Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 03:01

 DSC00642ห้วยเม็ก Huaymek est un petit amphoe situé à l’extrême ouest de la province de Kalasin, au mileu des rizières et des champs de canne à sucre, 9 tambon, 80 petits villages pour une population totale de moins de 50.000 habitants.

Le tambon de Huaymek proprement dit comprend 12 petits villages pour une population de 9.000 habitants environ. Il est, à vol d’oiseau, à 35 kilomètres de Kalasin et à 60 de Khonkaen. Vous ne le trouverez sur aucun guide touristique, mais il présente le charme de tous ces petits villages assoupis de notre Isan.


DSC00825

 

Les " attractions touristiques " les plus proches, ce sont d’abord bien sûr le Musée des dinosaures (Sirindhorn museum - พิพิธภัณฑ์ไดโนเสาร์สิรินธร) de Sahatasakan (สหัสขันธ์)

 

 

DSC00800

 

dont Tida, l’épouse de notre ami paléontologue Romain Liard est l’une des géologues. La construction du magnifique pont de Thépsuda (สะพานเทพสุดา)

 

DSC01242

 

sur une branche du grand lac artificiel Lampaodam, (ลำเปาดำ) nous en facilite l’accès (une cinquantaine de kilomètres). Les dimanche et jours fériés, les habitants se retrouvent volontiers sur la plage aménagée au sud du lac à une quarantaine de kilomètres, Hatdokkét (หาดดอกเกด).

 

DSC03423

 

Citons encore pour les pieux bouddhistes et les amateurs d’antiquité le djedi (phrathat) Ya khu (พระธาตุยาคู), vestige de l’ère Dvaravati, situé à une quarantaine de kilomètres sur le territoire de Kamalasaï (กมลาไสย).

 

DSC00269

 

S’agissant d’un « phrathat », ce n’est pas un vestige ordinaire puisqu’il contient des reliques de Bouddha. Il existe enfin un lieu de pèlerinage vénéré et non encore dépravé par les « marchands du temple » la fontaine miraculeuse de Sakdisit, (บ่อน้ำศักดิ์สิทธ์) ce qui signifie tout simplement « le puit sacré » à une quinzaine de kilomètres de l’amphoe, à proximité du village de Ban krabak (บ้านกระบาก).

 

SC00589

 

Les dévots viennent « boire à la fontaine et s’y laver », comme à Lourdes, ils sont de plus en plus nombreux mais les lieux sont encore (pour combien de temps ?) dans la même état de simplicité que devait être Lourdes en 1859.

N’ayons enfin garde d’oublier ce que nous considérons comme l’un des plus beaux temples de la région, pratiquement inconnu de tous les guides anglo ou francophones, le Wat Phuthanimit


186027DSC 0162

 

(วัดพุทธนิมิต) appelé aussi Wat phoukhao (วัดภูค่าว) situé à une vingtaine de kilomètres de Sahatasakan et pour les coquets et les coquettes Banphon (บ้านโพน), village de la soie où de nombreux artisans proposent de la belle marchandise… même s’il faut un peu chercher.

DSC00137

 

Notons, pour en terminer que le village (ห้วย huay, c’est un ruisseau) titre son nom du เม็ก (mek), « syzigium gratum », un grand arbre qui pousse volontiers au bord des champs, dont les feuilles ont des vertus médicinales et le fruits sont comestibles.

 

ดาวน์โหลด

 

La découverte !


Le samedi 28 juin toutefois, une nouvelle retentissante va sortit le village de sa torpeur tropicale. Nous y apprenons que le matin, le propriétaire d’un champ au milieu des rizières y avait déterré de « gros os » (กระดูกใหญ่) et que, s’agissant probablement de dinosaures, les autorités avaient fait arrêter le chantier.

 

 DSC00818

 

Nous nous précipitons sur les lieux, tout le village était là et ne parlait que de dinosaures, nous prenons quelques photos et les envoyons en fin d’après midi à Romain pour avis. Sur photographies, évidemment, son diagnostic est réservé. Le dimanche, les lieux sont déjà aménagés mais la découverte d’une molaire démontre clairement que c’est une dent d’éléphant


DSC00860

 

 

et non pas de dinosaure !

 

 

DENT.jpg

 

Romain, son épouse et leurs collaboratrices et collaborateurs du musée sont présents sur les lieux le lundi au petit matin. Le lendemain le site était recouvert et protégé par une pancarte comminatoire rappelant qu’il s’agit d’un « site ancien » sur lequel il est interdit de fouiller.

 

DSC00865

 

Alors, Romain, éléphant ou tyrannosaure ? Laissons lui donc la parole :


« Quel est la différence entre un tibia d'éléphant et un tibia de tyrannosaure ?

Lorsqu'on choisit d’étudier la paléontologie, science qui étudie les restes d'animaux du passé, c'est une question que l'on se voit poser assez fréquemment. Je me souviens qu'en 2007, lors de l'inauguration du Musée de Kalasin par la princesse Sirindhorn, l'on m'avait demandé de mettre un place une table d'exposition présentant succintement les différences anatomiques entre un éléphant et un dinosaure. Je ne me doutais pas alors que quelques années plus tard ces compétence acquises au laboratoire me serviraient à expertiser un squelette découvert au fond d'un rizière : « Quel est la différence entre un tibia d'éléphant et un tibia de tyrannosaure? » Voila en gros la nature de la question posée par l'un des mes historiens locaux favoris et qui accompagnait des photos d'un spécimen visiblement fossile fraîchement découvert au sein de son village. Je me dois d’être honnête et confesser qu'une première observation de ces photos laissait planer un certain doute quant à la nature des os. Bernard eut tôt fait de m'expliquer le contexte de la découverte et par là-même de dissiper mes doutes : ce n’était pas des couches mésozoïques et certainement pas du dinosaure (j'y reviendrais par la suite). Un reste de méchoui géant a base de bovidés ? Les photos de dents publiées le dimanche après midi sur la page Facebook de Live Kalasin nous permit de découvrir la nature du spécimen :

l'on avait affaire à un éléphant.

Le lendemain donc, direction Huai Mek avec un chauffeur, les géologues du musée et une petite bande d’étudiants. Un court arrêt au poste de police pour signaler notre arrivée et rejoindre Bernard, notre guide local et nous voilà partis enquêter.

Le site étant inondé lors de notre passage nous ne verrons pas grand chose mais un détail va de suite attirer mon attention : des morceaux de céramique dans la boue autour du spécimen.

 

DSC00848

 

La présence de poterie associées à un spécimen articulé n'est pas anodine puisque la plupart du temps cela dénote une sépulture. Une sépulture associée à un éléphant ? A ma connaissance rien dans la littérature ne laisse entrevoir que de telles sépultures aient un jour existé ? L'inhumation de Gaur, « Bos gaurus », (1) en compagnie de leur propriétaire est avérée en Asie du Sud- est et notamment en Thaïlande. Pour un éléphant cela paraît douteux compte tenu du symbole que représente un tel animal. Un éléphant de guerre tué durant une bataille et enterrée avec son chef de guerre ? Je divague bien sûr car nous ne pourrons pas en savoir plus sans une fouille détaillée du site.


La suite des événements appartient donc au Département des Beaux Arts qui en Thaïlande est le seul organisme habilité a menés des fouilles archéologiques, quelle soient programmées ou de sauvetage. La première étape consistera probablement en une fouille diagnostique qui permettra de connaître la nature du site et l'ampleur de la fouille à prévoir.  En attendant si jamais vous trouvez un os long dans votre jardin ou votre rizière, avant de crier au dinosaure, rappeler vous ceci :


- Premièrement on ne peut trouver du dinosaure que dans une zone contenant des roches dites "mésozoïque" c'est à dire correspondant à la période durant laquelle les dinosaures ont vécus sur Terre. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est finalement assez courant et étendue comme « zone », surtout en Isan.


- ensuite ces roches doivent être « continentales » c'est à dire quelles doivent s'être formées sur les continents de l'époque à partir des sédiments de l'érosion et ne pas être des dépôts de fonds marins d'époque (aucun dinosaure ne s'étant adapté à la vie marine). Ce type de roche est déjà plus rare.


- finalement, et c'est le point de cette affaire, on ne peut trouver du dinosaure que dans des zones à élévations moyenne voir fortes car il faut que l'érosion actuelle puisse mettre à jour de vaste zone rocheuse afin de simplement  « voir » le fossile.


Un peu partout en Isan les deux premiers points apparaissent clairement sur les cartes géologiques. Le troisième point lui est beaucoup plus localisé puisqu'en dehors des zones montagneuses et des collines témoins du relief passé, point d'affleurement propice à la découverte.


Revenons pour le coup sur l'histoire géologique qui explique un peu la spécificité de notre région.


Dés le Trias (2) l'Isan était un micro-continent perdu au milieu de la Téthys (3)

 

Thétis

 

mais lié à la Chine du sud. Bref une grosse île à très faible élévation globale mais avec possibilité d’une chaîne de montagne située quelque part et alimentant un vaste réseau fluvial. La pénétration de l'inde au milieu du continent eurasiatique a mis fin à cette isolation et a aggloméré tout un tas de micro-continents qui dérivaient vaguement. L'Isan s'est alors trouvé séparé de la Chine via une faille que suit aujourd'hui la rivière rouge, et s'est retrouvé par la même en position élevée (entre 100 et 200 m au-dessus du niveau de la mer). Cette position a donné au passage ce climat si particulier et ce biome (écorégion) de savane tropicale assez propices à la recherche de fossile (précipitation condensée sur une courte période de l'année, humidité réduite en milieu tropical). On remarquera aussi l'influence de l''homme qui s'est chargé au passage de la déforestation malheureusement nécessaire pour mettre à jour la roche contenant les fossiles.


J'aimerais rajouter un dernier point : cette histoire est due au fait qu'en Thaïlande la diffusion fut faite à grande échelle dés les premières découvertes et continue encore aujourd'hui, notamment grâce aux medias et aux musées. Tous le monde en Isan à déjà entendu parler de ce patrimoine et se montre intéressé par la question, à un moment ou à un autre, de prés ou de loin.


Cette découverte, triste ou pathétique pour ceux qui pensaient déjà à la découverte d’un « huaymekosaure » concurrençant le « phuwiangosaure », reste toutefois pour nous chercheurs une vraie richesse. En France, si l'on demande à un Audois ou un Montpelliérain où se trouvent les dinosaures, il y a de grande chance qu'il nous explique qu'après l’âge de 8 ans nous sommes censés nous intéresser à autre chose. Et pourtant tout comme en Isan, il marche dessus...


***

Merci à Romain de ces explications qui nous sont données en langage accessible aux néophytes que nous sommes. C’est un talent que ne partagent pas tous les spécialistes.


Bravo surtout d’avoir déniché au milieu de ce champ de boue dans lequel nous pataugions le 30 juin,

 

DSC00850

 

 

ces morceaux de céramiques qui établissement que nous ne sommes probablement pas en présence d’un cimetière de dinosaures mais d’un site archéologique ou historique sur lequel les découvertes restent à faire.

 

Si lui, son épouse et leurs collaborateurs n’avaient pas été là, qui aurait accordé la moindre attention à cette vaisselle cassée ?

***

Dernières observation ? Cimetière d’éléphant ? Quelques vieux du village ont souvenir de l’ancien propriétaire de ce champs, mort depuis longtemps, qui aurait découvert il y a « soixante-dix ou quatre-vingt ans » au même endroit des ossements d’éléphants ? A l’époque, on ignorait évidemment à Huaymek ce qu’était un dinosaure.

***

 

Les paléontologues ont laissé la place aux archéologues qui étaient à pied d'oeuvre dès le lundi 7 juillet.


DSC00899

 

Notons que les habitants du village organisent une surveillance officieuse en sus de la police pour éviter un éventuel pillage. 

Le lendemain, 8 juillet,  en fin de journée l'ossuaire est bien dégagé : 

 

DSC00902-copie-1

 

Le lendemain 9 juillet, les fouilles continuent sous la surveillance d'un jeune responsable :

 

DSC00906

 

Le 10 juillet, dernier jour de fouilles, le soi un pick-up emporte les ossements, à Kalasin avons-nous cru comprendre ?


DSC00917

 

Le 11 juillet au lever du jour, le site était propre comme un sous neuf, toujours protégé par son auvent et le panneau rappelant qu'il s'agit d'un "site ancien" quil est interdit de fouiller. L'affaire est évidemment à suivre.   


 DSC00932.JPG

 

------------------------------------------------------------------------

 

 

Sans titre-1(1) กระทิง  (krathing) c’est le plus grand bovin d’Asie-du-sud-est, il n’en subsisterait plus en Thaïlande à l’état sauvage qu’une centaine d’individus probablement métissés d’espèces domestiques. Il en existe au moins un … en France (nous semble-t-il) mais naturalisé, au magnifique Muséum d’histoire naturelle de Bourges ! Voir notre article « A 93. Une chasse au buffle dans la région de Kalasin en Thaïlande ».


(2) 200 ou 250 millions d’années.


(3) La Thétis était un océan existant à l’époque du trias.

 

 

Pieds-nickeles-01-03copie.jpg

Partager cet article

Repost0
13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 03:02

Bateau.jpgPour copier un titre du journal Le Monde.fr., qui reprend une enquête du journal britannique Le Guardian publié le 10 juin 2014, nous informant que  « Les crevettes (thaïlandaises) vendues dans les plus grands supermarchés américains et européens sont nourries de poissons pêchés par des migrants réduits en esclavage. »

« Le Guardian a recueilli les témoignages de plusieurs d'entre eux qui décrivent les conditions inhumaines dans lesquelles ils travaillent. Drogués, torturés, ils racontent comment ils ont été capturés puis vendus pour quelques centaines d'euros aux capitaines des bateaux qui fournissent les fermes de crevettes en poisson. L'un d'eux dit avoir vu entre quinze et vingt personnes tuées sous ses  yeux. » http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/06/11/l-arriere-gout-d-esclavage-de-la-crevette-thailandaise_4436055_3216.html  

                                               -----------------------------------------

Nous avions déjà traité ce sujet et dénoncé ces nouvelles formes d’’esclavage. Nous ne pouvons que vous inviter à le lire ou le relire : A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais. (Dimanche 22 septembre 2013) http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html

 

                                                       ____________________________________

L’article du quotidien britannique : “Revealed: Asian slave labour producing prawns for supermarkets in US, UK” http://www.theguardian.com/global-development/2014/jun/10/supermarket-prawns-thailand-produced-slave-labour

 

 

 180426 des-birmans-travaillant-sur-un-bateau-de-peche-le-1e

Partager cet article

Repost0
29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 03:05

logoDepuis décembre 2013, la Thaïlande est en train de vivre une crise politique profonde de son histoire  avec des conséquences économiques importantes. Une nouvelle crise dont l’issue est incertaine.

Une crise « particulière » dans un pays  qui a connu depuis 1932, 18 coups d’Etats, 18 constitutions, 33 premiers ministres; une vie politique dirigée par les militaires pendant plus de 50 ans, animée par les klum,  les achats de vote, les tueurs à gage* …  Une démocratie singulière, disions-nous ! (Cf. notre article du 9 décembre 2011, intitulé « Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.»)**


Nous ne pouvions pas prévoir qu’un leader du parti démocrate, ex-vice-premier ministre, Suthep Thaugsuban,

 

SUTHEP

 

soutenu par le PDRC, la base électorale démocrate du Sud, des milieux d’affaires, l’establishment monarchiste, une partie de la classe moyenne et la classe supérieure de Bangkok et des dizaines de milliers de personnes,  allaient « manifester » dans Bangkok depuis décembre 2013, en exigeant les départs du pays du 1er ministre Yingluck Shinawatra et du clan Thaksin

 

clan thaksin

 

(frère et ancien premier ministre, destitué par le coup d’Etat militaire du 19 septembre 2006 et en fuite après une condamnation pénale),  en proclamant le refus du principe démocratique perçu comme un vieux principe occidental, « un homme, une voix » contre une« démocratie absolue sous la monarchie constitutionnelle », et en exigeant la nomination d’un« Conseil du peuple », approuvé par le roi, et fondé sur l’histoire de la nation.(sic)


Bien que sous le coup de multiples chefs d’inculpation, Suthep, toujours libre,  avait, avec ses partisans, la satisfaction d’apprendre le  7 mai 2014, la destitution du 1er ministre Yingluck Shinawatra


destitution

 

 

ainsi que neuf  de ses ministres par la Cour constitutionnelle, au terme d'une procédure ouverte pour « abus de pouvoir » à l’encontre du directeur du Conseil de sécurité nationale qui avait été évincé et remplacé par un proche de la 1ère ministre.


La Commission électorale, quant à elle, avait déjà invalidé le 21 mars les élections législatives du 2 février dernier, gagnées par la 1ère ministre et son parti, au motif principal qu’elles n’ont pu être organisées sur l’ensemble du territoire en une seule journée comme le stipule la constitution thaïlandaise. (Ces dernières ayant été boycottées par les manifestants anti-gouvernementaux qui ont également empêché l’acheminement des bulletins dans 10% des bureaux de votes.)


