Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 10:01

 

 

Notre propos n’est pas de vous donner de doctes considérations de géopolitique sur le scrutin mais simplement quelques observations sur son déroulement.

 

 

 

 

LA CONNAISSANCE DES RÉSULTATS

 

 

Nous pouvions évidement dès dimanche 20 heures (heure française) connaître les résultats au fur et à mesure de leur arrivée au Ministère de l’Intérieur sur le site :

https://elections.interieur.gouv.fr/europeennes-2019/

 

 

 

La rapidité de leur arrivée dépendait évidemment de la durée des opérations de dépouillement, grands villes ou campagnes. Pour la circonscription des Français de l’étranger ce fut évidemment un peu plus long mais malheureusement le Ministère ne ventile pas selon les pays. Nous n’y trouvâmes donc pas les résultats de la Thaïlande. Ils n’apparurent que partiellement le lundi et le mardi essentiellement sur le site de Gavroche. Nous pouvions espérer mieux d’autres sites virtuels d’autant que nous pouvions dès lundi matin avoir le résultat de la Slovaquie ou d’autres pays plus ou moins exotiques. Les résultats officiels sont disponibles depuis le 29 sur le site de l’Ambassade :

https://th.ambafrance.org/-Elections-europeennes-2019-1043-

 

 

QUELQUES OBSERVATIONS SUR LES SONDAGES ET LES RÉSULTATS.

 

 

 

 

Les sondeurs en France se sont sur un plan général couverts comme il se doit de ridicule en prévoyant une abstention  massive alors qu’elle fut sur le plan national inférieure à 50 %. Le score des Verts  à 13,80 %

 

 

 

... fut inattendu tout comme celui de l’écroulement massif des deux listes représentant les partis qui ont gouverné successivement la France avant celui d’Emmanuel Macron. Imprévu aussi l’échec retentissant de ceux qui ont quitté le navire principal pour créer leur petite barque indépendante. Ce dimanche, c’est Florian Philippot

 

 

 

....et Benoît Hamon qui en ont fait les frais.

 

 

 

Leur tentative d’émancipation des appareils qui les ont faits n’a pas payé. Elle ne paye jamais. Pour le reste nous avons été abreuvés de sondages au cours de la période de la campagne électorale, l’essentiel étant de prévoir si Saint Georges allait terrasser le démon ou si le démon allait triompher de Saint Georges. Pour appliquer l’un ou l’autre de ces qualificatifs à l’hologramme du Président Macron ou au clone de Marine Le Pen, à vous de le faire en fonction de vos propres choix. Dans les sondages, nous passions tantôt de 22 vs 24 à 24 vs 23 : qui va arriver en tête du RN et de LREM ? Qui va gagner de Macron ou de Marine Le Pen ? Qui des deux aujourd’hui progresse ou recule d’un demi-point ? Pour arriver sur le terrain à un 23,31% contre 22,41%. Il n’y a guère que 200.000 voix qui séparent l’ange et le démon et guère moins de 1 % en pourcentage étant précisé sans faire de mauvais esprit que l’un et l’autre ne pèsent guère plus que 10 % du corps électoral ce qui est loin de correspondre à un soutien massif. Cela ressemble étrangement à un match nul.

 

 

 

 

 

Et la Thaïlande ?

 

 

Elle s’est d’abord signalée par une abstention massive – nous y reviendrons – de plus de 75 %.

 

A l’inverse de la métropole, Saint Georges a triomphé du démon à moins que vous ne préfériez lire : le démon a triomphé de Saint Georges, 638 voir pour le REM....

 

 

et 529 pour le RN .......

 

 

.... ce qui donne les pourcentages de 31,84 contre 26,40% ou, beaucoup moins reluisants en pourcentage des inscrits de 7,61 contre 6,31  %. Comme en métropole, les verts cartonnent avec 237 voix soit 11,83% (2,83% des inscrits). Comme en métropole encore, les deux représentants des partis qui ont gouverné successivement la France pendant 10 ans sont balayés : Le jeune Bellamy n’obtient que 149 voix (7,44 % et 1,78% des inscrits)

 

 

et le score de Raphaël Glucksmann est un peu moins dérisoire avec 237 voix (11,83 % et 2,83 % des inscrits).

 

 

Comme en métropole encore, les deux transfuges sont anéantis, Benoît Hamon avec 29 voix (1,45 % et 0,35 %) mais moins que Florian Philippot avec 3 voix (0,15 % et 0,04%). Il faut évidemment signaler le score exceptionnel de François ASSELINEAU avec 117 voix (5,84% et 1,40%), tout étant relatif bien sûr mais en le comparant avec son score national (1,17 % et 0,56 %).

 

 

Ses voix viennent de Pattaya pour 27 d’entre elles, de Phuket pour 22, 14 de Chiangmai et les autres de  Bangkok. Il est d’usage de saluer la lanterne rouge, nous le faisons avec le sourire c’est en l’occurrence la liste royaliste de M. Robert de Prevoisin qui est crédité d’une seule voix sur Bangkok. 17 listes n’ont eu aucun électeur, cela tient probablement au fait que, n’ayant pas les moyens de financer l’impression des bulletins de vote, il appartenait au volontaire d’aller les chercher sur Internet et de les imprimer.

 

 

Ces résultats sont également et surtout significatifs car ils démontrent l’existence chez les résidents d’une Thaïlande coupée en deux comme en métropole, les résultats de Neuilly, Levallois et Versailles ne sont pas ceux de Marseille ou d’Avignon. Dans les autres circonscriptions, c’est en effet la liste du Rassemblement national qui l’emporte et parfois de très loin : 63 contre 59 à Chiangmai, 197 contre 93 à Pattaya, 107 contre 42 à Phukhet. Il est difficile de savoir ce qu’aurait pu être le vote de l’Isan puisque nous avons plus ou moins directement été écartés du scrutin.

 

 

LES ABSTENTIONS

 

Il y avait 8.384 inscrits. Il y eut 6.344 abstentions (75,67%) , 2.040 votants (24,33%), 8 bulletins blancs (0,10%) et 28 bulletins nuls (0,33%)  soit 2 004 suffrages exprimés   (23,90%). Compte tenu du choix entre 34 listes, il est tout de même singulier que 36 électeurs soient allés manifester leur mauvaise humeur en votant blanc ou nul.

 

Il est lassant de lire sur des blogs ou des forums au sujet de ce pourcentage toujours les mêmes rengaines : si vous ne vous intéressez pas à la politique, la politique s’intéressera à vous (ce dont nous nous apercevons tous les jours d’ailleurs !) ou encore n’allez pas vous plaindre puisque vous ne votez pas ou des sermons destinés à nous culpabiliser (nous sommes deux abstentionnistes de mai 2019) du style voter est un droit, c’est aussi un devoir,  stupidité suprême puisque le droit de vote est aussi le droit de ne pas voter.

 

L’abstention a évidemment plusieurs causes, ne parlons pas de celle des pécheurs de goujons. Il y a une raison de principe et une raison matérielle. Nous ne nous hasarderons pas à pérorer sur le point de savoir laquelle des deux est prioritaire en Thaïlande.

 

 

Raison de principe

 

Il est permis de s’interroger sur le rôle exact de ces élus qui vont percevoir 10.000 euros par mois compte tenu des avantages annexes dont ils usent et souvent abusent, alors qu’en matière européenne, le souverain mépris ouvertement manifesté à l’égard des électeurs est patent.

 

 

Nous en avons évidemment deux exemples présents à l’esprit :

 

En France, il n’y a pas 15 ans, en 2005, un référendum avec une participation massive (69,74 %) conduit au rejet (54,87 % contre 45,13 %) du projet de traité dit de Lisbonne établissent une constitution pour l’Europe. Nous apprîmes alors que ceux qui avaient voté « non » étaient des imbéciles  et le traité fut approuvé par les parlementaires au terme de manœuvres tortueuses puisqu’il fallut une révision de la constitution en congrès (Assemblée nationale plus Sénat) pour permette la ratification d’un traité rejeté par les électeurs. En bon français, ce fut un contournement pur et simple de la volonté populaire.

 

 

Plus récemment, traversons la Manche, en 2016 au Royaume-Uni une feuille de route sans équivoque a été tracée pour la sortie de l’Union européenne. Le refus de Theresa May de s’incliner devant la volonté populaire  a réussi à précipiter son pays dans un chaos qui dure depuis 3 ans et qui a plongé la Grande-Bretagne dans la paralysie politique la plus totale. Elle a fini par quitter la scène en pleurant pour laisser la place au Brexit Party de Nigel Farage, ce qu’il est convenu d’appeler un « populiste pur et dur ».  N’épiloguons pas.

 

 

 

Raisons matérielles

 

Si l’on souhaite user de notre droit de vote, il faut pouvoir le faire. La Thaïlande fait environ 1.600 kilomètres du nord au sud et il y a des inscrits partout. En dehors du vote à l’urne,  nous avons connu le vote par Internet qui a fonctionné plus ou moins bien, plutôt moins que plus mais qui a fonctionné. C’est celui qu’a choisi la Suisse au moins pour sa dernière « votation » sans problèmes particuliers. Nous avons eu droit aussi au vote par correspondance. Ce fut une honteuse cacophonie puisque pratiquement partout dans le pays ceux qui l’avaient demandé ne reçurent le matériel que quelques jours après le scrutin.

 

En ce qui concerne le vote à l’urne, nous eûmes en 2017, nous parlons pour l’Isan, la chance d’avoir un bureau de vote à Khonkaen à la diligence de notre consul honoraire. Cette fois-ci, l’Ambassade n’a organisé que cinq points de vote, deux à Bangkok dans les locaux de l’ambassade, un à Phuket sous l’égide de son consul honoraire, un à Chiangmai sous l’égide de son consul honoraire, un autre à Pattaya sous l’égide d’on ne sait qui puisqu’il n’y a plus de consul honoraire. Pas plus de vote électronique que de vote par correspondance comme vous pouvez vous en douter. Il y a trois autres consulats honoraires qui ont été « oubliés », Suratthani-Koh Samui, Hua Hin et Khonkaen. L’organisation d’un bureau de vote ne semble pas être d’une complexité extrême, trouver un local d’abord, la présence du consul honoraire, celle d’un employé du consulat central, combien sont-ils ? C’est difficile à savoir puisque le budget des Ambassades est d’une totale opacité. Il faut enfin trouver ses assesseurs ce qui n’est pas tâche difficile, les bons républicains ne manquent jamais pour accomplir cette noble corvée.

 

 

Les électeurs de l’Isan, nous étions 445 inscrits en 2017, ont donc été conviés selon leur matricule dans l’un des deux bureaux de votre de Bangkok. Il serait amusant de savoir combien se sont déplacés ? Gageons qu’il n’y en a eu aucun. Lorsque nous avons bénéficié du bureau de votre à Khonkaen, la participation aux deux tours a tourné aux alentours de 25 %. Nous en avons alors donné une explication qui valait ce qu’elle valait, tous ne pouvant alors pas faire alors des centaines de kilomètres pour se rendre à l’urne (1).

 

Cette année ce fut évidemment  pire. Ne parlons que de la route : de Bungkan à Bangkok, il y a 613 kilomètres, de Mukdahan il y en a 550, de Kalasin, il y en a  440, de Udon, il y en a 600. Les sudistes ne sont guère mieux lotis puisque de Satun à Phuket, il y a 430 kilomètres.

 

 

Notons enfin ce qui nous semble par ailleurs une  certaine désinvolture des services consulaires : L’envoi aux électeurs de la sacro-sainte enveloppe contenant les professions de foi des candidats et leur bulletin de vote – tout au moins pour ceux qui avaient pu en financer l’impression (12 professions et 10 bulletins)  – est bien parti… mais de Paris , par courrier daté du 17 mai, l’enveloppe ne porte pas de cachet postal mentionnant la date de l’envoi. Les premiers courriers sont parvenus aux électeurs le lundi 27 et continuent à arriver. Or, plutôt que d’écouter d’abscons monologues ou d’interminables débats qui se résument le plus souvent en bordées d’injures, certains peuvent souhaiter de leur fauteuil se pencher paisiblement sur la lecture des professions de foi qui sont en général rédigées avec le plus grand soin. L’expédition depuis Paris serait – au dire d’employés du consulat – une obligation légale ? (2).

 

Ce plaisir nous a été refusé. Ceci dit, bien sûr, ce ne sont pas les 104 suffrages du second tour des élections présidentielles de 2017 (52 d’une part, 47 de l’autre et 7 blancs) qui auraient bouleversé le score final.

 

 

 

Doit-on conclure que les électeurs de Thaïlande (et d’ailleurs d’autres pays : abstention de 81,6 % au Vanuatu comme en Espagne, 69 % en Russie et surtout 81,64 % sur les 11 circonscriptions des Français de l’étranger …) se désintéressent de la chose publique ou qu’ils ne se sentent pas concernés par le débat européen ? Sentiment de l’inutilité du vote ? Impuissance des politiques à changer la vie ?

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article « ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANCAISE 2017 EN THAILANDE : L’ISAN A CONTRE-COURANT » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/05/election-presidentielle-francaise-2017-en-thailande-l-isan-a-contre-courant.html

 

(2) En dehors des textes d’ordre général, la loi organique n° 2016-1047 du 1er août 2016 « rénovant les modalités d'inscription sur les listes électorales des Français établis hors de France » ne semble pas le préciser ?

 

Partager cet article

Repost0
30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 04:57

 

Nous nous associons au très bel article de Laure Siegel  : « Suicide d'Arnaud Dubus, correspondant à Bangkok, symptôme d'une profession à l'agonie » ainsi qu'à la tribune de la branche thaïlandaise de l'Union de la presse francophone, co-écrite par une trentaine de collègues d'Arnaud Dubus.

 

 

Nous avons le 30 avril dernier rendu un hommage mérité à Arnaud Dubus qui venait de quitter ce monde la veille (1). Il ne s’agissait pas d’une espèce d’éloge funèbre de pure convenance que l’on distille généreusement même à l’occasion de la disparition de ceux qui ne méritent ni fleurs ni couronnes mais du témoignage de notre respect à l’égard d’un grand journaliste et d'un écrivain dont nous avions apprécié la valeur.

 

Il s’était signalé, jeune étudiant, par un mémoire de maîtrise en information et communication (Celsa-Université Paris-IV) qui ne lui valut probablement pas que des amitiés dans le monde de la presse par son seul titre : «  Journalisme et objectivité . Exemple de l’attitude de   Libération, le Monde, le Nouvel Observateur  face au Cambodge des Khmers rouges (1975-1978) : entre l’aveuglement et la partialité » dans lequel il dénonçait l'égarement et les illusions  de certains  « intellectuels » et  journalistes face au génocide des Khmers rouges.

 

 

Installé à perpétuelle demeure en Thaïlande depuis 1989, il y vivait de sa plume sans ignorer bien évidemment que les journaux et les revues pour lesquels il effectuait des « piges » appartenaient presque en totalité à dix milliardaires français (en euros) qui contrôlent presque intégralement la presse française. Si les causes de sa disparition étaient déjà  connues, nous n’avions pas voulu alors nous départir d’une obligation de réserve et laisser penser que nous manifestions une curiosité malsaine.

 

Le voile a toutefois été levé par deux organes d’information indépendants, Médiapart le 24 mai (2) sous la signature de Laure Siegel et le lendemain 20minutes.fr (3). Ces deux articles sont poignants et nous vous renvoyons à leur lecture. Le titre de l’article de Laure Siegel est significatif : « Suicide d'Arnaud Dubus, correspondant à Bangkok, symptôme d'une profession à l'agonie ». Les pigistes à l’étranger gagnent entre 600 et 1500 euros « les bons mois » (Soit  de 21.000 à un peu plus de 50.000 bahts) ou 60 euro la feuille (2.100 bahts) dans un grand quotidien. Un long papier qui nécessite une semaine de travail rapporte 400 euros (14.000 bahts) dont il faut éventuellement déduire les frais de déplacement et d’hôtel en particulier. Ne bénéficiant ni de salaire fixe ni de protection sociale alors qu’il souffrait de dépression, il avait dû arrêter son traitement, faute d’une couverture sociale à l’étranger.

 

 

 

Il a également écrit des ouvrages publiés, mais que gagne un écrivain lié à un éditeur par ce qui n’est qu’un contrat d’esclavage. Sans parler évidemment des titulaires de prix prestigieux, cela varie de 3 à 10 % en fonction du tirage, quelle que soit la qualité de leurs écrits, et il est permis de penser que le tirage de ses ouvrages n’a jamais dépassé quelques milliers ce qui suppose une rémunération à 5 % ou moins. Ils  se vendent entre 10 et 15 euros c’est dire que chacun vendu lui procurait de quoi payer une ou deux bières à Bangkok.

 

 

De plus, pour rester en Thaïlande, il devait obtenir un visa annuel de journaliste dit « visa M » qui nécessitait la production d’un contrat de travail, qu'aucun organe de presse ne lui délivrait. Il lui fallait plaider sa cause en présentant à l'immigration des lettres dans lesquelles ses employeurs  reconnaissaient utiliser ses services, ce à quoi beaucoup rechignaient. Chaque année, il était dans l'angoisse du refus,   comme  tous les pigistes basés en Thaïlande.

