Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 12:19

 

Tout le pays, et le monde entier aussi, ont été suspendus pendant 18 jours au sort de ces douze adolescents et de l’entraineur de leur équipe de football, l’équipe des sangliers.

 

La bonne nouvelle retentit enfin en début d’après-midi le 10 juillet sur les écrans de télévision locale : หมูป่กลับบ้น – moupaklapban – les sangliers sont de retour.

 

 

 

Certes, « tout est dit et l’on vient trop tard » et notre propos n’est bien évidemment pas de revenir sur une actualité que vous connaissez tous en détail mais de faire quelques observations qui ont peut-être été négligées par les médias occidentaux trop souvent avides de « sensationnalisme ».

 

 

Les événements ont été commentés minute par minute sur les chaines de télévision thaïes relayées par celles du monde entier, depuis l’attente angoissante pendant huit jours sur l’ignorance totale de leur sort jusqu’à leur découverte, tous en vie, par deux plongeurs anglais au bout de six heures de nage à plus de quatre kilomètres de l’entrée dans ce que l’un d’eux a appelé du « café latte ». Ceux qui ont un jour porté des bouteilles de plongée sur le dos se doutent de ce que fut cette épreuve. Ce n’était alors qu’une petite bataille gagnée, celle de la recherche, restait ensuite à gagner celle des secours puis celle du retour à la maison. Une fois leur ravitaillement assuré, nourriture, boissons, oxygène pour pallier à l’air confiné de la cavité où ils étaient réfugiés et couvertures de survie, se posa le problème de leur évacuation, soit par la voie des airs en procédant à des forages de puits d’accès depuis le sommet de la colline, soit de leur faire attendre quatre mois la baisse des eaux en les ravitaillant, solution conseillée par les cœurs les plus pusillanimes, soit par les galeries inondées alors que la plupart de ces gamins ne savaient nager et qu’aucun n’avait jamais fait de plongée subaquatique. Ce fut la solution choisie en plusieurs étapes au terme d’une opération qui restera probablement la plus grande opération de sauvetage dans une grotte de l’histoire de la spéléologie, une véritable mission impossible (1).

 

 

N’oublions pas qu’un ancien plongeur de la marine thaïe y a laissé la vie le 8 juillet lors d'une opération de ravitaillement.

 

 

LA GROTTE EST UN SITE TOURISTIQUE ET NON SPÉLÉOLOGIQUE

 

 

Contrairement à ce qu’on a pu lire et relire trop souvent, essentiellement dans la presse occidentale, les gamins ne se sont pas lancés dans une aventure nécessitant des compétences et du matériel spéléologiques et encore moins de spéléologie subaquatique. La grotte se situe dans les montagnes dans la région de Maesai, toutes truffées de cavités (2). Elle a été visitée et décrite dans les années 1986 et 1987 par des chercheurs français qui n’étaient pas des spéléologues mais des entomologistes étudiant une faune spécifique, suivis de préhistoriens cherchant des traces d’occupation à l’époque préhistorique et des géologues. Ils y sont entrés et l’ont visitée sans difficultés particulières en précisant que le site était submergé en saison des pluies (3). Elle comporte plus de 6 kilomètres de galeries répertoriées à ce jour et peut-être d’autres encore inexplorées. Elle était probablement connue des multiples ethnies qui peuplent les hauteurs dans cette zone mais pas forcément des Thaïs que la crainte des esprits maléfiques, des démons, des géants et des « phis » écarte de ces cavités. Il court d’ailleurs à son sujet plusieurs légendes plus ou moins dissuasives (4). La spéléologie n’est pas un sport local. Si de nombreuses grottes sont occupées, ce n’est pas par des visiteurs. Elles sont utilisées comme centres religieux pour la simple raison que les moines y sont au calme, à l’abri des éléments et y bénéficient d’une température plus fraiche qu’à l’extérieur. Ce sont des endroits idéals pour la prière et la méditation.

 

 

Ce n’est pas le cas de Tham Luang probablement en raison de son inaccessibilité partielle en saison des pluies. Elle est par contre devenue un site touristique et non pas un site pour spéléologues chevronnés (5). Ouverte au public, elle est partiellement aménagée : escaliers, mains courantes, rampes bétonnées sur une partie du trajet.

 

 

Il est donc de toute évidence inutile de se munir de l’arsenal du spéléologue aguerri. L’humidité permanente a empêché qu’elle soit éclairée par l’électricité : Il faut donc pour la visiter se munir de bonnes chaussures et de lampes électriques sans oublier des piles de rechange nous disent tous les sites thaïs dont ce sont les seules recommandations. D’ailleurs les Thaïs ne perdent jamais le nord, s’ils appréhendent de pénétrer eux-mêmes dans les entrailles de la terre, le bureau d’accueil se fera un plaisir de louer une torche au visiteur.

 

Il n’y avait donc pas à priori la moindre faute à accompagner une équipe de gamins entre 11 et 16 ans pour cette visite à cette époque.

 

Ce n’était qu’une balade qui a tourné au drame.

LA SAISON DES PLUIES

 

La grotte est inondée en saison des pluies. Son accès en est strictement interdit pendant 5 mois, de juillet à novembre.

 

 

Depuis le signalement de la grotte au monde scientifique il y a plus de 30 ans et sa visite tant par des érudits biologistes y cherchant des espèces cavernicoles ou des préhistoriens y cherchant les traces d’une présence préhistorique, aucun incident majeur ne semble y avoir jamais été signalé compte non tenu des visites de simples touristes ? S’il pleut toute l’année en Thaïlande, le gros de la saison des pluies se situe dans cette zone entre juillet et octobre. Il s’agit donc d’une fourchette de précautions. Où se situe l’erreur ? Des orages catastrophiques aussi imprévus qu’imprévisibles ont submergé les galeries bien avant l’heure. A la même époque des pluies diluviennes se sont abattues sur le Japon faisant à l’heure où nous écrivons probablement plus de deux cent morts.

 

 

L’ATTITUDE DE L’ENTRAINEUR

 

Il lui a été reproché – essentiellement encore dans la presse occidentale - d’avoir entrainé les gamins dans cette aventure « spéléologique ». Or, il connaissait lui-même les lieux et les avait déjà arpentés avec sa troupe. Devant la montée subite des eaux, il a pris la décision de s’avancer plus avant dans le réseau pour chercher un refuge sur une partie haute. Son attitude laisse à penser, ainsi qu’on a pu le constater à la lecture des commentaires dans les réseaux sociaux provenant des parents et la presse locale, que son sang-froid a permis aux enfants de survivre à cette épreuve, en particulier plus d’une semaine dans l’obscurité (6). Il leur a conseillé de mesurer leur respiration, de n’utiliser les lampes de poche que le moins possibles et une à la fois pour conserver une source de lumière. Il leur a appris à boire l'eau propre qui goutte à travers le plafond de la grotte et non celle de la crueIl leur a également conseillé de bouger le moins possible pour conserver leur énergie, de méditer et prier. Il aurait lui-même lors de sa période de moine temporaire vécu comme un ascète dans l’une des grottes de la région « buvant la pluie, humant le vent ».

 

 

UN MIRACLE ?

 

Tout le pays, dans les temples bouddhistes, dans les mosquées, dans les églises catholiques a prié pour les enfants.
 

 

Les populations des ethnies des montagnes avoisinantes toutes animistes auxquelles appartiennent plusieurs des enfants se sont livré à des rites incantatoires. Beaucoup de Thaïs sont persuadés que ce sauvetage relève du miracle, une notion qui semble totalement étrangère aux médias occidentaux. Il y a encore des Thaïs qui croient aux miracles. La réussite de l’opération finale par la voie des eaux relève en effet du miracle quel que soit le sens que l’on donne à ce mot.

 

Tous les spécialistes du monde entier la considéraient comme virtuellement impossible.

 

Faire nager plus de cinq heures sous de l’eau boueuse un gamin de 11 ans qui ne savait ni nager ni à fortiori utiliser un scaphandre autonome sans qu’il panique ne relève-t-il pas du « miracle » ?

 

La vente des médailles miraculeuses s'organise ...

 

 

LES SOUTIENS DU MONDE ENTIER …

 

Ne revenons pas sur ce que nous savons tous même si celui de la France fut un peu frileux. Relevons une démarche sympathique : dans un communiqué du 10 juillet le milieu de terrain français Paul Pogba a immédiatement dédié la victoire de son équipe en demi-finale aux 13 jeunes restés coincés pendant 18 jours dans une grotte du nord de la Thaïlande : « Cette victoire va aux héros du jour, bravo les garçons, vous êtes forts ». Il a eu le mérite de susciter de l’Ambassade une réaction un peu tardive : Dans un bref communiqué paru le 12 juillet sur son site Internet, prenant le train en marche, nous lisons : « toute l’Ambassade s’associe au geste de Paul Pobga qui dédit la victoire de la France en demi-finale de la coupe du monde de football 2018 aux jeunes footballeurs de l’équipe du « Mu Pa Academy Mae Sai » rescapés de la grotte de Tham Luang ». Merci à Paul Pogba de cette initiative qui nous apporte la preuve que l’on peut vivre en donnant des coups de pied dans un ballon rond et avoir à la fois du cœur et de la courtoisie …

 

 

NOTES

 

(1) Un article du journal Le Figaro en 2010 donc bien antérieur à cet épisode dramatique nous disait « Les plus longues survies de spéléologues restés bloqués » « En France, les cas de spéléologues qui restent coincés plus de 18 heures avant d'être secourus vivants sont rares, mais ils existent. En 1999, sept personnes avaient même attendu 10 jours avant d'être libérées … » :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/10/10/01016-20101010ARTFIG00090-les-plus-longues-survies-de-speleologues-restes-bloques.php

 

(2) Par 20° 22’ 51’’ Nord et 99° 52’ 05’’ Est.

 

(3) Voir les rapports de Louis Deharveng à l’ « Association Pyrénéenne de spéléologie »   : « Expédition Thaï-Maros 86 » (Toulouse ISBN 2-906273-01-5) et « Expédition Thaï-87-Thaï 88 »Maros 86  (Toulouse ISBN 2-906273-02-3). Il n’est pas spéléologue mais entomologiste au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Voir également Valery Zeitoun, Hubert Forestier et Supaporn Nakbungling « Préhistoires au sud du triangle d’or », Paris, 2008 ou encore de Martin Ellis « The cave of northern Thailand », 2017 qui citent  tous Deharveng d’abondance. Il est le premier à en avoir établi un relevé topographique.

 

 

(4) Voir par exemple le site thaï qui en cite trois :

http://travel.trueid.net/detail/O36bPoR5Eog3

 

(5) « Visiter les grottes de Thamluang… » écrit Lonely Planet. « Plusieurs grottes méritent une visite : Thamluang comporte plusieurs salles aux formations rocheuses fantastiques » écrit le Guide Vert Michelin sans parler de nombreux sites thaïs.

 

(6) L’entraîneur a fait parvenir aux parents un courrier pour s’excuser et faire part de sa désolation. De multiples commentaires en réponse relevés sur Internet sont significatifs : « Ek, vous ne devriez pas vous blâmer pour ce qui est arrivé. Nous savons tous que vous êtes gentil et avez toujours bon cœur pour aider nos enfants ». Une mère en larmes interrogée par un journaliste thaïe lui dit que son garçon avait survécu à cette épreuve grâce à l'entraîneur : « J'étais inquiet pour mon garçon. Ce qui m'a réconforté, c'est que l'entraîneur Ek soit avec lui ». Plus officiellement, Thawatchai Thaikhiew, secrétaire permanent adjoint à la Justice, a déclaré qu'il craignait que l'entraîneur ne soit atteint de dépression et ajouta : « Je demande à tous les Thaïlandais de lui apporter un soutien moral. Si quelqu'un le rencontre, s'il vous plaît faites lui un geste d’amitié ».

 

 

Partager cet article

Repost0
29 juin 2018 5 29 /06 /juin /2018 22:20

 

 

Un condamné à mort a été exécuté le lundi 18 juin 2018 en Thaïlande. Agé de de 26 ans, condamné pour meurtre, il a été exécuté par injection létale après être resté six ans en prison. Récidiviste, il avait été reconnu coupable d’avoir poignardé de 24 coups de couteau un adolescent auquel il avait volé son téléphone et son portefeuille dans la province de Trang en juillet 2012. Il s’agit de la première exécution en Thaïlande depuis huit ans. Les réactions en chaîne suscitées par cette exécution ont de quoi surprendre.  La «bonne conscience universelle » s’en est émue mais il faut situer ce triste événement dans le cadre de notre pays, nous sommes en Asie et non en Europe.

 

 

Amnesty International, on en pense ce que l’on veut, a naturellement été en tête des protestataires. Il n’est pas sans intérêt de souligner que cette organisation section Thaïlande est présente sur Facebook avec une page que 30.000 personnes « aiment ». La comparaison vaut ce qu’elle vaut, la page de la section France affiche 570.000 « aime » pour une population, toutes proportions gardées, équivalente.

 

 

La presse locale – celle dont on dit « qu’il faut l’avoir lue » - aurait plutôt tendance à être du côté de « la bonne conscience universelle ». Le Bangkok Post fut nuancé « Death penalty abolition 'not easy' in Thailand » (L'abolition de la peine de mort n'est pas facile en Thaïlande). The Nation a titré deux jours après l’exécution « Why Thailand needs the death penalty  ?» (Pourquoi la Thaïlande a besoin de la peine de mort?).

 

 

La question de l’opinion de la population du pays se pose ici dans des conditions différentes du monde occidental. Lorsque la question de l’abolition de la peine de mort a été posée en France de façon courageuse par Robert Badinter, probablement le meilleur ministre de la Justice dont la cinquième république nous ait jamais doté, les sondages valant ce qu’ils valent, nous apprirent que l’opinion était alors notablement favorable à la peine de mort dans une proportion de l’ordre de 55 pour cent.

 

 

Elle varie ensuite en sinusoïde en fonction d’événements susceptibles d’émouvoir l’opinion, attentats islamistes, meurtres d’enfants à connotation plus ou moins sexuelle. Selon les périodes, nous naviguons dans une fourchette émotionnelle qui se situe entre un peu plus de 50 ou un peu moins de 50 dans un sens ou dans un autre.  Aux États-Unis où la peine de mort est exécutée de façon massive et où le sujet est électoralement sensible, les sondages qui valent ce qu’ils valent indiquent que la population, mais cela varie selon les Etats, y serait de très peu encore favorable ? Nous ne parlons évidemment pas des pays où la peine de mort est quotidienne, Arabie, Corée du nord, Chine, Iran, mais où il est impossible de sonder l’opinion.

 

 

L’élément fondamental, étonnant, est que cette exécution a révélé un soutien massif de la population à la peine capitale. Nous ne parlons pas de sondages effectués sur un échantillon de 12 ou 1500 personnes prétendument représentatives de la population qui permettent à des experts autoproclamés de prédire le résultat d’élections dans des pays qui comportent des dizaines de millions d’électeurs. L’histoire politique nous a démonté à quoi conduisent ce genre d’élucubrations.

 

 

La page d’Amnesty International Thailand affirmait que la peine de mort n’avait aucun effet dissuasif. La  diffusion en ligne d'une conférence de presse d'Amnesty International Thaïland  le lendemain de l’exécution devant la prison centrale de Bang Kwang où l'exécution a suscité de vives et multiples réactions de colère d’internautes soutenant les effets sinon bénéfiques du moins nécessaires de la peine de mort et accusant les organisations humanitaires d’apporter leur soutien aux « criminels du mal ». Les commentaires que vous pouvez aller consulter sur la page Facebook de cette docte organisation (mais ils sont évidemment en langue locale) consistent le plus souvent à demander aux militants abolitionnistes s’ils pensaient que si un individu qui aurait tué sauvagement un membre de leur famille ne mériterait pas d'être puni de mort. L'émission Facebook Live fut encombrée d' « émoticônes en colère ». La presse a organisé, The Nation en tête, des sondages en ligne. Nous ne sommes pas dans le cadre d’un « échantillon représentatif » de quelques milliers de personnes cette fois, selon  les organes, 96% des 78 000 personnes interrogées pour The Nation, ont manifesté leur soutien à l'exécution de meurtriers condamnés. D’autres organes de presse ont également organisé des sondages, le moins défavorable au sens de la « bonne conscience universelle » reste à 90 % en faveur  de la peine capitale. Nous sommes donc loin, très loin, d’un cadre un peu plus de 50 contre un peu moins de 50 mais dans celui d’une opinion massive qui  permet de conclure qu'une immense majorité de la société thaïe est favorable à l'exécution des auteurs de crimes violents. 

 

 

Pour modifier cet avis de toute évidence massif, il appartiendra à Amnesty International et à d'autres groupes humanitaires de fournir des preuves convaincantes qu'une peine plus humaine - telle que la réclusion à perpétuité – serait une méthode efficace pour sanctionner les personnes reconnues coupables de crimes violents et récidivistes dit l’éditorialiste de The Nation  qui n’est pas – et de loin -  le plus réactionnaire des quotidiens thaïs .

 

L’auteur de l’article continue «  Il est sage de faire preuve de clémence envers les criminels primaires et ceux qui commettent des infractions criminelles par rage ou par nécessité. Mais en ce qui concerne les récidivistes et les criminels aguerris, pouvons-nous réellement envisager la possibilité d'une réforme ? ». Analysant les résultats des sondages d’opinion, il continue « De nombreux citoyens attribuent l'absence de sanctions sévères à une augmentation apparente des crimes violents au cours des dernières années, tels que les meurtres-viols et les meurtres impliquant le démembrement et d'autres actes horribles ». La suite est sans ambages : « La peine de mort devrait être réservée au meurtre avec préméditation … Nous ne devrions pas non plus ignorer les sentiments et les droits des familles lésées, leurs victimes » … et sa conclusion péremptoire :« N'importe qui peut avoir de temps en temps une vision positive de l'humanité - croyant que les auteurs de crimes violents et les récidivistes peuvent être réformés un jour. Mais ils devraient aussi accepter le fait que tous ces criminels ne peuvent pas être réformés, quelle que soit l’importance des efforts investis ».

 

 

La question qui reste à cette heure sans réponse est celle de la politique pénale dans les mois ou les années à venir. Quelques précisions ne sont pas inutiles : Lorsqu’une personne a été condamnée à mort, elle est transférée à la prison centrale de Bang Kwang (บางขวง) dans la province de Nonthaburi au nord de Bangkok.

 

 

C'est le seul établissement pénitentiaire du pays comportant un « couloir de la mort » et au-delà de la « ligne verte » une chambre d'exécution.

 

 

Compte tenu des multiples possibilités de recours (Cour d'appel et Cour suprême), la peine n’est pas exécutée immédiatement. Il y a encore possibilité de commutation en peine d'emprisonnement à perpétuité qui se traduit ici en réalité par 50 ans et enfin le recours à la grâce royale. Les conditions de détention dans les cellules du couloir de la mort ne sont pas paradisiaques : Les détenus sont enfermés dans des cellules de 4 sur 7,5 mètres et de 4 mètres de hauteur avec au sommet un espace badaudé de 20 cm pour la ventilation. Chaque cellule est construite pour 18 prisonniers dormant sur deux rangs mais le plus souvent aujourd'hui de 24 ou 25. Ils disposent d’un mince matelas de 50 à 70 cm par 170 cm.

