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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 01:26
A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Le dimanche 7 août, les Thaïs ont été appelés aux urnes pour répondre par voie de référendum à une double question. On ne pouvait évidemment pas s’attendre à ce qui est ici un évènement majeur fasse la « une » de la presse francophone d’information ou d’opinion (pour autant qu’il en reste une) et encore moins celle de « La Provence » ou de « La dépêche du midi ». Mais lorsque près de 30 millions d’électeurs se pressent dans les bureaux de vote, nous pouvions nous attendre à ce que la presse francophone locale se livre à la fois un examen un peu sérieux de l’environnement, du texte soumis au scrutin et de ses résultats. Las !

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Nous avons lu quelques observations sur le projet de constitution qui n’était pas un secret (1), elles frisaient le néant. Nous avons, au fil de nos lectures, relevé quelques bourdes qui relèvent ou de la mauvaise foi ou de l’incompétence ou des deux à la fois. Nous n’avons pas à prendre parti, « invités » dans un pays qui n’est pas sur le point de nous accorder le droit de vote mais avons souhaité apporter quelques informations que vous ne trouverez probablement pas toutes ailleurs, au vu de ce que nous avons lu et analysé en tout sérénité dans la presse locale (2).

 

Quelques précisions nécessaires.

 

La constitution de 1997 (3) prévoyait que la chambre haute, le Sénat, était élu au suffrage universel direct sur un certain nombre de critères (âge, qualification, honorabilité, etc…) repris à peu près intégralement par le projet, tout allégeance à un parti politique (comme en 1997) étant prohibé. Ce n’est plus le cas puisque les sénateurs seront nommés.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?
C’est un recul, certes, il fallait évidemment le souligner mais là où il faut s’irriter, c’est lorsque des organes de presse que l’on pouvait croire sérieux affirment que les deux cent membres de la haut-assemblée seront désignés « par la Junte ». On croit rêver. Sept articles du projet (107 à 113) concernent le Sénat. Ils précisent que la désignation se fait par « décret royal ». Est-il nécessaire d’en dire plus ? Le Roi prend ses décisions avec l’aide éventuelle de son conseil privé qui est toujours en place. On ne peut à priori – à peine de faire un procès d’intention -  le soupçonner de devenir l’homme-lige du « National Council for Peace and Order » (คณะรักษาความสงบแห่งชาติ). 
A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?
Quant aux cinq-cents membres de la chambre des représentants, ils seront élus sur une procédure similaire à celle de la constitution de 1997 : trois cent cinquante au scrutin uninominal par circonscription, et cent cinquante sur un scrutin proportionnel sur une liste nationale présentée par les partis.

 

Une observation nous a également étonnés : « Le projet est trop long pour être compris par l’électeur ».

 

Il comporte effectivement 279 articles, 137 pages dans notre exemplaire : l’électeur qui est donc présumé un être inculte ne l’aura probablement pas lu ? (Nous, si !). Or, la constitution de 1997, « modèle de démocratie » qui a prétendument été soumise à une « vaste consultation des populations » et ensuite votée par les élus et les sénateurs (alors désignés par le Roi) d’une façon presque unanime comporte 336 articles,  est démocratique, et celle qui en comporte 279 ne l’est pas ? L’argument est grotesque.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

 

Il est permis de supposer que de nombreux électeurs n’ont probablement pas lu le texte mais ils ont tous reçu une petite brochure en 12 pages qui nous semble une excellente synthèse même si on n’en apprécie pas forcément les termes puisqu’elle est évidemment « orientée ». Ce qui est consternant, c’est de lire de doctes considérations tombées de la plume de personnes qui n’ont de toute évidence pas pris le soin de lire le projet.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Une critique encore démontre tout autant de mauvaise foi que d’incompétence : Point n’est besoin, dit le texte, d’être élu pour devenir Premier Ministre ou Ministre ?

 

Voilà qui serait un outrage à la démocratie ? Et alors ? Où se situe l’atteinte à la démocratie ? Cette disposition n’est pas – sauf erreur de notre part – une nouveauté dans la constitution numéro X. Ceci dit, que l’on y voit le désir caché du chef de la junte de devenir premier ministre vient directement à l’esprit mais nous ne pouvons pas anticiper. Cela relève d’une question aussi vieille qu’il existe des théoriciens du droit constitutionnel depuis avant même Montesquieu et n’a strictement rien à voir avec le caractère « démocratique » du pacte constitutionnel dans la mesure où, élu ou pas, le ministre reste responsable devant les chambres (4).

 

Notons enfin, ce qui est au minimum, une insuffisance dans l’information : le référendum ne comportait pas une seule question, mais deux, la première était tout simplement l’approbation du texte. La seconde n’était pas innocente puisqu’il s’agissait tout simplement de répondre à la question de savoir si les sénateurs nommés devaient dans certaines situations prendre part au choix du premier ministre. Il suffit pour en être convaincu de son importance de constater que les réponses favorables à la deuxième question sont très sensiblement moins nombreuses qu’à la première.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

La campagne électorale

 

Elle a effectivement été interdite, atteinte évident à une saine conception de la démocratie mais il ne faut pas non plus sous-estimer l’esprit critique des Thaïs et l’importance considérable des réseaux sociaux. Que pèsent les 150.000 lecteurs de nos deux quotidiens anglophones ou le petit million de ceux qui préfèrent le « Thai Rath » par rapport aux 2 436 211 « j’aime » du site de Thaksin et aux 2 377 765 de celui d’Abhisit ? Et encore, nous ne sommes pas allés approfondir leurs comptes « Twiter » ou « Linked-in ». Il ne semble pas qu’ils soient restés inactifs, bien au contraire. D’ailleurs, deux voix se sont élevées, celle de Yingluk qui a appelé les électeurs à participer au scrutin sans donner de consignes mais en pensant tout fort et celle d’Abhisit appelant curieusement à voter « non ». Même les électeurs de Bangkok, une base de soutien importante pour lui, ne l’ont pas suivi et ont massivement exprimé leur soutien au projet : plus de 1 500 000 contre moins de 400 000, de quoi selon le « Post » faire vaciller son étoile et faire pâlir son avenir politique. Le général Prayut pour sa part a – évidemment – annoncé, mais très tardivement, deux jours avant – qu’il voterait un double « oui ». Y eut-il des pressions ?

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

On peut évidemment le supposer et ne pas sous-estimer l’influence des chefs de village dans les circonscriptions où les résultats (« oui » ou « non ») sont sans équivoque. Pour l’instant, nous n’avons trouvé que des affirmations, l’avenir nous dira si des situations précises sont soumises à la commission. Il ne semble pas (certains ont pu le regretter) que les agents électoraux soient passé dans les chaumières distribuer les billets de banque ? Que nous ne l’ayons pas constaté comme lors de précédents scrutins ne veut pas dire que cela ne se soit pas pratiqué mais ne généralisons pas faute d’éléments concrets.

 

Le déroulement du scrutin

 

Il a eu lieu de 8 heures à 16 heures et sans être massive, la participation a été importante, plus en tous cas que ce qu’annonçaient nos augures occidentaux : 58,79 %, à comparer avec la participation aux élections depuis 30 ans (5). Il y eut des incidents, nous en parlons puisqu’ils ont été soumis à la Commission électorale et relatés dans la presse. Une première question fut posée, celle  de savoir si les bulletins qui ne comportaient qu’une seule réponse devaient être considérés comme blancs ou nuls.

 

Les « incidents » proprement dits ont contraint la Commission à procéder à un recomptage : incidents à Chaochoengchao (région centre) lors du dépouillement, incidents à Phuket, incidents dans un bureau de vote du quartier Chomthong de Bangkok, incidents dans un bureau de vote de la province de Kalasin (Isan), incidents à Phitsanulok (Nord-ouest). Tous ces incidents ont été signalés par des observateurs et ont été relatés dans nos journaux. C’est la raison pour laquelle les premiers résultats tombés après la clôture du scrutin à 16 heures – déjà significatifs -  ne portaient que sur 94 % du corps électoral. Les résultats complets ne furent publiés que le mercredi (6). Des incidents (bombes et attaques contre des militaires) dans les provinces musulmans du Sud le jour du scrutin sont probablement plus à mettre à l’actif du quotidien que du référendum ? La question des attentats sanglants commis le jour de la fête des mères et anniversaire de la Reine, qui serait (hypothèse et non certitude) le fait des indépendantistes de ces provinces n’est pas à cette heure élucidée. Nous n’en parlerons donc pas.

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Les résultats

 

La participation :

 

Sans constituer – de loin – un record - elle fut plus importante que généralement prévue : Inscrits : 50.585.118 - Votants : 29.740.677 soit  58,79 % - Blancs ou nuls 3,15 % (1,94 % lors du référendum de 2007), près d’un million. Les trois provinces frontalières du sud se distinguent pour les nuls : 7.43 % à Pattani, 7.11 % à Narathiwat, et 6,54 % à Yala. Il y avait 94.000 bureaux de vote protégés sinon surveillés par 200.000 policiers.

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Globalement :

 

Sur la première question : « oui » 61,35% (16.820.402), « non » 38,65% (10.598.037).

Sur la seconde question : « oui » 58,07% (15.132.050), « non » 41,93% (10.926.648).

Il faut noter que les partisans du « non » aux deux questions sont en nombre sensiblement équivalent mais il y a tout de même un écart de plus de un million et demi de voix entre le premier « oui » et le second « oui ». Il est significatif. Le soutien est clair mais plus étroit.

Assez curieusement, si pratiquement toutes les provinces ont doublement choisi le camp du double « oui », quelques-unes se singularisent : Ubonrachathani répond « oui » à la première question (54,77%) et « non » à la seconde (50,17 %). C’est le cas de Nan : 52,83 % de « oui » à la première question et 51,68 de « non » à la seconde, de Loei (à 400 voix près il est vrai) : 54 ,19% de « oui » à la première question et 49,91 seulement à la seconde,  de Lampang : 51,72 et 48,53, et de Amnatcharoen : 54,69  et  49,88 %.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Les circonscriptions « clefs » ou considérées comme telles par les politologues locaux :

 

Bangkok répond massivement « oui » : 69.22 % et 65.57 % - Chiangmaï, fief de la famille Thaksin, est nettement hostile : « non » : 54.08 % et 57.37 % - Udonthani, un fief « rouge » l’est plus encore : « non » : 59.34% et 62.49 % - Nakhonrachasima est pour le double « oui » : 64.39% et 60.78 % - Ubonrachathani, nous venons de le voir, s’est partagée – Suratthani est massivement pour le « oui » : 87.29% et 84.22%.

 

Les provinces

 

Là est la surprise : Globalement, le Nord-ouest a lâché Thaksin : 57.58% et 54.01% de « oui », le « non » ne l’emporte que sur Chiangmaï, Chiangraï, Phayao et Phrae. Les autres provinces ont voté « oui » de façon assez massive. La balance est tout de même de 800.000 électeurs sur un total de plus de 5  millions.

 

La région centrale a voté « oui » dans son ensemble et sans équivoque : 69,11% et 65,75%

Le Nord-est, le « bastion rouge » qui avait voté « non » à 62,80 % lors du référendum de 2007, a voté « non » mais de façon beaucoup moins significative : à la première question : 51.34% et de façon un peu plus massive à la seconde : 55,32%. Il s’est est fallu de peu, 200.000 voix sur 8.800.000 votants. Ce résultat a surpris les commentateurs. Le chef d’un petit village ardemment « chemise rouge » dans la province de Kalasin fait part de sa déception à un journaliste, il s’attendait à un résultat négatif à 90 % dans son village alors qu’il fut de 55 %. Le « oui » l’emporte toutefois à Buriram (60,22 %), à Khorat (64,39 %), à Loei (54,19 %) et à Ubonrachathani pour la seule première question (54,77 %).

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Dans le Sud, c’est un « oui » « franc et massif » : 76,14% et 73,90 %. Par contre, les trois provinces musulmanes du Sud qui battent le record des bulletins nuls, votent massivement « non », 65 % en moyenne. Elles pèsent tout de même 850.000 votants. « L'État doit fréquenter et protéger le bouddhisme et les autres religions » dit le projet mais la raison de ce rejet peut s’expliquer au moins en partie par une rédaction (probablement maladroite ?) de l’article 67 qui privilégie ouvertement le bouddhisme en prévoyant que l’Etat doit établir des mesures pour en empêcher sa profanation sous quelque forme que ce soit. Les mahométans du sud sont oubliés et peut-être aussi les catholiques, minoritaires mais nombreux dans des provinces qui ont privilégié le « non » (Mukdahan et Yasothon, respectivement 62,01 et 63,65 % de « non »). En tout état de cause la présence militaire pesante dans ces provinces sudistes explique probablement pour l’essentiel ce résultat négatif.

 

Les records

 

La petite circonscription de Chumphon dans le sud (moins de 230.000 votants) fait triompher le double « oui » à 90,04 % et 87,51%. Toujours dans le Sud, elle est talonnée par Nakhon Si Thammarat, 88,05 % et  Phuket, 88, 03 %.

 

Celui du « non » appartient à Roi Et (64,07 et 67,88 %).

 

Le record de participation appartient à la province de Lamphun (favorable au « non ») avec 76,47 %.

 

Conclusions ?

 

Comme on pouvait s'y attendre, les résultats ont été immédiatement interprétés sous deux angles différents. Ceux qui avaient fait campagne contre ont souligné le faible taux de participation (7) mais sans remettre en question la légitimité des résultats. Ceux qui étaient pour en sont sortis exaltés.

 

Selon nos journaux, ce scrutin manifeste une profonde méfiance des électeurs à l’égard des partis politiques dont les turpitudes ont fini par les lasser. On peut les comprendre. Mais ils attendent tous beaucoup des élections à venir, annoncées pour l’année prochaine.

 

Tout en protestant avec quelques raisons contre le déroulement du scrutin, Jatuporn Prompan (จตุพร พรหมพันธุ์), leader « chemise rouge » du « Front uni pour la démocratie contre la dictature » (แนวร่วมประชาธิปไตยต่อต้านเผด็จการแห่งชาติ) qui a, lui aussi, une page « facebook » sur laquelle il tenait et tient des propos particulièrement virulents a accepté le résultat du référendum et annoncé que le débat aurait lieu lors des prochains élections annoncées pour 2017 : « Luttons pour la démocratie jusqu’à ce que le peuple ait la victoire » (สู้เพื่อประชาธิปไตย จนกว่าประชาชน ประกาศชัย...).

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Des sondages téléphoniques postérieurs (dixit la presse locale) laissent à penser que les électeurs ont d’ores et déjà mis de grands espoirs dans leurs futurs représentants élus et que beaucoup d’abstentionnistes seraient prêts à voter aux prochaines élections générales ?

 

Que pouvons-nous savoir de la motivation des électeurs ? La publication des sondages a été interdite avant le scrutin. Mais un sondage a été réalisé entre le 2 et la 6 août par un organisme officiel, le « National Institute for Development Administration – NIDA » (สถาบันบัณฑิตพัฒนบริหารศาสตร์ - นิด้า) et concerne 5.849 électeurs qui avaient déjà pris la décision de voter pour ou contre. Nous vous le  livrons tel qu’il est analysé dans le « Bangkok post » du 14. Il faut évidemment se méfier des sondages comme la peste, mais celui-ci n’ayant pas été établi pour les besoins de la cause peut échapper à nos soupçons ? Au demeurant, nous le verrons, les conclusions à en tirer ne sont pas d’une grande limpidité.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

La plupart de ceux qui ont décidé de voter (« oui » ou « non ») l'ont fait parce qu'ils croyaient que cette constitution serait meilleure que les précédentes et souhaitaient des changements politiques.

 

La plupart de ceux qui avaient décidé de voter « oui » à la première question (38.95%) pensaient que cette constitution était meilleure que les précédentes pour avoir été rédigée par des personnes compétentes. 21,12% attendaient des réformes avec des changements politiques et une meilleure gestion de l’économie; 8,51% ont dit qu'ils ont aimé le système de travail de style militaire du Premier ministre Prayut Chan-o-cha et du Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO); 8,02% voulaient y voir un futur gouvernement issu d'une élection démocratique; et 7,83% considéraient que le projet contenait des dispositions aptes à prévenir la corruption et permettant de dépister et de punir les politiciens et les fonctionnaires du gouvernement corrompus.

 

Pour ceux qui avaient décidé de voter « non » à la première question, 50,79% considéraient le texte comme « vague et déraisonnable »; 18,50% lui reprochaient d’avoir été élaboré sans la participation des populations et de façon non démocratique; 10,25% ont déclaré ne pas en comprendre le sens et 8,66% ne pas aimer la façon de travailler du premier ministre et du N.C.P.O.

 

Pour ceux qui avaient décidé de voter « oui » à la seconde question, 27,54% estimaient que c’était une bonne disposition. 26,33% considéraient que les sénateurs autant que les députés représentaient le peuple et connaissaient bien leurs problèmes; 11.01% voulaient voir le pays se développer et aller de l'avant sans être perturbé par des conflits politiques; et 10,88% ajoutaient que cette disposition ouvrirait la voie à un changement du personnel politique en remplacement de la vieille garde des partis.