Et la Commission nationale anti-corruptionest sur le point de juger l’ex- 1ère ministre. Elle aurait, selon les accusations, validé un programme d'aides aux riziculteurs marqué par la corruption et l'incurie, provoquant notamment l'accumulation de stocks invendable. Elle risque entre autre une inéligibilité de 5 ans.


Autant dire que la Cour constitutionnelle et les deux Commissions électorale et anti-corruption sont en train de mettre le gouvernement actuel dans une situation « critique »  qui amènent de nombreux observateurs étrangers et surtout les « chemises rouges » et la majorité  électorale du gouvernement,  à se demander si ces commissions  ne seraient pas quelque peu partiales, voire ne seraient pas en train d’accomplir un  « coup d’Etat judiciaire ».


Nous avions déjà dans notre article du 9 décembre 2011 (A50**) évoqué le coup d’Etat du 19 septembre 2006 », et  la 18ème constitution présentée par la junte militaire et approuvée par un référendum (pour la 1ère fois)  le 19 août 2007 avec 58,34 % des suffrages et un taux de participation de 55 %.

« La junte espérait ainsi contrôler et gagner les élections législatives du  23 décembre 2007, d’autant plus que la Cour constitutionnelle avait dissous  le TRT,

 

TRT

le parti de leurs opposants et interdit à 111 de leurs dirigeants  toute activité politique pendant  5 ans. Mais leur nouveau parti, le Power People Party (PPP)  remportait  les élections avec 48,5 % des sièges. Leur leader, Samak Sundaravej, devenait le nouveau Premier ministre le 28 janvier 2008, et  constituait un gouvernement de coalition «pro-Thaksin». »


On vit alors de nouveau la Cour Constitutionnelle intervenir dans le jeu politique.


Le 1er ministre Samak

 

SAMAK

 

fut contraint de démissionner en octobre 2008 après 7 mois de pouvoir. Il avait commis le «  crime » de présenter une  émission de télévision sur la ………..cuisine, mais rémunéré !!!

 

Samak cuisine

 

Son successeur Somchai Wongsawat (le beau-frère de Thaksin), 1er ministre le 18 septembre voyait les trois partis de sa coalition gouvernementale ( le Palang Prachachon (PPP), réincarnation du Thai Rak Thai, et de deux autres petits partis Chart Thai et Matchima) dissous le 2 décembre également par la Cour Constitutionnelle, pour fraude électorale.


Ce jugement sera considéré par la majorité dissoute comme un coup d’Etat judiciaire, et amènera directement aux manifestations durement réprimées de 2010 qui ont fait plus de 90 morts et près de 2.000 blessés. *** (Cf. nos articles A124 et 125 sur les chemises rouges)


Son successeur Chaoarat devait céder sa place, après un renversement de majorité 13 jours plus tard et voyait Abhisit du parti démocrate gouverner du 15/12/ 2008, jusqu’aux  ……………élections législatives du 3 juillet 2011, où le Pheu Thai (Parti pour les Thaï), dirigé depuis le 16 mai par Yingluck Shinawatra, sœur cadette de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, l'emportait par une majorité absolue de 265 sièges (sur 500). 

 

ABHISIT


Le Parti démocrate avait reconnu sa défaite et l'armée avait déclaré accepter le choix des urnes.


Mais depuis décembre 2013, nous l’avons dit, Suthep Thaugsuban, soutenu par le PDRC et des dizaines de milliers de manifestants, sont dans les rues de Bangkok pour « exiger » un gouvernement nommé (par qui ?), le refus des élections démocratiques, et l’expulsion hors du pays de la 1ère ministre et de la famille Shinawatra. Et le  7 mai  2014, la Cour constitutionnelle destituait la 1ère ministre ainsi que neuf  de ses ministres pour « abus de pouvoir ».


 constitutional-court-1-wpcf 728x413


L'affaire concerne l'éviction du patron du Conseil de sécurité nationale après l'arrivée au pouvoir de Yingluck Shinawatra en 2011. Celui-ci a réintégré depuis ses fonctions sur ordre du tribunal administratif. Se basant sur cette décision, un groupe de sénateurs, assurant que le transfert initial avait été fait au bénéfice du parti Pheu Thai au pouvoir, a déposé un recours devant la Cour constitutionnelle. "Les juges ont décidé à l'unanimité que Yingluck Shinawatra avait abusé de son statut de Premier ministre", pour effectuer un transfert "illégal" et à son propre "bénéfice", a souligné Charoon, au lendemain du témoignage de Mme Shinawatra, qui avait clamé son innocence. La Cour a en revanche refusé de nommer un nouveau Premier ministre, notant qu'elle n'était "pas autorisée" à le faire.****

 

La Cour contitutionnelle est-elle partisane ?

 

titre

 

Il faut d’abord rappeler que la constitution de 2007  a été approuvée le 19 août 2007, par 58,4 % des Thaïlandais lors du 1er référendum de l’histoire du pays.


La constitution comprend 15 chapitres et 309 sections (env. 120 pages) ; La partie réservée à la Cour constitutionnelle est définie en son chapitre 10, part 2, et comprend 14 sections (204 à 217) ; autant dire qu’on ne peut ici en donner tous les éléments, concernant la nomination, la composition, les fonctions, les pouvoirs, les devoirs, les procédures de cette Cour. (Pour en savoir plus, cf. http://www.asianlii.org/th/legis/co, et http://www.ect.go.th/english/)


Les principaux autres organes constituionnels sont la Commission électorale, la Commission de la lutte contre la corruption  et la Commission Nationale des droits de l’Homme (Son principal objectif est d’examiner et de rapporter des actes contraires à la législation sur les droits de l’Homme.)

La Cour Constitutionnelle comprend 1 président et 8 juges nommés par le Roi pour 9 ans après l’avis du Sénat.  3 juges sont issus de la Cour Suprême de Justice, 2 juges de la Cour Suprême administrative, 2 sont des experts juridiques et 2 sont des experts en sciences politiques et d’administration publique reconnus.


Ces quatre derniers sont choisis par le Comité sélectif composé des autres juges de la Cour constitutionnelle, les présidents de la majorité à la Chambre et des minorités, et le président de l'organisation indépendante constitutionnelles. Le Sénat approuve ensuite la nomination et le Roi les nomme officiellement à la Cour. (Cf. http://www.constitutionnet.org/fr/country/constitutional-history-thailand)


Elle est chargée d'examiner la constitutionnalité des décisions parlementaires, des décrets royaux, des propositions de lois, ainsi que de la nomination de certains hauts fonctionnaires et des questions concernant les partis politiques du pays.


Mais en fait, la Cour décide ce qui relève ou non de sa compétence. Elle a tout pouvoir d’accepter ou de refuser une requête provenant d’un groupe ou d’une personne privée. Ses décisions sont définitives et s’imposent à tous les organes constitutionnels. (Cf. http://www.asianlii.org/th/legis/const/2007/1.html#C10P02)

 

La Cour constitutionnelle peut également reconsidérer une requête refusée, si elle dispose d’éléments nouveaux.


Ainsi par exemple, la Cour constitutionnelle avait annoncé le 12 février son refus d'examiner la requête de l'opposition d'invalider les législatives controversées du 2 février perturbées par les manifestants qui réclamaient la chute du gouvernement, en déclarant dans un communiqué qu'il n'y avait "pas des bases suffisantes" pour accepter cette demande déposée par l'avocat du Parti démocrate, (principale formation de l'opposition, qui a boycotté ce scrutin), pour décider de les annuler le vendredi 21 mars jugeant que les élections n'avaient pu avoir lieu simultanément sur tout le territoire en raison de manifestations et de perturbations, contrairement  à la constitution.


Il est vrai que si le vote du 2 février avait été remporté par le parti Pheu Thai de la Première ministre, Yingluck Shinawatra, les bureaux de vote étaient dans l’impossibilité de s’ouvrir dans près d'une circonscription sur cinq, ce qui n'avait pas permis d'atteindre le quorum à la Chambre des représentants.


Alors la Cour constitutionnelle  est-elle une juridiction partisane ?


Certes le parti gouvernemental Pheu Thai a protesté contre le jugement de la Cour constitutionnelle. Certes, on trouvera de nombreux articles de journalistes critiquant les décisions partisanes de la Cour Constitutionnelle, ou même des professeurs de droit thaïlandais du groupe Nitarat par exemple, qui avaient déjà en 2012 « exigé la dissolution de la Cour Constitutionnelle », et voulaient modifier la Constitution actuelle. Mais disions-nous,  « S’esbaudir devant un professeur de droit public qui commente des décisions de la plus haute juridiction, revient à tomber en admiration devant un paysan Isan parce qu’il repique son riz »  (Cf. nos articles A69.  Vous connaissez le groupe Nitirat de Thaïlande ? et A70. Le groupe Nitarat  est sauvé.  Noam Chomsky vient à son secours.) Peut-être étions-nous sévères ?


Vishnou Warunyou, un professeur de droit constitutionnel de l’Université de Thammasat de Bangkok, signale à juste titre dans un entretien, que « la judicialisation de la vie politique entraîne inéluctablement la politisation de la justice ». On n’avait jamais tant fait appel aux juges auparavant, précise-t-il, pour intervenir dans la politique.


En attendant, on peut remarquer que les 3 premiers ministres destitués et les différents députés pro-Thaksin démis et rendus inéligibles pour 5 ans, touchés par les décisions de la Cour Constitutionnelle depuis 2007, les ont toutes acceptées.


Avaient-ils le choix ?


La Cour constitutionnelle s’est arrogé de fait tous les pouvoirs et bloque toute révision par les élus du peuple. Le parti majoritaire, le Pheu Thai, conformément à une promesse électorale  a tenté de proposer une modification de la Constitution visant à modifier le statut des sénateurs afin qu’ils soient tous élus au suffrage universel.


Il faut se rappeler que le Sénat de Thaïlande

 

senat

 

dispose d'un pouvoir de veto absolu face à toute réforme du cadre institutionnel fondamental (révision constitutionnelle ou adoption des lois organiques), et que sur 150 sénateurs, 74 ont été nommés par la Commission de sélection des sénateurs. (Cette dernière est composée du président de la Cour constitutionnelle, du président de la commission électorale, du Médiateur, du président de la Commission nationale de lutte contre la corruption, du président de la Cour des comptes, d'un membre de la Cour suprême et d'un membre de la Cour administrative suprême.)

 

L’opposition et un groupe de sénateurs ont saisi la Cour constitutionnelle, qui a condamné les 308 députés et sénateurs qui ont pris part au projet  au motif « qu’ils se seraient comportés de manière à s’approprier le pouvoir politique par des moyens contraires à la Constitution » » (Warunyou). Fort de cette « victoire » la même opposition a porté « l’affaire » devant la Commission nationale anti-corruption. Ces 308 députés et sénateurs de la majorité encourent une peine d’emprisonnement de un à 10 ans.

 

Après la 1ère ministre et 9 ministres, la prochaine étape ?


La constitution de 2007 a ainsi bien « cadenassé » toute tentative de réforme institutionnelle. Les sénateurs, nommés ou élus, exerçant un mandat de 6 ans à partir de la dernière élection qui  a eu lieu le 12 avril 2011, et sont en poste jusqu’en 2017, enfin dans la considération d’un cadre légal maintenu. Et la Cour constitutionnelle a rappelé maintes fois qu’une modification de la présente constitution ne peut être modifiée ou changée que par un autre référendum similaire … ou, pourrait-on rajouter,  par un nouveau coup d’Etat ?


La Cour constitutionnelle depuis 2007, a déjà limogé trois 1er ministres de la majorité actuelle, 9 ministres, interdit à 111 de leurs dirigeants  toute activité politique pendant  5 ans, dissous trois partis politiques. La Commission nationale anti-corruption va (peut ?) juger l’ex-première ministre Yingluck, ainsi que 308 députés et sénateurs de la majorité.

 

Alors partiale la Cour constitutionnelle ? La Commission nationale anti-corruption ?


La réponse dépendra  certainement du bord politique auquel on appartient, mais on peut néanmoins s’interroger sur une Constitution que les élus du peuple n’ont pas le droit de réviser, du moins dans un état démocratique.

 

Vous avez dit « démocratie » ?


 democratie

 

Nota. Il est par contre une Commission inscrite dans la Constitution qu’on n’entend peu. Il s’agit de la Commission Nationale des droits de l’Homme dont le  principal objectif est, il est vrai,  d’examiner et de rapporter des actes contraires à la législation sur les droits de l’Homme.

 

fin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous avez deviné que cet article a été écrit avant le 22 mai 2014, jour du 19 ème coup d'Etat.

 

 

 

 


------------------------------------------------------------------------

 

Notes.

 

*Article 26 : « Elections en juillet 2011 ! Soyons rassurés : les tueurs à gage seront surveillés. »


« Les électeurs peuvent être rassurés. Les généraux en chef ont promis de ne pas faire de coup d’Etat. La police a promis de suivre les 50 tueurs à gage, qui d’habitude, vont commettre des assassinats politiques. […]« La Division de Répression du Crime (CSD) a été priée de suivre de près des tueurs à gage qui pourraient être engagés à l'approche des élections pour éliminer des rivaux politiques, rapportait hier le Bangkok Post. Près de 50 tueurs, souvent employés par des politiques ou des personnes d'influence pour éliminer leurs rivaux, sont sur la liste noire de la CSD, a indiqué Supisan Pakdinaruenart à la tête de ce service. »

 

**A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

*** S’appuyant sur un excellent article de Jean Baffie, Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale, in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011. Nous précisions alors que cet article de 60 pages (pp.139-200) proposait une analyse de fond et dépassait infiniment les quelques clés que nous avions cru y déceler.


***Eugénie Mérieau, Les Chemises rouges de Thaïlande, Carnet de l’Irasec / Occasional Paper n° 23. ISBN 978-616-7571-16-4, juillet 2013.Nos articles A124 et 125 «  Les chemises rouges de Thaïlande. »    http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.htmlhttp://www.alainbernardenthailande.com/article-a125-les-chemises-rouges-de-thailande-2-119590962.html


****Les juges de la Cour suprême ont été élus pour 9 ans depuis le 27 juin 2008 soit jusqu’en 2017. Le Président est M. Charoon Intachan, et les 8 juges sont : M. Jaran Pukditanakul,

 

JARAN

 

M. Chalermpon, M. Ake-uru, M. Nurak Marpraneet, M. Boonsong Kulbupar, M. Suphot Khaimuk, M. Udomsak Nitimontree, M. Taweekiat Meenakanist. (Chut Chonlavorn a démissionné en 2011 et  Wasan Soypisudh en 2013.

En mai 2014, M. Nurak Marpraneet a été élu le nouveau président de la Cour en remplacement de M. Charoon Intachan, atteint par la limite d'âge (70 ans).


Nota. Il faudrait connaître le parcours de chacun pour mesurer leur degré d’implication dans la vie politique du pays. Autant avouer ici notre impuissance.

 

  _________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Partager cet article

Repost0
16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 04:02

TitreA la fin de l’article intitulé « Thaïlande, Aux origines d’une crise » (A1) que nous republions ci-dessous, nous écrivions :

 

« Mais ce que beaucoup n’ont pas encore vu, c’est qu’on est en train d’assister à une véritable « révolution » politique, culturelle et sociale, qui a brisé le consensus, la Thaïness, le statut-quo... et dont on a du mal à prévoir les bouleversements. »

 

Nous ne pouvions prévoir qu’elle prendrait la forme pour le moins antidémocratique de la crise actuelle qui secoue Bangkok et le pays depuis bientôt deux mois, et dont personne en ce début d’année 2014 ne peut  prédire l’issue.

 

                  ________________________

 

4éme et derniére republication en ce début d'année 2014. Nous reprendrons ensuite "notre" histoire de la Thaïlande.


A1.  « Thaïlande, Aux origines d’une crise ». 

 

Ce numéro des carnets de l’IRASEC* intitulé « Thaïlande, Aux origines d’une crise »,  

 

livre

 

nous a permis de mieux comprendre la crise profonde que traverse la Thaïlande en rappelant que derrière le « combat» entre les « rouges » et les « jaunes » ou plus récemment, les «événements sanglants » d'avril et l’occupation du centre économique et commercial de la capitale se profilait une «révolution  politique et sociale» qui remettait en cause fondamentalement le pouvoir politique et économique mis en place par les élites urbaines depuis les années 60 et «habillé » par l'idéologie de la Thaïness, qui définit ce qui est thaïlandais et ce qui ne l’est pas.

 

Ils nous a permis de mieux comprendre comment Thaksin

 

Thaksin

(et parfois malgré lui) et « l’ère Thaksin » avaient contribué à rendre obsolète ce verrou idéologique qui imposait le silence aux « paysans » du Nord et du Nord-Est et aider à leur prise de conscience de leur force politique et de leur désir légitime de participer au « pouvoir », de mieux bénéficier de la croissance et de ne plus être considérés comme des citoyens de seconde zone ou seulement un vivier de voix faciles à acheter.


Ce carnet décrit également la multiplicité des forces en présence
, l’Armée avec ses luttes internes, le gouvernement et ses coalitions, le Conseil du Roi... et de la Reine, les différents réseaux, cercles du pouvoir, partis, qui se forment et se recomposent, les alliances qui se font et se défont, les quatre groupes du PAD (jaunes), les courants à l’intérieur des « rouges », les trois tendances des classes moyennes (écolo, sociétés caritatives et royales et « l’Assemblée des Pauvres », les potentats locaux, etc... qui ne font qu’ajouter de la difficulté à comprendre ce qui se joue.


