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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 06:38
A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

6. Les exploits de l’enseigne Mazeran et les déboires du lieutenant de vaisseau Jacquemart et de l’enseigne de vaisseau Lesterre, avec  la fin de la canonnière La Grandière en 1910.

Nous avions dans notre précédent épisode suivi avec  le livre de Luc Lacroze  « Les grands pionniers du MékongUne cinquantaine d’années d’aventures. (1884-1935) », les exploits de l’enseigne de vaisseau Simon, qui avec  la canonnière La Grandière avait pour la première fois pu atteindre Luang Prabang le  1er septembre 1895, en partant de Vientiane, puis avait poursuivi sa mission le 11 octobre pour arriver à Tang Ho le 25 octobre 1895. « Simon, avions-nous dit, aurait bien voulu aller au-delà, malgré les ordres du ministre, mais il constata très vite qu’après Tang Ho, le Mékong n’était plus un fleuve, mais « un torrent qui tombait en cascades sur un parcours de huit à dix kilomètres ». Il dut alors renoncer. Après un congé en France, « il sollicitera  sa mise en congé sans solde à compter du 20 août pour servir à la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine. » 

 

Vue de la rue principale de Luang Prabang, photo prise par Simon :

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

La canonnière le Massie, quant-à elle,  poursuivra une mission jugée inutile par les autorités entre Savannaket et Vientiane, et sera désarmée et cédée à la Compagnie des Messageries le 1er novembre 1897, pour devenir « une chaloupe ordinaire, transportant poste, voyageurs et marchandises », mais le La Grandière n’avait pas fini ses exploits, mais cette fois avec le jeune enseigne de vaisseau Mazeran qui prendra ses fonctions en avril 1896. »

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Les exploits de l’enseigne Mazeran avec la canonnière La Grandière.

Le 1er novembre 1896, Mazeran, après sept mois de sa prise de fonction, envoie un long rapport au gouverneur général Paul Doumer, qu’il transmet avec son appui aux ministres concernés. Ce rapport est un programme d’action, qui s’appuie sur ses propres observations effectuées avec la canonnière ou en pirogue de Xieng Sen à Tang ho (en réalité le Tang Noï et le Tang Luong), qui remet en question l’invulnérabilité du Tang Ho. Après  la description du rapide, il dit avoir découvert un petit couloir, que l’on pourrait dégager avec le fulmi-coton et de la dynamite. Mais surtout, il envisage de monter jusqu’à Xieng Houng (l’actuel Jing Hong), malgré les signes de fatigue observés sur le La Grandière. Il en donne bien sûr les raisons.

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

Vue du Mékong à Xieng Sen (Chiang Saen) :

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

Un nouvel enjeu dans la rivalité franco-britannique : le Xieng Houng.

Nous avions raconté précédemment comment Simon avait voulu atteindre la principauté de Xieng Kheng, petite ville des Etats Shan passée sous la domination britannique après l’annexion en 1885 de la haute Birmanie, malgré les ordres de Paris. Il avait dû renoncer, ne pouvant aller au-delà de Tang Ho, mais finalement la  convention Salisbury- de Courcelle du 15 janvier 1896, reconnaissait l’influence de la France sur la région de Muong Sing et le Mékong comme frontière entre les Etats Shan et l’Indochine.

Il s’agissait cette fois-ci pour Mazeran d’aller encore plus en amont,  et de tenter d’atteindre Xieng Houng avec la canonnière La Grandière.

 

Xieng Houng (Jinghong) est situé à 21° 59' nord et 100° 49' est :

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

Mais que représente Xieng Houng ?

Xieng Houng est la capitale d’une fédération, en principe indépendante, « de 12 districts -les sip song panna-, répartis sur les deux rives du Mékong. Les sept de la rive gauche payaient tribut à la Chine, et ceux de la rive droite à la cour birmane d’Ava. 

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

Elle constituait, disait Mazeran dans son rapport, «  la dernière étape de notre marche vers le Yunnan. » L’enjeu était clair : « L’arrivée de la canonnière à Xieng Houng nous donnerait des droits puissants pour l’occupation future de ce pays par la France. Si nous ne nous dépêchons pas, nous trouverons la place prise par les Anglais. »

Mais ce projet ouvrait une nouvelle page de la rivalité franco-anglaise.

Une nouvelle alors circula, qui signalait l’arrivée prochaine de 400 gourkhas et de pièces d’artillerie à Xieng Houng, qui aurait pu justifier l’urgence de la mission de Mazeran.

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

On vit alors un balai diplomatique entre le commandant supérieur du Laos, le gouverneur général, le ministre des colonies, le ministre des affaires étrangères, l’ambassadeur l’ambassadeur français à Pékin, le consul à Samao, qui aboutit finalement à une note du 21 avril 1897 du ministre des affaires étrangères adressée à son collègue ministre des Colonies qui exprimait un doute sur cette expédition anglaise contre les Sip Song Penna.

Toujours est-il que dès le 20 mai, l’enseigne Mazeran, faisant fi des doutes exprimés, décide de  monter de Xieng Sen à Tang Ho, en franchissant une quinzaine de rapides, où il est obligé de rester deux mois à cause des eaux trop basses. Il effectuera alors des reconnaissances en pirogue et sera étonné de rencontrer moins de difficultés qu’en 1896. 

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

Le 19 juillet, il appareillait de Tang Ho avec pour objectif d’atteindre Xieng Kok et Xieng Lap ensuite situé 20 km en amont, d’où il attendrait les ordres du gouvernement. Mais il fallait pour cela pouvoir passer l’« infranchissable » Tang Ho, et les rapides qui suivent comme le Tang loi, le Tang PhaKheng, le Tang Sen Phi, le Tang Pang, puis le Tang TsaLam, le Tang leui.

Mazeran en fera le récit, et racontera comment plusieurs fois il risquera la mort. Ainsi, par exemple s’il franchit sans difficulté le Tang Ho, passe le Tang Ho Luong avec guère plus de 6,5 kilos de pression, la canonnière va toucher des roches dans le petit rapide du Tang Lot et y cassera son gouvernail. Il faudra 10 jours pour le réparer, avant de repartir le 31 juillet et attaquer le Tang PakKeng que Mareran redoute. Il y vivra une situation critique avec un tronc d’arbre dans l’hélice qui stoppera la machine, deux hommes qui se jetteront à l’eau pour y remédier,  une ancre qui cédera, l’autre qui tiendra, et le sentiment de l’avoir échappé belle. En fin de matinée, les redoutables Tang Sam  Sao et PhaPhouKhao seront franchis sans difficulté. L’équipage se reposera le lendemain 1er août devant le village de Paleo, un gros village de la rive droite. 

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

Il fallait affronter ensuite le terrible Tang Pang, le dernier obstacle avant Xieng Kok, composé en fait de cinq rapides, et qui constituaient pour Mazeran «  à part les chutes de khône, jamais le Mékong n’avait présenté d’obstacle aussi terrible, aussi dangereux pour un navire de la force de la Grandière. »

Ils repartirent le 2 août, mais une reconnaissance en pirogue constata le manque d’eau et ils durent attendre jusqu’au 6 août, avant de se lancer en ayant soin d’envoyer deux pirogues en avant pour prêter secours en cas d’accident. Ils auront au 3 ème rapide le sentiment d’avoir échappé à la mort pour la 3ème fois depuis Tang Ho, après avoir vu la canonnière perdre sa pression, s’immobiliser, ne pouvant plus avancer, amorcer un léger recul, et sur un effort de la chauffe, pouvoir enfin avancer. Ouf, ils étaient passés, encore une fois, et atteindront Xieng Kok et Xieng Lap.

Ils devront toutefois attendre presque trois mois avant de recevoir fin octobre 1897, les ordres  de Paris. Paris a été surpris d’apprendre par Paul Doumer, le gouverneur général, que La Grandière est à Xieng Lap. 

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

Si Paris remarque l’exploit, il n’apprécie pas d’avoir été mis devant le fait accompli. Aussi après un échange de messages, le ministre des colonies adressera le 25 octobre 1897, un ordre formel et sur un ton vigoureux au gouverneur général :

« Interdisez La Grandière dépasser frontière avant que vous ayez reçu autorisation expresse du gouvernement, que rien ne parait motiver actuellement ».

C’en était fini de l’ambition de Mazeran, qui restera encore près de  5 mois sur le La Grandière dans le petit bief Xieng Kok-Xieng Lap, avant d’être remplacé le 1er février 1898 par le lieutenant de vaisseau Jacquemart.

Xieng Kok

Xieng Kok

Xieng Lap

Xieng Lap

L’ère des pionniers était terminée quand le lieutenant de vaisseau Jacquemart prend ses fonctions sur La Grandière en juin 1898.

Il restera trois années jusqu’ au 3 mars 1901, quand il quittera alors Xieng Kok, pour Saïgon, où il  rédigera son rapport du 10 mai au 15 juin 1901.

Il y racontera ses déboires, ses problèmes de personnel, ses attentes pour voir compléter son équipage européen, comme le quartier-maître mécanicien, pourtant si indispensable qui n’arrivera que le 15 avril 1900, malgré la demande exprimée par son prédécesseur en avril 1898.Il critiquera la politique menée par les administrateurs, qui occasionneront des rapports tendus avec le résident de Muong Sing, le résident supérieur Tournier à Vientiane. Il eut surtout le sentiment de son inutilité, surtout quand par exemple, ayant obtenu de pouvoir descendre à LuangPrabang afin d’étudier la navigabilité du Mékong, il se voit refuser l’atlas du fleuve dressé par ses prédécesseurs, ou bien encore, quand à peine arrivé à LuangPrabang (19 octobre 1900) il reçoit l’ordre de Paul Doumer du 26 novembre de retourner à Xieng Kok. Bref, il ne vit d’issue qu’en demandant sa relève qui lui fut accordée. Il quitta Xieng Kok le 3 mars 1901, sans remplaçant.

Le La Grandière avait peu navigué pendant son séjour et même avait été mis deux saisons sèches en cale sèche.

 Le nouveau commandant de La Grandière, l’enseigne de vaisseau Lesterre, ne sera désigné qu’en septembre 1901. Lacroze dira peu sur sa mission, si ce n’est qu’elle fut assez imprécise et que Lesterre bénéficia de l’appui de Paul Doumer le 16 octobre 1902, pour être mis sur le tableau d’avancement, pour « un dangereux voyage en amont de Xieng Kok avec le La Grandière, en vue de se rapprocher de la frontière chinoise. » Nous n’en saurons pas plus.

Le temps des pionniers officiers de marine  était terminé.

« Le La Grandière redescendra à Vientiane aux hautes eaux de 1903. Elle y sera désarmée puis cédée aux Messageries, comme l’avait été sept ans auparavant le Massie. » Après un rajeunissement, elle fera plusieurs voyages de Vientiane à LuangPrabang. « Le 10 juillet 1910, en descendant le fleuve, La Grandière coulera avec ses passagers dans le Keng Luong, qu’elle avait franchi pour la première fois quinze ans plus tôt, le 30 août 1895, aux ordres du lieutenant de vaisseau Simon. »

Que d’aventures, d’exploits pour arriver à un bilan que Lacroze juge remarquable :

« Vers 1898, un voyageur mettait entre 65 et 80 jours pour aller de Saïgon à LuangPrabang, au prix de douze à quinze transbordements. Il ne mettait plus en 1924 que de 43 à 45 jours ; le nombre de transbordements est sensiblement le même. Vers 1935, la durée du voyage était réduite à 35 ou 37 jours et le nombre de transbordements à sept ou huit. La durée du trajet a donc été pratiquement réduite de moitié et le confort s’est considérablement accru. Les trois quarts du parcours –en durée- s’effectuaient en pirogue en 1898 ;  le voyage se fera en totalité en chaloupe ou en piromoteur en 1935. » Mais le transport des marchandises sera aussi lent qu’il y a 50 ans.

Bref, le Mékong ne constituait pas la bonne voie commerciale pour désenclaver le Laos, telle que l’avaient rêvé les pionniers du Mékong. Et la route l’emportera sur le fleuve. (Cf. ch. 22) Mais que d’aventures, d’expéditions pour arriver à ce constat.

                                                ---------------------------------

Merci M. Luc Lacroze de nous avoir fait connaître ces pionniers, ces aventuriers du Mékong. Nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs à votre livre : 

« Les grands pionniers du Mékong. Une cinquantaine d’années d’aventures. (1884-1935) » (L’Harmattan, 1996)

A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)
A174. Les dernières missions de la canonnière la Grandière sur le Mékong (1896- 1910)

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 03:02

Nous avons dans notre article sur l’ambassade siamoise de 1861 et la réception impériale au château de Fontainebleau (1) inséré la reproduction que l’on trouve partout du tableau de G.L. Gérôme, spécialiste des reconstitutions historiques, représentant les ambassadeurs du Siam rampant devant Napoléon III et l’Impératrice Eugénie.

Autoportrait

Nous avons ultérieurement appris qu’il existait une copie de cette toile au palais royal de Bangkok (2) dans le « Audience hall of the Chakri mahaprasat throne hall » au Grand Palais. L’auteur de l’article en référence ajoute qu’il s’agit d’un cadeau de Napoléon III au roi Mongkut qui est l’œuvre du peintre Jean-Marius Fouqué (sic), qui, sans doute, « himself brought and presented the painting to King Mongkut ... as he was later appointed as the personnal artist to the thai royal court »

 

bangkok-chakri-mahaprasat-interior

 

Qui était donc ce Jean-Marius Fouque (et non Fouqué) qui serait devenu peintre officiel de la Cour ?

Son deuxième prénom sent immanquablement la Provence. Lorsqu’on cherche quelque renseignement sur un peintre provençal, on consulte l’ouvrage de l’avignonnais Etienne Parrocel, l’incontestable pionnier de l’histoire de l’art provençal (3). Il s’agit de l’Arlésien Jean-Marius Fouque, que Parrocel a fort bien connu et auquel il consacre une longue notice, mais son ouvrage s’arrête en 1862 donc très probablement avant un épisode siamois et nous laisse sur notre faim ?

Un ami aussi Arlésien qu’érudit nous apprends que Fouque a sa rue à Arles dans le quartier de Trinquetaille dont une revue érudite dit quelques mots « ….Jean Marius Fouque est né à Arles le 22 juillet 1822. Il étudia la peinture sous la direction de Granet et de Lestang-Parrade. Admis à l’école des beaux-arts en 1826, ayant visité l’Extrême-Orient devint peintre officiel du roi de Siam. Il exposa au salon de Paris de 1846 à 1879. Il fit des tableaux d’histoire, des sujets mythologiques et des portraits (en particulier celui du sculpteur Pradier) » (4). La référence à Pradier va nous ouvrir une première porte.

Nous avons alors sollicité les lumières de Monsieur Gérard Bruyère, bibliothécaire et documentaliste de nombreuses institutions lyonnaises (5). Qu’il soit ici remercié des précieux conseils qu’il nous a donnés. Le sculpteur Pradier était un ami du peintre, qui en fit d’ailleurs un fort beau portrait.

 

Fouque-Pradier(MAH)

 

Ce sculpteur a aussi un admirateur, Monsieur Douglas Siler qui lui consacre un très beau site Internet (6). Il nous a lui aussi donné de précieux renseignements, qu’il en soit également remercié. Peut-être allions-nous trouver enfin de plus complets renseignements sur l’épisode siamois ?

***

Avant d’en arriver au Siam, quelques mots seulement sur ce peintre que l’on classe habituellement dans la catégorie des « petits maîtres » (7).

Parrocel le fait naître le 22 juillet 1822 à Arles (8) (9). Il en fait l’élève de Lestang-Parrade et de Cogniet (10).

Le peintre a surtout fait l’objet d’une très complète étude de Philippe (malheureusement décédé il y a peu) et Françoise Dumoulin-Palliez publiée sur le « forum Pradier » en 2003 (6) et dans le «  Bulletin des amis du vieil Arles » (11), accompagnée de solides références.

 

Son père, Honorat était un serrurier probablement modeste et nous ignorons tout de Marguerite Barbier sa mère. Il aurait bénéficié de la protection de Réattu, un grand peintre arlésien et de Huard, directeur de l’école des beaux-arts d’Arles pour obtenir une bourse et « monter » à l’école des beaux- arts de Paris. Ami intime du sculpteur Pradier, les portes du Salon lui sont ouvertes dès 1846. Bénéficiaires de puissants appuis, il est bénéficiaire aussi de nombreuses commandes officielles ce qui explique probablement la commande par le ministère des affaires étrangères d’une copie du tableau de Gérome ainsi que Mr et Mme Dumoulin l’ont vérifié dans les archives. Ils ont également eu confirmation  par les « services culturels » de Thaïlande de son passage dans le pays.

 

Dans quelles conditions obtint-il le statut de « peintre officiel » de la cour et fut-il décoré de l’ « ordre de l’éléphant blanc »,

 

 

elephqnt

 

nous n’avons malheureusement pas pu en savoir plus. Son lointain descendant direct, Monsieur Nicolas Raphaël Fouque, avec lequel Monsieur Douglas Siler a eu l’amabilité de nous mettre en rapport, nous a confirmé avoir eu en mais les documents accréditifs perdus ce jour dans sa famille.

Grand voyageur aussi, on le retrouve en Suisse, en Russie peut-être (12) et peut-être aussi aux Amériques puisque nous apprenons, toujours sur le « forum Pradier », l’existence à Bogota de deux portraits de son pinceau, deux dames au nom évidemment espagnol, datés de 1852 (13) ?

Toujours est-il qu’il expose au salon de 1870 un portrait de Rama V qui serait actuellement dans un palais de Bangkok ( ?) et qui eut les honneurs (si l’on peut dire) d’une caricature de Cham de plus ou moins bon goût (14).

caricature copie

Bien impliqué dans le petit monde des notables de l’empire, après s’être attiré les sarcasmes de Cham qui avait au moins le mérite du talent, Fouque s’attire ceux d’un imbécile que nous aurons la charité de ne pas citer. Il expose à un salon un « Vénus et Adonis », le critique commente «  Monsieur Fouque aurait été bien embarrassé de trouver à Arles, sa ville natale,  une belle femme amoureuse d’un chasseur ». En voilà un qui ignorait que depuis les Romains, de toutes les femmes de Provence, les Arlésiennes ont toujours été considérées à juste titre comme les plus belles (15) !

***

Les liens de Fouque avec le Siam semblent toutefois avoir été ténus en admettant même qu’il y ait posé les pieds ? Il n’a en tous cas pas succombé à ses charmes.

Le titre de « peintre officiel » est évidemment honorifique et il ne semble pas qu’il reste en Thaïlande d’autres souvenirs de lui que la reproduction de la toile de Gérome et le portrait du salon de 1870 dont nous ignorons où il se trouve.

Sa descendance est toujours vivante, loin à la fois du Siam et de la peinture ! Nous devons à Monsieur Nicolas Raphaël Fouque ces renseignements dont nous le remercions particulièrement : Le peintre trouve l’amour à Lorient où il épouse une demoiselle Leray

 

Epouse

 

 

De ce mariage, un premier fils, Emile,

 

Emile

 

après avoir été ténor à l’opéra d’Oran, meurt en Egypte comme agent du Canal de Suez. Le second, Adrien, né en 1849

 

Emile

 

épouse le 12 juin 1878, Mathilde Cournet,

 

Mathilde Cournet refusé au salon de 1877

 

nièce de Frédéric du même nom qui a participé à la résistance contre le coup d’état de 1851 (16) et dont le fils Frédéric fut un ardent communard.

 

cournet

 

Hippolyte Fouque, fils d’Adrien, épouse Marie Bridoux  qui était la fille du général Marie-Joseph-Eugène Bridoux,

 

Bridoux.jpg

 

le premier des quelques dizaines de généraux de l’armée française à être tombé au front face à l’ennemi dans les premiers jours de la guerre de 14 et qui a laissé son nom au campus de l’Université de Metz.

 

General

 

Son fils Eugène-Marie Louis, pour sa part également officier de cavalerie, fut secrétaire d’état à la guerre et sous- secrétaire d’état à la défense nationale du gouvernement de Vichy

 

Bridoux_Eugene-Marie-Louis.jpg

 

pendant que Hippolyte Fouque entrait en résistance. Il est l’arrière grand-père de Nicolas Raphaël Fouque, lui-même haut fonctionnaire et romancier talentueux. C’est aussi à Monsieur Nicolas Fouque que nous devons les photographies des membres de sa famille qui illustrent cet article, collection actuellement aux Musée des beaux-arts de Nantes.

 

Voilà qui nous éloigne à la fois du Siam et de la peinture !

 

***

Ne retenons donc de ce « petit » mais talentueux maître que ce qu’en dit Parrocel : « Fouque est aujourd’hui compté parmi les artistes de mérite et ses productions brillent par la puissance et la richesse du coloris ». Il appréciait tout particulièrement le portrait de la fille du peintre Réattu, présentement au musée Reattu d’Arles (17).

 

MMe Reattu

 

***

Nous n’en saurons malheureusement pas plus sur l’épisode siamois de ce peintre talentueux et voyageur. Remercions chaleureusement tous ceux qui nous ont donné les éléments permettant de rédiger ce bien modeste hommage à Marius Fouque.

 

 Epose du peintre et ses deux fils

L'épouse du peintre et ses deux fils

________________________________________________________________

 

Notes 

 

 (1) A 54 : « Le Siam au Château de Fontainebleau : L'ambassade siamoise du 27 Juin 1861 ».

 

(2) Article de Dominique Le Bas in « Aséanie », 3, 1999 : « La venue de l’ambassade siamoise en France en 1861 ».

 

(3) « Annales de la peinture … histoire des écoles d’Avignon, d’Aix et de Marseille ... » publié à Marseille en 1862.

 

Annales de la Peinture (1)

(4) « Bulletin des amis du vieil Arles », numéro 80 de décembre 1992.

 

(5) Musée des tissus, musée des arts décoratifs, archives municipales, musée des beaux-arts.

 

(6) http://www.jamespradier.com/

 

(7) Le terme est utilisé avec une certaine condescendance par les « bobos » de l’art. Il est appliqué à tort et à travers à une pléthore d’artistes actifs tout au long du XIXème siècle et au début du XXème siècle, pour lesquels l’histoire de l’art n’a pas encore trouvé de case. La table alphabétique de l’ouvrage de Parrocel donne plus de 1.400 noms dont la plupart sont des « petits maîtres » même si ce sont de bons et grands peintres. Les médias et la cupidité des marchands de tableaux sont responsables du passage aux oubliettes de grand nombre de nos artistes provençaux et français. Il y a « la cour des grands » que tout le monde connait … et les autres !

fiac.jpg

(8) Revenons très rapidement sur ce que nous écrivons, « à Arles », comme nous écririons « à Avignon ». Est-ce que vous allez « en » Argenteuil ? « En » est un régionalisme. Le Comtadin dit « vau (je vais) à-n Avignoun », le provençal « vau à-n Arle » cependant il ne s’agit pas de la préposition « en » mais d’un « n » euphonique. Ils diront de même « vau à-z Ais » ou « vau à-z At » (Aix et Apt) avec un « z » euphonique.