 

Pour ceux qui ont décidé de voter contre la seconde proposition, 79,24% considéraient que les sénateurs devraient provenir du peuple ou être élu par lui, 7,35% ont dit qu’ils n’avaient pas confiance en des sénateurs militairement nommés, et 4,28% ont déclaré que le Premier ministre devrait être élu par les députés, pas par les sénateurs.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

D’après enfin une tribune libre de « The post » du 16 août, il y aurait eu beaucoup de « oui » de personnes qui détestent le régime mais qui estiment que la meilleure façon de s’en débarrasser sera de mettre les élections en route. Par ailleurs, de nombreux politiciens « chômeurs » (non indemnisés !) depuis plus de deux ans auraient choisi le camp du « oui », impatients de tenter à nouveau leur chance dans une compétition électorale, quelles que soient les règles du jeu, pour retrouver leurs prébendes ? Cet argument ne semble pas totalement dépourvu de fondement.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Tout ce que nous en déduisons, c’est que d’abord le choix des électeurs fut un choix politique et non le résultat d’une studieuse exégèse du texte (8) et ensuite que nous y trouvons, à peine sous-jacente, une méfiance certaine à l’égard des partis politiques en place : « Nous ne faisons plus confiance aux politiciens ! » dit l’éditorialiste de « The Nation » le 11 août faisant référence en particulier à l’attitude singulière d’Abhisit. La position du « Post » est la même

 

Cette constitution est désormais du droit positif, elle est ce qu’elle est. D’une démocratie « semi cuite » du début des années 80, la Thaïlande est passée à une démocratie pas complétement cuite en 1997 et revenue à la semi cuisson en 2016 dans un texte qui reprend au demeurant des pans entiers de celui de 1997.

 

Mais c’est sur pièce qu’il faudra la juger : « Une constitution, c’est un esprit, des institutions, une pratique » (9).

 

Que doit-on penser du passage d’un Sénat élu à un sénat nommé ? Nous connaissons trois « vraies » démocraties » où les sénateurs ne sont pas élus ni directement ni indirectement mais nommés : Canada, Angleterre et pratiquement en Allemagne et deux que nous aurions beaucoup de peine à qualifier de démocraties, le Laos et la Corée-du-nord où ils sont élus au suffrage universel direct (10).

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

En ce qui concerne les « droits et libertés du peuple thaï », le texte les énonce longuement en ses articles 25 à 49 dans pratiquement les mêmes termes qu’en 1997 en y mettant les mêmes limites parfaitement compréhensibles sur le plan du principe « nul ne peut exercer ses droits ou libertés pour renverser le régime démocratique de gouvernement avec le roi comme chef de l'Etat ». Toutes les interprétations deviennent évidement possibles, le meilleur et le pire mais on ne peut engager un procès d’intention en jetant le discrédit sur un texte sans en connaître l’application future ?

 

En matière de droits de l’homme et de libertés publiques, le texte le plus complet et le plus remarquable de l’histoire du droit constitutionnel est et reste toujours la constitution soviétique de 1936, œuvre de Staline.

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Elle institue définitivement le suffrage universel et reconnait des droits collectifs sociaux et économiques, non alors reconnus par les constitutions des pays capitalistes, parmi lesquels le droit au travail, au repos et au loisir, la protection de la santé, le soin aux personnes âgées ou malades, le droit au logement, à l'éducation et aux bénéfices culturels. Naturellement, justice indépendante, liberté de parole, liberté de la presse, liberté des réunions et des meetings, total liberté religieuse, liberté de cortèges et démonstrations de rue, etc…etc… La constitution permit aussi l'élection directe de tous les corps constitués. Les droits – langues et cultures – des minorités ethniques et des républiques indépendantes, autonomes ou fédérées y sont solennellement garantis tout comme leur droit à l’indépendance.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Résultat de ce texte remarquable et toujours inégalé 80 ans plus tard mais sur le papier ? Probablement entre 10 et 20 millions de morts dans les goulags. « La constitution la plus démocratique du monde » ? En réalité un modèle de mystification !

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

NOTES

 

(1) Il est accessible sur le site :

 http://cdc.parliament.go.th/draftconstitution2/main.php?filename=index.

 

(2) Nous n’avons évidemment pas la prétention d’en faire la synthèse : notre lecture a porté sur trois quotidiens : « The Nation », le « Bangkok Post » (alias « The post » pour les « branchés ») et le « Thai rath ». Le premier est un quotidien à capitaux et direction thaïs. Son tirage est d’environ 75.000 à 80.000 exemplaires. Il a l’avantage d’utiliser plus de correspondants que son concurrent principal, le « Bangkok Post ». Il a des liens avec le Parti démocrate et se montre plus royaliste que son concurrent. Il couvre aussi plus volontiers le conflit dans le Sud. Le « Post » dont le tirage est à peu près similaire, emploie plusieurs anciens activistes étudiants et rapporte les événements du point de vue de la classe moyenne urbaine, en se qualifiant de « family newspaper » (journal de la famille). Pendant le mandat de premier ministre de Thaksin entre 2001 et 2006), il suivait la ligne du gouvernement, renvoyant même un journaliste qui avait parlé des fissures des pistes de l'aéroport de Suwanaphum (soutien inconditionnel ou précautions à l’égard des annonceurs ?) alors que « The Nation » faisait férocement campagne pour la démission de Thaksin ce qui lui a valu la perte de nombreux annonceurs. Ils sont tous deux anglophones. Ce sont les deux quotidiens anglophones dont on dit (sans rire) « qu’il faut les avoir lus ». Tout autre est le « Thai Rath » (ไทยรัฐ), quotidien en thaï qui tire à plus d’un million d’exemplaires, il n’est pas celui « qu’il faut avoir lu » mais celui que l’on lit. Très évènementiel (criminalité, accidents mais pas seulement), sa ligne peut se qualifier de « modérément populiste ».

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(3) Nous lui avons consacré trois longs articles. Restée en place près de 10 ans elle a constitué une avance importante (mais non fondamentale) à la marche du pays vers la « démocratie » au sens du moins où nous l’entendons.

 

(4) La question du statut des ministres s’est posée en France (mais pas seulement en France), elle  était de celles auxquelles le général De Gaulle tenait le plus. A ses yeux, membres du gouvernement et parlementaires relevaient de logiques opposées, les premiers étant voués à l’intérêt général, les autres ayant à défendre des intérêts particuliers, ceux de leur parti, de leurs électeurs ou de leur circonscription, les pissotières de Clochemerle ou l’extension du réseau d’eau potable à Kalasin, vaste programme. Il est donc d’une bonne logique de mettre fin à une confusion des genres qui caractérisait les républiques françaises numéro 3 et 4. Le ministre est l’homme de l’Etat et pas celui de « son territoire », le serviteur de l’intérêt général et non le représentant de son parti au sein du gouvernement. Nul n’a jamais songé à contester le caractère « démocratique » de la désignation de Georges Pompidou comme premier ministre, celle de Wilfrid Baumgartner comme ministres des finances, celle de Dominique de Villepin comme ministre des affaires étrangères et moins encore celle de Robert Badinter comme garde des sceaux. S’il avait été élu député de n’importe quelle circonscription française à une époque où l’opinion était très largement favorable à la peine de mort, il eut probablement été lynché par ses électeurs lorsqu’il fit voter son abolition. 

 

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

« Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire.  Tout député qui devient ministre doit démissionner » dit l’article 23 de notre constitution…

 

(5) Référendum du 19 août 2007 : 57,00 % - Elections du 27 juillet 1986 : 61,40 % - Elections du 24 juillet 1988 : 63,60 % - Elections du 22 mars 1992 : 59,20 % - Elections du 13 septembre 1992 : 61,60  % -Elections du 2 juillet 1995 : 62,00 % - Elections du 17 novembre 1996 : 62,40 % - Elections du 6 janvier 2001 : 69,95 % - Elections du 6 février 2005 : 70,00  %. Ces deux dernières élections sont celles de la « vague Thaksin ».

 

(6) Nous les avons relevé sur le site du « Thai Rath » : http://www.thairath.co.th/referendum2016

 

(7) Ce genre de raisonnement est de pure morosité, il est surtout stupide : Pour ce référendum, 61,35% des votes favorables représentent 33,25 % des inscrits… Un tout petit tiers, soit !

 

En 2001, les listes « Thai rak thai » de Thaksin ont été élues triomphalement, pourquoi le taire, avec un score de 40,60 % des votants mais 11.634.495 votants sur 40.928.043 inscrits, cela représente (ne représente que ?) 28,42 % du corps électoral...un très gros quart ! En 2005, nouveau et incontestable triomphe, les mêmes listes obtiennent la majorité absolue des sièges avec 15.744.190 de voix sur 32.525.504 votants soit 48,41 % des votants mais 15.744.190 sur 46.465.005 électeurs, cela représente (ne représente que ?) 33,88 % du corps électoral… un gros tiers ! Ce qui était en 2001 et 2005 considéré comme « un blanc-seing donné à Thaksin », le petit tiers devient en 2016 « … Mais ce n’est pas un blanc-seing donné à la Junte »….

 

Faut-il comparer ce qui est (ou n’est pas) comparable ? Lors des élections présidentielles de 2012 en France le candidat élu au second tour l’a été avec la majorité absolue des votants mais 39 % des inscrits.

 

Le pourcentage d’abstention aux États-Unis est difficile à chiffrer mais en tout état de cause d’au moins 40 %. Le chef d’état le plus puissant du monde est élu avec un peu plus de 50 % des votants, qui ne représentent donc qu’environ 30 % des inscrits. Si l’on sait qu’il y a un nombre considérable mais indéterminé d’Américains qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales par négligence ou par principe, on peut penser que le dit président n’est pas représentatif de plus du quart de la population de son pays.

 

(8) Selon une enquête du « King Prajadhipok's Institute » publiée dans « The post » du 16 août, 57% des électeurs du pays n'ont pas lu le projet de constitution et à Bangkok seulement 0,9% l’avaient lu du début jusqu’à la fin ? Ces chiffres nous laissent toutefois un peu sceptiques ?

 

(9) Discours de Michel Debré devant le Conseil d’état le 27 août 1958.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

(10) L' « indice de démocratie » créé en 2006 par « The Economist Group »  prétend évaluer le niveau de démocratie dans les pays membres de l’ONU. Trois d’entre eux sont considérés comme des « démocraties pleines », le Canada (7ème, note de 9,08/10), l’Allemagne (13ème, 8,34/10) et le Royaume Uni (16ème, 8,31/10). Le Laos (146ème, 2,21/10) et la Corée du Nord (156ème et dernière, 1,08/10) sont considérés comme « régimes autoritaires ». Ce classement effectué sur des critères américains qui ne sont pas les nôtres vaut ce qu’il vaut.

 
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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 18:07
A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

 

Quand nous avons lu * qu’un mandat d’arrêt avait été émis le 18 mai 2016 à l’encontre de Phra Dhammachayo (พระธัมมชโย) abbé du Wat Phra Dhammakaya (วัดพระธรรมกาย) et président de la fondation éminente et célèbre du même nom, après avoir été accusé auparavant d’avoir accepté des fonds détournés pour un montant de 1,2 milliard de bahts par le président de la banque Klongchan Credit Union Cooperative, Supachai Srisupa-askorn, (En fait sous la forme de  878 chèques, dont 674 millions pour le Wat Phra Dhammakaya et le reste à d’autres organisations dépendantes), nous avions le sentiment qu’une « affaire d’Etat » venait de se manifester. Affaire qui s’ajoutait à celle du chef de la junte qui tardait de « transmettre au roi » le choix du Conseil de la sangha qui avait nommé le nouveau chef suprême du bouddhisme en Thaïlande, Somdet Phra Yansangwon (สมเด็จพระญาณสังวร), réputé être proche de Dhammachayo. Assurément une nouvelle crise importante  politico-religieuse venait d’éclater, qu’il nous fallait essayer de comprendre.

 

« Mais il est vrai que cela fait plus de vingt ans que Phrathepyanmahamuni (พระเทพญาณมหามุนี), alias Phra Dhammachayo (son nom d’ordination), est accusé pour les mêmes motifs, et que  le Conseil Suprême de la Sangha (สังฆะ) s’est toujours opposé à son renvoi. » 

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

(Eugénie Mériau. Cf. **). (Dhammachayo, avait été arrêté le 25 août 1999, et formellement inculpé. il avait été remis en liberté sous caution dans la soirée du même jour. Il l’avait été également en 2002. En 2006, l’Office National Thaï du Bouddhisme avait levé Dhammachayo de toutes accusations, après que celui-ci ait accepté de mettre tous les fonds récoltés au nom du temple. Cf. Références dans wikipédia )

 

L’affaire est d’importance, car la fondation Dhammakaya est devenue la plus grande organisation multinationale bouddhiste, avec trois millions d’adeptes,  200 filiales dans près de 60 pays à travers le monde, a sa propre université située en Californie, et est associée à la World Buddhist University (W.B.U). Le  Wat Phra Dhammakaya est comme une ville située dans un parc de 32 hectares avec 150 bâtiments construits, où vivent 3.000 moines, novices, laïcs et laïques. Un temple très populaire voyant  lors des cérémonies plus de 10.000 fidèles chaque week-end, pour atteindre plus de 100.000 lors des fêtes religieuses. Il a également ses attachés de presse, sa propre chaîne de télévision et sa maison d’édition. 

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

On a pu voir le lendemain du mandat d’arrêt plus de 10.000 fidèles  se rendre à Dhammakaya afin de montrer leur soutien à leur chef spirituel. Une fondation qui compte parmi ses membres des hommes politiques et  d’affaires parmi les plus puissants de Thaïlande. Mais une fondation qui n’a pas échappé aux critiques et controverses qui portent sur ses enseignements, ses finances et ses sympathies politiques au fil des années.

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

Nous n’allons pas rentrer dans le débat théologique, sur sa conception du nirvana, ses méthodes de méditation et d’accès au « bien-être », mais rappeler quand même que sa doctrine se fonde, entre autres, sur l’idée que l’individu peut progresser spirituellement et acquérir des mérites en fonction des dons qu’il fait. « Son bonheur et son bien-être sont ainsi proportionnellement liés à sa capacité de donner de l’argent et du temps à la fondation. Donner maintenant et récolter plus tard, dans cette vie ou la prochaine, le fruit de vos bonnes actions.». (Cf.  Manuel Litalien***)  

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.
L’organisation fait un lien entre le bonheur de l’individu et la santé économique du pays,  comme elle fait un lien entre le bien-être spirituel de ses membres et son bien-être financier. De même, le karma de l’organisation sera bon si elle est accumule des richesses à la hauteur de sa valeur spirituelle. On voit le cercle : une bonne économie du pays, une organisation florissante, des membres riches et généreux assurent un bon karma à l’ensemble. On pourrait ne voir là aucune malice  dans un pays où la majorité  croit que la richesse et le statut social servent à mesurer les mérites acquis, même si les méthodes employées par l’organisation sont bien souvent limites. (Cf. Manuel Litalien***)

 

L’organisation est « réaliste » et a un département des affaires internationales et un service de relations publiques chargés de démentir les informations sur les « affaires ». Il est soutenu par  les moines qui commentent l’affaire sur Twitter et par leur chaîne de télévision. Il est évident que pour la fondation, les accusations portées sont “sans fondement et déraisonnables”.  Mais le temple, par la voix de son avocat Samphan Sermcheep, a quand même accepté le lundi 16 mars 2016 de rembourser près de 20 millions d'euros sur les sommes perçues en 6 tranches, de mars à août, à la banque lésée Klongchan devant un tribunal local. Toutefois l’A.M.L.O (Anti-Money Laundering Office - Bureau contre le blanchiment d’argent - สำนักงานป้องกันและปรามการฟอกเงิน) va poursuivre son enquête. (In Clémence Cluzel***).

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

Le succès de Dhammakaya vient entre autres du fait qu’il se positionne dans une vision plus moderne que les temples traditionnels afin de séduire les plus jeunes à coup de marketing et en utilisant les technologies modernes comme les réseaux sociaux, sa chaîne cablée, son site internet (www.dmc.tv) … 

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

et même en « récupérant » les « célébrités » comme par exemple,  le fondateur d’Apple, Steeve Jobs décédé, en le présentant dans une série de sermons, comme une divinité « de rang moyen » (Thepphabhut Phumadeva) qui habite un immeuble de six étages fait d’argent et de cristal. (In Clémence Cluzel***). On n’abandonnera pas pour autant le marché traditionnel des amulettes magiques qui rapportent des sommes énormes au temple, certaines se vendant plus d’un million.

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

Une crise plus politique que religieuse.

 

(Cf. Les articles d’Eugénie Mériau**et d’Arnaud Dubus**** qui développent cette version.)

 

« Néanmoins, si aujourd’hui le temple de Dhammakaya est attaqué par la Commission pour la Réforme nommée par la junte, c’est plus pour ses liens présumés avec l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra que pour sa commercialisation de la loi du karma et des enseignements du Bouddha. C’est aussi essentiellement pour des raisons politiques que le puissant moine Phra Poutha-issara (พุทธะอิสระ), proche du leadership du P.D.R.C (People's Democratic Reform Committee – ou P.C.A.D People's Committee for Absolute Democracy with the King as Head of State – คณะกรรมการประชาชนเพื่อการเปลี่ยนแปลงประเทศไทยให้เป็นประชาธิปไตยที่สมบูรณ์ – อันมีพระมหากษัตริย์ทรงเป็นประมุข), a porté en début d’année, devant les instances gouvernementales, de nouvelles accusations contre la secte Dhammakaya. » (Eugénie Mériau)

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

Pour Arnaud Dubus la crise actuelle est surtout liée aux divisions politiques du royaume, et aux dérives du bouddhisme thaïlandais dans son ensemble. (Cf. Les articles de Gabaude sur les crises du bouddhisme et les relations entre le bouddhisme et la politique en Thaïlande et nos articles s’y rapportant.*****)

 

Ici, le  conflit a son origine dans le fait que le Premier ministre chef de la junte thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา), ne veut pas  entériner la décision prise le 5 janvier dernier, au sein du Conseil Suprême de la sangha, en ne la soumettant pas au roi.

