occuper le poste de consul général chargé des fonctions de ministre résident de France au Siam. La seconde mission fut essentiellement une mission de relevés géographiques et topographiques qui conduisit Pavie et ses collaborateurs à « la grande carte d’Indochine ». Pavie et ses compagons ne sont pas des explorateurs qui passent mais des explorateurs qui lèvent leur itinéraire  (tous les levés des officiers ont été faits à terre en comptant les pas) prennent des observations et réalisent un travail scientifique durable.

 

La troisième mission (1892-1895) 

La multiplication d’incidents frontaliers suscite une vive animation dans les milieux coloniaux du parlement. Le massacre de soldats (allégué mais rien n’est moins sûr) et de nationaux français (allégué mais il semblerait qu’il s’agissait d’Anglais, les Siamois ne firent pas la différence) suscite une intense émotion en France.

Le talent de Pavie et les amitiés qu’il entretient dans les milieux proches du gouvernement ne réussissent pas à éviter l’affrontement. En mai 1893, trois colonnes ont pour instruction d’occuper la rive gauche du Mékong tenue « indument » par les Siamois, manifestant la volonté du gouvernement français de considérer le fleuve comme la séparation naturelle du Siam et de l’Indochine française. Le choix était discutable historiquement mais avait le mérite de la clarté.

 

l'illustration 2Le Siam se prépara alors à la guerre en mettant l’embouchure de la Djaophraya en état de défense. Les navires français forcèrent le passage et la cour se retrouva sous la menace des canons de deux modestes navires français. La marine thaïe, quoique conseillée ou commandée par des officiers allemands et danois (nous reviendrons un autre jour sur le contre-amiral « de Richelieu ») fit piètre figure. Pavie fut alors chargé de transmettre un ultimatum au gouvernement siamois en plusieurs points :

- reconnaissance des droits de l’Indochine française sur la rive gauche du Mékong et ses iles,

- évacuation des postes siamois établis sur cette rive

- satisfactions exigibles pour les massacres de nos nationaux et indemnisation aux familles des victimes

- indemnité de deux millions de francs pour les dommages causés et dépôt immédiat d’une somme de trois millions en garantie de l’ensemble des satisfactions pécuniaires :

Le Siam tenta alors de tergiverser, sous l’appui escompté des Britanniques mais ceux ci refusèrent de s’ingérer dans le conflit et le Roi dut s’incliner sans réserve devant l’ultimatum de juillet. Alors fut signé le traité de 1893. (Cf. supra, notre article 1893)

Voilà l’œuvre de sa vie, la conquête du Laos, conquête pacifique s’il en fut, conquête « des cœurs par l’amour et le dévouement ». Avec son fidèle second, Lefèvre-Pontalis, ils réussirent ainsi à rallier à « notre paix » non seulement Cambodgiens et Laotiens mais jusqu’aux massacreurs chinois de Deo-Van-Tri notre ancien ennemi.

 

En 1905, il atteint le sommet de sa carrière, il devient ambassadeur de France, grand officier de la Légion d’honneur, et prend sa retraite, non seulement pour jouir en France de sa gloire de diplomate mais aussi celle, plus personnelle encore, de savant et de découvreur, car ce fondateur d’empire qui a donné 280.000 kilomètres carrés à la France, laisse derrière lui une œuvre propre (sans oublier ses nombreux collaborateurs), 30.000 kilomètres de levées géographiques, itinéraires et un immense amas de faits des Documents de la mission Pavie.À partir de 1879 et pendant seize ans, il a ainsi parcouru, en utilisant tous les moyens de transport existants, des territoires inconnus et parfois inhospitaliers. Ses responsabilités diplomatiques n’ont pas éteint celles de l'explorateur et de l’écrivain. 

      

Timbre indochinePavie refusa dès son retour en France tout poste officiel. Peut-être eut-il pu changer le cours à venir de l’histoire du Laos français ? Ce n’est qu’à la suite des accords de Genève en 1954 que les Français rendirent au Laos leur pleine souveraineté, après 60 ans de protectorat, une présence française plus ou moins bien acceptée (par les élites) dans la mesure où elle avait tout simplement empêché l’absorption du pays par le Siam.  

 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 04:06

Le traité de 1893

 

Art of Paknam incidentRappel de la présentation des relations franco-thaïes sur le site officiel de l’ambassade de France de Thaïlande pour le XIXème siècle : « Dans le contexte de l’expansion coloniale française dans la région, plusieurs incidents opposent le Siam et la France, notamment celui de « PAK NAM » en 1893 ».

 Cette version quelque peu laconique de l’ambassade de France fait l’impasse sur le traité « d’amitié » du 15 août 1856 et sur le traité du 15 juillet 1867 (Cf. supra) qui confirmait le Protectorat de la France sur le Cambodge et assurait au Siam, sa « suzeraineté » sur Battambong et Siem Reap. Si elle évoque des « incidents », on ne sait rien sur leur nature; pire elle « oublie », encore une fois, un traité important, celui du 3 octobre 1893.

 

Rama IV meurt le 1er octobre 1868, après avoir tenté de préserver ses zones « historiques » de vassalité sur le Laos et le Cambodge. Les traités de 1856 et de 1867 lui laissent  encore son « influence » sur le Laos, Battambong et Siem Reap et la rive gauche du Mékong. Son fils, Chulalongkorn , devient le roi Rama V le 11 novembre 1868 à l’ âge de 16 ans. Après la Régence, majeur, il est couronné le 16 novembre 1873.

 

Déjà en 1871, il affiche une volonté d’ouverture à la « modernité » et aux réformes, au retour d’un voyage à Singapour, Pénang et Batavia que nul roi du Siam n’ait jamais effectué. Il intervient sur la mode et les coutumes thaïes (coiffure de femmes, table à l’européenne, costume européen…), la reprise en main des finances publiques, la création du 1er service postal ; en1874, la formation d’un grand Conseil. Il consulte entre autres, le code napoléon,  pour préparer lois, réformes, règlements… Bref, tout le monde s’accorde pour lui reconnaître une grande capacité d’analyse des forces et des faiblesses siamoises et une détermination à « moderniser » son pays. Mais sur le plan extérieur, il va rencontrer les deux grandes puissances colonisatrices anglaise et française.

 

Il connait l’histoire de son pays, la suzeraineté « historique » exercée sur le Cambodge et le Laos. Son père lui a sûrement appris à se méfier des menaces des Hôs au Nord, de la politique coloniale française à l’Est, celle des Britanniques au Sud à Singapour et dans la presqu’île de Malaca, et à l’Ouest en Birmanie.

 

LPJIl va vite connaître les conséquences des traités signés, remis en cause  dans la pratique quotidienne des « affaires » à « gérer », comme par exemple le statut des protégés chinois, cambodgiens  et plus tard  (en 1884) des Annamites vivant au Siam et de façon plus importante, le problème des délimitations des frontières. Il faut dire que de vastes territoires le long du Mékong étaient méconnus et certaines zones, comme par exemple l’appartenance des rives du grand lac du Tonlè Sap non spécifiée.

 

Le Protectorat  de la France sur l’Annam le 6 juin 1884 allait changer la donne. La France se « substituait » à l’Annam pour revendiquer « ses » droits sur le Laos. Il est vrai que de puissants intérêts étaient en jeu. Une nouvelle lutte allait s’engager jusqu’en 1893, mettant face à face deux grands « diplomates » : le Prince Devawongse, ministre des affaires étrangères siamois, et Pavie, à la carrière « fulgurante » : employé des postes et télégraphe, vice-consul, explorateur pendant cinq ans au Cambodge, et ministre-résident de France au Siam.

 

Les incursions des Hôs au Tonkin et au nord-Laos en 1885, allaient déclencher un processus. Une expédition militaire thaïe les repousse victorieusement. Pavie, nommé en novembre 1885 vice-consul de Luang Prabang, y voit arriver le général thaï en vainqueur le 10 février 1887. Mais le 7 juin, alors que les troupes thaïes se retiraient, 600 Pavillons noirs attaquaient Luang Prabang. Pavie avec ses Cambodgiens arrivent à sauver le vieux roi Ong Kham et se réfugie à Packlay le 15 juin 1887. Rama V en conclut que le vieux Roi ne pouvant se défendre passait sous son  administration directe et envoie une 2ème expédition pour installer son fils. La France, prévenue, envoie une expédition depuis le Tonkin et propose aux Thaïs, l’envoi réciproque d’un commissaire avec deux topographes. De plus, Pavie est nommé par les deux gouvernements en octobre 1887 avec trois agents thaïs,  pour établir une carte de la région, censée aider pour le tracé des frontières. Mais Pavie, en six mois, va en fait, pacifier un territoire de 87 000 km2, « explorer »la rivière noire et collecter chroniques et  annales (le récit de cette expédition est riche d’événements et ne peut ici qu’être simplifié).

 

paknamincident 3Les conflits sont alors multiples avec les Siamois concernant diverses « frontières » Tran Ninh et Kammon et la rive gauche du Mékong, Chacun bien sûr usant d’« arguments » contradictoires et assurant sa « présence » dans les terrains respectifs « occupés », ainsi les Siamois à Luang Prabang par exemple. Pavie n’ayant pas les troupes suffisantes pour réagir, propose un statu quo au prince Dévawongse avant de repartir en France pour cinq mois (juin 1889- retour Bangkok  30 octobre1889) et établir avec son ministre des affaires étrangères et le Sous Secrétaire d’Etat des Colonies un plan d’action qui ne laissait aucun doute sur la détermination coloniale de la France.

 

Dès le 20 décembre 1889, Pavie reçoit l’accord  du Roi et du Prince Dévawongse pour une 2ème mission sur, de nouveau, la suite des délimitations des frontières. Aucun n’est dupe et va chercher à consolider ses positions. Ainsi par exemple,  « Pavie forma sur la rive droite du Mékong des détachements qui seraient prêts », « Du côté thaï, l’occupation des postes militaires se multiplia du nord au sud, entre le Mékong et la Cordillère d’Annam […] construisant des postes et des fortins » (Duke, op. cité. infra).

 

Les conflits sévères vont de nouveau éclater dès 1891 : le conflit de Bang Bien (mai 1891), l’affaire Douthène (avril 1892), des conflits mineurs, des « échauffourées » le long du Mékong  et des échanges épistolaires « agressifs » ne laissaient aucun doute. 

Le 29 février 1893, le Parlement français exprime de façon nette sa revendication sur la rive gauche du Mékong. Une lettre du ministre des affaires étrangères du 4 mars 1893 peut être lue comme un ultimatum  par les Thaïs.

Le Prince Dévawongse ne peut plus que  proposer le 14 mars un modus vivendi  en trois articles. Pavie répond négativement le 17 mars 1893.

 

La France est prête pour l’action.

Le gouvernement français, le Gouverneur de l’Indochine, la presse de Saïgon, Pavie et même l’évêque de Bangkok sont même déjà prêts pour la suite. On évoque le Protectorat futur du Siam. Le Prince va encore chercher une entente, envoyer des  « protestations », mais il se sait lâché par la Grande Bretagne. C'est un vrai traumatisme pour la Cour thaïe.

 

Le 29 juin 1893 les troupes françaises occupent l’île de Samit et la France  exige le règlement de tous les différends. Trois colonnes partent de Saïgon… le chef Gros meurt lors d’un accrochage

 

Les Siamois font le blocus du Chao Praya… la France envoie le 13 juillet paknamincident 21893 l’aviso l’Inconstant, le J. B. Say et le Comète qui forcent le blocus (« l’incident » de PAKNAM, selon l’Ambassade de France à Bangkok)… le J. B. Say est coulé… des morts…

 

Le 20 juillet Pavie remet un ultimatum en 6 articles, avec réponse imposée dans les quatre jours et menace de son départ sur le navire « Forfait », en cas de refus. La réponse du Prince est jugée insuffisante. Pavie monte sur le « Forfait ».

 

Le roi Rama V accepte alors sans réserve les conditions de l’ultimatum le 29 juillet 1893. Un Traité de 10 articles et une convention sont signés le 3 octobre 1893.

 

L’Article 1 était le plus important : « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ».


L’Article  2  portait sur « L’évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong… ». Des indemnités importantes devaient être payées…

 

(A la lecture des 10 articles, je n’ai pas constaté  où Pensri Duke (op. cité) a pu voir confirmer la propriété du Siam sur Battambong et Siem Reap)   

 

La convention réglait des conflits spécifiques antérieurs comme l’évacuation de postes militaires, fortifications le long du Mékong, le jugement des auteurs  des attentats de Tong-Xieng-Kham et de Kammoun, la libération des détenus français, Annamites, Laotiens désormais sous la protection de la France…

 

42-26450867Ce fut un véritable choc. La protestation intérieure très forte,  l’abandon de l’Angleterre, les contestations au sein de la Cour, amenèrent le Prince à  déclarer « qu’il n’avait eu d’autorisation précise du Roi pour signer »  (Duke, op. cité) et à proposer sa démission, qui lui fût refusée. Dans ce contexte national « délétère », on pouvait imaginer la contestation et des interprétations différentes du tout nouveau Traité et de la Convention signés. Une nouvelle période conflictuelle commençait dans les relations franco-thaïes.

 

Bibliographie

-Les relations entre la France et la Thaïlande (Siam), au XIXème siècle, d’après les archives des affaires étrangères, par Pensri (Suvanij Duke.

-Ministère des affaires étrangères, Documents diplomatiques, Affaire du Siam, 1893-1902.

 

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 04:01

Le Traité de 1867

 

prise de saigonNous avons vu que la prise de Saïgon le 9 juillet 1859 par les Français allait bouleverser l’histoire de l’Asie du sud-est.


En outre le Siam ne pouvait ignorer les « guerres coloniales » qui se livraient dans cette Région. Il ne pouvait ignorer la seconde guerre de l’opium que livraient les Français et les  Britanniques contre la Chine depuis 1851, et qui allait aboutir à la chute de Pékin le 13 octobre 1860  ainsi qu’à la signature d’un nouveau traité le 24 octobre, qui signifiait la fin de la puissance de l’Empire chinois (la Chine était le seul pays dont le Siam reconnaissait la suzeraineté).