De même quela lecture du tableau des principaux groupes ethnolinguistiques (p.22) et ce que représente la Thaïness sont essentiels pour appréhender la nouvelle «situation ».


La Thaïlande compte de nombreux peuples
, ce que semblent oublier parfois les Thaïs Siamois du Centre, qui ne représentent que 40 % de la population, mais qui ont su imposer leur norme linguistique à l'ensemble du territoire, ainsi que leur idéologie, la Thaïness, qui les présente comme les vrais Thaïs, et considère les autres comme des « cadets »  voire des citoyens de seconde zone (paysans, pauvres, non éduqués, « noirs » de peau…). Comme les Isans par exemple qui ont une autre langue et qui représentent quand même 31 % de la population, voire les Muang (ou Yuans) des zones montagneuses du Nord, 10 %)  (On n'oublie pas les Thaïs du sud, les Pak Tai, 10 %, et les sino-thaïs...).

 

 

CarteGroupesEthniques1



Mais ce qui nous a étonné est d’apprendre que seulement 10% env. d’entre eux parlent les deux langues et que de nombreux dialectes coexistent aussi. L’intercompréhension demeure donc difficile.

On comprend donc pourquoi les élites siamoises ont dû imposer leur langue et leur idéologie, la Thaïness (avec les 3 piliers : roi, bouddhisme, nation) pour « unifier » le Pays et légitimer leur pouvoir.


La Thaïness

 

Nous vous renvoiyons à l'article d’Ollivier et de Narumon Hinshiranan Arunotai pour saisir la nature ambiguë de ce concept pour comprendre le caractère «révolutionnaire» de ce qui se joue aujourd'hui. La Thaïness a servi aux «aristocrates»

 

aristocrates

 

et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, « paysannes »… Encore aujourd’hui, à Bangkok un Isan est perçu comme un « paysan » rustre et inculte. En 2009 le dirigeant des jaunes, Sondhi Limthongkul

 

sondhi3

 

« proposait de restreindre le droit de vote aux personnes éduquées, excluant ainsi la masse paysanne ».

 

droiit de vote


La Thaïness a d’autant plus « fonctionné » qu’elle s’appuyait sur le caractère «sacré» du roi, le bouddhisme, et les médias.


Tout le monde a observé le respect dû au Roi (des photos partout,

 

Bhumibol 2

 

l’hymne

 

 

et la photo du roi au début des séances de cinéma, les émissions quotidiennes médiatiques sur ses talents et ses bienfaits, le Roi est un Exemple pour tous.)

 

roi

 

Toutefois pour aider les gens à en mieux comprendre la « sacralité », le gouvernement multiplie les arrestations et fermetures de sites internet, la censure des opposants au nom du crime de « lèse-majesté».

 
Le bouddhisme est bien sûr un facteur d’unité pour 90 % des Thaïs et joue un rôle fondamental pour donner une forme aux croyances et aux particularismes locaux (on a tous remarqué la croyance aux esprits, aux Phis, ou bien aux « voyances » de certains moines, pire leurs conseils avec les tabous alimentaires pour soigner des maladies parfois courantes).

 

 

Bonzes


Et les médias présentent l'exemple de la population urbaine comme un modèle à suivre, un modèle de vie idéale, « supérieur ». La théâtralité des cérémonies royales, les films et séries télévisées rendent « naturels » cette vision idéologique. La Thaïness a donc joué un rôle fondamental dans la création de la Nation thaïlandaise, dans l’« unité ? » du pays. Elle assurait aussi le pouvoir politique, économique et culturel aux mêmes, mais rejetait de l’Histoire 60% de la population.

 

thai01568

 
 

Thaksin.

 
L'arrivée au pouvoir de Thaksin comme 1er ministre en janvier 2006 va bouleverser l’échiquier politique et social, mieux, délégitimer la Thaïness et remettre en cause les pouvoirs installés. Il ne s’agit pas ici de juger la fortune colossale acquise, ni des moyens qu’il a dû employer pour l’acquérir, mais des effets de ses actions, contre la hiérarchie installée depuis des lustres (certains ont même vu une remise en cause du pouvoir royal), et pour la fierté retrouvée du peuple du Nord et du Nord-Est. Son action reconnue (remboursement du FMI, reprise en main des jeunes, lutte contre la drogue, accessibilité aux soins, gel des dettes, prix soutenu du riz, certains médias enfin favorables, majorité au Parlement…) leur permettait d’oser enfin aborder des questions taboues, de briser le consensus, de prendre en main leur « destinée », de prendre leur « revanche », ou plus simplement de ne plus accepter qu’on leur confisque leurs « votes ».


Le coup d’ Etat militaire du 19 septembre 2006,


coup d4etqt

 

la victoire aux élections législatives du 23 décembre 2007 par les pro-Thaksin, puis les démissions «forcées » des 1ers ministres Samak et de Somchaï, avec les manifestations du PAD (les «jaunes») et la prise des aéroports de Suvarnabhumi et Don Muang et plus la dissolution de trois partis politiques du 2 décembre 2008 et la chute du gouvernement, avec la prise du pouvoir le 15 décembre par Abhisit grâce à un jeu d Alliance… peuvent expliquer que les «Rouges» réclament de nouveau des élections.

 

abhisit vejjajiva caricatures by hadsadin


Les 86 morts lors des affrontements de mi-mars /mai, l’assassinat du général Seh Daeng, le couvre-feu, la liste noire de 125 personnes du CRES, l’arrestation des principaux leaders rouges, la répression des sites internet jugés pro-rouge, le mandat d' « arrêt pour terrorisme contre Thaksin… risquent de « retarder » la tenue de prochaines élections.

Mais ce que beaucoup n’ont pas encore vu, c’est qu’on est en train d’assister à une véritable « révolution » politique, culturelle et sociale, qui a brisé le consensus, la Thaïness, le statut-quo... et dont on a du mal à prévoir les bouleversements.


Une nouvelle Thaïlande est en train de naître … qui ne pourra plus ignorer les peuples du Nord, du Nord-Est et du Sud.


rouges contre jaune

 

------------------------------------------------------------------------

 

Olivier Ferrari, Narumon Hinshiranan Arunotai,Jacques Ivanoff & Arnaud Leveau, « Thaïlande, Aux origines d’une crise », Carnet n°13 de l’Institut de recherche sur l’Asie du sud-est (IRASEC), 120 p.

 

http://www.irasec.com/ouvrage9

 

 

Chapitre 1

Construction ethnique et ethnorégionalisme en Thaïlande ............................. 15

Jacques Ivanoff

Chapitre 2

La Thainess ou la pratique de l’idéologie culturelle en Thaïlande .................. 45

Olivier Ferrari et Narumon Hinshiranan Arunotai

Chapitre 3

Une crise multicolore, état des forces en présence............................................. 71

Arnaud Leveau

Entretiens

Thongchai Winichakul................................................................................................. 93

Akin Rabibhadana et Paritta ChalermpowKoanantakool...................................... 97

Chronologie (2006-2010) .........................................................................................

 

 

fin 

 

Partager cet article

Repost0
24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 04:02

titreLe Cambodge a gagné ont dit certains ?

Nous attendions avec une certaine impatience la décision (murement réfléchie) qui devait tomber du siège de la Cour Internationale de Justice de La Haye le 11 novembre 2013 à 10 heures, heure batave, 16 heures, heure locale.

Nous en avons parlé à diverses reprises (1), mais comme il est périlleux d’augurer de l’issue d’un débat judiciaire quel qu’il soit, nous nous sommes gardés de nous livrer au jeu dangereux d’un pronostic (2).

***

La décision est donc tombée du siège de la Cour,  le 11 novembre, largement diffusée sur la plupart des chaines de télévision thaïe, sur le site de la Cour et sur celui de l’ONU. La lecture en a été effectuée en direct par le président Peter Tomka, un éminent juriste slovaque qui n’a toutefois pas eu la courtoisie de respecter la règle du bilinguisme anglo-français obligatoire à la Cour, 20 minutes en français seulement et 40 en anglais (heureusement relayées par l’un des traducteurs de la haute juridiction).


sudca-Haag-Peter-Tomka-MSD


Nous vous épargnerons l’aspect purement procédural, la question (de pure procédure) de la recevabilité de la requête cambodgienne en interprétation de l’arrêt de 1962. La Cour l’a jugée recevable. La décision se déroule sur 36 pages (une tâche harassante qui a nécessité 7 mois de travail, 5 pages par mois, quelques lignes par jour et quelques mots à l’heure).


Ne retenons que les conclusions, vous avez tout loisir de consulter le texte intégral en français sur le site de la Cour (3), rendons lui cet hommage, il y fut publié quelques minutes seulement après la fin de la lecture par le président Tomka.


Conclusions :


Compte tenu de ce qui précède, la Cour conclut que, dans le premier point du dispositif de l’arrêt de 1962, il a été décidé que le Cambodge avait souveraineté sur l’intégralité du territoire de l’éperon de Préah Vihéar, tel que défini au paragraphe 98 du présent arrêt et, dans le deuxième point du dispositif, que la Thaïlande était, en conséquence, tenue de retirer de ce territoire les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes et gardiens thaïlandais qui y étaient installés.


Par ces motifs,


 LA COUR,

 

1) A l’unanimité,

 Dit qu’elle a compétence en vertu de l’article 60 du Statut pour connaître de la demande en interprétation de l’arrêt de 1962 présentée par le Cambodge, et que cette demande est recevable ;

2) A l’unanimité,

Déclare, à titre d’interprétation de l’arrêt du 15 juin 1962, que la Cour a, dans cet arrêt,  décidé que le Cambodge avait souveraineté sur l’intégralité du territoire de l’éperon de  Préah Vihéar tel que défini au paragraphe 98 du présent arrêt, et que, en conséquence, la Thaïlande  était tenue de retirer de ce territoire les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes ou gardiens thaïlandais qui y étaient installés.

  

Qui a gagné, qui a perdu ?


Nous savons donc que le territoire placé depuis 1962 sous la souveraineté du Cambodge, est le temple et l’éperon rocheux où se trouve le temple et rien autre.


promontoire


Nous savons, par la lecture de l’arrêt, que le Cambodge, qui avait une conception particulièrement élastique des « environs » du temple (pourquoi pas jusqu’à Pimaï ?) prétendait avoir souveraineté non seulement sur « l’éperon du temple » (elle lui a été plus ou moins implicitement reconnue en tout état de cause en 1962) mais également sur la vallée qui s’étale entre le temple et les collines de Phnom (ou Phnum) Trap et la colline de Pheu Makhua (incluse dans la zone litigieuse de 4,6 kilomètres carrés – 460 hectares – 2.875 raïs - dont elles constituent l’essentiel) en grisé sur la carte :

 

Carte

Rappelons qu’en 1962, la Cour avait dit « la Thaïlande est tenue de retirer tous les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes et gardiens, qu’elle a installé dans le temple ou dans ses environs situés en territoire cambodgien ».


Il semble donc résulter de la décision présente que les « environs du temple » ce sont à la fois l’éperon rocheux et une zone quasiment confinée aux bâtiments du temple représentant probablement 0,25 kilomètres carrés (25 hectares, 156,25 raïs) mais nullement la zone litigieuse (encore et toujours) de 4,6 kilomètres carrés lesquelles comprennent les deux collines dont la propriété a été formellement refusée au Cambodge.

La Cour a pris soin de rappeler (et il nous a semblé qu’en lisant cette partie de l’arrêt, il parlait alors en français, le Président Tomka insistait lourdement) qu’en 1962 comme en 2013, elle n’avait pas à statuer « ultra petita » (i.e. au-delà de ce qui est initialement demandé), qu’en 1962 il n’avait pas été question d’un litige frontalier et encore moins en 2013 quand il s’agissait uniquement d’interpréter une décision qui ne statuait pas sur un litige frontalier.

 

La Cour attribue au Cambodge l’intégralité du territoire de l’éperon de Préah Vihéar, et nullement la souveraineté sur la zone de 4,6 km2 située en contrebas du temple.  Cet éperon est défini dans l’article 98 de son jugement, il suffit de le lire (corvée que les journalistes cités note 4 auraient pu s’infliger) pour s’apercevoir que la définition de cet « éperon » exclut la plus grande partie des 4,6 kilomètres carrés dont le Cambodge prétendait qu’ils constituent « les environs » du temple.


 apprendre.jpg


A la lecture de l’arrêt, alors qu’il parlait français, le président Tomka a parlé d’ « éperon » lequel éperon s’arrête au pied des collines de Phom Trap et de Pheu Makhua et ne les y inclut pas (ce qui aurait conduit effectivement à reconnaître la souveraineté du Cambodge sur les 4.6 kilomètres carrés litigieux).

Le texte anglais de l’arrêt (qui fait foi) ne parle pas d’éperon (spur) mais de « promontory » (promontoire), ce n’est évidemment pas la même chose. Un zéro pointé aux deux douzaines de traducteurs dont disposent les magistrats de la Cour ! Mais, éperon ou promontoire, la définition qu’en donne la Cour, en particulier dans le paragraphe 98 de son arrêt permet d’éclaircir sans difficultés cette difficulté linguistique.

La souveraineté du Cambodge a été retenue en 1962 sur le territoire du temple, c’est-à-dire selon la requête même du Cambodge dans la présente procédure sur 154,7 hectares (966 raïs), dont l’altitude se situe entre 625 et 500 mètres. Si cette souveraineté s’étend sur l’ensemble du promontoire (ou de l’éperon) c’est-à-dire jusqu’à son pied et non au-delà, cela représenterait à vue de nez environ (nous ne sommes pas arpenteurs) quelque chose comme 0,25 kilomètres carrés c’est-à-dire 25 hectares (156,25 raïs), nous sommes donc très loin des 4,6 kilomètres carrés, c’est-à-dire 460 hectares, 2.875 raïs (18 fois plus) revendiqués par le Cambodge … 5.5 % !

 

Les irrédentistes (notamment la chaine de télévision ASTV des « jaunes »)


qstv

 

prétendent, forçant certainement la dose et bien au delà, que la superficie attribuée par la Cour au du Cambodge porterait sur 1.000 ou 1.500 raïs ? L’exagération paraît manifeste mais en tous cas loin des 2.875 raïs revendiqués. 

 

***

Les deux parties font état d’une intense satisfaction ! Jugement de Salomon ?

 

Le Cambodge récupère peut-être une petite partie des 4,6 kilomètres carrés litigieux, sans ses deux collines et la vallée mais il reste à en déterminer la superficie exacte et l’emplacement exact.

 

questions

 

Le soir de la décision, Madame le premier ministre faisait une déclaration à la presse particulièrement sage (« Bangkok post » du 12 novembre. Les responsables et leurs conseillers juridiques et techniques vont étudier soigneusement les termes de l’arrêt et engager des discussions avec le Cambodge  pour déterminer quel est le « petit coin » (« small area ») sur lequel la souveraineté du Cambodge a été reconnue en interprétation de l’arrêt de 1962.

 ***

En tout état de cause, 150 (ou même 1.000) raïs ne justifient pas une guerre.

Les responsables des deux pays ont annoncé qu’ils allaient entamer le dialogue pour déterminer la consistance exacte de cette « small area ». Les deux pays, le Cambodge surtout, font face à de sérieuses difficultés intérieures et ont peut-être des questions plus sérieuses à résoudre que la consistance exacte du pied de la colline au sommet de laquelle se situe le temple (5). Se mettront-ils d’accord ou l’arrêt de 2013 interprétant celui de 1962 devra-t-il à son tour être interprété ? C’est une affaire à suivre.

 

***

Vous comprendrez que lorsque nous lisons que le Cambodge a gagné, cela nous prête à sourire.

________________________________________________________________ 

Annexes :

 Paragraphe 98 de l’arrêt :

article 98-copie-1

Cartes :

 

La carte franco-siamoise à l'origine du contentieux :

 

requète 1959-144


Carte cambodgienne situant la colline de Phnom Trap

 

requète initiale

Notes

 

(1) Nos précédents articles :

article 19  du 25 mars 2011 :

 « Google Earth au temple de Preah Vihar ? »

 

article 24 du 23 avril 2011 :

« Affaire du temple  de Preah Vihear : Et si les Thaïs avaient été floués ? » contenant la justification de l’aveu explicite du premier ministre cambodgien de l’époque que le procès de 1962 avait été purement et simplement « arrangé ». Mais il n’est pas certain que le site Internet sur lequel il avouait explicitement ses turpitudes pré-procédurales n’ait pas été expurgé depuis lors ?

 

Les aveux explicites du premier ministre cambodgien :

 

temple 03

temple 04


article 106 du 5 mai 2013 : 

« Le temple de  Phrea Vihear au Cambodge ! Que veut la Thaïlande ? »


article 132 du 20 octobre 2013 :

«  L'affaire du temple de Phreah Vihar  (Suite) ».

