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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 juin 2020 1 08 /06 /juin /2020 22:12

 

 

Didier Treutenaere est diplômé en philosophie de l'Université Paris-Sorbonne. Eminent spécialiste de textes bouddhistes en langue pali, il vit en Thaïlande où il poursuit ses travaux d'écriture et de traduction d'ouvrages consacrés à la tradition Theravada.

 

 

Dans une série d’articles érudits d’une série « pour en finir... » – nous y reviendrons- il s’est étonné sinon irrité de l’utilisation d’une terminologie souvent abusive concernant cette branche du bouddhisme. Tel est le cas du mot « bonze » utilisé selon lui à mauvaise escient pour désigner les moines en robe safran qui occupent nos temples (1).

 

 

Qu’en est-il?

 

 

Le mot n’est pas d’origine ni siamoise ni pali ni sanskrite mais japonaise « bonzo » et a été utilisé initialement par les missionnaires ayant évangélisé ou tenté d’évangéliser le Japon et la Chine. Initialement donc, et en bon français, il concerne le Japon:

 

 

Pour les Encyclopédistes, ils sont les «Philosophes et ministres de la religion chez les Japonais» (2). Les mêmes dont l’érudition ne peut être mise en doute nous parlent des talapoins: « TALAPOINS, ou TALEPOIS, c'est le nom que les Siamois & les habitants des royaumes de Laos et de Pégu donnent à leurs prêtres»  (3).

 

Larousse en 1857 nous dit «prêtres ou moines de la religion de Bouddha  en Chine et au Japon» (4). Les talapoins sont de Siam (5)

 

Littré en 1873 les définit comme «prêtres chinois ou japonais de la religion bouddhiste» (6). Pour les talapoins, c’est «le nom donné aux prêtres bouddhistes au Siam par les Européens» (7).

 

Pour Becherelle  en 1880 – source inépuisable quand on veut connaître le bon français - ce sont des «prêtres chinois ou japonais» mais il définit de façon erronée les talapoins comme «des prêtres idolâtres de certaines parties de l’Inde. Ce sont des espèces de moines mendiants» (8).

 

Si les «bonzes» de l’Académie française généralisent actuellement le terme, ce que dénonce à juste titre Didier Treutenaere, dans leur édition de 1835 ils définissent les bonzes comme des «Prêtres chinois ou japonais» et les talapoins comme les « prêtres bouddhistes dans le Siam » (9).

 

 

Sautons un siècle. Cette origine japonaise nous est confirmée, comme nous le rappelle Didier Treutenaere, dans le «dictionnaire du bouddhisme» en 1999. « Le nom de bonze est d’origine japonaise (bonzo). Il désigne avant tout les religieux bouddhistes de certaines pays d’extrême orient: Chine, Japon, Vietnam... quoique l’usage du terme tende à se généraliser en Occident ou on l’applique  notamment aux communautés bouddhistes de Ceylan, de Birmanie, de Thaïlande et du Cambodge» (10).

 

 

Parler de bonze en parlant des moines du bouddhisme thaï est incontestablement un abus de langage.

 

Comment donc les appeler ?

 

Sont-ils des talapoins ?

 

Le mot a été utilisé d’abondance par les premiers voyageurs français des ambassades de Louis XIV. Il provient du terme siamois de talapat (ตาลปต้ร) qui est l’éventail en feuilles de palmier ou de latanier utilisé par les moines lors des cérémonies pour se couvrir le visage, devenu talapao pour les Portugais et talapoin pour les Français. C’est l’étymologie que donne Littré (7). S’il sert à se voiler du soleil, son utilisation est lourde de symbole puisqu’il signifie que ce qui est derrière lui n’est pas un homme mais la sainte doctrine.

 

 

Didier Treutenaere nous explique les raisons pour lesquelles il est tombé en désuétude. Il a d’ailleurs selon celui qui l’utilise une connotation tout à fait négative puisqu’en argot de l’école polytechnique et de l’école normale supérieure, abrégé en «tala», il désigne l’étudiant catholique qui respecte les commandements de l’église.

 

 

Comment les appelle-t-on en Thaïlande?

 

Ils sont des bhikkhu, terme venu du pali parfois écrit bhiksu,  devenu en thaï : ภิกษุ soit phiksu en suivant la transcription orthodoxe mais la transcription bhikkhu est la plus répandue.

 

 

 

Les religieuses sont des phiksuni (ภิกษุณี), des maechi (แม่ชี) ou plus volontiers des chi (ชี)

 

 

... et les "bonzillons" ou novices sont des nen (เณร). Ne revenons pas sur les origines pali ou sanskrite de ces vocables, Didier Treutenaere nous les détaille du poids de son érudition (11).

 

 

Ce terme de phiksu ou bhikkhu est du langage choisi et soutenu. Il semble que dans le quotidien, les Thaïlandais du peuple utilisent plus volontiers celui de phra (พระ). Phra est un mot fourre-tout, souvent préfixe qui indique la grandeur ou la sainteté. Pris ut singuli, il désigne tout aussi bien un moine qu’une représentation de Bouddha. Il en est probablement ainsi en Isan et au Laos. La traduction du mot «bonze» donne celui de phra et non de phiksu ou bhikkhu dans le dictionnaire fondamental de la langue lao, celui de Monseigneur Cuaz. Lunet de la Jonquères dans son dictionnaire français-siamois donne pour le mot «bonze» et celui de «talapoin» la traduction phra (พระ). L’un et l’autre ne sont pas des érudits spécialistes de sanskrit et de pali mais des hommes de terrain dont la connaissance de la langue est celle de la langue parlée (12).

 

 

Le premier dictionnaire significatif anglais-siamois de Mac Farland donne également la traduction phra (13).

 

 

Que pensez de tout cela?

 

 «Je vis de bonne soupe et non de beau langage  – Vaugelas n’apprend pas à bien faire un potage » s’écrit Chrysale dans « Les femmes savantes » (14).  C’est une évidence mais pour penser correctement, il faut utiliser les bons mots. Notre langue est assez riche pour nous permettre d’éliminer, lorsque nous parlerons de religieux du bouddhisme théravada, le terme de « bonze »

 

Pourquoi ne pas parler tout simplement de «moines» ou de «prêtres», de «nonnes» ou de «religieuses» et de «novices»?

 

« C'est sérieux, les mots qu'on emploie. Il faut chercher le mot juste afin d'être bien sûr de penser selon une vérité profonde. Les mots aident à la découvrir ». (Marguerite Beaudry).

 

 

NOTES

 

(1) «Pour en finir avec le mot « bonze » - Étymologie, définitions et utilisation raisonnée du mot « bonze » »

https://www.academia.edu/35804594/Pour_en_finir_avec_le_mot_bonze_-_%C3%89tymologie_d%C3%A9finitions_et_utilisation_raisonn%C3%A9e_du_mot_bonze_

 

(2) « Encyclopédie » tome II - BE-CEZ

 

 

(3) « Encyclopédie » tome XXXXII – SUG – TENACITE

 

 

(4) « Grand Larousse du XIX  siècle », tome II.

 

(5) « Grand Larousse du XIX  siècle », tome XIV.

 

 

(6) « Dictionnaire de la langue française » tome I.

 

(7) « Dictionnaire de la langue française » tome IV.

 

(8) « Dictionnaire classique de la langue française ».

 

 

 

(9) « Institut de France- dictionnaire de l’Académie française » 6e édition, 1835.

 

 

(10) « Dictionnaire du bouddhisme – Encyclopedia universalis chez Albin Michel

 

(11)  Le « Pali-english dictionary » de W. Rhys Davids donne les deux orthographes bhikkhu et bhiksu qu’il définit comme un « moine ou un prêtre bouddhiste ».


 

 

(12) Pour Monseigneur Cuaz dans son « Lexique français-laocien » de 1904, il est pha (พะ), le « r » est souvent avalé.

 

 

Le « dictionnaire français-siamois » de Lunet de la Joinquères est de la même année.

 

 

13) « An english siamese dictionary » Bangkok, 1903.

 

 

(14) Acte II scène VII.

 

 

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8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 22:08

 

Cet  article reprend un  article publié en octobre 2017  en le rafraichissant à la suite du mariage et du couronnement du roi Rama X.

 

La vie des grands de ce monde fait rêver dans les chaumières (1). Il en est évidemment de même de l’étendue de leurs fortunes que l’on sait souvent, sans autres précisions, être colossale. Le roi de Thaïlande n’a pas échappé à cette curiosité dont le magazine Forbes a fait sa spécialité. Il évaluait sa fortune « aux environs » de 2 milliards de dollars en 1997 (67 milliards de bahts) puis à 5 en 2007 (167 milliards de bahts) en se fondant sur on ne sait trop quelles éléments puisqu’il plane une certaine opacité sur laquelle nous reviendrons. Mais il va lancer en 2015 une bombe en plaçant le monarque en tête des fortunes mondiales avec le chiffre de 35 milliards de dollars, environ 1.200 milliards de bahts ….

 

 

Une bombe qui va se révéler n’être qu’un pétard mouillé puisque la confusion est faite entre les richesses personnelles du monarque et celles du BPC « Bureau des propriétés de la couronne » (Crown property bureau - สำนักงาน ทรัพย์สินส่วนระมหาษัตริย์ - Samnakngan Sapsinsuanphra Mahakasat).

 

 

Incompétence notoire (2), malveillance (3) ou les deux à la fois, tout est possible. Si le droit de propriété en Thaïlande est – mutatis mutandis – comme en France «  le droit de jouir et de disposer des choses de la manière absolue » (article 544 du code civil), tel n’est évidemment pas le cas des rapports que le roi entretien avec le BPC. La magasine fait référence aux recherches d’un universitaire thaï, professeur d’économie à Sukhothai, Porphant Ouyyanont, ultérieurement publiée en 2016 (4). Or, celui-ci n’a jamais confondu la fortune personnelle du roi avec le patrimoine du BPC comme le démontre le titre de son article !

 

 

Point d’ailleurs n’était besoin de rechercher des références fantaisistes puisqu’une première étude - étayée de multiples références justificatives - précédant de plusieurs années les « investigations » de Forbes (2012), émane d’un universitaire thaïe, où nous avons trouvé tout que ce Forbes prétendit avoir trouvé en 2015 (5). L’un s’est intéressé au rôle du BPC dans la politique économique, l’autre dans la préservation de l’héritage culturel. Notons enfin que le Bureau publie régulièrement sur son site Internet depuis 2010 ses rapports d’activité ; il est donc  accessible à tous. S’il subsiste des « zones d’ombre » c’est tout simplement parce qu’une partie du site est en cours de construction. Il n’est que partiellement bilingue mais on peut souhaiter qu’un véritable journaliste d’investigation puisse comprendre la partie non traduite (6).

 

 

Le « Bureau des propriétés de la couronne »  (BPC)  et son histoire.

 

Les actifs immobiliers.

 

Le Bureau est l'un des propriétaires fonciers les plus importants du pays. Il gère 37.000 contrats de location dont 17.000 à Bangkok, sur une superficie totale de 41.000 rai (6.560 hectares selon le rapport d’activité 2014) dans treize provinces (1.408 hectares à Bangkok et 4.800 en provinces quelques années auparavant). Les propriétés effectivement rentables ne représentent que 7% du total, 93% restants sont loués à zéro % ou à des taux minima, 33 % à des organismes officiels, 2 % à des organismes caritatifs à but non lucratif et 58 % à des « petits locataires ». Malgré ce il a bénéficié de revenus locatifs de 2,5 milliards de bahts en 2010 et 2,7 milliards de bahts en 2011 (rapports d’activité 2011 et 2012). Ses propriétés sont essentiellement situées dans les quartiers centraux de la capitale (1.343 hectares avec évidemment des variations en fonction des transactions) où les valeurs foncières sont élevées.

 

Actuellement le Bureau classe ses propriétés en trois groupes : les palais et résidences, les boutiques et bâtiments commerciaux et les  bâtiments commerciaux.

 

Dans la catégorie des palais et résidences, il existe 24 sites, tous anciennes résidences princières tels le Ladawan Palace, siège du Bureau, le Palais Maliwan devenu bureau de l'ONU-FAO)

 

 

et le Parusakawan Palace (actuellement le National Intelligence Office).

 

 

La plupart a été transformée en vue de nouvelles utilisations, bureaux gouvernementaux, écoles ou associations.

 

 

Dans la catégorie des immeubles de bureaux, nous trouvons l'ancienne salle provinciale du Monthon Prachin, maintenant dans la province de Chachoengsao, l'ancien siège de la Metropolitan Water Works Authority à Bangkok et le phare Bang Pa-in dans la province d'Ayutthaya.

 

 

 

Dans la catégorie des bâtiments commerciaux, il y a quinze sites qui représentent un total de 1.960 unités. Beaucoup sont situés dans l'île de Rattanakosin ou dans d'autres parties du Bangkok historique telles que Na Phralan, Tha Chang, Tha Thian, Praeng Phuthon et Praeng Nara.

 

 

 

Ainsi aux termes de la loi de 1936, un certain nombre de biens ont été transférés au Bureau qui a acquis des propriétés supplémentaires en particulier pendant les deux premières décennies suivant la réforme de 1932. Parmi ses multiples propriétés de nombreux bâtiments construits depuis le règne du roi Rama IV ont une valeur historique et architecturale inestimable.

 

YongtAnit Pimonsathean donne une liste détaillée des Palais, immeubles ou bâtiments locatifs à usage commercial assortie de nombreuses photographies (5).

 

Madame Susan J. Cunningham la spécialiste des perroquets (2) .....

 

 

ne craint pas d’affirmer « que personne à l'extérieur du bureau ne sache exactement où se trouve ce domaine immobilier » … tout en donnant des précisions sur les quartiers de Bangkok où ils se situent. Comment oser parler d’opacité ?

 

Au demeurant, il existe dans le pays un « Land office » (กรม ที่ดิน - Krom  Thidin), l'organisme gouvernemental responsable de la délivrance des titres de propriété foncière, de l'enregistrement des transactions immobilières, équivalent de notre Conservation des hypothèques et service du cadastre. La consultation est libre et de véritables journalistes d’investigation se seraient penchés sur son étude même si cela représente un travail de bénédictin, l’épluchage de plusieurs milliers de fiches. Non seulement y sont enregistrés les titres de propriété mais également les baux autres qu’à très court terme (moins de trois ans) or le Bureau consent de façon systématique des baux de 3 ou de 30 ans. Ces recherches pourraient bien sûr ne pas se limiter à Bangkok mais dans toutes les provinces où le Bureau possède des propriétés terriennes (Khorat, Nakhon Pathom, Chachoengsao, Ayutthaya, Nakhon Sawan, Lampang, Petchaburi et Songkhla)

 

 

Les revenus mobiliers

 

Il bénéficie aussi des dividendes de trois sociétés de premier plan, 21,47 % de la Siam Commercial Bank pour une valeur estimée de 1,1 milliards de dollars,

 

 

 

30,76 % de The Siam Cement Group (énorme conglomérat fondé par Rama VI) pour une valeur estimée de 1,9 milliards de dollars et 98,54 %

 

 

de The Deves Insurance, l’une des plus importantes compagnies d’assurances du pays pour une valeur estimée de 600 millions de dollars.

 

 

Le total des dividendes perçus en 2010 a été de 200 millions de dollars (environ 6 milliards de bahts). Ces revenus sont évidemment sinusoïdaux en fonction de la loi du marché. Lors de la crise de 1997, ils ont été nuls et le Bureau a dû se séparer de quelques actifs immobiliers pour ne pas se trouver en difficultés. Ce sont des sociétés commerciales qui publient leurs bilans, et ils sont donc disponibles sur Internet, et donc loin de l’opacité déclarée par certains.

 

 

Le fonctionnement

 

Les racines du Bureau remontent au règne du roi Rama V. Sous la monarchie absolue, toutes les terres appartenaient au roi et étaient sous la responsabilité de Phra Khlang Maha Sombat (Trésor national) et Phra Klang Khang Thi (Trésor privé). Rama V sépara ses propriétés privées des propriétés du pays. Ces réformes se situèrent dans le cadre de sa politique de réformes administratives et lui évitèrent d’anciens conflits avec le Trésor qui hésitait à alimenter sa cassette personnelle. Les recettes fiscales et les revenus du domaine public furent placés sous le contrôle du Trésor national et les propriétés privées du Roi provenant d’héritages ou de ses propres activités dans des entreprises immobilières et financières, furent placées sous la responsabilité du Trésor privé, une unité dépendant du Trésor national.

 

 

Lors de la révolution de 1932 ce système conduisit à séparer les propriétés en trois types : les propriétés publiques, c'est-à-dire celles utilisées dans l'intérêt public, les propriétés privées du roi, c'est-à-dire celles qui lui appartenaient avant de monter sur le trône, et les « propriétés de la couronne », c'est-à-dire celles acquises par tout moyen par le roi pendant son règne. Cette règle a été promulguée en 1936 dans la Loi sur la propriété de la Couronne, et les propriétés de la Couronne devinrent gérées dans le cadre d'une organisation nouvellement créée, le Bureau des propriétés de la Couronne. Le Bureau est devenu une personne juridique en 1948 supervisée par son propre comité exécutif. Il n’a pas le statut d'organisme public et échappe aux règles et procédures de la bureaucratie gouvernementale. Un Conseil des biens de la Couronne a été créé, présidé d'office par le ministre des Finances et composé de quatre administrateurs nommés par le roi qui par ailleurs nomme l'un des membres du conseil d'administration comme directeur général du Bureau. Le Conseil des biens de la Couronne est responsable de la surveillance générale des activités du Bureau.

 

 

Le gouvernement a gardé le contrôle du bureau lorsque la famille royale était en exil, mais après tout une série de coups d’État, le sort de la monarchie s’est renforcé et la loi de 1948 a remis le contrôle du bureau à la couronne. La loi précise que l'utilisation de l'actif et des revenus du bureau « dépendent totalement de la décision royale » et que le gouvernement ne peut les saisir ou les transférer ou les taxer. Le bureau n'émet pas de rapport annuel, sauf au roi.

Cette situation est singulière dans laquelle des actifs appartenant de façon incontestable au roi et à sa famille ont été purement et simplement expropriés, sans indemnités en 1932, mais transférés à un organisme sur lequel le roi a la maitrise notamment en ce qui concerne les revenus, rendant difficile de la qualifier dans un cadre juridique qui nous est propre autrement que par celui d’une espèce d’usufruit.

 

 

A cette heure, le Bureau s’est consacré à des opérations d’intérêt général. Yongtanit Pimonsathean nous expose de façon magistrale ses réalisations en matière de conservation  du patrimoine architectural de Bangkok (5). Porphant Ouyyanont se penche sur son rôle dans les mécanismes économiques.

Nous avons dans les 7 ans de rapports d’activité disponibles (6) un inventaire de ses interventions. L’année 2015 en particulier a été féconde en rénovation de bâtiments historiques et en opérations destinées à sauver les forêts.

Ne citons que des exemples ponctuels : En juin 2016, le Bureau a doté la section médicale de l’Université de Khonkaen d’un scanner (coût ? Un nombre a six chiffres en euros probablement). Il y a quelques semaines, le nouveau roi Rama X a fait via le Bureau un don de 100 millions de bahts à un hôpital de Bangkok, toute la presse en a évidemment parlé.

 

 

Lors des inondations d’août 2017 catastrophiques dans le nord-est, il fut distribué des milliers de caisses de secours (médicaments de première nécessité, eau et nourriture). Nombre de ces réalisations se retrouvent la page Facebook du Bureau. (book https://www.facebook.com/pagecpb/)

 

Les dépenses de personnel représentent 14,20% du budget 2015 (rapport 2016), étant précisé que le Bureau emploie plus de 1.000 personnes dont la plupart (au moins 90 %)  se consacre à la gestion du parc immobilier.

 

Soulignons enfin que les dépenses de la « liste civile » destinée à financer les interventions de tous les membres de la famille royale sont prélevées sur les recettes du Bureau et se seraient élevées pour l’année 2015 à la somme de 170 millions de dollars, avec donc  le mérite de ne pas être financée par le contribuable. C’est toutefois un domaine sur lequel plane une certaine discrétion puisque, si nous connaissons le détail de activités du Bureau, celui-ci ne dévoile sauf au Roi ni le détail de ses comptes ni ses bilans ni sa comptabilité (7). Si cette somme est exacte (dont nous n’avons pas pu vérifier la réalité autrement que sur un site Internet dépourvu de sérieux qui l’avance sans le moindre élément justificatif), elle comprendrait une bonne part des revenus du Bureau, mais il faut tout de même noter qu’au niveau de sa rémunération, la famille royale n’est ni mieux ni plus mal lotie que d’autres dans le monde des têtes couronnées (8). L’ignorance peut engendrer la suspicion, certes mais lorsque Forbes a publié ses fallacieuses conclusions, la presse française et notamment la presse francophone locale s’en est emparée avec avidité en poussant des cris de vertu outragée en oubliant soigneusement de balayer devant leur porte (9).

 

 

Si ces opérations ne sont pas directement financées sur les économies du roi, elles le sont à tout le moins sur les revenus de biens qui appartenaient à sa famille. Il y a donc une certitude, c’est que la fortune du Monarque, que ce soit celle de feu Rama IX ou celle de son successeur, ne peut pas et ne doit pas être confondue avec les actifs du Bureau des propriétés de la couronne. L’attitude de Forbes relève, avons-nous dit, d’une totale incompétence assortie d’une probable incommensurable mauvaise foi.

 

Effectuant cette constatation d’évidence, nous n’en déduisons pas que la famille royale est pauvre ! La question est simple, Forbes s’est contenté d’utiliser avec une incontestable mauvaise foi des éléments qui étaient depuis longtemps dans le domaine public en prétendant avoir découvert des éléments cachés.

 

 

En ce qui concerne la fortune personnelle de feu le roi Rama IX et celle de son fils actuellement régnant, le silence est total.