 

Après le traité du 15 août 1856, et les affronts subis par la Cour du Siam, (pas de réponse de Napoléon  III à la demande d’envoi d’ambassade, non remerciements pour les présents envoyés), les relations vont tenter de s’apaiser quelque peu au niveau « symbolique », avec l’arrivée à Bangkok du nouveau consul français, l’envoi de l’ambassade thaïe le 23 novembre 1860 et sa réception par Napoléon III le 27 juin 1861.

 

Le Siam tente de maintenir sa suzeraineté sur le Cambodge et le Laos.

Après la mort du roi de Cambodge en 1860 et la « guerre » de succession entre les trois fils, l’armée royale siamoise rétablit l’ordre et installe le roi désigné Narodom, signifiant bien sa volonté de maintenir sa suzeraineté sur ce pays . Le Contre Amiral Bonard, après avoir conclu un traité avec le gouverneur de Hué, reconnaissait d’ailleurs dans une lettre à son ministre « l’occupation de fait du Royaume de Siam (sur) presque tout le Cambodge et le Laos » (cité par Duke).

 

AlexandreWalewskiMais le ministre français des affaires étrangères Waleski verrait bien la France former au Cambodge « une colonie dans cette magnifique région » (lettre citée par Duke). La France empêtrée dans son expédition mexicaine, envoie des directives contradictoires au Contre-Amiral de la Grandière. Celui-ci avec la prudence et l’attentisme requis réussit néanmoins à conclure un traité commercial le 11 août 1863, qu’on pouvait lire comme un acte de protectorat accordé par la France, et surtout le refus d’« admettre les prétendus droits de la Cour de Siam à une immixtion quelconque dans les affaires de ce royaume » (lettre citée par Duke).

 

On peut imaginer les réactions des uns et des autres : l’action des Anglais, le jeu de duplicité ou de subtilité  nécessaire  du roi du Cambodge qui connait la volonté thaïe de maintenir sa suzeraineté. La Cour siamoise lui  fera même signer un traité secret le 1er décembre 1863 qui infirmait le traité franco-cambodgien.

 

Norodom ILa France maintient sa pression sur le Cambodge et le Laos

Le traité secret une fois connu devait une fois de plus amorcer une nouvelle  étape dans les « négociations »  franco-thaïes au sujet du Cambodge. La France bien sûr le déclare nul et non avenu. Rama IV invite le roi Narodom à se faire couronner à Bangkok le 3 mars 1864. Les Français occupent alors le palais royal d’ Udong et font hisser le drapeau français. Le roi du Cambodge craignant une occupation de son pays revient alors dans sa capitale le 17 mars 1864 et s’y fait couronner le 3 juin 1864.

 

Le 14 avril 1865, Aubaret, Consul de France à Bangkok, alors qu’une canonnière française est dans les  eaux du Ménam, arrive à conclure un «arrangement» avec le Kalahom (1er ministre thaï) qui est censé réglé la « question » du Cambodge. Mais le ministre français de la marine et des colonies conteste l’article 4 qui reconnait une suzeraineté thaïe sur le Laos.

 

Des négociations difficiles autour de l’article 4.


Les négociations devaient une fois de plus reprendre, surtout que Rama IV revendiquait toujours Battambong et Angkor comme provinces siamoises. Dans ce jeu diplomatique complexe, il était difficile aux uns et aux autres de se positionner. Ainsi Rama IV, fort de l’appui anglais, pouvait se croire autorisé à résister aux revendications françaises, mais l’annexion proche de la Birmanie  par les Anglais, l’obligeait à reprendre les pourparlers avec Paris. Mais les négociations n’évoluent pas et le 1er ministre siamois refuse même officiellement, le 13 décembre 1866, la modification de l’article 4, concernant le Laos et la délimitation de ses frontières par rapport au Mékong.

 

ambassade Siam-Napoleon IIIDès lors « la brouille » diplomatique reprenait.

Les procédés utilisés par le consul français Aubaret amenèrent même Rama IV à envoyer une ambassade à Paris, qui arrive en avril 1867. Elle fut reçue par Napoléon III. Le premier ambassadeur thaï pu remettre directement à l’Empereur la supplique de Rama IV. Les pourparlers pouvaient recommencer. Ils durèrent 4 mois.

 

Mais une révolte éclata au Cambodge, et l'Amiral de Genouilly fit savoir à ses autorités de tutelle, qu’il n’avait pas les moyens d’intervenir, ni de s’emparer de Battambong et d’Angkor.

 

Dès lors, le traité du 15 juillet 1867 pouvait être signé dans un compromis acceptable.

 

La France conservait le Protectorat sur le Cambodge et la Thaïlande obtenait la propriété des deux provinces cambodgiennes de Battambong et de Siem Reap/ Angkor. Le traité comprenait  aussi un accord commercial et prévoyait les modalités de libre circulation.

 

Cette période de 1856 à 1867 avait montré le roi Rama IV conscient des forces en présence et essayant d’agir dans un difficile équilibre entre l’Angleterre et la France, mais malheureusement sans l’atout nécessaire d'une armée puissante. Il réussit quand même à sauver sa suzeraineté sur le Laos et gagna deux provinces du Cambodge. Il avait démontré des qualités exceptionnelles.

 

Malheureusement, il mourut l’année suivante, le 1er octobre 1868, d’une fièvre contractée lors d’un voyage « scientifique » d’observation d’une  éclipse du soleil qu’il avait prévue. Ce roi était aussi astronome. Le Siam perdait un grand roi.

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 04:07

froxsiamNous avons rendu compte des premières relations officielles entre la France et le Siam, à savoir les deux Ambassades envoyées par Louis XIV (1685-1688), à travers les témoignages des Mémoires de l’Abbé de Choisy, du Chevalier de Forbin, de Simon de La Loubère, et comment, avec Jean Vellant des Verquais, les Français avaient été chassés par le coup d’ Etat de Petratcha en 1688. Intéressés par cette histoire, nous avons alors décidé de poursuivre cette étude des relations franco-thaïlandaises. Il nous fallait un fil conducteur, une chronologie événementielle. Nous  avons  alors consulté le site officiel de l’ambassade de France en Thaïlande.  Nous pouvions lire pour le XIX ème siècle :

« Ce n’est cependant qu’en 1856 que les deux pays décident d’ouvrir des relations diplomatiques, dont nous célébrons en 2006 le 150ème anniversaire. 

Dans le contexte de l’expansion coloniale française dans la région, plusieurs incidents opposent le Siam et la France, notamment celui de « PAK NAM » en 1896 .

Cette présentation « officielle » était vraiment succincte. Pire, elle occultait de nombreux événements importants. Nous pouvions constater que rien n’était dit sur cette nouvelle relation diplomatique, rien sur le traité très important, signé avec Rama IV  en 1856  ».

  englishLe sujet d’étude devenait alors évident : pourquoi ce traité, quel en est son contenu, dans quel contexte historique il s’inscrit, qui est Rama IV ?

Il est vrai que pour comprendre le traité de 1856, il faut savoir que l'époque est à la colonisation . On peut ouvrir le vieux Cours Malet Isaac qui relate en un paragraphe, «La colonisation européenne, de 1850 à 1875 :

La colonisation européenne s’était poursuivie durant la première moitié du XIXe siècle, mais son ampleur avait été limitée. Deux puissances seulement y avaient participé : l’Angleterre, qui avait achevé d’établir sa domination sur l’Inde ; la France, qui avait pris possession de presque toute l’Algérie. L’Angleterre et la France sont restées les seules puissances colonisatrices de 1850 à 1875. L’Angleterre n’a effectué, durant ces vingt-cinq ans, que de faibles acquisitions, notamment en Birmanie. La France, sous le Second Empire, s’est montrée plus entreprenante, en Afrique occidentale et dans le Sud de l’ Indochine principalement ».

 

Dans sa simplicité on voyait apparaître les acteurs européens : l’Angleterre et la France, leur espace « colonial » : la Birmanie et l’Indochine. Le grand jeu diplomatique pouvait commencer.


Et nous avions la chance de pouvoir consulter un livre écrit par  une Thaïe, Mme Pensri (Suvanij) Duke, de plus docteur de l’Université de Paris Sorbonne, une « autorité » reconnue dans son pays, sur « les relations entre la France et la Thaïlande (Siam) au XIX ème siècle, d’après les archives des affaires étrangères. »

 

Son introduction indiquait déjà le litige futur :


« du XII ème au XIX ème siècle, des guerres, des invasions, des triomphes éphémères suivis de décadence et de pillages, à travers lesquels on peut discerner la volonté des rois thaïs d’établir leur prépondérance sur le Cambodge à l’est (… ) mais aussi sur les royaumes de Luang Prabang et de Vientiane au Nord, en dépit des prétentions de l’Empereur d’Annam et de la Birmanie sur ces Etats ».

 

Une lettre du roi Rama IV datée du 19 janvier 1867 (citée par Duke) confirmait bien cette volonté siamoise : « nous prions qu’on veuille bien faire droit à notre requête, et donner une décision favorable qui nous permette de conserver et continuer à posséder en paix des provinces qui sont en notre pouvoir depuis plus de quatre règnes successifs durant l’espace de 84 ans ».

 

L’enjeu était donc clair : comment le Siam allait donc « manœuvrer » au milieu d’une expansion coloniale que se livrait l’Angleterre et la France.L’Anglais John Bowring, plénipotentiaire britannique, avait déjà vainement tenté en 1826, 1827 et 1850 de signer un traité avec les Siamois. 

 Il faut la « pression coloniale » pour qu’un traité de commerce et de navigation soit signé le 18 avril 1855 et ratifié le 5 avril 1856. Un traité analogue est signé avec les Américains le 29 mai 1856.

La France en 1840 n’avait pas répondu à une avance thaïe faite à Guizot, alors ministre des Affaires Etrangères. Fin 1851 le gouvernement thaï avait renouvelé ses propositions. Mais  il faut attendre le 14 juillet 1852 pour que l’Amiral Laguerre reçoive les pleins pouvoirs pour négocier. La guerre de Crimée l’en empêche. Après un « cafouillage » diplomatique nommant Bourboulon, ministre de France à Macao, mais de retour en France, Charles de Montigny, consul à Shanghaï, reçoit les pleins pouvoirs le 10 octobre 1855, pour négocier avec la Thaïlande (ainsi qu’avec les suzerains du Cambodge et de Cochinchine).

Il arrive au Siam le 9 juillet 1856. Il reçoit à la Cour un accueil chaleureux, et le soutien du vicaire apostolique Pallegoix et de l'Abbé Larnaudie, missionnaire établi dans le nord du pays et très bon connaisseur du milieu local, facilitent sa tâche. Le 15 août 1856 il signe un Traité d’amitié, de navigation et de commerce avec les deux Rois. (La Cour avait effectivement 2 rois)

 

Quid du traité ?

 

« Le traité instaure la « paix perpétuelle » entre l'Empire français et le royaume du Siam. Des relations consulaires sont établies, les missionnaires catholiques se voient reconnaître une totale liberté d'action et les droits perçus par l'État siamois sur les échanges réalisés sont fixés à trois pour cent de la valeur des marchandises concernées, conditions analogues à celles accordées aux Anglais et aux Américains ».

 

Il y avait là une réelle ouverture du Pays décidée par un roi exceptionnel, Rama IV. (Cf. infra.Portrait).

Mais  Napoléon III et la diplomatie française  vont ensuite accumuler les « bévues ».

 

Après la signature du Traité, Rama IV avait offert des présents et proposé une Ambassade thaïe à Napoléon III . Déjà on n’avait pas apprécié que le Traité signé fut remis, sans cérémonial, à un navire marchand. 

Or, Napoléon III ne répondit pas à la demande d’Ambassade et ne remercia pas Rama IV pour ses présents. Ensuite, le Consul français de Bangkok, s’installa sans avoir présenté ses lettres d’accréditation. Il y avait là crime de lèse majesté.

 

Prise de Saigon 18 Fevrier 1859 Antoine Morel-FatioCela ne pouvait que renforcer les rivalités à la Cour. En effet, on pouvait distinguer trois partis à la Cour qui tentaient d’influencer la politique extérieure du Siam. Il y avait les pro-européens défendus par Rama IV et le 3ème frère du Roi,  les anti avec à leur tête le barcalon (1er ministre) et le second Roi, et enfin le parti nationaliste des mandarins jaloux de leurs prérogatives et qui voyaient d’un mauvais œil les nouveaux droits des Anglais et des Français .

Mais la prise de Saïgon le 9 juillet 1859, par l’ amiral de Genouilly,  et ainsi l’arrivée des Français en  Cochinchine allait bouleverser tout « l équilibre » de l’Asie du sud-est.

 

   

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 06:00


DSC01106 Une lecture  critique de la présentation « officielle » de l’Ambassade de France de Bangkok des relations franco-thaïes.


(Infra. en gras et italique).

                                   ________________________

 

Drapeau de la FranceAprès avoir évoqué les premières relations franco-thaïes, à travers l’arrivée des missionnaires, des commerçants et  les deux ambassades de Louis XIV, il m’est apparu intéressant de consulter le site de l’Ambassade de France sur le sujet (Cf. le texte ci-dessus in 20).


Je vis très rapidement que cette histoire des relations franco-thaïes en trois pages était non seulement laconique, mais « oubliait » beaucoup d’événements importants.

Elle me permettait, pour le moins, d’établir une chronologie sommaire, un axe de lecture : après les ambassades, le jeu des puissances coloniales britannique et française, 1856, 1867, 1893, 1907, la 1ère guerre mondiale, l’entre-deux guerres, la 2ème guerre mondiale… d’en savoir un peu plus sur tous ces rois, la dynastie des Chakri, la modernisation de la Thaïlande, la monarchie absolue, constitutionnelle, le 1er coup d’Etat militaire de 1932…   

 

1/ « C’est au 17ème siècle que la France et le Royaume de Siam nouent leurs premiers contacts officiels » :

 

ambassade-siam-4-septembre-Référence aux deux Ambassades de Louis XIV (1685 et 1688)  dont nous avons rendu compte. Rien sur la Révolution de 1688, le départ forcé des Français, la répression sanglante  des missionnaires, ni sur l’expédition « punitive » de Phuket de 1689….

