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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 01:25
A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Deux récentes informations rapportées par la presse en juillet 2017 pourraient nous montrer la volonté de la junte de lutter contre les trafics d’êtres humains et des travailleurs illégaux.

 

La première relate un procès exceptionnel jugeant 102 prévenus, qui a abouti à la condamnation du général Manas Kongpan, l’ancien Commandement des Opérations de Sécurités Intérieures (ISOC) de tout le Sud, ainsi que tout un réseau de militaires, policiers, hommes politiques locaux et mafieux, pour le trafic d'êtres humains exercé contre les Rohingyas et les Bangladais, désirant émigrer en Malaisie ou en Indonésie, dans des conditions sordides, violentes et meurtrières.*

 

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

La seconde est relative à une loi contre l’immigration clandestine qui a provoqué la panique parmi des milliers d’étrangers en situation irrégulière, notamment birmans. Devant l'exode et l'émoi des entreprises, privées de leurs salariés, le gouvernement a annoncé peu après la suspension de la loi pour six mois.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Et une troisième qui voudrait accréditer l’idée que désormais la « Thai Union Frozen Group » (TUF), l’un des plus gros conglomérats producteurs de fruit de mers au monde, était sur le point de revoir ses pratiques de pêche pour éviter les conditions de travail abusives et le chalutage excessif.**

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Faut-il voir là un changement politique et économique profond  ou trois péripéties  dans une actualité où  « Il n’y a pas un jour sans qu’un journal local ou même international dénonce une pratique illégale, une vente d’êtres humains, un passage interdit de frontière, un système de corruption officielle ». **

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Rappelons les faits.

 

En mai 2015, le gouvernement issu du coup d’Etat de 2014, avait réagi après les publications de la presse internationale et nationale  révélant l’existence d’une trentaine de cadavres jetés dans quatre fosses dans la province thaïlandaise de Songkhla, dans le sud du pays, ainsi qu’un peu plus tard de cent trente-neuf tombes et 28 fosses communes  du côté malaisien.*

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Jusqu’à cette date,  les autorités thaïlandaises et malaisiennes avaient minimisé ces trafics et démenti que des camps de détention de migrants ou des fosses communes puissent exister sur leur sol, pourtant dénoncé depuis des années par les ONG, avec son lot d’horreurs (Des milliers de migrants abandonnés par les trafiquants en pleine mer, retenus en otages dans des camps avec demande  de rançons aux familles, passages à tabac, meurtres, viols). Le Courrier international du 13 mai 2015 s’en faisait l’écho : « Thaïlande,  Au royaume du trafic des êtres humains » : « Séduits par le rêve d’une vie meilleure, beaucoup de Bangladais pauvres (On pourrait rajouter : et de Rohingyas)  embarquent sur des cargos pour se rendre en Thaïlande, puis de là rejoindre la Malaisie par la route. Toutefois, avant même de parvenir à leur destination finale, leurs rêves se transforment en un cauchemar collectif. Détenus en pleine jungle dans des lieux surpeuplés et immondes pendant des mois, voire des années, ils sont souvent passés à tabac et privés de nourriture jusqu’à l’obtention d’une rançon.».

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Ce trafic d’êtres humains existait effectivement depuis des années pour des milliers de migrants fuyant, chaque année,  le Bangladesh pour des raisons économiques et la Birmanie pour éviter les violences et la politique d’apartheid à l’égard des musulmans rohingyas. Mais cette fois-ci la junte militaire thaïlandaise, soucieuse de débarrasser le pays de sa réputation de plaque tournante du trafic d'êtres humains, avait affiché sa résolution de désorganiser les filières, d’arrêter les coupables et de faire de leur procès un exemple. Surtout que le gouvernement savait que le Rapport sur les Trafics de Personnes du Département d'Etat américain (rapport TIP) allait déclasser la Thaïlande et tombé dans la catégorie Tier 3,  entraînant de fait des sanctions économiques et la perte de l’aide au développement.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Nous avions d’ailleurs signalé dans notre article 185 « La junte militaire face aux trafics d’ êtres humains en Thaïlande » qu’ « En ce début de mai 2015, la junte a lancé une vaste opération de police  contre les trafiquants d’êtres humains dans la province de Songkhla, près de la frontière avec la Malaisie. Le 1er ministre a fait de multiples déclarations montrant la volonté du gouvernement de faire face à cette vague d’immigration clandestine qui a doublé depuis l’année dernière, comme le confirme un rapport du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) à Bangkok qui indique que, « quelques 25.000 Rohingyas et Bangladais ont pris la mer pour émigrer grâce à des passeurs entre janvier et mars de cette année - presque le double par rapport à l'an dernier. » Et « de nombreux journaux, magazines, reportages de télévision, reprenaient les déclarations des autorités thaïlandaises censées montrer l’efficacité  de la répression des trafiquants de chair humaine, avec la découverte des camps-prisons, l’arrestation de trafiquants, de fonctionnaires corrompus, des poursuites contre des policiers, et le transfert d’autres policiers « suspects ». ***

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Mais nous avions rappelé « que les trafics d’êtres humains ne se réduisaient pas  au transit des migrants bangladais et rohingyas traversant la Thaïlande, comme le prétendait le chef de la junte, mais « s’exerçait au sein d’un système de trafics d’êtres humains généralisé qui touchait près de cinq millions de travailleurs étrangers légaux et illégaux, employés dans de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise, comme la pêche hauturière, l’aquaculture de la crevette, les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas, le bâtiment, la prostitution, etc. ». (in A 185 ***)  Nous avions d’ailleurs tenté de présenter en 2013 avec  l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ? (Cf. 128****), ces différents  trafics qui  ne pouvaient se comprendre que dans le contexte (historique, économique et politique) plus large des migrations transfrontalières, et  « l’ancrage historique des réseaux et leurs structures, fondées sur l’histoire, les relations familiales et les rapports de forces au sein d’un même groupe. » Ancrage qui expliquait les difficultés, voire l’impuissance des différents gouvernements à contrôler ces frontières, malgré les règles administratives contraignantes, les border-pass, visa, passeport, double nationalité, illégalité acceptée sur les lieux de travail, tant ces réseaux anciens se « reconstruisaient », se « modernisaient » en intégrant les nouvelles réalités politiques et économiques, en s’appuyant sur la corruption des élus et des agents de l’Etat (police, militaire) et des mafias locales. L’impuissance est d’autant plus grande qu’elle concerne plus de  4 millions de Birmans et des milliers de Cambodgiens.

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Nous avions d’ailleurs dans un autre article évoqué « cette birmanisation » du sud  de la Thaïlande avec l’étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry,  intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières » (In Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009)**** qui essaie de définir la structure des filières et des réseaux,  identifie les différents éléments clandestins, les différents acteurs de cet espace régional, légaux et illégaux qui assurent le développement du sud de la Thaïlande.  Jacques Ivanoff et Maxime Boutry montreront que l’illégalité fait partie du système social, politique et économique, que le gouvernement ne peut légaliser, car « La légalisation systématique des travailleurs immigrés équivaudrait à reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique et sa nécessité sur le territoire national, dont l’unité et la cohérence sont déjà bien malmenées par le sud ».  (Cf. Le développement et la complexité du problème in notre article A130****)

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Une autre excellente étude d’une trentaine de pages de  Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff, « Le trafic humain en Thaïlande : situation actuelle et défis », mis en ligne le 12 janvier 2015*****, émettait des doutes sérieux sur la possibilité même pour la junte de remettre en cause les divers trafics humains et cette économie souterraine et illégale tant de nombreux secteurs de son économie avait besoin de cette main d’œuvre liées aux trafics ; Une économie « construite sur des bastions régionaux aux mains de maffieux et de cliques politiques intouchables. Il est donc difficile d’envisager l’application de politiques de répression ou de sensibilisation alors même que ceux qui sont en charge de les créer sont partie prenante dans le trafic. ». « Il y a (toujours) un gouffre entre la volonté officielle (si tant est qu’elle existe) de réguler ces flux et la réalité locale. […] ce qui n’empêche pas quelques coups d’éclat contre la drogue, les trafiquants d’êtres humains ou pour la protection de l’environnement », qui peuvent rassurer  l’opinion publique thaïlandaise et internationale, mais qui touchent peu les trafics humains en place.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Par exemple, « on (va) se féliciter d’avoir libéré 14 Birmans illégaux ! (Mais)  En fait les victimes sont plus souvent capturées par les officiels de la police et de l’immigration (quand le passeur n’a pas voulu payer ou alors pas assez ou encore qu’il s’agisse de faire un exemple) qui les revendent généralement aux trafiquants ou maffieux, propriétaires d’usines. Ils vont jusqu’à les ramener dans les camps de rapatriement et, sur la route, leurs camions « tombent en panne » à des lieux précis ou un marché est organisé. Les Birmans « évadés » sont en fait revendus. Ils se retrouvent à nouveau dans le circuit des marchands d’hommes ; certains ont été revendus 4 fois, sans même le savoir. Leur dette devient ingérable, ils n’ont aucun avenir, pourtant la plupart des victimes sont jeunes, autour de 20 ans. ».

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

« Car le constat est sans appel : le sud de la Thaïlande ne pourrait fonctionner économiquement sans les travailleurs birmans, ni même les grandes conserveries du port de Bangkok. »

 

Les « bureaux » et « agences » dédiés au problème de l’illégalité sont donc voués à l’échec, car « toute tentative du pays pour avancer dans le domaine de la régulation des flux de travailleurs immigrés (processus de régularisation, délais, négociations avec les patrons…) se heurte à la bureaucratie locale qui craint le contrôle et verrait sa volonté d’éviter des taxes et la corruption émerger au grand jour ». Les arrestations pour des cas de trafics traduits en justice sont d’ailleurs dérisoires : en 2012 : 78 pour la prostitution, 16 pour le travail forcé, 4 pour la mendicité forcée ! (Chiffres donnés par Ivanoff et Chantavanich) (Nous n’avons pas trouvé de chiffres plus récents !)

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

On peut donc douter que le procès - en ce mois de juillet 2017- au cours duquel ont été jugés 102 personnes, accusés de traite d'êtres humains, de rançon et de meurtre, et condamné le général Manas Kongpan, grande figure de l'appareil sécuritaire dans le sud de la Thaïlande, (promu en 2013 par l'actuel chef de la junte Prayut Chan-O-Cha), un autre gradé de l'armée, des policiers, plusieurs fonctionnaires et politiciens dont le maire de la ville de Pedang Besar, ainsi que des Rohingyas, qui servaient d'interprètes et le parrain Pajjuban Aungkachotephan, alias Ko Tong ou « Grand Frère Tong », sera suffisant pour que la junte puisse démontrer que la Thaïlande a désormais la volonté de s’attaquer à toutes les filières de trafics humains.******

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

On a pu le constater avec une loi contre l’immigration clandestine mis en application en ce même mois de juillet 2017 qui a provoqué la panique parmi des milliers d’étrangers en situation irrégulière, notamment birmans. Devant l'exode et l'émoi des entreprises, privées de leurs salariés, le gouvernement a annoncé peu après la suspension de la loi pour six mois.

 

Dans un éditorial publié le dimanche 16 juillet, le quotidien anglophone thaïlandais The Nation avait critiqué vivement l’annonce de cette nouvelle loi contre l’immigration clandestine, qui a provoqué la panique parmi des milliers d’étrangers en situation irrégulière, notamment birmans. Ces derniers sont nombreux à travailler dans la construction, les industries poissonnières du sud, et l’agriculture dans les zones frontalières, des secteurs vitaux pour l’économie thaïlandaise. Selon le quotidien, environ 50 000 travailleurs migrants auraient fui le royaume en trois semaines – d’autres évaluations font état de 90 000 personnes. » 

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/07/18/des-dizaines-de-milliers-de-migrants-birmans-fuient-la-thailande

De plus on peut se demander comment cette loi pourrait s’appliquer sur les bateaux de pêche thaïlandais, et surtout sur ceux de la pêche hauturière qui peuvent rester au large pendant plusieurs mois, voire plus d’une année.

Et pourtant, depuis bien des années, les rapports de l’OIT, du département américain d’Etat, des ONG, des organes de presse, des entreprises européennes importatrices, etc,  dénoncent les "graves abus" opérés sur les bateaux de pêche thaïlandais, où les immigrés illégaux cambodgiens et birmans sont à la merci des violences et du travail forcé. Nous pourrions citer des dizaines de témoignages d’anciens esclaves, d’associations de pêcheurs thaïlandaises, d’ONG, d’émissions de TV, de fonctionnaires des Nations-Unies, d’exportateurs et de travailleurs sociaux. Nous avions fin 2013 dans notre article  « Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais. » (A128), exposé l’ampleur de ce cette exploitation inhumaine, et dénoncé l’inefficacité des pressions internationales sur cette industrie. La 1ère ministre Yingluck Shinawatra pouvait encore nier ces trafics  d’êtres humains et déclarer à Cyril Payen dans un reportage pour « France24 » du 27/07/2012, les yeux dans les yeux : « Tous les ouvriers étrangers ont exactement le même droit que nos propres ouvriers". (sic)  

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

(S’il est vrai que le droit thaïlandais décerne aux étrangers, qu'il soit résident ou non-immigrant, exactement les même droits et le même code du travail, l’interview de Cyril Payen  portait sur les trafics de main d’œuvre et l’importance des travailleurs illégaux dans l’économie de la pêche en particulier)

 

Il est vrai que  pour éviter d’être encore classée dans la catégorie infamante Tier 3,  la marine royale thaïlandaise avait fait des « efforts », et n’avait  pas identifiée un seul cas de trafic  sur 1000 inspections à bord de bateaux de pêche. ! (In l’étude de Ivanoff et Chantavanich)

 

En 2015 encore, Hélène Bourges, Chargée de campagne océans pour Greenpeace, reconnaissait que l'esclavage moderne des travailleurs était monnaie courante dans l'industrie de la pêche thaïlandaise, et citait l'Organisation Internationale du Travail, qui estimait qu’un travailleur sur 10 dans les usines de transformation des produits de la mer a rapporté être victime de travail forcé, et 20% des marins à bord des bateaux de pêche thaïlandais sont victimes de traite ou de travail forcé. Greenpeace d’ailleurs dans  un rapport sur les violations des droits humains dans l’industrie thonière mondiale dénonçait  des méthodes de pêche destructrices, la surpêche, les prises massives de thons juvéniles, les prises "accessoires" d’espèces menacées mais aussi le travail forcé dans l’industrie des produits de la mer et plus particulièrement Thaï Union Group, société mère de Petit Navire, et géant de cette industrie. https://www.greenpeace.fr/thon-derriere-une-industrie-globalisee-la-violation-des-droits-humains/

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Alors que s’est-il passé pour qu’en juillet  2017 Thai Union Frozen Group (TUF), annonce qu’il était sur le point de revoir ses pratiques de pêche pour éviter les conditions de travail abusives et le chalutage excessif, et que Greenpeace crie  « Victoire ! Le géant mondial du thon en boîte recule face à la pression citoyenne ».

 

Greenpeace est persuadé que ses « deux ans de campagne, de travail sans relâche, d'actions de terrain, et près de 700 000 signatures récoltées à travers le monde, (a convaincu) Thai Union, le géant mondial des produits de la mer, de prendre ses responsabilités pour la préservation des océans et le droit des travailleurs. »

 

La déclaration de Greenpeace France.  « Victoire ! Le géant mondial du thon en boîte recule face à la pression citoyenne » https://www.greenpeace.fr/victoire-geant-mondial-thon-boite-recule-face-a-pression-citoyenne/  a de quoi rester pantois, même si après avoir expliqué la campagne et donner les engagements de Thai Union, il appelle « à rester  extrêmement vigilants quant à la mise en place de ces changements majeurs. ».

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Nous pouvons en effet émettre quelques doutes sur les engagements de Thai Union, qui serait désormais soucieuse de la protection des océans et des travailleurs de la mer ; qui d’ici 2020, diminuerait de moitié environ le recours aux dispositifs de concentration de poissons (DCP ) dans sa chaîne d’approvisionnement ; mettrait en place un système de traçabilité qui permettra aux consommateurs de vérifier la provenance du thon et la façon dont il a été pêché ; étendrait au niveau mondial le moratoire concernant le transbordement en mer (pratique consistant à décharger une marchandise d’un navire sur un cargo réfrigéré, ce qui permet aux navires de pêche d’éviter de retourner au port et de maximiser leurs prises, et –pourrait-on rajouter- d’exploiter jusqu’à l’esclavage souvent les travailleurs de la mer restant alors sur les navires) ; sauf si sont présents des « observateurs » des fournisseurs.

 

Attendons l’audit prévu en 2018 « effectué par une tierce partie afin d’évaluer l’avancée des mesures prises par Thai Union. », mais nous ne faisons aucune illusion sur la capacité de Greenpeace de  faire cesser les pratiques de pêche destructrices de Thai Union, et le travail forcé de ses travailleurs, alors que le rapport 2017 du  Département d’Etat américain sur les trafics d’êtres humains (TIP Report) maintient laThaïlande pour la deuxième année consécutive au rang de Tier 2 du fait que malgré les efforts engagés (lois, personnels, budget) les résultats sont encore trop insuffisants au regard de l’importance des trafics existants. (Cf. Le développement in

https://www.state.gov/documents/organization/271345.pdf )

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Ainsi, pour les différents trafics en 2016, sur 333 cas (317 en 2015), 301 ont été poursuivis (251 en 2015), impliquant 600 suspects (690 en 2015), et 268 ont été condamnés (205 en 2015). Et pour le travail forcé, le gouvernement n’a pu signaler que 83 enquêtes (72 en 2015) qui ont abouti à 62 poursuites. (Le rapport ne dit rien sur les condamnations ).

 

Quant-aux investigations menées auprès des propriétaires de navires de pêche, des capitaines, courtiers,  43 cas de trafics  ont été découverts, qui ont mené à l’arrestation de 5 propriétaires, 36 capitaines ; sur 37 personnes poursuivies, 1 seul propriétaire fut condamné à 14 ans de prison. C’était la première fois en Thaïlande qu’un propriétaire de navire de pêche était condamné, précise le rapport.

 

Il est noté que des observateurs d’ONG s’étonnent que les interviews des travailleurs des mers au port soient menés devant les capitaines des navires et que les inspections ne consistent le plus souvent qu’à des vérifications des documents des navires, et que certains ne montent même pas à leur bord.

 

 Le centre de commandement pour combattre la pêche illégale (Le CCCIF) ont inspecté, d’octobre à novembre 2016,  415 usines de transformation de fruits de mer et n’ont trouvé que 66 cas d’emploi illégal ( !) et que 35 usines ayant enfreint des lois sur le travail et des salaires impayés. Le rapport aurait pu évaluer le nombre de salariés de ces différentes usines.

 

Sinon, on peut encore signaler que le département de protection du travail et de l’aide sociale (DPLW) a réalisé 1 346 inspections en 2016 dans différentes entreprises, comme des fermes de canne à sucre, de cochons, de poulets, d’usines de vêtements, de transformation de crevettes et de poissons. Il a constaté 136 violations et perçu 45 000 baths d’amende. Vous avez bien lu 45 000 baths d’amende en un an !

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Le rapport nous informe aussi sur le cas de 10 officiers de la police, suspectés de  complicité dans  des trafics de femmes; l’un fut démis et les 9 autres sont toujours soumis à une enquête. De janvier à mars 2017, le gouvernement a enquêté sur le cas de 6 policiers et d’un politicien local et sur une affaire de trafic sexuel d’enfants incluant des fonctionnaires de haut rang et des officiers de police dans une province. (Aucun nom n’est donné). Ou encore, le rapport signale (avec imprécision) des enquêtes menées à l’encontre de 34 officiels où  seulement 2 furent condamnés (l’un prit 36 ans d’emprisonnement et l’autre 16 ans).

