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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 22:44

 

Le projet du « canal de Kra » tire son nom de l'isthme de Kra, (คอกคอดกระ) la partie la plus étroite de la péninsule malaise. La largeur est en effet de 60 km environ depuis Langsuan (ลังสวน) sur les rives du golfe de Siam jusqu’à Ranong (ระนอง) face à l’extrême sud de la Birmanie d’aujourd’hui. De tous temps, ce fut un point de passage pour les marchandises venues des Indes allant vers la Chine : les navires trouvaient un abri idéal et toujours aujourd’hui à l’embouchure de la rivière kraburi (กระบุรี) qui fait frontière entre la Birmanie et la Thaïlande (1).

 

Les marchandises suivaient alors la voie terrestre en empruntant probablement une route qui correspond partiellement à l’actuelle 4006 ...

 

 

 

 

 

.. pour rejoindre le site de Khaosamkaeo (เขาสามแก้ว) qui se trouve à proximité immédiate de Chumpon (ชุมพร),

 

 

 

 

....aujourd’hui à l’intérieur des terres, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Langsuan, où les fouilles conduites sous la direction de Mlle Bellina ont démontré la présence d’un important trafic commercial avec les Indes (2).

 

 

 

La baie de Chumpon est en effet beaucoup plus apte à abriter les navires que les rives sableuses de Langsuan.

 

Il est probable que les navires repartaient de là pour rejoindre le port d’Oc-éo.

 

 

 

 

C’est en effet le nom donné par l'archéologue français Louis Malleret à une ville découverte dans les années 1940 au sud de la province vietnamienne d’An Giang, située un peu au sud du delta du Mékong . Elle aurait été la ville portuaire la plus importante du royaume du Fou-nan et aurait existé entre le 1er et le VIIe siècle. 

 

 

 

Le passage des Romains y est attesté par la découverte de nombreuses monnaies, notamment une médaille d'Antonin-le-pieux qui mourut en 161 après J.C. Nous leur avons consacré un article (3).

 

 

 

L’isthme est étroit, certes, mais il constitue une barrière contre la navigation.  Il se révélerait le site le plus approprié pour creuser un canal reliant le golfe de Thaïlande à l'océan Indien pour contourner le détroit de Malacca ; ce projet raccourcirait la route maritime entre l’Inde et l’océan pacifique de 700 miles nautiques (i.e. environ 1.300 km) en évitant le passage par le détroit de Malacca qui est à l’heure actuelle l'un des points d'étranglement stratégiques les plus importants au monde pour la navigation.

 

 

 

Plus de 200 navires marchands y transitent chaque jour, dont les pétroliers qui répondent à la demande croissante de la Chine en pétrole importé et les gigantesques porte- containers. Le plus gros pétrolier au monde mesure 380 mètres de long sur 58 de large. Les plus grands porte–containeurs en font 400 sur 60 de large.

 

 

 

 

Les embouteillages y sont fréquents, ce sont ces difficultés similaires qui ont conduit l’Egypte à engager en 2015 des travaux pharaoniques pour élargir, approfondir et partiellement dédoubler son canal puisque jusque-là la navigation selon la taille de l’embarcation devait se faire à sens unique !

 

 

 

 

Le canal de Panama pour sa part a également été dédoublé et élargi après neuf ans de travaux terminés en 2016.

 

 

 

Si le creusement d’un canal pose toute une série de problèmes, techniques, notamment, sans parler des problèmes financiers, son histoire ou plutôt l’histoire de ce rêve, est ancienne (4).

 

 

 

 

Les premiers projets

 

Sous le règne de Naraï

 

Tous s'accordent à en attribuer l’idée au Roi Naraï qui en aurait demandé en 1677 l’étude à un ingénieur français, M. De La Mar. Celui-ci aurait trouvé la possibilité de creuser le canal à travers l'isthme de  Kra  depuis  Songkla  au sud du pays jusqu’à Tavoy (aujourd’hui Dawei) en Birmanie.

 

 

 

Idée singulière, puisque ce trajet ahurissant aurait traversé la péninsule du sud au nord jusqu’à Tavoy qui est à environ 400 km au nord de Ranong au lieu de la faire d’est en ouest ; mais on peut penser qu'il s'agit de toute évidence d'une erreur de plume. Ce projet partait de Songkhla (สงขลา) ou plus probablement encore de la rive ouest du grand lac de Songkhla (ทะเลสาบสงขลา) parfaitement navigable pour rejoindre la côte ouest en un endroit indéterminé, probablement le plus proche c’est-à-dire l’estuaire de Thungwa (ทุ่งว้า) qui sert toujours de port de pêche et d'abri pour les bateaux qui partent vers les îles. Il n’y a sur cette côte aucun lieu dont le nom se rapproche de près ou de loin à Tavoy. (5).

 

 

Il y a 100 km à vol d'oiseau de Songkla à Thungwa mais de la rive du lac de Songkla à l’entrée de l’estuaire de Thungwa  il n’y en a  que 70 avec peut-être un peu moins d’obstacles montagneux que dans les projets de la partie nord de l'isthme. Il est à noter que c'est  ce trajet que privilégient les projets modernes.

 

 

 

 

La France y aurait évidemment trouvé des avantages incontestables en faisant échapper son commerce aux contrôles des pays qui dominaient le détroit de Malacca.

 

La rupture des relations franco-siamoises après la mort de Naraï fit avorter le projet pour autant qu’il ait réellement existé. Les relations du Siam avec non seulement la France mais l’Occident seront rompues pendant un siècle.

 

 

Sous le règne de Rama Ier

 

En 1793, toujours selon nos différents auteurs, sous le règne du Roi Rama Ier, l’idée fut reprise par un frère du Roi qui y voyait un moyen rapide d'envoyer des troupes depuis Bangkok pour défendre les rives de la mer d'Andaman contre les Birmans .  C’était en tous cas la première fois qu’un argument de défense nationale était invoqué en faveur du projet (6). Mais la menace birmane devint moins présente après l’invasion du pays par la Chine en 1766. Le projet fut donc oublié jusque sous le règne de Rama IV.

 

 

Sous le règne de Rama IV

 

Les Anglais auraient obtenu de lui l’autorisation de creuser un canal depuis Ranong jusqu’à Chumpon considéré comme « le plus court chemin » par deux experts anglais, les capitaines A. Fraser et J.G Furlong dont les investigations se déroulèrent en 1863. Ce ne sont ni des géomètres ni des géographes mais des militaires, et le trajet qu’ils proposent est loin d’être le plus court,  depuis Chumpon  (à 60 kilomètres au nord de Langsuan) jusqu’à Ranong au sud-ouest, il y a 85 kilomètres à vol d’oiseau.

 

Les fouilles initiales auraient commencé mais auraient cessé lorsque les ingénieurs anglais s’aperçurent -un peu tard- qu’il existe à cette hauteur une chaine montagneuse dont les sommets culminent entre 800 et 1.500 mètres (7). Le colonel Anglais Bagges qui effectuait des investigations similaires en 1868 constata d’ailleurs que les deux capitaines s’étaient grossièrement trompés en attribuant à la chaine montagneuse une altitude totalement fantaisiste.

 

D’autres projets anglais (l’ingénieur Tremenheere, l’ingénieur Schomberg) ne pouvaient être raisonnablement retenus pour de simples raisons de bon sens, puisqu’ils se proposaient tout simplement, de percer la chaine montagneuse. Il y en a eu d’autres dont nous vous faisons grâce, querelles d’experts, le suivant dénigrant le précédant et étant dénigré par le suivant à son tour.

 

 

 

 

Les autorités anglaises étaient d’autant moins enclines à se lancer dans des travaux gigantesques qu’elles étaient devenues à cette heure totalement maitresse du détroit de Malacca.

 

 

 

En 1866, C’était au tour de la France de demander au Roi Rama IV l’autorisation de procéder aux travaux. Immense avantage pour elle évidemment pour rejoindre ses colonies d’Indochine ! Celui-ci refuse, le projet aurait porté une atteinte grave aux intérêts britanniques alors qu’il jouait de ses relations avec les Britanniques pour s’opposer aux ambitions françaises.

 

Sous le règne de Rama V

 

La donne va changer sous le règne de Rama V, monté sur le trône en 1868. A cette date, Ferdinand de Lesseps, fort du soutien de l’épargne publique, de celui de Napoléon III, malgré les obstacles techniques et la malveillance des autorités turques, égyptiennes et anglaises a réussi et terminé ce qui fut probablement le plus grand chantier du XIXème siècle, le Canal de Suez, inauguré en 1869.

 

 

 

 

La gloire des ingénieurs français est à son apogée. Le roi ne peut l’ignorer. La France reprend alors son projet, et aurait envoyé en 1881 Ferdinand de Lesseps, fort de son prestige, auprès du Roi Rama V . Après visite attentive des lieux, Lesseps aurait trouvé le projet parfaitement faisable mais il a alors d’autres soucis avec son canal de Panama dont les travaux ont commencé l’année précédente.

 

 

Le projet était-il techniquement réalisable ?

 

Il semble bien que oui. Le canal du midi fut creusé, 

 

 

 

 

le canal de Suez aussi

 

 

 

 

ainsi que celui de Corinthe

 

 

 

et celui de Panama et malgré les difficultés techniques que l’on sait, ils finirent par voir le jour.

 

 

 

Deux ingénieurs français paraissent avoir proposé des projets techniquement réalisables; toutefois leurs conclusions, différentes mais non contradictoires, dépassent largement nos compétences. Ils auraient utilisé en tous cas tous deux, autant que faire se peut, les cours d’eau déjà existant des deux côtés de l’Isthme et par quelques contours, auraient ainsi évité d’avoir à percer les montagnes. Les navires peuvent en effet remonter l'estuaire de la rivière kraburi (กระบุรี) sur une bonne quinzaine de kilomètres.

 

Léon Dru a de nombreuses références techniques, en France, en Algérie et en Russie (8). Le trajet qu’il préconise sur 109 kilomètres (Suez en a 165, Panama 73) est chiffré entre 80 et 100 millions de francs, beaucoup moins que Suez, 225 millions de francs. Si nous pouvons estimer un franc de 1860 à 3 euros de 2014, nous arriverions à un résultat de 300 millions d’euros mais cette comparaison est hasardeuse.

 

 

Et Charles Deloncle, qui aurait accompagné Lesseps lors de son voyage de 1881, avait un projet qui fut assorti de commentaires extrêmement flatteurs dans le « Bulletin de la société royale Belge de géographie » (9).

 

Mais à les en croire tous deux, et nous les croyons aveuglément, ces travaux auraient été une bagatelle par rapport à ceux réalisés par le titan de Suez !

 

 

 

Le projet était-il rentable ?

 

Voilà bien une question à laquelle il est difficile de répondre  sauf à raisonner par analogie, ce qui n’est pas forcément la meilleure forme de raisonnement. Le Canal de Suez qui a coûté 225 millions de francs a fait les délices des actionnaires d’origine (10).

 

 

 

 

Depuis sa nationalisation en 1956,  en 2014, avant les travaux, celui-ci rapportait 5 milliards de dollars par an. Après les travaux, le gouvernement égyptien annoncé qu’il attendait un profit annuel de 13,2 milliards de dollars en 2023  après qu’il en rapporte en moyenne 5,5 milliards. 

 

Le coût du péage varie de 500 dollars pour un voilier de plaisance à 70.000 dollars pour un cargo de taille moyenne et 500.000 dollars pour un énorme porte-container, lesquels transportent en général une cargaison « pesant » un bon milliard de dollars. Le passage du porte-avion Clémenceau a été facturé 200.000 dollars (11).

 

 

 

 

A Panama, largement amorti bien que ce fut un énorme gouffre financier, un voilier de plaisance paye 600 dollars, un bateau de marchandises moyen paye 30.000 dollars et le passage du Queen Mary II  fut taxé à 220.000 dollars. Même les fantaisistes qui le suivent à la nage sont taxés à leur poids, quelques dizaines de dollars.

 

 

 

 

Il ne faut toutefois pas perdre de vue l’aspect financier et les surprises qu’il réserve : Pour le canal du midi, le budget initial passa de 7 à  18 millions de livres. Il en fut de même pour le Canal de Corinthe qui pourtant mesure moins de 7 kilomètres. Pour la rénovation du Canal de Suez, les prévisions de 4 milliards de dollars montèrent jusqu’à 8. Pour le nouveau Canal de Panama, de 3,1 milliers de dollars, on atteint 6. Il y a là de quoi faire réfléchir les investisseurs potentiels et par ailleurs s’interroger sur les compétences des ingénieurs.

 

 

Il est bien évident qu’à plus ou moins long terme un tel projet aurait donc  pu être rentabilisé... s’il n’y avait actuellement un énorme problème du à la construction de navires de haute mer de plus en plus gigantesques. C’est un calcul économique effectué par les armateurs : payer 500.000 dollars pour le passage à Suez ou en payer la moitié moins en choisissant la route du Cap de Bonne-Espérance. Que valent ces chiffres ?

 

En tous cas il est certain que l’on a assisté ces toutes dernières années à d’incontestables bouderies du canal par les armateurs européens. Mais ce ne sont pas ces questions de profit qui ont motivé le refus royal.

 

 

 

Le refus royal.

 

Rama V ne raisonnait pas en termes de rentabilité, descendant d’une dynastie de bâtisseurs et bâtisseur lui-même,  et il n’était probablement pas hostile au principe du projet mais encore faudrait-il pouvoir vérifier sur des sources siamoises. Il a surtout à cette date de bien plus graves soucis : le danger le plus pressant pour son pays, ce sont les Français. Ils sont maîtres de la Cochinchine, du Laos et du Cambodge et au « parti colonial », on considère que la carte de l’Indochine française serait fort belle si le Siam s’y trouvait inclus.

 

 

 

 

Pourquoi Rama V l’a-t-il refusé ?

 

Il y a une raison primordiale et d’évidence : Il doit respecter ses accords secrets passés avec l’Angleterre !

 

Le percement du canal aurait de toute évidence anéanti la prééminence maritime de Singapour, colonie anglaise, alors que le Roi a besoin des Anglais pour faire face aux tentatives hégémoniques de la France. Les Anglais ont donc pris leurs précautions et ont tout fait pour que le canal ne soit construit, s’il devait l’être, par aucune autre puissance que l’Angleterre. Ces dispositions résultent des accords secrets passés avec les Britanniques : L’article Ier du traité anglo-siamois du 31 mai 1896 réitéré le 6 avril 1897 précise « Le roi de Siam s’engage à ne céder ou aliéner à aucune autre puissance aucune de ses droits sur quelque partie que ce soit de ses territoires ou îles situés au sud du Muong Bang Tapan » (en réalité Ban Sapan, à 150 km au nord de Langsuan). « Le roi de Siam s’engage à ne pas concéder, céder ou affermer de privilège ni d’avantage spécial, dans les limites susmentionnées, au gouvernement ou aux sujets d’une tierce puissance sans le consentement préalable écrit du gouvernement britannique ».

 

Ces dispositions formelles ne sont toutefois que la concrétisation de nombreuses correspondances échangées entre les Siamois et les Britanniques depuis 1893.

 

Elles seront réitérées dans le traité du 10 mars 1909 par lequel le Siam cédait à la Grande-Bretagne les états malais de Kelantan, Kedah, Trengganu et Perak. Le Siam n’avait donc aucune autre porte de sortie que de procéder lui-même au percement de l’Isthme ce dont il n’avait probablement pas les moyens financiers.

 

Elles le furent encore à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors du traité de paix anglo–siamois signé à Singapour le er janvier 1946 : « Le Siam s’engage à ne pas percer l’isthme de Kra sans l’accord de la Grande-Bretagne ». Cette disposition ne fut révoquée qu’en 1954 (13).

 

 

Il y a une autre raison d’évidence qui n’a probablement fait que conforter la décision royale : l’existence du canal reviendrait tout simplement à couper le pays en deux. La construction du canal de Panama a entraîné directement ou non la constitution de la république de Panama, création américaine qui n’avait aucune justification historique, au détriment de la Colombie. C’est à partir des environs de Chumpon que l’on voit dans les villages de moins en moins de Chedis et de plus en plus de minaret, avant même de rejoindre les provinces du sud majoritairement mahométanes. C’est là que commence le sud musulman que le canal isolerait physiquement… Une barrière liquide de 58 mètres de large et 8 mètres de profondeur selon le seul projet de Dru.

 

 

 

La nouvelle donne

 

N’épiloguons pas sur la suite, de nombreuses tentatives ont été menés notamment dans les années 1970-1990 contre lesquelles on évoque le plus souvent la crainte de voir isoler physiquement tous les districts à majorité musulmane, et ce d'autant que les projets les plus récents reprennent le trajet du plein sud (celui de Del Mar) mais sur une largeur d'emprise de 400 mètres.

 

La situation politique de la Thaïlande à ce jour ne paraît pas favorable à la réalisation de ce projet ! Bien au contraire, ses experts examineraient des alternatives de transport terrestre contre un canal projeté de 97 km de long traversant l'isthme de Kra, anéantissant les espoirs de la Chine qui souhaitait une alternative stratégique et économique au détroit de Malacca. Serait envisagé en effet la construction de deux ports en eau profonde, un de chaque côté de l'isthme, reliés par route et par rail.

 

C’est la solution qui existait du temps d’Antonin le Pieux !

 

 

 

 

Ce choix pourrait réduire d'environ deux à trois jours le trajet en mer du voyage entre l'Asie de l'Est et le golfe du Bengale, il ne fournirait pas de raccourci pour les navires militaires ou les pétroliers et porte-containeurs géants mais à tout le moins désengorgerait Malacca. « Utiliser une route alternative à travers la Thaïlande réduirait le temps d'expédition de plus de deux jours, ce qui est très précieux pour les entreprises » a déclaré le ministre des Transports Saksiam Chidchob dans une interview accordée à Bloomberg (14).

 

 

 

 

Sans précisions chiffrées disponibles, les travaux se limiteraient donc à l’aménagement  du port de Ranong sur la côte ouest

 

 

 

 

.....et de celui de Chumphon sur la côte est,

 

 

 

 

à un élargissement du réseau routier déjà existant, à la construction d’une voie ferrée et éventuellement d’un oléoduc traversant la péninsule.

 

Cette solution s’oppose à la vulnérabilité stratégique d’un canal qui couperait en deux une Thaïlande en isolant les provinces du sud en proie à une agitation séparatiste qui mijote depuis des dizaines d’années. Le Roi Rama IX y a toujours été hostile. Par ailleurs une participation étroite de la Chine au financement constituerait une intervention étrangère dans les affaires intérieures du pays. Si le Colonel Nasser a pu se débarrasser non sans mal et au prix d’une guerre même perdue mais gagnée diplomatiquement du poids anglo-français en nationalisant brutalement le Canal, comment la Thaïlande résisterait-elle au poids du pays le plus puissant économiquement et militairement de la région ? Le financement de l’extension du Canal de Panama s’est fait au vu d’un référendum et a été effectué essentiellement par l’épargne de sa population hors intervention américaine, On peut penser que l’appel à l’épargne des Thaïs ne recevrait pas un accueil favorable quand l’on voit les réactions hostiles suscitées par le projet  abandonné d’achat pour 724 millions de dollars de deux sous-marins à la Chine à une époque où l’économie du pays est durement touchée par les conséquences de la pandémie mondiale.