 

2/ « Ce n’est cependant qu’en 1856 que les deux pays décident d’ouvrir des relations diplomatiques »


King MongkutRien n’est dit sur cette nouvelle relation diplomatique .

Aucune évocation  du traité très important, signé avec Rama IV en 1856 (faisant pendant à celui signé avec la Grande-Bretagne, qui établissait un « état tampon » entre les deux « super puissances » et assurait ainsi l’indépendance du Siam.)

 

 3/ Par contre, on ne peut passer sous silence :

« Dans le contexte de l’expansion coloniale française dans la région, plusieurs incidents opposent le Siam et la France, notamment celui de « PAK NAM » en 1893. »


En fait, la France réclamait la rétrocession des principautés de Luang Prabang, Vientiane et Champassak annexées par les Siamois un siècle plutôt.

 

Mais auparavant, rien n’est dit sur le traité signé par Rama IV de 1867 par lequel il reconnait la suzeraineté de la France sur le Cambodge et conserve les provinces frontalières de Battambang et de Siem Reap.

 

4/ Ensuite nous avons un « laconique » : « Mais les relations s’apaisent » (en quoi ?).

rama-v-21En fait, sur pression également des Britanniques, Rama V « accepte » en juillet 1893 le protectorat français établit sur le Laos. Le Siam le vit comme une crise morale. Il  s’ensuit 14 ans de négociation mouvementée qui aboutit au Traité de 1907, signé après un ultimatum et sous la « contrainte coloniale » des deux super puissances franco-anglaises.

 

« A deux reprises, en 1897 et en 1907, le Roi Rama V effectue une visite d’Etat en France »

Rien n’est dit sur ces deux visites.

Aucune référence au traité de 1893 signé entre la France et la Grande-Bretagne qui après le traité de 1856, reconnaissait la neutralité et l’indépendance du Siam.) (Ni surtout sur celui de mars 1907 où le roi Chulalongkorn restituait les provinces de Battambang, Siem Reap et Sisophon à la France).

 

Les relations de fait, pouvaient « s’apaiser ».

 

5/ la première guerre mondiale :

« le Siam envoie en Europe un corps expéditionnaire, qui vaut aux troupes siamoises de défiler sur les Champs Elysées en 1918. »

 

En fait les Thaïs défilent le 14 juillet 1919.

Le 22 juillet 1917, le roi Vajiravudh (Rama VI) déclara la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. Bien que tardive, cette déclaration de guerre permettra au  Siam de retrouver sa souveraineté en renégociant avec les Américains et ensuite (en 1925 et 1926) avec les Anglais et les Français (amendement du Traité de 1907), leur droit d’extraterritorialité, et de retrouver leur droit de douane plein et entier .Le Siam sera intégré dans le Traité de Versailles avec 3 articles. Il n’est même pas fait référence à la création de la Société des Nations et la présence du Siam comme membre fondateur, ni au traité franco-siamois d’amitié, de commerce et de navigation du 12 janvier 1926.

 

6/ Entre les deux guerres

« Le Siam et la France intensifient leurs relations : aux liens politiques et diplomatiques classiques, s’ajoutent la coopération rama-7militaire (le futur Roi Rama VII fut condisciple du Général de Gaulle à l’Ecole de guerre) et des relations culturelles étroites, dont témoigne le séjour à Paris de nombreux étudiants siamois. Certains d’entre eux, comme Pridi Banomyang, joueront ensuite un rôle très important dans le développement de la Thaïlande moderne. »

 

« Thaïlande moderne » : traduction :

Effectivement Pridi Banomyang et Phibun Songkhram  furent les principaux  acteurs du « coup d’état pacifique » qui allait mettre fin en 1932 à la monarchie absolue, sans parler de la mise en œuvre du national socialisme thaïlandais.. 

 

7/ Pendant la deuxième guerre mondiale, (on ne peut éviter d’évoquer les combats franco-thaïlandais)

« entre septembre 1940 et mai 1941, les forces armées de nos deux pays s’affrontent en Indochine française et en Thaïlande. L’armée thaïlandaise envahit les provinces de Siem Reap et de Battambang à l’ouest du Cambodge et du Laos. La France réplique en coulant une partie de la flotte thaïlandaise à Koh Chang. Les hostilités cesseront avec la conclusion, à Tokyo le 9 mai 1941, d’une convention de paix. »

 

« convention de paix » : traduction :

livre-koh-changOn ne dit pas que les Japonais font signer aux Français ce 9 mai 1941 un traité qui restituait au Siam les provinces  de Battambang et de Siem Reap cédées en 1867. Le 27 novembre 1947 un nouveau traité restituait ces mêmes territoires à la France (donc au Cambodge).

 

8/ Après la deuxième guerre mondiale,

Aucune référence aux « indépendances » en 1953 du Cambodge et du Laos et à la conférence de Genève de 1954 pour celle du Vietnam, qui pourtant, de fait, changeaient aussi la donne dans toute la région du Sud –Est et pour la Thaïlande.

 

« Les relations bilatérales demeurent ténues, même si, en 1960, Sa Majesté le Roi Rama IX et la Reine Sirikit se rendent en visite d’Etat en France ».

Rien sur cette visite d’Etat et aucune « relation » entre 1960 et 2000 ???

 

9/ « Au début des années 2000,

Les relations franco-thaïlandaises connaissent un nouvel essor »

 

chiracthaksin« à l’occasion de la visite officielle en France du Premier ministre Thaksin Shinawatra en mai 2003, la France et la Thaïlande s’engagent à (où ? comment ? plan signé ?)   ouvrir une ère nouvelle de partenariat et de coopération » dans les domaines politique, économique, culturel et scientifique. M. Thaksin désigne la France comme« le partenaire stratégique de la Thaïlande en Europe » et M. Chirac qualifie la Thaïlande de « pays-clé en Asie ».

 

10/ Ces engagements ont ensuite été précisés dans un « plan d’action conjoint » signé à Paris le 25 mai 2004 

 

Quelle est la teneur du plan d’action ?

 

chirac-bhumibol11/ « La visite d’Etat du Président de la République française en Thaïlande, le 18 février 2006, à l’invitation de Sa Majesté le Roi Bhumipol Adulyadej (Rama IX) a constitué un temps très fort de la relance des relations entre Paris et Bangkok. M. Chirac y a annoncé la proposition de ratification par la France du Traité d’amitié et de coopération en Asie du sud-est (TAC) ».

  Quelle relance ? Y-a-t-il eu Traité ? quand ? contenu ?

  Les deux pays, dans une déclaration commune évoquent :

la sécurité et  la défense, programmes de coopération franco-thaïlandais dans les pays tiers, notamment pour le développement du Laos et du Cambodge, culturel, enseignement supérieur, la recherche, et le développement des échanges économiques bilatéraux.

 

On « parle » désormais « économie »

 

« Ce partenariat a été confirmé et précisé lors d’une rencontre des ministres de l’économie, à Paris le 19 septembre 2006 ».

 
12/ 
Ensuite pour la première fois on critique la nature du régime politique et on revendique la démocratie... et la France se présente avec « L’Europe »

« A la suite du Coup d’Etat qui est intervenu à Bangkok le 19 septembre 2006,

la France a estimé, avec ses partenaires européens, qu’un retour rapide à la démocratie en Thaïlande était de la plus haute importance ».

 

(Et les coups d’Etat de 1932, 1947, 1976,1991 ?)

 

roi-reine-tgLes élections du 23 décembre 2007 (et de 2007 à 2010 ?) « organisées après l’adoption par référendum d’une nouvelle constitution ont permis le retour à l’ordre constitutionnel, dont l’UE s’est félicitée et dont elle a marqué depuis lors toute l’importance. »

 

13/ « La France souhaite entretenir des relations étroites et fructueuses avec les autorités, dans l’esprit de l’amitié qui unit de longue date la Thaïlande et la France. Afin de poursuivre et de consolider les relations franco-thaïlandaises, le « plan d’action conjoint » entre nos deux pays signé en 2004 doit être renouvelé en 2008 ».

 

Et ensuite ???? rien depuis 2008. A-t-il été renouvelé ?

 

« Ce plan d’action vise à renforcer le dialogue politique entre les deux pays, y compris sur les questions globales et régionales, à développer encore davantage les relations économiques et commerciales et à approfondir la coopération bilatérale. Le deuxième semestre 2008 sera aussi l’occasion d’un dialogue étroit entre la présidence française de l’UE et la présidence thaïlandaise de l’ASEAN sur la coopération ancienne et prometteuse entre ces deux organisations. »

 

On élargit désormais avec l’ASEAN et on évoque les relations entre l’Union Européenne et l’ASEAN.

 

14 / Evolution ?

Après les valeurs « démocratie » « droits de l’homme », on va surtout évoquer  les « relations » commerciales :

 

visitedetat-chirac2 § pour présenter depuis 2005 l’amélioration des échanges commerciaux franco-thaïlandais. On est maintenant dans les chiffres :

« Plus de 350 entreprises françaises employant près de 70000 personnes, tous secteurs confondus, sont présentes en Thaïlande. Parmi elles on trouve 220 filiales, représentant une soixantaine de grands groupes, mais également de nombreuses PME et plus d’une centaine d’entreprises créées et dirigées par des Français expatriés. Par ailleurs, la présence économique institutionnelle est forte d’une chambre de commerce bilatérale comptant environ 230 membres, et d’une section d’une trentaine de conseillers du commerce extérieur ».

 

Au cours des dix premiers mois de 2008, les échanges bilatéraux entre la France et la Thaïlande ont progressé de 8,92% à 2,421 Mds EUROS par rapport à la même période en 2007 (2,222 Mds EUROS). Cette progression s’explique par une augmentation sensible de nos exportations (+19,3 %), qui s’élèvent à 832 Mns EUROS, et dans une moindre mesure de nos importations en provenance de Thaïlande (+3,9%, à 1,558 Md EUROS). Sur la période, le solde commercial de la France avec la Thaïlande, qui est traditionnellement déficitaire, se réduit donc de 10,3% à 696 Mns EUROS (- 777 Mns EUROS pour les dix premiers mois de 2007). La France est le 24ème fournisseur mondial et le 4ème exportateur européen en Thaïlande. On retiendra également que la Thaïlande représente 11,3% de nos débouchés dans l’ASEAN et notre 3ème client de la région sur la période (après Singapour et la Malaisie).

 

On oubliait l’idéologie, les valeurs, au profit des bilans économiques.

 

chirac-et-le-roiCette lecture « critique » nous donnait notre plan d’étude et annonçait le titre des articles futurs (Cf. Infra, nos 11 articles à venir sur notre lecture des relations franco-thaïes).

 

 

 

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 04:09

 

 

 Les relations franco-thaïes vues par l' Ambassade de France :


logo republique francaise"Les relations entre la France et la Thaîlande reposent sur une tradition ancienne. Nos deux pays entretiennent une coopération active et amicale depuis plusieurs décennies, qu’ils ont voulu, d’un commun accord, rendre plus intense depuis la fin de l’année 2002.

 

C’est au 17ème siècle que la France et le Royaume de Siam nouent leurs premiers contacts officiels : deux délégations diplomatiques siamoises se rendent en France en 1684 et 1686 et sont reçues à Versailles par le « Roi Soleil », Louis XIV. En retour, plusieurs ambassades françaises, dont la plus célèbre fut conduite en 1685 par le Chevalier de Chaumont, se rendent à la Cour du Roi Narai. Ce n’est cependant qu’en 1856 que les deux pays décident d’ouvrir des relations diplomatiques, dont nous célébrons en 2006 le 150ème anniversaire. 

 

Dans le contexte de l’expansion coloniale française dans la région, plusieurs incidents opposent le Siam et la France, notamment celui de « PAK NAM » en 1893. Mais les relations s’apaisent. A deux reprises, en 1897 et en 1907, le Roi Rama V effectue une visite d’Etat en France et, pendant la première guerre mondiale, Siamois et Français connaissent la fraternité des armes : le Siam envoie en Europe un corps expéditionnaire, qui vaut aux troupes siamoises de défiler sur les Champs Elysées en 1918.

 

siamse-ambassy-to-Napoleon-Entre les deux guerres, le Siam et la France intensifient leurs relations : aux liens politiques et diplomatiques classiques, s’ajoutent la coopération militaire (le futur Roi Rama VII fut condisciple du Général de Gaulle à l’Ecole de guerre) et des relations culturelles étroites, dont témoigne le séjour à Paris de nombreux étudiants siamois. Certains d’entre eux, comme Pridi Banomyang, joueront ensuite un rôle très important dans le développement de la Thaïlande moderne.

 

Pendant la deuxième guerre mondiale, entre septembre 1940 et mai 1941, les forces armées de nos deux pays s’affrontent en Indochine française et en Thaïlande. L’armée thaïlandaise envahit les provinces de Siem Reap et de Battambang à l’ouest du Cambodge et du Laos. La France réplique en coulant une partie de la flotte thaïlandaise à Koh Chang. Les hostilités cesseront avec la conclusion, à Tokyo le 9 mai 1941, d’une convention de paix. Après la deuxième guerre mondiale, les relations bilatérales demeurent ténues, même si, en 1960, Sa Majesté le Roi Rama IX et la Reine Sirikit se rendent en visite d’Etat en France.

 

Au début des années 2000, les relations franco-thaïlandaises connaissent un nouvel essor : à l’occasion de la visite officielle en France du Premier ministre Thaksin Shinawatra en mai 2003, la France et la Thaïlande s’engagent à « ouvrir une ère nouvelle de partenariat et de coopération » dans les domaines politique, économique, culturel et scientifique. M. Thaksin désigne la France comme « le partenaire stratégique de la Thaïlande en Europe » et M. Chirac qualifie la Thaïlande de « pays-clé en Asie ». Ces engagements ont ensuite été précisés dans un « plan d’action conjoint » signé à Paris le 25 mai 2004 par les deux ministres des Affaires étrangères, M. Michel Barnier et M. Surakiart Sathirathai. 

