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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 13:36

 

La première page du  chapitre deux des « Chroniques royales d’Ayutthaya » (1) commence donc en 1548 par la cérémonie d’intronisation qui fait du Prince Thianracha, le roi Chakkraphat, qui sera connu comme « le seigneur des éléphants blancs ».

 

 

La cérémonie se déroule sous les bons auspices en juillet 1548, en présence du grand patriarche,  des plus hauts dignitaires bouddhistes, des brahmanes de la Cour, des astrologues, des ministres, selon le rituel royal, avec récitations de mantras, purifications, remise des emblèmes royaux, proclamations du roi qui prend le titre de « Maha Chakkraphat ». (Le Grand dirigeant, dont le char peut rouler partout sans obstacles). Le chef de la conspiration Khun Phirenthorathep présente le Prince Si Sin (fils du roi Chairachathirat) au roi, qui, dans sa grande compassion, l’adopte.

 

 

Le lendemain, lors d’une grande audience royale, le roi va récompenser ceux qui l’ont porté au pouvoir. (Pour le complot des nobles. Cf. L’article R 26. (2))

Ainsi Khun Phirenthorathep devient le Prince Thammaracha de Phitsalunok, avec les insignes symboliques, cadeaux et prérogatives dus à son titre. Le roi lui donna sa fille en mariage, la princesse Sawadirat, qui devint la princesse WisutKasatttri,  reine de Phitsalunok.

 

 

Les autres chefs de la conspiration reçurent les plus haut titres. Khun Inthorathep devint Chaophraya Si Thammasokkarat, gouverneur de Nakhon Si Thammarat, et se vit « offrir » une fille d’une royale concubine et autres insignes dus à son rang. Luang Si Yot devint Chaophraya Maha Senabodi, Mun Ratchasaneha, Chaophraya Maha Thep et reçurent tous deux les mêmes récompenses (concubine royale, insignes de leur rang, objets en or). Mun Ratchasaneha, qui avait tué l’Upparat sur son éléphant, eut l’honneur de devenir Chaophraya Phakdinuchit (avec des insignes honorifiques supplémentaires). De même les Phraya de Phichai et de Sawankhalok (ou Phitsalunok selon sources CE) devinrent Chaophraya.

 

 

Ensuite le roi jura solennellement que le Prince Thammaracha, le Chaopraya Si Thammasokkarat, le Chaophraya Maha Senabodi, le Chaophraya Maha Thep étaient désormais jusqu’à leur mort, sous la protection royale du royaume.     

 

 

   

1549.

 

A peine intronisé, le nouveau roi d’Ayutthaya va devoir affronter dès  1549 les Birmans  du royaume de Hongsawadi et les Cambodgiens du royaume de Lovek, qui informés des luttes de pouvoir et de l’instabilité politique, estimèrent la période  favorable pour attaquer.

 

 

« Les chroniques royales d’Ayutthaya »  sont explicites. Elles nous informent que le roi de Hongsawadi a appris les événements qui se sont déroulés après la mort du roi Chairacha (en 1547) ; que ses ministres avaient désigné son jeune fils de 11 ans Yot Fa comme le nouveau roi ; que sa mère, la reine régente Si Sudacan avait vécu de façon immorale avec Khun Chinnarat ; qu’elle  avait tué le Prince Yot Fa et installé son amant sur le trône (Sous le nom de Warawongsa, juin-juillet 1548). Les ministres et conseillers avaient organisé un complot et tué Khun Chinnarat et la reine, entrainant le pays dans la confusion. Les chroniques royales font parler le roi de Hongsawadi qui aurait déclaré : « Nous pensons que les ministres et leurs conseillers des provinces qui sont aux frontières seront changeants et déloyaux et que si nous formons une armée et attaquons rapidement, nous prendrons Ayutthaya aisément. » Ainsi fut fait ; Et 30.000 soldats, 300 éléphants, et plus de 2.000 chevaux  se mirent en marche.

 

 

Mais que représentait le royaume d’ Hongsawadi à cette période ?

 

Le roi Mingyinyo (ou Minkyinyo, 1486-1531) fonda la Première dynastie Taungû (1486-1599) dans la ville du même nom (Kaytumadi ou Toungou), vers la fin du Royaume d'Ava. Il devint indépendant de celui-ci en 1510. Après la conquête d'Ava par les Shans en 1527, de nombreux birmans émigrèrent à Taungû, qui devint leur nouveau centre politique. Dans les années qui suivirent, Mingyinyo soumit une partie des peuples shans.

 

 

Son fils, le roi Tabinshwethi (1531-1550), consolida son pouvoir en unifiant la plus grande partie de la Birmanie. Il l'étendit vers le sud en s'emparant du delta de l'Irrawaddy et en détruisant le royaume môn d'Hanthawaddy (Pégou). En 1544, il se fit couronner roi de toute la Birmanie dans l'ancienne capitale Bagan, prenant ainsi symboliquement la succession du Royaume de Pagan (849-1287).

 

 

En 1549, le roi Tabinshwethi attaque donc le roi Chakkraphat.

 

Les Chroniques racontent (En 22 lignes) que le roi de Hongsawadi engagea rapidement son armée par la route des trois pagodes et attaqua Kanchanaburi. Il captura les « officiels » et leur demanda s’il était vrai que la capitale était en pleine confusion, mais en fait le roi Thianracha était sur le trône et les ministres et conseillers et toutes les provinces étaient unis et en paix. Le roi de Hongsawadi déclara alors « Nous sommes déjà venus trop loin et nous n’aurions aucune dignité si nous revenions chez nous. Nous allons aller jusqu’à la banlieue de la capitale pour examiner la situation  et ensuite nous retournerons au pays. Nous observerons la compétence des soldats d’Ayutthaya et comment la population se comporte avec notre armée. » Ensuite, il  attaqua et prit Suphanburi; puis fit camper l’armée principale à Lumphli. Le roi Chakkrapat en fut effrayé et ordonna à tous ces sujets en dehors ou dans la capitale de prendre rapidement leur poste. Le roi resta trois jours à Lumphli pour examiner les murailles d’Ayutthaya, les palais et les habitations royales et retourna à Hongsawadi par le même chemin.

 

 

Ce qui s’annonçait comme une guerre avec une forte armée (30 000 soldats, 300 éléphants, et plus de 2000 chevaux)  contre le royaume d’Ayutthaya ne fut finalement qu’une brève incursion.

 

 

Mais au même moment, le roi cambodgien de Loveck attaquait Prachinburi. (Province et ville du même nom située à l’Est, à env. 120 km de Poipet au Cambodge). Les Chroniques signaleront le fait en 9 lignes.

 

Le royaume khmer de Loveck ?

 

 

Après le sac d’Angkor par Ayutthaya en 1431. Le roi Ponhea Yat installera sa capitale à Srey Santor, puis à Chaktomuk (Site de l’actuel Phnom Penh) en 1434. Les Thaïs occupèrent le pays jusqu’en 1445 et furent chassés par le roi khmer Paramaraja1er. Ang Chan 1er, devenu roi après une longue lutte de pouvoir, installera sa capitale à Loveck (Situé à mi-chemin entre Phnom Penh et l’extrémité sud du Tonlé Sap. Capitale jusqu’en 1593) et y régnera  de 1516 à 1566.

 

 

Il serait donc le roi cambodgien qui va attaquer et prendre Prachinburi en 1549, profitant du changement de règne. Il se vit confirmer que le Prince Thianracha était monté sur le trône et que ses ministres étaient unis. Le roi renonça à aller plus loin et prit tous les habitants pour les amener à Loveck. Le roi Chakkrapat, après avoir subi un affront de Hongsawadi et maintenant celui des Khmers jura de se venger.

 

« Cette pratique de l'enlèvement et de la transplantation sur un sol étranger d'une masse entière de population, hommes, femmes et enfants, était d'un usage courant entre les divers Etats de l'Indo-Chine. Siamois, Cambodgiens, Laos, Péguans, Birmans l'exerçaient tour à tour, suivant les occasions. Ils prétendaient par ce moyen peupler leur territoire et augmenter leurs forces en diminuant celles des nations rivales. » (Lorgeou)

 

 

Ainsi le roi Chakkrapat, en cette année 1549 avait dû subir deux attaques de ses « ennemis » birmans et khmers, dont les conséquences avaient été minimes pour son royaume. (Sauf évidemment pour tous les habitants de Prachinburi déportés à Loveck)

 

                

                             

 

Mais nous verrons que son règne  sera marqué par de nombreuses guerres, parfois victorieuses, comme sa « revanche » promise et réalisée contre les Khmers de Loveck en 1551 ; mais surtout des défaites cinglantes comme la guerre contre les Annamites ayant envahi le royaume de Loveck en 1556, et les trois guerres avec les Birmans d’Hongsawadi aux conséquences désastreuses, avec la  deuxième guerre, causant la mort de la reine Suryothai et l’humiliation de reconnaître sa vassalité en 1564 ;  La troisième guerre due au refus de donner deux éléphants blancs,  avec la trahison  du Prince Thammaracha de Phitsalunok se rangeant derrière les forces d’Hongsawadi, et l’humiliation de reconnaître sa défaite dans une cérémonie solennelle, de donner quatre éléphants blancs et d’accepter la prise en otage de son fils Ramesuan avec les Phraya Chakri et Songkram, accompagnés de leurs familles et de leurs enfants ; Et surtout la quatrième guerre de 1569 avec la chute d’Ayutthaya, l’annexion du royaume, le roi Mahin prisonnier et le Prince Thammaracha de Phitsalunok désigné par le roi de Hongsawadi comme le  nouveau roi d’Ayutthaya. (3)

 

Que de récits en perspective !

 

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(1) Richard D. Cushman (David K. Wyatt Ed.): The Royal Chronicles Of Ayutthaya. The Siam Society, Bangkok 2000.

(2)RH 26. http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/rh-26.la-periode-de-1529-a-1548-du-royaume-d-ayutthaya.html

(3) Cf. RH 28. INTRODUCTION AUX RÈGNES DU ROI CHAKKRAPAT (1548-1568) ET DU ROI MAHIN (1568-1569)

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 22:07

 

 

(Ou pour le roi Chakkrapat  de 1549 au 18 février 1564 puis avant le 12 mai  1568 jusqu’au 15 avril 1569 et Mahin du 18 février 1964 jusqu’avant le 12 mai 1568  et du 5 avril 1569 au 2 août 1569 (Déposé par les Birmans (1))

D’après « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » et plusieurs de nos articles. (Cf. 2)

Nous venons, en suivant le chapitre un, du livre de Cushman, consacré à la traduction des « Chroniques royales d’Ayutthaya », comprenant 29 pages, d’évoquer une période de 197 ans (1351-1548)  du royaume d’Ayutthaya, retraçant des événements concernant 15 rois. Nous avons relevé les limites de ces « récits », de graves omissions, contradictions, légendes … (2)

Mais avec  le roi Chakkraphat, appelé « Le roi des éléphants blancs », les « Chroniques royales d’Ayutthaya », en leur chapitre deux, vont changer de nature.

 

 

Elles vont proposer non seulement, beaucoup plus d’évènements en 47 pages (et 59 chapitres), mais surtout vont changer de style, multipliant les points de vue, nous faisant accéder « par miracle » à ce qui se dit chez l’ « Ennemi » le Birman, aux paroles des rois de Hongsawadi et d’Ayutthaya et de leurs Conseils, au contenu de lettres royales échangées, bref proposant des courts récits. 

 

 

Et pourtant, nous avons à faire aux mêmes sources, aux mêmes chroniqueurs. Que s’est-il passé ? Les chroniqueurs ont-ils eu accès aux sources birmanes ou commencent-ils avec ce roi, l’Histoire officielle du Siam ?

(De même ensuite les rois  Thammaracha (1569-1590) et Naseruan, (1590-1605) auront droit à un chapitre spécifique de 46 pages et de 75 pages)

 

 

Mais il est sûr que cette période a été retenue par les nationalistes thaïs et la thaïness pour montrer la grandeur et le courage des héros thaïs. La femme du roi Chakkraphat, la reine Suriyothai, est devenue une héroïne nationale ; le grand cinéaste Chatrichalem Yukol l’a mise en scène dans un film qui a connu un grand succès. (Cf. la présentation de ce film en notre article A 51 (3)) ; le Prince Damrong lui consacre un chapitre dans son livre « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 ». (4)

 

                                      

Les « Chroniques royales », relatent essentiellement les guerres menées contre le royaume de Loevek (Cambodge) ( 1549, 1551, 1556), contre les cités du Nord,  contre les rebellions du Prince Si Sin (frère du roi Yot Fa) et de Pattani, et surtout celles contre le royaume birman  d’« Hongsawadi» en 1548, en 1563-1564, et la terrible  défaite en 1569, qui va voir la chute d’Ayutthaya,  la capture du roi Mahin, qui sera déposé et remplacé par le roi Thammaracha (1569-1590). Le royaume d’Ayutthaya ne retrouvera son indépendance qu’en 1584. C’est dire l’importance de cette période.

(Pour avoir une idée de que représentait les Birmans d’Hongsawadi et les Cambodgiens de Lovek. Cf. Notre article (5))

 

 

Le chapitre évoquera aussi son alliance  avec le royaume lao de Lan Chang (demande en mariage, participation à la guerre, attaque de Phitsalunok) (6) et d’autres événements, comme : La mort héroïque de la reine Suriyothai sauvant son royal époux, le roi Chakkraphat lors de la guerre contre les Birmans en 1548 ; Le rôle et l’importance des éléphants blancs pour le Pouvoir Royal, (qui déclenchera même une guerre contre les Birmans) ; Le rôle des lettres royales dans la diplomatie et le jeu de la paix et de la guerre ; La mort du roi  Chakkraphat et l’accession au trône du roi Mahin (1568-1569). Sa captivité et son exil à Hongsawadi. Et le destin peu commun de Maha Thammaracha, chef du complot qui va installer le futur roi  Chakkraphat,  gouverneur de Phitsalunok (du royaume d’Ayutthaya), puis allié d’Hongdsawadi, participant aux guerres contre Ayutthaya, Lan Chang …….. pour devenir en 1569, le nouveau roi d’Ayutthaya, vassal de Hongsawadi, et ……….. avec et par son fils, le futur roi Naseruan, reconquérir son indépendance en 1584.

 

 

 Que de pages d’histoire à raconter !

                   

-

Notes et références

 

(1) Un problème de date.

 

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya », écrivent pour le roi Chakkrapat : juillet 1548-janvier 1569 (Mais on annonce la mort du roi Chakkrapat  en 1568,  page 59 ). Pour  le roi Mahin (Ou Mahintharathirat), il est écrit qu’il accède au trône en 1565 (p.52), mais en ? (pas de date donnée) il demande à son père de quitter sa robe de moine pour reprendre le trône afin de sauver le royaume. (page 59 ) 

Le Wikipédia anglais prétend que le roi Chakkrapat a régné de 1548 au 18 février 1564 puis avant le 12 mai  1568 jusqu’au 15 avril 1569 et Mahin du 18 février 1564 jusqu’avant le 12 mai 1568   et du 15 avril 1569 au 2 août 1569 (Déposé par les Birmans)

 

(2) Richard D. Cushman (David K. Wyatt Ed.): The Royal Chronicles Of Ayutthaya. The Siam Society, Bangkok 2000.

52. Le roi Chakkraphat, le seigneur des éléphants blancs (1548-1568) et le roi Mahin (1568-1569). http://www.alainbernardenthailande.com/article-52-le-roi-chakkraphat-1548-1568-et-le-roi-mahin-1568-1569-111345508.html 

 

(3) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html

La Légende de Suriyothai raconte l’histoire de la reine Suriyothai se sacrifiant pour sauver son époux royal Chakkraphat lors d’une terrible bataille en 1548  contre les envahisseurs birmans.