 

On peut donc encore reprendre le mot de Mimpi Yang Tidak Kesampaina : Quatre siècles plus tard, le rêve est toujours insaisissable (the elusive dream) (4).

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir « Échanges préhistoriques et métissage culturel entre l’est de l’océan indien et la mer de Chine » Bérénice Bellina, 4ème Congrès du Réseau Asie & Pacifique à 14-16 sept. 2011, Paris.

 

(2) « Le port protohistorique de Khao Sam Kaeo en Thaïlande péninsulaire » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient ». Tome 89, 2002. pp. 329-343. Voir le site du musée national de Chumpon :

http://www.nationalmuseums.finearts.go.th/thaimuseum_

eng/chumphon/history.htm

Le site a été largement dégagé par le typhon «  Gay » (sic) de novembre 1989 qui a ravagé la région en tuant malheureusement plus de 800 personnes. Un événement que passent soigneusement sous silence les guides qui vantent les charmes touristiques  de Chumpon !

 

 

(3) Voir Louis Malleret « Les fouilles d'Oc-èo (1944). Rapport préliminaire » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 45 N°1, 1951. pp. 75-88. « La glyptique d'Oc-èo » In «  Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres » 93e année, N. 1, 1949. pp. 82-85. «  Aperçu de la glyptique d'Oc-èo » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 44 N°1, 1951. pp. 189-200.

 

Paul Lévy « Fouilles d'époque romaine faites aux Indes françaises et en Indochine à Virapatnam et à Oc-Eo » In  « Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », 90e année, N. 2, 1946. pp. 227-229.

 

Notre article A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a189-des-commercants-romains-sont-ils-venus-au-siam-au-debut-de-notre-ere.html

 

(4) Voir en particulier : 

« The Kra Canal and thai security » par Amonthep Thongsin, (Lieutenant de la marine royale thaïe), Thèse publiée sous l’égide de la «  NAVAL POSTGRADUATE SCHOOL » Monterey, California (Université dépendant de l’US NAVY)

ou encore  « Kra canal – 1804 – 1910, the elusive dream » par Mimpi Yang Tidak Kesampaina, in « Akademika » 2012 qui donne une liste probablement exhaustive des multiples projets

ou encore « La péninsule malaise au seuil du XIIIéme siècle » par Michel Jacq Hergoualc’h in « Aséanie » tome 14, 2004

ou encore « Les nouvelles conquêtes de la Science – Isthmes et canaux » par Louis Figuier, 1884

 

 

 

ou enfin « Les projets de percement de l’Isthme de Kra et leur histoire » par I.O. Lévine in « Affaires étrangères, revue mensuelle de documentation internationale et diplomatique », février 1937.

 

(5) Bien que le nom de cet ingénieur, orthographié de façon différente (Delamarrede Lamar, etc..) se retrouve souvent, nous n’en avons trouvé aucune trace dans aucun des mémoires des contemporains, ce qui est tout de même singulier. Les références que cite le Lieutenant Thongsin en particulier nous ont semblé légères à tout le moins, mais il fait œuvre de stratège et ne prétend pas faire œuvre d’historien. Ceci dit, les ingénieurs français étaient parfaitement capables de réaliser cette prouesse technique : Dix ans auparavant avaient commencé les travaux de percement du « Canal du Midi » certainement le plus énorme chantier de tout le XVIIème siècle : 240 kilomètres pour 18 millions de livres de l’époque (équivalent probable mais certainement approximatif, 9 milliards d’euros 2014) et d’inimaginables prouesses techniques (64 écluses !).

 

(6) Cet argument stratégique est repris avec passion par le Lieutenant Amonthep Thongsin mais celui-ci, soucieux de la sécurité de son pays, l’est moins de ses finances.

 

(7) On peut s’interroger sur les compétences de ces ingénieurs anglais ? La route qui relie la côte ouest depuis Ranong jusqu’à Langsuan est vieille comme le monde, connue peut-être depuis Ptolémée (c’est l’actuelle 4006) et point n’est besoin d’être géomètre pour constater qu’elle franchit une chaine montagneuse ! Leurs conclusions se bornèrent à dire que construire une voie de chemin de fer sur ce trajet serait moins coûteux que de creuser un canal.

 

(8) « Projet de percement de l’isthme de Krau » présenté à la « société des ingénieurs civils » et à la « société académique indochinoise », publié dans le bulletin de cette dernière en 1883.

 

(9) « Le percement de l’isthme de Kra » in « La nouvelle revue » 1882 et « Bulletin de la société royale Belge de géographie » livraison de 1885.  

 

(10) Un peu moins de 200 km, 10 ans de travaux pour un coût qui aurait été de 225 millions de francs totalement financés par les épargnants français. 1.500.000 égyptiens y ont travaillé mais le coût en vie humaines aurait été énorme : 125.000 fellahs y auraient trouvé la mort (chiffre lancé par le Colonel Nasser lors de la nationalisation de 1956, mais probablement exagéré.)

 

 

 

 

(11) Tarifs disponibles sur de nombreux sites de marins amateurs ou pas, par exemple :

http://www.meretmarine.com/fr/content/les-tarifs-du-canal-de-suez-augmentent-en-moyenne-de-28

 

(12) Même « Eurotunnel » y est arrivé en 2013.

 

(13) « The anglo-siamese secret convention of 1897 » par Thamsook Nunmonda in « Journal of the Siam society »  volume 53 de 1965 et l’article de Philippe Mullender « L’évolution récente de la Thaïlande » in « Politique étrangère », n° 2, 1950.

 

(14) Voir à ce sujet :

 https://forum.thaivisa.com/topic/1181431-thailand-takes-a-step-back-from-kra-canal-proposal/

 

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 22:38

 

 

Nul ne connaît encore toutes les conséquences  économiques, sociales et sanitaires de la pandémie du covid-19 en cette année 2020, mais tous les pays savent qu'elles seront importantes et tragiques pour tous les pays touchés et surtout pour les populations les plus pauvres. Si en ce mois d'août 2020, la Thaïlande a jugulé la pandémie, elle  est  l’une des économies asiatiques les plus affectées par la récession déclenchée par le Covid-19. Surtout comme nous le rappelle Jean-Raphaël Chaponnière dans son article « Coronavirus : la pauvreté s'installe en Thaïlande », l’économie thaïlandaise n’était pas en bonne santé au début 2020 et sa croissance est inférieure à la moyenne de l’ASEAN depuis plusieurs années (1).

 

 

 

La politique menée par le gouvernement contre le covid-19 a été certes efficace, puisque en cette fin du mois d'août 2020, la Thaïlande  a recensé 3.411 cas, dont 3.252 ont été rétablis et 58 sont morts. (Au 31/08/2020). (2) Mais il n'est pas inutile  de rappeler que les mesures gouvernementales furent d'autant plus efficaces, qu'en Thaïlande on ne se serre pas la main et on ne se fait pas la bise, on fait le wai pour se saluer, remercier ou montrer son respect,

 

 

 

 

.... et que  la population a adopté de suite de façon volontaire le port du masque, et a bien volontiers respecté les contrôles sanitaires avant d'entrer dans les lieux clos, en sachant que masques et gel hydro alcoolique n’ont quasiment jamais manqué dans le royaume.

 

 

 

 

Le port du masque n’est d’ailleurs pas une réelle nouveauté, beaucoup déjà le portaient notamment à Bangkok ou dans d’autres villes (Chiangmaï en particulier) oú la pollution atmosphérique est intense. Les motocyclistes le portent d’ailleurs plus volontiers que le casque.

 

 

 

Mais sans refaire tout l'historique des mesures prises depuis l'état d'urgence internationale déclaré par l'OMS le 30 janvier 2020, le gouvernement thaïlandais a pris des mesures drastiques, surtout à partir du mois de mars, lorsque deux foyers de contamination sont apparus (un combat de boxe au stade Lumpini à Bangkok et dans un bar du quartier de Thonglo) , avec la fermeture décidée des écoles et universités dans tout le royaume le 18 mars, puis le 23 mars, les centres commerciaux, attractions touristiques, restaurants et bars de Bangkok qui seront suivies par l’ensemble des provinces du pays, avec  la fermeture des frontières. Le 26 mars, la Thaïlande déclarait l’état d’urgence et recommandait vivement à la population de rester à la maison et le 2 avril, un couvre-feu de 22h à 4h était mis en place. (L'état d'urgence est prolongé jusqu'à la fin septembre 2020) (1)

 

 

 

 

L’état d’urgence proclamé  imposait des conditions strictes pour les voyageurs et rendait le pays quasiment impossible d'accès, sans compter les restrictions prises par les autres pays et par leurs propres compagnies aériennes. (Selon un indicateur du FMI, les réservations hôtelières ont chuté, jusqu'à 70% en avril, et les vols internationaux jusqu'à 80%, à l'échelle planétaire »). Tous les événements prévus furent annulés et le gouvernement ira jusqu'à interdire les célébrations du Nouvel An bouddhique, Songkran, (13-15 avril), pendant lesquels des millions de Bangkokois rentrent en province.

 

 

 

Toutefois ces mesures bien qu'efficaces n'ont pas empêché- on s'en doute- les conséquences économiques et sociales dramatiques qui touchent le pays et ses habitants, surtout dans la mesure où la Thaïlande dépend fortement des exportations et du tourisme international.

 

 

 

Si tous les pays « touristiques » vont être touchés, une étude du FMI de début août a constaté que  la Thaïlande sera le pays qui en souffrira le plus, en termes de balance des paiements. Le manque à gagner en 2020 devrait peser 6% du PIB. À titre de comparaison, l'étude indique que « La France, pays fortement dépendant de l'industrie touristique, tire plutôt bien son épingle du jeu et devrait limiter ses pertes à 0,5% du PIB.» Il est à craindre que cela soit pire, dans un pays où le tourisme représenterait près de 14% voire 18% ou 20% du PIB, selon les sources, et au vu de l'activité souterraine. Mais il est sûr que son industrie est quasi à l'arrêt en ce mois d'août et que le gouvernement n'envisage qu'une faible ouverture aux touristes étrangers en octobre pour Phuket avec des conditions sévères qui devraient attirer peu de monde. (quarantaine entre autres, un mois de séjour obligatoire, limitations de déplacement) avec des informations plus ou moins contradictoires selon les jours.

 

 

 

Si la Thaïlande avait reçu près de 40.000.000 de touristes en 2019, combien seront-ils à la fin de l'année 2020 ? 8.000.000 ? 10.000.000 ? Les plus optimistes en espèrent 14.000.000, ce qui ferait déjà une chute brutale de 65 % qui  ramènerait la Thaïlande à son niveau d’il y a dix ans. Il est probable que cela sera moins et entrainera la fermeture de près de 60% des entreprises du secteur, et des six millions de la population qui vivent du tourisme -dans la mesure où ce chiffre correspond à la réalité eu égard à la difficulté de déterminer le pourcentage réel de l’activité touristique-, combien garderont leur emploi ?

 

 

 

 

La crise du covid-19 va aussi fortement impacté l’industrie manufacturière et plus spécifiquement  les secteurs de l’électronique et de l’automobile, ainsi que l'agriculture.

 

 

Tous les secteurs des exportations de produits manufacturés ont subi une forte baisse. (-27,0% en glissement annuel en mai (…) La récession est principalement attribuable aux exportations vers les trois principaux partenaires commerciaux, dont l'UE (-40%), les États-Unis (-17,3%) et le Japon (-24,2%). ) (3)

 

 

 

 

 

Mais les secteurs de l’électronique et de l’automobile, qui représentent 30% des exportations, et  comptent deux millions de travailleurs (sur 4,5 millions dans l’industrie manufacturière), seront les plus touchés. L'agriculture qui emploie le tiers de la population au travail, même si elle ne compte que pour 9 % du PIB,  va aussi souffrir de la baisse des exportations des produits agro-alimentaires qui représentaient en 2019 plus de 12 % des postes d'exportation, (Après la sécheresse qui a sévi en 2019).

 

 

 

 

Ainsi par exemple, l'étude du service économique de l'Ambassade de France en Thaïlande du 13 avril  2020, nous informe  que « La Chine étant le premier partenaire commercial de la Thaïlande, le ralentissement de sa croissance économique (niveau le plus bas depuis 27 ans en 2019) –sur fond de tensions commerciales avec les Etats-Unis –a pesé sur les relations commerciales. La demande chinoise pour les produits thaïlandais a ainsi reculé de 3,2%. Les exportations de produits agricoles (-26 % pour le riz, -10 % pour le caoutchouc) et industriels (-7 % pour les produits électroniques, -3 % sur les automobiles, -6 % pour les machines et équipements) ont été particulièrement touchés ».  (4)

 

 

 

La moitié de la production automobile était exportée, (voire plus : En 2015, 1 204 895 voitures étaient exportées sur une production de 1 915 002. Le pays a eu une production totale en 2019 de 2 013 710 automobiles et 1 948 046 motocycles.) et  en 2020, un article de Bangkok Post nous apprend que « la production automobile de la Thaïlande en avril 2020 a atteint son plus bas niveau en 30 ans avec 24 711 unités dans un contexte de faible demande mondiale, d’arrêts d’usines et de licenciements généralisés ». Une déclaration de  la Fédération des industries thaïlandaises (FTI) confirme que « L’industrie automobile pourrait ne pas atteindre le seuil de 1 million d’unités cette année, ce qui serait une baisse de 50% par rapport à 2019 ». (In « Le Petit Journal ») Outre la perte  financière pour un secteur qui représentait environ 10 pour cent du PIB du pays, des observateurs estiment que 70 % de ses travailleurs (sur env. 7% de l'emploi total) risquent de perdre leur emploi. (5)

 

 

L'Électrique et l'électronique équipement sont également un important secteur d'exportation de la Thaïlande, puisqu'ils  représentaient environ 15% des exportations totales. Elle assemble des composants et fabrique près de la moitié des lecteurs de disques vendus dans le monde. (1) Déjà en mai les exportations d'appareils électriques chutaient de -31,7% en glissement annuel et les exportations d'électronique de -14,6% en glissement annuel. (3) A combien sommes-nous aujourd'hui ?

 

 

Pour les non-spécialistes que nous sommes, nous n'avons pas (encore) eu accès à d'autres informations plus récentes.  Même  Jean-Raphaël Chaponnière, dans son article daté du 25 juillet 2020 (1), en est resté au mois d'avril : « Les exportations ont chuté de 30 % en avril, et la Banque de Thaïlande prévoit qu’elles diminueront de 9 % sur l’année et que les importations chuteront de 15 %.».

 

 

 

 

Le covid-19 va aggraver les inégalités sociales et la situation des plus pauvres.

 

 

Il ne faut pas oublier que la Thaïlande est l'un des pays les plus inégalitaires au monde avec près de 70% des richesses du pays détenues par 1% de la population, et que 50% des Thaïlandais les plus pauvres détiennent  seulement 1,7% de la richesse du pays. Nul doute que l'épidémie du covid-19 va aggraver cette situation, avec le déclin de l'activité économique, la perte massive d'emplois et de revenus,  surtout dans un pays, nous dit   Jean-Raphaël Chaponnière, qui compte une économie informelle de 17 millions de salariés et de 21 millions de travailleurs. Il estime que « près de 8 millions ont été directement touchés par la crise, soit qu’ils aient perdu un emploi soit que leur revenu ait diminué parce qu’ils travaillent moins, ou parce qu’ils reçoivent moins de transfert de leurs enfants vivant en ville ou à l’étranger. ».

 

 

 

Nous avions déjà dans un article consacré à « La situation des  vieux paysans de Thaïlande » (6) rappelé qu' « env. 60 % des travailleurs thaïlandais sont des travailleurs informels c’est-à dire non légalement déclarés (avec 93 % dans l’emploi agricole !); sachant que « l’emploi informel en Thaïlande est historiquement associé à des rémunérations plus faibles, une  plus grande insécurité économique, l’exclusion des droits garantis par la législation du travail, ou leur faible application  dans les domaines de la sécurité au travail, de la santé et de la retraite » (Bruno Jetin (6) ), dans un pays où la population rurale compte  50 % de la population en 2019 et où le salaire journalier minimum est fixé à 300 baths (env. 8 euros), et que la retraite gouvernementale mensuelle touchée par les vieux est de 600 baths et de 1000 baths à 70 ans ! Nous avions montré que  dans un milieu déjà pauvre,  la misère des vieux paysan(n)es thaïlandais(es) (10% de la population) ne peut l’être que davantage.

 

 

 

Ceci d'autant plus, que cette part de leur modeste revenu n’est que la deuxième source de revenus après l’aide reçue de ceux qui sont partis à l'étranger, leur famille, et/ou de leurs filles parties dans les usines ou les chantiers de Bangkok, voire les différents bars, massages, karaokés ... Et avec l’âge, du fait de leur difficulté à travailler, les vieux sont encore plus dépendants de ces ressources extérieures pour survivre, en sachant que presque 20 % ne reçoivent rien de leurs enfants et qu'on peut considérer qu’ 1/3 sont dans la pauvreté absolue. (Cf.  Bruno Jetin (6))

 

 

Nous avions aussi « découvert » avec l’étude de Jacques Ivanoff, « Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ? » (Cf. Notre article 7) un phénomène d’une importance majeure : qu'en trente ans,  le nombre de réfugiés, et de travailleurs immigrés (légaux et surtout illégaux) était  passé de quelques centaines de milliers à environ 5 millions dans le sud de la Thaïlande, qui alimentent en main d’œuvre (légale et illégale) de nombreux secteurs de l’ économie du sud, comme la pêche hauturière, l’aquaculture de la crevette, les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas … Ils seront sans nul doute fortement impacté par cette crise. Déjà en mars, avant l'annonce éminente de la fermeture des frontières terrestres du Laos, du Cambodge et de la Birmanie,, des milliers de travailleurs précaires pour ne pas dire illégaux ont fui pour rejoindre leur pays.

 

 

De plus, à ces situations dramatiques, il faudrait ajouter l'impossibilité pour beaucoup de rembourser leurs dettes (80 % du PIB thaïlandais)  et pour beaucoup  de diminuer leur consommation qui est le principal moteur de l’économie (48 %) (2). D'ailleurs, les restrictions à la mobilité et le respect des gestes barrières ont freiné la consommation (restaurants, spectacles, achat de voitures ou de motocyclettes, etc.)

 

 

 

 

 

Pour faire face à cette crise sociale, le gouvernement  a pris des mesures, mais celles-ci sont insuffisantes. Jugez plutôt.