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Bref, si le rapport ne cache pas les efforts engagés par le gouvernement dans la lutte menée contre les trafics humains en termes de nombre d’hommes engagés, d’interprètes (115 de plus en 2016 pour atteindre le nombre de 265), de formation (En 2016, plus de 2000 officiers de police ont reçu une formation spécifique, ainsi que 300 juges et procureurs) ; de budget ( 58.15 millions de $ pour l’année fiscal 2016, et 72.1 pour 2017, avec un budget additionnel de  17.49 millions de $ en 2017 pour le CCCIF (Le centre de commandement pour combattre la pêche illégale), de campagnes menées dans les journaux, télévision, radio, panneaux publicitaires, etc, de lois renforcées dans la répression, il constate que peu sont arrêtés et encore moins condamnés.

 

D’ailleurs, l’organisation Transparency International, qui tente de mesurer les taux de corruption des pays du monde, a rétrogradé la Thaïlande du 76ème rang au 101ème rang parmi les 176 pays évalués en 2016.  Elle peut malgré tout se réjouir d’être à la 5ème place parmi les 10 pays de l’Asean, et au même niveau que les Philippines. ********

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Ce qui n’inaugure pas, vous l’avouerez, un crédit plus important accordé à la junte pour une lutte plus efficace contre les trafics d’êtres humains,  les travailleurs illégaux et la corruption en 2017, non ?

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Notes et références.

*En savoir plus sur

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/05/24/migrants-des-fosses-communes-decouvertes-en-malaisie_4639525_3216.html#BJ1t76zU6jCxAmTK.99

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/actualite/286579-justice-un-general-thailandais-emprisonne-pour-trafic-d-etres-humains

 

Tribune de Genève du 19.07.2017, http://www.tdg.ch/monde/Traite-humaine-le-verdict-tombe/story/15990860

 

**Cf. M.G. avec l’AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 13 juillet 2017

 

*** A185. La junte militaire face aux trafics d’êtres humains en Thaïlande. http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/a185-la-junte-militaire-face-aux-trafics-d-etres-humains-en-thailande.html

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/07/18/des-dizaines-de-milliers-de-migrants-birmans-fuient-la-thailande

 

**** En 2013 : A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html  

 

A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

 

 A.130. La « birmanisation » du sud de la Thaïlande est-elle inéluctable ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a130-la-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-est-elle-ineluctable-120323933.html

 

*****« Le trafic humain en Thaïlande, situation actuelle et défis » de Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff, in « Espace politique, 2014. https://espacepolitique.revues.org/3205

Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?, 8/9/2010 : Des migrations aux circulations transnationales Dossier : Des migrations aux circulations transnationales

Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry, « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières », Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009.

Si vous voulez en savoir davantage sur les Moken, nous conseillons le blog de Jacques Ivanoff : https://mokenalive.wordpress.com/

******Le procès. Cf. Tribune de Genève du 19.07.2017, http://www.tdg.ch/monde/Traite-humaine-le-verdict-tombe/story/15990860 « Un général condamné pour traite d'êtres humains »,Thaïlande. Le général Manas Kongpan, grande figure de l'appareil sécuritaire dans le sud de la Thaïlande, a été reconnu coupable de traite d'êtres humains.

Le Petit journal : http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/actualite/286579-justice-un-general-thailandais-emprisonne-pour-trafic-d-etres-humains

******* Thai Union Frozen Group (TUF)

https://www.greenpeace.fr/greenpeace-devoile-le-visage-sombre-de-lindustrie-de-la-peche-thailandaise/

https://www.greenpeace.fr/victoire-geant-mondial-thon-boite-recule-face-a-pression-citoyenne/

 

Thai Union Frozen Group (TUF), parmi les plus gros conglomérats producteurs de fruit de mers au monde, a annoncé mardi qu’il était sur le point de revoir ses pratiques de pêche pour éviter les conditions de travail abusives et le chalutage excessif, une décision saluée par Greenpeace comme étant un "immense progrès". M.G. avec l’AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 13 juillet 2017 RSE – Le géant Thai Union Frozen s’engage à réformer des pratiques de pêche controversées

******** Transparency International. Pour la Thaïlande, cf. in https://www.transparency.org/country/

L’Indice de perception de la corruption 2016 porte sur les perceptions de corruption dans le secteur public dans 176 pays.

 

Le Danemark et la Nouvelle-Zélande obtiennent les meilleurs résultats avec une note de 90, suivis de près par la Finlande (89) et la Suède (88). Bien qu’aucun pays ne soit exempt de corruption, les pays en haut du classement partagent les caractéristiques suivantes : gouvernement transparent, la liberté de la presse, la garantie des libertés civiles et des systèmes judiciaires indépendants.

 

Pour la dixième année consécutive, la Somalie est le pays le moins performant de l’indice, où elle enregistre cette année une note de 10 seulement. Le Soudan du Sud est en avant dernière position avec une note de 11, précédé de la Corée du Nord (12) et de la Syrie (13). Les pays en bas du classement se caractérisent par une impunité généralisée dans les affaires de corruption, une mauvaise gouvernance et des institutions faibles.

 

Les pays des régions en difficulté, en particulier au Moyen-Orient, ont enregistré les baisses les plus importantes cette année. Le Qatar est le pays qui a perdu le plus de places au classement par rapport à l’indice 2015 avec une baisse de 10 points.

 

 

 

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?
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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 18:05
A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Après des mois d’accalmie, la rébellion « indépendantiste » musulmane reprend en 2017 avec son lot d’attentats meurtriers. Il nous a semblé intéressant d’examiner si la situation a évolué depuis notre article de 2011 intitulé « Terrorisme ou insurrection séparatiste dans le Sud de la Thaïlande ? »*  qui cherchait à comprendre l’origine de ce conflit pour les uns, de cette guerre pour les autres, qui avait depuis 2004 déjà fait 4.317 morts et 7.135 blessés. (Selon le Bangkok Post).

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Sans refaire tout l’historique de cette région que nous avions entrepris alors,  il faut se rappeler que le 10 mars 1909, le Royaume-Uni et le royaume de Siam signaient un traité, sans aucune représentation malaise, dans lequel le Siam renonçait à ses prétentions sur les États de Kedah, Kelantan, Perlis, et Trengganu, et gardait la souveraineté sur un territoire qui correspondaient aux provinces actuelles de Narathiwat (Manara en malais), Pattani (Patani), Satun (Setul), Songkla (Singgora), et Yala (Jala). La région de Setul, de population à majorité thaïe avait été séparée de l’Etat malais de Kedah.

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

La donne changera à la fin de la deuxième guerre mondiale, où en 1957 une fédération « malaise » deviendra indépendante dans le cadre du Commonwealth et en 1963 s'associera aux colonies britanniques de Singapour, Bornéo du Nord (renommé Sabah) et Sarawak pour former une nouvelle fédération malaise, la Malaisie actuelle. Singapour s’en séparera en 1965 pour devenir une république indépendante.

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Mais la souveraineté acquise par la Thaïlande sur les provinces malaises et musulmanes de Narathiwat, Pattani, Satun,  Songkla et Yala ne transformaient pas ces habitants en de dociles Thaïlandais, parlant le Thaï et se convertissant au bouddhisme. Au contraire, au XXème siècle,  la politique nationaliste menée par les différents gouvernements  s’est traduite par une répression culturelle, voire dans les années 1940 par une tentative d’assimilation forcée qui interdisait les pratiques islamiques et l’usage de la langue yawi.

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Ce fut un  échec et des mouvements séparatistes se formeront, pour en 2004 connaître le début de la violence actuelle. Certes l’ancien premier ministre le général Chavalit Yongchaiyudh (25/11/1996-8/11/1997) avait bien essayé de proposer une zone administrative spéciale pour le Sud, mais celle-ci avait été  refusée par les « nationalistes thaïlandais » qui considèrent toute décentralisation comme le début du séparatisme. Ensuite les méthodes musclées avaient non seulement échouées, mais provoquées un regain de violences.

 

(D’autant que de l’autre côté de la frontière, le sultanat de Kelantan conservait ses valeurs traditionnelles et s’engagera au fil des années vers un fondamentalisme islamique radical jusqu’à ce que son parlement tente d’adopter la charia en 1993, aussitôt invalidée par le Parlement fédéral.)

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

En effet, « Dès son accession au poste de premier ministre en 2001, Thaksin supprime les institutions de dialogue entre thaïs et musulmans. Il accroît le rôle de la police au détriment de celui de l'armée, dont il remplace les dirigeants. Le nationalisme agressif qui accompagne son discours rompt avec les tentatives de dialogue mises en place depuis les années 1990. L'effet de ces politiques est immédiat. La déstructuration des réseaux d'influence de l'armée permet un retour incontrôlé des groupes séparatistes, muselés jusqu'alors. La multiplication des arrestations aveugles et l'utilisation d'une rhétorique agressive à l'encontre des minorités brise la confiance qui avait pu naître entre thaïs bouddhistes et musulmans malais. » (Piotr Kowalczyk, in notre article 245. Les deux gouvernements du lieutenant-colonel Thaksin Shinawatra du 17 février  2001 au coup d’Etat du 19 septembre 2006)  Et au début de 2004 c’est l’escalade ; 93 attaques contre des postes de police, des installations de l’armée, des écoles, etc, qui feront des dizaines de morts. Thaksin proclame la loi martiale le 6 janvier  et répond par la force en utilisant des méthodes expéditives, qui ne feront  qu’intensifier les assassinats, les enlèvements  et les attentats.

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Depuis aucun dialogue constructif n’a pu être établi. Pire, après le coup d'État de septembre 2006, l'insurrection n'a fait que s'intensifier,  malgré le déploiement en 2009 de 30.000 militaires  dans la région.

 

En 2011, un rapport d'un centre de l'OTAN relevait en 2011, 332 actes terroristes en Thaïlande (8ème rang mondial) faisant 292 tués, 660 blessés et 16 personnes enlevées.

 

En  2012, 185 attaques faisaient 171 tués et 674 blessés.

 

En septembre 2013, le bilan était estimé à 5.400 tués. Des négociations étaient en cours en Malaisie, mais n’aboutirent pas.

 

En mars 2014, le bilan annoncé est alors d'environ 6.000 morts (dont 171 membres du corps enseignant).

 

Le 12 août 2016, le « Courrier international » titrait : « Une sécurité renforcée après une série d'attaques à la bombe»

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

« Dans la nuit de jeudi à vendredi, une série de bombes a fait au moins 4 morts et une trentaine de blessés, dont plusieurs étrangers. La junte au pouvoir a donné l’ordre de renforcer la sécurité, sans pour autant connaître l’origine des attaques. « Alors que la nation fêtait l’anniversaire de Sa Majesté la reine », une série de bombes ont explosé dans le pays, notamment dans des zones touristiques, indique le Bangkok Post. Au total, 11 bombes ont explosé dans 5 provinces du sud du pays, faisant 4 morts et au moins une trentaine de blessés, d’après le décompte du journal. Parmi les zones touchées, les stations balnéaires de Hua Hin et Phuket. Par ailleurs, plusieurs incendies ont ravagé des magasins et centre commerciaux. Si les auteurs n’ont pas encore été identifiés, le 1er ministre Prayut Chan-o-cha a déclaré que « ces bombes veulent tenter de créer un climat de chaos et de confusion », dans un  pays qui va « vers la stabilité, une meilleure économie et plus de tourisme ». Pour le Bangkok Post, ce genre d’accusation fait généralement référence aux « partisans de l’ancien 1er ministre Thaksin Shinawatra, actuellement en exil.

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Mais les incidents se sont produits dans des régions anti-Thaksin », où, lors du référendum du 07/08, la population a voté massivement en faveur du nouveau projet de Constitution qui renforce le pouvoir de la junte.

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Le porte-parole de la police a de son côté exclu la piste terroriste, parlant plutôt de « sabotage local ». Le chef de la police a évoqué un lien possible avec le référendum, soulignant que plusieurs attaques dans 7 provinces sont survenues dans les jours qui ont suivi le scrutin, rapporte The Nation. Le 1er ministre « a ordonné le renforcement de la sécurité dans des zones urbaines, des points touristiques et historiques », après les attaques. Selon The Nation, le gouvernement thaïlandais croit qu’ « il est probable que les attaques aient été perpétrées par un réseau » et soient donc liées. »

 

(On relèvera « Le porte-parole de la police a de son côté exclu la piste terroriste » ! )

 

En décembre 2016, nous étions à 6.800 victimes et la situation politique était toujours bloquée alors que des attaques terroristes touchaient pour la première fois des sites touristiques hors du sud du pays.

 

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Et en 2017, la rébellion indépendantiste musulmane reprenait après des mois d’accalmie. La liste des morts s’allonge, parmi lesquelles des soldats, enseignants, élus locaux, collaborateurs locaux des forces de l'ordre, des moines même, des civils, et la situation politique est bloquée ; la junte thaïlandaise refusant de négocier avec le groupe Barisan Revolusi Nasional (BRN), soupçonné d'être derrière la grande majorité des attentats.

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

« Six soldats ont été tués lundi en Thaïlande par l'explosion d'une bombe alors qu'ils patrouillaient dans le sud près de Pattani, une région en proie à un conflit armé séparatiste, a annoncé la police. FP

(http://www.lepetitjournal.com/bangkok) lundi 19 juin 2017 »

 

« Plus de cinquante personnes, dont des enfants, ont été blessées mardi dans l'explosion d'une voiture piégée devant un supermarché dans le sud de la Thaïlande » 09/05/2017 13:54:20 - Pattani (Thaïlande) (AFP)  A l’issue de laquelle « Agissant sous les ordres du premier ministre Prayuth Chan-o-cha, les militaires dans la province de Narathiwat ont fermé six postes de contrôle aux frontières sur la rivière du Kolok, qui marque la délimitation entre la Thaïlande et la Malaisie. »
 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Il n’est pas sûr que l’Etat d’urgence, l’action militaire, la création de milices, de forces de sécurité dans chaque village, l’armement des civils et des instituteurs,  la protection des soldats auprès des fidèles bouddhistes,  soient la solution, pour rétablir la paix entre les deux communautés.

 

La junte et les nationalistes de tout poil, comme les autres gouvernements précédents, ne sont prêts à aucune concession en matière d'autonomie. La situation politique est dans l’impasse et les insurgés armés, dominés par le Barisan Revolusi Nacional (BRN), frapperont de nouveau. Et la liste des morts augmentera.

 

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Mais il est une autre sinistre réalité qui touche le Sud de la Thaïlande : Les trafics d’êtres humains comme les Rohingas et Bangladais  en transit, mais aussi ceux qui touchent de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise, et particulièrement la pêche hauturière. Ce sera le sujet de notre prochain article.

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

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*En 2011. Article 12 :   Terrorisme ou insurrection séparatiste dans le Sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-12-terrorisme-ou-insurrection-separatiste-dans-le-sud-68166091.html

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?
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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 05:16
Photographie célèbre d'un membre du Parti du Peuple distribuant un dépliant à la Place Royale le 24 juin 1932

Photographie célèbre d'un membre du Parti du Peuple distribuant un dépliant à la Place Royale le 24 juin 1932

Le samedi 24 juin 2017 marquait le 85ème anniversaire de la « Révolution démocratique » de 1932. Des universitaires, des politiciens et des « militants » ont commémoré cet événement historique avec enthousiasme mais sans participation des autorités.

 

Nous savons que dans la matinée du 24 juin 1932, le « Parti du Peuple » (Khana Ratsadon - คณะราษฎร) qui n’avait de « populaire » que le nom, avait organisé la révolte pour mettre un terme à la monarchie absolue et faire entrer le pays dans l’ère de la démocratie. 85 ans plus tard, la démocratie en Thaïlande est loin d’être une constante de la vie politique face à ce que l’opposition appelle « les élites conservatrices » accusées de n’avoir jamais cessé d'essayer d'annuler cet héritage, ce dont elle voit une éclatante manifestation dans la mystérieuse disparition de la plaque en bronze installée par le « Parti du peuple » à Bangkok, pour commémorer le coup d’état.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Elle avait été installée dans le quartier de Dusit, non loin du Parlement, en 1936 soit quatre ans après le coup d’état qui avait renversé la monarchie absolue, pour instaurer une monarchie constitutionnelle. Elle portait une simple phrase : « C’est ici, dans la matinée du 24 juin 1932 que le parti du peuple a donné naissance à la Constitution pour le progrès de la nation ». Scellée dans la chaussée, elle avait été remplacée par une plaque portant des slogans monarchistes. Ce vol avait alors provoqué une vague de protestations dans les milieux dits « progressistes » sans que le Gouvernement ne manifeste beaucoup de zèle pour ouvrir une enquête. La découverte datait du 6 avril quand un groupe d’étudiants s’était rendu sur place et s’aperçut qu’elle avait été remplacée par une autre plaque, flambant neuve, appelant les Thaïlandais à soutenir le bouddhisme et la monarchie. Les caméras de surveillance de l’endroit, simple hasard, étaient tombées en panne.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Fallait-il y avoir une tentative de négation de l’histoire ou le geste d’un fou puisque quelques temps plus tard un dénommé Wichan Phuwihan s’est dénoncé auprès des autorités qui ont jugé bon de lui faire subir un bilan de santé mentale dont nous attendons le résultat ? Il a en tous cas été dans l’incapacité de dire ce qu’il avait fait de cette relique et qui l’avait remplacée ? 

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Il semble par ailleurs que la nouvelle plaque soit à ce jour restée en place ? Le jour anniversaire du coup d’état, un ancien prisonnier activiste ayant été condamné pour lèse-majesté, Ekachai Hongkangwan, s’est rendu sur le site avec une réplique de la plaque d’origine et un seau de béton et a été arrêté lorsqu'il a essayé de l’'installer. L’affaire s’est terminée pour lui sans trop de mal, 10 heures en garde à vue.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Un autre individu dit « activiste » a aussi été arrêté, le jeune étudiant Rangsiman Rome,

qui anime le groupe pour « la restauration de la démocratie » (กลุ่มฟื้นฟูประชาธิปไตย).

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Il devait organiser une conférence commémorative qu’il a cru devoir baptiser en anglais « Start Up People - Start Up Talk » (ce que nous traduirions plus simplement par « redonnons la voix au peuple ») mais a été brièvement détenu sur la base d’accusations antérieures et la conférence s’est déroulée sans lui. Il a d’ailleurs déclaré que son arrestation avait  été motivée par son intention de demander à la junte de révéler le détail du projet de train Sino-Thaï controversé ce qui nous éloigne un peu du rétablissement de la démocratie ! La conférence s’est tenue le vendredi veille de l’anniversaire à la Faculté de science politique de l'Université Chulalongkorn en présence de nombreux agents de la sécurité en civil. L’entrée était payante, 250 baths, ce qui n’est peut-être pas très démocratique et les tracts distribués écrits partiellement en anglais, ce n’était peut-être pas fait pour attirer le petit peuple de Bangkok ?

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Les autorités avaient autorisé ce séminaire mais auraient invité les organisateurs de l'événement à ne pas parler de la plaque « révolutionnaire » manquante mais ils n’ont fait que ça. Sans que nous connaissions le nombre de participants, selon l’expression thaïe, « il n’y avait pas place pour un éléphant » dans la salle. Les orateurs y ont beaucoup insisté sur la disparition de la plaque, un geste politique selon l’historien Suthachai Yimprasert.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Celui-ci s’est essentiellement attaché à dénoncer les conservateurs hostiles au système électoral parlementaire. Un autre membre du panel, Nattapol Jaijing, qualifié d’ « analyste politique » s’est élevé contre les affirmations condescendantes et plus ou moins récurrentes selon lesquelles les Siamois de 1932 n’étaient pas – faute d’éducation suffisante – mûrs pour la démocratie.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

On a aussi évoqué le souvenir de députés «  historiques » de la première assemblée élue, Son Wongto, député de Chainat, et Thanin Chaiyakan, député d'Ubon Ratchatani, insistant surtout sur le caractère archaïque de l’ancien régime. Yukiang Thongnongya, député de Kanchanaburi, dont on rappelle qu’il avait suggéré en 1933 la construction d’un « grand barrage de cascade » qui ne fut construit qu’en 1973. Manun Borisut, député de Suphan Buri, avait proposé un système de droit administratif afin que les fonctionnaires prévaricateurs puissent être traduits en justice. La Juridiction administrative en Thaïlande n'a été créée qu'en 1999.