 

 

(4) Prince Damrong Rajanubhab, « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 », White Lotus, 2001

Dans ce livre, le Prince Damrong consacre 3 chapitres à 3 guerres du roi Chakkrapat (1548, 1563, 1568) contre les Birmans dont un est à l’honneur de la reine Suriyothai

 

 

Cf. Nos deux articles sur les guerres entre les Siamois et les Birmans, entre 1539 et 1767. 106. « Nos guerres contre les Birmans » (1539-1767), du Prince Damrong. http://www.alainbernardenthailande.com/article-106-nos-guerres-contre-les-birmans-1539-1767-du-prince-damrong-120857499.html

Et 107. http://www.alainbernardenthailande.com/article-107-le-prince-damrong-explique-les-guerres-entre-les-siamois-et-les-birmans-entre-1539-et-1767-121187300.html

 

(5) Pour avoir une idée de que représentaient les Birmans d’Hongsawadi et les Cambodgiens de Lovek. Cf. Nos articles :

53. Les Birmans d’Hongsawadi et les Cambodgiens de Lovek au temps des rois d’Ayutthaya Chakkraphat et Mahin. (1548-1569) ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-53-les-birmans-et-les-cambodgiens-au-temps-du-roi-chakkraphat-111489437.html 

 

(6) 57. L’alliance « mouvementée » entre le royaume lao de Lan Chang (Lang Xang) et Ayutthaya en 1568 (?). http://www.alainbernardenthailande.com/article-57-l-alliance-mouvementee-entre-le-royaume-lao-de-lan-chang-et-ayutthaya-en-1568-113002980.html

 

 

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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 22:01

 

 

Nous avons maintes fois rappelé la nécessité de savoir que  le « muang  est une clé essentielle, reconnue par tous, pertinente depuis l’origine jusqu’à nos jours, couvrant tous les Territoires des Taï, pour comprendre leur identité, leur organisation territoriale, politique et religieuse ». Concept qu’il faut donc mettre en œuvre pour « faire l’histoire » de chaque règne (Quand les sources sont suffisantes) et de chaque période. (Cf. Nos multiples articles sur le sujet (1))

 

 

Ainsi, si nous avons suivi la chronologie des « Chroniques royales d’Ayutthaya » pour évoquer le règne de  15 rois de 1351 à 1548, il ne faut pas penser qu’Ayutthaya avait le pouvoir absolu sur les autres groupes thaïs de ce qui sera le Siam. En effet, nous avons appris que chaque muang était un système hiérarchisé politico-religieux, et que chacun était en fonction de sa taille, soit le centre, soit dans un rapport de vassalité(s) ou d’allégeance(s), plus ou moins autonome, selon la distance par rapport au centre. (Si le centre faiblit, il peut se placer sous la protection d’autres muang, soit s’intégrer dans 2, 3 réseaux hiérarchiques (sous la tutelle de 2 ou de 3 chefs) ). (On peut donc repérer au moins 3 hiérarchies : La hiérarchie politique et religieuse à l’intérieur du muang; la hiérarchie entre les muang). (Cf. 16 (1))

 

 

D’ailleurs les « Chroniques royales d’Ayutthaya » pour cette période ont évoqué maintes rébellions, conflits et guerres contre d’autres muang qui contestaient leur vassalité à la faveur d’une circonstance ou défendaient leur « indépendance » et attaquaient même Ayutthaya ou leurs vassaux - parfois avec succès -, comme le montrent les multiples « guerres » entre le muang d’Ayutthaya et celui du Lanna (Ou Chiangmai). (Cf. B. J. Terwiel, in « Thailand’s Political History » (2))  

 

 

Georges Coedès en  analysant « Les Chroniques de Chiangmai » a bien montré que ce muang  avait  ses légendes, sa propre « Histoire », sa propre géopolitique. (3) Et nous avons dans un article de « Notre Histoire », « Un autre royaume thaï au Nord : Le Lanna (1260- 1564) (4) rappeler une chronologie, qui bien qu’incertaine, donne quelques informations, sur ce royaume depuis son fondateur le roi  Mangraï  qui régna  de 1260 à 1319, et ses 18 successeurs jusqu’à Nang Praya Ratthewi dont le règne se termine en 1564, date du passage du pays sous souveraineté birmane. (Nos sources proviendront de cet article)

 

 

On peut y voir les rivalités au sein de la famille royale, avec assassinats, exécutions, et les guerres menées contre le royaume Môn d’Haripunchai ; La division du royaume en deux, par Chai Songkram (1311-1325) après son accession, où il nomma son fils, Phya Saen Phu, vice-roi de Chiangmai, lui-même s’installant à Chiangrai. Une situation qui perdura pendant  trois règnes consécutifs, et qui sera source de conflits.

 

 

Sous le règne de Saen Muang Ma (1385-1401), (fils du roi Kue Na),  Mahaphrom, frère cadet du roi Kue Na conspira contre lui et marcha avec son armée sur Chiangmai. Saen Muang Ma, soutenu par Saen Phanong, un noble de premier plan, l’écrasa. L’oncle félon prit alors la fuite vers Ayutthaya et demanda le soutien de Boromracha Ier. Celui-ci envoya ses troupes vers le Nord en 1386 qui attaquèrent Lampang. Ce fut la première attaque d’Ayutthaya vers le Lanna. (?) Ce fut aussi un échec cuisant. Mais après la querelle avec le monarque d’Ayutthaya, l’oncle revint faire sa soumission, le roi lui pardonna et l’envoya comme vice-roi à Chiangraï.

 

 

Mais curieusement les chroniques de Chiangmai nous assurent que Saen Muang Ma tenta de profiter de la guerre entre Sukhotaï et Ayutthaya pour attaquer Sukhotaï mais il fut forcé de battre en retraite. 

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya» relatent  cet événement de façon plus lapidaire : « En 1386, le roi Boromracha 1er (1370-1388) prend Chiang Mai et attaque Nakhon Lampang sans succès. Le roi alors envoya un message au chef de Nakhon Lampang pour qu’il reconnaisse sa vassalité. C’est ce qu’il fit. La royale armée retourna  alors à la capitale. »

 « Les Chroniques d’Ayutthaya » (BCDEF) relatent également en trois paragraphes la prise de Chiang Mai en 1390 ( ?) par le roi Ramesuan II (1388-1395), à l’issue de laquelle des milliers d’otages et des grandes familles seront emmenés à la capitale et redistribués en plusieurs cités (Phatthalung, Songkla, Nakhon Si Thammarat et Canthabun).  Nak Sang le fils du roi de Chiangmai vaincu, après avoir fait allégeance à Ramesuan II, sera le nouveau roi.

 

 

On peut remarquer que dans la majorité des cas, il ne s’agit pas pour les vainqueurs de régner sur un nouveau territoire, mais d’obtenir l’allégeance des cités conquises, de prendre des captifs et de placer -parfois- enfants ou famille pour gouverner ces cités.

On peut voir aussi pour le Lanna, de nombreuses  querelles dynastiques, qui ont des incidences dans les « guerres » entre muang.

Ainsi Sam Fangkaen (1402- 1441) voit son pouvoir  contesté par Yi Kumkam, frère aîné du vice-roi de ​​Chiangrai, qui  avait des prétentions sur le trône de Chiangmai. Il demanda l'aide militaire de Sukhothai, vint attaquer Chiangmai, fut défait et battit retraite à Sukhotai. 

Le roi fut renversé en 1441 par un coup d'Etat mené par son sixième fils, le Prince Lok, avec l’aide de quelques aristocrates de Chiangmai. Pour éviter tout bain de sang, il remit volontairement le trône à son fils et s’installa en exil à Wiang. Le nouveau roi Tilokaraja (Maha Rat dans les chroniques d’Ayutthaya !) n’est pas reconnu par Choi, son jeune frère, qui déclare Fang dont il était vice-roi, état indépendant. Tilokaraja envoie des troupes et Choi doit fuir et demandera l’aide du roi Boromracha II d’ Ayutthaya. En 1442, l'armée d’Ayutthaya marche sur Chiangmai mais échoue et doit battre en retraite.  

 

 

« Les Chroniques d’Ayutthaya » se réduisent à signaler que le roi Boromracha II (1424-1448),  ne put entrer dans Chiangmai en 1442 ; le roi étant malade, l’armée préféra se retirer. En 1444, le roi attaqua de nouveau Chiangmai en vain. Son armée prit alors position à la municipalité de Pathai Khasem. A cette occasion, il fit 120.000 (sic) prisonniers et son armée revint à la capitale.

Le Lanna du roi Tilokaraja, fort politiquement et militairement étendit sa souveraineté sur les royaumes de Nan et de  Phrae, et  voulut étendre sa souveraineté vers le sud.  A partir de 1451 et  pendant 24 ans il croisa le fer avec le roi Boromracha d'Ayutthaya. Le conflit commença lorsque le roi de Phitsanulok prêta serment d’allégeance au Lanna. Méfiant par la politique expansionniste de son voisin, le monarque d’Ayutthaya déménagea sa capitale à Phitsanulok. Ce n’est qu’en 1473 (ou 1475 ?) qu’intervint un traité de paix et d’amitié consacrant les extensions territoriales du monarque. »  (In notre article 51(4))

 

 

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » vont d’ailleurs relater pour le règne Ramesuan II (ou Boromma ou Trailokanat) (1448-1488) bien que sous la forme de dépêches non circonstanciées, plusieurs de ces conflits.

 

 

Ainsi en 1463, le roi Boromtrailok décide de régner depuis Phitsalunok et que son fils règne à  Ayutthaya avec le titre de Boromracha III. (On le verra aussi apparaître parfois  sous le titre de Prince Intharacha). (Stéphane Dovert, in « Thaïlande Contemporaine » invoque une querelle dynastique, qui imposera à Boromtrailok de quitter Ayutthaya pour Phitsalunok où il  régnera jusqu’en 1488. Toutefois les Chroniques nous disent qu’en 1485, le roi Boromtrailok désignera son fils comme l’Uparat, à savoir son héritier.

 

 

Citons notre article RH 23. Le roi Boromatrailok (1448-1488) et le roi Intharacha (1488-1491) : « En 1451, l’année de la chèvre, Maha Rat, (le souverain de Chiang Mai ?) prend Chakangrao, puis veut s’emparer de Sukhotai, mais n’y parvient pas. En 1455, l’armée royale prend Malaka. En 1456, elle se saisit de Lisotphin et fonde à cette occasion la royale armée de la municipalité de Khon. En 1460, le Phraya de Chaliang se rebelle, prend toutes les familles avec lui et se met sous la vassalité du roi de Chiangmai Phra Maha Rat. En 1461, le même Phraya de Chaliang prend la tête des troupes de Phra Maha Rat pour se saisir de Phitsalunok, mais il n’y parvient pas. Il tente ensuite de prendre Kamphaengphet, mais il échoue après sept jours de combat ; Cette cité ayant reçu l’aide du roi Boromtrailok et du Prince Intharacha, son fils. Celui-ci a alors attaqué et mis en déroute les forces de Phaya Kiat. Il a ensuite rencontré les forces de Mün Nakhon (gouverneur ?)  et s’est battu avec lui dans un duel  à dos d’éléphants. Il est dit que quatre Laos de l’unité d’éléphants ont capturé le royal éléphant et qu’à cette occasion le prince Intharacha a été blessé à la tête par une flèche. L’armée de  Phra Maha Rat retournera alors à Chiang Mai. En 1462,  le chef de Nakhon Thai a émigré à Nan avec ses sujets. Phraya Kalahom (le chef des armées du roi Boromtrailok) a été envoyé pour le ramener (en son territoire). Et qu’ensuite Phraya Kalahom a attaqué Sukhotai pour le soumettre comme auparavant. (Pourquoi ? Comment ?)

 

 

En 1463, Maha Rat tente de prendre Sukhotai, mais les rois Boromtrailok et Boromracha III vont défendre la cité. Le roi Boromracha III va attaquer les troupes de Phraya Thian et les mettre en déroute. Mais on retrouve ensuite  dans les Chroniques le même duel  à dos d’éléphants entre Mun Nakon et le Prince Intharacha et les quatre Laos de l’unité d’éléphants qui ont capturé le royal éléphant et qu’à cette occasion le prince Intharacha a été blessé à la tête par une flèche. Et là aussi, Maha Rat  retourne ensuite en sa cité. Pour le moins, la confusion est certaine. » (Alors en 1461 ou en 1463 ?)

 

 

De même, on apprend qu’en 1468, Maha Rat arrache Chiang Mai à Thao Luk. (Alors qu’il était déjà présenté auparavant comme le roi de Chiang Mai !) En 1474, le roi Boromracha III) prend Chaliang et en 1475 Maha Rat établit des relations d’amitié avec lui. »

En 1480, le roi de Lan Chang meurt, le roi nomme Phraya Sai Kao comme le nouveau roi. En 1487, Yod (1487 – 1495)  lui succède à l’âge de 32 ans. (Son père, Bun Ruang, avait été écarté du trône, exilé puis exécuté pour des motifs inconnus). Il est le petit-fils de Tilokaraja. Il était aussi son bras droit pour les campagnes militaires du roi. 

C’est sous son règne que se produisit l’incident du Bouddha d’émeraude, disparu de son sanctuaire et volé par un moine d’Ayutthaya. (Quand ?) (Non relaté dans les Chroniques royales d’Ayutthaya) Faute de pouvoir le récupérer pacifiquement, il se rendit avec ses troupes à Ayutthaya qui capitule après un mois de siège et renvoie l’image sacrée.

 

 

Mais les Chroniques d’Ayutthaya font parfois l’impasse sur certains événements importants si l’en croit Michel Jacq-Hergoualc’h (in « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels »).

Il nous apprend (sans donner ses sources) que le roi Ramathibodi II avait accepté l’offre de paix des Portugais, car, comme son prédécesseur (il) avait fort à faire avec le royaume de Chiangmai, son voisin du Nord. « Un nouveau conflit éclata en 1507, et entre 1508 et 1510.  En 1513, un général de Chiangmai envahit même Sukhotai et Khamphaengphet et en 1515, ces deux régions furent purement et simplement annexées par l’envahisseur ».

 

 

Les Chroniques d’Ayutthaya nous annoncent que le roi Chairacha (1534 à 1547) va attaquer deux fois Chiangmai (Sans donner les circonstances ni les conséquences). En  1545, l’attaque sera  un échec (nous apprend une seule source des annales), et en  1547 Il se serait « emparé » de Lamphunchaï et ensuite de Chiangmai. Quant-au roi « usurpateur » Khun Warawongsa, (juin-juillet 1548) contesté dans le Nord signa un ordre de révocation des gouverneurs de sept provinces du nord.

C’est dire que durant cette période il y eut non seulement beaucoup de « guerres » et de conflits entre les muang d’Ayutthaya et de Chiangmai, de même qu’ils en eurent avec les muang qui leur étaient vassaux. Une histoire complexe dont nous ne connaissons que quelques bribes.

D’ailleurs nous allons voir que les règnes du roi Chakkraphat (1548-1568) et de son fils Mahin (1568-1569) seront également marqués par de nombreux conflits contre les muang  thais,  mais aussi par des guerres provenant de « l’étranger » comme les Cambodgiens de Lovek (1549, 1551, 1556) et les Birmans de Hongsawadi (1549, 1563-1564), et la terrible défaite en 1569 à l’issue de laquelle le royaume d’Ayutthaya perdra son indépendance jusqu’en 1584. C’est dire l’importance historique de ces règnes.

 

 

SOURCES ET RÉFÉRENCES.

 

(1)

15. Notre Histoire. Le  muang ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-le-muang-selon-michel-runeau-99865623.html

« De nombreux auteurs citent la notion « de système d’emboîtement » de Georges Condominas pour expliquer le modèle pyramidal d’intégration des territoires conquis et de hiérarchie des catégories sociales :

« On a ainsi une société englobante et hiérarchisée : le phi müong, le génie tutélaire de la principauté « couvre » les différents phi ban, les génies tutélaires de chacun des villages que contient le müong. »

ou celui du parasol de Jean-François Papet :

« Au sommet, un vaste , le royaume ou müang « père », « coiffe » quelques grands parapluies, les principautés, ou müang « enfants », qui à leur tour « coiffent » plusieurs petites ombrelles, ou müang « petits enfants ». Enfin, au bas de l’échelle, le müang de base « coiffe » un certain nombre de villages ban ordonnés hiérarchiquement en fonction de la distance qui les sépare de la ville ».

Sur le plan politique, à chacun de ses niveaux hiérarchiques correspond un espace territorial plus ou moins vaste et une hiérarchie parallèle des fonctions politiques, le cao müang exerçant son autorité sur le chef du village chao ban ou « père du village pho ban dirigeant à son tour chaque chef de maisonnée pho heuen.

Sur le plan religieux, les entités spirituelles sont également hiérarchisées en phi müang divinité du müang), phi ban (divinité du village) et phi heuen (esprit des ancêtres). Le bouddhisme theravada est venu se superposer sur cette hiérarchie (les grades donnant droit à des fonctions et interprété comme un « mérite » gagné.) »

16. Notre Histoire : La conquête du « Siam » par les muang.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-notre-histoire-la-conquete-du-siam-par-les-muang-99006690.html

 

(2) B. J. Terwiel, in « Thailand’s Political History » estime que le « Lanna » considéré comme un empire unifié au 13e et 14e siècle  est un mythe qui a été inventé au XXe  siècle (Note 16, p.14), de même il indique qu’il n’est pas possible d’accepter le concept de «  Période de Sukhotai (1250-1351) » qui impliquerait un état central ayant le pouvoir absolu sur les autres groupes thaïs de la région. Il rappelle que cette vision répond à une histoire nationale officielle, construite et enseignée aux élèves pour leur apprendre combien leur pays a été grand et magnifique, avec une économie abondante, vivant heureux sous le bouddhisme gouvernée par un roi sage et vertueux. (Il fait référence à la stèle de Ramakhamhèng de 1292, en citant des historiens thaïs qui doutent de son authenticité. Note p. 15) Question que nous avons traitée dans nos articles 19 et 20 de « Notre Histoire »)

 

(3) «  Documents sur l’histoire politique et religieuse du Laos occidental » par Georges Coedes, in « bulletin de l’école française d’extrême orient », 1925, sous ce titre modestement trompeur, il s’agit d’une très précieuse analyse de la « Chronique de Chiangmaï » et de bien d’autres documents laos et chinois traduits par l’auteur.