 

Leurs affaires personnelles sont conservées dans des sacs accrochés aux murs. Chaque cellule dispose de ventilateurs de plafond, d'une télévision et de toilettes. Les condamnés sont libérés de leurs cellules à 8 heures du matin. Ils ont deux heures pour manger et faire de l'exercice avant d'être enfermés à 10 h. Ils sont de nouveau libérés à midi pour manger, faire de l'exercice et se baigner. Ils sont à nouveau enfermés de 14 h 30   jusqu'à 8 heures le lendemain matin. Les lumières restent allumées la nuit. Ils sont également entravés jusqu'à l’heure fatale ou celle de la commutation de leur peine.

 

 

Il y a eu depuis 1935 jusqu’à 2018, soit 83 ans, 326 exécutions, ce qui donne une « moyenne » de moins de 4 par an avec des pointes, 48 en 1939, et des chutes, 0 de 1987 à 1994. Nous sommes évidemment très loin du « record » des États-Unis qui prêchent au monde entier le respect de la démocratie et des droits de l’homme. Les exécutions avaient initialement lieu par fusillade (à la mitrailleuse)

 

 

mais depuis 2012, le code pénal prévoit l’injonction létale considérée comme « plus humaine » qui a été utilisée 7 fois depuis lors sur des trafiquants de drogue, marchands de mort  exécutés sans avoir trop ému l’opinion locale,  jusqu’à la dernière concernant ce meurtrier récidiviste.

 

Il n’a pas bénéficié du « pardon royal ». Le déroulement de cette dernière chance est d’ailleurs singulier : Une fois épuisées toutes les voies de recours, le condamnée peut déposer un recours en grâce dans les 60 jours et le roi n’a aucun délai pour y répondre. Du temps de feu le roi Rama IX, les demandes recours qui n’était pas suivies de l’exercice du droit de grâce - entre 2009 et sa mort, le roi aurait commué  226 condamnation à mort -  étaient laissées sans réponse ce qui conduisait les autorités pénitentiaires à les considérer comme « en attente de délibération royale » et à tenir la mise à mort en suspens. Il y aurait actuellement 517 condamnés à mort qui continuent à vivre ainsi  selon le Bangkok Post ?  Pour quels motifs feu le Roi tenait-il ces recours en suspens ? Il est permis de penser qu’il était hostile à la peine de mort mais pourquoi alors ne les graciait-il pas ? Il semblerait aujourd’hui mais il n’y en a ni preuve ni certitude que le condamné aurait présenté un recours que sa majesté le Roi aurait rejeté. Il semble évident que les autorités pénitentiaires n’auraient pas effectuer la première exécution depuis neuf ans sans avoir reçu un aval au plus haut niveau. La question se pose pour le sort de ces 517 condamnés à mort qui  dépendent actuellement de la miséricorde du roi  et qui seraient tous des trafiquants de drogue d’importance. Avaient-ils mérité leur condamnation à mort n’est pas le fond du problème  Ce ne fut pas l’exécution de Caryl Chessman dans une chambre à gaz qui a indigné le monde, assassin, violeur et voleur il méritait probablement cent fois la mort, ce sont ses douze ans d’attente dans le couloir de la mort.

 

 

Nous n’engagerons pas un débat sur la légitimité de la peine de mort. Chacun est face à sa conscience. Le cinquième article du décalogue « non occides – tu ne tueras pas » a donné lieu à une subtile casuistique de Saint Augustin sur les meurtres justes.

 

 

Il en est de même du premier des cinq préceptes que doit respecter tout bon bouddhiste « Je m’engage à ne tuer ni animal ni une autre personne » à l’origine de discussions théologiques sur le point de savoir si l’on peut néanmoins manger le poulet tué par son voisin ? Et nous lisons même dans le Coran (XVII-33)  « Ne tuez point la vie qu'Allah a rendu sacrée ». L’actualité nous montre ce qu’il en est.

 

 

Partager cet article

Repost0
20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 22:35

 

 

 

Nous avons dans un article du mois de mars 2016 parlé – avec un certain sourire  -  du très célèbre « sourire thaï » (1)… Amazing Thailand, the land of the smiles ». N’en citons que les premières lignes : « Tout le monde connait le slogan touristique de « la Thaïlande, le pays du sourire ». Il est de plus confirmé régulièrement par de nombreux touristes et par de multiples reportages télévisés, consacrés aux « charmes » de la Thaïlande : son exotisme, son soleil,  ses belles plages, ses temples, ses bonzes, ses escapades gourmandes (!), ses hôtels de qualité et ce pour toutes les bourses, les sourires de ses habitants et de ses « hôtesses », etc. Certains touristes et expatriés y voient l’image même du paradis.  

 

 

Mieux vaut en rester là, nous consacrerons dans quelque temps un chapitre spécial à ce sujet dégoulinant de lieux communs dans « notre dictionnaire des idées reçues », soyez-en assurés.

 

 

Un incident récent (9 mai 2018) a été relaté par la presse qui mérite bien évidemment d’apporter de l’eau à notre moulin : Les Chinois (ou certains d’entre eux ?) se plaignent de n’avoir pas été accueillis avec les égards dus à leur rang ou à ce qu’ils croient être leur rang. 

 

 

Effectivement sur les 35 millions de touristes étrangers (60 millions attendus d’ici 2030) les Chinois en constituent maintenant l'essentiel. Ils s’agglutinent dans leurs charters organisés en particulier par une société thaïe « Taweesit Express Ltd » qui semble être la filiale d’une société chinoise.

 

 

N’oubliez pas ce nom ! Ils débarquent à Don Muang 2.000 par jour, accueilli par une hôtesse en costume traditionnel qui doit à la fois les saluer d’un « waï », sommaire il est vrai, leur passer un collier de fleurs de jasmin autour du cou et poser à leurs côtés pour la photographie traditionnel avant de les embarquer dans leurs autobus sans plus pousser d’autre sourire que de soulagement en attendant un autre vol. Elles sont deux « flowers garland girls » pour cette cérémonie qui permettra à nos Chinois de ramener d’inoubliables souvenirs photographiques.

 

 

Le troupeau arrive au fil des vols… 2.000 par jour, la procédure se déroule 5 fois à la minute pour 300 baths par jour. Les pourboires sont rarissimes, les Chinois sont réputés pour leur pingrerie (mais ils ne sont pas les seuls, soyons justes). Ces chiffres ne résultent pas de notre imagination, ils ont été donnés par un représentant de « Employers’ Confederation of Thailand », une importante organisation patronale (voir nos sources en fin d’article).

 

 

Le 9 mai 2018, la police touristique a convoqué l’une des hôtesses dont le nom reste confidentiel mais pas l’image et l’a contrainte à s'excuser pour avoir « porté atteinte à l'image touristique de la Thaïlande » sur plainte de l’un ou de plusieurs membres du troupeau. Elle apparaît sur des « clips vidéo » largement partagés sur les médias sociaux thaïs et chinois. Nous l’y voyons distribuant les guirlandes de fleurs de jasmin en affichant un sourire plutôt forcé qui disparait rapidement lorsque le touriste monte dans son autobus.

 


Beaucoup de Chinois s’en sont gaussés sur leurs pages « facebook » et sur « Youtube » mais nous ne lisons ni ne comprenons le chinois. Selon le commandant de la police touristique Surachet Hakpan, ce comportement a suscité des parodies sur l’application vidéo chinoise appelée Tik Tok, répandues sur « facebook » jusque chez les internautes thaïs. Il s’est alors cru obligé de tenir une conférence de presse pour s'excuser auprès du public pour sa mauvaise conduite. Elle a dû s’excuser publiquement, des procédés que l’on croyait oubliés depuis les heures les plus sinistres des procès de Moscou ...

...

et de Pékin !

 

 

L’employeur, Taweesit Chokesermwong, a déclaré aux médias qu'il l'avait déjà limogé et qu'une autre hôtesse apparaissant sur les clips, ainsi que d'autres membres du personnel, y compris le caméraman, ont également été mis à pied pour une semaine. Selon l'une des hôtesses qui a pris la parole lors de la conférence de presse, il s’agissait d’une journée chaude et qu'elles étaient épuisées par le travail. Et pour être juste, les robes traditionnelles sont sous la chaleur de l’été plus difficile à porter que les shorts et les chemisettes des touristes.

 

 

Il faut bien évidemment rendre hommage à Sopon Pornchokchai, membre du comité directeur du syndicat patronal qui, après avoir regardé les vidéos litigieuses a affirmé publiquement que l'hôtesse faisait un excellent travail dans des conditions difficiles dans la chaleur de Bangkok. Il a donc suggéré à l'employeur d'embaucher plus d'hôtesses pour réduire la charge de travail et améliorer le moral des employés dans ce travail de robot. Il a en outre sévèrement vilipendé l'employeur et la police pour avoir organisé cette conférence de presse et avoir forcé cette jeune fille à s'excuser devant tout le pays comme si elle était une criminelle en ajoutant pour terminer que celui qui devrait être condamné pour avoir dégradé l'image du tourisme thaï était l'employeur lui-même pour imposer de telles conditions de travail qui pourrait justifier une condamnation devant le Conseil des prud’hommes. Il a condamné les médias pour avoir rapporté cet incident sans censurer le visage de l'hôtesse – ce que nous avons pris soin de faire bien qu’elle soit ravissante - parce qu'il lui rendrait difficile la tâche de trouver un nouvel emploi.

 

 

 

Il a enfin exhorté le public à manifester sa sympathie avec la fille licenciée pour avoir distribué de « faux sourires » aux touristes chinois. Comment pourrions-nous ne pas nous associer à cette démarche ?

 

Mais tout doit évidemment se terminer sur un sourire : un caricaturiste populaire a conseillé aux employeurs de former leurs hôtesses à pratiquer le sourire et le « waï » respectueux comme celui que fit un commandant de police devant un milliardaire accusé de braconnage.

 

 

NOTE

 

(1) A 212 « LA THAÏLANDE, LE PAYS DU SOURIRE « JAUNE » ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/03/a-212-la-thailande-le-pays-du-sourire-jaune.html

 

Sources

https://coconuts.co/bangkok/news/land-fake-smiles-thai-flower-garlands-girls-suspended-work-following-chinese-social-media-drama/

https://prachatai.com/english/node/7744?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+prachataienglish+%28Prachatai+in+English%29

http://www.khaosodenglish.com/news/crimecourtscalamity/2018/05/10/police-force-tour-hostess-to-apologize-for-not-smiling-video/

https://pattayaone.news/en/employers-confederation-stands-for-tour-hostess-sacked-for-not-smiling/

Tourisme culturel chinois en Thaïlande : 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 22:02

 

 

C’est la fête du nouvel an (รดน้ำสงกรามตื rotnamsongkran que l’on peut traduire par « l’aspersion de songkran »). Nous sommes au mois d’avril,  เมษายน, mésayon, le « mois de la chèvre » (เมษ mét ou mésa). C’est le mois où le soleil se lève dans la constellation de la chèvre (le bélier), le cinquième de l’année lunaire, l’époque la plus chaude de la saison sêche aussi, ce jour de fête s’appelle มหาสงกรานต์ « mahasongkran » (1). C’est l’occasion pour les fidèles d’acquérir les fameux mérites en effectuant des offrandes en argent ou en nature au temple,

 

5

 

contributions spontanées proportionnelles aux revenus, effectuées les jours des fêtes bouddhistes mais plus spécialement pour la nouvelle année, pouvant aller pour les plus riches à l’entretien pour l’année à venir d’un novice ou d’un moine de la famille, pour les moins aisés, nourriture, bougies, bâtonnets d’encens et modeste obole.

 

***

 

Les fêtes religieuses bouddhistes sont établies sur la base du calendrier lunaire (2), le plus souvent l'un des quatre jours du mois lunaire : huitième jour de la lune croissante, jour de la pleine lune et huitième et quinzième jours de la lune décroissante.

 

Le calendrier traditionnel comportait six mois de trente jours et six de vingt-neuf jours avec ajout de temps à autre d’un huitième mois de correction. Venu du fonds des âges par l’intermédiaire de l’astrologie indienne, il fait correspondra à chaque mois le nom d’un signe du zodiaque (3). Comme les Chinois, les Siamois utilisaient un cycle du zodiaque de douze années (rat, vache, tigre, lapin, dragon, serpent, cheval, chèvre, singe, poulet, chien et cochon) avec une répétition du cycle tous les douze ans et tous les douze jours.

2

 

Autrefois, les villageois n’avaient pas de calendrier dans leurs demeures et devaient consulter celui du chef de village ou de l’abbé du temple probablement les seuls à pouvoir le comprendre (4).

 

Une foule de croyances entourent toujours les combinaisons du jour, du mois, de l’animal et du cycle. Il n’est toujours point cérémonies importantes, pendaisons de crémaillère, funérailles, ordinations, mariage, ouverture d’une boutique qui ne se déroulent sans consultation préalable de l'abbé du temple local qui est seul capable d’effectuer les calculs lunaires permettant de trouver une date propice. Calculs probablement complexes puisque les dates néfastes du calendrier lunaire varieront selon le mois, l'année et le cycle de naissance de chacun.

 

4

 

Par exemple, hypothèse d’école, un jour néfaste pour un homme né dans l'année de la chèvre ne le serait pas pour celui né dans l'année du chien. Ainsi, en novembre, mars et juillet, le mardi est considéré comme jour néfaste, impossible de réaliser quelque affaire importante que ce soit, alors qu’il n’en est pas ainsi pour les autres mois. Certaines dates spécifiques sont de bon augure, comme le treizième, le quatorzième et le quinzième jour de chaque mois.

Ces considérations sont capitales pour assurer le bonheur d’un couple, certaines combinaisons sont fastes et d’autre ne le sont pas, une femme née l'année du Rat, par exemple, ne doit pas épouser un homme né l'année du chien, si elle veut assurer le bonheur du couple (5). La détermination des jours fastes ou néfastes est si complexe que seuls les moines les plus érudits aidés de leurs livres d'astrologie et de leurs graphiques peuvent effectuer les calculs indispensables (4).

 

***

Si partie de ces croyances va sur son déclin, certaines perdurent tenacement dans le pays profond, nous en sommes les témoins au quotidien (6).

 

Le cycle lunaire traditionnel n’a été que partiellement rompu : le dimanche est jour férié légal, jour de repos observé dans les administrations et les écoles, et les autres jours fériés sont ceux du calendrier occidental.

Bien au contraire, bonne aubaine et occasion doublée de faire la fête, les fêtes religieuses du calendrier lunaire et les nouveaux jours fériés du calendrier occidental.

L'année officielle commence donc le premier ​janvier, jour férié national mais pour tous les thaïs, l'année lunaire débute en avril et pour encore beaucoup d’entre eux, la date est importante d'un point de vue religieux ce que n’est pas le premier janvier.

 

.***

 

Ainsi notre nouvel an intervient au mois d’avril, le cinquième mois lunaire, le jour de la première pleine lune du mois, aux environ du 12 Avril, et c’est l'une des plus importants fêtes religieuses du pays. De trois à cinq jours (ou plus..) sont consacrés à sa célébration. La fête commence le jour de la pleine lune, Maha Songkran.

 

Dans la matinée, la famille se rend au temple et offre  ensuite de la nourriture aux personnes âgées du village : gâteaux la cassonade, farine de riz…

 

vieux

 

On peut les envoyer aux amis et aux voisins.

Une coutume semble perdue, mettre de la nourriture et de l'eau dans des tubes de bambou attachés aux arbres pour nourrir les esprits et tirer des coups de feu pour effrayer les mauvais esprits,  mais le lancer de pétards en est un vestige.

Le second jour, les familles, surtout les enfants, confectionnent des châteaux de sable en forme de djedi dans la cour du temple.

 

chateaux de sable

 

Les représentations de Bouddha sont arrosées à l’eau lustrale prise au temple et cette onction du Bouddha à l’eau bénite trouve sa contrepartie dans la coutume de s’arroser mutuellement.

 

arroage de bouddhas

 

Pour les jeunes, il s’agit d’un amusement mais nombreux sont ceux qui respectent le caractère religieux de cette coutume, complètement et grotesquement dépravée dans les villes et les lieux touristiques (7).

 

7114

 

Le jour suivant il est d’usage d’aller présenter ses vœux à l’abbé du temple,

 

moines

 

au chef de village et aux personnes âgées. On porte un bol en argent contenant l'eau lustrale, de l'encens, des fleurs, du riz soufflé, et la personne visitée arrose symboliquement le visiteur avec de l'eau bénite en lui donnant sa bénédiction. Ces cérémonies peuvent se renouveler pendant encore deux jours. Selon le calendrier lunaire, la fête se termine le cinquième mais les enfants continuent  à arroser les passants, ce sont les « grandes vacances » et ils ont tout loisir de mettre en place d'autres activités festives pendant plusieurs jours supplémentaires.

 

arrosage

 

.***

 

Au cours de ces cinq jours de fête, une foule d'autres rites ne sont pas encore totalement perdus mais leur signification probablement souvent oubliée (8). Il s’agit de survivances de coutumes animistes ou brahmaniques (la fête de Songkran est à l'origine brahmanique).

 

Le jour de l'ouverture de la nouvelle année, les villageois se lavent puis se coupent les cheveux,

 

3

 

lessivent leurs vêtements et nettoient la maison de la saleté de l'an passé.

Le deuxième jour, des animaux en cage sont libérés.

 

 

libération

 

Le troisième jour outre les offrandes de nourriture au temple, les villageois placent des drapeaux en papier dans l'enceinte du temple en offrande aux esprits.

Les deux jours suivants, ce sont les amusements des gamins.

 

5 1

 

.***

 

Cette fête est lourde de symboles, l’eau lustrale c’est l’eau baptismale qui lave et purifie, sens de ces pratiques d’ablutions et d’aspersion que les ethnologues retrouvent dans toutes les cultures (9). La purification passe par une aspersion d’eau lustrale délicatement parfumée, et point en carnaval dégénéré de jets de seaux d’eau entiers ou en beuveries qui font de ces quelques jours les jours les plus meurtriers sur les routes thaïes. Significative perte des traditions (10) !

 

 

songkran-500x200 

 

 

 

_______________________________________________________

 

Notes. 

 

(1) อยู่แบบประเพณีไทย publié à Bangkok en 1995 sans références ISBN. Selon le « dictionnaire de l’académie royale », le premier jour (12 avril)  est le « mahasongkran », le second est celui de l’aspersion (วันเนา wannao) et le troisième est celui du début de la nouvelle année (วันเกลิงศก wan kloengsok).

 

(2) Il n’en reste plus qu’un souvenir aux chrétiens, la fête de Pâques : le dimanche après le quatorzième jour du premier mois lunaire du printemps. En Thaïlande, cette fête était originellement mobile mais pour faciliter la vie civile, elle est fixée par référence à notre calendrier grégorien du 12 au 16 avril. Il peut donc selon les années y avoir un léger décalage avec la pleine lune.

 

(3) Janvier : Capricorne -  Février  : Verseau - Mars : Poissons - Avril :Bélier (chèvre) - Mai : Taureau - Juin : Gémeaux - Juillet : Cancer - Août : Lion - Septembre: Vierge - Octobre: Balance - Novembre: Scorpion - Décembre : Sagittaire.