 

Or, précise Dubus, pour la succession après la mort en 2013 du 19ème titulaire du poste, la loi est claire : le Sangha Act de 1962, amendé par une loi de 1992, dit bien que le Conseil suprême du Sangha composé de 20 moines doit choisir le moine ayant depuis le plus longtemps le titre de somdet phra racha khana (สมเดจพระราชคนา) – le plus haut titre qui puisse être accordé par le roi à un bonze -, ce qui est le cas de Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn (สมเด็จพระมหารัชมังคลาจารย์ Alias Somdet Chuangwonpunyo (สมเด็จ ช่วงวรปุญฺโญ), âgé de 90 ans, et qui de plus préside –par intérim –  le Conseil suprême du Sangha depuis le milieu des années 2000, le Patriarche suprême était alors très  malade.

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

Mais pourquoi le premier ministre chef de la junte ne veut pas transmettre cette nomination du nouveau Patriarche au roi ?

 

En fait, Somdet Chuang est critiqué par certaines organisations bouddhiques – comme par exemple le Réseau de protection du bouddhisme – pour sa proximité avec le temple Dhammakaya, et par le bonze-militant Phra Putha Issara, qui a soumis une pétition portant 300.000 signatures au Premier ministre Prayuth, pour s’opposer à la nomination de Somdet Chuang à la tête de l’Eglise bouddhique, l’accusant également de fraude fiscale, et surtout d’insubordination pour n’avoir pas   donné suite en 1999 à une lettre du Patriarche suprême de l’époque qui indiquait qu’il fallait défroquer Phra Dhammachayo, l’abbé du temple Dhammakaya, pour les mêmes accusations (fraude et distorsion des enseignements bouddhiques).

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

Il faut se rappeler que le moine militant Issara a joué un rôle politique majeur dans les manifestations de rues de Bangkok auprès des « chemises jaunes » de 2013-2014 en réclamant la destitution de la 1ère ministre Yingluck  Shinawatra, sœur de Thaksin, avant le coup d’Etat de mai 2014, coup d’Etat qu’il a soutenu.

 

De plus, il est dit que Phra Dhammachayo, est proche de Thaksin Shinawatra, renversé lors du coup d’Etat de septembre 2006, et donc des Chemises rouges, les partisans du clan politique Shinawatra. Eugénie Mériau est plus explicite : « Cette « secte », en pleine expansion, constitue une menace pour les Chemises jaunes qui veulent éviter qu’à l’avenir le clan pro-Shinawatra ne domine la scène religieuse. Les anti-Thaksin se sont toujours prévalus d’une supériorité morale sur les pro-Thaksin. De cette supériorité, mesurée à l’aune de leur pratique des vertus bouddhiques, ils tireraient une légitimité à gouverner, balayant celle issue des urnes. Or, s’ils se voient dépouillés de leur outil de légitimation, que restera-t-il aux conservateurs pour justifier leur contrôle du processus politique, si ce n’est la force des tanks ? » 

 

Il faudrait donc voir derrière les accusations menés contre Phra Dhammachayo, et le refus de nommer officiellement Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn, comme Patriarche Suprême de la Sangha, un combat politique féroce mené contre Thaksin Shinawatra et son clan, et tous ceux qui se reconnaissent encore – et ils sont nombreux - comme les partisans des chemises rouges, même si  précise Dubus, la crainte de voir  le temple Dhammakaya, de par sa puissance financière et l’étendue de son réseau de clientèle, prendre le  contrôle sur la communauté monastique est réelle.  D’autres, dit-il,  comme  l’intellectuel bouddhiste Sulak Sivaraksa (สุลักษณ์ ศิวรักษ์)  sont aussi explicites : « Si Somdet Chuang devient le Patriarche suprême, la distorsion des enseignements bouddhiques va s’étendre. Une ère sombre pour le bouddhisme en Thaïlande va s’ouvrir » (Déclaration au Bangkok Post.)

A 217. LE TEMPLE DE DHAMMAKAYA, POUVOIRS RELIGIEUX, POLITIQUE ET DE L’ARGENT.

Les enjeux sont donc importants et derrière le combat mené contre  Dhammakaya et Somdet Chuang se joue un combat politique et religieux que le chef de la junte tente de gérer en temporisant, sachant peut-être que certaines factions militaires et hommes puissants sont prêts à agir. Nous avons déjà décrit maintes de ces crises qui ont débouché sur un nouveau coup d’Etat.

 

 Certes, à un autre niveau se joue aussi un nouvel avatar de la crise religieuse qui secoue le pays depuis des décennies, à l’issue de laquelle, beaucoup voudraient voir – enfin -  une réforme radicale  de l’organisation administrative de la Sangha, qui lui permettrait de jouer le rôle qui devrait être le sien et de rendre de nouveau les communautés monastiques plus vertueuses et plus exemplaires, évitant ainsi au moins les problèmes de corruption et les scandales de mœurs trop voyants qui font souvent la « Une » des journaux. Mais de cela, nous vous en avons déjà beaucoup parlé avec l’aide de Gabaude. (Cf. Les références en note)

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Sources et références :

 *Cf. Article AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi  21 mai 2016. Cf. Egalement : Clémence Cluzel -Mars 26, 2015, https://www.thailande-fr.com/actu/33770-scandale-et-detournements-dargent-au-temple-dhammakaya

 

**Gavroche avril 2015, repris par  EUGÉNIE MÉRIEAU in

http://www.alterasia.org/201505044141/de-recuperation-politique-bouddhisme/)

 

*** Thèse de Manuel Litalien, chapitre IV « La fondation Dhammakaya (pp. 116-   ), in     « Développement sociale et régime providentiel en Thaïlande : la philanthropie religieuse en tant que nouveau capital démocratique », Université du Québec à Montréal, janvier 2010. 

 

**** Arnaud Dubus, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/thailande/2016-01-18-la-thailande-se-dechire-a-propos-de-la-nomination-du-chef-des-bouddhistes

 

***** Nous avons déjà dans ce blog réfléchi avec l’aide de Gabaude aux relations qui existent entre le bouddhisme en Thaïlande, et les pouvoirs politiques et financiers. Elles  s’étalent même ouvertement, dit-il, dans la presse,  dans les débats publics et diverses commissions ad-hoc.

Gabaude « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173 » http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/receo_0338-0599_2001_num_32_1_3076

Cf. Notre lecture de cet article in A137. « Bouddhisme et politique en Thaïlande. »Notre article  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

Gabaude, « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) », BEFEO, 83, pp. 241-257.

-Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE , 27/06/2011.

 

Notre article A41: « La crise du bouddhisme en Thaïlande. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

 

 

L’organisation fait un lien entre le bonheur de l’individu et la santé économique du pays,  comme elle fait un lien entre le bien-être spirituel de ses membres et son bien-être financier. De même, le karma de l’organisation sera bon si elle est accumule des richesses à la hauteur de sa valeur spirituelle. On voit le cercle : une bonne économie du pays, une organisation florissante, des membres riches et généreux assurent un bon karma à l’ensemble. On pourrait ne voir là aucune malice  dans un pays où la majorité  croit que la richesse et le statut social servent à mesurer les mérites acquis, même si les méthodes employées par l’organisation sont bien souvent limites. (Cf. Manuel Litalien***)

 

L’organisation est « réaliste » et a un département des affaires internationales et un service de relations publiques chargés de démentir les informations sur les « affaires ». Il est soutenu par  les moines qui commentent l’affaire sur Twitter et par leur chaîne de télévision. Il est évident que pour la fondation, les accusations portées sont “sans fondement et déraisonnables”.  Mais le temple, par la voix de son avocat Samphan Sermcheep, a quand même accepté le lundi 16 mars 2016 de rembourser près de 20 millions d'euros sur les sommes perçues en 6 tranches, de mars à août, à la banque lésée Klongchan devant un tribunal local. Toutefois l’A.M.L.O (Anti-Money Laundering Office - Bureau contre le blanchiment d’argent - สำนักงานป้องกันและปรามการฟอกเงิน) va poursuivre son enquête. (In Clémence Cluzel***).

 

Le succès de Dhammakaya vient entre autres du fait qu’il se positionne dans une vision plus moderne que les temples traditionnels afin de séduire les plus jeunes à coup de marketing et en utilisant les technologies modernes comme les réseaux sociaux, sa chaîne cablée, son site internet (www.dmc.tv) … et même en « récupérant » les « célébrités » comme par exemple,  le fondateur d’Apple, Steeve Jobs décédé, en le présentant dans une série de sermons, comme une divinité « de rang moyen » (Thepphabhut Phumadeva) qui habite un immeuble de six étages fait d’argent et de cristal. (In Clémence Cluzel***). On n’abandonnera pas pour autant le marché traditionnel des amulettes magiques qui rapportent des sommes énormes au temple, certaines se vendant plus d’un million.

Une crise plus politique que religieuse.

 

(Cf. Les articles d’Eugénie Mériau**et d’Arnaud Dubus**** qui développent cette version.)

 

« Néanmoins, si aujourd’hui le temple de Dhammakaya est attaqué par la Commission pour la Réforme nommée par la junte, c’est plus pour ses liens présumés avec l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra que pour sa commercialisation de la loi du karma et des enseignements du Bouddha. C’est aussi essentiellement pour des raisons politiques que le puissant moine Phra Poutha-issara (พุทธระอิสระ), proche du leadership du P.D.R.C (People's Democratic Reform Committee – ou P.C.A.D People's Committee for Absolute Democracy with the King as Head of State – คณะกรรมการประชาชนเพื่อการเปลี่ยนแปลงประเทศไทยให้เป็นประชาธิปไตยที่สมบูรณ์ – อันมีพระมหากษัตริย์ทรงเป็นประมุข), a porté en début d’année, devant les instances gouvernementales, de nouvelles accusations contre la secte Dhammakaya. » (Eugénie Mériau)

 

Pour Arnaud Dubus la crise actuelle est surtout liée aux divisions politiques du royaume, et aux dérives du bouddhisme thaïlandais dans son ensemble. (Cf. Les articles de Gabaude sur les crises du bouddhisme et les relations entre le bouddhisme et la politique en Thaïlande et nos articles s’y rapportant.*****)

 

Ici, le  conflit a son origine dans le fait que le Premier ministre chef de la junte thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา), ne veut pas  entériner la décision prise le 5 janvier dernier, au sein du Conseil Suprême de la sangha, en ne la soumettant pas au roi.

 

Or, précise Dubus, pour la succession après la mort en 2013 du 19ème titulaire du poste, la loi est claire : le Sangha Act de 1962, amendé par une loi de 1992, dit bien que le Conseil suprême du Sangha composé de 20 moines doit choisir le moine ayant depuis le plus longtemps le titre de somdet phra racha khana (สมเดจพระราชคนา) – le plus haut titre qui puisse être accordé par le roi à un bonze -, ce qui est le cas de Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn (สมเด็จพระมหารัชมังคลาจารย์ Alias Somdet Chuangwonpunyo (สมเด็จ ช่วงวรปุญฺโญ), âgé de 90 ans, et qui de plus préside –par intérim –  le Conseil suprême du Sangha depuis le milieu des années 2000, le Patriarche suprême était alors très  malade.

 

Mais pourquoi le premier ministre chef de la junte ne veut pas transmettre cette nomination du nouveau Patriarche au roi ?

 

En fait, Somdet Chuang est critiqué par certaines organisations bouddhiques – comme par exemple le Réseau de protection du bouddhisme – pour sa proximité avec le temple Dhammakaya, et par le bonze-militant Phra Putha Issara, qui a soumis une pétition portant 300.000 signatures au Premier ministre Prayuth, pour s’opposer à la nomination de Somdet Chuang à la tête de l’Eglise bouddhique, l’accusant également de fraude fiscale, et surtout d’insubordination pour n’avoir pas   donné suite en 1999 à une lettre du Patriarche suprême de l’époque qui indiquait qu’il fallait défroquer Phra Dhammachayo, l’abbé du temple Dhammakaya, pour les mêmes accusations (fraude et distorsion des enseignements bouddhiques).

 

Il faut se rappeler que le moine militant Issara a joué un rôle politique majeur dans les manifestations de rues de Bangkok auprès des « chemises jaunes » de 2013-2014 en réclamant la destitution de la 1ère ministre Yingluck  Shinawatra, sœur de Thaksin, avant le coup d’Etat de mai 2014, coup d’Etat qu’il a soutenu.

 

De plus, il est dit que Phra Dhammachayo, est proche de Thaksin Shinawatra, renversé lors du coup d’Etat de septembre 2006, et donc des Chemises rouges, les partisans du clan politique Shinawatra. Eugénie Mériau est plus explicite : « Cette « secte », en pleine expansion, constitue une menace pour les Chemises jaunes qui veulent éviter qu’à l’avenir le clan pro-Shinawatra ne domine la scène religieuse. Les anti-Thaksin se sont toujours prévalus d’une supériorité morale sur les pro-Thaksin. De cette supériorité, mesurée à l’aune de leur pratique des vertus bouddhiques, ils tireraient une légitimité à gouverner, balayant celle issue des urnes. Or, s’ils se voient dépouillés de leur outil de légitimation, que restera-t-il aux conservateurs pour justifier leur contrôle du processus politique, si ce n’est la force des tanks ? » 

 

Il faudrait donc voir derrière les accusations menés contre Phra Dhammachayo, et le refus de nommer officiellement Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn, comme Patriarche Suprême de la Sangha, un combat politique féroce mené contre Thaksin Shinawatra et son clan, et tous ceux qui se reconnaissent encore – et ils sont nombreux - comme les partisans des chemises rouges, même si  précise Dubus, la crainte de voir  le temple Dhammakaya, de par sa puissance financière et l’étendue de son réseau de clientèle, prendre le  contrôle sur la communauté monastique est réelle.  D’autres, dit-il,  comme  l’intellectuel bouddhiste Sulak Sivaraksa (สุลักษณ์ ศิวรักษ์)  sont aussi explicites : « Si Somdet Chuang devient le Patriarche suprême, la distorsion des enseignements bouddhiques va s’étendre. Une ère sombre pour le bouddhisme en Thaïlande va s’ouvrir » (Déclaration au Bangkok Post.)

 

Les enjeux sont donc importants et derrière le combat mené contre  Dhammakaya et Somdet Chuang se joue un combat politique et religieux que le chef de la junte tente de gérer en temporisant, sachant peut-être que certaines factions militaires et hommes puissants sont prêts à agir. Nous avons déjà décrit maintes de ces crises qui ont débouché sur un nouveau coup d’Etat.

 

 Certes, à un autre niveau se joue aussi un nouvel avatar de la crise religieuse qui secoue le pays depuis des décennies, à l’issue de laquelle, beaucoup voudraient voir – enfin -  une réforme radicale  de l’organisation administrative de la Sangha, qui lui permettrait de jouer le rôle qui devrait être le sien et de rendre de nouveau les communautés monastiques plus vertueuses et plus exemplaires, évitant ainsi au moins les problèmes de corruption et les scandales de mœurs trop voyants qui font souvent la « Une » des journaux. Mais de cela, nous vous en avons déjà beaucoup parlé avec l’aide de Gabaude. (Cf. Les références en note)

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Sources et références :

 *Cf. Article AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi  21 mai 2016. Cf. Egalement : Clémence Cluzel -Mars 26, 2015, https://www.thailande-fr.com/actu/33770-scandale-et-detournements-dargent-au-temple-dhammakaya

 

**Gavroche avril 2015, repris par  EUGÉNIE MÉRIEAU in

http://www.alterasia.org/201505044141/de-recuperation-politique-bouddhisme/)

 

*** Thèse de Manuel Litalien, chapitre IV « La fondation Dhammakaya (pp. 116-   ), in     « Développement sociale et régime providentiel en Thaïlande : la philanthropie religieuse en tant que nouveau capital démocratique », Université du Québec à Montréal, janvier 2010. 

 

**** Arnaud Dubus, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/thailande/2016-01-18-la-thailande-se-dechire-a-propos-de-la-nomination-du-chef-des-bouddhistes

 

***** Nous avons déjà dans ce blog réfléchi avec l’aide de Gabaude aux relations qui existent entre le bouddhisme en Thaïlande, et les pouvoirs politiques et financiers. Elles  s’étalent même ouvertement, dit-il, dans la presse,  dans les débats publics et diverses commissions ad-hoc.

Gabaude « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173 » http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/receo_0338-0599_2001_num_32_1_3076

Cf. Notre lecture de cet article in A137. « Bouddhisme et politique en Thaïlande. »Notre article  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

Gabaude, « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) », BEFEO, 83, pp. 241-257.

-Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE , 27/06/2011.

