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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 03:02

YamadaNagamasa2L’oublié des annales d'Ayutthaya, le Japonais Yamada Nagamasa.


L’histoire de cet « aventurier » est bien connue des Japonais. Il fut un modèle de propagande, célébré dans les chants patriotiques. Plus tard, dans les années quarante, il a été utilisé comme légitimation de la présence japonaise envahissante dans le Sud-est asiatique. Entre 1941 et 1943 seulement, trois biographies complètes ont été écrites au sujet de ses aventures et  des récits de son séjour au Siam. Vérité ou mythe ?


« Les sources sont rares et écrites dans de nombreuses langues différentes » nous dit un peu rapidement Polenghi (1) « ... essentiellement en japonais, les archives siamoises ont été détruites par les Birmans et celles du Japon ne sont pas faciles d’accès ». 

 

YamadaNagamasa4

 

Il y a au moins deux sources anglaises d’accès linguistique plus facile, celle de James qui a eu l’honneur d’une traduction récente en japonais (2) et celle de Wood (3), quelques-unes françaises, l’une traduite du japonais (4) et l’autre écrite en français par un très savant japonais (5). Les sources siamoises, les annales  notamment, sont  muettes à son sujet.


Il a fallu la sortie en 2010 du film « Yamada Nagamasa, le samouraï d’Ayutthaya »,

 

YamadaNagamasa5

(version française, un titre mal traduit  « Yamada, la voie du samouraï ») célébrant le 124ème anniversaire du traité d’amitié entre le Siam et le Japon pour que nous fassions sa connaissance et nous y intéressions. Nous avons regardé le film avec un « certain sourire ». Il est manichéen, l’histoire vraie de ce samouraï est plus nuancée.

  • Originaire de la ville de Shizuoka sur la côte ouest du Japon où il serait né en 1578 ou 1585 selon les sources,

Il est issu d’un milieu modeste, son père était commerçant ou teinturier et lui même aurait été porteur de palanquin. Il a rêvé d’être samouraï, cette caste, sorte de noblesse d’épée héréditaire ; elle est celle des hommes forts de la nation, mais elle lui est inaccessible, la modestie de ses origines lui interdit l’accès à cette féodalité militaire de probablement 400.000 hommes emplis de morgue (6).

 

samourai


Enfant et adolescent, il avait pourtant suivi l’enseignement d’un célèbre moine-guerrier, un « Yamabushi » et y avait acquis d’incontestables talents militaires. Il a très probablement appris de lui aussi l’art de forger les fameux sabres des samouraïs, les katanas. Leur trempe est célèbre et celle des armes de Tolède ne peut rivaliser avec elle. Le sabre, bien manié, peut, dit-on, trancher une barre d’acier (7). Une forge de Bangkok qui fabrique ces fameux sabres prétend que le secret a été transmis dans sa famille de père en fils depuis Yamada (?).

 

forge

 


Fils du peuple, nul maître d’armes ne l ‘aurait engagé. Tout au plus peut-il espérer être rônin, une ombre de samouraï, samouraï sans maître, un de ces soldats d’aventure, prêts à mettre leurs deux sabres au service du premier venu, mercenaire ou bandit.


Il fait en 1614 connaissance de deux armateurs japonais, Messieurs Taki et Ota qui organisent une expédition commerciale vers Formose. Il sollicite d’y participer comme simple marin et se heurte à un refus brutal. Il se rend alors secrètement à Osaka où se trouve le bâtiment, le Tayika-maru, et s’y introduit comme passager clandestin. Il se découvre une fois en pleine mer, est reconnu, et finit après longues discussions, par être admis au sein de l’équipage. Le bateau est attaqué en pleine mer par des pirates qui se heurtent à Yamada et quelques autres aventuriers japonais du voyage armés jusqu’aux dents. Les pirates sont taillés en pièces. La bateau décharge sa cargaison à Formose et en charge une nouvelle pour le retour. Mais Yamada n’a aucune envie de retourner dans son pays natal.


300px-Japantowns


Il s’installe à Formose mais s’aperçoit que l’île est peuplée de demi-sauvages et qu’il n’a rien à y faire. La première occasion sera la bonne, un navire hollandais (les Hollandais ont alors un comptoir à Formose) se rend au Siam dont quelques états tributaires sont alors en pleine guerre avec des roitelets voisins.

  • Il choisit de se rendre à Ayutthaya dont il a longuement entendu parler pour rejoindre la colonie japonaise – quelques milliers d’individus - et se présenter à son chef.

 

Japanese village

 

En effet, il y a alors au Siam une forte colonie japonaise, elle a été longuement décrite par nos voyageurs français, La Loubère en particulier, elle a son quartier à Ayutthaya (« Ban Yipoun » disent les thaïs) dont il nous donne le plan. La stèle à sa mémoire y est toujours fleurie par les touristes japonais.


stele nakohn


Il est rapidement promu chef de la petite troupe qui assure la protection de la colonie nippone. A ses talents militaires, il joint probablement un certain charisme.

En contact avec des officiers siamois, il leur donne quelques conseils sur une tactique militaire à adopter et en vient à obtenir la confiance du roi qui le fait général en chef de ses troupes. Nous sommes sous le règne d’Ekathosarot, de Si Saowaphak puis sous celui de Songtham.

  • Il recrute quelques centaines de ses compatriotes puis crée un corps d’armée siamois surentraînés de 10.000 hommes.

Une guerre avec Luçon,

 

Luçon

la plus grande île des Philippines (où se trouve Manille), totalement ignorée des annales, le voit promu amiral en chef de la marine siamoise. Sa réputation était déjà établie, il défait proprement la marine ennemie. Il est devenu un héros national dont la réputation est alors connue du Shogun de Kyoto qui lui octroie un titre très formel, quelque chose comme « Duc du Siam ».

Quelle fut cette guerre avec les Philippines déjà sous tutelle espagnole ?

Nous n’avons trouvé trace nulle part d’un conflit naval avec les Siamois ? Fut-elle menée par la marine japonaise ? De tous temps (et encore il y a beaucoup moins d’un siècle, le Japon a toujours manifesté des prétentions sur les îles philipinnes. Par ailleurs, il ne semble pas qu’il y ait eu au début du XVIIème siècle une véritable marine de guerre siamoise susceptible de mener une guerre navale sur mer, si l’on en croit du moins le Prince Damrong (8). La question reste posée ?

Le porteur de palanquin appartient désormais à la haute noblesse japonaise. C’est alors qu’il fait parvenir au sanctuaire de sa ville natale un ex-voto qui s’y trouve toujours et portant l’inscription « je vous remercie du fonds du cœur puisque les prières que je fis en ce temple ont été exaucées ».

 

ex voto


  • Le roi Songtham lui donne l’une de ses filles en mariage et le nomme en 1628 « djao », c’est à dire en réalité vice-roi, du turbulent royaume tributaire de Nakhon Sri thammarat, alors appelé « Ligor » par les Européens. Sa gloire se répand des Indes jusqu’au Japon.

Pour Kijima, son compatriote, sa gloire aurait été acquise en marchant contre une « arrogante armée espagnole qui voulait envahir le pays et lui infligea une défaite complète ». N’ayant jamais abandonné la foi de ses pères et conservant la nostalgie de son pays, Il organise son voyage de retour mais les événements le contraignent de se rendre dans son royaume de Ligor pour y réprimer une rébellion.

Accompagné de 300 de ses fidèles compagnons, Il y trouve une fin sans gloire victime probable de querelles de palais (blessures ? empoisonné ?) en 1633. Sa fille (ou son fils ?) Ayin, lève alors armée pour le venger, mais elle est défaite et elle (il) se réfugie au Japon. Une stèle qui n’est guère connue que des touristes japonais y rappelle son souvenir.

 

300px-Ayutaya japanese town


Toutes ces sources s’accordent toutefois à dire qu’il était haï des siamois et que son empoisonnement marqua le déclin de la présence japonaise au Siam pour de longues années.


Aymonier vaut d’être cité :


« Il n’y a pas lieu de s’étonner outre mesure de la présence de ces nombreux Japonais dans le royaume de Siam. Anglais et Hollandais emploieront des soldats Japonais dans plusieurs de leurs expéditions du XVIIème aux Indes orientales.

Et vers 1615, un fameux boucanier japonais, Yamada Nagamasa, se rendit à Siam, dit-on, à bord d’un navire étranger. Il commanda et dirigea l’armée de ce pays contre un état voisin, devint célèbre par ses victoires continuelles, fut nommé général en chef de l’armée siamoise puis régent et « vice-roi » ( ?). Il convia un grand nombre de ses compatriotes, des samouraïs sans emploi à venir au Siam où les soldats japonais étaient redoutés de tout le monde » (9).

Il ne faut pas s’étonner de l’emploi du mot « boucanier » : Yamada n’était en effet pas indifférent aux biens matériels, probablement un peu corsaire : Les Hollandais l’accusèrent, sans preuve formelle, d’avoir affrété une flotte de pirates aux environs de 1620 pour attaquer et piller leurs navires, ceux des Portugais et des Espagnols autour de l’île de Java et des Philippines ?

 

Redsealships


La flibuste japonaise est active à cette époque et la frontière est floue entre le commerce et la piraterie (10). Les pirates japonais partaient de la base japonaise de Pattani pour attaquer les navires venus de l’Inde, de la Chine ou du Japon. Il serait alors allé enfouir son trésor sur la côte est de l'Australie ? Il est  peu probable qu’il ait osé naviguer le long de cette côte hostile (où des épaves ont été inventoriées par centaines) située en dehors des routes commerciales avec obligation d’un très long voyage pour le récupérer. Ce trésor, 100 millions de dollars, se trouverait dans l’une des centaines d’îles du détroit de Torrès ? Une légende toujours vivace sur un site consacré aux trésors à retrouver mais attention, nous ne garantissons rien (11).

 

Son histoire a ou aurait inspiré la très belle nouvelle de Rudyard Kipling, «  l’homme qui voulut être roi. » Elle suscite en tous cas la même conclusion, « Ceux qu’il veut perdre, Jupiter les grandit ».


Et le film ?


Des bons, des méchants, un zeste d’amour et de bons sentiments. Un vrai western «  à la thaïe ». Des scènes de batailles bien montées et de l’hémoglobine à souhait. Nous aurions volontiers vu confier le rôle principal à Yul Brynner (qui avait du sang mongol) ou à John Wayne s’il avait eu les yeux bridés mais paix à leurs cendres. Nous pouvons vous résumer l’histoire, on en devine la fin dès le début.


Yamada vit au Siam à l’époque d’Ayutthaya. Il appartient à la troupe de mercenaires japonais et de soldats siamois qui assurent la protection du Roi Naresuan. Petite entorse à la vérité historique, ce sont en réalité ses successeurs que servit notre aventurier. A la suite d’une soirée de beuverie dans le village japonais, il est attaqué par des individus masqués, en réalité des japonais félons dirigés par Kaito le traître.  Il était sur le point d'être tué lorsque des Siamois viennent à son secours. Le maniement du sabre japonais ne résiste pas au « muay thaï ». Réfugié à Phitsanulok au domicile de la belle Champa, il est guéri par la médecine traditionnelle du moine Sorapong Chatree.

 

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Le sachant, Kaito veut le retrouver et l’éliminer puisqu’il se sait reconnu. Yamada que les Siamois appellent « visage blanc » (หน้า ขาว) ou « Yipoun » (ญี่ปุ่น) est protégé par le moine au sourire (évidemment) énigmatique qui lui enseigne l’art du « muay thaï » pendant qu’il enseigne aux Siamois l’art de forger et de manier les sabres japonais. Il se lie d’une amitié profonde avec le frère de Champa, Aikham, auquel il offre, en gage d’un lien indéfectible, son sabre de samouraï. Pour un Japonais, c’est un véritable échange du sang.

 

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Il est devenu citoyen d’Ayutthaya dans son cœur. « L’amour de la nation n’est pas réservé à ceux qui y sont nés, mais à tous ceux qui le portent dans leur cœur ». Après la séance du tatouage sacré, le sang d’Ayutthaya coule désormais dans ses veines. Il est alors admis dans le corps des gardes du roi. Ayant appris que 200 soldats birmans étaient entrés dans le pays pour assassiner le roi, celui-ci envoie dix de ses meilleurs combattants, Yamada en tête, pour les éliminer. A 1 contre 20, ils réussissent, animés par « l'amour du roi et l'amour de la nation ».


Avant de quitter le village pour retourner sur son île natale dont il conserve la nostalgie, et abandonner l’amour de la belle Champa (larmes), il veut se venger du méchant Kaito. Celui-ci qui ne désespère pas de le tuer, envoie contre lui 100 de ses hommes. Yamada et Aikham leur tiennent victorieusement tête (cette fois 1 contre 50). Kaito utilise alors traîtreusement (évidemment) une arme à feu dissimulée sous ses vêtements pour abattre Yamada. Aikham s’interpose et succombe au coup de feu. Resté seul face Kaito (dont les hommes ont précédemment tous été coupés en rondelles, éventrés, décapités ou étripés, les plus chanceux n’ont perdu qu’une jambe ou un bras), moment fort du film, Yamada lui tranche d’un habile coup de sabre le sommet de la boite crânienne.

 

 

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Happy end.

 Yamada restera au Siam, finira « gouverneur de Ligor », épousera – bien sûr - la belle Champa mais nous ne saurons jamais s’ils eurent beaucoup d’enfants. « Je n’y suis peut-être pas né mais c’est ici que mon âme y reposera ». Vous passerez 90 minutes sans vous ennuyer et vous n’aurez rien appris de l’histoire du Siam.

 

 

                            ______________________________

 

 

Nota. « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » jusqu’ au règne de Naraï (1656-1688) ne parlent pas (ou si peu) de la présence étrangère au Siam. Or la première ambassade portugaise arrive au Siam en 1511, en 1598, un traité commercial est signé avec l’Espagne, en 1604, les Hollandais arrivent à Ayutthaya, puis viendront les Anglais, les Français et d’autres nations…


Il était temps pour nous d’étudier cette présence étrangère et du rôle qu’elle a joué dans le royaume d’Ayutthaya.

 

 

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Sources


(1) « Samurai of Ayutthaya: Yamada Nagamasa, Japanese Warrior and Merchant in Early 17th Century Siam »  Cesare Polenghi   (White Lotus, 2009  ISBN 978-974-480-147-0)

 

Polenghi


(2) « Narration of foreign travel of modern Japanese »  Capitaine J.M. James, 1888.


(3) « A story of Siam » par W.A.R.Wood à Londres, 1924.


(4) « Les aventures du japonais Yamada Nagamasa à Siam – 1615-1633 » extrait de l’ouvrage japonais « Kai-gai-i-den, histoire de voyages d’outre mer » à Tokyo en 1850 in « Excursions et reconnaissances », 1882.


(5) « Pages de l’histoire diplomatique du Japon » Kozo Kijima in « Revue de droit international et de législation comparée », 1917, tome IX n°1.