 

Le défunt roi était incontestablement riche, riche en propriétés foncières, venues de famille mais aussi des nombreux legs qui lui « consentent » nombre de ses sujets. Il a hérité de son père et de ses oncles qui avaient des avoirs importants notamment en Suisse et en Angleterre. Pour autant que cela présente un intérêt quelconque, aucune investigation n’a été effectuée par notre magazine. Son fils actuellement régnant est également riche, nul ne sait (encore) de combien. On reste, comme toutes les évaluations de Forbes, dans le domaine des évaluations pures et simples. Madame Susan J. Cunningham se complaît à souligner que le prince alors héritier et aujourd’hui roi dont tout le monde sait qu’il résidait volontiers en Bavière, y aurait acquis une villa de 10 millions d’euros… La belle affaire, c’est la valeur d’un bungalow à Los Angeles ou d’une très belle propriété au Cap Bénat (10). Il aurait également acquis directement ou par l’intermédiaire d’une holding un hôtel luxueux de Munich où il aurait eu ses habitudes… Vérifications faciles à condition de s’en donner la peine, il y a en Allemagne un « livre foncier » (Grundbuch) dont l’accès est public. S’il a hérité de son père des avoirs en Suisse, même observation !

 

 

Toutes les estimations de Forbes sur les fortunes royales sont incertaines sinon fantaisistes tant pour l’incertitude qui plane sur l’étendue de leur patrimoine immobilier souvent organisé le plus régulièrement du monde par l’intermédiaire de holdings ou de sociétés écran que par celle de leurs avoirs financiers organisés de la même façon ? Comment évaluer leurs inestimables collections d’objets précieux, les automobiles anciennes, passion de feu le roi Rama IX,

 

 

la collection de bijoux de la reine mère

 

 

ou la collection de timbres-poste de la Reine d’Angleterre, probablement la plus belle du monde ?

 

 

Il plane le silence le plus pesant sur les profits certainement énormes que le Prince de Monaco tire en particulier des accords passés entre feu son père et Onassis (« Société des bains de mer » gérant en particulier le Casino de Monte-Carlo.)

 

 

Ils ne sont pas astreints comme les hommes politiques de nombreux pays dits « démocratiques » à effectuer des déclarations de patrimoine.

 

 

Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Un chef d’état riche sera probablement moins tenté de se vendre au premier financier venu (10). L'ignorance engendre la suspicion avons-nous dit, mais la curiosité excessive est souvent malsaine et peut également créer une ambiance nauséabonde. Contentons-nous dire que notre actuel souverain est très, très riche, extrêmement riche.

 

 

Un nouveau roi, une nouvelle donne

 

Le prince Maha Vajiralongkorn devenu roi à la suite du décès de son père est un personnage atypique dont la vie privée fut aux antipodes de celle de son père. Il fut marié plusieurs fois ce qui ici ne trouble  personne : Nul ne pense à se choquer que son arrière-grand-père le grand roi Chulalongkorn (Rama V) ait eu 77 enfants nés de 4 reines principales et quelques autres secondaires.

 

Le roi Chulalongkorn et quelques uns de ses fils :

 

 

Sur le plan personnel, quelques jours avant les fêtes fastueuses de son couronnement à Bangkok,  du 4 au 6 mai 2019,

 

 

il a régulièrement épousé la personne qui partageait sa vie depuis de longues années Suthida  Phatchara Suthaphimonlaksana (สุทิดา พัชรสุธาพิมลลักษณ).

 

 

Celle-ci est âgée de 40 ans et a reçu une éducation catholique dans le très élitiste collège de l’Assomption à Bangkok.

 

 

Le mariage lui confère un double privilège, celui d’être placée sous la protection de l’article 112 du code pénal sur le crime de lèse-majesté et le second qui aura une toute petite influence sur le quotidien des Thaïs : le prénom qu’elle porte, Suthida, prénom pittoresque puisqu’il signifie « jolie fille » est désormais protégé par la Loi du 15 novembre 1962 dont l’article 6 interdit qu’il soit désormais  (à compter du mariage évidemment, les Suthida en place ne sont pas concernées) attribué comme prénom à toute nouvelle-née.

Sur le plan de la fortune, une nouvelle loi est intervenue à son instigation au début de cette année 2017. Elle lui donnerait une plus grande autorité  dans la gestion du Bureau sous sa surveillance et « à la discrétion de Sa Majesté » ; ce qui était d’ailleurs déjà le cas. Si le roi a toujours le pouvoir exclusif de nommer un conseil d'administration, il a désormais celui de son président, poste précédemment occupé par le ministre des Finances.

 

 

Il a immédiatement nommé au poste de Président l’un de ses proches qui fut longtemps son secrétaire privé, l’Air Chief Marshal Satitpong Sukvimol qui avait par ailleurs été chargé de la gestion de son patrimoine privé. Les autres nominations au conseil d'administration concernent également ses proches. Il n’y a pas à priori à s’étonner qu’il mette ses proches en place dans un des très rares domaines ou la législation lui donne quelque latitude alors qu’il est dépourvu constitutionnellement du moindre pouvoir. Notre propos n’est pas de faire de la philosophie du droit mais de préciser qu’une loi n’est pas systématiquement bonne ou mauvaise en soi mais le devient en fonction de l’application qui en est faite. L’avenir seul nous dira si le BPC continue comme par le passé ses efforts pour le bien commun et pour le bénéfice du peuple thaï.

Il est enfin un élément qui mérite d’être souligné : Dans ce pays où plane systématiquement  l’ombre de la corruption, nous n’avons pas trouvé un mot, une ligne, sur des actes répréhensibles qui seraient tombés du siège du BPC.

 

 

Nous pouvons donc en déduire que  le Bureau est propriétaire d’un patrimoine « considérable », et qu’il n’est pas la propriété du Roi qui n’en gère que les revenus. Il est donc difficile de raisonner autrement qu’en revenus et non en capital. Sans gloser sur des chiffres et en évitant de tenir des propos du niveau des conversations de comptoir, relevons simplement que le Bureau gère un patrimoine dont les revenus ont été (approximativement) de : Pour les Revenus immobiliers : 2,7 milliards de bahts, pour les  Revenus mobiliers : 6 milliards de bahts. Arrondissons les revenus à 10 milliards de baht, soit sauf erreur à environ 335 millions de dollars. Si l’on peut parait-il espérer un rendement de 10 % pour les placements effectués en Thaïlande – c’est du moins ce que prétendent  tort ou à raison toutes les agences et officines qui proposent des plans d’investissements - cela correspondrait à un capital de 3,35 milliards de dollars ? Les exonérations fiscales dont bénéficient les biens de la couronne nous permettent de monter ce chiffre à 15 % ce qui conduirait à un chiffre de l’ordre de 4 milliards de dollars proche des estimations initiales de Forbes.

 

Estimer les immeubles à la seule valeur du marché pour des immeubles similaires ne tient pas compte d’un paramètre pourtant essentiel, leur valeur est partiellement gelée par les baux à long ou très long terme qui les grèvent notamment lorsqu’il s’agit de loyers symboliques payés par les administrations, les organismes officiels ou caritatifs.

 

Concluons en affirmant que si le Roi et sa famille sont extrêmement riches, ils ne méritent pas d’avoir le premier prix à la distribution de Forbes.

NOTES

 

Nos comparatifs dollar-euro-baht sont effectués sur le taux de change en août 2017.

 

(1) « Point de vue » qui se qualifie de « Journal des princes d’aujourd’hui » tire à environ 200.000 exemplaires, autant sinon plus que « Le Monde » qui passe à tort ou à raison pour être le plus sérieux de nos quotidiens, et « Voici » à au moins 300.000.

 

 

(2) Un article à l’origine des conclusions de Forbes en février 2015 (« The Crowning Fortune »émane d’une dame Susan J. Cunningham professeur de biologie animale à l’Université sud-africaine du Cap, apparemment spécialiste dans l’étude des perroquets.

 

(3) Forbes est proche de l'ancien président Bush et président d’honneur de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA), une organisation créée par Ronald Reagan dans les années 1980, et dirigée par les descendants de l’oligarchie cubaine prérévolutionnaire. Ceci explique qu’il a accusé feu Fidel Castro d’avoir une fortune de 900 millions de dollars en 2006 et de détenir des comptes en Suisse, ce qui s’est révélé parfaitement faux. Pour des raisons restées à ce jour mystérieuses, les fortunes de quelques personnalités, comme celle de la reine d'Angleterre, ne sont pas prises en compte.

 

(4) Journal of contempory Asiam 2016 volume 4 n° 3 « Crown property in Thailand and is role in political economy ».

 

(5) « The Crown Property Bureau and Heritage Conservation » in Journal de la Siam society, volume C de 2012. YongtAnit Pimonsathean enseigne l'urbanisme et la conservation du patrimoine à la section d'architecture et de planification de l’Université Thammasat. Il détient un diplôme de docteur en génie urbain de l'université de Tokyo. Il est actuellement président de l’ONG ICOMOS en Thaïlande (International council on monuments and sites) et Conseiller du Bureau des propriétés de la Couronne.

 

(6) http://www.crownproperty.or.th et pour les rapports d’activité de 2010 à 2016 : http://www.crownproperty.or.th/en/Top-stories/Annual-report

 

(7) Un exemple parmi d’autres, l’hôtel Dusit Thani, de renommée mondiale,  situé à l'intersection de Silom Road et de Rama 4 et construit sur un terrain appartenant au BPC. La presse nous a appris en début d’année 2017 que le bail d’origine avait été prolongé de 30 ans avec droit de prolongation de 30 sous engagement de la Dusit Thani Public Company Limited d’étendre l’ensemble hôtelier par la construction de résidences, surfaces de vente et bureaux, avec un grand espace vert. Le prix n’apparaît pas, que les curieux aillent donc consulter le bail au Land office !

 

 

(8) Ce ne sont pas à ce stade les pays les plus riches qui rémunèrent le mieux leurs familles royales : 35 millions d’euros pour la Belgique, 9 seulement pour les Espagnols, 12 pour la Suède, 110 pour la Hollande et 55 millions pour les Anglais. C’est tout de même le roi du Maroc qui vient en tête avec 230 millions qui s’ajoutent au fait qu’il a littéralement transformé son pays en société à responsabilité limitée dont il détient la majeure partie des actions.

 

(9) Il existait en France des « fonds secrets » dont seul le montant était connu pour qui avait le courage de détailler le budget. Supprimés à la suite de divers scandales puisqu’ils servaient en particulier à remplir les poches de certains ministres, ils ont été remplacés par les « fonds spéciaux », dont seul le nom a changé, et ils ne sont soumis à strictement aucun contrôle autre que le bon plaisir du Président. Le montant pour 2016 fut de 47 millions d’euros, presque le budget de la Reine d’Angleterre. Il n’y a guère que le « Journal officiel » où l’on trouvait le chiffre en cherchant bien. Peut-être le « Canard enchaîné » - qui est avec le « Journal officiel » l’un de nos rares périodiques sérieux - se consacrera-t-il un jour à cette curiosité.

 

 

(10) Le manoir de l’histrion défunt Michael Jackson s’est vendu 28 millions de dollars.

 

(11) C’est en partie parce qu’elle estimait sa dotation insuffisante pour son rang et espérait un petit geste des Cortès qu’une Infante d’Espagne a plongé dans une sombre affaire de corruption.

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 22:54

 

 

4 - ÉCONOMIE.

 

 

4 – III - « LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EST CULTURELLE. »

 

 

La corruption en Thaïlande remonterait pour Mlle Mérieau sous l'ancien régime de la Sakdina, qu'elle  définit comme un régime dans lequel les relations de clientélisme étaient la base d'une organisation sociale très hiérarchisée au somment duquel se trouvait le roi.

 

Le système de la sakdina est en fait plus complexe puisqu'il régulait le système foncier, la  hiérarchie qui attribuait un rang, un grade donnant droit à une surface donnée et un nombre de paysans (Phraï ou hommes libres et That ou esclaves) correspondant ; Elle régulait également  la politique en s’attachant les guerriers valeureux, méritants ou en « punissant » les hommes ayant failli ou « dangereux » …La sakdina était aussi un des moyens qui permettait au chef du mueang d’assurer son pouvoir en gérant : son territoire (son foncier), son « pouvoir économique », « ses subordonnées », de répondre aux « exigences» impôts et corvées) du mueang supérieur. Elle constituait l’un des moyens d’organisation et d’exercice du pouvoir, avec les mariages, les alliances, les « vassalisations » et les guerres … (In Notre article « La sakdina, le système féodal du Siam ? » (1)

 

 

Plus loin, Mlle Mérieau nous dit que ce système clientéliste a perduré après la mise en place d’une administration moderne sous le roi Chulalongkorn à la fin du XIXe siècle, car le salaire des fonctionnaires était trop bas, et a continué jusqu'à nos jours, sachant « qu'il est impossible de survivre sans recours aux pots-de-vin,  dans un système social dépourvu de filet de sécurité ». (Cf. Notre article sur la situation des vieux paysans. (2))

 

 

Mais il y a corruption et corruption.

 

 

La corruption définit par le code pénal français (3) ne suffit pas pour comprendre certaines formes de corruption qui ont cours en Thaïlande. En effet, « En langue thaïe, nous dit Mlle Mérieau, il existe plusieurs mots pour se référer à la corruption.

 

Les plus graves sont korraption -du mot anglais « corruption » - et tucharit qui implique une volonté d'enrichissement personnel. En dehors de ces deux crimes, une multitude de termes désignent des pratiques de pots-de-vin qui peuvent dans certains cas êtres tolérées, comme sin bon « cadeau pour requête » ; sin nam jai « cadeau pour générosité » ; kha nam ron nam cha « prix de l'eau chaude et du thé » ; ou encore ngen tai to « argent sous la table , qui tendent à indiquer une pratique »culturelle » des pots de vin pour « fluidifier » le travail de l'administration. » (Mlle Mérieau aurait pu donner quelques exemples spécifiques.)

 

 

 

Mais Il faut distinguer, ce qui relève de la prédation et ce qui relève  du « clientélisme », tant les pratiques sont multiples,  variées et  généralisées,  et gangrènent la politique et les institutions, le système juridique et le monde des affaires, et même certains temples du royaume, mais elles  sont difficiles à  mesurer.

 

« La corruption étant par définition un phénomène caché, il est, faute de données brutes disponibles, impossible de produire des statistiques objectives permettant de mesurer ses niveaux. Ainsi, dès 1995, Transparency International a imaginé se fonder sur des enquêtes d’opinion – et donc des perceptions – pour tenter d’évaluer les niveaux de corruption. Selon ces critères, en 2017, la Thaïlande se plaçait  à la 96e  place sur 180 pays.

 

 

Il n'est donc pas étonnant que Mlle Mérieau ne puisse la chiffrer, mais elle signale néanmoins que la face la plus visible de la corruption est celle de « la  police qui collecte des pots-de-vin auprès de tous ceux qui alimente l'économie informelle» (industrie du sexe, commerces des rues, mototaxis).

 

 

Elle n'oublie pas l'armée, qui au pouvoir « atteint des niveaux autrement significatifs » et rappelle qu'à partir des années 60, l'assistance massive des Etats-Unis a profité à nombre d'entre eux qui prélevaient env. 30% sur la construction des infrastructures et l'achat d'armement. (4). Elle nous donne une idée de l'ampleur de cette corruption, calculée par  l'économiste Pasuk Phongpaichit,  pour les gouvernements militaires de Sarit Thanarat (1959-1963) (0,14% du PIB) et de Thanom Kittikachorn (1963-1973) (0,05% du PIB).

 

 

Mais on pourrait prolonger la liste tant la politique est un des moyens en Thaïlande pour s'enrichir (Cf. (5)).  Et même les temples : « Le clientélisme et les affaires de pots-de-vin sont notoires dans les temples, mais personne n'en parle par crainte d'être persécuté», explique le vénérable Jerm Suvaco. (6)

 

(Cf. Aussi le mandat d’arrêt  émis le 18 mai 2016 à l’encontre de Phra Dhammachayo (พระธัมมชโย)

 

 

abbé du Wat Phra Dhammakaya (วัดพระธรรมกาย) et président de la fondation éminente et célèbre du même nom, accusé d’avoir accepté des fonds détournés pour un montant de 1,2 milliard de bahts par le président de la banque Klongchan Credit Union Cooperative, Supachai Srisupa-askor.) (7)

 

 

Mlle Mérieau rappelle également la pratique de l'achat de vote (Déjà traité en A 284.  « En Thaïlande, les élections n'ont aucune valeur à cause de l'achat des voix. ») et rappelle que la corruption est un enjeu majeur de la scène politique, et cela malgré toutes les Commissions nationales anti-corruption mises en place. Elle donne les exemples de l'ancienne première ministre Yingluck Shinawatra et du scandale en 2018 des « montres de Prawit Wongsuwan », membre du gouvernement militaire. (N°2 du régime et ministre de la Défense) (8)

 

 

Elle termine en estimant que les dictatures militaires sont plus corrompues que les gouvernements civils, et curieusement, que la dictature militaire et la corruption ne sont  pas « inhérentes » à la culture thaïlandaise, après avoir suggéré l'inverse au début de son article.

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) 48. La sakdina, le système féodal du Siam ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-48-la-sakdina-le-systeme-feodal-du-siam-110214155.html

 

Article écrit à partir de NGUYỄN THẾ ANH,  « La féodalité en Asie du Sud –Est » In Les féodalités, editors Jean-Pierre Poly, and Éric Bournazel (Paris: Presses Universitaires de France, 1998) et Olivier Ferrari et Narumon Hinshiranan Arunotai « Ancient Siamese Government and Administration. Londres, 1934, p. 49-50.

 

(2) A127. La situation des  vieux paysans de Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a127-la-situation-des-vieux-paysans-de-thailande-119880727.html

Il faut savoir qu' environ 60 % des travailleurs thaïlandais sont des travailleurs informels c’est-à dire non légalement déclarés (avec 93 % dans l’emploi agricole !); en sachant que « l’emploi informel en Thaïlande est historiquement associé à des rémunérations plus faibles, une  plus grande insécurité économique, l’exclusion des droits garantis par la législation du travail, ou leur faible application  dans les domaines de la sécurité au travail, de la santé et de la retraite ». (p. 328-330, Bruno Jetin). Un doux euphémisme !

 

 

(3) En France, le Code pénal distingue la corruption passive et active.  La corruption – entendue dans son sens strict – désigne le fait pour une personne investie d’une fonction déterminée (publique ou privée) de solliciter ou d’accepter un don ou un avantage quelconque en vue d’accomplir, ou de s’abstenir d’accomplir, un acte entrant dans le cadre de ses fonctions. On distingue la corruption active (fait de proposer le don ou l’avantage quelconque à la personne investie de la fonction déterminée) de la corruption passive (fait, pour la personne investie de la fonction déterminée, d’accepter le don ou l’avantage). Ces délits sont punis de 10 ans de prison et d’un million d’euros d’amende, dont le montant peut être porté au double du produit de l’infraction. Selon le mouvement Transparency International : « La corruption est « le détournement à des fins privés d’un pouvoir confié en délégation ». Pour le Petit Robert, la définition est encore plus simple : « La corruption est un moyen que l’on emploie pour faire agir quelqu’un contre son devoir, sa conscience ».

 

 

(4) A 225. L’aide américaine à la Thaïlande dans les années 1960-1970.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/225-l-aide-americaine-a-la-thailande-dans-les-annees-1960-1970.html

 

(5) A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

 

Lecture de l'article de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale »

 

Il nous révèle que le klum n’a rien à voir avec les « courants » existants dans nos partis politiques et représente « la véritable unité de base de la politique thaïlandaise ».

 

Le klum  a été créé par un leader (un général influent, le chef d’une riche famille, un potentat voire un parrain local …). Il a ses propres sources de financement, souvent un bulletin de liaison (ou un média pour les plus riches). Son objectif est d’obtenir un ou plusieurs postes ministériels (sources d’influence et d’enrichissement). Baffie donne des exemples.

 

(6) Directeur de recherche à l'université bouddhiste Maha Chulalongkorn et chef de file d'un groupe de bonzes réformistes. » In A41: La crise du bouddhisme en Thaïlande. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

 

(7) A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/a-217-le-temple-de-dhammakaya-pouvoirs-religieux-politique-et-de-l-argent.html

 

 

(8) « Le Petit Journal » nous apprend : « Une enquête sur la collection de montres de luxe du numéro deux de la junte thaïlandaise a été abandonnée jeudi (28/12/2018) suscitant la colère du public et des opposants au régime militaire.

 

L'agence anti-corruption thaïlandaise a estimé qu’il n'y avait "aucune raison" de mener une enquête sur la collection de montres de luxe de Prawit Wongsuwan qui avait fait scandale début 2018, enflammant les critiques dans une rare manifestation de dissidence à un moment où les Thaïlandais commençaient à se lasser de quatre ans de régime militaire. »

 

https://lepetitjournal.com/bangkok/les-rolex-du-general-ninteressent-pas-la-commission-anti-corruption-247085

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 22:04
A 289. «  IDÉES REÇUES SUR LA THAÏLANDE», SELON  Mlle EUGÉNIE MÉRIEAU. 6.

4 - ÉCONOMIE. (pp. 113-138)

 

 

Nous abordons donc la quatrième partie du livre de Mlle Eugénie Mérieau « Idées reçues sur la Thaïlande »  consacrée à  5 idées reçues sur l'économie, à savoir : 

 

 

« L'économie thaïlandaise repose sur le dynamisme de ses Chinois d'Outre-mer. »,  « L'économie thaïlandaise dépend principalement du tourisme. », « Au sein du Triangle d'or, la Thaïlande est producteur majeur d'opium et d'héroïne. », « La corruption en Thaïlande est culturelle. », « La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. ».