 

(2) Sondage du Bangkok post

Le « Bangkok post » nous a toutefois livré dans son numéro du 20 octobre les résultats d’un sondage effectué auprès d’un « échantillon représentatif » (ou prétendu tel) de 1.477 personnes, dont le résultat est difficile à interpréter :

Les deux tiers des personnes interrogées  s’attendaient à ce que la décision soit bénéfique pour les deux pays, estimant que la Cour pèserait soigneusement sa décision et examinerait soigneusement  les arguments respectifs pour éviter un nouveau conflit.

 Voilà qui était faire preuve d’un bel optimisme bien qu’effectivement, la décision a été pesée pendant de longs mois.

 17,74% des sondés s’attendaient à une décision bénéfique pour la Thaïlande mettant leur confiance dans les talents de l'équipe juridique thaïlandaise, mais 15,76% penchaient en faveur du Cambodge.

Pour l’avenir, 46,23 % des sondés annonçaient vouloir s’incliner devant la décision à intervenir.

Doit-on en déduire que 53,77 % des personnes interrogées souhaitent que la Thaïlande s’assoie sur l’arrêt à intervenir ?

23,58% se préparent à une décision défavorable…

… Ce qui ne nous paraît pas coïncider avec les 15,76 % qui penchaient en faveur du Cambodge ? Ce sont les mystères des sondages

16,98% prient pour que la Thaïlande obtienne gain de cause et 13,21% suivront de près le dossier.

N’y-a-t-il que 16,98 % de gens pieux dans ce pays et seulement 13,21 % qui s’intéressent à ce litige ?

Ce sont encore les mystères des sondages.

 

sondage

Et pour conclure, 33,9% des personnes interrogées s’inquiètent de la sécurité de la population locale compte tenu des événements antérieurs, 20,34 % s’inquiètent de l’avenir des relations bilatérales avec le pays et 16,1% des personnes interrogées craignent que la question ne soit soulevée comme argument politique pour troubler l’ordre public.

Voilà qui est plus intéressant en effet … quelle que soit la fiabilité du chiffre.

Nous lisions en effet dans « The Nation » du 11 novembre et dans le Bangkok post du même jour qu’à l’occasion des manifestations contre Thaksin en train de se dérouler à Bangkok,  les trois groupes dirigés le général Preecha Lamsuphan , Samdin Lertbut et Somkiat Pongpaiboon , affirmaient leur intention de rejeter la décision de la Cour quelle qu’en soit la teneur (« no matter what it may be »).

 

(3) Le  site de la Cour

http://www.icj-cij.org/docket/files/151/17705.pdf

Sur lequel nous pouvons consulter l’intégralité de la procédure écrite et visionner les audiences de plaidoirie.

 

(4) Réactions de la presse

Interprétation immédiatement et curieusement erronée de la presse française (« le Monde » du 11 novembre) avec un titre qui contredit le corps de l’article :

«  La zone autour du temple de Preah Vihear attribué au Cambodge : 

« La cour déclare à l'unanimité que le Cambodge dispose de la souveraineté sur toute la superficie du promontoire de Preah Vihear », a déclaré Peter Tomka, président de la Cour internationale de justice. .. Le verdict défavorable à la Thaïlande etc… »

Il suffit de lire la décision, elle est écrite en excellent français, pour constater qu’il n’est pas question de « zone autour du temple » et que le « promontoire » (éperon) n’est pas « la zone autour … », les fameux 4.6 kilomètres carrés  et il faut surtout l’interpréter pour savoir si elle est vraiment défavorable à la Thaïlande ?

 

Pire encore, « France 24 » sur son site Internet (mise à jour le 11 novembre au soir) ne craint pas d’affirmer « La Cour internationale de justice a attribué au Cambodge le temple de Preah Vihear et le terrain de près de 4,6 km2 qui l'entoure.» Même erreur sur le site de « Radio France International » (mise à jour le 11 novembre au soir) ce qui est tout de même plus étonnant.

Bien pire encore, dans son édition du 12 novembre, « Le petit journal de Bangkok », ça devient suave, écrit tout à la fois « La Cour internationale de justice (CIJ) a adjugé lundi au Cambodge la souveraineté sur une zone de 4,6 km2 en contrebas du temple de Preah Vihear, qui était également revendiquée par la Thaïlande » et ajoute que le  « …terrain disputé de 4,6 km2 voisin de l’éperon rocheux sur lequel se trouve le temple n’avait pas été attribué au Cambodge comme ce dernier demandait ». Erreur hélas réitérée dans le journal du lendemain : La Cour internationale de justice (CIJ) a adjugé lundi au Cambodge la souveraineté sur une zone de 4,6 km2 en contrebas du temple de Preah Vihear …  

Le plus ahurissant (c’est vraiment « le mur du con ») est l’article de « Paris Match » (mise à jour du 11 novembre sur son site) qui annonce comme un « scoop » « le Preah Vihar est un temple cambodgien  » (comme si Preah Vihar était un nom commun !) ce que tout le monde savait depuis 1962 et qui annonce triomphalement « Pour comprendre les motivations des deux pays, nous vous conseillons la lecture de cet article très documenté », le dit article étant celui du « Cambodge Post » dont nous allons parler, que manifestement l’auteur (anonyme) de cet article n’a jamais consulté !

Si la Cour a mis 7 mois à concocter son arrêt, il ne faut guère plus d’une heure ou deux à un journaliste sérieux pour le lire avec attention mais encore faut-il faire un effort. Sans autre commentaire.

La presse cambodgienne (au moins francophone), elle, claironne de façon tout aussi erronée en utilisant la même procédure chère à son quotidien confrère français, un gros titre que tout le monde lit et un article que l’on lit moins volontiers croyant que le titre contient l’essentiel (« Cambodge post », édition du 11 novembre au soir) « La CIJ reconnait la souveraineté du Cambodge sur les environs du temple de Preah Vihear », mais le contenu de l’article sur le fond étant plus honnête et nous permets de comprendre que « les environs » ne sont pas les 4.6 kilomètres carrés litigieux, loin de là !

Nous avons enfin lu sur un site cambodgien francophone (nous taisons son nom par charité) que, déjà, sur la question de la recevabilité de la requête, question de procédure, il s’agissait d’un « triomphe » pour le Cambodge puisqu’il s’agissait là d’une jurisprudence inédite, la Cour n’ayant jamais eu à statuer sur une telle question à ce jour. Il suffit pourtant de (prendre la peine) lire la décision pour constater que cette question procédurale, au demeurant délicate, a déjà fait l’objet d’une jurisprudence abondante de la Cour depuis sa fondation. Il y a deux hypothèses et deux seulement, incompétence ou mauvaise foi ?


 journalistes

 

(5) La procédure devant la Cour n’est pas gratuite à tel point qu’en 1989 elle a du mettre au point un système de « fonds spécial » chargé d’aider les pays « en développement »  à couvrir les frais de procédure pour leur permettre de pouvoir y accéder, un espèce d’aide juridictionnelle en quelque sorte.

Le Cambodge – dont les finances sont exsangues - a fait appel à six conseillers ou avocats, grands parmi les grands, la fine fleur du droit international (la Thaïlande n’était pas mal lotie non plus !) : Deux professeurs français de droit international (Paris et Rennes), un professeur de droit international d’Afrique du Sud par ailleurs avocat anglais, un avocat parisien également membre du barreau de New-York, une autre avocate en Angleterre et à New-York et une dernière avocate en Angleterre et à Paris.


2 CaricatureProcesTheatre1833

 

Nous ignorerons probablement toujours le montant de leurs honoraires mais nous avons de bonnes raisons de penser qu’ils n’émargent pas au tarif horaire d’un coupeur de riz isan. Un avocat américain de haut de gamme facturerait ses prestations 1.000 dollars de l’heure. Pour les parisiens, c’est plus opaque, mais toujours en haut de gamme, nous sommes probablement à 1.000 euros de l’heure et au-delà pour les professeurs de faculté. En toute objectivité, le travail qu’ils ont fourni (sur le site Internet de la CIJ) représente des centaines sinon des milliers d’heures de travail.

 

BurundiChatPlaideurs


Mais le Cambodge (question de priorités ?) qui a probablement dépensé des dizaines de millions de dollars dans ce procès de bornage est actuellement incapable de mener à bien les procès devant conduire à juger les responsables présumés du massacre du tiers de sa population devant les « Tribunaux Khmers rouges » (deux millions de morts entre 1975 et 1979) :


skulls khmer rouge

Le 23 août, nous apprenions par la lecture, toujours, du « Cambodge post » : « Les employés cambodgiens (juges, procureurs, interprètes) ne sont plus payés depuis juin : Une fois de plus, le Tribunal chargé de juger les Khmers rouges est confronté à des problèmes financiers. Au total, ce sont 250 employés cambodgiens qui ne sont pas payés depuis juin… Certains d’entre eux ont commencé à  suspendre leur travail à la mi-août (140 sur 250) et consacrent du temps à la recherche d’un autre travail … »

Il faut préciser que le personnel international des chambres extraordinaires des tribunaux cambodgiens est payé par les Nations unies, mais que les employés cambodgiens sont payés (ou plutôt devraient l’être …) par le gouvernement cambodgien.


khmers rouges 0


Le 1er septembre, dixit le « Cambodge post » toujours, l’ONU a obtenu un prêt (de qui ?) pour les payer. Ces difficultés sont récurrentes depuis la création de ces chambres en 2001.

En 2009, la part cambodgienne (salaires du personnel autochtone) aurait été de 19 millions de dollars si l’on en croit le site officiel de l’ONU consacré à cette juridiction : http://www.unakrt-online.org/09_Finances.htm ... Probablement beaucoup moins que les honoraires versés par le Cambodge à ses éminents conseils.


lafont03 t

 

... et comme « tout  finit par des chansons » :

 

 

Partager cet article

Repost0
20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 03:02

CIJLa Cour internationale de la Haye prolonge son délibéré jusqu’au 11 novembre 2013 !


Nous avions dans notre article intitulé « Le temple Phrea Vihear du Cambodge » ! Que veut la Thaïlande ? » rappelé la décision de la Cour internationale du 15 juin 1962, qui attribuait le temple de Préah Vihéar à la souveraineté du Cambodge; avec les litiges qui persistent depuis, semé d’incidents parfois sanglants. Nous avions présenté le nouveau procès à la Cour internationale de la Haye, d’avril 2013, en interprétation de l’arrêt de 1962 soumise par le Cambodge.*

 

Or, nous apprenions le 12 octobre par un communiqué de S.E. Surapong Towichakchaikul, ministre thaï des affaires étrangères, que la Cour de Justice de La Haye avait décidé de « prolonger son délibéré » jusqu’à l’année prochaine (quelle précision ! plus ou moins 365 jours !) alors qu’une décision aurait du en principe tomber de son siège ce mois-ci (1).


Il était alors à craindre, la décision devant intervenir « l’an prochain », que cela signifie en jargon juridique « sine die » ou en français « aux calendes grecques » ou à « la saint Glinglin ». Ne revenons pas sur le fonds de l’affaire, nous nous y sommes longuement attardés en insistant sur les « manœuvres de couloir » qui ont conduit en 1962 la Cour à attribuer au Cambodge la propriété d’un temple inaccessible du côté cambodgien et sur le fait que le litige ne porte plus que sur la propriété d’une zone de 4,6 kilomètres carrées située autour des ruines.

 

Nous sommes rassurés depuis que nous avons appris par le « Bangkok post » du 16 et « The Nation » du même jour, volte face de la Cour Internationale, que la décision serait en réalité rendue non plus à la Saint Glinglin mais le 11 novembre de cette année à 15 heures (heure thaïe), ainsi que l’a indiqué un courrier remis la veille à l’ambassadeur de Thaïlande à La Haye.


Le motif retenu par ces dignes magistrats pour retarder le prononcé de leur décision ?   « Une surcharge de travail » (« it was busy with many other cases »).  Les plaidoiries ont eu lieu du 15 au 19 d’avril.

 

Alina

 

Mais la Cour n’a pas connaissance de ce dossier depuis simplement six mois. La « requête introductive d’instance » avait été présentée par le Cambodge le 28 avril 2011, deux ans avant les plaidoiries sur le fond. Ce document fait, formellement, 201 pages mais si l’on enlève les « guiliguili » habituels et les pièces annexes, il en fait 30 et comme il est bilingue (français-anglais, les deux langues officielles de la CIJ), il en fait 15.


Comme il y avait en parallèle une certaine urgence puisque les protagonistes en étaient arrivés aux échanges de coups de feu, la Cour eu la sagesse (ils étaient 15 mais il y en eut tout de même 5 qui n’étaient pas d’accord) de rendre le 18 juillet 2011 une décision enjoignant à l’une et l’autre partie de retirer leurs troupes de la zone.


incidents


Depuis lors, en deux ans, les parties ont échangé des montagnes d’écritures représentant quelques milliers de pages d’arguments ou d’arguties que ces messieurs ont eu tout loisir d’étudier avant même que n’interviennent ces quelques jours de plaidoiries et durant les six mois qui les ont suivies.

Si l’information ainsi transmise est exacte, et il n’y a aucune raison qu’elle ne le soit pas, nous nous sommes inquiétés de savoir quel était à ce jour le « rôle » (i.e. la liste des affaires en cours) de la très haute juridiction, si ses quinze magistrats étaient effectivement « surchargés de travail » et la cour « very busy ».


En vérité, ce serait à hurler de rire si ce n’était à pleurer.


Quatre affaires sont présentement « en délibéré » :

Une querelle maritime entre le Chili et le Pérou qui ne trainaille « que » depuis 2008,

Une dispute entre l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande concernant l’Antarctique, qui est plus récente (2010),

Une dispute de voisinage entre le Costa-Rica et le Nicaragua introduite en 2013,

Et enfin notre litige entre le Cambodge et la Thaïlande.

Dans ces quatre dossiers, les intéressés attendent qu’une décision tombe du siège de la Cour après que leurs conseils aient plaidé.

Pour le reste, la Cour est effectivement victime d’une énorme « surcharge de travail » puisque restent en cours les affaires suivantes, dont certaines ne sont que des questions de bornage :

 

Bornage

 

Hongrie-Slovaquie, Pérou-Chili, Australie-Japon, Costa-Rica-Nicaragua, Bolivie-Chili, Nicaragua-Colombie et deux affaires probablement plus sensibles mais pas forcément plus complexes, concernant l’Ouganda et les rapports tumultueux entre la Serbie et la Croatie.

Procès fleuves, ils le sont tous, mais cela ne veut pas dire procès interminable ! Dreyfus fut jugé en 4 jours, Landru et Dominici en 12 et le Maréchal Pétain en 3 semaines. Christian Ranucci n’eut que quatre jours de procès à subir pour savoir qu’on allait lui couper la tête et n’a du attendre que quatre mois avant qu’on la lui coupe.


Une simple comparaison, Il y a 163 magistrats pour composer les 6 chambres de notre cour de cassation

 

cassation

 

qui jugent quelque chose comme environ 30.000 affaires par an lesquelles sont par principe au moins aussi complexes que le litige entre la Thaïlande et le Cambodge qui n’est en fait qu’un bornage à grande échelle (2).

 

re bornage


Un calcul comparatif même s’il ne vaut pas grand-chose ? Une moyenne de 185 affaires par magistrat de notre Cour suprême. A la Cour de La Haye, une moyenne (16/15), soit un peu plus d’ une affaire par magistrat ! Disons, à leur décharge évidemment, qu’ils ont une activité extrêmement pesante de « mission-réception » intense.


DaumierLaCourDAppel


La Cour de Justice des communautés européennes a condamné à diverses reprises la France pour les lenteurs de sa Justice et l’Etat français lui-même a été condamné par ses propres tribunaux (Tribunal de Grande Instance de Paris) pour d’inadmissibles lenteurs judicaires. Il n’y a aucune juridiction pour condamner la Cour de Justice de La Haye pour de tels errements.


***


Que cache ce renvoi en touche déguisé sous, de toute évidence, un « fallacieux prétexte » (3) ?

Peut-on penser que, comme au Congrès de Vienne, rien ne se joue dans la salle d’audience et tout dans les couloirs ?

 

L’avenir nous le dira. Le suspens continue donc jusqu’au mois prochain.

 

_______________________________________________________ 

 

Nota.


Nous avons, simple curiosité, cherché à savoir combien gagnent ces hauts magistrats « surchargés de travail », payés par l’ONU pour si peu faire car il faut bien appeler un chat un chat ?Impossible de trouver quelque renseignement que ce soit sur Internet.

Si nous nous en tenons à leur « petit personnel domestique », ils n’en sont pas dépourvus, ils sont plus de 120 à leur disposition pour leur cirer les bottes (une moyenne de 8 pour chacun d’eux). En 2010, la Cour recrutait des greffiers débutants sur la base de 55.000 euros par an (en France à ce jour un greffier à l’échelon maximum gagne environ 50.000 euros par an en fin de carrière).

Nous n’avons rien inventé, toutes ces informations se trouvent sur le site officiel de la CIJ (4), sur celui de la Cour de cassation (5), et sur celui du syndicat majoritaire chez les greffiers, l’UNSA-SJ (6).

