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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 22:30

 

Ses guerres contre le Cambodge (1593 et 1594), et le contrôle du Sud (Tenasserim, Moulmein et Martaban) et contre les Birmans d’Hongsawadi et de Toungu (1594-1598).

 

Le roi Naresuan déclare selon les « Chroniques royales d'Ayutthaya » : « Alors que Tenasserim, Marit, Tavoy et Chiang Mai nous appartiennent et pendant que la guerre contre Hongsawadi va se poursuivre, il est temps de prendre notre revanche contre le roi de Lawaek ». » C'est ce que l'article « 67. Le roi Naresuan, et ses guerres contre le Cambodge » que nous vous invitons à lire ou relire, va vous raconter.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-67-le-roi-naseruan-et-ses-guerres-contre-le-cambodge-4-115271762.html

 

 

Vous y verrez le nombre des forces en présence (100.000 hommes armés, 800 éléphants équipés, et 1.500, 1.000, 100, ou 50 chevaux (selon les sources) pour l'armée principale et 500 soldats pour l'avant-garde commandée par Phra Racha Manu du côté siamois et 30.000 soldats du côté cambodgien placés en trois positions (10.000 à Photisat, 15.000 à Pattabong, et 5.000 à Ranam pour préparer une embuscade). On voit un Naresuan inflexible, condamnant à mort Phraya Ratcha Dungsa mis en déroute à Ranam et qui ne doit sa vie qu'au vice-roi Ekathotsarot. Heureux pardon, puisque Phraya Ratcha Dungsa va prendre ensuite Pattabong. Mais on assistera à la résistance de la capitale Lawaek pendant 3 mois et qui ne devra son salut qu'au manque de vivres. Naresuan dut renoncer et repartit avec la volonté de revenir l'année d'après. (Vous vous souvenez, pareille mésaventure était arrivée au roi d'Hongsawadi qui avait dû battre en retraite à cause d'un manque de vivres avec la saison des pluies qui s'annonçait, lors de la 2ème guerre contre Ayutthaya en 1563.)( Cf. NR 31)

 

 

Mais l'année suivante en 1594, le roi Naresuan dut repousser une attaque du roi de Phrae, vassal du roi d’Hongsawadi, avant de partir pour sa nouvelle campagne contre les Khmers. Les Chroniques racontent en deux pages que le roi de Phrae a outrepassé les ordres reçus par le roi d’Hongsawadi qui ne lui avait ordonné que de surveiller la frontière afin de recueillir des informations sur le royaume d'Ayutthaya. Mais nous avions exprimé notre étonnement devant le fait que le roi d'Hongsawadi lui avait confié le commandement d’une armée de 50.000 soldats, 200 éléphants équipés pour cette mission d'observation! Mais de fait il passa la frontière, aux environs de Songkhla au sud.

 

 

Naresuan, informé par le gouverneur de Kanchanaburi organisa alors une puissante armée de 100.000 hommes, 800 éléphants de guerre, 1.500 chevaux et les Chroniques racontent comment elle attaqua le roi de Phrae qui ne put résister et dut s'enfuir. Le roi de Phrae était revenu avec la moitié de ses soldats birmans et môns, et éléphants à Hongsawadi, et faillit être exécuté. Mais il n'en fut pas de même pour les Môns et soldats qui revinrent à Hongsawadi et qui furent saisis et brûlés. 

 

 

Le roi Naresuan pouvait de nouveau organiser sa « revanche » contre le royaume cambodgien de Lawaek en 1594. Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » vont consacrer 12 pages à cette nouvelle campagne de Naresuan contre les Cambodgiens de Lawaek, qui va aboutir à la défaite des Khmers et à leur vassalisation. (pp.142-154).

 

 

Notre article vous avait proposé les principales étapes de cette campagne, tant la lecture des Chroniques était fastidieuse, par son manque de cohérence. On retrouverait la fameuse procession et la présentation des armées dans leur composition, leur effectif et leur stratégie. On notait que cette fois-ci Naresuan et son frère avaient décidé d'attaquer sur terre et sur mer avec des forces importantes et en donnant -cette fois-ci- à 200 bateaux la responsabilité de l'approvisionnement en riz. Le roi du Cambodge avait organisé sa défense en réparant enceintes et palissades de sa capitale et en prenant position à Pattabong, Photissat, et Boribun, avec deux armées navales, pour défendre Cutaramuk, et Phutthaimat. La guerre allait s'engager sur les fronts terrestres et navals.

 

 

Mais les Siamois avaient pris Pattabong, puis Photisat. Les Khmers s'étaient retirés à Boribun, qui avait aussi succombé. Et Phutthaimat avait été pris ensuite. Le siège de la capitale pouvait s'organiser. Pendant ce temps, sur le 2e front, les forces navales avaient permis à Phraya Phetburi de prendre Pasak, aux deux armées de Phraya Ratcha Wangsam et Phraya Phetburi de se rejoindre et de prendre Chaturamuk pour retrouver l'armée principale à la capitale khmère. Phraya Nakhon Ratcha Sima attaqua Nakhon Sam et après avoir établi une palissade de sécurité à Kaphong, put aussi rejoindre la capitale khmère.

 

 

Les Chroniques consacreront environ 5 pages à l’attaque et la prise de la capitale khmère en 1594, avec les conséquences terribles de la défaite. Le roi Naresuan avait eu sa revanche. Le royaume de Lowaek avait été vassalisé ; le roi khmer exécuté ; La famille royale et princes pris en otage et 30.000 esclaves emmenés à Ayutthaya.

 

 

Les Chroniques mentionneront qu'en 1598, Phra Sutham Racha le fils du roi du Cambodge Nakphra Sattha décédé fera de nouveau allégeance à Naresuan, ne voulant pas renouveler l’erreur de son père. Une ambassade fut envoyée à Ayutthaya et le roi accepta en toute solennité et selon les usages, le tribut, signe de la vassalité. Mais notre article signalait que ce fut pas si simple et racontera les circonstances de cette succession, surtout que les Chroniques ne nous aideront pas dans la compréhension de cette période en racontant une histoire similaire, mais qui aurait eu lieu en 1602, où cette fois-ci le plus jeune frère du roi, Si Suphanramathirat, le plus jeune frère du roi décédé lui aurait succédé, et aurait renouvelé sa vassalité au royaume d'Ayutthaya. En 1603, il aurait demandé et obtenu l'aide du roi Naresuan pour repousser une attaque de Phraya On avec Song et Phak réunis et les défaire. De plus, il n'est pas signalé que les Khmers ont déplacé leur capitale à Srey Santhor en 1594 (1594-1620) (Mais Bowring et Mgr. Pallegoix disent 1583, Moura dit 1586, Garnier avance 1585). A ces dates incertaines s’ajoutent des faits opposés, et on ne reconnaît pas les noms des souverains établis d'après les Royales Chroniques du Cambodge (Cf. Wikipédia). Nicolas Gervaise qui écrivit un siècle après les faits dit que l’invasion a eu lieu en 1560 et que le roi fut bien traité par le vainqueur, mais mourut en captivité et que ses 3 fils reçurent des gouvernements de province et prirent la fuite et retournèrent en leur pays.) C'est vous dire que les différentes sources ne s'accordent pas et que la confusion est totale.

 

 

Les campagnes du roi Naresuan et du vice-roi Ekathotsarot de 1594-1598, pour le contrôle du Sud (La révolte mâtée de Tenasserim, la prise de Martaban après son conflit avec Moulmein ; L'opportunisme des nouvelles cités vassales (Martaban, Bassein, Bua Phuan, Khlik) et le double jeu des Phraya de Toungu et de Lakhoeng, avant la prise d’Hongsawadi et le renoncement au siège de Toungu, de nouveau pour un manque de vivres, dans un récit étonnant, où on voit à l'œuvre le plan machiavélique du chef de moines de Toungu ... que vous pouvez lire (ou relire) dans notre article 68 de « Notre Histoire de Thaïlande. »

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-68-le-roi-naresuan-en-guerre-au-sud-et-contre-les-birmans-1594-1598-5-115477006.html

 

 

On remarquera que les Chroniques évoquent toujours les deux rois (sic) d'Ayutthaya dans les prises de décision, alors qu’Ekathotsarot n'est que vice-roi (l'Uparat). On observe que c'est Ekathotsarot qui va triompher à Tenasserim (Avec une troupe de 30.000 hommes, 300 éléphants de guerre, et 500 chevaux, une troupe qui comprenait aussi des « farangs » puissamment armés de « canons » (Des Portugais?) à laquelle se joignirent 15. 000 hommes provenant de 6 cités du Sud.)

 

 

Mais à peine, la rébellion de Tenasserim avait été matée, que Naresuan dût régler un conflit entre Moulmein et Martaban, dont on ne connaîtra pas la cause. Il envoya Phraya Si Sainarong avec 1000 hommes armés protéger Moulmein ; ce qui calma les velléités du gouverneur de Martaban.

 

Mais la venue de Phraya Si Sainarong à Moulmein eut une autre conséquence, puisqu'elle permis à celui-ci de faire un rapport sur la situation après la terrible défaite subie par le roi de Phrae et d'informer le roi Naresuan que tous les Môns qui étaient revenus à Hongsawadi avaient été exécutés, et que ceux qui se dirigeaient vers leur villages respectifs en furent informés et formèrent alors des gangs et groupes et se cachèrent dans la jungle, bref que la révolte môn à Hongsawadi était éminente. Une nouvelle situation que Naresuan et le vice-roi Ekathotsarot estimèrent propice pour lancer une nouvelle campagne contre Martaban et Hongsawadi.

 

 

Vous avez pu lire dans notre article 68, les différentes étapes de cette nouvelle campagne, et remarqué, qu'elle fut l'occasion pour les gouverneurs de Martaban, Bassein, Bua Phuan, Khlik, de changer leur vassalité au profit du roi Naresuan - le nouvel homme fort de la Région - et aux Phraya de Toungu et de Lakhoeng qui manifestèrent secrètement leurs intentions de joindre leurs troupes à celles d'Ayutthaya pour prendre Hongsawadi.

 

 

Une nouvelle période où l'on voit - une fois de plus - des provinces et/ou cités assurer leur sécurité en changeant d'alliances en fonction des rapports de force. Comme le fera le Phraya de Toungu adoptant le plan de Siam Priam, le chef des moines, qui vise ni plus, ni moins à prendre Hongsawadi, en retournant les municipalités qui viennent de payer tribut à Ayutthaya, en rompant leur fraîche alliance avec Ayutthaya, pour devenir de fait le nouveau roi d’Hongsawadi. Les Chroniques royales consacreront de nombreuses pages à la conversation (Env. 4 pages) entre le chef des moines de Tongu Siam Phriam et le Phraya de Toungu. Les municipalités qui venaient de payer tribut à Ayutthaya répondront favorablement au plan du Phraya de Toungu, qui en fut enchanté. Martaban et Moulmein prirent même l'initiative.

 

Phraya Lao, le gouverneur de Martaban donne l’ordre à tous les Ramans thao et phraya de prendre l’armée thaïe et de l’envoyer à Toungu en hommage ! A Moulmein, Samin Suranai du village de Coiya caché dans la forêt avec une centaine de Môns saisit l’opportunité d’attaquer et de prendre Khun Cop qui avec 15 hommes étaient en train de moissonner du riz pour le compte de l’armée thaïe. La brigade thaïe envoya 300 soldats les poursuivre et de nombreux Môns furent tués.

 

 

Mais cela eut aussi comme conséquence que Chao Phraya Chrakri mit Phraya Pharo, le Phraya de Moulmein en prison, qui libéré avec la promesse de ramener les fugitifs, se vit contraint de fuir avec toutes leurs familles par mer jusqu’à Martaban, aidés par les bateaux envoyés par le gouverneur. La révolte était enclenchée.

 

Le gouverneur de Martaban Phraya Lao organisa son armée en brigades de 200 ou 300 hommes, qui profitèrent des occsions pour attaquer et faire prisonniers des Thaïs en recherche de vivres et de riz. Le succès de ses attaques obligea Chao Phraya Chrakri à informer Naresuan de la nouvelle forme de révolte des Môns. Naresuan, après lui avoir fait ses reproches, lui laissa la décision d'attaquer Martaban s'il en sentait la capacité de le faire. ou de renforcer sa défense et d'attendre l’armée principale. Chao Phraya Chrakri choisit de terminer la construction des bateaux de guerre et d'organiser 4 brigades de 500 hommes chacune pour protéger les moissons de riz, et se défendre contre les attaques quotidiennes des Môns.

 

 

Ensuite vous avez plus lire comment le « Saturday, the first day of the waxing moon in the third month, at two nalika after daybreak » fut le jour et l’heure “exacte” choisis pour Naresuan et son frère pour partir en guerre contre Martaban et Toungu. Nous suivrons les étapes de leur progression pour atteindre la cité de Kanchanaburi en 5 jours où l’armée de Moulmein rejoignit l’armée principale pour former une armée de 100.000 soldats armés, 800 éléphants de guerre, et 1.500 chevaux, qui se rendirent à la frontière des trois pagodes à Mae Kasat.

 

 

L’armée d’Ayutthaya a été, évidemment repéré à la frontière, et le gouverneur de Martaban a informé le roi d'Hongsawadi et le phraya de Toungu.

 

Le roi d’Hongsawadi est rassuré par les rapports qui lui confirment que son neveu, le phraya de Toungu, s’est engagé avec ses cités vassales à participer à la défense de Martaban, mais celui-ci est plutôt effrayé par ce qu’il a appris des forces énormes engagées par Naresuan. Il a besoin de consulter Siam Priam, le chef des moines de Toungu qui va le rassurer en lui rappelant le plan adopté précédemment et son horoscope favorable.

 

Le phraya de Toungu procéda à la conscription et prépara une armée de 10.000 hommes complètement équipés pour prendre position pour la défense de la cité et de ses fortifications. Et au jour de bon augure, il partit avec son armée, camper aux abords de Hongsawadi, ce qui inquiéta le roi d’Hongsawadi qui pensait que Toungu assurait la défense des cités môns.

 

 

Il pouvait s'inquiéter car l’armée d’Ayutthaya avait repris sa progression pour atteindre en 6 jours Moulmein et repartir 3 jours après, alors que le Phraya de Kanchanaburi à la tête de 20.000 hommes embarquait dans des bateaux de combat en vue d’attaquer Martaban.

 

 

Martaban fut pris aisément puisque le combat naval à peine annoncé que la victoire était fêtée, avec le phraya Lao prisonnier et la mort en grand nombre des fuyards, sur la rivière et sur terre.

 

Après avoir réorganisé Moulmein et Martaban, Naresuan et Ekathotsarot, au jour favorable (la date est donnée), se dirigèrent avec l’armée principale par la route jusqu’au bord de la rivière de Satong, pour la longer et se diriger vers Hongsawadi. Le Phraya de Toungu informé de la chute de Martaban, après avoir brûlé les palissades et les maisons, quitta Hongsawadi avec le roi, pour rejoindre Toungu.

 

 

L’armée d’Ayutthaya atteignit donc la capitale d’Hongsawadi, pour constater qu'elle était vide. Le roi Naresuan prit conscience de la traîtrise du Phraya de Toungu, qui après avoir sollicité et obtenu sa vassalité et promis de combattre Hongsawadi avec Ayutthaya, l’a conquis pour lui-même par surprise. De même Naresuan n'avait pas apprécié que le Phraya de Lakhoeng qui avait sollicité une alliance avec Ayutthaya avait certes envoyé 5000 hommes mais n’était pas venu lui-même après la chute d’Hongsawadi. Il refusa d'ailleurs son aide. Il nomma le Phra de Chantaburi et le Khun Phet Phakdi pour gouverner Hongsawadi, et se dirigea vers la cité de Toungu.

 

 

Les Chroniques évoquent en une page, une ultime tentative diplomatique du Phraya de Toungu, pour leurrer Naresuan en lui envoyant une ambassade conduite par Mangratong avec 200 hommes, avec une lettre et des présents de valeur, mais l’avant-garde commandée par le Phra Maha Thep les intercepta et Mangratong fut conduit en prisonnier au-devant de Naresuan qui le renvoya à Toungu avec un message qui dénonçait la traîtrise. Mais le Phraya de Toungu ne renonça pas et le renvoya de nouveau auprès de Naresuan avec l’invitation de ne pas aller plus avant et d’attendre, là où ils étaient un royal message et des présents apportés depuis Hongsawadi pour payer leur tribut (signe d’allégeance). Mais nul ne fut dupe.

 

 

Bref, après les lettres échangées, “ le 8e jour de la lune croissante du 4ème jour du 4e mois de l'année du sanglier “ Naresuan et Ekathotsarot décidèrent d’avancer la grande armée aux portes de Toungu et organisèrent le siège. (Le Phraya de Toungu ne se faisait pas d'illusions sur l'issue du combat et avait pris soin d'envoyer auparavant tous ses grands éléphants à Mae Chang près d’Ava).

 

Le siège dura 3 mois. « Le samedi du 30e jour de la lune descendante du 4 ou 5e mois (Selon les sources) une attaque surprise fut décidée qui causa beaucoup de pertes, mais Naresuan ordonna d’arrêter l’attaque et de revenir en leur camp protégé. On peut supposer que cette décision fut due à l'extrême fatigue des soldats dont beaucoup mourraient de faim et au fait que la recherche de riz dans tous les villages jusqu’à la frontière d’Ava avaient été infructueuses. D'ailleurs la saison des pluies approchant, les deux rois durent renoncer. Une fois de plus, le manque de vivres avait eu raison de la volonté de prendre une cité.

 

Mais après le Sud, le nord fut de nouveau en effervescence. Ce fut l'objet de notre article 69. que nous allons relire dans notre prochain article.

 

 

 

Notes et références.

 

64. Le roi Naresuan (1590-1605).1

http://www.alainbernardenthailande.com/article-64-le-roi-naresuan-1590-1605-1-114681268.html

65. Le roi Naresuan (1590-1605). 2. La campagne de 1591-1593 (?) contre les Birmans.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-65-naresuan-2-la-premiere-victoire-contre-les-biramans-1591-1593-115118551.html

66. Naresuan monte en puissance au Nord et au Sud (1590- 1593). 3

http://www.alainbernardenthailande.com/article-66-le-roi-naresuan-monte-en-puissance-au-nord-et-au-sud-1590-1593-114991130.html

67.Le roi Naresuan, et ses guerres contre le Cambodge. 4

http://www.alainbernardenthailande.com/article-67-le-roi-naseruan-et-ses-guerres-contre-le-cambodge-4-115271762.html

68. Naresuan en guerre pour le contrôle du Sud (Tenasserim, Moulmein et Martaban) et contre les Birmans d’Hongsawadi et de Toungu.(1594-1598). 5

http://www.alainbernardenthailande.com/article-68-le-roi-naresuan-en-guerre-au-sud-et-contre-les-birmans-1594-1598-5-115477006.html

69. Le roi Naresuan de 1598 à la fin de sa vie en 1605. 6

http://www.alainbernardenthailande.com/article-69-le-roi-naresuan-de-1598-a-la-fin-de-sa-vie-en-1605-6-115477170.html

70. Le roi Naresuan, un héros national ? (1555- règne de 1590 à 1605). 7

http://www.alainbernardenthailande.com/article-70-naresuan-un-heros-national-1555-regne-de1590-a1605-115599436.html

 

Et :A55. Comprendre le film thaï, La Légende du Roi Naresuan, par le jeu des muang. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a55-comprendre-la-legende-du-roi-naresuan-par-le-jeu-des-muang-99434799.html

 

 

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 22:06

 

En 3 ans de pouvoir, le roi Naresuan devient le plus grand roi de la région. (1590 - 1593)

 

Poursuivons notre présentation du règne du roi Naresuan en relisant dans « Les chroniques royales d'Ayutthaya »   : La campagne de 1591-1593 ( ?) contre les Birmans. http://www.alainbernardenthailande.com/article-65-naresuan-2-la-premiere-victoire-contre-les-birmans-1591-1593-115118551.html

 

 

Que découvrons-nous ?

 

Dès la fin de son intronisation, le roi Naresuan veut en découdre avec les Khmers de Lawaek : «Maintenant que c’est notre royaume, nous allons former une armée de deux millions d’hommes pour baigner sous un flot de sang le royaume de Lawaek.» Mais l’arrivée des Birmans aux frontières avec l'appui de Chiang Mai, son vassal, va retarder la guerre promise aux Khmers. Les « Chroniques royales » vont consacrer 10 pages (pp. 123-133) à cette nouvelle guerre de 1591-1592 ( ?).

 

 

Nous avions noté que les Chroniques portent une attention particulière à la description des armées partant en guerre, avec les rois dans toutes leurs magnificences, organisées en formations, colonnes, brigades, placées en ordre hiérarchique, avec rang, titres et noms des principaux commandants (Une longue liste est donnée pour l'armée de Naresuan), fonctions, nombres, type d'armes, couleurs des tuniques, ornements, bijoux, musique, sons, mouvements, etc, avec d'autres particularités « asiatiques » ; comme le nom, le titre et les mensurations des éléphants sacrés. Il s'agit bien de décrire une armée d’expérience, bien organisée, où chacun est à sa place, selon son rang hiérarchique, mais avec ici - pour la 1ère fois - la mention de la présence de 500 volontaires japonais  et de 500 volontaires Chams.

 

 

C’est la première fois que les Japonais sont cités dans les Chroniques et toujours pas de présence portugaise signalée ! Pourtant, « durant la guerre menée par les Birmans contre Ayutthaya en 1549, des canons, installés sur les forts autour d’Ayutthaya furent manœuvrés par soixante Portugais sous le commandement de Diego Pereira. (Cf. 77) « Il y avait aussi des artilleurs portugais dans l’armée du roi birman. » (De Campos Joaquim. Cité par Jacq-Hergoualc’h in « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels » ). Lors de la guerre de 1563 dite « la guerre pour deux éléphants blancs », le Prince Damrong signalait 400 mercenaires portugais parmi les troupes birmanes.

 

 

Quant-aux Japonais, nous n'avons pas trouvé de date sur leurs premières installations à Ayutthaya, mais au début du XVIIe siècle une petite colonie japonaise vivait à Ayutthaya. Wikipédia note qu'environ 56 navires japonais (Shuinsen) ont été enregistrés vers le Siam entre 1604 et 1635 et que le commerce entre le Siam et le Japon était plus important que le commerce total du Siam avec toutes autres nations.

 

(Cf. Notre 73. Yamada Nagamasa, Le Japonais Qui Devint Vice-Roi Au Siam Au XVIIème Siècle. http://www.alainbernardenthailande.com/article-73-yamada-nagamasa-le-japonais-qui-devint-roi-au-siam-au-xviieme-siecle-115599893.html)

 

 

Mais cette guerre, comme les autres, se caractérise par l'intervention du religieux, du sacré . Rien ne se fait, sans l’intervention des « prêtres », brahmanes, astrologues, sans les rites qu’il faut accomplir pour assurer la victoire et décider du jour et de l'heure favorables, les présages et les rêves qu’il faut interpréter.

 

Ainsi, apprenons-nous, que l’Uparat, le fils du roi d’Hongsawadi ne veut pas partir en campagne, car les astrologues, lui ont prédit une année néfaste. De même, le roi Naresuan fera un rêve que le Phra Horathibodi interprétera comme le signe de sa victoire. (un § de 13 lignes). Le roi atteignant son avant-garde au marais de Sarai, voit comme un signe favorable de Garuda, un arbre « pradu » situé sur le sommet d’une termitière et ordonne de construire les palissades selon le « lotus sacré ». Lors de la bataille, Naresuan apostrophe les dieux, pour qu’ils les aident, au nom de la sainte religion bouddhiste, à chasser la fumée noire afin de voir de nouveau leur ennemi.

 

 

De même les Chroniqueurs introduisent souvent un duel à dos d'éléphant entre le « héros » siamois et le chef ennemi. On se souvient de l'héroïsme de la reine Suriyothai portant secours à dos d'éléphant et se sacrifiant pour son mari de roi lors de la guerre de 1548 contre les Birmans (Une reine que le film de Francis Copolla et de Chatrichalerm Yukol (2001) « La Légende de Suriyothai » consacre comme héroïne nationale. Cf. RH 31.)

 

 

Ici, nous aurons droit à deux duels : Le duel gagné à dos d'éléphant de Naresuan contre l’Uparat birman qui restera célèbre dans l’Histoire thaïe ; Et le duel de son frère Ekathotsarot contre Mangcacharo (le demi-frère aîné de l’Uparat) qui fut tué par un coup de scythe à la gorge ; ce qui créa la débandade dans les troupes ennemies et eut comme conséquence, la fin de la guerre. Le Patriarche de Pa Kaeo eut soin de faire savoir que la victoire de Naresuan et d'Ekathotsarot lors des deux duels avait aussi était due à l'aide de 10.000 esprits et de Mara, le roi du ciel, sans oublier le rôle d'Indra, de Brahma, et des multiples légions d’anges.

 

 

Mais la guerre à peine finie, le roi Naresuan avait déjà en tête de prendre le contrôle du Sud en attaquant Tenasserim et Tavoy et en assurant la protection de cités du Nord. Il nomma d'ailleurs de nouveaux gouverneurs : Phraya Chaiyabun à Phitsalunok, Phra Si Saowarat à Sukkhotai, Phra Ong à Phichai, et Luang Ca à Sawankhalok.

 

 

C'est le moment pour vous de lire ou de relire notre article 66, qui évoque justement comment « Naresuan monte en puissance au Nord et au Sud (1590-1593).»

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-66-le-roi-naresuan-monte-en-puissance-au-nord-et-au-sud-1590-1593-114991130.html

 

 

Le roi birman d’Hongsawadi apprenant sa défaite était convaincu que le roi Naresuan et son frère Ekathotsarot attaqueraient sa capitale, et il décida de prendre les devants en ordonnant de prendre Tenasserim, Tavoy, et Marit. Mais les « Chroniques royales » vont d’abord relater comment le royaume de Chiang Mai est devenu un nouveau vassal d’Ayutthaya.

 

 

Chiang Mai, on s'en souvient, avait été vassalisé en 1558 par les Birmans et de fait avait dû participer à bien des combats à leurs côtés. Mais lors de la guerre de 1593, il avait pu mesurer la nouvelle puissance du royaume d'Ayutthaya et de son roi Naresuan. Le roi de Chiang Mai estima que le temps était venu de se mettre sous sa protection.

 

Les Chroniques vont relater les différentes étapes de cette nouvelle vassalisation, non sans un certain lyrisme et des métaphores fleuries : avec l'audience des ambassadeurs au palais royal, le contenu de la lettre du roi de Chiang Mai (Hommage, demande de pardon, souhait exprimé de le considérer comme son nouveau vassal, avec l’offre de se joindre aux futures expéditions royales.)

 

Mais peu après, le roi de Chiang Mai va d'ailleurs profiter de l'aide d'Ayutthaya pour régler la guerre qui s'annonçait entre son propre vassal Chiang Saen et les Laos de Lan Chang.

 

L'article vous dit que le roi de Lan Chang avait mis Phraya Luang Mueang à la tête d’une armée de 7000 soldats pour attaquer Chiang Saen. Le roi de Chiang Mai prépara alors une armée et envoya une lettre au roi d’Ayutthaya pour solliciter son aide, qui donna son accord et envoya Phraya Ratcha Ritthanon avec 5.000 hommes, bien armés, 500 éléphants et 200 chevaux. Il était secondé par Phra Ram Decho, natif de Chiang Mai qui devait après la guerre, assister le roi de Chiang Mai dans les « affaires royales ». (Une façon comme une autre pour être bien informé et mieux « contrôler » Chiang Mai).

 

Informé de l’arrivée de cette armée, Phraya Luang Müang de Lan Chang préféra négocier son retrait avec Phraya Ratcha Ritthanon et chacun retourna à sa capitale.

 

 

On peut remarquer, une fois de plus, que les relations entre les mueang sont mouvementées.

 

Ainsi en 1581, à l'occasion de la mort du roi Bhadimong (ou Bayinnaung) de Hongsawade, le couronnement de son fils Nondabayin est un événement au cours duquel les 20 états vassaux, dont le royaume d'Ayutthaya, doivent renouveler leur allégeance, mais c'est aussi le moment où certaines cités ou royaumes décident de rompre leur vassalité ; Ce que feront la cité de Khang et ensuite le royaume d'Ava, qui provoqueront une série de conséquences que nous vous avons racontées, au cours desquelles, Naresuan proclamera l'indépendance retrouvée d'Ayutthaya en 1584. (Cf. A 55*) Ce qui provoqua la décision du roi khmer de Lawaek d'établir une nouvelle alliance avec le royaume d'Ayutthaya, puis à la fin du règne de Thammaracha, de partir de nouveau en guerre contre lui. D'où, pour le nouveau roi Naresuan de vouloir en découdre de nouveau contre eux.

 

 

Quand un centre faiblit, disions-nous, un mueang peut changer de politique pour se placer sous la protection d'un mueang qu'il juge plus fort, entraînant avec lui d'autres mueang plus petits qui lui sont vassalisés.

 

Les Chroniques ensuite vont revenir sur la volonté du roi Naresuan de contrôler le Sud et de prendre Tenasserim et Tavoy, sans préciser les motivations économiques. En effet, beaucoup d’historiens ont estimé que les guerres entre les Birmans et le Siam étaient motivées par des intérêts économiques et que le contrôle de la côte de Tenasserim était fondamental, particulièrement Tavoy, Mergui, et Tenasserim, et les routes commerciales qui vont du golf de Martaban à celui du Siam. (**)

 

Notre article 66 vous donne un aperçu de cette guerre  dirigée par Phraya Cakhri pour attaquer et prendre Tenasserim et Phraya Phra Khlang à Tavoy, avec 50.000 hommes chacun. Une guerre bien singulière où chacun ignorait où en était l'autre.

 

On apprit comment Phraya Chakhri fit face aux armées d’Hongsawadi et de Martaban ; comment il organisa une flotte de 150 bateaux de combat (avec 10.000 hommes ?) qu'il confia à Luang Thep Warachun pour venir en aide à Tavoy ainsi que 3.000 soldats par voie de terre.

 

Les Chroniques évoqueront ce combat naval où Luang Thep Warachun affrontera la flotte de Saming Ubakong près du village de Kanbo près de Tavoy, composé de 200 bateaux de combat et de 10.000 hommes, Le combat fut rude. Luang Thep Warachun en avançant sur le rivière Tavoy, put attaquer l’arrière de l’ennemi au canon et tuer le chef ennemi Saming. L’armée Môn fut mise en déroute et dispersée. Plus de 500 Môns furent capturés.

 

 

Et comment pendant ce temps, Phraya Phra Khlang avait attaqué Tavoy qui résista pendant 20 (30 ?) jours, mais finalement fut prise, sans savoir si Phraya Chakri avait pris ou non Tenasserim. Dans l'incertitude il envoya 100 bateaux de combat pour aider Phraya Chakri.

 

Après la prise de Tenasserim et de Tavoy ils avaient appris qu’une armée Môn d’Hongsawadi était en train d’avancer pour aider Tavoy, et avait déjà franchi la rivière de Martaban. Phraya Chakri et Phraya Phra Khlang, informés avaient organisé leurs forces en deux armées, l’une allant à l’est et l’autre à l’ouest et purent prendre par surprise cette armée et la mettre en déroute. Ils prirent 1.000 éléphants de combat (!), environ mille chevaux, 400 Môns et Birmans, de nombreuses armes, et capturèrent 11 officiers.

 

 

Le roi Naresuan fut heureux d’apprendre cette victoire et ordonna que Phraya Si Sainarong veille sur Tenasserim.

 

Phraya Chakri et Phraya Phra Khlang réorganisèrent alors les deux cités en nommant palat, yokkrabat, na, wang, klang, satsadi, pour terminer par les khun et les mün. Curieusement, à leur retour à Ayutthaya, il est dit que leurs méfaits furent pardonnés (lesquels ?), et que le gouverneur de Tavoy et les six nobles les accompagnant purent reprendre leur poste, après avoir été admonestés.

__________________________

 

On avait appris qu’après avoir défait Hongsawadi, Naresuan avait réorganisé de nombreuses cités du Nord en nommant de nouveaux gouverneurs, qu’il avait accepté l’alliance de vassalité proposée par Chiang Mai (1591 ou 1592). Naresuan avait ensuite répondu favorablement au roi de Chiang Mai, en envoyant une armée afin d’éviter que le royaume lao de Lang Chang ne s’empare de son vassal Chiang Saen. Sa démonstration de force avait pu éviter la guerre et lui avait permis de placer Phra Ram Decho auprès du roi de Chiang Mai pour le contrôler.

