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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 22:21

 

 

Nous poursuivons « notre récit historique » du royaume d 'Ayutthaya avec l'avénement du roi Sorasak en 1703, qui succède donc au  roi Petracha (1688-1703) que nous vous avons présenté dans notre article précédent (RH 49 (1) ).  Comme tous nos récits  antérieurs, il s'appuie sur d'autres articles que nous avons déjà écrit, à savoir ici, sur  celui de « « Notre » histoire de la Thaïlande » (2) basée essentiellement sur « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » traduites par Cushman  qui lui consacre 17 pages en son chapitre  9 (3). Mais avions aussi vu qu'il apparaissait  dans  les Chroniques dans le chapitre 7 du roi Narai et dans le chapitre 8 du roi Petracha. (Cf. Notre article  « La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688. » (4). Et plus récemment  notre article présentant le chapitre d'Alain Forest  « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya. (1688-1767) » évoquait également, bien  que brièvement, le roi Suraçak. (Cf. Notre article (5))

 

 

 

 Alain Forest, disions-nous,   nous apprend que :

 

« Sorasak, le fils de Petracha, laisse courir la rumeur pendant un mois qu'il va se contenter d'être le tuteur des petits-fils de Phra Narai, afin que ses concurrents se dévoilent. Il fera exécuter l'aîné de ces princes - et, peut-être le second - et leurs partisans (le phra klang et une vingtaine de mandarins).  Un autre prince survivra en prenant l'habit de moine jusqu'à sa mort (Pas de noms donnés). Sorasak reprend pour épouse en tant que « reine de gauche » la fille de Phra Narai. Son pouvoir sera contesté par les gouverneurs du Sud et le gouverneur de Ligor refusera de le reconnaître, et se révoltera  jusqu'en juin 1704.» (In (5)) Plus loin, dans le chapitre sur « Les souverains bouddhiques. », il notera que « Des années 1720 à la chute d'Ayutthaya, les Siamois se replient sur les affaires intérieures. Dès l'avènement de Petracha en 1688, les rois siamois ne sont plus fascinés par le modèle des rois étrangers pour affirmer un retour énergique au bouddhisme.

 

 

 

Ce qui ne veut pas dire, nous dit A. Forest que le roi Narai ait été un mauvais souverain bouddhiste, si l'on en juge par « les importants examens et épurations de clergé, avec renvoi de plusieurs milliers de moines à la vie laïque, en 1675 et 1687 ». « En 1687, l'examinateur des moines, qui en fait sortir 3 ou 4 000 des monastères, est d'ailleurs Sorasak, le « fils » de Petracha », qui affichera un bouddhisme militant en obligeant les moines à approfondir l'étude des textes sacrés et d'avoir une attitude exemplaire. Il multiplie les dons, les mérites (« tambon». fait visiter les malades par ses médecins. A l'occasion des terribles sécheresses et épidémies de 1695-1696, les missionnaires vont louer le soin paternel et la bonté avec lesquels il vient en aide à son peuple. » (In notre article H 43. (5))

 

 

 

« La fin du roi Petracha et la « succession ». (In 100 suite (7) )

 

« Le roi est malade depuis 15 jours et les proches envisagent sa mort prochaine. C’est le temps où les prétendants s’observent, envisagent les possibilités, font les alliances, doivent se décider. C’est le temps disent les annales, où Luang Sorasak sachant que le roi Petracha allait aller au ciel dans un ou deux jours, prépare un plan en secret, avec la complicité passive de deux autres enfants royaux (Phet et Phon) pour exécuter un prétendant sérieux au trône, à savoir le seigneur Kwan (Trat Noi ?), fils de la reine Yota Thip. Il est effectivement exécuté en se rendant à une fausse invitation du roi. La reine très affectée ayant appris la mort de son fils ira informer le roi, qui mourant, promis que les trois misérables, père et enfants (ce qui semble suggérer que Phet et Phon sont les fils de Sorasak) n’auraient pas le pouvoir et qu’il allait faire venir son neveu Phra Phichai Surin, pour lui succéder ; mais le roi mourut dans la nuit. Il avait 71 ans et avait régné 15 ans, précise-t-on.

 

 

 

 

Les annales sur le règne du roi Petracha se terminent sur une page quelque peu confuse, où on apprend que Phra Phichai Surin refuse le trône. On peut supposer, mais cela n’est pas dit, que Luang Sorasak, ne devait pas être étranger à cette décision. Désormais, plus personne ne pouvait s’opposer à ce qu’il devienne le successeur du roi Petracha ; le deuxième roi de la dynastie  « Ban Phlu Luang ». »

 

 

 

« Les Chroniques royales d’Ayutthaya » traduites par Cushman  consacrent donc 17 pages à Luang Sorasak (Roi Süa).

 

La première page et demie, dans un style particulier qui s'apparente pour nous à la confusion avec des titres pompeux et répétitifs, confirme que  Phra Phichai Surin, qui avait été pourtant désigné par Petracha pour devenir son successeur, « persuade » Sorasak de prendre le trône. On le voit même procéder  à une cérémonie en grande pompe, accompagné de tous les Praya, ministres, hauts fonctionnaires et brahmanes, avec procession, proclamation … Bref, le jour convenu par les astrologues, Sorasak pouvait savourer sa victoire et son couronnement, au milieu de toutes les personnalités du royaume (hauts dignitaires, militaires, civils, religieux) et de ses invités, en suivant dans le moindre détail, tous les rituels de la tradition. (Si  vous consultez ces Chroniques, vous comprendrez pourquoi nous n'explicitons pas les détails donnés.)

 

 

 

Ensuite, les chroniques décrivent en une demi page les funérailles du roi Petracha, qui furenrt grandioses, avec parade, procession, et feux d'artifices, suivis durant sept jours avec le roi et 10 000 clercs par une retraite de méditation qui se termina en offrant un feu royal qui permit une fois éteint, de  mettre les os du roi dans une urne funéraire et de procéder à la dernière procession l'emmenant dans l'enceinte du palais royal.

 

L'année suivante, les chroniques signalent en une page que le roi repense à son lieu de naissance. Il se souvient que 17 ans auparavant,  le  roi Narai était venu rendre hommage au Bouddha à Phitsalunok, durant une célébration de 3 jours, et qu'ensuite la reine avait accouché au village de Fig de la municipalité de Phichit.

 

 

 

 

Il y avait pris son placenta, placé dans une boite en argent et enterré entre deux arbres, celui de la halte aux éléphants et celui des oiseaux. Aujourd’hui il y était revenu, avait convoqué le chef pour qu'il recrute tout le peuple afin qu'il construise près de l'arbre des éléphants, un temple,  un hall de récitation, un autre pour la prière, mais aussi un grand reliquaire, un monument funéraire, un séminaire et des dortoirs pour les moines. Cela prit plus de deux ans pour tout réaliser. Puis dans « l'année du serpent, de la 3e décade », le roi revint et organisa une procession navale pour honorer le temple qui fut suivie d'un festival de trois jours. Le roi offrit aux moines et au peuple de nombreux cadeaux et nomma l'abbé Tham Ruci Ratcha Muni. Le temple fut nommé  le monatère de Fig pour la halte des éléphants.

 

 

 

Puis les Chroniques, qui sont une suite d'événements n'ayant aucun rapport entre eux, signale qu'en « l'année de l'ère du dragon de la 2e décade » que le temple du monastère de la bonne fortune brûla et s'effondra, et que le roi affligé le fit reconstruire en plus grand et plus haut avec un grand hall de prière. La reconstruction fut terminée « l'année du cheval à la 4e décade » et  fut inauguré par le roi lors d'un grand festival de trois jours, au cours duquel il offrit de nombreux ustensiles aux moines venus nombreux.

 

 

 

 

Puis nous passons à la reine mère, pour apprendre qu'elle va s'installer au temple des 4 paradis.  On rappelle qu'elle fut la nourrice du jeune roi Narai et la mère de Kosa Pan. Elle demande pardon au roi en rappellant que Kosa Pan fut au même poste que lui. (Kosa Pan fut exécuté par le roi Petracha pour trahison) Le roi, par compassion la nomma au département du second rang Thepphamat. (?) Ensuite suit une page, où on apprend que Yotha Thip et Yotha Thep avec le Prince « Petite parole » quittent la capitale pour s'installer près du temple du Bouddha suzerain. (Rappelons que le roi Petracha avait épousé Yotha Thip, la soeur de Naraï  et Yotha Thep la fille de Naraï et que Sorasak    avait  exécuté un rival pour le trône, le seigneur Kwan, fils de la reine Yota Thip. Bref, les reines prennent leur distance. )  Puis on signale que le Prince « Petite parole » est tonsuré  et devient novice. Un portrait hagiographique le présente comme un étudiant très intelligent avec de grandes capacités et qu'il pratique l'ascétisme. Après avoir étudié le bouddhisme, il quitte le monastère à ses 18 ans pour poursuivre d'autres études (Où?), apprendre l'art de combattre à dos d'éléphant et à cheval, tout en continuant à étudier l'écriture khmère, lao, yuan, birmane, chinoise, sans oublier les sciences astrologiques et la médecine, et la science bouddhique, jusqu'au jour (Quand?) il se trouva prêt pour se faire ordonner moine (Où ?) et pratiquer les lois ascétiques de subtile manière. Que devint-il ? Pourquoi cet éloge ?

 

 

 

Puis les Chroniques, qui sont une suite d'événements n'ayant aucun rapport entre eux, signale qu'en « l'année de l'ère du dragon de la 2e décade » que le temple du monastère de la bonne fortune brûla et s'effondra, et que le roi affligé le fit reconstruire en plus grand et plus haut avec un grand hall de prière. La reconstruction fut terminée « l'année du cheval à la 4e décade » et  fut inauguré par le roi lors d'un grand festival de trois jours, au cours duquel il offrit de nombreux ustensiles aux moines venus nombreux.

 

 

 

Puis nous passons à la reine mère, pour apprendre qu'elle va s'installer au temple des 4 paradis.  On rappelle qu'elle fut la nourrice du jeune roi Narai et la mère de Kosa Pan. Elle demande pardon au roi en rappellant que Kosa Pan fut au même poste que lui. (Kosa Pan fut exécuté par le roi Petracha pour trahison)

 

 

 

 

Le roi, par compassion la nomma au département du second rang Thepphamat. (?) Ensuite suit une page, où on apprend que Yotha Thip et Yotha Thep avec le Prince « Petite parole » quittent la capitale pour s'installer près du temple du Bouddha suzerain. (Rappelons que le roi Petracha avait épousé Yotha Thip, la soeur de Naraï  et Yotha Thep la fille de Naraï et que Sorasak  avait  exécuté un rival pour le trône, le seigneur Kwan, fils de la reine Yota Thip. Bref, les reines prennent leur distance. )  Puis on signale que le Prince « Petite parole » est tonsuré  et devient novice. Un portrait hagiographique le présente comme un étudiant très intelligent avec de grandes capacités et qu'il pratique l'ascétisme. Après avoir étudié le bouddhisme, il quitte le monastère à ses 18 ans pour poursuivre d'autres études (Où?), apprendre l'art de combattre à dos d'éléphant et à cheval, tout en continuant à étudier l'écriture khmère, lao, yuan, birmane, chinoise, sans oublier les sciences astrologiques et la médecine, et la science bouddhique, jusqu'au jour (Quand?) il se trouva prêt pour se faire ordonner moine (Où ?) et pratiquer les lois ascétiques de subtile manière. Que devint-il ? Pourquoi cet éloge ?

 

 

 

Le jour venu, la procession s'engagea avec le roi et ses fils montés sur leurs éléphants, avec les praya, les troupes royales et les soldats à pied. Mais arrivés au milieu du marais, le premier éléphant s'enfonça profondémént dans la boue mais put s'en sortir. Le roi eut une violente colère contre ses deux fils, les traitant de misérables et les accusant de rébellion, et d'avoir volontairement laisser ce trou de boue pour le tuer, croyant qu'il n'avait plus assez de force. Il traversa ensuite le marais, atteignit la rive, puis de nouveau manifesta  sa colère contre ses fils. Il prit sa faux et tenta de les sabrer, mais ses fils étaient aussi  de bons guerriers et purent bloquer ses coups avec leurs armes à crochet et  se dégager du combat. Le roi tenta en vain de les poursuivre, mais ordonna de les capturer avec leurs servants. Ce qui fut fait. Les fils furent présentés au roi qui ordonna  de les fouetter 30 fois le matin, de les mettre en prison avec des chaînes, et de les refouetter le soir jusqu'à ce qu'il reparte à la capitale. (Combien de temps cela dura?)

 

Mais maître Phon, qui était un servant original de la Cour, obtint une audience auprès des deux Princes qui l'informèrent  de leur situation et de leur crainte de perdre la vie. Ils lui demandèrent alors s'il avait une idée pour les sauver. Maître Phon leur conseilla d'envoyer au plus vite un soldat sur un bateau rapide auprès de la reine mère qui habitait  près du temple du Joyeux Paradis, car elle était la seule qui pouvait obtenir le pardon du roi.

 

 

 

La chronique oublie la capture des éléphants pour continuer sur deux pages avec « l' Intervention de la princesse Thephamat ».

 

Les deux Princes envoyèrent donc Luang Raksa (ou Kaset) informer  la reine mère et plaider leur cause pour qu'elle puisse intervenir auprès du roi pour obtenir son pardon.  Luang Raksa redescendit en bateau rapide à la capitale en trois jours et obtint une audience auprès de la reine mère. Elle fut effrayée d'apprendre la situation et décida  immédiatement de se rendre  en urgence auprès du roi. Le voyage à bord de la barge royale dura 4 jours. La reine se présenta devant le roi et après les salutations d'usage présenta sa requête. Le roi lui raconta ce qui s'était passé et comment il avait fait face avec ce qu'il considérait comme une rébellion. Le reine mère le supplia et sut trouver les mots pour obtenir leur libération. Les deux Princes purent repartir avec elle à la capitale.

 

Le roi put ensuite procéder à la capture d'une centaine d' éléphants sauvages et retourna à la capitale. (Qu'en fit-il?) La chronique se termine sur une audience des deux Princes devant le roi qui leur accorda leur grâce. Ils purent ensuite reprendre leurs fonctions comme auparavant.

 

 

 

« LE ROI TIGRE » (Phra Chao Sua)

 

 

 A. Forest avait précisé que son surnom de « roi-tigre »  était dû  dû à la crainte qu'il inspirait, sa brutalité, ses exigences en jeunes filles et garçons qu'il fait enlever, ses incessantes réquisitions  de main-d’œuvre. (In (5))

 

Les  Chroniques  royales confirment ce portrait peu flatteur et le décrivent comme un  : « esprit vulgaire et incivil, égoïste et tyrannique, sauvage et cruel, il n’avait jamais le moindre geste charitable contrairement à la tradition royale. Il était coutumier de l’abus d’alcool » [...] « Il se complaisait à avoir des rapports sexuels avec des enfants de sexe féminin impubères. Si l’une d’entre elles ne supportait pas ses assauts et se tordait de douleur, furieux, il la punissait en la piétinant jusqu’à la mort. Mais celles qui le satisfaisaient étaient comblées de riches présents. Il pratiquait également le péché contre nature. En outre, lorsqu’il voyageait sur des canaux, des rivières ou en mer, sur des eaux peuplées de poissons féroces, de requins, de poisson-scie ou d’autres créatures aquatiques, qu’il était sous le coup d’un excès de boisson, et qu’un passager quelconque de sa barge royale (concubine, dame, page, fonctionnaire) faisait un mouvement quelconque et l’irritait, furieux et sans la moindre pitié, il ordonnait qu’il – ou elle - soit lié à un crochet attaché par une corde à son embarcation, et soit jeté dans l'eau pour servir de pâture aux requins, crocodiles, poissons scies ou autres créatures aquatiques féroces. Peu soucieux de respecter les cinq préceptes, il avait des relations sexuelles avec les femmes de ses fonctionnaires. Tous les jours des cercueils quittaient le palais royal en passant par ce que peuple appelait « la porte des fantômes ». (in (2))

 

De même M. Axel Aylwen dans son roman  « Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon »  « le présente à 25 ans comme un redoutable lutteur invaincu de boxe thaïe dont le surnom « Le Tigre » fait trembler tous les boxeurs, et comme un jeune homme brutal, sadique, cruel, violeur et sodomite de jeunes enfants ! » (6)

 

 

 

 

Mais les Chroniques royales d'Ayutthaya donnent aussi un autre portrait plus flatteur du roi-tigre : son courage, ses talents certes de lutteur, mais aussi de pêcheur et de chasseur (et non de petits gibiers, mais d'éléphants et de rhinocéros) et aussi  un roi capable d'actes généreux, et pieux. Étonnnant, non ?

 

 

 

Le lutteur.

 

 

Les Chroniques nous racontent : « Depuis que nous occupons nos royales fonctions, nous n’avons plus participé à un combat de lutte, serions-nous devenu faible, serions-nous usé par l’âge, il nous faut demain aller prendre du bon temps ».

 

Il apprit qu'une grande fête devait avoir lieu à l’occasion de l’inauguration d’un temple à Wiset Chaichan (วิเศษชัยชาญ) (actuel amphœ de la province d’Angthong). Il se rendit dans ce village à bord de sa barge royale, déguisé en homme du peuple, accompagné de seulement quatre ou cinq gardes, eux-mêmes travestis en gens du commun, et se mêla à la foule. Seul le « maître de l’arène » comme l’appellent les annales était informé de ses royales qualités et « se prépara à faciliter sa victoire », ce que le roi refusa.

 

Il  défit ses adversaires, les champions locaux, les uns après les autres. Il était, il est vrai « muni de pouvoirs surnaturels ». Et il devint habitué de ces escapades incognito et lorsqu’il tombait sur un adversaire qu’il ne pouvait vaincre, il le couvrait de richesses et le faisait entrer à son service dans des fonctions de confiance. (In 101)

 

 

 

Une autre histoire, une légende diront d'autres,  illumine l’histoire de son règne, celle de Phanthaïnarasing (พันท้ายนรสิงห์) auquel on accole souvent la qualificatif de toeï (เต้ย) « le magnifique ».

 

 

Encore aujourd'hui, tous les petits thaïs la connaissent, et elle est toujours citée en exemple. Nous vous l'avions raconté dans notre article 101 consacré au règne de Sorasak.

 

 

 

 

« Elle se serait déroulée, selon les annales, en 1704. Phanthaïnarasing est un modeste boxeur de village originaire des environs de Samut Sakon qui  a combattu et vaincu le roi. Pour le récompenser, celui-ci en fit le pilote de sa barge royale. Vint un jour où, guidant la barge sur un khlong, au cours d’une royale partie de pêche à Sakhon Buri, dans le village de Ban Khok Kham exactement, survint un imprévu, un cas de force majeure, un courant contraire inhabituel ou un écueil surgi des eaux. La barge se renverse, les occupants tombent à l’eau mais sont sauvés.

 

 

 

 

La sanction est cruelle, selon la tradition, le pilote de la barge est passible de la peine de mort. Le roi, dans sa « grande compassion » fait grâce de la vie à son pilote en considérant qu’il n’était pas responsable de l’accident. Mais l’héroïque timonier préfère le respect de la loi et de la tradition à sa propre vie. Il supplie le roi de se conformer à cette tradition, faute de quoi, dans l’avenir, tous se permettraient de la transgresser. Le roi dut céder à ses objurgations et le fit décapiter.

 

 

 

 

Mais il entreprit immédiatement des travaux pharaoniques pour améliorer la navigation sur le khlong et en changea symboliquement le nom : C’est aujourd’hui le khlongmahachaï (คลองมหาชัย) qui relie l’embouchure de la rivière Tha Chin à la Chaophraya. Il lui fit faire des funérailles royales, il couvrit d’or sa famille, et fit construire sur les lieux de son exécution un temple et un monument à sa gloire, pour que perdure son souvenir à l’intention des générations futures. » (9)

 

 

 

Un roi bouddhiste.

 

 

A. Forest nous a appris qu'il est « En 1687, l'examinateur des moines, qui en fait sortir 3 ou 4.000 des monastères ». (Cf. supra)

 

Les annales nous apprennent également qu'il ne manque pas de faire des oraisons à un sanctuaire abritant une sainte empreinte de Bouddha, après une chasse à l’éléphant, au tigre ou au rhinocéros réussie. Il suit aussi  la tradition en rénovant la célèbre Empreinte de Bouddha (p.384) et en y accomplissant un pélerinage royal. (Une page y est consacrée . p. 395) Il apprécie de mêler le plaisir à ses devoirs religieux, ainsi par exemple lors d'une grande fête pour  l’inauguration d’un temple à Wiset Chaichan (วิเศษชัยชาญ) (actuel amphœ de la province d’Angthong) il alla  se frotter aux lutteurs de la région. On lui doit le plus beau monument de la province de Phichit, le Wat Phophratapchang (วัดโพธิ์ประทับช้าง) situé à une vingtaine de kilomètres de la ville.

 

 

 

 

Bref, comme son père et ses prédécesseurs, il accomplira, aux dates favorables choisies par les brahmanes, les actes religieux de la fonction, comme les constructions  ou restaurations de temples, de palais et accomplira  des  pèlerinages, comme le plus prestigieux celui de l'Empreinte de Bouddha à Saraburi.

 

Son règne n’a duré que six ans (7?). Il disparut en 1709 de tuberculose probablement, dont les annales nous apprennent qu’elle existait à l’état endémique dans sa famille. Il ne fut marqué par aucun de ces événements marquants dont les annales sont pourtant friandes, et est  resté dans l’histoire sous le nom de Phrachaosua « le Roi tigre » (พระเจ้าเสือ).

 

 

 

 

NOTES ET REFERENCES.

 

 

(1) RH 49- LE ROI PHETRACHA (1688-1703)

 

(2) 101. Le roi Luang Sorasak. (1703-1709)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-101-le-roi-luang-sorasak-1703-1709-120614322.html

 

(3) A Synoptic Translation by Richard D. Cushman, The Royal Chronicles of Ayutthaya, Edited by David K. Wyatt, The Siam Society, Under Royal Patronage, 2006.

 

(4) 99.  La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html

 

(5) H 43 - ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX  XVIIe-XVIIIe SIÈCLES. 2.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/h-43-aspects-de-l-histoire-du-siam-aux-xviie-xviiie-siecles.2.html

 

Tirés de la lecture « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya. (1688-1767) »  in la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest,  « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164).  L’ Harmattan, 1998.

 

(6) Cf. Notre article A99 sur  « Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon,  d’Axel Aylwen.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon- 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-116169404.html"du-siam-d-axel

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-116169404.html"-aylwen-116169404.html)

« Aylwen met en scène au chapitre 21 l’ambition de Sorasak qui se sait fils de Naraï et qui veut se faire reconnaître par celui-ci comme le successeur et futur roi. Pour l’heure, on le présente à 25 ans comme un redoutable lutteur invaincu de boxe thaïe dont le surnom « Le Tigre » fait trembler tous les boxeurs, et comme un jeune homme brutal sadique, cruel, violeur et sodomite de jeunes enfants ! On le voit quitter Phitsalunok pour rejoindre Petraja réfugié au monastère de Louvo après sa fuite du palais. (Tous les monastères étaient des refuges sacrés et inviolables.) Evidemment, il intercepte à la porte du monastère, un message du frère du roi Chao Fa Noï destiné à Petraja, qui lui permet de connaître  le plan de celui-ci. Petraja lui confie deux missions : éliminer Somchaï, le meurtrier du père Malthus, prisonnier chez Phaulkon et de chercher à savoir pourquoi le roi a ordonné son arrestation. En échange Sorasak lui demande de le reconnaître comme le futur roi !  »

 

(7) 100. Suite.  Le règne de Phetracha. (1688-1703).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-100-suite-le-regne-de-phetracha-1688-1703-120596112.html

 

(8) Ses exploits sont toujours exaltés et glorifiés dans la littérature populaire et les bandes dessinées. Une tradition populaire le présente même comme « l'inventeur » de la boxe thaïe.)

 

 

 

 

(9) Ils sont toujours en place et sont toujours un lieu de pèlerinage. On y trouve la barge (ou sa reconstitution à l’identique). Sa modeste maison natale (probablement aussi authentique que celle de Jeanne d’Arc !) est située non loin de là,  est aussi un lieu de culte. Tous ces hauts lieux de la tradition siamoise sont totalement ignorés des guides touristiques usuels.

 

 

 

 

On ne compte pas les écoles qui portent son nom. Il a même depuis peu sa page sur « facebook ». Un film à grand spectacle a été tourné en 1982, พระเจ้าเสือ พันท้ายนรสิงห์, (Phrachaosua – Phanthaïnarasing), vous en trouverez la version originale sur Youtube malheureusement ni sous-titrée ni à fortiori traduite. D’innombrables การ์ตูน « cartoons » (C’est ainsi qu’on appelle les B.D en thaï) nous content cette symbolique histoire. On les trouve pour quelques dizaines de bahts dans toutes les échoppes des marchés ambulants qui vendent de la littérature pour les enfants.

 

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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 22:09

 

Le dernier article de « Notre récit historique du Siam » date déjà du 27 juin 2019. Il avait présenté « La fin du règne du roi Narai (1685-1688) » (1). Depuis, nous avons publié une trentaine d'articles sur des sujets très divers, c'est dire que les idées ne manquent pas. Toutefois depuis cette date nous avons rencontré Phetracha en présentant une brève lecture de son histoire vue par Alain Forest

 

 

et encore à l'occasion de notre article intitulé «333 ans d’amitié entre la France et le Siam, mythe ou réalité? » .(Cf. (2)) Et bien sûr, « Notre Histoire de la Thaïlande » lui avait consacré un long article qui incluait notre lecture des 58 pages des « Chroniques royales d'Ayutthaya . (Cf. (3) et (4)). Autant dire qu'il y avait là, à défaut d'être original, matière à proposer un « récit » reprenant largement ce que nous avions déjà écrit.

 

 

Le roi Narai décède donc officiellement le 10 juillet 1688. Nous avons vu que Phetracha a réussi son coup d'État avec l'aide de son fils Sorasak. Il a exécuté les prétendants, les deux frères du roi, son fils « adoptif » Pi, son rival Phaulkon, et chasser les troupes françaises le 26 novembre. Il se fait roi le 1er août, et épouse la fille et la sœur du roi, légitimant ainsi son pouvoir. Une nouvelle dynastie était née, la dynastie Ban Phlu Luang, la cinquième et dernière du royaume d'Ayutthaya.

 

 

Comme lors de toute succession,  Phetracha,  à peine installé au pouvoir,  doit faire face à des révoltes dans les provinces de Ligor (Nakhon Si Thammarat) et de Tenasserim au sud fin 1688-début 1689.

 

 

 

Elles sont menées par un moine qui se prétend l’un des deux frères du roi Naraï. «  Elles menacent même Ayutthaya avant d’être étouffées avec la capture et l’exécution du moine  et de plusieurs mandarins en avril 1689. » (Forest)

 

 

 

Phetracha  peut procéder aux funérailles solennelles de son prédécesseur  le 19 février 1690. (Cf. 92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».)

 

 

 

 

Forest estime que  l’événement marquant du règne de Phetracha est la révolte de Korat en 1699, connu dit-il, par la relation qu’en fait le père Braud qui écrit sur place, un an après les faits.

 

 

Il  nous informe que le coup d’État effectué à la capitale en 1688, n’a pas été suivi dans l’ensemble du royaume, et que deux provinces se sont soulevées : Nakhon Ratchasima (Korat) et  Nakhon Si Thammarat (Ligor). (Il faut savoir que Korat était à l’époque une place stratégique, la « frontière » avec le Cambodge et le Laos)

 

 

Le révolté (Laotien pour certains, frère du roi Naraï pour d’autres) était parvenu à convaincre le gouverneur de Korat d’entrer en dissidence et de s’armer en vue d’attaquer Ayutthaya. Mais il fut assiégé par les troupes royales pendant 10 mois. Il put s’enfuir et sévir encore dans la région avant d’être capturé après juin 1700.

 

Phetracha croit à la trahison et opère  une terrible épuration. « Six mois après le début du siège, les mandarins qui opèrent devant Korat sont rappelés à la cour où ils se dénoncent les uns les autres et sont atrocement exécutés. Quelques-unes des plus hautes personnalités du royaume, quelques « grands Malais », « deux premiers chefs des Japonais, se voient ainsi appliqués « les cruautés de l’enfer telles que  se les représentent les gens du pays ». Leurs femmes et leurs enfants sont réduits en esclavage.

 

 

Deux mois auparavant, le fameux Kosapan, l’ancien ambassadeur en France en 1686-1687, et qui était devenu le phra klang de Phetracha disparaît. Braud, nous dit Forest, relate les circonstances de sa mort, comment il fut suspecté par le roi, vit ses biens confisqués et conduit à se suicider ou fut empoisonné.  Il nous apprend également que c’est son successeur au poste, le Chinois Oya Sombat Thiban, qui « serait rentré dans la faveur de Phetracha en interceptant des lettres adressées par les révoltés de Korat à de « grands talapoins ». Curieux, non ? (In H. 43.)

 

 

Les courriers des missionnaires français  des années 1702-1703, nous dit encore Forest, nous apprennent que le roi sera touché par la sénilité. Il occupait, par exemple « ses mandarins à vider et à nettoyer l’étang du palais, en leur faisant donner de la « rote » le cas échéant, pour y organiser des régates de jeunes gens, garçons et filles ; leur apprenant à ramer et se faisant gloire de tenir lui-même le gouvernail ; ou encore, à l’instar de son fils Sorasak, il ordonne qu’on lui cherche des filles qui sachent danser et chanter … ».  Cela fait peu.

 

 

 

« Les Chroniques royales d’Ayutthaya » traduites par Cushman  consacrent 58 pages au roi Phetracha (chapitre 8dans le style particulier de la confusion, du fatras, du pot-pourri.

 

On y retrouve  les trois classiques : Funérailles du roi précédent, couronnement du successeur et rébellions (Ici celles de Nakhon Ratchasima (Korat) suivie de celle de Nakhon Si Thammarat (Ligor), et la rébellion de Tham Thian en 1696, qui se disait être le frère du roi.) Elles sont décrites longuement en 11 pages. (pp. 344- 354).

 

Le roi décide d’aller mater en premier Nakhon Ratchasima (Korat). Siha Ratcha Decho fut nommé général en chef et reçut l’ordre de prendre Korat et d'en devenir le gouverneur, avec une armée bien équipée avec 10 000 hommes, 200 éléphants de guerre, 300 chevaux. Mais il rencontrera une forte résistance, et le siège aurait duré presque 2 ans (?).  Le général Decho aurait été contraint de demander renfort, vivres et munitions ; ce qui aurait entrainé l’arrestation et l’exécution de tous les hauts gradés phraya avec la confiscation de tous leurs biens.

 

 

 

Mais malgré ces troupes fraîches, Korat put résister aux nouveaux assauts, grâce peut-être au renfort du vénérable Song Kandan venu rejoindre les habitants de Korat. La faim, la multiplication  des moyens  utilisés (souterrains, fusées, armes plus redoutables, incendies) eurent raison de Korat.

 

Mais le gouverneur et le vénérable Song, avec leurs familles et quelques  soldats réussirent à s’enfuir et à poursuivre la lutte à Ligor. Les chroniqueurs - ce qui est rare dans les annales - donnent ici leur source pour relater cette rébellion. Il s’agit d’un document envoyé par la municipalité de Chaiya au Phra Kalahom (Ministère de la défense).

 

 

 

Il signale que le Chaopraya de Ligor a proclamé son indépendance, organisé une armée et va attaquer toutes les villes de l’ouest, avant de se diriger vers la capitale. Il poursuit en informant que maître Sang et le gouverneur de Korat, qui avaient réussi à s’échapper lors de la prise de sa ville, campent aux abords de Ligor et des districts de Chaya, et ont pu recruter des soldats, pour se joindre à l’armée de Ligor.

 

 

Le roi et le vice-roi enverront une armée de terre de 10.000 hommes commandée par Phraya Sura Songkhram et une flotte d’une centaine de bateaux de combat et d’une autre centaine  avec 5000 hommes, commandée par Phraya Ratcha Bangsan.

 

Yommarat Sang (le gouverneur de Korat), malgré sa combativité, ne put résister. Le gouverneur de Ligor apprenant la défaite de Sang et l’attaque simultanée par terre et mer préféra se retirer avec les populations des localités avoisinantes au sein de la ville, en renforçant les fortifications, remparts, palissades, creusant fosses, etc, selon les techniques en usage. Son armée navale dut repousser, en premier, une attaque de Phraya Ratcha Bangsan.

 

 

 

 

Ensuite le document décrit différentes phases de la guerre, différents mouvements des troupes, et la formidable résistance du gouverneur Phraya Ram Decho, malgré les énormes pertes humaines. Le siège dura presque 3 ans dit-on, et vit de part et d’autres de magnifiques batailles gagnées par l’un ou par l’autre selon les jours.

Mais le gouverneur de Ligor, constatant, que ses concitoyens commençaient à mourir de faim, qu’encerclés, il ne pouvait pas trouver de vivres, et ne voyant pas de victoire possible, décida alors de faire une proposition dans un document secret destiné au commandant de la flotte navale, un ancien compagnon d’armes et ami.

 

Phraya Ram Decho  présente sa version des faits et propose une solution à Phraya Ratcha Bangsan pour sortir de l’impasse où ils sont tous deux. (1 page dans les annales).