 

 

Notes


*http://www.alainbernardenthailande.com/article-a106-le-temple-phrea-vihear-au-cambodge-que-veut-la-thailande-117495698.html


(1) Information dans le « Bangkok post » et « The Nation » du 12 octobre, relayée par le « Cambodge post » du 14 octobre 2013. Il eut été préférable que nous l’apprenions par la presse locale et virtuelle francophone.

(2) Dans le tas et à titre indicatif, du 22 janvier 2013 au 8 octobre 2013, les 2ème et 3ème chambre de la Cour de cassation ont eu à connaître de 65 affaires de bornage, toutes aussi embrouillées les unes que les autres. Vous pouvez pour vous en convaincre les consulter, si le cœur vous en dit, sur le site de « Légifrance » au chapitre de la jurisprudence judiciaire de la Cour de cassation :

http://www.legifrance.gouv.fr/initRechJuriJudi.do

(3) « fallacieux prétexte » expression consacrée chez les juristes pour qualifier tout simplement une contre-vérité.

(4) http://www.icj-cij.org/homepage/index.php?lang=fr

(5) http://www.courdecassation.fr/

(6) « Union Nationale de Syndicats Autonomes - Services Judiciaires » http://www.unsa-sj.fr/

 

 

magistrats.jpg

Partager cet article

Repost0
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 03:03


titreAujourd’hui, le cours mondial du caoutchouc s’est écroulé.
Le cours moyen du caoutchouc au premier semestre 2013 s’est élevé à 2,05 euros le kilo contre 2,72 euros au premier semestre 2012, soit une chute de 24%. Les petits producteurs thaïlandais croulent sous les dettes et demandent l’aide de l’Etat. Le conflit prend une dimension politique. Nous avons voulu en savoir plus sur cette situation.

En 1931, 28 millions d’automobiles sillonnaient le monde (1). Il y en avait plus d’un milliard en 2011 et 35 millions viennent s’ajouter chaque année (2). On ne  s’étonnera donc pas de savoir que le pneumatique accapare probablement plus de 70 % de la production de caoutchouc naturel.

 

La Thaïlande est aujourd’hui devenue le premier producteur mondial et le premier pays exportateur de caoutchouc naturel avec 33 % du volume échangé annuellement (3,167 millions de tonnes produites et 2,75 millions de tonnes exportées en 2008). (Cf. La remarquable étude de Madame Jocelyne Delarue (3), et un dossier intéressant sur le site du Ministère de l’agriculture français (4). )


 Jocelyne


Les premières plantations d’hévéas avaient déjà été réalisées à la fin du 19ème siècle par des investisseurs sino-thaï et anglais. Le premier hévéa arriva à Phuket en 1903 et les plantations se développèrent si vite qu'elles couvrirent rapidement plus du tiers des terres de l'île, suscitant une vague d'immigration pour faire face aux besoins. La grande majorité des ouvriers de ces plantations étaient alors des musulmans thaïs. Dès cette époque, toutefois, le développement spéculatif des plantations capitalistes avait été interdit par le gouvernement hostile à la cession de terres à des investisseurs étrangers.


Plantation


L’exploitation agricole (donc de l’hévéa) fait toujours partie des activités interdites aux étrangers selon la loi sur le commerce des étrangers B.E. 2542.


Pour cette raison, le Siam ne participa pas au premier boom du caoutchouc qui a eu lieu dans les années 20.

Les plantations d’hévéas « villageois » commencèrent donc dans les années 20 et 30, essentiellement dans le sud et à l’est de Bangkok. Les agriculteurs exploitent alors de très petites parcelles proche de leurs  habitations ou en suite de la riziculture d’abattis-brulis. Ces parcelles sont exploitées avec des semis provenant de grandes plantations avec un investissement en travail minime et produisaient probablement des rendements de l’ordre de 200 à 500 kilos/ha (le rendement correct serait de l’ordre de 1800 kilos à 2000 kilos) (4 bis).

 

La performance est médiocre mais dans les années 1950, le caoutchouc est déjà le deuxième poste d’exportation en valeur après le riz (5). La superficie totale plantée est estimée à 1,2 millions d’hectares (7.500.000 raïs) en 1966.

 

L’Etat décida alors de mettre en place un grand programme de replantation pour favoriser l’utilisation de variétés clonales et améliorer les rendements.  L’ORRAF (Office of the Rubber Replanting Aid Fund ) est créé en 1960 pour soutenir les replantations  à l’image d’une structure équivalente créée en 1952 en Malaisie.

      oraf

 

 

Cette organisation parapublique centralise toutes les activités d’appui à la « culture d’hévéas clonaux et d’autres espèces de plantations pérennes en remplacement total ou partiel de vieux hévéas ». Elle finance intégralement le coût de la plantation, en prenant en charge les plants, tous les « intrants » (c’est-à-dire essentiellement les produits phytosanitaires) et le paiement de la main d’œuvre. Le montant de l’aide versée depuis sa création par l’ORRAF tourne autour d’une moyenne de 57.787 bahts/ha (en bath constant base 2000) c’est-à-dire 9.245 bahts/raï.

 

Depuis 1995, le montant est fixé par une commission tripartite composée des représentants des paysans planteurs, de la Thaï Rubber Association (rassemblant les usiniers et les exportateurs) et les agences gouvernementales concernées.

 

La culture de l’hévéa semble avoir atteint son extension maximale dans les régions du sud, où elle couvre plus de 70% des superficies cultivables totales. Les replantations y sont régulières grâce à l’intervention de l’ORRAF, mais l’Etat encourage aussi la diversification et certains exploitants commencent à remplacer les hévéas par des arbres fruitiers ou des palmiers à huile.

 

 

Le gouvernement commande au milieu des années 80 une étude de faisabilité sur le développement de l’hévéaculture dans le nord et le nord-est, en estimant que cette culture à forte rentabilité potentielle peut être un facteur de développement pour ces zones rurales défavorisées.

Cet objectif s’accompagne du développement de programmes de recherche spécifiques sur les variétés et les moyens techniques à recommander dans ces régions à priori (mais à priori seulement) moins propices à la croissance des hévéas. L’ORRAF fut autorisé, à partir de 1987, à financer de nouvelles plantations, dans une limite de 15 rais (soit 2,4ha) par bénéficiaire dans un premier temps. Ce programme de nouvelles plantations dans le nord-est fut financé sur budget de l’Etat.

 

Le projet gouvernemental « New Planting to Increase Revenues and Stability », mis en place par l’ORRAF, délivre des plants d’hévéas clonaux gratuitement aux agriculteurs du nord et du nord-est pour une nouvelle plantation d’une surface maximale de 30 raïs (4,8 ha). Les autres coûts de plantation sont financés par un prêt de la BAAC. Toutefois, au financement apporté par l’ORRAF et la BAAC peuvent s’ajouter ponctuellement des financements en subvention d’autres administrations (Ministère de l’Intérieur, Ministère de l’Agriculture ou Ministère des Forces Armées).

Bien qu’elles soient en progression constante, les surfaces plantées en hévéas dans les régions Nord et Nord-Est sont toutefois encore limitées puisqu’elles atteignent seulement 3,3 millions de raïs (0, 528 millions d’hectares), soit moins de 20% des surfaces nationales en hévéas et moins de 10% des surfaces cultivables totales de ces régions.

 

L’hévéaculture est assurément en Thaïlande entre les mains de petits agriculteurs ; point de mainmise de Michelin ou de Goodyear sur les dizaines de milliers d’hectares de plantation comme en Indochine (où les plantations Michelin ont été nationalisées à la chute de Saigon), Malaisie, Indonésie ou Afrique.


 

Les-plantations-Michelin-au-Viêt-Nam-640x300

 

Les problèmes actuels sont nés de la commercialisation tout autant que de la spéculation. 

 

Dans les années 1960 et 1970, il n’y a guère plus de 20 usiniers-exportateurs dans le secteur du caoutchouc, dont 5 principaux acheteurs rassemblant 60 à 80% de la production nationale. Une telle structure de marché permet alors à ces exportateurs de maintenir les prix payés « bord champ » relativement bas, tout en leur permettant d’exporter du caoutchouc de médiocre qualité.

A l’échelle locale, à cette époque, les intermédiaires-collecteurs sont assez nombreux, ce qui limite leur marge et permet tout de même aux agriculteurs de toucher une part importante du prix de vente international. Mais si l’exploitation est aux mains de petits (ou relativement petits) exploitants, la commercialisation est aux mains de la « finance anonyme et vagabonde ».

 

finance

 

Lorsque le négociant achète « en bord de champ » au « prix du marché » c’est en réalité au prix qu’il a lui-même fixé. Quand le marché est à la hausse, le petit exploitant en profite même pour faible partie. Mais quand le marché est à la baisse ? Ce serait le cas actuellement suite à une surproduction ?

 

ll y aurait donc trop de caoutchouc sur le marché mondial ?

 

Le marché du caoutchouc est éminemment spéculatif (le cours se fait-il à la City de Londres ?). Surproduction ou sous consommation ? Vaste débat dans lequel les économistes, spécialistes de la « science économique » qui est comme chacun sait une « fausse science », qu’ils soient keynésiens ou marxistes n’ont pas apporté de réponse limpide.


L’engagement de l’État en faveur de l’hévéaculture familiale répond à un objectif de lutte contre la pauvreté et il est donc logique qu’il intervienne (il l’a fait déjà en 2009) sur les stocks pour réguler les prix lorsqu’ils sont à la baisse.

Ces dernières années, le cours du caoutchouc était à la hausse et d’éminents économistes nous démontrent de façon péremptoire qu’il s’agit d’un « trend haussier à long terme » (6) ce qui veut dire en bon français que le cours est à la hausse sur le long terme. Mais ce n’est pas le long terme qui intéresse le petit planteur siamois de Nakhonsrithammarat ou de Kalasin vivant au jour le jour comme tout bon paysan thaï.

 

Le marché n’est pourtant plus aujourd’hui à la hausse mais à la baisse.

 

cours caoutchouc Osaka 0512

 

L’an passé (2012) le gouvernement thaïlandais a approuvé mardi un plan de 15 milliards de bahts pour soutenir les prix du caoutchouc. « Le programme d’intervention peut commencer tout de suite et nous recherchons à acheter 200 000 tonnes ou plus pour soutenir les prix », indique, chef de l’Office of Agriculture Economy. Le gouvernement a accepté d’acheter auprès des agriculteurs la feuille de caoutchouc à 120 bahts, un prix plus élevé que le prix de marché qui était début 2012 de 110 bahts et de 90 baths à la fin décembre 2011. Le prix record avait été atteint en février 2011. D’autres éminents économistes (6) nous affirment que «  la tendance à moyen terme est incertaine compte tenu de la crise de la dette en Europe, qui pourrait ralentir la demande de pneumatique, et les perspectives moroses de l’économie mondiale ».


Aujourd’hui, le cours mondial du caoutchouc s’est écroulé.

 

 

Sur le marché mondial, le cours moyen du caoutchouc au premier semestre 2013 s’est élevé à 2,05 euros le kilo contre 2,72 euros au premier semestre 2012, soit une chute de 24%.


Et les petits producteurs croulent sous les dettes. Leur colère monte. Un dossier bien difficile à régler pour la premier ministre aux manettes.

«Je ne sais pas pourquoi les prix ont chuté, mais le gouvernement doit nous aider», explique ce fermier de 41 ans, à la tête d’une petite plantation de 16 hectares dans la région de Suratthani, où il produit caoutchouc et huile de palme » (7).


Le conflit prend une dimension politique, dans ce pays où les manifestations peuvent s’emballer rapidement comme nous le savons.

 

Manif


L’essentiel de la production caoutchoutière vient du sud, une région qui est globalement (90 %) hostile au gouvernement actuel. Ils accusent non sans raisons  le « deux poids deux mesures » du gouvernement, qui dépense des milliards de dollars pour un programme de soutien massif au prix garanti du riz, l’autre grande production agricole du pays, au profit essentiellement de la riziculture du nord et du nord-est, régions majoritairement favorables au gouvernement actuel (8).


A ce facteur purement politique s’en ajoute un autre essentiellement agricole qui ne joue pas en faveur du sud : On ne peut pas saigner les hévéas sous la pluie, or, les grandes régions caoutchoutières du sud ne subissent pas le climat du nord et surtout du nord-est ou la sécheresse est souvent calamiteuse. Deux ou trois moussons annuelles à Phukhet, record de pluviométrie dans la province de Ranong, le pot de chambre de la Thaïlande (8.000 mm d’eau par an alors que le record de sécheresse appartient à la province de Tak, 1.000 mm annuels).


Malgré ce, le gouvernement est resté inflexible face aux manifestations des producteurs de caoutchouc du sud qui refusaient la proposition du gouvernement de leur accorder une subvention bien inférieure à leurs exigences de prix d’achat garanti à 120 bahts le kilo, globalement satisfaisante pour ceux du nord et du nord-est.

Mais une information récente laisse à penser que – peut-être – la situation allait se débloquer: nous lisons sous la plume de Pierre Queffelec :


« Crise du caoutchouc  –  à 5 bahts près… »

 

« La décision du gouvernement de doubler la subvention permet de frôler le montant de l’aide revendiquée par les producteurs de caoutchouc du Sud »… (9). Le gouvernement a donc cédé à l’essentiel des revendications venues du sud.

Mais deux jours plus tard, nouvelle information (10) (relativement) pessimiste : Les sudistes ne baissent pas les pouces et exigent cette fois - entre autre - pleine et entière amnistie au profit des manifestants impliqués dans les débordements. Le dossier est-il est réglé ? Les jours qui viennent nous le dirons.

 

***

 

Des questions restent posées auxquelles nous nous garderons de donner la moindre réponse :


La sinusoïde des cours du caoutchouc provient-elle d’une réalité économique ? Surproduction ? Sous-consommation ? S’il y a surproduction, ne peut-on s’étonner que l’an passé Michelin ait quadruplé ses plantations caoutchoutières au Libéria les portant à 35.000 hectares (11) et qu’un site boursier qui nous a semblé sérieux conseille vivement (il y a trois ans, il est vrai) le « placement caoutchouc » comme excellent placement à long terme (12). Provient-elle (ce n’est qu’une hypothèse évidemment) de manœuvres spéculatives des bourses de Londres, Singapour, Kuala Lumpur, Tokyo et probablement de façon sournoise, de Hanoï ? Le cours du marché s’écroule mais celui de l’action Michelin est en hausse constante ? Doit-on voir dans cette crise l’intervention de la « finance anonyme et vagabonde » ? Il convient selon la formule de Jacques Bonhomme de « voir à voir ».

 

Mais il reste une grande menace : la synthèse, qui conduirait à l’arrêt de mort des plantations.


Qui osera prétendre que le caoutchouc de synthèse adapté à l’utilisation routière ne sortira pas un jour des éprouvettes comme on tire de l’alcool d’un bloc de charbon ?

 chimiste 2

------------------------------------------------------------------------

 

Notes


Petit historique.


D’où vient donc la gomme indispensable à la formidable expansion de l’industrie automobile ?

On ramassa d’abord le caoutchouc naturel des forêts brésiliennes, qu’il n’y avait qu’à se baisser pour prendre. L’automobile rendit rapidement cette production insuffisante.

 

 

Bo - Seringueiro incisando


Les Anglais, les premiers eurent conscience de l’avenir illimité de cette substance ailleurs que dans les ballons de football (ou autre)

 

capote

 

et dédaignèrent la tâche obscure des seringueiros en commençant à planter l’hévéa dans leurs colonies d’Asie, non sans risques puisque le rendement n’intervient qu’au bout de 7 ans en moyenne.

Au début du siècle dernier, la production mondiale de caoutchouc sauvage était de 65.000 tonnes et celle de caoutchouc cultivé de 500 tonnes. 25 ans plus tard, la cueillette du caoutchouc sauvage n’était plus que de 25.000 tonnes et celle du caoutchouc cultivé de 375.000 tonnes. En 1961, la production mondiale de caoutchouc cultivé est passée à 2,1 millions de tonnes et à 10 millions en 2011.

Les recherches entreprises, notamment par les chimistes allemands dès la première guerre mondiale, pour créer un caoutchouc de synthèse, faute de caoutchouc naturel pour raisons de blocus, ont certes abouti

 

 002

 

mais le caoutchouc de synthèse ne présente encore paraît-il pas les qualités du caoutchouc naturel pour assurer la pérennité des pneumatiques de nos automobiles. Grace à l’invention de la vulcanisation et celle du pneu à carcasse radiale par Michelin en 1948, le caoutchouc naturel reste le meilleur.

 

Le caoutchouc sauvage a perdu toute considération autre que touristique et folklorique au Brésil où quelques seringueiros opèrent encore dans ce qui reste de la forêt amazonienne.

 

tintin

 

      ______________________

 

(1) Louis Cros «  L’Indochine française pour tous », Albin Michel, 1931.

(2) Voir l’article dans « le Monde » du 26 août 2011, http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/08/26/un-milliard-de-voitures-dans-le-monde-la-chine-fait-la-course-en-tete/

(3) « La Thaïlande : premier exportateur de caoutchouc naturel grâce à ses agriculteurs familiaux » par Jocelyne Delarue, publication du Département de la Recherche - Agence Française de Développement - 5 rue Roland Barthes – Paris, 2009 sur : www.afd.fr avec une bibliographie très complète.