 

Le roi Naresuan avait aussi dans le même temps envoyé Phraya Chakri et Phraya Phra Khlang prendre le contrôle du sud si important pour le commerce, en leur ordonnant de prendre Tavoy et Tenasserim. Ce qu’ils avaient fait avec succès, en remportant une victoire contre l’armée birmane et môn d’Hongsawadi venue secourir ces deux cités. Au nom du roi, Phraya Chakri et Phraya Phra Khlang avaient alors réorganisé toute la région en nommant de nouveaux hommes à tous les niveaux de la hiérarchie administrative. Seul le gouverneur Ca de Tavoy fut pardonné par Naresuan et reconduit à son poste.

 

En 3 ans de pouvoir, le roi Naresuan était devenu le plus grand roi de la Région. Il avait considérablement agrandi son Mueang; il contrôlait le Nord et le Sud, avait défait à l’Est les troupes envoyées par les Birmans d’Hongsawadi.

 

 

Mais il savait qu’il devrait encore repousser d’autres attaques d’Hongsawadi et les combattre, mais il était l’heure d’assouvir sa vengeance contre les Cambodgiens de Lawaek, à l’Ouest. (Cf. article suivant)

-----

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a55-comprendre-la-legende-du-roi-naresuan-par-le-jeu-des-muang-99434799.html

 

**Cf. Par exemple Liberman (1984) − Burmese administrative cycles: anarchy and conquest, c. 1580-1760.

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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 22:36

 

Ou Somdet Phra Sanphet II ou Phra Naret) สมเด็จพระนเรศวรมหาราช (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 2)

 

Ainsi le roi Thammaracha était décédé en juillet 1590 (29 juillet?) après un destin exceptionnel (Cf. RH 36). Son fils Naresuan va lui succéder, après avoir depuis 1581 en tant que Prince (Ou roi) de Phitsalunok, et surtout après la proclamation d'indépendance retrouvée d'Ayutthaya en 1584, mené toutes les guerres contre les ennemis du royaume, qui ont fait de lui un guerrier redoutable et un héros. Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » vont lui consacrer 73 pages. (pp.122-195). (Elles ne consacreront que 35 pages pour huit rois de 1605 à 1656 !).

 

 

Nous vous avions -dans « Notre Histoire de la Thaïlande »- présenté 5 articles sur son règne (1590-1605) à partir de notre lecture des « Chroniques royales ». Nous avions également rendu-compte du film à succès « La Légende du Roi Naresuan » réalisé par SAR le Prince Chatrichalerm Yukol (หม่อมเจ้าชาตรีเฉลิม ยุคล), qui permettait -entre-autre- de comprendre les différents types de relation entre les mueang (Concept essentiel pour comprendre l'histoire du Siam)), et montré pourquoi le roi Naresuan était devenu un « héros national ».

 

 

Mais en relisant ces articles (Une soixantaine de pages), nous avions le sentiment que nous ne pourrions pas en faire un récit. (Cf. Références en notes.1)

 

En effet, dans notre introduction de notre article 64 (1), nous avions noté que les « Chroniques royales d'Ayutthaya », ne se présentaient pas selon la conception occidentale de l'Histoire. Il y avait là une « chronologie » où on passait d’un événement à un autre sans transition, pour revenir parfois à la suite d’un événement antérieur sans préciser la hiérarchie et l’importance des conflits et guerres traités, ni leurs relations.

 

De plus les Chroniques y mêlaient rêves, prophéties, interprétations des auspices et augures, rites parfois, avec de nombreuses pages consacrées à la description des processions de départ à la guerre qui peuvent aller jusqu'à deux pages et plus (CRA. pp.128-129) par exemple pour décrire l’ordonnancement de la procession, les rangs et couleurs, l’ornementation et la musique, le nom des généraux avec le nom de leurs éléphants (1 page), sans oublier le rappel incessant des noms et titres des protagonistes qui pour Ekathotsarot donne par exemple : « The Supreme Ekathotsarotisuan, Paramount-Refuge and Reverence , Holy-Buddhist-Lord-Over-All » et sans oublier les formules de politesse pour toute déclaration, ordre royal, et lettre. comme par exemple celle du gouverneur de la ville de Moulmein demandant son appui aux rois Naresuan et Ekathotsarot  (« Votre serviteur, ayant été incapable de trouver un quelconque refuge, vous fait la demande de prendre la puissante condition sacrée du pouvoir permanent du Pied-Sacrée-et-du-Suprême-et-Sacre-Bouddhiste-Régnant-par-dessus-tous, qui possède une large quantité de mérites et d'accomplissements, comme le Monarque-Suprême-Manahat-Roi-des-quatre-directions-des-continents-et-Monarque-Universel, qui possède les pouvoirs royaux sacrés, les pouvoirs puissants, un empire s’étendant sur l'ensemble des quatre grands continents ainsi que sur 2 000 îles mineures et satellites, comme vénérable ombrelle interposée au-dessus de ma tête, et demande également qu'une armée s'avance pour aider et protéger notre municipalité. ») Nous avions d'ailleurs avoué notre incapacité à trouver une cohérence pour vous proposer, disions-nous un « aperçu » de ces guerres, conflits, autres événements qui ont jalonné le règne de Naresuan pendant 15 ans.

 

 

Aussi, dans le cadre de « Notre récit de la Thaïlande » il fallait se résoudre à trouver une méthode qui permettrait de vous présenter « autrement » ce règne : Nous avons retenu l'idée de vous inviter à lire (ou relire) au préalable chaque article sur le roi Naresuan, que nous accompagnerons de commentaires pour chacun.

 

 

Ainsi pour l'introduction : 64. Le roi Naresuan (1590-1605).1

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-64-le-roi-naresuan-1590-1605-1-114681268.html

 

On peut remarquer tout au long du règne du roi Naresuan des guerres et des conflits contre tous les royaumes de la Région, contre les Môns, les Birmans, les Khmers, les Laos, et un renversement d'alliance avec Chiang Mai occupé par les Birmans depuis 1558. Un règne qui permettra au roi Naresuan, secondé parfois par son frère Ekathotsarot, de bouleverser l'équilibre régional et de lui transmettre un grand royaume.

 

Les Chroniques raconteront donc ses guerres contre les Birmans, celle de 1594-1596 avec un résumé (p.140-142) et plus loin évoqueront celle de 1599 contre Hongsawadi et Toungoo avec sa dernière guerre en 1604 contre Ava.

 

 

On abservera également la volonté du roi Naresuan de contrôler le commerce au Sud (CRA. 3p.). Ainsi il attaquera et prendra Tavoy et Tenasserim en 1592 (?) (ce qui ne va pas sans révolte comme celle de Tenasserim (3p.)); Une autre guerre en 1594 lui permettra de prendre le contrôle des provinces mônes. Les Chroniques vont consacrer en outre nombre de pages au conflit entre Moulmein et Martaban; Avec l'attaque de Martaban et d'Hongsawadi par Naresuan ( p.160), suivie de la marche contre Toungoo, qui avec Martaban et Hongsawadi se préparent à la guerre, suivie de l'entrée de l'armée siamoise à Hongsawadi, du siège de Toungoo, son abandon … Le tout raconté, nous l'avons dit, de façon confuse.

 

 

Malheureusement, nous n'avions pas lu à l'époque le livre Prince Damrong « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 » qui raconte les 7 guerres en 63 pages du roi Naresuan contre contre les Birmans, qui ont eu lieu en 1590, deux en 1592, en 1594, 1595, 1599, 1604. Nous y reviendrons.

 

 

On verra au Nord, Chiang Mai changé de vassalité. En effet, les mueang vassalisés savent évaluer les rapports de force, ainsi Chiang Mai qui avait été vassalisé en 1558 par les Birmans vit l'occasion de s'en libérer en choisissant la nouvelle puissance du roi Naresuan en 1593 (?) (2p.). Chiang Mai put ainsi profiter du soutien d'Ayutthaya contre les véïllités des Laos de Lan Chang (1p.), mais ne fut pas épargné par les conflits d’allégeance de Phra Ram Decho avec Chiang Mai et la succession de Hsenwi. Les Chroniques vont consacrer confusément une dizaine de pages aux diverses implications d'Ayutthaya au Lanna. (pp. 179-189) .

 

 

Les chroniques relateront également les conflits de Naresuan avec les Khmers.

 

On se souvient que Naresuan, alors Prince de Phitsalunok, avait déjà connu sous le règne de son père, après sa proclamation d'indépendance en 1584, l'alliance avec le roi khmer de Lawaek, son soutien militaire lors de l'attaque d'Hongsawadi en 1585, mais qui après l'affront subi par le frère du roi khmer s'était transformé en conflit puis par une rupture de l'alliance et enfin par la guerre qui avait repoussé les Khmers sur leur territoire.

 

Le nouveau roi Naresuan, dès son intronisation, va déclarer prendre sa revanche contre Lawaek.

 

 

Après un échec en 1593, les « Chroniques royales d’Ayutthaya » vont consacrer 12 pages à cette nouvelle campagne de Naresuan contre les Cambodgiens de Lawaek, qui va aboutir à la défaite des Khmers et à leur vassalisation (pp.142-154). Naresuan sera mêlé à une succession difficile à régler en 1601, viendra à son secours en 1603. On a là en une dizaine d'années, des relations mouvementées (Tentative de prendre la capitale, une victoire, une vassalisation, une assistance).

 

Et en 1604 un an avant sa mort, Naresuan devra encore intervenir contre Ava.

 

 

Il y avait là beaucoup à découvrir dans la confusion des Chroniques racontées.

 

Poursuivons avec notre 65, et la campagne de 1591-1593 ( ?) contre les Birmans.

 

Notes et références.

 

64. Le roi Naresuan (1590-1605).1

http://www.alainbernardenthailande.com/article-64-le-roi-naresuan-1590-1605-1-114681268.html

65. Le roi Naresuan (1590-1605). 2. La campagne de 1591-1593 ( ?) contre les Birmans.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-65-naresuan-2-la-premiere-victoire-contre-les-biramans-1591-1593-115118551.html

66. Naresuan monte en puissance au Nord et au Sud (1590- 1593). 3

http://www.alainbernardenthailande.com/article-66-le-roi-naresuan-monte-en-puissance-au-nord-et-au-sud-1590-1593-114991130.html

67.Le roi Naresuan, et ses guerres contre le Cambodge. 4

http://www.alainbernardenthailande.com/article-67-le-roi-naseruan-et-ses-guerres-contre-le-cambodge-4-115271762.html

68. Naseruan en guerre pour le contrôle du Sud (Tenasserim, Moulmein et Martaban) et contre les Birmans d’Hongsawadi et de Toungu.(1594-1598). 5

http://www.alainbernardenthailande.com/article-68-le-roi-naresuan-en-guerre-au-sud-et-contre-les-birmans-1594-1598-5-115477006.html

69. Le roi Naresuan de 1598 à la fin de sa vie en 1605. 6

http://www.alainbernardenthailande.com/article-69-le-roi-naresuan-de-1598-a-la-fin-de-sa-vie-en-1605-6-115477170.html

70. Le roi Naresuan, un héros national ? (1555- règne de 1590 à 1605). 7

http://www.alainbernardenthailande.com/article-70-naresuan-un-heros-national-1555-regne-de1590-a1605-115599436.html

 

Et :A55. Comprendre le film thaï, La Légende du Roi Naresuan, par le jeu des muang. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a55-comprendre-la-legende-du-roi-naresuan-par-le-jeu-des-muang-99434799.html

 

14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html

 

(2) Nous avions pris connaissance plus tard du livre Prince Damrong « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 » qui raconte les 7 guerres en 63 pages du roi Naresuan contre contre les Birmans. (1590-1605, de “war n° 9” à “war n°15, pp 116- 179, qui ont eu lieu en 1590, deux en 1592, en 1594, 1595, 1599, 1604.)

 

 

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 22:05

 

 

Nous avons vu que « Les  Chroniques royales d'Ayutthaya » n'avaient consacré que peu de pages au roi Thammaracha pour évoquer largement les exploits de son fils Naresuan, nommé Prince (roi) de Phitsalunok, après son retour de l’« exil » birman. Il est vrai, disions-nous, que Naresuan avait proclamé l'indépendance du royaume d'Ayutthaya en 1584 et est devenu un héros national, mieux une légende, alors que son père est surtout vu par l'Histoire officielle, comme celui qui avait rallié les Birmans (« L'ennemi ») combattu contre les rois d'Ayutthaya Chakkrapat (มหาจักรพรรดิ) et Mahin (มหินทราธิราช) et avait été nommé nouveau roi d'Ayutthaya par le roi birman d'Hongsawadi (หงสาวดี). Nous vous avons raconté en plusieurs articles les différents épisodes de cette histoire (1). Mais il nous a paru intéressant de rappeler le destin exceptionnel de Khun Phirenthep (ขุนพิเรนเทพ), un noble de Sukhotai, né en 1509 et devenu roi d'Ayutthaya en 1569 pour régner jusqu'en juin 1590.

 

 

Il est nécessaire de rappeler le contexte historique pour comprendre le rôle que va jouer Khun Phirenthep dans l'Histoire siamoise. A la mort du roi Chairacha (ไชยราชาธิราช- Chairachathirat) en 1546 (Ou 1547), son fils aîné Yot Fa (ยอดฟ้า) ou Kaeofa (แก้วฟ้า), âgé de 11 ans (ou 12) lui succède.

 

 

On conseille à son autre fils, Si Sin alors âgé de 5 ans, de se faire ordonner moine au monastère de Rachapraditsathan (วัดราชาประดิษฐืสาทาน), afin de lui éviter « un accident » funeste. Sa mère Si Suda Chan (Nang Phrayammaehua Si Suda Chan (นางพระยาแม่หัวศรีสุดาจันทร์) devient la reine régente du royaume.

 

 

Mais un jour la régente sortit faire un tour dans le pavillon de Phimanratthaya (พิมานรัตยา) pour admirer la salle des fresques, vit Phan Bu Si thep (พันบุตรศรีเทพ), le garde de la salle, et en tomba amoureuse. Elle lui fit tout d'abord, par décret, obtenir le titre de Khun Chinnarat (ขุนชินราช) et conférer la charge de garder les saintes images dans le palais. Mais la reine, tombée enceinte, voulut ensuite le faire roi. Elle lui fit changer son nom pour devenir Khun Warawongsathirat (วรวงศาธิราช), lui fit ériger une résidence à côté du bureau de l’enregistrement en lui en confiant la charge.
 

 

Elle fit assassiner quelques Princes qui manifestaient leurs mécontentements, comme le Prince Maha Sena. Elle fit admettre par le Conseil des ministres que Warawongsa devrait gérer les affaires du royaume jusqu’à ce que son fils soit en âge de le faire. Les Chroniques d'Ayutthaya racontent que la reine et Warawongsa firent ensuite exécuter Yot Fa au monastère de Khok Phraya (วัดโคกพระยา), mais le Prince Si Sin fut épargné du fait de son jeune âge (7 ans)

 

 

La voie était libre pour que Khun Warawongsa soit sacré roi. Mais il ne régna que 42 jours et fut assassiné ainsi que la reine par un complot de nobles mené par Khun Phirenthep, notre futur roi Thammaracha. (Selon les sources, de juin à juillet 1548 ou de novembre 1548 à janvier 1549)

 

1/ Khun Phirenthep est le chef d'un complot qui va renverser « l'usurpateur » Khun Warawongsa et installer le nouveau roi Chakkrapat, « Le roi des éléphants blancs ».

 

 

En effet, un complot de nobles fut mené par Khun Phirenthep (Ou Phirenthorathep) (Les Chroniques font dire au roi Chakkrapat que son père était un descendant du roi Ruang de Sukhotai et sa mère, une descendante du roi Chairacha), avec Khun Inthorathep, Mun Ratchasina et Luang Si Yot. Considérant que le royaume était tombé en pleine disgrâce, ils décidèrent d'exécuter Khun Warawongsa. Mais auparavant, ils estimèrent que seul le Prince Thianracha (พระเฑียรราชา) qui avait pris l'habit de moine était digne de devenir le nouveau roi.

 

 

(Il faut se rappeler que le Prince était le fils du roi Ramathibodi II (1491-1529)) (สมเด็จพระรามาธิบดีที่ ๒).

 

 

Ils le rencontrèrent et il accepta la proposition. Mais ils lui confièrent que leur plan devait auparavant passer par le rite de la bougie, qui seul, pouvait les autoriser à entreprendre leur conspiration. Le Prince en fut d'accord. (Cf. (2) la description de ce rite que nous n'avions jamais rencontré jusque-là.) « Les Chroniques royales d'Ayutthaya » racontent en deux pages dans quelles circonstances et par quel stratagème Phirenthorathep, Inthorathep, Si Yot et Ratchasaneha et les gouverneurs de Phichaï et de Sawankhalok purent s’emparer de Warawongsa, de la régente et de leur enfant et les tuer. Le jeune Si Sin fut épargné. (Cf. Ce récit en (2))

 

Le roi Warawongsa n'était resté sur le trône d'Ayutthaya que 42 jours. Il aura droit désormais dans les livres d'histoire au « titre » d'usurpateur.

 

 

2/ L'ascension de Khun Phirenthep.

 

Il devient le Prince Thammaracha de Phitsalunok, fut marié à la fille du nouveau roi Chakkraphat, la princesse Sawadirat, qui devint la princesse Wisut Kasatttri, reine de Phitsalunok.

 

 

Le chapitre deux des Chroniques royales commence donc en 1548 par la cérémonie d’intronisation qui fait du Prince Thianracha, le roi Chakkraphat, qui sera connu, comme le roi des éléphants blancs. Une cérémonie pendant laquelle Khun Phirenthorathep  propose au nouveau roi d’adopter le Prince Si Sin (Fils du roi Chairachathirat).

 

Le lendemain, devant la Cour, le roi va récompenser les principaux acteurs du complot Ainsi Khun Phirenthorathep, le chef de la conspiration sera nommé Prince Thammaracha, de Phitsalunok, avec les insignes symboliques, cadeaux et prérogatives dus à son titre. Le roi lui donna sa fille en mariage, la princesse Sawadirat, qui devint la princesse Wisut Kasatttri, reine de Phitsalunok ; Khun Inthorapet devient Chao Praya Si Thammasokkarat et gouvernera Nakhon Si Thammarat ; Luang Si Yot devint Chao Phraya Maha Senabodi ; Mun Ratchasaneha, Chao Praya Maha Thep et ensuite Chao Phraya Phakdinuchit. Ils reçurent également comme épouse, une fille de concubine royale. Les Phraya de Phichai et de Sawankhalok furent nommés Chao Praya. Beaucoup d'autres seront récompensés et deviendront Phra, Luang, Khun et Mun selon leur rang précédent.

 

 

3/ Le destin du Prince Thammaracha de Phitsalunok, va basculer en 1563 lors de la guerre dite « pour deux éléphants blancs » contre les Birmans. (3)

 

Nous vous avons raconté cette guerre entre le royaume birman d'Hongsawadi et le royaume d'Ayutthaya qui aurait eu lieu en 1563 en vous présentant les versions des « Chroniques royales d'Ayutthaya » et du Prince Damrong. (En trois articles. Cf. (3)) La cause, en apparence futile pour un occidental, fut le refus du roi Chakkrapat d'accéder à la demande de roi d'Hongsawadi de lui donner deux éléphants blancs. Nous vous avions alors indiqué qu'un éléphant blanc est considéré dans la doctrine brahmanique, comme un être divin, à qui Vishnou a accordé de nombreux pouvoirs et qui assure au souverain le possédant, toutes les faveurs de la fortune, prestige, puissance, triomphe, etc.

 

 

Bref, devant le refus du roi Chakkrapat, le roi birman d’Hongsawadi décida de venger l’affront en s'engageant dans une nouvelle guerre contre le royaume d’Ayutthaya. Il organisa une armée de 500.000 hommes (Selon le Prince Damrong, de 900 000 selon « Les Chroniques siamoises ») avec 400 mercenaires portugais ayant une grande expérience de l'utilisation des canons et des armes à feu. (Cf. Le récit in RH 32),


 

 

L'armée birmane fut rassemblée à Martaban, et prit ensuite Kampheangphet. Le roi d'Hongsawadi ordonna au roi de Chiang Mai de construire 200 bateaux de guerre (de type kajang laoka) et aux Phraya de Haripunchai et de Nakhon Lampang de les amener en petites quantités et de les assembler au canton de Rahaeng. Puis le roi fit établir des palissades à Sukhotai par l’armée principale, puis se dirigea à Phitsalunok pour y établir l’enceinte royale.

 

Pendant ce temps le Prince Thammaracha de Phitsalunok avait été informé de l’arrivée des troupes d’Hongsawadi aux frontières et avait sollicité un renfort à Ayutthaya tout en invitant tous les habitants de la région à venir dans la cité préparer sa défense.

 

Mais présentement, il pouvait voir le roi d’Hongsawadi préparer le futur assaut en fabriquant des échelles, en creusant et en montant murs en terre plus haut que les murs de la cité. Ensuite, il reçut une lettre du roi birman lui proposant une négociation, que le Prince refusa avançant que son royaume appartenait au roi d’Ayutthaya, le seigneur des éléphants blancs, et qu’il ne pouvait accepter de venir en audience. Mais le roi d’Hongsawadi lui fit comprendre que Phitsalunok était très petit et que son avant-garde suffirait pour occuper la cité et dans un autre message qu’il ne faudrait qu’une heure à ses soldats pour franchir les murs.

 

 

Alors le Prince invita quatre moines à évaluer la situation et fit le point avec son Conseil : Constatant que l’armée d’Ayutthaya n’était pas arrivée (Elle arrivera trop tard) et que les forces du roi d’Hongsawadi étaient considérables et qu’elles leur seraient faciles d’attaquer et de détruire la cité, les hommes et les moines et la sainte religion, il déclara qu'il était prêt à se rendre, et à mourir pour sauver les hommes de sa cité.

 

Mais cela ne se passa pas ainsi le lendemain lors de l'audience avec le roi d’Hongsawadi. Que se dirent-ils ? Nul ne le sait.

 

Mais de fait, le Prince Thammaracha de Phitsalunok rejoignait les forces birmanes et avait sept jours pour préparer une armée de 30.000 hommes, disent les Chroniques, pour rejoindre l'armée principale birmane à Nakhon Sawan.

 

 

Dans « Notre Histoire » (56. (4), nous avions marqué notre étonnement :« Fallait-il voir là une trahison ? Une ruse ? Un opportunisme ?  ». Il était, en effet difficile de juger voire de comprendre cette décision. Il avait chassé « l'usurpateur » mis Chakkrapat sur le trône d'Ayutthaya, reçut le titre de Prince avec le mueang de Phitsalunok et la fille du roi. «  Et aujourd’hui, il se retrouvait aux côtés des troupes birmanes. »

 

D'ailleurs si le roi Chakkraphat et son fils le Prince Ramesuan, avec Phraya Chakkri et Phra Sunthon Songkhram étaient prêts à défendre leur « honneur » au prix d’une guerre et de mourir pour Ayutthaya, ils avaient aussi cédé devant la force considérable qui encerclait la capitale et la menace du roi d'Hongsawadi d'exterminer tous les moines, brahmanes et habitants et de profaner leur sainte religion. Le roi avait dû accepter tous les termes de la reddition, à savoir le don de 4 éléphants blancs, la prise en otages de son fils Ramesuan, de Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkhram avec leurs femmes et leurs enfants. (Les Chroniques royales ne disent pas que le fils de Thammaracha, le futur héros Naresuan fut aussi pris en otage. Il avait 9 ans.)

 

Finalement, d'égale façon, le Prince Thammaracha et le roi Chakkrapat avaient « oublié leur honneur » et cédé devant la force birmane.

 

Le royaume d'Ayutthaya était devenu un vassal du royaume d'Hongsawadi, qui avait de plus comme allié le Prince Thammaracha de Phitsalunok.

 

4/ Le Prince Thammaracha de Phitsalunok agit désormais comme un vassal du royaume birman d'Hongsawadi, mais en roi de son mueang de Phitsalunok.

 

Le roi d'Hongsawadi avait donc divisé en deux le royaume d'Ayutthaya en confiant au Prince Thammaracha le contrôle des provinces du Nord.

 

Le Prince Damrong, dans son livre sur « Nos guerres avec les Birmans » estime, qu'il était devenu étranger aux intérêts d'Ayutthaya. Mais son jugement s'appuie sur une idéologie nationaliste d'une histoire officielle créée à la fin du XIXe siècle, qui présente le Siam comme un pays créé en 1238 avec Sukhotai, puis Ayutthaya, Thonburi, Rattanakosin, comme une histoire d'un seul pouvoir central qui impliquerait le pouvoir absolu sur les autres groupes thaïs du pays. Or, l'histoire d'Ayutthaya est avant tout l'histoire des mueang qui se sont affrontés.

 

On peut avancer l'hypothèse qu'après 1563, le Prince Thammaracha se considère comme le roi du mueang de Phitsalunok, vassal certes d'Hongsawadi mais indépendant désormais du mueang d'Ayutthaya.

 

 

En tout cas, nous avions vu (In RH 33. (5)) qu'ensuite Thammaracha avait été « invité » par le roi d'Hongsawadi à soutenir l'armée birmane pour mâter une conspiration du roi de Chiang Mai (Qui avait été conquis par le roi birman Bayinnaung en 1558) menée avec l'aide des chefs de Nakhon Lampang, Phrae, Nan et Chiang Sen. On ne saura pas comment cette bataille eut lieu, mais le roi de Chiang Mai dut se soumettre et le chef de Chiang Sen fut capturé. Les trois autres chefs allèrent se mettre sous la protection de Phrachao Chai Chettha, roi lao de la principauté de Si Sattanakhanahut (Lan Chang), avec sa capitale Mueang Vientiane. Celui-ci refusa de livrer les trois chefs provoquant la colère du roi d'Hongsawadi qui envoya l'Uparat. (Cf. l'issue de cette bataille in RH 33.) Thammaracha fut autorisé à retourner à Phitsalunok.

 

 

Nous avions vu qu'ensuite, Thammaracha s'impliqua dans une « négociation » et une offre d'alliance entre le roi Chakkhaprat et le roi lao de Lang Chang, qui avait demandé la main de sa fille Thepkasattri pour qu'elle devienne la nouvelle reine de son royaume.

 

 

Thammaracha apprit cet échange et n'approuvait pas l'idée que le roi Chakkrapat puisse envoyer ainsi Phra Thepkasattri, qui était la jeune sœur de sa femme Phra Wisutthi, sans le consulter, sachant que cela allait causer une réaction armée du roi d'Hongsawadi et le risque pour Thepkasattri d'être prisonnière.

 

Aussi Thammaracha envoya un courrier au roi d'Hongsawadi pour l'informer et lui demander d'envoyer une force pour l'intercepter. Ce qui fut fait et Phra Thepkasattri fut emmenée à Hongsawadi. Il est dit que le roi Chakkrapat se sentit déshonoré et donna le trône à son fils Phra Mahin et se fit moine. (Le 18 février 1564 ?)

 

 

Une autre conséquence fut que l'autorité de Thammaracha se trouvait renforcé, et ceci d'autant plus que le nouveau roi Mahin était le jeune frère de sa femme qui n'avait cure de son autorité. Le roi Mahin ne vit de solution que dans l'élimination de son beau-frère.

 

Un plan fut élaboré avec le soutien de Phraya Ram, le gouverneur de Kamphaengphet, et l'aide demandée au roi lao de Lang Chang pour qu'il attaque Phitsalunok, afin qu'il puisse se venger de la capture de sa future femme Thepkasattri.

 

Le roi lao de Lang Chang attaqua donc en 1566 Phitsalunok, en essayant de faire croire qu'il allait attaquer Ayutthaya. Thammaracha avait deviné le plan et demanda l'aide du roi Mahin, qui crût que son plan avait fonctionné. Nous avons déjà raconté cette bataille aux nombreux épisodes, qui aboutirent finalement aux défaites des rois Mahin et de Lang Chang.

 

Ensuite les Chroniques royales et le Prince Damrong ne donneront pas la même version de l'après-guerre sur la rencontre entre le roi birman et Thammaracha à Hongsawadi. Le Prince Damrong affirme que le roi d'Hongsawadi couronna Phra Maha Thammaracha avec le titre de Phra Si Sanphet, Chaofa Phitsalunok, qui le rendait désormais rattaché (ou dépendant exclusivement) au royaume birman. Mais de toute façon, le roi Mahin et Phraya Ram -après leur tentative manquée de tuer Thammaracha- considérèrent sa rencontre avec le roi d'Hongsawadi comme une nouvelle trahison et la certitude d'une autre guerre.

 


 

5/ Phra Maha Thammaracha allié des Birmans et très actif pour prendre la capitale d'Ayutthaya qui sera annexée en 1569.

 

Nous vous avons raconté cette guerre qui aboutira à l'annexion d'Ayutthaya par les Birmans. (Cf. RH 33. et 58)

 

Thammaracha apprit lors de son séjour à Hongsawadi que Chakkrapat avait repris le pouvoir sur la demande de son fils Mahin et qu'ils avaient été prendre en otage avec une force armée, sa femme Phra Wisut Kasattri (fille de Chakkrapat ), son fils et sa fille à Phitsalunok pour les amener à la capitale, pensant -peut-être- dissuader le roi d'Hongsawadi d'attaquer. Sur le retour Mahin échoua dans sa tentative de rendre hors d'usage la cité de Kamphaengphet afin que l'ennemi ne puisse s'en servir de base. Et Ayutthaya prépara sa défense.

 

L'initiative de Chakkrapat et de Mahin eut l'effet inverse. Le roi d'Hongsawadi considéra qu'Ayutthaya avait perdu sa loyauté en considérant Thammaracha, « son royal jeune frère », comme un ennemi. Il ordonna au Prince Thammaracha de retourner de suite à Phitsalunok et de préparer les sept cités du Nord à la guerre avec les vivres, les éléphants, les chevaux, et les troupes.

 

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » vont raconter cette guerre avec force détails en

25 pages, qui aboutiront à l'annexion d'Ayutthaya. (Cf. 5) Elles montreront le rôle important du Prince Thammaracha de Phitsalunok, qui multipliera les initiatives, stratagèmes et plan secret : en arrivant à ce que le roi Mahin lui livre Phraya Ram ; en s'assurant de sa complicité pour précipiter le roi lao de Lan Chang dans une embuscade mené par l’Uparat et le faire fuir; en proposant dans un plan « sanguinaire » à Phraya Chakkri, pris en otage lors de la guerre précédente, un stratagème qui permettra de prendre la capitale facilement. Il s’agissait de faire croire à son évasion, (On n’hésita pas à sacrifier une trentaine de soldats qui furent exécutés et empalés devant la palissade pour la rendre plus crédible !). Le plan réussit mieux que prévu car le roi Mahin lui confia tout le commandement des forces armées. Et enfin, dans sa participation à l’attaque finale faisant chuter Ayutthaya en 1569.

 

Le roi d’Hongsawadi, organisa ses soldats en quatre divisions, avec chacune couleurs et armes différentes, et « ordonna alors la route à suivre au Prince Thammaracha et à l’Uparat le long de l’île de Kaeo, pour rejoindre au même moment les divisions des rois de d’Ava et de Phrae afin d'attaquer avec plus d'efficacité. Ils eurent de nombreux morts dus aux flèches enflammées, aux perches, bambous, mais ne reculèrent pas.

 

Et les armées de Thammaracha et de l’Uparat forcèrent le passage et capturèrent la palissade de Phra Maha Thep, qui recula et put regrouper ses troupes devant les monastères de Kho et de Krabu, pour de nouveau subir un nouvel assaut et devoir reculer et se regrouper au monastère de Phao Khao. Leurs lignes furent enfoncées, divisées, et les troupes d’Hongsawadi purent entrer dans la cité. ». (In 58) Ayutthaya était pris après 9 mois de combats.

 

Le prix de la défaite fut terrible :

 

Le roi Mahin (Le roi Chakkrapat était décédé en avril) fut « invité » à suivre le roi birman jusqu'à sa capitale avec toutes ses concubines, personnel du palais, et possessions ; tous les habitants furent rassemblés pour être emmenés à Hongsawadi et seuls, précisent les Chroniques, le Phraya de Nakhon Si Thammarat, Phra Si Akkharat, Khun Kasettrathibodi, Khun Rakmonthian, Mun Narinsi, et une centaine de Khun et Mun, et 10.000 hommes et femmes purent rester libres à Ayutthaya ; Et tous les trésors et toutes les statues furent également emmenés. Le royaume d'Ayutthaya était annexé.