 

Il rappelle leur passé commun, leur camaraderie, comment ensemble ils ont servi le roi Naraï dans le passé, comment ils ont combattu les Laos, le Lawa, les Birmans et les Môns qui avaient attaqué Chai Yok, comment ils avaient été honorés et récompensés par le roi. Mais ensuite il dénonce l’usurpation de Phetracha et de son fils Luang Sorasak. Il manifeste son opposition et son impossibilité de se ranger sous l’autorité de deux traîtres et de leur rendre « hommage », selon sa conception de l’honneur. Ensuite, faute de vivres, il lui propose une trêve de 3 jours et de le laisser partir par mer, en lui  fournissant un bateau. Il laissera alors ses camarades accomplir leur karma.

 

 

Phraya Ratcha Bangsan va répondre en secret en invitant à la plus grande prudence. Il se souvient de leur amitié et de leur appartenance à ce qu’il nomme la race des Khaek. (Etranger non européen)

 

 

 

Il va accorder satisfaction à Phraya Ram Decho et mettre à sa disposition un bateau.  Ensuite, on décrit  comment Phraya Ram Decho, armes à la main, va avec 50 hommes, réussir à forcer le passage contre une troupe de Chams qui gardait un point d’appui du siège, et à prendre le bateau promis pour s’échapper vers les municipalités « Khaek ».

 

 

Les troupes royales entrèrent effectivement à l’intérieur de la ville assiégée et firent prisonnier toute la population et saisirent tous leurs biens. Mais les chefs apprirent que non seulement le gouverneur avait pu fuir sur les positions tenues par Phraya Ratcha Bangsan, mais qu’il avait obtenu un bateau de celui-ci et qu’il ne l’avait pas poursuivi.

 

Le chef des armées royales Phraya Sura Songkram en fut informé et mena aussitôt ses investigations, pour constater la vérité des accusations et la complicité de Phraya Ratcha Bangsan, dans la fuite du gouverneur rebelle. Il envoya aussitôt un rapport à Ayutthaya au chef du Kalahom qui en informa aussitôt le roi, qui ordonna de se saisir de Phraya Ratcha Bangsan, ainsi que tous ses complices, de leur couper la tête, de les empaler et de les placer aux portes de la ville, pour que cela puisse servir d’exemple. Ainsi prenaient fin les rébellions et les prises de Nakhon Ratchasima (Korat) et de  Nakhon Si Thammarat (Ligor).

 

 

 

 

Ensuite, selon l’usage dans les annales après chaque victoire, on signale qu’il fut demandé de pacifier la région, de la réorganiser, de placer un nouveau gouverneur, de nommer les nouveaux « officiels », de laisser une défense appropriée, avant de revenir à la capitale avec les captifs et les biens saisis (dont éléphants, chevaux, armes). L’ensemble fut présenté au roi qui sut récompenser selon le rang.

La   rébellion de Tham Thian - quant-à elle -  aurait eu lieu  avant celle de Korat (De l'incohérence des dates!). En fait, Tham Thian, se présente comme Aphaitot, le frère du roi Naraï, qui aurait échappé à son exécution au monastère de Carrion. Il commence sa campagne à Nakhon Nayok et arrive à convaincre de nombreux habitants. Il  entreprend alors, sur son éléphant, une marche sur Ayutthaya, en demandant au fil de la route, aux populations rencontrées, de se joindre à lui, avec les armes dont ils disposent. Il arrive avec ses troupes à Saraburi, et ensuite à Lopburi et puis dans les districts de Khun Nakhon, pour se préparer à attaquer la capitale.

 

 

Le roi en est bien sûr informé, et envoie des policiers pour savoir où étaient exactement les rebelles. Mais ensuite les chroniques vont s’enliser dans les détails, avec  l’arrivée de « l’illuminé » à Ayutthaya, qui sera tué par le roi avec un grand fusil  touchant son éléphant ! Les combattants rebelles seront tués en grand nombre ou s’enfuirent dans la jungle. Les cités de Saraburi, de Lopburi et les districts de Khun Lakhon (ou Nakhon) furent abandonnées.

 

 

Les Chroniques royales relateront d'autres événements divers et variés, comme : Les démêlés « amoureux » de Phetracha avec ses deux épouses. Yotha Thip, la soeur de Naraï ; et Yotha Thep la fille de Naraï. (p. 323)

 

 

 

....comment le roi fut éconduit par deux reines  (Yotha Thip, et Yotha Thep) mais usa de philtres amoureux  pour arriver à ses fins ; le stratagène utilisé par Sorasak, pour éliminer son rival Chaophraya Sura Songkhram.

 

 

Mais aussi les événements relevant du prestige royal, comme   la capture  d'un  éléphant blanc offert au roi de Cambodge. (pp. 357-358)

(On a déjà vu maintes fois l’importance des éléphants blancs pour le prestige des rois et en plus donné ici par un autre roi. Il n’y a pas de geste plus grand dans la reconnaissance de vassalité.) Et celle d’une éléphante blanche à Sawankhalok. L’occasion, une fois de plus de saluer l’importance de l’événement, avec la joie exprimée du roi, l’escorte accordée avec tous les phra, luang, khun, mûn du département des éléphants, avec procession, festival de trois jours ; un nom saint donné à l’éléphante blanche, son installation dans un palais ; et la récompense exceptionnelle accordée à Maître Bun Khoet qui l’a capturée. Il est nommé Khun In Khot Prasoet, reçoit des cadeaux royaux (plateaux d’or et d’argent, vêtements, exemption de toutes les taxes y compris celles du marché, et le droit de retourner dans son village natal). (p. 356)

 

 

L’exercice de la vassalité avec  Vientiane qui demande assistance contre une attaque de Luang Phrabang, avec l’offre de la vassalité incluant sa fille.

 

Les naissances royales. En 1690, sont signalées deux royales naissances, Phra Ratcha Somphan, le fils de la soeur de Naraï, et  Naraï Thibet, le fils d’une autre reine, la fille du seigneur Thong, demi-frère du roi Naraï. (p. 332) La reine Yotha Thip donne naissance à un fils après 10 mois (sic). Un tremblement de terre salue la royale venue. Il est dit que le peuple est heureux de saluer le neveu du roi Naraï,  de la lignée des rois estimés. (p. 347) On annonce aussi la naissance du fils de Yotah Thep, après 10 mois (sic). (p. 355)

 

 

La cérémonie de tonsure de Trat Noi. (pp.330-331) , et du prince Pra Khwan  (pp. 365-367) (montrant l’importance accordée à cet événement))

 

L’hommage du peuple rendu au roi.

 

Une longue description de deux pages racontant une réception au palais du roi, d’une délégation des habitants du village de la couronne de bétel du district de Saraburi, qui a décidé de rendre hommage au nouveau pouvoir du roi, en lui offrant ses meilleurs produits (dont poissons et fruits de palmier). Il est dit que les officiels se plaignirent du non-respect de l’étiquette, mais que le roi les défendit soulignant que bien que pauvres, ils avaient tenu à lui rendre hommage. Le roi leur offrit nourritures,  rafraîchissements et liqueur. Ils purent ensuite visiter le palais et admirer le faste des décorations et des habits, signes des mérites accumulés. Ils purent même dormir au palais. Au réveil, le roi  fut attentif à ce qu’ils aient de nouveau mets et rafraîchissements, et il les combla de cadeaux d’or, d’argent et de toutes sortes d’articles, selon leur rang, pour leur retour au village. (pp. 336-337)

Le pouvoir royal.

 

Le roi établit la hiérarchie royale et donne des promotions. Le roi décide que Si Suwan soit la 1ère reine du centre, que Yotha Thip, sœur du roi Naraï, soit la reine du côté droit (princesse du 3ème rang), que Yotha Thep, fille du roi Naraï, soit la reine du côté gauche (princesse du 3ème rang). Ensuite le roi procède à des promotions (Chim au rang de Phraya, Kaeo, le fils de Si Culalak, au rang de prince du 4ème rang, puis des titres et des noms de princes sont donnés à maître Cop Khacha, maître Krin Khacha Prasit, khun Thip Phalaphak ; maître Bun mak, le titre phraya Wichit Phuban ; le fils royal et Chaophraya Sura Songkhram reçoivent des palais dont les noms sont donnés. (1page sur pp. 337-338). 

 

Le roi, comme se prédécessurs accomplira, aux dates favorables choisies par les brahmanes, les actes religieux de la fonction, comme   les constructions  ou restaurations de temples (Temple de Phraya Maen). (p .326), (p.332), (p. 356), de palais et accomplira  des  pèlerinages ( Deux pages pour un pèlerinage à l’Empreinte du  pied de Bouddha (pp. 361-362)

 

 

Le roi Phetracha honorera son lieu de naissance par une cérémonie qui inaugurera un temple magnifique qu’il a fait construire (3 ans de construction, avec de nombreuses constructions attenantes, la participation du maître vitrier Mün Canthara, etc). ll est précisé que le roi a donné le nom du temple, nommé l’abbé, amené de nombreuses reliques, de nombreux serviteurs (en fait des esclaves), et donné de  grandes terres qui subviendront au temple, selon la tradition en usage. (p.348) Il fera procéder à la construction d’un grand palais royal à côté de trois anciens ; on insiste sur le système des eaux, les fontaines, des bassins, et sur l’architecture qui prévoit les salles d’audience royale, d'armée, et du trône ; le quartier des femmes, les  pavillons des juges, la porte d’entrée armée. (p. 355)

 

Et puis la fin du roi et une nouvelle « succession » sanglante.

 

Le roi est malade depuis 15 jours ; on envisage sa mort prochaine ! (p.367) Luang Sorasak élimine un rival candidat au trône. (pp.367-368) Il est dit que Sorasak sachant que le roi Phetracha allait aller au ciel dans un ou deux jours, prépare un plan en secret, avec la complicité passive de deux autres enfants royaux (Phet et Phon) pour exécuter un prétendant sérieux au trône, à savoir le seigneur Kwan, fils de la reine Yota Thip. Il est effectivement exécuté en se rendant à une fausse invitation du roi. La reine très affectée ayant appris la mort de son fils ira informer le roi, qui mourant, promis que les trois misérables, père et enfants (ce qui semble suggérer que Phet et Phon sont les fils de Surasak) n’auraient pas le pouvoir et qu’il allait faire venir son neveu Phra Phichai Surin, pour lui succéder ; mais le roi mourut dans la nuit. Il avait 71 ans et avait régné 15 ans, précise-t-on. Sorasak, ayant éliminé tous ses concurrents pouvait monter sur le trône.

(Pour plus de détails , Cf. Notre 100. Suite.  Le règne de Phetracha. (1688-1703). (3)

Notes et références.

 

(1) RH 48- LA FIN DU RÈGNE DU ROI NARAI.  (1685-1688)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/rh-48-la-fin-du-regne-du-roi-narai.1685-1688.html

 

Et  « La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html

 

2) H 43 - ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX  XVIIe-XVIIIe SIÈCLES. 2.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/h-43-aspects-de-l-histoire-du-siam-aux-xviie-xviiie-siecles.2.html

De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya. (1688-1767) , in la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164), I- LES RÈGNES DE PETRÂCHA  À   EKHATHAT. 1.1 Petrâcha (1688-1703)

 

Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec », préface de Georges Condominas, Livre I, Histoires du Siam, Livre II, Histoires du Tonkin, et  Livre III, Organiser une Église Convertir les infidèles »,  L’ Harmattan, 1998.

Annexe 1 du Livre 1-  Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Narai. (pp. 325-428)

 

Et A 329 –  333  ANS  D'AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM, MYTHE OU RÉALITÉ ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-329-333-ans-d-amitie-entre-la-france-et-le-siam-mythe-ou-realite.html

 

 

(3)100. Le roi Phetracha. (1688-1703)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-100-le-roi-phetracha-1688-1703-120558749.html

100. Suite.  Le règne de Phetracha. (1688-1703).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-100-suite-le-regne-de-phetracha-1688-1703-120596112.html

 

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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 06:06

 

 

Nous avions signalé dans notre introduction que cette période avait bénéficié de nombreux écrits  comme les correspondances, les récits de voyage, les mémoires des « ambassadeurs », des jésuites, des pères des Missions étrangères, des documents militaires français de Saint-Vandrille, du Général Desfarges, de Beauchamp, et de La Touche,  des romans, des études de chercheurs … On entrait là dans un monde, disions-nous,  où la diplomatie, la politique, la religion, la science, le commerce, l’aventure  se mêlaient pour inspirer de nombreux auteurs.

Nous vous avons présenté les plus connus, comme   la première ambassade de 1685 vue par l’Abbé de Choisy, tiré de son « journal de Voyage » de Siam ; 

 

 

 

la deuxième vue par de la Loubère, envoyé extraordinaire du Roi auprès du Roi de Siam en 1687 et 1688, avec  son étude « Le Royaume de Siam » ;

 

 

 

 

Les deux ambassades vues  par le Comte de Forbin  qui nous dévoile les dessous de la politique de Phaulkon, 1er ministre du roi de Siam et qui tient à rappeler que de nombreux  mémoires comme ceux de l’abbé  de Choisy et du père Tachard ...

 

 

 

 

 

...« qui ont fait le même voyage, et qui ont vu les mêmes choses que moi, semblent s’être accordés pour donner au public, sur le royaume de Siam, des idées si brillantes et si peu conformes à la vérité ».

 

 

 

 

Nous avions rendu compte  de l'analyse comparée d'Alain Forest in « Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Naraï »;Des romans d'Axel Aylwen  « Le Faucon du Siam » qui se veut une biographie romancé et de Morgan Sportès « Pour la plus grande gloire de Dieu », qui s'interroge sur la  volonté de Louis XIV d’avoir voulu coloniser le Siam en cette année 1687 avec l’arrivée de la deuxième ambassade  menée par Simon de la Loubère et Claude Céberet du Boullay et le général Desfarges à la tête d’un corps expéditionnaire de 636 officiers et soldats, et  l’arrivée du navire l’Oriflamme un an plus tard, en septembre 1688, avec 200 hommes chargés d’incorporer les forces françaises du Siam, avec  la promesse que  d’autres vaisseaux suivraient chaque année ;  et combien d'autres comme  la « Révolution du Siam  de 1688», In Particularités de la révolution de Siam arrivées en l’année 1688 , par Jean Vollant des Verquains, « L'Europe et le Siam du XVIe siècle au XVIIIe siècle, Apports culturels » par Michel Jacq-Hergouac'h ... Et bien sûr ce que pouvaient en dire  les « Chroniques royales d'Ayutthaya ».

 

 

 

Nous ne pouvions -cette fois - que vous inviter à lire ou relire tous nos articles (Cf. Les liens en note (1)) et reprendre -ici- notre article de notre Histoire de la Thaïlande « La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688. » qui en est une bonne illustration. (2)

 

 

Nous avions noté, une fois de plus, que les « Chroniques royales d'Ayutthaya », comme à leur habitude, n'avaient pas rendu compte, pour cette période, de la  situation géopolitique, et passer sous silence les événements essentiels,  comme par exemple la présence et le rôle des soldats français, du général Desfarges, des missionnaires français, la révolte des Macassars en 1686, la présentation et l’action des factions en lutte pour la succession royale, les actions menées par Constance Phaulkon et Phetracha pour accéder au pouvoir ;  Les décisions du roi Naraï pour assurer sa succession, avec le choix de sa fille Kromluang Yothathep pour lui succéder malgré ses deux frères (Phra Piya, et le frère cadet Chao Fa Noï), 

 

 

 

 

...personnages clés dans la succession. Et enfin, si les Chroniques évoquaient le complot de Phetracha et de son fils Sorasak, elles « oubliaient » la « guerre » et la victoire contre les soldats français, qui devront négocier leur départ (leur fuite ?), et  ce qu'on appellera la « révolution de 1688 ».

(Cf. Notre résumé des Chroniques royales pour cette fin du règne du roi Naraï, en note (3).)

 

 

Il fallait choisir. L'interprétation avancée par Forest in « Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Naraï » nous semblait la plus intéressante. (4)

 

 

Durant l’année 1686, trois événements, dit-il, illustrent chacun à leur manière, l’installation d’une atmosphère de fin de règne au Siam  : « la maladie du roi, la fuite de l’éléphant royal interprété comme un mauvais présage, et la révolte des Makassars à Ayutthaya, « découverte mi-juillet, qui ne se termine qu’en septembre, après un véritable bain de sang. » (Cf. Notre article précédent  RH 47)

 

 

 

Les Makassars avaient prévu d’attaquer le palais, de tuer le roi, de mettre au pouvoir l’un de ses frères, et de lui faire embrasser la religion musulmane. Bien que n’étant que 300, leur résistance fut acharnée. Phaulkon apparut « comme le vainqueur de la « conjuration ».  

 

 

 

 

Forest ensuite, pour qui Phaulkon est un « escroc » mégalomane, signale comment   il multiplie les maladresses, et se met à dos les Hollandais (qui ne veulent plus faire commerce avec Phaulkon) et doit régler de sérieux « démêlées » avec la Compagnie anglaise basée à Madras (L’attaque de Mergui par une escadre anglaise (23 juin- 14 juillet 1687), l’affaire du Pearl (les Anglais voulant installer un gouverneur à Mergui), et la « guerre » contre Golconde.

 

 

 

 

Outre Forbin, Véret, le responsable du comptoir français depuis la fin de 1685, ne cache pas ce qu’il pense de Phaulkon aux directeurs de la Compagnie, il est  « le plus fourbe du monde et capable des plus noires trahisons ». Mais Phaulkon réussit encore, malgré les griefs exprimés par ses « ennemis » et le « désenchantement des missionnaires » qui ne voient aucun signe de conversion du roi, ni « privilèges » accordés aux catholiques», à se poser comme « le bienfaiteur », dit Forest, le « conciliateur dans les conflits entre jésuites et français », l’intermédiaire indispensable pour agir auprès du roi.

 

 

 

 

Mgr Laneau en mai 1687, ne sait plus toutefois où il en est, mais signale « combien il y a de prophéties ici qui courent parmi les Siamois ; car non seulement les chrétiens, mais encore les gentils et les Mores sont dans une attente continuelle de je ne sais quoi qu’ils disent devoir arriver bientôt. »

 

 

Mais le chapitre suivant intitulé « Hostilités siamoises et mores, hostilités religieuse » (p. 382) est plus original. « En 1687, et fait autrement plus important que ses brouilleries avec les Européens du Siam, Phaulkon paraît entièrement « brûlé » auprès des Siamois et des Mores ».

 

 

On se doute que la répression des Makassars l’année précédente ne pouvait pas être bien vu par les musulmans encore nombreux dans le gouvernement de plusieurs villes et à certains hauts niveaux militaires. Et les marchands mores ne pouvaient apprécier la mainmise de Phaulkon sur le commerce siamois.

 

 

Mais c’est en fait « une campagne d’examen et d’épuration du clergé bouddhique au premier semestre 1687, convoqué par le roi, qui va  être exploitée contre  Phaulkon, et les Français, et certainement alimentée la vague anti-chrétienne. » Cette campagne, qui visait à vérifier les connaissances des moines bouddhistes fit beaucoup de bruit, car 3 à 4000 moines furent défroqués à cette occasion, ce qui fit dire que le roi allait remplacer les « prêtres d’idoles » par les prêtres chrétiens. Les Chroniques royales prétendent que Sorasak avait attribué cette vague d’épuration à Phaulkon et s’en était plaint auprès du roi. ( Forest, s’appuyant sur de La Loubère précise que c’est Sorasak qui fut l’un des examinateurs des moines). La défense de la religion bouddhiste  se transformait en opposition à Phaulkon, et avait davantage passionné les gens du peuple que les jeux d’influence à l’intérieur du palais inaccessible.

 

 

 

L’arrivée des vaisseaux français en septembre 1687 avec la deuxième ambassade française  menée par Simon de la Loubère et Claude Céberet du Boullay et le général Desfarges à la tête d'une escadre composée  de 5 bâtiments, 1610 personnes, dont 636 soldats  ne pouvaient que confirmer les prophéties et les rumeurs.

 

 

 

 

Le roman de Morgan Sportès  « Pour la plus grande gloire de Dieu »  nous plonge au milieu  des  intrigues, des différents points de vue des protagonistes , comme  de La Loubère, de Céberet, le général Desfarges, le jésuite Tachard, le grec Phaulkon Constance, du roi du Siam Naraï, de son général Petracha...

 

 

 

 

...des pères missionnaires et des jésuites, des puissances portugaises, hollandaises, anglaises, françaises, maures … 

 

On peut suivre les  différentes rivalités et intérêts des uns et des autres, avec les Envoyés extraordinaires, son chef La Loubère, «  avec les questions politiques et religieuses » , et son étude « sur le roi du Siam et ses voisins, sur les forces militaires terrestres et maritimes, sur les forteresses, sur l’art de la guerre, sur les revenus du souverains et sur « l’étendue de sa puissance » sur ses sujets, sur le mode de gouvernement tant spirituel que politique, sur l’organisation de la société. »), avec Ceberet, « un des douze directeurs de la Compagnie des Indes orientales », chargé de  « la mise au point d’un traité de commerce », sans oublier le père jésuite Tachard qui a une mission secrète établie de concert avec le père jésuite de la Chaise, confesseur du roi Louis XIV,

 

 

 

 

...et le barcalon, le 1er ministre du roi Naraï, Constance Phaulkon, et une lettre signée par le secrétaire d’Etat à la marine, Seignelay, lui accordant de fait tout pouvoir de négociation ;  Et le général Desfarges, le chef militaire de l’expédition, qui a reçu des consignes précises de messieurs de Seignelay, secrétaire d’Etat à la Marine,

 

 

 

 

...et de Croissy, ministre des affaires étrangères

 

 

 

 

(respectivement fils et frère du défunt Colbert)  : les troupes françaises doivent «  s’installer aux deux points stratégiques du royaume : Bangkok et Mergui. En cas de refus, ordre était donné d’attaquer Bangkok ». (« Le fort de Bangkok, véritable verrou tenant l’entrée du fleuve Chao-Praya, et le port de Mergui, sur la côte ouest du pays et le golfe du Bengale, voie d’accès idéale au richissime commerce de l’Inde »).

 

 

 

 

(Cf. Notre article « A89. Louis XIV a voulu coloniser le Siam ?  Notre lecture de Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu » )

 

 

Alain Forest, citant  Morgan Sportès, exhumant la correspondance entre Seignelay et  l’intendant de Brest entre autre, confirmera les motifs militaires et commerciaux de cette « ambassade », et qu’outre le motif d’établir la religion catholique au Siam, « le motif principal de l’expédition est cependant l’occupation de Bangkok et Mergui […] S’il y a refus, Louis XIV « a résolu […] de faire attaquer Bangkok et de s’en rendre maître à force ouverte. ». Ce que confirmera aussi Jacq.Hergoualc’h, dans son « Etude historique et critique du Journal du voyage de Siam de Claude Céberet : envoyé extraordinaire du roi en 1687 et 1688 » (L'Harmattan)

 

 

 

Mais le projet échouera.

 

L’Ambassade arrivée le 26 septembre 1687 au Siam, repart le 3 janvier 1688, avec le bilan qu'en fait de La Loubère :

 

 

« Qu’avaient-ils obtenu : rien. Pas de privilèges pour les Chrétiens ; les travaux de fortification de Bangkok piétinaient, les troupes siamoises étaient toujours présentes dans la place ; Du Bruant n’était pas à Mergui, Desfarges roucoulait à Lopburi ; le roi ne serait jamais converti et … pour couronner le tout, selon les informateurs des missionnaires, Phaulkon essayait de se réconcilier avec les Anglais ».

 

 

 Et encore n’a-t-il pas connu le fiasco final des troupes françaises du général Desfarges, obligées de  s’enfuir le 2 novembre 1688.

 

 

Le chapitre « La révolution de Siam (1688) » de Forest nous donne quelques repères.

 

 

L’installation des troupes françaises à Mergui par du Bruant avec 150 soldats français fin janvier 1688 ne fut pas aisée avec les tergiversations de Phaulkon, qui savait qu’elle serait condamnée et exploitée par ses ennemis. De fait, nous dit Forest, Kosapan (vous vous souvenez ? L’ex-ambassadeur siamois en France) devenu le phra klang du roi Petracha dira plus tard, qu’elle était la première manifestation du complot de Phaulkon, Vertesalle (second du général Desfarges à Bangkok) de Beauregard, et du Bruant. Les soupçons furent renforcés par la décision d’ « embarquer une cinquantaine de Français sur deux frégates du roi de Siam pour croiser dans le golfe ». Il ne reste plus alors que 200-250 soldats français  à Bangkok.

 

 

 

 

Obnubilés par Phaulkon, ils sont peu, dit Forest, à voir en Phetracha, le nouvel homme fort du royaume, alors que la santé du roi s’est aggravée à la fin février. Toutefois Forest cite un  document anonyme adressé à Louis XIV, qu’il pense être de la Loubère, qui  résume assez bien la situation instable :

 

 

« il n’a point de temps à perdre, car  le roi du Siam est caduc ». Le roi « n’a que deux frères et une fille […] Il n’y a plus de mandarin en considération, hormis un seul avec son fils [Petracha et Suraçak]. Celui-ci est ennemi, du moins n’est pas ami de Me Constance et si le roi vient à mourir ou il se fera roi ou il fera celui qu’il voudra roi […] le roi a un fils adoptif qui est puissant mais qui est encore jeune ; il se tient en bonne intelligence avec ce mandarin […] Me Constance pourrait aspirer à la couronne, mais il est haï de tout le monde soit naturels soit étrangers ». (p.404). Cela était bien vu.

 

 

Poursuivons.

 

 

  • Forest pose au départ le duel Phaulkon, Petracha.

 

Phaulkon, se sentant infériorisé, doit montrer à ses rivaux qu’il dispose de l’autorité des troupes françaises, tandis que Petracha doit s’assurer de la neutralité des Français. (et pour éliminer Phaulkon et pour la succession.)

 

 

  • Les Français se posent la question de l’héritier légitime, des prétendants.

 

En sachant que dans les querelles de succession, la légitimité revient au plus fort ; (Nous l’avons vu pour les derniers rois) Les prétendants peuvent être : les deux frères du roi (l’ainé est paralytique, et le cadet est  dans le mutisme), mais le roi les refuse absolument. Par contre,  phra Pi, fils adoptif du souverain, bénéficie de l’affection royale, et de solides appuis à Phitsalunok d’où il est originaire,  mais n’a pas assez de personnalité. On parle beaucoup de la fille de Naraï, qui déteste Phaulkon, et est opposée aux Français et que l’on dit amoureuse du frère cadet. En janvier 1688, Phetracha semble le plus fort, mais on ne connait pas encore ses véritables intentions. Surtout que « Les rumeurs, les hypothèses les plus folles circulent qui accroissent confusions et doutes ». Et on n’a pas oublié les prophéties.

 

 

Nota. Phetracha réglera la succession de façon expéditive : en exécutant les deux frères de Naraï, le fils adoptif Pi, et Phaulkon. Il se fera roi et épousera la fille du roi Naraï pour assurer une forme de légitimité. Et il chassera les soldats français du royaume le 22 novembre 1688. Une « révolution » réussie !

 

  • La tentative de Phaulkon.

 

Phaulkon veut faire monter les troupes de Desfarges à Lopburi (lettre du 22 mars 1688) pour neutraliser Phetracha (et phra Pi) et jouer la carte d’un des deux frères. D’abord volontaire, le général Desfarges arrive à Ayutthaya, et Veret (chef du comptoir français d’Ayuttaya) et les missionnaires Mgr Laneau et de Lionne (15 avril),

 

 

 

 

....lui apprennent que Phaulkon est empêché de voir le roi, et lui recommandent de ne pas intervenir. Ils lui conseillent d’envoyer un officier le 16 avril pour se rendre compte de la situation à Lopburi. Mais l’envoyé ne peut voir le roi, et il est inquiet en voyant sur le retour « un grand nombre de gens armés, dispersés en divers endroits ». Desfarges décide alors de retourner sur Bangkok, après avoir assuré les deux frères du roi de ses services.

 

  • Le 18 mai 1688, Phetracha passe à l’action.

 

Si entre le 16 avril et le 15 mai 1688, la situation semble se clarifier, et aller vers un affrontement entre phra Pi et Phetracha, qui a pris le parti du frère cadet du roi, qu’il reçoit solennellement à Lopburi. Mais Phetracha, simultanément, continue ses manœuvres et laisse croire à Phaulkon qu’il soutient phra Pi. 

 

 

Mais à la mi-mai, phra Pi dénonce le complot au roi, obligeant Phetracha à réagir, en prenant le 18 mai, le contrôle du Palais.

 

 

Le même soir, Phetracha convoque Phaulkon, qui curieusement, passant outre aux supplications de ses amis, s’y rend et est arrêté. Le 20 mai, c’est le tour de phra Pi qui s’était réfugié dans la chambre du roi, d’être fait prisonnier et exécuté.

 

  • Phetracha doit désormais s’assurer de la neutralité ou de l’appui des Français.

 

Les actions et les récits des jésuites français et des missionnaires seront très différents.

Les jésuites sont pour une intervention française contre Phetracha (peur de l’extermination, et devoir envers les rois de Siam et de France et de Phaulkon) et les missionnaires sont pour une non-intervention.

 

 

Mgr Laneau malade, de Lionne est chargé par Phetracha, le 24 ou 25 mai, de convaincre le général Desfarges  de monter sur Lopburi avec ses troupes. Il se rend à Ayutthaya avec Kosapan qui a pris le parti de Phetracha. Des cadets français, qui résidaient à la cour, s’enfuient et sont repris par des cavaliers mores et placés en résidence surveillée. Cet événement constitue à la fois une preuve pour Phetracha du parti choisi par les Français et pour ceux-ci, cela préfigure le sort qui leur sera réservé.

 

 

Quoi qu’il en soit, le 2 juin le général Desfarges monte sur Lopburi et essuie une colère de Phetracha qui exige la présence des Français à Lopburi (Louvo) pour préparer une guerre contre le Laos ! Phetracha exige aussi que les troupes de du Bruant installés à Mergui reviennent. Le général Desfarges, s’il manifeste son désir d’obtenir des bateaux pour partir du Siam, cède à la pression et semble accepter la proposition. Il laisse même ses deux fils en otage et repart sur Bangkok le 4 juin. Mgr Laneau est aussi convoqué à Lopburi pour servir d’otage.

 

 

 

 

Phetracha alors, se croit assurer de l’appui des Français, et fait exécuter Constance Phaulkon le même jour (ou le 5 juin).

 

 

Mais Desfarges, sur les pressions et les arguments des jésuites, qu’il voit à Lopburi, de son second De Vertesalle qui ne connait que les ordres du roi de France de tenir Bangkok, de Véret, décide de s’enfermer dans une forteresse de Bangkok et organise le siège.

(La décision n’a pas dû être simple à prendre, car on n’oublie pas que les deux fils du général sont otages  de Petracha).  

On ne va pas refaire ici le récit de la bataille.

Les Français, croyant les Siamois piètres soldats, seront surpris par leur mobilisation rapide, leur organisation, leur combativité, leur nombre avec les Mores, Malais, Chinois, Pégouans, Portugais chrétiens venus les seconder. Bref, ils seront amenés à négocier leur départ.

 

  • Mgr Lanneau, pris en otage, est expédié par Phetracha à Ayutthaya pour

 

« dissuader les Français de tirer sur les Siamois ».

 

 

Mais les Français assiégés, ont l’idée d’envoyer M. de Saint-Cricq chercher du secours auprès des deux frégates composées de soldats français qui patrouillent dans le golfe. Mais cerné par les barques siamoises, il se fait sauter avec son embarcation.

 

 

 

  • Phetracha va utiliser d’autres moyens.

​​​​​​​

Il fait revenir le 22 juin Mgr Laneau à Lopburi, ainsi que les autres missionnaires, indiquant par là même qu’ils sont menacés. Petracha fait exécuter les deux frères du roi Naraï, le 9 juillet, pour empêcher toute connexion avec leurs partisans.

 

 

Le 10 juillet, la donne change. Le roi Naraï décède. (D’autres témoins avancent le 11 ou le 13)

 

  • Fin juillet un traité est signé entre Desfarges et Phetracha réglant le départ des Français, avec Mgr Laneau et Véret comme caution.

​​​​​​​

  • Phetracha rassuré, s’installe à Ayutthaya le 1er août. Il prend pour épouse la fille de Naraï, et se fait roi. Son fils Sorasak devient l’héritier.

Il ne lui restait plus qu’à s’assurer du départ des Français, qui rejoindront les 1er et 2 novembre le navire français L’oriflamme qui était arrivé à la barre de Siam le 7 (ou 9) septembre avec 200 hommes pour incorporer les forces françaises du Siam, et les deux navires Le Louvo et Le Siam, pour l’achat desquels Phetracha avait prêté de l’argent.

 

 

On passera sur les bévues, querelles et infamies (l’abandon de Mme Constance, l’affaire des otages (Veret, et les mandarins siamois) qui se succéderont lors de ce départ, avant que le 13 novembre les trois bateaux puissent prendre le large.

 

 

Phetracha avait réussi sa « révolution »  et règnera jusqu’en 1703. Son « fils » Sorasak lui succédera.

 

 

 

Notes et références.