(6) « Les origines de l’armée japonaise » par le Colonel Lebon, Paris, 1898.

(7) Camille Pagé, « La coutellerie en Asie depuis l’origine jusqu’à nous jours, la fabrication ancienne et moderne » Paris, 1900


(8) Prince Damrong, « Histoire des bateaux de guerre siamois », traduite par Jean-Claude Brodbeck, in « Arts asiatiques » tome 34, 1978, pp 173-237.


(9) Aymonier, « Le Cambodge », volume III, page 767.


(10) « Histoire du commerce japonais » Georges Bonmarchand in « Politique étrangère » 1951 n° 2, p 145-166.


(11) http://orpaillage.blogspot.com/2009/04/australie-chercheur-de-tresors-marins.html

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 03:01

250px-Il Condottiere A Propos de Dominguos de Seixas, pour le film La Légende de Suriyothai de Chatrichalerm Yukol (2001).


Deux estimables correspondantes portugaises nous corrigent à propos du mercenaire portugais Domingos de Seixas. (Cf. article*)


Dans l’article 51 nous avions écrit : Ensuite nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce Domingos de Seixas et son témoignage, que le making of du film (La Légende de Suriyothai) présentait comme l'un des documents les plus importants sur l'histoire thaïlandaise de cette période (et dont  le rapport au roi Johan III du Portugal était enregistré par le Comité portugais des historiens) (sic). 

Or, nous n’avons trouvé aucune trace de  l’existence de ce mercenaire, ni de référence pour ces fameux  « documents », outre ceux reprenant « l’information officielle » du film. 

On s’est demandé alors s’il était crédible  qu’un simple mercenaire de base comme Seixas puisse adresser une « correspondance » au Roi du Portugal ? (comme par exemple un marin français de l’ambassade de 1685 au Roi Louis XIV ?)


Or, Madame Deana Barroqueiro


foto aveiro09

nous informe :


« Dominguos de Seixas a vraiment existé. Il a vécu plus de 20 ans au Siam, en tant que commandant d’une force de soldats portugais (artillerie et mousquets). Le rapport qu’il a écrit au roi D. João III (selon l’usage des portugais qui faisait des missions d’espionnage et de commerce à l’Orient) existe dans les Archives de la Biblioteque Nacional de Lisbonne, mais il faut y aller pour le consulter.  Le roi a essayé de le libérer et a envoyé une ambassade à Ayuthya. Domingos de Seixas est mort à Lisbonne. Donc l’histoire de ces guerres est, en effet, racontée par Domingos de Seixas et par Fernão Mendes Pinto.

Madame Deana Barroqueiro est une grande écrivaine de romans historiques sur l’histoire de son pays, qui ne nous semblent malheureusement pas avoir été traduits en français, entre autres « O espiao de D. Joao II » («  L'espion du roi Jean II » - surnommé « Le Prince parfait » )

blog espiao150

 

ou « O navigador de Passagem » (« Le passage du navigateur » - l’histoire de Bartolomeu Dias).


Dias

 

Vous pouvez consulter son blog pour en savoir plus sur elle. Malheusement, nous n’avons aucune notion de la langue de Camoens (deanabarroqueiro.blogspot.com/). Souhaitons qu´un jour un éditeur français s´intéresse à son oeuvre.

Nous sommes il est vrai passé peut-être un peu rapidement sur le grand Jean III qui régna sur un empire recouvrant trois continents ? Elle prépare, nous dit-elle – un roman sur l’histoire de Domingos de Seixas et Fernão Mendes Pinto. Voilà bien une publication que nous attendons avec intérêt. Comme nous le lui avons répondu, la correspondance du marin se trouve en ses archives nationales auxquelles nous n’avons pas accès, et la Biblioteca nationale de Portugal – nous sommes naturellement allé nous promener sur son site Internet – n’a pas (encore ?) entrepris l’immense tâche de numérisation comme la Bibliothèque nationale de France.


jean 3


Ils nous semblait impensable qu’un monarque du XVIème puisse recevoir la correspondance d’un simple matelot ?


Tel n’était apparemment pas le cas de Jean III. Sommes-nous encore trop imprégnés de l’ « Histoire de France » comme on nous l’a apprise dans les années 50 ? Nous avions en mémoire la réception de Jean Bart à la Cour par le Roi Louis XIV qui fit scandale,

Jean Bart

recevoir Forbin (de l’Ambassade de Louis XIV venue au Siam), évidemment, sa noblesse est immémoriale, mais un corsaire la pipe à la bouche et des bottes crottées aux pieds ! Louis XIV est reponsable de l’étiquette qui régnait à Versailles et qu’il transmit d’ailleurs à Philippe V son petit fils à la Cour d’Espagne. La trace que nous en trouvons dans le film de Gérard Oury « La folie des grandeurs » est à peine caricaturale ! Pour faire entrer leurs gourgandines à Versailles, Louis XIV et Louis XV durent les gratifier de solides mais fantaisistes lettres de noblesse, y compris la dernière en date, Madame du Barry qui venait d’un lupanar parisien.


Du BARRY

 

Louis XVI eut une vie conjugale plus sage mais aucun d’eux ne s’est jamais intéressé « à la France d’en-bas », n’a jamais quitté Paris ou Versailles autrement que pour se marier (Louis XIV), faire semblant de participer aux campagnes mitiaires (Louis XV pendant la guerre de succession d’Autriche) ou prendre une fuite éperdue (Louis XVI). L’admission « aux honneurs de la Cour » nécessitait (en principe) la preuve d’une immémoriale noblesse c’est à dire datant d’avant l’an 1400 et conférait automatiquement à son bénéficiaire un titre de Marquis. L’éloignement de leur « bon peuple de France » par nos monarques ne fut pas l’une des moindres causes de la chute de la monarchie de droit divin.


Tel donc,  ne fut apparement pas le cas de Jean III qui eut probablement autant d’intérêt à lire les correspondances de ses marins que celles de ses amiraux. Ce seraient d’ailleurs un réseau d’informateurs qui aurait permis à Jean II son précédesseur médiat de diriger les grandes découvertes de Dias ?


Il est parfois des leçons à tirer de l’histoire, Alexandre partit à la conquète du monde en compagnie de 40.000 compagnons macédoniens. Lorsque les liens d’amitié furent rompus, qu’il se prétendit fils de Zeus et qu’il exigea d’eux qu’ils pratiquent à son usage prosternations et prosternements à l’instar des tyrans asiatiques qu’il avait vaincus et qu’ils ne soient plus ses amis mais ses féaux, sa chute était irrémédiable. C’est tout au moins ce que nous contèrent Ptolémée et Plutarque.


alexandre-colin-farrell-visage-ensanglante


+++

 

La seconde nous est venu de Paris et concerne le même sujet, sous le plume de Madame Maria- Fernanda Pinto.


Pour Alain et Bernard, qui sont étonnés qu’un pauvre  mercenaire de base comme Domingos Seixas , puisse adresser une « correspondance » au Roi du Portugal , que c’était comme si par exemple, un marin français de l’ambassade de 1685, se serait permis d 'écrire au Roi «Soleil»… Peut-être que le roi Jean du Portugal aimait avoir des nouvelles en direct de ses sujets, partis loin à la découverte d’autres mondes ? On commence un joli débat historique par mettre en doute l’existence dans personnage de la « Pérégrination » de Fernão Mendes Pinto, juste parce que à aucun moment  dans ces documents il n’y avait  aucune ligne concernant la princesse Suriyothai ?
Je n’ai pas vu le film ! Il va falloir que je comble cette lacune pour savoir qui était cette importante princesse et…ce qu’elle a fait !


Nous lui conseillons bien évidemment de voir le film « Suriyothai » ; historique ou pas, c’est du grand  Coppola.


Elle souligne la relativité des notions historiques en nous indiquant avec humour que l’on peut tout à la fois parler de la « campagne » de Napoléon au Portugal ou de « l’invasion » du Portugal par Napoléon (qui fut en tout état de cause un lamentable échec de Junot). Nous avons souligné que ce que disait le grand Pascal de la Justice (« plaisante justice qu’une rivière borne, vérité en deçà des Pyrénées, erreur  au delà ») valait pour les historiens aussi.


Vérité à Lisbonne, vérité au Siam ?

Les Portugais ont participé avec héroïsme à la guerre de 14-18 et ont laissé plus de 2.000 hommes sur le terrain, c’est peu pensez-vous ? Un gros million d’habitants à l’époque, une entrée en guerre au printemps 1916 et un corps expéditionnaire de 50.000 hommes.


debarquement brest 01

Le Siam aussi, laissa 19 morts (probablement aucun au combat ?) et un monument très triomphaliste à ses morts héroïques.


83px-Monument aux morts 14-18 

 

Vérité à Paris, vérité au Siam ? Le grand romancier provençal, Pierre Boulle, il avait « payé pour voir », nous conte avec un humour cinglant (« Aux sources de la rivière Kwaï », Julliard 1966) l’histoire de la guerre franco-thaïe de 1941 dont nous avons parlé en essayant de nous abstraire de quelque cocorico que ce soit.

sources-riviere-kwai


 La vision thaïe est entièrement divergente. Etonnant, non ?

 

+++

 

Vos observations, Mesdames, ne nous ont pas été inutiles, elles le seront plus encore lorsque nous nous pencherons sur l’arrivée des Portugais au Siam sous le règne de Manuel Ier, cousin et successeur de Jean II.

 

 

Voir notre article : 

A 51. Cinéma thaïlandais : http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html 

 

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 04:01

 

richelieu 04Le commandant en chef  de la marine siamoise en 1893 : le commodore du Plessis de Richelieu , vous connaissez ?

Nous avions dans « nos relations franco-thaïes » évoqué « l’incident du Paknam » de 1893, à l’issu duquel  « Le Gouvernement siamois renonçait à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ». Nous ne savions pas que la marine siamoise était alors  commandée par un Monsieur du Plessis de Richelieu.

 

Mais qui était cet illustre "descendant" de notre célèbre Duc ?

 

« Le 29 juin 1893 les troupes françaises occupent l’île de Samit et la France  exige le règlement de tous les différends. Trois colonnes partent de Saïgon… le chef Gros meurt lors d’un accrochage…Les Siamois font le blocus du Chao Praya… la France envoie le 13 juillet 1893 l’aviso l’Inconstant, le J. B. Say et le Comète qui forcent le blocus …Cf. la suite :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-les-relations-franco-thaies-le-traite-de-1893-66280285.html

 

La marine siamoise est commandée par un Monsieur du Plessis de Richelieu (jeune officier de la marine danoise) qui au mois de décembre 1901, fut élevé par SM le Roi du Siam au grade de contre-amiral et aide de camp général de la flotte siamoise sous le nom de Prayah Tchonlayudh. Il apparait d’ailleurs en tant que tel dans le très digne Almanach de Gotha dans ses éditions de 1900, 1901 et 1902.

 

Nous ne pouvions qu’être intrigués. Le Commandant Dartige du Fournet nous aida à découvrir ce « Richelieu ».


 220px-Louis Dartige du Fournet 1915

 

Dans son récit de la campagne du Siam de 1893, il cite un Armand du Plessis de Richelieu, commodore commandant la marine siamoise :

« Le commodore est venu me rendre visite à un moment où j’étais absent. Il a laissé sa carte où on lit en magnifique caractères :

 

ARMAND  DU  PLESSIS  DE  RICHELIEU

COMMODORE

COMMANDANT  LA MARINE  SIAMOISE 

 

Ce morceau de bristol nous plonge dans un étonnement que partage sûrement l’ombre du grand cardinal. Qui était cet étrange descendant ?

Chacun sait en France que le nom de Richelieu a été tranmis en ligne féminine d’abord aux Vignerot de Pontcourlay ; puis aux Chapelle de Jumilhac qui en sont les seuls possesseurs actuels. Quel motif a eu le brave commodore de choisir ce nom pour se l’approprier, alors que l’Histoire de France lui en offrait tant d’autres plus illustres encore ? C’est un mystère que notre Chanoine de Manille lui même aurait peine à expliquer malgré tout son esprit. Mais il lui serait facile de deviner que le  pseudo-Richelieu est un usurpateur. »

 

Qui est donc ce « Chanoine de Manille » ? Une allusion perfide du commandant : Le gouvernement espagnol des Philipines avait faire construire à Hong-Kong un aviso que le chanoine X, représentant le gouvernement philippin avait refusé de recevoir comme non conforme au cahier des charges. Le constructeur se tourna alors vers le Siam et le Commodore, moins subtil et moins regardant que le chanoine, l’accepta les yeux fermés.

L’anecdote est confirmée par le Prince Damrong dans son histoire de la marine de guerre siamoise, et par le Commandant de Balincourt dans diverses éditions de son Annuaire des flottes de combat.

 

Faux Richelieu mais aussi mauvais marin ?

Dartige, en bon hobereau breton et en bon officier de la « Royale », il est sorti major de « Navale » en 1872, connaît son « Gotha » comme le fonds de son navire. Le grand Cardinal eut deux frères, l’un mourut « en odeur de sainteté » Cardinal de Lyon et l’autre Henri, fut tué en duel en 1619 (ce qui expliqua le combat farouche du cardinal contre les duellistes) en ne laissant qu’un fils qui ne lui survécut pas et dont le Cardinal recueillit la succession. Nom, armes et biens du Cardinal passèrent à sa mort à la descendance de sa soeur pour laquelle il éprouvait une immense affection, mariée à René de Vignerot.

 

Dans un entretien accordé à un journal anglais, notre Duplessis prétendait descendre d’un frère du Cardinal dont la progéniture protestante aurait rejoint le Danemark lors de la révocation de l’édit de Nantes en 1685. Pour l’ «Intransigeant » du 11 novembre 1902, il s’agirait d’un « financier » danois du nom de Richels ?

 

Une autre version de la presse de l’époque : il descendrait d’une branche cadette de l’illustre famille qui serait restée protestante après la révocation de l’Edit de nantes et aurait émigré au Cap. Il y a effectivement au Cap comme au Danemark ou au Canada et partout en France des « Duplessis », et aussi des « du Plessis de quelque chose » de bon aloi (eux) mais du Plessis de Richelieu sonne tout de même mieux ! Richels ou Duplessis ? Certainement pas Richelieu ! Tout cela, ce sont des fariboles, mais un beau sujet de roman pour Alexandre Dumas !

Toujours selon la presse d’époque, quel que soit son nom, le personnage était d’origine danoise et avait servi dans la marine danoise en qualité de lieutenant. Il prit ensuite du service dans une société maritime danoise et fut chargé de ramener au Siam un yacht que le Roi de Siam y avait fait construire.

 

Il en fut nommé commandant, resta au Siam, et devint rapidement « commodore commandant la marine siamoise ». C’est la version du prince Damrong dans son « Histoire des bateaux de guerre siamois ».