 

 

 

 

4 – I - « L'ÉCONOMIE THAÏLANDAISE REPOSE SUR LE DYNAMISME DE  SES CHINOIS D'OUTRE-MER. » (pp. 113-116)

 

 

 

 

Mlle Eugénie Mérieau invente ici une « idée reçue »,  pour mieux exprimer l'idée  que les Chinois sont très bien intégrés dans la société thaïlandaise. Elle en donne les raisons (Fort taux d'intermariage entre Chinois et Thaïlandais ; même au sein de la famille royale ; Le roi Thaksin était d'origine sino-thaïe, Rama 1er avait épousé une fille d'un riche marchand chinois) et signale leur puissance économique. (Ils comptent 10 à 14 % de la population, 80% des entreprises siamoises sont tenues par des Chinois, « qu'en 2017, neuf des dix hommes les plus riches de Thaïlande sont d'origine sino-thaïe », que « toutes les banques commerciales sont possédées par des familles chinoises ».)

 

 

Mais on peut douter de l'intégration présumée  des Sino-thaïs, si l'on en juge d'après  l'article de Jean Baffie intitulé   « La « resinisation » des Chinois de Thaïlande » qui révèle  Le mythe de la thaïsation des Chinois de Thaïlande. 

 

 

 

 

« Dans les années 1980, dit-il, la tendance dominante était à la dénégation. Comme l’on pouvait nier l’existence de la prostitution en Thaïlande, puisqu’elle était illégale depuis 1960, il n’existait pas – ou plus – de « problème chinois » puisqu’ils étaient en majorité devenus thaïs. » Il va donner de nombreux exemples dans la littérature, la rue, les médias (la presse, la télévision), l’école, le quartier chinois de Yaowarat, les commémorations et non sans ironie, le retour des triades chinoises dans le crime organisé, qui montrent que les Chinois sont plus présents que jamais. Et ils le seront d’autant plus  qu’arrivent  massivement  les touristes chinois. (Cf. Note (1))

 

 

Toutefois, Mlle Mérieau  nous dit aussi que les Chinois ne furent pas toujours intégrés.  Après la récession économique du début de 1910, les Chinois « devinrent la cible de tous les ressentiments » ; avec le nationalisme thaï  montant, Rama VI les dénonça comme les « Juifs de l'Orient » ; Le nationalisme chinois de Sun Yat-Sen les encouragea à résister à l'assimilation avec la société thaïlandaise, à  établir leurs propres écoles, leurs propres journaux, et à se replier sur leur communauté. Ce qui entraîna une réplique du gouvernement siamois (Incitation forcée à prendre la nationalité siamoise, des noms siamois, fermeture des écoles, interdiction de certaines professions et autres discriminations). Elle ne  cite pas les mesures drastiques prises sous les gouvernements de Phibun Songkhram (16/12/1938-1/8/1944, 8/5/1948-16/9/1957)  contre les Chinois, ni celles d'autres gouvernements (Cf. Notes 1 et 2) ; ni qu’en septembre 1997, le premier ministre, le général Chavalit Yongchaiyudt, voulut rendre responsables de la crise économique les hommes d’affaires chinois du pays, désignés par le terme « dérogatoire » de มัน man. (In Baffie (1)). 

 

 

La langue thaïe  est – caractéristique d’une société verticale – d’une infinie richesse dans la multiplicité (plusieurs dizaines) des pronoms personnels destinée à répondre à toutes les situations mettant en présence des personnes de rang différent, du plus profond respect au plus total mépris. Celui-ci, tantôt « tu – lui – eux - il – elle – ils  ou elles » se situe au bas de l’échelle et soit signe de grande familiarité soit de mépris.

 

 

Stéphane Dovert, quant-à lui, dans son article  « La Thaïlande prête pour le monde » ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale», défend l'intégration des Chinois, mais curieusement donne des faits qui infirment cette conviction. Ne dit-il pas que si les Chinois étaient assimilés, entre 1918 et 1931, tout a basculé avec la forte immigration (Les Chinois passèrent d'un demi-million à 1,5  million), composée en majorité de célibataires et qui suivirent leur éducation dans les écoles chinoises, délaissant le thaï, gardant leur attachement à leur région d’origine, avec leur intérêt manifeste pour les événements chinois. Il rappelle la campagne de Rama VI (1910-1925), contre les Chinois sur le modèle antisémite européen,  refusant désormais de les anoblir et réglementant sévèrement leur accès à l’administration ; La politique discriminatoire de Phibun à leur égard dès 1938 ; Sa politique nationaliste qui reléguait les minorités en « non-thaïes » ou « moins thaïes » et qui marginalisait les élites indiennes et chinoises. Pendant la guerre du Vietnam, « les résidents chinois de Thaïlande étaient facilement soupçonnés d’espionnage ou de subversion », leurs associations à caractère politique interdites, leurs leaders arrêtés. D'ailleurs « les généraux conservateurs ont volontiers assimilé la subversion aux communautés minoritaires », laissant entendre que « tous les « non-Thaïs », Chinois, Vietnamiens ou Malais de Thaïlande étaient marxistes. » (Cf. Notre article (2)) Il y a là pour le moins, beaucoup de faits qui peuvent faire douter de leur « intégration ». D'ailleurs Dovert  leur reconnaît quand même une différence avec les autres Thaïlandais : celle d’avoir une « ouverture plus grande sur les réseaux asiatiques. » 

 

 

Arnaud Leveau dans son livre « Le Destin des fils du dragon », (3) cite Florence Delaune, « Entreprises familiales chinoises en Malaisie », qui montre combien la communauté chinoise « s’appuie sur « un système, devenu une tradition, transmise de génération en génération, et qui repose sur « un maillage d’entreprises familiales interconnectées», une culture des réseaux (activités mais aussi solidarité), un système avec un type d’éducation ( relayé avec des écoles privées), une morale (valeurs, croyances communes), un type de comportements individuels et collectifs, un système familial et communautaire (ethnie, langue et esprit commun). » D'ailleurs nous disons Chinois alors qu’ils se reconnaissent avant tout comme Teochiu, Hakka, Hainanais, ou Hokkien/ Thaïs. (In Notre article A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande. Lecture du livre de Arnaud Leveau, « Le Destin des fils du dragon », (3))

 

 

 

 

Bref vous aurez compris que nous ne partageons pas le point de vue de Mlle Eugénie Mérieau qui termine son article en affirmant que la minorité chinoise de Thaïlande reconnaît son héritage chinois mais ne se considère pas comme chinois en tant que tels. Certes. C'est ce qu'on appelle un Sino-thaï, à savoir plus Chinois que Thaï.

 

 

Ceci dit, l’affirmation de  l’importance chinoise ou plutôt des Chinois dans l’économie thaïe repose sur des chiffres qu’il est difficile d’analyser dans la mesure où les recensements actuels ne font plus référence à des critères ethniques et que les mariages mixtes ont été permanents. Nous avons consacré deux articles au premier recensement effectué à Bangkok en 1883 et au second sur une grande partie du pays en 1904  qui nous permettent  sans nier - de relativiser.

 

 

 4  - II -  « L'ÉCONOMIE THAÏLANDAISE DEPEND PRINCIPALEMENT DU TOURISME.» (pp. 117-121)

 

 

 

 

Nous n'allons pas ici commenter des données facilement accessibles, à savoir que le tourisme ne présente que 10% du PIB, pour 6% de la force de travail, voire 15 et 20 % respectivement, si l'on prend en compte les retombées indirectes, alors que ses exportations  atteignent environ 70%. (Par comparaison, il est en France d’un peu plus de 7% et un peu plus de 11 en Espagne.)

 

 

 

 

Ensuite Mlle Mérieau rappelle brièvement les principales étapes du développement de la Thaïlande : pays rural « sous-développé » jusqu'au décollage dans les années 50, stimulé par les exportations des produits agricoles ; développement des infrastructures et d'un marché national; inclusion dans le marché mondial. En 1985, les exportations industrielles devancent en volume les exportations agricoles avec pour conséquence un exode rural massif. De 1957 à 1997, croissance de 7,6% par an en moyenne, jusqu'à la crise de1997. Une croissance qui ne profite pas au secteur rural qui demeure traditionnel avec des agriculteurs qui s'endettent, et une majorité d'employés dans le secteur informel, sans protection sociale, ni assurance maladie, et ni retraite.

 

 

Mlle Mérieau n'analyse pas cette crise de 1997, et ne dit rien sur le développement de la Thaïlande après 1997. Elle termine sur un encadré d'une page (p.121) intitulé « L'esclavage est pratiqué sur les crevettiers et dans les plantations d'huile de palme ».

(Pour en savoir plus, Cf. nos articles (4))

 

 

4 – III - « AU SEIN DU TRIANGLE D'OR, LA THAÏLANDE EST PRODUCTEUR MAJEUR D'OPIUM ET D'HEROÏNE. » (pp. 123-126)

 

 

 

 

 

Nous n'avons pas là une « idée »reçue », car voilà plus de 20 ans, comme le rappelle d'ailleurs Mlle Mérieau que la Thaïlande n'est plus productrice d'opiacés. Mais il fallut pour cela mener bien des combats. Mlle Mérieau retrace sommairement les étapes les plus importantes : 1958, interdiction de la culture de l'opium à des fins commerciales, mise en place de projets royaux de cultures de substitution ; 1980-1990, l'armée détruit systématiquement toute plantation repérée ; la production chute spectaculairement au milieu des 1990, puis disparaît.  (Le record des pays producteurs de produits à base d’opium est actuellement détenu de très loin par l’Afghanistan.)

 

 

 

 

Pierre-Yves Le Meur, in « Les hautes terres du nord de la Thaïlande en transition. Développement, courtage et construction nationale  » nous apprend : « Après un siècle de monopole commercial à l'importation, l’État thaïlandais dans l'incapacité de satisfaire la demande domestique après la seconde guerre mondiale, autorise en 1947 la culture du pavot sur les hautes terres. Elle explose très rapidement, passant de moins de 10 t dans les années 1940-1950 à 145 t en 1967, malgré l'interdiction de la culture, du commerce et de la consommation d'opium édictées dans les années 1957-1959, pour retomber à 34,5 t en 1985 et moins de 30 t vers la fin des années 80. Jusqu'en 1985, date à laquelle l'armée lancera sous la pression américaine une campagne de destruction systématique des champs de pavot, une situation d'informalité prévaut, engendrant l'épanouissement d'une corruption routinière. Parallèlement une politique de remplacement du pavot par d'autres cultures commerciales est mise en œuvre en particulier par le truchement de projets royaux, puis sous l'égide de bailleurs internationaux. Cette politique est fondée sur des considérations complexes de sécurité nationale dans un contexte de guerre froide et de guérilla communiste, de lutte contre la drogue et aussi de protection des ressources naturelles.» (5)

 

 

 

 

Mais la fin de la production thaïlandaise d'opiacés, ne signifiait pas, nous dit Mlle Mérieau, la fin de sa consommation ni des trafics, malgré la sévérité de la loi (Peine de mort peut être requise) surtout depuis l'explosion de la production de drogues de synthèse en Birmanie (Appelé yaa baa en Thaïlande). « Le trafic de yaa baa n'a cessé d'augmenter au cours des années 1990 » dit-elle. Elle poursuit en rappelant la campagne nationale de 3 mois du 1er ministre Thaksin en 2003 où plus de 2000 personnes furent exécutées, suivies par celle d'octobre 2004, puis encore en mai 2006.

 

 

Mlle Mérieau s'arrête à Thaksin, mais le fléau du yaa baa (littéralement l''« herbe qui rend fou ») subsiste et touche tous les milieux, toutes les villes et env. 70 % des villages. Il est dit que 50-60% des détenus thaïlandais  sont liés à la drogue. (6) Les trafics demeurent. « En effet, l’ouverture des frontières et l’amélioration des infrastructures ont effectivement accéléré les échanges commerciaux, mais permit aussi de développer la contrebande et les réseaux internationaux du crime organisé. Les réseaux des marchands chinois ont su s’adapter et changer leurs mules en 4x4, en bus et en camions  tout en empruntant les mêmes pistes désormais macadamisées. Les pilules de yaa baa et les migrants illégaux suivent le même chemin que les caravanes d’opium d’autrefois. » (Cf. ln l'article de Danielle Tan : « Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos » et notre article (7))

 

 

 

 

Le fléau est toujours d'actualité.

 

« Le Petit Journal » du 07/12/2018  nous informait que « Des policiers thaïlandais ont saisi 15 millions de comprimés de méthamphétamine et tué un trafiquant dans la partie thaïlandaise du "Triangle d’or", aux confins de la Thaïlande, la Birmanie et le Laos, ont annoncé des responsables alors que la lutte antidrogue s’intensifie dans le pays. (…) « Pour plusieurs millions d’euros de cargaisons de méthamphétamine arrivent chaque semaine en Thaïlande depuis la Birmanie voisine, d’où des barons de la drogue inondent le marché de stupéfiants. »

 

 

Il nous reste à examiner les deux dernières « idées reçues » :« La corruption en Thaïlande est culturelle. », et « La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. ». Ce sera l'objet d'un autre article.

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) L'article de  Jean Baffie,  « La « resinisation » des Chinois de Thaïlande » révèle  Le mythe de la thaïsation des Chinois de Thaïlande. http://www.reseau-asie.com/ 

 

Notre lecture in  Article 45. Les Chinois de Thaïlande ?

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html

 

Il y rappelle entre autre :

  

- Le Siam connut parfois une politique antichinoise, rarement virulente, mais qui a servi de repoussoir, de référence. Le roi Rama IV (1910-1925) sous le pseudonyme de อัศวพาหุ (Atsawaphahu) dénonça les Chinois du Siam dans un pamphlet intitulé พวก ยิว แห่ง บูรพทิศ « les Juifs de l’Orient ».

 

 

- Ensuite, sous les gouvernements de Phibul Songkhram (16/12/1938-1/8/1944, 8/5/1948-16/9/1957) des mesures drastiques furent appliquées pour limiter l’immigration chinoise, réduire le nombre d’écoles et de journaux chinois, réserver des professions à des nationaux, etc.

 

- Des soubresauts eurent encore lieu après 1957. Ainsi, en 1971, l’une des raisons avancées pour un coup d’État était la présence dans le pays de 3 millions de Chinois dont on ignorait les préférences idéologiques, mais qui pourraient poser des problèmes de sécurité intérieure au moment où la Chine entrait aux Nations Unies.

 

- Ensuite, aux législatives de 1979, les candidats et les électeurs de parents chinois durent subir des mesures vexatoires. Beaucoup renoncèrent. Enfin, 18 ans plus tard, en septembre 1997, le premier ministre, le général Chavalit Yongchaiyudt, voulut rendre responsables de la crise économique les hommes d’affaires chinois du pays, désignés par le terme dérogatoire – et assez sibyllin – de มัน man.

 

(2) A162. De l’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a162-de-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124549105.html

 

Lecture de l’article de Stéphane Dovert intitulé « « La Thaïlande prête pour le monde » ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale», paru dans « Thaïlande contemporaine »,  Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011, pp. 201-258.

 

Extrait de notre article :

 

« Étrangers ou Chinois ?

 

Le Siam a une histoire particulière avec cette communauté chinoise, déjà en raison depuis des siècles de  sa vassalité assumée avec la Chine, et dans cette période, le fait que les souverains Taksin et son successeur Rama I ont un père d’origine chinoise ; d’ailleurs celui-ci enverra, nous dit Dovert, onze ambassades en Chine en 20 ans et encouragera l’immigration chinoise.[...] Il reviendra ensuite sur les Chinois (pp.226-227) pour signaler qu’au tournant du siècle, on a vu l’émergence de grandes entreprises chinoises « qui ont fondé leur prospérité sur la transformation et le commerce du riz » pour ensuite se diversifier (construction, banques, assurances, transport maritime, nouvelles manufactures) et une migration accrue représentant une main-d’œuvre bon marché et corvéable (le riz, et les grands travaux) . On évaluait la communauté chinoise à 10 % de la population en 1910. (En note, Dovert signale que Skinner, d’après un recensement en 1909, l’évalue à 5 %)

 

Dovert revient encore sur leur intégration, qu’il juge évidente, du fait « qu’ils ont profité des réseaux propres de leur communauté », « qu’ils ont volontiers épousé des femmes autochtones », qu’ils étaient bien représentés dans la bureaucratie ; et du fait aussi  que les nouveaux arrivants étaient reconnus « d’emblée » « comme une composante de l’identité siamoise » ; que sous Rama IV,  250 Chinois avaient été nommés comme fermiers généraux sur 300 postes à pourvoir. (Signe d’intégration ? ou méfiance de Rama IV pour ses congénères).

 

Là encore, Dovert estime donc que la prospérité de quelques familles chinoises, les mariages mixtes (il ne donne aucun chiffre), leur puissance économique (là encore aucun chiffre donné), la participation importante et l’accueil  de leur main-d’œuvre. […] Donc pour Dovert, les Chinois étaient assimilés et entre 1918 et 1931, tout a basculé avec la forte immigration (cette population a augmenté d’un demi-million pour atteindre 1,5  million), un seuil critique atteint, la composition de cette migration (famille au lieu de célibataires), l’endogamie choisie, leur éducation dans les écoles chinoises, la perte de la maîtrise du thaï, leur attachement à leur région d’origine, avec leur intérêt manifesté pour les événements chinois (accueil et succès de la visite en 1907, du numéro 2 du parti nationaliste chinois et de Sun Yat-Sen),  et ………….erreur du gouvernement siamois, qui au lieu de prendre des mesures en faveur de l’assimilation s’est replié sur le sentiment communautaire ; et enfin le roi lui-même, Rama VI (1910-1925), qui a fustigé les Chinois, et va lancer une campagne sur le modèle antisémite européen, en  traitant les Chinois « Les Juifs de l’Extrême-Orient », refuser désormais de les anoblir et va réglementer sévèrement leur accès à l’administration. »

 

Et A163. L’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande. 2e partie. De Rama VII (1925-1935) à Abhisit (2010)

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a163-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124589511.html

 

Extrait.

 

« Les « Chinois » représentent 10 à 12 % de la population ; Ils constitueraient la moitié de la population de Bangkok ; Ils  contrôleraient 81 % des capitaux  sur le marché ; Les  ¾ des députés  (l’article est de 2010) env. auraient au moins un grand-parent  né en Chine (et de citer les anciens premiers ministres de ces dernières années comme Chuan, Thaksin, Samak, Somchaï, Abhisit).

(Enfin quand on dit « les Chinois » contrôlent 81 % des capitaux, il faudrait préciser, une vingtaine de familles chinoises contrôlent 81 % des capitaux, et spécifier s’ils sont Teochiu, Hakka, Hainanais, ou  Hokkien/ Thaïs.) Pour le moins, on peut alors considérer les  « Chinois » de Thaïlande comme une minorité dominante. Mais est-elle intégrée, assimilée ? »

 

(3) Notre article A67,  « L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande », d’après « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.

 

« Un réseau de solidarité réciproque où chacun tour à tour va passer du rôle de donneur à celui de bénéficiaire, dans un système pyramidal « associatif » au niveau familial, puis de la communauté locale , provinciale , nationale (en relais avec les chambres de commerce, les banques, les associations nationales) et pour les plus importants, internationale (avec leur propre réseau de communications).

 

Le réseau de base est d’autant plus efficace qu’il s’inscrit aussi dans une concentration géographique, ethnique, avec donc un système familiale de gouvernance. La famille dans un quartier donné, va faire des prêts, contrôler le comportement, faciliter l’information aux membres du réseau familial (investir dans les activités rentables, réactivité, rapidité), encourager la solidarité, aider les nouveaux venus (de la famille), veiller à la réputation du chef de famille … « Le devoir du fils est d’entretenir, sinon d’accroître l’héritage familial ». L’entreprise évoluera donc, bien sûr au fil des générations avec ses échecs pour certains et les « success story » pour d’autres familles. » (Extrait de notre article A67, inspiré par Florence Delaune, Entreprises familiales chinoises en Malaisie, Presses universitaires du Septentrion, Col. Anthropologie, 1998. )

 

(4) A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html

A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

 

A127. La situation des  vieux paysans de Thaïlande.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a127-la-situation-des-vieux-paysans-de-thailande-119880727.html

 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 09 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/08/241-le-gouvernement-du-general-chawalit-yongchaiyut-25-novembre-1996-9-novembre-1997-et-la-grave-crise-financiere-et-economique-de.html

 

(5) Pierre-Yves Le Meur, « Les hautes terres du nord de la Thaïlande en transition. Développement, courtage et construction nationale  », Revue Tiers Monde, 2000, pp. 365-388

 

https://www.persee.fr/doc/tiers_1293-8882_2000_num_41_162_1395

 

Pierre-Yves Le Meur, explique ensuite, entre-autre, comment ont été mis en place les projets royaux (et par des bailleurs extérieurs) et leur complexité (intermédiation, différentes formes de courtage, acteurs hétérogènes et organisations, réseaux de villages,  imbrication d'intérêts et de logiques, rivalités des villages et des ethnies, etc.).   

 

(6) A74. Pouvoir, drogue (yaa baa), justice à Kalasin (Thaïlande).

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a74-pouvoir-drogue-yaa-baa-justice-a-kalasin-thailande-109649171.html

Yaa Baa: Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale, Pierre-Arnaud Chouvy et Joël Meissonnier, L’Harmattan - IRASEC, Paris – Bangkok (ISBN 2-7475-2397-7)

 

(7) Article 23 : du triangle d’or au quadrangle  d’or !

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-trafics-du-triangle-d-or-71317371.html

 

Une lecture de l’article de Danielle Tan : Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, Sciences Po/CERI, IRASEC, Note de recherche n° 6.

 

(8) Le Petit Journal du 7/12/2018 :  « Selon les experts, le trafic s’accélère, en particulier depuis la région de l’est de la Birmanie tenue par le groupe ethnique rebelle des Wa, accusé de financer sa guérilla par le trafic de drogue.

 

La police et l’armée thaïlandaises ont intensifié leurs opérations de leur côté de la frontière, tuant et arrêtant des passeurs issus le plus souvent de tribus montagnardes de cette zone de non-droit notoire qu’est le Triangle d’or. 