Deux sites Internet

http://www.sri.cmu.ac.th/~elanna/elanna_eng/public_html/pict/history_lanna.swf

Une remarquable histoire en images filmées, des commentaires en thaï et une rétrospective historique bilingue, et des documents non moins remarquables sur la culture du Lanna.

Cf. aussi un blog ami, « Merveilleuse Chiangmai ». La partie historique (en cours) débute par une quinzaine d’articles sur Mangraï, issues de sources sûres, et une iconographie de grande qualité. http://www.merveilleusechiang-mai.com/blog/index-339774.html

 

 

Autres :

 «  A propos des origines et de l’histoire ancienne du Siam » Petithuguenin, Journal de la Siam society, volume 2 1905

«  Notes sur la fondation politique et religieuse du Lanna dans le mythe de Suvanna Khamdaeng » par François Lagirarde, Aséanie 9, 2002

«  Notes sur Camille Notton, traducteur de la chronique de de Suvanna Khamdaeng » par François Lagirarde, Aséanie 9, 2002

«  Chronique de Suvanna Khamdaeng » par Camille Notton, Aséanie 9, 2002

«  La succession de Setthathirat : réappréciation d’une période de l’histoire de Lan Xang » par Michel Lorillard, Aséanie 4, 1999.

(4) 51. Un autre royaume thaï au Nord : Le Lanna (1260-1564)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-51-un-autre-royaume-thai-au-nord-le-lanna-1260-1564-111070952.html  

  Et 27. « La  formation de l’Etat du Lanna en 1262 dans le Nord de la Thaïlande. »

   http://www.alainbernardenthailande.com/article-27-la-formation-de-l-etat-du-lanna-en-1262-     dans-le-nord-de-la-thailande-103436169.html

 

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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 22:07

 

 

Les rois Boromracha IV (1529-1533), Rattha  (1533-1534), Chairacha  (1534-1547), Yot  Fa (1547-juin 1548), et Warawongsa  (Juin-juillet 1548).  

 

Nous en étions restés à la mort du roi Ramathibodi II qui avait régné de 1491 à 1529, que  « Les Royales chroniques d’Ayutthaya » traduites par Cushman (1), avait traité en 11 paragraphes (env. 1 page et demie) en omettant d’évoquer un évènement majeur : la prise de Malacca en 1511 par les Portugais qui allait bouleverser tout l’équilibre de la Région, et qui  aura pour conséquences les premières relations des Portugais, avec le roi d’Ayutthaya, Ramathibodi II, qui prendront la forme de trois ambassades et dont la troisième en 1518, aboutira au premier pacte commercial avec une nation européenne,  assurant la liberté de commerce des Portugais avec les ports sous l’autorité siamoise. (2) Son fils Boromracha IV (ou Boromrachathirat IV) lui succédera. (1529-1533)

                                       

 

La fin du livre 1 des « Royales chroniques d’Ayutthaya » vont consacrer cinq pages et demie pour évoquer la période de 1529 à 1548 qui verra régner 5 rois :

 

Boromracha IV (1529-1533), Rattha  (5 mois entre 1533-1534), Chairacha  (1534-1547), Yot  Fa (1547-1548), et Warawongsa (juin-juillet 1548).

 

Autant dire que les informations les concernant seront également lacunaires et pourtant cette période fut riche en « querelles » dynastiques (3) : Rattha, le fils du roi  Boromracha IV, qui a alors 5 ans se voit confisquer le pouvoir par  son oncle (?), qui devient roi sous le nom de Chairacha, son successeur et fils Yot Fa a 11 ans, est assassiné en juin 1548 (Il a 13 ans), étant un obstacle pour sa mère régente, qui  fera installer sur le trône son amant Warawongsa, « l’usurpateur » ; qui ne régnera que 42 jours (juin-juillet 1548), balayé par un complot des nobles, à l’issue duquel, ils furent exécutés.

 

 

Les informations concernant le roi Boromracha IV (ou Boromarachathirat IV ou No Phutthangkun.) (1529-1533), se réduisent à deux lignes et  demie, pour évoquer son décès en 1533 dû à la  petite vérole, après un règne de cinq ans.

(La suite de cet article va utiliser notre article 50 traitant la même période (4))

 

 

Encore plus lacunaire pour son fils,  le jeune roi Rattha (ou Ratasadathirat) (1533-1534), où en une ligne et demie, les annales nous informent qu’il  prit le titre  de roi Rattha à l’âge de 5 ans et qu’il ne « régna » que 5 mois. 

 

 

Toutefois dans le chapitre consacré à son successeur Chairacha, l’annale A (1680), nous apprend qu’il est mort accidentellement, et l’annale F (1855) qu’il fut assassiné par le Prince Chairacha, qui était « de la famille » de Ramathibodi II, par un « plan diabolique ».

 

Nous allons en savoir davantage, bien qu’en une page et quart seulement, sur le roi Chairacha (Ou Chairachathirat)  qui va régner de 1534 à 1547.

 

 

(L’article de Wikipédia avance l’idée qu’il aurait été le fils de Ramathibodi II ! Donc « de la famille », ou « oncle », c’est selon)

Les Annales ne relateront pour son règne qu’un événement religieux, une révolte, deux attaques de Chiangmaï (En 1545 et 1547), un grand incendie à Ayutthaya et sa mort.

 

 

Chaque roi se doit de montrer sa piété et d’accomplir des actes religieux ; ainsi le roi Chairacha fit consolider en 1538 (L’année du tigre, la 10ème décade) les fondations du monastère de Chi Chiang Sai et y fit édifier une statue de Bouddha ; qu’il se rendit ensuite  (le 8e mois) à Chiang Krai et à Chiang Kran (Pourquoi ?) ; que le 9e jour de la lune croissante du 4e mois, une tempête détruisit l’ « arc d’une barge » et une autre barge royale ; et sans transition, que le roi se rendit à Kamphaengphet, pour mâter la révolte  du  Phraya (prince) Naraï, qui fut exécuté.

 

 

En 1545, lors  de l’année du serpent ou l’année du coq, c’est selon, il partit pour Chiangmaï après avoir confié au Vice-roi de Phitsanulok l’avant-garde de son armée. Il conduisit ses troupes établir le « camp de la victoire » à la municipalité de « Ban Village » (?). L’armée leva ensuite le camp pour se rendre à Kamphaengphet, où le roi établit un autre « camp de la victoire ». L’armée quitta ensuite Kamphaengphet pour aller planter ses tentes à Chiang Thong puis ensuite à Chiangmaï. L’attaque fut un échec (nous apprend une seule des annales). L’armée quitta alors Chiangmaï pour Kamphaengphet,  le jeudi du 5e jour de la lune croissante du 9e mois, et s’en revint à Ayutthaya

 

 

Le mercredi du 4e jour de la lune croissante du 3e mois,  un violent incendie eut lieu à Ayutthaya trois jours durant, avant de pouvoir être maitrisé après avoir détruit plus de dix mille cinquante habitations (annales de 1680). Il détruisit (nous apprennent toutes les autres annales) le bâtiment du premier ministre près du « Yot Market », les dortoirs des moines, les halls des temples, et cent mille cinquante bâtiments.

Nota. La précision dans l’évaluation des dégâts est à la hauteur de celle de la chronologie !

 

 

Deux ans plus tard, notre monarque repart avec son armée pour Chiangmaï. Le Vice-roi de Phitsanulok est encore à la tête d’une avant-garde de vingt-mille hommes. Au passage, le roi s’arrête à Kamphaengphet avec son armée pendant un mois (Ou quinze jours, c’est selon !). Il s’empare de Lamphunchaï et ensuite de Chiangmaï.

Apparurent alors des signes maléfiques : on vit du sang sur toutes les portes des maisons d’habitation et des monastères en ville et en dehors de la ville. Le roi quitta Chiangmaï alors le 14e ou le 15e jour de la lune montante du 4e mois, pour revenir à Ayutthaya.

On apprend au début du chapitre suivant consacré au jeune roi Yot Fa, que le roi Chairacha, atteint d’une maladie soudaine décéda lors du voyage et fut escorté par son 1er ministre jusqu’à Ayutthaya. Il avait régné 14 ans. Son fils ainé le Prince Yot Fa avait alors 11 ans ; son jeune fils le Prince Si Sin avait 5 ans. 

 

Le  roi Yot Fa (1547-Juin 1548)

 

Après la crémation de Chairacha, le Prince Thianracha, « de la même lignée royale » décida que s’il restait dans la vie civile, il courrait le risque de mettre sa vie en péril et que seule la sainte religion de Bouddha et le vêtement orange lui permettrait d’éviter dangers et malheurs. Il se fit alors ordonner moine au monastère de Rachapraditsathan.

 

Les moines bouddhistes, les brahmanes, les ministres, les poètes, les sages, les légistes, les astrologues et les prêtres réunis en assemblée, invitèrent le jeune monarque alors âgé de 11 ans à diriger le royaume en observant les traditions royales et en perpétuant la gloire de son lignage solaire, avec la reine régente Si Suda Chan, sa mère,  chargée de l’aider à gérer les affaires du royaume. Cette année-là, la terre trembla.

(Ce fut probablement considéré comme un mauvais présage ?)

 

 

En 1548, l’année du singe, le 5e jour de la lune montante du 5e mois, le roi vint assister à un combat d’éléphants, en présence des conseillers et ministres et du chef des éléphants Phra Chatthan. Mais la défense de  Phraya Faï  fut brisée en trois morceaux, ce qui était un signe de mauvais augure. Dans la soirée, le chef des éléphants gémit avec une voix humaine et l’une des portes de la ville gémit également de façon alarmante. (Encore un mauvais présage ?).

Nota. On peut remarquer que les éléphants royaux ont les mêmes titres que ceux des nobles. Nous y reviendrons avec le roi Chakkrapa (1548-1569).

 

 

(Sans transition) Un jour la régente sortit faire un tour dans le pavillon de Phimanratthaya admirer la salle des fresques. Elle y vit Phan Bu Si thep, le garde de la salle, en tomba amoureuse et ordonna à une servante de lui préparer du bétel dans des feuilles de thé fermenté, de l’envelopper dans un linge et de le lui présenter.

 

 

Quand il reçut le présent, il en comprit le sens et en retour donna à la servante un bouquet de fleurs de magnolias pour en faire présent à la reine. (Notons la manière de déclarer sa flamme au XVIe siècle au Siam !)

 

 

Fort amoureuse de lui, elle demanda au Prince Ratchaphakdi (Son premier ministre ?) de rédiger un décret rappelant qu’il était au service du trône sous le roi précédent et de lui accorder le titre de khun Chinnarat et de lui conférer la charge de garder les saintes images dans le palais. Ce fut le début de leur « longue liaison ».

Ensuite le sous-chapitre titre :

 

L’usurpation de Khun Warawongsa, juin-juillet 1548.

 

La reine résolut en effet de placer le trône entre les mains de  Khun Chinnarat. Aussi ordonna-t-elle au Prince Ratchaphakdi de changer son nom de Khun Chinnarat en Khun Warawongsathirat, de lui ériger une résidence à côté du bureau de l’Enregistrement et de lui en confier la charge, libre d’impôts et de service militaire,  dans l’espoir que cela augmenterait son emprise sur lui.

Elle lui fit construire un « siège royal » pour que toute la noblesse puisse se soumettre respectueusement à lui. Elle lui fit ensuite construire une résidence officielle de laquelle il pourrait administrer les affaires de l’Etat situé près de la porte Din.

 

 

Lors d’une rencontre entre Phraya Maha Sena et le prince Ratchaphakdi, celui-ci  dit : «Que devrions-nous envisager de faire quand nous voyons le royaume tombé dans une telle disgrâce comme celle-ci ? ». Le matin suivant, la reine apprit que ces deux princes avaient discuté entre eux et ordonna que Maha Sena fut convoqué  pour une comparution publique à la porte Din. Dans la soirée, il fut poignardé alors qu’il s’en rentrait chez lui. Dans un dernier souffle, il dit  « Voilà où nous en sommes, que sera la suite ? ».

Elle tomba ensuite enceinte des œuvres de Warawongsa. Elle convoqua alors son  premier ministre et lui dit « Le roi Yot Fa notre fils est encore très jeune et ne pense qu’à jouer. La gestion des affaires du royaume nous semble au-dessus de ses forces. En outre, les provinces du nord sont dans la tourmente. Nous avons pensé que Warawongsa devrait gérer les affaires du royaume jusqu’à ce que notre fils soit en âge de le faire. Quel est votre opinion ? ». Le 1er ministre répondit en s’inclinant : « Qu’il en soit comme votre altesse en a décidé ».

La reine prit alors une ordonnance pour que le Député du palais (Le gouverneur du palais?) prenne le palanquin royal, les attributs de la royauté, les trompettes et les conques, et que les membres de la famille royale accompagnent Khun Warawongsa jusque dans le palais royal.

Les rites du sacre royal furent ensuite accomplis pour qu’il devienne souverain du royaume d’Ayutthaya. Son plus jeune frère Nai Can fut ensuite élevé au rang d’Uparat (vice-roi).

 

 

Alors Khun Warawongsa devenu le souverain du royaume d’Ayutthaya, consulta la reine :

« Maintenant, une partie de fonctionnaires nous aiment et une autre partie nous haïssent. Toutes les provinces du nord s’agitent, nous devons en chasser les gouverneurs pour les remplacer par des hommes fidèles. » La reine lui donna son aval. Le lendemain, il convoqua son premier ministre et lui fit signer un ordre de révocation des gouverneurs de sept provinces du nord.

Ensuite les annales sont confuses, puisque l’annale A prétend que Yot Fa a eu un accident et que Khun Chinnarat (sic) put régner 42 jours avant d’avoir un « accident »  avec la reine Si Sudacan. Le Prince Thianracha accéda au trône et prit le titre de roi Cakkrapat.

 

 

 

Les autres annales prétendent que Warawongsathira, la reine et Yot Fa furent victimes d’un complot, furent exécutés au temple de Khok Phraya, mais  que Si Sin, le jeune frère de Yot Fa, âgé de seulement sept ans, fut épargné. Yot Fa avait régné quatorze mois (Pour une partie des annales), vingt-huit mois (Pour l’autre partie).

Par contre le chapitre suivant racontant le complot des nobles qui mit fin à l’usurpation, aura droit à plus de deux pages.

 

Le complot des nobles qui mit fin à l’usurpation.

 

Quatre personnes qui se faisaient  confiance, Khun Phirenthorathep de lignée royale, Khun Inthorathep, Mun Ratchasena et Luang Si Yot du village de Lan Tak Fa se réunirent en secret : « Ce pays est dans la honte. Nous devons agir, nous devons nous emparer de Khun Warawongsa et le tuer. Si nous ne le faisons pas, qui va le faire et qui va ensuite gouverner le peuple ? » Khun Phirenthorathep ajouta : Seul le prince Thianracha qui est entré dans un monastère a la capacité de régner ». Ils décidèrent d’aller en discuter avec lui.

Ils se rendirent au temple de Ratchapraditsathan, firent allégeance et lui dirent : « Le royaume est dans la honte, nous avons décidé de nous emparer de Warawongsa, de le tuer et de vous faire monter sur le trône. Qu’en pensez-vous ? »

Le prince donna son accord. Puis ils lui dirent: « Tout ce que nous préparons est d’une grande importance qui nécessite que nous allions pratiquer la divination par la bougie devant une image du seigneur Bouddha pour que celui-ci nous démontre clairement que le Prince Thianracha est doté de suffisamment de mérites pour devenir le soutien de la religion et le protecteur du peuple. » Le prince donna son accord. L’un des comploteurs ajouta « Jusque-là nous avons établi des plans détaillés. Maintenant, après avoir tout préparé, nous pouvons nous souhaiter que la divination par la bougie nous donne raison. Est-il bien convenu que si nous ne pratiquons pas ce rite, nous ne réaliserons pas nos projets. ». Après avoir discuté chacun alla de son côté.

Le soir même, ils prirent deux chandelles de cire d’abeille et d’un poids égal. La longueur était la même et celle de la mèche également. Puis ils se rendirent dans la salle du temple de Pa Kaeo. Le prince Thianracha accomplit le rituel en touchant le sol des cinq parties de son corps puis le rituel des chandelles, et prononça de longues incantations pendant lesquelles il pria et demanda de lui enlever ses doutes pour  devenir un grand roi, capable d’assurer la justice, la protection et le bonheur de son peuple, dans le respect des vieilles traditions, et de Bouddha en priorité. Quand il eut terminé ses incantations, il accomplit alors le rite de divination des bougies qui devait révéler la vérité de Bouddha, avec la promesse de la respecter. Il alluma les deux bougies, l’une représentant l’usurpateur, l’autre le prince candidat au trône. La première consumée marquerait le perdant.

 

 

Khun Phirenthorathep s’aperçut que la bougie de Warawongsa se consumait plus lentement que celle du prince ; Il se mit en colère et s’écria « Arrètez, je ne suis pas d’accord ! »,  puis il cracha sa chique de bétel. Survint alors un présage, son jus de chique éteignit la chandelle de Warawongsa ! Tous furent réjouis et émerveillés. À cet instant, un moine portant les trois robes et un éventail de moine, entra dans la salle de prière et leur donna sa bénédiction en disant : « Vous tous parviendrez à réaliser les souhaits que vous portez dans vos cœurs ». Ainsi dit, il disparut et chacun retourna  en sa maison.

