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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 04:07

 

mariage homo-261x300Nous habitons depuis longtemps en Thaïlande, mais nous restons français et nous intéressons toujours au destin de la France, à ses œuvres, ses joies, ses drames, ses déboires, son actualité, comme par exemple  « Le mariage pour tous » qui est l’objet de vifs débats, en ce mois de janvier 2012. Mais vu de Thaïlande, c’est-à-dire au sein d’une autre histoire, une autre religion, une autre façon d’aimer et d’envisager les relations  humaines. Une « situation » qui permet de relativiser ce que peuvent en penser les autres religions, les autres peuples. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » disait Pascal.


Il est en tous cas, l’occasion pour chacun de s’interroger sur le mariage homosexuel(le), le mariage entre deux personnes du même sexe, leur droit à avoir un enfant ou non,  l’établissement d’une nouvelle norme  en matière de famille, de filiation et de transmission. Il est pour d’autres le signe d’un changement de société profond, une « révolution » qu’ils ne peuvent accepter, tant elle remet en cause leur religion, leurs valeurs fondamentales,  et pour le moins, leur conception de la famille.


Le débat est complexe, mais  peut être l’occasion pour chacun de faire le point sur l’homosexualité, du rôle et du sens du mariage (la survie de l’espèce, la reproduction, la relation de deux familles, la préservation de l ’héritage, l’intérêt,   l’amour, le plaisir, le sexe …), du rôle du père et de la mère dans la famille, de la possibilité ou non pour deux femmes et deux hommes de « réussir » l’épanouissement d’un enfant (le problème de l’équivalence entre les 3 situations), de la naissance et de la place de l’enfant,

 

Homoparentalite m

 

et de la « révolution scientifique » qui permet la contraception, la procréation médicalement assistée, qui dynamitent  tous les repères passés.

 

Le dialogue peut s’avérer difficile, tant les progrès scientifiques permettent de plus en plus  de s’affranchir de ce que l’on considérait auparavant comme « naturel ». « Il deviendra technologiquement de plus en plus facile de dissocier le désir, la sexualité, l’amour, la reproduction, l’éducation des enfants. » (J. Attali*)


Chacune de ces questions a une histoire et est traité différemment selon le pays où l’on se trouve, l’histoire vécue,  le droit en vigueur, la religion pratiquée,  la morale, les valeurs, les mœurs, les coutumes …

 

  1. 1.     Le mariage religieux et le mariage civil n’ont pas toujours existé en France.

A l'origine, il n'y a même pas de rite spécifique du mariage dans l'Église.

 Les chrétiens se marient selon les modalités de leurs différentes cultures et les traditions locales : rôle du père, dot, don d'un anneau, entrée de la femme dans la maison de son mari. En Orient, on tient une couronne de fleurs au-dessus des mariés.

 

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En Occident, il s'agit généralement d'un voile. La présence du prêtre n'est pas obligatoire et peu pratiquée


Ce n'est qu'au XIème siècle en Occident que l'Église institue un rite spécifique du mariage religieux.

 

L'échange des consentements pouvait se faire à la porte de l'église avant la bénédiction nuptiale et la messe. Puis au XIIème le tout se fait dans une même cérémonie. Mais le mariage religieux est considéré clairement comme un sacrement au IVème concile du Latran en 1215 et est intégré dans la liste officielle des sept sacrements de l'Église. Le concile de Trente en 1563 a mis  au premier plan la célébration religieuse du mariage et a décrété que  le mariage n'est valide et sacramentel que s'il est fait en présence du curé compétent et de deux témoins.  

  • La finalité du mariage catholique, elle-même, a évolué. 

L'Église a d'abord adopté la conception de l'antiquité grecque et romaine selon laquelle la procréation et l'éducation des enfants était le seul but du mariage. Pour St Paul, l'union sexuelle dans le mariage était un "remède à la concupiscence".  Il faut attendre le concile Vatican II en 1965 pour que l’Eglise catholique admette que la finalité du mariage n’a pas  seulement pour fin  la procréation, mais aussi  l'amour et le bonheur des époux.

  • Et puis la Révolution française crée le mariage civil en 1791.La liberté religieuse, impensable par beaucoup, est instituée en 1789 par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, dans son article 10 : « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses »

 

  • 1.2 Le mariage civil. (écrit d’après wikipédia entre autres) 

La Révolution instaure une distinction entre le mariage chrétien, en particulier le mariage catholique et le mariage civil dans la Constitution de 1791  (article 7). Cela permet notamment aux citoyens non catholiques( juifs,protestants…) de bénéficier des mêmes droits  civiques que les citoyens catholiques (Article 1 de la Déclaration des droits del'homme et du citoyen  : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune »). Le mariage devient un contrat entre les époux. La constitution instaure le mariage civil sur des bases similaires à celles du mariage catholique :


Article 7. - « La loi ne considère le mariage que comme contrat civil. - Le Pouvoir législatif établira pour tous les habitants, sans distinction, le mode par lequel les naissances, mariages et décès seront constatés ; et il désignera les officiers publics qui en recevront et conserveront les actes. »

La loi sur le divorce du 30 août 1792 de l’Assemblée législative, va déclarer « que le mariage est dissoluble par le divorce », réhabilitant une  catégorie juridique du droit romain que le droit canonique avait réussi à occulter. Et la loi du 20 septembre 1792 décrétait la laïcisation de l'état-civil et l'autorisation du divorce. Le mariage civil et l'Etat civil sont créés par le Concordat de 1801. En 1804, la promulgation du Code Civil  rend le divorce possible.


Il n’était fait aucune référence à la nécessité d'altérité sexuelle, tant il était évident, à cette époque, que le mariage ne pouvait se contracter qu’entre un homme et une femme.

  • 1.3. La laïcité proclamée  en 1905 en France,  à savoir une organisation de la société fondée sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, va clarifier ce qui est du ressort de l’Eglise, du religieux et de la société civile. La loi sur la laïcité excluait les Eglises de l'exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l'organisation de l'enseignement.
  • En 1946,  la laïcité devenait même un principe constitutionnel et apparaissait dans le préambule de la Constitution de la IVème République. En 1958, la Constitution de la Vème République définissait la France dans son article 1 comme une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».

Les Eglises n’avaient plus désormais aucune légitimité pour définir le mariage civil français.


2. Mais me direz-vous, mais où sont les homosexuels dans cette histoire ? (cf. le combat homosexuel**)

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Nous avons vu que le code civil ne faisait aucune référence à l’altérité sexuelle tant il était évident que le mariage ne pouvait  se faire  qu’entre un homme et une femme.


Les temps ont donc changé. 

  • Nous ne sommes donc plus au temps de la Bible, le livre saint commun des trois religions monothéistes, qui condamnait  sans appel  l'homosexualité, comme au temps de Sodome et Gomorrhe, qui furent détruites par le feu du fait de leur "dépravation homosexuelle", au temps du  Lévithique qui proclamait :

"quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une abomination. Ils seront punis de mort".

 

sodome


  • Nous ne sommes plus, du moins en Occident, au temps où l’homosexualité était considéré comme un crime contre la dignité humaine, « un crime contre nature », que les différents pays punissaient, c’était selon, par la castration, la lapidation,  le bûcher comme  en France, ou en les enterrant vivant comme en Angleterre.  

 

  • Mais le chemin fut bien long, le combat bien rude puisqu’il «  faudra attendre le siècle des Lumières pour porter un regard nouveau sur l'homosexualité, pour qu’elle fasse l'objet d'un débat et non plus d'une condamnation sévère. »***

On ne va pas refaire ici l’historique du  combat  homosexuel, qui au cours de l’Histoire a été d’abord la lutte « contre le péché », puis le « crime contre-nature, puis « la maladie mentale » et aujourd’hui « la donnée naturelle ».

 

actes impudiques


Le combat fut vraiment visible en France depuis les années 20 et 30, étouffé et réprimé par la seconde guerre mondiale, le combat des homosexuel(le)s a repris en 1968… Il s’est en priorité focalisé sur  la fin de la répression et l’abolition de la pénalisation, pour s’engager ensuite sur l’obtention de  l’égalité juridique et sociale.


On peut rappeler que  jusqu’en 1942, la France ne connaît pas de législation homophobe. Le gouvernement de Vichy qui criminalise l’avortement, remédie à cette «lacune» par la loi du 6 août 1942. Elle punit de six mois à trois ans d’emprisonnement les relations sexuelles entre une personne de vingt et un ans et plus et une personne de moins de vingt et un ans, ainsi que les relations entre deux personnes de moins de vingt et un ans. Elle condamne les «actes impudiques et contre-nature».

 

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A la Libération, le nouveau pouvoir renforce le dispositif, les atteintes à la pudeur entre personnes de même sexe deviennent un facteur aggravant. En 1949, le préfet de police de Paris interdit aux hommes de danser entre eux.

Il faudra attendre le 18 juin 1960 pour que  la Chambre des députés autorise le gouvernement à prendre toutes les mesures visant à lutter contre l’homosexualité. (Cf. l’amendement Minguet ***)

  • Toutefois encore en 1968 la France adopte la classification de l’Organisation Mondiale de la Santé selon laquelle l’homosexualité est un dysfonctionnement psychique. 

 

  • Il faudra attendre le 12 juin 1981  pour que l’homosexualité ne figure plus dans la liste des maladies mentales du ministère de la Santé et que soit abrogé le 27 juin 1982, une loi homophobe. ***

 

 

  • En  1999, le Pacte civil de solidarité (Pacs ou PACS) instaurait une autre forme d’union civile et établissait « entre deux personnes majeures (les « partenaires », communément appelés « pacsé(e)s »), indépendamment de leur sexe, et qui a pour objet d'organiser leur vie commune en établissant entre eux des droits et des devoirs en terme de soutien matériel, de logement, de patrimoine, d'impôts et de droits sociaux » (wikipédia) (voté sous le gouvernement Jospin).

Le PACS était proposé à tous les couples, et  avait surtout pour but de donner un statut à ceux qui vivaient en concubinage ainsi qu’aux couples de même sexe.


Le Pacs a connu un fort succès en France  essentiellement chez les couples hétérosexuels, le nombre de pacs signés chaque année est en progression et se rapproche désormais de celui du mariage civil.

 

  • Le nouveau combat des homosexel(les) allait être désormais l’accès au mariage civil au même  titre que les hétérosexuels et donc avec les mêmes droits 

Beaucoup d’homosexuels considèrent que  le régime juridique du PACS comporte de nombreuses  lacunes et aspirent au statut du mariage civil au même titre que les hétérosexuels, avec entre autre le droit à l’enfant, avec la possibilité d’adoption, comme cela existe déjà dans plusieurs pays européens. En effet, le mariage civil est ouvert aux couples homosexuels aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne; les régimes de partenariat en vigueur en Allemagne, au Danemark et en Suède sont très proches du mariage. Seuls les Pays-Bas ont accordé pleinement le droit à l’adoption, au Danemark, le conjoint peut adopter l’enfant de son partenaire.

 

3.

C’est le débat actuel sur le « mariage pour tous », où pour être plus précis, c’est le droit à l’enfant qui pose problème à de nombreux Français, avec l’usage par les homosexuel(le)s de la procréation médicalement assistée.

Mais aussi complexe que soit le débat, il comprend bien trois sujets que l’on peut distinguer :

  • Le mariage homosexuel.
  • La possibilité pour les homosexuels, d’adopter, et/ou d’obtenir un enfant par procréation médicalement assisté.
  • Le problème de « l’équivalence ». En quoi un mariage homosexuel est différent d’un mariage hétérosexuel ? en quoi un enfant d’un mariage  homosexuel est différent d’un mariage hétérosexuel ?
  • En quoi, au nom des différences constatées, faut-il ou non accorder ce droit ?

En sachant, que le débat peut être refusé, interdit, condamné, tabou, pour une autre société et/ou par une religion, une coutume, une philosophie, une morale …


Chacun, selon son Eglise, ou sa philosophie », ou son bord politique avançant ses arguments : la famille naturelle ? l’éducation d’un enfant doit être assuré par un père et une mère ? seuls un père et une mère peuvent assurer une éducation « équilibrée », les limites à la procréation médicalement assistée …


Et de l’autre : l’égalité des droits, la liberté individuelle, le refus de toute intrusion religieuse dans le domaine des mœurs, la prise en compte de l’évolution technologique et de la réalité …


Avec ce concept d’équivalence ?Comment mesurer ce que peuvent donner un père homme  et une mère femme, deux hommes, deux femmes, un homme seul, une femme  seule, une famille recomposée, deux hommes et une femme, deux femmes et un homme …etc.


Il est aisé de montrer comme le fait par exemple le philosophe Bertrand Vergely, in  Le mariage gay ou la dictature de la confusion, «  qu’évidemment un enfant adopté par un couple hétérosexuel n’a pas et n’aura jamais le même sens qu’un enfant adopté par un couple homosexuel. » ou bien  pour l’éducation « Une chose est d’avoir un père et une mère, une autre d’avoir deux pères et deux mères. Obliger un enfant à naître et à grandir dans un couple homosexuel va se confondre avec le fait d’interdire à un enfant de savoir ce qu’est le fait d’avoir un père et une mère. » On crée, dit-il,  une autre catégorie d’enfants. Ce n’est pas rien.

 

Il est vrai.

 

Mais il oublie de rappeler qu’à à l’intérieur de CETTE catégorie « idéale » soit-disante « normale », « naturelle », il y a les enfants orphelins, les enfants battus, les enfants subissant l’inceste, les enfants de divorcés, les enfants violés par des proches, des prêtres, des enfants peu aimés, autistes, handicapés,   ………… (à compléter).

 

La notion de famille « naturelle », n’existe pas; comme semble le croire cette « mission parlementaire de l'Assemblée nationale dominée par les élus de droite, qui en 2006,  sur «la famille et les droits de l’enfant», a rejeté dans son rapport le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels «au nom du principe de précaution et dans l’intérêt supérieur de l’enfant» car ce serait «mettre en cause les principes fondamentaux du droit de la filiation fondés sur le triptyque un père, une mère, un enfant» .(art. cit. ****)


Ce « triptyque » comme disent ces députés n’a d’évidence que leur manque de culture, n’a de fondamental que leur refus de voir la réalité française où les familles mono-parentales, recomposées, homosexuelles, à trois, polygamiques sont légions et majoritaires.