 

En un mot comme en mille, « Que la république était belle sous l’Empire ».

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Ceci dit, nous avons bien assez parlé de la situation politique au Siam pour être enclins à un léger sourire lorsque les participants à cette réunion appelaient « Révolution démocratique » ce qui ne fut qu’un coup d’état militaire, ni le pire, ni le premier ni le dernier, même s’il a marqué en profondeur l’évolution constitutionnelle de la Thaïlande vers une hypothétique démocratie et conduit à la promulgation d’une première constitution écrite, première d’une longue liste.

 

La disparition de cette modeste plaque de bronze installée de façon confidentielle et inconnue de tous, qu’elle soit l’œuvre d’un malade mental ou d’un groupuscule activiste ne parait toutefois pas devoir faire l’objet d’un scandale national d’amplitude même si elle est lourd de symbole. Il subsiste, autrement plus spectaculaire et plus lourd de symboles encore, le monument de la démocratie qui célèbre la « victoire du peuple » le 24 juin 1932. Nous en avons longuement parlé (1).

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Ces précisions – en dehors de nos conclusions - ont été puisées dans le site Internet d’information quotidien du journal en ligne Prachathai (ประชาไท) ouvertement hostile au gouvernement en place. Son animatrice, Chiranuch Premchaiporn, a payé à de multiples reprises le prix de son impertinence par des condamnations pour lèse-majesté.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Il est suivi par près de 240.000 personnes, trois fois plus que les deux quotidiens « qu’il faut avoir lu quand on appartient à l’élite  », le Bangkok Post et The Nation.

 

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

(1) http://www.alainbernardenthailande.com/2015/12/a-205-le-monument-de-la-democratie-le-mal-nomme.html

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.
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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 04:21
A 228 -  LA PLACE DE L’ISAN LORS DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES FRANÇAISES DE JUIN 2017 EN THAÏLANDE.

Les élections des députés représentant les Français de l’étranger se sont déroulées par anticipation le 4 juin (le 11 en métropole) et le 18 pour le second tour. Notre onzième circonscription recouvre un territoire immense, Europe de l’est, Asie et Océanie, concrètement du pôle nord au pôle sud et 49 pays sur les 193 membres de l’ONU (1). Il ne faut donc évidemment pas s’étonner que sur les 14 candidats, aucun ne soit résident en Thaïlande.

A 228 -  LA PLACE DE L’ISAN LORS DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES FRANÇAISES DE JUIN 2017 EN THAÏLANDE.

Nous n’avions pas de « candidat de terrain ». Seuls, sauf erreur, se sont déplacés Madame GÉNETET, Roland GOBERT et Thierry MARIANI qui ont tenu une réunion électorale à Bangkok et Sébastien COCHARD dans le fief « frontiste » de Pattaya.


 

A 228 -  LA PLACE DE L’ISAN LORS DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES FRANÇAISES DE JUIN 2017 EN THAÏLANDE.

Cette pléthore de candidats s’explique, au moins partiellement, par le résultat des élections présidentielles qui ont aiguisé des appétits en sorte que les candidats « En Marche » ont poussé comme des champignons, avec ou sans investiture officielle escomptant bien profiter de cette vague de « macrophilie » Dans notre circonscription, quatre s’en revendiquaient alors qu’une seule (la première de la liste) l’était officiellement et a désavoué plus ou moins directement les trois autres ce qui nous dispensera d’en préciser leur nom.

A 228 -  LA PLACE DE L’ISAN LORS DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES FRANÇAISES DE JUIN 2017 EN THAÏLANDE.

Il y a ensuite nécessité pour les petits partis ou les partis nouvellement créés de passer la barre des 1% dans 50 circonscriptions au moins pour pouvoir bénéficier de la manne du financement public des partis, ce qui conduit à présenter un nombre maximum de candidats même sans la moindre chance de succès.

A 228 -  LA PLACE DE L’ISAN LORS DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES FRANÇAISES DE JUIN 2017 EN THAÏLANDE.

Les candidats étaient les suivants, en suivant la présentation de l’Ambassade de France à Bangkok : 1) Madame Anne GÉNETET (Singapour) officiellement investie par le « Rassemblement en marche ». 2) Thierry MARIANI (Russie) officiellement investi par « les républicains », député sortant. 3) Sébastien COCHARD (Russie) candidat officiel du « Front national ».  4) Francis NIZET (Chine) ancien élu de droite à l’assemblée des français de l’étranger qualifié de « divers droite » (DVD) par le ministère de l’intérieur, sans investiture. 5) Florian BOHÊME (Cambodge)  officiellement investi parti le « parti socialiste ». 6) Madame Dominique VIDAL (Chine) était la candidate officielle du « Front de Gauche » (parti communiste). 7) Rong TRINH (Vietnam) candidat de l’« Union populaire républicaine » de François Asselineau. 8) Robert GACHON (Australie) qualifié lui aussi de DVD, candidat « énigmatique » selon Marianne d’autant qu’il n’a pas de site Web ni de page Facebook.  9) Madame Nicole FINAS-FILLON (Australie) du mouvement « Ma voix », mouvement indéfinissable qui tire ses candidats au sort en dehors de leur circonscription ??? Cette dame n’a apparemment aucun rapport de famille avec l’ancien ministre ? Le ministère de l’intérieur la qualifie à tort ou à raison de DVD. 10) Roland GOBERT (Itinérant en Asie-du-sud-est) « Front des patriotes républicains », qualifié d’ « Extrême droite » par le ministère de l’intérieur. 11) Dimitri SAWOSIK (Russie) candidat de la « France insoumise ». 12) Madame Jennifer AGUIAR (Australie) du « parti pirate ». 13) Madame Myriem ALNET (Vietnam), qualifiée de « DIV » par le ministère de l’intérieur, candidate du « Mouvement citoyen » développait un programme résolument écologiste. 14) Frédéric NESENSHON ( ?) « filloniste » non investi par « Les républicains » et catalogué DVD.

 

A 228 -  LA PLACE DE L’ISAN LORS DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES FRANÇAISES DE JUIN 2017 EN THAÏLANDE.

Au 1er tour, sur l’ensemble de la circonscription qui regroupe 92.766 électeurs, 25.625 ont voté, le taux de participation fut de 27,62 %. Le taux de la participation pour la Thaïlande fut sensiblement inférieur : 1918 suffrages pour 8.274 inscrits soit 23,18 %.

 

Par contre, notre vaste région s’est singularisée : 59 bulletins seulement (116 au premier tour des présidentielles et 107 au second). Pour nos 445 inscrits, cela donne un taux de participation de 13,25 %, le plus mauvais des six bureaux de vote du pays (Phuket est à 14,96 %). Cet absentéisme est d’autant plus remarquable que le vote par correspondance aurait pourtant dû faciliter le sens civique de nos compatriotes. Or, seulement 53 votes par correspondance ont été enregistrés sur l’ensemble du pays. Nous laisserons toutefois aux expert es-sciences politiques le plus souvent auto proclamés de donner leurs explications.

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Les résultats

 

Ils ont été officiellement diffusés le lendemain du scrutin une semaine avant que celui-ci ne se déroule sur le territoire français ce qui, sur le plan de nos principes constitutionnels est une monstruosité (2)

 

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Sur l’ensemble de la circonscription en ne citant que les six premiers :

 

Madame GÉNETET arrive en tête avec 54,11 % des suffrages, elle écrase incontestablement le député sortant, Thierry MARIANI (18,78 %).  Trois autres candidats ont un score honorable sans plus, Florian BOHEME le socialiste (7,13 %), Dimitri SAWOSIK l’ « insoumis » (6,51 %) et Francis NIZET, malgré un acte d’allégeance au Président de la république, plafonne à 5,89 %. Sébastien COCHARD le frontiste parvient péniblement à 733 voix (2,89 %). Madame GÉNETET n’ayant pas obtenu 25 % des inscrits, un second tour est nécessaire où seul sera en mesure de l’affronter le député sortant. Cinq d’entre eux seulement passent la barre de 5 % nécessaire pour le remboursement des frais de campagne (affiches, professions de foi et bulletins de vote), pour les autres, ce seront pleurs et grincements de dents.

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En Thaïlande, madame GÉNETET triomphe mais ne passe pas la barre des 50 % (46,74 %). Il lui manquait seulement 70 voix mais elle réalise un score éclatant sur les deux bureaux de Bangkok, pratiquement 60 %. Thierry MARIANI se surpasse (23,92 %) ainsi que – relativement - le frontiste COCHARD (10,67%) (4).

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Les autres candidats se partagent les miettes dont l’insoumis SAWOSIK récupère l’essentiel (6,05)

 

En Isan enfin (Le bureau de vote de Khonkaen recouvre l’ensemble des 20 provinces de l’Isan et celle de Phetchabun (3)), nous sommes ici à contrecourant et sur 445 électeurs seulement 59 ont manifesté leur choix.

 

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Nous citons les résultats dans l’ordre (5) :

 

Madame GÉNETET obtient 16 voix (27,11 %) talonnée par COCHARD qui en obtient 15 (25,42 %), MARIANI en obtient 12 (20,33 %), NIZET plafonne à 4 comme GOBERT et SAWOZIK (0,67 %), BOHÊME a 3 voix (0,50 %) et GACHON une seule (0,16 %). Rien pour les autres, renvoyés à leurs rêves. Compte tenu du nombre de candidats, on peut comprendre qu’il n’y ait pas de bulletins nuls. Le score du frontiste se situe avant celui de Pattaya (20 %) qui n’est plus le « bastion frontiste » comme le prétendit la presse francophone locale et loin derrière Phuket (35 %) qui le devient. Pattaya et Phuket sont par ailleurs les deux seuls bureaux où MARIANI arrive en tête, respectivement 32,50 et 38,00 % devant Madame GÉNETET, respectivement un peu moins de 30 et de 27 %. Aucun de nos candidats n’a retrouvé, compte tenu de la forte abstention, les voix des électeurs de son chef de file au premier tour des présidentielles. Celle qui tient mieux le coup est Madame GÉNETET (22 à Macron et 16 pour elle), seul le socialiste BOHÊME fait passer les voix de HAMON de 2 à 3 à son profit, une augmentation fulgurante de 50 % dont il pourra sa targuer, ce n’est pas l’hécatombe de son parti comme en métropole certes mais ce n’est cependant pas significatif à si petite échelle.

 

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Le second tour.

 

Il n’était pas nécessaire d’être grand clerc pour savoir que Madame GÉNETET l’emporterait en dépit d’une abstention plus massive qu’au premier tour. Elle obtient, tous bureaux confondus, 62,04 % des voix (912) mais avec une participation globalement dérisoire de 18,77 % des 8.273 inscrits.

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Notre bureau de Khonkaen s’est une fois de plus singularisé, avec une participation qui passe de 13,26 % à 11,01 % et  49 électeurs sur 445 (59 au premier tour).  Une fois encore le record absolu sur le pays et cette fois ci, ce qui était à prévoir, 6 bulletins nuls, 12,25 % alors que la moyenne pour la Thaïlande n’est que de 5,65 %. Madame GÉNETET a amélioré son score de 11 voix, probablement celle des électeurs de la gauche au sens large et des candidats qui se disaient plus ou moins« macronistes » sans avoir été investis, 55,10 %, sensiblement moins que la moyenne thaïe et MARIANI n’en récupère que 4, pour obtenir 16 voix, 32,65  % (contre 37,96 % sur le pays). Il n’a de toute évidence pas récupéré les voix frontistes du premier tour dont les électeurs sont probablement allés à la pèche ou voté nul ? C’est encore une particularité puisque M. MARIANI « cartonne » à Pattaya (49,83 % contre 44,55) et plus encore sur Phuket (54,11 % contre 39,41 %) récupérant de toute évidence la réserve frontiste. Il n’y a rien d’étonnant puisqu’il s’est autrefois signalé en prenant des positions fort proches de celles du Front et que des consignes discrètes ont probablement été données dans ces deux secteurs ?

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Il nous semble – sans prétendre en tirer aucune autre conclusion - manifeste que les électeurs de la circonscription ont manifesté plus clairement une certaine mauvaise humeur que dans le reste du pays ?

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Notons enfin qu’il n’y a eu sur tout le pays que 8 votes par correspondance ce qui s’explique aisément par une organisation scandaleusement déplorable : Les dossiers contenant le matériel nécessaire ont été envoyés aux électeurs qui avaient fait ce choix ont été expédiés par routage depuis Paris et sont parvenus aux destinataires ou pas du tout ou la veille du scrutin ou probablement dans les jours qui vont le suivre.

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Notons enfin, ce n’est qu’une constatation, que Madame GÉNETET a été élue par seulement 15,52 % du corps électoral (10 % sur le pays et  6 % seulement dans notre circonscription) et sera probablement dans l’Assemblée l’une des plus mal élue sinon la plus mal. Cela ne nous interdit pas de lui souhaiter bonne chance.

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NOTES

 

(1) En voici la liste, avec, sous parenthèse, la liste des bureaux de vote installés dans le pays en question selon arrêté du 14 mars 2017 « relatif aux bureaux de vote ouverts pour l'élection du Président de la République dans les ambassades et les postes consulaires en 2017 » :

 

Arménie (un bureau de vote), Azerbaïdjan (un bureau de vote), Biélorussie (un bureau de vote), Géorgie, Kazakhstan (deux bureaux de vote), Kirghizstan, Moldavie (un bureau de vote), Ouzbékistan (un bureau de vote), Russie (quatre bureaux de vote), Tadjikistan, Turkménistan (un bureau de vote), Ukraine (un bureau de vote), Afghanistan, Bangladesh (un bureau de vote), Inde (dix bureaux de vote), Iran (un bureau de vote), Maldives, Népal (un bureau de vote), Pakistan, Sri Lanka (un bureau de vote), Chine (quinze bureaux de vote), Corée du Sud (un bureau de vote), Japon (trois bureaux de vote), Mongolie (un bureau de vote), Birmanie (un bureau de vote), Brunei (un bureau de vote), Cambodge (un bureau de vote), Indonésie (deux bureaux de vote), Laos (un bureau de vote), Malaisie (un bureau de vote), Palaos, Philippines(deux bureaux de vote), Singapour (sept bureaux de vote), Thaïlande (six bureaux de vote), Timor oriental, Vietnam (trois bureaux de vote), Australie (huit bureaux de vote), Fidji (un bureau de vote), Kiribati, Marshall, Micronésie, Nauru, Nouvelle-Zélande (trois bureaux de vote), Papouasie-Nouvelle-Guinée (un bureau de vote), Salomon, Samoa, Tonga, Tuvalu et Vanuatu (un bureau de vote).


De nombreux pays furent démunis, peut-être parce qu’il n’y a aucun résident français inscrit consulaire : Y-a-t-il des Français installés au Kiribati (un atoll de 100.000 habitants, l’un des plus petit pays du monde)

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 ...ou au Tuvalu (un groupe d’atolls, l’un des états les moins peuplé du monde, 12.000 habitants). Du temps où nous apprenions la géographie en collectionnant les timbres-poste ces deux « états », colonies anglaises, s’appelaient Gilbert and Ellice Islands. Pour autant qu’il y en ait, il est probable qu’ils durent être convoqués au Vanuatu ou à Fidji, belle excursion dans le Pacifique-sud   

 

(2) L’organisation du scrutin n’était de toute évidence pas ce qu’elle aurait dû être : Dans une lettre adressée le 9 juin au Ministre des affaires étrangères et à celui de l’intérieur, quelques-uns des candidats communistes des Français de l’étranger ont protesté sur plusieurs points, citons ceux qui nous semblent essentiels, notamment le dernier, la diffusion anticipée des résultats étant une hérésie sur le terrain des principes de notre droit électoral :

- « suppression in extremis du vote électronique « … obstacle à une plus large participation des électeurs aux scrutins… »

- « le nombre et l'implantation de ces sites qui sont discutables … 
De nombreux électeurs ont été́ obligés de se déplacer quelques fois sur de longues distances …
»


-  « la taille des circonscriptions (de 2 à 49 pays selon les découpages) interdit de fait les partis et forces politiques ne disposant pas de revenus abondants de faire campagne. La carte de ces circonscriptions devrait être révisée et l’État devrait apporter un soutien financier à l'impression des professions de foi permettant l'expression publique la plus large et démocratique possible ».

 

- « …  c'est sans doute le plus important sur le plan politique pour notre pays, notre démocratie, la République. Comment pouvez-vous justifier la publication des résultats le 5 juin, prenant ainsi la responsabilité́ d'influer sur le scrutin national du 11 juin ? Ces pratiques ne sont pas, de notre point de vue, acceptables au regard des droits des citoyen(ne)s de notre pays, des principes démocratiques et des lois de la république française ».

 

(3) Voir notre article du 9 mai dernier consécutif aux élections présidentielles

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/05/election-presidentielle-francaise-2017-en-thailande-l-isan-a-contre-courant.html

 

(4) Il faut noter qu’avec 203 voix, il représente pratiquement 28 % de l’ensemble de l’électorat « Mariniste » sur l’ensemble de notre immense circonscription alors qu’en nombre d’électeurs, notre pays ne représente qu’un peu moins de 9 % de la dite circonscription.

 

(5) Tous nos chiffres sont évidemment donnés « sauf erreur, omission et sous bénéfice d’inventaire ».

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 18:31
 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

« Insolite ou pas » ?


Vous avez peut-être été surpris en apprenant que le 25 avril 2017, la Cour Provinciale de Lamphun ... 

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

... a condamné Songpol P------- à un an de prison et 5.000 baths d’amende pour avoir violé l’article 14 de la loi sur la criminalité informatique (CCA) en écrivant sur Facebook en février 2016 des propos « obscènes » sur la reine Chamadevi (ou Chammatewiุ - จามเทวี), qui a fondé au 8ème siècle le royaume d’Haripunchai (หริภุญชัย).*


 

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

On savait que l’article 14 du « Computer crim act » (CCA - อาชญากรรมทางคอมพิวเตอร์ประเภทต่างๆ) (qui prévoit jusqu’à 5 ans de prison et/ou une amende de 100.000 bahts pour le téléchargement de contenus « falsifiés » ou « erronés » qui seraient « susceptibles de faire du tort à un tiers ») a été utilisé par la junte depuis le coup d’Etat de 2014 pour contrôler les médias, les réseaux sociaux, pour menacer,  arrêter et/ou emprisonner des journalistes, des défenseurs des droits humains ou toute personne émettant des critiques contre l’armée et le gouvernement ; et qu’il était même parfois associé  au crime de lèse-majesté ; mais on n’aurait jamais pu imaginer que cela puisse concerner des insultes tenues contre la reine Chamadevi, la fondatrice vers 750 du royaume môn d’Hariphunchai, dont la capitale était déjà Lamphun.
 

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

Mais en fait ce qui peut apparaître comme insolite s’estompe si on considère ce que peut représenter la reine Chamadevi pour la majorité des habitants de Lamphun, et pour le moins, pour ceux qui ont porté plainte contre ce qu’ils ont jugé « diffamant ». Elle est certes considérée comme la reine fondatrice du royaume môn d’Haripunchai, mais on attribue à son successeur, son fils Mahandayok, la fondation à Lamphun en 755 du Wat Chama Devi ou Wat Kukut (วัดพระธาตุจามเทวี กู่กุด). Ce Wat  possède un rare chedi (stûpa) pyramidal à degrés,  connu sous le nom de chedi Mahipol ou encore chedi Suwan Chang Kot, qui est censé contenir les cendres de la reine Chamadevi.