 

Jean-Raphaël Chaponnière, nous apprend que « le gouvernement a adopté un plan de relance équivalant à 12 points de PIB. Un quart reviendra au tourisme et un autre à des mesures sociales via des « cash transfer » assez modiques : une allocation de 5.000 bahts mensuels (140 euros) pendant trois mois pour les 15 millions d’auto entrepreneurs ou de salariés licenciés, 15.000 bahts de compensation pour les salariés, 5.000 baths pour les agriculteurs et 1.000 baht par mois pour les séniors. »

D'autres mesures ont été prises  comprenant des prêts à taux réduit d'une valeur de 150 milliards de bahts, l'extension du remboursement de la dette, des avantages fiscaux, y compris la réduction des retenues à la source,  une restructuration des prêts aux PME, etc. (8)

 

Mais si nous n'avons pas la compétence d'évaluer l'impact de ces transferts,  la Banque mondiale a estimé que le nombre de personnes vivant avec moins de 170 baths (4,5 euros) par jour va doubler et atteindra 9,7 millions au second trimestre.

 

 

 

 

De plus, la démission mi-juillet de 5 ministres de l’équipe économique du gouvernement  dont le célèbre ministre thaïlandais des Finances, Uttama Savanayana, suivie peu après par le ministre du travail ne peut, pour le moins, qu'inquiéter sur l'efficacité des mesures prises et annonce outre une crise sérieuse au sein du gouvernement, des conséquences dramatiques pour la majorité des Thaïlandais. (9) (Le nouveau ministre des Finances Predee Daochai nommé le 12 août a démissionné le 1er septembre!)

 

 

 

 

Et on pourrait dépeindre des  situations de détresse inédites aux quatre coins du pays, où nombre de Thaïlandais et de travailleurs migrants doivent faire la queue pour simplement manger. (Cf. Le témoignage de Sunai Pasuk, Représentant de Human Rights Watch (HRW) pour la Thaïlande) (10) ).

 

 

 

 

Et ce ne sont pas les propos tenus par Tanes Petsuwan, député-gouverneur à l’autorité du tourisme de Thaïlande, qui va rassurer :

 

« C’est la pire situation que l’industrie ait jamais connue, pire que la crise financière de 1997, le tsunami de 2004, les épidémies de Sras, de MERS, de grippe aviaire, pire que les troubles politiques. Nous avons surmonté toutes les crises précédentes en moins d’un an, mais pour celle-ci, l’incertitude est très forte, nous pourrions ne jamais atteindre à nouveau les chiffres de fréquentation pré-Covid. » (10)

 

 

 

Peut-on prévoir les suites si nous pouvons déjà en constater les conséquences ? John Stuart Mill disait que l’obstacle majeur dans ce qu’il est convenu d’appeler par abus de langage « la science économique »  vient de la difficulté de faire des expériences sur les phénomènes sociaux en raison de la multitude de paramètres à prendre compte et de leur mouvance permanente. La reproductibilité devient alors impossible, « parce qu’il serait impossible de reconnaître et d’enregistrer tous les faits de chaque cas, et, aussi, car prisonnière de l’exigence d’un temps d’analyse très long, les conditions se créent et s’annihilent au fur et à mesure » (11). Il y a beaucoup de spécialistes de la boule de cristal qui parent leurs schémas d’équation mathématiques alors que si en mathématiques 2 plus 2 font toujours 4, il n’en est pas de même en matière de « science » économique. 

 

 

 

N’étant ni l’un ni l’autre experts en économie, nous ne sommes pas non plus experts autoproclamés en virologie. Et- bien que ce ne soit pas l’objet essentiel de cet article, constatons qu’à ce jour, nous ne connaissons pas l’origine réelle de cette pandémie. Les Chinois et leur pangolin ont été initialement incriminés, nous en avons parlé avec un certain sourire (12).

 

 

 

 

Les théories « complotistes » fleurissent. Un siècle plus tard, nul n’a jamais déterminé l’origine de la grippe injustement dite « espagnole » qui a fait des dizaines de millions de mots en 1919. Il en est de même pour cette pandémie à cette heure.

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

 

(1) Article de Jean-Raphaël Chaponnière, in Asialyst : « Coronavirus : la pauvreté s'installe en Thaïlande »,  https://asialyst.com/fr/2020/07/25/coronavirus-pauvrete-installe-thailande/

 

(2) https://lepetitjournal.com/bangkok/covid-19-pourquoi-la-thailande-deplore-t-elle-aussi-peu-de-deces-277938

 

 

(3) « La contraction a été observée dans tous les articles et a été principalement entraînée par une nouvelle baisse des exportations de véhicules et de pièces automobiles (-56,6% en glissement annuel), de produits pétroliers (-31,3% en glissement annuel) et d'appareils électriques (-31,7% en glissement annuel). Les exportations d'électronique ont chuté avec une forte baisse de -14,6% en glissement annuel, en baisse sensible par rapport à + 4,6% en avril. »

 http://www.gavroche-thailande.com/actualites/conomie/112388-tha-lande-conomie-comment-le-coronavirus-a-tue-les-exportations-thailandaises

 

(4) Cf. L' Étude du service économique de l'Ambassade de France en Thaïlande du 13 avril  2020.

https://www.tresor.economie.gouv.fr/PagesInternationales/Pages/9d9f42f8-5b00-4da0-982e-820f66065149/files/3dc1eb27-fc55-42ff-b6d2-a78f7d449503

 

(5) Cf.  https://fr.qwe.wiki/wiki/Automotive_industry_in_Thailand

https://www.bangkokpost.com/business/1921664/30-year-low-for-car-output

 

(6) A127. La situation des  vieux paysans de Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a127-la-situation-des-vieux-paysans-de-thailande-119880727.html

 

Basé sur l'article de Bruno Jetin, Le développement économique de la Thaïlande est-il socialement soutenable ? In Thaïlande contemporaine, sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011.

 

(7) A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

 

Basé sur l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?

In http://transcontinentales.revues.org/791

Transcontinentales [En ligne], 8/9 | 2010, document 6, mis en ligne le 31 décembre 2010.

 

(8) Voir la liste des mesures socio-économiques prises par le gouvernement :

http://www.gavroche-thailande.com/actualites/conomie/111946-tha-lande-coronavirus-voici-la-liste-des-mesures-socio-economiques-prises-par-le-gouvernement

Mesures fiscales et de contrôle en réponse au Covid-19 en Thaïlande : https://lepetitjournal.com/bangkok/mesures-fiscales-et-de-controle-en-reponse-au-covid-19-en-thailande-276713

 

(9) Avec le ministre des Finances s’en vont le vice-Premier ministre Somkid Jatusripitak, ainsi que le ministre de l'Énergie, Sontirat Sontijirawong, le ministre de l'Enseignement supérieur, des Sciences, de la Recherche et de l'Innovation, Suvit Maesincee, et le secrétaire général adjoint du Premier ministre en charge des affaires politiques, Kobsak Pootrakool.

 

(10) Covid-19 : La Thaïlande assommée par l’arrêt des échanges internationaux

dimanche 2 août 2020, par SIEGEL Laure

in http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article54477

 

Représentant de Human Rights Watch (HRW) pour la Thaïlande, Sunai Pasuk dépeint une détresse inédite aux quatre coins du pays : « Dans les villes au nombre de travailleurs migrants élevé, comme dans les ports de pêche à Samut Prakan, les zones touristiques telles que Phuket ou le long de la frontière avec la Birmanie, ils ont été les premiers à être licenciés. Puis ça a été au tour des Thaïlandais. Je suis originaire de Phuket, une des provinces les plus riches, et c’est la première fois de ma vie que je vois les gens faire la queue pour manger. Trois fois par jour, ils doivent s’aligner pour manger. Rien que dans le quartier rouge de Patpong à Bangkok, 500 travailleurs du sexe ont encore besoin d’être nourris quotidiennement. Ce n’est plus viable. »

Des artères commerçantes de Bangkok, Phuket, Chiang Mai, Pattaya, Koh Samet, Koh Samui et des dizaines d’autres îles se sont transformées en quartiers fantômes et les panneaux « for rent » ou « for sale » se multiplient sur des rideaux de fer tirés. »

 

(11) John Stuart Mill, Système de Logique déductive et inductive,  le texte est de1843

 

 

.

 

(12) Voir notre article A 364- PITIÉ POUR LE PANGOLIN SOUPÇONNÉ D'AVOIR TRANSMIS LE COVID-19.

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/04/a-364-pitie-pour-le-pangolin-soupconne-d-avoir-transmis-le-covid-19.html

 

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 22:12

 

 

A l'occasion de l'anniversaire  du coup d'État du 24 juin 1932 qui mettait fin à la monarchie absolue et fondait une monarchie constitutionnelle, l'agence Reuters publie en juin 2020, trois articles (1), qui tentent de révéler que la démocratie est en danger et que l'Armée voudrait écrire une nouvelle version de l'Histoire de la Thaïlande.

 

 

 

Ces articles nous informent que le 24 juin 2020 à Bangkok, pendant que des manifestants  « pro-démocrates » célébraient la révolution de 1932 qui avait mis fin à la monarchie absolue devant le monument de la Démocratie en réclamant une nouvelle constitution ou des amendements à la présente, une cérémonie était organisée au « quartier général de l'Armée » (Combien étaient-ils?) pour réhabiliter le Prince Borworadet et ceux qui ont participé à la rébellion de 1933. (Précisons, nous le verrons dans un prochain article, que le Prince n’avait pas à être « réhabilité » puisqu’il avait été amnistié)

 

 

 

 

Une cérémonie pendant laquelle  il fut déclaré  que l'instauration de la monarchie constitutionnelle en 1932 provient d'«un coup d'État qui a renversé la monarchie », et qui a  salué « Le courage et le sacrifice du prince Boworadet et de Phraya Si Sitthisongkhram qui méritent d'être loués pour leur rôle dans la protection de la monarchie avec loyauté et pour avoir voulu que le pays maintienne un véritable système démocratique » .

 

 

 

 

Kay Johnson de Reuters estime, en citant Charnvit Kasetsiri, ancien recteur et professeur émérite de l'Université de Thammasat, que: « C’est une tentative de l'armée de créer une nouvelle version de l'histoire ».

 

 

 

Cette information n’a guère été relayée sinon confirmée par la presse locale sinon sur le journal en ligne khaosod (ข่าวสด) du 28 juin et également des organes de presse francophones qui se sont contentés de reproduire les termes de la dépêche d’agence sans autres précisions et sans la moindre analyse critique, ce qui est consternant.

 

 

 

 

L'agence Reuters signale également qu'elle a identifié six sites à la mémoire de Parti du Peuple ? qui ont été enlevés ou renommés, comme le musée de Chiang Rai commémorant la révolution de 1932 ; que le premier ministre Prayuth a rebaptisé deux camps militaires ; qu'en janvier la statue du maréchal Phibun  installée devant l'Institut des études de la Défense, a été enlevée; qu'une plaque à Bangkok signalant  l'endroit où a été proclamé le coup d'État de 1932 a été remplacée par un slogan royaliste.

 

 

 

Comment faut-il interpréter ces faits ?

 

Reuters indique que certains historiens (sans les citer) estiment que la disparition de monuments s'inscrit dans une bataille idéologique pour réécrire l'histoire de la Thaïlande. L'agence cite Chatri Prakitnonthakan, un historien de l'architecture de l'Université de Silpakorn, qui voit là un nettoyage idéologique

 

 

 

 

...et Thepmontri Limpaphayorm,  un historien conservateur, qui lui, voit là des actions individuelles de royalistes plutôt que celles d'un mouvement coordonné.

 

 

 

 

Il faut toutefois relativiser les manifestations « pro-démocrates » du 24 juin, puisque Reuter nous apprend, qu'il n'y avait que 30 ou 40 activistes devant le Monument de la Démocratie de Bangkok et quelques petites manifestations dans 12 provinces selon la police.


 

 

Reuter cite aussi quelques déclarations des activistes comme Anon Nampa, qui proclame par exemple qu'en 1932 le Parti du Peuple a pris le pouvoir pour changer le système de gouvernance en démocratie. D'autres, comme Anusorn Unno du Comité, pour une constitution du peuple, réclament des amendements à la présente constitution de 2017, qui a été, il faut le rappeler, adoptée par référendum le 7 août 2016.

 

 

A partir de ces quelques faits, Reuter et quelques historiens et commentateurs laissent entendre que l'Armée thaïlandaise serait tentée de réécrire une nouvelle version de l'histoire de la démocratie. Bigre. Reuter pour accréditer cette thèse, nous fait savoir que l'armée, le gouvernement et le Palais ont refusé de répondre à leurs questions sur la disparition de statues et sur la re-nomination de camps militaires. (On s'en serait douté.)

 

 

La «Démocratie» serait donc en danger!

 

Que de billevesées écrit-on en son nom. Ceci d'autant plus que cette notion, cette idéologie, peut prendre les sens les plus divers voire contradictoires. Qu'y a-t-il de commun entre la démocratie directe, populaire, socialiste, communiste, libérale, sociale-démocrate, etc. En sachant comme nous le dit Tocqueville, que l’opposé de la démocratie n’est pas la monarchie mais l’aristocratie parce que le principe de l’aristocratie est l’inégalité, alors que tout le monde est également  vassal d’un roi.

 

 

 

Ici, si nous sommes en démocratie, nous sommes dans une démocratie « à la thaïlandaise », avec un schéma que l'histoire de ce pays  a connu de nombreuses fois, à savoir un coup d'État suivi d'élections législatives.  Ainsi le général Prayut Chan-o-cha,  commandant en chef de l'Armée royale, dirige le Coup d'État de mai 2014,  devient Président du Conseil national pour la paix et le maintien de l'Ordre le 22 mai  2014, puis est élu Premier ministre le 21 août 2014 par l'Assemblée nationale. Une nouvelle constitution est adoptée par  référendum  le 7 août 2016, et Prayut Chan-o-cha est réélu Premier ministre par le Parlement après les élections législatives du 5 juin 2019. Qui oserait contester publiquement sa légitimité de « démocrate » aurait quelques « ennuis ». N'a-t-il pas proposé une constitution, adoptée par référendum, organisé et gagné  des élections législatives?  (Cf. Notre article « Que pensez du référendum du 7 août 2016 ? » (2)

 

En sachant que le Coup d'État de mai 2014 du général  Prayut Chan-o-cha,  commandant en chef de l'Armée royale, s'inscrit dans une histoire depuis le coup d'État de 1932 jalonnée par 12 autres coups d'État réussis, auxquels il faut ajouter ce que l'on peut appeler des  « coups d'État  judiciaires » de la Cour constitutionnelle (09/12/2008, 02/12/2008, 15/12/2008, 07/05/2014)  et 13 rébellions, qui ne sont que des coups d'États manqués, qui pousseront  le journal « Le Monde » à titrer « Le Coup d'État, une spécialité thaïlandaise ». (Cf. Notre article « Combien de coups d'État, de rébellions, de révoltes et de soulèvements en Thaïlande depuis le siècle dernier»  qui tente d’en faire l’inventaire.(3))

 

 

Une « démocratie » avec 18 constitutions,  37 premiers ministres dont 13 étaient militaires qui ont gouverné près de 56 ans sur une période de 88 ans et qui ont souvent utilisé le « crime de lèse-majesté » pour faire taire les opposants.

 

 

Dans cette histoire mouvementée, on voit mal comment « l'Armée » thaïlandaise aurait pu écrire UNE version de l'histoire de la démocratie, encore moins, comme le prétend Charnvit Kasetsiri selon Reuters, «une NOUVELLE version de l'histoire».

 

 

Ceci d'autant plus qu'Arnaud Dubus et Nicolas Revise dans  « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », nous ont montré que l'Armée n'était pas monolithique, comme à l’époque de Phibunsongkhram ou de Sarit. mais composée de multiples factions, avec souvent des intérêts divergents. (4)

 

 

« Elle est au contraire confrontée à une prolifération de centres de décision, à une multiplication du nombre de généraux et surtout à l’émergence parmi eux de fortes personnalités qui nourrissent d’importantes ambitions personnelles. Les tensions au sein de l’État-major se traduisent notamment par la tentative de coup d’État de mars 1977, qui conduit à la mort d’un général et l’exécution rapide, par l’institution militaire elle-même, de son commanditaire. Cet événement marque profondément les officiers thaïlandais qui, à la fin des années 70, sont de plus en plus  politisés, prenant position pour l’un ou l’autre des courants qui traversent l’armée. […] C’est à cette époque qu’émergent trois factions qui vont profondément marquer la décennie 1980 et le début des années 90, alimentant ce  que l’on peut qualifier de tradition thaïlandaise du coup d’État ».

 

 

 

 

Ils donnent les exemples des  « jeunes Turcs », les  90 officiers de la Classe 7 (promotion 1960), la faction deux des « Soldats démocratiques » (Classe 1- promotion 1954, la « Classe 5 » promotion 1958) avec leurs leaders respectifs. « En octobre 1984, les membres de la « Classe 5 » occuperont la quasi-totalité des postes de commandements stratégiques à Bangkok (11 sur 14). Ils seront alors particulièrement puissants et aucune intervention politique ne pourra être décidée sans leur aval » ». (p. 186).

 

 

 

 

En 1991, ce n’est pas l’armée qui fait le coup d’Etat, mais les généraux Suchinda et Kaset et les officiers de la classe 5 de la prestigieuse académie Chulachomklao (promotion diplômée en 1958), allié  au commandant suprême, le général Sunthon.

 

 

 

Leur livre datant de 2002, on peut supposer que  d’autres factions ont dû émerger. Surtout, comme le confirme Baffie (5),  que la concurrence est d’ailleurs rude, en fonction de l’arme et de la promotion auxquelles on appartient. Il fut des époques « où des généraux issus de trois promotions différentes préparaient trois coups d’EÉat, sans aucun contact entre eux ». 

 

 

Un système donc auquel, disions-nous (in (4) se superposent les « puissances financières», les riches  familles, les alliances avec les parlementaires … capables de réagir, quand leurs «intérêts vitaux » sont en danger, oh ! pardon,  l’intérêt supérieur de la Nation, comme  lors du coup d’Etat du 19 septembre 2006 du chef de l’armée de terre le général Sonthi nommant 1er ministre Surayud, ancien commandant en chef, et alors membre du Conseil privé du roi.

 

 

 

 

Et ce n'est pas le dernier coup d'État de mai 2014 mené par le général Prayut Chan-o-cha,  commandant en chef de l'Armée royale, qui indiquerait UNE nouvelle version de l'histoire de l'Armée, ni l'expression de LA démocratie en danger. (Cf.(6))

 

 

Encore moins, les exemples choisis par Reuters relatant  deux manifestations  du 24 juin 2020 à Bangkok, avec une cérémonie organisée au quartier général de l'Armée pour réhabiliter le Prince Boworadet et  Phraya Si Sitthisongkhram et ceux qui ont participé à la rébellion de 1933 pour leur rôle dans la protection de la monarchie et leur désir de maintenir un véritable système démocratique, et une quarantaine de manifestants « pro-démocrates » devant le monument de la Démocratie, saluant le coup d'État de 1932 du  « Parti du Peuple qui a pris le pouvoir pour changer le système de gouvernance en démocratie.» 

 

 

 


Ceci d'autant plus, comme nous le verrons dans l'article suivant, que le Prince Boworadet  et le Parti du peuple avaient  des conceptions très différentes de la « démocratie ».