Dire autrement est pédanterie journalistique.

 

(9) Il y a un doute sur la date exacte de sa naissance : Wikipédia le fait naître le 2 juillet 1819 ainsi que le Bénézit, et mourir à Lorient le 11 avril 1880. Les registres d’état civil de ces deux communs ne sont pas numérisés à ce jour. Retenons la date citée par Parrocel qui l’a connu.

 

(10) Sur ces deux peintres, voir le « Dictionnaire des artistes de l’école française au XIXème » par Charles Gabet, Paris 1834…700 pages de talents, tous pratiquement  oubliés aujourd’hui.

 

(11) numéro 140, mars 2009.

 

(12) On retrouve la présence dans une vente aux enchères à Moscou en 2012 d’une très belle toile représentant un immigré français au service du Tsar, Joseph Octavien Marie Pourroy de l'Aubériviére, Comte de Quinsonas.

 

russe 25.000 euros

 

(13) http://www.jamespradier.com/Texts/Courrier_Ortiz_6-11-04.php

Tableau Bogota

(14) Le caricaturiste Cham, en réalité d’une vieille famille aristocratique, exerçait son talent féroce au détriment de la famille impériale et tous les ans au détriment des artistes qui avaient été admis à l’honneur d’exposer au Salon. Or, Fouque est tout autant que Gérome ou Winterhalter l’un des peintes officiels du régime. Le Musée d’Orsay possède de lui la copie du célèbre portrait de l’Impératrice par Winterhalter. Dans la notice des œuvres du musée, il nous est dit « Une des nombreuses copies du portrait commandées par l'Etat à Fouque, notamment en 1854, 1857, 1868, 1870. Copie d'après le portrait officiel de l'impératrice par Franz Xaver Winterhalter exposé au Salon de 1855 ».

Il ne faut donc point s’étonner de cette raillerie. Nous devons la reproduction de cette caricature à l’obligeance de Monsieur Douglas Siler.

 

(15) L’innocence de la Mireille de Mistral, la beauté fatale de l’Arlésienne de Daudet, leur grâce est légendaire et a bien dépassé les frontières du pays d’Arles. Les comtadines ne sont pas oubliées mais le Comtat-Venaissin n’est pas la Provence.

 

Arlesienne.jpg

 

(16) … dont parle Victor Hugo dans l’ « Histoire d’un crime ».

 

(17) Ce lieu magique de la ville d’Arles ne s’honore peut-être pas outre mesure d’une collection de dessins d’un peintre « cubiste » responsable de cette Arlésienne (???)

 

Lee-Miller--Pablo-Picasso-00.jpg

 

qui appartenait probablement plus au genre des imposteurs qu’à celui des grands ou petits maîtres !

 

 

 

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 03:02

Pavie auto portraitEmployé des « postes et télégraphe », vice-consul, explorateur, écrivain, ministre - résident de France au Siam, ambassadeur de France.


Pavie, « pionnier de la France au Laos ». C’est sous ce titre que la France lui rendit hommage en éditant en 1947 un timbre à son effigie. L’Indochine française lui avait rendu le même hommage en 1947. Les archives nationales d’outremer lui consacrent un site remarquablement construit : pavie.culture.fr

 

A Pavie

 

PAVIE 02

Nous sommes à l’époque faste de la colonisation « à la Jules Ferry ». Nos élus radicaux et francs-maçons ont entendu sans frémir ces propos tenu par Ferry en juillet 1885 : « Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder (...) : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. (...) Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (...) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (...) Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation.»

 

ferry.jpg

Une seule mais sévère réplique à ces propos vint de Clémenceau :

 

clemenceau_doizy_1.jpg

 

« Je ne comprends pas que nous n'ayons pas été unanimes ici à nous lever d'un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n'y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu'à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n'essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c'est l'abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s'approprier l'homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. »


La colonisation, c’est à la fois les canonnières de la république et le goupillon des missionnaires sans oublier les banquiers. Pavie n’était pas un militaire dans l’âme, pas plus un missionnaire et encore moins un financier.


 Mais qui est-il donc ?


Résumons très brièvement la vie de l’ « explorateur aux pieds nus » 

Il est né dans un milieu modeste en Bretagne, à Dinan, la patrie de du Guesclin, en 1847.


acte de naissance

 

Il devint aussi franc-maçon (1).

 

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Il est engagé volontaire à dix-sept ans dans un régiment de ligne. Vocation d’un breton pour les terres lointaines ? Sous-officier de Marine, libéré en 1868, il n’était encore en 1880 qu’un simple petit employé des télégraphes, quand le gouverneur de la Cochinchine, Le Myre de Villers (2), à l’attention duquel il avait su s’imposer par son enthousiasme, lui donna l’occasion de prendre son envolée, pour reconnaître diverses régions de la Cochinchine et surtout étudier la création d’une ligne télégraphique entre Phnom-Penh et Bangkok. Sa voie était désormais tracée. Pendant 5 ans, il parcourt le Cambodge en rapportant de ses voyages une énorme documentation, les éléments d’une première carte des pays traversés...  


Il sut ainsi s’attirer l’amitié des « indigènes », étudia leur langue, se passionna pour l’étude du passé glorieux des anciens khmers. Peut-être crée-t-il volontairement son personnage, avec son grand chapeau de paille, (à l’époque la mode était au casque « colonial »), et sa barbe de missionnaire et pieds nus... A cela, rien d’étonnant, je ne suis pas convaincu qu’à Dinan au milieu de XIXème, tout le monde ait eu une paire de chaussures autrement que pour aller à la messe du dimanche et autre chose qu’une paire de sabots pour le quotidien. Mais en exergue de ses ouvrages, il préfère donner de lui un tout autre portrait plus conventionnel !

 

Nommé vice-consul

 

Le désir perpétuellement renouvelé auprès de ses supérieurs de compléter ses recherches par l’exploration méthodique des régions laotiennes lui valut alors d’être nommé au poste de vice-consul de deuxième classe à Luang-Prabang, poste créé en 1885 avec l’accord du gouvernement siamois, avec pour mission officielle de « rechercher les voies de communication unissant à l’Annam et au Tonkin les pays dont nous revendiquions la possession ».

Un bref séjour en France et il revient à Bangkok pour vivre son rêve sans avoir compté sur le mauvais vouloir des Siamois. La création de son poste avait fait l’objet d’une convention provisoire du 7 mai 1886 contenant de façon plus ou moins claire la reconnaissance de la souveraineté du Siam sur les principautés laotiennes. L’exéquatur lui fut refusé par le gouvernement siamois et il dut rejoindre son poste de Luang Prabang dans des circonstances difficiles.

 

La première mission (1887-1889)


Arrivé à Luang Prabang en février 1887, il est accompagné de huit compagnons cambodgiens et d’un fonctionnaire siamois « chargé de l’assister dans ses rapports avec les autorités du pays ». Il tombe sous le charme du pays ! L’administration locale siamoise fait tout pour l’isoler du roi, des mandarins et de la population. Il réussira néanmoins malgré une étroite surveillance à causer avec les indigènes, gagner leur sympathie, s’attire de solides amitiés par l’intérêt qu’il manifeste pour l’histoire et les coutumes du pays et réussit à conquérir l’amitié d’un roi chéri de son peuple et sous tutelles des « agents de l’étranger siamois ». Il est dés lors convaincu que les Siamois n’ont rien à faire dans ce pays. Il en retient aussi la possibilité de se mettre en route pour réaliser le but principal de sa mission, trouver une voie pratique pour le Mékong au Tonkin.

 

En 1887, c’est le sac de Luang Prabang par le pirate Deo-Van-Tri.

 

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Pavie sauve la vie du vieux monarque. Il réussit à retrouver les vieux manuscrits royaux au complet qui lui permettront avec l’aide de traducteurs d'écrire l’histoire du « royaume du million d’éléphants » et il y acquiert en tous cas la certitude que la suzeraineté du Siam sur ce pays est toute récente et sans fondements historiques. Il est d’ores et déjà acquis à l’idée de donner le Laos à la France. Les cantons thaïs sont reconnus français en 1888. En janvier 1889, il est de retour à Luang Prabang et reçoit du vieux roi et de la population un accueil chaleureux. Il est de retour en France en 1889 avec la certitude que les prétentions de Bangkok sur le Laos sont éminemment discutables.

 

La deuxième mission (1889-1891)

 

Après un bref retour en France, nul ne parut au gouvernement plus qualifié que Pavie pour occuper le poste de consul général chargé des fonctions de ministre résident de France au Siam. La seconde mission fut essentiellement une mission de relevés géographiques et topographiques qui conduisit Pavie et ses collaborateurs à « la grande carte d’Indochine ». Pavie et ses compagnons ne sont pas des explorateurs qui passent mais des explorateurs qui lèvent leur itinéraire  (tous les levés des officiers ont été faits à terre en comptant les pas) prennent des observations et réalisent un travail scientifique durable.

 

La troisième mission (1892-1895)

 

La multiplication d’incidents frontaliers suscite une vive animation dans les milieux coloniaux du parlement. Le massacre de soldats (allégué mais rien n’est moins sûr) et de nationaux français (allégué mais il semblerait qu’il s’agissait d’Anglais, les Siamois ne firent pas la différence) suscite une intense émotion en France.

 

PAVIE 04

 

Le talent de Pavie et les amitiés qu’il entretient dans les milieux proches du gouvernement ne réussissent pas à éviter l’affrontement. En mai 1893, trois colonnes ont pour instruction d’occuper la rive gauche du Mékong tenue « indument » par les Siamois, manifestant la volonté du gouvernement français de considérer le fleuve comme la séparation naturelle du Siam et de l’Indochine française. Le choix était discutable historiquement mais avait le mérite de la clarté.

 

Le Siam se prépara alors à la guerre en mettant l’embouchure de la Djaophraya en état de défense. Les navires français forcèrent le passage et la cour se retrouva sous la menace des canons de deux modestes navires français.


PAVIE 05

 

La marine thaïe, quoique conseillée ou commandée par des officiers allemands et danois (nous avons déjà parlé du très incompétent contre-amiral qui se prétendait « de Richelieu » dans notre article « Monsieur Duplessis de Richelieu, Commandant en chef de la marine siamoise en 1893 ».) fit piètre figure. Auguste Pavie fut alors chargé de transmettre un ultimatum au gouvernement siamois en plusieurs points :


- reconnaissance des droits de l’Indochine française sur la rive gauche du Mékong et ses iles,

- évacuation des postes siamois établis sur cette rive

- satisfactions exigibles pour les massacres de nos nationaux et indemnisation aux familles des victimes

- indemnité de deux millions de francs pour les dommages causés et dépôt immédiat d’une somme de trois millions en garantie de l’ensemble des satisfactions pécuniaires.


Le Siam tenta alors de tergiverser, sous l’appui escompté des Britanniques mais ceux ci refusèrent de s’ingérer dans le conflit et le Roi dut s’incliner sans réserve devant l’ultimatum de juillet. Alors fut signé le traité de 1893. (Cf. supra, notre article 1893)

 

Voilà l’œuvre de sa vie, la conquête du Laos, conquête pacifique s’il en fut, conquête « des cœurs par l’amour et le dévouement ». Avec son fidèle second, Lefèvre-Pontalis, ils réussirent ainsi à rallier à « notre paix » non seulement Cambodgiens et Laotiens mais jusqu’aux massacreurs chinois de Deo-Van-Tri notre ancien ennemi.

 

En 1905, il atteint le sommet de sa carrière, il devient ambassadeur de France, grand officier de la Légion d’honneur, 

 

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et prend sa retraite, non seulement pour jouir en France de sa gloire de diplomate mais aussi celle, plus personnelle encore, de savant et de découvreur, car ce fondateur d’empire qui a donné 280.000 kilomètres carrés à la France, a laissé derrière lui une œuvre propre immense (avec l’aide de ses nombreux collaborateurs), 30.000 kilomètres de levées géographiques, itinéraires et un immense amas de faits des « Documents de la mission Pavie ». À partir de 1879 et pendant seize ans, il a ainsi parcouru, en utilisant tous les moyens de transport existants, des territoires inconnus et parfois inhospitaliers. Ses responsabilités diplomatiques n’ont pas éteint celles de l'explorateur et de l’écrivain. 

 

Pavie refusa dès son retour en France tout poste officiel. Peut-être eût-il pu changer le cours à venir de l’histoire du Laos français ? Ce n’est qu’à la suite des accords de Genève en 1954 que les Français rendirent au Laos leur pleine souveraineté, après 60 ans de protectorat, une présence française plus ou moins bien acceptée (par les élites) dans la mesure où elle avait tout simplement empêché l’absorption du pays par le Siam.  

 

N’épiloguons pas sur son rôle « politique » (« Il a donné le Laos à la France »), ne retenons que son œuvre écrite, que saurions-nous de la Gaule et de « nos ancêtres les gaulois » si Jules César qui l’a conquise brutalement et plus encore ne nous avait narré le résultat de ses observations pendant 10 ans ? Nous avons oublié sa férocité pour ne retenir que ses « Commentaires ».

Il mérite, beaucoup plus que Jules Ferry d’avoir son attaché à des écoles, des avenues, et sa statue. Son buste dans sa ville natale demeure.

Il a légué à la ville l’immense collection de ses notes et écrits, confiés à la bibliothèque municipale qui a constitué un fonds « Auguste Pavie ».

Une première statue édifiée à Vientiane dans les années 30, après diverses péripéties, se trouve actuellement dans les jardins de l’ambassade après que le gouvernement lao eut exigé qu’elle soit invisible de l’extérieur.

PAVIE 07

 

Une autre à Luang Prabang a disparu et il n’en existe qu’une reproduction dans une propriété privée appartenant probablement à un admirateur ! Ne demandons pas aux colonisés de se faire les apologistes du colonisateur ! On a pu dire de lui « Il était un agent de l’impérialisme colonial, mais il n’était pas aussi brutal que les autres »

PAVIE 08

 

Il appartient à ceux qui, tels Savorgnan de Brazza (qui a donné à la France le Congo dont l’Italie ne voulait pas), ont constitué notre Empire colonial et dont la mémoire est pure de sang humain.

 

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***

Dire que ses affinités maçonniques n’ont probablement pas nui à sa carrière, ce n’est pas dénigrer ses qualités intrinsèques (3). Elles lui ont peut-être toutefois valu une ascension fulgurante dans l’ordre de la Légion d’honneur : chevalier « comme commis de 1ère classe des postes et télégraphes en Cochinchine » en 1884  au titre du Ministère de la marine (après quatre années de service seulement !), officier « sur le rapport du ministre des affaires étrangères » en 1888, commandeur « comme ministre plénipotentiaire » 1896

 

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et enfin, son bâton de maréchal, Grand officier en 1906. Si l’on peut comparer ce qui est comparable, Monseigneur Jean-Louis Vey, arrivé au Siam en 1865, dont l’œuvre fut immense (écoles et hôpitaux) fut honoré d’un simple titre de chevalier qu’il dut attendre jusqu’en 1898 (4).

 

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***

Nous pouvons simplement souligner que ces « libres penseurs, incarnant les idéaux républicains de leur temps » et Pavie en particulier auquel – paraît –il – la maçonnerie asiatique doit beaucoup (5) n’ont jamais admis les indigènes dans leurs loges et ce au moins jusque dans les années 20 (6).

C’est ce qui a permis d’affirmer à Claude Gendre non sans un certain sens de la provocation « La franc-maçonnerie- mère du colonialisme - le cas du Vietnam » (7).


L’introduction à cet ouvrage est claire :


« Les francs-maçons du XVIIIème siècle justifiaient le colonisation pour des raisons idéologiques libératrices, à la différence de l’Etat qui y trouvait un intérêt géopolitique et économique. A la fin du XIXème siècle, on assiste à l’accession au pouvoir des républicains modérés, presque tous francs-maçons. A la différence des maçons républicains « radicaux » comme Clémenceau …qui ironisait sur le « droit » de civiliser les barbares à coups de canons, les modérés, majoritaires sont sensibles aux théories pseudo-scientifiques ... justifiant la colonisation par un racisme avéré. Ces républicains opportunistes et francs-maçons, d’ailleurs unis par une étrange alliance objective avec les milieux de la droite cléricale « missionnaire » fourniront aux intérêts économiques des colons un voile commode, un artifice idéologique, pour rendre le colonialisme prétendument soluble dans les valeurs de la république ».

« Liberté, Égalité, Fraternité » certes, mais avec quelques failles dont Pavie ne fut pas exempt.

 

 

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(1) Il a (ou aurait) été initié à la Loge de Saigon « le réveil de l’orient » dépendant du Grand Orient, le 20 février 1882 probablement à l’instigation de Le Myre ?  Première loge du Grand Orient en Indochine, celle-ci avait pour objectif avoué (nous retrouvons les propos de Jules Ferry) « … de répandre les bienfaits de notre civilisation dans ces pays à peine ouverts à la civilisation européenne ».

 

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Il est difficile de trouver des éléments précis sur cette loge dans la mesure où, après avoir été victime de la législation antimaçonnique de Vichy la franc-maçonnerie indochinoise a été totalement éradiquée après la chute de Saigon en 1975, ses responsables envoyés en camps de rééducation et ses archives très probablement détruites. La franc-maçonnerie reste discrète sinon secrète sur le nom de ses membres. « L’annuaire maçonnique universel pour 1889-1890 » se contente de lister la loge de Saigon sans précision de noms.


(2) Lui-même probablement affilié à la maçonnerie, comme « son » ministre des affaires étrangères de l’époque, Jules Ferry ! Plus tard, Le Myre, qui n’était plus fonctionnaire en Cochinchine mais député « républicain progressiste » de Cochinchine, manifesta toutefois une vive hostilité à l’application de la législation anticléricale dans les colonies, caressant en cela son électorat catholique « dans le sens du poil ». Il est à noter que la loge de Saigon fit de nombreuses démarches pour que la Loi de séparation de 1905 fut appliquée en Cochinchine, soutenue en cela avec force par la loge de Nouvelle Calédonie (Frédéric Angleviel « Contribution à l'histoire de la franc-maçonnerie en Océanie. La loge Union Calédonienne, 1868-1940. » In : « Journal de la Société des océanistes. » ).

Pavie lui fit un vibrant éloge funèbre publié dans le « bulletin de la société de géographie de Paris » en 1918.

 

(3) La mainmise à cette époque des milieux maçonniques « omnipotents dans les colonies » (plus encore que dans l’administration sur le territoire national) a été dénoncée avec virulence dans un réquisitoire prononcé par le procureur général près la Cour d’appel de Saigon en 1917 dans une affaire concernant un notaire véreux et radié, cité dans « le Figaro » du 6 août 1932, un article qui pourrait faire la joie du Procureur de Montgolfier « La maffia judiciaire d’Indochine ».


(4) Il faut en principe pour être décoré à titre civil au grade de chevalier «  au moins 20 ans d’activités assorties de mérites éminents ».

Voir le site de la Grande Chancellerie :

http://www.musee-legiondhonneur.fr/00_koama/visu_lh/index.asp?sid=320&cid=10884&cvid=10920&lid=1


(5) « Auguste Pavie et la franc-maçonnerie en Indochine » par Claude Dermy de Champassac cité sur le site de la Grande Loge de France (GLF).

Son souvenir est en tous cas – paraît-il - toujours vivant dans certaines loges. A l’occasion des querelles fratricides qui ont perturbé le fonctionnement de la Grande Loge nationale Française (GLNF) et ayant abouti à l’éviction du grand maître François S… en 2013, ses mânes ont été évoquées à diverses reprises par certaines loges restées fidèles au Grand maître contesté.


(6) «  Les Vietnamiens dans la franc-maçonnerie coloniale » par Jacques Dalloz in « Revue française d'histoire d'outre-mer »  tome 85, n°320, 3e trimestre 1998. pp. 103-118.

 

(7) Ouvrage de Claude Gendre (2011). Claude Gendre, ingénieur et maître ès lettres se présente comme engagé de longue date dans la défense des langues et cultures identitaires, il est coauteur de « Ecole, histoire de France et minorités nationales » (Edition Fédérop 1979).

 

 


 

 

 

 

 

 

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 04:07

photoSon nom de naissance est สิงห์ สิงหเสนี Sing - Singhaseni.  Il est le quatrième fils de เจ้าพระยาอภัยราชา (ปิ่น) Chaophraya aphairacha ( Pin ) et คุณหญิง  ฟัก khunphouying Fak (la dame Fak). Son père est de haute extraction, il a titre de prince, mais sa mère est– elle n’a que le titre de Khun - probablement de modeste noblesse. La famille aurait pour origine un Bhramin nommé สิริวัฒน Siriwatana, qui a servi comme conseiller royal sous le règne du Roi Narai le Grand. Son père servit à la cour du roi Rama I et aurait été ensuite honoré du titre เจ้าพระยาวังหน้า Somdet Chao Phraya Wangna, que l’on peut traduire par « prince du palais » sous le règne de Rama II (1).


Sa naissance intervient à la fin du règne du roi Taksin, un  mercredi, la cinquième nuit de la lune décroissante, dans le deuxième mois lunaire dans l'année de la chèvre en 2318, en clair 11 Janvier 1775, dans une maison de Bangkok-Thonburi située près du pont en face de l’actuel ministère de l'Intérieur.


Il reçoit l’éducation des enfants de haut lignage, probablement au temple de บางวาใหญ่  bang wa yaï ou วัดระฆังโฆษิตาราม wat rakangkositharama (temple des cloches) à Bangkok où Rama II avait lui-même été éduqué quelques années avant lui.


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On le disait courageux, ferme et patient, plein d'esprit, intelligent honnête et loyal, prudent et perspicace.

En 1782, Rama II monte sur le trône et l’attache à la maison de son fils devenu Prince อิศรสุนทร Itsarasunthon (2).

 

Sous le règne de Rama II (terminé en 1824), il occupe d’importantes fonctions civiles : พระพรหม สุรินทรา Phra Phroma Surinthara, en charge de la Police royale, พระยาราชโยธา Phraya Rachayotha à son retour du Cambodge, en charge de la construction, et plus tard, พระยา เกษตรรักษา Phraya kesatraksa, en charge de l'agriculture.