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

Sa statue – photographiquement maltraitée par le délinquant - est érigée dans le parc public Nong Dok.

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

Son chédi est un lieu de pèlerinage très vénéré comme celui – proche - du temple du Wat Phra That Hariphunchai (วัดพระธาตุหริภุญชัย), qui possède – bien sûr- des reliques de Bouddha. Ce sont des sites chargés d’histoire, des sites sacrés. **

 

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

Autant dire que la reine  est populaire à plus d’un titre et que sa légende, associée à la sacralité du Wat et de ses cendres jouent un rôle majeur pour ceux qui viennent lui rendre hommage, la prier, et lui demander d’intervenir pour rendre leur vie meilleure et plus méritante (au sens bouddhiste).

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

Aussi, quand « Le Petit journal » du jeudi 11 mai 2017 *** titre : « LÈSE-MAJESTÉ- Condamné pour avoir diffamé une reine du VIIème siècle », on a peut-être ici une grossière erreur d’interprétation, si on considère que ce qui a été diffamé n’est pas la reine historique, dont on sait peu de choses, mais la reine présente en son chédi, une personne sacrée.

 

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

Nous avons maintes fois montré combien le bouddhisme thaïlandais était illisible sans la pensée d’un syncrétisme religieux qui a intégré les traditions « religieuses » animistes, les croyances ancestrales,  les esprits, les forces magiques  … et pourrait-on rajouter ici, le pouvoir sacré d’un lieu historique môn de l’ancienne civilisation dvâravatî (L’un de ses derniers vestiges), relayée par celle du Lanna dès 1292, puis des Birmans pendant deux siècles jusqu’en 1774, où elle fut libérée et vassalisée à  la dynastie Chrakri ; et intégrée au Siam lors de la réforme administrative de 1892 du roi Chulalongkorn. Un lieu historique certes, mais aussi un lieu avec ses légendes, ses divinités, ses esprits … et celui d’une reine – présente, vivante - qui agit dans la vie de ceux qui viennent l’honorer et la prier.

 

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

Nous avons maintes fois rappelé ****que les Thaïs  « croient aux esprits, aux divinités résidant dans certains objets ou éléments de la nature, à de nombreux êtres spirituels qui contrôlent et agissent dans  différents aspects de l'environnement naturel et social. Il  vit dans le sacré, dans un temps et un espace social et géographique sacrés. Il sait ce qu’il faut faire pour vivre ce sacré. Il connait le rituel à suivre dans le calendrier, les cérémonies qui marquent  les étapes de sa vie et de ses activités. Il ne peut accomplir aucun acte important de sa vie sans demander au préalable à un moine, s’il doit le faire ou quand il doit le faire (se marier, construire une maison, faire un voyage, etc …). Il doit être en harmonie avec le cosmos.  Il connait les endroits sacrés, qu’il faut honorer. (In 22 Notre Isan,  bouddhiste ou animiste ?***)

 

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?

Chaque province, chaque cité, chaque village a ses esprits particuliers, ici dans un arbre sacré, là dans un champ, une maison, etc,  chargés de tenir éloignés les «Phi», les esprits malveillants, et dont il faut s’assurer la protection. De  nombreuses maisons possèdent des maisons des esprits miniatures (san phra phum), destinées à abriter les Seigneurs des lieux, les Phra phum (langue formelle) ou Chao thi (langue populaire) chargés d’éloigner les mauvais esprits, que l’on honore en offrant nourritures, boissons, encens et fleurs. De nombreux Thaïs portent des amulettes (Phra kreuang), ou se font tatouer des symboles protecteurs, là encore, pour se protéger des mauvais esprits et avoir de la chance.

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Lamphun et ses habitants vivent bien sûr au milieu de ces croyances et associent à Bouddha, d’autres divinités et pour certains le culte de la reine Chamadevi. On peut certes en avoir d’autres, mais s’autoriser à proférer des propos diffamatoires sur Facebook peut aussi autoriser certains de ses fidèles à porter plainte. Ils ne sont pas responsables du fait que la justice ait utilisé l’article 14 de la loi sur la criminalité informatique (CCA) pour condamner le coupable.

Il est évident – ici - que nous ne portons nul jugement sur la pertinence et l’usage de cette loi  sur la criminalité informatique (CCA) qui condamne aussi bien les piratages informatiques que des propos ou images jugés choquants. On peut deviner ce qui est choquant pour une junte au pouvoir.

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NOTES

 

*Version anglaise :

Man gets suspended jail term for defaming ancient queen”, Submitted by editor2 on Thu, 27/04/2017 - 11:05 https://prachatai.com/english/node/7102

 

 Version thaïe :

https://prachatai.com/journal/2017/04/71206

Songpol Phoomesri a  bénéficié d’un sursis probatoire et n’a pas été emprisonné.

 INSOLITE 19. DE L’USAGE « INSOLITE » DE LA LOI SUR LA CRIMINALITÉ INFORMATIQUE  EN THAILANDE ?
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Pour la civilisation dvaravati, voir notre article

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-7-dvaravati-et-les-royaumes-mons-92109628.html

 

*** « LÈSE-MAJESTÉ - Condamné pour avoir diffamé une reine du VIIe siècle »  A.C. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 11 mai 2017

 

Sachons que le  titre erroné évoquant  le « lèse-majesté », terme que l’on ne trouve ni dans l’édition anglaise du journal local ayant donné l’information,  ni dans sa version thaïe laquelle est plus circonstanciée et donne une idée (évidemment caviardée) des exploits de ce jeune Thaïlandais probablement plus bête que méchant.

Rappel et précisions : Le crime de lèse-majesté ?

 

Il est prévu et réprimé par le code pénal dans sa version « rafraichie » du 13 novembre 1956. Le chapitre I du titre I ne concerne que les infractions commises contre le Roi, la Reine, l’héritier du trône et le Régent. Il n’est évidemment pas question ni de leurs ancêtres ni des membres des précédentes dynasties. Parler en l’occurrence de condamnation pour « lèse-majesté » est un barbarisme. L’article 112, source des condamnations parfois excessives pour lèse-majesté stipule « Quiconque, diffame, insulte ou menace le Roi, la Reine, l'Héritier ou le Régent, sera puni d'un emprisonnement de trois à quinze ans ».

 

มาตรา 112 ผู้ใดหมิ่นประมาท ดูหมิ่น หรือแสดงความอาฆาตมาดร้ายพระมหากษัตริย์ พระราชินี รัชทายาท หรือผู้สำเร็จ ราชการแทนพระองค์ ต้องระวางโทษจำคุกตั้งแต่สามปีถึงสิบห้าปี หมายเหตุมาตรา 12 แก้ไขเพิ่มเติมโดยคำสั่งของคณะปฏิรูปการปกครองแผ่นดิน ฉบับที่ 41 ลงวันที่ 21 ตุลาคม พ.ศ.2519

 

Rappelons que cette version du code pénal de 1956 reprend pour l’essentiel le code originaire de 1908, œuvres des juristes français ainsi que nous l’avons détaillé dans un précédent article :

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-143-le-code-penal-siamois-de-1908-123864695.html

 

Ce n’est pas le principe qui est en cause - les monarchies espagnoles ou scandinaves sont également protégées - c’est la lourdeur des peines encourues et une utilisation souvent intempestive des poursuites.

 

Les infractions en matière informatique :

 

Comme dans tous les pays du monde, le développement fulgurant de l’informatique et d’Internet a nécessité des compléments législatifs.

 

Que leur utilisation puisse être faite de façon extensive ou abusive est une chose, qu’elle ait été une nécessité est une évidence.

 

Le texte de base est la « Loi sur la criminalité informatique » du 10 juin 2007. L’article 14 qui a ou aurait servi de fondement à la condamnation stipule dans deux alinéas :

« Une personne qui commet une infraction comme suit est passible d'une peine d'emprisonnement de cinq ans au plus ou d'une amende maximale de cent mille bahts ou les deux :

1. l'importation dans un système informatique de données falsifiées, en tout ou en partie, ou de fausses données informatiques, de manière à causer des dommages à un tiers ou au public;

……

4. importation dans un système informatique de toute donnée informatique de nature pornographique accessible au public »

 

14. การทุจริตสนามม้าแข่งในออสเตรเลีย - เสมียนที่ควบคุมในระบบม้าแข่งแห่งหนึ่งของ - ฐาลได้ทุจริต -  การแก้ไขเวลาในเครื่องให้ช้าลง 3 นาที  ทราบผลการแข่งขันจะโทรแจ้งแฟน -  ความเสียหายที่เกิดขึ้น ไม่มีใครพิสูจน์ทราบ ไม่รู้ว่าทำมานานเท่าใด -  จับได้เพราะแฟนสาวโกรธที่ได้เงินมาแล้วแบ่งให้หญิงอื่น

 

****Les Thaïs (dont les Isan) sont bouddhistes, animistes … :

 

Cf. Nos articles :

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

 

22 Notre Isan,  bouddhiste ou animiste ?

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 06:05
ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANCAISE 2017 EN THAILANDE :  L’ISAN A CONTRE-COURANT

Par comparaison avec les précédentes élections présidentielles de 2012, notre sort s’est amélioré puisque nous n’avions alors que deux choix, le vote à l’urne à Bangkok uniquement ou celui par procuration … qui nécessitait pratiquement – la belle affaire - un déplacement à Bangkok pour établir le document. Cette année, le vote par correspondance n’est prévu que pour les futures élections législatives. Le vote par Internet a été écarté, peut-être non sans raisons : Il avait été ouvert lors des élections législatives de 2012 et avait donné lieu à de nombreuses difficultés techniques qui nécessitèrent de très longues explications envoyées par l’Ambassade aux inscrits consulaires et par ailleurs rendait impossible le vote blanc ou nul. Cette année pour le rejeter référence fut faite, de bonne ou de mauvaise foi, aux risques allégués ? Ils ne sont certainement pas inexistants. N’oublions tout de même pas que la première élection de Busch fut le fruit d’une fraude massive et avérée dans les votes électroniques de la Floride.

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANCAISE 2017 EN THAILANDE :  L’ISAN A CONTRE-COURANT

L’Ambassade nous a donc fait la grâce de multiplier les bureaux de vote, deux bureaux de vote à Bangkok et un à Pattaya où la présence des expatriés est massive, un à Chiangmaï pour la région du nord-ouest, un à Phuket pour le sud du pays et un enfin à Khonkaen pour la région du nord-est, l’Isan. Le choix d’un bureau de vote à Khohkaen repose sur sa position de grande ville la plus centrale de la région et sur le fait qu’un consulat honoraire y est en cours d’installation en attente, pour être définitive, de la signature royale. Pour des raisons pratiques, il couvrait également la province limitrophe de Phetchabun qui n’appartient pas à l’Isan mais qui est géographiquement beaucoup moins éloignée de Khonkaen que de Chiangmaï.

 

La compétence territoriale de ce bureau reste immense : la région Isan s’étend sur 160.000 km2 et celle de Phetchabun sur 12.000 km2, un tiers du pays (513.000 km2). Les distances sont considérables comme vous le montre cette carte :

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANCAISE 2017 EN THAILANDE :  L’ISAN A CONTRE-COURANT

Le bureau central est à Khonkaen (1). De Khonkaen à la pointe nord-est de la province de Loei (2), il y a 245 km à vol d’oiseau. De Khonkaen à la pointe nord de la province de Bungkan (3), il y a 225 km à vol d’oiseau. De Khonkaen à l’extrémité la plus orientale de la province de Nakhonphanom (4), il y a 235 km à vol d’oiseau. De Khonkaen à l’extrème sud-est de la province d’Ubonrachathani (5), il y a 350 km à vol d’oiseau. De Khonkaen à la pointe sud-ouest de la province de Nakhorachasima (6), il y a 275 km à vol d’oiseau. De Khonkaen au centre de la province de Phetchabun (7), il y a moins de 200 km alors que le centre de la région, Chiangmai, est à 350… Ces difficultés expliquent au moins partiellement que si la participation sur l’ensemble du pays a été au premier tour de 43,51 % et 38,79 % au second, elle n’a été dans notre ressort que de 26,18 % au premier tour et de 23,77 % au second. Nous ne tirons aucune conclusion des chiffres qui vont suivre laissant les commentaires éclairés ou pas aux doctes politologues et experts auto proclamés du « Café du commerce » dont nous ne sommes pas.

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANCAISE 2017 EN THAILANDE :  L’ISAN A CONTRE-COURANT

Mais une constatation s’impose : Le vote en Isan n’est pas caractéristique du vote dans le reste du pays, encore moins de celui des Français de l’étranger et encore moins de  la France métropolitaine.

 

Si le vote à Bangkok pour Macron dépasse de très loin la moyenne nationale au premier tour, plus de 36 %, et presque 90 % au second, si le vote de Marine Le Pen sur Phuket est également à 36 % au premier tour et près de 57 au second, cela tient peut-être d’une part à l’implication de très nombreux électeurs de Bangkok dans le monde des affaires et du commerce et d’autre part à une présence active de vieux militants frontistes impliqués dans le monde commercial et touristiques, très populaires sur l’île de Phuket où par ailleurs Madame Le Pen passerait de fréquentes vacances plus ou moins incognita.

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La composition sociologique de l’électorat de l’Isan est fondamentalement différente, probablement plus de la moitié des électeurs sont des retraités âgés de plus de 60 ans, et rares sont les plus jeunes impliqués dans des activités professionnelles, de très nombreux de plus de 50 ans bénéficient d’un visa « mariage » ou « père de famille ». On peut supposer, mais supposer seulement, qu’ils sont plus sensibles aux « chants des sirènes populistes ? (note 1)

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Le Magasine Gavroche leur a consacré un article beaucoup trop superficiel il y a trois ans, sur lequel nous avons alors émis de sérieuses réserves (note 2)

 

Les opérations électorales

 

Elles se sont déroulées paisiblement sous la présidence du futur Consul honoraire assisté d’une représentante du consulat, de deux assesseurs bénévoles, seule Madame Le Pen avait mandaté un délégué au premier et au second tour, tous souriants. Le bureau de vote était installé dans les futurs bureaux du futur consulat dans un hôtel de luxe de la ville. Aucune des difficultés signalées à Bangkok ou ailleurs. Il est vrai qu’en 10 heures de temps (8 h – 18 h) le bureau a reçu à peine plus de 100 personnes ce qui n’est pas un embouteillage, Nous n’avons bénéficié d’aucune autre campagne électorale que les correspondances électroniques dont nous ont inondé les candidats et éventuellement des émissions de la télévision française pour ceux qui la regardent.

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Les résultats

 

Nous n’en tirerons, soyez rassurés, aucune conclusion hâtive ou partisane, ce ne sont pas cette grosse centaine de voix qui nous le permettrait, ce ne sont que d’objectives constatations :

 

Premier tour :

 

116 électeurs se sont présentés à l’urne pour 443 inscrits soit un taux de participation de 26,18 % contre 43.51 % pour la Thaïlande.   

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Comme en métropole, quatre candidats se dégagent mais avec un score supérieur à la moyenne nationale pour Madame Le Pen et Fillon, très légèrement supérieur pour Macron et sensiblement inférieur pour Mélenchon.

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Second tour

 

Deux inscriptions entre les deux tours mènent à 445 inscrits. 107 électeurs se sont présentés à l’urne, 9 de moins qu’au premier tour, que l’on peut attribuer sans grand risque d’erreurs à une « abstention de conviction ». Otés 3 bulletins nuls, il y a donc 104 suffrages exprimés. La participation fut donc de 24,04 % contre 38,79 % pour la Thaïlande.

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Macron ne fait pas le plein de ses voix du premier tour (22) ajoutées à celle de Fillon (28) et de Hamon (2), 45 au lieu de 52.

 

Madame Le Pen récupère 8 voix provenant probablement de celle du seul électeur de Dupont-Aignan, quelques-unes des électeurs de Fillon n’ayant pas suivi ses consignes et probablement une ou deux d’un électeur de Mélenchon appartenant à la toute petite frange de son électorat ayant fait ce choix, selon certaines sources journalistiques à manier avec des pincettes, ils seraient 17 % ? 7 blancs, 3 nuls et 9 abstentions « de conviction », 19 électeurs ont donc choisi le « ni-ni », pour l’essentiel probablement ceux de Mélenchon et quelques-uns de Fillon, 17 % donc qui ont refusé ce que certains ont qualifié de « choix entre la peste et le choléra » (Note 2).

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Nous n’en tirerons aucunes autres conclusions que celles-ci :

 

1) Très prosaïquement, la « finance internationale » à laquelle le nouveau président passe pour être très lié a réagi favorablement par une immédiate et très sensible remontée du cours de l’euro. Les marchés ont réagi à la victoire d’Emmanuel Macron à l'issue du second tour : l’euro est à son plus haut niveau depuis novembre dernier et  a franchi le seuil de 1,10 dollar pour la première fois en six mois.

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2) Certains représentants de la presse locale ont cru devoir fustiger l’absence de « reflexe citoyen » des abstentionnistes du premier tour ce qui appelle deux observations :

 

-  Voilà qui est facile lorsqu’on écrit – confortablement assis sur ses fesses - dans son bureau climatisé de Bangkok à 5 minutes de métro de l’un des deux bureaux de vote. L’un des électeurs venu voter à Khonkaen a son domicile à 380 kilomètres de route du bureau. Pour changer de région, ceux de l’extrême sud du pays à la frontière malaise ont 600 kilomètres de route pour rejoindre le bureau de Pukhet.

 

 

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-  Dans un tout autre ordre d’idée, ce qualificatif - « reflexe citoyen » - relève d’un psittacisme de perroquets sans panache, journaliste croyant intellectualiser son vocabulaire en l’émaillant de tournures idiotes qui enlaidissent le français, en particulier en adjectivisant à tout bout de champ le mot citoyen, qui est un substantif. Qualifier de citoyenne une attitude est un barbarisme. En français clair et beau, on parle simplement d’ « attitude civique ». Aujourd’hui, tout doit être « citoyen » : une attitude « citoyenne », un rassemblement « citoyen », un « geste citoyen », une pétition « citoyenne », etc. Cet usage journalistique est purement et simplement grotesque.

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NOTE

 

(1) Tel est probablement le sens du vote à Pattaya, « paradis » des retraités : 34,50 % Le Pen et 19,66  % Macron au premier tour -   54,15 % Le Pen et 45,83 % Macron au second.


 

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(2) Voir nos articles

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a112-gavroche-evoque-la-france-en-isan-thailande-118326669.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a111-les-fran-ais-d-isan-selon-le-magazine-gavroche-de-juin-2013-118261912.html

 

(3) Globalement sur l’ensemble du pays, les suffrages exprimés sont passés de 3.601 à 3.209, près de 400 « abstentions par conviction ».

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 01:26
A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Le dimanche 7 août, les Thaïs ont été appelés aux urnes pour répondre par voie de référendum à une double question. On ne pouvait évidemment pas s’attendre à ce qui est ici un évènement majeur fasse la « une » de la presse francophone d’information ou d’opinion (pour autant qu’il en reste une) et encore moins celle de « La Provence » ou de « La dépêche du midi ». Mais lorsque près de 30 millions d’électeurs se pressent dans les bureaux de vote, nous pouvions nous attendre à ce que la presse francophone locale se livre à la fois un examen un peu sérieux de l’environnement, du texte soumis au scrutin et de ses résultats. Las !

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Nous avons lu quelques observations sur le projet de constitution qui n’était pas un secret (1), elles frisaient le néant. Nous avons, au fil de nos lectures, relevé quelques bourdes qui relèvent ou de la mauvaise foi ou de l’incompétence ou des deux à la fois. Nous n’avons pas à prendre parti, « invités » dans un pays qui n’est pas sur le point de nous accorder le droit de vote mais avons souhaité apporter quelques informations que vous ne trouverez probablement pas toutes ailleurs, au vu de ce que nous avons lu et analysé en tout sérénité dans la presse locale (2).

 

Quelques précisions nécessaires.