 

(4) Pour comprendre ce calendrier, La Loubère dut faire appel aux conseils et calculs de son ami astronome et mathématicien Cassini ainsi qu’il nous le narre avec esprit (« Du royaume de Siam » volume I page 246, à Paris 1695).

 

(5) ประเพณีพีธีมงคลไทยีสาน ouvrage publié à Bangkok aux environs des années 80, pas de références ISBN.

 

(6) L’un de nos amis a dû attendre plus d’un mois le feu vert du révérendissime père abbé du temple de Ban xxx pour ouvrir son restaurant et un autre à peu près autant pour pouvoir emménager dans la maison qu’il s’est fait construire.

 

(7) Mais tout aussi grotesques sont les Thaï(e)s déguisé(e)s en père Noël

 

AssistantePereNoel

 

dont ils (elles) ignorent évidemment qu’il s’agit vraisemblablement de la très lointaine représentation du Dieu Odin.

 

nord odin

 

(8) Ces traditions étaient toujours bien vivaces il n’y a que cinquante ans : « Village life in modern Thailand » par l’ethnologue américain John E. de Young, Université de Berkeley, 1963. Nous en trouvons également trace plus récente dans l’ouvrage มารยาทไทย manrayatthaï publié à Bangkok en 1990 (sans références ISBN).

 

(9) Chez les catholiques, aspersion d’eau bénite et ablution baptismale, 

 

asperges

et ablution baptismale, chez les orthodoxes, baptême par immersion

 

bapt051002

 

(10)  « Je plains ceux qui ne sentent pas jusqu’à l’angoisse, jusqu’à la sensation du désespoir, la solitude croissante de leur race. L’activité bestiale dont l’Amérique nous fournit le modèle, et qui tend déjà si grossièrement à uniformiser les mœurs, aura pour conséquence dernière de tenir chaque génération en haleine au point de rendre impossible toute espèce de tradition. N’importe quel voyou, entre ses dynamos et ses piles, coiffé du casque écouteur, prétendra faussement être à lui-même son propre passé, et nos arrière-petit-fils risquent d’y perdre jusqu’à leurs aïeux. » Bernanos, « le bréviaire des vaincus ».

 

GEORGES BERNANOS

 

Bernanos était-il un visionnaire ? Il semblerait (mais nos sources sont incertaines) que la transformation perverse de cette fête religieuse en une ridicule pantalonnade soit l’œuvre des militaires américains « en congé » à Utapao – Pattaya dans le milieu des années 60 ?

 

.***

 

Les illustrations sont extraites des ouvrages (1) et (5) et de photos personnelles.

 

.***

Partager cet article

Repost0
11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 03:11


Loin de nous la pensée de tenir sur ce blog le moindre propos à connotation politique mais une récente « agitation » sur les « réseaux sociaux » nous conduit à tenter de faire en toute objectivité la relation de qui nous semblerait devoir relever tout au plus du Tribunal de police de Trifouilly-sur-Mékong.

 

 

De quoi s’agit-il ? C’est à dessein que nous ne citons aucun nom.

 

 

Lors de la campagne électorale au début de l’année 2017, un candidat par ailleurs député sortant  de notre circonscription – dont il n’est pas inutile de rappeler qu’elle s’étend pratiquement de l’Arctique (Russie) jusqu’à l’Antarctique (Terre Adélie) – a tenu sur le représentant français en Thaïlande d’une association manifestement aux antipodes de sa coloration politique, des propos que ce dernier a considéré comme l’ayant diffamé et qu’il assimilait à des « injures publiques ». La déclaration probablement proférée ab irato était initialement sommaire puisque la « diffamation » (délit) n’a – en droit français – rien à voir avec une « injure publique » (contravention). Ce n’est pas cumulatif mais alternatif, il faut choisir. L’injure : (« vous êtes un paltoquet, Monsieur ») ...

 

 

... n’a rien à voir en droit français avec la diffamation qui consiste à tenir des « propos de nature à porter atteinte à l’honneur et la considération etc… » : (« Vous avez dissipé votre réserve parlementaire, monsieur, pour votre seul profit ». ce ne sont évidemment que des exemples. Peu importe.

 

 

Le premier cherchait à sauver son poste de député, le second était probablement amer de n’avoir pas reçu une investiture qu’il aurait parait-il souhaitée ? Ces propos ont été tenus dans le cadre d’un entretien avec le responsable d’un journal francophone « virtuel » de Bangkok bien connu ... Ces propos – respectivement précédés et suivis d’ailleurs par d’autres bordées de douceurs émanant des deux protagonistes – ont-ils captivé les électeurs que nous sommes ?

 

 

Probablement non si l’on en juge par les chiffres puisque la participation électorale ne fut au premier tour que de 23,18 % et au second de 13,25 % en encore moins dans notre circonscription d’Isan avec des taux respectivement de 18,77 % et 11,01 %.  Notre actuelle députée a donc « sorti le sortant » avec seulement 912 voix sur l’ensemble de la Thaïlande, ce qui en fait probablement de tout l’ensemble des députés celle qui fut la moins bien élue en nombre de voix, probablement un record dans l’histoire de la Vème république, même si elle a été battue par d’autre en pourcentage (1).

 

 

Ce n’est pas la critiquer que de la constater puisqu’elle est à ce jour députée de la France.

 

 

Il y a là de quoi nous faire honte face aux Thaïs dont beaucoup aimeraient bien participer à l’élection de leur parlement ! Ces chiffres sont significatifs de l’intérêt, du peu d’intérêt ou de l’absence d’intérêt que les résidents portent à la politique nationale.

 

 

 

Les suites judiciaires

 

Sur ces bonnes ou plutôt sur ces mauvaises paroles, le représentant de l’association en question a engagé à l’encontre du directeur responsable de la publication et de la société propriétaire une action judiciaire devant la « juridiction criminelle » de première instance de Bangkok. Les cris d’indignations s’élèvent alors sur la toile : « pourquoi aller en Thaïlande et pas en France puisque ce litige concerne deux Français ? »  « Pourquoi une juridiction criminelle ? « « On » veut tuer la presse francophone locale » etc…

 

 

En dehors de l’opportunité de cette procédure, nous y reviendrons en guise conclusions, il faut – tout de même énoncer certaines règles pour éviter devoir de parler dans le vide compte tenu de la manière à tout le moins singulière dont cette « affaire » a pu être commentée sur les « réseaux sociaux ».

 

 

1) Pourquoi le responsable direct des propos n’a pas été mise en cause ? La raison en est simple. Il était bénéficiaire de l’immunité parlementaire. Une action à son encontre alors qu’il est effectivement l’auteur direct de propos dont nos souvenirs nous permettent de penser – sous réserve évidemment de l’interprétation qu’en feront les juridictions locales –  qu’ils semblaient plus s’apparenter à une injure qu’à une diffamation.

 

 

Une action à son encontre aurait nécessité la mise en œuvre de la procédure de mainlevée de l’immunité parlementaire et il est légitimement permis de penser que les membres du bureau ad hoc au sein de l’assemblée  - lorsque évidemment ils ne dorment pas sur ses bancs – ont des dossiers plus importants à étudier que de se pencher sur d’hypothétiques injures proférées par l’un de leurs membres.

 

 

D’hypothétiques injures en période de campagne, la belle affaire ! L’incrimination pèse donc sur le directeur responsable de la publication et les conséquences civiles (dommages-intérêt, y aurait-il une légère connotation de cupidité ?) sur les propriétaires du périodique. Si nous ne reproduisons pas ces propos – au demeurant et à ce jour sans intérêt aucun – c’est justement pour éviter à notre blog les mêmes désagréments !

 

 

2) Pourquoi avoir choisi la juridiction pénale locale et ne pas être allé plaider en France ? Il est tout de même un principe fondamental du droit pénal, c’est celui de la territorialité de la loi pénale. En principe, les lois d’un pays s’appliquent à l’intérieur de ses frontières. Ainsi, la loi française est applicable à une infraction commise en France. Mais ce schéma est-il toujours aussi simple. Il est effectivement des cas où la loi française est applicable alors que l’infraction a été commise à l’étranger. L’article 113-2 al 1 à 5 du Code pénal français énonce que « La loi pénale française est applicable aux infractions commises sur le territoire de la République ».

 

 

Or, la Thaïlande n’est ni une république ni la France. Il y aurait eu, certes, la possibilité hypothétique d’aller faire juger cette affaire en France : Si l’infraction est réalisée à l’étranger sur une victime de nationalité française, la loi française est compétente et ce, peu importe que l’auteur de l’infraction soit de nationalité française ou étrangère. Mais les conditions en sont strictes :

La réciprocité d’incrimination est exigée : il faut donc que ces faits soient punis dans le pays étranger où l’infraction a été commise (article L 113-6 du Code pénal), ce qui est le cas, nous y reviendrons.  

Il doit y avoir ensuite soit plainte de la victime … soit dénonciation officielle par l’autorité du pays où les faits ont été commis (article 113-8 du Code pénal). Il y a plainte en l’occurrence mais on se doute bien que jamais les autorités locales ne se seraient encombrées de ce dossier ! Sans faire d’ironie déplacée, disons qu’elles ont assez à faire avec la poursuite des délits de « lèse-majesté ».

 

Surtout ensuite, les poursuites ne peuvent être exercées qu’à la requête du Ministère public. Doutons que la « victime » ait pu trouver en France un procureur de la république assez complaisant (ou assez c..) pour sortir de sa torpeur et se lancer dans cette galère. Chacun sait que nos magistrats, quand ils ne sont pas dormeurs comme nos députés, sont surchargés de travail (du moins le prétendent-ils) et appliquent alors volontiers le vieil adage de l’ancien droit « de minimis non curat praetor ».

 

 

Une condition fondamentale enfin : Cette règle concerne les délits (diffamation) et les crimes (non concernés). Les contraventions (injures) sont donc exclues alors qu’en l’occurrence tout laisse à penser qu’il pourrait s’agir d’injures ?

Il semble donc que notre « victime » en dehors toujours de la question de l’opportunité de son action, n’avait guère d’autre choix que de plaider en Thaïlande.

 

 

Les dispositions du code pénal local sur la diffamation (articles 326 à 333) ne font pas la subtile différence du droit positif français entre l’injure et la diffamation. Il ne sanctionne que « l’imputation de propos susceptible de nuire à altérer la réputation d’une autre personne ou de l’exposer « à être détesté ou méprisé » », avec un emprisonnement ne dépassant pas un an ou amende ne dépassant pas vingt mille bahts, ou les deux. Si l'infraction est publique, donc par voie de presse », le contrevenant sera puni d'un emprisonnement ne dépassant pas deux ans et une amende ne dépassant pas deux cent mille bahts. Les sanctions sont effectivement plus lourdes qu’en France…mais en France aussi certaines formes de diffamation peuvent être sanctionnées par de l’emprisonnement … « Quand on vit à Rome, on respecte les lois de Rome » dit un proverbe thaï. Telles sont les lois de Rome.

 

 

Peut-on penser – ce que nous avons lu sur les « réseaux sociaux » - que les traductions effectuées par les interprètes officiels de notre Ambassade agréés par les autorités locales, des propos échangés ne traduiront pas vraiment leur teneur et que les magistrats thaïs auront de la peine à les comprendre ? C’est faire injure aux traducteurs officiels dont nous avons de temps à autre à utiliser les services. Il nous semble bien au contraire que leur langage est de meilleure qualité que celui que nous voyons trop souvent utilisé sur les « réseaux sociaux », blogs ou forums qui s’apparentent bien souvent à du « SMS » ou à un charabia digne du Swahili.

 

 

3) Non, le responsable incriminé à tort ou à raison, n’est pas considéré comme un « criminel » ! Voilà bien une regrettable erreur de terminologie due à une mauvaise traduction ! Le code pénal thaï de 1908 dont il faut rappeler qu’il est une œuvre purement française (2) porte un titre généralement traduit par Thai Criminal law alors qu’il devrait l’être par Thailand Penal  Code. Il  ne parle pas de « criminels » quelle que soit la gravité de leur infraction mais d’ « offenders » (délinquants). Il ne fait pas de différence de terminologie – comme le droit français – entre « crimes » (passibles de la cour d’assises), « délit » (passibles du Tribunal correctionnel) et « contraventions » (passibles du Tribunal de police). Le mot « crime » n’y est inscrit que de façon marginale et une seule fois. Il est donc stupide de braire que le journaliste et son journal sont poursuivis pour un « crime » alors qu’ils ne le sont que pour une « offence of defamation », un « délit de diffamation » qui  recoupe à la fois l’injure et la diffamation du droit français. De la même suite d’ailleurs, le code de procédure pénale thaïe – qui nous semble d’ailleurs d’inspiration plus anglophone que francophone et qui date de 1934 porte le titre (traduit) de The Criminal Procedure Code alors qu’il concerne tout aussi bien les auteurs d’une infraction à la circulation routière que les assassins.

 

 

Avant de s’appeler « code de procédure pénale », le nôtre jusqu’en 1958 s’appelait « code d’instruction criminelle » ...

 

 

... et concernait  autant les auteurs de crimes de sang que les braconniers ou les voleurs de poules.

 

 

(4) « On veut tuer la presse francophone de Thaïlande » ?

« On » est un pronom imbécile, obscur et mystérieux pronom qui fait légion dans les conversations, deux petites lettres qui hérissent notre plume. Nous avons même lu qu’il fallait voir dans l’action de la victime la sous-jacence sournoise de l’action de la Junte. « Aider la junte à faire taire un média indépendant » nous parait un tout petit peu exagéré…  Il est permis de sa demander ce que la Junte peut avoir en cette affaire qui ne concerne ni de près ni de loin sa politique en Thaïlande.

 

 

Un peu de sérieux et des chiffres : le site officiel de « Legifrance » consulté le 17 février 2018 publie 3.458 décisions de la seule cour de cassation sur 20 ans en arrière et concernant des affaires de diffamation. En ce qui concerne les affaires d’injure, il y en a seulement (!) 3.079. Si l’on sait que la Cour de Cassation reçoit en moyenne 7,5 % de pourvoi contre les arrêts de nos 36 Cours d’appel, cela représente (environ) 45.000 décisions de Cours d’appel ayant statué pendant 20 ans dans des affaires de diffamation. Et si l’on considère enfin que environ 10 % des décisions de première instance sont frappées d’appel, il y aurait donc 450.000 décisions concernant en première instance des affaires de diffamation et guère moins en matière d’injures ? Un sondage rapide nous a montré que la plupart de ces dossiers concernent des affaires de presse. Cela signifie tout simplement qu’il y aurait en France 8 ou 900.00 individus qui se seraient attachés depuis 20 ans à la lourde tâche de porter atteinte à la sacrosainte liberté de la presse ? S’il est en France un directeur responsable de publication dont le casier judiciaire n’ait pas un jour été entaché par la publication d’une infraction en matière de presse,  ce qui au demeurant n’a rien d’infamant, qu’on nous le dise ! Il faut, même sur Internet, rester sérieux.

 

 

La « victime » des propos de notre ancien député est ce qu’elle est, mais ses options politiques marquées ne la situent pas du côté de ceux qui voudraient rétablir la censure de presse et encore moins de ceux qui encensent la junte présentement au pouvoir.

 

Il ne s’agit en définitive que d’une querelle judiciaire plus ou moins saine entre le représentant d’un parti et celui d’un parti opposé, conséquence directe des propos plus ou moins réfléchis échangés entre adversaires mais pas forcément ennemis en période électorale que l’on peut être conduit à regretter au fil des mois. Elle ne frappe pas de plein fouet le responsable de ces propos, abrité derrière son immunité, pour retomber sur le responsable juridique de la publication qui a peut-être été un peu léger en reproduisant in extenso les propos du député sortant ? Nous assortissons cette affirmation d’un point d’interrogation délibéré. En bonne logique, mais cela ne se pouvait juridiquement, ce procès qui aurait dû se dérouler devant le Tribunal de police de Trifouilly-sur-Mékong à moins que ce ne soit celui de Clocher-les-andouilles ou de tout autre tribunal de chef-lieu de canton rural, et qui se serait soldé – au pire -  par une peine de 10 minutes de prison avec sursis et un centime d’euro de dommages et intérêts  - va donc intéresser évidemment  au plus haut point des magistrats de Bangkok.

 

 

Les conséquences pécuniaires sont, dans l’immédiat, lourdes pour le responsable (présumé innocent toutefois, la présomption d’innocence existe aussi en droit local) qui doit faire face à divers frais dont ceux d’avocats, ceux de Bangkok ne sont pas plus gratuits que leurs confrères français. On peut penser que le responsable direct des propos, bénéficiant d’une retraite de député et d’une autre d’ancien ministre, aura à cœur d’y faire face si ce n’est déjà fait ?

 

 

Que penser – avec du recul – de l’opportunité de cette procédure dont on peut penser qu’elle ne va pas faire exploser l’ « audimat » de la presse francophone locale ?

Il est évidemment difficile d’augurer de l’issue d’un débat judiciaire quel qu’il soit, surtout en Thaïlande ! Beaucoup d’énergie gaspillée en tous cas, beaucoup d’argent aussi puisque la « victime » a nécessairement engagé des frais substantiels. Nous y assisterons en spectateurs amusés non sans avoir précisé que celui de nous deux qui a rédigé cet article n’a pas la moindre affinité – pas la moindre et moins encore – avec l’un ou l’autre des partis que représentent les deux antagonistes au moins par journal interposé et n’est qu’un lecteur du dit journal. Le choix procédural de la « victime » respecte peut-être la stricte procédure, il est à tout le moins inopportun dans la mesure où il ne frappe que le « responsable » par raccroc même si celui-ci a peut-être été imprudent ?

 

Concluons simplement sur un rêve, n’oublions pas que nous sommes des historiens, même amateurs, même du dimanche et faisons un peu d’archéologie du droit.

 

 

Lorsque la loi du 29 juillet 1881 sur la « liberté de la presse » a été promulguée, ce fut une bonne chose dans un domaine qui restait jusque-là plus ou moins nébuleux. Elle a aussi organisé la répression judiciaire des délits de presse.

 

 

Mais les « hommes d’honneur », qualité dont nous dotons jusqu’à preuve du contraire nos deux protagonistes,  s’en sont longtemps souciés comme d’une guigne. Il n’était pas question de mettre fin aux « différends d'honneur » en utilisant la Justice qui n’avait pas à en connaître et qui ne devaient pas être livrés à la publicité d’une audience, aussi confidentielle soit elle et encore moins à en faire une question de « dommages et intérêts ».

 

 

Offenseur ? Offensé ? Oui mais pas cupide. Il n’y avait qu’une sanction chevaleresque et élégante : L’offensé envoyait un cartel à l’offenseur, l’un et l’autre choisissaient deux témoins également « hommes d’honneur » qui convenaient des conditions de la rencontre que l’on n’appelait pas « combat ». Un rendez-vous était pris un matin au petit jour en un lieu désert, « sur le pré », où nous retrouvions les deux protagonistes, les quatre témoins et, à toutes fins, un médecin. Ne pensez pas que cela se déroulait comme dans un roman d’Alexandre Dumas ou un film de cape et d’épée. Il ne s’agissait pas de « duel à mort » !