 

timbre-300e-anniversaireLa visite d’Etat du Président de la République française en Thaïlande, le 18 février 2006, à l’invitation de Sa Majesté le Roi Bhumipol Adulyadej (Rama IX) a constitué un temps très fort de la relance des relations entre Paris et Bangkok. M. Chirac y a annoncé la proposition de ratification par la France du Traité d’amitié et de coopération en Asie du sud-est (TAC). Les deux pays, dans une déclaration commune, se sont engagés à intensifier leurs consultations politiques, à mettre en œuvre une coopération dans les domaines de la sécurité et de la défense, à mettre en œuvre des programmes de coopération franco-thaïlandais dans les pays tiers, notamment pour le développement du Laos et du Cambodge, à poursuivre activement leur coopération dans le domaine culturel et celui de l’enseignement supérieur et de la recherche, et à accélérer le développement des échanges économiques bilatéraux, avec la mobilisation sur le marché thaïlandais de 400 nouvelles entreprises françaises en 3 ans et le lancement d’un partenariat économique franco-thaïlandais (objectif du doublement des flux commerciaux dans un délai de 3 à 5 ans). Ce partenariat a été confirmé et précisé lors d’une rencontre des ministres de l’économie, à Paris le 19 septembre 2006.

 
A la suite du Coup d’Etat qui est intervenu à Bangkok le 19 septembre 2006, la France a estimé, avec ses partenaires européens, qu’un retour rapide à la démocratie en Thaïlande était de la plus haute importance. Les élections du 23 décembre 2007 organisées après l’adoption par référendum d’une nouvelle constitution ont permis le retour à l’ordre constitutionnel, dont l’UE s’est félicitée et dont elle a marqué depuis lors toute l’importance.

 

La France souhaite entretenir des relations étroites et fructueuses avec les autorités, dans l’esprit de l’amitié qui unit de longue date la Thaïlande et la France. Afin de poursuivre et de consolider les relations franco-thaïlandaises, le « plan d’action conjoint » entre nos deux pays signé en 2004 doit être renouvelé en 2008.

 

Ce plan d’action vise à renforcer le dialogue politique entre les deux pays, y compris sur les questions globales et régionales, à développer encore davantage les relations économiques et commerciales et à approfondir la coopération bilatérale. Le deuxième semestre 2008 sera aussi l’occasion d’un dialogue étroit entre la présidence française de l’UE et la présidence thaïlandaise de l’ASEAN sur la coopération ancienne et prometteuse entre ces deux organisations.

 

La France et la Thaïlande ont tissé un réseau serré de coopérations culturelles, scientifiques et techniques qui témoigne du dynamisme de nos échanges, non seulement dans le domaine artistique, mais également dans les secteurs universitaires et de la recherche : organisation annuelle d’un festival culturel français à Bangkok « la Fête », d’une rencontre de cinéma franco-thaï (10 et 24 avril 2008), et, pour la première fois en 2006, d’un festival thaïlandais en France « tout à fait thaï ». Enfin, la France développe des programmes de coopération scientifiques et de recherche, des échanges académiques, des actions de coopération administrative et d’enseignement de la langue française.

 

le-roi-rama9Plus de 350 entreprises françaises employant près de 70000 personnes, tous secteurs confondus, sont présentes en Thaïlande. Parmi elles on trouve 220 filiales, représentant une soixantaine de grands groupes, mais également de nombreuses PME et plus d’une centaine d’entreprises créées et dirigées par des Français expatriés. Par ailleurs, la présence économique institutionnelle est forte d’une chambre de commerce bilatérale comptant environ 230 membres, et d’une section d’une trentaine de conseillers du commerce extérieur.

 

Au cours des dix premiers mois de 2008, les échanges bilatéraux entre la France et la Thaïlande ont progressé de 8,92% à 2,421 Mds EUROS par rapport à la même période en 2007 (2,222 Mds EUROS). Cette progression s’explique par une augmentation sensible de nos exportations (+19,3 %), qui s’élèvent à 832 Mns EUROS, et dans une moindre mesure de nos importations en provenance de Thaïlande (+3,9%, à 1,558 Md EUROS). Sur la période, le solde commercial de la France avec la Thaïlande, qui est traditionnellement déficitaire, se réduit donc de 10,3% à 696 Mns EUROS (- 777 Mns EUROS pour les dix premiers mois de 2007). La France est le 24ème fournisseur mondial et le 4ème exportateur européen en Thaïlande. On retiendra également que la Thaïlande représente 11,3% de nos débouchés dans l’ASEAN et notre 3ème client de la région sur la période (après Singapour et la Malaisie)."

 

http ://www.ambafrance-th.org/

 


 


 

 

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 04:07

P1020811A Nous avons déjà relaté la »Révolution » de 1688 de Pitracha  (Cf. 13. Les relations franco-thaïes : La révolution de 1688 au Siam) et évoqué la répression que durent subir les missionnaires et les chrétiens à ce moment là.


L’expédition punitive  du général Desfarges en 1689 contre Phuket (Cf. 14. Les relations franco-thaïes : L’expédition de Phuket de 1689 du général Desfarges ) ne pouvait pas améliorer  leur sort. De plus, le chef du comptoir hollandais (la guerre était déclarée entre la Hollande et la France) contribua en 1690 à une aggravation de leurs  conditions de détention. Le jour de l’Assomption 1690, ils seront déportés dans une île semi déserte où beaucoup vont mourir. Seul Mgr de Metellopolis eut la permission de rejoindre le père Paumard, qui était libre, du fait des soins qu’il avait apporté au roi.

 

1690 - Libération des chrétiens

 

tachard-1688A la fin de 1690, le père Tachard (c’est son troisième voyage) débarqua au port de Mergui, porteur d’une lettre de Louis XIV, disant qu’il venait pour «  renouveler l’alliance entre les deux couronnes » Il fut bien accueilli mais sans plus.

Les Siamois saisirent cette invitation, pour s’opposer aux Hollandais qui progressaient et venaient de s’emparer de Bantan. En Avril 1691 on rendit le séminaire à Mgr de Metellopolis et on lui permit d’y séjourner avec les autres missionnaires, les séminaristes et les écoliers. On libéra ensuite les laïcs français, mais pas les chrétiens siamois. De 1693 à 1697 (mort de Mgr Lanneau, évêque de Metellopolis) la vie fut extrêmement précaire : manque de moyens, sécheresses, inondations, maladies de toutes sortes. C’est le père Braud qui va gérer dans l’attente d’un nouveau vicaire apostolique, l’administration du séminaire et du collège, qui était composé de 40 personnes et de 25 élèves de différentes nations. Il ne restait plus grand-chose à vrai dire et tout manquait.

 

1700/1730 - Une période positive

 

1686FrenchMapOfSiamA Mergui la mission pu se maintenir et eut la chance de voir arriver le 20 Juillet 1700, Mgr de Sura accompagné de sept ecclésiastiques. L’évêque alla se présenter au roi Petracha pour lui offrir quelques présents. Petracha assura l’évêque de « sa protection et de sa bienveillance et témoigna une grande estime pour la nation française et un sincère désir de rétablir l’ancienne union entre la France et le Siam » !!! A la mort du roi en 1702, son fils poursuivit la même politique Tous les ports du royaume étaient ouverts  aux navires français, et  la Compagnie des Indes Orientales était à nouveau « bienvenue » avec les mêmes privilèges que les Hollandais. Malgré un travail acharné, la pauvreté contraignit l’évêque en 1707 à congédier une partie de ses élèves. Enfin en 1710, des fonds arrivèrent de Paris et il put repeupler le séminaire et le collège. Le nombre des chrétiens augmenta. 1727 – Redressement des missions. Il aura donc fallu 20 ans pour que la mission apostolique du Siam, ouverte en 1662 retrouve ses moyens après de longues années de persécutions (après 1688).. Une révolte à Mergui (contre les Pégouans) donna l’occasion au marquis de La Roques, commandant une escadre de navires français, de mettre les insurgés en fuite et proposa au roi de les poursuivre. Le roi  (Phra Thai Sa) fut si satisfait  de l’attitude du marquis qu’il dit devant toute la cour « qu’il n’avait pas de meilleurs amis que les Français ». Le 1er Avril 1727 l’évêque qui aura été le grand artisan du redressement des missions au Siam, meurt des suites d’une inflammation de poitrine. Ses obsèques furent grandioses et rassemblèrent le peuple, la cour et même les talapoins. La cour fut saisie d’un désir d’en savoir plus sur la religion catholique.

 

1730, l’épisode des «  interdits » :

MEP symbolOn se mit à débattre de la religion catholique à tous les niveaux, c’était en quelque sorte à la mode ! Cela fut très mal ressenti par le clergé bouddhiste. Les talapoins passèrent très vite à la contre attaque et firent courir les rumeurs contre la religion catholique et  notamment qu’elle voulait « abolir le culte des ancêtres ».

De gros nuages planaient à nouveau sur la mission. La Cour poussa le roi à proclamer un édit d’interdiction partielle en 4 points, qui revenait à nier totalement le travail des missionnaires :

 1) Il est défendu d’écrire en langue siamoise ou en bali des livres sur la religion chrétienne.

2) Il est interdit de prêcher à de Siamois, à des Pégouans ou à des Laso.

3) Il est interdit de les tromper ou de les engager par quelque voie que ce soit à se faire chrétiens

4) Il est interdit de condamner la religion du royaume ».

 

On voulu faire signer ces interdits par Mgr de Rosalie, qui refusa. Alors le Barcalon pour bien imposer la volonté des mandarins fit graver ces interdits sur trois grosses pierres et on saisit tous les livres du séminaire. On ordonna d’aller placer les trois grosses pierres à l’entrée des trois églises de la mission, ce que Mgr de Rosalie refusa encore avec fermeté. Le barcalon furieux voulu accuser Mgr de Rosalie de rébellion, mais le roi décida  : « qu’on laisse l’évêque et ses missionnaires en repos, qu’on ne  parle plus de cette histoire ».

 

1732 - Guerre civile, menace d’invasion burma (birmane) .

cangueUne atmosphère pesante planait à nouveau sur la mission. Nous sommes en 1732, le roi va mourir d’un cancer et une guerre civile de succession s’ensuivit. Le pays fut à feu et à sang. Le barcalon resté fidèle  au fils de l’ancien roi fut décapité et empalé sur la place publique. « Le collège et le séminaire ne souffrirent aucune attaque pendant la guerre civile ». Le nouveau roi (Borommakot) reçu Mgr de Rosalie avec chaleur et lui donna des raisons d’espérer et notamment de supprimer  « la pierre des interdits ». Mais suite à quelques malentendus et notamment le refus de Mgr de Rosalie de faire des processions tant que la « pierre des interdits » serait en place, le roi marqua son profond désaccord. Monseigneur de Rosalie devait décéder le 27 Novembre 1737.

 

  

 

 

1758/1765

francois-jarrige-1796Plus au Sud, la mission de Mergui subissait de nombreux mauvais traitements de la part du vice roi de Ténasserim, un mahométan anti-chrétien et anti-français. Les missionnaires s’en plaignirent au roi du Siam qui leur donna raison et  on déposa ce vice-roi. Mais nous sommes en 1758 et déjà on note déjà des batailles violentes entre les Siamois et les Barmas (les Birmans) tournant souvent à l’avantage des Barmas.

La situation était si tendue que les pères Kerhervé et Martin décidèrent de s’enfuir d’Ayutthaya par bateau pour aller vers Bangkok puis vers la mer avec tous les écoliers. En s’enfuyant, ils virent les incendies qu’avaient allumés les Barmas avec beaucoup d’émotion en pensant à toute la mission et aux chrétiens réfugiés dans le séminaire. Leur voyage dura six jours. Ils attendirent une dizaine de jours avant d’apprendre que les troupes barmas s’étaient  retirées, sans avoir pu prendre Ayutthaya.

 

Après avoir acquis l’assurance que la situation s’était arrangée, les deux prêtres et leurs écoliers décidèrent de revenir à Ayuttaya où avec joie ils purent retrouver tous les membres du séminaire (seul le collège avait été détruit). Les chrétiens avaient courageusement résistés. Ils en furent félicités par le roi « vous avez rendu aux siamois un plus grand service que tous leurs prédécesseurs qui leur avaient apporté des curiosités d’Europe » et reçurent  une récompense ainsi que des cadeaux pour Mgr Brigot qui avait succédé à l’ évêque de Juliopolis, mort en 1755. Malgré ces égards et sans doute sous la pression des talapoins le nouveau roi défendit d’appeler monseigneur Brigot évêque en termes siamois et ne permit pas qu’il prit ce titre dans ses écrits. Le travail de la mission néanmoins suivit son cours normal jusqu’en 1765/1766 quand la menace barma se fit plus pressante et plus inquiétante.

 

1765-1768 - La « guerre » entre le Siam et les Barmas (Birmans)

 

Burmese-Siamese WarLes années qui suivent 1765, 1766, 1767, sont des années de guerre avec les Barmas.

Les Barmas  attaquèrent d’abord à Mergui, puis en janvier, attaquèrent Ayutthaya. Les pères Andrieu et Alary rassemblèrent leurs fidèles à l’église. Déjà les Barmas avaient mis le feu à de nombreuses maisons. Ils arrivèrent au presbytère de l’église et commencèrent les pillages. Mr Alary fut « dépouillé des pieds à la tête, il fut obligé de sortir en chemise, sans caleçon, sans souliers et avec la seule calotte qu’il avait sur la tête ». On poussa ainsi dans les rues,  les deux missionnaires pour les emmener en captivité et on mit le feu à leur maison. Mgr Alary rencontra un soldat qui portait une vieille soutane du père Andrieu et réussit à la reprendre et à s’habiller.