 

Le roi Mahin malade, mourut en chemin. Ensuite, le roi d'Hongsawadi désigna le Prince Thammaracha comme le nouveau roi du royaume d'Ayutthaya. (Où ? Quand exactement ?)

 

6/ Phra MahaThammaracha, roi d'Ayutthaya. (Ou Somdet Maha Tammarachathirat 1er ou Somdet Phra Sanphet I) สมเด็จพระมหาธรรมราชาธิราช (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ (1569- juin (?) 1590 )

 

Nous vous avons raconté dans nos deux articles précédents (RH 34 et RH 35) ce que l'on pouvait dire du règne du roi Thammaracha en nous servant des « Chroniques royales d'Ayutthaya » qui lui consacrent 45 pages et du livre du Prince Damrong « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 » pour les 4 guerres menées contre les Birmans. Nous avions remarqué que les Chroniqueurs siamois s'étaient surtout concentrés sur son fils Naresuan et peu sur Thammaracha lui-même. La raison s'expliquait facilement par le fait que Naresuan en redonnant son indépendance au royaume d'Ayutthaya en 1584 était devenu un héros et une légende.

 

 

Mais, il ne faut pas négliger le rôle joué par le roi Thammaracha, qui était certes devenu roi par la grâce du roi birman ; Un roi qui avait aussi apprécié les qualités guerrières et de stratège de Thammaracha. D'ailleurs, les Chroniques bien que disant peu à son sujet, lui reconnaisse des talents politiques. Il sut, en effet, former son gouvernement en intégrant des membres de la famille royale et des nobles expérimentés, reconduire certains en leur fonction, en nommer d'autres à des fonctions et des rangs supérieurs. « Il réorganisa l’armée et les Provinces. Il procéda à la désignation des nouveaux chefs militaires, des gardes royaux, des hauts fonctionnaires nobles et civils ; Et enfin, il nomma des nouveaux chefs (Ou rois) aux cités et/ou royaumes « frontières ». »

 

ll sut faire face, dès le début de son règne en 1570 à une invasion du roi du royaume de Lawaek (Cambodge).

 

Et il sut négocier auprès du roi birman Bayinnaung, le retour de son fils Naresuan en 1571, alors otage à Hongsawadi, pour le nommer Prince de Phitsalunok. Il avait alors 16 ans. Il est vrai qu'il avait dû l'échanger contre sa sœur Suphan Thevi, mais il avait gardé auprès de lui, son jeune fils le Prince Ekathotsarot (เอกาทศรถ).

 

Thammaracha avait même associé Naresuan (นเรศวร), dès 1572 (?) à une guerre du roi d'Hongsawadi contre le royaume lao de Lan Chang lancée depuis Phitsanulok, qui malheureusement se termina par un échec, dû à la fois au courage des Laos, à l’arrivée de la saison des pluies et à une défection involontaire de Naresuan atteint de la variole.

 

7/ Le roi Thammaracha associe son fils Naresuan à la gouvernance du royaume ?

 

Certes ce titre n'est pas repris par les Chroniqueurs, tant ils ne voient que la gloire de Naresuan. Mais en 1581, quand le roi birman Bayinnaung meurt, il ne faut pas oublier que le roi Thammaracha a 64 ans ! Toujours est-il qu'il demande (Selon les Chroniques) ou que Naresuan demande son autorisation à son père (Selon le Prince Damrong) d'aller assister au couronnement du nouveau roi birman Nondabayin  à Hongsawadi. Une cérémonie où tous les royaumes ou principautés vassales doivent assister ; mais aussi une période où souvent des mueang en profite pour déclarer leur indépendance, comme ce fut le cas pour les cités de Khang et de Rum.

 

 

Naresuan va demander l'accord à son père pour qu'il puisse apporter son aide à Hongsawadi pour mâter les dites cités et aussi pour en savoir plus sur les « affaires » d'Hongsawadi. Naresuan à cette occasion, va montrer ses qualités de chef et de guerrier redoutable, mais il avait aussi montré au nouveau roi d'Hongsawadi le danger qu'il représentait. Désormais Naresuan était le bras armé du royaume d'Ayutthaya. Il a alors 26 ans.

 

Il va jouer en 1584 un rôle majeur dans l'Histoire en proclamant en terre ennemie l'indépendance du royaume d'Ayutthaya. Nous vous avons raconté dans l'article précédent les versions des Chroniques royales et celle du Prince Damrong qui décrivent dans quelles circonstances Naresuan fut conduit à cette proclamation, comment il évita le complot qui visait à le tuer et comment il put revenir à Ayutthaya en emmenant toutes les familles siamoises qui étaient prisonnières à Hongsawadi depuis 1569.

 

Nous avions dit alors que le roi Thammaracha aurait pu reprocher à son fils d'avoir outrepassé ses droits en proclamant l'indépendance, mais au contraire il approuva son fils et accusa le roi d'Hongsawadi d'avoir perdu toute vertu, toute honnêteté, pour devenir cupide, et il récompensa ceux qui avaient aidé son fils.

 

Thammaracha a alors 67 ans. Il lui reste 6 ans à vivre avant de décéder le 30 juin 1590 (Ou 29 juillet !). Six ans où il lui faudra affronter trois guerres des Birmans et de son vassal Chiang Mai, l'alliance et une nouvelle guerre contre les Khmers, la « révolte » des princes de Phichaï et de Sawankhalok ... Bref, une période mouvementée. (Cf. 63 et RH.34 et RH 35)

 

Mais « Les Chroniques royales d'Ayutthaya » vont essentiellement se concentrer sur les guerres et les victoires de Naresuan en signalant que son jeune frère (De 2 ans plus jeune) Ekathotsarot est à ses côtés. Mais ici ou là, on s'aperçoit que le roi Thammaracha suit les combats depuis sa capitale, n'hésite pas à sortir avec des troupes supplétives (Cf. Chroniques, p. 164). De même quand en 1585, le roi d'Hongsawadi décide d'attaquer la capitale d'Ayutthaya, le Prince Damrong n'évoque pas le roi Thammaracha et le rôle qu'il a dû jouer dans sa défense pour ne citer que Naresuan. Mais pour l' « histoire officielle » et nationaliste, le roi Thammaracha n'est que le père de Naresuan, le héros de l'indépendance retrouvée.

 

D'ailleurs Chris Baker dans la préface du livre du Prince Damrong nous indique que le livre du Prince Damrong « s’inscrit dans un projet plus vaste qui visait à moderniser la nation et à présenter la monarchie comme l’incarnation de la Nation. Il avait de fait, comme ministre de l’intérieur du roi Chulalongkorn contribué à fonder une administration centrale moderne, et après sa démission, travaillé à donner à la nouvelle nation, « un » passé, « une » généalogie, « une » histoire. ». Il indique ses partis pris, ainsi par exemple, pour les deux chutes d’Ayutthaya en 1569 et en 1767, ne sont dues pour lui, qu’à la trahison d’un noble (il doit penser au Prince Thammaracha de Phitsalunok) pour l’une et par les nombreuses factions de la cour pour l’autre.

 

Mais disions-nous, en 1584, le roi Thammarcha a 67 ans! On ne peut lui reprocher de faire confiance à son fils, qu'il a de plus choisi comme son successeur, l'Uparat, et dont il apprécie les qualités et les compétences de chef de guerre, et qui est devenu de fait le commandant en chef de ses armées. Le roi Thammaracha a montré au cours de sa vie ses qualités de fin stratège et de guerrier et nul doute qu'en assurant la défense d'Ayutthaya, il a dû jouer en appui un rôle important dans les combats menés par son fils, même si les Chroniques royales n'en disent mot. D'ailleurs elles ne disent rien sur la politique civile menée par le roi et son gouvernement. Rien par exemple sur un fait aussi important que la réinstallation des dizaines de milliers de familles qui avaient été libérés par Naresuan à Hongsawadi. On peut imaginer que cela a nécessité beaucoup de temps et d'efforts. Mais les chroniqueurs n'en n'ont cure, ne retenant que les guerres et les révoltes et ignorant le destin exceptionnel de ce roi.

 

Il était pourtant un descendant du roi Ruang de Sukhotai par son père et descendant du roi Chairacha par sa mère. Il avait été le chef d'un complot qui avait tué Khun Warawongsa « l'usurpateur » pour mettre sur le trône le roi Chakkrapat - le fils de Ramathibodi II, de la 2e dynastie Suphannaphum (1409-1569) -, qui d'ailleurs en le nommant Prince de Phitsalunok et en lui donnant sa fille, reconnaissait qui lui devait son royaume. Mais en 1563 Thammaracha choisit de sauver sa vie et/ou les habitants de son mueang devant la force écrasante du roi d'Hongsawadi, et d'accepter de devenir son vassal.

 

C'est évidemment là que les interprétations peuvent diverger sur cette décision. Nous avons rappelé celle du Prince Damrong qui voyait en lui un traître qui s'était vendu à l'ennemi. Mais qu’avaient fait le roi Chakkraphat en 1569 et son fils le Prince Ramesuan, avec Phraya Chakkri et Phra Sunthon Songkhram ? Ils étaient prêts à défendre leur « honneur », de mourir pour Ayutthaya, et ils avaient cédé devant la force birmane considérable et les menaces d'extermination, et ils avaient accepté tous les termes de la reddition, avec la prise en otage de son fils et de Phraya Chakkri et Phra Sunthon Songkhram et la captivité de presque tous les habitants d'Ayutthaya à Hongsawadi.

 

L'Histoire officielle, de par son idéologie nationaliste ne peut envisager- nous l'avons dit- que le Prince Thammaracha, dès 1563 (?) considère le mueang de Phitsalunok comme un mueang certes vassal d'Hongsawadi, mais non vassal d'Ayutthaya. (Naresuan l'avait appris à ses dépens en 1585, quand après sa proclamation d'indépendance, les cités siamoises de Sawankhalok et Phichai avaient choisi de se révolter contre lui plutôt de combattre les Birmans, qu'ils craignaient davantage.)

 

L'Histoire officielle ne dit pas qu'en assumant pleinement la proclamation de l'indépendance faite par son fils en 1584, il légitimait cette décision et allait mener avec son fils Naresuan et son autre fils Ekathotsarot les guerres à venir, pour défendre l'indépendance retrouvée du royaume d'Ayutthaya. Elle ne dit rien non plus sur le respect que Naresuan porta toujours à son père, attendant la mort de son père en 1590 pour monter sur le trône. Naresuan avait 35 ans.

 

Quoi de plus naturel, direz-vous? Peut-être pas si vous considérez que sur les 21 rois d'Ayutthaya de 1534 à 1767, 6 ont été exécutés, et que seulement 6 ont été désignés par leur prédécesseur ; ce qui fait quand même 15 successions violentes. (Cf. Tableau dans le livre de Damrong).

 

En tout cas son fils Naresuan lui succédera (1590-1605) et son autre fils Ekhathotsarot succédera à son frère (1605-1620). Quatre autres rois feront partie de cette dynastie. (1569-1629).

 

 

On ne peut - vous l'avouerez- que reconnaître le destin exceptionnel de ce roi.

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

 

(1)

63. Ayutthaya retrouve son indépendance en 1584 et la fin du règne de Thammaracha (1590)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-63-ayutthaya-retrouve-son-independance-en-1584-et-la-fin-du-regne-de-thammaracha-1590-113596550.html

 

RH 33. LA 4e GUERRE DES BIRMANS CONTRE AYUTTHAYA ET SON ANNEXION EN 1569.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/08/rh-33.la-4e-guerre-des-birmans-contre-ayutthaya-et-son-annexion-en-1569.html

 

106. « Nos guerres contre les Birmans » (1539-1767), du Prince Damrong.

« Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-106-nos-guerres-contre-les-birmans-1539-1767-du-prince-damrong-120857499.html

 

(2) Le rite de la bougie ? Extrait de notre article 50 de « Notre Histoire » : « Quatre personnes de confiance, l’une de lignée royale, l’autre très haut fonctionnaire, un autre noble et une dernière qui demeurait dans le village de Lan Tak Fa se réunirent en secret. « Ce pays est dans la honte. Nous devons agir, nous devons nous emparer de Warawongsa et le tuer » dit l’une d’entre elle. « Si nous le faisons, qui va le faire et qui va ensuite gouverner le peuple ? » répondirent les autres. Seul le prince Thianracha qui est entré dans un monastère a la capacité de régner ». Ils décidèrent d’aller en discuter avec lui. Ils se rendirent au temple, firent allégeance et lui dirent « Le royaume est dans la honte, nous avons décidé de nous emparer de Warawongsa, de le tuer et de vous faire monter sur le trône. Qu’en pensez-vous ? »

 

Le prince donna son accord. Ils dirent ensuite « Tout ce que nous préparons est d’une grande importance qui nécessite que nous allions pratiquer la divination par la bougie devant une image du seigneur Bouddha pour que celui-ci nous démontre clairement que le Prince est doté de suffisamment de qualités pour devenir le soutien de la religion et le protecteur du peuple. » Le prince donna son accord. L’un des comploteurs ajouta « Jusque-là nous avons établi des plans détaillés. Souhaitons que la divination par la bougie nous donne raison. Est-il bien convenu que si nous ne pratiquons pas ce rite, nous ne réaliserons pas nos projets ? ».

 

Le soir même, ils prirent deux chandelles de cire d’abeille et d’un poids égal. La longueur était la même et celle de la mèche également. Puis ils se rendirent dans la salle du temple. Le prince accomplit le rituel en touchant le sol des cinq parties de son corps puis le rituel des chandelles, et prononça de longues incantations rituelles. Quand il eut terminé ses incantations, il alluma les deux bougies, l’une représentant l’usurpateur, l’autre le prince candidat au trône. La première consumée marquerait le perdant. Celle de Warawongsa se consumait plus lentement que celle du prince et l’un des comploteurs s’écria « Ne faites rien, je ne suis pas d’accord ! ». Puis il cracha sa chique de bétel. Survint alors un présage, son jus de chique éteignit la chandelle de Warawongsa ! Tous furent réjouis et émerveillés. À cet instant , un moine portant les trois robes et un éventail de moine, entra dans la salle de prière et leur donna sa bénédiction en disant : « Vous tous parviendrez à réaliser les souhaits que vous portez dans vos cœurs ». Ainsi dit, il disparut et chacun retournèrent en leurs maisons.

 

(3) RH 32. LA TROISIÈME GUERRE CONTRE LES BIRMANS POUR DEUX ÉLÉPHANTS BLANCS EN 1563.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/07/rh-32.la-troisieme-guerre-contre-les-birmans-pour-deux-elephants-blancs-en-1563.1.html

 

(4) 56. La troisième guerre d’Ayutthaya contre les Birmans.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-56-la-troisieme-guerre-d-ayutthaya-contre-les-birmans-1568-112392417.html

 

(5) RH 33. LA 4e GUERRE DES BIRMANS CONTRE AYUTTHAYA ET SON ANNEXION EN 1569.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/08/rh-33.la-4e-guerre-des-birmans-contre-ayutthaya-et-son-annexion-en-1569.html

 

 

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 22:07
RH 35. LA FIN DU RÈGNE DU ROI THAMMARACHA DE 1584 À 1590.

Nous avons vu que la mort du grand roi birman Bayinnaung en 1581 avait modifié l’équilibre géopolitique de la Région, et certaines cités (et/ou principautés) avaient vu là une opportunité de rompre leur vassalité auprès du nouveau roi Nondabayin, comme Khang, Rum et Ava qui le payeront très cher. De même Naresuan, le fils du roi Thammaracha, Uparat (Successeur désigné) et roi de Phitsalunok  saura profiter des circonstances pour proclamer l'indépendance du royaume d'Ayutthaya en 1584, rompant ainsi 15 ans de vassalité, non sans combats. (Cf. Le concept de muang (1)

 

 

Mais Naresuan, comme son père le roi Thammaracha étaient conscients qu'une proclamation d'indépendance ne signifiait pas que le royaume birman l'avait acceptée, ni d'ailleurs que certaines cités siamoises. Ils avaient pu s'en rendre compte avec Sawankhalok et Phichai qui avaient choisi de se révolter plutôt que de se joindre à eux pour combattre les Birmans, qu'ils craignaient davantage. Naresuan avait dû les châtier, exécuter les chefs et emmener tous les habitants à Phitsalunok. Il avait même au préalable crû bon de procéder à une nouvelle cérémonie d'allégeance du roi de Sukhotai Somdet Phra Ruang, avec le serment de combattre l'ennemi et de défendre l'indépendance retrouvée du Siam. Il apprit très vite d'ailleurs par Khun Inthondecha qu'il avait envoyé inspecter la situation au nord, qu'à Chiang Mai les Birmans mobilisaient une armée pour attaquer de nouveau à la saison sèche.

 

 

Nous utiliserons le récit du Prince Damrong, intitulé "Les Siamois se battent contre le gouverneur de Bassein à Suphanburi, 1584" (2) plus cohérent que les "Chroniques royales d'Ayutthaya " pour raconter cette nouvelle guerre.

 

 

Le roi d'Hongsawadi -donc- de retour en sa capitale, après avoir écrasé Ava, eut la confirmation que Somdet Phra Naresuan s'était révolté et apprit qu'il avait emmené avec lui toutes les familles siamoises prisonnières. Il ne pouvait que mobiliser une nouvelle armée pour attaquer la capitale d'Ayutthaya.

 

 

Il estima qu'il n'était pas nécessaire de réunir une grande armée, au vu des déprédations subies récemment au Siam et du peu d'hommes mobilisables. Il décida d'une double attaque simultanée lancée de deux directions différentes. Pour ce faire, il ordonna au gouverneur de Bassein, qui était son oncle, d'attaquer avec une armée de 30.000 hommes en passant par les trois Pagodes et au vice-roi de Chiang Mai, qui était son jeune frère, de descendre avec une armée terrestre et navale de 100.000 hommes, afin de rejoindre l'autre armée, et d' attaquer ensemble.

 

 

Naresuan avait préparé la défense de la capitale. (Remarquons-une fois de plus- qu'il n'est fait nulle référence au roi Thammaracha) Il envoya des éclaireurs qui lui apprirent que l'ennemi arrivait par deux directions. Une force de 10 000 volontaires venant du nord fut confiée au Chaopraya de Sukhotai, et une autre composée des habitants de la capitale et des cités voisines fut confiée au commandement de Phraya Chakri secondé par Phraya Khlang.

 

 

Mais à cause d'une incompréhension les deux forces birmanes n'arrivèrent pas au même moment. L'armée du gouverneur de Bassein était arrivée sur le territoire siamois en janvier par Kanchanaburi. Naresuan vit là une opportunité sachant qu'il subsistait encore beaucoup d'eau sur les routes du nord. Il ordonna à Phraya Chakri d'aller rapidement avec une force navale occuper Suphanburi. Le gouverneur de Bassein, qui voulait faire de Suphanburi sa base fut accueilli par le feu nourri de gros fusils et dut battre en retraite. Il installa son camp à la colline de Phraya Maen en attendant les nouvelles provenant du vice-roi de Chiang Mai.

 

 

En février, Naresuan et son jeune frère Ekathosarot quittèrent la capitale par bateau pour installer leur camp à Pa Mok. Il envoya le "roi" de Sukhotai affronter les Birmans à la colline de Phraya Maen qui durent encore battre en retraite. Le roi de Sukhotai poursuivit son avance jusqu'à Kanchanaburi en capturant au passage une compagnie.

 

 

Les forces de Chiang Mai - quant-à elles - étaient bien arrivées à Chainat sans difficulté -tous les villages du nord étant vides de leurs habitants- Le vice-roi alors avait envoyé une armée de 15 000 hommes à la rivière de Bang Phutsa près de Phrom pour trouver le gouverneur de Bassein afin de fixer une date pour attaquer ensemble la capitale siamoise.

 

 

Naresuan avec son frère Ekathotsarot qui étaient à Chainat avaient envoyé une avant-garde de 200 cavaliers et de 3000 soldats attaquer la force avancée de l'ennemi à l'embouchure de la rivière de Bang Phutsa, mais sa force n'était pas suffisante. Elle choisit de se cacher dans la forêt et d'attaquer sans cesse les patrouilles en recherche de provisions en évitant le combat. Puis elle revint à Chainat. Pendant ce temps, le vice-roi de Chiang Mai avait appris qu'il était arrivé avec 15 jours de retard au rendez-vous, après la défaite et la retraite du gouverneur de Bassein et il décida de retourner en sa capitale. (Fin du récit de Damrong)

 

 

 La bataille de Ban Saket contre le vice-roi de Chiang Mai. (1585?)

 

On peut se douter de la colère du roi d'Hongasawadi lorsqu'il apprit ce nouvel échec et il décida de laver l'affront. Le Prince Damrong, racontera "[Cette] bataille entre le vice-roi de Chiang Mai et des Siamois à Ban Saket, l'année du coq (1585)" (pp.99-107).

 

(Outre cette bataille, les Chroniques - quant-à elles - évoquent le renforcement de l'alliance (p.101) et de l'assistance militaire entre Ayutthaya et les Khmers de Laweak (Un § p.103); Nous y reviendrons) 

 

 

Les Birmans avaient pu constater que tous les Siamois valides avaient abandonné toutes les cités du nord et que tous les soldats recrutés avaient rejoint la capitale, aussi le roi d'Hongsawadi envoya son fils l'Uparat avec une armée de 50 000 hommes à Kamphaenphet (En mai), et d'autres soldats et civils au nord pour cultiver des champs de riz, afin que les vivres soient prêtes lorsque le roi lui-même arriverait avec la principale armée à la saison sèche à la fin de l'année du coq. Il ordonna au vice-roi de Chiang Mai de veiller à ce que les Siamois ne puissent pas cultiver le riz et de préparer son armée qui se composera de 100.000 hommes en incluant la force navale. Le vice-roi prit le commandement de l'armée et fit son camp au village de Ban Saket (Près de Ban Chaiyo) . Il nomma Phraya Chiang Sen commandant de son avant-garde.

 

 

Naresuan apprit que les cultivateurs siamois qui avaient été envoyés pour cultiver le riz avaient été arrêtés et que le gouverneur de Prayao était en train de brûler les villages et maisons jusqu'au pont de Khai Kao. Naresuan et son frère décidèrent alors de sortir avec une petite force pour l'attaquer; Un combat s'engagea à l'issue duquel le gouverneur fut tué.

 

 

Naresuan estima ensuite qu'il valait mieux attaquer rapidement l'armée du vice-roi en ayant soin de se retirer au bon moment. Il demanda la permission à son père qui approuva l'idée. Il partit avec son frère, avec une force de 8000 hommes, comprenant la force navale pour s'installer sur la plaine de Lumphli. Il y apprit que des guérillas de l'armée du vice-roi de Chiang Mai étaient descendus jusqu'à Ban Pa Mok pour capturer des Siamois. Il partit alors avec son frère sur des bateaux rapides jusqu'à Pa Mok Noi où il fut en contact avec Sare Nunthasu qui commandait une force de 5000 hommes. Le combat s'engagea et la force ennemie fut incapable de résister et se retira. Les Siamois les suivirent, jusqu'à ce qu'ils rencontrent l'avant-garde du vice-roi de Chiang Mai commandée par Chiang Saen; Ils engagèrent le combat mais renoncèrent très vite à cause de leur nombre, et se retirèrent. Ils furent à leur tour pourchassés et arrivant près de Pa Mok, Naresuan vit les forces ennemies, mais estima qu'il n'avait pas le temps de se retirer. Il fit alors mouvement à l'embouchure du canal de Pa Mok Noi. Et quand l'ennemi arriva, les Siamois firent feu de leurs bateaux avec leurs armes à feu, petites et grandes. Il y eut beaucoup de morts et de blessés de chaque côté. Mais une petite armée terrestre (Combien d'hommes ?) venant d'Ayutthaya fit pencher la balance et l'armée de Chiang Saen se retira. Naresuan décida alors d'établir ses forces à Pa Mok (dans l'actuelle province d'Ang Thong).

 

.

 

Le vice-roi de Chiang Mai basé à Ban Saket, en voyant arriver les forces de Sare Nanthasu et du gouverneur de Chiang Sen comprit la situation. Il réunit son Conseil, et présumant que l'armée siamoise allait poursuivre les forces en retraite, décida de les attaquer. Il forma une avant-garde de 15 000 hommes sous le commandement de Sare Nanthasu et du gouverneur de Chiang Sen afin qu'ils puissent racheter leurs défaites et plaça l'armée principale de 60.000 hommes sous ses ordres qui partirait au jour favorable, soit "au jour de la seconde lune du 5ème mois siamois de l'année du coq." (Mai 1585).

 

 

Mais Naresuan n'était pas dupe et savait que si les forces de Sare Nanthasu et du gouverneur de Chiang Sen s'étaient retirés, elles n'avaient pas été complètement défaites et allaient se reconstituer pour reprendre le combat. Mais au bout d'un certain temps, ne les voyant pas arriver, il envoya en reconnaissance Phra Ratcha avec 10 000 hommes. La principale armée siamoise, étant composée de 30.000 hommes.

 

Phra Ratcha rencontra à Bang Kaeo l'avant-garde ennemie et engagea le combat. Pendant ce temps l'armée de Naresuan avait atteint le village de Ban Hae et pouvait entendre les coups de feu. Il savait que les troupes de Sare Nanthasu et du gouverneur de Chiang Sen avaient rejoints l'armée principale du vice-roi de Chaing Mai. Il utilisa alors un stratagème bien connu dans l'art de la guerre.

RH 35. LA FIN DU RÈGNE DU ROI THAMMARACHA DE 1584 À 1590.

Il stoppa son armée et la plaça dans la forêt de Pa Chik et de Pa Kratum, puis envoya une ordonnance à Phra Racha Manu pour l'informer de se retirer lentement. Mais celui-ci estima qu'il était capable de résister à l'avant-garde ennemie avant que l'armée principale siamoise n'arrivât et n'obéit pas à l'orde donné. Naresuan envoya de nouveau l'officiel Chamun Thip Raksa pour réitérer l'ordre de retraite lente et de nouveau Phra Racha Manu fit savoir que cele créerait une panique dans ses rangs. Naresuan, fort en colère, envoya alors Chamun Thip Raksa avec des chevaux rapides pour qu'il lui communique le même ordre, avec le pouvoir de le décapiter en cas de désobéissance. Cette fois-ci Phra Racha Manu comprit et leva le drapeau de la retraite.

 

L'armée du vice-roi de Chiang Mai tomba dans le piège, en pousuivant en désordre l'avant-garde siamoise. Elle arriva là où Naresuan avait placé son armée principale de façon à pouvoir entourer l'ennemi. Phra Racha Manu comprit alors la manoeuvre et un drapeau lui indiqua le direction à prendre. (Damrong nomme cinq Phraya ennemis ainsi que le chef des Môns et le gouverneur de Terin tombés sous les armes siamoises). La bataille permit de capturer environ 25 grands éléphants, 100 chevaux et beaucoup d'armes et de munitions.

 

 

Naresuan poursuivit l'armée ennemie en déroute jusqu'au village de Ban Chawai, où il passa la nuit. Mais il ordonna à tous ses commandants de marcher toute la nuit et d'attaquer au petit jour le camp du vice-roi de Chiang Mai à Ban Saket . Nous étions "le 4ème mois siamois de la 4ème lune décroissante" (Mai). L'armée ennemie n'opposa aucune résistance et fut capturée presque sans combat; Phraya Chiang Saen,  (au nord-est de la province de Chiangmai) le commandant de l'avant-garde fut capturé, ainsi que 10 000 hommes, 120 éléphants, 100 chevaux, 400 bateaux, et de nombreuses armes, munitions et provisions.

 

 

Après cette victoire Naresuan suivit le reste de l'armée ennemie jusqu'à Nakhon Sawan mais estimant que le vice-roi de Chiang Mai allait joindre ses forces à celles de l'Uparat birman, il n'alla pas plus loin.

 

Pendant ce temps, le roi Thammaracha craignant que l'Uparat birman puisse rejoindre l'armée du vice-roi de Chiang Mai, rejoignit avec son armée (Combien de soldats?) ses fils à la bouche de Bang Phutsa qui l'informèrent de leur victoire. Le roi Thammaracha ordonna alors le retour vers sa capitale. (Nous n'en saurons pas plus. Où était l'armée de l'Uparat ? Combien d'hommes restaient au vice-roi de Chiang Mai ?)

 

Fin 1585-1586. Cette fois-ci, le roi d'Hongsawadi veut prendre Ayutthaya. Une nouvelle guerre que le Prince Damrong va nous raconter dans le chapitre 8 (pp. 108-115).

 

Après ce nouvel échec, le roi d'Hongsawadii n'avait pas renoncé et fin 1585, il réunissait de nouveau 250.000 hommes à Kamphaengphet, organisés en trois armées, en vue de prendre Ayutthaya. L'une commandée par lui-même, une autre par l'Uparat et la 3ème par le vice-roi de Toungoo.

 

 

Les armées de l'Uparat et du vice-roi de Toungoo en prenant des chemins différents arrivèrent à Ayutthaya en février 1586 et installèrent leurs camps au nord et à l'est, tandis que celle du roi Hongsawadi se plaçait au nord dans une redoute d'observation.

 

Comme nous l'avons vu précédemmment, les Siamois avaient eu le temps de préparer la défense de la capitale, en prenant soin de faire de stocks de riz, d'organiser des forces de guérilla en forêt pour couper les lignes de communication de l'ennemi, d'installer sur le côté sud des points de défense avec des bateaux armés, laissant à l'ennemi les provinces du nord depuis Wiset.

 

 

 

Quand l'ennemi arriva en février, le roi d'Ayutthaya vit que tout le paddy de la plaine d'Hantra n'avait pas été récolté, aussi envoya-t-il, le ministre de la guerre Chaophraya Kamphaengphet protéger les moissonneurs. Mais l'Uparat birman envoya une cavalerie qui battit Chaophraya Kamphaengphet qui dut revenir à la cité. Naresuan fut très en colère et ne supportant pas cette défaite, décida d'affronter l'ennemi de suite en partant sur un bateau avec son frère, dans la plaine de Chai Khuang. Malgré le fait que son frère fut blessé par une balle, l'ennemi birman dut battre en retraite dans la redoute que Chaophraya Kamphaengphet avait abandonné. A son retour Naresuan ordonna l'exécution du Chaophraya. Le roi Thammaracha lui évita l'exécution mais le destitua de son titre et de son poste de ministre de la guerre. Ce qui donna beaucoup d'énergie par la suite aux combattants.

 

 

 

Pendant plus d'un mois, il y eut beaucoup d'assaults menés par les Birmans qui échouèrent. Alors que Naresuan à la téte de nombreuses guérillas réussissait à couper les communications et empêchait les vivres d'arriver à l'armée principale birmane, qui fut de ce fait, touchée par la disette et des maladies. Il vit là l'opportunité d'attaquer incessamment leurs campements pour les empêcher de se reposer. En mars, il attaqua, prit et détruisit la redoute de Phraya Nakon, située à l'embouchure du canal Phut Lao. Il attaqua ensuite de nuit les forces avancées du roi birman, jusqu'à son campement. On le vit même, l'épée à la bouche, gravir avec ses hommes les palissades de la redoute mais dut renoncer et retourner à sa capitale. (Damrong rajoute que cette épée est devenue célèbre jusqu'à nos jours) Le roi d'Hongsawadi reconnut combien Naresuan était brave et qu'il devenait nécessaire de le capturer. Il ordonna à Lak Wai Thammu, réputé pour sa valeur, de choisir 10.000 hommes, pour garder la redoute et pour capturer Naresuan vivant.

 

En avril, Naresuan avec ses hommes alla se cacher dans la plaine de Lumphli avec l'intention d'attaquer de nouveau la redoute du roi birman. Lak Wai Thammu pensa alors à un stratagème.

 

Il chargea Thot de faire mine d'attaquer Naresuan avec une compagnie, et de fuir pour amener Naresuan dans un piège. Effectivement, Naresuan ne voyant que peu de combattants attaqua seul monté sur son cheval les cavaliers birmans, qui -comme prévu- s'enfuirent en incitant Naresuan à les poursuivre. Mais celui-ci, bien qu'entouré par l'ennemi put s'échapper. Lak Wai Thammu le poursuivit alors à cheval, le rejoignit, mais fut tué dans un combat à l'épée, ainsi que Thot venu le secourir. Naresuan dut combattre pendant une heure avant que ses cavaliers viennent le sortir de ce traquenard.