 

https://lepetitjournal.com/bangkok/nord-thailande-trafic-drogue-et-repression-policiere-sintensifient-246013

 

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 06:52

 

 

3 - SOCIÉTÉ  (Suite et fin)

 

 

 « La femme en Thaïlande jouit d'un statut privilégié », « la Thaïlande est le paradis des lesbiennes, gays et transgenres, « l'industrie de la prostitution est principalement dédiée aux touristes et expatriés. »

                                          

3 – III - « LA FEMME EN THAÏLANDE JOUIT D'UN STATUT PRIVILÉGIÉ. » (pp. 99-104)

 

 

On peut en premier lieu être étonné par l'idée que « La femme en Thaïlande jouisse d'un statut privilégié» soit une « idée reçue ». De fait, nous n'avons jamais rien lu à ce propos. La lecture de l'article confirmera notre étonnement en constatant que la femme en Thaïlande a un statut particulier et non privilégié, en considérant que « privilégié » signifie : favorisé, avantagé, celui qui bénéficie d'avantages, de prérogatives.

 

Le premier argument avancé par Mademoiselle Eugénie Mérieau nous informe que « les femmes forment 80% de la main d'œuvre dans les plus grosses entreprises d'exportation ».

 

 

Certes.  Mais nous ne voyons là, nul privilège. Ce qui est peut-être une réalité dans les grandes métropoles, Bangkok en particulier, doit être appréhendée différemment dans la « Thaïlande profonde » où il est fréquent de voir les femmes pousser les brouettes, porter des sacs de ciment dans les chantiers de construction ou encore répandre sous le soleil tropical le goudron pour asphalter les routes. Si c’est un privilège féminin, il est singulier.

 

Ensuite, elle avance d'autres arguments qui tentent à montrer que la femme thaïlandaise est l'égale de l'homme, voire supérieure en certains domaines : Les femmes depuis Rama V ont accès à la propriété foncière ; La société est matrilinéaire ; Les Thaïlandaises sont plus éduquées que les hommes

 

 

(Elle donne des chiffres qui le confirment) ; 63 % des femmes travaillent ; On peut voir des femmes chefs d'entreprise, des femmes au Parlement (16%) (Aujourd'hui aussi avec la junte?) ; Qu’en 2011, la Thaïlande a élu sa première femme Première ministre, Yingluck Shinawatra ; « les femmes siamoises obtinrent le droit de vote en même temps que les hommes en 1932. » (Plus de dix ans avant les Françaises, ajoute -t -elle).

 

 

Mais curieusement, à la page suivante, Mademoiselle Eugénie Mérieau va indiquer d'autres « réalités » qui infirment le point de vue exprimé.

 

Ainsi  la plupart des femmes qui entrent en politique ne sont que les  « représentantes » d'un homme de leur famille inéligible, comme ce fut le cas pour Yingluck Shinawatra représentant son frère Thaksin ayant fui le pays après sa condamnation.

 

Elle cite ensuite le viol et les violences à l'égard des femmes, et la polygamie encore répandue.

 

En effet, de nombreuses femmes thaïlandaises, dit-elle, doivent encore se soumettre à la pratique de la polygamie, bien que celle-ci fût interdite par une loi en 1935, qui voulait mettre un terme à sa « démocratisation » avec une nouvelle élite bureaucrate qui s'était développée entre 1892 et 1925. La polygamie restait un signe distinctif de réussite sociale. Mais elle était due aussi, nous explique Mademoiselle Eugénie Mérieau, à la faible institutionnalisation du mariage.

 

Traditionnellement, dit-elle, l'acceptation d'une dot et/ou une cohabitation valaient mariage, et cela malgré le code des trois Sceaux (Anciennes lois du Siam) qui imposait une procédure précise, mais qui s'appliquait essentiellement aux épouses majeures. (Qu'il faut donc distinguer des « épouses mineures » (mia noi),et des épouses esclaves (mia that) qui ont des droits différents).

 

(Pour en savoir plus sur ces différents statuts, Cf. Notre article 154 réalisé à partir de la thèse de Louis Duplatre, « Essai sur la condition de la femme au Siam »(2))

 

Toutefois, dit-elle, « Aujourd'hui, la culture de la « mia noi » perdure notamment chez les hommes de pouvoir et d'argent ». Après quelques considérations, elle évoque le « kik », qui amènerait les femmes mariées à encourager leurs maris à fréquenter les prostituées, pour limiter la perte des ressources du foyer ! (sic)

 

 

 

(Le kik ? Cf. Jean Baffie et Thanida Boonwanno, in « Dictionnaire insolite de la Thaïlande », 72,  n'en donnent pas la même définition et le réservent à la vie sentimentale des adolescents. (4))

 

Ainsi, elle affirmera que « La Thaïlande est également caractérisée par la culture du viol »,

 

 

s'appuyant sur une étude de 2015 du Ministère de la Santé qui nous apprend que « 80% des films thaïlandais contenaient des scènes de viol », ajoutant que dans les  séries,  « les femmes -bien- sont immanquablement violées » et sur une autre étude de l'université de Mahidol qui montre qu' « un foyer sur trois est sujet aux violences domestiques ».

 

 

(Elle nous aura  aussi appris - au passage - que beaucoup en Thaïlande différencie le viol du « sexe forcé » qui est acceptable, si l'on en juge par le forum Panthip, le plus populaire du royaume. En effet si une femme a montré qu'elle désire un homme, mais qu'elle ne veut pas de rapports sexuels, l'homme pourrait alors la « forcer ». Une conception qui aurait un grand succès en France à l'heure de « Me too » et « Balance ton porc »!)

 

 

Ensuite, elle rappelle que les Thaïlandais jouissent d'une « apparente » liberté sexuelle (Sans développer. Nous reviendrons sur ce point dans « L'industrie de la prostitution est principalement dédiée aux touristes et expatriés »)  et que l'avortement demeure illégal.

 

Cette affirmation mérité toutefois d’être modulée car il semblerait bien que les dispositions des articles 301 et suivants du code pénal de 1956 qui répriment l’avortement soient plus ou moins tombées en désuétude au moins lorsqu’il n’y a pas de conséquences corporelles? C’est une étude de la pratique judiciaire qui seule pourrait répondre à cette question. Nous reproduisons en notes les dispositions du code pénal (1).

 

 

Elle poursuit en évoquant « qu'une partie des jeunes filles issues des zones rurales partent travailler en tant que travailleuses du sexe à Bangkok ou dans les grandes villes (Et dans les grandes stations balnéaires touristiques) pour pouvoir envoyer de l'argent à leur famille. » (Elle aurait pu ajouter : qui le plus souvent ont la garde de leur(s) enfant(s).) Et enfin, elle nous informe que, selon le bouddhisme, la femme est considérée comme un être inférieur, et que renaître en femme est une punition.

 

 

Un statut privilégié ?  Vraiment ? 

 

On aura appris que la femme thaïlandaise est considérée comme un être inférieur par la religion bouddhiste, et que renaître en femme est une punition ; que  les femmes forment 80% de la main d'œuvre dans les plus grosses entreprises d'exportation ; que de nombreuses femmes thaïlandaises, doivent encore se soumettre à la pratique de la polygamie, qu'un foyer sur trois est sujet aux violences domestiques et vit dans une culture du viol  véhiculée par les séries télévisées ; que « le sexe forcé » est acceptable pour beaucoup d'hommes; que l'avortement est interdit ;  qu'une partie des jeunes filles issues des zones rurales vont se prostituer. Et encore Mademoiselle Eugénie Mérieau n'a pas évoqué les bordels, les salons de massage et les nombreux karaokés qui parsèment la Thaïlande et qui sont de fait des maisons de passe ...

 

 

3 – IV - « LA THAÏLANDE EST LE PARADIS DES LESBIENNES, GAYS ET TRANSGENRES. » (pp. 95-98)

 

Il est vrai, comme le dit Mademoiselle Eugénie Mérieau dans sa première phrase que : « La Thaïlande est connue dans le monde entier pour « sa tolérance » à l'égard des transsexuels, le fameux « ladyboys ». Le marché du changement de sexe est florissant et efficace, mais dit-elle, « la vie des transsexuels est loin d'être aussi facile qu'on peut le croire à première vue. »

 

 

Elle donne alors quelques exemples, comme le fait que  « la législation ne reconnaît pas leur changement de sexe », ce qui cause de grands problèmes dans certaines situations, comme à l'armée, en prison, et la discrimination subie pour accéder à certaines professions. (Elle donne l'exemple d'une transsexuelle qui s'est vu refuser un poste d'enseignant à l'Université.) Par contre, on peut constater que certaines professions semblent leur être réservées, « comme celles du divertissement, de la beauté, de la nuit ».    De fait, l'extrême majorité, nous dit Mademoiselle Eugénie Mérieau, se retrouve « à la merci des agressions verbales, physiques et sexuelles. »

 

Elle aurait pu ajouter, « qu'elles (ils) doivent en plus affronter les préjugés, largement diffusées dans les médias et plus particulièrement dans les « soap opéras » très populaires en Thaïlande. Mimie : « Dans les soap opéra, les rôles qu’on nous donne sont toujours caricaturaux ; on joue des employées avides  de sexe,  braillardes, lourdement maquillées et qui harcèlent les hommes. A la télé, on est juste des clones. ».

 

(Tiré du reportage de Carmen Butta sur « Les Lady boys en Thaïlande » diffusé sur la chaîne Arte, 360° -GEO, le 26 mars 2017  qui est basé sur « des témoignages différents de kathoeis avec des situations personnelles différentes, mais qui ont (ou ont eu) en commun un parcours de souffrances et d’humiliations pour faire admettre leur particularité de « transgenre » - le fait de se sentir femme dans un corps d’homme -  auprès de leur famille d’abord, puis de leur milieu, dans leur recherche d’un travail, dans leur quête de reconnaissance et d’égalité auprès de la société et des institutions […) S’il est vrai qu’elles sont « visibles » comme par exemple, dans les lieux chauds, les hypermarchés et les boutiques, dans les rues des grandes villes, et même dans certains villages, cela ne signifie pas, comme le montre le film, que leur intégration est réalisée et que leur vie et leur quotidien échappent aux rejets, insultes, humiliations, discriminations  … ». (Cf. Notre article A 222. (3))

 

 

On peut regretter que Mademoiselle Eugénie Mérieau n'évoque pas le cas spécifique des homosexuels, sauf à la fin, où elle signale que « le mariage homosexuel n'est toujours pas légalisé- bien qu'une loi en ce sens soit en préparation depuis 2015 ». (Cf. « Petit journal  » du 6/11/2018, citant le Bangkok Post,  qui annonce que le Pacs thaïlandais est sur le point d’être adopté... (4))

 

 

3 – V - « L'INDUSTRIE DE LA PROSTITUTION EST PRINCIPALEMENT DÉDIÉE AUX TOURISTES ET EXPATRIÉS. » (pp. 105-108)

 

Il s'agit bien ici d' « une idée reçue » bien ancrée chez les expatriés et les touristes occidentaux, mais surtout pourrait-on rajouter, véhiculée chaque année par des reportages télévisuels occidentaux. De même que beaucoup sont convaincus que les massages de prostitution et autres lieux de plaisirs ont été introduits par les Gis américains en repos en Thaïlande pendant la guerre du Vietnam. Mais Mademoiselle Eugénie Mérieau va, de suite indiquer que  « les clients des salons de prostitution sont en majorité des Thaïlandais  et parmi les touristes, les Asiatiques surpassent en nombre les Occidentaux » et rappeler que les  institutions de prostitution sont bien antérieures à la guerre du Vietnam et des G.I. américains. 

 

 

Elle va donc dans le paragraphe suivant donner quelques repères historiques qui le montrent : en signalant (Sans informations données) la taxation de la prostitution à l'époque d'Ayutthaya du XIVe au XVIIIe siècle (Surtout dans les quartiers chinois) ; Son développement à Bangkok sous Rama 1er (1782-1809) sous l'effet de l'immigration chinoise majoritairement mâle ; puis après l'abolition de l'esclavage en 1905, où des  esclaves choisirent la prostitution. Et en 1908, avec  une loi du roi Chulalongkorn pour lutter contre les maladies vénériennes qui fut l'occasion d'enregistrer et d'inspecter toutes les maisons closes, qui furent identifiées par une lanterne verte et taxées. (Mademoiselle Eugénie Mérieau ne donne aucun chiffre).

 

En fait, jusqu'au milieu du XIXe siècle la prostitution devait cependant être encore un phénomène très limité, car selon Mgr Pallegoix, dans son ouvrage publié en 1854, nous dit que l'impôt sur les femmes publiques  ne rapportait que 50.000 bahts par an et arrivait en 26e position comme source de profit pour l'état, loin derrière les tripots (500.000 bahts), les loteries (200.000 bahts), et même les nids d'hirondelles (100.000 bahts).

 

Mais l’arrivée massive d’immigrants chinois  dans la seconde moitié du règne du roi Rama V (1868-1910) change radicalement la nature et le nombre de prostituées. ( De 1893 à 1905, 455.000 Chinois arrivèrent en Thaïlande). Les triades chinoises s'assurèrent le contrôle de la prostitution, avec le jeu et l’opium. En  1933, sur 151 maisons enregistrées, 126 avaient des propriétaires chinois, 22 Thaïs et 3 vietnamiens (Mettarikanon, 2526 (1983). (In Notre article 17. Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique (4))

 

 

Mademoiselle Eugénie Mérieau arrive ensuite à la loi dite « PREVENTION AND SUPPRESSION OF PROSTITUTION ACT B.E. 2539 » du 14 octobre 1996, toujours en vigueur, qui interdit la prostitution, et qui prévoit « des peines allant de six mois à deux ans de prison et (ou) 40.000 baths d’amende pour les prostituées, le client n'est quant-à lui pas pénalisé », dont la mise en œuvre, dit-elle avec humour, est très aléatoire, dans les divers salons de massage, go-go bars, karaokés ou boîtes. (Elle date par erreur cette législation de 1960 et ne mentionne d’ailleurs ni la durée maximum de l’emprisonnement  ni le montant de l’amende qui est énorme.)

 

 

Mais il faudrait mesurer l'ampleur de cette prostitution, le nombre de ces « salons » de prostitution, le nombre des prostituées.

 

 

Encore en 2018, il faut avouer, dit-elle, qu'on ne sait pas. On est toujours dans la fourchette entre 100.000 à 2,5 millions de prostitué(e)s, comme dans les études des années 80-90. Elle ajoute que selon les chercheurs thaïlandais 70 % des clients des prostitués hommes et femmes sont des hommes thaïlandais. Elle ne dit rien sur les touristes « sexuels », et donc sur le ratio très majoritaire des touristes « sexuels » asiatiques. Si elle signale que la prostitution est surtout concentrée dans les zones touristiques de Bangkok, Chiang Mai, et Phuket. (Elle aurait pu ajouter Pattaya et Samui), et évoque les zones frontalières de l'est et du sud, fréquentées par les migrants thaïlandais, elle ne dit rien sur le nombre  et le type d'établissements de ces zones et surtout rien sur cette industrie du sexe qui touche toute la Thaïlande, toutes les provinces, villes, gros bourgs, voire certains gros villages, une  industrie qui  s’inscrit dans un agrégat d’autres industries comme les agences de voyage, l’industrie hôtelière, centres commerciaux, restaurants,  bars …  (Cf. L'étude de 2008 de Jean Baffie  « Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande » (4))  Cette étude vous étonnerait et vous révélerait l'ampleur de  cette industrie (Ainsi en Isan, à Kalasin, la ville la plus proche où nous habitons, il y avait (a ?) une quarantaine d'établissements, et plus loin à Khon Kaen il y en aurait plus de 120 ?)

 

 

Ceci dit, ces études ont près de 20 ans, le monde  évolue à une allure exponentielle et nous constatons depuis quelques années la fermeture de nombre de ces « établissements » soit par la volonté gouvernementale soit par la prolifération des substituts commodes que sont les sites Internet soit pour ces raisons cumulées

 

En effet, depuis ces dernières années des sites de rencontre sur Internet  ne sont pour la plupart que des sites de prostitution déguisés. Le phénomène s’est répandu tout autant que dans le monde occidental mais ne paraît pas avoir fait  l’objet d’études sérieuses à ce jour. Nous écrivons en 2018 et ce qui était vrai en 2000 ne l’est plus. Il est plus facile évidement de compter les établissements marqués d’une lanterne rouge que les sites virtuels qui au demeurant ne sont pas tous systématiquement des sites de prostitution. Cette « pratique » a un triple avantage si l’on peut dire :

 

- tout comme en Occident elle rend beaucoup plus difficile les poursuites contre les réseaux organisés, la sanction du proxénétisme est prévue par l’article 283 du code pénal et va selon sa gravité de 10 ans à l’emprisonnement à vie.

- elle facilite par sa démarche du client qui peut hésiter à  être reconnu lorsqu’il entre dans un lieu que la morale réprouve.

- elle permet aux filles ou aux gaillards qui souhaitent qui exercent de façon professionnelle ou accidentelle d’échapper aux nasses des réseaux de proxénétisme.

 

 

Elle ne dit rien, non plus,  sur les réseaux mafieux, qui contrôlent  les bordels de ville et de campagne où les « filles » sont retenues prisonnières, et subissent les traitements les plus inhumains.

 

 

Toutefois un encadré (p.109) intitulé « La Thaïlande est le paradis des pédophiles » nous apprend que la prostitution enfantine est estimée à 30.000 et qu'un scandale en mai 2017 a révélé l'existence au grand jour d'un réseau de prostitution de mineurs tenu par des policiers et des militaires à Mae Hong Son et la pratique qui perdure au sein de l'administration civile et militaire, d'offrir en « dessert » de jeunes  mineurs aux chefs en inspection.

 

 

Il est vrai que l’article de Mademoiselle Eugénie Mérieau ne proposait que de contredire « l'idée reçue » que  « L'industrie de la prostitution est principalement dédiée aux touristes et expatriés. » (Cf. Notes (4) pour en savoir plus)

 

 

Il est temps désormais d'aborder la 4e partie consacrée à 5 idées reçues concernant l'économie : « L'économie thaïlandaise repose sur le dynamisme de  ses Chinois d'Outre-mer. », L'économie thaïlandaise dépend principalement du tourisme. », « Au sein du Triangle d'or, la Thaïlande est producteur majeur d'opium et d'héroïne. », « La corruption en Thaïlande est culturelle. », « La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. ». Ce sera l'objet d'un prochain article.

 

 

                             

NOTES

 

(1)  Sur la répression de l’avortement :

 

Les dispositions du code pénal  ( « Thai Criminal Code » de1956 - ประเทศไทยทางอาญา พ.ศ. รหัส 2499) ventilent la répression de la femme qui prend  l’initiative de se faire avorter qui seraient devenues obsolètes et celles qui répriment les avorteurs ou avorteuses responsables de séquelles corporelles qui ne le seraient pas :

Article 301 : Toute femme qui se fait avorter ou qui permet à une autre personne de se faire avorter par elle-même est condamnée à une peine d'emprisonnement de moins de trois ans, à une amende de six mille bahts ou aux deux peines.

Article 302 : Quiconque, avorte une femme avec son consentement, sera puni d'un emprisonnement maximal de cinq ans ou d'une amende maximale de dix mille bahts, ou des deux peines. Si de tels actes causent également à la femme des lésions corporelles graves, son auteur sera puni d'un emprisonnement maximal de sept ans ou d'une amende maximale de quatorze mille bahts, ou des deux peines. Si un tel acte cause la mort de la femme, son auteur sera puni d'un emprisonnement maximal de dix ans et d'une amende maximale de vingt mille bahts.

 

Article 303 : Quiconque, avorte une femme sans son consentement sera puni d'un emprisonnement maximal de sept ans ou d'une amende maximale de quatorze mille bahts, ou des deux peines. Si de tels actes causent également à la femme des lésions corporelles graves, son auteur sera puni d'un emprisonnement de un à dix ans et d'une amende de deux mille à vingt mille bahts. Si cet acte cause la mort de la femme, son auteur sera puni d'un emprisonnement de vingt ans et d'une amende de dix mille à quarante mille bahts.

 

(2) Louis Duplatre, « Essai sur la condition de la femme au Siam », Thèse pour le doctorat en sciences juridiques, soutenue le 30 juin 1922 à l’université de Grenoble, Société anonyme A. Rey – 1922.

Notre article :

154. La condition de la femme au Siam au début du XXe siècle. http://www.alainbernardenthailande.com/article-154-la-condition-de-la-femme-au-siam-au-debut-du-xxeme-siecle-124623749.html

Et  l'étude d’Amara Pongsapich,  sur « La famille thaïlandaise, passé et présent »,  publiée dans « Thaïlande contemporaine »,   Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011. Notre article : A 94. La famille thaïlandaise.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a94-la-famille-thailandaise-114901289.html

 

(3) A 222. « LES LADY BOYS EN THAÏLANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Diffusé sur la chaîne Arte, 360° -GEO, le 26 mars 2017 et en avril 2017.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/04/a-222.les-lady-boys-en-thailande-un-documentaire-de-carmen-butta.html

 

 

(4) Le Petit journal : LGBT : le Pacs thaïlandais sur le point d’être adopté

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 06/11/2018 à 00:00 | Mis à jour le 06/11/2018 à 01:14

Le projet de loi sur le partenariat civil pour les couples de même sexe, qui avait été débuté en Thaïlande 2013, pourrait bien être adopté avant la fin de cette année, selon le Bangkok Post

 

Une consultation publique à propos du projet de loi de partenariat civil pour les couples homosexuels va être organisée entre du 12 au 16 novembre dans les villes de Bangkok, Chiang Mai, Ayutthaya et Songkhla, a indiqué le Département et de la Protection des Droits et Libertés selon lequel le texte devrait être complété ce mois-ci et pourrait donc être adopté dans les toutes prochaines semaines. 

 

Le Bangkok Post souligne que nombre de spécialistes de la question estiment que ce partenariat civil devrait donner aux couples homosexuels 90% des mêmes droits que les couples mariés hétérosexuels.

 

Le partenariat civil pour les couples de même sexe prévoit des avantages tels que le droit de succession, l’assurance, la retraite, les réductions d’impôt, le droit à l’adoption. En revanche il ne donne pas le droit d’utiliser le nom de son conjoint.