 

 

Arnaud Dubus s’est heurté à l’indifférence de nombreuses rédactions  - victimes, il faut  bien le dire à leur décharge – du déclin de la presse « papier » et fut épuisé par la course aux piges et la faiblesse de la contrepartie financière. Las et sans espoir, Il abandonna comme nombre de ses collèges la profession et accepta un poste en octobre 2018 à l'ambassade au titre bien modeste d’ «  attaché de presse adjoint » au salaire de 1.500 euros mensuels (soit un peu plus de 50.000 bahts), ce qui permet tout juste de faire vivre bien modestement une famille dans la capitale, lui, son épouse et la fille de celle-ci.

 

Il était administrativement considéré comme un « recruté local » hors droit du travail français, hors protection sociale et hors droit à la retraire. Ce statut n’a rien d’illégal mais permet aux ambassades et aux consulats d’embaucher massivement du personnel soumis au droit local sans le moindre espoir de titularisation et ce dans des conditions souvent nébuleuses. Le passage d’une vie indépendante à une vie de bureau plus ou moins humiliante a contribué à sa décision désespérée.

 

 

 

Ses anciens employeurs, ce qui ne leur a cette fois rien coûté, lui rendirent un hommage au minima (4), comme par exemple  le journal « Le Monde »  signalant ses qualités, son travail de journaliste et d'écrivain, sans citer les titres de ses ouvrages, donnant l'impression qu'il ne mesurait pas  à quel point, il était l'un des meilleurs connaisseurs de la société thaïlandaise. Non, messieurs du « Monde » Arnaud Dubus n'a pas écrit « un petit guide éclairé sur l’histoire et la culture thaïlandaise », mais un livre majeur sur ce pays, le meilleur à nos yeux qui a été écrit à ce jour (5). 

 

 

D'autres, comme Arnaud Vaulerin et Carol Isou, au nom du journal « Libé » furent plus humains, plus fraternels, dans leur hommage, lui accordant toutefois un titre qui ne lui aurait pas fait forcément plaisir «  Mort d’Arnaud Dubus, ancien journaliste de «Libé» à Bangkok », alors que  leur journal lui avait  supprimé son abonnement internet.  La radio publique RFI lui rendit aussi un hommage mais elle venait de décider de ne plus payer ses cotisations sociales comme  pour les autres de ses pigistes à l’étranger.

 

Comme Laure Siegel de Médiapart du 24 mai 2019,

 

 

nous nous associons à la tribune de la branche thaïlandaise de l'Union de la presse francophone, co-écrite par une trentaine de collègues d'Arnaud Dubus, qui méritent plus de considération et une vie décente.

 

 

NOTES

 

(1) HOMMAGE À ARNAUD DUBUS DÉCÉDÉ LE 29 AVRIL 2019.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/04/hommage-a-arnaud-dubus-decede-le-29-avril-2019.html

 

(2) https://blogs.mediapart.fr/laure-siegel/blog/240519/suicide-darnaud-dubus-correspondant-bangkok-symptome-dune-profession-lagonie

 

(3) https://www.20minutes.fr/arts-stars/medias/2525907-20190525-hommage-correspondants-apres-suicide-journaliste-arnaud-dubus?fbclid=IwAR3Y60lN9LITk-Z3LnItyDuScjVzYhrDbNjkTM85Zn9HP5nqe7dYWJuJvb4

 

L’article porte les signatures suivantes : Christelle Célerier, Christophe Chommeloux, Yvan Cohen, Olivier Cougard, François Doré, Charles Emptaz, Thierry Falise, Loïc Grasset, Didier Gruel, Carol Isoux, Olivier Jeandel, Olivier Languepin, Régis Levy, Thibaud Mougin, Olivier Nilsson, Patrick de Noirmont, Roland Neveu, Philippe Plénacoste, Pierre Paccaud, Bruno Philip, Jean-Claude Pomonti, Pierre Quéffelec, Vincent Reynaud, Laure Siegel, Stephff, Catherine Vanesse.

 

(4) Dans le quotidien qui n’est plus depuis longtemps la propriété de Hubert Beuve-Méry. À la suite du décès de Pierre Bergé en septembre 2017, Xavier Niel (11e fortune de France),et Matthieu Pigasse rachètent chacun la moitié de ses parts dans Le monde libre,holding qui détient 72,5 % du Groupe Le Monde.

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2019/04/30/arnaud-dubus-journaliste-et-ecrivain-est-mort_5456683_3382.html

Dans le quotidien qui n’est plus celui de Jean-Paul Sartre et de Serge July mais de Patrick Drahi (9e fortune de France) :

https://www.liberation.fr/planete/2019/04/29/mort-d-arnaud-dubus-ancien-journaliste-de-libe-a-bangkok_1724098

 

(5) Arnaud Dubus, « Les Guides de l’état du monde », « Thaïlande, histoire, société, culture », Ed. La Découverte, 2011

 

Partager cet article

Repost0
15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 22:13

 

Imprégné d’hindouisme et de brahmanisme, les cérémonies de couronnement du roi Vajiralongkorn se sont déroulées du 4 au 6 mai 2019.

 

Le dernier couronnement dont peuvent se souvenir les plus âgés des Thaïlandais, fut celui de son père qui s’est déroulé le 5 mai 1950 alors qu’il n’avait que 23 ans, le monarque actuel né le lundi 28 juillet 1952 en a 67. Le choix de cette date est bien évidement symbolique.

 

La décision a été officiellement prise par le premier ministre Prayut a la tête du comité d’organisation le 1er janvier dernier. Un budget de 1 milliard de bahts a été programmé, environ 30 millions d’euros. Le lundi 6 mai devient désormais jour de fête nationale.  Les trajets en métro aérien et en métro furent gratuits pour tous les 5 et 6 mai. Tous les grands magasins du pays diffusèrent de la musique et des chansons célébrant la monarchie et le nouveau roi. Beaucoup d’habitants portaient du jaune que ce soit spontané ou à l’ « instigation » des employeurs.

 

 

Le jaune est la couleur du lundi, elle était celle du défunt roi Rama X, né le lundi 5 décembre 1927, elle est désormais celle du nouveau souverain.

 

 

Notre propos n’est pas de faire un reportage sur ces cérémonies fastueuses. Elles ont été sur-médiatisées par les médias locaux bien évidemment mais aussi par la presse, la télévision, les blogs et les forums francophones. Les Français qui se disent républicains et se flattent souvent (mais souvent à tort) d’être les héritiers du « siècle des lumières » mais manifestent un goût douteux pour les fastes monarchiques. Il y a toutefois un épisode dans ces cérémonies  - peut-être le plus important - qui a retenu notre attention et méritait quelques lignes d’explication.

 

 

Le rituel compliqué des cérémonies a été longuement expliqué et décrit par Quaritch Wales, conseiller très proche de Rama VI et de Rama VII. Il a assisté à toutes les cérémonies du couronnement de Rama VII et recueilli de multiples éléments sur les précédents couronnements de la dynastie (1). Rien n’a guère changé.

 

Nous n'avons de photographies qu'à partir du couronnement de Rama IV. Rama VIII a été assassiné avant les cérémonies :

 

 

Le rite symboliquement le plus important n’est pas le couronnement mais le rite préalable de la « purification et de l’onction à l’eau lustrale » qui est « le sacre », précédant les cérémonies proprement dites plus spectaculaire, il est brahmanique. Il fait à lui seul du roi le roi légitime de Thaïlande. L’eau lustrale provenait initialement des 5 plus grandes rivières du pays, mais  pour le sacre du roi Rama IX l’eau sacrée provint de 126 sources de toutes les provinces. Le roi vêtu de blanc couleur de la pureté, reçut l’onction de l’eau sacrée de 8 des plus hauts personnages représentant l’élite du pays. Ils sont stationnés aux huit points cardinaux autour du roi, représentant géographiquement et symboliquement  l’ensemble du pays. Le choix de ces personnages qui sont censés représenter la Thaïlande est lourd de signification, à la fois par leurs qualités personnelles et par l’ordre dans lequel la presse les a présentés et qui correspond – semble-t-il – à un choix hiérarchique.

 

 

Les deux premiers sont membres de la famille royale et portent par droit de naissance le titre de Momchao (หม่อมเจ้า) qui est le moins élevé dans la complexe hiérarchie des titres portés par les descendants de Rama V. Ils sont de la lignée des Yugala (ou Youkhonยุคล) issus du prince Thikhamphon (ou Dighambara ทิฆัมพร) 45e fils de Rama V et d’une épouse très secondaire (2).

 

 

Le premier est le prince Mongkolchalerm Yugala (หม่อมเจ้ามงคลเฉลิม ยุคล) qui fit une carrière purement civile et fut directeur de la Bangkok Bank. Né le 31 décembre 1936, ce n’est plus en enfant.

 

 

Le second est un petit neveu du précédent, le prince Chalermsuk Yugala (เฉลิมศึกยุคล) qui fit une carrière militaire sans faste particulier. Né le 24 octobre 1950, il est de la génération du roi son petit cousin. Il est difficile de savoir ce qui a guidé le roi dans ce choix. Fut-il dans son enfance l’un de ses cousins préféré ? Ce qui est certain en tous cas est qu’il met la descendance de son arrière-grand-père Rama V au sommet de la hiérarchie.

 

 

Le troisième est le vieux Prem Tinsulanonda toujours vaillant (เปรม ติณสูลานนท์) qui marche allègrement sur ses 99 ans, il est né le 26 août 1920. Fidèle d’entre les fidèles, ancien premier ministre de 1980 à 1988, ancien régent, toujours président du  conseil privé. Sa carrière politique l’a toujours emporté sur ses activités militaires qui furent brèves sur le terrain.

 

 

Le quatrième est l’actuel président de l’Assemblée nationale Phonphet  Wichitchonchai (พรเพชร วิชิตชลชัย). Né le 1er août 1948 à Bangkok, c’est un homme de loi avant tout, magistrat de haut niveau.

 

 

 

 

Le cinquième est le président de la Cour suprême, Chip Chulamon (ชีพ จุลมนต์). Né le 16 février 1954, c’est également un juriste qui a fait toute sa  carrière dans le droit.

 

 

 

Le sixième est un ancien enseignant Charat  Suwanwela (จรัส สุวรรณเวลา) qui n’est plus un bambin non plus, il est né le 1er mai 1932. Sa carrière fut toujours universitaire, président de l’Université Prince de Songkla puis président de l’Université Chulalongkorn.

 

 

Le pénultième est le général Prayut Chan-Ocha (ประยุทธ์ จันทร์โอชา) l’actuel premier ministre qu’il est inutile de présenter à nos lecteurs.

 

 

Anuphong Phaochinda (อนุพงษ์ เผ่าจินดา) le dernier et le plus jeune puisqu’il est né le 10 octobre 1949.

 

 

Il fut commandant en chef de l'armée royale de 2007 jusqu'à sa retraite, le 30 septembre 2009. Il fut l’un des membres clefs du groupe qui organisa le coup d’état de 2006 contre le gouvernement intérimaire du Premier ministre Thaksin Shinawat.

 

 

Il nous semble difficile de ne pas donner un sens à ce choix des 8 personnes représentant l’« élite » du pays.

 

La priorité donnée à la famille royale fut marquée le lendemain de la cérémonie lorsque le roi fit tomber sur les membres de la famille royale une pluie de titres et de décorations. Seule en fut exclue sa grande sœur, la princesse Ubonratana (อุบลรัตน) qui l'a tout de même embrassé lors des cérémonies ultérieures, mais cela semble être ce qu'elle souhaitait. En février, le Thai Raksachart Party (พรรคไทยรักษาชาติ), associé à Thaksin, l’avait désignée comme candidate au poste de Premier ministre, ce que le roi avait fort peu apprécié, en déclarant cette décision comme inconstitutionnelle et inappropriée, titrée ou pas, elle restait membre de la famille royale.

 

 

Le choix de Prem Tinsulanonda est celui du respect manifesté au plus ancien des serviteurs de son père, tout comme le choix de la date des cérémonies est un hommage à son père.

 

Les trois autres dignitaires sont pour deux d’entre eux des juristes de très haut niveau et le troisième un enseignant qui atteignit le sommet d’une carrière universitaire à la tête de l’université la plus prestigieuse du pays.

 

Bien que les militaires chevronnés soient les derniers de la liste, peut-être est-il prématuré de s’écrier comme Cicéron  aux sénateurs : « Cedant arma togae » !

 

 

En dehors du chef actuel de la junte, le général Prayut, le général Anuphong Phaochinda, adversaire acharné du clan Thaksin va nous permettre de finir non pas en chansons mais en poésie ! Interrogé par la BBC, l’ancien premier ministre toujours en fuite a déclaré le 26 mars « qui aime le pays, aime le peuple et aime le roi ». Quelques jours plus tard, le 30 mars, le roi a annulé toutes les décorations royales dont il avait été doté. Cela coupe évidemment court aux rumeurs qui avaient circulé dans « les milieux généralement bien informés » que le roi, lorsqu’il n’était pas encore roi mais seulement héritier présomptif, était « en rapports avec Thaksin » et à ceux qui ont circulé ultérieurement toujours dans « les milieux généralement bien informés » qu’il aurait été « en négociation avec la junte ».

 

Thaksin n’est pourtant pas rancunier puisqu’il a posté sur son compte Twitter le 4 mai un  post  comportant le portrait du roi avec la légende :

เนื่อง ในโอกาสพระราชพิธิบรมราชภิเษกล

พุทธศักราช ๒๕๖๒

ขอพระองค์ทรงพระเจริญ

ด้วยเกล้า ด้วยกระหม่อุม ขอเดชะ

ข้าพระพุทธเจ้า ดร. ทักสินขินวัตร

 

A l'occasion du couronnement

En l’année 2562

Longue vie au roi !

Avec mon plus profond respect, Moi, docteur Thaksin Chinawat.

A 317- LE RITUEL DE L’ONCTION SACRÉE À L’EAU LUSTRALE AVANT LES CÉRÉMONIES DU COURONNEMENT DU ROI RAMA X.

Boileau ne fit pas mieux dans la flagornerie la plus vile et nous n’avons pas compétence pour apprécier sur le plan poétique le talent de l’ancien premier ministre qui parait toutefois un peu mince.

 

 

La déclaration que fit le roi nouvellement oint est concordante avec celle de feu son père qui avait déclaré lors de son couronnement: «Je gouvernerai ce pays avec justice pour le bonheur du peuple thaïlandais ». Tel est le souhait de tous ses sujets.

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Quartich Wale « Siamese state ceremonies - their history and function », Londres, 1931 et « Supplementary notes on siamese state ceremonies », même année.

 

(2) http://members.iinet.net.au/~royalty/states/thailand/thailand_yugala.html

 

(3) pic.twitter.com/J9fHnt9e1W

 

 

Partager cet article

Repost0
8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 22:08

 

Cet  article reprend un  article publié en octobre 2017  en le rafraichissant à la suite du mariage et du couronnement du roi Rama X.

 

La vie des grands de ce monde fait rêver dans les chaumières (1). Il en est évidemment de même de l’étendue de leurs fortunes que l’on sait souvent, sans autres précisions, être colossale. Le roi de Thaïlande n’a pas échappé à cette curiosité dont le magazine Forbes a fait sa spécialité. Il évaluait sa fortune « aux environs » de 2 milliards de dollars en 1997 (67 milliards de bahts) puis à 5 en 2007 (167 milliards de bahts) en se fondant sur on ne sait trop quelles éléments puisqu’il plane une certaine opacité sur laquelle nous reviendrons. Mais il va lancer en 2015 une bombe en plaçant le monarque en tête des fortunes mondiales avec le chiffre de 35 milliards de dollars, environ 1.200 milliards de bahts ….

 

 

Une bombe qui va se révéler n’être qu’un pétard mouillé puisque la confusion est faite entre les richesses personnelles du monarque et celles du BPC « Bureau des propriétés de la couronne » (Crown property bureau - สำนักงาน ทรัพย์สินส่วนระมหาษัตริย์ - Samnakngan Sapsinsuanphra Mahakasat).

 

 

Incompétence notoire (2), malveillance (3) ou les deux à la fois, tout est possible. Si le droit de propriété en Thaïlande est – mutatis mutandis – comme en France «  le droit de jouir et de disposer des choses de la manière absolue » (article 544 du code civil), tel n’est évidemment pas le cas des rapports que le roi entretien avec le BPC. La magasine fait référence aux recherches d’un universitaire thaï, professeur d’économie à Sukhothai, Porphant Ouyyanont, ultérieurement publiée en 2016 (4). Or, celui-ci n’a jamais confondu la fortune personnelle du roi avec le patrimoine du BPC comme le démontre le titre de son article !

 

 

Point d’ailleurs n’était besoin de rechercher des références fantaisistes puisqu’une première étude - étayée de multiples références justificatives - précédant de plusieurs années les « investigations » de Forbes (2012), émane d’un universitaire thaïe, où nous avons trouvé tout que ce Forbes prétendit avoir trouvé en 2015 (5). L’un s’est intéressé au rôle du BPC dans la politique économique, l’autre dans la préservation de l’héritage culturel. Notons enfin que le Bureau publie régulièrement sur son site Internet depuis 2010 ses rapports d’activité ; il est donc  accessible à tous. S’il subsiste des « zones d’ombre » c’est tout simplement parce qu’une partie du site est en cours de construction. Il n’est que partiellement bilingue mais on peut souhaiter qu’un véritable journaliste d’investigation puisse comprendre la partie non traduite (6).