 

(1) 13. Les relations franco-thaïes : La « Révolution » de 1688 au Siam, vue par Jean Vollant des Verquains, In Particularités de la révolution de Siam arrivées en l’année 1688

http://www.alainbernardenthailande.com/article-13-les-relations-franco-thaies-la-revolution-de-pitracha-de-1688-64176423.html

 

14. Les relations franco-thaïes : L’expédition de Phuket de 1689 du général Desfarges 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-relations-franco-thaies-l-expedition-de-phuket-de-1689-64176809.html

 16. Les relations franco-thaïes : Le Pére Tachard au Siam, une  sacrée épopée.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-les-relations-franco-thaies-le-pere-tachard-64797133.html

98. Un portrait de Phaulkon original, dressé par les annales siamoises http://www.alainbernardenthailande.com/article-98-un-portrait-de-phaulkon-original-dresse-par-les-annales-siamoises-120183142.html

Roman : A99. Le Faucon du Siam d’Axel Aylwen.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-116169404.html

Axel Aylwen a publié en 1988 le roman le plus populaire consacré à Constance Phaulkon, un aventurier grec devenu le 1er ministre du roi du Siam Naraï (1656-1688), dans une trilogie de 1680 pages, intitulée Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon.

Les 3 tomes du roman d’Aylwen présentent  un aventurier, Phaulkon, un personnage « réel » hors du commun, qui réussira à devenir le 1er ministre du roi Naraï (1647-1688) de 1682 à 1688, jusqu’au coup d’État du général Petracha, le futur roi. On pourra ainsi suivre un destin exceptionnel et une période historique de l’histoire du Siam, en profitant au passage des « charmes  exotiques » de ce pays asiatique, avec ses us et coutumes,  la vie de la Cour, du peuple, ses façons de vivre, d’aimer, de croire … de mêler un art de vivre, ses superstitions, son érotisme, le raffinement et la cruauté, les lumières et les ombres.

 

 

 

 

89. Louis XIV a voulu coloniser le Siam ? In Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a89-louis-xiv-a-t-il-voulu-coloniser-le-siam-113692980.html

 

« La révolution de 1688 d’après des sources militaires françaises », maîtrise de Predee Phispumvidhi, (Université Silpakorn, 2002, ISBN 974-653-246-4), qui analyse la situation politique selon des documents écrits par les militaires français Saint Vandrille, Général Desfarges, Beauchamp, et de La Touche.  

Predee présente les éléments qui lui semblent importants de la dernière décennie du règne de Naraï, marquée par l’influence des étrangers à la cour, la révolte des Macassars de 1686, le débarquement des troupes françaises en octobre 1687, le mécontentement des esclaves chargés de travail, l’inquiétude des bonzes et des mandarins devant la présence étrangère, l’instabilité politique provoquée par la lutte pour le pouvoir entre les factions de Constance Phaulkon, de Phra Naraï, de Phra Petracha, et de Phra Pi .

 

Les ambassades françaises auprès du roi Naraï :

 

La première ambassade de 1685 envoyée par Louis XIV à la Cour de Siam, vue par l’Abbé de Choisy, in « Journal de voyage au Siam », M. l’Abbé de Choisy

http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html

La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV en 1687 au Siam, vue par Simon de la Loubère, In « Du Royaume de Siam ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.htm

 

M. de La Loubère va profiter de cette Ambassade pour écrire « Du Royaume de Siam», un classique de la littérature de voyage sur la civilisation, la culture et la vie quotidienne  du Siam, publié en deux volumes en 1691.

 

Beaucoup s’accordent à dire que ce livre reste à ce jour une des meilleures études sur la culture et la civilisation du Siam au XVIIe siècle. la Loubère affiche son ambition en précisant qu’il a lu tous les Mémoires  disponibles sur la Région (avec l’Inde et la Chine) avant d’embarquer et qu’il lui aurait fallu 3 ans pour écrire ce qu’il a récolté en 3 mois.

 

 

 

Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin. ambassades-de-louis-xiv-63639892.html

 

 

On peut citer le «Journal du Voyage de Siam de Claude Céberet» dont M. Michel Houthalen-Helchteren nous livre «l'étude historique et critique» publiée en 1992, (Ed. l’Harmattan), et qui était demeuré pratiquement inédit jusqu'à cette date. En effet, seul Lucien Vannier, à qui l'on doit une « Étude historique sur les relations de la France et du Royaume de Siam de 1662 à 1703  », éditée en 1883 (E. Albert éd., Versailles) « fut le premier historien français à étudier sérieusement les relations franco-siamoises au 17e siècle ».

 

 

(2) 99.  La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html

 

(3) Elles sont centrées essentiellement sur l’évocation du complot mené par Petracha et son « fils » Sorasak. On peut y voir :

  • Le roi Naraï proclamant sa confiance totale en Phaulkon. La vengeance de Sorasak contre Phaulkon, ne pouvant supporter la confiance que lui témoigne le roi. (Il le frappe violemment).
  • Petracha, du fait de la maladie du roi, est  nommé par celui-ci, régent des affaires du royaume.
  • Petracha et Sorasak dans la préparation du complot.
  • Le roi, impuissant, les dénonçant, avec sa maladie s’aggravant.

 

Les exécutions de Phaulkon, de Phra Pi, et de Aphaitot. (Suggérant la prise du pouvoir par Petracha.)

 

Le résumé.

 

Nous avions déjà dans l’article 90, dressé un portrait de Petracha, tiré des chroniques. (pp. 300-302). (Chef des éléphants royaux, expert en dressage d’éléphants et en arts guerriers, combattant redoutable.)  Elles montraient en quelles circonstances le roi Naraï, lui avait confié son fils qu’il avait eu, lors de sa campagne contre Chiang Mai, avec une des filles lao du roi de Chiang Mai. Ce fils devenu page royal, conscient de sa royale naissance, était arrogant, mais aussi un « garnement » très courageux, intrépide et surtout maître en dressage d’éléphants. Un jour, après avoir pu maîtriser un éléphant féroce que personne n’avait pu monter et  mener à la rivière avec sécurité, il fut nommé par le roi, Luang Sorasak et l’assistant de son « père » Petracha, le maître des éléphants royaux, l’une des fonctions les plus importantes du royaume.

Les Chroniques, ne craignant pas l’ellipse,  présentent Sorasak quatre pages plus loin, dans un grave conflit avec Phaulkon, à qui il reproche de défroquer en grand nombre, moines et novices pour les faire travailler au service royal. (Cf. Forest dit que la décision est du roi Naraï, op.cit. p.383). Sorasak juge ce comportement très irrespectueux et préjudiciable envers la religion bouddhiste. (On peut y voir aussi un argument qui sera utilisé plus tard contre Phaulkon.). Sorasak va aller se plaindre auprès de Naraï, qui va soutenir Phaulkon malgré les accusations portées. Sorasak se rendant compte alors que Phaulkon a la confiance totale du roi va décider de se venger lui-même. Il se rendra en son palais et le giflera et frappera avec une telle force qu’il en tombera évanoui, en perdant deux dents. Phaulkon ira alors se plaindre au roi Naraï qui, en colère, enverra la police l’arrêter. Mais Sorasak leur échappera et ira demander l’appui de la mère de Kosa Lek et Kosa Pan, qui avait été nourrice du roi.  Mais malgré le respect que Naraï lui accordait, elle n’obtiendra pas le pardon. De  même si tous les phraya et les fonctionnaires qui travaillaient aux affaires royales étaient désormais mécontents de Phaulkon, le roi les rappela à l’ordre et au silence, en manifestant une fois de plus toute la confiance qu’il avait en lui, s’appuyant sur le fait qu’il avait obtenu l’appui des Français.

 

 

Ensuite, les Chroniques proposent trois versions de la fin du roi Naraï et de l’accession au pouvoir de Petracha. (Prenons celle plus complète partagée par les 3 chroniqueurs CDF).

 

 

Il est dit qu’en 1044, du royal Era, l’année du chien de la 4ème décade, le roi fut très affecté par la maladie de son éléphant blanc et qu’il tomba lui-même malade. Sa maladie s’aggrava et voyant qu’il ne pouvait plus administrer les affaires du royaume, le roi nomma Petracha comme le nouvel administrateur des affaires royales.

 

 

Aussitôt Petracha prit les affaires en main et convoqua tous les praya, ministres, commissaires et  envoya l’ordre à tous les gouverneurs et chefs de villes de fermer tous les postes de  douanes et de contrôler toutes les routes pour prévenir toute action ennemie et être prêt à se battre contre les opposants et adversaires du royaume, susceptibles de profiter de la maladie du roi. Il  ne pouvait alors, est-il précisé, être accusé de complot.

 

 

Le lendemain, il alla converser avec Saming Phrataba, une personne âgée et respectée,  pour connaître les traditions de succession, alors que le roi était prêt de mourir.  Il lui rappela que la compétition était sévère, les morts nombreux et qu’il fallait préparer le peuple et être prêt à une attaque surprise. Sorasak entendit aussi la stratégie et demanda à Saming  Phrataba, s’il voulait se joindre à lui. Phrataba consentit et Sorasak lui demanda de combien d’hommes il disposait. Il lui répondit 300. Sorasak lui demanda d’être prêt car il n’y en avait plus que pour deux, trois jours. Phrataba alla alors organiser et armer ses hommes.

 

 

Luang Sorasak alla le soir, s’enquérir des intentions de Petracha et lui demanda s’il voulait se saisir du pouvoir ou s’il avait pensé à un autre prétendant. Petracha lui désigna « l’enfant royal », qui réside au Holy Royal Rare Palace Enclosure) (Qui est cet Apaithot ?).

 

 

On voit ensuite Luang Sorasak mettre en place son plan. Il s’assure que ses partisans sont bien armés et placés avec discrétion dans les différents monastères et maisons amis. Petracha s’assure aussi que le plan se met bien en action ; et envoie ses hommes armés  à la maison de Sorasak, tout en assumant le matin et le soir l’administration du royaume, à la Mansion of Holy Lord  Hao.

 

 

 Pendant que la santé du roi s’aggrave, Sorasak joint ses forces à celle de Luang Song Bat et des 300 soldats de Phrataba. Il communique alors une stratégie pour prendre le  Holy Royal Rare Palace Enclosure. Il rejoignit ensuite avec 16 soldats  Petracha à la Mansion of Holy Lord  Hao et lui confia qu’il était prêt à prendre le pouvoir,  pendant que ses soldats entraient par les fenêtres et les portes. Les phraya, phra, luang, khun et mün présents furent effrayés et Sorasak qui avait brandi son épée leur demanda s’ils voulaient se joindre à eux. Ce qu’ils firent individuellement. Ensuite Sorasak, après avoir réalisé le ralliement des nobles, rendit hommage à son père Petracha et lui promis obéissance. Une cérémonie religieuse fut organisée qui faisait de Sorasak le « chef » des affaires royales.

 

 

 Ensuite Petracha fit convoquer Phaulkon par le Chaopraya Sura Songkhram. Phaulkon malgré le danger encouru, estima qu’il ne pouvait pas désobéir à une proclamation royale. Pendant ce temps, Sorasak, le nouveau vive-régent des affaires royales, envoya ses hommes à chaque tour et porte du palais et  leur ordonna de tuer Phaulkon dès qu’il entrerait. Ce qui fut fait avec des bâtons en bois, précise-t-on. Ses suivants s’enfuirent effrayés.

 

 

Petracha et Sorasak se rendirent alors devant le roi à qui ils firent un rapport complet et détaillé, et lui suggérant de nommer « son fils » comme successeur. (On ne voit pas trop de qui il s’agit ? Phra Pi ? ). Le roi, dit-on, comprit la rébellion et voulut les frapper avec son épée, mais affaibli, tomba. Il réclama 7 jours de vie à Bouddha pour voir échouer les deux rebelles. Mais Petracha et Sorasak étaient convaincus  que c’était le dernier jour du  roi, et envoyèrent un messager prévenir le jeune fils du roi de venir à Lopburi. (Quel est-il ? car Naraï n’pas de fils « reconnu »)

Le roi, était conscient que sa maladie s’aggravait et était proche de sa fin. Il convoqua ses 15 servants royaux pour les informer de la rébellion de Petracha et de son fils et pour les prévenir qu’ils allaient être tués. Il convoqua environ une vingtaine d’abbés et leur demanda de les escorter et de les aider à devenir moine pour mener une vie exemplaire. Mais il est dit ensuite que  le groupe de servants (les mêmes ?) complotait en secret avec Petracha.

 

 

Seul, Phra Pi, qui était le fils de khun Trai Sitttisak, et qui avait été comme adopté par le roi, lui manifestait sa loyauté et couchait juste à côté. (Les chroniques à aucun moment ne  rappellent le contexte de la succession, les forces en présence. Elles ne disent pas que Naraï avait même songé à un moment de le faire son successeur. ). Par contre, Sorasak ne devait pas ignorer le danger qu’il représentait ; et dès le lendemain, alors que Phra Pi se rafraichissait la bouche et le visage près de la tour de cristal, il fut fait prisonnier par le commandant khun Phiphit Raksa ; il poussa alors un cri qu’entendit le roi, et fut tué. Le roi sans doute sérieusement affecté, mourut ce jour, le jeudi, le 3e jour de la lune décroissante du 5e mois, de 1044 du royal Era, l’année du chien, de la 4e décade. Il avait régné 32 ans.

Les Chroniques se terminent en racontant brièvement comment le seigneur Aphaitot fut arrêté en arrivant à Lopburi par les gardes de Sorasak et assassiné avec des bâtons de santal, près du temple de Carrion.

Et ensuite les Chroniques passent, sans transition, au règne de Petracha (1688-1703).

 

(4) Livre1,  Annexe 1- Aperçu sur les  relations franco- siamoises au temps de Phra Narai,

In Alain Forest, Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec, préface de Georges Condominas, Livre I, II, et III, Histoires du Siam, L’ Harmattan, 1998.

 (pp. 371-428) : « VII- Au Siam : vers la crise (1686-septembre 1687) » ; VIII- En France, une décision aberrante » « XIX- L’occupation française (septembre 1687 - début janvier 1688 »,  « X- La Révolution du Siam (1688) » et  « XI- Epilogue »

 

Cf. Aussi le site « Mémoires de Siam ».

http://www.rencontredespaces.net/renespace/voyages/ASIE%20SE/Thailande/m%C3%A9moires%20de%20Siam/mapage.noos.fr/memoires-de-siam/plan.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 22:09

 

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » consacrent de nombreuses pages aux conflits, révoltes et guerres que  le roi Narai dut affronter au long de son règne. Le royaume d'Ayutthaya, en effet, doit être perçu comme le muang (ou mueang) principal d'un système composé d'autres mueang qui doit se préserver et se défendre, mais qui aspire à s'agrandir en intégrant d’autres mueang ou peuples autochtones dans un rapport de vassalité ou  d'alliances ou par la conquête (renversement des alliances, guerre contre l’ennemi « extérieur ») qui lui donne, par les populations déplacées, des esclaves, source de pouvoir et de richesse. Un système donc  en équilibre fragile dans un jeu géopolitique qui va surtout profiter des périodes instables (guerres, crise de succession) pour se repositionner

 

 

 

Aussi dès la fin de son intronisation et de la cérémonie funéraire de son  prédécesseur, « le roi Naraï doit faire face aux rumeurs, complots et trahisons. ». Un chapitre est consacré aux « rumeurs malveillantes propagées par Mistress Kaen » (p. 234) et 9 pages aux menaces de complots et de trahisons, qui donne à penser que la légitimité du trône est encore chancelante (pp. 235-243). On apprend avec imprécision, comme  toujours dans les Chroniques, que  le prince de Phatthalung a fomenté un complot armé, qui fut étouffé et dont les responsables (Qui?) furent punis de la peine capitale et exécutés par décapitation en grand public, après avoir subi le supplice du pal. Qu'« Un peu plus tard » (quand ?) une tentative d’assassinat fut déjouée qui causa grande frayeur au roi. « Plus tard » encore, le roi est avisé par des espions, qu’une embuscade a été  projetée,  à l’occasion de la  cérémonie religieuse brahmanique de la fête de Tri Yampawaï. Le complot fut déjoué, mais  les comploteurs se soumirent, rendirent hommage au roi qui les fit bénéficier -  cette fois- de sa grâce royale. « Un autre jour », les mêmes espions l’avisent d’un nouveau complot. Ce complot était cette fois manifestement soigneusement préparé. La contre-attaque le fut aussi : le roi feint d’en être avisé non pas par son réseau d’espions mais par une pythonisse du temple. Mais ils tombèrent dans l’embuscade tendue par le roi. Mais une fois encore, Naraï leur fit grâce de la vie.  (In  Notre article 95 (1))

 

 

 

Les Chroniques suivantes vont indiquer un autre rôle du roi, qui est sollicité pour répondre à des querelles familiales entre roitelets ou chefs de tribus, ou bien encore ici  le chapitre intitulé « Le Cambodge et le Vietnam » (p. 247), avec quelques conséquences « L’immigration de Mingkabao » (S’agit-il d’une personne ou d'un groupe de Mingkabau, une population musulmane, qui subsiste encore aujourd’hui ?) et une autre immigration de princes venus du Cambodge (p. 248).

 

 

 

« Neak Chan qui était l’un des fils du roi, avait été installé pour gouverner le pays. Mais lui-même et son plus jeune frère, Naek Prathum, commencèrent à se quereller. Naek Prathum envoya alors une lettre au prince du Vietnam (pour lui demander de s’emparer (recevoir ou conquérir selon les versions, la nuance est de taille) du pays. Celui-ci ordonna à un dénommé Chiang Thu de partir avec une armée à la conquête du Cambodge et de s’en revenir avec Naek Chan qui était à la tête du Cambodge après s’être emparé des richesses et des armes. Il renvoya ensuite Naek Chan dans son pays. Celui-ci, arrivé à Campa  y rencontra « à la fois son destin et son frère ». Il prit alors la tête de 773  parents et amis et s’en alla vivre à Phutthaï (Banthaï, Pathai ou Phet selon les versions). » Il est dit ensuite qu'ils émigrèrent avec leur famille au Siam  et vinrent se placer sous la protection du roi. Celui-ci manifesta sa royale bonté en les comblant de cadeaux et en leur attribuant des terres pour qu’ils puissent vivre à leur aise. (In 96)

 

 

 

L’IMMIGRATION DEPUIS LE CAMBODGE

 

 

L’année de la chèvre, première de la décade (8), un certain nombre de princes, leur entourage et leurs troupes (en tout 2.215 personnes) vinrent à leur tour se placer sous la protection du roi Naraï. Tous, avec en tête le patriarche Sakhon, lui-même apparenté au roi Naek Chan, trois de ses neveux, ne trouvaient en effet point de port d’attache. Le roi manifesta à nouveau sa royale bonté en les comblant de présents. Le patriarche, pour sa part, reçut l’autorisation de s’installer au temple du moine couché. Les autres notables et leur suite purent s’installer où bon leur semblait.

 

 

 

 

Un noble fut alors chargé d’aller apporter ce témoignage à Naraï : « Vous avez accordé votre protection au roi Naek Chan qui m’a mandaté pour aller vous rendre hommage avec cinq compagnons. Nous sommes venus à pied en passant par la forêt et Nakhon Nayok. J’ai perdu trois de mes compagnons en chemin. Nous avons rencontré en route trois moines qui nous ont appris que vous aviez reçu l’onction royale. Je m’en retournerai en aviser Naek Chan ». (In 96)

 

 

Les Chroniques vont noter que de nombreux princes étrangers vont manifester leur fidélité au monarque par des cadeaux somptueux. Celui-ci répondit en faisant à son tour des cadeaux de toutes sortes, ainsi les princes Mariala, puis Kaduksa, comme ensuite  d’autres princes ou commerçants de la ville de Machalipatam et le prince de Nakhonrachasima.

 

 

 

Les Chroniques vont ensuite dans le chapitre « Chiangmaï demande assistance » (p. 250)  nous apprendre qu’en 1022 (ou 1122, c’est selon), année du rat, deuxième décade, une lettre du prince Saen Luang de Chiangmaï avisa le roi Naraï qu’un prince de la ville chinoise de Ho (ou Huay), constituait une armée pour s’emparer de Chiang Mai, pour ensuite traiter la défection et l'attaque de Chiang Mai  (pp. 286-289), suivies de la  capture de Chiang Mai par les Siamois (pp. 291-299). Ensuite nous aurons les Birmans (et les Môns) qui  envahissent Kanchananburi  (pp. 263-267). la guerre de 1662 (résumé pp. 278-280) ; Lampang et Thoen (pp. 251-252), Sukhotai (p. 253), Chine ( ?) (p. 256) ; Révolte et rebellions : Martaban (p. 258), Ram, Goldie à Phetburi (p. 269), mais dans son incohérence habituelle, sans expliquer la relation de ces événements entre eux.

 

 

 

Nous avons rendu compte de tous ces événements guerriers dans notre article 96 de « Notre Histoire ». (2) Aussi avons-nous choisi de vous présenter la version du Prince Damrong, (L'un des érudits les plus influents de son époque, et le « père de l'histoire thaïlandaise ») (3) qui dans « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 » nous expose trois guerres qui vont s'enchaîner entre les Siamois et les Birmans durant le règne du roi Naraï, entre 1662 et 1664 :

 

 

 

 

« 19. Quand les Siamois attaquent le Muang de Chiang Mai, L'année du tigre, B.E. 2205 (A.D. 1662) »; « 20. Quand les Birmans attaquent le Muang Sai Yok en territoire siamois, L'année du lièvre, B.E. 2206 (A.D. 1663) »; «  21. Quand les Siamois attaquent la Birmanie, l'année du dragon majeur, B.E. 2206 (A.D. 1664) ».

(Vous remarquerez ci-dessous que le Prince Damrong ne fait aucune référence au sacré, aux dieux et aux esprits.)

 

Le Prince rappelle qu'en 1662 Chiang Mai était sous la coupe des Birmans et que le roi d'Ava avait placé sa famille pour gouverner le Muang. Mais la prise du pouvoir en Chine par les Mandchous avait provoqué la fuite du roi de Chine qui était allé se réfugier en Birmanie et avait été accueilli par le roi d'Ava. Les Hos (Mandchous) l'avaient alors poursuivi et attaquer Ava en mars 1662. (Le récit est simpliste, mais les événements sont complexes. Cf (4) et (5))

 

 

 

Phra Saen Muang, le chef de Chiang Mai ayant été informé que les Hos allaient également les attaquer envoya une lettre au roi d'Ava pour qu'il lui envoie des troupes pour assurer sa défense. Mais le roi d'Ava estimant que ce serait une grande attaque, avait au contraire demandé aux troupes birmanes en garnison à Chiang Mai de venir le rejoindre. En effet, les Hos avaient déjà pris de nombreuses cités avant d'encercler la capitale d'Ava, qu'ils avaient prise après sept tentatives. 

 

 

 

 

Phra Saen Muang ayant appris qu'Ava était tombée, envoya une lettre au roi d'Ayutthaya par les soins de son ambassadeur Saen Surin Maîtri, avec de nombreux présents, pour lui demander son aide. Le roi Naraï vit là une bonne occasion de  reprendre Chiang Mai. Il organisa ses forces en confiant à Phraya Ram Decho 1000 soldats pour son avant-garde, à  Phraya Siha Dechochai l'armée principale composée de 4000 hommes. Il compléta avec une compagnie d'auxiliaires mon commandée par Saming Phra Ram et une compagnie commandée par Saming Phrataba fut envoyée en premier en décembre. Le roi Naraï, quant-à lui, fit son camp  en appui en janvier à Phitsalunok.

 

 

Mais entre-temps, le chef de Chiang Mai fut effrayé d'apprendre  que les Hos, faute de vivres, avaient préféré  se retirer. Il envoya alors un message secret à Saen Surin Maîtri  pour qu'il quitte alors les forces siamoises. Cela parut suspect à Phraya Siha Dechochai qui était sur le chemin de Muang Kamphaenphet. Il envoya un message au roi Naraï qui était toujours basé à Phitsalunok et qui prit conscience que le chef de Chiang Mai avait changé d'avis. Il donna tout pouvoir à Chaophraya Kalahom avec 10.000 soldats pour attaquer Chiang Mai. Mais après avoir pris de nombreux muang, Chaophraya Kalahom ne put prendre Chiang Mai.

 

 

 

Mais en cette même année 1661, un événement important se produisit à Ava puisqu'après le départ des Hos,  une révolte éclata à la capitale à cause du comportement du roi qui avait vendu ses concubines, pendant laquelle il fut arrêté et exécuté. Il fut demandé à son plus jeune frère (Le vice-roi de Prome) de devenir le nouveau roi sous le nom de Maha Thiha Thudhamayaza. Le roi Naraï vit là une grande occasion d'attaquer de nouveau Chiang Mai et en cette année 1662, ordonna une conscription de 40 000 hommes.

 

 

 

 

Naraï eut des difficultés avec  son commandant en chef  Chaophraya Kalahom et il le remplaça  par Chaophraya Kosathibodi, secondé par Khun Lek.  Chaophraya Kosathibodi fut très réticent car il n'était pas au gouvernement et estimait que cela serait préjudiciable pour asseoir son autorité. Le roi insista et lui donna son épée royale, mais Kosathibodi lui demanda qu'il puisse avant prouver sa valeur en construisant des palissades à Phaniat. Ainsi fut fait. Mais le superintendant constatant que celles-ci n'étaient pas bien placées, corrigea les erreurs. Kosathibodi lors de son inspection s'aperçut qu'on avait modifié son plan. Il fit exécuter le superintendant et exposa sa tête sur un bambou afin que tout le monde puisse la voir. Désormais il était craint. Le roi Narai mit en place son dispositif d'attaque et en décembre ordonna la marche vers Chiang Mai. En janvier, le roi Naraï allait suivre avec une armée de 60 000 hommes.

 

 

 

Le chef de Chiang Mai en fut informé et envoya une lettre au roi d'Ava pour lui demander son soutien. Il organisa sa défense depuis Nakhon Lampang jusqu'à sa cité. Les forces siamoises mirent 7 jours pour capturer  Nakhon Lampang et se dirigèrent sur Chiang Mai. La tactique de Chang Mai était d'attaquer les forces siamoises pour se replier à chaque fois. Sur place, Kosathibodi fit alors ériger un mur de terre sur le côté sud  plus haut que le mur de la cité et y plaça des canons. L'armée de Narai en fut informée alors qu'il avait  atteint Nakhon Lampang. Il demanda à son armée de rejoindre au plus vite Chiang Mai qu'il atteignit en mars. 7 jours plus tard, il ordonnait l'attaque de Chiang Mai, qui fut prise. Le chef de Chiang Mai et de nombreux nobles furent capturés et présentés au roi. Les sources birmanes racontent que les forces birmanes étaient arrivées avant l'attaque de Chiang Mai, mais qu'ils furent défaits et battirent en retraite.

 

 

 

 

Le roi Naraï resta 15 jours à Chiang Mai pour mettre en place la nouvelle administration. Il fit du plus vieux noble le nouveau chef de Chiang Mai, mais en laissant Phraya Siha Decho Ratcha Dechochai avec son armée pour assurer la « sécurité ».

 

 

(Le Prince Damrong ne dit pas  que les Siamois ne purent s'y maintenir très longtemps car en 1664, la Birmanie décida de mettre fin à l'autonomie du Lanna en remplaçant sa noblesse par des fonctionnaires birmans et en 1701 elle annexa directement Chiang Saen. (Pour l'histoire du Lanna, voir le blog « Merveilleuse Chiang-Mai » (4))

 

 

 

Le roi retourna à sa capitale avec des captives, des éléphants, chevaux, armes et munitions et un bouddha fameux. Mais il est dit que pendant son séjour il eut une relation avec une jeune servante, qui devint enceinte. Le roi ne pouvait la reconnaître, aussi l'offrit-il à Phetracha qui était le fils de son ancienne nourrice. La servante donna naissance à un garçon que Phetracha nomma Nai Dua. Il sut qu'il était le fils du roi, ce qui le rendit arrogant et hautain. (Nous verrons par la suite comment Phetracha conquit le trône d'Ayutthaya et fit de son “fils”, alors Sorasak, son héritier.)

 

 

« 20. Quand les Birmans attaquent le Muang Sai Yok en territoire siamois, L'année du lièvre, B.E. 2206 (A.D. 1663) »

 

 

Cette guerre doit être vue en relation avec l'attaque d'Ava par les Hos. Auparavant le roi d'Ava avait nommé son oncle Min Nandameik comme son Uparat et l'avait nommé gouverneur de Martaban et des provinces Mon environnantes. Et lorsque les Hos avaient attaqué Ava, le roi avait demandé à son oncle de lever des forces Mon pour venir défendre la capitale. Mais un grand nombre de Mon s'enfuit et Min Nandameik ne put venir à Ava qu'avec 3000 soldats Mon. Après le retrait des Hos,  Min Nandameik revint à Martaban et décida de punir les Mon qui avaient fui. Les premiers arrêtés furent brûlés vivant. Les Mon en furent effrayés et 5000 d'entre eux organisèrent une force et attaquèrent Martaban et firent prisonnier  Min Nandameik.

Ensuite, le Muang d'Hongsawadi souleva une force et se dirigea vers Martaban. Les Mon qui avaient pris Martaban estimèrent qu'ils ne pourraient pas résister à la force birmane. Ils décidèrent avec leur famille (Ils étaient 10 000 env.) d'émiger au Siam en prenant Min Nandameik avec eux, avec l'intention de demander au roi d'Ayuttaya de devenir ses sujets.  Le roi les accueillit généreusement. Nombre d'entre eux purent rejoindre des résidents Mon.  Les chefs des Samings obtinrent des postes d'honneur et le droit de gouverner les Mon, qui obtinrent terres et maisons à Sam Khok, situé entre la la capitale et Nonthaburi près du monastère de Tongpu. Entre-temps  Min Nandameik, malade, mourut.

 

 

 

 

Le roi d'Ava vit là une menace et leva une armée de 10.000 hommes qu'il mit sous le commandement de Tinkabo (commandant de la cavalerie ) qu'il envoya en avant-garde et une  armée principale de  20 000 hommes sous le commandement de Mang Suraracha.

 

 

Arrivé à Martaban, Mang Suraracha envoya une lettre au gouverneur de  Kanchanaburi lui demandant de libérer Min Nandameik et de livrer les Mon qui s'étaient révoltés. En cas de refus, il promettait d'entrer au Siam et d'aller les prendre. La nouvelle était arrivée à Chiang Mai et   Phraya Siha Decho Ratcha Dechochai en informa le roi Naraï. Celui-ci lui répondit en lui ordonnant de rejoindre l'avant-poste de Mae Lamao avec ses forces. S'il constatait que les Birmans n'avaient  pas choisi ce chemin, il devait alors combattre les Birmans à Kanchanaburi. Le roi ordonna la conscription de  30 000 hommes qu'il plaça sous le commandement de Chaophraya Kosathibodi et de Khun Lek. Le gouverneur de Phetchaburi avec 5 000 hommes partit en premier. L'armée devait rejoindre les  Trois Pagodes pour affronter les Birmans. Mais Chaophraya Kosathibodi qui avait rassemblé ses hommes au Tambon de Pak Phraek  apprit que les Birmans avaient déjà passé les Trois Pagodes et  que l'avant-garde avait déjà atteint Muang Sai Yok.

 

 

 

L'armée placée à Din Daeng transporta les provisions le long de la route que les Siamois devaient emprunter et  Chaophraya Kosathibodi s'empressa pour aller prendre la défense de Kanchanaburi et envoya une force pour intercepter l'ennemi au Tambon Tha Kradan et à l'avant-poste de Kram Chang sur le pont de la rivière Kwae Yai. Pendant ce temps  Phraya Siha Decho Ratcha Dechochai avait atteint Muang Tak et apprenant que les Birmans étaient déjà passés par les Trois Pagodes se précipita via Kamphaengphet et Nakhon Sawanet Uthai Thani pour  rejoindre le district de Kanchanaburi. Arrivé à Muang Sisawat, il envoya un message à Chaophraya Kosathibodi  attendant ses ordres.

 

 

 

Chaophraya Kosathibodi ordonna l'attaque du campement des Birmans, après avoir informé l'armée venant de la capitale d'attaquer sur le front de Sai Yok. Phraya Siha Decho Ratcha Dechochai, quant-à lui, devait descendre sur Sangkhla et attaquer l'arrière de l'armée birmane qui était à Din Daeng et marcher sur Sai Yok. Le combat dura trois jours. Mais quand les Birmans apprirent que les Siamois étaient à l'arrière de leur armée, ils prirent peur et quittèrent Muang Sai Yok.  Les forces de Chaophraya Kosathibodi et de Decho Ratcha Dechochai attaquèrent les Birmans le long de leur retraite et beaucoup furent tués ou arrêtés. A Din Daeng, Min Suraracha, le commandant en chef des Birmans tenta en vain une résistance, mais il fut tué  par un tir, ce qui précipita la fuite du reste de son armée. Les forces siamoises la poursuivirent jusqu'à la frontière et retournèrent ensuite à la capitale, avec le butin saisi (Eléphants, chevaux, munitions et provisions).

 

 

 

« 21. Quand les Siamois attaquent la Birmanie, l'année du dragon majeur, B.E. 2206 (A.D. 1664) »

 

 

En introduction le Prince Damrong tient à préciser qu'il y a deux versions de cette guerre. Dans l'histoire des Birmans, il est dit que les Siamois avaient attaqué Martaban et Tavoy, mais ils furent vaincus et battirent en retraite. Dans l'histoire royale siamoise, il est dit que les Siamois avaient marché sur la capitale Ava, mais qu'ils durent renoncer à prolonger le combat, faute de provisions, et se retirèrent. Le Prince Damrong reconnait qu'il est difficile de décider où se situe la vérité, pour ajouter aussitôt que les Birmans mentent. Il en donne la raison. 