 

Notre article A41: « La crise du bouddhisme en Thaïlande. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

 

L’organisation fait un lien entre le bonheur de l’individu et la santé économique du pays,  comme elle fait un lien entre le bien-être spirituel de ses membres et son bien-être financier. De même, le karma de l’organisation sera bon si elle est accumule des richesses à la hauteur de sa valeur spirituelle. On voit le cercle : une bonne économie du pays, une organisation florissante, des membres riches et généreux assurent un bon karma à l’ensemble. On pourrait ne voir là aucune malice  dans un pays où la majorité  croit que la richesse et le statut social servent à mesurer les mérites acquis, même si les méthodes employées par l’organisation sont bien souvent limites. (Cf. Manuel Litalien***)

 

L’organisation est « réaliste » et a un département des affaires internationales et un service de relations publiques chargés de démentir les informations sur les « affaires ». Il est soutenu par  les moines qui commentent l’affaire sur Twitter et par leur chaîne de télévision. Il est évident que pour la fondation, les accusations portées sont “sans fondement et déraisonnables”.  Mais le temple, par la voix de son avocat Samphan Sermcheep, a quand même accepté le lundi 16 mars 2016 de rembourser près de 20 millions d'euros sur les sommes perçues en 6 tranches, de mars à août, à la banque lésée Klongchan devant un tribunal local. Toutefois l’A.M.L.O (Anti-Money Laundering Office - Bureau contre le blanchiment d’argent - สำนักงานป้องกันและปรามการฟอกเงิน) va poursuivre son enquête. (In Clémence Cluzel***).

 

Le succès de Dhammakaya vient entre autres du fait qu’il se positionne dans une vision plus moderne que les temples traditionnels afin de séduire les plus jeunes à coup de marketing et en utilisant les technologies modernes comme les réseaux sociaux, sa chaîne cablée, son site internet (www.dmc.tv) … et même en « récupérant » les « célébrités » comme par exemple,  le fondateur d’Apple, Steeve Jobs décédé, en le présentant dans une série de sermons, comme une divinité « de rang moyen » (Thepphabhut Phumadeva) qui habite un immeuble de six étages fait d’argent et de cristal. (In Clémence Cluzel***). On n’abandonnera pas pour autant le marché traditionnel des amulettes magiques qui rapportent des sommes énormes au temple, certaines se vendant plus d’un million.

Une crise plus politique que religieuse.

 

(Cf. Les articles d’Eugénie Mériau**et d’Arnaud Dubus**** qui développent cette version.)

 

« Néanmoins, si aujourd’hui le temple de Dhammakaya est attaqué par la Commission pour la Réforme nommée par la junte, c’est plus pour ses liens présumés avec l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra que pour sa commercialisation de la loi du karma et des enseignements du Bouddha. C’est aussi essentiellement pour des raisons politiques que le puissant moine Phra Poutha-issara (พุทธระอิสระ), proche du leadership du P.D.R.C (People's Democratic Reform Committee – ou P.C.A.D People's Committee for Absolute Democracy with the King as Head of State – คณะกรรมการประชาชนเพื่อการเปลี่ยนแปลงประเทศไทยให้เป็นประชาธิปไตยที่สมบูรณ์ – อันมีพระมหากษัตริย์ทรงเป็นประมุข), a porté en début d’année, devant les instances gouvernementales, de nouvelles accusations contre la secte Dhammakaya. » (Eugénie Mériau)

 

Pour Arnaud Dubus la crise actuelle est surtout liée aux divisions politiques du royaume, et aux dérives du bouddhisme thaïlandais dans son ensemble. (Cf. Les articles de Gabaude sur les crises du bouddhisme et les relations entre le bouddhisme et la politique en Thaïlande et nos articles s’y rapportant.*****)

 

Ici, le  conflit a son origine dans le fait que le Premier ministre chef de la junte thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา), ne veut pas  entériner la décision prise le 5 janvier dernier, au sein du Conseil Suprême de la sangha, en ne la soumettant pas au roi.

 

Or, précise Dubus, pour la succession après la mort en 2013 du 19ème titulaire du poste, la loi est claire : le Sangha Act de 1962, amendé par une loi de 1992, dit bien que le Conseil suprême du Sangha composé de 20 moines doit choisir le moine ayant depuis le plus longtemps le titre de somdet phra racha khana (สมเดจพระราชคนา) – le plus haut titre qui puisse être accordé par le roi à un bonze -, ce qui est le cas de Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn (สมเด็จพระมหารัชมังคลาจารย์ Alias Somdet Chuangwonpunyo (สมเด็จ ช่วงวรปุญฺโญ), âgé de 90 ans, et qui de plus préside –par intérim –  le Conseil suprême du Sangha depuis le milieu des années 2000, le Patriarche suprême était alors très  malade.

 

Mais pourquoi le premier ministre chef de la junte ne veut pas transmettre cette nomination du nouveau Patriarche au roi ?

 

En fait, Somdet Chuang est critiqué par certaines organisations bouddhiques – comme par exemple le Réseau de protection du bouddhisme – pour sa proximité avec le temple Dhammakaya, et par le bonze-militant Phra Putha Issara, qui a soumis une pétition portant 300.000 signatures au Premier ministre Prayuth, pour s’opposer à la nomination de Somdet Chuang à la tête de l’Eglise bouddhique, l’accusant également de fraude fiscale, et surtout d’insubordination pour n’avoir pas   donné suite en 1999 à une lettre du Patriarche suprême de l’époque qui indiquait qu’il fallait défroquer Phra Dhammachayo, l’abbé du temple Dhammakaya, pour les mêmes accusations (fraude et distorsion des enseignements bouddhiques).

 

Il faut se rappeler que le moine militant Issara a joué un rôle politique majeur dans les manifestations de rues de Bangkok auprès des « chemises jaunes » de 2013-2014 en réclamant la destitution de la 1ère ministre Yingluck  Shinawatra, sœur de Thaksin, avant le coup d’Etat de mai 2014, coup d’Etat qu’il a soutenu.

 

De plus, il est dit que Phra Dhammachayo, est proche de Thaksin Shinawatra, renversé lors du coup d’Etat de septembre 2006, et donc des Chemises rouges, les partisans du clan politique Shinawatra. Eugénie Mériau est plus explicite : « Cette « secte », en pleine expansion, constitue une menace pour les Chemises jaunes qui veulent éviter qu’à l’avenir le clan pro-Shinawatra ne domine la scène religieuse. Les anti-Thaksin se sont toujours prévalus d’une supériorité morale sur les pro-Thaksin. De cette supériorité, mesurée à l’aune de leur pratique des vertus bouddhiques, ils tireraient une légitimité à gouverner, balayant celle issue des urnes. Or, s’ils se voient dépouillés de leur outil de légitimation, que restera-t-il aux conservateurs pour justifier leur contrôle du processus politique, si ce n’est la force des tanks ? » 

 

Il faudrait donc voir derrière les accusations menés contre Phra Dhammachayo, et le refus de nommer officiellement Somdet Phra Maha Ratchamangalacharn, comme Patriarche Suprême de la Sangha, un combat politique féroce mené contre Thaksin Shinawatra et son clan, et tous ceux qui se reconnaissent encore – et ils sont nombreux - comme les partisans des chemises rouges, même si  précise Dubus, la crainte de voir  le temple Dhammakaya, de par sa puissance financière et l’étendue de son réseau de clientèle, prendre le  contrôle sur la communauté monastique est réelle.  D’autres, dit-il,  comme  l’intellectuel bouddhiste Sulak Sivaraksa (สุลักษณ์ ศิวรักษ์)  sont aussi explicites : « Si Somdet Chuang devient le Patriarche suprême, la distorsion des enseignements bouddhiques va s’étendre. Une ère sombre pour le bouddhisme en Thaïlande va s’ouvrir » (Déclaration au Bangkok Post.)

 

Les enjeux sont donc importants et derrière le combat mené contre  Dhammakaya et Somdet Chuang se joue un combat politique et religieux que le chef de la junte tente de gérer en temporisant, sachant peut-être que certaines factions militaires et hommes puissants sont prêts à agir. Nous avons déjà décrit maintes de ces crises qui ont débouché sur un nouveau coup d’Etat.

 

 Certes, à un autre niveau se joue aussi un nouvel avatar de la crise religieuse qui secoue le pays depuis des décennies, à l’issue de laquelle, beaucoup voudraient voir – enfin -  une réforme radicale  de l’organisation administrative de la Sangha, qui lui permettrait de jouer le rôle qui devrait être le sien et de rendre de nouveau les communautés monastiques plus vertueuses et plus exemplaires, évitant ainsi au moins les problèmes de corruption et les scandales de mœurs trop voyants qui font souvent la « Une » des journaux. Mais de cela, nous vous en avons déjà beaucoup parlé avec l’aide de Gabaude. (Cf. Les références en note)

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Sources et références :

 *Cf. Article AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi  21 mai 2016. Cf. Egalement : Clémence Cluzel -Mars 26, 2015, https://www.thailande-fr.com/actu/33770-scandale-et-detournements-dargent-au-temple-dhammakaya

 

**Gavroche avril 2015, repris par  EUGÉNIE MÉRIEAU in

http://www.alterasia.org/201505044141/de-recuperation-politique-bouddhisme/)

 

*** Thèse de Manuel Litalien, chapitre IV « La fondation Dhammakaya (pp. 116-   ), in     « Développement sociale et régime providentiel en Thaïlande : la philanthropie religieuse en tant que nouveau capital démocratique », Université du Québec à Montréal, janvier 2010. 

 

**** Arnaud Dubus, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/thailande/2016-01-18-la-thailande-se-dechire-a-propos-de-la-nomination-du-chef-des-bouddhistes

 

***** Nous avons déjà dans ce blog réfléchi avec l’aide de Gabaude aux relations qui existent entre le bouddhisme en Thaïlande, et les pouvoirs politiques et financiers. Elles  s’étalent même ouvertement, dit-il, dans la presse,  dans les débats publics et diverses commissions ad-hoc.

Gabaude « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173 » http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/receo_0338-0599_2001_num_32_1_3076

Cf. Notre lecture de cet article in A137. « Bouddhisme et politique en Thaïlande. »Notre article  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

Gabaude, « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) », BEFEO, 83, pp. 241-257.

-Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE , 27/06/2011.

 

Notre article A41: « La crise du bouddhisme en Thaïlande. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html

 
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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 18:02
A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

En ce début de mai 2015, la junte a lancé une vaste opération de police  contre les trafiquants d’êtres humains dans la province de Songkhla, près de la frontière avec la Malaisie. Le 1er ministre a fait de multiples déclarations montrant la volonté du gouvernement de faire face à cette vague d’immigration clandestine qui a doublé depuis l’année dernière, comme le confirme un rapport du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) à Bangkok qui indique que, « quelque 25.000 Rohingyas et Bangladais ont pris la mer pour émigrer grâce à des passeurs entre janvier et mars de cette année - presque le double par rapport à l'an dernier. » 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Le chef de la junte a même pris l’initiative d’organiser un sommet le 29 mai consacré à l'immigration clandestine dans la région. 

 

Au niveau international, la presse relate chaque jour des drames, et  s’alarme des milliers de migrants clandestins bangladais et rohingyas, abandonnés par leurs passeurs en pleine mer près des côtes indonésiennes et malaises, et dont beaucoup périssent avant d’être secourus. On attribue ce nouvel afflux au « durcissement de la lutte contre l’immigration illégale en Thaïlande. » 

 

(Cf. par exemple l’ONG Arakan Project, « ces raids ont conduit les trafiquants à remplacer désormais leurs camps dans la jungle par des bateaux-prisons, dans les eaux internationales au large de la Thaïlande » et « Qui sont les Rohingyas, peuple le plus persécuté au monde selon l'ONU », in  Le Figaro.fr du 12/5/2015*)

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

En Thaïlande, de nombreux journaux, magazines, reportages de télévision, reprennent les déclarations des autorités thaïlandaises qui sont censées montrer l’efficacité  de la répression des trafiquants de chair humaine, avec la découverte des camps-prisons, l’arrestation de trafiquants, de fonctionnaires corrompus, des poursuites contre des policiers, et le transfert d’autres policiers « suspects ». (Cf. « Le Petit Journal »* )

 

Pour le chef de la junte, il  s’agit  bien de lutter contre  « (les migrants qui) doivent passer par la Thaïlande lors de leur voyage. (…) Nous sommes le pays du milieu, que devons-nous faire? ». *

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

La Thaïlande ne serait donc qu’un pays par où « Chaque année, des dizaines de milliers de candidats à l'exil transitent par le sud de la Thaïlande, vers la Malaisie et au-delà, pour fuir la pauvreté au Bangladesh ou les persécutions dans le cas des Rohingyas de Birmanie, minorité musulmane considéré par l'ONU comme l'une des plus persécutées au monde. » (*PJ du 8 mai 2015)

 

Un pays de transit des migrants bangladais et rohingyas !

 

 

 

 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Certes, de nombreux Bangladais et Rohingyas musulmans espèrent une vie meilleure en Indonésie et en Malaisie et tentent  « l’aventure » via des réseaux mafieux, qui sera fatale pour nombre d’entre eux,  mais il est d’autres migrants comme les Birmans, les Cambodgiens, les Laotiens, et les réfugiés « montagnards » au Nord, qui eux, sont bien concernés par les différents trafics d’êtres humains qui sévissent en Thaïlande.

                                                          

 

 

 

 

 

 

 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Nous leur avions  consacrés trois articles à la fin de 2013. (Cf. les liens **)

 

  • Le premier, intitulé  Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais

évoquait un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui dénonçait une fois de plus les "graves abus" exercés sur les immigrés illégaux cambodgiens et birmans, travaillant sur les bateaux de pêche thaïlandais. ( « Graves abus » ? Un euphémisme pour désigner travail forcé, violences et meurtres)

 

Un rapport qui venait après bien d’autres qui constataient, année après année, le trafic d’êtres humains, et le peu d’entrain du gouvernement, pour mettre fin à cette nouvelle forme d’esclavage qui s’exerçait sur les chalutiers thaïlandais, où les pires exactions étaient commises (marins achetés, violences courantes, meurtres), et où on pouvait voir des hommes travailler 20 heures par jour, sept jours sur sept, avec certains bateaux-mères qui se déplaçaient pour faire le plein des navires, en fuel et en personnel, et  pouvaient être ainsi piégés des mois, jusqu'au large de la Somalie, (Selon l'Office international des migrations (OIM).)

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Nous avions cité de nombreuses sources dénonçant  ce  système, fondé sur le travail forcé dans une industrie qui génère plusieurs milliards de dollars, pour un marché axé sur l’exportation. (Les exportations de poissons, crustacés et mollusques représentaient 2,2 milliards d’€ en 2012 et étaient le deuxième fournisseur de produits de la mer des Etats-Unis)

 

Un crime qui avait amené les USA à classer la Thaïlande  en 2012 au niveau 2 de la liste du Département américain des pays à surveiller en matière de lutte contre le trafic humain, avec le risque de se voir interdire l’accès de  certains produits au territoire américain, et la Communauté Européenne à envisager le boycott de ces produits de la mer.

 

(Depuis, il ne semble pas que les efforts fournis par les différents gouvernements aient été efficaces, car en  2014 la Thaïlande a régressé dans la catégorie Tier 3, la catégorie la plus basse.)

 

De fait, pour revenir en 2012, le gouvernement était impuissant face à la complexité du système et la corruption. On vit peu d’arrestations, peu de personnes jugées ; On vit même la première ministre Yingluck Shinawat, dans le cadre d’un reportage télévision de Cyril Payen pour France24, nier même l’existence de cette dramatique exploitation. (Pour voir le reportage***).

 

Pire encore, nous avions alors appris que le travail forcé ne touchait pas que la pêche hauturière thaïlandaise, mais s’exerçait au sein d’un système de trafics d’êtres humains généralisé qui touchait près de cinq millions de travailleurs étrangers légaux et illégaux, employés dans de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise, comme l’aquaculture de la crevette,  les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas, le bâtiment, la prostitution, etc. 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE
  • Le deuxième article intitulé  « Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?», se servait de l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?****, pour nous aider à mieux comprendre la situation globale, en replaçant cette dramatique réalité  dans le contexte (historique, économique et politique) plus large des migrations transfrontalières, voire dans une ethno-histoire.

 

Ivanoff nous rappelait la nécessité de comprendre le passé pour comprendre le présent, et de repenser la notion de frontière, avec l’ancrage historique des réseaux et de leurs structures, fondées sur les relations transfrontalières ; de prendre conscience des difficultés des gouvernements de contrôler ces frontières, voire même de leur impuissance face aux réseaux anciens qui se « reconstruisaient », se « modernisaient » en intégrant les nouvelles réalités politiques et économiques.

 

 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

« Ce passé –disait Ivanoff- explique aisément les populations transfrontalières et les « fluidités ethniques » ; la facilité pour les Khmers du Cambodge à se déplacer vers des régions khmérisées du Nord-Est, et les Malais de Patani à retrouver leurs familles dans le Kelantan, par exemple. » et « comment les nouveaux réseaux ont pu s’établir,  dirigés par les forces locales des « puissances sombres » (itthipan muet) comme les appellent les Thaïs », et par certains militaires et « officiels » corrompus, et les réseaux mafieux.

 

Ensuite, le développement de ces régions a favorisé, si on peut dire, l’immigration des Birmans et des Cambodgiens, moins chers que les paysans du Nord-Est,  pour arriver à un phénomène d’une importance majeur :

 

En trente ans, le nombre de réfugiés, et de travailleurs immigrés (légaux et surtout illégaux) est passé de quelques centaines de milliers à environ 5 millions dans le sud de la Thaïlande.