Les persécutions anti-chrétiennes

Les deux missionnaires restèrent jusqu’au soir, assis dans la rue. Puis les pères Andrieu et Alary furent conduits à Thavai par balons (les bateaux du roi), avec quelques chrétiens qu’ils avaient pu sauver. Arrivés à Mergui, le vice roi, un Maure nommé Momosadec porte parole du roi d’AVA, s’en occupa avec attention dans un premier temps. Il leur fit donner des bonnets et des souliers. Puis ils furent appelés auprès de ce vice roi, qui voulait authentifier les objets volés et voulu savoir s’ils avaient caché de l’argent. Le père Andrieu nia l’accusation, il fut soumis à la question. Six à sept jours passèrent après ce premier interrogatoire. On souffla au vice roi que ces prêtres étaient des menteurs et qu’ils refusaient de rendre l’argent qu’ils avaient caché. Le vice roi demanda qu’on apporte une corde pour attacher M Alary le premier et le père Andrieu le second. Puis on les entoura de lances pour les tuer. Un soldat se fit plus menaçant : « dites-nous où est l’argent sinon vous serez bientôt morts » Mais les deux pères répondirent qu’ils n’avaient plus d’argent, alors on leur donna des coups de bâtons avant de les laisser à terre, gémissant, pendant des heures sous un soleil brulant. MM Andrieu et Alary demeurèrent environ quinze jours dans une cabane insalubre. Les deux pères étaient dans un mauvais état et souffraient de différentes affections. Ils furent installés sur un bateau avec de meilleures conditions et après 5 ou 6 jours on les emmena par bateau à Rangoon en pays barma.

 

1765 - La fausse paix

elephant combatLa situation qui règne fin 1765 est celle d’une fausse paix. Les Barmas se regroupent, alors que les mandarins siamois font courir le bruit qu’ils se sont retirés à AVA, la capitale barma. Cette fausse paix dura jusqu’au 21 Avril 1766, quand on apprit que les armées barmas venaient d’écraser une armée siamoise à quelques jours de marche d’Ayutthaya. L’alarme fut alors donnée. Le 6 Mai les Barmas étaient à une journée d’Ayuttaya. A la mission, Mgr Brigot et le père Gorre survivaient tant bien que mal. Quelques jours plus tard un détachement de Barmas vinrent brûler les jardins du Siam, et  Bangkok.  Puis en quelques mois les Barmas inondèrent le pays comme un torrent. Ils se tinrent toutefois à distance respectueuse de la capitale. Ils construisirent trois forts en 1766 ; ils se positionnèrent à une portée de canons pour isoler Ayutthaya le 14 Septembre 1766. Pour se défendre, « la cour accorda trente pièces de canons avec une quantité suffisante de poudre et de boulets aux trois églises des chrétiens  » Mais que pouvaient faire 80 chrétiens devant un tel ennemi ?

 

1766 - Le siège d’Ayutthaya

Royal PalaceAyutthayaLa population s’armait pour résister et se préparer à la guerre. Le 13 Novembre 1766 les Barmas s’emparaient de deux pagodes bouddhistes près des églises et tirèrent des coups de canons sur l’église Saint joseph. Le 7 Mars 1767 l’ennemi barma entra et mis le feu au quartier de l’évêque ; la mission résista. Les Barmas attaquèrent la grande pagode et le camp portugais. Puis ils brûlèrent la loge hollandaise après 8 jours de siège. Le général barma fit mettre le feu à tout le quartier chrétien ; l’église Saint Joseph fut réduite en cendres. Prêtres, étudiants et chrétiens tous furent menés en camp et dépouillés de tout. La prise définitive et l’incendie de la ville royale se produisirent la nuit du 7 au 8 Avril 1767.

 

1768 - Les missionnaires en prison

Un certain nombre de chrétiens furent envoyés à AVA pour y servir en qualité de soldats du roi ; les autres sous la conduite du père Corre trouvèrent le moyen de s’échapper et se retirèrent au Cambodge. L’évêque lui  partit pour la Birmanie.

couronnement-de-thaksinUn nouveau roi Thaksin (1767/1782) est au pouvoir depuis 1767 (après la chute d’Ayutthaya). C’est un guerrier. Il va battre les armées birmanes rétablir le royaume du Siam jusqu’en 1782. L’évêque accablé d’affliction d’entendre dire qu’on voulait « faire un désert du Siam » demanda la permission de quitter la Birmanie, ce qu’il fit le 17 Mars 1768 et arriva le 14 Avril à Pondichéry. Au Siam par suite d’un différent avec le vice roi, les pères Artaud et Pigneaux furent mis en prison le 8 Janvier 1768. Après plusieurs séances de mauvais traitements le père Artaud accepta une mission du roi, d’aller au Cambodge récupérer un prince siamois en fuite. Le gouverneur remit les missionnaires en liberté. Mais le père Artaud ne pu ramener le prince du Cambodge.

Alors on les remit en prison, la cangue autour du cou. Ils ne cessèrent de proclamer leur innocence. Ils purent retourner au collège après plusieurs mois. L’année 1769 est une année de terribles famines. Beaucoup de personnes vont décéder ; « tous les matins la rivière était couverte de cadavres. » Les Siamois ou encore les Chinois (nombreux au Siam), se mirent à piller les pagodes, persuadés qu’on y avait  enfoui des sommes considérables !!!

 

1767 -1782.  Le roi  Taksin (1767/1782). Encore une période difficile.

thaksin-le-grandLe nouveau roi  Taksin permit au père Corre de construire une maisonnette. Au début de son règne le roi s’attira le respect du peuple qui le regarda comme le sauveur et le restaurateur de l’Etat. Le 22 Mars 1772,  Mgr Lebon évêque de Metellopolis arriva à Bangkok. Il fut reçu par le roi, qui leur accorda des présents et un nouveau terrain. Taksin semblait différent. « Il voulait tout voir et tout  entendre, c’était un esprit entreprenant de prompte exécution et un brave guerrier »

Malheureusement la situation allait à nouveau se dégrader. A la suite d’un serment solennel sur les évangiles (et non sur de l’eau comme préconisé par les talapoins), trois des principaux chrétiens, mandarins en charge et officiers du roi, furent arrêtés, ainsi que les prêtres MM Garnault et Coudé le 25 Septembre 1775 ainsi que l’évêque Mgr Lebon. Les mandarins furent frappés de 50 coups de rotins ; mais on ne battit pas les prélats cette fois là. Mais comme cela s’était déjà passé on demanda aux mandarins et aux prêtres de renier leur serment catholique et de faire serment selon les rites bouddhistes. Ce qu’ils refusèrent. On fit dépouiller l’évêque et les deux prêtres et appliquer à chacun 100 coups de rotin.

 

1776 – les missionnaires les fers aux pieds.

Le 15 Janvier 1776 le roi partit en personne pour la guerre contre les Barmas. L’évêque et les missionnaires étaient toujours en prison dans les fers. Le 25 Juillet on leur retira la cangue et les ceps des pieds et des mains ; le 14 Août on leur ôta la chaine ; ils n’avaient plus que les fers aux pieds. Après un simulacre de jugement, des demandes de reniement, on aggrava leur peine et on leur remit, la cangue et le reste. Puis le 2 Septembre contre toute attente on les libéra.

En 1778, le roi voulut fêter la réalisation d’un code des traditions siamoises. Il programma  trois jours de fête et une grande procession sur la rivière, avec de nombreux «  balons » somptueusement décorés. Les chrétiens, les missionnaires ne vinrent pas à la fête ce qui mit le roi en fureur. «  Je voudrais conduire le monde dans le bon chemin ; les chrétiens ne veulent pas me suivre, ils se perdront ; c’est leur affaire. »

Les humiliations contre l’évêque et les missionnaires se multiplièrent et enfin le roi manifesta l’intention de les faire sortir du royaume, mais sans leur faire de mal. Un certain calme était revenu ; on avait fini par donner la paie des chrétiens qui avait été bloquée et c’est à la fin de 1779 que le roi exécuta sa menace de chasser, Mgr Lebon, l’évêque et les deux missionnaires les pères Condé et Garnault. Il les fit à nouveau juger, emprisonner, accabler de mauvais traitements et enfin déporter hors du royaume. Mgr de Métellopolis (Mgr Lebon) va mourir à Goa le 27 Octobre 1780. Ses deux compagnons exilés avec lui, à Pondichéry, revinrent au Siam en 1782.

 

rama1Le roi devenait à demi fou : «  il faisait emprisonner, mettre aux fers, rouer de coups, suivant son caprice, tantôt sa femme, tantôt son fils, héritier, tantôt l’un ou l’autre de ses officiers ». Révoltes, manifestations diverses et le 7 Avril 1782 le roi Taksin fut tué par son général qui va fonder la dynastie des Chakri et régnera sous le nom de RAMA Ier (1782/1809). Les rebelles mécontents de l’attitude des chrétiens à défendre le palais royal, mirent à sac le camp des chrétiens. L’église fut entièrement saccagée. Ainsi fut récompensée la fidélité des chrétiens envers le roi.  Mgr Garnault le missionnaire qui avait tant souffert fut nommé évêque de Métellopolis et vicaire apostolique du Siam en 1785. Mais les persécutions contre les chrétiens continuèrent dans le but d’empêcher la religion catholique et le travail des missionnaires de se développer. Lassé de ces harcèlements contre les chrétiens le roi (Rama Ier) demanda qu’on « les laisse jouir de quelque tranquillité ».

 

1809-1830 : des bas et des hauts

peguans-sud-siamA la fin de 1809 (nous sommes sous le règne de Rama II, le fils de Rama Ier-(1809/1824), les Barmas toujours en guerre assiégèrent la ville de Jongsélang. Quatre semaines de siège et une guerre meurtrière. L’occupant détruisit tout et ne laissa que des cendres. Les chrétiens, le père Rabeau en tête, résistèrent comme ils purent. Puis ils furent faits prisonniers par les Barmas. Mais sur le bateau qui les emmenait en Birmanie, une révolte se produisit et on jeta le père Rabeau à la mer. Il périt donc noyé dans le golfe du Bengale.

La situation de la mission du Siam reçut quelque aide de France et put reconstruire un collège (une soixante d’élèves) à Bangkok, et une grande église avec un collège. Mgr  Garnault dirigea le séminaire jusqu’à sa mort le 4 Mars 1811.

Pendant une vingtaine d’années, les missionnaires essaieront de faire ce qu’ils peuvent pour enseigner, soigner, convertir. La France ne leur enverra aucun renfort.

 

1850 - Nouvelle période positive pour la mission.

Le 27 Février 1830 le père Pallegoix arrive à Bangkok où il s’adonne pendant quelque mois à l’étude du siamois. Nous sommes sous le règne de Rama III (1824/1851). Le père Pallegoix se rendit rapidement à Ayutthaya l’ancienne capitale et là sur les ruines de l’église Saint Joseph, il bâtit une nouvelle chapelle. Avec lui prenait fin le cycle entamé en 1688 par les missionnaires, et s’ouvrait une nouvelle période. Le père Pallegoix deviendra évêque de Mallos en 1838 et vicaire apostolique du Siam.

 

 rama2Il aura fallu 150 ans, 12 évêques qui se succédèrent pour maintenir la présence des Français au Siam. Mais que de souffrances endurées. Ils n’étaient pas encore au bout de leurs efforts puisqu’en 1849, suite à l’apparition d’une grave épidémie de choléra pour des raisons inconnues le roi (Rama III ) fit expulser huit des missionnaires français.

Après la mort du roi (Rama III), ils purent revenir en 1851 et en 1852 et  ils furent reçus à nouveau en grande pompe par le nouveau roi Rama IV –fils de Rama II (1851/1868) qui prononça ces mots qui sonnent comme un résumé de ces 150 ans :

 

rama3« C’est un mauvais système de persécuter la religion ; je suis d’avis de laisser chacun libre de pratiquer celle qu’il voudra (…) quand vous aurez fait un certain nombre de prosélytes quelque part, faites le moi savoir et je leur donnerai des chefs chrétiens, de manière à ce que les gouverneurs païens ne puissent pas les vexer ». Quel discours pour ces missionnaires, tués, persécutés, pourchassés, emprisonnés et qui témoignèrent des difficultés pendant plus d’un siècle des relations franco-thaïes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 04:47

Le bouddhisme vu par les Missionnaires et voyageurs français du XVIIème siècle, Jean Marcel (Etude non publiée)

 

bouddha-ayutthayaIntroduction

 

Cette étude, transmise par notre ami Bernard, m’a paru intéressante car elle  confirmait mon sentiment à savoir :

 

Nos missionnaires /voyageurs ayant effectué un séjour ou écrit sur le Siam de 1666 à 1691 ont peu compris le bouddhisme (c’est un euphémisme) et surtout ont voulu, pour la plupart, ne le voir qu’à travers le prisme de la religion chrétienne.  Pire précise Jean Marcel, sur les 25 publications les plus connues, 8 auteurs seulement abordent le sujet, et sur les 17 restant, 12 étaient pourtant des hommes d’Eglise. Même Mgr Pallu, le fondateur des Missions étrangères, n’y est pas  pertinent. Malheureusement Mgr Laneau, qui a passé 8 ans dans les temples bouddhistes (et mourra  au Siam en 1696), n’écrit guère en français.

 

Aucun ne connait le nom du Bouddha, aucun ne connait le fondement de la Doctrine basée sur les « 4 nobles vérités », aucun ne signale le rôle et le chemin pour se délivrer de la souffrance.

 

Et encore sur les 8 auteurs ayant évoqué le bouddhisme , certains  comme l’abbé de Choiy ne le traite qu’en deux pages, le chevalier de Forbin ne fait que deux courtes assertions , d’autres comme Jacques de Bourges voient 300, 400 idoles différentes , là où il y a 300, 400 répliques du bouddha.  Gervaise décrit  le nirvana comme un lieu (pensant au Paradis chrétien sûrement), de la Loubère (nous l’avons aussi dit) mêle les conceptions indiennes brahmaniques, chinoises confucéennes et siamoises …mais n’hésite pas à dire « qu’il n y a pas de gens au monde qui ignorent leur propre religion autant que les « talapoins » (les moines).  Ils préfèrent s’attarder sur les fables et les légendes, comme le dit de Chaumont : « quant à leur religion, elle n’est à proprement parler qu’un ramassis d’histoires fabuleuses».

 

Par contre tous connaissent le détail de leur règle, la quête du matin, leur jeûne à midi, leur prédication et cérémonies diverses…et beaucoup comme Forbin par exemple font l éloge de leur vie exemplaire. De Bourges note la tolérance et l’accueil des chrétiens persécutés ailleurs (Chine, Japon, Tonkin)…jusqu’à la « Révolution » de 1688, je présume.