 

La constitution de 1997 (3) prévoyait que la chambre haute, le Sénat, était élu au suffrage universel direct sur un certain nombre de critères (âge, qualification, honorabilité, etc…) repris à peu près intégralement par le projet, tout allégeance à un parti politique (comme en 1997) étant prohibé. Ce n’est plus le cas puisque les sénateurs seront nommés.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?
C’est un recul, certes, il fallait évidemment le souligner mais là où il faut s’irriter, c’est lorsque des organes de presse que l’on pouvait croire sérieux affirment que les deux cent membres de la haut-assemblée seront désignés « par la Junte ». On croit rêver. Sept articles du projet (107 à 113) concernent le Sénat. Ils précisent que la désignation se fait par « décret royal ». Est-il nécessaire d’en dire plus ? Le Roi prend ses décisions avec l’aide éventuelle de son conseil privé qui est toujours en place. On ne peut à priori – à peine de faire un procès d’intention -  le soupçonner de devenir l’homme-lige du « National Council for Peace and Order » (คณะรักษาความสงบแห่งชาติ). 
A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?
Quant aux cinq-cents membres de la chambre des représentants, ils seront élus sur une procédure similaire à celle de la constitution de 1997 : trois cent cinquante au scrutin uninominal par circonscription, et cent cinquante sur un scrutin proportionnel sur une liste nationale présentée par les partis.

 

Une observation nous a également étonnés : « Le projet est trop long pour être compris par l’électeur ».

 

Il comporte effectivement 279 articles, 137 pages dans notre exemplaire : l’électeur qui est donc présumé un être inculte ne l’aura probablement pas lu ? (Nous, si !). Or, la constitution de 1997, « modèle de démocratie » qui a prétendument été soumise à une « vaste consultation des populations » et ensuite votée par les élus et les sénateurs (alors désignés par le Roi) d’une façon presque unanime comporte 336 articles,  est démocratique, et celle qui en comporte 279 ne l’est pas ? L’argument est grotesque.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

 

Il est permis de supposer que de nombreux électeurs n’ont probablement pas lu le texte mais ils ont tous reçu une petite brochure en 12 pages qui nous semble une excellente synthèse même si on n’en apprécie pas forcément les termes puisqu’elle est évidemment « orientée ». Ce qui est consternant, c’est de lire de doctes considérations tombées de la plume de personnes qui n’ont de toute évidence pas pris le soin de lire le projet.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Une critique encore démontre tout autant de mauvaise foi que d’incompétence : Point n’est besoin, dit le texte, d’être élu pour devenir Premier Ministre ou Ministre ?

 

Voilà qui serait un outrage à la démocratie ? Et alors ? Où se situe l’atteinte à la démocratie ? Cette disposition n’est pas – sauf erreur de notre part – une nouveauté dans la constitution numéro X. Ceci dit, que l’on y voit le désir caché du chef de la junte de devenir premier ministre vient directement à l’esprit mais nous ne pouvons pas anticiper. Cela relève d’une question aussi vieille qu’il existe des théoriciens du droit constitutionnel depuis avant même Montesquieu et n’a strictement rien à voir avec le caractère « démocratique » du pacte constitutionnel dans la mesure où, élu ou pas, le ministre reste responsable devant les chambres (4).

 

Notons enfin, ce qui est au minimum, une insuffisance dans l’information : le référendum ne comportait pas une seule question, mais deux, la première était tout simplement l’approbation du texte. La seconde n’était pas innocente puisqu’il s’agissait tout simplement de répondre à la question de savoir si les sénateurs nommés devaient dans certaines situations prendre part au choix du premier ministre. Il suffit pour en être convaincu de son importance de constater que les réponses favorables à la deuxième question sont très sensiblement moins nombreuses qu’à la première.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

La campagne électorale

 

Elle a effectivement été interdite, atteinte évident à une saine conception de la démocratie mais il ne faut pas non plus sous-estimer l’esprit critique des Thaïs et l’importance considérable des réseaux sociaux. Que pèsent les 150.000 lecteurs de nos deux quotidiens anglophones ou le petit million de ceux qui préfèrent le « Thai Rath » par rapport aux 2 436 211 « j’aime » du site de Thaksin et aux 2 377 765 de celui d’Abhisit ? Et encore, nous ne sommes pas allés approfondir leurs comptes « Twiter » ou « Linked-in ». Il ne semble pas qu’ils soient restés inactifs, bien au contraire. D’ailleurs, deux voix se sont élevées, celle de Yingluk qui a appelé les électeurs à participer au scrutin sans donner de consignes mais en pensant tout fort et celle d’Abhisit appelant curieusement à voter « non ». Même les électeurs de Bangkok, une base de soutien importante pour lui, ne l’ont pas suivi et ont massivement exprimé leur soutien au projet : plus de 1 500 000 contre moins de 400 000, de quoi selon le « Post » faire vaciller son étoile et faire pâlir son avenir politique. Le général Prayut pour sa part a – évidemment – annoncé, mais très tardivement, deux jours avant – qu’il voterait un double « oui ». Y eut-il des pressions ?

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On peut évidemment le supposer et ne pas sous-estimer l’influence des chefs de village dans les circonscriptions où les résultats (« oui » ou « non ») sont sans équivoque. Pour l’instant, nous n’avons trouvé que des affirmations, l’avenir nous dira si des situations précises sont soumises à la commission. Il ne semble pas (certains ont pu le regretter) que les agents électoraux soient passé dans les chaumières distribuer les billets de banque ? Que nous ne l’ayons pas constaté comme lors de précédents scrutins ne veut pas dire que cela ne se soit pas pratiqué mais ne généralisons pas faute d’éléments concrets.

 

Le déroulement du scrutin

 

Il a eu lieu de 8 heures à 16 heures et sans être massive, la participation a été importante, plus en tous cas que ce qu’annonçaient nos augures occidentaux : 58,79 %, à comparer avec la participation aux élections depuis 30 ans (5). Il y eut des incidents, nous en parlons puisqu’ils ont été soumis à la Commission électorale et relatés dans la presse. Une première question fut posée, celle  de savoir si les bulletins qui ne comportaient qu’une seule réponse devaient être considérés comme blancs ou nuls.

 

Les « incidents » proprement dits ont contraint la Commission à procéder à un recomptage : incidents à Chaochoengchao (région centre) lors du dépouillement, incidents à Phuket, incidents dans un bureau de vote du quartier Chomthong de Bangkok, incidents dans un bureau de vote de la province de Kalasin (Isan), incidents à Phitsanulok (Nord-ouest). Tous ces incidents ont été signalés par des observateurs et ont été relatés dans nos journaux. C’est la raison pour laquelle les premiers résultats tombés après la clôture du scrutin à 16 heures – déjà significatifs -  ne portaient que sur 94 % du corps électoral. Les résultats complets ne furent publiés que le mercredi (6). Des incidents (bombes et attaques contre des militaires) dans les provinces musulmans du Sud le jour du scrutin sont probablement plus à mettre à l’actif du quotidien que du référendum ? La question des attentats sanglants commis le jour de la fête des mères et anniversaire de la Reine, qui serait (hypothèse et non certitude) le fait des indépendantistes de ces provinces n’est pas à cette heure élucidée. Nous n’en parlerons donc pas.

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Les résultats

 

La participation :

 

Sans constituer – de loin – un record - elle fut plus importante que généralement prévue : Inscrits : 50.585.118 - Votants : 29.740.677 soit  58,79 % - Blancs ou nuls 3,15 % (1,94 % lors du référendum de 2007), près d’un million. Les trois provinces frontalières du sud se distinguent pour les nuls : 7.43 % à Pattani, 7.11 % à Narathiwat, et 6,54 % à Yala. Il y avait 94.000 bureaux de vote protégés sinon surveillés par 200.000 policiers.

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Globalement :

 

Sur la première question : « oui » 61,35% (16.820.402), « non » 38,65% (10.598.037).

Sur la seconde question : « oui » 58,07% (15.132.050), « non » 41,93% (10.926.648).

Il faut noter que les partisans du « non » aux deux questions sont en nombre sensiblement équivalent mais il y a tout de même un écart de plus de un million et demi de voix entre le premier « oui » et le second « oui ». Il est significatif. Le soutien est clair mais plus étroit.

Assez curieusement, si pratiquement toutes les provinces ont doublement choisi le camp du double « oui », quelques-unes se singularisent : Ubonrachathani répond « oui » à la première question (54,77%) et « non » à la seconde (50,17 %). C’est le cas de Nan : 52,83 % de « oui » à la première question et 51,68 de « non » à la seconde, de Loei (à 400 voix près il est vrai) : 54 ,19% de « oui » à la première question et 49,91 seulement à la seconde,  de Lampang : 51,72 et 48,53, et de Amnatcharoen : 54,69  et  49,88 %.

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Les circonscriptions « clefs » ou considérées comme telles par les politologues locaux :

 

Bangkok répond massivement « oui » : 69.22 % et 65.57 % - Chiangmaï, fief de la famille Thaksin, est nettement hostile : « non » : 54.08 % et 57.37 % - Udonthani, un fief « rouge » l’est plus encore : « non » : 59.34% et 62.49 % - Nakhonrachasima est pour le double « oui » : 64.39% et 60.78 % - Ubonrachathani, nous venons de le voir, s’est partagée – Suratthani est massivement pour le « oui » : 87.29% et 84.22%.

 

Les provinces

 

Là est la surprise : Globalement, le Nord-ouest a lâché Thaksin : 57.58% et 54.01% de « oui », le « non » ne l’emporte que sur Chiangmaï, Chiangraï, Phayao et Phrae. Les autres provinces ont voté « oui » de façon assez massive. La balance est tout de même de 800.000 électeurs sur un total de plus de 5  millions.

 

La région centrale a voté « oui » dans son ensemble et sans équivoque : 69,11% et 65,75%

Le Nord-est, le « bastion rouge » qui avait voté « non » à 62,80 % lors du référendum de 2007, a voté « non » mais de façon beaucoup moins significative : à la première question : 51.34% et de façon un peu plus massive à la seconde : 55,32%. Il s’est est fallu de peu, 200.000 voix sur 8.800.000 votants. Ce résultat a surpris les commentateurs. Le chef d’un petit village ardemment « chemise rouge » dans la province de Kalasin fait part de sa déception à un journaliste, il s’attendait à un résultat négatif à 90 % dans son village alors qu’il fut de 55 %. Le « oui » l’emporte toutefois à Buriram (60,22 %), à Khorat (64,39 %), à Loei (54,19 %) et à Ubonrachathani pour la seule première question (54,77 %).

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Dans le Sud, c’est un « oui » « franc et massif » : 76,14% et 73,90 %. Par contre, les trois provinces musulmanes du Sud qui battent le record des bulletins nuls, votent massivement « non », 65 % en moyenne. Elles pèsent tout de même 850.000 votants. « L'État doit fréquenter et protéger le bouddhisme et les autres religions » dit le projet mais la raison de ce rejet peut s’expliquer au moins en partie par une rédaction (probablement maladroite ?) de l’article 67 qui privilégie ouvertement le bouddhisme en prévoyant que l’Etat doit établir des mesures pour en empêcher sa profanation sous quelque forme que ce soit. Les mahométans du sud sont oubliés et peut-être aussi les catholiques, minoritaires mais nombreux dans des provinces qui ont privilégié le « non » (Mukdahan et Yasothon, respectivement 62,01 et 63,65 % de « non »). En tout état de cause la présence militaire pesante dans ces provinces sudistes explique probablement pour l’essentiel ce résultat négatif.

 

Les records

 

La petite circonscription de Chumphon dans le sud (moins de 230.000 votants) fait triompher le double « oui » à 90,04 % et 87,51%. Toujours dans le Sud, elle est talonnée par Nakhon Si Thammarat, 88,05 % et  Phuket, 88, 03 %.

 

Celui du « non » appartient à Roi Et (64,07 et 67,88 %).

 

Le record de participation appartient à la province de Lamphun (favorable au « non ») avec 76,47 %.

 

Conclusions ?

 

Comme on pouvait s'y attendre, les résultats ont été immédiatement interprétés sous deux angles différents. Ceux qui avaient fait campagne contre ont souligné le faible taux de participation (7) mais sans remettre en question la légitimité des résultats. Ceux qui étaient pour en sont sortis exaltés.

 

Selon nos journaux, ce scrutin manifeste une profonde méfiance des électeurs à l’égard des partis politiques dont les turpitudes ont fini par les lasser. On peut les comprendre. Mais ils attendent tous beaucoup des élections à venir, annoncées pour l’année prochaine.

 

Tout en protestant avec quelques raisons contre le déroulement du scrutin, Jatuporn Prompan (จตุพร พรหมพันธุ์), leader « chemise rouge » du « Front uni pour la démocratie contre la dictature » (แนวร่วมประชาธิปไตยต่อต้านเผด็จการแห่งชาติ) qui a, lui aussi, une page « facebook » sur laquelle il tenait et tient des propos particulièrement virulents a accepté le résultat du référendum et annoncé que le débat aurait lieu lors des prochains élections annoncées pour 2017 : « Luttons pour la démocratie jusqu’à ce que le peuple ait la victoire » (สู้เพื่อประชาธิปไตย จนกว่าประชาชน ประกาศชัย...).

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Des sondages téléphoniques postérieurs (dixit la presse locale) laissent à penser que les électeurs ont d’ores et déjà mis de grands espoirs dans leurs futurs représentants élus et que beaucoup d’abstentionnistes seraient prêts à voter aux prochaines élections générales ?

 

Que pouvons-nous savoir de la motivation des électeurs ? La publication des sondages a été interdite avant le scrutin. Mais un sondage a été réalisé entre le 2 et la 6 août par un organisme officiel, le « National Institute for Development Administration – NIDA » (สถาบันบัณฑิตพัฒนบริหารศาสตร์ - นิด้า) et concerne 5.849 électeurs qui avaient déjà pris la décision de voter pour ou contre. Nous vous le  livrons tel qu’il est analysé dans le « Bangkok post » du 14. Il faut évidemment se méfier des sondages comme la peste, mais celui-ci n’ayant pas été établi pour les besoins de la cause peut échapper à nos soupçons ? Au demeurant, nous le verrons, les conclusions à en tirer ne sont pas d’une grande limpidité.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

La plupart de ceux qui ont décidé de voter (« oui » ou « non ») l'ont fait parce qu'ils croyaient que cette constitution serait meilleure que les précédentes et souhaitaient des changements politiques.

 

La plupart de ceux qui avaient décidé de voter « oui » à la première question (38.95%) pensaient que cette constitution était meilleure que les précédentes pour avoir été rédigée par des personnes compétentes. 21,12% attendaient des réformes avec des changements politiques et une meilleure gestion de l’économie; 8,51% ont dit qu'ils ont aimé le système de travail de style militaire du Premier ministre Prayut Chan-o-cha et du Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO); 8,02% voulaient y voir un futur gouvernement issu d'une élection démocratique; et 7,83% considéraient que le projet contenait des dispositions aptes à prévenir la corruption et permettant de dépister et de punir les politiciens et les fonctionnaires du gouvernement corrompus.

 

Pour ceux qui avaient décidé de voter « non » à la première question, 50,79% considéraient le texte comme « vague et déraisonnable »; 18,50% lui reprochaient d’avoir été élaboré sans la participation des populations et de façon non démocratique; 10,25% ont déclaré ne pas en comprendre le sens et 8,66% ne pas aimer la façon de travailler du premier ministre et du N.C.P.O.

 

Pour ceux qui avaient décidé de voter « oui » à la seconde question, 27,54% estimaient que c’était une bonne disposition. 26,33% considéraient que les sénateurs autant que les députés représentaient le peuple et connaissaient bien leurs problèmes; 11.01% voulaient voir le pays se développer et aller de l'avant sans être perturbé par des conflits politiques; et 10,88% ajoutaient que cette disposition ouvrirait la voie à un changement du personnel politique en remplacement de la vieille garde des partis.

 

Pour ceux qui ont décidé de voter contre la seconde proposition, 79,24% considéraient que les sénateurs devraient provenir du peuple ou être élu par lui, 7,35% ont dit qu’ils n’avaient pas confiance en des sénateurs militairement nommés, et 4,28% ont déclaré que le Premier ministre devrait être élu par les députés, pas par les sénateurs.

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D’après enfin une tribune libre de « The post » du 16 août, il y aurait eu beaucoup de « oui » de personnes qui détestent le régime mais qui estiment que la meilleure façon de s’en débarrasser sera de mettre les élections en route. Par ailleurs, de nombreux politiciens « chômeurs » (non indemnisés !) depuis plus de deux ans auraient choisi le camp du « oui », impatients de tenter à nouveau leur chance dans une compétition électorale, quelles que soient les règles du jeu, pour retrouver leurs prébendes ? Cet argument ne semble pas totalement dépourvu de fondement.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Tout ce que nous en déduisons, c’est que d’abord le choix des électeurs fut un choix politique et non le résultat d’une studieuse exégèse du texte (8) et ensuite que nous y trouvons, à peine sous-jacente, une méfiance certaine à l’égard des partis politiques en place : « Nous ne faisons plus confiance aux politiciens ! » dit l’éditorialiste de « The Nation » le 11 août faisant référence en particulier à l’attitude singulière d’Abhisit. La position du « Post » est la même

 

Cette constitution est désormais du droit positif, elle est ce qu’elle est. D’une démocratie « semi cuite » du début des années 80, la Thaïlande est passée à une démocratie pas complétement cuite en 1997 et revenue à la semi cuisson en 2016 dans un texte qui reprend au demeurant des pans entiers de celui de 1997.

 

Mais c’est sur pièce qu’il faudra la juger : « Une constitution, c’est un esprit, des institutions, une pratique » (9).

 

Que doit-on penser du passage d’un Sénat élu à un sénat nommé ? Nous connaissons trois « vraies » démocraties » où les sénateurs ne sont pas élus ni directement ni indirectement mais nommés : Canada, Angleterre et pratiquement en Allemagne et deux que nous aurions beaucoup de peine à qualifier de démocraties, le Laos et la Corée-du-nord où ils sont élus au suffrage universel direct (10).

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En ce qui concerne les « droits et libertés du peuple thaï », le texte les énonce longuement en ses articles 25 à 49 dans pratiquement les mêmes termes qu’en 1997 en y mettant les mêmes limites parfaitement compréhensibles sur le plan du principe « nul ne peut exercer ses droits ou libertés pour renverser le régime démocratique de gouvernement avec le roi comme chef de l'Etat ». Toutes les interprétations deviennent évidement possibles, le meilleur et le pire mais on ne peut engager un procès d’intention en jetant le discrédit sur un texte sans en connaître l’application future ?

 

En matière de droits de l’homme et de libertés publiques, le texte le plus complet et le plus remarquable de l’histoire du droit constitutionnel est et reste toujours la constitution soviétique de 1936, œuvre de Staline.

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Elle institue définitivement le suffrage universel et reconnait des droits collectifs sociaux et économiques, non alors reconnus par les constitutions des pays capitalistes, parmi lesquels le droit au travail, au repos et au loisir, la protection de la santé, le soin aux personnes âgées ou malades, le droit au logement, à l'éducation et aux bénéfices culturels. Naturellement, justice indépendante, liberté de parole, liberté de la presse, liberté des réunions et des meetings, total liberté religieuse, liberté de cortèges et démonstrations de rue, etc…etc… La constitution permit aussi l'élection directe de tous les corps constitués. Les droits – langues et cultures – des minorités ethniques et des républiques indépendantes, autonomes ou fédérées y sont solennellement garantis tout comme leur droit à l’indépendance.

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Résultat de ce texte remarquable et toujours inégalé 80 ans plus tard mais sur le papier ? Probablement entre 10 et 20 millions de morts dans les goulags. « La constitution la plus démocratique du monde » ? En réalité un modèle de mystification !

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NOTES

 

(1) Il est accessible sur le site :

 http://cdc.parliament.go.th/draftconstitution2/main.php?filename=index.