 

 

Après avoir consacré plus de deux pages à la bravoure et aux exploits de Naresuan, Damrong ne consacrera que 5 lignes pour nous informer qu'en mai, le même Naresuan sortit de la capitale en bateau pour attaquer avec ses hommes le campemant des forces de l'Uparat à Khanon Bang Tanao, qui subirent la défaite et durent se retirer à Ban Kradan.

 

Le roi d'Hongsawadi ne pouvait que constater son échec après 5 mois de combats. Un échec accentué par la maladie et la perte de nombreux hommes. Toujours est-il qu'il crût nécessaire de réunir un conseil de tous ses commandants et de quelques ministres importants pour leur déclarer que la défense d'Ayutthaya était très solide et du fait que la saison des pluies commençait, il valait mieux procéder à la retraite afin de la revitaliser ensuite pour mieux revenir combattre à la saison sèche. Aussi ordonna-t-il à l'Uparat de commander l'avant-garde et au vice-roi de Toungoo l'arrière-garde.

RH 35. LA FIN DU RÈGNE DU ROI THAMMARACHA DE 1584 À 1590.

En juin, Naresuan arriva par bateau à Bang Kradan pour attaquer de nouveau l'Uparat, mais voyant qu'il s'était retiré, attaqua l'arrière-garde. Mais il revint vite à la capitale afin d'organiser une force de jonques sur lesquelles il fit fixer des armes de grande taille (Canons ?) et dès juillet, il bombarda le camp du roi d'Hongsawadi, qui subit alors de nombreuses pertes en hommes, chevaux, et éléphants. Le roi birman fut contraint de lever le camp pour installer son nouveau camp à Pa Mok. Les forces terrestres siamoises suivirent et attaquèrent l'ennemi jusqu'à Thale Maharat, pendant que les forces navales conduites par Naresuan et son frère les suivirent jusqu'à Pa Mok. Mais ils constatèrent que les forces birmanes étaient encore en grand nombre et qu'ils ne pourraient les vaincre. Aussi retournèrent-ils à la capitale. Le roi d'Hongsawadi fit de même. La 4ème guerre contre les Birmans durant le règne de Thammaracha venait de s'achever.

 

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En était-il fini avec les guerres durant ce règne ?

 

Damrong signale ensuite qu'il ne croit pas que les Birmans aient de nouveau attaquer Ayutthaya à la fin de 1587, malgré ce que certaines sources prétendent. En effet, "Les Chroniques royales d'Ayutthaya" évoquent (pp. 119-120) une nouvelle guerre des Birmans contre Ayutthaya, pendant laquelle d'ailleurs le roi de Lawaek (Cambodge) rompant son alliance, a attaqué avec 10.000 hommes les cités et/ou villages de l'est, comme Pa Si sen, Khwai, Pracin. Les officiels de Nakhon Nayok informèrent le roi Thammarcha, qui furieux, confia à Naresuan, qu'il ne pouvait supporter que le roi de Laweak rompe ainsi la sainte alliance établie.

 

Auparavant les Chroniques nous avaient informé sur le fait, qu'après la proclamation d'indépendance d'Ayutthaya en 1584, le roi khmer de Lawaek avait vu une opportunité d' établir une nouvelle alliance avec le royaume d'Ayutthaya et avaient présentées : L'offre d'alliance, p.95), l'alliance (p.97), l'alliance renforcée (p.101), qui prit la forme d'un soutien militaire (p.103) lors de l'attaque d'Hongsawadi en 1585, puis l'affront subi par le frère du roi khmer qui se transforme en conflit avec Naresuan (p.111), puis en rupture de l'alliance (p. 112) et enfin par la guerre (p.118).

 

Le roi Thammaracha -donc- ordonna à Phraya Si Sainarong et Phraya Si Ratcha Deco d'organiser une force de 5.000 hommes pour les attaquer. Elle rejoignit Nakhon Nayok et attaqua l'armée khmère, qui dut se retirer à la "douane" de Carut. Mais les commandants siamois poursuivirent leur attaque jusqu'à ce que les Khmers repassent la frontière. Beaucoup d'entre eux furent tués, ou prisonniers le long du chemin de retraite. Phraya Si Sainarong et Phraya Si Ratcha Deco reprirent alors leur position à Pracin et envoyèrent leur rapport et demandèrent la permission de revenir à la capitale avec leurs prisonniers et les armes prises. Mais le roi leur ordonna de rester sur leur position, pour prévenir une nouvelle attaque éventuelle des Khmers, alors que les Birmans n'étaient pas encore retournés en leur pays.

 

Ensuite disions-nous, les Chroniques racontent en deux pages une nouvelle attaque d'Hongsawadi contre la capitale Ayutthaya. Mais ce récit correspond à celui de Damrong avec l'héroïsme de Naresuan attaquant une palissade avec l'épée dans la bouche, la décision du roi d'Hongsawadi de le capturer, le traquenard organisé par Lak Wai Thammu, la poursuite, le combat à cheval, la mort de Lak Wai Thammu ainsi que celle de Thot venu le secourir, et les vaines tentatives du roi d'Hongsawadi pour conquérir Ayutthaya, pour finalement renoncer à cause de la saison des pluies qui s'annonçait.

 

 

Les "Chroniques royales d'Ayutthaya" terminaient le chapitre trois consacré au règne du roi Thammaracha (1569-1590) pour annoncer sa mort (en neuf lignes) survenue après une maladie grave, le "mardi du second jour de la lune décroissante du 12ème mois" a 76 ans après un règne de de 22 ans (sic).

 

On avait pu constater que les "Chroniques royales d'Ayutthaya" dans ce chapitre avait peu parlé du roi Thammaracha, et pourtant ce roi avait eu une existence peu commune, que nous allons vous rappeler dans l'article suivant, avant d'évoquer le règne du roi Naresuan (1590-1605).

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

1. Le  muang ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-notre-histoire-de-la-thailande-le-muang-99007801.html

Un concept essentiel pour comprendre l’Histoire de la Thaïlande.

 

La conquête du « Siam » par les muang.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-notre-histoire-la-conquete-du-siam-par-les-muang-99006690.htm

 

Il y a là un jeu de chaises musicales, qui ne peut se comprendre qu'avec le concept de muang, «Une clé essentielle, reconnue par tous, pertinente depuis l’origine jusqu’ à nos jours, couvrant tous les Territoires des Taï, pour comprendre leur identité, leur organisation territoriale, politique et religieuse. »

 

« Chaque muang est un système hiérarchisé politico-religieux. Chaque muang, en fonction de sa taille est, soit le centre, soit dans un rapport de vassalité(s) ou d’allégeance(s), plus ou moins autonome, selon la distance par rapport au centre. (Si le centre faiblit, il peut se placer sous la protection d’ autres muang, soit s’ intégrer dans 2 , 3 réseaux hiérarchiques (sous la tutelle de 2 ou de 3 chefs) ). (On peut donc repérer au moins 3 hiérarchies : La hiérarchie politique et religieuse à l’intérieur du muang; la hiérarchie entre les muang). » […] « Chaque centre est à la fois dans une logique de stabilisation (Se préserver an assurant son (ou ses) rapport de vassalité, et le jeu plus subtil des alliances) du système qu’il dirige et de lutte et de conquêtes pour agrandir le système (renversement des alliances, guerre contre l’ennemi « extérieur »).

 

2. Prince Damrong Rajanubhab, In « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 », (White Lotus, 2001), consacre 110 pages, 11 chapitres, relatant les 11 guerres entre les Birmans et Naresuan, dont les 4 guerres menées au temps du règne du roi Thammaracha alors que Somdet Phra Naresuan est roi de Phitsalunok, à savoir le Ch.5, la proclamation de l'indépendance en 1584 (28p.). Ch.6, La bataille contre le gouverneur de Bassein à Suphanburi en 1584 (4p.). Ch.7, La bataille contre le vice-roi de Chiang Mai à Ban Saket en 1585 (7p.). Ch.8, Le roi d'Hongsawdi qui tente de conquérir la capitale d'Ayutthaya. (7p.)

 

Et ensuite, les 7 autres guerres menées contre les Birmans, alors que Naresuan est devenu roi en 1590 (1590-1605)

 

 

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 22:18

 

Ou Somdet Maha Tammarachathirat 1er (Somdet Phra Sanphet I) สมเด็จพระมหาธรรมราชาธิราช (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่  (1569-29 juillet 1590 ?)

 

 

Nous venons d'apprendre dans l'article précédent que le royaume d'Ayutthaya tombait fin septembre 1569 après 9 mois de combats menés par le roi birman d'Hongsawadi Bayinnaung, avec la participation siamoise très active de Maha Thammaracha, alors Prince de Phitsalunok. Cette chute entrainait  la capture du roi Mahin et de toute la famille royale ainsi que celle de tous les habitants de la capitale, l'annexion du royaume et l'intronisation de Maha Thammaracha effectué par le roi birman  comme le nouveau roi du royaume d'Ayutthaya. Il avait alors 54 ans. (D'autres sources disent 52 ; Son fils Naresuan 14)

 

 

 

« Les royales chroniques d'Ayutthaya » en son chapitre trois vont consacrer 45 pages à son règne, en remarquant que sur 51 scènes, 12 sont centrées explicitement sur Naresuan sans compter les multiples autres occurrences. Il est vrai que Naresuan sera celui qui va reconquérir l'indépendance du royaume d'Ayutthaya  en 1584 et qui depuis, est devenu une légende et un héros national. (Cf. Nos articles (1)) Nous avons déjà consacré trois articles à son règne. (Cf. (2))

                                                 

 

La 1e scène  a pour titre l'exil et la mort du roi Mahin.  Elle nous rappelle que le roi d'Hongsawadi, après avoir intronisé le roi Thammaracha, avait pris soin d'ordonner à Phra Sunthon Songkram de rester auprès de lui comme « conseiller » et de demeurer dans la capitale avec trois mille soldats pour en assurer la défense.

 (Vous vous en souvenez, Phra Sunthon Songkram et Phraya Chakkri et  le Prince Ramesuan, fils du roi Chakkarapat, avaient été emmenés en otages à Hongsawadi,  après la 3ème guerre contre les Birmans, dite « Guerre pour 2 éléphants blancs ». Cf. Notre article RH 32.)

 

 

 

 Après l'intronisation, le roi d'Hongsawadi demanda au nouveau roi Thammaracha, d'aider le roi Mahin à réunir toutes ses concubines, servants et possessions. Puis le roi d'Hongsawadi, en procession, prit le chemin de Kamphaenphet, mais quand ils atteignirent la frontière à Khraeng (?), le roi Mahin se sentit mal; Lakwaithammu (?) alla informer le roi de Hongsawadi. Celui-ci lui envoya ses médecins en leur disant « Si le roi Mahin trépasse, vous serez puni de mort». Le matin suivant, le roi de Hongsawadi lui rendit visite et lui dit «Faites un petit effort pour prendre les médicaments et quelque nourriture. Ne perdez pas courage, nous partirons ensemble». Le roi de Hongsawadi campa 18 jours (ou 12, c'est selon ) mais le roi Mahin mourut. Le roi de Hongsawadi entra dans une vive colère et ordonna que les douze médecins, birmans, thaïs et môns soient punis. Après la cérémonie de la crémation royale, le roi de Hongsawadi choisit une escorte de gardes birmans, môns et laos pour ramener les cendres du défunt, ses concubines et tous ses biens jusqu’à Ayutthaya. Puis il rentra à Hongsawadi.

 

Le nouveau roi Thammaracha allait alors réorganiser son royaume et procéder aux nouvelles nominations. (30 lignes leur sont consacrées)

 

Le roi Thammaracha, prit conseil (moines avisés, professeurs brahmanes) pour former son gouvernement (ministres, conseillers en intégrant des membres de la famille royale et des nobles expérimentés). Les Chroniques donnent le nom de quelques-uns, comme celui connu de Phra Sunthon Songkram (Déjà auprès du roi Chakkrapat) et n'hésita pas à reconduire certains en leur fonction, comme Phra Si Akkarat, ministre du Trésor. Il en promut d'autres en leur donnant un titre supérieur ((Khun, Luang, Phra, Phraya). Et Il réorganisa l’armée et les Provinces. Il procéda à la désignation des nouveaux chefs militaires, des gardes royaux, des hauts fonctionnaires nobles et civils ; Et enfin, il nomma des nouveaux chefs (Ou rois) aux cités et/ou royaumes « frontières ».

 

 

Le royaume en voie de réorganisation doit faire face, dès le début du règne, à une guerre menée par le royaume de Lawaek (Cambodge) en 1570. (Plus de 60 lignes)

 

(Le roi précédent Chakkrapat avait subi une incursion des Khmers en 1549, les avait attaqués et vassalisés en 1551, et avait subi une défaite en 1556 contre les Annamites qui avaient pris leur capitale) (3)

 

 

Le roi apprit l'attaque khmère par un rapport envoyé par le gouverneur de Nakhon Nayok, qui l'informait qu'une armée de 30 000 hommes avait déjà atteint la province. Il consulta alors tous les dignitaires de haut rang.

 

Le Phraya Phetracha, ministre de la capitale (?) rappela que  la capitale et la métropole venaient juste d’être reconstruites ; que les troupes étaient épuisées, en petit nombre, et pas assez nombreuses pour défendre leurs positions. De plus, le roi d'Hongsawadi était retourné en sa capitale en emportant nombre de leurs canons et en avait caché beaucoup d'autres. Bref, la capitale n'était pas en état de se défendre et il invitait le roi à se rendre à Phitsalunok pour échapper en premier lieu à l’ennemi. Tous les ministres et officiels présents approuvèrent et le roi ordonna à Khun Thep Arachun de préparer les barges royales et les troupes et de prévenir les concubines. Toutefois, Khun Thep Arachun demanda au roi l'honneur de rester défendre la métropole royale et d’être le premier à affronter l’ennemi, sachant lui dit-il, que « si nous abandonnons la métropole royale, le roi de Hongsawadi serait bien fondé à nous le reprocher ». Le roi lui donna son accord.

(On apprend que Phra Phetcharat, gouverneur de Phetchaburi -que le roi avait déchargé de ses fonctions- avait préparé un complot, réunissant des hommes, originaires du sud afin d’attaquer le convoi royal lorsqu’il se rendrait à Phitsanulok.)

 

Mais de suite après, nous sommes avec le roi de Lawaek qui est déjà avec son armée au bord de la capitale, et a établi son camp aux environs du village de Khatum ( ?).

 

 

Le roi Thammaracha ordonna à la ville de Nakhon Phrom ( ?) et aux 3.000 soldats d'Hongsawadi (laissés par le roi birman), de prendre position sur les murs et autour de la métropole royale, ainsi qu'à ceux qui étaient venus des provinces. (Aucune n'est citée)

 

 Le roi de Lawaek s’avançait par ailleurs avec son armée et fit halte à Sam Phihan ( ?), puis ses troupes se postèrent entre deux monastères, celui de Rong Khong et celui de Kuti Thong, avec trente éléphants et 3000 hommes au monastère de Phra Meru Rachikara. Le roi du Lawaek envoya cinq bateaux pour traverser la rivière et attaquer le prince Sanuk qui défendait les murs.

 

Le roi Thammaracha s'y rendit en palanquin et envoya ses hommes les affronter. L'ennemi était en train de vaincre, lorsque le roi ordonna de tirer au canon « carong (?)» contre les éléphants ennemis, toujours à Sam Phihan. Et Phra Champathirat, chef de l’avant-garde du roi du Lawaek fut tué sur son éléphant. Le roi du Lawaek se retira alors avec ses troupes à Kathum. Il lança trois jours plus tard d’autres attaques, sans succès. Il termina la campagne et retourna à Nakhon Nayok où il captura de nombreux otages dans les villages traversés, puis retourna à Lawaek. (Un peu sommaire, non?)  

RH 34. 1584, AYUTTHAYA PROCLAME SON INDÉPENDANCE DURANT LE RÈGNE DU ROI THAMMARACHA (1569-1590) ET LE RÔLE JOUÉ PAR SON FILS, LE PRINCE NARESUAN.

Ensuite, on apprend que le roi Thammaracha nomme son fils Naresuan comme le nouveau roi de Phitsalunok (1571?). Il avait alors 16 ans. Et il garde son jeune frère le Prince Ekathotsarot auprès de lui.

 

Les Chroniques ne disent pas que Naresuan avait jusque-là passé 6 ans en la capitale birmane comme « otage » auprès du roi Bayinnaung et qu'il avait été pour cette occasion échangé contre sa sœur Suphan Thevi.

 

 

Les Chroniques évoquent ensuite en une quinzaine de lignes, une participation du roi Thammaracha et du roi Naresuan à une guerre du roi d'Hongsawadi contre le royaume lao de Lan Chang. Il s'agit ici, peut-être de l’expédition lancée par Bayinnaung depuis Phitsanulok, qui aurait eu lieu en 1572 et qui se termina par un échec, dû à la fois au courage des Laos, à l’arrivée de la saison des pluies et à une défection involontaire de Naresuan atteint de la variole.

 

 

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » relatant le règne du roi Thammaracha vont se poursuivre en 46 scènes disparates censées se lire chronologiquement, mais que nous préférons présenter en séquences en les situant dans un cadre géopolitique, qui donne sens à l'enchainement et à la compréhension des événements les plus importants.

 

En effet, la mort du grand roi birman Bayinnaung en 1581 va modifier l’équilibre géopolitique de la Région, avec sa succession et les révoltes au sein du royaume d'Hongsawadi, ainsi que d'autres révoltes au sein du royaume d'Ayutthaya comme celle en 1581 de Yan Phichian, qui sera mâté à Lopburi par le chef des ministres Chaophraya Chakri (pp.81-82), et une migration de Shans (Thai Yaï) de Kamphaenphet vers Phitsalunok que Naresuan devra gérer à son retour (p.88), après avoir combattu les Birmans et proclamé l'indépendance d'Ayutthaya en 1584.

 

 

Cet événement provoquera la réaction des Birmans, pas moins que 4 guerres menées au temps du règne du roi Thammaracha alors que Somdet Phra Naresuan est roi de Phitsalunok, et 7 autres guerres menées contre les Birmans, alors que Naresuan est devenu roi en 1590 (1590-1605). (5) Ces guerres par le jeu des vassalités entraineront Chiang Mai et Lang Chang dans certaines d'entre elles ; Lawaek modifiera alors sa politique extérieure et se rapprochera d'Ayutthaya (Offre d'alliance (p.95), l'alliance (p.97), l'alliance renforcée (p.101), qui prendra la forme d'un soutien militaire (p.103) puis le conflit avec Naresuan (p.111), avec le plan de revanche de Lawaek (p. 112) puis la guerre (p.118). Autant dire que les relations ont évoluées en fonction des circonstances et du conflit majeur entre le royaume birman et le royaume d'Ayutthaya.

 

Revenons en 1581. Le roi birman Bayinnaung meurt, Naresuan, à la demande du roi Thammaracha, doit aller assister au couronnement du nouveau roi birman Nondabayin  à Hongsawadi ; Il s'agit là de renouveler le contrat de vassalité. Le film « La légende du roi Naresuan » nous montre cette cérémonie où les 20 États vassaux sont nommés (Dont Ayutthaya, Phitsalunok, Chiang Mai) et où on remarque l'absence de la cité de Khang ; ce qui équivaut à une déclaration de guerre. (1)

 

 

Les Chroniques, quant à elles, ne disent rien sur cette cérémonie, mais signalent que les cités de Khang et de Rum ont déclaré leurs indépendances, et que Naresuan va demander l'accord à son père pour qu'il puisse apporter son aide à Hongsawadi pour mâter les dites cités et aussi pour en savoir plus sur les « affaires » d'Hongsawadi. Une scène raconte cet épisode guerrier (pp.85-86), où Naresuan va montrer ses qualités de chef et de guerrier redoutable.

 

 

Et puis en 1584, tout va basculer.

 

Pendant les batailles gagnées contre les cités de Khang et de Rum, le nouveau roi d'Hongsawadi avait pu mesurer le danger que représentait désormais Naresuan, aussi va-t-il planifier un stratagème pour l'éliminer, à l'occasion des velléités d'indépendance d'Ava, pourtant gouverné par son oncle. Le roi d'Hongsawadi envoya Nanthasu et Ratcha Songkram avec 10 000 hommes à Phalangette pour constituer la base arrière et se dirigea avec son armée vers Ava. Pendant ce temps, l'Uparat resté à la capitale envoya un message à Naresuan qui était à Phitsalunok pour lui « demander » de venir avec son armée pour soutenir l'armée birmane dans son attaque. C'est ce qu'il fit, avec une armée de 100 000 hommes, dit-on, 800 éléphants de guerre et 15 000 chevaux. (Nous avons maintes fois signalé l'impossibilité de tels nombres), en se dirigeant dans un premier temps vers Phalangette … Les Chroniques racontent alors le stratagème pour attaquer et tuer Naresuan (p.88), mais déjoués par ceux à qui le roi d'Hongsawadi ( Phraya Kiat et Phraya Ram) avait confié cette mission mais qui choisirent de le trahir et qui informèrent Naresuan. (Trahison ou vengeance ? Les Chroniques omettent de dire que Phraya Kiat et Phraya Ram étaient môns. Cf. Infra, la version du Prince Damrong)

 

 

1584. Une date historique fondamentale. Le royaume d'Ayutthaya retrouve son indépendance.

 

Naresuan ne pouvait plus qu'annoncer de façon solennelle à ses chefs de guerre et à ses guerriers « le divorce » d’entre les deux royaumes jusqu’à la fin des temps.

 

« Parce que le roi de Hongsawadi n'a pas respecté la fidèle amitié et la tradition royale parce qu’il a rejeté l'harmonie et la vertu, parce qu’il s’est comporté sournoisement pour amener le malheur sur nous, la capitale et la métropole royale d’Ayutthaya et le royaume de Hongsawadi ne formeront plus un seul royaume en or comme par le passé, mais ils seront complètement divorcés les uns des autres à partir de ce jour jusqu'à la fin du kalpa. » (Un « kalpa» est une notion astronomique et temporelle sanskrite qui nous semble correspondre à 311 milliards d’années, autant dire jusqu’à la fin des temps)

 

 

Mais quand Naresuan proclame l'indépendance, il est encore en « terre ennemie » et doit se replier sur Ayutthaya. Il est impératif qu'il puisse faire passer son armée saine et sauve sur la rivière Sithong, pour éviter d’être défait par l’armée de Hongsawadi.

 

« La Légende du roi Naresuan » consacrera un tiers du film à la bataille du pont de Sithong, où Naresuan réussira à sauver son armée. Le réalisateur lui fera dire ses paroles :« Mon pays va être de nouveau libre et autonome…la guerre recommencera …il faut prendre des forces …la victoire est loin d’être assurée ».

 

Cette “proclamation” effectivement n'était pas l'indépendance et on peut se douter que le royaume d'Hongsawadi allait réagir et de multiples citées siamoises en profiter pour se révolter.

 

Après avoir franchi la rivière Sithong, Naresuan retourna à Ayutthaya pour rendre compte à son père Thammaracha des événements et de la trahison du roi d'Hongsawadi. Thammaracha aurait pu reprocher à son fils d'avoir outrepassé ses droits en proclamant l'indépendance, mais au contraire il accusa le roi d'Hongsawadi d'avoir perdu toute vertu, toute honnêté, pour devenir cupide. Il récompensa Phraya Kiat et Phraya Ram et les familles môns qui les accompagnaient et les autorisa à s'installer au village de Khamin.

 

 

Une autre version bien souvent différente de cet événement par le Prince Damrong.

 

Le Prince Damrong dans son livre « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 », va consacrer en son chapitre cinq, 28 pages à la proclamation de l'indépendance, et 20 pages aux trois autres guerres contre les Birmans menées par Somdet Phra Naresuan et encore 7 autres en tant que roi. (5) (6)

 

Le Prince Damrong dit explicitement que son travail est différent des chroniques anciennes traditionnelles qui se contentaient de raconter les exploits des rois, les guerres, les successions, les signes astrologiques des grands événements naturels (tremblement de terre, éclipse), alors qu'il s'agit pour lui de raconter l’histoire nationale, les histoires du peuple, et dans son livre, plus que les guerres entre rois thaïs contre rois birmans, celles entre deux nations, deux ethnies, deux peuples. Une histoire nationale avec ses héros, dont le roi Naresuan est l'un des plus grands, puisqu'il a reconquis l'indépendance du royaume d' Ayutthaya en 1584, après 15 ans de vassalisation par les Birmans. (Remarquez que Damrong dit « indépendance du Siam »)

 

Mais de fait, si le Prince Damrong intitule son chapitre « Quand Somdet Phra Naresuan proclame l'indépendance du Siam. L'année du singe , B. E. 2127 (A.D . 1584)», il explique auparavant en 13 pages (pp.65-78), dans quel état était le royaume d'Ayutthaya (Il dit le Siam) lorsque le Somdet Phra Maha Thammarachathirat devint roi et donne quelques informations biographiques sur Naresuan avant 1584.

 

 

ll rappelle que le roi d'Hongsawadi, après sa victoire (1569) avait pris tous les trésors et les habitants d'Ayutthaya ; que le roi khmer avait profité de cette désolation , pour envahir le royaume avec 10 000 soldats jusqu'à la banlieue de la capitale, qu'il eut peur d'affronter ; Il ne prit que quelques biens et des habitants en retournant dans son pays. Le roi Thammracha s'employa alors à renforcer les défenses de la capitale (extension de canal, construction de nouveaux forts, réorganisation de l'armée (hommes, éléphants, chevaux, armes (canons), munitions). On apprend que le roi Thammaracha a eu 3 enfants avec Phra Wisut Kasattri (Fille du roi Chakkrapat), la fille aînée Phra Suphanna Tewi, le second Naresuan, nommé « le Prince noir » par le peuple, qui fut « otage » à Hongsawadi, après la guerre dite des éléphants blancs, il avait alors 9 ans, et y resta pendant 6 ans, jusqu'à ce que le roi Thammracha le nomma Uparat (successeur) et Prince de Phitsalunok, pour gouverner les provinces du Nord, à savoir Phichit, Sukhotai, Sawankhalok, Phichai, Phetchabun, Kamphaengphet, Nakhon Sawan, et enfin le troisième, Phra Ekathotsarot, nommé « le Prince blanc » par le peuple, restant en la capitale du fait de son jeune âge.

 

 

Ensuite Damrong fait un petit historique sur l'importance stratégique de Phitsalunok et de ceux qui l'ont gouverné lors des règnes précédents pour rappeler que Phra Maha Thammaracha fut nommé roi de Phitsalunok, considéré comme un royaume vassal d'Ayutthaya et que le roi Chakkrapat lui donna sa fille Phra Wisut Kasattri, non comme récompense (Ce que disent les Chroniques), mais pour assurer « diplomatiquement » son propre gouvernement. Il rappelle également que la 1ère fois que le roi d'Hongsawadi Bayin Naung envahit le Siam, il eut soin de soumettre Kamphaengphet et Sukhotai, rendant les habitants des provinces du nord favorables à l'ennemi. On peut comprendre la raison de la décision du roi Thammaracha de nommer son fils Prince (ou roi) de Phitsalunok.

 

 

 

Il a donc 16 ans quand il s'installe à Phitsalunok pour gouverner. Il dut choisir et former, de nouveaux servants du même âge, qui devinrent commandants de division et de régiments quand la guerre éclata contre Hongsawadi. Mais auparavant, très vite, il est mobilisé avec son père pour soutenir le roi d'Hongasawadi dans son attaque de Lan Chang, mais touché par la variole il ne peut combattre et doit retourner en sa capitale. Peu après (Quand?), on raconte un épisode peu clair, où il participe à une « bataille navale » avec son frère contre le gouverneur Chantu, un Chinois d'un muang khmer (Lequel?) qui résidait à Ayutthaya, et qui réussit à s'enfuir. Mais la première expérience face à l'ennemi fut contre une force khmère conduite par Phra Thatsaracha et Phra Surinracha qui avait capturé des habitants de Nakhon Ratchasima et dont l'avant-garde tomba dans une embuscade, et fut mise en déroute avec de nombreuses pertes. Naresuan put à cette occasion prendre conscience de sa bravoure et de ses capacités guerrières. (p. 78).

 

Cette « introduction » de 13 pages nous amène en 1581, à la mort du roi d'Hongsawadi Bayin Naung, dont la succession est assurée par son fils alors Uparat, Nanda Bayin. Celui-ci envoya alors une « lettre » à tous ses vassaux, pour les « inviter » à venir à Hongsawadi pour lui renouveler leur vassalité.

 

 

Naresuan avait alors 26 ans. Il demanda à son père l'autorisation de le représenter afin qu'il puisse évaluer la nouvelle situation des Birmans et des Mons. Lors de la cérémonie où toutes les principautés vassales étaient rassemblées, le nouveau roi d'Hongsawadi apprit la révolte de Khang. Il fut en colère et mobilisa à cette occasion les jeunes leur donnant l'honneur de se joindre à son fils, nommé Uparat. Trois forces furent formées, un commandée par l'Uparat donc, une autre par Phra Sangkhathat et enfin la troisième siamoise, commandée par Naresuan.

 

 

Les trois chefs convinrent du fait que Khang était situé sur une colline, et qu'il valait mieux l'attaquer tour à tour séparément. L'Uparat attaqua le premier mais échoua, Phra Sangkhathat attaqua le lendemain mais échoua également. Pendant ce temps, Naresuan avait eu le temps d'inspecter le tour de la cité et découvrit un autre endroit pour attaquer. Il divisa ses forces en deux et déclencha l'attaque de nuit. Tous les habitants de Khang étaient concentrés sur le front précédent et ne virent pas la 2éme force arriver dans leurs dos. Ce fut la victoire pour Naresuan qui put capturer le Sawbwa (Prince, roi ?) de Khang.

 

L'Uparat et Phra Sangkhathat haïrent à ce moment-là Naresuan. Au retour à Hongsawadi, même le roi n'en fut pas satisfait, mais il n'en dit mot. Le Prince Damrong rajoute un « accrochage » entre l'Uparat et Naresuan qui aurait gagné un combat de coq contre lui et auquel l'Uparat aurait dit « Le coq du prisonnier de guerre est vraiment un bon combattant ». A quoi, Naresuan gardant son sang-froid aurait répliqué « Ce coq n'a pas combattu seulement pour de l'argent, mais pour son pays. »

 

Ensuite, on apprend que le roi birman a ordonné à Nanthasu et Ratcha Songkhram de mobiliser des Birmans et des Shans pour construire une route en territoire siamois et d' installer des magasins de vivres à Kamphaenphet en vue -soi-disant- de préparer une future attaque contre Lan Chang. Mais Naresuan ne fut pas dupe et savait que le temps était venu et qu'il devait se préparer, surtout qu'il avait appris durant son séjour à la capitale birmane que nombre de vassaux n'attendaient qu'une opportunité pour se révolter, ainsi que les Mons, les Shans et les Arakanese.

Révolte d'Ava.

 

 

Le défunt roi Bayin Naung avait réorganisé son royaume en nommant son plus jeune frère vice-roi de Toungo, un autre frère vice-roi de Prome, son fils vice-roi de Chiang Mai et son beau-fils vice-roi d'Ava. Bayin Naung après avoir nommé son fils aîné Uparat, lui avait donné en mariage sa petite fille qui était la fille du défunt vice-roi d'Ava. Quand Nanda Bayin succéda à son père, il prit une nouvelle femme ; ce qui entraina une querelle avec sa femme, qui était, on s'en souvient, la fille du vice-roi d'Ava, qui déboucha sur une révolte. Il tenta de s'allier avec Thammaracha et les vice-rois, mais les vice-rois de Prome, Toungoo et Chiang Mai arrêtèrent les messagers et restèrent fidèles au roi birman.

 

 

Ce fut une mobilisation générale avec les vice-rois de Prome, Toungoo, Chiang Mai, Lan Chang et le roi d'Ayutthaya, que Naresuan remplaça, contre Ava.

 

Mais le roi d'Hongsawadi constatant que les forces de Naresuan n'étaient pas à l'heure au rendez-vous fixé, comme les autres forces craignit une attaque de Naresuan sur ses arrières et demanda à l'Uparat de rester à Hongsawadi, de le combattre et d'essayer de le tuer, s'il arrivait. (Version très différente que celle des Chroniques)

 

Le Prince Damrong confirme les craintes du roi d'Hongsawadi en nous confiant qu'effectivement Naresuan vit dans la révolte d'Ava, l'opportunité pour redevenir indépendant, surtout qu'en cas de victoire du roi birman, il devinait qu'il en profiterait pour attaquer Ayutthaya. Il s'était déjà préparé pour cela. (Rappelez-vous la construction de la route et des vivres déposés à Kamphaengphet).