D’abord « Duplessis », il rajoute alors à son nom celui de Richelieu. L’usage de ces fausses qualités amusa en tous cas beaucoup la presse mondaine de l’époque. Bien que dans ce monde on soit chatouilleux sur les usurpations de nom, le Duc de Richelieu alors existant ne lui fit pas l’hommage d’un procès devant les tribunaux de la république, peut être parce que l’auto-Richelieu n’avait pas osé se faire auto-duc ?

                                               ________________________

 

Mais revoilà plus d'un siècle plus tard le retour posthume de notre auto-Richelieu et vrai amiral.

Je trouvais dans le Bangkok post du 11 septembre 2007 l’article suivant qui m’interpella :

Les décorations et ses costumes de cour du Vice-Amiral Andreas du Plessis de Richelieu  seront mis en vente aux enchères à Bangkok à la demande de son petit fils Allan Aage Hastrup, âgé de 76 ans.


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La robe du contre amiral de Richelieu  dormait dans un coffre du Danemark. Magnifiquement brodée, elle est typique de celles que portaient les membres de l’entourage du Roi, et encore ce jour pour les cérémonies officielles les toges des professeurs de l’Université Chulalongkorn. Incrustée de broderies d’or et d’argent représentant des fleurs et des ceps de vigne entourant des motifs marins, ancres et roues.


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Je dois à un ami norvégien d’avoir effectué pour mon compte quelques recherches sur les sites Internet danois dont je ne parle pas la langue.

 

.... Il arrivait au Siam en avril 1875 porteur d’une lettre du Roi Christian IX. Officier de la marine royale, il venait offrir ses services au Roi Chulalongkorn à la plus belle époque de l’expansion coloniale européenne en Asie du Sud-est, période cruciale de l’histoire du Siam. Il fut nommé commandant du navire d’inspection navale, « Le Régent » qui patrouillait dans le golfe du Bengale, en 1877 commandant du navire Mongkut et l’année suivant du « Vesatri ». Il fut alors honoré du titre de Luang Cholayuth Yothin, nommé chef de la marine royaleet chef des arsenaux navals spécialement créés pour la mise au point des canons Gatling qui venaient d’être importés. Il reçut au cours des années suivantes des dignités siamoises élevées. Retourné au Danemark, dans sa résidence de Kokkedel il fut enfin élevé à la dignité de Prince Damrong Rajanubhab en 1930. Il joua un grand rôle dans l’histoire de la marine siamoise.

Lors du blocus de l’estuaire de la Chao Praya en 1893 par la marine française compte tenu de l‘inexpérience patente des officiers de marine siamois (Un aveu ? dont acte !) il ne put éviter suite aux  subtils plans d’attaque de la marine française la cession des territoires Laos à la France. Il fut alors nommé commandant en chef de la marine royale du 16 janvier 1900 jusqu’au 29 janvier 1901. Il joua d’autres rôles, accompagnant deux princes de la famille royale en 1883 pour y parfaire leur éducation au Danemark. Il serait à l’origine de l’installation de l’électricité au Palais royal. Lors de la première visite du Roi Chulalongkorn en Europe en 1897, la Reine Saovabha fut nommé régente et lui-même son principal conseiller. Il accompagna encore en Russie le Prince Maha Vajiravudh lors de sa visite à la famille impériale (la Tsarine était Dagmar, princesse danoise), au Roi de Suède  et au Roi du Danemark ainsi qu’à l’académie de Sandhurst, en Angleterre.

Il était intime avec les Princes Damrong Rajanubhab et Devawongse, qui jouaient le rôle de ministre de l’intérieur et ministre des affaires étrangères. Le Prince Damrong lui rendit souvent visite au Danemark, la dernière fois en 1930, deux ans avant sa mort.

 

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Lors de la construction du temple de Benjamabopit en 1901, il surveilla l’installation de la statue de Bouddha reproduction du magnifique Bouddha de Phitsanulok et son nom y est gravé au pied de la statue aux côtés de celui du Roi Chulalongkorn.

En récompense des services rendus, il fut nommé vice-amiral en 1902 et reçut divers décorations avant son retour au Danemark.

Quand le Roi Chulalongkorn fit un second voyage au Danemark en 1907 il rendit visite à un ami de 28 ans.

Il avait épousé sa cousine Dagmar Lousie Lerche en 1892 et eut cinq enfants nés au Siam entre 1892 et 1897. Sa fille Agnés Ingeborg du Plessis de Richelieu, a hérité de la robe et la confia ensuite à son fils unique Allan Aage Hastrup.


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Je n’ai malheureusement pas pu retrouver trace du résultat de la vente aux enchéres des dépouilles du faux Richelieu ! Qu’elle ait au moins permis à cet Hastrup de jouir d’une retraite paisible !

 

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NOTE :

 

La prolifération des « réseaux » sur Internet m’a fait découvrir il y a peu avec étonnement – cum grano salis – que tous les Duplessis du monde devenus « du Plessis de Richelieu » (Canada, Afrique du Sud et Danemark) « cousinent » en faisant assaut de liens de fantaisie avec notre amiral siamois et le grand Cardinal ! Il y a même un vignoble sud-africain dont les bouteilles sont étiquetées aux armes de la famille !


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Le dernier (vrai) duc de Richelieu est mort en 1952 en laissant son nom et son titre en déshérence et ces odeurs de futaille doivent le faire retourner sans sa tombe. Mais nul ne viendra plus reprocher aux geais de se parer des plumes du paon.

Primi Visconti écrivait déjà en 1673 « Paris abonde de ces marquis qui reçoivent l’investiture de leur laquais en s’en faisant donner par eux le titre ».

Faux Richelieu mais aussi mauvais stratège ? Il est une constante dans l’histoire de la colonisation que les guerres gagnées par les Français, les Anglais et les guerres indiennes par les Américains l’ont été essentiellement en raison d’une écrasante supériorité technique en matière d’armement. Les colonisateurs avaient de bons stratèges et de bons tacticiens, mais les « indigènes » aussi. Les Anglais affrontèrent Shaka Zoulou,


250px-KingShaka

 

dont ils reconnurent les exceptionnels mérites militaires, mais fusils à tir rapide contre sagaies. Les français vainquirent Abd-el-Kader, héros de la Kabylie, fusils Chassepot contre fusils à pierre. Géronimo l’apache fut un grand chef de guerre, ses troupes étaient armées d’arc et de fusils à silex contre les Winchesters et les mitrailleuses Maxim du général Miles.

 

Dartige narre en détail dans ses souvenirs la « campagne » de 1893. Peut-on mettre sa parole en doute ? Les Français n’écrivent pas l’histoire comme les Siamois. Selon lui, son triomphe militaire n’est pas du à son génie mais à la totale incompétence des officiers de le marine siamoise, pour la plupart danois et de leurs hommes de troupes (qualifiés méchamment de « barbares éclairés à l’électricité ») qui étaient pourtant dotés non pas d’éléphants, de lance-pierres et de sagaies mais, à défaut d'un bon navire, d’un armement américain (le redoutable canon Gatling et les mitrailleuses du même nom) de tout premier ordre...


250px-Mitrailleuse Gatling APX1895 Paris FRA 001

 

dont ils ne savaient pas se servir. La canonière en bois « La Comète » (15 canons et 196 hommes)


800px-Canonniere Comete (1884-1909) bf 1923

 

suivie de « L’inconstant » a forcé la passe défendue par deux forts sur-armés, neuf bâtiments armés de soixante trois canons et six mitrailleuses servis par 1.500 ou 2.000 hommes, et une ligne de défense de torpilles sous-marines.


mines


Dartigne n’eut qu’une coquetterie, baptiser « Paknam » la villa de Périgueux où il finit ses jours en 1940.


Paknam

 

Il termina sa carrière vice-amiral dans une semi disgrace : en service dans les Dardanelles pendant la guerre de 14, sans instructions (ou contre ?) il sauva au péril de sa vie avec l’accord de ses équipages la vie de plusieurs milliers d’Arméniens menacés de massacre par les Turcs.

 

_Sans titre-3________________________________________________________

 

Références :

Revue hebdomadaire du 5 décembre 1896.

Almanach de Gotha 1900, 1901 et 1902.

Intermédiaire des chercheurs et des curieux 1902 – I et II, 2010.

L’intransigeant du 11 novembre 1902

Bangkok Post.

Commandant Dartige du Fournet, « journal d’un commandant de la comète » 1897.

Prince Damrong « Histoire des bateaux de guerre siamois » remarquablement traduit par Jean-Claude Brodbck, in « Arts asiatiques » tome 34 – 1978.

Commandant Raoul de Balincourt, Annuaire des flottes de combat 1914

Et un magnifique exemple des effets ravageurs de la mitrailleuse Gatling (pour qui savait s'en servir) dans la scène finale du film « Le dernier samouraï ».

 

 

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 04:02

portrait.jpgPaul Ganier : Un voyou de Montmartre est commandant en chef des armées du Roi du Siam en 1869 ?


Le titre déjà annonce l’aventurier, mais vous ne pourrez pas deviner que ce Paul Ganier fut aussi cordonnier, soldat du pape, colonel en Pologne, commandant en chef des armées du Roi du Siam en 1869, colonel de la Commune de Paris, président de la République de St Domingue… et retraité à Bangkok .

 

Incroyable, non ? Vous voulez connaitre son histoire ?


De Montmartre à l’Italie, de l’Italie à la Pologne, de la Pologne à Bangkok, de Bangkok à l’Espagne, de l’Espagne à Saint-Domingue et de Saint Domingue à Bangkok, nous allons vous conter l’étrange parcours de ce gamin de Montmartre devenu général en chef des armées siamoises. Une existence fantastique et une odyssée, que celles de Paul Ganier d’ «Abin ».

Paul Ganier est de la trempe de ces aventuriers qui, selon  les hasards de la guerre finissent adulés ou fusillés. De quelque côté que ce soit, partout où il y a de la mitraille, on les rencontre, républicains ou royalistes, papistes ou garibaldiens, du côté des faibles ou de celui des forts, généraux ou adjudants.


Fils d’un modeste cordonnier, il est né aux environs de 1830, très certainement à Montmartre,  dans le 18ème arrondissement, quartier de la Chapelle. D’où vient le nom d’ « Albin » qu’il s’est attribué ? Certains l’ont fait naître au hameau d’Abin, dans la Vienne, dépendant de la commune de Saint Genest ? Ce qui expliquerait pourquoi il se fait appeler « Garnier d’Abin ». L’une de nos sources lui attribue même fort généreusement un bien fantaisiste titre de Vicomte. C’est assurément un enfant de Montmartre.


Soldat du Pape 

Après une enfance de vilain garnement, les sources convergent, il est d’abord ouvrier charpentier, après un bref passage à l’armée comme tambour-major, il jeta un jour ses outils pour prendre part à la guerre en Italie, sans que l’on sache trop – les sources sont contradictoires - s’il est chez les garibaldiens ou, beaucoup plus probablement dans les rangs des zouaves pontificaux où il aurait été décoré de l’ordre de Saint Grégoire le grand ? 


Zouave

 

Il était probablement en 1860 à Castelfidardo dans la petite armée du Pape aux côtés des volontaires nobles de l’ouest, probablement dans le bataillon franco-belge. Bataille héroïque où les piémontais surarmés et surentraînés se sont mis à 1 contre 6 pour défaire sans gloire l’armée pontificale. Il échappe à la tuerie et aurait ensuite visité – coq sur un paquebot - les Etats-unis, les Antilles et l’Amérique espagnole. Il y apprend toutes sortes de langues.


On le retrouve ensuite avec certitude en Pologne, le 11 février 1863. Il commande avec rang de colonel un corps d’armée insurgé et fait la campagne de 1863-1864 aux côtés de Dombrowski qu’il retrouvera plus tard à Paris. A la tête d’un groupe de « faucheurs », il se couvre de gloire. Les insurgés de 1863 avaient repris le nom de ceux de 1793 qui n’étaient armés que de faux contre les russes.


faucheurs

 

En 1864, la Butte est en deuil : Sa mort est annoncée. Non, il est prisonnier des russes. Ceux-ci lui donnent généreusement le choix, être fusillé ou être pendu. La veille de son exécution, il choisit une troisième mort et s’évade en sautant du haut d’une falaise de 40 mètres .... Il en réchappe miraculeusement après avoir échappé aux cosaques.

Mais il plane sur cette « mort » un mystère ! Le garnement de Montmartre a probablement joué aux Russes un tour à sa façon (c'est la seule version plausible), il se fait passer pour mort, tant et si bien que sa tombe, à Varsovie, a été fleurie par l'Ambassadeur de France lors des cérémonies célébrant le centenaire de l'insurection de 1863, fleurs qui ont tout simplement honoré un « soldat inconnu » !  Aucun doute possible sur cette fausse mort, les révolutionnaires polonais Christian  Ostrowski et Dombrowski

qui l'ont bien connu en Pologne, l’ont retrouvé en France lorsqu'ils s'y réfugièrent comme beaucoup de leurs compatriotes. Une fausse sortie digne de celle de Jack Beauregard dans « Mon nom est personne » :


Le Siam 

Après la déroute des polonais, il revient en France, s’attribue alors le nom de d’ « Abin », obtient une place d’employé des chemins de fer à Lyon et se marie.

Un beau jour, il abandonne son épouse et disparaît. Il est retourné sur la Butte ! Sur ces entrefaits, une ambassade du Roi de Siam vient à Paris, Ganier parvient à force d’instances et de démarches à se faire embaucher comme valet de chambre de l’un des ambassadeurs et débarque en cette qualité sur les rives de la Djaophraya


Comment, on n’en sait rien, mais il devint, avec le grade de général, commandant en chef de la garde royale. La presse française annonce en 1869 avec orgueil qu’un « colonel français » est devenu général en chef des armées royales siamoises.

Enorme bouffonnerie ? Que non pas ! Il avait été présenté au monarque par le Consul de France et aurait organisé l’armée siamoise à l’européenne et surtout son armement jusqu’à parvenir de grade en grade au rang de généralissime. Le Roi choisissait ses collaborateurs « farangs » avec soin. Ganier est chef de la garde qui veille sur sa royale personne. Mais, l’armée siamoise, à cette époque, ce sont essentiellement les quelques centaines de cavaliers de la garde royale, petite armée entrainé par Ganier ! Commandant en chef mais d’une armée d’operette.


operette

 

Seul, le « Figaro » qui déteste les anciens communards, affirmera qu’il n’était pas chez de la garde mais chef de cuisine et d’une armée de marmitons ? Toutefois, dans une lettre envoyée le 3 août 1871, « de l’ étranger » au « Figaro » qui a l’ élégance d’en taire la provenance (Il est alors « en cavale ») il conteste avoir été cuisinier mais « chasseur de tigre et d’éléphants ».

Il ne manque point de se marier, et épouse non pas une mais deux siamoises.