 

Une situation telle, qu’il y voit même la « birmanisation » du Sud de la Thaïlande, avec l’extension des réseaux de trafic humain. 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Et une question :

 

Le gouvernement peut-il  contrôler ces millions de migrants, mettre à terme à ces réseaux de maffieux, dont bénéficient l’économie thaïlandaise et les potentats locaux.

 

Pour Ivanoff, la réponse est  non.

 

« Certes, il existe des travailleurs réguliers, des tentatives de régularisation des travailleurs (qui à chaque fois pousse davantage de travailleurs dans l’illégalité), des descentes de police, -il faut bien répondre aux attaques internationales (USA, rapports des agences des Nations-Unies, les campagnes des ONG), défendre l’image de la Thaïlande pour ses exportations-, mais les différents gouvernements thaïlandais sont impuissants face au nombre (comment gérer les déplacements de 4 millions de Birmans ?**), et à la corruption généralisée de ses propres agents » (in notre article 129)

 

Et ceci d’autant plus, qu’au-delà du problème des réfugiés, des travailleurs « illégaux », des réseaux maffieux, du système corrompu, nous dit Ivanoff, les gouvernements ne semblent pas avoir vu que :

 

« Nous assistons (alors) à la première colonisation adaptative, celle qui assimile les premiers habitants des zones de passage et jette une passerelle entre deux pays.

 

Entre le laxisme ou l’autoritarisme des gouvernants des pays dont elles relèvent, les populations des frontières construisent leurs nouveaux territoires d’expansion spatiale et d’expression sociale. » En effet, « Ils vivent aux frontières, ont leur langue et leurs traditions, sont rattachés à des groupes « frères » de l’autre côté de la frontière ce qui permet des échanges, ils s’adaptent et construisent des objectifs de solidarité locale pour survivre en tant que groupe. »

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE
  • Ce qu’il a appelé la « birmanisation du sud de la Thaïlande », dont nous avons rendu compte dans notre article A130.Nous avons alors beaucoup appris en lisant l’étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry,  intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières »*****

Ils nous ont aidés à comprendre ce qui se joue au sud de la Thaïlande, dans cet espace particulier des frontières, et à identifier les différents éléments des filières clandestines, les différents acteurs de cet espace régional, légaux et illégaux qui profitent du système, et qui assurent le développement du sud de la Thaïlande.  

 

Cette étude, disent-ils, « s’intéresse à la vision de la frontière et à la structure des récits des gens trafiqués. Elle interroge les personnes impliquées, passeurs et passées, elle ne juge pas, mais essaie de définir la structure de la filière et des réseaux. Elle essaie donc de donner une idée concrète de la « marche » birmane vers le sud et de sa dynamique ; elle est en cela aussi historique. »

 

On est loin de la Thaïlande comme pays de transit pour les migrants clandestins, comme le dit Prayut, surtout que depuis les années 80  la Thaïlande est devenue une destination d’immigration, surtout dans le Sud. Après les Chinois, les Malais,  le pouvoir central envoya la main d’œuvre isan, et les Birmans vinrent répondre à la demande de main d’œuvre nécessaire au développement, avec ses différentes vagues de migration et ses différentes ethnies (Môns, Birmans, Arakanais).

 

Ils ont su en 20 ans s’organiser, se structurer, mettre en place, par ethnie, des réseaux villageois, familiaux et régionaux, dans un système, où les migrants construisent des nouveaux territoires, des villages, des  quartiers, comme à Ranong par exemple, que les auteurs ont surtout analysé; et ensuite, à Samut Prakan, Chon Buri, Phèpha à côté de Kura Buri, ou certains quartiers de Phuket, etc, en fonction des besoins du marché.

Une main d’œuvre (légale et illégale) introduite en Thaïlande par des filières et des réseaux le plus souvent mafieux, venant répondre aux besoins exprimés  par les grandes familles chinoises (les Chinois/Thaïs, les Chinois/Birmans), qui ont le pouvoir politique, administratif et économique, et qui savent via les multiples intermédiaires (courtiers, recruteurs, trafiquants), gérer l’illégalité au quotidien avec la complicité des « officiels » et des policiers et militaires corrompus, la légalité n’étant pas rentable.

 

En effet, nous disent Ivanoff et Maxime Boutry,  le gouvernement ne peut pas légaliser 4 millions  de Birmans vivant en Thaïlande et reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique dans une région déjà menacée par des velléités séparatistes. Les tentatives de légalisation dans les années 2000-2009 ont échoué et n’ont fait que renforcer l’illégalité et la rentabilité des filières. Le contrôle plus strict des frontières produit des effets pervers, développent des contraintes qui institutionnalisent l’illégalité. (Voire les cargos-prisons)

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

(Concernant la légalisation (connue sous le nom de processus de Vérification Nationale), un progrès évident a cependant été accompli puisqu’on passe de moins de 100,000 travailleurs légaux en 2007 à près de 900,000 en janvier 2013 (Statistiques du Ministère de l’emploi, cité par Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff ******)

 

Et il est difficile, pour les différents gouvernements, dans une période d’instabilité politique, d’affronter la puissance des grandes familles « chinoises ».

 

(Cf. par exemple Jean Baffie in, « Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande », qui montrait que quatre grandes familles chinoises, en les nommant,  étaient à l’origine du développement de Hat Yai, avec les  liens qui existaient entre le pouvoir politique, le développement économique et la prostitution.)

 

                                                -----------------------------------

Après ce bref rappel, il n’est pas sûr qu’une seule opération de police engagée en ce mois de mai, avec la découverte de quatre camps-prisons désertés, l’arrestation de quelques trafiquants, de quelques fonctionnaires corrompus, et des poursuites contre quelques dizaines de policiers, soit à la hauteur du trafic d’êtres humains dans le royaume. Les opérations de police ont d’ailleurs montré dans le passé leur inefficacité.

 

Et encore, nous n’avons pas évoqué les trafics humains qui fournissent les bordels, massages, karaoké et autres bars à bière du royaume.

 

Le chef de la junte arrivera-t-il à convaincre les USA, l’Union Européenne, les Natons-Unies, les multiples ONG entre autres, que les actions engagées en ce mois de mai 2015, sont un début de réponse efficace pour lutter contre tous les trafics humains qui minent le royaume ? (Cf. ******)

 

Nous pouvons en douter.  Mais ce n’est pas en ignorant le problème comme le fit Madame Yinluk Shinawat et d’ailleurs aussi ses prédécesseurs, que l’on peut le résoudre. Que valent les solutions de la junte ? L’enfer est pavé de bonnes intentions.

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

La Thaïlande a déjà eu à faire face au douloureux problème des réfugiés « clandestins »  Vietnamiens en 1975 après la chute de Saigon, qu’elle fut partiellement incapable de résoudre autrement qu’en refoulant des milliers de « boat people », envoyant ainsi ses malheureux passagers à une mort certaine. (Cf. *******).

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

L’Europe, éternelle donneuse de leçon, est elle-même actuellement dans l’incapacité manifeste de faire face au triste et poignant problème de l’afflux des réfugiés venus des pays du sud autrement qu’en citant à suffisance (en la travestissant  - ignorance ou malhonnêteté intellectuelle ou les deux cumulées ?) la phrase de Michel Rocard : « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde  ».    (Cf. ******** )

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

Notes

 

*Cf. Le « Petit Journal »

Ainsi par exemple, les autorités ont découvert « quatre camps secrets (des camps –prisons) dans la jungle depuis le 1er mai, ainsi que 33 corps » ; «  199 victimes ont été retrouvées dans la seule province de Songkhla", qu’il a été procédé à 11 arrestations. 

A185. LA JUNTE MILITAIRE FACE AUX TRAFICS D'ÊTRES HUMAINS EN THAÏLANDE

On a appris également que des poursuites ont été engagées « contre plus d’une douzaine de responsables de l’Etat, parmi lesquels des policiers et un haut gradé de la Marine », « que plus de  50 policiers, parmi lesquels des officiers supérieurs, ont été transférés pour complicité ou pour n’avoir pas agi contre ce sinistre commerce. »

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/societe/actualite/214923-trafic-humain-la-chasse-aux-camps-prison-s-accelere-mais-de-nouveaux-dangers-emergent

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/societe/en-bref/215178-trafic-humain-quatre-camps-prison-decouverts-200-migrants-retrouves-a-songkhla

Et le :

http://www.lefigaro.fr/international/2015/05/11/01003-20150511ARTFIG00259-qui-sont-les-rohingyas-peuple-le-plus-persecute-au-monde-selon-l-onu.php

**Les trois articles déjà publiés :

·   A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html

 

  • A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

Et une question :

 

  • A130. La « birmanisation » du sud de la Thaïlande est-elle inéluctable ?

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a130-la-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-est-elle-ineluctable-120323933.html

 

***  http://www.france24.com/fr/20120719-profession-pecheur-esclave-thailande-cambodge-laos

****8/9 | 2010 : Des migrations aux circulations transnationales Dossier : Des migrations aux circulations transnationales. http://transcontinentales.revues.org/791

Transcontinentales [En ligne], 8/9 | 2010, document 6, mis en ligne le 31 décembre 2010

 

*****Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009.

 

******Pour une mise au point récente, voir : Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff, « Le trafic humain en Thaïlande : situation actuelle et défis », L'Espace Politique [En ligne], 24 | 2014-3, mis en ligne le 12 janvier 2015, consulté le 07 mai 2015. URL : http://espacepolitique.revues.org/3205 ; DOI : 10.4000/espacepolitique.3205

 

« Et lorsque pour éviter d’être encore classée dans la catégorie infamante Tier 3 la Thaïlande fait des efforts pour appliquer la loi, on découvre que sur 1000  inspections à bord de bateaux de pêche, la marine royale n’a pas identifiée un seul cas de trafic, on s’aperçoit qu’on est encore loin d’une réelle application des nouvelles règles et que la volonté politique n’est pas là. »

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*******  Au début de l’exode indochinois en 1975, aucun pays de la région n’était partie à la Convention de 1951 sur les réfugiés ni au Protocole de 1967.  Beau prétexte : aucun des pays recevant des « boat people » vietnamiens ne les autorisa à s’installer de manière permanente et certains ne leur accordèrent même pas le refuge temporaire. Singapour refusa de débarquer tout réfugié qui n’avait pas de garantie de réinstallation dans les quatre-vingt-dix jours. La Malaisie et la Thaïlande procédèrent systématiquement au renvoi des bateaux hors de leurs zones côtières. Lorsque les bateaux de Vietnamiens se multiplièrent en 1979 (plus de 54.000 nouveaux départs pour le seul mois de juin), les renvois furent courants, précipitant des milliers de Vietnamiens vers une mort certaine. Fin juin 1979, cinq membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, firent savoir qu’ils avaient « atteint la limite de leurs capacités et décidèrent de ne plus accepter de nouveaux arrivants ». Le principe de l’asile étant menacé, le Secrétaire général des Nations Unies réunit une conférence internationale sur « les réfugiés et les personnes déplacées en Asie du Sud-Est », à Genève, en juillet ». L’Asie du Sud-Est connaît une grave crise », rapporta le Haut-Commissaire Poul Hartling dans une note de référence préparée pour la conférence, ajoutant que pour « des centaines de milliers de réfugiés et personnes déplacées les droits fondamentaux à l’existence et à la sécurité étaient menacés ».  

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********  Citons les propos exacts que le premier ministre Rocard a eu le courage de tenir à l’Assemblée nationale : «  Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l'Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles. Aussi bien, et si pénible que cela soit pour les fonctionnaires quotidiennement confrontés à des situations humaines déchirantes, nous faut-il résister à cette poussée constante. Pour autant, nous savons tous que nul gouvernement n'a le pouvoir, quand bien même il en  aurait l'intention, de faire de notre pays une sorte de bunker parfaitement étanche ». (Séance du 8 juin 1989 in J.O « débats de l’Assemblée nationale », page 1797).

 

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 00:00
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
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A180. La Thaïlande est le paradis des jeunes des cités françaises.
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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 18:00
A179. Vol de la couronne du roi du Siam au château de Fontainebleau, en ce dimanche 1er mars 2015.
A179. Vol de la couronne du roi du Siam au château de Fontainebleau, en ce dimanche 1er mars 2015.
A179. Vol de la couronne du roi du Siam au château de Fontainebleau, en ce dimanche 1er mars 2015.
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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 00:05

laissonsUn  coup d’Etat, une junte militaire, une loi martiale, une répression sévère de toute opposition, un contrôle drastique de tous les médias, des réseaux sociaux, des universités … bref de toute opinion qui voudrait s’exprimer.

La junte a été claire : toute réunion publique est interdite, tout débat politique est interdit, la liberté d’expression est interdite, la … interdit ; la …interdit.

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« Les centaines d’arrestations arbitraires, les récits de torture et d’autres mauvais traitements, les restrictions drastiques des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, et les procès iniques devant des tribunaux militaires contribuent à créer un climat de peur en Thaïlande, sans qu’aucun signe de répit ne soit perceptible, écrit Amnesty International

 

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dans un nouveau rapport rendu public le jeudi 11 septembre, intitulé Attitude adjustment –100 days under Martial Law»*

La télévision, la presse, les réseaux sociaux, Facebook, sont sous surveillance et s’autocensurent, et maintenant  « les universitaires sont dans le collimateur des autorités militaires et, selon le Bangkok Post, le vice Premier ministre, Prawit Wongsuwon, les a prévenus : « Ne franchissez pas la ligne rouge ! »

(Cf. ** Le Courrier international du 22 septembre 2014 )

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« Un avertissement qui fait suite à la pétition publiée le 21 septembre et signé par 60 universitaires de 16 universités qui s'élèvent contre le contrôle de plus en plus strict exercé par la junte sur les activités académiques. Car, désormais, les campus sont sous haute surveillance. 

Le général leur avait pourtant transmis les tables de la Loi, leur avait dit ce qu’il fallait enseigner ;

 

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proposer une nouvelle réforme du système éducatif.*** Certains avaient compris et avaient commencé la révision des manuels scolaires, en ayant soin d’expurger le nom de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra.

 

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Pendant que d’autres surveillaient et dénonçaient à la police ou à l’armée, ce qui leur paraissaient des crimes de lèse-majesté.

Ainsi en ce mois d’octobre 2014, un groupe de bons royalistes animé par le lieutenant-général Padung Niwetsuwan,  a-t-il cru bon de déposer une plainte de lèse-majesté au poste de police Chanasongkram de Bangkok, contre le vieil historien Sulak Sivaraksa,

 

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qui, il est vrai, avait osé émettre des  doutes sur les réalisations du roi Naresuan et sur le  déroulement  de sa bataille d’éléphants qui avait eu lieu en 1593 (1592 ?)  contre le frère du roi birman, l’Uparat d’Hongsawadi. (Cf. in site Khaosod du 17 octobre 2014, “Lese Majeste Filed Against Historian For Questioning Ancient 'Elephant Battle' ” ****)

 

 

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Le climat en Thaïlande est tel, qu’un  groupe de  « citoyens » se croit autorisé de déposer plainte pour lèse-majesté dans un commissariat, contre un vieil historien de 82 ans pour des propos tenus à propos d’un roi qui a régné de 1590 à 1605 sur le royaume d’Ayutthaya !


Cette démarche est assez symptomatique du climat délétère qui sévit en Thaïlande et de l’usage abusif du crime de lèse-majesté que certains voudraient bien voir appliquer contre les historiens qui oseraient apporter un autre point de vue à  ce que certains considèrent comme l’Histoire officielle de la Thaïlande.


Mais connaissent-ils l’histoire thaïe et le roi Naresuan ? Connaissent-ils Sulak Sivaraksa ?


Sulak Sivaraksa ? *****


Nous avions déjà rencontré Sulak Sivaraksa dans notre article sur la crise du bouddhisme en Thaïlande, qui s’appuyait sur l’autorité de l’article de Gabaude intitulé « la triple crise du bouddhisme en Thaïlande  (1990-1996)» (BEFEO 83, p. 241-257). On y signalait que Sulak Sivaraksa était la voix la plus connue en Thaïlande de ce qui s’est appelé « Le bouddhisme engagé ».******

De fait, Sulak Sivaraksa depuis presque un demi-siècle, a souvent critiqué la société thaïe au nom des principes bouddhistes ; ce qui lui a valu d’être souvent en conflit avec les autorités. Déjà après « les événements » de 1976, il est contraint à l’exil pendant deux ans. En 1984, son livre Unmasking Thai Society le conduit devant un tribunal où il est accusé de crime de lèse-majesté ; le procès dure 4 mois. L’accusation sera levée, après des protestations internationales et surtout l’intervention du roi. Il sera encore accusé de lèse-majesté par la junte du moment en 1991, après un discours à l'université de Sivaraksa et devra fuir le pays, pour être de nouveau acquitté en 1995 …


Et pourtant il sera proposé deux fois pour le prix Nobel de la paix, et la prix Nobel de la paix  Aung San Suu Kyi,

 

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le considère comme “l’un des plus grands penseurs sociaux d’Asie”. (Cf. en note *****)


Alors quand on connait le combat pour une vie plus bouddhiste, plus spirituelle, plus harmonieuse, plus empathique, moins matérialiste, mené par Sulak Sivaraksa depuis si longtemps, quand on connait le nombre d’interventions critiques sur la société thaïe qu’il a pu publiées, il faut vraiment manquer d’imagination pour déposer une plainte pour lèse-majesté, pour des propos tenus sur le roi Naresuan et sur un  combat d’éléphants, lors d’un séminaire à l'Université Thammasat le 9 octobre,


A moins, qu’il y  ait ici, pour ce groupe d’ultras royalistes animé par le lieutenant-général Padung Niwetsuwan, la recherche d’une publicité auprès des maîtres du moment.