Ils leur suffiraient de lire un livre comme par exemple celui de Jacques Attali en collaboration avec Stéphanie Bonvicin-mais il y en de nombreux-, pour constater que les « Histoires des relations entre les hommes et les femmes » sont multiples et diverses dans le monde, que « l’utopie chrétienne et la norme bourgeoise [s’effacent] » ; « alors que de nombreuses femmes se battent encore dans le monde pour que cessent la poternel, ni exclusif » […] et que  « S’annoncent (…) « le mariage contractuellement provisoire, où la durée de la relation entre deux êtres serait fixée entre eux à l’avance ; le poly-amour, où chacun pourrait avoir, en toute transparence, plusieurs partenaires sentimentaux simultanés, la poly-famille, où chacun appartiendrait ouvertement à plusieurs foyers à la fois ; la polyfidélité, où chacun serait fidèle aux divers membres d’un groupe aux sexualités diverses.  Les enfants, eux vivraient dans des lieux stables où les parents viendraient tour à tour en prendre soin ».

 

Attali


Certes, ces mutations peuvent paraître effrayantes à certains, et les Eglises tenteront de sauvegarder leur influence, d’imposer leur conception de leur ordre moral, leur conception du mariage anachronique à vie, dans l’imposture de la fidélité, de l’éducation des enfants élevés par UN père et UNE mère.  Mais « l’augmentation de l’espérance de vie et la revendication d’une extension des libertés individuelles, pousseront dans ce domaine comme en d’autres au changement permanent, à la tyrannie du neuf, à la précarité des contrats. » […]

« Bien des forces s’opposeront à de telles évolutions aujourd’hui encore impensables, comme l’étaient en France il y a deux siècles encore le divorce, et il y a 10 ans le mariage homosexuel. » (Attali op. cit.)


La famille n’est donc pas une institution immuable ou naturelle, elle est le produit d’une société, des combats qui y sont menés, des nouvelles valeurs, croyances, (hier l’idéologie chrétienne, aujourd’hui les droits de l’homme, hier la soumission forcée à l’Eglise, aujourd’hui le respect de la liberté individuelle, hier une norme familiale, aujourd’hui plusieurs formes, hier un enfant obtenu dans la douleur avec un homme et une femme dans un temps biologique,  aujourd’hui avec la possibilité de la contraception, la péridurale et par la procréation médicale assistée); il en est de même des idées sur la sexualité. « L'évolution socio-culturelle a suivi de très loin l’évolution des lois. La mise à égalité des homosexuels a fait partie de la libération générale de la sexualité des traditions culturelles, qui perdent au XXe siècle de plus en plus d'importance, et s'effacent devant le concept d' autonomie sexuelle ».(wikipédia)*****

 

Hier on voulait tuer les homosexuel(le)s car ils étaient contre-nature, aujourd’hui (dans une partie du monde) ils sont reconnus comme des personnes à part entière, on les diagnostiquait comme des malades mentaux (OMS), on les déclare guéri. Ils se cachaient, ils vont aller désormais se marier.


 Leurs enfants seront étonnés des idées du passé du débat actuel.

 

 

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PS. Et la Thaïlande ?


Avec une histoire différente, des peuples différents, le bouddhisme commun pour 90% des habitants, le mariage religieux préside à toutes les unions, mais il n’a  aucune valeur légale et aucune signification juridique. La loi thaïlandaise ne reconnait un mariage légalement que s’il a été enregistré au District Office local (en thaï, Khet ou Amphur). Il est effectué, sans solennité, très rapidement (15mn),  à un bureau dans une salle commune. Le divorce est aussi rapide.

Mais la conception de l’amour ? des couples (les Mia Noïs, les karaokés ?...), la situation des homosexuels ? des transsexuel(le)s (des katoys) ? des couples mixtes ? l’usage de l’internet pour les relations furtives tarifées ?

 Bref une autre façon de vivre les relations entre les hommes et les femmes qui méritent un autre article, qui suivra. (Il est à noter que l’IVG est interdit en Thaïlande).

 

 

______________________________________________________

 

 

*Jacques Attali, Amours, Histoires des relations entre les hommes et les femmes, Fayard, 2007.

 

**Cf. le site http://therealscandy.free.fr/humeur/history3.htm

La loi thaïlandaise ne reconnait un mariage légalement que s’il a été enregistré au District Office local (en thaï, Khet ou Amphur). Les mariages religieux en Thaïlande n’ont aucune valeur légale et aucune signification juridique; de fait ils sont facultatifs au regard de la loi.

***Le député Paul Mirguet, membre du parti gaulliste, propose de classer l’homosexualité comme un des «fléaux sociaux» au même titre que la tuberculose, l’alcoolisme et la prostitution. L’Assemblée vote l’amendement «Mirguet» et dans la foulée une ordonnance ajoute la circonstance aggravante d’homosexualité en matière d’outrage à la pudeur.

****Le 11 juin 1981, Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur,

 

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envoie une circulaire à la hiérarchie policière interdisant le «fichage des homosexuels, les discriminations et à plus forte raison les suspicions antihomosexuelles». Dans le même temps est mis un terme au «de contrôle homosexuel» dont le travail consistait dans le fichage des personnes homosexuelles. Le 12 juin, l’homosexualité ne figure plus dans la liste des maladies mentales du ministère de la Santé. Durant l’été 1981, le gouvernement amnistie et libère les détenus homosexuels condamnés au titre de l’article 331, ils sont environ cent cinquante. Le 27 juin 1982, l’alinéa 2 de l’article 331 est abrogé par l’Assemblée nationale, et le journal Le Monde peut titrer «La fin de la loi homophobe»

http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s15stephane.html

 

Dans le monde mulsuman.

Toute relation sexuelle hors du cadre " sacré et divin " du mariage hétérosexuel est donc interdite dans tous les ouvrages de jurisprudence islamiques Si aucune allusion de la bouche de Mahomet faisant l'unanimité des savants du monde musulman ne condamne clairement l'homosexualité (par une peine légale), il y a en tout cas un consensus général sans divergence entre les Sahabas et l'ensemble des savants de l'islam pour condamner l'homosexualité, d'une façon ou d'une autre, par une poursuite judicaire, pouvant techniquement aller du bûcher à l'abandon de poursuite dans le cadre du fonctionnement juridique de la charia et du fiqh (wikipédia)

 

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*****Wikipédia. L'histoire de l’homosexualité aux États-Unis a été jusqu'au XXe siècle l'histoire de personnes qui ne pouvaient souvent suivre leur orientation sexuelle qu'en cachette, en raison de menaces de poursuites judiciaires, de mépris social et de discrimination. En raison de ce caractère caché, pour lequel s'est fixée en anglais l'expression « in the closet » (« dans le placard »), la recherche historique est confrontée à un manque de sources très important. Jusqu'à la seconde moitié du XXe siècle, la vie des femmes homosexuelles est tout particulièrement mal documentée. À côté de cela, il a existé des niches sous-culturelles, dans lesquelles les homosexuels pouvaient tout à fait mener leur propre style de vie, et ceci, avec des témoignages, dès le début du XXe siècle.

Comme dans beaucoup d'autres pays, l'appréhension culturelle de l'homosexualité a changé au cours de l'histoire de « péché », puis « crime », « maladie » jusqu'à « donnée naturelle ». À cause de la structure fédérale des États-Unis, chaque État possèdant ses propres lois pénales, la décriminalisation des conduites homosexuelles s'est accomplie en un grand nombre d'étapes indépendantes. L'Illinois est, en 1962, le premier État qui abolit sa loi contre les perversions sexuelles (angl. « sodomy »), parmi lesquelles était comptée l'homosexualité. Jusqu'en 2003, le nombre d'États où l'homosexualité est condamné décroit.

L'évolution socio-culturelle a suivi de très loin l’évolution des lois. La mise à égalité des homosexuels a fait partie de la libération générale de la sexualité des traditions culturelles, qui perdent au XXe siècle de plus en plus d'importance, et s'effacent devant le concept d'autonomie sexuelle. Aux États-Unis, l'émancipation des homosexuels commence à l’époque de la Seconde Guerre mondiale

 

 

L'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels en France s'inscrit dans un combat, né aux USA à la fin des années 1960, pour la reconnaissance des droits des gays dans le monde.


1969 : naissance du mouvement de défense des droits homosexuels
Le 27 juin, les policiers new-yorkais font une descente au bar du Stonewall Inn, alors fréquenté essentiellement par des jeunes des rues et des travestis, dans le quartier de Greenwich village. La loi interdisait alors à un barman de servir les homosexuels. A la surprise générale, les interpellés ripostent. Trois jours d'émeutes suivent donnant naissance au mouvement pour l'égalité des droits des homosexuels. Les Gay Pride célèbrent chaque année cette protestation.
 
1989 : premières unions civiles
Le 1er octobre, le Danemark est le premier pays à autoriser des unions civiles entre personnes de même sexe. En 2001, les Pays-Bas accordent aux couples homosexuels les mêmes droits et devoirs que les couples hétérosexuels, leur ouvrant ainsi le mariage civil et la possibilité d'adopter des enfants.
 
1990 : l'homosexualité retirée des maladies mentales
Le 17 mai, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) retire l'homosexualité de la liste des maladies mentales. La journée internationale contre l'homophobie, instaurée en 2005, se réfère à cette date.
 
2008 : appel d'un tiers des pays du monde à la dépénalisation
Le 18 décembre, 66 des 192 Etats membres de l'ONU lancent devant l'Assemblée générale des Nations unies, un appel historique à la dépénalisation universelle de l'homosexualité. En juin 2011, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU adopte une résolution pour promouvoir l'égalité des individus sans distinction de leur orientation sexuelle, alors que l'homosexualité reste interdite, et souvent fortement réprimée, dans 76 pays (Amnesty International).

011 : abolition du tabou gay dans l'armée américaine

 

loi homophobe

 


Le 20 septembre, la loi de 1993, dite "Don't ask, don't tell" ("ne rien demander, ne rien dire"), qui obligeait les militaires gays et lesbiennes à dissimuler leur homosexualité sous peine de renvoi, est abrogée après des années d'activisme des associations, de procès pour discrimination et une promesse de campagne de Barack Obama. En 18 ans, cette loi aura conduit au renvoi de 14.000 soldats en raison de leur homosexualité, selon des sources associatives

Source sur TF1 News : Les cinq grandes dates du combat homosexuel 

L'ONU adopte une résolution "historique" sur les droits des homosexuels

Le Monde.fr avec AFP | 17.06.2011 à

UN TEXTE PRÉSENTÉ PAR L'AFRIQUE DU SUD

Ce texte présenté par l'Afrique du Sud "affirme que tous les êtres humains sont nés libres et égaux en ce qui concerne leur dignité et leurs droits et que chacun doit pouvoir bénéficier de l'ensemble des droits et des libertés (...) sans aucune distinction" selon un document préliminaire.

Alors que l'homosexualité demeure interdite dans 76 pays selon Amnesty International, le Conseil a également demandé une étude sur les lois discriminatoires et les violences contre les personnes en raison de leur orientation et leur appartenance sexuelle.

Pour Peter Splinter, le représentant de l'ONG Amnesty International auprès des Nations unies :"l'adoption de cette résolution sera historique, car elle sera la première résolution de l'ONU répondant aux problèmes de violation des droits de l'homme en raison de l'orientation et appartenance sexuelle". Le texte sera "très important pour les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres dans leur lutte pour une pleine reconnaissance de leurs droits", a-t-il dit à l'Agence France Presse.

 


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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 04:05

titre «  La dette moyenne d’un riziculteur et de son ménage s’élèverait à 100.000 baht », nous apprend en utilisant un prudent conditionnel «  Le petit journal de Bangkok ». (1) Et de poursuivre, avec la précision « chirurgicale » du « Bangkok post », « la loi et les prophètes » pour certains :


« ... selon une étude du « Centre de prévisions économiques et d’affaires de l’Université de la Chambre de commerce thaïlandaise » menée sur 1.211 fermiers du 8 au 12 août. .... la part de dette informelle dans la dette moyenne d’un riziculteur est en augmentation chaque année depuis 2008 signe que les fermiers ont moins recours aux banques mais empruntent de plus en plus à la famille, à des connaissances ou à des usuriers. »


usurier


Comme nous le savions, les banquiers (siamois ou pas) ne prêtent donc plus qu’aux riches et les usuriers aux pauvres.

 

banquier


Nous ne sommes ni l’un ni l’autre des « économistes » et avons parfois tendance à penser que la « science économique » n’en est pas une (au sens que Mallebranche donnait à la « science », « Il y a science dès qu’une proposition est vraie sans aucune doute ». Constatons-donc et gardons-nous de prétendre avoir trouvé LA solution.


Pour ces « Experts » les causes sont limpides : « la hausse des matières premières et de l’engrais, celle du coût de la vie, et l’ échec de la politique rizicole du gouvernement de Yingluck Shinawat. L’Etat a augmenté en octobre à 15.000 bahts son prix d’achat aux fermiers de la tonne de riz paddy alors que son ancien tarif était d’environ 10.000 bahts Selon le Parti Démocrate et l’Institut de Recherche du Développement de la Thaïlande, ce programme bénéficie en grande majorité aux grands propriétaires terriens et non aux petits agriculteurs ». Ils se font un plaisir de faire un parallèle avec les subventions européennes de la « PAC » (Politique agricole commune).


 

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Suites judiciaires  de cette politique d’assistance attaquée par « des universitaires et étudiants » ?  La Cour constitutionnelle s’est déclarée incompétente. (2)


A qui profitent les subventions ?


En Europe, c’est (presque) transparent.Un riziculteur camarguais exploitant 1.733 hectares et un producteur de maïs d’Aquitaine en exploitant 1.500 se sont partagés en 2004, 1,7 millions d’euros. L’un de nous a connu une exploitation agricole exploitant 1.700 hectares sise sur le plateau de Valensole (qui fut un temps le grenier à blé de l’Empire romain mais aujourd’hui le paradis terrestre de l’agriculture assistée) qui recevait annuellement dans le milieu des années 80 un peu moins de 4 millions de francs, (primes diverses, primes pour arracher, primes pour planter, subventions pour les terres laissées en jachère, montants compensatoires, etc... etc...)

.

La transparence n’est complète que depuis 2009. Consultez le site www.telepac.agriculture.gouv.fr pour connaître ce qu’a touché votre voisin. La France publie donc la liste des exploitations agricoles subventionnées, geste à haut risque, car ce système bénéficie aux plus gros.   Dassault, Rothschild, Besnier (Lactalis), Doux, ou Albert de Monaco. Les Allemands s’y opposent toujours (au prétexte de la « protection de la vie privée » mais l’on sait qu’il y avait parmis les bénéficiaires des clubs d'équitation et de ski et le magnat de l'automobile Porsche. L’Angleterre pourfend la politique agricole commune mais la reine d'Angleterre a perçu 769.000 livres pour 2003 et 2004, tandis que son fils Charles, en a reçu 300.000 livres. (3)


 

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Vous saurez au moins où passent une partie de vos impôts. 8,4 milliards d’euros de subventions européennes.