 

 

Une quinzaine de jours plus tard, les fonctionnaires de Lopburi envoyèrent un rapport au sujet d'un éléphant mâle dont les oreilles et la queue portaient les marques de son appartenance à un troupeau. Le premier ministre en informa le roi qui dit « Nous allons le prendre. Nous allons envoyer les ordres officiels pour cela. » Environ sept jours plus tard, un troupeau d’éléphants sortant de la jungle arriva aux abords du temple de Mae Nag Plum et entra dans un corral. Le premier ministre en informa le roi qui dit : « Nous viendrons nous en emparer demain ».

Au soir, Khun Phirenthorathep ordonna à Mun Ratchasaneha qui n’était pas de service au gouvernement, d’aller attaquer le vice-roi sur la terre de Sua ( ?). Dès qu’il eut donné cet ordre, le gouverneur de Phichaï et celui de Sawankhalok arrivèrent à la capitale. Il les mit au courant du complot. Ils en furent ravis et partirent avec les comploteurs tendre une embuscade sur le canal du village de Pla Mo. Chacun était sur son propre bateau et tous les rameurs étaient armés.

 

 

En attendant, Ratchasaneha prit une arme à feu et se mit en embuscade, la portant lui-même comme un boxeur de la garde royale. Quand il aperçut le vice-roi monté sur un éléphant pour entrer dans le  corral, il fit feu et le tua.

Très tôt le matin, Warawongsa, la reine régente Si Sudacan, le fils ou leur fille (Selon les annales) qui était né de leurs oeuvres et le prince Si Sin s’embarquèrent tous sur une barge royale et naviguèrent droit vers le canal Sa Bua. Inthorathep tenait sa place habituelle dans la procession. Phirenthorathep, le gouverneur de Phichaï, celui de Sawankhalok, Si Yot et Ratchasaneha interceptèrent la barge royale. Warawonga s’écria « Quels sont ces bateaux qui viennent sur nous ? » Phirenthorathep cria alors « Je vais m’emparer de vos deux vies ». Deux bateaux des insurgés s’avancèrent rapidement des deux côtés de la barge royale, les hommes s’emparèrent de Warawongsa et le tuèrent ainsi que la régente et leur enfant. Si Sin fut épargné.

 Certaines annales précisent que Warawongsa était resté sur le trône cinq mois ; alors que l’éditeur K. Wyatt des Annales Royales traduites par Cushman titre « L’usurpation de Khun Warawongsa, juin-juillet 1548 » et estime son règne dura 42 jours ; Par contre, le Portail sur la Thaïlande de wikipédia donne (nov.1548-janv.1549 (usurpateur hors dynastie, assassiné)). C’est vous dire le flou  artistique.

Les insurgés et toute la noblesse retournèrent alors à la capitale pour sécuriser le palais royal. Ils prirent ensuite la barge royale et se rendirent au monastère de Rachapraditsathan pour inviter le prince Thianracha à quitter ses habits et l’état monastique. Puis ils l’invitèrent à monter à bord de la barge royale, embellie des attributs de la royauté. Ils l’escortèrent tout au long du cours d’eau jusqu’au palais royal, où ils le prièrent d’entrer.

Ainsi finissent les  Annales Royales  sur cette période.

 

 

Nous avons pu constater, une fois de plus, que les « Chroniques royales d’Ayutthaya » relatant la période de 1529 à 1548 n’a rien qui s’apparente à ce que nous appelons « Histoire ». Toutefois, on peut noter qu’elle fut riche en « querelles » dynastiques, avec une confiscation du pouvoir par Chairacha,  l’assassinat de son fils Yot Fa, initié par sa reine mère régente, pour installer  sur le trône son amant Warawongsa, un simple garde, que les historiens thaïs affubleront du titre  « d’usurpateur » ; et un complot des nobles, à l’issue duquel, ils furent exécutés.

 

Du rififi à la Cour d’Ayutthaya ?

 

Une expression que vous pourriez trouver désobligeante, que nenni si vous en jugez par le film anglo-thaï de Lek Kitaparaporn, « The King Maker », « Le faiseur de roi »,  sorti en 2005 et en version française en 2009, consacré justement au complot de la reine Sisudachan du Siam en 1547 ; Une version très différente des Annales.

 

 

Nous avons là un film  haut en couleurs, avec un Portugais « faiseur de roi », avec vengeance, duels, tentatives de meurtres, complots, sorcière, suicide, empoisonnement, exécutions, amour, mercenaires portugais, sous la bannière du Christ, qui se joignent aux troupes royales pour aller châtier « le prétendu roi du Lanna », embuscade … Et le dénouement avec l’arrivée du prince Chakkrapat à la tête de ses troupes, la reine démasquée, et la sentence : « Je vous accorde une mort rapide » « Qu’on l’emmène sur le champ et qu’on lui coupe la tête, quand ce sera fait, empalez-la sur un pieu aux porte de la cité pour que tout le royaume sache que justice a été rendue aujourd’hui », et une fin heureuse.

Une autre version du complot de la reine, avec son amant, « l’usurpateur » Warawongsa  qui devint roi et de leurs exécutions. Une version cinématographique qui ne souffrit pas de censure, pourtant si répressive quand il s’agit de rois et de familles royales. (Cf. Notre article A. 102 sur ce film (5))

Les Annales Royales passent ensuite au règne du roi Chakkraphat, juillet 1548-janvier 1569, avec en titre « Le roi des éléphants blancs ».

Mais il existe d’autres royaumes (Ou  muang) dans ce qui sera le Siam, ne serait-ce que celui de Chiangmaï que les différents rois d’Ayutthaya ont dû affronter. Aussi, il peut être utile de le présenter pour comprendre les enjeux de leurs affrontements.

 

Notes et Références.

 

(1)The Royal Chronicles of Ayutthaya » : A Synoptic Translation, Cushman, Richard D. & Wyatt, David K. 8.2 x 11.4", 556 pp., Publié par la Siam Society; 1ère  édition,  Bangkok, 2000.

(2) RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511. http://www.alainbernardenthailande.com/2018/01/rh-25.un-evenement-majeur-a-la-cour-du-roi-ramathibodi-ii-1491-1529-la-premiere-ambassade-portugaise-en-1511.html

(3) Michel Jacq-Hergoualc’h, p. 19 in « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels » (L’Harmattan, 1993) nous dit que « La Mort du roi Chai Raja en 1546 (sic) fut suivie de deux années de querelles dynastiques qui ne prirent fin qu’avec l’arrivée sur le trône du roi Mahachakrapat (1548-1568). Le roi de Birmanie profita de ses troubles pour attaquer le Siam en 1549, avec l’intention d’en faire son vassal »

(4) 50. Le deuxième siècle du royaume d’Ayutthaya, 9 rois de 1448 à 1548 (suite et fin).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-50-le-deuxieme-siecle-du-royaume-d-ayutthaya-de-1448-a-1548-suite-et-fin-111070620.html

(5) A.102. Un film thaï sur le complot de la reine Sisudachan du Siam en 1547.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a102-un-film-thai-sur-le-complot-de-la-reine-du-siam-en-1547-116474511.html

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 22:05
RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Nous avions déjà noté dans l’article précédent (1) que « Les Royales chroniques d’Ayutthaya » traduites par Cushman, concernant le règne de Ramathibodi II  ne disaient mot sur un événement capital qui allait bouleverser tout l’équilibre diplomatique, commercial et militaire de la Région et du royaume d’Ayutthaya en particulier, à savoir : la prise de Malacca en 1511 par les Portugais par le  vice-roi portugais des Indes, Afonso de Albuquerque.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Elle aura pour conséquence les premières relations des Portugais, avec le roi d’Ayutthaya, Ramathibodi II, qui prendront la forme de trois ambassades : La première ambassade en 1511, menée par Duarte Fernandès, la seconde en 1512 d’Antonio de Miranda de Azevedo, et la troisième en 1518, menée de nouveau par  Duarte Fernandès qui devait aboutir au premier pacte (Ou traité ?) commercial,  assurant la liberté de commerce des Portugais avec les ports sous l’autorité siamoise.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Les Portugais, maître de  l’Océan indien.

L’article de Jean Baptiste Aquarone par exemple, vous donne en 17 pages un aperçu de ce que fut « L’aventure portugaise dans les mers de l’Inde » (2), -  à la suite de la conquête de Ceuta en 1415, qui fut le début de la politique coloniale du Portugal.  L’arrivée de Vasco de Gama à Calicut  avec ses trois caravelles le 18 mai 1498  après 10 mois et 8 jours d’une navigation que vous pouvez imaginer périlleuse; son échec et son retour en août et septembre encore plus terrible ;

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

La décision rapide du roi Emmanuel d’armer une flotte de 13 nefs ou caravelles qui prendra la mer le 9 mars 1499 sous les ordres de Pedro Alvarès Cabral afin d’établir une factorerie à Calicut et de nouer des accords commerciaux et faire voile ensuite vers le Brésil pour prendre possession de ses rivages ; Comment cette aventure tourna au tragique à Calicut, dut subir l’hostilité des marchands et guerriers arabes menacés dans leurs privilèges commerciaux et leur suprématie navale et militaire ; Comment en 1502 Vasco de Gama à la tête d’’une armada de 15 nefs put vaincre le roi Quiloa à Zanzibar, obtenir un tribut important et sa vassalité au roi du Portugal ; Et prit ensuite Calicut, déjoua la coalition des rois de Calicut, Cananore et de Cochin, et put remplir ses navires  d’épices et d’aromates … (Retour triomphal à Lisbonne septembre 1503).

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

A partir de 1505, la politique orientale portugaise entre dans une nouvelle phase. Il s’agit alors de s’installer, de protéger les factoreries naissantes à l’ombre des forteresses. D. Francisco de Almeida, nanti de tous les pouvoirs avec le titre de vice-roi sera chargé de mener cette politique. Il part le 25 mars 1505 à la tête d’une armada de 16 nefs et de 6 caravelles avec 2500 soldats d’élite dont 1500 devront tenir garnisons aux Indes pendant 3 ans. On ne va pas raconter toutes les batailles qu’il eut à mener (Monbassa, Coulore, Canamore, Cochin, Ceyla, Chau (Près de Bombay) en mars 1508, l’anéantissement de la flotte égyptienne le 3 février 1509 devant Diu qui assurait au Portugal la maîtrise de l’Océan indien …

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Puis ce fut les exploits du grand de conquistador : Alphonse d’Albuquerque, à la fois militaire, navigateur, explorateur et politicien. Il s’était déjà illustré en 1503 et 1504 aux Indes aux côtés de  Duarte Pacheco et avait transmis son enthousiasme au roi Emmanuel.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Il reprit la mer en 1506 avec l’armada de Tristaô de Cunha, découvrit les îles Tristaô de Cunha  et explora les rivages de Madagascar. En 1507 avec Tristaô de Cunha, il s’empare de l’île de Socotora, lui assurant ainsi le contrôle du golfe d’Aden ; Avec 6 nefs et une fuste, il s’empare de nombreuses villes de la côte d’Arabie ; Il pénètre dans le golfe persique, soumet Ormuz, la métropole commerciale, malgré les 200 navires qui protègent le port et les 20 000 hommes massés sur la plage. Dès octobre, il y élèvera une forteresse puis une factorerie, qui sera prospère. Mais nous ne pouvons ici raconter toutes les péripéties, tous les combats qu’il mènera ensuite, ses revers, ses différends avec  D. Francisco de Almeida ; son échec à Calicut, et comment il se reprendra par deux fois pour conquérir  Goa, et y fixer son gouvernement, et parvenir ensuite à chasser de l’Océan Indien  tous les trafiquants musulmans …

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Bref, en 1509, il devient le gouverneur des Indes portugaises avec le titre de vice-roi, jusqu’à sa mort à Goa en 1515. Il n’aura de cesse de développer les fondations coloniales et de s’assurer de nouveaux points d’appui, d’autres marchés. Il poursuivra l’œuvre entreprise par Franscisco de Almeida, le 1er vice-roi des rois Indes, pour contrôler l’Océan indien en s’emparant des trois points qui commandent le passage des marchandises, à savoir Ormuz (précédemment en1507) à l’entrée du golfe persique, Goa (1510), capitale de l'« Estado da India », puis la côte de Malabar et Cochin, et Malacca en 1511 qui contrôle le golfe de Malacca, permettant ensuite aux Portugais d’étendre leur domination jusqu’aux Moluques, îles riche en épices, sachant que le poivre, les clous de girofle, la noix de muscade et la cannelle se vendent à prix d'or sur les marchés européens.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

De ces expéditions, naquit peu à peu le système des carreiras (routes maritimes du commerce de la royauté) reliant les ports asiatiques comme Pulicat et Malacca, ou Malacca et Chittagong (au Bengale).

 Les Portugais entraient donc dans l’histoire siamoise en 1511.

Ainsi le 2 mai 1511, nous assure Aquarone, Alphonse d’Albuquerque embarque 1400 soldats sur 19 vaisseaux à Cochin pour libérer des marins portugais à Malacca qui avaient été fait prisonniers en 1508 lors d’une expédition commerciale menée par Diego Lopez de Sequeira.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

(Michel Jacq-Hergoualc’h, évoque  une attaque de représailles  d’Albuquerque en juin 1509 qui  aurait pris Malacca, mais qui n’aurait pas achevé la conquête !) ( Cf. (4), p.13)

Deux mois plus tard donc,  Alphonse d’Albuquerque, après des combats épiques prend Malacca en juillet 1511 (Le 24 juillet ?), expulse le sultan. Il construit un fort, une église, laisse une bonne garnison et une partie de sa flotte. (Malacca restera durant 130 ans sous domination portugaise)

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Dès lors avec l’aide de la communauté marchande de la ville : des Tamouls, ou des Kélings, marchands renommés, Albuquerque et son représentant à Malacca, cherchèrent à établir des contacts dans d’autres lieux du littoral du golfe de Bengale, dans les îles de l’Asie du Sud-Est et en Extrême-Orient. Des bateaux se rendirent à Martaban en Birmanie, à Pulicat au sud-est de l’Inde, aux Moluques… Des ambassadeurs furent envoyés à Java, aux Moluques et au … Siam.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Les premières ambassades  portugaises à la Cour du roi Ramathobodi II (1491-1529)

Michel Jacq-Hergoualc’h, consacrent 5 pages à ces trois ambassades portugaises, dans son chapitre  « Les premiers européens : des commerçants portugais au XVe siècle », (pp. 13-23) (4), et Rita Bernades de Carvalho 4 pages dans son master,  intitulé « La présence portugaise à Ayutthaya (Siam) aux XVIe et XVIIe siècles »(5) Quatre de nos articles précédents évoquent ce sujet (6)

La première ambassade portugaise de Duarte Fernandes en juillet 1511 auprès du roi du Siam.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Alors que Malacca est assiégé et n’est pas encore prise, Afonso de Albuquerque envoie Duarte Fernandès, qui avait été  prisonnier depuis deux ans à Malacca, et parlait le malais et avait des bases en thaï, comme ambassadeur à la Cour d’Ayutthaya, pour envisager un partenariat commercial, lui proposer son appui, et  lui suggérer qu’il pourrait y gouverner.

Michel Jacq-Hergoualc’h décrit l’audience, les présents échangés, la teneur de la lettre du roi du Portugal, qui pour rassurer le roi du Siam, lui  proposait de le servir en toute chose et lui offrait l’aide de quelques capitaines et autre assistance militaire pour ses conflits éventuels contre les pays voisins ; Comment le roi s’informa et reçut avec bienveillance l’envoyé portugais.

Le roi Ramathibodi II envoya, en réponse, une ambassade à Malacca avec une  lettre et des présents qui furent bien accueillis.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

La seconde  ambassade portugaise d’Antonio de Miranda de Azevedo en janvier 1512,

Alfonse de Albuquerque a un problème alimentaire urgent à résoudre après la prise de Malacca en 1511 et  il doit rassurer le roi du Siam. Aussi envoie-t-il une autre ambassade de sept membres dirigée par Antonio de Miranda de Azevedo auprès du roi Ramathibodi II, avec des instructions précises (Jacq-Hergoualc’h donne un extrait de la lettre d’Albuquerque au roi). Elle accompagnera l’ambassade siamoise dans son voyage retour.