Mais disions-nous, connaissent-ils le roi Naresuan ? Connaissent-ils l’Histoire thaïe ?


Nous avons consacré 10 articles au roi Naresuan qui a régné de 1590 à 1610, et même proposé une analyse du film célèbre La Légende du Roi Naresuan  réalisé par SAS le Prince Chatrichalerm Yukol (A55.),


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qui avait surtout pour but de montrer aux Thaïs qu’ils pouvaient être fier de leur héros, qui avait permis au royaume d’Ayutthaya de retrouver son indépendance et assurer la liberté à son peuple; un vrai héros national (70), un exemple à suivre.

(Se rappeler que le royaume d’Ayutthaya a été sous la domination birmane de 1569 à 1584)

Mais au fil de « notre histoire » nous avions appris à distinguer l’histoire des historiens, de l’histoire dite « officielle » construite pour les besoins du nationalisme et de la thaïness.*******

Le « Naresuan des historiens » s’est surtout construit à partir de deux sources : 

  • « Chronicle of the Kingdom of Ayutthaya » (Phraratchaphongsawadan Krung Si Ayuthaya), The British Museum Version [Reproduction photographique du manuscrit de la Chronique ď Ayutthaya copié en 1805 et conservé à la British Library de Londres avec une introduction de David K. WYATT et une préface de Yoneo ISHII], Tokyo,The Centre for East Asian Cultural Studies for Unesco (Bibliotheca Codicum Asiaticorum 14), 1999, ix + xx + 607 p.
  • Richard D. CUSHMAN, (une traduction synoptique de), The Royal Chronicles of Ayutthaya, [manuscrit édité et introduit par David K. Wyatt], Bangkok, The Siam Society, 2000, 556 p., index

 

Nous avions, quant à nous, écrit notre modeste histoire à partir des chroniques royales d’Ayutthaya de Richard D. Cushman, qui avait mis 20 ans à  traduire toutes les chroniques thaïes connues du royaume d’Ayutthaya, présentées en ses 7 versions, de façon synoptique, permettant ainsi de comparer les divergences et les variations quand elles existaient. (Cf. article 41).


Nous avions bien vite constaté ce que ces  Chroniques   comportaient d’oublis, d’invraisemblances, d’incohérences, de merveilleux, avec des chiffres fantaisistes, des temporalités approximatives, voire différentes dans les versions proposées. Les Chroniques de fait n’avaient  rien de ce que nous appelons aujourd’hui « l’histoire ». Vous pouvez, si vous voulez vérifier, lire ou relire le récit de  « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya ». Il ne manque pas de saveur.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-97-l-ambassade-siamoise-de-kosapan-a-la-cour-de-louis-xiv-en-1686-120151119.html

 

Ou bien encore, si nous voulons rester sur cette fameuse bataille d’éléphants de  1593 gagnée par Naresuan, on peut lire avec profit un article de Barend Jan Terwiel « What happened at Nong Saraï ? Comparing indigenous and europeen sources for late 16th century Siam », paru dans le Journal de la Siam Society (vol.101, 2013.), qui, nous le rappelons, est placé sous le patronage du roi, de la reine, du prince héritier et de la princesse Sirindhorn,


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où  il expose dix versions parfois très différentes : quatre versions siamoises divergentes entre elles, une version birmane qui l’est aussi, une version de Jacques de Coutre

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et une autre de Jeremias Van Vliet,

 

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une version persane et deux versions portugaises.

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Le lieutenant-général Padung Niwetsuwan y voit-il aussi un autre crime de lèse-majesté ?


On pourrait bien sûr multiplier les exemples, avec des travaux d’historiens thaïs, comme Sunait Chutintaranond, Nitthi Eoseewong, et Thongchai Winichak, qui critiquent certaines interprétations « conservatrices », ou avec Chris Baker se souvenir que les versions des « Chroniques royales d’Ayutthaya »  ont été parfois réécrites ou modifiées lors de la période de Bangkok. Il donne l’exemple de la version de Luang Prasoet de 1680 « redécouverte » en 1907 ! (version A du livre de Cushman), où Nitthi a pu observer des différences, comme l’épisode du duel à l’éléphant du roi Chakkraphat et les exploits du roi Naresuan. On apprend que la chronique royale de Luang Prasoet, n’évoque même pas la déclaration d’indépendance de Naresuan en 1584 vis-à-vis des Birmans. (in notre article 106. « Nos guerres contre les Birmans » (1539-1767), du Prince Damrong.)


Mais il est vrai que Sulak Sivaraksa ose inviter les Thaïs à réfléchir de manière critique sur les réalisations présumées du Roi Naresuan dépeint par les médias d'Etat. Il ose dire que Naresuan n’est pas le héros qu’ils prétendent ; que le duel d’éléphant immortalisé à travers les manuels scolaires, les séries télévisées et les films, n’est que propagande « guerrière », alors qu’il faudrait proposer des modèles de paix, ou tout simplement, comme il l’a fait tout au long de sa vie « militante » tenter d’appliquer le message de Bouddha, pourtant au programme de notre junte.


Restons-en à la conclusion - sereine - de Barend Jan Terwiel : Entre la possibilité d’un duel d’éléphants au milieu d’une mêlée dont Naresuan sort victorieux, « exploit hasardeux », ou tout simplement d’un coup de feu pouvant provenir d’un mercenaire portugais tireur d’élite et porteur d’une « espingarda », une arme à longue portée alors inconnue des Siamois,

 

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la conclusion est tout simplement que, en dehors de tout exploit physique éventuel, Naresuan a échappé à une situation dangereuse et sut très vite en tirer profit.


Mais nous savons que la junte ne s’est pas proposé de développer le débat historique, comme d’ailleurs tout débat.


Récemment même, la junte militaire a salué le film la Légende du Roi Naresuan 5,  comme un « plus » pour tous les patriotes thaïs, et a encouragé les cinémas à travers le pays à organiser des projections gratuites pour le public. Les autorités thaïes considèrent même que  le duel à l'éléphant est si important, qu’elles lui ont choisi une date consacrée à la Journée des Forces armées nationales.


Mais le roi Naresuan combattait alors l’ennemi birman. Il semble qu’il y ait désormais des « ennemis intérieurs », qu’il faut réduire au silence, ou emprisonner.


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_________________________________________________________________________ 

 

*11 septembre 2014

http://www.amnesty.fr/Presse/Communiques-de-presse/Thailande-Cent-jours-apres-le-coup-Etat-militaire-pas-de-repit-dans-la-spirale-de-la-repression-12534

 

« Le Conseil national pour la paix et l’ordre a imposé de sévères restrictions aux droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, gelant tout débat public et entraînant une autocensure généralisée. Des centaines de sites Internet ont été fermés ou bloqués,

 

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des comités de censure ont été créés pour surveiller les médias, et de nombreuses personnes ont été menacées d’emprisonnement pour avoir mis en ligne des informations ou commentaires perçus comme critiques à l’égard de l’armée. Une interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes est appliquée depuis l’instauration de la loi martiale, en violation flagrante du droit à la liberté de réunion pacifique. Enfin, un nombre sans précédent de personnes ont été inculpées en vertu de la loi abusive relative au crime de lèse-majesté, qui interdit toute insulte visant un membre de la famille royale. Quatre personnes ont déjà été poursuivies et condamnées à ce titre depuis le coup d’État, et 10 autres ont été inculpées. Le gouvernement militaire a intégré à son mode opératoire la répression systématique des plus petites formes d’opposition, comme le port de tee-shirts susceptibles de « favoriser la division », la lecture de certains livres et le fait de manger des sandwichs en public pour protester symboliquement contre le pouvoir militaire, a déclaré Richard Bennett. »


**http://www.courrierinternational.com/article/2014/09/22/la-junte-militaire-interdit-tout-debat politique?keepThis=true&TB_iframe=true&height=650&width=850&caption=Courrier+international+-+Actualit%C3%A9s+France+et+Monde%2C+cartoons%2C+insolites


« Ainsi, le 18 septembre, le forum organisé par des étudiants de l'université Thammasat à Bangkok sur le thème : « La chute des dictatures dans les pays étrangers » a été interrompu par l'intervention des forces de l'ordre. Quatre professeurs, dont le célèbre historien Nidhi Eoweesong, et plusieurs étudiants qui avaient organisé la rencontre ont été envoyés au poste de police pour une "session d'ajustement du comportement ; […]  Le gouvernement serait également engagé dans une révision des manuels scolaires afin de faire disparaître des cours d’histoire le nom de Thaksin Shinawatra. Une perspective qui affole le chercheur Pavin Chacachalpongpun dans une tribune publiée sur le site Prachatai, car la période Thaksin est "aussi celle durant laquelle un gouvernement élu a été, dans la courte histoire de notre pays, le plus longtemps au pouvoir". Soulignant que "l'histoire est un outil politique puissant", l'universitaire estime que "le coup actuel entend éliminer l'influence de Thaksin dans l'arène politique" mais que les ennemis de l'homme politique ont choisi une "mauvaise approche. »


***Cf. Nos articles A152. Eloge du Général, et A157. Moïse s’est-il  réincarné en Thaïlande ?


****Site Khaosod du 17 octobre 2014

http://www.khaosodenglish.com/detail.php?newsid=1413549393

For comments, or corrections to this article please

contact: ks.english@khaosod.co.th


*****Sulak Sivaraksa ?

  • Ses livres :

Conflict, Culture, Change: Engaged Buddhism in a Globalizing World by Sivaraksa, Sulak [2005]

A Buddhist Vision for Renewing Society: Collected Articles (Anglais), 1994,  by Sulak Sivaraska. 

Modern Thai monarchy and cultural politics: The acquittal of Sulak Sivaraksa on the charge of lese majeste in Siam 1995 and its consequences (Anglais)

        - Une présentation dans un article du "Courrier international :


http://www.courrierinternational.com/article/2011/06/16/je-respire-donc-je-suis

« Renoncer au matérialisme. Réapprendre à vivre en harmonie avec la nature. Mettre de côté son ego. Redécouvrir les voies de la spiritualité. Epouser la non-violence. A 78 ans, Sulak Sivaraksa, infatigable militant bouddhiste, continue d’aller à contre-courant. “La mondialisation est une religion démoniaque qui impose des valeurs matérialistes” et “une nouvelle forme de colonialisme”, écrit-il dans son livre, The Wisdom of Sustainability : Buddhist Economics for the 21st Century [La sagesse du développement durable, ou les sciences économiques bouddhistes pour le XXIe siècle, non traduit]. Deux fois pressenti pour le prix Nobel de la paix, il a été récompensé en 1995 par le prix Right Livelihood, considéré comme le “Nobel alternatif”. La dissidente birmane Aung San Suu Kyi, elle-même Prix Nobel de la paix, le considère comme “l’un des plus grands penseurs sociaux d’Asie”. “Boire du Coca ou du Pepsi en Thaïlande, dit-il, ce n’est pas simplement ingérer des cochonneries, c’est aussi soutenir des valeurs fondées sur l’exploitation d’autrui.” Les crises économiques semblables à celles qui ont frappé l’Occident en 2008 et l’Asie au cours des années 1990 constituent des “messages divins” visant “à nous encourager à chercher d’autres [modèles]” ».

Constat pour le moins sévère. Sulak Sivaraksa ne se contente toutefois pas de formuler de grandes pensées dans un isolement monastique. Quarante années durant, il s’est échiné à les mettre en pratique, en fondant des ONG en Thaïlande, en enseignant aux quatre coins du monde ou en conseillant le gouvernement du Bhoutan sur l’élaboration de son fameux concept de “bonheur national brut”. Par deux fois, en 1976 et en 1991, il a été contraint à l’exil, sa propension à ne pas mâcher ses mots à propos de l’armée thaïlandaise et des fréquents coups d’Etat qu’elle fomente ayant mis sa vie en danger. Un franc-parler né, à l’origine, d’un désir d’introduire les libertés à l’occidentale dans son pays. Après des études à la fin des années 1950 au pays de Galles, il a repris le chemin de la Thaïlande en 1961 et y a fondé Sangkhomsaat Paritat (Revue de sciences sociales), convaincu d’avoir fait le tour de “la réponse occidentale” : “Nous, l’élite, nous pouvons changer le monde. Les prolos nous suivront.” Son travail avec les plus démunis le poussera, après coup, à changer son fusil d’épaule. “J’ai appris auprès de ceux qui souffrent.” Le bonheur véritable ne résiderait pas dans les gains matériels ni dans la recherche incessante d’une croissance illimitée. La clé se situerait dans la quête de la sérénité. « En Occident, vous avez été endoctrinés avec la notion cartésienne du ‘Je pense donc je suis ».

 

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Mais l’ego, le « moi », n’est pas réel. Nous sommes inter-reliés”, m’explique-t-il dans son jardin ombragé, oasis miraculeusement cachée au milieu du chaos bétonné de Bangkok. Mu par sa profonde foi religieuse, le vieux sage n’emprunte pas la voie du « Cogito ergo sum » mais celle du « Je respire, donc je suis ». « Sommes-nous arrogants au point de faire fi du plus important élément de la vie ? Une fois qu’on aura appris à respirer correctement, à respecter l’air qu’on inspire, à cultiver sa paix intérieure, alors le Bonheur national brut en découlera. » Se débarrasser de l’ « obsession de la réussite » est tout aussi indispensable. A ses yeux, il est donc urgent de revoir certaines conceptions occidentales, au centre desquelles règne le Moi tout-puissant. « Même la nature souffre à cause de notre arrogance. Nous pensons pouvoir la contrôler. Mais regardez ce qui s’est passé au Japon, à Tchernobyl et à Bhopal. Si nous n’introduisons pas la spiritualité dans notre vie, alors… boum, ce sera notre fin. » D’après Sholto Byrnes, The Independent, Londres

  • Selon wikipédia :

« Sulak Sivaraksa (thaï : สุลักษณ์ ศิวรักษ์), né le 27 mars 1933, est un bouddhiste thaï, militant dans les domaines du social, de l’écologie et des droits de l’homme.

Il fait ses études en Angleterre, puis retourne en Thaïlande au début des années 1960, pour travailler à l'Université Thammasat et à l'Université Chulalongkorn.

Il fonde, en 1963 la Revue des Sciences Sociales, qui joue un rôle important dans la prise de conscience du mouvement étudiant qui conduit au renversement du régime militaire en 1973. Sa pensée politique est inspirée par le bouddhisme mais également par la pensée du Mahatma Gandhi et des Quakers. Il est aussi le fondateur du mouvement indigène « non governemental organization ». Son mouvement est connu sous le nom de Réseau international des bouddhistes engagés (International Network of Engaged Buddhists).

 

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Ses principes sont le rejet de la consommation excessive à l'occidentale et la mise en avant de la dimension spirituelle de la vie humaine.

En 1976, il fuit la Thaïlande à cause du coup d'État. En 1984, son livre Unmasking Thai Society le conduit devant un tribunal où il est accusé de crime de lèse-majesté ;

 

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le procès dure 4 mois, le roi intervient pour que l'accusation soit levée mais les militaires de la junte reprennent ces mêmes accusations après un discours à l'université de Sivaraksa. Il est acquitté en 1996 et reçoit cette même année, le Prix Nobel alternatif.

Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, fondé en mars 2009.


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Sulak Sivaraksa apparaît dans le film documentaire sur le 14e dalaï-lama Dalai Lama Renaissance (sorti en 2007). En avril 2014, souhaitant visiter la terre de ses ancêtres dans le Taechiew, l'extrémité orientale du Guangdong en Chine, il se voit refusé un visa par l’ambassade de Chine à Bangkok, au prétexte de ses liens avec le dalaï-lama. »

****** Cf. A41: La crise du bouddhisme en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html


*******Sur le nationalisme :

 

Cf. nos articles :


Le nationalisme thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-13-le-nationalisme-thai-73254948.html  


Et Le nationalisme et l’école ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-13-le-nationalisme-et-l-ecole-68396825.html

 

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 23:01

Titre-copie-1.jpg A Phuket, une île du sud de la Thaïlande; 35% de ses  habitants sont originaires de Chine, plus précisément de l’île de Hokkien. Beaucoup sont venus au XIX ème siècle pour travailler dans les mines d’étain. Depuis, ils ont prospéré, ont épousé des femmes thaïes. On les dit intégrés, et pourtant ils continuent de suivre les traditions et les rites de leurs Anciens.


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L’une  de ses traditions est le festival végétarien organisée chaque année au neuvième mois lunaire, pour se protéger des esprits maléfiques et porter chance aux différentes communautés « chinoises » installées en Thaïlande (comme à Bangkok, Trang, Hat Yai, Phangnga, Nakhon Sri Thammarat, Pattaya). Mais le festival le plus spectaculaire est celui organisé à Phuket, qui attire  selon l'Autorité du tourisme de Thaïlande 300.000 visiteurs.*


Emmanuel Rets et Vincent Moreno ont assisté aux grandes cérémonies annuelles qui viennent de s’achever sur l’île de Phuket. Ils ont présenté leur reportage à l’émission « De sept à huit » du 5 octobre 2014. 