 

 

Le « Bureau des propriétés de la couronne »  (BPC)  et son histoire.

 

Les actifs immobiliers.

 

Le Bureau est l'un des propriétaires fonciers les plus importants du pays. Il gère 37.000 contrats de location dont 17.000 à Bangkok, sur une superficie totale de 41.000 rai (6.560 hectares selon le rapport d’activité 2014) dans treize provinces (1.408 hectares à Bangkok et 4.800 en provinces quelques années auparavant). Les propriétés effectivement rentables ne représentent que 7% du total, 93% restants sont loués à zéro % ou à des taux minima, 33 % à des organismes officiels, 2 % à des organismes caritatifs à but non lucratif et 58 % à des « petits locataires ». Malgré ce il a bénéficié de revenus locatifs de 2,5 milliards de bahts en 2010 et 2,7 milliards de bahts en 2011 (rapports d’activité 2011 et 2012). Ses propriétés sont essentiellement situées dans les quartiers centraux de la capitale (1.343 hectares avec évidemment des variations en fonction des transactions) où les valeurs foncières sont élevées.

 

Actuellement le Bureau classe ses propriétés en trois groupes : les palais et résidences, les boutiques et bâtiments commerciaux et les  bâtiments commerciaux.

 

Dans la catégorie des palais et résidences, il existe 24 sites, tous anciennes résidences princières tels le Ladawan Palace, siège du Bureau, le Palais Maliwan devenu bureau de l'ONU-FAO)

 

 

et le Parusakawan Palace (actuellement le National Intelligence Office).

 

 

La plupart a été transformée en vue de nouvelles utilisations, bureaux gouvernementaux, écoles ou associations.

 

 

Dans la catégorie des immeubles de bureaux, nous trouvons l'ancienne salle provinciale du Monthon Prachin, maintenant dans la province de Chachoengsao, l'ancien siège de la Metropolitan Water Works Authority à Bangkok et le phare Bang Pa-in dans la province d'Ayutthaya.

 

 

 

Dans la catégorie des bâtiments commerciaux, il y a quinze sites qui représentent un total de 1.960 unités. Beaucoup sont situés dans l'île de Rattanakosin ou dans d'autres parties du Bangkok historique telles que Na Phralan, Tha Chang, Tha Thian, Praeng Phuthon et Praeng Nara.

 

 

 

Ainsi aux termes de la loi de 1936, un certain nombre de biens ont été transférés au Bureau qui a acquis des propriétés supplémentaires en particulier pendant les deux premières décennies suivant la réforme de 1932. Parmi ses multiples propriétés de nombreux bâtiments construits depuis le règne du roi Rama IV ont une valeur historique et architecturale inestimable.

 

YongtAnit Pimonsathean donne une liste détaillée des Palais, immeubles ou bâtiments locatifs à usage commercial assortie de nombreuses photographies (5).

 

Madame Susan J. Cunningham la spécialiste des perroquets (2) .....

 

 

ne craint pas d’affirmer « que personne à l'extérieur du bureau ne sache exactement où se trouve ce domaine immobilier » … tout en donnant des précisions sur les quartiers de Bangkok où ils se situent. Comment oser parler d’opacité ?

 

Au demeurant, il existe dans le pays un « Land office » (กรม ที่ดิน - Krom  Thidin), l'organisme gouvernemental responsable de la délivrance des titres de propriété foncière, de l'enregistrement des transactions immobilières, équivalent de notre Conservation des hypothèques et service du cadastre. La consultation est libre et de véritables journalistes d’investigation se seraient penchés sur son étude même si cela représente un travail de bénédictin, l’épluchage de plusieurs milliers de fiches. Non seulement y sont enregistrés les titres de propriété mais également les baux autres qu’à très court terme (moins de trois ans) or le Bureau consent de façon systématique des baux de 3 ou de 30 ans. Ces recherches pourraient bien sûr ne pas se limiter à Bangkok mais dans toutes les provinces où le Bureau possède des propriétés terriennes (Khorat, Nakhon Pathom, Chachoengsao, Ayutthaya, Nakhon Sawan, Lampang, Petchaburi et Songkhla)

 

 

Les revenus mobiliers

 

Il bénéficie aussi des dividendes de trois sociétés de premier plan, 21,47 % de la Siam Commercial Bank pour une valeur estimée de 1,1 milliards de dollars,

 

 

 

30,76 % de The Siam Cement Group (énorme conglomérat fondé par Rama VI) pour une valeur estimée de 1,9 milliards de dollars et 98,54 %

 

 

de The Deves Insurance, l’une des plus importantes compagnies d’assurances du pays pour une valeur estimée de 600 millions de dollars.

 

 

Le total des dividendes perçus en 2010 a été de 200 millions de dollars (environ 6 milliards de bahts). Ces revenus sont évidemment sinusoïdaux en fonction de la loi du marché. Lors de la crise de 1997, ils ont été nuls et le Bureau a dû se séparer de quelques actifs immobiliers pour ne pas se trouver en difficultés. Ce sont des sociétés commerciales qui publient leurs bilans, et ils sont donc disponibles sur Internet, et donc loin de l’opacité déclarée par certains.

 

 

Le fonctionnement

 

Les racines du Bureau remontent au règne du roi Rama V. Sous la monarchie absolue, toutes les terres appartenaient au roi et étaient sous la responsabilité de Phra Khlang Maha Sombat (Trésor national) et Phra Klang Khang Thi (Trésor privé). Rama V sépara ses propriétés privées des propriétés du pays. Ces réformes se situèrent dans le cadre de sa politique de réformes administratives et lui évitèrent d’anciens conflits avec le Trésor qui hésitait à alimenter sa cassette personnelle. Les recettes fiscales et les revenus du domaine public furent placés sous le contrôle du Trésor national et les propriétés privées du Roi provenant d’héritages ou de ses propres activités dans des entreprises immobilières et financières, furent placées sous la responsabilité du Trésor privé, une unité dépendant du Trésor national.

 

 

Lors de la révolution de 1932 ce système conduisit à séparer les propriétés en trois types : les propriétés publiques, c'est-à-dire celles utilisées dans l'intérêt public, les propriétés privées du roi, c'est-à-dire celles qui lui appartenaient avant de monter sur le trône, et les « propriétés de la couronne », c'est-à-dire celles acquises par tout moyen par le roi pendant son règne. Cette règle a été promulguée en 1936 dans la Loi sur la propriété de la Couronne, et les propriétés de la Couronne devinrent gérées dans le cadre d'une organisation nouvellement créée, le Bureau des propriétés de la Couronne. Le Bureau est devenu une personne juridique en 1948 supervisée par son propre comité exécutif. Il n’a pas le statut d'organisme public et échappe aux règles et procédures de la bureaucratie gouvernementale. Un Conseil des biens de la Couronne a été créé, présidé d'office par le ministre des Finances et composé de quatre administrateurs nommés par le roi qui par ailleurs nomme l'un des membres du conseil d'administration comme directeur général du Bureau. Le Conseil des biens de la Couronne est responsable de la surveillance générale des activités du Bureau.

 

 

Le gouvernement a gardé le contrôle du bureau lorsque la famille royale était en exil, mais après tout une série de coups d’État, le sort de la monarchie s’est renforcé et la loi de 1948 a remis le contrôle du bureau à la couronne. La loi précise que l'utilisation de l'actif et des revenus du bureau « dépendent totalement de la décision royale » et que le gouvernement ne peut les saisir ou les transférer ou les taxer. Le bureau n'émet pas de rapport annuel, sauf au roi.

Cette situation est singulière dans laquelle des actifs appartenant de façon incontestable au roi et à sa famille ont été purement et simplement expropriés, sans indemnités en 1932, mais transférés à un organisme sur lequel le roi a la maitrise notamment en ce qui concerne les revenus, rendant difficile de la qualifier dans un cadre juridique qui nous est propre autrement que par celui d’une espèce d’usufruit.

 

 

A cette heure, le Bureau s’est consacré à des opérations d’intérêt général. Yongtanit Pimonsathean nous expose de façon magistrale ses réalisations en matière de conservation  du patrimoine architectural de Bangkok (5). Porphant Ouyyanont se penche sur son rôle dans les mécanismes économiques.

Nous avons dans les 7 ans de rapports d’activité disponibles (6) un inventaire de ses interventions. L’année 2015 en particulier a été féconde en rénovation de bâtiments historiques et en opérations destinées à sauver les forêts.

Ne citons que des exemples ponctuels : En juin 2016, le Bureau a doté la section médicale de l’Université de Khonkaen d’un scanner (coût ? Un nombre a six chiffres en euros probablement). Il y a quelques semaines, le nouveau roi Rama X a fait via le Bureau un don de 100 millions de bahts à un hôpital de Bangkok, toute la presse en a évidemment parlé.

 

 

Lors des inondations d’août 2017 catastrophiques dans le nord-est, il fut distribué des milliers de caisses de secours (médicaments de première nécessité, eau et nourriture). Nombre de ces réalisations se retrouvent la page Facebook du Bureau. (book https://www.facebook.com/pagecpb/)

 

Les dépenses de personnel représentent 14,20% du budget 2015 (rapport 2016), étant précisé que le Bureau emploie plus de 1.000 personnes dont la plupart (au moins 90 %)  se consacre à la gestion du parc immobilier.

 

Soulignons enfin que les dépenses de la « liste civile » destinée à financer les interventions de tous les membres de la famille royale sont prélevées sur les recettes du Bureau et se seraient élevées pour l’année 2015 à la somme de 170 millions de dollars, avec donc  le mérite de ne pas être financée par le contribuable. C’est toutefois un domaine sur lequel plane une certaine discrétion puisque, si nous connaissons le détail de activités du Bureau, celui-ci ne dévoile sauf au Roi ni le détail de ses comptes ni ses bilans ni sa comptabilité (7). Si cette somme est exacte (dont nous n’avons pas pu vérifier la réalité autrement que sur un site Internet dépourvu de sérieux qui l’avance sans le moindre élément justificatif), elle comprendrait une bonne part des revenus du Bureau, mais il faut tout de même noter qu’au niveau de sa rémunération, la famille royale n’est ni mieux ni plus mal lotie que d’autres dans le monde des têtes couronnées (8). L’ignorance peut engendrer la suspicion, certes mais lorsque Forbes a publié ses fallacieuses conclusions, la presse française et notamment la presse francophone locale s’en est emparée avec avidité en poussant des cris de vertu outragée en oubliant soigneusement de balayer devant leur porte (9).

 

 

Si ces opérations ne sont pas directement financées sur les économies du roi, elles le sont à tout le moins sur les revenus de biens qui appartenaient à sa famille. Il y a donc une certitude, c’est que la fortune du Monarque, que ce soit celle de feu Rama IX ou celle de son successeur, ne peut pas et ne doit pas être confondue avec les actifs du Bureau des propriétés de la couronne. L’attitude de Forbes relève, avons-nous dit, d’une totale incompétence assortie d’une probable incommensurable mauvaise foi.

 

Effectuant cette constatation d’évidence, nous n’en déduisons pas que la famille royale est pauvre ! La question est simple, Forbes s’est contenté d’utiliser avec une incontestable mauvaise foi des éléments qui étaient depuis longtemps dans le domaine public en prétendant avoir découvert des éléments cachés.

 

 

En ce qui concerne la fortune personnelle de feu le roi Rama IX et celle de son fils actuellement régnant, le silence est total.

 

Le défunt roi était incontestablement riche, riche en propriétés foncières, venues de famille mais aussi des nombreux legs qui lui « consentent » nombre de ses sujets. Il a hérité de son père et de ses oncles qui avaient des avoirs importants notamment en Suisse et en Angleterre. Pour autant que cela présente un intérêt quelconque, aucune investigation n’a été effectuée par notre magazine. Son fils actuellement régnant est également riche, nul ne sait (encore) de combien. On reste, comme toutes les évaluations de Forbes, dans le domaine des évaluations pures et simples. Madame Susan J. Cunningham se complaît à souligner que le prince alors héritier et aujourd’hui roi dont tout le monde sait qu’il résidait volontiers en Bavière, y aurait acquis une villa de 10 millions d’euros… La belle affaire, c’est la valeur d’un bungalow à Los Angeles ou d’une très belle propriété au Cap Bénat (10). Il aurait également acquis directement ou par l’intermédiaire d’une holding un hôtel luxueux de Munich où il aurait eu ses habitudes… Vérifications faciles à condition de s’en donner la peine, il y a en Allemagne un « livre foncier » (Grundbuch) dont l’accès est public. S’il a hérité de son père des avoirs en Suisse, même observation !

 

 

Toutes les estimations de Forbes sur les fortunes royales sont incertaines sinon fantaisistes tant pour l’incertitude qui plane sur l’étendue de leur patrimoine immobilier souvent organisé le plus régulièrement du monde par l’intermédiaire de holdings ou de sociétés écran que par celle de leurs avoirs financiers organisés de la même façon ? Comment évaluer leurs inestimables collections d’objets précieux, les automobiles anciennes, passion de feu le roi Rama IX,

 

 

la collection de bijoux de la reine mère

 

 

ou la collection de timbres-poste de la Reine d’Angleterre, probablement la plus belle du monde ?

 

 

Il plane le silence le plus pesant sur les profits certainement énormes que le Prince de Monaco tire en particulier des accords passés entre feu son père et Onassis (« Société des bains de mer » gérant en particulier le Casino de Monte-Carlo.)

 

 

Ils ne sont pas astreints comme les hommes politiques de nombreux pays dits « démocratiques » à effectuer des déclarations de patrimoine.

 

 

Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Un chef d’état riche sera probablement moins tenté de se vendre au premier financier venu (10). L'ignorance engendre la suspicion avons-nous dit, mais la curiosité excessive est souvent malsaine et peut également créer une ambiance nauséabonde. Contentons-nous dire que notre actuel souverain est très, très riche, extrêmement riche.

 

 

Un nouveau roi, une nouvelle donne

 

Le prince Maha Vajiralongkorn devenu roi à la suite du décès de son père est un personnage atypique dont la vie privée fut aux antipodes de celle de son père. Il fut marié plusieurs fois ce qui ici ne trouble  personne : Nul ne pense à se choquer que son arrière-grand-père le grand roi Chulalongkorn (Rama V) ait eu 77 enfants nés de 4 reines principales et quelques autres secondaires.

 

Le roi Chulalongkorn et quelques uns de ses fils :

 

 

Sur le plan personnel, quelques jours avant les fêtes fastueuses de son couronnement à Bangkok,  du 4 au 6 mai 2019,

 

 

il a régulièrement épousé la personne qui partageait sa vie depuis de longues années Suthida  Phatchara Suthaphimonlaksana (สุทิดา พัชรสุธาพิมลลักษณ).

 

 

Celle-ci est âgée de 40 ans et a reçu une éducation catholique dans le très élitiste collège de l’Assomption à Bangkok.

 

 

Le mariage lui confère un double privilège, celui d’être placée sous la protection de l’article 112 du code pénal sur le crime de lèse-majesté et le second qui aura une toute petite influence sur le quotidien des Thaïs : le prénom qu’elle porte, Suthida, prénom pittoresque puisqu’il signifie « jolie fille » est désormais protégé par la Loi du 15 novembre 1962 dont l’article 6 interdit qu’il soit désormais  (à compter du mariage évidemment, les Suthida en place ne sont pas concernées) attribué comme prénom à toute nouvelle-née.

Sur le plan de la fortune, une nouvelle loi est intervenue à son instigation au début de cette année 2017. Elle lui donnerait une plus grande autorité  dans la gestion du Bureau sous sa surveillance et « à la discrétion de Sa Majesté » ; ce qui était d’ailleurs déjà le cas. Si le roi a toujours le pouvoir exclusif de nommer un conseil d'administration, il a désormais celui de son président, poste précédemment occupé par le ministre des Finances.

 

 

Il a immédiatement nommé au poste de Président l’un de ses proches qui fut longtemps son secrétaire privé, l’Air Chief Marshal Satitpong Sukvimol qui avait par ailleurs été chargé de la gestion de son patrimoine privé. Les autres nominations au conseil d'administration concernent également ses proches. Il n’y a pas à priori à s’étonner qu’il mette ses proches en place dans un des très rares domaines ou la législation lui donne quelque latitude alors qu’il est dépourvu constitutionnellement du moindre pouvoir. Notre propos n’est pas de faire de la philosophie du droit mais de préciser qu’une loi n’est pas systématiquement bonne ou mauvaise en soi mais le devient en fonction de l’application qui en est faite. L’avenir seul nous dira si le BPC continue comme par le passé ses efforts pour le bien commun et pour le bénéfice du peuple thaï.

Il est enfin un élément qui mérite d’être souligné : Dans ce pays où plane systématiquement  l’ombre de la corruption, nous n’avons pas trouvé un mot, une ligne, sur des actes répréhensibles qui seraient tombés du siège du BPC.