(4), « Les politiques agricoles à travers le monde, quelques exemples, Thaïlande » in :

http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/29-_Thailande_cle81d921.pdf

 

(4 bis) Ce genre de considérations « économiques » nous rappellent irrésistiblement l’histoire contée par Jean Lartéguy dans « Les tambours de bronze » : Lorsque les colons français s’installèrent au Laos, le rendement d’un hectare de riz était (chiffre donné en l’air) de 10 quintaux à l’hectare. Un colon interpelle un paysan et lui explique que sur les deux hectares de son exploitation, travaillés rationnellement, il obtiendrait non plus 20 quintaux (qui le faisaient bien vivre) mais 40 (qui le rendraient riche). L’année suivante, le colon revient, le Lao avait doublé sa production sur un hectare … et vendu le second.

(5) « SECTEUR HEVEICOLE: Les cours du caoutchouc continuent de flamber. » Sur le site de la « Confédération générale des entreprises de Côte d’ivoire », article de septembre 2013 in :

http://www.cgeci.org/cgeci/index.php?option=com_content&view=article&id=586:heveaculture-les-cours-Du

(6) « comod@africa – votre information Afrique – matières premières » in :

http://commodafrica.com/fr/actualites/matieres_premieres/caoutchoucplandinterventionthailande

(7) « Thaïlande: les producteurs de caoutchouc sous les dettes », un excellent reportage de « Libération » en date du 5 septembre 2013 in :

http://www.liberation.fr/economie/2013/09/05/thailande-les-producteurs-de-caoutchouc-sous-les-dettes_929629

(8) Voir notre article A81 : « à qui  profite le riz en Thaïlande ? ».

(9) « Le petit journal de Bangkok » du 11 septembre 2013.

(10) « Le petit journal de Bangkok » du 13 septembre 2013.

« Crise du caoutchouc  –  Les producteurs du Sud lancent un ultimatum 

(11) voir : http://www.boursereflex.com/actu/2012/01/24/caoutchouc_siph_quadruple_la_superficie_de_ses_terres_au_liberia

(12) « Le caoutchouc flambe, est-ce le moment d’investir ? » in :

http://edito-matieres-premieres.fr/le-caoutchouc-flambe-est-ce-le-moment-dinvestir/

 

semelles

Partager cet article

Repost0
5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 03:03

cij.jpgEn ce mois d’avril 2013, Les Thaïlandais ont pu suivre en direct à la télévision, la défense de leurs avocats à la Cour internationale de la Haye concernant leur contentieux avec le Cambodge à propos de la propriété des terres adjacentes au temple Phrea Vihear.  

Pourquoi les medias thaïs ont-ils  porté au pinacle les avocats français qui ont fait « de la belle ouvrage » ?


 1/ Rappel de la décision de la Cour du 15 juin 1962.


Le 6 octobre 1959, le royaume du Cambodge, chaussant allégrement les bottes de l’ancienne puissance coloniale, présente à la Cour internationale de la Haye une « requête introductive d’instance » dont il importe de peser les termes puisqu’ils vont « lier le contentieux » c’est-à-dire poser clairement l’objet du litige. La Cour ne peut donc, c’est un principe général immuable, statuer « ultra petita » (au-delà de ce qui est demandé).

 

« Requête introductive d’instance »


Suivent une vingtaine de pages d’explications, d’argumentations et de références à des pièces justificatives. Nous vous en faisons grâce, vous pouvez les consulter sans la moindre difficulté sur le site de la Cour Internationale de Justice (http://www.icj-cij.org/). Les deux langues officielles de la Cour étant le français et l’anglais, pas de problème pour nous.

 

« Par ces motifs »

 

Le Royaume du Cambodge conclut à ce qu'il plaise à la Cour dire et juger, tant en présence qu'en l'absence du Royaume de Thaïlande,


1) que  le Royaume de Thaïlande devra retirer les éléments de forces armées qu'il a installés depuis 1954 dans les ruines du temple de Préah Vihéar;


2) que la souveraineté territoriale sur le temple de Préah Vihéar appartient au Royaume du Cambodge.

Paris, le 30 septembre 1959.


Ce que nous avons souligné, est à dessein. Pourquoi ?


Pour faire une référence peut-être plus parlante au droit français, la demande ne se présente pas comme un bornage

 

Bornage

 

(fixation de la frontière plus ou moins évanescente en deçà ou en delà des ruines du temple), mais d’une revendication de propriété (les ruines du temple et rien autre, sont placées sous la souveraineté du Cambodge c’est-à-dire sont propriété du Cambodge). Le Cambodge revendiquait les pierres mais pas la terre.

 

62


Après des débats fort techniques et souvent absconds pour le profane, la décision de la Cour va tomber le 15 juin 1962 :


« Par ces motifs »

 

La Cour

par neuf voix contre trois,

 

1 - dit que le temple de Préah Vihéar est situé en territoire relevant de la souveraineté du Cambodge;

dit en conséquence, par neuf voix contre trois,


 2 - que la Thaïlande est tenue de retirer tous les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes ou gardiens qu'elle a installés dans le temple ou dans ses environs situés en territoire cambodgien;

par sept voix contre cinq,


3 - que la Thaïlande est tenue de restituer au Cambodge tous objets des catégories spécifiées dans la cinquième conclusion du Cambodge qui, depuis la date de l'occupation du temple par la Thaïlande en 1954, auraient pu être enlevés du temple ou de la zone du temple par les autorités thaïlandaises.

 

Fait en anglais et en français ….. »


Notez que les délibérés de la Cour ne sont pas (comme en France) anonymes, nous connaissons non seulement le nom des « contre » mais aussi leur avis motivé puisqu’ils donnent par écrit les raisons de leur opinion dissidente (que l’on trouve sur le site de la C.I.J loc.cit. et que l’on peut lire avec un certain profit).


Notez que les points n°2 et 3 du « dispositif » (C’est-à-dire ce qui a été exactement jugé et sur quoi, par conséquent, il n’est plus possible de revenir) ne sont que la conséquence du point numéro 1.


Peut-on faire référence à notre législation interne ? Pourquoi pas ? La jurisprudence de la Cour de Cassation est maintenant acquise :


L’ « autorité de la chose jugée » a pour effet d'empêcher les parties de recommencer un nouveau procès qui porterait sur un différend qui aurait été déjà jugé et elle est limitée aux seules énonciations du dispositif et non des motifs, c’est-à-dire l’ensemble des raisons qui ont conduit le Juge à prendre sa décision sous le chapitre « par ces motifs ».


Il est donc acquis depuis le 15 juin 1962, et la Thaïlande ne le conteste nullement, que les ruines du temple sont en territoire cambodgien.

                                          __

 

Pourquoi dès lors, le litige persiste-t-il depuis 50 ans d’incidents parfois sanglants en incidents diplomatiques ?


incidents


L’inscription du site au patrimoine mondial de l’humanité a mis le feu aux poudres. Il est incontestable que l’entrée du temple se situe dans la province de SI SA KET, juste à la frontière avec le Cambodge.


Le temple est situé sur un surplomb, à 600 m au-dessus de la plaine du nord cambodgien. Son accès est très malaisé par cette voie, alors qu'il ne pose aucun problème à partir de la Thaïlande. Il règne depuis lors un incontestable flou frontalier (1).


Il est non moins incontestable que, traditionnellement, « le sud-est asiatique n’a jamais eu de perception de ce qu’est une frontière » (2). Voir l’article de Surachart Bamrungsuk in : « Bangkok post » du 21 février 2008.


La frontière semble suivre la ligne de crête partout sauf à  Preah Vihear où il y a de par les vertus de l’arrêt de 1962 une enclave cambodgienne en territoire thaï. Le Cambodge ne fut donc pas la victime de ce contentieux, bien au contraire, et la Thaïlande n’est pas un « plaideur de mauvaise foi ».

La propriété des terres adjacentes au temple reste litigieuse pour n’avoir pas été concernée par la décision de 1962. Il subsiste un territoire de 4,6 km2 au centre du litige.


La démarcation précise de la frontière, sur la ligne de crête des monts Dangrek, au sommet desquels se trouve le temple, n'a jamais été réalisée.

1804-carteCambodge


Le temple n’est qu’une infirme partie du territoire contestée.


N’épiloguons pas sur les conditions dans lesquelles le roi Sihanouk a réussi à convaincre la Cour en 1962 de la « cambodgianité du temple » (3). Mais il a incontestablement commis une erreur procédurale majeure en ne demandant qu'un jugement sur le temple, et non sur la zone contestée. Le Cambodge revendiquait les pierres mais avait oublié de revendiquer la terre.

       

2/ Le nouveau procès à la Cour internationale de la Haye, d’avril 2013. 

Le litige qui vient de se plaider devant la Cour est issu d’une requête en date du 28 avril 2011 en interprétation de l’arrêt de 1962 soumise par le Cambodge.


Sa présentation en est initialement délibérément vicieuse :


« …Il doit tout d'abord être rappelé que le différend entre le Cambodge et la Thaïlande soumis  à la Cour en 1959 était centré sur la question de la souveraineté dans la région du territoire cambodgien où se trouvent les ruines du Temple de Préah Vihéar… »


Quel en est (après 17 pages d’analyse juridique complexe) le « dispositif » c’est à dire l’objet de la demande :


« Le  Cambodge prie respectueusement la Cour de dire et juger que :


« L'obligation pour la Thaïlande de « retirer tous les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes ou gardiens qu'elle a installés dans le temple ou dans ses environs situés en territoire cambodgien» (point 2 du dispositif) est une conséquence particulière de l'obligation générale et continue de respecter l'intégrité du territoire du Cambodge, territoire délimité dans la région du Temple et ses environs par la ligne de la carte de l'annexe 1 sur laquelle l'arrêt de la Cour est basé. Le 28 avril 2011. » 


Les débats se sont déroulés du 15 au 18 avril dernier. Ils ont été transmis « en direct » à la télévision thaïe (au moins sur la chaine ASTV) et la défense de la Thaïlande par ses conseils français a enthousiasmé l’opinion générale.


Elle fut conduite par le professeur M. Alain Pellet,


 

alain pellet 2

 

 

professeur à l’Université Paris Ouest, Nanterre-La Défense, qui est actuellement en France le « pape » du droit international. Ce ne sera pas dénigrer les autres défenseurs thaïs, anglais ou américains, de ne citer que lui puisque nous avons eu le plaisir d’entendre ses plaidoiries en français (actuellement disponibles sur « youtube »). Mais il serait désobligeant de ne pas citer sa collaboratrice roumaine Alina Miron parfaitement francophone (en thaï อลินา มิรอง) dont la plaidoirie en français fut un délice. C’est évidemment la favorite des médias !

 

Alina

 

Les débats devant la CIJ ne sont pas ceux d’une Cour d’assises, point d’effets de manche, point de déclarations tonitruantes, point d’incidents d’audience. Alain Pellet plaide « à la parisienne », quand on l’écoute, on a tendance à partager l’opinion de Villon, « Il n’est de bon bec que de Paris ».

 

Francois Villon

 

Les vacheries sont dites, mais en douceur et l’élégance de la forme peut sous-entendre des propos au jus de mancenillier :


 « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément». A lire ses conclusions on ne peut pas dire que le Cambodge soit imprégné de cette sagesse cartésienne. Elles sont rédigées de telle manière que la seule véritable question qui oppose les Parties y est dissimulée par une sorte de rébus qu’il nous faut et qu’il vous faut déchiffrer ; comme pour certains jeux de hasard, il faut gratter pour savoir ... Ceci étant, si l’on gratte, on trouve, sans trop de mal à ce stade, le sens caché, le véritable différend, la vraie question. Car il y en a une seule, Monsieur le président, et qui, se concevant clairement, peut s’énoncer aisément : dans son arrêt de 1962, la Cour a-t-elle décidé, avec force obligatoire pour les Parties, du tracé de la frontière ? »


Il a le mérite de poser clairement la difficulté : « Là où les désaccords commencent peut-être devrais-je plutôt dire le désaccord, mais il est de taille c’est avec la «reconnaissance de la frontière» que le Cambodge impute à l’arrêt de la Cour, lorsqu’il vous demande de dire, en utilisant l’une de ces formules tarabiscotées dont il a le secret, que la souveraineté du Cambodge sur le temple « est la conséquence juridique du fait que le temple est situé du côté cambodgien de la frontière » jusqu’ici pas de problème ni de différend sur l’interprétation : c’est en effet ce que fait la Cour mais la Partie cambodgienne ajoute : « telle qu’elle fut reconnue par la Cour dans son arrêt ». Et à cet égard, nous ne sommes plus du tout d’accord mais ce désaccord n’est pas un différend que vous pouvez trancher dans le cadre d’une demande en interprétation formulée sur la base de l’article 60 du Statut. »


« Le sens du dispositif est « clair comme de l’eau de roche » ou disons « crystal clear » pour rendre la politesse à sir Franklin (avocat anglais du Cambodge)  : le « territoire cambodgien » c’est ... le territoire du Cambodge, Etat souverain dont le territoire est un élément constitutif, sur lequel s’exerce sa souveraineté territoriale ; les deux Parties présentes dans cette salle sont d’accord ;  le temple est situé sur ce territoire ; le paragraphe 1 le décide ; il n’y a pas de contestation sur ce point non plus ; et  il va de soi (mais j’y reviendrai) qu’il en résulte que tous les éléments de forces armées ou de police étrangères stationnées sur ce territoire doivent en être retirés  ce que décide le paragraphe 3 ; c’est évident et ceci n’appelle aucune interprétation  décidément, « in claris non fit interpretatio » ... enfin  mais certainement not least ! Aucun des trois paragraphes du dispositif ne contient le mot frontière, ni une expression équivalente


Rappel insidieux et cruel des termes probablement mal choisis de la requête de 1959.


« Et il n’était nul besoin pour la Cour de 1962 de décider précisément de l’emplacement de la ligne frontalière : il lui était demandé de « dire et juger que le temple de Préah Vihéar est situé en territoire relevant de la souveraineté du Royaume du Cambodge »


Et « in fine », grand seigneur, il est rare qu’un mandarin de cette stature cède la dernière place à un collaborateur « Je vous prie, Monsieur le président, de bien vouloir appeler à cette barre Alina Miron dont je suis honoré d’avoir été le professeur même si, tel Ménalque d’André Gide dans Les nourritures terrestres, je ne veux pas de disciples ».


Celle–ci aura alors la tâche bien ingrate de donner de très complexes explications cartographiques et géographiques que son charme et sa légère pointe d’accent nous firent écouter avec plaisir.


images


En définitive, des débats très techniques et très juridiques, le texte complet des interventions de tous et toutes est depuis quelques jours intégralement disponible sur le site de la CIJ.


La Cour « videra son délibéré » (rendra son arrêt) au mois d’octobre ; L’affaire est donc à suivre et nous la suivrons..Il est évidemment toujours périlleux d’augurer de l’issue d’un débat judiciaire. Citons tout de même le bon La Fontaine :


 «… Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui,

Qui souvent s’engeigne soi-même,

J’ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd’hui,

Il m’a toujours semblé d’une énergie extrême ».

 

 

 

________________________________________________________________________________________________________________

 

 

(1) Voir un excellent article in « Le monde » du 6 juillet 2007.


(2) Voir l’article de Surachart Bamrungsuk in : « Bangkok post » du 21 février 2008.


(3) Voir notre article 24. « Affaire du Temple Vihear : Et si les Thaïs avaient été floués ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-affaire-du-temple-vihear-et-si-les-thais-avaient-ete-floues-72276720.html

 

Nous avons eu le bonheur de retrouver un extrait des mémoires de Samdach Son-Sann, ancien premier ministre du Cambodge de 67 à 69 (http://www.taansrokkhmer.com/temple_de_preah-vihear1.ws ou encore http://fr.scribd.com/doc/50243303/Memoire-de-Son-Sann-sur-Preah-Vihear) qui indique avec un évident cynisme la manière dont le procès a été préparé à l’instigation de Sihanouk,

 

Norodom Sihanouk Caric'actu octobre 2012 semaine 42

la manière dont on a circonvenu Monsieur X : « nous avons été rendre visite à M. X très porté sur l’alcool alors dans une maison de retraire sur la côte d’azur »…. Sous entendu un vieillard gâteux et alcoolique ce qui explique que nous voilons son nom dans la pièce jointe. Samdach Son-Sann a reçu instructions comme adjoint à l’ambassadeur à l’ONU « pendant trois ans de préparer discrètement le procès... Les pays du bloc communiste nous étaient favorables

 

moscou

 

et nous ont promis que leurs juges à La Haye nous soutiendront. Grâce à un banquier américain ami, nous avons pu avoir aussi la promesse de soutien d’un grand pays asiatique ». Soutien du bloc communiste et soutien de la finance américaine, il était également gouverneur à cette époque de la banque du Cambodge ce qui peut laisser un mauvais esprit s’égarer.

 

F02 caricature 1

 

Et soutien du Japon assuré contre la promesse de vote pour un juge japonais lors de l’AG de l’ONU. Restons-en là. 

 

Nous vous laissons continuer cette édifiante lecture :

 

 

 temple 03

 

 temple 04

 

      etc...etc....