La Commune de Paris 

A la nouvelle du conflit franco prussien, il se souvient qu’il est français et vient mettre son épée au service de l’empire. A son arrivée, il n’y a plus d’empire mais la république. Qu’à cela ne tienne, il débarque à Bordeaux et offre son épée à la république. Gambetta lui donne un commandement avec grade de colonel par décret du 11 janvier 1871, compte tenu de ses qualités d’ « ancien commandant en chef des armées du roi du Siam ».


decret


Gambetta n’y voyait que d’un oeil ! La presse est enthousiaste face à ce grand patriote, généralissime des armées royales qui vient du fonds de l’Asie secourir sa patrie. Mais pouvait-on savoir que le siamois retournerait à Montmartre sans commander quelque régiment que ce soit face aux Prussiens ! Au bout de quatre mois de repos, fatigué, il envisage de retourner au Siam lorsqu’éclatent les premiers symptômes du mouvement qui devait avoir lieu le 18 mars. Notre aventurier flaire-t-il une bonne affaire ? Il va mettre son épée au service du Comité central qui l’accepte avec reconnaissance comme l’avaient fait successivement le Pape, les polonais, le Roi du Siam et Gambetta !


Il est alors nommé général commandant la place de Montmartre, au coeur de la Commune. Le comité central n’était point avare de titre et tout aussi borgne que Gambetta dans ses choix, il était le quatrième commandant la place. L’insurrection incube du 1er février jusqu’au 18 mars. Il ne semble toutefois pas qu’il ait pris une part bien active au soulèvement du 18 mars, mais il reste tout de même commandant de la place. Ses seules activités signalées sont des rapports envoyés au comité central d’un style très siamois : « Rien de nouveau, la nuit a été calme. A 10 h 05, deux sergents de ville déguisés en bourgeois sont amenés par des francs-tireurs et fusillés immédiatement. A midi 20, un gardien de la paix soupçonné d’avoir tiré un coup de revolver  est fusillé. A 7 heures, un gendarme amené par les gardes du 28ème a été fusillé » (rapport des 20-21 mars). Soupçonné, non sans raisons - les sources sont toujours convergentes - de complicité avec les versaillais, il est condamné à mort par le comité central le 27 mars mais « comme agent bonapartiste ». Le Comité avait décrété au mois de mai la saisie des biens meubles et collections de Thiers – qui n’était pas désintéressé – et il est probable que de concert avec deux autres généraux, du Buisson et Lullier, deux autres aventuriers sulfureux, il soit intervenu de façon non désintéressée pour éviter la perte des précieuses collections que Thiers avait accumulé dans sa demeure parisienne ? Jean Jaurès a des mots très durs pour ce « douteux condottiere ». Condamné à mort, oui, mais il a disparu. Louise Michel, pourtant égérie anarchiste du XVIIIème n’en parle pas dans ses « mémoires » mais en réalité elle n’y parle que d’elle et de son amour pour les Canaques. Est-il tombé sur une barricade les armes à la main comme Dombrowski,


dombrovski

 

est-il parti à Tombouctou ? Il a simplement pris la fille de l’air. Le troisième conseil de guerre de Versailles, chargé de juger les membres de la Commune et du comité (tout au moins ceux qui avaient eu la chance de ne pas être fusillés au coin d’une rue, « tirez dans le tas » avait ordonné Galliffet) est moins brutal, qui ne le condamne (par contumace évidemment) qu’à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée en septembre 1871. Il avait tout de même fait fusiller quelques gendarmes ! Ses complicités avec les versaillais ne lui ont pas été bien utiles.


Que penser de l’épisode communarde ? Figure originale parmi les grimaciers de la Commune qui est morte de ces trop nombreux grimaciers, il représente le type exact de l’aventurier qui se bat pour se battre sans se soucier aucunement de la couleur du drapeau qu’il défend ou qu’il attaque. Sa qualité de probable agent versaillais ne rajoute rien à sa gloire passée. Tout autant « nationaliste » que social ou socialiste, ce qui a complètement échappée à Marx mais pas à Jaurès, le mouvement communard n’était pas fait pour accueillir ce « soldat perdu ». Ce n’est pas grand titre de gloire d’avoir fait fusiller quelques gendarmes. Cet homme qui se battait pour se battre, qui n’avait pas de conviction mais une épée à vendre n’avait rien à faire chez les fédérés. Comme fugitif, il est exclu de l’amnistie votée par les chambres en 1880.


L’Espagne et la troisième guerre carliste

C’est ensuite que se situe le passage en Espagne, lors de la troisième guerre carliste, sans que l’on sache exactement s’il est trabucaire avec les républicains

trabucaire

 

ou dans les rangs royalistes ? Le 10 octobre 1873 toutefois, la presse française annonce sa mort à Carthagène à la tête d’un groupe de partisans. Pleurs à Montmartre.


Saint-Domingue

Et bien non, son histoire se corse. Il n’est pas mort ! Saint-Domingue, déjà détachée d’Haïti, puis retournée dans le giron espagnol, a obtenu son indépendance définitive en 1865.

Que s’est-il passé à Saint-Domingue ? La presse quotidienne française en liaison télégraphique avec l’Amérique, l’a décrit au jour le jour : Le 17 octobre 1873, un régiment se soulève contre le président en exercice, Baez. Le lendemain, celui-ci déclare la ville en état de siège. Les troupes gouvernementales sont consignées, la ville est divisée en deux camps. Ce même jour, le sang coule dans les rues, les trois mille insurgés sont dirigés par un « français nouvellement arrivé d’Espagne ». Les trois généraux vice-présidents sont assassinés. A 17 heures, un télégramme apprend à la France que le chef des insurgés est Ganier d’Abin. Le 20 octobre, ses troupes prennent le dessus, il a lui même  fait des prodiges de valeur et a été blessé. Le gouvernement et les ministres sont ses prisonniers. Les soldats gouvernementaux ont fait leur soumission.


Le lendemain, il réunit un « conseil des ministres ». Il est élu à l’unanimité moins une voix président à vie.


Son premier acte d’autorité – il est à son honneur -  est de décréter une amnistie générale sauf pour les anciens chefs de gouvernement, on ne les fusille pas mais on les embarque le jour même dans un navire à destination des Etats-unis. Un « te deum » est chanté à la cathédrale au milieu d’une foule immense. Le cri de « Vive Ganier d’Abin » retentit partout. Le nouveau président reçoit le jour même les représentants des puissances étrangères. Celui des Etats-unis fut le premier à lui apporter ses compliments. « Si notre compatriote est président de la république dominicaine, nous souhaitons que ce révolutionnaire, devenu chef d’état, s’instruise enfin dans le gouvernement de son peuple » écrit un journaliste malveillant. Il est en tous cas, en tant que chef d’Etat depuis le mois d’octobre 1873, inscrit en tant que tel dans le très sérieux « almanach de Gotha » pour l’année 1874 et a eu le temps de recevoir les lettres de créances des ambassadeurs des Etats-unis, de l’empire d’Allemagne et de l’Empire austro-hongrois.

 

gotha


On fit très tard la fête à Montmartre pour célébrer le plus célèbre de ses gamins.

L’aventure ne dura que quelques semaines, mais Ganier eut le temps d’être immortalisé dans le Gotha et de se faire gratifier du titre de « Sa Majesté Ganier d’Abin Ier » par la presse satirique française.

Buenaventura Baez reprit le pouvoir quelques semaines plus tard (elle est annoncée par la presse française le 4 décembre) avec probablement l’aide des Etats-unis auxquels il avait – au sens propre – honteusement proposé de vendre son pays. L’histoire convulsive d’Haïti et de Saint Domingue est riche en coups d’état, mais la folle parenthèse de Ganier est totalement effacée de l’histoire officielle de la république Dominicaine pas plus qu’il n’existe dans l’histoire de l’armée siamoise ! John V. Da Graca, un universitaire texan, auteur d’une remarquable « encyclopédie » de tous les chefs d’état du monde, ne l’a pas oublié, pour lui, il a été « déposé » sans autres précisions de date.

BAEZ était paraît-il, dit la presse de l’époque « quoique de teinte un peu foncée, parfaitement civilisé ». En un mot, c’était un « bon nègre » ! Il n’en voulut apparemment pas à Ganier qui pu probablement quitter Saint-Domingue sans difficultés et finir probablement ses jours à  Bangkok dont il a gardé la nostalgie ?


 Buenaventura Baez

 

Une fin sans gloire à Bangkok 

 

La dernière trace que nous retrouvons de lui est en effet un petite article (en anglais) dans le très précieux « Directory for Bangkok and Siam » de 1914 « An elephant hunt in Siam », il est âgé de plus de 80 ans et nous raconte avec beaucoup de verve une chasse à l’éléphant organisée par le Roi pour tout ce que la colonie « farang » connaissait de notablités.

 chasse

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Les sources :

 

A. Gréhan « nouvelles annales de voyage – notices sur le royaume de Siam » 1869

Benoît Malon «  la troisième défaite du prolétariat français » Neufchâtel 1871

Paul Delion, « les membres de la Commune et du comité central, Paris 1871

Maxime Du Camp « les convulsions de Paris », tome 4, Paris 1883

« Almanach de Gotha », 1874

De la Brugère « Histoire de la commune de Paris »

Conseils de guerre de Versailles, procès des chefs de la commune et du comité central, Paris, 1871

Louis Fiaux « histoire de la guerre civile de 1871 »

« Journal des commissaires de police » 1871 – 1872

« Histoire du corps des gardiens de la paix de Paris » 1896

Jean Jaurès « la guerre franco-allemande – la commune » 1901

John V. Da Graca « Head of state and government » Macmillan 1985.

Henri Augu « les zouaves de la mort – un épisode de l’insurrection polonaise de 1863 »

Louise Michel « mémoires de Louise Michel écrites par elle-même » Paris 1886

La Brugère « Histoire de la commune de 1871 » Paris 1871

Lissagaray « Histoire de la commune de 1871 » Paris 1929

Edouard Moriac « Paris sous la commune » Paris 1871

Comte de Montferrier « Histoire de la révolution du 18 mars 1871 dans Paris » Bruxelles 1871

Anonyme « La terreur en 1871 » Paris 1871

Edouard Rodrigues « Le carnaval rouge » Paris 1872

Pierre Vésinier « Comment a péri la Commune » Paris 1892

« Le Petit Journal » du 11 juillet 1864 - 15 mai 1869 - du 23 mars 1871 – du  30 mars 1871

« La presse » du 8 août 1871 – du 13 août 1873 – du 6 novembre 1873

« Le Gaulois » du 21 mai 1869 – 6 octobre 1873 - 10  octobre 1873 – du 6 novembre 1873 – du 8 novembre 1873 – du 16 mars 1877 - du 18 mars 1895

« Le Temps » du 8 août 1871 – du 6 novembre 1873 –

« Bulletin de l’association des anciens élèves de l’école polonaise » du 15 avril 1899 - du 15 août 1907 – du 15 septembre 1907 - du 15 mai 1912 – du 15 juillet 1914 -

« Journal militaire officiel », année 1871

« La feuille de Madame Angot », 30 novembre 1873

« Revue des deux mondes » 11.1904

« Le Figaro » des 29 juillet et 3 août 1871 et du 6 novembre 1873

Tous ouvrages numérisés par le Bibliothéque nationale "ou Googlebooks".


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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 04:01

Dupont Dupond-thumb-300x300-17022L' amiral Dupont, commandant la marine de guerre siamoise ?

 

Notre première rencontre avec l’amiral Dupont : 

 

Le hasard nous fit découvrir un livre de René de Pont-Jest, « Le Fire-fly - Souvenirs des Indes et de la Chine » 1861. Officier de marine, écrivain et journaliste, né en 1830, il était le grand père maternel de Sacha Guitry dont celui-ci a dit  (« Si j'ai bonne mémoire ») : « René de Pont-Jest, ancien officier de marine, romancier, chroniqueur, homme très distingué, esprit fin, fine lame, aimant les femmes, aimant le jeu - type disparu du parisien à guêtres blanches sous pantalons à carreaux ».

 

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Notre auteur nous conte qu’il flanait alors à Saint-Denis de la Réunion lorsqu’une nuit, il a sauvé la vie d’un européen aux prises avec une demi douzaine de noirs par son intervention musclée. Il s’agit d’un marin anglais, le capitaine John Canon


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dont le navire, « le Fire fly » doit naviguer vers la Chine. Pour le remercier, il propose à notre journaliste de lui servir de cicerone dans ces régions qu’il connait bien, lequel accepte avec enthousisme.

On part sur le « Raimbow » retrouver le « Fire fly » au port de Calcutta. Après d’innombrables péripéties, en particulier une chasse au tigre à Ceylan et une attaque de pirates malais, nos amis se retrouvent en rade de Singapour. Laissons la parole à René de Pont-Jest :

« J’aperçus se dirigent vers le « Fire fly »  une longue pirogue dont l’équipage noir se servait de pagaies mais en les maniant comme des avirons. Un pavillon tricolore flottait à l’arrière enveloppant dans ses éclatants replis un personnage tout chamarré et les épaules couvertes de grosses épaulettes d’or. La brise déferlant complétement le pavillon, je reconnus qu’il était français et que de plus le blanc en était orné d’une étoile. Je fis immédiatement prévenir sir John et je donnai l’ordre de mettre quatre hommes sur le bord croyant à la visite d’un amiral de ma nation... Je me mis à examiner plus attentivement la pirogue. Le pavillon était bien français en effet mais ce n’était pas une étoile qui brillait dans la partie blanche, c’était un éléphant de la plus grotesque tournure... Je reconnaissais parfaitement dans les matelots des marins siamois. L’étranger fut bientôt à bord, il serra cordialement la main de sir John et tous deux se dirigèrent vers moi qui était resté à l’arrière. »

«  - L’amiral Dupont me dit mon gros ami en me présentant l’inconnu. »

« Je saluais respectueusement de la casquette, ne sachant trop quelle contenance prendre et me demandant quelle plaisanterrie me faisait là mon commandant ? »

Les présentations sont faites, René de Pont relève chez l’amiral un accent qui « sent les rives de la Garonne   tout cela lui semble par trop fantaisiste, et pourtant... « L’amiral siamois était pourtant bien le digne et véritable successeur du Chevalier de Forbin !  Seulement, il ne s’était pas dégouté au bout de deux ans, ainsi que le compagnon de Jean Bart. Il y avait déjà à cette époque plus de quinze années qu’il était au service de sa majesté siamoise ».

(Nous sommes en 1860).


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« Sa vie d’aventure commença sur la rade de Bourbon  dans les premières années du règne de Louis-Philippe. Il était alors tout simplement matelot d’une frégate française d’où, une belle nuit, il s’esquiva à la nage pour échapper à une punition injuste et brutale qui devait lui être infligée le lendemain. Il chercha refuse sur un navire dont le commandant fut frappé de son courage et de son energie. Bientôt, il fut le premier marin du bord. Après dix campagnes dans les mers de Chine, campagnes qu’il employa à s’instruire et à faire par d’incroyables efforts de volonté, du matelot  un officier accompli, il passa au service du roi du Siam, qui recrutait alors sa marine partout où se trouvaient des hommes capables et de bonne volonté. Il eut rapidement un commandement important puis, lorsqu’il voulut se décider à adopter la religion du pays et à prendre plusieurs femmes, il vit la faveur le pousser aux plus hauts emplois et il fit de la marine siamoise la première marine de ces contrées. »

Le soir nous dit notre voyageur, ils sont invités sur le navire amiral « une fort belle frégate de cinquante canons et de quatre cent hommes d’équipage, dont les aménagements étaient fidélement copiés sur ceux d’un navire de guerre européen ».