 

 

Cf. Aussi  « une étude de l’université Thammasat intitulée « L’inclusion des LGBTI dans l’économie » révèle que sur 3.502 personnes, 46% disent avoir été discriminées sur la base de leur orientation sexuelle ou de leur genre. Le monde du travail semble être particulièrement hostile pour les LGBT+ :77% des transgenres, 62,5% des lesbiennes et 49% des homosexuels ont déclaré ne pas avoir été embauchés en raison de leur identité sexuelle tandis que 40% des transgenres disent avoir été victimes de harcèlement sur leur lieu de travail. Si les LGBT+ sont bien acceptés dans des secteurs comme le divertissement, ce n’est pas le cas partout. Les clichés semblent donc avoir la vie dure et seraient en partie responsables de cette ”tolérance sectorisée”. » Petit Journal», Marie Darondovas, Publié le 27/11/2017

 

(5) Sur  la prostitution.                  

Bernard Formoso, In Anthropologie et Sociétés, vol. 25, n° 2, 2001, p. 55-70. Corps étrangers : tourisme et prostitution en Thaïlande http://www.erudit.org/apropos/utilisation.html)

Notre article Article 28 : « Ethnologie » et  prostitution en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a28-un-ethnologue-chez-les-prostituees-de-thailande-74007708.html

 

17. Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html

 

A76.  Dictionnaire insolite de Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a76-dictionnaire-insolite-dethailande-110104394.html

Lecture du livre de Jean Baffie et Thanida Boonwanno,  « Dictionnaire insolite de la Thaïlande », Cosmopole, 2011. Cf. Article 142 « Prostitution ».

Jean Baffie, « Femmes prostituées dans la région du sud de la Thaïlande », Irasec, Bangkok, 2008, 65 p. http://www.irasec.com/ouvrage16

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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 22:07

3  - SOCIÉTÉ  (pp. 81- 110).

 

Après avoir présenté 10 « idées reçues » consacrées à l'Histoire et à la Politique, du livre de Mademoiselle Eugénie Mérieau (1), intitulé « Idées reçues sur la Thaïlande », nous allons poursuivre notre lecture des  5 nouvelles « idées reçues » qui ont trait à la Société, à savoir :

 

 « Le bouddhisme est la religion officielle du royaume. », « Les populations du Nord-Est sont arriérées. », « La Thaïlande est le paradis des lesbiennes, gays et transgenres. » ,« La femme en Thaïlande jouit d'un statut privilégié. »,« L'industrie de la prostitution est principalement dédiée  aux touristes et expatriés. »

 

 

3 – I - « LE BOUDDHISME EST LA RELIGION OFFICIELLE DU ROYAUME ».  (pp. 81-85)

 

 

Nous avons écrit de nombreux articles sur le bouddhisme dans ses rapports avec l'histoire et le nationalisme, la politique, l'animisme, l'hindouisme et le brahmanisme, les esprits et les fantômes, sans oublier ses crises, avec l'aide d'auteurs érudits  reconnus qui en connaissaient les multiples dimensions. Nous pensons ici plus particulièrement à MM. Gabaude, Forest, Dubus. (Cf. En notes (2), nos articles sur le bouddhisme)

 

Mademoiselle Eugénie Mérieau en 4 pages et demie ne pouvait donner que quelques éléments pour aborder cette « idée reçue ».

 

Elle rappelle que si la Thaïlande est un pays à majorité bouddhiste (90%, dit-elle, ou   95% ?) qui vit officiellement avec le calendrier bouddhiste, fête les célébrations bouddhistes, avec une devise et drapeau à référence bouddhiste, et dont la vie publique et privée sont rythmées par les cérémonies bouddhistes (naissance, mariage, crémation), et dont le roi ne peut être que bouddhiste, le bouddhisme n'est pas en droit la religion officielle du royaume. Et ce n'est pas faute de tentatives menées  par les  nationalistes bouddhistes.

 

 

Mademoiselle Eugénie Mérieau évoque quelques étapes de ce combat pour faire reconnaître le bouddhisme comme religion d’État mené dans les années 1960-1970 pour lutter contre les idées communistes et qui fut réactivé en 1997, lors de la rédaction de la nouvelle Constitution, par des  groupes de bouddhistes composés de moines célèbres et des intellectuels. Mais ce fut un échec. Ils essayèrent en vain de nouveau lors de la rédaction de la Constitution de 2007, puis après le Coup d’État de 2010, en 2015 et en 2016 (Référendum) pour les projets de la nouvelle Constitution qui sera adoptée en 2017 ; La junte fit une concession en son article 67 aux groupes bouddhistes nationalistes (« L’État établit les mesures et les mécanismes visant à prévenir la profanation du bouddhisme sous toutes ses formes et encourage la participation de tous les bouddhistes en ce qui concerne l’application de tels mécanismes et mesures », mais ne céda pas et  stipula  que « l’Etat doit parrainer le bouddhisme et les autres religions » .

 

Mademoiselle Eugénie Mérieau nous dit que  la colère fut vive dans les trois provinces du Sud (Yala, Pattani, et Narathiwat) à majorité musulmane qui refusèrent le projet à 74-77% et provoqua des attentats terroristes.

 

 

(Cf. Notre article http://www.alainbernardenthailande.com/2017/07/a-234.qu-en-est-il-de-l-insurrection-au-sud-de-la-thailande-en-2017.html)

 

Elle termine son article en rappelant que d'autres religions se pratiquent dans le royaume, outre  la religion musulmane dans le Sud, le taoïsme et le culte des anciens - tout en étant bouddhistes - chez les Chinois et les sino-thaïs (15% de la population), le christianisme avec des communautés catholiques surtout au Nord-est et à Bangkok, l'hindouisme et le sikhisme chez les Thaïs d'origine indienne. Le royaume se caractérisant par un syncrétisme, où avec le bouddhisme se mêlent l'animisme, le culte des esprits, la croyance aux fantômes. (Cf. En note nos multiples articles sur ce sujet).

 

 

 

Pour en savoir plus sur le bouddhisme et le nationalisme bouddhiste, voir le livre d’Arnaud Dubus, « Buddhism and Politics in Thailand” et nos deux articles 257 et 258 qui y sont consacrés. (2) et Un commentaire (3)

                                        -

3 – II - « LES POPULATIONS DU NORD-EST SONT ARRIÉRÉES. » (PP. 87-91)

 

 

Nous n'allons pas ici reprendre toute la démonstration de Mademoiselle Eugénie Mérieau qui confirme que pour les citadins de Bangkok (Les élites autoproclamées, les classes supérieures et moyennes, les Thaïs d'origine thaïe  (minoritaires en Thaïlande (40%). Cf. Notre article A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ?) Les populations du Nord-Est sont considérées comme arriérées : citons : « Les habitants du Nord-Est sont méprisés, relégués au rang de sous-citoyens. Leurs traits « lao », leur peau noire », leur accent, leur occupation - généralement, riziculteur - renvoient à une image de pauvreté et d'illettrisme véhiculée par Bangkok et qui informe maintenant leurs propres représentations d'eux-mêmes. » Souvenons-nous que dans son article « En Thaïlande, les élections n'ont aucune valeur à cause de l'achat des voix », l'électorat rural du Nord et du Nord-Est étaient déjà caractérisés par des élites, des intellectuels et la classe moyenne de Bangkok comme « trop mal éduqué pour bien voter » et leurs députés « jugés comme incompétents au Parlement ».

 

En effet, habitant l'Isan depuis de nombreuses années, nous avons maintes fois entendu, comme le dit Mademoiselle Eugénie Mérieau, ses habitants se plaindre du mépris affiché et des insultes proférées à leur égard à Bangkok (On les traite de khwai (buffle) ou de bannok – บ้านนอก – que l’on peut traduire par bouseux). Elle en donne les raisons, outre celles données plus haut, elle ajoute la pauvreté visible parce qu'ils « forment une bonne partie des travailleurs saisonniers ou des travailleurs migrants » que l'on retrouve dans les métiers précaires et informels (taxis, usines, chantiers, petits commerces, prostitué(e)s, etc. ).

 

 

Mais si le mépris subsiste, Mademoiselle Eugénie Mérieau signale que les temps changent : la vie en zone rurale (50% des habitants de Thaïlande) se modernise. Elle évoque plus d'urbains, le développement des classes moyennes, des Universités (Elle cite celle de Khon Kaen par exemple) (On peut ajouter que c'est la première université de province voulue par le Maréchal Sarit qui se targuait de ses origines isan), des start-up dans la « tech », des modèles de consommation à la mode (smartphone, café de « Starbucks »). Elle aurait pu rajouter que les villages, les plus petits et les plus reculés, ont désormais partout une liaison internet, la moindre boutique, l’hôtel le plus sommaire, le restaurant le plus modeste, affichent tous leur liaison au réseau Wifi. Les « riziculteurs » et leurs enfants sont de plus en plus sur les réseaux sociaux, via Facebook, line. Ils échangent, s'informent, se distraient, via la toile. (D'où la nécessité pour la junte de les contrôler et de les censurer)) .

 

 

Et puis aussi, elle rappelle combien  la conscience politique a évolué, à partir  des années 1970-1980, quand nombre étudiants de gauche de Bangkok rejoignirent les maquis communistes et se mêlèrent aux populations rurales, et surtout après le coup d’État de 2006 contre le gouvernement Thaksin qui provoqua la mobilisation des masses rurales (« La caravane des pauvres ») et en 2010, l'occupation du centre de Bangkok pendant trois mois de 300.000 « chemises rouges » qui se termina dans un bain de sang (90 morts). (On ne peut que rappeler l'excellente étude de Mademoiselle Eugénie Mérieau sur ce mouvement (4)) Mais depuis le coup d’État militaire de 2014, aurait-elle pu rajouter, les partis politiques sont interdits, ainsi que toute expression politique. Mais les masses rurales n'en pensent pas moins. (5)

 

 

Nous aborderons les trois autres idées reçues (« La Thaïlande est le paradis des lesbiennes, gays et transgenres. », « La femme en Thaïlande jouit d'un statut privilégié. », « L'industrie de la prostitution est principalement dédiée aux touristes et expatriés. » dans  l'article suivant.                                                  

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

  1. Le Cavalier bleu Éditions, collection « Idées reçues », 2018, 147 pages.

 

  1. Nos articles sur le bouddhisme.

 Article 35 Le bouddhisme est-il athée ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-35-le-bouddhisme-est-il-athee-79098567.html

Notre Isan : le bouddhisme thaïlandais et d’Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

22 Notre Isan,  bouddhiste ou animiste ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

A41: La crise du bouddhisme en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

Avec Gabaude, « la triple crise du bouddhisme en Thaïlande  (1990-1996»), BEFEO 83, p. 241-257.

A 256. BOUDDHISME ET POLITIQUE EN THAILANDE, SELON ARNAUD DUBUS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/05/a-256.bouddhisme-et-politique-en-thailande-selon-arnaud-dubus.html

A 257. BOUDDHISME ET NATIONALISME EN THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/05/a-257.bouddhisme-et-nationalisme-en-thailande.html

Avec Arnaud Dubus, « Buddhism and Politics in Thailand”, Irasec, Bangkok, janvier 2018, 92 p.

 Arnaud Dubus, In « Thaïlande, Histoire, Société, Culture, », La découverte, 2011 ,   évoque le « bouddhisme en crise » (pp.191-194) dans son chapitre 10 « Bouddhisme, animisme, et sorcellerie ». 

A137. « Bouddhisme et politique en Thaïlande. »

Avec Gabaude « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

  A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-239-le-bouddhisme-de-la-foret-ou-la-voie-des-anciens-dans-la-thailande-contemporaine.html

Cf. Aussi : Notre article « INSOLITE 3. BRAHMANISME ET BRAHMANES EN THAÏLANDE ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/cet-article-reprend-quelques-idees-d-articles-anterieurs-pour-se-recentrer-sur-le-sujet-traite-nous-avions-ete-surpris-en-decouvrant

INSOLITE 4. THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES …

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

A151. Nous vivons au milieu des « Phi » en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.htmlA137. Bouddhisme et politique en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

 

 

(3) Il est toutefois un élément qui peut conférer au bouddhisme, le caractère de religion officielle. Ainsi toutes les constitutions successives dont le pays a été doté depuis 1932 stipulent que le roi doit être de religion bouddhiste tout en étant protecteur de toutes les religions. Toutes aussi font, en ce qui concerne la succession au trône, référence à la loi successorale de 1924. Celle-ci prévoit expressément comme cas de déchéance dans les droits successoraux « le mariage avec une étrangère non thaïe ». Nous retrouvons – toutes proportions gardées – la vieille notion du droit ibérique de la « limpieza de sangre », la « pureté du sang » ce qui excluait ipso facto de la famille royale et de la noblesse espagnole tout ce qui pouvait être de sang juif ou musulman. Nous sommes aux antipodes du vieux droit coutumier français résumé dans un seul brocard « le coq ennoblit la poule ».

 

Le cas s’est produit en 1935 lors de l’abdication de Rama VII et le choix par le Conseil de régence de la lignée Mahidol au détriment de la lignée Chakrabongsee qui bénéficiait de l’aînesse pour cause de mariage russe. Une hypothèse d’école pourrait être soumise aux étudiants en droit constitutionnel comme les professeurs aiment à le faire : S’il est difficile de penser qu’un successible puisse épouser une étrangère de religion bouddhiste thaï, il est tout à fait plausible qu’il épouse une thaïe catholique ou musulmane. Ce n’est pas une hypothèse d’école : L’enseignement catholique est fort prisé de la bonne société de Bangkok, les garçons fréquentent le collège de l’Assomption  et beaucoup de jeunes filles sont élevées à l’école Mater Dei, école catholique des Ursulines à Bangkok et sont parfaitement susceptibles de se convertir par osmose. En cette hypothèse, l’héritier marié à une non – bouddhiste ne perdrait pas ses droits au trône mais ses héritiers, pour les conserver, devraient pratiquer la religion bouddhiste. Mais qu’en penserait le Conseil de régence ?

 

(4) Rappel. L’étude de Mademoiselle Eugénie Mérieau, récemment parue en juillet 2013, sous l’égide de l’IRASEC, intitulée Les Chemises rouges de Thaïlande,  « retrace dit-elle, les différents événements fondateurs du mouvement dit des Chemises rouges, depuis leur création embryonnaire à la veille du coup d’Etat du 19 septembre 2006, jusqu’à leur écrasante victoire électorale du 3 juillet 2011. Offrant un examen détaillé des actions et des motivations des différentes organisations et groupuscules qui composent les Chemises rouges ». » (In A 124.) Nous lui avons consacré deux articles :

A 124 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.html

A 125 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a125-les-chemises-rouges-de-thailande-2-119590962.html

 

 

(5) « Le bon sens du maraud quelque fois m’épouvante. Molière avec raison consultait sa servante » a écrit Piron il y a 250 ans, deux alexandrins qui donnent à méditer aux élites autoproclamées de Bangkok ou d’ailleurs.

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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 22:34

 

 

2 - POLITIQUE (Suite et fin).

 

Poursuivons notre lecture des deux dernières « idées reçues » politiques abordées par Mademoiselle Eugénie Mérieau, à savoir : « En Thaïlande, les élections n'ont aucune valeur à cause de l'achat des voix. », et « La loi de lèse-majesté fait partie intégrante de la culture thaïlandaise. »

 

                                         

2 - IV - « EN THAÏLANDE, LES ÉLECTIONS N'ONT AUCUNE VALEUR A CAUSE DE L'ACHAT DES VOIX. » (pp. 69-72)

 

L'épigraphe choisie par Mademoiselle Eugénie Mérieau pour cet article, que nous ne connaissions pas, vaut son pesant d'or, surtout venant de la Cour constitutionnelle de Thaïlande (Décision 3-4/2550, 30 mai 2007). Jugez plutôt :

« La prise de pouvoir par des élections dont le déroulement viole les dispositions de la constitution constitue une prise pouvoir par des moyens anticonstitutionnels. [En revanche], la prise de pouvoir par la voie du coup d’État n'est pas une prise de pouvoir par des moyens anticonstitutionnels. »

 

Il faut reconnaître qu'en 4 pages, Mademoiselle Eugénie Mérieau nous livre avec clarté les principaux éléments du problème en rappelant que le phénomène de l'achat des voix a été étudié par de nombreux universitaires (Anek Lanthamatas et Pasuk Phongpaichit sont cités). Mais surtout elle indique que de nombreux articles sur le sujet avaient pour fonction de condamner « l'électoral rural, trop mal éduqué pour bien voter » et de lutter contre « les députés de ces régions jugés comme incompétents au Parlement ». Il sera également utilisé comme argument contre Thaksin (en  2005-2006), et par les militaires pour justifier les coups d’État. 

 

Elle nous rappelle que cette pratique d'achat de voix existe depuis longtemps, mais qu'il faut savoir interpréter la réalité. Deux personnes sur trois, dit-elle, et cela atteint 85,5% dans le Nord-Est (Isan) ne se sentent pas obligés de voter pour le candidat qui leur a offert un cadeau ou de l'argent. Cette affirmation dont elle ne donne pas les sources nous paraît lancée avec une certaine légèreté. Comment savoir si 85,5% des électeurs de l’Isan (pourquoi pas 82,99 % ou 23,33 % ?) ne vont pas se sentir liés par l’enveloppe reçue ? Si on les interroge, ils peuvent répondre tout et n’importe quoi sans qu’il y ait la moindre possibilité de vérification puisque, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas de surveillance vidéo dans les isoloirs. 

 

Un bureau de vote en zone rurale (2008) :

 

 

Nous avions dans l'un de nos articles raconté que dans notre village d'Isan, lors d'une élection, les candidats étaient passés de maison en maison et avaient remercié  la promesse de vote  en donnant qui 200 baths, qui 300, qui même 1.000 baths parfois. Sauf que les roués paysans avaient promis leur vote à tous les candidats. Et si vous leur demandiez quel était l’intérêt retiré par le futur « député », ils vous répondaient : « dans 4 ans, il sera riche ».

 

 

S’il n’y a plus depuis quelques années et apparemment jusqu’en 2019, d’élections politiques à l’échelon national, il en reste (chefs de villages) à l’échelon local et les visites « protocolaires » des candidats dans les villages restent la règle.

 

Mademoiselle Eugénie Mérieau termine d'ailleurs son article ainsi : « L'achat de voix est bien une pratique courante au moment des élections, et constitue « une attente légitime » de la part des votants, mais pour autant, le secret du scrutin étant parfaitement respecté, ces derniers votent en leur âme et conscience pour le parti le mieux à même de répondre à leurs aspirations ! »

 

On pourrait rajouter la nécessité de comprendre ce qu'on entend par « parti » en Thaïlande (Cf. « l’originalité » de ce système politique résidant dans les klum, qui représentent, nous dit Baffie, « la véritable unité de base de la politique thaïlandaise »). (1) De même que si corruption « politique » il y a, elle n’est qu’une composante d’une corruption généralisée à tous les niveaux de l’Administration. Mais cela sont deux  autres sujets.

 

 

2  - V - « LA LOI DE LÈSE-MAJESTÉ FAIT PARTIE INTEGRANTE DE LA CULTURE THAÏLANDAISE. » (PP. 73-78)

 

 

 

La loi de lèse-majesté en Thaïlande a fait l'objet de nombreuses études, rapports, articles de journaux (Surtout à l'étranger), livres, etc. Ils visaient surtout à s'interroger sur le statut de demi-dieu du roi et sur l'article 112 du Code pénal qui déclare que quiconque « diffame, insulte ou menace le roi, la reine, son héritier ou le régent est passible de trois à quinze ans de prison », mais  qui permet surtout de réprimer  et/ou d'emprisonner les opposants politiques, de limiter la liberté d'expression, d'exercer une censure dans les médias,  le web et de  fermer des sites internet qui ont diffusé des propos jugés insultants contre le roi et la famille royale par les gouvernements en place (2).

 

Si des « observateurs » ont pu écrire que la junte militaire qui a renversé le régime démocratique de Yingluck Shinawatra en mai 2014, a augmenté  les accusations de lèse-majesté contre les opposants à la junte (Selon Human Rights Watch, le nombre de cas serait passé de 33 en 2005, à 164 en 2009 et plus de 400 en 2010, pour retomber  à 122 entre janvier et octobre 2011, soit un chiffre similaire à 2009, selon l'expert David Streckfuss), il ne faut pas oublier que Reporters Sans Frontières avait estimé que depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de la première ministre Yingluck Shinawatra s’était montré pire que son prédécesseur en termes de censure de l’Internet. « Si la Thaïlande continue d’emprisonner des internautes au nom de la lèse-majesté, elle  rejoindra le clan des pays les plus liberticides envers le Web » (Cité dans le Petit Journal du vendredi 16 mars 2012).

 

Mais le propos de Mademoiselle Eugénie Mérieau est de savoir si « La loi de lèse-majesté fait partie intégrante de la culture thaïlandaise. »

 

 

Après avoir rappelé que la loi de lèse-majesté punit de 3 à 15 ans de prison toute calomnie, injure ou menace à l'égard du roi, de la reine, du prince héritier, et du régent,   Mademoiselle Eugénie Mérieau nous dit que beaucoup la considèrent comme « un trait culturel thaïlandais », ce qu'ont confirmé toutes les Constitutions en déclarant que « la personne du roi est sacrée et inviolable ». Ensuite elle va surtout citer le livre de Bowornsak Uwanno, en précisant qu'il est « un juriste faisant autorité en Thaïlande » : « Lèse-majesté, Une caractéristique particulière de la démocratie thaïlandaise au sein du Mouvement Démocratique Global » (sic), pour indiquer que « Le lien entre la royauté thaïlandaise et le peuple thaïlandais est unique [... ] spécial », comme l'effet de la culture thaïlandaise et de l'éthique. La page suivante, Mademoiselle Eugénie Mérieau reste sur les explications de Bowornsak Uwanno, sans aucun esprit critique, laissant à penser qu'elle les partage.