 

 

Les Siamois, avant d'attaquer Ava, aurait dû s'assurer le contrôle des provinces Mon et prendre  de multiples cités comme Prome, Toungoo, comme l'avait fait auparavant le roi Naresuan avant d'attaquer Hongsawadi. En fait, durant le règne du roi Naraï, seuls les Mon de Martaban se sont révoltés contre les Birmans et ont émigré ensuite au Siam en obtenant la protection du roi. Ceux qui sont restés sont demeurés  sujets des Birmans.

 

 

L'Histoire des Môn raconte que les Siamois n'ont pas attaqué Ava, mais Pagan seulement. Le Prince Damrong estime que les Siamois n'ont poursuivi les Birmans que lorsque les Birmans sont entrés sur le Territoire siamois  pour récupérer les Mon qui avaient émigrés au Siam. (Ce qui a été raconté dans la guerre précédente!) Par contre, ensuite le Prince Damrong raconte ce qui serait une autre guerre (Sans donner de date) avec une armée de 60 000 hommes, sous le commandement de Chaopraya Kosathibodi et khun Lek marchant dans trois directions : Praya Ram Decho avec les forces de Chiang Mai devant prendre le chemin de Papun puis Kamphaengphet, pour s'assurer du contrôle des provinces du Nord avec l'avant-poste de Mae Laman;  Puis Phraya Siha Decho Ratcha Dechochai ayant en  charge les forces avancées avec comme second Phraya Surin Pakdi, en charge du commissariat et  Phraya Sura Songkhram en charge des forces arrières devant passer par les Trois Pagodes. Les Mon sous le commandement de Phraya Kian et Saming Phra Ram devaient attaquer Tavoy pour éviter que ce Muang attaque l'arrière de l'armée siamoise. Toute l'armée siamoise devait se rassembler à Martaban.

 

 

 

 

Ensuite elle se dirigea vers Hongsawadi, en prenant les cités sur son chemin: Sittang, Syriam, Rangoon, Hongsawadi, puis Prome. Le roi d”Ava envoya une armée à Pagan sous le commandement du gouverneur de Salay. Mais  les Birmans ne purent stopper les Siamois tant ils étaient en grand nombre. Aussi Salay Min se replia dans les forts qui entouraient Pagan.

 

 

Phraya Siha Decho Ratcha Dechochai mena alors de nombreuses attaques qui causèrent la mort de nombreux Birmans et firent de nombreux prisonniers. Salay Min usa alors d'un stratagème en plaçant des hommes en arrière d'un fort et en opposant une faible résistance aux Siamois.  Phraya Siha Decho Ratcha Dechochai  tomba dans le panneau et toutes sa compagnie  fut prise au piège.  Phraya Siha Decho Ratcha Dechochai fut même fait prisonnier, mais il put s'échapper. (Les Chroniques royales racontent en détails les circonstances magiques de sa libération. Cf. Article précédent)

 

 

 

L'armée de  Chaopraya Kosathibodi avait atteint Pagan, mais il ne put la capturer, faute de vivres, et la saison des pluies arrivant. Il pensa à la retraite, mais craignit que les Birmans  les pourchassent. De plus, il craignait également la colère du roi Naraï. Il proposa dans une  lettre, aux Birmans de venir les affronter, mais  ceux-ci virent là un piège.  Chaopraya Kosathibodi usa alors d'un autre stratagème en faisant croire à la retraite de ses troupes. Les Birmans sortirent de la cité pour attaquer le camp siamois, mais tombèrent sur de forces dissimulées qui  en tuèrent en grand nombre. Les Birmans retournèrent alors dans leur cité. Chaopraya Kosathibodi envoya  une lettre pour les ridiculiser et le soir leva son camp et se retira. Les Birmans croyant à un autre stragème ne bougèrent pas. Ainsi finit la guerre de 1664 contre les Birmans.

 

 

Il faudra attendre 1759 pour que les Birmans attaquent de nouveau la capitale d'Ayutthaya.

 

 

 

Nous avions remarqué dans notre article 96 que  « derrière cette longue liste de guerres, d’alliances ou de renversement d’alliances, de révoltes, de complots, de sièges et d’invasions présentée de façon apparemment désordonnée la manière dont Naraï réussit à faire de son royaume le plus grand de la péninsule indochinoise dans le dernier tiers du XVIIème siècle. La synthèse que n’en font pas les annales, l’a été par le missionnaire Nicolas Gervaise, resté quatre ans au Siam dont il écrit, le premier en français, l’histoire recueillie de la bouche de « mandarins » avec lesquels il s’était lié d’amitié. » (6)

 

 

 

Les Chronique royales  seront par contre muettes sur la conspiration des Macassars (ou Makassar) de 1686 .

 

 

Le comte de Forbin dans ses  « Mémoires (1656-1733) » raconte comment, selon lui il sauva le royaume de Siam, lors de la conjuration des Macassars de 1686 (population musulmane venue de l'archipel des Célèbes).(7)

 

Le Prince Daï  avec 300 de ses hommes  avait fui les Hollandais - qui avaient conquis les Célèbes  à la fin des années 1660 - et « s’étaient réfugiés dans un camp octroyé par Naraï », nous dit Forbin. Il avait ensuite prévu de s’associer avec trois petits Etats voisins  musulmans, Camboye, Malaga et Chiampa, pour s’emparer du royaume et tuer les chrétiens.

 

 

M. Constance avait ordonné à Forbin d’arrêter et de faire prisonnier un navire de commerce de Macassars composé de 53 hommes d’équipage, alors qu’il leur avait donné leur passeport de sortie. Ce double jeu avait abouti à un  combat où Forbin reconnaissait dans la journée la perte de 370 de ses hommes pour seulement 17 Macassars et une poursuite de deux semaines, semée de tueries civiles, pour venir à bout des survivants.

 

 

Voici le témoignage de Forbin, retranscrit dans « Mémoires de Siam » (8)

 

 

« J'étais si frappé de tout ce que j'avais vu faire à ces hommes qui me paraissaient si différents de tous les autres, que je souhaitai d'apprendre d'où pouvait venir à ces peuples tant de courage, ou pour mieux dire tant de férocité. Des Portugais qui demeuraient dans les Indes depuis l'enfance et que je questionnai sur ce point, me dirent ces peuples étaient habitants de l'île de Calebos, ou Macassar ; qu'ils étaient mahométans schismatiques et très superstitieux ; que leurs prêtres leur donnaient des lettres écrites en caractères magiques qu'ils leur attachaient eux-mêmes au bras, en les assurant que tant qu'ils les porteraient sur eux, ils seraient invulnérables ; qu'un point particulier de leur créance ne contribuait pas peu à les rendre cruels et intrépides. Ce point consiste à être fortement persuadé que tous ceux qu'ils pourront tuer sur la terre, hors les mahométans, seront tout autant d'esclaves qui les serviront dans l'autre monde. Enfin, ils ajoutèrent qu'on leur imprimait si fortement dès l'enfance ce qu'on appelle le point d'honneur, qui se réduit parmi eux à ne se rendre jamais, qu'il était encore hors d'exemple qu'un seul y eût contrevenu. » [...]

 

 

Dès le lendemain de notre déroute, ayant encore assemblé tous les mandarins, je leur avais distribué des troupes avec ordre de se tenir sur les avenues pour empêcher que les ennemis qui avaient gagné les bois ne revinssent sur le bord de la rivière y jeter de nouveau l'épouvante, car c'est ce qu'il y a de plus habité dans le pays et l'endroit où ils pouvaient faire le plus de ravage.

 

Quinze jours après, j'appris qu'ils avaient paru à deux lieues de Bangkok ; j'y courus avec quatre-vingts soldats que j'embarquai dans mon balon, le pays étant encore inondé. J'arrivai fort à propos pour rassurer les peuples ; j'y trouvai plus de quinze cents personnes qui fuyaient comme des moutons devant vingt-quatre ou vingt-cinq Macassars, qui étaient encore attroupés.

 

 

A mon arrivée, ces furieux abandonnèrent quelques balons dont ils s'étaient saisis et se jetèrent à la nage ». (…) et [se réfugièrent dans un bois] où voyant qu'il était impossible de les forcer, je retournai à Bangkok. [...]

 

 

 Au bout de huit jours, quelques paysans effrayés vinrent m'avertir que les ennemis avaient paru sur le rivage, qu'ils y avaient pillé un jardin d'où ils avaient enlevé quelques herbes et une quantité assez considérable de fruits.

 

 

J'y allai avec environ cent soldats armés de lances et de fusils ; j'y trouvai plus de deux mille Siamois qui s'étaient rendus sur le lieu. On me fit remarquer l'endroit où les Macassars avaient mangé et couché.

 

Lassé de me voir mener pendant si longtemps par une poignée d'ennemis, je résolus d'en voir le bout. Je partageai les deux mille hommes que j'avais en deux corps, que je postai à droite et à gauche, et je me mis avec mes cent hommes aux trousses de ces bêtes féroces. Je suivis dans l'eau la route qu'ils s'étaient ouverte à travers les herbes. Comme ils mouraient presque de faim, ne se nourrissant depuis un mois que d'herbes sauvages, je vis bien qu'il était temps de ne les plus marchander, surtout n'ayant avec moi que des hommes frais et dont je pouvais tirer quelque parti. Dans cette pensée, je leur fis doubler le pas ; après avoir marché environ une demi-lieue, nous aperçûmes les ennemis et nous nous mîmes en devoir de les joindre.

 

Je les serrais de fort près. Pour m'éviter, ils se jetèrent dans un bois qui était sur la gauche, d'où ils tombèrent sur une troupe des miens qui, du plus loin qu'ils les aperçurent, firent une décharge de mousqueterie hors de la portée et se sauvèrent à toutes jambes. Cette fuite ne me fit pas prendre le change ; je joignis encore les ennemis et je mis mes soldats en bataille. Comme nous avions de l'eau jusqu'à mi-jambe, les Macassars ne pouvant venir à nous avec leur activité ordinaire, gagnèrent une petite hauteur entourée d'un fossé, où il y avait de l'eau jusqu'au cou.

 

Je les investis, et m'approchant jusqu'à la distance de dix à douze pas, je leur fis crier par un interprète de se rendre, les assurant que s'ils se fiaient à moi je m'engageais à leur ménager leur grâce auprès du roi de Siam. Ils se tinrent si offensés de cette proposition qu'ils nous jetèrent leur lance contre, en témoignage de leur indignation ; et se jetant un moment après eux-mêmes dans l'eau, le Krit aux dents, ils se mirent à la nage pour venir nous attaquer.

 

Les Siamois encouragés et par mes discours et par mon exemple, firent si à propos leur décharge sur ces désespérés qu'il n'en échappa pas un seul. (…)

 

Telle fut la fin de cette malheureuse aventure qui, pendant un mois, me causa des fatigues incroyables, qui faillit me coûter la vie, qui me fit périr tant de monde, et qui n'aurait jamais eu lieu sans la jalousie d'un ministre aussi méfiant que cruel. »

 

Forbin informa Constance que le prince des Macassars, après la conspiration découverte, s'était retranché dans son camp.

 

 « M. Constance, résolu de l'attaquer, avait ramassé plus de vingt mille hommes à la tête desquels il avait mis quarante Européens, Français, Anglais et Hollandais. Avec ces troupes, il entreprit de forcer les retranchements des ennemis. Ceux-ci firent d'abord semblant de fuir ; Constance y fut trompé, et les croyant en déroute, il commanda aux Siamois de les poursuivre. Ses gens les chargèrent d'abord et les suivirent en assez bon ordre ; mais peu à peu s'étant débandés, les Macassars firent tout à coup volte-face et les chargèrent à leur tour si vigoureusement, qu'ils tuèrent d'abord dix-sept des Européens et plus de mille Siamois. M. Constance faillit à y périr et ne se sauva qu'en se jetant dans la rivière, où il se serait noyé sans le secours d'un de ses esclaves.

 

La quantité de corps morts que la rivière emportait, et qui passèrent devant Bangkok furent les premiers courriers qui nous annoncèrent cette défaite, après laquelle le ministre ne se trouva pas peu embarrassé. Il fit faire plusieurs propositions au prince des Macassars, qui ne voulut jamais rien entendre. Enfin, n'y ayant plus d'autre parti à prendre, il se résolut à une seconde attaque, à laquelle il se prépara pendant deux mois, et dont il se tira avec plus d'honneur, ayant pris des mesures plus justes que la première fois. L'expérience qu'il avait faite lui ayant appris qu'il avait affaire à des gens dont il ne lui serait pas aisé de tirer parti s'il les attaquait à force ouverte, il s'avisa d'un stratagème qui lui réussit et auquel il fut redevable de la victoire.

 

Comme le pays était inondé, en sorte qu'on était obligé de marcher dans l'eau jusqu'à mi-jambe, il fit faire des claies de cannes, où l'on avait posé fort près l'un de l'autre de gros clous à trois pointes, qui traversaient la claie, et s'élevaient par-dessus à la hauteur d'un demi-pied. Ces machines qui marchaient devant les troupes furent plongées dans l'eau, en sorte que ne paraissant plus, et les Macassars à leur ordinaire venant tous à la fois à la charge, tête baissée, et sans voir où ils mettaient les pieds, se trouvaient pris pour la plupart, tellement que ne pouvant plus ni avancer ni reculer, on en tua debout à coups de fusil un nombre très considérable.

 

Ceux qui échappèrent s'étant retranchés dans des maisons de cannes ou de bois auxquelles on mit le feu, n'en sortirent qu'à demi brûlés, et se laissèrent assommer sans qu'aucun demandât quartier ; aussi ne sauva-t-on la vie qu'à deux jeunes fils du prince, qui furent amenés à Louvo. On les a vus depuis en France servir dans la marine, ayant été amenés dans le royaume par le père Tachard. ».

 

 

De même, si les Chroniques royales vont évoquer le conflit entre Luang Sorasak et Chaopraya Wichachaiyen (Phaulkon ou Constance), et de celui-ci contre Phetracha dans la conquête du pouvoir avec un roi malade et impuissant, il ne sera rien dit sur ce qu'on va appeler la révolution de 1688, et la guerre menée contre les Français qui seront forcés de fuir le royaume, pour n'y revenir que 150 ans plus tard. Ce sera l'objet de notre prochain article.

 

 

 

NOTES ET REFERENCES.

 

 

(1) 95. Le roi Naraï face aux rumeurs, complots et trahisons.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-95-le-roi-narai-face-aux-rumeurs-complots-et-trahisons-119291013.html

 

(2) 96. Naraï assoit son autorité sur son royaume.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-96-le-roi-narai-assoit-son-autorite-sur-son-royaume-119969502.html

 

(3)  106. « Nos guerres contre les Birmans » (1539-1767), du Prince Damrong.

« Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 ».*

http://www.alainbernardenthailande.com/article-106-nos-guerres-contre-les-birmans-1539-1767-du-prince-damrong-120857499.html

 

Et 107. Le Prince Damrong explique les guerres entre les Siamois et les Birmans, entre 1539 et 1767.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-107-le-prince-damrong-explique-les-guerres-entre-les-siamois-et-les-birmans-entre-1539-et-1767-121187300.html

 

Avec une préface de l’éditeur Chris Baker, qui en sa page 9 précise que le livre du Prince Damrong, aussi intitulé Thaï Rop Phama, publié en 1917, est sans doute le 1er livre d’histoire de type occidental ; et sûrement le plus populaire. Il a été étudié par tous les élèves de Thaïlande et repris dans des nouvelles, poèmes, chansons, pièces de théâtre, et films, voire des BD. L’héroïsme de la reine Suryothai, avec le duel à éléphant à Nong Sarai, « la déclaration d’indépendance » du roi Naresuan, la résistance du village de Bang Rachan  et la seconde chute d’Ayutthaya sont devenus la substance de l’histoire nationale thaïe

**Cf.http://en.wikipedia.org/wiki/Damrong_Rajanubhab

 

 

 

S. A. R. le Prince Ditsawarakuman, ou le Prince Damrong Rajanubhab (สมเด็จ พระเจ้า บรม วงศ์ เธอ พระองค์เจ้า ดิ ศ วร กุมาร กรม พระยา ดำรง ราชา นุ ภาพ;) (21 Juin 1862 - 1 Décembre 1943), fils du roi Mongkut., demi-frère du roi Chulalongkorn.

Vice-commandant en chef de l'armée en 1887, ministre de l'Éducation, ministre de l'Intérieur en 1894. Il est considéré comme le fondateur du système éducatif et du système de santé  thaïs  et de l'administration provinciale moderne. Il fut le premier président de l'Institut royal de la Thaïlande.

(4) Pour l'histoire du Lanna, Cf. l'excellent blog « MerveilleuseChiang-Mai » https://www.merveilleusechiang-mai.com/histoire-du-lanna-n-1

 

(5) Cf. « Les Mandchous: des nomades devenus maîtres de la Chine », par  Jean-Pierre Duteil

https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/pdf/pdf_les_mandchous_des_nomades_devenus_maitres_de_la_chine.pdf

 

(6) « Histoire naturelle et politique du royaume de Siam », chez Claude Barbin, MDC. LXXXIII.

(7) Mercure de France, 2007 (poche)

 

(8) In « Mémoires de Siam » : 4ème partie

LE CHEVALIER DE FORBIN ECRASE LA REVOLTE DES MACASSARS.

http://www.rencontredespaces.net/renespace/voyages/ASIE%20SE/Thailande/m%C3%A9moires%20de%20Siam/mapage.noos.fr/memoires-de-siam/forbin_memoires4.html

Cf. Aussi « La conspiration des Makassar à Ayuthia en 1686 : ses dessous, son échec, son leader malchanceux. Témoignages européens et asiatiques », de Christian Pelras, Archipel, 1998, pp. 163-198

https://www.persee.fr/doc/arch_0044-8613_1998_num_56_1_3484

 

 

 

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 22:09

 

 

Notre  introduction qu règne du roi Naraï (1656-1688) provenant des « Chroniques royales d'Ayutthaya » traduites par Cushman,  confirmait que celui-ci ne pouvait se comprendre que  dans un  cadre mystico-religieux du bouddhisme theravada, mais aussi dans un système qui  intégrait  des croyances et des cultes hindouistes (brahmanique, védistes) et animistes, avec le culte des esprits notamment. Ce monde « sacré » non seulement légitimait le pouvoir royal, mais donnait sens à la vie de chacun, organisait son temps et son espace, à travers des croyances, des rites, des mythes, des symboles. Il s'expliquait à travers une Histoire.

 

 

 

Le roi Naraï héritait d'une Histoire.

 

 

Déjà son père Prasat Thong (1629-1656) avait légitimé son coup d’État en reprenant ouvertement l'héritage d'Angkor. Il avait envoyé une mission à Angkor pour copier les plans des temples qui allaient lui servir de modèle pour édifier le temple du Wat Chai Watthanaram ; Il avait exigé que la langue royale au palais soit basée sur la langue khmère. Son fils Naraï avait dû être imprégné par l'usage excessif de son père à l'astrologie pour se protéger des forces du mal et de l'usage de sacrifices humains, comme l'avance Van Vliet, lors de la reconstruction des portes de la cité et du palais. (Deux femmes enceintes auraient été enterrées dans les fosses.)  

 

 

 

Mais la sacralisation des rois siamois eut lieu dès l'origine du  royaume de Siam.

 

 

En effet, dès l'origine de ce qui deviendra le Siam, les deux princes Phra Muang et Bang Klang Hao, qui fondèrent Sukhotai en 1238, le premier royaume thaï  héritèrent  du modèle de la société khmère avec ses bonzes et ses brahmanes et d’une langue, le sanscrit, (langue sacrée de l’hindouisme dont dérive le pali, langue sacrée du bouddhisme). Bang Klang Hao devenait d’ailleurs le roi de Sukhotai sous le titre brahmanique de Sri Indraditya.

 

 

 

 

Ils mirent fin à plusieurs siècles d'occupation khmère, fortement influencée par la culture indienne, et dont les religions officielles furent successivement l'hindouisme, le bouddhisme mahayana et enfin le bouddhisme theravada qui s’est  progressivement imposé à côté de l’adoration de Shiva et d’autres divinités hindouistes tout en cohabitant avec le culte du Dieu roi, introduit  par Jayavarman II au IXe siècle,  représentant alors Shiva.

 

 

 

 

Les mueang thaïs  furent, en effet, pendant plusieurs siècles sous la dépendance des gouverneurs  et des moines khmers, mais nous ne savons pas comment s’exerçaient leur pouvoir, leurs relations avec les pouvoirs locaux en place. Aucune date, aucun nom de batailles, aucuns vestiges de garnisons découverts. Et pourtant ils devaient être en nombre si l’on en juge  par les  temples khmers bâtis principalement au nord-est, la vallée de la Mun et les provinces de Nakhon Ratchasima, Buriram, Surin et Ubon Ratchathani. Dans cette seule vallée, on estime que les Khmers ont construit plus de 300 temples, dont Phimai, qui était relié à Angkor, au sud, par une « voie royale » longue de 225 kilomètres. (Cf. Insolite  3 et 4). Cet héritage va se poursuivre jusqu'à aujourd'hui. (Cf. En note 1, un résumé)

 

 

 

Comme ses prédécesseurs le  roi Naraï sera  légitimé par de  multiples dieux hindouistes et par Bouddha, et  intronisé en suivant des rites brahmaniques, à la date donnée par les Brahmanes, comme le Maître des Dieux,  le seigneur des dieux sur terre ,  le seigneur de la création , le Dirigeant des Rois, l’incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha, de Asoka « le Maître des Trois Mondes »,  mais aussi de Rama, de Suprême Shiva, du «  Génial et Brillant Agni », et de Brahma « Conquérant du Monde », etc. (Cf. En note 2 le titre complet) (Forest nous  donne une description générale de la cérémonie. Cf. 92)

 

 

 

Le pouvoir de Naraï sera aussi légitimé par ses mérites acquis. Cela est d’autant plus acceptée, nous dit Louis Gabaude, « qu’elle obéit à la loi fondamentale, qui selon le Bouddha, régit les destinées : la loi de la rétribution des actes, autrement dit la loi du karma  […] il n’y a pas de hasard ni dans la cité, ni dans les positions sociales,  ni dans les situations politiques car chacun se trouve là où il le mérite, là où ses actes passés l’on fait naître dans l’aujourd’hui de son histoire.» […] « Si le roi est roi, c’est qu’il le mérite, et s’il le mérite, il doit être respecté » ; comme les nobles de son royaume : « Vous tous, vous avez accompli des actes méritoires, observé la loi et accumulé des mérites dans votre existence antérieure, c’est pourquoi vous naquîtes seigneurs. » (Coedès et Archaimbault, Les Trois Mondes, cités par Gabaude. ).

 

 

 

Après la cérémonie d'intronisation suit les funérailles du roi défunt. (Reprise de 92)

 

 

« Phra Si Sutham Racha, n’est plus le roi assassiné par son successeur Naraï, mais le roi saint bouddhiste, le seigneur impérial. Les Chroniqueurs ne font aucune référence aux événements sanglants de la succession, à l’histoire. On est désormais dans un recyclage religieux, où le roi Naraï autorise la mise à feu du corps saint royal, décoré de magnifiques objets, et placé dans une espèce de petite pagode d’or au milieu d’un dispositif composé d’autres petites pagodes magnifiquement décorées d’ombrelles d’or, d’argent, et aux cinq couleurs fondamentales, avec de nombreuses bannières et fanions cylindriques. Les Chroniques soulignent la magnificence de la parade, avec l’or en excès, la musique (les conques, trompettes, et gongs), la beauté des chars de la procession, avec les thao phraya, les conseillers royaux, tous les chefs, suivi par le roi, les danseuses du ballet royal, et 10 000 moines. Tous sont invités à donner cadeaux et aumônes au corps saint. »

 

 

 

 

Ensuite, « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » vont relater d’autres événements de nature religieuse et symbolique qui visent à exprimer, renforcer, légitimer la fonction royale.

 

 

 

Nous vous avons présenté ces événements dans notre article 93 de « Notre histoire » (3), comme par exemple la construction de statues de Shiva, Brahma, Bouddha ; la cérémonie des cinq rites ; le pèlerinage à « L’Empreinte du pied de Bouddha » à Saraburi, la capture d’un éléphant blanc, les  audiences royales (allégeance),  l’attribution de cadeaux et de titres, les visites royales en Province, avec  dans tous les cas, le respect du rituel et le faste des processions royales que les Chroniques décrivent longuement.

 

 

 

Les processions en effet, sont là aussi pour légitimer le pouvoir royal. Elles montrent à tous, la majesté du roi, sa puissance, avec les dignitaires et servants, défilant dans leur ordre hiérarchique, avec pompe et  faste. En sachant que chaque action royale, chaque événement ne pourra avoir lieu qu'à la date et l’heure, à la minute près,  choisies par les brahmanes, et  là encore, dans le respect du cérémonial, du rituel et du faste. Comme la découverte d'un éléphant blanc.

 

 

 

 

Le pouvoir des éléphants blancs. (pp.245-246, p.268, p. 290).

 

 

Oui, nous sommes ici dans un autre monde où la découverte d'un éléphant blanc  est toujours interprétée par les devins de la Cour comme un avènement heureux qui assure prestige, puissance, prospérité au roi et au royaume. Car l'éléphant  est la monture d’Indra, qui au sein du védisme ancien, est le dieu guerrier invaincu, et seigneur des hommes. « Les éléphants blancs des trois ordres appartiennent à la création de Vishnou, et l'on suppose que ce dieu leur a communiqué quelque chose de ses qualités. C'est ainsi qu'ils assurent au souverain dont ils sont la propriété toutes les faveurs de la fortune. Il acquerra des trésors; il sera puissant et célèbre; il triomphera dans toutes les guerres qu'il aura à soutenir contre ses ennemis; il deviendra Chakravartin. » (Lorgeou)

 

 

 

 

Les Chroniques, après avoir évoqué l’hommage rendu à Shiva et à Brahma au cours de cérémonies royales, pour accomplir les cérémonies des 5 rites, et le travail des éléphants dans le corral royal, vont raconter une royale visite du roi à Nakhon Sawan, qui vient de capturer une éléphante blanche.

 

 

 

 

Le  roi vient donc en personne à Nakhon Sawan pour recevoir en cadeau royal une éléphante blanche ; on y apprend le jour de sa prise au lasso, qui l’a capturé, les canons de sa beauté, et le jour où il fut procédé à son acheminement « royal » à la capitale.  Ensuite une page entière est consacrée à son arrivée, à la cérémonie de son « investiture », de son « intronisation ». (p. 246)

 

 

 

L’éléphant blanc est reçu en grande pompe, et est installé dans un « Palace » royal (enclos). Le roi lui attribue un nom « religieux » (le saint éléphant blanc d’Indra) et invitent tous les dignitaires du royaume à la grande cérémonie de trois jours, pendant laquelle, il sera paré d’ornements royaux, d’or et de bijoux, et lui sera attribué le titre de phraya, un titre de noblesse important.

 

 

Les Chroniques s’attardent ensuite sur les récompenses données par le  roi à tous ceux qui avaient participé à la capture de l’éléphant blanc ; le fils de khun Si Khon (celui qui avait organisé la capture), sera en outre nommé le khun de l’éléphant « royal », sa femme, et son père obtiennent le titre de luang de l’éléphant blanc, le cornac, le servants, en accord avec les traditions reçoivent selon leur rang, plateaux en argent orné d’or, vêtements de soie …etc. (Chaque cadeau ayant une valeur symbolique). Le chapitre se termine en précisant le montant de tous ces cadeaux, comme pour indiquer la générosité royale. (17 chang et 11 tamlüng d’argent).

 

 

 

Les Chroniques évoqueront une autre capture d’un éléphant blanc à Nakhon Sawan. (pp. 290-291)

 

 

Le roi va exprimer sa joie, en apprenant la prise d’un éléphant blanc dans la région de Nakhon Sawan, et il va donner l’ordre royal au thao phraya, et aux phra, luang, khun et mün du « ministère » de l’éléphant, d’aller chercher l’éléphant blanc, de rang de phraya, de le ramener en grande pompe et de l’installer dans l’enclos royal. Il est précisé que le roi va manifester sa « compassion » dans une célébration animée par le clergé bouddhiste et les brahmanes de l’art divinatoire et décréter une fête de sept jours..

 

 

Le roi va conférer à l’éléphant blanc le titre de chao phraya, lui donner un nom, et les bijoux, et ornements royaux correspondant à son rang. Et ensuite comme deux ans auparavant, mais là sans donner de noms, le roi récompensera, selon la coutume (est-il précisé) ceux qui ont capturé l’éléphant blanc par les titres de khun et mün avec les cadeaux correspondants (vêtements, plateaux d’argent), et cette fois, avec en plus, un rescrit fiscal sur les droits de douanes et de marché.

 

 

La chronique se termine en spécifiant que la paire d’éléphants blancs lui accordait davantage de mérites et de pouvoir sur ses vassaux et le faisait craindre davantage par ses ennemis.

 

 

(Souvenons-nous du roi Chakkraphat qui avait obtenu le titre de « seigneur des éléphants » et qui avait dû faire la guerre contre les Birmans en 1563 après leur avoir refusé le don de deux éléphants blancs. (Cf. Notre article 55. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.)

 

 

 

La divination et la magie.

 

 

Naraï, comme ses prédécesseurs et ses successeurs et le peuple siamois, croit en la divination, en cette nécessité de consulter les  dieux pour entreprendre toute action importante ou de demander leur puissance pour  agir contre un « ennemi », voire pour s'en protéger. Nous avons vu que les brahmanes avaient cette fonction à la Cour.

 

 

 

 

Mais les Chroniques montreront aussi un autre aspect du pouvoir divinatoire des « devins », un pouvoir qui n’est pas réservé aux seuls brahmanes. (Cf. pp.280-282).

 

 

Ausi, avions-nous dit (In 93 de « Notre Histoire » (3)),  que le roi Naraï, lors de la guerre contre les Birmans de 1662, avait fait appel à Phra Phimon Tham, le royal abbé du monastère de la Cloche, pour connaître le sort de  phraya Siha Ratcha Decho qui avait été capturé par les Birmans, pour savoir s’il était mort ou vivant. On apprendra que Naraï a fait souvent appel à lui et qu’il avait confiance en lui.

 

 

 

 

Phra Phimon Tham, en consultant la charte des « trois oculaires », va rassurer le roi Naraï, et lui confirmer que Phraya Siha Ratcha Decho  avait été effectivement capturé par les Birmans, mais qu’il venait de se libérer, mieux, de vaincre et de récolter un grand butin. L’abbé invitait le roi à ne plus être anxieux et à croire la charte qui indiquait qu’il n’y avait plus de danger. Les Chroniques confirmaient ensuite la juste divination de l’abbé en racontant ce qui s’était passé. (1 page et demie).

 

 

Une brigade de l’armée birmane avait capturé Phraya Siha Ratcha Decho  et 500 de ses soldats et les avaient emmenés sous bonne garde dans une « palissade » devant la cité d’Ava. Ils durent repousser une attaque des Thaïs venus secourir leurs compatriotes. Pendant ce temps-là, phraya Siha Ratcha Decho, enchaîné, avait examiné le jeu des nuages et des ombres, pour y lire un bon présage. Il lut alors un mantra bouddhiste qui lui permit de se libérer de ses chaînes. Notre héros put saisir l’épée d’un garde, tuer ses geôliers, et après quelques combats, libérer une dizaine de ses hommes, qui libérèrent les autres, et purent tuer un grand nombre de Birmans, et même prendre la « palissade ». Ils poursuivirent alors ceux qui s’étaient enfuis, et purent, à cause de la panique, prendre les autres « palissades». Mang Cole, le fils du roi d’Ava et le général de l’armée principale furent tués pendant cette bataille.

 

 

Ce fut une grande victoire thaïe où beaucoup de Birmans furent faits prisonniers, et pendant laquelle furent capturés des éléphants, chevaux et armes en grand nombre. Ils furent emmenés devant le général en chef Chao phraya Kosa, qui en fut fort satisfait et qui envoya un rapport au roi.

 

 

Le roi reçut cette bonne nouvelle pendant qu’il discutait avec le royal abbé, Phra Phimon Tham. Il en fut heureux et fit alors l’éloge de l’abbé, en déclarant que celui-ci avait prédit ce qui était impossible à trouver.

 

 

 

Toutefois M. l’Abbé de Choisy signale, non sans humour,  dans son « Journal de voyage au Siam »  que le roi Naraï savait aussi « composer » avec leur pouvoir et leur influence :

 

 

« Le jour est pris à jeudi 18 de ce mois (octobre). Les astrologues assurent qu’il fera beau ; on dit qu’ils ne se trompent presque jamais. Il y a pourtant douze ans que le roi ayant marqué un jour pour couper les eaux, il plut, et tous les beaux ballons furent gâtés. Les astrologues en furent chassés, et depuis on n’a pas fait la cérémonie. Les missionnaires sont venus là-dessus et ont prouvé que c’était une superstition. Le roi allait commander aux eaux de se retirer de dessus ses terres et les talapoins ne l’y faisaient aller que quand ils voyaient que les eaux s’allaient retirer, ce qu’ils connaissaient à une certaine marque. »

 

 

 

 

La magie et les pouvoirs surnaturels.