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Et notre romancier conclut  « Nous fimes à bord un repas délicieux qui n’eut rien de siamois et, après une charmante soirée sur la frégate, nous quittames fort tard l’amiral Dupont dont le caractère est resté gravé dans ma mémoire comme un de ces types romanesques et merveilleux qu’aiment à créer les plus vagabondes imaginations. Il nous présenta son fils, grotesque bambino de 8 ans, jaune comme du safran, qui me sembla n’avoir que fort peu de sang français dans les veines. Il ne pouvait s’habituer au pantalon. A chaque instant, on le retrouvait à l’avant, nu comme un ver et mangeant à même la gamelle des matelots qui l’adoraient. ».

                                   ----------------------------------------------------------

Nous cherchâmes alors plus de détails sur cet amiral franco-siamois dont l’existence nous intriguait.

Mais il n’y avait rien dans les innombrables sources sur l’histoire des rapports entre la France et le Siam.


Nous avons alors consulté des sources moins romanesques :

•  Le Prince Damrong  tout d’abord, historien de talent, considéré comme le « père de l’histoire siamoise ».

 

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Sa description de la marine de guerre siamoise est précise et exhaustive. Ecrite en 1931, elle reste une référence pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire la marine de guerre siamoise. Quel est donc l’état de la marine de guerre siamoise en 1860 ? Il en décrit jusqu’à la plus modeste barcasse armée du plus modeste tromblon.

 

canon


Nous sommes en 1860, sous le quatrième règne. Le Prince Damrong, le « père de l’histoire siamoise », distingue la marine de guerre fluviale de celle de la mer.

Le première comprend 8 embarcations d’une quarantaine de mètres chacune, aucune n’est motorisée. Ce sont tout simplement les galères royales.

La marine motorisée commence son histoire sous le troisième règne en 1848 avec une maquette prototype de 8 mètres de long propulsée par un moteur à vapeur d’une puissance de 2 chevaux mais plus sérieusement sous le quatrième.

Un premier navire à vapeur est construit sous maitrise d’oeuvre anglaise à Bangkok en 1855. De 23 mètres de long, il est propulsé par des roues à aube latérales. Six autres navires furent construits sous le même règne,

 

bateau à aube


en 1858, un bateau à hélices d’une soixantaine de mètres de long, armé de 4 canons,

en 1858 encore un autre de 36 mètres armé de 7 canons,

en 1859 un navire de 55 mètres de long armé de 9 canons,

en 1861 deux autres de 60 mètres de long armés de deux canons,

et le dernier en 1863, 42 mètres de long et 6 canons ... et quels canons !

Toutes ces embarcations sont naturellement en bois.

A titre de comparaison, les navires de guerre du temps de l’amiral de Forbin (de l’ambassade dite de Louis XIV) portaient une centaine de pièces de canons capables d’envoyer à plus de 3 kilomètres des boulets de 36 livres !


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Mais le Prince Damrong ne nous dit rien sur le commandant de cette puissante flotille. Pas un mot sur l’amiral Dupont alors qu’il mentionne la présence ultérieure de l’amiral danois « de Richelieu » (Cf. notre prochain article sur ce personnage). Pas un mot non plus sur cette « frégate de 50 canons » qui n’a pourtant pas pu échapper à sa perspicacité d’historien émérite ?

 

•  Alors chez Raoul de Balincourt :

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Le - toujours d’actualité -  encyclopédique « Annuaire des flottes de combat » du commandant de Balincourt (la première édition date de 1897), en 1914 encore, compare avec ironie les quelques navires de la marine de guerre siamoise à des yachts ou des thoniers, le plus redoutable étant le Mahachakri qui servait surtout au Roi Rama V à effectuer ses voyages en Europe.

 

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Une « frégate de 50 canons » n’aurait pas non plus échappé à ce brillant officier, attentif et scrupuleux observateur des flotilles de guerre de tous les pays du monde et en particulier de celles des pays qu’il surveillait plus spécialement compte tenu de contentieux passés ou potentiels : « Nos démélées avec le Siam et sa proximité de la Cochinchine nous obligent à nous occuper de sa marine d’une manière sérieuse ». Mais là encore, rien sur notre amiral.


L’almanach de Gotha, alors ? :

gotha

Il n’est pas seulement l’inventaire de ce que le monde compte de familles impériales, royales, princières ou ducales, il contient une troisième partie purement administrative, source de renseignements très précieux sur l’administration des pays considérés comme dignes d’intérêt. Dans l’édition de 1878 dans laquelle apparaît le Siam, il nous apprend que  la marine de guerre siamoise ne posséde que 8 navires avec 34 canons (en tout) et en tous cas aucune frégate. Le compte des pièces de cette peu redoutable artillerie marine correspond exactement à celui du Commandant de Balincourt, mais notre amiral n’est toujours pas là.

 

Il fallait se rendre à l’évidence : « la plus vagabonde des imaginations » avait écrit l’histoire ! Notre amiral Dupont n’existait pas.  

Mais c’est une belle histoire et le grand’père de Sacha Guitry, un peu oublié aujourd’hui, a dû faire réver bien des adolescents à la lecture de ces aventures tropicales.

1160-30Pardonnons à René de Pont cette supercherie romanesque, qui nous a narré l’histoire de ce  « super  – Dupont » et de cette frégate-sardine qui bouchait le port de Singapour ! L’esprit du grand père valait largement celui du petit fils !


Nous avons quand même failli tomber dans le panneau.

 

______________________________________________________________________________

 

Sources : 

Commandant Raoul de Balincourt, Annuaire des flottes de combat 1914

Prince Damrong, Histoire des bateaux de guerre siamois, 1931, Traduction française de Jean-Claude Brodbeck avec de précieuses notes in « Arts asiatiques – 1978, tome 34 ». Saluons au passage ce diplomate-traducteur qui a le mérite, une fois n’est pas coutume, de respecter la transcription officielle de l’académie royale pour les noms thaïs.

Almanach de Gotha années 1870 à 1878.

Sacha Guitry, Si j’ai bonne mémoire, 1934.

(Ouvrages numérisés par la Bibliothèque nationale)

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 04:15

Mgr Pallegoix , un sage en pays de Siam 

 

ramakien-p1Alors que pendant deux cent ans, les missionnaires français au Siam vont se battre pour leur survie afin de maintenir une présence catholique, la situation va s’améliorer soudainement au XIXe siècle.

A l’époque la situation du Siam est quasi identique depuis deux siècles, mais la capitale est désormais à Bangkok. La situation des missions est toujours caractérisée par beaucoup de précarités. Les persécutions incessantes ont laissé des traces, quelques centaines de convertis seulement…

Grace à la rencontre de deux hommes, la situation entre le Siam et la France va évoluer dans un sens positif

 

 

Rama IV

King Mongkut du-SiamLe premier est le futur roi du Siam, le futur Rama IV. Il nait en 1804, il s’appelle Mongkut.

En 1824 à l’âge de 20 ans il devient un moine bouddhiste selon la tradition siamoise. Quand le problème de succession se présente, il préfère rester moine pour éviter les intrigues politiques et laisse le trône à son demi frère. Il est l’un des membres de la famille royale qui veut consacrer sa vie  à la religion. Il voyage beaucoup à travers le pays ce qui le stimule pour envisager des réformes religieuses et il adhère et participe à la création de la secte Thammayut en 1833. Il restera religieux pendant 27 ans.

Il va découvrir avec d’autres moines,  les connaissances occidentales, étudiant le latin, l’anglais qu’il maitrise très bien. En 1851, Mongkut quitte son habit de moine et monte sur le trône le 2 Avril 1851 à la mort de son demi frère. Il régnera sous le nom de Rama IV.


 

 

 

 

Mgr Pallegoix
mgr-jean-baptiste-pallegoixLe second personnage de cette époque et dont la rencontre avec Rama IV va modifier complètement le sort des missions, s’appelle Jean Baptiste Pallegoix. Il nait en 1805 à Combertault près de Beaune. Très tôt il a la foi (on l’appelle dans son village « le petit prêtre ») et ce sera tout naturellement qu’il intégrera les Missions étrangères de Paris. Son premier poste sera pour le Siam. Il y débarque comme simple prêtre à Bangkok en 1830. De suite il va consacrer ses premiers mois à apprendre la langue siamoise. Puis il va se consacrer  au fonctionnement de la mission. C’est un personnage qui a la passion des langues (il en parle quatre) mais aussi de l’histoire. En 1838, il sera consacré évêque de Mallos, vicaire apostolique du Siam. Excellent organisateur, très vite il va redresser toutes les structures catholiques. Il est servi dans son dessein par un pouvoir siamois redevenu tolérant avec les chrétiens et les missionnaires.

Il rencontrera à plusieurs reprises le roi Rama III et dès sa nomination en Avril 1851, le Roi Rama IV. Très habile diplomate il saura se concilier les esprits et en particulier  celui du roi du Siam. Ce roi « religieux » qui a passé près de 27 ans comme moine, partage la même passion que Mgr Pallegoix pour la linguistique et l’histoire. Le roi va donc se lier d’amitié avec deux étrangers, deux « falangs », l’un anglais, il s’agit de John Bowring (gouverneur de Hong Kong) et l’autre Mgr Pallegoix, évêque de Mallos. Dans son esprit ces deux hommes représentent les deux nations qui comptent : l’Angleterre et la France.


Un vicaire apostolique, sage et modéré.
La différence des situations, des religions, loin de tenir les deux hommes à distance, va au contraire les rapprocher. Rama IV est un roi plein de paternité qui manifeste une tolérance bienveillante et traditionnelle pour le christianisme. Mgr Pallegoix s’acquitte avec zèle de sa mission apostolique, mais sans excès.

A l’égard des autres il ne montre aucune ardeur inconsidérée de prosélytisme. Rien qui ne pouvait choquer  les gens du Siam, accessible aux cultes étrangers mais surtout fidèle au sien. Ces traits de caractère, intelligence, modération et appliqué à sa mission apostolique, entraineront le respect du roi Rama IV.


Ouverture sur l’Occident
rama-mongkutMongkut fera venir des professeurs occidentaux pour enseigner l’anglais à ses enfants et aux membres de la Cour (la fameuse gouvernante anglaise Anna Leonowens qui restera à la cour du Siam de 1862 à 1867 et dont sera tiré le film Anna et le roi). Mgr Pallegoix va  enseigner le latin au roi, qui se révélera également un astronome averti. C’est lui qui va déterminer et annoncer une éclipse totale du soleil le 8 Aout 1868…

Au lien religieux qu’il avait pu établir avec Mgr Pallegoix, Rama IV sut ajouter un lien politique. Il va juger de la France à travers ce Français qu’il côtoyait quotidiennement, Il pensera l’alliance avec la France comme sa relation avec Mgr Pallegoix.

L’affection et l’estime réciproque des deux hommes prirent des racines de plus en plus profondes. Pallegoix va aider le roi à devenir l’allié de la France et en échange le roi protégera les chrétiens et par extension tous les commerçants et voyageurs qui passaient par le Siam.

Mgr Pallegoix continue à se livrer à son travail d’érudit et de savant. Il prépare en fait un gros dictionnaire thaï, français, anglais et latin, les quatre langues qu’il maitrise parfaitement. Ses travaux de linguistique ne l’empêchent pas de continuer ses recherches minutieuses sur la société du Siam où il va vivre 24 ans. Véritable observateur des moindres détails de la vie au Siam, il publiera ce qu’il appelle un « petit livre « Description du royaume thaï ou de siam » ouvrage en deux tomes de près de 800 pages dont il nous donne la motivation profonde dans la préface du livre.

Pour comprendre le Siam et y exercer quelque activité, Pallegoix pense qu’il faut très bien connaître le pays et en maitriser la langue (d’où son dictionnaire). La langue est en effet un bon moyen de percevoir les vraies valeurs d’un pays et un instrument de communication irremplaçable.

Voici ce qu’il écrit dans la préface de son livre :


dico-Pallegoix« Il serait bien que chaque missionnaire entreprit un ouvrage de ce genre. En effet un missionnaire qui a séjourné longtemps dans une région lointaine dont il a fait sa seconde patrie, qui a étudié à fond la langue, la littérature, l’histoire, les moeurs et la religion du pays, qui en a parcouru les principaux endroits, qui a été en rapport continuels avec les grands, les bonzes et toutes les classes de la société est sans contredit plus à même qu’aucun autre de faire connaître à la France et à l’Europe tout ce qu’il y a de curieux et d’intéressant dans la vaste étendue de pays où il exerce son ministère apostolique (…) »  

 

Un véritable autoportrait !


Une œuvre de témoignage
Ses livres seront conformes à cette volonté de rendre compte. Rien ne lui échappe, de l’éléphant blanc dont il décrit les agissements, aux coquillages inconnus, aux insectes les plus rares, des paysans dans leurs villages aux talapoins dans leur couvent. Il s’intéresse au bouddhisme, au clergé,  à la topographie, au climat, au gouvernement, à l’histoire ancienne du Siam,  aux talapoins, aux superstitions…toujours dans le plus infime détail, mais toujours sans parti pris quelconque. Il est le premier à nous relater le pays et la vie des gens les plus simples. Par opposition aux autres témoignages qui s’était focalisés sur la vie de la Cour. De ce point de vue nous découvrons le véritable Siam.

Il s’efforce dans son œuvre d’oublier « sa culture » et ce qu’il est pour se consacrer à faire connaître avec  « réalisme » la situation du pays où il vit. Alors qu’avant lui les récits sur le Siam sont d’ordre subjectif (ainsi qu’on l’a très bien vu sur le bouddhisme) ou partial, avec Mgr Pallegoix on va connaître tous les détails de la vie et du pays, grâce à sa méthode basée sur l’observation et l’enquête. Il est respectueux de ce qu’il voit et ce n’est pas par hasard que son livre s’appelle : « Description »… c’est de cela qu’il s’agit : décrire. Et on comprend très bien que sa non ingérence plût tant au roi. Enfin un « falang » respectueux qui n’imposait rien et qui s’intéressait bien sincèrement aux Siamois.

En  1852, avec l’aide financière du roi du Siam, il va revenir en France et travaillera pendant trois ans à la rédaction de son dictionnaire. Considérant autant le prélat que le lexicographe, le gouvernement français tiendra à éditer l’ouvrage de Mgr Pallegoix. L’imprimerie nationale ira jusqu’à faire fondre des caractères spéciaux pour les signes siamois.
obseques-solennelles-de-mgrA peine de retour dans le royaume du Siam, il ressentit les premières atteintes du mal qui va le terrasser en 1862. Sa collaboration si fructueuse pour la mission avec ce roi « religieux » n’aura duré que huit années.