 

(2) Nous n’avons évidemment pas la prétention d’en faire la synthèse : notre lecture a porté sur trois quotidiens : « The Nation », le « Bangkok Post » (alias « The post » pour les « branchés ») et le « Thai rath ». Le premier est un quotidien à capitaux et direction thaïs. Son tirage est d’environ 75.000 à 80.000 exemplaires. Il a l’avantage d’utiliser plus de correspondants que son concurrent principal, le « Bangkok Post ». Il a des liens avec le Parti démocrate et se montre plus royaliste que son concurrent. Il couvre aussi plus volontiers le conflit dans le Sud. Le « Post » dont le tirage est à peu près similaire, emploie plusieurs anciens activistes étudiants et rapporte les événements du point de vue de la classe moyenne urbaine, en se qualifiant de « family newspaper » (journal de la famille). Pendant le mandat de premier ministre de Thaksin entre 2001 et 2006), il suivait la ligne du gouvernement, renvoyant même un journaliste qui avait parlé des fissures des pistes de l'aéroport de Suwanaphum (soutien inconditionnel ou précautions à l’égard des annonceurs ?) alors que « The Nation » faisait férocement campagne pour la démission de Thaksin ce qui lui a valu la perte de nombreux annonceurs. Ils sont tous deux anglophones. Ce sont les deux quotidiens anglophones dont on dit (sans rire) « qu’il faut les avoir lus ». Tout autre est le « Thai Rath » (ไทยรัฐ), quotidien en thaï qui tire à plus d’un million d’exemplaires, il n’est pas celui « qu’il faut avoir lu » mais celui que l’on lit. Très évènementiel (criminalité, accidents mais pas seulement), sa ligne peut se qualifier de « modérément populiste ».

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(3) Nous lui avons consacré trois longs articles. Restée en place près de 10 ans elle a constitué une avance importante (mais non fondamentale) à la marche du pays vers la « démocratie » au sens du moins où nous l’entendons.

 

(4) La question du statut des ministres s’est posée en France (mais pas seulement en France), elle  était de celles auxquelles le général De Gaulle tenait le plus. A ses yeux, membres du gouvernement et parlementaires relevaient de logiques opposées, les premiers étant voués à l’intérêt général, les autres ayant à défendre des intérêts particuliers, ceux de leur parti, de leurs électeurs ou de leur circonscription, les pissotières de Clochemerle ou l’extension du réseau d’eau potable à Kalasin, vaste programme. Il est donc d’une bonne logique de mettre fin à une confusion des genres qui caractérisait les républiques françaises numéro 3 et 4. Le ministre est l’homme de l’Etat et pas celui de « son territoire », le serviteur de l’intérêt général et non le représentant de son parti au sein du gouvernement. Nul n’a jamais songé à contester le caractère « démocratique » de la désignation de Georges Pompidou comme premier ministre, celle de Wilfrid Baumgartner comme ministres des finances, celle de Dominique de Villepin comme ministre des affaires étrangères et moins encore celle de Robert Badinter comme garde des sceaux. S’il avait été élu député de n’importe quelle circonscription française à une époque où l’opinion était très largement favorable à la peine de mort, il eut probablement été lynché par ses électeurs lorsqu’il fit voter son abolition. 

 

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« Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire.  Tout député qui devient ministre doit démissionner » dit l’article 23 de notre constitution…

 

(5) Référendum du 19 août 2007 : 57,00 % - Elections du 27 juillet 1986 : 61,40 % - Elections du 24 juillet 1988 : 63,60 % - Elections du 22 mars 1992 : 59,20 % - Elections du 13 septembre 1992 : 61,60  % -Elections du 2 juillet 1995 : 62,00 % - Elections du 17 novembre 1996 : 62,40 % - Elections du 6 janvier 2001 : 69,95 % - Elections du 6 février 2005 : 70,00  %. Ces deux dernières élections sont celles de la « vague Thaksin ».

 

(6) Nous les avons relevé sur le site du « Thai Rath » : http://www.thairath.co.th/referendum2016

 

(7) Ce genre de raisonnement est de pure morosité, il est surtout stupide : Pour ce référendum, 61,35% des votes favorables représentent 33,25 % des inscrits… Un tout petit tiers, soit !

 

En 2001, les listes « Thai rak thai » de Thaksin ont été élues triomphalement, pourquoi le taire, avec un score de 40,60 % des votants mais 11.634.495 votants sur 40.928.043 inscrits, cela représente (ne représente que ?) 28,42 % du corps électoral...un très gros quart ! En 2005, nouveau et incontestable triomphe, les mêmes listes obtiennent la majorité absolue des sièges avec 15.744.190 de voix sur 32.525.504 votants soit 48,41 % des votants mais 15.744.190 sur 46.465.005 électeurs, cela représente (ne représente que ?) 33,88 % du corps électoral… un gros tiers ! Ce qui était en 2001 et 2005 considéré comme « un blanc-seing donné à Thaksin », le petit tiers devient en 2016 « … Mais ce n’est pas un blanc-seing donné à la Junte »….

 

Faut-il comparer ce qui est (ou n’est pas) comparable ? Lors des élections présidentielles de 2012 en France le candidat élu au second tour l’a été avec la majorité absolue des votants mais 39 % des inscrits.

 

Le pourcentage d’abstention aux États-Unis est difficile à chiffrer mais en tout état de cause d’au moins 40 %. Le chef d’état le plus puissant du monde est élu avec un peu plus de 50 % des votants, qui ne représentent donc qu’environ 30 % des inscrits. Si l’on sait qu’il y a un nombre considérable mais indéterminé d’Américains qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales par négligence ou par principe, on peut penser que le dit président n’est pas représentatif de plus du quart de la population de son pays.

 

(8) Selon une enquête du « King Prajadhipok's Institute » publiée dans « The post » du 16 août, 57% des électeurs du pays n'ont pas lu le projet de constitution et à Bangkok seulement 0,9% l’avaient lu du début jusqu’à la fin ? Ces chiffres nous laissent toutefois un peu sceptiques ?

 

(9) Discours de Michel Debré devant le Conseil d’état le 27 août 1958.

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(10) L' « indice de démocratie » créé en 2006 par « The Economist Group »  prétend évaluer le niveau de démocratie dans les pays membres de l’ONU. Trois d’entre eux sont considérés comme des « démocraties pleines », le Canada (7ème, note de 9,08/10), l’Allemagne (13ème, 8,34/10) et le Royaume Uni (16ème, 8,31/10). Le Laos (146ème, 2,21/10) et la Corée du Nord (156ème et dernière, 1,08/10) sont considérés comme « régimes autoritaires ». Ce classement effectué sur des critères américains qui ne sont pas les nôtres vaut ce qu’il vaut.

 
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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 18:07
A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

 

Quand nous avons lu * qu’un mandat d’arrêt avait été émis le 18 mai 2016 à l’encontre de Phra Dhammachayo (พระธัมมชโย) abbé du Wat Phra Dhammakaya (วัดพระธรรมกาย) et président de la fondation éminente et célèbre du même nom, après avoir été accusé auparavant d’avoir accepté des fonds détournés pour un montant de 1,2 milliard de bahts par le président de la banque Klongchan Credit Union Cooperative, Supachai Srisupa-askorn, (En fait sous la forme de  878 chèques, dont 674 millions pour le Wat Phra Dhammakaya et le reste à d’autres organisations dépendantes), nous avions le sentiment qu’une « affaire d’Etat » venait de se manifester. Affaire qui s’ajoutait à celle du chef de la junte qui tardait de « transmettre au roi » le choix du Conseil de la sangha qui avait nommé le nouveau chef suprême du bouddhisme en Thaïlande, Somdet Phra Yansangwon (สมเด็จพระญาณสังวร), réputé être proche de Dhammachayo. Assurément une nouvelle crise importante  politico-religieuse venait d’éclater, qu’il nous fallait essayer de comprendre.

 

« Mais il est vrai que cela fait plus de vingt ans que Phrathepyanmahamuni (พระเทพญาณมหามุนี), alias Phra Dhammachayo (son nom d’ordination), est accusé pour les mêmes motifs, et que  le Conseil Suprême de la Sangha (สังฆะ) s’est toujours opposé à son renvoi. » 

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

(Eugénie Mériau. Cf. **). (Dhammachayo, avait été arrêté le 25 août 1999, et formellement inculpé. il avait été remis en liberté sous caution dans la soirée du même jour. Il l’avait été également en 2002. En 2006, l’Office National Thaï du Bouddhisme avait levé Dhammachayo de toutes accusations, après que celui-ci ait accepté de mettre tous les fonds récoltés au nom du temple. Cf. Références dans wikipédia )

 

L’affaire est d’importance, car la fondation Dhammakaya est devenue la plus grande organisation multinationale bouddhiste, avec trois millions d’adeptes,  200 filiales dans près de 60 pays à travers le monde, a sa propre université située en Californie, et est associée à la World Buddhist University (W.B.U). Le  Wat Phra Dhammakaya est comme une ville située dans un parc de 32 hectares avec 150 bâtiments construits, où vivent 3.000 moines, novices, laïcs et laïques. Un temple très populaire voyant  lors des cérémonies plus de 10.000 fidèles chaque week-end, pour atteindre plus de 100.000 lors des fêtes religieuses. Il a également ses attachés de presse, sa propre chaîne de télévision et sa maison d’édition. 

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

On a pu voir le lendemain du mandat d’arrêt plus de 10.000 fidèles  se rendre à Dhammakaya afin de montrer leur soutien à leur chef spirituel. Une fondation qui compte parmi ses membres des hommes politiques et  d’affaires parmi les plus puissants de Thaïlande. Mais une fondation qui n’a pas échappé aux critiques et controverses qui portent sur ses enseignements, ses finances et ses sympathies politiques au fil des années.

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

Nous n’allons pas rentrer dans le débat théologique, sur sa conception du nirvana, ses méthodes de méditation et d’accès au « bien-être », mais rappeler quand même que sa doctrine se fonde, entre autres, sur l’idée que l’individu peut progresser spirituellement et acquérir des mérites en fonction des dons qu’il fait. « Son bonheur et son bien-être sont ainsi proportionnellement liés à sa capacité de donner de l’argent et du temps à la fondation. Donner maintenant et récolter plus tard, dans cette vie ou la prochaine, le fruit de vos bonnes actions.». (Cf.  Manuel Litalien***)  

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.
L’organisation fait un lien entre le bonheur de l’individu et la santé économique du pays,  comme elle fait un lien entre le bien-être spirituel de ses membres et son bien-être financier. De même, le karma de l’organisation sera bon si elle est accumule des richesses à la hauteur de sa valeur spirituelle. On voit le cercle : une bonne économie du pays, une organisation florissante, des membres riches et généreux assurent un bon karma à l’ensemble. On pourrait ne voir là aucune malice  dans un pays où la majorité  croit que la richesse et le statut social servent à mesurer les mérites acquis, même si les méthodes employées par l’organisation sont bien souvent limites. (Cf. Manuel Litalien***)

 

L’organisation est « réaliste » et a un département des affaires internationales et un service de relations publiques chargés de démentir les informations sur les « affaires ». Il est soutenu par  les moines qui commentent l’affaire sur Twitter et par leur chaîne de télévision. Il est évident que pour la fondation, les accusations portées sont “sans fondement et déraisonnables”.  Mais le temple, par la voix de son avocat Samphan Sermcheep, a quand même accepté le lundi 16 mars 2016 de rembourser près de 20 millions d'euros sur les sommes perçues en 6 tranches, de mars à août, à la banque lésée Klongchan devant un tribunal local. Toutefois l’A.M.L.O (Anti-Money Laundering Office - Bureau contre le blanchiment d’argent - สำนักงานป้องกันและปรามการฟอกเงิน) va poursuivre son enquête. (In Clémence Cluzel***).

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

Le succès de Dhammakaya vient entre autres du fait qu’il se positionne dans une vision plus moderne que les temples traditionnels afin de séduire les plus jeunes à coup de marketing et en utilisant les technologies modernes comme les réseaux sociaux, sa chaîne cablée, son site internet (www.dmc.tv) … 

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et même en « récupérant » les « célébrités » comme par exemple,  le fondateur d’Apple, Steeve Jobs décédé, en le présentant dans une série de sermons, comme une divinité « de rang moyen » (Thepphabhut Phumadeva) qui habite un immeuble de six étages fait d’argent et de cristal. (In Clémence Cluzel***). On n’abandonnera pas pour autant le marché traditionnel des amulettes magiques qui rapportent des sommes énormes au temple, certaines se vendant plus d’un million.

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Une crise plus politique que religieuse.

 

(Cf. Les articles d’Eugénie Mériau**et d’Arnaud Dubus**** qui développent cette version.)

 

« Néanmoins, si aujourd’hui le temple de Dhammakaya est attaqué par la Commission pour la Réforme nommée par la junte, c’est plus pour ses liens présumés avec l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra que pour sa commercialisation de la loi du karma et des enseignements du Bouddha. C’est aussi essentiellement pour des raisons politiques que le puissant moine Phra Poutha-issara (พุทธะอิสระ), proche du leadership du P.D.R.C (People's Democratic Reform Committee – ou P.C.A.D People's Committee for Absolute Democracy with the King as Head of State – คณะกรรมการประชาชนเพื่อการเปลี่ยนแปลงประเทศไทยให้เป็นประชาธิปไตยที่สมบูรณ์ – อันมีพระมหากษัตริย์ทรงเป็นประมุข), a porté en début d’année, devant les instances gouvernementales, de nouvelles accusations contre la secte Dhammakaya. » (Eugénie Mériau)

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Pour Arnaud Dubus la crise actuelle est surtout liée aux divisions politiques du royaume, et aux dérives du bouddhisme thaïlandais dans son ensemble. (Cf. Les articles de Gabaude sur les crises du bouddhisme et les relations entre le bouddhisme et la politique en Thaïlande et nos articles s’y rapportant.*****)

 

Ici, le  conflit a son origine dans le fait que le Premier ministre chef de la junte thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา), ne veut pas  entériner la décision prise le 5 janvier dernier, au sein du Conseil Suprême de la sangha, en ne la soumettant pas au roi.

 

Or, précise Dubus, pour la succession après la mort en 2013 du 19ème titulaire du poste, la loi est claire : le Sangha Act de 1962, amendé par une loi de 1992, dit bien que le Conseil suprême du Sangha composé de 20 moines doit choisir le moine ayant depuis le plus longtemps le titre de somdet phra racha khana (สมเดจพระราชคนา) – le plus haut titre qui puisse être accordé par le roi à un bonze -, ce qui est le cas de Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn (สมเด็จพระมหารัชมังคลาจารย์ Alias Somdet Chuangwonpunyo (สมเด็จ ช่วงวรปุญฺโญ), âgé de 90 ans, et qui de plus préside –par intérim –  le Conseil suprême du Sangha depuis le milieu des années 2000, le Patriarche suprême était alors très  malade.

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Mais pourquoi le premier ministre chef de la junte ne veut pas transmettre cette nomination du nouveau Patriarche au roi ?

 

En fait, Somdet Chuang est critiqué par certaines organisations bouddhiques – comme par exemple le Réseau de protection du bouddhisme – pour sa proximité avec le temple Dhammakaya, et par le bonze-militant Phra Putha Issara, qui a soumis une pétition portant 300.000 signatures au Premier ministre Prayuth, pour s’opposer à la nomination de Somdet Chuang à la tête de l’Eglise bouddhique, l’accusant également de fraude fiscale, et surtout d’insubordination pour n’avoir pas   donné suite en 1999 à une lettre du Patriarche suprême de l’époque qui indiquait qu’il fallait défroquer Phra Dhammachayo, l’abbé du temple Dhammakaya, pour les mêmes accusations (fraude et distorsion des enseignements bouddhiques).

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Il faut se rappeler que le moine militant Issara a joué un rôle politique majeur dans les manifestations de rues de Bangkok auprès des « chemises jaunes » de 2013-2014 en réclamant la destitution de la 1ère ministre Yingluck  Shinawatra, sœur de Thaksin, avant le coup d’Etat de mai 2014, coup d’Etat qu’il a soutenu.

 

De plus, il est dit que Phra Dhammachayo, est proche de Thaksin Shinawatra, renversé lors du coup d’Etat de septembre 2006, et donc des Chemises rouges, les partisans du clan politique Shinawatra. Eugénie Mériau est plus explicite : « Cette « secte », en pleine expansion, constitue une menace pour les Chemises jaunes qui veulent éviter qu’à l’avenir le clan pro-Shinawatra ne domine la scène religieuse. Les anti-Thaksin se sont toujours prévalus d’une supériorité morale sur les pro-Thaksin. De cette supériorité, mesurée à l’aune de leur pratique des vertus bouddhiques, ils tireraient une légitimité à gouverner, balayant celle issue des urnes. Or, s’ils se voient dépouillés de leur outil de légitimation, que restera-t-il aux conservateurs pour justifier leur contrôle du processus politique, si ce n’est la force des tanks ? » 

 

Il faudrait donc voir derrière les accusations menés contre Phra Dhammachayo, et le refus de nommer officiellement Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn, comme Patriarche Suprême de la Sangha, un combat politique féroce mené contre Thaksin Shinawatra et son clan, et tous ceux qui se reconnaissent encore – et ils sont nombreux - comme les partisans des chemises rouges, même si  précise Dubus, la crainte de voir  le temple Dhammakaya, de par sa puissance financière et l’étendue de son réseau de clientèle, prendre le  contrôle sur la communauté monastique est réelle.  D’autres, dit-il,  comme  l’intellectuel bouddhiste Sulak Sivaraksa (สุลักษณ์ ศิวรักษ์)  sont aussi explicites : « Si Somdet Chuang devient le Patriarche suprême, la distorsion des enseignements bouddhiques va s’étendre. Une ère sombre pour le bouddhisme en Thaïlande va s’ouvrir » (Déclaration au Bangkok Post.)

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Les enjeux sont donc importants et derrière le combat mené contre  Dhammakaya et Somdet Chuang se joue un combat politique et religieux que le chef de la junte tente de gérer en temporisant, sachant peut-être que certaines factions militaires et hommes puissants sont prêts à agir. Nous avons déjà décrit maintes de ces crises qui ont débouché sur un nouveau coup d’Etat.

 

 Certes, à un autre niveau se joue aussi un nouvel avatar de la crise religieuse qui secoue le pays depuis des décennies, à l’issue de laquelle, beaucoup voudraient voir – enfin -  une réforme radicale  de l’organisation administrative de la Sangha, qui lui permettrait de jouer le rôle qui devrait être le sien et de rendre de nouveau les communautés monastiques plus vertueuses et plus exemplaires, évitant ainsi au moins les problèmes de corruption et les scandales de mœurs trop voyants qui font souvent la « Une » des journaux. Mais de cela, nous vous en avons déjà beaucoup parlé avec l’aide de Gabaude. (Cf. Les références en note)

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Sources et références :

 *Cf. Article AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi  21 mai 2016. Cf. Egalement : Clémence Cluzel -Mars 26, 2015, https://www.thailande-fr.com/actu/33770-scandale-et-detournements-dargent-au-temple-dhammakaya

 

**Gavroche avril 2015, repris par  EUGÉNIE MÉRIEAU in

http://www.alterasia.org/201505044141/de-recuperation-politique-bouddhisme/)

 

*** Thèse de Manuel Litalien, chapitre IV « La fondation Dhammakaya (pp. 116-   ), in     « Développement sociale et régime providentiel en Thaïlande : la philanthropie religieuse en tant que nouveau capital démocratique », Université du Québec à Montréal, janvier 2010. 

 

**** Arnaud Dubus, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/thailande/2016-01-18-la-thailande-se-dechire-a-propos-de-la-nomination-du-chef-des-bouddhistes

 

***** Nous avons déjà dans ce blog réfléchi avec l’aide de Gabaude aux relations qui existent entre le bouddhisme en Thaïlande, et les pouvoirs politiques et financiers. Elles  s’étalent même ouvertement, dit-il, dans la presse,  dans les débats publics et diverses commissions ad-hoc.