Partager cet article

Repost0
20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 04:07

 

mariage homo-261x300Nous habitons depuis longtemps en Thaïlande, mais nous restons français et nous intéressons toujours au destin de la France, à ses œuvres, ses joies, ses drames, ses déboires, son actualité, comme par exemple  « Le mariage pour tous » qui est l’objet de vifs débats, en ce mois de janvier 2012. Mais vu de Thaïlande, c’est-à-dire au sein d’une autre histoire, une autre religion, une autre façon d’aimer et d’envisager les relations  humaines. Une « situation » qui permet de relativiser ce que peuvent en penser les autres religions, les autres peuples. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » disait Pascal.


Il est en tous cas, l’occasion pour chacun de s’interroger sur le mariage homosexuel(le), le mariage entre deux personnes du même sexe, leur droit à avoir un enfant ou non,  l’établissement d’une nouvelle norme  en matière de famille, de filiation et de transmission. Il est pour d’autres le signe d’un changement de société profond, une « révolution » qu’ils ne peuvent accepter, tant elle remet en cause leur religion, leurs valeurs fondamentales,  et pour le moins, leur conception de la famille.


Le débat est complexe, mais  peut être l’occasion pour chacun de faire le point sur l’homosexualité, du rôle et du sens du mariage (la survie de l’espèce, la reproduction, la relation de deux familles, la préservation de l ’héritage, l’intérêt,   l’amour, le plaisir, le sexe …), du rôle du père et de la mère dans la famille, de la possibilité ou non pour deux femmes et deux hommes de « réussir » l’épanouissement d’un enfant (le problème de l’équivalence entre les 3 situations), de la naissance et de la place de l’enfant,

 

Homoparentalite m

 

et de la « révolution scientifique » qui permet la contraception, la procréation médicalement assistée, qui dynamitent  tous les repères passés.

 

Le dialogue peut s’avérer difficile, tant les progrès scientifiques permettent de plus en plus  de s’affranchir de ce que l’on considérait auparavant comme « naturel ». « Il deviendra technologiquement de plus en plus facile de dissocier le désir, la sexualité, l’amour, la reproduction, l’éducation des enfants. » (J. Attali*)


Chacune de ces questions a une histoire et est traité différemment selon le pays où l’on se trouve, l’histoire vécue,  le droit en vigueur, la religion pratiquée,  la morale, les valeurs, les mœurs, les coutumes …

 

  1. 1.     Le mariage religieux et le mariage civil n’ont pas toujours existé en France.

A l'origine, il n'y a même pas de rite spécifique du mariage dans l'Église.

 Les chrétiens se marient selon les modalités de leurs différentes cultures et les traditions locales : rôle du père, dot, don d'un anneau, entrée de la femme dans la maison de son mari. En Orient, on tient une couronne de fleurs au-dessus des mariés.

 

aimant mariage orthodoxe russe-p147821614323692080envtl 400

 

En Occident, il s'agit généralement d'un voile. La présence du prêtre n'est pas obligatoire et peu pratiquée


Ce n'est qu'au XIème siècle en Occident que l'Église institue un rite spécifique du mariage religieux.

 

L'échange des consentements pouvait se faire à la porte de l'église avant la bénédiction nuptiale et la messe. Puis au XIIème le tout se fait dans une même cérémonie. Mais le mariage religieux est considéré clairement comme un sacrement au IVème concile du Latran en 1215 et est intégré dans la liste officielle des sept sacrements de l'Église. Le concile de Trente en 1563 a mis  au premier plan la célébration religieuse du mariage et a décrété que  le mariage n'est valide et sacramentel que s'il est fait en présence du curé compétent et de deux témoins.  

  • La finalité du mariage catholique, elle-même, a évolué. 

L'Église a d'abord adopté la conception de l'antiquité grecque et romaine selon laquelle la procréation et l'éducation des enfants était le seul but du mariage. Pour St Paul, l'union sexuelle dans le mariage était un "remède à la concupiscence".  Il faut attendre le concile Vatican II en 1965 pour que l’Eglise catholique admette que la finalité du mariage n’a pas  seulement pour fin  la procréation, mais aussi  l'amour et le bonheur des époux.

  • Et puis la Révolution française crée le mariage civil en 1791.La liberté religieuse, impensable par beaucoup, est instituée en 1789 par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, dans son article 10 : « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses »

 

  • 1.2 Le mariage civil. (écrit d’après wikipédia entre autres) 

La Révolution instaure une distinction entre le mariage chrétien, en particulier le mariage catholique et le mariage civil dans la Constitution de 1791  (article 7). Cela permet notamment aux citoyens non catholiques( juifs,protestants…) de bénéficier des mêmes droits  civiques que les citoyens catholiques (Article 1 de la Déclaration des droits del'homme et du citoyen  : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune »). Le mariage devient un contrat entre les époux. La constitution instaure le mariage civil sur des bases similaires à celles du mariage catholique :


Article 7. - « La loi ne considère le mariage que comme contrat civil. - Le Pouvoir législatif établira pour tous les habitants, sans distinction, le mode par lequel les naissances, mariages et décès seront constatés ; et il désignera les officiers publics qui en recevront et conserveront les actes. »

La loi sur le divorce du 30 août 1792 de l’Assemblée législative, va déclarer « que le mariage est dissoluble par le divorce », réhabilitant une  catégorie juridique du droit romain que le droit canonique avait réussi à occulter. Et la loi du 20 septembre 1792 décrétait la laïcisation de l'état-civil et l'autorisation du divorce. Le mariage civil et l'Etat civil sont créés par le Concordat de 1801. En 1804, la promulgation du Code Civil  rend le divorce possible.


Il n’était fait aucune référence à la nécessité d'altérité sexuelle, tant il était évident, à cette époque, que le mariage ne pouvait se contracter qu’entre un homme et une femme.

  • 1.3. La laïcité proclamée  en 1905 en France,  à savoir une organisation de la société fondée sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, va clarifier ce qui est du ressort de l’Eglise, du religieux et de la société civile. La loi sur la laïcité excluait les Eglises de l'exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l'organisation de l'enseignement.
  • En 1946,  la laïcité devenait même un principe constitutionnel et apparaissait dans le préambule de la Constitution de la IVème République. En 1958, la Constitution de la Vème République définissait la France dans son article 1 comme une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».

Les Eglises n’avaient plus désormais aucune légitimité pour définir le mariage civil français.


2. Mais me direz-vous, mais où sont les homosexuels dans cette histoire ? (cf. le combat homosexuel**)

images


Nous avons vu que le code civil ne faisait aucune référence à l’altérité sexuelle tant il était évident que le mariage ne pouvait  se faire  qu’entre un homme et une femme.


Les temps ont donc changé. 

  • Nous ne sommes donc plus au temps de la Bible, le livre saint commun des trois religions monothéistes, qui condamnait  sans appel  l'homosexualité, comme au temps de Sodome et Gomorrhe, qui furent détruites par le feu du fait de leur "dépravation homosexuelle", au temps du  Lévithique qui proclamait :

"quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une abomination. Ils seront punis de mort".

 

sodome


  • Nous ne sommes plus, du moins en Occident, au temps où l’homosexualité était considéré comme un crime contre la dignité humaine, « un crime contre nature », que les différents pays punissaient, c’était selon, par la castration, la lapidation,  le bûcher comme  en France, ou en les enterrant vivant comme en Angleterre.  

 

  • Mais le chemin fut bien long, le combat bien rude puisqu’il «  faudra attendre le siècle des Lumières pour porter un regard nouveau sur l'homosexualité, pour qu’elle fasse l'objet d'un débat et non plus d'une condamnation sévère. »***

On ne va pas refaire ici l’historique du  combat  homosexuel, qui au cours de l’Histoire a été d’abord la lutte « contre le péché », puis le « crime contre-nature, puis « la maladie mentale » et aujourd’hui « la donnée naturelle ».

 

actes impudiques


Le combat fut vraiment visible en France depuis les années 20 et 30, étouffé et réprimé par la seconde guerre mondiale, le combat des homosexuel(le)s a repris en 1968… Il s’est en priorité focalisé sur  la fin de la répression et l’abolition de la pénalisation, pour s’engager ensuite sur l’obtention de  l’égalité juridique et sociale.


On peut rappeler que  jusqu’en 1942, la France ne connaît pas de législation homophobe. Le gouvernement de Vichy qui criminalise l’avortement, remédie à cette «lacune» par la loi du 6 août 1942. Elle punit de six mois à trois ans d’emprisonnement les relations sexuelles entre une personne de vingt et un ans et plus et une personne de moins de vingt et un ans, ainsi que les relations entre deux personnes de moins de vingt et un ans. Elle condamne les «actes impudiques et contre-nature».

 

60348928revolutionnationale-jpg


 

A la Libération, le nouveau pouvoir renforce le dispositif, les atteintes à la pudeur entre personnes de même sexe deviennent un facteur aggravant. En 1949, le préfet de police de Paris interdit aux hommes de danser entre eux.

Il faudra attendre le 18 juin 1960 pour que  la Chambre des députés autorise le gouvernement à prendre toutes les mesures visant à lutter contre l’homosexualité. (Cf. l’amendement Minguet ***)

  • Toutefois encore en 1968 la France adopte la classification de l’Organisation Mondiale de la Santé selon laquelle l’homosexualité est un dysfonctionnement psychique. 

 

  • Il faudra attendre le 12 juin 1981  pour que l’homosexualité ne figure plus dans la liste des maladies mentales du ministère de la Santé et que soit abrogé le 27 juin 1982, une loi homophobe. ***

 

 

  • En  1999, le Pacte civil de solidarité (Pacs ou PACS) instaurait une autre forme d’union civile et établissait « entre deux personnes majeures (les « partenaires », communément appelés « pacsé(e)s »), indépendamment de leur sexe, et qui a pour objet d'organiser leur vie commune en établissant entre eux des droits et des devoirs en terme de soutien matériel, de logement, de patrimoine, d'impôts et de droits sociaux » (wikipédia) (voté sous le gouvernement Jospin).

Le PACS était proposé à tous les couples, et  avait surtout pour but de donner un statut à ceux qui vivaient en concubinage ainsi qu’aux couples de même sexe.


Le Pacs a connu un fort succès en France  essentiellement chez les couples hétérosexuels, le nombre de pacs signés chaque année est en progression et se rapproche désormais de celui du mariage civil.

 

  • Le nouveau combat des homosexel(les) allait être désormais l’accès au mariage civil au même  titre que les hétérosexuels et donc avec les mêmes droits 

Beaucoup d’homosexuels considèrent que  le régime juridique du PACS comporte de nombreuses  lacunes et aspirent au statut du mariage civil au même titre que les hétérosexuels, avec entre autre le droit à l’enfant, avec la possibilité d’adoption, comme cela existe déjà dans plusieurs pays européens. En effet, le mariage civil est ouvert aux couples homosexuels aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne; les régimes de partenariat en vigueur en Allemagne, au Danemark et en Suède sont très proches du mariage. Seuls les Pays-Bas ont accordé pleinement le droit à l’adoption, au Danemark, le conjoint peut adopter l’enfant de son partenaire.

 

3.

C’est le débat actuel sur le « mariage pour tous », où pour être plus précis, c’est le droit à l’enfant qui pose problème à de nombreux Français, avec l’usage par les homosexuel(le)s de la procréation médicalement assistée.

Mais aussi complexe que soit le débat, il comprend bien trois sujets que l’on peut distinguer :

  • Le mariage homosexuel.
  • La possibilité pour les homosexuels, d’adopter, et/ou d’obtenir un enfant par procréation médicalement assisté.
  • Le problème de « l’équivalence ». En quoi un mariage homosexuel est différent d’un mariage hétérosexuel ? en quoi un enfant d’un mariage  homosexuel est différent d’un mariage hétérosexuel ?
  • En quoi, au nom des différences constatées, faut-il ou non accorder ce droit ?

En sachant, que le débat peut être refusé, interdit, condamné, tabou, pour une autre société et/ou par une religion, une coutume, une philosophie, une morale …


Chacun, selon son Eglise, ou sa philosophie », ou son bord politique avançant ses arguments : la famille naturelle ? l’éducation d’un enfant doit être assuré par un père et une mère ? seuls un père et une mère peuvent assurer une éducation « équilibrée », les limites à la procréation médicalement assistée …


Et de l’autre : l’égalité des droits, la liberté individuelle, le refus de toute intrusion religieuse dans le domaine des mœurs, la prise en compte de l’évolution technologique et de la réalité …


Avec ce concept d’équivalence ?Comment mesurer ce que peuvent donner un père homme  et une mère femme, deux hommes, deux femmes, un homme seul, une femme  seule, une famille recomposée, deux hommes et une femme, deux femmes et un homme …etc.


Il est aisé de montrer comme le fait par exemple le philosophe Bertrand Vergely, in  Le mariage gay ou la dictature de la confusion, «  qu’évidemment un enfant adopté par un couple hétérosexuel n’a pas et n’aura jamais le même sens qu’un enfant adopté par un couple homosexuel. » ou bien  pour l’éducation « Une chose est d’avoir un père et une mère, une autre d’avoir deux pères et deux mères. Obliger un enfant à naître et à grandir dans un couple homosexuel va se confondre avec le fait d’interdire à un enfant de savoir ce qu’est le fait d’avoir un père et une mère. » On crée, dit-il,  une autre catégorie d’enfants. Ce n’est pas rien.

 

Il est vrai.

 

Mais il oublie de rappeler qu’à à l’intérieur de CETTE catégorie « idéale » soit-disante « normale », « naturelle », il y a les enfants orphelins, les enfants battus, les enfants subissant l’inceste, les enfants de divorcés, les enfants violés par des proches, des prêtres, des enfants peu aimés, autistes, handicapés,   ………… (à compléter).

 

La notion de famille « naturelle », n’existe pas; comme semble le croire cette « mission parlementaire de l'Assemblée nationale dominée par les élus de droite, qui en 2006,  sur «la famille et les droits de l’enfant», a rejeté dans son rapport le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels «au nom du principe de précaution et dans l’intérêt supérieur de l’enfant» car ce serait «mettre en cause les principes fondamentaux du droit de la filiation fondés sur le triptyque un père, une mère, un enfant» .(art. cit. ****)


Ce « triptyque » comme disent ces députés n’a d’évidence que leur manque de culture, n’a de fondamental que leur refus de voir la réalité française où les familles mono-parentales, recomposées, homosexuelles, à trois, polygamiques sont légions et majoritaires.


Ils leur suffiraient de lire un livre comme par exemple celui de Jacques Attali en collaboration avec Stéphanie Bonvicin-mais il y en de nombreux-, pour constater que les « Histoires des relations entre les hommes et les femmes » sont multiples et diverses dans le monde, que « l’utopie chrétienne et la norme bourgeoise [s’effacent] » ; « alors que de nombreuses femmes se battent encore dans le monde pour que cessent la poternel, ni exclusif » […] et que  « S’annoncent (…) « le mariage contractuellement provisoire, où la durée de la relation entre deux êtres serait fixée entre eux à l’avance ; le poly-amour, où chacun pourrait avoir, en toute transparence, plusieurs partenaires sentimentaux simultanés, la poly-famille, où chacun appartiendrait ouvertement à plusieurs foyers à la fois ; la polyfidélité, où chacun serait fidèle aux divers membres d’un groupe aux sexualités diverses.  Les enfants, eux vivraient dans des lieux stables où les parents viendraient tour à tour en prendre soin ».

 

Attali


Certes, ces mutations peuvent paraître effrayantes à certains, et les Eglises tenteront de sauvegarder leur influence, d’imposer leur conception de leur ordre moral, leur conception du mariage anachronique à vie, dans l’imposture de la fidélité, de l’éducation des enfants élevés par UN père et UNE mère.  Mais « l’augmentation de l’espérance de vie et la revendication d’une extension des libertés individuelles, pousseront dans ce domaine comme en d’autres au changement permanent, à la tyrannie du neuf, à la précarité des contrats. » […]

« Bien des forces s’opposeront à de telles évolutions aujourd’hui encore impensables, comme l’étaient en France il y a deux siècles encore le divorce, et il y a 10 ans le mariage homosexuel. » (Attali op. cit.)


La famille n’est donc pas une institution immuable ou naturelle, elle est le produit d’une société, des combats qui y sont menés, des nouvelles valeurs, croyances, (hier l’idéologie chrétienne, aujourd’hui les droits de l’homme, hier la soumission forcée à l’Eglise, aujourd’hui le respect de la liberté individuelle, hier une norme familiale, aujourd’hui plusieurs formes, hier un enfant obtenu dans la douleur avec un homme et une femme dans un temps biologique,  aujourd’hui avec la possibilité de la contraception, la péridurale et par la procréation médicale assistée); il en est de même des idées sur la sexualité. « L'évolution socio-culturelle a suivi de très loin l’évolution des lois. La mise à égalité des homosexuels a fait partie de la libération générale de la sexualité des traditions culturelles, qui perdent au XXe siècle de plus en plus d'importance, et s'effacent devant le concept d' autonomie sexuelle ».(wikipédia)*****

 

Hier on voulait tuer les homosexuel(le)s car ils étaient contre-nature, aujourd’hui (dans une partie du monde) ils sont reconnus comme des personnes à part entière, on les diagnostiquait comme des malades mentaux (OMS), on les déclare guéri. Ils se cachaient, ils vont aller désormais se marier.