 

 

« L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les  Chroniques royales d’Ayutthaya » permet de comprendre que  l'ambassadeur siamois Kosapan (comme les autres siamois) vit dans un  monde sacré, qui pour un observateur occidental est perçu comme un monde fabuleux, fantastique, où le magique, le surnaturel font partie du quotidien. (Cf. Reprise de notre article 97 de « Notre Histoire » sur cette ambassade (5))

 

 

On y apprend qu'un astrologue accompagne l'ambassade siamoise et que celui-ci les sauvera d'un cyclone et d'une mort inévitable près des côtes de France  avec force bâtonnets, cierges, offrandes et méditations.

 

 

« Ensuite, on arrive dans une dimension fantastique. Louis XIV et les ambassadeurs siamois vont s’affronter dans le but de savoir qui a les soldats les plus émérites.

 

 

Louis XIV fait procéder à une grande revue où deux divisions de 250 soldats, face à face, arrivent à tirer dans leurs canons respectifs, sans se blesser !

 

 

Louis XIV, sollicitant un compliment admiratif, apprend des ambassadeurs siamois que les soldats siamois ont des qualités oh combien, supérieures, puisque certains sont invincibles, avec la faculté de se rendre invisibles, d’autres invulnérables, car les coups qu’ils reçoivent demeurent inoffensifs.

 

 

 

 

Le roi de France, dit-on, taxa ces récits d’exagérations et de fanfaronnades  et demanda aux ambassadeurs siamois s’ils pouvaient en apporter la preuve. Ceux-ci, connaissant l’habileté de leur astrologue et bien qu’ils n’eussent pas pris avec eux des soldats médiums, est-il précisé, relevèrent le défi et prièrent Louis XIV d’autoriser les 500 tireurs français à tirer sur leurs soldats, sûrs qu’ils étaient de leur invulnérabilité. Craignant l’incident diplomatique Louis XIV hésita, mais céda devant l’insistance des ambassadeurs. 

 

 

Le lendemain, en présence du roi Louis XIV, 16 soldats siamois furent munis de talismans gravés de sentences magiques par l’astrologue et s’assirent devant les 500 soldats français à qui on ordonna de tirer, mais aucune balle ne sortit des mousquets. Après avoir festoyés, l’astrologue proposa alors une autre démonstration, où les balles pourraient partir. Mais si les balles partirent, certaines tombèrent au pied des tireurs, ou pas très loin, et d’autres devant les Siamois assis, et aucun soldat siamois ne fût touché. (...)  Mais, les chroniqueurs estimant peut-être n’avoir pas donné assez de pouvoir aux soldats siamois ajoutèrent une autre scène, où Louis XIV voulut savoir si d’autres soldats avaient d’autres qualités surprenantes. Les ambassadeurs répondirent que les soldats qu’il avait vus appartenaient en fait à une classe inférieure, mais que les soldats de l’armée régulière chargés de la défense de l’État possédaient des qualités et des vertus bien supérieures.

 

 

Il est dit que le roi Louis XIV ajouta foi à cette déclaration. » (In 97)

 

 

Un peu plus loin, les Chroniqueurs vont jusqu'à dire que le roi Louis XIV fit remarquer la finesse et l’élégance des réponses  des ambassadeurs à ses courtisans, et  « il prescrivit de noter et de recueillir leurs conversations et leurs discours, et de les conserver pour les faire servir de modèles littéraires aux générations futures ». (Louis XIV invitant à imiter les modèles littéraires siamois !)

 

                                       

Mais  les « Chroniques royales»  ne disent rien d'explicite sur  l’animisme avec sa croyance aux  esprits, aux Phi, aux amulettes qui constituent encore le socle culturel fondamental commun à tous les Thaïs, comme nous le rappelle en 2006 « Pornpimol Senawong dans « Les liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture ».  

 

 

 

 

Dans notre article 134 nous rappelions que « Les « esprits » thaïlandais sont toujours vivants. », qu'ils  continuent d’agir, que l'actualité nous informe même  de leurs  actions,  comment ils ont fait sortir de piste un avion à l’aéroport international de Suvarnabhum ; comment ils ont fait dérailler plusieurs trains sur un tronçon entre Bangkok et Chiangmai ; avec à chaque fois  des cérémonies d’usage pour apaiser les esprits fautifs, réalisées par les autorités gouvernementales. »

 

 

Dans les villages, vous pouvez voir des moines chasser des phis dans des maisons de défunt. « Alors forcément, de temps en temps, on s’interroge sur leur présence, leur action, le rituel, le culte qu’il faut leur vouer, selon qu’ils sont protecteurs ou malveillants.» 

 

 

Comment les oublier quand ils sont partout en Thaïlande. Chaque région, chaque ville et village, chaque maison, chaque famille thaïlandaise est sous l’emprise des esprits et à sa façon particulière de vivre avec eux. C’est pourquoi, les croyances, les légendes, les récits sont nombreux, les témoignages multiples, et les rituels si nécessaires pour vivre en « harmonie » avec eux. Les phis sont une partie intégrante de la  religion des Thaïlandais, de leur culture, de leur quotidien, de « leur réalité » ... de leur histoire.

 

 

 

 

On imagine qu'il devait en être de même pour le peuple au temps du roi Naraï.

 

 

lI vivait dans le sacré, dans un temps et un espace social et géographique sacrés, en respectant les rituels du calendrier, les cérémonies qui marquent  les étapes de sa vie et de ses activités. Il devait pour accomplir tout acte important de sa vie demander au préalable à un moine, s’il devait le faire ou quand il devait le faire (se marier, construire une maison, faire un voyage, etc …). Il honorait les endroits sacrés,  l'arbre sacré, le séjour d’un esprit, auquel on offre des sacrifices lorsque les pluies tardent par exemple.(Nous avons sur l'animisme et les esprits écrient de nombreux articles. Cf. En note (5)) 

 

Mais les « Chroniques royales » ne sont que des hagiographies royales où les sujets du roi sont absents. Mais nul doute que le sacré est une clé essentielle pour comprendre  la « vision du monde» du roi Naraï comme celle de ses sujets. 

 

 

                               

NOTES

 

(1) En 1767, les Birmans brûlent toutes les archives du royaume, rasent la capitale et mettent fin au royaume d’Ayutthaya. Taksin, après avoir battu les Birmans, et s’être fait couronner roi, à Thonburi, sa nouvelle capitale, le 28 décembre 1768, a soin de  reproduire la Cour d’antan, avec son protocole, sa hiérarchie, son étiquette, son administration, et recrée la Sangha, en rénovant la religion bouddhiste, sans oublier les traditions ancestrales et les « histoires » anciennes, comme  le Ramakien très populaire. (Version thaïe du Ramayana, qui raconte l’épopée de Rama, un roi de l’inde antique ayant vécu 20 siècles avant notre ère, considéré comme le 7ème avatar (incarnation d’une divinité sur terre) de Vishnou. Vishnou étant lui-même l’une des trois divinités suprêmes, avec Brahma et Shiva)

 

 

 

De même, nous vous avons raconté comment son successeur Buddha Yodfa Chulalok (Rama 1er) (1782-1809) fonda la dynastie des Chakri, et comment après avoir  renforcé son pouvoir sur les champs de bataille, eut soin six ans après son accession au pouvoir, de réunir un concile comportant 250 moines ou hommes de loi pour reconstituer les textes sacrés des canons bouddhistes du Tipitaka. (Un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages publié en 1788). Il prit soin ensuite de procéder en 1805 à la révision du corpus législatif  (41 volumes rassemblent les textes ayant été en vigueur à Ayutthaya jusqu’à sa chute), mais  il fit aussi « effectuer par ses lettrés un immense travail de recension de la littérature de l’époque d’Ayutthaya fondée soit sur la tradition orale soit sur les manuscrits qui pouvaient subsister, dormant dans les bibliothèques des temples. » Certaines œuvres alors orales furent écrites. Le roi lui-même, comme de nombreux rois après lui, en écrit plusieurs, mais  l’essentiel de son œuvre écrite est une version du « Ramakien » (รามเกียรติ์) « Gloire de Rama », publiée en 1798.

 

 

 

 

Ensuite, chaque roi de la dynastie Chakri  eut soin de légitimer son pouvoir par le culte officiel du bouddhisme Theravada avec la présence de l’hindouisme, ainsi que celui du culte brahmanique pratiqué à la Cour des rois. (On retrouvera  certaines divinités de l’hindouisme comme l’éléphant blanc (Monture du dieu Indra) ou Garuda (Homme-oiseau, monture du dieu Vishnou) devenir des symboles, des emblèmes. L'éléphant blanc deviendra le symbole de la dynastie Chakri jusqu’en 1916 et était encore présent sur le drapeau de la marine de guerre, et l’homme-oiseau Garuda, l'emblème de la monarchie et l’emblème national, orne encore les bâtiments officiels, le passeport et les billets de banque. 

 

 

 

(2) Le titre donné au roi Naraï lors de son intronisation.

 

 

« Le Saint Suprême Souverain Roi des Rois, Éminent Seigneur Rama, L'Unique Glorieux Omniscient, Shiva, le Suprême et Grandiose Conquérant du Monde, Rama Régnant, Éminent Seigneur des Lois et des Royaumes, Glorieux et Éminent Seigneur de la Création, Préservation et Conservation de la Montagne Cakkrawan, Éminent maître du Soleil Agni, Glorieux, Merveilleux et  Étendu Mérite, Agni le Génial et Brillant, Soleil des Trois Mondes, Puissance de Brahma, Maître des Dieux, Seigneur des Dieux sur Terre, Atmosphère Précieuse de la Race Humaine, Incarnation des Redoutables Onze Individus, Unique Pur et Orgueilleux, Souverain de la Détermination, Origine des Mantras Daro (des Morts?), Vertueux Infini, D'une Portée Considérable, Éloquent et Roi du Triomphe de par le Refuge de la Puissance et Maitre des Trois Mondes,  Dirigeant des Rois, Incarnation du Triomphe sur les Ordres et Savoirs des Dix Puissances, Seigneur du Royaume de  Lignée Royale Triomphant sur les Étendues et Éminentes Montagnes de Puissances, Incarnation de l’Éminent Seigneur Suprême, Éminent Seigneur des Trois Mondes, Ancien Frère Supérieur du Monde, Couronne Pure et Diadème Précieux, Glorieux Lotus de Lignée Solaire, Incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha, Révérence Souveraine et Saint Seigneur Bouddhique, Saint Seigneur de la Capitale Céleste et Grandiose Métropole de l' Excellente Thawarawadi et Glorieuse, Ayutthaya,  Magnifique Royaume Pré-Imminent, (Neuf fois) Précieuse Cité Royale ».

 

 

Cf. aussi :

92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-92-le-processus-de-legitimation-du-pouvoir-du-roi-narai-in-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-119264251.html

 

 

(3) 93. Les légitimations du pouvoir du roi Naraï, in « Les chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-93-les-legitimations-du-pouvoir-du-roi-narai-119264382.html

S'appuyant sur les travaux de L. Gabaude in « 1.3. Les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale », in  « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173.

Cf. Alain Forest, « Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravada », Journal des anthropologues [En ligne], 104-105 | 2006. URL : http://jda.revues.org/496

 

94.  D’autres formes du pouvoir du roi Naraï. (1657-1688)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-94-d-autres-formes-du-pouvoir-du-roi-narai-1657-1688-119290945.html

 

 

55. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-55-ayutthaya-en-guerre-pour-deux-elephants-blancs-1568-112218606.html

 

 

(4) 97. L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-97-l-ambassade-siamoise-de-kosapan-a-la-cour-de-louis-xiv-en-1686-120151119.html

(Nous nous sommes servis de la traduction de L. Bazangeon, publiée dans le Bulletin de la Société de géographie de Rochefort, bulletin 1890-1891)

 

 

 

Cf. aussi, Kosapan face aux intrigues françaises, Morgan Sportes,  Kanika Chansang, Journal of Siam Society, vol. 83, part 1et 2, 1995,  79-91.

  http://www.siameseheritage.org/jsspdf/1991/JSS_083_0h_SportesKanika_KosapanFaceAuxIntriguesFrancaises.pdf

 

La première ambassade de 1685 envoyée par Louis XIV à la Cour de Siam, vue par l’Abbé de Choisy, in « Journal de voyage au Siam », M. l’Abbé de Choisy http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html

La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV en 1687 au Siam, vue par Simon de la Loubère, In « Du Royaume de Siam ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.htm

 

 

(5) Quelques-uns de nos articles sur les esprits, les  Phi  et autres croyances mythiques et légendaires : 

Notre article sur « Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture », de Pornpimol Senawong, 2006. http://www.alainbernardenthailande.com/18-categorie-11719711.html

20. Notre Isan : le bouddhisme thaïlandais et d’Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

22 Notre Isan,  bouddhiste ou animiste ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

A134. Les « esprits » thaïlandais sont toujours vivants.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a134-les-esprits-thailandais-sont-toujours-vivants-120943911.html

INSOLITE 3. BRAHMANISME ET BRAHMANES EN THAÏLANDE ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/cet-article-reprend-quelques-idees-d-articles-anterieurs-pour-se-recentrer-sur-le-sujet-traite-nous-avions-ete-surpris-en-decouvrant

INSOLITE 4. THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

 

INSOLITE 14. QUELQUES HISTOIRES DE PHI  (FANTÔMES).

 

A150. Nous vivons au milieu des « Phi » en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

On peut ajouter :« Et encore aujourd’hui les hommes de pouvoir, les « politiques » ont recours aux esprits et aux astrologues pour obtenir du pouvoir, et/ou se protéger de leurs adversaires. Un article de  Pasuk Phongpaichit et de Chris Baker, intitulé « Les esprits, les étoiles, et la politique thaïlandaise », est très éloquent sur ce sujet, et évoque les pratiques de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra et des généraux qui l’ont renversé en 2006. » (The spirits, the stars, and Thai politics, Pasuk Phongpaichit and Chris Baker, Siam Society, 2 December 2008,

http://pioneer.netserv.chula.ac.th/~ppasuk/spiritsstarspolitics.pdf)

Voir le roman « Venin » de Saneh Sangsuk, qui peut se lire aussi comme une métaphore critique du fait religieux, de cette croyance aux esprits, qui autorise toutes les superstitions, toutes les manipulations … les paroles des moines abusant de la crédulité des habitants, ou seulement la critique d’un manipulateur qui a su profiter de la superstition et de la peur des gens du village. (Cf. A85. « Venin » de Saneh Sangsuk.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a85-le-conte-venin-de-saneh-sangsuk-112495835.html)

 

 

        

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29 mai 2019 3 29 /05 /mai /2019 22:17

 

 

Nous avons consacré une trentaine d'articles au  roi Naraï et à son règne, dans les catégories « Les relations franco-thaïes » et « Notre Histoire de la Thaïlande », tant les sources sont nombreuses, bien que divergentes et contradictoires parfois.  Nous avons là une multiplicité de points de vue, liés aux projets et aux intérêts des acteurs, différent  selon qu'ils soient des missionnaires, diplomates, militaires, négociants, historiens, universitaires, romanciers, et selon leurs nationalités comme les Anglais, Hollandais, Français, ou Siamois. D'où des écrits provenant de genres différents : mémoires, témoignages, rapports, travaux universitaires, livres « de spécialistes », romans, et  sites sur internet (Cf. « Mémoires de Siam » donne par exemple une bibliographie d'une centaine d'ouvrages ou de documents (1))

 

 

 

 

Nous devrons donc pour rester dans le cadre de « Notre Récit de la Thaïlande » faire des choix, prendre un autre itinéraire, raconter parfois d'autres intrigues, en vous invitant à lire ou relire ces articles, sur lesquels nous nous appuierons. 

 

 

Commençons notre introduction en évoquant  les « Chroniques royales d'Ayutthaya »  qui vont réserver 82 pages au règne du roi Naraï, alors qu'elles avaient traité les huit monarques du début du XVIIe siècle (1605-1656), en une trentaine de pages seulement. (2)

 

 

 

 

Notre dernier article avait rappelé comment en 1656 Naraï devint le nouveau roi d'Ayutthaya en aidant son oncle Phra Si Sutham Racha (frère du roi  Phrasat Thong (1630-1656) à prendre le pouvoir en exécutant son demi-frère le roi Chao Fa Nai, et en l’exécutant deux mois et vingt jours plus tard. (3)

 

 

 

 

Les sept chroniqueurs siamois, vont  proposer parfois des variantes  différentes, dans leur style particulier dans les 64 articles repérés par David K. Wyatt, en passant d'un sujet à l'autre. (Les événements se suivent sans aucune transition, avec des coq-à-l’âne, entrecoupés de  titres, formules d’usage, de politesse, et de dates propices).  Autant dire que leurs chroniques exigent des choix et pour un lecteur occidental d'identifier des séquences et des thématiques nécessaires pour leur compréhension. Notre article introductif  de « Notre Histoire »  avait permis de déceler trois séquences,  à savoir le sacré, la géopolitique, et le pouvoir du roi et ses rivalités (Entre Phaulkon et Phetracha) (4).

 

 

 

1/ L'importance du sacré, du religieux, de la divination, du symbolique, avec le rituel, le  cérémonial  dans tout événement royal. (Lors des royales visites, pèlerinages, et réceptions d’allégeance.)

 

 

Ainsi on assistera à la cérémonie du couronnement, suivie de la 1e mesure royale (baisser les taxes), et l’hommage rendu aux funérailles de son roi d’oncle (qu’il a assassiné !). Mais le pouvoir royal a besoin d'être légitimé (pp. 232-235) et de montrer qu'il est le digne représentant de Bouddha, ainsi que d'autres divinités (Brahma, Shiva, Agni, etc.) (Cf. Son titre royal  reçu lors de l’intronisation qui fait de lui  le « le Maître des Dieux », « le seigneur des dieux sur terre », « le seigneur de la création », « le Dirigeant des Rois », « l’ Incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha », « le Rama du Royaume », « le Suprême Shiva, Conquérant du Monde », « le Maître des Trois Mondes »,  « le Génial et Brillant Agni », « la Puissance de Brahma », etc.), avec l'hommage et vénération  rendus aux  éléphants blancs, incarnant Vishnou, qui donnent  pouvoir et prestige au royaume et mérites au roi (p. 246, p.268, p. 290), mais deviennent parfois un enjeu politique, qui peut entraîner des conflits ou des guerres avec les  pays voisins. (On se souvient de la troisième guerre de 1563 entre le roi  Chakkrapat et les Birmans pour deux éléphants blancs. Cf. RH 32). Le roi Naraï, comme ses prédécesseurs assume ainsi le brahmanisme, l’hindouisme, et le bouddhisme. (Pour aller plus loin, Cf. (5))

 

 

 

De plus, toute action royale doit participer à ce processus de légitimation, avec la commande de statues de Shiva, Brahma et Bouddha, pour honorer des cérémonies comme  la cérémonie des cinq rites (pp.243-245), le pèlerinage annuel à l’empreinte du pied de Bouddha à Saraburi (p.308). Et toute action royale se fait dans le respect du cérémonial, du rituel et du faste, que les Chroniques décrivent longuement, ainsi que  les processions royales, les royales visites et réceptions d’allégeance, et d'échanges de cadeaux (p.245) (Nakhon Sawan, p.249), (cadeaux au roi, p.251), (serment et réception, pp.300-302), (visite royale à Phitsalunok, p. 251). (Quand ? « Au 1er mois  de l'année du singe, à la 2e décade» Vous voyez ?) 

 

 

 

L'ensemble ne peut être appréhendé que si nous comprenons que nous sommes dans un monde sacré, où des forces du mal et du bien s’affrontent, où les planètes agissent, où des dieux interviennent dans le destin des humains et  dans les phénomènes naturels. Il faut savoir interpréter et rien ne peut se faire d’important dans le royaume et dans la vie de chacun, sans avoir consulté les auspices, sans avoir recours à un prêtre-devin.

 

 

 

 

Les prêtres brahmanes ont cette fonction à la cour des rois du Siam. Ainsi le roi Naraï sera intronisé à la date donnée par les Brahmanes, mais il en sera de même pour tous les actes royaux importants de son règne : une cérémonie (Cf. la cérémonie des 5 rites), l’installation d’une statue (Shiva, Brahma, Bouddha) que le roi a commandée, un pèlerinage à l’empreinte du pied de Bouddha à Saraburi, une visite royale dans une cité, la réception d’un éléphant blanc, une guerre, etc … Les Chroniques royales, si imprécises de par ailleurs, donneront la date et l’heure, à la minute près, choisies par les brahmanes (Ou devin reconnu).

 

 

 

Les Chroniques montreront aussi un autre aspect du pouvoir divinatoire des « devins »,  qui n’est pas réservé aux seuls brahmanes. (Cf. pp.280-282).

 

 

Ainsi apprenons-nous que le roi Naraï, lors de la guerre contre les Birmans de 1662, fait appel à Phra Phimon Tham, le royal abbé du monastère de la Cloche, pour connaître le sort de  phraya Siha Ratcha Decho qui a été capturé par les Birmans, pour savoir s’il est mort ou vivant. On apprend que Naraï a fait souvent appel à lui et qu’il a confiance en lui.

 

 

 

Phra Phimon Tham, en consultant la charte des « trois oculaires », va rassurer le roi Naraï, et lui confirmer que Phraya Siha Ratcha Decho  avait été effectivement capturé par les Birmans, mais qu’il venait de se libérer, mieux, de vaincre et de récolter un grand butin. L’abbé invitait le roi à ne plus être anxieux et à croire la charte qui indiquait qu’il n’y avait plus de danger. » Les Chroniques confirmeront ensuite la juste divination de l’abbé en racontant ce qui s’était passé. (1page et demie). (Extraits de 93 (5))

 

 

 

2/ Le contexte géopolitique du royaume d'Ayutthaya, marqué par ses relations avec les autres muang (ou mueang) thaïs ou vassaux ou étrangers (Chiang Maï, Martaban, Phitsalunok, Kanchanburi, Thonburi (p. 307), etc.) et les ennemis extérieurs ((Birmans, Khmers, Annamites…). On retrouvera donc de nombreux conflits, révoltes et guerres. (Pour comprendre le concept du muang. Cf. Notre article (6))

 

 

Tout de suite après les cérémonies royales d’intronisation et des funérailles du roi défunt, nous sommes dans les rumeurs, les menaces de complot et de trahison. (pp. 234-235).

 

 

(Une querelle à régler avec le Cambodge et le Vietnam. (p. 247). Chiang Mai demande assistance (p. 250 et p. 260), défection et attaque de Chiang Mai (pp.286-289), suivi de la  capture de Chiang Mai (pp. 291-299). Les Birmans (et les Môns envahissent Kanchananburi …). (pp. 263-267), guerre de 1662 (résumé pp. 278-280). (Omission de la guerre de 1663), Lampang et Thoen (pp. 251-252), Sukhotai (p.253), Chine ( ?) (p.256), Révolte et rebellions : Martaban (p. 258), Ram, Goldie à Phetburi (p. 269).)

 

 

 

Et pour la première fois dans les Chroniques le récit d'une ambassade siamoise, celle menée par Kosapan en 1686 à la Cour de Louis XIV. (Sur presque 7 pages, pp. 270-277)). Nous lui avons consacré un article spécifique « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya ».  

 

 

 

 

« La nouvelle est d’importance, car c’est la première fois (l’unique ?) qu’une ambassade siamoise a les honneurs d’une Chronique royale. On se doute que sa relation sur 7 pages en sera particulière. En effet, les Chroniques ne font aucune allusion aux différentes ambassades envoyées et reçues par le roi Naraï. Ainsi par exemple, aucun mot à propos de la première ambassade de 1681 envoyée en France, et qui fit naufrage, rien non plus à propos de l’ambassade du Père Vachet de 1684 et de son retour en 1685 avec la fameuse première ambassade dite de Louis XIV menée par le chevalier de Chaumont et de l’abbé de Choisy. Nous avons de cette ambassade des dizaines de récits, de même pour  le séjour de l’ambassade siamoise de Kosa Pan en France. Mais les Chroniques royales vont choisir un récit fabuleux, fantastique, magique, surnaturel, sans aucun rapport avec la moindre réalité. » (In notre article 97. (7))

 

 

 

3/ Le pouvoir. Le lien de Phaulkon (Ou Wichaiyen) avec le roi ; Sa rivalité avec Phetracha et son fils Sorasak, et la mort du roi avec l'accession sanglante de Phetracha au trône.

 

 

 

 

Et là aussi pour la première fois dans les Chroniques, on assiste à  l'ascension d'un farang, Phaulkon (avec le titre de Wichaiyen) qui tiendra un rôle politique majeur auprès du roi Narai et bénéficiera de sa confiance et de son appui.

(Impressionne le roi (p. 269) ; est  nommé Chao Praya (p.303) ; Conflit avec Luang Sorasak, (pp. 304-306) ; Appui du roi Naraï à Wichayen (Phaulkon) et la démonstration de sa « science ». (p.306) ; Wichayen défend Phitsalunok et Thonburi. (p.307)).

 

 

 

 

On avait cru et lu, que la période Phaulkon et son aventure avaient été privilégiées par la venue des missionnaires français et des deux ambassades françaises, et on la retrouve sous la plume des chroniqueurs siamois. Il sera intéressant de les entendre, de connaître leur version. (Cf. Notre article sur ce sujet (8)) et  notre lecture du roman consacré à Constance Phaulkon, écrit par Axel Aylwen, le roman  d'un aventurier grec devenu le 1er ministre du roi du Siam Naraï (1656-1688), dans une trilogie de 1680 pages, intitulée « Le Faucon du Siam », « L'Envol du Faucon, » et « Le Dernier Vol du Faucon ».) (Cf. (10))

 

 

 

Pour terminer les chroniques sur Naraï avec son décès et l'accession de Phetracha au trône en 1688.

 

(Phetracha, père de l’enfant de Naraï. (p.300) Le roi Naraï « nomme » Phetracha comme son successeur. (p.308)  La maladie de Naraï, la lutte du pouvoir, la mort de Naraï et l’accession au trône de Phetracha, dans une succession sanglante, (pp. 309-314) avec son fils  Luang Sorasak qui devient régent des affaires royales. (pp. 314-318)

 

 

 

Nous avions dans « Les Chroniques royales d'Ayutthaya suffisamment de matière pour écrire plusieurs articles sur le règne du roi Naraï vu par les Siamois. Mais ce règne va bénéficier d'une importante littérature avec l'arrivée en 1662 à Ayutthaya des premiers missionnaires français, les premières relations entre la France et le Siam, et puis  l’ouverture commerciale avec le premier comptoir au Siam en 1680, avec ensuite  les échanges diplomatiques avec l'ambassade  naufragée de 1681 envoyée en France par le roi Naraï et les deux ambassades françaises de 1685 et 1687 au Siam (11).

 

 

 

 

Cette période va donc bénéficier de nombreux écrits des acteurs eux-mêmes comme les correspondances, les récits de voyage, les mémoires des « ambassadeurs », dont nous vous avons présentés les plus connus,  en constatant leurs points de vue contradictoires parfois : La première ambassade de 1685 vue par l’Abbé de Choisy, tiré de son « journal de Voyage » de Siam ;  la deuxième vue par de la Loubère, envoyé extraordinaire du Roi auprès du Roi de Siam en 1687 et 1688, avec  son étude « Le Royaume de Siam »  (L’étude la plus sérieuse sur le Siam de cette époque).  Les deux ambassades vues  par le Comte de Forbin  qui nous dévoile les dessous de la politique de Phaulkon, 1er ministre du roi de Siam et qui tient à rappeler que de nombreux  mémoires comme ceux de l’abbé de Choisy et du père Tachard « qui ont fait le même voyage, et qui ont vu les mêmes choses que moi, semblent s’être accordés pour donner au public, sur le royaume de Siam, des idées si brillantes et si peu conformes à la vérité », sans oublier  l'ambassade naufragée de 1681 envoyée en France par le roi Naraï.

 

 

 

On entrait là dans un monde où la diplomatie, la politique, la religion, la science, le commerce, l’aventure ... se mêlaient pour inspirer de nombreux auteurs, comme l'analyse comparée d'Alain Forest, sur Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, (9) ; Les romans d'Axel Aylwen  « Le Faucon du Siam » et de Morgan Sportès « Pour la plus grande gloire de Dieu », qui s'interroge sur la  volonté de Louis XIV d’avoir voulu coloniser le Siam en cette année 1687 avec l’arrivée de la deuxième ambassade  menée par Simon de la Loubère et Claude Céberet du Boullay et le général Desfarges à la tête d’un corps expéditionnaire de 636 officiers et soldats, et  l’arrivée du navire l’Oriflamme un an plus tard, en septembre 1688, avec 200 hommes chargés d’incorporer les forces françaises du Siam, avec  la promesse que tous les ans d’autres vaisseaux suivraient chaque année. (10) et combien d'autres comme « L'Histoire de la Révolution de Siam arrivée en l'année 1688 », par Jean Vollant des Verquains, « L'Europe et le Siam du XVIe siècle au XVIIIe siècle, Apports culturels » par Michel Jacq-Hergouac'h, « The Chronicle of our wars with the Burmese » - Hostilities between Siamese and Burmese when Ayutthaya was the capital of Siam – 1539-1767» by Prince Damrong Rajanubhab, etc.

 

 

 

 

Nous avions donc le choix pour poursuivre notre récit sur Naraï et son règne. Il nous a semblé intéressant dans un premier temps de revenir sur le sacré et les relations entre les muang, deux  concepts essentiels  pour tenter de comprendre la vision du monde du royaume d'Ayutthaya, pour ensuite aborder les sources européennes, en continuant de s'appuyer sur nos articles précédents.

 

 

 

 

SOURCES ET NOTES.

 

(1) « Mémoires de Siam » livre une centaine de sources :

http://www.rencontredespaces.net/renespace/voyages/ASIE%20SE/Thailande/m%C3%A9moires%20de%20Siam/mapage.noos.fr/memoires-de-siam/plan.html

 

(2) Traduites par Cushman et éditées par David K. Wyatt.

 

(3) RH 44 - EN 1656, NARAI PREND LE POUVOIR APRÈS DEUX RÉGICIDES.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/04/rh-44-en-1656-narai-prend-le-pouvoir-apres-deux-regicides.html

 

(4) 91. Introduction  au règne du roi Naraï (1656-1688), selon « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-91-introduction-au-regne-du-roi-narai-selon-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-119026569.html

 

(5) 93. Les légitimations du pouvoir du roi Naraï, in « Les chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-93-les-legitimations-du-pouvoir-du-roi-narai-119264382.html

S'appuyant sur les travaux de L. Gabaude in « 1.3. Les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale », in  « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173.

 

(6) http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-notre-histoire-de-la-thailande-le-muang-99007801.html

 

(7) 97. L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-97-l-ambassade-siamoise-de-kosapan-a-la-cour-de-louis-xiv-en-1686-120151119.html

 

(8) 98. Un portrait de Phaulkon original, dressé par les annales siamoises http://www.alainbernardenthailande.com/article-98-un-portrait-de-phaulkon-original-dresse-par-les-annales-siamoises-120183142.html

 

 

 

 

(9) Alain Forest, Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec, préface de Georges Condominas, Livre I, II, et III, Histoires du Siam, L’ Harmattan, 1998. Les trois livres sont la reprise d’une thèse d’État.

 

 

 

 

(10) Romans : A99. Le Faucon du Siam d’Axel Aylwen.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-116169404.html

Axel Aylwen a publié en 1988 le roman le plus populaire consacré à Constance Phaulkon, un aventurier grec devenu le 1er ministre du roi du Siam Naraï (1656-1688), dans une trilogie de 1680 pages, intitulée Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon.*

Les 3 tomes du roman d’Aylwen présentent  un aventurier, Phaulkon, un personnage « réel » hors du commun, qui réussira à devenir le 1er ministre du roi Naraï (1647-1688) de 1682 à 1688, jusqu’au coup d’État du général Retrancha, le futur roi. On pourra ainsi suivre un destin exceptionnel et une période historique de l’histoire du Siam, en profitant au passage des « charmes  exotiques » de ce pays asiatique, avec ses us et coutumes,  la vie de la Cour, du peuple, ses façons de vivre, d’aimer, de croire … de mêler un art de vivre, ses superstitions, son érotisme, le raffinement et la cruauté, les lumières et les ombres.

 

Morgan Sportès, Pour la plus grande gloire de Dieu », Points/seuil, (1993).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a89-louis-xiv-a-t-il-voulu-coloniser-le-siam-113692980.html

 

(11) La première ambassade de 1685 envoyée par Louis XIV à la Cour de Siam, vue par l’Abbé de Choisy, in « Journal de voyage au Siam », M. l’Abbé de Choisy http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html

La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV en 1687 au Siam, vue par Simon de la Loubère, In « Du Royaume de Siam ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.htm

Les relations franco-thaïes : Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html

Le Père Tachard au Siam, une  sacrée épopée.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-les-relations-franco-thaies-le-pere-tachard-64797133.htm

 

 

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 22:52

 

En 1656, le roi Prasat Thong meurt donc après 26 ans de règne (Le 7 août ? ) (1630-1656.) Il a deux fils : Chai et Narai.

 

David K. Wyatt, qui a effectué  la mise en chapitres et sections des « Chroniques royales d'Ayutthaya », traduites par Cushman,  écrit que le roi Chai n'a régné que 2 jours (7 et 8 août 1656) avant d'être exécuté lors du coup d'État mené par  son oncle Suthammaracha (Sampet IV) et son frère Narai. Le dit oncle  Suthammaracha - quant-à lui - n'aurait régné que du 8 août au 26 octobre 1656, avant d'être aussi déposé et exécuté par Narai. (D'autres sources prétendent que le roi Chai a régné 9 mois. Mais deux jours ou 9 mois, il a bien été exécuté.) Narai arrive donc au pouvoir après avoir éliminé son frère et son oncle. Mais ce n'était pas une première.