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

 

(1) https://www.reuters.com/places/thailand

1.1 Thai army holds ceremony countering pro-democracy protesters view of history

.Reporting by Wongcha-um and  anarat Thepgumpanat; Writing by Kay Johnson, 23 juin 2020

Thailand's army has joined the debate over history and democracy in the Southeast Asian nation by holding a ceremony on the same day that pro-democracy demonstrations were held at memorials to the 1932 revolution that ended centuries of absolute monarchy.

1.2 In Thailand, it's statues of democracy leaders that are disappearing.

 Reporting by Wongcha-um and  anarat Thepgumpanat; Writing by Kay Johnson. 24 juin 2020

Certain historical statues have been disappearing in Thailand, but they are not effigies of colonialists or slave owners torn down by protesters.

 1.3 Thailand pro-democracy protesters mark end of absolute monarchy

Reporting by Panu Wongcha-um and Panarat Thepgumpanat; 24 juin 2020

Political activists from several groups across Thailand staged peaceful protests around the country on Wednesday to mark the anniversary of the 1932 revolt which ended the absolute monarchy in the country.

 

Cf. aussi : « L'armée thaïlandaise célèbre et dévoile sa propre vision de l’histoire. »

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 26/06/2020 à 00:00 | Mis à jour le 26/06/2020 à 02:12

 

(2)

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM  DU 7 AOÛT 2016 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/a-219-que-penser-du-referendum-du-7-aout-2016.html

(Nous y rappelions, non sans malice, entre-autres qu' « En matière de droits de l’homme et de libertés publiques, le texte le plus complet et le plus remarquable de l’histoire du droit constitutionnel est et reste toujours la constitution soviétique de 1936, œuvre de Staline.)

 

(3) 214 – COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS  EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/214-combien-de-coups-d-etat-de-rebellions-de-revoltes-et-de-souevements-en-thailande-depuis-le-debut-du-siecle-dernier.html

Cf. aussi: Article 5 : Une tradition thaïe: chartes et coups d’Etat ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

 

(4) A82. Les militaires thaïlandais face à ou contre  la société?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a82-les-militaires-thailandais-face-a-ou-contre-la-societe-112050105.html

 

A83. Les militaires thaïlandais, maîtres du jeu politique?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a83-les-militaires-thailandais-maitres-du-jeu-politique-112148298.html

Lecture du livre d'Arnaud Dubus et Nicolas Revise « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », l’Harmattan, IRASEC, 2002.

(5) Cf. Article de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » nous donne quelques clés pour comprendre la politique en Thaïlande. (in Thaïlande contemporaine);

A 50.   http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

 

(6) 234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/234-les-limites-de-la-democratie-des-annees-1980-en-thailande.html

 

 

 

 

 

 

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 23:42
A 381 - LA THAÏLANDE AUX JEUX OLYMPIQUES

La Thaïlande est venue tardivement aux jeux olympiques, restaurés sinon fondés en 1896 par Pierre de Coubertin. 

 

 

Le Comité national olympique thaï (คณะกรรมการโอลิมปิคแห่งประเทศไทย - Khanakammakan Olimpik Haeng Prathetthai) coordonne les activités olympiques dans le pays. Il est placé sous patronage royal (ในพระบรมราชูปถัมภ์ - Naiphraborom Rachupatham). Il a été fondé le 20 juin 1948 à Bangkok et fut reconnu par le Comité international olympique le 15 mai 1950.

 

 

Elle a d’ailleurs depuis 2017 une petite place dans ce  comité en la personne de Madame Patama Leeswadtrakul, universitaire et femmes d’affaire de très haut niveau. Elle y côtoie les représentants d’institutions officielles, toutes liées, directement ou indirectement, aux instances dominantes des puissants de ce monde : princes, émirs, aristocrates, banquiers, ex‑ministres, hommes d’affaires, diplomates ou ambassadeurs recyclés, fonctionnaires internationaux, sportifs reconvertis dans le lobbying.

 

 

Le comité national fut présidé successivement par Phraya Chindarak, de sang royal, qui fut un temps ministre de l’intérieur et par ailleurs fondateur de l’association de badminton de Thailande (สมาคมแบดมินตันแห่งประเทศไทย - Samakhom Baetmintan Haeng Prathet Thai) et qui fit reconnaître cette activité comme sport national. Il fut suivi de  Praphas charusathien, maréchal de l’air et un temps ministre de l’intérieur. Vint ensuite Dawee chullasapya, maréchal de l’air et plusieurs fois ministre. Après une période trouble en 1996-1997, arrive le général Chetta Thanajaro, commandant en chef des armées. Après lui vient Yuthasak Sasiprapha, encore un général qui fut ministre. Prawit Wongsuwan en est le président depuis 2017, tout aussi militaire et tout aussi ministre ou ancien ministre (1).

 

 

Sans épiloguer sur la philosophie ou la prétendue philosophie de l’olympisme et au vu de cette composition sans discontinuité, il est évidemment permis de s’interroger sur le point de savoir si l’olympisme vu par le CIO n’est pas un adoubement aux régimes totalitaires, question qui fut posée pour les jeux de Berlin en 1936

 

 

....ou ceux de Pékin en 2008 et qui pourrait se poser pour la Thaïlande dont certains considèrent le régime sinon comme totalitaire, du moins comme « autoritaire » (2) ?

 

 

LES MÉDAILLES THAÏES AUX JEUX D’ÉTÉ DE 1952 Á 2016

 

 

Depuis les jeux d’Helsinki en 1952, les premiers auxquels participèrent des sportifs thaïs et au cours de quinze participations, les résultats se firent attendre : Helsinki 1952,

 

 

Melbourne 1956,

 

 

Rome 1960, 

 

 

Tokyo 1964,

 

 

Mexico 1968,

 

 

Munich 1972, aucun thaï ne monte sur le podium.

 

 

Le succès commence à Montréal en 1976

 

 

avec une médaille de bronze Payao  Poontarat  (Boxe Poids -i- mouche).

 

 

Les jeux de Moscou sont boudés en 1980, c’est l’esprit olympique qui fit que l’on ne bouda pas ceux de Pékin en 2008 ; Les vilains soviétiques sont entrés en Afghanistan et les bons Chinois au Tibet. Les Jeux de Moscou avaient été boycottés par les États-Unis et 64 autres délégations occidentales en raison de l'intervention soviétique en Afghanistan, une décision à laquelle la France eu l’intelligence de ne pas s’associer !

 

 

Elle eut un mérite, celui de faire entrer au sein de l’Olympisme internationale le Laos qui n’avait auparavant jamais participé aux jeux et fit alors preuve de solidarité en envoyant quelques athlètes après avoir créé son comité national en 1975 reconnu en 1979 par le Comité International (3).

 

 

En 1984 à Los Angeles,

 

 

 

 

les thaïs remportent une médaille d’argent et une de bronze. Dhawee Umponmaha (boxe moins de 43,5 kilos) pour l’argent et  X pour le bronze.

 

 

A ces jeux d’ailleurs et en réponse au boycott de 1980, les pays du bloc de l’Est sauf la Roumanie ne se rendirent pas aux jeux sous des prétextes tout aussi politiques !

 

Séoul 1988

 

 

La moisson fut maigre  à Séoul en 1988 et à Barcelone en 1992,

 

 

1  seule de bronze. A Séoul Phajol Moolsan pour la boxe (moins de 54 kilos)

 

 

et à Barcelone  un boxeur de moins de 57 kilos, Arkhom Chenglai.

 

 

A Atlanta en 1996,

 

 

première médaille d’or en sus d’une de bronze. La médaille d’or récompense Somluck Kamsing (boxe – poids plume)

 

 

celle de bronze Vichairachanon Kadpo (Boxe – poids coq).  

 

 

Ce score est égalé à Sydney en 2000, Wijan Ponlid décroche une médaille d’or (boxe – poids mouche)

 

 

Pornchai Thongburam une de bronze (boxe – super-welters).

 

 

En 2004 à Athènes,

 

 

les Thaïs emportent trois médailles d’or, une d’argent et quatre  de bronze. Pour l’or, Manus Boonjumnong médaille d’or (boxe-super léger)
 

 

deux femmes en haltérophilie, Udomporn Polsak (moins de 53 kilos)

 

 

et Pawina Thongsuk (moins de 75 kilos).

 

 

Pour l’argent, Worapoj Petchkoom (boxe – moins de 56 kilos).

 

 

Les médailles de bronze récompensent Suriya Prasathinphimai (boxe – moins de 75 kilos),

 

 

deux femmes en haltérophilie : Aree Wiratthaworn (moins de 48 kilos)

 

 

et  Wandee Kameaim (moins de 58 kilos)

 

 

et une autre en Taekwondo, Yaowapa Boorapolchai (moins de 49 kilos)

 

 

En 2008 à Pékin chez les bons Chinois,

 

 

deux médailles d’or, un boxeur de moins de 51 kilos, Somjit Jongjohor

 

 

et une femme haltérophile de moins de 53 kilos, Prapawadee Jaroenrattanatarakoon,

 

 

deux d’argent, un boxeur de moins de 64 kilos, Manut Boonjumnong

 

 

et un lutteur de Taekwondo de moins de 49 kilos, Buttree Puedpong.

 

 

A Londres en 2012,

 

 

le résultat décevant n’est plus que de deux médailles d’argent, celle de Pimsiri Sirikaew en haltérophilie

 

 

et Kaew Pongprayoon en boxe

 

 

et  une de bronze, Chanatip Sonkham en taekwondo.

 

 

A Rio en 2016,

 

 

il y aura deux médailles d’or, une  d’argent et une de bronze. Deux médailles d’or en haltérophilie pour deux femmes, Sopita Tanasan  dans la catégorie des moins de 48 kilos en soulève 200,

 

 

Sukanya Srisurat dans celle des moins de 58 kilos en soulève 240.

 

 

Une médaille d’argent en haltérophilie pour Pimsiri Sirikaew qui, à moins de  58 kilos en soulève 232

 

 

et une de bronze pour un  homme de moins de 58 kilos lui aussi Sinphet Kruaithong qui arrache 289 kilos.

 

 

Nous sommes évidemment loin des fourmis qui peuvent – paraît-il - soulever 1000 fois leur poids

 

 

 

Les résultats sont naturellement disponibles sur le site du Comité international (4).

 

Au total depuis 1952, le pays a gagné 9 médailles d'or : 5 en haltérophilie et 4 en boxe anglaise, 8 médailles d'argent : 2 en haltérophilie, 4 en boxe anglaise et 2 en taekwondo et 14 médailles de bronze : 7 en haltérophilie, 4 en boxe anglaise et 3 en   depuis 1952 dans trois disciplines exclusivement, l’haltérophilie, la boxe anglaise et 3 en taekwondo.

 

La boxe, l'haltérophilie et le taekwondo sont les trois seuls sports dans lesquels la Thaïlande a obtenu des médailles. Il faut évidemment préciser que chaque discipline classe les participants au poids, il n’y a pas eu de champion de boxe au titre des poids lourds et, nous l’avons vu, les haltérophiles sont des « petits formats ».

 

La boxe thaïe est toujours absente : la commission exécutive du Comité international olympique réunie à Lausanne a accepté la proposition du comité d’organisation de Tokyo 2020 d’ajouter cinq nouveaux sports au programme des Jeux Olympiques 2020. Il s’agit du baseball-softball, du karaté, du skate, du surf et l'escalade, la boxe thaïe est toujours exclue.

 

 

LES  JEUX TOKYO  DE 2020 ?

 

 

Ils ont comme nous le savons été reportés à l’année suivant, l’été 2021 en raison de la pandémie mondiale. Il nous fait donc patienter pour savoir s’ils verront la participation de « Tiger » Woods qui passe pour être le plus grand joueur de golf de tous les temps. Le golf est redevenu discipline olympique en 2009. Il n’avait pu être présent à Rio pour des raisons de santé. Il attendait sa qualification pour Tokyo. Est-il thaï ? Il est en tous cas un héros pour les Thaïs et a été accueilli triomphalement à Bangkok. C’est un sang mêlé : son père est un noir américain vétéran du Vietnam qui a connu sa mère, une vraie thaïe, Kultida Punsawad, à Bangkok. Le couple s’est marié et rejoignit les États Unis dans les années 70. « Tiger » est né en Californie et donc américain par droit du sol. D’après son père, il est à moitié thaï, un quart chinois, un huitième blanc, un seizième chaouanon (amérindien) et un seizième noir. Lui-même en tous cas ne renie pas ses origines thaïes et se dit à l’occasion bouddhiste.

 

 

Par rapport à ses voisins, la Thaïlande brille :

 

Le Laos qui participe régulièrement aux jeux depuis 1980 – hormis la parenthèse d’Atlanta en 1984, n’a à ce jour décroché aucune médaille.

 

Le Cambodge qui participe plus ou moins épisodiquement depuis 1956 n’a jamais non plus obtenu de médaille.

 

Il en est de même pour la  Birmanie qui participe depuis 1948.

 

La Malaisie participe depuis 1964 mais ses athlètes n’ont ramené que sept médailles d’argent et quatre de bronze pour la plupart en badminton.

 

 

Le Vietnam participe depuis 1952 et n’a gagné qu'une médaille d’or (au tir au pistolet à air comprimé à 10 mètres) en 2016 et trois en argent. Hoàng Xuân Vinh le médaillée d’or est, il est vrai, un « amateur » un peu spécial puisqu’il est tireur d’élite dans l’armée de son pays avec grade de colonel et eut une seconde médaille d’argent au tir au pistolet à 50 mètres après avoir manqué le « sans faute ».

 

 

Aucun de ces pays n’a jamais participé aux jeux olympiques d’hiver depuis leur création en 1924. Ce n’est pas le cas de la Thaïlande.

 

LES JEUX OLYMPIQUES D’HIVER

 

La Thaïlande participe aux jeux d’hiver depuis 2002 avec une exception aux jeux de Vancouver en 2010 faute de qualifiés.

 

 

Le premier thaï qualifié aux jeux de 2002 à Salt Lake City fut Prawat Nagvajara, skieur de fond qui représenta également son pays en 2006 à Turin. Thaï certes, Nagvajara a grandi à Bangkok mais est devenu professeur de génie électrique à l'Université Drexel en Pennsylvanie aux États-Unis. Ce n’est pas dans la vallée de la Chao Phraya qu’il a gagné ses galons. Lors de ces deux jeux, il fut le seul thaï qualifié et revint sans médaille. L’excuse des perdants est toujours présente : « L’important c’est de participer ».

 

 

En 2014, La Thaïlande participe pour la troisième fois aux Jeux olympiques d'hiver à Sotchi en Russie.

 

 

Les deux athlètes thaïlandais, les skieurs alpins Kanes Sucharitakul  et Vanessa Vanakorn, terminent respectivement 65e et 6e en slalom géant. La délégation thaïlandaise n'a remporté aucune médaille. Le jeune Kanes Sucharitakul est un richissime homme d’affaire de Bangkok.

 

 

Vanessa-Mae qui court sous le nom de son père (Vanakorn) est une personne hors du commun tant par son charme que par ses talents : violoniste née à Singapour d'un père thaï et d'une mère chinoise, elle a grandi à Londres et a skié pendant plusieurs années à Zermatt en Suisse.

 

 

Elle commence sa préparation six mois avant les Jeux et pour représenter son pays en 2014 en ski alpin, participa à des courses secondaires qui lui permirent d’être qualifiée.

 

En 2018 à Pyongyang en Corée, quatre athlètes thaïs furent qualifiés, deux hommes et deux femmes, Pour les hommes  Nicolas Zanon

 

 

et Marc Changloung.

 

 

Ils sont tous deux issus de couples mixtes, mère thaïe et père italien, et ont été élevés en Italie  où l’on pratique les sports alpins plus volontiers qu’en Isan. Pour les femmes Alexia Arisarah Schenkel est suisso-thaïe

 

 

et Karen Chanloung dont le père est de Yasothon oú elle n’a pas appris le slalom et la mère italienne, elle a également été élevée en Italie. Ses exceptionnels talents en font probablement l’espoir de la Thaïlande pour les jeux d’hiver prévus à Pékin en 2022.

 

 

 Il faut bien dire pour conclure que tous les pays, compte tenu du minimum de qualification exigé dans chaque discipline, ne peuvent assurer à leurs athlètes la formation nécessaire et leur donner les moyens de s’entraîner toute l’année à un haut niveau, l’amateurisme n’était plus qu’un vain mot. Le niveau mondial devient si élevé qu’il est inaccessible à de nombreux pays ; Quand le record olympique du 100 mètres est de 9”58, l’athlète thaï qui détient le record du pays est à 10”23. C’est peu de chose ? À l’arrivée le premier a quelques  mètres d’avance !

 

 

Les États-Unis sont la première puissance olympique de monde. Au classement boutiquier des médailles qui compile toutes celles glanées depuis les premiers Jeux de l'ère moderne, les États-Unis pointent effectivement largement en tête pour le nombre de distinctions et sont suivis de loin par l’URSS puis la Russie mais ces deux pays mettent en œuvre des moyens gigantesques. Les athlètes « amateurs », en général des étudiants inscris dans une Université où ils ne mettent jamais les pieds sont en réalité stipendiés pour suivre un entrainement forcené. Sans parler des scandales permanents de dopage, nous sommes loin des « jeux propres » !

 

 

Les athlètes médaillés de Thaïlande nous paraissent à l'inverse devoir leurs qualités à une appartenance aux plus distinguées classes de la société mais il pèse aussi sur les haltérophiles médaillés en 2016 de lourds soupçons de dopage ? 

 

 

NOTES

 

(1) Notre source est évidemment le site du Comité : https://olympicthai.org/en/

 

(2) Voir « L'OLYMPISME OU LA CONTINUITÉ D'UNE IDÉOLOGIE TOTALITAIRE » de Jean-Marie Brohm  Outre-terre, 2009/1 n° 21 | pages 75 à 87

 

(3) Sur l’olympisme au Laos, voir le bel article de notre ami J.M. Strobino « Le Laos et les jeux olympiques » dans la revue Philao du 2eme trimestre 2014 :

https://www.academia.edu/36001791/Le_Laos_et_les_Jeux_Olympiques

 

(4) https://www.olympic.org/fr/resultats-olympiques

 

 

 

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 13:00

 

 

Nous venons d'apprendre le décès de Marcel Barang et nous en sommes peinés. Nous assurons sa fille de toute notre sympathie et de la part que nous prenons à sa peine.

 

 

 

Nous lui avions rendu un hommage le 26 décembre 2015 dans un article intitulé «Hommage à Marcel Barang, traducteur et «passeur» de la littérature thaïlandaise » (1), en découvrant à cette occasion  que non seulement, il avait traduit en français et en anglais des œuvres marquantes de la littérature thaïlandaise, mais  également traduit en thaï des œuvres étrangères et «des chansons du monde». Une œuvre immense.

(Cf. Son site: http://www.thaifiction.com/thesite.php )

 

 

A 378. DERNIER HOMMAGE À MARCEL BARANG, TRADUCTEUR ET «PASSEUR» DE LA LITTÉRATURE THAÏLANDAISE.