 

 

Or, elles nous apparaissent plutôt  curieuses. Il réfute que le roi soit considéré  comme un « demi dieu » pour affirmer qu'il s'agit d'un Père, le père de la nation,  qu'il faut donc voir la loi de lèse-majesté comme un blasphème, dont il faudrait comprendre la sévérité en  sachant que (Elle le cite encore) « dans la société thaïlandaise, le parricide est, sur la base de normes éthiques et religieuses, un péché impardonnable et l'acte le plus grave d'ingratitude ». Péché ? Ingratitude ?

 

Bowornsak Uwanno est effectivement un éminent juriste mais il n’est pas le seul. Juriste attitré du gouvernement militaire avec quelques autres, il donne à l’action du gouvernement « autoritaire » issu d’un coup d’état – même sans effusion de sang – un fondement juridique. Pourquoi pas ? Nous avons écrit dans notre article précédent que les coups d’Etat « ne sont pas des incidents de l’histoire, ils sont tout simplement devenus un élément concret, coutumier et  non écrit  de la constitution du pays ». Mais il existe en Thaïlande des juristes qui pensent exactement le contraire. N’eut-il pas été judicieux de les citer ne serait-ce qu’en quelques mots ?

 

Et Mademoiselle Eugénie Mérieau reste encore à la page suivante avec Bowornsak Uwanno pour rapporter des propos quelque peu « étonnants ». Ainsi « l'élaboration de la lèse-majesté en tant que telle participa à la construction d'une monarchie absolue sur le modèle européen » Cette allégation est tellement fantaisiste que nous n'avons pas envie de la réfuter.

 

 

Qu’est-ce donc qu’une « monarchie absolue sur le modèle européen » ? Les derniers feux de la monarchie absolue en France ont brûlé en 1789. Les régimes successifs, Bonaparte, Bourbon puis Bonaparte, ne furent pas formellement absolus puisque tempérés par des assemblées électives plus ou moins représentatives. Si c’est faire référence à la Russie, l’exemple est mal choisi puisque l’Empire russe appartient pour l’essentiel et à 75 % à l’Asie. La dilection manifestée par Rama V pour le Tsar Nicolas et réciproquement l’explique. Rama V a envoyé son fils préféré Chakrabongsee et alors héritier présomptif étudier à Moscou, pays autocratique, et non pas dans une quelconque démocratie parlementaire, monarchie ou république, européenne.

 

 

La suite n'est pas de meilleur aloi. Ainsi « la force qu'elle connaît aujourd'hui est sans commune mesure avec ce qu'elle a pu être dans le passé : elle était moins sévère sous la monarchie absolue, et elle disparut quasiment aux lendemains de la révolution de 1932  ». (Mais le code pénal de 1908 est bel et bien resté en vigueur.)

 

 

Vous avez bien lu : la lèse-majesté était moins sévère au temps de la monarchie absolue ! Les bras nous en tombent.

 

Il n’était évidemment pas question de quelque délit ou crime de lèse-majesté que ce soit puisqu’il n’y eut pas, au moins avant 1900, de texte pour le définir, le roi étant tout simplement le maître de la vie de ses sujets ce qui ne valait pas qu’au sens figuré.

 

On se demande pourquoi Mademoiselle Eugénie Mérieau rapporte de telles fariboles, et ceci d'autant plus qu'au paragraphe suivant, après un « certes », elle  va nous dire exactement le contraire, enfin ce que tout le monde sait : « les préceptes hindouistes érigeaient le roi en figure à la fois vertueuse et divine (dhamaraja et devaraja). Le roi et la famille royale étaient intouchables  - le simple fait de lever les yeux sur le roi était passible de la peine de mort ». (Cf. Notre article (3))  Eugénie Mérieau cite ensuite le Code des Trois Sceaux « qui [prévoyait] des peines importantes pour les crimes contre le roi ».

 

 

Ensuite, Mademoiselle  Eugénie Mérieau nous rappelle  que l'ancêtre direct de l'article 112 peut être le décret sur la diffamation par la presse écrite promulgué en 1900 par Rama V qui prévoyait un emprisonnement de trois ans maximum ou une amende de 1500 THB ou les deux. Le Code pénal de 1908 fit passer la peine maximale de trois à sept ans et en 1976, à 15 ans. Ce n'est qu'au début des années 2000 que le nombre d'affaires explosa, mais on vit également s'exprimer des contestations de cette loi. Une pétition avec plus de 40.000 signatures fut remise au parlement, dit-elle, et le groupe Nitirat, un groupe de juristes s'opposera à la loi de lèse-majesté.

 

 

 

(Nous avons, dans deux articles, critiqué ce groupe de sept juristes, en rappelant néanmoins leurs actions et le soutien qu'ils avaient obtenus auprès de journalistes, artistes,  intellectuels, et  de la presse anglophone présente en Thaïlande (The Nation et Bangkok Post). Toutefois, ils avaient eu le mérite et le courage de dénoncer l'instrumentalisation du droit à des fins politiques. Cf. (4))

 

 

Elle constate que la loi de lèse-majesté n'est plus considérée par tous, comme « un trait culturel thaïlandais ». Surtout, pourrait-on rajouter, quand elle est utilisée par une junte militaire qui s'attribue le pouvoir de décider ce qu'est la liberté d'expression et les atteintes à l'ordre social.

 

Mademoiselle Eugénie Mérieau termine son article en citant longuement un extrait d'un rapport de février 2016 de la junte justifiant la lèse-majesté, qui ne manque pas d'humour, enfin d'humour noir en prétendant que « La Thaïlande respecte pleinement la liberté d'opinion et d'expression et la liberté de réunion... cependant ... ».

 

 

Mais, comme nous l'avons déjà dit, la loi de lèse-majesté procède avant tout de l'Histoire. Depuis l'origine, les rois siamois ont toujours légitimé leur pouvoir absolu en incarnant le roi Asoka et Bouddha mais aussi les divinités du brahmanisme et de l’hindouisme, qui leur donnaient le pouvoir absolu, le  droit de vie et de mort sur leurs sujets. (Cf. (3))

 

 

Certes ce pouvoir absolu variera selon les règnes mais surtout au XIXe siècle (Influence des modèles Européens, puissances coloniales aux frontières, réformes du roi Chulalongkorn, conseillers européens au Siam, éducation des Princes en Europe, etc.). Une société traditionnelle qui va évoluer avec le développement d’une économie monétaire et l'avènement d’une classe de fonctionnaires et de militaires, d'une monarchie constitutionnelle après le coup d’Etat de 1932 (Rappelons-nous que les principaux acteurs du Coup d'Etat proviennent  du  Parti du Peuple (le Ratsadon Khana),  fondé  le 17 février 1927, dans un hôtel parisien, par sept étudiants siamois dont Phibun et Pridi), etc. On verra même  Phibun, lors de sa dictature  (1948-1957), faire remplacer la photo du roi par la sienne. Il faudra attendre le maréchal Sarit (1959-1963) pour que de nouveau le roi retrouve son prestige et que soit réactivée la lèse-majesté. (Cf. Pierre Fistié (5))

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peupl e : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale », in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011. 

A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html 

 

(2) Article 14 : Internet ! Vous avez dit censure?

    http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-14-internet-vous-avez-dit-censure-68700049.html

Cf. Rapport d'Amnesty International 2017/2018, sur la Thaïlande.

https://www.amnesty.org/fr/countries/asia-and-the-pacific/thailand/report-thailand/

 

« Les autorités ont continué d’engager des poursuites vigoureuses au titre de l’article 112 du Code pénal (portant sur le crime de lèse-majesté), qui sanctionne les critiques envers la monarchie. Au cours de l’année (2017), plusieurs personnes ont ainsi été inculpées ou poursuivies en vertu de l’article 112, certaines d’entre elles étant accusées d’avoir insulté d’anciens monarques. Les procès en lèse-majesté se sont tenus à huis clos. En juin, le tribunal militaire de Bangkok a condamné un homme à une peine record de 35 ans de prison pour une série de publications sur Facebook qui auraient concerné la monarchie. Cet homme risquait 70 années d’emprisonnement, mais la peine a été réduite car il a plaidé coupable. En août, le militant étudiant et défenseur des droits humains Jatupat « Pai » Boonpattararaksa a été condamné à deux ans et demi d’emprisonnement après avoir été reconnu coupable dans une affaire concernant son partage sur Facebook d’un article de la BBC à propos du roi de Thaïlande. Les autorités ont engagé des poursuites pour lèse-majesté contre un universitaire de renom en raison de ses commentaires portant sur une bataille menée par un roi thaïlandais au 16e  siècle.

 

Les autorités ont exercé des pressions sur Facebook, Google et YouTube pour que certaines publications en ligne, notamment des contenus considérés comme critiques à l’égard de la monarchie, soient supprimées. Elles ont également menacé d’engager des poursuites contre les fournisseurs d’accès à internet qui ne supprimaient pas certaines informations et contre les personnes qui communiquaient avec des opposants au gouvernement exilés ou partageaient leurs publications sur internet. Six personnes ont par la suite été arrêtées pour avoir partagé des publications sur Facebook relatives au retrait d’une plaque commémorant les événements de 1932, qui avaient mis fin à la monarchie absolue. À la fin de l’année, ces personnes se trouvaient toujours en prison et faisaient l’objet de plusieurs inculpations au titre de l’article 112. »

 

(3) Notre article 93. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-92-le-processus-de-legitimation-du-pouvoir-du-roi-narai-in-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-119264251.html

 

Avec les deux références : Alain Forest, « Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravada », Journal des anthropologues [En ligne], 104-105 | 2006, mis en ligne le 17 novembre 2010, consulté le 23 juin 2013. URL : http://jda.revues.org/496 et L. Gabaude, « Religion et politique en Thaïlande, Dépendance et responsabilité », In « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173.

 

(4)  A69.  Vous connaissez le groupe Nitirat de Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a69-vous-connaissez-le-groupe-nitirat-de-thailande-107595409.html

Notre critique de ce groupe in A70.

 

(5)  Pierre Fistié, « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967. Et Nos articles 182.1et 2.  La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

 

 

 

 

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29 novembre 2018 4 29 /11 /novembre /2018 22:12


2 - POLITIQUE.

 

Poursuivons notre lecture pour aborder 5 autres « idées reçues » dans le domaine politique, à savoir : « La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle. », « Le régime militaire thaïlandais est une dictature soft », « Thaksin fut le Berlusconi thaïlandais », « En Thaïlande, les élections n'ont aucune valeur à cause de l'achat des voix. », « La loi de lèse-majesté fait partie intégrante de la culture thaïlandaise. »

 

 

2 – I - « LA THAÏLANDE EST UNE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE. »

 

 

Mademoiselle Mérieau a effectivement raison d'émettre des doutes sur la réalité de cette assertion que l’on retrouve effectivement partout.

 

Parler de « Monarchie constitutionnelle » revient d’abord à en définir au moins sommairement les deux éléments.

 

Une monarchie tout d’abord est un régime politique qui reconnaît comme chef d’état un monarque (du grec  μόναρχος « un seul dirigeant »). Il peut être héréditaire comme c’est le cas en Thaïlande ou au Cambodge voisin ou élu par un collège restreint comme c’est encore le cas en Malaisie ou ce le fut dans le Saint-Empire romain germanique (1).

 

 

Une constitution est un texte qui définit et souvent, mais pas toujours, limite les pouvoirs du monarque.

 

 

Elle peut dès lors être non écrite, fruit de la tradition et de la coutume ce qui était le cas de la France sous l’ancien régime (2). C’est le cas du régime anglais actuel dont la constitution est coutumière ou ce fut celui de l’Arabie saoudite jusqu’en 1992 (3).

 

 

Le régime monarchique en Thaïlande est donc assuré depuis toujours mais conforté par la Loi du Palais du 10 novembre 1924 voulue par le roi Vajiravudh un an avant sa mort et assurant sans heurts le trône à la descendance mâle successible de Rama V.

 

 

Elle fut appliquée sans difficultés au bénéfice de son frère Prajadhipok en 1925,

 

sans difficultés au moins apparente lors de son abdication en 1935 au profit d’Ananda, aîné de la lignée Mahidol

 

 

 

instantanément à sa mort au profit de son frère cadet Bhumibol

 

et à sa mort le 13 octobre 2016  à son fils Vajiralongkorn. Si elle ne fut pas la première constitution, elle fut en tout cas la première loi constitutionnelle et référence y fut faite dans les constitutions successives en ce qui concerne la succession au trône.

 

 

LES CONSTITUTIONS

 

L’histoire constitutionnelle de la Thaïlande en a connu à ce jour (nous écrivons en 2018) 20 dont 17 d’entre elles ont été promulguées au cours des 70 ans de règne du roi Rama IX (4).

 

S’interroger sur le point de savoir si « la Thaïlande est une monarchie constitutionnelle » revient en réalité à se poser la question sur le règne de Rama IX puisque nous ne savons pas de quoi demain sera fait.

 

Ces constitutions furent traditionnellement des instruments temporaires, promulgués à la suite de coups d’État militaires en dehors peut-être de celle du Maréchal et néanmoins dictateur Sarit Thanarat qui perdura de 1959 à 1968.

 

 

PLUSIEURS OBSERVATIONS :

 

La nature des institutions constitutionnelles

 

Nous allons trouver au fil des années plusieurs types de mécanismes constitutionnels que nous pouvons schématiser de façon peut-être simpliste en trois groupes, un régime comportant des organes législatifs élus, un régime comportant des organes législatifs nommés et un régime de pouvoir exécutif absolu (5).

 

 

La permanence des coups d’état.

 

Ils sont institutionnalisé depuis le premier de 1932 ayant conduit la Siam à un régime « démocratique ». Sous le seul règne de Rama IX qui nous intéresse, nous en avons décompté 15, coups d’état stricto sensu, militaires ou silencieux, sanglants ou pacifiques (6). Ils ne sont pas des incidents de l’histoire, ils sont tout simplement devenus un élément concret,  coutumier et  non écrit  de la constitution du pays.

 

 

Les pouvoirs du souverain.

 

Ils ont constitutionnellement évolué au fil des constitutions successives comme le fait judicieusement remarquer Mademoiselle Mérieau notamment après la prise du pouvoir par le Maréchal Sarit Thanarat. Il faut bien sûr faire référence au pouvoir charismatique du souverain qui transcende ses pouvoirs constitutionnels, qu’ils proviennent de la tradition multiséculaire brahmaniste et hindouiste (à laquelle Mademoiselle Mérieau ne croit guère) ou tout autant des qualités propres à la personne de Rama IX et de son épouse.

 

 

Les constitutionnalistes thaïs admettent sans difficultés que lorsque le pays est en crise, le souverain peut agir par-delà les textes.

 

 

 

CONCLUSION.

 

Mademoiselle Mérieau conclut « Une monarchie constitutionnelle qui s’appuie autant sur l’armée et se passe entièrement à la fois d’élections et de parlement peut difficilement répondre à la définition d’une démocratie – terme que l’on associe dans le langage courant à la « monarchie constitutionnelle ». Dont acte !

 

Elle conclut toutefois par un paragraphe intitulé « la démocratie n’est pas compatible avec la culture thaïlandaise » ce qui nous conduit à nos propres conclusions :

 

 

Reste à savoir ce qu’est-ce qu’on appelle « démocratie », n’entrons pas dans ce débat. Il est toutefois essentiel de relever que lorsque les « révolutionnaires » de 1932 ont imposé une constitution au roi, ils sont allés chercher leur modèle en Occident, tous éduqués dans des Universités françaises ou anglaises sans qu’il n’y ait jamais eu véritablement de texte spécifiquement thaï (7).

 

Il n’est pas de notre propos (ni d’ailleurs dans nos compétences) de définir quelle serait la Constitution idéale faisant cohabiter harmonieusement comme dans la société idéale d’Aristote la liberté et l’égalité, l’harmonie et le progrès. Nous n’irions toutefois pas chercher notre modèle en Occident (8).

 

 

Concluons sur une seule question, ces régimes constitutionnels successifs furent-ils des instruments du peuple pour contrôler le gouvernement ou des instruments du gouvernement pour contrôler le peuple ?

 

Ne cherchons donc pas donner une définition de ce régime  qui n'est assurément pas une « monarchie constitutionnelle » au sens que le « langage courant » donne à ce mot, contentons-nous de la porte de sortie favorite des juristes lorsqu'ils buttent sur une institution difficile à définir selon nos concepts : c'est un régime monarchique sui generis.

 

 

2 - II - « LE RÉGIME MILITAIRE THAÏLANDAIS EST UNE DICTATURE SOFT » (PP. 57-62)

 

 

L'idée reçue ici annoncée aurait nécessité d'indiquer une période. Toutes les dictatures qu'a connues la Thaïlande n'ont pas revêtu les mêmes formes, et ne se sont pas exercées dans  le même contexte historique.

 

Mademoiselle Eugénie Mérieau commence son article en rappelant  « Le fait que la majorité de ses huit décennies furent des dictatures militaires ne semble pas remettre en question le mythe officiel de la démocratie thaïlandaise »,  sous la haute protection du roi et de l'Armée, mais précise-t-elle, « une démocratie à la thaïe » avec 13 coups d' Etat réussis.

 

 

Nous avions montré dans notre article 214 (3), que la Thaïlande avait connu une vie politique plus mouvementée que ces 13 (14?) coups d'Etat réussis si on ajoutait les révoltes, les rébellions, les coups d'Etat « silencieux » (Prem, Abhisit 2010), les nombreuses tentatives de coup d'Etat, les soulèvements populaires  (1973, 1976, 1992), les coups d’Etat « judiciaires » (2008, 2009, 2014) Il y eut même une dictature « civile » comme celle de Thanin après le le coup d’Etat de 1976. Du premier janvier 1901 au 14 janvier 2016 nous en avions identifiés 42, en reconnaissant que la liste n'était pas exhaustive, soit une moyenne approximative d’un « coup » tous les 1.000 jours.

 

 

Nous avions également exposé « Les limites de la démocratie des années 1980 » (Cf. Notre article 234. (4)), qui montrait par exemple que le gouvernement  « démocratique » de Prem, du 3 mars 1980 au 4 août 1988  se déroula au fil des cinq gouvernements, et de trois élections générales, qu’il dut subir deux tentatives de coups d’Etat, quatre tentatives d’assassinats, mettre un terme à l’insurrection communiste thaïlandaise sur son sol, faire face aux menaces communistes laotiennes et vietnamiennes aux frontières, et cela sous le contrôle et l'encadrement des différentes factions militaires.

 

 

Le livre d’Arnaud Dubus et de Nicolas Revise « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande »(5) nous avait déjà aidé à comprendre  comment l’Armée avait construit son empire économique en monopolisant le pouvoir depuis 1932 et en intervenant sur la scène politique régulièrement par des coups d’états, au nom du roi et de la « sécurité nationale ». (Cf. aussi La puissance de l'oligarchie militaire In Notre article 223 (6))

 

 

Donc, quand Mademoiselle Eugénie Mérieau nous dit  que la dictature serait perçue comme « soft » (pourquoi utiliser cet anglicisme ; le terme de « dictature douce » est tout aussi expressif.), elle oublie des décennies de dictatures sanglantes, pour ne citer que les coups d'Etat de 2006 et 2014, qui auraient été « pacifiques », car vus comme une coutume habituelle, une dictature où  « La population ne résiste pas ; les contre-manifestations sont rares » et où « les militaires ont été « remerciés » par la population : on leur a offert fleurs et parfois même bises ».

 

 

Et pourtant à  la page suivante, Mademoiselle Eugénie Mérieau rappelle d'autres périodes de l'Histoire qui furent moins « festives », comme  la dictature du général Sarit qui réprima durement les communistes et « utilisa ses pleins pouvoirs pour emprisonner sommairement ses opposants et les exécuter. »  (Et la dictature de Phibun qui dura 9 ans (1948-1957) ?) ; la répression des années 1960 et 1970 (peu précis) ; le massacre d'octobre 1976 à l'Université de Thammasat

 

 

(Oubliant les événements de 1973) ; la répression féroces des « chemises  rouges » en 2010 au centre de Bangkok qui fit 90 morts.

 

Son dernier paragraphe signale que la communauté internationale n'a pas beaucoup réagi  contrairement à ce qui se passe en Birmanie et au Cambodge. Et elle ajoute : « La répression est en effet plus douce en Thaïlande, plus efficace peut-être, que ses voisins immédiats » et de citer Phrayut Chan-Ocha arrivé au pouvoir par coup d'Etat militaire le 22 mai 2014, qui « n'aurait » emprisonné pour lèse-majesté ou sédition qu'une centaine de personnes. Terminant sur « La répression n'a pas besoin d'être sanglante, quand elle est judiciaire. »

 

 

 

Eugénie Mérieau termine son chapitre avec un encadré d'une page intitulé « Les Chemises rouges sont des terroristes antiroyalistes » ; Une antiphrase  pour nous rappeler quelques données sur les  « Chemises rouges ». Un sujet qu'elle connaît bien ; Cf. Eugénie Mérieau, Les Chemises rouges de Thaïlande, Carnet de l’Irasec / Occasional Paper n° 23. ISBN 978-616-7571-16-4, juillet 2013

 

 

Mais on peut remarquer que la communauté internationale ne réagit pas beaucoup non plus sur les dictatures « asiatiques » et africaines et on peut juger cocasse la raison ici invoquée pour la Thaïlande qui aurait la spécificité d'avoir des dictatures « douces » . Un nouveau concept ? Les différents régimes militaires qui se sont succédés  ont tous eu des caractéristiques spécifiques, et si Mademoiselle Eugénie Mérieau n'attribue le « soft » qu'au régime de l'ex-général Phrayut Chan-Ocha, encore aurait-il fallu le préciser.

 

Mais on peut remarquer que le « soft » signifie – ici - plus de liberté civile, plus le droit de se réunir, d'exprimer une opinion politique, médias et réseaux sociaux sous surveillance, mesures d'intimidation par des arrestations et interrogatoires en camp militaire, etc.