Elle était composée entre autre de Duarte Coelho et de Manuel Fragoso qui sera chargé de rédiger un rapport sur les marchandises, habits, habitudes des Siamois ainsi que  de localiser les ports ainsi que tout autre information susceptible d’être utile. (Jacq-Hergoualc’h précise en note que Manuel Fragoso restera deux ans et repartit avec une ambassade siamoise à Goa, mais que le rapport doit dormir dans quelque dépôt d’archives). L’ambassade proposera une aide militaire (hommes et armes) et une alliance, pensant certainement à une contre-offensive du sultan de Malacca.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Le roi acceptera l’offre portugaise et enverra une jonque de riz avec une ambassade siamoise pour le retour de Miranda de Azevedo. Elle sera reçue en 1513 en grande pompe par Rui de Brito, le capitaine de Malacca. L’ambassade siamoise réclamera la gouvernance de Malacca, qui ne lui fut pas accordée, bien entendu. Elle avait pu apprécier la puissance portugaise et le profit que l’on pouvait tirer de cette nouvelle alliance. (In notre article 78, et le master de Rita Bernades de Carvalho (5))

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Une troisième ambassade siamoise repartit avec les Portugais pour arriver à Malacca avant le 6 janvier 1514, puisque une lettre datée de Rui de Brito (le capitaine de Malacca) envoyée à Albuquerque en raconte la teneur. De Brito l’informe sur le bon accueil, les présents offerts par le roi siamois, leur faible tentative diplomatique de prétendre gouverner Malacca selon une promesse qu’Albuquerque aurait écrite, sur les explications données avec courtoisie pour les rassurer, quant à la paix et au commerce, « comme il en était dans le passé ». Ils virent notre force et « ils partirent satisfait de cette paix que je leur offrais ».

Jacq-Hergoualc’h, judicieusement, explique que l’offre de paix fut d’autant plus mieux accueilli, que le roi Ramathibodi II, comme son prédécesseur avait fort à faire avec le royaume de Chiangmai, son voisin du Nord. Il évoque des conflits en 1507, 1508 et 1510. « En 1513, un général de Chiangmai envahit même Sukhotai et Khamphaengphet et en 1515, ces deux régions furent purement et simplement annexées par l’envahisseur ».

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

La première, de Madame Rita Bernades de Carvalho.(5)

La trsisième ambassade est menée encore par  Duarte Fernandès, qui doit tenter de résoudre le 1er conflit portugais-thaï. En  effet, le roi Ramathibodi II est fort mécontent d’apprendre  que les Portugais ont incendié la capitale de Queda, un petit état musulman, vassal d’Ayutthaya, en 1516. En 1518, le neveu du gouverneur (D. Aleixos Menezes) venant d’arriver à Malacca, se rend compte de l’erreur et de ses conséquences possibles et envoie Duarte Fernandès pour apaiser le roi, renouer les liens amicaux et proposer aux Siamois la possibilité de s’installer à Malacca (En manque d’habitants). Il est suggéré que des intérêts mutuels ont permis le succès de cette ambassade. (In 78 et (5))

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

La seconde version de Jacq-Hergoualc’h. (In (4))

 « La situation entre les deux pays évolua  à partir de 1518 avec l’arrivée à Malacca de D. Aleixo de Menezez, nanti de pouvoirs spéciaux. » D. Aleixo de Menezez dépêche  aussitôt Duarte Coehlo qui avait fait partie de l’ambassade d’ Antonio de Miranda- au roi Ramathibodi II, mais muni cette fois de lettres et de présents du roi Don Manuel.

Le roi du Siam dut être satisfait de la teneur des lettres du roi du Portugal  puisqu’ « il fit ériger, à la manière des usages sacramentaux de notre religion, une grande croix de bois orné à sa base des armes de ce royaume, dans l’endroit le plus en vue de la ville en souvenir et en témoignage de la paix jurée ». (de Barros Joao).

Jacq-Hergoualc’h, signale que « c’est le premier témoignage flagrant de l’étonnante tolérance religieuse qui était de règle  dans ce pays, en même temps que le premier signe concret d’une création religieuse européenne au Siam ». (p.17)

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Il est dit aussi que le roi du Siam envoya à Duarte Coelho « de la ville de Hudia, en novembre 1519, trois navires, l’un lui appartenant, et deux autres que ce même roi lui confia pour sa protection contre les flottes du roi de Bantam » ! (…) L’accord prévoyait « la possibilité de faire du commerce au Siam,  à Ayutthaya certes, mais aussi à Tenasserim, à Mergui, à Pattani et à Nakhonsrithammarat et cela grâce à des privilèges spéciaux ; de plus la liberté religieuse leur était offerte, à une époque où elle était la chose du monde la moins partagée. En échange le Siam recevait des fusils et des munitions et l’aide de conseillers militaires grâce auxquels le roi Ramathibodi II put réorganiser son armée, et être victorieux en 1518 des armées du Prince de Chiengmai qui avait envahi le Nord du royaume ».

Guy  Lubeigt assure également qu’en 1518 Duarte Coelho  a signé un pacte avec le roi du Siam lui assurant la liberté de commerce avec les ports sous l’autorité siamoise, comme Ligor, Pattani, Tagala (Près de Martaban), Tawai, Mergui et Tenasserim. (6)  

On peut considérer que « cet accord » de 1518 est le premier pacte commercial établi entre un pays européen – ici le Portugal - et le roi d’Ayutthaya. D’autres suivront avec les Japonais, Espagnols, Hollandais, Anglais et Français … (7) et (8).

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

Sources et références.

 

(1) RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529)

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/rh-24-le-roi-ramathibodi-ii-1491-1529-ou-chetthathirat-i.html

 

(2) Jean-Baptiste Aquarone et Jean Filloziat, « L’aventure portugaise dans les mers de l’Inde », Bulletin de l’Association Guillaume Budé, 1953, vol 1, n°3, pp. 62-79 : http://www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1953_num_1_3_4563

 

(3) Mais que représente Malacca à cette époque ?

Malacca est une cité-Etat, composé principalement de Malais, mais aussi de résidents étrangers comme les Tamouls, les Javanais et les Chinois, peuplé de 100 000 à 200 000 habitants  gouverné par un sultan qui  depuis le milieu du XVe siècle est le principal port des navires arabes, indiens et chinois, avec les grandes cités maritimes chinoises ;  et dont l’influence se faisait sentir jusqu’à l’extrême limite de l’archipel indonésien et du golfe persique.

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

(4) Michel Jacq-Hergoualc’h, « Les premiers européens : des commerçants portugais au XVe siècle », pp. 13-23, in « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels », L’Harmattan,  1993.

 

(5) Mémoire de Master de Madame Rita Bernades de Carvalho,  intitulé « La présence portugaise à Ayutthaya (Siam) aux XVIe et XVIIe siècles », Ecole pratique des Hautes Etudes, 4ème Section Sciences Historiques et Philologiques, Paris, 2006

http://www.cham.fcsh.unl.pt/ext/files/varia/tese_ritacarvalho.pdf

 

(6) « Ancient transpeninsular trade roads and rivalries over the Tenasserim coast »,  (p. 67),  In Nguyên Thê Anh et Yoshiaki Ishizawa, « Commerce et Navigation en Asie du Sud-Est », L’Harmattan, 1999

 

(7) Nos articles sur le sujet :

« 74. Introduction aux  relations internationales du Siam jusqu’au XVIIe siècle. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-74-introduction-aux-relations-internationales-du-siam-jusqu-au-xviieme-siecle-116732188.html

77. L’Arrivée des premiers Européens au Siam : les Portugais.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-77-l-arrivee-des-premiers-europeens-au-siam-les-portugais-117326794.html

78. Les Portugais au royaume du Siam au XVIe siècle, selon Madame Rita Bernades de Carvalho. http://www.alainbernardenthailande.com/article-78-les-portugais-au-royaume-du-siam-au-xvie-siecle-selon-madame-rita-de-carvalho-117349717.html

Et

75. Les relations du Siam avec les Européens (XVI-XVIIème siècle).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-75-les-relations-du-siam-avec-les-europeens-xvi-xvii-eme-siecle-116732358.html

Cf. aussi : Un excellent article de Philippe Norel s’appuyant sur un témoin majeur Tomé Pires, témoin et chroniqueur de la conquête de Malacca par les Portugais. Cf. http://blogs.histoireglobale.com/tag/malacca

Bertrand J. Terwiel, « Early Ayutthaya and Foreign trade, some questions », pp. 77-90

 

(8) Cette aventure siamoise se situe dans le cadre beaucoup plus vaste de la création du premier empire colonial de l'histoire moderne, un ensemble de territoires répartis sur cinq continents sous souveraineté portugaise, suite des explorations asiatiques et américaines réalisées à l'époque des grandes découvertes. Cet empire s'étendait sur un territoire incluant aujourd'hui 60 états souverains différents. Ce fut aussi le plus durable des empires coloniaux européens modernes. La présence portugaise hors d'Europe a duré presque six siècles sous trois dynasties (Aviz, Habsbourg, Bragance) et une république. En 1975, la plupart des colonies accédèrent à l’indépendance, et Macao  fut en 1999 le dernier territoire d'outre-mer sous souveraineté portugaise.

 

RH 25. UN ÉVÉNEMENT MAJEUR A LA COUR DU ROI RAMATHIBODI II (1491-1529) : LA PREMIÈRE AMBASSADE PORTUGAISE EN 1511.

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 22:15
RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

Nous avons vu qu’à la mort  de Boromtrailok en 1488, son fils Boromracha III, deviendra le roi Intharacha II, n’apprenant que fort peu sur son règne de 3 ans (1488-1491). Son jeune frère né en 1473, le Prince Chettha accédera au trône à la capitale d’Ayutthaya sous le nom de Ramathibodi II. Il est le 10e roi du royaume. (1)

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

« Les Royales chroniques d’Ayutthaya » traduites par Cushman (2), lui consacrent 11 paragraphes (Soit environ 1 page et demie) qui nous permettent, en synthétisant les 6 différentes sources pas toujours cohérentes entre elles, de relever quelques événements de son règne, avec ses thématiques habituelles ; Evénements qui ne sont jamais circonstanciés. Mais curieusement, ces Chroniques ne disent rien sur l’arrivée des Portugais, qui, à partir de 1511, avec la prise de Malacca par le  vice-roi portugais des Indes, Afonso de Albuquerque, va bouleverser tout l’équilibre de la Région et les relations commerciales (et militaires) avec le Siam, avec des ambassades échangées et le premier traité commercial signé en 1518.

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

Les Chroniques préféreront rester sur des informations parcellaires. Ainsi :

En 1492, le roi fit construire un grand stupa pour recevoir les cendres du roi  Boromtrailok (Son père) et du roi Boromracha III (Son grand père),  et du roi Intharacha II (Son frère).

En 1496, le roi fêtera son 25e ème anniversaire avec de grandes festivités « Lakon dükdamban » (Une forme du « lakon », le théâtre traditionnel) (D’autres sources le font naitre en 1473)

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En 1497, il accomplit un rite relatif au karma (Lequel ?). En 1499, il fait construire le monastère de Phra Si Sanphet à Ayutthaya. En 1500, il fait fondre une statue de Bouddha,  le « glorieux omniscient ». En 1503, il procède à l’inauguration de cette statue. On apprend qu’elle faisait seize mètres de haut, était posée sur un socle de huit mètres, la tête mesurant deux mètres de haut sur un et demi de large et la poitrine cinq mètres et demie ; Elle était composée de soixante-quatre tonnes de bronze recouvertes de trois cent quarante-cinq kilos d’or. On mesure ici le faste.

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En 1515, nous prenons connaissance de son premier fait d’arme (Ce sera d’ailleurs le seul cité dans les Chroniques Royales) : la capture de Nakhon Lampang. (Situé à une centaine de km au sud-est de Chiang Mai) (Pourquoi, comment, conséquences ?)

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

Or, Michel Jacq-Hergoualc’h, in « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels » (3) nous apprend (sans donner ses sources)  que le roi Ramathibodi II avait accepté l’offre de paix des Portugais, car, comme son prédécesseur (il) avait fort à faire avec le royaume de Chiangmai, son voisin du Nord. « Un nouveau conflit éclata en 1507, et entre 1508 et 1510. En 1513, un général de Chiangmai envahit même Sukhotai et Khamphaengphet et en 1515, ces deux régions furent purement et simplement annexées par l'envahisseur ».

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

En 1518, le roi fait établir une compilation des traités des guerres victorieuses et une autre des registres officiels des rites royaux de chaque cité. (Lesquels ? Les Chroniques royales n’en disent rien)

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

A la même époque, il se lance dans d’immenses travaux d’aménagement des canaux et rivières. Ainsi il fait nettoyer les canaux Samrong canal et Sisa Carakhe (Relié au précédent) et le canal Thap Nang qui se jette dans le Chaopraya, pas assez  larges pour les grands bateaux. Il en profite pour déterrer deux gardiens esprits qui étaient à la jonction des  canaux Samrong et Thap Nang. L’un portait le nom de seigneur aux 800 yeux, et l’autre le seigneur tenant la coquille de conque. Il fit construire un bâtiment à Phra Praeng et les y plaça.

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

En 1524, les défenses du « chef » des éléphants se brisèrent. En outre, pendant sept mois le peuple envoya des messages anonymes (Sur quels sujets ?) et de nombreux nobles furent tués. (Combien ? Que se passa-t-il ? Des révoltes ?  Où ?)

En 1525, le pays fut victime d’une épouvantable sécheresse, le riz sécha sur pied, la terre trembla et apparurent  toutes sortes de mauvais présages.

Au début de l’année 1526,  fut une période d’inflation galopante (Des exemples sont donnés pour le prix en monnaie locale du riz et de la bière). A cette même époque, le roi désigne comme « Uparat » (Héritier du trône), le prince No Phuttangkun (aussi désigné Athittayawong) et l’envoie régner à Phitsanulok.

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

La mort du roi annoncée par de mauvais présages.

En 1529, se produit un phénomène étrange, un « mauvais présage » apparait dans la nuit, sous la forme de « l’arc d’Indra », de couleur blanche qui traverse le ciel du sud-ouest vers le nord-ouest. (C’est sans doute la comète de Halley qui traversa la France au mois d’août 1531). Peu après, le roi qui était au Hô Phra Hall décéda dans la soirée.

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

Ce fut son fils Athittayawong qui lui succéda et prit le nom de Boromracha IV (1529-1533).                           

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

Il faut une fois de plus reconnaître que les informations données par « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » concernant le règne du  Ramathibodi II, un règne qui aura pourtant a duré 38 ans, sont quelque peu parcimonieuses. Or, durant ce règne, comme nous l’avons déjà dit,  il y eut un événement majeur dans l’histoire de la région et du Siam en particulier : La prise de Malacca en 1511 par les Portugais, - qui depuis le milieu du XVe siècle est le principal port des navires arabes, indiens et chinois, avec les grandes cités maritimes chinoises- ;  La 1ère ambassade en 1511, menée par Duarte Fernandès, la 2e  ambassade en 1512 d’Antonio de Miranda de Azevedo, et la 3e ambassade portugaise en 1518, menée de nouveau par  Duarte Fernandès auprès du roi Ramathibodi II, qui devait mener à un traité commercial,  assurant la liberté de commerce des Portugais avec les ports sous l’autorité siamoise.

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

L’arrivée des premiers européens au Siam allaient nous donner accès à de nouvelles sources, en l’occurrence ici les historiens portugais, qui allaient non seulement raconter ces événements, mais nous éclairer sur ces nouvelles relations qui faisaient entrer la région et le royaume d’Ayutthaya dans une nouvelle dimension internationale. Ce sera l’objet de notre prochain article.

RH 24 - LE ROI RAMATHIBODI II  (1491-1529) (Ou Chetthathirat I, สมเด็จพระรามาธิบดีที่๑)

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(1) Cf. « Notre Histoire » 49. Intharacha II (1488-1491) et  Ramathibodi II (1491-1529)

Né en 1473, fils de Boromracha II (Trailokanat) (1431-1488) et jeune frère du roi Borommaracha III (Intha Racha II) (1488-1491).

(2)The Royal Chronicles of Ayutthaya » : A Synoptic Translation, Cushman, Richard D. & Wyatt, David K. 8.2 x 11.4", 556 pp., Publié par la Siam Society; 1ère  édition,  Bangkok, 2000.

(3) Michel Jacq-Hergoualc’h, « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels », L’Harmattan,  1993.

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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 22:06
RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Cet article diffère de celui que nous avons publié il y a 5 ans sur le même sujet. (1)

 

 « Les Chroniques Royales d’Ayutthaya » (2) vont consacrer 2 pages et demie au règne du roi Boromtrailok (3), dans un style très fragmenté de 28 insertions dont une quinzaine de 2, 3 lignes, comportant une trentaine d’informations d’inégale valeur et sans lien entre elles, qu’on peut regrouper en trois thématiques. La plus importante étant les guerres menées par le roi et son fils, contre ses rivaux (surtout celles du roi de Chiang Mai), les actes religieux donnés sommairement qui n’oublient pas les faits surnaturels, et une dizaine de faits divers (visites du roi, décès, naissance royale, etc).

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Bref. « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » annoncent qu’ « en 1448, le roi Boromracha II meurt et que son jeune fils le Prince Ramesuan monte sur le trône et devient le roi Boromtrailok. » (à 17 ans ?) (2) Celui-ci avait été nommé par son père, vous vous en souvenez, comme le gouverneur de Phitsalunok, à la mort du dernier roi de Sukhotai Maha Thammaracha IV en 1438 (Il avait alors 7 ans !)  avec la dignité de Phra Maha Uparat (soit l’héritier du royaume d’ Ayutthaya).

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Le roi Boromtrailok commence son règne en introduisant d’importantes réformes.