 

 

A l’épée, c’était un duel « au premier sang » et le combat s’arrêtait à la première égratignure à la main sur ordre de celui des témoins choisis pour être président la rencontre.

 

 

Au pistolet, les protagonistes échangeaient à 25 pas (25 bons mètres, mesurés par le plus grand de tous !) deux balles chacun avec des armes neuves et de conventions qu’ils n’avaient jamais utilisées et que les témoins avaient de concert chargé à charge réduite, « charge humanitaire » comme on disait alors. Ces conditions rendaient parfaitement aléatoire la possibilité de placer une balle mortelle dans le cœur de l’un des duellistes. Si l’un des deux hommes d’honneur se savait plus habile que son adversaire au pistolet, il avait l’élégance non pas de tirer en l’air, ce qui était considéré comme une forfaiture à l’honneur mais de viser ostensiblement de côté. Les quatre balles échangées, le plus souvent sans le moindre résultat, l'honneur était déclaré satisfait et les adversaires se quittaient en général en se serrant la main. Un procès-verbal était dressé qui restait strictement confidentiel, constatant que le duel s’était déroulé loyalement entre gens d’honneur.

 

 

Quoique le duel ait été depuis longtemps interdit par le code pénal, les Tribunaux manifestaient alors une indulgence certaine si la loyauté du combat avait été respectée alors même qu’il y aurait eu accidentellement mort d’homme (3). La monstrueuse hécatombe de la guerre de 1914-1918 mit toutefois rapidement fin à cette pratique, son souvenir inspirant un certain respect instinctif de la vie d'autrui.

                                                                                                            

Notre propos n’est évidemment pas de regretter que nos deux gaillards n’aient pas choisis de s’affronter « à la loyale » sur les rives de la Chaopraya avant de se serrer la main, c’est probablement interdit par le code pénal thaï… Non pas l’épée en main mais dans le cadre d’un courtois tournoi de pétanque, de mistigri ou même le concours du plus gros mangeur de somtam, mais derrière un verre, aurait peut-être été moins sot.

 

 

L’être humain est doté de cinq sens mais il en est un sixième qui lui échappe parfois, le bon sens, ce bon sens populaire qui nous vaut quelques-uns de ces bons vieux brocards qui énoncent  de solides vérités premières en matière de Justice, n’en citons que deux :

«  C’est une machine dans laquelle vous entrez cochon et sortez saucisse »

 

 

... et un autre qui nous semble d’une brulante actualité : « C'est souvent gagner un procès que de ne le plus poursuivre ».

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/a-228-la-place-de-l-isan-lors-des-elections-legislatives-francaises-de-juin-2017-en-thailande.html

 

(2) Voir notre article

http://www.alainbernardenthailande.com/article-143-le-code-penal-siamois-de-1908-123864695.html

 

(3) L’histoire du droit retient deux duels qui défrayèrent la chronique : celui entre le Marquis de Morès et le capitaine Meyer terminé par le mort du second sur lequel le premier avait tenu des propos antisémites désobligeants. Le Marquis fut acquitté par une Cour d’assises en 1894.

 

 

Quelques années plus tard, un duel entre deux notables toulousains, le bijoutier Lautier et le Bâtonnier Ebelot qui le cocufiait se termina par la mort du cocu. Là encore l’avocat fut acquitté, ainsi que les témoins poursuivis pour complicité par une autre Cour d’assises en 1904.

 

 

Partager cet article

Repost0
7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 22:01
A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Après avoir relaté avec  Luc Lacroze, les grands pionniers français du Mékong ((1884-1935) (1), une période historique entre la France et le Siam (2), les mystérieux nagas du Mékong (3), il était temps de nous intéresser aux enjeux politiques et économiques que font peser les barrages construits sur le Mékong et notamment ceux de la Chine, avec leurs conséquences écologiques et  humaines, sur les cinq pays qu’il traverse en aval : le Myanmar (anciennement Birmanie), le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Depuis plus de 20 ans, des articles de journaux, des études, des thèses, des colloques, des actions et des manifestations de riverains pêcheurs et agriculteurs, des commissions à l’ONU, des organisations non gouvernementales (ONG) alertent les Etats et l’opinion publique internationale sur les dangers et les conséquences écologiques et humaines des barrages chinois construits sur le Mékong, d’une longueur variable entre 4.350 et 4.900 km, oubliant quelque peu, comme nous le verrons, la responsabilité des autres Etats. Encore récemment en janvier 2018 « Le petit journal » de Bangkok titrait « Inquiétudes pour le Mékong menacé par les barrages chinois » (4) Il est vrai que les projets annoncés  ne vont qu’amplifier les désastres déjà constatés.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Mais nous verrons que si les menaces des barrages chinois sont le plus souvent cités, les autres Etats du Mékong ont leur part de responsabilité et  doivent répondre à ce que Thiet Nguyen Van, appelle dans sa thèse« les prérequis nécessaires au développement ». « De nos jours, la production d’énergie et d’eau potable sont devenus des prérequis nécessaires au développement de l’industrialisation et de l’urbanisation dans les plaines du Sud-Est asiatique, subissant depuis deux décennies une explosion démographique et économique (Fortunel et Gironde, 2011; Koninck et Rousseau, 2013). Pour répondre à cette demande, à la fois le secteur public et le secteur privé sont actuellement d’importants investisseurs dans la construction de grands barrages hydroélectriques sur de nombreuses rivières des régions asiatiques (King et al., 2007 ; McNally et al., 2009) » (5)

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Chaque pays doit effectivement assurer le développement à sa population et lui fournir l’électricité et l’eau qui lui est nécessaire. Si le plus souvent les médias sont focalisés sur les barrages construits sur le Mékong, il ne faut pas oublier que l’hydroélectricité est une énergie renouvelable et n’occupe qu’une faible part (Sauf au Vietnam) dans la production de l’électricité nationale de chacun des six pays, et qu’elle est de plus moins « polluante » que les autres énergies comme le charbon et moins dangereuse que le nucléaire.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Toutefois, le fait que le Mékong traverse six pays pose des problèmes spécifiques qui nécessitent une coopération internationale.

 

Nous avons effectivement un fleuve « international » dont Nguyen Quoc Dinh, retrace les étapes depuis l’accord franco-siamois du 25 août 1926, la Convention de Pau de 1950, la convention de Paris de 1954 relative à la liberté de navigation maritime et fluvial  (6). Et puis en 1957, une commission économique des Nations-Unies pour l’Asie et l’Extrême-Orient étudie le développement des ressources hydrauliques dans le bassin inférieur du Mékong, si nécessaires pour l’irrigation et l’hydroélectricité. En 1958, le Comité du Mékong se forme avec le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam ; la Chine en est exclue, guerre froide oblige. Il aura à son actif de nombreuses études et de favoriser les recherches en agronomie, le développement des marchés agricoles et industriels et l’éducation des populations sur les problématiques liées au fleuve. Il aidera à la réalisation de barrages réservoirs, de digue et de réseaux de drainage,  pour aider la production d’électricité, l’irrigation, la production de poisson, et diminuer les inondations en aval en régulant le débit du fleuve.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Ce Comité volera en éclat entre 1975 et 1976,  lorsque le Laos deviendra  la République populaire démocratique des peuples du Laos, le Vietnam sera réunifié et les Khmers rouges  réussiront à prendre le pouvoir au Cambodge. Ce dernier événement entrainera le départ du Cambodge du Comité en 1977. Toute la région entrera alors dans une période de conflits et de problèmes financiers  pour devenir le Comité intérim du Mékong (1978-1995).

La situation s’apaisant, le 5 avril 1995, la convention visant à créer la Mekong River Commission (MRC) est signée par le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam. Cette convention réaffirme le désir de coopération de ces pays autour des enjeux de la région, mais aussi l'importance d'une commission indépendante vis-à-vis d'autres instances internationales. (Cf. Wikipédia) Mais les grandes déclarations de type onusien sont souvent en contradiction avec  les décisions prises par les Etats, qui doivent résoudre leurs besoins énergétiques et d’eau. De plus – vous l’aurez constaté- la MRC ne comprend pas le Myanmar et la Chine. Elle va en prendre conscience en 1992.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

En effet en 1992 la Chine terminait la construction du barrage de Manwan (production de plus de 1.000 mégawatts), sans avoir consulté les pays concernés en aval ni les riverains qui dépendent directement du fleuve pour leur existence quotidienne.

Depuis, la Chine a poursuivi la construction de nombreux barrages sur le Mékong, dont il faut se rappeler que la portion chinoise du Mékong représente 2.130 kilomètres, soit près de la moitié de la longueur totale du fleuve, et n’a pas l’intention de modifier sa politique.

 Alexandre Heim, dans  « La Chine, son eau et ses voisins » (7), rappelle que  « les cours d’eau sont devenus pour les élites chinoises des objectifs stratégiques, des intérêts vitaux de la nation. La Chine semble désormais bien décidée à faire respecter son droit à disposer de ses ressources territoriales, et ce dans la plus totale indépendance : l’eau qui se trouve sur le territoire chinois appartient à la Chine. Et ce bien que ces mêmes eaux soient considérées comme tout autant vitales par les pays voisins. » Le plan quinquennal 2016-2020 prévoyant une croissance moyenne du pays, d'au moins 6,5% par an sur la période, faisant passer le PIB de 67.700 milliards de yuan (10.400 milliards de dollars) à plus de 92.700 milliards de yuan en 2020, ne semble pas indiquer - c’est un euphémisme - que les besoins en énergie hydroélectrique seront moindres. Et ceci d’autant plus que 1,42 milliard de Chinois sont attendus en 2020.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Les Chinois utiliseront donc au mieux  le potentiel hydroélectrique de ses fleuves et de la section chinoise du Mékong qui est estimé à 36.560 MW, dont plus de 80 % se trouvent dans la province du Yunnan. Déjà, nous disent Olga Alexeeva et Yann Roche (8) dans « Le point de vue chinois sur les enjeux des barrages chinois sur le Mékong », on recensait en 2013, six barrages dans cette province dont la construction est achevée et deux autres projets en cours de réalisation Ces huit barrages formeront une gigantesque cascade dont la capacité installée totale se situera entre 15.900 et 20.000 MW. Au Tibet, les autorités planifient également de construire six barrages en cascade qui auraient une capacité installée totale de 6.300 MW, ce qui ne va pas sans soulever de vives controverses. La construction de ces six barrages devrait s’amorcer en 2015 et s’achever en 2030, avec les conséquences sur les équilibres écologiques du fleuve et  la sécurité alimentaire de millions de personnes en amont, que l’on peut déjà prévoir.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Mais les autres Etats riverains pensent également à leurs propres intérêts, même si l’ampleur des barrages déjà réalisés en Chine et les projets futurs envisagés sont d’une autre amplitude que ceux déjà réalisés et prévus dans les autres pays. Ainsi par exemple Eric Mottet  s’interroge sur « La politique hydroélectrique unilatérale du Laos » se demandant si elle marque la fin de la Commission du Mékong et des ambitions de coopération régionale. (9)

Aujourd’hui, l’État laotien a pour ambition de devenir le premier pays producteur d’électricité de la région du Bas-Mékong, et à cette fin, déroule une liste de 25 installations hydroélectriques opérationnelles (6.093  MW), ce qui représente 26,5 % du potentiel techniquement exploitable, 10 en cours de construction (3.447 MW), dont deux sur le cours principal inférieur du Mékong, Xayaburi  et Don Sahong (En construction depuis 2016), 62 en phase de planification ou en étude de faisabilité (12 398 MW), soit au total 87 projets pour près de 22.000 MW.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Ainsi la construction du barrage hydroélectrique de Nam Theun 2 de 1.070 mégawatts sur la Nam Theun (ou Nam Kadding), un affluent du Mékong coulant au centre du Laos, dans la province de Khammouan, destiné surtout à la Thaïlande et dirigé par  des entreprises privées (et publiques) comme  le consortium, la Nam Theun 2 Power Company (NTPC), dans lequel EDF détient 40 % des parts, l'entreprise thaïlandaise Electricity Generating Public Company Limited (EGCO), premier producteur d'électricité indépendant en Thaïlande qui détient 35 % des parts, de NTPC et la Lao Holding State Enterprise (LHSE) 25 %.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

En effet, Il ne faut pas oublier le rôle majeur des  entreprises privées de production d’électricité qui sont des entreprises puissantes et dont le rôle ne se réduit pas à la construction de barrages et leurs intérêts croisés avec ceux des différents Etats.

Ainsi la junte du Myanmar  a signé en mai 2007 un accord important avec la China Investment  Corporation pour la construction de sept barrages hydroélectriques sur le haut-cours de l'Irrawaddy, la Mali et N’Nai dans l’Etat de Kachin. (13 360 mégawatts prévus, dont le plus important est celui de Myitsone (3.600 MW prévu pour un coût de 3,6 milliards de dollars). Certes ce  projet a été suspendu plusieurs fois, sous l’action principalement de groupes de la société civile et d'organisations de l'Etat de Kachin, et il est difficile de prévoir sa mise en action, mais il est tout aussi difficile d’imaginer le renoncement de la Chine et de la China Power Investment Corporation, au vu de la stratégie chinoise et des sommes engagées. (Auquel on peut ajouter le barrage sur la Salouen dans l’Etat Shan (7.100 mégawatts). (10)

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Ce détour par les barrages sur l’Irrawady était nécessaire pour comprendre que la compréhension de la problématique à propos des barrages sur le Mékong ne pouvait se faire que dans un ensemble plus vaste comprenant la stratégie des Etats et des grandes entreprises productrices d’énergie, leur compétition  et/ou leurs « intérêts mutuels » ; ce qui ne peut qu’affaiblir les contestations de ceux qui en subissent les conséquences.

Ainsi la Thaïlande, outre le gaz importé du Myanmar, tire en grande partie son énergie de barrages situés au Laos. Elle doit acheter la majorité de l'électricité générée par le futur barrage de Xayaburi, projet de 3,8 milliards de dollars dont Vientiane a annoncé la suspension en attendant de répondre aux inquiétudes de ses voisins (graves incidences sur la pêche et la production de riz),  mais dont les travaux préparatoires ont commencé. On peut prévoir de nombreux reports, manifestations, études complémentaires, mais il est difficile de croire que le Laos va renoncer au barrage de Xayaburi et aux 7 autres prévus en sachant que cette ressource est vitale pour son avenir en considérant que leurs productions devrait être de 38.000 mégawatts en 2020, soit une capacité 15 fois supérieure à ses besoins nationaux.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Quant-à la Thaïlande il faut savoir  que la part de l’hydroélectricité ne représente que 3,2 % (dont  0,7 % d’hydroélectricité nationale) de  sa production d'électricité.

(90,9 % d'énergies fossiles (gaz naturel : 68,3 %, charbon et lignite : 21,6 %, pétrole : 1 %) et 9,1 % d'énergies renouvelables : biomasse 4,7 %, solaire photovoltaïque 0,8 %, éolien 0,2 % » (Cf. Wikipédia)

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Mais les différents pays agissent en fonction de leur situation économique et de la géolocalisation de leur potentiel hydroélectrique et  … des financements chinois.

Ainsi un pays pauvre comme le Cambodge, dont la moitié de la population de 15 millions d’habitants n’a pas d’électricité,  a pu trouver un accord avec la compagnie publique chinoise China Huadian Corp et puis avec la  China National Heavy Machinery Corporation (CNHMC), pour répondre à une partie de ses besoins énergétiques.  On peut remarquer que la majorité des barrages construits et à construire ne sont pas sur le Mékong ou ses affluents.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Le Cambodge  a pu ainsi inauguré en 2015, le barrage hydroélectrique de Russei Chrum Krom, d’une puissance de 338 MW,  le plus grand du pays, situé dans la partie Sud-Ouest de la province de Koh Kong, financés à hauteur de 500 millions de dollars par la compagnie publique chinoise China Huadian Corp.  « Cette dernière exploitera le barrage pendant 35 ans, en vertu des termes d’un contrat de construction/exploitation/transfert signé entre les deux pays pour une durée de 35 ans. Après quoi l’unité de production sera restituée au gouvernement cambodgien. ». (wikipédia) Un accord prévoit le prix de l’électricité revendue à l’Etat.  

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Fin 2015, a été inauguré le barrage hydroélectrique de Stung Tatay, d’une puissance de 246 MW, dont la construction a été assurée par la  China National Heavy Machinery Corporation (CNHMC), sous le nom de la société de cambodgienne Tatay Hydropower Limited ; avec là également un accord de transfert de construction-exploitation de CNHMC de 37 ans, pendant lequel la CNHMC revendra l’électricité au gouvernement cambodgien.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Et la politique des barrages va se poursuivre : Un nouveau barrage financé par la Chine, d'une capacité de 400 mégawatts, serait inauguré en 2018, dans la province de Stung Treng, dans le nord du Cambodge, sur un affluent du Mékong. Et neuf autres barrages - dont plusieurs sont financés par la Chine - doivent ouvrir en 2019.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Au Vietnam, le secteur de l'hydroélectricité occupe une place majeure dans l'économie du pays : sa part dans la production d'électricité était de 36,6 % en 2015 (42,9 % en 2014). Si tous les barrages ne sont pas situés, là aussi, sur le Mékong et ses affluents, comme le barrage de Son La, situé sur la Rivière Noire dans la province de Son La, qui a la plus grande puissance hydroélectrique du Vietnam et de l’Asie du Sud-Est avec une capacité de 2.400 MW, on peut citer le barrage de Yali Falls de 720 MW et le Se San 4 de 360 MW, situés sur un affluent du Mékong, le Sesan ((Tonlé San).

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Toutefois la région du delta du Mékong - où vivent près de 20 millions de personnes et qui concentre 25 % de son PIB et produit plus de la moitié de la récolte nationale de riz -  est menacé par les barrages et les aménagements qui modifient l’hydrologie du fleuve en amont, mais il est aussi menacé par l’élévation du niveau des mers, qui entraîne la submersion d’une partie du delta et la salinisation de ses eaux. « Cette triple menace risque d’engloutir le delta dans une spirale d’appauvrissement des populations, de dégradation de l’environnement et de baisse de la production alimentaire. »  (11)

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Mais quelle que soit la problématique envisagée, il est évident que le Mékong a une grande importance pour les populations qui en dépendent, mais il faut constater que :

« Les appels à la protection du fleuve sont jusqu'ici restés lettre morte en Asie du Sud-Est, où les gouvernements sont impatients de répondre aux besoins énergétiques et ne veulent pas résister à la Chine ou renoncer à de gros contrats.(…) Une grande partie des bénéfices seront récoltés par les intérêts financiers et commerciaux impliqués et ce sont les communautés le long du fleuve qui seront affectées", ajoute Maureen Harris. » (In Le petit journal (8)) En effet, on  se souvient qu’en 1994 en Thaïlande, l’Electricity Generating Authority of Thailand (EGAT) en construisant le barrage Pak Mun sur la rivière Mun, confluent du Mékong, ne s’est pas trop préoccupé des effets négatifs sur les pêcheries de la rivière, ni des plaintes des 3000 familles déplacées sur des terres non fertiles, et des compensations dérisoires.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Et pourtant on sait que ces barrages perturbent, affectent dangereusement « l’écosystème »  du fleuve. Nous l’avons signalé pour le delta du Mékong, et c’est peut-être plus vital pour l’immense pêcherie du lac Tonle Sap basée sur un phénomène de renversement saisonnier du cours de la rivière reliant ce lac au Mékong, lors de la grande crue de ce dernier au Cambodge, et où naissent près des deux tiers des poissons du Mékong, et dont beaucoup ne peuvent remonter le fleuve pour venir s’y reproduire.  (11)

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Les barrages chinois achevés ou en projet (Et les autres) auront de toutes façons pour conséquences, de réduire le débit du fleuve en aval (d’un quart, selon certaines sources), de diminuer la biodiversité, l’habitat, les migrations et le stock des poissons ; les principaux nutriments et sédiments bloqués en amont ; d’entrainer le déplacement de dizaines de milliers de personnes victimes d'inondations ; Auxquels il faut ajouter les pesticides déversés, les niveaux de pollution accrus, les déforestations, les mangroves transformées en rizières, les étangs artificiels à poissons d'élevage, la surpêche destructrice, l’agriculture gourmande et des systèmes d’irrigation archaïques, etc., sans oublier la pression démographique et le réchauffement climatique.  (Cf. Article de Libération  (3)).