Il nous a permis de lire-en français- quelques œuvres importantes de la littérature thaïlandaise qui, disait-il, «n’ont guère de thèmes communs, ou plutôt reflètent la diversité des pratiques sociales thaïlandaises, du bouddhisme commun à la corruption des mœurs et des édiles, de la fable poético-philosophique de L’Empailleur de rêves (Nikom Rayawa, L’Aube) à l’individualisme forcené et blasphématoire de L’Ombre blanche (Saneh Sangsuk, Le Seuil). »

 

 

 

 

Il recommandait ensuite les œuvres de Chart Korbjitti et Saneh Sangsuk, et mentionnait Atsiri Tammachote, Sila Komchai, Wanit Jarounkit-anan, Kanokpong Songsompan.

 

 

Nous en avons présentées quelques-unes qui permettent  de découvrir d'autres «réalités» de la Thaïlande, si différentes de l’ordre établi et des clichés auxquels on réduit le plus souvent la Thaïlande, qui « tranche(ent) vivement, comme nous dit Marcel Barang,  sur tous les courants habituels de la fiction thaïlandaise.» (Cf. 2 et 3)

 

 

 

Mais qui est Marcel Barang ?

 

L’article amical du 22 juillet 2015 de Orengo Jean-Noël révèle quelques repères biographiques : « Passeur de littérature : Marcel Barang, une histoire française en Thaïlande » http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35531 Vous y apprendrez entre-autres qu'il fut journaliste, avant de s'installer définitivement en Asie en 1976 en passant un an à Singapour, puis une autre année à Hong-Kong, avant de s'installer à Bangkok. (4)

 

 

Mais il fut aussi concepteur de mise en page, éditeur, relecteur, éditeur - en trois langues.

 

 

Nous n'avons jamais rencontré Marcel Barang, aussi un commentaire sur notre blog d'Eric Sayettat nous a touchés :

 

« C'est en 1985 dans la poussière de Hanoï que j'ai rencontré Marcel Barang, il avait miraculeusement pu obtenir un visa. Les hôtels étant ce qu'ils étaient à l'époque, il est venu loger chez moi. Nous nous sommes revus à Bangkok, (soi St Louis d'abord) puis du temps de Manager et enfin, après une longue éclipse, nous nous retrouvâmes pour un Ricard à la terrasse de l'Oriental, il y a quatre ans déjà. L'Oriental faisait contraste avec ses idées trotskistes mais il aimait cet hôtel.


 

 

 

Il marchait alors avec difficulté mais son esprit incisif et sans concession n'avait rien perdu de sa lucidité. Marcel m'impressionnait par sa capacité à passer d'une langue à l'autre. Il restait des mois à parler ou écrire uniquement en anglais et en thaï et quand nous parlions français devant son plat préféré (la cervelle d'agneau de chez Himalichacha) il ne faisait jamais d'erreur. Ses souvenirs d'un Cambodge lointain étaient intacts, comme ceux d'une Thaïlande dont il a suivi la transformation, certains diraient la déformation.

 


Marcel voyait clair dans la société siamoise comme dans la société française; il était fier de sa fille à qui je présente toutes mes condoléances.

 


Adieu Marcel !».

 

 

Nous lui laisserons le dernier mot:   «Vous savez ce qui m’a le plus fait plaisir? C’est quand L’Ombre blanche de Saneh Sangsuk est paru en l’an 2000: pas une seule de la dizaine de notes de lecture dithyrambiques qui ont salué ce chef-d’œuvre n’ont fait état du traducteur ou de la traduction: Passer totalement inaperçu, voilà la vraie accolade !».  (5)

 

 

 

 

Non, monsieur Marcel Barang, vous n'êtes pas passer inaperçu. En 2008, vous êtes devenu « chevalier de l’Ordre des Arts et des lettres » et surtout, votre œuvre immense est là pour en témoigner. Merci.

 

 

NOTES ET REFERENCES.

 

(1) A 206. HOMMAGE À MARCEL BARANG, TRADUCTEUR ET «PASSEUR» DE LA LITTÉRATURE THAÏLANDAISE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/a-205-hommage-a-marcel-barang-traducteur-et-passeur-de-la-litterature-thailandaise.html

 

 

(2) A 52. Un grand écrivain thaïlandais: Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-52-saneh-sangsuk-un-grand-ecrivain-thailandais-96922945.html

 

A85. «Venin» de Saneh Sangsuk. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a85-le-conte-venin-de-saneh-sangsuk-112495835.html

 

A142. «Chiens fous» de l’auteur thaïlandais Chart Korbjitti.

« Chart Korbjitti avec Saneh Sangsuk sont les deux romanciers les plus connus en France grâce au travail de leur traducteur Marcel Barang. Il est aussi reconnu en Asie du Sud-Est pour avoir reçu deux fois le prix du SEA-Write en 1982 pour « la Chute de Fak » et en 1993 pour «Sonne l’heure».

« La marginalité et le regard de la société sur l’individu restent ses thèmes de prédilection. On les retrouve dans ses deux grands romans, La Chute de Fak, et Les Chiens enragés qui mettent tous les deux en scène des personnages en rupture sociale. » (Louise Pichard-Bertaux

 

A142 et A143. Notre lecture de  «Chiens fous» de l’auteur thaïlandais Chart Korbjitti.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a142-chiens-fous-de-l-auteur-thailandais-chart-korbjitti-122456162.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a143-notre-lecture-de-chiens-fous-de-l-auteur-thailandais-chart-korbjitti-122551891.html

 

 

 

(3) Marcel Barang. Juin 2015. http://filledesang.blogspot.com/2015/06/fille-de-sang-dans-le-contexte.html )

 

(4) L’article amical du 22 juillet 2015 de Orengo Jean-Noël « Passeur de littérature : Marcel .Barang, une histoire française en Thaïlande » http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35531 , nous livre quelques repères biographiques. 

 

(5)  In « Marcel Barang, une histoire française en Thaïlande », paru dans l’Humanité du 22 juillet 2015.

 

On peut lire aussi Marcel Barang sur le net :

https://thaifiction.wordpress.com

https://marcelbarang.wordpress.com

https://chansongs.wordpress.com 

Sur France-Inter : « Marcel Barang » par Jean-Noël Orengo http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1127927

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 22:53

 

 

Nous avons dans un article du mois d’octobre 2017 posé une question à à laquelle nous avons tenté d’apporter une réponse : « LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ? » (1).

 

 

 

Notre intention n’était certes pas de prétendre qu’il était pauvre comme Job puisqu’il est riche, très riche, immensément riche mais de nous étonner d’une affirmation du magazine Forbes datée de février 2015, non reprise d’ailleurs les années suivantes, évaluant sa fortune à 35 milliards de dollars US. Cet article reposait sur les investigations de l’une des collaboratrices de la revue, une dame Cunninghamm professeur de biologie animale à l’Université sud-africaine du Cap, apparemment spécialiste dans l’étude des perroquets !

 

 

 

Il faut le voir pour le croire.

 

La réponse à la question est en réalité d’une relative simplicité,  la confusion fut faite, incompétence ou mauvaise foi, entre la fortune personnelle du monarque (sur laquelle plane tout autant de mystère que sur celle de toutes les têtes couronnées du monde) et le patrimoine du « Bureau des propriétés de la couronne » (Crown property bureauสำนักงาน ทรัพย์สินส่วนระมหาษัตริย์ - Samnakngan Sapsinsuanphra Mahakasat). Cet organisme est l’héritier d’un premier organisme créé par le roi Rama V destiné à enlever toute opacité sur la gestion de la fortune royale, devenu ensuite le Bureau des propriétés de la couronne qui gère depuis 1936 ensuite du coup d’état de 1932 un patrimoine énorme, constitué en particulier de celui du roi et des princes de la famille royale ayant alors pris la fuite, prince Damrong et prince Paribatra en particulier.

 

 

Nous savons que le Bureau gère depuis lors un patrimoine immobilier gigantesque, à Bangkok et dans le reste du pays. Pour en connaître le détail et les profits qu’il en retire, un journaliste d’investigation, espèce en voie de disparition, devrait prendre la peine, travail de titan, d’aller compulser les land offices de Bangkok et de toutes les provinces pour y trouver les fiches du Bureau comprenant également le détail des baux qu’il consent – puisqu’il consent le plus souvent des baux de 30 ans – donnant le détail des redevances locatives. Nul ne l’a fait à cette heure.

 

 

Le Bureau gère également un patrimoine mobilier, plusieurs sociétés commerciales, générant des dividendes fastueux.

 

Ne revenons pas sur ce que nous avons écrit, le bureau a un site Internet, il est bilingue mais la partie la plus intéressante est en langue locale, quoi d’étonnant ?

 

Nous y apprenons que les bénéfices procurés par ce patrimoine sont affectés à des projets d’intérêt général.

 

Cette situation est singulière dans laquelle des actifs ayant appartenu de façon incontestable au roi et à sa famille ont été purement et simplement expropriés puis transférés à un organisme sur lequel le roi a actuellement  la maitrise en ce qui concerne les revenus, rendant difficile de la qualifier dans un cadre juridique qui nous est propre autrement que par celui d’une espèce d’usufruit. Ce n’est donc pas un droit de propriété. Relevons d’ailleurs que ce sont les revenus du Bureau qui financent les listes civiles du Roi et des membres de sa famille qui en bénéficient et non le budget national.

 

 

Cette question est toutefois revenue sur le tapis à la suite des « événements » du premier trimestre de l’année 2020 où nous vîmes refleurir nombre d’articles au titre alléchant sinon provocateur « le roi de Thaïlande, plus riche souverain du monde : découvrez le montant de sa fortune ». Voilà qui nous a intéressés ! Nous avons appris que le monarque était toujours en tête sans qu’il soit donné la moindre explication mais que – le malheureux – son patrimoine n’étais plus que de 30 milliards de dollars, 5 milliards disparus depuis 2015 ? Nous ne changerons pas un iota de nos explications du mois d’octobre 2017. Tous ces articles sont tombés de la presse à scandale, celle qui alimente les loges de concierges et les salles d’attente des salons de coiffure pour dames, Gala, Voici, Closter, Bild  faisant tous références à une revue américaine Business insider, qui ne vaut pas plus cher que Forbes, même Paris-Match s’y est mis, mais il n’est plus depuis longtemps un véritable journal d’investigations.

 

 

 

Nous en serions restés sur notre article sans voir à en rien ajouter si la même presse à scandale n’avait repris  - tous se recopiant entre eux- ces mêmes affirmations en lien en général avec la présence du roi dans son hôtel de Bavière en compagnie de son sérail, de ses gardes du corps et de ses domestiques. Notre propos n’est pas de juger le monarque, qu’il entretienne un sérail est le dernier de nos soucis. Il ne semble pas d’ailleurs que cela impressionne outre mesure les citoyens thaïs qui ne paraissent pas s’en être indignés pas plus qu’ils ne s’indignent des 42 enfants du roi Rama Ier, des 73 de son successeur, des 51 du troisième et des 77 du grand Chulalongkorn, le tout avec leurs épouses principales ou secondaires, le record semblant être celui de Rama II qui eut 10 épouses enregistrées. Les Français sont au demeurant indulgents devant les galipettes de leurs chefs d’état, depuis Henri IV jusqu’à certains des présidents de la présente république. Le roi n’a pas la même conception de la vie conjugale que son père, l’affirmer n’est pas le critiquer.

 

 

Nous voyons toutefois apparaître une nouvelle affirmation, celle selon laquelle le roi serait le propriétaire du « plus gros diamant taillé à facette du monde », affirmation péremptoire s’il en est puisque l’histoire de ce merveilleux joyau est parfaitement connue. Il s’appelle Phet kanchanaphisek (เพชรกาญจนาภิเษก), le diamant du jubilé d’or, le 50e anniversaire de la montée du regretté roi Rama IX sur le trône. Il a été découvert en 1986 dans les mines de De Beer en Afrique du sud.

 

 

A l’origine, c’était un caillou de 755,50 carats soit 109,134 grammes. Sa taille pour un tel caillou était énorme, 53,66 x 49,20 x 34,3 mm.

 

 

Sa découpe posait d’énormes difficultés techniques. Chez De Beers, on considéra qu’il n’y avait qu’un homme au monde susceptible d’y procéder: Gabi Tolkowsky, d’une dynastie célèbre de tailleurs de pierres.

 

 

Compte tenu de la taille de la pierre brute, celui-ci dut utiliser de nouveaux outils de son invention et travailla pendant deux ans, de mai 1988 à mai 1990, dans une salle souterraine stérile à l’abri des mouvements du sol pour en faire cette pierre de 273,85 carats, de 143 facettes toutes parfaitement symétriques, d’une splendide couleur brun-jaune doré. Il baptisa alors le diamant «brun  sans nom». Elle fut finalement achetée à De Beers par un groupe d'hommes d'affaires thaïs, dirigé par Henry Ho. Le prix n’a pas été divulgué car lui et ses amis avaient l’intention de l’offrir à leur roi pour célébrer son jubilé d’or, le 50e anniversaire de son couronnement survenu en 1950.

 

 

C'est lors de la présentation du joyau au roi en 1997 qu'il reçut son nom actuel. Pendant un certain temps et compte tenu de la crise économique qui frappait le pays de plein fouet, on ne parla pudiquement pas de diamant mais de topaze dorée de taille exceptionnelle. Il fut peut-être alors envisagé de le monter sur le sceptre ou le sceau royal? Il fut reçu au nom du roi par sa fille la princesse Maha Chakri Sirindhorn en 2000. Il avait reçu successivement la bénédiction du Pape Jean-Paul II, du patriarche suprême du pays et de son équivalent musulman.

 

 

Il fait partie des bijoux de la couronne exposés au Musée royal du Temple d'or de Pimammek, Salle du Trône à Bangkok. Il ne semble pas à cette heure l’avoir quitté pour se retrouver dans le gousset du roi? Ce serait d’ailleurs fort mauvais calcul car, selon les «experts» au vu de diverses comparaisons à l’occasion de ventes publiques portant sur des pièces similaires, sa valeur serait de  l’ordre de 4 à 12 millions de dollars, bien peu de chose dans une fortune de 30 milliards!  (2)

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article  A 236 – « LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ? » :  http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-266-le-roi-de-thailande-est-il-l-homme-le-plus-riche-du-monde.html

 

(2) Pour en savoir plus sur le «système royal»du pouvoir et et les finances royales. Cf. notre lecture du  livre de Marie-Sybille de Vienne, «Thaïlande, une royauté bouddhique aux XXe et XXIe siècles.»

A 298. « LE SYSTÈME ROYAL »  DU POUVOIR EN THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-298.le-systeme-royal-du-pouvoir-en-thailande.html

 

 

 

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 08:09

 

Ce présumé inoffensif mammifère se voit soupçonné d’avoir transmis le Covid-19 à l’homme et se serait bien passé de cette accusation dont il n’a pas besoin. Est- -il réellement le vecteur qui a permis au virus d’atteindre l’homme? On l’ignore encore. Seule certitude : il figure sur la liste des suspects. Les hypothèses sur les origines de ce mal se sont multipliées, depuis des virus prélevés sur les chauves-souris transmis à l’homme par un animal intermédiaire qui serait le pangolin : Quelque part en Chine, une chauve-souris vole dans le ciel, laissant une trace de coronavirus dans ses excréments, qui tombent au sol, dans la forêt. Un animal sauvage, peut-être lui, renifle les insectes sur les feuilles et absorbe les excréments contaminés. Le nouveau virus circule dans la faune sauvage. Un animal infecté est finalement capturé, et une personne attrape la maladie d'une manière ou d'une autre, puis la transmet aux travailleurs d'un marché aux animaux sauvages. Une épidémie mondiale est née.

 

 

Chez les défenseurs de la faune sauvage, on craint que cette seule suspicion n’entraîne de nouveaux massacres alors qu’il est déjà victime d’un trafic intense en Afrique et en Asie quoiqu’appartenant à l’une des espèces sauvages en voie de totale disparition et bénéficiant de la protection des organismes internationaux.

 

La pandémie  qui frappe le monde depuis le début de l’année ne nous autorise pas à nous ériger en experts-autoproclamés. Il est suffisamment de virologues de comptoir qui pullulent comme des mouches sur Internet en nombre hallucinant.

 

 

Nous avons simplement souhaité dire quelques mots de ce singulier mammifère.

 

Quel est donc cet animal pacifique si populaire en Chine mais pas inconnu en Thaïlande même si on ne le retrouve plus que dans les zones préservées des parcs nationaux ?

 

 

Doux et pacifique, vous n’aurez guère de chances de le rencontrer dans un zoo, toutes les tentatives pour l’y acclimater furent vaines et ils n’y ont aucune chance de survie.

 

La première description précise que nous en ayons est celle de Buffon (1). Il a échappé à la longue description que La Loubère nous a donnée de la faune siamoise en 1691.

 

 

Il ressemble à un lézard à écailles dont le taille peut atteindre selon les espèces jusqu’à deux mètres. On a pu le comparer à un artichaut à l’envers et quand il se met en boule pour se protéger comme un hérisson, il devient pomme de pin ! 

 

 

Il contredit toutes les catégories animales les plus évidentes. Il a des écailles comme un poisson mais il monte aux arbres et s’y suspend par la queue.

 

 

Il ressemble plus à un lézard ovipare qu'à un mammifère et pourtant allaite ses petits. Et, plus important que tout, à la différence des autres petits mammifères aux nombreuses portées, ses petits naissent un par un. Il ne se nourrit que de fourmis et de termites qu’il happe comme un tamanoir avec une langue visqueuse de plusieurs dizaines de centimètres. Il peut en absorber 200 grammes par jour. Il vit dans des arbres creux ou des terriers et ne sort que la nuit.

 

 

Fossile vivant, il vient incontestablement de la préhistoire, un ancêtre des dragons de la légende? (2)

 

 

En thaï nous l’appelons lin (ลิ่น), le mot pangolin vient de l’anglais qui l’a emprunté au Malais Peng-goling qui signifierait «qui se mets en boule».

 

Les forêts tropicales d’Afrique et d’Asie constituent son habitat naturel, ce sont les régions qui lui ont été dévolues par la nature.

 

En Thaïlande, oú il n’est probablement plus présent que dans les réserves naturelles protégées, il continue à être intensément braconné. Les braconniers sévissent dans ces zones protégées. Ils utilisent des chiens qui reniflent l’animal réfugié dans un arbre et coupent l’arbre. Si la cuirasse écailleuse le met à l’abri des grands prédateurs carnivores lorsqu’il se met en boule et dresse ses écailles, son ventre n’est pas protégé, c’est son talon d’Achille, et c’est par là que les braconniers le tuent, puisque, dépourvu de dents, il est incapable de se défendre. Les plus grands mesurent environ 2 mètres et pèsent 33 kilos.