La Thaïlande ouvrira-t-elle sur Internet la liste des bénéficiaires des subventions ?


Il a fallu attendre 2009 pour que la transparence en Europe communautaire soit une obligation (respectée par seulement 7 pays !), elle devrait donc l’être en Thaïlande dans une trentaine d’années ?


La politique d’assistance est-elle irréversible ?


Dans les pays dits « émergents » la Thaïlande se trouve aux côtés du Brésil, de l’Inde et de la Turquie pour le « soutien massif » apporté à ses agriculteurs. D’après des experts américains « l’effet distorsif de ces aides au marché intérieur affecte le commerce mondial en faussant les échanges », qu’en termes élégants ces choses là sont dites. (4) Les USA pourfendent ces politiques d’assistance mais ne se gênent pas pour subventionner leurs producteurs de blé et de maïs à coup de milliards de dollars.


Les réformes agricoles des années 1980 en Nouvelle-Zélande, « la plus grande ferme du monde » ont prouvé le contraire de façon spectaculaire. Face à une crise budgétaire, le gouvernement néo-zélandais décida de supprimer presque toutes les subventions à l’agriculture. Ce fut une révolution, les agriculteurs néo-zélandais étaient habitués aux subventions massives et l’économie du pays dépendait beaucoup plus étroitement de l’agriculture que celle des États-Unis. Malgré les protestations, hurlements et vociférations, les subventions furent abrogées en 1984, subventions à la production et incitations à l’exportation. Les oiseaux de mauvaise augure prédirent alors un abandon massif de l’agriculture et la fin des exploitations familiales ? Que non pas ! Période de transition difficile, mais peu d’entre eux quittèrent leurs terres, seulement 1% ne réussirent pas à s’adapter et durent abandonner.


L’arrêt des subventions à l’agriculture a donné naissance à une économie rurale dynamique et diversifiée et a discrédité le mythe selon lequel l’agriculture ne peut vivre sans subvention. Auparavant, beaucoup d’agriculteurs exerçaient leur profession simplement pour recevoir des subventions. 40% des revenus bruts des éleveurs de bœufs et de moutons provenaient des aides publiques. (5)


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Et en Thaïlande ?


Le prix d’achat du riz assuré aux paysans par le gouvernement  de Mme Shinawat, au-dessus des prix mondiaux est-il un mauvais choix économique ? un soutien aux paysans ? une décision politique ?

 

Olivier Durand, souligne le poids électoral de l’agriculture (plus de 65 % de la population en Isan, 40 % dans tout le pays), ceci expliquant évidemment cela. Même aux Etats-unis (moins de 2 % de la population active) ou en France (1 million d’actifs), on doit caresser les agriculteurs dans le sens du poil... (6) Politique « populiste » peut-être mais Madame Shinawat a été élue et bien élue.

 

Notre propos n’est évidemment pas de donner de doctes solutions (« Faut qu’on... Y a qu’à ... ) mais de nous borner à de simples constatations, ce qui ne veut nullement dire (évidemment) que nous insinuons que les aides thaïes ne profiteraient qu’aux riches et que l’exemple néo-zélandais soit exportable.

 

***

Au moment de clôre cet article, nous lisons avec intérêt l’article du blog de notre ami Titi « Thaïlande, quand les Bangkokois retournent à la terre » (7). Ces citadins qui retournent à la terre sont-ils pénétrés des vers du vieux Virgile « O fortunatos agricolas nimium sua si bon norint ! » (8) ou ont-ils eux-aussi l’arrière pensée de devenir chasseurs de primes ?


 

chasseur

 

__________________________________________________________________

 

(1) «  Le petit journal de Bangkok » numéro du 22 août.


(2) «  Le petit journal de Bangkok » numéro du 11 octobre.


(3) article du « Nouvel observateur » du 30 avril 2006  et « Groupe d’économie mondiale », Sciences-po, « la réalité de la distribution des subventions en France » par Pierre Boulanger).


(4) Centre d’études et de prospectives,  numéro 51 de janvier 2012 pointant une étude américaine.


(5) « La réforme de la politique agricole en Nouvelle Zélande, un modèle ou un cas spécifique ? » par John H. Fairweather, Noelle Jean et Daniel Gouin in « économie rurale, 1998, volume 277.


(6) « Lorsque la terre ne peut plus nourrir ses paysans : Cultiver ou migrer, le défi des paysans du Nord-Est de la Thaïlande » Département d'anthropologie, Faculté des arts et sciences, Université de Montréal, Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l'obtention du grade de Maître en anthropologie, août, 2008. »


(7) http://www.titiudon.com/article-thailande-quand-les-bangkokois-retournent-a-la-terre-111455087.html


(8) « Heureux les agriculteurs s’ils connaissaient leur bonheur » (Virgile, « les bucoliques »).

 

piratas bretaña

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 08:08

livreIl suffit de lire la table des matières du livre de Pierre-Arnaud Chouvy et Joël Meissonnier « Yaa Baa: Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale »*, pour constater que la consommation de yaa baa est un véritable phénomène de société en Thaïlande,  et qu’elle touche tous les milieux, les milieux modestes et les ados des classes aisées ; les ouvriers, les étudiants, les prostitué(e)s, les travailleurs émigrés … et aussi, les jeunes du milieu Isan de la province de Kalasin. Elle est, c’est selon, une  « drogue de travail » ou  une « drogue de loisir », et même, disent-ils,  un  élément fédérateur d’une classe d’âge.


Elle est dans tous les cas, ici comme dans d’autres pays, un véritable fléau, qui est difficile à appréhender et encore plus à combattre.


1/ Tout le monde se souvient de « la guerre contre la drogue »menée par le  1er ministre Thaksin en 2003.


guerre contre la drogue


« Pendant la principale offensive contre la drogue, entre février et avril 2003, le pays avait vu le nombre de meurtres augmenter de 88%, selon une commission consacrée à ce dossier qui a enregistré plus de 2.800 meurtres, dont quelque 1.400 liés à la drogue. Le gouvernement avait évoqué des règlements de compte entre trafiquants. Mais beaucoup de ces meurtres étaient intervenus après que des suspects figurant sur une liste noire de la police se sont présentés dans les commissariats pour se rendre ou se disculper, selon Amnesty » (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mercredi 29 juin 2011.)


Cette « guerre contre la drogue » avait été effectivement  « expéditive » et ne « s’encombrait » pas avec le respect des droits de l’homme. Elle  avait reçu des critiques sévères des organisations des droits de l’homme.  Elle avait permis à des policiers peu scrupuleux de commettre des exactions extra-judiciaires.(Cf. ci-dessous).


 Elle  avait aussi l’inconvénient de n’être efficace que dans le court terme. Les trafiquants ou d’autres trafiquants demeuraient, les drogués n’étaient pas soignés, l’offre  des amphétamines augmentait … le fléau subsistait.


Pire, il est dit que « le nombre de toxicomanes a triplé depuis 4 ans et est aujourd’hui estimé à 1,2 millions de personnes. Sur les 80 000 villages que compte le pays, 60 000 seraient touchés directement ou indirectement touchés. » (Thailander du 11 septembre 2011).


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Elle est un problème national  (57 % des détenus thaïlandais  sont liés à la drogue.).


Elle touche aussi, évidemment, nos villages d’Isan. Les familles discutent souvent des drames arrivés dans telle et telle famille par les effets désastreux du yaa baa (une amphétamine, le médicament qui rend fou en thai). « Un tel a volé, frappé, voire tué …… tel membre de la famille.


2/ Aussi le nouveau gouvernement du 1ère ministre Yingluck , à peine élu, décidait en septembre 2011 de lancer un vaste programme national de lutte  contre la drogue (« Force of the Land »), qui visait à la fois à la réinsertion des toxicomanes via des centres de désintoxication et la répression des trafiquants et dealers avec une  lutte particulière contre le  blanchiment de l’argent sale.


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Ce plan déploie une nouvelle stratégie et se veut respectueuse des droits de l’homme, contrairement aux méthodes musclés de 2003. Il vise à réduire de 80 % le nombre de drogués dans l’année en voyant dans le drogué un malade à guérir et non un criminel que l’on peut éliminer sans respecter les lois. Wasant Panich, ancien président des droits de l’homme en Thaïlande, en rappelant qu’ « il ne doit y avoir ni torture, ni meurtre extra-judiciaire des suspects », semble indiquer que les risques sont toujours présents.(Cf.Thailander du 13 septembre 2011 par ex.)


3/ Qu’en est-il à Kalasin, province de l’Isan ?


On peut douter de l’efficacité de ce nouveau plan, et de l’absence de  « bavures » à Kalasin, quand on constate comment la justice est rendue.


On peut en juger par la sentence rendue  au tribunal de Kalasin en ce mois d’août 2012, envers « Cinq policiers de haut-rang, reconnus coupables d’être impliqués dans le meurtre et la torture d’un adolescent de 17 ans (Kiattisak Thitboonkhrong, la jeune victime de 17 ans originaire de la province de Kalasin (nord-est), avait été retrouvée pendue dans un champ de riz dans la province voisine de Roi Et en juillet 2004, quelques jours après son arrestation pour vol de moto) durant la guerre sanglante contre la drogue menée par Thaksin Shinawatra, ont été relâchés temporairement sous caution mardi, un jour après le jugement de la Cour criminelle. Trois d’entre eux ont été condamnés à mort, un autre à la prison à vie, le dernier à sept années d’emprisonnement.(Cf. Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html du jeudi 2 août 2012).


Vous avez bien lu : des condamnés à mort, enfin des "policiers" condamnés à mort, relâchés sous caution !!!**


Certes, la police et la justice sont deux institutions en principe indépendantes ( !), mais on ne peut douter que cette liberté sous caution accordée à des condamnés à mort, ne soit pas le signe d’une forme d’impunité accordée à la police.  De plus, pour une affaire traitée, combien sont restées impunies ?


Aujourd'hui, à l'hôtel de ville de Kalasin, une plaque se félicite d'une "province sans drogue". Mais pour les défenseurs des droits de l'Homme, il n'y a pas de quoi être fier. "La couverture systématique des policiers de haut rang à tous les niveaux a permis à des officiers ayant commis des abus de rester en poste et de continuer à terroriser le public", dénonce Sunai Phasuk, de Human Rights Watch. Sur la trentaine d'affaires répertoriées à Kalasin par les ONG, une seule a donné lieu à des poursuites: six policiers sont actuellement jugés pour l'assassinat d'un jeune de 17 ans, retrouvé pendu en juillet 2004, quelques jours après son arrestation pour vol de moto. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mercredi 29 juin 2011.


4/ Et pourtant, je peux témoigner d’une campagne  de prévention effective dans la province de Kalasin. Les habitants de mon village ont été conviés à une réunion d’information sur les méfaits du yaa baa et sur la nécessité de lutter collectivement contre ce fléau. Toutes les maisons de mon village ont d’ailleurs accrochées un drapeau blanc à leur portail  sur lequel est inscrit : « Cette maison n'est pas concernée parle  le yaa sèp tip" (drogue qui crée une dépendance en thai).


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Il n’est pas sûr qu’elle soit suffisante.

5/ On peut même être pessimiste.

Thailander du 13 juillet 2012*** confirme que le trafic de yaa baa se porte bien et que sa consommation en Thaïlande a augmenté.

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Le  livre dePierre-Arnaud Chouvy et Joël Meissonnier « Yaa Baa: Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale », nous montre entre autres  (Cf. l’introduction) :

·        La singularité du yaa baa vient du fait que cette drogue renverse les clivages communs.

·        Le succès du yaa baa est aussi indéniable parmi les « enfants des rues » que parmi la « jeunesse dorée ».

·        Le yaa baa est consommé par une écrasante majorité de jeunes voire de très jeunes thaïlandais ― écoliers, lycéens ou étudiants ―, c’est le fruit d’un étonnant renversement de tendance.

·        Et surtout : Pour le moins énigmatique, ce produit aux multiples propriétés jouit d’une représentation favorable qui le hisse au rang des substances vertueuses et idéales dont peu d’effets secondaires sont connus ou reconnus.

Nous n’en avons pas fini  avec ce fléau.


      poison qui rend fou

Nota. " Le dictionnaire insolite de laThaïlande" de Jean baffie et Thanida Boonwanno, fait remarquer que, jusque dans les années 1980, le ya ba "drogue des fous" était surtout la drogue des camionneurs qui "pouvaient acheter les comprimés dans toutes les stations services du pays". Du fait de cette accessibilité, les drogués au ya ba étaient deplusieurs millions".

 

_____________________________________________________________

*Yaa Baa: Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale, Pierre-Arnaud Chouvy et Joël Meissonnier, L’Harmattan - IRASEC, Paris – Bangkok (ISBN 2-7475-2397-7)


QUATRIEME DE COUVERTURE 

Yaa baa, « le médicament qui rend fou ». En Thaïlande le surnom de la méthamphétamine sonne comme un avertissement, mais il n’a pas dissuadé des centaines de milliers de Thaïlandais, jeunes pour la plupart, de s’y adonner avec plus ou moins de retenue. « Drogue de travail » ou « drogue de loisir », il s’agit d’un véritable phénomène de société qui n’est pas étranger aux évolutions économiques et aux mutations culturelles qu’à connu le royaume au cours de ces dernières décennies. Ce livre s’efforce de donner des explications à un engouement qui touche également d’autres pays de la région. Il replace la consommation de méthamphétamine dans les logiques du narcotrafic dont les ressorts sont à rechercher aux marges orientales de la Birmanie, en plein cœur du Triangle d’Or.

Cf. par ex.  CHAPITRE 6 : CONSOMMATION DANS LES MILIEUX MODESTES

6.1. En milieu ouvrier, un fortifiant qui encourage l’effort. Une culture du stimulant. Risques sociaux. 6.2. La drogue de l’indigence. Un réservoir de main d’œuvre au service du trafic. De l’ouvrier au chômeur. Les enfants sans domicile fixe. Les prostituées et les victimes du trafic d’êtres humains. Les réfugiés et les travailleurs immigrés

CHAPITRE 7 : LES JEUNES, CIBLE PRINCIPALE DU YAA BAA. 7.1. L’usage de méthamphétamine cimente le groupe de jeunes. Processus d’identification au groupe de pairs. Just for fun ?. Le yaa baa : élément fédérateur d’une classe d’âge ?. Une consommation ritualisée. Drogue ou médicament : le piège des représentations. Une drogue pas si nouvelle. Une politique de prévention contre-productive 

**« D’après le quotidien anglophone The Nation, la caution avait été fixée à un million de bahts pour chacun, soit plus de 25.000 euros. Les policiers ont interdiction de quitter le pays. Le directeur-général des juges de la Cour criminelle, Thawee Prachuablarb, a indiqué que malgré les peines de mort prononcées, la liberté sous caution pouvait être accordée sur la base d’une décision propre au juge qui prononce la libération. » (cité par le Petit Journal).