Le roi du Siam qui l’appelait « mon vieil ami » voulut que ses funérailles fussent célébrées avec la plus grande pompe et il y participa financièrement pour que cela fût. Un symbole pour tous ces missionnaires injustement persécutés.

Ainsi cet homme de religion, avait su rétablir avec modestie la confiance entre le Siam et la France. Sa rencontre avec Rama IV, souverain tout à fait exceptionnel permettra cette embellie sur les relations franco-thaïes. Quand Mgr Pallegoix meurt, il y a près de dix mille chrétiens au Siam et les échanges commerciaux entre les deux pays sont en pleine croissance.  

 

Voilà sa véritable œuvre au Siam.

 

Nous remercions Michel M. pour cet article

 

 

 

 

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 04:13

Encore le Père Tachard , nous direz-vous ?

Eh oui, ils nous a "inspirés"

 

Le père Guy TACHARD, le mal aimé.


paul-IIIQue le nom de « jésuite » est lourd à porter !

Pascal fut à leur égard d’une désolante mauvaise foi. Tachard est victime des railleries de Voltaire qui, dans son « dictionnaire philosophique », lui prète des propos qu’il n’a jamais tenus, mais Voltaire n’en était pas à un mensonge près !  Dans le roman de Sportés (« Pour la plus grande gloire de Dieu ») il est vilipendé, le talent de Voltaire en moins, avec une trivialité digne de la littérature anticléricale de 1905 ! Tachard le mal aimé ! 

Dès la fondation de l’Ordre de la « Compagnie de Jésus », sa mission est l’expansion de la foi chrétienne dans deux directions, l’éducation et les missions, dans un but unique « haec omnia ad majorem dei gloriam ».... « Tout cela, pour la plus grande gloire de Dieu ».

Les jésuites prononcent les trois vœux classiques de tout religieux régulier, pauvreté, chasteté et obéissance et le quatrième qui leur vaut encore et toujours bien des déboires, celui d’obéissance absolue au Pape.... perinde ac cadaver (comme un cadavre...). Le supérieur général, élu par ses pairs est communément appelé le « Pape noir ». Ce sont les « miliciens du Pape ».

L’ordre est élitiste ? Et alors ? Je ne prétend pas pouvoir adhérer à l’association des anciens d’HEC ! L’église catholique a besoin de curés de campagne pour lesquels point n’est besoin de savoir lire les pères de l’église dans le texte ! Elle a besoin aussi de « clercs », de savants, de philosophes et de théologiens, comme tout corps constitué. L’imbécile vice-président du tribunal révolutionnaire qui a osé dire au grand Lavoisier « la république n’a pas besoin de savants ni de chimistes » n’a pas été condamné à mort pour cela, il l’eut mérité.

L’ordre est soumis à une stricte discipline ? Et alors ? « La discipline faisant la force principale des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance entière et une soumission de tous les instants... » ? Celle la, on me l’a bien apprise dans le début des années 60 ! " Il n’y a pas de baïonnettes intelligentes " me martelait mon instructeur, et bien, les jésuites, ce sont des baïonnettes intelligentes.

L’ordre est une société secrète ? Il fut interdit par un premier arrêt du parlement de Paris du du 6 août 1761 et un second du 6 août 1762. Que le fonctionnement de l’ordre soit dans une certaine mesure confidentiel, il en est de même dans tout ordre, un ordre professionnel par exemple. Il est suave de constater  que le vaste mouvement d’idées qui conduisit à cette interdiction le fut essentiellement à l’instigation de la franc-maçonnerie qui connait alors son époque faste. Tout ce que la noblesse parlementaire, tout ce que la haute noblesse à laquelle Louis XIV n’a en définitive pas réussi à faire courber l’échine, compte de « lumières » comme ils se baptisaient en toute modestie, est imprégné de philosophie maçonique. Elle les conduira à mener la « révolte des parlements » d’abord, la révolution de 1789 ensuite qui finira par les dépasser, les écraser et les conduire tous sous le couperet de Samson !

Ce que l’on a appelé leur casuistique est à l’origine de la connotation méprisante qu’a pris le mot « jésuite ». Il faut bien dire quelques mots de cette fameuse et totalement incomprise casuistique, qui les a tellement fait critiquer car elle sous tend leur double projet éducatif et missionnaire : La casuistique naît du rapport entre la loi, l'idéal, la théorie, et les cas pratiques individuels et concrets. La loi, l'idéal, les principes sont faits pour être réclamés, reçus, approuvés. Leur application concrète, leur mise en pratique, sont d'un autre ordre, parce que forcément imparfaits, parfois impossibles. Il s'agit donc, dans la pratique, de considérer l'idéal et les principes comme des références, en s'efforçant de s'en rapprocher, mais en mesurant avec réalisme l'écart qui nous en sépare : de procéder donc à partir d'une situation donnée avec ses limites, en avançant pas à pas, au rythme de chacun, dans la direction indiquée.  

Elitistes par définition, ils ne le sont pas au niveau du recrutement qui reste socialement ouvert. Le « général » est élu par ses pairs sans que ses « qualités » familiales pèsent en quoique ce soit...... Depuis le premier « général », Ignace de Loyola, élu en 1541 jusqu’au trentième, Adolfo Nicolas, élu en 2008, on ne trouve trace que de jésuites brillants par leurs mérites et non par leur naissance.

 

alexandre de rhodesbA une époque où il était plus facile d’obtenir un chapeau de cardinal ou une juteuse prébende si l’on était prince du sang ou de noblesse immémoriale, nous trouvons en leur sein, pour ne citer que quelques uns parmi leurs héros, le Père Athanase Kircher le « Maître des cent savoirs », génie encyclopédique comparable à Leonard de Vinci, auquel Champolion doit beaucoup dans le déchiffrement des hiéroglyphes, issu d’une modeste famille allemande venue se réfugier à Avignon sous la protection du Pape.

Alexandre de Rhodes, évangélisateur du Vietnam et génial créateur de la romanisation de la langue qui est toujours en vigueur, est issu d’une modeste famille de juifs aragonais convertie de gré ou de force au catholicisme, venue se placer sous la protection du Pape à Avignon pour fuir les persécutions d’Isabelle la catholique... Un « juif du pape ». La liste de leurs hommes de talent ou de génie, de mathématiciens, de philosophes, de géographes, de musiciens,  est interminable, jusqu’au Père Theilhard de Chardin ou à cet anonyme génie de la poésie et de la musique que chantait Juliette Gréco !

 

Tachard donc.

Tachard est lui même, né en 1651, issu d’une modeste famille de la région d’Angoulême, son village natal, Marthon, ne l’honore pas même du nom d’une ruelle. Elève au collège d’abord puis enseignant, mathématicien, astronome et géographe de talent, savant linguiste, rédacteur d’un dictionnaire latin-français avant de devenir missionnaire, ambassadeur et mémorialiste. C’est un voyageur, en 1680, il est aux Antilles avec d’Estrée. Celui – la ? Voilà bien l’archétype du total incompétent dont le grand nom (il est de la famille de l’une des maitresses d’Henry IV) le conduira à être amiral puis maréchal de France.

 

Les écrits

 

Le « Voyage de Siam des pères jésuites envoyés par le roi aux Indes et à la Chine avec leurs observations astronomiques et leurs remarques de physique, de géographie et d’histoire » est une remarquable synthèse de ce qu’il a appris de son voyage (observations géographiques et astronomiques), de son séjour, depuis les mœurs, la religion, le gouvernement, les moeurs, jusqu’à des recettes de cuisine. SI le style n’a pas l’élégance de celui de Choisy ou de Forbin, le livre est en tous cas, de tous les mémoires relatifs à cette expédition, le seul qui soit œuvre d’historien, de sociologue et de géographe. Il est pourvu d'un esprit scientifique et d'un goût de l'investigation dont Choisy et Forbin sont largement dépourvus.


dico-franco-latin-tachardLe rêve louis-quatorzien est à l'origine de l'importante littérature consacrée au Siam dans les années 1660-1690. Chaumont et l'abbé de Choisy, Forbin, et trois pères jésuites, Guy Tachard, Joachim Bouvet et Jean-François Gerbillon, vont laisser une relation de leur voyage. Toutes ont en commun de consacrer quelques pages à l'escale du Cap et d'offrir un portrait répugnant des « nègres » des lieux : les fameux Hottentots. Tous vont, à l'exception de Tachard, tenir les Hottentots pour les plus infames sauvages qui puissent être sur le globe et les juger résolument inconvertibles. Choisy, le plus charitable à leur égard: « Ils paraissent bonnes gens, ont la taille belle, l'air dégagé, assez maigres, de belles jambes, les dents blanches, les yeux vifs et pleins d'esprit, le teint basané, toujours de bonne humeur, mais fort malpropres et puants ». Forbin ne l’est pas « Ils sont Cafres, un peu moins noirs que ceux de Guinée, bien faits de corps, très dispos, mais c'est aussi, le peuple le plus grossier et le plus abruti qu'il y ait dans le monde ». 


Une seule voix discordante, c'est celle de Tachard. Il est le premier à les avoir réhabilités.  Le second livre du Voyage de Siam, intitulé « Voyage du Cap de Bonne-Espérance à l'île de Java » est quasi exclusivement consacré au Cap et comporte un portrait circonstancié des Hottentots. « Ces peuples ignorent la création du monde, la rédemption des hommes et le Mystére de la tres-sainte Trinité. Ils adorent pourtant un Dieu, mais la connoissance qu'ils en ont est fort confuse. Ils égorgent en son honneur des vaches et des brebis, dont ils luy offrent la chair et le lait en sacrifice, pour marquer leur reconnoissance envers cette divinité, qui leur accorde, à ce qu'ils croyent, tantôt la pluye, tantôt le beau tems, selon leurs besoins. Ils n'attendent point d'autre vie après celle-cy. Avec tout cela ils ne laissent pas d'avoir quelques bonnes qualitez qui doivent nous empêcher de les mépriser. Car ils ont plus de charité & de fidélité, les uns envers les autres, qu'il ne s'en trouve ordinairement parmy les Chrêtiens. »


L’ambassade

audience-des-ambassadeurs-dSeignelay et le père de la Chaise (celui qui a laissé son au cimetière et que Madame de Maintenon qui le haïssait appelait tantôt « chaise percée » tantôt « chaise de commodité ») réussirent à convaincre le Roi que la grandeur de la France, le bien du commerce et l'intérêt de la religion exigeaient l’investissement d’une expédition. La décision est prise à l'automne 1684. Le chevalier de Chaumont, major de la marine, fut désigné comme ambassadeur et Choisy « ambassadeur en second ». Chaumont était un médiocre empêtré de protocole... En outre, protestant converti de fraiche date, il a le fanatisme propre à beaucoup de convertis... mais, noblesse oblige, il est héritier d’un beau nom. Louis XIV n’a pas une intelligence supérieure mais un extrême bon sens, en particulier dans le choix de ses collaborateurs. Guy Tachard sera donc le principal acteur, toujours en coulisses. L'abbé de Choisy le dit dans ses mémoires, Chaumont et moi nous sommes des personnages de théâtre ; le père Tachard a en mains le secret de la négociation. Les instructions secrètes de Louis XIV et probablement du Pape. A son tour, le « grec » en fera son ambassadeur auprès de Louix XIV. Homme de l’ombre doté de pouvoirs mystérieux et occultes, Tachard détenait l’autorité officieuse à l’ambassade. C’est lui qui remit les lettres d’accréditation et de créance du Pape et de Louis XIV à Phra Naraï. Il négocia avec Phaulkon le traité religieux. La diplomatie était également sa matière. La Loubère se sentit alors complètement dépossédé de ses titres et de ses missions. De là, naquit un profond ressentiment envers Tachard et les deux hommes se querellaient constamment.


harangue-kosipanIl retourne au Siam en 1687 avec l’ambassade Céberet – La Loubère, et suscite d’emblée la méfiance des ambassadeurs par ses mystères. Il semble que le jésuite s’octroie volontiers des missions diplomatiques que personne ne songe à lui confier, et se charge de négociations obscures contre l’avis même de Versailles ? Cette expédition n’est qu’une suite de malentendus et de frictions entre les ambassadeurs en titre et le père Tachard, investi de secrètes instructions, repart du Siam avec le titre d’ambassadeur extraordinaire du roi de Siam, titre dont il se montre fort imbu.

En 1690, après la révolution de Siam, Tachard accomplit son troisième voyage, - sans aucune mission officielle - mais reste aux portes du Siam, attendant vainement depuis Pondichéry l’autorisation de Pretatcha pour débarquer – autorisation que ce dernier n’a aucune envie de lui concédée.- Cette attente est de toute façon déçue suite à la prise de Pondichéry par les Hollandais et Tachard se voit contraint de revenir d’urgence en France. Ce n’est qu’en janvier 1699, lors de son 4ème voyage, qu’il peut revoir Ayutthaya et Bangkok, mais le charme est rompu ; peu de choses subsistent des splendeurs qu’il avait connues quatorze ans auparavant. Il peut tout de même rencontrer lors de ce séjour Mme Constance, toujours détenue en captivité. L’ambassade qu’il accomplit alors n’est guère qu’un échange de vœux pieux et de compliments convenus. Les relations entre la France et le Siam sont bel et bien rompues pour cent cinquante ans. Son 5ème voyage en Asie est également le dernier. Il meurt à Chandernagor en 1712.


pondicheryvue-generaleDouble échec de  cette mission ? Peut-on y trouver des raisons plausibles ?

La partie diplomatique échoue essentiellement parce que les Français n’ont pas vu venir ce que l’on a appelé pompeusement « la révolution de 1688 » qui n’était qu’une révolution de palais ou un putsch (le premier de l’histoire de la Thaïlande » ?) et aussi de par l’incompétence cumulée de Chaumont et de Desfarges. Roublardise du grec contre casuistique du jésuite ?  Le génie de Tachard n’a pas suffi.

La partie religieuse échoue aussi ...... Des causes internes évidemment, les permanentes querelles entre les jésuites et les pères des missions étrangères, difficultés des missionnaires à manier la langue (Il a manqué au Siam un Alexandre de Rhodes, malheureusement, le père Tachard n’a pas appris le siamois et le premier dictionnaire siamois-latin-français, fruit de 20 ans de travail de Monseigneur Pallegoix ne sera publié qu’en 1854).


chandernagor3Mais la raison fondamentale de la résistance au message chrétien tout autant que l’échec de la mission diplomatique, tient tout simplement à une méconnaissance des ressorts fondamentaux de la société siamoise. La trop grande imbrication du politique et du spirituel fait que les Siamois ne peuvent faire autrement que de considérer les missionnaires comme les agents de l’étranger. La bienveillance des Siamois à l’égard de la religion n’est pas le signe précurseur de la conversion du roi. Les Siamois (encore et toujours....) tolèrent l’autre s’il conserve ses différences mais refuse toute annexion culturelle qui saperait les fondements même de la société. L’usage de la langue siamoise fut alors très rapidement interdit dans les livres religieux chrétiens.