 

Naresuan partit donc avec sa force en mars 1583 en marchant lentement pour arriver en juin 1584 (?) à la frontière de Kraeng placée entre les territoires môns et siamois. Il marchait d'autant plus lentement qu'il voulait connaître le résultat de la bataille d'Ava, pour agir en conséquence.

 

Pendant ce temps l'Uparat birman qui gardait la capitale conçut un plan avec deux nobles môns nommés Phraya Kiat et Phraya Ram pour attaquer et tuer Naresuan. Il leur demanda de se rendre à Kraeng, de former une force pour attaquer Naresuan de front pendant qu'il l'attaquerait sur ses arrières. Mais les deux nobles môns dévoilèrent le plan à leurs partisans môns, ainsi qu'au chef des moines Phra Maha Khanchong, car les Môns détestaient les Birmans qui les avaient opprimés dans de multiples occasions. Ils convinrent de prévenir Naresuan lorsqu'il arriverait et de se joindre à lui. Ce qui fut fait.

 

Naresuan réunit alors un Conseil avec tous les commandants de son armée et demanda au chef des moines Phra Maha Khanchong, ses assistants et à Phraya Kiat et Phraya Ram et d'autres môns d'y assister. Il expliqua à toute l'assemblée le complot du roi d'Hongsawadi et proclama l'indépendance du Siam. (Nul discours n'est cité) La majorité des Mons se joignirent à lui. Naresuan fit arrêter les officiels birmans et prépara son armée à Kraeng avant de se diriger sur Hongsawadi en juin.

 

 

L'Uparat informé du retournement de Phraya Kiat et Phraya Ram renonça à sortir ses forces et prépara la défense de sa capitale. Naresuan avait traversé la rivière Satong (Sittang) et s'approchait d'Hongsawadi. Mais il apprit la victoire du roi birman à Ava et qu'il était en train de revenir vers sa capitale. Il jugea alors qu'il ne pouvait vaincre cette fois et décida le retour. Il divisa ses forces et marcha alors en arrière emmenant avec lui les 10.000 familles siamoises qui étaient prisonnières des Birmans.

 

L'Uparat l'apprenant envoya une force en avant-garde commandé par Surakamma et suivit avec l'armée principale. L'avant-garde arriva en contact avec les forces siamoises à la rivière Satong, mais Naresuan avait déjà franchi la rivière avec les familles. Mais les forces siamoises restèrent sur la rive pour affronter les forces birmanes de Surakamma.

 

Ils tirèrent avec leurs armes à feu mais ne pouvaient atteindre les Birmans car la rivière était large à cet endroit. Mais Naresuan avec un fusil au long canon tira et tua Surakamma, qui s'affaissa sur le dos de son éléphant. Ses soldats paniqués battirent en retraite et rejoignirent l'armée de l'Uparat, qui décida de retourner en sa capitale.

 

 

Naresuan quant-à lui, prit le chemin de Khaeng, félicita le chef des moines Phra Maha Khanchong, Phraya Kiat et Phraya Ram et les nobles môns et leur proposa de lui faire l'honneur de s'installer au Siam avec leurs familles. Il rassembla les forces de Phraya Kiat et Phraya Ram avec les siennes et passa sur le territoire des Mons au sud, pour rejoindre l'avant-poste des 3 pagodes et aller directement à Ayutthaya. Arrivé, il informa son père, le roi Thammaracha de la nouvelle situation et de l'aide que lui ont apportée le moine Phra Maha Khanchong, Phraya Kiat et Phraya Ram et les Môns qui les ont suivis (Combien étaient-ils?). Ils furent récompensés et autorisés à s'installer près des temples Wat Khamin et Wat Khun Sean près du palais de Naresuan, qui leur faisait confiance pour défendre la capitale face à l'ennemi.

 

 

Des Shans demandent « l'hospitalité » à Phitsalunok, une nouvelle occasion pour Naresuan de réaffirmer la nouvelle indépendance d'Ayutthaya.

 

Auparavant, Naresuan avait appris avant d'atteindre Khraeng qu'une partie des Shans (Combien?) qui avaient été mobilisés par le roi birman pour construire une route en territoire siamois et installer des magasins de vivres à Kamphaenphet, avaient fui vers l'est et étaient allés directement à Phitsalunok en demandant l'hospitalité. Les Birmans Nanthasu et Ratcha Songkhram avaient demandé leur retour aux autorités en place qui leur répondirent qu'il fallait attendre Naresuan. Ils les menacèrent alors de faire prisonniers les Siamois qui étaient à Kamphaengphet pour les donner en otages aux Shans fidèles. Naresuan fut informé de cet événement une fois arrivé à Ayutthaya. Il envoya alors une lettre à Nanthasu et Ratcha Songkhram dans laquelle, il leur disait qu'il était normal qu'une nation indépendante ait le droit, selon les traditions, d'accorder sa protection à un peuple opprimé. Puis il envoya en avant-garde Phraya Chaibun (Gouverneur de Chaibun) et Khun Phra Si à Kamphaengphet et les suivit ensuite avec l'armée principale. En recevant la lettre Nanthasu et Ratcha Songkhram comprirent que les Siamois s'étaient révoltés et qu'ils ne pouvaient rester en territoire siamois et ils décidèrent leur retraite à Kamphaengphet. Mais quand l' avant-garde de Phraya Chaibun et de Khun Phra Si arriva, ceux-ci avaient déjà fui. Ils se lancèrent alors à leur poursuite, avec le soutien des Shans de Chi et de Longchae principalement, qui firent alors allégeance à Naresuan. Ils rejoignirent les Birmans au tambon de Mae Raka. Les Birmans résistèrent, on vit Nanthasu et Ratcha Songkhram combattre à dos d' éléphants, mais ils furent mis en déroute. L'avant-garde les suivit jusqu'à leur frontière puis s'en retourna.

 

 

La révolte de Sawankhalok et de Phichai.

 

Alors que l'avant-garde de Phraya Chaibun et de Khun Phra Si se dirigeait vers Phitsalunok, Naresuan avait tenté de mobiliser toutes les forces du nord pour aller combattre Nanthasu et Ratcha Songkhram et dans ce cadre avait envoyé un décret aux Phrayas de Sawankhalok et de Phichai. Mais ceux-ci estimèrent que les forces birmanes étaient supérieures et virent là une occasion de se révolter. Ils décidèrent de réunir leur force et leur peuple à Sawankhalok et de préparer leur défense, en attendant le soutien des Birmans d'Hongsawadi ou -en cas de défaut- de Chiang Mai. Les fonctionnaires civils restés fidèles à Naresuan furent emprisonnés.

 

Naresuan apprit la révolte alors qu'il était à Tak poursuivant les forces de Nanthasu et Ratcha Songkhram. Il revint alors à Sukhotai et dressa un camp provisoire. Il prit conscience que tous les Siamois n'étaient pas encore unis et étaient encore effrayés par le roi d'Hongsawadi. Il procéda alors à une nouvelle cérémonie d'allégeance avec le roi Somdet Phra Ruang, les militaires et les officiers civils pendant laquelle tous firent le serment de combattre l'ennemi et de défendre l'indépendance retrouvée du Siam. (Il n'est pas inutile de rappeler ici que le Siam en tant que tel n'existe pas à cette époque) Ensuite le Prince Damrong raconte en une page la prise de la ville, l'exécution des Phayas de Sawankhalok et de Phichai, et la décision d'emmener toute la population à Phitsalunok.

 

 

Après sa victoire et de retour à Phitsalunok, Naresuan envoya Khun Inthondecha au nord et près de Chiang Mai avec une petite force pour s'informer de la situation. Il apprit que le roi d'Hongsawadi était en train de mobiliser une grande armée pour attaquer le Siam à la saison sèche.

 

Naresuan jugea que les populations du nord ravagées et harassées par les multiples guerres ou incursions précédentes étaient effrayées par le roi d'Hongsawadi et de plus en nombre insuffisant et il décida qu'il valait mieux préparer la défense du Siam à sa capitale d'Ayutthaya. Sa position entourée par l'eau était forte, et il était plus facile de s'y approvisionner en munitions et vivres. Il vint s'installer à Ayutthaya, emmena avec lui tous les hommes valides, confiant les autres à leur destin. Une nouvelle guerre se préparait. Nous étions en l'année du singe en 1584.

 

Le Prince Damrong racontera dans le chapitre suivant la guerre contre le gouverneur de Bassein à Suphanburi. (pp. 94-98), puis au chapitre 7, celle contre le vice-roi de Chiang Mai à Ban Saket en 1585 et puis au 8ème, celle du roi de d'Hongsawadi contre la capitale d'Ayutthaya en 1586 … Que de batailles à raconter.

 

La fin du règne du roi Thammaracha sera mouvementée, comme nous le verrons dans notre prochain article.

 

 

4NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) A55. Comprendre le film thaï, La Légende du Roi Naresuan, par le jeu des muang. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a55-comprendre-la-legende-du-roi-naresuan-par-le-jeu-des-muang-99434799.html

70. Le roi Naresuan, un héros national ?

(1555- règne de 1590 à 1605)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-70-naresuan-un-heros-national-1555-regne-de1590-a1605-115599436.html

 

(2) 61. « Le roi d’Ayutthaya Thammaracha, roi et/ou vassal des Birmans ? (1569-1590).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-61-le-roi-thamaracha-roi-ou-vassal-des-birmans-1569-1590-113404975.html

 

62. Le prince Naresuan roi de Phitsanulok, 1571. 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-62-le-prince-naresuan-roi-de-phitsalunok-1571-113405170.html

 

63. Ayutthaya retrouve son indépendance en 1584 et la fin du règne de Thammaracha (1590)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-63-ayutthaya-retrouve-son-independance-en-1584-et-la-fin-du-regne-de-thammaracha-1590-113596550.html

 

  1. Y-a-il confusion de dates dans les Chroniques? Celles de 1680 la situent exactement en 1570, toutes les autres en 1557, serait-ce celle de 1556 ?

 

  1. La cérémonie du couronnement, comprend l’appel des 20 états vassaux qui ont fait allégeance : « Siriké-étaya, Ksaeé, Yongraï, Prié, Batmo, Wattana, Chiengmaï, Na-a-ka-a, Lang chong, Tangoo, Veu-a-noï, Vena-a naï, Chantoung, Tan-o-sri, Tawaï, An-goua, Mo-yang, Mo- kong, Ayutthaya, Phisalunok ».

 

  1. Prince Damrong Rajanubhab, In « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 », (White Lotus, 2001), consacre 110 pages, 11 chapitres, relatant les 11 guerres entre les Birmans et Naresuan, dont les 4 guerres menées au temps du règne du roi Thammaracha alors que Somdet Phra Naresuan est roi de Phitsalunok, à savoir le Ch.5, la proclamation de l'indépendance en 1584 (28p.). Ch.6, La bataille contre le gouverneur de Bassein à Suphanburi en 1584 (4p.). Ch.7, La bataille contre le vice-roi de Chiang Mai à Ban Saket en 1585 (7p.). Ch.8, Le roi d'Hongsawdi qui tente de conquérir la capitale d'Ayutthaya. (7p.)

Et ensuite, les 7 autres guerres menées contre les Birmans, alors que Naresuan est devenu roi en 1590 (1590-1605)106. « Nos guerres contre les Birmans » (1539-1767), du Prince Damrong.

  1. Cf . Nos articles 106 et 107 :

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-106-nos-guerres-contre-les-birmans-1539-1767-du-prince-damrong-120857499.html

 

107. Le Prince Damrong explique les guerres entre les Siamois et les Birmans, entre 1539 et 1767.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-107-le-prince-damrong-explique-les-guerres-entre-les-siamois-et-les-birmans-entre-1539-et-1767-121187300.html

 

 

 

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5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 22:09

 

Nous avons déjà étudié cette période tragique de la 4e guerre du royaume d'Ayutthaya contre les Birmans de 1568-1569, selon la version des « Chroniques Royales d'Ayutthaya » qui a  abouti à la chute d'Ayutthaya, son annexion en 1569, et la nomination du nouveau roi Phra Maha Thammaracha par le  roi d'Hongsawadi également en 1569. (Cf. Nos deux articles (1))

 

 

 

Le Prince Damrong dans un chapitre de son livre « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 »  consacré aux guerres contre les Birmans nous en donne une autre version dans un récit plus cohérent et qui intègre, selon lui, certaines sources birmanes. II s'agit ici de présenter « notre lecture » de ce chapitre quatre relatant cette période tragique de l'histoire du royaume d'Ayutthaya.  (pp. 42-64) (2)

 

 

 

Quatre ans s'étaient écoulés depuis la troisième guerre contre les Birmans dont les conséquences avaient été lourdes pour Ayutthaya (Cf. 3). Toutefois, le roi d'Hongsawadi n'avait pas alors prévu d'annexer le royaume ; mais de fait il avait divisé le pays en deux en confiant le pouvoir au Prince Thammaracha qui contrôlait les provinces du Nord et pouvait ainsi interférer dans la politique menée par le roi Chakkrapat (Rappelons-nous que le roi birman Bayinnaung avait pris Chiang Mai en 1558) Au fil de ces années le Prince Thammaracha avait pu créer des liens de confiance avec le roi d'Hongsawadi au point tel que le Prince Damrong estime, qu'il était devenu étranger aux intérêts d'Ayutthaya.

 

 

 

Cela s'était concrétisé lorsque Thammaracha avait été « invité » par le roi d'Hongsawadi à soutenir l'armée birmane pour mâter une conspiration du chef (ou roi) de Chiang Mai menée avec l'aide des chefs de Nakhon Lampang, Phrae, Nan et Chiang Sen pour retrouver son indépendance contre le pouvoir birman. (Le Prince Damrong désigne comme chefs ce qui est désigné par beaucoup comme des rois)  On n'apprendra pas ce que  furent les forces en présence, ni la date, mais le roi de Chiang Mai dut se soumettre devant l'immense armée et le chef de Chiang Sen fut capturé. Les trois autres chefs allèrent se mettre sous la protection de Phrachao Chai Chettha, roi lao de la principauté de Si Sattanakhanahut (Lan Chang), avec sa capitale Muang Vientiane. Celui-ci refusa de livrer les trois chefs provoquant la colère du roi d'Hongsawadi qui envoya ses forces contre Sattanakhanahut. Mais apprenant une révolte des Shans prisonniers à sa capitale, il y retourna avec ses forces emmenant avec lui le roi de Chiang Mai, autorisa Thammaracha à retourner à Phitsalunok et envoya Maha Uparat contre Sattanakhanahut.

 

 

 

Phra Maha Uparat ne rencontrera pas de fortes résistances et occupa Vientiane que le chef (roi)  avait abandonné pour se réfugier dans la forêt avec son armée.  Phra Maha Uparat envoya la famille royale avec la reine et les concubines à Hongsawadi et partit à la poursuite du roi de Si Sattanakhanahut. Mais celui-ci connaissait bien la région et l'Uparat ne put le prendre avant la saison des pluies. Il préféra retourner avec ses forces à Vientiane pendant la saison des pluies. Mais Phrachao Chai Chettha s'employa à ce que Vientiane ne fut plus approvisionné en vivres. Phra Maha Uparat fut contraint de battre en retraite avec son armée ;  Phrachao Chai Chettha les poursuivit jusqu'à la frontière et les  vainquit.

RH 33. LA 4e GUERRE DES BIRMANS CONTRE AYUTTHAYA ET SON ANNEXION EN 1569.

De retour à sa capitale, il constata que les forces d'Hongsawadi avaient tout pris ainsi que sa femme la reine avec les concubines. Et sans transition, le Prince Damrong nous apprend qu'il voulut alors une nouvelle reine et qu'il envoya une lettre et des présents au roi Chakkrapat  pour lui demander la main de sa fille Thepkasattri pour qu'elle devienne la nouvelle reine de  Si Sattanakhanahut.

 

 

 

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » désignent Si Sattanakhanahut comme le royaume de Lang Chang. Et  Phrachao Chai Chettha est désigné comme « le roi de Lan Chang », et   ailleurs comme le roi Settharitat 1er (1548- 1571) qui dut en 1560, devant les  menaces et les raids des Birmans transfère sa capitale à Vientiane. Mais si en 1565, les Birmans purent la prendre, elle  fut reprise aussitôt et  le roi vit alors la nécessité  de s’allier au roi d’Ayutthaya. Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » ne racontent pas la guerre entre le roi d'Hongsawadi et les conspirateurs associés au roi de Chiang Mai, ni  celle contre le roi de Lang Chang (ou Si Sattanakhanahut selon le Prince Damrong). (Cf. Article 57(1))

 

 

 

Cette demande arrivait bien pour le roi Chakkrapat et son fils Phra Mahin, car ils avaient été très en colère contre le roi d'Hongsawadi et  voyaient là une occasion d'une alliance avec le roi de Si Sattanakhanahut. Malheureusement la princesse Thepkasattri était très malade. Le roi Chakkrapat envoya alors une autre de ses filles conçue avec une roturière. Le roi Phrachao Chai Chettha fut mécontent d'apprendre qu'elle n'était pas une des filles de feu la reine Suriyothai et la renvoya. Le roi Chakkrapat fut alors contraint d'envoyer Phra Thepkasattri.

 

 

 

Phra Maha Thammaracha apprit cet échange et n'approuvait pas l'idée que le roi Chakkrapat puisse envoyer ainsi Phra Thepkasattri, qui était la jeune sœur de sa femme Phra Wisutthi, car il savait que le roi d'Hongsawadi allait réattaquer le royaume de Si Sattanakhanahut et aurait alors fait prisonnières  Phra Thepkasattri, les autres concubines et les femmes de la Cour. Il est probable, dit le Prince Damrong, que sa femme lui ait demandé de trouver un moyen pour l'empêcher. Surtout que le roi Chakkrapat ne l'avait pas consulté.

 

 

Phra Maha Thammaracha envoya alors un courrier au roi d'Hongsawadi pour l'informer et lui demander d'envoyer une force pour l'intercepter. Ce qui fut fait et Phra Thepkasattri fut emmenée à Hongsawaddi. Il est dit que le roi Chakkrapat se sentit déshonoré et  donna le trône à son fils Phra Mahin et se fit moine.

 

 

 

(Aucune date n'est donnée. Le Wikipédia anglais prétend que ce fut le 18 février 1564. (Quelle précision !)(4)) Les Chroniques précisent  que le roi d’Hongsawadi ordonna au Phra Taba avec Fasüatan et Mangklokmo sous ses ordres de capturer la princesse. Ce qui fut fait, dans une embuscade réalisée à Maroeng, à la frontière de Phetchabun. )

 

 

 

 

Une autre conséquence fut que l'autorité de Thammaracha se trouvait renforcé, et ceci d'autant plus que  le nouveau roi Mahin  était le jeune frère de sa femme qui n'avait cure de son autorité. Le roi Mahin ne vit de solution que dans l'élimination de son beau-frère.

 

 

 

 

Il reçut alors le soutien de Phraya Ram (Ou Ram Ronnarong) qui était le gouverneur de Kamphaengphet. Ils conçurent le plan d'envoyer un message secret au roi de Si Sattanakhanahut pour qu'il attaque Phitsalunok, estimant qu'il y avait là une opportunité d'arrêter Thammaracha. Phrachao Chai Chettha qui était en colère contre Thammaracha, coupable de la capture de sa future femme, la future reine Thepkasatti, vit là une occasion de se venger. 

 

 

 

 

En 1566, il attaqua donc Phitsalunok, mais en essayant de faire croire qu'il allait attaquer Ayutthaya pour se venger de l'affront subi. Les Chroniques  siamoises, dit le Prince Damrong, nous informe que son armée était composée de 5 divisions qui prirent le chemin de la route qui menait au muang de Nakhon Thai. Il nous donne ensuite le nom des chefs et les positions prises autour de Phitsalunok, pour revenir sur Phra Thammaracha.

 

 

 

 

Phra Thammaracha a deviné le plan.

 

 

Celui-ci, quand il eut appris que l'armée de Sattanakhanahut s'était mis en route avait bien deviné qu'il s'agissait d'un complot mené par le roi Mahin. Il envoya un message  au roi Mahin pour lui demander son aide, pendant qu'il envoyait un autre message au roi d'Hongsawadi pour l'informer et lui demander assistance.

 

 

 

 

Le roi Mahin fut heureux de recevoir le message de Phra Thammaracha qui lui montrait que son plan avait fonctionné. Il ordonna  aux Phraya Ratcha Dechochai et Thainam d'aller « secourir » les forces de Thammaracha, leur permettant ainsi d'être dans la place pour les espionner. Le roi Mahin forma alors une force de bateaux de guerre qu'il mit sous le commandement de Phraya Ram qu'il honora du titre de Phraya Chakri, tout en étant le commandant en chef. (Les Chroniques siamoises présentent  Phraya Ram et Phraya Chakri comme deux personnes, ce que conteste le Prince Damrong)

 

 

 

Le plan du roi Mahin déjoué.

 

 

Les forces navales du roi Mahin étaient donc arrivées en avant-garde et avaient pris position au temple de Chulamani situé au sud de Phitsalunok. Mais Phraya Si Ratcha  Dechochai avait dévoilé les secrets du complot à Phra Thammaracha, qui  avait eu ainsi le temps de construire des bateaux, qu'il utilisa, après les avoir enflammés, pour les jeter contre les bateaux du roi Mahin, qui furent détruits en grand nombre.

 

 

 

 

Les versions du Prince Damrong et des « Chroniques royales d'Ayutthaya » sont  différentes sur cette « guerre ».

 

 

 

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » prétendent que le roi de Lan Chang ( Si Sattanakhanahut pour le Prince Damrong) informé de l'arrivée des forces navales du roi Mahin, attaqua la ville de Phitsalunok avec 3000 hommes, mais subit de lourdes pertes. Il voulut réorganiser sa défense avec des « mines », mais le Prince Thammaracha, après inspection, ordonna à Khun Si d’attaquer avec 500 hommes. Ce qui obligea Lan Chang à une retraite.  L'attaque des bateaux du roi Mahin vient ensuite.(Cf. Article 57)

 

 

 

Alors que le Prince Damrong, après avoir raconté comment Phra Thammaracha mit en déroute les bateaux du roi Mahin,  nous apprend sans précision que l'armée de  Si Sattanakhanahut ayant appris que l'armée d'Ayutthaya était arrivée, avait attaqué Phitasalunok, alors qu'en fait elle était déjà en retraite. Et puis sans transition, nous dit que l''armée du Nord fut incapable de prendre la cité. Cela fait un peu court, non ?

 

 

 

Il en est de même ensuite avec les forces envoyées par le roi d'Hongsawadi.

 

 

Le Prince Damrong raconte que les forces birmanes de Phraya Phukam et de Phraya Sua  arrivèrent à Phitsalunok pour apprendre  que le roi Prachao Chai Chettha avait stoppé l'attaque et était déjà retourné vers  sa capitale Vientiane. Il n'en dira pas plus.

 

 

 

 

Alors que les « Chroniques royales d'Ayutthaya » racontent une autre histoire.

« Le roi d’Hongsawadi avait eu le temps d’ordonner au Phraya de Phukam et au Phraya Süa Han d’aller défendre Phitsalunok avec une armée de 1000 chevaux, mais ils arrivèrent pour constater que les armées de Lan Chang s’étaient déjà retirées. Ils purent entrer à Phitsalunok et ils furent récompensés par le prince Thammaracha.

 

 

 

Mais le Phraya de Phukam et le  Phraya Süa Han demandèrent alors l’autorisation au Prince de poursuivre l’armée de Lan Chang. Le Prince Thammaracha s’y opposa, prétextant les coutumes. Les deux Phraya rappelèrent les ordres reçus par leur roi et l’assurance d’être punis par celui-ci. Le Prince mis en avant la victoire, et que cela dépendait de sa responsabilité. Ils pouvaient craindre, ajouta-t-il, une manœuvre de l’ennemi. Les deux Phraya passèrent outre et s’élancèrent à la poursuite de l’ennemi lao.

 

 

 

 

 

Pendant ce temps, le roi de Lan Chang avait regroupé ses forces et ordonné aux trois armées de Phraya Saen Surin Kwang , Phraya Mü Fai et Phraya Nakhon d’assurer la défense de ses arrières. Au passage étroit du Vicinage de Wari, ils organisèrent une embuscade, dans laquelle tombèrent  le Phraya de Phukam et le  Phraya Süa Han. Ce fut une terrible défaite avec un grand nombre de cavaliers et d’hommes tués. Les deux Phraya purent retourner néanmoins à Phitsalunok.

 

 

Mais ils savaient qu’ils risquaient la mort en revenant à Hongsawadi après leur défaite. Ils implorèrent le Prince Thammaracha de venir plaider leur cause à Hongsawadi. Ce qu’il fit avec son fils le Prince Naresuan. Le roi d’Hongsawadi  accéda à sa demande et  accorda la vie sauve au Phraya de Phukam et au  Phraya Süa Han, bien, précisa-t-il, qu’ils méritaient la mort. Le Prince Thammaracha fut honoré par l’estime ainsi démontrée. » (In notre article 57)

 

 

 

 

Mais  le Prince Damrong ne raconte pas la même histoire, et nous dit, qu'une fois la guerre terminée, Phra Thammaracha est effectivement allé à Hongsawadi, mais  pour informer le roi d'Hongsawadi du complot ourdi par le roi Mahin et  Prachao Chai Chettha,  et de leur échec. Le roi d'Hongsawadi couronna ensuite Phra Maha Thammarcha avec le titre de Phra Si Sanphet, Chaofa Phitsalunok, qui le rendait désormais  rattaché (ou dépendant exclusivement) au royaume birman.

 

 

 

Pendant ce temps, le roi Mahin mesurait les conséquences du voyage de Thammaracha à Hongsawadi. Il était sûr que celui-ci ne pouvait qu'inciter le roi d'Hongsawadi à attaquer le Siam et il était effrayé par cette perspective au vu de l'état de son royaume. Il ne vit de solution que de demander à son père Chakkrapat de quitter son habit de moine et de reprendre le pouvoir. ( Avant le 12 mai  1568  jusqu’au 15 avril 1569 (?) (4) )

 

 

 

 

Une nouvelle guerre ...

 

 

Chakkrapat et son fils se hâtèrent de marcher sur Phitsalunok pendant que Thammaracha était encore à Hongsawadi, dans l'intention de ramener Phra Wisut Kasattri (Wisutthi), la reine mère (Rappelez-vous, fille de Chakkrapat et épouse de Thammaracha), ses fils et ses filles à la capitale, pour soi-disant les protéger, mais afin d'inciter Thammaracha  à dissuader le roi d'Hongsawadi d'attaquer le Siam.

 

 

 

Sur le retour, arrivé au Muang Nakhon Sawan, Chakkrapat ordonna à Mahin de commander une force (Combien d'hommes ?) pour rendre hors d'usage la cité de Kamphaengphet afin que l'ennemi ne puisse s'en servir de base.

 

 

Quand les forces siamoises atteignirent  Kamphaengphet,  Khun In Sena et Khun Tang Chai qui avaient été placés là par Thammaracha pour veiller sur la cité, non seulement refusèrent de coopérer avec les forces siamoises, mais formèrent une petite troupe pour attaquer le camp de Phraya Si qui formait l'avant-garde de l'armée principale de Mahin. Celui-ci croyant que la ville se serait rendue sans résistance préféra battre en retraite.

 

 

 

Ayuttaya se prépare à la guerre.

 

 

Pendant ce temps, le roi Chakkaphat  de retour à Ayutthaya,  mit en œuvre la défense de la capitale, convaincu que le roi d'Hongsawadi allait prochainement envahir le Siam.

 

 

Le Prince Damrong indique ensuite la mise en place du dispositif de défense avec la construction de forts tous les 40 m surtout en face de la rivière au sud; Les gros canons furent placés à une distance de 20 m et les petits à 10 m l'un de l'autre; Les murs de la ville furent construits à l'ancienne, ceux du côté de la rivière furent détruits et reconstruits. Phraya Ram installa de nombreux camps au front de la rivière munis de fusils de petit calibre; Outre les fossés déjà construits en dehors de la cité, il fit construire un fossé (Un klong) en face de la cité; Des tours d'observations furent érigées à l'est -les 3 autres côtés  étant déjà pourvus de fossés- à distance de 10m de la rivière afin de pouvoir apporter des bateaux  à temps pour attaquer en dehors de la cité.

 

 

 

 

Hongsawadi envahit le Siam en novembre 1568 (?)

 

 

Thammaracha avait appris que sa femme et ses enfants étaient retenus en otages à la capitale Ayutthaya. Il en informa le roi d'Hongsawadi qui ordonna de se préparer à envahir le Siam. Il demanda à Phra Thammarach de retourner en sa cité et de préparer une armée des provinces du nord et d'envoyer des ordres pour mobiliser tous ses vassaux.

 

 

 

 

A la fin de la saison des pluies, « le dimanche, le 6ème jour de la lune décroissante, du 7e mois siamois, de l'année du dragon majeur » (Novembre 1568 (?)), le roi d'Hongsawadi quitta sa capitale avec son armée composée de 7 divisions, celles commandées par Maha Uparat, le vice-roi Phrachao de Prome, le vice-roi Prachao de Toungoo, le vice-roi Pharchao d'Ava; chacune de ces  divisions ayant un contingent de Shans, auxquelles s'ajoutaient les divisions du roi, celle de son fils, gouverneur de Sarawadi (Tharrawadi) avec des soldats de Chiang Mai et Chiang Tung, et enfin celle de Phra Maha Thammaracha. On avait là, disent les Birmans, une armée de 500.000 soldats, qui prirent, comme les autres fois, le chemin de Mae Lamao, pour se rassembler à Kamphaengphet.

 

 

Les deux armées étaient prêtes à s'affronter en janvier 1569.

 

 

 

Cette fois-ci, du fait que toutes les cités du Nord s'étaient rebellées et s'était mises sous le drapeau birman, Ayutthaya n'avait pu recruter d'autres soldats extérieurs; ce qui facilita  le cheminement de l'armée du roi d'Hongsawadi qui arriva à Ayutthaya en janvier 1569. Le Prince Damrong indique alors en deux pages le dispositif mis en place par le roi d'Hongsawadi pour établir un siège efficace en plaçant les 7 divisions autour de la capitale d'Ayutthaya, en  veillant à ce qu'elles ne soient pas à portée des canons. De même, il nous donne le nom des commandants des forces siamoises et la place qu'ils occupent  pour défendre les 4 points cardinaux, sous les ordres du commandant en chef Phraya Ram, dont le camp est situé au centre, au parc du gouvernement, avec des colonnes armées  prêtes en soutien, et cinq sections prêtes également pour chacun des 4 côtés. Pendant ce temps, Le roi Chakkrapat avait envoyé une lettre au roi de Si Sattanakhanahut Phrachao Chai Chettha pour lui demander son aide.

 

 

 

On se retrouve ensuite au Conseil du roi d'Hongsawadi qui a réuni tous ses commandants afin d'établir la tactique d'attaque. Le Maha Uparat est pour une attaque rapide sur les 4 côtés en même temps, au regard des vivres qui pourraient manquer, avant que la saison des pluies n'arrive. Le roi d'Hongsawadi n'approuve pas cette idée, car Ayutthaya est entourée par des rivières et les Siamois sont prêts et dans une situation telle, qu'un petit nombre de soldats puisse se défendre face à un grand nombre. Il préconise d'attaquer le côté est en premier, même si cela prendra plus de temps.

 

 

 

Il transféra alors ses forces près du temple Maheyong côté est et demanda à Phra Thammaracha de couper de nombreuses branches de palmiers, et à l'Uparat de construire un petit fort en terre à 900 m du fossé de la capitale et un autre à 300m du vieux fort, avec un fossé, et de placer les palmes au-dessus. Mais très vite, on dut travailler la nuit car des volontaires sortaient de la capitale constamment pour les attaquer. Ce fut encore plus difficile pour la 3ème redoute qui était placée près du fossé de la capitale et était sous le feu des soldats. Il fallut construire des tunnels. Deux mois furent nécessaires pour finir de construire les 3 petits forts.

 

 

L'attaque pouvait commencer.