 

***« Le trafic de méthamphétamines se porte bien en Asie du Sud-Est  »

Bien qu’en 2012 les tendances mondiales de la production, de l’usage et des conséquences sanitaires des drogues illicites soient restées largement stables, le dernier rapport de  l’UNODC a attiré l’attention sur le fait qu’en Asie du Sud -Est et en Thaïlande la consommation de drogue de synthèse, de type amphétamine est en forte augmentation.

D’une manière générale, la réduction de la culture et de la production d’opium et de coca a été contrecarrée par un accroissement de la production de drogues de synthèse.

 

 

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 03:06

ichtyosaureL’événement : la découverte d’un nouveau dinosaure carnivore. 

 

« La » nouvelle du 23 avril 2012, un communiqué du Muséum national d’histoire naturelle nous apprend la découverte d’un nouveau dinosaure carnivore avec voile dorsale au Laos.   


comuniqué


Nous vous avons conté l’histoire des dinosaures de l’Isan, avec les « conseils techniques » éclairés de Romain, notre ami paléontologue :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-notre-isan-au-temps-des-dinosaures-71522507.html


Si l’histoire des dinosaures en  isan est récente, leurs découvertes datent des années 70, des chantiers de fouille avaient été ouverts au Laos français dès les années 30 dans la région voisine de Savannakhet. Nous connaissons les dinosaures d’Asie du Sud-Est grâce, notamment, aux travaux du géologue français J.H. Hoffet dans le Bassin de Savannakhet au Laos. (1)  


Josué-Hoffet-ancien


Découvertes fortuites : diplomé de l’école de géologie de Nancy, Josué Hoffet fut mandaté par l’autorité coloniale pour rechercher des hydrocarbures et établir une carte géologique du Laos français. Il décrivit le fémur d’un saurien inconnu, nomma en 1942 une nouvelle espèce de titanosaure, le titanosaurus falloti alias tangvayosaurus hoffeti

tibias

 

et en 1943 une nouvelle espèce d’hadrosaure, le mandschurosaurus laosensis, curieux dinosaure à bec de canard.


 

Hadrosaurus2

 

Il trouvera la mort à la tête d’un groupe franc dans un combat contre les japonais en 1945. Le lycée français de Vientianne et la petite école communale du village natal de son épouse, Oberhausbergen, portent son nom. (2)


accueil-lycee


En 1991, une équipe franco-laotienne a entrepris de nouvelles recherches dans les  « couches rouges » datées du Crétacé inférieur du Bassin de Savannakhet. Depuis lors, des ossements et des empreintes de pas de dinosaures sauropodes, théropodes et ornithopodes, ainsi que des restes de tortues, de bivalves d’eau douce et de plantes fossiles ont été collectés et décrits dans la région de Tang Vay (Province de Savannakhet). Tous ces fossiles font partie du patrimoine paléontologique laotien et sont actuellement conservés au Musée des Dinosaures de Savannakhet, construit en 1996 grâce au soutien de la Fondation de France et des instances politiques de la République démocratique populaire Lao. Après une pause de quelques années (2000-2008), de nouvelles missions de terrain ont été entreprises dans le cadre d’un projet intitulé « dinOsavan : les Dinosaures du Paradis ».

      Logo

 

Son principal objectif est de relancer la coopération franco-laotienne autour de ce patrimoine exceptionnel que sont les dinosaures, par l’intermédiaire de l’association « Formation et Recherche au Laos » et avec le concours des autorités de la République démocratique populaire Lao et du Muséum national d’Histoire naturelle.   


Grâce au soutien de la National Geographic Society, une campagne de fouille a pu être réalisée en janvier et février dernier. L’équipe composée de six chercheurs et techniciens du Muséum national d’Histoire naturelle (en particulier Ronan Allain, Philippe Richir, Monette Véran)  et  d’un dessinateur de bandes dessinées, Mazan (3) ainsi que de onze fonctionnaires du Musée des Dinosaures de Savannakhet, a mis au jour d’autres parties du squelette d’Ichthyovenator.  Cette équipe franco-laotienne est dirigée par Ronan Allain, paléontologue au Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements (Muséum national d’histoire naturelle) et Thiengkham Xaisanavong du Musée des dinosaures de Savannakhet.


En 2010, deux nouveaux gisements contenant des restes de dinosaures ont été découverts dans la région de Tang Vay (Laos). Le premier de ces gisements a livré une partie du squelette d’un nouveau dinosaure bipède et herbivore appartenant au groupe des hadrosauroïdes (« dinosaures à bec de canard »). Le second gisement a, quant à lui, livré les restes spectaculaires d’un dinosaure carnivore appartenant au groupe des spinosaures. Ces restes se composent du bassin et du sacrum ainsi que de nombreuses vertèbres dorsales et caudales. Les vertèbres de ce nouveau spinosaure baptisé Ichthyovenator laosensis  en référence à son régime alimentaire essentiellement piscivore (mangeur de poissons), sont particulièrement extraordinaires. Elles possèdent de très grandes épines neurales élargies à leur sommet qui montrent qu’Ichthyovenator possédait une voile sinusoïdal dorsale qui surmonte ses vertèbres dorsales, sacrées et caudales. Les résultats de cette découverte viennent de paraître dans la revue Naturwissenschaften et ont été annoncés par un communiqué de presse du muséum national d’histoire naturelle en date du 23 avril 2012. (4)

 

Sans titre-1


Parce qu'ils possèdent un crâne au museau allongé très spécialisé, les spinosaures sont très facilement identifiables. En revanche, les scientifiques connaissent très peu de choses sur leur squelette postcrânien.

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Notre Ichthyovenator est le premier spinosaure asiatique décrit. Grâce à cette découverte, le groupe des Spinosauridés a désormais une répartition quasi mondiale au Crétacé. Mais il n’est connu que par de très rares fossiles, on ne recense aujourd’hui que cinq espèces représentées par des squelettes très incomplets :


-  Egypte : les premiers restes de spinosaure, vieux d’environ 95 millions d’années, ont été découverts en 1912 dans l’ouest de l’Egypte (près de l’Oasis de Bahariya). Rapporté en Allemagne et monté au Paläontologische Staatssammlung de Münich, le squelette de Spinosaurus fut détruit pendant la seconde guerre mondiale en 1944. Il ne reste aujourd’hui que des photos du squelette original et la description faite par Stromer. Alors que la voile deSpinosaurus est centrée sur le dos du dinosaure, celle d’Ichthyovenator a une position plus reculée et se prolonge au-dessus du bassin.


 -  Angleterre : En 1983 seulement, un nouveau spinosaure, Baryonyx, est découvert dans le Surrey. Son squelette est nettement plus complet que celui de Spinosaurus, mais il ne possédait pas de grande voile dorsale. 


-   Niger et Brésil : deux autres spinosaures Suchomimus et Irritator ont été également découverts à la fin des années 1990. Suchomimus possédait une voile de faible amplitude au-dessus du bassin. 


Sans titre-2 

 _________________________________________________________________________________________

 

(1) J.-H. Hoffet. 1943. « Description des ossements les plus caractéristiques appartenant à des Avipelviens du Sénonien du Bas-Laos ». Comptes Rendus des Séances du Conseil des Recherches Scientifiques de l'Indochine 1944, pp 179-186.


(2) Voir le site du Lycée français de Vientiane :

www.lyceehoffet.org


(3) Vous trouverez les dessins de Mazan ci-dessus, dessous


caricature

et sur le site

http://dinonews.net/forum/creations.php?msg=166318  


(4) Ronan Allain, Tiengkham Xaisanavon, Philippe Richir, Bounsou Khentavong. « The first definitive Asian spinosaurid (Dinosauria: Theropoda) from the early cretaceous of Laos. Naturwissenschaften », 2012


titanosaurus faletti       

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 03:03

nitiratNon, ce n’est pas un groupe de rock, mais des professeurs de droit dont on parle beaucoup dans la presse anglophone thaïlandaise.  Il nous a paru intéressant, en lisant l’interview réalisée par G. Poissonnier* pour le Petit Journal, de Piyabutr Seangkanokkul du groupe Nitirat, de connaître leur point de vue dans le débat actuel concernant  la loi de lèse-majesté qui divise la Thaïlande ou plutôt les différentes forces politiques du pays.


1/ Nous étions d’autant plus intéressés que nous avions été choqués de voir le chef de l’armée (et les forces d’opposition qu’ils représentent) intervenir dans le débat public pour décider ce qui  doit être réformé ou pas, et pour vouloir interdire au groupe Nitirat (un groupe de 7 professeurs de droit) de réfléchir sur la Constitution et  sur l'amendement des lois qui concernent le lèse-majesté.


« Le chef de l’armée, le général Prayuth Chanocha, a demandé au groupe Nitirat d’arrêter de travailler sur l'amendement des lois qui concernent la lèse-majesté.« La société thaïlandaise ne pourra pas continuer d’exister si nous laissons les gens violer la loi sur la diffamation (ndlr : de la monarchie), a déclaré Prayuth, dont les propos ont été rapportés par le Bangkok Post. » ». **


Le chef de l’armée allait même plus loin, en invitant ceux qui veulent réformer les lois qui protègent la monarchie  à quitter le pays et trouvait « inconvenant » et « inapproprié » que les médias et les réseaux sociaux puissent « en discuter ». Il reconnaissait quand même que la Thaïlande  était une démocratie, mais qu’ « il ne faut pas aller trop loin ».***


2/ Le chef de l’Armée aurait gagné à expliciter ce qu’il entendait  par « ne pas aller trop loin ». On aurait pu ainsi lui rappeler qu’il est dans une monarchie constitutionnelle, qui a donc de fait une constitution. Une constitution**** qui définit donc (ou doit définir)  les droits et les libertés des citoyens ainsi que l'organisation et les séparations du pouvoir  politique (législatif, exécutif, judiciaire) .

On aurait pu lui rappeler l’Article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, qui disait :


"Toute Société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n' a point de Constitution."


Mais à quoi bon.


Il sait bien que la monarchie constitutionnelle thaïlandaise  a une histoire … plutôt militaire.

(Cf. notre article  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a30-les-elections-du-3-juillet-2011-en-thailande-75353534.html


Déjà la révolution de palais qui avait mis fin à la monarchie absolue le 24 juin 1932 avait vu  la mise à l’écart des « civils » et à la prise en main du Pouvoir par les militaires. Nous avons décrit cette  « démocratie » singulière : souvent  « interrompue » (18 fois), avec de nombreuses règles du jeu politique modifiées (18 fois) et depuis 1932 dirigée pendant plus de 50 ans par des militaires (sur 80 ans !), avec 10 officiers supérieurs  comme 1er ministres depuis 1946. (in  notre article A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.)


Le roi actuel a donc connu 18 coups d’Etat, dont le dernier organisé par le  le général Sonthi  Boonyaratglin remonte au 19 septembre 2006, et avalisé  le lendemain par un décret royal légitimant le renversement d'un gouvernement considéré comme responsable de dérives affairistes et autocratiques menant le pays au "désastre". Sonthi prend alors la tête d'un gouvernement provisoire et du Conseil pour une Réforme Démocratique sous l'égide de la Monarchie Constitutionnelle …


Depuis il y a eu les élections du 3 juillet 2011 et le retour de la démocratie.


3/ Une démocratie très encadrée.


Une démocratie où le chef de l’Armée intervient dans le débat public, et utilise la loi de lèse-majesté pour faire taire les opposants, avec toujours la menace à peine voilée d’un futur coup d’Etat.


general


Le combat politique choisi par le général et les opposants se fait donc actuellement à l’aide de la loi dite de  lèse-majesté instrumentalisée à des fins politiques, et du refus de la proposition d’une loi d’amnistie (censée légitimer, pour les opposants,  le retour de l’ancien premier Thaksin, frère de l’actuelle première ministre).


Il s’agit bien de discréditer le gouvernement en place qui pour l’instant est sur la défensive et pour ne pas être en reste, intervient auprès des réseaux sociaux (Facebook et Twitter)  pour faire effacer des milliers de pages et auprès du navigateur Google pour retirer des vidéos de Youtube considérées comme insultantes pour la monarchie ». Reporters Sans Frontières a estimé que depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de la Premier ministre Yingluck Shinawatra s’est montré pire que son prédécesseur en termes de censure de l’Internet. "Si la Thaïlande continue d’emprisonner des internautes au nom du lèse-majesté, elle  rejoindra le clan des pays les plus liberticides envers le Web. (cité dans le Petit Journal)****


Dans ce contexte le groupe Natirat (la « loi pour le peuple) est vu, actuellement, comme une menace par l’opposition. Pourquoi ?


4/ Qui est ce groupe Natirat et qu’ont-ils fait ? (Cf. l’interview, in Le Petit Journal*)


Le groupe a été officiellement constitué le 19 septembre 2010. Il est composé de sept membres, sept professeurs de droit, tous enseignants à la faculté de droit de Thammasat à Bangkok. Ils ont tous étudié à l’étranger, en France ou en Allemagne.

 

thibaudet


Ils se sont donnés deux objectifs :

  • créer une véritable idéologie de l’Etat de droit en Thaïlande et contribuer à réformer en profondeur la vie politique thaïlandaise.
  • « Réformer la vie politique (…) : il faut que le peuple thaïlandais prenne en main son destin et ne le confie plus à des institutions (armée, monarchie, pouvoir judiciaire) qui ne doivent pas être des acteurs politiques.

Ils ont déjà à leur actif des actions conséquentes.


Ils ont :

  • proposé en mars 2011 de réformer l’article 112 du code pénal thaïlandais qui réprime le crime de lèse-majesté.

 

A-protester-against-article-112-of-Thailands-criminal-code-

 

  • commenté dans les revues juridiques les décisions de la Cour constitutionnelle. 

 « Nous étions parvenus au constat commun que les décisions rendues par les juges constitutionnels après le 19 septembre 2006 avaient finalement abouti à valider le coup d’Etat et toutes les normes juridiques qui ont été adoptées par le pouvoir issu de ce coup d’Etat. Il s’agit d’une situation d’instrumentalisation du droit à des fins politiques. Nous critiquions dans nos commentaires de jurisprudence cette réalité, mais nous étions impuissants face à cela.

  • décidé de parler au public et de formuler des propositions, « bref de devenir un acteur au lieu d’être juste commentateur ». 