 

 

Nous pouvons donc en déduire que  le Bureau est propriétaire d’un patrimoine « considérable », et qu’il n’est pas la propriété du Roi qui n’en gère que les revenus. Il est donc difficile de raisonner autrement qu’en revenus et non en capital. Sans gloser sur des chiffres et en évitant de tenir des propos du niveau des conversations de comptoir, relevons simplement que le Bureau gère un patrimoine dont les revenus ont été (approximativement) de : Pour les Revenus immobiliers : 2,7 milliards de bahts, pour les  Revenus mobiliers : 6 milliards de bahts. Arrondissons les revenus à 10 milliards de baht, soit sauf erreur à environ 335 millions de dollars. Si l’on peut parait-il espérer un rendement de 10 % pour les placements effectués en Thaïlande – c’est du moins ce que prétendent  tort ou à raison toutes les agences et officines qui proposent des plans d’investissements - cela correspondrait à un capital de 3,35 milliards de dollars ? Les exonérations fiscales dont bénéficient les biens de la couronne nous permettent de monter ce chiffre à 15 % ce qui conduirait à un chiffre de l’ordre de 4 milliards de dollars proche des estimations initiales de Forbes.

 

Estimer les immeubles à la seule valeur du marché pour des immeubles similaires ne tient pas compte d’un paramètre pourtant essentiel, leur valeur est partiellement gelée par les baux à long ou très long terme qui les grèvent notamment lorsqu’il s’agit de loyers symboliques payés par les administrations, les organismes officiels ou caritatifs.

 

Concluons en affirmant que si le Roi et sa famille sont extrêmement riches, ils ne méritent pas d’avoir le premier prix à la distribution de Forbes.

NOTES

 

Nos comparatifs dollar-euro-baht sont effectués sur le taux de change en août 2017.

 

(1) « Point de vue » qui se qualifie de « Journal des princes d’aujourd’hui » tire à environ 200.000 exemplaires, autant sinon plus que « Le Monde » qui passe à tort ou à raison pour être le plus sérieux de nos quotidiens, et « Voici » à au moins 300.000.

 

 

(2) Un article à l’origine des conclusions de Forbes en février 2015 (« The Crowning Fortune »émane d’une dame Susan J. Cunningham professeur de biologie animale à l’Université sud-africaine du Cap, apparemment spécialiste dans l’étude des perroquets.

 

(3) Forbes est proche de l'ancien président Bush et président d’honneur de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA), une organisation créée par Ronald Reagan dans les années 1980, et dirigée par les descendants de l’oligarchie cubaine prérévolutionnaire. Ceci explique qu’il a accusé feu Fidel Castro d’avoir une fortune de 900 millions de dollars en 2006 et de détenir des comptes en Suisse, ce qui s’est révélé parfaitement faux. Pour des raisons restées à ce jour mystérieuses, les fortunes de quelques personnalités, comme celle de la reine d'Angleterre, ne sont pas prises en compte.

 

(4) Journal of contempory Asiam 2016 volume 4 n° 3 « Crown property in Thailand and is role in political economy ».

 

(5) « The Crown Property Bureau and Heritage Conservation » in Journal de la Siam society, volume C de 2012. YongtAnit Pimonsathean enseigne l'urbanisme et la conservation du patrimoine à la section d'architecture et de planification de l’Université Thammasat. Il détient un diplôme de docteur en génie urbain de l'université de Tokyo. Il est actuellement président de l’ONG ICOMOS en Thaïlande (International council on monuments and sites) et Conseiller du Bureau des propriétés de la Couronne.

 

(6) http://www.crownproperty.or.th et pour les rapports d’activité de 2010 à 2016 : http://www.crownproperty.or.th/en/Top-stories/Annual-report

 

(7) Un exemple parmi d’autres, l’hôtel Dusit Thani, de renommée mondiale,  situé à l'intersection de Silom Road et de Rama 4 et construit sur un terrain appartenant au BPC. La presse nous a appris en début d’année 2017 que le bail d’origine avait été prolongé de 30 ans avec droit de prolongation de 30 sous engagement de la Dusit Thani Public Company Limited d’étendre l’ensemble hôtelier par la construction de résidences, surfaces de vente et bureaux, avec un grand espace vert. Le prix n’apparaît pas, que les curieux aillent donc consulter le bail au Land office !

 

 

(8) Ce ne sont pas à ce stade les pays les plus riches qui rémunèrent le mieux leurs familles royales : 35 millions d’euros pour la Belgique, 9 seulement pour les Espagnols, 12 pour la Suède, 110 pour la Hollande et 55 millions pour les Anglais. C’est tout de même le roi du Maroc qui vient en tête avec 230 millions qui s’ajoutent au fait qu’il a littéralement transformé son pays en société à responsabilité limitée dont il détient la majeure partie des actions.

 

(9) Il existait en France des « fonds secrets » dont seul le montant était connu pour qui avait le courage de détailler le budget. Supprimés à la suite de divers scandales puisqu’ils servaient en particulier à remplir les poches de certains ministres, ils ont été remplacés par les « fonds spéciaux », dont seul le nom a changé, et ils ne sont soumis à strictement aucun contrôle autre que le bon plaisir du Président. Le montant pour 2016 fut de 47 millions d’euros, presque le budget de la Reine d’Angleterre. Il n’y a guère que le « Journal officiel » où l’on trouvait le chiffre en cherchant bien. Peut-être le « Canard enchaîné » - qui est avec le « Journal officiel » l’un de nos rares périodiques sérieux - se consacrera-t-il un jour à cette curiosité.

 

 

(10) Le manoir de l’histrion défunt Michael Jackson s’est vendu 28 millions de dollars.

 

(11) C’est en partie parce qu’elle estimait sa dotation insuffisante pour son rang et espérait un petit geste des Cortès qu’une Infante d’Espagne a plongé dans une sombre affaire de corruption.

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 22:05

 

 

Nous avons appris avec tristesse le décès d'Arnaud Dubus ce 29 avril 2019. Nous tenions à nous  associer à tous les hommages qui lui sont rendus.

 

 

Arnaud Dubus vivait en Thaïlande depuis 1989, et avait signé  de nombreux articles sur l'Asie du Sud-Et et la Thaïlande pour RFI, Libération, France Inter, Le Temps, Asialyst  et plus récemment l’agence de presse turque Anadolou, et collaborait avec TV5 Monde, avant de rejoindre le service de presse de l'Ambassade de France à Bangkok en octobre 2018. Il a également publié  plusieurs livres sur la société, la culture et l'histoire locale, dont  une étude comparative sur les armées indonésienne et thaïlandaise, Armée du peuple, armée du roi. Les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande (avec Nicolas Revise, Bangkok-Paris, Irasec-L’Harmattan, 2002),

 

 

un guide « Thaïlande : Culture-Histoire-Société » (Paris, La Découverte, 2011) et une étude sur les musulmans du Sud thaïlandais (avec Sor Rattanamanee Polkla, Policies of the Thai State towards the Malay Muslim South, « Irasec’s Occasional Paper », n° 16, 2001).

 

                                           

 

 

Nous avions dans notre blog largement rendu compte de ses principaux ouvrages.

 

 

Ainsi, dès le  31 juillet 2011, nous avions présenté sa vision de l'Isan, tiré de son livre « Thaïlande, histoire, société, culture », que nous estimons comme l'un des meilleurs livres sur la Thaïlande. Il nous avait répondu gentiment et invité à prendre une bière lors d'un de nos passages à Bangkok.

 

 

 

Nous avions publié deux articles le 5 et 12 novembre 2012, sur son livre écrit avec Nicolas Revise

 

 

 « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », qui nous avait aidé à comprendre  le statut bien singulier de l’Armée thaïlandaise, comment elle avait construit son empire économique en monopolisant le pouvoir durant plus de 70 ans depuis 1932 et en intervenant sur la scène politique par 18 coups d’états (Nous sommes en 2002) au nom du roi et de la « sécurité nationale »,  pour défendre leurs intérêts acquis, qu’ils soient individuels ou institutionnels,  maintenir leur emprise politique.

 

 

 

 

Et puis en 2018, nous avions présenté son étude « Buddhism and Politics in Thailand”, confrontant nos points de vue dans l'article suivant, intitulé « Bouddhisme et nationalisme en Thaïlande ».

 

 

 

 

Nous lisions également ses articles sur les événements importants qui touchaient la Thaïlande, comme par exemple ceux liés au temple de Dhammakaya. Bref, nous le suivions et l'apprécions  dans ses réflexions, ses analyses, ses réactions, ses écrits.

 

Il nous manquera.

Quelques hommages :

 

Disparition d'Arnaud Dubus, l'ancien correspondant de RFI en Thaïlande, Par RFI Publié le 29-04-2019 Modifié le 29-04-2019 à 23:42 http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20190429-arnaud-dubus-correspondant-thailande-mort-bangkok

 

Mort d’Arnaud Dubus, ancien journaliste de «Libé» à Bangkok, 29 avril 2019 https://www.liberation.fr/planete/2019/04/29/mort-d-arnaud-dubus-ancien-journaliste-de-libe-a-bangkok_1724098

Arnaud Dubus, grand connaisseur de la Thaïlande, nous a quittés,

https://lepetitjournal.com/bangkok/arnaud-dubus-grand-connaisseur-de-la-thailande-nous-quittes-256086

 Arnaud Dubus est décédé le 29 avril 2019. Asialyst lui rend hommage. Auteur : Arnaud Dubus (12 articles) https://asialyst.com/fr/auteur/arnaud-dubus/

 

                                

Nos articles sur les livres d'Arnaud Dubus.

 

Article 36. La vision de l’Isan selon Arnaud Dubus, in  « Les Guides de l’état du monde », « Thaïlande, histoire, société, culture », Ed. La Découverte, 2011

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-36-la-visionde-l-isan-selon-arnaud-dubus-79099226.html

 

 

Nous avions conclu : « nous estimons qu’en 7/8 pages consacrées à l’Isan, Arnaud Dubus nous donne un maximun d’informations utiles pour comprendre cette région de Thaïlande, même s’il n’applique pas suffisamment à l’Isan, les données politiques qu’il nous livre ailleurs dans le livre.

 

 

Un des meilleurs livres pour découvrir la Thaïlande.

 

 

A82. Les militaires thaïlandais face à ou contre  la société?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a82-les-militaires-thailandais-face-a-ou-contre-la-societe-112050105.html

Publié le 5 novembre 2012.

La lecture de « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », de Arnaud Dubus et Nicolas Revise, in l’Harmattan, IRASEC, 2002.

 devrait nous permettre d’en savoir plus sur ce statut bien singulier de l’Armée thaïlandaise.

 

 

A83. Les militaires thaïlandais, maîtres du jeu politique?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a83-les-militaires-thailandais-maitres-du-jeu-politique-112148298.html

Nous poursuivons donc notre lecture du livre d’Arnaud Dubus et de Nicolas Revise, « Armée du Peuple, Armée du Roi », après avoir relaté comment l’Armée avait construit son empire économique en monopolisant le pouvoir durant plus de 70 ans depuis 1932 et en intervenant sur la scène politique par 18 coups d’états, au nom du roi et de la « sécurité nationale ». Nous étions restés sur cette loi non écrite qui veut que « Pour défendre leurs intérêts acquis, qu’ils soient individuels ou institutionnels, les militaires doivent coûte que coûte maintenir leur emprise politique » …

 

Articles sur son étude  « Buddhism and Politics in Thailand”.  Irasec, Bangkok, janvier 2018, 92 p.

 

A 256. BOUDDHISME ET POLITIQUE EN THAILANDE, SELON ARNAUD DUBUS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/05/a-256.bouddhisme-et-politique-en-thailande-selon-arnaud-dubus.html

Publié le 30 mai 2018.

A 257. BOUDDHISME ET NATIONALISME EN THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/05/a-257.bouddhisme-et-nationalisme-en-thailande.html

A 258. BOUDDHISME ET NATIONALISME EN THAÏLANDE, SELON ARNAUD DUBUS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-258.bouddhisme-et-nationalisme-en-thailande-selon-arnaud-dubus.html

 

 

Partager cet article

Repost0
23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 01:05

 

C’est sous ce titre délibérément provocateur que L’Agence France Presse a diffusé une information le 18 avril dernier, immédiatement relayée sans la moindre vérification par d’autres organes de presse francophones. Nous voilà bien dans ce qu’il faut appeler une fausse nouvelle, de ces « fake news » contre lesquelles on nous incite à  lutter.

 

 

Qu’en est-il réellement ? Un couple américano-thaï qui se prétend « épris de liberté » a purement et simplement construit au large des côtes « une maison flottante » qui est en réalité non pas une maison flottante mais une plateforme en béton sans autorisations en affirmant qu’elle était en dehors des eaux territoriales de 12 miles marins (22.224 mètres).

 

 

 

 

En guise de « quête de liberté », le couple était surtout en quête de cupidité à la recherche d’ « investisseurs » c’est-à-dire de pigeons pour créer face à la côte thaïe « en dehors des eaux territoriales » une colonie d’habitations permanentes sur les océans, narguant ouvertement la souveraineté territoriale à laquelle le pays est jalousement attaché. Le site derrière lequel semble se trouver ce couple est sans équivoque (1).

 

 

Rien n’y est d’ailleurs précisé sur le sort de déchets et l’on oublie de préciser comment les gogos vont faire pour se nourrir, se rendre dans les pays « pas libres » ? En hélicoptère ? En hors-bord ?

 

Ne nous attardons pas sur ce parasitage de l’océan, comme si les côtes touristiques « enchanteresses » de la Thaïlande n’étaient déjà pas suffisamment parasitées.

 

 

Ceci dit, l’affirmation de la liberté de construire « en dehors des eaux territoriales » est une pure et simple stupidité que les journalistes auraient mieux fait de vérifier.

 

 

LES EAUX TERRITORIALES À 12 MILES ? LA SOUVERAINETÉ THAÏE  S'ÉTEND  EN RÉALITÉ  À  200 MILES !

 

Que le béton ait été coulé à la limite des eaux territoriales ou éventuellement à l’intérieur ou à l’extérieur, c’est une question de géométrie qui ne nous concerne pas  car elle n’a aucune incidence sur le plan du droit de la mer.

 

Nous ne sommes plus à l’époque où les eaux territoriales étaient définies par une portée de canon. La question est actuellement réglée par une suite ininterrompue de conventions internationales. Dans ses eaux territoriales, l’État côtier dispose de droits souverains sur la surface, les sous-sols et l'espace aérien comme sur son territoire propre et ses eaux intérieures pour y exercer l'ensemble des prérogatives régaliennes. Il a évidemment le droit de réglementer toutes les utilisations et d’exploiter toutes les ressources. Mais le progrès continu des techniques depuis les Conventions de Genève de 1958 a favorisé l’expansion considérable de l’exploration et de l’exploitation du fond des mers à partir de plateformes installées en surface, qui se sont multipliées et diversifiées. Une Convention des Nations Unies de 1982 qui est une véritable constitution pour les océans, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer ou Convention dite de Montego  Bay, signée le 10 décembre 1982, est intervenue pour créer ce qu’il est convenu d’appeler une « zone économique exclusive » d’un maximum de 200 miles (188 au-delà des 12) soit 370,4 km.

 

 

Les articles 55 et 56 de cette convention sont sans équivoque et leur simple lecture démontre que notre américain est un imbécile s’il l’a ignorée, ou un escroc s’il en a eu connaissance (2).

 

Il s’agit en réalité,  et là évidemment où c’est possible (ne parlons pas de la Méditerranée ou de la Manche),  d’une extension à 200 miles des eaux territoriales (3).

 

 

RISQUENT-ILS LA PEINE DE MORT ?

 

Il est constant que cette construction est illicite et a été édifiée de mauvaise foi, qu’elle ait été édifiée à plus ou moins 12 miles des côtes. Il eut été préférable que la presse le signale. La Marine thaïe a ou aurait engagé des poursuites sur la base de l’article 119 du code pénal qui sanctionne par la peine de mort ou la prison à vie les atteintes à l’intégrité territoriale du pays (4). L’interprétation est peut-être élastique car on ne voit pas à priori (mais à priori seulement) des projets d’utilisation directement hostiles au pays en dehors de le narguer encore que le passé militaire de l’Américain laisse planer quelques doutes. Il y a probablement dans les méandres du code pénal local quelques textes qui sanctionnent moins cruellement les occupations illicites du domaine public terrestre ou maritime, ce sera la tâche des avocats de ce couple de les faire valoir.

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir le site https://ocean.builders/april-15th-initial-seastead-offering/

(2)

Article 55 - Régime juridique particulier de la zone économique exclusive

 

La zone économique exclusive est une zone située au-delà de la mer territoriale et adjacente à  celle-ci, soumise au régime juridique particulier établi par la présente partie, en vertu duquel les droits et la juridiction de l'État côtier et les droits et libertés des autres États sont gouvernés par les dispositions pertinentes de la Convention.

 

Article 56 - Droits, juridiction et obligations de l'État côtier dans la zone économique exclusive

 

1. Dans la zone économique exclusive, l'État côtier a :

a) des droits souverains aux fins d'exploration et d'exploitation, de conservation et de gestion des ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, des eaux sur jacentes aux fonds marins, des fonds marins et de leur sous-sol, ainsi qu'en ce qui concerne d'autres activités tendant à l'exploration et à l'exploitation de la zone à des fins économiques, telles que la production d'énergie à partir de l'eau, des courants et des vents ;

b) juridiction, conformément aux dispositions pertinentes de la Convention, en ce qui

concerne : 

i) la mise en place et l'utilisation d'îles artificielles, d'installations et d'ouvrages ;

ii) la recherche scientifique marine ;

iii) la protection et la préservation du milieu marin ;

c) les autres droits et obligations prévus par la Convention.