 

Maintenant on peut se consoler en sachant que la Thaïlande est considérée comme un régime hybride et se situe en 2017 à la 107e place sur 167 pays, si on en juge d'après l'indice de démocratie créé par le groupe de presse britannique « The Economist Group »  fondé sur 60 critères et qui  classifie les pays  selon quatre régimes : démocratique, démocratique imparfait, hybride ou autoritaire,  Les régimes considérés comme autoritaires commencent à la 116e place.

 

 

2 – III -  « THAKSIN FUT LE BERLUSCONI THAÏLANDAIS (pp. 63-67)

 

 

Tout en évoquant les principaux éléments de la carrière politique de Thaksin, Mademoiselle Eugénie Mérieau nous livre quelques exemples de comparaison qui ont pu faire dire à certains que « Thaksin fut le Berlusconi thaïlandais ». « Thaksin fut décrit comme un « populiste » et en raison de son ascension fulgurante, sa richesse et son empire dans le domaine des la télécommunications, comparé à Silvio Berlusconi, une image dégradante. »Mais précise-telle, « le populisme de Thaksin est bien différent de celui de Silvio Berlusconi ». Si le style est comparable dit-elle, les programmes politiques et le mode de mobilisation sont différents. Toutefois restant sur « le populisme », elle considère qu'il fut tardif et qu'il mobilisa ses partisans à l'occasion « du procès qui lui était intenté devant la Cour Constitutionnelle pour fausse déclaration de capital ».

 

 

Pourquoi « tardif ? ». Thaksin a été poursuivi par la Cour Constitutionnelle avant son écrasante victoire aux élections générales du 6 janvier 2001. Et  il fut très actif durant la campagne  annonçant un  moratoire sur les dettes, un prêt d’un million de bahts pour chacun des 77.000 villages de Thaïlande et un accès aux soins hospitaliers pour les plus pauvres moyennant un forfait de 30 bahts. Ces trois engagements seront tenus s 2001 et n'ont rien de « populiste »  (Cf. Revise et nos deux articles sur Thaksin (7))

 

Ensuite, à juste titre, Mademoiselle Eugénie Mérieau voit une autre ressemblance avec Berlusconi dans le fait que tous deux ont considéré qu'un pays se gouvernait comme une grande entreprise. Thaksin, ajoute-elle, « voulut faire des gouverneurs des « PDGs locaux » qui devaient gouverner »et « marketer » leur province comme des businessmen ».

 

 

(Nous avions dans notre article sur Thaksin relever cette volonté :« Il est bien décidé à diriger le pays comme il a dirigé jusque-là ses entreprises. Il déclarera d’ailleurs que le juste rôle d’un premier ministre est de gérer la plus grande entreprise nationale : la Thailand Company. « La politique n’est que l’enveloppe que l’on voit. La gestion est la clé pour arriver à faire avancer la Thaïlande en tant qu’organisation.»(245 (7))

 

Mademoiselle Eugénie Mérieau poursuit la comparaison en leur attribuant des « mauvaises manières » et – curieusement - en ajoutant Trump ! Outre l'anachronisme, on ne voit pas vraiment pas ce que Trump vient faire ici. Passons.

 

 

Si en effet Berlusconi est connu pour ses multiples dérapages fascistes et misogynes, Thaksin ne joue pas du tout dans la même catégorie. Mademoiselle Eugénie Mérieau le dit elle-même d'ailleurs en disant que Thaksin « dans un style proche du peuple », « dans une langue simple et directe » a critiqué publiquement «  les élites et « l'establishment », le « réseau monarchique », « les bureaucrates, les généraux, les universitaires (…) les ONGs, les journalistes. ».

 

Mais il ne s'agit pas ici de « mauvaises manières ». Il s'agit ici, comme nous le dit Nicolas Revise (Cf. (8)) d'une politique autoritaire, volontariste et interventionniste visant une ambition de « s’emparer de l’Etat pour assurer une croissance économique favorable aux milieux d’affaires et au marché domestique » ; sans oublier … ses propres affaires, et une certaine conception de la démocratie qu’il explicite » , qui va se traduire par sa volonté de diriger et de contrôler toutes les institutions du royaume et de « vider de sa substance les garde-fous institutionnels » (commission électorale et anti-corruption, Cour constitutionnelle…), et d’éliminer toute forme d’opposition (parlementaire, militaire, médiatique, syndicale et associative).  »

 

 

Mademoiselle Eugénie Mérieau termine son article en rappelant les mesures sociales concrètes prises par Thaksin en faveur des masses rurales et des pauvres, qui lui valent encore aujourd'hui sa popularité en 2018 et  « la préoccupation première des militaires au pouvoir » de « déthaksiniser ».

 

Ensuite, Mademoiselle Eugénie Mérieau aborde deux autres « idées reçues »en politique  En Thaïlande, les élections n'ont aucune valeur à cause de l'achat des voix. », « La loi de lèse-majesté fait partie intégrante de la culture thaïlandaise. ». Ce sera l'objet de notre futur article.

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

POUR NOS REMARQUES SUR « LA THAÏLANDE EST UNE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE »  (2  -I)

   

(1) Le roi de Malaisie dont le rôle qui n’est que symbolique est l’un des neuf chefs héréditaires de neuf États de la péninsule. Il est élu pour 5 ans en présidence tournante par ses pairs, les quatre gouverneurs des États non dirigés par des sultans et le premier ministre.

 

 

Le Saint-Empire romain germanique qui perdura depuis le Xe siècle jusqu' en 1806 voyait un empereur qui régnait sur une poussière d’états, grands, petits ou minuscules, de villes libres et d’évêchés (plus de 350) élu par une quinzaine d’électeurs ecclésiastique ou séculiers.

 

 

(2) Les « Lois fondamentales du royaume » dégagées de façon prétorienne dès la mort d’Hugues Capet en 996, complétées par l’affirmation de la « loi salique » à la mort de Louis X en 1316 perdurèrent sans heurt majeur jusqu’en 1791.

 

(3) Jusque-là, le Coran et la Sunna (Tradition du prophète) constituaient sa constitution. Il est d’ailleurs difficile de qualifier le texte de 1992 qui se contente en réalité de faire référence à la charia, de « constitution ».

 

 

Le plus bel exemple historique fut celui de l’Espagne sans  constitution de 1936 à 1978.

 

 

(4) Sous le règne de Rama VII,  la première charte temporaire de 1932 et la constitution de 1932.

Sour le règne de Rama VIII la constitution du 9 mai 1946. Il ne la connut qu’un mois.

Sous la règne de Rama IX la constitution intérimaire de 1947, celle de 1949, celle de 1952,   celle de 1959, celle de 1968, celle de 1972, celle de 1974, celle de 1976, celle de 1977,  celle de 1978, celle de 1991, celle de 1997, celle de 2006, celle de 2007, celle de 2014, celle de 2015 et celle de 2017.

 

(5)

Organes législatifs élus :

 

En 1946, la chambre des députés est élue et élit elle-même les membres du Sénat. En  1997, Chambre et Sénat sont élus.

 

Des organes législatifs nommés :

 

Ils sont partiellement élus et partiellement nommés par l’exécutif, les membres nommés ayant suffisamment de poids pour faire barrage aux élus. Le Premier ministre est soit un chef militaire, soit une figure de proue de l'armée ou du palais. Cela vaut dans le cadre de la constitution de 1932 après 1937,  la Constitution de 1947, celle de 1949, celle de 1952, celle de 1968, celle de 1974, celle de 1978, celle de 1991, celle de 2007 et celle de 2016.

 

Le pouvoir exécutif absolu

 

L’exécutif dispose d'un pouvoir absolu ou quasi absolu, sans législature ni assemblée législative entièrement désignée. Le Premier ministre est généralement un chef militaire ou une figure de proue de l'armée ou du palais. Nous le trouvons dans la Charte de 1932, la Constitution de 1932 avant 1937, la constitution de 1959, celle de 1972, celle de 1976, celle de 1991, celle de de 2006 et la Constitution provisoire de 2014.

 

(6) Voir notre article 214 « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/214-combien-de-coups-d-etat-de-rebellions-de-revoltes-et-de-souevements-en-thailande-depuis-le-debut-du-siecle-dernier.html

 

Sur un total inventorié de 42 au sens large depuis le début du siècle dernier, et pour nous en tenir aux seules tentatives réussie pour changer le gouvernement en dehors de toute procédure démocratique, 15 d’entre eux se sont déroulé sous le 9e règne : Coup d’état silencieux du 1er avril 1933 - Coup d’état  du 20 juin - Coup d’état du 1er juillet 1944 – Coup d’état du 8 novembre 1947 - Coup d’état  du 9 novembre 1948  - Coup d’état dit « Radio coup » du 29 novembre 1951 - Coup d’état  du 16 septembre 1957 - Coup d’état du 20 octobre 1958 - Coup d’état silencieux  de 1976 - Coup d’état : Le massacre du 6 octobre 1976 - Coup d’état du 20 Octobre 1977 - Coup d’état silencieux  de 1980 - Coup d’état du 23 février 1991 - Coup d’état du 19 septembre 2006 - Coup d’état  du 20 mai 2014.

 

(7) Les deux états voisins décolonisés sont allé chercher leurs modèles en Angleterre pour les Birmans, en France pour les Khmers. Le parallèle est saisissant, la conseillère d’État de la Birmanie Aung San Suu Kyi, qui dirige de facto le gouvernement, et qui bénéficie d’un incontestable charisme personnel tant dans son pays qu’à l’étranger a changé le régime mais l’armée conserve la réalité du pouvoir.

 

 

Le roi du Cambodge bénéficie du charisme hérité de la monarchie khmère. La réalité du pouvoir appartient au premier ministre et à une police toute puissante.

 

 

(8) L’Occident qui prétend être le lieu géographique de la naissance de la civilisation moderne a exporté ses idées sur la terre entière, culte de la nation et recherche de la société idéale en particulier, dans ses propres cadres juridiques avec des résultats dont il est difficile de dire qu’ils ont été, en Afrique ou dans le Proche-Orient en particulier, bénéfiques

 

 

                                                 

NOTES POUR « LE REGIME MILITAIRE THAÏLANDAIS EST UNE DICTATURE SOFT » (2 - II) ET « THAKSIN FUT LE BERLUSCONI THAÏLANDAIS » (2  - III)

 

 

(1) Le Cavalier bleu Éditions, collection « Idées reçues », 2018, 147 pages.

 

(2) Rappel.

Sommaire du livre :

 

Introduction (pp.11-13), Histoire. ( pp. 17-44) « La stèle de Ramkhamhaeng est la Magna Carta siamoise »

 

 

« Le roi Mongkut incarne la figure décriée du despote oriental. »« La Thaïlande n'a jamais été colonisée. » « Le Siam est devenue une monarchie constitutionnelle par la volonté du roi. » « La Thaïlande s'est rangée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale . »

 

 

Politique (pp. 49-78). « La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle. » « Le régime militaire thaïlandais est une dictature soft. » « Thaksin fut le Berlusconi thaïlandais ». « En Thaïlande , les élections n'ont aucune valeur à cause de l'achat des voix. »« La loi de lèse-majesté fait partie intégrante de la culture thaïlandaise. »

 

Société (pp. 81- 110) « Le bouddhisme est la religion officielle du royaume. » « Les populations du Nord-Est sont arriérées. » « La Thaïlande est le paradis des lesbiennes, gays et transgenres. » « La femme en Thaïlande jouit d'un statut privilégié. »« L'industrie de la prostitution est principalement dédiée aux touristes et expatriés. »

 

 

Économie (113-138) « L'économie thaïlandaise repose sur le dynamisme de  ses Chinois d'Outre-mer. » « L'économie thaïlandaise dépend principalement du tourisme. »  « Au sein du Triangle d'or, la Thaïlande est producteur majeur d'opium et d'héroïne. »

« La corruption en Thaïlande est culturelle. » « La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. »

 

Conclusion (pp.139-141) Annexe (pp.145-147) : 19 Références, dont 17 livres, un documentaire et un film.

 

(3) 214 – COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS  EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/214-combien-de-coups-d-etat-de-rebellions-de-revoltes-et-de-souevements-en-thailande-depuis-le-debut-du-siecle-dernier.html

 

(4) 234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/234-les-limites-de-la-democratie-des-annees-1980-en-thailande.html

(5) Notre lecture de  « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », de Arnaud Dubus et Nicolas Revise    l’Harmattan,

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21 novembre 2018 3 21 /11 /novembre /2018 22:26

1. HISTOIRE. (1)

 

Nous connaissons déjà Eugénie Mérieau pour son étude de 2013 sur Les Chemises rouges de Thaïlande. Nous lui avions consacré deux articles, tant elle nous aidait vraiment à comprendre cette période politique mouvementée qui débouchera sur le régime militaire actuel (2). Elle manifestait déjà d'une bonne connaissance des événements politiques de la Thaïlande, alors qu'elle poursuivait l'écriture de sa thèse de doctorat « Le constitutionnalisme thaïlandais à la lumière de ses emprunts étrangers : une étude de la fonction royale. » qu'elle soutiendra avec succès le 3 mars 2017 (3). Aussi nous étions convaincus en ouvrant son nouveau livre sur les « Idées reçues sur la Thaïlande » paru en 2018, que nous aurions là un point de vue intéressant sur 20 sujets portant sur l'Histoire, la politique, la société, l'économie, qu'elle jugeait suffisamment sérieux pour proposer une mise au point. (Cf. Le sommaire en (4))

 

Nous étions d'autant plus curieux que nous avions déjà abordé tous les sujets en question, parfois même sur plusieurs articles. Notre article « La Thaïlande n'a jamais été colonisée » par exemple, est même le plus populaire de notre blog. (La page a été ouverte plus de 10.000 fois à ce jour) (5) Mais le nombre et la diversité des « idées reçues » ici présentées ne pouvaient pas, dans le cadre d'un article de blog, permettre une confrontation de nos approches respectives, mais cela n'empêchait pas de proposer quelques remarques.

 

 

La première remarque porte sur la notion même d' « idées reçues. »

 

Nous n'allons pas ici faire l'historique de cette notion située entre le stéréotype, le cliché, et le lieu commun, qui semblent s'imposer dans leur évidence pour qui ne les a pas étudiées, mais dont nombre d'entre elles ont été démontrées fausses par des sources fiables. Les synonymes sont multiples : « Qui est communément admis, établi, poncif, cliché, automatisme de la pensée, préjugé, etc. ; une opinion qui est admise par le plus grand nombre sans avoir été pensée. (Cf. L'article d' Anne Herschberg Pierrot « Histoires d'idées reçues »)(6)

 

Eugénie Mérieau, dans « son introduction » ne nous donne pas de définition, mais nous signale, à juste titre, que « La Thaïlande a, contrairement à ses voisins, été très peu étudiée », et nous confie son intention de rendre « accessible la Thaïlande à tous en réfutant les nombreuses idées reçues nourries à son endroit », qu'elle estime procéder de deux ordres  »: « L'orientalisme » ou « le contre-orientalisme » des chercheurs, et « les idées reçues provenant des « récits de voyageurs » (Entendez pour elle « les touristes  blancs occidentaux et/ou français»).

L'orientalisme donc, « qui mystifie et rend « autre » tous les phénomènes thaïlandais », et qui interdirait toute étude extérieure surtout venant de « l'homme blanc occidental » ou à l'inverse le contre-orientalisme « qui reprend à son compte la propagande d'Etat et abandonne toute distance critique » qui aboutit à dire par exemple, que « la démocratie n'est pas compatible avec la culture thaïlandaise ».

 

 

Les idées reçues proviendraient donc des « récits de voyageurs  en Thaïlande - « des hommes blancs occidentaux» -  certes. Mais curieusement Eugénie Mérieau ne cite en exemple que quatre romans français - la lacune est tout de même singulière - dont « Plateforme » de Michel Houellebecq

 

et « La Mauvaise vie » de Frédéric Mitterrand qui ont « pour point commun le tourisme sexuel en Thaïlande. ». Et d'ajouter : «  Mais la prostitution si elle constitue en effet un aspect de la culture thaïlandaise n'épuise en rien la complexité de cette société fascinante à bien des égards. »

 

 

Mais on pourrait rétorquer que les romans suscités ne visaient nullement à rendre compte de la complexité thaïlandaise, surtout si on pense au roman de Frédéric Mitterrand « La Mauvaise vie » qui nous fait entrer dans les clubs homosexuels de Bangkok et de Djakarta à l'avant-dernier chapitre intitulé « Bird ». Et elle poursuit son introduction en voyant un paradoxe entre le fait que « les Français connaissent « touristiquement » si bien » le pays, mais reste pour eux « académiquement » (sic) méconnu. Paradoxe qu'elle va tenter de lever « en faisant justice à la complexité thaïlandaise ».

 

Outre la phrase quelque peu alambiquée, l'affirmation que les touristes français connaîtraient bien les lieux et les monuments à visiter est démentie par les faits et les témoignages circulant dans les réseaux sociaux et les forums. De plus, en ajoutant qu'elle va rendre « justice à la complexité thaïlandaise », elle ne dit rien sur ce que représente pour elle « les idées reçues », ni les raisons qui ont procéder à ses choix.

 

Elle retiendra donc 20 « idées reçues » portant sur l'Histoire, la politique, la société, l'économie. (Cf. (4) Le sommaire). Nous aborderons dans cet article les 5 « idées reçues » relatifs à « l'Histoire », à savoir : « La stèle de Ramkhamhaeng est la Magna Carta siamoise »,

 

 

« Le roi Mongkut incarne la figure décriée du despote oriental. »,

 

 

« La Thaïlande n'a jamais été colonisée. »,

 

 

« Le Siam est devenue une monarchie constitutionnelle par la volonté du roi »,

 

 

« La Thaïlande s'est rangée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale. »

 

 

Nous allons voir que nombre de ces articles n'ont rien à voir avec ce qu'on peut appeler une « idée reçue». Ainsi son 1er article consacré à« La stèle de Ramkhamhaeng est la Magna Carta siamoise»  s'apparente à une controverse ; ce qu'elle dit elle-même.

 

Elle va d'ailleurs présenter les éléments de la controverse :

 

La découverte de la stèle par le roi Mongkut, son contenu ; son utilisation par des scientifiques thaïlandais à des fins nationalistes ; Différentes questions : l’origine de l'alphabet siamois ? Est-elle la première constitution siamoise ? Avec le point de vue de Seni Pramot. Est-elle une contrefaçon réalisée sur ordre de Mongkut pour montrer « l'ancienneté et le développement de la civilisation siamoise dès le XIIe siècle » aux puissances coloniales  et pour légitimer le pouvoir royal. Eugénie Mérieau termine son article en signalant que la controverse a disparu du débat public après les années 1990-2000. (Cf. Nos articles sur ce sujet. (7)).

 

 

Le 2e article : « Le roi Mongkut incarne la figure décriée du despote oriental. » (8)

 

Le concept de despote oriental existe depuis la Grèce antique et a pris bien des acceptions jusqu'au siècle des Lumières. Montesquieu dans sa distinction des trois gouvernements voyait dans le despotisme, un seul gouvernant, sans loi et sans règle entraînant tout par sa volonté et ses caprices. D'autres rajouteront sa tyrannie, l'arbitraire de ses décisions, son pouvoir absolu sur ses sujets ...

 

Eugénie Mérieau, après avoir cité Mgr Pallegoix qui voyait en Mongkut « un despotisme dans toute la force du terme », ajoute certaines caractéristiques que l'on attribue généralement à tout despote oriental (La personne sacrée que l'on ne peut regarder, l'arbitraire, la violence dans la succession, le harem).

 

Mais une question se pose : « Pourquoi seul le roi Mongkut incarnerait cette figure du despote oriental au Siam ? Et pourquoi « oriental » ?

 

On pense aux premiers monarques de la présente dynastie, dont le pouvoir « despotique » était plus proche de la notion de « despote éclairé » comme l'a connu le XVIIIe siècle.

 

 

Ils nous semblent que la notion de « despote oriental » ne soit pas adaptée à l'histoire des rois du Siam, même si, Eugénie Mérieau nous rappelle les deux écrits de la gouvernante Anna Leonowens, qui a enseigné 6 ans au palais royal et qui a dressé un portrait du roi Mongkut le présentant « en despote oriental barbare ». D'ailleurs Eugénie Mérieau ne dit-elle pas que ces écrits ont provoqué en Thaïlande de vives controverses, comme la comédie musicale « The king and I », et le film avec Jodie Foster « Anna et le roi », interdits en Thaïlande. Il ne faut pas avoir peur d’affirmer que Madame Leonowens n’est pas une source fiable mais tout simplement un imposteur dont les souvenirs ne sont qu’une encyclopédie de contre-vérités. (Cf. Notre article « Anna et le roi ou l'histoire d'une imposture » (8)

 

 

Si on veut qualifier le roi Mongkut, les « Chroniques royales d'Ayutthaya » nous apprennent que lors de leur intronisation les rois étaient considérés comme : « le Maître des Dieux », « le seigneur des dieux sur terre », « le seigneur de la création », « le Dirigeant des Rois », « l’ Incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha », « le Rama du Royaume », « le Suprême Shiva, Conquérant du Monde », « le Maître des Trois Mondes »,  « le Génial et Brillant Agni », en lui donnant « la Puissance de Brahma » etc. (Cf. Notre article « 93. Les légitimations du pouvoir du roi Naraï, in « Les chroniques royales d’Ayutthaya ». »)

 

De plus, « Le roi à Ayutthaya, est en sa qualité de devarâcha, le dieu-roi hérité de la tradition khmère, le « Seigneur de la Vie » (Chao Chiwit), et commande en principe à tous les êtres, humains et autres, du royaume. Il est aussi Chao Phendin, « le Maître de la Terre ». Autrement dit, la terre du royaume appartient au souverain, et ses sujets qui l’exploitent n’en ont que l’usufruit. Le souverain dispose donc en maître absolu des biens fonciers, de son droit d’octroyer ou de confisquer les terres, de son droit de percevoir l’impôt sur toutes les terres. Il incarne l’État. » (Cf. L'article 46 de « Notre Histoire »)

 

 

Eugénie Mérieau avait là de quoi rebondir à partir de l'histoire du Siam. Elle n'oubliera pas néanmoins de rappeler que le roi Mongkut était un érudit et le « premier grand roi réformateur, modernisateur et moderne », pour conclure : « Le roi Mongkut fut donc le « plus occidentalisé » des despotes orientaux du Siam ». Décidément, Eugénie Mérieau tient à ce concept de « l'orientalisme », pourtant peu pertinent ici.