______________________________________________________________

 

Etude de Jean Marcel :

 

aumoneTraçons d’abord le cadre de notre étude. L’inventaire simplifié nous révèle quelque vingt-cinq publications susceptibles, au départ, de livrer certains discours touchant notre sujet ; ces ouvrages sont de nature souvent très diverse, mais tous ont été conçus ou réalisés et publiés entre 1666 et 1691, soit pendant tout juste un quart de siècle. C’est la période faste des écrits français sur le Siam.

 

Nous aurions certes pu déborder dans le XVIIIe, mais ce siècle n’a produit, pour des raisons que l’on pourra aisément deviner, que des écrits s’inspirant de ceux que nous allons analyser ici, tel le célèbre article «Siam» de l’Encyclopédie de Diderot; pour l’objet précis qui nous retient (le bouddhisme), ces textes relèvent d’une tout autre mentalité, qui est celle du siècle des Lumières; et ils sont le plus souvent le fait d’auteurs qui ne furent ni voyageurs, ni missionnaires au Siam : c’est la période de ce qu’on pourrait appeler le Siam par ouï-dire.

 

Notre quart de siècle, qui nous livre au total un nombre plutôt réduit d’ouvrages, est donc tout entier contenu dans le cadre des règnes de Louis XIV pour la France et de Phra Naraï pour le Siam et pourrait avantageusement se subdiviser en trois temps :

 

1)      de 1666 à 1684, d’une durée de dix-huit ans, la plus longue de nos troispériodes : celle de l’établissement des missionnaires, essentiellement ceux des Missions étrangères de Paris ; cette période a produit huit de nos vingt-cinq textes;

 

2)      de 1685 à 1688, d’une durée de trois années : celle des ambassades (des Siamois à Paris, des Français par deux fois à Ayuthaya), pour un total de dix (ou onze) textes;

 

Nous n’avons pas tenu compte des volumineuses correspondances inédites conservées aux archives des ministères et des Missions étrangères de Paris ; le cadre minuscule de cette étude ne nous le permettait pas; de plus, ces correspondances ont déjà été suffisamment épuisées par l’excellent ouvrage d’Alain Forest, Les missionnaires français au Tonkin et au Siam XVIIe et XVIIIe siècles, L’Harmattan, 3 volumes, 1998.

 

3)      de 1688, enfin, à 1691, autre courte période de trois ans : celle que par commodité nous avons appelée de la Révolution et qui voit la fin des tentatives de la présence française en terre siamoise, avec sept (ou six) textes. Deux seuls textes, en réalité, ne se trouvent en aucune façon reliés aux événements par lesquels nous avons désigné ces périodes : celui de Robert Challe, qui passe au Siam tardivement (et encore à Mergui seulement), mais nous apporte, en cette fin de siècle, des échos des temps si récemment passés ; celui de Claude de l’Isle, dit géographe, en réalité fonctionnaire chargé de l’établissement de la Compagnie royale des Indes. De même qu’un seul, pour des raisons de publication tardive en 1691, ne se trouve pas tout à fait à sa place et eût dû s’insérer dans la période des ambassades : celui de Simon de La Loubère. D’où les hésitations sur la comptabilité des textes pour ces deux dernières périodes. Si nous avions donc à rassembler chacune de ces périodes autour d’un texte plus particulièrement significatif du point de vue qui nous occupe, nous dirions que la première culmine avec le texte de Louis Laneau, Rencontre avec un sage bouddhiste ; que la seconde se résume dans la somme de Nicolas Gervaise, Histoire naturelle et politique du royaume de Siam ; et que la troisième se concentrerait tout entière dans la Lettre, à nouveau de Louis Laneau, seul personnage en réalité à avoir traversé l’entier du quart de siècle qui constitue le cadre et l’objet de notre enquête.

 

bouddha-copie-1Lecture faite (et dans maints cas refaite) de ces vingt-cinq publications, il s’est avéré que huit seulement abordaient le sujet qui nous intéresse – selon des modalités et des surfaces inégales. Il reste que dix-sept ont été reléguées, faute d’information pertinente. Il est tout de même assez étonnant de constater que, parmi les auteurs de ces livres, inutilisables en quelque sorte pour notre propos, une douzaine environ (en comptant les anonymes) sont des hommes de religion, qui par conséquent eussent pu avoir quelque intérêt à connaître et à décrire le milieu religieux dans lequel ils venaient oeuvrer ; parmi eux, le fondateur des Missions étrangères et vicaire apostolique, François Pallu, qui ne vint à vrai dire que sporadiquement au Siam, de passage, toute sa vie de missionnaire par ailleurs en voyages entre l’Europe et l’Asie… Les autres sont des gens d’armes, liés, la plupart du temps de facto ou a posteriori, aux derniers événements de la petite révolution de 1688.

 

bouddha-5Nous avons exclu de notre étude les livres et manuscrits rédigés en siamois ou en latin, notamment par les missionnaires, parmi lesquels Louis Laneau vient encore en tête. Il est temps de signaler, dès ici, qu’il est par excellence l’homme de ce temps et de ce lieu, prêtre des Missions étrangères de Paris, premier évêque du Siam (appelé toutefois vicaire apostolique pour ne pas froisser les religieux portugais qui s’estimaient de droit, en raison du padroado (patronage) portugais, les seuls missionnaires de ce que l’on appelait alors les Indes) ; Louis Laneau, de plus, aurait passé huit ans dans divers temples bouddhistes pour y connaître de près la religion des Siamois, sans doute surtout pour y apprendre la langue thaïe et le pali qu’il aura été le premier à maîtriser ; on dit même qu’il se rendait, tout évêque qu’il fût, dans les villages autour d’Ayuthaya vêtu de la robe safran ; il a, de plus, été l’une des principales victimes de la fameuse révolution de 1688, incarcéré, mis à la cangue, quasi martyr, puis réhabilité par les autorités ; il ne mourra qu’en 1696, toujours au Siam, fort regretté de toutes les populations. Mais, sauf sa dernière lettre, publiée dès l’époque, il n’a guère écrit en français, tous ses ouvrages ayant été composés ou en siamois, qu’il maîtrisait à la perfection, ou en latin pour l’enseignement de ses confrères à venir. Il se présentait, en conséquence, comme le mieux placé pour parler de ce que l’on ne connaissait pas encore sous le nom de bouddhisme, mais en fait, hélas, il n’en parle jamais… du moins pas en français.

 

Car, n’est-ce pas là la première et la plus étrange chose qui frappe dès l’abord, dans l’ensemble des textes pertinents, lorsque d’aventure ils abordent la question de la religion des Siamois : aucun ne connaît le mot de bouddhisme, aucun non plus ne connaît même le nom du Bouddha. Peu nombreux, au total, dans nos sources, ceux qui se risquent à faire état des origines de ce culte appellent Sommono Kodom (ou en un mot Sommonokodom, ou encore Sommona Codom chez La Loubère, ou Ckodom chez Choisy, Nacodom chez Chaumont) celui qu’ils considèrent tantôt comme son fondateur, tantôt comme sa divinité, unique, ou principale parmi d’autres.

 

DevadattaattacBuddhaSeul de l’Isle l’appelle Xaca, sans doute du nom du petit Etat où était né le Bouddha, Sakka – dont il aura trouvé la forme dans ses sources portugaises. C’est ainsi que La Loubère, qui utilise pourtant toujours le nom de Sommona Codom pour désigner le Bouddha, est le seul, semble-t-il, à connaître le nom pali de Pout (p. 394) – mais pour désigner d’ailleurs l’arbre sous lequel le Bouddha historique a reçu son illumination (ton pô – transcription fautive de La Loubère pour le thaï ton pout), sans jamais toutefois que La Loubère l’applique à l’appellation de son Sommona Codom ; il fait remarquer, par ailleurs, plus loin (p. 416) que le mot Pout, servant en siamois à désigner le jour du mercredi (wan Pout), serait d’origine persane et signifierait idole, s’autorisant ainsi à confondre du même coup ce qu’il appelle le bahali (pali) et le pahalevi (nom de l’ancienne langue persane).

 

Les premiers savants orientalistes, vers la fin du siècle suivant en Europe, surtout allemands et britanniques, étudiant le bouddhisme dans les sources indiennes, noteront en effet que les jours de la semaine correspondant, dans presque toutes les sociétés orientales, aux dénominations latines, Mercredi étant dévolu à Mercure, le Pout d’Orient devait donc lui être associé, le Bouddha étant ainsi assimilé au dieu romain Mercure, l’Hermès des Grecs. Ce n’est qu’assez tardivement, cependant, que l’on s’avisa généralement de l’historicité réelle du Bouddha. Nos textes le placent indifféremment ou confusément dans l’histoire ou plus généralement dans la mythologie, que l’on appelle dédaigneusement leurs fables.

 

quete-des-moinesBL’Abbé de Choisy, de qui l’on attendrait davantage, étant donné par ailleurs sa propension au bavardage, n’a guère traité du bouddhisme qu’incidemment. Il est vrai que la forme de son récit (un journal de voyage) le voulait peut-être ainsi, n’offrant pas l’occasion de longues digressions philosophiques ou historiques ; mais on se serait tout de même attendu à trouver, au fil de ces notes au jour le jour, sur toute la durée de son séjour au Siam, quelque description, fût-elle succincte, du culte omniprésent que l’on y rendait au Bouddha et qu’il n’a pas pu ne pas voir, ne serait-ce que dans les temples qu’on lui faisait visiter. Or, ce n’est que dans le désoeuvrement du voyage en mer, à bord du vaisseau qui le ramenait en France, que Choisy écrit, en date du 21 janvier 1688, sa seule considération sur la religion du pays qu’il vient de visiter ; il y brosse en deux pages la totalité de ce qu’il a appris ou vu, et qui est bien peu. Or, ce Choisy est paradoxalement ici le seul à donner la date exacte de la fondation du bouddhisme à partir du calendrier siamois, soit 2229 (1686) ; alors que Gervaise, ayant pourtant eu sous la main tout ce qu’il fallait pour être exact (et notamment les informations qu’eût pu lui fournir son supérieur Laneau), confère la date vague d’il y a deux mille ans, prétendant, contre toute véracité historique, que les Siamois considèrent le Bouddha comme originaire de leur nation, alors que les Chinois le revendiqueraient comme l’un des leurs - croyance qu’aucune source chinoise, même légendaire, ne peut attester.

 

De l’Isle, toujours rapportant ses sources, affirme qu’on le croyait Juif, ou qu’il avait en tout cas utilisé les livres saints du judaïsme, au point d’en faire un contemporain du roi Salomon, et qui aurait élu le Siam comme première terre de sa prédication (p. 150-151). De l’Isle est, avec Challe, le seul à n’avoir appartenu ni au groupe des missionnaires, ni à celui des ambassades : il est au Siam en vue de l’établissement de la Compagnie royale des Indes. Mais sa Relation historique du royaume de Siam est le premier livre imprimé à embrasser tous les aspects de la vie du royaume, fût-ce sous la forme d’une compilation d’écrits antérieurs, surtout en langues étrangères (italien, portugais, anglais, néerlandais) ; il fait la part belle à la religion, avec ses quelque cinquante pages sur les deux cents que comporte son récit. Soit dit en passant, l’édition originale de cette Relation est le seul de nos documents dont nous n’ayons trouvé trace ni copie en Thaïlande même.

 

les-bouddhas-2Cela dit, personne, en revanche, parmi ceux qui exposent tant soit peu la doctrine, ne fait état des Quatre Nobles Vérités, fondement même, non seulement de la doctrine bouddhique, mais aussi du culte rendu au Bouddha qui en est issu. Non plus que de la souffrance, dont la découverte est à l’origine de tout l’enseignement du bouddhisme. Tachard est le seul à évoquer le Thamang (Dharma – l’enseignement du Bouddha), qu’il associe d’ailleurs très allègrement à « la Parole ou Verbe de Dieu. »2 (p.407) ; le jésuite aura d’ailleurs tendance à décrire le système religieux siamois à travers les catégories et concepts du christianisme, ainsi qu’on le verra plus loin, allant jusqu’à suggérer « que l’Evangile a été autrefois annoncé à cette nation, mais qu’il a été altéré et corrompu dans la suite des temps par l’ignorance et par les visions de leurs prêtres. » (p.422).

 

Toutes les citations des textes anciens renvoient aux éditions originales telles qu’elles figurent dans la Chronologie de l’annexe ci-contre – sauf celles de La Loubère, qui renvoient à l’édition qu’en a récemment préparé M. Jacq-Hergoualc’h, Editions Recherche sur les Civilisations, 1987. De même, l’orthographe de ces citations a été modernisée pour en faciliter la lecture.

 

pied-de-bouddhaEn revanche, on s’attarde beaucoup sur les fables et les narrations dérivées. Le plus enclin à les déployer, comme si elles devaient faire partie intégrante de la doctrine, est sans aucun doute Gervaise – si bien qu’on se demande parfois d’où il a pu tirer ses sources. C’est comme si l’on évoquait la Légende dorée de Jacques de Voragine (XIVe siècle) pour parler de la révélation évangélique, ou encore toutes ces exemplaires vies de saints qui ont enchanté les rêveries des chrétiens de l’Occident médiéval. Toujours est-il que Gervaise ne se fait pas faute d’user pour le bouddhisme de légendes tout à fait homologues, qui parcourent l’histoire de la religion des Siamois et qui ne forment le plus souvent qu’un pâle reflet de la doctrine essentielle.