                             ----------------------------

 

 

« Dans un temple taoïste, une religion d’origine chinoise, des hommes torses nus se préparent à entrer en transe.


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« Cela commence comme ça, on est tous réunis en attendant le signal ». « Et vous faites quoi en attendant ? ». « Rien de particulier ». La transe peut commencer en pleine conversation.

(Et l’homme interviewé se met d’un coup à produire sons et gestes saccadés et entre dans le temple.)


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Quand ça commence, c’est toujours le même rituel, il faut se diriger vers l’autel, et enfiler un tablier. C’est la tenue officielle de ces hommes, qu’on appelle les masongs, en thaïlandais, cela veut dire « cheval possédé ».

 

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(La cérémonie commence au son du tambour et de la cymbale). Ces hommes ne sont pas fous. D’après eux, ils ont été choisis par leurs dieux, pour être possédés pendant le festival qui est un des plus bizarres au monde, le festival végétarien de Phuket.


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(On voit plusieurs hommes en début de transe) Il s’appelle Hé, il a 36 ans. Cela fait déjà une heure que son dieu le possède. A ce moment précis, il est dans un état second. Lorsqu’il est en transe, Hé parle avec une voix de petit garçon ;

 

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il est Thaïlandais mais il s’exprime dans un dialecte chinois, le hokkien, une langue que pourtant il ne connait pas. Son assistant fait la traduction ; « Il est d’accord pour qu’on l’accompagne ?», demande le journaliste.  « Il dit que oui. Il est d’accord. »

 

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Quelques minutes plus tard, la possession touche à sa fin. Hé tombe inconscient.

 

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Le dieu serait sorti de son corps. L’homme reprend peu à peu connaissance. Trois minutes plus tard, sa voix est redevenue normale. (Et il dit) « Demain, je pars de chez moi à 6 heures, et c’est le dieu Hakon qui décidera seul à quelle heure il me possédera à nouveau.


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Cette transe, c’est la première étape d’une cérémonie d’hommage à des dieux chinois ;

 

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une tradition qui dure depuis près de deux siècles.


L’histoire commence en 1825, une troupe d’opéra pékinoise, de passage à Phuket pour distraire de nombreux émigrés chinois contaminés par la malaria.

 

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Les artistes décident pour calmer leurs dieux, de ne plus manger de viande. Neuf jours plus tard, ils guérissent tous de cette maladie incurable à l’époque. Depuis chaque année, les descendants de la communauté chinoise remercient leurs dieux.


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Il est 5 heures du matin, on retrouve Hé dans la banlieue de Phuket. Ce Thaïlandais de 36 ans, professeur de dessin dans le civil pense être possédé par deux divinités depuis 7 ans.

« Lui, c’est Hakkon. La première fois qu’il m’a possédé, je l’ai vu et il avait cette tête-là » (Il montre son portrait).


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Dans la religion taoïste Hakkon, c’est le dieu de la médecine traditionnelle. Pour le reconnaître, c’est facile, il ne sépare jamais d’un hache et de son cobra.

 

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Dans la maison, il est présent à toutes les sauces, rouge ou vert lorsqu’il est en colère.

 

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L’autre divinité qui prend possession de lui, c’est un dieu enfant, Kotia ; et c’est à cause de Kotia que le professeur thaï prend parfois une voix de petit garçon.

 

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Pour son père, un commerçant aisé à la retraite, c’est une fierté : « Moi, je n’ai jamais été masong, mais dieu, un jour, dans un rêve m’a dit : « Je veux ton fils, et si tu n’acceptes pas, il va mourir cette année. ».

 

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Pas de sexe, pas d’alcool, et pas de viande. Cela fait deux mois que Ké se prépare pour défiler dans les rues de Phuket. Une fois en transe, il devra se percer le visage avec ces broches que lui prépare l’un de ses assistants. Elles représentent des têtes de divinité, accrochées sur des tiges en métal ou en or ; elles sont frottées avec du papier béni après avoir été désinfectées à l’alcool.


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L’assistant : « C’est le dieu qui a décidé seul, à quel endroit je dois le percer avec  ces broches. La verte, ce sera –ici- dans la joue, la noire et la jaune, je les mettrais-ici- dans les oreilles »


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Le jour se lève, il faut rejoindre Jui Tui, le temple le plus important de la région.

 

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Devant l’autel mille masongs attendent d’être possédés par leurs dieux.

 

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Pour Hé cela commence toujours par des nausées.

 

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Le rire, c’est le signal ; le dieu est entré dans son corps.

 

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On pourrait croire qu’il est sous l’influence d’une drogue, mais ce n’est pas le cas, nous n’avons pas quitté Hé depuis qu’il s’est réveillé, et il n’a absolument rien avalé.


Le rituel va pouvoir commencer.

 

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« Je suis prêt » (dit Hé). L’assistant : On va percer sa bouche, mais le dieu ne veut pas que vous filmiez cela, mais il dit que vous pouvez filmer les oreilles.».  « Il faut respecter les consignes du dieu Hakkon, sinon une malédiction pourrait tomber sur votre équipe ». Après la joue, M. Tchoun, l’assistant,  s’occupe des oreilles, sans aucun anesthésiant, en fredonnant une vieille chanson chinoise, pour rassurer le dieu-enfant.


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Hé ne montre aucun signe de douleurs, et il n’y a aucune goutte de sang.


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(Hé, avec sa voix d’enfant-dieu) : « Merci pour votre aide, que le dieu Tfou vous bénisse et vous porte chance. » (rires d’enfant).


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Selon le protocole imposé par son dieu, Hé doit se rendre dans la maison d’un ami de son père. Toute la journée, il sera encadré par ses assistants, car il n’est plus lui-même. « Attention le voilà ».


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Pour l’ami de la famille, c’est un honneur de recevoir sous son toit un masong, pour la dernière face de la préparation : 18 épingles que M. Tchoun va lui poser, toujours en chanson. 

 

 

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(Hé parle) Tchoun : « Il dit que les femmes ne doivent pas regarder. ». C’est la tradition. Seuls les hommes peuvent assister à ces séances de piercing. 30 mn plus tard, c’est terminé. 

 

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(Hé en riant ) «  Merci. ». (Hé avec sa voix d’enfant-dieu) : « Le dieu Tfou est prêt maintenant à commencer cette grande fête. Il vous protégera de tous les  accidents ».


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C’est parti pour de longues heures de défilé. Dans la rue, tous les Thaïlandais se prosternent devant Hé et les autres masongs. (Au son des cymbales et tambours)

 

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Certains dieux sont plus exigeants que d’autres, ils ont demandé à leurs dévots de se transpercer avec des dizaines de broches.

 

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Les secours ne sont jamais loin, mais ils ne sont pas débordés.

 

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(Un secouriste) : « Cela paraît fou, mais ils ne saignent pas, et il y a peu de complications. Cela fait 20 ans que je suis là ; je pense que c’est leurs dieux qui guérissent leurs blessures.

 

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Quand ils  sont possédés, on dirait qu’ils possèdent des pouvoirs surnaturels. Regardez Tiphon, 19 ans  a retiré son piercing, il y a 2 jours ». Aucun point de suture, un morceau d’adhésif transparent fait l’affaire. « Je ne sens rien du tout. »


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Nous avons montré ces images à de grands chirurgiens français, ils n’expliquent pas ce phénomène, car les joues sont une région très vascularisée.

 

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Les sectionner peut même provoquer une paralysie faciale. Le mystère des masongs reste entier.

La majorité des blessures vient en fait des pétards, qui percent les tympans et provoquent des brûlures.


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Hé toujours possédé distribue des tissus sacrés à l‘effigie de son dieu, ainsi que des petites amulettes censées protéger contre les mauvais esprits. (Le journaliste demande à une jeune passante thaïe, non-chinoise ayant reçu un tissu de Hé) « Il y a quoi sur ce tissu ? » « Je ne sais pas de quel dieu, il s’agit. » « Alors pourquoi vous le prenez ? » ; « Je sais que cela va me porter chance. » ;  « Vous allez en faire quoi ? », « Je vais l’accrocher chez moi. »


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Chaque jour du festival, les processions se terminent sur cette plage de Phuket à l’endroit précis où la légende est née, il y a deux siècles.

 

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Après 4 heures de marche, les derniers instants de transe pour Hé et les autres masongs. Les femmes possédées,

 

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les dieux bébés,

 

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ou les enfants-dieux comme Ning, 11 ans.


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Il n’y a pas de conditions pour devenir masong. Pour les dieux, peu importe l’âge, le sexe ou la classe sociale.


(On voit M. Chart dans un champ d’ananas) M. Chart est un modeste agriculteur de 60 ans.  (Il cueille un ananas en disant) « Ils sont croquants les ananas de Phuket. »

 

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mais lorsqu’il quitte son champ d’ananas, il devient un des masongs les plus respectés de la ville. Possédé par son dieu depuis 40 ans,  c’est lui qui va présider la cérémonie de clôture du festival. « Masong, ce n’est pas ça qui fait vivre. Il faut que je continue à travailler tous les jours dans les champs, mais quand on m’appelle, je suis toujours prêt, j’y vais. »


Chart est le grand maître des rituels au temple d’ Avandornana.


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Sa montée en transe est très impressionnante.


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Avant de lancer la dernière procession, la plus spectaculaire du festival, M. Chart, la bave aux lèvres, entame la danse du masong, celle qui fait descendre les divinités.

 

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On organise un diner pour remercier les centaines  de fidèles qui ont fait le voyage jusqu’à Phuket. Le temple a mis les petits plats végétariens dans les grands ; 200 kilos d’offrande, de quoi rassasiés les dieux chinois jusqu’à l’année prochaine.


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Depuis quelques années, au nom de leurs dieux, les mutilés vont de plus en plus loin ; ils  se transpercent avec des objets  insolites,

 

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inquiétants,

 

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parfois même complètement farfelus.

 

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Avec cette surenchère, les masongs espèrent augmenter leur notoriété, car pendant le reste de l’année, ces dieux vivants reçoivent des dons en échange de leurs  bénédictions. Le spectacle est permanent. Chaque soir, les masongs doivent montrer leurs pouvoirs, en réalisant des défis insensés, Au temple Vataroé, la cérémonie de l’échelle coupante va commencer. On a remplacé les barreaux par des lames aiguisées comme des couteaux.

 

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Les masongs escaladent 18 mètres, pieds nus, sans se couper

 

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Juste à côté se prépare un autre défi. Toujours en transe,   Chart, le cueilleur d’ananas, va marcher sur des braises incandescentes. Certains le font en courant, d’autres plus téméraires en marchant.

 

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Les masongs sont de plus en plus nombreux à participer au festival végétarien. Cette année, à Phuket, ils  étaient près de 11 000. » 

Les dieux chinois ont été au rendez-vous.

 

------------------------------------------------------------------------ 

*Cf. http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 2 octobre 2014 et l’article du 18 septembre 2014 Le Festival végétarien voit double cette année!

 

Et www.phuketvegetarian.com


Et nos articles :


A134. Les « esprits » thaïlandais sont toujours vivants.


A151. Nous vivons au milieu des « Phi » en Thaïlande.

 

 

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 23:02

 MoiseBouddha avait révélé le Dharma pour aller au Nirvana, le Dieu des Juifs avait donné les dix commandements à Moïse pour aller au paradis* ; et en Thaïlande, le « général » vient de rappeler les 12 valeurs fondamentales pour réconcilier le pays et atteindre « le bonheur ».


Nous avions fait l’éloge du « général » thaïlandais dans un précédent article **, qui, pour assurer le « bonheur à son peuple » avait accompli le 19ème coup d’Etat de Thaïlande le 22 mai 2014. Il avait en direct à la télévision indiquer le chemin, établit la feuille de route avec ses trois principales étapes : la réconciliation nationale, la mise en œuvre de réformes fondamentales, qui aboutiront à  des élections générales avec un système démocratique absolu qui soit acceptable par toutes les parties. (sic)


Certes, en attendant, nul n’était autorisé à donner son opinion, à se réunir, mais pouvait écouter tous les vendredis la voix du général qui diffuserait sur tous les médias, les progrès réalisés, et ce qu’est « l’intérêt général ». Le vendredi 6 juin 2014 par exemple, il avait estimé qu’il faudrait renforcer la notion de "thaïté", la fierté nationale et le respect pour l’institution monarchique. Et le vendredi 11 juillet, il rappelait les 12 principales valeurs thaïlandaises : ***


Hercule

 

1-L'amour pour la nation, la religion et la monarchie.
2- L'honnêteté, la patience et une bonne attention pour autrui.
3- La gratitude envers les parents, les tuteurs et les enseignants.
4- La persévérance dans l'apprentissage.
5- La conservation de la culture thaïlandaise.
6- La moralité et le sens du partage.
7- La compréhension correcte de la démocratie avec à sa tête la monarchie.
8- La discipline et le respect pour la loi et les aînés.
9- Les compétences pour penser et faire des choses suivant l'orientation de Sa Majesté le Roi.
10- La vie dans la suffisance économique et philosophique aiguillée par Sa Majesté le Roi.
11- La force physique et mentale face à l'avidité.
12- L'attention pour autrui et pour le bien national plus que pour soi-même.

Le « général » avait omis la 13ème valeur, mais elle allait de soi : « Tu aimeras ton armée, et jamais ne la critiqueras. »


J'aime l'armée

 

Le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO) (organe militaire au pouvoir),  annonçait qu’il fallait inclure « cette nouvelle table de la Loi », dans les réformes du secteur éducatif dès la rentrée prochaine.

NCOP

Le Ministère de l’Education nationale allait manifester son enthousiasme et se mettre  à la tâche et comptait même ajouter l’enseignement du Dharma dans toutes les écoles, sachant comme son secrétaire général, que la connaissance des préceptes bouddhistes suffirait à éviter les tentations. (Lesquelles ?) (Cf. *** et ****)


precerptes bouddhistes

 

Certes, on oubliait quelque peu la crise politique, la crise sociale, la crise  du bouddhisme. (Cf. notre article A137. Et les articles de Gabaude : « Bouddhisme et politique en Thaïlande », « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996»), « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité ».) ***** Mais nous n’étions plus dans l’analyse mais dans l’incantation.


incantations

 

Il ait des mots magiques qui rassurent certains, ainsi en va-t-il pour le devoir, la discipline, la moralité, le patriotisme, la "thaïté", la fierté nationale et le respect de l’institution royale. L’Oracle avait parlé. Le général était la nouvelle Pythie.

 

Phytie

 

Il s’agissait de  s’exécuter …  dans le respect de la nouvelle Loi martiale. 

Certes, il reste à savoir comment cela va se réaliser dans la pratique, car il faudrait pour le moins au préalable définir ces valeurs, ces concepts si disparates, si « énigmatiques » pour certains.


Ainsi par exemple, que signifie « correcte » dans « La compréhension correcte de la démocratie avec à sa tête la monarchie. », « choses » dans « Les compétences pour penser et faire des choses suivant l'orientation de Sa Majesté le Roi. »,  « suffisance » dans « La vie dans la suffisance économique et philosophique aiguillée par Sa Majesté le Roi. » ?


Le général fait-il référence à la théorie de « l’autosuffisance » prônée par le roi après la crise de 1997 ?  Mais depuis, tous les Thaïlandais veulent accéder à la société de consommation, au numérique, avec une économie plus moderne,  des instruments financiers sophistiqués, de nombreuses industries qui exportent avec succès sur le marché mondial,  et une plus grande ouverture sur les pays de l’ASEAN …

ASEAN

 

Il est bien de recommander « L'amour pour la nation, la religion et la monarchie», mais il faut aussi que les Thaïlandais puissent en débattre afin qu’ils puissent tous devenir de bons patriotes, de bons bouddhistes, de bons monarchistes, de « bons citoyens » … dans le respect de la Constitution.


Mais le débat est interdit, la Constitution suspendue, la démocratie « correcte » n’a pas été encore trouvée …


Mais la Pythie peut encore parler.


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Alain.


 ALAIN

 

Par exception, cet article est signé d'un seul d'entre nous, son second ayant, comme on dit à la Cour de Justice de la Haye "une opinion divergente".


divergences


------------------------------------------------------------------------

 

*"Que sont les Dix Commandements ?" Cf. :

 http://www.gotquestions.org/Francais/DixCommandements.html#ixzz37allS4Yw

 

tqbles de lq loi

 

**A152. Eloge du Général.


*** Cf. « Le petit journal » du 12 juin et du mardi 15 juillet : http://www.lepetitjournal.com/bangkok/societe/en-bref/190301-education-vertu-et-sagesse-morale-dans-les-nouveaux-programmes-scolaires et Virage patriotique dans les manuels scolaires


Le journal « The Nation » du 17 juillet 2014 : http://www.nationmultimedia.com/politics/Moral-soundness-to-be-included-in-education-reform-30238509.html


****Ethique bouddhiste et préceptes. (Wkipédia)

 

ethiaue

 

Dans le bouddhisme, l’éthique est basée sur le fait que les actions du corps, de la parole et de l’esprit ont des conséquences pour nous-mêmes et pour ce qui nous entoure, les autres comme notre environnement. Il y a deux sortes d’actions, les actions kusala (mot pali signifiant sain, habile, favorable, positif) et les actions akusala (malsain, malhabile, défavorable, négatif).