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Il y a là –bien sûr- matière à « s’inquiéter », en étant peu convaincu  par des ONG pourtant légitimes, qui demandent comme le Mouvement mondial pour les forêts tropicales (WRM) d’ « Arrêtez tous les barrages du bassin du Mékong ! » ou comme le WWF qui recommande un moratoire de 10 ans. (12) On pense à la coalition « Save the Mekong » créé en 2008, composée d’intellectuels, de journalistes, d’artistes, de pêcheurs, d’agriculteurs, « exhortant les  gouvernements du Mékong à faire en sorte que le Mékong continue de couler librement pour sauver cette source essentielle de nourriture, de revenus et de vie pour les générations présentes et futures. »  Ou comme les réseaux de communautés de pêcheurs qui réitèrent, lors de leurs réunions que « toute initiative destinée à  éviter que les habitants du pays du Mékong aient de l’information sur les barrages ou à les empêcher de manifester leur opposition à ces projets est une violation des droits de l’homme et de nos droits fondamentaux. »

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

On peut également douter de l’efficacité des nouveaux comités ou mécanisme de coopération sous-régionale qui comprennent six pays du bassin du fleuve Lancang-Mékong : Cambodge, Laos, Chine, Myanmar, Thaïlande et Vietnam, comme le CLM créé en mars 2016, ou au nouveau « Centre mondial pour les études sur le Mékong » (GCMS) fondé le 28 septembre 2017 pour promouvoir les échanges académiques et fournir un soutien intellectuel à la Coopération Lancang-Mékong (CLM), soutenu par la conseillère politique de l’Ambassade de Chine au Cambodge !  (13)

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Oui, que pèse la voix de victimes et des ONG qui les défendent  face aux décisions  étatiques et aux  investissements privés qui sont les principaux moteurs de la construction de ces barrages hydroélectriques ? Nul ne peut penser que la Chine et les autres pays du Mékong ne poursuivront pas leur politique de construction de barrages pour répondre aux besoins électriques de leurs compatriotes.

On peut penser que  «  la coopération » entre la Chine superpuissance et les 5 autres Etats du Mékong se réduira au mieux dans l’obtention  de compensations via des investissements le long du Mékong et des prêts à taux réduit, de bénéficier de certains gestes de la Chine comme en 2016, lorsque Pékin  avait ouvert ses vannes pour permettre au Vietnam d'atténuer les effets d'une grave sécheresse ou comme la Thaïlande de pouvoir bénéficier du grand projet de la ligne TGV qui va relier la Chine à Singapour et dont la construction de la première section qui reliera Bangkok à la province de Nakhon Ratchasima, sur 253 km a officiellement commencé le 21 décembre 2017

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Vision pessimiste ? Réaliste ? A vous d‘en juger.

A 250. LA PROBLÉMATIQUE DES BARRAGES SUR LE MÉKONG  ENTRE LA CHINE ET LES CINQ AUTRES PAYS EN AVAL : MYANMAR, LAOS, THAÏLANDE, CAMBODGE ET VIETNAM.

Notes et références.

 

(1) Luc Lacroze, « Les grands pionniers français du Mékong. Une cinquantaine d’années d’aventures. (1884-1935) », L’Harmattan, 1996.

A 168. La première expédition française du Mékong (1866-1868). http://www.alainbernardenthailande.com/article-a166-la-premiere-expedition-fran-aise-du-mekong-1866-1888-124795735.html

Et les articles A169, A171, A172, A173.

 

(2) Cf. entre autres : H16- LA « MARCHE DU MEKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893. http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/h16-la-marche-du-mekong-une-victoire-du-capitaine-luc-adam-de-villiers-sur-les-siamois-en-juillet-1893.html

 

(3) A 240. LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-240-les-mysterieux-nagas-du-mekong-cracheurs-de-boules-de-feu.html

 

(4) https://lepetitjournal.com/bangkok/inquietudes-pour-le-mekong-menace-par-les-barrages-chinois-220500

Cf. http://geopolis.francetvinfo.fr/le-mekong-menace-par-les-barrages-20489

Cf. Mouvement mondial pour les forêts tropicales (WRM), « Les barrages sur le Mékong enflamment la région », Publié le 30 mars, 2011 https://wrm.org.uy/fr/uncategorized/les-barrages-sur-le-mekong-enflamment-la-region/

 

(5) Thèse de doctorat de Thiet Nguyen Van, « Aménagements hydroélectriques et conséquences environnementales dans le nord du Vietnam, Université Toulouse le Mirail - Toulouse II, 2015. Français. <NNT : 2015TOU20031>. <tel-01286577> https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01286577/document

 

(6)  Nguyen Quoc Dinh, « L’internationalisation du Mékong », Annuaire français du droit international, volume 8, 1962, pp. 91-115

Cf. aussi Le Mékong, un fleuve "total", par Franck Michel, Une promenade fluviale - en images - au fil des histoires et des cultures asiatiques. https://www.deroutes.com/AV5/mekong5.htm

 

(7) Alexandre Heim, sous la direction de Barah Mickaël, Institut des Relations Stratégiques et Internationales, mai 2010, « La Chine, son eau et ses voisins », « Aperçu des pénuries en eau annoncées du XXIème siècle ». Cf. II.3 : Le Mékong ou le déni des « barbares » du Sud, pp. 22-25

 

(8) Olga Alexeeva et Yann Roche, « Le point de vue chinois sur les enjeux des barrages chinois sur le Mékong », L’Espace Politique [En ligne], 24 | 2014-3, mis en ligne le 12 janvier 2015, consulté le 23 janvier 2018. http://journals.openedition.org/espacepolitique/3268

Cf. La consultation du Laos PDR, Department of Energy Business, en ligne : http://www.poweringprogress.org/new/power-projects/plan, donne une idée impressionnante du nombre de barrages.

Pour les cartes des barrages, Cf. L’émission sur Arte « Le dessous des cartes », Le Mékong en Asie du Sud-Est, http://ddc.arte.tv/cartes/679

« Les inondations en Thaïlande et au Laos

Mais la construction de ces barrages a des conséquences sociales et environnementales néfastes. Elle entraîne le déplacement de populations ainsi que des inondations, comme ce fut le cas à la fin de l’année 2013 au Nord du Laos et de la Thaïlande (zones oranges sur la carte). »

 

(9) « La politique hydroélectrique unilatérale du Laos marque-t-elle la fin de la Commission du Mékong et des ambitions de coopération régionale? », Éric Mottet, CQEG https://cqegheiulaval.com/la-politique-hydroelectrique-unilaterale-du-laos-marque-t-elle-la-fin-de-la-commission-du-mekong-et-des-ambitions-de-cooperation-regionale/

 

(10) L’explication et les enjeux  de ce barrage sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=zxHQDutrfzc

Cf. aussi « Conséquences environnementales, sociales et politiques des barrages. Étude du cas du Mékong », ARNAUDET Lucie, ARNOUX Marie, DERRIEN Allan, SCHNEIDER, MAUNOURY Laure http://www.environnement.ens.fr/IMG/Mekong.pdf

Pour mesurer la puissance de, China Power Investment Corporation il faut savoir qu’elle a fusionné en mai 2015 avec State Nuclear Power Technology Corporation (SNPTC) pour former State Power Investment Corporation (SPIC), dont l'activité principale est le développement de centrales nucléaires de troisième génération de type AP1000. SPIC détient des actifs hydroélectriques, thermiques (charbon), nucléaires et renouvelables avec une puissance installée totale de plus de 100 000 MW, dont 40 % d'énergie propre. )

 

(11) Cf. Article de Libération : Reportage « Delta du Mékong : le triangle des inquiétudes Par Arnaud Vaulerin, envoyé spécial à Can-Tho (Vietnam) — 7 février 2016 à 19:26 (mis à jour le 8 février 2016 à 10:37) http://www.liberation.fr/planete/2016/02/07/delta-du-mekong-le-triangle-des-inquietudes_1431029

Et https://www.partagedeseaux.info/Le-delta-du-Mekong-affecte-par-le-climat-les-barrages-et-la-croissance

https://www.partagedeseaux.info/Le-bassin-du-Mekong-une-region-menacee-par-les-grands-amenagements-sur-le

 

(12)https://wrm.org.uy/fr/les-articles-du-bulletin-wrm/section1/arretez-tous-les-barrages-du-bassin-du-mekong/

 

(13) http://fr.nhandan.com.vn/societe/item/3826371-fondation-du-centre-mondial-pour-les-etudes-sur-le-mekong.html

Partager cet article

Repost0
19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 02:10
A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

La vie des grands de ce monde fait rêver dans les chaumières (1). Il en est évidemment de même de l’étendue de leurs fortunes que l’on sait souvent, sans autres précisions, être colossale. Le roi de Thaïlande n’a pas échappé à cette curiosité dont le magazine Forbes a fait sa spécialité. Il évaluait sa fortune « aux environs » de 2 milliards de dollars en 1997 (67 milliards de baths) puis à 5 en 2007 (167 milliards de baths) en se fondant sur on ne sait trop quelles éléments puisqu’il plane une certaine opacité sur laquelle nous reviendrons. Mais il va lancer en 2015 une bombe en plaçant le monarque en tête des fortunes mondiales avec le chiffre de 35 milliards de dollars, environ 1.200 milliards de baths ….

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Une bombe qui va se révéler n’être qu’un pétard mouillé puisque la confusion est faite entre les richesses personnelles du monarque et celles du BPC « Bureau des propriétés de la couronne » (Crown property bureau - สำนักงาน ทรัพย์สินส่วนระมหาษัตริย์ - Samnakngan Sapsinsuanphra Mahakasat).

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Incompétence notoire (2), malveillance (3) ou les deux à la fois, tout est possible. Si le droit de propriété en Thaïlande est – mutatis mutandis – comme en France «  le droit de jouir et de disposer des choses de la manière absolue » (article 544 du code civil), tel n’est évidemment pas le cas des rapports que le roi entretien avec le BPC. La magasine fait référence aux recherches d’un universitaire thaï, professeur d’économie à Sukhothai, Porphant Ouyyanont, ultérieurement publiée en 2016 (4). Or, celui-ci n’a jamais confondu la fortune personnelle du roi avec le patrimoine du BPC comme le démontre le titre de son article !

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Point d’ailleurs n’était besoin de rechercher des références fantaisistes puisqu’une première étude - étayée de multiples références justificatives - précédant de plusieurs années les « investigations » de Forbes (2012), émane d’un universitaire thaïe, où nous avons trouvé tout que ce Forbes prétendit avoir trouvé en 2015 (5). L’un s’est intéressé au rôle du BPC dans la politique économique, l’autre dans la préservation de l’héritage culturel. Notons enfin que le Bureau publie régulièrement sur son site Internet depuis 2010 ses rapports d’activité ; il est donc  accessible à tous. S’il subsiste des « zones d’ombre » c’est tout simplement parce qu’une partie du site est en cours de construction. Il n’est que partiellement bilingue mais on peut souhaiter qu’un véritable journaliste d’investigation puisse comprendre la partie non traduite (6).

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Le « Bureau des propriétés de la couronne »  (BPC)  et son histoire.

 

Les actifs immobiliers.

 

Le Bureau est l'un des propriétaires fonciers les plus importants du pays. Il gère 37.000 contrats de location dont 17.000 à Bangkok, sur une superficie totale de 41.000 rai (6.560 hectares selon le rapport d’activité 2014) dans treize provinces (1.408 hectares à Bangkok et 4.800 en provinces quelques années auparavant). Les propriétés effectivement rentables ne représentent que 7% du total, 93% restants sont loués à zéro % ou à des taux minima, 33 % à des organismes officiels, 2 % à des organismes caritatifs à but non lucratif et 58 % à des « petits locataires ». Malgré ce il a bénéficié de revenus locatifs de 2,5 milliards de baths en 2010 et 2,7 milliards de bahts en 2011 (rapports d’activité 2011 et 2012). Ses propriétés sont essentiellement situées dans les quartiers centraux de la capitale (1.343 hectares avec évidemment des variations en fonction des transactions) où les valeurs foncières sont élevées.

Actuellement le Bureau classe ses propriétés en trois groupes : les palais et résidences, les boutiques et bâtiments commerciaux et les  bâtiments commerciaux.

 

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Dans la catégorie des palais et résidences, il existe 24 sites, tous anciennes résidences princières tels le Ladawan Palace, siège du Bureau,

le Maliwan Palace devenu bureau de l'ONU-FAO)

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

et le Parusakawan Palace (actuellement le National Intelligence Office).

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

La plupart a été transformé en vue de nouvelles utilisations, bureaux gouvernementaux, associations ou écoles.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Dans la catégorie des immeubles de bureaux, nous trouvons l'ancienne salle provinciale du  Monthon Prachin, maintenant dans la province de Chachoengsao, l'ancien siège de la Metropolitan Water Works Authority à Bangkok et le phare Bang Pa-in dans la province d'Ayutthaya.

 

Siam commercial bank (photographie de Yontanit Pimonsathean) :

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Dans la catégorie des bâtiments commerciaux, il y a quinze sites qui représentent un total de 1.960 unités. Beaucoup sont situés dans l'île de Rattanakosin ou dans d'autres parties du Bangkok historique telles que Na Phralan, Tha Chang, Tha Thian, Praeng Phuthon et Praeng Nara.

 

Loenrit shophouses (photographie de Yontanit Pimonsathean) :

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Ainsi aux termes de la loi de 1936, un certain nombre de biens ont été transférés au Bureau qui a acquis des propriétés supplémentaires en particulier pendant les deux premières décennies suivant la réforme de 1932. Parmi ses multiples propriétés de nombreux bâtiments construits depuis le règne du roi Rama IV ont une valeur historique et architecturale inestimable.

 

Yongtanit Pimonsathean donne une liste détaillée des Palais, immeubles ou bâtiments locatifs à usage commercial assortie de nombreuses photographies (5).

 

Madame Susan J. Cunningham la collaboratrice de Forbes et spécialiste des perroquets (2) ...

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

...ne craint pas d’affirmer « que personne à l'extérieur du bureau ne sache exactement où se trouve ce domaine immobilier » … tout en donnant des précisions sur les quartiers de Bangkok où ils se situent. Comment oser parler d’opacité ?

 

Au demeurant, il existe dans le pays un « Land office » (กรม ที่ดิน - Krom  Thidin), l'organisme gouvernemental responsable de la délivrance des titres de propriété foncière, de l'enregistrement des transactions immobilières, équivalent de notre Conservation des hypothèques et service du cadastre. La consultation est libre et de véritables journalistes d’investigation se seraient penchés sur son étude même si cela représente un travail de bénédictin, l’épluchage de plusieurs milliers de fiches. Non seulement y sont enregistrés les titres de propriété mais également les baux autres qu’à très court terme (moins de trois ans) or le Bureau consent de façon systématique des baux de 3 ou de 30 ans. Ces recherches pourraient bien sûr ne pas se limiter à Bangkok mais dans toutes les provinces où le Bureau possède des propriétés terriennes (Khorat, Nakhon Pathom, Chachoengsao, Ayutthaya, Nakhon Sawan, Lampang, Petchaburi et Songkhla)

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Les revenus mobiliers

 

Il bénéficie aussi des dividendes de trois sociétés de premier plan, 21,47 % de la Siam Commercial Bank pour une valeur estimée de 1,1 milliards de dollars, 30,76 %

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

30,76 % de The Siam Cement Group (énorme conglomérat fondé par Rama VI) pour une valeur estimée de 1,9 milliards de dollars

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

et 98,54 % de The Deves Insurance, l’une des plus importantes compagnies d’assurances du pays pour une valeur estimée de 600 millions de dollars.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Le total des dividendes perçus en 2010 a été de 200 millions de dollars (environ 6 milliards de baths). Ces revenus sont évidemment sinusoïdaux en fonction de la loi du marché. Lors de la crise de 1997, ils ont été nuls et le Bureau a dû se séparer de quelques actifs immobiliers pour ne pas se trouver en difficultés. Ce sont des sociétés commerciales qui publient leurs bilans, et ils sont donc disponibles sur Internet, et donc loin de l’opacité déclarée par certains.

 

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Le fonctionnement

 

Les racines du Bureau remontent au règne du roi Rama V. Sous la monarchie absolue, toutes les terres appartenaient au roi et étaient sous la responsabilité de Phra Khlang Maha Sombat (Trésor national) et Phra Klang Khang Thi (Trésor privé). Rama V sépara ses propriétés privées des propriétés du pays. Ces réformes se situèrent dans le cadre de sa politique de réformes administratives et lui évitèrent d’anciens conflits avec le Trésor qui hésitait à alimenter sa cassette personnelle. Les recettes fiscales et les revenus du domaine public furent placés sous le contrôle du Trésor national et les propriétés privées du Roi provenant d’héritages ou de ses propres activités dans des entreprises immobilières et financières, furent placées sous la responsabilité du Trésor privé, une unité dépendant du Trésor national.

 

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Lors de la révolution de 1932 ce système conduisit à séparer les propriétés en trois types : les propriétés publiques, c'est-à-dire celles utilisées dans l'intérêt public, les propriétés privées du roi, c'est-à-dire celles qui lui appartenaient avant de monter sur le trône, et les « propriétés de la couronne », c'est-à-dire celles acquises par tout moyen par le roi pendant son règne. Cette règle a été promulguée en 1936 dans la Loi sur la propriété de la Couronne, et les propriétés de la Couronne devinrent gérées dans le cadre d'une organisation nouvellement créée, le Bureau des propriétés de la Couronne. Le Bureau est devenu une personne juridique en 1948 supervisée par son propre comité exécutif. Il n’a pas le statut d'organisme public et échappe aux règles et procédures de la bureaucratie gouvernementale. Un Conseil des biens de la Couronne a été créé, présidé d'office par le ministre des Finances et composé de quatre administrateurs nommés par le roi qui par ailleurs nomme l'un des membres du conseil d'administration comme directeur général du Bureau. Le Conseil des biens de la Couronne est responsable de la surveillance générale des activités du Bureau.