 

 

 

 

 

Malgré les nombreux assauts, Ayutthaya résistait et causait de nombreuses pertes avec leurs armes à feu. Le roi d'Hongsawadi ordonna alors aux bateaux de guerre de venir par le pont de Phao Khao (canal de Sikuk) et  plaça des patrouilles le long de la rivière de Thonburi à Nonthaburi pour éviter que des bateaux ne viennent soutenir Ayutthaya. Puis il engagea trois forces pour remplir le fossé de la capitale: Une, sous le commandement de l'Uparat au sud face au temple de Suwantharam; Une autre sous le commandement du vice-roi de Prome qui devait construire une chaussée entre le sud et l'est pour arriver au temple de Chan ; et encore une autre au nord commandée par le vice-roi d'Ava qui devait construire un autre chemin sur le fossé pour pouvoir entrer dans la cité en dessous du palais Chankasem. Malgré la menace du roi, les travailleurs qui s'étaient munis de boucliers de palmes, subir de lourdes  pertes  et il fallut apporter sans cesse de nouveaux  travailleurs.

 

 

 

 

Mais malheureusement, pendant ce temps,  le roi Chakkrapat malade, mourut. (15 avril 1569 ?)

 

 

Les commandants Phraya Ram, Phraya Kalahom et Phra Maha Thep prirent conscience que le peuple en serait affecté et moins énergique pour défendre le bord du fossé extérieur, aussi firent-ils construire un fossé à l'intérieur des murs.  Le roi d'Hongswadi vit là l'opportunité d'attaquer par le côté est, mais Phra Maha Thep en charge de sa défense  put repousser les forces ennemies.

 

 

Le roi d'Hongsawadi qui avait attaqué en vain  depuis mai 1969 était inquiet avec la saison des pluies qui approchait. Il consulta alors Phra Maha Thammaracha, qui lui dit que la défense d'Ayutthaya dépendait essentiellement de Phraya Ram.

 

 

Le plan de  Phra Maha Thammaracha pour prendre Ayutthaya.

 

 

Il assura le roi que si on pouvait prendre  Phraya Ram, la capitale tomberait facilement, et il lui révéla son plan. En effet, il était le commandant en chef et celui qui avait incité à la guerre.

 

 

 

Il s'agissait  d'envoyer un vieux serviteur fidèle porter une lettre à sa femme Phra Wisut Kasattri. Il lui demandait de la  donner au roi Mahin; elle contenait une proposition du roi d'Hongsawadi d'échanger Phraya Ram  contre une offre de paix. Le roi Mahin consulta son Conseil, qui lui rappela combien l'ennemi était en position de force et que,  bien que Phraya Ram offrira une grande résistance, il valait mieux accepter la proposition. Le roi Mahin demanda alors au Patriarche bouddhiste Somdet Phra Sangkharat d'aller discuter avec le roi d'Hongsawadi des conditions de l'accord. Les anciens du “gouvernement” escortèrent Phraya Ram  jusqu'au roi d'Hongsawadi.

 

 

 

 

Celui-ci réunit tous ses commandants pour les informer qu'une étape avait été franchie et pour savoir si on pouvait envisager de redevenir ami avec le roi du Siam. Tous les commandants lui répondirent que la capitale était sur le point de tomber  et qu'ils étaient en désaccord avec cette proposition. Le roi d'Hongsawadi donna alors sa réponse au messager, dans laquelle il disait que si le roi Phra Mahin désirait en terminer avec les hostilités, il devait savoir qu'il était battu et devait se rendre lui-même.

 

 

Le roi Mahin apprit le résultat de la mission qu'il avait envoyée et en informa son “gouvernement” qui prit conscience que le roi d'Hongsawadi voulait en fait faire prisonniers tous les habitants de la capitale. En colère et fiers, tous les officiers s'engagèrent à résister jusqu'à la fin, surtout que la saison des pluies allait bientôt commencer et que le roi d'Hongsawadi serait alors obligé de battre en retraite. Le roi Mahin approuva et donna ses ordres pour une plus grande vigilance dans la défense en assurant qu'aucune soumission ne serait faite.

 

 

 

Une nouvelle ruse.

 

 

Pendant ce temps le roi Phrachao Chai Chettha de Si Sattanakhadianahut avait pu acheminer son armée par le Muang Phetchabun pour soutenir Ayutthaya. Informés, le roi d'Hongsawadi et Phra Maha Thammaracha s'accordèrent sur une nouvelle ruse. Il s'agissait d'envoyer une lettre au roi Phrachao Chai Chettha,  signée par Phraya Ram et avec le sceau royal, qui l'informait que les forces birmanes avaient déjà investi la capitale et qu'il fallait qu'il vienne au plus vite pour les secourir. Lettre qui fut transmise par des soldats siamois de l'armée de Thammaracha. Puis le roi d'Hongsawadi ordonna à Phra Maha Uparat de tendre une embuscade à Saraburi.

 

 

 

 

 

Le roi Phrachao Chai Chettha ne se douta de rien et activa ses troupes, mais  arrivées à Saraburi, elles tombèrent dans l'embuscade et furent mises en déroute en perdant de nombreux éléphants, chevaux et hommes et beaucoup de soldats furent capturés. Le  Phrachao Chai Chettha estima qu'il n'avait aucune chance de vaincre, rassembla son armée et battit en retraite.

 

 

Le roi d'Hongsawadi redoubla alors d'efforts pour prendre  la capitale, mais ses habitants et ses soldats résistèrent avec succès. Phra Maha Thammaracha tenta ensuite en vain de les convaincre, mais ils répondirent avec leurs armes à feu.

 

 

 

 

Juillet 1569. Un nouveau plan de  Phra Maha Thammaracha.

 

 

Le roi d'Hongsawadi était très inquiet car la saison des pluies avait commencé. Il consulta Phra Maha Thammaracha qui lui proposa un nouveau plan. Phraya Chakri (Vous vous souvenez : celui qui avec Ramesuan, le fils du roi Chakkrapat avait été pris en otage lors de la précédente guerre) accepta de devenir un espion pour les forces birmanes. Une fausse évasion fut organisée qui permit à Phraya Chakri de se présenter comme un prisonnier à l'officier qui défendait le côté du temple Sop Sawan. Pour donner plus de crédibilité à cette fausse évasion, on n'hésita pas à couper la tête du faux responsable et on l'exposa à la vue des Siamois.

 

 

 

Le roi Mahin ne devina pas le stratagème et fut très heureux de retrouver son ancien commandant qui avait toujours combattu avec courage l'ennemi birman. Il le nomma comme le nouveau commandant en chef à la place qu'occupait  Phraya Ram.

 

 

 

Et  Phraya Chakri commença son travail de sape. Ainsi par exemple : Il réussit à convaincre que le jeune frère du roi Phra Saowarat, valeureux combattant, était un espion à la solde des Birmans, et il fut exécuté! Il désorganisa l'armée en déplaçant les  soldats les plus combattifs à des endroits moins stratégiques; et pris  d'autres initiatives qui mirent à mal la défense de la ville.  Phraya Chakri prévint le roi d'Hongsawadi qui attaqua tous les côtés.

 

 

Ayutthaya  chute le 29 septembre 1569.  (5)

 

 

« Le dimanche de la 11ème  lune décroissante du 9ème mois siamois, l'année du petit dragon » le royaume d'Ayutthaya tombait, après 9 mois de combats.

 

 

Peu après nous étions en pleine saison des pluies et tous les camps occupés par les Birmans furent inondés. Il récompensa Phraya Chakri en le nommant gouverneur de Phitsalunok. Mais  après l'avoir laissé gouverner pendant une période (Aucune date donnée) il profita d'un différend avec lui pour le faire exécuter, car il haïssait ceux qui avaient trahi leur pays.

 

 

Après la chute, le roi d'Hongsawadi fit prisonnier de guerre presque tous les habitants  et ne laissa que 10.000 habitants.

 

 

 

 

 

Le roi d'Hongsawadi resta à la capitale siamoise pendant la saison des pluies;. Il organisa une cérémonie pour introniser Phra Maha Thammaracha comme le nouveau roi d'Ayutthaya, le 14 octobre 1569  ou plus exactement « le vendredi, le 6ème jour de la lune décroissante, l'année du petit dragon. »

 

 

Le roi d'Hongsawadi laissa une garnison de 3000 hommes pour « aider » les autorités civiles. Puis il se dirigea avec son armée vers Phitsalunok en vue d'attaquer le royaume lao de Si Satthanakhanahut (Lan Xang).

 

 

Le royaume d'Ayutthaya ne savait pas alors qu'il serait sous la dépendance du royaume d'Hongsawadi pendant 15 ans.

 

 

Le règne du roi Thammaracha (ou Maha Tammarachathirat 1er (Sanphet I) สมเด็จพระมหาธรรมราชาธิราช (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 1) commençait. (1569-1590)

 

 

 

On peut constater que le Prince Damrong, faisant autorité dans l'histoire officielle de son pays, n'a pas suivi  tous les éléments de celle racontée par  « Les Chroniques royales d'Ayutthaya » , qui même parfois en diffèrent totalement. Il a certes confié qu'il avait lu les sources birmanes. (Cf. Notre article 58 (1))

 

 

 

 

Il est vrai que -curieusement- « Les Chroniques royales d'Ayutthaya » font la part belle au roi d'Hongsawadi, présenté comme un bon stratège, fin tacticien, conquérant impitoyable. On décrit abondamment la magnificence, la force  ordonnée de ses armées partant en campagne, son aptitude vigoureuse à insuffler l’énergie de la victoire. Alors que le roi Mahin  est présenté, comme un incapable, un naïf et un idiot, qui se retire en son palais, alors que la guerre fait rage, qui livre son commandant en chef aux Birmans, qui croit à l’évasion de Phraya Chakkri, prisonnier des Birmans, et qui en plus,  lui confie la défense de la capitale avec tout pouvoir et le laisse désorganiser la défense de  la capitale,  arrêter le Prince Saowarat (Son frère) qui commandait 15 000 hommes au centre du dispositif et qui répondait avec hardiesse à toute tentative des ennemis,  remplacer les soldats par des civils …

 

 

 

De plus « Les Chroniques royales d'Ayutthaya » racontent des faits non repris par le prince Damrong ou différemment. Ainsi, pour rendre véridique la fausse évasion de Phraya Chakkri, le Prince Damrong nous dit qu'un soldat birman fut éxécuté, alors que les chroniques nous disent qu'on sacrifia une trentaine de soldats qui  furent exécutés et empalés devant la palissade. Détail certes, mais combien d'autres. Le récit du prince Damrong diffère sur les conséquences de la reddition de la capitale. Pour les chroniques, le roi d'Hongsawadi fait prisonniers tous les habitants de la capitale et les emmène à Hongsawadi (La cité et le royaume portent le même nom), pour  ensuite  renvoyer à Ayutthaya le Phraya de Nakhon Si Thammarat, Phra Si Akkharat, Khun Kasettrathibodi, Khun Rakmonthian, Mün Narinsi, une centaine en fait de Khun et Mün, et 10. 000 hommes et femmes libres.

 

 

 

Le Prince Damrong  ne raconte pas la cérémonie de reddition du roi Mahin, où le  roi d’Hongsawadii  manifestera le respect dû à son  rang royal (invitation à s’asseoir, offre du bétel), que celui-ci méprisera, ni que le prince Thammaracha est prié d'escorter le roi Mahin jusqu'à Hongsawadi, en le laissant prendre toutes ses concubines et le personnel du palais. On pourrait multiplier les exemples.

 

 

 Bref, il vous appartient de comparer, sachant avec Paul Veyne (Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil.) - une citation que nous aimons répéter- :

 

 

Les historiens racontent des intrigues, qui sont comme autant d’itinéraires qu'ils tracent à leur guise à travers le très objectif champ événementiel ( …); aucun historien ne décrit la totalité de ce champ, car un itinéraire doit choisir et ne peut passer partout; aucun de ces itinéraires n'est le vrai, n'est l'Histoire.

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) Nos deux articles d'après « Les Chroniques royales d'Ayutthaya » :

 

57. L’alliance « mouvementée » entre le royaume lao de Lan Chang et Ayutthaya en 1568 (?).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-57-l-alliance-mouvementee-entre-le-royaume-lao-de-lan-chang-et-ayutthaya-en-1568-113002980.html

 

58. Le royaume d’Ayutthaya est annexé par les Birmans en 1569.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-58-le-royaume-d-ayutthaya-est-annexe-par-les-birmans-en-1569-113066933.html

 

(2) Prince Damrong Rajanubhab, Chapitre 4, “War No. 4 “When the Siamese capital was lost to the King of Hongsawadi. The year of the major dragon, B.E. 2111 (A.D. 1568), In « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 », White Lotus, 2001

 

Une biographie exceptionnelle :

 

Cf.http://en.wikipedia.org/wiki/Damrong_Rajanubhab

S. A. R. le Prince Ditsawarakuman, ou le Prince Damrong Rajanubhab (สมเด็จ พระเจ้า บรม วงศ์ เธอ พระองค์เจ้า ดิ ศ วร กุมาร กรม พระยา ดำรง ราชา นุ ภาพ;) (21 Juin 1862 - 1 Décembre 1943), fils du roi Mongkut., demi-frère du roi Chulalongkorn.

Vice-commandant en chef de l'armée en 1887, ministre de l'Éducation, ministre de l'Intérieur en 1894. Il est considéré comme le fondateur du système éducatif et du système de santé  thaïs  et de l'administration provinciale moderne. Il fut le premier président de l'Institut royal de la Thaïlande.

Il fut l'un des intellectuels les plus influents de son époque, et  le père de l'histoire thaïlandaise. Il est devenu le premier Thaïlandais à être inclus dans la liste des personnes les plus distingués du monde par l’UNESCO. Le 28 Novembre 2001, pour honorer les contributions remarquables du prince, le gouvernement a déclaré que le 1 Décembre serait désigné comme le  «Jour Damrong Rajanupab »

Écrits

Prince-Damrong a écrit d'innombrables livres et articles, dont seulement quelques-uns sont disponibles en traduction anglaise et un seul en français :

 Le Prince a aussi écrit en thaï un second volume sur les guerres entre les Thaïs et les Birmans de 1767 à 1855. Celui-ci n’a pas été traduit.

 

  1. RH 32. LA TROISIÈME GUERRE CONTRE LES BIRMANS POUR DEUX ÉLÉPHANTS BLANCS EN 1563 (?).

 

  1. Le Wikipédia anglais prétend que le roi Chakkrapat a régné de 1548 au 18 février 1564 puis avant le 12 mai 1568 jusqu’au 15 avril 1569 et Mahin du 18 février 1564 jusqu’avant le 12 mai 1568   et du 15 avril 1569 au 2 août 1569 (Déposé par les Birmans)
  2. Wikipedia anglais.  Bayinnuang installed Maha Thammarachathirat as the King of Ayutthaya on 29 September 1569, [note 4] tributary to Pegu. Mahinthrathirat along with his family and the nobility were captured and taken to Pegu. Mahinthrathirat died in the same year on the way.

 

Note 4 : Date per Burmese chronicles (Maha Yazawin Vol. 2 2006: 324) and (Hmannan Vol. 2 2003: 419): 5th waning of Thadingyut 931 ME (29 September 1569). (Damrong 2001: 63) says he became king on Friday, 6th waxing of the 12th Siamese month of 931 CS, which translates to 14 October 1569. However, according to the Burmese chronicles, Friday, 6th waxing of Tazaungmon 931 ME (14 October 1569) was the date on which Bayinnaung left Ayutthaya for Phitsanulok to begin the Lan Xang campaign.

 

 

 

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 22:04

 

Nous avons vu que le roi Chakkrapat avait sauvé sa capitale encerclée uniquement par le fait que le roi birman d'Hongsawadi avait été contraint de retourner en son pays faute de vivres suffisants pour soutenir le siège, alors que la saison des pluies s'annonçait. Nous avons vu que le roi Chakkrapat avait sauvé sa capitale encerclée uniquement par le fait que le roi birman d'Hongsawadi avait été contraint de retourner en son pays faute de vivres suffisants pour soutenir le siège, alors que la saison des pluies s'annonçait.

 

 

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » racontent ensuite que le roi Chakkrapat avait vécu une période faste marquée par la capture d'autres éléphants blancs qui faisait de lui un roi prestigieux avec sept éléphants blancs (2). Cela ne s'était jamais vu et fut interprété comme le signe de la grandeur et de la magnificence d’Ayutthaya, et valut au roi Chakkrapat le titre de « seigneur des éléphants blancs ». Sa réputation était venue jusqu’aux oreilles du roi d'Hongsawadi qui en fut jaloux car il n'en possédait aucun. Il aurait bien voulu envahir le Siam pour les prendre, nous dit le Prince Damrong, mais il était conscient que les Môns ne l'auraient pas suivi, traumatisés par la conquête de leur territoire. Le Prince Damrong nous rappelle qu'auparavant Bayinnaung avait conquis Toungoo, Prome, Martaban, Hongsawadi et soumis tout le territoire môn. (3) Ses ministres  lui avait conseillé de prendre plutôt Ava, puis le territoire des Shans,  pour ensuite envahir Chiangmai. (1558) (4) Bref, il préféra choisir la voie diplomatique et envoya une lettre royale au roi Chakkrapat. La réponse du roi Chakkrapat sera à l'origine de la troisième guerre contre les Birmans d'Hongsawaddi, connue comme « la guerre pour deux éléphants blancs », que les « Chroniques royales d'Ayutthaya » raconteront en six pages et demie.  (Bas p. 42-haut p. 49)

 

 

Notre récit -plus court- se fondera sur deux de nos articles relatant cette guerre. (Cf. (5))

 

 

La capture de sept  éléphants blancs qui avait intronisé le roi Chakkrapat comme « le Seigneur des éléphants blancs » avait conduit le roi d’Hongsawadi  à demander à son « estimé  ami » le don de deux éléphants blancs. 

 

 

Les deux lettres royales. La diplomatie et l'honneur.

 

 

Les chroniqueurs vont relater un épisode d'anthologie (en 7 §) en révélant le contenu  des deux lettres royales, et même la discussion qui a précédé la réponse du roi Chakkrapat, comme s'ils participaient au Conseil royal.

 

 

La lettre du roi d'Hongsawadi.

 

 

Après les éloges d'usage de cette époque, il lui dit humblement qu’il veut toujours cultiver une relation amicale avec son royal frère ainé, qui est en grande abondance et qui a obtenu force et pouvoir,  par ses mérites et la possession de sept éléphants blancs. 

 

 

 

 

Il se place ensuite en modeste jeune frère qui désire obtenir deux éléphants blancs pour  augmenter la gloire d’Hongsawadi, fortifier leur amitié, devenir encore plus proche comme allié, pour leur fortune commune. Mais il termine sa lettre avec une  menace : « si notre royal frère ainé avait l’arrogante idée de penser que l’amour de ses deux éléphants étaient supérieurs à leur royale amitié, cela voudrait dire qu’Hongsawadi et Ayutthaya seraient de nouveau séparés et  que cela occasionnerait des troubles profonds ».

Le message était clair.

 

 

Ensuite, selon le rituel, la lettre du roi d’Hongsawadi fut transmise par un représentant du roi, le 1er des ministres,  dont le nom nous est parvenu (Saming Yokharat) accompagné de cent hommes jusqu’à la Cour d’Ayutthaya, où il fut reçu en audience officielle.

 

RH 32. LA TROISIÈME GUERRE CONTRE LES BIRMANS POUR DEUX ÉLÉPHANTS BLANCS EN 1563 (?). (1)

La réponse du roi Chakkrapat.

 

 

Après avoir pris connaissance de la lettre du roi d'Hongsawadi, le roi demanda l'avis  de son premier ministre, qui après avoir loué le style de la lettre, la puissance du roi d'Hongsawadi, rappelé  sa générosité quand il avait relâché ses deux fils capturés (Cf. Article précédent), lui conseilla de donner les deux éléphants blancs, ce qui ne pouvait  que renforcer son honneur auprès des autres pays.

 

 

 

Mais le  Prince Ramesuan, Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkhram, le  gouverneur de Suphanburi étaient d'un avis contraire. Ils lui rappelèrent que le roi d’Hongsawadi  n’avait pas été capable de garder les deux éléphants Si Mongkhon et MongkhonThawip qu'il lui avait  demandé après avoir libéré les Princes Ramesuan et Mahin. Il perdrait cette fois-ci son honneur vis à vis des autres pays en montrant sa peur face au pouvoir du roi d’Hongsawadi. Le roi sachant ce que signifiait le refus  leur demanda alors s'ils étaient capables de défendre la capitale.  (Cf. La conception de l'honneur ?(6))

 

 

Les trois l’assurèrent que, quelle que soit la taille de l’armée ennemie, ils garantissaient  la sécurité de la capitale.

 

 

 

 

La lettre  du roi Chakkrapat.

 

 

Après les éloges d’usage (le roi régnant à Ayutthaya où abondent les grands éléphants blancs de la lignée de Siva et Vishnu...), le roi rappelle une ancienne  tradition qui accorde la royauté aux mérites acquis et qui donne les « précieux » bijoux, femmes, éléphants, chevaux, armées, trésors, mais à la condition de l’acquérir par soi-même, sinon, précise-t-il, on ne peut les conserver.  (Rappel perfide du renvoi des deux éléphants blancs, que le roi d’Hongsawadi n’avait pu maîtriser).

 

 

Ensuite, reprenant la litanie « Naturellement, il ne faut pas être étonné qu’un royaume possédant belles femmes, éléphants blancs,  éléphants aux défenses courtes , des mines de pierres précieuses et d’or, génère la guerre. ». Pour terminer par un « hypocrite » : « Il ne faudrait pas que notre jeune frère se sente offensé ».

 

 

 

Ce  fut donc la guerre « en 910, l’année du singe, 10e décade ».

 

 

Le roi d'Hongsawadi reçut donc de la main de son ambassadeur la réponse du roi Chakkrapat et en tira la conclusion : « Nous ne désirions que deux éléphants blancs. Rompre ainsi notre royale amitié ! A ce jour, nous sommes de nouveau « opposés ».

 

 

 

 

La décision prise, le roi d’Hongsawadi analyse, devant ses principaux ministres, les raisons des deux échecs précédents. (Cf. Nos deux artciles précédents.)

 

 

La principale, dit-il, est la situation d’Ayutthaya entourée d’eau, tel le Mont Meru avec la mer de Sithandon, qui oblige à avoir des vivres suffisants pour tenir une longue campagne, surtout que les cités vassales de Phitsalunok, Sawankhalok, Sukhotai, Khamphaengphet, et Phichai ont, elles aussi, des vivres en abondance.  Donc, si nous prenons ces cités du Nord, Ayutthaya ne pourra pas éviter d’être prise.

 

 

 

 

Après avoir été approuvé par ses principaux ministres, le roi envoya l’ordre au roi d’Ava, son gendre, au roi de Phrae, son fils ainé, et au roi de Chiang Mai et aux autres seigneurs  des grandes ou petites cités vassales, de préparer éléphants, chevaux, et troupes et de venir se rassembler à Hongsawadi à la fin de la saison des pluies. (Rappelons-nous qu'en 1558 (?) Chiang Mai avait été vaincu et occupé par les Birmans.)

 

 

Dès la fin de la saison des pluies les différentes armées s'assemblèrent à Hongsawadi. On avait là une force énorme composée dit-on de « 900.000 hommes ! 700 éléphants de guerre ! 15.000 chevaux ! » venant d'Ava, Chiang Mai, Phukam, Pruan, Phrae, Lakhoeng, Cittong, Tôngu, Bassein, Bua Phüan, Sariang, Trang, Martaban, Moulmein, et Tavoy. Le roi nomma l’Uparat comme  le chef de l’avant-garde, le roi d’Ava formant l’aile droite, le roi de Phrae, l’aile gauche, et le roi de Chiang Mai, l’arrière-garde.

 

 

Le jour choisi par les astrologues, « le mercredi, le second jour de la lune croissante du 12e jour », l'armée birmane se mit en marche.

 

 

Un long chapitre des Chroniques décrira la magnificence de l'armée birmane (le roi d’Hongsawadi dans toute sa splendeur, sa pompe, son faste et son éclat. Magnifique sur son éléphant dont on donne le nom (Thewwanak Phinai), avec toutes ses parures, ses bijoux d’or et de saphirs, ses armes décorées, ses gardes du corps sur des chevaux somptueux, au milieu des bannières, drapeaux, ombrelles et parasols, avec l’armée derrière, marchant en rang, en procession, au son des gongs et des tambours …).

 

 

 

Ensuite les Chroniques vont raconter les étapes de la marche vers Ayutthaya (7 jours pour atteindre Martaban, 5 jours pour traverser la rivière de Martaban, et 20 jours pour atteindre Kamphaengphet.) et la mise en place de l'armée birmane. Le  roi de Chiang Mai ...

 

 

 

dut construire 200 bateaux de guerre (de type kajang laoka) que les Phraya de Haripunchai et de Nakhon Lampang amèneront en petites quantités et assembleront au canton de Rahaeng. Le roi birman  amena l’armée principale à Sukhotai pour y établir des palissades, puis  après avoir conféré avec les Phraya de Sukhotai et de Sawankhalok,  il se dirigea à Phitsalunok pour y établir l’enceinte royale.

 

 

 

 

Le Prince Thammaracha de Phitsalunok devant un choix « cornélien ».

 

 

Pendant ce temps le Prince Thammaracha de Phitsalunok avait été informé de l’arrivée des troupes d’Hongsawadi aux frontières et avait sollicité un renfort d'Ayutthaya tout en invitant tous les habitants de la région à venir dans la cité préparer sa défense.

 

 

Mais présentement, il pouvait voir le roi d’Hongsawadi préparer le futur assaut avec la fabrication de nombreuses échelles, le creusement de fossés, la construction de murs en terre, plus hauts que les siens, etc.  Puis il reçut une lettre du roi birman  lui proposant une négociation.

 

 

La première réponse du Prince fut de rappeler que son royaume  appartenait au roi d’Ayutthaya, le seigneur des éléphants blancs, et qu’il ne pouvait accepter de venir en audience. Le roi d’Hongsawadi le relança et dans une autre lettre expliqua que Phitsalunok était très petit et que son avant-garde suffirait pour occuper la cité, rajoutant  qu’il ne faudrait qu’une heure à ses soldats pour franchir les murs.

 

 

Alors le Prince Thammaracha invita quatre moines à évaluer la situation et fit le point avec son Conseil. Il constatait que l’armée d’Ayutthaya n’était pas arrivée, et que les forces du roi d’Hongsawadi étaient considérables (On entendait les voix et les sons assourdissants des hommes, des éléphants et des chevaux) ; et qu’elles leur seraient faciles d’attaquer et de détruire la cité, les hommes et les moines et la sainte religion. En conséquence, il était prêt à se rendre, et à  mourir pour sauver les hommes de sa cité.

 

 

 

 

Mais le lendemain, lors de son audience auprès  du roi d’Hongsawadi, il changea d'avis et accepta l'invitation du roi de  se joindre à lui, qui  lui accorda 7 jours pour préparer ses hommes (30.000) et  rejoindre l’armée principale.

 

 

Dès lors le roi d'Hongsawadi pouvait assembler ses forces à Nakhon Sawan.

 

 

 

Et pendant ce temps, le roi Chakkapat avait reçu le rapport du Prince Thammaracha de Phitsalunok et avait décidé d’envoyer Phraya Phichai Ronnarong et Phraya Wichit Ronnarong  l’aider au plus vite avec 10.000 hommes. Mais ceux-ci arrivés à la frontière de Nakhon Sawan apprirent que le roi d’Hongsawadi avait déjà pris Phitsalunok et toutes les cités du Nord et qu’il approchait de Nakhon Sawan, et aussi que le Prince Thammaracha était désormais à leurs côtés.

 

 

 

 

Informé, le roi Chakkrapat en fut plutôt effrayé et demanda leur plan au Prince Ramesuan, Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkram, qui le rassurèrent en disant que si actuellement l'armée birmane et môn étaient  rassemblées en grand nombre, elles se diviseraient en descendant  sur la capitale et qu'ils pourront alors  les attaquer. Le roi organisa alors la défense de sa capitale en installant trois divisions au milieu de la cité et en renforçant les enceintes.

 

 

L’attaque de la capitale.

 

 

Les Chroniques racontent  la stratégie adoptée par les Birmans (En 2 §) avec  le mouvement des corps d’armée de l’Uparat, du roi de Phrae, du Phraya de Tongu, de Cittong, de Lakhoeng, du Phraya de Bassein, de Sariang, pendant que l’armée principale était au Wat Pho Phuak et le Prince Thammracha à Makham Yong derrière la réserve royale. Bref, les armées birmanes, môns et siamoises avaient encerclé la capitale et en un jour avaient fini de construire les ponts et les tours en bambou. Le roi et les habitants de la capitale pouvaient constater qu’ils étaient trois ou quatre fois plus nombreux que lors de leur précédente attaque.

 

 

 

L’échange des lettres royales.

 

 

Le roi d’Hongsawadi constatant après sept jours depuis son arrivée, qu'Ayuttaya  n'avait lancé nulle attaque décida d'envoyer une lettre au roi Chakkrapat.

 

 

Après les formules d’usage, il lui rappela l'historique du présent conflit ; sans oublier de faire référence à la guerre précédente où il avait répondu favorablement à sa lettre qui  demandait la liberté de ses deux fils prisonniers.

 

 

Il n'avait fait que demander deux éléphants blancs en termes choisis (reconnaissance de ses « mérites », amitié plus grande, et la gloire de sa capitale d’Hongsawadi, (en oubliant la menace exprimée)). Alors que lui, lui avait répondu de façon insultante, en se moquant des jolies femmes d’Hongsawadi et en insinuant qu’une réponse favorable n’aurait fait qu’attirer des forces ennemies. Il devait maintenant faire face à la réalité avec l’encerclement de sa capitale depuis 7 jours, lui signalant  le refus du combat et n'hésitant pas à se moquer au passage  pour son peu d’empressement à venir « s’amuser ». Il lui proposait de venir discuter s’il ne voulait pas combattre ou sinon il était assuré de perdre son royaume.

Là encore, le message était clair.

 

 

Quand le roi Chakkrapat prit connaissance du contenu de la lettre du roi d'Hongsawadi, il estima que ses soldats n'avaient pas la capacité de défendre la capitale et que s’il ne capitulait pas, tous les moines, brahmanes et habitants seraient exterminés ainsi que leur sainte religion profanée. Bien qu'il ait quelques doutes sur les promesses du roi d'Hongsawadi, il envoya sa réponse en exposant le dispositif et le cérémonial de la reddition (place et hauteur des trônes par ex.).

 

 

Le jour suivant, après les formules d’usage, le roi d’Hongsawadi lui communiqua les termes de la reddition : Au lieu des 2 éléphants blancs  refusés, le roi voulait désormais 4 éléphants blancs ; Que le Prince Ramesuan serait désormais son  « fils » (prisonnier). (Il passa outre à l’argument du roi  Chrakkrapat qui lui rappelait qu’il était son successeur en lui disant qu’il lui restait le Prince Mahin) et que Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkhram l'accompagneraient  ainsi que leurs femmes et leurs enfants.

 

 

 

 

Le roi d’Hongsawadi accepta la demande du roi Chakkrapat d’épargner tous les habitants d’Ayutthaya et de relâcher tous les prisonniers qui avaient été capturés dans les cités depuis la frontière.

 

 

 

Les dispositions furent prises de part et d'autre pour que s'organise le retour de l'armée du roi d'Hongsawadi avec ces prisonniers royaux et leurs familles et les 4 éléphants blancs nommés Phra Khatchentharodom, Phra Boromkraison, Phra Rattanakat, et Phra kaeo Song Bat.

 

 

Le roi Chakkaprat accompagna le roi d’Hongsawadi avec les illustres prisonniers et leurs familles,  jusqu’à  Kamphaengphet avant de retourner à Phitsalunok (?).

 

 

La troisième guerre était terminée.

 

 

 

 

 

PS. La trahison du sultan de Pattani.

 

 

 

 

Les Chroniques d'Ayuttahya ajoute qu'à la même période le sultan de Tani (Pattani)  était arrivé avec 200 bateaux Yayap pour soutenir le roi d 'Ayutthaya au temple de Kutbangkaca, puis le jour suivant s'était ancré au pont de Chai Gate. Puis apprenant ce qui  se passait à la capitale saisit l'opportunité de se révolter et s'empara du palace royal. Mais informées les troupes d'Ayutthaya purent reprendre le contrôle de la résidence royale. Et les bateaux restants de Pattani purent s'enfuir et retourner en leur territoire.


                                

 

La version du Prince Damrong.