 

 

Le 3e article « La Thaïlande n'a jamais été colonisée. » exprime une véritable idée reçue dont les Thaïlandais sont fiers de l’être ou plus probablement le feignent, une idée que l’on trouve surtout répandue dans les introductions pseudo-historiques de certains guides touristiques ou de fascicules de vulgarisation. En 4 pages et demie, Eugénie Mérieau en fait une bonne synthèse, rappelant que si les troupes anglaises et françaises n'ont pas occupé le Siam, préférant conserver une zone tampon entre leurs colonies birmane et indochinoise, il n'en a pas moins signé 13 traités d'extraterritorialités dont le premier fut signé en 1855 avec les Britanniques, en 1856 avec la France et les États-Unis, etc, qui permettaient à leurs ressortissants d'échapper à la loi siamoise. Eugénie Mérieau retrace ensuite comment les différents pays occidentaux ont contraint le Siam à se réformer et furent amenés après la 1e guerre mondiale à signer les traités abolissant les régimes d'extraterritorialité (Les États-Unis en 1920, le Japon et l'Allemagne en 1923, la France en 1924, etc.)

 

 

Le 4e article « Le Siam est devenue une monarchie constitutionnelle par la volonté du roi ».

 

Le problème ici est qu'Eugénie Mérieau s'appuie sur une « histoire officielle » qui aurait donc décrété que « Le Siam est devenue une monarchie constitutionnelle par la volonté du roi ». Ce dont chacun, ayant quelque peu lu des études historiques sur cette période de l'Histoire, mesure la fausseté. Si idée reçue il y a, elle n'est partagée que par peu de monde.

 

Et il ne sera pas difficile à Eugénie Mérieau de montrer que le roi fut victime d'une révolution menée par un certain « Comité du peuple » - qui n’avait soit dit en passant de populaire que le nom - mené par Pridi qui l'obligea sous la contrainte et la menace d'établir une république, à approuver le 27 juin 1932 une Constitution provisoire et dut négocier âprement pour conserver certaines de ses prérogatives « droit de grâce, veto royal) avant de signer la Constitution le 10 décembre 1932. Le roi encouragea même une contre-révolution en 1933, qui échoua ; Il abdiqua d'ailleurs en 1935, devant le constat qu'il n'avait plus désormais qu'un pouvoir très limité. Il se présentera dans sa lettre d'abdication comme un roi soucieux de son peuple, qui ne pouvait accepter un gouvernement usurpateur et autoritaire.

 

(Nous avons consacré deux articles au coup d'Etat du 24 juin 1932 et deux autres à l'analyse de la Constitution du 10 décembre 1932.(9))

 

 

La 5e « idée reçue » : « La Thaïlande s'est rangée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale. »

 

Nous ferons au préalable la même remarque que pour le sujet précédent à savoir que nous ne connaissons aucun historien, digne de ce nom, qui ait pu énoncer une telle énormité avec une généralité ainsi présentée. Il n'y a donc là aucune « idée reçue » à réfuter.

 

Le titre est d'autant plus surprenant qu' Eugénie Mérieau nous propose un exposé en cinq pages qui indique bien le rôle et l'idéologie du 1er ministre Phibun, admirateur de Mussolini, menant une politique de 1939 à 1942 aux caractéristiques « fascistes » (campagne discriminatoire contre les Chinois,« les juifs de l'Orient », culte de la personnalité, etc.), et d'occidentalisation nationaliste avec la promulgation de 12 lois (Changement de nom du pays, hymne national, préférence nationale et valeur travail, lutte contre certaines pratiques siamoises jugées « arriérées »). L'exposé indique bien la popularité acquise par Phibun attaquant la France pour reconquérir  les territoires cambodgiens et laotiens que le Siam lui avait cédés à la fin du XIXe siècle qui débouchera sur un traité en mars 1941, qui lui accordera d'importants territoires laotiens et la province cambodgienne de Battambang, avec l'appui des Japonais.

 

Manifestation anti-française à Bangkok en 1941 : 

 

 

Il ne faut pas oublier que le retour à la Thaïlande des territoires perdus sous la contrainte de traités manifestement inégaux fut alors considéré par la population avec le même enthousiasme que celui des Français lors du retour de l’Alsace-Lorraine à la mère patrie.

 

 

Elle nous signale les principales étapes de la guerre : la neutralité affichée jusqu' à ce que le Japon envahisse la Thaïlande en décembre 1941, pour s'emparer de la péninsule malaise et de la Birmanie. La faible résistance thaïlandaise à Prachuap Kirikhan, et la décision rapide du gouvernement Phibun de coopérer et de participer à la guerre aux côtés des Japonais, en déclarant la guerre en janvier 1942 aux Américains et aux Britanniques.

 

Une déclaration de guerre qui aura comme conséquence, dit-elle, la formation de mouvements de résistance dont les deux principaux seront les « Seri Thai » (Les Thaïs libres) de Seni Pramot, alors ambassadeur de Thaïlande aux États-Unis, qui refusera de délivrer la déclaration de guerre et celui clandestin de Pridi, alors Régent.

 

En fait, « la résistance thaïlandaise s’est manifestée en quatre mouvements et en des pays différents (USA, Angleterre, Chine, et à l’intérieur de la Thaïlande), avec –évidemment- des acteurs différents. ». Mais encore faut-il préciser, ce que Eugénie Mérieau ne dit pas, c'est que les Free Hais de l'extérieur n'étaient qu’une centaine, dont une cinquantaine organisée au sein du FSM (Free Siamese Movement) en Grande Bretagne et au niveau intérieur, que si Pridi en août 1942, avait informé les Britanniques qu’il avait formé un groupe secret anti-japonais « X O Group » ; Un des membres, Sawat Trachu, révéla dans un mémoire qu’ils n’étaient que 10 ! Bien sûr le mouvement se renforça par la suite, bien que très divisé … et il faudra attendre janvier/février 1944 pour qu’une base OSS Free Thais s’organise à Ssumao (Chine) avec le 1er essai d’infiltration et novembre 1944 pour que les opérations en Thaïlande commencent, avec ARISTOC (Chiangmai) de l’OSS et COUPLING (entre Khon Kaen et Loei) de la SOE, et 1945 pour que de nombreuses opérations larguent en différents points de la Thaïlande, des officiers Free Thais, opérateurs radios, et armes, aidés par des formateurs OSS et SOE pour établir des bases de résistance. Le 6 août 1945 une bombe nucléaire rasait Hiroshima, et le 9 août Nagasaki. Le 15 août l’empereur Hiro Hito annonçait à la radio la reddition du Japon. Reynolds dans son livre « Thailand’s Secret War, OSS, SOE, and the Free Thai Underground, during World War II », n’avait signalé aucun acte de sabotage, ni de faits d’armes contre les Japonais. (Cf. Notre article 202 (10) )

 

 

Le seul acte de résistance active contre la présence japonaise fut purement ponctuel dans le village de Banpong dans la province de Rachaburi (Voir notre article A 198 - note 11).

 

Les Thaïs de la province de Sakonnakhon célèbrent toujours la mémoire de Tiang Sirikang « le résistant de la forêt de Phupan » réputé avoir organisé la résistance armée dans la région et avoir connu une triste fin assassiné par les sbires de Phibun en 1952. Il semblerait pourtant que ce singulier résistant qui avait reçu 34 tonnes de parachutage de matériel d’armement par les Anglais qui n’avaient manifestement pas été utilisé contre les Japonais. Nous nous étions posé la question de savoir ce qu’était devenu cet arsenal ? Nous en avions trouvé une réponse dans le déclassement au moins partiel des archives de la CIA en 2010 par le Président Obama : Nous y trouvions une information capitale apparemment jamais exploitée par aucun historien : Dans son bulletin « Current Intelligence Bulletin » de novembre 1954 (partiellement censuré) la C.I.A nous dit l’avoir retrouvé  à la tête d’un « Thai liberation committee » au nord du Laos (sous influence communiste), un gouvernement en exil  sponsorisé par le Vietminh (12).

 

 

Mais Eugénie Mérieau à la fin de son article, reconnaîtra que le gouvernement Churchill considérera que « la Thaïlande avait joué un rôle majeur dans l'expansion japonaise en Asie du Sud-Est » et ne la considérait donc pas comme un allié, et ceci malgré le fait que le gouvernement du 1er ministre Khuang Aphaiwong du 1er août 1944 au 31 août 1945 avait tout fait pour se faire reconnaître comme l'« allié » des puissances anglaises et américaines. Certes elle ajoutera que les États-Unis en 1946 eurent une attitude plus conciliante, et inaugureront une  coopération politique et militaire durable, pour devenir même son allié central en Asie du Sud-Est dans sa lutte contre le communisme. Ce qui ne veut pas dire qu'ils croyaient que « La Thaïlande s'était] angée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale . »

 

D'ailleurs Phibun qui fut arrêté à la fin de la guerre par les Alliés, fut finalement acquitté sous la pression populaire, une majorité de Thaïlandais considérant qu'il n'avait fait que servir les intérêts du pays et son indépendance.

 

 

Le prochain article abordera 5 autres « idées reçues » dans le domaine politique : « La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle. », « Le régime militaire thaïlandais est une dictature soft », « Thaksin fut le Berlusconi thaïlandais », « En Thaïlande, les élections n'ont aucun valeur à cause de l'achat des voix. », « La loi de lèse-majesté fait partie intégrante de la culture thaïlandaise. »

 

 

Notes et références.

 

(1) Le Cavalier bleu Éditions, collection « Idées reçues », 2018, 147 pages.

 

(2) L’étude d’Eugénie Mérieau, récemment parue en juillet 2013, sous l’égide de l’IRASEC, intitulée Les Chemises rouges de Thaïlande,  « retrace dit-elle, les différents événements fondateurs du mouvement dit des Chemises rouges, depuis leur création embryonnaire à la veille du coup d’Etat du 19 septembre 2006, jusqu’à leur écrasante victoire électorale du 3 juillet 2011. Offrant un examen détaillé des actions et des motivations des différentes organisations et groupuscules qui composent les Chemises rouges ». » (In A 124.) Nous lui avons consacré deux articles :

A 124 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.html

A 125 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a125-les-chemises-rouges-de-thailande-2-119590962.html

 

En page de garde, nous apprenons, qu'Eugénie Mérieau est docteure de l' INALCO en sciences politiques et enseigne à « Sciences Po » Paris, qu'elle a écrit : « Les Chemises rouges de Thaïlande », IRASEC, 2013. (dir) « The politics of (no) Elections in Thailand », White Lotus pres, 2016, et « Les Thaïlandais », Henri Dougier, 2018. Parfaitement thaïophone, elle anime de concert avec une autre Française lao d’origine, Thatsanavanh Banchong une émission en langue thaïe sur une chaîne de télévision thaïlandaise, « Voice TV » (channel 21).

(3) Thèse de doctorat, soutenue le 3 mars 2017 : « Le constitutionnalisme thaïlandais à la lumière de ses emprunts étrangers : une étude de la fonction royale. »

Résumé :

C’est sous cette forme quelque peu alambiquée qu'Eugénie Mérieau présente sa thèse :

« Cette thèse dégage, à partir de l'étude des mutations du droit constitutionnel thaïlandais et des doctrines qui le sous-tendent depuis ses plus lointaines origines, le point cardinal de l'ordre politique thaïlandais, identifié comme étant la souveraineté du roi. La construction de la souveraineté monarchique s'est appuyée sur des emprunts étrangers formant, par sédimentations successives, une doctrine proprement thaïlandaise du pouvoir royal l'érigeant en constituant suprême, seul interprète du dharma et de la coutume, auxquels le droit positif serait par nature inféodé. Si, en Europe, le « constitutionnalisme médiéval » a soustrait au roi le pouvoir de modification des lois fondamentales du royaume, le constitutionnalisme moderne a eu tendance à le dépouiller de sa « majesté », et enfin, le néo constitutionnalisme a transféré son rôle de gardien de la constitution au pouvoir judiciaire ou à un organe spécialisé de contrôle de la constitutionnalité des lois, au Siam puis en Thaïlande, la royauté a su utiliser les innovations constitutionnelles occidentales pour s'institutionnaliser et se transformer tout en maintenant l'affirmation doctrinale de sa souveraineté et son exercice effectif. L'instabilité constitutionnelle chronique qui en résulte a pour effet de neutraliser le développement du parlementarisme nécessaire à la convergence du régime politique thaïlandais vers son modèle britannique. Sont ainsi posés les jalons d'une réflexion sur l'impossibilité du transfert des conventions de la constitution, règles non-écrites qui forment le cœur du droit parlementaire britannique, en tant que cristallisation de contraintes juridiques propres à une histoire constitutionnelle spécifique ».

Soutenue à l’Université « Sorbonne Paris Cité », sous la direction de Marie-Sybille de Vienne -qui n’est pas une juriste- devant un jury qui en comportait deux, Michel Troper, professeur de droit constitutionnel et Jean-Louis Halpérin, professeur d’histoire du droit outre Vishnu Varunyou, vice-président de la Cour administrative suprême de Thaïlande. Cette thèse est le fruit d’un considérable travail de recherche même si sa construction manque de la rigueur que l’on attendrait d’une thèse de droit public … mais c’est une thèse de sciences politiques.

Elle étudie de façon approfondie l’évidente dichotomie qui existe entre les pouvoirs que les constitutions successives attribuent au roi et les pouvoirs charismatiques qu’il tient de la cérémonie du couronnement qui transcendent ceux qu’il tient de la constitution, recevant en particulier l’onction des Brahmanes, du clergé bouddhiste, des membres de la famille royale et de la haute noblesse lors des cérémonies du couronnement décrites très longuement et plus encore par Quaritch Wales en 1931.

 

(4) Sommaire du livre :

Introduction (pp.11-13)

Histoire. ( pp. 17-44)

5 Articles :

« La stèle de Ramkhamhaeng est la Magna Carta siamoise »

« Le roi Mongkut incarne la figure décriée du despote oriental. »

« La Thaïlande n'a jamais été colonisée. »

« Le Siam est devenue une monarchie constitutionnelle par la volonté du roi ».

« La Thaïlande s'est rangée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale . »

Politique (pp. 49-78)

5 articles :

« La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle. »

« Le régime militaire thaïlandais est une dictature soft. »

« Thaksin fut le Berlusconi thaïlandais ».

« En Thaïlande , les élections n'ont aucun valeur à cause de l'achat des voix. »

« La loi de lèse-majesté fait partie intégrante de la culture thaïlandaise. »

Société (pp. 81- 110)

5 articles :

« Le bouddhisme est la religion officielle du royaume. »

« Les populations du Nord-Est sont arriérées. »

« La Thaïlande est le paradis des lesbiennes, gays et transgenres. »

« La femme en Thaïlande jouit d'un statut privilégié. »

« L'industrie de la prostitution est principalement dédiée aux touristes et expatriés. »

Économie (113-138)

5 articles :

« L'économie thaïlandaise repose sur le dynamisme de ses Chinois d'Outre-mer. »

« L'économie thaïlandaise dépend principalement du tourisme. »

« Au sein du Triangle d'or, la Thaïlande est producteur majeur d'opium et d'héroïne. »

« La corruption en Thaïlande est culturelle. »

« La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. »

Conclusion (pp.139-141)

Annexe (pp.145-147) : 19 Références, dont 17 livres, un documentaire et un film.


 

(5) http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/a-218-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-suite.html


 

(6) https://www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_1994_num_24_86_5990

 

(7) Le problème a d’ailleurs été en général posé de façon vicieuse : comme dans tout procès il appartient à l’accusateur de prouver ses dires et non à l’accusé de prouver son innocence. En l’état actuel de la science épigraphique rien ne permet d’affirmer avec certitude que la stèle fut l’œuvre de Rama IV. Des présomptions contraires ne constituent nullement des preuves. L’évolution de la science permettra probablement un jour de répondre à cette question.

Nos trois articles sur la stèle de Ramkhamhaeng. (Ou « La stèle de Ramkhamhaeng ou Ramkhamhaeng)

19 - Notre Histoire : « La stèle de Ramkhamhaeng (fin du XIIème ou début du XIIIe ?) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html

 

20 - Notre Histoire : « Le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-notre-histoire-le-roi-de-sukkhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292-101594410.html

RH 10 - Le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/rh-10-le-roi-de-sukhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292.html

Avec une traduction de la stèle faite par Schmitt, « Les deux Inscriptions de la pagode Phra-kéo à Bangkok, 2e partie », pp. 169-188, in Cochinchine Française, « Excursions et reconnaissances », VIII, n° 19, septembre, octobre 1884.

(8) Les deux sous-titres sont explicites sur ce que nous pensons de lui : « 1 « major rex siamensium », « le plus grand des rois du Siam  » (?) ; 2. Le règne d’un monarque « éclairé ».

 

A 220 - « ANNA ET LE ROI » OU L’HISTOIRE D’UNE IMPOSTURE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/a-220-anna-et-le-roi-ou-l-histoire-d-une-imposture.html

126 - Le roi Mongkut. (Rama IV). (1851-1868)

1ère partie. « major rex siamensium », « le plus grand des rois du Siam  » (?) :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-126-le-roi-mongkut-rama-iv-1851-1868-123224741.html

127 - Le roi Mongkut ( Rama IV). (1851-1868)

  1. Le règne d’un monarque « éclairé ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-127-le-roi-mongkut-rama-iv-1851-1868-123269822.html

(9) 187 - Le coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/187-le-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html88.

188. Un autre récit du coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam.

Il s’agit ici de republier une version remaniée de l’article intitulé alors « A.68 Il y a 80 ans en Thaïlande, le 24 juin 1932, coup d’Etat ou complot ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/188-un-autre-recit-du-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html

 

189. 1 La constitution du 10 décembre 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/189-1-la-constitution-du-10-decembre-1932.html

 

(10) 202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, et DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/202-la-resistance-des-thailandais-et-des-free-thais-pendant-la-seconde-guerre-mondiale.html

 

Article basé sur la lecture du le d’E. Bruce Reynolds de 462 pages « Thailand’s Secret War, OSS, SOE, and the Free Thai Underground, during World War II », paru en 2004.

 

(11) A 198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942 :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a198-la-revolte-des-travailleurs-thais-du-chemin-de-fer-de-la-mort-dans-le-village-de-ban-pong-en-1942.html

 

(12) 203 – TIANG SIRIKHAN, LE GUERRIER DE PHUPAN :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/203-tiang-sirikhan-le-guerrier-de-phupan.html

 

(13 ) Quaritch Wales « SIAMESE STATE CEREMONIES - THEIR HISTORY AND FUNCTION », Londres, 1931.

 

 

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 08:46

C’est un sujet que nous avons déjà abordé à la lumière de nombreuses sources justificatives (1). Il faut bien évidemment s’entendre sur le sens des mots. Pour nous, un coup d’état est une entreprise violente par laquelle une personne ou un groupe s'empare du pouvoir, cherche à la renverser ou une mesure par laquelle un gouvernement ou des tribunaux à sa solde changent brutalement le régime en dehors des lois. S’il réussit, il devient plus noblement une révolution (en thaï Kanpatiwat – การปฏิวัติ), s’il échoue, il reste coup d’état, putsch ou pronunciamiento (en thaï Ratthaprahan – รัฐประหาร) ou une révolte (en thaï Kan Khabot  - การขบถ). Qu’il reçoive à posteriori une onction plébiscitaire ou populaire ne change rien à sa nature (2). On cite en général une douzaine de coups d’État depuis le premier de juin 1932 jusqu’au dernier du 20 mai 2014 et sept échecs (3). Notre recensement susvisé, commencé il est vrai au début du siècle dernier porte, sur les coups d’État, coups d’État au sens large mais coups d’État tout de même : « coups d’État » proprement dit, « soulèvements populaires », «  coups d’État silencieux »,  « coups d’État judiciaire », « tentatives séparatistes » et enfin  « régicide » (4). Notre inventaire aboutit donc au chiffre de 42 dont quatre antérieur au coup d’État de 1932 avaient échoué. Des coups réussis, des coups sournois, des coups manqués et hélas beaucoup de sang versé.

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir notre article 214  « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/214-combien-de-coups-d-etat-de-rebellions-de-revoltes-et-de-souevements-en-thailande-depuis-le-debut-du-siecle-dernier.html

 

(2) Citons pour notre pays le coup d’État du 18 brumaire, celui du 2 décembre 1851, celui du 13 mai 1958, tous ultérieurement plébiscités ou celui du 19 septembre 2006 qui chassa Thaksin Chinnawat (ทักษิณ ชินวัตร) globalement bien accueilli par la population thaïe.

 

(3) Ce sont les chiffres donnés par Jean Baffie et Thanida Boonzanno dans leur excellent petit ouvrage « Dictionnaire insolite de la Thaïlande » antérieure au dernier de 2014 mais il ne s’agit pas d’un livre d’histoire.

 

(4) La mort du petit roi Ananda le 9 juin 1946 fut probablement inspirée soit par le souhait de « dissuader » son jeune frère, futur Rama IX alors âge de 19 ans, mineur et sous la tutelle  de sa mère, d’accepter la succession en écartant la lignée Bhumibol soit pour faire disparaître la monarchie, ce dont fut accusé Pridi qui resta en tous cas prudemment réfugié en France jusqu’à sa mort. Le procès de trois meurtriers s’est déroulé à huis clos et ils furent immédiatement exécutés après que leur grâce eut été refusée. Faut-il s’étonner de ce « black-out » alors que dans un pays devenu une démocratie dite parfaite, l’Espagne, les conditions dans lesquelles Juan Carlos, père du roi actuel, a tué accidentellement son jeune frère reste encore à ce jour un sujet tabou ?

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