 

Jusqu'en 2017, le ministre des finances est à la tête de l'organigramme (site du BPC) :

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Le gouvernement a gardé le contrôle du bureau lorsque la famille royale était en exil, mais après tout une série de coups d’état, le sort de la monarchie s’est renforcé et la loi de 1948 a remis le contrôle du bureau à la couronne. La loi précise que l'utilisation de l'actif et des revenus du bureau « dépendent totalement de la décision royale » et que le gouvernement ne peut les saisir ou les transférer ou les taxer. Le bureau n'émet pas de rapport annuel, sauf au roi.

 

Cette situation est singulière dans laquelle des actifs appartenant de façon incontestable au roi et à sa famille ont été purement et simplement expropriés mais transférés à un organisme sur lequel le roi a la maitrise notamment en ce qui concerne les revenus, rendant difficile de la qualifier dans un cadre juridique qui nous est propre autrement que par celui d’une espèce d’usufruit.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

A cette heure, le Bureau s’est consacré à des opérations d’intérêt général. Yongtanit Pimonsathean nous expose de façon magistrale ses réalisations en matière de conservation  du patrimoine architectural de Bangkok (5). Porphant Ouyyanont se penche sur son rôle dans les mécanismes économiques.

 

Nous avons dans les 7 ans de rapports d’activité disponibles (6) un inventaire de ses interventions. L’année 2015 en particulier a été féconde en rénovation de bâtiments historiques et en opérations destinées à sauver les forêts.

 

Ne citons que des exemples ponctuels : En juin 2016, le Bureau a doté la section médicale de l’Université de Khonkaen d’un scanner (coût ? Un nombre a six chiffres en euros probablement). Il y a quelques semaines, le nouveau roi Rama X a fait via le Bureau un don de 100 millions de baths à un hôpital de Bangkok, toute la presse en a évidemment parlé.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Lors des inondations d’août 2017 catastrophiques dans le nord-est, il fut distribué des milliers de caisses de secours (médicaments de première nécessité, eau et nourriture). Nombre de ces réalisations se retrouvent la page Facebook du Bureau (book https://www.facebook.com/pagecpb/)

 

Les dépenses de personnel représentent 14,20% du budget 2015 (rapport 2016), étant précisé que le Bureau emploie plus de 1.000 personnes dont la plupart (au moins 90 %)  se consacre à la gestion du parc immobilier.

 

Soulignons enfin que les dépenses de la « liste civile » destinée à financer les interventions de tous les membres de la famille royale sont prélevées sur les recettes du Bureau et se seraient élevées pour l’année 2015 à la somme de 170 millions de dollars, avec donc  le mérite de ne pas être financée par le contribuable. C’est toutefois un domaine sur lequel plane une certaine discrétion puisque, si nous connaissons le détail de activités du Bureau, celui-ci ne dévoile sauf au Roi ni le détail de ses comptes ni ses bilans ni sa comptabilité (7). Si cette somme est exacte (dont nous n’avons pas pu vérifier la réalité autrement que sur un site Internet dépourvu de sérieux qui l’avance sans le moindre élément justificatif), elle comprendrait une bonne part des revenus du Bureau, mais il faut tout de même noter qu’au niveau de sa rémunération, la famille royale n’est ni mieux ni plus mal lotie que d’autres dans le monde des têtes couronnées (8). L’ignorance peut engendrer la suspicion, certes mais lorsque Forbes a publié ses fallacieuses conclusions, la presse française et notamment la presse francophone locale s’en est emparée avec avidité en poussant des cris de vertu outragée en oubliant soigneusement de balayer devant leur porte (9).

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Si ces opérations ne sont pas directement financées sur les économies du roi, elles le sont à tout le moins sur les revenus de biens qui appartenaient à sa famille. Il y a donc une certitude, c’est que la fortune du Monarque, que ce soit celle de feu Rama IX ou celle de son successeur, ne peut pas et ne doit pas être confondue avec les actifs du Bureau des propriétés de la couronne. L’attitude de Forbes relève, avons-nous dit, d’une totale incompétence assortie d’une probable incommensurable mauvaise foi.

 

Effectuant cette constatation d’évidence, nous n’en déduisons pas que la famille royale est pauvre ! La question est simple, Forbes s’est contenté d’utiliser avec une incontestable mauvaise foi des éléments qui étaient depuis longtemps dans le domaine public en prétendant avoir découvert des éléments cachés.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Le défunt roi était incontestablement riche, riche en propriétés foncières, venues de famille mais aussi des nombreux legs qui lui consentent – parait-il – nombre de ses sujets. Il a hérité de son père et de ses oncles qui avaient des avoirs importants notamment en Suisse et en Angleterre. Pour autant que cela présente un intérêt quelconque, aucune investigation n’a été effectuée par notre magazine. Son fils actuellement régnant est également riche, nul ne sait (encore) de combien. On reste, comme toutes les évaluations de Forbes, dans le domaine des évaluations pures et simples. Madame Susan J. Cunningham se complait à souligner que le prince alors héritier et aujourd’hui roi dont tout le monde sait qu’il résidait volontiers en Bavière, y aurait acquis une villa de 10 millions d’euros… La belle affaire, c’est la valeur d’un bungalow à Los Angeles ou d’une très belle propriété au Cap Bénat (10). Il aurait également acquis directement ou par l’intermédiaire d’une holding un hôtel luxueux de Munich où il aurait eu ses habitudes… Vérifications faciles à condition de s’en donner la peine, il y a en Allemagne un « livre foncier » (Grundbuch) dont l’accès est public. S’il a hérité de son père des avoirs en Suisse, même observation !

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Toutes les estimations de Forbes sur les fortunes royales sont incertaines sinon fantaisistes tant pour l’incertitude qui plane sur l’étendue de leur patrimoine immobilier souvent organisé le plus régulièrement du monde par l’intermédiaire de holdings ou de sociétés écran que par celle de leurs avoirs financiers organisés de la même façon ? Comment évaluer leurs inestimables collections d’objets précieux, les automobiles anciennes, passion de feu le roi Rama IX,

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

la collection de bijoux de la reine mère

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

... ou la collection de timbres-poste de la Reine d’Angleterre, probablement la plus belle du monde ?

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Il plane le silence le plus pesant sur les profits certainement énormes que le Prince de Monaco tire en particulier des accords passés entre feu son père et Onassis (« Société des bains de mer » gérant en particulier le Casino de Monte-Carlo.)

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Ils ne sont pas astreints comme les hommes politiques de nombreux pays dits « démocratiques » à effectuer des déclarations de patrimoine.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Un chef d’état riche sera probablement moins tenté de se vendre au premier financier venu (10). L'ignorance engendre la suspicion avons-nous dit mais la curiosité excessive est souvent malsaine et peut également créer une ambiance nauséabonde. Contentons-nous dire que notre actuel souverain est très, très riche, extrêmement riche.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Un nouveau roi, une nouvelle donne

 

Le prince Maha Vajiralongkorn devenu roi à la suite du décès de son père est un personnage atypique connu pour ses frasques, qui ne partage en rien la vie frugale de son père et pas plus sa vie conjugale exemplaire.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Unanimement décrié par les médias occidentaux, de nombreux site Internet le concernant sont verrouillés.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Divorcé plusieurs fois, on lui prête de nombreuses maitresses ce qui ici ne choque personne puisque dans ce pays où le « paraître » l’emporte le plus souvent sur l’ « être » la possession d’une épouse secondaire à la suite de la principale et d’une kyrielle d’épouses temporaires apparait comme un signe de réussite sociale et non de dépravation pure et simple.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Une nouvelle loi est intervenue à son instigation le 24 juillet 2017. Elle lui donne apparemment une plus grande autorité  dans la gestion du Bureau, placerait la gestion des propriétés de la Couronne sous sa surveillance directe ainsi que celle de ses biens personnels (ce qui semble normal) et indique que ces propriétés seront gérées « à la discrétion de Sa Majesté »  ce qui était  déjà le cas. Si le roi a toujours le pouvoir exclusif de nommer les membres du  conseil d'administration, il a désormais celui de nommer aussi son président, poste précédemment attribué d’office au ministre des Finances.

 

Texte du 24 juillet 2017 publié sur le site du Bureau :

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Il a immédiatement nommé au poste de Président l’un de ses proches qui fut longtemps son secrétaire privé, l’Air Chief Marshal Satitpong Sukvimol qui avait par ailleurs été chargé de la gestion de son patrimoine privé. Les autres nominations au conseil d'administration concernent également ses proches. Il est également prévu, mais sans précisions, que tous ces revenus, propriété de la couronne ou revenus des biens personnels, seront désormais fiscalisés mais aucune autre précision n’est donnée à ce jour.

Il n’y a pas à priori à s’étonner qu’il mette ses proches en place dans un des très rares domaines ou la législation lui donne quelque latitude alors qu’il est dépourvu constitutionnellement du moindre pouvoir. Le site Internet du BPC en enregistré ces nouvelles données dès le 15 août 2017.

 

Nouvel organigramme 2017 publié sur le site du BPC, l’Air Chief Marshal Satitpong Sukvimol remplace le ministre des finances :

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Notre propos n’est pas de faire de la philosophie du droit mais de préciser qu’une loi n’est pas systématiquement bonne ou mauvaise en soi mais le devient en fonction de l’application qui en est faite. L’avenir seul nous dira si le BPC continue comme par le passé ses efforts pour le bien commun et pour le bénéfice du peuple thaï.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Il est enfin un élément qui mérite d’être souligné : Dans ce pays où plane systématiquement  l’ombre de la corruption, nous n’avons pas trouvé un mot, une ligne, sur des actes répréhensibles qui seraient tombés du siège du BPC.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Nous pouvons donc en déduire que si le Bureau est propriétaire d’un patrimoine « considérable », et qu’il n’est pas la propriété du Roi qui n’en gère que les revenus. Il est donc difficile de raisonner autrement qu’en revenus et non en capital. Sans gloser sur des chiffres et en évitant de tenir des propos du niveau des conversations de comptoir, relevons simplement que le Bureau gère un patrimoine dont les revenus ont été (approximativement) de : Pour les Revenus immobiliers : 2,7 milliards de baths, pour les  Revenus mobiliers : 6 milliards de baths. Arrondissons les revenus à 10 milliards de bath, soit sauf erreur à environ 335 millions de dollars. Si l’on peut parait-il espérer un rendement de 10 % pour les placements effectués en Thaïlande – c’est du moins ce que prétendent  tort ou à raison toutes les agences et officines qui proposent des plans d’investissements - cela correspondrait à un capital de 3,35 milliards de dollars ? Les exonérations fiscales dont bénéficient les biens de la couronne nous permettent de monter ce chiffre à 15 % ce qui conduirait à un chiffre de l’ordre de 4 milliards de dollars proche des estimations initiales de Forbes.

 

Estimer les immeubles à la seule valeur du marché pour des immeubles similaires ne tient pas compte d’un paramètre pourtant essentiel, leur valeur est partiellement gelée par les baux à long ou très long terme qui les grèvent notamment lorsqu’il s’agit de loyers symboliques payés par les administrations, les organismes officiels ou caritatifs.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Concluons en affirmant que si le Roi et sa famille sont extrêmement riches, ils ne méritent pas d’avoir le premier prix à la distribution de Forbes.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

NOTES

 

Nos comparatifs dollar-euro-bath sont effectués sur le taux de change en aout 2017.

 

(1) « Point de vue » qui se qualifie de « Journal des princes d’aujourd’hui » tire à environ 200.000 exemplaires, autant sinon plus que « Le Monde » qui passe à tort ou à raison pour être le plus sérieux de nos quotidiens, et « Voici » à au moins 300.000.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

(2) Un article à l’origine des conclusions de Forbes en février 2015 (« The Crowning Fortune »émane d’une dame Susan J. Cunningham professeur de biologie animale à l’Université sud-africaine du Cap, apparemment spécialiste dans l’étude des perroquets.

 

Sa page de garde sur Twitter  nous revèle ses compétences :

 

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

(3) Forbes est proche de l'ancien président Bush et président d’honneur de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA), une organisation créée par Ronald Reagan dans les années 1980, et dirigée par les descendants de l’oligarchie cubaine prérévolutionnaire. Ceci explique qu’il a accusé feu Fidel Castro d’avoir une fortune de 900 millions de dollars en 2006 et de détenir des comptes en Suisse, ce qui s’est révélé parfaitement faux. Pour des raisons restées à ce jour mystérieuses, les fortunes de quelques personnalités, comme celle de la reine d'Angleterre, ne sont pas prises en compte.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

(4) Journal of contempory Asiam 2016 volume 4 n° 3 « Crown property in Thailand and is role in political economy ».

 

(5) « The Crown Property Bureau and Heritage Conservation » in Journal de la Siam society, volume C de 2012. Yongtanit Pimonsathean enseigne l'urbanisme et la conservation du patrimoine à la section d'architecture et de planification de l’Université Thammasat. Il détient un diplôme de docteur en génie urbain de l'université de Tokyo. Il est actuellement président de l’ONG ICOMOS en Thaïlande (International council on monuments and sites) et Conseiller du Bureau des propriétés de la Couronne.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

6) http://www.crownproperty.or.th et pour les rapports d’activité de 2010 à 2016 : http://www.crownproperty.or.th/en/Top-stories/Annual-report

 

(7) Un exemple parmi d’autres, l’hôtel Dusit Thani, de renommée mondiale,  situé à l'intersection de Silom Road et de Rama 4 et construit sur un terrain appartenant au BPC. La presse nous a appris en début d’année 2017 que le bail d’origine avait été prolongé de 30 ans avec droit de prolongation de 30 sous engagement de la Dusit Thani Public Company Limited d’étendre l’ensemble hôtelier par la construction de résidences, surfaces de vente et bureaux, avec un grand espace vert. Le prix n’apparait pas, que les curieux aillent donc consulter le bail au Land office !

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

(8) Ce ne sont pas à ce stade les pays les plus riches qui rémunèrent le mieux leurs familles royales : 35 millions d’euros pour la Belgique, 9 seulement pour les Espagnols, 12 pour la Suède, 110 pour la Hollande et 55 millions pour les Anglais. C’est tout de même le roi du Maroc qui vient en tête avec 230 millions qui s’ajoutent au fait qu’il a littéralement transformé son pays en société à responsabilité limitée dont il détient la majeure partie des actions.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

(9) Il existait en France des « fonds secrets » dont seul le montant était connu pour qui avait le courage de détailler le budget. Supprimés à la suite de divers scandales puisqu’ils servaient en particulier à remplir les poches de certains ministres, ils ont été remplacés par les « fonds spéciaux », dont seul le nom a changé, et ils ne sont soumis à strictement aucun contrôle autre que le bon plaisir du Président. Le montant pour 2016 fut de 47 millions d’euros, presque le budget de la Reine d’Angleterre. Il n’y a guère que le « Journal officiel » où l’on trouvait le chiffre en cherchant bien. Peut-être le « Canard enchaîné » - qui est avec le « Journal officiel » l’un de nos rares périodiques sérieux - se consacrera-t-il un jour à cette curiosité.

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

(10) Le manoir de l’histrion défunt Michael Jackson s’est vendu 28 millions de dollars.

 

(11) C’est en partie parce qu’elle estimait sa dotation insuffisante pour son rang et espérait un petit geste des Cortès qu’une Infante d’Espagne a plongé dans une sombre affaire de corruption.

 

A 236 - LE ROI DE THAÏLANDE EST-IL BIEN L’HOMME LE PLUS RICHE DU MONDE ?

Partager cet article

Repost0
21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 05:25
A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Deux récentes informations rapportées par la presse en juillet 2017 pourraient nous montrer la volonté de la junte de lutter contre les trafics d’êtres humains et des travailleurs illégaux.

 

La première relate un procès exceptionnel jugeant 102 prévenus, qui a abouti à la condamnation du général Manas Kongpan, l’ancien Commandement des Opérations de Sécurités Intérieures (ISOC) de tout le Sud, ainsi que tout un réseau de militaires, policiers, hommes politiques locaux et mafieux, pour le trafic d'êtres humains exercé contre les Rohingyas et les Bangladais, désirant émigrer en Malaisie ou en Indonésie, dans des conditions sordides, violentes et meurtrières.*

 

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

La seconde est relative à une loi contre l’immigration clandestine qui a provoqué la panique parmi des milliers d’étrangers en situation irrégulière, notamment birmans. Devant l'exode et l'émoi des entreprises, privées de leurs salariés, le gouvernement a annoncé peu après la suspension de la loi pour six mois.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Et une troisième qui voudrait accréditer l’idée que désormais la « Thai Union Frozen Group » (TUF), l’un des plus gros conglomérats producteurs de fruit de mers au monde, était sur le point de revoir ses pratiques de pêche pour éviter les conditions de travail abusives et le chalutage excessif.**

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Faut-il voir là un changement politique et économique profond  ou trois péripéties  dans une actualité où  « Il n’y a pas un jour sans qu’un journal local ou même international dénonce une pratique illégale, une vente d’êtres humains, un passage interdit de frontière, un système de corruption officielle ». **

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Rappelons les faits.

 

En mai 2015, le gouvernement issu du coup d’Etat de 2014, avait réagi après les publications de la presse internationale et nationale  révélant l’existence d’une trentaine de cadavres jetés dans quatre fosses dans la province thaïlandaise de Songkhla, dans le sud du pays, ainsi qu’un peu plus tard de cent trente-neuf tombes et 28 fosses communes  du côté malaisien.*

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Jusqu’à cette date,  les autorités thaïlandaises et malaisiennes avaient minimisé ces trafics et démenti que des camps de détention de migrants ou des fosses communes puissent exister sur leur sol, pourtant dénoncé depuis des années par les ONG, avec son lot d’horreurs (Des milliers de migrants abandonnés par les trafiquants en pleine mer, retenus en otages dans des camps avec demande  de rançons aux familles, passages à tabac, meurtres, viols). Le Courrier international du 13 mai 2015 s’en faisait l’écho : « Thaïlande,  Au royaume du trafic des êtres humains » : « Séduits par le rêve d’une vie meilleure, beaucoup de Bangladais pauvres (On pourrait rajouter : et de Rohingyas)  embarquent sur des cargos pour se rendre en Thaïlande, puis de là rejoindre la Malaisie par la route. Toutefois, avant même de parvenir à leur destination finale, leurs rêves se transforment en un cauchemar collectif. Détenus en pleine jungle dans des lieux surpeuplés et immondes pendant des mois, voire des années, ils sont souvent passés à tabac et privés de nourriture jusqu’à l’obtention d’une rançon.».