 

Le 1er paragraphe signale qu’il établit des titres de noblesse selon le rang et la place. Ainsi le chef des armées sera le 1er ministre Phra Kalahom,  le chef de l’administration devient le 1er ministre Nayok, le Khun Muang devient Phra Nakhon Banmuang, le Khun Wang devient Phra Thammathikhon, le Khun Na devient Phra Kaset, le Khun Klang devient Phra Kosathibodi. Chacun se voit attribuer 10 000 sakdina.

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Le roi fera également construire au début de son règne le temple Phra Ram, comportant un saint reliquaire et une salle de prédication,  sur le site de crémation du roi Ramathibodi I, le fondateur de la capitale.

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Les chroniques n’expliquent pas ce que représente une sakdina, or sa compréhension est essentielle pour appréhender  le système politique, administratif et foncier du pouvoir royal.

 

La sakdina est un système hiérarchique qui attribue un rang, un grade donnant droit à une surface donnée et un nombre de paysans (Phraï ou hommes libres et That ou esclaves) correspondant. Elle régule donc le système foncier, et donne au roi le pouvoir de « récompenser »  les guerriers valeureux ou méritants ou de « punir » les hommes ayant failli ou « dangereux ».  La sakdina est un des moyens qui permet aussi au chef du muang d’assurer son pouvoir en gérant : son territoire (son foncier), son « pouvoir économique », « ses subordonnées », et de répondre aux « exigences (impôts et corvées) du muang supérieur. Elle constitue l’un des moyens d’organisation et d’exercice du pouvoir, avec les mariages les alliances, les « vassalisations » et … les guerres.

 

(Pour en savoir plus, lire notre article  intitulé « La sakdina, le système féodal du Siam ? ») (4)

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Les Chroniques royales vont relater brièvement les « guerres » et « rebellions », le plus souvent sous forme de dépêches, sans qu’aucune cause ni circonstances ne soient données.  Ainsi :


En 1451, l’année de la chèvre, Maha Rat, (le souverain de Chiang Mai ?) prend Chakangrao, puis veut s’emparer de Sukhotai, mais n’y parvient pas.

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

En 1455, l’armée royale prend Malaka. En 1456, elle se saisit de Lisotphin et fonde à cette occasion la royale armée de la municipalité de Khon. En 1460, le Phraya de Chaliang se rebelle, prend toutes les familles avec lui et se met sous la vassalité du roi de Chiang Mai Phra Maha Rat.

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

En 1461, le même Phraya de Chaliang prend la tête des troupes de Phra Maha Rat pour se saisir de Phitsalunok, mais il n’y parvient pas. Il tente ensuite de prendre Kamphaengphet, mais  il échoue après sept jours de combat ; Cette cité ayant reçu l’aide du roi Boromtrailok et du Prince Intharacha, son fils. Celui-ci a alors attaqué et mis en déroute les forces de Phaya Kiat. Il a ensuite rencontré les forces de Mün Nakhon (gouverneur ?)  et s’est battu avec lui dans un duel  à dos d’éléphants. Il est dit que quatre Laos de l’unité d’éléphants ont capturé le royal éléphant et qu’à cette occasion le prince Intharacha a été blessé à la tête par une flèche. L’armée de  Phra Maha Rat retournera alors à Chiang Mai. En 1462,  le chef de Nakhon Thai a émigré à Nan avec ses sujets. Phraya Kalahom (le chef des armées du roi Boromtrailok) a été envoyé pour le ramener (en son territoire). Et qu’ensuite Phraya Kalahom a attaqué Sukhotai pour le  soumettre comme auparavant. (Pourquoi ? Comment ?)

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

1463 ? Une date importante.

 

La version A des Chroniques royales nous apprend, mais sans nous donner d’explications, que le roi Boromtrailok décide de régner depuis Phitsalunok et que son fils va régner à  Ayutthaya avec le titre de Boromracha III. (On le verra aussi apparaître parfois  sous le titre de Prince Intharacha) . C’est un événement majeur, mais nous n’en saurons pas plus. (Stéphane Dovert, in « Thaïlande Contemporaine » invoque une querelle dynastique, qui imposera à Boromtrailok de quitter Ayutthaya pour Phitsalunok où il  régnera jusqu’en 1488. (5) Toutefois les Chroniques nous disent qu’en 1485, le roi Boromtrailok désignera son fils comme l’Uparat, à savoir son héritier.

 

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

D’ailleurs en cette même année 1463, Maha Rat tente de prendre Sukhotai, mais les rois Boromtrailok et Boromracha III vont défendre la cité. Le roi Boromracha III va attaquer les troupes de Phraya Thian et les mettre en déroute. Mais on retrouve ensuite  dans les Chroniques le même duel  à dos d’éléphants entre Mun Nakon et le Prince Intharacha et les quatre Laos de l’unité d’éléphants qui ont capturé le royal éléphant et qu’à cette occasion le prince Intharacha a été blessé à la tête par une flèche. Et là aussi, Maha Rat  retourne ensuite en sa cité. Pour le moins, la confusion est certaine. (Alors en 1461 ou en 1463 ?)

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

De même, on apprend qu’en 1468, Maha Rat arrache Chiang Mai à Thao Luk. (Alors qu’il était déjà présenté auparavant comme le roi de Chiang Mai !) En 1474, le roi (Boromracha III) prend Chaliang et en 1475 Maha Rat établit des relations d’amitié avec lui. En 1480, le roi de Lan Chang meurt, le roi nomme Phraya Sai Kao comme le nouveau roi.

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Et enfin, en une ligne, on apprend qu’en 1488,  Boromracha III, le fils du roi, prend Tavoy. Et pendant ce temps-là, de nombreux présages maléfiques sont apparus (une vache a eu huit veaux, une poule un poussin à quatre jambes, une autre six poussins avec trois œufs, et la même année le riz s’est transformé en feuilles) [annonçant] la mort de roi Boromtrailok (à Phitsalunok). Il avait régné 38 ans. 

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Un roi - comme tous les rois qui l’ont précédé et qui  lui succéderont-,  un bon bouddhiste modèle qui honore et développe la sainte religion.

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

En 1448 - nous l’avons déjà dit - le roi construit, le temple Phra Ram en sa capitale sur le site de crémation de Ramathibodi I (le fondateur). En 1458, le roi encourage la sainte religion de Bouddha en diffusant des images des 550 (sic) existences de Bodhisattya et en construisant le temple de Culamani. En 1460, le roi organise un grand festival religieux pour célébrer des reliques sacrées et distribuer des cadeaux royaux aux moines, aux Brahmanes et aux mendiants. En 1464, le roi Boromtrailok fait construire une salle de prière au temple de Culamani et l’année suivante prit l’habit de moine durant 8 mois.

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Les Chroniques évoquent aussi différents événements de façon disparate.

 

En 1454, une  épidémie de variole cause de nombreux morts. En 1457, une nouvelle conversion de monnaie est établie  (de bia en thanan, de bia en füang, du prix du riz en chang et bat). En 1461, le roi se voit offrir une éléphante blanche. En 1462, le roi (Lequel ?) a un fils. (Il n’a eu qu’un seul fils ?). En 1463, la seule source A nous informe que Mün Nakhon a dépouillé une statue de son or pour en décorer une épée. En 1479, Phra Siratdecho meurt. (On ne précise pas qui il est !). En 1485, il est dit que le roi est venu au corral d’éléphants de la municipalité de Sai Yoi. (Dans la seule source A). En 1486, le roi Boromracha III est venu au corral d’éléphants de la municipalité de Samrit Burana. En 1487, Maha Rat Thao Luk décède. (Le roi de Chiang Mai ?).

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

                                                          Quelques remarques.

 

Si le règne du roi Boromtrailok a été marqué par un conflit permanent initié par le royaume de Chiang Mai, on a du mal à se retrouver avec le nom du roi. On cite Maha Rat dès 1451 ; on annonce  qu’en 1460, le Phraya de Chaliang se rebelle, prend toutes les familles avec lui et se met sous la vassalité de  Phra Maha Rat (The « ruler  of Chiang Mai », précise la version F). Or les Chroniques nous disent qu’en 1468, Maha Rat arrache Chiang Mai à Thao Luk. Le nom de Maha Rat est d’autant plus surprenant qu’on ne le retrouve pas dans l’histoire du Lanna. On évoque pour cette période le roi Tilokaraj (ou Tilokaraja), qui régna de 1441 à 1487, à qui effectivement en 1460 le gouverneur de Chaliang se rendit. Cet événement pouvant expliquer pourquoi le roi Boromtrailok déplaça sa capitale en 1463 à Phitsalunok.

 (Cf. Notre article : 51. Un autre royaume thaï au Nord : Le Lanna (1260- 1564 …) (6)

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

D’ailleurs l’éminent Georges Coédès nous confirme  « que les chroniques de Chiang Maï peuvent être en totale contradiction avec celles d’Ayutthaya en leurs différentes versions, traduites par Cushman. »

 

« Le Lan Na, fort politiquement et militairement étendit sa souveraineté sur les royaumes de Nan et de  Phrae.  Mais le roi eut l’ambition d’étendre sa souveraineté vers le sud et à partir de 1451, pendant 24 ans, il croisa le fer avec le roi Boromtrailok d'Ayutthaya. Le conflit commença lorsque le roi de Phitsanulok prêta serment d’allégeance au Lanna. Méfiant de la politique expansionniste de son voisin, le monarque d’Ayutthaya déménagea sa capitale à Phitsanulok. Ce n’est qu’en 1473 qu’intervint un traité de paix et d’amitié consacrant les extensions territoriales du monarque. » (1473 ou 1475 ?)

 

On pourrait d’ailleurs s’interroger  à propos de multiples informations données dans les Chroniques royales, ainsi par exemple, la soi-disant prise de Malaka en 1455. (Annoncée en une ligne !)

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Or, vous ne trouverez pas dans l’histoire de la cité-Etat de Malaka une quelconque prise de pouvoir par les Thaïs d’Ayutthaya au XVe et XVIe siècle. Il est question de menace expansionniste du royaume d’Ayutthaya, mais d’aucune installation armée. « Selon la tradition, Malacca aurait été fondée peu avant 1400 par Parameswara, un prince de la cité hindou-bouddhique de Palembang (sud de Sumatra) qui refusait la suzeraineté du royaume javanais de Majapahit et quitta Palembang. »

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Elle fut à partir du début du 14e siècle sous la protection de la Chine. « En 1405, la cité cherche la protection de la Chine et y envoie plusieurs missions, auxquelles participent les trois premiers souverains eux-mêmes. En retour, l'amiral chinois musulman Zheng He vient plusieurs fois à Malaka de 1405 à 1433, à la tête d'une énorme flotte ». (Wikipédia). Et en 1511  Malaka sera prise par le vice-roi portugais des Indes Alfonso de Albuquerque et sera désormais sous contrôle européen (Après le Portugal, la Hollande, et  ensuite la Grande Bretagne).

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Dans ce contexte, on ne voit pas trop comment les Thaïs auraient pu prendre Malacca. Peut-être s’agit-il d’une brève expédition, transformée en un exploit à la Cour du Roi ?

 

Mais une chose est sûre, « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » sont trop imprécises pour nous inciter à proposer un récit, mais elles nous ont apprises que le roi Boromtrailok (1448- 1488) fut un réformateur, qui consolida son Pouvoir par des réformes institutionnelles et administratives (la sakdina, la création du titre d’Upparat (traduite comme vice-roi ou roi en second)  … ). Il assura la défense de Sukhotai, de Phitsalunok et de  Kamphaengphet contre les ambitions du roi de Chiang Maï, avec lequel néanmoins, il put établir en 1475 (1473 pour Coedès) un traité de paix et d’amitié.

 

Son règne fut aussi marqué par un événement majeur en 1463,  qui restera unique dans l’histoire du royaume d’Ayutthaya, à savoir : la conduite du royaume par le roi Boromtrailok installé à Phitsalunok, et celle mené par son fils le Prince Intharacha devenant le roi Boromracha III, depuis sa capitale d’Ayutthaya, sans que les raisons en soient données, On les verra agir de concert ou seul dans différentes « guerres ».

 

Le roi Intharacha II (1488-1491). (Ou Boromma Ratchathirat III, ou Paramatcha III pour T.C.,  สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่ ).

 

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

A la mort de Boromtrailok en 1488, son fils Boromracha III, roi d’Ayutthaya et héritier désigné (Uparat),  deviendra le roi Intharacha II. Mais les Chroniques royales ne lui consacreront que 7 lignes pour signaler que sa première action fut de construire les murs de la cité de Phichai et qu’à sa mort son fils, le Prince Chettha accédera au trône à la capitale d’Ayutthaya sous le nom de Ramathibodi II.

RH 23 – LE ROI BOROMATRAILOK (1448- 1488) ET LE ROI INTHARACHA II (1488-1491)

Notes et références.

 

(1) Cette version traduit notre constant souci de compléter, rectifier ou modifier le fruit de nos recherches en fonction de ce que nous découvrons au fil des jours.

« A47. Le deuxième siècle du royaume d’Ayutthaya, 10 rois de 1448 à 1548. » Et http://www.alainbernardenthailande.com/article-50-le-deuxieme-siecle-du-royaume-d-ayutthaya-de-1448-a-1548-suite-et-fin-111070620.html

 

(2) « The Royal Chronicles of Ayutthaya » : A Synoptic Translation, Cushman, Richard D. & Wyatt, David K. 8.2 x 11.4", 556 pp., Publié par la Siam Society; 1ère  édition,  Bangkok, 2000.

 

(3) (ou Ramesuan II ou Somdet Phra Boromma Trailokanat ou Borommatrailokanat)

 

(4) 48. La sakdina, le système féodal du Siam ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-48-la-sakdina-le-systeme-feodal-du-siam-110214155.html

 

(5) La chronologie de « Thaïlande Contemporaine » (sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011) le dit ainsi : « Consolidation de la structure du royaume d’Ayutthaya et adoption d’une structure administrative officialisée. Une des nombreuses innovations institutionnelles a été d’adopter la position de l’Uparat, traduite comme vice-roi ou roi en second ».

 

(6) 51. Un autre royaume thaï au Nord : Le Lanna (1260- 1564 …)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-51-un-autre-royaume-thai-au-nord-le-lanna-1260-1564-111070952.html

Et encore : A propos du Lanna de XAVIER GALLAND :

En 1385, une guerre de succession amène Ayutthaya à s'immiscer, vainement, dans les affaires du royaume. En 1401, la mort du roi Saen Muang Na marque le début de deux longs règnes qui apportent une certaine stabilité au royaume. Le premier de ces règnes (40 ans) est marqué par des guerres contre Sukhothai, le Yunnan et Ayutthaya. Le second roi, Tilokaracha (1441-87), fait du Lan Na un État crédible avec lequel il faut compter et s'inscrit dans les mémoires comme le plus grand roi que le royaume ait connu. L'accession du roi Trailok au trône d'Ayutthaya (1448) marque le début d'une longue période d'hostilités entre les deux royaumes, illustrée entre autres par la guerre (1451-62) qu'ils se livrent pour le contrôle de Sukhothai. En 1478, le Lan Na doit contenir les armées vietnamiennes qui le menacent sur son flanc oriental.

http://www.gavroche-thailande.com/actualites/histoire/11166-thailande-le-royaume-du-million-de-rizieres

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 22:07
RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

Nous avons évoqué dans nos trois articles précédents de « Notre récit de la Thaïlande » ce que « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » (1) pouvaient dire en 5 pages des 7 premiers rois du royaume d’Ayutthaya depuis  son fondateur, le roi Ramathibodi I en 1351, et Ramesuan Ier (1369-1370), Boromracha Ier (1370-1388), Thong Lan (1388, 7 jours), Ramesuan Ier (second règne) (1388-1395), Ramaracha (1395-1409) et Intharacha Ier (1409-1424). (2)

 

Les Chroniques vont donc poursuivre leur récit pour évoquer en une dizaine de pages, 9 règnes de 1424 à 1548. (Cf. la liste in (3))

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

Nous en étions à la mort d’Intharacha Ier en 1424, en sachant auparavant qu’après avoir pacifié en 1419, les cités du Nord après la mort du Phra Maha Thammaracha de Phitsalunok (Que d’autres présentent comme le roi du royaume de Sukhotai. Cf. ci-dessous)  le roi avait nommé ses fils, le Prince Ai Phraya à Suphanburi, le Prince Yi Praya à Phraek Siracha et le Prince Sam Phraya à Chainat.

 

Une succession s’annonçait donc qui fut mouvementée et pour le moins quelque peu surprenante.

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

Le roi Boromracha II (1424-1448). (8 sections, 28 lignes)

 

En 1424 donc, l’année du dragon, le roi Intharacha Ier  meurt. Le Prince Ai Phraya et le Prince Yi Praya vont s’affronter pour le trône royal. Le Prince Ai Phraya se rend au monastère de Chai (ou Chaiyapum) de la municipalité de la forêt de Maprao. Le Prince Yi Praya quant-à lui, se rend au monastère mais en entrant par le marché de Cao Phrom. Le chef des éléphants les place au pied du pont de la forêt de Than. Ils vont alors dans un combat à dos d’éléphant, s’entretuer avec leurs faux et se trancher la gorge en même temps.