«  Nous ne sommes plus aux conférences/débats  organisés dans le cadre de l’Université, aux revues, CD, vidéos disponibles sur Youtube(…)  Nitirat a rencontré un écho et un soutien auprès de journalistes, artistes,  intellectuels. « Et la presse anglophone présente en Thaïlande (ndlr : The Nation et Bangkok Post), la presse internationale ainsi que les ambassades ont commencé à s’intéresser à nos travaux. ».

  • lancé une campagne pour déposer au Parlement, dans le cadre du droit constitutionnel de pétition, une proposition de loi visant à réformer l’article 112.

« Grâce à l’aide d’associations, nous avons recueilli près de 30.000 signatures et nous les avons déposées au bureau du président du Parlement en mai 2012. »

  • publié un rapport en septembre 2011 « proposant aux pouvoirs publics et aux juristes de constater l’illégalité du coup d’Etat et la nullité de tous les actes juridiques adoptés par le gouvernement issu du putsch ». « Ce rapport, suivi d’une conférence à l’Université de Thammasat en janvier 2012, a fait beaucoup de bruit ».

5/ Et de constater : 

  • «  C’est à partir de ce moment-là que nous avons été critiqués par les élites. Elles se sont senties menacées parce que ce sont elles qui ont "validé" le coup d’Etat : juges, personnel politique, militaires, entourage du roi, hauts fonctionnaires etc. »  
  • « Du jour au lendemain, le groupe Nitirat a été accusé d’être un allié de Thaksin et d’être financé par les "Chemises rouges". « 
  • « Les menaces et les insultes dans les médias et sur internet ont commencé ».

On pouvait s’en douter.


 On peut comprendre désormais, pourquoi « le chef de l’armée, le général Prayuth Chanocha, a demandé au groupe Nitirat d’arrêter de travailler ».

 

6/  Un projet révolutionnaire ?


On peut dire à la lecture des propos de Piyabutr Seangkanokkul du groupe Nitirat, que leurs projets sont révolutionnaires dans le contexte actuel, et au vue de l’Histoire du pays. Il l’avoue d’ailleurs en disant « Soyons raisonnables : ce n’est pas envisageable avec le roi actuel, qui est vénéré par la population ».


piyabutr a 69


Le groupe Nitirat veut en effet » proposer, à partir d’une réécriture de la constitution de 2007, une nouvelle constitution, « vraiment démocratique que tous les représentants institutionnels, y compris le roi, devront s’engager à respecter par une prestation de serment », une constitution qui indiquera clairement la séparation des pouvoirs, (ou l’armée, la monarchie et le pouvoir judiciaire n’auront aucun rôle politique à jouer).

 

Une constitution où les juges seront indépendants,  jugeront au nom du peuple et non du roi. Ils ne seront plus au service d’une élite, ils ne devront plus  « instrumentaliser le droit à des fins politiques », ne plus intervenir pour éliminer des « adversaires » politiques.


Il donne trois exemples qui montrent que la Cour constitutionnelle n’a pas hésité à se mettre au service de l’armée ou d’un camp politique, oubliant que son rôle était de s’en tenir aux règles de l’Etat de droit ( comme : En mai 2007, la Cour constitutionnelle a pris la décision de dissoudre le parti Thai Rak Thai et de déclarer inéligibles 111 membres de son bureau politique pour 5 ans. Cette décision a été prise en application d’un décret-loi adopté par le général Sonthi autorisant la dissolution d’un parti et le bannissement de la vie politique dans certains cas.)


Révolutionnaire ?


Le groupe veut donc que le Roi n’ait plus de rôle politique, que l’Armée reste dans les casernes, que les juges soient indépendants, que le Pouvoir ne soit plus au service des élites et des grands groupes financiers de Bangkok, que la  nouvelle monarchie constitutionnelle soit comme en Belgique, aux Pays-Bas, en Norvège, en Grande-Bretagne.


Bref, il veut une autre Thaïlande.


Et ce ne sont pas les quatre nouveaux projets du groupe qui vont rassurer l’Armée, le pouvoir royal, et les « opposants » du gouvernement, des « rouges » et de Thaksin.

Certes, celui d’écrire et de proposer une nouvelle constitution, qui remplacera celle de 2007, (dépourvue de légitimité, précise-t-il), peut se concevoir . Ce ne serait après tout que la 19 ème depuis 1932.


Mais quand on propose une réconciliation tout en voulant juger les auteurs du coup d’Etat de 2006 (du moins c’est ainsi que nous lisons « une réconciliation ne pourra se faire sans une remise en cause de l’impunité complète dont bénéficient les auteurs d’actes illégaux »), on peut se douter que les généraux et officiers supérieurs impliqués ne seront pas d’accord !

 

Quand ensuite  on se propose de « vulgariser auprès de la population thaïlandaise les sciences juridiques et l’histoire politique du pays », on ne peut qu’approuver ce vaste et ambitieux programme éducatif.


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Mais quand on précise  «  Il s’agit d’aller au-delà de ce qui est proposé le plus souvent dans les médias ou à l’école et qui s’apparente plus à une histoire de la royauté qu’à une histoire du peuple et de ses dirigeants politiques », on semble ignorer que l’on s’en prend à la Thainess, au pouvoir royal, à l’Histoire « officielle » de l’idéologie nationaliste, (maintes fois présenté dans ce blog). On propose ni  plus ni  moins une véritable révolution.   


Enfin, quand on croit qu’il suffit « de promouvoir un projet de loi constitutionnelle qui reconnaîtra que tous les actes juridiques pris en application du gouvernement issu d’un coup d’Etat sont nuls et sans effet. », on se décrédibilise et on avoue son ignorance historique et géopolitique, et au mieux une naïveté étonnante. Comme si, qu'il suffisait d’écrire une « belle » constitution pour qu’elle soit respectée.

 

En attendant, les élections du 3 juillet 2011 n’ont pas éliminé les anciens  « putchistes » et leurs complices. Ils sont toujours en place et comptent bien revenir au Pouvoir. Ils tiennent leur légitimité du pouvoir royal, et ont donc intérêt à brandir quotidiennement  l’article de lèse-majesté pour faire taire, discréditer, emprisonner … et faire croire que leurs adversaires politiques (la majorité actuelle, les « Rouges », l’ancien 1er ministreThaksin) … ainsi que le groupe Nitarat menacent la monarchie.


On peut constater que cette tactique est efficace et musèle pour l’instant les velléités réformatrices politiques du gouvernement, qui  joue « l’apaisement » pour faire voter sa loi d’amnistie qui permettrait ainsi le retour de Thaksin.


Et le général Prayuth Chanocha, chef des Armées est toujours en place !


 

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*INTERVIEW – Piyabutr Saengkanokkul, membre du groupe contreversé Nitirat,

Écrit par Ghislain Poissonnier

(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mardi 26 juin 2012

** Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 21 décembre 2012


*** Le chef de l'armée thaïlandaise, le général Prayuth Chanocha, a défendu vigoureusement hier les lois qui protègent l'image de la monarchie, en invitant à quitter le pays ceux qui veulent les réformer. Le général a jugé le débat public, qui a lieu actuellement notamment dans les médias et les réseaux sociaux, inconvenant. "Il est inapproprié d'en discuter. Personnellement, je contribuerai à la sécurité nationale par la protection" de la monarchie, a-t-il déclaré aux journalistes (…) "Bien que nous soyons une démocratie, il ne faut pas aller trop loin".


****Ou bien encore à propos des réseaux sociaux et de Google :


Les réseaux sociaux tels Facebook ou Twitterfournissent aux pourfendeurs de la législation une plate-forme pour la critiquer, alimentant le débat sur la lèse-majesté. En novembre dernier, le gouvernement avait demandé à Facebook d'effacer plus de 10.000 pages qui contiennent des photos ou commentaires considérés comme insultants envers la monarchie.
(
http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) vendredi 16 mars 2012


Le groupe Internet Google a révélé dimanche soir que le ministère thaïlandais de l'Information, des Communications et des Technologies lui avait demandé de retirer de son site YouTube 149 vidéos considérées comme insultantes pour la monarchie. Le célèbre moteur de recherche s’est plié aux exigences du gouvernement de Yingluck Shinawatra et a restreint le visionnage pour 70% de ses requêtes.Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mardi 19 juin 2012 

Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mardi 19 juin 2012


Les autorités thaïlandaises ont bloqué plus de 5.064 pages Internet depuis décembre car elles contenaient des éléments jugés insultants envers la monarchie, a annoncé mercredi la police. "Entre décembre et mars, nous avons remarqué que les posts inappropriés ou insultants envers la monarchie sont de moins en moins nombreux", a néanmoins révélé le porte-parole de la police nationale, Piya Utayo, sans expliquer les causes de cette baisse.

Le roi Bhumibol, hospitalisé depuis septembre 2009 et âgé de 84 ans, jouit auprès de certains de ses sujets d’un statut de demi-dieu. Le crime de lèse-majesté est puni de 15 ans de prison, pour toute atteinte à l'image de la famille royale. Et au nom du Computer Crime Act, adopté en 2007, les actes de diffamation et la publication de fausses rumeurs en ligne sont passibles de cinq ans d’emprisonnement. Dans son rapport annuel sur la liberté sur Internet publié lundi, l’organisation non gouvernementale Reporters Sans Frontières a estimé que depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de la Premier ministre Yingluck Shinawatra s’est montré pire que son prédécesseur en termes de censure de l’Internet. "Si la Thaïlande continue d’emprisonner des internautes au nom du lèse-majesté, elle  rejoindra le clan des pays les plus liberticides envers le Web", indique le rapport. Les réseaux sociaux tels Facebook ou Twitter fournissent aux pourfendeurs de la législation une plate-forme pour la critiquer, alimentant le débat sur la lèse-majesté. En novembre dernier, le gouvernement avait demandé à Facebook d'effacer plus de 10.000 pages qui contiennent des photos ou commentaires considérés comme insultants envers la monarchie.
(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.htmlavec AFP) vendredi 16 mars 2012

 

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 03:01

chars Le 24 juin 1932, coup d’Etat ou  complot ? 

Voilà bien un sujet d’une actualité brulante. Le parti des « rouges »  a organisé, ce dimanche 24 juin, un grand rassemblement pour célébrer le 80ème anniversaire du coup d’ Etat du 24 juin 1932 qui avait transformé, sans effusion de sang,  une monarchie absolue, vieille de sept siècles, en monarchie constitutionnelle. (Cf. le sujet déjà traité  en nos articles A.5 et A.30 (1))


Que faut-il penser de ce coup d’Etat qui ne fit aucune victime et fit passer le Siam de l’état de monarchie de droit divin à celui de monarchie constitutionnelle ?

Nous en avons au moins une analyse sereine, provenant du grand juriste Robert Lingat, conseiller juridique du gouvernement siamois jusqu’en 1940, professeur de droit comparé à Bangkok et parfait analyste de la législation siamoise ancienne ou moderne (2).


lingat


Le déroulement des opérations :


A l’aube du 24 juin 1932, le roi est en villégiature à Hua-Hin où il joue au golf avec son épouse. La salle du trône est investie par des troupes venues en bon ordre, le bâtiment est cerné d’auto mitrailleuses et de tanks. Tous les princes et quelques hauts fonctionnaires y sont conduits manu militari. Pas de casse apparemment. Peut-être un mort ? Selon « Le Figaro » et « L’Humanité », le chef d’état-major aurait été massacré ? Dans la journée « le parti du peuple » fait diffuser dans les rues de la capitale un factum expliquant les raisons de cette action. Rappelons-les brièvement :

  • Le roi gouverne comme ses prédécesseurs en monarque absolu.
  • Tous les postes importants sont entre les mains des membres de la famille royale ou de ses « favoris ». (Cf  * en note)
  • Les princes, ne s’intéressent qu’à leurs intérêts particuliers sans se soucier de la grave crise économique que traverse le pays.
  • Les actes de corruption de l’administration sont couverts de façon systématique.

Les promoteurs du mouvement font savoir qu’ils ne craignent pas l’instauration d’une république si le monarque n’accepte pas les réformes. Ils lui font aussi savoir qu’ils ont en otages un grand nombre de princes de la famille royale. Il est donc « invité » à revenir à Bangkok approuver le projet de constitution qui lui sera soumis.

D’après Lingat, qui était sur place, la population reste entièrement passive.

« La paysannerie siamois, dont l'esprit est à peine touché encore par l'occidentalisation, et dont les impôts ont été effectivement allégé, semble avoir été des spectateurs passifs » confirme « The economist ». (4) 


Le roi revient de Hua Hin et accepte la constitution le 27.

constitution

Elle marque un effacement à peu près complet de ses pouvoirs dans la conduite des affaires du royaume. Même le droit de grâce, celui que les rois de France considéraient comme « le plus beau fleuron de la couronne », lui est supprimé. Il ne bénéficie en outre d’aucune immunité pénale puisqu’il est responsable sinon devant les tribunaux du moins devant l’assemblée. Les membres de la famille royale sont déclarés « au-dessus des partis », moyen élégant de les exclure de toute fonction officielle.

Le « monument de la démocratie » à Bangkok glorifie cet événement.


Plaisante « démocratie » toutefois !


La première assemblée est composée de 70 députés désignés par le parti du peuple. Lorsque le calme sera revenu, une assemblée élue sera composée moitié des membres de la première (donc désignés par le parti du peuple, moitié par élection au suffrage universel (hommes et femmes de plus de 20 ans) universel certes mais... indirect à trois degrés.


En réalité, une autre camarilla a remplacé celle de la pléthorique famille royale.


Les réactions de la presse française ? 

 

Le coup d’état est annoncé avec un renvoi en troisième page par « Petit parisien » le 25. « La Ville est calme ». Des explications qui en valent d’autres : « Il semble que la civilisation occidentale, dont le roi Chulalongkorn s’est fait le défenseur, ait été insuffisamment assimilé par un peuple qui n’était peut-être pas encore préparé à la recevoir ». Le lendemain, est annoncée l’acceptation par le roi de ces conditions « imposées ». Le 27, confirmation que tout est calme à Bangkok. Le « Petit parisien » quoique clairement marqué à droite est surtout un journal d’information (qui tire alors à un million d’exemplaires)


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« Le temps » qui est alors LE journal dont l'information est jugée de qualité, sérieuse et objective, devenu rapidement quotidien officieux du Quay d'Orsay donne les mêmes observations le 25 juin mais note (nous allons y revenir) que le mouvement a été accueilli avec une grande satisfaction par le Foreign Office.

 

Le complot ?


L’oeil de Moscou ?