2. Lorsque, dans la zone économique exclusive, il exerce ses droits et s'acquitte de ses obligations en vertu de la Convention, l'État côtier tient dûment compte des droits et des obligations des autres États et agit d'une manière compatible avec la Convention.

3. Les droits relatifs aux fonds marins et à leur sous-sol énoncés dans le présent article s'exercent conformément à la partie VI.

 

Article 57 - Largeur de la zone économique exclusive

 

La zone économique exclusive ne s'étend pas au-delà de 200 milles marins des lignes de base à  partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale.

 

(3) Le domaine public maritime de la France en ce qui concerne les zones d’exploitation exclusive de plus de 10 millions de kilomètres carrés est le plus vaste au monde peut-être avant celui des Etats-Unis.

 

Elle le doit à la convention de 1982 et surtout à son domaine public hors métropole, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, la Réunion, Mayotte, les îles Kerguelen, la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et des terres inhabitées en permanence et oubliées de tous, les 5 îles Crozet au sud de l'Océan indien,

 

 

les 5 îles éparses au large de Madagascar

 

 

et celle de Clipperton dans l’Océan pacifique à 1100 km des côtes mexicaines.

 

La zone économique exploitable autour de l'île représente 80  % de la superficie de la France métropolitaine :

 

 

(4) Thailand Penal Code Thai Criminal law ….

CHAPTER 3

OFFENCES AGAINST THE EXTERNAL SECURITY OF THE KINGDOM…

Section 119 Whoever, does any act with intent to cause the Country or any part thereof to descend under the sovereignty of any foreign State, or to deteriorate the independence of the State, shall be punished with death or imprisonment for life.

 

 

Partager cet article

Repost0
27 mars 2019 3 27 /03 /mars /2019 05:00
Un bureau de vote dans la Thaïlande profonde

Un bureau de vote dans la Thaïlande profonde

Nous avons dit quelques mots sur le système électoral issu de la loi publiée le 12 septembre 2018 mêlant un scrutin local uninominal à un tour et un scrutin proportionnel sur liste nationale (1). Ce système était destiné à lutter contre les achats de vote et prohibait le démarchage. Qu'il y ait eu des entorses c'est inévitable et évident. Mais nous n'avons pas reçu de «  visite domiciliaires  » et les militants et les agents électoraux semblent s'être contentés de la distribution de tracts dans les boites aux lettres et les passages des automobiles aux mégaphones tonitruants.

 

 

En ce qui concerne les opérations de dépouillement, dans la mesure où il y avait sauf erreur 48 listes, on voit mal comment les partis pouvaient aligner des assesseurs ou des surveillants dans 92.320 bureaux de vote ce qui aurait nécessitait quelques millions de volontaires bénévoles. Il y eut  au premier chef 39 observateurs  de 14 pays, principalement asiatiques venus d'Australie, du Bhoutan, d'Indonésie, des Maldives, de Malaisie, du Myanmar, des Philippines, du Timor oriental et du Vietnam. Il y a donc eu des incidents inévitables lors du scrutin et des opérations de dépouillement. Les observateurs de Nations Unies présents sur les lieux en ont relevé quelques-uns qui seraient en tous cas susceptibles de faire sourire les Magistrats du Tribunal administratif de B. qui sont orfèvres en la matière (2).

 

 

L’Union Européenne avait décliné l’invitation d’avoir à envoyer des observateurs. L’opposition dénonce des fraudes « massives ». Faut-il relativiser en posant la question (la poser n’est pas y répondre) si, dans les 28 provinces massivement acquises au Phueathai ce qui représente quelques dizaines de milliers de bureaux de vote, le scrutin s’est déroulé avec une parfaire loyauté ?

 

 

Une projection non encore toutefois définitivement validée par le Commission électorale donnait 51.427.890 électeurs appelés aux urnes, 35.219.621 avaient rempli leur «  devoir électoral  »  soit une participation de 68.48%. C’est une participation importante mais loin de la participation «  massive  » annoncée par les commentateurs occidentaux éclairés de Bangkok. 32.706.921 bulletins ont été validés soit 92.87%. 1.987.962 ont été invalidés soit 5.64% ce qui donnera lieu à un lourd contentieux devant la Commission. Les bulletins blancs ou nuls furent 524.722  soit  1.49%.

 

 

Les chiffres que nous vous donnons sont officieux puisque les résultats officiels ne seront proclamés que le 9 mai, Nous vous les livrons sans commentaires en nous dispensant de toutes doctes considérations de géopolitique.

 

 

EN CE QUI CONCERNE LE SCRUTIN UNINOMINAL PAR CIRCONSCRIPTIONS

 

 

Il porte sur 350 sièges, nous ne citons que les partis ayant décroché plus de 10 sièges : 

 

 

7.423.361 de voix se sont portés sur le parti Phueathai (เพื่อไทย) de Madame Sudarat Keyuraphan alter ego de Thaksin, (คุณหญิง สุดารัตน์ เกยุราพันธุ์) soit 21,08 %, lui attribuant 135 sièges.

 

 

Nous sommes loin du raz de marée annoncé sinon espéré par les commentateurs occidentaux éclairé de Bangkok étayés par des sondages qui parlaient de 43 % à quelques jours du scrutin. Une fois encore les sondages sont à mettre à la poubelle de la science politique.

 

 

7.939.837 de voix vont au parti Plangpracharat  (พงังประชารัฐ) du général Prayut (พลเอก ประยุทธ์ จันทร์โอชา), soit 22,54 %,  lui attribuant en direct  98 sièges.

 

Contrairement aux prévisions des « experts occidentaux » qui prévoyaient un balayage du général par les partis « favorables à la démocratie » (sans préciser lesquels), on peut considérer que celui-ci fait une entrée relativement honorable dans le cursus électoral en venant en tête du scrutin avec près de 8 millions de voix et 22,54 %  des électeurs. Au demeurant, définir ce qui est en Thaïlande un « parti favorable à la démocratie » est un cruel dilemme.

 

L’avantage est donc au général en chiffres mais pas en sièges.

 

 

Le parti Phumchaithai (Fierté Thaïe - ภูมิใจไทย) obtient 3.512.151 suffrages, soit  9,97  %, lui donnant 39 sièges

 

Ce parti a été  créé en 2008 par Phiphat Phromwaraporn (นายพิพัฒน์ พรมวราภรณ์) et Madame Wanpen Kwanwong (นางวันเพ็ญ ขวัญวงศ์). Son leader actuel Anutin Charnvirakul  (นายอนุทิน ชาญวีรกูล) ne  semble ne pas manifester d’hostilité au régime du général, loin de là.

 

 

Ses leaders ont fait campagne avec succès sur la libéralisation du cannabis comme complément de revenus pour les paysans ce qui explique probablement un score flatteur.

 

 

Le parti Prachathipat (ประชาธิปัตย์) gagne 29 sièges grâce à 3.512.446 électeurs soit 10,52 %.

 

C’est le « parti démocrate », le plus ancien du pays, fondé en 1946 par Khong Aphaiwong (นายควง อภัยวงศ์). C’est le parti dAbhisit Vejjajiva (อภิสิทธิ์ เวชชาชีวะ) ancien premier ministre jusqu’en 2011 et responsable de la répression dans le sang des manifestations des chemises rouges à Bangkok en 2010. Il n’a jamais manifesté son hostilité au général.

 


 

Le nouveau parti Anakhotmai («  le parti du nouvel avenir  » อนาคตใหม่)  créé en mars 2018 par Thanathorn Runggrungruangkit décroche 29 sièges pour 5.871.137 voix soit 16,67  %.

 

 

Thanathorn Runggrungruangkit (ธนาธร จึงรุ่งเรืองกิจ) est un jeune et richissime homme d’affaires. Certains ont cru pouvoir le comparer à Emmanuel Macron

 

 

ou Justin Trudeau.

 

 

Il est en tous cas hostile aux militaires et a coloré son programme d’une pointe de social,   ce qui a permis à d’autres de le qualifier de populiste.
 

 

D’autres encore ont considéré qu’il était « la Thaïlande insoumise » (3).

 

 

8 députés représentant trois petits partis réalisent des scores allant de 1,30 % à 0,67 %.

 

 

EN CE QUI CONCERNE LE SCRUTIN PROPORTIONNEL DE LISTE

 

 

Il porte sur  150 sièges ; nous ne citons que les partis ayant décroché 10 sièges ou plus : 

 

 

 

Le parti Anakhotmai obtient 58 sièges.

 

Celui du général Prayut en obtient 21.

 

Le Prachathipat en obtient 21.

 

Le Phumchaithai en obtient 13.

 

Le Seriruamthai (เสรีรวมไทย)  qui n’a pas d’élus directs en obtient 11 avec 771.534 voix.

C’est le « parti libéral de Thaïlande » dont le dirigeant Seripisut Temiyawet (เสรีพิศุทธ์ เตมียาเวส) manifeste essentiellement une hostilité forcenée contre tout ce qui est militaire préconisant une baisse du  budget militaire et la mise à l’écart hors de Bangkok de toutes les unités militaires.

 

 

Le Chatthaiphatthana   (พรรคชาติไทยพัฒนา) n’a eu que 7 députés en direct mais 4 à la proportionnelle. Il est dirigé par Madame Kanjana Silpa-archa (กัญจนา ศิลปอาชา)

 

 

22 autres députés sont issus de 8 micro-partis avec des scores navigant entre 457.432 et 69.840 voix.

 

Le Phuea Thai n’en obtient aucun ce qui tient essentiellement au système électoral (1)

 

 

GÉOGRAPHIQUEMENT

 

La Thaïlande apparaît une fois encore comme un miroir brisé.

 

 

Le Phueathai domine incontestablement le nord-est sauf Khorat acquis au général – probablement par ce qu’il en est natif - et Buriram acquis au Phumchaithai.

 

Il domine également le nord-ouest sauf PhayaoMaehongson, Tak, Sukhotai, Kamphaengphet et Nakonsawan. Dans ces deux régions, le score «  Thaksin  » est plus significatif que lors du référendum.

 

Dans le centre, le général l’emporte dans la plupart des circonscriptions avec  le Phueathai et quelques-uns pour Anakhotmai qui, malgré un score flatteur, ne réussit pas à s’étendre dans tout le pays. 

 

Dans les 15 provinces du sud viscéralement hostiles au nord, l’avantage est essentiellement au Prachathipat, seules les provinces de Yala et Pattani sont phueathai, le général l'emportant à Ranong, Phuket, Satun et Phatthalung.

 

 

L’AVENIR ?

 

 

 

Le Phueathai bénéficie donc de 135 députés élus de circonscriptions. Le général en bénéficie de 119 (98 en direct et 21 par la proportionnelle). Le général n’a pas atteint le chiffre de 126 élus qui lui permettrait avec l’aide des sénateurs de maitriser l’avenir sans alliances externes. La première est manifestement dans l’incapacité d’obtenir les 376 voix qui lui permettraient d’accéder au poste de premier ministre.

 

Aucun des deux partis n’a la majorité à la chambre (250 +1).

 

L’arrivée de plusieurs millions de jeunes et de nouveaux électeurs n’a pas apporté comme le prédisaient de vertueux commentateurs occidentaux, un « sang nouveau à la démocratie thaïe ». Ont-ils choisi « le parti du nouvel avenir » devenu le troisième parti du pays avec 87 élus ? Nul ne peut le dire.

 

L’animateur charismatique du mouvement dit volontiers qu’il est « au-dessus des partis ». C’était peut-être une notion nouvelle pour les Thaïs mais depuis que nous avons l’âge de raison nous avons suffisamment vu des animateurs de partis claironner que leur parti était au-dessus des partis pour que nous devions – sous bénéfice d’inventaire évidemment – le prendre avec un léger sourire.

 

 

Les experts (?) attribuent dans l’immédiat à Madame Sudarat Keyuraphan le soutien des 11 députés du parti Seriruamthai et celui des 87 députés du parti « au-dessus des partis » soit 135 + 11 + 87 = 233 le tout assorti à une vingtaine de députés issus de petits partis ou de partis régionaux ce qui la conduit à environ 250 députés dans son giron.

 

Les mêmes experts ( ?) attribuent au général les 119 députés de son parti, 55 du Prachathipat (98 + 21), 52 du Phumchaithai (39 + 13) qui jouera probablement un rôle charnière, 11 du Chatthaiphatthana et une demi-douzaine dizaine de députés issus de petits partis ou de partis régionaux ce qui le conduirait au sein de l’Assemblée nationale à ne bénéficier que de 250 « amis ».

 

Il se pose évidemment la question de savoir si le « parti au-dessus des partis » qui a formellement répudié toute alliance avec le général va se joindre au parti de Madame Sudarat Keyuraphan.

 

Et il reste encore en suspens la décision d’une bonne vingtaine de députés issus de petits partis.

 

Ceci dit, il parait clair que le général va diriger une coalition  avec son propre parti Plangpracharat  et d’autres de taille plus modeste, notamment le Phumchaithai qui n’a jamais été hostile à la junte.

 

C’est dire que l’avenir de l’assemblée nationale se jouera comme le Congrès de Vienne dans les couloirs car il y a beaucoup de cœurs à conquérir, nous n’avons évidemment pas dit « à acheter ».

 

 

Les chiffres et les tableaux proviennent du site de la chaîne VOICE TV qui a été à diverses reprises sanctionnées par le junte par des décisions de suspension temporaires

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 306 «  ÉLECTIONS DU 24 MARS 2019 EN THAÏLANDE : POUR COMPRENDRE LE SYSTÈME ÉLECTORAL DE LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS, UN SYSTÈME UNIQUE AU MONDE ?  »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-306.elections-du-24-mars-2019-en-thailande-pour-comprendre-le-systeme-electoral-de-la-chambre-des-representants-un-systeme-unique

(2) Elles ont été relevées par le journal virtuel Prachathai sous le titre ouvertement  provocateur «  The most questionable election in Thai history ?  »  :

https://prachatai.com/english/node/7993?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+prachataienglish+%28Prachatai+in+English%29

 

(3) C’est tout au moins la vision d’Arnaud Dubus dans un article de Libération du 28 avril 2018.

 

Partager cet article

Repost0
18 mars 2019 1 18 /03 /mars /2019 22:04

 

Les Thaïs pendant les quatre ans du régime militaire du Général Prayut Chan-o-cha ont attendu les élections comme Vladimir et Estragon attendirent Godot ...

 

 

... mais à l’inverse de ceux-ci, et après six remises, elles furent annoncées pour le 24 mars 2019 de 8 à 17 heures dans 90.000 bureaux de vote, un mois et demi avant les cérémonies du couronnement qui auront lieu du 4 au 6 mai suivant.

 

 

LE SYSTEME ÉLECTORAL EST SINGULIER.

 

Notre analyse se fonde sur le texte de la constitution promulguée par sa Majesté le roi Vajiralongkorn le 6 avril 2017, à la fois dans sa version originale

 

 

et dans la traduction anglaise officieuse (1)

 

 

...  et la loi électorale publiée le 12 septembre 2018 dont nous n’avons que la  version thaïe (2). Celle-ci s’étend sur 178 articles et 58 pages de la gazette officielle. Il n’est donc pas exclu que nous ayons commis quelques erreurs d’interprétation, elles sont éventuellement involontaires, le lecteur nous les pardonnera.

 

 

Ces élections organisent un système démocratique assurément unique au monde puisqu’il s’agit tout à la fois d’un scrutin local uninominal à un tour et d’un scrutin de liste national et proportionnel pour élire les députés et le premier ministre. C’est la raison pour laquelle nous avons pensé devoir donner quelques mots d’explication.

 

 

LES CONDITIONS D’ATTRIBUTION DU DROIT DE VOTE.

 

 

Il n’y a rien d’extraordinaire et rien de changé. Il faut tout d’abord être de nationalité thaïe depuis au moins 5 ans. Il faut être âgé de 18 ans au jour du scrutin, c’est-à-dire, précise le texte, être né avant le 24 mars 2001. L’accès aux urnes est interdit aux moines et aux novices, aux personnes incarcérées, aux personnes qui ont été condamnées à la perte de leurs droits civiques et enfin à celles victimes de troubles mentaux. La question de la mise à l’écart des moines des urnes ne leur interdit toutefois pas de participer parfois activement, aux débats d’ordre politique mais la discussion à ce sujet est récurrente. Comme l’armée française jusqu’en 1945, la Sangha  reste « la grande muette ».

 

 

 

Les électeurs qui ne seront pas disponibles le 24 mars pourront voter le dimanche précédent à condition de s’être fait inscrire au vote anticipé entre le 28 janvier et le 19 février éventuellement par Internet sur le site de la Commission électorale (ECT  - Election Commission of Thailand) :   https://election.bora.dopa.go.th/ectoutvote/)

 

Les électeurs qui se trouveront à l’étranger au jour du scrutin pourront se faire inscrire dans les mêmes conditions.

 

Les citoyens thaïlandais résidant à l’étranger voteront entre le 4 et le 16 mars dans les Ambassades ou Consulats dans des conditions que ceux-ci précisent sur leurs sites Internet.