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

Le premier ministre ira ensuite, informer le Prince Sam Phraya que ses deux frères s’étaient entretués lors d’un combat à dos d’éléphants et l’invitera à se rendre à la capitale pour monter sur le trône. Il prendra le titre de Boromracha II.

 

Il procédera alors à la crémation de ses deux frères au temple de Ratchaburana et un hall de prières créé pour l’occasion, avec une grande relique sacrée. Il fera ensuite érigé deux monuments au pied du pont de la forêt de Than, où ses deux frères avaient combattu et  s’étaient entretués.

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

En 1431, l’année du sanglier, le roi prend Nakhon Luang et  place son fils sur le trône. Il revient à Ayutthaya avec les prisonniers Phraya Kaeo et  Phraya Thai et leurs familles ainsi que des images sacrées de bœufs et de lions qui sont offertes aux temples de Ratana Maha That  et de Phra Si Sanphet.

 

En 1438, le roi construit le temple de Maheyong et nomme son jeune fils le Prince Ramesuan au trône de Phitsalunok. On put voir à cette occasion des larmes de sang coulés des yeux d’une statue de Bouddha nommée le saint roi de la victoire.

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

En 1440, un feu détruisit le palais royal. En 1441, un incendie détruisit la salle de prière  de Trimuk.

 

En 1442, le roi voulut prendre Chiang Mai, mais ne put entrer dans la cité. Il devint malade et l’armée se retira. En 1444, le roi partit pour pacifier une rébellion et attaqua de nouveau Chiang Mai en vain. Son armée prit alors position à la municipalité de Pathai Khasem. A cette occasion, il fit 120 000 (sic) prisonniers et son armée revint à la capitale.

 

En 1448, le roi Boromracha II meurt et son jeune fils le Prince Ramesuan monte sur le trône et devient le roi Boromtrailok.

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

Les limites et les oublis des « Chroniques royales d’Ayutthaya » à propos du règne du roi Boromracha II.

 

On retrouve un schéma « classique » avec peu d’événements signalés : Une succession mouvementée en 1424, trois guerres dans le Nord, des cérémonies religieuses et une construction de temple, un fait miraculeux, deux faits divers.

 

A savoir :   Une succession sanglante en 1424, où deux de ses frères s’entretuent; rois « guerres »  (Une victoire à Nakhon Luang en 1431 avec la nomination d’un de ses fils pour gouverner,  un échec contre Chiang Mai en 1442,  un autre échec à Chiang Mai en 1444 et une victoire à Pathai Khasem, avec ses conséquences : 120 000 (sic) prisonniers emmener en captivité avec des familles de dignitaires en sa capitale. Des cérémonies religieuses : la crémation des deux frères du roi, des offrandes aux temples lors de la victoire de Nakhon Luang, la construction d’un temple. Deux faits divers : 2 incendies : le palais royal et le Trimuk Hall.

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

Quelques remarques majeures.

 

Les « Chroniques » de façon très laconique nous apprennent qu’ « en 1438, le roi construit le temple de Maheyong et nomme son jeune fils, le Prince Ramesuan, au trône de Phitsalunok. »

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

Or il  s’agit ici d’un événement majeur de l’Histoire officielle thaïe ; il s’agit tout simplement de la fin du royaume indépendant de Sukhotai en 1438.

 

Celui qui est présenté comme le dernier roi de Sukhotai Maha Thammaracha IV meurt en 1438 à Phitsalunok, son frère cadet Phraya Ram gouvernait lui à Sukhotai. Le roi Boromrachathirat II (1424-1448), voulant garder le contrôle sur Sukhotai envoie son fils Ramesuan en tant que gouverneur de Phitsalunok, avec la dignité de Phra Maha Uparat (soit l’héritier du royaume d’ Ayutthaya). Il deviendra effectivement roi d’Ayutthaya en 1448.

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

De même on apprend qu’ « en 1444, le roi partit pour pacifier une rébellion et attaqua de nouveau Chiang Mai. », sans rien nous dire de cette rébellion.

 

Or, l’histoire du Lanna indique que « le roi Tilokaraj (1441-1487) monta sur le trône en renversant son père Samfangkaen. Son frère Thau Choi se révolta contre lui au nom de leur père. Il demanda l'aide du royaume d’Ayutthaya. Le roi Boromaracha II envoya ses troupes contre le Lanna en 1442, mais elles furent repoussées. Tilokaraj conquit ensuite le petit royaume voisin de Phayao en 1456 ». (d’après wikipédia).

RH 22- LE ROI BOROMRACHA II DU ROYAUME D’AYUTTHAYA (1424-1448).

De même, elles ne disent pas qu’en 1431 les armées thaïes détruisirent la capitale d’Angkor après un siège de sept mois ; que le roi khmer Ponhea Yat décida de quitter sa capitale en 1432 pour Srey Santhor, puis, en 1434, s’installa à Chaktomuk, sur le site de l’actuelle Phnom Penh.  De même nous ne savons rien des formes de la vassalisation du royaume khmer, de la place des garnisons siamoises. Occupèrent-ils la région  jusqu’en 1445 et furent chassés par le roi khmer Paramaraja Ier, comme le disent certains ? Nous n’avons pas encore trouvé de récit fiable sur cette période.

 

Ainsi, une fois de plus, « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » nous livrent peu d’informations sur le règne du roi Boromaracha II et vont même juste à ignorer deux événements majeurs comme la prise d’Angkor en 1431 et la fin de l’indépendance du royaume de Sukhotai en 1438. Excusez du peu !

(1)The Royal Chronicles of Ayutthaya » : A Synoptic Translation, Cushman, Richard D. & Wyatt, David K. 8.2 x 11.4", 556 pp., Publié par la Siam Society; 1ère  édition,  Bangkok, 2000.

(2) Cf. RH 19-, RH 20-, RH 21-. Cf. aussi 45 et 46. Le premier siècle du royaume d’Ayutthaya (suite et fin). http://www.alainbernardenthailande.com/article-46-le-premier-siecle-du-royaume-d-ayutthaya-suite-et-fin-109521299.html

(3) Liste des rois du royaume d’Ayuttahaya de 1351 à 1548 :

1/ Ramathibodi Ier, U thong สมเด็จพระรามาธิบดีที่  1351-1369

2/ Ramesuan Ier สมเด็จพระราเมศวร 1369-1370

3/ Boromracha Ier ou Boromma Ratchathirat Ier (Pangua) สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่ 1 (ขุนหลวงพะงั่ว) 1370-1388

4/ Thong Lan ou Thong Lun พระเจ้าทองลัน 1388 (7 jours)

5/ Ramesuan Ier สมเด็จพระราเมศวร (second règne) 1388-1395

6/ Ramaracha ou Ratchathirat สมเด็จพระรามราชาธิราช 1395-1409

7/ Intharacha Ier (ou NakarintharaThirat) สมเด็จพระอินทราชา (นครินทราธิราช) 1409-1424

8/ Boromracha II ou Boromma Ratchathirat II (Samphraya) สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่ 2 (เจ้าสามพระยา) 1424-1448

9/ Boromtrailok ou Ramesuan II Boromma Trailokanat สมเด็จพระบรมไตรโลกนาถ 1448-1488 («  Les Chroniques royales » notent que Boromtrailok règne à Phitsalunok et Boromracha III à  Ayutthaya, 1463)

10/ Intharacha II ou  Boromma Ratchathirat III สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่ 3 1491

11/ Ramathibodi II (Chetthathirat Ier) สมเด็จพระรามาธิบดีที่ 2 1491-1529

12/ Boromracha IV  (Ratchathirat IV) (Buddhakura สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่ 4 1529-1533

13/ Rattha ou Ratsadathiratkumara พระรัษฎาธิราชกุมาร 1533-1534 (5 mois, roi enfant)

14/ Chairacha ou Chay Ratchathirat (Phrajai) สมเด็จพระไชยราชาธิราช 1534-1546

15/ Yotfa ou Kaeofa พระแก้วฟ้า (พระยอดฟ้า) 1546-juin 1548(assassiné à 15 ans)

16/ Worawongsathirat ขุนวรวงศาธิราช Juin-juillet 1548 (ou nov.1548-janv.1549) (usurpateur hors dynastie,  assassiné)

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 22:06
RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » traduites par Richard D. Cushman sont une source fondamentale pour écrire l’histoire du royaume d’Ayutthaya (1351-1767) du point de vue de la conception siamoise de son Histoire. (1) Mais nous avons vu leurs limites avec le fondateur Ramathibodi (1351-1369) que les « Chroniques » traitent en une page, son fils et successeur le roi Ramesuan (1369-1370) en 15 lignes ; son oncle Boromacha I qui l’a déposé et régné de 1370-1388 en 32 lignes et son jeune fils Thong Lan (13 ou 15 ans), qui ne régnera que 7 jours en 10 lignes avant d’être exécuté par le roi Ramesuan qui pourra régner une seconde fois jusqu’en 1395 et qui n’aura droit qu’à 72 lignes. Son jeune fils et successeur (1395-1409) sera – lui - traité en 11 lignes ! Et Intharacha, le Prince de Suphanburi qui le détrônera pour régner de 1409 à 1424 n’aura que 14 lignes ! (2)

Que nous apprennent-elles néanmoins ?

Le second règne du roi Ramesuan (1388-1395).

 

La version A dite de Luang Prascet ne dit rien sur son avènement, ni sur son règne d’ailleurs, si ce ne sont que quelques lignes sur la fin de sa vie et la succession assurée par son jeune fils, le Prince Ram.

 « Les Chroniques » (BCDEF) relatent en trois paragraphes la prise de Chiang Mai en 1384 ( ?), (« en 746, année du rat, 6ème décade »).

(Problème de date ! Vous avez bien lu « 1384 », alors que son règne est sensé commencé en 1388. Cf.  Notre mise au point en RH 20).

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Ramesuan met donc en place ses camps autour de Chiang Mai et établit ses plans pour la capturer. On procède à des tirs de canons qui font un trou dans une partie du mur de la cité. (3) Le roi de Chiang Mai brandit un drapeau et va transmettre un message, au-delà des remparts à un soldat, dans lequel il demande une trêve de 7 jours afin qu’il puisse présenter  des cadeaux qui favoriseront leur royale amitié. Le roi Ramesuan réunit alors son conseil des ministres afin de connaître leur avis. Le chef des ministres et les principaux officiers lui répondent qu’ils considèrent que c’est une ruse et lui demandent  l’autorisation d’attaquer et de capturer la cité. Le roi leur dit qu’il ne peut pas prendre cette décision si le roi de Chiang Mai ne veut pas se battre, même s’il considère que celui-ci n’est pas honnête. Il ne pourra pas s’échapper et nos soldats pourront de toute façon le prendre à tout moment.

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Chiang Mai en profita pour établir des clôtures de bambou au trou du rempart bombardé. De fait, le roi de Chiang Mai ne vint pas au bout de 7 jours présenter son offre d’amitié. De plus les officiers et soldats se plaignirent du prix du riz et de la difficulté d’en trouver,  et demandèrent la permission d’attaquer. Le roi acquiesça et ordonna l’attaque en abandonnant l’un des côtés de la cité.

Au jour et à l’heure fixés (“ On Monday, the fourth day of the waxing moon of the fourth month, at three thum and two bat in the evening, after the moon had set.“), les canons et fusils tirèrent sur les trois côtés et ensuite escaladèrent les remparts avec des échelles. Le roi de Chiang Mai ne put résister et pris la fuite avec les habitants. A « eleven thum » les soldats entrèrent dans la cité. Ils capturèrent Nak Sang,  le fils du roi, qui fut amené devant le roi, qui lui déclara que son père n’était pas honnête. Nak Sang fit allégeance et fut autorisé à gouverner Chiang Mai. Le roi choisit alors les habitants et les familles qui durent le suivre, et  ordonna à Nak Sang de l’accompagner jusqu’à Sawangburi et de là, l’autorisa à retourner à Chiang Mai.

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Le roi  sur le chemin du retour s’arrêta à Phitsalunok et fêta sa glorieuse victoire en offrant les vivres royaux pour 7 jours d’offrandes. Ensuite, il revint à sa capitale et partagea les captifs entre les cités de Phatthalung, Songkla, Nakhon Si Thammarat et Canthabun.

Le roi observa les préceptes au Mangkhalaphisek Hall. A « ten thum » le roi put voir une grande relique de Bouddha accomplir un miracle. (Lequel ?) Il décida de l’endroir’ endroit où fut construit un grand reliquaire (de 19 wa de haut, avec 19 faîteaux de  trois wa de large) qui fut nommé le temple de Maha That. Après avoir pratiqué les rites le roi put participer aux festivités dans sa royale résidence.

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Il  est dit ensuite que « pendant ce temps-là » (quand ?) le roi du Cambodge avait marché sur Chonburi et Chanthabun et avait capturé entre 6 et 7.000 prisonniers (hommes, femmes et familles) et était retourné dans son pays. Ramesuan décida d’attattaquer la capitale du Cambodge et envoya en avant-garde Phraya Chainawong au pont du Yaek. Les troupes du Cambodge attaquèrent Phraya Chainawong mais elles furent défaites. Le roi du Cambodge construisit des palissades et le combat dura 3 jours. Ramesuan participa alors à la bataille, mit en déroute les forces ennemies et put entrer dans la capitale. Le roi du Cambodge tenta de fuir en bateau. Le roi descendit de son éléphant et fit tirer avec des fusils sur les bateaux. Des barils de poudre furent touchés et les bateaux s’enflammèrent, mais le roi du Cambodge put s’échapper. Par contre, son fils, « l’Upparat » fut capturé. Ramesuan laissa Phraya Chainawong pour gouverner le Kampuchéa avec 5.000 hommes et il  revint à Ayutthaya. (Canon au XIVème siècle à Ayutthaya ? Cf. (3) )

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Plus tard (Quand ?), les Vietnamiens envahirent le Cambodge. Une petite force cambodgienne combattu bravement mais fut balayée par de nouvelles troupes venues en renfort. Phraya Chainawong envoya un rapport à Ramesuan, qui lui ordonna de revenir à la capitale avec les habitants (Il faut comprendre « avec des otages »). Une fois les rites accomplis par le roi pour leur entrée à la capitale, les officiers furent récompensés.

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Enfin dans le dernier court paragraphe  (6 l et demie), il est dit qu’en 1395 pour la version A (« En 757, l’année du bœuf »), et en 1387 pour les autres versions (BCDEF) (« En 749, l’année du lièvre ») ...

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

fut fondé le monastère de Phukao Thong. Un soir, alors que le roi marchait le long du hall de Mangkhalaphisek, il fut arrêté par Thao Mon qui était mort il y a peu, mais il disparut. Le roi tomba malade et mourut peu après. (Les versions BCDEF précisent qu’il régna 6 ans !) Son jeune fils, le Prince Ram lui succéda et régna  14 ans (Pour les versions BCE)  ou 5 ans (Pour D), ou 15 ans (Pour F) !

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Ensuite 12 lignes sont consacrées au roi Ramaracha (1395-1409).

 

Curieusement, les différentes versions ne relatent qu’un conflit (Lequel ?) que le roi aurait eu avec Chao Senabodi (ou Chao Praya Senabodi) (Il n’est pas dit que c’est un de ses principaux ministres), en 1409 (Pour la version A), ou en 1401 (Pour BCEF). Le roi en colère, aurait ordonné son arrestation, mais il aurait pu s’enfuir et s’installer de l’autre côté de la rivière de Pathakhucam. Ensuite, celui-ci aurait envoyé un message au Prince Intharacha, le grand fils du roi Boromracha I qui régnait sur le trône de Suphanburi  (Précise  F) pour lui proposer de se joindre à lui avec ses troupes pour attaquer et prendre Ayutthaya.

Ce fut un succès.

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Et de fait, le  court chapitre suivant (14 lignes) est consacré au roi Intharacha (1409-1424) (NakarintharaThirat).

 

Le Prince Intharacha monte donc sur le trône et envoie le roi Ram vivre au-delà de Pathakhucam. Chao Praya Senabodi est récompensé avec la fille d’une royale concubine, une paire de plateaux et de gobelets en or, une double épée décorée, un palanquin en ivoire avec des pétales de lotus.

En 1419 un message annonce que le Phra Maha Thammaracha de Phitsalunok est décédé et que les cités du nord sont en effervescence. Le roi se rendra à Phrabang et à cette occasion Phraya Ban Muang et Phraya Ram viendront lui rendre hommage.

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

(Il n’est pas dit que le Phra Maha Thammaracha de Phitsalunok est présenté ailleurs comme Thammaracha III ou Phraya Sai Luthai, (ou Saluethaï) comme le roi de Sukhotaï. Le roi qui aurait déplacé sa capitale à Phitsalunok en 1419. De  même les « Chroniques » ne disent pas que Phraya Ban Muang (Le futur Thammaracha IV) et Phraya Ram sont deux frères qui vont s’affronter pour le royaume de Sukhotai en 1424 et que le roi Intharacha divisera le royaume entre eux. (Qui a eu quoi ?).) (Cf. Wikipédia anglais)

 Le roi retournera en sa capitale et nommera le Prince Ai Phraya à Suphanburi, le Prince Yi Praya à Phraek Siracha et le Prince Phraya à Chainat. (Les Princes étaient les fils du roi).