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Curieusement, le quotidien des très actifs royalistes français, « l’Action française » le 26 juin ne voit pas dans ces événements un « complot judéo-bolchévique » mais une manifestation du mécontentement des militaires rebelles à la suite des compressions du traitement des fonctionnaires pour répondre à la crise mondiale. Naturellement, l’acceptation par le roi du régime constitutionnel est preuve de sa grande sagesse et des vertus du régime monarchique.

action fr


« Le Figaro » qui appartient alors à François Coty dont les sympathies pour les régimes fascistes sont notoires, rend un compte chronologique des événements (rejoignant « le Petit journal », leurs sources sont l’agence Havas et l’agence Reuter).


coty


L’actualité politique en France et en Europe est lourde. Il nous faudra attendre le 18 août pour avoir une analyse de P. Louis-Rivière, Président de la Cour d’appel de Caen et ancien conseiller législatif du gouvernement siamois. Il fait un parallèle avec la révolution de 1688 qui chassa le roi Naraï « La révolution d’avant-hier avait eu un caractère xénophobe et ses réactions furent sanglantes. Celle d’hier, qui tient surtout à des causes économiques et financières, est, jusqu’à ce jour restée pacifique et fort heureusement a épargné les étrangers. Nous devons souhaiter que le peuple thaï persévère dans le calme et la modération qui ont été son apanage depuis que la dynastie Chakri préside à ses destinées ».


Le choix des mots a son importance, le roi a eu la sagesse « d’octroyer » une constitution à son peuple, rappel innocent ou pas de la chartre que Louis XVIII a « octroyé » au bon peuple français. Le même P. Louis-Rivière donne dans « Le temps » le 28 novembre une analyse assez serrée dont les termes rejoignent (ou sont rejoints) par ceux de Robert Lingat. Il était aussi sur place et note l’apparente indifférence de la population.


Il nous faudra attendre l’année suivante, en juillet 1933, pour en avoir dans « le Figaro » une analyse politique sous la signature du Docteur A. Legendre qui y écrit de nombreuses chroniques d’un esprit très « colonialiste ». Pour lui, c’est « l’oeil de Moscou », un « clan révolutionnaire sans aucune attache avec le pays, un groupe de mécontents éduqués à l’étranger ». Derrière eux ? Les Chinois, « des individus des plus suspects, des nationalistes bolchévisants ... influence activée d’ailleurs par Moscou ».


Les fascistes ?


Ces propos nous ayant semblé, avec un peu de recul, un peu excessifs, il nous a amusé d’aller voir ce qu’en disait l’oeil de Moscou en France, « L’humanité » alors en pleine ébullition antifasciste entre l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.


fascistes


L’événement est annoncé dans les numéros des 25 et 26 juin, l’information vient de Reuter et de Havas « Une révolte militaire éclate au Siam » mais les commentaires sont chaleureux :

« ... Les chefs de la révolution sont des officiers de l’armée de terre et de la marine qui demandent l’établissement d’une monarchie constitutionnelle. Plusieurs membres de la famille royale et des ministres ont été fait prisonniers par les rebelles. Au moment où la révolution a éclaté, le roi se trouvait à  Huahin en villégiature. Un groupe d’officiers révolutionnaire a ramené le souverain à Bangkok. Le commandant en chef de la partie de l’armée loyaliste a été passé par les armes. Cette révolution a éclaté notamment à la suite de compressions financières et à la suite du renvoi d’un grand nombre de fonctionnaires notamment de militaires. Il y avait d’autre part un marasme général des affaires et un grand nombre de chômeurs. Le parti populaire siamois a lancé une proclamation dans laquelle il dit que la vie des membres de la famille royale ne sera en danger que si des mesures de représailles sont prises contre les troupes révolutionnaires. Celles-ci occupent et sont actuellement maitresses de presque tous les bâtiments publics. A Bangkok la foule porte en triomphe les soldats et les matelots révolutionnaires.


Mais très vite le journal déchante et y voit « une soumission à l’impérialisme britannique subissant aussi l’influence de la France » « Le 27 juin de l’année dernière à l’instigation des agents britanniques qui voyaient monter la vague d’une révolte, une insurrection de militaires avait eu lieu et le roi acceptait une constitution qui accordait une représentation aux masses quoi que mutilée ».


De fait, il est tout de même singulier que le tract distribué le jour du coup de force dans les rues de Bangkok ait été rédigé en thaï ... et en anglais ainsi que le projet de constitution soumis au roi ? Et l’approbation chaleureuse du Foreign office a-t-elle un sens ? Il est vrai aussi que « le Parti du Peuple » a été fondé à Paris. Ces constatations ne sont pas des conclusions.

Et les « fascistes japonais » vont vite être mis dans le bain, dès avant que le journal ne dénonce à juste titre (seul, soit dit en passant, de la presse française) les persécutions dont sont victimes les Chinois « cette politique semble être le résultat de l’augmentation de l’influence japonaise au Siam ». La dénonciation par la suite de la collusion entre le régime « fasciste » siamois et le Japon sera récurrente jusqu’à l’interdiction du journal en juin 1940.


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Notons (au passage) une certaine mauvaise foi des « moscoutaires », comme disait François Coty, lorsqu’ils prétendent que le monarque dut abdiquer car il ne voulait pas renoncer « au droit de vie et de mort que la constitution lui reconnaissait sur ses sujets ».

 

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Il ne faut toutefois pas avoir une vision manichéenne de ces événements, le Roi a été mis devant le fait accompli, c’est une certitude, mais il est aussi établi qu’il était lui- même soucieux, imprégné de culture occidentale, ancien élève de notre Ecole de guerre de Fontainebleau, de donner à son pays une constitution écrite, qu’il a probablement été pris de vitesse  et qu’en ce sens, il n’est pas faux de dire qu’il a été pour partie le père de la « démocratie » siamoise (5).

Terminons sur une note d’humour (il arrivait qu’il y en ait dans « L’Humanité »), lorsque le Siam est devenu la Thaïlande en 1939, le journal s’est inquiété de savoir comment on appellerait nos compagnons félins qui allaient comme les Siamois devenir des « chats libres » et si les « frères siamois » quoique restant attachés deviendraient « libres » ?


siamois

 

_____________________________________________________________________________

 

 

Journaux consultés : « l’Action française », « le Figaro », « le Temps », « le Petit parisien », « l’Humanité », « the Economist ».


(1)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a30-les-elections-du-3-juillet-2011-en-thailande-75353534.html

 

* Signalons au passage que si le monarque n’a pas eu d’enfants et Rama VI non plus, le « grand ancêtre » Rama V en eut 77 officiels et Rama IV, 82 (3). Le roi avait plusieurs centaines de cousins, petits-cousins et arrière-petits cousins à caser. Nous eûmes aussi au moins deux monarques trousseurs de jupon, mais Louis XIV ne légitimât que 8 de ses batards et Louis XV un seul.


(2) « Chronique de Siam 1932 » in « bulletin de l’école française d’extrême orient, 1933 volume 33 p. 536 s.


(3) พระราชประวัติ ๙ รัช แห่ง ราชวง ทีปะปาล petit fascicule en vente dans toutes les bonnes librairies pour 7 baths (ni date ni référence ISBN)


(4) Numéro du 2 juillet 1932, traduction non garantie.


(5) « The legend of king Prajadhipok : tall tells and stubborn facts on the seventh reign in Siam » Frederico Ferrara (universitaire à Singapour) in « Journal of south east asian studies » n° 43 février 2012 (Singapour)

 

fric    

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 03:07

esclavage4 C’est un étonnement que je veux exprimer, et une question : « Comment font-ils ? » 

 

Oui, comment font-ils  pour prévoir une croissance de 6% après avoir subi une catastrophe nationale en octobre 2011  avec des inondations qui ont coûté la vie à plus de huit cents personnes, touchées 13 millions de personnes, mis sous l’eau 34 provinces pendant 4 mois, et provoqué la fermeture d’une dizaine de mille d’entreprises,  d’un coût estimé  de 2 à 3% du PIB selon les « experts » ?


Certes le gouvernement a mis en place un programme de 148 millions de baths pour aider 5664 entreprises qui ont déposé un dossier demande d’aide. Mais enfin !


Oui, comment font-ils alors que la France espère un 0,5 % de  croissance en 2012 ! et que le nouveau président français, toute l’Europe, et le G 8  en ce mois de mai 2012  implorent partout « la croissance ! la croissance ! » ; espérant ce « miracle » pour réduire et la dette et le chômage.

On se souvient du mot célèbre du président Mitterrand avouant son échec pour le chômage : « On a tout essayé », et du président Sarkosy promettant en début de mandat, et augmentation du pouvoir d’achat et diminution conséquente du chômage ! Et notre nouveau président de commencer son règne avec de nouveau : « la croissance ! la croissance ! » Bref, nous avons là un mot magique.


Pourquoi  les Français n’arrivent pas à obtenir ce que les Thaïlandais réussissent ?


Interrogeant nos amis expats de Thaïlande, les réponses fusent (personne ne se disant incompétent) : « Le coût de la main d’œuvre est peu élevé»,  « beaucoup d’investisseurs étrangers », « peu de taxes » « les heures  de travail » « peu d’impôts sur les entreprises », « pas de syndicat », « ils se sont endettés »…


J’ai voulu vérifier l’assurance de  mes compatriotes et constaté que le bon sens français avait encore du bon.


Si beaucoup d’experts  signalent la qualification des travailleurs thaïlandais dans les filières spécialisées du textile (de la confection), de l'informatique par la fabrication minutieuse des pièces d'ordinateurs ou encore de la maniabilité des matières plastiques, on se doute que le « secret » de la croissance est ailleurs.


1/ Le coût du travail.


Un travailleur en Thaïlande coûterait 15 fois moins cher qu’un travailleur français. Une augmentation récente de 40 % du salaire minimum provoque la colère  des patrons et de l’opposition. Bien que modulé selon les régions, le salaire minimum journalier est passé depuis avril 2012 de 215 baths (5,3 euros) à 300 baths (7,5 euros), soit moins d’un euro de salaire horaire pour 9,22 euros de smic/horaire français !!! Tout en sachant que la législation sociale thaïlandaise est assez « flexible » et que l’inspection du travail n’est pas reconnue pour son efficacité, il faudra un certain temps pour que cette décision gouvernementale soit vraiment effective dans toutes les régions et dans  tous les secteurs. On pense aux petites entreprises et au secteur informel, à nos villages d’Isan où nous sommes encore aux 200 baths/jour.


2/ A ce faible coût horaire s’ajoute une « flexibilité » du travail,  avec une main-d'œuvre disponible et malléable, comme disent les « économistes ».


Si la durée « officielle » du travail est  de 8h/jour et de 48h/semaine, nous savons tous ici que les journées de 12 heures sont communes. Les grands magasins sont ouverts de 10 h à 22h (voire 23h) le plus souvent. On peut imaginer les horaires dans les entreprises de bâtiments, de textiles, de pêche, de pièces d'ordinateurs … Selon un rapport publié par UNI Tesco Global Union Alliance (un syndicat qui regroupe les employés de la société dans douze pays à travers le monde), Tesco forcerait ses salariés à effectuer des heures supplémentaires non rémunérées. En Thaïlande, la chaîne aurait demandé à ses salariés d’effectuer deux sessions de travail de 18 heures à la suite (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html jeudi 2 juillet 2009).

 

De plus la Thaïlande emploie 1,5 million travailleurs clandestins (Cf. Le magazine « Thailander » du 21 mai 2012), et utilise le travail des enfants.Les chiffres officiels donnent, quelque 300 000 enfants âgés de 15 à 17 ans légalement employés, mais le BIT reconnait  « que  ces statistiques ne comptent pas les nombreux enfants migrants de moins de 15 ans qui travaillent illégalement 12 heures par jour pour moins de 25 euros par semaine, dans des exploitations agricoles familiales ou de façon clandestine dans les zones urbaines. La majorité d’entre eux sont des enfants pauvres, clandestins ou mal recensés, dont les familles sont originaires des zones montagnardes de la République démocratique populaire lao ou du Myanmar ».


 Le BIT évoque aussi le travail forcé « interdit par la loi mais reste présent en Thaïlande. Les exemples incluent notamment le trafic de femmes et de filles destinées à la prostitution ou au travail domestique et l'asservissement par l'endettement, où l'on voit parfois des familles entières réduites en esclavage par la dette ».


3/ La répression syndicale.


Aux faibles salaires, aux heures de travail démentiels, à l’exploitation des clandestins et du travail des enfants, il faut ajouter des syndicats muselés et une répression sévère des représentants syndicalistes (voire des assassinats) dans les grandes entreprises, dans un contexte politique (coup d’Etat en 2005) où encore récemment les opposants « rouges » étaient considérées comme des terroristes et où le lèse-majesté est employé sans discernement pour faire taire les critiques.( 478 pour la seule année 2010). De plus, les employeurs ont le droit d’embaucher du personnel pour remplacer leurs employés en grève.


 Dans ces conditions, on comprend que seulement 4% de la population active soit membre d’un syndicat. Les fonctionnaires, y compris les enseignants, n’ayant  pas le droit de se syndiquer. (source : Bureau de la démocratie, des droits de l’Homme et du travail du Département d’Etat américain). (Cf. in  Emmanuelle Michel**, « Le petit journal », jeudi 30 avril 2009). La Thaïlande d’ailleurs,  n’a pas ratifié les Conventions fondamentales de l’OIT concernant les droits syndicaux.


4/ Des mesures étatiques incitatives***


 La Thaïlande pratique également des politiques incitatives pour attirer les productions étrangères. On ne paie pas de droits de douane sur les importations si les marchandises sont exportées après transformation. A Bangkok et sa région les entreprises obtiennent 50 % de réduction sur les droits de douane et trois années d'exonération d'impôt sur les bénéfices et le chiffre d'affaires. Dans les provinces autour de Bangkok la durée de l'exonération d'impôt sur les sociétés est portée à cinq ans. Et dans les 58 autres provinces, cette durée d'exonération totale est portée à huit années, plus cinq années au cours desquelles l'impôt sur les sociétés est réduit de 50 %. 


On comprend ainsi pourquoi par exemple :  la Thaïlande constitue la principale base de production de Tokyo en Asie du Sud-Est : le Japon  y possède 7 000 entreprises, soit cinq fois plus qu'en Indonésie (1 300) ou qu'en Malaisie (1 400), et a investi 3,14 milliards de dollars durant les sept premiers mois de 2011.( Malo Servan, 12 mai 2012, in http://asie-info.fr/actualite)

 

5/Alors la croissance en Thaïlande, un modèle pour la France ?


Evidemment, notre question est ironique.