 

La Commission électorale enverra par la poste des informations sur les bureaux de vote aux électeurs à leurs adresses respectives dans les 20 jours précédant l'élection mais tous les renseignements permettant de vérifier à l'avance les noms et l'emplacement des bureaux de vote sont disponibles sur le site officiel www.khonthai.com.

 

 

QUAND SERONT PUBLIÉS LES RÉSULTATS ?

 

Légalement, ils doivent l’être avant le 9 mai puisque selon la constitution, la Commission doit communiquer 95% des résultats dans les 150 jours suivant l'entrée en vigueur de la loi organique sur les élections du 11 décembre 2018. Pour éviter des complications juridiques ou des débordements, incompatibles avec les cérémonies du couronnement, il y aura des proclamations au moins officieuses bien avant.

 

 

LES ORIGINALITÉS DU SYSTÈME DE SCRUTIN.

 

Lors de toutes les élections précédentes depuis 1997, chaque électeur thaï recevait deux bulletins de vote. Un pour les candidats de la liste du parti, et un autre pour les candidats de la circonscription. La constitution de 2016 approuvée par référendum national et promulguée après modifications reprend en le modifiant quelque peu ce système de scrutin unique le même jour pour les députés de circonscription et la liste nationale (article 79 et suivants).

 

Bureau de vote en zone rurale (2012)  :

 

 

Dans les élections de circonscription, le vainqueur est toujours choisi - comme auparavant - selon le système uninominal à un tour. La constitution prévoit que 350 députés seront élus de la sorte (article 83).

 

Le système de liste nationale pour l’élection de 150 autres députés (article 91) est plus sophistiqué, car en réalité les électeurs ne disposent d'aucun moyen direct pour élire les députés du groupe politique de leur choix. Dans l’ancien système, les listes étaient établies en 8 zones plus ou moins régionales (3).
 

 

 

Cet éloignement géographique a en tous cas pour but d’éviter les achats massifs de voix.

VOICI DONC LE SYSTÈME ACTUEL :

 

1) Le nombre des suffrages exprimés est divisé par le nombre total de députés soit 500. Le résultat est un nombre fictif de votes requis par l’élection d’un député. Autant que nous puissions l’estimer, ce nombre serait d’environ 60.000  à 70.000 voix par député à parfaire évidemment.

 

2) Le nombre total de votes obtenus par les candidats de la circonscription d'un parti, qu'ils aient remporté des sièges ou non, est ensuite divisé par le nombre de votes fictif requis par député (donc une estimation de 60.000 et 70.000).

 

Le résultat représente le nombre de députés que chaque parti devrait obtenir. Par exemple, si le parti A obtient 2 millions de voix entre tous ses candidats dans toutes les circonscriptions, qu’il ait des élus locaux ou non, il devrait obtenir un total de (2.000.000 / 70.000 = 28 sièges au Parlement.

 

3) Mais ce nombre inclut le nombre de députés déjà remportés lors des élections de circonscription. Il faut donc soustraire le nombre de députés de circonscription pour obtenir le nombre de députés élus sur la liste des partis. Par exemple, si le parti A « devrait avoir » 28 députés mais qu'il a eu concrètement 20, il obtiendra (28 - 20 =) 8 députés inscrits sur la liste des partis.

 

4) Cela peut se compliquer : Il est possible qu’un parti obtienne plus de députés de circonscription que le nombre total de voix qu’il dit « devrait obtenir ». Dans ce cas, ce parti n'aura pas de députés inscrits sur la liste des partis et le nombre de députés inscrits sur la liste des partis de tous les autres partis sera réajusté proportionnellement.

 

Il est évident dans ces conditions que les résultats globaux ne peuvent pas être établis le soir même du scrutin.

 

Ce système favorise les partis de taille moyenne suffisamment importants pour avoir les ressources nécessaires permettant de présenter des candidats à la députation dans de nombreuses circonscriptions, mais pas assez pour espérer avoir beaucoup de candidats retenus. Avec la plupart des voix perdues dans tout le pays, ils peuvent s’attendre à remporter un nombre substantiel de candidats sur la liste du parti. Les grands partis peuvent s'attendre à gagner dans de nombreuses circonscriptions, mais le grand nombre de députés de circonscription réduira le nombre de députés inscrits sur la liste des partis auxquels ils peuvent s'attendre.

 

 

Les plus grands perdants sont les petits partis n’ayant pas les ressources nécessaires pour présenter des candidats dans toutes les circonscriptions. Ils perdent donc les chances de gagner des députés de circonscription ou des députés de liste de parti. Ce système est incontestablement unique au monde.

 

 

LA POSSIBILITÉ D’AVOIR UN PREMIER MINISTRE EXTÉRIEUR AU PARLEMENT.

 

Selon la Constitution de 2017, les partis politiques peuvent proposer une liste de trois candidats au plus au poste de Premier ministre avant les élections. Les citoyens seront informés du nom des candidats avant de voter, mais la constitution autorise également une majorité des membres de la Chambre des représentants (250 voix) à proposer un candidat au poste de Premier ministre autre que ceux figurant sur la liste. Avec l'approbation de plus de la moitié des membres du Parlement soit 750 dont 500 députés élus et 250 sénateurs nommés confondus, un Premier ministre non parlementaire peut donc être désigné sans la participation directe des électeurs.

 

 

UN SÉNAT NOMMÉ ET NON ÉLU.

 

Le Sénat est actuellement composé de 250 membres nommés par le Roi sur recommandation du gouvernement du NCPO (National Peace and Order Maintaining)  dirigé par le Général Prayut (4).

 

 

L’équité sera-t-elle respectée dans la désignation du premier ministre ?

 

Il faudra au Général Prayut une majorité de plus de la moitié des parlementaires (750  / 2 + 1 = 376). Or, on peut supposer qu’il bénéficiera du soutien des 250 sénateurs désignés par le Roi sur sa « recommandation ». Il ne devra donc obtenir que 126 voix des 500 députés de la Chambre des représentants pour obtenir la majorité des voix au Parlement (chambre des représentants et Sénat) et devenir Premier ministre. Pour les opposants, la  bataille sera plus rude puisqu’il leur faudra gagner 376 députés, à la condition évidemment qu’il n’y ait pas de défections chez les sénateurs, les « retournements » étant toujours possibles.

 

 

La disproportion est flagrante mais il ne faut tout de même pas oublier que la désignation de 250 sénateurs favorables à la junte s’est faite en vertu d’une Constitution elle-même adoptée par référendum dont les résultats furent indiscutables. Cette désignation a donc bénéficié même indirectement de l’onction du suffrage universel.

 

 

Il y a présentement 69 candidats au poste de premier ministre, 61 hommes, 7 femmes et un candidat-candidate, Palinee Ngarmpring, pour le parti Mahachon Party qui ne semble toutefois pas grand(e) favori(te) des sondages .

 

 

LES SUITES.

 

Pas plus qu’ailleurs les sondages ne méritent d’être pris en compte comme parole d’évangile. L’un d’entre eux a été réalisé entre le 5 et le 7 février par Nida Poll, le plus important institut de sondage thaï auprès de 2.091 personnes de plus de 18 ans à travers le pays. Nous vous le livrons sans le moindre commentaire (5). 

 

 

Il peut aussi se poser la question de l’intervention de la Cour Constitutionnelle au vu de sa  « judiciarisation » puisque ses 9 juges ont en mains le sort définitif des élections. Nous vous livrons ses interventions passées que certains ont pu qualifier de « coups d’Etat judiciaires » toujours sans commentaires (6). 

 

 

La Thaïlande n’est pas le seul pays au monde à pratiquer un système électoral mixte utilisant à la fois un scrutin majoritaire et un scrutin proportionnel.

 

La Russie par exemple pratique mais au sein de chaque circonscription une élection au scrutin uninominal majoritaire à un tour et un scrutin proportionnel. Il semblerait sauf meilleure analyse qu’il en soit de même au Japon ou en Corée du sud et en Arménie . La spécificité du système thaï est d’adjoindre à un scrutin local fortement personnalisé un système proportionnel à l’échelle national fortement politisé.

 

 

NOTES

 

(1) รัฐธรรมนูญแห่งราชอาณาจักรไทย - สมเด็จพระเจ้าอยู่หัวมหาวชิราลงกรณ บดินทรเทพยวรางกูร ตราไว้ ณ วันที่ ๖ เมษายน พุทธศักราช ๒๕๖๐ เป็นปีที่ ๒ ในรัชกาลปัจจุบัน

 

« CONSTITUTION OF THE KINGDOM OF THAILAND . HIS MAJESTY KING MAHA VAJIRALONGKORN BODINDRADEBAYAVARANGKUN Enacted on the 6th Day of April B.E. 2560; Being the 2nd Year of the Present Reign »

 

(2) พระราชบัญญัติประกอบรัฐธรรมนูญ – ว่าด้วยการเลือกตั้งสมาชิกสภาผู้แทนราษฎร -  พ.ศ. ๒๕๖๑ (Loi constitutionnelle sur l’élection des membres de la chambre des représentants – 2560)

 

(3) Le système pratiqué lors des précédentes élections de 2012 en vertu d’une loi électorale du 12 février 2011 relevait du même système mais avec une connotation régionale : les députés des partis étaient choisis non pas sur une liste nationale mais sur une liste régionale sur la base de huit zones électorales chacune comprenant un peu moins de 8 millions d’habitants :

Zone  1 : 11 provinces avec une population de 7.615.610 d’habitants : Chiangmai, Chiangrai, Maehongson, Phayao, Nan, Lampang, Lamphun, Phrae, Sukhothai, Tak et Kamphaengphet

Zone 2 : 9 provinces avec une population de 7.897.563 d’habitants - Nakhon Sawan, Uthaithani, Phetchabun, Phichit, Phitsanulok, Chaiyaphum, Khonkaen, Lopburi et Uttaradit

Zone 3 : 10 provinces avec une population de 7.959.163 d’habitants - Nongkhai, Udonthani, Loei, Nakhon Phanom, Sakon Nakhon, Nongbualamphu, Kalasin, Mukdahan, Mahasarakham et Amnatcharoen

Zone 4 : 6 provinces avec une population de 7.992.434 d’habitants - Roiet, Yasothon, Ubonratchathani, Si Sa Ket, Surin et Buriram

Zone 5 : 10 provinces avec une population de  7.818.710 d’habitants - Nakhon Ratchasima, Nakhon Nayok, Prachinburi, Sakaeo, Chachoengsao, Chonburi, Rayong, Chanthaburi, Trat et Pathumthani

Zone 6 : 3 provinces avec une population de 7.802.639 d’habitants - Bangkok, Nonthaburi et Samutprakan

Zone 7 : 15 provinces avec une population de 7.800.965 d’habitants - Kanchanaburi, Suphanburi, Nakhon Pathom, Ratchaburi, Phetchaburi, Prachuapkhirikhan, Chumphon, Ranong, Chainat, Singburi, Ang Thong, Phra Nakhon Si Ayutthaya, Saraburi, Samutsakhon et Samutsongkhram

Zone 8 : 12 provinces avec  7.941.622 d’habitants - Suratthani, Phangnga, Nakhon Sithammarat, Krabi, Phuket, Trang, Phatthalung, Satun, Songkhla, Pattani, Narathiwat et Yala

(4) Selon la Constitution de 2017 leur nombre est ramené à 200 (article 107) dont la désignation fait également l’objet d’une loi électorale du 12 septembre 2018 : พระราชบัญญัติประกอบรัฐธรรมนูญ ว่าด้วยการได้มาซึ่งสมาชิกวุฒิสภา พ.ศ. ๒๕๖๑ (Loi constitutionnelle sur la désignation des sénateurs)

 

(5) Il a été publié en thaï le 19 février sur le site  de l’institut :

http://nidapoll.nida.ac.th/index.php?op=polls-detail&id=641

Le général Prayut, candidat au poste de Premier ministre du parti Palang Pracharath, fut le premier choix de 26% des personnes interrogées, suivi de Khunying Sudarat Keyuraphan du Pheu Thai (24%). L’ex-Premier ministre Abhisit Vejjajiva du Parti démocrate a reçu 11,4% des intentions de vote. Et 6,3% ont déclaré qu'ils ne voteraient pas. 6% souhaitaient voir Thanathorn Juangroongruangkit du parti « Future Forward » comme Premier ministre, suivi de Seripisut Temiyaves du parti Seri Ruam Thai (5,5%) et de Chadchart Sittipunt, autre candidat du Pheu Thai (4,5%). Interrogés sur le parti qu’ils veulent voir gagner et devenir le noyau du nouveau gouvernement, 36,5% ont choisi Pheu Thai, suivi de Palang Pracharath (22,6%), Parti démocrate (15,2%), Future Forward (8,2%) et Seri Ruam Thai (5%). Chart Thai Pattana a reçu un vote de confiance de 1,4%, Pheu Chart et Bhumjaithai, 0,9%, suivis de Thai Raksa Chart et la Coalition d’Action pour la Thaïlande, un parti soutenu par Suthep Thaugsuban (0,4% chacun).
 

(6) Elle est intervenue dans le passé en période de crise politique à au moins neuf reprises : 8 mai 2007 : annulation de l'élection générale du 2 avril 2007, après la dissolution du Parlement par Thaksin Shinawatra. - 30 mai 2008 : dissolution du parti Thai Rak Thai et des trois autres partis politiques. - 9 septembre 2009 :- retrait de Samak j du poste de Premier ministre. - 29 nov. 2010 : Abandon des charges contre le parti démocrate, ce qui aurait conduit à sa dissolution.  - 2 décembre 2010 : Dissolution du Parti du pouvoir populaire associé à Thaksin Shinawatra et retrait de Somchai Wongsawat du poste de Premier ministre. - 13 juillet 2012 : Rejet d'un amendement constitutionnel adopté par le Parlement. - 24 janvier 2014 : Report de l'élection générale après la dissolution du Parlement par Yingluck Shinawatra. - 13 mars 2014 :- Annulation de l'élection générale - 7 mai 2014 : éviction de Yingluck Shinawatra du poste de Premier ministre.

 

 

Partager cet article

Repost0
30 janvier 2019 3 30 /01 /janvier /2019 22:33

 

La presse locale du 8 janvier (Bangkok Post, The Nation, Prachathai, Matichon et probablement d’autres quotidiens) s’est fait l’écho au début de cette année d’une tentative très ponctuelle de suppression de l’uniforme dans l’un des collèges les plus élitistes de Bangkok, le Bangkok Christian College (โรงเรียนกรุงเทพคริสเตียนวิทยาลัย). Cet établissement tenu par des missionnaires presbytériens américains a été fondé en 1852 et abrite plus de 5.000 étudiants essentiellement de confession bouddhiste à tous les niveaux de la hiérarchie scolaire et universitaire. Il se flatte en particulier d’avoir eu sur ses bancs deux anciens premiers ministres, Pote Sarasin et  Anand Panrayachun

 

Disons quelques mots de ces uniformes que nous avons plaisir, il faut bien le dire, à voir portés par la jeune génération dans les écoles et les universités. Il ne semble pas que cette obligation leur pèse, bien au contraire.

 

 

 

LA CULTURE  DE L’UNIFORME

 

Il existe dans ce pays une incontestable « culture de l’uniforme » qui s’impose ou se pratique non seulement aux étudiants, aux militaires, policiers, douaniers mais aussi aux  postiers, enseignants, infirmières, magistrats et avocats et dans bien d’autres professions administratives. Derrière chaque guichet, un uniforme.

 

 

Notre propos n’est pas d’en chercher les raisons profondes, c’est une culture que l’on retrouve dans tous les pays d’Asie : culture de l’apparence (priorité donné au paraître plutôt qu’à l’être ?), prestige de l’uniforme

 

ou (et) au moins pour l’école, égalisateur social  (1) ?

 

 

LA LÉGISLATION

 

Cette culture s’est évidement concrétisée dans le droit positif puisque le port de l’uniforme scolaire résulta d’abord d’un premier texte de 1939 (nous ignorons de ce qu’il en était auparavant mais l'obligation date du développement massif de l'instruction sous Rama V) qui fut modifié par un texte royal du 5 février 2008 (พระราชบัญญัติ เครื่องแบบนักเรียน  - décret sur l’uniforme des étudiants). Ce dernier texte indique en son préambule que la législation antérieure contenait des « restrictions aux droits et libertés de la personne contraires à la Constitution du Royaume ».

 

 

De quoi diable s’agissait-il ? Nous n’étions plus dans le domaine de l’uniforme proprement dit mais dans celui des coupes des cheveux obligatoires et « rasibus » dont il avait été dit dans des débats passionnés qu’elle portait atteinte à la convention universelle des droits de l’enfant etc…etc…etc… et bla… bla… bla…

 

 

Il semblerait en réalité que cette « intolérable atteinte aux droits de l’enfant » (pas moins) résultait d’une décision prise par les Japonais lors de leur occupation du pays à la suite d’une invasion de poux.

 

 

Chacun sait que pour éradiquer les « totos », il faut commencer par raser le système pileux. Or, il n’y a plus de poux en Thaïlande, ce qui reste d’ailleurs à démontrer, et ces dispositions étaient devenus obsolètes. Dont acte et C.Q.F.D.

 

 

Ceci dit, le texte royal est clair : Un étudiant doit porter un uniforme d'étudiant (article 5). A défaut, l’étudiant est passible de peines disciplinaires et le port d’un uniforme d’étudiant auquel on n’a pas droit est passible de sanctions pénales.