 

David K. Wyatt :

 

 

On  peut se rappeler que l'histoire du royaume d'Ayutthaya s'inscrit dans de nombreuses successions sanglantes durant le règne de 34 rois, avec 4 dynasties (La 1ère dynastie Uthong (1351-1370), 2 rois. La dynastie  Suphannaphum (1370-1388), 2 rois. La 2ème  dynastie Uthong. (1388-1409). Retour de Ramesuan I et un roi. La 2ème dynastie  Suphannaphum (1409-1569),  12 rois. Vassal de Birmanie (1569-1584). La dynastie de Sukhotai (1569- 1629) (7 rois) La dynastie  Prasat Thong (1630-1688) (4 rois) ; et la dynastie Ban Phlu Luang (1688-1767),  (6 rois). )

 

(Cf. Notre chronologie des rois d'Ayutthaya. (1) )

 

 

Le  fils du fondateur du royaume d'Ayutthaya Uthong,  Ramesuan I est contraint d'abdiquer moins d'un an après son couronnement, par le mari de la  sœur aînée d'Uthong, ancien seigneur de Suphanburi, le futur Somdet Phra Borommarachathirat. (1370-1388) 

 

 

 

 

 

Ramesuan prend sa revanche à sa mort, en faisant  exécuter  son fils Somdet Phra Chao Thong Lun  qui ne  régnera qu'une semaine,  en prenant de nouveau le pouvoir (1388-1395) pour refonder la 2e dynastie Uthong. Son fils Ratchathirat lui succède (1395- 1409) , mais de nouveau, en 1409, la dynastie s'achève avec la prise du pouvoir par le neveu de Somdet Phra Borommarachathirat I, Intharacha I (seigneur de Suphanburi) qui refonde la 2e dynastie  Suphannaphum (1409–1569).  Intharacha 1 (NakarintharaThirat) régnera de 1409 à 1424.

 

 

 

Suit ensuite 5 successions de la dynastie Suphannaphum de 1424 à 1533 qui se déroulent sans trop de turbulences, du moins sans exécutions de roi, avec Boromma Ratchathirat II (1424-1448), Ramesuan II (1448-1488), Boromma Ratchathirat III (Intharacha II)  (1488-1491), Ramathibodi II (Chetthathirat Ier) (1491-1529), et Boromma Ratchathirat IV (Buddhakura) (1529-1533).

 

 

Mais en 1533, le fils de Boromma Ratchathirat IV, le jeune roi enfant  Ratsadathiratkumara, qui n'a que 5 ans, est  déposé après 4 mois par son oncle ; fils de Ramathibodi II, le futur  Ratchathirat (Chairacha)  (1534-1546). Son fils Phra Yodfa en 1546  n'a que 12 ans (ou 13) et la régence est assurée par sa mère, la reine Si Suda Chan, qui va le faire exécuter deux ans plus tard afin que son amant  puisse devenir le futur roi  Worawongsathirat à la fin de 1548. Mais un complot de nobles le renversera et l'assassinera en janvier 1549, après 42 jours de règne. (Si Sin, le jeune frère de Yot Fa, âgé de seulement sept ans, fut épargné.)

 

 

 

Le trône est offert à Chakrapat (Fils de Ramathibodi II, jeune frère de Borommarachathirat IV et de Chairacha) (1549-1568) qui récompense le chef de la conspiration Khun Phirenthorathep en le nommant Prince Thammaracha de Phitsalunok, et en lui donnant sa fille comme épouse.

 

 

Mais en 1564 Ayutthaya chute et devient vassal des Birmans  pendant 4 ans. (1564-1568). Les guerres continuent malgré tout contre les Birmans et en 1569 ceux-ci conquiert de nouveau Ayutthaya qui sera sous leur dépendance jusqu'en 1584.

 

 

 

Le roi Mahin (Fils de Chakraphat et de la reine Suriyothai) est déposé  après un an de règne  et est fait prisonnier. Le Prince Thammaracha de Phitsalunok qui a changé de camp et a combattu auprès du roi birman Bayinnaung, est récompensé en étant nommé roi vassal.

Maha Thammaracha 1 (Sanphet I) va régner de 1569-1590 et fonder la nouvelle dynastie  Sukhotai  (1569- 1629). Mais son fis Naresuan proclame l'indépendance d'Ayutthaya en 1584.

 

 

 

 

En fils respectueux, il attendra la mort de son père, pour lui succéder en 1590. (1590-1605). Son frère Ekathotsarot (Sanphet III)  lui succédera. (1605- 1610)

 

 

Mais son fils Si Saowaphak (Sanphet IV) régnera moins d'un an et sera déposé et exécuté, par Songtham. (1611-1628) Son fils  Chetthathirat II régnera 1 an et 7 mois et sera exécuté. (1628-1629). L'autre fils de Songtham, Atitthawong, roi enfant, 11ans (?), est déposé par le chef de l'armée (Kalahom) le futur Prasat Thong et exécuté, après  36 jours. Prasat Thong  (Sanphet V), (1630-1656) fonde la dynastie Prasat Thong (1630-1688).

La prise de pouvoir du futur roi Narai . (2)

 

 

Le roi Chaï  (Ou Chao Fa Chai ou Sanphet VI) สมเด็จเจ้าฟ้าไชย (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่  (1656), le fis aîné de Phrasat Thong, succède donc à son père.

 

 

Peu de temps après, le seigneur Narai (son jeune demi-frère) envoya des émissaires auprès de son oncle, Phra Si Sutham Racha (frère de Phrasat Thong), afin qu'il puisse s'entendre sur la prise du pouvoir. Ils tombèrent d’accord pour marcher sur le palais royal, s’emparer du nouveau roi et le faire exécuter au temple de Kok Phraya (วัดโคกพระยา). Son règne avait duré neuf mois. (Ou 2 jours selon les Chroniques)

 

 

 

 

Nous ne saurons jamais quelles furent les arrières pensées de Narai s’alliant avec son oncle pour se débarrasser « à la siamoise » de son royal demi-frère aîné.

 

 

Le roi Si Sutham Racha (Ou Si Suthammaracha ou Sanphet VII,  สมเด็จพระศรีสุธรรมราชา  - สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ ๗)   8 août – 26 octobre 1656 (in Chroniques royales)

 

 

 

 

Sitôt installé sur le trône, le nouveau roi  désigne son neveu comme vice-roi. Il ne le restera que peu de temps, puisque deux mois et vingt jours plus tard, Narai attaque le Palais, dépose son oncle et le fait exécuter.

 

 

Turpin in « Histoire du royaume de Siam » (3)  nous donne une version possible de ce régicide.

 

« Son oncle (de Narai), sans retenue dans ses passions, voulut prendre sa sœur (celle de Narai) comme concubine. La résistance qu’opposa le frère à cette alliance fit résoudre sa mort qu’il n’évita que par la fuite. Les Portugais touchés de son sort et flattés de l’espoir de s’en faire un protecteur, lui offrirent leur secours pour revendiquer l’héritage de son frère. Ce prince, soutenu de mille de ces braves européens, força les barrières du palais, dont il se rendit maître avant que l’on eut soupçonné qu’il en eût formé le dessein. L’usurpateur, croyant se sauver à la faveur d’un déguisement, se confondit dans la foule de ses domestiques, mais un Portugais l’ayant aperçu du temps qu’il s’enfuyait avec précipitation, le saisit et lui plongea son poignard dans le sein. Le prince ne punit que ceux qui avaient été les complices des crimes du tyran et sa politique bienfaisante s’attacha les autres par des bienfaits ».

 

Wood, in « A history of Siam » nous assure que c'est la garde japonaise de Narai qui attaqua le Palais. (4)

 

 

 

 

Pour les Chroniques ce ne fut toutefois ni une dague portugaise ni un sabre japonais qui mit fin aux jours de Si Sutham Racha mais une traditionnelle et royale exécution au temple de Kok Phraya (วัดโคกพระยา).

 

 

 

 

Quid de ces successions sanglantes ?

 

 

Nous avions dans notre article « 175. La « loi du palais » pour la succession royale en 1924. » indiqué qu'il avait fallu attendre le 10 novembre 1924, pour que le roi Rama VI  (Vajiravudh) promulgue la loi de succession du Palais applicable dès le lendemain. (5)

 

 

 

Auparavant  aucun système clair n’existait  pour déterminer qui devait  être le successeur du roi défunt. Le nouveau roi pouvait être le fils du roi défunt né d'une reine principale ou consort, ou l’un de ses frères ou encore une personne qui n'était ni fils ni frère du roi défunt, si la situation ou les « circonstances » l'exigeaient, comme nous venons de le voir. Ainsi une dizaine de successions furent sanglantes lors des 34 successions du royaume d'Ayutthaya (1351-1767), qui n'ont manqué ni d'usurpations, ni  de coups d'État.

 

Mais ce 26 octobre 1656 le Prince Narai accédait au pouvoir. Nul ne savait alors que Somdet Phra Narai régnerait 32 ans, qu'il serait appelé Narai « Le Grand », qu'il rencontrerait en 1662 les premiers missionnaires français, qu'il enverrait une ambassade en France à la fin de l'année 1680 qui n'arrivera pas, puis en 1685, qu'il recevrait la première ambassade française envoyée par Louis XIV, qui repartira avec des ambassadeurs siamois menés par Kosapan qui seront reçus à Versailles, puis une deuxième ambassade française au Siam en 1687 …

 

 

 

RÉFÉRENCES.

 

 

(1)  Notre chronologie des rois d'Ayutthaya (1351-1767).

 

1/ Ramathibodi Ier, (U thong, สมเด็จพระรามาธิบดีที่ ) (1351-1369), fonde le royaume d'Ayutthaya.

2/ Ramesuan Ier สมเด็จพระราเมศวร (1369-1370)

Fils de U Thong. Le mari de la  sœur ainée d'Uthong, ancien seigneur de Suphanburi,  le futur Somdet Phra Borommarachathirat I  le contraint à abdiquer, moins d'un an après son couronnement.

3/ Boromma Ratchathirat I (Pangua) สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่ 1 (ขุนหลวงพะงั่ว) 1370-1388

Usurpateur. Il fonde la nouvelle dynastie  Suphannaphum qui  ne survivra pas à son fils Somdet Phra Chao Thong Lan  qui ne  régnera qu'une semaine.

4/Thong Lun พระเจ้าทองลัน 1388 (7 jours).

5/ Ramesuan Ier สมเด็จพระราเมศวร (second règne) 1388-1395.

Il dépose Thong Lun. Fonde la seconde dynastie Uthong.

6/ Ratchathirat สมเด็จพระรามราชาธิราช 1395-1409

Fils de Ramesuan.

7/ Intharacha Ier (NakarintharaThirat) สมเด็จพระอินทราชา (นครินทราธิราช) 1409-1424

Neveu de Somdet Phra Borommarachathirat I.  Il  reprend le flambeau de la 2e dynastie  Suphannaphum (1409–1569).

8/ Boromma Ratchathirat II (Samphraya) สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่ 2 (เจ้าสามพระยา) 1424-1448.

Il est le fils de Intharacha I

9/ Ramesuan II (Boromma Trailokanat) สมเด็จพระบรมไตรโลกนาถ 1448-1488

Fils de Boromma Ratchathirat II

10/ Boromma Ratchathirat III (Intharacha II) สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่  1488-1491

Fils de Trailokanat.

11/ Ramathibodi II (Chetthathirat Ier) สมเด็จพระรามาธิบดีที่  1491-1529

Fils de Trailokanat.

12/ Boromma Ratchathirat IV (Buddhakura) สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่  1529-1533

Fils de Ramathibodi II  

13)   Ratsadathiratkumara พระรัษฎาธิราชกุมาร 1533-1534 (roi enfant de 5 ans)

Il ne règne que 4 mois. Il est déposé par son oncle ; fils de Ramathibodi II, le futur  Ratchathirat. 

14/ Ratchathirat (Chairacha)) สมเด็จพระไชยราชาธิราช 1534-1546

15/ Kaeofa (ou Yotfa) พระแก้วฟ้า (พระยอดฟ้า) 1546-1548

Fils de Ratchathirat. Il est assassiné à 15 ans, sous les ordres de sa mère. qui va installer son amant sur le trône.

16/ Worawongsathirat ขุนวรวงศาธิราช nov.1548-janv.1549

Usurpateur hors dynastie. Il ne règne que 42  jours . Assassiné.

17/ Phra Maha Chakraphat สมเด็จพระมหาจักพรรด 1549-1568

Fils de Ramathibodi II,  jeune frère de Borommarachathirat IV et de Chairacha.

 

 

1ère chute d'Ayutthaya, vassal des Birmans (1564-1568)

 

18/  Mahintharathirat สมเด็จพระมหินทราธิราช 1568-1569 (déposé par les Birmans)

Fils de Chakraphat et de la reine Suriyothai. 1 an roi, 4 ans  prisonnier  des Birmans.

Le royaume birman de Toungou  conquiert Ayutthaya en 1569 et devient son suzerain jusqu'à 1584.

19/ Maha Thammaratchathirat Ier (Sanphet I) สมเด็จพระมหาธรรมราชาธิราช (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 1) 1569-1590

Seigneur de Phitsalunok. Devient l'allié du roi birman Bayinnaung, qui le fait roi vassal. Redevient indépendant en 1584. Fonde la dynastie Sukhotai  (1569- 1629)

Le royaume d 'Ayutthaya redevient indépendant en 1584  par la victoire de Naresuan.

20/ Naresuan (Sanphet II) สมเด็จพระนเรศวรมหาราช (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่  1590-1605

Fils de Thammaratcha.

21/ Ekathotsarot (Sanphet III) สมเด็จพระเอกาทศรถ (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 1605-1610

Fils de Thammaratcha, frère de Naresuan.

22/ Si Saowaphak (Sanphet IV) พระศรีเสาวภาคย์ (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 4) 1610-1611 Fils d'Ekathotsarot. Déposé et exécuté.

23/ Intharacha III (Songtham) สมเด็จพระเจ้าทรงธรรม (พระอินทราชา) 1611-1628

Fils d' Ekathotsarot. Invité à prendre le trône, alors qu'il était moine.

24/ Chetthathirat II (Otsa) สมเด็จพระเชษฐาธิราช 1628-1629 

Fils de Songtham. Règne 1 an et 7 mois, exécuté.

25/ Atitthayawong สมเด็จพระอาทิตยวงศ์ 1629 

Fils de Songtham, roi enfant, 11ans (?), déposé par le chef de l'armée (Kalahom. Le futur Prasat Thong et exécuté, a régné 36 jours,  jeune frère de  Chettathirat II  et fils de  Songtham.

26/ Prasat Thong (Sanphet V) สมเด็จพระเจ้าปราสาททอง (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 5) 1630-1656

Fonde la dynastie Prasat Thong (1630-1688)

27/ Chao Fa Chai (Sanphet VI) สมเด็จเจ้าฟ้าไชย (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ (1656)

 Fils de Prasat Thong. Règne 9 mois (?). Exécuté.

28/ Si Suthammaracha (Sanphet VII) สมเด็จพระศรีสุธรรมราชา (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่   Oncle de Chao Fa Chai, jeune frère de Prasat Thong. (« Chroniques royales » : 8 août – 26 octobre 1656).

Déposé et exécuté.

29/ Ramathibodi III (Narai) สมเด็จพระนารายณ์มหาราช 1657-1688

Fils de Prasat Thong, demi-frère de Chao Fa Chai. Règne 32 ans.

30/ Phetracha  (ou Suriyenthrathibodi) สมเด็จพระเพทราชา 1688-1703

Cousin de Narai (?) , commandant du corps des éléphants royaux. Coup d’État, exécute les frères du roi. Fonde la dynastie  Ban Phlu Luang dynasty (1688–1767).

31/ Phra Chao Sua (Sanphet VIII), Luang Sorasak สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 8 (หลวงสรศักดิ์ พระเจ้าเสือ) 1703-1709

 Fils de Phetracha. Une rumeur le présente comme un fils caché de Narai.

32/ Tai Sra (Ou Tai Sa, Sanphet IX) สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 9 (พระเจ้าท้ายสระ) 1709-1733

Fils de  Sorasak. Nomination.

33/ Maha Tammaratchathirat II (Boromma Kot) สมเด็จพระเจ้าอยู่หัวบรมโกศ (สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่ 3) 1733-1758

Fils (Ou frère) de Tai Sa. Coup d'État.

34/ Uthumphon สมเด็จพระเจ้าอุทุมพร1758

Fils ainé de Borommakot.  Règne 2 mois, coup d'État.

35/ Suriyamarin (ou Ekathat, Boromma Ratchathirat V) สมเด็จพระเจ้าอยู่หัวพระที่นั่งสุริยามรินทร์ (พระเจ้าเอกทัศ) 1758-1767

Le plus jeune fils de Borommakot.

Les Birmans détruisent Ayutthaya en 1767. 

                   

(2) Reprise de l'article : 72. Les  huit rois du début du XVIIe (1605-1656). (suite et fin)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-72-les-huit-rois-du-debut-du-xvii-eme-siecle-1605-1656-suite-et-fin-115599736.html

 

(3) tome II de François-Henri Turpin, 1771

 

(4) « A history of Siam », Londres, 1924.

 

(5) 175. La « loi du palais » pour la succession royale en 1924.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/175-la-loi-du-palais-pour-la-succession-royale-en-1924.html

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 22:13

 

Encore une période mouvementée avec des successions sanglantes puisque les rois Chetta  et  Phra Athittayawong (Roi enfant) seront exécutés en 1629, par le futur Prasat Thong,  alors chef des armées, créant une nouvelle dynastie.

 

 

En 1628 le roi Song Tham décédait. Il laissait trois fils : l'aîné le prince Chetthathirat, le second,  le prince Phra  Phan Pi Si Sin et le troisième, le prince  Athittayawong. Là encore, les « Chroniques Royales d'Ayutthaya » nous apprendront que fort peu sur ces trois rois. De plus le Prince Damrong in « Our wars with the Burmese », nous livrera une version très différente.

 

 

La version  du Prince Damrong in « Our wars with the Burmese » a ceci d'original qu'elle s'appuie sur les écrits du Hollandais Van Vliet,  qui était le chef du comptoir à Ayutthaya.

 

 

En 1627 donc, le roi Songtham (Ou Song Tham) devint très malade et anxieux pour sa succession. En effet, son aîné Phra Chettha n'avait que 14 ans et  sa préférence allait pour son jeune frère qui  était rentré au monastère. Craignant le désaccord du gouvernement, il consulta Phraya Siworawong, le chef des pages royaux …

 

Il était connu sous le nom de « Phra Onglai », était né en 1600 et était le fils de Phraya Sithammathirat, le plus jeune frère de la reine mère de Songtham. Durant le règne de Ekathotsarot, il devint page royal et à ses 17 ans, il fut promu pour devenir Chamun Si Sorarak, chef des pages royaux. Il était très intelligent et courageux, mais très querelleur. On se souvient que lors d'une cérémonie royale, il se prit de querelle avec un phraya et chassa avec une épée tous ceux qui y assistaient. Le roi Ekathotsarot en fut furieux et ordonna son arrestation, mais celui-ci se réfugia dans un temple. Le roi prit alors alors son père en otage, et Chamun Si Sorarak se rendit et fut mis en prison. Après 5 mois, la veuve du roi Naresuan obtint sa grâce. Il fut promu sous le règne de Songtham et devint  Phra Siworawong.

 

 

 

Phraya Siworawong consulta donc le gouvernement qui était très divisé. Une partie était en faveur du fils aîné, mais une autre partie conduite par Chaophraya Maha Senabodi, qui était le ministre de la guerre et d'autres phraya et phra estimaient que Phra Sisin était trop jeune pour conduire les affaires du royaume. Mais il fut conclu qu'ils s'en remettaient au vouloir du roi. Mais celui-ci n'était pas rassuré et demanda à Siworawong de protéger son fils, qui engagea à son service Phraya Senaphimuk, un Japonais connu sous le nom de Yamada, qui avait sous ses ordres 600 Japonais. (Cf. Notre article sur Yamada (3))

 

 

A la mort du roi Songtham, Phraya Siworawong intronisa Phra Chettha devant le  gouvernement, qui procéda à la cérémonie d'allégeance. Mais ensuite  Phraya Phraya Siworawong ordonna l'arrestation et l'exécution de Chao Phraya Maha Sena et de ses fidèles qui avaient été opposés à l'avènement de Phra Chettha. Celui-ci nomma  Phraya Siworawong, comme nouveau ministre de la guerre avec le titre de Chaophraya Maha Sena.

 

Par la suite,  Chaophraya Kalahom (Chaophraya Maha Sena)  envoya le japonais Phraya Maha Senaphimuk (Yamada) pour convaincre Phra Sisin, qui était l'oncle du roi, de venir au palais avec ses fidèles et  les volontaires japonais à son service. Quand il vint, Chaophraya Kalahom le captura et voulut le faire exécuter, mais le roi Chetthathirat épargna sa vie et le plaça en détention à Phetchaburi. Luang Mongkhon, qui était de sa famille, réussit son évasion. Il réunit alors des forces en secret en vue d'une révolte.

 

Ensuite Damrong nous signale que Van Vliet rejoint l'histoire royale, pour nous dire que  le roi envoya une  force pour arrêter et faire exécuter Phra Sisin.
 

 

Puis après un an de règne, il présida la cérémonie de crémation de la mère de Chaophraya Kalahom, qui dura plusieurs jours, en présence de tous les membres du gouvernement et des notables  dont certains dormirent sur place. Puis, le roi vint dans la salle d'audience pour décider des mesures à prendre pour le commerce, mais il ne vit personne de haut rang. Il en fut furieux et décida que tous les absents seraient punis. Ceux-ci allèrent se plaindre auprès de Chaophraya Kalahom, qui vint dire au roi qu'il était le seul responsable de ce fait. Lors de l'audience suivante le roi constata que personne n'était venue. Il en fut effrayé et confia à ses servants qu'il était convaincu que  Chaophraya Kalahom s'était révolté. Il ordonna  alors à ses gardes de protéger le palais et convoqua Chaophraya Kalahom.  Ses partisans le prévinrent et celui-ci  déclara que tous avaient servis le roi avec honnêteté, mais que le roi les soupçonnait de préparer une révolte. Ils n'avaient donc pas le choix. En conséquence, ils attaquèrent le Palais avec leurs forces, capturèrent le roi et l'exécutèrent en juillet 1630. Il avait régné un an et sept mois. 

 

 

Chaophraya Kalahom installa alors son jeune frère Phra Athittayawong sur le trône, qui n'avait que 10 ans, et  prit en charge l'administration du royaume.

 

 

Van Vliet  rapportera également comment Chaophraya Kalahom qui n'avait pas confiance aux Japonais nomma  Phraya Senaphimuk, (Yamada) gouverneur de Nakhon Sithammarat ; ce qui vida les Japonais de la capitale. A sa mort, de nombreux Japonais quittèrent  Nakhon Sithammarat ; certains rentèrent au Japon, d'autres s'installèrent au Cambodge. Et il n'y eut plus de commerce entre les Japonais et la capitale d'Ayutthaya. Mais cela pour d'autres raisons, nous dit Damrong.

 

Le gouvernement japonais n'aimait pas que ses nationaux travaillent dans d'autres pays car ils pouvaient être convertis au christianisme et importer leur nouvelle religion. D'ailleurs les Japonais chrétiens furent chassés de leur pays.

 

(Chassés ? En 1614, le shogunat Tokugawa interdit le christianisme : les missionnaires sont expulsés, ainsi que les Espagnols en 1624, après une rébellion chrétienne réprimée en 1636-1637, ce sont les Portugais qui sont expulsés. Pire, entre 1641 et 1853 le pays est fermé : aucun étranger ne peut entrer, ni aucun japonais ne peut sortir sous peine de mort. In Wikipédia)

 

 

Aussi décida-t-il l'interdiction de construire de grands bateaux pour aller au large. C'est pour cette raison que le commerce cessa. (En contradiction avec Wikipédia qui annonce environ 56 navires japonais (Shuinsen)  enregistrés vers le Siam entre 1604 et 1635)

 

Puis ensuite, on apprend qu'après un mois de règne du jeune roi, le gouvernement aurait convaincu (sic)  Chaophraya Kalahom de se faire roi. Ce qui fut fait en 1630. Il prit le nom de  Somdet Phrachao Phrasat Thong. Il avait environ 30 ans.

 

 

Le Prince Damrong nous dit également que durant le règne du roi Somdet Phrachao Phrasat Thong, Tani (Pattani) se révolta, s'allia à Uyongtanak (En Malaisie); Ils capturèrent Songkhla et Phatthalung. Il fallut plusieurs années avant que ces cités ne redeviennent siamoises.(Remarquez la précision!)  Puis ll y eut une expédition contre le Kampuchéa (Quand ?) qui devint son vassal. Prasat Thong s'inspira du modèle de Nakhon Thom au Kampuchéa pour sa capitale d'Ayutthaya et aussi pour construire le palace pour protéger l'empreinte de Bouddha. Il régna 25 ans. Sérieusement malade, il nomma son plus jeune frère Chaofa Chai comme son successeur. (1656)

 

 

 

 

Version des « Chroniques royales d'Ayutthaya ». (4)

 

Phra Chettathirat (สมเด็จพระเชษฐาธิราช) ou encore Chetthakuman (พระเชษฐากุมาร) « Chettha l’infant ». (1628-1629)

 

Il est appelé sur le trône par l’ensemble des dignitaires civils ou religieux « pour recevoir l’onction royale et gouverner la sainte métropole conformément à la tradition ».

 

Sept jours ne s’étaient pas  écoulés que Phra Pan Pi Si Sin, le frère cadet, furieux que les notables ne l’aient pas choisi conduisit furtivement une troupe de ses fidèles à Phet(cha)buri et y forma une armée dans le but de s’emparer de la capitale.  Le « suprême et  saint seigneur du royaume » en fut avisé et envoya à son tour une armée  qui put cerner les rebelles et s’en emparer avant de les conduire sous bonne garde devant le roi.  

 

Le roi les fit exécuter (Probablement en compagnie de Phra Pan Pi Si Sin ) au monastère de la butte de Phraya. (Il s’agit probablement du monastère de Khok Saeng วัดโคกแสง toujours existant). Quant aux habitants de Phte(cha)buri qui s’étaient joints aux rebelles, ces « misérables » furent condamnés à devenir « coupeurs d’herbes pour les éléphants ».

Quatre mois plus tard (un mois selon une partie des annales) la mère de Chaophraya Kalahom  organisa une crémation (de qui ?) au monastère du pic ( ?). Civils et militaires de haut rang, « personnes importantes et personnes sans importance », tous étaient présents en grand nombre.

 

En attendant, les officiers royaux se prosternèrent et incitèrent le roi à l'action en lui disant que « Chaophraya Kalahom Suriyawong était occupé à une affaire fort importante mais s'il n’est pas là, c’est probablement qu’il a de mauvaises intentions à l’égard de votre Altesse ».

Le roi, effrayé mais ne pouvant enquêter sur la question, ordonna à ses troupes de rester à leur poste, il prépara d’autres forces et envoya un seigneur, Khun Maha Montri, convoquer Chaophraya Kalahom Suriyawong. Mais dès qu'il le sut, Camun Sanphet Phakdi ( ?) prévint l’intéressé en lui envoyant secrètement  une lettre l'avisant d’avoir à prendre ses précautions s’il répondait à la convocation qu’il allait recevoir.

 

Sachant donc qu’il allait recevoir l’ordre royal, Chaophraya Kalahom Suriyawong, interrogea ses féaux. S'apercevant qu’ils resteraient probablement et prudemment neutres,  il disposa ses hommes d’armes pour procéder à l’arrestation de l’envoyé et de ses serviteurs. Tous les féaux en pâlirent d’effroi. Il leur dit encore :« le Roi m’accuse d’avoir réuni une assemblée pour comploter, mais je vois que je ne peux pas compter sur votre bonne foi ». Après une longue discussion exégétique concernant un épisode symbolique du Ramakien, les nobles lui dirent : « Si votre grâce vénérée meurt, nous l’accompagnerons dans la mort, si vous y échappez, nous y échapperons aussi ».

 

Cette réponse fit sourire Chaophraya Kalahom Suriyawong, qui leur dit « Le roi m’accuse de rébellion, qu’avez-vous à dire ? ». « SI votre révérence saute le pas, nous lui rembourserons ses bienfaits en mourant les premiers pour elle ». 

 

Après s’être ainsi assuré de ses cœurs pusillanimes, Chaophraya Kalahom Suriyawong marcha avec ses troupes, s’empara du palais, mais le roi  avait pris la fuite. Il fut rattrapé et exécuté selon la tradition royale, (i.e. à coups de bâton de santal) après être resté sur le trône un an et sept mois.

 

 

Le roi Phra Athittawong (1629).

 

Les Chroniques ne lui consacrent que ¾ de page. Il est vrai que Phra Athittawong  สมเด็จพระอาทิตยวงศ์ est le plus jeune frère du monarque assassiné « selon la tradition » et est un enfant  de 9 (ou 11 ans)  qui n'aurait régné que  6 mois (ou 36 jours selon une autre source).

 

 

Sans doute du fait de son jeune âge, l’ensemble des dignitaires civils ou religieux proposèrent la couronne à Chaophraya Kalahom Suriyawong (alors tout puissant), mais celui-ci refusa en disant : « Nous n’avons pas agi pour nous emparer du pouvoir mais pour protéger notre personne qui était en danger. Phra Athittawong  est le fils du grand roi, vous devez l’élever au trône mais après que je l’ai décidé ».

 

Le petit roi avait alors 9 ans, ignorait évidemment tout des affaires royales et ne pensait qu’à jouer. Au bout de six mois, les notables se consultèrent, les affaires du royaume se détériorant, et se  convinrent de la nécessité de chasser le petit roi du trône et de le remplacer par Chaophraya Kalahom Suriyawong considérant qu’il tenait déjà les rênes du pouvoir. Les notables, toujours selon la même procédure, lui offrirent le trône et l’on prépara les cérémonies du couronnement.

 

Le petit roi fut -royalement- exécuté au temple de Kok Phraya (วัดโคกพระยา) mystérieusement « spécialisé » en quelque sorte dans les exécutions royales.

 

Ainsi finissait tristement la dynastie des rois de Sukhotai. (1569–1629)

 

 

Le roi Prasat Thong (Ou Sanphet V) (1629-1656)

 

ll est le fondateur de la dynastie qui porte son nom et qui durera  jusqu’au règne de Naraï le grand, son fils, quatrième monarque de la dynastie. (1629-1688)

 

 

 

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » lui consacreront 14 pages, réservées essentiellement à de longues descriptions de cérémonies religieuses, de festivités (cérémonies du couronnement ou hommages rendus par les vassaux), constructions ou inaugurations de temples, de palais ou statues du Seigneur Bouddha, et, naturellement, plusieurs visites en grande pompe à la sainte empreinte de Saraburi.

 

Nous vous en donnons (supra) un aperçu en vous épargnant les longs titres de noblesse du roi qui apparaissent toutes les 5 lignes, alourdissant le style déjà exagérément pompeux.

 

Ainsi les Chroniques commenceront avec la description de la cérémonie du couronnement sur deux jours, avec les rituels traditionnels, la magnificence, avec chaque corps constitué (Prêtres, famille royale, ministres, armées, thaophraya, rois vassaux, nobles, etc) placé selon son ordre hiérarchique, et venu rendre hommage au nouveau roi, paré de toutes les vertus bouddhistes.

 

Puis comme d'habitude, les Chroniques iront d'un événement à l'autre, sans transition avec  la promotion en grande pompe de Sanphet Phakdi, pour service rendu, de ministre du trésor, avec le titre de Phraya Ratcha Phakdi ; L'information que le plus jeune frère du roi, en raison de sa cruauté et des soucis qu'il causait, ne pouvait devenir vice-roi ; Qu'il reçut le nom de Phra Si Suthammaracha et fut installé dans un nouveau palais à côté du monastère de la Pure Résidence ; Que le roi ordonna la construction d'un grand reliquaire  dans le palais de sa mère, avec un temple nommé le monastère de la Victoire et de la Prospérité avec de belles pagodes, un hall de prières, une académie bouddhiste et des dortoirs pour de nombreux moines, dirigé par un abbé prestigieux ; Qu'il envoya des artisans à la capitale du Kampuchéa,  pour recueillir des plans afin de construire un palais derrière  le temple de la Divine Lune afin qu'il puisse s'y reposer lorsqu'il viendrait rendre hommage à l'Empreinte de Bouddha.