Rama III le gratifia par la suite du très honorifique titre de พระยาราชสุภาวดี phrayarachaSuphawadi (que l’on pourrait traduire par « très excellent seigneur »), ensuite celui, encore supérieur de เจ้าพระยาราชสุภาวดี Chaophraya rachasuphawadi, avec les fonctions d’un premier ministre et enfin, il a alors 53 ans, celui de เจ้าพระยาบดินทรเดชา สิงห์ สิงหเสนี Chaophraya Bodindecha Sing Singhaseni … บดินทรเดชา Bodindecha c’est « le puissant monarque », suprême honneur puisque บดินทร Bodin « le monarque » fait partie des titulatures de son souverain (3).


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Mais c’est en tant que chef suprême des armées, tire qu’il acquiert en 1826, qu’il va connaître la gloire sous Rama III (4).


rama 3

 

Où a-t-il acquis ces compétences guerrières, nous l’ignorons.


Nous connaissons ses campagnes victorieuses, au Laos, au Vietnam et au Cambodge, n’y revenons pas (5).


Les historiens occidentaux ne sont pas riches en renseignements sur lui qui fut pourtant le « bras séculier » de son monarque et ne connaissent que le chef de guerre.


Monseigneur Pallegoix est un ami du Roi Rama IV,


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il tient probablement de lui sa version des exploits guerriers de Bondindécha, considère qu’il y eut « deux événements mémorables » sous le règne de Rama III : « Le premier fut l’expédition (1829) contre le roi Lao de Vieng- Chan, qui eut lieu en 1829, ce monarque, fait captif, fut amené à Bangkok, mis dans une cage de fer, exposé aux insultes de la populace et ne tarda pas à succomber aux mauvais traitements qu’il endurait  ». « Le second fut une expédition dirigée contre les Cochinchinois et par terre et par mer (1834). Elle n’eut pas d’autre résultat que de procurer à Siam quelques milliers de captifs ». Mais il ne prononce pas même son nom (6).


Sir John Browring, ambassadeur de la Reine en Chine, gouverneur de Hong-Kong et  lui-même ami du roi Mongkut,

 

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donne deux ans plus tard de la campagne du Laos une version guère plus complète que celle de Monseigneur Pallegoix mais s’étend avec une complaisance assez malsaine sur les supplices infligés au malheureux roi du Laos et à sa progéniture. Nous vous en épargnerons les détails. Retenons seulement cette constatation qui semblait à l’époque ne choquer personne (tout au moins ni anglais ni à fortiori siamois) : « l’expédition contre le Laos fut un succès. Comme il était habituel dans les guerres des Siamois, ils dévastèrent et pillèrent le pays, en emmenèrent les habitants et les conduisirent à Bangkok pour être vendus comme esclaves… ». Il en sera de même pour l’invasion de la Cochinchine par terre et par mer dont le seul résultat avait été la capture d’un grand nombre de Cochinchinois conduits au Siam pour y être vendus comme esclaves. Notre ambassadeur excipe de ses relations privilégiées avec le roi Mongkut et cite une longue lettre que lui a adressé le souverain (signée « rex siamensium ») pour lui conter l’histoire de sa dynastie. Les renseignements ont donc été recueillis de première main (7).

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Lunet de Lajonquières est plus lyrique (8) : « Une armée siamoise commandée par le général Bodin franchit les solitudes des forêts clairières, surprit la ville qui ne parait pas s’être défendue et s’en empara. Le roi Anu se réfugia en Annam d’abord puis dans le Trân-Ninh où par la suite il fut pris. Le général siamois rasa  les palais et les cases, pilla et saccagea les pagodes, il emporta l’or, l’argent, les soieries, les manuscrits des bibliothèques, les Buddhas, entre autre le fameux Bouddha d’émeraude … ». Il n’oublie que les viols à la chaine !


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Etienne Aymonier donne une version similaire, remarquons qu’il appelle le généralissime (est-ce péjoratif ?) « Le Bodin » (9) (10).

 

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C’est avec une armée de 3.000 hommes seulement que le Laos aurait été conquis ? C’est aussi sur ordre de Rama III que la ville aurait été rasée. Nous savons aussi que son passage dans le pays n’a pas laissé un bon souvenir aux Laos …Le roi mourut en février 1829 à l’âge de 62 ans et nul ne sait ce qu’il advint de sa famille. L’érection à Vientiane du monument à la gloire du roi martyr (11) cent quatre vingt deux ans après le passage de Bodindécha au Laos, regard et bras tendu vers le Mékong et au-delà vers la Thaïlande, une épée dans l’autre main, aurait pu être considéré (a été ?) comme un défi lancé au puissant voisin.


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Curieusement, alors que nos fameuses « Chroniques d’Ayutthaya » abondent à longueur de pages de détails sur les guerres qui ont ensanglanté le royaume sur des périodes beaucoup plus anciennes (composition des armées, armement, ordres de marche, bons ou mauvais présages, etc…) nous savons en définitive peu de choses sur des guerres qui se sont déroulée quelques  siècles plus tard.

***

Chef de guerre certes, mais aussi capable de diplomatie. IL aurait mené les négociations de โพธิสัตว์  Phothisat aboutissant au règlement de la question khméro-vietnamienne.

Comme ministre de l’agriculture et premier ministre, il alimente pendant de longues années le Cambodge par l’envoi de nourriture pour éviter les famines. Toujours comme ministre de l’agriculture, il favorise la culture du riz dans des zones défavorisées et les années de mauvaises récoltes, intervient auprès du roi pour accorder des exemptions d’impôts et de corvées.


Lorsque le pays est en paix, c’est alors le ministre de la construction ou de la reconstruction qui agit. Pour assurer la paix dans les années qui viennent, il supervise la restauration de la forteresse de พระตะบอง Phratabong aux marches du Cambodge.

 

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อุคร มีชัย  Udon Meechai est fortifiée par ses soins (creusement de douves, construction du rempart et renforcement de la forteresse) sans oublier un temple comme nous allons le voir.

On lui doit encore la construction du marché เวิ้งนครเขษม Woeng Nakhon Kasem à Bangkok aujourd’hui qualifié de «  marché des voleurs ».

 

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***

Bouddhiste rigoureux encore, il lutte contre la consommation d’opium, interdisant son négoce, faisant fermer les fumeries, et imposant aux délinquants des sanctions sévères qui auraient frappé jusqu’à sa propre progéniture.


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C’est toujours comme bouddhiste qu’il entreprend la construction de nombreux temples, au Cambodge, mais surtout dans son pays, nous pouvons en donner une liste « à la Prévert » qui n’est probablement pas exhaustive :

Le วัดชัยชนะ สงคราม Wat Chai Chana Songkhram « le temple de la victoire » construit peu avant sa mort en 1848 sur un terrain lui appartenant pour célébrer sa victoire sur le Laos.

 

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Le วัดเทพลีลา Wat Thep leela à Bangkok, construit au bord de l’eau.

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Le วัดหลวงบดินเดชา Wat luangbodindecha à Prachinburi.


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Le วัดแจง Wat Chaeng à Prachin Buri aussi.

 

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Le วัดร้องกวาง Wat rongkwang à Prachin Buri toujours.

 

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Le วัดพระยาทำ Wat Phraya Tham à Kabinburi.

 

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Et pour ne pas oublier le Cambodge, le วัดอุคร มีชัย  Wat Udon Meechai, à Udonmeechaï.

 

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Et la restauration de nombreux autres temples,  notamment ceux que les Birmans avaient détruits à Ayutthaya, comme : Le วัดจักรวรรดิราชาวาสวรมหาวิหาร en abrégé Wat Chakrawadrachawas à Bangkok;

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Le วัดปรินายก ฯ en abrégé Wat Parinayok à Bangkok.

 

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Le วัดอรัญญิก Wat aranyik à Phitsanulok.


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Le วัดศาลาปูนวรวิหาร Wat salapoonkrungkao à Ayutthaya.


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***

Il mourut  du choléra le dimanche 24 Juin 1849 âgé de 72 ans. Les lieux ou monuments qui célèbrent son souvenir sont innombrables, des médailles,

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des rues, de nombreuses écoles (dont l’une des plus prestigieuses de Bangkok),

 

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de statues un peu partout,

 

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pas encore de timbre-poste toutefois, jusqu’à, ce qui est d’un goût douteux, des utilisations commerciales : un immeuble de luxe à Bangkok,

 

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un club de golf à Yasothon

 

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Il a son musée à Bangkok พิพิธภัณฑ์เจ้าพระยาบดินทรเดชา(สิงห์ สิงหเสนี) 

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où l’on conserve ses souvenirs personnels.


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Le fort de la police des frontières à Aranyaphrathet porte son nom.

 

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Le 16ème régiment d’infanterie de l’armée royale à Yasothon siège depuis 1985 au « Camp Bodindecha »,

 

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l’hymne du régiment est évidemment en son honneur :

 

 

 

 

 

***

Comme nous l’avons écrit, « Chaque pays a ses héros. « Vérité nationaliste au deçà du Mékong, erreur au-delà », aurait pu dire Montaigne» (11).

 

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Notes


Il n’existe pas, à notre connaissance tout au moins, d’ouvrages en anglais et encore moins en français consacrés au généralissime. Si les sites Internet qui lui sont consacrés sont innombrables, ils sont souvent d’un piètre niveau, se copient tous entre eux et donnent en général des références (อ้างอิง) la plupart du temps fantaisistes (réponse habituelle « 404 not found »). Un site sort du lot, c’est celui d’une école qui porte le nom de notre héros, « A biography of Chao Phraya Bodin Decha (Sing Singhaseni) Prime minister on the civil side and supreme army commander in the reign of his majesty King Rama III »

(http://archive.is/20121221140605/www.bodin.ac.th/InfoSchool/engchaophraya.html)

 

(1) Sur ces fonctions, voir « Redefining Wangna Rattanakosin, the history, conservation and interpretation of a royal thai palace » par Bussayamas Nandawan, publication de Silpakorn University, 2008.

(2) Voir notre article 117 « Rama II – 1809-1824 ».

 

(3) Si les rois de France n’autorisaient pas leurs fidèles sujets (ou leurs bonnes villes) à porter tout ou partie de leur nom, ils les autorisaient, honneur suprême, à porter les royales fleurs de lys dans leurs armoiries.


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(4) Une curiosité de la langue thaïe, le commandant en chef des armées est en thaï แม่ทัพ mèthap, « la mère des armées », en français nous préférons le colonel « père du régiment ».


(5) Voir notre article 118 « la politique étrangère de Rama III ».


(6) « Description du royaume thaï ou Siam », volume II, 1854.


(7)« The kingdom and people of Siam » publié à Londres en 1857, pages 60 s.


(8) « Vieng-Chan » in « Bulletin de l’école français d’Extrême-Orient » 1901, tome I, pages 99s.


(9) « Notes sur le Laos », à Saïgon, 1885.


(10) Sur les rapports tumultueux du Siam et du Laos, voir: Supawat Sregongsrang « A study of Thailand and Laos relations through the perpective of the Vientiane Sisaket temple    and the Rattanakosin emerald Buddha temple » Silpakorn University 2010 avec une abondante bibliographie d’accès difficile (pour nous).


(11) Voir notre article 119 « Le roi Anouvong, le dernier roi de Vientiane ».

 

 

 

 

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 03:02

titre.jpgA propos de Jacques Vergès et des fantaisies de l’état civil siamois au siècle dernier.

Raymond  (Marie, Louis, Adolphe) Vergés, le père, est issu d’une famille originaire de la France métropolitaine installée à la Réunion (1). Il est nommé en 1922 médecin chef de l’hôpital de  Savannakhet au Laos.  En 1925, il accède au poste non pas de consul comme on le lit souvent, mais de vice-consul au Siam, à Oubon, sur l’autre rive du Mékong, où il exerce également la médecine. Il s’était marié avec Jeanne-Marie Daniel en 1908, dont il eut deux enfants (Jean, né en 1903, cinq ans avant le mariage de ses parents, décédé en 1966 en laissant une descendance et Simone, née en 1916, décédée en 2006 sur la Côte d’azur). Son épouse française décède en 1923, à une date non précisée.

 

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Après ce décès, il se remarie avec une institutrice indochinoise nommée Khang Pham-Thi de laquelle il eut deux fils (Jacques né en 1923, Paul né en 1925). Ces précisions ne sont probablement pas fantaisistes puisqu’extraite de sa biographie officielle telle que donnée sur le site de l’Assemblée nationale française (2) (3). La biographie est établie à l’évidence au vu des renseignements donnés par l’intéressé lui-même.

 

Or, ses biographies font systématiquement naître Jacques Vergès le même jour que son frère Paul, le 5 mars 1925 , à Oubone en Thaïlande. Ils seraient non seulement frère siamois mais frères jumeaux ?

 

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Or, le mariage avec Khang Pham Thi fut célébré le 6 mars 1928, devant Jules Rougni successeur intérimaire de Vergès comme vice-consul et le même acte légitimait les jumeaux Jacques et Paul reconnus le même jour par leur père comme étant né le 5 mars 1925.

 

Probablement vrai pour Paul, frère siamois assurément, peut-être faux pour Jacques, frère jumeau probablement pas.

Pendant un an au Laos et trois ans au Siam, Khang a été la maîtresse du vice-consul de France, sa « concubine annamite ». 

 

L’acte de naissance constituait formellement un « faux en écriture publique » rendant le responsable justiciable de la cour d’assises, pas moins. Le responsable n’est d’ailleurs pas le vice-consul mais son secrétaire  Le Ky Son, rédacteur de l’acte.  Le lièvre a probablement été soulevé par Rougni son successeur au vice-consulat, qui le détestait. Raymond Vergés quittera toutefois l’Asie pour de simples raisons de santé avec les « honneurs de la guerre », la médaille de l’ordre du Kim Khan de première classe « le gong d’or » (4).

 

annam ordre kim khan

 

« Faux en écriture publique », de biens grands mots que nous avons vu insidieusement utilisés à l’occasion du décès de « l’avocat du diable » sous-entendant évidemment que ce que fit le père etc…etc … « tel père, tel fils ».

 

faux

 

Il y à cette déclaration tardive une raison aussi prosaïque qu’évidente dont nous n’avons pourtant trouvé trace nulle part.

Nous sommes en 1925 (ou 23 ou 24 ?). Si Jacques est né d’une mère vietnamienne alors que son père était encore dans les liens d’un mariage légitime, il est né adultérin. Or, les enfants adultérins n’ont à cette époque strictement aucuns droits, leur légitimation était soumise à de très strictes conditions (articles 331 et suivants du code civil) et ils ne pouvaient en aucun cas être reconnus (5).

 

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Pour que Jacques puisse être reconnu et bénéficier des mêmes droits que ses aînés, notamment dans la succession future, il fallait qu’il soit né plus de 300 jours après la date de la dissolution du précédent mariage de son père. Or, quoiqu’en disent ses fils, Raymond Vergés était riche (6).

Cette « entorse » aux règles de l’état civil français a été « sanctionnée » par l’attribution au « faussaire » avec la bénédiction du Gouvernement général de l’Indochine, de la plus haute distinction que les souverains annamites n’accordaient que parcimonieusement. L’intention légitime absout le faussaire, un faux sans victimes puisque les trois personnes susceptibles de s’en plaindre pour partager une succession en quatre et non en trois, étaient sa demi-sœur, son demi-frère et son  frère qui ne s’en sont jamais souciié.

Pour Jacques Vergès, « toute vie humaine est faite de mystères ». N’épiloguons pas sur le personnage, on l’admire ou on le déteste, retenons simplement cette phrase du prêtre, lucide entre tous, qui a présidé à ses obsèques religieuses  « Il avait le courage de ses passions, même ses adversaires les plus farouches ne le lui ont pas nié ».  

***

Nous savons que l’opprobre frappe (ou frappait) dans de nombreuses sociétés,  les « filles mères ». Les règles de l’ancien code civil français sont directement reprises des anciennes coutumes d’ancien régime.

 

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Ce que nous disent Simon de la Loubère ou Monseigneur Pallegoix des mœurs et coutumes des Siamois nous confirment qu’il en était de même dans l’ancien Siam.

Certes, cette hypothétique manœuvre qui aurait permis au consul Vergès de faire de son fils aîné adultérin né au Laos « hors mariage » le jumeau de son second né à Ubon pour l’intégrer dans une famille unie se passait il y a un peu moins de cent ans et serait quelque peu difficile à réaliser au XXIème siècle … Cependant …

 

Cependant, il nous est apparu qu’ « au siècle dernier », les Thaïs ne s’embarrassaient pas toujours de scrupules d’ordre administratif pour voiler pudiquement une situation sociale que « la morale réprouve ».

Nous en avons rencontré en témoins directs trois cas, ils valent d’être narrés au bénéfice de l’anonymat évidemment.

M. est née il y a une quarantaine d’années dans une famille aisée d’une grande ville du centre. Sa mère est fille unique, elle a aussi deux frères et sa mère est encore en vie. M. est née hors mariage. La solution qui consiste (nous allons le voir) à « faire porter le bébé » par une sœur n’est pas possible. C’est donc la grand-mère qui assume la maternité, M. est devenu la sœur de sa mère. Cette situation perdure pendant de longues années dans une famille où elle est bien considérée par tous comme la fille de sa mère, la petite fille de sa grand’mère et la nièce des oncles. La question se pose au décès de la grand-mère – mère alléguée.

 

La succession doit-elle être partagée entre quatre enfants dont une fille fictive, ou entre trois ? La question, qui aurait fait attraper à n’importe quel notaire français une solide dépression, fut réglée sans difficultés par un « lawyer  » habile. Stupéfaction thaïe devant notre propre stupéfaction : Il n’y a rien d’extraordinaire, si ma mère avait eu une sœur mariée, c’est sa sœur mariée qui m’aurait déclaré.

 

N. a eu hors mariage, il y a une trentaine d’années, un fils qu’elle a plus ou moins abandonné et qui fut élevée par une sœur mariée. Elle épouse un Français, ils ont une fille, celle-ci apprend incidemment qu’elle a un frère et a l’idée plus ou moins saugrenue de le retrouver. Nous finissons par trouver l’acte de naissance du gamin, il n’est pas le fils de sa mère mais celui de son oncle et de sa tante et le cousin de sa sœur.  Re - stupéfaction thaïe devant notre propre stupéfaction : Ma sœur a pris la décision d’élever le gamin, il était donc normal ( ?) qu’elle en assume la maternité légale.

 

O. a eu hors mariage, il y a une dizaine d’années, une petite fille dont le père est mort et qu’elle élève comme si elle était à elle puisqu’elle est à elle. Elle épouse un Français qui se prend d’affection pour la gamine et souhaite l’adopter. Pas bien difficile, il nous faut simplement l’accord de la mère, celui du père défunt est évidemment inutile. Quand nous épluchons les actes d’état civil avant de les faire traduire et de les transmettre au consulat, stupéfaction, l’acte de naissance de la gamine porte le nom d’une personne qui n’est pas sa mère (même nom de famille, prénom différent) et d’un monsieur qui n’est pas mort et qui est son mari légitime. Stupéfaction ! Que s’est-il passé ? Re - stupéfaction thaïe devant notre propre stupéfaction : il n’y a rien d’extraordinaire, pour que la petite ne soit pas bâtarde, c’est ma sœur et son mari qui l’ont endossée.

 

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***

Un officier d’état civil de Bangkok reçoit une déclaration de maternité d’une personne dont l’âge respectable rend toute procréation aléatoire,

 

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deux chefs de villages de quelques centaines d’habitants où tout le monde est « cousin-cousine », au fin fond de l’Isan reçoivent des déclarations de naissance contraires à une évidence visible ?

 

Mais voyons ! C’était au siècle dernier !

Voilà qui est certainement impossible au siècle présent, chacun sachant qu’il n’y a pas en Thaïlande de médecin rédigeant des certificats de complaisance et pas plus de chefs de village recevant contre une bouteille de Mékong des déclarations de naissance fantaisistes.

 

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_________________________________________________________________________

 

Notes

 

(1) L’avocat qui se complaisait à entretenir un flou artistique sur ses origines parlait d’un père « originaire de la Réunion » taisant le fait qu’il était issu d’une famille bourgeoise de « français de France » et que la citoyenneté française avait été accordée à tous les habitants de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion dés 1848. Ce n’était en rien une colonie française.

 

(2) http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/verges-raymond-15081882.asp

 

(3) Il fut élu en 1945 à la première Assemblée constituante et adhéra au groupe parlementaire du parti communiste français.

 

(4) Ses deux fils embellissent ce départ d’une couleur flatteuse, faisant de leur père une « victime du racisme colonial », les autorités n’ayant pas admis son mariage avec une indigène. Est-ce bien certain ? Nous avons déjà parlé du très érudit Camille Notton, vice-consul de France à Chiangmaï, il avait lui, épousé une siamoise et ne semble pas avoir encouru les foudres de la hiérarchie ?

 

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Nous sommes loin de la possibilité d’une sanction « pour mariage mixte » unanimement évoquée par les deux frères. Réprobation des « bien-pensants » tout au plus ?

 

(5) « Cette reconnaissance ne pourra avoir lieu au profit des enfants nés d’un commerce incestueux ou adultérin … », article 335 du code civil, version de 1915. Cette situation inégalitaire a perduré, peu ou prou, jusqu’en 1972.

 

(6) « Vergès père, frère et fils, une saga réunionnaise » éditions l’Harmattan par Robert Chaudenson, 1907. « Rendu riche par le trafic de piastre » diront ses détracteurs.

 

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Note à l’attention des chercheurs en herbe

Le R.P Alain Maillard de la Morandais a organisé la cérémonie funèbre à l’église Saint-Thomas-d’Aquin, à deux pas du boulevard Saint-Germain, enterrement religieux,

curé

 

et a rappelé dans son homélie que Jacques Vergès avait été baptisé : "Jacques avait été baptisé donc promis à la Résurrection".  Docteur en théologie, il n’ignore évidemment pas les dispositions du droit canonique de 1983 en ses articles can. 1183 et 1184.

 

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Si cela n’avait été, tout au plus l’avocat aurait eu droit à un temps de prière à l’église, célébration sans eucharistie et sans aucun des rites réservés à la célébration des funérailles (rite de la lumière, de la croix, de la bénédiction du corps, de l’encensement). Si Jacques Vergès a été baptisé, il l’a été comme c’était la règle à l’époque dans les quelques jours suivant immédiatement sa naissance. Il en est peut-être gardé trace dans les églises, que ce soit l’église catholique de Savannakhet ou celle d’Ubon. Quant aux documents d’état civil proprement dits, ils se trouvent probablement aux archives diplomatiques de Nantes (registres consulaires) et les archives du consulat d’Ubon, aux archives nationales d’outre-mer à Aix-en-Provence. Les documents d’état civil datant de moins de cent ans ne sont consultables que par les intéressés, leurs ascendants ou leurs descendants.