Gabaude « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173 » http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/receo_0338-0599_2001_num_32_1_3076

Cf. Notre lecture de cet article in A137. « Bouddhisme et politique en Thaïlande. »Notre article  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

Gabaude, « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) », BEFEO, 83, pp. 241-257.

-Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE , 27/06/2011.

 

Notre article A41: « La crise du bouddhisme en Thaïlande. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

 

 

L’organisation fait un lien entre le bonheur de l’individu et la santé économique du pays,  comme elle fait un lien entre le bien-être spirituel de ses membres et son bien-être financier. De même, le karma de l’organisation sera bon si elle est accumule des richesses à la hauteur de sa valeur spirituelle. On voit le cercle : une bonne économie du pays, une organisation florissante, des membres riches et généreux assurent un bon karma à l’ensemble. On pourrait ne voir là aucune malice  dans un pays où la majorité  croit que la richesse et le statut social servent à mesurer les mérites acquis, même si les méthodes employées par l’organisation sont bien souvent limites. (Cf. Manuel Litalien***)

 

L’organisation est « réaliste » et a un département des affaires internationales et un service de relations publiques chargés de démentir les informations sur les « affaires ». Il est soutenu par  les moines qui commentent l’affaire sur Twitter et par leur chaîne de télévision. Il est évident que pour la fondation, les accusations portées sont “sans fondement et déraisonnables”.  Mais le temple, par la voix de son avocat Samphan Sermcheep, a quand même accepté le lundi 16 mars 2016 de rembourser près de 20 millions d'euros sur les sommes perçues en 6 tranches, de mars à août, à la banque lésée Klongchan devant un tribunal local. Toutefois l’A.M.L.O (Anti-Money Laundering Office - Bureau contre le blanchiment d’argent - สำนักงานป้องกันและปรามการฟอกเงิน) va poursuivre son enquête. (In Clémence Cluzel***).

 

Le succès de Dhammakaya vient entre autres du fait qu’il se positionne dans une vision plus moderne que les temples traditionnels afin de séduire les plus jeunes à coup de marketing et en utilisant les technologies modernes comme les réseaux sociaux, sa chaîne cablée, son site internet (www.dmc.tv) … et même en « récupérant » les « célébrités » comme par exemple,  le fondateur d’Apple, Steeve Jobs décédé, en le présentant dans une série de sermons, comme une divinité « de rang moyen » (Thepphabhut Phumadeva) qui habite un immeuble de six étages fait d’argent et de cristal. (In Clémence Cluzel***). On n’abandonnera pas pour autant le marché traditionnel des amulettes magiques qui rapportent des sommes énormes au temple, certaines se vendant plus d’un million.

Une crise plus politique que religieuse.

 

(Cf. Les articles d’Eugénie Mériau**et d’Arnaud Dubus**** qui développent cette version.)

 

« Néanmoins, si aujourd’hui le temple de Dhammakaya est attaqué par la Commission pour la Réforme nommée par la junte, c’est plus pour ses liens présumés avec l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra que pour sa commercialisation de la loi du karma et des enseignements du Bouddha. C’est aussi essentiellement pour des raisons politiques que le puissant moine Phra Poutha-issara (พุทธระอิสระ), proche du leadership du P.D.R.C (People's Democratic Reform Committee – ou P.C.A.D People's Committee for Absolute Democracy with the King as Head of State – คณะกรรมการประชาชนเพื่อการเปลี่ยนแปลงประเทศไทยให้เป็นประชาธิปไตยที่สมบูรณ์ – อันมีพระมหากษัตริย์ทรงเป็นประมุข), a porté en début d’année, devant les instances gouvernementales, de nouvelles accusations contre la secte Dhammakaya. » (Eugénie Mériau)

 

Pour Arnaud Dubus la crise actuelle est surtout liée aux divisions politiques du royaume, et aux dérives du bouddhisme thaïlandais dans son ensemble. (Cf. Les articles de Gabaude sur les crises du bouddhisme et les relations entre le bouddhisme et la politique en Thaïlande et nos articles s’y rapportant.*****)

 

Ici, le  conflit a son origine dans le fait que le Premier ministre chef de la junte thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา), ne veut pas  entériner la décision prise le 5 janvier dernier, au sein du Conseil Suprême de la sangha, en ne la soumettant pas au roi.

 

Or, précise Dubus, pour la succession après la mort en 2013 du 19ème titulaire du poste, la loi est claire : le Sangha Act de 1962, amendé par une loi de 1992, dit bien que le Conseil suprême du Sangha composé de 20 moines doit choisir le moine ayant depuis le plus longtemps le titre de somdet phra racha khana (สมเดจพระราชคนา) – le plus haut titre qui puisse être accordé par le roi à un bonze -, ce qui est le cas de Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn (สมเด็จพระมหารัชมังคลาจารย์ Alias Somdet Chuangwonpunyo (สมเด็จ ช่วงวรปุญฺโญ), âgé de 90 ans, et qui de plus préside –par intérim –  le Conseil suprême du Sangha depuis le milieu des années 2000, le Patriarche suprême était alors très  malade.

 

Mais pourquoi le premier ministre chef de la junte ne veut pas transmettre cette nomination du nouveau Patriarche au roi ?

 

En fait, Somdet Chuang est critiqué par certaines organisations bouddhiques – comme par exemple le Réseau de protection du bouddhisme – pour sa proximité avec le temple Dhammakaya, et par le bonze-militant Phra Putha Issara, qui a soumis une pétition portant 300.000 signatures au Premier ministre Prayuth, pour s’opposer à la nomination de Somdet Chuang à la tête de l’Eglise bouddhique, l’accusant également de fraude fiscale, et surtout d’insubordination pour n’avoir pas   donné suite en 1999 à une lettre du Patriarche suprême de l’époque qui indiquait qu’il fallait défroquer Phra Dhammachayo, l’abbé du temple Dhammakaya, pour les mêmes accusations (fraude et distorsion des enseignements bouddhiques).

 

Il faut se rappeler que le moine militant Issara a joué un rôle politique majeur dans les manifestations de rues de Bangkok auprès des « chemises jaunes » de 2013-2014 en réclamant la destitution de la 1ère ministre Yingluck  Shinawatra, sœur de Thaksin, avant le coup d’Etat de mai 2014, coup d’Etat qu’il a soutenu.

 

De plus, il est dit que Phra Dhammachayo, est proche de Thaksin Shinawatra, renversé lors du coup d’Etat de septembre 2006, et donc des Chemises rouges, les partisans du clan politique Shinawatra. Eugénie Mériau est plus explicite : « Cette « secte », en pleine expansion, constitue une menace pour les Chemises jaunes qui veulent éviter qu’à l’avenir le clan pro-Shinawatra ne domine la scène religieuse. Les anti-Thaksin se sont toujours prévalus d’une supériorité morale sur les pro-Thaksin. De cette supériorité, mesurée à l’aune de leur pratique des vertus bouddhiques, ils tireraient une légitimité à gouverner, balayant celle issue des urnes. Or, s’ils se voient dépouillés de leur outil de légitimation, que restera-t-il aux conservateurs pour justifier leur contrôle du processus politique, si ce n’est la force des tanks ? » 

 

Il faudrait donc voir derrière les accusations menés contre Phra Dhammachayo, et le refus de nommer officiellement Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn, comme Patriarche Suprême de la Sangha, un combat politique féroce mené contre Thaksin Shinawatra et son clan, et tous ceux qui se reconnaissent encore – et ils sont nombreux - comme les partisans des chemises rouges, même si  précise Dubus, la crainte de voir  le temple Dhammakaya, de par sa puissance financière et l’étendue de son réseau de clientèle, prendre le  contrôle sur la communauté monastique est réelle.  D’autres, dit-il,  comme  l’intellectuel bouddhiste Sulak Sivaraksa (สุลักษณ์ ศิวรักษ์)  sont aussi explicites : « Si Somdet Chuang devient le Patriarche suprême, la distorsion des enseignements bouddhiques va s’étendre. Une ère sombre pour le bouddhisme en Thaïlande va s’ouvrir » (Déclaration au Bangkok Post.)

 

Les enjeux sont donc importants et derrière le combat mené contre  Dhammakaya et Somdet Chuang se joue un combat politique et religieux que le chef de la junte tente de gérer en temporisant, sachant peut-être que certaines factions militaires et hommes puissants sont prêts à agir. Nous avons déjà décrit maintes de ces crises qui ont débouché sur un nouveau coup d’Etat.

 

 Certes, à un autre niveau se joue aussi un nouvel avatar de la crise religieuse qui secoue le pays depuis des décennies, à l’issue de laquelle, beaucoup voudraient voir – enfin -  une réforme radicale  de l’organisation administrative de la Sangha, qui lui permettrait de jouer le rôle qui devrait être le sien et de rendre de nouveau les communautés monastiques plus vertueuses et plus exemplaires, évitant ainsi au moins les problèmes de corruption et les scandales de mœurs trop voyants qui font souvent la « Une » des journaux. Mais de cela, nous vous en avons déjà beaucoup parlé avec l’aide de Gabaude. (Cf. Les références en note)

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sources et références :

 *Cf. Article AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi  21 mai 2016. Cf. Egalement : Clémence Cluzel -Mars 26, 2015, https://www.thailande-fr.com/actu/33770-scandale-et-detournements-dargent-au-temple-dhammakaya

 

**Gavroche avril 2015, repris par  EUGÉNIE MÉRIEAU in

http://www.alterasia.org/201505044141/de-recuperation-politique-bouddhisme/)

 

*** Thèse de Manuel Litalien, chapitre IV « La fondation Dhammakaya (pp. 116-   ), in     « Développement sociale et régime providentiel en Thaïlande : la philanthropie religieuse en tant que nouveau capital démocratique », Université du Québec à Montréal, janvier 2010. 

 

**** Arnaud Dubus, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/thailande/2016-01-18-la-thailande-se-dechire-a-propos-de-la-nomination-du-chef-des-bouddhistes

 

***** Nous avons déjà dans ce blog réfléchi avec l’aide de Gabaude aux relations qui existent entre le bouddhisme en Thaïlande, et les pouvoirs politiques et financiers. Elles  s’étalent même ouvertement, dit-il, dans la presse,  dans les débats publics et diverses commissions ad-hoc.

Gabaude « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173 » http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/receo_0338-0599_2001_num_32_1_3076

Cf. Notre lecture de cet article in A137. « Bouddhisme et politique en Thaïlande. »Notre article  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

Gabaude, « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) », BEFEO, 83, pp. 241-257.

-Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE , 27/06/2011.

 

Notre article A41: « La crise du bouddhisme en Thaïlande. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

 

L’organisation fait un lien entre le bonheur de l’individu et la santé économique du pays,  comme elle fait un lien entre le bien-être spirituel de ses membres et son bien-être financier. De même, le karma de l’organisation sera bon si elle est accumule des richesses à la hauteur de sa valeur spirituelle. On voit le cercle : une bonne économie du pays, une organisation florissante, des membres riches et généreux assurent un bon karma à l’ensemble. On pourrait ne voir là aucune malice  dans un pays où la majorité  croit que la richesse et le statut social servent à mesurer les mérites acquis, même si les méthodes employées par l’organisation sont bien souvent limites. (Cf. Manuel Litalien***)

 

L’organisation est « réaliste » et a un département des affaires internationales et un service de relations publiques chargés de démentir les informations sur les « affaires ». Il est soutenu par  les moines qui commentent l’affaire sur Twitter et par leur chaîne de télévision. Il est évident que pour la fondation, les accusations portées sont “sans fondement et déraisonnables”.  Mais le temple, par la voix de son avocat Samphan Sermcheep, a quand même accepté le lundi 16 mars 2016 de rembourser près de 20 millions d'euros sur les sommes perçues en 6 tranches, de mars à août, à la banque lésée Klongchan devant un tribunal local. Toutefois l’A.M.L.O (Anti-Money Laundering Office - Bureau contre le blanchiment d’argent - สำนักงานป้องกันและปรามการฟอกเงิน) va poursuivre son enquête. (In Clémence Cluzel***).

 

Le succès de Dhammakaya vient entre autres du fait qu’il se positionne dans une vision plus moderne que les temples traditionnels afin de séduire les plus jeunes à coup de marketing et en utilisant les technologies modernes comme les réseaux sociaux, sa chaîne cablée, son site internet (www.dmc.tv) … et même en « récupérant » les « célébrités » comme par exemple,  le fondateur d’Apple, Steeve Jobs décédé, en le présentant dans une série de sermons, comme une divinité « de rang moyen » (Thepphabhut Phumadeva) qui habite un immeuble de six étages fait d’argent et de cristal. (In Clémence Cluzel***). On n’abandonnera pas pour autant le marché traditionnel des amulettes magiques qui rapportent des sommes énormes au temple, certaines se vendant plus d’un million.

Une crise plus politique que religieuse.

 

(Cf. Les articles d’Eugénie Mériau**et d’Arnaud Dubus**** qui développent cette version.)

 

« Néanmoins, si aujourd’hui le temple de Dhammakaya est attaqué par la Commission pour la Réforme nommée par la junte, c’est plus pour ses liens présumés avec l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra que pour sa commercialisation de la loi du karma et des enseignements du Bouddha. C’est aussi essentiellement pour des raisons politiques que le puissant moine Phra Poutha-issara (พุทธระอิสระ), proche du leadership du P.D.R.C (People's Democratic Reform Committee – ou P.C.A.D People's Committee for Absolute Democracy with the King as Head of State – คณะกรรมการประชาชนเพื่อการเปลี่ยนแปลงประเทศไทยให้เป็นประชาธิปไตยที่สมบูรณ์ – อันมีพระมหากษัตริย์ทรงเป็นประมุข), a porté en début d’année, devant les instances gouvernementales, de nouvelles accusations contre la secte Dhammakaya. » (Eugénie Mériau)

 

Pour Arnaud Dubus la crise actuelle est surtout liée aux divisions politiques du royaume, et aux dérives du bouddhisme thaïlandais dans son ensemble. (Cf. Les articles de Gabaude sur les crises du bouddhisme et les relations entre le bouddhisme et la politique en Thaïlande et nos articles s’y rapportant.*****)

 

Ici, le  conflit a son origine dans le fait que le Premier ministre chef de la junte thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา), ne veut pas  entériner la décision prise le 5 janvier dernier, au sein du Conseil Suprême de la sangha, en ne la soumettant pas au roi.

 

Or, précise Dubus, pour la succession après la mort en 2013 du 19ème titulaire du poste, la loi est claire : le Sangha Act de 1962, amendé par une loi de 1992, dit bien que le Conseil suprême du Sangha composé de 20 moines doit choisir le moine ayant depuis le plus longtemps le titre de somdet phra racha khana (สมเดจพระราชคนา) – le plus haut titre qui puisse être accordé par le roi à un bonze -, ce qui est le cas de Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn (สมเด็จพระมหารัชมังคลาจารย์ Alias Somdet Chuangwonpunyo (สมเด็จ ช่วงวรปุญฺโญ), âgé de 90 ans, et qui de plus préside –par intérim –  le Conseil suprême du Sangha depuis le milieu des années 2000, le Patriarche suprême était alors très  malade.

 

Mais pourquoi le premier ministre chef de la junte ne veut pas transmettre cette nomination du nouveau Patriarche au roi ?

 

En fait, Somdet Chuang est critiqué par certaines organisations bouddhiques – comme par exemple le Réseau de protection du bouddhisme – pour sa proximité avec le temple Dhammakaya, et par le bonze-militant Phra Putha Issara, qui a soumis une pétition portant 300.000 signatures au Premier ministre Prayuth, pour s’opposer à la nomination de Somdet Chuang à la tête de l’Eglise bouddhique, l’accusant également de fraude fiscale, et surtout d’insubordination pour n’avoir pas   donné suite en 1999 à une lettre du Patriarche suprême de l’époque qui indiquait qu’il fallait défroquer Phra Dhammachayo, l’abbé du temple Dhammakaya, pour les mêmes accusations (fraude et distorsion des enseignements bouddhiques).

 

Il faut se rappeler que le moine militant Issara a joué un rôle politique majeur dans les manifestations de rues de Bangkok auprès des « chemises jaunes » de 2013-2014 en réclamant la destitution de la 1ère ministre Yingluck  Shinawatra, sœur de Thaksin, avant le coup d’Etat de mai 2014, coup d’Etat qu’il a soutenu.

 

De plus, il est dit que Phra Dhammachayo, est proche de Thaksin Shinawatra, renversé lors du coup d’Etat de septembre 2006, et donc des Chemises rouges, les partisans du clan politique Shinawatra. Eugénie Mériau est plus explicite : « Cette « secte », en pleine expansion, constitue une menace pour les Chemises jaunes qui veulent éviter qu’à l’avenir le clan pro-Shinawatra ne domine la scène religieuse. Les anti-Thaksin se sont toujours prévalus d’une supériorité morale sur les pro-Thaksin. De cette supériorité, mesurée à l’aune de leur pratique des vertus bouddhiques, ils tireraient une légitimité à gouverner, balayant celle issue des urnes. Or, s’ils se voient dépouillés de leur outil de légitimation, que restera-t-il aux conservateurs pour justifier leur contrôle du processus politique, si ce n’est la force des tanks ? » 

 

Il faudrait donc voir derrière les accusations menés contre Phra Dhammachayo, et le refus de nommer officiellement Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn, comme Patriarche Suprême de la Sangha, un combat politique féroce mené contre Thaksin Shinawatra et son clan, et tous ceux qui se reconnaissent encore – et ils sont nombreux - comme les partisans des chemises rouges, même si  précise Dubus, la crainte de voir  le temple Dhammakaya, de par sa puissance financière et l’étendue de son réseau de clientèle, prendre le  contrôle sur la communauté monastique est réelle.  D’autres, dit-il,  comme  l’intellectuel bouddhiste Sulak Sivaraksa (สุลักษณ์ ศิวรักษ์)  sont aussi explicites : « Si Somdet Chuang devient le Patriarche suprême, la distorsion des enseignements bouddhiques va s’étendre. Une ère sombre pour le bouddhisme en Thaïlande va s’ouvrir » (Déclaration au Bangkok Post.)

 

Les enjeux sont donc importants et derrière le combat mené contre  Dhammakaya et Somdet Chuang se joue un combat politique et religieux que le chef de la junte tente de gérer en temporisant, sachant peut-être que certaines factions militaires et hommes puissants sont prêts à agir. Nous avons déjà décrit maintes de ces crises qui ont débouché sur un nouveau coup d’Etat.

 

 Certes, à un autre niveau se joue aussi un nouvel avatar de la crise religieuse qui secoue le pays depuis des décennies, à l’issue de laquelle, beaucoup voudraient voir – enfin -  une réforme radicale  de l’organisation administrative de la Sangha, qui lui permettrait de jouer le rôle qui devrait être le sien et de rendre de nouveau les communautés monastiques plus vertueuses et plus exemplaires, évitant ainsi au moins les problèmes de corruption et les scandales de mœurs trop voyants qui font souvent la « Une » des journaux. Mais de cela, nous vous en avons déjà beaucoup parlé avec l’aide de Gabaude. (Cf. Les références en note)

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Sources et références :

 *Cf. Article AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi  21 mai 2016. Cf. Egalement : Clémence Cluzel -Mars 26, 2015, https://www.thailande-fr.com/actu/33770-scandale-et-detournements-dargent-au-temple-dhammakaya

 

**Gavroche avril 2015, repris par  EUGÉNIE MÉRIEAU in

http://www.alterasia.org/201505044141/de-recuperation-politique-bouddhisme/)

 

*** Thèse de Manuel Litalien, chapitre IV « La fondation Dhammakaya (pp. 116-   ), in     « Développement sociale et régime providentiel en Thaïlande : la philanthropie religieuse en tant que nouveau capital démocratique », Université du Québec à Montréal, janvier 2010. 