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Ce trafic d’êtres humains existait effectivement depuis des années pour des milliers de migrants fuyant, chaque année,  le Bangladesh pour des raisons économiques et la Birmanie pour éviter les violences et la politique d’apartheid à l’égard des musulmans rohingyas. Mais cette fois-ci la junte militaire thaïlandaise, soucieuse de débarrasser le pays de sa réputation de plaque tournante du trafic d'êtres humains, avait affiché sa résolution de désorganiser les filières, d’arrêter les coupables et de faire de leur procès un exemple. Surtout que le gouvernement savait que le Rapport sur les Trafics de Personnes du Département d'Etat américain (rapport TIP) allait déclasser la Thaïlande et tombé dans la catégorie Tier 3,  entraînant de fait des sanctions économiques et la perte de l’aide au développement.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Nous avions d’ailleurs signalé dans notre article 185 « La junte militaire face aux trafics d’ êtres humains en Thaïlande » qu’ « En ce début de mai 2015, la junte a lancé une vaste opération de police  contre les trafiquants d’êtres humains dans la province de Songkhla, près de la frontière avec la Malaisie. Le 1er ministre a fait de multiples déclarations montrant la volonté du gouvernement de faire face à cette vague d’immigration clandestine qui a doublé depuis l’année dernière, comme le confirme un rapport du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) à Bangkok qui indique que, « quelques 25.000 Rohingyas et Bangladais ont pris la mer pour émigrer grâce à des passeurs entre janvier et mars de cette année - presque le double par rapport à l'an dernier. » Et « de nombreux journaux, magazines, reportages de télévision, reprenaient les déclarations des autorités thaïlandaises censées montrer l’efficacité  de la répression des trafiquants de chair humaine, avec la découverte des camps-prisons, l’arrestation de trafiquants, de fonctionnaires corrompus, des poursuites contre des policiers, et le transfert d’autres policiers « suspects ». ***

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Mais nous avions rappelé « que les trafics d’êtres humains ne se réduisaient pas  au transit des migrants bangladais et rohingyas traversant la Thaïlande, comme le prétendait le chef de la junte, mais « s’exerçait au sein d’un système de trafics d’êtres humains généralisé qui touchait près de cinq millions de travailleurs étrangers légaux et illégaux, employés dans de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise, comme la pêche hauturière, l’aquaculture de la crevette, les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas, le bâtiment, la prostitution, etc. ». (in A 185 ***)  Nous avions d’ailleurs tenté de présenter en 2013 avec  l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ? (Cf. 128****), ces différents  trafics qui  ne pouvaient se comprendre que dans le contexte (historique, économique et politique) plus large des migrations transfrontalières, et  « l’ancrage historique des réseaux et leurs structures, fondées sur l’histoire, les relations familiales et les rapports de forces au sein d’un même groupe. » Ancrage qui expliquait les difficultés, voire l’impuissance des différents gouvernements à contrôler ces frontières, malgré les règles administratives contraignantes, les border-pass, visa, passeport, double nationalité, illégalité acceptée sur les lieux de travail, tant ces réseaux anciens se « reconstruisaient », se « modernisaient » en intégrant les nouvelles réalités politiques et économiques, en s’appuyant sur la corruption des élus et des agents de l’Etat (police, militaire) et des mafias locales. L’impuissance est d’autant plus grande qu’elle concerne plus de  4 millions de Birmans et des milliers de Cambodgiens.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Nous avions d’ailleurs dans un autre article évoqué « cette birmanisation » du sud  de la Thaïlande avec l’étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry,  intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières » (In Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009)**** qui essaie de définir la structure des filières et des réseaux,  identifie les différents éléments clandestins, les différents acteurs de cet espace régional, légaux et illégaux qui assurent le développement du sud de la Thaïlande.  Jacques Ivanoff et Maxime Boutry montreront que l’illégalité fait partie du système social, politique et économique, que le gouvernement ne peut légaliser, car « La légalisation systématique des travailleurs immigrés équivaudrait à reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique et sa nécessité sur le territoire national, dont l’unité et la cohérence sont déjà bien malmenées par le sud ».  (Cf. Le développement et la complexité du problème in notre article A130****)

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Une autre excellente étude d’une trentaine de pages de  Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff, « Le trafic humain en Thaïlande : situation actuelle et défis », mis en ligne le 12 janvier 2015*****, émettait des doutes sérieux sur la possibilité même pour la junte de remettre en cause les divers trafics humains et cette économie souterraine et illégale tant de nombreux secteurs de son économie avait besoin de cette main d’œuvre liées aux trafics ; Une économie « construite sur des bastions régionaux aux mains de maffieux et de cliques politiques intouchables. Il est donc difficile d’envisager l’application de politiques de répression ou de sensibilisation alors même que ceux qui sont en charge de les créer sont partie prenante dans le trafic. ». « Il y a (toujours) un gouffre entre la volonté officielle (si tant est qu’elle existe) de réguler ces flux et la réalité locale. […] ce qui n’empêche pas quelques coups d’éclat contre la drogue, les trafiquants d’êtres humains ou pour la protection de l’environnement », qui peuvent rassurer  l’opinion publique thaïlandaise et internationale, mais qui touchent peu les trafics humains en place.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Par exemple, « on (va) se féliciter d’avoir libéré 14 Birmans illégaux ! (Mais)  En fait les victimes sont plus souvent capturées par les officiels de la police et de l’immigration (quand le passeur n’a pas voulu payer ou alors pas assez ou encore qu’il s’agisse de faire un exemple) qui les revendent généralement aux trafiquants ou maffieux, propriétaires d’usines. Ils vont jusqu’à les ramener dans les camps de rapatriement et, sur la route, leurs camions « tombent en panne » à des lieux précis ou un marché est organisé. Les Birmans « évadés » sont en fait revendus. Ils se retrouvent à nouveau dans le circuit des marchands d’hommes ; certains ont été revendus 4 fois, sans même le savoir. Leur dette devient ingérable, ils n’ont aucun avenir, pourtant la plupart des victimes sont jeunes, autour de 20 ans. ».

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

« Car le constat est sans appel : le sud de la Thaïlande ne pourrait fonctionner économiquement sans les travailleurs birmans, ni même les grandes conserveries du port de Bangkok. »

 

Les « bureaux » et « agences » dédiés au problème de l’illégalité sont donc voués à l’échec, car « toute tentative du pays pour avancer dans le domaine de la régulation des flux de travailleurs immigrés (processus de régularisation, délais, négociations avec les patrons…) se heurte à la bureaucratie locale qui craint le contrôle et verrait sa volonté d’éviter des taxes et la corruption émerger au grand jour ». Les arrestations pour des cas de trafics traduits en justice sont d’ailleurs dérisoires : en 2012 : 78 pour la prostitution, 16 pour le travail forcé, 4 pour la mendicité forcée ! (Chiffres donnés par Ivanoff et Chantavanich) (Nous n’avons pas trouvé de chiffres plus récents !)

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

On peut donc douter que le procès - en ce mois de juillet 2017- au cours duquel ont été jugés 102 personnes, accusés de traite d'êtres humains, de rançon et de meurtre, et condamné le général Manas Kongpan, grande figure de l'appareil sécuritaire dans le sud de la Thaïlande, (promu en 2013 par l'actuel chef de la junte Prayut Chan-O-Cha), un autre gradé de l'armée, des policiers, plusieurs fonctionnaires et politiciens dont le maire de la ville de Pedang Besar, ainsi que des Rohingyas, qui servaient d'interprètes et le parrain Pajjuban Aungkachotephan, alias Ko Tong ou « Grand Frère Tong », sera suffisant pour que la junte puisse démontrer que la Thaïlande a désormais la volonté de s’attaquer à toutes les filières de trafics humains.******

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

On a pu le constater avec une loi contre l’immigration clandestine mis en application en ce même mois de juillet 2017 qui a provoqué la panique parmi des milliers d’étrangers en situation irrégulière, notamment birmans. Devant l'exode et l'émoi des entreprises, privées de leurs salariés, le gouvernement a annoncé peu après la suspension de la loi pour six mois.

 

Dans un éditorial publié le dimanche 16 juillet, le quotidien anglophone thaïlandais The Nation avait critiqué vivement l’annonce de cette nouvelle loi contre l’immigration clandestine, qui a provoqué la panique parmi des milliers d’étrangers en situation irrégulière, notamment birmans. Ces derniers sont nombreux à travailler dans la construction, les industries poissonnières du sud, et l’agriculture dans les zones frontalières, des secteurs vitaux pour l’économie thaïlandaise. Selon le quotidien, environ 50 000 travailleurs migrants auraient fui le royaume en trois semaines – d’autres évaluations font état de 90 000 personnes. » 

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/07/18/des-dizaines-de-milliers-de-migrants-birmans-fuient-la-thailande

De plus on peut se demander comment cette loi pourrait s’appliquer sur les bateaux de pêche thaïlandais, et surtout sur ceux de la pêche hauturière qui peuvent rester au large pendant plusieurs mois, voire plus d’une année.

Et pourtant, depuis bien des années, les rapports de l’OIT, du département américain d’Etat, des ONG, des organes de presse, des entreprises européennes importatrices, etc,  dénoncent les "graves abus" opérés sur les bateaux de pêche thaïlandais, où les immigrés illégaux cambodgiens et birmans sont à la merci des violences et du travail forcé. Nous pourrions citer des dizaines de témoignages d’anciens esclaves, d’associations de pêcheurs thaïlandaises, d’ONG, d’émissions de TV, de fonctionnaires des Nations-Unies, d’exportateurs et de travailleurs sociaux. Nous avions fin 2013 dans notre article  « Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais. » (A128), exposé l’ampleur de ce cette exploitation inhumaine, et dénoncé l’inefficacité des pressions internationales sur cette industrie. La 1ère ministre Yingluck Shinawatra pouvait encore nier ces trafics  d’êtres humains et déclarer à Cyril Payen dans un reportage pour « France24 » du 27/07/2012, les yeux dans les yeux : « Tous les ouvriers étrangers ont exactement le même droit que nos propres ouvriers". (sic)  

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

(S’il est vrai que le droit thaïlandais décerne aux étrangers, qu'il soit résident ou non-immigrant, exactement les même droits et le même code du travail, l’interview de Cyril Payen  portait sur les trafics de main d’œuvre et l’importance des travailleurs illégaux dans l’économie de la pêche en particulier)

 

Il est vrai que  pour éviter d’être encore classée dans la catégorie infamante Tier 3,  la marine royale thaïlandaise avait fait des « efforts », et n’avait  pas identifiée un seul cas de trafic  sur 1000 inspections à bord de bateaux de pêche. ! (In l’étude de Ivanoff et Chantavanich)

 

En 2015 encore, Hélène Bourges, Chargée de campagne océans pour Greenpeace, reconnaissait que l'esclavage moderne des travailleurs était monnaie courante dans l'industrie de la pêche thaïlandaise, et citait l'Organisation Internationale du Travail, qui estimait qu’un travailleur sur 10 dans les usines de transformation des produits de la mer a rapporté être victime de travail forcé, et 20% des marins à bord des bateaux de pêche thaïlandais sont victimes de traite ou de travail forcé. Greenpeace d’ailleurs dans  un rapport sur les violations des droits humains dans l’industrie thonière mondiale dénonçait  des méthodes de pêche destructrices, la surpêche, les prises massives de thons juvéniles, les prises "accessoires" d’espèces menacées mais aussi le travail forcé dans l’industrie des produits de la mer et plus particulièrement Thaï Union Group, société mère de Petit Navire, et géant de cette industrie. https://www.greenpeace.fr/thon-derriere-une-industrie-globalisee-la-violation-des-droits-humains/

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Alors que s’est-il passé pour qu’en juillet  2017 Thai Union Frozen Group (TUF), annonce qu’il était sur le point de revoir ses pratiques de pêche pour éviter les conditions de travail abusives et le chalutage excessif, et que Greenpeace crie  « Victoire ! Le géant mondial du thon en boîte recule face à la pression citoyenne ».

 

Greenpeace est persuadé que ses « deux ans de campagne, de travail sans relâche, d'actions de terrain, et près de 700 000 signatures récoltées à travers le monde, (a convaincu) Thai Union, le géant mondial des produits de la mer, de prendre ses responsabilités pour la préservation des océans et le droit des travailleurs. »

 

La déclaration de Greenpeace France.  « Victoire ! Le géant mondial du thon en boîte recule face à la pression citoyenne » https://www.greenpeace.fr/victoire-geant-mondial-thon-boite-recule-face-a-pression-citoyenne/  a de quoi rester pantois, même si après avoir expliqué la campagne et donner les engagements de Thai Union, il appelle « à rester  extrêmement vigilants quant à la mise en place de ces changements majeurs. ».

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Nous pouvons en effet émettre quelques doutes sur les engagements de Thai Union, qui serait désormais soucieuse de la protection des océans et des travailleurs de la mer ; qui d’ici 2020, diminuerait de moitié environ le recours aux dispositifs de concentration de poissons (DCP ) dans sa chaîne d’approvisionnement ; mettrait en place un système de traçabilité qui permettra aux consommateurs de vérifier la provenance du thon et la façon dont il a été pêché ; étendrait au niveau mondial le moratoire concernant le transbordement en mer (pratique consistant à décharger une marchandise d’un navire sur un cargo réfrigéré, ce qui permet aux navires de pêche d’éviter de retourner au port et de maximiser leurs prises, et –pourrait-on rajouter- d’exploiter jusqu’à l’esclavage souvent les travailleurs de la mer restant alors sur les navires) ; sauf si sont présents des « observateurs » des fournisseurs.

 

Attendons l’audit prévu en 2018 « effectué par une tierce partie afin d’évaluer l’avancée des mesures prises par Thai Union. », mais nous ne faisons aucune illusion sur la capacité de Greenpeace de  faire cesser les pratiques de pêche destructrices de Thai Union, et le travail forcé de ses travailleurs, alors que le rapport 2017 du  Département d’Etat américain sur les trafics d’êtres humains (TIP Report) maintient laThaïlande pour la deuxième année consécutive au rang de Tier 2 du fait que malgré les efforts engagés (lois, personnels, budget) les résultats sont encore trop insuffisants au regard de l’importance des trafics existants. (Cf. Le développement in

https://www.state.gov/documents/organization/271345.pdf )

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Ainsi, pour les différents trafics en 2016, sur 333 cas (317 en 2015), 301 ont été poursuivis (251 en 2015), impliquant 600 suspects (690 en 2015), et 268 ont été condamnés (205 en 2015). Et pour le travail forcé, le gouvernement n’a pu signaler que 83 enquêtes (72 en 2015) qui ont abouti à 62 poursuites. (Le rapport ne dit rien sur les condamnations ).

 

Quant-aux investigations menées auprès des propriétaires de navires de pêche, des capitaines, courtiers,  43 cas de trafics  ont été découverts, qui ont mené à l’arrestation de 5 propriétaires, 36 capitaines ; sur 37 personnes poursuivies, 1 seul propriétaire fut condamné à 14 ans de prison. C’était la première fois en Thaïlande qu’un propriétaire de navire de pêche était condamné, précise le rapport.

 

Il est noté que des observateurs d’ONG s’étonnent que les interviews des travailleurs des mers au port soient menés devant les capitaines des navires et que les inspections ne consistent le plus souvent qu’à des vérifications des documents des navires, et que certains ne montent même pas à leur bord.

 

 Le centre de commandement pour combattre la pêche illégale (Le CCCIF) ont inspecté, d’octobre à novembre 2016,  415 usines de transformation de fruits de mer et n’ont trouvé que 66 cas d’emploi illégal ( !) et que 35 usines ayant enfreint des lois sur le travail et des salaires impayés. Le rapport aurait pu évaluer le nombre de salariés de ces différentes usines.

 

Sinon, on peut encore signaler que le département de protection du travail et de l’aide sociale (DPLW) a réalisé 1 346 inspections en 2016 dans différentes entreprises, comme des fermes de canne à sucre, de cochons, de poulets, d’usines de vêtements, de transformation de crevettes et de poissons. Il a constaté 136 violations et perçu 45 000 baths d’amende. Vous avez bien lu 45 000 baths d’amende en un an !

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Le rapport nous informe aussi sur le cas de 10 officiers de la police, suspectés de  complicité dans  des trafics de femmes; l’un fut démis et les 9 autres sont toujours soumis à une enquête. De janvier à mars 2017, le gouvernement a enquêté sur le cas de 6 policiers et d’un politicien local et sur une affaire de trafic sexuel d’enfants incluant des fonctionnaires de haut rang et des officiers de police dans une province. (Aucun nom n’est donné). Ou encore, le rapport signale (avec imprécision) des enquêtes menées à l’encontre de 34 officiels où  seulement 2 furent condamnés (l’un prit 36 ans d’emprisonnement et l’autre 16 ans).

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Bref, si le rapport ne cache pas les efforts engagés par le gouvernement dans la lutte menée contre les trafics humains en termes de nombre d’hommes engagés, d’interprètes (115 de plus en 2016 pour atteindre le nombre de 265), de formation (En 2016, plus de 2000 officiers de police ont reçu une formation spécifique, ainsi que 300 juges et procureurs) ; de budget ( 58.15 millions de $ pour l’année fiscal 2016, et 72.1 pour 2017, avec un budget additionnel de  17.49 millions de $ en 2017 pour le CCCIF (Le centre de commandement pour combattre la pêche illégale), de campagnes menées dans les journaux, télévision, radio, panneaux publicitaires, etc, de lois renforcées dans la répression, il constate que peu sont arrêtés et encore moins condamnés.

 

D’ailleurs, l’organisation Transparency International, qui tente de mesurer les taux de corruption des pays du monde, a rétrogradé la Thaïlande du 76ème rang au 101ème rang parmi les 176 pays évalués en 2016.  Elle peut malgré tout se réjouir d’être à la 5ème place parmi les 10 pays de l’Asean, et au même niveau que les Philippines. ********

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Ce qui n’inaugure pas, vous l’avouerez, un crédit plus important accordé à la junte pour une lutte plus efficace contre les trafics d’êtres humains,  les travailleurs illégaux et la corruption en 2017, non ?

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Notes et références.

*En savoir plus sur

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/05/24/migrants-des-fosses-communes-decouvertes-en-malaisie_4639525_3216.html#BJ1t76zU6jCxAmTK.99

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/actualite/286579-justice-un-general-thailandais-emprisonne-pour-trafic-d-etres-humains

 

Tribune de Genève du 19.07.2017, http://www.tdg.ch/monde/Traite-humaine-le-verdict-tombe/story/15990860

 

**Cf. M.G. avec l’AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 13 juillet 2017

 

*** A185. La junte militaire face aux trafics d’êtres humains en Thaïlande. http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/a185-la-junte-militaire-face-aux-trafics-d-etres-humains-en-thailande.html

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/07/18/des-dizaines-de-milliers-de-migrants-birmans-fuient-la-thailande

 

**** En 2013 : A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html  

 

A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

 

 A.130. La « birmanisation » du sud de la Thaïlande est-elle inéluctable ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a130-la-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-est-elle-ineluctable-120323933.html

 

*****« Le trafic humain en Thaïlande, situation actuelle et défis » de Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff, in « Espace politique, 2014. https://espacepolitique.revues.org/3205

Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?, 8/9/2010 : Des migrations aux circulations transnationales Dossier : Des migrations aux circulations transnationales

Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry, « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières », Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009.

Si vous voulez en savoir davantage sur les Moken, nous conseillons le blog de Jacques Ivanoff : https://mokenalive.wordpress.com/

******Le procès. Cf. Tribune de Genève du 19.07.2017, http://www.tdg.ch/monde/Traite-humaine-le-verdict-tombe/story/15990860 « Un général condamné pour traite d'êtres humains »,Thaïlande. Le général Manas Kongpan, grande figure de l'appareil sécuritaire dans le sud de la Thaïlande, a été reconnu coupable de traite d'êtres humains.