 

 

 

 

Le Prince Damrong dans son chapitre 3 de son livre  « War in connection with white elephants »  consacré aux guerres contre les Birmans  nous donne une autre version sur certains points, des informations complémentaires (Il a eu accès aux sources birmanes, dit-il) et aussi une interprétation plus favorable pour les Siamois pour ce qui constitue -quand-même- une sévère défaite.   (3)

 

 

Il confirme qu'à la réception de la lettre du roi d'Hongsawadi demandant deux éléphants blancs, deux opinions se sont exprimées au Conseil du roi Chakkrapat. L'une qui rappelait essentiellement que la puissance du roi Bayin Naung était bien plus grande que celle de Tabinshwethi, surtout depuis qu'il avait annexé Chiang Mai, et qu'il était impossible de résister et d'obtenir la victoire. Il valait donc mieux souffrir de la perte de deux éléphants blancs que de faire souffrir le peuple.

 

 

D'autres plus importants comme le fils du roi, Phra Ramesuan, Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkhram, le gouverneur de Suphanburi, voyaient là une ruse du roi d'Hongsawadi pour envahir et annexer le Siam et un moyen pour montrer aux autres royaumes et cités que le roi d'Ayutthaya avait peur de lui. Ils estimaient que donner deux éléphants blancs n'épargnerait pas la guerre, mais ne donnerait qu'un délai. Il valait mieux  faire face au danger que de montrer au roi d'Hongsawadi que les Siamois avaient peur.

 

 

On connait la suite. Mais le Prince Damrong donne plus d'informations que les chroniques siamoises sur les forces supérieures du roi Bayin Naung que ne possédait pas le roi birman Tabinshwethi, lors de la guerre précédente. Ainsi, dit-il, il a désormais les capacités supplémentaires de Chiang Mai : bateaux de guerre, une armée de soldats, des moyens de transport, des vivres qu'il n'a pas besoin d'amener d'Hongsawadi. Il faut savoir, rajoute le Prince Damrong, que le roi Bayin Naung  possède  l'art de guerre, qu' il a déjà remporté de multiples victoires, que ses soldats ont foi en lui et sont en excellente condition ; que  Bayin Naung était déjà le commandant en chef du roi Tabinshwethi, quand ils ont envahi le Siam et donc qu'il connait bien le royaume, les méthodes de guerre des Siamois. De plus, cette fois-ci  Bayin Naung a des armes à feu plus puissantes que celles des Siamois et surtout, il a engagé 400 mercenaires portugais qui ont une grande expérience  de leur utilisation.

 

 

Ensuite le Prince Damrong précise que l'armée de 500.000 hommes (Les Chroniques siamoises disent 900.000) a été rassemblée  à Martaban et organisée en 5 divisions (Le Prince nomme les commandants de chacune), mais il ajoute que les Sawbwas des Etats Shan ont aussi reçu l'ordre de coopérer et d'assurer le transport de chaque division, tandis que le Chef de Chiang Mai devait amener les vivres par bateau et rejoindre l'armée du roi d'Hongsawadi à Tak.

 

 

Ensuite le Prince est  plus informatif que les Chroniques siamoises, en précisant le dispositif de défense d'Ayutthaya : Phraya Chakri avait été chargé avec 15.000 hommes de défendre le fort de Lumphli au nord; Phra Maha Sena avec une force de 10.000 hommes, au fort de Ban Dokmai Hantra à l'est ; Phra Phrakhang avec 10.000 hommes dans le fort à la fin du fossé pour le côté sud et Phra Sunthon Songkram avec 10.000 hommes au fort Champa à l'ouest.

 

 

Pendant ce temps, le roi d'Hongsawadi avait déjà pris la cité de Kamphaengphet et capturé le gouverneur, puis avait divisé son armée : Les vice-rois d'Ava et de Toungoo devaient prendre Phitsalunok, le Maha Uparat et le vice-roi de Prome, Sukhotai, Sawankhalok et Phichai et lui-même avec le reste de l'armée restait à  Kamphaengphet. Mais le Prince Damrong donne une autre version pour la reddition de Phra Maha Thammaracha, le Prince de Phitsalunok, en disant qu'il offrit une forte résistance et ne se rendit, qu'une fois les vivres épuisés, alors qu'une épidémie de variole s'était déclarée. Bref, Phra Maha Thammaracha et les autres gouverneurs des cités vaincues durent faire allégeance, furent laisser à leur poste en attendant l'ordre de venir rejoindre l'armée birmane.

 

 

Il était temps pour le roi d'Hongsawadi de marcher sur Ayutthaya. Après avoir organisé son armée : rassemblé à Phitsalunok  tous les bateaux des provinces du Nord qui devaient se ranger sous les ordres du vice-roi de Prome. A terre, Maha Uprat était en charge de l'aile droite, le vice-roi d'Ava  de l'aile gauche et le vice-roi de Toungoo du centre ; ils étaient suivis par l'armée du roi que sont venus rejoindre les armées de Phra Thammaracha, de Phraya Sawankhalok et de Phraya Pichai.

Ensuite est évoquée la décision du roi Chakkrapat d'envoyer Phraya Phichai Ronnarit et Phraya WichitNarong en avant garde de la principale armée commandée par son fils Phra Ramesuan chargée de soutenir Phitsalunok.

 

 

 

Après on connait la suite : Phraya Phichai Ronnarit et Phraya WichitNarong en arrivant à Nakhon Sawan apprirent que Phitsalunok était déjà tombé. Ils se retirèrent, mais Phra Ramesuan décida d'attendre l'ennemi en s'installant dans une forte position à Chainat.  

 

 

La bataille fut acharnée, les forces siamoises, dit le prince Damrong, furent braves et habiles, au point que l'armée birmane dut attendre l'arrivée des bateaux sous les ordres du vice-roi de Prome avant de reprendre le combat sur terre et sur la rivière. L'armée de Ramesuan ne put tenir sous le nombre et battit en retraite.

 

 

Puis ce fut l'attaque de la capitale avec la prise des forts de  Lumphli au nord; de Ban Dokmai Hantra à l'est ;  et du fort Champa à l'ouest... Bref, Ayutthaya était encerclé et le roi Chakkrapat ne pouvait que constater sa défaite pendant que le roi d'Hongsawaddi poursuivait la destruction de tous les bateaux siamois, plaçait ses gros canons près des murs qui tiraient sur la cité, effrayant le peuple …

 

 

Le roi d'Hongsawaddi proposa alors au roi Chakkaprat de négocier, en promettant de retirer ses forces et de ne pas prendre la capitale. Sous la pression du peuple (?)  Le roi fut obligé d'accepter « l'amitié » proposée par le roi d'Hongsawadi. Il fit construire un temple temporaire, pour rencontrer le roi d'Hongsawadi ; Celui-ci lui exposa alors les termes de la reddition :

 

 

 Le Prince Damrong, s'appuyant sur l'histoire birmane, nous apprend qu'en plus  de devoir  donner 4 éléphants blancs, et d'emmener  Phra Ramesuan, Phraya Chakri, et Phra Sunthon Songkham  à Hongsawadi,  les Siamois devront payer un tribut annuel de 30 éléphants, et 300 catties (monnaie ancienne équivalente à 150 kilos . D'or ? ; D'argent ? ) et que les Birmans n'auront plus les taxes à payer au port de  Muang Marit (Mergui).

 

 

« La guerre pour deux éléphants blancs » était terminée. Le roi d'Hongsawadi avait épargné la capitale d'Ayutthaya et libéré les prisonniers, mais avait pris en otage, le fils aîné du roi Chakkraphat, Phra Ramesuan, avec Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkham.  Le royaume d'Ayutthaya était devenu un vassal du royaume d'Hongsawadi, qui avait de plus comme allié le Prince Thammaracha de Phitsalunok, qui pouvait contrôler toutes les cités du Nord et intervenir désormais contre le royaume d'Ayutthaya. C'est ce que nous allons voir dans le prochain article.

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) 1563, selon le Prince Damrong. Mais nous savons que les dates données sont toujours aléatoires et varient selon les sources.

 

 

(2) Les Chroniques royales racontent que le roi Chakkrapat avait capturé un éléphant blanc dans la région de Sai Yoi, qu’on nomma Phra Rattanankat. L’année suivante, le roi captura encore dans la forêt de Phetchabun  un éléphant blanc qu’on nomma PhraKaeo Song Bat et encore deux autres avec leur mère dans la forêt de Maha Pho. Et encore ensuite le roi captura un autre éléphant blanc, qu’on nomma Phra Boromkraison, dans la forêt de Chalechupson (ou Thalechupson), et encore un autre dans la forêt de Nam Song qu’on nomma Phra Suriyakunchon.

 

 

(3) Prince Damrong Rajanubhab, In « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 », White Lotus, 2001

 

 

(4) Selon les sources, des confusions se font sur le nom du roi d'Hongsawadi. Pour notre période étudiée, on peut rappeler (ou convenir) :1546 : Tabinshwehti est sacré roi de toute la Birmanie à Pagan. 1547 : Tabinshwehti impose sa suzeraineté au nord du Siam puis conquiert le royaume môn et installe sa capitale à Pégou. 1551 : La mort de Tabinshwehti entraîne la division de son empire et la révolte des Môns. Bayinnaung devient roi et réunifie toute la Birmanie. C'est donc le roi Bayinnaung, qui en 1558 prend Chiang Mai, qui reste deux siècles sous domination birmane, à l'exception de deux brèves périodes au tournant du XVII e siècle et au début du XVIII e siècle. Le Lanna repasse sous influence siamoise en 1774, date à laquelle Chiang Mai est prise par le roi Taksin.

 

 

 

 

(5) 5-5. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-55-ayutthaya-en-guerre-pour-deux-elephants-blancs-1568-112218606.htm

           5-6.  La troisième guerre d’Ayutthaya contre les Birmans.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-56-la-troisieme-guerre-d-ayutthaya-contre-les-birmans-1568-112392417.html

 

 

(6) Une guerre pour «  l’honneur » ?

 

On peut noter que c’est la première fois que dans les Annales royales une guerre se fait explicitement au nom de l’ « honneur », bien que nous avons vu qu’en 1556, le roi Chakkrapat  s’était senti « obligé «  d’aller au secours de son vassal, le roi de Lovek, (vassalité acceptée lors de sa défaite de 1551 (Cf. article 54), défait par les Annamites. Cette « obligation » est bien sûr le fondement de ce système d'alliance, mais on ne peut s’empêcher de penser qu'il  repose aussi  sur une conception de l’honneur.

 

 

Mais le problème ici est que le 1er ministre et le  Prince Ramesuan, Phraya Chakkri et Phra Sunthon Songkhram n’ont pas la même conception de l’honneur. Les deux présument que leur opinion répond le mieux à l’idée que se font les autres pays de l’honneur.

 

 

L’un veut éviter la guerre et met en avant la reconnaissance du geste royal du roi d’Hongsawadi d’avoir libéré les deux fils du roi et les trois autres estiment qu’il ne faut pas céder à la menace et à la peur et sont prêts à défendre leur position jusqu’à la guerre.

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23 août 2018 4 23 /08 /août /2018 06:22

 

Nous en étions dans notre article précédent aux deux guerres que le roi Chakkrapat aurait mené contre les Khmers de Loveck en 1551 et 1556 selon les «Chroniques royales d'Ayutthaya» en indiquant que d'autres sources ne rapportaient pas les mêmes événements, ni  la même issue. Les deux royaumes s'octroyant la victoire.

 

 

Mais après avoir maté la rébellion du Prince Si sin en 1561 (?) (Cf. En note (1), le récit qu'en font les Chroniques royales), le roi Chakkraphat va devoir affronter sa deuxième guerre birmane en 1563-1564 (?) (Un problème de dates ? Cf. (2)). Une guerre en plusieurs épisodes, dont les conséquences seront autrement plus tragiques pour son royaume, avec la mort « héroïque » de la reine Suryothai,  la capture des Princes Ramesuan et Mahin, qui seront libérés. (Nous verrons dans quelle circonstance)  Une guerre que le livre très populaire du  Prince Damrong Rajanubhab, « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 » raconte dans un chapitre consacré surtout à l'héroïsme de la reine Suryothai.

 

 

(Cf. Notre lecture de ce livre (3)) Une reine que le film de Francis Copolla et  Chatrichalerm Yukol (2001) « La Légende de Suriyothai » consacre comme héroïne nationale (Cf. Présentation de ce film (4))

 

 

« Les Chroniques royales d'Ayutthaya » vont donc raconter comment le roi d'Hongsawadi a  décidé en 1563 (?) de prendre Ayutthaya avec 300.000 soldats, 700 éléphants de guerre, et 3.000 chevaux avec l'Uparat (L'héritier) en avant-garde, le roi de Phrae, au centre et le Praya de Bassein à l'arrière-garde. Elles vont le décrire dans toute sa magnificence : sa tunique, ses décorations, ses bijoux, monté sur son royal éléphant Prap Thawit, tout orné, avec ses neuf chaînes précieuses, dans une  procession hiérarchisée haute en couleurs, différentes selon le rang et les corps d'armée, avec les drapeaux, les étendards, au son du gong des astrologues, des conques et des trompettes; Bref disent-elles : « La scène était magnifique et merveilleusement splendide ». L'armée se mit en route durant 7 jours, et traversa la rivière de Martaban pour rejoindre Sami.

 

 

Le roi Chakkrapat l'apprenant, ordonna aux familles des districts proches d'Ayutthaya de rejoindre la capitale et envoya un décret royal au Prince Thammaracha de Phitsalunok pour qu'il organise des armées avec  toutes les cités du Nord pour servir de force d'appoint.

 

 

Il envoya également Praya Chakri établir des palissades à Lumphli avec 15.000 soldats. Le moine Maha Nak  du temple de Phukhao Tong érigea également une palissade jusqu'au temple de la forêt de Phlu pour protéger les forces navales. Il fit aussi creuser un fossé le long du canal Maha Nak. Chao Phraya Maha Sena, commandant 10.000 hommes s'installa au fort Thong Na Hantra au village de Dokmai. Phraya Phra Klang avec 10.000 soldats s'installa au fort Khu et Phra Sunthon Songhram, le chef de Suphanburi au fort Campa, avec aussi 10.000 hommes.

 

 

Le roi d'Hongsawadi passa par Kanchanaburi et arriva à Ayutthaya, « un dimanche, le 5e jour de la lune croissante du 4e mois » et fit construire une royale palissade à Khum Dong. L'armée de l'Uparat construisit la sienne à Phaniat, celle du roi de Phrae au nouveau village de Makham Yang ; Et Phraya de Basein à Prachet.

 

 

Ensuite pendant env. deux pages, les Chroniques vont décrire la préparation du combat.

 

Le jour suivant, le  roi Chakkrapat, monté sur son éléphant Kaeo Chakkrarat, orné, armé,  mena ses troupes dans la plaine de Phukhao Thong pour mesurer la force de l'ennemi. Il était suivi de la reine Suryothai, habillée en Uparat, qui était sur son éléphant Song Surya Kasat, orné et armé, avec son mahout,

 

 

et des Princes Ramesuan et  Mahin également sur leurs éléphants.

 

 

Les Chroniques décrivent la procession avec la troupe d'éléphants, les soldats armés, leurs positions,  marchant sourdement pour se mettre en formation à Khok Phraya.

 

Une patrouille prévint le roi d'Hongsawadi qui ordonna à ses troupes de se mettre en place à la palissade. Le roi avait pris soin de se couvrir de sa  cuirasse victorieuse, et de sa couronne où des inscriptions cabalistiques le protégeaient contre tout danger et toute arme. Il montait son éléphant orné et armé, et établit le rang et la place de chacun parmi ses 10.000 soldats. Le roi de Phrae fit de même avec une avant-garde de 1.500 soldats armés d'une épée dans chaque main.

 

 

Le roi d'Hongsawadi plaça ses compagnies en face du front de l'armée du roi Chakkrapat, et attendit alors le moment favorable. On put entendre un grand tumulte causé par le bruit des armes. Le roi d'Hongsawadi interprétant des nuages obscurcissant le soleil comme un signe favorable, ordonna alors  l'attaque au son des gongs, des conques et des trompettes.

 

 

Le roi Chakkrapat demanda  à son armée de se diviser sur deux flancs et ils avancèrent, excités, tirant de multiples salves d'armes à feu et rentrèrent dans la bataille. Il y eut des morts et des blessés des deux côtés qui tombèrent en grand nombre dans les champs de riz. Le roi Chapkkrapat participa à la bataille avec son éléphant royal, mais il fit un faux mouvement, qui  plaça l'ennemi derrière lui et permit au roi de Phrae de le poursuivre.

 

 

La reine Suryothai, montée sur son éléphant Song Surya Kasat, voyant que son  royal époux ne pouvait échapper à l'ennemi lui porta secours, et engagea le combat contre le roi de Phrae, mais celui-ci put facilement lever l'épaule de son éléphant, ce qui lui fit perdre sa stabilité. Le roi de Phrae put alors frapper avec sa faux l'épaule de la reine jusqu'à sa poitrine. La reine s'affala sur le cou de son éléphant. Elle était morte. Les Princes Ramesuan et Mahin tentèrent vainement de sauver leur mère, mais ils ne purent que ramener son corps à la capitale, tandis que les troupes d'Ayutthaya furent battus par l'ennemi et moururent en grand nombre. Le roi Chakkrapat fit conduire le corps de la reine à Suan Luang.

 

 La reine Suryothai, une  héroïne nationale !

 

 

Les Chroniques royales ne consacrent que peu de lignes à la reine Suryothai - et encore l'une des sources fut écrite par Luang Praset en 1680 et l'autre en 1795 par Phan Kanthanumat - mais l'acte héroïque de la reine portant secours à son époux de roi et y perdant la vie fera d'elle une héroïne nationale. « Tous les jeunes enfants thaïs ont appris à admirer leur princesse Suryothai, son héroïsme, son courage face à l’ennemi, son sacrifice pour son pays et son  royal époux », nous dit  Chatrichalerm Yukol. Il réalisera en 2001 de concert avec Francis Copolla le film « La Légende de Suryothai » qui aura un immense succès.

 

(Cf. Notre article 51 expliquant les ambitions et les raisons « nationalistes » de ce film (4). Cf. Egalement notre article sur la fonction des héros nationaux dans le nationalisme thaï (5))

 

 

Mais la guerre allait se poursuivre.

 

Le jour suivant l'Uparat d'Hongsawadi put préparer une force pour attaquer la palissade de Phra Sunthon Songhram (le chef de Suphanburi), qui put résister jusqu'au crépuscule, mais l'ennemi put se renforcer fortement et attaquer de nouveau la garnison. Le fort Kampa fut pris et beaucoup d'hommes furent tués et blessés.

 

 

Le roi d'Hongsawadi, monté sur Kam Kuam, le chef des éléphants, tout peint en rouge mena ses hommes dans la plaine de Lumphli. Il avait placé également des soldats à pied de chaque côté des deux rangées d'arbres bordant la plaine. Sur son éléphant il avait ordonné aux 500 cavaliers d'avancer devant la palissade de Phraya Chakri pour  braver l'ennemi en se moquant d'eux. Phraya Chakri était prêt pour se battre. Les officiers d'Hongsawadi qui avaient préparé une embuscade des deux côtés de la plaine virent là une opportunité d'attaquer en encerclant la palissade et en engageant le combat avec la cavalerie et les soldats à pied  qui leur assurèrent la victoire. Phraya Chrakri réussit à assurer sa retraite jusqu'à la capitale. Le roi d'Hongsawadi après avoir pris la palissade de Phraya Chakri retourna à son royal camp. Les soldats qui avaient pris des têtes furent récompensés, et les autres punis pendant 3 jours.

 

 

Mais si le roi Chakkrapat avait reconnu devant ses ministres le courage des soldats d'Hongsawadi, il avait bien remarqué qu'ils n'avaient pas suffisamment d'approvisionnement. Aussi, il leur dit qu'il fallait protéger nos vivres fermement et attendre que l'armée de Phitsalunok descende pour nous soutenir. Il les informa également qu'il avait  planifié de détruire leur palissade  au canon pour affaiblir leur moral. Il assura le chef des ministres que son plan serait mis en action progressivement pour obtenir la victoire.

 

 

Ceci dit, il fit mettre le gros canon appelé le Narai Sanghan sur une jonque qui rejoignit le village de Pom. Une grande force protégea les bords  jusqu'à la douane de Pakkhu. Le roi d'Hongsawadi fut informé juste au moment où un boulet du canon tomba dans le camp juste à côté de son pavillon. Il décida alors d'offrir des offrandes au canon et d'établir son camp dans la plaine de Phutthalao.

 

 

Trois jours plus tard le roi d'Hongsawadi monta sur son éléphant et conduisit ses forces jusqu'à la plaine de Phaniat en passant par Pho Sam. Il installa son éléphant au monastère de Sam Phihan et ordonna à Maha Uparacha d'aller attaquer de façon impitoyable la capitale. Mais Phraya Ram fit amener le canon pour tirer sur le camp du roi d'Hongsawadi et réussit ensuite à le hisser  sur un banyan pour tirer près du pavillon où était l'éléphant royal. Les hommes du fort de Maha Chai purent également tirer des salves de canon qui tuèrent de nombreux soldats birmans les empêchant ainsi de  capturer la capitale. Le roi  d'Hongsawadi ordonna alors le repli jusqu'à son pavillon.

 

 

Le Prince Maha Thammaracha informé que le roi d'Hongsawadi était établi avant Ayutthaya eut le temps de former une armée de 50.000 hommes recrutés dans les cités de Phitsalunok, de Sukhothai, de Sawankhalok, de Phichai et de Phichit. Il descendit à Chainat où il établit des camps avec palissades des deux côtés de la rivière. Il envoya une compagnie de 100 hommes pour reconnaître la région autour de Singburi. Elle put voir l'armée de 3.000  Birmans de Saming Malum chargée du ravitaillement. La compagnie de reconnaissance, voyant leur nombre, préféra l'éviter. Mais Saming Malum la  poursuivit à cheval et deux hommes qui s'appelaient Nai Man le long fusil et Nai Khlong le masseur furent capturés et  escortés jusqu'au roi d'Hongsawadi. Celui-ci les questionna. Ils avouèrent que le Prince Thammaracha avait été informé et avait pu organiser une armée de 50.000 hommes qui campaient actuellement à Chainat.

 

 

Le roi envoya Phan Komcatturang et Phan Yong le vaillant rejoindre la compagnie pour assurer la reconnaissance. Il demanda à ce qu'on rase la tête des deux prisonniers  et qu'on les renvoie auprès du Prince Thammaracha avec un  message qui signifiait « qu'il l'attendait  avec son armée, et que s'il venait pas, il irait le voir ». Le Prince Thammaracha  questionna les deux hommes et leur demanda combien de soldats ils avaient pu voir. Ils répondirent qu'ils n'avaient vu que le cercle du camp royal près de la plaine de Phuttalao. Le Prince estima la proposition du roi d'Hongsawadi et décida d'envoyer les armées de Phraya de Sawankhalok et du Phraya de Sukhotai composées de 20.000 hommes  prendre position à Inburi afin d'observer et voir ce qui s'y passe.

 

 

Le roi d'Hongsawadi ordonna à Maha Uparacha d'installer les camps dans la plaine de Hantra afin d'étudier le système de défense d'Ayutthaya. « Le mardi, le 3e jour de la lune décroissante du 4e mois » Maha Uparacha attaqua le camp de Chaophraya Maha Sena. (On peut remarquer la précision. Mais il s'agit ici, comme toujours, d'indiquer que les attaques se font selon les bons augures donnés par les brahmanes)  Mais celui-ci repoussa l'assaut.

 

 

Maha Uparacha, fort mécontent, déclara à ses soldats du haut de son éléphant que s'ils n'arrivaient pas à prendre le camp lors de leur deuxième attaque, il couperait leurs têtes et les ferait empaler. Les officiers furent effrayés ; ils renforcèrent leur attaque avec de nombreux soldats armés d'épées et de boucliers et purent prendre le camp. Chao Phraya Sena et ses hommes purent s'enfuir par le canal et traverser le temple de Maheyyong mais de nombreux blessés se noyèrent. Maha Uparacha retourna à son camp avec son armée et put ensuite, lors d'une audience raconter sa victoire au roi d'Hongsawadi.

 

La retraite du roi d'Hongsawadi à cause d'un manque de vivres avec la saison des pluies qui s'annonce ...

 

Les batailles engagées par les forces du roi d'Hongsawadi avaient été à son avantage, mais un manque de ravitaillement posait un sérieux problème, surtout que ceux qui avaient été envoyés pour en trouver n'en avaient pas obtenu, et le peu qu'ils avaient dû acheter fort cher était minime. Tous (chefs des provinces ses officiers) confirmèrent au roi que l'essentiel de la nourriture lui avait été déjà apporté. La saison des pluies approchant, il ne  serait bientôt plus possible d'en trouver et de la porter sur le théâtre des opérations. La conclusion s'imposait pour tous : Il fallait arrêter cette campagne et revenir au Pays.

 

 

Les nobles et ministres consultés estimèrent qu'on pouvait prendre le chemin de Kamphaengphet et passer la frontière à  la rivière de Lamao et l'armée retranchée au Nord pourrait se joindre à eux à Chainat ou bien il serait plus sûr de passer par le même chemin qu'à l'aller par Kanchanaburi. Mais le roi rappela que par ce chemin, tout le ravitaillement avait déjà été anéanti. Il rappela également le message qu'il avait envoyé au Prince Thammaracha et avait constaté que celui-ci avait préféré se retrancher et l'attendre, ayant accumulé beaucoup de nourritures. Il estima qu'il faudrait l'attaquer pour prendre son ravitaillement. Durant cette retraite, ajouta-t-il,  il nous faudra combattre de deux côtés, sur le front et l'arrière du fait que l'armée du Prince Thammaracha est positionnée à Chainat et que le roi Chakkrapat enverra certainement une armée pour attaquer nos arrières. Après son discours le roi d'Hongsawadi envoya un décret aux cinq armées, celles des Phraya de Basein, de Lakhoeng, Saraiang, Tongu, Cittong. Chacune se composant de 30.000 soldats, on avait là une force armée de 150.000 hommes qui sera envoyée à l'avant-garde avec le roi de Prae qui les commandera. Il précisa qu'ils devaient se tenir prêt à toute attaque durant le chemin et que les officiers de haut rang seraient empalés s'ils mettaient plus d'un jour pour s'y rendre. L'armée de Maha Uparacha devait quant-à elle assurer l'arrière, et au cas où l'armée d'Ayutthaya le suivait, tendre des embuscades et faire prisonniers un ou deux officiers. Dans le cas contraire Maha Uparacha serait puni de mort. (On peut imaginer qu'avec de telles sanctions en cas d'échec, les ordres du roi étaient pris au sérieux)

 

Pendant ce temps le roi Chakkrapat avait appris que le Prince Thammaracha avait pu organiser une armée de 50.000 soldats avec des recrues prises dans les cités de Phitsalunok, Sawankhalok, Sukhotai, Phicahi et Phichit et avait pris position à Chainat et que son avant-garde devait le rejoindre à Inburi. Il pensa que  le roi d'Hongsawadi organiserait sa retraite en apprenant l'arrivée du Prince Thammaracha avec son armée.

 

 

S'il part au Nord comme on peut le penser, on pourra facilement attaquer son arrière avec notre avant-garde mais s'il s'échappe par Suphanburi et Kanchanaburi nous ne pourrons pas lui faire d'opposition aussi facilement. Phra Sunthon Songkham répondit au roi qu'il ne pensait pas que le roi birman prendrait le même chemin qu'à l'aller car il savait qu'il n'y avait plus de nourriture et qu'il choisira le Nord pour se saisir du ravitaillement du Prince Thammaracha. Le roi était en désaccord mais néanmoins lui promit la gouvernance de Suphanburi s'il avait raison. En raison de sa connaissance des forêts et des sentiers de la région, le roi lui ordonna de partir secrètement le lendemain soir avec 5.000 hommes, d'organiser des embuscades contre l'armée birmane et de la piller. Il le prévint aussi qu'en cas d'échec, il serait puni. Phra Sunthon Songkham trouva cela juste. Les Princes Ramesuan et Mahin demandèrent alors l'autorisation de suivre l'armée birmane et de l'attaquer.

 

 

La retraite du roi d'Hongsawadi.

 

« Le dimanche, le 9e jour de la lune décroissante du 5e mois », le temps était venu. Les armées du roi de Phrae, les Phrayas de Bassin, de Lakhoeng, de Sariang de Tongu, de Cittong constituaient donc l'avant-garde de la retraite et longèrent le canal de Bang Kaeo en suivant les bords des champs de riz et la rivière principale pour les éléphants et les chevaux qui avaient besoin d'eau. Le roi d' Hongsawadi avec son armée suivait et l'armée de l 'Uparat qui était à l'arrière-garde, et avait positionné 500 cavaliers de chaque côté de la marche ; Il avait donné ses consignes : Si celle-ci voyait 1.000 hommes les suivre, un cavalier devait venir l'informer, s'ils étaient 2.000, deux cavaliers alors devaient venir, 3.000, 3 cavaliers, etc.

 

 

Le lendemain matin, les habitants d'Ayutthaya avaient constaté que l'armée du roi d'Hongsawadi avait décampé, et qu'elle avait pris la direction de Suphanburi et de Kanchanaburi. Le roi d'Ayutthaya demanda à ses deux fils, les Princes Ramesuan et Mahin de les poursuivre avec une armée de 10.000 hommes. Ceux-ci décidèrent de ne pas se précipiter et d'attendre un ou deux jours avant d'attaquer pour plus d'efficacité, en se plaçant sur les deux flancs de l'armée du Prince Thammaracha afin d'obtenir une victoire plus facile. En attendant, ils les suivirent une demi-journée derrière.

 

 

La cavalerie de l'avant-garde birmane atteignit Inburi et vit deux palissades en place. Elle alla alors prévenir leurs supérieurs (les Phrayas de Bassin, de Lakhoeng, de Sariang de Tongu, de Cittong) qui furent enchantés et se préparèrent pour les attaquer.  L'attaque fut acharnée, mais les soldats de la 1e palissade avec leurs armes et leur canon tuèrent en grand nombre les troupes birmanes et môns ; ceux-ci furent alors plus prudents pour tenter de prendre la place.

 

Le Prince Thammaracha fut informé des pertes et prit conscience de la bravoure des forces ennemies ; il changea alors de plan, en évitant d'attaquer l'ennemi de front ; Il ordonna d'abandonner les palissades et de s'organiser en compagnies et brigades afin de suivre l'ennemi  en étant placé sur deux ailes sur les hauteurs afin de les harceler. Quant-au roi de Phrae, il vit les palissades désertées et alla faire son camp à Chainat, en informant l'armée principale.

 

 

Pendant ce temps, l'Uparat birman discutant avec ses officiers leur communiqua son sentiment, à savoir que si l'armée d 'Ayutthaya ne les  suivait pas et ne les avait pas attaqué cela provenait du fait qu'ils avaient  organisé une grande force défensive, et qu'elle voulait rejoindre les armées du Nord qui sont installés à Chainat et Inburi. Nous devons deviner les plans d'Ayutthaya et capturer plusieurs de leurs commandants afin que je puisse les amener devant mon père. Disant cela, il vit arriver 10 chevaux d'éclaireurs et comprit que cela signifiait qu'une armée de 10.000 hommes les poursuivait. Il chargea alors Saming Phattaboet et Saming Phattaba avec 5.000 hommes et 200 chevaux de leur tendre une embuscade cachée dans la forêt qui borde les champs de riz. Il leur ordonna de suivre l'armée et de ne pas les attaquer de suite. Vous la laisserez passer et quand vous entendrez des armes à feu, vous les attaquerez à l'arrière jusqu'à ce que vous parveniez à faire prisonniers des commandants.

 

La capture des Princes Ramesuan et Mahin.

 

Pendant ce temps les Princes Ramesuan et Mahin conversaient et estimaient que l'armée du roi d'Hongsawadi avait dû atteindre Inburi et engager le combat contre l'armée du Nord. Ils ne se doutaient pas que  Saming Phattaboet et Saming Phattaba étaient en train de les observer. Ceux-ci virent que l'ornement de leurs éléphants  signalaient là les commandants. Dès qu'ils entendirent les coups de feu de l'Uparat, ils attaquèrent et firent prisonniers les Princes Ramesuan et Mahin ; qu'ils présentèrent à l'Uparat, lequel les présenta au roi d'Hongsawadi qui en fut fort heureux. Il leur demanda  ce qu'ils avaient à dire, maintenant qu'ils  étaient capturés.  Ils répondirent qu'ils étaient en son pouvoir et qu'ils pouvaient décider de leur vie  ou de leur mort. Le roi les écouta, souriant et les mit sous la garde de l'Uparat.