 

 

 

Intensément pourchassé, il en est deux raisons:

La gastronomie

 

Comestible tout d’abord, sa chair est réputée excellente bien qu’en Afrique sa consommation fut initialement rituelle (3). Ce ne sont probablement pas des motifs rituels mais simplement gastronomiques qui font qu’il soit toujours pourchassé de façon illicite en Thaïlande. Si nous connaissons par les coloniaux le goût de la chauve-souris qui serait celui de la caille ou du singe qui serait celui du lapin, nous n’avons trouvé aucun souvenir de l’un d’entre eux qui se serait aventuré à y goûter. Sa viande se vend sur les marchés parallèles entre 2000 et 3500 baths le kilogramme (entre 57 et 100 euros) soit dix fois plus que la trilogie classique de notre gastronomie locale, poulets, cochons et poissons Ce trafic lucratif est certes sanctionné localement en vertu des règles de protection des espèces en voie de disparition par une amende de 40.000 baths et une peine d’emprisonnement de 4 ans selon la Wildlife Preservation and Protection Act B.E.2535 (1992) (พระราชบัญญัติสงวนและคุ้มครองสัตว์ป่า พุทธศักราช 2535). À ce jour toutefois, aucune peine de prison ne paraît avoir été prononcée en Thaïlande contre les trafiquants mais le trafic de ses écailles est probablement beaucoup plus lucratif bien que nous n’ayons aucun élément sur son rapport réel. Ceci explique en effet la cupidité des braconniers:

 

Dans un restaurant de Thaïlande en février 2020  :

 

 

Les écailles et la médecine chinoise

 

La couverture d’écailles est d’une telle solidité qu’elle a servi à confectionner des cuirasses, celle qui est conservée au Musée de l’homme est d’origine incertaine (probablement asiatique sans autre précision) (4). Cette utilisation paraît logique,

l’utilisation médicale ne l’est plus et nous conduit directement en Chine. Pour les Chinois en effet, les écailles réduites en poudre sont indispensables pour guérir nombre de maux et leur efficacité doit égaler celle de la poudre de cornes de rhinocéros. Les écailles sont utilisées dans plus de 60 agents curatifs, produits et commercialisées par plus de 200 sociétés pharmaceutiques, selon un rapport de la fondation China Biodiversity and Green Development.

 

 

 

Ces traitements ont la réputation de soigner divers maux, allant des problèmes d'allaitement à la mauvaise circulation sanguine jusqu’au cancer. Elles auraient aussi des vertus anti-inflammatoires et  anticoagulantes

 

La médecine traditionnelle nécessite une telle quantité d'écailles que celle-ci menace les espèces de pangolins d'extinction, en Afrique et en Asie.

 

Le négoce des écailles de pangolin était déjà au temps de la colonisation du Laos dûment taxé et considéré comme une des richesses du pays (5). La production partait en direction du Siam probablement à destination de sa colonie chinoise et de là, vers la Chine.

 

Budget prévisionnel du Laos pour l'année 1900  :

 

 

Est-ce en raison non pas de la pandémie mais des nécessités de la protection  internationale des espèces en voie de disparition que les médicaments traditionnels chinois à base d'écailles de pangolin ne sont plus couverts par l'assurance maladie depuis le 1er janvier 2020 ? La décision de l'équivalent de la Sécurité Sociale chinoise, fut prise le 20 août 2019 avant que n’éclate la pandémie. Il n‘est toutefois pas certain que cette décision ait un quelconque impact sur la demande des milliardaires chinois.

 

On estime qu'un million de pangolins ont été capturés à l'état sauvage en Asie depuis 10 ans ce qui soit dit en passant déplace le trafic vers l’Afrique oú des centaines de milliers voire des millions de spécimens sont chassés chaque année.

 

Les saisies de cargaisons qui complètent en général celles de l’ivoire des éléphants portent sur des tonnes d’écaille. L’une d’entre elle effectuée à Singapour en février 2020 portant sur 12 tonnes représenterait la  vie de 2000 pangolins (6).

 

 

Si nous savons peu ou prou combien les braconniers font payer la viande de pangolin aux gourmands, il est difficile de savoir combien les trafiquants leur payent les écailles mais nous savons que le prix sur le marché chinois serait d’au moins  1000 euros le kilo (35.000  baths).

 

Or, d’après les scientifiques  et  comme la corne de rhinocéros, ses écailles sont composées de kératine, la même composition que les ongles humains.

 

 

Il serait donc bénéfique que les Chinois qui croient en ses vertus se contentent de se ronger les ongles d’autant que l'usage de porter les ongles fort longs  - mode singulière - semble encore répandue chez les élégants et les élégantes.

 

 

NOTES

 

(1) Il occupe un chapitre du tome III (mammifères) de son «Histoire naturelle, générale et particulière «publiée en 36 volumes entre1749 et 1788.

 

(2) Voir «The Earliest Fossil Pangolin (Pholidota Manidae) from Africa». Article in Journal of Mammalogy , août 1985.

 

(3) Voir Sperber Dan: «Pourquoi les animaux parfaits, les hybrides et les monstres sont-ils bons à penser symboliquement ?»  In: L'Homme, 1975, tome 15 n°2. pp. 5-34).

 

(4) Voir Daniel Léger «A propos d'une cuirasse en peau de pangolin conservée au musée de l'Homme de Paris ». In : Archipel, volume 17, 1979. pp. 35-41;

 

(5) Voir « La dépêche coloniale illustrée» du 15 septembre 1905.

 

(6) https://www.nationalgeographic.fr/animaux/2019/08/en-chine-les-medicaments-base-de-pangolins-ne-seront-plus-rembourses

 

 

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16 janvier 2020 4 16 /01 /janvier /2020 22:16

 

Notre ami Ripawat Chiraphong (ริปวัฒน์ จิราพงษ์a reçu cette éminente distinction le 16 janvier, jour de la « fête des professeurs » (วันครู), le jour oú tout le pays rend hommage à ses enseignants.

 

 

Nous avons eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises. Professeur de français à la très élitiste école du Palais Chittralada (โรงเรียนจิตรลดา) à Bangkok,

 

 

il a obtenu un brillant doctorat d’Université pour une thèse soutenue le 12 septembre 2016 à l’Université Paris Diderot (Paris 7) devant un jury prestigieux présidé par le professeur Alain Forest : « La question de l'extraterritorialité et ses conséquences juridiques successives concernant les protégés français au Siam, dans le cadre des relations franco-siamoise de 1893 à 1907 ». Nous lui consacrerons un prochain article.

 

 

 

Il est par ailleurs l’auteur de la traduction française du livret rédigé par Supoj Lokunsombat et illustré à l’aquarelle par Krik Yomnage intitulé « Le Retour de Kosa Pan - นิวัติทัศนา โกษาปาน » en vue de l’inauguration à Brest le 15 février prochain du buste de Kosa Pan premier ambassadeur siamois en France.

 

 

La phase préparatoire avait été la présence de Son Altesse Royale la Princesse Maha Chakri Sirindhorn, Présidente honoraire de l’Association thaïlandaise des professeurs de français lors de sa fête annuelle le 3 novembre 2019 dans le grand hall Hall du collège de l’Assomption, à Bangkok – Bangrak

 

 

au cours de laquelle elle avait daigné  oindre le buste de Kosa Pan. Il fait partie du comité d’organisation des cérémonies d’inauguration de la statue et sera présent aux côtés de Son Excellence Sarum Charoen Suwan, ambassadeur de Thaïlande en France Le livret édité à cette occasion à Brest comprendra divers articles relatifs à Kosa Pan, lui-même est en train de rédiger un article sur les rues de Siam en France pour lequel il a demandé notre amicale collaboration.

 

 

Ne négligeons pas les autres lauréats (1) :

Madame Phongphan Suwannan, professeur de français à temps partiel auprès de l’association des femmes thaïes à Paris,

Suwat Bunkhlueap, professeur à l’école Yupparat Wittayalai dans la Province de Chiang Mai

Madame Saochariya  Kueakop, professeur à l’école Phatthalung Phitthayakhom à Phatthalung

Chettacharoen Masisuk, professeur à l’école du Wat Benjamabopit  à Bangkok

Madame Thopnita  Sanguanphokhai, responsable du pôle français des affaires à l’Université de l'Assomption dans la province de Samut Prakan

 

NOTE

 

(1) Voici la liste officielle des lauréats :

1) นายริปวัฒน์ จิราพงษ์ ครูโรงเรียนจิตรลดา กรุงเทพมหานคร

 


2) นางผ่องพรรณ สุวรรณนันท์ ครูนอกประจำการ ชมรมสตรีไทยในฝรั่งเศส กรุงปารีส
3) นายสุวัฒน์ บุญเคลือบ ครูโรงเรียนยุพราชวิทยาลัย จังหวัดเชียงใหม่
4) นางสาวจาริยา เกื้อกอบ ครูโรงเรียนพัทลุงพิทยาคม จังหวัดพัทลุง
5) นายเจตเจริญ มาสีสุก ครูโรงเรียนมัธยมวัดเบญจมบพิตร กรุงเทพมหานคร
6) นางฐปนิตา สงวนโภคัย หัวหน้าสาขาฝรั่งเศสธุรกิจ มหาวิทยาลัยอัสสัมชัญ จังหวัดสมุทรปราการ

 

 

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11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 22:01

 

 

Le 33e sommet  de l'Association des pays d'Asie du Sud-Est (ASEAN) s'est tenu à Bangkok, du 31 octobre au 4 novembre 2019. Une occasion  de s'informer, de connaître les enjeux géopolitiques et économiques des 10 pays de l'ASEAN  (Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Brunei, Viêt Nam, Laos, Birmanie (ou Myanmar), Cambodge) qui représentent aujourd'hui 645 millions d'habitants (9% de la population mondiale), dont le PIB cumulé représente 2800 milliards de dollars en 2017. (France 2762, 7e position, Indonésie 1101, 16e position, Thaïlande 517, 25e position en 2018) Ils participent pour environ 8% au commerce mondial. En sachant que le niveau de développement des pays composant l’ASEAN est très hétérogène, avec un revenu annuel par habitant moyen d’environ 4000 dollars, allant de 1100 dollars pour le Cambodge,  5640 pour la Thaïlande et  52000 pour Singapour. (1)

 

 

 

 Un petit rappel historique.

 

Nous avions dans un article publié le 18 mai 2014 (2) présenté  « La politique étrangère de la Thaïlande de 1948 à 2009 et l’ASEAN » en nous appuyant sur  les articles de deux spécialistes, à savoir : Sophie Boisseau du Rocher « La Thaïlande  au sein de l’Asean : une diplomatie en perte de vitesse ? » et  Kajit Jittasevi « La politique étrangère de la Thaïlande au XXIe siècle, Entre la quête de sens et la recherche d’une place dans le monde globalisé.». (In « Thaïlande contemporaine », 2011) (3)

 

 

 

Nous y disions :

 

« Tout d’abord rappelons ce qu’est l’ASEAN.

 

 

L’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN) est une organisation politique, économique et culturelle regroupant dix pays d'Asie du Sud-Est. Elle a été fondée le 8 août 1967 à Bangkok par l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, dans le contexte de la guerre froide -mais curieusement en l’absence de la  Corée du sud pourtant alors première en ligne- pour faire barrage aux mouvements communistes, développer la croissance et le développement et assurer la stabilité dans la région.

 

 

 

 

La fin de la guerre froide en Asie du Sud-Est (Retrait de l'armée vietnamienne du Cambodge en 1989), permettra le Sommet de Singapour de 1992 qui se traduira par deux initiatives majeures :

 

 

 

 

L'instauration d'une zone de libre-échange : l'ASEAN Free Trade Area (AFTA), qui ne sera signée qu’en 2002, à cause de la crise financière de 1997.

 

 

 

 

L'élargissement à 10 membres de l'ASEAN avec l'entrée du Viêt Nam (1995), puis du Laos et de la Birmanie (1997) et enfin du Cambodge (1999). 

 

 

L’Asean prendra une autre dimension avec la fondation de l’APT (L’ASEAN plus la Chine, le Japon et la Corée du Sud) avec un accord-cadre signé en 2002 en vue d'établir la zone en 2010 pour l'ASEAN 6 et en 2015 pour l'ASEAN au complet. ».

 

Mais d'autres associations et sommets peuvent contribuer à l'intégration au sein de   l'ASEAN.

 

 

 

En 1996, sera créé « Le Dialogue Asie-Europe » ou ASEM (Asia-Europe Meeting) au sommet de Bangkok. L'ASEM est un forum interrégional qui regroupe d'une part la Commission Européenne et les 28 membres de l'Union Européenne, et d'autre part les 13 membres de l'ASEAN plus trois.  « L’ASEM n’est ni une organisation internationale, ni une agence de développement, et ne dispose pas de secrétariat : c’est un cadre informel de dialogue entre Etats membres qui permet d’aborder tous les sujets, sans exclusion a priori. Ce dialogue s’articule depuis l’origine autour de trois « piliers » :

 

 

 

Pilier politique (Les ministres des Affaires étrangères ont une compétence générale) ;


Pilier économique et financier (Ce volet est piloté par l’AEBF, Asia-Europe Business Forum, qui se réunit avant les sommets de chefs d’Etat de l’ASEM et émet un certain nombre de recommandations) ; Pilier « autres coopérations » (Éducation, environnement, science et technologies, culture, contacts entre sociétés civiles. Ce volet est développé grâce à l’action de la Fondation Europe-Asie – ASEF, mais aussi par l’ASEM People’s Forum qui regroupe différentes ONG). Tous les deux ans, un Sommet réunissant les chefs d’État et de Gouvernement est organisé afin de fixer les priorités et les orientations du dialogue. (4)

 

 

 

Mais on peut citer d'autres forums comme le sommet de l'Asie orientale (EAS) qui est une enceinte de sécurité régionale dont le premier sommet s'est tenu à Kuala Lumpur le 14 décembre 2005, ou bien encore l' ASEAN Regional Forum (ARF),  le premier grand forum multilatéral de la région pour des consultations officielles sur les questions de sécurité en Asie Pacifique.

 

 

 

 

Initié en 1993, il regroupe désormais 26 membres ; l'AIPO (ASEAN Interparliamentary Organisation – Organisation interparlementaire de l'ASEAN).

 

 

Et d'autres événements culturels et sportifs qui ont pour but de contribuer à l'intégration régionale, comme par exemple  le S.E.A. Write Award, (Prix des écrivains de l'Asie du Sud-Est est une récompense donnée aux écrivains et poètes d'Asie du Sud-Est depuis 1979) ;  Le ASAIHL (Association of Southeast Asian Institutions of Higher Learning ou Association des institutions d'enseignement supérieur de l'Asie du Sud-Est. ONG créée en 1956 qui cherche à renforcer les institutions d'enseignement supérieur ; en particulier pour l'enseignement, la recherche et le service public, avec l'intention de cultiver l'identité régionale ; l'ASEAN Heritage Parks (parcs de l'héritage de l'ASEAN) est une liste de parcs naturels créée en 1984 puis relancée en 2004.

 

 

Elle a pour but de protéger les trésors naturels de la région. Elle comprend 35 parcs. Et au niveau sportif : Les Jeux d'Asie du  Sud-Est (Southeast Asian Games, abrégés SEA games)  (Compétitions multisports  qui ont lieu tous les deux ans et auxquels participent 11 pays.) ;

 

 

 

 

Le championnat de l'ASEAN de football (ASEAN Football Championship) est une compétition sportive internationale opposant les sélections nationales de football de l'Association.  Elle a débuté en 1996 sous le nom Tiger Cup ; 

 

 

 

Les ASEAN ParaGames, jeux sportifs d'Asie du Sud-Est pour handicapés, auxquels participent 11 pays d'Asie du Sud-Est qui a lieu tous les deux ans. La liste peut paraître fastidieuse, mais elle rappelle que la culture et le sport  contribuent à forger une identité régionale, même si la Communauté économique de l’Asean  en est la composante plus importante.

 

 

 

Toutefois la question de l'intégration est légitime et Bruno Jetin dans un article se demandait : « L’Asean peut-elle transformer l’Asie du Sud-Est en région intégrée? » (5)

 

 

Il rappelle qu'en  1997  « Asean Vision 2020 »  annonce  pour la première fois le projet de communauté économique au côté d’une communauté de la sécurité et d’une communauté socio-culturelle. Ensuite,  l'Asean, lors de son 27ème sommet à Kuala Lumpur du 18 au 22 novembre 2015, crée la Communauté économique de l’Asean (AEC), censée créer un marché unique pour la production et la circulation des biens, des services, du capital et du travail qualifié au sein de l’association, en réduisant progressivement  les barrières protectionnistes internes à la zone. Ce processus avait débuté en 1992 par la signature de « l’accord pour le libre commerce de l’Asean » (Free Trade Area ou AFTA) le 28 janvier à Singapour, mais est entré en vigueur en 2003.

 

 

 

C'est dire que le processus est long et qu'il faut distinguer les proclamations optimistes, les objectifs affichés, sur leur mise en œuvre réelle par les États membres. On pourrait comme  Bruno Jetin donner des exemples mais surtout il nous met en garde contre toute comparaison avec l’avènement du marché unique européen tel que signé dans  « l’Acte unique » en 1986. (Cf. (6)  Luc Chasseriau répondant à la question : « l'ASEAN est-elle une version asiatique de l'Union Européenne ? »)

 

 

 

 

Bruno Jetin estime que les États membres de l'ASEAN ne pourront pas se constituer en entité autonome, avec un avenir commun, mais qu'ils pourront collaborer ponctuellement  sur tels et tels intérêts ou tels projets propres, face aux  grandes puissances régionales (Chine, Japon, États-Unis et Inde) qui soutiennent chacune des projets d’intégration plus larges et concurrents pour étendre leur zone d’influence.

 

 

Il avance certains arguments qui accréditent son opinion. Ainsi par exemple, dans un espace économique unifié :« les consommateurs de l’Asean devraient pouvoir choisir de façon in-discriminée entre produits nationaux et ceux provenant des autres États membres » ; « Les travailleurs devraient également pouvoir être employés dans tous les États membres dans les mêmes conditions que les travailleurs locaux.», ce qui paraît peu probable avec des États qui fondent leur légitimité sur un nationalisme exacerbé. On peut prévoir que  la migration légale des travailleurs peu qualifiés n'est pas pour demain, même si la survie de l’économie de la Thaïlande, de la Malaisie ou de Singapour en dépend. (Cf. Nos deux articles sur les travailleurs illégaux et la birmanisation du Sud de la Thaïlande (7) )

 

 

 

De plus, l’Asean est une association sans réel exécutif et sans pouvoir réel.

 

 

Son siège basé à Djakarta ne dispose que de 300 personnes environ contre 34000 pour la Commission européenne. En 2013, son budget était de 16 millions de dollars contre environ 4,3 milliards pour la Commission européenne.