 

**** Arnaud Dubus, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/thailande/2016-01-18-la-thailande-se-dechire-a-propos-de-la-nomination-du-chef-des-bouddhistes

 

***** Nous avons déjà dans ce blog réfléchi avec l’aide de Gabaude aux relations qui existent entre le bouddhisme en Thaïlande, et les pouvoirs politiques et financiers. Elles  s’étalent même ouvertement, dit-il, dans la presse,  dans les débats publics et diverses commissions ad-hoc.

Gabaude « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173 » http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/receo_0338-0599_2001_num_32_1_3076

Cf. Notre lecture de cet article in A137. « Bouddhisme et politique en Thaïlande. »Notre article  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

Gabaude, « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) », BEFEO, 83, pp. 241-257.

-Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE , 27/06/2011.

 

Notre article A41: « La crise du bouddhisme en Thaïlande. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

 
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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 18:02
A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

En ce début de mai 2015, la junte a lancé une vaste opération de police  contre les trafiquants d’êtres humains dans la province de Songkhla, près de la frontière avec la Malaisie. Le 1er ministre a fait de multiples déclarations montrant la volonté du gouvernement de faire face à cette vague d’immigration clandestine qui a doublé depuis l’année dernière, comme le confirme un rapport du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) à Bangkok qui indique que, « quelque 25.000 Rohingyas et Bangladais ont pris la mer pour émigrer grâce à des passeurs entre janvier et mars de cette année - presque le double par rapport à l'an dernier. » 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Le chef de la junte a même pris l’initiative d’organiser un sommet le 29 mai consacré à l'immigration clandestine dans la région. 

 

Au niveau international, la presse relate chaque jour des drames, et  s’alarme des milliers de migrants clandestins bangladais et rohingyas, abandonnés par leurs passeurs en pleine mer près des côtes indonésiennes et malaises, et dont beaucoup périssent avant d’être secourus. On attribue ce nouvel afflux au « durcissement de la lutte contre l’immigration illégale en Thaïlande. » 

 

(Cf. par exemple l’ONG Arakan Project, « ces raids ont conduit les trafiquants à remplacer désormais leurs camps dans la jungle par des bateaux-prisons, dans les eaux internationales au large de la Thaïlande » et « Qui sont les Rohingyas, peuple le plus persécuté au monde selon l'ONU », in  Le Figaro.fr du 12/5/2015*)

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

En Thaïlande, de nombreux journaux, magazines, reportages de télévision, reprennent les déclarations des autorités thaïlandaises qui sont censées montrer l’efficacité  de la répression des trafiquants de chair humaine, avec la découverte des camps-prisons, l’arrestation de trafiquants, de fonctionnaires corrompus, des poursuites contre des policiers, et le transfert d’autres policiers « suspects ». (Cf. « Le Petit Journal »* )

 

Pour le chef de la junte, il  s’agit  bien de lutter contre  « (les migrants qui) doivent passer par la Thaïlande lors de leur voyage. (…) Nous sommes le pays du milieu, que devons-nous faire? ». *

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

La Thaïlande ne serait donc qu’un pays par où « Chaque année, des dizaines de milliers de candidats à l'exil transitent par le sud de la Thaïlande, vers la Malaisie et au-delà, pour fuir la pauvreté au Bangladesh ou les persécutions dans le cas des Rohingyas de Birmanie, minorité musulmane considéré par l'ONU comme l'une des plus persécutées au monde. » (*PJ du 8 mai 2015)

 

Un pays de transit des migrants bangladais et rohingyas !

 

 

 

 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Certes, de nombreux Bangladais et Rohingyas musulmans espèrent une vie meilleure en Indonésie et en Malaisie et tentent  « l’aventure » via des réseaux mafieux, qui sera fatale pour nombre d’entre eux,  mais il est d’autres migrants comme les Birmans, les Cambodgiens, les Laotiens, et les réfugiés « montagnards » au Nord, qui eux, sont bien concernés par les différents trafics d’êtres humains qui sévissent en Thaïlande.

                                                          

 

 

 

 

 

 

 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Nous leur avions  consacrés trois articles à la fin de 2013. (Cf. les liens **)

 

  • Le premier, intitulé  Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais

évoquait un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui dénonçait une fois de plus les "graves abus" exercés sur les immigrés illégaux cambodgiens et birmans, travaillant sur les bateaux de pêche thaïlandais. ( « Graves abus » ? Un euphémisme pour désigner travail forcé, violences et meurtres)

 

Un rapport qui venait après bien d’autres qui constataient, année après année, le trafic d’êtres humains, et le peu d’entrain du gouvernement, pour mettre fin à cette nouvelle forme d’esclavage qui s’exerçait sur les chalutiers thaïlandais, où les pires exactions étaient commises (marins achetés, violences courantes, meurtres), et où on pouvait voir des hommes travailler 20 heures par jour, sept jours sur sept, avec certains bateaux-mères qui se déplaçaient pour faire le plein des navires, en fuel et en personnel, et  pouvaient être ainsi piégés des mois, jusqu'au large de la Somalie, (Selon l'Office international des migrations (OIM).)

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Nous avions cité de nombreuses sources dénonçant  ce  système, fondé sur le travail forcé dans une industrie qui génère plusieurs milliards de dollars, pour un marché axé sur l’exportation. (Les exportations de poissons, crustacés et mollusques représentaient 2,2 milliards d’€ en 2012 et étaient le deuxième fournisseur de produits de la mer des Etats-Unis)

 

Un crime qui avait amené les USA à classer la Thaïlande  en 2012 au niveau 2 de la liste du Département américain des pays à surveiller en matière de lutte contre le trafic humain, avec le risque de se voir interdire l’accès de  certains produits au territoire américain, et la Communauté Européenne à envisager le boycott de ces produits de la mer.

 

(Depuis, il ne semble pas que les efforts fournis par les différents gouvernements aient été efficaces, car en  2014 la Thaïlande a régressé dans la catégorie Tier 3, la catégorie la plus basse.)

 

De fait, pour revenir en 2012, le gouvernement était impuissant face à la complexité du système et la corruption. On vit peu d’arrestations, peu de personnes jugées ; On vit même la première ministre Yingluck Shinawat, dans le cadre d’un reportage télévision de Cyril Payen pour France24, nier même l’existence de cette dramatique exploitation. (Pour voir le reportage***).

 

Pire encore, nous avions alors appris que le travail forcé ne touchait pas que la pêche hauturière thaïlandaise, mais s’exerçait au sein d’un système de trafics d’êtres humains généralisé qui touchait près de cinq millions de travailleurs étrangers légaux et illégaux, employés dans de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise, comme l’aquaculture de la crevette,  les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas, le bâtiment, la prostitution, etc. 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE
  • Le deuxième article intitulé  « Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?», se servait de l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?****, pour nous aider à mieux comprendre la situation globale, en replaçant cette dramatique réalité  dans le contexte (historique, économique et politique) plus large des migrations transfrontalières, voire dans une ethno-histoire.

 

Ivanoff nous rappelait la nécessité de comprendre le passé pour comprendre le présent, et de repenser la notion de frontière, avec l’ancrage historique des réseaux et de leurs structures, fondées sur les relations transfrontalières ; de prendre conscience des difficultés des gouvernements de contrôler ces frontières, voire même de leur impuissance face aux réseaux anciens qui se « reconstruisaient », se « modernisaient » en intégrant les nouvelles réalités politiques et économiques.

 

 

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« Ce passé –disait Ivanoff- explique aisément les populations transfrontalières et les « fluidités ethniques » ; la facilité pour les Khmers du Cambodge à se déplacer vers des régions khmérisées du Nord-Est, et les Malais de Patani à retrouver leurs familles dans le Kelantan, par exemple. » et « comment les nouveaux réseaux ont pu s’établir,  dirigés par les forces locales des « puissances sombres » (itthipan muet) comme les appellent les Thaïs », et par certains militaires et « officiels » corrompus, et les réseaux mafieux.

 

Ensuite, le développement de ces régions a favorisé, si on peut dire, l’immigration des Birmans et des Cambodgiens, moins chers que les paysans du Nord-Est,  pour arriver à un phénomène d’une importance majeur :

 

En trente ans, le nombre de réfugiés, et de travailleurs immigrés (légaux et surtout illégaux) est passé de quelques centaines de milliers à environ 5 millions dans le sud de la Thaïlande.

 

Une situation telle, qu’il y voit même la « birmanisation » du Sud de la Thaïlande, avec l’extension des réseaux de trafic humain. 

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Et une question :

 

Le gouvernement peut-il  contrôler ces millions de migrants, mettre à terme à ces réseaux de maffieux, dont bénéficient l’économie thaïlandaise et les potentats locaux.

 

Pour Ivanoff, la réponse est  non.

 

« Certes, il existe des travailleurs réguliers, des tentatives de régularisation des travailleurs (qui à chaque fois pousse davantage de travailleurs dans l’illégalité), des descentes de police, -il faut bien répondre aux attaques internationales (USA, rapports des agences des Nations-Unies, les campagnes des ONG), défendre l’image de la Thaïlande pour ses exportations-, mais les différents gouvernements thaïlandais sont impuissants face au nombre (comment gérer les déplacements de 4 millions de Birmans ?**), et à la corruption généralisée de ses propres agents » (in notre article 129)

 

Et ceci d’autant plus, qu’au-delà du problème des réfugiés, des travailleurs « illégaux », des réseaux maffieux, du système corrompu, nous dit Ivanoff, les gouvernements ne semblent pas avoir vu que :

 

« Nous assistons (alors) à la première colonisation adaptative, celle qui assimile les premiers habitants des zones de passage et jette une passerelle entre deux pays.

 

Entre le laxisme ou l’autoritarisme des gouvernants des pays dont elles relèvent, les populations des frontières construisent leurs nouveaux territoires d’expansion spatiale et d’expression sociale. » En effet, « Ils vivent aux frontières, ont leur langue et leurs traditions, sont rattachés à des groupes « frères » de l’autre côté de la frontière ce qui permet des échanges, ils s’adaptent et construisent des objectifs de solidarité locale pour survivre en tant que groupe. »

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  • Ce qu’il a appelé la « birmanisation du sud de la Thaïlande », dont nous avons rendu compte dans notre article A130.Nous avons alors beaucoup appris en lisant l’étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry,  intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières »*****

Ils nous ont aidés à comprendre ce qui se joue au sud de la Thaïlande, dans cet espace particulier des frontières, et à identifier les différents éléments des filières clandestines, les différents acteurs de cet espace régional, légaux et illégaux qui profitent du système, et qui assurent le développement du sud de la Thaïlande.  

 

Cette étude, disent-ils, « s’intéresse à la vision de la frontière et à la structure des récits des gens trafiqués. Elle interroge les personnes impliquées, passeurs et passées, elle ne juge pas, mais essaie de définir la structure de la filière et des réseaux. Elle essaie donc de donner une idée concrète de la « marche » birmane vers le sud et de sa dynamique ; elle est en cela aussi historique. »

 

On est loin de la Thaïlande comme pays de transit pour les migrants clandestins, comme le dit Prayut, surtout que depuis les années 80  la Thaïlande est devenue une destination d’immigration, surtout dans le Sud. Après les Chinois, les Malais,  le pouvoir central envoya la main d’œuvre isan, et les Birmans vinrent répondre à la demande de main d’œuvre nécessaire au développement, avec ses différentes vagues de migration et ses différentes ethnies (Môns, Birmans, Arakanais).

 

Ils ont su en 20 ans s’organiser, se structurer, mettre en place, par ethnie, des réseaux villageois, familiaux et régionaux, dans un système, où les migrants construisent des nouveaux territoires, des villages, des  quartiers, comme à Ranong par exemple, que les auteurs ont surtout analysé; et ensuite, à Samut Prakan, Chon Buri, Phèpha à côté de Kura Buri, ou certains quartiers de Phuket, etc, en fonction des besoins du marché.

Une main d’œuvre (légale et illégale) introduite en Thaïlande par des filières et des réseaux le plus souvent mafieux, venant répondre aux besoins exprimés  par les grandes familles chinoises (les Chinois/Thaïs, les Chinois/Birmans), qui ont le pouvoir politique, administratif et économique, et qui savent via les multiples intermédiaires (courtiers, recruteurs, trafiquants), gérer l’illégalité au quotidien avec la complicité des « officiels » et des policiers et militaires corrompus, la légalité n’étant pas rentable.

 

En effet, nous disent Ivanoff et Maxime Boutry,  le gouvernement ne peut pas légaliser 4 millions  de Birmans vivant en Thaïlande et reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique dans une région déjà menacée par des velléités séparatistes. Les tentatives de légalisation dans les années 2000-2009 ont échoué et n’ont fait que renforcer l’illégalité et la rentabilité des filières. Le contrôle plus strict des frontières produit des effets pervers, développent des contraintes qui institutionnalisent l’illégalité. (Voire les cargos-prisons)

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(Concernant la légalisation (connue sous le nom de processus de Vérification Nationale), un progrès évident a cependant été accompli puisqu’on passe de moins de 100,000 travailleurs légaux en 2007 à près de 900,000 en janvier 2013 (Statistiques du Ministère de l’emploi, cité par Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff ******)

 

Et il est difficile, pour les différents gouvernements, dans une période d’instabilité politique, d’affronter la puissance des grandes familles « chinoises ».

 

(Cf. par exemple Jean Baffie in, « Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande », qui montrait que quatre grandes familles chinoises, en les nommant,  étaient à l’origine du développement de Hat Yai, avec les  liens qui existaient entre le pouvoir politique, le développement économique et la prostitution.)

 

                                                -----------------------------------

Après ce bref rappel, il n’est pas sûr qu’une seule opération de police engagée en ce mois de mai, avec la découverte de quatre camps-prisons désertés, l’arrestation de quelques trafiquants, de quelques fonctionnaires corrompus, et des poursuites contre quelques dizaines de policiers, soit à la hauteur du trafic d’êtres humains dans le royaume. Les opérations de police ont d’ailleurs montré dans le passé leur inefficacité.

 

Et encore, nous n’avons pas évoqué les trafics humains qui fournissent les bordels, massages, karaoké et autres bars à bière du royaume.

 

Le chef de la junte arrivera-t-il à convaincre les USA, l’Union Européenne, les Natons-Unies, les multiples ONG entre autres, que les actions engagées en ce mois de mai 2015, sont un début de réponse efficace pour lutter contre tous les trafics humains qui minent le royaume ? (Cf. ******)

 

Nous pouvons en douter.  Mais ce n’est pas en ignorant le problème comme le fit Madame Yinluk Shinawat et d’ailleurs aussi ses prédécesseurs, que l’on peut le résoudre. Que valent les solutions de la junte ? L’enfer est pavé de bonnes intentions.

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La Thaïlande a déjà eu à faire face au douloureux problème des réfugiés « clandestins »  Vietnamiens en 1975 après la chute de Saigon, qu’elle fut partiellement incapable de résoudre autrement qu’en refoulant des milliers de « boat people », envoyant ainsi ses malheureux passagers à une mort certaine. (Cf. *******).

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L’Europe, éternelle donneuse de leçon, est elle-même actuellement dans l’incapacité manifeste de faire face au triste et poignant problème de l’afflux des réfugiés venus des pays du sud autrement qu’en citant à suffisance (en la travestissant  - ignorance ou malhonnêteté intellectuelle ou les deux cumulées ?) la phrase de Michel Rocard : « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde  ».    (Cf. ******** )

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Notes

 

*Cf. Le « Petit Journal »

Ainsi par exemple, les autorités ont découvert « quatre camps secrets (des camps –prisons) dans la jungle depuis le 1er mai, ainsi que 33 corps » ; «  199 victimes ont été retrouvées dans la seule province de Songkhla", qu’il a été procédé à 11 arrestations. 

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On a appris également que des poursuites ont été engagées « contre plus d’une douzaine de responsables de l’Etat, parmi lesquels des policiers et un haut gradé de la Marine », « que plus de  50 policiers, parmi lesquels des officiers supérieurs, ont été transférés pour complicité ou pour n’avoir pas agi contre ce sinistre commerce. »

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/societe/actualite/214923-trafic-humain-la-chasse-aux-camps-prison-s-accelere-mais-de-nouveaux-dangers-emergent

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/societe/en-bref/215178-trafic-humain-quatre-camps-prison-decouverts-200-migrants-retrouves-a-songkhla

Et le :

http://www.lefigaro.fr/international/2015/05/11/01003-20150511ARTFIG00259-qui-sont-les-rohingyas-peuple-le-plus-persecute-au-monde-selon-l-onu.php

**Les trois articles déjà publiés :

·   A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html

 

  • A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

Et une question :

 

  • A130. La « birmanisation » du sud de la Thaïlande est-elle inéluctable ?

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a130-la-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-est-elle-ineluctable-120323933.html

 

***  http://www.france24.com/fr/20120719-profession-pecheur-esclave-thailande-cambodge-laos

****8/9 | 2010 : Des migrations aux circulations transnationales Dossier : Des migrations aux circulations transnationales. http://transcontinentales.revues.org/791

Transcontinentales [En ligne], 8/9 | 2010, document 6, mis en ligne le 31 décembre 2010

 

*****Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009.

 

******Pour une mise au point récente, voir : Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff, « Le trafic humain en Thaïlande : situation actuelle et défis », L'Espace Politique [En ligne], 24 | 2014-3, mis en ligne le 12 janvier 2015, consulté le 07 mai 2015. URL : http://espacepolitique.revues.org/3205 ; DOI : 10.4000/espacepolitique.3205

 

« Et lorsque pour éviter d’être encore classée dans la catégorie infamante Tier 3 la Thaïlande fait des efforts pour appliquer la loi, on découvre que sur 1000  inspections à bord de bateaux de pêche, la marine royale n’a pas identifiée un seul cas de trafic, on s’aperçoit qu’on est encore loin d’une réelle application des nouvelles règles et que la volonté politique n’est pas là. »

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*******  Au début de l’exode indochinois en 1975, aucun pays de la région n’était partie à la Convention de 1951 sur les réfugiés ni au Protocole de 1967.  Beau prétexte : aucun des pays recevant des « boat people » vietnamiens ne les autorisa à s’installer de manière permanente et certains ne leur accordèrent même pas le refuge temporaire. Singapour refusa de débarquer tout réfugié qui n’avait pas de garantie de réinstallation dans les quatre-vingt-dix jours. La Malaisie et la Thaïlande procédèrent systématiquement au renvoi des bateaux hors de leurs zones côtières. Lorsque les bateaux de Vietnamiens se multiplièrent en 1979 (plus de 54.000 nouveaux départs pour le seul mois de juin), les renvois furent courants, précipitant des milliers de Vietnamiens vers une mort certaine. Fin juin 1979, cinq membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, firent savoir qu’ils avaient « atteint la limite de leurs capacités et décidèrent de ne plus accepter de nouveaux arrivants ». Le principe de l’asile étant menacé, le Secrétaire général des Nations Unies réunit une conférence internationale sur « les réfugiés et les personnes déplacées en Asie du Sud-Est », à Genève, en juillet ». L’Asie du Sud-Est connaît une grave crise », rapporta le Haut-Commissaire Poul Hartling dans une note de référence préparée pour la conférence, ajoutant que pour « des centaines de milliers de réfugiés et personnes déplacées les droits fondamentaux à l’existence et à la sécurité étaient menacés ».  

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********  Citons les propos exacts que le premier ministre Rocard a eu le courage de tenir à l’Assemblée nationale : «  Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l'Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles. Aussi bien, et si pénible que cela soit pour les fonctionnaires quotidiennement confrontés à des situations humaines déchirantes, nous faut-il résister à cette poussée constante. Pour autant, nous savons tous que nul gouvernement n'a le pouvoir, quand bien même il en  aurait l'intention, de faire de notre pays une sorte de bunker parfaitement étanche ». (Séance du 8 juin 1989 in J.O « débats de l’Assemblée nationale », page 1797).

 

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 00:00
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