L’éthique bouddhiste propose donc à l'être humain de prendre conscience des états d’esprit dans lesquels il se trouve et à partir desquels il agit, parle, pense et à devenir ainsi responsable tant de ses états d’esprit que des conséquences de ses actions. La pratique de l'éthique est donc une purification du corps, de la parole et de l'esprit.


Elle se décline sous forme de préceptes - les cinq préceptes et les dix préceptes sont les plus fréquemment rencontrés - qui ne sont pas des règles absolues mais des principes, des guides de comportement éthique. L'application de certains d'entre eux varie selon les personnes mais aussi selon les traditions.


Ces préceptes sont le plus souvent présentés sous une forme négative en tant qu'entraînement à ne pas faire quelque chose, mais les textes canoniques font aussi référence à leur formulation positive en tant qu'entraînement à faire le contraire.

Cinq préceptes

Les cinq préceptes, communs à tous les bouddhistes (laïcs et moines) de toutes les traditions, sont :

  • S'efforcer de ne pas nuire aux êtres vivants ni prendre la vie (le principe d'ahiṃsā, « non-violence ») ;
  • S'efforcer de ne pas prendre ce qui n'est pas donné ;
  • S'efforcer de ne pas avoir une conduite sexuelle incorrecte ─ plus généralement garder la maîtrise des sens ;
  • S'efforcer de ne pas user de paroles fausses ou mensongères ;
  • S'efforcer de s'abstenir d'alcool et de tous les intoxicants.

Dix préceptes

Les dix préceptes se retrouvent dans plusieurs textes canoniques (par exemple le Kûtadana Sutta, dans le Dīgha Nikāya).

  • S'efforcer de ne pas nuire aux êtres vivants, ni retirer la vie,
  • S'efforcer de ne pas prendre ce qui n'est pas donné,
  • S'efforcer de ne pas avoir une conduite sexuelle incorrecte ─ plus généralement garder la maîtrise des sens,
  • S'efforcer de ne pas user de paroles fausses ou mensongères,
  • S'efforcer de ne pas user de paroles dures ou blessantes,
  • S'efforcer de ne pas user de paroles inutiles,
  • S'efforcer de ne pas user de paroles calomnieuses,
  • S'efforcer de ne pas avoir de convoitise,
  • S'efforcer de ne pas user d'animosité,
  • S'efforcer de ne pas avoir de vues fausses.

Sous leur forme positive, ce sont :

  • Avec des actions bienveillantes, je purifie mon corps,
  • Avec une générosité sans réserve, je purifie mon corps,
  • Avec calme, simplicité et contentement, je purifie mon corps,
  • Avec une communication véritable, je purifie ma parole,
  • Avec des paroles utiles et harmonieuses, je purifie ma parole,
  • Avec des mots bienveillants et gracieux, je purifie ma parole,
  • Abandonnant la convoitise pour la tranquillité, je purifie mon esprit,
  • Changeant la haine en compassion, je purifie mon esprit,
  • Transformant l’ignorance en sagesse, je purifie mon esprit

***** Cf. Notre article « A137. Bouddhisme et politique en Thaïlande. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html


Et surtout les articles de Gabaude : « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996»), BEFEO 83, p. 241-257. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1996_num_83_1_2412


Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhu,  in GAVROCHE, 27/06/2011.

« Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 23:01

 DSC00642ห้วยเม็ก Huaymek est un petit amphoe situé à l’extrême ouest de la province de Kalasin, au mileu des rizières et des champs de canne à sucre, 9 tambon, 80 petits villages pour une population totale de moins de 50.000 habitants.

Le tambon de Huaymek proprement dit comprend 12 petits villages pour une population de 9.000 habitants environ. Il est, à vol d’oiseau, à 35 kilomètres de Kalasin et à 60 de Khonkaen. Vous ne le trouverez sur aucun guide touristique, mais il présente le charme de tous ces petits villages assoupis de notre Isan.


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Les " attractions touristiques " les plus proches, ce sont d’abord bien sûr le Musée des dinosaures (Sirindhorn museum - พิพิธภัณฑ์ไดโนเสาร์สิรินธร) de Sahatasakan (สหัสขันธ์)

 

 

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dont Tida, l’épouse de notre ami paléontologue Romain Liard est l’une des géologues. La construction du magnifique pont de Thépsuda (สะพานเทพสุดา)

 

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sur une branche du grand lac artificiel Lampaodam, (ลำเปาดำ) nous en facilite l’accès (une cinquantaine de kilomètres). Les dimanche et jours fériés, les habitants se retrouvent volontiers sur la plage aménagée au sud du lac à une quarantaine de kilomètres, Hatdokkét (หาดดอกเกด).

 

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Citons encore pour les pieux bouddhistes et les amateurs d’antiquité le djedi (phrathat) Ya khu (พระธาตุยาคู), vestige de l’ère Dvaravati, situé à une quarantaine de kilomètres sur le territoire de Kamalasaï (กมลาไสย).

 

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S’agissant d’un « phrathat », ce n’est pas un vestige ordinaire puisqu’il contient des reliques de Bouddha. Il existe enfin un lieu de pèlerinage vénéré et non encore dépravé par les « marchands du temple » la fontaine miraculeuse de Sakdisit, (บ่อน้ำศักดิ์สิทธ์) ce qui signifie tout simplement « le puit sacré » à une quinzaine de kilomètres de l’amphoe, à proximité du village de Ban krabak (บ้านกระบาก).

 

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Les dévots viennent « boire à la fontaine et s’y laver », comme à Lourdes, ils sont de plus en plus nombreux mais les lieux sont encore (pour combien de temps ?) dans la même état de simplicité que devait être Lourdes en 1859.

N’ayons enfin garde d’oublier ce que nous considérons comme l’un des plus beaux temples de la région, pratiquement inconnu de tous les guides anglo ou francophones, le Wat Phuthanimit


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(วัดพุทธนิมิต) appelé aussi Wat phoukhao (วัดภูค่าว) situé à une vingtaine de kilomètres de Sahatasakan et pour les coquets et les coquettes Banphon (บ้านโพน), village de la soie où de nombreux artisans proposent de la belle marchandise… même s’il faut un peu chercher.

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Notons, pour en terminer que le village (ห้วย huay, c’est un ruisseau) titre son nom du เม็ก (mek), « syzigium gratum », un grand arbre qui pousse volontiers au bord des champs, dont les feuilles ont des vertus médicinales et le fruits sont comestibles.

 

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La découverte !


Le samedi 28 juin toutefois, une nouvelle retentissante va sortit le village de sa torpeur tropicale. Nous y apprenons que le matin, le propriétaire d’un champ au milieu des rizières y avait déterré de « gros os » (กระดูกใหญ่) et que, s’agissant probablement de dinosaures, les autorités avaient fait arrêter le chantier.

 

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Nous nous précipitons sur les lieux, tout le village était là et ne parlait que de dinosaures, nous prenons quelques photos et les envoyons en fin d’après midi à Romain pour avis. Sur photographies, évidemment, son diagnostic est réservé. Le dimanche, les lieux sont déjà aménagés mais la découverte d’une molaire démontre clairement que c’est une dent d’éléphant


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et non pas de dinosaure !

 

 

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Romain, son épouse et leurs collaboratrices et collaborateurs du musée sont présents sur les lieux le lundi au petit matin. Le lendemain le site était recouvert et protégé par une pancarte comminatoire rappelant qu’il s’agit d’un « site ancien » sur lequel il est interdit de fouiller.

 

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Alors, Romain, éléphant ou tyrannosaure ? Laissons lui donc la parole :


« Quel est la différence entre un tibia d'éléphant et un tibia de tyrannosaure ?

Lorsqu'on choisit d’étudier la paléontologie, science qui étudie les restes d'animaux du passé, c'est une question que l'on se voit poser assez fréquemment. Je me souviens qu'en 2007, lors de l'inauguration du Musée de Kalasin par la princesse Sirindhorn, l'on m'avait demandé de mettre un place une table d'exposition présentant succintement les différences anatomiques entre un éléphant et un dinosaure. Je ne me doutais pas alors que quelques années plus tard ces compétence acquises au laboratoire me serviraient à expertiser un squelette découvert au fond d'un rizière : « Quel est la différence entre un tibia d'éléphant et un tibia de tyrannosaure? » Voila en gros la nature de la question posée par l'un des mes historiens locaux favoris et qui accompagnait des photos d'un spécimen visiblement fossile fraîchement découvert au sein de son village. Je me dois d’être honnête et confesser qu'une première observation de ces photos laissait planer un certain doute quant à la nature des os. Bernard eut tôt fait de m'expliquer le contexte de la découverte et par là-même de dissiper mes doutes : ce n’était pas des couches mésozoïques et certainement pas du dinosaure (j'y reviendrais par la suite). Un reste de méchoui géant a base de bovidés ? Les photos de dents publiées le dimanche après midi sur la page Facebook de Live Kalasin nous permit de découvrir la nature du spécimen :

l'on avait affaire à un éléphant.

Le lendemain donc, direction Huai Mek avec un chauffeur, les géologues du musée et une petite bande d’étudiants. Un court arrêt au poste de police pour signaler notre arrivée et rejoindre Bernard, notre guide local et nous voilà partis enquêter.

Le site étant inondé lors de notre passage nous ne verrons pas grand chose mais un détail va de suite attirer mon attention : des morceaux de céramique dans la boue autour du spécimen.

 

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La présence de poterie associées à un spécimen articulé n'est pas anodine puisque la plupart du temps cela dénote une sépulture. Une sépulture associée à un éléphant ? A ma connaissance rien dans la littérature ne laisse entrevoir que de telles sépultures aient un jour existé ? L'inhumation de Gaur, « Bos gaurus », (1) en compagnie de leur propriétaire est avérée en Asie du Sud- est et notamment en Thaïlande. Pour un éléphant cela paraît douteux compte tenu du symbole que représente un tel animal. Un éléphant de guerre tué durant une bataille et enterrée avec son chef de guerre ? Je divague bien sûr car nous ne pourrons pas en savoir plus sans une fouille détaillée du site.


La suite des événements appartient donc au Département des Beaux Arts qui en Thaïlande est le seul organisme habilité a menés des fouilles archéologiques, quelle soient programmées ou de sauvetage. La première étape consistera probablement en une fouille diagnostique qui permettra de connaître la nature du site et l'ampleur de la fouille à prévoir.  En attendant si jamais vous trouvez un os long dans votre jardin ou votre rizière, avant de crier au dinosaure, rappeler vous ceci :


- Premièrement on ne peut trouver du dinosaure que dans une zone contenant des roches dites "mésozoïque" c'est à dire correspondant à la période durant laquelle les dinosaures ont vécus sur Terre. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est finalement assez courant et étendue comme « zone », surtout en Isan.


- ensuite ces roches doivent être « continentales » c'est à dire quelles doivent s'être formées sur les continents de l'époque à partir des sédiments de l'érosion et ne pas être des dépôts de fonds marins d'époque (aucun dinosaure ne s'étant adapté à la vie marine). Ce type de roche est déjà plus rare.


- finalement, et c'est le point de cette affaire, on ne peut trouver du dinosaure que dans des zones à élévations moyenne voir fortes car il faut que l'érosion actuelle puisse mettre à jour de vaste zone rocheuse afin de simplement  « voir » le fossile.


Un peu partout en Isan les deux premiers points apparaissent clairement sur les cartes géologiques. Le troisième point lui est beaucoup plus localisé puisqu'en dehors des zones montagneuses et des collines témoins du relief passé, point d'affleurement propice à la découverte.


Revenons pour le coup sur l'histoire géologique qui explique un peu la spécificité de notre région.


Dés le Trias (2) l'Isan était un micro-continent perdu au milieu de la Téthys (3)

 

Thétis

 

mais lié à la Chine du sud. Bref une grosse île à très faible élévation globale mais avec possibilité d’une chaîne de montagne située quelque part et alimentant un vaste réseau fluvial. La pénétration de l'inde au milieu du continent eurasiatique a mis fin à cette isolation et a aggloméré tout un tas de micro-continents qui dérivaient vaguement. L'Isan s'est alors trouvé séparé de la Chine via une faille que suit aujourd'hui la rivière rouge, et s'est retrouvé par la même en position élevée (entre 100 et 200 m au-dessus du niveau de la mer). Cette position a donné au passage ce climat si particulier et ce biome (écorégion) de savane tropicale assez propices à la recherche de fossile (précipitation condensée sur une courte période de l'année, humidité réduite en milieu tropical). On remarquera aussi l'influence de l''homme qui s'est chargé au passage de la déforestation malheureusement nécessaire pour mettre à jour la roche contenant les fossiles.


J'aimerais rajouter un dernier point : cette histoire est due au fait qu'en Thaïlande la diffusion fut faite à grande échelle dés les premières découvertes et continue encore aujourd'hui, notamment grâce aux medias et aux musées. Tous le monde en Isan à déjà entendu parler de ce patrimoine et se montre intéressé par la question, à un moment ou à un autre, de prés ou de loin.


Cette découverte, triste ou pathétique pour ceux qui pensaient déjà à la découverte d’un « huaymekosaure » concurrençant le « phuwiangosaure », reste toutefois pour nous chercheurs une vraie richesse. En France, si l'on demande à un Audois ou un Montpelliérain où se trouvent les dinosaures, il y a de grande chance qu'il nous explique qu'après l’âge de 8 ans nous sommes censés nous intéresser à autre chose. Et pourtant tout comme en Isan, il marche dessus...


***

Merci à Romain de ces explications qui nous sont données en langage accessible aux néophytes que nous sommes. C’est un talent que ne partagent pas tous les spécialistes.


Bravo surtout d’avoir déniché au milieu de ce champ de boue dans lequel nous pataugions le 30 juin,

 

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ces morceaux de céramiques qui établissement que nous ne sommes probablement pas en présence d’un cimetière de dinosaures mais d’un site archéologique ou historique sur lequel les découvertes restent à faire.

 

Si lui, son épouse et leurs collaborateurs n’avaient pas été là, qui aurait accordé la moindre attention à cette vaisselle cassée ?

***

Dernières observation ? Cimetière d’éléphant ? Quelques vieux du village ont souvenir de l’ancien propriétaire de ce champs, mort depuis longtemps, qui aurait découvert il y a « soixante-dix ou quatre-vingt ans » au même endroit des ossements d’éléphants ? A l’époque, on ignorait évidemment à Huaymek ce qu’était un dinosaure.

***

 

Les paléontologues ont laissé la place aux archéologues qui étaient à pied d'oeuvre dès le lundi 7 juillet.


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Notons que les habitants du village organisent une surveillance officieuse en sus de la police pour éviter un éventuel pillage. 

Le lendemain, 8 juillet,  en fin de journée l'ossuaire est bien dégagé : 

 

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Le lendemain 9 juillet, les fouilles continuent sous la surveillance d'un jeune responsable :

 

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Le 10 juillet, dernier jour de fouilles, le soi un pick-up emporte les ossements, à Kalasin avons-nous cru comprendre ?


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Le 11 juillet au lever du jour, le site était propre comme un sous neuf, toujours protégé par son auvent et le panneau rappelant qu'il s'agit d'un "site ancien" quil est interdit de fouiller. L'affaire est évidemment à suivre.   


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Sans titre-1(1) กระทิง  (krathing) c’est le plus grand bovin d’Asie-du-sud-est, il n’en subsisterait plus en Thaïlande à l’état sauvage qu’une centaine d’individus probablement métissés d’espèces domestiques. Il en existe au moins un … en France (nous semble-t-il) mais naturalisé, au magnifique Muséum d’histoire naturelle de Bourges ! Voir notre article « A 93. Une chasse au buffle dans la région de Kalasin en Thaïlande ».


(2) 200 ou 250 millions d’années.


(3) La Thétis était un océan existant à l’époque du trias.

 

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 23:02

Bateau.jpgPour copier un titre du journal Le Monde.fr., qui reprend une enquête du journal britannique Le Guardian publié le 10 juin 2014, nous informant que  « Les crevettes (thaïlandaises) vendues dans les plus grands supermarchés américains et européens sont nourries de poissons pêchés par des migrants réduits en esclavage. »

« Le Guardian a recueilli les témoignages de plusieurs d'entre eux qui décrivent les conditions inhumaines dans lesquelles ils travaillent. Drogués, torturés, ils racontent comment ils ont été capturés puis vendus pour quelques centaines d'euros aux capitaines des bateaux qui fournissent les fermes de crevettes en poisson. L'un d'eux dit avoir vu entre quinze et vingt personnes tuées sous ses  yeux. » http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/06/11/l-arriere-gout-d-esclavage-de-la-crevette-thailandaise_4436055_3216.html  

                                               -----------------------------------------

Nous avions déjà traité ce sujet et dénoncé ces nouvelles formes d’’esclavage. Nous ne pouvons que vous inviter à le lire ou le relire : A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais. (Dimanche 22 septembre 2013) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html

 

                                                       ____________________________________

L’article du quotidien britannique : “Revealed: Asian slave labour producing prawns for supermarkets in US, UK” http://www.theguardian.com/global-development/2014/jun/10/supermarket-prawns-thailand-produced-slave-labour

 

 

 180426 des-birmans-travaillant-sur-un-bateau-de-peche-le-1e

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