 

Pendant ce temps, les soldats des Princes qui avaient été mis en déroute, étaient retournés à la capitale et avaient informé le roi Chakkrapat qui en fut très affecté.

 

 

Il prépara une lettre et la donna à  son chapelain Phra Kasem et Phra Kraisi pour qu'ils aillent par bateau la présenter au roi d'Hongsawady. Les chroniqueurs nous en donnent le contenu où il est d'usage d'honorer son ennemi, de le glorifier, de le flatter. Il y accusa aussi ses fils ignorants des usages de la guerre et lui demanda de les relâcher, ce qui serait un beau geste qu'il lui ferait honneur toute sa vie. 

 

Le roi d'Hongsawadi accepta la requête, mais demanda en échange les deux éléphants si fameux nommés Si Mongkhon et Mongkhon Thawip.

 

Les Princes Ramesuan et Mahin reconnurent leur erreur devant leur père et le déshonneur qu’ils lui avaient causé. Ils savaient qu'ils méritaient la mort mais lui demandèrent son pardon. Ils lui répétèrent la demande du roi d'Hongsawadi concernant les deux éléphants  Si Mongkhon et Mongkhon Thawip.

 

Le roi Chakkrapat consulta alors ses ministres qui convinrent que le roi d'Hongsawadi avait accompli là un acte remarquable en relâchant ses deux fils contre deux éléphants Si Mongkhon et Mongkhon Thawip. Le roi ordonna de suite qu'on emmenât les deux éléphants à Chainat auprès du roi birman.

 

Mais le roi d'Hongsawady les renvoya à Ayutthaya car personne n'arrivait à les maîtriser. Il poursuivit sa retraite en allant à Kamphoengpet et traversa la rivière de Lamao. La guerre était finie.

 

Deux éléphants contre deux Princes royaux?

 

On peut s'étonner que le roi d'Hongsawadi puisse relâcher deux Princes royaux contre deux  éléphants, si on ne sait pas ce qu'ils représentaient alors.

 

Les Chroniques royales racontent que le roi Chakkraphat avait capturé un éléphant blanc dans la région de Sai Yoi, qu’on nomma Phra Rattanankat. L’année suivante, le roi captura encore dans la forêt de Phetchabun un éléphant blanc qu’on nomma PhraKaeo Song Bat et encore deux autres avec leur mère dans la forêt de Maha Pho. Et encore ensuite le roi captura un autre éléphant blanc, qu’on nomma Phra Boromkraison, dans la forêt de Chalechupson (ou Thalechupson), et encore un autre dans la forêt de Nam Song qu’on nomma Phra Suriyakunchon.

 

Cela fut interprété comme le signe de la grandeur et de la magnificence d’Ayutthaya, et valut au roi Chakkrapat le titre de « seigneur des éléphants blancs », que lui attribuèrent les prêtres du culte brahmanique et les chefs religieux bouddhistes et les dignitaires.

 

 

Il faut savoir que les éléphants blancs sont considérés comme des êtres divins dans les doctrines brahmaniques. On leur attribue un nom et un titre, car on croit que Vishnou leur a communiqué des qualités qui assurent au souverain toutes les faveurs de la fortune, qu'il acquerra des trésors, qu'il sera puissant et célèbre, qu'il triomphera de ses ennemis. Nous verrons qu'il n'en sera pas ainsi et qu'une 3e guerre sera déclenchée pour un refus d'offrir deux éléphants blancs au roi d'Hongsawadi. (Cf.  (6) Lorgeou et notre article 55 pour en savoir plus)

 

Bref. Le Prince Thammaracha alla à Ayutthaya pour informer le roi de la situation, et  pour assister à la crémation de la reine Suriyothai. Puis il retourna à Phitsalunok. Le roi Chakkrapat fit construire un monument sur le site de la royale crémation et lui donna le nom de Sop Sawan. Il établit pour les villageois qui provenaient des villages du Sud,  les villages de Cin à Sakhonburi, de Talat Khwan et à Nonburi et des quartiers des cités de Ratburi et de Suphanburi furent séparés pour devenir la cité de Nakhon Chaisi. Ensuite il demanda aux Princes Mahin et Ramesuan et aux ministres, s'il devait préserver ou abattre les murs des cités de Lopburi, Nakhon Nayok et de Suphanburi. Ils lui répondirent que s'il voulait envoyer des armées dans ces provinces pour combattre l'ennemi, les murs constituaient un avantage, mais que s'il estimait que ses armées n'étaient pas capables de résister à l'ennemi, il était mieux de les démolir. Il ordonna alors d'enregistrer 200.000 nouveaux soldats parmi le peuple, à l'exception de ceux qui travaillaient déjà au service du gouvernement.

 

Le roi d'Hongsawadi n'avait pas pu prendre Ayutthaya faute d'approvisionnement suffisant  et était retourné en sa capitale. La deuxième guerre entre les Birmans et le royaume d'Ayutthaya était achevée. Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » vont poursuivre leur récit en évoquant ce qui vaudra au roi Chakkrapat le titre « de roi des éléphants blancs ». Ce  sera à l'origine de la troisième guerre contre les Birmans.

 

 

PS.

 

On peut remarquer que les récits des guerres contre les Birmans dans « Les chroniques royales d'Ayutthaya  » ne font aucune référence à la géopolitique,  comme le dit la préface de Chris Baker, du livre  du Prince Damrong,« Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 » (7). Elle est  « caractérisée par la tension entre le centre et les autres peuples et cités, avec surtout la volonté du Lanna et des Mons, toujours prêts à choisir l’un contre l’autre, selon la période. […] La nouvelle dynastie birmane devait neutraliser Ayutthaya, qui avait délibérément choisi les Mons, dans sa stratégie défensive, pour assurer son pouvoir sur les cités de sa périphérie. […] la vulnérabilité d’Ayutthaya ne provenait pas de ses problèmes dynastiques, mais de son incapacité « structurelle » à gérer ses provinces. Aussi, quand les Birmans ont attaqué, elles ont vu là une occasion de se libérer de la tutelle d’Ayutthaya et plusieurs ont  déclaré leur indépendance, et très peu ont envoyé des troupes pour soutenir la capitale  ».

 

De même, il n'est fait aucune allusion à la volonté de contrôler les ports de Martaban, Moulmein, Tavoy, Mergui et Tenasserim, ni au  commerce dans la péninsule de Kra,  ni à l’utilisation  des armes à feu apportées par les Portugais dès 1510, dans le déroulement des guerres. Ainsi il est dit  que 120 mercenaires portugais ont participé à la 1e guerre de 1539 auprès des Siamois ;  que  les Portugais ont aussi vendu leurs services aux Birmans, que Bayin Naung avait acheté 80.000 arquebuses et qu’en 1563 les Birmans avaient inclus 400 portugais avec arme à feu dans leur rang, sans compter les canons. (Cf. Notre article 106 (7))

 

 

 NOTES ET RÉFÉRENCES

 

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » vont consacrer dix  pages à cette deuxième guerre contre les Birmans (pp.31-41).

 

  1. La rébellion du Prince Si sin

 

Le Prince Si sin était, vous vous en souvenez, l’un des deux fils du roi Chairachathirat, (le jeune frère de Yot Fa), survivant du complot ayant exécuté la reine et l’usurpateur Warawongsa en juillet 1548. Il fut adopté par le roi Chakkraphat lors de son intronisation sous la recommandation du chef de la conspiration Khun Phirenthorathep, devenu ce jour le Prince (le roi) de Phitsalunok, le Prince Thammaracha que nous allons retrouver.

 

A quel moment a eu lieu la rébellion ?

 

Les Chroniques royales proposent curieusement  une version de la source A en un paragraphe (p. 31) datée de 1561 (?) et une autre (p.41) des cinq autres sources de trois paragraphes, placées après  la guerre contre les Birmans de 1563-1564. Quoi qu’il en soit, les Chroniques racontent la rébellion de Si Sin ou plutôt les circonstances de son arrestation et de son exécution, sans qu’on ait appris le motif de cette rébellion.

 

Il est dit que le roi ayant appris sa trahison (laquelle ?), ne voulut pas l’exécuter et demanda à Chao Phraya Maha Sena de le mettre en « résidence surveillée » au monastère de Thamukkhara afin qu’il devienne moine.

 

 Mais le Prince s’enfuit trois jours plus tard. Il fut ordonné à Chao Phraya Maha Sena de l’arrêter. Apprenant que cinq de ses complices (les noms sont donnés) étaient prisonniers et allaient être exécutés, on suppose que Si Sin voulut les délivrer. Il dut affronter en chemin  Chao Phraya Maha Sena dans un combat d’éléphants et put s’enfuir. Il réussit à délivrer ses cinq complices, mais fut repris par des troupes commandées par les Princes Ramesuan et Mahin.

 

La bataille fut rude mais Si Sin fut tué par une arme à feu. Les cinq complices et le révérend  Phanarat du monastère de Pa Kaeo furent exécutés et empalés en public et mis près du corps de Si Sin. Des femmes de nobles ayant participées  au complot,  accusèrent leurs maris qui furent aussi exécutés en grand nombre.

(2) Un problème de dates.

 

On peut remarquer que la datation des guerres peut être différente d’un an selon les sources, voire plus. Ainsi le Prince Damrong raconte la mort héroïque de la reine Suriyothai en allant au secours de son royal époux dans son livre en la plaçant en 1548. Wyatt dans les « Chroniques royales d’Ayutthaya » la situe  en 1563-1564, alors que les sources (BCDEF) la situe en « 905 » soit en 1543 ! Qui croire ?

 

(3) Le Prince Damrong Rajanubhab, In « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 », White Lotus, 2001; consacre 3 chapitres à 3 guerres du roi Chakkrapat (1548, 1563, 1568) contre les Birmans dont un est à l’honneur de la reine Suriyothai.

 

 

Voir nos articles 106 et 107 :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-106-nos-guerres-contre-les-birmans-1539-1767-du-prince-damrong-120857499.html

 

106. Le Prince Damrong explique les guerres entre les Siamois et les Birmans, entre 1539 et 1767 :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-107-le-prince-damrong-explique-les-guerres-entre-les-siamois-et-les-birmans-entre-1539-et-1767-121187300.html 

 

C’est l’un des  livres d’histoire les plus populaires et les plus étudiés de Thaïlande. Son succès est sans nul doute dû aussi au prestige du Prince, qui était le 57e fils du roi Mongkut (1804-1868) et le demi-frère du roi Chulalongkorn, qui a régné de 1868 à 1910, sous lequel il fut ministre de l’éducation et de l’intérieur. Le livre du Prince Damrong, aussi intitulé Thaï Rop Phama, est publié pour la première fois en 1917, et est sans doute le 1er livre d’histoire de type occidental, qui affiche ouvertement son désir d’écrire l’histoire de la nation thaïe.

(4) D’autres racontent sa « Légende » au cinéma. Cf. Notre article : A 51. Cinéma thaïlandais : La Légende de Suriyothai de Francis Copolla et Chatrichalerm Yukol (2001).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html

 

 

Ou comment utiliser le cinéma pour « inventer » l’Histoire du Siam.(5) 14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html

 

(6) Pour en savoir plus sur ce pouvait représenter un éléphant blanc. Cf. in Notre article : « Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-55-ayutthaya-en-guerre-pour-deux-elephants-blancs-1568-112218606.html

 

(7) Cf. L'étude de Pamaree Surakiat Ph. D. THE CHANGING NATURE OF CONFLICT BETWEEN BURMA AND SIAM AS SEEN FROM THE GROWTH AND DEVELOPMENT OF BURMESE STATES FROM THE 16TH TO THE 19TH CENTURIES, Department of History, Faculty of Arts, Chulalongkorn University, Bangkok, Thailand. March 2006

 

Et notre  article 60. La guerre contre le Siam au XVIe siècle, vue du côté birman par un historien thaï.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-60-la-guerre-contre-le-siam-au-xvi-eme-siecle-vue-du-cote-birman-113477807.html

 

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 22:02

Enfin, d’après « Les chroniques royales d’Ayutthaya ».

 

Voilà plus de trois mois que nous avons délaissé « notre récit historique » de la Thaïlande, tant notre curiosité nous a entrainés vers d’autres sujets aussi divers que variés. Ce délai nous impose de rappeler où nous en étions.

 

Nous avions alors commencé le règne du roi Chakkrapat (1549-1568) après une introduction et l’évocation de la première année de son règne où le roi dut faire face aux attaques des « ennemis » birmans et cambodgiens. (Voir (1) pour relire ces deux articles.)

 

 

Nous avions noté alors que « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » traduites par Cushman, en relatant les règnes des rois Chakkrapat et de Mahin changeaient de nature, puisque précédemment elles n’avaient consacré que 29 pages, aux règnes de 15 rois sur une période de 197 ans (1351-1548), alors qu’elles allaient attribuer 47 pages (et 59 chapitres) à ces deux rois, en changeant de style, en multipliant les points de vue, en proposant parfois de mini-récits, entre autre.

 

Nous avions annoncé dans notre introduction que leurs règnes seraient riches en événements guerriers contre les Khmers de Loveck en 1549, 1551, et 1556 lorsque les Annamites prirent leur capitale, et surtout les trois guerres contre les Birmans d’Hongsawadi : Si la 1ère guerre ne fut qu’une incursion en 1549, les deux suivantes eurent de graves conséquences : La 2e guerre de 1563-1564, avec la mort de la reine Suryothai, la capture des Princes Ramesuan et Mahin,

 

 

et surtout la 3e guerre de 1568-1569, avec la trahison du Prince Thammaracha de Phitsalunok, la chute d’Ayutthaya, l’annexion du royaume, le roi Mahin prisonnier et le Prince Thammaracha de Phitsalunok désigné par le roi birman de Hongsawadi comme le nouveau roi d’Ayutthaya, qui ne redeviendra indépendant qu’en 1584.

 

 

Nous avions alors commencé avec l’année 1549, où à peine intronisé, le nouveau roi d’Ayutthaya va devoir affronter les Birmans du royaume de Hongsawadi et les Cambodgiens du royaume de Lovek, qui informés des luttes de pouvoir et de l’instabilité politique, estimèrent la période favorable pour attaquer, après avoir rappelé ce que pouvaient représenter le royaume birman d’Hongsawandi et le royaume khmer de Loveck.

 

 

Mais finalement le roi d’Hongsawandi Tabinshwethi, bien qu’ayant mis en marche une forte armée (30 000 soldats, 300 éléphants, et plus de 2000 chevaux) ne fit finalement qu’une brève incursion, après avoir pris Kanchanaburi et ensuite Suphanburi, pour ne rester que trois jours aux portes d’Ayutthaya afin d’examiner son potentiel défensif et retourner à Hongsawadi par le même chemin.

 

 

De même le roi cambodgien de Loveck se contenta d’attaquer Prachinburi (Situé non loin de son royaume), de prendre tous les habitants, et de retourner en sa capitale, sans aller plus avant.

 

 

On peut se douter que le roi Chakkrapat avait alors en cette première année de son règne des désirs de revanche.

 

La guerre contre Loveck en 1551.

 

De fait, le roi estimant que le roi d’Hongsawady n’avait nulle velléité contre son royaume pouvait assumer sa vengeance en attaquant le royaume de Lovek par terre avec une armée de 50 000 soldats en passant par Pattabong et par mer en réquisitionnant des bateaux dans les cités du Sud et en naviguant par l’estuaire de Phutthaimat pour entrer dans le canal de Choengkrachum. Le roi de Loveck sachant que l’avant-garde siamoise était à 10 sen (le sen faisait 40 mètres) de la capitale et la principale armée à 150 sen, était en mesure de constater qu’il n’était pas en mesure de défendre sa capitale.

 

 

Il envoya alors un message de paix au roi d’Ayutthaya marquant son respect et son admiration, et demandant son pardon pour son action guerrière à Pracinburi. Il le suppliait de suspendre son attaque pendant trois jours afin qu’il puisse rassembler des présents royaux pour rendre hommage au roi glorieux. Le roi d’Ayutthaya accepta et trois jours plus tard, le roi de Loveck avec ses deux fils les Prince Sutho et Suthan, rendit hommage et offrit les cadeaux lors d’une audience royale. Le roi Chakkraphat accepta l’offre de paix à la condition de la reconnaissance de sa vassalité, de restituer les habitants enlevés à Pracinburi et de pouvoir repartir avec ses deux fils en otage, qui seraient considérés comme ses propres fils. Arrivé à Ayutthaya, le Prince Suthan se vit même confié le gouvernement de Sawankhalok.

 

 

En 1556, Chakkrapat dut de nouveau intervenir au royaume de Loveck, mais cette fois-ci contre les Annamites qui avaient envahi Loveck, vassalité oblige.

 

En 1556, le roi Chakkrapat apprit par une dépêche que Loveck que le Prince Satha (Qui est-il ? L’un des frères des Princes Suthan et Sutho ?) avait obtenu l’aide des Annamites (Quel roi ? Quel général ?) qui avaient pris la capitale, et que durant le combat, le roi khmer (Nom ?), le père des Prince Sutho et Suthan, avait été tué. Il se vit contraint de réagir pour reprendre la capitale d’un royaume vassal. Le conseil des ministres lui suggéra de mettre à la tête de l’armée le Prince Suthan, alors gouverneur de Sawankhalok, arguant qu’il pourrait recruter plus facilement des soldats khmers. En audience royale, le Prince Suthan fut très réticent, son horoscope lui promettant une issue fatale, mais Chakkrapat passa outre lui rappelant qu’il était désormais le nouveau roi.

 

Le Prince Suthan est donc à la tête d’une armée de 30 000 hommes, et est secondé par Phraya Montri, le représentant du roi, par Phra Maha Thep, chargé des approvisionnements, et par Phraya Yao commandant des forces navales. Mais celles-ci du fait de vents contraires ne purent rejoindre l’armée terrestre à temps, alors près de Loveck. Elle crut bon d’attaquer de nuit sans son aide. Le Prince Suthan fut tué lors de la bataille par les Annamites (ce qui confirmait son horoscope), et l’armée siamoise fut mise en déroute.

 

 

Pour le moins, on peut remarquer que le récit est très lapidaire, mais est-il vrai ? Nous allons voir que d'autres sources étrangères peuvent non seulement raconter différemment, mais disent l'opposé.

Prenons une source khmère, comme par exemple celle de Sangha Op, racontant dans son blog :« L’histoire des rois khmers du XIV au XVIe siècles », la guerre menée par le roi Chakkrapat au Cambodge. Nous avons alors une autre date, une autre histoire, où le roi du Cambodge sort vainqueur.

 

 

On apprend qu’on est alors sous le règne de Baram Khantey Moha Chanreachea ou Preah Chanreachea (1516-1567), mais qu’à partir de 1516, le Royaume khmer était divisé militairement et politiquement en deux parties, l’Est et l’Ouest. Le fleuve du Mékong était la ligne de démarcation de cette division politique. L'Est était défendu par Sdach Kân et l'Ouest était sous le contrôle de Preah Chanreachea. Tous les deux se proclamèrent roi du Kampuchéa et se battirent pendant plus d’une décennie pour devenir l’unique maître du pays. En 1528, Preah Chanreachea quitta Pursat pour s'établir à Longveak (ou Loveck), sa nouvelle capitale victorieuse.

 

 

Plus loin, l’histoire se situe dans la salle du trône de Chakkrapat, où pendant le Conseil des dignitaires, le roi se plaint de Preah Chanreachea  qui a été couronné roi du Krong Kampuchea, et qui après sa victoire a oublié de lui envoyer des tributs pour le remercier de lui avoir lui prêté 5 000 hommes, des chevaux, des éléphants de guerre et des vivres pour combattre contre Sdach Kân, usurpateur du trône khmer, et qui depuis n’a donné aucune nouvelle.

 

 

Il déclare alors qu'il est temps de lui donner une leçon de politesse par une incursion militaire. Mais les ministres  lui conseillèrent de lui demander une explication préalable et de lui envoyer une ambassade pour lui rappeler ses promesses.

 

 

Devant les trois ambassadeurs siamois, le Roi khmer contesta la version du roi Chakkrapat, prétendit qu’il ne l’avait jamais aidé à gagner la guerre ; qu’au contraire, pendant les 9 ans où il avait été réfugié, il ne fit rien malgré ses demandes de l’aider à reprendre son trône. Il lui reprocha également le passé, les actions des rois siamois successifs qui ont pratiqué une politique d'expansion territoriale, et qui ont annexé beaucoup de territoires de son royaume. Bref, il conclut : « Il n'est donc pas question pour moi de reconnaître la suzeraineté du roi Preah chao Chakkrapat sur mon royaume ». Il fit écrire cela dans une dépêche qu’il remit aux ambassadeurs.

 

Preah Chanreachea se doutait de la réaction du roi d’Ayutthaya, aussi convoqua-t-il les membres de son Conseil de guerre pour leur dire de se préparer et de prendre les devants. « Je partirai à Pursat avec une armée pour empêcher les troupes siamoises de pénétrer en profondeur dans notre territoire ».

 

 

On peut remarquer que la chronique scénarise les événements en faisant parler tantôt Preah Chanreachea, tantôt le souverain siamois.

 

Revenons au royaume d'Ayuthia, écrit la chronique. Après avoir lu la lettre du roi khmer, le souverain siamois se mit en colère. Il ordonna à ses généraux de lever une armée pour envahir le Kampuchea. En 1530 ( ?), l'année du tigre, le jour faste, il marcha à la tête de ses troupes pour punir Preah Chanreachea. Arrivé au district de Neang Raung dans la province de Moha Norkor, l'avant-garde siamois fut interceptée et attaquée par la garde provinciale khmère. Mais, la bataille ne dura pas longtemps, car les effectifs de l'armée khmère,  5 000 hommes, ne firent pas le poids contre les ennemis en force de tsunami. Le gouverneur khmer se vit donc obliger de battre en retraite et rejoignit Preah chanreachea à Pursat avec le reste de ses troupes. Après la victoire, le Roi siamois entra dans la cité de Moha Norkor pour visiter les temples khmers.

 

 

Ensuite la Chronique raconte la bataille qui verra la victoire de Preah chanreachea, enfin une partie puisque Sangha Op avoue : « Nous ne connaissons pas le détail de cette bataille, parce que dans les documents de la pagode de Kompong Tralanh Krom, le livre n° 17, qui la décrit a disparu. En revanche, nous pouvons la connaître avec les documents déposés à la bibliothèque royale sous le numéro K – 53-3.

 

 

Mais là, nous avons une autre version pour la cause de la guerre, puisque celle-ci est provoquée par le refus de Preah Chanreachea d’envoyer des éléphants de guerre au roi siamois. (Nous n’allons pas reprendre ici le récit de la guerre, car ce serait trop long dans le cadre du blog et de plus celui-ci est quelque peu confus.)

 

 

On y apprend que le roi d'Ayuthia conduisait lui-même une armée de 90 000 hommes commandée par le prince khmer, Ponhea Ong, fils de l'ancien roi khmer, Preah Sérey Reachea (1471-1485). (Capturé lors d’une guerre, son fils Ponhea Ong, avait été adopté par le roi siamois et nommé gouverneur de Phitsanulok ) Un autre corps d'armée siamois de 50 000 hommes, était commandé par le général San, et avait débarqué à Kampot par voie maritime. (On peut remarquer les différences avec le texte des « Chroniques d'Ayutthaya » (Date, nom,etc.) )

 

 

Preah Chanreachea s’organisa pour faire face à cette invasion étrangère. En quelques semaines, il put former une armée de campagne de 200 000 hommes qui quitta Longveak pour aller s'établir à Pursat. Une autre mobilisation permis de créer un autre corps d'armée de 60 000 hommes qui fit face aux Siamois à Kampot.

 

Mais, alors qu’on s’attendait au récit d’une bataille, on apprend que Preah Chanreachea découvre que le chef militaire des Siamois qui occupe déjà la province de Moha Norkor (Siem Reap) n'est autre que Ponhea Ong, son cousin.

 

Il va alors proposer un duel à dos d’ éléphant à Ponhea Ong avec pour enjeu le trône de Loveck s’il gagne, et le retrait de ses troupes s’il perd. Il lui accorde aussi la possibilité de désigner un champion.

 

 

La chronique raconte alors le duel en deux pages env., avec la description des armes, des cuirasses, des ornements, la position du cornac, les paroles échangées entre les deux protagonistes, les manœuvres de combat  et comment fut tué Ponhea Ong.

 

 

Après la victoire de leur roi, les soldats khmers s’engagèrent dans le combat avec ferveur et les Siamois battirent en retraite et quittèrent le Kampuchéa.

 

Et Sangha Op rajoute : « Comme son grand père, le roi Ponhea Yat, Preah Chanreachea inscrivait son nom sur la liste des rois vainqueurs des Siamois », rajoutant que Chay Lieng, un illustre écrivain khmer s’inspirera de cette histoire victorieuse pour écrire un roman célèbre dans les années soixante, dont le titre est « Preah Chanreachea ».

 

 

Nous étions là dans le roman « nationaliste » où il s’agissait de montrer un roi khmer glorieux vainqueur des Siamois. Une version qui n’avait aucune relation avec les « Chroniques royales d’Ayutthaya » et qui ne comprenait nulle référence aux Annamites.

 

Avec Wikipédia, on est encore dans une autre histoire.

 

Le nom de Ang Chan 1er apparait avec des dates de règne différentes, voyez plutôt :

 

« Ang Chan Ier (né en1476- ou 486, mort en 1555 ou 1566), prince Ponhea Chan, roi du Cambodge de 1505 à 1555 ou de 1516 à 1566) sous les noms de règne de « Candaraja Rajadhiraja » en 1516 et de « Paramaraja II  » après 1559. (?)

 

Est-ce le même que celui présenté par Sangha Op « Baram khantey Moha Chanreachea ou Preah Chanreachea (1516-1567) ?

 

Le site

 

http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Monarques%20du%20Cambodge/fr-fr/

 

apporte des éléments de réponse avec aucun doute exprimé sur les dates ( !) en rapportant que Ang Chan 1er ou Paramaraja II avait le nom personnel de Ponhea Chan ou Chan Rachaet et avait régné de 1516 à 1566. Toutefois il signale que Srei Neay Kan ou Parama Bupati (Nom personnel : Sdech Kan) a usurpé le pouvoir en 1512 et qu’il y eut une guerre civile entre Ang Chan 1er et Neay Kan entre 1516 et 1529.

 

 

Bref, si vous vous y retrouver, vous avez d'énormes facultés de compréhension !

 

Revenons à la version de Wikipédia des « relations » entre le roi Chakkrapat et le roi khmer. On peut noter que contrairement aux « Chroniques royales d’Ayutthaya », le roi khmer est nommé. S’il est difficile de se reconnaître dans les dates divergentes, il est dit que vers 1525 que  « Ang Chan Ier rejette la suzeraineté du Siam imposée à son père ce qui entraîne une réaction immédiate des Thaïs du roi Ramathibodi (1491-1529) qui envahissent le Cambodge et subissent une lourde défaite à proximité d'Angkor alors que les « Chroniques d’Ayutthaya » n’en disent mot .

 

 

Par contre Wikipédia confirme le raid dans la province de Prachin, mais qu’il situe en 1533 (Au lieu de 1549 pour les Chroniques d’Ayutthaya) et ensuite plus rien n’est en phase (Le prince Ponhea Ong, élevé au Siam depuis sa naissance, qui veut en 1534 se rendre maître du nord du Cambodge et, qui est tué près de Pursat avec 10 000 Siamois. Ensuite on évoque une menace d’intervention en 1549 du roi Chakkrapat d’Ayutthaya qui lui demande de lui envoyer un éléphant blanc en signe d'allégeance. Et puis c’est tout, on ne connaîtra pas la suite donnée.

 

 

Comme Wikipédia donne la source de « Bernard Philippe Groslier avec la collaboration de C.R. Boxer Angkor et le Cambodge au XVIe siècle d'après les sources portugaises et espagnoles », nous avons voulu savoir si nous pouvions y trouver des éléments intéressants susceptibles de nous apprendre des faits nouveaux. (3)

 

Déjà d’entrée, on apprend que les chroniques cambodgiennes n’ont été rédigées qu’au XIXe siècle à partir de traditions orales et de textes anciens préservées à Oudong. Chroniques qui ont été jugées sévèrement quand elles n’ont pas été rejetées en bloc par les historiens modernes, mais qui sont les seules dont nous disposons pour écrire l’histoire du Cambodge au XVe et XVIe siécle. (1431 à 1594). Trois chronologies sont proposées, celle de Gamier, d’ Adhemar Beclere et celle de Moura, qu’Etienne Aymonier et Georges Maspéro ont préférée.

 

La lecture est rébarbative, car les dates, les noms, les faits divergent souvent et concernent davantage les spécialistes et leurs querelles.

 

 

Pour notre sujet, on peut retenir un extrait qui nous dit que Ang Chan aurait repoussé les Siamois en 1510 (Garnier : 1540) qui avaient envahi la province d’Angkor. Il est dit ensuite que les Annales siamoises reconnaissent un raid cambodgien en 1431 (Nous avions vu 1449 dans les « chroniques d’Ayutthaya » !) sur la province de Prachin et que les Siamois auraient cherché leur revanche vers 1532 ou 1540 (Là, où nous avons lu 1551 dans « les chroniques d’Ayutthaya ») en envahissant le Cambodge par terre et par mer, troupes commandées par le prince cambodgien Phrea Ang, ou Ong. Ce fut une victoire complète pour les Siamois, alors que la version Moura, à l’inverse prétend que la victoire fut pour Ang Chan et qu’Ong fut tué près de Pursat en 1534. Garnier est aussi pour la victoire cambodgienne, mais date le fait en 1555.

 

Alors victoire ou défaite, c’est selon.

 

(« Les Chroniques royales d’Ayutthaya » évoquent bien un prince cambodgien à la tête d’une armé siamoise, mais il s’agit du prince Suthan pour une guerre qui a lieu en 1556 (Cf. Ci-dessus)

 

Et puis l’écrit part sur la redécouverte d’Angkor puis sur la succession de Ponhea Yat selon la chronique de Garnier, puis celle d’Ang Chan, puis la découverte du Cambodge par l’Occident, avec quelques tentatives des missionnaires portugais, puis on rappelle que des commerçants et des aventuriers portugais sont à Lovek dès 1553, peut-être avant, mais on sait peu de choses sur eux. Par contre à la fin du XVIe, certains vont exploiter les témoignages des aventures de deux héros, le Portugais Diogo Veloso et l’Espagnol Bias Ruiz. Diego Veloso qui dit avoir vécu 10 ans au Cambodge est né en 1559 (ou 1560) y serait arrivé vers 1580-81 …

 

Bref, les « les sources portugaises et espagnoles » ne sont d’aucune utilité pour notre période.

 

En ayant évoqué différentes sources, nous n'avons pas amélioré notre compréhension des guerres mené par le roi Chakkrapat contre les Khmers en 1551 et 1556 d'après les « Chroniques royales d'Ayutthaya », mais nous avons appris à nous méfier de tout récit historique.

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) RH 28. INTRODUCTION AUX RÈGNES DU ROI CHAKKRAPAT (1549-1568) ET DU ROI MAHIN (1568-1569)

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/03/rh-28.introduction-aux-regnes-du-roi-chakkrapat-1548-1568-et-du-roi-mahin-1568-1569.html

 

RH 29. EN 1549, LE ROI CHAKKRAPAT DOIT FAIRE FACE AUX ATTAQUES DES « ENNEMIS » BIRMANS ET CAMBODGIENS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/03/rh-29.en-1549-le-roi-chakkrapat-doit-faire-face-aux-attaques-des-ennemis-birmans-et-cambodgiens.html

 

(2) Blog de Sangha Op : http://www.op-sangha.fr/:

Le blog est essentiellement en khmer avec quelques traductions en français. L’auteur précise en son avertissement, que le texte est inspiré des documents de M. Eng Soth, historien khmer, intitulé « Documents sur des héros khmers », publié en langue khmère dans les années 1970.

 

(3) Bernard Philippe Groslier avec la collaboration de C.R. Boxer, Angkor et le Cambodge au XVIe siècle d'après les sources portugaises et espagnoles, Presses universitaires de France, Paris 1958,

https://archive.org/stream/in.ernet.dli.2015.531059/2015.531059.angkor-et_djvu.txt

 

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