 

LES NORMES ACTUELLES

 

Le modèle classique avec des variantes autorisées par le ministre de l’éducation nationale est le suivant : Chemise à col ouvert à manches courtes, chaussettes blanches à la cheville ou longues sombres, chaussures brunes ou noires. Les étudiantes portent une jupe bleue ou noire jusqu'aux genoux et un chemisier blanc avec un nœud papillon ou une chemise à col ouvert bleu pâle.

 

 

Les filles portent des chaussettes blanches à la cheville et des chaussures noires. Le nom, le numéro, le nom de l'école et de l'élève sont souvent brodés sur le chemisier ou la chemise. Les garçons du deuxième cycle du secondaire peuvent être autorisés à porter des pantalons longs. La robe standard pour les enfants de la maternelle est une jupe rouge et un chemisier blanc pour les filles et un pantalon court rouge et une chemise blanche pour les garçons.

 

 

Comme dans toutes les écoles thaïlandaises, un jour par semaine, généralement le mercredi, est dédié au scoutisme, les élèves portent alors l’uniforme des scouts. Il suffit de courir les marchés avant une rentrée des classes pour constater que ces vêtements imposés sont d’un coût dérisoire  (2).

 

 

 

Si la question des coupes de cheveux s’est adoucie, les cheveux  longs restent interdits aux garçons comme les tatouages. La teinture est interdite, vous ne verrez donc pas de « chères petites têtes blondes ».

 

 

LA DÉCISION DU BANGKOK CHRISTIAN COLLEGE, RÉVOLUTION OU PÉTARD MOUILLÉ ?

 

Les arguments de son directeur, le sieur Suphakit Jitklongsub, prêtent à sourire ou à pleurer. Il affirme au premier chef que « les uniformes scolaires sont maintenant obsolètes dans la plupart des pays développés ». C’est manifester une ignorance crasse de ce qui se passe en Chine, au Japon, à Singapour, en Corée du sud, en Malaisie, les pays économiquement les plus puissants de la région et, pour le premier, en passe de devenir maître du monde. Mieux encore : tous les collèges presbytériens des États-Unis imposent le porte d’un uniforme qui ne ressemble pas à celui de nos jeunes Thaïs mais que selon toute apparence les élèves arborent avec fierté. Citons encore l’Angleterre et l’Australie qui nous paraissent des pays développés.

 

Photograhpies prises aux hasard sur la toile de collèges presbytériens du monde entier :

A 294 - UN COLLÈGE DE BANGKOK ABANDONNE PROVISOIREMENT L'UNIFORME.
A 294 - UN COLLÈGE DE BANGKOK ABANDONNE PROVISOIREMENT L'UNIFORME.
A 294 - UN COLLÈGE DE BANGKOK ABANDONNE PROVISOIREMENT L'UNIFORME.
A 294 - UN COLLÈGE DE BANGKOK ABANDONNE PROVISOIREMENT L'UNIFORME.

Ses étudiants vont donc pouvoir porter une tenue « décontractée » mais attention ! Elle devra toutefois quoique décontractée porter l’insigne de l’école !

 

 

On ne mélangera pas les torchons des écoles populaires des pauvres de Bangkok avec les fines serviettes de son collège ! D’après ce directeur fantaisiste, cela devrait ramener le sourire sur le visage de ses étudiants, bien qu’ils ne semblent pas particulièrement malheureux ? Et pour reste de besoin, continue notre aimable plaisantin, l’environnement de l’école en sera plus attrayant bien qu’à ce jour aucune d’entre elle ne nous a semblé ressembler à un goulag ?). Arguant de « recherches menées dans des pays étrangers » (lesquels ?) il affirme que le port de vêtements « décontractés » peut guérir du stress et renforcer la confiance des étudiants dans leur collège. Son objectif est donc de rendre les étudiants heureux et créatifs et de montrer que la diversité individuelle peut être source d’harmonie. Dans ce genre d’établissement, la diversité individuelle doit probablement se situer entre celui que le chauffeur de son papa conduit tous les matins en Rolls et celle dont le père préfère une Porche plus modeste.

 

 

Il faut tout de même avoir les pieds sur terre et rappeler que le coût annuel des études doit selon les niveaux naviguer entre 300 et 500.000 baths c’est-à-dire aux environs de 15.000 euros. Les renseignements à ce sujet ne sont toutefois pas faciles à obtenir. La moyenne serait de 150.000 baths par trimestre ?

 

Cette décision parfaitement illégale va-elle-recevoir l’agrément au moins tacite du Ministère de l’éducation nationale (Teerakiat Jareonsettasin) ? Nous allons le voir. Que vont être ces tenues décontractées ainsi admises et jusqu’où ira la tolérance ? Verrons-nous fleurir des pantalons Jean « destroy » ou des Lacoste en lambeaux ? Soyez assuré que ceux que porterons nos étudiants décontractés seront tout de même de marque, il est plus élégant de bousiller un Levis griffé à 3.000 baths qu’une contrefaçon à 300 ou un Lacoste à 1.500 baths qu’une contrefaçon à 200, étant précisé qu’originaux et contrefaçons sont de toutes façons « made in Thailand ».

 

En bref, cette décision résulte d’une longue et profonde réflexion axée sur la résolution de problèmes basée sur la recherche et l'expérience. On est confondu devant ce galimatias.

 

 

Il y a tout de même une limite à cette pantalonnade, elle est un essai limité à un trimestre au terme duquel si la performance académique globale n’est pas améliorée, l'initiative sera terminée. Nous verrons donc dans trois mois à venir si nos « camarades bourgeois, camarades fils à Papa » auront tous choisi de se déguiser en beatniks des années 60 ou si les filles en Lolita aux cheveux rouges ont amélioré leurs résultats scolaires.

 

 

 

LES RÉACTIONS

 

Elles n'ont pas, quelques jours plus tard, été bien longues ! Nous pourrions nous limiter à cette caricature qui a fait un « tabac » sur la toile :

 

กลับไปในชุดนักเรียนเดี๋ยวนี้ « Remets ton uniforme scolaire  tout de suite »

 

 

Les responsables du ministère de l'Éducation ont essayé de mettre fin à l'expérience et d'empêcher les autres écoles de la copier. L'OPEC (Office of the Private Education Commission - Bureau de la Commission de l'enseignement privé -  สำนักงานคณะกรรมการส่งเสริมการศึกษาเอกชน), organisme officiel dépendant du Ministère de l'éducation nationale adressé une lettre officielle au Bangkok Christian College, lui demandant de revoir son initiative (3).

 

 

M. Chalam Attatham, son secrétaire général  a déclaré que l'Office s'inquiétait de la discipline, de l'ordre, des dépenses pour les parents, de la responsabilité des enseignants, du contexte social thaïs et des problèmes sociaux susceptibles de survenir. Il rappelle que le  Bangkok Christian College devait consulter son conseil d'administration et faire rapport au ministère de l'Éducation, puisque les règles relatives aux vêtements des étudiants dans les écoles privées relève toujours des normes de 2008. Il ajoute comprendre que l’équipe de direction de l’école et les enseignants se soient consultés et souhaitent mener une recherche sur les uniformes d’élèves pendant six semaines, mais souhaiter qu’ils examinent plus en profondeur les effets de l’expérience avant seulement que le Ministère de l'éducation puisse reconsidérer la  question. Le même avertissement s'adresse aux autres écoles privées qui  devront réfléchir sérieusement aux conséquences de leurs actes. En réponse, le directeur du collège a reconnu « se sentir mal à l'aise » et ajouté que si l'expérience se terminait, ce ne serait pas grave. Il ajoute devoir poursuivre l’initiative tout en en discutant avec les parents et les élèves en respectant les  instructions du Ministère.

 

La difficulté est-elle insoluble ? Les règles de 2008 s’appliquent à toutes les écoles publiques et privées de Thaïlande mais ouvre une petite porte : L'article 14 du règlement dispose que « Tout établissement d'enseignement qui entend utiliser un uniforme autre que celui spécifié dans le présent règlement doit demander l'autorisation au niveau hiérarchique supérieur... »

 

Il ne s'agit pas de supprimer l'uniforme mais d'en choisir un différent avec une certaine latitude. 

 

M. Amporn Pinasa, Secrétaire général adjoint de l'OPEC est plus strict : les règles de 2008, ne peuvent autoriser les élèves à ne pas porter d'uniforme. Si les vêtements de sport et les costumes locaux sont autorisés c'est à la condition que les écoles en fassent la demande au bureau provincial de l'éducation.

 

Le ministre lui-même est plus nuancé tout en répondant que la question du port de l'uniforme n'est pas liée à celle de la qualité des études mais qu'il s'agit d'une question de tradition et de culture datant de l'époque de Rama V qui estimait que, mise à part la discipline, les uniformes réduisaient l'écart entre riches et pauvres.

 

 

L'obligation n'est-elle pas destiné à cacher les inégalités se demandent des détracteurs ?  Cette fixation sur les uniformes ne voile-t-elle pas oublier les inégalités entre les écoles rurales, l'école des pauvres,  les établissements des villes et les collèges privés de Bangkok, établissements des richissimes ?

 

 

N’oublions pas cette phrase de Lacordaire : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre,  c’est la liberté qui opprime et la Loi qui affranchit ».

 

Notons pour être complets qu'une petite section de l’université Thammasat pratique depuis deux ans l'autorisation de liberté du vêtement sans qu'il y ait eu selon ses responsables utilisation de tenues extravagantes et que ce processus « créait la démocratie dans l'école ».

 

Il est permis de se demander en quoi le port d'un pantalon et d'une chemise de fantaisie peut contribuer à créer la démocratie ? Il est également permis de se demander en quoi la liberté va favoriser la « créativité » ...

 

 

...puisque, nous connaissons un peu les Thaïs, ils vont se précipiter pour singer la dernière mode vestimentaire, la plus « In », américaine de préférence ?

 

 

Nous en resterons là sur cette question qui nous amuse plus qu'elle ne nous concerne et à laquelle nous nous garderons d'apporter une réponse.

 

Réduire la question de l' « apprentissage de la démocratie » en Thaïlande aux fantaisies vestimentaires à l'école est en soi totalement réducteur. Il est en 2019 des problèmes autrement plus importants que cette tempête dans un verre de bière

 

 

NOTES

 

(1) En France, la question du rétablissement du port d’un  uniforme obligatoire dans les établissements publics, supprimée en 1918, se pose régulièrement.

 

Collégien au début du siècle dernier :

 

 

Ceux qui s’y opposent invoquent le coût de l’opération pour les parents à rajouter à celui des vêtements de ville portés à la sortie de l’établissement. L’objection  n’a aucun sens en Thaïlande.

                          

 

(2) Selon Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale à l’heure où nous écrivons, les marques de vêtements comptent beaucoup trop aujourd'hui  chez les enfants  - il en est de même en Thaïlande - et l’uniforme peut être une réponse pour obtenir un enjeu d'égalité.

 

 

(3) Site Internet (en thaï) :

 https://www.opec.go.th/old/content.php?page=content&group=history&cid=67

 

 

Partager cet article

Repost0
28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 22:31

 

 

Après s’être passionnée pour le sort des treize garçons piégés dans la grotte de Tham Luang, la presse internationale nous a appris que trois d’entre eux et leur entraîneur seraient des « apatrides ». Si les chiffres des apatrides sont totalement divergents selon les sources, allant de 400 000 à 1 voire à  3 millions, il importe avant tout de savoir ce que parler veut dire et d'apprendre ce qu’est un « apatride » .

 

 

  QU’EST-CE QU’UN APATRIDE ?

 

Les discussions sur la terminologie ne sont pas sans intérêt. Elles prouvent que les faits et les conceptions qui sont derrière les mots ont changé soit que de nouveaux faits apparaissent soit qu'une conception nouvelle se substitue à l'ancienne. En thaï, un apatride c’est khon rairat (คนไร้รัฐ), une personne sans État  ou Khon raisanchat (คนไร้สัญชาติ) une personne sans nationalité. Voilà qui a l’avantage de la clarté.

 

 

En français le mot est récent : création des juristes à la fin de la première guerre mondiale pour remplacer le terme de sans patrie dont la connotation était alors nettement négative, attachée en général par une partie de l’opinion au juif errant ou au franc-maçon cosmopolite, « vagabonds internationaux » ou « vaisseaux voguant en pleine mer sans pavillon » tout aussi péjoratif que celui de heimatlos chez les Allemands utilisé de façon surabondante par la presse nationaliste teutonne de l’époque.

 

 

On y voyait alors des individus qui s’étaient soustraits, volontairement au lien de nationalité et n'en avaient pas acquis une autre afin d'échapper aux obligations dues à l'État et imposées à tous les citoyens.

 

 

La fin de la première guerre mondiale changea complètement la donne. Les traités de démembrement de l’empire austro-hongrois, de l’empire ottoman, d’une partie de l’Allemagne, la création de l’URSS sur les ruines de l’empire russe jetèrent des centaines de milliers sinon des millions de « sans patrie » dans la nature pour des causes indépendantes de leur volonté, victimes de la guerre, des traités de paix, et des révolutions.

 

Rérfugiès arméniens (1919) :

 

 

Dès la fin de la guerre, lorsque les spécialistes du droit international s’intéressèrent à leur sort, ils repoussèrent le terme de « sans patrie » et proposèrent tout simplement l’ancien mot grec « apatrida » (α-πατρίδα : α privatif et πατρίδα = patrie). Le mot fit rapidement fortune, accueilli par la doctrine, la jurisprudence, la loi, les conventions internationales et la Société des Nations. C’est également l’étymologie que donne le Dictionnaire de l’Académie française dans sa version en ligne.

 

 

La notion d’ « apatridie » enfin est visée par la Convention de New York sur la réduction des cas d'apatridie  adoptée le 30 août 1961 et est entrée en vigueur le 13 décembre 1975. Bien qu’elle n’ait jamais été signée par le Thaïlande, pas plus que par 128 des 193 États appartenant aux Nations-unies et jamais ratifiée par la France soit dit en passant, nous pouvons tenir la définition qu’elle donne pour bonne :

 

Article premier -- Définition du terme « apatride » : Aux fins de la présente Convention, le terme « apatride » désigne une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation.

 

 

Venons-en à nos rescapés de la grotte, qui sont-ils et d’où viennent-ils ?

 

 

LES APATRIDES EN THAÏLANDE

 

Là encore, il faut savoir ce que parler veut dire. Rappelons que par sa situation géographique, la Thaïlande s’est trouvé depuis des dizaines d’années devoir recueillir toute la misère de l’Asie-du-sud-est : fugitifs anticolonialistes laotiens, vietnamiens et cambodgiens avant la dernière guerre mondiale, rescapés des guerres coloniales françaises puis américaines qui avaient mal choisi leur camp ensuite et enfin ressortissants de pays dirigés par des fous furieux comme le fut le Cambodge et comme l’est probablement encore le Myanmar.

 

 

Nous avons longuement parlé des Môns fugitifs du Myanmar et réfugiés dans des camps tout au long de la frontière depuis le Triangle d’or jusqu’à Ranong à l’extrême sud du Myanmar  (1). Ils y retrouvent les Karens souvent chrétiens ou les membres de l’ethnie Wa, toutes ethnies martyrisées par les Birmans, non reconnues par les autorités de Rangoon et dépourvues de toute nationalité. Ils y côtoient aussi les Rohingya, minorité musulmane du Myanmar privée de sa nationalité. Tous apatrides au plein sens du terme, rejetés, persécutés, des dizaines de milliers d'entre eux ont dû fuir pour trouver refuge en partie en Thaïlande mais tous ne sont pas dans les camps de réfugiés.

 

 

 

LA SITUATION DES ENFANTS PRÉTENDUMENT APATRIDES

 

 

Le seul de ces gamins, nous en reparlerons, dont nous avons la certitude de l’ « apatridie », est le jeune Wa de 14 ans.

 

 

Couple Wa, manuscrit birman circa 1900 :

 

 

 

POUR LES AUTRES : ILS SONT DES THAÏS « SANS PAPIERS »

 

La question se pose pour trois d‘entre eux. Il aurait fallu évidemment que quelques journalistes sérieux s’interrogent sur leur origine. S’ils sont le fruit de réfugiés du Myanmar  dont les parents se sont installés en dehors des camps depuis plusieurs dizaines d’années, ils sont incontestablement apatrides mais il ne semble pas que ce soit le cas ?

 

 

LE CODE DE LA NATIONALITÉ

 

Le code de la nationalité en sa version de 2008 (กฎหมายสัญชาติไทย - Kotmai Sanchatthai) reprenant sur ce point celle de 1965 cumule le droit du sol (jus soli) et celui du sang (jus sanguinis) : L’article 7 paragraphe 2 est clair qui s’applique de toute évidence à ces jeunes gens : « acquiert la nationalité thaïe par naissance … une personne née dans le Royaume… » (2). Mais le bât blesse dans la mesure où cet article continue en ajoutant «  à l'exception de celles visées à l'article 7 bis alinéa premier » c’est-à-dire aux personnes ne pouvant pas établir leur nationalité thaïe ou justifier, si elles sont étrangères, qu’elles sont entrées régulièrement dans le pays.