 Leurs enfants seront étonnés des idées du passé du débat actuel.

 

 

        --------------------------------------------------------

 

 

 

PS. Et la Thaïlande ?


Avec une histoire différente, des peuples différents, le bouddhisme commun pour 90% des habitants, le mariage religieux préside à toutes les unions, mais il n’a  aucune valeur légale et aucune signification juridique. La loi thaïlandaise ne reconnait un mariage légalement que s’il a été enregistré au District Office local (en thaï, Khet ou Amphur). Il est effectué, sans solennité, très rapidement (15mn),  à un bureau dans une salle commune. Le divorce est aussi rapide.

Mais la conception de l’amour ? des couples (les Mia Noïs, les karaokés ?...), la situation des homosexuels ? des transsexuel(le)s (des katoys) ? des couples mixtes ? l’usage de l’internet pour les relations furtives tarifées ?

 Bref une autre façon de vivre les relations entre les hommes et les femmes qui méritent un autre article, qui suivra. (Il est à noter que l’IVG est interdit en Thaïlande).

 

 

______________________________________________________

 

 

*Jacques Attali, Amours, Histoires des relations entre les hommes et les femmes, Fayard, 2007.

 

**Cf. le site http://therealscandy.free.fr/humeur/history3.htm

La loi thaïlandaise ne reconnait un mariage légalement que s’il a été enregistré au District Office local (en thaï, Khet ou Amphur). Les mariages religieux en Thaïlande n’ont aucune valeur légale et aucune signification juridique; de fait ils sont facultatifs au regard de la loi.

***Le député Paul Mirguet, membre du parti gaulliste, propose de classer l’homosexualité comme un des «fléaux sociaux» au même titre que la tuberculose, l’alcoolisme et la prostitution. L’Assemblée vote l’amendement «Mirguet» et dans la foulée une ordonnance ajoute la circonstance aggravante d’homosexualité en matière d’outrage à la pudeur.

****Le 11 juin 1981, Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur,

 

deferre

 

envoie une circulaire à la hiérarchie policière interdisant le «fichage des homosexuels, les discriminations et à plus forte raison les suspicions antihomosexuelles». Dans le même temps est mis un terme au «de contrôle homosexuel» dont le travail consistait dans le fichage des personnes homosexuelles. Le 12 juin, l’homosexualité ne figure plus dans la liste des maladies mentales du ministère de la Santé. Durant l’été 1981, le gouvernement amnistie et libère les détenus homosexuels condamnés au titre de l’article 331, ils sont environ cent cinquante. Le 27 juin 1982, l’alinéa 2 de l’article 331 est abrogé par l’Assemblée nationale, et le journal Le Monde peut titrer «La fin de la loi homophobe»

http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s15stephane.html

 

Dans le monde mulsuman.

Toute relation sexuelle hors du cadre " sacré et divin " du mariage hétérosexuel est donc interdite dans tous les ouvrages de jurisprudence islamiques Si aucune allusion de la bouche de Mahomet faisant l'unanimité des savants du monde musulman ne condamne clairement l'homosexualité (par une peine légale), il y a en tout cas un consensus général sans divergence entre les Sahabas et l'ensemble des savants de l'islam pour condamner l'homosexualité, d'une façon ou d'une autre, par une poursuite judicaire, pouvant techniquement aller du bûcher à l'abandon de poursuite dans le cadre du fonctionnement juridique de la charia et du fiqh (wikipédia)

 

pas-dhomos-en-iran


*****Wikipédia. L'histoire de l’homosexualité aux États-Unis a été jusqu'au XXe siècle l'histoire de personnes qui ne pouvaient souvent suivre leur orientation sexuelle qu'en cachette, en raison de menaces de poursuites judiciaires, de mépris social et de discrimination. En raison de ce caractère caché, pour lequel s'est fixée en anglais l'expression « in the closet » (« dans le placard »), la recherche historique est confrontée à un manque de sources très important. Jusqu'à la seconde moitié du XXe siècle, la vie des femmes homosexuelles est tout particulièrement mal documentée. À côté de cela, il a existé des niches sous-culturelles, dans lesquelles les homosexuels pouvaient tout à fait mener leur propre style de vie, et ceci, avec des témoignages, dès le début du XXe siècle.

Comme dans beaucoup d'autres pays, l'appréhension culturelle de l'homosexualité a changé au cours de l'histoire de « péché », puis « crime », « maladie » jusqu'à « donnée naturelle ». À cause de la structure fédérale des États-Unis, chaque État possèdant ses propres lois pénales, la décriminalisation des conduites homosexuelles s'est accomplie en un grand nombre d'étapes indépendantes. L'Illinois est, en 1962, le premier État qui abolit sa loi contre les perversions sexuelles (angl. « sodomy »), parmi lesquelles était comptée l'homosexualité. Jusqu'en 2003, le nombre d'États où l'homosexualité est condamné décroit.

L'évolution socio-culturelle a suivi de très loin l’évolution des lois. La mise à égalité des homosexuels a fait partie de la libération générale de la sexualité des traditions culturelles, qui perdent au XXe siècle de plus en plus d'importance, et s'effacent devant le concept d'autonomie sexuelle. Aux États-Unis, l'émancipation des homosexuels commence à l’époque de la Seconde Guerre mondiale

 

 

L'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels en France s'inscrit dans un combat, né aux USA à la fin des années 1960, pour la reconnaissance des droits des gays dans le monde.


1969 : naissance du mouvement de défense des droits homosexuels
Le 27 juin, les policiers new-yorkais font une descente au bar du Stonewall Inn, alors fréquenté essentiellement par des jeunes des rues et des travestis, dans le quartier de Greenwich village. La loi interdisait alors à un barman de servir les homosexuels. A la surprise générale, les interpellés ripostent. Trois jours d'émeutes suivent donnant naissance au mouvement pour l'égalité des droits des homosexuels. Les Gay Pride célèbrent chaque année cette protestation.
 
1989 : premières unions civiles
Le 1er octobre, le Danemark est le premier pays à autoriser des unions civiles entre personnes de même sexe. En 2001, les Pays-Bas accordent aux couples homosexuels les mêmes droits et devoirs que les couples hétérosexuels, leur ouvrant ainsi le mariage civil et la possibilité d'adopter des enfants.
 
1990 : l'homosexualité retirée des maladies mentales
Le 17 mai, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) retire l'homosexualité de la liste des maladies mentales. La journée internationale contre l'homophobie, instaurée en 2005, se réfère à cette date.
 
2008 : appel d'un tiers des pays du monde à la dépénalisation
Le 18 décembre, 66 des 192 Etats membres de l'ONU lancent devant l'Assemblée générale des Nations unies, un appel historique à la dépénalisation universelle de l'homosexualité. En juin 2011, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU adopte une résolution pour promouvoir l'égalité des individus sans distinction de leur orientation sexuelle, alors que l'homosexualité reste interdite, et souvent fortement réprimée, dans 76 pays (Amnesty International).

011 : abolition du tabou gay dans l'armée américaine

 

loi homophobe

 


Le 20 septembre, la loi de 1993, dite "Don't ask, don't tell" ("ne rien demander, ne rien dire"), qui obligeait les militaires gays et lesbiennes à dissimuler leur homosexualité sous peine de renvoi, est abrogée après des années d'activisme des associations, de procès pour discrimination et une promesse de campagne de Barack Obama. En 18 ans, cette loi aura conduit au renvoi de 14.000 soldats en raison de leur homosexualité, selon des sources associatives

Source sur TF1 News : Les cinq grandes dates du combat homosexuel 

L'ONU adopte une résolution "historique" sur les droits des homosexuels

Le Monde.fr avec AFP | 17.06.2011 à

UN TEXTE PRÉSENTÉ PAR L'AFRIQUE DU SUD

Ce texte présenté par l'Afrique du Sud "affirme que tous les êtres humains sont nés libres et égaux en ce qui concerne leur dignité et leurs droits et que chacun doit pouvoir bénéficier de l'ensemble des droits et des libertés (...) sans aucune distinction" selon un document préliminaire.

Alors que l'homosexualité demeure interdite dans 76 pays selon Amnesty International, le Conseil a également demandé une étude sur les lois discriminatoires et les violences contre les personnes en raison de leur orientation et leur appartenance sexuelle.

Pour Peter Splinter, le représentant de l'ONG Amnesty International auprès des Nations unies :"l'adoption de cette résolution sera historique, car elle sera la première résolution de l'ONU répondant aux problèmes de violation des droits de l'homme en raison de l'orientation et appartenance sexuelle". Le texte sera "très important pour les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres dans leur lutte pour une pleine reconnaissance de leurs droits", a-t-il dit à l'Agence France Presse.

 


homophobie IDAHO Valere-20ab6

 

Partager cet article

Repost0
29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 04:05

titre «  La dette moyenne d’un riziculteur et de son ménage s’élèverait à 100.000 baht », nous apprend en utilisant un prudent conditionnel «  Le petit journal de Bangkok ». (1) Et de poursuivre, avec la précision « chirurgicale » du « Bangkok post », « la loi et les prophètes » pour certains :


« ... selon une étude du « Centre de prévisions économiques et d’affaires de l’Université de la Chambre de commerce thaïlandaise » menée sur 1.211 fermiers du 8 au 12 août. .... la part de dette informelle dans la dette moyenne d’un riziculteur est en augmentation chaque année depuis 2008 signe que les fermiers ont moins recours aux banques mais empruntent de plus en plus à la famille, à des connaissances ou à des usuriers. »


usurier


Comme nous le savions, les banquiers (siamois ou pas) ne prêtent donc plus qu’aux riches et les usuriers aux pauvres.

 

banquier


Nous ne sommes ni l’un ni l’autre des « économistes » et avons parfois tendance à penser que la « science économique » n’en est pas une (au sens que Mallebranche donnait à la « science », « Il y a science dès qu’une proposition est vraie sans aucune doute ». Constatons-donc et gardons-nous de prétendre avoir trouvé LA solution.


Pour ces « Experts » les causes sont limpides : « la hausse des matières premières et de l’engrais, celle du coût de la vie, et l’ échec de la politique rizicole du gouvernement de Yingluck Shinawat. L’Etat a augmenté en octobre à 15.000 bahts son prix d’achat aux fermiers de la tonne de riz paddy alors que son ancien tarif était d’environ 10.000 bahts Selon le Parti Démocrate et l’Institut de Recherche du Développement de la Thaïlande, ce programme bénéficie en grande majorité aux grands propriétaires terriens et non aux petits agriculteurs ». Ils se font un plaisir de faire un parallèle avec les subventions européennes de la « PAC » (Politique agricole commune).


 

pactl


Suites judiciaires  de cette politique d’assistance attaquée par « des universitaires et étudiants » ?  La Cour constitutionnelle s’est déclarée incompétente. (2)


A qui profitent les subventions ?


En Europe, c’est (presque) transparent.Un riziculteur camarguais exploitant 1.733 hectares et un producteur de maïs d’Aquitaine en exploitant 1.500 se sont partagés en 2004, 1,7 millions d’euros. L’un de nous a connu une exploitation agricole exploitant 1.700 hectares sise sur le plateau de Valensole (qui fut un temps le grenier à blé de l’Empire romain mais aujourd’hui le paradis terrestre de l’agriculture assistée) qui recevait annuellement dans le milieu des années 80 un peu moins de 4 millions de francs, (primes diverses, primes pour arracher, primes pour planter, subventions pour les terres laissées en jachère, montants compensatoires, etc... etc...)

.

La transparence n’est complète que depuis 2009. Consultez le site www.telepac.agriculture.gouv.fr pour connaître ce qu’a touché votre voisin. La France publie donc la liste des exploitations agricoles subventionnées, geste à haut risque, car ce système bénéficie aux plus gros.   Dassault, Rothschild, Besnier (Lactalis), Doux, ou Albert de Monaco. Les Allemands s’y opposent toujours (au prétexte de la « protection de la vie privée » mais l’on sait qu’il y avait parmis les bénéficiaires des clubs d'équitation et de ski et le magnat de l'automobile Porsche. L’Angleterre pourfend la politique agricole commune mais la reine d'Angleterre a perçu 769.000 livres pour 2003 et 2004, tandis que son fils Charles, en a reçu 300.000 livres. (3)


 

prince charles caricature 373475

 

Vous saurez au moins où passent une partie de vos impôts. 8,4 milliards d’euros de subventions européennes.


La Thaïlande ouvrira-t-elle sur Internet la liste des bénéficiaires des subventions ?


Il a fallu attendre 2009 pour que la transparence en Europe communautaire soit une obligation (respectée par seulement 7 pays !), elle devrait donc l’être en Thaïlande dans une trentaine d’années ?


La politique d’assistance est-elle irréversible ?


Dans les pays dits « émergents » la Thaïlande se trouve aux côtés du Brésil, de l’Inde et de la Turquie pour le « soutien massif » apporté à ses agriculteurs. D’après des experts américains « l’effet distorsif de ces aides au marché intérieur affecte le commerce mondial en faussant les échanges », qu’en termes élégants ces choses là sont dites. (4) Les USA pourfendent ces politiques d’assistance mais ne se gênent pas pour subventionner leurs producteurs de blé et de maïs à coup de milliards de dollars.


Les réformes agricoles des années 1980 en Nouvelle-Zélande, « la plus grande ferme du monde » ont prouvé le contraire de façon spectaculaire. Face à une crise budgétaire, le gouvernement néo-zélandais décida de supprimer presque toutes les subventions à l’agriculture. Ce fut une révolution, les agriculteurs néo-zélandais étaient habitués aux subventions massives et l’économie du pays dépendait beaucoup plus étroitement de l’agriculture que celle des États-Unis. Malgré les protestations, hurlements et vociférations, les subventions furent abrogées en 1984, subventions à la production et incitations à l’exportation. Les oiseaux de mauvaise augure prédirent alors un abandon massif de l’agriculture et la fin des exploitations familiales ? Que non pas ! Période de transition difficile, mais peu d’entre eux quittèrent leurs terres, seulement 1% ne réussirent pas à s’adapter et durent abandonner.


L’arrêt des subventions à l’agriculture a donné naissance à une économie rurale dynamique et diversifiée et a discrédité le mythe selon lequel l’agriculture ne peut vivre sans subvention. Auparavant, beaucoup d’agriculteurs exerçaient leur profession simplement pour recevoir des subventions. 40% des revenus bruts des éleveurs de bœufs et de moutons provenaient des aides publiques. (5)


stat


 

Et en Thaïlande ?


Le prix d’achat du riz assuré aux paysans par le gouvernement  de Mme Shinawat, au-dessus des prix mondiaux est-il un mauvais choix économique ? un soutien aux paysans ? une décision politique ?

 

Olivier Durand, souligne le poids électoral de l’agriculture (plus de 65 % de la population en Isan, 40 % dans tout le pays), ceci expliquant évidemment cela. Même aux Etats-unis (moins de 2 % de la population active) ou en France (1 million d’actifs), on doit caresser les agriculteurs dans le sens du poil... (6) Politique « populiste » peut-être mais Madame Shinawat a été élue et bien élue.

 

Notre propos n’est évidemment pas de donner de doctes solutions (« Faut qu’on... Y a qu’à ... ) mais de nous borner à de simples constatations, ce qui ne veut nullement dire (évidemment) que nous insinuons que les aides thaïes ne profiteraient qu’aux riches et que l’exemple néo-zélandais soit exportable.

 

***

Au moment de clôre cet article, nous lisons avec intérêt l’article du blog de notre ami Titi « Thaïlande, quand les Bangkokois retournent à la terre » (7). Ces citadins qui retournent à la terre sont-ils pénétrés des vers du vieux Virgile « O fortunatos agricolas nimium sua si bon norint ! » (8) ou ont-ils eux-aussi l’arrière pensée de devenir chasseurs de primes ?


 

chasseur

 

__________________________________________________________________

 

(1) «  Le petit journal de Bangkok » numéro du 22 août.


(2) «  Le petit journal de Bangkok » numéro du 11 octobre.


(3) article du « Nouvel observateur » du 30 avril 2006  et « Groupe d’économie mondiale », Sciences-po, « la réalité de la distribution des subventions en France » par Pierre Boulanger).


(4) Centre d’études et de prospectives,  numéro 51 de janvier 2012 pointant une étude américaine.


(5) « La réforme de la politique agricole en Nouvelle Zélande, un modèle ou un cas spécifique ? » par John H. Fairweather, Noelle Jean et Daniel Gouin in « économie rurale, 1998, volume 277.


(6) « Lorsque la terre ne peut plus nourrir ses paysans : Cultiver ou migrer, le défi des paysans du Nord-Est de la Thaïlande » Département d'anthropologie, Faculté des arts et sciences, Université de Montréal, Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l'obtention du grade de Maître en anthropologie, août, 2008. »


(7) http://www.titiudon.com/article-thailande-quand-les-bangkokois-retournent-a-la-terre-111455087.html


(8) « Heureux les agriculteurs s’ils connaissaient leur bonheur » (Virgile, « les bucoliques »).

 

piratas bretaña

Partager cet article

Repost0