De tous les documents qui nous intéressent, seuls les actes d’état civil de la Réunion avant 1907 sont à ce jour numérisés et accessibles sur le site :

http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/caomec2/resultats.php?tri=&territoire=REUNION&commune=SAINT-DENIS&typeacte=TA_NA&theme=&annee=1882&debut=&fin=&vue=&rpp=10

 

Sans titre-1

 

... Un pieux mensonge, encore un ? Raymond Vergès n’est pas né le 15 août comme l’indique sa biographie officielle,  ce qui expliquerait le choix de son premier prénom (difficile à porter pour un député communiste !), mais le lendemain. Le prénom Marie choisi pour premier ou second prénom, même pour un garçon, en hommage à la Vierge Marie, est un usage constant dans les familles très catholiques. 

 

 

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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 03:02

Princesse 2Le parcours intellectuel et artistique de la princesse Marsi Paribratra est en effet assez étonnant : deux doctorats en littérature et histoire de l’art, obtenus dans deux pays, la France et l’Espagne, deux langues, traitant de sujets aussi différents que « Le romantisme contemporain : essai sur l'inquiétude et l'évasion dans les lettres françaises de 1850 à 1950 » en 1954, et la « Base sociale, technique et spirituelle de la peinture paysagiste chinoise » en 1959. Une curiosité qui l’amène à s’intéresser et à écrire sur  « L'occultisme chez Huysmans et Le goût de Baudelaire en peinture », puis à publier dans la « Revue de littérature comparée » un article sur « Victor Segalen, un exotisme sans mensonges ».

 

En plus, quand on songe qu’elle rencontre à Madrid, Jacques Bousquet qui deviendra son mari et qui publia en 1964 un important ouvrage de plus de 600 pages sur lequel il travaillait depuis 20 ans, « Les thèmes du rêve dans la littérature romantique » (France, Angleterre, Allemagne). Essai sur la naissance et l’évolution des images », on imagine aisément le niveau de leurs entretiens, et notre désir d’en savoir plus.

 

Nous sommes, il faut le dire, fascinés aussi par son parcours « royal », quand on songe qu’elle est née en Thaïlande le 25 août 1931 au palais Bangkhunpron, que son père était commandant en chef de l’armée royale, amiral en chef de la marine royale, plusieurs fois ministre, des armées, de l’intérieur, de la marine et conseiller privé de ses cousins, les rois Rama VI et Rama VII et petit fils du roi Chulalongkorn (Rama V). La révolution de 1932 bouleversera sa vie, lui faisant connaître l’exil à un an ! (Cf. sa petite biographie dans l’article précédent).

 

Nous sommes surtout fascinés par son parcours intellectuel. Elle n’a que 23 ans quand elle obtient son doctorat à la Sorbonne et 28 ans son doctorat espagnol à Madrid. Elles ne devaient pas être nombreuses en 1954, les femmes thaïlandaises à obtenir leur doctorat en Europe, même en Thaïlande d’ailleurs.

 

Bref.

 

Notre motivation était grande pour en savoir plus sur les travaux de la princesse. Malheureusement, nous n’avons pas pu y avoir accès, à ce jour. Mais un article de 5 pages de Marcel CORNU, intitulé « La lumière noire »,  publié dans la revue La Pensée, en 1955,  rendait compte, à sa manière, de la thèse de doctorat de la princesse :

 

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« IMAGINEZ cela : le 10 février 1955, c'est-à-dire, jour pour jour, deux cents ans après la mort de l'auteur des Lettres persanes, vous lisez, par hasard, une étude bourrée de citations et de références et munie d'une bibliographie copieuse. Ce livre est une thèse de doctorat. La thèse a pour titre : Le Romantisme contemporain  et pour sous-titre : Essai sur l'inquiétude et l'évasion dans les lettres françaises de 1850 à 1950. »

La trouvaille est savoureuse, quand vous vous rappellerez que la revue « La Pensée » est une revue fondée en 1939 par Paul Langevin

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et Georges Cogniot

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et rédigée par des intellectuels communistes ou "compagnons de route" du Parti communiste français. En 1955, malgré la mort de Staline, le Parti communiste est encore un parti stalinien, très puissant en France, en pleine guerre froide.

 

Que venait faire la princesse dans  cette galère ? Que pouvait trouver M. Cornu, agrégé de Lettres et communiste éminent, dans une thèse écrite par une princesse thaïlandaise ? Et pour nous, que pouvions-nous apprendre du talent de la princesse Marsi Paribatra ?

 

M. Cornu était explicite.

 

1/ D’abord sur la princesse :

  • « L'auteur y montre un bon sens avisé et une santé intellectuelle qui font plaisir. »
  • « L'auteur en est une femme. Vous vous dites : une fille saine, aux idées claires, l'esprit bien assis, un style net, un peu à la manière de Julien Benda, 

 

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  •  c'est quelque Tourangelle aux joues roses — ou elle est du pays de l'auteur des Lettres Persanes ...

Vous avez peu d'imagination ! 

  • « Elle s'appelle Marsi Paribatra. Elle est plus persane qu'Usbek et que Rica, étant native, non certes d'Ispahan, mais de Bangkok. Cette Persane de Bangkok est même princesse. Elle signe : Princesse Marsi Paribatra. Et elle a ceci de commun avec les Persans fictifs de Montesquieu qu'elle n'a pas les yeux dans sa poche, qu'elle est aussi judicieuse que tous les hurons de notre littérature d'autrefois, auxquels elle fait penser par son esprit critique. » 

Il salue son esprit méthodique :

  • « Justement, notre Persane, qui est un esprit méthodique et honnête, a constitué son-échantillonnage en s'imposant de lire « au moins un ouvrage de tout auteur (ayant produit après 1850) mentionné dans le Manuel bibliographique de la littérature française moderne de Gustave Lanson 

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  • et au moins un ouvrage de tout auteur auquel Henri Clouard consacre plus d'une page dans son Histoire de la littérature française du symbolisme à nos jours ».

 

Et son  travail consciencieux :

 

  • « Elle produit, documents sur table, les preuves que l'inspiration qui eut le plus les faveurs du public bourgeois, que le thème, quantitativement le plus répandu, le plus envahissant est ce complexe inquiétude-évasion, qu'elle qualifie de romantique et qui lui paraît définir la littérature depuis 1850. Hé oui, on trouve des traces d'inquiétude et d'évasion à toutes les époques. Mais « on ne peut pas parler, dit-elle, de romantisme avant qu'inquiétude et évasions n'aient acquis une certaine densité, n'aient passé un certain seuil ».

 

Un beau portrait de la princesse, non ? 

 

Donc, Cornu, dans la revue officielle du parti communiste, reconnait que la princesse Marsi Paribrata, a un bons sens avisé, est une fille saine, aux idées claires, l'esprit bien assis, un style net, un peu à la manière de Julien Benda, précise Cornu. (Il faut se rappeler le prestige de Julien Benda à cette époque, l’auteur de « La trahison des clercs »). C’est un esprit critique, méthodique et honnête, qui a lu tous les auteurs, pour présenter les  documents sur table et  donner les preuves de sa thèse.

 

2/ La thèse ? 

 

 

Enfin la thèse que lit Cornu, est là pour démontrer que la littérature de 1800 à 1950 a surtout été une littérature d’évasion qui a eu pour fonction de nous éloigner de la nécessaire révolution.

 

« Son objet est de montrer que le thème majeur de la littérature, depuis un siècle, ou plutôt le tissu même de cette littérature, est le pessimisme qui se console par l'évasion, la tristesse qui a besoin du rêve, la désespérance qui cherche une issue dans l'irrationnel. Des piles de citations vous en administrent la preuve. »

 

Elle a pris, selon les époques, différentes formes. Ce fut le mal du siècle, de 1800 à 1820, avec une aristocratie qui n’avait plus sa place, et puis après 1850, une littérature bourgeoise qui ne voulant pas assumer le réel, s’est réfugiée dans des évasions multiples : la niaiserie des vérités éternelles, l’exotisme, l’érotisme, l’occultisme, les religieux … au XIX ème siècle, et au XX ième siécle, « le spleen d'hier est devenue la hantise de l'absurde », l’humour noir surréaliste, et avec Camus

 

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et Malraux,

 

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a pris le visage « des grands Révoltés », « des chevaliers de l'Aventure ».

 

3/ Une thèse argumentée. 

 

 Cornu estime que la thèse de Marsi Paribrata nous invite à voir le romantisme comme une littérature d’évasion, mais surtout à le considérer comme un fait social, émanant en 1800-1820, « tout naturellement d'une aristocratie survivante dans un monde devenu pour elle sans espoir. Et après 1850, comme l’émanation de la bourgeoisie avec son pessimisme et sa ruée vers les évasions.

  • « N'est-ce pas bien raisonner ? (nous dit Cornu) Et refusera-t-on de traiter comme un fait social ce débordement de mélancolie et ce besoin de narcotiques, cette angoisse et cet appétit d'irrationalisme, ce recours aux illusions des rêves qui constituent le climat de la littérature d'hier et d'aujourd'hui ? N'est-ce pas une marque de l'époque ? Pareille littérature n'exprime-t-elle pas « les forces mentales et spirituelles de notre société », comme l'écrit l'auteur ? Sinon, vous tombez dans la niaiserie des idées éternelles. Comme les gens qui vous disent : le Classicisme est éternel. On le définit comme ci et comme çà. Le Baroque est éternel. Il est ceci et cela. Le Romantisme est éternel aussi, comme les hommes. Il se caractérise par... »

Marsi Paribatra répond : «  ils mettent dans une grande salle éthérée, en de spirituels bocaux, les définitions du romantisme en soi, du classicisme en soi, du baroque en soi... »

 

Mais ensuite, selon Cornu, la princesse abandonne l’étude du romantisme, pour procéder à une critique violente de la bourgeoisie :

 

  • « Au milieu de la prospérité, la catastrophe est toujours à la porte ; les crises de surproduction et de spéculation se multiplient, entraînant faillites, ruines, suicides...le ressort de l'action est l'inquiétude ; ressort admirable et qui permit l'équipement du monde en un temps record, mais combien cruel... », dit-elle.

 

La bourgeoisie, responsable du sort fait au prolétariat :

 

  • « Quand la bourgeoisie pensait s'affranchir de la tyrannie féodale, elle n'avait pas prévu le chômage, les taudis, la tuberculose, le travail des enfants, la démoralisation des populations déracinées et la prostitution... »

 

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Et Cornu de commenter avec humour : « Vous aviez donc cru qu'elle était communiste ? Ou peut-être crypto-communiste ? ». Rassurez-vous, dit-il, elle voit dans le prolétariat « de la marée humaine sale et criminelle ».

 

La bourgeoisie capitaliste incapable de trouver les remèdes, les solutions, aura recours « à des compensations imaginaires » et produira une nouvelle littérature d’évasions. Ainsi le dit Marsi Paribrata :

 

 « En face de la crainte de la révolution prolétarienne, en face de la peur de tomber soi-même dans le prolétariat, en face des inquiétudes nécessaires à la marche du capitalisme et dans l'impossibilité où l'on est d'appliquer des remèdes réels, puisque ces maux sont nécessaires, sont liés à la prospérité capitaliste même et augmentent avec elle, le bourgeois aura forcément recours à des compensations imaginaires. Lui aussi fermera les yeux à la réalité, s'évadera. »

 

Mais la collection des évasions est riche, précise Cornu.

 

Et la princesse passera en revue toutes les formes d’évasion de nos écrivains ; l’exotisme, l’érotisme, le « diabolique » à la Barbey d’Aurevilly, ou «  l'hôpital des âmes, à l'Eglise » de Huysmans, ou encore l'occultisme. « Ils ne manquent pas : Paul Adam, Huysmans, Jules Bois, Léon Bloy, Maeterlinck, Jean Lorrain. Et Moréas. Et Peladan, le Sâr, naturellement. Et cent autres, que l'on trouvera dans le livre de Paribatra », rajoute Cornu.

 

Ou encore «  L'humour noir, l'humour noir, fils de l'absurde, c'est plus raffiné. Avec l'humour noir, on marque mieux son détachement, son refus du monde, son dégagement. Maudire, c'est encore un peu être engagé. On arrive au terme du voyage quand tout est jugé dérisoire et que seuls les actes gratuits ont signification. Ainsi le suicide par humour, dans le surréalisme. »

 

 suicide

 

Et nous dit Cornu, après les deux guerres mondiales, la bombe atomique, les trusts mondiaux :

 

  • « On arrive au paroxysme de l'inquiétude et à un déchaînement nouveau d'évasions. ». « Le spleen d'hier est devenu la hantise de l'absurde. Suivez le progrès : le surréalisme peignait l'univers absurde. L'existentialisme peint l'homme en face de l'univers absurde. ».

 

Nul mouvement littéraire ne trouve grâce à leurs yeux, tout à leur révolution à venir. Aussi Cornu n’est-il pas étonné que la princesse terminât sa thèse en s’en prenant à Camus et Malraux, coupables à leurs yeux, de ne proposer justement qu’une révolte, que des aventures héroïques, des nouvelles « évasions » « inédites », « dissimulées ».

 

« Ils sont les grands Révoltés. Ils sont les chevaliers de l'Aventure. Ils écrivent dans la fumée des révoltes. Leurs héros jouent leur vie chaque jour, amoureux du danger, ivres d'action...

Mais leur Révolte n'est pas une révolution, à proprement parler. Ils sont contre tout, c'est-à-dire ne sont contre rien. Malraux veut changer la condition humaine, plutôt que les conditions de vie des hommes. Le renversement du capitalisme, la révolution prolétarienne ?  »

 

Eh oui, nous sommes en 1955, nous sommes encore dans la lutte des classes, on croit encore à la grande révolution prolétarienne, alors Camus et Malraux !

 

Et Cornu de confirmer qu’il n’utilise pas  la thèse de Paribatra :

 

« Si vous ne vous sentez pas d'humeur à relire les romans de Malraux, contentez-vous des citations de la thèse. Elles suffisent à prouver que même aux temps où Malraux semblait sympathiser avec les forces révolutionnaires réelles, la révolution n'était pensée par lui que comme une aventure exaltante ou, comme dit l'auteur, « une drogue particulièrement forte pour calmer l'angoisse individuelle », une évasion. »

 

Cornu en est même étonné :

 

« Ne trouvez-vous pas piquant que notre Persane finisse sur ce personnage, qui s'efforce, avec ses poses hiératiques, de se faire prendre au sérieux, sa revue dés spleens, des défaitismes, des paradis artificiels, son histoire de la littérature de lumière noire ? »

 

« L'intellectuel révolté, à la Malraux, nous dit-elle, est d'abord révolutionnaire « de gauche » parce que, traditionnellement, c'est la gauche qui fait la révolution —-mais lorsque la droite s'en met, il va indifféremment d'un côté ou de l'autre. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ! ».

 

Et Cornu de terminer son article avec cette diatribe :

 

« M. André Malraux étant aujourd'hui le maître à penser d'un rassemblement politique qui, en faisant sa parade, se clame « de gauche » à coups de fanfare :

 

je trouve admirable qu'une humble thèse de Sorbonne, faite avec honnêteté et candeur, nous déshabille le bonhomme, lui enlève le manteau somptueux du destin dont il s'affuble spectaculairement et, avec quelques citations, nous démasque sous le prophète le bourgeois aux abois. »

 

Certes Cornu, était ici dans le combat politique en citant la thèse de la princesse contre les forces contre-révolutionnaires, comme on disait à cette époque, et ici, en conclusion, contre M. Malraux, mais nous y voyons aussi un hommage, la reconnaissance d’un travail conséquent.

 

Ils n’ont pas dû être nombreux les intellectuels thaïlandais à être cités dans une revue intellectuelle de ce niveau. Et M. Cornu, agrégé de lettres, devait savoir ce que citation voulait dire, ce qu’hommage signifiait.

 

Il nous a, pour le moins, donner envie de lire la princesse Marsi Paribatra.

 

Et quand on songe qu’elle a aussi une carrière d’artiste peintre, qu’elle a réalisé une première exposition en 1962, au Bhirasri Art Centre Silpa à Bangkok, et ensuite à Paris au Musée d’Art Moderne de Paris, entre 1964 et 1972…………qu’une fondation Marsi existe depuis 2009 ……… et que cette année la Galerie de la Reine a accueilli l'exposition «L'art de Marsi".

 

Que de facettes de son talent encore à découvrir.

 

Chapeau l’artiste ! Vous étiez une grande dame ! 

 

 

 

_________________________________________________________

 

Princesse Marsi PARIBATRA, Le Romantisme contemporain. Paris, Editions polyglottes, 1954.

 

livre de la princesse

 

La lumière noire, par Marcel CORNU, pp.118-123, in La Pensée, numéro 60, mars-avril 1955.

 

 

Marcel Cornu (1909 - juin 2001)

 

Cornu Marcel

 

agrégé de lettres classiques, débute sa carrière comme professeur au lycée Henri IV. Passionné d’architecture, il devient, à la Libération, conseiller à la direction des Monuments historiques. Il est également dans l’après-guerre un proche collaborateur du ministre communiste Charles Tillon. Tout en continuant à enseigner, il prend en charge, de 1951 à 1972, la rubrique d’architecture et d’urbanisme des Lettres françaises, puis, à la disparition du titre, dirigé par Louis Aragon, il devient responsable de la rédaction de La Pensée et collabore à la revue Urbanisme (1976 - ). Au temps des "villes nouvelles" et de la politique gaulliste d’aménagement du territoire, il n’aura de cesse d’interroger la "banlieue", la citoyenneté, l’espace et sa structuration, à une époque où ces questions n’occupent pas une place centrale dans le débat public. Auteur de plusieurs centaines d’articles, Marcel Cornu a aussi publié plusieurs ouvrages, dont Libérer la ville (Casterman, 1977), la Conquête de Paris (Mercure de France, 1972) et Conversation avec Bobigny (Messidor, 1989), dans lesquels il interroge et témoigne des bouleversements qui ont marqué la ville de la seconde moitié du siècle dernier.

 

http://archives.seine-saint-denis.fr/IMG/pdf/267j_pcf_m_cornu_inv.pdf

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 03:01
A 122 - HOMMAGE A S.A.R. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA (1931-2013), « PRINCESSE DES LAVANDES ».

 

HOMMAGE  D’UN BAS-ALPIN A UNE PRINCESSE SIAMOISE DEVENUE BAS-ALPINE PAR LE CŒUR

 

 

La princesse Marsi Paribatra a quitté sa présente vie à Annot, dans les Alpes de haute-Provence, ce 8 juillet dernier. La princesse n’a pas eu droit à beaucoup d’hommages de la part des « autorités » locales françaises, préfète, ou élus. Une gerbe de S. M. la Reine Sirikit témoignait – heureusement – du respect dû à son rang et – ajoutons-nous - à son talent.

 

 

Mais qui était-elle ?

 

La princesse Marsi Paribatra (Momchaoyingmansisukhumphan  Boriphat - หม่อมเจ้าหญิงมารศีสุขุมพันธุ์ บริพัตร) est née sur les marches du palais royal le 25 août 1931 au palais Bangkhunpron, actuel siège de la banque de Thaïlande (1). Sa vie fut mouvementée mais se termina en conte de fée. Elle était la fille du prince Chumbhotbongs Paribatra, Prince de Nakhon Sawan (Chumphotphong Boriphat - จุมภฏพงษ์บริพัตร) lui-même né le 5 décembre 1904  - Il était alors l’héritier présomptif du trône - et mort le 15 septembre 1959 à Bangkok, l'exil ayant alors été levé par le Roi Rama IX.

 

 

et de la radieuse princesse Mom Ratchawong Bandhu Dibya Devakula (พันธุ์ทิพย์ เทวกุลข) née le 8 mars 1909 et morte le 29 mai 1987.

 

Musicien émérite, il joua un rôle éminent dans les dernières années de la monarchie absolue, commandant en chef de l’armée royale, amiral en chef de la marine royale, plusieurs fois ministre, des armées, de l’intérieur, de la marine et conseiller privé de ses cousins, les rois Rama VI et Rama VII. Sa mère, d’une famille de protestant évangéliste, était une universitaire de haut niveau, diplômée d’architecture et d’architecture intérieure.

 

Son grand père est le deuxième fils du roi Rama V, Paribatra Sukhumbhand, Prince de Nakhon Sawan  ( สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์ กรมพระนครสวรรค์วรพินิต).  Il joua comme héritier du trône un rôle tout aussi important que celui de son fils dans la politique siamoise.

 

 

Il était marié à la princesse  Sukhumala Marasrii, l’une des quatre épouses et elle-même fille de Rama IV et de l’une de ses concubines.

 

 

L’exil.

 

Un bel avenir s’ouvre pour la petite fille, mais sa famille est exilée à la suite du coup d’état de 1932 : Lorsque le coup d’état éclate le 24 juin 1932 les officiers se saisirent du prince héritier et des principaux princes de la famille royale dont le patrimoikne est appréhendé. Le prince Paribatra est remis en liberté le 3 juillet seulement à charge de quitter le pays, ce qu’il fit le lendemain avec sa famille (2).

 

 

La famille se retrouve en Indonésie où son grand père meurt en 1944. Elle se retrouve ensuite en Angleterre où se déroulent ses études primaires jusqu’au retour de la famille en Thaïlande. Elle entre alors à l’école Mater dei à Bangkok, très distinguée école catholique tenue par des Ursulines (3).

 

 

Pendant la guerre, l’école se replie sur Hua Hin. Ses parents y habitent une maison de village, et elle se rend tous les jours en vélo à l’école.

 

 

A la fin de la guerre, la vie reprend son cours, l’école revient à Bangkok, la princesse y termine sa scolarité en 1946 et part ensuite poursuivre des études en Suisse, en France et en Espagne. Elle obtient tout d’abord un titre de docteur es lettres de l’Université de Paris en 1954 pour sa thèse « Le romantisme contemporain : essai sur l'inquiétude et l'évasion dans les lettres françaises de 1850 à 1950 » publiée aux éditions Polyglottes la même année. Elle publiera quelques années plus tard en Sorbonne une thèse complémentaire sur le sujet « L'occultisme chez Huysmans et Le goût de Baudelaire en peinture ».

 

 

Toujours férue de littérature française, elle publie dans la « Revue de littérature comparée » un article sur le sujet « Victor Segalen, un exotisme sans mensonges » (numéro d’octobre décembre 1954 p 497 s.). Elle est probablement la muse de Jacques Bousquet qui fut son mari et qui publia en 1964 aux éditions Didier un important ouvrage sur « Les thèmes du rêve dans la littérature romantique ».