Le Petit journal : http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/actualite/286579-justice-un-general-thailandais-emprisonne-pour-trafic-d-etres-humains

******* Thai Union Frozen Group (TUF)

https://www.greenpeace.fr/greenpeace-devoile-le-visage-sombre-de-lindustrie-de-la-peche-thailandaise/

https://www.greenpeace.fr/victoire-geant-mondial-thon-boite-recule-face-a-pression-citoyenne/

 

Thai Union Frozen Group (TUF), parmi les plus gros conglomérats producteurs de fruit de mers au monde, a annoncé mardi qu’il était sur le point de revoir ses pratiques de pêche pour éviter les conditions de travail abusives et le chalutage excessif, une décision saluée par Greenpeace comme étant un "immense progrès". M.G. avec l’AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 13 juillet 2017 RSE – Le géant Thai Union Frozen s’engage à réformer des pratiques de pêche controversées

******** Transparency International. Pour la Thaïlande, cf. in https://www.transparency.org/country/

L’Indice de perception de la corruption 2016 porte sur les perceptions de corruption dans le secteur public dans 176 pays.

 

Le Danemark et la Nouvelle-Zélande obtiennent les meilleurs résultats avec une note de 90, suivis de près par la Finlande (89) et la Suède (88). Bien qu’aucun pays ne soit exempt de corruption, les pays en haut du classement partagent les caractéristiques suivantes : gouvernement transparent, la liberté de la presse, la garantie des libertés civiles et des systèmes judiciaires indépendants.

 

Pour la dixième année consécutive, la Somalie est le pays le moins performant de l’indice, où elle enregistre cette année une note de 10 seulement. Le Soudan du Sud est en avant dernière position avec une note de 11, précédé de la Corée du Nord (12) et de la Syrie (13). Les pays en bas du classement se caractérisent par une impunité généralisée dans les affaires de corruption, une mauvaise gouvernance et des institutions faibles.

 

Les pays des régions en difficulté, en particulier au Moyen-Orient, ont enregistré les baisses les plus importantes cette année. Le Qatar est le pays qui a perdu le plus de places au classement par rapport à l’indice 2015 avec une baisse de 10 points.

 

 

 

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Partager cet article

Repost0
13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 22:05
A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Après des mois d’accalmie, la rébellion « indépendantiste » musulmane reprend en 2017 avec son lot d’attentats meurtriers. Il nous a semblé intéressant d’examiner si la situation a évolué depuis notre article de 2011 intitulé « Terrorisme ou insurrection séparatiste dans le Sud de la Thaïlande ? »*  qui cherchait à comprendre l’origine de ce conflit pour les uns, de cette guerre pour les autres, qui avait depuis 2004 déjà fait 4.317 morts et 7.135 blessés. (Selon le Bangkok Post).

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Sans refaire tout l’historique de cette région que nous avions entrepris alors,  il faut se rappeler que le 10 mars 1909, le Royaume-Uni et le royaume de Siam signaient un traité, sans aucune représentation malaise, dans lequel le Siam renonçait à ses prétentions sur les États de Kedah, Kelantan, Perlis, et Trengganu, et gardait la souveraineté sur un territoire qui correspondaient aux provinces actuelles de Narathiwat (Manara en malais), Pattani (Patani), Satun (Setul), Songkla (Singgora), et Yala (Jala). La région de Setul, de population à majorité thaïe avait été séparée de l’Etat malais de Kedah.

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

La donne changera à la fin de la deuxième guerre mondiale, où en 1957 une fédération « malaise » deviendra indépendante dans le cadre du Commonwealth et en 1963 s'associera aux colonies britanniques de Singapour, Bornéo du Nord (renommé Sabah) et Sarawak pour former une nouvelle fédération malaise, la Malaisie actuelle. Singapour s’en séparera en 1965 pour devenir une république indépendante.

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Mais la souveraineté acquise par la Thaïlande sur les provinces malaises et musulmanes de Narathiwat, Pattani, Satun,  Songkla et Yala ne transformaient pas ces habitants en de dociles Thaïlandais, parlant le Thaï et se convertissant au bouddhisme. Au contraire, au XXème siècle,  la politique nationaliste menée par les différents gouvernements  s’est traduite par une répression culturelle, voire dans les années 1940 par une tentative d’assimilation forcée qui interdisait les pratiques islamiques et l’usage de la langue yawi.

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Ce fut un  échec et des mouvements séparatistes se formeront, pour en 2004 connaître le début de la violence actuelle. Certes l’ancien premier ministre le général Chavalit Yongchaiyudh (25/11/1996-8/11/1997) avait bien essayé de proposer une zone administrative spéciale pour le Sud, mais celle-ci avait été  refusée par les « nationalistes thaïlandais » qui considèrent toute décentralisation comme le début du séparatisme. Ensuite les méthodes musclées avaient non seulement échouées, mais provoquées un regain de violences.

 

(D’autant que de l’autre côté de la frontière, le sultanat de Kelantan conservait ses valeurs traditionnelles et s’engagera au fil des années vers un fondamentalisme islamique radical jusqu’à ce que son parlement tente d’adopter la charia en 1993, aussitôt invalidée par le Parlement fédéral.)

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

En effet, « Dès son accession au poste de premier ministre en 2001, Thaksin supprime les institutions de dialogue entre thaïs et musulmans. Il accroît le rôle de la police au détriment de celui de l'armée, dont il remplace les dirigeants. Le nationalisme agressif qui accompagne son discours rompt avec les tentatives de dialogue mises en place depuis les années 1990. L'effet de ces politiques est immédiat. La déstructuration des réseaux d'influence de l'armée permet un retour incontrôlé des groupes séparatistes, muselés jusqu'alors. La multiplication des arrestations aveugles et l'utilisation d'une rhétorique agressive à l'encontre des minorités brise la confiance qui avait pu naître entre thaïs bouddhistes et musulmans malais. » (Piotr Kowalczyk, in notre article 245. Les deux gouvernements du lieutenant-colonel Thaksin Shinawatra du 17 février  2001 au coup d’Etat du 19 septembre 2006)  Et au début de 2004 c’est l’escalade ; 93 attaques contre des postes de police, des installations de l’armée, des écoles, etc, qui feront des dizaines de morts. Thaksin proclame la loi martiale le 6 janvier  et répond par la force en utilisant des méthodes expéditives, qui ne feront  qu’intensifier les assassinats, les enlèvements  et les attentats.

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Depuis aucun dialogue constructif n’a pu être établi. Pire, après le coup d'État de septembre 2006, l'insurrection n'a fait que s'intensifier,  malgré le déploiement en 2009 de 30.000 militaires  dans la région.

 

En 2011, un rapport d'un centre de l'OTAN relevait en 2011, 332 actes terroristes en Thaïlande (8ème rang mondial) faisant 292 tués, 660 blessés et 16 personnes enlevées.

 

En  2012, 185 attaques faisaient 171 tués et 674 blessés.

 

En septembre 2013, le bilan était estimé à 5.400 tués. Des négociations étaient en cours en Malaisie, mais n’aboutirent pas.

 

En mars 2014, le bilan annoncé est alors d'environ 6.000 morts (dont 171 membres du corps enseignant).

 

Le 12 août 2016, le « Courrier international » titrait : « Une sécurité renforcée après une série d'attaques à la bombe»

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

« Dans la nuit de jeudi à vendredi, une série de bombes a fait au moins 4 morts et une trentaine de blessés, dont plusieurs étrangers. La junte au pouvoir a donné l’ordre de renforcer la sécurité, sans pour autant connaître l’origine des attaques. « Alors que la nation fêtait l’anniversaire de Sa Majesté la reine », une série de bombes ont explosé dans le pays, notamment dans des zones touristiques, indique le Bangkok Post. Au total, 11 bombes ont explosé dans 5 provinces du sud du pays, faisant 4 morts et au moins une trentaine de blessés, d’après le décompte du journal. Parmi les zones touchées, les stations balnéaires de Hua Hin et Phuket. Par ailleurs, plusieurs incendies ont ravagé des magasins et centre commerciaux. Si les auteurs n’ont pas encore été identifiés, le 1er ministre Prayut Chan-o-cha a déclaré que « ces bombes veulent tenter de créer un climat de chaos et de confusion », dans un  pays qui va « vers la stabilité, une meilleure économie et plus de tourisme ». Pour le Bangkok Post, ce genre d’accusation fait généralement référence aux « partisans de l’ancien 1er ministre Thaksin Shinawatra, actuellement en exil.

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Mais les incidents se sont produits dans des régions anti-Thaksin », où, lors du référendum du 07/08, la population a voté massivement en faveur du nouveau projet de Constitution qui renforce le pouvoir de la junte.

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Le porte-parole de la police a de son côté exclu la piste terroriste, parlant plutôt de « sabotage local ». Le chef de la police a évoqué un lien possible avec le référendum, soulignant que plusieurs attaques dans 7 provinces sont survenues dans les jours qui ont suivi le scrutin, rapporte The Nation. Le 1er ministre « a ordonné le renforcement de la sécurité dans des zones urbaines, des points touristiques et historiques », après les attaques. Selon The Nation, le gouvernement thaïlandais croit qu’ « il est probable que les attaques aient été perpétrées par un réseau » et soient donc liées. »

 

(On relèvera « Le porte-parole de la police a de son côté exclu la piste terroriste » ! )

 

En décembre 2016, nous étions à 6.800 victimes et la situation politique était toujours bloquée alors que des attaques terroristes touchaient pour la première fois des sites touristiques hors du sud du pays.

 

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Et en 2017, la rébellion indépendantiste musulmane reprenait après des mois d’accalmie. La liste des morts s’allonge, parmi lesquelles des soldats, enseignants, élus locaux, collaborateurs locaux des forces de l'ordre, des moines même, des civils, et la situation politique est bloquée ; la junte thaïlandaise refusant de négocier avec le groupe Barisan Revolusi Nasional (BRN), soupçonné d'être derrière la grande majorité des attentats.

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

« Six soldats ont été tués lundi en Thaïlande par l'explosion d'une bombe alors qu'ils patrouillaient dans le sud près de Pattani, une région en proie à un conflit armé séparatiste, a annoncé la police. FP

(http://www.lepetitjournal.com/bangkok) lundi 19 juin 2017 »

 

« Plus de cinquante personnes, dont des enfants, ont été blessées mardi dans l'explosion d'une voiture piégée devant un supermarché dans le sud de la Thaïlande » 09/05/2017 13:54:20 - Pattani (Thaïlande) (AFP)  A l’issue de laquelle « Agissant sous les ordres du premier ministre Prayuth Chan-o-cha, les militaires dans la province de Narathiwat ont fermé six postes de contrôle aux frontières sur la rivière du Kolok, qui marque la délimitation entre la Thaïlande et la Malaisie. »
 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Il n’est pas sûr que l’Etat d’urgence, l’action militaire, la création de milices, de forces de sécurité dans chaque village, l’armement des civils et des instituteurs,  la protection des soldats auprès des fidèles bouddhistes,  soient la solution, pour rétablir la paix entre les deux communautés.

 

La junte et les nationalistes de tout poil, comme les autres gouvernements précédents, ne sont prêts à aucune concession en matière d'autonomie. La situation politique est dans l’impasse et les insurgés armés, dominés par le Barisan Revolusi Nacional (BRN), frapperont de nouveau. Et la liste des morts augmentera.

 

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Mais il est une autre sinistre réalité qui touche le Sud de la Thaïlande : Les trafics d’êtres humains comme les Rohingas et Bangladais  en transit, mais aussi ceux qui touchent de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise, et particulièrement la pêche hauturière. Ce sera le sujet de notre prochain article.

 

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

*En 2011. Article 12 :   Terrorisme ou insurrection séparatiste dans le Sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-12-terrorisme-ou-insurrection-separatiste-dans-le-sud-68166091.html

A 234. QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION  AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ?

Partager cet article

Repost0
28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 09:16
Photographie célèbre d'un membre du Parti du Peuple distribuant un dépliant à la Place Royale le 24 juin 1932

Photographie célèbre d'un membre du Parti du Peuple distribuant un dépliant à la Place Royale le 24 juin 1932

Le samedi 24 juin 2017 marquait le 85ème anniversaire de la « Révolution démocratique » de 1932. Des universitaires, des politiciens et des « militants » ont commémoré cet événement historique avec enthousiasme mais sans participation des autorités.

 

Nous savons que dans la matinée du 24 juin 1932, le « Parti du Peuple » (Khana Ratsadon - คณะราษฎร) qui n’avait de « populaire » que le nom, avait organisé la révolte pour mettre un terme à la monarchie absolue et faire entrer le pays dans l’ère de la démocratie. 85 ans plus tard, la démocratie en Thaïlande est loin d’être une constante de la vie politique face à ce que l’opposition appelle « les élites conservatrices » accusées de n’avoir jamais cessé d'essayer d'annuler cet héritage, ce dont elle voit une éclatante manifestation dans la mystérieuse disparition de la plaque en bronze installée par le « Parti du peuple » à Bangkok, pour commémorer le coup d’état.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Elle avait été installée dans le quartier de Dusit, non loin du Parlement, en 1936 soit quatre ans après le coup d’état qui avait renversé la monarchie absolue, pour instaurer une monarchie constitutionnelle. Elle portait une simple phrase : « C’est ici, dans la matinée du 24 juin 1932 que le parti du peuple a donné naissance à la Constitution pour le progrès de la nation ». Scellée dans la chaussée, elle avait été remplacée par une plaque portant des slogans monarchistes. Ce vol avait alors provoqué une vague de protestations dans les milieux dits « progressistes » sans que le Gouvernement ne manifeste beaucoup de zèle pour ouvrir une enquête. La découverte datait du 6 avril quand un groupe d’étudiants s’était rendu sur place et s’aperçut qu’elle avait été remplacée par une autre plaque, flambant neuve, appelant les Thaïlandais à soutenir le bouddhisme et la monarchie. Les caméras de surveillance de l’endroit, simple hasard, étaient tombées en panne.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Fallait-il y avoir une tentative de négation de l’histoire ou le geste d’un fou puisque quelques temps plus tard un dénommé Wichan Phuwihan s’est dénoncé auprès des autorités qui ont jugé bon de lui faire subir un bilan de santé mentale dont nous attendons le résultat ? Il a en tous cas été dans l’incapacité de dire ce qu’il avait fait de cette relique et qui l’avait remplacée ? 

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Il semble par ailleurs que la nouvelle plaque soit à ce jour restée en place ? Le jour anniversaire du coup d’état, un ancien prisonnier activiste ayant été condamné pour lèse-majesté, Ekachai Hongkangwan, s’est rendu sur le site avec une réplique de la plaque d’origine et un seau de béton et a été arrêté lorsqu'il a essayé de l’'installer. L’affaire s’est terminée pour lui sans trop de mal, 10 heures en garde à vue.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Un autre individu dit « activiste » a aussi été arrêté, le jeune étudiant Rangsiman Rome,

qui anime le groupe pour « la restauration de la démocratie » (กลุ่มฟื้นฟูประชาธิปไตย).

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Il devait organiser une conférence commémorative qu’il a cru devoir baptiser en anglais « Start Up People - Start Up Talk » (ce que nous traduirions plus simplement par « redonnons la voix au peuple ») mais a été brièvement détenu sur la base d’accusations antérieures et la conférence s’est déroulée sans lui. Il a d’ailleurs déclaré que son arrestation avait  été motivée par son intention de demander à la junte de révéler le détail du projet de train Sino-Thaï controversé ce qui nous éloigne un peu du rétablissement de la démocratie ! La conférence s’est tenue le vendredi veille de l’anniversaire à la Faculté de science politique de l'Université Chulalongkorn en présence de nombreux agents de la sécurité en civil. L’entrée était payante, 250 baths, ce qui n’est peut-être pas très démocratique et les tracts distribués écrits partiellement en anglais, ce n’était peut-être pas fait pour attirer le petit peuple de Bangkok ?

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Les autorités avaient autorisé ce séminaire mais auraient invité les organisateurs de l'événement à ne pas parler de la plaque « révolutionnaire » manquante mais ils n’ont fait que ça. Sans que nous connaissions le nombre de participants, selon l’expression thaïe, « il n’y avait pas place pour un éléphant » dans la salle. Les orateurs y ont beaucoup insisté sur la disparition de la plaque, un geste politique selon l’historien Suthachai Yimprasert.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Celui-ci s’est essentiellement attaché à dénoncer les conservateurs hostiles au système électoral parlementaire. Un autre membre du panel, Nattapol Jaijing, qualifié d’ « analyste politique » s’est élevé contre les affirmations condescendantes et plus ou moins récurrentes selon lesquelles les Siamois de 1932 n’étaient pas – faute d’éducation suffisante – mûrs pour la démocratie.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

On a aussi évoqué le souvenir de députés «  historiques » de la première assemblée élue, Son Wongto, député de Chainat, et Thanin Chaiyakan, député d'Ubon Ratchatani, insistant surtout sur le caractère archaïque de l’ancien régime. Yukiang Thongnongya, député de Kanchanaburi, dont on rappelle qu’il avait suggéré en 1933 la construction d’un « grand barrage de cascade » qui ne fut construit qu’en 1973. Manun Borisut, député de Suphan Buri, avait proposé un système de droit administratif afin que les fonctionnaires prévaricateurs puissent être traduits en justice. La Juridiction administrative en Thaïlande n'a été créée qu'en 1999.

 

En un mot comme en mille, « Que la république était belle sous l’Empire ».

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Ceci dit, nous avons bien assez parlé de la situation politique au Siam pour être enclins à un léger sourire lorsque les participants à cette réunion appelaient « Révolution démocratique » ce qui ne fut qu’un coup d’état militaire, ni le pire, ni le premier ni le dernier, même s’il a marqué en profondeur l’évolution constitutionnelle de la Thaïlande vers une hypothétique démocratie et conduit à la promulgation d’une première constitution écrite, première d’une longue liste.

 

La disparition de cette modeste plaque de bronze installée de façon confidentielle et inconnue de tous, qu’elle soit l’œuvre d’un malade mental ou d’un groupuscule activiste ne parait toutefois pas devoir faire l’objet d’un scandale national d’amplitude même si elle est lourd de symbole. Il subsiste, autrement plus spectaculaire et plus lourd de symboles encore, le monument de la démocratie qui célèbre la « victoire du peuple » le 24 juin 1932. Nous en avons longuement parlé (1).

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Ces précisions – en dehors de nos conclusions - ont été puisées dans le site Internet d’information quotidien du journal en ligne Prachathai (ประชาไท) ouvertement hostile au gouvernement en place. Son animatrice, Chiranuch Premchaiporn, a payé à de multiples reprises le prix de son impertinence par des condamnations pour lèse-majesté.

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Il est suivi par près de 240.000 personnes, trois fois plus que les deux quotidiens « qu’il faut avoir lu quand on appartient à l’élite  », le Bangkok Post et The Nation.

 

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

(1) http://www.alainbernardenthailande.com/2015/12/a-205-le-monument-de-la-democratie-le-mal-nomme.html

A 230 - L’ANNIVERSAIRE PRESQUE INAPERÇU DU COUP D’ÉTAT DU 24 JUIN 1932.

Partager cet article

Repost0