 

 

 

 

La faiblesse de cette institution régionale s'explique par le contexte historique régional, lors de sa création en 1967 « par cinq dictatures (Malaisie, Singapour, Philippines, Indonésie et Thaïlande) ou dans le meilleur des cas des « démocraties autoritaires » dont les hommes forts (Mahathir Mohamad, Lee Kuan Yew, Ferdinand Marcos, Suharto, et Prem Tinsulanond) sont parfois restés des décennies au pouvoir et n’étaient guère enclins à partager leur pouvoir avec une institution régionale. »

 

 

 

 

Il s'agissait alors « de protéger ses fondateurs contre la menace communiste et éviter tout conflit entre eux afin que chaque régime puisse concentrer ses efforts à l’édification d’un État-Nation. Dans ce contexte, le principe de non-ingérence dans les affaires internes aux pays membres et la règle du consensus constitutifs de l’Asean tiennent tout autant au nationalisme exacerbé de ces jeunes nations que de la volonté de pouvoir diriger sans aucun droit de regard extérieur. »

 

 

Mais  la constitution d’une communauté économique en 2003 nécessitait de mettre en place une capacité institutionnelle plus grande. Elle  prit la forme  d’un secrétariat national dédié à l’Asean, au sein des ministères des Affaires étrangères de chaque pays membre, qui sont chargés de formuler des propositions qui sont discutées lors des sommets des chefs d’État, en sachant que  bon nombre d’accords dans le domaine du commerce au sein de l’Asean ne sont pas signés par tous les États membres.

L’économie politique nationale n’autorise qu’une intégration régionale limitée.

 

 

Certes les ministères de l’Économie et des Finances et les banques centrales  imprégnés d’idéologie néolibérale et les firmes multinationales (FMN) œuvrent pour le marché régional intégré et renforcent  leurs investissements dans l’Asean, mais ils doivent faire face  à l’opposition des petites et moyennes entreprises (PME).

 

 

Pourtant l'investissement étranger (IDE) est un élément important du développement économique. Ainsi pour la Thaïlande, « en 2018, les flux d'IDE ont poursuivi leur reprise de l'année précédente, faisant suite à des années de déclin entre 2014 et 2016, pour s'élever à 10,49 milliards de dollars, contre 6,48 milliards de dollars en 2017.

 

 

 

 

Cette reprise est due à la hausse des investissements du Japon, Hong Kong et Maurice. Le stock d’IDE a affiché une légère baisse par rapport à 2017, pour atteindre 223,8 milliards de dollars, soit 48,9% du PIB du pays. Le Japon et Singapour sont de loin les plus gros investisseurs du pays et représentent un peu plus de la moitié des entrées d'IDE. Hong Kong, les Pays-Bas, l'Allemagne, Maurice et le Royaume-Uni comptent également parmi les principaux investisseurs. Les activités manufacturières et financières et les activités d’assurance absorbent près de 70% des entrées d’IDE. Les investissements dans l'immobilier, le commerce et l'information et la communication sont conséquents. (…) Et en 2019  « La valeur totale des demandes d'investissements directs étrangers (IDE) reçues par la Thaïlande au cours des neuf premiers mois de l’année  a augmenté de 69% par rapport à la même période de l’année précédente » (8)

Mais les  petites et moyennes entreprises (PME) sont de très loin les plus nombreuses et emploient la grande majorité de la population active dans presque tous les pays membres et de nombreuses entreprises privées et publiques du transport aérien, des télécommunications, de l’énergie ou des banques qui sont tournées vers le marché intérieur et sont liées à l’État qui les protège de la concurrence extérieure, quand ils ne sont pas en situation de monopole. Elles appartiennent à de grandes familles et ont au sein  de leurs conseils d’administration de nombreux anciens hauts fonctionnaires et très souvent des généraux à la retraite. (Cf. (9) L'article de Jean Baffie)

 

 

 

 

« L’État est donc partagé entre une fraction qui adhère pleinement au projet d’une baisse radicale des barrières protectionnistes et une fraction qui s’oppose fermement à la reconfiguration du « capitalisme de copinage ».  « Il s’agit d’un compromis entre la nécessité de s’intégrer au marché mondial et s’associer au capital étranger et le maintien de la protection des secteurs clefs pour la reproduction des élites locales. »  Jotrin donne des exemples de ces compromis difficiles à établir, comme dans la banque, qui explique la modestie de « l’Accord pour l’intégration bancaire de l’Asean » (ABIF) négocié depuis cinq ans et finalement signé à Kuala Lumpur le 21 mars 2015, ou  pour la création d’un marché unique du transport aérien de fret et de passagers, où  chaque pays a des spécificités et où certains d’entre eux veulent protéger leurs compagnies nationales. On pourrait en dire autant avec les  services de santé, avec  la Thaïlande qui possède de nombreux  hôpitaux privés qui attendent un afflux supplémentaire de patients étrangers et est déjà  la première destination pour le tourisme sanitaire, devant Singapour et l’Inde.

 

 

Mais malgré les grandes difficultés et les contradictions internes aux États de l'ASEAN, au nationalisme affiché, au refus d'ingérence dans la souveraineté de chacun,  aux tensions entre le Japon, la Corée et la Chine, aux intérêts géostratégiques entre la Chine et les États-Unis, cela n'a  pas empêché la recherche d'accords trans-régionaux comme ceux du   CPTPP (le Partenariat trans-pacifique global et progressiste) (10),

 

 

 

 

le FTAAP (L’Accord de libre-échange de l’Asie et du Pacifique (Free Trade Agreement of Asia Pacific),

 

 

 

 

et celui du  RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership), regroupant 16 pays ( Les 10 pays membres de l'ASEAN  ainsi que 6 autres pays qui possèdent déjà un accord de libre-échange bilatéral avec l'ASEAN, à savoir : l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon , la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande) (11) qui a été si  âprement discuté lors du dernier sommet à Bangkok qui serait signé  au début de 2020, selon le gouvernement de  Thaïlande.

 

 

 

 

L'accord vise principalement à une réduction des droits de douane, certaines barrières non  tarifaires et de faciliter les investissements directs étrangers, avec  peu ou pas  d'ouverture des marchés publics, d'harmonisations des normes ou encore de conventions sur le droit du travail ou de l'environnement. Dit ainsi, cela paraît simple, mais la complexité est grande et le plus souvent ingérable pour les entreprises censées en bénéficier.(12)

 

 

Une fois signé entre les seize Etats de la région Asie-Pacifique soit environ 3,4 milliards de personnes, le RCEP deviendrait le plus grand pacte de libre-échange au monde, couvrant environ un quart des exportations mondiales.  Mais de nombreux obstacles demeurent sur fond de rivalités géostratégiques entre les grands États et surtout ceux de la Chine et des États-Unis, qui sous Trump, mais il n'est pas le  seul, préfère les accords bilatéraux. (Il s'est retiré du TPP). Ainsi l'Inde à ce sommet a refusé de signer le RCEP, craignant l'invasion des  produits chinois. D'autres  négocient des  accords bilatéraux de libre-échange au sein du RCEP. « Australie et Nouvelle-Zélande [par exemple] veulent que l’accord inclue un renforcement du droit du travail, de la protection de l’environnement, mais aussi de la propriété intellectuelle, alors que de nombreux pays de la zone sont peu soucieux de « copyright. » (13)

 

 

 

 

On sait que les grands sommets, n'éliminent pas les  négociations parallèles, le fait que   les pays membres de l’Asean, en conflit parfois  dans la diversité de leurs intérêts économiques, mais aussi politiques et sécuritaires se  rapprochent tantôt des États-Unis, tantôt de la Chine.

 

 

D'ailleurs Valentin Cebron, comme de nombreux journalistes ont surtout remarqué : « Alors que le sommet de l'Asean vient de s'achever à Bangkok, les pays membres maintiennent leur position d'équilibre diplomatique entre la Chine et les États-Unis – du moins pour le moment. », ce que confirme la spécialiste et chercheuse  à l'IFRI Sophie Boisseau du Rocher :«Les pays d'Asie du Sud-Est n'ont jamais choisi tel ou tel partenaire au détriment d'un autre ». (14)

 

 

 

 

Les pays de l'Asean sont en effet au cœur de la guerre commerciale que se livrent les deux premières puissances mondiales, mais ils doivent trouver un équilibre. Car si la Chine  (qui est  proche d'eux géographiquement,  et où près de trente-cinq millions de Chinois vivent dans les dix pays du bloc, soit plus de 80% de la diaspora totale. «À Singapour, 75% de la population est d'origine chinoise, 25% en Malaisie et 15% en Thaïlande») est son premier partenaire commercial  (En 2018, le volume total des échanges commerciaux entre la Chine et les pays de l'organisation a atteint un niveau record de 530 milliards d'euros), les pays d'Asie du Sud-Est ont besoin des États-Unis pour faire face aux appétits et agressions de Pékin en mer de Chine méridionale.

 

 

(Les États-Unis sont quand même le troisième pays avec une valeur des échanges en 2018 de 245 milliards d'euros)

 

Un contentieux maritime qui s'inscrit dans la volonté de Pékin de s'approprier 90% de la mer de Chine méridionale, riche en ressources halieutiques et énergétiques dans un espace maritime  s'étendant des Philippines à Singapour qui  voit passer chaque année 3 000 milliards de biens, l'équivalent  d'un tiers du commerce mondial. Mais un espace dans lequel  certains pays de l'Asean comme les Philippines, l'Indonésie, la Malaisie, le Vietnam, Brunei n'entendent pas céder ce qu'ils considèrent leur appartenant comme les archipels des Paracels et des Spratleys que Pékin bétonne, militarise puis colonise. (15)


 

 

 

Ou bien encore le récif de Scarborough  dont  s'est militairement emparé Pékin en 2012 et que le tribunal international de la Haye a attribué  aux  Philippines en 2016, mais que le président philippin Rodrigo Duterte ne peut imposer, au vu de sa politique pro-chinoise. D'ailleurs, la Chine fait fi des décisions internationales et continue de prospecter et de patrouiller dans les eaux territoriales de ses voisins. Mais début septembre 2019, les pays de l'Asean ont  mené pour la première fois des manœuvres navales conjointes avec les États-Unis pour une volonté collective de rééquilibrer le jeu diplomatique et afficher leur neutralité  vis-à-vis des deux super puissances.

 

 

 

Nous constatons donc que si lors de ce 33e sommet à Bangkok, le gouvernement thaïlandais s'est fortement engagé pour la signature d'un accord global pour le RCEP, l'Inde s'est retiré et les pays de l'ASEAN continuent de  négocier, comme nous l'avons dit, des  accords bilatéraux de libre-échange ou des systèmes de préférences généralisées (SPG) ( La Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande sont ainsi bénéficiaires du SPG américain) ;  Ou  en dehors du cadre de l’ASEAN, le CPTPP (Pour  Singapour, le Vietnam, le Brunei et la Malaisie).

 

 

 

 

Ainsi la Thaïlande veut aussi  intensifier ses échanges avec ses voisins (Birmanie, Cambodge, Laos, Malaisie), qui représentent 10 % de son commerce extérieur et bénéficier des relocalisations d’investissements depuis la Chine. (Une nouvelle donne  commerciale depuis la « guerre » commerciale entre les Etats-Unis de  Trump et la Chine que nous ne pouvons pas évoquer ici dans le cadre modeste de cet article) (Cf. 16)

 

 

 

 

Le gouvernement thaïlandais mise sur le développement des infrastructures de transport et des zones économiques spéciales (les ZES), qu'on ne peut ici tous citer puisque « En 2019, la Thaïlande comptabilise 74 ZES (sur plus de 700 en ASEAN). Selon le Board of Investment, 52 projets ont été approuvés dans les ZES de 8 provinces pour un investissement total de 272 milliards de dollars. » (Cf. Exemples (17))

 

 

Et on pourrait évoquer les mesures prises par la Thaïlande visant à attirer l’investissement chinois (incitations fiscales, procédure d’implantation accélérée) dans les secteurs à haute valeur ajoutée, et comme l'a déclaré le 1er ministre thaïlandais M. Prayut lors de sa rencontre avec  le premier ministre chinois Li Keqiang à Bangkok le  5 novembre : «  la Thaïlande espère aligner son Corridor économique oriental avec la région de la Grande Baie Guangdong-Hong Kong-Macao de la Chine et ouvre ses portes aux entreprises chinoises pour qu'elles investissent, installent des usines en Thaïlande et coopèrent avec la partie thaïlandaise dans des domaines tels que le commerce électronique, le marché des tiers, le train à grande vitesse, la technologie 5G et l'économie numérique. ».

 

 

 

 

Ce que M. Li a confirmé en déclarant son souhait d' « aligner l'Initiative « la Ceinture et la Route » avec la stratégie de développement de la Thaïlande » dans son projet de construction du Corridor économique oriental, en encourageant « ses entreprises à participer à la construction des infrastructures de transport de la Thaïlande en accord avec les principes de « marchéisation » et de commercialisation, à bien utiliser les plates-formes de commerce électronique transfrontalier et à augmenter les importations de riz et d'autres produits agricoles thaïlandais de haute qualité ». (18)

 

 

 

Bref.  Nous pensions en savoir plus sur les négociations du 33e sommet  de l'Association des pays d'Asie du Sud-Est (ASEAN) qui s'était tenu tenu à Bangkok, du 31 octobre au 4 novembre 2019, consacré essentiellement à la signature d'un accord du  RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership) regroupant 16 pays ( Les 10 pays membres de l'ASEAN  ainsi que 6 autres pays qui possèdent déjà un accord de libre-échange bilatéral avec l'ASEAN, à savoir : l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon , la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande), mais nous avons surtout découvert la complexité de cet accord espéré par ces 16 pays pris par leur propre jeu géopolitique, au milieu  d'autres accords multilatéraux et bilatéraux d'ordre économique, militaire, culturel, qui peuvent  faire douter de l'optimisme affiché par  le gouvernement  thaïlandais qui espère que cet accord  soit signé  au début de 2020.

 

 

(Et encore n'avons-nous pas évoqué  l'écologie passé au second plan des négociations, en sachant que  « Quatre des 10 pays les plus touchés par le changement climatique sont des États membres de l'Asean ») (20)

 

 

 

Notes et références.

 

(1) L’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) regroupe 10 Etats membres. Créée par l’Indonésie, la Malaisie, Singapour, la Thaïlande et les Philippines en 1967, elle a été rejointe par le Brunei (1984), le Vietnam (1995), le Laos et la Birmanie (1997) et enfin le Cambodge (1999).

 « Selon la classification de la Banque mondiale, basée sur le revenu national brut, la région compte cinq « pays à revenu intermédiaire tranche inférieure » (Laos, Cambodge, Birmanie, Vietnam, Philippines et Indonésie), deux « pays à revenu intermédiaire tranche supérieure (Thaïlande, Malaisie) et deux « pays à revenu élevé » (Brunei, Singapour). Regroupant des économies très ouvertes, elle participe pour environ 8% au commerce mondial. Le montant des investissements étrangers entrants, à 134 milliards  de dollars fin 2017, est similaire aux IDE en Chine. L’ASEAN est une des régions du monde les mieux insérées dans les chaînes de valeur transnationales (électronique, informatique, automobile…) » https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/SG/l-asean-en-bref

L'ouvrage de référence sur l'ASEAN reste celui de Sophie Boisseau du Rocher, L’ASEAN et la Construction régionale en Asie du Sud-Est, L'Harmattan, 1998.

 

(2) A148. La politique étrangère de la Thaïlande et l’ASEAN.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a148-la-politique-etrangere-de-la-thailande-et-l-asean-1948-2009-123507177.html Publié le 18 mai 2014.

 

(3) In « Thaïlande contemporaine », Sous la direction de S. Dovert et J. Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011.

 

(4) https://mm.ambafrance.org/ASEM

Cf. Le site officiel de l'ASEM : https://www.aseminfoboard.org/

 

(5) « L’Asean peut-elle transformer l’Asie du Sud-Est en région intégrée? »,  Bruno Jetin, Institute of Asian Studies, Universiti Brunei Darussalam »

file:///C:/Users/acer/Documents/Jetin_Asean.pdf

Cf. aussi  Communauté de l’ASEAN : quel modèle d’intégration pour l’Asie du Sud-Est ? Par Alexandre Gandil

   https://asialyst.com/fr/2015/12/24/communaute-de-l-asean-quel-modele-d-integration-pour-l-asie-du-sud-est/

 

(6) Asialyst, « L'ASEAN en 10 questions » de Luc Chasseriau :

https://asialyst.com/fr/2017/08/12/memo-asean-en-dix-questions/

 

(7) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a130-la-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-est-elle-ineluctable-120323933.html

 

(8) Thaïlande : Les investissements. Les IDE en chiffres

(https://www.tradesolutions.bnpparibas.com/fr/implanter/thailande/investir

 

(9) A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

Avec  l'article  de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale »  (in Thaïlande contemporaine)

 

(10) Le CPTPP (le Partenariat trans-pacifique global et progressiste)  une version assez proche de l'accord multilatéral originel TPP après la rétraction de Trump du TPP, entrera en vigueur dès le 30/12/2018. « Par rapport au projet initial, peu de changements sont intervenus. « Les différences portent essentiellement sur les règles de la propriété intellectuelle et le périmètre de la cour d'arbitrage des investissements », pointe Sébastien Jean, Directeur du Cepii.  » (Cf. Les Échos,  Publié le 6 mars 2018 à 16h57, Richard Hiault)

 

(11) « Le partenariat économique régional global1, ou en anglais : Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP), est un projet d'accord de libre-échange entre 16 pays autour de l'océan Pacifique.

Il inclut les 10 pays membres de l'ASEAN, à savoir : la Birmanie, le Brunei, le Cambodge, l'Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam ; ainsi que 6 autres pays qui possèdent déjà un accord de libre-échange bilatéral avec l'ASEAN, à savoir : l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande.

Les négociations de cet accord ont démarré en novembre 2012. L'accord est vu pour beaucoup d'observateurs comme un accord alternatif à l'accord de partenariat transpacifique (TPP), notamment suite à l'annonce de l'abandon de ce dernier après l'élection de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine de 2016. Le projet viserait principalement à une réduction des droits de douane, avec pas ou peu d'ouverture des marchés publics, d'harmonisations des normes ou encore de conventions sur le droit du travail ou de l'environnement. » (Wikipédia)

 

(12) Ainsi par exemple, ne  serait-ce que le contrôle de l’origine de la nationalité des produits. Par exemple, un produit malaisien exporté vers la Chine, pour pouvoir bénéficier des avantages du libre-échange, doit prouver qu’il a été produit en Malaisie avec une proportion significative de ressources naturelles et de composants malaisiens pour éviter que des produits étrangers soient maquillés. On imagine les querelles, les suspicions, les batailles d'experts.