 

 

 

Elle se retrouve ensuite à Madrid comme professeur de « civilisation extrême orientale » à l’Université des arts Carlos III tout en donnant parallèlement des cours d’histoire de l’art à l’Université Chulalongkorn. Elle soutient en 1959 à Madrid une thèse sur le sujet « Base sociale, technique et spirituelle de la peinture paysagiste chinoise » qui lui permet de décrocher le titre de Docteur en Histoire de l’art. C’est à Madrid qu’elle avait rencontré Jacques Bousquet, professeur lui aussi qui travaillait pour l’Unesco. Elle « a été mariée » avec lui, dit-elle pudiquement. Respectons sa vie personnelle. Ce mariage avec un étranger lui fit perdre tout droit d'accéder au trône  pourtant devenu accessible aux femmes. 

 

 

Elle abandonne ensuite totalement la littérature pour la peinture et décide alors de s’installer à Paris.

 

Une nouvelle carrière commence.

 

Elle y rencontre en 1961 André Poujet, peintre abstrait surtout connu dans le milieu surréaliste. Il partagea probablement sa vie et mit fin à sa propre carrière pour lui enseigner l’art de peindre. Ils quittent Paris en 1968 pour s’installer à Annot dans le quartier Vellara, petit village qu’ils avaient découvert et dont ils tombent amoureux. André Poujet meurt en 1996 après avoir consacré un magnifique ouvrage exhaustif à l’œuvre picturale de la princesse.

 

 

La princesse ne cesse de peindre restant à Annot au milieu de ses souvenirs, dans la modeste bergerie qu’ils avaient aménagée,

 

 

...multipliant les expositions et les conférences un peu à Nice et  aussi  à Bangkok.

 

 

Amoureuse de la nature, de la musique ...

 

 

 ...et des animaux, excellent cuisinière (paraît-il ?) elle vit alors au milieu des fleurs, au bord d’un ruisseau alpestre et dans une maison qui abrite chats, chiens et oiseaux.

 

 

Elle a trouvé un nouveau mentor en la personne de Michel Stève (auquel la liait une amitié « purement intellectuelle »), architecte, docteur en histoire de l’art de l’université de Paris-Sorbonne, auteur d’une thèse soutenue en 1993 sur « néo-classicisme en 1900 » et spécialiste de l’architecture de la Côte d'Azur.

 

De graves ennuis de santé l’ont contrainte de cesser de peindre en 2004.

 

Elle a quitté sa bergerie pour l’un des paradis bouddhistes le 8 juillet 2013. Incinérée à Nice, ses cendres sont revenues à Bangkok.

 

 

La mort de cette princesse a suscité de la part de celui d’entre nous qui, des Basses-Alpes est présentement exilé dans la Thaïlande la plus profonde, quelques observations d’humeur un peu désabusées.

 

L’attitude des élites des Alpes de haute-Provence à l’occasion de ce décès a approché du néant.

 

L’autorisation nécessaire du préfet (qui était une préfète mais ce n’est pas une excuse) pour le transfert des cendres à Bangkok parle des cendres de Madame Marsi Paribatra « crématisée » à Nice.

 

 

La courtoisie la plus élémentaire voulait qu'on ne la prive pas de son titre. les titres sont - soit dit en passant - mentionné sur les documlents d'état civil thaïs.

Même observation sur l’acte de décès, pas même un « Madame ».

 

 

 

La princesse n’a pas eu droit au moindre hommage des « autorités » locales, ni de la préfète bien sûr (mais lors de la même intronisation, elle a avoué tout ignorer de ce département, faute avouée est donc presque pardonnée), ni d’aucun des élus locaux, sénateur, députés ou conseillers généraux,  sauf un article sympathique tout de même dans le revue municipale de la Commune d'Annot. Merci à son maire-conseiller général et directeur de la publication.

 

 

.

 

Il n’y avait que des nobles siamois parmi lesquels il nous a semblé reconnaître son cousin gouverneur de Bagnkok et ses amis d'Annot lors de la cérémonie funéraire …

 

 

Cette abstention a suscité dans la presse thaïe (« Bangkok post » et « Nation ») quelques réflexions plus ou moins acerbes.

 

***

 

Son œuvre peinte est accessible sur le site de la fondation (bilingue thaï et anglais)

http://www.marsifoundation.org/gallery/

La fondation a également une page Facebook

https://www.facebook.com/Marsi.Foundation/

 

***

 

Nous avons consacré plusieurs articles à la princesse :

 

A 123. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA, UN PARCOURS INTELLECTUEL ET ARTISTIQUE ÉTONNANT ! (1931-2013) : Un hommage rendu à la thèse de la princesse dans la revue des « intellectuels » du parti communiste :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-la-princesse-marsi-paribatra-un-parcours-intellectuel-et-artistique-etonnant-1931-2013-119339418.html

A 188 - AUTOUR DE LA THÈSE DE S.A.S. LA PRINCESSE MARSI PARIBATRA « LE ROMANTISME CONTEMPORAIN » (1954) : Une lecture de sa thèse qui n’est pas d‘accès facile :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/07/a-188-autour-de-la-these-de-s-a-s-la-princesse-marsi-paribatra-le-romantisme-contemporain-1954.html

« HOMMAGE RENDU À LA PRINCESSE MARSI PAR UN AMI QUI L’ESTIMAIT ».

Un hommage que lui rend son ami Michel Stève :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/hommage-rendu-a-la-princesse-marsi-par-un-ami-qui-l-estimait.html

 

NOTES

 

(1) หม่อมเจ้าหญิง Momchaoying, est un titre spécifique qui s’applique aux petites filles ou arrières petites filles d’un souverain non alors appelées à régner en vertu de la « loi des mâles » qui était applicable, on pourrait le traduire par « son altesse royale ». Les prédicats siamois sont largement aussi compliqués que ceux définis par Saint-Simon sous Louis XIV..

 

(2) Une intéressante analyse de ce coup d’état nous est donnée dans la « Revue mensuelle de documentation internationale et diplomatique », numéro de janvier à décembre 1932, article non signé  « Siam, le changement de régime », page 436 s.

 

(3) Celles-ci ont ouvert depuis peu un site Internet http://www.ursulinesth-ur.org/en/

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 03:01

SuriyothaiNous avions déjà proposé un article sur le film « La légende de Suriyothaï » réalisé par  Chatrichalerm Yukol  en 2001.*

Il  nous a paru intéressant de confronter les évènements qui y sont rapportés avec les sources dont nous pouvons aujourd’hui disposer. Sur des faits vieux de quatre cent cinquante ans, et qui n’intéressent pas grand monde chez nous, avouons-le, il importe peu, au fond, qu’un roi soit présenté comme le frère d’un autre alors qu’il en était en réalité le fils. On sourira peut-être de cette attitude bien occidentale, nourrie par l'esprit scientifique, qui incite à chercher à tout prix une vérité historique solide, étayée par des sources, des textes, des témoignages, des archives, des recoupements, etc. Nous demandons à l'histoire qu'elle soit vraie.

 

Les orientaux, et les Thaïs tout particulièrement (sauf évidemment les quelques érudits qui étudient les grimoires dans les universités), me semblent avoir une démarche autrement plus poétique. Qu'importe, au fond, qu'elle soit vraie, cette histoire, pourvue qu'elle soit belle. Et l'image glorieuse de Suriyothai sur son éléphant, taillée en pièces par les Birmans pour protéger son royal époux en péril, fait partie de ces belles gravures qui illustrent la mémoire collective siamoise.

 

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Écoliers, nos livres d'histoire étaient agrémentés de ces images d'Épinal joliment colorées qui forgeaient une identité nationale : Roland et son cor, le vase de Soisson, Jeanne au bûcher, Louis XVI sur l'échafaud, Bonaparte au pont d'Arcole. Suriyothai relève de cette démarche, mais on ne dira pas une image d'Épinal, bien sûr... Peut-être une image d'Ayutthaya ?

 

A-t-elle seulement existé, cette reine ?

 

Elle est mentionnée en quelques lignes rapides dans les Chroniques royales, et son nom n'y est pas même révélé. Ces Chroniques, écrites et réécrites inlassablement, règne après règne, à la demande des souverains, souvent dans le but d'éduquer les jeunes princes, enjolivées, embellies, magnifiées par la verve et l'imagination des scribes successifs, ne correspondent pas à ce que nous considérons en Europe comme des documents historiques fiables. Ce sont de simples trames, inspirées sans aucun doute par des évènements réels, mais tellement surchargées d’exagérations, de merveilleux, d'éléments bouddhiques, qu’il est bien difficile d'y démêler le vrai du faux. Quant aux documents de première main qui pourraient nous y aider... l'humidité du royaume n'est guère propice à la conservation des vieux parchemins, la mise à sac d'Ayutthaya en 1767 a sans doute réduit en fumée d'innombrables archives, et nombre de textes qui sommeillaient dans les bibliothèques des monastères ont été brûlés, leur cendre incorporée à l'argile utilisé pour frapper des amulettes aux pouvoirs magiques recherchés.

 

C'est en s'appuyant largement sur ces Chroniques incertaines que le prince Damrong Rajanubhab, au début du XXe siècle, a forgé l'histoire officielle de la Thaïlande.


Damrong


Considéré comme « le père de l'histoire » dans le royaume, ce prince était un autodidacte. On peut penser que sa démarche était, à cette époque, largement autant idéologique qu'historique. Le pays était alors en pleine mutation. Le roi Chulalongkorn mettait en oeuvre des réformes ambitieuses visant à le moderniser. Le Siam, qui n'était pas encore la Thaïlande, entrait résolument dans l'ère moderne. Administration, système éducatif, université, armée, monnaie, réseau de chemins de fer, service postal, tout était à construire. Et à cette nation qui ambitionnait de prendre place parmi les grandes puissances, il fallait une histoire, une histoire glorieuse – à défaut d'être très rigoureuse –, une histoire capable de rivaliser avec les grandes épopées occidentales. C'est grâce au prince Damrong que Suriyothai, reine énigmatique et bien oubliée a pris une dimension nationale éminemment symbolique, a acquis une épaisseur, une consistance, une histoire, un destin, et a suscité un film, présenté comme le plus grand film thaïlandais (et le plus cher) jamais réalisé.

 

L'épopée de Suriyothai débute en 1528. Essayons donc de donner une idée de la situation politique du Siam à cette époque.

 

Le royaume d’Ayutthaya est gouverné par le prince Jettha, qui règne depuis 1491 sous le nom de Ramathibodi II. Ce prince descend, par sa mère, de la famille autrefois régnante sur l’ancien royaume de Sukhothai, éteint depuis 1438 à la mort de son dernier roi, Bommaracha II.

 

Phra tiaracha

 

Il existe de très nombreuses principautés, divisions administratives, plus ou moins dépendantes, sujettes ou tributaires du royaume d’Ayutthaya, (Tavoy, Sawankalok, Khamphengphet, Tenasserim, Mergui, Phijaï, etc.) Parmi celles-ci, Phitsanulok revêt une importance particulière, puisque cette ville fut capitale du royaume entre 1463 et 1488.

En 1528, et depuis 4 ans, le gouverneur de Phitsanulok est le prince Noh Phuttangkun, (Phra Knor Budangula dans le film) connu également sous le nom de prince Athitya, fils aîné du roi Ramathibodi II et élevé à la dignité de Maha Uparat.

 

bourengnong

 

(Ce titre, qui est apparu pour la 1ère fois en 1484 sous le règne du roi Traïlok, signifie littéralement « Second roi » ou « Vice-roi »). Avant d’accéder au trône, le roi Ramathibodi II fut lui-même Maha Uparat et gouverneur de Phitsanulok. On peut donc dire que ce titre et cette fonction représentent à l’époque l’antichambre du pouvoir.

 

L’ancienne Birmanie est divisée en quatre États, chacun gouverné par un roi : Ava, Prome, Pegu et Tangoo.

 

Au Nord, le royaume de Chieng Maï, le Lan Na (le royaume du Million de Rizières), est gouverné par le roi Chaï qui détrône en cette année 1528 son frère Muang Kaeo. C’est un royaume déclinant, qui est en conflit endémique avec le Siam depuis de nombreuses années, notamment pour le contrôle de Sukhothai.

 

Au Nord-Est, le royaume du Lan Chang (le royaume du Million d’Éléphants, qui couvre l’actuel Laos et la partie de la Thaïlande aujourd’hui appelée Isan), est gouverné depuis Ventiane par le roi Phothisarat. Ce royaume est également en conflit larvé, tant avec le Lan Na qu’avec le royaume d’Ayutthaya, notamment pour ses vues sur Sukhothai et Khamphengphet.

 

Les Portugais, qui sont dans le royaume depuis 1511 (date de la prise de Malacca par Albuquerque, vice-roi portugais des Indes orientales), ont obtenu par un traité en 1516 le droit de résidence de religion et de commerce à Ayutthaya, Tenasserim, Mergui, Pattani et Nakhon Sri Thammarat (l’ancien Ligor).

 

Dans le site Internet consacré au lancement du film (ce site n'est plus accessible aujourd'hui), il était écrit : L’histoire de Suriyothai est racontée par Domingo de Seixas, un soldat portugais de fortune qui résida pendant 25 ans dans le royaume d’Ayutthaya et fut membre de la garde royale du roi Chai Rajathirat.


Un petit mot sur ce Domingo de Seixas (qui n’apparaît pas dans le film).

 

Domingo de Souza

 

Il semble bien que ce capitaine portugais (certainement bien plus qu’un soldat de fortune, puisqu’une expédition fut dépêchée par le roi du Portugal pour le délivrer) n’était plus au Siam à la mort de la reine Suriyothai. Je cite Louis XIV et le Siam de Dirk van der Cruysse : Joao de Barros nous apprend que Francisco de Castro fut envoyé en 1540 par D. Joao III au Siam pour réclamer de Phra Chaïratcha, quinzième roi d’Ayutthaya, la restitution de Domingo de Seixas qu’on croyait captif au Siam depuis 1517. Or, loin d’être retenu contre son gré, Seixas commandait une armée siamoise qui soumettait des tribus montagnardes dans le Nord. Phra Chaïratcha lui permit de retourner au Portugal avec seize de ses compagnons, après les avoir bien récompensés de leurs services. Compte tenu des délais de route, on peut penser que Seixas quitta le Siam vers 1542, soit sept ans avant la mort de Suriyothai, date qui est confirmée par la phrase : « …qui résida 25 ans dans le royaume d’Ayutthaya…). 1517 + 25 = 1542.

 

Suriyothai nous offre une passionnante vision de la façon dont la Thaïlande traite son histoire, et le sujet particulièrement sensible de la royauté.


Ainsi, dans le film, tous les princes qui accèdent au trône se trouvent justifiés par au moins une parcelle, une goutte de sang royal, même ceux qui, manifestement, n’en ont aucune, tel le roi Worawongsa, roturier que Wood n’hésitait pas à qualifier de fieffé ruffian.

 

khounwonwongsathirat

 

Jamais la soif du pouvoir, l’ambition personnelle, ne sont les motivations avouées des personnages, toujours guidés par l'intérêt supérieur du royaume, même s’ils commettent des erreurs. La vérité historique ne s’accordant pas toujours (et même assez rarement) avec la noblesse des sentiments, les scénaristes du film se trouvent à maintes reprises contraints de déguiser pudiquement la vérité pour la rendre plus présentable. Cette attitude n’est pas nouvelle. Les Chroniques royales usaient largement de ces procédés : ainsi l’exécution (l'assassinat ?) du jeune roi Ratsada y est souvent présentée de cette façon pour le moins euphémique : Le jeune roi ayant eu un accident…

 

Le prologue du film nous apprend qu’en l’année 1528, le Siam est gouverné par deux rois. En fait, un seul régnait effectivement, le roi Ramathibodi II, et son fils, le prince Athithya (Nor Phuttangkhun) n’était encore que vice-roi, et gouverneur de Phitsanulok. Le film n’établit pas ce lien de parenté (le prince Athithya est présenté comme le cousin, le frère ou le demi-frère (?) de Ramathibodi II, et d’ailleurs ce prince, qui règnera un an plus tard sous le nom de Bommoracha IV, paraît largement plus âgé que le roi). Quant au titre de gouverneur de Phitsanulok, il est attribué à un certain seigneur Srisurin, présenté comme le père de Suriyothai.

 

En faisant la connaissance de la reine, nous apprenons qu’elle est la sœur du prince Piren,


KhouPhirensathep

 

(ce prince, qui sera porté sur le trône par les Birmans en 1569 et règnera jusqu’en 1590 sous le nom de Maha Thammaraja, est présenté par l’historien Wood comme le fils d’une parente de Chaïratcha et d’un descendant des rois de Sukhothai. Wyatt reprend cette affirmation. Ce prince Piren est donc de la lignée des Phra Ruang, titre générique donné indistinctement à tous les rois de Sukhothai, et descend du premier roi de Sukhothai, Phra Sri Intharahitya, qui régna environ à partir de 1238. La reine Suriyothai est présentée elle aussi comme étant de la lignée des Phra Ruang, ce qui justifie ce lien de parenté avec le prince Piren. Toutefois, ses dames de compagnie lui rappellent qu’elle n’est pas vraiment la sœur du prince Piren, mais une parente (cousine ?) plus ou moins éloignée.

 

Mais Suriyothai est remarquée par le prince Tien, qui lui fait présent d’un éléphant.

 

Le prince Tien, qui règnera entre 1548 et 1569 sous le nom de Phra Chakkraphat, est présenté dans le film comme étant le fils du prince Athithya, qui intercède d’ailleurs auprès du père de Suriyothai pour demander la main de la princesse. En fait, ce prince était l’un des fils du roi Ramathibodi II, donc frère (ou plutôt demi-frère, étant né d’une concubine différente) du prince Athithya, et le prince Damrong le présente également comme le frère du futur roi Chaïratcha,

 

Phra Chairachathitrat

 

lui conférant par-là une légitimité qui semble loin d’être avérée. On voit un peu plus tard dans le film le roi Ramathibodi II dissuadant Suriyothai d’épouser « son neveu », pour ne pas envenimer les rapports entre Ayutthaya et Phitsanulok. Le début du film repose donc sur une série de contrevérités ou au moins d’ambiguïtés historiques, destinées à doter Suriyothai d’une lignée royale et d’une légitimité dont personne en fait ne connaît rien.

 

Malgré l’avertissement du roi, Suriyothai épouse le prince Tien, au grand regret du prince Piren. Elle est présentée à cette époque comme allant vers ses quinze ans, ce qui la fait naître environ en 1513. Selon Wood, qui ne cite pas ses sources, le prince Tien avait environ 42 ans lorsqu’il se retira dans un monastère à la mort du roi Chaïratcha en 1546. On peut donc dater sa naissance à environ 1504, ce qui fait une différence tout à fait crédible de 9 ans entre les deux époux.

 

Le roi Ramathibodi II meurt en 1529, (mort annoncée, dans le style des Chroniques par une grande comète traversant le ciel – à signaler une erreur grossière dans le sous-titrage anglais, puisqu’on parle du roi Ramathibodi I, premier roi d’Ayutthaya – 1351-1369 –, au lieu de Ramathibodi II), et c’est Nor Phuttangkhun, le prince Athithya, qui monte sur le trône sous le nom de Bommoracha IV. On ignore à peu près tout du règne de ce roi, les Chroniques royales ne mentionnent que sa mort. Le film lui attribue une épouse, Lady Oon, qui lui donne un fils, le prince Ratsada. Suriyothai dit alors à son époux, le prince Tien : Votre altesse a un frère, ce qui correspond à la logique du film qui présente Tien comme fils du prince Athithya et non du roi Ramathibodi II.

 

En 1534, cinq ans après son accession au trône, le roi meurt de la petite vérole (la variole. Félicitations au maquilleur qui n’a pas lésiné sur les bubons !), et dans le film, sur son lit de mort, il fait prêter serment à ses deux « fils » aînés, le prince Tien et le prince Phrachaï (qui deviendra le roi Chaïratcha), de laisser régner leur plus jeune « frère », le prince Ratsada. Il y a une grande incertitude quant à l’identité de ce prince Phrachaï. Wood le présente comme un demi-frère de Bommoracha IV, donc un fils du roi Ramathibodi II. Le prince Damrong le présente comme le frère aîné du roi, ce qui lui donnerait effectivement davantage de légitimité au trône. Il aurait été, mais ce n’est qu’une hypothèse, gouverneur de Phitsanulok. Cette hypothèse est notamment soutenue par le prince Damrong : À ce moment, il est cru qu’il [le roi Bommaracha IV] nomma ses deux frères cadets à la dignité de Phra Chaïratcha et Phra Tianracha. Il est pensé qu’il envoya Phra Chaïratcha à Phitsanulok en tant que représentant du roi pour gouverner les provinces du Nord, parce que Phra Ratsadathiratkuman était encore jeune. Mais en ce qui concerne Phra Tianracha [le prince Tien], il n’y a pas de source qui indique s’il vécut à Ayutthaya ou fut envoyé gouverner une ville. (The chronical of our wars with the Birmeses).

 

Le jeune roi règne donc sous le nom de  Ratthatirat Kumar, et pendant 5 mois, jusqu’à ce que le prince Phrachaï usurpe le pouvoir. On ignore la façon dont le jeune roi fut tué, les Chroniques royales sont silencieuses sur ce point. On peut lire dans l’une d’entre elles : En 896, une année du cheval, son jeune fils eut un accident et alors le pouvoir passa au prince Chaïratcha. Une autre version précise davantage : En 876, une année du chien, sixième de la décade, le prince Chaïratcha, qui était de la famille royale du roi Ramathibodi II, échafauda un mauvais plan, confisqua le pouvoir au roi Rattha, le jeune fils du roi, et accéda au trône. (on voit là les différences de dates entre les chroniques, qui peuvent aller jusqu’à 20 ans). Empoisonnement (vraisemblable) ou exécution, le film a choisi la manière spectaculaire, avec une exécution dans la tradition siamoise, où l’on ne doit pas faire couler le sang royal. Les rois ou prétendants au trône ainsi exécutés étaient enfermés dans un sac de velours rouge et avaient la nuque brisée à coups de bâton. Cette pratique était encore en usage au XVIIe siècle, et c’est ainsi que furent exécutés les deux frères du roi Naraï en 1688.

 

Le film justifie largement cette usurpation plus que discutable, en s’appuyant sur les abus de la régence qui, dans l’attente que le jeune roi fût réellement en âge d’assumer le pouvoir, ruinait le pays et le laissait entre les mains d’avides spéculateurs. La reine Suriyothai dit d’ailleurs au prince Tien, qui ne partage pas cet avis : Si vous aviez été à la place du prince Chaïratcha, vous auriez fait la même chose. Quoi qu’il soit, le règne du roi Chaïratcha présente un bilan plutôt positif.