 

C’est ainsi qu’il fait un grand sort, tout comme Chaumont, La Loubère et Tachard, à la fameuse légende du cousin du Bouddha, Devadatta (dont ils font sans exception, par une confusion linguistique compréhensible, son frère et l’appellent Têvatat), lequel aurait toute sa vie poursuivi le Bouddha d’une haine implacable et serait devenu le fondateur d’une secte opposée et d’une doctrine contraire. Or, la légende, rapportée par de nombreuses sources (notamment l’oeuvre littéraire de Lü T’aï (petit-fils du premier roi de Sukhothai, Ram Kamheng), intitulée Les Trois mondes, largement inspirée par le brahmanisme indien, veut que ce Devadatta ait été, à sa mort, précipité dans le monde souterrain et, là, condamné à la crucifixion…

 

D’où, pour nos auteurs, l’aversion que les Siamois auraient conçue pour une religion comme le christianisme, dont le fondateur est aussi un crucifié : les Siamois auraient cru voir revenir les sectateurs de Devadatta… Ou, comme le dit si bien, pour eux tous, Choisy : « Cette fable leur donne quelque éloignement de la Croix. » (p. 245). Mais, cette légende de la crucifixion de Devadatta est tardive et ne fait aucunement partie de ce que l’on appelle les livres canoniques du bouddhisme.

 

Et je ne livre ici qu’une illustration parmi tant d’autres de l’usage que nos récits font des ornements légendaires dont s’entoure nécessairement toute littérature religieuse ; nos auteurs semblent ne pas établir de distinction nette entre ces fables et l’autorité du Dharma, qu’ils ne connaissent tout simplement pas (sauf Laneau, mais en latin !). Si bien qu’ils prennent certaines parties, négligeables, pour le tout, qui, lui, constitue l’essentiel. Chaumont peut écrire alors : « Quant à leur religion, elle n’est à proprement parler qu’un ramassis d’histoires fabuleuses. » (p.134) ; et Gervaise parler d’elles comme de « ces fables que la malheureuse postérité a reçues comme des vérités constantes et des articles de foi. » (p. 178)

 

ReincarnationJe n’ajouterai sur cet article des fables qu’un autre exemple de ce que peut devenir une légende déformée par les yeux, bien innocents, de ceux qui, au départ, ne sont pas particulièrement venus au Siam pour voir, encore moins pour comprendre : Jacques de Bourges, évoquant ce que nous connaissons encore aujourd’hui comme l’empreinte du pied du Bouddha à Saraburi (Bouddha-Bât), affirme : « Ils disent que c’est l’empreinte de la plante du pied du premier homme, qui s’imprima sur une pierre gardée dans ce temple, lorsque d’une enjambée il porta son autre pied sur une haute montagne qui est en l’île de Ceylan. » (p.178) A quoi, il ajoute, de la plus mauvaise foi : « Il ne faut pas s’étonner qu’ils aient des pagodes de quarante pieds de haut, puisqu’ils croient qu’un homme a pu mettre en même temps ses deux pieds sur deux montagnes distantes de plus de mille lieues. » (id.)

 

C’est la même erreur de perspective – ou de connaissance effective – qui fait écrire à certains que les Siamois adorent des idoles. Jacques de Bourges encore est catégorique : « Les Siamois sont idolâtres, ils ont des idoles en grand nombre […] on voit des galeries où il y a trois à quatre cents idoles de différente grandeur et figures,toutes dorées et d’un fort bel éclat. »(p.168) Mais lui, ni le perspicace La Loubère, ne se sont avisés qu’à travers cette multiplication des statues, il pût s’agir du même personnage dans des positions souvent différentes, La Loubère allant jusqu’à prétendre que c’était là « les statues des officiers du palais de Sommona Codom. » (p.413) De Bourges alors de s’apitoyer : « C’est une chose digne de compassion de voir ces peuples abusés rendre tant d’honneurs à des masses de pierres. » (170) – mais c’est une chose aussi digne de compassion que Bourges ne se fût pas rendu compte que, dans son propre culte, on rendait aussi tant d’honneurs à des masses de plâtre… surtout dans les églises baroques ou rococo de la Contre-Réforme en pays latins…

 

Forbin, sans doute un peu libertin si l’on s’en tient à l’incroyance discrète de ses Mémoires, s’intéresse à peine à la religion des Siamois ; il n’en est question chez lui que par allusion, et fort brièvement en tout cas, dans le Voyage à Siam que l’on a tiré de ses Mémoires complets. Il n’y fait que deux assez courtes incursions : la première, lorsque Monsieur Constance fait visiter à l’ambassadeur Chaumont les temples de la ville et des alentours : « On appelle pagodes, à Siam, les temples des idoles et les idoles elles-mêmes. » (p. 41) La seconde, nous l’examinerons en son temps, plus loin. Notons dès ici que l’assertion de Forbin n’est pas tout à fait juste : sans doute les Français utilisent-ils le mot de pagode, mais les Siamois (à Siam, comme il le dit) ne l’ont jamais appelé que wat. Le mot de pagode est d’office venu aux Français par les Portugais qui avaient eux-mêmes emprunté leur pagoda au tamul pagovadam qui veut justement dire divinité - d’où Forbin signale que le mot désigne à la fois le temple et ses idoles. Le mot de pagode est, selon les textes, parfois à l’intérieur du même texte, indifféremment employé au masculin ou au féminin. La Loubère, fidèle à sa manie, lui donne, quant à lui, une origine persane : le mot viendrait de poutghéda : temple des idoles.

 

meditationbouddhaSignalons au passage une simple curiosité linguistique, qui d’ailleurs ne se trouve pas dans notre corpus : Alain Forest cite un certain Pinto, métis portugais qui, dans sa correspondance en français avec le siège des Missions étrangères à Paris, parlant de Petracha, successeur du roi Naraï, le dit grand pagodiste (p.141) ; ce serait la seule fois que le mot de pagode aurait ainsi donné lieu à un dérivé équivalant à bouddhiste. Forbin trouve tout de même moyen, en si peu de phrases au total, de rejoindre tous ses confrères dans l’appellation des idoles ; mais ce mot ne semble pas chez lui porter la même charge sémantique péjorative que chez les autres; cet usage, pour lui, semble en tout cas sans grande conséquence, neutre, renvoyant au pur sens du mot idole, du grec ancien (έίδωλον) qui signifie simplement image, sans la connotation d’adoration des faux dieux.

 

Paradoxalement, sur la nature de cette idolâtrie, nos auteurs ne s’entendent cependant pas. Si Tachard, dans son optimisme jésuite, est convaincu que « Les Siamois croient un Dieu, mais n’en ont pas la même idée que nous. » (p. 379), Chaumont est d’avis qu’ « il ne faut pas s’imaginer qu’ils adorent les idoles qui sont dans leurs temples […] voilà en quoi consiste leur religion qui, à proprement parler, ne reconnaît aucun Dieu. » (p. 138). Choisy, son co-ambassadeur, ayant écrit : « Voilà leur religion, qui consiste à proprement ne reconnaître point de Dieu. » (p.245), on se demande qui a copié le devoir de qui !

 

Si d’autre part et d’entrée de jeu, Gervaise affirme, dès la première phrase de l’un de ses chapitres sur la religion, que « Le Dieu que les Siamois adorent est trop doux et trop débonnaire pour aimer les sacrifices sanglants. » (p. 166), de l’Isle, de son côté, insiste sur le fait que l’une de ses sources indique qu’ils « sacrifient des victimes humaines et qu’ils immolent des vierges à ces idoles, dit-il, mais je n’ai rien trouvé chez les autres auteurs. » (p. 156) Et pour cause! Le bon La Loubère, quant à lui, a examiné « la doctrine des Siamois, en laquelle je ne trouve nulle idée de divinité. » (p. 400) Et il va jusqu’à blâmer les Portugais d’avoir inventé une telle supposition : « Les Portugais ont cru que ce qui était honoré d’un culte public, ne pouvait être qu’un dieu. Et quand les Indiens [et par Indiens il entend les Siamois] ont accepté ce mot de dieu pour ces hommes à la mémoire desquels ils élevaient leurs temples, c’est qu’ils n’en ont pas compris la force. […] et jusque-là, on doit les appeler athées plutôt qu’idolâtres. » (p. 417)

 

bouddha-buriram-8eC’est exactement ce que dit encore de nos jours le pape Jean-Paul II dans sa fameuse homélie de Manille en 1995, mettant en garde le monde entier contre le bouddhisme athée. Or, poussant sa logique jusqu’au bout, La Loubère finit par se racheter et rejoindre certains de ses compères, puisqu’il le faut bien à la fin : « […] ils n’en sont que plus idolâtres lors même qu’ils terminent leur culte à ce qui n’est pas Dieu et qu’ils en font le seul objet de leur religion. » (id.) CQFD… Retour donc à Jacques de Bourges : « […] leur indifférence pour la religion [et par religion il entend le catholicisme romain] ne procède que de l’ignorance de l’unité de Dieu, qui ne peut être honoré par des cultes contraires et opposés. » (p.167) Nous sommes déjà tout près de la fameuse querelle des rites chinois, dont les jésuites auront bientôt à faire les frais à Rome même…

 

Sur le chapitre de la réincarnation, le discours est aussi abondant mais plus dilué. On l’appelle indifféremment métempsycose ou transmigration. On ne se fait pas faute d’aller au plus pressé et au plus exotique pour signaler que l’on peut renaître vache, cochon, mouton, etc. - mais aussi, dit Gervaise, « roi, talapoin, saint, ange et à la fin Dieu, si l’on a persévéré sans interruption et sans relâche dans l’exercice des bonnes oeuvres. » (p. 159) De l’Isle est le seul à en faire la caractéristique propre de la religion des Siamois (p. 149) – alors que l’on sait fort bien aujourd’hui que le Bouddha, sur ce point, ne faisait que perpétuer et maintenir la croyance du brahmanisme.

 

La Loubère mêle trop les conceptions indiennes (brahmaniques), sinoconfucéennes et siamoises (d’après des sources d’ailleurs difficiles à repérer) pour que nous puissions en faire ressortir quelque schéma simple et compréhensible sur la véritable croyance des Siamois en cette matière. Tachard, ne trouvant pas d’appui de comparaison avec le christianisme, passe rapidement sur cet article, se contentant d’affirmer au passage : « Il suffit pour être saint, qu’après avoir passé dans plusieurs corps, on ait acquis beaucoup de vertus. » (p. 381) Il ne connaît point les mots de métempsycose, ni de transmigration, sans doute trop païens pour son propos.

Pour le jeune Gervaise (il avait seize ans au moment de son arrivée au Siam en 1682, et n’aurait écrit son livre qu’après son retour en France, quatre ans plus tard, après 1686, donc encore assez jeune), si donc il fait longuement état, en langage simplifié, des nombreux chemins de la transmigration des âmes ; il va surtout jusqu’à assurer que « le menu peuple ignore tous les mystères de la métempsycose, et se contente d’adorer la statue de Sommonokodom faite de chaux et de brique. » (p.164).

 

Buddha SakyamuniJacques de Bourges semble être le seul à ne pas connaître cette croyance capitale en la réincarnation, ou à ne pas s’y intéresser, malgré certains entretiens, semble-t-il, auxquels il aurait assisté, notamment avec Pallu, auprès de grands sages du sangha ; il affirme au contraire : « On ne peut pas dire qu’ils croient l’immortalité de l’âme, car ils n’en assurent rien ; ils ne disent pas aussi qu’elle finisse avec le corps, au contraire ils sont dans cette opinion qu’elle survit ; c’est pourquoi dès leur vivant ils ont soin de se pourvoir pour les besoins de l’autre vie, ils font amas d’argent, ils épargnent tout ce qu’ils peuvent et le cachent en quelque lieu retiré avec tout le secret possible. » (p. 174) C’est la première fois qu’on aura entendu parler d’une telle chose, assez contraire à la loi de samsara (réincarnation) – ce qui ne nous rassure pas trop, tout de même, sur le reste des informations fournies par Jacques de Bourges !

 

En réalité, tout étant possible et mouvant dans la réalité des croyances des Siamois, rien n’y étant fixe, ni dogmatique, tout semble dépendre du lieu, du temps, des proximités et des éloignements, des antécédents et des enseignements. C’est ce qu’aucun de nos auteurs n’a eu le loisir de saisir, cherchant toujours à simplifier de façon rassurante pour pouvoir comprendre, ou ne pas comprendre…

 

Il en est ainsi pour la notion capitale, dérivée de la réincarnation, de ce que nous appelons nirvana. Gervaise, sous le nom de Nyreupan, en fait « un lieu de repos et de plaisir, destiné pour être le séjour des Dieux, où ne vivant que pour eux-mêmes, ils ne sont occupés pendant toute l’éternité que de leur propre bonheur, et ne songent qu’à jouir dans la pleine tranquillité du fruit de leurs travaux. […] Ils placent ce Nyreupan au-dessus des cieux. » (pp. 160-161) Le nirvana serait donc un lieu, à la façon du paradis chrétien ou islamique, et non un état – tel qu’il est en fait dans la doctrine bouddhiste ! De l’Isle le compare au paradis de Mahomet. Tachard est dans la même voie, toujours prompt à décrire la religion de ses hôtes en termes chrétiens : « Il est proprement le Paradis, appelé en leur langue Nirrupan, où les âmes des saints et des dieux vivent dans une pureté et une souveraine félicité. » (p.384).

 

Ficus religiosaAinsi donc, on se demande ce que des missionnaires pourraient demander de mieux ! Les Siamois sont déjà tout prêts pour le Ciel… Choisy, en si peu de mots sur le sujet général de la religion, réussit quand même à se rapprocher d’une certaine réalité, disant du nirvana : « C’est le terme du plus grand mérite et la dernière récompense de la vertu pour n’être plus si fort fatigué en changeant si souvent de corps. Il est vrai que par le mot siamois, nirupan, que nous traduisons anéantissement, ils entendent seulement un état permanent, où ils seront comme endormis sans rien souffrir, et c’est en quoi ils mettent leur bonheur éternel. » (p. 244-245).

 

La Loubère en profite, toujours à propos de ce terme, pour fustiger encore une fois les Portugais, détenteurs du fâcheux padroado : « C’est ce mot [nirvana] que les Portugais ont traduit par elle est anéantie, ou par elle est devenue un dieu, quoique dans l’opinion des Siamois ce ne soit pas un anéantissement véritable, ni une action d’aucune nature divine. » (p. 399) Il avait, préalablement justement et fort bien défini cet état : « Ils croient que cette âme est dès lors exempte de toute transmigration et de toute animation, qu’elle n’a plus rien à faire, qu’elle ne naît plus, ni ne meurt plus, mais jouit d’une éternelle inaction et d’une vraie impassibilité. » (id.)