 

(13) https://lepetitjournal.com/bangkok/rcep-le-plus-grand-accord-commercial-au-monde-sans-les-etats-unis-260355

(14) http://www.slate.fr/story/183591/diplomatie-geopolitique-asie-sud-est-choix-chine-etats-unis

(15) 14 petites îles coralliennes riches en ressource halieutique et potentiellement en pétrole et en gaz sur le plateau continental. La Chine depuis 2013 a construit 7 îlots artificiels pour prétendre à une zone économique exclusive. Revendiqués par Brunei, Malaisie, Philippines, Taiwan, Vietnam. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Îles_Paracels

 

(16)  « Plusieurs pays de la région bénéficient toutefois de conditions d’accès privilégiées aux marchés européen et américain, grâce aux systèmes de préférences généralisées (SPG). La Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande sont ainsi bénéficiaires du SPG américain. Le Vietnam et l’Indonésie bénéficient du SPG européen et des régimes plus favorables sont accordés aux Philippines (SPG+), au Laos, au Cambodge et à la Birmanie (TSA).  En dehors du cadre de l’ASEAN, le CPTPP montre la voie, difficile, à une ouverture de la région sur le Pacifique et l’Amérique du Nord Singapour, le Vietnam, le Brunei et la Malaisie sont signataires du Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP). L’accord est entré en vigueur à Singapour le 30 décembre 2018 et au Vietnam le 14 janvier 2019 » In

https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/71e555d4-a0bc-41c6-8e50-57d00c1cedc2/files/4fe4e027-e49f-40bf-9009-775b5377bc2c

 

 (17) « Ces programmes ont déjà permis à la Thaïlande d’intensifier ses échanges commerciaux avec les pays frontaliers, qui représentent 10 % de son commerce extérieur. En 2018, les échanges commerciaux de la  Thaïlande avec les pays frontaliers ont atteint 47,5 milliards de dollars, en hausse de 17 % par rapport à 2017. Le total des exportations de la Thaïlande vers ses voisins s’est élevé à 28 milliards de dollars (+18 % en g.a)  et celui des importations, à 19,5 milliards de dollars (+15 %).  Les échanges avec ces pays connaissent toutefois une baisse depuis début 2019 (–1,8 % en g.a.), sauf avec le Cambodge (+11,4 %), principalement en raison des tensions commerciales sino-américaines et de la hausse du cours du baht qui pèse sur les exportations thaïlandaises. A noter que le commerce frontalier entre la Thaïlande et la Birmanie devrait se développer après la mise en service le 30 octobre 2019 du deuxième pont d'amitié entre les deux pays à Mae Sot. La Thaïlande enregistre un excédent commercial de 8,5 milliards de dollars vis-à-vis des pays frontaliers en 2018. Le seul pays avec lequel la Thaïlande enregistre un déficit est la Malaisie (−1,6 milliard de dollar), pays qui représente 58 % des échanges commerciaux de la Thaïlande avec ses voisins. »

 

(18) « La région de Tak, frontalière avec la Birmanie, est la plus avancée et accueille 28 projets notamment dans les secteurs du textile et du plastique.  La Thaïlande cherche également à tirer profit  des ZES en développement dans les pays frontaliers, et notamment de celle de Dawei en Birmanie. Cette dernière devrait s’étendre sur 196 km2 et ainsi représenter l’un des plus grands parcs industriels d’Asie du Sud-Est, avec un port en eau profonde côté birman, relié à Bangkok par une voie rapide. »

 

(20) Sommet de l'Asean: l'écologie au second plan des négociations

Par Romain Philips Publié le 05-11-2019 Modifié le 06-11-2019 à 09:10  http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20191105-asean-asie-sud-est-indonesie-vietnam-chine-malaisie-rechauffement-climatique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 22:06

 

 

Le méga-barrage de Xayaburi de 1,285 mégawat, long de 820 mètres, situé sur le Mékong au nord du Laos  a été mis en service le mardi 29 octobre 2019. (1)

 

 

 

 

(Le choix de cet emplacement est la conséquence des délimitations frontalières  de 1893 : La province est la seule du Laos située sur la rive droite du fleuve, La Laos y a donc la souveraineté sur les deux rives sans que la construction du barrage pose de difficultés en droit international. )

 

 

 

Le barrage a été construit par CH. Karnchang (CKP) (2), l'une des plus grandes compagnies thaïlandaises  de production et de distribution d’électricité  et a été financé par 6 banques thaïlandaises (Siam Commercial Bank, Kasikorn Bank, Bangkok Bank, Krung Thai Bank, TISCO) et la banque de Thaïlande d'export-import (EXIM). Elle en détient elle-même 37.5% via Xayaburi Power Co avec  Natee Synergy Co holding 25%, Electricite du Laos (EdL) 20%, Electricity Generation Plc 12.5%, et autres 5%. Le  budget serait évalué à  4,5 milliards de dollars (4 milliards d’euros environ).

 

 

 

 

L'Autorité productrice d'électricité de Thaïlande (EGAT) s'est engagée à acheter 95 % de son électricité. (3)

 

 

Il s'inscrit dans la volonté politique et économique du Laos qui va exporter l'électricité produite à la Thaïlande et qui entend valoriser au maximum son considérable potentiel hydraulique, une manne financière cruciale pour un pays parmi les plus pauvres du monde. Mais cette énergie hydraulique, si nécessaire pour les besoins financiers du Laos et électriques pour les habitants de Thaïlande a un impact social et environnemental, et perturbe les écosystèmes en amont et en aval des barrages  (notamment la migration des espèces aquatiques) et est  accusé de vider l’eau du Mékong.

 

 

 

 

Toutefois, cet impact social et environnemental doit se comprendre dans une problématique plus globale des demandes en électricité des habitants des pays concernés, en sachant qu'il est le 44e barrage hydraulique mis en service sur le Mékong.

 

 

 Nous avions dans notre article (A 250) publié le 07/02/2018, essayer d'exposer « la problématique des barrages sur le Mékong entre la Chine et les cinq autres pays en aval: Myanmar (ou Birmanie), Laos, Thaïlande, Cambodge et Vietnam ». (Cf. (4))

 

 

 

 Certes  la Chine est en position de dicter sa loi aux autres pays, d'une part parce que  la portion chinoise du Mékong depuis sa source au Tibet est situé en amont  et s'écoule sur 2.130 kilomètres, soit près de la moitié de la longueur totale du fleuve, et d'autre part parce que les  « les cours d’eau sont devenus pour les élites chinoises des objectifs stratégiques, des intérêts vitaux de la nation. La Chine semble désormais bien décidée à faire respecter son droit à disposer de ses ressources territoriales, et ce dans la plus totale indépendance : l’eau qui se trouve sur le territoire chinois appartient à la Chine. (Alexandre Heim, dans  « La Chine, son eau et ses voisins »). On connait la puissance et la détermination chinoise pour ce qu'elle considère comme « ses affaires intérieures ».

 

 

 

Mais nous avions noté que  les autres États du Mékong agissaient de façon similaire, à la mesure de leurs moyens et en fonction de leur situation économique et de la géolocalisation de leur potentiel hydroélectrique et surtout  … des financements chinois.

 

 

Ainsi pour le Laos et la Thaïlande, avions-nous dit : « l’État laotien a pour ambition de devenir le premier pays producteur d’électricité de la région du Bas-Mékong, et à cette fin, déroule une liste de 25 installations hydroélectriques opérationnelles (6.093  MW), ce qui représente 26,5 % du potentiel techniquement exploitable, 10 en cours de construction (3.447 MW), dont deux sur le cours principal inférieur du Mékong, Xayaburi  et Don Sahong (En construction depuis 2016), 62 en phase de planification ou en étude de faisabilité (12 398 MW), soit au total 87 projets pour près de 22.000 MW.  […]

 

 

 

 

Ainsi la Thaïlande,  outre le gaz importé du Myanmar, tire en grande partie son énergie de barrages situés au Laos. Elle doit acheter la majorité de l'électricité générée par le futur barrage de Xayaburi, projet de 3,8 milliards de dollars dont Vientiane a annoncé la suspension en attendant de répondre aux inquiétudes de ses voisins (graves incidences sur la pêche et la production de riz),  mais dont les travaux préparatoires ont commencé. On peut prévoir de nombreux reports, manifestations, études complémentaires, mais il est difficile de croire que le Laos va renoncer au barrage de Xayaburi et aux 7 autres prévus en sachant que cette ressource est vitale pour son avenir en considérant que leurs productions devrait être de 38.000 mégawatts en 2020, soit une capacité 15 fois supérieure à ses besoins nationaux. » (Nous sommes en 2018

 

 

En effet, le Laos et CH. Karnchang (CKP) et les banques thaïlandaises n'ont pas renoncé et le méga-barrage de Xayaburi a donc été mis en service ce 29 octobre 2019. D'ailleurs, au début de l'année 2019,  le gouvernement laotien se donnait comme projet  d'achever 12 projets de barrages hydroélectriques  en construction d'une capacité totale de 1.950 MW. Lors de la sixième session de l’Assemblée nationale du Laos (VIIIe législature), le ministre laotien de l'Énergie et des Mines, Khammani Inthilath, rappelait que « le Laos compte actuellement 61 centrales électriques d'une puissance totale de 7.200 MW, dont 53 centrales hydroélectriques, une centrale thermique, deux centrales alternatives et cinq centrales solaires. ». Il précisait qu'il accordait une attention particulière à la sécurité. (Bien entendu)  (5)

 

 

 

Nous avions fait la remarque de la nécessité pour chaque pays d'assurer son développement  et de fournir l’électricité et l’eau à sa population qui lui est nécessaire. Si le plus souvent les médias se sont focalisés sur les barrages construits sur le Mékong, il ne faut pas oublier que l’hydroélectricité est une énergie renouvelable et n’occupe qu’une faible part (Sauf au Vietnam) dans la production de l’électricité nationale de chacun des six pays, et qu’elle est de plus moins « polluante » que les autres énergies comme le charbon et moins dangereuse que le nucléaire.

 

D'ailleurs,  la part de l’hydroélectricité pour la Thaïlande ne représente  que 3,2 % (dont  0,7 % d’hydroélectricité nationale) de  sa production d'électricité.

 

(90,9 % d'énergies fossiles (gaz naturel : 68,3 %, charbon et lignite : 21,6 %, pétrole : 1 %) et 9,1 % d'énergies renouvelables : biomasse 4,7 %, solaire photovoltaïque 0,8 %, éolien 0,2 % ) »

 

 

 

Mais ces barrages ont non seulement un coût financier, mais aussi un coût social et environnemental.

 

 

 

Ainsi pour le barrage de Xayaburi, 2100 personnes ont été déplacées et les 200 0000 personnes qui vivent près du barrage craignent -à raison- que des dizaines d'espèces de poisson, dont le mythique poisson chat géant,

 

 

 

... vont être bloquées dans leurs migrations, même si  des dispositifs comme les passes à poissons soient installés ;  ainsi que le flot des sédiments et  nutriments si nécessaires pour l'agriculture. « Les pêcheurs sont les plus touchés par ces aménagements. Ils doivent même se reconvertir. "Nous ne pouvons plus pêcher. L'eau disparaît et nous ne savons pas où sont passés les poissons. J'attrapais entre 30 et 40 kg de poissons, mais plus maintenant. Ce n'est même pas suffisant pour nourrir notre famille", déplore Duan Vilaiporn, pêcheur thaïlandais. » (France-info) Les riverains sont d'autant plus inquiets que l'ouverture du barrage Xayaburi  survient au moment où le fleuve atteint son plus bas niveau  historique dû à un manque de pluie.  « Sur des images prises  dans la province thaïlandaise de Nong Khai, frontalière du Laos, on peut voir que le fleuve flirte dans cette région avec « des niveaux historiquement très bas », relève Pianporn Deetes, de l'ONG International Rivers. « La sécheresse à elle seule n'explique pas la brutale chute du niveau de l'eau. Nous constatons ce phénomène depuis juillet, ce qui coïncide avec les tests effectués sur le barrage de Xayaburi », à quelque 300 kilomètres en amont, dit-elle encore à l'AFP. » (1.3)

 

 

 

A ces inquiétudes légitimes s'ajoute le souvenir de la rupture du barrage de Xe Pian-Xe Nam Noy dans le sud du Laos  le 23 juillet 2018, qui a englouti sept villages, et fait sans doute plus d'une centaine de victimes. (6) Le gouvernement laotien avait alors  essayé de rassurer, promis que toutes les mesures seraient prises pour que les barrages en cours de construction fassent désormais l’objet d’un rapport pour évaluer la solidité de leurs constructions.

 

 

 

Mais que valent les craintes et les intérêts vitaux des riverains face à la nécessité du gouvernement laotien d'augmenter les investissements étrangers et ses devises (l'hydroélectricté est la 2ème source en devises derrière le tourisme) pour assurer son développement. D'autant plus que ses voisins ont toujours besoin de plus d'électricité et que «Le gouvernement a vendu le nord du Laos à la Chine», comme le signalait déjà le regretté Arnaud Dubus en 2015. Son reportage est saisissant : « Dans la «zone économique spéciale du Triangle d’or», située en territoire laotien, dans le district de Ton Pheung, la seule langue parlée est le chinois, toutes les horloges sont à l’heure de Pékin et le yuan est la monnaie de choix. [...] La zone spéciale de Ton Pheung est l’exemple le plus extravagant d’un phénomène plus large, à l’œuvre depuis une petite dizaine d’années, qui a rarement été analysé dans sa globalité : la pénétration spectaculaire des Chinois, aux niveaux humain, économique et social, dans toute la partie nord du Laos. [...] Début 2014, la Chine est devenue le plus gros investisseur étranger au Laos avec 4,5 milliards d’euros d’investissements cumulés, dépassant la Thaïlande et le Vietnam. Les Chinois dominent les secteurs minier, agricole et hydroélectrique. Et ce chiffre ne prend pas en compte la myriade de petits entrepreneurs chinois qui s’implantent, souvent en louant des terrains aux Laotiens dans le cadre de contrat à longue durée. » (Cf. L'article (7))

 

 

 

Dans ce contexte, on comprend  « que les petites voix des ONG environnementales sont inaudibles pour le régime laotien (notamment Cambodian Rural Development Team, Forum on Cambodia, the Northeastern Rural Development, Thailand’s Community Resource Centre, Earth Rights International, Rainforest Rescue, International Rivers, WWF). D’autant plus que « la Banque mondiale et l’Agence américaine pour le développement international ont promu l’hydroélectricité comme une source d’énergie propre et durable », souligne le site spécialisé dans les questions asiatiques, « The diplomat ». (8)

 

 

 

Ce n'est pas le Mekong River Commission (MRC) (9) qui empêchera le gouvernement communiste du Laos, de poursuivre la construction des autres barrages prévus, et ceci d'autant plus qu'ils répondent aux besoins électriques des pays membres du MRC et sont financés entièrement par les investisseurs étrangers, notamment chinois et thaïlandais. 

 

 

 

Notes et références.

 

(1) 1.1 Barrage de Xayaburi au Laos : symbole d’une nouvelle donne énergétique

mer 30 Oct 2019 https://lenergeek.com/2019/10/30/barrage-xayaburi-hydraulique-laos-mekong/

 

1.2 Laos: un méga-barrage sur le Mékong qui inquiète les ONG, Par RFI Publié le 30-10-2019 Modifié le 30-10-2019 à 06:32

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20191030-laos-xayaburi-mega-barrage-mekong-inquiete

 

1.3 « Laos : mise en service d'un méga-barrage hydroélectrique controversé sur le Mékong », AFP. Parue le 29 oct. 2019 - 13h56

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/laos-mise-en-service-dun-mega-barrage-controverse-sur-le-mekong-191029-0?utm_source=newsletter&utm_medium=fil-info-energies&utm_campaign=/newsletter/le-fil-info-energies-29-oct-2019 In « Connaissances des énergies » (CDP) https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/hydroelectricite

 

(2) CKP ?

 

 

La société publique CK Power Limited (la «société» ou «CKP») a été fondée par CH. Karnchang Public Company Limited Group («CH. Karnchang Group»)  constistuée le 8 juin 2011 concentre ses investissements sur les activités de production et de distribution d’électricité produite à partir de divers types de sources d’énergie.

 

La société investit actuellement dans des sociétés exerçant leurs activités de production et de distribution d’électricité dans trois types de projets d’électricité, à savoir les projets hydroélectriques, les projets de cogénération et les projets d’énergie solaire, répartis en six filiales et sociétés associées, comme suit:

 

 

 

Investissement dans des projets énergétiques de trois filiales, comprenant:

  1. Nam Ngum 2 Power Company Limited («NN2»), en tant que société principale de la Société, dont les actions sont détenues par la Société, représentant 46 pour cent, via SouthEast Asia Energy Limited;
  2. Bangpa-in Cogeneration Limited («BIC»), dont les actions sont détenues par la Société à hauteur de 65%;
  3. Bangkhenchai Company Limited («BKC»), dont les actions sont détenues à 100% par la Société.

Investissement dans des projets énergétiques de trois entreprises associées, comprenant:

  1. Xayaburi Power Company Limited («XPCL»), dont les actions détenues par la Société représentent 37,5%
  2. Chiangrai Solar Company Limited («CRS»), dont les actions sont détenues à 30% par la Société;
  3. Nakhon Ratchasima Solar Company Limited («NRS»), dont les actions sont détenues à 30% par la Société.

La majorité des projets énergétiques investis par la société ont déjà commencé leurs activités commerciales. Les projets en construction comprenaient le projet d'énergie hydroélectrique de Xayaburi (le «projet Xayaburi») dans le cadre de l'exploitation de XPCL pour la distribution de l'électricité produite à l'autorité thaïlandaise de production d'électricité et à l'électricité du Laos, la mise en service commerciale étant prévue pour fin 2019; et six projets solaires sur les toits et les fermes solaires de BKC destinés à la production et à la distribution d'électricité aux opérateurs du secteur privé, dont la construction a débuté au troisième trimestre de 2018, et qui prévoit de commencer la distribution commerciale d'électricité en 2019.

 

 

 

(3) EGAT ?

 

 L'Electricity Generating Authority of Thailand ou EGAT est une entreprise d'État qui possède et opère la majorité de la capacité de production électrique de la Thaïlande ainsi que le réseau électrique national. L'EGAT est dirigée par le ministère de l'Énergie. L'essentiel de l'énergie de l'EGAT est vendu à la Metropolitan Électricity Authority  (MEA) qui alimente la région de Bangkok et la Provincial Électricity Authority (PEA) qui alimente le reste de la Thaïlande. (Wikipédia)

 

(4) A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM. http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-250.la-problematique-des-barrages-sur-le-mekong-entre-la-chine-et-les-cinq-autres-pays-en-aval-myanmar-laos-thailande-cambodge-et Publié le 07/02/2018

 

(5) In https://www.lecourrier.vn/le-laos-achevera-12-projets-de-barrages-hydroelectriques-cette-annee/587408.html

 

(6) http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180725-effondrement-barrage-laos-premier-bilan-131-disparus

 

(7) https://www.liberation.fr/planete/2015/10/19/le-gouvernement-a-vendu-le-nord-du-laos-a-la-chine_1403150

 

(8) https://thediplomat.com/2018/04/laos-new-hydropower-dams-old-mekong-worries/

 

(9) « Ancien Comité du Mékong, crée en 1957 sous l’égide des Nations unies, dont la vocation était de diriger des études techniques de mise en valeur du bassin du fleuve (Affeltrenger, 2008), le Mekong River Commission (MRC) existe sous sa forme actuelle depuis le traité fondateur de 1995. Formé par les pays du bassin inférieur, c’est-à-dire le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam (la Chine et la Birmanie ayant choisi de rester observateurs), le MRC travaille à améliorer la connaissance du fleuve (données et publications), à une planification intra régionale durable et à une coopération efficace entre ses quatre membres. » In https://cqegheiulaval.com/la-politique-hydroelectrique-unilaterale-du-laos-marque-t-elle-la-fin-de-la-commission-du-mekong-et-des-ambitions-de-cooperation-regionale/

 

 

 

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