Il s’attacha à améliorer la navigation du Menam à Bangkok en faisant creuser un canal, on lui doit également une législation sur le jugement de dieu, à l’image de ce qui se pratiquait en Occident. Les supposés coupables, pour faire valoir leur innocence, devaient marcher sur des braises, rester la tête sous l’eau pendant un temps défini et autre épreuves tout aussi agréables. Ces pratiques étaient encore en usage au XVIIe siècle, et Joos Schuten les rapporte dans sa Relation datée de 1636. On sait également qu’en 1538, le roi Chaïratcha recruta 120 mercenaires portugais pour former sa garde personnelle et instruire les soldats siamois dans la mousqueterie. Cet épisode est fort bien rendu dans le film.

 

C’est à ce moment qu’apparaît brièvement dans le film un personnage (fictif ?) dont je n’ai trouvé nulle part mention : la reine Jitravadee.

 

Cette reine, morte en couches, est présentée comme la première épouse du roi Chaïratcha et la mère du futur roi Yot Fa (aussi appelé Kheo Fa). Or toutes les sources indiquent que Yot Fa (né vers 1535) était certes bien le fils du roi Chaïratcha, mais qu’il avait pour mère, non cette hypothétique reine Jitravadee, mais l’intriguante Sri Sudachan, concubine du roi, qui lui donna également un second fils, le prince Si Sin vers 1541.

 

Sisudajan

 

Quel était donc l’intérêt des scénaristes de créer un tel personnage intermédiaire qui ne fait que passer et n’apporte rien à l’intrigue ? Peut-être de rendre moins odieuse Sri Sudachan, qui n’hésita pas quelques années plus tard à faire tuer son propre fils pour mettre son amant sur le trône. En attribuant la maternité de Yot Fa à une autre, le crime d’infanticide inspiré par Sri Sudachan paraît moins monstrueux…

 

Qui est réellement cette Sri Sudachan qui joue un tel rôle dans l’histoire du Siam à ce moment ?

 

Elle est présentée dans le film comme reine consort, titre qu’elle n’eut sans doute jamais. Selon Wood, le roi Chaïratcha semble n’avoir eu aucune femme de rang royal, et la princesse Sri Sudachan n’avait que le titre de Tao Sri Sudachan, nom réservé, selon l’ancienne loi de Sakdi Na, aux quatre concubines les plus âgées, mais de rang non royal. (Cette loi de Sadki Na, créée au milieu du XVe siècle par le roi Trailok, fixait et hiérarchisait notamment le rang de tous les habitants du royaume). Le film présente cette concubine comme une descendante de la dynastie U-Thong, et ses manœuvres pour accéder au pouvoir sont en quelque sorte justifiées par la volonté de remettre l’ancienne dynastie à la tête du royaume d’Ayutthaya, à la place de la dynastie Suvanabhumi. Cet épisode est pour le moins incompréhensible aux spectateurs occidentaux. Les dynasties U-Thong (Source d’or) et Suvanabhumi (Pays de l’or) remontent aux très lointaines origines du Siam, et désignaient les seigneurs de lieux mal définis qui ont fait l’objet de longues querelles et controverses, certains affirmant que Suvanabhumi se trouvait à Pégu (ancienne Birmanie), d’autres dans le sud du Siam.


Quant au prince U-Thong, qui fonda Ayutthaya en 1350 et y régna sous le nom de Ramathibodi Ier, on ne sait quasiment rien de ses origines. Il est couramment admis qu’il régna à l’origine sur la ville d’Uthong, également connue sous le nom de Suvanabhumi, qui se trouvait près de l’actuelle ville de Suphan. Je doute que beaucoup de Thaïs soient aujourd’hui à même de comprendre quoi que ce soit à cette querelle de dynastie, pour le moins obscure et contestable.

 

Quoi qu’il en soit, le film rejoint l’histoire, et Tao Sri Sudachan tomba éperdument amoureuse d’un officier de rang très subalterne, Phan But Si Thep, gardien de la salle des statues sacrées dans un temple où elle alla, nous disent les Chroniques royales, faire une promenade.

 

Khouninsatep

 

On peut avoir un doute quant au moment où se noua cette liaison. Dans le film, c’est du vivant même du roi Chaïratcha que la concubine commença sa liaison coupable. D’après les historiens et les Chroniques royales, ce n’est qu’après la mort du roi. Ce Phan But Si Thep est présenté lui aussi comme un descendant de la dynastie U-Thong, et son rang subalterne est expliqué justement par sa naissance, les représentants de la lignée Suvanabhumi au pouvoir le maintenant par représailles dans cette basse position. Là encore, c’est une théorie particulièrement « fumeuse ».

 

Le film nous permet d’assister à de somptueuses scènes de guerre lors de la campagne que mena le roi Chaïratcha pour repousser les armées de Taben Schweti, le roi de Tangoo. (En 1530, le roi de Tangoo, un des royaumes de l’ancienne Birmanie, meurt et son fils Taben Schweti lui succède.

 

 

Tabengchawédi


Ce monarque particulièrement féroce et ambitieux entreprit de conquérir les royaumes environnants, Prome en 1534 et Pegu en 1540. Parallèlement, il entra en conflit avec le Siam, et subit d’abord de cuisants revers. À partir de 1545, il conduisit deux offensives vers Chieng Maï, qui connaissait depuis quelques années une invraisemblable instabilité, avec une succession d’usurpations, de meurtres et de trahisons dans la plus pure tradition siamoise, et qui était, en outre, en butte aux visées expansionnistes du royaume de Luan Prabang. Il est très difficile de saisir les enjeux et les retournements politiques de ces expéditions, mais la seconde se termina par une cuisante défaite, puisque l’armée siamoise, après trois jours de siège devant Chieng Maï, fut contrainte de battre en retraite. Les gouverneurs de Khamphengphet et de Phijaï furent tués, ainsi que 10.000 hommes. Plus de 3.000 bateaux furent coulés. Il est à noter que de nombreux mercenaires portugais combattirent à cette époque tant dans les rangs siamois que dans l’armée birmane, ce qui explique une des ambiguïtés du film. On voit en effet constamment des casques de soldats portugais dans les deux armées, mais c’est le lot des mercenaires d’offrir leurs services à qui les paie, quitte à se retrouver dans des camps opposés et à être amenés à se combattre.

 

Cette même année 1545, un incendie gigantesque détruisit environ le tiers d’Ayutthaya. Cet épisode est habilement utilisé par les scénaristes pour étayer l’histoire. Les Chroniques royales nous renseignent sur l’importance de ce sinistre : Dans Ayutthaya, le feu prit mercredi, le quatrième jour de la lune croissante dans le troisième mois, et brûla pendant trois jours avant de pouvoir être éteint. Le registre des biens détruit par le feu mentionne dix mille et cinquante bâtiments. Par ce chiffre, Wood estime la population d’Ayutthaya à l’époque à environ 150.000 habitants, ce qui en faisait une ville plus peuplée que Londres. La thèse du film est que cet incendie fut allumé volontairement par les sbires de Sri Sudachan afin de créer une diversion et de pouvoir assassiner le prince Tien et la reine Suriyothai, qu’elle soupçonnait d’être au fait de ses intentions criminelles. Là encore, il s’agit d’une hypothèse romanesque que rien n’étaye, et l’incendie d’Ayutthaya était très certainement tout à fait accidentel.

 

Le film nous raconte également que Sri Sudachan se trouva, au début de l’année 1546, enceinte des œuvres de son amant, Phan But Si Thep, ce qui l’aurait décidée à passer à l’action et à empoisonner le roi avant que sa grossesse ne soit pas découverte.


Cette thèse est notamment soutenue par Pinto,

 

 Les voyages adventureux de Fernand Mende-10

le témoin portugais auteur des Perenegriçao. Le fait que Sri Sudachan ait empoisonné le roi Chaïratcha n’est en rien prouvé, mais n’a rien d’invraisemblable, étant donné la cruauté et l’absence de scrupules de la dame, en revanche il est plus que douteux qu’elle ait été enceinte avant la mort du roi, ce qui aurait rendu sa régence particulièrement improbable. Car c’est un fait qu’après la mort du roi, et contre toute attente, Sri Sudachan se trouva en possession du pouvoir et assura la régence, rôle qui aurait dû revenir logiquement au prince Tien, en tant que frère du roi. La thèse du film est que par d’habiles manœuvres, Sri Sudachan sut faire endosser l’assassinat du roi au prince Tien, qui n’eut d’autre ressource que de se réfugier dans un monastère et de se faire bonze pour échapper au châtiment.

 

S’il est avéré que le prince Tien passa effectivement un temps indéterminé dans un monastère (Pinto évoque une trentaine d’années, ce qui n’est absolument pas crédible), les raisons pour lesquelles il le fit restent tout à fait obscures. Les Chroniques royales indiquent qu’il craignait pour sa vie, et que seules la religion et la robe orange pouvaient le préserver des périls. Quant aux périls en question, ils ne sont pas précisés, et nous ignorons leur nature. La thèse du film paraît donc plausible, et le prince Tien pouvait sans doute avoir de bonnes raisons de craindre Sri Sudachan qui se trouvait avec de grands pouvoirs et une insatiable ambition à la mort du roi.

 

La seconde partie du film débute en 1546, lors du couronnement du jeune roi Yot Fa. (D’autres historiens, dont Wyatt, situent cet événement en 1547.

Né vers 1535, le jeune roi avait alors environ 11-12 ans). Le film montre qu’un mauvais présage intervint durant cette cérémonie, sous la forme d’un tremblement de terre qui secoua le palais et fit tomber à terre la couronne du roi. Il y eut effectivement un mauvais présage durant le règne de Yot Fa, relaté par les Chroniques royales, mais il ne s’agissait pas d’un séisme. Il est rapporté qu’un jour, le jeune roi demanda pour se distraire que soit un organisé un combat d’éléphants. Au cours de ce combat, l’éléphant Phra Faï eut une défense brisée en trois. Le chef éléphant, Phra Chattan, barrit pendant deux jours, comme s’il pleurait.

 

En 1548, une rébellion s’organise dans les provinces du Nord, et les conjurés complotent pour se ranger aux côtés du roi Tabeng Shweti. Expliquant que le roi Yot Fa est trop jeune pour régner et qu’elle n’est qu’une femme, Sri Sudachan s’ingénie à faire élever  Phan But Si Thep, son amant, au rôle de régent sous le titre de Khun Warawongsa. Ce dernier avait déjà bénéficié d’une importante promotion, puisqu’il était passé de gardien de la salle des statues sacrées – de l’extérieur – à gardien de cette même salle, mais à l’intérieur, ce qui lui avait permis d’être élevé titre de Khun Chinnarat. Quant au précédent Khun Chinnarat, dans la première partie du film, Sri Sudachan l’avait tout simplement fait assassiner. Phan But Si Thep, devenu Khun Chinnarat, puis Khun Surawongsa, dispose à présent d’une résidence officielle et assume notamment la direction du recrutement militaire, officiellement pour enrôler une armée capable de résister aux rebelles du Nord, mais plus certainement pour le défendre en cas de coup dur à Ayutthaya. Le jésuite Turpin (Histoire du royaume de Siam jusqu’en 1770) indique, avec toute la réserve qu’il faut donner à ces informations, que la garde personnelle de Sri Sudachan et de Khun Worawongsa s’élevait à 12.000 hommes et 500 cavaliers.


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Cette partie du film est tout à fait conforme aux Chroniques royales. Les espions de Sri Sudachan sont partout. Un mandarin légitimiste, Phra Maha Sena, qui avait proféré quelques mots imprudents à propos de la légitimité de Khun Surawongsa, se fait assassiner en proférant ces derniers mots : Si nous en sommes arrivés là, qu’en sera-t-il pour ceux qui viendront après nous ?

 

De régent à roi, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Il suffit d’éliminer le jeune roi Yot Fa. On ignore la façon dont cet enfant périt, exécution ou empoisonnement (thèse choisie dans le film). Les Chroniques royales les plus anciennes notent pudiquement, à l’habitude, qu’il eut un accident. Certaines, plus explicites, indiquent que Tao Sri Sudachan le fit enlever pour le faire exécuter au Wat Khok Phraya. Le prince Si Sin, son frère cadet, âgé de cinq ou six ans est toutefois épargné. Tao Sri Sudacha met au monde un enfant (fille ou garçon, les Chroniques se contredisent à ce sujet), et Khun Surawongsa accède au trône le 19 janvier 1549 (jour donnée par Pinto, qui indique l’année 1546, très certainement fausse) et pour seulement quarante-deux jours. Son frère, Chaï (Nan Chaï) est nommé Uparat.

 

Une usurpation aussi éhontée ne pouvait qu’entraîner des mécontentements et susciter des conspirations.

Plusieurs mandarins de haut rang échafaudent rapidement un plan pour chasser l’usurpateur du pouvoir. Parmi ceux-ci, se trouvent Phraya Ratchaphakdi, Khun Inthorathep, Mün Ratchasena, Luang Si Yot, et surtout Khun Phirenthorathep, le prince Piren déjà évoqué dans la première partie du film, parent de la reine Suriyothai. Le film nous montre que ce prince se trouve alors à la tête de son armée pour mater les rebellions qui se fomentent autour de Khamphenphet, et que la reine Suriyothai le fait appeler à la rescousse pour débarrasser le royaume de l’usurpateur et de sa maîtresse et mettre le prince Tien sur le trône. Rien n’indique que le prince Tien se trouvait alors en campagne dans le Nord. Ce qui est plus sûr, c’est qu’il obtiendra plus tard en récompense de ses loyaux services le titre de Maha Uparat et de gouverneur de Phitsanulok. Le prince accourt donc au secours de la reine, en vertu d’une ancienne promesse qu’il lui avait faite de toujours répondre à ses appels.

 

C’est à cette occasion qu’on découvre dans le film la fille de Suriyothai, présentée comme la princesse Sawatdirat, qui épousera plus tard le prince Piren

 

Phrajao Pré

 

et deviendra vice-reine de Phitsanulok. Nous ignorons en fait si cette princesse était réellement la fille de la reine, car le film, en présentant le roi Chakkraphat et la reine Suriyothai comme un couple moderne, ignore complètement les très nombreuses concubines que, selon la coutume, tout roi se devait de posséder. Il est vraisemblable que le roi Chakkraphat, comme tous les rois de Siam, avait un très grand nombre d’épouses de rangs divers et une très nombreuse descendance. Cette coutume s’est maintenue jusqu’à fort tard chez les rois siamois, puisque le roi Mongkut, selon Margaret Landon dans son « Anna et le Roi », très romancé, mais généralement fort bien documenté, avait 67 enfants en 1862. Son fils, le roi Chulalongkorn, fit mieux encore avec 77 enfants et 92 femmes. Quant aux enfants qu’aurait eu le roi Chakkraphat avec la reine Suriyothai, on peut citer plus sûrement Phra Ramesuan et Phra Mahin, qui deviendra roi pour quelques mois en 1569.

 

Le déroulement de la conspiration est dans le film tout à fait conforme, jusque dans les plus petits détails, à ce que transmettent les Chroniques royales.

Ainsi les conjurés, en évoquant la situation du royaume, font allusion au mécontentement du peuple et à des lettres anonymes qui circulèrent du temps du roi Ramathibodi II. Ces lettres sont mentionnées dans les Chroniques, qui expliquent qu’un mauvais présage (une défense d’un éléphant royal qui s’était brisée) entraîna à cette époque des troubles et l’assassinat de nombreux mandarins. Ces Chroniques ajoutent encore quelques précisions sur la conjuration. Avant de mettre leur plan à exécution, les conjurés allèrent trouver le prince Tien dans son monastère et lui firent part de leur projet, en lui demandant s’il accepterait de monter sur le trône. Le prince accepta, mais Khun Inthorathep exigea qu’on pratiquât d’abord la divination par les chandelles pour vérifier si le prince Tien avait suffisamment de mérites et si l’opération avait quelque chance d’aboutir. On alluma donc simultanément deux bougies de longueur, de diamètre et de poids égaux, l’une pour Khun Worawongsa, l’autre pour le prince Tien. Si celle du prince Tien s’éteignait la première, il est bien évident que les présages étaient mauvais, et l’entreprise vouée à l’échec. Toutefois, le prince Piren s’aperçut que la bougie représentant Khun Sarawongsa était plus grande, et voulut arrêter l’épreuve. Dans son énervement, il cracha un peu de bétel, et sans avoir la moindre intention d’éteindre la bougie de Khun Surawongsa, sa salive alla néanmoins en éclabousser la mèche et l’éteindre. Un bonze qui passait confirma par une sentence que l’opération allait réussir.

 

Le guet-apens, mené sur le canal Sa Bua, fut, d’après les Chroniques, soigneusement et minutieusement organisé. Vinrent s’y joindre le gouverneur de  Phichai et celui de Sawankhalok, récemment arrivés dans la capitale. Khun Surawongsa, Sri Sudachan et leur enfant (garçon ou fille) furent tués. Leurs corps furent exposés publiquement au wat Raeng. Quant au prince Si Sin, fils du roi Chaïratcha et de Sri Sudachan, il fut épargné sur la prière de la reine Suriyothai malgré le désir du prince Piren d’éradiquer les « racines du mal ».

 

A noter que certains témoins donnent une autre version, selon laquelle l’usurpateur et sa maîtresse auraient été tués lors d’un banquet. C’est ce que raconte le Sieur Leblanc, Marseillais qui se trouvait au Siam entre 1575 et 1580 : Le royaume de Siam a reçu autrefois de grandes secousses : car quelques années auparavant que nous y arrivassions, le roi, fort renommé pour ses victoires, avait été empoisonné par sa femme, pour épouser un sien maître d’hôtel, son adultère, qu’elle fit roi, ayant aussi fait mourir son propre fils qui régnait : puis eux-mêmes ayant été par conjuration tués en un festin, il y eut beaucoup de changement dans l’État. Cette thèse est également retenue par Dirk van den Cruysse.

 

Après la mort de l’usurpateur, de sa maîtresse et de leur enfant, le prince Tien est couronné roi d’Ayutthaya sous le titre de Somdet Phra Maha Chakkraphat. Le prince Piren est nommé Prince Thammaracha, avec la dignité de Maha Uparat, gouverneur de Phitsanulok. Il épouse la princesse Sawatdirat, (présentée dans le film comme la fille de la reine Suriyothai), qui reçoit le titre de princesse Wisut Kasattri et reine consort de Phitsanulok.

Les acteurs de la conjuration sont remerciés pour leurs bons et loyaux services : Khun Inthorathep est fait  Chaophraya Si Thammasokkarat, gouverneur de Nakhon Si Thammarat, et le roi lui offre une de ses filles, née d’une concubine. Tous les autres conjurés obtiennent des titres importants et des présents à la mesure de leur dévouement. Le prince Damrong affirme que les débuts du règne de Phra Chakkraphat furent paisibles. Turpin (ouvrage cité plus haut), donne une autre version, qui selon lui, expliquerait la décision de Tabeng Shweti d’envahir le Siam : Le nouveau roi, durant sa réclusion dans un monastère, était devenu morose et sauvage et avait négligé l’importance de se rendre aimable. Sa politique barbare lui avait fait croire que l’obéissance dépendait de la peur, et que la punition était un meilleur moyen de gouvernement que la clémence. La débauche dans laquelle il se plongeait ne pouvait pas adoucir sa dureté naturelle, et depuis un environnement voluptueux, il dictait des ordres sanguinaires qui remplissaient l’État de troubles et de mécontentements.

 

Les quarante dernières minutes du film, les plus somptueuses, nous font assister à l’invasion du Siam par le roi Tabeng Shweti, et à la résistance héroïque de l’armée siamoise.

Si l’on peut regretter, sur le plan cinématographique, un traitement un peu académique et conventionnel de ces scènes de guerre, elles ne manquent en revanche ni de panache, ni de moyens, ni de couleurs. L’armée birmane était, selon le film, dix fois supérieure en nombre à l’armée siamoise. Pour avoir une idée de son importance, les Chroniques évoquent une armée (sans doute largement surévaluée) de 300.000 hommes, 3.000 chevaux et 700 éléphants. Pinto, avec une exagération toute latine, parle de 800.000 hommes, 40.000 chevaux et 5.000 éléphants, 1.000 canons, tirés par 1.000 attelages de buffles et de rhinocéros. Turpin, qui appelle le roi Tabeng Shweti du nom de « Mandara », reprend le même chiffre. Wood note toutefois avec quelque vraisemblance que cette armée était mal équipée et souffrait de grandes privations.

 

L’invasion, telle qu’elle est racontée dans le film, suit à la lettre les travaux du prince Damrong dans son ouvrage Thaï Rop Phama publié en 1907.

Un petit mot cependant sur l’empire d’Hongsawadi, sur lequel régnait le roi Tabeng Shweti, le « prince à la langue noire » :  la ville d’Hantawadi, aujourd’hui en Birmanie, fut fondée selon l’histoire birmane par deux fils du roi de Thaton, Thamala et Wimala, et devint la capitale du royaume Mon en 573 (la date de cette fondation, le premier jour de la troisième lune croissante selon le calendrier Mon, est encore aujourd’hui la date de la fête nationale Mon, tombant vers la fin du mois de février). Cette ville se trouvait à cette époque dans le royaume de Pegu, que le roi de Tangoo, Tabeng Shweti, conquit en 1540, après avoir déjà conquis le royaume de Prome en 1534. C’est à Hantawadi (Hongsawadi) qu’il établit alors la capitale de son royaume.