Il n’est pas sûr que les Français soient prêts à accepter que les entreprises étrangères ne paient pas d’impôts pendant 5 ans ou 8 ans et soient exonérées de droit de douane sur les importations si les marchandises sont exportées après transformation.


Il n’est pas sûr que les ouvriers et employés français soient prêts à accepter un salaire de 200 euros par mois, en travaillant bien souvent 12 heures par jour, dans des conditions de santé et de sécurité souvent aléatoires, avec le dimanche comme seul jour de repos, une semaine de congés payés, et où se syndiquer et faire la grève constituent un acte « héroïque ». Il n’est pas sûr que nos paysans français  soient prêts une fois les moissons faites à s’exiler 6 mois pour travailler sur les chantiers pour un salaire de misère.


 

Il n’est pas sûr que nos compatriotes après une vie de labeur acceptent de partir sans retraite. En effet, la retraite est quasiment inexistante en Thaïlande à l’exception des fonctionnaires et des cadres supérieurs des grandes entreprises. 90%  de la population comptent sur la solidarité familiale****, le gouvernement allouant généreusement à ses vieux 20 euros par mois !

 

Il n’est pas  sûr, en plus, que les Français acceptent le travail des enfants  et soient prêt à envoyer leurs « filles »  travailler dans les bars, salons de massage et  bordels pour survivre et pour qui le seul rêve soit de trouver un « farang « à marier (Cf. notre article 17. Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html

 

 

Certes, la Thaïlande va faire 6% de croissance, mais nous en connaissons le prix à payer pour ses habitants. Nous savons désormais qu’il y a croissance et croissance. Et que nos 0,5 % espérés sont plus enviables que les 6 % à la thaïlandaise.

 

 

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*Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 11 avril 2012 

 Pour en savoir plus : http://www.missioneco.org/thailande/

**Emmanuelle Michel (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) jeudi 30 avril 2009 

 

***Avec toutes ces mesures, on pourrait penser le pays plus endetté que la France. Or la dette publique de la Thaïlande a été en  2011 de 41,7%  et en 2012 la prévision est de 44,2%.

Alors que la dette française de la France  à fin 2011 est de 1 717,3 milliards d'euros, soit 85,8% du PIB (INSEE)


****La retraite en Thaïlande.


Cf. par exemple fiche de la mission économique de l’Ambassade de France :

http://www.lhotellerierestauration.fr/hotellerierestauration/Articles/2007/3051_18_Octobre_2007/Securite_sociale_Thailande.pdf

La réflexion concernant la mise en place d’un système de retraite généralisé est relativement récente en Thaïlande.

D’une manière générale, on constate que la population thaïlandaise est peu sensibilisée à cette question :

_ Seuls les cadres moyens et supérieurs thaïlandais ont commencé, dès les années 90, à cotiser à des fonds de

pension privés.

_ Les populations rurales, majoritairement agricoles, exercent souvent leur activité jusqu’à un âge très avancé et

la solidarité familiale permet de faire face aux éventuelles difficultés financières.

_ Les citadins disposant de salaires moyens ou faibles utilisent souvent leurs économies pour s’installer, lors de leur retraite, à la campagne et exercer, éventuellement, des activités agricoles.

 

Le GPF compte environ 1 150 000 membres.

Pour plus d’informations, consultez : www.gpf.or.th

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 03:02

tr0405 suriyotai1Pourquoi le roi Rama IX et la famille royale ont rendu un hommage à la reine Suriyothai en ces jours historiques ?

 

Le roi de Thaïlande, Rama IX, a effectué sa première sortie en dehors de Bangkok depuis son hospitalisation de septembre 2009, pour une visite « symbolique » à Ayutthaya.


Tous les journaux de Thaïlande saluent « l’événement » : la « bonne santé du roi », « l’hommage du gouvernement et des autorités » « le peuple heureux de voir son Roi », « l’unité du pays » … Une visite royale qui se veut symbolique, après le coup d’Etat de 2005 et les manifestations « sanglantes » qui ont déchiré le pays et les terribles inondations d’octobre 2011.        

 

Le protocole  a prévu plusieurs visites, comme celle de la rizière et du palais de Thung Makham Yong, et un hommage rendu au monument de la reine Suriyothai , « qui avait sacrifié sa vie pour son mari lors d’une bataille de la guerre entre le Siam et les Birmans de 1548 ».*

 

Or, nous avons déjà évoqué ce que représente la reine Suriyothai, dans notre article consacré au film  La Légende de Suriyothai réalisé par le prince Chatrichalerm Yukol en 2001:


http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html

 

Nous rapportions les propos du réalisateur : « le Prince  Chatrichalerm Yukol, a précisé que la reine Sirikit était à l’origine du film, et qu’elle voulait que par ce film, le peuple thaïlandais ait une meilleure compréhension et soit fier  de son Histoire, et qu’il éveille à l’étranger, une belle réputation  pour l’esthétique et l’Histoire de la Thaïlande. »


Mais nous disions que ce film était plus  qu’un film. « Il avait aussi la fonction idéologique de raconter « officiellement »  l’Histoire  d’une période  du Siam (cautionnée par le soutien et l’aide de la reine), à travers l’ « héroïsation » d’une de ses reines, en rappelant au passage une victoire en 1548, sur « l’ennemi héréditaire », les Birmans  …   (qui raseront et anéantiront le royaume d’Ayutthaya en 1767). »


Mais surtout nous avions découvert qu’en fait nous ne connaissions rien de cette reine (Cf. notre article). Aucun document historique ne relatait sa vie. « Pour le grand historien thaï Thongchai Winichakul, l’ histoire  a été écrite il a 100 ans, non sur la base d’ une histoire réelle , mais sur les conventions d’un genre et d’ un idéal féminin. »


Alors pourquoi avoir « inventé » et choisi cette héroïne ?


Nous indiquions que cette héroïne représentait un symbole dans le combat idéologique de la construction de l’Identité thaie, de son unité, de sa lutte contre toute agression étrangère. Elle faisait partie de l’Histoire nationale « officielle »,  une Histoire thaïe avec ses « Héros », ses symboles. (Cf. notre article : http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html


« Comme tous ( ?)  les pays, la Thaïlande a ses « héros nationaux », personnages historiques (ou légendaires) à qui on attribue des actions et des qualités « exemplaires » (réelles ou fantasmées) qui doivent servir à légitimer le régime et proposer des modèles », surtout aux moments « tragiques » que traversent le Pays.


Rama IV (1851-1868) l’avait fait autrefois face au colonialisme.


Rama IX dans son fameux discours de 1997  proclamait bien solennellement la nécessité d’un retour à la culture « authentique » thaïe, aux valeurs locales, à l’autosuffisance économique. Le film La Légende de Suriyothai s’inscrivait ainsi comme un acte de résistance face à une invasion étrangère et  un autre exemple « royal » pour préserver la souveraineté nationale.

On peut comprendre alors pourquoi le roi Rama IX après plus de deux ans d’hospitalisation, a consacré sa première sortie en dehors de Bangkok, pour rendre un hommage solennel à la reine Suriyothai à Ayutthaya, en présence du gouvernement de la Première ministre Yingluck Shinawatra.

Il s’agissait bien d’unité nationale, de réconciliation nationale. Un acte « exemplaire ».

 

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Y.F. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) vendredi 25 mai 2012, ROYAUTE – Visite symbolique du roi à Ayutthaya

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 03:04

femme 01Un fait divers  récent en ce mois de mai 2012 à Udon Thani nous rappelle que le sponsoring « sexuel » en Thaïlande, peut tuer.

Un résident allemand a tué de 17 coups de couteau sa petite amie thaïe de 34 ans qui était en train de discuter via internet avec un « ex-futur » petit ami français.

Nous avions déjà dans un article sur « l’apport économique des filles tarifées d’Isan »*, proposé un rappel historique de la prostitution en Thaïlande,  décrit les composantes de l’industrie du sexe, une « industrie » qui touche toutes les villes et bourgs de Thaïlande, « consommée » aussi bien par les Thaïlandais que les  étrangers, et dont les revenus sont considérables. Nous avions  également montré que la prostitution constituait pour de nombreuses  filles d’Isan (et d’ailleurs) un moyen d’aider la famille au village, que le mariage avec le farang était considérée comme une « réussite sociale ». Nous avions énuméré les pratiques tarifées multiples et complexes, dans les bars, massages, bordels, karaoké, discothèques, mia noï … et ses formes plus modernes que sont les rencontres via internet et les « sponsorings ».


Le sponsoring sexuel ?


Si vous résidez en Thaïlande, si vous pratiquez le « tourisme » sexuel,  ou si vous avez pris des informations en vue d’un futur voyage, vous connaissez cette pratique du « sponsoring » fondée sur la promesse d’un mandat mensuel en échange de la « fidélité » de votre partenaire, rencontrée pourtant  dans un lieu de plaisir. Elle peut aussi vous « vendre »  son désir de « s’en sortir » et son projet qu’il faudra financer.


La naïveté des touristes qui croient au coup de foudre et à l’amour déclaré, après un court séjour, est consternante. Ils pensent vraiment, après deux semaines ou un mois, acheter ainsi la « fidélité » de leur nouvelle compagne. Ils ne peuvent croire que le soir même de leur départ, elles seront en chasse d’un autre touriste. Ils ne peuvent croire que leur promise puisse  avoir plusieurs sponsors.

Les autres oui, mais pas la leur.


Internet est en train de changer la donne.


La pratique est courante, connue, et elle tend à se multiplier, vu l’utilisation généralisée d’internet par les jeunes générations (et les moins jeunes). Un sondage récent révèle que l’on consacre en Thaïlande 4 heures par jour pour le mobile et internet. En effet, de plus en plus de filles de bar utilisent internet et je peux vous assurer que celles que vous voyez dans les cyber-cafés ne sont pas en train de donner des nouvelles à leur famille.

Plus, les « rencontres » via internet, les mariages via internet, ne sont plus l’apanage des seules filles de bar. Ce « sponsoring »  high tech va devenir un fait de société.

 Il y a tant de célibataires en France, tant d’hommes seuls. Il y a tant de filles en Thaïlande à la recherche de gogos et/ou de maris.  Internet va faire le lien.


Une nouvelle tendance se confirme pour les retraités. De plus en plus utilisent internet et rêvent de trouver leur jeune âme sœur.  Les demoiselles ne sont pas gêner par la différence d’âge et avouent même qu’ils sont moins fatigants au lit. Mais le « sponsoring » change de grandeur. On parle voiture, de maison désormais. Toutes les semaines nous entendons des cas. Ils nous écrivent « après », après les « achats », qui une réparation de la maison familiale, qui une opération médicale, qui une voiture,  une maison … Que sais-je ?  les demoiselles ont beaucoup d’idées. Ils ont alors le sentiment d’avoir été bernés, mais ils ne sont pas encore sûrs. Leurs compagnes les assurent encore de leur amour !

 

Trouver des nouvelles raisons au "sponsoring".


Si vous vivez en France, vous devez vous demander pourquoi vous devez « sponsoriser »  votre nouvelle compagne thaïlandaise, mais de grâce, ne croyez plus « à l’exclusivité », à la fidélité. Elles ne croient pas à la vôtre.


Pour beaucoup, il vous suffira de montrer la photo aux copains. Après tout, le regard d’envie des copains vaut bien une contribution. Après tout, autrefois les riches bourgeois avaient leurs bonnes œuvres, aujourd’hui vos pouvez soutenir une brave fille qui va aider sa famille.

Ne lui demandez pas en plus de vous aimer, surtout si elle a moins de 30 ans, et encore moins si elle a 20 ans !!!


Et vous, les nouveaux retraités qui avez l’intention de trouver une jeune compagne thaïlandaise, l’aventure est possible même si elle est risquée, mais n’achetez rien avant au moins de vivre un certain temps au Pays.

On sait maintenant qu’il faut se protéger dans les rapports sexuels, il faut aussi prendre ses précautions pour éviter de se faire plumer. Ou vivez votre passion, mais ne pleurez pas ensuite.


Le constat du  multiple "sponsoring" ne tue pas tous les jours, mais il est courant. Il est même une source de prestige pour les filles.

 


 

 

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*http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html

**Une excellente étude de Jean Baffie, La prostitution féminine en Thaïlande, Ancrage historique ou phénomène importé

Jean Baffie, Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande – IRASEC  n° 6, 2008.

 

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 03:19

elections ab vs yi L’Histoire va-t-elle se répéter ? 

Dans un mois donc, le 3 juillet 2011, devrait avoir lieu des élections « libres ». Dans un article précédent

(http://www.alainbernardenthailande.com/article-a26-elections-en-juillet-2011-en-thailande-les-tueurs-a-gage-seront-surveilles-72730920.html) nous avions  « ironiquement » relaté  la conférence de presse des généraux en chefs des corps d’armée du 5 mars 2011 qui démentait toute rumeur de Coup d’Etat :  « Nous vous demandons de ne pas croire ces rumeurs (…) Le Public peut être rassuré que les  militaires n’interferont pas avec les affaires politiques », a déclaré le Commandant en chef Songkitti Jaggabarata. Auparavant le 1er ministre s’était dit confiant dans le fait que le Chef des Armées ne complotait pas pour le renverser.


elections 4Il est sûr qu’ après le coup d’Etat en Thaïlande du 19 septembre 2006 qui  mettait fin  à près de 6 années de démocratie parlementaire,  on pouvait être rassuré. Surtout qu’il venait après 17  coups d’Etat qui se sont succédés sous le règne du roi Bhumibol, couronné en 1946 (soit env. un coup d’  Etat tous les 3 ans !).

On pouvait s’interroger sur l’origine de cette confiscation du pouvoir politique par les militaires, qui n’est pas dû à un particularisme culturel  particulier. L’Histoire,  comme souvent, pouvait donner quelques clés.


1/Une continuité historique


La Thaïlande, contrairement aux autres pays asiatiques, n’a pas été colonisé et a pu maintenir une monarchie absolue, jusqu’en 1932, là où ailleurs, la monarchie avait été supprimée ou bien marginalisée par les puissances coloniales. Elle a aussi échappé aux guerres de libération nationale comme  au Vietnam, Cambodge, Laos, et en Chine.  La Thaïlande a même échappé, aux conséquences de sa « collaboration » avec les Japonais durant la 2 ème guerre mondiale.


De la monarchie absolue à la dictature


2/Une révolution de palais met fin à la monarchie absolue le 24 juin 1932 et aboutit à la mise à l’écart des « civils » et à une prise en main du Pouvoir par les militaires.