En 1424, le roi Intharacha décédera. Nous n’apprendrons rien de plus.

 

Une nouvelle succession s’annonçait, nous verrons, une fois de plus, qu’elle ne fut pas pacifique.

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Nous venons donc d’évoquer 7 rois depuis la fondation du royaume d’Ayutthaya (1351) que les « Les Chroniques royales » traitent en 5 pages, autant dire que les informations obtenues sont minces. Elles présentent toutefois quelques topoï majeurs qui illustrent ce qui est considéré comme important par les chroniqueurs thaïs, à savoir :

 

Le roi est un guerrier valeureux et un bon bouddhiste.

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Le fondateur Ramathibodi prend le Cambodge et installe trois de ses fils de 1353 à 1357.  Boromracha attaque plusieurs fois Chakangrao (Kamphaeng Phet), s’empare de Phitsalunok ; obtient sans combat la vassalité de Nakhon Lampang. Ramesuan, lors de son second règne  s’empare de Chiang Mai. Après avoir été attaqué par le  roi du Cambodge à Chonburi et Chanthabun qui a capturé entre 6 et 7.000 prisonniers (hommes, femmes et familles), il attaque et prend la capitale et laisse Phraya Chainawong pour gouverner le Kampuchéa avec 5.000 hommes. Le Kampuchéa est attaqué par les Vietnamiens, et Ramesuan préfère retirer ses troupes. (Mais aucune date n’est donnée) On peut noter que durant cette période de 7 règnes (1351- 1424), nulle référence n’est faite au royaume de Sukhotai.

Chaque victoire est sanctionnée pour le vaincu par une prise de milliers d’otages et de grandes familles qui seront emmenés à la capitale, parfois redistribués en plusieurs cités (Cf. Ramesuan partager les captifs entre les cités de Phatthalung, Songkla, Nakhon Si Thammarat et Canthabun).

Il ne s’agit pas pour le roi (Sauf deux fois pour le Cambodge) de régner sur un nouveau territoire, mais d’obtenir l’allégeance des cités conquises, de prendre des captifs ou de placer ses enfants ou la famille pour gouverner certaines cités (Le fils du roi de Chiang Mai vaincue peut régner après avoir reconnu sa vassalité ou  le roi Intharacha nomme ses fils le Prince Ai Phraya à Suphanburi, le Prince Yi Praya à Phraek Siracha et le Prince Phraya à Chainat.)

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Un  royaume religieux et bouddhiste.

 

Rien ne se fait d’important dans le royaume (Date de couronnement, départ à la guerre, début d’une grande bataille) sans les dates et heures précises décidées par les Brahmanes

Chaque victoire royale est suivie par une cérémonie religieuse présidée par le roi et la construction d’un édifice bouddhiste, voire d’un temple.

On croit aux présages et aux esprits ( Le roi Ramesuan voit Thao Mon qui était mort et tombe malade et mourut peu après.)

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

Des successions « difficiles ».

 

Ramesuan, le fils du fondateur est déposé par son oncle Boromracha, après moins d’un an de règne.

A la mort du roi Boromracha 1er en 1388, Ramesuan reprend son trône en faisant  exécuter son jeune fils, Thong Lan, qui était au pouvoir depuis 7 jours.

Le jeune fils de Ramesuan,  le Prince Ram qui devient le roi Ramaracha (1395-1409)  lui succède mais il est renversé par Chao Senabodi et le Prince Intharacha, le grand fils du roi Boromracha I qui régnait sur le trône de Suphanburi, et qui deviendra le roi Intharacha (1409-1424) (NakarintharaThirat). Et nous verrons que sa succession sera aussi très « mouvementée ».

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

(1) Cf. Sa présentation in  41. LA REFERENCE.  « Les chroniques royales d’Ayutthaya » de Richard D. Cushman.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-41-la-reference-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-de-richard-cushman-107938358.html

 

(2) Mais il n’en va pas ainsi pour toutes les périodes et pour tous les rois, puisque certains ont même droit à un chapitre, ainsi le roi Cakkraprat (juillet 1548- janvier 1569) sera présenté sur 48 pages (Ch. 2) ; Le roi Thammaracha, (1569-1590) (Ch. 3) sur 46 pages ; Le roi Naseruan, (1590-1605) (Ch. 4) sur 73 pages ; Le roi Naraï (1656-1688) aura même droit à deux chapitres (6 et 7) et  186 pages ; Le roi Phetracha, 1688-1703. (Ch. 8) 59 pages ; Les deux rois suivants, le roi Süa, (1703-1709), et le roi Sa (1709- 1733) seront réunis dans un seul chapitre (Ch. 9)  et auront droit à 35 pages ; Le roi Borommakot, (1733-1758). (Ch. 10), 59 pages ; Et les deux derniers rois du royaume d’Ayutthaya, le roi Uthumphon (13 avril-mai 1758), et le roi Suriyamarin (mai 1758- 7 avril 1767) seront réunis dans le dernier chapitre (11) et relatés sur 60 pages.

 

(3) Canon et fusil au XIVe siècle au Siam ?

On peut se demander ce que les chroniqueurs entendent par fusil et canon, car les armes à feu  furent introduites au  Siam par les Portugais qui n’arrivèrent qu’en 1511.

Le Prince Damrong lui-même nous apprend, que dès leur arrivée au Siam, les Portugais apprirent trois choses aux Siamois, « l’art de faire des armes à feu, celui de s’en servir et celui d’édifier des fortifications contre ces armes à feu ».  Prince Damrong « The Introduction of western culture in Siam » in « Journal of the Siam society » 1925.

Toutefois, dès le 13e siècle, les Siamois avaient des relations commerciales et diplomatiques avec les Chinois, qui connaissaient déjà vers 1130 l’usage des tubes de bambou remplis de poudre noire qui servaient de lance-flammes, et au XIIIe siècle, des grenades à corps de fonte.

Il faut attendre le milieu du XIVe siècle, pour que les Chinois fabriquent de véritables bouches à feu en bronze (dont on a conservé plusieurs exemplaires) analogues aux canons européens.

(Cf. Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_poudre_%C3%A0_canon

RH 21 - LE SECOND RÈGNE DU ROI RAMESUAN (1388-1395), LE ROI RAMARACHA (1395-1409), ET LE ROI INTHARACHA (1409-1424) DU ROYAUME D’AYUTTHAYA.

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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 22:04
RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

Ramathibodi Ier, le fondateur du royaume d’Ayutthaya (1351-1369) meurt donc en 1369, son fils Ramesuan, qui avait été nommé par son père, roi de Lopburi, lui succède. Il régnera moins d’un an. « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » de Richard D. Cushman, lui consacreront trois lignes et demie pour relater ce fait, pour annoncer ensuite, qu’ « en 732, l’année du chien, 2ème décade » ses ministres lui annonceront l’arrivée du roi Boromracha ; qu’il invitera à rentrer en sa capitale ; lui remit le trône, lui rendra hommage, prit congé et retournera à Lopburi, comme auparavant. »

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

Pour paraphraser Molière, nous pourrions dire « Qu’en termes élégants, ce coup d’Etat est présenté. » A la mort du roi Boromracha 1er en 1388, le roi Ramesuan sera moins « élégant » avec le fils de celui-ci, Thong Lan, qui à peine monter sur le trône à 13 ans (ou 15 ans), le fera arrêter sept jours plus tard et exécuter au monastère du Khok Phrya, pour régner de nouveau jusqu’en 1395.

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

Mais revenons au règne de Boromracha Ier  (1370-1388).

 

Nous avons appris précédemment que le  fondateur du royaume d’Ayutthaya, Ramathibodi Ier avait accordé le muang de Lopburi à son fils Ramesuan et nommer son beau-frère Boromracha, comme le nouveau roi de Suphanburi ; que Ramathibodi lui avait demandé de soutenir son fils dans la conquête d’Angkor. Ce qu’il avait fait avec succès. (Cf. RH 19) Nous pouvions en déduire qu’il était considéré comme un personnage puissant dans ce nouveau royaume et qu’il était un guerrier redoutable. Il le confirmera, comme nous venons de le dire,  en prenant le pouvoir d’Ayutthaya en déposant son neveu Ramesuan, tout en « l’invitant » à gouverner de nouveau Lopburi. 

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » qui résument en 34 lignes les principaux événements de son règne vont confirmer ce premier portrait.

 

Dès la première ligne, il est dit que le roi en 1371 (Ou si vous voulez « en 733, l’année du sanglier, 3e décade »  part  pour conquérir et s’emparer de toutes  les cités du Nord.

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

Et en effet, les Chroniques vont ensuite énumérer toutes les guerres et/ou combats menés:

 

- En 1372, Boromracha Ier va s’emparer de  Nakhon  Phangkha et Sangcharao.

 

- En 1373, il part à la conquête de Chakangrao (Kamphaeng Phet).  Les deux chefs Phraya Sai Kaeo  et Phraya Khamhaeng sortent de leur cité pour le combattre. Boromracha 1er va tuer  Phraya Sai Kaeo, mais  Phraya Khamhaeng et ses soldats parviendront à  rejoindre leur cité. Boromracha 1er  retournera alors en sa capitale.

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

 - En 1374, le roi et le vénérable Thammakanlayan érigèrent un grand temple, avec glorieuses reliques et 19 wa.

 

- En 1375, le roi s’empare de Phitsalunok et capture le chef de la cité Khun Sam Kaeo et revient à Ayutthaya avec un grand nombre de familles « captives ».

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

- En 1376, le roi part pour s’emparer de nouveau de Chakangrao. Phraya Khamhaeng et Thao Pha Kong tentent de le combattre, mais ne peuvent résister. Thao Pha Kong et ses soldats purent s’enfuir, mais le roi les poursuivit, les attaqua et les dispersa. De nombreux dignitaires ( thao, phraya, khun, mün)  furent capturés et la royale armée retourna en sa capitale.

 

- En 1378, le roi repart en guerre contre Chakangrao. A cette occasion le Prah Maha Thammaracha de Phitsalunok s’allie à cette cité, mais il se rend à l’évidence et constate qu’il n’est pas capable de s’opposer à l’armée royale d’Ayutthaya. Il se voit contraint de reconnaître sa vassalité.

 

- En 1380, le roi veut conquérir Chiang Mai et ordonne à son armée d’attaquer Nakhon Lampang, mais ce ne  fut pas un  succès. Le roi alors envoya un message au Mün (le chef) de Nakhon Lampang pour qu’il reconnaisse sa vassalité. Ce qu’il fit. La royale armée retourna  ensuite à la capitale.

 

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

L’éminent spécialiste de la Thaïlande et de la langue thaïe Gilles Delouche dans son article L’Incorporation du royaume de Sukhotai au royaume d’Ayudhya par le roi Phra Boromotraylokanat (1448/1488) : Le bouddhisme instrument politique, nous dit qu’effectivement  Khun Luang-Pha Ngua, qui régnait sur la ville de Supanburi sous le titre de Boromoracha renversa son neveu Ramesuan en 1370 et l’exila comme gouverneur à Lopburi ; et qu’il régna avec le titre de Boromorachathirat Ier (1370-1388), mais il présente le règne de Boromracha 1er sous un angle différent. (1) 

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

Il estime que le roi  a opéré 6 attaques de 1370 à 1378 contre Sukhotai, le royaume du Nord, « attaques qui s’achèvent, en 1378, par la défaite de Phra Maha Thammaracha II. Le royaume de Sukhothay (sic) est alors divisé en deux parties, la première avec Sukhothay comme capitale, est laissée à Thammaracha II, qui accepte la suzeraineté d’Ayudhya, tandis que la seconde autour de Kamphaeng Phet, rentre dans les limites du royaume d’Ayudhya, encore que son gouverneur soit un membre de la dynastie de Sukhothay.»

 

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

(Kamphaeng Phet ou Chakangrao? En fait Boromracha a combiné les deux cités de Chakangrao et de Nakom Chum pour former la nouvelle cité de Kamphaeng Phet) 

 

[…] La victoire remportée en 1378 met le royaume d’Ayudhya en contact direct avec celui du Lan Na Thay, dont les ambitions sont aussi orientées vers le royaume de Sukhothay et la lutte entre les deux Etats va bientôt commencer. En 1386, Phra Boromorachathirat 1er va  attaquer la ville de Lampang sans toutefois réussir ; deux ans plus tard, au cours d’une nouvelle campagne contre le Lan Na Thay, il tombe malade et meurt. »

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

 

Quelques remarques.

 

Les noms de « Sukhotai » et du « Lanna » ? 

 

Delouche cite la version A dite version de  Luang Prasoet, sauf que cette version ne nomme pas le Lanna, mais une nouvelle attaque contre Chakangrao.  De même, il laisse supposer que les six attaques du roi Boromracha 1er visaient le royaume de Sukhotai, qu’il divisera en deux, après l’avoir vaincu, alors qu’il est expressément dit dans les « Chroniques » qu’en 1378, le roi repart en guerre contre Chakangrao, et non contre Sukhotai et  que Thammaracha, qui veut le soutenir,  n’est que le Prah Maha de Phitsalunok.

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

Une hypothèse ? Ces royaumes ne portaient pas ce nom à cette époque.

 

B. J. Terwiel, in « Thailand’s Political History » estime que le « Lanna » considéré comme un empire unifié au 13e et 14e siècle  est un mythe qui a été inventé au XXe  siècle (Note 16, p.14), de même il indique qu’il n’est pas possible d’accepter le concept de «  Période de Sukhotai (1250-1351) » qui impliquerait un état central ayant le pouvoir absolu sur les autres groupes thaïs de la région. Il rappelle que cette vision répond à une histoire nationale officielle, construite et enseignée aux élèves pour leur apprendre combien leur pays a été grand et magnifique, avec une économie abondante, vivant heureux sous le bouddhisme gouvernée par un roi sage et vertueux. (Il fait référence à la stèle de Ramakhamhèng de 1292, en citant des historiens thaïs qui doutent de son authenticité. Note p. 15) Question que nous avons traitée dans nos articles 19 et 20 de « Notre Histoire ») (2)

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

La mort de Boromracha Ier. Un   problème de dates ?

 

Ainsi concernant la mort de Boromracha Ier, nous apprenons dans la section suivante consacrée au roi Thong Lan (1388), par les versions BCDEF que le roi décède « en 744, l’année du chien, la 4e décade » ( soit 1382 ?), après 13 ans de règne ; La seule version A dite de Luang Prasoet prétend que le roi décède « en 750, l’année du dragon » (Soit 6 ans plus tard, en 1388 !), tout en précisant, qu’il serait mort après être tombé malade, lors d’une nouvelle expédition contre Chakangrao. 

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

Alors pourquoi dans les « Chroniques » Wyatt n’a retenu que la date de la seule version A. Peut-être tout simplement parce qu’elle fut la date retenue par « L’Histoire officielle » ou qu’il a estimé, comme nous, que les bonnes dates (à plus ou moins une année) sont celles des annales A.

 

Nous avions tenté de faire le point sur cette « chronologie incertaine pour écrire l’histoire d’Ayutthaya ? » (In Article 59. (3)), car les dates des différentes versions des « Chroniques royales d’Ayutthaya » présentent des écarts qui peuvent aller parfois jusqu’à 20 ans. La difficulté provient également  du fait que l’ancien Siam  suivait le calendrier lunaire. Un calendrier où il est nécessaire d’ajouter 638 ans (à plus ou moins une année)  pour obtenir l’année du calendrier grégorien. Cet ancien calendrier lunaire sera utilisé jusqu’au passage au calendrier solaire en 1889.

 

Bref, disons que  le roi Boromracha  Ier meurt en 1388, que son jeune fils Thong Lan (13 ou 15 ans), ne régnera que 7 jours. Ramesuan, qui était toujours le roi de Lopburi, le fera arrêter et exécuter au monastère du Khok Phrya, et régnera de nouveau jusqu’en 1395.

 

RH 20 - APRÈS LE FONDATEUR DU ROYAUME D’AYUTTHAYA, RAMATHIBODI Ier (1351-1369), LE ROI RAMESUAN (1369-1370), ET LE ROI BOROMACHA Ier (1370-1388)

Références.

 

(1) Gilles Delouche, L’Incorporation du royaume de Sukhotai au royaume d’Ayudhya par le roi Phra Boromotraylokanat (1448/1488) : Le bouddhisme instrument politique a été publié pour la 1ére fois dans les « Cahiers de l’Asie du Sud-Est », n° 19.

ww.alainbernardenthailande.com/article-59-une-chronologie-incertaine-pour-ecrire-l-histoire-d-ayutthaya-112318322.html

 

(2) 19. Notre Histoire : La stèle de Ramakhamhaeng (fin du XIIème ou début du XIIIème ?)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html

20. Notre Histoire : Le roi  de Sukkhotaï  Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-notre-histoire-le-roi-de-sukkhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292-101594410.html

 

(3) 59. Une chronologie incertaine pour écrire l’histoire d’Ayutthaya ?

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