 

Voici la relation de cette seconde invasion du Siam par l’armée birmane, racontée par le prince Damrong (la première avait eu lieu en 1539 et s’était soldée par un désastre pour le roi Tabeng Shweti) :

 

Les nouvelles des troubles à Ayutthaya vinrent aux oreilles de Tabinshweti et il pensa que c’était une bonne occasion d’étendre ses territoires vers l’Est, parce qu’il disposait d’une armée plusieurs fois supérieure en force à celle du Siam et qu’il avait conquis le pays des Mons dont il pouvait se servir comme base et auquel il pouvait adjoindre le territoire de Siam. Il mobilisa donc son armée à Martaban et envahit le Siam. Il prit lui-même le commandement. Il voulait conquérir Ayutthaya, la capitale du Siam. (…)

 

L’armée d’invasion de sa Majesté d’Hongsawadi était son armée principale, qui était très puissante, et il était impossible aux gens des provinces qui gardaient les frontières de lui résister. Il purent tout juste envoyer des informations sur l’invasion d’Ayutthaya et battre en retraite pour se mettre à l’abri. Dans Ayutthaya, Somdet Phra Maha Chakkrapat était sur le trône depuis six mois lorsqu’il reçut la nouvelle que sa Majesté d’Hongsawadi dirigeait une armée d’invasion. À cette époque, le royaume était prospère, parce que les troubles qui s’y étaient produits n’avaient mené qu’à l’élimination des gens qui assumaient le pouvoir, et n’avaient pas dégénéré en guerre civile dans le pays. Dès que Somdet Phra Maha Chakkrapat accéda au trône, le pays entier fut calme et normal comme avant les évènements. Quand il reçut la nouvelle de l’invasion birmane, il mobilisa son armée, fit une sortie, et contint les Birmans à Suphanburi, parce qu’à cette époque cette ville avait une place fortifiée et un poste de surveillance protégeant la capitale de tout empiètement venu de l’Ouest. Il fit aussi des préparatifs dans la capitale pour résister autant que possible à l’ennemi. (…)

 

Sa Majesté de Hongsawadi, Tabinshweti, trouva la ville de Kanchanaburi désertée, sans personne pour la défendre. Il vint alors par la route de Pak Phraek et Nong Khao, passa les limites de la ville de Suphanburi, passant par les villages de Ban Than, Kaphang Tru, Chorakhe Sam Pan [trois mille crocodiles], la ville de U-Thong, et les villages de Ban Khong, Kon Rakhang et Nong Sarai. Il vint alors à bout de la résistance siamoise à Suphanburi. L’armée siamoise n’était pas en force de résister aux Birmans, et elle fit retraite vers la capitale. Les Birmans marchèrent alors le long du canal Sam Ko vers Pa Mok, traversèrent le fleuve Chao Phraya près de Phong Pheng, et établirent leur campement sur les abords nords de la capitale dans la plaine de Lumphli.

 

Quand le roi Phra Maha Chakkrapat sut que l’armée de roi de Hongsawadi approchait de la capitale, il entraîna son armée royale afin d’éprouver la force des envahisseurs. Pour cette occasion, il était monté sur un éléphant, et la reine Phra Suriyothai, qui s’était vêtue elle-même avec des habits d’homme, comme un Uparat, et était également montée sur un éléphant, le suivit. Ils étaient accompagnés de leurs fils Phra Ramesuan et Phra Mahin. Le roi Phra Maha Chakkraphat rencontra les forces du vice-roi de Prome, qui commandait l’avant-garde de l’armée du roi de Hongsawadi. Les deux camps s’engagèrent dans la bataille. Le roi Somdet Phra Maha Chakkraphat et le vice-roi de Prome, tous deux montés sur un éléphant, et appuyés par leurs troupes, vinrent face à face et se combattirent avec leurs éléphants, comme c’était la coutume en ces temps-là. L’éléphant du roi Somdet Phra Maha Chakkraphat perdit le combat et s’enfuit sans qu’il fût possible de le retenir. Le vice-roi de Prome lui donna la chasse. Somdet Phra Suriyothai craignit que son mari ne fût en danger imminent, alors elle poussa sa monture pour intercepter l’ennemi. Le vice-roi de Prome trouva une bonne opportunité de frapper Somdet Phra Suriyothai de son épée, et elle trouva la mort sur le col de son éléphant. Les deux princes Phra Ramesuan et Phra Mahin pressèrent en avant leurs éléphants, et combattirent le vice-roi de Prome, qui battit en retraite. Les deux princes entrèrent dans la capitale en portant le corps de la reine. Ce jour de combats se termina sans qu’il eût ni victoire, ni défaite. L’armée siamoise se retira en rentra dans la capitale.

 

Le corps de Somdet Phra Suriyothai fut placé à Suan Luang, [le jardin du gouvernement]  l’endroit où fut bâti Wang Luang. Aujourd’hui il se trouve au sud des casernes de soldats. Quand la guerre se termina, Somdet Phra Maha Chakkraphat fit construire un monument temporaire pour la crémation du corps de Somdet Phra Suriyothai, à Suan Luang, qui touche le Wat Sop Sawan. Il fit bâtir un monastère à l’endroit de la crémation où un large chedi existe encore à présent, et est connu sous le nom de Wat Suan Luang Sop Sawan. (Une carte de 1926 indique qu’il s’agissait en réalité de deux temples distincts, le Wat Suan Luang et le Wat Sop Sawan. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’un chedi, situé sur thanon U-Thong, qui a été restauré dans les années 1990-1991.)


 Suriyothai 1

 

Certaines sources évoquent également une fille de la reine Suriyothai, morte auprès de sa mère lors de l’affrontement avec les Birmans.

C’est le cas de Wood, qui écrit : Non seulement le roi Chakkraphat prit part au combat, mais également sa femme, la reine Suriyothai, et une de ses filles. Ces deux vaillantes femmes, portant des armures d’hommes et montées sur des éléphants, combattirent bravement aux côtés des hommes. Afin de secourir le roi dans une position dangereuse, la reine Suriyothai et sa fille furent toutes deux transpercées par les lances birmanes, et tombèrent mortes du dos de leurs éléphants. Les Chroniques royales mentionnent également cette fille de la reine, qui n’apparaît ni dans le film, ni dans l’ouvrage du prince Damrong. Il est improbable, s’il elle a existé, qu’il s’agisse de la seule fille du roi évoquée dans le film, la reine Sawatdirat, qui devait se trouver à Phitsanulok auprès de son époux, le prince Piren, devenu Maha Thammaracha et gouverneur de cette ville.

 

La suite de l’histoire, et la fin de cette guerre entre le Siam et la Birmanie (la 2ème des 24 recensées entre 1539 et 1767 et relatées par le prince Damrong) se termina assez rapidement. L’armée du prince Piren, nouveau gouverneur de Phitsanulok, vint à la rescousse de l’armée siamoise, et incita le roi Tabeng Shweti à battre en retraite. Toutefois, il fut assez heureux pour capturer le prince Piren et le prince Ramesuen, fils aîné du roi Chakkraphat et de la reine Suriyothai. Des tractations eurent lieu, et des échanges furent proposés pour la libération des deux princes. Tabeng Shweti accepta de les restituer contre la promesse que l’armée birmane ne serait pas inquiétée jusqu’à son retour au pays, et contre deux éléphants blancs fort réputés. L’accord fut accepté, mais les deux éléphants se montrèrent si indomptables qu’ils semèrent de gros dégâts et la confusion dans l’armée birmane, et durent être restitués aux Siamois. Wood note : Ainsi Tabeng Shweti retourna en Birmanie sans même un couple d’éléphants à montrer comme résultat de son expédition.

 

Soyons honnêtes, Suriyothai risque fort de ne pas enthousiasmer le public français ou international. Ni naufrage complet, comme a pu l’écrire un peu sévèrement le Bangkok Post, ni chef d'oeuvre, c'est un film présentable, les images sont fort belles, on sent bien que tout ça a coûté très cher (250 millions de bahts, paraît-il) on n'a pas lésiné sur les reconstitutions, ni sur la figuration, pas davantage sur l'hémoglobine.

 

Alors, pourquoi ces réticences ?


Le film est historiquement correct, trop peut-être, et le public occidental, peu au fait de l’histoire siamoise, risque fort de se perdre très rapidement dans l’imbroglio des détails de ces successions, usurpations, assassinats, (sept rois se sont succédés pendant la période évoquée) alliances politiques et trahisons entre des pays qui n’existent plus aujourd’hui.

En voulant embrasser 21 ans d’histoire en trois heures, le réalisateur, le prince Chatrichalerm, plus à l’aise dans les sujets intimistes, a sans doute présumé de ses forces. Il a dressé une fresque historiquement crédible (autant qu’on puisse en juger car la période est assez mal connue), mais un peu indigeste, d’autant que des longueurs et des manques de rythme viennent souvent alourdir certaines scènes.

 

Suriyothai ressemble davantage à un film fait par des Thaïs à l’usage des Thaïs qu’à une œuvre de portée universelle (même si la grande majorité des Thaïlandais avec lesquels j'ai pu parler du film reconnaissaient qu'ils n'y avaient pas compris grand-chose et qu'ils s'étaient plutôt ennuyés). Dans ces somptueuses reconstitutions, dans cette débauche de costumes et de figurants ensanglantés, cette reine (fort jolie au demeurant) n’est jamais parvenue à m’émouvoir. Suriyothai, qui ne prend pas une ride en 21 ans, est glacée et figée comme une illustration de manuel d’histoire. La rigidité du protocole, le spectre du crime de lèse-majesté, les réserves infinies de rigueur et de respect toujours de mise lorsqu'on évoque des monarques siamois, ne permettent évidemment pas une grande marge de fantaisie ni d'humanité dans le traitement de l'histoire. Rappelons que The King and I de Walter Lang (1956) et Anna et le Roi de Andy Tennant (1999) sont toujours interdits dans le royaume. Dommage. Tout cela est trop raide, trop contraint, trop policé. Avec un peu moins d’académisme et un peu plus de liberté et d’inspiration, on aurait pu avoir un Guerre et Paix ou un Autant en emporte le Vent thaïlandais.

 

Suriyothai se feuillette comme un beau livre d’images, on admire les reconstitutions, les couleurs, les costumes, les scènes de guerre, mais il y manque le principal : le souffle puissant de l'épopée, qui seul pourrait transfigurer le destin de la reine en drame universel.

 


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      Les illustrations de วรวัฒน์ ตันติเวชกุล sont tirées de la bande dessinée de 2012 inspirée du film (ISBN 9748506185)

________________________________________________________________

 

*A 51. Cinéma thaïlandais : La Légende de Suriyothai de Chatrichalerm Yukol (2001) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html 

Ou comment utiliser le cinéma pour « inventer » l’Histoire du Siam. 

Il ne s’agit pas ici de « raconter » le film  ou d’en traiter l’esthétisme (par ailleurs excellent), ni de le « juger » dans l’histoire du cinéma thaïlandais,  mais de présenter sa fonction  idéologique, à savoir, comment il a participé et participe au nationalisme thaï et à la Thaïness, que nous avons par ailleurs déjà étudié.

 

 **Bibliographie : 

 

– LOUIS XIV ET LE SIAM par Dirk Van der Cruysse – Éditions Fayard – 1991.

– A HISTORY OF SIAM BY W.A.R. WOOD -1924 – Réédité par Chalermnit à Bangkok en 1994.

– THAILAND – A SHORT HISTORY par David K. Wyatt – Yale University Press - New Haven and London - 1982.

– STUDIES IN THAI HISTORY par David K. Wyatt – Silkworm Books – Bangkok – 1994.

– PÉRÉGRINATION par Fernão Mendes Pinto – Traduit du portugais et présenté par Robert Viale – Collection Minos – Éditions La Différence, 47 rue de la Villette, 75019 Paris – 2002.

– POHNGSA-VADAN (Chroniques royales) – Les annales officielles siamoises. Traduction Littérale par L. Bazangeon – Rochefort Imprim. Ch. Theze (s.d.) – Extrait du Bulletin de la Société de Géographie de Rochefort – 1890-1891.

– LES VOYAGES FAMEUX DU SIEUR VINCENT LEBLANC, MARSEILLAIS, qu'il a faits depuis l'âge de douze ans jusques à soixante, aux quatre parties du Monde ; à sçavoir aux Indes Orientales et Occidentales, en Perse et Pegu. Aux Royaume de Fez, de Maroc, & de Guinée, & dans toute l'Afrique intérieure, depuis le Cap de bonne Espérance jusques en Alexandrie, par les terres de Monomotapa, du prestre Jea, & de l'Egypte. Aux isles de la Mediterranée, & aux principales Provinces de l'Europe, avec les diverses observations qu'il y a faites. Le tout recueilly de ses mémoires par le sieur COULON. A Paris, chez Gervais Clousier au Palais, sur les degrez de la Saincte Chappelle - 1648.

– HISTOIRE CIVILE ET NATURELLE DU ROYAUME DE SIAM, Et des Révolutions qui ont bouleversé cet Empire jusqu'en 1770 ; Publiée par M. TURPIN, Sur des Manuscrits qui lui ont été communiqués par M. l'Evêque de Tabraca, Vicaire Apostolique de Siam, & autres Missionnaires de ce Royaume. – A PARIS, Chez COSTARD, Libraire, rue S. Jean de Beauvais. – 1771 - Avec Approbation & Privilège du Roi.

– THE CHRONICLE OF OUR WARS WITH THE BURMESE – Hostilities between Siamese and Burmese when Ayutthaya was the capital of Siam - 1539-1767 – by Prince Damrong Rajanubhab – Translated into English by Phra Phraison Salarak Thein Subindu alias U Aung Thein – Edited and Introduced by Chris Baker – White Lotus Co. Ltd. – Bangkok - 2001.

– POPULAR HISTORY OF THAILAND par M.L. Manich Jumsai, C.B.E., M.A. – 5ème édition révisée – Éditions Chalermnit - Bangkok - 2000.

 

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 03:02

StatueChit Phumisak, un écrivain thaïlandais "engagé" (1930-1966). 

Un article du Petit Journal du 3 mai 2013 titrait à propos de Jit Bhumisak (sic), « LEGENDE- Le Che Guevara thaïlandais renait de ses cendres », à propos d’ « Une statue inaugurée, dimanche 5 mai dans le village même où Jit Bhumisak a été abattu en 1965 (sic), confère le droit de cité au héros de la génération protestataire des années 70. »*Un article du Bangkok Post du 15 avril donnait la même information. **


Mais qui était ce héros, ce « Che Guevara » thaïlandais ?


Etrange destin que cet homme, né en 1930, dans une famille pauvre de l’Isan, dans la province de Prachinburi.

 

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Il étudia la philologie à l’Université Chulalongkorn de Bangkok. Il fut professeur, linguiste, poète, essayiste, historien, et combattant marxiste. Il fut avec Sri Burapha, Seni Saowapong, Itsara Amantakum, un écrivain radical défendant ses idées  « progressistes » en faveur des opprimés, dénonçant les oppresseurs à une époque  où toute critique « politique » était interdite. Il fut d’ailleurs arrêté en 1957 en tant que « communiste » sous le gouvernement anti-communiste du dictateur Sarit Dhanarajata (1958-1963), mis en prison pendant six ans, innocenté en 1964 sous le gouvernement des dictateurs Thanom et Praphat (1963-1973). Libéré, il continua d’écrire mais ne personne n’osa le publier. Il prit le maquis et rejoignit le parti communiste thaïlandais, qui avait commencé la lutte armée en août 1965, dans la jungle des montagnes de Phu Pan dans la province de Sakhon Nakhon ;

 

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et il fut abattu le 6 mai 1966 par les villageois de Ban Nong Kung, disent certains, par la police disent d’autres.

Il avait 35 ans ! Son corps fut brûlé et la cérémonie religieuse de deuil ne fut possible qu’en 1989 !

Il devient un martyr, un modèle pour les étudiants progressistes des années 1970, avec les idées de son livre « L’art pour la vie, l’art pour le peuple ». Il inspira la génération d’écrivains qui émergea après  les événements de 1973-1976.


Et aujourd’hui il est honoré, par une statue dans le même village où il avait été abattu, il y a presque 50 ans !

 

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La société thaïlandaise a bien changé.

                                               _______________________

 

Or, dans notre article précédent, profitant du travail de Mme Louise Pichard-Bertaux, in « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande », nous avions  relaté qui était et ce que pouvait représenter Chit Phumisak.


1/ Mais on ne peut comprendre, ses écrits, son combat « littéraire » et politique, avions-nous dit,  que si on connaît le contexte historique de cette période thaïlandaise, à savoir :


  La dictature du maréchal Sarit, la guerre froide, la politique pro-américaine et anticommuniste, la répression impitoyable de tous les opposants au nom de l’article 17 de la constitution provisoire de 1957 « qui interdit toute critique contre le roi et la famille royale, la politique étrangère du gouvernement, et tout autre institution gouvernementale, bien sûr interdit le communiste et toute « prophétie » susceptible de troubler l’ordre public … » ; On assistera même le 1er juillet 1959 sur la place de Sanam Luang à Bangkok, à un autodafé où seront brûlées toutes les oeuvres interdites et saisies.


Plusieurs écrivains, avions-nous dit aussi, dont Itsara Amantakun, sont emprisonnés, alors que d’autres choisissent l’exil (Sri Burapha en Chine, Khamsing en Isan) », ou le silence ou ce qui sera intitulée plus tard « la littérature de l’eau croupie » (wannakam nam nao) ; Une littérature uniquement divertissante, sans aucune critique ni référence à la société présente.


Nous sommes dans Le Yuk muet, l’Age sombre, ou yuk thanin (Age sauvage).


Certes, après la guerre, les écrivains thaïlandais ont dû s’interroger sur le rôle qu’avaient joué leur pays, et discuter sur la « résistance », le fascisme, la liberté,  le « monde libre », « le communisme », la notion « d’engagement », sur la place de l’écrivain et ce que doit être la littérature.  En 1950 d’ailleurs, les écrivains les plus engagés, dont les chefs de file étaient Sri Burapha, Seni Saowapong et Itsara Amantakun avaient créés le Chomrom nakpraphan (Club des Ecrivains) pour promouvoir le Silapa  phuea prachachon (L’Art pour le peuple),  la nécessité de dénoncer les abus, les disparités sociales, « Avant 1950, les thèmes sont surtout liés aux problèmes familiaux de personnages appartenant à la classe aisée ou moyenne : l’amour, la vengeance, les relations familiales forment très souvent le cœur du récit. Après cette date, la littérature engagée aborde les sujets de société, d’économie et de politique, puisant des modèles de personnages dans toutes les classes sociales, rêvant d’une société idéale ». (Mme Louise Pichard-Bertaux citant Saithip Nukunkit, 1994)


2/ C’est donc dans ce contexte politique et littéraire que se situe la vie et l’œuvre de Chit Phumisak.


Les éléments du récit sont :

  • Le contexte historique. (Les militaires dictateurs Sarit (1957-1963, Thanom Prapas (1963-1973) et leur politique pro-américaine, anticommuniste et répressive.)
  • « Il est le premier étudiant thaï à refuser de recevoir son diplôme des mains du roi ». (Mme Louise Pichard-Bertaux)
  • Il a traduit « Le manifeste du parti communiste » en thaï.

 

marx

 

  • Il brave la censure et publie des articles et livres ouvertement critiques sur l’histoire royale, les américains, et défend des idées socialistes interdites par le régime dictatorial du maréchal Sarit.
  • la prison***
  • Il rejoint la lutte armée menée par le Parti communiste thaï en 1965.

 

maquis

 

  • Sa mort, le 5 mai1966, « les armes à la main ».
  • Ses œuvres, et ses idées :

Il faut reconnaître qu’un lecteur français ne dispose de peu d’éléments pour en mesurer toute l’étendue ; ainsi par exemple wikipédia ne cite que :

  • โฉมหน้า ศักดินา ไทย (Chom Na Sakdina Thai, «le vrai visage de la féodalité Thai")
  • กวี การเมือง (Ruam botkawi lae Ngan Wichan sinlapa wannakhadi Khong Kawi Kanmueang; "Collected Poems et revues littéraires en poète politique»), sous le pseudonyme "Kawi Kanmuang"
  • ความ เป็น มา ของ คำ สยาม ไทย, ลาว และ ขอ ม และ ลักษณะ ทาง สังคม ของ ชื่อ ชนชาติ (Khwampenma Khong Kham Sayam Thai Lao lae lae Khom laksana thangsangkhom Khong chu chongchat; «Etymologie des termes Siam, thaï, lao et Khom, et les caractéristiques sociales des nationalités »)

Et Mme Louise Pichard-Bertaux fait référence aux deux oeuvres majeures, à savoir :

  • Silapa pheua chiwit silapa pheua prachachon (L’Art pour la vie, l’art pour le people (1957)
  • Chom na  sakdina thai (Le visage du féodalisme thaï). (Publié pour la première fois en 1957, dans un numéro spécial de la revue Nitisat) sous le pseudonyme de Somsamai Srisootarapan.

Mais on sait qu’il a écrit « de nombreux articles, poèmes, critiques littéraires et essais » qui lui ont valu d’être arrêté en 1957 comme « communiste » et emprisonné 6 ans avant son procès en 1964, où il fut innocenté.


Mme Louise Pichard-Bertaux nous apprend que L’Art pour la vie, l’art pour le peuple  a été publié en 1957 sous le pseudonyme de Thipakorn, « son essai (…) reprend les idées exprimées par Sri Intharayut, Seni Saowaphong, Itsara Amantakun et Sri Burapha de façon plus didactique. » Elle cite Rungrat (1998) qui résume les 4 principes de base : Dénoncer la laideur de la vie (injustice, oppression ; Dénoncer les causes et les conséquences de cette laideur ; Exposer les moyens  de supprimer cette laideur ; Exposer les possibilités d’une vie nouvelle, qui s’appuierait sur la beauté, la simplicité et la clarté.


Dans Le visage du féodalisme thaï, Phumisat propose une autre vision de l’histoire de la Thaïlande, une vision marxiste de l’histoire, dénonçant le féodalisme, l’exploitation des paysans, alors que jusque-là elle était limitée au récit des dynasties régnantes.


On peut, à partir de ces éléments, raconter l’histoire d’un écrivain engagé, mort pour ses idées, un « héros » révolutionnaire.


Et la postérité.

  • Nous savons que ses idées ont été reprises par le mouvement des étudiants de 1973-1976 et  « élevé au rang de héros martyr » et comparé à Che Guevara. 


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  • Certains, comme lui, ont dû prendre le maquis pour échapper à la prison.  
  • Les écrivains de « La littérature pour la  vie » reconnaîtront leur dette ; les écrivains qui émergent à cette époque, comme par exemple Atsiri Thammachot,  Chart Korbjitti, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan et Win Lyovarin que nous avons lus avec l’aide de  Mme Louise Pichard-Bertaux ont évoqué son influence.
  • Les groupes et les chanteurs de pleng phua cheewit  (l’Art pour la vie, l’Art pour le peuple), dont les plus connus sont Carabao et Caravan, lui ont rendu hommage. 

 

 

 

  • Ils partageaient ses idées, son idéal, et ils n’hésitaient pas dans les années 80 à s’attaquer « systématiquement aux questions sociales,  chantant les « thaïs d’en bas », mais aussi des  chansons d’amour, des chansons philosophiques, la lutte contre les multinationales, la défense de l’environnement, la critique des politiciens corrompus, dans une langue qui n’est pas la langue de bois, avec  ironie, férocité, tendresse ». Une chanson « L’Homme et son buffle »  traduite par  Arnaud Dubus, est sans équivoque : « Mais quelles que soient les difficultés, nous n’aurons pas peur … Les riches dévorent notre travail, Nous jettent les uns contre les autres, Et nous, paysans, nous nous enfonçons dans les  dettes … Nous devons détruire ce système » (extrait). (in Thaïlande « Les guides de l’Etat du monde »)

 (Cf. nos articles sur Caravan et Carabao****)

 

3/ Le héros statufié.