 

Ce n’est ensuite qu’avec la philosophie des Lumières du siècle suivant, et surtout de la philosophie allemande du XIXe siècle (de Hegel à Nietzsche en passant par Schopenhauer) que l’Occident identifiera ce nirvana au néant, ainsi que l’a montré la brillante étude de Roger-Pol Droit dans Le culte du néant (Seuil, 1997).

 

Venons-en enfin à la seconde des deux seules interventions de notre Forbin, que nous avions laissée en plan : elle a lieu lorsque, après son retour en France, le comte corsaire est interrogé par le Père de la Chaise, confesseur de Louis XIV, sur la religion des Siamois ; Forbin introduit alors dans ses Mémoires, en style direct, le plaidoyer en trois paragraphes de ce qui constitua sa réponse, faisant l’éloge de la vie exemplaire des talapoins, et affirmant voir même là la raison principale de l’insuccès des missionnaires chrétiens à susciter des conversions parmi les populations. Notons, sur cet échec pourtant connu de tous, anciens et modernes, que de l’Isle fait pourtant état de la conversion de villages entiers où « les talapoins, et même les mandarins demandent le baptême avec empressement. » (p. 187).

 

couvnt-talapoinCette intervention où apparaissent les talapoins nous donne l’occasion de passer, si l’on peut dire, au point suivant : tous nos auteurs s’entendent pour accorder aux moines des temples une importance singulière dans leur description du système religieux siamois ; Gervaise leur consacre cinq des treize chapitres dévolus à la religion en général ; il faut dire que c’en est, pour un étranger, l’aspect d’abord le plus visible, par le nombre autant que par la couleur locale, au point que nul, tout de même, ne saurait l’éluder. L’exotisme y prend sa source en commençant par là. Tous nos auteurs, donc, en parlent.

 

C’est encore aux Portugais que les Français ont emprunté sur place, pour ainsi dire, le mot de talapoin pour désigner le moine bouddhiste. Le mot portugais vient lui-même de talapat - du nom sanskrit de la feuille d’un palmier avec lequel on fabriquait des éventails ; or, le mot talapat désigne précisément chez les Siamois cet éventail même - éventail parfois dit de prière. Que n’a-t-on dit chez nos auteurs de cet éventail ! Gervaise, qu’ « ils sont obligés quand ils sortent de porter un écran fait de feuilles, de peur que la rencontre des femmes ne leur inspire des pensées peu convenables à leur profession. » (p.186) Choisy le suit dans cet avis. Mais Bourges, Chaumont et La Loubère sont plus près de la vérité, que l’on résumerait en ne citant, pour faire bref, que Chaumont : « ils portent sur leur tête un éventail fait d’une grande feuille de palmier pour se garantir du soleil, qui est fort brûlant. » (p. 139) La légende a cependant la vie dure, car elle a encore souvent cours de nos jours parmi les Farangs, qui ne doutent encore vraiment de rien.

 

SchopenhauerC’est donc par assimilation à cette caractéristique qui a tant frappé les voyageurs anciens que le mot de talapat devenu talapoin a fini par servir à désigner le moine bouddhiste. Seul, encore ici, La Loubère risque le mot de bonze, une seule fois d’ailleurs et dans une série lexicale énumérant les noms des moines partout en Orient, avec bramines (brahmanes) et jogues (yogi) ; mais ce mot, plutôt réservé aux moines japonais ou chinois (du japonais bozu), il ne l’applique jamais aux moines du Siam, qu’il ne connaît comme tous les autres que sous l’appellation de talapoin.

 

Une dernière remarque linguistique sur ce mot : il est en fait le seul mot d’origine siamoise à être passé dans le vocabulaire courant en France dès l’époque classique ; plusieurs écrivains, jusqu’à Voltaire et les encyclopédistes, l’emploieront dans leurs écrits pour parler, le plus souvent ironiquement, des prêtres en général.

 

bouddha-3Mais à la Révolution française, le mot disparaît avec la vie de cour qui l’avait promu, pour ne faire ensuite qu’une seule brève figuration dans la littérature du XIXe siècle, plus précisément chez Victor Hugo, et qui plus est, dans Les misérables (1862). Après quoi, il ne fera une réapparition, cette fois-ci tronquée, qu’à la fin du XIXe siècle, plus précisément dans l’argot de l’Ecole normale supérieure de Paris, sous la forme de tala, qui y désigne les étudiants catholiques, pratiquants ou militants.

 

Des moines, donc, que dit-on ? On a vu que Forbin en pense le plus grand bien, attribuant même à leur vie exemplaire la réticence des Siamois à embrasser la religion chrétienne. On semble, chez tous, assez bien connaître le détail de leur règle, la quête du matin, leur jeûne de midi, leur prédication et cérémonies diverses, même si parfois l’on insiste un peu trop sur des détails accessoires.

 

Gervaise, pour une fois, résume assez bien l’essentiel : « Leurs constitutions contiennent de très beaux règlements, et les obligent à une grande perfection. » (p. 192), même s’il ne se fait pas faute de signaler à plaisir les libertinages de certains, ou le regret, chez certains dignitaires siamois, de la sainteté des talapoins des siècles passés. Tachard, toujours un peu paternaliste, et comparatiste aussi, avoue que « Pour ce qui regarde les moeurs et la conduite de la vie, un chrétien ne peut rien enseigner de plus parfait que ce que leur religion prescrit là-dessus. » (p.414). Notons dès ici qu’à son deuxième voyage pour l’ambassade de 1687, ce Tachard sera trop préoccupé de faire valoir qu’il était, lui, le véritable ambassadeur et le seul interlocuteur du sieur Constance pour devoir s’intéresser à nouveau à la religion de ses hôtes, et il n’en parlera donc plus.

 

Friedrich NietzscheLa Loubère, quant à lui, en plus de bien détailler les coutumes et costumes des talapoins, offre la particularité d’affirmer « qu’il n'y a pas de gens au monde qui ignorent leur propre religion autant que les talapoins. » (p.389) Sans doute sa volonté de savoir a-t-elle été déçue par certains entretiens, par interprètes interposés, qu’il aura chercher à s’aménager avec les grands sages des temples, car il faut bien avouer que de tous nos auteurs, La Loubère est celui qui semble avoir la plus vaste érudition, pédant à s’en fendre l’âme, passant avec une facilité déconcertante, confondante, et parfois confuse, du monde chinois au monde indien, puis de la Perse à la Mongolie, et jusqu’à chercher dans le confucianisme l’origine de la talapouinerie siamoise…

 

5-ramakienbSi on note parfois l’excessif de la richesse des temples (« La plupart se ruinent à élever des temples »> dit Gervaise, p. 172), ou l’aspect parasite de ces moines vivant des aumônes de la population (« charité ridicule », pousse encore Gervaise, p. 175), il faut encore là renvoyer à La Loubère qui affirme « Par tout pays, les ministres de l’autel vivent de l’autel. » (p. 421). Le problème est qu’ici, justement, il n’y a pas d’autel… Et même si Jacques de Bourges, dans son vocabulaire encore incertain de la découverte, les appelle parfois sacrificateurs, il reconnaît par ailleurs, à son grand étonnement, qu’ils n’ont point de sacrifices, ni humains, ni même animaliers, contrairement à ce que prétend de l’Isle, comme on l’a vu, et dont Bourges a été une source tacite, comme on le verra encore dans un moment.

 

Nul pourtant n’a mieux saisi l’essence de ce monachisme siamois que ce premier en date de nos auteurs ; lequel, relatant l’aisance avec laquelle on entre et sort des talapouineries et faisant allusion au vêtement que le défroqué attache à un arbre quand il quitte son état, termine par cette remarque fine et spirituelle : « Et c’est en ce pays où l’habit fait le talapoin. » (p.181). De l’Isle reprend cette pointe telle quelle mais sans citer sa source (p. 158) – et ce ne sera pas la dernière fois !. Et pourtant, de l’Isle ne le cite même dans la liste de ses nombreuses sources.

 

bouddha-8On signale aussi, chez presque tous nos auteurs, mais sans beaucoup d’insistance ni de précisions, l’existence de talapouines vivant dans les mêmes temples que les talapoins.

Toujours à l’avantage de ce Jacques de Bourges, qui a parfois été écorché, ou moqué, au passage, pour certains de ses propos, il faut finalement avouer qu’il a écrit aussi certaines choses parmi les plus remarquables de nos textes. Par exemple sur la tolérance proverbiale du royaume de Siam en matière religieuse : « Je ne crois pas qu’il ait pays au monde où il se trouve plus de religions et dont l’exercice soit plus permis que dans Siam. » (p.164) Le royaume était en effet, à l’époque, le refuge de tous les chrétiens persécutés de la région asiatique, notamment de Chine, du Japon, du Tonkin. Et le missionnaire va jusqu’à se rendre compte que c’est cette tolérance même qui est à la source de leur indifférence à la conversion : « C’est l’opinion qui règne parmi les Siamois que toute religion est bonne, c’est pourquoi ils ne se montrent contraire à aucune. […] Cette indifférence est cause que, ne s’étudiant à quoi que ce soit, ils témoignent une grande froideur pour les choses mêmes qu’ils professent de croire. » (p. 166-167) De même, ce prêtre de la première génération des Missions étrangères, dans ses descriptions des cérémonies bouddhistes, va-t-il jusqu’à reconnaître : « Ces peuples ont su ôter aux funérailles ce qu’elles ont de lugubre. » (p. 180) Un bon point pour tout le monde !

 

bouddha-marchantSingulier La Loubère, qui est encore ici unique en se risquant, tout laïc qu’il fût lui-même, à donner des conseils aux évangélisateurs chrétiens ! Ce qu’il en dit vaut d’être rapporté : « Il serait bon, par exemple, si je ne me trompe, de ne leur pas prêcher sans de grandes précautions le culte des saints. Et, à l’égard même de la connaissance de Jésus-Christ, je crois qu’il faudrait la ménager, pour ainsi dire, et ne leur parler du mystère de l’Incarnation qu’après les avoir persuadés de l’existence d’un Dieu créateur. Car quelle apparence de commencer par persuader aux Siamois d’ôter Sommona Codom, pra Moglâ et pra Saribout des autels pour mettre Jésus-Christ, saint Pierre et saint Paul à leur place ? » (p.418) Ce judicieux conseil, assorti de toutes les prudences et circonspections d’un laïc à l’égard des religieux, allait toutefois fort bien dans le sens des instructions que le Pape lui-même venait de donner, en 1667, vingt ans plus tôt, aux missionnaires qui se destinaient à l’évangélisation de l’Orient ; ce document d’Alexandre VII vaut aussi d’être cité : « Ne mettez aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs moeurs […]. Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne repousse ni ne blesse les rites ni les usages d’aucun peuple […]. »

 

Ce texte est admirable et aurait pu figurer trois siècles plus tard dans les Constitutions du concile de Vatican II au chapitre de l’oecuménisme. Il contraste, va sans dire, avec la réalité de la plupart des esprits que nous avons vu évoluer à travers les textes et qui sont encore tout empreints des marques sévères de la Contre-Réforme catholique du siècle en cours. Ils voyaient la religion du Siam à travers le prisme de leur propre intransigeance, laquelle devait le plus souvent une certaine vision de l’autre à la culture ambiante plutôt qu’à la spiritualité véritable.

 

Ajoutez à cela ce qu’écrivait avec assurance ce premier de nos auteurs, Jacques de Bourges, sur l’indifférence des Siamois pour la religion chrétienne, « principalement pour cette raison qu’elle pose ce principe, qui néanmoins est assuré, que comme il n’y a qu’un Dieu il ne peut y avoir qu’une seule religion véritable. » (p.184). Cité dans l’introduction de la traduction française du livre siamois de Louis Laneau, Rencontre avec un sage bouddhiste, Cerf, 1998, p. 7. On constatera que ce titre, dû à l’éditeur moderne, est un peu en porte-à-faux par rapport l’usage du lexique du XVIIe siècle, qui ne connaît nullement l’usage du mot bouddhiste.

 

dvaravati-roue-loiQu’aurions-nous donc fait à leur place et en ce temps-là, et bardés de cette incontournable certitude ? De ce point de vue, il ne semble pas y avoir de grandes différences entre les textes rédigés par des laïcs et ceux écrits par des religieux missionnaires. On ne peut décemment exiger de ressortissants d’une civilisation entrant en contact subit avec une autre civilisation de tout comprendre d’un seul coup, et surtout pas en cette matière subtile de la religion. C’est donc moins le bouddhisme lui-même que nous auront révélé ces textes, que la mentalité de ceux qui, le regardant, tantôt avec sympathie, tantôt avec arrogance, toujours à certaine distance, le considèrent inévitablement à même la configuration culturelle et mentale de leur propre univers.

 

L’anonyme du Voyage des ambassadeurs de Siam en France, (que nous n’aurions pas dû aborder), tout affairé qu’il est à décrire par le détail les mille splendeurs de la France et de son Monarque, que les ambassadeurs siamois sont censés être occupés à contempler et vénérer, ne fait pas même la plus petite allusion à la religion de ses hôtes. Mais il profère, au passage, dès son introduction, une vérité si belle et si peu commune en ce siècle - il faut bien le dire : un peu zélé - qu’elle mérite tout de même d’être rapportée ici et de nous conduire à la conclusion :

 

« La couleur noire, brune, ou blanche

ne fait rien au coeur de l’homme ;

et si l’on en pouvait tirer quelque conséquence,

elle devrait être à l’avantage

de ceux qui sont plus près du soleil. » (p.2)

 

C’est peu dire ! Car il nous manquera toujours l’équivalent siamois… Quelle instruction c’eût été pour les Occidentaux de lire les descriptions hypothétiques et virtuelles que les ambassadeurs du Siam en France eussent pu faire à leur tour du christianisme, de ses grimoires et de ses talapoins. Peut-être y avait-il même quelque chose d’approchant dans les archives si malheureusement détruites d’Ayuthaya ?

 

Jean Marcel

Kroungthep Mahanakhon, Mai-juillet 2546

 

 



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