Il y a beaucoup de leçons à tirer des événements de 1688 pour comprendre la société thaïe contemporaine !

 

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 04:47

PereTachardLe Pére Tachard au Siam, une  sacrée épopée.

Né en 1651 à Marthon, près d’Angoulême, le Père Tachard outre un excellent mathé-maticien (discipline qu’il enseigne dans la Compagnie de Jésus), s’avère être un grand voyageur. Dès 1680, on le trouve aux Antilles avec d’Estrée, (tout comme le Chevalier de Forbin.) Lorsqu’il s’embarque avec le Chevalier de Chaumont en 1685, il accomplit son premier voyage en Orient, voyage qui sera suivi de quatre autres.


Il  Il est donc de la 1ère Ambassade de Monsieur de Chaumont et de M. l’abbé de Choisy, avec cinq jésuites mathématiciens qui doivent continuer sur la Chine, auprès de l’empereur Khang Xi (après un départ en juillet 1986 du Siam et un naufrage au large du Cambodge, ils  reviendront au Siam pour repartir en juin 1687 et arrivés enfin en Chine en février 1688). Les remarques du Comte de Forbin dans ses Mémoires présentent bien le caractère, l’ambition, la détermination du Père Tachard pour la Compagnie de Jésus et la France accessoirement : 

 

« Monsieur de Chaumont et M. l’Abbé de Choisy, à qui cette affaire avait été communiquée, ne la jugeant pas faisable, ne voulurent pas s’en charger. Le Père Tachard n’y fit pas tant de difficulté. Ebloui d’abord par les avantages qu’il crut que le roi retirerait de cette alliance,  (…) avantages... qu’une garnison française à Bangkok assurerait aux missionnaires pour l’exercice de leur ministère, flatté enfin par les promesses de M. Constance qui s’engagea à faire un établissement considérable aux Jésuites, à qui il devait faire bâtir un collège et un observatoire à Louvo […]

Innocent-IIIDe retour à Paris, le Père Tachard joue à merveille le rôle que Phaulkon attendait de lui ».

On peut se douter que les jugements portés par les différents acteurs seront alors très divergents. Il croit aux propositions de Phaulkon (Cf. portrait traité dans ce blog). Et il  n’hésitera pas à accuser le Chevalier de Chaumont  d’avoir failli dans son ambassade.


De retour à Paris, le Père Tachard joue à merveille le rôle que Phaulkon attendait de lui.  Il devient même l’interlocuteur privilégié du marquis de Seignelay, ministre de la marine, pour tout ce qui touche aux affaires de Siam. Il est le principal artisan de l’ambassade suivante.


Il retourne donc au Siam en 1687 avec la 2ème ambassade, l’ambassade Céberet – La Loubère. Mais là encore, il suscite « malentendus et frictions » de la part des ambassadeurs tant il semble vouloir mener des « négociations  secrètes ». Mais nul n’est dupe : « Il semble que le jésuite s’octroie volontiers des missions diplomatiques que personne ne songe à lui confier, et se charge de négociations obscures contre l’avis même de Versailles. Cette expédition n’est qu’une suite de malentendus et de frictions entre les ambassadeurs en titre et le Père Tachard, investi de secrètes instructions. »

Mais ses rapports privilégiés avec Phaulcon lui permettent de repartir du Siam avec le titre d’ambassadeur extraordinaire du roi de Siam, avec sa suite de mandarins et une lettre du roi Naraî pour Louis XIV. Même jésuite, il pouvait en tirer une légitime fierté.

 

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Raphaël Vonsuravatana in Guy Tachard ou la Marine Française dans les Indes orientales (1684-1701) raconte cette épopée dont nous donnons ici les principaux éléménts :


tachardBIl arrive donc le 26 juillet 1688 en France avec la délicate mission de faire accepter sa version des faits. Le ministre de la Marine avait été ébranlé par les critiques de Laloubère et surtout celle du chevalier de Forbin, qui on s’en souvient, n’avait pas hésité devant le roi Louis XIV lui-même à déclarer : « Sire, le Royaume ne produit rien et ne consomme rien ».

 

Il obtient néanmoins, grâce à ses appuis, l’autorisation de se rendre à Rome et de rencontrer le général des Jésuites. Il reçoit du Pape Innocent III  l’autorisation pour les Jésuites de se rendre dans les Indes.

 

Fort de cet « appui », il contribue à obtenir la ratification par Louis XIV, le 1er mars 1689, d’un traité militaire avec le Siam, l’envoi d’une escadre commandée par Duquesne-Guitton et des instructions pour que François Martin installe la capitale de la Cie des Indes de Pondichery à Mergui (Bangkok). En un an, Tachard avait  donc encore montré une opiniâtreté hors du commun et accomplit un véritable exploit « diplomatique ».

 

(Beaucoup estiment que ce troisième voyage au Siam du Père Tachard était accompli à son initiative personnelle et tout à fait officieux. Il est fort peu problable qu’il ait été porteur d’une lettre de Louis XIV).

 

Malheureusement, les débuts de la guerre d’Augsbourg et les nouvelles velléités anglaises retardèrent le départ de l’escadre. Pire, on apprit en novembre 1689 la Révolution du Siam (Cf. 13 : récit dans ce blog), la mort de M. Constance et la répression des missionnaires et des  chrétiens.


eclipse1688En 1690, malgré la révolution, le Père Tachard ose son troisième voyage, - sans aucune mission officielle - mais reste aux portes du Siam, attendant vainement depuis Pondichéry une autorisation de Pretatcha pour débarquer - autorisation que ce dernier n’est pas pressé de lui accorder - . Cette attente est de toute façon déçue suite à la prise de Pondichéry par les Hollandais et le Père Tachard se voit contraint de revenir d’urgence en France

Tous les efforts de  Tachard étaient réduits à néant, mais c’était sans compter sur son obstination. Il  arracha l’accord du Ministre de la marine  qui donnait néanmoins comme nouvel objectif à l’escadre de Duquesne-Guitton de faire « la course » aux navires ennemis anglais et hollandais. L’escadre leva l’ancre le 24 février 1690.


Tachard ne pouvait pas soupçonner qu’il lui faudrait 9 ans, oui, j’ai bien dit 9 ans pour arriver au Siam.


magasin-pondichery-cie-indeOn peut se douter que nous ne pouvons rendre compte de tous les épisodes de cette aventure extraordinaire.

Il faudrait raconter le fiasco de cette escadre qui arrivée le 11 août 1690 à Pondichéry retourna en France le 21 janvier 1691 sans aucune victoire, une prise sans marchandises, en ayant échoué un navire, endommagé gravement un autre et perdu plus de 100 hommes de maladies tropicales… et bien sûr sans avoir approché le Siam et donc y amené Tachard.


Celui-ci se retrouvait donc en janvier 1691 à Pondichéry et la Cie des Indes  ne pouvait lui assurer un passage sur le Siam. Tachard renvoya alors sur un bateau indien les mandarins siamois de sa suite avec une lettre pour Kosa Pan, le nouveau 1er ministre, qu’il avait connu comme 1er ambassadeur siamois en France. (Ces mandarins étaient à l’origine trois. Il s’agissait de Okhun Pipit, Okhun Chamnan et Okhun Vicet, que l’expédition Céberet – La Loubère avait ramenés comme ambassadeurs en France. Okhun Pipit était mort pendant le voyage de retour au Siam qu’il avait accompagnés en France et à Rome).

La réponse arriva en janvier 1692 avec un accord de Kosa Pan. Encore fallait-il trouver un navire français. Il attendit toute l’année en vain; Pire, Pondichéry subit un blocus hollandais en août 1683 et capitula le 7 septembre 1693. Tachard est prisonnier et est ramené en Europe et libéré en août 1694.


Loin de renoncer, Tachard repart en mars 1695 avec une  escadre commandée par Serquigny. Malheureusement, il tombe sur des pilotes médiocres qui sont en vue des  côtes arabes au lieu de la côte occidentale indienne… Goa, le 21 décembre, Surate au mois de janvier… Laissons là cette escadre qui ne brilla guère. Le Père Tachard dut se débrouiller pour, par petites étapes parvenir à Calicut… Chandernagor…. arriver  ENFIN à Bangkok… en février 1697 !!! (il était parti de France le 24 février 1690 !!!).


Il écrivit à la Cour du Siam qui refusa de le recevoir, prétextant qu’il était arrivé sur un bateau étranger et qu’il ne pouvait prétendre être reçu comme un ambassadeur. Il dut repartir sur Pondichéry !!!

Au mois de septembre 1698 arrive une nouvelle escadre commandée par Desaugiers au bord  de l’embouchure du Gange. Tachard toujours aussi entêté obtient un navire, le Castricum, qui le conduit à Bangkok en novembre 1698.

C’était son 4ème voyage

Kosanpan-1L’ accueil est très différent. Les Siamois craignant une attaque future préfèrent envoyer une escorte et des éléphants pour conduire  le Père Tachard (en 2 mois) à la Cour à Mergui.  Mais arrivé en décembre, il fut très mal accueilli. Entretemps les Siamois avaient appris l’échec de l’escadre Desaugiers et obtenu l’appui des Hollandais. Le Père Tachard, arrive quand même, à force de ténacité  à obtenir après un mois de démarches, une audience royale le 29 janvier 1699 !!! Tachard remet alors au Roi la lettre de Louis XIV, vieille de... 10 ans !!!

Il reçut des mains du 1er ministre,  une lettre « de pure politesse » du roi de Siam pour Louis XIV, sans avoir pu discuter des affaires politiques et encore moins des futures relations franco-siamoises. Il semble que malgré l’échec, il  avait pu forcer le respect. Est-ce ainsi qu’il faut peut–être comprendre l’audience de congé accordé par le Roi. Mais le charme est rompu ; peu de choses subsistent des splendeurs qu’il avait connues quatorze ans auparavant (il peut tout de même rencontrer lors de ce séjour Mme Constance, toujours détenue en captivité).


Il est à Pondichéry en avril 1699 et en France en mai 1700.  On revoit le Père Tachard à Versailles en juin 1700. A-t-il remis la lettre du Roi de Siam à Louis XIV ? Nous n’avons pas lu de témoignages qui le confirment. Connaissant le personnage, je n’en doute pas, surtout, qu’il s’obstina encore et usa de toutes ses forces pour un nouveau PROJET prévoyant de reprendre Bangkok et détaillant même les forces et les moyens  nécessaires. Mais faute d’interlocuteur influent à la Cour il dut renoncer à son projet en décembre 1700 dans l’indifférence générale.

Il ne pouvait prévoir que les relations entre la France et le Siam seraient rompues pour cent cinquante ans.

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Le Père Tachard repartit pour les Indes en avril 1701. C’était son 5 ème voyage ( !!!). Une nouvelle aventure commençait … Il  mourut à Chandernagor en 1712.

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Sources :

. Un site remarquable sur cette période : Mémoires de Siam

  Chevalier Alexandre de Chaumont, Relation de l'ambassade de Monsieur le chevalier de Chaumont à la Cour du Roy de Siam, 1686.

  Abbé François-Timoléon de Choisy, Journal du voyage de Siam fait en 1685 et 1686, Paris, S. Mabre-Cramoisy.

  Claude de Forbin, Voyage du comte de Forbin à Siam, suivi de quelques détails extraits des Mémoires de l'Abbé De Choisy (1685-1688), Bibliothèque des chemins de fer, deuxième série Histoire et voyages, Paris, Librairie de L. Hachette & Cie, 1853

  Guy Tachard, Voyage de Siam, des Pères Jésuites, Envoyez par le Roy aux Indes & à la Chine. Avec leurs Observations Astronomiques, Et leurs Remarques de Physique, de Géographie, d’Hydrographie, & d’Histoire et Second Voyage du Père Tachard et des Jésuites envoyez par le Roy au Royaume de Siam, contenant diverses remarques d'histoire, de physique, de géographie, et d'astronomie, 2 vol., Paris, Arnoult Seneuze & Daniel Horthemels, 1686. Cette relation donne de précieux renseignements sur les mœurs, les coutumes, la politique et l'histoire naturelle du royaume de Siam.

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 04:01

Jean Marcel (Jean-Marcel Paquette) est né à Montréal (Québec) en 1941.

Après une prolifique carrière universitaire à l'université Laval où il a enseigné la littérature médiévale, la littérature québécoise et la création littéraire, Jean Marcel vit désormais en Thaïlande, son pays d’adoption  où il continue son œuvre.

À la fois riche et captivant, son style parvient à esquisser sans imposer, à faire sourire sans simplifier, à questionner sans embrouiller et à toucher sans jamais forcer le mot ou la phrase. Son trait est bref, pertinent, ses textes sont réfléchis et approfondis. De Bouddha à Jésus-Christ en passant par la réécriture du Ramakian, rien ne lui échappe. Bref, sa plume est de celles qui font les grands écrivains. C’est sans doute pourquoi ses écrits ont souvent été salués par la critique : Fractions 2 lui a valu le prix Victor-Barbeau (2000), son roman Hypathie ou la fin des dieux, le prix Molson de l’Académie des lettres du Québec (1989), et Le joual de Troie, le prix France-Québec (1973).

Allez donc flaner sur son site, vous ne le regretterez pas :

http://www.decourberon.com/jeanmarcel/articles.htm

Nous vous livrons cette passionnante étude à sa courtoise et aimable autorisation, les responsables de ce blog l’en remercient.

 

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 04:05


Portrait de Constantin Phaulkon, Grec et premier ministre du roi Naraï (1647-1688)

 

Constantin PhaulkonUn personnage très controversé dans l’histoire de la Thaïlande, mais qui joua un rôle clé dans l’établissement des relations franco-thaïes au XVIIe siècle.

 

Les jeunes années 

Constantin Phaulkon est né en 1647 en Grèce (de père vénitien et de mère grecque) dans une famille noble mais désargentée. Très jeune, il a alors douze ans, il s’embarque comme  mousse sur un navire anglais pour quitter La Grèce. Il vivra en Angleterre jusqu’en 1670. Puis il partira sur des navires de la Compagnie anglaise des Indes orientales. On le retrouve en 1672 dans le commerce en Asie, avec la Chine et le Japon. Il se fixe à Bantam, où il apprend le malais. Deux naufrages à l’embouchure de la rivière de Siam et un troisième sur la côte de Malabar mettent fin à sa vocation maritime. Doué pour les langues il apprendra le siamois en peu de temps et cela lui fournira l’occasion d’aller au Siam avec l’anglais Richard Burnaby, un marchand de Java nommé à la direction du comptoir anglais d’Ayutthaya.