 

On apprendra ensuite que le peuple était en paix et prospère, que les maladies avaient diminuées ; Que l'armée était puissante avec ses troupes d'éléphants et de cavaliers ; les récoltes abondantes ; que le commerce avec les Européens et autres marchands étaient florissants. Bref, que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

 

 

 

Une vision quelque peu  idyllique, que  François-Henri Turpin ne partage pas :« Dès lors qu’il eut abattu tous ses rivaux de sa grandeur, il s’abandonna à toute la férocité de son caractère... Ce tyran, fécond dans la recherche de supplices, en inventait de nouveaux. Les uns étaient écrasés sous les pieds des éléphants, les autres enterrés jusqu’aux épaules, imploraient la mort qui seule pouvait mettre un terme à leurs souffrances... Il fit usage d’un genre de supplice qui fait frémir la nature : On serrait si fortement le corps du malheureux avec un linge, qui semblait n’être plus qu’un fragment de lui-même. On le piquait avec des espèces d’aiguilles pour lui tirer du sang. Ensuite on le coupait en deux et l’on mettait la partie supérieure sur une plaque de cuivre qui arrêtait le sang et prolongeait la vie de l’infortuné. » ( In « Histoire du royaume de Siam » tome II de François-Henri Turpin, 1771.) (4)

 

 

Bref. Les Chroniques poursuivent avec un rêve que le  roi  aurait eu en 1632 (L'année du singe, de la 4e décade du 11e mois ), où Indra lui-même lui aurait demandé de changer le nom du grand palais ; Que la même année, la reine  royale a donné naissance à un fils que le roi nomma Narai ; Que le roi construisit une royale résidence sur une île charmante  avec une pagode et hall de prières  nommés le temple de la Congrégation de l'Armée  Unie; Que « le second mois à la fin de cette année »(sic) le roi  procéda à la cérémonie de tonsure du prince Chai, son demi-frère, née d'une mère différente, dans l'île de du village Mud ; L'année suivante, le roi fit restaurer en 9 mois le stupa du temple de la Grande Relique (Des précisions sont données sur l'ornementation)  avec -bien sûr- une cérémonie à la fin des travaux ; Que cette même année, le roi eut trois fils avec des concubines royales ;  puis à la saison des pluies, il présida la cérémonie des lanternes en présence de belles femmes royales,  durant laquelle  son jeune fils Athittayawong tomba du mur de cristal. Il fit construire ensuite deux  maisons en bambou et mis à son service deux personnes.

 

Après la moisson, les Chroniques vont raconter longuement la visite du roi, avec tout le palais, ministères, notables, etc,   à « L'empreinte du Bouddha »  à Saraburi :

 

 

Proclamation , ordres donnés pour la préparation du voyage, par terre et fleuve (Il fallut 3 mois pour finir la route) , l'organisation pour chaque ministère, les constructions, à prévoir  pour chacun .

 

On suivra le cortège royal, étape par étape. ainsi le 2e jour de la  lune montante du mois Phalguna après l'aube (On précise « à 2 nalika et 8 bat »), le roi, après avoir procédé à des dons aux moines, embarqua dans le fastueux bateau royal, au milieu d'une flotte haute en couleur, avec les concubines de tous les ministères, les différentes formations militaires, tous placés selon le protocole et rang. Il fera une halte de deux jours, puis la procession repartira. Une autre description racontera tout le soin apporté aux concubines (musique, mets raffinés et fruits, etc.), sans oublier de mentionner leur admiration de la végétation et des fleurs, pour se reposer dans sa  résidence. Il y eut ensuite un magnifique festival durant sept jours.

 

Et puis, on passe à l'année 1635, où le roi procède à la crémation de son fils dont la mort aurait été causée par un ensorcellement. En 1636, le roi établit un nouveau sanctuaire à Chikun. Plus tard (Quand?), on évoque le roi ravi par les yeux mis sur sa barge, puis l'inquiétude  du roi pour la maladie de son fils Narai, qui avait alors 5 ans (1638?) ; que ce jour il y avait une bruine constante, que le jeune Narai n'écoutait pas les servantes qui voulaient l'empêcher de jouer sur la plate-forme de la montagne, qu'il leur refusa de prendre le parapluie, les obligea à jouer, etc.

 

En 1637, Phra Athittawong conspira avec des nobles et fut déchu de ses fonctions royales. Mais celui-ci tenta de prendre le palais avec 200 hommes. Il échoua, fut fait prisonnier, ses soldats furent interrogés et exécutés.

 

En l'an 1000 de l'ère du tigre, de la 10e décade (1638), le roi consulta ses plus vieux courtisans et ses chapelains pour savoir comment faire face à cette nouvelle ère où le diable allait agir dans tout le pays. Il estima qu'il devait invoquer tous ses mérites pour supprimer ses méfaits à venir. Tous les ministres, chefs, notables le remercièrent pour sa compassion et les actions qu'il allait mener pour eux et le peuple et ils estimèrent que les dieux l'aideront à réaliser tous ses désirs.

 

 

 Le roi fut touché et décida de faire construire devant son palais un mont semblable au Mont Meru, dont on va préciser avec force détails, sur toute une page, l'architecture, les dessins des figurines, leurs ornementations précieuses, les inscriptions, décorations, les statues (8 éléphants, 8 chevaux)  avec ombrelles et drapeaux, leurs emplacements, etc., correspondant à un plan, une géographie sacrée, aux points cardinaux,  qui sera suivi par une cérémonie fastueuse. Une autre page sera consacrée à la procession du roi en palanquin sur la plate-forme avec les brahmanes, les dignitaires, les soldats, son hommage rendu à Bouddha, tout cela aux sons des conques, des gongs, et des tambours ; suivi le lendemain  par une proclamation du roi ordonnant  à ses conseillers de préparer en 3 jours la route avec de  belles décorations, des bananiers, des ombrelles et des drapeaux, afin qu'il puisse solennellement faire des dons aux mendiants de la capitale. Et les chroniques rajoutent encore deux  paragraphes, pour s'attarder sur la description de cette cérémonie, en signalant la présence d'éléphants royaux richement ornés et 4 divisions de braves soldats, les haltes, puis le lendemain, de nouvelles festivités pour 3 jours où une centaine de donations furent faites aux brahmanes, là encore au milieu du faste avec 100 éléphants, 100 chevaux, 100 esclaves mâles, 100 esclaves femelles, et 100 chars royaux.  Et on a droit encore ensuite à une épître du roi envoyée à toutes les municipalités du royaume, à Toungu et Ava, à sa gloire, ses pouvoirs, ses souhaits de bonheur, en un  jour particulier de la nouvelle ère.

En 1641, nous avons toute une page qui nous donne le contenu d'une épître du roi d'Ava  présentée par une ambassade à la Cour avec des cadeaux royaux  pour honorer la mémoire de Song Tham décédé. Le roi en fut offensé surtout que l'épître derrière des chaleureux hommages  était très ambigüe. Il refusa les présents et renvoya l'ambassade.

 

 

On saute une année pour apprendre qu'en 1642, le prince Narai, en voulant rejoindre son père, chuta et cassa le fil des lumières  sur lequel étaient accrochés des miroirs et des figurines d'animaux. Il fallut l'intervention du patriarche et de l'astrologue Phra Hora, pour interpréter cet événement, qui prédisait une très grande chance pour le Prince, beaucoup de mérites et une aubaine qui viendrait d'un pays étranger.

 

On est ensuite en 1644 (A l'ère de l'année de la chèvre, de la 5ème décade) avec plus d'une page consacrée à un grave incendie dans le palais royal. L'astrologue Phra Nora prévient le roi que dans 3 jours, un grand incendie aura lieu dans le palais royal. Le roi en est effrayé. Alors qu'il était bien assis sur son trône, un rat tombe d'une poutre, il le couvre alors avec une bassine en or. L'astrologue lui dit alors, après des calculs, qu'il en avait quatre. « Combien ? » lui dit le roi. « Quatre » lui répète Phra Nora. Le roi lui répond que 4 pattes est correct, 4 animaux est incorrect. On souleva la bassine pour voir qu'il y  avait 3 petits ratons rampant autour de leur mère. Le roi fut impressionné et récompensa l'astrologue.

 

Par peur de l'incendie annoncé,  on déplaça, avec de grandes barges, les trésors au temple de la Victoire ; il fut interdit de cuisiner dans le palais et  3000 personnes furent mobilisés avec de nombreux seaux d'eau.

 

 Après 3 jours, on prévint le roi que tout était normal. Le roi remarqua que cette fois Phra Hora avait eu tort. Mais celui-ci lui dit d'attendre dans sa barge jusqu'au gong du soir.  En fin d'après-midi, des nuages noirs apparurent et une bruine régulière tomba. Le roi dit alors à Phra Hora, que le danger était passé. Mais celui-ci lui répondit d'attendre un peu. Et effectivement, à peine avait-il fini de parler, que le tonnerre éclata, avec des grands éclairs et la foudre tomba sur le toit du palais. Les flammes se répandirent très vite et une centaine de bâtiments furent touchés avant que l'on ne puisse les éteindre. Phra Hora en conclut devant le roi, que cet événement ne pouvait que contribuer à sa gloire et à son pouvoir dans son royaume et auprès de ses ennemis. Le roi en fut flatté. Seul le Palais d'Or et la salle du trône du Palais royal furent brûlés. En trois mois, ils furent reconstruits. Et on ajouta même un grand hall de prières au Grand Palais.

 

Puis les Chroniques consacrent le dernier paragraphe du règne, par l'évocation des grands mérites du roi qui ont donnés le bonheur à tous et au royaume en 1645.  (Pourquoi cette date? Que s'est-il passé ?)  

 

Surtout qu'on passe directement  à la phrase suivante en 1655 (1656), avec l'annonce de la mort du roi Prasat Thong, qui avait régné 26 ans. Les Chroniques passent donc allègrement sur 10 ans de règne ; c'est dire leur pertinence.

Le roi Prasat Thong avait donc régné 26 ans et les Chroniques ne diront rien sur les conflits, les rebellions et les guerres, ni sur les relations diplomatiques, militaires et commerciales que le roi avait surtout établi avec les Hollandais.

 

En effet, Michel Jacq-Hergoualc’h, in « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels », nous apprend, qu'après un repli d'une quinzaine d'années, dès 1633, la Hollande rétablit ses relations commerciales avec le Siam, après que le Japon ait procédé à la réouverture au commerce international, après 5 ans de fermeture. Le gouverneur-général Brouwer envoya Loost Shouten renégocier un nouveau contrat avec Prasat Thong dans lequel les Hollandais « pour un an tout d'abord, obtenaient le monopole du commerce des peaux et aussi la propriété d'une  pièce»  dans la capitale et près du Chao Praya. En 1634, une maison avec des magasins étaient construits et en 1636, le comptoir était achevé. De même, un bureau et un entrepôt appelé Amsterdam avait aussi été installé à Paklat (Samutprakan) non loin de l'estuaire de la rivière.

 

 

Mais on apprend aussi que Prasat Thong fut en guerre avec le Portugal au début de son règne et « que l'un de ses premiers actes fut d'enfermer tous les Portugais du royaume en prison, où ils restèrent trois ans. » (Aucune date n'est donnée) De même, on apprend également qu'en 1630 et 1632, que la Hollande envoya plusieurs vaisseaux au Siam pour aider Prasat Thong dans ses conflits contre les Portugais et Cambodgiens (Citant Wood W.A.R., « History of Siam »), et  qu'elle intervint contre la reine de Pattani, qui en avril 1636, envoya un ambassade au roi du Siam pour demander pardon et se soumettre. B.J. Terwiel in « Thailand's Political History, From the 13th century to recent times », p. 33) ajoute que les Hollandais soutinrent également Prasat Thong contre Kedah et Songkla. Bref, les événements ne manquèrent pas.

 

 

Le roi Prasat Thong, après 26 ans de règne meurt donc en 1656.  Chaofa Chai sera son successeur. Mais il ne régnera que peu de temps … en cette année sanglante. (Cf. Notre prochain article RH. 44)

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) Rappel de la chronologie de la mort du roi Ekathotsarot en 1610 à l'avènement du règne du roi Naraï en 1656, in « Chroniques royales d 'Ayutthaya » de Richard D. Cushman, édité par  David K. Wyatt.

 

Le roi Si Saowaphak  (Ou Sanphet IV) (1610-1611?)(Point d'interrogation mis par Wyatt) (1p.) (Déposé et exécuté, fils d'Ekathotsarot)

Le roi Song Tham  (Ou Intharacha III (1610 ou 1611-1628) (2 p. et 1/2), incluant « La rébellion des Japonais » et « La découverte de l'empreinte de Bouddha ».

 (fils d'Ekathotsarot (?))

Le roi Chettathirat II (Ou Otsa) (1628-1629) (3 p.)

(Fils de Song Tham, règne 1 an et 7 mois, exécuté)

Le roi Phra Athittayawong (1629) (¾ de p.)

(Roi enfant, 11ans (?), déposé et exécuté, a régné 36 jours, usurpation, jeune frère de  Chettathirat II  et fils de Songtham )


Le roi Prasat Thong (Ou Sanphet V) (1629-1656) (14 p.), incluant la visite de l'empreinte de Bouddha à Saraburi par le roi.

(Usurpateur. Crée la dynastie Prasat Thong (1629-1656) • Chef des armées avant sa prise du pouvoir. Une rumeur le disait fils de Ekhathotsarot. A régné 27 ans)    
 
Le roi Chai (Ou Chao Fa Chai ou Sanphet VI) (1656) (¼ p.)

(Usurpateur, exécuté, a régné 7 ou  9 mois selon les sources, fils de Prasat Thong)
Le roi Si Sutham Racha (Ou Sanphet VII) (8 août-26 octobre 1656) (4 p.) (Ou sept 56-) (Ou juin 1656-26 octobre 1656), selon les sources.

(Usurpateur, déposé et exécuté, oncle de Chai et jeune frère de Prasat Thong.)   
Et l'avènement du roi Narai en 1656.

 

(2) Prince Damrong Rajanubhab, « Our wars with the Burmese », « Thai-Burmese Conflict 1539-1767 », White Lotus, 2001.

 

(3) 73. Yamada Nagamasa, Le Japonais Qui Devint Vice-Roi Au Siam Au XVIIème Siècle.)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-73-yamada-nagamasa-le-japonais-qui-devint-roi-au-siam-au-xviieme-siecle-115599893.html

 

(4) 72. Les  huit rois du début du XVIIème (1605-1656). (suite et fin)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-72-les-huit-rois-du-debut-du-xvii-eme-siecle-1605-1656-suite-et-fin-115599736.html

 

 

 

 

 

 

 

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3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 22:17

 

Après la mort du roi Ekathotsarot en 1610, les « Chroniques royales d 'Ayutthaya » vont évoquer le règne de  7 rois de 1610 à l'avènement du roi Naraï en 1656 en seulement 23 pages. Il est vrai que cinq d'entre eux seront exécutés (Si Saowaphak, Chettathirat II,  Phra Athittayawong, Chai, Si Suththamracha))  et ne régneront  que peu de temps comme le roi enfant Phra Athittayawong qui ne régna - dit-on - que 36 jours en 1628. (Cf. Chronologie (1))

 

Le roi Si Saowaphak, 1610 – 1611 (?) (Ou Phrabat Somdet Phra Sanphet IV  (พระบาทสมเด็จพระสรรเพชญที่ ๔) ou Somdet Phra Si Saowaphak สมเด็จพระศรีเสาวภาคย์) .(C’est le sous-titre de Wyatt qui comporte un point d’interrogation pour la date.)

 

 

Son règne dans les Chroniques royales sera évoqué en une page ; le temps de décrire  en un paragraphe la cérémonie d'incinération de son père devant tous les thao phraya, ministres, notables, patriarches, chefs de villages, et deux autres paragraphes racontant brièvement que le moine Phimontham fomenta un complot avec un dénommé Sararak avec ses fidèles  depuis un temple. Après avoir réuni les troupes nécessaires, le jour propice, ils s'emparèrent du palais royal et tuèrent le roi à coups de bâton de santal et l’incinérèrent dans un monastère. Il avait régné un an et deux mois.

 

Curieusement  B.J. Terwiel, dans une note  (p. 31)  nous apprend que de nombreux historiens remettent en cause l'existence même de Saowaphak, et que Phimontham devenu le roi Song Tham serait un fils du roi Ekathotsarot. Une façon de le légitimer ? (In « Thailand's Political History, From the  13th century 1y to recent times »)

 

 

 

Le roi Song Tham  (Ou Intharacha III (1610 ou 1611-1628).

 

Song Tham a régné 18 ans et pourtant les Chroniques ne lui consacreront que 2 pages et demie, n'abordant que « La rébellion des Japonais » et « La découverte de l'Empreinte de Bouddha », après avoir dit que le Saint Suprême Phimon Tham s'était rendu à la capitale, avait pris le nom de Song Tham, qu'il avait nommé Sararak vice-roi, mais que celui-ci une semaine plus tard, était tombé malade pendant trois jours et était monté au ciel. Le roi lui fit des funérailles selon la coutume.

 

 

 La révolte des Japonais selon les Chroniques royales. (Nous vous en donnons  une idée et non une traduction)

 

A cette époque, de nombreux navires japonais étaient venus commercer. Les Japonais étaient furieux, (de devoir payer l’impôt ?) affirmant que les ministres étaient injustes, et conspirèrent  avec le prince Phimon  (Ou Tham) (qui était-il ?) pour tuer le roi. Environ cinq cents japonais se rassemblèrent devant le palais et attendirent le roi, qui était allé écouter  une homélie des moines sur les livres saints.   Huit saints moines du monastère de l'arbre de Pradu (Le monastère de l’arbre de Pradu existe toujours près de Ayutthaya) et du hall de la loi  ( ?) sont intervenus en escortant Son Altesse face aux Japonais.

 

Les Japonais commencèrent à hurler ; les moines leur reprochèrent de rester assis, un tumulte s'ensuivit.

 

Pendant ce temps, le prince Maha Ammat  avait  réussi à rassembler des troupes qui  attaquèrent et tuèrent un grand nombre de Japonais. Les Japonais furent mis en déroute, chassés du palais royal, embarquèrent sur leurs jonques et prirent la fuite .

 

Depuis lors, aucune jonque japonaise des municipalités japonaises ne revint faire du négoce avec la capitalePhra Maha Ammat invita alors sa majesté à entrer dans son palais royalLe matin le roi tint une audience en compagnie de tous ses ministres dans le grand hall du palais royal et dit dans sa grande bonté : Nous avons une immense gratitude envers Phra Maha Ammat et nous le nommons Chaophraya Kalahom Suriyawong. Le roi prit ensuite un édit ordonnant que les moines du monastère de l’arbre de Pradu soient nourris jusqu’à la fin des temps. (In Notre Histoire, article 71)

 

Nous n'en saurons pas plus sur la présence des Japonais.

 

 

Nous avions noté  dans notre article « RH 38. Le règne de Naresuan (1590 – 1605) . 2 » que lors de la guerre de 1591-1592 contre les Birmans, les Chroniques faisaient mention  - pour la 1ère fois-  de la présence de 500 volontaires japonais  et de 500 volontaires Chams, auprès des Siamois. De même, nous avions signalé la présence de mercenaires portugais parmi les troupes birmanes en 1549 et en 1563.

 

Nous avions alors  regretté de n'avoir rien trouvé sur  les premières installations de Japonais  à Ayutthaya, bien qu'environ 56 navires japonais (Shuinsen)  avaient été enregistrés vers le Siam entre 1604 et 1635 et que  le commerce entre le Siam et le Japon était plus important que le commerce total du Siam avec toutes autres nations. (In wikipédia). Nous vous avions raconté cette histoire incroyable de Yamada Nagasama qui   réussit à devenir le général en chef de l'armée siamoise, fut récompensé par le roi Song Tham qui lui donna l'une de ses filles en mariage et le nomma en 1628 « djao » (vice-roi) du turbulent royaume tributaire de Nakhon Sri thammarat, appelé « Ligor » par les Européens et dont la gloire se répandit des Indes jusqu’au Japon. (Cf. Notre article (2))

 

 

Les annales nous apprennent ensuite qu’en 965 (1603 ?) le roi se fit construire un nouveau palais et reçut une lettre de la municipalité de Tenasserim, l'informant  qu'une  armée birmane et mône  l'entourait et demandait son aide.

 

Le roi envoya une armée commandée par le Praya Phichai Songkram. Quand celle-ci atteignit la municipalité de Singkhon, l'ennemi se retira.

 

 

La découverte de la sainte empreinte du pied de Bouddha.

 

La découverte de la sainte empreinte dans la forêt est le fait d’un chasseur. Les Chroniques vont raconter la joie du roi et comment il accéda sur le lieu  avec toute sa cour et son armée à Saraburi, non sans difficulté puisque il n'y avait pas de route. Il y fit construire une protection pour la sainte relique, de nombreux bâtiments pour les moines,  un hall de prières, une grande route pour aller de la rivière  à la sainte empreinte à travers la jungle, et  ensuite une résidence royale. Il y eut des célébrations et des festivités. On apprend que dans la même année, le stupa du Monastère s'effondra et qu'il fut reconstruit. Le roi fit éditer une royale édition des livres sacrés

 

(Pour en savoir plus sur les 108 signes propitiatoires et de bon augure gravés sur les empreintes sacrées du pied de Bouddha. Cf. Notre article 228 (3))

 

 

Le jeudi, du 6e jour de la lune croissante du second mois le roi tomba malade et un mois et 16 jours plus tard, il monta au ciel.

 

Il laissait trois fils, l'aîné le prince Chetthathirat, le second,  le prince Phra  Phan Pi Si Sin et le troisième le  prince Athittayawong.

 

 

Mais le livre du Prince Damrong  « Our wars with the Burmese »  propose une chronologie  complètement différente, (ce qui ne veut pas dire plus exacte comme nous le verrons),  et surtout d'autres versions de cette période, en utilisant des sources birmanes, hollandaises, portugaises, japonaises, et anglaises (Sans nommer les sources le plus souvent) qui vont lui permettre de remettre en cause certains  événements tels que rapportés par les « Chroniques royales d'Ayutthaya ». (Cf. Nos deux articles 106 et 107 (4))

 

 

En ouvrant le livre, nous étions curieux d'apprendre que pour la période considérée 1610-1628, le Prince Damrong présentait en 39 pages, trois attaques menées par les Birmans contre Muang Tavoy en 1613, Muang Chiang Mai en 1614, et de nouveau en 1622 contre Muang Tavoy.

 

Mais quelle ne fut pas notre surprise !

 

Dès la 1ère ligne de « Quand les Birmans attaquent Muang Tavoy en 1613 », le Prince Damrong annonce que le roi  Ekathotsarot était monté sur le trône en 1595 pour apprendre plus loin qu'il est décédé l'année du singe en 1620, alors que nous avions vu précédemment que  les « Chroniques royales d'Ayutthaya » situait son règne de 1605 à 1610. Pourtant dans l'introduction effectuée par Chris Baker, on peut lire une chronologie qui va du roi Chairacha (1534-1547) au roi Ekathat (1758-1767), et la chute d'Ayutthaya, qui reprend celle des chroniques royales, à savoir 1610-1628, comme les auteurs européens d'ailleurs.

 

Bref, au-delà des dates quelque peu erronées, il confirme qu'une ambassade siamoise fut envoyée en Hollande (Elle arriva le 8 septembre 1608) et qu'elle revint en 1611 avec des armes et une nouvelle alliance qui allait créée un conflit avec les Portugais qui se sentaient menacés. Le Prince Damrong qui n'a pas la cohérence chronologique  comme première qualité reviendra alors en arrière pour évoquer la guerre que le roi Naresuan avait mené contre Hongsawadi la seconde fois (Guerre 14), qui avait eu aussi comme conséquence la prise de Siriam par le roi d'Arakan avec la permission du vice-roi de Toungo, situé sur le golf en face de Martaban du côté siamois. (Cf. Ce que dit le Prince Damrong en note 5)

 

 

Le Prince Damrong nous confie que ce fut un événement si important que les archives hollandaises le relatent en ajoutant que les Birmans prirent Martaban la même année et qu'il y eut une rébellion des Japonais, qui prirent Phetchaburi et Muang Thonburi. De cela, les chroniques d'Ayutthaya ne disent mot. Poursuivant avec le roi Ekhatotsarot, Damrong nous dit qu'il fut furieux, craignant une révolte générale et qu'il demanda l'aide des Laos de Lan Chang qui devaient camper à Lopburi. Il les rejoindrait  lui-même avec une grande armée.

 

 

Dans le même temps il  envoya le 24 mars 1612 une lettre au roi de Hollande pour obtenir des hommes avec des armes à feu puissantes. Mais alors que le roi Ekhatotsarot ordonnait aux forces de Lang Chang d'attaquer le 5 avril au matin, ceux-ci s'étaient déjà retirées pendant la nuit du 4. (Pourquoi?) Il est dit que le roi retourna en sa capitale qu'il atteignit le 12 avril. (Damrong avance l'hypothèse qu'il dut sans doute revenir pour mâter une révolte en préparation.)

 

L'année suivante en 1613, va se jouer un autre épisode des relations entre Ava et Ayutthaya pour le contrôle du Sud. On apprend que Phraya Thala avant de devenir vassal d'Ava avait nommé son fils Phraya Phra Ram, gouverneur de  Muang Ré, qui était situé entre Martaban et Tavoy. Le roi d'Ava eut l'idée de convoquer Phraya Phra Ram à Hongsawadi, pour le retenir en otage et de nommer à sa place son jeune frère Takheng Meng. Mais Ekhatotsarot réagit rapidement et ordonna au gouverneur de Tavoy d'attaquer Muang Re. Takheng Meng fut arrêté et envoyé à Ayutthaya.

 

Le roi d'Ava furieux, forma une armée de 40 000 soldats pour attaquer Tavoy. Malheureusement le gouverneur de Tavoy fut tué sur le champ de bataille et Tavoy tomba.

Le roi d'Ava constatant qu'Ayuthaya ne réagissait pas, ordonna en mars d'attaquer Tenasserim, mais deux forces siamoises sous le commandement de Phraya Sawankalok  et de Phraya Phichat l'interceptèrent. Le roi d'Ava craignit l'encerclement, voulut battre en retraite, mais les deux commandants siamois l'en empêchèrent. Il y eut donc une bataille.

 

 

Les Siamois furent victorieux, mais  le roi d'Ava avec ses troupes purent forcer le passage et rejoindre Martaban. 

 

Mais ce n'était pas la fin des combats entre le roi d'Ava et d'Ayutthaya, et en 1614, selon Damrong, les Birmans attaqueront  Chiang Mai.

 

Après avoir échoué dans ses attaques contre Tavoy et Tenasserim et put battre en retraite à Martaban, le roi d'Ava apprit que des troubles avaient éclaté à Chiang Mai, qui à cette époque était sous le contrôle du Siam. Il vit là une opportunité de prendre sa revanche.

 

 

Le roi d'Ava  arrivé à Lamphun  apprit que le vice-roi de Chiang Mai Thado Kyaw avait quitté sa cité avec son peuple pour s'installer à Nakhon Lampang. Mais le roi d'Ava malgré de multiples attaques ne parvint pas à prendre la ville  et dut réunir son Conseil car les vivres manquaient désormais, pour savoir s'il fallait se retirer ou attaquer de nouveau. Les avis divergeaient, mais le Phraya Nan apporta des vivres, qui permirent d'attaquer de nouveau. Mais malheureusement, le vice-roi de Chiang Mai tomba malade et mourut. Les nobles se virent contraints de se soumettre. Le roi d'Ava nomma alors Phraya Nan (Gouverneur), pour service rendu, comme le nouveau chef de Chiang Mai et se retira à Hongsawadi.

 

 

Mais peu après, l'armée du Siam arriva et les habitants de Chiang Mai se soumirent et demandèrent qu'elle chasse tous les Birmans.

 

Mais Damrong nous apprend que cet épisode n'est pas relaté dans les annales siamoises, mais rapporté dans les archives hollandaises et anglaises, par des commerçants de ces pays, installés dans la capitale Ayutthaya et qui n'ont pas pu commercer pendant deux ans avec Chiang Mai jusqu'en 1618 alors en lutte contre Ava.

 

Damrong revient ensuite sur ce qui s'est passé en 1616  concernant le conflit entre les Birmans contre Tavoy et Martaban,  en utilisant les archives portugaises.

 

Elles relatent une ambassade siamoise envoyée auprès du vice-roi portugais à Goa, lui demandant l'appui d'une force navale pour protéger Tavoy et Tenaressim en lui accordant la possibilité de construire des forts à Martaban, juste situé en face de Siriam, que les Birmans avaient pris et  chassé les Portugais.

 

 

Le vice-roi de Goa avait envoyé le prêtre Francisco à la capitale d'Ayutthaya pour négocier un agrément qui comprenait trois clauses. Mais si les Siamois étaient d'accord sur les deux premières clauses qui prévoyaient l'appui des Portugais contre Ava et la liberté du commerce sans taxes douanières, ils refusèrent la troisième qui  les obligeait à chasser les Hollandais du Siam. Le roi d'Ayutthaya tenait à commercer avec tous les Européens et il était satisfait du comportement des Anglais et des Hollandais. La négociation échoua donc.

Apprenant cela, après son retour à Hongsawadi, le roi d'Ava en fut effrayé et envoya une ambassade également à Goa. Il expliqua au vice-roi que de Brito avait commencé les hostilités ; qu'il était prêt à laisser toutes les familles portugaises a quitté Siriam et à lui céder Muang Arakan. Le vice-roi de Goa envoya Martin de Costa pour trouver un accord avec le roi d'Ava, mais celui-ci échoua. Le vice-roi de Goa envoya une lettre au roi du Portugal, dans laquelle il expliquait qu'Arakan n'appartenait pas aux Birmans, que c'était un pays indépendant composé de multiples peuples.

 

 

 

De même il expliquait que Martaban était un pays môn et n'appartenait pas aux Siamois, qui certes l'occupaient mais n'arrivaient pas à le gouverner. De plus, accepter de construire des forts à  Martaban les obligeaient à se mettre du côté siamois et à combattre les Birmans. Il valait mieux conserver la neutralité. Il tenta toutefois d'obtenir la libération des Portugais retenus en otage à Siriam, mais échoua. Entre-temps Ava et Ayutthaya étaient redevenus « amis ». (Il est à signaler que Damrong évoque toujours pour cette période le roi Ekathotsarot. Il évoque même sa mort (p. 203) en l'an 1620)

 

Mais cela ne dura que deux ans car en 1622, les Birmans attaquaient de nouveau Tavoy.

 

 

Mais auparavant Damrong qui aime les retours en arrière, commence la description de cette nouvelle guerre en rappelant la succession d'Ekathotsarot, avec la révolte du moine respecté et éclairé Phra Phimontham du Wat Rakhang aidé par son fils adoptif Sorarak, qui vont capturer et tué le roi Phra Si Saowaphak. (Plus jeune fils qu'Ekathotsarot).  Phra Phimontham deviendra alors le roi Somdet Phrachao Songtham.

 

Mais le Prince Damrong estime ensuite que l'épisode de la révolte des 500 Japonais à Ayutthaya, telle que rapporté dans les « Chroniques royales d'Ayutthaya » n'est pas vrai. (Cf. Plus haut)

 

 

Il ne croit pas que le moine Phra Phimontham ait pu devenir roi, même s'il est possible qu'il ait pu mener une révolte, surtout en considérant les archives européennes et japonaises. (Il ne donne pas ses sources).  Ainsi, après avoir signalé que le roi Chaofa Si Saowaphak n'était pas respecté par son gouvernement, il rappelle que les Japonais qui faisaient du commerce avec la capitale -qui étaient avant tout des pirates- en profitèrent pour voler le peuple. Et qu'en fait, quand ils attaquèrent le palais royal, ils capturèrent le roi et le relâchèrent contre la promesse signée de son sang, qu'il n'y aurait aucunes représailles contre eux. Puis ils prirent le patriarche en otage jusqu'à qu'ils atteignirent la mer.  Le roi Chaofa Si Saowaphak fut tué plus tard après un règne de moins d'un an.

 

 

 

Ensuite, il revient sur le nom des trois fils du roi Ekathotsarot de sa première concubine, à savoir le plus vieux, le moine Phra Intharacha , le second Phhra Sisin et le plus jeune Phra Ong Thong, pour annoncer que  le moine Phra Intharacha devint roi en 1620 sous le titre de Phrachao Songtham à l'âge de 29 ans.

 

Pour revenir sur une nouvelle attaque des Birmans contre Tenasserim, alors que Songtham était sur le trône depuis un an (1621?). L'armée siamoise arriva trop tard et Tenasserim fut pris. Mais de nouveau,  Damrong va contester cette version en signalant que l'histoire birmane n'en parle pas et que d'autres sources européennes prétendent que l'attaque de Tenasserim n'a pas eu lieu durant le règne du roi Songtham (qui régna 8 ans pour lui jusqu'à son décès en 1628 (?)).

 

 

Le Prince Damrong, en hors-sujet, évoque alors la succession du roi Song Tham et le rôle joué par son chef des pages royaux Chamun Si Sorarak, chef des pages royaux, devenu  Phraya Siworawong. (Cf. Article suivant) Mais il ne sera jamais question  d'une attaque des Birmans contre Tavoy qui aurait eu lieu en 1622, que le Prince Damrong était censé nous raconter.

 

 

De même, les « Chroniques royales d'Ayutthaya » ne diront rien sur les relations diplomatiques et commerciales entre le roi Song Tham (1610-1628) et les Européens, et même avec le Japon. La petite chronologie de « Thaïlande contemporaine »,  signale qu'outre la présence de gardes royaux japonais, quatre ambassades siamoises seront envoyées  au Shogun entre 1621 et 1629.

 

 

 

Michel Jacq-Hergoualc’h,  in « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels » (6), rappelle ces relations , l'installation d'un résident hollandais permanent  à Ayutthaya en 1608, avec des succursales à Pattani, Keda, Phuket, Ligor, Songkla ; des réponses positives aux demandes du roi ( Envoi de charpentiers de navire, de menuisiers en bâtiments, d'émailleurs et autres artisans, envoi de canons, etc) ; Dans une lettre de l'administrateur hollandais  d'Ayutthaya datée du 3 mai 1612 « à son collègue de Pattani, Henrick Jannssen, il est fait mention de la demande du roi de se servir de ces canons  contre le peuple de Luang Prabang qui s'était révolté contre lui. De même, il le fit en 1620, contre le roi du Cambodge, il fut aidé à cette occasion par le gouverneur général Jan Pieterszon Coen qui envoya deux vaisseaux de Batavia pour soutenir les Siamois ». (p. 32). (En se souvenant que les deux premiers navires hollandais, étaient arrivés à Pattani le 7 novembre 1601, qu'en  mai 1604, l’ambassadeur du roi Naresuan avait rencontré les Hollandais à Pattani, et que le 9 juin 1604, la 1ère ambassade hollandaise avait été envoyée à Ayutthaya.)