 

 

Le  1er paragraphe de l’article 7 : « acquiert la nationalité thaïe une personne née d'un père ou d'une mère de nationalité thaïlandaise, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du Royaume de Thaïlande », montre à l'évidence  qu’il ne peut s’appliquer à eux faute de pouvoir produire la moindre justification sur l’état civil de leurs parents et moins encore de leurs grands-parents, fussent-ils eux-mêmes thaïs depuis des siècles de par le droit du sol.

 

 

N’oublions pas que l’état civil thaï a à peine 100 ans (3) et qu’il serait intéressant de savoir dans quelle mesure et au bout de combien d’années ou de dizaines d’années sa pratique s’est répandue dans ces zones reculées. Beaucoup de parents ne prenaient pas la peine et ne la prennent peut-être pas encore, d’aller effectuer la déclaration de naissance des gamins dans le délai de 15 jours requis et faute de ce faire, c’est la voie judiciaire qui reste ouverte mais elle est irrémédiablement fermée lorsque l’enfant a passé 15 ans (4).

 

 

Cette situation est singulière et résulte du fait que la plupart des ethnies notamment celles des montagnes n'ont pas été incluses dans le premier recensement national de 1956 qui a enregistré l'origine et la nationalité thaïlandaises et n’ont pas pris la peine de se faire recenser. En 1965, le gouvernement a adopté la première loi sur la nationalité qui garantit la citoyenneté aux seules personnes qui pourraient prouver qu'elles sont nées de citoyens thaïlandais ou d'étrangers en situation régulière.

 

 

Il y a évidemment diverses portes de sorties potentielles qui ne semblent pourtant pas avoir fait l’objet d’applications fréquentes à ce jour :

 

Le code de la nationalité prévoit à diverses reprises et dans diverses circonstances la possibilité d’apporter des preuves par les témoignages de personnes dignes de confiance ou crédibles. Ainsi pourrait-il en être de ce que nous appelons en français « la possession d’état » (5).

 

 

Il en est une autre qui pourrait résoudre également de façon au moins ponctuelle la situation de ces garçons puisque le code accorde au ministre compétent (article 7 bis in fine) un pouvoir discrétionnaire de passer outre aux contraintes de l’article 7, paragraphe 2.

 

 

Il en est enfin une dernière pourtant essentielle qui ne nous semble pas avoir attiré l’attention de la presse occidentale, la reconnaissance officielle pour la première fois dans l’histoire du pays de l’existence de 62 ethnies, confirmant l’article 27 de la constitution adoptée par voie référendaire le 7 août 2016 (6).

 

 

Ces trois garçons nous apparaissent donc comme de vrais Thaïs, ils se considèrent d'ailleurs comme tels, et ne sont donc pas « sans patrie » puisque leur patrie est la Thaïlande (7). La difficulté provient surtout qu’ils sont dans une situation administrative chancelante.  Thaïs mais « sans papiers », nous utilisons ce terme faute de mieux et sans lui donner la connotation qu’il a en France de nos jours. N’épiloguons pas sur le fait que certains documents onusiens (8) ne craignent pas de prétendre que l’on peut être « sans patrie dans sa patrie » et pour donner du poids à ces fariboles, parlent d’apatrides « in situ », un vocable qui ne veut rien dire, probablement pour impressionner le lecteur en piochant cette formule dans les pages roses d’un vieux Petit Larousse qui n’ont pourtant jamais fait d’un âne un cheval de course. Ils ne sont pas « sans patrie dans leur patrie », ils sont « sans papiers dans leur patrie ».

 

 

LA CARTE D’IDENTITÉ

 

Sans papiers c’est dire sans documents administratifs, la sacro-sainte carte d’identité bleue (batprachamtuaprachachom - บัตประจำตัวประชาชม ou en langage quotidien batprachachom บัตประชาชม). A l’inverse de la carte d’identité française, la possession en est obligatoire à partir de 7 ans. Elle doit impérativement être renouvelée à son expiration : 6 ans sauf erreur mais elle est délivrée ad vitam aeternam aux personnes âgées de plus de 70 ans, en cas de perte ou de changement de nom. Elle est délivrée non pas en mairie comme en France mais à l’amphoe. Cet éloignement relatif a peut-être ses raisons comme nous l’expliquons sans (ou avec) arrière-pensée dans notre note 4. Elle est un véritable sésame dont les Thaïs ne se séparent jamais, certification d’identité mais aussi certificat de nationalité. Il semblerait d’ailleurs qu’ils aient l’obligation de l’avoir toujours avec eux. Sa délivrance nécessite (en gros, nous vous épargnons les détails) la justification de l’état civil du requérant par la production de l’acte de naissance ou le témoignage de « personnes dignes de confiance ou crédibles  », nous y revenons ! C’est bien évidemment là que se trouve la difficulté pour nos gaillards.

 

 

Viennent ensuite les justifications d’adresse plus faciles à établir soit par la production du thabanbian bleu (สำเนา ทะเบียนบ้าน) c’est-à-dire un extrait du registre d’inscription de la maison pour les propriétaires fonciers

 

 

soit du thabanbian jaune pour ceux qui sont locataires ou occupants à un autre titre (époux de la propriétaire par exemple) soit surtout par la possibilité de faire certifier l’adresse par des « personnes dignes de confiance ou crédibles ».

 

 

Certaines personnes sont dispensées de cette obligation, mais il nous semble difficile d’en faire profiter ces jeunes gens (9).

 

L’absence de ce document procure un certain nombre de désagréments, certains d’importance et d’autres moins. Les enfants dépourvus de carte d’identité ou dont les parents en sont dépourvues sont néanmoins admis dans les écoles publiques et dans les hôpitaux d’état  Ces gamins sont d'ailleurs tous scolarisés. Elle interdit l’accès à la propriété immobilière, ce que nous savons bien comme étrangers que nous sommes. Elle interdit évidemment le droit de vote ce dont on peut penser que l’exercice n’est pas la préoccupation majeure des populations ethniques. Elle ne permet pas de passer les permis de conduire ce dont on peut également penser que ce n’est pas traumatisant outre mesure si l’on sait que probablement la moitié (ou plus ?) des Thaïs qui conduisent un véhicule à deux ou quatre roues en sont dépourvus.

 

 

Elle leur interdit de se marier civilement ? La belle affaire ? Les Thaïs, au moins bouddhistes, sont plus attachés au mariage religieux qu’en mariage civil. « Boire, manger, coucher ensemble, c’est mariage ce me semble » disait un dicton du très ancien droit français.

 

 

Ceci dit, n’ayons pas l’air de prendre les choses à la légère, l’absence de carte d’identité leur interdit d’ouvrir un compte en banque ce qui peut tout de même poser de sérieux problèmes au quotidien. Il ne leur est pas possible d’obtenir un crédit et d’acheter un véhicule. Elle ne leur permet de trouver de travail que dangereux, mal payés ou malsains sans parler des filles livrées à la prostitution. Admis dans les écoles primaires, les gamins ne peuvent poursuivre au-delà faute de statut et de moyens financiers. Elle leur interdit l’obtention d’un passeport donc entrave aux déplacements et, pire, leur fait courir le risque d’expulsion au cas de la moindre peccadille, serait-ce le grappillage d’une papaye.

 

 

La solution pour les « experts » autoproclamés de l’Onu consisterait au premier chef à la ratification par la Thaïlande de la convention onusienne de 1961. Si les 3 quarts des pays membres de l’ONU ne l’ont pas signée ni ratifiée, il en ont de bonnes raisons : Cette convention organise à charge des états signataires un transfert des responsabilités que l’ONU se doit d’assumer puisque ces situations d’« apatridie » sont le plus souvent la conséquence directe de sa totale impéritie comme c’est manifestement le cas pour les Rohingya persécutés depuis 1982 sous l’œil indifférent de la « communauté internationale », après la fuite des réfugiés vietnamiens à la chute de Saigon en 1975 et celle des réfugiés hmongs du Laos à la même époque toujours sous l’œil plus ou moins indifférent de la « communauté internationale ». Il fallut que ce soient les communistes vietnamiens et non des Casques bleus qui mirent fin au génocide perpétré par les Khmers rouges à partir de 1975 sans que la dite « communauté internationale » ne lève l’auriculaire.

 

 

Les mêmes « experts » préconisent une autre solution, il faut que la Thaïlande modifie son code de la nationalité. Nous entrons en plein délire. Le droit international admet depuis toujours que chaque pays a seul compétence pour déterminer les conditions d’octroi de sa nationalité, un privilège qui reste régalien. Il se trouve que la Thaïlande n’a pas vocation, avons-nous dit, à accueillir toute la misère de l’Asie-du-sud-est dont elle n’est en rien responsable. Qu’il y ait 450.000 ou 1.000.000 ou 3.500.000 de vrais ou apparents apatrides sur son sol ne change rien à la question. La nationalité thaïe s’acquiert, ou se mérite, à la triple condition de résider légalement dans le pays depuis 5 ans, d’en pratiquer la langue et de présenter toutes garanties d’honorabilité. Sans d’ailleurs parler des réfugiés véritables apatrides, il n’est évidemment pas question de conférer à ces écoliers par voie de naturalisation la nationalité thaïe qu’ils ont déjà. La délivrance de la carte d’identité au vu non pas des documents administratifs susvisés mais tout simplement des témoignages de « personnes dignes de confiance ou crédibles » certifiant qu’ils ont la possession d’état semble bien être la meilleure solution (5). Il ne semble pas qu’il y ait le moindre obstacle juridique ?

 

 

LE JEUNE BIRMAN, SEUL APATRIDE

 

C’est celui dont nous connaissons le mieux la situation personnelle (10). Adul Sam-on a 14 ans. Il est né dans l’état Wa, une région du nord-est du Myanmar marquée par une guérilla ethnique. Ses parents restés au Myanmar  Birmanie l’ont envoyé en Thaïlande pour qu’il puisse y recevoir une véritable éducation mais peuvent lui rendre visite sans difficultés. Chrétien, il fut accueilli par l’antenne locale des « Assemblées de Dieu » de courant pentecôtiste. Il vit en Thaïlande depuis 7 ou 8 ans, incontestablement apatride, sans certificat de naissance ni papiers d'identité ni évidemment de passeport.

 

 

C’est lui, seul de l’équipe à parler anglais, qui a accueilli les deux plongeurs britanniques partis à leur recherche.

 

 

Il ne semble pas qu’il y ait de difficultés à ce qu’il puisse obtenir la nationalité thaïe puisqu’il remplit la triple condition et bénéficiera, on le suppose, sans difficultés des témoignages de « personnes dignes de confiance ou crédibles ». La procédure est longue et une fois la décision ministérielle prise, il faut encore l’approbation royale après quoi l’impétrant doit jurer loyauté au royaume. La question se pose bien sûr de savoir s’il souhaite s’intégrer à son pays d’adoption ou s’il souhaite conserver des liens avec son pays natal où se trouve sa famille pour autant que la situation des minorités ethniques au Myanmar  Birmanie soit un jour résolue ? (11). Il a la possibilité qui a d’ailleurs été conseillée par le Général Prayut pour régler éventuellement et en tant que de besoin les situations administratives des garçons de demander la carte d’identité pour étranger (batprachamtuakhon suengmaimisanchatthai – บัตประจำตัวคนซึ่งไม่มีสัญชาติไทย – littéralement carte d’identité pour personne n’ayant pas la nationalité thaïe) (12).

 

 

Le problème de trois de ces garçons sans papiers est lié à leur appartenance à une ou plusieurs minorités ethniques des montagnes. La reconnaissance maintenant officielle des ethnies (5) incluant les ethnies des montagnes devrait résoudre fort utilement le sort de ces populations thaïes administrativement maltraitées. Les événements de la grotte vont – souhaitons le – accélérer le règlement d’un problème dont apparemment le gouvernement actuel était déjà bien conscient ?

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article H 9 - « LES MȎNS DE THAÏLANDE. »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/h-9-les-m-ns-de-thailande.html

 

(2) L’application du droit du sol est si pesante que le code prend la peine de préciser en son article 8 qu’il ne doit toutefois pas être appliqué aux membres des missions diplomatiques ou consulaires, aux membres des organisations internationales, à leur famille et à leurs serviteur.

 

 

 

(3) Voir notre article 169. « RAMA VI CRÉE L’ÉTAT-CIVIL SIAMOIS ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/169-rama-vi-cree-l-etat-civil-siamois.html

Nous y avons cité quelques-unes des facéties des services d’état-civil de ces dernières années.

 

(4) Rappelons qu’en France, une déclaration doit être effectuée en mairie dans les 5 jours de la naissance et que faute de ce faire, pour procurer un état civil à l’enfant, il ne reste que la voie judiciaire. La Thaïlande a prévu une procédure similaire mais tout le monde n’a pas les moyens ou les compétences de saisir un tribunal. Mais à l’inverse de la France où la déclaration est facilitée par le fait qu’elle doit être effectuée dans l’une des 35 ou 36.000 mairies du pays, la déclaration est ici effectuée à l’amphoe (อำเภอ – district) dont l’accès peut ne pas être toujours facile. Pourquoi cet éloignement, il y a environ 800 districts (amphoe) dans le pays, environ 7.500 sous-districts (ตำบล) et encore environ 75 ou 80.000 villages tous munis de chef de village susceptibles d’accomplir les formalités ? Le district de Maesai (แม่สาย) dont dépendent ces enfants comprend 12 sous-districts et 87 villages pour une population d’environ 120.000 habitants. Il est permis de penser sans faire de mauvais esprit que l’attribution de ces compétences à une autorité plus éloignée que celle du chef de village permet d’éviter trop d’amicales ou familiales complaisances ?

Voir notre article 4 : « ORGANISATION ADMINISTRATIVE DE LA THAÏLANDE ET DE L'ISAN » :

 http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-4-organisation-administrative-de-la-thailande-71449804.html

 

(5) La possession d'état désigne l'apparence d'avoir un état donné, d'être considéré par les autres (administration, parents, entourage) comme ayant cet état, par exemple de se considérer comme français ou comme étant l'enfant d'une personne. Cette apparence peut constituer une preuve. Elle joue en droit français un rôle fondamental en matière de filiation et de nationalité.

 

(6) Voir notre article INSOLITE 25 – « LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017 ».

L’article 27 de la constitution stipule

« Toutes les personnes sont égales devant la loi et bénéficient de sa part de la même protection. Les hommes et les femmes doivent jouir des mêmes droits. Toute discrimination à l'égard d'une personne fondée sur une différence d'origine, de race, de langue, de sexe, d'âge, de handicap, d'état physique ou de santé, de statut personnel, de situation économique ou sociale, de croyance religieuse, d'éducation ou de vision politique ou de tout autre motif est interdit. Les mesures prises par l'État en vue d'éliminer un obstacle ou de promouvoir la capacité d'une personne à exercer ses droits ou ses libertés en tant qu'individu, ou dans le but de protéger ou de faciliter les enfants, femmes, personnes âgées, personnes handicapées, ou les personnes défavorisées ne doivent pas être considérées comme une discrimination injuste au sens du paragraphe trois. Les membres des forces armées et de la police, les fonctionnaires, les autres agents de l'État et employés des organisations d'État jouissent des mêmes droits et libertés que les autres personnes, à moins que la loi ne l'interdise spécifiquement pour des raisons d'efficacité, de discipline ou d'éthique ».

 

(7) Faute de preuve contraire, à moins évidemment que de sérieuses investigations journalistiques ne démontrent qu’ils sont le fruit d’immigrants clandestins, probablement  venus du Myanmar ?

 

(8) Une organisation que le Général De Gaulle qui avait souvent le sens de la formule appelait non sans de multiples raisons « le machin ». Nous ne ferons pas à ces stupidités l’honneur de les citer.

 

 

(9) Qui est exempté ? 

SAR la Princesse Maha Chakri Sirindhorn et tous les membres de la famille royale du trône ce que l’on comprend assez aisément.

Les moines, les novices et les prêtres. Cette disposition semble ne concerner que le clergé bouddhiste mais c’est à vérifier ?

Plus singulière, une exemption concerne les personnes handicapées dans l’impossibilité de marcher, les muets, les aveugles des deux yeux et les malades mentaux.

Une autre vise les personnes en détention légale et enfin ceux qui, étudiant à l’étranger, n’ont pas la possibilité matérielle d’en solliciter le renouvellement.

 

(10) Voir le site de son église :

https://www.infochretienne.com/grotte-thailandaise-lhistoire-bouleversante-du-seul-enfant-anglophone-et-chretien-qui-a-joue-un-role-crucial-pour-les-secours/

 

 

(11) Contrairement d’ailleurs à ce que nous pouvons parfois entendre (propos de comptoir !) le code de la nationalité ne prohibe nullement la double nationalité.

 

 

(12) Appelée volontiers carte rose (Bat Sichomphu – บัตรสีชมพู) puisqu’elle a la couleur d’un rose bonbon déjà sucé, elle est délivrée aux mêmes conditions (état civil, domicile, visa) que la carte bleue à l’amphoe. C’est semble-t-il dans la direction de son attribution systématique aux réfugiés vrais apatrides que semble se diriger l’actuel gouvernement pour éradiquer la question de l’apatridie. Peu utilisée par les Farangs, elle présente l’avantage de nous dispenser de porter sur nous le trop précieux passeport et quelques petits avantages annexes comme l’application des tarifs réservés aux Thaïs dans les musées ou les parcs nationaux.

Partager cet article

Repost0