Que s’est-il passé entre 1966 et 2013, entre un écrivain « communiste » abattu en 1966, alors qu’il avait rejoint le parti communiste thaïlandais, engagé depuis   le 7 août 1965 dans la lutte armée, dans la province de Nakhon Phanom, en Isan, et la statue d’un  héros honoré et fleuri dans le même village où il a été tué, brûlé à l’âge de 35 ans.   *****


La Thaïlande avait changée, certes. Ce village aussi.

 

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Mais que voyait-il dans cette statue? Un homme ? quel homme ? des idées ? quelles idées ? Un écrivain qu’il lisait ? qui leur « parlait » ? mais qu’entendaient-ils ?


Qu’en pensent « ses amis »  qui ont financé sa statue ? Les « Rouges » ?

Certes pour E. D. du Petit Journal, cette statue « confère le droit de cité au héros de la génération protestataire des années 70 ».

 

 Mais le héros de quelles idées ?


La génération protestataire des années 70 voulaient « stimuler la lutte des travailleurs, le combat des paysans, dénoncer les conditions de vie de tous les opprimés » (Cf. op. cit. Mme Louise Pichard-Bertaux). Leur combat était virulent à la mesure de la dictature. Ils voulaient changer le « système ».


Le système a changé ou plutôt la société. Le communisme qu’il défendait prône désormais le libéralisme et le profit.  De plus, la royauté est toujours là, les militaires, la censure, les profondes inégalités, les laissés pour compte … mais rien de comparable aux années 70.


Un changement toutefois. Les « Rouges » sont au pouvoir !


Alors Chit Phumisak, quel héros serais-tu aujourd’hui ? Quels combats  mènerais-tu ?


Penses-tu devenir, un jour, un « héros national » ?******


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_______________________________________________________

 

 

* E.D. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) vendredi 3 mai 2013


http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/en-bref/150709-legende-le-che-guevara-thailandais-renait-de-ses-cendres


« LÉGENDE - Le Che Guevara thaïlandais renait de ses cendres Une statue inaugurée, dimanche 5 mai dans le village même où Jit Bhumisak a été abattu en 1965 (sic), confère le droit de cité au héros de la génération protestataire des années 70. Le 5 mai 1966, l’intellectuel Jit Bhumisak était abattu par la police dans le nord-est du royaume. C’est sur les lieux mêmes de sa mort tragique, dans le village de Ban Nong Kung que sera dévoilée dimanche une statue de bronze qui le représente grandeur nature scrutant l’horizon, lunettes sur le nez et tongs aux pieds. […] Tour à tour enseignant, guide touristique, linguiste, journaliste et poète dans les années 50, martyr et combattant dans les années 60, Jit Bhumisak est devenu un héros pour la génération progressiste des années 70 qui l’a comparé à Che Guevara. Ce fils d’une famille pauvre s’est signalé en traduisant le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx en langue thaïlandaise. Et en 1957, il publiait son œuvre phare "Le visage du féodalisme thaïlandais" qui place l’exploitation de la paysannerie au cœur de l’histoire du royaume. Ces thèses socialistes et farouchement anti nationalistes défiaient directement l’autorité du Maréchal Sarit Thanarat, alors homme fort du pays aspiré par la guerre froide. Embastillé en 1957, Jit ne devait être acquitté et libéré que six ans plus tard. Il s’installa alors dans la province de Sakon Nakhon et rejoignit le parti communiste thaïlandais et ses maquis en 1965. Il n’avait que 35 ans quand il a été abattu un an plus tard.  »


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**Bangkok Post : 

http://www.bangkokpost.com/news/local/345526/communist-intellectual-jit-bhumisak-to-be-honored-in-may


Jit Bhumisak statue to go up next month Published: 15 Apr 2013 at 23.48

A bronze statue of socialist intellectual Jit Bhumisak will be unveiled early next month at the scene of his death.The Jit Bhumisak Foundation will unveil the statue in Sakon Nakhon province on May 5 to mark the 47th anniversary of his fatal shooting. The statue, which was sculpted and moulded by Sunti Pichetchaiyakul, will stand at the site where he was shot dead by villagers in Ban Nong Kung in Kham Bor sub-district on May 5, 1966 …etc


*** ”During his prison term, Jit had produced other literature that reflected his studious research and passionate interest in the cultural heritage of other ethnic minorities including the unfinished writing ...Kwampenma Khong Kham Sayam Thai Lao Lae Khom Lae LaksanaThangsangkhom Khong Chue Chonchat (Etymology of the Terms Siam, Thai, Lao, and Khom, and the Social Characteristics of Nationalities.”


****Cf. les articles qui leur sont consacrés dans ce blog http://www.alainbernardenthailande.com/article-33-notre-isan-musique-et-chanson-caravan-un-groupe-engage-85695765.htmlhttp://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-30-carabao-un-groupe-rock-thai-84842616.html


*****Une fusillade entre paysans et militaires à Sawang Daendin, dans la province de Nakhon Phanom, dans le nord-Est, le 7 août 1965 a marqué symboliquement, pour le PCT, le début de la lutte armée du peuple. (Note de Marcel Barang) in  L’ombre Blanche - Portrait de l’artiste en jeune vaurien, (Le Seuil, Collection Cadre vert, Traduit par Marcel Barang, 2000, 449 p.)


******14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux. http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html


« En effet, le « mythe » historique donne sens et sert à légitimer la « République » en France ou la Royauté en Thaïlande, à justifier et codifier de nouvelles institutions politiques, instituer des nouveaux rites, des nouveaux codes, des interdits, des tabous, constituer une nouvelle mémoire collective en établissant des nouvelles généalogies, en choisissant des événements fondateurs, des nouveaux héros ou héroïnes. Nous avons  vu dans notre article sur la légende de Suryothai que les Thaïlandais n’hésitaient pas à les inventer, si cela était nécessaire. »


 écouter

      http://www.youtube.com/watch?v=bga7tMNKSY4

 

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 03:02

 

Ou un portugais « faiseur de roi » au Siam au XVIème siècle? 

 

« The king maker », « Le faiseur de roi », un titre bien mal traduit pour ce film historique anglo-thaï de  Lek Kitaparaporn, sorti en 2005 et en version française en 2009. Nous préférons le titre original thaï, « กบฏท้าวศรีสุดาจันทร์ » « Kabot thao Sisudachan » « Le complot de la reine Sisudachan » car c’est bien l’histoire du complot ourdi par la reine, la véritable histoire à peine romancée de cette Agrippine siamoise, épouse de  สมเด็จพระไชยราชาธิรา Chairachathirat, fils de Ramathibodi II, qui règne depuis 1546 (1).

 

Nous sommes en 1547. Fernando de Gama, jeune soldat et aristocrate portugais sans fortune part à la requête de son ancien capitaine chercher gloire et aventure en orient en s’engageant comme mercenaire au service du roi de Birmanie (2). Son aventure commence bien mal, le navire fait naufrage et il se retrouve – seul survivant – échoué sur une plage déserte. Il échappe de peu à un crocodile, mais pour tomber sur d’autres crocodiles, des marchands d’esclaves enturbannés qui s’emparent de lui et le conduisent au marché aux esclaves à Ayutthaya.

 

01

 

Enchaîné, il se bat comme un lion, tente de prendre la fuite, toujours poursuivi par la horde d’enturbannés mais il est (traîtreusement, bien sûr) assommé alors que passait une jeune et ravissante portugaise, Maria de Torrès (3). Il se réveille alors dans un lit douillet et un moine lui apprend qu’il a été racheté par Maria. Celle-ci se présente alors et se propose de le conduire à son père, à la tête d’une troupe de mercenaires portugais présentement chargés d’édifier les fortifications de la ville.

 

02

 

Avant que Fernando n’aille faire connaissance de Felipe de Torrès, deux événements nous donnent la clef des événements futurs :

 

Le roi (4) a envoyé un émissaire à la capitale du roi du Lanna pour percevoir le tribut annuel. En guise de réponse (amusante manière d’accueillir un percepteur), le roi du Lanna renvoie tout simplement la tête du publicain !

 

03

 

Nous nous trouvons ensuite dans les appartements de la reine, elle apprend qu’une fois encore ce jour là, le roi ne rejoindra pas sa couche. Elle entre dans une colère homérique (si l’on peut dire) « Un jour viendra où il payera les humiliations qu’il me fait subir » (5).

 

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Ce n’étaient que deux brèves parenthèses, Fernando et la belle Maria arrivent sur les fortifications. En voyant le Señor de Torrès (6), un éclair frappe Fernando : il a reconnu en celui-ci l’homme qui a sauvagement assassiné son père sous ses yeux alors qu’il avait huit ans.

 

05

 

Il avait fui la justice de son pays et trouvé refuge au Siam. Fernando depuis, était à la recherche du meurtrier de son père, qu’il savait avoir fui en Asie. Il maîtrise son émoi…

 

Arrive alors un envoyé du roi qui demande aux mercenaires portugais de se joindre aux troupes royales pour aller châtier « le prétendu roi du Lanna ». Les Portugais se préparent et partent avec armes et bagages sous la bannière du Christ.

 

Nouvelle parenthèse, sachant que le roi s’en va en guerre, la reine reçoit le laquais qui bafoue la couche royale, Chinnarat, une espèce de Ruy Blas aux yeux bridés (7).

 

06

 

Au milieu de leurs étreintes (fort chastement suggérées, nous sommes en Thaïlande), elle lui apprend qu’elle est enceinte de ses œuvres ! « Il faut en finir avec ce maudit roi, nous devons nous emparer du pouvoir ». Le sort du roi et de leur jeune fils Yodfa est désormais scellé au profit de la reine, de son amant et de leur futur bâtard.

 

Nous assistons au départ des troupes, celles du roi sont rejointes par son frère, le futur Maha Chakkrapat (8) accompagné de 10.000 de ses hommes.

 

07

 

Lorsque l’aumônier donne sa bénédiction aux troupes portugaises, Fernando revoit une fois encore en un éclair l’assassinat de son père.

 

 

Le lendemain, c’est la bataille, les canons et les arquebuses portugaises, la vaillance des mercenaires, celle des troupes royales et princières font merveille, c’est la victoire. Au cours du combat, Fernando dont la rapière fait des ravages, sauve la vie d’un jeune combattant siamois, Tong, lui-même maniant une hache d’arme avec talent.

 

08

 

Ils se lient immédiatement d’une solide amitié (9).

 

Avant de regagner leurs pénates, les combattants fêtent leur victoire sur place. L’absence du señor de Torrès, rappelé à Ayutthaya par un message urgent, passe inaperçue. Nous le retrouvons alors dans les appartements de la reine qui lui remet une grosse quantité d’or en échange de services dont nous allons évidemment bien vite voir ce qu’ils seront.

 

09

 

Sur le chemin du retour, nos amis et les troupes tombent alors dans une embuscade tendue par des sauvages d’une tribu jusque là fidèle, « pourquoi » se demandent le roi et son frère ?  

 

12

 

Seul Fernando n’est pas dupe. Au cours du combat, lui-même et son ami Tong sauvent la vie du monarque encerclé par une horde de sauvages. Pour les remercier, le roi les désigne alors tous deux comme chefs de ses gardes du corps.

 

13

 

Tout à sa joie, le monarque autorise son épouse à engager un régisseur et administrateur de sa cour, ce sera naturellement Chinnarat qui en devient « Khun » avec naturellement libres accès aux appartements de la reine. Il passe ainsi outre au barrage que lui font les deux chefs des gardes du corps en les narguant avec un sourire qui ne trompe pas Fernando.

 

La nuit même, la chambre du roi est envahie par une horde sauvage, combattants masqués habillés en ninja, le roi se défend avec courage, la garde et ses deux chefs se précipitent, à son secours suivi par le frère du roi. Le seul des assassins survivant se suicide pour ne pas avoir à répondre aux questions de Fernando.

 

Le roi donne alors plein pouvoir à Fernando et à Tong pour découvrir qui se cache derrière ces tentatives de meurtre dont il est conscient toutefois qu’elles proviennent de l’intérieur de son palais. Fernando et Tong se précipitent alors chez Felipe de Torrès et une perquisition en règle, sous les yeux de Maria, les conduit à découvrir une cassette d’or portant le sceau de la reine, les 30 deniers du Judas portugais et les actes de naissance qui dévoilent la véritable identité du señor de Torrès, en réalité Felipe de Xavier, qui est donc bien l’assassin du père de Fernando en fuite depuis son crime. Maria est atterrée en apprenant la vérité, c’est un débat cornélien  mais elle aime Fernando et cet amour est partagé. Il faut donc aller arrêter de Torrès-de Xavier, présentement sur les fortifications.

 

Entre-temps, la reine, après l’échec de ses deux tentatives par l’inefficace intermédiaire de Felipe de Torrès, se rend dans la forêt pour y rencontrer une immonde sorcière (10), espèce de Locuste siamoise, et lui demande, cassette d’or à l’appui, de lui confectionner un poison foudroyant. 

 

15

 

La sorcière s’exécute et obtient en récompense supplémentaire, une somptueuse épingle à cheveux de la reine. Il en coûtait peu à notre empoisonneuse puisque, dès quitté la masure de la sorcière, elle enjoint aux sbires qui l’accompagnent, de retourner la faire disparaître. Mais la sorcière, heureusement pour elle, avait déjà pris la fuite avec son or et son bijou.

 

Pendant ce temps, nos deux gardes du corps en chef sont sur les fortifications, Fernando interpelle de Torrès, et lui annonce qu’il est en état d’arrestation, qu’il ne s’appelle pas Fernando de Gama, nom de sa mère mais en réalité Fernando de Monterio, qu’il a en lui reconnu l’assassin de son père et qu’il a découvert son nom véritable d’assassin poursuivi par la justice du Portugal, de Xavier.

 

Mais les motifs de son arrestation ne sont pas là, mais le complot contre le roi. Ne voulant pas obtempérer à l’ordre d’arrestation, le señor de Torrès-de Xavier s’engage dans un duel à mort avec Fernando. Alors que Fernando est sur le point de succomber à une traîtrise (évidemment), c’est Tong qui à son tour sauve la vie de son ami d’un magistral envoi de sa hache. Expirant, le traître demande toutefois à Fernando de faire au moins le bonheur de sa fille.

 

16

 

Nos deux amis se précipitent alors au palais. La sorcière a été arrêtée, on a trouvé sur elle l’or et le bijou de la reine. Va-t-elle parler ? Un coup de hallebarde sur ordre de la reine l’en empêche.

 

Celle-ci a en effet déjà versé le poison foudroyant dans la coupe royale mais sous les yeux d’une servante cachée derrière une tenture.

 

17

 

Lorsque Fernando et Tong arrivent au palais, le roi, expirant, a le temps d’accuser sa royale épouse mais nul ne l’entend.

 

18

 

Le petit prince gît à ses côtés sur leur lit de mort. La reine, sous de feints hurlements de douleur, les fait arrêter.

 

Se tient alors l’assemblée des notables pour qu’il soit procédé à la lecture du testament royal.

 

La volonté du défunt est clairement exprimée, la charge royale doit revenir à Yodfa sous la régence de sa mère jusqu’à ce que le petit prince soit en état de régner. Sudachan n’est pas désarçonnée, alors que tous les notables s’interrogent.

 

19

 

Elle se lève alors, entre en transe et annonce qu’elle vient de faire un rêve prémonitoire, son royal époux et leur fils lui ont clairement dit, dans son sommeil, qu’ils souhaitaient que le trône revienne à Khun Chinnarat qui devrait régner sous le nom de Worawongsathirat. Elle le reconnaît dans les rangs des notables prosternés : « Voila le roi ». Et le laquais monte sur le trône !

 

20

 

Il annonce qu’il faut immédiatement faire justice des traîtres qui ont assassiné le roi et son fils. Les deux comploteurs devront s’engager dans un duel à mort, le vainqueur aura droit à une mort douce, le vaincu devra périr dans des souffrances atroces. Le duel s’engage alors, la rapière contre la hache, sous le regard ravi du « manant sorti du ruisseau », de la reine et de la populace toujours avide de jeux du cirque. Le duel n’est pas feint, mais le nouveau roi en ignore les règles. A un moment donné, la hache d’arme de Tong part dans les airs se ficher dans le cœur de l’usurpateur et l’épée de Fernando s’envole et se fiche au dessus de la tête de la traîtresse, il ne lui appartenait pas de tuer une reine.

 

21

 

La reine, de rage, veut alors se venger et hacher menu les deux duellistes, entourés par ses gardes, mais l’arrivée du prince Chakkrapat à la tête de ses troupes annonce alors le dénouement.

 

Il fait délivrer les deux prisonniers et accuse la reine d’avoir tué le roi, son frère. La reine nie, mais elle  est confondue  par la servante témoin de son forfait. « Étant donné votre statut » dit alors le prince à Sudachan :

 

« je vous accorde une mort rapide » « Qu’on l’emmène sur le champ et qu’on lui coupe la tête, quand ce sera fait, empalez-la sur un pieu aux porte de la cité pour que tout le royaume sache que justice a été rendue aujourd’hui ».

 

22

 

La fin est heureuse, Fernando épouse Maria, Rodrigue a pardonné à la fille de l’assassin de son père, Chimène a pardonné à celui qui a causé la mort de son père et Tong retrouve sa famille.

 

La fin du film est lourde de sens et il est permis de se demander s’il ne faut pas en faire une lecture au second ou au troisième degré ? Toutefois le film précise à la fin :

 

Le roi Chakkrapat accéda au trône le 4 juillet 1547. Le roi de Birmanie déclara à cette époque « l’incident d’Ayuthaya démontre que le royaume du roi Chakkrapat est en plein confusion. Si nous levions une armée et si nous attaquions rapidement, nous pourrions prendre Ayuthaya aisément. C’est ainsi que commencèrent de nombreuses batailles qui menèrent à la chute d’Ayuthaya en 1559.

 

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 (Cf. en note 12, la référence à notre article « historique »  sur ce sujet).

                                       

Nota. 

 

Nous avons, à diverses reprises, souligné les difficultés posées par l’absence de règles précises, de « lois fondamentales », dans l’ancien Siam relatives à la dévolution du trône qui permettaient de passer allègrement d’un valet de chambre au frère du monarque défunt (13). Telle fut pourtant la réalité historique même si le valet de chambre ne fut roi que 42 jours.

 

Il existe peut-être (certainement ?) une censure cinématographique en Thaïlande, mais ce film a été lancé à grands renforts médiatiques et ne donne pourtant pas de la monarchie siamoise au XVIème siècle une vision bien « positive ». Il est cependant passé au travers des mailles du filet.

 

Rappelons, sans autre commentaire que « Ruy Blas » auquel nous faisions allusion, qui reposait sur la seule mais géniale imagination de Victor Hugo, a été interdite par Napoléon III compte tenu (en particulier) d’une vision totalement « négative » qu’elle donnait de la monarchie espagnole décadente de la fin du XVIIème siècle !

 

NOTES

 

 (1) Lek Kitaparaporn (réalisateur) et Sean Casey (dialogues)

 

(2) Son rôle est tenu par Gary Stretch, ancien boxeur devenu « sex symbol ».

 

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(3) La très belle actrice americano-thaïe Cindy Burbrige qui fut miss Thaïlande en 1996.

 

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(4) Nirut Sirichanya incarne un roi plus vrai que nature.

 

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(5) Yoesawadee Hassadeevichit,

 

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« LE » top model thaïe est bien connue pour ses photos érotiques mais se révèle aussi une excellente actrice. Hélas, dirons certains, le film nous dévoile beaucoup moins de sa superbe anatomie que certains intérieurs de journaux !

 

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(6) John Rhys-Davies est aussi l’inoubliable Gimli du « seigneur des anneaux » et nous le connaissions comme « méchant » dans plusieurs « Indiana Jones » et en ignoble Général Léonid Pushkin face à James Bond (« Tuer n’est pas jouer »).

 

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(7) Il est joué par le séduisant Akara Amarttayakul, une vedette de la télévision thaïe.

 

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(8) Chakkrapat est incarné par Oliver Poupart, autre vedette de la télévision thaïe.

 

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(9) Nous retrouverons Dom Hetrakul en 2008 aux côtés de Nicolas Gage dans « Bangkok dangerous ».

 

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(10) Amora Asawanond est une sorcière modèle.

 

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(11) Si cette scène peut déconcerter les esprits occidentaux, elle ne nous étonne guère connaissant le goût viscéral des thaïs du XXIème siècle qui croient encore dur comme fer (ce n’est qu’un exemple) lire dans leurs rêves les résultats de la loterie nationale.

 

(12) Cf. notre article :

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-52-le-roi-chakkraphat-1548-1568-et-le-roi-mahin-1568-1569-111345508.html

 

Nous avons vu que le roi Chairachathirat, en 1547, laisse deux fils, Yot Fa, son fils aîné âgé de douze ans qui lui succède et son jeune frère, Si Sin âgé de cinq ans. Le Prince Thianracha, « de la même lignée royale », se réfugie sous l’habit monastique pour ne pas être assassiné. Ensuite, la reine Si Suda Chan, ne va pas se contenter de la régence, mais va manœuvrer et installer son amant (un garde) sur le trône, celui qui restera dans l’Histoire, comme le roi Warawongsathira, l’usurpateur.

 

Il ne règnera que 42 jours et fut exécuté avec la reine  par un complot de nobles menés par Khun Phirenthorathep, de lignée royale, Khun Inthorapet, Mun Ratchasaneha et Luang Si Yot. Ils vont alors proposer au prince Thianracha qui s’était retiré dans un temple, de devenir le nouveau roi.

                                               -----------------------------------

Le chapitre deux des Chroniques royales  commence donc en 1548 par la cérémonie d’intronisation qui fait du Prince Thianracha, le roi Chakkraphat, qui sera connu, comme le seigneur des éléphants blancs. 

 

Il semble que la cérémonie se fasse sous l’autorité du chef de la conspiration, Khun Phirenthorathep, qui propose au nouveau roi d’adopter le Prince Si Sin (fils du roi Chairachathirat).

 

Khun Phirenthorathep sera ensuite récompensé en devenant le Prince Thammaracha, de Phitsalunok, avec les insignes symboliques, cadeaux et prérogatives dus à son titre. Le roi lui donna sa fille en mariage, la princesse Sawadirat, qui  devint la princesse WisutKasatttri,  reine de Phisalunok.

 

Les autres leaders de la conspiration ne  furent pas oubliés et reçurent les plus haut titres.

 

(13) N’oublions pas, nous français, qu’à la mort du dernier capétien direct en 1328, il fallu 100 ans de guerre avec les Anglais pour que ces « lois fondamentales » sur la succession au trône soient définitivement établies et les voisins anglais écartés du trône de France.

 

 

 

 

 

 

 

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