 

 

 

Il signale également l'arrivée du premier navire anglais le 23 juin 1612 à Pattani ; la première audience auprès du roi à Ayutthaya le 17 septembre, qui leur donna la liberté de commerce et une jolie maison. Certes l'arrivée des Hollandais et des Anglais au Siam provoqua de nombreux conflits avec les Portugais dont la 1ère ambassade datait de 1511, surtout que le roi Song Tham favorisa l'établissement des Hollandais. (Cf. Sur ces rivalités, notre article « Les Hollandais et les Anglais au Siam au XVIIème siècle ». (7)

 

 

Bref. Si les « Chroniques royales d'Ayutthaya » disent peu sur le règne du roi Song Tham,     nous avons pu montrer que son règne (1610-1628) fut riche en événements, que différentes versions pouvaient exister, non seulement  avec les sources asiatiques, mais aussi désormais avec les sources européennes.

 

En 1627 donc, le roi Song Tham devint très malade et était anxieux pour sa succession. En effet, son aîné Phra Chettha n'avait que 14 ans et  sa préférence allait pour son jeune frère qui  était rentré au monastère. Craignant le désaccord du gouvernement, il consulta Phraya Siworawong, le chef des pages royaux … Cf. L'article suivant RH 43 )

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) In « Chroniques royales d 'Ayutthaya » de Richard D. Cushman, édité par  David K. Wyatt.

Chronologie de la mort du roi Ekathotsarot en 1610 à l'avènement du règne du roi Naraï en 1656.

Le roi Si Saowaphak  (Ou Sanphet IV) (1610-1611?) (Point d'interrogation mis par Wyatt) (1p.) (Déposé et exécuté, fils d'Ekathotsarot)

Le roi Song Tham  (Ou Intharacha III (1610 ou 1611-1628) (2 p. et 1/2), incluant « La rébellion des Japonais » et « La découverte de l'empreinte de Bouddha ».

 (fils d'Ekathotsarot (?))

Le roi Chettathirat II (Ou Otsa) (1628-1629) (3 p.)

(Fils de Song Tham, règne 1 an et 7 mois, exécuté)

Le roi Phra Athittayawong (1629) (¾ de p.)

(Roi enfant, 11ans (?), déposé et exécuté, a régné 36 jours, usurpation, jeune frère de  Chettathirat II  et fils de Songtham )

Le roi Prasat Thong (Ou Sanphet V) (1629-1656) (14 p.), incluant la visite de l'empreinte de Bouddha à Saraburi par le roi.

(Usurpateur. Crée la dynastie Prasat Thong (1529-1688) • Chef des armées avant sa prise du pouvoir. Une rumeur le disait fils de Ekhathotsarot. A régné 27 ans)     
 
Le roi Chai (Ou Chao Fa Chai ou Sanphet VI) (1656) (¼ p.)

(Usurpateur, exécuté, a régné 7 ou  9 mois selon les sources, fils de Prasat Thong)
Le roi Si Sutham Racha (Ou Sanphet VII) (8 août-26 octobre 1656) (4 p.) (Ou sept 56-)

(Usurpateur, déposé et exécuté, oncle de Chai et jeune frère de Prasat Thong.)   
 

Et l'avènement du roi Narai (1657-1688)

 

(2) 73. Yamada Nagamasa, Le Japonais Qui Devint Vice-Roi Au Siam Au XVIIème Siècle.2)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-73-yamada-nagamasa-le-japonais-qui-devint-roi-au-siam-au-xviieme-siecle-115599893.html

 Aymonier, in  « Le Cambodge » volume III page 767, vaut d’être cité :

« Il n’y a pas lieu de s’étonner outre mesure de la présence de ces nombreux Japonais dans le royaume de Siam. Anglais et Hollandais emploieront des soldats Japonais dans plusieurs de leurs expéditions du XVIIème aux Indes orientales. Et vers 1615, un fameux boucanier japonais, Yamada Nagamasa, se rendit à Siam, dit-on, à bord d’un navire étranger. Il commanda et dirigea l’armée de ce pays contre un état voisin, devint célèbre par ses victoires continuelles, fut nommé général en chef de l’armée siamoise puis régent et « vice-roi » ( ?). Il convia un grand nombre de ses compatriotes, des samouraïs sans emploi à venir au Siam où les soldats japonais étaient redoutés de tout le monde ».

Cf. Le film de 2010 « Yamada Nagamasa, le samouraï d’Ayutthaya », (version française,   « Yamada, la voie du samouraï ») réalisé par Nopporn Watin célébrant le 124ème anniversaire du traité d’amitié entre le Siam et le Japon.

 

(3) A 228. Qu’en est-il des 108 signes propitiatoires et de bon augure gravés sur les empreintes sacrées du pied de Bouddha ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-qu-en-est-il-des-108-signes-propitiatoires-et-de-bonne-augure-graves-sur-les-empreintes-sacres-du-pied-de-bouddha.html

 

 

(4)  106. « Nos guerres contre les Birmans » (1539-1767), du Prince Damrong.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-106-nos-guerres-contre-les-birmans-1539-1767-du-prince-damrong-120857499.html

 D'après le Prince Damrong Rajanubhab, « Our wars with the Burmese », « Thai-Burmese Conflict 1539-1767 », White Lotus, 2001.

Pour la période étudiée : 3 guerres : When the Burmese attacked Muang Tavoy,The year of the  cow. B.E. 2156 (A.D. 1613). When the Burmese attacked Muang Chiang Mai. The year of the tiger, B.E. 2165 (A.D. 1614). When the Burmese attacked Muang Tavoy. The year of the dog, B.E. 2165 (A.D. 1622).

« Il  est l’un des  livres d’histoire les plus populaires et les plus étudiés de Thaïlande. Son succès est sans nul doute dû aussi au prestige du Prince, qui était le 57ème fils du roi Mongkut (1804-1868) et le demi-frère du roi Chulalongkorn, qui a régné de 1868 à 1910, sous lequel il fut ministre de l’éducation et de l’intérieur. Le livre du Prince Damrong, aussi intitulé Thaï Rop Phama, est publié pour la première fois en 1917, et est sans doute le 1er livre d’histoire de type occidental, qui affiche ouvertement son désir d’écrire l’histoire de la nation thaïe.

 

(5) Mais une prise qui avait été effectuée par le Portugais Philippe de Brito, avec une force de trois frégates et 3000 hommes puissamment armés. Les Mons effrayés n'avaient pas résisté. Philippe de Brito avait accueilli de nombreux Portugais, fait construire de nombreux forts, établi une douane, fait commerce et était devenu très riche. Il n'avait pas hésité à déclarer son indépendance. Il était devenu une menace pour le roi de Toungo, qui envoya son fils Natshin Naung pour l'attaquer. Le vice-roi d'Arakan en avant-garde avait attaqué. Devant le nombre, de Brito s'enfuit en jonque, le vice-roi d'Arakan réussit à l'encercler, mais il put résister avec ses armes à feu et coula le bateau  et  le vice-roi d'Arakan fut capturé. 

 

Natshin Naung l'apprenant envoya des messages à Toungo pour se renforcer par une flotte importante. De Brito n'était pas inquiet car il avait le vice-roi d'Arakan en otage. De  Brito proposa au roi d'Arakan de lui échanger son fils contre l'indépendance de Syram. Ce qui fut fait avec l'accord du roi de Toungo. Cela se passa deux ans avant la mort de Naresuan. Mais selon l'histoire birmane, selon Damrong,  il est dit que de Brito se révolta et décréta son indépendance et qu'il fit alliance avec les Siamois. Damrong estime que cela est possible car Phraya Thala qui était le gouverneur siamois de Martaban avait tout intérêt à la paix. Damrong rajoute que le roi Ekathotsarot, de Brito et Phraya Thala  devinrent des grands amis. Ce dernier donna même sa fille en mariage au fils de de Brito.

 

 

Ensuite on passe dans une autre période, où on peut s'apercevoir que les différents royaumes sont toujours en conflits pour préserver leur royaume ou l'étendre. Ainsi, Saen Wi devenu Phra Maha Thammaracha veut étendre ses territoires et prend Prome, y place l'un de ses frères (1597 (?)) ; Natshin Naung devenu roi de Toungo, craignant une attaque du roi d'Ava envoie une ambassade  au roi Ekathotsarot pour devenir son vassal. Ce qui n'empêchera pas le roi d'Ava d'attaquer. Le roi de Toungo demandera l'aide du  roi Ekathotsarot qui n'enverra pas de force mais demandera à Phraya Thala et de Britto de mobiliser les Môns pour se mettre aux côtés de Toungo. Mais ils tardèrent à le faire et le roi d'Ava eut le temps de prendre Toungo et de faire de nombreux captifs. Il ordonna en outre au roi  de Toungo de bloquer la route qui menait au territoire môn. Mais les forces de Phraya Thala et de Britto purent prendre Toungo, brûler la cité et capturer le roi. Mais ils furent ensuite rivaux pour prendre le contrôle du territoire môn. De Britto, imbu de sa force fit l'erreur de commettre le sacrilège de piller des statues de Bouddha et des objets sacrés, brûler des pagodes, qui le fit haïr des Môns et l'éloigna de  Phraya Thala. Le roi d'Ava profita de cette discorde pour attaquer Muang Siriam (1612 (?)). Ayutthaya ne bougea pas et les renforts portugais demandés par de Britto n'arrivèrent pas à temps. De Britto et le roi de Toungo furent arrêtés. Ils furent exécutés, leurs biens confisqués et plus de 400 Portugais furent prisonniers.

 

Le roi d'Ava avait vaincu ses ennemis et pensa alors reconstruire la capitale d'Hongsawadi qui avait été abandonné. Il proposa à Phraya Thala de devenir son sujet et lui donna le pouvoir de régner en son nom les provinces mônes avec le titre de Phraya Thammaracha.

 

(6) Michel Jacq-Hergoualc’h, « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels », l’Harmattan, 1993.

 

(7) 81. Les Hollandais et les Anglais au Siam au XVIIème siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-81-les-hollandais-et-les-anglais-au-siam-au-xviie-siecle-117708175.html

 

 

 

 

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 22:04
A 289. «  IDÉES REÇUES SUR LA THAÏLANDE», SELON  Mlle EUGÉNIE MÉRIEAU. 6.

4 - ÉCONOMIE. (pp. 113-138)

 

 

Nous abordons donc la quatrième partie du livre de Mlle Eugénie Mérieau « Idées reçues sur la Thaïlande »  consacrée à  5 idées reçues sur l'économie, à savoir : 

 

 

« L'économie thaïlandaise repose sur le dynamisme de ses Chinois d'Outre-mer. »,  « L'économie thaïlandaise dépend principalement du tourisme. », « Au sein du Triangle d'or, la Thaïlande est producteur majeur d'opium et d'héroïne. », « La corruption en Thaïlande est culturelle. », « La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. ».

 

 

 

 

4 – I - « L'ÉCONOMIE THAÏLANDAISE REPOSE SUR LE DYNAMISME DE  SES CHINOIS D'OUTRE-MER. » (pp. 113-116)

 

 

 

 

Mlle Eugénie Mérieau invente ici une « idée reçue »,  pour mieux exprimer l'idée  que les Chinois sont très bien intégrés dans la société thaïlandaise. Elle en donne les raisons (Fort taux d'intermariage entre Chinois et Thaïlandais ; même au sein de la famille royale ; Le roi Thaksin était d'origine sino-thaïe, Rama 1er avait épousé une fille d'un riche marchand chinois) et signale leur puissance économique. (Ils comptent 10 à 14 % de la population, 80% des entreprises siamoises sont tenues par des Chinois, « qu'en 2017, neuf des dix hommes les plus riches de Thaïlande sont d'origine sino-thaïe », que « toutes les banques commerciales sont possédées par des familles chinoises ».)

 

 

Mais on peut douter de l'intégration présumée  des Sino-thaïs, si l'on en juge d'après  l'article de Jean Baffie intitulé   « La « resinisation » des Chinois de Thaïlande » qui révèle  Le mythe de la thaïsation des Chinois de Thaïlande. 

 

 

 

 

« Dans les années 1980, dit-il, la tendance dominante était à la dénégation. Comme l’on pouvait nier l’existence de la prostitution en Thaïlande, puisqu’elle était illégale depuis 1960, il n’existait pas – ou plus – de « problème chinois » puisqu’ils étaient en majorité devenus thaïs. » Il va donner de nombreux exemples dans la littérature, la rue, les médias (la presse, la télévision), l’école, le quartier chinois de Yaowarat, les commémorations et non sans ironie, le retour des triades chinoises dans le crime organisé, qui montrent que les Chinois sont plus présents que jamais. Et ils le seront d’autant plus  qu’arrivent  massivement  les touristes chinois. (Cf. Note (1))

 

 

Toutefois, Mlle Mérieau  nous dit aussi que les Chinois ne furent pas toujours intégrés.  Après la récession économique du début de 1910, les Chinois « devinrent la cible de tous les ressentiments » ; avec le nationalisme thaï  montant, Rama VI les dénonça comme les « Juifs de l'Orient » ; Le nationalisme chinois de Sun Yat-Sen les encouragea à résister à l'assimilation avec la société thaïlandaise, à  établir leurs propres écoles, leurs propres journaux, et à se replier sur leur communauté. Ce qui entraîna une réplique du gouvernement siamois (Incitation forcée à prendre la nationalité siamoise, des noms siamois, fermeture des écoles, interdiction de certaines professions et autres discriminations). Elle ne  cite pas les mesures drastiques prises sous les gouvernements de Phibun Songkhram (16/12/1938-1/8/1944, 8/5/1948-16/9/1957)  contre les Chinois, ni celles d'autres gouvernements (Cf. Notes 1 et 2) ; ni qu’en septembre 1997, le premier ministre, le général Chavalit Yongchaiyudt, voulut rendre responsables de la crise économique les hommes d’affaires chinois du pays, désignés par le terme « dérogatoire » de มัน man. (In Baffie (1)). 

 

 

La langue thaïe  est – caractéristique d’une société verticale – d’une infinie richesse dans la multiplicité (plusieurs dizaines) des pronoms personnels destinée à répondre à toutes les situations mettant en présence des personnes de rang différent, du plus profond respect au plus total mépris. Celui-ci, tantôt « tu – lui – eux - il – elle – ils  ou elles » se situe au bas de l’échelle et soit signe de grande familiarité soit de mépris.

 

 

Stéphane Dovert, quant-à lui, dans son article  « La Thaïlande prête pour le monde » ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale», défend l'intégration des Chinois, mais curieusement donne des faits qui infirment cette conviction. Ne dit-il pas que si les Chinois étaient assimilés, entre 1918 et 1931, tout a basculé avec la forte immigration (Les Chinois passèrent d'un demi-million à 1,5  million), composée en majorité de célibataires et qui suivirent leur éducation dans les écoles chinoises, délaissant le thaï, gardant leur attachement à leur région d’origine, avec leur intérêt manifeste pour les événements chinois. Il rappelle la campagne de Rama VI (1910-1925), contre les Chinois sur le modèle antisémite européen,  refusant désormais de les anoblir et réglementant sévèrement leur accès à l’administration ; La politique discriminatoire de Phibun à leur égard dès 1938 ; Sa politique nationaliste qui reléguait les minorités en « non-thaïes » ou « moins thaïes » et qui marginalisait les élites indiennes et chinoises. Pendant la guerre du Vietnam, « les résidents chinois de Thaïlande étaient facilement soupçonnés d’espionnage ou de subversion », leurs associations à caractère politique interdites, leurs leaders arrêtés. D'ailleurs « les généraux conservateurs ont volontiers assimilé la subversion aux communautés minoritaires », laissant entendre que « tous les « non-Thaïs », Chinois, Vietnamiens ou Malais de Thaïlande étaient marxistes. » (Cf. Notre article (2)) Il y a là pour le moins, beaucoup de faits qui peuvent faire douter de leur « intégration ». D'ailleurs Dovert  leur reconnaît quand même une différence avec les autres Thaïlandais : celle d’avoir une « ouverture plus grande sur les réseaux asiatiques. » 

 

 

Arnaud Leveau dans son livre « Le Destin des fils du dragon », (3) cite Florence Delaune, « Entreprises familiales chinoises en Malaisie », qui montre combien la communauté chinoise « s’appuie sur « un système, devenu une tradition, transmise de génération en génération, et qui repose sur « un maillage d’entreprises familiales interconnectées», une culture des réseaux (activités mais aussi solidarité), un système avec un type d’éducation ( relayé avec des écoles privées), une morale (valeurs, croyances communes), un type de comportements individuels et collectifs, un système familial et communautaire (ethnie, langue et esprit commun). » D'ailleurs nous disons Chinois alors qu’ils se reconnaissent avant tout comme Teochiu, Hakka, Hainanais, ou Hokkien/ Thaïs. (In Notre article A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande. Lecture du livre de Arnaud Leveau, « Le Destin des fils du dragon », (3))

 

 

 

 

Bref vous aurez compris que nous ne partageons pas le point de vue de Mlle Eugénie Mérieau qui termine son article en affirmant que la minorité chinoise de Thaïlande reconnaît son héritage chinois mais ne se considère pas comme chinois en tant que tels. Certes. C'est ce qu'on appelle un Sino-thaï, à savoir plus Chinois que Thaï.

 

 

Ceci dit, l’affirmation de  l’importance chinoise ou plutôt des Chinois dans l’économie thaïe repose sur des chiffres qu’il est difficile d’analyser dans la mesure où les recensements actuels ne font plus référence à des critères ethniques et que les mariages mixtes ont été permanents. Nous avons consacré deux articles au premier recensement effectué à Bangkok en 1883 et au second sur une grande partie du pays en 1904  qui nous permettent  sans nier - de relativiser.

 

 

 4  - II -  « L'ÉCONOMIE THAÏLANDAISE DEPEND PRINCIPALEMENT DU TOURISME.» (pp. 117-121)

 

 

 

 

Nous n'allons pas ici commenter des données facilement accessibles, à savoir que le tourisme ne présente que 10% du PIB, pour 6% de la force de travail, voire 15 et 20 % respectivement, si l'on prend en compte les retombées indirectes, alors que ses exportations  atteignent environ 70%. (Par comparaison, il est en France d’un peu plus de 7% et un peu plus de 11 en Espagne.)

 

 

 

 

Ensuite Mlle Mérieau rappelle brièvement les principales étapes du développement de la Thaïlande : pays rural « sous-développé » jusqu'au décollage dans les années 50, stimulé par les exportations des produits agricoles ; développement des infrastructures et d'un marché national; inclusion dans le marché mondial. En 1985, les exportations industrielles devancent en volume les exportations agricoles avec pour conséquence un exode rural massif. De 1957 à 1997, croissance de 7,6% par an en moyenne, jusqu'à la crise de1997. Une croissance qui ne profite pas au secteur rural qui demeure traditionnel avec des agriculteurs qui s'endettent, et une majorité d'employés dans le secteur informel, sans protection sociale, ni assurance maladie, et ni retraite.

 

 

Mlle Mérieau n'analyse pas cette crise de 1997, et ne dit rien sur le développement de la Thaïlande après 1997. Elle termine sur un encadré d'une page (p.121) intitulé « L'esclavage est pratiqué sur les crevettiers et dans les plantations d'huile de palme ».

(Pour en savoir plus, Cf. nos articles (4))

 

 

4 – III - « AU SEIN DU TRIANGLE D'OR, LA THAÏLANDE EST PRODUCTEUR MAJEUR D'OPIUM ET D'HEROÏNE. » (pp. 123-126)

 

 

 

 

 

Nous n'avons pas là une « idée »reçue », car voilà plus de 20 ans, comme le rappelle d'ailleurs Mlle Mérieau que la Thaïlande n'est plus productrice d'opiacés. Mais il fallut pour cela mener bien des combats. Mlle Mérieau retrace sommairement les étapes les plus importantes : 1958, interdiction de la culture de l'opium à des fins commerciales, mise en place de projets royaux de cultures de substitution ; 1980-1990, l'armée détruit systématiquement toute plantation repérée ; la production chute spectaculairement au milieu des 1990, puis disparaît.  (Le record des pays producteurs de produits à base d’opium est actuellement détenu de très loin par l’Afghanistan.)

 

 

 

 

Pierre-Yves Le Meur, in « Les hautes terres du nord de la Thaïlande en transition. Développement, courtage et construction nationale  » nous apprend : « Après un siècle de monopole commercial à l'importation, l’État thaïlandais dans l'incapacité de satisfaire la demande domestique après la seconde guerre mondiale, autorise en 1947 la culture du pavot sur les hautes terres. Elle explose très rapidement, passant de moins de 10 t dans les années 1940-1950 à 145 t en 1967, malgré l'interdiction de la culture, du commerce et de la consommation d'opium édictées dans les années 1957-1959, pour retomber à 34,5 t en 1985 et moins de 30 t vers la fin des années 80. Jusqu'en 1985, date à laquelle l'armée lancera sous la pression américaine une campagne de destruction systématique des champs de pavot, une situation d'informalité prévaut, engendrant l'épanouissement d'une corruption routinière. Parallèlement une politique de remplacement du pavot par d'autres cultures commerciales est mise en œuvre en particulier par le truchement de projets royaux, puis sous l'égide de bailleurs internationaux. Cette politique est fondée sur des considérations complexes de sécurité nationale dans un contexte de guerre froide et de guérilla communiste, de lutte contre la drogue et aussi de protection des ressources naturelles.» (5)

 

 

 

 

Mais la fin de la production thaïlandaise d'opiacés, ne signifiait pas, nous dit Mlle Mérieau, la fin de sa consommation ni des trafics, malgré la sévérité de la loi (Peine de mort peut être requise) surtout depuis l'explosion de la production de drogues de synthèse en Birmanie (Appelé yaa baa en Thaïlande). « Le trafic de yaa baa n'a cessé d'augmenter au cours des années 1990 » dit-elle. Elle poursuit en rappelant la campagne nationale de 3 mois du 1er ministre Thaksin en 2003 où plus de 2000 personnes furent exécutées, suivies par celle d'octobre 2004, puis encore en mai 2006.

 

 

Mlle Mérieau s'arrête à Thaksin, mais le fléau du yaa baa (littéralement l''« herbe qui rend fou ») subsiste et touche tous les milieux, toutes les villes et env. 70 % des villages. Il est dit que 50-60% des détenus thaïlandais  sont liés à la drogue. (6) Les trafics demeurent. « En effet, l’ouverture des frontières et l’amélioration des infrastructures ont effectivement accéléré les échanges commerciaux, mais permit aussi de développer la contrebande et les réseaux internationaux du crime organisé. Les réseaux des marchands chinois ont su s’adapter et changer leurs mules en 4x4, en bus et en camions  tout en empruntant les mêmes pistes désormais macadamisées. Les pilules de yaa baa et les migrants illégaux suivent le même chemin que les caravanes d’opium d’autrefois. » (Cf. ln l'article de Danielle Tan : « Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos » et notre article (7))

 

 

 

 

Le fléau est toujours d'actualité.

 

« Le Petit Journal » du 07/12/2018  nous informait que « Des policiers thaïlandais ont saisi 15 millions de comprimés de méthamphétamine et tué un trafiquant dans la partie thaïlandaise du "Triangle d’or", aux confins de la Thaïlande, la Birmanie et le Laos, ont annoncé des responsables alors que la lutte antidrogue s’intensifie dans le pays. (…) « Pour plusieurs millions d’euros de cargaisons de méthamphétamine arrivent chaque semaine en Thaïlande depuis la Birmanie voisine, d’où des barons de la drogue inondent le marché de stupéfiants. »

 

 

Il nous reste à examiner les deux dernières « idées reçues » :« La corruption en Thaïlande est culturelle. », et « La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. ». Ce sera l'objet d'un autre article.

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) L'article de  Jean Baffie,  « La « resinisation » des Chinois de Thaïlande » révèle  Le mythe de la thaïsation des Chinois de Thaïlande. http://www.reseau-asie.com/ 

 

Notre lecture in  Article 45. Les Chinois de Thaïlande ?

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html

 

Il y rappelle entre autre :

  

- Le Siam connut parfois une politique antichinoise, rarement virulente, mais qui a servi de repoussoir, de référence. Le roi Rama IV (1910-1925) sous le pseudonyme de อัศวพาหุ (Atsawaphahu) dénonça les Chinois du Siam dans un pamphlet intitulé พวก ยิว แห่ง บูรพทิศ « les Juifs de l’Orient ».

 

 

- Ensuite, sous les gouvernements de Phibul Songkhram (16/12/1938-1/8/1944, 8/5/1948-16/9/1957) des mesures drastiques furent appliquées pour limiter l’immigration chinoise, réduire le nombre d’écoles et de journaux chinois, réserver des professions à des nationaux, etc.

 

- Des soubresauts eurent encore lieu après 1957. Ainsi, en 1971, l’une des raisons avancées pour un coup d’État était la présence dans le pays de 3 millions de Chinois dont on ignorait les préférences idéologiques, mais qui pourraient poser des problèmes de sécurité intérieure au moment où la Chine entrait aux Nations Unies.

 

- Ensuite, aux législatives de 1979, les candidats et les électeurs de parents chinois durent subir des mesures vexatoires. Beaucoup renoncèrent. Enfin, 18 ans plus tard, en septembre 1997, le premier ministre, le général Chavalit Yongchaiyudt, voulut rendre responsables de la crise économique les hommes d’affaires chinois du pays, désignés par le terme dérogatoire – et assez sibyllin – de มัน man.

 

(2) A162. De l’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a162-de-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124549105.html

 

Lecture de l’article de Stéphane Dovert intitulé « « La Thaïlande prête pour le monde » ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale», paru dans « Thaïlande contemporaine »,  Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011, pp. 201-258.

 

Extrait de notre article :

 

« Étrangers ou Chinois ?

 

Le Siam a une histoire particulière avec cette communauté chinoise, déjà en raison depuis des siècles de  sa vassalité assumée avec la Chine, et dans cette période, le fait que les souverains Taksin et son successeur Rama I ont un père d’origine chinoise ; d’ailleurs celui-ci enverra, nous dit Dovert, onze ambassades en Chine en 20 ans et encouragera l’immigration chinoise.[...] Il reviendra ensuite sur les Chinois (pp.226-227) pour signaler qu’au tournant du siècle, on a vu l’émergence de grandes entreprises chinoises « qui ont fondé leur prospérité sur la transformation et le commerce du riz » pour ensuite se diversifier (construction, banques, assurances, transport maritime, nouvelles manufactures) et une migration accrue représentant une main-d’œuvre bon marché et corvéable (le riz, et les grands travaux) . On évaluait la communauté chinoise à 10 % de la population en 1910. (En note, Dovert signale que Skinner, d’après un recensement en 1909, l’évalue à 5 %)

 

Dovert revient encore sur leur intégration, qu’il juge évidente, du fait « qu’ils ont profité des réseaux propres de leur communauté », « qu’ils ont volontiers épousé des femmes autochtones », qu’ils étaient bien représentés dans la bureaucratie ; et du fait aussi  que les nouveaux arrivants étaient reconnus « d’emblée » « comme une composante de l’identité siamoise » ; que sous Rama IV,  250 Chinois avaient été nommés comme fermiers généraux sur 300 postes à pourvoir. (Signe d’intégration ? ou méfiance de Rama IV pour ses congénères).

 

Là encore, Dovert estime donc que la prospérité de quelques familles chinoises, les mariages mixtes (il ne donne aucun chiffre), leur puissance économique (là encore aucun chiffre donné), la participation importante et l’accueil  de leur main-d’œuvre. […] Donc pour Dovert, les Chinois étaient assimilés et entre 1918 et 1931, tout a basculé avec la forte immigration (cette population a augmenté d’un demi-million pour atteindre 1,5  million), un seuil critique atteint, la composition de cette migration (famille au lieu de célibataires), l’endogamie choisie, leur éducation dans les écoles chinoises, la perte de la maîtrise du thaï, leur attachement à leur région d’origine, avec leur intérêt manifesté pour les événements chinois (accueil et succès de la visite en 1907, du numéro 2 du parti nationaliste chinois et de Sun Yat-Sen),  et ………….erreur du gouvernement siamois, qui au lieu de prendre des mesures en faveur de l’assimilation s’est replié sur le sentiment communautaire ; et enfin le roi lui-même, Rama VI (1910-1925), qui a fustigé les Chinois, et va lancer une campagne sur le modèle antisémite européen, en  traitant les Chinois « Les Juifs de l’Extrême-Orient », refuser désormais de les anoblir et va réglementer sévèrement leur accès à l’administration. »

 

Et A163. L’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande. 2e partie. De Rama VII (1925-1935) à Abhisit (2010)

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a163-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124589511.html

 

Extrait.

 

« Les « Chinois » représentent 10 à 12 % de la population ; Ils constitueraient la moitié de la population de Bangkok ; Ils  contrôleraient 81 % des capitaux  sur le marché ; Les  ¾ des députés  (l’article est de 2010) env. auraient au moins un grand-parent  né en Chine (et de citer les anciens premiers ministres de ces dernières années comme Chuan, Thaksin, Samak, Somchaï, Abhisit).

(Enfin quand on dit « les Chinois » contrôlent 81 % des capitaux, il faudrait préciser, une vingtaine de familles chinoises contrôlent 81 % des capitaux, et spécifier s’ils sont Teochiu, Hakka, Hainanais, ou  Hokkien/ Thaïs.) Pour le moins, on peut alors considérer les  « Chinois » de Thaïlande comme une minorité dominante. Mais est-elle intégrée, assimilée ? »

 

(3) Notre article A67,  « L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande », d’après « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.

 

« Un réseau de solidarité réciproque où chacun tour à tour va passer du rôle de donneur à celui de bénéficiaire, dans un système pyramidal « associatif » au niveau familial, puis de la communauté locale , provinciale , nationale (en relais avec les chambres de commerce, les banques, les associations nationales) et pour les plus importants, internationale (avec leur propre réseau de communications).

 

Le réseau de base est d’autant plus efficace qu’il s’inscrit aussi dans une concentration géographique, ethnique, avec donc un système familiale de gouvernance. La famille dans un quartier donné, va faire des prêts, contrôler le comportement, faciliter l’information aux membres du réseau familial (investir dans les activités rentables, réactivité, rapidité), encourager la solidarité, aider les nouveaux venus (de la famille), veiller à la réputation du chef de famille … « Le devoir du fils est d’entretenir, sinon d’accroître l’héritage familial ». L’entreprise évoluera donc, bien sûr au fil des générations avec ses échecs pour certains et les « success story » pour d’autres familles. » (Extrait de notre article A67, inspiré par Florence Delaune, Entreprises familiales chinoises en Malaisie, Presses universitaires du Septentrion, Col. Anthropologie, 1998. )

 

(4) A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html

A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

 

A127. La situation des  vieux paysans de Thaïlande.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a127-la-situation-des-vieux-paysans-de-thailande-119880727.html

 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 09 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/08/241-le-gouvernement-du-general-chawalit-yongchaiyut-25-novembre-1996-9-novembre-1997-et-la-grave-crise-financiere-et-economique-de.html

 

(5) Pierre-Yves Le Meur, « Les hautes terres du nord de la Thaïlande en transition. Développement, courtage et construction nationale  », Revue Tiers Monde, 2000, pp. 365-388

 

https://www.persee.fr/doc/tiers_1293-8882_2000_num_41_162_1395

 

Pierre-Yves Le Meur, explique ensuite, entre-autre, comment ont été mis en place les projets royaux (et par des bailleurs extérieurs) et leur complexité (intermédiation, différentes formes de courtage, acteurs hétérogènes et organisations, réseaux de villages,  imbrication d'intérêts et de logiques, rivalités des villages et des ethnies, etc.).   

 

(6) A74. Pouvoir, drogue (yaa baa), justice à Kalasin (Thaïlande).

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a74-pouvoir-drogue-yaa-baa-justice-a-kalasin-thailande-109649171.html

Yaa Baa: Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale, Pierre-Arnaud Chouvy et Joël Meissonnier, L’Harmattan - IRASEC, Paris – Bangkok (ISBN 2-7475-2397-7)

 

(7) Article 23 : du triangle d’or au quadrangle  d’or !

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-trafics-du-triangle-d-or-71317371.html

 

Une lecture de l’article de Danielle Tan : Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, Sciences Po/CERI, IRASEC, Note de recherche n° 6.

 

(8) Le Petit Journal du 7/12/2018 :  « Selon les experts, le trafic s’accélère, en particulier depuis la région de l’est de la Birmanie tenue par le groupe ethnique rebelle des Wa, accusé de financer sa guérilla par le trafic de drogue.

 

La police et l’armée thaïlandaises ont intensifié leurs opérations de leur côté de la frontière, tuant et arrêtant des passeurs issus le plus souvent de tribus montagnardes de cette zone de non-droit notoire qu’est le Triangle d’or. 

 

https://lepetitjournal.com/bangkok/nord-thailande-trafic-drogue-et-repression-policiere-sintensifient-246013

 

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