Ses débuts la cour du roi Narai

C’est ainsi qu’il s’introduisit à la cour du Siam auprès du roi Phra Narai. Il allait employer tous ses talents à gravir les échelons du pouvoir. Il va tout d’abord s’attacher au Barcalon (le premier ministre) de Siam comme interprète. Ce dernier lui trouvant de l’esprit et de la capacité pour les affaires le fit connaître au roi qui s’attacha à lui et à la justesse de ses propos et de ses conseils.

cour-des-audiences-ayutthayaQuand le Phra Klang (le Barcalon) mourut, c’est presque naturellement que sans en prendre le titre, Phaulkon prit sa place. Il refusa tous les titres que lui proposa le roi, car il savait qu’un titre officiel le mettrait infailliblement en butte à l’hostilité et à la jalousie des mandarins, qui n’avaient pour lui qu’un respect de façade. On décèle déjà son habileté.

 

Sa conversion au catholicisme

Néanmoins sa prospérité en cours sera interrompue par une grave maladie. Il en triompha et c’est à ce moment là qu’il va se convertir au catholicisme. La date de sa conversion nous est connue comme étant le 2 mai 1682, au moment de l’arrivée de la mission apostolique française. Il promit de se rendre utile à la religion dans le royaume du Siam : « j’emploierai dorénavant tous mes soins à réparer ce que j’ai passé de ma vie dans l’erreur et à amplifier l’Eglise catholique ». Il va s’employer à faciliter la vie des missionnaires qui cependant se méfieront toujours de lui.

Certains pensent que Phaulkon s’est converti au catholicisme par intérêt, afin d’entrer en faveur auprès de Louis XIV (ce qui lui aurait été impossible s’il était resté protestant. On se souvient que  la révocation de l’Edit de Nantes, mit les protestants à l’index du royaume de France).

 

Pour confirmer sa foi nouvelle, il se maria avec une jeune japonaise (de sang portugais) catholique, issue d’une famille de martyrs.

A l’époque les Anglais et les Hollandais sont en position de force à la cour du roi. Phaulkon va s’employer à diminuer leur pouvoir, en utilisant les missionnaires catholiques français et en incitant le roi Narai à établir des liens avec le roi Louis XIV, qu’ il estimait le prince chrétien le plus puissant. C’est le sens de l’envoi des ambassadeurs siamois envoyés en France.

Phaulkon-recoitC’est aussi de cette époque (1682) que viennent ses démêlés avec les Anglais. Les sources anglaises ne sont pas tendres : « Le grec Phaulkon n’a d’autre but que d’exclure et chasser l’Honorable compagnie du commerce (anglaise).(…) « Ce porc a l’ambition de se faire appeler Excellence (…) Ce monstre de la nature a eu l’impudence de diffamer notre roi en le qualifiant de roi des démons (…) il est train de mettre à exécution la menace qu’il a brandie de faire ramper les anglais comme des chiens devant lui ».

 

Phaulkon vu par De Choisy

Constantin Phaulkon va donc recevoir le premier ambassadeur, le chevalier de Chaumont en 1685 (à Louvo) et sa suite parmi laquelle il se fera un interlocuteur privilégié en la personne du père Tachard, jésuite et un allié de circonstance en la personne de l’abbé de Choisy. Nous sommes renseignés sur sa personnalité par l’abbé de Choisy qui dans son « journal » tombe sous son charme et en parle sans arrêt dans les termes les plus élogieux : « Vous voyez que M constance sert bien la religion, il mérite que le pape et le roi lui en témoignent leur reconnaissance. Il ne lui faut que des honneurs, il se soucie peu d’argent ».

 

Dans le même temps, Phaulkon qui a très bien saisi à qui il avait affaire va couvrir de cadeaux l’abbé de Choisy qui nous donne de nouveaux aspects de sa personnalité : « M Constance vient de donner deux cents cinquante écus au collège Masprend et tous les ans il en donnera autant et traitera tous les écoliers trois fois l’année. En vérité cet homme là a du grand (…) et plus loin (…) M Constance a répondu au mémoire de M Véret et lui a accordé quelques articles et lui en a refusé d’autres. Il est bien difficile de contenter tout le monde ; pour moi je suis peut être prévenu en faveur de M Constance mais il me parait fort honnête, homme fort et raisonnable ; et jusqu’à ce qu’il m’ait trompé, je ne changerai point de sentiments (…)

 

Lopburimaison-phaulkonDiviser, opposer pour mieux régner

Pendant que  Phaulkon négocie avec les Français (surtout avec Tachard quant à la conversion du roi qu’il croit possible), discute un traité avec les uns (Véret), couvre d’honneurs les autres (l’ambassadeur De Chaumont et de Choisy), il n’en continue pas moins à flatter les Portugais : « M Constance est venu prier M  l’ambassadeur d’aller demain chez lui. Il fait une grande fête pour l’exaltation du roi du Portugal ; mais il n’a prié que les Portugais qui sont venus voir M l’ambassadeur ».  Habile subterfuge d’autant que de Choisy dit quelques semaines plus tard : « M Constanc , qui ne nous a point quittés de toute la journée, a fait tirer ce soir un feu devant sa maison pour l’exaltation du roi d’Angleterre ». On peut voir par ces exemples que Constance se saisit de toutes les opportunités. Les Français sont prévenus qu’ une place de choix leur est réservée à la cour du roi, mais il y a de la concurrence. Par le témoignage de Tachard il est sûr que Constance croit, sans doute sincèrement à la conversion possible du roi Narai, qui lui donnerait alors plus de pouvoir contre les mandarins et les talapoins. Le pèreTachard en usera et en abusera à son retour en France.

 

Ruse de Phaulkon

La ruse apparaitra dans le traité du 10 décembre 1685, durement discuté sur le plan commercial par Phaulkon (signé à Louvo). Contrairement à celui de 1680 qui était exclusivement commercial (le traité du poivre) celui-çi sera purement religieux. Le traité ne comprend que cinq articles, ils sont tous relatifs au libre exercice de la religion chrétienne et à la protection des missionnaires et de leurs ouailles. Aucune clause politique ou commerciale. « beaucoup de bruit pour peu de choses » nous dit le père Gerbillon qui en fait la narration en 1686. Le traité de 1680 est simplement, reconduit et Constance n’a rien lâché.

le-roi-Narai-le-grandAu moment de son départ le roi Phra Narai avait demandé au chevalier de Chaumont de garder le chevalier De Forbin au Siam. Cet officier avait appris très consciencieusement la langue siamoise. Ses manières de vivre et sa conduite sans reproche, son intégrité furent telles que le roi Phra Narai le prit en estime. On pense avec ce qui va suivre que Phaulkon en ressenti une grande jalousie et vit là un danger pour son pouvoir. Les évènements à venir allaient le prouver.

 

La révolte des Macassars

A ce moment là les « Macassars » issus des Célèbes (actuelle Indonésie) et musulmans de religion s’étaient réfugiés au Siam. Phaulkon qui avait de nombreux espions partout appris que ces Macassars préparaient une conspiration pour renverser le roi. C’était une menace à prendre au sérieux, car les Maures et les Persans musulmans étaient déjà très implantés au Siam et concurrents directs des Français, des Portugais et des Hollandais. Mr constance décida donc d’attaquer le camp des Macassars (le sieur Véret chef du comptoir français s’y joignit avec une quinzaine de français et ainsi que des Anglais). Cette troupe hétéroclite  fut mise en déroute face à la résistance de farouches combattants. Des morts en nombre. Mr Constance tirant les enseignements de cet échec réattaqua cette fois avec une meilleure préparation et une troupe plus conséquente. Le prince des Macassars fut tué, deux de ses fils furent faits prisonniers. Pour s’en débarrasser et éviter d’autres problèmes avec eux, Phaulkon les enverra en France. Une partie des Macassars s’enfuirent comme ils le purent, dont une cinquantaine par bateaux.

 

Les fuyards devaient passer devant la forteresse de Bangkok commandée par le gouverneur, le comte de Forbin. Constance lui demanda d’arrêter les conjurés en épargnant le sang (probablement avait -il une arrière pensée, connaissant les Macassars). Mais ce qui aurait pu être une simple interception allait tourner au carnage du fait de l’attitude guerrière des Macassars et à l’avantage de Forbin qui en sortit vainqueur.

 

 

Phaulkon contre De Forbin

Constance se plaignit beaucoup de l’attitude « guerrière » du chevalier de Forbin, qui injustement mis en cause décida de quitter le Siam. Probablement était-ce une attitude feinte de Phaulkon pour éliminer quelqu’un qui le gênait. Il alla même jusqu’à écrire une lettre au ministre de la marine français, le marquis de Seignelay le 1er novembre 1686 dans laquelle il cherchait à expliquer le brusque départ de Forbin. Il y disait que (…) » le chevalier n’avait pu s’accorder avec personne à Bangkok , et que pour des bruits particuliers qu’il devait mépriser, il  lui a demandé son congé ce dont Sa majesté siamoise, qui l’avait en affection s’était trouvée offensée (…).Une belle attitude de sa mauvaise foi !

La réussite de M Constance lui avait aussi attiré l’animosité de beaucoup de mandarins, les Anglais et les Hollandais n’étaient pas satisfaits non plus de tous ces avantages accordés à la France. Quant au clergé bouddhiste il ne voyait pas favorablement l’arrivée des catholiques « étrangers – les Falangsei) Phaulkon savait cela bien entendu. Il attendait donc la seconde ambassade française avec impatience car il avait obtenu que le roi Louis XIV lui envoie des bataillons (500 soldats) qui dans son esprit devait renforcer son pouvoir militaire. Il avait su aussi convaincre Tachard (la conversion du roi oblige) de permettre au roi de France de lui envoyer douze savants jésuites qui renforceraient son pouvoir sur le roi, « car ils avaient l’habilité d’introduire l’évangile au moyen des sciences »…

42-ramakienPhaulkon, comte de France

C’est l’époque où Phaulkon fut nommé comte de France et chevalier de l’ordre de Saint Michel avec l’autorisation de mettre trois fleurs de lys dans ses armes. Une belle reconnaissance qu’il devait autant au père Tachard qu’au père de Lachaise confesseur jésuite de Louis XIV.

 

Le début des problèmes

L’étoile du favori grec devenait pâlissante au Siam et son protecteur, le roi Narai, était tombé malade. Il fut lâché par les uns et les autres. Mais comme les intérêts français dépendaient en grande partie de son sort, sa chute allait prendre les allures d’une révolution nationaliste anti- française.

« les ennemis mêmes de M. Constance conviennent tous qu’il était un très habile homme, d’un esprit étendu, capable de grandes choses, ferme, libéral, mais son ambition, une vanité insupportable portée à vouloir que tout ployât sous lui, ternissaient beaucoup toutes ces belles qualités… »

 

Le 3 Janvier 1688, après une dernière audience du roi Narai, Claude Céberet qui avait dirigé la deuxième ambassade française (avec de la Loubère) quittait le Siam malgré l’opposition de Phaulkon qui avait tout fait pour le retenir. Céberet repartait avec un traité qui ne faisait que renouveler les précédents mais qui était favorable à la Compagnie des Indes Orientales. Avant son départ M Constance jugea à propos de donner encore une marque exceptionnelle de confiance à la France en souscrivant pour une somme de 300 000 livres de ses actions. Cette mesure qui semblait favorable à la CIO fut interprétée comme un habile moyen pour Phaulkon de s’immiscer plus directement dans les affaires de l’administration de la compagnie. Car contrairement à ce qu’en dit De Choisy, Phaulkon qui menait grand train avait besoin de beaucoup d’argent et sa villa de Louvo était en fêtes permanentes.

 

La fin de M. Constance (Phaulkon )

On est au début de 1688, M. Constance est à Louvo (Lop Buri). Il est conscient de ce qui se trame (il est étonnant qu’il n’est pas songé à fuir, sa fidélité  au roi peut-être). C’est alors qu’il demande au commandant des forces françaises établi à Bangkok, le général Desfarges, de venir protéger Louvo de soit disant pillages. Desfarges (un personnage timoré dont nous publions les non-faits d’armes) veut s’exécuter mais le sieur Véret chef du comptoir français, et surtout les évêques et l’abbé de Lionne en tête arrivent à le  disuader. Il ne se le fera pas dire deux fois.

les-balons-de-NaraiPhaulkon seul sera saisi par les hommes de main de Pitracha, mis à mort et coupé en morceaux !!! Petracha se proclama roi après la mort le 11 Juillet 1688 du roi Narai avec le soutien des mandarins, du clergé bouddhiste, et de toute la cour qui s’était opposée au pouvoir de Constance.

 

Une plaidoirie anti Constance

On a vu qu’il avait trouvé en l’abbé de Choisy, et avec du père Tachard des thuriféraires convaincus. Mais ce n’était pas le cas de tous les religieux français en particulier des apostoliques. Qu’on en juge plutôt par ces lignes de l’abbé de Lionne qui rééquilbre le jugement sur le personnage :

« Un esprit qui veut dominer sur tout, hardi, entreprenant, généreux à dépenser pour paraître, fier, emporté, inégal, sur qui on ne peut faire aucun fond ; inventant mille choses et les donnant comme véritables avec mille circonstances superbes ; vindicatif, vain, promettant tout et ne tenant rien, qui ne se soucie que de lui, éclairé pour connaître le faible des gens et les prendre par là ; d’une humeur hautaine et insupportable à tout le monde et par là ne s’étant  pas pu conserver un ami; qui a été souple quand il était peu de choses mais qui présentement prend un air de hauteur qui révolte tout le monde contre lui ; détesté de toutes les nations qui sont au Siam (…)

qui est détesté de tout le peuple de Siam pour les impositions qu’il fait mettre sur les habitants ;  qui si le roy venait à mourir serait déchiré en mille pièces par les siamois, avec qui on ne gagnera jamais rien par amitié mais selon qu’il espérera ou craindra, si on lui remet les choses ; qui fera échouer le voyage à venir comme les autres et trouvera moyen de se conserver toute l’autorité (…) »

 

faucon-du-siam-livreIl faut mettre ce jugement en perspective de la querelle (voire de la concurrence) entre les missionnaires (comme l’abbé de Lionne) et les jésuites (comme le père Tachard) qui vont s’opposer notamment sur les relations et la politique de Constantin Phaulkon. Les deux avaient en commun de maitriser la langue siamoise et d’avoir souvent servi d’interprètes aux principales étapes de ces premières relations franco-thaïes.

Constantin Phaulkon restera dans l’histoire comme  un aventurier au destin exceptionnel, qui aura écrit un bout de l’histoire du Siam et participé à la gloire du grand roi Narai. Il aura également été mêlé à un épisode important de l’histoire de France et du règne du roi soleil.

Malgré une fin tragique, il est devenu pour les Européens une figure de légende, et sous le nom du « faucon siamois » le romancier Axel Aylen lui consacra trois gros livres.

En 1689 (après sa mort donc), la France lui signait des lettres de naturalité et octroyait à sa famille 3000 livres de rente !

 

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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