En effet, le « parti du peuple », composé à part égale d’officiers commandé par Phibun et de civils dirigés par Pridi, formés en Europe, tenteront en vain  de convaincre le roi d’accepter de partager le pouvoir dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle où celui-ci conserverait des pouvoirs importants. (Cf. dans notre blog : Les relations franco-thaïes, Entre les deux guerres, http://www.alainbernardenthailande.com/article-29-les-relations-franco-thaies-l-entre-deux-guerres-67544057.html ).


Les années qui suivent mettront aux prises trois clans : les royalistes qui cherchent à rétablir la monarchie absolue contre ceux qu’ils considèrent être des « communistes », et les deux factions du « parti du peuple » au gouvernement, les civils et les militaires. Coups et contrecoups d’Etat se succèdent, sans que jamais le peuple ne se soulève en faveur de l’une ou de l’autre faction. Les royalistes sont les premiers perdants. Après l’échec du coup de 1933, le roi et la plupart des nobles partent en Europe. Le roi abdique en 1935.


Mais les « révolutionnaires » de 1932 ne veulent  pas d’une république qui aurait pu conduire à une démocratisation. Le gouvernement préfère sauvegarder la monarchie et désigne un obscur neveu du roi, alors âgé de 10 ans, comme successeur. Mais pendant 16 ans, jusqu’en 1951, la Thaïlande restera sans roi régnant et vivant sur son sol.


Les civils emmenés par Pridi seront les deuxièmes perdants 

Le prix à payer sera une montée en puissance de l’armée une fois le danger royaliste écarté. Les effectifs de l’armée sont doublés, le budget de l’armée porté à 26% du budget national de 1933 à 1937. Le chef de la faction militaire, Phibun, devient premier ministre en 1938, et cumule les postes de ministre de la défense, des affaires étrangères et de chef de l’armée. Le parlement est soumis, et le budget de l’armée porté à un tiers du budget. Phibun noue des alliances avec le gouvernement japonais et fonde un mouvement de jeunesse ayant les jeunesses hitlériennes comme modèle. Des thèses affirmant la supériorité de la « race Thaï » voient le jour ainsi que des campagnes racistes contre l’importante minorité chinoise de Bangkok et les autres minorités ethniques. (souvent abordé dans notre blog)


 3/L’armée devient un acteur économique majeur.

« Le ministère de la défense crée des entreprises publiques dans le textile et le pétrole. En 1941, un « plan national d’industrialisation » étend l’intervention du ministère de la défense à tout un ensemble d’activités industrielles, agricoles et de transport. L’objectif est de contrôler voire d’exproprier les entreprises existantes dans ces domaines, dont les propriétaires sont souvent chinois, « afin de créer une économie Thaï pour les Thaïs », qui se voient réservés toute une série d’emplois. »

Un code de la nationalité est adopté en 1939, qui oblige les minorités ethniques à « devenir » thaïs, en apprenant la langue, en changeant leur nom et en envoyant leurs enfants dans des écoles thaïs. Beaucoup d’entrepreneurs chinois deviendront ainsi « thaïs » et dirigeront les nouvelles entreprises publiques. Le nationalisme permettra ainsi une jonction de la bourgeoisie industrielle et commerçante avec l’appareil politique civil et militaire.

Révolution de palais, l’établissement de la monarchie institutionnelle va marquer durablement la Thaïlande. Au-delà des nombreuses péripéties qu’entraînent les nombreux coups et contre-coups dans les années suivantes, tous ces éléments continueront de déterminer la vie politique de la Thaïlande

.

elections 074/L’instrumentalisation du ROI 

Les généraux permettent le retour du roi en 1951 à la condition qu’il accepte une limitation de ses pouvoirs. Devant son refus, ils organisent un nouveau coup d’Etat pour lui imposer ce partage au moyen d’une nouvelle constitution et nommer la majorité des députés au parlement. Le lèse-majesté n’existe pas encore.


La restauration de la monarchie est organisée de concert par les Etats-Unis et les militaires afin de renforcer l’unité nationale et la stabilité politique.

 On remet en vigueur les rituels d’antan. Le roi Bhumibol se déplace dans les provinces, où il multiplie les œuvres de charité et les projets de développement agricole,pour apparaître comme le défenseur des paysans pauvres, laissés pour compte de la modernisation industrielle. Une véritable propagande, un endoctrinement systématique, est mis en oeuvre dans les écoles et de nouveaux manuels présentent le roi comme le père de la nation et les Thaïlandais comme ses enfants,  les « invitant » à respecter « le roi, la religion, et la nation ». Les Etats-Unis apportent leur contribution en reproduisant à grande échelle des portraits du roi qui sont ensuite distribués dans tout le pays.

En 1957, le général Sarit va se servir de la popularité grandissante du roi pour rendre légitime le coup d’Etat qu’il organise pour renverser Phibun, surtout  qu’il s’engage à abroger une loi décidée à limiter  la concentration des terres et qui mettait directement en cause les intérêts fonciers de la famille royale. Le roi le nomme « défenseur de la capitale »et le soutient publiquement.

 A l’avenir, pratiquement tous les coups d’Etat seront organisés avec l’accord explicite ou implicite du roi, accréditant ainsi l’idée que les coups d’Etat  militaires rétablissaient l’ordre, face au « désordre démocratique ».


5/Le rôle des Etats-Unis.

Les Etats-Unis feront de la Thaïlande un bastion de la lutte anti-communiste. 45 000 soldats américains stationneront en Thaïlande en 1969. Les trois quart des bombes lancés sur le Nord-Vietnam et le Laos entre 1965-68 viendront de Thaïlande. 11 000 soldats thaïlandais combattront au sud-Vietnam et des milliers seront enrôlés comme mercenaires pour combattre au Laos. Dès 1953, l’aide militaire US représente 2,5 fois le budget de la défense de la Thaïlande, ce qui renforcera la possibilité des factions militaires qui la reçoivent de réussir le coup d’Etat qu’elles projettent. De nouveaux secteurs de l’industrie et des services se développent pour fournir l’armée américaine faisant la fortune de la bourgeoisie thaïlandaise mais aussi des généraux qui, dans la continuité des années 1930, créent des entreprises pour profiter directement du boom économique ou bien multiplient les postes dans les conseils d’administration pour s’enrichir indirectement.


6/ La révolution industrielle tardive  et la répression sociale.


La révolution industrielle, (comme dans la plupart des autres pays d’Asie du sud-est) ne débute véritablement que durant les années 1955-1970, avec une accélération dans les années 1980 et 1990, avec une  classe ouvrière  très minoritaire face à la paysannerie et qui ne pourra jouer  un rôle politique majeur du fait de la répression qu’elle va subir , facilitée –encore aujourd’hui- par  sa concentration géographique à Bangkok et différentes zones industrielles proches, du faible taux de syndicalisation, et surtout sans appartenance politique.

Déjà en 1933, si la formation de partis politiques avait été autorisée  et les travailleurs obtenu le droit de créer des syndicats, mais dès la première grève des moulins à riz, les dirigeants syndicaux avaient été arrêtés et les syndicats supprimés. Les partis politiques seront aussi interdits après la tentative des royalistes de créer leur propre parti pour obtenir une majorité de députés à l’assemblée. On peut comprendre que les différentes dictatures qui se sont succédées,  la lutte anticommuniste des années 70, la  répression terrible sur les syndicats minoritaires ouvriers, l’ « isolement » et la pauvreté paysanne, les pratiques « corruptrices » des élites  ne vont pas permettre  l’émergence d’une opposition « démocratique ».


7/ La « révolution démographique », le passage d’une économie « rurale » à une économie secondaire et de services, l’émigration rurale dans les villes et surtout à Bangkok, vont modifier tous les paramètres.  

« La population de Bangkok passe de 780 000 à 2,5 millions de 1947 à 1970, soit un triplement en 23 ans. Entre 1960 et 1970, la classe ouvrière et la « classe moyenne » employée surtout dans les services augmentent de 49% contre une augmentation de la population active de 22% et entre 1970 et 1980, ces chiffres sont respectivement de 85% et 38%. La population étudiante passe de 18 000 en 1961 à 100 000 en 1972. Cette nouvelle population ouvrière, étudiante et urbaine en croissance rapide manifeste et fait grève. Les statistiques officielles qui sous-estiment la réalité enregistrent 34 grèves d’une durée moyenne de 2,6 jours impliquant 7603 ouvriers en 1972, en pleine dictature militaire. »


En octobre 1973, on assiste à un soulèvement en faveur de la démocratie, avec une manifestation qui, à l’initiative des étudiants, a rassemblé 500 000 personnes à Bangkok pour demander le rétablissement de la constitution et d’un parlement élu. Une délégation est reçue par le roi. Mais le matin du 14 octobre, l’armée tire sur la foule des manifestants qui ne se sont pas encore dispersés, tuant 77 personnes et en blessant 857.

Malgré cette répression féroce, les grèves se poursuivent de 1974 à 1976.  Et de nombreux étudiants rejoignent la guérilla. ( En 1969 déjà,  l’armée thaï estimait que la guérilla comptait 8000 combattants, contrôlait 412 villages). D’autres, en 1974, venaient en aide aux 6000 ouvriers du textile en grève. Les paysans n ‘étaient pas en reste  et fondaient la Fédération des Paysans de Thaïlande (FPT) qui rapidement regroupera 1,5 millions de paysans dans 41 provinces.


En 1974, la terreur s’organise 

« A partir de la fin 1974, des milices fascistes, le « mouvement des villages scouts » et un mouvement de « vigilants » parcourent les campagnes en demandant : « aimez-vous la Thaïlande ? Aimez-vous votre roi ? Est-ce que vous haïssez les communistes ? » Ces deux mouvements créés par la police des frontières et les unités de l’armée engagées dans la lutte contre la guérilla communiste, se déplacent dans les zones urbaines. Ils y organisent des camps où passent près de deux millions de personnes incluant des chefs d’entreprise, des officiels du gouvernement et leurs familles.


Ces milices fascistes organisent une campagne de terreur, attaquant les manifestations, assassinant systématiquement les dirigeants paysans, ouvriers, le secrétaire général du parti socialiste, des députés de gauche, des attentats à la bombe au siège des partis de gauche. Des appels aux meurtres sont lancés tous les jours sur les radios contrôlées par l’armée. »

 Cette campagne d’assassinats culmine avec le massacre des étudiants de l’Université de Thammasat le 6 octobre 1976. Les « scouts des villages », les vigilants et des unités de la police des frontières attaquent à la roquette, aux missiles anti-char et à la mitrailleuse le campus. Officiellement, 43 étudiants sont assassinés sans compter les blessés, les viols et les brulés vifs. 8000 arrestations ont lieu. Cette nuit- là, un nouveau coup d’Etat est légitimé par le roi. Le mouvement paysan est anéanti, et environ 3000 étudiants et ouvriers rejoignent la guérilla communiste autant par conviction que par survie. (La plupart des unités du PCT se rendent entre 1982 et 1983)


A la fin des années 1980, les élites au pouvoir parviennent à leurs fins. Le mouvement populaire est décapité. Il n’existe plus d’organisation syndicale centralisée des ouvriers, ni de mouvements paysan unifié d’ampleur nationale. Sur le plan politique, il n’existe plus de parti politique de gauche ni réformiste, ni révolutionnaire. Le mouvement ouvrier est à reconstruire.


Au cours des années 1980, de nouvelles luttes sociales apparaissent : luttes de villageois pour la préservation des forêts, lutte de paysans contre la construction de barrage, lutte d’ouvriers dans les usines pour l’augmentation des salaires. Mais ces luttes restent sectorielles et éclatées.


En mai 1992, l’armée réprimait encore brutalement  des manifestations démocratiques, mais devant le tollé général, se voyait contrainte de rentrer dans ses casernes et de s’engager à se « dépo­litiser ». Le général Suchinda, responsable de cette tragédie, est renvoyé par le roi Bhumibol. Des hommes d’affaires qui n’appartenaient pas aux élites tradi­tionnelles vont alors entrer en politique.


elctions 58/ l’Histoire ne sera plus comme avant : L’avènement de Thaksin !

Nous ne pouvons que vous renvoyer à notre 1er article de notre  blog http://www.alainbernardenthailande.com/article-pour-comprendre-la-crise-actuelle-la-thainess-63516349.html qui reconnaissait que la lecture « Thaïlande, Aux origines d’une crise », Carnet n°13 de l’Institut de recherche sur l’Asie du sud-est (IRASEC) « nous avait permis de mieux comprendre la crise profonde que traverse la Thaïlande en rappelant que derrière le « combat » entre les « rouges » et les « jaunes » ou plus récemment, les « événements sanglants « d'avril et l’occupation du centre économique et commercial de la capitale se profilait une «révolution  politique et sociale » qui remettait en cause fondamentalement le pouvoir politique et économique mis en place par les élites urbaines depuis les années 60 et « habillé » par l'idéologie du Thaïness ».

« L'arrivée au pouvoir de Thaksin comme 1er ministre en janvier 2006 va bouleverser l’échiquier politique et social, mieux, délégitimer la Thaïness et remettre en cause les pouvoirs installés. Il ne s’ agit pas ici de juger la fortune colossale acquise, ni des moyens qu’il a dû employer pour l’acquérir, mais des effets de ses actions, contre la hiérarchie installée depuis des lustres (certains ont même vu une remise en cause du pouvoir royal), et pour la fierté retrouvée du peuple du Nord et du Nord-Est. Son action reconnue (remboursement du FMI, reprise en main des jeunes, lutte contre la drogue, accessibilité aux soins, gel des dettes, prix soutenu du riz, certains médias enfin favorables, majorité au Parlement…) leur permettait d’oser enfin aborder des questions taboues, de briser le consensus, de prendre en main leur « destinée », de prendre leur « revanche », ou plus simplement de ne plus accepter qu’on leur confisque leurs « votes ».

Le coup d’ Etat militaire du 19 septembre 2006, la victoire aux élections législatives du 23 décembre 2007 par les pro Thaksin, puis les démissions « forcées » des 1ers ministres Samak et de Somchaï, avec les manifestations du PAD (les «jaunes») et la prise des aéroports de Suvarnabhumi et Don Muang et plus la dissolution de trois partis politiques du 2 décembre 2008 et la chute du gouvernement, avec la prise du pouvoir le 15 décembre par Abhisit grâce à un jeu d Alliance… peuvent expliquer que les «Rouges» réclament de nouveau des élections. »


Elles auront donc lieu le 3 juillet 2011. L’Histoire va-t-elle se répéter ? 


 

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Nous nous sommes « largement inspirés » des analyses de Danielle Sabai et Pierre Rousset, Enjeux de la crise thaïlandaise, Publié dans revue Tout est à nous, 13 sept 2010 de NPA et de Développement capitaliste sans révolution démocratique, vendredi 27 octobre 2006.

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